PRÉFÉRENCES ET COMPARAISONS

Balance

Préférences et comparaisons

Préférer un objet à un autre, telle personne à telle autre, est chose fréquente de nos jours. Les préférences sont ancrées dans l’homme depuis qu’il est sur la terre : elles sont humainement naturelles ; on ne peut pas les empêcher. Vous êtes libre de préférer ce paysage à celui-ci et d’aimer tout particulièrement, entre plusieurs choses de nature différente ou de même nature, celle qui vous plaît le plus. Et si je vous dis que je préfère à ce tableau que vous aimez tel autre qui est spécialement de mon goût, vous n’en serez pas fâché. La gamme des préférences et des goûts est infinie.
Mais il y a pourtant lieu, dans certains cas, d’examiner sérieusement les raisons de nos préférences, et spécialement lorsque des personnes sont en cause. Nous constaterons alors que, émanant de nos cœurs égoïstes et vaniteux, il peut y avoir en elles quelque chose de condamnable, si bien que nous ne devons pas nous laisser gouverner par elles. Si Jacob avait une préférence bien légitime pour son fils Joseph, Isaac aimait d’autre part Esaü plutôt que Jacob, simplement parce que le gibier était sa viande. Ses préférences étaient charnelles, trop humaines dirons-nous. Toutes ne sont pas aussi basses en apparence, mais participent néanmoins de cette nature égoïste qui est en nous, toute remplie d’orgueil. Elles peuvent me conduire, par exemple, à choisir comme ami tel jeune, non seulement parce qu’il m’est sympathique, qu’il y a en lui ce qui répond à certains de mes goûts (ce qui se ressemble ne s’assemble-t-il pas tout naturellement ?) mais aussi en raison de ce qui peut flatter mon orgueil, – et c’est là un point essentiel sur lequel nous avons à veiller.
La vraie et utile amitié selon Dieu doit s’élever au-dessus des préférences purement humaines, au-dessus de l’esprit de classe et de parti qui caractérise nos temps et divise les hommes. L’amitié qui dégénère, qui ne mérite plus le nom de chrétienne, nous isole de la masse de nos frères et nous conduit, pour une question de préférence trop intéressée, à nous plaire à nous-mêmes et à satisfaire nos goûts dans le choix de ceux que nous voudrions nous associer.
Or nous devons tendre à passer par-dessus ce qui est le propre de l’homme dans la chair et nous appliquer à aimer sans distinction et sans esprit de parti. « Que rien ne se fasse par esprit de parti, ou par vaine gloire ; mais que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même » (Phil. 2. 3) « Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment d’un cœur pur » (1 Pierre 1. 22).
Évitons aussi les comparaisons, qui peuvent être dangereuses. Soyons prudents en comparant nos frères, les jeunes comme les plus âgés, et ne nous hâtons pas de formuler une appréciation en soulignant que nous préférons de beaucoup tel frère à tel autre. Vous admirez avec raison la rose magnifique au parfum enivrant, mais n’oubliez pas que Dieu a mis sa gloire aussi bien dans l’humble fleur que foule votre pied. Ne comparez pas, ou plutôt comparez sagement, et appréciez chaque chose à sa place dans l’admirable diversité que vous offre dans son unité, la merveilleuse création de Dieu. Et cette étonnante diversité dans l’unité se retrouve dans les dons du Seigneur et dans le corps qui est un et où chaque membre doit être apprécié à sa place. Pourquoi comparer la main avec le pied, l’un et l’autre ayant une fonction différente ? Et pourquoi l’un se réclamerait-il du nom de Paul et l’autre d’Apollos ?
« Qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient un égal soin les uns des autres ».
Combien sont grandes et belles les leçons de l’amour divin qui s’est attaché à ce qui est petit et méprisable ! Et combien mesquines et fragiles sont le plus souvent nos préférences, si petites en regard de cet amour qui nous inonde. Elles sont habituellement et naturellement basées sur ce à quoi l’homme regarde : l’extérieur, les qualités naturelles, le talent, l’argent et nous laissent ignorants de tant de vertus cachées chez ceux que nous estimons peu. Fragiles, elles subissent l’influence de tous les vents de médisance et sombrent si vite. Aveugles, injustes, passionnées, elles engendrent si facilement les désaccords, les querelles, la haine même.
Aussi, poursuivons plutôt les choses qui tendent à la paix et à l’édification mutuelle et n’insistons pas sur les excellentes raisons que nous avons pour « aimer mieux » celui-ci plutôt que celui-là, ceux-ci plutôt que ceux-là, en cachant peut-être dans nos paroles ou dans nos cœurs quelques secrets mépris à l’adresse de ceux que nous abaissons.
Mais si, après tout, nous aimons à cultiver les préférences, penchons-nous alors avec préférence sur les délaissés, sur ceux de nos frères qui sont oubliés peut-être parmi nous, mais toujours sans oublier les autres, « ayant, les uns envers les autres, un même sentiment ; ne pensant pas aux choses élevées, mais nous associant aux humbles ».

A. B.-P.
D’après Feuille aux jeunes n°23

DEUX CHEMINS

deux chemins

Deux chemins

« II y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin ». Proverbes 16. 25

Bethléhem – maison du pain – future cité de David, lieu de naissance du Sauveur – Bethléhem connaissait la « famine » (Ruth 1. 1). Et la famille d’Élimélec, oubliant de compter les bienfaits de Dieu dont elle était « comblée » (v. 21), négligeant de rechercher sa face dans l’épreuve pour apprendre ce qu’il avait à lui dire, s’en va trouver refuge loin du lieu de la bénédiction, dans les « champs de Moab », dans le monde. Oh ! pas pour longtemps : ils voulaient seulement y « séjourner » ! Mais sur le chemin qui descend, un pas en amène un autre ; aux champs de Moab, Élimélec trouve, non l’abondance, mais … la mort. Les fils qu’il avait entraînés dans ce milieu idolâtre s’y marient, et pendant dix ans paraissent oublier complètement le Dieu de leurs pères. Dix ans durant lesquels ils auraient pu réfléchir; ils auraient pu revenir en arrière et retrouver la bénédiction perdue. Mais leurs cœurs sont endurcis sans doute et, dans le pays étranger, la mort les atteint à leur tour.
Que reste-t-il de cette famille autrefois heureuse et bénie ? Trois veuves sans ressources, dont la seule qui connaisse Dieu a le cœur « rempli d’amertume » (v. 20).
Mais il est un autre chemin sur la terre. Si trop souvent, hélas ! des croyants, et des jeunes élevés dans des foyers chrétiens, quittent le lieu de la bénédiction pour s’en aller dans le monde – d’autres, par la grâce de Dieu, sont appelés du monde pour entrer dans le chemin de la foi et le suivre « jusqu’à Bethléhem » (v. 19).
Dans sa miséricorde, « l’Eternel avait visité son peuple pour lui donner du pain ». Et trois femmes en deuil – cœurs préparés par l’épreuve – quittent les champs de Moab pour venir « s’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël ». Trois états d’âme bien différents : Naomi, type du croyant en chute que la grâce va restaurer ; Orpa, figure de celle dont les sentiments ont été touchés, qui par affection pour d’autres s’engage dans le chemin étroit, mais … s’arrête en route et retourne « vers son peuple et vers ses dieux » ; Ruth enfin, bel exemple de la foi opérant dans le cœur qui peut tout quitter : patrie, famille, religion, espérances terrestres, pour s’attacher à Christ et à son peuple, et dire comme autrefois Rebecca : « j’irai » (v. 16).
Car, en effet, jeunes gens, jeunes filles, il ne suffit pas d’avoir l’apparence de croire. Dix vierges sont sorties à la rencontre de l’Époux, toutes semblables, toutes munies d’une lampe, mais seules cinq d’entre elles avaient de l’huile. Deux maisons se dressaient sur le rivage, toutes deux de belle apparence, mais une seule était bâtie sur le roc et a tenu au jour de la tempête. On peut avoir longtemps lu la Bible régulièrement, fréquenté les réunions, on peut connaître bien des vérités … et n’avoir pas la vie. Prenez-y garde ! Seule une foi personnelle, fondée sur la Parole même de Dieu reçue dans le cœur et la conscience, peut nous amener à Christ. « II vous faut être nés de nouveau » ; « Elle était résolue d’aller » (v.18) : c’était la décision de la foi. Le chemin la conduira « jusqu’à Bethléhem », au pays de la promesse; elle apprendra à servir « jusqu’au soir », « jusqu’à ce que la moisson soit achevée », « dans le champ » de Boaz ; elle aura la joie de venir « dans l’aire », « à ses pieds jusqu’au matin » ; elle deviendra l’épouse du Rédempteur, elle entrera « dans sa maison » ; elle connaîtra le nom de « Celui qui sert » (4. 17). « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi » (Prov 4. 18).
Deux chemins ! Inévitablement chacun de nous se trouve sur l’un ou … sur l’autre. L’un descend, l’autre monte. L’un commence par un acte d’incrédulité et s’en va, étape par étape, vers les ténèbres et vers la mort, l’autre, marqué par la foi qui s’attache à la personne glorieuse du Sauveur, s’élève degré par degré vers la lumière et vers la vie. « j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives » (Deut. 30. 19).

« Mon âme s’attache à toi pour te suivre, ta droite me soutient » (Ps. 63. 8).

G. André
D’après Feuille aux jeunes n° 82

JOSEPH ET LA TENTATION

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Joseph et la tentation

Comment jugerait-on, même dans le monde christianisé qui nous entoure, l’attitude de Joseph vis-à-vis de la femme de Potiphar ? Et vous, chers jeunes amis chrétiens, quelles sont vos réactions ? Nous vivons à une époque où les notions de bien et de mal sont tellement bouleversées que nous sommes en danger d’adopter secrètement des conceptions relâchées quant à la gravité du péché et d’avoir notre jugement absolument faussé, parce qu’il n’est pas fondé sur la Parole de Dieu. Sans doute, le monde a évolué beaucoup plus depuis cinquante ans que pendant les cinq siècles précédents. L’instabilité, la contestation et le péché sous toutes ses formes n’ont jamais été aussi manifestes et aussi universels qu’aujourd’hui. Devant cette violence et cette corruption généralisées, devant ce déferlement des passions humaines les plus viles, n’est-il pas réconfortant de se rappeler la fermeté, la pureté d’un Joseph en présence de la tentation ?
Chers jeunes gens, c’est en réalisant le danger et la complexité de diverses situations auxquelles vous pouvez être exposés que je voudrais vous répéter quelques réflexions écrites il y a longtemps par un serviteur de Dieu qui avait à cœur le bien des jeunes chrétiens, dans l’espoir qu’elles vous rendront sages à salut. Mon but est de vous encourager, en vous montrant, par l’exemple de quelqu’un qui avait votre âge, que vous aussi vous pouvez vaincre ce grand ennemi de la jeunesse, l’impureté.
La tentation, à laquelle Joseph était exposé, était terrible. Elle a existé en tout temps, mais les circonstances qui l’entouraient la rendaient presque surhumaine. Rappelons-nous que Joseph était très jeune, une vingtaine d’années peut-être. C’est l’âge le plus propice à la séduction, parce que les passions sont déjà éveillées, mais n’ont pas encore le contrepoids de la réflexion, de l’expérience et du sens des responsabilités. Joseph était beau de taille et beau de visage ; les jeunes gens des deux sexes sont aisément enclins à jouer avec de tels avantages et à se montrer indulgents envers ceux qui les admirent. Joseph était l’objet d’une confiance sans borne de la part de son maître, il était donc libre d’agir comme bon lui semblait. Remarquez également que c’était la femme de Potiphar qui faisait toutes les avances, et cette tentation revenait tous les jours. Il est assez facile de résister une ou deux fois, mais quand la tentation se renouvelle insidieusement dix fois, vingt fois, chaque jour même, quand l’habitude tend à émousser le dégoût, l’horreur de la première impression, hélas, que de fois le péché triomphe finalement ! Vous savez aussi que Joseph était absolument seul, et cette solitude devait lui peser. Non seulement, il était loin de son père qui le croyait mort, loin de sa famille, dans un pays idolâtre, mais de plus, lors de sa dernière épreuve, il était tout seul dans cette partie de la maison ; aucun regard humain ne pouvait le suivre.
N’est-il pas vrai que, lorsque nous nous croyons sûrs de l’impunité, lorsque nous savons que personne ne peut nous voir, nous sommes enclins à faire bien des choses répréhensibles ? Si même nos parents, nos amis ne nous voient pas, il reste néanmoins cette certitude accablante, troublante : Dieu nous voit. Joseph en était bien conscient, lui qui répétait tous les jours à cette femme perverse : « Comment ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu ? » (Gen. 39. 9). Et pourtant, le souvenir de ses songes d’autrefois aurait pu ajouter du poids dans la balance de la séduction. Il savait qu’un jour il deviendrait grand et il pouvait se dire : Qui sait si, en cédant à cette proposition, je n’avancerai pas l’heure de mon affranchissement et de mon élévation ?
Pauvre Joseph, si jeune et si beau, comment pourrait-il, seul, se dégager des mailles de ce filet qui se resserre de plus en plus ? Au moment même où l’ennemi de son âme croit qu’il va succomber, Joseph se dégage par la fuite. Il s’enfuit loin de cette impudique, comme on s’enfuit de devant un serpent. Fuir ainsi n’est pas le fait d’un lâche, mais c’est l’attitude d’un sage. Cette fuite est une retraite glorieuse.
Quelle leçon nous donne ce jeune homme placé dans des circonstances si éprouvantes ! Et quelles étaient les armes qui lui ont permis de remporter la victoire ? D’abord sa grande piété, sa crainte de Dieu, son horreur du mal, sa fermeté pour fuir les convoitises de la jeunesse (2 Tim. 2. 22) qui font la guerre à l’âme (1 Pierre 2. 11). Il réalisait Romains 12. 9 : « Ayez en horreur le mal, tenez ferme au bien ». Que de gens, même parmi ceux qui font profession de piété, ne veulent voir dans l’impureté qu’une faiblesse, alors qu’une des principales causes de l’incrédulité d’un grand nombre d’hommes de nos jours doit être cherchée précisément dans l’impudicité. Si nous voulons savoir ce que Dieu pense de ce péché, lisons les jugements sur Sodome et Gomorrhe, sur les Cananéens ; lisons surtout le dernier paragraphe de Romains 1 : à trois reprises, il est dit que Dieu a livré ces impudiques à l’impureté, à des passions infâmes : leurs corps (v. 24), leurs âmes (v. 26) et leurs esprits (v. 28). Quel tableau effrayant des ravages du péché, confirmé par ce que nous voyons autour de nous, surtout dans les grandes villes modernes ! De tels hommes reçoivent en eux-mêmes la juste récompense de leur égarement (v. 27). Outre cette profonde piété, cette crainte de Dieu qui le caractérisaient, Joseph puisait aussi une force dans son amour du travail, dans l’accomplissement de sa tâche journalière, si ordinaire fût-elle. Il nous est dit que « un certain jour, il entra dans la maison pour faire ce qu’il avait à faire » (Gen. 39. 11). Une occupation régulière, où l’on s’efforce de glorifier le Seigneur, est aussi une protection puissante, alors qu’un homme inactif, paresseux ou rêveur, entrouvre déjà son âme à la tentation.
Jeunes gens, sous une forme ou sous une autre, la tentation ne manquera pas de vous assaillir. Semblable à l’eau qui pénètre par les moindres interstices, le « grand mal » dont parle Joseph cherche à se glisser dans l’âme par toutes les fissures. Le diable saura trouver une femme de Potiphar qui fera miroiter devant vous tous les attraits de la séduction, et il reviendra à la charge, chaque jour, dans les moments de désœuvrement, dans le silence de la nuit. Si vous cédez, c’est la ruine de votre vie chrétienne, et les délices du péché, dont on peut jouir pour un temps (Héb. 11. 25), laissent un goût bien amer.
Que le Seigneur nous accorde la grâce de demeurer dans les choses que nous avons apprises (2 Tim. 3. 14), sans être entraînés par l’esprit de ce siècle ! Vivons dans la présence de Dieu, soyons fidèles dans les petites choses, ayons le mal en horreur, fuyons l’impureté sous toutes ses formes : fermons ce livre, évitons ce spectacle, rompons avec cette compagnie. Ce n’est que dans la communion avec le Seigneur que la joie est pure, sainte et bonne.
Mais si, malheureusement, vous avez déjà succombé à la tentation, ne reste-t-il pas une source de grâce auprès du Médecin de votre âme ? Dieu seul peut-être connaît l’intensité des tentations auxquelles vous avez succombé, la résistance longue et tragique qui a peut-être été la vôtre, la douleur que vous éprouvez d’avoir été vaincu. S’il y a repentir sincère et jugement profond de vos actes et de votre état, Dieu interviendra en délivrance.

J. Kiehm
D’après Feuille aux Jeunes n°243

TOUT TRISTE…TOUT JOYEUX

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Tout triste… Tout joyeux

Lui s’en alla tout triste.
(Marc 10. 22)

Il continua son chemin tout joyeux.
(Actes 8. 39)

Deux hommes ont rencontré Jésus, l’un durant sa vie sur la terre, l’autre à travers les pages de la Parole de Dieu. Deux hommes bien différents sous plus d’un rapport, mais qui avaient un point particulier en commun : l’un avait « de grands biens » ; l’autre était « puissant à la cour ». Pourquoi l’un s’en alla-t-il « tout triste », tandis que l’autre continua son chemin « tout joyeux » ?
Le premier avait eu une vie irréprochable. Depuis sa jeunesse, il avait gardé les instructions de la Loi et il ne lui paraissait avoir failli sur aucun point : « Maître, j’ai gardé toutes ces choses ». Jésus apprécie cette droiture et le regard qu’il pose sur le jeune homme est plein d’intérêt : « Jésus, l’ayant regardé, l’aima ».
Pourtant, le Maître ajoute : « Une chose te manque ». Le regard du Seigneur allait plus loin que la rectitude extérieure de la vie ; il discernait dans le cœur, dans cet être intérieur dont nous ne nous rendons souvent pas compte nous-mêmes, ce qui le gouvernait et allait l’empêcher de le suivre. Jésus le dit clairement aux disciples : « Combien il est difficile à ceux qui se confient aux richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Dans cette vie, où Christ voulait avoir la première place, un obstacle se dresse ; un choix était à faire et, connaissant l’homme, Jésus place son interlocuteur devant ce point précis : « Viens, suis-moi ! » Que ta confiance soit en moi, et non plus dans tes biens ! Mais l’autre ne peut s’y résoudre. Se décider pour Christ, suivre ce Nazaréen méprisé, c’en était trop ! « Tout triste », il s’en va, affligé de la parole du Maître, conservant ses biens mais sans joie, et sans cette « vie éternelle », après laquelle il soupirait.
L’eunuque était venu de loin « pour adorer à Jérusalem ». Ce long voyage prouvait les besoins de son cœur. Dans la ville sainte, il avait acquis le rouleau du prophète Esaïe ; et tandis que son char le ramenait dans son pays, il lisait, ligne après ligne, la merveilleuse prophétie qui parlait d’un inconnu mené à la souffrance. Comment comprendre de qui il s’agissait ? Le prophète parlait-il de lui-même ou de quel qu’autre ?
Répondant à l’appel divin, Philippe avait quitté la Samarie, où toute une œuvre semblait demander son active collaboration, pour s’en aller sur le chemin qui descend à Gaza, « lequel est désert ». Sans discuter, l’évangéliste avait obéi, se demandant sans doute avec quelle âme son Maître allait le mettre en contact. « Approche-toi et joins-toi à ce char », dit l’Esprit à Philippe. Le serviteur accourt et entend l’étranger lire à haute voix ce prophète Esaïe qui l’étonnait. Quelle joie de pouvoir ouvrir la bouche et « commençant par cette écriture, lui annoncer Jésus » !
Le même Jésus qui, sur la route de Galilée, avait rencontré le jeune homme riche, était maintenant présenté à l’Éthiopien sous les mêmes traits d’un homme méprisé et souffrant : « Il a été mené comme une brebis à la boucherie ; et comme un agneau, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre point sa bouche ». Et le cœur de l’eunuque s’ouvre ; sa foi saisit la grâce ; il désire le baptême ; et quand Philippe disparaît, que peut-il faire, sinon « continuer son chemin, tout joyeux ».
Jésus l’avait dit : « Il est plus facile qu’un chameau passe par un trou d’aiguille, qu’un riche n’entre dans le royaume de Dieu… Pour les hommes, cela est impossible, mais non pas pour Dieu ». Les biens, la position sociale, la puissance, ne sont pas le seul obstacle qui empêche de venir à Jésus ; il y en a d’autres (Luc 12) : l’hypocrisie, les querelles de famille, les soucis pour la vie, le sommeil spirituel… Que chacun réfléchisse et sonde à la lumière divine ce qui l’empêche de venir à Jésus ou… de le suivre résolument.

G. André
Feuille aux Jeunes n° 200

LE JOUG

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Le joug

« Je vous parle comme à mes enfants » (2 Cor. 6. 14)

Une maman pleure…
Son fils, qu’elle avait pourtant élevé dans la crainte de Dieu et qu’elle croyait appartenir au Seigneur, lui a fait une révélation qui l’a consternée : « Maman, je me marie… ». Il s’est arrêté là, comme s’il ne pouvait pas aller plus loin, espérant que sa mère lui poserait une question qui lui aiderait à terminer sa confession. La maman s’est tue. Alors, il a repris : « La jeune fille est très gentille… mais elle est incrédule ». Bouleversée, la maman a répété : « Incrédule… mon enfant ! ». Et, comme si elle sentait qu’il était trop tard, qu’il était vain de lutter, elle s’est mise à pleurer.
Une maman qui pleure… que de mamans qui pleurent ! Leurs enfants pleureront aussi, plus tard. Ils pleureront quand ils comprendront qu’ils ont tenu pour rien le bien le plus précieux : la foi qui leur avait été enseignée. Ils ont vendu leur droit d’aînesse. Car, vous le comprenez bien, si c’est déjà une chose grave que de faire pleurer une mère, ça l’est bien davantage de désobéir au Seigneur.
C’est le cœur serré que nous écrivons ces lignes. De tout temps, il y a eu des unions boiteuses, mais jamais peut-être comme aujourd’hui. Ceux qui les contractent n’en éprouvent même plus de confusion ! Ils sont fort étonnés quand les frères et les sœurs montrent à leur égard une juste réserve attristée.
Faut-il donc vous rappeler les injonctions précises de la Parole de Dieu ? Pesez bien toute la force des termes employés : « Je vous parle comme à mes enfants… Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules ; car quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? et quel accord de Christ avec Bélial ? ou quelle part a le croyant avec l’incrédule ? (2 Cor. 6. 13-15). C’est à vous de répondre.
Où trouver des accents plus touchants ? « Je vous parle, dit l’apôtre, comme à mes enfants ». Il parle sans rigueur mais dans la vérité et dans l’amour, car les deux vont toujours ensemble. N’aurions-nous que ce texte, il nous suffirait pour nous enseigner la pensée de Dieu et fixer notre marche à suivre vis-à-vis de quelque joug mal assorti que ce soit, et d’abord celui du mariage. Il est vain de vouloir essayer, par des raisonnements aussi laborieux qu’inutiles, de détourner le tranchant de l’épée. Vos arguments sont connus, usés, sans valeur. Vous espérez, dites-vous, pouvoir travailler pour le salut d’une âme, et vous vous placez sur le chemin de la désobéissance à Dieu. Même pour la plus noble cause, Dieu n’autorise jamais son enfant à lui désobéir. Sa volonté prime la vôtre. Il vous serait peut-être profitable de relire l’histoire de l’homme de Dieu qui se laissa détourner du chemin que Dieu lui avait fixé (1 Rois 13). Il avait reçu un ordre précis, sans équivoque. Il n’avait pas à écouter une autre voix, fût-elle celle d’un vieux prophète. Revenir par un autre chemin, manger du pain et boire de l’eau, après un long voyage, dans la maison d’un homme qui ne manquait pas de piété, cela peut vous paraître sans gravité. Le jugement de Dieu est fort différent : c’est désobéir, c’est être « rebelle à la parole de l’Eternel » (1 Rois 13. 21). Jeunes gens, prenez garde, sur ce chemin le lion vous trouvera (v. 24). Et même si la grâce infinie de Dieu le retient (v. 28), vous aurez affaire à lui. Si vous voulez être fidèles, vous connaîtrez de rudes combats.
Mais notre pensée n’est pas de vous démontrer ce dont, intérieurement, vous êtes parfaitement convaincus, même si vous tentez de contester. Nous vous rappellerons seulement deux exemples que vous devez connaître et que l’Écriture place devant nous : « Un homme de la maison de Lévi alla et prit une fille de Lévi » (Exode 2. 1). De cette union naquit Moïse : c’est dire assez combien Dieu la bénit.
Aux filles de Tsélophkhad Dieu enjoint : « Elles deviendront femmes de qui leur semblera bon ; seulement, qu’elles deviennent femmes dans la famille de la tribu de leurs pères, afin que l’héritage ne passe point de tribu en tribu chez les fils d’Israël ; car les fils d’Israël seront attachés chacun à l’héritage de la tribu de leurs pères » (Nombres 36. 6). Et les filles de Tsélophkhad firent comme l’Eternel l’avait commandé à Moïse. Nous nous glorifions volontiers du « dépôt » qui nous a été confié, de l’héritage que nous ont laissé ceux qui nous ont devancés. Ne le laissons pas échapper de nos mains, car une vérité dont on se détourne afin qu’elle n’imprime pas une direction à notre marche, est, pour nous, une vérité perdue.
Jeunes gens et jeunes filles croyants, ne vous engagez pas dans un chemin où il est bien difficile de s’arrêter. Les promesses sont vite faites dont on ne peut plus se libérer. Montrez que vous aimez Dieu et que, entre ce que le monde vous offre et ce que Dieu vous demande, vous avez fait votre choix. Sachez bien que Dieu n’est jamais le débiteur de personne. Nul n’a jamais laissé quelque chose pour lui sans en recevoir cent fois autant.

D’après Feuille aux Jeunes n° 235
E. A

EXAMENS

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EXAMENS

Concours, diplômes, examens… beaucoup d’étudiants viennent récemment d’affronter les échéances redoutées dont dépend plus ou moins leur avenir terrestre. Échec ou succès, quel que soit pour le jeune chrétien le résultat de ses efforts, s’il a remis au Seigneur le soin de conduire sa vie, il pourra lui rendre grâces pour une porte fermée aussi bien que pour une porte ouverte.
Mais ce n’est pas de ces examens-là que nous voudrions parler. Toute notre vie n’a-t-elle pas sa contrepartie spirituelle ? Chacun de nous est né un certain jour dans une certaine famille comportant des parents, des frères et sœurs ; il lui a fallu apprendre à marcher, à parler, à obéir. Est venu ensuite l’âge de l’école, précédent l’apprentissage, enfin seulement l’exercice d’une profession. De la même manière, la vie spirituelle de chaque croyant commence par la nouvelle naissance qui le fait entrer dans la famille de Dieu. Petit enfant, ses premiers balbutiements expriment la conscience de la relation : « Abba, Père ». « Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père » (1 Jean 2. 13). S’il est bien nourri, s’il reçoit les soins nécessaires, ce nouveau-né en Christ fera des progrès qui réjouiront le cœur du Père et celui de ses frères et sœurs dans la foi ; il fera ses débuts dans la marche chrétienne, il apprendra à obéir, à prier, à rendre son témoignage. Et alors, qu’il le trouve agréable ou non, il faudra qu’il fasse ses classes à l’École de Dieu.
Comme dans toute autre école, nous trouvons dans celle de Dieu :

1°) Un Maître. Tant que Jésus était sur la terre, il enseignait lui-même ; il était, lui, le divin docteur (Matt. 7. 29 ; Job 36. 22). A son départ, il a confié les siens aux soins du Saint Esprit qui le remplace aujourd’hui : « Lui vous enseignera toutes choses », annonçait le Seigneur Jésus (Jean 14. 26). S’il nous est permis de nous exprimer ainsi, toutes les « matières » qui ensemble constituent la vérité sont de sa compétence : connaissance de Christ et de son assemblée, doctrine, prophétie, pratique de la vie chrétienne, laquelle comprend à son tour : la marche, le combat, le rayonnement du disciple de Christ au milieu du monde, et le service sous ses différents aspects. Ne négligeons aucune de ses « matières ».

2°) Une discipline, c’est-à-dire un ensemble de règles morales avec leur sanction qui veut qu’on soit loué pour avoir bien fait, blâmé et puni pour avoir mal fait. Gardons-nous de mépriser cette discipline, comme aussi de perdre courage quand nous sommes repris par elle. Son but est de faire de nous des disciples, des « hommes faits ».

3°) Un Livre : la Bible, ensemble de toute la connaissance divine, jamais périmé, adapté à toutes les classes, à tous les âges… De quel manuel scolaire pourrait-on en dire autant ?

4°) Des leçons : les unes, théoriques, sont enseignées dans les réunions ou dans nos lectures personnelles de la Parole de Dieu. Les autres, pratiques, résultent de l’expérience quotidienne. Il s’agit alors de mettre en application ce que nous avons compris par l’intelligence et retenu dans nos mémoires.
Quelles sont les deux grandes catégories de leçons qui résument l’enseignement de l’École de Dieu ? On peut dire qu’elles sont complémentaires : nous y apprenons à nous connaître avec nos insuffisances, notre misère, notre absence de force. Nous y apprenons aussi à connaître Christ avec sa parfaite suffisance, sa miséricorde, sa puissance qui s’accomplit dans l’infirmité.

5°) Enfin l’École de Dieu comporte d’inévitables examens. Généralement pas annoncés d’avance, à la manière de certains professeurs qui procèdent par surprise à un contrôle de connaissances. Par exemple, je puis avoir aujourd’hui à subir un examen de patience. Peu importe le problème qui me sera posé, l’instrument dont le Seigneur se servira. Il pourra s’agir d’un contact avec une personne au caractère difficile ou d’une suite de petites contrariétés. Si je suis insuffisamment préparé par la prière et l’humble confiance en Dieu, je ne me rendrai même pas compte qu’il s’agit d’une mise à l’épreuve. Je ne verrai que l’instrument et pas la main sage qui le manie, la personne désagréable et non le divin Instructeur. Et ce sera l’échec inévitable : au lieu de surmonter le mal par le bien comme me l’enjoint Rom. 12. 21, je serai surmonté par le mal, en ce cas l’irritation ou la colère. Plus souvent que nous ne pensons, nous subissons des examens de « priorité ». Dans tel cas précis que ferai-je passer d’abord : Christ ou une autre personne ? Sa Parole ou une autre lecture ? Son service ou mes intérêts ?
Autre exemple d’examen : La Parole m’a tout appris sur les pièges que le monde et Satan tendent au chrétien ; elle m’a aussi expliqué les moyens de les éviter. Mais vient le jour où je dois être éprouvé : un de ces pièges est réellement placé devant moi. Si j’en sous-estime le danger (c’est-à-dire si je ne crois pas la Parole qui m’a averti), ou si je surestime mes forces pour y faire face (encore de l’incrédulité car l’Écriture affirme que je n’ai en moi aucune force) j’échouerai à cet examen à mon entière confusion. Il faudra alors le repasser plus tard, « doubler » cette classe, retarder d’autant les progrès chrétiens dont l’ensemble constitue ma « scolarité spirituelle ». Disons-nous bien que ce sont là des examens où personne ne peut tricher, car « toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4. 13). Chacun est jugé à son vrai niveau et chacun aussi pour son propre compte. Nous avons souvent tendance à nous comparer à autrui et à nous contenter d’une mention « passable » sous prétexte que d’autres, à notre avis, n’ont obtenu qu’un résultat « médiocre ». Mais le Saint Esprit qui nous enseigne a pour nous de plus hautes ambitions. Il place devant nos yeux le parfait Modèle, en qui tout a été excellent et il nous invite à suivre ses traces ; il attend de nous quelque conformité morale à Jésus. Et cet Homme parfait n’a pas échappé lui-même à la mise à l’épreuve avant de commencer son ministère. Rencontrant Satan au désert, il a triomphé de « toute tentation ».

Plusieurs d’entre vous se donnent sans doute beaucoup de peine pour préparer leur avenir sur la terre. Quelques dizaines d’années seulement de vie professionnelle leur paraissent mériter souvent autant de mois de renoncements et d’efforts considérables. On manquera même des réunions, croyant ainsi mieux préparer un examen ou un concours. Ne sommes-nous pas par contraste étrangement imprévoyants et paresseux quand il s’agit de notre avenir éternel ? Et pourtant, ne l’oublions pas, de la manière dont nous aurons appris nos leçons spirituelles dépendront non seulement les services plus ou moins fructueux que nous pourrons accomplir pour le Seigneur en l’attendant, mais aussi les couronnes qu’il se plaira, dans le jour de la distribution des récompenses, à placer, pour sa propre gloire, sur le front de ceux qui les auront méritées. Désirons-nous faire partie de ceux-ci ?

D’après Feuille aux Jeunes, n° 229
J. K.

DANIEL ET SES TROIS AMIS

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Daniel et ses trois amis

Il y a dans la Parole de Dieu des biographies si attachantes qu’on ne peut les lire sans en retirer une grande bénédiction. Telle la vie exaltante de l’apôtre Paul, telle l’histoire d’un Joseph, d’un Jonathan ou encore d’un Daniel et de ses trois amis.
Considérons d’un peu plus près les circonstances où Dieu avait placé Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria à la cour de Nebucadnetsar à Babylone. Ils faisaient partie de la première classe de déportés, et étaient de la descendance royale ou d’entre les nobles (Daniel 1. 3). Ce n’étaient donc pas les premiers venus, et le roi de Babylone, loin de traiter ces captifs de Juda avec mépris, est rempli de sollicitude à leur égard et ordonne qu’on leur enseigne pendant trois ans les lettres et la langue des Chaldéens pour qu’ils soient capables de se tenir dans le palais du roi (Daniel 1. 4-5). Ceci correspond à ce qu’on appellerait aujourd’hui une formation universitaire. Ils auraient pu se sentir flattés d’une telle faveur, surtout de la part d’un roi si orgueilleux et si sanguinaire qui, quelques années plus tard, allait crever les yeux du roi Sédécias après avoir égorgé ses fils devant lui (Jér. 52. 10-11). Vont-ils, pour ce motif, se soumettre à tout ce qu’exigera ce monarque despotique, qui décide non seulement du cours de leurs études, mais leur impose en même temps leur nourriture ? Vont-ils oublier le Dieu d’Israël et les enseignements de la loi de Moïse, parce qu’ils sont éloignés de Jérusalem et que leurs circonstances sont si éprouvantes ? Loin de là ! Ils agissent dans l’esprit du psalmiste qui disait : « Si je t’oublie, ô Jérusalem, que ma droite s’oublie ! » (Ps. 137. 5). Nebucadnetsar veut leur imposer les mets délicats du roi et le vin qu’il buvait, mais les quatre jeunes gens savent que ces mets sont d’abord présentés aux idoles et qu’ils peuvent être impurs selon la loi (Lév. 11), et ils décident dans leur cœur de ne pas se souiller par cette nourriture. Une fois la décision prise, Daniel, leur porte-parole, va formuler sa demande au prince des eunuques, demande respectueuse, faite avec tact, mais aussi avec fermeté et décision : il demanda au prince des eunuques de lui permettre de ne pas se souiller (v. 8). N’est-ce pas ce que l’apôtre Pierre exprime dans sa première épître (3. 15) : « Soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » ? Quelle leçon pour nous ! Combien nous nous sentons petits devant la foi de ces hommes de Dieu d’autrefois ! Ces jeunes hommes auraient pu dire : Nous sommes ici seuls, loin de notre famille, de notre pays, loin du temple de Jérusalem. Dieu nous a abandonnés, a livré son peuple en la main de Nebucadnetsar. Nous sommes de pauvres captifs, bannis de leur foyer. Et d’ailleurs, on ne nous voit pas, personne ne le saura. Pourquoi y regarder encore de si près ? De plus, ce serait faire un terrible affront au roi que de refuser la faveur qu’il nous accorde. Non seulement nous risquons d’encourir sa colère, mais nous serions désavantagés par rapport aux autres jeunes gens qui nous devanceront. Parlons franchement : n’aurions-nous pas, dans de telles circonstances, raisonné de cette façon-là ? Que de fois on entend dire de nos jours – et peut-être spécialement parmi les jeunes croyants – : le monde a tellement évolué en cinquante ans qu’il n’est plus possible de s’en tenir strictement aux enseignements des frères du siècle passé. Il faut vivre avec son temps, il faut s’adapter aux circonstances nouvelles. Nous sommes des chrétiens du 21ème siècle, et pour les besoins de nos études, de notre profession, de nos affaires commerciales, ne devons-nous pas faire quelques concessions et nous comporter comme ceux qui nous entourent ? Hélas, c’est s’engager sur un terrain bien dangereux. Le diable aura vite fait d’affaiblir notre conscience et de nous entraîner toujours plus loin du Seigneur. Par contraste, voyez combien Dieu a béni Daniel et ses amis dans leur santé physique comme dans leur intelligence. Mais le secret de leur comportement, c’est que, par piété et par fidélité envers leur Dieu, ils ne craignent pas de se singulariser, de se distinguer de ceux qui les entourent. Savons-nous encore le faire, ou sommes-nous de ceux qui vont de concession en concession, par crainte de la moquerie ou du ridicule ? Pensons à l’importance d’une prise de position nette, d’un témoignage clair et décidé devant ce monde dès le début de la vie chrétienne et prenons exemple sur la fermeté de ces jeunes gens, dont les circonstances étaient sans doute bien plus éprouvantes que les nôtres. Arrêter dans son cœur de ne pas se souiller et ne pas avoir peur de se distinguer du monde, voilà deux principes qui bouleversent une vie chrétienne ; Dieu honore toujours une telle foi.
Daniel et ses trois amis ont bien commencé : au début de leur vie d’isolement à Babylone, Dieu a soumis leur foi à un test qu’ils ont passé victorieusement. Ce qui est requis d’un administrateur, c’est qu’il soit trouvé fidèle (1 Cor. 4. 2). Aussi Dieu a permis qu’ils obtiennent des postes très élevés dans la province de Babylone. Mais, au chapitre 3, il va soumettre leur foi à une épreuve bien plus difficile encore qu’au début de leur captivité. Nebucadnetsar vient de dresser dans la plaine de Dura une gigantesque statue d’or d’environ trente mètres de haut, devant laquelle tous les hauts dignitaires devront se prosterner. Le chapitre 2 raconte le songe du roi et son interprétation par Daniel, mais il semble bien que cette communication divine si extraordinaire n’ait pas laissé un effet durable sur Nebucadnetsar, car ici celui qui est tombé sur sa face et s’est prosterné devant Daniel (2. 46) exige que ses sujets se prosternent et adorent la statue d’or qu’il appelle son dieu (3. 14). Sans doute cherche-t-il à consolider les divers peuples de son empire en organisant cette fête de dédicace, où ils seront contraints d’adorer tous la même statue, la même idole. En imposant ainsi ce culte idolâtre, il lance un défi à ce Dieu, dont il a dit à Daniel : « En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois » (2. 47), à ce Dieu qui lui a révélé : « Tu es cette tête d’or » (2. 38).
Mais pour Shadrac, Méshac et Abed-Nego, quel problème de conscience ! Vont-ils se prosterner devant cette idole, ne serait-ce que pendant les quelques instants que durera cette cérémonie, alors qu’ils savent que la raison profonde de la colère de l’Eternel sur Juda et la déportation à Babylone est précisément l’idolâtrie du peuple ? Que faire devant la menace proclamée avec force par le héraut : « Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas, sera jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent » (3. 6) ? Toute cette cérémonie de dédicace est organisée de manière très habile : dans cette immense plaine, une statue colossale étincelant au soleil d’Orient frappe les regards, tandis que l’oreille est impressionnée par cette grande variété d’instruments de musique : le cor, la flûte, la cithare, la sambuque, le psaltérion, la musette et toute espèce de musique. D’ailleurs, dans les cérémonies religieuses, l’homme naturel cherche toujours à agir sur les sens. Au signal donné, toute cette foule de courtisans serviles va se prosterner d’un commun accord, et seuls trois jeunes hommes de Juda ont le courage de rester debout, bravant la colère du dieu et témoignant publiquement de leur attachement au Dieu d’Israël. Ils savent que Nebucadnetsar est puissant, très puissant même, mais que leur Dieu est tout-puissant. Ils savent que ce roi tue qui il veut (Daniel 5. 19), mais ils sont persuadés que leur Dieu peut les délivrer de sa main. Ils jugent qu’il ne serait pas juste d’écouter un homme plutôt que Dieu (Actes 4. 19).
Aurions-nous eu le courage de nous singulariser comme eux ? Je crains que non en ce qui me concerne. Mais ces jeunes gens ne vont-ils pas être ébranlés lorsqu’il leur est ordonné de comparaître devant Nebucadnetsar ? Quand le roi leur demande encore une fois, comme s’il leur offrait une dernière chance de salut : Êtes-vous prêts à vous prosterner et à adorer la statue ? (v. 15), ils répondent : « Nebucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet. S’il en est comme tu dis, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et il nous délivrera de ta main, ô roi ! » (v. 16-17). Ces géants de la foi croient une chose qu’ils n’ont jamais vue, c’est-à-dire qu’un homme puisse passer par le feu sans en subir les effets. Ils prononcent ces paroles de confiance avec une calme assurance, mais ensuite leur foi va briller d’un éclat tout particulier : « Et sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée » (v. 18). Ce petit mot : sinon, est de toute beauté. C’est comme s’ils disaient : Si même Dieu ne répond pas à notre prière, s’il ne nous délivre pas et semble nous abandonner, nous lui resterons fidèles, nous ne renierons pas le nom du Saint et du Juste. Là aussi, quelle leçon pour nous qui sommes prêts à nous plaindre, peut-être même à nous révolter lorsque le Seigneur ne nous accorde pas une guérison, une délivrance dans les épreuves ! Ces trois jeunes gens acceptent avec soumission ce que Dieu décidera à leur égard. De même, bien des croyants ont soumis et fait taire leur âme (Ps. 131. 2) tout en ne comprenant pas au moment même les voies de Dieu à leur égard.
Que d’énigmes devant le silence de Dieu en présence de la fidélité des siens ! Pensons à Joseph. Que de pensées ont dû monter dans son cœur après que Potiphar l’ait jeté en prison ! Comment, est-ce ainsi que Dieu me récompense pour avoir résisté jour après jour aux sollicitations de cette femme perverse ? Si j’avais cédé à la tentation, je ne serais pas dans cette prison, où Dieu m’a oublié ! Et qu’ont dû penser Job au milieu de ses épreuves, Jean le baptiseur au fond de sa prison, Naboth dépouillé de sa vigne puis lapidé, Jérémie méprisé par son peuple ? En présence des nombreux problèmes de la vie, où il s’agit de faire un choix, sommes-nous bien décidés, même si Dieu n’intervient pas directement, à lui rester fidèles coûte que coûte ?
Les trois amis de Daniel l’ont réalisé et Dieu les a aidés merveilleusement. Un homme comme un fils de Dieu se promenait avec eux dans la fournaise et ils n’avaient aucun mal ; seuls leurs liens avaient été consumés par le feu. Ce n’est que dans l’épreuve qu’ils ont pu expérimenter une telle proximité de Dieu. Ce chapitre 3 nous montre donc ce que les fidèles doivent faire en un temps d’épreuve, ce que l’ennemi peut faire pour leur nuire et ce que Dieu fait pour les délivrer.
Les trois amis de Daniel ne sont plus mentionnés dans la suite du livre ; nous pouvons espérer qu’ils ont continué leur vie de témoignage et de fidélité à Babylone. Mais quant à Daniel lui-même, nous sommes assurés que ce noble captif, qui a passé au moins 70 années de sa vie à Babylone, loin de Jérusalem, était aussi pieux et fidèle à la fin de sa vie qu’au début. S’il était âgé d’une vingtaine d’années au moment de la déportation, il devait avoir environ 90 ans lorsque Darius le jeta dans la fosse aux lions. Et à ce moment, ses adversaires les plus acharnés doivent dire : « Nous ne trouverons dans ce Daniel aucun sujet d’accusation, à moins que nous n’en trouvions contre lui à cause de la loi de son Dieu » (6. 5). Quel magnifique témoignage de la part du monde !
D’ailleurs, la Parole ne nous rapporte aucun manquement dans sa vie, et il est appelé trois fois un bien-aimé (9. 23 ; 10. 11, 19). Malgré ses fonctions absorbantes comme président (6. 2), il trouve le temps de prier trois fois par jour dans sa maison, ses fenêtres étant ouvertes du côté de Jérusalem, et cela malgré la défense du roi Darius. Il lit attentivement le prophète Jérémie (Daniel 9. 2), ce qui l’amène à présenter à Dieu sa prière d’humiliation : la confession (9. 4-15) est suivie de l’intercession (v. 16-19). Daniel, l’homme intègre, dit à deux reprises : nous avons péché, nous avons agi méchamment (v. 5 et 15), parce qu’il s’identifie complètement avec son peuple coupable et parce que le sentiment de la gravité du péché et du déshonneur fait à Dieu est resté aussi vivace chez lui que dans sa jeunesse.
Considérons l’issue de la conduite de cet homme de Dieu remarquable et imitons sa foi, son attachement à Dieu, à sa Parole, à son peuple. Et surtout, ne redoutons pas de nous singulariser dans ce monde, évidemment pas dans cet esprit d’anticonformisme, de contestation tellement à la mode aujourd’hui, mais par fidélité au Seigneur et par respect pour sa Parole.

Seigneur ! Sanctifie
Nos jours, nos moments,
Fais que notre vie
T’honore en tout temps.

D’après Feuille aux Jeunes n° 228

IL Y A PEUT-ÊTRE UN TRÉSOR CHEZ VOUS !

Un nouveau cantique (Ta Parole est une lampe) et une nouvelle histoire (Il y a peut-être un trésor chez vous) !

Tiré de CD Vieilles histoires jeunes oreilles. B. Durst
Éditeur : Bibles et Publications Chrétiennes (http://www.labonnesemence.com) et Éditions Bibles et Littérature Chrétienne (http://www.eblc.ch).

C’EST MOI

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« C’est moi »

En 1844, un jeune officier anglais fut envoyé avec son régiment dans des îles d’Indes occidentales. La fièvre jaune vint à sévir, et plusieurs soldats en moururent. Peu après, un officier du même régiment fut atteint de la maladie, et en cinq jours, la mort en fit sa proie.
Celui qui écrit ce récit fut désigné pour commander le bataillon qui devait rendre les honneurs sur la tombe de l’officier décédé. Un pasteur lut l’office des morts, après quoi le bataillon regagna sa caserne. Durant la marche, l’officier commandant se retrouva à l’arrière et entra en conversation avec le pasteur qui, après quelques moments, se tourna brusquement vers lui et lui dit : « Où pensez-vous que votre âme serait allée si c’était vous que la mort avait frappé ? »
L’officier hésita un instant, puis il répondit : « Je pense que j’aurais été en enfer. »
« C’est une réponse bien sérieuse ; Dieu s’en souviendra, et j’espère que vous vous en souviendrez aussi. » lui dit le pasteur.
Cinq années s’étaient écoulées, et le même officier se trouvait avec son régiment dans une autre partie du monde. Il avait passé, durant ce temps, par bien des difficultés ; la petite vérole, les fièvres, le choléra, avaient frappé autour de lui ; son esprit était devenu sérieux, et il se rappelait souvent ses propres paroles : « Je pense que je serais allé en enfer ».
Vers cette époque, il rencontra un vieil officier qui avait été camarade de son père, et qui, le voyant triste, l’engagea un soir à venir le trouver. S’étant rendu à l’invitation, le vieil officier lui dit : « Il va y avoir dans la chambre voisine une lecture de la Bible pour les jeunes officiers ; si vous voulez y assister, vous serez le bienvenu, sinon voici quelques livres ; vous pouvez vous distraire jusqu’à ce que nous ayons fini. »
Mais le jeune officier préféra aller à cette réunion, et s’assit parmi les autres. Tout était entièrement nouveau pour lui, et il comprit peu de ce qu’il entendit ; mais il ne put s’empêcher de se dire : « Ces gens ont quelque chose que j’ignore, un bonheur que je ne possède pas. » Cela fit sur lui une profonde impression.
Un soir comme il pensait à sa vie, il se demanda : « Qu’est-ce que ma vie ? C’est manger, boire, mourir et puis … être perdu … ! »
Cher lecteur, qu’en est-il de votre vie ? Quelle en sera la fin ? Il vaut la peine assurément d’y réfléchir. Votre voyage ici-bas sera bientôt terminé, et où irez-vous ? Grâce à Dieu, l’officier réalisa combien c’était sérieux.
Mais il était sans guide. Il voguait sur les vagues de la vie sans carte ni boussole ; il ne possédait même pas un exemplaire du Livre de Dieu, qui seul peut apporter la lumière à l’âme.
Le lendemain qui suivit cette soirée mémorable, il acheta une Bible et commença à lire l’évangile de Matthieu, priant en même temps Dieu de lui ouvrir les yeux. Il lut avec un profond intérêt et un réel souci pour son âme. Son cœur était extrêmement exercé, et souvent il était découragé en voyant ses manquements. Dès qu’il avait formé de nouvelles résolutions, le péché venait les détruire.
Il mit environ trois semaines à lire l’Évangile de Matthieu. Quand il eut fini, il commença l’épître aux Galates. Étant arrivé au troisième chapitre, le verset 10 l’arrêta : « Car tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous malédiction, car il est écrit : Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire. »
– C’est moi ! S’écria-t-il après avoir lu ce verset, c’est moi ! Je me suis placé sous la malédiction en voulant me confier dans les œuvres que je fais.
Il se mit à prier en disant : « Seigneur, que faut-il que je fasse ? » et il resta quelque temps à genoux. Puis s’étant relevé, il prit sa Bible et lut jusqu’au treizième verset du même chapitre : «Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous (car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois)».
Pour la seconde fois, il s’écria : « C’est moi ! Je suis racheté de la malédiction de la loi, Christ étant fait malédiction pour moi ! Il a pris ma place ».
Les écailles lui tombèrent des yeux. Dieu avait répondu à sa prière. Il lui avait ouvert les yeux sur Christ attaché à la croix. Ses yeux furent détournés de lui-même et tournés vers le Sauveur. Il cessa de regarder à ses propres œuvres pour contempler l’œuvre puissante accomplie à la croix par le Seigneur Jésus Christ. Sa foi saisit le Sauveur et il s’écria : « IL A PRIS MA PLACE !»
Le lecteur de ces lignes peut-il dire avec lui : Il a pris ma place ? Sinon, pourquoi ne le ferait-il pas ?
Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » lire 1 Tim 1. 15
Le précieux sang de Jésus Christ est le seul titre absolument suffisant pour se tenir dans la présence de Dieu, pour entrer au ciel : « Vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ » Éphésiens 2. 13
Dieu veuille bénir ce récit vrai pour votre âme afin que vous soyez rendu capable de dire : « Il a pris ma place » !

Sur la croix Jésus prit la place
Du pécheur perdu pour jamais ;
Son sang, ô miracle de grâce !
Versé pour nous, est notre paix.

D’après Série de Paris n°111

LA COURONNE D’ÉPINES

 

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LA COURONNE D’ÉPINES

Une jeune femme pâle et frêle, tenant par la main une fillette âgée d’environ sept ans, s’était arrêtée devant la vitrine d’un grand magasin de tableaux. Elle regardait attentivement une peinture à l’huile représentant le Sauveur couronné d’épines. L’enfant, elle aussi, contemplait gravement le tableau. Tout à coup, de sa voix claire, elle demanda :
– Dis, maman, pourquoi le Seigneur Jésus a-t-il dû porter une couronne d’épines ?
Au moment où la fillette prononçait ces paroles, un monsieur, très bien mis, passa rapidement à côté d’elle sur le trottoir. Il entendit la question et même un observateur superficiel n’aurait pas eu de peine à remarquer que la question de l’enfant ne le laissait pas indifférent. Il était trop pressé, il est vrai, pour entendre la réponse de la mère, mais les paroles enfantines le poursuivaient et sans cesse résonnait à son oreille la question naïve :
– Dis, maman, pourquoi le Seigneur Jésus a-t-il dû porter une couronne d’épines ?
De toutes ses forces il chercha à échapper à l’impression qu’il avait reçue. Que lui importait donc la question d’une enfant ? C’était un médecin renommé, ayant une nombreuse clientèle, et son esprit était occupé de trop de choses importantes pour qu’il pût s’arrêter à de semblables pensées.
Il fit ses visites habituelles ; partout il rencontrait la douleur et la tristesse, parfois aussi des murmures et la rébellion contre Dieu. Pourquoi tant de souffrances, pourquoi aussi tant de méchanceté ? Les pensées du médecin se reportèrent vers le passé. II y a toujours eu de la souffrance et les hommes ont toujours été méchants. L’histoire de l’humanité ne parle guère d’autre chose. Au milieu de ce sombre chaos, une seule exception surgit : Jésus de Nazareth, le grand prophète, l’homme de bien, et Lui, qu’en a-t-on fait ? On L’a cloué à la croix et on L’a couronné d’épines. Mais pourquoi a-t-Il dû porter cette couronne sanglante ? Cette question résonnait toujours à nouveau dans le cœur du médecin, malgré tous ses efforts pour l’oublier.
Le jour suivant, il dut repasser devant le magasin de tableaux. Cette fois, il s’arrêta lui-même pour examiner la devanture. Qu’est-ce qui avait pu, dans cette peinture, attirer à tel point l’attention de la femme et de l’enfant ? Des personnes aussi simples ne pouvaient juger de la valeur artistique de l’œuvre. Les regards de l’homme s’arrêtèrent longuement sur la couronne, et il lui semblait peu à peu que chaque épine se changeait en un point d’interrogation. Il se passa la main sur le front comme pour en chasser une idée obsédante, rebroussa brusquement chemin et regagna son logis. Non, il ne voulait plus penser à ces choses.
Mais les pensées ne se laissent pas si facilement étouffer. Dès qu’il se trouvait seul, le Dr Henning voyait se dresser devant lui une figure enfantine aux grands yeux bleus, et il entendait à nouveau la question si simple. De quel accent convaincu la petite avait parlé du « Seigneur Jésus », comme s’il s’agissait de quelqu’un qu’elles connaissaient toutes deux personnellement. Pourrait-il en dire autant ? Non, certainement pas. Il ne doutait pas que Jésus de Nazareth n’eût réellement existé. Mais pour lui, il n’était qu’un grand homme, un modèle remarquable à suivre. Il avait souvent admiré l’amour du Sauveur pour les pauvres et les malades, mais il estimait que les miracles dont parle la Bible ne sont qu’une invention forgée par l’imagination des écrivains sacrés. Mais pourquoi donc cet homme si noble et si bon avait-il dû porter la couronne d’épines ? Pourquoi avait-il expiré dans des circonstances si étranges ! Oui, pourquoi ?
Le docteur regrettait maintenant de n’avoir pas écouté la réponse de la mère. Naturellement, le point de vue d’une femme sans éducation ne pouvait avoir d’importance pour lui, un homme cultivé, mais cela l’aurait tout de même intéressé de le connaître. Involontairement, chaque fois qu’il sortait, il cherchait l’enfant du regard ; il était sûr de reconnaître entre des centaines de visages les beaux yeux bleus de la petite. Mais il ne la rencontra plus.
Une épidémie de scarlatine éclata. Les médecins ne savaient où donner de la tête pour combattre la maladie et en empêcher l’extension.
La soirée était avancée. Fatigué de ses nombreuses visites aux malades, le Dr Henning, rentré chez lui, s’apprêtait justement à aller se coucher, lorsque retentit la sonnette de nuit. Il ouvrit la fenêtre. Une femme était dehors et, d’une voix tremblante, lui cria :
– Ah ! monsieur le docteur, je vous en prie, ne voulez-vous pas venir encore auprès de ma fillette malade ? Ce n’est pas loin d’ici. Venez ! Moi-même je dois m’en retourner très vite, car elle est toute seule.
– Bien, je viendrai, répondit le médecin, après s’être informé de la rue et du numéro de la maison. Puis, en soupirant profondément, il referma la fenêtre et se mit en devoir de sortir. Cela ne cesserait-il donc jamais ?
Le docteur dut gravir quatre étages. Il entra dans une pièce simple, mais accueillante. La mère le reçut et le conduisit au lit de son enfant.
– C’est venu si subitement, dit-elle. Hier, Dora était encore en bonne santé.
Puis, elle se mit de côté et attendit le verdict du médecin.
D’un coup d’œil il se rendit compte de la situation.
Puis il considéra attentivement la femme et il lui sembla l’avoir déjà vue quelque part. Puis il regarda la petite fille, qui justement soulevait ses lourdes paupières, et il reconnut les yeux bleus. La petite les fixait en haut comme si elle y voyait quelque chose, puis elle tendit ses petits bras. Mais cela ne dura qu’un instant. Les bras retombèrent inertes et, à bout de forces, elle ferma les yeux avec un heureux sourire, comme si elle avait entrevu quelque chose de merveilleux. Puis, doucement, elle s’endormit.
Profondément ému de tout ce qu’il voyait, le médecin se tourna de nouveau vers la mère pour lui donner quelques directives pour la nuit. Il reviendrait le lendemain matin. Pensif, il retourna lentement chez lui. Que n’avait-il pas su plus tôt que la petite demeurait dans son voisinage ? Elle était à même de répondre, et mieux qu’il ne l’avait pensé, à tout ce qui troublait son cœur. Ses mouvements, toute l’expression de son visage, disaient qu’elle était en étroite relation avec un monde au-dessus de la terre. Jusqu’à présent il n’avait pas voulu croire à l’existence de cet au-delà. Mais cet autre monde devait exister. L’enfant le savait sûrement. Elle avait vu un spectacle merveilleux dont lui, l’homme savant et cultivé, n’avait aucune idée. Non, avec la mort, tout n’était pas terminé, il en avait de plus en plus le sentiment. Pourquoi ses aspirations après quelque chose de plus élevé ? Pourquoi les soupirs de la création tout entière après la délivrance ? N’y avait-il pas de réponse à ces questions ? Et de nouveau, l’image de l’homme avec la couronne d’épines passa devant ses yeux. De nouveau la voix de sa conscience : « Pourquoi Christ dut-il porter la couronne d’épines ? pourquoi dut-il mourir à la croix ?
Cette nuit-là, le Dr Henning ne trouva pas de repos. Son désir ardent de connaître la solution du grand mystère de la vie devint de plus en plus intense. En même temps, il lui vint à l’idée que la petite fille, qui connaissait la solution, pouvait la lui expliquer. Il ne se reconnaissait plus. N’y avait-il pas assez de gens qui pourraient mieux le satisfaire à cet égard qu’une jeune enfant ? Mais une pensée unique le dominait complètement : elle, et personne d’autre, tenait dans ses petites mains la clef qui pouvait lui ouvrir l’entrée dans le royaume des choses célestes. Profondément troublé, l’homme qui, jusque-là, ne s’était appuyé que sur sa science et son intelligence, joignit les mains et s’écria, dans l’angoisse de son âme : « O Dieu qui es au ciel, permets que demain je puisse interroger cet enfant sur les choses qui te concernent ! » Alors seulement il se tranquillisa un peu et s’endormit.
Le lendemain, il fut plus occupé que jamais. Sa salle d’attente ne se vidait pas. Toujours de nouveaux malades se présentaient pour la consultation. Le médecin avait peine à être tout à son affaire. Ses pensées étaient auprès de l’enfant. Enfin le dernier malade partit. Il put s’en aller à son tour. Comment trouverait-il l’enfant ?
De nouveau il gravit les quatre étages et ouvrit la porte en hésitant. Son premier regard tomba sur la couchette et s’arrêta devant deux beaux yeux bleus. Il s’approcha du lit. Dora n’avait plus de fièvre. Les taches rouges avaient disparu. Durant sa longue pratique, le médecin n’avait jamais vu cela. Une puissance plus haute était intervenue. Il s’assit près du lit et tâta le pouls ; qu’il était faible !
Dora jouissait de toute sa connaissance, de sorte qu’elle pouvait répondre à ses questions. Il l’examina d’abord et s’étonna de nouveau de la disparition soudaine et inexplicable de la maladie.
– Comment te sens-tu maintenant, mon enfant ? N’as-tu pas de douleurs ? interrogea-t-il.
Dora secoua la tête et répondit en souriant :
– Je me sens si légère, que je pourrais m’envoler au ciel.
– Aimerais-tu donc aller au ciel ?
Étonnée de cette question, elle répondit :
– Au ciel, il fait bien beau, dit-elle d’un ton solennel. Là demeure le Seigneur Jésus qui aime tellement les enfants.
– « Laissez venir à moi les petits enfants », murmura à part lui le docteur. Puis, se penchant sur la petite malade, il demanda doucement : D’où sais-tu que Jésus t’aime tant ?
– C’est dans la Bible, répondit-elle toute surprise. Là nous lisons que le Seigneur Jésus nous aime tellement qu’Il est mort sur la croix pour nos péchés.
Le docteur avait maintenant la réponse simple et explicite à sa question. Pour nos péchés, Jésus est mort sur la croix. Le docteur se passa la main sur les yeux. C’était comme si un voile lui avait été enlevé. Voilà pourquoi Jésus était venu dans le monde et pourquoi il avait porté la couronne d’épines : c’était afin de pouvoir appeler grands et petits, vieux et jeunes, et leur dire : Venez à moi ! Il était mort pour délivrer les hommes de leurs péchés.
– Mais Dora, demanda-t-il presque timide, tu n’as pourtant jamais péché ?
– Mais si, répliqua-t-elle franchement, en soupirant profondément. Je suis quelquefois volontaire et désobéissante ; je fais souvent de la peine à maman et aussi au Seigneur Jésus. Mais le bon Sauveur m’a tout pardonné et m’a donné un cœur nouveau. Je pourrai aller auprès de Lui au ciel parce qu’il m’a rendue pure.
– Le sais-tu sûrement ?
– Oh ! oui, c’est aussi dans la Bible. Puis joignant les mains, elle dit d’un ton solennel : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle ».
De nouveau une parole claire et facile à comprendre : « Quiconque croit en Lui ». Pourquoi n’avait-il pas compris cela auparavant ? Il connaissait pourtant la Bible. Et voilà qu’une autre parole du Seigneur lui revint : « Si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux ». C’était la raison. Pour bien comprendre ces choses, il devait devenir comme un enfant, croire comme un enfant. Et pour lui, l’homme savant, cela était si difficile. Pour l’instruire, Dieu avait dû employer une petite fille. Prenant la main de Dora dans la sienne, il demanda avec émotion :
– Comment puis-je trouver le Seigneur Jésus ?
Elle dit alors :
– Je veux prier le Seigneur Jésus afin que je puisse parler de Lui à Monsieur le docteur.
Puis elle ferma les yeux et le médecin vit que ses lèvres remuaient. Il se leva et quitta la chambre pour ne pas déranger l’enfant dans sa prière. La mère l’accompagna à la porte. Il lui serra la main et lui dit, très ému :
– Vous avez un précieux joyau dans la maison, Madame !
Ce jour-là, le docteur Henning avait été convaincu qu’il existait un Dieu vivant qui, dans Sa sagesse et Son amour, dirige la destinée des Siens. Aujourd’hui, il avait vu que la foi est une réalité. Ah ! s’il pouvait pourtant acquérir cette foi qui rend si riche et si belle la vie du plus simple mortel. Du fond du cœur il s’écria :
– Aide-moi à Te trouver !
La prière du médecin fut exaucée.
Un jour, le médecin arriva avec un projet. Caressant les joues de Dora, il lui dit :
– Ma chère enfant, l’air de la ville ne vaut rien pour toi. N’aimerais-tu pas faire avec moi un voyage dans les montagnes ? Là-haut nous nous reposerons bien, car moi aussi je suis fatigué. Nous serions quatre semaines ensemble, entends-tu ? Alors tu pourras me parler du Seigneur Jésus. Ma femme viendra aussi, ajouta-t-il, en se tournant vers la mère. Vous pouvez donc être tout à fait tranquille, Dora ne manquera de rien.
La mère ne put que bégayer quelques mots de remerciements. Comme le Seigneur avait de nouveau accordé son secours ! D’abord Dora n’articula pas un mot. Enfin, elle s’écria :
– Qu’il est bon pourtant, mon Sauveur !
Peu de jours après, Dora et ses amis s’installaient dans les montagnes, au milieu des sapins et parmi les sources jaillissantes. L’illustre médecin était devenu comme un enfant. Dans la tranquillité de la grande nature, il prêtait attention à la voix de Dieu, et sa jeune institutrice l’y guidait. L’enfant entretenait avec son Sauveur une communion si intime que sa foi se reflétait, à son insu, dans son langage et sa manière d’être. Le docteur essayait de l’imiter, mais inutilement. Il devait faire l’expérience que sa propre nature formait un obstacle. Et ceci l’amena à reconnaître ce qu’il était : un pauvre pécheur perdu, incapable d’aucun bien. Il arriva là où il devait arriver. Le dessein de la grâce de Dieu envers lui l’atteignit. Pour sa conversion, il n’y avait plus qu’un pas à franchir. Dora lui vint en aide. Il agissait comme elle le lui disait. Il confessa ses péchés à Dieu, implora Son pardon, apprit à comprendre que Dieu justifie l’impie. Il rentra chez lui, un homme né de nouveau.

D’après Almanach Évangélique 1915