Bienvenue ! Ce site a été réalisé spécialement pour les enfants, les adolescents et les jeunes. Il est là pour présenter l’évangile et vous aider à grandir dans votre vie avec le Seigneur. N’hésitez pas à poser des questions ou à nous suggérer des sujets qui vous intéressent, par l’intermédiaire de l’espace questions. Nous essayerons d’y répondre !
Il nous est apparu utile de faire un index du « SALUT DE DIEU » afin de permettre une recherche plus aisée et surtout plus rapide des articles qui ont paru dans ce périodique qui, doit-on le préciser, a été diffusé depuis plus d’un siècle (exactement 122 ans !) avec le secours du Seigneur.
Cet index comprendra trois parties distinctes:
1ère partie : Les études sur la Parole de Dieu.
2ème partie : Les poésies.
3ème partie : Les articles traitant de sujets divers.
Nous désirons enfin, en introduction, transcrire quelques conseils pour la lecture de la Parole de Dieu déjà parus à la fin du premier volume (1873-1874) du « Salut de Dieu ». Ces conseils sont toujours actuels – et même plus que jamais au début de ce 21ème siècle !
Avant de conclure nous désirons prier le Seigneur que la lecture des écrits des frères qui nous ont devancés édifie nos âmes. Nous avons une pensée également pour ce pauvre monde perdu dont la fréquentation n’enfante rien que regrets et dégoût, suppliant que le Seigneur touche les âmes et qu’il y ait de la joie au ciel pour un pécheur qui vient à la repentance !
« Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé ! » (Rom. 10. 9)
PAIN QUOTIDIEN
Nous pensons que nous ne pouvons pas mieux terminer notre premier volume qu’en engageant nos amis à une lecture régulière et suivie de la Parole de Dieu. Nous estimons que notre but est manqué si nous ne pouvons pas attirer nos lecteurs aux Écritures mêmes.
Si la vie se trouve en Jésus, c’est lui qui est aussi la nourriture de l’âme. Il est le pain descendu du ciel. Il y a là une provision pour tous les jours. Le Saint Esprit prend les choses de Jésus qui sont renfermées dans la Parole et nous les révèle. C’est Lui qui applique, en puissance, à nos cœurs tout ce que Dieu nous dit.
Toutefois, nous avons notre part à faire : c’est de lire la Parole en y faisant attention pour ne pas nous laisser aller à l’indifférence de l’homme paresseux « qui ne rôtit point sa chasse » (Prov. 12. 27).
Il y a ici deux choses à remarquer :
1) La lecture doit être journalière, comme la manne que Dieu fournit aux enfants d’Israël tous les jours (Ex. 16. 11 à 35), ou comme la poignée de farine et la goutte d’huile qui ne manquaient pas dans la maison de la veuve de Sarepta au temps d’Élie (1 Rois 17. 14). Il y avait assez de quoi faire le gâteau pour un seul jour. Si l’on avait un jour négligé de le faire, il n’y aurait pas eu une double provision pour le lendemain. En faisant chaque jour son gâteau, on épuisait le petit trésor ; mais il y en avait toujours le lendemain; et cela durait pendant tout le temps de l’épreuve. C’est ainsi que notre provision nous est assurée pour tout le temps que Dieu nous laisse ici-bas.
2) La lecture doit être faite en particulier, et, autant que possible, de bonne heure dans la journée, comme il était ordonné aux enfants d’Israël de ramasser la manne chacun pour soi, avant que le soleil se levât. Nous devrions de même nous recueillir dans la présence de Dieu et de sa Parole, avant que le cœur soit préoccupé et distrait par les soucis et les rapports variés de la vie journalière. Un saint calme dans la présence de Dieu se répand ainsi sur tout ce que nous faisons. Cherchons d’abord le royaume de Dieu et sa justice, en faisant notre compte que la chose la plus essentielle dans notre vie journalière, c’est de nous nourrir de Christ.
Que Dieu nous fasse croître dans sa grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ !
Ceux qui sont intéressés par le détail des études sur la Parole de Dieu, les poésies et les sujets divers parus dans le Salut de Dieu, peuvent nous en faire la demande dans l’espace Questions et nous leur enverrons par mail.
Nous avons le plaisir de publier cette année un index de la Bonne Nouvelle qui paraît, par la grâce du Seigneur, depuis 1861. Il couvre ainsi les années de 1861 à 2010, soit 150 ans !
Ce petit index comprend :
Les études sur la Parole de Dieu.
Les poésies.
Les sujets divers.
Bien des générations ont eu et ont toujours plaisir à lire les histoires de la Bonne Nouvelle, à répondre aux questions… à recevoir les récompenses ! (En effet qui n’a pas guetté l’arrivée du facteur pour avoir la joie de découvrir son cadeau préparé par des mains dévouées et des frères et sœurs pleins d’affection ?)
Pour ceux qui aiment les énigmes, les versets cachés… : ne manquez pas d’essayer de vous procurer les années concernées ! Dans une ou plusieurs assemblées, on peut reconstituer ce petit trésor qui a paru pendant un siècle et demi !
Ceux qui répondaient aux questions de la Bonne Nouvelle pourront retrouver leur nom et ceux des personnes de leur âge ! Ils pourront retrouver leurs histoires favorites.
Que le Seigneur bénisse la lecture de ces pages pour chacun (e), car on lit la Bonne Nouvelle à tout âge ! Qu’il nous accorde, dans la mesure du possible, de profiter de ce ministère si riche et si béni !
Le Seigneur s’est servi de serviteurs et servantes pour l’édification des jeunes générations qui se sont succédées au fil des temps. Ce travail a été richement béni et beaucoup d’enfants ont pu profiter de maints articles qui leur ont donné le goût de lire et de sonder ce trésor infini de la Parole de Dieu, une Parole qui nous parle avant tout de notre Bien-Aimé !
L’intérêt majeur des études bibliques de la Bonne Nouvelle réside en leur simplicité ; d’où une clarté qui rend ces articles agréables et intéressants à lire, même pour ceux qui ont avancé un peu dans leur vie avec le Seigneur.
Nous avons trouvé utile de transcrire textuellement le premier article paru dans la Bonne Nouvelle en 1861 et un article paru en 1877 qui s’intitule « Que dois-je lire ? »
Question bien sérieuse qui fait appel à notre responsabilité et à notre amour pour le Seigneur. Chacun de nous doit se poser la question et se placer dans la lumière de Dieu.
En conclusion, nous souhaitons de tout cœur que ce petit fascicule permette une meilleure exploitation des articles trop méconnus renfermés dans la Bonne Nouvelle.
À NOS JEUNES LECTEURS
Nous pensons qu’il peut être édifiant de reproduire textuellement le premier article paru dans la Bonne Nouvelle en janvier 1861 !
Mes chers enfants,
Celui qui écrit ces lignes aime beaucoup les enfants et il est heureux de pouvoir dire qu’il a bien des amis parmi eux. Il désire de tout son cœur le bonheur, non pas seulement de ceux qu’il connaît, mais de tous les enfants et naturellement surtout de ceux qu’il comptera désormais au nombre des lecteurs de ce petit journal. Même sans nous connaître, des relations d’amitié vont se former entre nous : chaque mois, s’il plaît à Dieu, je vous écrirai quelques pages qui vous parviendront imprimées sous la forme de cette brochure que vous tenez entre vos mains, que vous avez sous les yeux et que vous lisez. Mon désir ardent est qu’elle puisse vous intéresser et surtout vous amener à Jésus, si vous n’avez pas encore le bonheur de connaître ce meilleur de tous les amis, qui avait une affection particulière pour les enfants, qui aimait à les prendre dans ses bras et à les bénir ; à ce Jésus qui, par amour pour nous, pour vous aussi, quoiqu’il fût Dieu éternellement béni, est devenu un petit enfant, un enfant comme vous, à part le péché qu’il n’a jamais connu, et a été ainsi le modèle des enfants, comme il est leur Sauveur.
Nous appelons ce recueil : « La Bonne Nouvelle » ; c’est que, en effet, nous aurons beaucoup de bonnes nouvelles à vous faire entendre ou à vous rappeler. Des nouvelles du ciel, des nouvelles sur Dieu qui y habite, des nouvelles sur le chemin qui y conduit et sur le peuple saint et heureux qui doit y habiter éternellement. Grandes nouvelles, merveilleuses nouvelles, heureuses et vraiment bonnes nouvelles ! Si vous les croyez, chers enfants, elles devront nécessairement vous réjouir d’une joie ineffable et glorieuse.
Nous vous parlerons de la naissance de Jésus, de l’enfance de Jésus, de sa vie entière ici-bas, de la mort de Jésus, ainsi que de sa résurrection d’entre les morts. Oui, nous prendrons un plaisir tout particulier à vous entretenir du Seigneur Jésus, qui ne fit jamais une action mauvaise, ne prononça jamais une mauvaise parole, n’eut jamais dans le cœur une mauvaise pensée ; de Jésus qui allait de lieu en lieu faisant du bien, qui guérissait les malades, rassasiait ceux qui avaient faim, faisait marcher les boiteux, entendre les sourds, et voir les aveugles. Oui, nous aurons à vous redire comment il mourut sur la croix – lui juste à la place des pécheurs – afin que vous pussiez être sauvés ; comment il a porté nos péchés en son corps sur le bois ; comment vos mauvaises paroles, vos méchantes actions et pensées peuvent toutes être pardonnées : comment le péché peut être non seulement pardonné mais surmonté ; comment ce terrible ennemi, la Mort, a été vaincu. Nous vous parlerons de grands hommes et d’hommes pieux ; de petits enfants et de personnes âgées ; de bons et, hélas ! de méchants aussi. Nous vous raconterons comment ce monde a été fait, et comment il doit être un jour consumé par le feu. Nous espérons vous dire de petites histoires, vous prêcher de petits sermons que vous pourrez comprendre, vous écrire de petites lettres, vous donner d’utiles conseils, et vous offrir de petits cantiques ou d’autres poésies. Aimerez-vous à lire notre petit livre ? Voulez-vous essayer d’en profiter ? Si vous ne connaissez pas encore Jésus, désirez-vous le connaître ? Et si vous le connaissez, ne voulez-vous pas prier Dieu de bénir votre lecture de ces pages ?
Mais c’est assez, je ne veux pas vous ennuyer en vous en disant davantage aujourd’hui. Chers enfants, que Dieu vous bénisse tous ! Que la paix soit avec tous ceux d’entre vous qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ. Et que dirons-nous à ceux qui ne l’aiment pas encore ? Seulement ceci – pour le moment : Vous ne connaissez pas Jésus – non, certainement, car autrement vous ne pourriez pas ne pas l’aimer. Oh ! que Dieu veuille que vous prêtiez une oreille attentive aux bonnes nouvelles que nous vous dirons de Lui. Adieu. Au mois prochain, si le Seigneur le veut.
Votre bon ami
Charles (Il s’agit de Charles François RECORDON).
« QUE DOIS-JE LIRE ? »
Article paru dans la Bonne Nouvelle de l’année 1877
Chers jeunes amis, c’est particulièrement à ceux d’entre vous qui êtes chrétiens que nous nous adressons maintenant. La question qui se trouve en tête de ces lignes est de toute importance, et mérite d’être prise par chacun de nous en sérieuse considération. « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es » ; tel est le dicton populaire. On pourrait dire avec la même vérité : « Montre-moi ta bibliothèque et je te dirais où tu en es ». Nos lectures peuvent généralement être prises comme un sûr indicateur de notre condition morale, intellectuelle et spirituelle. Nos livres sont les aliments dont notre homme intérieur se nourrit ; il est donc nécessaire que chacun de nous se demande : « Que dois-je lire ? ». Ce sujet, chers lecteurs, nous a beaucoup préoccupé ces derniers temps, et nous nous sentons pressé, par fidélité envers le Seigneur et envers vos âmes, de vous adresser quelques conseils sur ce point que nous envisageons comme étant de la plus haute importance pour chaque chrétien.
C’est avec une profonde tristesse que nous constatons autour de nous, et beaucoup, hélas ! parmi les jeunes chrétiens, un dégoût croissant pour des lectures solides et profitables. Avec quelle avidité ne dévore-t-on pas les romans religieux, les histoires émouvantes ou tragiques, les feuilletons, enfin toute espèce de littérature malsaine, empoisonnée, tandis que des brochures et des volumes, qui contiennent de précieuses et puissantes vérités, sont négligés, sur les rayons de la bibliothèque ? Ces faits ne sont-ils pas des plus alarmants ? Ne montrent-ils pas que le niveau spirituel est bien bas chez la plupart des chrétiens ? On ne conçoit pas comment une âme, qui possède la moindre étincelle de vie divine, peut trouver du plaisir à lire des choses mauvaises, nuisibles et positivement contraire, par conséquent, au développement de cette vie. L’apôtre inspiré exhorte les saints à désirer ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin qu’ils croissent par lui à salut (1 Pier. 2. 2). Comment pourrez-vous croître, chers amis, si vous négligez la Parole de Dieu, et que vous vous nourrissiez d’une littérature futile et légère ? Comment un chrétien peut-il être dans un état d’âme prospère, s’il ne trouve qu’à peine le temps de jeter les yeux sur un ou deux versets de l’Écriture sainte, tout en sacrifiant, des heures entières à des lectures d’une nullité complète, sans fond ?
Soyons certains que par notre lecture nous prouverons, d’une manière évidente, où nous en sommes et ce que nous sommes. Si notre lecture est légère et frivole, l’état de notre âme y correspond. Si, au contraire, notre christianisme est d’un caractère réel et sérieux, il sera manifesté clairement par ce qui fait le sujet de notre lecture habituelle et favorite.
Quelqu’un dira peut-être : « Je ne puis pas toujours lire la Bible et des livres sérieux ». À cela nous répondrons, avec une entière conviction, que la nouvelle nature qu’a reçue l’enfant de Dieu ne désire jamais autre chose. Maintenant il s’agit de savoir si nous désirons servir la vieille nature ou la nouvelle ? Si c’est la nouvelle, nous pouvons être assurés que la littérature mondaine, les feuilletons, etc. ne sont pas les moyens convenables. Il est absolument impossible qu’un chrétien sérieux trouve une jouissance quelconque dans ces choses. On ne trouve ni la manne cachée, ni le blé du pays de Canaan dans les feuilletons ; on ne trouve pas Christ dans les romans à sensation.
Il est fort triste qu’un chrétien puisse dire : « Comment pouvons-nous toujours lire la Bible ? Quel mal peut-il y avoir à lire un livre amusant ? » Faire de telles questions, c’est laisser voir que Christ ne suffit plus au cœur, que l’on s’est éloigné de lui : position des plus alarmantes. Un chrétien qui raisonne ainsi montre qu’il a déjà beaucoup décliné moralement, et qu’il a fait de déplorable progrès dans l’indifférence ; il est inutile alors de discuter avec lui sur le bien ou le mal qu’il peut y avoir dans telle ou telle lecture ; car il a perdu la capacité de juger sainement des choses relatives au témoignage que nous devons à Christ ; le sens spirituel est faussé, « la mort est dans la marmite ». Ce qu’il faut à une âme qui en est là, c’est un changement complet de dispositions et de pensées ; il faut qu’elle renonce à tout ce qui lui est en piège, et qu’elle revienne à Christ avec humiliation et confession ; alors le Saint-Esprit appliquera le remède divin pour la guérison de cette âme, et lui fournira en abondance la nourriture nécessaire pour son affermissement et sa prospérité.
Effectivement, une âme ne peut prospérer, elle ne peut pas faire de vrais progrès dans la vie divine, si elle n’a pas un sincère et véritable attachement pour la Bible, et si elle n’aime pas à profiter des écrits qui en développent le précieux contenu. Est-il possible qu’un chrétien, qui préfère une lecture insignifiante à quelque ouvrage ayant pour but notre réelle édification personnelle, soit dans une bonne condition morale ? Nous ne saurions le croire, étant persuadé que tous les chrétiens pieux, tous ceux qui désirent vraiment avancer dans la connaissance des choses divines, tous ceux qui aiment Christ et soupirent après le ciel et les trésors célestes, sont justement des lecteurs assidus de l’Écriture sainte et de tout livre bon et utile qui se trouve à leur portée. Ils n’auront ni le temps, ni le goût de lire les pernicieuses productions de la littérature mondaine ; ils ne discuteront pas la question de savoir si ces choses sont bonnes ou mauvaises ; ils n’en éprouvent tout simplement ni le besoin, ni le désir ; ils ont quelque chose d’infiniment meilleur. Quel est l’homme qui regretterait d’abandonner un peu de cendres, quand on l’inviterait à se nourrir du pain des anges ?
Ah ! C’est parce que nous sentons tout le sérieux du sujet qui nous occupe, c’est parce que nous en connaissons toute l’importance pour la marche pratique du chrétien, que nous vous avertissons, chers jeunes amis. C’est notre devoir devant Dieu. Nous vous supplions, vous qui débutez dans la carrière chrétienne, d’éviter, de délaisser toutes lectures futiles ; elles ne sauraient qu’être nuisibles à votre âme, parce qu’elles n’apportent pas Christ. Avant de prendre un livre quelconque, demandez-vous : « Est-ce que je voudrais que mon Seigneur vint et me trouvât occupé de cette lecture ? Puis-je la faire dans la présence de Dieu, et réclamer sur elle sa bénédiction ? Puis-je la faire pour la gloire du nom de Jésus ? » Si vous ne pouvez répondre affirmativement, que Dieu vous fasse la grâce de rejeter loin de vous ce que votre conscience condamne, et de consacrer vos loisirs à la lecture de sa sainte Parole et de tout écrit propre à vous faire avancer dans l’intelligence de cette Parole. Ainsi nourris et fortifiés, vous croîtrez dans la grâce, dans la connaissance et dans l’amour de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et des fruits paisibles de justice abonderont en vous à la gloire de Dieu le Père.
Nous voulons aussi vous mettre en garde, chers jeunes lecteurs, contre un autre danger dans lequel des âmes peuvent tomber, lorsque le manque d’équilibre dans leurs appréciations, venant fausser leur jugement spirituel, les empêche de penser de manière à avoir de saines pensées, quelque sincères d’ailleurs que puissent être ces âmes. En effet, l’on rencontre parfois des personnes qui croient bien faire en refusant de lire aucun ouvrage humain, pour ne s’en tenir qu’à la Bible, ce livre incomparable, le livre de tous les livres, dans lequel, disent-elles, elles trouvent tout ce dont elles ont besoin. Aux âmes droites et pieuses, même dans leur ignorance, nous répondrons que chacun doit juger pour soi-même de ce qu’il convient, l’un ne peut résoudre cette question pour un autre. Quand à nous, nous ne saurions prendre une position aussi élevée, ni dire, comme quelques-uns, que les écrits sont un empêchement plutôt qu’une aide, dans la lecture de la Bible. Au contraire, nous rendons grâce à Dieu, chaque jour davantage, pour le secours béni qu’Il nous accorde par le moyen de ses serviteurs bien-aimés, dont les travaux écrits sont comme un précieux courant de rafraîchissement et de bénédiction spirituelle, émanant de notre Chef couronné dans les cieux, auquel revient toute gloire. En n’admettant pas cela, on pourrait tout aussi bien refuser d’entendre un frère parler dans une assemblée, que lire ses écrits, car qu’est-ce que chacune de ces choses, sinon une branche spéciale du service du Seigneur pour notre profit et notre édification ?
Sans nul doute, nous devons avoir un soin particulier qu’il ne nous arrive de faire un cas exagéré du ministère écrit ou parlé ; mais l’abus possible d’une telle chose n’est pas un argument valable contre son emploi. S’attacher à un ministère, au détriment de Celui qui le donne, ou mépriser un ministère suscité de Dieu, sont certainement deux choses aussi dangereuses l’une que l’autre. Personne ne saurait se suffire à soi-même ; l’intention du Seigneur est que nous nous rendions utiles les uns aux autres. « Que les membres (du corps) aient un égal soin les uns des autres » (1 Cor. 12. 25). « Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ, et chacun individuellement membres l’un de l’autre » (Rom. 12. 5).
Combien d’âmes n’y aura-t-il pas dans le ciel, qui rendrons grâces à Dieu pendant toute l’éternité, à cause des bénédictions qu’elles ont reçues par des traités et des livres ? Que de personnes il y a, qui ne reçoivent jamais autre chose du ministère que ce que le Seigneur leur dispense par l’intermédiaire de la presse. On dira peut-être : mais ces personnes ont la Bible. C’est vrai, répondrons-nous, mais toutes n’ont pas la même aptitude pour sonder les vivantes profondeurs et saisir les gloires morales de ce livre merveilleux. Nul doute que si nous étions placés dans des circonstances telles, que nous fussions privés des secours du ministère, soit par écrit, soit de vive voix, l’Esprit de Dieu opérerait pour nous nourrir directement dans les verts pâturages de l’Écriture sainte. Mais qui oserait nier que les écrits des serviteurs de Dieu ne soient employés par le Saint-Esprit comme un moyen puissant de fortifier, d’affermir les enfants de Dieu, et de les édifier sur leur très sainte foi ? C’est notre conviction intime que Dieu s’est servi de ce moyen, durant ces quarante dernières années, d’une manière bien plus bénie que dans aucun autre temps de l’Église. Aussi n’avons-nous pas de quoi bénir le Seigneur ? Certainement ; et nous devrions prier avec des cœurs brûlants de reconnaissance, en Lui demandant toujours plus ardemment de mettre sa bénédiction sur les écrits de ces serviteurs, d’étendre de plus en plus leur circulation, et de donner à ceux qui les rédigent de le faire dans un langage pénétrant et réellement puissant. Un ouvrage humain, s’il n’est pas l’écho vivant du Saint-Esprit, ne sera qu’un airain qui résonne, ou une cymbale retentissante.
Le Saint-Esprit se sert donc de ses deux sortes de ministères pour la bénédiction des âmes et le développement de la vérité ; par conséquent nous estimons que c’est une grave faute de mépriser les moyens, quels qu’ils soient, qu’il plaît à Dieu d’employer. Bien plus, nous pouvons déclarer que nous avons rarement vu que ceux qui méconnaissent l’utilité des instruments de toutes sortes dont Dieu se sert, ne fussent pas très étroits dans leur vues, bornés dans leur spiritualité et partiaux dans leur jugement. Il ne saurait en être autrement, tant il est vrai que c’est un principe divin que nous nous rendions utiles les uns aux autres ; ainsi vouloir être indépendants des autres pour se suffire à soi-même, est un mal dont on ressentira tôt ou tard les graves conséquences.
« Par quel moyen le jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Ps. 119. 9).
Ceux qui sont intéressés par le détail des études sur la Parole de Dieu, les poésies et les sujets divers parus dans la Bonne Nouvelle, peuvent nous en faire la demande dans l’espace Questions et nous leur enverrons par mail.
Le moment des vacances d’été était arrivé. Les deux jeunes Norvégiens dont je vais vous parler s’en réjouissaient, tout comme le font les enfants de leur âge en France et en Suisse.
Nos amis, deux frères, se nommaient Olaf et André ; c’était de vigoureux garçons qui se plaisaient à escalader les rochers escarpés de leur pays natal.
Aussi, cet été-là, ils secouèrent gaiement la poussière de l’école et partirent tout joyeux pour le bord de la mer.
Très vite, l’air salin bronza leurs joues et le temps passa avec une grande rapidité. Bientôt nos deux compagnons durent songer au retour.
Mais avant de revenir à la maison, ils voulurent encore retirer un filet à poissons qu’ils avaient tendu aux abords d’une petite île peu éloignée du rivage. Sans souci aucun, nos deux garçons montèrent dans leur léger canot et débarquèrent dans l’îlot.
À peine avaient-ils mis pied à terre, qu’un coup de vent subit détacha leur nacelle mal assujettie et poussa l’embarcation vers la côte.
La solitude la plus complète régnait autour de nos amis ; pas trace de route dans ces régions sauvages et malheureusement, ni Olaf ni André ne savaient nager.
Ils se trouvaient vraiment dans une situation périlleuse. Sans aucun espoir de secours, ils se voyaient échoués sur un îlot absolument désert et les pauvres garçons ne savaient que décider ou entreprendre.
Pour comble de malheur, ils avaient laissé leurs vestes sur le rivage et se trouvaient ainsi vêtus uniquement de leurs chemises et de leurs pantalons de toile. C’est ainsi que la nuit les surprit.
Afin de se garantir quelque peu contre le vent qui soufflait avec violence, André et Olaf se construisirent une hutte grossière de pierres et de branchages. Une fois ce travail achevé, épuisés par la fatigue et par la faim, ils finirent par trouver dans le sommeil l’oubli momentané de leur triste situation.
Mais hélas ! les premières lueurs du matin vinrent les rendre à leur détresse. Ils avaient beau scruter l’horizon : aucune voile ne s’y profilait.
Pour apaiser la faim qui les tenaillait, l’îlot ne leur fournit qu’un peu d’herbe sèche et dure et cela encore en si petite quantité qu’ils n’en pouvaient recueillir que deux ou trois bouchées chaque jour.
C’est dans l’angoisse que l’on apprend à prier. Nos deux malheureux amis, dans leur extrême détresse, élevèrent leur voix et implorèrent le Seigneur afin qu’Il ait pitié d’eux.
Comme ils étaient reconnaissants de trouver ne fût-ce qu’une poignée d’herbage ! Et chaque fois qu’ils avaient mangé en remerciant Dieu pour sa bonté, ils sentaient la douleur qui leur tiraillait l’estomac se calmer pour un moment, et leurs bras reprenaient un peu de force.
Ainsi se passèrent plusieurs jours. Les enfants avaient laissé leur chien sur le rivage pour veiller sur leurs effets. Dans leur désespoir ils cherchèrent à l’attirer jusqu’à eux ; ils pensaient à le tuer pour apaiser leur faim.
Mais le fidèle gardien ne répondit à leurs appels que par des gémissements lamentables ; pendant trois jours, il attendit sur la plage, puis tristement s’en alla, lui aussi.
Six fois les garçons avaient vu le soleil disparaître et six fois il s’était levé pour éclairer leur misère ; puis, un matin, ô désespoir ! ils constatèrent que la provision d’herbe était épuisée.
De nouveau, ils se jetèrent à genoux et implorèrent le secours de Dieu ; et voilà que, soudain, leurs regards angoissés s’arrêtèrent sur une grosse touffe d’oseille bien juteuse. Comment pareille aubaine avait-elle pu passer inaperçue jusque-là ?
Ils ne le surent jamais, mais ce fut avec des larmes de joie et de reconnaissance qu’ils se partagèrent ce frugal repas.
Lorsqu’au matin du troisième jour les malheureux avaient vu partir leur chien, ils en avaient ressenti une grande tristesse. Et cependant Dieu, dans sa Providence, permit que l’animal devienne l’instrument de leur salut.
Se traînant à peine, réduit à l’état de squelette, la pauvre bête vint gémir devant la porte de la maison paternelle des deux frères. Les parents, déjà âgés, étaient fort angoissés par l’absence prolongée de leurs fils ; ils pressentirent un malheur.
Sans tarder, ils dépêchèrent un homme à la recherche des garçons. Celui-ci trouva bien leurs effets sur le rivage, mais n’apercevant aucune forme humaine aussi loin qu’il pouvait voir, et n’entendant pas le moindre son qui puisse trahir la présence d’un être vivant, il revint à la maison, concluant que les enfants disparus avaient été engloutis par la mer. Figurez-vous la douleur des pauvres parents !
Le sixième jour arriva. Olaf semblait près d’expirer. Il sentait dans tout son corps une douleur cuisante et il était devenu si faible qu’il ne pouvait plus se tenir sur ses pieds.
André, le plus jeune, mais cependant le plus vigoureux des deux frères, se traîna jusqu’à un tronc d’arbre que les flots avaient apporté sur l’îlot et, à l’aide de son couteau, il grava dans le bois un court récit de leur triste sort, il ajouta le vœu que, si leurs cadavres étaient retrouvés et ensevelis, on inscrivît sur la tombe les versets 23 à 26 du Psaume 73 : « Mais je suis toujours avec toi : tu m’as tenu par la main droite ; Tu me conduiras par ton conseil, et, après la gloire, tu me recevras. Qui ai-je dans les cieux ? Et je n’ai eu de plaisir sur la terre qu’en toi. Ma chair et mon cœur sont consumés ; Dieu est le rocher de mon cœur, et mon partage pour toujours », que lui et son frère avaient lus ensemble la veille de leur départ.
Il fallut bien des heures au pauvre enfant, épuisé comme il l’était, pour mener sa tâche à bonne fin. Cependant il en vint à bout, et lentement, le cœur serré et la tête vide, il se traîna de nouveau auprès de son frère dont la vie ne tenait plus qu’à un fil.
Une fois encore, ils prièrent ensemble, recommandant leurs âmes à leur Père céleste. Quel bonheur pour eux que, dès leur enfance, ils aient appris à connaître le chemin du salut !
Maintenant, en face de la mort, des passages des Écritures, entendus dans la maison paternelle, leur revenaient à la mémoire et leur apportaient la consolation dont ils avaient besoin.
Ils étaient tranquilles, malgré la position désespérée dans laquelle ils se trouvaient, parce qu’ils s’appuyaient sur l’œuvre accomplie pour eux par le Seigneur Jésus Christ.
La nuit vint. Les deux frères, étroitement enlacés, étaient couchés dans la hutte. De sommeil, il n’en était pas question. Olaf gémissait continuellement et André se sentait envahir par un engourdissement complet.
Tout à coup, de la côte leur parvint un son apporté par le vent. Ils tendirent l’oreille. Bientôt le doute ne fut plus possible ; ils perçurent distinctement le bruit produit par le galop de plusieurs chevaux.
Les mourants se soulevèrent ; ils unirent leurs faibles voix et jetèrent dans la nuit un appel désespéré. Les nouveaux arrivants devaient être parvenus à l’endroit où le bateau était échoué.
De nouveau, les garçons crièrent et ce qui leur restait de forces s’épuisa dans ce dernier élan… Leur voix fut entendue.
Quelques instants plus tard, le clapotis régulier des rames frappant l’eau parvint à leurs oreilles. Encore quelques minutes et ils se virent entourés par des figures amies, une nouvelle escouade que leurs parents avaient envoyée à leur recherche – ou du moins pour acquérir une certitude quelconque sur leur sort.
Nous renonçons à décrire la joie des deux garçons. Mais leur faiblesse était telle qu’ils perdirent connaissance et restèrent longtemps comme morts.
Leurs sauveteurs les transportèrent avec toutes sortes de précautions jusqu’à la terre ferme.
On réussit à leur faire avaler une gorgée de vin et une bouchée de pain, et ainsi ils furent portés jusqu’à la maison paternelle.
Là, entourés par l’affection, les soins et la tendresse de leurs parents, ils reprirent rapidement leurs forces et bientôt il ne leur resta plus que le souvenir de leur périlleuse aventure et de leur merveilleuse délivrance.
Cette expérience porta des fruits bénis dans les cœurs d’André et d’Olaf. Ils apprirent ainsi que « Dieu est notre refuge et notre force, un secours dans la détresse, toujours facile à trouver » (Ps. 46. 1) et que ceux qui s’attendent à Lui ne sont jamais confus.
Depuis plusieurs années la question de l’abolition de l’esclavage agitait violemment les esprits aux États-Unis. Un des plus ardents adversaires de l’esclavage était Abraham Lincoln.
Or, en 1860, Lincoln ayant été élu président de l’Union, il se fit une profonde scission entre les États du sud, partisans de l’esclavage, et les États du nord, opposés à cette institution inhumaine, cruelle et abominable.
Dix états déclarèrent se détacher successivement de l’Union et se constituèrent en Confédération indépendante. Ils élurent un président, adoptèrent une nouvelle capitale, Richmond, et opposèrent une armée à celle de l’Union.
Pendant quatre ans, les Confédérés livrèrent aux Fédéraux une suite de batailles où les succès et les revers se balancèrent longtemps.
Enfin les Fédéraux l’emportèrent : Richmond fut prise et incendiée en avril 1865, et cette terrible catastrophe amena la capitulation des divers corps d’armée confédérés.
Un riche propriétaire du Nord, M. Owen, ardent patriote, crut de son devoir de pousser son fils unique à prendre les armes pour la défense de l’intégrité de l’Union et contre l’esclavage.
Ce sacrifice lui coûta de grandes angoisses. Chaque jour il se préparait à la douloureuse nouvelle que son fils ait reçu quelque blessure, ou soit compté au nombre des morts.
Mais quelque chose de bien autrement terrible vint le frapper : il reçut la nouvelle que le jeune homme avait été surpris endormi à son poste de sentinelle et qu’il avait été condamné, vu la gravité du cas, à être fusillé dans les vingt-quatre heures…
Consterné, le père était en proie à la plus douloureuse agitation, lorsque sa fille Blanche entra et lui tendit une lettre, disant d’une voix étranglée : « C’est de lui ! »
C’était, semblait-il, un message venu d’outre-tombe. Le père prit la lettre d’une main tremblante, mais n’ayant pas la force de la lire, la porta à un ami. Celui-ci l’ouvrit et lut à haute voix ce qui suit :
« Cher père,
Quand ma lettre vous atteindra, je ne serai plus. Cette pensée me parut terrible, mais maintenant toute terreur est passée. On m’a assuré que je ne serai ni lié, ni bandé ; je pourrai mourir en homme.
J’avais espéré, cher père, que si je devais mourir, ce serait sur le champ de bataille, en combattant pour ma patrie ; mais être fusillé comme un malfaiteur, mourir pour avoir manqué à mon devoir, et presque trahi la patrie, ah ! mon père, cette pensée me fait horreur !
Mais il est nécessaire que tu saches tout, afin que tu ne te sentes pas humilié dans ton cœur ; plus tard tu pourras le faire savoir à nos amis et à mes camarades ; maintenant je ne puis ni ne dois en parler à aucun autre.
Tu sais que j’avais promis à la mère de Jacques Carr de prendre soin de son fils ; ainsi quand il tomba malade, je fis pour lui tout ce que je pus. Il n’avait pas encore repris ses forces quand il reçut l’ordre de reprendre le service.
Presque aussitôt nous avons dû marcher rapidement, et durant toute la journée qui précéda la nuit fatale, je cherchai à le soulager, en portant, outre mon bagage, tout le sien. Vers le soir on nous fit marcher si rapidement que même les plus forts étaient abattus par la fatigue ; Jacques certainement serait tombé le long de la route s’il ne s’était appuyé sur mon bras.
Nous arrivâmes au camp ; là je fus atterré d’entendre que Jacques devait monter la garde ; je lui dis aussitôt que je pouvais très bien prendre sa place ; mais j’étais, paraît-il, moi aussi trop fatigué !
Je m’endormis, et je crois que je ne me serais pas réveillé même à un coup de canon. On m’a dit que, vu les circonstances atténuantes, il m’est accordé un délai pour que j’aie le temps de vous écrire.
Ne gardez aucun ressentiment à mon colonel, cher père ; il est si bon, il aurait voulu me sauver, mais la loi militaire me condamne. Et moins encore vous devez accuser Jacques de ma mort : ce cher Jacques est désespéré et ne cesse de me supplier de le laisser mourir à ma place.
Je puis à peine penser à ma mère et à Blanche. Vous les consolerez, mon père, oh ! vous les consolerez ! Dites-leur que je meurs honnête, et qu’elles n’ont aucun motif d’avoir honte de moi.
C’est une dure épreuve. Que Dieu nous aide ! Il est près de moi, et sa présence m’est bien précieuse. Je sais qu’Il ne veut pas que je périsse ; Il regarde avec compassion le pauvre pécheur humilié, repentant, qui ne cesse de crier à Lui ; oui, Il m’a donné l’assurance qu’Il me prendra auprès de Lui pour vivre avec Lui, mon Sauveur, dans une vie meilleure.
Ce soir, au crépuscule, je vous verrai par la pensée pour la dernière fois, à l’heure où, selon votre habitude, vous rentrez des champs ; je vous vois tous m’attendant, comme il vous arrivait si souvent de le faire, mais je ne reviendrai plus…
Que Dieu vous bénisse tous, mes bien-aimés père et mère et sœur, et pardonnez à votre Benjamin ».
Le même soir, la porte de la maison s’ouvrait tout doucement, sans bruit, et une enfant assez jeune sortait, courant en hâte dans le sentier qui conduit à la ville. Il semblait qu’elle volait plutôt que de courir !
Deux heures après elle était à la station du chemin de fer, juste à temps pour prendre un train de nuit. Pauvre Blanche ! elle allait à Washington implorer pour son frère la grâce du président de la république, Abraham Lincoln.
Elle était partie sans que personne s’en doute, laissant seulement un billet pour expliquer son départ à ses parents. Elle portait avec elle la lettre de Benjamin ; il lui paraissait impossible qu’un cœur tel que celui du président puisse demeurer insensible s’il en entendait la lecture.
À peine arrivée à New York, le compatissant conducteur du train se chargea de la faire entrer aussitôt dans un express qui partait pour Washington, vu que la vie du frère pouvait dépendre de quelques minutes de retard. Aussi, dans un temps incroyablement bref, Blanche arriva au terme de son voyage, et se trouvait à l’entrée de la maison du président.
Lincoln était occupé à examiner des papiers importants qu’il avait à signer, lorsque la porte s’ouvrit doucement et Blanche se trouva devant lui, les yeux baissés et les mains jointes.
– Eh bien! ma fillette, que désires-tu de si bon matin ? dit-il d’un air bienveillant.
– La vie de Benjamin, monsieur, balbutia l’enfant.
– Benjamin ! Qui est Benjamin ?
– Mon frère, monsieur ; ils doivent le fusiller parce qu’il s’est endormi à son poste.
– Ah! je m’en souviens, dit Lincoln, parcourant du regard quelques-uns des papiers qui étaient sur la table. Ce fut un sommeil fatal, mon enfant ; c’était un moment de grave péril, et des milliers de vies auraient pu périr par cette coupable négligence.
– Mon père le dit aussi, suggéra timidement Blanche, mais Benjamin était si fatigué et Jacques si faible ! Il a fait la part de deux. Il incombait à Jacques et non à lui, mais Jacques était épuisé, et Benjamin n’a pas pensé que lui aussi l’était…
– Que dis-tu, ma petite ? je ne te comprends pas, voyons approche-toi, dit l’homme généreux, toujours content lorsqu’il pouvait trouver une excuse valable à une faute commise.
Blanche s’approcha. Lincoln lui prit la main, releva son visage pâle et angoissé, et l’encouragea à parler tranquillement. Alors elle lui raconta la triste histoire, et lui montra la lettre de son frère.
Le président la lut avec soin, puis sonna, écrivit quelques lignes en hâte et dit à un fonctionnaire :
– Expédiez cette dépêche immédiatement !
Se retournant vers Blanche, il ajouta :
– Retourne à la maison, ma chère enfant, et à ton père, qui eut le courage d’approuver la justice de son pays, alors que cette justice frappait son fils unique, tu diras qu’Abraham Lincoln estime une telle vie trop précieuse pour la laisser perdre.
Retourne donc, ou, si tu veux, attends jusqu’à demain : Benjamin aura besoin de quelques jours de congé, et pourra retourner à la maison avec toi.
– Ah ! que Dieu vous bénisse ! dit l’enfant toute tremblante d’émotion.
Deux jours plus tard, le frère et la sœur rentraient, comblés de joie, sous le toit paternel. Le père les étreignant sur son cœur s’écria :
– Seigneur ! tu es bon et miséricordieux !
Lecteur, comme cette simple histoire est belle et émouvante ! Certainement ton cœur fut ému en la lisant ; tes larmes ont coulé sans doute en voyant ce jeune homme gracié.
Il eût paru bien dur, n’est-il pas vrai, qu’il doive payer de sa vie un tel acte de dévouement envers un compagnon faible, maladif, ayant besoin de son aide.
Je pense que Jacques Carr n’aura plus jamais oublié que son ami fut sur le point de perdre la vie par amour pour lui et que, par un effet de la grâce de Dieu, il aura senti croître et se multiplier son amour à son égard.
S’il n’eût pas été reconnaissant pour les bienfaits reçus, il aurait été ingrat et méchant.
Et toi, lecteur, n’as-tu jamais pensé que tu as un Ami, qui t’a aimé d’un amour infini, et a fait pour toi infiniment plus que Benjamin pour Jacques ?
Peut-être me demanderas-tu surpris : « Qui est cet ami dévoué ? Je ne le connais pas et ne sais de quoi je dois lui être reconnaissant ».
Je te dirai qui il est et ce qu’il a fait pour toi. C’est Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui est venu dans ce monde pour souffrir et mourir pour toi : Il est mort sur la croix pour toi, pour moi, pour tous.
« Il a été blessé pour nos transgressions, meurtri pour non Iniquités », peuvent dire tous les pécheurs qui sont venus à Lui et ont accepté son sacrifice : par l’efficace du sang du Fils de Dieu qui à coulé sur la croix, ils sont purifiés de tous leurs péchés.
Hélas ! tous peuvent dire : « Nous avons tous été errants comme des brebis ; nous nous sommes tournés chacun vers son propre chemin ; et l’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous. Il a été opprimé et affligé, et il n’a pas ouvert sa bouche, il a été amené comme un agneau à la boucherie, et a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ; et il n’a pas ouvert sa bouche » (És. 53. 5 à 7).
Lecteur, as-tu accepté Jésus comme ton Sauveur ? as-tu été lavé dans son sang ? L’aimes-tu parce qu’Il t’a aimé le premier ?
Si tu n’as pas encore reçu le don de Dieu, Jésus, le tendre Ami du pécheur, cherche-Le tandis qu’on le trouve ; invoque-Le tandis qu’Il est près. Serait-ce en vain que Jésus serait mort pour toi ?
Pourquoi ne serais-tu pas un de ces bienheureux dont la transgression est pardonnée et dont le péché est couvert ? un de ceux auxquels il a donné le droit d’être enfants de Dieu, qui de tout leur cœur peuvent chanter :
Jean le baptiseur dit : « Et moi, j’ai vu et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu » Jean 1. 34.
Dans tous les écrits de l’apôtre Jean, le Seigneur Jésus nous est présenté comme le Fils de Dieu.
Dans son évangile, Jean parle du Fils de Dieu en qui nous croyons. Il est devenu Homme afin de nous apporter la grâce divine. Toutes ses paroles et toutes ses œuvres témoignent de Lui comme étant Celui qui est venu de Dieu le Père vers nous. À notre conversion, nous avons cru en son nom et nous l’avons reçu dans notre vie ; et en conséquence, Il nous a donné le droit d’être enfants de Dieu (Jean 1. 12).
Dans les épîtres de l’apôtre Jean, nous venons à la connaissance du Fils de Dieu comme Celui que nous aimons. Cela n’est possible que parce que Dieu « nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4. 10). Nous avons connu l’amour de Dieu pour nous lorsqu’Il a pardonné nos péchés et qu’Il nous a donné la vie éternelle, en conséquence de l’œuvre rédemptrice de son Fils. Nous sommes maintenant capables d’aimer le Fils de Dieu : « Nous, nous aimons, parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19).
Dans l’Apocalypse, où le Seigneur Jésus montre à son serviteur ce qui va arriver bientôt, Il se présente Lui-même comme Celui qui vient. Il est le Fils de Dieu en qui nous espérons. Nous l’attendons comme l’étoile brillante du matin qui nous emmènera au ciel avant qu’arrive le temps annoncé des jugements. Le Fils de Dieu Lui-même nous promet, au début et à la fin de la Bible : « Je viens bientôt » (Apoc. 3. 11 ; 22. 20).
« Maman prétend toujours que je devrais me rendre utile, disait à mi-voix Hélène Milloud, je voudrais bien savoir en vérité ce qu’elle veut que je fasse ! »
Hélène n’avait que douze ans, et elle s’imaginait qu’elle était trop jeune pour s’inquiéter, soit de la perte du temps, soit de l’usage qu’elle aurait dû faire des talents que Dieu lui avait confiés.
Il lui semblait que, pourvu qu’elle apprenne tant bien que mal ses leçons et les fasse, sans trop grogner, le travail de couture qui lui était imposée chaque jour, on ne pouvait rien lui demander de plus.
Elle s’imaginait que tous les soucis, toutes les difficultés, tous les travaux, tout ce qui donnait quelque peine, devaient être la part des grandes personnes, tandis que tous les plaisirs étaient le partage naturel des enfants.
« Il est clair que je travaillerai quand je serai grande, se disait-elle, mais maintenant j’aime mieux m’amuser ».
C’est ainsi qu’Hélène, tout en pensant que, dans l’avenir, elle accomplirait de très grandes choses, ne pratiquait jamais aucun des devoirs qui devaient pourtant devenir un jour les habitudes de sa vie.
Elle se tenait à une fenêtre, regardant dehors, lorsqu’elle prononça à mi-voix les paroles que nous avons citées en commençant ce récit.
Sa mère entrait à cet instant dans la chambre, et l’ayant entendue, elle lui dit :
– Veux-tu que je te montre comment on peut se rendre utile ?
– Si tu veux, maman, répondit-elle avec indifférence.
– Eh bien, va mettre ton chapeau et tu sortiras avec moi.
Hélène remarqua que sa mère portait au bras un panier bien plein, et elle pensa : « Maman veut que je me rende utile en portant son panier ; mais elle devrait bien savoir que je ne puis accepter de porter un panier, surtout dans les rues ! »
Mais sa mère ne lui demanda pas de porter son panier.
La conscience d’Hélène lui reprochait son égoïsme et elle se disait pour se justifier : « Pourquoi est-ce que maman n’a pas pris Anna pour porter ce panier ? Certes elle n’a pas trop de travail à faire !
Mme Milloud vit qu’Hélène détournait les yeux du panier, et elle comprit qu’il y avait une lutte dans son esprit ; mais elle ne lui dit rien, elle voulait que la leçon vienne d’un autre côté.
Bientôt Hélène, très paresseuse, se trouva fatiguée de marcher, et dit :
– Est-ce encore loin, maman ? Tu seras fatiguée. Ne vaudrait-il pas mieux prendre une voiture ?
– Je ne suis pas le moins du monde fatiguée, mon enfant. Je crains que tu ne parles pour toi plutôt que pour moi, ajouta-t-elle en souriant.
La fillette sentit que si elle avait pensé à la fatigue de sa mère, elle aurait offert de porter son panier.
Elles marchèrent encore un moment, puis Mme Milloud s’engagea dans une ruelle, et arriva devant une maison de pauvre apparence.
Après être montées trois étages, elles s’arrêtèrent devant une porte ; Mme Milloud heurta.
Une douce voix répondit : Entrez !
La mère et la fille se trouvèrent bientôt dans une chambre qui pouvait aussi servir de cuisine.
Hélène regarda autour d’elle avec surprise ; elle n’avait jamais pensé qu’on puisse vivre ainsi et tout faire dans une seule pièce.
La voix qu’elle avait entendue était celle d’une personne jeune encore, quoique ses cheveux soient déjà tout gris.
Elle était assise dans son lit, soutenue par des oreillers, et tricotait très rapidement. Elle posa son ouvrage pour tendre la main à Mme Milloud, et le brillant sourire qui illumina sa figure montra clairement la joie que lui faisait cette visite.
– Je vous ai enfin amené ma fille Hélène dont je vous ai souvent parlé.
Hélène, mon amie que tu vois ici s’appelle Olivia Grin.
Hélène s’avança et tendit la main à la malade ; puis, lorsqu’elle la vit si heureuse de recevoir le contenu du panier, elle regretta presque de n’avoir pas aidé à le porter.
– Oh ! Madame, que vous êtes bonne, dit la malade. Que Dieu est bon de me susciter de si gentils amis ! Je ne puis être assez reconnaissante envers Lui…
Je suis toujours couchée et je n’ai pas besoin de grand-chose, mais ma mère a besoin, à son âge, d’une nourriture fortifiante.
– Vous êtes toujours couchée ? s’écria Hélène. Est-ce que vous ne vous levez jamais ?
– Non. On me soulève seulement de temps en temps pour arranger mon lit. Je suis sûre qu’il y a plus d’années que je suis couchée ici, que vous n’en avez.
– J’ai douze ans.
– Eh bien, il y a quinze ans que j’ai eu l’accident qui m’a privée de l’usage de mes jambes.
– Racontez cela à ma fille, dit Mme Milloud.
– Depuis que je suis toute petite, j’ai dû travailler dans une usine, de sorte que je n’ai pas eu le temps d’apprendre à lire, ni à écrire, ni à coudre, ni rien en un mot.
Mon père et ma mère travaillaient aussi à la fabrique, et quand mon père mourut, il me fallut travailler d’autant plus.
Je ne vous raconterai pas mon accident ; il y eut sans doute de ma faute, je m’approchai trop des machines, et la conséquence fut qu’après beaucoup de souffrances, on me rendit enfin à ma mère en me déclarant complètement incurable !
Je n’avais alors que dix-sept ans ; aussi, vous pouvez vous imaginer combien cette sentence me parut épouvantable ! Je dis à ma mère :
– Si je suis incurable, les docteurs ne pourront me faire aucun bien, de sorte que je puis facilement me passer d’eux ; je crois qu’il faut prendre patience jusqu’à ce que je puisse aider de nouveau.
Ma mère éclata en pleurs et me dit :
– Ma pauvre enfant, tu ne pourras jamais plus travailler.
– Non, lui dis-je, et j’ai pris mon parti d’avoir mes jambes inutiles. Ce qui m’afflige surtout, c’est que mes doigts soient aussi inutiles.
– Mais vous pouviez pourtant remuer vos mains ? s’écria Hélène qui avait suivi ce récit avec le plus grand intérêt.
– Oui, j’ai toujours eu l’usage de mes mains mais, malgré cela, elles n’en étaient pas moins inutiles.
– Est-ce que vous n’aviez jamais eu l’occasion d’apprendre à travailler de vos mains ? dit Hélène.
– J’aurais pu apprendre si je l’avais voulu ; mais j’étais jeune et il me semblait qu’après mes heures de travail, j’avais bien assez fait.
Je ne savais donc ni bien coudre, ni tricoter ; je ne savais faire que l’ouvrage de l’usine et, jusque-là, j’étais toujours sûre de gagner ma vie.
J’aimais beaucoup courir et m’amuser, je ne voulais pas aller à l’école du soir, et j’étais ainsi arrivée à l’âge de dix-sept ans sans rien savoir de ce qu’une femme devrait toujours connaître.
Je pensais que j’aurais toujours le temps d’apprendre ; mais je compris maintenant et je regrette le temps et les occasions que j’avais perdus ! Mais cela m’appris que je devais plus prier.
– Est-ce que votre mère ne vous avait pas enseigné à prier ?
– Oui, sans doute, elle me disait de prier le matin et le soir, mais ce n’est que lorsque j’ai senti un pressant besoin du secours de Dieu et de son pardon, que j’ai appris à prier réellement.
Ce dont j’avais besoin, c’était de trouver un moyen d’utiliser mes mains, et Dieu m’a accordé ma demande.
– Comment cela ?
– J’étais ainsi préoccupée, lorsque votre mère venait chez nous. Elle avait appris ce qui m’était arrivé, et elle venait pour me consoler, et surtout pour m’enseigner où je trouverais la vraie consolation.
Elle me parla de Jésus, de sa vie, de sa mort et de sa gloire auprès du Père où Il intercède en notre faveur.
En l’entendant, mon cœur fut d’abord rempli de douleur à la pensée de mes péchés, puis de reconnaissance en apprenant que j’avais un tel Sauveur.
– Votre mère me témoigna tant de bonté que je lui confiai le grand chagrin que j’avais de ne pouvoir rien faire pour gagner ma vie. Alors elle me lut la parabole des talents et me montra que ce que Dieu demandait, c’était seulement de faire valoir le talent qu’Il nous avait confié.
Puis elle continua :
– Vous avez encore vos mains, ma chère Olivia et, si vous le voulez, je me chargerai bien volontiers à vous enseigner à vous en servir avec profit.
La malade s’arrêta, et prenant son travail, elle le montra à Hélène en lui demandant comment elle le trouvait.
– Magnifique ! Je voudrais bien savoir travailler comme cela… mais je pense que je le pourrai tout naturellement quand je serai grande.
– Savez-vous qui m’a enseigné à travailler ainsi ; à faire encore beaucoup d’autres ouvrages et, bien mieux, à lire et à écrire ?
Oui, mademoiselle, vous avez raison de regarder votre mère, c’est elle qui est l’amie que Dieu m’a envoyée en réponse à mes prières.
Personne ne saura jamais quel temps elle m’a consacré et quelle patience elle a eue avec moi. Maintenant, on a la bonté de me fournir du travail, et je gagne assez pour les premiers besoins de notre vie.
Nous avons aussi de bonnes voisines qui viennent volontiers nous donner un coup de main, et ainsi il ne nous manque rien et nous sommes très heureuses !
Olivia se tut.
Mme Milloud regarda sa montre et dit :
– Il nous faut partir ; mais j’espère que ma fillette n’oubliera pas ce qu’elle vient d’entendre.
– Oh ! non, maman, dit Hélène d’un ton convaincu.
Et, se levant, elle serra affectueusement la main de la malade.
– Ma mère sera triste de ne pas avoir été ici pour vous voir, madame, mais je l’ai engagée à sortir un peu par ce bel après-midi.
Si vous désirez reprendre le panier, j’appellerai notre voisine, Mme Martin, pour qu’elle le débarrasse.
– Non, ma chère Olivia, nous laisserons le panier, car je pense que votre mère préférera le vider elle-même.
Viens, Hélène, ma chérie, je crains que nous ne soyons en retard.
Et après avoir dit affectueusement adieu à la malade, Mme Milloud partit avec sa fille.
Tandis que Mme Milloud et Hélène retournaient chez elles, celle-ci était très silencieuse, et sa mère se garda bien de la distraire de ses pensées.
Ce fut Hélène qui rompit enfin le silence, en disant :
– Maman, me permettras-tu d’aller demain chercher le panier ?
– Certainement, ma chérie, si cela te fait plaisir de faire cette course.
– Cela me fera plaisir de revoir Olivia… Dis-moi, quel bonheur que tu lui aies enseigné tant de choses !
– Cela a aussi été un bonheur pour moi, car si j’ai pu lui enseigner quelques petites choses, elle m’en a enseigné de bien plus grandes.
– Comment cela, maman ?
– Je ne puis te l’expliquer maintenant ; mais je crois que si tu vois souvent Olivia, tu comprendras bientôt par toi-même ce que je veux dire.
– J’irai demain, maman, puisque tu me le permets.
Le jour suivant, Hélène n’oublia pas d’aller chercher le panier ; mais avant de partir, elle dit à sa mère :
– Si Olivia est toute seule, puis-je rester un moment avec elle ?
– Oui, ma chérie, si cela te fait plaisir.
Hélène marcha beaucoup plus vite que la veille, de sorte que la distance lui parut bien moins longue.
Elle frappa à la porte de la chambre habitée par Olivia et sa mère, et entendit la voix paisible d’Olivia l’invitant à entrer.
– Hélène ! dit la malade. Quelle surprise de te voir déjà aujourd’hui ! Prends une chaise.
Hélène prit une chaise en disant :
– Maman m’a permis de rester un moment, si vous étiez seule et que cela ne vous dérange pas.
– Cela me fera le plus grand plaisir, car il y a bien longtemps que je désirais faire ta connaissance. Je me demandais toujours si tu ressemblais à ta gentille mère.
– On dit que je ressemble surtout à papa, au moins le visage.
– Eh bien, si tu ressembles à ta mère pour le reste, tu amèneras la joie partout où tu te présenteras.
La fillette sentait fort bien qu’elle ressemblait encore moins à sa mère par son cœur et son âme que par son apparence extérieure ; mais comme cette pensée ne lui était pas agréable, elle détourna la conversation en disant :
– Je ne sais pas ; j’espère que cela viendra, en grandissant, mais je n’ai pas encore essayé.
Cependant, quand je vous vois travailler, j’ai presque envie d’apprendre aussi à tricoter et à crocheter.
– Je te l’enseignerai volontiers, si tu veux.
Hélène se laissa facilement persuader, et Olivia, prenant aussitôt des aiguilles et de la laine, se mit patiemment à donner sa première leçon.
Cela n’alla pas très bien au commencement, et Hélène fut plus vite fatiguée qu’Olivia ; cependant elle avait appris à tenir les aiguilles et à faire une maille, lorsqu’une jeune femme ouvrit la porte et entra dans la chambre avec un gros poupon dans ses bras.
Celui-ci se mit à pousser des cris de joie en apercevant Olivia, et il lui tendit ses petits bras.
– Ah ! petit malin ! s’écria la mère, tu connais ceux qui te gâtent !
Je suis venue, continua-t-elle, pour voir si vous pourriez me garder un peu ce petit ; j’ai plusieurs commissions à faire, et je les ferai infiniment plus vite si je puis y aller sans lui.
– Oui, sans doute, madame Martin ; je le garderai volontiers. Viens vers moi, Jeannot.
Mme Martin donna un bon baiser à son poupon, le mit dans les bras d’Olivia et partit pour aller faire ses commissions.
– Comment pouvez-vous vous charger de ce gros garçon ? dit Hélène. C’est si fatigant de garder les enfants ! Chaque fois que je veux soigner un moment mon petit frère, je n’en peux plus après.
– J’aime tellement ce cher petit ! Tu ne peux comprendre comme cela m’égaie de le voir rire, de l’entendre gazouiller et de sentir ses chères petites mains dodues me caresser le visage !
Mais c’est aussi un grand bonheur pour moi de pouvoir rendre un petit service à sa mère. Tu n’as aucune idée des services qu’elle nous rend. Elle ne trouve jamais rien de trop difficile quand c’est pour nous aider.
Cette conversation ne continua pas sans interruption, car Jeannot n’entendait pas être laissé de côté, et il fallait constamment s’occuper de lui.
Hélène ne faisait pas mine de s’en aller, car elle était intéressée par tout ce qu’elle voyait.
Ce fut Olivia qui lui dit enfin :
– J’aime beaucoup vous garder ici, ma chère enfant, mais ne craignez-vous pas que votre mère ne soit en peine à votre sujet ?
Hélène se leva, prit le panier et promit de revenir. Elle remercia Olivia de la peine qu’elle s’était donnée pour elle, secoua le bras potelé du petit bout d’homme, et se hâta de reprendre le chemin de la maison.
Elle ne raconta pas à sa mère ce qui était arrivé, mais Mme Milloud reconnut, à divers petits indices, qu’il y avait une différence dans les actions de sa fille.
Elle se mit à accomplir, sans qu’on le lui dise, certains petits devoirs qu’elle cherchait auparavant à esquiver. Elle consolait son petit frère, cherchait les joujoux qu’il avait perdus et passait de bons moments à l’amuser.
Le soir de ce premier jour, quand Hélène fut dans sa chambre, elle se mit à genoux pour prier, au lieu de répéter nonchalamment des phrases sans y mettre son cœur, elle pensa à une parole que lui avait dite Olivia et qui l’avait beaucoup frappée : « J’ai demandé à Dieu de tout mon cœur ce dont j’avais besoin » et elle se dit : « J’ai grand besoin, moi, de devenir sage, afin d’être la joie et la consolation de ma mère, aussi je vais le demander à Dieu de tout mon cœur ».
La première fois qu’Hélène put retourner chez Olivia, elle trouva Mme Grin qui introduisait un vieillard dans la chambre, et elle reconnut bientôt qu’il était aveugle.
– Vous arrivez au bon moment pour voir ma mère et un de nos meilleurs amis, lui dit la malade.
Il demeure à quelques pas et, comme il n’y voit pas pour lire, maman va le chercher et je lis pour tous trois. Quel bonheur que j’aie une si bonne vue !
– Ah ! je le crois bien, dit le vieillard. Personne ne peut savoir quelle épreuve c’est de ne plus voir la lumière bénie du soleil, de ne plus voir les belles fleurs, de ne plus voir un visage aimé !
Olivia demanda à Hélène de faire la lecture à sa place, mais elle répondit qu’elle préférait écouter.
Bien des fois, soit à la maison, soit à l’école du dimanche, elle avait déjà entendu les paroles qui furent lues, elle les savait même par cœur, et pourtant elles lui parurent toutes nouvelles ce jour-là, quand elle entendit Olivia les lire d’une voix claire et expressive.
La lecture finie, la leçon de tricot commença. Les progrès d’Hélène, cette fois-ci, furent bien plus marqués, car elle commençait à ressentir le désir de devenir utile.
Pendant les six mois qui suivirent, les visites d’Hélène à Olivia devinrent de plus en plus fréquentes, et, à mesure que les semaines se succédaient, Mme Milloud voyait, avec joie et reconnaissance, que le caractère de sa fille s’améliorait considérablement.
Hélène ne parlait plus, comme autrefois, de tout ce qu’elle ferait quand elle serait grande ; mais, avec le secours du Seigneur qu’elle implorait constamment, elle essayait de se rendre utile au moment même.
Elle gagnait ainsi l’affection de tous ceux qui l’entouraient et, de jour en jour, elle comprenait mieux qu’il valait bien la peine d’obtenir cet amour même au prix de quelques sacrifices.
Le jour d’anniversaire de Mme Milloud, Hélène entra de bonne heure dans la chambre de sa mère et lui apporta quelques petits ouvrages qu’elle avait eu le plaisir de faire pour elle.
– C’est Olivia qui t’a enseigné à travailler ainsi ? lui dit sa mère en l’embrassant. Mais tu n’as jamais pu avoir le temps de faire tout ce travail pendant les visites que tu lui as faites ?
– Oh ! non, maman, mais je me suis levée de bonne heure pour travailler, quand j’ai su le faire toute seule. Mais je n’aurais jamais persévéré sans les encouragements d’Olivia, et sans son exemple.
Je me disais qu’elle faisait tellement avec si peu de forces ; et j’avais honte de faire si peu, moi qui ai tous mes membres et toutes mes facultés.
– Tu te rappelles, ma chérie, que lorsque je t’ai emmenée pour la première fois voir Olivia, je t’avais dit que je te montrerais comment on peut se rendre utile.
– Oh ! oui maman, et je n’oublierai jamais ce que j’éprouvai quand j’entendis cette pauvre infirme, couchée constamment dans cette misérable chambre, parler avec tant de cœur de la miséricorde de Dieu en sa faveur ! Je ne pouvais comprendre de quoi elle pouvait être reconnaissante.
Puis, c’est si touchant de voir faire tout ce qu’elle peut pour les autres, en travaillant sans se lasser et toujours joyeusement, pour procurer le nécessaire à sa mère.
Mme Milloud écoutait sa fille, les yeux rayonnants de joie. Hélène reprit :
– Je lui ai demandé une fois si elle ne pensait pas avec un grand regret à son accident, et si elle ne préférait pas que ce ne lui soit pas arrivé.
Elle me répondit : Non, je ne voudrais pas qu’il en soit autrement. Quand j’étais forte et bien portante, je ne pensais pas à Dieu, je ne L’aimais pas, et je n’étais jamais reconnaissante de ses bienfaits envers moi.
Je ne savais ni lire ni prier. Je ne savais pas même que j’étais une pécheresse ! Mais, par cette épreuve, Dieu m’a enseigné à Le connaître et à L’aimer. Jésus est mon Sauveur et je ne me sens jamais seule, car Il est toujours auprès de moi ! »
– Je ne pourrais jamais te répéter, maman, tout ce qu’elle m’a raconté, mais j’ai bientôt compris ce que tu m’avais dit, qu’Olivia t’avait enseigné encore plus de choses que tu n’avais pu lui en apprendre.
Pour moi, j’ai vu comme j’étais égoïste, inutile, ingrate ! Je suis encore bien loin de ce que je devrais être, mais je désire faire toujours mieux, je prie Dieu de m’aider, et il me semble qu’Il le fait.
Enfin Mme Milloud dit :
– Ma récompense est magnifique ! Dieu m’a aidée à venir au secours d’une de ses brebis affligées, et Il a accompli sa promesse en me rendant au centuple ce que j’avais fait pour Lui !
C’était en juin 1875, pendant la semaine des inondations, semaine de sinistre mémoire pour les riverains de la Garonne, de l’Adour et des autres cours d’eau de la région pyrénéenne.
Un train en retard de plusieurs heures arrivait en gare de la petite ville de B.
Le premier voyageur qui descendit, ou plutôt s’élança hors d’une voiture du train, fut un jeune garçon de treize à quatorze ans, échappé pour quelques jours de son lycée, grâce à une circonstance de famille.
– Enfin, vous voilà, monsieur Charles ! et vous n’êtes pas noyé, s’écria en s’avançant vivement, une femme chaussée de sabots, et enveloppée d’un capulet rouge, sorte de capuchon en usage dans le pays.
– Comme vous voyez, Marceline, répondit le lycéen. Et il lui serra amicalement la main, bien qu’une ombre de déception ait passé sur son visage à la vue de la seule personne qui l’ait attendu.
Charles tendit à la bonne sa petite valise et, lui disant rapidement quelques mots, il allait la quitter lorsqu’elle le retint par le bras. Alors une discussion s’engagea entre eux.
– Il le faut, Marceline, disait le jeune garçon en se dégageant, je vous dis qu’il le faut, puisque je l’ai promis à mon camarade.
– Promis d’aller courir à huit kilomètres d’ici, par ce temps effroyable, dans des chemins impossibles, si même il en existe encore par là-bas !…
– Eh bien, Marceline, attendez un instant ; vous remettrez ceci à ma mère.
Charles sortit de sa poche un crayon et un morceau de papier, et traça à la hâte les lignes suivantes :
« Arrivé sain et sauf, chère maman ; mais contraint, avant de t’embrasser, d’aller à un village voisin porter un message urgent de mon brave camarade Étienne.
J’ai promis que sa famille l’aurait aujourd’hui, et il est déjà tard.
Ne gronde pas Marceline, qui voulait me retenir à toutes forces, et ne sois pas fâchée contre moi, mère, je fais mon devoir… »
Le lycéen remit son billet à Marceline ; puis repoussant le parapluie qu’elle voulait lui faire accepter, il partit en courant dans la direction de la ville qu’il devait traverser avant d’atteindre la grande route. La pluie tombait avec une persistance inusitée.
Il est probable que, quand sa tunique commença à jouer le rôle d’éponge et qu’une impression désagréable d’humidité l’atteignit aux épaules, Charles regretta d’avoir refusé l’offre de Marceline.
Pourquoi donc les enfants confondent-ils si souvent l’imprévoyance et la témérité avec le vrai courage ?
Charles ne fut pas surpris de trouver presque désert l’intérieur de la ville : on se portait naturellement vers l’Adour dont parfois les mugissements furieux arrivaient jusqu’à lui.
La route suivait à diverses reprises la rive gauche de ce fleuve, qu’il n’avait jamais vu en cet endroit que sous la forme d’un modeste ruisseau roulant ses ondes limpides sur un lit caillouteux, protégé par d’épais rideaux de verdure.
Comme il s’attendait peu au spectacle qui frappa ses regards.
À quelques pas de la ville, la route avait disparu. Là où elle se déroulait naguère comme un large ruban, les eaux se précipitaient furieuses.
Déjà, sur leur passage, entraînant, comme pour se faire aider dans leur œuvre dévastatrice, d’énormes pierres et des quartiers de roche, elles avaient déraciné les arbres, emporté les ponts, détruit des granges et même des habitations humaines.
Pour poursuivre son chemin, Charles dut monter sur une éminence, où se pressait une foule consternée.
Notre lycéen commençait à se sentir inquiet. On lui dit que la route était coupée en d’autres endroits, que tous les cours d’eau des vallées secondaires avaient débordé, et que l’on ne pouvait parvenir aux villages et aux hameaux de la rive gauche qu’en suivant les coteaux, ce qui allongeait singulièrement la route, en admettant même qu’on ne se perde pas dans les bois et les landes.
– Enfin, on peut y arriver ; j’irai donc, dit Charles en reprenant résolument sa marche au pas de gymnastique, et en ajoutant à part soi : Si je remettais à demain, et que le vieux grand-père vienne à mourir cette nuit, je ne me le pardonnerais jamais.
On le suivit des yeux avec une certaine inquiétude.
La pluie avait enfin cessé ; mais l’après-midi s’avançait. Pendant trois quarts d’heure, Charles marcha aussi rapidement que le permettait le sol détrempé.
Les fermes habitées devenaient rares, et il ne rencontrait plus que quelques paysans ahuris qui venaient constater les dégâts faits à leurs granges, la nuit précédente, par les pluies torrentielles et la brusque fonte des neiges qui en était la conséquence.
Grâce à ces rencontres pourtant, mais non sans de fréquents détours, il se maintint dans la bonne direction, mais la marche devenait de plus en plus difficile.
Tantôt c’était un ruisseau débordé qu’il s’agissait de franchir, tantôt une vaste prairie transformée en marécage, ou bien une autre à pente rapide, devenue tellement glissante que le pauvre garçon tomba plusieurs fois.
Fort heureusement, il ne se fit point de mal ; mais représentez-vous l’état de sa veste et de son pantalon ! Quant à ses souliers, la boue dont ils étaient couverts les rendait d’une lourdeur insupportable. Mais ces inconvénients n’étaient rien à côté des difficultés qui l’attendaient encore.
Notre jeune voyageur, comptant sur un long crépuscule de juin, s’était flatté de franchir avant la nuit un ravin de l’autre côté duquel, lui avait-on dit, se trouvait le village, but de sa course : il oubliait que dans les régions montagneuses, le jour disparaît avec une rapidité à laquelle s’habituent difficilement les habitants de la plaine.
À peine atteignait-il le bord du ravin que déjà il ne distinguait plus les objets. Or, il s’agissait de descendre une pente abrupte et entièrement boisée.
Tout au fond de la gorge, on entendait gronder un torrent. La situation était critique, et notre héros ne se sentait pas rassuré.
Charles prêta l’oreille, espérant entendre le pas de quelque villageois que l’inondation aurait, comme lui, détourné des chemins battus ; il n’entendit rien. Il voulut appeler à l’aide ; mais l’impression que lui causa, au milieu de ces solitudes, l’écho de sa propre voix, l’empêcha de renouveler la tentative.
« Que je sorte seulement de cette forêt avant que l’obscurité soit complète, se dit-il, et il me semble que tout ira bien. L’autre côté sera rude à gravir ; mais j’ai aperçu un chemin passablement tracé. Le village est à mi-côte ».
Là-dessus, Charles saisit une forte branche de hêtre pour point d’appui, et descendit en droite ligne. S’accrochant ainsi d’arbre en arbre, il réussit à franchir en quelques secondes une distance assez considérable ; mais bientôt il ralentit son allure : le bruit du torrent devenait de plus en plus terrible.
La pensée qu’un faux pas suffirait pour le précipiter dans l’abîme l’effraya au point de le paralyser. Il demeura plusieurs minutes, cramponné à un tronc d’arbre, absolument incapable d’avancer ou de reculer…
Pendant ces minutes d’angoisse, qui lui parurent des siècles, que d’images, que de souvenirs envahirent son esprit !
Il pensa à sa famille, à sa mère surtout, qui l’attendait dans une mortelle anxiété, et qui ne le verrait plus, peut-être… Des fautes presque oubliées lui revinrent à la mémoire : conversations légères, manque de droiture, dimanches profanés…
Et le torrent mugissait, toujours plus fort, semblait-il, au-dessous de lui, et il sentait ses forces l’abandonner…
Alors Charles se demande s’il n’a point eu tort de tenter cette dangereuse aventure ?
Oh bonheur ! La réponse de sa conscience lui rend force et courage : « Tu fais ton devoir ; Étienne compte sur toi, et son dernier mot a été : Le temps presse ».
« Mon Dieu, protège-moi », murmure avec ferveur le jeune lycéen. Et il reprend sa périlleuse descente.
Autant qu’il peut s’en rendre compte dans les ténèbres, il approche du fond de la gorge ; mais que trouvera-t-il sous ses pieds ? Si le chemin qui certainement existe sur la lisière du bois était envahi par les eaux ?…
Le paysan qui, le dernier, a renseigné Charles, n’avait pas mentionné ce torrent. Sans doute, ce n’est en temps ordinaire qu’un mince filet d’eau facile à franchir ; mais maintenant ?
Enfin les pieds de Charles ne rencontrent plus ni arbres ni broussailles pour les soutenir. Il est donc sorti de la forêt ; ce dont il s’aperçoit d’ailleurs en découvrant au-dessus de sa tête un coin du ciel gris. Mais comment poursuivre sa marche ?
Assurément, il a déjà vaincu bien des obstacles ; mais celui-ci n’est-il pas insurmontable ?…
Un véritable désespoir envahit l’âme du pauvre enfant à mesure qu’il suit et remonte le lit du torrent sans découvrir trace de pont. Habituellement, sans doute, on le traverse sur quelques-unes de ces pierres qu’on entend maintenant s’entrechoquer sous le choc des eaux tumultueuses.
Si au moins il pouvait s’assurer de la profondeur de l’eau, étudier les endroits propices pour tenter le passage, mais tout est devenu impossible, même le retour en arrière. Il fait nuit ! c’est l’inaction forcée jusqu’à ce que le jour reparaisse ; dangereuse, fatale inaction dans l’état où se trouve le pauvre Charles : absolument trempé et n’ayant aucun moyen de se procurer ni feu, ni nourriture !
Ch. 2
Tandis que Charles se voyait ainsi contraint de renoncer à tenir la promesse qu’il avait faite le matin à son camarade Étienne, l’événement confirmait, hélas ! les paroles de ce dernier : « Le temps presse ».
Pour les habitants du village, comme pour le jeune voyageur seul au fond du ravin, la nuit venait d’étendre son voile sur les scènes de désolation qu’avait éclairées cette longue journée.
Entrons dans la chaumière qui se trouve un peu isolée, à l’entrée de la première ruelle. Une chandelle de résine jette un rayon blafard sur le visage d’une petite fille assise près de la table.
Cette enfant, qui peut avoir dix à onze ans, tient son regard anxieusement fixé sur le lit où un vieillard, les yeux fermés, les traits rigides, semble dormir de son dernier sommeil.
– Grand-père, dit-elle enfin d’une voix tremblante, comme vous dormez longtemps ! Réveillez-vous, j’ai peur…
Les paupières du vieillard se soulevèrent imperceptiblement. L’enfant se leva, et s’approcha du lit sur la pointe des pieds.
Le malade, semblant deviner sa présence, fit un effort pour secouer son engourdissement.
– Jenny, dit-il faiblement, es-tu seule ?
– Oui, grand-père, personne ne vient ce soir. Ils ont été si occupés dans les prairies où il y a tant d’eau.
– Tant… d’eau…, répéta le vieillard, comme s’il cherchait à rassembler ses idées.
– Ah !… l’inondation… Elle a emporté notre champ, Jenny.
– Et quand je serai mort, on vous prendra la maison.
– Pauvre Étienne, il n’a pas une bourse entière… il faudra qu’il quitte le lycée ».
Et dans un état de demi-divagation, toujours les yeux fermés, le vieillard, songeant à la fille qu’il avait perdue, poursuit : « Ma fille, mon Étiennette, ne sois pas fâchée contre ton vieux père… il a fait ce qu’il a pu pour tes enfants ».
La petite Jenny écoute, consternée. Son grand-père était malade depuis longtemps.
Les attaques successives le retenaient souvent alité ; mais jamais elle ne l’avait entendu parler d’une façon aussi étrange, jamais son visage ne lui avait paru aussi altéré.
Il est probable que, sous l’influence des sinistres nouvelles que lui avaient apportées les voisins, et en apprenant en particulier la perte de son champ, le vieillard, sans que personne s’en soit aperçu, avait eu une nouvelle attaque. La fin était proche.
Si inexpérimentée que ait été Jenny, elle en eut une sorte de pressentiment, et elle courut appeler la voisine qui d’ordinaire venait l’aider dans le ménage et donner quelques soins au vieillard.
Malheureusement le gendre de cette femme s’était blessé en s’efforçant, avec d’autres villageois, d’établir un barrage contre les eaux ; elle se trouvait donc retenue chez sa fille.
Une autre voisine répondit à l’appel de l’enfant ; mais, préoccupée de ses propres affaires, elle se borna à s’assurer que rien d’indispensable ne manquait dans la chaumière.
Le vieillard, qui ne parlait plus, lui parut dormir assez paisiblement ; aussi engagea-t-elle Jenny à aller se reposer.
Mais la petite fille restait inquiète, le cœur oppressé, l’esprit troublé de mille craintes qu’elle n’aurait pu définir.
En se couchant dans la pièce voisine dont la porte demeura ouverte, elle eut soin de laisser brûler une chandelle. Plusieurs fois, dans la nuit, elle s’éveilla en sursaut, et dirigea vers le lit de son grand-père un regard plein d’épouvante.
Une fois, rassemblant tout son courage, elle se leva et s’approcha du malade dont les yeux étaient toujours fermés. Jenny, en se penchant, l’entendit respirer : « Il dort encore, pensa la petite fille ; oh ! si demain il pouvait être mieux !… »
Peu à peu, son souhait devenant une sorte d’espoir, elle se rendormit plus calme.
Lorsque Jenny se réveilla, la chandelle était éteinte ; mais l’aube matinale laissait pénétrer un peu de lumière par les volets entrebâillés de la petite fenêtre.
Jenny sauta de son lit en entendant son grand-père parler de nouveau de cette voix étrange qui l’avait tant impressionnée le soir précédent.
– Que tout est sombre ! disait-il.
La petite s’empressa d’ouvrir la fenêtre ; mais il ne parut pas s’en apercevoir, et continua :
– C’est le passage de ce monde à l’autre, et il faut m’y engager seul… Seul ! répéta-t-il, seul !
Et dans ses yeux, maintenant grand ouverts, se lisait une indicible angoisse.
– Grand-père, dit Jenny, je suis là, moi, près de vous. La voisine viendra bientôt peut-être ; mais il doit être de bonne heure, il fait à peine jour.
Pour la première fois, le vieillard ne sembla pas reconnaître la voix de sa petite-fille, de cette enfant que, depuis l’âge de cinq ans, il entourait de son affection et de la plus touchante sollicitude.
Il était arrivé à ce moment suprême où tous les liens terrestres se détachent, où les préoccupations légitimes ou coupables qui ont absorbé la vie s’effacent devant cette question unique, solennelle, terrible : Que va devenir mon âme ?
Pauvre vieillard ! Comme tant d’autres, il avait vécu sans penser sérieusement à l’éternité. Et maintenant que cette éternité mystérieuse s’ouvre devant lui, il se demande avec effroi quelle y sera sa portion.
Jenny est trop jeune, surtout, hélas ! trop ignorante, pour comprendre la nature des pensées qui troublent ainsi son grand-père.
Impuissante à le calmer, elle s’éloigne du lit pour s’approcher de la fenêtre. Elle a entendu des pas au dehors.
Quelle n’est pas sa surprise – au lieu de l’un des visages familiers qu’elle s’attendait à rencontrer, de se trouver face à face avec un inconnu !
C’est un jeune garçon très pâle, nu-tête, les vêtements déchirés, et qui marche avec peine dans des chaussures ruisselantes d’eau.
– N’est-ce pas ici, lui demande-t-il, que demeure un Monsieur Baurat qui a son petit-fils Étienne au lycée de Toulouse ?
Au nom d’Étienne, les yeux de la fillette brillèrent.
– Étienne, c’est mon frère, dit-elle d’un ton tout glorieux.
– M’y voilà donc enfin ! s’exclama avec un soupir de soulagement le jeune étranger qui, on le comprend, n’était autre que Charles.
Oui, notre ami avait bravement supporté sa nuit solitaire au fond du ravin.
Agitant ses bras et ses jambes, se donnant du mouvement afin d’éviter, si possible, un refroidissement, il n’avait cédé au sommeil qu’une heure ou deux ; dès que les premières lueurs du crépuscule étaient arrivées jusqu’à lui, il s’était mis en quête d’un moyen de franchir le torrent.
Pendant la nuit, le niveau des eaux avait sensiblement baissé, et laissait presque à découvert le tronc d’un arbre tombé en travers du ruisseau.
Le premier mouvement de Charles fut de s’aventurer sur ce pont glissant ; mais la réflexion lui fit comprendre qu’il lui serait impossible d’arriver au bout sans tomber, et sans risquer, par conséquent, non de se noyer – il n’y avait plus assez d’eau – mais de se blesser contre les énormes pierres qui formaient le lit du torrent.
« Je passerai pourtant, se dit-il avec un redoublement d’énergie ! il y aura un retard de quelques heures, mais, avec l’aide de Dieu, je tiendrai ma promesse ! »
Alors il imagina de s’asseoir sur le tronc d’arbre, et laissant pendre ses jambes de chaque côté, d’avancer peu à peu à l’aide des mains et du corps. Le moyen réussit.
Une fois de l’autre côté du ravin, surmontant sa fatigue, oubliant la faim, il s’élança dans le sentier rocailleux tracé au flanc du mamelon sur lequel est situé le village.
Ch. 3
– Grand-père, dit la petite Jenny, grand-père, on vous demande ! C’est pour vous donner des nouvelles d’ Étienne.
Écoutez donc, grand-père : il ne sera pas obligé de quitter le lycée ; il vous fait dire qu’il a toujours été sur le tableau d’honneur cette année, et que ses professeurs lui ont annoncé qu’il aurait la bourse entière, Grand-père !…
Mais le grand-père ne répondit pas. Aucun sourire ne vint témoigner de sa satisfaction. Alors Jenny fondit en larmes, et Charles s’écria, désolé :
– J’arrive trop tard !
Il se laissa tomber sur une chaise, et fut sur le point de pleurer comme la petite fille. Penser que toutes ses peines étaient perdues, que son camarade Étienne n’aurait pas la douceur de savoir que sa bonne nouvelle avait réjoui les derniers moments de son grand-père, c’était dur…
Le découragement s’emparait de lui à mesure que sa lassitude se faisait plus vivement sentir ; un sentiment amer, qui ressemblait à une sourde révolte, remplaçait dans son cœur cette confiance dans le succès qui avait fait sa force au milieu des dangers réels qu’il avait courus.
Il songeait tristement aux difficultés du retour, lorsque la voix du mourant se fit entendre.
– Ma réponse ?… disait-il en s’agitant sous ses couvertures, je ne puis préparer ma réponse… ma tête s’y perd…
– À qui voulez-vous répondre ? demanda Charles.
Et le vieillard, avec un regard terriblement expressif dans son égarement, lui répondit : « A Dieu ! »
Charles tressaillit. Il avait été élevé dans une famille chrétienne. Quoique jeune encore, et bien peu avancé dans la piété, il connaissait l’Évangile.
Il lui sembla entendre une voix intérieure lui dire que si le message terrestre dont il s’était chargé arrivait trop tard, celui-là, le message céleste, était précisément ce qu’il fallait à cette âme angoissée, près de paraître devant Dieu.
Serait-ce donc pour le charger d’une mission bien autrement importante que celle qu’il avait à cœur d’accomplir, que le Seigneur l’avait conduit à travers tant d’obstacles ?…
Une émotion profonde s’empara de lui. La recommandation d’Étienne : « Hâte-toi, le temps presse », résonna de nouveau à son oreille avec une signification plus haute.
Charles se pencha vers le lit du mourant, et, s’efforçant d’affermir sa voix :
– Écoutez dit-il avec l’accent le plus sérieux et le plus ému : « Les gages du péché, c’est la mort ; mais le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6. 23).
« Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé » (Act. 16. 31).
Le vieillard écoutait, haletant. Au mot sauvé, il y eut comme un rayonnement dans ses yeux, Charles reprit :
– Jésus a dit : « Moi, je suis le chemin, et la vérité, et la vie » (Jean 14. 6).
Dites-lui seulement : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Act. 7. 59), et c’est Lui-même qui répondra pour vous devant Dieu. Il a tout accompli en mourant sur la croix pour nos péchés.
Il est permis de croire que le vieillard comprit ; Dieu, dans ses grandes compassions, lui ouvrit le cœur pour recevoir la bonne nouvelle car, bien qu’on ne l’ait plus entendu parler, ses lèvres remuèrent à plusieurs reprises, et l’expression de poignante anxiété répandue sur son visage se dissipa peu à peu.
Quand son cœur cessa de battre, ses traits étaient calmes.
Alors seulement, quelques-uns des voisins qui étaient entrés dans la chaumière et s’étaient arrêtés, silencieux, saisis par la solennité de cette scène, se mirent à échanger des réflexions sur le sort de celui qui venait de mourir, ou à s’apitoyer sur les orphelins.
Tous savaient que la maisonnette était hypothéquée, et que la petite pension que touchait le père Baurat, comme ancien militaire, finissait avec lui.
– C’était un brave homme, commença un des villageois, et depuis la mort de sa fille, le dévouement du pauvre vieux pour ses petits-enfants a été admirable.
– Eh bien, fit un autre, croiriez-vous que quand ma femme qui était entrée la première est venue me chercher, on aurait juré qu’il avait un remords sur la conscience. La mort lui faisait une peur terrible.
– Cela ne prouve rien, déclara le premier. Je me souviens à ce propos d’une prédication que j’ai entendue à la ville, dans une salle où j’étais entré par hasard.
Le prédicateur disait qu’à l’article de la mort tous nos mérites d’honnêtes gens ne paraissent plus rien devant la justice du Tout-Puissant. C’est ce qu’a dû éprouver le père Baurat.
– Sans doute ; car sans les encouragements de ce jeune garçon, qui est venu ici par amitié pour Étienne, et qui a bien failli périr en route, le vieux aurait eu une triste fin.
– Dans le sermon dont je vous parle, reprit le premier interlocuteur d’un air pensif, on recommandait de ne pas attendre le dernier moment pour se préparer au grand voyage.
Personne ne répondit, et le groupe se dispersa lentement.
Une voisine avait emmené chez elle la petite Jenny ; une autre se chargea du pauvre Charles qui était littéralement à bout de forces, et plus impressionné peut-être que tous les autres assistants par ce lit de mort, le premier dont il se soit approché.
La brave femme, après lui avoir donné les premiers soins, l’engageait à se coucher pendant qu’elle ferait sécher et raccommoderait ses vêtements, lorsque arrivèrent au village deux guides de B., envoyés à la recherche du lycéen par sa mère, Mme Tuilier.
Prévoyant l’état dans lequel ils trouveraient le jeune imprudent, ces hommes avaient eu soin de se munir pour lui de chaussures et de vêtements de rechange.
Charles se laissa habiller comme dans un rêve ; et ce ne fut que soutenu par un bras vigoureux qu’il lui fut possible de marcher.
Heureusement les chemins étaient plus praticables et les guides en connaissaient parfaitement les détours. Avant midi Charles était dans les bras de sa mère qui avait passé une nuit d’angoisse terrible.
Ch. 4
Dix jours plus tard, nous retrouvons notre héros, pâle et affaibli par une bronchite assez bénigne, mais accompagnée d’une fièvre violente, quittant son lit pour la première fois depuis sa mémorable aventure.
Lorsque Étienne, mandé par dépêche, était arrivé à B., M. Tuilier l’avait accompagné au village et avait suivi avec lui le cercueil de son grand-père.
Puis il s’était occupé de la situation des orphelins.
– Je renoncerai à mes études, lui avait dit bravement Étienne, et vous prierai, monsieur, de me chercher une place qui me permette de subvenir aux besoins de ma petite sœur ; je désire ne pas recourir pour elle à la charité publique.
Mais M. Tuilier arrangea les choses de façon à rendre inutile ce généreux sacrifice.
Une fois la succession du père Baurat liquidée, il resterait, pensait-il, une petite somme qu’il conseilla d’employer à placer Jenny en pension jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se suffire à elle-même par le travail.
Quant à Étienne, la bourse qu’il venait d’obtenir lui permettrait de poursuivre ses études sans frais. On décida également que le frère et la sœur se réuniraient aux époques de vacances chez les parents de Charles, à la grande satisfaction de ce dernier, est-il besoin de le dire ?
Quant au rôle qu’a joué Charles dans la scène suprême de la mort du vieillard, les voisins qui y assistaient l’ont raconté à Étienne ; il en remercia avec effusion son camarade, toujours vivement impressionné par ce souvenir.
– N’est-il pas vrai, mes enfants, dit Mme Tuilier, très émue elle-même, que vous reconnaissez en tout ceci la main bienfaisante de notre Père céleste, et que vos cœurs sont reconnaissants ?
– Il est pourtant une chose, dit Charles, dont il m’est difficile de prendre mon parti ; c’est de n’avoir pu, en arrivant le soir, tenir rigoureusement ma promesse.
– Cette promesse était téméraire, répondit Mme Tuilier, tu n’avais pas le droit de la faire ; nous ne pouvons pas plus disposer d’une manière absolue de notre temps et de nos personnes que des événements.
Mais le Seigneur, dans sa bonté, a fait tourner toutes choses à sa gloire, puisque tu es arrivé à temps pour faire entendre au vieillard mourant une parole qui l’a préparé à entrer dans l’éternité.
Je me demande si mes jeunes lecteurs auraient su comme Charles trouver dans leur mémoire les passages appropriés à la condition du moment ?
Enfants, pensez à cela en apprenant vos versets pour l’école du dimanche.
« Quand tu viendras, apporte le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpus, et les livres, spécialement les parchemins » 2 Timothée 4. 13.
VÊTEMENTS ET LIVRES
Il n’y a rien dans la vie, pour nous chrétiens, qui soit sans importance pour notre Dieu. Nous le voyons dans le verset ci-dessus. Là, Paul parle d’un manteau, de livres et de parchemins. À première vue, cette demande semble sans intérêt. Cependant, elle est dans la Parole éternelle de Dieu, donc significative.
Dieu se soucie de notre bien-être physique. Il nous donne à manger, mais aussi des vêtements pour que nous n’ayons pas froid en hiver. Nous voulons le remercier pour cela. En même temps, Dieu voit comment nous nous habillons. Nous sommes-nous déjà demandé quelle était sa volonté ? Ou suivons-nous sans réfléchir toutes les tendances de la mode ? En Romains 12. 2, il nous est dit : « Ne vous conformez pas à ce monde ». Cela inclut, entre autres choses, les vêtements que nous portons (1 Tim. 2. 9).
Notre bien-être spirituel est également important aux yeux de Dieu. Il nous a donné la Bible pour nourrir notre vie nouvelle. Nous Lui sommes reconnaissants pour sa Parole écrite, qui nous donne tout ce dont nous avons besoin pour notre foi ! Mais Dieu sait aussi ce que nous lisons, écoutons et regardons d’autre. La question se pose : les livres que je lis pendant mon temps libre sont-ils bénéfiques pour ma foi ? Ou est-ce que je m’occupe de beaucoup de choses inutiles, voire nuisibles ?
Le Seigneur Jésus veut nous aider dans ces deux domaines à nous comporter d’une manière qui plaise à Dieu.
D’après Näher zu Dir octobre 2024
« Que la parole du Christ habite en vous richement, vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre en toute sagesse, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de vos cœurs à Dieu » Colossiens 3. 16.
CHRÉTIENS HEUREUX
Les croyants sont souvent ridiculisés ou plaints parce que l’on pense que leur vie est monotone et sans joie. Cependant, le verset biblique d’aujourd’hui prouve exactement le contraire :
Jésus-Christ donne aux croyants une vie riche. En lisant la Parole de Dieu, ils découvrent combien leur Sauveur et Seigneur est grand et glorieux. Ils trouvent dans la Bible une richesse spirituelle qui les rend véritablement et durablement heureux.
Croire en Jésus-Christ ne signifie pas éteindre son esprit. Au contraire : grâce à la lecture régulière de la Bible, les chrétiens apprennent la sagesse divine, qui se reflète dans leur comportement quotidien (Jac. 3. 17).
Les gens qui croient au Seigneur Jésus ne mènent pas une vie dénuée de sens. Lorsqu’ils en ont l’occasion, ils font de bonnes œuvres. Certains proclament l’évangile de la grâce de Dieu, d’autres enseignent les croyants. Prier pour les autres est aussi une tâche importante pour les chrétiens.
La vie des rachetés n’est pas sombre. Ils ont de nombreuses raisons d’être heureux et reconnaissants. C’est pourquoi ils aiment chanter des cantiques de louange à la gloire de leur Seigneur. Ils peuvent se réjouir même dans la souffrance, car leur joie est ancrée au ciel.
La question se pose donc : Ne vaut-il pas la peine de devenir chrétien, même si cela nous coûte l’amitié du monde ?
D’après die gute Saat octobre 2024
« Jésus répondit : … je suis né pour ceci, et c’est pour ceci que je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix » Jean 18. 37 et 38.
PEUR DE LA VÉRITÉ
Jésus a dit à ses disciples : « Je suis… la vérité » (ch. 14. 6). Maintenant, devant la justice romaine, Jésus déclare qu’Il est venu témoigner de la vérité. Alors le gouverneur Pilate lui pose la question : Qu’est-ce que la vérité ?
N’évite-t-il pas de découvrir la vérité ? Peut-être en a-t-il a peur ? Moi aussi, je ne suis pas étranger à la peur de la vérité :
– J’ai des douleurs depuis longtemps, mais je ne vais pas chez le médecin parce que j’ai peur du diagnostic.
– Je ne regarde plus mes relevés bancaires car je crains que les prélèvements aient été effectués, mais pas les virements.
– Je défends la théorie de l’évolution – non pas parce qu’elle est plus scientifique que le récit de la création, mais parce qu’elle prétend qu’il n’existe aucun Dieu créateur devant lequel je devrais rendre des comptes.
– J’évite les funérailles, ou les cimetières en général, parce que toute pensée de mort m’inquiète.
– Je refuse toute conversation ou toute pensée sur l’au-delà, sur le paradis et l’enfer.
Non, je ne vaux pas mieux que Pilate, moi aussi j’ai peur de la vérité. Mais suis-je plus intelligent que lui ? Suis-je prêt à affronter la vérité sur Dieu, Jésus-Christ et la vie après la mort ?
Je veux être courageux et faire face à la vérité. Jésus-Christ promet : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira » (ch. 8. 32). Quelle perspective libératrice !
D’après die gute Saat octobre 2024
« Car les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre, afin qu’il se montre fort, en faveur de ceux qui sont d’un cœur parfait envers lui. En cela, tu as agi follement ; car désormais tu auras des guerres » 2 Chroniques 16. 9.
DÉPENDRE CONTINUELLEMENT DE LA PAROLE DE DIEU
Ces paroles furent adressées au roi Asa par un prophète de Dieu, Hanani le voyant. Peu avant cela, Asa, par l’intervention remarquable de l’Éternel, avait vaincu une immense armée d’ennemis. Cette fois-ci, cependant, étant menacé de nouveau par l’ennemi, il fit une alliance impie avec le roi de Syrie, un pays païen. C’était de l’infidélité envers le Dieu d’Israël qui l’avait si merveilleusement aidé auparavant. Bien qu’Asa ait été en général un bon roi, son cœur n’était pas parfait envers Dieu.
Après cette défaillance, il rejeta la Parole de Dieu que lui donnait Hanani, emprisonna le voyant, puis fut impliqué dans de nouvelles guerres.
Oh, que nos cœurs puissent s’appuyer continuellement sur notre Dieu, et pas seulement de temps à autre ! L’alliance d’Asa avec une puissance du monde avait peut-être une bonne intention, et considérée par la majorité du peuple comme une bonne opération stratégique, et non pas comme un éloignement de Dieu ; cependant le regard de Dieu la voyait telle qu’elle était réellement.
Cela ne touche-t-il pas notre cœur de penser que Dieu, au ciel, cherche des personnes, sur la terre, qui montrent une confiance parfaite en Lui, Lui donnant par là l’occasion de montrer sa grande puissance en leur faveur ? Si nous manquons à montrer une telle confiance en Dieu, on ne peut pas savoir jusqu’où nous irons.
« Asa s’irrita contre le voyant, et le mit en prison ; car il était indigné contre lui à cause de cela. Et en ce temps-là, Asa opprima quelques-uns du peuple. » (ch. 16. 10). Ce qui peut paraître au début un peu de manque de confiance en Dieu peut bien avoir des conséquences désastreuses pour l’enfant de Dieu.
D’après the Lord is near août 1986
« Lui (Jésus), s’étant levé, reprit le vent et les flots agités : ils s’apaisèrent et le calme se fit. Il leur dit : Où est votre foi ? » Luc 8. 24 et 25.
LA TEMPÊTE APAISÉE
Puisque le Seigneur Jésus avait dit aux disciples de passer de l’autre côté du lac, il n’était pas possible qu’ils ne puissent pas atteindre l’autre rive. Une foi simple dans le Seigneur aurait calmé l’appréhension terrible des disciples. Mais nous aussi, nous sommes trop souvent coupables d’une telle incrédulité, bien que nous ayons sa Parole écrite qui nous montre que nos craintes et nos doutes n’ont pas de fondement.
Le Seigneur dort calmement alors que l’orage se lève et cause aux disciples tellement d’anxiété que, finalement, affolés, ils réveillent le Seigneur. Du moins ils avaient attendu que la barque se remplisse tellement d’eau que la situation apparaissait désespérée. Il y a là, évidemment, une allusion aux terribles troubles du résidu d’Israël quand il sera dans les angoisses de la grande tribulation ; cependant Luc n’insiste pas sur le tableau des dispensations, mais plutôt sur le principe moral de la pleine suffisance du Seigneur Jésus pour toutes les exigences de la foi, et aussi faible soit-elle.
Se relevant après le sommeil, le Seigneur Jésus ne prononce que quelques paroles, qui calment les éléments. C’est seulement de cette voix que nous avons besoin, quelque perturbées que soient nos circonstances, que ce soit le vent violent, les forces invisibles qui gonflent les vagues, ou les passages alarmants de trouble et de détresse.
C’est une question sérieuse que Jésus leur pose : « Où est votre foi ? ». Car la foi en Lui n’aurait pas de doute quant à son autorité sur la tempête, même quand Il était endormi. Ils s’étonnent de la grandeur de cet Homme qui commande aux vents et aux vagues. Si nous aussi sommes impressionnés par Lui, que ce soit au moins avec une foi entière dans sa Personne et sa parole.
D’après the Lord is near août 1986
« Et vous, vous avez l’onction de la part du Saint, et vous connaissez tout. Je ne vous ai pas écrit parce que vous ne connaissez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez et qu’aucun mensonge ne vient de la vérité » 1 Jean 2. 20 et 21
LA VRAIE PIÉTÉ NE SE VANTE PAS
Une simple connaissance de l’Écriture ne confère pas en elle-même du discernement spirituel. Le jeune converti d’il y a six mois peut avoir plus de discernement spirituel que le croyant âgé qui connaît par cœur toutes les dispensations. En fait il n’est pas rare de rencontrer un jeune croyant qui, poussé par un certain instinct spirituel, cherche à se séparer de certaines formes de mondanité – alors qu’un croyant expérimenté lui conseille de ne pas être aussi pointilleux. Autrement dit, le sacrificateur âgé Éli envoie le jeune Samuel se recoucher.
Un frère a pu vivre au ciel depuis quinze ans, et avoir cependant très peu d’expérience chrétienne pendant tout ce temps ; car nous devons nous souvenir que l’expérience d’un chrétien n’est pas toujours l’expérience chrétienne. Dans certains cas, une longue expérience comme chrétien, au lieu de donner une vision claire, a eu pour effet de changer la lumière en ténèbres. Certaines formes de mondanité, qui étaient autrefois rejetées, sont maintenant tolérées.
Nous en arrivons alors à cette conclusion : l’âge et l’expérience n’ont de valeur que s’ils ont contribué à ce qu’on soit enseigné par Dieu. Si quelqu’un a acquis de l’expérience dans cette Présence sainte, où ne brille pas la lumière de la gloire terrestre, il sera envoyé du ciel vers les croyants, et sera une lumière pour ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans la région de l’ombre de la mort. Mais si l’expérience est autre, elle ne vaudra rien pour donner la direction céleste à d’autres au mauvais jour.
D’après the Lord is near août 1986
« Que les femmes âgées soient, dans toute leur manière d’être, comme il convient à de saintes femmes : ni médisantes, ni asservies à beaucoup de vin, enseignant ce qui est bon » Tite 2. 3.
CONSEILS AUX SŒURS ÂGÉES
Notre merveilleux Sauveur et Seigneur nous a donné dans sa Parole de nombreux enseignements, simples mais riches. Obéir fidèlement et avec amour pour Lui à ses directives apportera de l’honneur à son nom précieux et de la bénédiction pour nous. Il y a un rôle spécifique pour chacun dans le service chrétien. Nous avons, chacun de nous, notre place précise où nous pouvons faire briller notre lumière.
Ici nous regardons aux sœurs âgées dans les assemblées. L’apôtre Paul exhortait Tite à insister sur leur conduite, en particulier en relation avec les choses saintes. Les questions concernant le Seigneur et les siens doivent être traitées selon sa sainteté et sa grâce. Il est insisté sur le fait d’être droit, de ne pas donner une mauvaise impression par la conduite ou dans la conversation. Qu’il est beau d’observer des sœurs ayant un esprit paisible et doux ! Elles sont des piliers dans la maison de Dieu.
Les attaques de Satan se concentrent souvent sur le témoignage et la conduite de nos sœurs. Être asservies à beaucoup de vin peut ne pas être un problème pour beaucoup de nos sœurs. Cependant, le danger d’être asservies à d’autres choses qui nous dominent, des choses autres que l’Esprit de Dieu, est bien réel. L’apôtre met en garde : Tenons-nous devant le Seigneur, et voyons quel est le problème particulier.
La dernière exhortation, c’est que les sœurs âgées « enseignent ce qui est bon ». Quelle belle occupation pour elles – être occupées avec des sœurs plus jeunes, les enseigner à partir de leur propre expérience et de leur marche avec le Seigneur. C’est seulement quand nous avons nous-mêmes été enseignés par le Seigneur que nous pouvons enseigner les autres à appliquer les principes divins dans notre vie, dans nos foyers, et dans l’assemblée – ces sphères tellement liées entre elles. Nous ne devons pas séparer nos foyers de nos assemblées. Quel rôle vital ont nos sœurs âgées pour appliquer cette vérité bénie !
D’après the Lord is near août 1986
« Qui est l’homme qui prenne plaisir à la vie et qui aime les jours pour voir du bien ? Garde ta langue du mal, et tes lèvres de proférer la tromperie » Psaume 34. 12 et 13.
GARDER SA LANGUE, DÉBUT DE LA SAGESSE PRATIQUE
Cette question interroge chacun de nous. Aimez-vous la vie ? Voulez-vous vivre beaucoup de jours, et voir le bien ? Est-ce le bien que vous cherchez ? Voici les directives pour vous assurer ces bénédictions « Garde ta langue du mal, et tes lèvres de proférer la tromperie ». Cela ne commence pas ici par mon cœur, mais par ma langue : « Garde ta langue ». Et cela, c’est difficile. Qu’en pensez-vous ? Nous savons tous comme il est difficile de garder sa langue. Mais cela est dit ici. Désirez-vous voir du bien ? Je reconnais les gens qui désirent le bien, par la manière dont ils gardent leur langue.
Et maintenant, pourquoi faut-il garder sa langue ? Eh bien, je crois que le chapitre 6 de l’évangile de Luc répond à cette question : « L’homme bon, du bon trésor de son cœur, produit ce qui est bon, et l’homme mauvais, du mauvais trésor, produit ce qui est mauvais : car de l’abondance du cœur, la bouche parle » (v. 45). Ce qui remplit réellement mon cœur viendra sur ma langue. Et vous pouvez donc toujours dire de quoi mon cœur est occupé, parce que j’ai une langue. Je ne peux pas vous tromper longtemps. Si un homme ne manque pas en paroles, c’est un homme parfait. Je suis tout à fait certain que je ne suis pas cet homme. Mais je pense que c’est magnifique de trouver un tel homme. Le connaissez-vous ? Moi-même je ne m’attends pas à le rencontrer. Qu’on puisse le trouver en vous.
Un fils se plaignait une fois à son père du mal dans le monde. Le vieillard lui dit : Améliore le monde par un homme, John, c’est-à-dire : Commence à te corriger toi-même. Quel homme sage !
D’après The Lord is near août 1986
« Certes, je redemanderai le sang de vos vies… de la main de l’homme ; de la main de chacun, de son frère, je redemanderai la vie de l’homme. Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car à l’image de Dieu, il a fait l’homme » Genèse 9. 5 et 6.
LE DÉCLIN DES GOUVERNEMENTS
Dans les jours précédant le déluge, Dieu n’avait pas établi un gouvernement. L’homme, ayant écouté l’ennemi et s’étant rebellé contre Dieu, fut chassé hors du jardin et laissé à lui-même, pour ainsi dire, pour faire l’expérience des résultats du péché, sans loi ou punition pour la transgression – même le meurtrier n’était pas puni. L’homme est-il retourné à Dieu, d’où découlent toutes les bénédictions ? Hélas, au lieu de cela, nous lisons que « toute l’imagination des pensées de son cœur n’était que méchanceté en tout temps » et que « la terre était corrompue devant Dieu, et la terre était pleine de violence » (Gen. 6. 5 et 11). Quel commentaire sur l’illusion de quelques jaseurs modernes qui parlent de la bonté naturelle de l’homme, et disent que si l’homme était laissé à lui-même au lieu d’être puni, il serait bon !
Mais Dieu, qui connaît le cœur de tous les hommes, lorsqu’Il amène Noé et sa famille sur la terre nettoyée, dit, en relation avec le sacrifice de bonne odeur de Noé : « Je ne maudirai plus de nouveau le sol à cause de l’homme, car l’imagination du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse » (Gen. 8. 21). Aussi, en vue de repeupler la terre sur laquelle la famille de Noé devait se multiplier, et à cause de la nature inchangée de l’homme, Dieu établit un gouvernement avec le droit de discipliner, même jusqu’à la mort. L’abolissement de la peine capitale est donc un mépris de ce que Dieu a établi pour le bien de l’homme dans sa condition irrégénérée. Il affaiblit le gouvernement ordonné ; c’est le prélude des conditions terribles qui arriveront bientôt sur la terre, quand le soleil et la lune (les gouvernements suprêmes et délégués) et les étoiles (les hommes en vue dans le pouvoir) seront écrasés dans un renversement terrible.
D’après The Lord is near septembre 1986
« Le vent leur était contraire » Marc 6. 48.
LE RISQUE DE DOUTER
Douze hommes étaient acharnés sur leurs rames, vers 3 heures du matin, frappant désespérément l’eau dans l’obscurité, essayant d’amener leur barque au rivage malgré le vent contraire et les hautes vagues. Ils avaient la journée de la veille avait été bien remplie ; et maintenant, en plus de tout, ils luttaient au cours de cette nuit d’orage après les longues heures de travail, essayant d’avancer contre le grand vent qui les fouettait sans merci et sans cesse, soulevant furieusement la mer.
Pourquoi le Seigneur avait-Il permis que tout cela leur arrive, alors que c’était Lui qui les avait envoyés à l’autre rive du lac contre leurs souhaits ? Ils n’avaient d’abord pas voulu aller, mais Il les avait contraints de monter dans la barque et de partir (v. 45). Ne savait-Il pas qu’ils étaient déjà fatigués et chargés après une longue journée ? Ne savait-Il pas que l’orage arrivait ? N’aurait-Il pas pu empêcher ce grand vent de souffler ? Alors, pourquoi permet-Il à ce vent terrible de les harasser continuellement quand ils sont là dehors sans autre raison que d’accomplir la mission qu’Il leur a assignée ? Pourquoi continuer à se battre plus longtemps ? Ils sont en tout cas à bout de forces ; pourquoi ne pas renoncer et retourner à l’endroit d’où ils viennent ? Il serait facile d’aller à la dérive avec le vent. Il ne nous voit pas ici, de toutes manières, et ne cherche pas à faire quoi que ce soit pour nous aider.
Ces pensées, et beaucoup d’autre semblables, nous traversent l’esprit quand les vents sont contraires. Le diable est toujours occupé dans ces moments-là à inonder notre esprit avec toutes sortes de pensées, de crainte que nous nous souvenions des très grandes et précieuses promesses, que nous appuyions notre cœur sur Lui, et prenions refuge sous l’ombre de ses ailes jusqu’à ce que les calamités soient passées (cf. Ps. 57. 1). Car Lui-même a dit : « Voici, je suis avec vous tous les jours ».
D’après The Lord is near septembre 1986
« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance » Luc 5. 31 et 32.
LE SALUT N’EST PAS POUR LES PROPRES JUSTES
De nombreuses personnes sont perdues pour l’éternité parce qu’elles sont trop bonnes. Trop bonnes ? Oui, trop bonnes, trop bien élevées, trop droites, trop respectables, trop honorables pour avoir besoin d’un Sauveur !
Vous demanderez peut-être : N’est-ce pas juste, pour tous les hommes, d’être honorables, et respectables, et amicaux ? Certainement ! Mais quand vous avez toutes ces qualités sans Dieu, quand elles ne sont que le résultat de vos propres forces et de votre caractère aimable, alors vous êtes encore morts aux yeux de Dieu, morts spirituellement, et malgré toute votre intégrité, perdus pour l’éternité. Les choses mentionnées ne sont pas mauvaises en elles-mêmes – au contraire ; mais se confier en elles sans être né de nouveau, sans amener Dieu en elles, c’est de l’indépendance et de la propre volonté. Un homme propre-juste peut faire de très bonnes choses, mais il ressemble à un ramoneur s’occupant de linge propre.
C’est seulement celui qui sait qu’il a quelque chose de faux en lui, ou qui est malade, qui va chez le médecin. Si quelqu’un croit qu’il est en bonne santé, cela ne prouve pas qu’il n’ait pas en lui quelque maladie cachée. Ne savez-vous pas encore que votre âme est malade ? Vous avez besoin du salut pour votre âme si vous ne voulez pas être perdu pour l’éternité. Le Seigneur Jésus n’est pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, à la repentance. C’est là le chemin du salut pour toute âme malade.
Allez à Lui aujourd’hui, avec toute votre justice décrite par Dieu comme des vêtements souillés (És. 64. 6), et confessez-Lui vos péchés. Le Seigneur Jésus vous appelle aujourd’hui à la repentance. Ne répondrez-vous pas à son appel ? Ou êtes-vous de ceux qui n’ont jamais besoin d’un médecin ? Venez, nous sommes en souci pour les gens qui se croient bons !
D’après The Lord is near septembre 1986
« Ne rendez pas mal pour mal, ni outrage pour outrage, mais au contraire bénissez, parce que vous avez été appelés à ceci, c’est que vous héritiez de la bénédiction » 1 Pierre 3. 9.
GARDER FERMEMENT SA LANGUE DE FAIRE DU MAL
Nous devons apporter de la bénédiction aux autres. Si ma langue n’apporte pas de la bénédiction à d’autres, c’est bien dommage, parce qu’un chrétien a été infiniment béni par Dieu, et qu’il est laissé par Dieu dans ce monde pour être une bénédiction pour d’autres. Certains me disent : Tous ces psaumes sont pour les Juifs. L’apôtre Pierre ne les laisse pas tous aux Juifs. Il était plus sage que cela. Je suis certain que ce sera une chose très utile pour notre âme si nous tenons compte de ce qu’il dit. L’homme qui permet à sa langue d’agir à tort sera retranché dans le jour où le Seigneur Christ régnera comme le roi de justice, et où la justice jugera tout mal sans délai.
Mais même maintenant, dans le gouvernement de Dieu, si je ne suis pas soigneux en ce qui concerne ma langue, je peux être amené sous sa discipline. La semence que je sème produira certainement une moisson correspondante plus tard, et il en sera de même de ce que vous semez. Je parle très franchement, car je me déplace beaucoup parmi les croyants, et je ne pourrais pas vous dire le mal qui est fait par un langage sans retenue et des paroles proférées qui ne sont pas profitables. Que Dieu nous donne à tous d’être plus soigneux !
Comme croyant, je ne dois pas me permettre de dire ce qui n’est pas profitable. « Qu’aucune parole inconvenante ne sorte de votre bouche, mais celle qui est bonne, propre à l’édification selon le besoin, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent » (Éph. 4. 29). Toute conversation, soit vous apporte de la grâce, ou vous corrompt. Je ne crois pas que nous devions repousser le tranchant acéré de la Parole de Dieu à cet égard.
Pensez à Jésus. Il allait et venait, faisant du bien. Ce que le psalmiste, par l’Esprit, nous dit avec insistance, c’est ce que notre Seigneur béni Lui-même a illustré dans tout son chemin terrestre généreux.
D’après The Lord is near septembre 1986
« Car je suis assuré que ni mort, ni vie, ni anges, ni pouvoirs, ni choses présentes, ni choses à venir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » Romains 8. 38 et 39.
SÉCURITÉ : LE CHEMIN DU SALUT
Le Seigneur Jésus est allé à la croix du Calvaire « amené comme un agneau à la boucherie » (És. 53. 7). Là Il « a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu » (1 Pier. 3. 18). Il « a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification » (Rom. 4. 25). Ainsi Dieu ne néglige pas les revendications de sa justice contre le péché quand Il justifie le pécheur qui croit en Jésus (cf. Rom. 3. 26), parce que Jésus en a payé toute la juste peine.
– Croyez-vous au Fils de Dieu ? S’il en est ainsi, alors Dieu vous fait bénéficier de la pleine valeur du sacrifice de Jésus.
Cela n’est-il pas une voie extraordinaire de salut, digne de Dieu Lui-même ? Son amour, la gloire de son Fils précieux, et le salut du pécheur sont liés. Quelle abondance de grâce et de gloire, que le Fils même de Dieu ait accompli toute l’œuvre, et reçoive toute la louange, et que vous et moi, croyant en Lui, nous recevions toute la bénédiction !
Mais vous demanderez peut-être : Pourquoi est-ce que je n’ai pas l’assurance de mon salut ? Si mes sentiments me permettent de dire, un jour, que je suis sauvé, ils vont probablement anéantir tout espoir le lendemain. Je suis comme un bateau battu par la tempête, qui ne sait plus où jeter l’ancre. C’est là qu’est votre erreur. Avez-vous jamais entendu parler d’un capitaine qui essaie de jeter l’ancre de son bateau en la fixant à l’intérieur du navire ? L’ancre doit être accrochée à quelque chose de ferme en dehors du bateau. Il se peut que vous compreniez que seule la mort de Christ vous donne la sécurité, mais que vous pensiez que c’est ce que vous ressentez intérieurement qui vous donne l’assurance. Mettez votre confiance en Jésus Christ et en ce qu’Il a fait, et non pas sur vous-même et sur vos sentiments.
On était en décembre. Quelques semaines encore et les examens, toujours si redoutés, allaient avoir lieu au collège de St-Winifred, lorsqu’un jour Walter Evson, élève de treize ans, s’élança à midi tout joyeux hors de la salle d’études pour annoncer qu’on avait congé le lendemain.
– Hourra ! s’écria son ami Kenrick, mais pour quelle raison ?
– Le docteur Lane vient de recevoir un télégramme de Somers qui est admis à Cambridge, et il a été si content qu’il nous a donné congé.
– Brave Somers ! Eh bien ! que ferons-nous de notre congé ?
– Oh ! j’ai depuis longtemps un plan en tête, Ken ; j’aimerais que tu viennes avec moi au sommet de l’Appenfell.
– Oh ! oh ! mais c’est horriblement loin, et personne n’y va en hiver.
– Raison de plus, ce sera d’autant plus glorieux. Il y a si longtemps que j’ai envie de battre ce vieil Appenfell.
Je suis sûr que nous y parviendrons, nous avons toute une journée devant nous.
– Mais penses-tu que nous puissions aller nous deux seulement ?
– Oh! non, nous demanderons à Power.
– Si tu veux, dit froidement Kenrick, un peu jaloux de l’amitié qui s’était établie entre Walter et Power.
Power consentit joyeusement à se joindre aux deux amis.
– J’aimerais bien emmener Eden.
– Eden ? répéta ironiquement Kenrick.
– Pauvre petit ! dit Walter en souriant tristement, pas étonnant qu’il n’avance pas, si chacun le méprise.
– Oh ! dis-lui seulement de venir.
– Merci, Ken, mais j’y réfléchis, c’est trop loin pour lui. Maintenant, allons commander quelques sandwiches et faisons nos provisions.
Walter, Power et Kenrick durent employer toutes leurs forces pour atteindre la cime de l’Appenfell : la montagne semblait étaler devant eux une succession de collines, et à mesure qu’ils en gravissaient une ils en découvraient de nouvelles.
Enfin ils atteignirent les rochers brillamment colorés par la mousse d’émeraude ou le lichen doré qui témoignaient de la proximité du sommet, et Walter, arrivé le premier, après s’être reposé quelques minutes, redescendit pour aider ses deux camarades, moins accoutumés que lui aux excursions dans les montagnes.
Une fois sur la cime, ils s’assirent pour prendre leur frugal repas, causant gaiement et jouissant de la splendeur du paysage qui les environnait.
– Power, dit Walter quand il y eut un silence dans la conversation, il y a bien longtemps que je voudrais te demander un service.
– Il est accordé d’avance, Walter, puisque c’est toi qui le demandes.
– Ce n’est pas sûr, c’est une faveur très sérieuse et qui n’est pas pour moi ; en outre tu la trouveras ennuyeuse.
– Plus tu me demanderas, plus je verrai que tu as confiance en mon amitié, Walter, et si cette faveur est désagréable, voici le moment et le lieu d’en parler.
– Je parie cependant que tu hésiteras.
– Mais qu’est-ce donc ? tu m’intrigues.
– Veux-tu permettre au petit Eden d’aller travailler dans ta chambre ?
– Mais oui ! si tu le désires, répondit Power.
C’était en effet une bien grande faveur.
La chambre de Power était un véritable sanctuaire ; il l’avait si bien meublée que, lorsqu’on y entrait, on y voyait toujours quelque jolie gravure ou quelque objet de bon goût ; c’était son orgueil et son plaisir de venir s’y asseoir avec quelques-uns de ses meilleurs amis ; aussi la proposition qui venait de lui être faite, de permettre à un petit gamin comme Eden d’y venir librement, était-elle en quelque sorte une surprise.
Cependant c’était en grande partie dans l’intérêt de Power que Walter s’était aventuré à le faire.
Le défaut principal de Power était une extrême recherche du bon goût et une espèce de dédain qui le rendait impopulaire dans le collège ; l’habitude de penser aux autres avait fait deviner à Walter qu’il serait bon de tourner vers les intérêts généraux de l’école cette indifférence épicurienne et cet égoïsme qui ternissaient le caractère de ce jeune homme, d’ailleurs si attrayant et affectueux, malgré sa réserve habituelle.
– Ah ! dit tristement Walter, tu es comme Kenrick ; vous autres prêtres et lévites vous ne voulez pas toucher à mon pauvre petit voyageur blessé.
– Mais je ne sais pas ce que je pourrais faire pour lui, dit Power, je ne saurais pas de quoi lui parler.
– Oh ! oui, tu pourrais bien lui parler si tu voulais ; tu ne sais pas quelle reconnaissance il te témoignerait pour la moindre marque d’intérêt. Il a été honteusement tourmenté, le pauvre enfant, j’ose à peine vous dire toutes les choses que ce grand brutal de Harpour lui a faites.
Il est venu ici brillant et enjoué, gracieux et innocent, et maintenant… Il ne put finir la phrase, la voix lui manqua, mais il se remit et ajouta avec plus de calme :
– Tout cela, rappelez-vous en bien, a été fait ici, à St-Winifred, et quand je pense à tout ce que je serais moi-même devenu sans… sans un ou deux amis, mon cœur saigne pour lui.
Si je pouvais avoir une chambre à moi, il ne serait pas le seul qui la partagerait. Je me suis si bien trouvé d’apprendre mes leçons dans celle de M. Percival que je donnerais je ne sais quoi pour rendre le même service à quelqu’un d’autre.
– Walter, dit Power, je le lui demanderai dès que nous rentrerons à St-Winifred.
– Vraiment ! Oh ! merci, tu es bien aimable. Je suis sûr que plus tard tu ne t’en repentiras pas.
Power et Kenrick trouvèrent tous les deux que leur nouvel ami, quoiqu’il eût passé bien peu de temps à St-Winifred, leur enseignait d’importantes leçons.
Ils n’avaient, ni l’un ni l’autre, reconnu auparavant la vérité de ce que Walter paraissait si bien comprendre, c’est-à-dire qu’ils étaient en quelque mesure responsables des occasions qu’ils laissaient échapper, d’aider et d’encourager leurs plus jeunes camarades.
Ils n’avaient jamais cherché à alléger le fardeau qui pesait sur quelques-uns des petits garçons de St-Winifred, aussi étaient-ils vivement surpris d’entendre Walter parler, avec du remords dans le cœur, d’un enfant qui n’avait aucun droit spécial à sa protection, mais qu’il aurait pu peut-être arracher à la mauvaise voie et aux chagrins qui en résultent.
Le sentiment d’un devoir négligé commençait à naître en eux.
Ils restèrent quelques moments silencieux ; puis Kenrick, secouant sa rêverie, leur montra les collines inférieures en disant :
– Regardez ces magnifiques nuages ; comme ils s’élèvent sur la colline en énormes masses arrondies !
– Oui, dit Power, ne dirait-on pas à les voir l’attaque d’une cavalerie géante ?… Walter, mon cher, qu’as-tu donc, tu as l’air si effrayé ?
– Non, répondit Walter, je ne suis pas effrayé. Mais, dites-moi, supposez que ces nuages que nous voyons s’amonceler ne s’éclaircissent pas, croyez-vous que nous pourrons retrouver notre chemin ?
– Je ne sais pas, je pense que oui, dit Kenrick d’un ton indécis.
– Ah ! Ken, tu n’as pas autant d’expérience que moi des brouillards de montagne. Nous pouvons retrouver notre route, mais…
– Tu veux dire, reprit Power avec un calme étrange, qu’il y a autour de nous de nombreux précipices et que plusieurs fois des bergers se sont perdus sur ces collines.
– Espérons que le brouillard s’éclaircira ; mais levons-nous et secouons ces mauvais présages.
– Certainement, remarqua Kenrick, des attaques de cavalerie géante sont très intéressantes en leur temps, mais…
Ch. 2. Dans les nuages
Les jeunes gens quittèrent à la hâte le vaste plateau aux couleurs variées qui forme le sommet de l’Appenfell et se trouvèrent bientôt sur l’herbe rase que de récentes gelées avaient rendue glissante.
Pendant ce temps, les épaisses masses de nuages blancs s’amoncelaient au-dessous d’eux, semblables à des bastions gigantesques.
En les voyant si pressés les uns contre les autres, on avait peine à croire qu’un éclair pût les traverser ou que les coups du plus violent orage pussent les dissiper.
Cependant les pics eux-mêmes n’étaient pas enveloppés, le soleil les éclairait encore, et quand les trois amis s’arrêtèrent pour reprendre haleine, la cime se trouvait dans l’atmosphère brillante et pure et se dressait comme une île au-dessus des vagues blanches et silencieuses.
Peu à peu et presque insensiblement, les nuages montèrent, atteignirent les cimes, les environnèrent dans les plis d’un épais brouillard, s’étendirent au-dessus de leurs têtes et autour de leurs bases, les enveloppèrent d’un linceul funéraire.
Ils ne virent plus rien alors que des masses humides de vapeur ; la direction de leur marche était devenue tout à fait incertaine.
Kenrick s’était contenté de dire au maître qui leur avait donné la permission de s’absenter qu’ils comptaient faire une grande promenade ; il n’avait pas parlé de l’Appenfell, non pas par manque de franchise, mais parce qu’il désirait que leur essai ne soit pas connu dans le cas où il échouerait.
S’il avait fait connaître le but de leur excursion, aucun maître ne leur aurait permis d’aller de ce côté-là sans prendre un guide.
Car l’ascension de l’Appenfell, dangereuse en été même pour ceux qui en connaissaient les sentiers et devenait en hiver une entreprise presque insensée.
En se mettant en route, les jeunes gens n’avaient eu aucune idée du danger qu’ils pouvaient courir. Voyant que le matin promettait un jour clair et pur, ils n’avaient pas songé à la possibilité des brouillards ou des orages.
La position dans laquelle ils se trouvaient était de nature à ébranler le cœur le plus ferme : entourés de tous côtés de nuages impalpables, ils ne pouvaient distinguer à trois pas devant eux, même les plus grands objets.
Pour se voir l’un l’autre, ils étaient obligés de se rapprocher, et Kenrick, s’étant éloigné de quelques pas, ils ne purent le retrouver qu’au son de la voix.
Ils descendaient en silence, essayant de se cacher mutuellement la terreur qu’ils éprouvaient, mais le tremblement que les rapides battements de leurs cœurs imprimaient à leur respiration témoignait suffisamment que tous les trois comprenaient l’imminence du danger.
L’Appenfell était une de ces montagnes, assez communes en Angleterre, qui se termine d’un côté par un précipice sans fond et de l’autre descend en pente douce vers la plaine.
Elle offrait cependant une particularité assez frappante : au point où le large mur de rochers s’élève à pic des profondeurs d’un précipice, se trouve une chaîne latérale qui court à travers la vallée et relie Appenfell à Bardlyn, colline beaucoup moins élevée, vers laquelle cette chaîne conduit par une pente graduelle.
Cette route portait le nom significatif du Rasoir et elle était si étroite qu’à peine y pouvait-on passer.
Quelques bergers accoutumés aux montagnes dès leur enfance la traversaient de temps à autre, mais nul voyageur aurait jamais songé à en braver les dangers, car la profondeur était suffisante pour faire tourner la tête la plus solide, et un seul faux pas, eût infailliblement conduit à une mort effroyable.
Les parois de ce passage singulier étaient si perpendiculaires que l’étroite vallée située au-dessous n’avait, de mémoire d’homme, pas été foulée par un pied humain.
Pour ajouter à l’effroi qu’inspirait le Rasoir, on racontait qu’un berger y étant tombé par un orage d’été, son corps était devenu la proie des aigles et des chats sauvages.
On distinguait encore un point d’une blancheur incertaine sur l’herbe rase, et le plus brave montagnard frissonnait lorsque, en plongeant ses regards dans le sombre abîme, il reconnaissait les restes mortels d’un de ses semblables.
– Es-tu certain que nous sommes sur le bon chemin, Walter ? demanda Power en affectant un ton d’indifférence.
– J’en suis sûr, répondit Walter en sortant de sa poche une petite boussole de cuivre, compagne inséparable de ses courses. La baie est à l’ouest et je suis sûr de la direction générale.
– Mais je crois que nous tirons beaucoup trop sur la droite, Walter, dit Kenrick.
– Écoutez, dit Walter en s’arrêtant subitement, nous sommes entre deux dangers : à droite nous avons les précipices de Bardlyn, à gauche les pentes de l’Appenfell, pas de précipices, mais…
– Je sais à quoi tu penses… aux anciennes mines ?
– Oui, C’est pourquoi j’ai été plutôt à droite ; je crois que nous ne courons guère le risque de tomber dans le précipice, car j’imagine que nous le découvrirons quand nous en serons très rapprochés, mais il y a trois ou quatre vieilles mines dont nous ne connaissons pas exactement la situation.
– Au nom du ciel, que faire ! s’écria Power, en s’arrêtant comme pour rendre plus évidente l’intensité du péril. En ce moment nous ne pouvons distinguer notre route, et la nuit va venir. En plus, il fait terriblement froid maintenant.
– Avant de continuer, décidons ce qu’il y aurait de mieux à faire, dit Kenrick. Toi, Walter, quel est ton avis ?
– Nous n’avons guère que deux choses à faire, marcher, en nous confiant en Dieu qui peut nous sauver, ou bien rester ici jusqu’à ce que le brouillard s’éclaircisse.
– Impossible, dit Kenrick. J’ai vu le brouillard rester sur l’Appenfell plusieurs jours de suite.
– De plus, dit Power, si nous restons ici, la nuit arrivera. Une nuit sur l’Appenfell, sans nourriture et sans abri, avec la chance d’y rester indéfiniment… la phrase se termina par un frisson.
– Oui, c’est vrai, je ne sais trop ce que nous serions demain matin, dit Kenrick ; en avant malgré tout ! mieux vaut marcher que courir le risque d’être gelés et de mourir de faim.
Ils avancèrent à pas tremblants, au milieu des nuages, quand soudain Walter s’écria d’une voix agitée :
– Halte ! Dieu seul sait où nous sommes ! L’abîme est près de nous ! Halte ! Que Dieu nous garde !
– Mais il est presque quatre heures, dit Kenrick avec impatience en tirant sa montre et la rapprochant de ses yeux pour distinguer l’heure ; bientôt il ne fera plus jour et toute chance sera perdue. Mieux vaut nous hâter. Si nous nous arrêtons ce sera évidemment…
– La mort ! acheva Power.
– Un instant ! silence ! dit Walter et, soulevant un large quartier de roche, il le roula devant lui de toute sa force.
La pierre bondit ; on entendit le bruit des cailloux et de la terre qu’elle entraînait dans sa chute, le son sourd d’un corps pesant qui tombait, et pendant plusieurs minutes une succession de craquements éloignés, qui faisaient résonner les monts environnants ; enfin le fragment de rocher tourbillonna dans l’abîme et se brisa contre les parois du précipice.
– Que Dieu nous garde ! s’écria Walter en éloignant précipitamment ses deux camarades, nous sommes sur le bord de l’abîme ! Nous ne pouvons avancer : chaque pas nous conduirait à la mort !
Une pause d’indescriptible terreur suivit ces paroles ; tous les trois se sentaient paralysés ; Power et Kenrick, pâles comme la mort, s’assirent désespérés.
– Ne vous laissez pas abattre, amis, leur dit Walter, qu’ils regardaient avec anxiété ; notre seule chance de salut, c’est de garder notre sang-froid.
Je crois que nous ferions mieux de rester ici jusqu’à ce que le brouillard se soit éclairci. N’aie pas peur, Ken, continua-t-il en pressant la main du jeune garçon, il ne nous arrivera que ce que Dieu voudra.
– Mais la nuit, murmura Kenrick de plus en plus épouvanté, pensez à une nuit ici ! Le brouillard et le froid, la faim et l’obscurité ! Oh! quelle horrible situation ! Oh ! si nous pouvions avoir de la lumière ! cria-t-il avec désespoir, je mourrai si nous n’avons pas de lumière !
– Mon Dieu, donne nous de la lumière ! s’exclama Walter, dont l’écho répéta la voix.
Alors tous les trois tombèrent à genoux et cachèrent leurs figures dans leurs mains en élevant leurs cœurs vers Celui qu’ils savaient près d’eux, quoiqu’ils fussent seuls au milieu du brouillard qui montait, montait toujours plus !
Soudain, comme si un ange leur avait été envoyé pour déchirer le brouillard, le vent soufflant du ravin se fraya un étroit passage et un rayon de lumière tremblante, jaillissant sur eux à travers les replis blancs de ce rideau de mort, leur permit d’apercevoir la crête de l’immense précipice et les sombres abords de la colline de Bardlyn.
En d’autres circonstances, ils auraient salué d’un cri d’enthousiasme le panorama de la vallée et de la montagne que leur offrait celle large déchirure, mais en ce moment de terreur ils n’avaient d’autre pensée que celle de sauver leur vie.
– De la lumière ! s’écria Walter en se relevant vivement. Dieu soit béni ! Peut-être le brouillard va-t-il se dissiper !
Mais son espoir était trompeur ; dans la direction qu’ils devaient suivre tout était sombre et le brouillard vint lentement combler la déchirure que le vent avait faite.
– Savez-vous que nous sommes tout près du Rasoir ? dit Walter, qui seul conservait son courage, l’habitude l’ayant familiarisé avec les dangers des montagnes.
Si vous le voulez, nous essaierons de traverser le Rasoir, nous ne pouvons nous tromper de chemin, et quand une fois nous serons à Bardlyn, il sera tout aussi facile de retrouver la route de St-Winifred que de traverser la cour du collège.
– Traverser le Rasoir ! dit Kenrick, mais il n’y a que les bergers qui osent le faire ?
– C’est vrai, mais ce que l’homme a fait, l’homme peut le faire : c’est là notre seul espoir.
– Pas pour moi ! pas pour moi ! dirent-ils ensemble.
– Alors, écoutez ! Ce serait dangereux sans doute, mais tandis que nous causons, la nuit arrive.
Vous deux, restez ici, je traverserai le Rasoir, et si je le passe sain et sauf je serai tout de suite au village où je pourrai trouver quelques hommes pour venir vous chercher. Comprenez-vous ? Si vous ne voulez pas, je resterai avec vous.
– Oh! Walter, Walter, n’essaie pas, s’écria Power, il y a trop de danger !
– Il fait plus clair que de ce côté-ci, dit Walter, et je n’ai pas peur ; nous mourrons de froid et de faim si nous passons la nuit ici ; rappelez-vous qu’il ne nous reste que quelques sandwiches.
– Oh ! mon cher Walter, tu ne peux pas aller ! Tu ne sais pas comme le Rasoir est effrayant ! J’ai entendu des gens dire qu’ils n’y passeraient pas pour tout l’or du monde.
– Power, ne me retiens pas, j’y suis résolu. Adieu Power, adieu Ken ! et il serra leurs mains. Si je traverse le Rasoir, dans une heure et demie au plus je serai vers vous.
Adieu encore, que Dieu vous garde ! Priez pour moi, mais ne craignez rien !
Walter s’arracha d’auprès d’eux, ils le virent traverser la place où le brouillard était le moins épais et poser un pied ferme sur l’étroit sentier du Rasoir.
Ch. 3. Sur le Rasoir
Le brave enfant savait bien que le sort de ses deux amis, aussi bien que le sien, dépendait de son calme et de sa prudence ; s’arrêtant un instant pour voir s’il aurait assez de lumière, il se retourna, cria à ses camarades quelques paroles d’encouragement et s’avança hardiment.
Il était accoutumé aux hauteurs vertigineuses, sa tête n’avait jamais tourné en regardant au fond des précipices de St-Winifred ou de Semlyn, mais son cœur battit violemment lorsqu’il sentit que chaque pas pouvait le conduire à la mort, et que la force qui l’avait soutenu pendant quelques instants devait se prolonger encore vingt longues minutes, le moins de temps qu’il pût mettre à effectuer ce trajet.
La solitude était effrayante ; au bout de trois minutes il eut perdu de vue ses amis, il était seul au milieu des montagnes immenses sur ce terrible passage ; pas un œil pour le voir s’il glissait et tombait en se fracassant sur les rochers muets : cette pensée s’empara de lui, il la combattit vainement, elle s’attachait irrésistiblement à lui ; une sueur froide mouillait son front.
Enfin il arriva près d’un saule rabougri qui avait planté ses racines dans le sol pierreux ; entourant le tronc de ses deux bras, il s’arrêta, ferma les yeux, adressa à Dieu une fervente prière et chassa l’hôte horrible qui s’était emparé de son imagination.
En rouvrant les yeux il regarda tranquillement tout autour de lui quand, tout à coup, aux dernières lueurs du soleil couchant, un point blanc se fit voir dans le précipice, à ses pieds.
Au même instant il se rappela que c’était là le squelette abandonné dont la vue remplissait d’une terreur superstitieuse les bergers appelés à passer sur le Rasoir ; quelques lambeaux de vêtements déchirés par la longue chute flottaient encore à trente pieds au-dessous de lui, accrochés à des buissons d’épines.
Le cœur du pauvre Walter se remplit d’une crainte insurmontable ; il chancela, ses nerfs se détendirent, ses jambes fléchirent et, tombant à genoux, il se colla des deux mains à la terre.
C’était un de ces spasmes d’où dépendait l’issue de la crise. Si la volonté de Walter avait été indécise, si sa conscience avait été coupable ou son corps affaibli, il aurait succombé à cette terreur soudaine et aurait roulé au fond du précipice…
Au bout de quelques minutes, qui lui parurent un siècle, il recouvra sa présence d’esprit et, détournant ses regards du spectacle de mort étalé sous ses yeux, il continua courageusement son chemin.
Il ne lui restait qu’une difficulté à vaincre : l’étroit sentier du Rasoir se trouvait en un certain espace interrompu et le terrain brisé.
Le cœur de Walter s’affaissa ; revenir sur ses pas était hors de question ; il s’agenouilla et se mit à ramper le long de la déchirure en s’aidant des pieds et des mains pendant quelques minutes jusqu’à ce que le chemin fût de nouveau bien déterminé.
Il touchait au terme du voyage ! cinq minutes encore et il s’élançait sur le large versant de la colline de Bardlyn !
Il atteignit rapidement la route et courut à un groupe de chaumières qui tiraient leur nom de la montagne même ; frappant à la première, il demanda un guide qui connaisse parfaitement tous les sentiers de la montagne.
On lui indiqua la cabane d’un vieux berger nommé Giles. Celui-ci écouta son histoire les yeux grand ouverts :
– Tu es venu le long du Rasoir, lui dit-il stupéfait, alors tu es le plus brave garçon que je n’ai jamais connu !
– Maintenant nous allons retourner chercher mes deux camarades, dit Walter.
– Oui, quant à moi je n’ai pas peur du Rasoir ; je l’ai traversé plus d’une fois et je prendrai un bout de corde pour aider ces garçons-là. Nous prendrons aussi une lanterne. N’aie pas peur, nous les ramènerons sains et saufs, dit-il, en voyant l’excitation de Walter.
– Alors venez vite. J’ai promis de revenir tout de suite. Vous serez bien payé…
– Chut ! chut ! dit le vieux berger, je n’ai pas besoin d’argent. J’irais bien s’il y avait une brebis en danger, et bien plus volontiers pour deux jeunes garçons comme toi !
Ils prirent une lanterne, une corde et un peu de nourriture ; Giles fut enchanté du pas rapide et élastique de son jeune compagnon.
Ils éteignirent bientôt leur lanterne ; elle était devenue inutile, car la pleine lune commençait à projeter son large disque d’or sur les sombres collines.
– Il n’y a pas d’utilité à ce que tu traverses encore une fois le Rasoir, dit le berger lorsqu’ils eurent atteint le passage ; je saurai bien aller tout seul chercher tes camarades.
– Oh ! je veux aller, je dois aller ! s’écria Walter, le brouillard est dissipé maintenant, et il est aussi facile de marcher à la clarté de la lune que lorsque je suis venu. Prenez un bout de la corde dans votre main, je prendrai l’autre.
– Eh bien ! dit le guide, il paraît que tu es d’une bonne trempe. Dieu te bénisse pour ton bon cœur !
Et, à vrai dire, je serai bien aise de t’avoir avec moi, car on dit que le spectre du vieux Waul se promène par ici.
Je sais bien qu’il y a Quelqu’un qui vous protège quand on a une bonne conscience, mais c’est égal, j’aime autant ne pas être tout seul.
La clarté de la lune faisait ressortir de tous côtés les ombres gigantesques des rochers et des collines, qui semblaient grandir encore quand la lumière venait plonger dans les noires profondeurs des abîmes, mais le montagnard, familiarisé avec les dangers de la route, communiquait à Walter, qui avait enroulé la corde autour de son poignet, plus d’assurance et plus d’aplomb, tandis que, de son côté, Walter le protégeait contre les terreurs des revenants.
Quand ils atteignirent le point où le passage était interrompu il se contenta de marcher de côté avec précaution en enfonçant profondément ses pieds dans le terrain, et en recommandant à Walter de suivre exactement ses traces.
Ils firent la route en beaucoup moins de temps que Walter n’en avait mis pour venir, et aperçurent bientôt au loin les deux jeunes garçons debout dans le brouillard éclairé, tandis qu’au-dessous d’eux l’Appenfell restait encore enveloppé dans les replis brumeux du nuage.
– Ciel ! qu’est-ce que c’est ? s’écria Walter en montrant deux ombres gigantesques qui leur faisaient face.
Oh ! qu’est-ce que c’est ? répéta-t-il avec une angoisse telle qu’il serait infailliblement tombé si le berger ne l’eût fermement retenu.
– Voyons ! voyons ! n’aie pas peur, dit Giles, ce ne sont pas des fantômes, ce sont nos propres ombres sur le brouillard.
C’est une chose bien extraordinaire, n’est-ce pas ? mais je l’ai souvent observée, et des savants m’ont dit que dans les montagnes ces apparitions ne sont pas rares.
– Que je suis nigaud d’avoir eu si peur ! dit Walter, mais je ne savais pas qu’il y avait de tels spectres sur l’Appenfell. C’est bien, Giles, en avant !
Ce ne fut qu’au moment où Walter et le berger eurent quitté le sentier du Rasoir pour arriver sur le penchant de l’Appenfell que Power et Kenrick, qui les avaient observés avec anxiété, coururent à Walter, l’accablèrent de remerciements et lui serrèrent les mains dans toute la ferveur de leur reconnaissance.
Ils souffraient de la faim et grelottaient ; leurs membres étaient engourdis et leurs figures toutes bleues ; ils dévorèrent avec avidité le pain noir et le gâteau de pommes de terre qu’on leur apportait, puis le berger se mit à les secouer vigoureusement pour rétablir la circulation dans leurs corps frissonnants.
Pendant ce temps leur crainte s’était suffisamment dissipée pour leur permettre d’apprécier les charmes d’une expédition aussi aventureuse, et la magnificence de la scène qui les entourait.
Redescendre l’Appenfell était chose impraticable. Dans un tel brouillard le berger lui-même n’aurait pu trouver son chemin ; enhardis par le courage de Walter, ils se laissèrent attacher par Giles, qui passa la corde autour de son corps, puis autour de Kenrick et de Power, et enfin le reste autour du bras de Walter.
Ainsi réunis, le danger diminuait considérablement. Il y eut un moment solennel que les trois amis n’oublièrent jamais, quand ils s’avancèrent pas à pas, à la clarté de la lune, le long du vertigineux sentier, n’osant regarder ni à droite ni à gauche, ni admirer la hauteur colossale de leurs ombres qui se projetaient parfois sur quelque rocher avancé.
Quand ils atteignirent l’endroit où brillait le point blanc et où les débris de vêtements flottaient au vent, Walter, en dépit de lui-même, ne put s’empêcher de dire tout bas à Power : Regarde !
La même terreur, qui s’était emparée la première fois de Walter, saisit Power ; il vacilla, glissa, et la secousse soudaine de la corde fit tressaillir Giles ; ce dernier, sans perdre sa présence d’esprit, saisit aussitôt le jeune garçon d’un bras ferme pendant que Walter, comprenant son imprudence, aidait Power à se relever.
Pas une parole ne fut prononcée, mais les deux jeunes gens se rapprochèrent de leurs guides qui les soulevaient parfois au-dessus des passages trop étroits. Le temps leur parut bien long ; cependant ils atteignirent heureusement l’extrémité du dangereux passage et se trouvèrent sur la colline de Bardlyn.
Ils se reposèrent un instant afin de contempler l’Appenfell s’élevant jusqu’au ciel dans sa couronne de nuages blancs, le précipice de Bardlyn s’étendant en noirs abîmes, et la ligne étroite et brisée du Rasoir.
Ils restèrent silencieux, jusqu’à ce que Power s’écrie avec élan :
– Oh ! Walter, Dieu soit béni ! Puis il répéta, en leur montrant les abîmes à leurs pieds : Dieu soit béni ! paroles auxquelles Walter et Kenrick firent écho.
Ces seuls mots ainsi prononcés suffisaient.
Le guide, qui se sentait largement payé par le service même qu’il leur avait rendu, refusa obstinément d’accepter aucun salaire.
– Non, non, leur dit-il, nous autres pauvres gens nous sommes fiers aussi, et je ne veux pas de votre argent, mes jeunes messieurs.
Mais laissez-moi vous avouer que vous avez couru ce soir le plus grand danger et que je ne doute pas que vous remerciez Dieu de tout votre cœur.
Eh bien ! si vous voulez prier pour le vieux Giles, il en sera plus content que de tout votre argent.
Maintenant, bonne nuit, mes jeunes amis, vous pouvez bien facilement trouver votre chemin, et si jamais vous revenez sur cette route, venez causer avec moi un moment en souvenir d’aujourd’hui.
– Certainement, Giles, répondirent-ils ensemble.
– Et puisque vous ne voulez pas d’argent, permettez-moi de vous offrir ceci, dit Walter.
Il faut que vous l’acceptiez, ça n’a guère de valeur, mais ça sera suffisant pour vous prouver que Walter Evson n’oublie pas le service que vous venez de lui rendre.
Et il força le vieux berger à accepter un beau couteau à fortes lames qu’il avait dans sa poche, tandis que Power et Kenrick se promettaient de leur côté de venir lui offrir au bout de peu de jours un plaid de première qualité.
Ils échangèrent une poignée de mains en le remerciant encore, et les trois jeunes gens, désireux de recevoir des témoignages bien légitimes de sympathie pour leurs périls et leur délivrance, se hâtèrent d’arriver à St-Winifred, où leur absence commençait à causer de sérieuses inquiétudes.
Au moment où ils passèrent sous la grande arcade, les élèves sortaient précisément de la chapelle, et chacun d’eux se demandait si quelque accident leur était arrivé.
Le récit de la bravoure de Walter se répandit en un instant dans tout le collège, et chacun fut dès lors convaincu qu’il n’y avait pas à St-Winifred de jeune garçon plus noble et plus courageux que Walter, et que si quelqu’un l’égalait en mérite, ce devait être un de ceux qui selon toute probabilité lui devaient la vie.
Walter, quelque reconnaissant qu’il fût de cette ovation générale, n’en était cependant pas enivré.
C’était bien, il est vrai, une belle chose que d’être accueilli avec tant d’affection par ses quatre cents condisciples, et félicité par des camarades qu’il connaissait à peine, mais la reconnaissance de Walter montait vers Dieu qui avait répondu à ses ardentes prières.
C’était l’heure de l’école du dimanche. La classe de Mlle Keller écoutait attentivement l’histoire du Samaritain. Puis le moment des questions arriva, car Mlle Keller désirait que tous comprennent bien.
– Peux-tu me dire, Claire, qui est ton prochain ? Claire était la plus jeune élève du groupe.
– Oui, mademoiselle, dit-elle sans réfléchir longtemps, c’est Mme Simon.
Un éclat de rire de tous les enfants accueillit cette réponse, et Hélène, la sœur aînée de Claire, la poussa du coude en murmurant : « Que c’est bête ! »
– Claire n’a pas si mal répondu, remarqua Mlle Keller. Sa réponse est très juste d’un côté, car nous avons l’habitude de nommer nos voisins, les personnes qui demeurent le plus près de nous.
Mais la Parole que nous avons lue nous apprend que d’autres personnes encore sont nos voisins ou nos prochains. Lorsque le Seigneur Jésus eut terminé sa parabole, Il demanda au docteur de la loi : « Lequel te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé entre les mains des voleurs ? » (Luc 10. 36)
Eh bien, Claire, peux-tu maintenant me dire qui est ton prochain ?
– Je le sais, cria Hélène.
– Moi aussi, moi aussi, crièrent plusieurs voix.
– Non, enfants ; je désire que Claire cherche à me donner une bonne réponse.
– Quelqu’un qui nous aide lorsque nous sommes dans le malheur, répondit lentement l’enfant.
– Vois-tu, je savais que tu me le dirais en réfléchissant un peu.
Puis Mlle Keller montra aux enfants que tous les hommes sont nos prochains et que de toutes nos forces nous devons chercher à leur faire du bien et à les aider dans leurs difficultés.
Les enfants écoutaient de toutes leurs oreilles, et quand Mlle Keller leur posait des questions, ils étaient tout heureux d’y répondre correctement. Hélène, la sœur de Claire, se distinguait souvent par ses bonnes réponses, tandis que Claire ne répondait jamais, ou si elle était interrogée, paraissait toute interdite et répondait mal.
« Que ces deux sœurs sont donc différentes », pensait Mlle Keller, lorsque les enfants l’eurent quittée ; Hélène n’a que deux ans de plus que sa petite sœur, mais elle est beaucoup plus intelligente. Que je voudrais que tous les enfants soient comme elle !
Qu’il est vrai que Dieu voit autrement que nous ! Nous, nous jugeons d’après l’apparence, d’après ce que nous voyons ou entendons, Dieu regarde au cœur. Nous nous trompons souvent dans notre jugement sur les autres – Dieu, jamais.
Comme Hélène et Claire rentraient à la maison, elles rencontrèrent à un coin de rue une petite fille qui s’approcha d’elles tout effrayée, avec de grands yeux tristes.
Elle devait être très pauvre ; à en juger d’après ses habits. Les souliers étaient tout déchirés et son bonnet si petit qu’il ne protégeait qu’à moitié une petite figure pâle, mais très propre.
Des larmes coulaient le long de ses joues, quoiqu’elle cherchât à les cacher, et elle regardait anxieusement autour d’elle comme si elle ne savait où elle se trouvait. De plus, la pauvre petite était à demi paralysée, et son dos était si voûté qu’elle faisait peine à voir.
– Qu’as-tu donc ? demanda Claire en s’arrêtant sans en avoir demandé la permission à sa sœur.
– Je me suis perdue ; je ne peux plus retrouver la cour où nous habitons, et je suis si fatiguée !
– Où demeures-tu ? demanda Hélène, qui s’était aussi arrêtée.
– Dans la cour du Moulin, à droite de la rue Thomas.
– Rue Thomas, répéta Hélène ; tu es loin d’y être. Descends cette rue jusqu’au réverbère, là tu prendras le chemin à gauche, puis tu demanderas à quelqu’un de te montrer la rue Thomas. C’est très facile à trouver, si tu regardes attentivement.
Au reste, tu aurais dû savoir où tu allais ! Tu ne te serais pas perdue ; et tu n’as pas besoin de pleurer, ne te conduis donc pas comme un bébé !
Quelques larmes qu’elle cherchait en vain à retenir coulèrent le long des joues de l’enfant. Était-ce le long chemin qu’elle devait faire encore, ou la manière brusque d’Hélène qui la rendirent plus triste ?
Elle ne répondit rien, mais son air était si désappointé que Claire en eut pitié.
– Attends, je t’accompagnerai, si tu veux. Je te montrerai où tu dois tourner à gauche pour arriver dans la bonne rue, et de là tu te retrouveras facilement.
– Quelle bêtise ! s’écria Hélène. Pourquoi tant de complications ? Tu arriveras trop tard à la maison !
Mais Claire voulait en faire à sa tête et répondit :
– Je ne resterai pas longtemps ; je me dépêcherai et maman ne sera pas fâchée pourvu que je sois à la maison à cinq heures.
Tu lui expliqueras mon retard ; mais ce serait plus gentil si tu venais avec nous jusqu’au coin de la rue.
– Qu’est-ce que tu penses ! répartit Hélène en détournant la tête. Je n’aime pas faire des détours inutiles, et toi tu devrais aussi venir ; cette enfant trouvera son chemin sans toi.
Mais Claire persista dans son idée, et les sœurs se séparèrent, l’une se dirigeant vers la maison paternelle, l’autre accompagnant une enfant estropiée.
Cette dernière se montrait très reconnaissante pour la peine dont se donnait Claire. Elle lui raconta que, jusqu’à peu de temps auparavant, elle avait vécu à la campagne avec ses parents, et c’était pour cela que le bruit de la ville l’effrayait et qu’elle craignait de sortir seule, se sentant étrangère encore.
Cet après-midi elle avait suivie une mauvaise rue et n’avait absolument plus retrouvé son chemin.
– Et parce que je suis boiteuse, estropiée, continua-t-elle, je n’aime pas m’arrêter, car les enfants courent après moi et se moquent de moi.
– As-tu toujours été estropiée ? demanda Claire.
– Non, pas toujours, lorsque j’étais toute petite je suis tombée et me suis blessée à la colonne vertébrale et mon dos n’est plus jamais redevenu droit. Le docteur a dit que cela resterait toujours ainsi.
– Que ce doit être terrible, soupira Claire.
– Non, ce n’est pas terrible, répondit la fillette un peu rassérénée par le ton sympathique de sa compagne. Je n’en ferais aucun cas si je pouvais travailler comme les autres, mais ma mère dit que je ne pourrai jamais devenir une aide.
– Tu pourrais devenir couturière, suggéra Claire ; ma mère en est une, et je le deviendrai aussi quand je serai grande. Est-ce que ta mère sait faire des habits ?
– Je ne crois pas, dit l’enfant ; mais elle travaille beaucoup ; elle part de bon matin pour faire des ménages, et le soir lorsqu’elle rentre, elle est toujours très fatiguée.
Nous n’aurions rien pour vivre, si elle ne gagnait pas un peu d’argent.
– Est-ce que ton père est mort ?
– Non, mais il ne peut pas travailler. Il a eu un accident et a été malade très longtemps. Nous étions beaucoup mieux lorsqu’il était en bonne santé.
Nous avions une petite maison et un jardin pour nous, mais maintenant nous n’avons que deux chambres très petites et très sombres.
– As-tu des frères et des sœurs ? questionna Claire.
– J’ai deux sœurs, mais elles sont plus petites que moi et je dois les surveiller lorsque maman n’est pas là.
– Où as-tu été cet après-midi ?
Claire croyait probablement avoir le droit de tout savoir de l’enfant qu’elle avait prise sous sa protection.
– J’ai fait une promenade ; ma mère pensait que cela me ferait du bien parce que j’avais tellement mal à la tête.
– Ne vas-tu pas dans une école du dimanche ?
– Non.
– Où va ta mère le dimanche ?
– Nulle part ; elle reste à la maison ; quelquefois elle repasse notre linge, d’autres fois elle nettoie les chambres, et lorsqu’elle a assez d’argent elle nous fait cuire un peu de viande pour le dîner.
– Ne lisez-vous pas la Bible, surtout le dimanche qui est le jour du Seigneur ? demanda Claire étonnée et très sérieuse.
– Je pense que les gens riches seulement peuvent faire cela, ceux qui n’ont rien à faire le dimanche, mais nous, nous sommes de pauvres gens, répondit l’enfant avec hésitation.
– Pourquoi les pauvres gens ne pourraient-ils pas le faire aussi ? demanda Claire. Est-ce que les pauvres gens n’ont pas d’âme ?
– Je crois que oui, répondit la petite d’un ton qui prouvait qu’elle n’y avait jamais pensé.
– Oui, certainement, continua Claire, les pauvres gens ont aussi une âme, une âme immortelle. Notre monitrice nous a dit que l’âme était la chose la plus précieuse que nous possédions, et que nous devions nous en occuper davantage que de notre corps.
– Mais personne ne fait cela ! tenta de répliquer la pauvre petite.
– Si ; beaucoup de personnes le font, assura Claire, et celui qui ne le fait pas a grand tort. Comment pouvons-nous aller au ciel sans lire la Bible qui nous indique comment nous pouvons y arriver ?
Du reste, continua Claire avec sérieux, notre monitrice nous a dit que seul le Seigneur Jésus pouvait nous y faire entrer. Il est mort pour les pécheurs, et qui croit en Lui à la vie éternelle. Est-ce que tu aimes le Seigneur Jésus ?
– Non, répondit l’enfant ; je ne sais pas grand chose de Jésus.
– Pourquoi ne viens-tu donc pas à l’école du dimanche? Là tu entendrais de belles histoires de Jésus.
Tu entendrais ce qu’Il fit lorsqu’Il était sur la terre, comment Il rendit la vue aux aveugles, et l’audition aux sourds, et guérit des paralytiques et des infirmes comme toi.
– Oh! que je voudrais qu’Il me guérisse, s’écria la petite fille avec des yeux brillants.
– Il l’aurait certainement fait si tu avais vécu dans ce temps-là, et Il le ferait assurément maintenant, si c’était bon pour toi ; c’est ainsi que notre monitrice l’a dit.
Mais elle a aussi dit que Jésus a fait bien davantage pour nous : Il est mort sur la croix. Et si nous croyons en Lui, qui nous aime, Il veut avoir soin de nous et devenir notre meilleur Ami. N’aimerais-tu pas venir une fois à l’école du dimanche ?
– Oh oui, j’aimerais beaucoup, si…
– Si quoi ?
– Si j’avais de meilleurs habits et si je n’étais pas boiteuse, car les autres enfants se moqueraient de moi, dit la petite en hésitant.
– Non, ils ne se moqueront certainement pas de toi ; si seulement tes habits sont propres, cela ne fait rien qu’ils soient vieux. Si tu veux, je viendrai te chercher dimanche prochain.
– Est-ce que ce n’est pas très loin ? demanda la petite.
– Non, ce ne sera pas loin depuis chez vous ; nous prendrons un raccourci.
– Alors, je demanderai à ma mère, dit la petite fille, et si elle le permet, je viendrai volontiers. Voici la rue Thomas. Je te remercie beaucoup de m’avoir accompagnée.
Là-bas je vois ma mère qui a l’air de me chercher ; elle se sera inquiétée de ma longue absence. Ne veux-tu pas lui dire bonjour ?
– Non, je dois vite rentrer à la maison, et Claire se sauva en saluant aimablement la petite fille.
Claire était une brave et modeste enfant, et elle ne voulait pas qu’on la remercie. C’est pour cela qu’elle quitta si brusquement sa compagne, sans même lui avoir demandé son nom.
Si Louise Pauli, tel était le nom de la fillette, avait été à l’école du dimanche ce jour-là, et qu’on lui ait demandé qui était son prochain, que pensez-vous qu’aurait été sa réponse ?
En arrivant à la maison, Hélène eut la surprise d’y trouver son grand-père. Il demeurait à quelques heures de la ville, et était venu voir sa fille, Mme Schneider, qui était veuve. Hélène l’embrassa joyeusement.
Lorsque les premières salutations eurent été échangées, Mme Schneider demanda où était Claire.
– Elle va arriver, maman. Elle a accompagné une pauvre enfant que nous avons rencontrée et qui avait perdu son chemin. Je suis sûre qu’elle l’aurait retrouvé elle-même, mais Claire est si naïve qu’elle croit devoir répondre à la requête de chacun.
– Ne trouves-tu pas que c’était gentil à Claire de l’avoir accompagnée ? demanda le grand-père, auquel le ton et les manières d’Hélène déplaisaient.
– Oui, bien sûr, répondit Hélène d’un ton léger. Mais la petite fille avait l’air si misérable que je n’aurais pas voulu qu’on me voie marcher avec elle.
Mais Claire ne s’inquiète pas de cela, elle peut se lier avec les gens les plus vulgaires.
– Hélène, Hélène, ta langue va trop vite. Pose ton chapeau et ton manteau, et prépare la table du goûter.
Hélène est grande pour son âge, n’est-ce pas ? ajouta Mme Schneider quand la fillette eut quitté la chambre.
– Oui, elle est grande, répondit le grand-père ; mais je crains qu’elle n’ait une fort bonne opinion d’elle-même, et cela n’est pas bon.
– Certainement, dit la mère, elle met un peu trop d’importance à ses vêtements, mais c’est une enfant bien douée, très intelligente.
Apprendre ne lui donne aucune peine, et avant que Claire commence seulement à réfléchir à ce qu’elle vient d’entendre, Hélène peut déjà vous en expliquer le sens.
– Oui, mais précisément cette facilité la rend orgueilleuse, et l’intelligence n’est pas la chose essentielle chez une fillette, remarqua le vieillard.
– En effet ; Claire n’est pas la moitié aussi intelligente qu’Hélène, mais elle est très aimable et très bonne, et toujours prête à aider quiconque est dans la peine.
C’est seulement dommage qu’elle ait tant de peine à apprendre.
En disant cela, Mme Schneider se rendit à la cuisine pour chercher le café, et Hélène revint auprès de son grand-père. Il lui demanda ce qu’elle avait entendu à l’école du dimanche.
Sa réponse prouva qu’elle avait été très attentive. Elle ne se contenta pas de raconter la parabole, mais y ajouta les explications, et même le fit si bien que son grand-père ne put que se réjouir de la bonne mémoire et de l’esprit réfléchi de sa petite-fille.
Mais lorsqu’il lui demanda si elle cherchait à faire comme le bon Samaritain, cela mit l’enfant mal à l’aise, car sa conscience lui disait qu’elle s’inquiétait fort peu du bien des autres, et qu’elle ressemblait plutôt au lévite et au sacrificateur qui passèrent auprès du malheureux avec un cœur froid.
Mais au lieu d’écouter sa conscience, elle répondit rapidement :
– Je ne crois pas, grand-père, qu’il y ait quelque chose à faire pour moi ; si j’étais plus âgée et plus riche, je tâcherais de me rendre utile.
– Mais une enfant peut être utile à d’autres enfants, répliqua le grand-père. Elle peut être en bon exemple à ses camarades, ou rendre un service à un enfant pauvre.
Je pense que tu connais le verset : « Celui qui est fidèle dans ce qui est très petit, est aussi fidèle dans ce qui est très grand » (Luc 16. 10).
Ce que tu es maintenant, chère enfant, tu le seras aussi quand tu seras grande, et c’est pour cela qu’il est nécessaire que tu demandes au Seigneur, non seulement d’écouter sa Parole, mais aussi de la mettre en pratique.
Je suis très heureux que tu saches tant de choses, mais je me réjouirais encore plus, si tu étais prête à mettre en pratique ce que tu apprends à l’école du dimanche.
Ce fut un soulagement pour Hélène lorsque sa petite sœur entra dans la chambre.
Claire avait très chaud, car elle s’était fort dépêchée sur le chemin du retour.
Son grand-père la prit dans ses bras et lui dit avec bonté :
– Qu’est-ce que j’entends ! Tu es allée accompagner une petite fille étrangère au lieu de rentrer à la maison pour m’embrasser ?
Claire rougit, mais tout de suite elle répondit en souriant :
– Comment pouvais-je savoir que tu étais ici, grand-papa ? J’ai accompagné une petite fille était tellement en peine que je ne pouvais faire autrement que d’aller avec elle. Elle est plus petite que moi, et pourtant nous avons le même âge. Elle était si craintive qu’elle n’aurait sûrement pas retrouvé son chemin ; vraiment je ne pouvais faire autrement.
– Tu as très bien agi, dit le grand-père ; nous devons être utiles partout où nous pouvons, et cela aussi dans les petites choses. L’enfant était-elle très pauvre ?
– Oh ! oui, répondit Claire. La petite fille portait une toute vieille robe et des souliers déchirés ; mais elle était très propre et elle me dit qu’autrefois tout allait mieux pour eux.
Claire raconta tout ce qu’elle savait de la petite Louise et de ses parents.
– Elle m’a promis de venir avec nous à l’école du dimanche la semaine prochaine, ajouta Claire avec un heureux sourire.
« Avec nous ! » murmura Hélène, mais si bas que personne ne l’entendit. « Je n’irai pas avec cette enfant aux habits rapiécés. Jeanny Martin et Sophie Duvoisin pourraient encore croire qu’elle est notre cousine ! »
– Eh bien ! Claire, dit le grand-père, Hélène m’a raconté la parabole que vous avez entendue à l’école du dimanche. L’as-tu comprise ?
– Oui, Mlle Keller nous l’a si bien expliquée que j’ai tout compris, répondit joyeusement la petite.
– N’as-tu pas pensé que tu pourrais être le prochain de la petite fille ?
Mais à ce moment-là Mme Schneider entra, apportant le goûter, et la fillette ne put répondre, mais un sourire heureux illuminait son visage et le vieillard en conclut que sa supposition était juste.
Durant toute la semaine, Claire pensa à la petite Louise, se demandant si elle viendrait à l’école du dimanche. Et lorsque le matin tant désiré arriva enfin, elle se prépara plus tôt que de coutume, car elle devait faire un grand détour pour arriver jusqu’à la cour du Moulin où demeurait Louise.
Hélène n’accompagna pas sa sœur ; elle ne voulait pas marcher à côté d’une pauvresse. Qu’aurait donc pensé son amie Sophie ? Claire se dirigea rapidement vers la rue Thomas et arriva bientôt à la cour du Moulin.
Les maisons y étaient hautes et sombres, et Claire poussa un soupir de soulagement en pensant qu’elle ne devait pas vivre dans ce quartier. Elle frappa à une porte du n°3. On ouvrit immédiatement.
Louise attendait Claire et l’avait vue venir ; elle était toute prête pour sortir ; elle portait le même petit bonnet, la même robe grossière, mais ses souliers étaient raccommodés. Elle avait jeté sur ses épaules un vieux châle de sa mère qui était beaucoup trop grand pour elle, mais qui cachait d’autant mieux son pauvre petit dos estropié.
Les deux enfants se regardèrent avec bonheur.
– Alors tu viens ! dit Claire. Ah ! comme je suis contente !
La mère de Louise vint remercier notre petite amie d’avoir invité son enfant et de lui être venue en aide la semaine précédente, et elle raconta que toute la semaine Louise avait parlé de son aventure, et qu’elle avait craint qu’il ne pleuve dimanche et qu’elle ne doive rester à la maison.
La femme avait une figure sympathique, mais son expression était triste et soucieuse.
Deux enfants, plus petits, très pauvrement vêtus, se cachaient derrière elle, et regardaient Claire avec curiosité.
Claire ne s’attarda pas longtemps à causer, car elle ne voulait pas arriver trop tard à l’école. Mais comme Louise boitait, elles n’avançaient que lentement, et la leçon avait déjà commencé, quand les petites filles arrivèrent à destination.
Claire ne put donc présenter la nouvelle petite élève à Mlle Keller, et elle dit à Louise de rester à côté d’elle. La pauvre petite rougit en voyant tous les regards fixés sur elle : l’expression des uns était aimable, celle des autres, curieuse seulement.
On n’osait pas parler pendant le chant des cantiques, mais Sophie, l’amie d’Hélène, ne put s’empêcher de demander à celle-ci si la fillette qui accompagnait Claire était une de ses parentes.
Hélène fit signe que non, et se redressa un peu, indignée qu’on pût supposer une chose pareille ; elle oubliait que la pauvreté n’est pas une honte.
« Que c’est stupide à Claire d’avoir amené cette enfant, se dit-elle. Pourquoi n’est-elle pas arrivée à temps pour que la maîtresse la mette à une autre place ?
J’espère que, quand la lecture commencera, cela changera, et qu’on la mettra avec les petits. J’aurais terriblement honte si elle restait dans notre groupe ».
Il fut néanmoins décidé que Louise resterait auprès de Claire, et les enfants suivirent ensemble sur le même Nouveau Testament. La fillette ne savait pas très bien lire, mais elle put tout de même apprendre avec les autres le verset qui clôturait l’enseignement.
Il était clair que Louise ne savait pas grand-chose de la Bible, mais il était évident aussi qu’elle désirait en apprendre davantage. Son pâle visage s’éclaira plus d’une fois en écoutant l’histoire que racontait Mlle Keller.
La pauvre enfant n’était pas habituée à entendre de telles choses, ses parents n’avaient jamais rassemblé leurs enfants autour d’eux pour leur parler de Jésus.
La petite Louise n’était pas heureuse chez elle. Ses parents étaient bons pour elle, mais ils étaient écrasés par les soucis, et leurs pensées ne s’élevaient pas au-dessus des préoccupations et des besoins de la vie journalière.
Maintes fois les petites filles étaient allées au lit en ayant faim, et que de fois leur seul dîner n’avait-il pas consisté en quelques pommes de terre et du pain sec.
Lorsqu’ils habitaient la campagne, le père passait la plus grande partie de son temps au cabaret, entraîné par de mauvais compagnons. Il se proposait toujours de changer de vie, mais les résolutions prises par ses propres forces ne tenaient pas longtemps, et il vit bientôt que ce genre de vie ne pouvait plus continuer.
Il décida alors à changer de domicile en allant en ville avec sa petite famille. Sa femme fut heureuse de cette idée, espérant qu’en abandonnant ses camarades, son mari abandonnerait aussi son ancienne vie.
En effet, Pauli rapportait maintenant à la maison tout ce qu’il gagnait. Sans doute c’était peu de chose, juste de quoi les préserver de la faim, lui et sa famille. Les choses en étaient là, lorsqu’un grand malheur frappa ces pauvres gens.
Un matin, l’ouvrier tomba si malencontreusement d’une échelle qu’on le transporta gravement blessé à l’hôpital. Il y resta pendant des semaines entre la vie et la mort, et lorsqu’il put enfin rentrer à la maison, il était devenu si faible qu’il ne pouvait songer à travailler.
Au lieu de se fortifier, le pauvre homme déclinait chaque jour, et bientôt il fut trop faible pour quitter la chambre. S’il avait pu respirer le bon air de la campagne et avoir une nourriture fortifiante, il se serait certainement remis, mais sa pauvreté le retenait dans son logis sombre et malsain.
Par bonheur, la mère de Louise trouva du travail chez des voisins. Comme elle était consciencieuse et active, Mme Pauli fut bientôt occupée toute la semaine. Mais son gain était bien maigre pour entretenir toute la famille, et il n’était pas étonnant, alors, que Louise portât de vieilles robes et des souliers déchirés.
À la sortie de la classe, Claire accompagna sa petite amie une partie du chemin, et Louise mit toute son attention à observer le parcours qu’elles faisaient, afin de pouvoir venir seule le dimanche suivant.
La pauvre petite boiteuse rentra chez elle avec un bon sourire. Les soins affectueux de Claire l’avaient rendue heureuse, et le local clair et gai de l’école, la douce voix de la monitrice contrastaient étrangement avec la cour sombre et la voix irritée de Pauli, que la maladie avait rendu mécontent et irritable : la pensée qu’il ne pouvait rien faire pour sa femme et ses enfants l’aigrissait de plus en plus.
Il n’avait pas encore appris à prendre son épreuve de la main de Dieu, et il murmurait contre son destin. Louise raconta à sa mère et à ses petites sœurs ce qu’elle avait entendu à l’école du dimanche.
– Et tu sais, maman, dit-elle, j’ai appris un verset toute seule ! Il est si court et si facile que j’ai pu le retenir tout entier : « La bénédiction de l’Éternel est ce qui enrichit ». N’est-il pas beau, maman ?
– Très beau, Louise, répondit la mère avec un soupir.
Pourquoi soupirait-elle ? Ah, elle se rappelait des jours depuis longtemps écoulés, où elle aussi allait à l’école du dimanche, où elle aussi apprenait des versets.
Mais avec le temps elle avait négligé la Parole de Dieu et le jour du Seigneur, et maintenant qu’elle était dans l’épreuve elle ne connaissait pas le Seigneur qui seul peut consoler et soulager.
Mme Schneider avait fait cadeau à Claire d’un nouveau livre de cantiques, et la fillette eut aussitôt l’idée de donner son ancien recueil à sa petite amie.
Comme elle avait congé le mercredi après-midi, elle demanda à sa mère la permission d’aller chez Louise. Cela lui fut accordé de grand cœur, et pour comble de bonheur, Mme Schneider remplit le tablier de la petite fille de magnifiques pommes rouges.
L’enfant sautait de joie à la pensée d’apporter ces beaux fruits aux petites sœurs de Louise. Claire trouva ses petites amies seules. Leur maman était partie au travail comme d’habitude, et leur père était allé chercher des médicaments à l’hôpital.
Louise était assise sur une vieille chaise cassée, et, par terre, la figure et les mains sales, les petites sœurs s’amusaient toutes contentes. Elle sentit que Claire, avec ses habits si propres, ne pouvait être à l’aise dans ce milieu.
Notre petite amie avait le cœur serré en voyant la misère de cette pièce, et Louise s’excusa un peu en disant :
– Maman a dû partir de si bonne heure ce matin qu’elle n’a pas eu le temps d’arranger la chambre, et le soir en rentrant elle est si fatiguée, qu’elle n’a plus le courage de rien y faire.
Malgré cette excuse, Claire trouva que Mme Pauli aurait pu mieux entretenir son ménage. Mais elle eut tout à coup une bonne idée.
Franche, comme le sont les enfants entre eux, elle dit à Louise :
– Mais, dis-moi, ne pourrais-tu pas aider ta mère, et mettre un peu d’ordre dans cette chambre, à sa place ?
– Je ne sais pas, dit Louise avec hésitation, je n’ai jamais essayé.
– Je suis sûre que tu pourrais, dit Claire, car je le peux aussi. Je sais nettoyer le plancher et sortir les cendres du fourneau presque aussi bien que maman. Avec le temps tu y arriverais aussi.
– Oui, mais votre chambre est meilleure que la nôtre, objecta Louise en regardant d’un air maussade autour d’elle.
– C’est vrai, répondit Claire, mais elle ne reste pas non plus propre toute seule.
Maman dit qu’on peut toujours rendre une chambre agréable, lorsqu’on s’en donne la peine. Je sais ce que je ferais, si j’étais à ta place, Louise.
Et alors elle se mit à développer son idée. Claire était une petite femme de ménage très experte pour son âge, et sa mère répétait souvent qu’elle ne saurait que devenir sans son aide.
Et maintenant, elle aurait aimé se mettre elle-même à l’ouvrage, nettoyer le fourneau, la table, le plancher, épousseter la commode, mais elle eut peur que Mme Pauli ne soit mécontente, qu’elle, une petite fille étrangère, se mêle de ses affaires.
C’est pourquoi elle y renonça, mais elle encouragea beaucoup Louise à agir elle-même.
Pourquoi ne serait-elle pas une aide pour sa pauvre mère surchargée de travail ?
Claire avait encore autre chose à cœur : elle voulait parler à Louise de ce qu’elles avaient entendu ensemble à l’école du dimanche, lui donner le petit recueil de cantiques et partager les pommes entre les fillettes.
Une heure se passa ainsi joyeusement. Pour finir, Claire lut encore les versets du cantique qu’elles devaient apprendre pour le dimanche suivant, puis chanta la mélodie que Louise accompagna bientôt de sa voix faible, mais limpide.
Comme elles chantaient les dernières paroles, Pauli entra. Il n’aperçut pas les enfants ; il avait l’air harassé.
Claire prit rapidement congé des petites, elle craignait que sa présence ne soit désagréable à cet homme malade.
La mère de Claire écouta avec grand intérêt tout ce que l’enfant lui raconta de sa visite et le lendemain elle dit à la fillette :
– Tu inviteras Louise à goûter avec nous demain. Puis nous verrons si ta robe bleue pourrait lui aller ; tu as tellement grandi que tu ne peux plus la porter, et comme elle est à peine usée, elle fera une bonne robe pour le dimanche, puisqu’elle est plus petite que toi.
Quel plaisir pour Claire de penser que Louise ne devrait plus porter sa vieille robe rapiécée, et quelle joie pour Louise elle-même, le lendemain après-midi !
La robe lui allait à ravir ; Mme Schneider lui donna encore un manteau noir d’Hélène et un chapeau de paille grise de Claire.
Comme ses yeux brillaient en déballant ses trésors à la maison ! Elle était certainement l’enfant la plus heureuse du monde !
Hélène ne s’occupait pas de Louise, car celle-ci avait le grand tort d’être pauvre et de demeurer dans une maison misérable. Hélène en avait honte, et ses visites lui étaient insupportables.
Mais pour la pauvre enfant, cela la remplissait de joie. La chambre si confortable, dont les fenêtres s’ouvraient sur un jardin ravissant, l’affection dont l’entouraient Claire et sa mère, effacèrent peu à peu sur son petit visage l’expression de tristesse et de fatigue, et lui aidèrent à mieux supporter sa vie difficile.
Il semblait qu’un clair rayon de soleil avait dissipé un nuage.
Elle se donnait maintenant toutes les peines du monde pour tenir les pauvres petites chambres qu’elle habitait propres et en ordre.
Au commencement cela lui avait coûté bien de la fatigue, mais elle s’y était habituée peu à peu, et était elle-même étonnée du changement.
Depuis quelque temps déjà, Claire n’était plus retournée chez sa petite amie.
Un mercredi après-midi, jour de congé, sa mère lui donna un beau morceau de mousseline pour faire une robe à sa poupée, mais, au moment de la couper, il lui vint une excellente idée.
Elle se souvint de la fenêtre des Pauli, et elle se représenta comme il serait agréable d’y voir un rideau qui cacherait la sombre façade d’une maison vis-à-vis.
Elle courut à sa mère pour lui faire part de son idée, et celle-ci lui aida à coudre le rideau, qui fut ensuite soigneusement enveloppé dans du beau papier blanc, et Claire y ajouta sa propre poupée pour les petites sœurs.
Quelle surprise lorsqu’elle entra dans la pauvre demeure ! Les bancs, la table, le plancher reluisaient de propreté, le poêle brillait.
Les murs aussi étaient un peu plus propres, et à certains endroits on avait cherché à remédier aux crevasses en collant du papier. Même quelques petites images encadrées de carton égayaient un peu la chambre. C’était presque du luxe.
Cela était la contribution du père de Louise, heureux des efforts qu’avait faits sa fillette.
Lorsque Claire entra, Pauli était assis sur une chaise, la tête appuyée sur un coussin. Il se leva en voyant la fillette, et parut même heureux en entendant l’exclamation de joie de Claire à la vue de tous ces changements.
Comme les yeux de Louise brillaient de plaisir ! Le rideau fut déballé et admiré par chacun et tout de suite mis à la fenêtre.
Pauli enfonça lui-même les clous, mais Claire eut le cœur serré en voyant combien ce petit travail avait épuisé le pauvre homme, qu’un terrible accès de toux força à se rasseoir bien vite.
Plusieurs semaines s’écoulèrent et l’état du malade empirait journellement. Un dimanche, Louise vint tout en pleurs à l’école du dimanche.
– Qu’as-tu ? demanda Claire tout étonnée.
– Père est si malade. Le docteur a dit hier qu’il ne vivrait plus longtemps !
– Doit-il rester maintenant toute la journée au lit ? demanda Claire avec sympathie.
– Non, il est assis dans le vieux fauteuil ; mais il maigrit tellement, ne mange presque plus rien, et tousse terriblement.
– Mais souvent les malades vont mieux, fit Claire, et peut-être qu’il guérira quand même.
Louise secoua tristement la tête et toutes deux entrèrent dans la salle.
Mme Schneider était une femme de cœur, et lorsqu’elle entendit ce que Claire lui raconta de Pauli, elle répondit :
– Tu iras demain, Claire, et tu lui apporteras quelque chose de léger à manger, car sa femme qui est au travail toute la journée ne peut guère lui préparer de petits plats.
C’est avec joie que Claire prit le lendemain le chemin de la pauvre demeure. Elle trouva le malade seul. Louise avait été à la pharmacie avec ses petites sœurs.
Claire surmonta sa timidité et montra au pauvre homme la soupe appétissante qu’elle avait apportée, et pendant que le malade regardait presque avec plaisir ce mets savoureux, Claire alla chercher une cuiller et une assiette, et le supplia d’en manger un peu.
Mais comme il allait commencer, un terrible accès de toux l’en empêcha.
– Ah ! cette toux, cette toux, si seulement je pouvais m’en débarrasser, gémit-il.
Claire le regarda avec sympathie et lui dit affectueusement :
– Vous ne l’aurez plus quand vous serez au ciel.
Il parut étonné de cette réflexion et resta silencieux un long moment, puis il murmura :
– Au ciel ? Ah, mon enfant, tout le monde ne peut pas aller au ciel.
– Oh ! oui, celui qui veut peut y aller, assura la fillette.
– D’où sais-tu cela ? demanda le malade.
– C’est écrit dans la Bible : « Que celui qui a soif vienne », s’écria la petite. Et j’ai appris encore un autre passage : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos » (Mat. 11. 28).
Notre monitrice nous a dit que le Seigneur Jésus demande aux hommes de venir à Lui, et qu’Il a dit aussi qu’Il ne repousse jamais celui qui vient à Lui ; oh ! vous ne savez pas combien le Seigneur Jésus est bon !
Quiconque veut aller près de Lui au ciel, le peut. C’est la Bible qui le dit, et la Bible est la Parole de Dieu.
– Mais, Claire, je suis un grand pécheur, soupira le malade. Je ne me suis jamais occupé ni de Jésus, ni de la Bible, et maintenant…
– Il est encore temps, interrompit Claire avec vivacité. Le plus grand des pécheurs peut encore venir à la dernière heure avec tous ses péchés, et le Seigneur Jésus le purifiera dans son sang et lui donnera une place dans le ciel.
Il est venu sur la terre pour chercher ceux qui étaient perdus et pour rendre les pécheurs heureux. N’avez-vous jamais lu la belle histoire du brigand sur la croix ? J’ai dû pleurer en pensant que le Seigneur Jésus était si bon !
C’est ainsi que la fillette causa longtemps encore. Quelle surprise cela aurait été pour Mlle Keller, d’entendre sa modeste petite élève répéter si bien les paroles qu’elle avait entendues d’elle !
Et quelle bénédiction ces paroles n’étaient-elles pas pour le pauvre malade ! Depuis quelques jours, en voyant ses forces décliner, il était devenu inquiet. La pensée de la mort et de l’éternité lui était terrible !
Il se rendait compte maintenant qu’il ne s’était jamais réellement occupé de l’état de son âme, et à présent il se sentait tellement pécheur, si ignorant, si incapable de faire quoi que ce soit, qu’à certains moments, il était presque au désespoir.
Il n’avait jamais appris à lire dans sa jeunesse, et dans cette grande ville il ne connaissait personne qui aurait pu lui dire un mot à propos.
C’est alors que Dieu lui envoya la petite Claire pour lui apporter la Parole de vie. Ses remarques enfantines étaient juste ce qui répondait à son état ; il lui fallait un Sauveur, et elle lui avait montré Celui qui est le chemin, la vérité et la vie.
Il est vrai qu’au commencement, plus l’Esprit de Dieu agissait dans son cœur, plus il était tourmenté. Mais cependant les paroles de l’enfant lui donnaient quelque consolation : s’il était vrai que Jésus était venu sur la terre pour sauver les pécheurs, il y avait encore un peu d’espoir pour lui.
Claire était loin depuis longtemps que ses paroles retentissaient encore dans le cœur du pauvre homme.
Elle revint le lendemain avec sa mère. Celle-ci était une femme sensée, et ayant eu son mari malade pendant longtemps, elle avait acquis beaucoup d’expérience. Elle recommanda au malade un excellent médecin qui soignait gratuitement les pauvres, et lui laissa de l’argent pour louer une voiture qui le mènerait chez lui.
Lorsque Mme Schneider voulut partir, Pauli la pria de lui laisser Claire encore un moment, afin qu’elle puisse lui lire quelques passages de la Bible qu’elle avait apportée avec elle.
Claire le fit avec une grande joie : elle éprouvait comme il est doux de parler de Jésus à une âme qui Le cherche ; et il devenait de plus en plus évident que la semence qu’elle semait tombait dans de la bonne terre, et commençait à porter des fruits.
Le lendemain Pauli alla trouver le docteur que Mme Schneider lui avait recommandé. Il le fit surtout pour ne pas la blesser, car pour lui-même, il n’avait plus d’espoir.
Mais comme il fut heureux d’avoir suivi ses bons conseils, car peu de temps après déjà les remèdes lui apportèrent beaucoup de soulagement ; sa toux disparut peu à peu et ses forces revinrent lentement.
– Mère, s’écria Claire un jour qu’elle revenait d’une visite à la cour du Moulin, le père de Louise va réellement mieux. Le docteur dit que s’il fait très attention, il pourra se remettre entièrement ; oh, comme j’en suis heureuse !
Mme Schneider partageait aussi la joie de son enfant.
– Écoute encore une chose, maman, continua la petite avec vivacité, le père de Louise apprend à lire. Il n’a été dans aucune école quand il était jeune, et plus tard il avait trop à faire pour s’instruire.
Mais tu devrais voir comme il se donne de la peine maintenant pour pouvoir lire quelque chose dans la Bible. La petite Louise aide, et M. Brun, qui demeure dans la même maison, vient de temps en temps voir les progrès qu’il fait.
C’est si drôle de voir un homme épeler. Mais il est très heureux, car il croit maintenant au Seigneur Jésus et sait que tous ses péchés lui sont pardonnés ; et Louise m’a dit qu’il est beaucoup plus aimable et plus doux qu’autrefois, et qu’aucune méchante parole ne sort plus de sa bouche.
– Tu n’as que de bonnes nouvelles à m’apprendre aujourd’hui, ma chérie, dit Mme Schneider en essuyant une larme.
Je pensais justement combien de bonnes choses peuvent sortir d’une petite circonstance. Si tu n’avais pas ce certain dimanche montré le chemin à Louise, il est plus que probable que tu ne l’aurais jamais connue.
– Oui, continua Claire, elle ne serait jamais venue à l’école du dimanche, nous n’aurions pas pu lui donner de nos habits, tu n’aurais pas pu envoyer son père chez le docteur, et il ne se serait jamais guéri, et n’aurait jamais lu la Bible. Maman, comme tout cela est beau quand on y pense !
La mère de Claire fut appelée à cet instant et la fillette continua ses réflexions pour elle-même : « et le commencement de tout cela c’est que j’avais entendu un certain dimanche la parabole du samaritain et la question : « Qui est mon prochain ? », et que j’avais découvert que Louise était mon prochain ! »
Elle pensait avec bonheur au dimanche suivant et à sa chère école. Mais que de changements peuvent apporter un jour, une semaine !
Le dimanche arriva, mais ni Claire ni sa sœur Hélène ne purent aller à la classe biblique. Elles étaient toutes deux malades de la scarlatine.
L’épidémie régnait depuis quelque temps dans la ville et avait déjà fait de nombreuses victimes. Claire était gravement malade, et sa mère était très inquiète à son sujet. La pauvre femme était à bout de forces ; les soins qu’elle devait donner jour et nuit et l’angoisse l’avaient tellement fatiguée qu’elle se demandait comment elle tiendrait jusqu’au bout.
Elle ne pouvait demander de l’aide à ses voisines car, ou bien elles avaient elles-mêmes des enfants malades, ou bien elles craignaient la contagion.
Mais il lui vint du secours d’un côté tout à fait inattendu, cela lui rappela ces paroles : « Celui qui donne au pauvre, prête à l’Éternel ».
La petite Louise était allée pleine de joie à l’école du dimanche, se réjouissant de raconter à Claire combien son père allait mieux. Là elle apprit par Sophie Duvoisin que les deux sœurs étaient malades.
Ce fut un coup pour l’enfant et elle n’eut point de repos avant que sa mère l’accompagne chez Mme Schneider. Comme elle pleura à la pensée qu’elle pourrait perdre sa chère petite amie !
Mme Pauli, qui se réjouissait à la pensée de pouvoir rendre quelque service à cette famille qui lui avait fait tant de bien, s’offrit pour veiller la nuit, pendant que Louise serait là de jour pour donner les médicaments et aider au ménage, et comme elle avait déjà eu la fièvre, il n’y avait pas à craindre la contagion pour elle.
Mme Schneider accepta aussitôt. Louise remplit si bien son rôle de petite garde-malade, elle était si douce et si gentille qu’elle amassa des charbons ardents sur la tête d’Hélène qui était souvent très impatiente.
Sa bonté fit désirer à Hélène de connaître le Sauveur et son amour, car elle avait vu aussi comme Claire était heureuse, même en face de la mort.
Il plut au Seigneur de rétablir les deux fillettes. Elles eurent une longue convalescence, mais la maladie avait porté des fruits chez Hélène.
L’Esprit de Dieu avait commencé son œuvre dans ce jeune cœur, et elle confessa à sa petite sœur que ce n’était que maintenant qu’elle comprenait cette question : Qui est mon prochain ?