DIEU FAIT HOMME ET VU DES ANGES

(Dieu) « fait ses anges des esprits, et ses serviteurs une flamme de feu » Héb. 1. 7.

« Nous voyons Jésus, qui a été fait un peu moindre que les anges à cause de la souffrance de la mort, couronné de gloire et d’honneur, en sorte que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tout » Héb. 2. 9.

1. LES ANGES, DE LA NAISSANCE AU DÉBUT DU SERVICE DE JÉSUS

« Incontestablement, le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair, a été justifié en Esprit, a été vu des anges, a été prêché parmi les nations, a été cru dans le monde, a été élevé dans la gloire » 1 Tim. 3. 16.

(L’ange dit aux bergers : ) « Vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche. Soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu » Luc 2. 12 et 13.

Dieu est invisible, car Il est Esprit (Jean 4. 24), et les anges Le servent. Le jour où Jésus naquit à Bethléem, les anges étaient présents. Jésus vient au monde dans l’humble condition d’un nouveau-né couché dans une mangeoire pour animaux, bien qu’Il soit le Fils de Dieu, le Créateur. Dès lors, Dieu sera visible en Jésus, « l’image du Dieu invisible » (Col. 1. 15). Les anges contemplent ce grand mystère et adorent. Nous les retrouvons présents à plusieurs occasions qui nous rapportent des faits touchant Jésus.

– C’est à l’ange Gabriel que Dieu accorde l’honneur d’annoncer à la vierge Marie qu’elle deviendra la mère d’un enfant qui « sera appelé Fils du Très-Haut » et que cet Être saint qui naîtra d’elle sera appelé « Fils de Dieu » (Luc 1. 32 et 35).

– Un ange est envoyé à Joseph, le futur mari de Marie, pour le rassurer et l’informer au sujet de cet enfant (Mat. 1. 20 à 24).

– Après la naissance de Jésus, c’est un ange qui proclame à quelques bergers la grande nouvelle de la naissance d’un Sauveur, « qui est le Christ, le Seigneur ». ; l’ange était accompagné « d’une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu » (Luc. 2. 11 et 13).

– Dieu envoie un ange pour avertir Joseph, afin qu’il s’enfuie en Égypte pour mettre à l’abri l’enfant et sa mère ; le roi Hérode, dans sa folie homicide, voulait éliminer le vrai Roi d’Israël. Une fois le danger passé, Dieu envoie de nouveau un ange à Joseph pour lui donner de nouvelles instructions (Mat. 2. 13 à 19).

– Avant de commencer son service public, Jésus est tenté pendant 40 jours par Satan dans le désert. À la fin de ce temps, « des anges s’approchèrent, et ils Le servaient » (Mat. 4. 11).

2. LES ANGES, DE LA FIN DU SERVICE DE JÉSUS À SA RÉSURRECTION

(Jésus) « s’étant mis à genoux, Il priait, disant : Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite. Alors lui apparut un ange du ciel, qui le fortifiait » Luc 22. 41 à 43.

« Gardez-vous de mépriser un de ces petits ; car je vous dis que dans les cieux, leurs anges voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux » Mat. 18. 10.

Les quatre évangélistes nous racontent onze interventions des anges. Jésus parle des anges en huit occasions et, dans les Actes des apôtres, ils sont mentionnés vingt fois. Encore à la fin du chemin de Jésus sur la terre, nous voyons que des anges interviennent.

– Peu avant la croix, au jardin de Gethsémané, Jésus est dans l’angoisse à la perspective de ce qui L’attend. Dieu envoie un ange qui Le fortifie (Luc 22. 43).

– Jésus est mort, et son corps est déposé dans un tombeau dont une énorme pierre vient fermer l’entrée. Les anges sont les premiers témoins de sa résurrection. C’est un ange qui roule la pierre et s’assied dessus. Il annonce aux femmes affligées que Jésus n’est plus là, mais qu’Il est ressuscité (Mat. 28. 2 à 7). Plus tard, Marie de Magdala, restée seule au tombeau, se penche pour regarder à l’intérieur et elle voit « deux anges vêtus de blanc, assis, l’un à la tête et l’autre aux pieds, là où le corps de Jésus avait été couché » (Jean 20. 12). Le corps n’est plus dans le tombeau.

– Jésus vient de monter au ciel, une nuée L’a caché aux yeux des disciples. Des anges, sous la forme de deux hommes en vêtements blancs, leur annoncent que Jésus reviendra « de la même manière que vous l’avez vu s’en aller au ciel » (Act. 1. 10 et 11).

Avant et après le service public de Jésus, les anges sont donc présents, comme des témoins venus du ciel.

L’apôtre Pierre nous révèle que les anges désirent se pencher pour regarder de près les choses merveilleuses qui concernent « les souffrances qui devaient être la part de Christ et les gloires qui suivraient » (1 Pier. 1. 11 et 12). Mais c’est nous-mêmes, et non les anges, qui bénéficions de la venue sur la terre du Fils de Dieu et de son œuvre de salut. Comprenons-nous quelque chose de cet immense amour ?

« … le Fils… étant devenu d’autant plus excellent que les anges qu’il a hérité d’un nom plus excellent qu’eux. Car auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré ?… et que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui » (Héb. 1. 5 et 6).

« Auquel des anges (Dieu) a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds ? » (Héb. 1. 13)

D’après « Il buon seme » décembre 2023

L’APÔTRE PAUL (4)

Discours de Paul devant le peuple de Jérusalem (Act. 22. 1 à 22)

Debout sur les plus hautes marches par lesquelles on accédait à la forteresse, Paul demande au peuple d’écouter son apologie, c’est-à-dire un discours pour sa justification. En s’adressant ainsi à ses compatriotes, il fait un bref récit de sa vie en cherchant à les convaincre que c’est Dieu qui a opéré sa conversion et lui a confié sa mission.

Il confirme qu’il est Juif et précise que, s’il est né dans une ville éloignée, à Tarse de Cilicie, il a été élevé à Jérusalem et y a reçu l’enseignement d’un docteur de la loi nommé Gamaliel, pharisien honoré de tout le peuple, dont les avis faisaient autorité comme on le voit au chapitre 5. 34 à 40.

Paul rappelle que son zèle pour Dieu, le même zèle aveugle qui anime maintenant ses contradicteurs, l’a conduit dans sa jeunesse à faire jeter les chrétiens en prison et à les persécuter jusqu’à la mort. Ces faits qui ne dataient guère que d’une vingtaine d’années ne devaient pas être oubliés de tous. C’est avec l’approbation du souverain sacrificateur et du corps des anciens que Saul de Tarse, ainsi qu’il s’appelait alors, s’était rendu à Damas afin d’amener les chrétiens de cette ville prisonniers à Jérusalem pour les y faire châtier.

Paul en arrive à sa conversion et montre comment le changement complet opéré en lui résultait de l’intervention manifeste de Dieu. La grande lumière venant du ciel, brillant comme un éclair autour de Saul, à la terreur de ses compagnons, la voix qui l’interpellait et que lui seul entendit, tout cela ne pouvait être qu’une manifestation divine. Aussi, à la question : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? », Saul terrassé, convaincu de la majesté de Celui qui lui parlait, répondit aussitôt : « Qui es-tu, Seigneur ? » Et il entendit cette voix, dont l’autorité l’emplissait de crainte, lui répondre : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes ».

Ainsi celui qui parlait du haut de la gloire, c’était le Jésus méprisé, contre le nom de qui Saul déchaînait ses efforts. Les persécutions qu’il faisait subir aux chrétiens, ce Jésus dans la gloire les ressentait comme le touchant Lui-même. Le Seigneur révélait ainsi tout à la fois à Saul sa résurrection, son élévation dans la gloire et son union avec les siens sur la terre.

Vaincu, le persécuteur orgueilleux ne put que demander humblement : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Et le Seigneur – c’est le titre que lui donne Paul dans son récit – répondit : « Lève-toi et va à Damas et là on te parlera de toutes les choses qu’il t’est ordonné de faire ».

Saul restait aveuglé par la vision ; c’est conduit par la main, en tâtonnant, qu’il fit à Damas une entrée humiliante. C’est là qu’il reçut la visite d’Ananias. Dans son discours, Paul passe sous silence la vision de ce serviteur de Dieu et son propre jeûne pendant trois jours, qui nous sont rapportés au chapitre 9, mais il insiste sur les caractères qui devaient recommander Ananias à l’estime de ses auditeurs : « C’était un homme pieux selon la loi et qui avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là ». Ananias s’adresse à Saul : « Saul, frère, recouvre la vue », et aussitôt Saul le vit. Le rappel de ce miracle affirme encore à la foule l’intervention de Dieu dans tout ce qui était survenu à Saul à Damas.

Paul continue en rapportant ce qu’Ananias lui a communiqué : « Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues ». C’est la gloire même du Seigneur qui a resplendi quand Saul a été arrêté sur le chemin. C’est sa voix qu’il a entendue. Il pourrait désormais témoigner devant tous de la résurrection et de la glorification de Christ, appelé le Juste – le seul Juste. C’est le Dieu des pères, le Dieu des Juifs, qui a choisi à l’avance Saul pour ce glorieux service.

« Et maintenant que tardes-tu ? Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom » ajouta Ananias. Saul pouvait être accablé sous le poids de ses péchés, au souvenir de sa lutte ouverte contre le Seigneur, mais celui-ci lui faisait annoncer le salut par la foi en son nom. Il convenait que, sans plus attendre, Saul reçoive le baptême, marquant ainsi qu’il était désormais un chrétien.

S’attachant à ne présenter aux Juifs que ce qui a trait à sa conversion et à son appel d’apôtre des nations, Paul ne relate pas son séjour à Damas et en Arabie, mais en vient immédiatement à son premier voyage à Jérusalem et il rapporte la vision qu’il a eue alors dans le temple. Il vit le Seigneur qui lui dit : « Hâte-toi et sors au plus tôt de Jérusalem, parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard ».

Saul pensait au contraire que sa conversion surprenante ne manquerait pas de toucher ses compatriotes, et il rappela au Seigneur que les Juifs le connaissaient bien comme le persécuteur des chrétiens, l’un des instigateurs du meurtre d’Étienne. Le voir maintenant disciple de Christ serait bien auprès d’eux un témoignage saisissant ! Mais le Seigneur lui répondit : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations ».

Cette dernière phrase rapportée par Paul, provoque aussitôt la colère de la foule. Ces Juifs ressentent comme une offense à leur dignité nationale qu’un message de Dieu puisse être adressé aux Gentils. Et d’une même voix ils s’écrient : « Ôte de la terre un pareil homme, car il n’aurait pas dû vivre ».

Paul devant le sanhédrin (Act. 22. 23 à 30 ; 23. 1 à 10)

Pour mettre fin à l’excitation de la foule, le commandant romain, nommé Lysias, fit introduire Paul dans la forteresse. Ne comprenant rien à ce qui se passait, il donna l’ordre de le soumettre à la question par le fouet. On maltraitait les prisonniers que l’on interrogeait, dans la pensée que la souffrance leur arracherait des aveux. Les Romains traitaient ainsi sans ménagement les autres peuples, mais ils observaient les règles de leur droit qui interdisaient de frapper un citoyen romain tant qu’il n’était pas condamné.

Paul, étendu et lié, près de subir le fouet, dit au centurion qui se trouvait là : « Vous est-il permis de fouetter un homme qui est Romain et qui n’est pas condamné ? » Le centurion alla aussitôt avertir le commandant qui vint lui-même auprès de Paul et lui demanda :

– Es-tu Romain ?

– Oui, répondit Paul.

– Moi, reprit Lysias, j’ai acquis cette bourgeoisie pour une grande somme.

– Mais moi, répondit Paul, je l’ai par naissance.

Dieu permit ainsi que son serviteur échappe à la flagellation. Jésus ne s’y était pas soustrait ; il avait souffert sans ouvrir la bouche. Il est le modèle inimitable. Remarquons cependant que Paul, qui n’insistait pas sur ses droits, ne fit état de son titre qu’à la dernière extrémité.

Le commandant romain ayant charge de maintenir l’ordre voulut savoir enfin de quoi les Juifs accusaient Paul. Le lendemain de son arrestation il fit délier l’apôtre et le fit comparaître devant les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin. On appelait ainsi le tribunal suprême des Juifs, composé des chefs religieux du peuple. C’est le sanhédrin qui a condamné à mort le Seigneur Jésus. C’est aussi devant le sanhédrin qu’ont comparu les apôtres, puis Étienne au début de l’histoire de l’Assemblée (Act. 4, 5 et 6).

Paul, introduit devant cette assemblée nombreuse et imposante, la regarda avec assurance, puis commença ainsi : « Je me suis toujours conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour ». C’était vrai. Il s’était toujours appliqué à bien agir, c’est-à-dire à rechercher la volonté de Dieu et à l’accomplir. Le souverain sacrificateur, Ananias, qui présidait le sanhédrin, considérait au contraire que Paul avait renié la religion de ses pères et, offusqué par l’affirmation de l’apôtre, ordonna de le frapper sur la bouche pour le punir de cette parole.

Paul répliqua : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! Es-tu assis là pour me juger selon la loi ; et, contrairement à la loi, tu ordonnes que je sois frappé ? » La loi en effet ne condamnait pas un homme sans l’avoir entendu. Dans le sentiment de son bon droit, Paul en appelait à Dieu, le souverain juge. Mais il avait tort d’injurier celui devant qui il comparaissait en le traitant de « paroi blanchie », c’est-à-dire d’hypocrite chez qui la dignité apparente masquait le mal secret. Quand les assistants reprochèrent à Paul d’injurier le souverain sacrificateur, il dut s’excuser en disant : « Je ne savais pas que ce fût le souverain sacrificateur ; car il est écrit : Tu ne diras pas de mal du chef de ton peuple ».

Cet incident marque à nouveau qu’il arrivait même à Paul, ce fidèle imitateur de Christ, de laisser parfois agir sa vieille nature. Dans son indignation compréhensible, il n’avait pas su retenir sa réplique impulsive. Nous sommes loin du calme parfait du Seigneur devant ses accusateurs, de son silence en face des faux témoignages, de la dignité avec laquelle « lorsqu’on l’outrageait II ne rendait pas d’outrage » (1 Pier. 2. 23).

Comme aux jours du Seigneur, les chefs du peuple étaient des sadducéens et des pharisiens, et ces deux sectes étaient représentées dans le sanhédrin devant lequel comparaissait Paul. Les sadducéens étaient des incrédules matérialistes ; ils ne retenaient de la loi que ses règles pratiques ; ils niaient la résurrection, les anges, les esprits. Les pharisiens croyaient à une résurrection générale au dernier jour ; ils affirmaient l’existence des anges et des esprits. L’apôtre était au courant de ces tendances opposées et il pensa se rendre favorable le parti des pharisiens en s’écriant : « Je suis pharisien, fils de pharisien ; je suis mis en jugement pour l’espérance et la résurrection des morts ».

Effectivement ces paroles provoquèrent une dissension au sein du tribunal. Quelques scribes parmi les pharisiens prirent parti pour Paul en disant : « Nous ne voyons aucun mal en cet homme ; mais si un esprit ou un ange lui a parlé… ». La dispute devint de plus en plus vive, si bien que le commandant Lysias craignit que Paul ne fût tué et fit descendre des soldats pour l’enlever et le conduire à la forteresse.

Paul, dans cette circonstance, usa d’un artifice humain pour diviser ses adversaires et amener la confusion dans le tribunal. Pharisien, il l’avait été autrefois, mais ce titre ne lui convenait plus depuis qu’il était chrétien. L’espérance et la résurrection des morts pour lesquelles il souffrait n’étaient pas celles que retenaient les pharisiens. Comme il eût mieux valu qu’il s’en tienne à une confession simple et fidèle de sa foi en laissant à Dieu seul le soin de le délivrer ! De notre Seigneur, modèle parfait en toutes circonstances, Paul lui-même a pu dire : « le Christ qui a fait la belle confession devant Ponce Pilate » (1 Tim. 6. 13).

Nous qui manquons si souvent, nous osons à peine relever ces faiblesses chez un serviteur par ailleurs aussi fidèle que le grand apôtre. Mais nous constatons une fois de plus combien il importe d’être bien à la place où Dieu nous veut. À Jérusalem, où il était monté de son propre chef, Paul a eu des défaillances dont nous ne trouvons pas d’exemple dans le reste de sa carrière. Heureusement, nous constaterons aussi comment Dieu, non seulement délivre son serviteur, même défaillant, mais fait tourner les circonstances par lesquelles il passait à « l’avancement de l’évangile », comme Paul l’écrira plus tard (Phil. 1. 12).

Paul conduit à Césarée (Act. 23. 11 à 35)

De nouveau seul, en prison, Paul devait repenser avec affliction aux scènes qui venaient de se dérouler. Mais le Seigneur, toujours plein de sollicitude, ne l’abandonna pas à son accablement. Il connaissait bien les sentiments d’amour pour ses frères qui avaient conduit l’apôtre à Jérusalem, et aussi, malgré ses défaillances, son désir de suivre et de glorifier son Maître. Au cours de la nuit, Il se tint près de lui et lui dit : « Aie bon courage, car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome ». Sans reproches, Il enregistrait à l’actif de l’apôtre le témoignage, si imparfait fût-il, rendu par celui-ci dans la capitale juive et Il l’assurait que serait accompli son souhait souvent exprimé d’annoncer l’évangile dans la capitale de l’empire.

C’est ce que Paul fit deux ans plus tard, comme prisonnier sans doute, mais « prisonnier de Jésus Christ ». Même chargé de chaînes, il allait vers les Romains, « dans la plénitude de la bénédiction de Christ » selon la certitude qu’il avait exprimée en leur écrivant (Rom. 15. 23).

Le commandant Lysias avait mis Paul à l’abri de la violence de ses adversaires. Ceux-ci se concertèrent et décidèrent de mettre à mort l’apôtre malgré la protection que lui valait son titre de citoyen romain. Quarante d’entre eux s’engagèrent par serment à ne pas manger ni boire jusqu’à ce qu’ils aient tué Paul. Ils vinrent trouver les principaux sacrificateurs et les anciens, leur firent part de leur farouche détermination et leur demandèrent de prier le commandant de faire à nouveau comparaître Paul devant le sanhédrin. Eux-mêmes étaient prêts à le tuer pendant le trajet.

Il y avait à Jérusalem le fils d’une sœur de Paul, dont la Parole ne fait mention que dans cette occasion. Ce jeune homme entendit parler du complot des Juifs et alla dans la forteresse en informer Paul. Ce dernier demanda à l’un des centurions de conduire vers le commandant son neveu, qui avait des révélations à lui faire.

Dieu inclina le cœur de Lysias à accueillir ce jeune homme avec bienveillance et à l’écouter avec attention. « Les Juifs, dit le neveu de l’apôtre, se sont entendus pour te prier que demain tu fasses descendre Paul devant le sanhédrin, comme si tu voulais t’enquérir plus exactement à son sujet. Toi donc, n’y consens pas, car plus de quarante hommes d’entre eux lui dressent un guet-apens, lesquels se sont obligés par un serment d’exécration de ne manger ni boire jusqu’à ce qu’ils l’aient tué ; et ils sont maintenant prêts, attendant de toi la promesse ».

Le commandant voulut bien ajouter foi au récit du neveu de Paul et le congédia après lui avoir recommandé de ne parler à personne de cette entrevue. Il désirait en effet déjouer le complot des Juifs sans que ceux-ci pussent soupçonner qu’il avait été mis au courant de leur dessein meurtrier.

On voit dans toutes ces circonstances la main de Dieu protégeant Paul et faisant échouer les projets des méchants Juifs. « Le désir des méchants périra » (Ps. 112. 10). Lysias aurait fort bien pu laisser les évènements suivre leurs cours et s’épargner le souci de toutes ses interventions. Mais Dieu lui mit à cœur de s’occuper de l’apôtre. C’est Lui qui incline le cœur des rois à faire tout ce qui Lui plaît (Prov. 21. 1).

Le commandant décida d’éloigner Paul et de l’envoyer auprès du gouverneur romain à Césarée. Il prit les précautions utiles pour assurer la sécurité de son prisonnier pendant ce transfert. La première partie du trajet jusqu’à Antipatris, soit une soixantaine de kilomètres, fut faite de nuit. Les soixante-dix cavaliers qui avaient la charge de Paul étaient escortés par deux cents soldats et deux cents porte-lance, ce qui devait décourager toute tentative des Juifs de s’emparer de Paul par la force.

D’Antipatris les soldats retournèrent à Jérusalem, laissant aux cavaliers seuls le soin de conduire l’apôtre à destination. Par une prévenance de Lysias, Paul lui-même ne cheminait pas à pied mais était porté par des montures. Les cavaliers avaient pour mission d’amener Paul sain et sauf au gouverneur romain nommé Félix ; ils étaient porteurs, à l’adresse de ce dernier, d’une lettre ainsi rédigée :

« Claude Lysias au très-excellent gouverneur Félix, salut ! Cet homme ayant été saisi par les Juifs et étant sur le point d’être tué par eux, je suis survenu avec la troupe et je l’ai délivré, ayant appris qu’il est Romain. Et voulant connaître le motif pour lequel ils l’accusaient, je l’ai fait descendre devant leur sanhédrin ; et j’ai trouvé qu’il était accusé touchant des questions de leur loi, mais qu’il n’était sous le coup d’aucune accusation qui méritât la mort ou les liens. Et ayant été averti des embûches que les Juifs allaient dresser contre cet homme, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant donné l’ordre à ses accusateurs aussi de dire devant toi les choses qu’ils ont contre lui. Porte toi bien ».

Cette lettre est un modèle de rapport clair et bref. Lysias, comme cela est naturel au cœur humain, s’y attribue le beau rôle dans le secours apporté à un citoyen romain, et passe habilement sous silence l’interrogation par le fouet qu’il a failli affliger à l’apôtre.

Arrivés à Césarée, les cavaliers remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent Paul. Félix se contenta de demander de quelle province était le prisonnier et remit à plus tard un interrogatoire détaillé : « Je t’entendrai à fond, dit-il, quand tes accusateurs aussi seront arrivés ». Et il donna l’ordre que Paul fût gardé au prétoire d’Hérode.

Le prétoire était le siège des troupes romaines dans la résidence du gouverneur. Le nom d’Hérode rappelait le fondateur de la ville. Césarée avait été bâtie en effet sur ordre d’Hérode le Grand, le roi qui régnait à Jérusalem lors de la naissance de Jésus.

Paul se retrouvait, prisonnier, dans cette ville même de Césarée où, peu de temps auparavant, il avait été averti par le prophète Agabus de la captivité qui l’attendait s’il montait à Jérusalem (ch. 21. 10 et 11).

Cinq jours après le transfert de Paul à Césarée, le souverain sacrificateur Ananias lui-même, et quelques anciens des Juifs descendirent de Jérusalem pour porter plainte contre l’apôtre devant le gouverneur romain. Ils se faisaient accompagner d’un orateur nommé Tertulle, car ils éprouvaient le besoin de faire soutenir avec habileté, par un Romain, leur cause peu justifiable.

Dès que Paul eut comparu, Tertulle prit la parole. Pour se rendre Félix favorable il commença par faire un éloge bassement flatteur de ce gouverneur dont en réalité les Juifs supportaient impatiemment l’autorité, et que l’histoire profane présente comme moralement méprisable, un affranchi cupide et despotique. Puis il se mit à accabler Paul en termes violents et l’accusa de susciter des désordres parmi les Juifs du monde entier. Il le présenta comme un meneur de la secte des Nazaréens, terme de mépris sous lequel il désignait les chrétiens, et il lui reprocha d’avoir tenté de profaner le temple.

Il se plaignit enfin de l’intervention de Lysias, qui avait empêché les chefs du peuple de juger eux-mêmes Paul, en l’arrachant de leurs mains avec beaucoup de violence. Les autres Juifs ne manquèrent pas de confirmer les accusations de Tertulle.

Paul, invité par Félix à présenter sa défense, établit simplement les faits : il y avait douze jours seulement qu’il était monté à Jérusalem ; il s’était abstenu de toute discussion publique, aussi bien dans le temple et la synagogue qu’en ville, et les Juifs n’apportaient aucune preuve de leurs accusations. Il confessa bien qu’il servait le Dieu de ses pères en suivant la doctrine chrétienne et il affirma sa foi dans toutes les Écritures de l’Ancien Testament, ainsi que son espérance de la résurrection ; dans cette attente il s’appliquait à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

Il n’y avait en tout cela rien qui pût motiver l’hostilité des Juifs. Mais dans la loi et dans les prophètes, Paul discernait et croyait le témoignage rendu à l’avance à Christ rejeté par son peuple ; quand il attendait la résurrection, il distinguait de la résurrection finale des injustes, des incrédules – la résurrection d’entre les morts réservée aux croyants, et il prêchait la résurrection de Christ que niaient les Juifs.

Paul poursuivit son exposé en rappelant qu’il était resté plusieurs années loin de Jérusalem. S’il y était revenu à la fête récente de la Pentecôte, c’était pour apporter des aumônes à sa nation, les dons envoyés par les assemblées de Macédoine et d’Achaïe aux chrétiens de la Judée. On ne pouvait pas l’accuser d’avoir profané le temple puisqu’il s’était purifié selon les ordonnances de la loi. Sa présence-là n’avait causé ni attroupement, ni tumulte jusqu’à l’intervention des Juifs d’Asie qui avaient injustement provoqué son arrestation devant le sanhédrin. Il n’avait pu être convaincu d’aucune faute et le tumulte qui s’était élevé au cours des débats résultait de sa seule affirmation : « C’est pour la résurrection des morts que je suis aujourd’hui mis en jugement par vous ! »

Félix était gouverneur de la Judée depuis plusieurs années. Il était marié à une Juive, Drusille, fille du roi Hérode, celui-là même qui avait persécuté les premiers chrétiens et dont la mort subite à Césarée, en châtiment de son orgueil, nous est rapportée à la fin du chapitre 12 des Actes. Félix était donc assez bien informé sur le christianisme ; il connaissait aussi l’orgueil intolérant des Juifs et il pouvait discerner que l’accusation des chefs du peuple contre Paul était sans fondement.

Mais, ne voulant pas leur donner tort ouvertement, il préféra gagner du temps et remit sa décision à plus tard en prétextant qu’il lui fallait entendre à ce sujet le commandant Lysias. En attendant il maintint Paul en prison tout en lui laissant quelque liberté.

Quelques jours plus tard, Félix, accompagné de sa femme Drusille, fit appeler Paul pour l’entendre sur la foi en Christ. Paul qui savait toujours adapter ses discours à l’état d’âme de ses auditeurs se mit à parler de la justice, de la tempérance et du jugement à venir. Ces paroles troublèrent la conscience de Félix, homme violent et corrompu, et le remplirent d’effroi. Il arrêta Paul dans son discours et le renvoya à sa prison : « Pour le présent, dit-il, va-t’en : quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». C’était à cette heure là-même, le moment convenable.

Dieu lui adressait par le moyen de Paul un appel direct, personnel, Félix l’a repoussé, préférant continuer à « jouir des délices du péché » plutôt que d’abandonner ses mauvaises voies. Il a négligé cette occasion de repentance et de salut et on peut craindre qu’il ne l’ait jamais retrouvée. C’est le sort éternel de son âme qui était en jeu. Quel exemple solennel ! Quand Dieu s’adresse à notre conscience, il importe d’être aussitôt attentif et de ne pas remettre à plus tard. « Voici c’est maintenant le temps agréable ; voici c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6). Aujourd’hui encore le Sauveur appelle à croire maintenant en Lui pour être sauvé.

Félix eut de nouvelles conversations avec Paul mais dans un tout autre but que de se laisser instruire dans la foi chrétienne. Ce gouverneur cupide espérait que l’apôtre lui donnerait quelque argent pour obtenir sa mise en liberté, et pour l’y engager il multipliait les entretiens avec lui. Cette façon d’agir nous rappelle un cas plus grave encore. Le roi Hérode maintenait en prison Jean Baptiste parce que ce dernier lui avait reproché son inconduite. Cela ne l’empêchait pas de convoquer souvent son prisonnier qu’il savait homme juste et saint, et de l’écouter volontiers, jusqu’au jour où il fut entraîné par ses paroles légères et par son amour-propre à faire décapiter Jean.

Quand le contact répété avec la parole de Dieu ne produit pas la foi et la repentance, la conscience s’endurcit et on va toujours plus loin dans le chemin de l’impiété. Enfants de chrétiens, il ne suffit pas de trouver quelque intérêt à la lecture de la Bible et de chercher plus ou moins à se conformer à ses enseignements ; il faut reconnaître, comme elle vous le dit, que vous êtes un pécheur perdu et saisir pour vous-même le salut qu’elle vous présente par la foi en Jésus.

Deux ans s’écoulèrent ainsi pour Paul. Aucune charge n’ayant pu être retenue contre lui, il aurait dû être relâché ; mais pour plaire aux Juifs, Félix maintint l’apôtre captif et le laissa en prison lorsqu’il fut rappelé de son poste de gouverneur de la Judée.

Paul et Festus (Act. 25)

Félix fut remplacé comme gouverneur de la Judée par Porcius Festus, dont l’histoire parle comme d’un magistrat de valeur, issu d’une famille romaine noble et d’un caractère moral élevé. Trois jours après son arrivée à Césarée, Festus monta à Jérusalem.

Dans leur animosité tenace envers Paul, les chefs des Juifs portèrent aussitôt plainte contre lui auprès du nouveau gouverneur et sollicitèrent comme une faveur qu’il fût ramené à Jérusalem. Ils comptaient profiter de ce déplacement pour tuer l’apôtre en chemin. Festus répondit prudemment mais fermement que Paul devait rester en prison à Césarée, que lui-même allait repartir de Jérusalem et que les principaux des Juifs n’avaient qu’à descendre avec lui pour venir soutenir leur accusation au siège du gouverneur romain.

Huit ou dix jours plus tard Festus redescendit en effet à Césarée, et dès le lendemain il fit comparaître Paul devant son tribunal. Les Juifs venus de Jérusalem entourèrent l’apôtre et portèrent contre lui de nombreuses accusations graves, sans preuves à l’appui, tandis que Paul se défendait, disant : « Je n’ai péché en rien, ni contre la loi des Juifs, ni contre le temple, ni contre César ».

– Veux-tu monter à Jérusalem pour y être jugé sur ces choses devant moi ? lui demanda Festin qui, tout en ayant le désir d’être équitable, désirait plaire aux Juifs.

– Je suis ici devant le tribunal de César où je dois être jugé, répondit Paul. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais toi-même très bien. Si donc je leur ai fait tort, ou que j’aie fait quelque chose qui soit digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais si rien n’est vrai de ce dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux : j’en appelle à César.

– Tu en as appelé à César, tu iras à César, conclut Festus après avoir délibéré avec ses conseillers.

Paul usait cette fois encore de ses droits de citoyen romain. Il refusait d’être jugé comme Juif par le sanhédrin qui lui était violemment hostile et demandait que son cas fût soumis au tribunal impérial, plus impartial, semblait-il, dans les questions religieuses pour lesquelles il était mis en accusation. Le Seigneur avait affirmé à Paul qu’il irait à Rome (ch. 23. 11) ; Il avait la puissance de le délivrer et de le conduire libre dans la capitale de l’empire. Mais si même Paul a manqué de dépendance en faisant valoir ses droits terrestres, le Seigneur dirigeait tout pour accomplir ses desseins : libre ou prisonnier, Paul irait à Rome.

Quelques jours plus tard le gouverneur Festus eut la visite du roi Agrippa et de sa sœur Bérénice qui vivait alors avec lui. Tous deux étaient, ainsi que Drusille leur cadette, des enfants du roi Hérode dont nous parle le chapitre 12 des Actes. Agrippa (Hérode-Agrippa II) régnait sur des territoires du nord et de l’est de la Palestine que lui avait concédés l’empereur romain ; à la vérité celui-ci lui permettait un faste royal, mais ne lui laissait guère exercer de véritable pouvoir. Il professait le judaïsme et était parfaitement au courant de toutes les questions religieuses juives.

Comme il séjournait plusieurs jours à Césarée, Festus lui soumit l’affaire de Paul. Ce dernier n’était pour le gouverneur qu’un prisonnier laissé là par son prédécesseur. Festus avait été frappé toutefois par l’insistance des Juifs à demander sa condamnation, alors que les accusations portées contre lui ne reposaient, à son avis, sur aucun fondement sérieux. Il avait d’abord supposé que, pour être aussi vivement attaqué, Paul avait dû commettre quelque grave forfait ; mais les arguments des Juifs se bornaient à des contestations touchant leur culte et « touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant ».

On voit l’indifférence du gouverneur romain à l’égard des vérités divines. Pour Festus, notre Seigneur, le Fils de Dieu, n’était qu’un « certain Jésus » et peu importait qu’il fût mort ou vivant. Pourvu que l’ordre politique et social ne fût pas troublé, les autorités de l’empire ne désiraient pas intervenir dans les questions religieuses des peuples qu’ils avaient soumis. C’est l’attitude que nous avons vu adopter par le proconsul Gallion à Corinthe au chapitre 18. Aujourd’hui encore, les chefs de ce monde s’affairent à leur administration, prétendent au progrès, s’efforcent d’établir ou de maintenir la paix, sans nul souci des droits de Jésus Christ, le Seigneur de tous.

Festus ajouta que pour en finir avec cette affaire il avait proposé à Paul d’être jugé à Jérusalem en lui offrant la garantie de sa présence, mais que celui-ci avait refusé et en avait appelé au jugement de l’empereur. Agrippa, beaucoup plus intéressé que Festus par ce qui touchait à la religion juive, manifesta le désir d’entendre lui-même Paul, et dès le lendemain Agrippa et sa sœur Bérénice vinrent en grande pompe à la salle d’audience.

Nous retrouvons chez ces princes le goût du faste que manifestait leur père Hérode quand, revêtu d’une robe royale, il haranguait les Tyriens et les Sidoniens du haut de l’estrade sur laquelle il siégeait et se faisait acclamer comme un dieu (Act. 12. 21). Toute une assistance formée des officiers supérieurs romains et des notables de la ville était convoquée. En comparaissant devant cette compagnie imposante, Paul voyait se réaliser ce que lui avait annoncé Ananias à Damas : il avait été choisi pour porter le nom du Seigneur devant les nations et les rois (Act. 9. 15).

En quelques mots Festus présenta le prisonnier, l’homme dont la multitude des Juifs avaient demandé instamment la mort, tant à Jérusalem qu’à Césarée, et en qui il n’avait trouvé lui-même aucun crime. Il se disposait à l’envoyer à Rome pour accéder à sa requête ; mais, fort embarrassé pour préciser les charges qui pesaient sur cet étrange accusé, il désirait le soumettre à un interrogatoire en présence de tous les assistants, pour recueillir leur avis et tout spécialement celui du roi Agrippa.

Paul devant Agrippa (Act. 26)

Le roi Agrippa était le plus élevé des dignitaires devant lesquels comparaissait Paul. C’est lui qui invita l’apôtre prisonnier à présenter sa défense.

Nous avons déjà vu Paul prononcer son apologie, c’est-à-dire un discours pour se justifier, au chapitre 22 quand, à Jérusalem, debout sur les dernières marches qui donnaient accès à la forteresse romaine, il haranguait le peuple. L’histoire de sa conversion occupe une grande place dans ces deux plaidoyers. Avec le récit initial du chapitre 9 nous trouvons ainsi relatée trois fois, dans le livre des Actes, la scène du chemin de Damas.

L’insistance avec laquelle la Parole place devant nous cet évènement en montre l’importance : Dieu arrêtait l’ennemi le plus acharné de l’Assemblée pour en faire son dévoué serviteur, et cette conversion reste un exemple de la miséricorde et de la patience de Dieu (1 Tim. 1. 12 à 16).

Paul, s’adressant à Agrippa, commença par s’estimer heureux d’être entendu par quelqu’un qui soit au courant des coutumes et des débats religieux de la nation juive et qui puisse, de ce fait, bien le comprendre. Il rappela que, comme beaucoup pouvaient s’en souvenir, il avait, dès sa jeunesse, vécu à Jérusalem en suivant la secte qui observait le plus fidèlement la loi de Moïse, celle des pharisiens. Maintenant, bien des années plus tard, s’il comparaissait en jugement, c’était, dit-il, « pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères ».

Cette promesse était la venue du Messie qui devait apporter la bénédiction à l’ensemble du peuple, aux douze tribus. « De la semence de David, Dieu, selon sa promesse, a amené à Israël un sauveur, Jésus », comme l’avait déjà annoncé Paul aux Juifs d’Antioche de Pisidie (Act. 13. 23). Ce Jésus a été rejeté par son peuple et mis à mort, Dieu L’a ressuscité, mais les Juifs nient cette résurrection et s’obstinent à ne pas reconnaître Jésus comme le Christ. Leur haine contre le Seigneur se retournait contre son apôtre.

Paul lui-même, dans sa jeunesse, avait partagé cette opposition à Jésus, qui n’était alors pour lui que le Nazaréen méprisé. Il avait pensé servir Dieu en employant tous les moyens pour combattre ce nom. Maintenant, devant Agrippa, comme en bien d’autres circonstances, il ne cachait rien de ce qu’avait été sa conduite avant sa conversion ; il rappelait sa fureur contre les chrétiens, les persécutions qu’il leur avait fait subir en les mettant en prison, les maltraitant, approuvant leur mort et les poursuivant jusque dans les villes étrangères.

Il en arriva ainsi à l’épisode de son voyage à Damas : il se rendait dans cette ville avec pleins pouvoirs de la part des principaux sacrificateurs pour sévir contre les chrétiens quand, sur le chemin, en plein midi, une lumière plus éclatante que le soleil avait resplendi autour de lui et de ses compagnons et une voix du ciel s’était fait entendre : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » (autrement dit : il est vain et périlleux de vouloir me résister).

À sa question « Qui es-tu, Seigneur ? » la voix avait répondu : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi et tiens-toi sur tes pieds : car je te suis apparu afin de te désigner pour serviteur et témoin, et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai, en te retirant du milieu du peuple et des nations vers lesquelles moi je t’envoie pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en moi ».

Paul avait suivi l’injonction du Seigneur qui lui confiait un service et un témoignage parmi les nations. C’est ce qu’il pouvait affirmer à Agrippa : « Je n’ai pas été désobéissant à la vision céleste ; mais j’ai annoncé premièrement à ceux de Damas, et à Jérusalem, et à tout le pays de la Judée, et aux nations, de se repentir et de se tourner vers Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance ».

En rappelant ces paroles et ces faits, l’apôtre présentait devant son auditoire les grandes vérités du christianisme : la puissance libératrice de la vérité ; le passage des ténèbres à la lumière, du pouvoir de Satan à Dieu, par la conversion ; la rémission des péchés par la foi en Jésus ; la part de ceux qui sont sanctifiés ; la sainte conduite qui doit manifester les fruits de la vie nouvelle.

Parce qu’il répandait l’évangile parmi les nations, les Juifs en voulaient à la vie de l’apôtre. Mais avec le secours de Dieu il se trouvait encore debout pour rendre devant tous le témoignage qui lui avait été confié et qui concordait pleinement avec ce qu’avaient annoncé Moise et les prophètes : les souffrances, la mort et la résurrection de Christ ; le salut apporté au peuple juif et aux nations.

Cette affirmation de la résurrection de Christ provoqua une vive réaction de la part de Festus. Pour lui, comme pour les sages d’Athènes, la résurrection était chose inconcevable (Act. 17. 32). « Tu es hors de sens, dit-il ; ton grand savoir te met hors de sens ». Il pensait que Paul, avec toutes ses connaissances, se laissait entraîner par une imagination extravagante. La prédication de Christ crucifié et ressuscité est une folie aux yeux du monde (1 Cor. 1. 21 à 23).

« Je ne suis point hors de sens, très excellent Festus, répartit Paul avec calme et respect, mais je prononce des paroles de vérité et de bon sens » et il prit à témoin Agrippa à qui les diverses doctrines juives étaient familières : « Ô roi Agrippa ! crois-tu aux prophètes ? Je sais que tu y crois ».

Il y avait là un engagement pressant à reconnaître la vérité des Écritures ; Agrippa, qui avait adhéré aux formes extérieures du judaïsme mais à qui la foi faisait défaut, gêné par l’insistance de Paul, voulut s’en tirer par une réponse ironique : « Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien ! – Plût à Dieu, répartit Paul, que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens ».

En face de tous ces personnages de haut rang, Paul, qui n’apparaissait que comme un prisonnier digne de pitié, était en réalité seul à posséder les vraies richesses et le vrai bonheur. Il estimait à leur prix ses privilèges et sa dignité. Étreint par les compassions de Dieu, il ne pouvait rien souhaiter de meilleur pour tous ses auditeurs que d’être comme lui des sauvés, des enfants de Dieu, de bienheureux rachetés de Jésus jouissant déjà de son amour sur la terre en attendant de passer l’éternité avec Lui.

Sur ces paroles auxquelles il ne pouvait rien répondre, Agrippa leva l’audience et sortit, suivi de Festus, de Bérénice et de toute l’assistance. Examinant le cas de Paul ils ne purent que reconnaître ensemble son innocence. « Cet homme ne fait rien qui mérite la mort ou les liens ». De façon plus précise Agrippa dit à Festus : « Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en pas avait appelé à César ».

Le naufrage (Act. 27)

Paul devait être transféré de Césarée à Rome pour comparaître devant le tribunal de l’empereur auquel il en avait appelé. Avec quelques autres prisonniers il fut remis, pour ce voyage, à la garde d’un centurion nommé Jules.

Luc, toujours inséparable de l’apôtre, et Aristarque de Thessalonique, furent admis à l’accompagner. Nous nous souvenons qu’Aristarque se trouvait déjà avec lui à Éphèse (ch. 19) et dans le voyage de Grèce à Jérusalem (ch. 20). Il devait rester auprès de lui à Rome puisque Paul l’appelle, dans l’épître aux Colossiens (4. 10), son « compagnon de captivité ». Dieu se plaît à consigner dans les Écritures l’attachement de ces croyants à son grand serviteur.

À défaut de navire allant directement en Italie, la troupe prit place pour une première étape sur un bateau qui retournait, en desservant au passage les côtes d’Asie, à son port d’attache, Adramytte, situé au nord-ouest de l’Asie Mineure. Dès le lendemain ils firent escale à Sidon à cinquante kilomètres environ au nord de Césarée. L’évangile avait été annoncé dans ce pays, la Phénicie, plus de vingt ans auparavant par des chrétiens que la persécution avait chassés de Jérusalem après la mort d’Étienne (ch. 11. 19). Le centurion Jules, traitant Paul avec bienveillance, lui permit de profiter de l’arrêt à Sidon pour visiter les chrétiens de cette ville et jouir de leur hospitalité.

Le navire, rencontrant des vents qui s’opposaient à sa marche, poursuivit sa route en serrant de près l’île de Chypre qu’il contourna par le nord, et parvint à un port situé près de la ville de Myra en Lycie, à l’extrémité méridionale de l’Asie Mineure. Là le centurion trouva, pour continuer le voyage, un bateau d’Alexandrie qui se rendait en Italie, probablement chargé de blé (v. 38) pour l’approvisionnement de Rome, et sur lequel ils embarquèrent.

La navigation se poursuivit péniblement pendant plusieurs jours, par suite du vent du nord-ouest défavorable. Parvenus au voisinage du port de Cnide, et rejetés vers le sud, les voyageurs réussirent, non sans peine, à gagner la Crête par l’est, pour venir longer la côte sud de cette île et s’abriter dans une rade nommée Beaux-Ports, près de la ville de Lasée.

On avait perdu du temps. L’hiver approchait et les marins de l’antiquité, mal équipés pour résister aux tempêtes, évitaient de naviguer pendant la mauvaise saison. Luc situe la date en disant que « le jeûne était déjà passé ». Il désigne par-là la fête des propitiations qui avait lieu au septième mois de l’année juive, c’est-à-dire sensiblement en octobre de notre calendrier.

Paul, avec la sagesse qui lui venait de Dieu, avertissait ses compagnons de voyage que la navigation serait accompagnée de revers, que le navire risquait d’être perdu avec son chargement et que leurs vies même étaient en danger. Mais le centurion se fiait davantage au pilote et au patron du navire qu’aux dires de Paul. « Écoute les paroles des sages » nous dit le livre des Proverbes (22. 17). Et vous, enfants, à quels conseils vous fiez-vous : à ceux que dicte la prétention humaine ou à ceux qui sont empreints de la prudence et de la sagesse d’en haut, paisible, modérée, traitable (Jac. 3. 17) ? Relisez l’histoire de Roboam au chapitre 12 du premier livre des Rois (v. 1 à 24).

La plupart des occupants du navire, négligeant les avertissements de Paul, furent d’avis de partir pour tâcher d’atteindre plus à l’ouest, Phénice, autre port de l’île, plus commode que Beaux-Ports pour y passer l’hiver. Le vent du midi s’était mis à souffler doucement et ils pensaient faire ce parcours sans danger en longeant de près la côte sud de la Crête.

Mais peu après leur départ un vent orageux venant au contraire de l’île se leva et les entraîna violemment au large, vers le sud-ouest. Au passage, près d’une île nommée Clauda, ils eurent un court répit qui leur permit de prendre quelques mesures de sécurité : ils retirèrent la chaloupe à bord et consolidèrent le navire en le ceinturant avec des câbles. Ils craignaient d’être emportés à la dérive jusque sur les bancs de sable voisins de l’Afrique, et pour donner moins de prise au vent ils descendirent toutes les voiles.

Violemment battus par l’ouragan, ils jetèrent successivement à la mer une partie de la charge et du matériel pour se maintenir à flot. Durant plusieurs jours les nuages ne permirent d’apercevoir ni soleil ni étoiles. Dans l’antiquité on ne connaissait pas la boussole et les pauvres navigateurs ne savaient ni où ils avaient été entraînés, ni même dans quelle direction les chassait encore la tempête. Ils se voyaient perdus, sans espoir d’en réchapper.

Seuls au milieu de toute cette détresse, l’apôtre et ses deux amis pouvaient s’en remettre au Seigneur avec confiance. Une nuit, un ange de Dieu apparut à Paul et lui dit : « Ne crains point, Paul ; il faut que tu comparaisses devant César ; et voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi ». Ce qui compte ici-bas pour Dieu, ce sont ceux qui l’aiment ; Il fait concourir toutes choses pour leur bien (Rom. 8. 28).

Le jour venu, Paul fit part à tous de la vision que lui avait accordée Dieu, « le Dieu, dit-il, à qui je suis et que je sers ». Il rappela les avertissements qu’il avait donnés en vain à Beaux-Ports, mais conclut en affirmant que tous auraient la vie sauve et que le bâtiment seul serait perdu. « C’est pourquoi, ajouta-t-il, ayez bon courage ; car je crois Dieu et je sais que la chose arrivera comme il m’a été dit ».

Jusque-là Paul n’était pour ceux qui l’entouraient qu’un prisonnier dont on méprisait les avis. Il apparaissait tout à coup comme un homme en relation étroite avec Dieu, appartenant à Dieu comme son serviteur, un homme dont Dieu faisait dépendre le sort des deux cent soixante-seize personnes qui se trouvaient à bord. L’apôtre affirmait non seulement qu’il croyait en Dieu, c’est-à-dire en son existence, mais qu’il croyait Dieu, c’est-à-dire qu’il recevait les paroles de Dieu avec certitude. Sa foi lui donnait assurance et autorité au milieu de tous ces hommes désemparés.

Le navire était ballotté sur la mer en furie depuis quatorze jours quand, au milieu de la nuit, les matelots pressentirent qu’ils approchaient d’une côte. Ils jetèrent la sonde et trouvèrent successivement vingt puis quinze brasses, soit environ trente-cinq et vingt-sept mètres : la profondeur de la mer allait en décroissant. Craignant de heurter un écueil dans l’obscurité, ils jetèrent quatre ancres à l’arrière pour immobiliser le bateau et attendirent impatiemment le lever du jour.

Cependant, les matelots cherchaient à se sauver seuls et ils mirent la chaloupe à la mer sous prétexte d’aller jeter d’autres ancres à l’avant. Mais Paul déjoua leur manœuvre et dit au centurion et aux soldats : « Si les matelots ne demeurent pas sur le navire, vous ne pouvez être sauvés ». Les soldats coupèrent alors les cordes de la chaloupe et la laissèrent tomber et se perdre en mer.

Tous devaient être sauvés de la même manière, par l’intervention miséricordieuse de Dieu, sans que quelques-uns puissent s’attribuer le mérite de leur sauvetage. De plus, l’entière confiance que l’apôtre avait en Dieu ne l’empêchait pas de mettre à profit les moyens qui étaient normalement à leur disposition : c’est aux matelots qu’incombaient les manœuvres qui seraient encore à faire.

En attendant qu’il fasse jour, Paul engageait tous ces hommes exténués par quatorze jours de jeûne à prendre quelque nourriture en leur affirmant : « pas un cheveu de la tête d’aucun de vous ne périra ». Lui-même prit du pain, rendit grâces à Dieu devant tous et se mit à manger. Plein d’une calme assurance dans ce péril extrême, il ne manquait pas d’exprimer publiquement et pour tous sa reconnaissance. N’oublions jamais, avant chaque repas, de rendre grâces à Dieu pour la nourriture qu’Il nous accorde.

Tous, ayant pris courage, mangèrent aussi, puis, afin d’alléger le navire, jetèrent à la mer le blé qu’ils transportaient.

Quand le jour parut, les marins aperçurent devant eux une baie avec une plage, mais ce paysage leur était inconnu. Pour essayer d’amener le navire à terre ils coupèrent les câbles des ancres qu’ils abandonnèrent à la mer, hissèrent la voile d’artimon (la voile arrière) et se laissèrent porter par le vent vers le rivage. L’avant du bateau se trouva bientôt engagé sur le fond et immobilisé tandis que l’arrière encore libre se disloquait sous la violence des vagues.

Les soldats étaient d’avis de tuer les prisonniers, de peur que certains ne s’enfuient, mais le centurion, voulant sauver Paul, les en empêcha et il ordonna à tous de gagner le rivage, soit à la nage, soit sur des débris du navire. Tous parvinrent ainsi à terre sains et saufs.

Séjour à Malte – Arrivée à Rome (Act. 28. 1 à 15)

C’est sur l’île de Malte que le navire avait échoué. Dieu avait préservé Paul et ses compagnons d’être entraînés jusque sur les côtes d’Afrique. Ils ne se trouvaient qu’à une centaine de kilomètres au sud de la Sicile. Malte est une petite île, au relief accidenté, d’environ trente kilomètres de long sur quinze de large. C’est une terre fertile qui jouit d’un climat généralement doux, mais pluvieux en hiver.

Luc appelle ses habitants des « barbares », nom sous lequel les Grecs désignaient tous les peuples étrangers à leur civilisation et à leur langue. Mais il ne faut pas en conclure que les Maltais fussent alors des sauvages incultes. Ils se rattachaient à la civilisation latine et étaient depuis près de trois siècles sous la domination romaine. Ils voyaient parfois des navires faire escale dans leur petite île et restaient en relation avec le continent.

Les Maltais accueillirent les naufragés avec beaucoup de bienveillance. Ils allumèrent un grand feu pour remédier à la pluie et au froid. Paul, toujours prêt à se rendre utile, jetait au feu une brassée de bois sec qu’il venait de ramasser, quand une vipère, cachée dans les branches, et tirée de son engourdissement par le feu, s’accrocha à sa main. Quand les Maltais païens virent le serpent suspendu à la main de Paul, ils se dirent entre eux : « Assurément cet homme est un meurtrier, puisque après avoir été sauvé de la mer, Némésis (la déesse de la justice et de la vengeance) n’a pas permis qu’il vécût ».

Mais Paul secoua la vipère dans le feu et n’en ressentit aucun mal. Les assistants s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort. Voyant que le temps passait sans qu’il ne lui arrivât rien d’anormal, ils changèrent d’avis et dirent que c’était un dieu. Les Maltais nous rappellent les païens de Lystre qui, après la guérison de l’homme impotent, acclamaient comme des dieux Paul et Barnabas, et qui, quelques instants après, les laissaient lapider par les Juifs d’Antioche et d’Iconium (ch. 14).

Pour Paul se réalisait l’un des signes par lesquels le Seigneur avait promis d’accompagner le témoignage des siens : « ils prendront des serpents et quand ils auront bu quelque chose de mortel cela ne leur nuira point » (Marc 16. 18). Dieu dirigeait toutes ces circonstances pour montrer que Paul, bien différent des autres prisonniers, était son serviteur.

Le serpent représente Satan. Quand le Seigneur disait aux soixante-dix : « Je vous donne l’autorité de marcher sur les serpents… et sur toute la puissance de l’ennemi et rien ne vous nuira » (Luc 10. 19) Il leur assujettissait les démons. La vipère rejetée dans le feu sans dommage pour Paul est une image de Satan vaincu.

Il y avait dans les environs un domaine appartenant au principal personnage de l’île, nommé Publius. Celui-ci reçut chez lui les naufragés et les hébergea pendant trois jours avec beaucoup de bonté. Le père de Publius était alité, très malade. Paul alla le voir, pria, lui imposa les mains et le guérit. Ayant appris ce miracle, les autres malades de l’île vinrent trouver Paul qui les guérit aussi. Le Seigneur continuait à accomplir les promesses faites aux siens après sa résurrection : « ils imposeront les mains aux infirmes, et ceux-ci se porteront bien » (Marc 16. 18).

Dieu ne reste le débiteur de personne. Par toutes ces guérisons Il récompensa Publius et les autres habitants de l’île pour leur sollicitude et leur généreuse hospitalité envers Paul et tous ces malheureux voyageurs. Et nous espérons que beaucoup trouvèrent dans cette rencontre, non seulement la santé du corps, mais, ce qui a infiniment plus de prix, le salut de leur âme. Les naufragés séjournèrent en effet trois mois dans l’île ; pendant ce temps Paul et ses deux compagnons ne manquèrent certainement pas d’annoncer l’évangile autour d’eux. Les habitants les comblèrent d’honneurs, et à leur départ, les pourvurent de tout le nécessaire.

Au printemps, les rescapés purent trouver place sur un autre navire d’Alexandrie qui avait passé l’hiver dans l’île et qui se rendait en Italie. Ils firent escale pendant trois jours à Syracuse, ville célèbre de l’antiquité sur la côte est de la Sicile. Longeant cette île, ils continuèrent leur route vers le nord et abordèrent à la pointe extrême de l’Italie à Rhegium, aujourd’hui Reggio sur le détroit de Messine. Enfin le vent du midi se leva et favorisa la fin de leur voyage en les faisant avancer rapidement le long de la côte italienne jusqu’au port de Pouzzoles dans le golfe de Naples.

L’évangile s’était déjà répandu non seulement à Rome mais en divers points de l’Italie. Les chrétiens de Pouzzoles, les premiers que rencontraient Paul et ses compagnons depuis plusieurs mois, s’empressèrent de leur offrir l’hospitalité pendant les sept jours que la troupe passa dans cette ville.

La fin du voyage se fit à pied. Les frères de Rome, ayant appris l’arrivée de Paul, vinrent à sa rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois Tavernes, soit à environ soixante et cinquante kilomètres de la capitale. En voyant les frères, Paul rendit grâces à Dieu et prit courage. Après bien des dangers et des fatigues il arrivait enfin à Rome, mais c’était pour y trouver la captivité et attendre le jugement de l’empereur. Lui, qui avait si souvent fortifié la foi des autres, avait besoin à son tour d’être encouragé. Dieu, dans sa sollicitude, lui accordait au moment opportun le réconfort nécessaire.

Que pouvait-il y avoir de plus consolant pour l’apôtre que cet empressement des frères de Rome à venir l’accueillir ? Il avait tant désiré cette rencontre. Trois ans plus tôt il leur écrivait de Corinthe : « Sans cesse je fais mention de vous, demandant toujours dans mes prières si en quelque manière, maintenant une fois, il me sera accordé par la volonté de Dieu d’aller vers vous, car je désire ardemment de vous voir » (Rom. 1. 9 à 11), et « j’ai été souvent empêché d’aller vers vous… ayant depuis plusieurs années un grand désir d’aller vers vous » (Rom. 15. 22 et 23).

N’ayant alors plus rien qui le retînt en Asie, en Macédoine ou en Grèce, il comptait être enfin prochainement auprès des frères de Rome, désirant seulement faire auparavant, à l’assemblée de Jérusalem, une visite de courte durée. Dieu en avait disposé autrement. Il avait permis que le crochet par Jérusalem entrepris et poursuivi contrairement aux avertissements de l’Esprit eût pour conséquences deux années de captivité à Césarée et les péripéties de ce long voyage. Mais toujours fidèle Il accomplissait la promesse renouvelée à plusieurs reprises. Et Paul goûtait avec reconnaissance le rafraîchissement des affections fraternelles.

Paul prisonnier à Rome (Act. 28. 16 à 31)

C’est bien toujours « dans la plénitude de la bénédiction du Christ » (Rom. 15. 22) que Paul arrivait auprès de ses chers frères de Rome ; mais c’était aussi dans des conditions matérielles bien différentes de celles qu’il avait pu espérer autrefois : il était prisonnier des Romains.

Le centurion Jules qui, tout au long de ce grand voyage lui avait témoigné beaucoup de bienveillance, s’acquitta de sa mission en remettant au préfet du prétoire, chef de la garde de l’empereur, les prisonniers dont il avait la charge. Jules figure au rang des hommes de bonne volonté animés de sentiments favorables envers les enfants de Dieu. Si louable que soit cette attitude, elle ne suffit pas pour être sauvé. Combien il est désirable pour Jules que la compagnie de Paul pendant plusieurs mois l’ait amené à la foi au Seigneur Jésus, et ainsi à la vie éternelle.

Paul ne fut pas enfermé dans une prison ; mais, selon le régime militaire romain, il eut la liberté de prendre un logement en ville. Seulement il était gardé continuellement par un soldat, auquel il était lié par une chaîne.

Cette captivité dura deux ans. Combien de soldats se sont succédé à la surveillance de l’apôtre et ont été mis ainsi en contact avec ce grand messager de l’évangile ? Les fruits de son témoignage auprès d’eux seront manifestés au jour des récompenses, avec tous les autres résultats de son travail. Vers la fin de ces deux années, Paul écrivait aux Philippiens : « Les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile ; en sorte que mes liens sont devenus manifestes comme étant en Christ, dans tout le prétoire » (c’est-à-dire dans la maison militaire de l’empereur) (Phil. 1. 12 et 13).

À la fin de cette même épître il transmet les salutations de tous les saints et principalement de « ceux de la maison de César » (4. 22).

Paul restait toujours plein de sollicitude pour les Juifs, ses frères selon la chair. Trois jours après son arrivée, il convoqua les principaux de ceux qui étaient à Rome et leur exposa les circonstances de sa captivité. Il leur résuma son procès avec exactitude en évitant d’accuser les Juifs de Jérusalem et il conclut : « C’est pour l’espérance d’Israël que je suis chargé de cette chaîne ». Il avait déclaré de la même manière devant Agrippa : « Je comparais en jugement pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères » (26. 6). L’espérance d’Israël était la venue du Messie, et Paul annonçait que la promesse faite aux pères, Dieu l’avait accomplie envers leurs enfants en leur envoyant Jésus (13. 33).

Les Juifs répondirent qu’ils n’avaient reçu verbalement ou par écrit aucun rapport défavorable à son sujet et qu’ils ne demandaient qu’à l’entendre. Ils savaient seulement que le christianisme – que, comme Tertulle (24. 5), ils appelaient une secte – était partout contredit. La contradiction du monde est bien en effet la part constante des chrétiens comme elle a été celle de leur Maître.

À un jour convenu les Juifs revinrent en plus grand nombre. Du matin jusqu’au soir Paul leur exposa la vérité. Il leur annonçait le royaume de Dieu et, partant de la loi de Moise et des prophètes, il cherchait à les persuader de ce qui concerne Jésus. Certains furent convaincus ; d’autres restaient incrédules. Avant de les laisser partir l’apôtre leur cita comme un sérieux avertissement ce passage du prophète Ésaïe : « Va vers ce peuple et dis : en entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n’apercevrez point ; car le cœur de ce peuple s’est épaissi, et ils ont entendu dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles et qu’ils ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse » (És. 6. 9 et 10).

Et Paul conclut en disant : « Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux nations ; et eux écouteront ». Sur ces paroles les Juifs se retirèrent en discutant vivement entre eux.

Cette scène de la fin du livre des Actes nous reporte au premier grand discours que nous avons de Paul au chapitre 13, et aux paroles solennelles qu’il dut adresser alors aux Juifs contredisants d’Antioche de Pisidie : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ».

Pendant les dix-sept années écoulées depuis, Paul, sans se laisser rebuter par l’opposition toujours renouvelée de ses compatriotes, s’était appliqué à s’adresser d’abord à eux pour leur annoncer Jésus dès son arrivée dans chaque ville. Il ne manqua pas de le faire une dernière fois à Rome, et là comme partout l’incrédulité des fils de son peuple le contraignit à les abandonner à leur responsabilité et à présenter l’évangile aux gentils.

Paul, prisonnier, ne pouvait plus aller porter aux autres la vérité, mais Dieu amenait vers lui bien des âmes. Durant les deux années de sa captivité il put ainsi parler à ses nombreux visiteurs du « Seigneur Jésus Christ, avec toute hardiesse et sans empêchement ». Ce séjour de l’apôtre à Rome dut être un encouragement et une source d’instruction pour les croyants de cette ville, en même temps que l’occasion de bien des appels individuels adressés à des inconvertis. C’est au cours de cette captivité que Paul écrivit les épîtres aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon.

À l’expiration des deux ans Paul a dû être relâché, aucune preuve n’ayant pu être apportée par ses adversaires. Nous aimerions bien connaître la suite de sa vie et de son service. Mais Dieu ne nous rapporte dans la Bible que ce qui est nécessaire à la vie de nos âmes et ne se préoccupe pas de satisfaire notre curiosité.

La tradition rapporte avec beaucoup de vraisemblance que Paul fut décapité quatre ans plus tard à Rome au terme d’une seconde captivité lors des persécutions déchaînées par le cruel empereur Néron. C’est donc de cette seconde captivité que daterait la seconde épître à Timothée, la dernière que l’apôtre ait écrite.

Les détails que nous y trouvons, joints à ceux de la première épître à Timothée et de l’épître à Tite écrites entre-temps, nous permettent de penser qu’avant son martyre Paul est retourné dans les régions d’Asie et d’Europe orientale où s’était déroulée la plus grande partie de son ministère, Milet, l’île de Crête, la Troade, la Macédoine.

Paul a une place unique dans l’histoire de l’Église. Il a travaillé à la formation de l’assemblée beaucoup plus qu’aucun apôtre (1 Cor. 15. 10 ; Col. 1. 24). Le Saint Esprit nous a révélé par son moyen les plus grands mystères. Il nous apparaît dans sa vie comme un chrétien, faillible sans doute, sujet aux mêmes infirmités que nous, mais attaché au Seigneur de tout son cœur ; un chrétien qui vivait vraiment de la vie de Jésus et qui nous dit à tous : « Soyez mes imitateurs comme moi aussi je le suis de Christ ».

D’après la Bonne Nouvelle 1964

TRADUCTION DE FEUILLETS (67)

« J’ai effacé comme un nuage épais tes transgressions, et comme une nuée tes péchés : reviens à moi, car je t‘ai racheté ». Ésaïe 44. 22.

« Vous avez été rachetés… par le sang précieux de Christ ». 1 Pierre 1. 18 et 19.

LA TACHE TENACE

Les gens passent une partie de leur vie à faire des travaux de nettoyage : balayer les rues, passer l’aspirateur, faire la lessive, entretenir les voitures – chacun lutte à sa manière contre la saleté. Mais il est une tache que l’homme ne peut enlever, malgré tous ses efforts : c’est la tache du péché ! Il essaie en vain de la recouvrir du vernis de la civilisation ou du manteau des bonnes œuvres. Le péché demeure dans le cœur humain, là où Dieu le voit dans toute sa laideur. Personne ne peut l’effacer. Dieu a dit : « Quand tu te laverais avec de la soude, et que tu emploierais beaucoup de potasse, ton iniquité restera marquée devant moi » (Jérémie 2. 22).

Dieu seul peut enlever le péché, et Il le fait à celui qui s’écrie : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! » (Luc 18. 13). Il n’y a rien que les humains puissent faire sur ce point. Dieu a tout fait. Mais à quel prix ! Seul le sang du Fils de Dieu pouvait ôter nos péchés, et Dieu « n’a pas épargné son propre Fils, mais Il L’a livré pour nous tous » (Rom. 8. 32).

Tous ceux qui croient en Lui peuvent maintenant dire : Il a pris sur Lui mes péchés et les a effacés, car « le sang de Jésus-Christ, son Fils (le Fils de Dieu), nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7). Sur la croix, Christ a porté le jugement de mes péchés comme s’ils étaient les siens. Il m’a donné une vie nouvelle, et grâce à la foi en Lui, j’ai reçu le pardon et la paix.

D’après die gute Saat juin 2024

« Vous savez discerner l’apparence du ciel ; et les signes des temps, vous ne le pouvez pas ? » Matthieu 16. 3.

PRÉVISIONS MÉTÉO

L’invasion alliée pendant la Seconde Guerre mondiale s’appelait Opération Overlord et est entrée dans l’histoire sous le nom de Jour J. Le commandant suprême des puissances occidentales était le général Dwight D. Eisenhower, qui commandait environ 2 millions de soldats, 7 000 navires de guerre, 11 000 avions et 24 000 parachutistes. La seule chose qu’il ne pouvait pas contrôler, c’était la météo.

Après que deux dates d’invasion possibles se soient écoulées, il fixa Overlord au 5 juin 1944. La météo, cependant, était maussade et totalement inadaptée au débarquement en Normandie. Mais ensuite, la météo s’est légèrement améliorée et le débarquement a pu avoir lieu dans la nuit du 5 au 6 juin. Mais les Allemands n’en savaient rien. Ils n’avaient pas accès aux données météorologiques et ne s’attendaient à aucun changement dans le temps orageux de l’été. Le débarquement allié fut un succès. L’apaisement du temps orageux et la capacité de le prédire avec précision ont été une bénédiction pour l’Europe, sans quoi la carte européenne d’après-guerre aurait certainement été différente.

80 ans plus tard, nous pouvons prévoir le temps mieux et plus précisément, mais nous ne comprenons pas, en grande partie, « les signes des temps » ! Dieu nous a dit spécifiquement dans sa Parole ce que signifient ces signes des temps. Si l’égoïsme, l’amour de l’argent, l’ingratitude, le manque d’amour naturel caractérisent les gens, et s’ils aiment le plaisir plus que Dieu, alors ils vivent dans les « derniers jours » (2 Tim. 3. 1 à 5). Et qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Jésus dit : « Soyez prêts ! Car le Fils de l’homme vient, à l’heure que vous ne pensez pas » (Luc 12. 40). Préparez-vous pour ne pas être surpris par le jugement de Dieu sur l’humanité ! Pour cela, mettez-vous en règle avec Dieu en acceptant, par la foi, de mettre votre confiance dans le sacrifice expiatoire de Son Fils Jésus Christ sur la croix.

D’après die gute Saat juin 2024

« Et Saül et le peuple épargnèrent Agag, et le meilleur du menu et du gros bétail… et tout ce qui était bon, et ils ne voulurent pas les détruire entièrement ; mais tout ce qui était misérable et chétif, cela ils le détruisirent entièrement ». 1 Samuel 15. 9.

« Il disait aussi à tous : si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et me suive ». Luc 9. 23.

SE RENONCER À SOI-MÊME

La Parole de Dieu ne dit pas : Qu’il renonce à certaines choses qui lui appartiennent. Non, il doit se renoncer à lui-même, et cela chaque jour. Chaque matin, quand nous entrons dans le sentier de la vie quotidienne, nous avons cette même œuvre si importante devant nous : nous renoncer à nous-même. Ce moi haïssable nous rencontre à chaque pas ; car, bien que nous sachions, par grâce, que « notre vieil homme a été crucifié » – qu’il est mort et enseveli hors de la vue de Dieu, cela n’est que pour ce qui concerne notre position en Christ, selon la manière dont Dieu nous voit. Nous savons que le moi doit être renié, jugé, et dominé, chaque jour, à chaque heure, et en tout temps. Le principe de notre position doit être appliqué en pratique. Dieu nous voit parfaits en Christ. Nous ne sommes pas dans la chair, mais la chair est en nous, et elle doit être reniée et tenue en échec par la puissance de l’Esprit.

Et ce n’est pas seulement dans ses grandes lignes que le moi doit être renié, mais dans ses détails, non seulement dans ses habitudes grossières, mais dans ses goûts cultivés. Ce n’est pas toujours visible. Il arrive trop souvent que, comme Saül, nous épargnions ce que nous considérons comme étant « le meilleur », et ne portions la lame de l’épée que sur ce qui est vil et chétif. Cela ne réussira pas. C’est le moi qui doit être renié. C’est assez facile de renier certaines choses pendant que le moi est choyé et gratifié pendant tout ce temps. Je peux renier mon appétit de me nourrir d’orgueil religieux. Je peux me priver moi-même en faveur de mon amour de l’argent. D’où la nécessité qu’il nous soit rappelé de nous renier nous-même.

D’après the Lord is near janvier 1985 (C.H.M.)

« Le sage craint et se retire du mal ; mais le sot est arrogant et a de l’assurance ». Proverbes 14. 16.

BIEN PLACER SA CONFIANCE

Nous apprenons de ce proverbe que la crainte n’est pas toujours un signe de faiblesse, ni la confiance toujours louable. Tout dépend qui nous craignons et en qui nous nous confions. La crainte de Dieu et la méfiance à l’égard de soi-même vont toujours ensemble ; elles sont le début de toute sagesse réelle et véritable. La Parole de Dieu nous les enseigne toutes les deux.

Avez-vous déjà remarqué quelle large portion de la Bible est remplie de mises en garde annonçant des jugements à venir ? C’est le contenu des messages des livres prophétiques et de l’Apocalypse. Et comme il est insisté, dans les livres historiques de 1 et 2 Rois et 1 et 2 Chroniques sur le fait que les jugements que les prophètes annonçaient s’accompliraient littéralement ! Devant cela, dire « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » n’est que la folie et la confiance en soi aveugle dont parle notre verset. Au sujet de ceux qui pensent et parlent ainsi, Dieu met en garde : « Celui qui demeure dans les cieux s’en moquera, le Seigneur les méprisera ».

Pierre, le disciple du Seigneur, est l’exemple de ce qu’il est absolument insensé d’avoir confiance en soi-même. Quand l’heure de l’épreuve survint, il manqua misérablement de confesser le nom du Seigneur.

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut détruire et l’âme et le corps, dans la géhenne » (Mat. 10. 28). La véritable crainte de Dieu délivre de la peur de l’homme. On le voit dans l’exemple des amis de Daniel dans la fournaise de feu. Puisse cela se voir aussi en nous !

D’après the Lord is near janvier 1985

« Car la Loi, ayant l’ombre des biens à venir, non l’image même des réalités, ne peut jamais, par les mêmes sacrifices que l’on offre continuellement chaque année, rendre parfaits ceux qui s’approchent ». Hébreux 10. 1.

JOUIR D’UNE PAIX PARFAITE

Des milliers d’âmes précieuses sont gardées dans les ténèbres et la servitude, alors qu’elles devraient marcher dans la lumière et la liberté qui résultent d’une conscience parfaitement purifiée. Il y a tellement de choses qui sont mélangées avec le simple témoignage de la Parole et de l’Esprit de Dieu quant à la valeur de l’œuvre de Christ, qu’il est impossible que le cœur en soit délivré. Vous aurez un peu de Christ, et un peu de vous-même ; un peu de grâce, et un peu de Loi ; un peu de foi, et un peu d’œuvres. Ainsi l’âme est maintenue en alternance entre la confiance et le doute, l’espérance et la crainte, selon que l’un ou l’autre des composants prédomine dans le mélange, ou est goûté à ce moment-là.

Si j’essaie de prendre la profession de christianisme dans le but d’améliorer ma nature propre, ou de remédier à ma condition dans la première création – je serai complètement étranger à la bénédiction d’avoir une conscience parfaite. « Toute chair est comme l’herbe » (1 Pierre 1. 24).

La première création est sous l’influence desséchante du péché et de sa malédiction. Christ ressuscité est la Tête de la nouvelle création – « le Commencement de la création de Dieu » (Apoc. 3. 14).

Là, en vérité, se trouve la perfection pour la conscience. Qu’est-ce que je désire de plus ? Je vois Celui qui était cloué sur la croix, chargé du poids entier de mes péchés, maintenant couronné de gloire et d’honneur, à la droite de Dieu, dans la splendeur de la majesté céleste. Que peut-on ajouter à cela ? Ai-je besoin d’ordonnances, de rites, de cérémonies, ou de sacrements ? – Certainement pas. Je n’oserais pas ajouter quoi que ce soit à la mort et à la résurrection du Fils éternel de Dieu.

D’après the Lord is near février 1985 (C.H. M.)

« Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui ne se voyait pas encore, craignit et construisit une arche… par cette arche il condamna le monde ». Hébreux 11. 7.

UNE FOI ACTIVE

« Par la foi, Noé… construisit une arche ». La foi de Noé, pourrions-nous dire, était une foi active, qui lui permit de travailler pendant 120 ans à la construction de l’arche.

Jusque-là personne n’avait vu un bateau ou n’avait fait l’expérience d’un déluge d’eau : Noé fut averti de « ce qui ne se voyait pas encore ». Cela, cependant, n’empêcha pas Noé d’y attacher foi, et ainsi, avec crainte, il prit Dieu au mot et prépara donc l’arche. Il ne fait pas de doute que Noé, dans de telles circonstances, aura été l’objet de beaucoup de ridicule de la part de ses contemporains. Bien que Noé ait été un « prédicateur de justice » (2 Pier. 2. 5), et ait construit l’arche pendant 120 ans, sa prédication et ses actions n’eurent aucun effet sur la population, sauf sur sa proche famille.

Qu’en est-il de vous, ami incrédule ? N’avez-vous pas été témoin de la marche et des actions de foi de quelques-uns ? N’avez-vous pas entendu prêcher l’évangile de la grâce de Dieu, et ainsi avoir été condamné ? Comment y avez-vous répondu ? Voulez-vous, comme ceux du temps de Noé, ne pas tenir compte des avertissements de Dieu concernant le jugement proche : « Il est réservé aux hommes de mourir une fois – et après cela le jugement » (Héb. 9. 27) ? Ou bien accepterez-vous l’offre de salut de Dieu : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3. 16) ?

Et vous, cher croyant, que faites-vous ? Montrez-vous au monde une foi active ? Nous devons mettre la Parole en pratique, et ne pas nous contenter de l’écouter (cf. Jac. 1. 22). C’est par nos œuvres de foi que nous rendons témoignage devant les hommes, afin qu’ils glorifient notre Père qui est dans les cieux (Mat. 5. 16).

« Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire ? » (Mat. 20. 6)

« Mon enfant, va aujourd’hui travailler » (Mat. 21. 28).

« Il… leur donna dix mines et leur dit : Faites-les fructifier jusqu’à ce que je revienne » (Luc 19. 13)

D’après the Lord is near février 1985

« Jésus répondit : en vérité, en vérité, je te dis : si quelqu’un n’est pas né d’eau et de l’Esprit, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu ». Jean 3. 5.

LE SENS RÉEL DE LA NOUVELLE NAISSANCE

Il est d’une immense importance, aujourd’hui, de savoir ce qui est impliqué dans la nouvelle naissance, car le terme « né de nouveau » est employé de manière imprécise par beaucoup de gens qui connaissent peu ce qu’il signifie. Ce n’est pas simplement un changement dans la conduite, ou un changement dans les pensées. C’est quelque chose qui est complètement en dehors de la capacité de l’homme à l’accomplir, quelque religieux qu’il puisse être. Le Seigneur Jésus dit qu’il faut naître d’eau et de l’Esprit.

La naissance naturelle est « du sang », non pas de l’eau : la vie de la chair est dans le sang. Mais la nouvelle naissance, en même temps qu’elle est de l’Esprit de Dieu, est « d’eau ». Ce n’est pas, certainement, de l’eau naturelle, mais cela nous est expliqué en Éphésiens 5. 26, où l’eau est le symbole de la Parole de Dieu. C’est pourquoi nous pouvons dire que la vie de l’Esprit est dans la Parole. « Vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pier. 1. 23).

La Parole de Dieu et l’Esprit de Dieu agissent en parfait accord dans le merveilleux miracle de la nouvelle naissance : c’est une œuvre absolument divine, car aucune volonté ni action de l’homme n’y participent : c’est de Dieu. De manière mystérieuse, cependant avec puissance, comme le vent invisible, quand la parole vivante de Dieu est acceptée dans le cœur par la foi, il y a immédiatement communication d’une vie nouvelle, inexplicable et cependant réelle, une vie qui réclame sa source avec dépendance, dans le Dieu vivant, une vie qui trouve son chez-soi, sa force, son réconfort, sa joie, dans le Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu.

D’après the Lord is near février 1985 (L.M. Grant)

« Pour le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort ». Philippiens 3. 10.

LE CHRÉTIEN AUTHENTIQUE

C’est une chose, d’être un homme religieux. C’en est une tout autre, d’être un chrétien. L’apôtre Paul était un homme religieux avant sa conversion, mais ensuite, un chrétien. Il est bon de voir cela. Il y a beaucoup de religion dans le monde ; mais, hélas ! bien peu de christianisme. Pourquoi cela ? Simplement parce que Christ n’est pas connu, pas aimé, ne reçoit pas d’attention, n’est pas recherché. Et même où on regarde à son œuvre pour le salut – quand on fait confiance en son sang pour le pardon et la paix, et combien on sait peu de choses et combien peu on pense à Lui ! Comme Il reçoit peu sa réelle place dans nos cœurs ! C’est une grande perte.

La lumière pâle et vacillante de la profession moderne est, à n’en pas douter, le résultat de la grande distance entre l’âme et Christ, le soleil et le centre du christianisme. Comment est-il possible qu’il y ait de la lumière, de la chaleur, ou du fruit, si nous errons au milieu des endroits ténébreux des plaisirs de ce monde, de sa politique ou de sa religion ? Et même quand nous faisons du salut notre objectif, nous sommes occupés de notre condition spirituelle, nous nourrissant de nos expériences et regardant à notre condition.

Que cela est différent du vrai chrétien ! Lui se tient, la conscience tranquille et le cœur calme, fixant le regard sur un Objet qui absorbe toute son âme. Il n’a pas besoin de plus. Lui parlez-vous des plaisirs du monde ? Quelle est sa réponse calme et digne ? Ne nous parlera-t-il que du péché, du mal de telles choses ? Non. De quoi alors ?

– J’ai tout trouvé en Christ. Je n’ai besoin de rien d’autre. Cela est la réponse du chrétien.

D’après the Lord is near février 1985 (C.H.M.)

« Méprises-tu les richesses de sa bonté (celle de Dieu), de sa patience et de sa longue attente, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ? » Romains 2. 4

LA REPENTANCE, PRÉLUDE À LA GRÂCE

Personne n’a jamais été sauvé, dans aucune dispensation, autrement que par la grâce. Ni l’observation de sacrifices, ni un service rituel, ni des œuvres de loi, n’ont jamais participé à justifier l’impie. Et aucun pécheur n’a jamais été sauvé par la grâce avant de s’être repenti. Il faut reconnaître le besoin de la grâce. La repentance n’est pas l’opposé de la grâce ; c’est identifier la nécessité de la grâce. « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin d’un médecin, mais ceux qui se portent mal » (Mat. 9. 12), « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance » (Luc 5. 32).

L’un des grands problèmes, c’est que nous avons perdu le sens des mots. Nous les tordons jusqu’à ce que l’on puisse rarement être certain de la manière dont ils sont employés.

Deux pasteurs passaient devant une boutique où étaient visibles trois grands paniers. Sur le premier, on lisait : Œufs frais, 24 euros la douzaine. Sur le deuxième panier, c’était : Œufs très frais, 29 euros la douzaine. Alors que sur le troisième panier : Œufs garantis de première fraîcheur, la douzaine, 34 euros. L’un des pasteurs s’est exclamé : Qu’est-ce que ce commerçant appelle frais ? Il en est ainsi de nombreux termes de l’Écriture dont le sens était fixé, mais dont la valeur a été perdue aujourd’hui.

La grâce, c’est la faveur imméritée de Dieu envers ceux ceux qui n’avaient mérité que le jugement. La repentance, c’est le fait, pour le pécheur, de reconnaître et d’avouer son état entièrement perdu, et donc son besoin de la grâce. Et cependant il ne manque pas de prédicateurs de la grâce qui décrient la nécessité de la repentance, de crainte que cela contredise la liberté de la grâce. On pourrait aussi bien objecter, quand un homme se reconnaît malade et cherche de l’aide d’un médecin, que tout ce dont il a besoin, c’est d’une ordonnance du médecin.

D’après the Lord is near mars 1985

« Que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres ». Philippiens 2. 3.

VANITÉ OU HUMILITÉ ?

Deux familles vivaient dans un certain village. L’une était prospère et riche, mais bien connue comme étant malheureuse avec beaucoup de disputes. L’autre avait peine à joindre les deux bouts, mais était également connue pour être paisible et heureuse.

Les choses ont continué comme cela jusqu’à ce que l’homme fortuné ne puisse plus le supporter. Il alla chez son humble ami, et lui demanda d’où il pensait que venaient leurs problèmes.

L’homme pauvre répondit après réflexion : C’est peut-être parce que vous êtes des gens très bien chez vous.

– Mais alors, nous devrions certainement être heureux ensemble.

L’homme pauvre ne voulut pas en démordre. Non, vous êtes tous bons. Chez moi, nous sommes tous pleins de défauts, et nous le savons. Par exemple, supposez que ma fille en passant, renverse ma tasse de thé. Je lui dis tout de suite : Je regrette. C’était bête de ma part de laisser une tasse à l’endroit où quelqu’un pouvait la renverser. Tant pis pour moi.

Mais ma fille ne veut pas accepter cela. Elle se baisse pour essuyer le thé, en disant : Oh, comme je suis maladroite ! Toujours à trébucher et causer des ennuis. Je regrette tellement !

Vous voyez comme c’est, nous sommes tellement maladroits, et nous le savons si bien qu’il n’y a pas de chance que nous nous fâchions ou nous disputions.

Et l’homme riche, après avoir réfléchi un moment, dit lentement : Je vois bien. Ce serait bien différents chez nous : je me tournerais vers ma fille en lui disant : Tu es stupide, qu’est-ce que tu fais ? Ne peux-tu pas faire attention, idiote ? Et elle marmonnerait : Un homme paresseux ne doit pas rester au milieu du passage et déranger les gens occupés.

Je crois que vous avez raison : nous sommes trop bons ou du moins nous le croyons.

D’après the Lord is near mars 1985

L’APÔTRE PAUL (3)

Première épître aux Corinthiens chapitres 1, 2 et 3

Avant de suivre Paul dans les voyages qu’il allait encore entreprendre, examinons ce que la Parole nous rapporte sur l’assemblée formée à Corinthe par son ministère. Deux lettres de l’apôtre, la première et la deuxième épître aux Corinthiens nous donnent des détails intéressants sur cette jeune assemblée, et contiennent des enseignements importants sur ce que doit être, dans la pratique, la vie d’une assemblée de Dieu.

Si nous voulions entrer dans tous les sujets traités dans ces deux longues épîtres, nous nous écarterions trop longtemps de notre récit ; nous nous en tiendrons à quelques points essentiels.

Les Corinthiens convertis formaient une assemblée nombreuse. Dieu l’avait bénie ; aussi l’apôtre commence-t-il sa première épître en rendant grâces « de ce qu’ils avaient été enrichis en toute parole et en toute connaissance » et « de ce qu’ils ne manquaient d’aucun don de grâce ». Ils avaient eu le grand privilège d’être pendant dix-huit mois enseignés par l’apôtre Paul. Ils avaient ensuite bénéficié du ministère d’Apollos.

Dieu leur avait accordé à eux-mêmes les différents dons de l’Esprit et avait ainsi pourvu à tout pour la prospérité de cette assemblée. Mais au lieu de jouir humblement de tant de faveurs, les Corinthiens en tiraient vanité. Leur conduite était loin de correspondre aux connaissances dont ils se vantaient ; ils étaient en défaut sur bien des points, et l’apôtre est obligé de les reprendre. Ne sommes-nous pas souvent enclins, nous aussi, à étaler nos petites connaissances plutôt qu’à mettre en pratique la Parole du Seigneur ?

Après leur conversion les Corinthiens avaient conservé beaucoup de leurs anciennes et fâcheuses habitudes. Les Grecs, qui recherchaient la sagesse et les connaissances humaines, prétendaient suivre tel ou tel maître. Cette tendance à discuter, à soutenir et confronter des doctrines différentes, à se prévaloir d’un chef, les Corinthiens l’avaient introduite dans le christianisme. Beaucoup, se souvenant des enseignements de Paul, voulaient s’en tenir à ce seul conducteur et disaient : « Moi, je suis de Paul ». Certains, enthousiasmés par l’éloquence d’Apollos, disaient : « Moi, je suis d’Apollos ». D’autres considéraient comme chef des croyants l’apôtre Pierre (ou Céphas dans la langue parlée alors en Palestine) et ils proclamaient : « Moi, je suis de Céphas ». D’autres enfin prétendaient ne suivre que Christ seul ; mais en disant à leur tour : « Moi, je suis de Christ », ils en faisaient un chef de secte opposé à Pierre, Apollos ou Paul.

« Le Christ est-il divisé ? » doit leur demander l’apôtre. Et il les exhorte à être parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis (ch. 1. 10). Cette exhortation, il devra la leur répéter tout à la fin de sa deuxième épître : « Ayez un même sentiment » (2 Cor. 13. 11). Pourtant Paul et Apollos, serviteurs fidèles, s’étaient appliqués à manifester une entière communion dans leur service. La liberté avec laquelle Paul parle d’Apollos dans toute l’épître montre combien ils étaient liés. Ne nous arrive-t-il pas, pour des motifs personnels, sans valeur, d’avoir chacun nos préférences entre les frères qui présentent la Parole de Dieu ? Il y a là un grave danger pour l’unité pratique des croyants.

Dans sa prédication, Paul se gardait bien d’emprunter aux Grecs l’élégance de leur langage et leur argumentation persuasive. Avec simplicité, mais avec la puissance de l’Esprit, il prêchait Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Tout raisonnement, tout développement, qui auraient donné peut-être quelque importance au prédicateur, n’auraient, en revanche, qu’affaibli la puissance du divin message de la croix. Les incrédules, dans leur prétendue sagesse, taxent de folie cette prédication d’un Christ crucifié, alors que c’est la parole de salut pour ceux qui croient. Ce Christ-là est « la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (ch. 1. 24).

Paul avait prêché la Parole aux Corinthiens « dans la crainte et dans un grand tremblement » (ch. 2. 3). Il n’avait aucune confiance en lui-même et se rejetait sur le Seigneur. Mais dans sa prédication, la puissance de Dieu opérait par l’action du Saint Esprit. L’Esprit de Dieu avait révélé à Paul « les choses profondes de Dieu ». Ce même Esprit, opérant en lui, lui permettait de les communiquer aux autres et il fallait encore le travail de l’Esprit dans le cœur des Corinthiens pour recevoir ces vérités (ch. 2. 12 à 14).

« Moi, j’ai planté, dit l’apôtre, Apollos a arrosé, mais Dieu a donné l’accroissement » (ch. 3. 6). Dans cette ville de Corinthe, Paul avait amené bien des âmes au Sauveur. Apollos avait beaucoup contribué à l’avancement de ceux qui avaient cru, mais c’est Dieu qui avait opéré dans les cœurs pour les amener à croire en Jésus et pour les faire croître dans sa connaissance. Paul, qui ne se lasse pas d’enseigner aux Corinthiens l’humilité, conclut : « Celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement… Nous sommes collaborateurs de Dieu ».

Après avoir comparé la formation de l’assemblée à la culture d’un champ, l’apôtre l’assimile à la construction d’un édifice : « Vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » (ch. 3. 9). Plusieurs fois dans d’autres épîtres, l’Assemblée nous est présentée comme la maison de Dieu. Paul, comme un sage architecte, avait posé le fondement. Toute la stabilité d’un bâtiment dépend du fondement sur lequel il repose. Quand il s’agit de l’Assemblée, le fondement, c’est Jésus Christ (ch. 3. 11).

À la suite de l’apôtre, les ouvriers de Dieu sont appelés à apporter leur contribution à l’édifice. S’ils présentent fidèlement la vérité et amènent des âmes à la connaissance réelle du Sauveur pour la vie éternelle, leur ouvrage est semblable aux matériaux de construction durables, or, argent, pierres de prix, qui sortent sans dommage de l’épreuve du feu, du jugement. Si, en répandant des doctrines vagues ou fausses, ils n’amènent les hommes qu’à la profession d’une religion sans vie, leur ouvrage est semblable à des matériaux sans consistance, bois, foin, chaume, que le feu consumera entièrement ; eux-mêmes seront sauvés s’ils ont cru au Seigneur Jésus, mais leur travail est vain ; quelle perte !

Première épître aux Corinthiens chapitres 4 à 8

Les Corinthiens étaient prompts à porter des appréciations sur les serviteurs de Dieu. L’apôtre lui-même n’échappait pas à leurs critiques. Ayant conscience du service qui lui était confié, Paul s’appliquait à l’accomplir fidèlement sans rechercher l’approbation des hommes. Il ne se fiait pas à son propre jugement, mais dépendait du Seigneur et se laissait juger par Lui.

Il dit aux Corinthiens : « Ne jugez rien avant le temps. Le Seigneur, à sa venue, mettra en lumière les choses cachées et manifestera les conseils des cœurs, et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (ch. 4. 5). Souvent nous aussi nous nous permettons de louer ou de critiquer sans discernement en oubliant la parole du Seigneur : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés », et l’avertissement de l’apôtre aux Romains : « Chacun de nous rendra compte pour lui-même à Dieu » (Rom. 14. 2).

Cette tendance à la critique était une manifestation de l’orgueil des Corinthiens et de la haute opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes. L’apôtre leur fait remarquer : « Qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (ch. 4. 7). Parce que nous nous croyons plus intelligents, plus habiles, plus sages même qu’un autre, nous en éprouvons bien vite quelque fierté, alors que toutes nos facultés, toutes nos qualités, nous ont été données sans que nous en ayons aucun mérite.

Il semble que les Corinthiens pratiquaient un christianisme facile. On ne voit pas qu’ils aient été persécutés. Leurs concitoyens devaient les traiter avec indifférence. Eux-mêmes se complaisaient dans tout ce qui flattait leurs prétentions. Dans le même temps, l’apôtre poursuivait son service dans l’opprobre et la persécution. Lui et ses compagnons étaient « devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous » (ch. 4. 13). Qui suivait de près le Seigneur, les Corinthiens orgueilleux qui cherchaient leurs aises, ou l’apôtre humble et persécuté ? Sentant le danger que couraient ces Corinthiens auxquels il était tellement attaché, Paul leur dit : « Je vous avertis comme mes enfants bien-aimés… Je vous supplie d’être mes imitateurs » (ch. 4. 14 et 16).

L’apôtre projetait d’aller à Corinthe si le Seigneur le lui permettait. Il désirait bien que sa lettre amène les Corinthiens à reconnaître et à abandonner leurs manquements pour qu’il n’ait pas à devoir les reprendre sévèrement de vive voix. En attendant, il leur envoyait Timothée qu’il appelle « son enfant bien-aimé ». Ce collaborateur fidèle avait pleinement compris la doctrine et la conduite de l’apôtre et pouvait utilement les rappeler à d’autres.

L’apôtre est obligé de relever un cas d’inconduite grave que les Corinthiens toléraient sans s’en préoccuper. Dans leur orgueil ils préféraient fermer les yeux sur ce scandale plutôt que de reconnaître le mal qui était parmi eux. L’apôtre leur enseigne à cette occasion, dans le chapitre 5, comment l’Assemblée doit se séparer du mal et exclure ceux qui le pratiquent.

Non seulement les Corinthiens étaient divisés sur des questions de doctrine chrétienne, mais dans les affaires courantes de la vie ils se querellaient et avaient entre eux des procès devant les tribunaux de la ville, où siégeaient comme magistrats des incrédules.

Quelle honte pour des enfants de Dieu, eux qui seront associés au Seigneur quand Il jugera le monde ! Le chrétien doit être prêt à supporter le tort qu’on lui fait et, tout au contraire, voilà des croyants qui faisaient tort à leurs frères ! Le Seigneur, enseignait à ses disciples : « Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue, droite, présente-lui aussi l’autre ; et à celui, qui veut plaider contre toi et t’ôter la tunique, laisse-lui encore le manteau » (Mat. 5. 39 et 40). Notre caractère naturel ne se prête pas à l’abandon de nos droits. Nous aimons au contraire réclamer vivement ce qui nous appartient. Pour nous encourager à une telle douceur, nous avons non seulement l’enseignement, mais l’exemple du Seigneur Jésus, l’homme humble et débonnaire, qui « lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait ne menaçait pas » (1 Pier. 2. 23).

Les Corinthiens avaient écrit à l’apôtre en lui posant bien des questions sur divers sujets, sur le mariage, sur les viandes sacrifiées aux idoles. Il existait parmi eux des situations difficiles : des hommes avaient été convertis sans que leur femme le soit, et inversement. L’apôtre donne à toutes ces questions des réponses détaillées. À cette occasion il fait ressortir que les circonstances de la vie, même celles qui paraissent de la plus grande importance, sont passagères et que ce qui compte par-dessus tout c’est l’attachement au Seigneur. Il rappelle que le Seigneur est « le sel » et que les siens ont à se séparer du mal, « glorifiant Dieu dans leur corps ».

Il souligne aussi le danger de s’occuper des vérités divines pour la satisfaction d’accroître ses connaissances. C’est une manifestation de l’orgueil. « La connaissance enfle ». La prétention de savoir montre qu’en réalité on est loin des pensées de Dieu qui nous inclinent à l’humilité ; « Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître ». Par contre, « l’amour édifie ». « Si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui » (ch. 8. 1 à 3).

L’amour doit régler toute notre conduite. Par amour pour les autres chrétiens, nous devons éviter tout ce qui risque de les scandaliser ou de les entraîner à une chute. « Prenez garde que cette liberté que vous avez ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles » (ch. 8. 9). Un grand garçon peut être autorisé à pratiquer des jeux ou à lire des livres qui seraient dangereux pour ses jeunes frères. En la présence des petits et par amour pour eux, l’aîné renoncera à ces jeux ou à ces lectures.

C’est le grand amour de l’apôtre pour les Corinthiens qui le portait à les enseigner, à les exhorter avec tant d’insistance et même, quand il le fallait, à les reprendre sévèrement.

Première épître aux Corinthiens chapitres 9 à 14

Paul cherchait à gagner à Christ le plus grand nombre d’âmes, et pour cela il s’appliquait à entrer dans les circonstances de chacun. Il faisait « toutes choses à cause de l’évangile » (ch. 9. 23).

Les Grecs étaient de fervents amateurs de tous les spectacles sportifs. Pour employer une image familière à ses lecteurs, Paul compare le croyant à un athlète qui, soit dans la course, soit dans le combat, n’a en vue que le prix et qui, pour le remporter, renonce à tout. L’apôtre exhorte les Corinthiens à poursuivre avec une ardeur semblable la course et le combat chrétiens, pour la récompense incorruptible que le Seigneur accordera au vainqueur. Paul s’y appliquait lui-même et veillait à mettre personnellement en pratique ce qu’il enseignait.

Dans ses épîtres, l’apôtre donne plusieurs exemples tirés de l’histoire du peuple d’Israël, comme ici chapitre 10. 1 à 10. Il fait ressortir que ces récits « ont été écrits pour nous servir d’avertissement » (v. 11). Dans l’épître aux. Romains (ch. 15. 4) il dit que « toutes les choses qui ont été écrites auparavant l’ont été pour notre instruction ». Pour comprendre ces leçons des Écritures, nous avons le secours du Saint Esprit. Nous sommes heureux aussi que Paul et les autres auteurs des épîtres nous aient montré l’application à notre temps de bien des passages de l’Ancien Testament et nous aient donné la signification des types que nous y trouvons.

Plusieurs pratiques fâcheuses étaient à déplorer dans les réunions des Corinthiens. L’apôtre reprend ceux-ci et les enseigne. C’est ainsi qu’il explique que l’homme doit avoir la tête découverte quand il prie ou quand il parle au nom du Seigneur. Dans les mêmes circonstances il faut au contraire que la femme ait la tête couverte. Les cheveux ne doivent pas être coupés (ch. 11. 4 à 6). Il convient d’observer ces tenues à la réunion, comme nous avons coutume de le faire. À la maison aussi chaque enfant doit avoir une tenue respectueuse et être attentif pendant la lecture de la Bible et la prière.

Au sujet des réunions, l’apôtre traite deux sujets très importants :

– Le premier est la cène dominicale (ou repas du Seigneur) où les rachetés, réunis, « mangent le pain et boivent la coupe du Seigneur ».

Au chapitre 10. 14 à 22, il en parle en rapport avec la communion, c’est-à-dire la jouissance en commun de leurs bénédictions. Prendre un repas ensemble, être à table ensemble, exprime cette communion bénie à laquelle ils sont appelés, communion des uns avec les autres, communion au sang et au corps de Christ. En participant à « un seul pain » ils proclament que tous les croyants font partie d’« un seul corps », le corps de Christ. Beaucoup, sans doute, sont dispersés ; certains ignorent cette unité ; mais ceux qui « rompent le pain » sont heureux de ressentir et de publier, en le faisant, qu’ils sont unis à tous les vrais chrétiens, en ce seul corps dont Christ est la tête.

Mais ils ne sont pas seulement à table ensemble ; réunis au nom du Seigneur, ils sont à table avec Lui, à « la table du Seigneur ». Or le Seigneur est saint, ses droits doivent être reconnus là ; le mal ne peut y être toléré, il faut s’en séparer. Les chrétiens de Corinthe risquaient de ne pas avoir rompu avec leurs anciennes habitudes et, à l’occasion, de prendre place à une table de sacrifices offerts à une idole. Ils se seraient ainsi associés au culte païen, le culte des démons. L’apôtre leur montre qu’il est impossible d’avoir part à la fois à un tel culte et à la communion exprimée à la table du Seigneur.

– Ensuite, au chapitre 11. 20 à 34, l’apôtre parle de la manière de célébrer la cène. Les Corinthiens se réunissaient pour un repas fraternel, à la suite duquel ils prenaient la cène. Mais ces rencontres se déroulaient de façon regrettable. Chacun apportait son propre repas ; les uns mangeaient et buvaient à l’excès ; d’autres, pauvres, n’avaient pas de quoi satisfaire leur faim. L’apôtre les blâme et leur rappelle ce qu’il leur avait déjà enseigné.

La façon dont la cène a été instituée est d’une telle importance qu’il l’avait reçue-par révélation directe du Seigneur, indépendamment de la relation que pouvaient lui en avoir fait les disciples qui y avaient assisté : « Le Seigneur Jésus, la nuit qu’il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». De même il prit la coupe aussi, après le souper, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain, et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ».

C’est la nuit même où il fut livré que le Seigneur. Jésus a institué, pour le temps de son absence, ces signes visibles qui placent devant nous sa mort, son corps offert en sacrifice, son sang versé. Lui-même a demandé que les siens mangent le pain, boivent à la coupe en mémoire de Lui. En répondant à son invitation ses rachetés se souviennent ainsi avec adoration de leur Sauveur mourant pour eux sur la croix et ils annoncent publiquement cette mort, « la mort du Seigneur ».

Ce service infiniment précieux se renouvelle jusqu’au retour du Seigneur : dès lors nous n’aurons plus besoin de ce souvenir de Lui, car nous l’aurons Lui-même devant nous pour toujours. Le second point est l’édification de l’assemblée. En effet, de graves désordres se produisaient aussi parmi les Corinthiens quand ils se réunissaient pour s’édifier mutuellement.

Ils avaient reçu les divers dons de l’Esprit, et entre autres la puissance miraculeuse de guérir les malades, au nom du Seigneur Jésus, ainsi que le don des langues, qui permettait de s’exprimer en langues étrangères sans les avoir apprises, comme cela s’était produit à la Pentecôte à Jérusalem quand le Saint Esprit était descendu sur l’Assemblée (Act. 2) et sans même les comprendre. Toujours préoccupés de leur propre importance, les Corinthiens rivalisaient pour se mettre en relief dans l’exercice de ces dons, accordés pour montrer aux incrédules la puissance de Dieu accompagnant la prédication de l’évangile ; par contre ils négligeaient des dons moins visibles mais de plus grande utilité pour l’édification ou la conduite de l’assemblée.

L’apôtre met tout à sa place : les manifestations de l’Esprit sont accordées à chacun « en vue de l’utilité » (ch. 12. 7).

Comme chaque membre du corps humain a sa fonction propre, qu’un autre membre ne peut remplir à sa place, chaque membre du corps du Christ a son don de grâce particulier et doit remplir le service pour lequel Dieu l’a qualifié, à la place que Dieu lui a assignée. Les membres du corps sont solidaires les uns des autres. Le corps tout entier profite de l’activité de chacun de ses membres ou souffre de ses défaillances ; tout entier il ressent les joies ou les peines qui affectent chacun.

Parmi les dons de grâce que Dieu a placés dans l’Assemblée, l’apôtre cite en premier lieu le don des apôtres qui ont posé le fondement et dont le ministère subsiste par les épîtres du Nouveau Testament, celui des prophètes qui parlent de la part de Dieu « pour l’édification, l’exhortation et la consolation » (ch. 14. 3), puis celui des docteurs qui enseignent la vérité (ch. 12. 28). Nous avons déjà vu le don de prophète exercé par Judas et Silas dans l’assemblée à Antioche (Act. 15. 32). Au début et à la fin du chapitre 14, l’apôtre exhorte les Corinthiens à désirer ce don (v. 1 et 39).

Mais Paul insiste sur ce que les dons les plus grands ne peuvent s’exercer utilement que dans l’amour. Relisez avec attention le chapitre 13, ce chapitre bien court où l’apôtre nous montre que toute capacité, toute activité, tout renoncement même, sont vains s’ils ne sont pas inspirés par l’amour. C’est l’amour qui donne sa valeur à tout dans notre vie. Nous avons vu comment, chez les Thessaloniciens, la vie de Christ se manifestait par la foi, l’amour et l’espérance. Bientôt la foi sera changée en vue, l’espérance sera comblée, mais « l’amour ne périt jamais ».

Dans le chapitre 14 l’apôtre donne des instructions détaillées, motivées sans doute par les manquements des Corinthiens : les prophètes qui ont quelque chose à dire de la part du Seigneur doivent parler à tour de rôle et non en même temps ; à chaque réunion il suffit que deux ou trois frères seulement prennent la parole ; il faut que ce qui est dit puisse être compris de tous ; les femmes doivent se taire dans l’assemblée. Deux exhortations résument cet enseignement : « Que tout se fasse pour l’édification » (v. 26) ; « Que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre » (v. 40).

Première épître aux Corinthiens chapitres 15 et 16

Les Corinthiens s’étaient écartés de l’enseignement de l’apôtre au point que certains en étaient arrivés à nier la résurrection. Nous avons vu la surprise et les moqueries qu’avait provoquées Paul à l’Aréopage d’Athènes en parlant de la résurrection des morts. C’était là une notion tout à fait étrangère aux païens. Tout en professant le christianisme, certains Corinthiens se laissaient influencer par leurs anciens préjugés. Au chapitre 15 l’apôtre établit les témoignages de la résurrection de Christ, développe l’importance de la résurrection, et révèle comment celle-ci aura lieu.

Christ est mort pour nos péchés. Il a été enseveli. Les hommes pensaient en avoir fini avec Lui. Mais le troisième jour Il a été ressuscité. Sa mort et sa résurrection ont accompli ce qu’avaient annoncé les Écritures de l’Ancien Testament.

Sa résurrection est affirmée par de nombreux témoins. Dès le matin où Il est sorti du tombeau, et pendant quarante jours, Il s’est présenté lui-même vivant aux siens. Il a mangé en leur présence. Il été vu par plus de cinq cents frères à la fois. Paul apporte lui-même son propre témoignage. C’est le Seigneur ressuscité qui lui est apparu sur le chemin de Damas.

Paul et les apôtres prêchaient la résurrection de Christ, et les Corinthiens y avaient cru. Comment certains, maintenant, pouvaient-ils prétendre que les morts ne ressuscitent pas ? Ces incrédules n’osaient peut-être pas appliquer leur négation à Christ lui-même, mais Paul montre comment tout est lié dans cette vérité de la résurrection : « Si les morts ne ressuscitent pas, Christ n’a pas été ressuscité non plus, vous êtes dans vos péchés, votre foi est vaine » (1 Cor. 15. 17).

« Mais maintenant Christ a été ressuscité d’entre les morts » (v. 20). C’est l’affirmation victorieuse que Paul est pressé de lancer en réponse aux objections des incrédules, et il développe les conséquences de ce fait d’une portée infinie. Il n’y a pas seulement une résurrection finale des morts au dernier jour, à laquelle croyaient les Juifs, mais dès maintenant le pouvoir de la mort est brisé. Dieu a appelé son Fils hors du sépulcre, hors du séjour des morts. Cette même délivrance est acquise à tous ceux qui ont en eux, par la foi, la vie de Jésus.

La puissance de Dieu qui ressuscite les morts s’était déjà déployée en d’autres occasions. Dans l’Ancien Testament nous trouvons plusieurs exemples de résurrection (1 Rois 17. 22, 2 Rois 4. 35, 2 Rois 13. 21), Le Seigneur Jésus, sur la terre, avait ramené à la vie le fils de la veuve de Naïn, la fille de Jaïrus, Lazare. Seulement c’étaient là des résurrections pour la terre, un sursis accordé par la miséricorde de Dieu, et ceux qui en ont bénéficié ont dû de nouveau passer par la mort. Tandis que Jésus, par sa résurrection, a ouvert un chemin entièrement nouveau : Il a été ressuscité pour le ciel où Il fut élevé après les quarante jours de sa manifestation aux disciples.

Les siens sont associés à Lui, participent à sa vie, et ceux qui se sont endormis en Lui ressuscitent d’entre les morts, comme Lui, pour le ciel. Mais Lui est appelé à deux reprises « les prémices » (v. 20 et 23), c’est-à-dire à la fois le premier de cette résurrection pour le ciel de Christ, et celle des siens à sa venue est appelée la première résurrection. « Bienheureux et saint celui qui a part à la première résurrection » (Apoc. 20. 6). Y ont part les saints de l’Ancien Testament et les croyants de l’Église, ressuscités ensemble quand Jésus viendra nous prendre, et aussi les martyrs qui auront été mis à mort après l’enlèvement de l’Église et qui seront ressuscités au début du règne de Christ de mille ans.

Puis, à la fin, quand cette terre disparaîtra, entièrement consumée, les incrédules ressusciteront tous pour comparaître en jugement devant le grand trône blanc et pour être « jetés dans l’étang de feu et de soufre » (Apoc. 20).

Mais comment les morts ressuscitent-ils ?

À la mort, l’âme est séparée du corps ; l’âme des rachetés va auprès du Seigneur et jouit de sa présence ; le corps retourne à la poussière d’où il a été tiré.

À la résurrection, l’âme retrouve le corps. Mais le corps de notre vie terrestre ne pourrait entrer dans la gloire du ciel. « La chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu » (v. 50). Aussi, de notre corps corruptible tombé en poussière, Dieu tirera un corps glorieux, comme d’une graine mise en terre tombée en pourriture sort une plante qui porte feuilles, fleurs et fruits.

Ainsi, à la venue du Seigneur, les morts en Christ ressusciteront avec des corps semblables au corps de notre Seigneur ; les corps des croyants vivant encore sur la terre seront de même transformés et, comme nous l’avons déjà vu au chapitre 4 de la première épître aux Thessaloniciens, tous ensemble, croyants endormis ressuscités, croyants encore vivants transmués, nous serons ravis ensemble dans le ciel pour être toujours avec le Seigneur.

« En un instant, en un clin d’œil, les morts seront ressuscités incorruptibles et nous, nous serons changés… La mort sera engloutie en victoire… Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (v. 52, 54 et 57).

Que de riches enseignements dans cette première épître aux Corinthiens ! L’apôtre écrivait cette lettre avant d’aller lui-même à Corinthe. Timothée devait l’y précéder et Paul le recommande comme un ouvrier qui s’employait à l’œuvre du Seigneur comme lui-même (ch. 16. 10).

Paul avait vivement engagé Apollos à se rendre à Corinthe. Il était loin de prendre ombrage de l’estime portée à cet éloquent prédicateur. Mais Apollos n’avait pas cru devoir faire alors ce voyage (ch. 16. 12). Il estimait sans doute avec sagesse, que ce n’était pas le moment de visiter une assemblée où certains se réclamaient de son nom dans un esprit de parti. Ainsi Paul et Apollos opposaient la même humilité et la même recherche de la paix aux dissensions orgueilleuses des Corinthiens.

L’apôtre formule encore quelques exhortations pressantes : « Veillez, tenez ferme dans la foi ; soyez hommes, affermissez-vous. Que toutes choses parmi vous se fassent dans l’amour » (ch. 16. 13 et 14).

Cette lettre de reproches, écrite « dans une grande affliction, avec un serrement de cœur et beaucoup de larmes » (2 Cor. 2. 4), Paul la termine par d’affectueuses salutations et par cette expression si touchante : « Mon amour est avec vous tous dans le Christ Jésus ».

Seconde épître aux Corinthiens chapitres 1 à 7

L’apôtre, ne pouvant aller lui-même à Corinthe, y avait envoyé l’un de ses compagnons, Tite. Celui-ci était un croyant d’origine grecque que Paul avait déjà pris avec lui quand il était monté à Jérusalem avec Barnabas pour la rencontre relatée au chapitre 15 des Actes (Gal. 2. 1). Paul l’appelle « mon frère » (2 Cor. 2. 13), « mon associé et mon compagnon d’œuvre » (2 Cor. 8. 23) et plus tard « mon véritable enfant dans la commune foi » (Tite 1. 4). Tite était plein d’affection et de zèle pour les Corinthiens (2 Cor. 7. 15 ; 8. 16), et par suite bien qualifié pour la mission que l’apôtre lui confiait.

Paul était anxieux de savoir l’effet qu’auraient produit sur les Corinthiens les remontrances de sa première lettre, et il lui tardait de revoir Tite pour en être informé. Il comptait que celui-ci le rejoindrait dans la Troade où il était venu annoncer l’évangile et où le Seigneur bénissait sa prédication. Comme Tite tardait, l’apôtre, pressé de le retrouver, passa en Macédoine où ils se rencontrèrent enfin.

Tite apportait à Paul de bonnes nouvelles. Les Corinthiens avaient été sensibles aux reproches mérités de la première épître et en avaient été attristés jusqu’aux larmes ; la plupart d’entre eux s’étaient repentis et avaient témoigné une affection ardente pour l’apôtre. Ayant retrouvé plus de liberté avec cette assemblée pour laquelle il avait tant de sollicitude, Paul lui adresse une nouvelle lettre, la seconde épître aux Corinthiens.

Toute la période qui venait de s’écouler avait été pour l’apôtre un temps de grande affliction. À son anxiété touchant les Corinthiens s’ajoutaient des persécutions si intenses qu’il est amené à écrire : « Nous avons été excessivement chargés, au-delà de nos forces, de sorte que nous avons désespéré même de vivre » (ch. 1. 8).

Mais ces épreuves portaient leur fruit. Dans ses profondes détresses Paul avait abondamment éprouvé les consolations de Dieu qui faisaient jaillir de son cœur de ferventes louanges : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (ch. 1. 31). Ces expériences l’avaient formé, pour qu’il puisse à son tour apporter les consolations de Dieu aux autres affligés (ch. 1. 4).

Les dangers qu’il traversait stimulaient sa foi : « afin que nous n’eussions pas confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts, qui nous a délivrés d’une si grande mort et qui nous délivre ; en qui nous espérons qu’il nous délivrera aussi encore » (ch. 1. 9 et 10). Le risque continuel d’être mis à mort pour le Seigneur le détachait de la terre et contribuait à le faire vivre uniquement de la vie de Christ : « Nous avions en nous-mêmes la sentence de mort » (ch. 1. 9). « Nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle » (ch. 4. 11).

Paul s’était d’abord proposé de passer à Corinthe en allant en Macédoine. Mais n’ayant pas encore appris l’effet produit par sa première lettre, et craignant d’avoir à user de sévérité envers les Corinthiens, il avait différé cette visite pour les épargner (ch. 1. 23). Ces changements de programme ne résultaient pas de décisions prises à la légère mais montraient que tout en lui se faisait dans l’amour. En tout cas, s’il risquait d’y avoir dans sa conduite une apparence d’inquiétude, il s’empresse d’affirmer la certitude absolue de l’évangile qu’il prêchait et la fermeté de toutes les promesses de Dieu en Christ (ch. 1. 19 et 20).

Paul est amené à parler longuement aux Corinthiens de son service, et donne à cette occasion les caractères d’un vrai ministère pour Dieu. Les Corinthiens étaient eux-mêmes la preuve que la puissance du Saint Esprit opérait par le moyen de l’apôtre. Cette assemblée nombreuse, fruit de son travail de dix-huit mois dans une grande ville païenne, était comme une lettre vivante attestant que Paul était un fidèle ouvrier du Seigneur.

Mais Paul ne s’attribue aucun mérite : « Notre capacité vient de Dieu » (ch. 3. 5). « Nous avons ce ministère comme ayant obtenu miséricorde » (ch. 4. 1). Il persévérait dans le service du Seigneur sans se lasser. Il s’appliquait à mettre en lumière devant les hommes toute la vérité telle qu’elle lui avait été révélée. Sa prédication faisait ressortir la gloire du Seigneur Jésus (ch. 4. 1 à 6).

II ne pouvait pas garder pour lui-même ce que sa foi avait saisi. Il déclare : « Nous croyons, c’est pourquoi aussi nous parlons » (ch. 4. 3). Dans sa première épître il avait déjà écrit : « Malheur à moi si je n’évangélise pas » (ch. 9. 16). Le Seigneur avait bien dit : « De l’abondance du cœur la bouche parle » (Mat. 12 et Luc 6). Notre cœur est-il assez occupé du Seigneur pour nous pousser à parler de Lui à ceux qui nous entourent ?

Paul ne se laissait pas décourager par les difficultés. Les souffrances pouvaient ruiner son corps – son âme était fortifiée de jour en jour (ch. 4. 16). Les grandes afflictions qu’il traversait, il les appelle « notre légère tribulation d’un moment », parce qu’il met en regard le « poids éternel de gloire » qui en était la conséquence. Il met en contraste les circonstances extérieures de la vie présente, « les choses qui se voient et ne sont que pour un temps » et les réalités divines qu’avait saisies sa foi, « les choses éternelles qui ne se voient pas » (ch. 4. 17 et 18). « Nous marchons par la foi, non par la vue » dit-il plus loin (ch. 5. 7).

Notre corps terrestre n’est qu’une « tente », que la demeure passagère, fragile de l’âme. Mais l’apôtre affirme comme une certitude absolue pour le croyant que si ce corps périssable est détruit, nous revêtirons à la résurrection un corps glorieux appelé : « un édifice, une maison éternelle dans les cieux » (ch. 5. 1). Paul désirait avec ardeur d’avoir revêtu ce corps céleste pour jouir sans entraves de la vie divine dans la gloire (v. 2 et 4) – mais en attendant il s’appliquait avec ardeur à être agréable au Seigneur (v. 9). Quel beau programme, pour tout racheté de Jésus, si jeune soit-il : s’appliquer avec ardeur à Lui être agréable ! C’est dans les actes de la vie que nous pouvons chercher à plaire au Seigneur, si vraiment nous L’aimons.

Paul persuadait les hommes de croire à l’évangile, stimulé par la pensée du jugement qui les attend, comme il connaissait combien le Seigneur doit être craint. En même temps, il était étreint par l’amour du Christ qui est mort pour tous (ch. 5. 12 et 14).

Dieu lui-même, dans la Personne du Seigneur Jésus sur la terre, était venu offrir la paix aux hommes, ses ennemis. Les hommes n’en ont pas voulu ; Christ a été rejeté et est remonté auprès du Père. Mais maintenant Dieu envoie ses serviteurs, comme des ambassadeurs pour apporter encore un message de paix. L’apôtre suppliait les hommes au nom de Christ : « Soyez réconciliés avec Dieu » (ch. 5. 19 et 20). La paix a été faite par Christ à la croix quand Dieu a fait tomber sur Lui, le Juste, le châtiment dû à notre péché (ch. 5. 21).

Seconde épître aux Corinthiens chapitres 8 à 13

Les chrétiens qui habitaient en Judée, c’est-à-dire à Jérusalem et dans le pays environnant, étaient généralement pauvres. Dès les débuts de l’Assemblée, il avait fallu secourir les veuves (Act. 6). Au cours des persécutions, les biens des croyants hébreux leur avaient été enlevés (Héb. 10. 34). Nous avons déjà vu au chapitre 11 des Actes, que les chrétiens d’Antioche avaient envoyé de l’argent aux frères de Judée par le moyen de Barnabas et de Saul. Quelques années plus tard, au moment où il écrivait la seconde épître aux Corinthiens, Paul se proposait de retourner à Jérusalem et il engageait les assemblées qu’il visitait à préparer un secours, que lui et ses compagnons porteraient en Judée pour les besoins des pauvres.

Il avait fait part de ce projet aux Corinthiens depuis quelque temps et le leur avait rappelé à la fin de sa première épître (ch. 16. 1 à 4). Eux s’étaient montrés bien disposés, à participer à cette œuvre ; si bien qu’au cours de ses voyages l’apôtre avait pu annoncer aux autres assemblées, et en particulier à celles de la Macédoine, que les Corinthiens étaient prêts pour cet envoi depuis l’année précédente. Cette nouvelle avait stimulé la libéralité de l’ensemble des frères.

Au moment où il allait se rendre à Corinthe et prendre en charge ce qui avait été recueilli, Paul, qui connaissait l’inconstance des Corinthiens, prompts à vouloir, mais vite lassés, craignait qu’en fait leur contribution ne soit faible, et dans sa seconde lettre, il juge nécessaire de ranimer leur zèle.

Il cite en exemple le dévouement que les assemblées de Macédoine avaient apporté à ce service. Ces chrétiens traversaient de lourdes épreuves, et leur pauvreté était grande. Malgré cela ils avaient tenu spontanément à participer à cette collecte de fonds et avaient donné, dit l’apôtre, « au-delà même de leur pouvoir » (ch. 8. 3). Pour bien montrer l’importance qu’ils attachaient à cette entraide fraternelle, ils avaient insisté pour que l’apôtre veuille bien se charger de leurs dons. Ce que Paul aimait à discerner dans cet élan de charité, c’est que ces Macédoniens s’étaient donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur par la volonté de Dieu » (ch. 8. 5).

Et en effet, il faut premièrement nous donner nous-mêmes au Seigneur. « Mon fils, donne-moi ton cœur » nous demande-t-Il (Prov. 23. 26). Et ensuite nous pourrons mettre à son service, au service des siens ce que nous possédons.

Si quelques-uns de ces Macédoniens qui avaient montré une telle générosité, avaient accompagné Paul à Corinthe et n’avaient pas trouvé les Corinthiens prêts, quelle confusion pour les Corinthiens et pour l’apôtre lui-même ! Aussi n’hésite-t-il pas à réveiller leur intérêt pour cette collecte. Il ne veut pas imposer une charge aux Corinthiens au profit des croyants de Judée ; mais il désire que l’amour s’exerce entre tous les enfants de Dieu et que, sans distinction de pays ou d’origine, les riches viennent en aide aux pauvres afin que personne ne soit dans le besoin.

Et il savait bien que dans la riche cité de Corinthe, même si les croyants n’appartenaient pas aux classes élevées de la société, il y avait beaucoup plus de ressources que chez les pauvres Macédoniens pour secourir les frères de Judée plus pauvres encore.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous habitons dans des pays où la vie est facile ; il nous appartient d’apporter quelque aide aux chrétiens qui vivent dans des pays moins favorisés, et de pourvoir aux besoins des ouvriers du Seigneur qui y travaillent. Les plus grands d’entre vous peuvent lire avec profit les « Lettres sur l’Œuvre du Seigneur ». Ils y trouveront la manifestation pratique de la communion et de l’amour qui nous lient à tant de frères et sœurs en Christ éloignés, et sans doute aussi quelques sujets de prières.

Tite qui venait de rejoindre l’apôtre, tout heureux de la visite qu’il avait faite à Corinthe, était prêt à retourner pour encourager les croyants à la générosité. Tout en consentant, dans son amour pour les frères de Judée, à se charger de ce service matériel, lui, le grand apôtre des nations, Paul tenait à partager cette mission avec des envoyés des assemblées pour réaliser une pleine communion avec les donateurs et pour éviter toute critique. Il nous est difficile d’imaginer le poids que représentait alors le transport de sommes importantes sur d’aussi longues distances et à quels dangers supplémentaires l’apôtre s’exposait ainsi. Mais rien ne l’arrêtait quand il s’agissait du bien de ses frères.

Comme toujours dans ses exhortations, l’apôtre place devant les fidèles le modèle parfait, le Seigneur Jésus : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus. Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que, par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (ch. 8. 9). Quel exemple nous a donné notre Seigneur !

Lui, le Créateur des mondes, le possesseur de toutes choses, a voulu être ici-bas « le pauvre ». À sa naissance Il n’eut pour berceau qu’une crèche ; Il n’avait pas un lieu où reposer sa tête ; des femmes devaient l’assister de leurs biens. Dans cette pauvreté volontaire, Il est venu nous apporter les immenses richesses de la grâce de Dieu.

Oui, pour nous enrichir

Du ciel, de toi-même,

Tu daignas t’appauvrir,

Toi le Dieu suprême.

N’est-il pas digne qu’en, retour nous mettions à son service « nos jours, nos biens, nos corps, nos cœurs » ? Nous pouvons Le servir en servant les siens. Ainsi que les Macédoniens, estimons comme un privilège de pouvoir faire part de nos biens. Nous donnerons alors, non par contrainte, mais promptement et de bon gré, « car Dieu aime celui qui donne joyeusement » (ch. 9. 7). Le Seigneur Jésus lui-même a dit : « Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Act. 20. 35).

Dieu ne reste d’ailleurs le débiteur de personne. « Celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement » (ch. 9. 6). « Qui use de grâce envers le pauvre, prête à l’Éternel et il lui rendra son bienfait » (Prov. 19. 17). « Qui donne au pauvre ne manquera de rien » (Prov. 28. 27). Nous ne saurions nous habituer trop jeunes à donner joyeusement pour l’amour du Seigneur.

Non seulement la bienfaisance comble les besoins matériels d’enfants de Dieu dans la disette, mais elle produit dans leurs cœurs des actions de grâces et des prières pour ceux qui les ont secourus et elle raffermit les liens de l’amour fraternel (ch. 9. 12 à 14).

Par-dessus tous les sujets de reconnaissance que notre Dieu nous accorde, pensons toujours au don suprême qu’Il nous a fait en nous donnant Jésus, son propre Fils (ch. 9. 15).

Parmi les Corinthiens, quelques-uns osaient encore critiquer Paul et discuter son autorité. Avant de terminer cette seconde épître, l’apôtre se voit ainsi dans la pénible obligation de justifier son ministère. Il ne le fait pas pour sa propre réputation mais parce que, dans l’intérêt même des Corinthiens, il était nécessaire que tout soit mis au point et que ses détracteurs soient démasqués comme « de faux apôtres et des ouvriers trompeurs » (ch. 11. 13). Il était pénible à l’apôtre de parler de lui-même. Contraint de le faire, il traite un tel sujet de « folie ».

Mais c’est une occasion pour le Saint Esprit de nous donner, au chapitre 11 versets 23 à 27, un résumé saisissant des souffrances que Paul a endurées pour l’Évangile. Elles dépassent de beaucoup ce que nous rapporte le livre des Actes. Aux persécutions successives que subissait l’apôtre s’ajoutaient continuellement « sa sollicitude pour toutes les assemblées » et la part qu’il prenait aux exercices de chaque croyant (ch. 11. 28 et 29).

Paul avait eu des révélations extraordinaires. Il était, comme nous tous, en danger de s’enorgueillir de ce que Dieu lui avait accordé. Pour le garder dans l’humilité, Dieu l’avait affligé d’une infirmité dont nous ne connaissons pas la nature. Paul avait supplié trois fois le Seigneur pour que cette infirmité, cette « écharde », lui soit enlevée. Le Seigneur lui a répondu, non en ôtant l’écharde, mais en lui adressant ces paroles si précieuses : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ». Depuis lors, combien de croyants ont été consolés et affermis en relisant, et en s’appropriant la réponse du Seigneur à Paul : « Ma grâce te suffit » !

Paul termine cette seconde lettre aux Corinthiens par le souhait le plus complet de toutes ses épîtres : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, et l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit, soient avec vous tous » (ch. 13. 13).

Paul à Éphèse

Après nous être arrêtés sur les deux épîtres de Paul aux Corinthiens, nous allons reprendre dans le livre des Actes le récit du service de l’apôtre.

Nous avons vu qu’au retour de son deuxième grand voyage missionnaire, il avait visité l’assemblée de Jérusalem et était revenu ensuite à son point de départ, Antioche de Syrie. Il séjourna là quelque temps puis repartit pour un troisième grand voyage (Act. 18. 22 et 23).

Il retourna d’abord dans les contrées d’Asie Mineure où il avait déjà beaucoup travaillé pour le Seigneur. Il traversa successivement la Galatie et la Phrygie, visitant les assemblées et fortifiant les disciples. Il parcourut ainsi de nouveau ces régions de l’intérieur de l’Asie Mineure appelées au début du chapitre 19 : « les contrées supérieures », parce qu’elles constituent un plateau accidenté d’une altitude souvent voisine de 1000 mètres. Il parvint enfin à Éphèse près de la côte ouest.

Éphèse était alors l’une des belles villes de l’Empire romain. Dotée d’un port très actif sur la mer Égée, elle était la capitale de la province appelée l’« Asie » qui occupait le sud-ouest de l’Asie Mineure. De cette importante cité antique il ne reste plus maintenant qu’un amas de ruines.

Paul n’avait fait auparavant qu’une courte halte à Éphèse quand il y avait laissé Aquilas et Priscilla, et il avait lui-même poursuivi son voyage vers Jérusalem (Act. 18. 19 à 21). Environ trois ans plus tard, lorsqu’il avait traversé pour la première fois la Phrygie et la Galatie, l’Esprit Saint ne lui avait pas permis d’annoncer la parole en Asie (Act. 16. 6). Maintenant il allait passer à Éphèse trois années consécutives consacrées à servir continuellement le Seigneur et les siens (Act. 20. 31) ; et il allait prêcher l’évangile avec une continuité telle que « tous ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la parole du Seigneur » (Act. 19. 10). En se laissant diriger par le Saint Esprit, l’apôtre accomplissait ainsi sa tâche de serviteur docile, au moment et au lieu choisis par la sagesse de Dieu.

Paul trouva à Éphèse une douzaine de disciples, à qui il fut amené à poser cette question : « Avez-vous reçu l’Esprit Saint après avoir cru ? » Ces hommes avaient été baptisés du baptême de Jean et ne connaissaient que son enseignement. Ils attendaient encore Christ sur la terre, et le Saint Esprit que Christ devait communiquer. Paul les enseigna et leur dit : « Jean a baptisé du baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus ».

Jean appelait les hommes à se repentir pour avoir part au royaume que le Messie allait établir. Il disait « Moi je vous baptise d’eau pour la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi… lui vous baptisera de l’Esprit Saint » (Mat. 3. 11). Or Jésus, le roi annoncé par Jean, a été rejeté et son règne glorieux n’a pas pu être établi ; Lui-même a été mis à mort. Mais, par sa mort sur la croix, Il a expié les péchés de ceux qui croient en Lui.

Maintenant la repentance et la foi en Jésus ne nous ouvrent pas l’accès à un royaume sur la terre, mais nous donnent le salut éternel et nous introduisent dans l’Assemblée constituée par tous les rachetés. Et le Saint Esprit a été non pas donné par Christ vivant sur terre, mais envoyé par Christ glorifié dans le ciel (Act. 2. 32 et 33).

Ces hommes d’Éphèse, ayant reçu les paroles de l’apôtre, furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains. Comme nous l’avons déjà vu, ce geste est une marque d’association ; dans le cas présent il marquait aussi l’autorité de l’apôtre. L’Esprit Saint vint aussitôt sur ces croyants, et sa présence se manifesta de façon visible : ils parlèrent en langues et prophétisèrent.

Nous n’assistons plus maintenant aux déploiements miraculeux de puissance du Saint Esprit qui accompagnaient la prédication de la Parole au début du christianisme (Héb. 2. 3 et 4). Mais, comme alors, le Saint Esprit habite dans l’Assemblée et dans chaque croyant individuellement ; il est le sceau que Dieu met sur ceux qui Lui appartiennent.

Paul, selon la coutume qui lui était chère, entra dans la synagogue d’Éphèse pour annoncer Jésus aux Juifs. Il parlait avec hardiesse du royaume de Dieu et s’appliquait à persuader ses auditeurs. Il put continuer cette prédication pendant trois mois puis fut en butte à l’opposition de Juifs endurcis et rebelles. Il dut alors marquer la séparation du christianisme d’avec le judaïsme. Il quitta la synagogue, prit à part ceux qui avaient cru et poursuivit pendant deux ans son enseignement dans l’école appartenant à un Grec nommé Tyrannus.

L’évangile se répandit de là dans toute la province de l’Asie. Dieu confirmait la prédication de l’apôtre par des miracles extraordinaires : il suffisait d’appliquer aux malades et aux démoniaques des mouchoirs ou des tabliers que Paul avait touchés, pour les guérir de leurs maladies ou les délivrer des mauvais esprits. La puissance de l’Esprit Saint se déployait en signes et en prodiges pour appuyer la Parole de Dieu et préparer les hommes à la recevoir. Par ces miracles de grâce, les malades étaient délivrés des conséquences corporelles du péché. Mais c’est la Parole agissant sur la conscience, reçue avec foi dans le cœur, qui apporte à l’âme le salut. C’est ainsi que nous voyons dans les évangiles le Seigneur dire à ceux qu’Il avait guéris : « Ta foi t’a sauvé… tes péchés sont pardonnés ».

Certains Juifs qui parcouraient le pays prétendaient chasser les démons par des pratiques ou des formules magiques. Voyant les miracles opérés par Paul au nom du Seigneur Jésus, ils essayèrent eux aussi d’user de ce nom et ils s’adressaient aux hommes possédés par un esprit malin, en disant : « Je vous adjure par Jésus que Paul prêche ». Un des principaux sacrificateurs nommé Scéva avait sept fils qui agissaient ainsi.

Mais si le Seigneur est prêt à répondre avec puissance à la foi des croyants qui l’invoquent en vérité, Il ne laisse pas les hommes impies user à la légère de son nom pour affirmer leurs prétentions. Le démon que les fils de Scéva tentaient de chasser leur répondit : « Je connais Jésus et je sais qui est Paul, mais vous qui êtes-vous ? » L’homme possédé par le démon se jeta sur eux, les maltraita et ils durent s’enfuir nus et blessés. Ce fait fut bientôt connu dans toute la ville. Il montrait combien grand est le nom du Seigneur Jésus, et tous en furent saisis de crainte.

Plusieurs de ceux qui avaient cru s’étaient adonnés, avant leur conversion, à des sciences occultes qui faisaient intervenir les puissances surnaturelles. Ils apportèrent leurs livres de magie et les brûlèrent devant tous. À cette époque, tous les écrits devaient être recopiés à la main, et ces livres représentaient une grande fortune, cinquante mille pièces d’argent. Mais ceux qui les brûlaient en faisaient volontiers la perte en détruisant sans retour ce qui les avait égarés autrefois et pouvait être en piège à d’autres. C’est ainsi qu’il faut abandonner résolument tout ce qui risque de nous détourner du Seigneur.

Le tumulte d’Éphèse

Le service que Paul devait accomplir à Éphèse touchait à sa fin et l’apôtre se proposait de passer en Macédoine et en Grèce. C’est vers cette époque qu’il écrivit la première épître aux Corinthiens et nous avons vu que l’état de l’assemblée de Corinthe le préoccupait beaucoup. Paul formait d’autres projets pour la suite : il désirait retourner une fois de plus à Jérusalem et espérait se rendre ensuite à Rome et même en Espagne. Mais Dieu, dans sa sagesse, préparait le chemin de son serviteur.

Paul avait déjà envoyé en Macédoine deux de ses compagnons, Timothée et Éraste. Lui-même resta quelque temps encore en Asie. Il ne pouvait quitter qu’à regret ce champ de travail où il avait été richement béni. Dieu allait permettre de graves événements qui devaient hâter son départ d’Éphèse.

Le séjour de Paul dans cette ville semble avoir été jusque-là exempt de grandes persécutions, mais avant son départ l’ennemi allait provoquer une violente opposition à l’évangile.

Il existait à Éphèse un temple célèbre dédié à l’une des nombreuses fausses divinités de l’Antiquité, la déesse Diane ou Artémis. À son sujet comme sur tous les autres faux dieux, des récits fabuleux avaient été imaginés. On racontait que sa statue était autrefois tombée du ciel. Ces croyances grossières, le culte rendu aux idoles, les superstitions entretenues par les prêtres étaient une offense permanente au vrai Dieu.

Satan maintenait les peuples païens dans l’aveuglement, en liant la pratique de ces religions à des intérêts matériels. Le culte de Diane attirait de nombreux pèlerins de l’Asie Mineure et de la Grèce, et cette affluence de visiteurs était pour la ville d’Éphèse une source de prospérité.

Un orfèvre nommé Démétrius fabriquait de petites reproductions en argent du temple de Diane, et ce travail procurait un grand profit à tous les artisans qui y étaient occupés. Les progrès du christianisme, non seulement à Éphèse mais dans les pays voisins, détournaient une clientèle importante du commerce des objets. Démétrius rassembla tous ceux qui travaillaient à des ouvrages semblables et leur exposa le danger que faisait courir à leur industrie la prédication de Paul.

« Non seulement à Éphèse, dit-il, mais presque dans toute l’Asie, ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule, disant que ceux-là ne sont pas des dieux qui sont faits de main ». Et c’était bien là l’enseignement de l’apôtre que nous avons déjà entendu proclamer à Athènes : « Nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent ou à de la pierre, à une œuvre sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme » (Act. 17. 29). Démétrius était obligé de reconnaître l’influence grandissante de la prédication de Paul ; c’était la puissance même de la Parole de Dieu qui amenait un grand nombre d’âmes à se tourner des idoles muettes vers le Dieu vivant et vrai.

Démétrius poursuivit sa harangue aux artisans, non seulement en exposant le préjudice subi par leur corporation, mais en faisant appel à leur zèle religieux pour leur déesse dont le prestige était menacé. Son discours attisa la colère de ses auditeurs qui se mirent à crier ensemble : Grande est la Diane des Éphésiens. Ils se répandirent en tumulte dans la ville et toute la ville, à leur suite, se précipita vers le théâtre en entraînant deux compagnons de voyage de Paul, Gaïus et Aristarque.

Paul, toujours plein d’ardeur, voulait se présenter devant le peuple. Peut-être pensait-il qu’il ne fallait pas manquer cette occasion de rendre témoignage à la vérité devant une nombreuse assistance. Mais la foule en délire ne l’aurait pas écouté. Démétrius et ses partisans risquaient d’attenter à sa vie. Les disciples le retinrent. Quelques Asiarques, magistrats qui présidaient aux fêtes publiques, favorables à Paul, le dissuadèrent aussi d’entrer au théâtre. Dieu protégeait son serviteur et l’empêchait de s’exposer inutilement.

La multitude était en pleine confusion ; les uns criaient une chose, les autres, une autre ; la plupart ne savaient même pas pourquoi toute la population était ainsi réunie. Les Juifs voulurent intervenir, et l’un d’eux nommé Alexandre entreprit d’haranguer le peuple pour expliquer probablement qu’ils se désolidarisaient entièrement de Paul et pour l’accabler. Mais dès que la foule fanatisée eut reconnu qu’il était Juif, elle refusa de l’entendre et se mit à crier tout ensemble pendant près de deux heures : « Grande est la Diane des Éphésiens ! »

Finalement, le secrétaire de la ville parvint à rétablir un peu de calme. Il apaisa les Éphésiens irrités en affirmant que le culte de leur déesse était au-dessus de toute contestation et il les invita à se tenir tranquilles. Il fit ressortir que Gaïus et Aristarque ne pouvaient être accusés de sacrilège ou de blasphème, que la manifestation qui venait d’avoir lieu ne pouvait se justifier devant l’autorité romaine et risquait d’être réprimée comme une émeute. Il invita Démétrius et ses compagnons à s’adresser aux tribunaux s’ils avaient à porter plainte contre quelqu’un, et finalement il persuada au peuple de se disperser.

Quand le tumulte eut cessé, Paul rassembla les disciples pour leur faire ses adieux. Il les embrassa et partit pour la Macédoine.

Paul en Troade

Pour aller d’Éphèse en Macédoine (Act. 20. 1), Paul passa par la Troade, contrée à l’extrémité nord-ouest de l’Asie Mineure. C’est là que, six ou sept ans auparavant, il avait eu la vision d’un homme macédonien qui lui demandait : « Passe en Macédoine et aide-nous » et c’est de là qu’il s’était embarqué alors, afin de venir pour la première fois en Europe (Act. 16. 8 à 12). Le livre des Actes ne fait pas mention de la nouvelle visite que fit Paul en Troade sur le trajet d’Éphèse en Macédoine. Mais ce fait nous est signalé par la seconde épître aux Corinthiens où l’apôtre écrivait : « Arrivé en Macédoine pour l’évangile du Christ, une porte m’y était ouverte » (2 Cor. 2. 12).

Bien que le Seigneur ait béni ainsi là son travail, Paul ne s’y attarda pas ; pressé de voir Tite, il partit à sa rencontre en Macédoine. Il traversa ce dernier pays en exhortant les disciples dans les différentes villes où il passait. Nous n’avons pas le détail des étapes de ce voyage mais nous nous souvenons de l’accueil qu’il avait reçu la première fois à Philippes, à Thessalonique, à Bérée. Comme nous l’avons vu, six ou sept ans s’étaient écoulés avant que Paul ait pu revenir visiter ces assemblées, qui lui étaient chères. Quelle joie dans ces rencontres pour lui et pour les chrétiens qui le recevaient !

Dans la seconde épître aux Corinthiens, il se plaît à parler de ces Macédoniens qui « s’étaient donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur et puis à nous » (c’est-à-dire à Paul et à ses compagnons), et il loue leur dévouement fraternel toujours prêt à se manifester.

De Macédoine, l’apôtre vint en Grèce, en particulier à Corinthe, et y séjourna trois mois. C’est de là qu’il écrivit aux chrétiens de Rome, l’épître aux Romains. Il leur faisait part de son ardent désir d’aller les voir, et envisageait même de se rendre ensuite en Espagne. Il devait auparavant porter à Jérusalem les dons envoyés par les assemblées de Macédoine et de l’Achaïe (Rom. 15. 22 à 28).

Au moment où Paul allait quitter la région de Corinthe et s’embarquer pour la Syrie, les Juifs formèrent contre lui un complot qui le contraignit à modifier son itinéraire et à repasser par la Macédoine. Il était accompagné par quelques amis dévoués, Sopater de Bérée, Second de Thessalonique, Aristarque et Gaïus que nous avons vus menacés par la foule dans le temple d’Éphèse, Timothée, Tychique, Trophime, qui sont cités dans différentes épîtres. Ces disciples prirent les devants et allèrent attendre l’apôtre en Troade. Paul lui-même s’embarqua à Philippes en compagnie de Luc qui devait être dès lors son compagnon inséparable ; cinq jours plus tard, il rejoignit le petit groupe qui l’avait précédé en Troade.

Ils séjournèrent ensemble là sept jours. La veille du départ de Paul, le premier jour de la semaine, les chrétiens se trouvèrent « assemblés pour rompre pain ». Cette indication donnée en cours de récit est très importante, car elle nous confirme que la cène du Seigneur doit se célébrer le premier jour de la semaine, le dimanche. C’est le jour du Seigneur, le jour de la résurrection, le jour où Il s’est trouvé, pour la première fois après sa mort, au milieu des siens rassemblés (Jean 20. 19). C’est encore le dimanche suivant qu’il s’est trouvé de nouveau au milieu d’eux, Thomas cette fois étant présent (Jean 20. 16).

Dans le christianisme, il n’y a plus lieu d’observer le sabbat, le samedi, qui était le jour de repos prescrit par la loi de Moïse. Le Seigneur a passé le jour du sabbat dans le sépulcre ; sa mort a mis fin à tout le système légal auquel le sabbat se rattachait. Maintenant le jour du Seigneur est le jour de son triomphe en résurrection, le premier jour de la semaine. Les siens sont heureux de Lui consacrer cette journée pour se rassembler autour de Lui et se souvenir de Lui à sa table, de ses souffrances et de sa mort.

Il permet que, dans nos pays christianisés, le dimanche soit généralement le jour du repos hebdomadaire, ce qui nous donne toute facilité pour jouir ensemble de nos privilèges spirituels sans être distraits par nos occupations habituelles. Ne manquons pas d’être reconnaissants pour cette faveur que ne connaissent pas les chrétiens de tous les pays, et gardons-nous de gaspiller pour de vains plaisirs le temps libre qu’Il nous ménage ce jour-là dans sa bonté.

L’apôtre assistait à cette réunion en Troade pour la célébration de la cène. Les premiers chrétiens rompaient le pain le soir, probablement parce que c’est au repas du soir que le Seigneur avait institué le mémorial de sa mort. Paul profita de cette réunion pour adresser à l’assemblée un discours qui se prolongea jusqu’à minuit. L’assistance devait être nombreuse car la salle, nous est-il dit, était éclairée par beaucoup de lampes. Quelle précieuse occasion de recevoir l’enseignement et les exhortations du grand apôtre ! Comme chacun, semble-t-il, devait être attentif !

Un jeune homme nommé Eutyche, était assis sur le bord de la fenêtre. Comme le discours de Paul se prolongeait, Eutyche s’endormit si profondément qu’il perdit l’équilibre et tomba du troisième étage. On le releva mort.

Peut-être pensons-nous que si l’apôtre se trouvait dans l’une de nos réunions et y prenait la parole, cette présence extraordinaire nous tiendrait bien éveillés et attentifs. Mais n’est-ce pas lui qui nous parle quand on lit dans une de ses épîtres, et n’arrive-t-il jamais à aucun de nous d’être alors assoupi ou distrait ? Ce qu’il nous faut, c’est un intérêt véritable pour la Parole de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de ne pas dormir à la réunion. Nous sommes souvent mis en garde par la Parole contre le sommeil spirituel. Quand l’apôtre écrit : « Ne dormons pas… mais veillons » (1 Thess. 5), il nous exhorte à ne pas cesser de vivre activement avec le Seigneur et pour Lui.

Paul descendit de la chambre haute, se pencha sur Eutyche, l’embrassa et dit : « Ne soyez pas troublés, son âme est en lui ». La miséricorde de Dieu, par la puissance qu’Il accordait à l’apôtre, portait remède à la fatale défaillance de ce jeune homme, en le ramenant à la vie.

La réunion interrompue reprit son cours. Paul, serviteur infatigable, poursuivit jusqu’à la fin de la nuit ses entretiens avec les disciples. Au matin il partit, laissant les croyants consolés par la résurrection d’Eutyche.

Adieux aux anciens d’Éphèse (Act. 20. 13 à 38)

En partant de la Troade, Paul poursuivit par étapes son voyage vers Jérusalem.

Luc et les autres compagnons de l’apôtre prirent les devants par mer jusqu’à Assos. Paul lui-même fit à pied ce trajet d’une trentaine de kilomètres. Après une semaine d’activité dans la Troade, il éprouvait sans doute le besoin de se trouver seul avec le Seigneur dans le calme de la nature.

À Assos il prit place à bord du navire sur lequel l’attendaient ses compagnons, et ils voguèrent tous ensemble vers le sud en passant entre le rivage de l’Asie et les îles voisines. Mitylène dans l’île de Lesbos, les îles de Chios et de Samos furent les escales successives de cette traversée qui les amena enfin à Milet, ville importante du sud-ouest de l’Asie Mineure, à cinquante kilomètres au sud d’Éphèse. En trois jours de navigation ils avaient parcouru deux cent cinquante kilomètres, ce qui donne une idée de la lenteur des voyages en ce temps-là.

Ils étaient passés au large d’Éphèse sans s’y arrêter. Paul était pressé d’avancer vers Jérusalem, où il désirait arriver pour le jour de la Pentecôte et il craignait qu’une halte chez les Éphésiens ne le retînt trop longtemps. Il fit donc venir à Milet les anciens de l’assemblée d’Éphèse pour leur faire ses recommandations.

Nous avons déjà vu que Paul choisissait des anciens dans les nouvelles assemblées qui étaient formées (Act. 14. 23). Il le faisait en vertu de son autorité d’apôtre et selon les directions du Saint Esprit ; aussi il peut dire à ceux d’Éphèse : « L’Esprit Saint vous a établis surveillants au milieu du troupeau pour paître l’assemblée de Dieu ».

Paul quittait ces contrées sans espoir d’y revenir. Les Éphésiens parmi lesquels il avait travaillé pendant trois ans ne bénéficieraient plus de son ministère. Il voulait exhorter les anciens à s’acquitter de la charge qui allait maintenant leur incomber avec la sollicitude qu’il avait lui-même déployée.

Il pouvait leur rappeler le service que, sans se lasser, il avait accompli au milieu d’eux dans l’humilité et dans la souffrance. L’hostilité des Juifs lui avait attiré bien des persécutions, mais rien ne l’avait détourné de son travail d’amour. Il avait enseigné les Éphésiens aussi bien en public que chez eux en particulier. Il avait insisté  « auprès des Juifs et auprès des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Ce sont là les bases de l’évangile. Il faut d’abord reconnaître notre culpabilité devant Dieu, notre état de perdition irrémédiable, pour trouver ensuite le salut, par la foi en Jésus, mort pour nos péchés.

Maintenant Paul montait vers Jérusalem sans savoir ce qui l’y attendait. Il avait été seulement averti maintes fois par l’Esprit Saint qu’il y rencontrerait la tribulation et la captivité. Mais il ne se laissait pas arrêter par la crainte de la souffrance, de la prison ou même de la mort. Il avait fait à l’avance le sacrifice de sa vie. Tout ce qu’il désirait, c’était d’accomplir entièrement le service que le Seigneur Jésus lui avait confié.

Il pensait ne jamais revoir tous ces croyants d’Éphèse à qui il avait prêché le royaume de Dieu. Il leur avait annoncé « tout le conseil de Dieu », leur avait fait part de toutes les révélations qui lui avaient été confiées. Aussi pouvait-il affirmer qu’il était « net du sang de tous ». Si quelqu’un restait étranger à la vérité, ce n’était pas faute de l’avoir entendue de la bouche de l’apôtre.

Durant son séjour au milieu des Éphésiens, Paul avait pris soin d’eux de toutes manières. Il ne s’était pas borné à annoncer le salut aux inconvertis, mais il s’était occupé de chaque croyant en particulier, les avertissant nuit et jour dans un grand exercice de cœur qui le portait souvent à pleurer même pour eux. Maintenant les anciens auxquels il s’adressait auraient, sans son secours, à veiller sur eux-mêmes et sur l’assemblée comme un berger veille sur le troupeau qui lui est confié.

Cette assemblée, si chère à l’apôtre, ce n’était pas seulement le fruit de ses travaux, l’ensemble des croyants pour lesquels il s’était dépensé sans compter, mais c’est « l’assemblée de Dieu qu’il a acquise par le sang de son propre fils ». Quel prix elle a donc pour Dieu Lui-même ! En considérant ce qu’elle a coûté à Dieu et à son Fils, les anciens d’Éphèse se trouvaient engagés à se dévouer sans réserve pour elle.

Ils devraient veiller avec d’autant plus de zèle que de nouveaux dangers allaient surgir. Aussi longtemps qu’il avait été là, l’apôtre avait fait face aux attaques de l’ennemi. Après son départ, des hommes redoutables, poussés par Satan, allaient entrer dans l’assemblée, y propager de graves erreurs et la dévaster comme des loups ravagent un troupeau ; du milieu même de l’assemblée allaient se lever des hommes ambitieux qui annonceraient des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux, et par suite les détourner de Christ. Ces enseignements pernicieux se sont répandus toujours davantage jusqu’à aboutir à l’état actuel de la chrétienté : un ensemble de religions dites chrétiennes où les vérités de la Parole de Dieu ont été abandonnées et où bien peu d’âmes appartiennent vraiment à Christ.

« C’est pourquoi, veillez », dit Paul avec insistance aux anciens d’Éphèse. Ils pourraient se rappeler l’enseignement et l’exemple de l’apôtre, mais celui-ci ne les abandonnait pas à eux-mêmes, avec pour seule ressource le souvenir qu’il leur laissait, si précieux fût-il. « Maintenant, ajoutait-il, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce ». Ce sont les mêmes ressources dont nous disposons jusqu’à la venue du Seigneur : Dieu Lui-même, dont les soins d’amour ne font jamais défaut ; la Parole, guide sûr pour nos âmes, arme puissante contre l’ennemi.

L’un des caractères de Paul que les anciens auraient à imiter, c’était le désintéressement. Il n’avait recherché les biens de personne, mais au contraire, tout en se consacrant à l’évangélisation et au service de la Parole parmi les croyants, il travaillait de ses propres mains, non seulement pour subvenir à ses besoins, mais à ceux de ses compagnons. Il montrait ainsi le pouvoir qu’a le travail comme moyen d’exercer la bienfaisance.

« Il est plus heureux de donner que de recevoir ». C’est là une parole du Seigneur Jésus que nous ne trouvons pas dans les évangiles, car ils ne rapportent pas tout ce que le Seigneur a dit, mais que les Écritures nous ont conservées dans ce discours de l’apôtre.

Avant de quitter les anciens d’Éphèse, Paul « se mit à genoux et pria avec eux ». Tous pleuraient à la pensée de ne plus le revoir ; « ils se jetaient à son cou et le couvraient de baisers ». Ils l’accompagnèrent ensuite au navire et se séparèrent de lui à grand-peine, comme nous le fait comprendre cette expression poignante : « Nous étant arrachés d’auprès d’eux ».

Voyage de Milet à Jérusalem (Act. 21. 1 à 16)

Après avoir quitté Milet, Paul et ses compagnons continuèrent leur voyage vers Jérusalem à bord du navire qui avançait lentement d’une île à l’autre. Ils arrivèrent ainsi à la petite île de Cos, puis à celle plus modeste de Rhodes et enfin à Patara sur la côte sud de l’Asie Mineure.

Ils trouvèrent là un autre navire qui se dirigeait vers la Syrie et qui les amena directement à Tyr en passant au sud de la grande île de Chypre sans s’y arrêter. Tyr se situait en dehors des frontières nord de la Palestine. Elle avait été autrefois le centre de commerce maritime le plus important de l’Orient. Il nous en est parlé dans l’Ancien Testament comme d’une cité immensément riche (Éz. 27). Elle était bâtie sur une île séparée de la terre ferme par un détroit et cette situation favorisait la défense contre les assauts de ses adversaires. Après le déclin de Sidon, elle était devenue la capitale des Phéniciens, ces hardis navigateurs qui avaient fondé des colonies dans toute la Méditerranée et qui étendaient leur trafic jusqu’aux côtes de l’Atlantique.

Au temps de l’apôtre, c’est-à-dire vers le milieu du premier siècle de l’empire romain, Tyr était déjà bien déchue de sa splendeur passée, mais restait encore une ville commerçante et riche. Le navire qui transportait Paul devait décharger là sa cargaison et y fit escale pendant sept jours.

L’évangile avait été annoncé en Phénicie en même temps qu’à Antioche par les chrétiens chassés de Jérusalem après la mort d’Étienne (Act. 11. 19). Il y avait déjà à Tyr des disciples avec lesquels Paul et ses compagnons passèrent les sept jours d’arrêt dans cette ville.

Ces chrétiens dirent à Paul par l’Esprit Saint de ne pas monter à Jérusalem, mais ne parvinrent pas à le faire renoncer à son projet.

Le jour du départ, tous les chrétiens de Tyr, y compris les femmes et les enfants, accompagnèrent Paul jusqu’à la mer. Les enfants avaient leur place autrefois dans la congrégation d’Israël (Deut. 29 ; 2 Chron. 20). C’est un privilège pour eux aujourd’hui d’assister aux réunions avec leurs parents et d’être associés dans la plupart des actes de la vie chrétienne. Ils peuvent eux aussi témoigner leur attachement aux serviteurs du Seigneur.

Ceux qui allaient s’embarquer et ceux qui venaient assister à leur départ se mirent tous ensemble à genoux, sur le rivage pour prier ; puis ils s’embrassèrent avant de se séparer.

De Tyr, le navire gagna Ptolémaïs qui est aujourd’hui la ville d’Acre. Paul et ses compagnons passèrent un jour auprès des frères de cette ville. Enfin leur dernière étape par mer les amena à Césarée, résidence du gouverneur romain.

À Césarée, Paul et ses compagnons séjournèrent quelques jours chez Philippe l’évangéliste. Philippe était l’un des sept frères pleins de l’Esprit Saint qui avaient été choisis aux débuts de l’assemblée à Jérusalem pour distribuer les secours aux veuves (Act. 6. 5). Chassé de Jérusalem après la mort d’Étienne, il avait annoncé l’évangile dans la Samarie ; sa prédication accompagnée de miracles avait éveillé l’attention des uns ; beaucoup avaient cru et avaient été baptisés.

Philippe avait été envoyé de là sur le chemin de Gaza par un ange du Seigneur pour annoncer Jésus à l’intendant de la reine d’Éthiopie. L’Esprit Saint l’avait ensuite enlevé et transporté à Azot d’où il avait évangélisé toutes les villes jusqu’à Césarée (Act. 8). C’est là que nous le retrouvons bien des années après.

Sa famille avait suivi ses traces dans le service du Seigneur. Il avait quatre filles qui prophétisaient, c’est à dire qui annonçaient à d’autres la Parole de Dieu.

Nous avons vu dans la première épître aux Corinthiens quel peut être le service de la femme chrétienne. Elle doit se taire dans l’assemblée (1 Cor. 14. 34) ; il ne lui est pas permis d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme (1 Tim. 2. 12) ; mais elle a l’heureux privilège de parler du Seigneur dans des entretiens.

Pendant le séjour de Paul chez Philippe, un prophète nommé Agabus descendit de Judée à Césarée. Nous avons déjà vu au chapitre 11 un prophète de ce nom descendre de Jérusalem à Antioche, une quinzaine d’années plus tôt, et y annoncer une grande famine (Act. 11. 28). À Césarée Agabus vint trouver l’apôtre et ses compagnons ; il prit la ceinture de Paul, s’en lia les pieds et les mains et dit : « L’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations ». L’action qui accompagnait les paroles de cette prophétie rendait plus saisissante la captivité annoncée. C’est ainsi que souvent, dans l’Ancien Testament, les prophètes, et surtout le prophète Jérémie, joignaient à leurs paroles des gestes ou des actes évocateurs qui auraient dû rendre leurs auditeurs plus attentifs.

Ayant entendu et vu Agabus prophétiser ainsi, les compagnons de l’apôtre et les chrétiens de Césarée supplièrent ensemble Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais il leur répondit : « Que faites-vous en pleurant et en brisant mon cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus ». Devant la décision fermement arrêtée de l’apôtre, les disciples ne purent que dire : « La volonté du Seigneur soit faite ».

Ayant achevé leurs préparatifs, Paul et ses compagnons se mirent donc en route. De Césarée à Jérusalem il restait à parcourir une centaine de kilomètres, qui durent nécessiter plusieurs journées de marche à pied.

Quelques chrétiens de Césarée accompagnèrent Paul, et la petite troupe vint loger à Jérusalem chez un nommé Mnason, originaire de l’île de Chypre, qui était depuis longtemps disciple du Seigneur.

Paul dans le Temple (Act. 21. 17 à 40)

À leur arrivée à Jérusalem, Paul et ses compagnons furent reçus par les frères avec joie. Dès le lendemain, ils se rendirent chez Jacques, dont l’autorité était reconnue par toute l’assemblée comme nous l’avons déjà vu au chapitre 15. Ils se rencontrèrent là avec tous les anciens. Paul leur raconta en détail tout ce que Dieu avait fait parmi les nations par son moyen. À ce récit, tous donnèrent gloire à Dieu.

Les chrétiens juifs de Jérusalem étaient heureux que l’évangile soit reçu par les païens, et ils admettaient bien que les Gentils convertis ne devaient-pas être assujettis à la loi de Moïse. Mais eux-mêmes demeuraient attachés au judaïsme et ils estimaient que les Israélites chrétiens devaient continuer à observer la loi. Ils n’avaient pas compris que toutes les ordonnances de l’Ancien Testament n’étaient que des figures de ce que Jésus a pleinement réalisé et que le sacrifice de Christ, dans sa perfection, a mis un terme à toutes les offrandes prescrites par le Lévitique.

L’expérience était faite, que l’homme est incapable d’accomplir la loi et de satisfaire ainsi aux exigences de la justice de Dieu. Au contraire, par la foi, nous sommes maintenant entièrement justifiés en vertu de la mort et de la résurrection de Christ. Revenir à la loi, c’est méconnaître la valeur pleinement suffisante de l’œuvre de Christ.

Ces vérités, l’apôtre Paul les avait enseignées lui-même dans l’épître aux Romains et dans l’épître aux Galates, écrites peu de temps auparavant. C’était exactement aussi ce qu’il prêchait. Dès son premier voyage, il disait déjà aux Juifs d’Antioche de Pisidie : « Quiconque croit est justifié par Jésus de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse » (Act. 13. 3).

Les chrétiens de Jérusalem avaient entendu parler de cet enseignement de Paul. Les anciens craignaient que sa présence ne cause du trouble parmi la multitude des fidèles, et ils persuadèrent Paul de faire une concession à l’opinion du grand nombre en se montrant lui-même fidèle observateur de la loi. Quatre hommes « avaient fait un vœu » et les anciens engagèrent Paul à s’associer avec eux, à payer leur dépense et à se purifier avec eux selon les prescriptions de la loi.

Mais Paul, sans force pour résister aux anciens de Jérusalem, céda à leurs instances. Si, au lieu de venir à Jérusalem, comme l’y avait poussé son dévouement humain pour son peuple, il avait continué le service au milieu des nations que le Seigneur lui avait confié, il n’aurait pas été exposé à agir ainsi en contradiction avec les vérités qu’il avait reçues et enseignées. Pour être gardé de tout faux pas, il nous faut rester là où le Seigneur nous appelle. Paul, si fidèle, et si ferme dans tant de circonstances difficiles, a eu ses défaillances. Seul le Seigneur Jésus a toujours manifesté une perfection absolue.

Dieu ne permit pas que l’écart de l’apôtre aille jusqu’à offrir un sacrifice dans le temple. Avant que se soient écoulés les sept jours au terme desquels l’offrande devait être présentée, Paul fut privé de sa liberté. Des Juifs d’Asie étaient montés à Jérusalem, probablement pour participer eux aussi à la fête de la Pentecôte.

Quand ils reconnurent dans le temple l’apôtre Paul, auquel ils s’étaient violemment opposés dans leur haine qu’il prêchait l’évangile aux Gentils, ils pensèrent que le moment était venu de se débarrasser de lui. Ils se saisirent et ameutèrent la foule en criant : « Aidez-nous. C’est ici l’homme qui partout enseigne tout le monde contre le peuple, et la loi, et ce lieu ; et qui de plus a aussi amené des Grecs dans le temple et a profané ce saint lieu ».

Paul était bien accompagné à Jérusalem par des croyants d’origine grecque, Trophime d’Éphèse en particulier, mais les accusations que l’on portait contre l’apôtre étaient fausses. On avait pu voir Trophime venir avec lui dans la ville, mais non dans le temple et Paul, dans ses prédications, ne s’en prenait ni à son peuple, ni à la loi, ni au sanctuaire.

À l’appel des Juifs d’Asie, le peuple accourut en foule ; on traîna Paul hors du temple et on cherchait à le tuer.

Des troupes romaines étaient en garnison à Jérusalem pour assurer l’ordre et maintenir l’autorité de l’empire romain. Elles formaient une « cohorte » qui comptait cinq à six cents soldats commandés par un officier supérieur, le tribun ou préfet (en grec le chiliarque). Ce dernier avait sous ses ordres comme officiers subalternes des centurions ou chefs de centaines.

Le commandant de la cohorte ayant appris le tumulte provoqué par les Juifs d’Asie survint aussitôt avec des centurions et des soldats. À la vue de la troupe romaine, les Juifs cessèrent de frapper Paul. Le commandant le saisit, le fit lier de deux chaînes et demanda qui il était et ce qu’il avait fait. Ne pouvant obtenir dans le désordre que des réponses confuses, il donna l’ordre de conduire Paul dans la forteresse, la forteresse Antonia, que les Romains avaient élevée tout à côté du temple et qui en dominait les vastes cours.

Les soldats durent porter leur prisonnier pour le soustraire à la violence de la multitude qui criait : « Ôte-le ! ». C’est le même cri que la foule hostile avait poussé contre le Seigneur : « Ôte, ôte, crucifie-le » (Jean 19. 14). L’apôtre partage le rejet de son maître, livré comme lui par son peuple aux Romains. « L’esclave n’est pas plus grand que son maître, avait dit Jésus. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15. 20).

Sur le point d’être introduit dans la forteresse, Paul s’adressa au commandant. Celui-ci, surpris de s’entendre interpeller en grec, lui demanda s’il n’était pas l’Égyptien qui, quelques jours auparavant, avait provoqué une révolte et entraîné quatre mille rebelles au désert. Paul répondit : « Je suis Juif, de Tarse, citoyen d’une ville qui n’est pas sans renom. Je te prie, permets-moi de parler au peuple ».

Y ayant été autorisé, Paul, debout sur les plus hautes marches, fit signe de la main pour obtenir le silence et s’adresser à la foule en hébreu. La langue courante en Palestine était alors l’araméen ou syriaque. L’hébreu était la langue religieuse traditionnelle. En entendant Paul leur parler en langue hébraïque, tous les assistants redoublèrent d’attention.

D’après la Bonne Nouvelle 1963

L’APÔTRE PAUL (2)

Lettre adressée aux assemblées des nations

Nous nous souvenons qu’en donnant une conclusion à la discussion qui avait eu lieu devant l’assemblée à Jérusalem, Jacques avait proposé d’écrire aux croyants des nations. Un message écrit est un texte définitif auquel on peut toujours se référer, alors que les transmissions orales sont sujettes à variations. Quel privilège de posséder la révélation des pensées de Dieu dans la parole écrite, que Pierre appelle la vivante et permanente Parole de Dieu (1 Pier. 1. 23).

Une lettre fut donc rédigée ; elle était adressée aux apôtres, aux anciens et aux frères des nations à Antioche, en Syrie et en Cilicie. L’autorité spéciale des apôtres s’ajoutait à celle de l’assemblée. Les destinataires n’étaient pas seulement les chrétiens d’Antioche, mais les frères issus des nations dans les provinces voisines. Nous voyons au chapitre 16 que Paul et Silas remettaient ces ordonnances à toutes les assemblées qu’ils visitaient. Les prescriptions que nous trouvons là restent valables pour nous aussi.

La lettre commençait par désapprouver les frères de Judée qui, agissant de leur propre chef, étaient venus troubler l’assemblée d’Antioche par leur enseignement légal ; elle donnait pleine approbation aux « bien-aimés Barnabas et Paul » en reconnaissant comment ils avaient exposé leur vie pour le nom du Seigneur Jésus.

Elle accréditait Judas et Silas comme envoyés de l’assemblée chargés de confirmer de vive voix le message écrit dont ils étaient porteurs.

Ce message était celui-ci : « Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous de ne mettre sur vous aucun autre fardeau que ces choses-ci qui sont nécessaires qu’on s’abstienne des choses sacrifiées aux idoles, du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication. Si vous vous gardez de ces choses vous ferez bien ».

Ces recommandations dépassaient le cadre de la loi donnée aux fils d’Israël, et touchaient aux droits de Dieu sur tous les hommes : la séparation de tout culte idolâtre s’imposait à ceux qui avaient été amenés à la connaissance du vrai Dieu. L’interdiction de manger le sang – qu’il ait été recueilli ou qu’il soit encore dans la bête étouffée – avait été faite à Noé et à ses fils aussitôt après le déluge ; elle s’étend à leurs descendants, donc à toute l’humanité. De tout temps une conduite impure est une offense à Dieu

Les injonctions de cette lettre s’inspiraient donc des principes antérieurs à la loi. Elles ont gardé toute leur valeur et nous devons nous y conformer. À Antioche, la lettre de Jérusalem fut lue devant l’assemblée entière réunie. Tous se réjouirent d’être libérés des difficultés qu’avaient apportées les faux docteurs.

Judas et Silas séjournèrent quelque temps à Antioche. Ils étaient des prophètes au sens que le Nouveau Testament donne généralement à ce terme. L’apôtre précise au chapitre 14 de la première épître aux Corinthiens les caractères du prophète : c’est celui qui parle de la part de Dieu, par un don du Saint Esprit, pour l’édification de l’assemblée : les exhortations de Judas et de Silas eurent pour effet de fortifier les frères qui les renvoyèrent ensuite en paix à Jérusalem.

Paul et Barnabas restèrent à Antioche où ils continuèrent à enseigner l’assemblée et à annoncer la Parole de Dieu avec d’autres ouvriers du Seigneur.

À ce point de notre récit, tout parle de paix et de communion, d’heureux service pour le Seigneur et de prospérité spirituelle. Dieu, dans sa sagesse, avait tout conduit pour amener les assemblées à un plein accord dans la connaissance de sa pensée. Le fait que la décision avait été prise à Jérusalem, sur la proposition des apôtres, réduisait au silence les partisans de la loi. Il avait fallu que le ministère de Paul commence de façon indépendante des apôtres qui étaient à Jérusalem ; mais il convenait maintenant que ces mêmes apôtres soient amenés à reconnaître la doctrine que Paul prêchait, et à admettre que les croyants venus des nations ne devaient pas être assujettis aux obligations de la loi de Moïse.

Des difficultés sur le même sujet devaient resurgir plus tard. L’homme abandonne difficilement la prétention de faire quelque chose pour son salut, et la pratique des œuvres de la loi donne de l’importance à la chair. Paul eut encore beaucoup à lutter contre les docteurs qui prétendaient soumettre les croyants au joug de la loi. L’épître aux Galates est l’exemple le plus marquant de ces débats.

Mais, dans cette rencontre importante à Jérusalem tous avaient été amenés à une même pensée, celle de Dieu ; l’unité de l’Église avait été ainsi sauvegardée. Le principe essentiel du salut par pure grâce, sans les œuvres de loi, avait été fermement établi. C’est ainsi que le Saint Esprit conduit à avoir un même sentiment ceux qui recherchent la paix et s’attendent au Seigneur.

Départ de Paul pour son deuxième voyage

Après quelques jours passés à Antioche, Paul proposa à Barnabas : « Retournons maintenant visiter les frères par toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur, pour voir comment ils vont ».

L’apôtre restait attaché à tous ces chrétiens que, par son moyen, Dieu avait arrachés aux ténèbres du paganisme et amenés à croire en Jésus. Il ne lui suffisait pas de les savoir sauvés ; il se préoccupait de leur état spirituel, de leurs progrès dans la connaissance du Seigneur, de la fidélité de leur marche. Il se sentait pressé de leur apporter de la part de Dieu enseignements et exhortations.

Barnabas, bien disposé à l’accompagner, aurait désiré emmener aussi Jean appelé Marc qui, dans leur premier voyage, les avait suivis jusqu’en Pamphylie, puis les avait abandonnés pour retourner à Jérusalem. Paul, au contraire, n’était pas d’avis de prendre avec eux un homme qui les avait quittés dès leur arrivée en Asie et n’était pas allé à l’œuvre avec eux. Il estimait avec juste raison que Marc n’avait pas fait preuve de la foi et du renoncement nécessaires pour le service qu’ils avaient à poursuivre.

Le dissentiment entre les deux apôtres dégénéra en irritation et ils se séparèrent. C’était là un exemple bien fâcheux pour les croyants d’Antioche, qui avaient longtemps profité de leur ministère commun.

Barnabas persista à s’adjoindre Marc et se rendit avec lui dans l’île de Chypre. Marc était son neveu comme nous le voyons en Colossiens 4. 10 ; Chypre était son pays, puisque la première fois que la Parole nous parle de lui il nous est présenté comme Cypriote de naissance (Act. 4. 36). On peut craindre que des considérations de famille et de pays aient influencé son choix, alors que le chrétien – et surtout le serviteur de Dieu – ne doit se laisser guider que par la volonté du Seigneur.

Dès ce moment, le livre des Actes ne fait plus mention de Barnabas. Toutefois, plus tard, en écrivant aux Corinthiens, Paul parle de lui avec une pleine affection, comme d’un ouvrier du Seigneur animé d’un même désintéressement que lui (1 Cor. 9. 6).

Quant à Marc, bien longtemps après, l’apôtre captif à Rome le recommande aux Colossiens (Col. 4. 10) et le range parmi ses compagnons d’œuvre (Philémon 24). Nous avons déjà remarqué que, plus tard encore, Paul demande à Timothée de l’amener avec lui, « car, dit-il, il m’est utile pour le service » (2 Tim. 4. 11).

Paul choisit pour compagnon Silas, l’un des deux frères envoyés de Jérusalem à Antioche par les apôtres et l’assemblée pour confirmer la décision prise à l’égard des croyants venus des nations. À son départ, les frères d’Antioche recommandèrent Paul à la grâce du Seigneur.

En compagnie de Silas, il parcourut la Syrie et la Cilicie et parvint ainsi par voie de terre à la ville de Derbe, point terminus de son premier voyage où, avec Barnabas, il avait fait beaucoup de disciples. De là il passa à Lystre où il avait opéré la guérison d’un homme impotent, où les foules, prenant les apôtres pour des divinités ; auraient voulu leur offrir des sacrifices, et où les Juifs venus d’Antioche avaient lapidé Paul.

Tout au long de ce voyage de plusieurs centaines de kilomètres, il visitait et fortifiait les assemblées de ces contrées. Il leur remettait, pour les observer, les ordonnances établies par les apôtres et les anciens de Jérusalem. Ces croyants se trouvaient ainsi exhortés à s’abstenir de l’idolâtrie, de la fornication et du sang, et en même temps prémunis contre l’enseignement des faux docteurs qui auraient voulu les assujettir à la loi de Moïse.

Quel encouragement mutuel pour l’apôtre et pour ces chrétiens : Paul voyait les assemblées « affermies dans la foi et croissant en nombre chaque jour ». Eux retrouvaient celui qui leur avait apporté le message du salut et profitaient de ses enseignements.

Paul prend Timothée comme compagnon d’œuvre

Parmi ces croyants se trouvait un jeune disciple nommé Timothée. C’était le fils d’une femme juive et d’un homme grec. La loi de Moïse interdisait de telles unions, mais maintenant la grâce venait apporter le salut indistinctement à tous. La mère de Timothée, nommée Eunice, et sa grand-mère Loïs, étaient des femmes pieuses (2 Tim. 1. 5) et elles l’avaient instruit, tout jeune, dans la Parole de Dieu : « Dès l’enfance, devait lui écrire plus tard l’apôtre, tu connais les saintes lettres qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 3. 15).

Timothée devait avoir été témoin des persécutions subies par l’apôtre à Lystre lors de son premier voyage et il semble, d’après 2 Timothée 3. 10 et 11, que dès ce moment-là il avait pleinement saisi l’enseignement de Paul. Maintenant celui-ci l’engageait avec lui dans le service du Seigneur, et Timothée fut dès lors pour l’apôtre un compagnon fidèle et dévoué jusqu’à la fin.

Nous retrouverons son nom à plusieurs reprises dans la suite des récits des Actes (ch. 17, 18, 19 et 20). Les épîtres de Paul nous le font connaître davantage : Paul s’adjoint Timothée avec Silvain pour écrire deux épîtres aux Thessaloniciens. La première de ces épîtres relate le rôle joué par Timothée comme messager de l’apôtre à Thessalonique (ch. 3).

Dans la première épître aux Corinthiens, Paul le recommande comme son enfant bien-aimé, fidèle dans le Seigneur (ch. 4. 17). « Il s’emploie à l’œuvre comme moi-même », dit-il au chapitre 16.

Timothée se trouve auprès de l’apôtre captif quand celui-ci écrit aux Philippiens. En annonçant qu’il espère l’envoyer bientôt à Philippes, Paul rend à son sujet ce témoignage touchant : « Vous savez qu’il a été connu à l’épreuve, savoir qu’il a servi avec moi dans l’évangile, comme un enfant sert son père » (Phil. 2. 22).

La fin de l’épître aux Hébreux nous signale que Timothée a été lui-même en captivité puisqu’elle parle de sa mise en liberté (Héb. 13. 23).

Enfin les deux épîtres écrites par Paul à Timothée nous montrent tout particulièrement les liens étroits qui unissaient le grand apôtre à celui qu’il appelle son « véritable enfant dans la foi » (1 Tim. 1. 2), son « enfant bien-aimé » (2 Tim 1. 2) et dont il réclame avec insistance le retour auprès de lui. Timothée nous apparaît appelé à un service de gouvernement, d’enseignement et de prédication. L’apôtre lui délègue sa propre autorité ; plusieurs fois il l’invite à « ordonner » (1 Tim. 4. 11 ; 6. 17).

C’est ainsi que, préparé dès l’enfance par la connaissance des Écritures, formé à la piété par l’exemple et les enseignements de l’apôtre, Timothée a pu être à son tour un fidèle serviteur, utile au Maître.

Soyez, vous aussi, dès votre jeune âge, attentifs à l’enseignement de la Parole de Dieu. Recevez-la avec foi. Mettez-la en pratique. « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Ps. 119. 9). Recherchez la compagnie de ceux qui servent le Seigneur. Servez-le vous-mêmes dès maintenant, dans votre mesure.

Paul traverse la Galatie et se rend en Macédoine

Paul et ses compagnons poursuivirent leur voyage vers des contrées où l’évangile n’avait jamais encore été annoncé. Ils traversèrent ainsi la Phrygie et la Galatie. Le livre des Actes ne nous donne aucun détail sur l’activité de l’apôtre à son premier passage dans ces pays, mais nous trouvons au chapitre 18 qu’il y revint pour fortifier tous les disciples.

Il a écrit aussi aux assemblées de la Galatie une lettre, l’épître aux Galates, où il rappelle que c’est lui qui les a évangélisés « au commencement » et qu’eux-mêmes l’ont reçu alors « comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus ». Grands alors étaient leur bonheur et leur attachement à l’apôtre : Ils lui auraient donné « jusqu’à leurs propres yeux » (Gal. 4. 15). Mais cette même épître nous apprend que les Galates, qui avaient beaucoup souffert pour le Seigneur s’étaient laissé séduire par de faux docteurs qui les replaçaient sous la loi juive et leur imposaient la circoncision.

Paul est obligé, en leur écrivant, de leur rappeler les principes fondamentaux de l’évangile, la justification par la foi en Christ. Le sujet essentiel de sa prédication était toujours la croix de Christ : « Vous, devant les yeux de qui Jésus Christ a été dépeint crucifié » (Gal. 3. 1).

Paul, Silas et Timothée poursuivirent leur route au-delà de la Galatie. Ils n’allaient pas au hasard, mais dépendaient de Dieu, et se laissaient conduire par le Saint-Esprit. Nous trouvons ainsi qu’ils furent empêchés par l’Esprit d’annoncer la parole en Asie, et que l’Esprit de Jésus ne leur permit pas de se rendre en Bithynie (Act. 16. 6 et 7). L’Asie désigne dans le Nouveau Testament la province qui occupait l’extrémité sud-ouest de l’Asie Mineure. La Bithynie se situait au nord sur les côtes de la Mer Noire.

Les indications données par les versets 6 et 7 nous montrent que Paul ne put pas s’attarder à évangéliser vers le sud ou vers le nord comme il aurait pu le souhaiter, mais était poussé par les directions de l’Esprit toujours plus vers l’ouest jusqu’à ce qu’il parvînt au rivage de la mer Égée, au point extrême de la presqu’île asiatique du côté de l’occident. La contrée où il aboutit ainsi, la Troade, tirait son nom de la vieille ville de Troie, célèbre dans la littérature antique.

Là, les directions de l’Esprit de Dieu prirent une forme positive : un habitant de la Macédoine apparut à Paul dans une vision de nuit et lui adressa cette prière : « Passe en Macédoine et aide nous ». L’apôtre et ses compagnons n’hésitèrent pas à conclure de cette vision que le Seigneur les appelait à porter l’évangile dans ce nouveau pays et, en serviteurs dociles, ils cherchèrent aussitôt à s’y rendre.

L’obéissance ne consiste pas seulement à exécuter les ordres reçus, mais à le faire promptement. On dit couramment : Ce n’est pas obéir qu’obéir lentement. « Je me suis hâté et je n’ai point différé de garder tes commandements », dit le psalmiste (Ps. 119. 60). Et l’apôtre recommande aux esclaves un « bon et prompt service » (1 Tim. 6. 2). Si la promptitude à obéir est d’un grand prix dans les choses de Dieu, elle a son importance aussi dans la soumission que les enfants doivent témoigner à leurs parents et à tous ceux qui ont autorité sur eux. Avez-vous remarqué l’empressement que met l’enfant Samuel à répondre par trois fois à ce qu’il croit être l’appel d’Éli ? (1 Sam. 3)

La Macédoine est une vaste contrée au nord de la Grèce, donc en Europe. Quelle importance a pour nous cette étape dans les voyages de l’apôtre ! La prédication de Paul n’allait plus désormais être limitée à l’Asie, mais s’étendait à la partie du monde où nous vivons. L’évangile pénétrait en Europe. Dieu soit loué d’avoir, dès les premières années du christianisme, fait porter vers nous le message de sa grâce par l’apôtre des nations.

Le passage de Troade en Macédoine imposait la traversée de la mer Égée. Cette mer est parsemée d’une multitude d’îles, dont beaucoup servaient de relais aux bateaux de l’époque qui évitaient autant que possible de perdre de vue la terre. Une première journée amena Paul et ses compagnons à l’île de Samothrace. De là ils voguèrent le lendemain jusqu’au port de Néapolis, point d’aboutissement d’une importante voie romaine à travers la Macédoine. Franchissant ensuite la montagne qui borde la côte, ils parvinrent bientôt dans une vaste plaine et s’arrêtèrent à Philippes, première ville de la Macédoine sur leur chemin, et poste important de l’administration romaine.

Il est intéressant de remarquer que l’écrivain du livre des Actes, qui jusque-là a fait le récit des voyages de l’apôtre sans y être mêlé lui-même, se joint à partir de la Troade au petit groupe des compagnons de Paul. « Nous cherchâmes, écrit-il ; à partir pour la Macédoine… Nous fîmes voile etc. » Cet auteur des Actes est Luc qui a écrit également l’évangile qui porte son nom. Les premières lignes de chacun des deux livres, dédiés l’un et l’autre à un certain Théophile, nous présentent les Actes comme la suite de l’évangile de Luc. Nous retrouverons désormais presque constamment Luc accompagnant l’apôtre dans tous ses voyages jusqu’à la fin du récit des Actes.

Par la suite il n’abandonne pas l’apôtre captif : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue » écrit Paul aux Colossiens (Col. 4. 14). « Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes compagnons d’œuvre te saluent » écrit-il à la même époque à Philémon (v. 14). L’apôtre était, dit-il lui-même, un vieillard, prisonnier ; les soins affectueux et éclairés du médecin bien-aimé ont dû être pour lui un précieux réconfort accordé par le Seigneur. Tout à fait à la fin de sa course, dans sa dernière captivité, quand il doit enregistrer tant de défections parmi ses anciens compagnons, Paul rend encore témoignage à la fidélité de cet ami dévoué « Luc seul est avec moi » (2 Tim. 4. 11). C’est son amour pour le Seigneur que Luc montrait en s’attachant ainsi à l’apôtre et en le servant.

Conversion de Lydie

Comme il le faisait à son arrivée dans chaque ville, Paul, dès qu’il fut à Philippes, chercha à s’adresser aux Juifs. Ceux-ci étaient probablement peu nombreux dans cette localité. Il n’y avait, semble-t-il, pas de synagogue, et les exercices du culte se déroulaient en dehors de la ville, au bord du fleuve. Cette coutume facilitait les ablutions ou lavages qui avaient une grande place dans les traditions juives. C’est là que Paul et ses compagnons se rendirent le jour du sabbat. Ils n’y trouvèrent que quelques femmes assemblées. Sans se décourager, ils s’assirent eux aussi sur le rivage et leur annoncèrent l’évangile. Tel est le début bien modeste du travail du grand apôtre en Europe.

Sans attendre de pouvoir s’adresser à un grand auditoire, ce serviteur diligent saisissait avec empressement toutes les occasions d’annoncer la bonne nouvelle. Une fois de plus il est là, pour nous, un exemple à suivre : si nous désirons que le Seigneur nous emploie à son service, commençons par nous acquitter avec zèle des tâches les plus humbles qu’Il veut nous confier.

Parmi les femmes assemblées se trouvait une étrangère, nommée Lydie, venue de Thyatire, ville d’Asie Mineure où se forma plus tard une assemblée (Apoc. 2. 18). C’était une marchande de pourpre. On désignait sous ce nom, soit une teinture, rouge violacée, d’un prix élevé, extraite d’un coquillage, soit les étoffes de luxe teintes avec ce produit. La nature du commerce qu’exerçait Lydie, l’extension au loin de son pays semblent indiquer qu’elle était d’une condition aisée. Il nous est dit qu’elle « servait Dieu ».

Ce n’était pas une Juive, mais une femme des nations qui avait abandonné le culte des idoles pour servir le Dieu d’Israël. « Elle écoutait ». Est-ce que nous écoutons toujours quand la Parole de Dieu est annoncée ? Il vaut pourtant bien la peine d’être attentif quand on nous parle de Jésus. Il n’y a pas de sujet au monde qui ait autant de prix.

« Le Seigneur ouvrit le cœur de Lydie pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait ». Il ne suffit pas d’entendre l’évangile, ni de le comprendre par son intelligence, il faut le recevoir dans son cœur. « Du cœur on croit à justice » (Rom. 10. 10). Dans l’explication de la parabole du semeur, Jésus dit de ceux qui portent du fruit dans la bonne terre « ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon » (Luc 8. 15).

Nous voyons que c’est le Seigneur qui ouvrit le cœur de Lydie. Il faut que l’Esprit de Dieu opère en nous pour que nous puissions recevoir les choses de Dieu. Mais le Seigneur ne manque pas de se révéler à celui qui Le recherche. « L’Éternel est avec vous quand vous êtes avec lui ; et si vous le cherchez, vous le trouverez ; et si vous l’abandonnez il vous abandonnera » (2 Chron. 15. 2).

Lydie crut et fut baptisée ainsi que sa famille. La vie de Dieu dans cette croyante se manifesta par son empressement à servir les envoyés du Seigneur. Elle désirait recevoir chez elle l’apôtre, ses compagnons, nouveaux venus à Philippes et peut-être encore sans logis. Elle comprenait que ces serviteurs de Dieu ne pouvaient demeurer chez quelqu’un qui n’aurait pas été fidèle au Seigneur, et avec humilité elle les laissait apprécier si elle était digne d’exercer cette hospitalité. Mais en même temps elle sut vaincre la réserve de l’apôtre qui craignait toujours d’être à charge aux autres.

L’hospitalité est une précieuse manifestation de l’amour fraternel. On trouve dans les épîtres plusieurs exhortations à accomplir ce service (Rom. 12. 13 ; Héb. 13. 2 ; 1 Pier. 4. 9). C’est en particulier un privilège de recevoir chez soi des serviteurs du Seigneur.

Ruse et violence de Satan

Les jours suivants, Paul et ses compagnons continuèrent à se rendre au bord du fleuve pour la prière. Sur le trajet, ils firent la rencontre d’une servante qui était sous la puissance d’un esprit satanique. Les évangiles nous présentent beaucoup d’exemples de personnes qui se trouvaient ainsi sous la domination de démons, et que Jésus a délivrées. Notre récit appelle ce démon un esprit de python, ce qui signifie qu’il rendait des oracles et prétendait révéler l’avenir et les choses inconnues. Les maîtres de cette servante exploitaient sa condition misérable et retiraient un grand gain des prédictions qu’elle faisait à ceux qui venaient la consulter. Cette femme se mit à suivre Paul et ses compagnons en criant : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-Haut, qui vous annoncent la voie du salut ».

On peut être surpris que Satan ait fait rendre un tel témoignage à l’apôtre. Mais nous retrouvons là une de ses ruses. Il affectait de reconnaître l’œuvre de Dieu et tâchait de s’y mêler pour la compromettre. Il flattait Paul et ses compagnons pour les amener, si possible, à accepter son intervention dans leur service. Mais s’il parlait du Dieu Très-Haut et de la voie du salut, il se gardait bien de faire mention de Celui qui l’avait vaincu à la croix, Jésus, le Sauveur, le Seigneur.

Or c’est Jésus crucifié et ressuscité que Paul prêchait. Le ministère des serviteurs de Christ ne pouvait être accrédité par un agent de Satan. Il en était de même du Seigneur Jésus sur la terre, défendant expressément aux démons de faire connaître qu’Il était le Fils de Dieu (Marc 3. 12 ; Luc 4. 41).

La même scène se renouvela plusieurs jours. Après avoir usé de patience, Paul, affligé à la longue de cette insistance, pour mettre fin à cette confusion, se tourna et dit à l’esprit : « Je te commande au nom de Jésus Christ de sortir d’elle ». Le Seigneur avait donné aux siens le pouvoir de chasser les démons en son nom (Luc 10. 17 ; Marc 16. 17). C’est au nom de Jésus que, par la suite, les apôtres opéraient les miracles de guérison. Telle est la puissance de ce nom de Jésus que, à l’heure même l’esprit sortit.

Tous auraient dû se réjouir de la délivrance de cette pauvre femme. Mais ses maîtres virent seulement que la source de leur gain était tarie, et ils s’en prirent avec violence à Paul et à Silas. C’est ainsi que, aux jours du Seigneur, les Gadaréniens furent plus sensibles à la perte de leurs pourceaux qu’à la délivrance du démoniaque et, effrayés, prièrent Jésus de quitter leur territoire. Quel empire Satan exerce sur le cœur des hommes par l’amour de l’argent !

Les maîtres de la servante délivrée traînèrent Paul et Silas sur la place publique devant les préteurs, magistrats romains chargés de rendre la justice, et les accusèrent de troubler la ville en annonçant des coutumes que les Romains ne pouvaient ni recevoir, ni pratiquer. La foule, toujours docile aux suggestions de l’ennemi, s’ameuta contre ces deux serviteurs du Seigneur et, sans autre jugement, les préteurs, après avoir fait arracher leurs vêtements, leur firent donner un grand nombre de coups de verges et les jetèrent en prison.

Dieu permettait cette victoire apparente de Satan. Mais si le service de Paul semblait interrompu, le Seigneur lui préparait une occasion d’amener à Lui des âmes qui semblaient ne pas pouvoir être atteintes par l’évangile.

Conversion du geôlier

Après avoir fait battre de verges Paul et Silas, les préteurs de Philippes les remirent entre les mains du gardien de la prison et lui ordonnèrent de les garder sûrement.

Le geôlier était habitué à traiter sans ménagement les malfaiteurs à qui il avait affaire. L’ordre rigoureux qu’il avait reçu concernant Paul et Silas devait lui faire penser que c’étaient là deux hommes particulièrement dangereux. Aussi il les jeta dans la prison intérieure et immobilisa solidement leurs pieds.

Quelle situation douloureuse pour Paul et son compagnon, souffrant encore des coups qu’ils avaient reçus, retenus par les liens qui leur meurtrissaient les pieds. Ils étaient au milieu des prisonniers, traités comme les plus criminels de tous. C’était leur fidélité au Seigneur qui avait déchaîné la rage de leurs ennemis et les avait amenés là. Ils avaient la même part que leur Maître, Celui qui n’avait pas commis de péché (1 Pier. 2. 22) et qui pourtant a été lié, souffleté, frappé de verges, compté parmi les iniques (Marc 15. 28).

Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas, « en priant, chantaient les louanges de Dieu ». Ni les souffrances, ni la honte de leur condition ne pouvaient altérer leur confiance et leur joie dans le Seigneur. Bien des années après, Paul, de nouveau en prison, écrivait de Rome aux chrétiens de cette ville de Philippes « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois je vous le dirai : réjouissez-vous ». En lisant cette exhortation, les Philippiens pouvaient se souvenir de l’exemple de joie dans le Seigneur que Paul avait donné quand, dans le sombre cachot, meurtri, il entonnait avec Silas les louanges de Dieu.

« Les prisonniers les écoutaient ». Quel étonnement pour eux ! Quelle impression pouvaient faire sur l’esprit perverti la confiance, la soumission qu’exprimaient ces prières et ces chants !

Mais, du haut des cieux, Dieu aussi écoutait les prières et les louanges de ses deux serviteurs. Et Il donna sans tarder une réponse selon sa puissance « Tout à coup il se fit un grand tremblement de terre, de sorte que les fondements de la prison furent ébranlés ; et à l’instant toutes les portes s’ouvrirent et les liens de tous furent détachés ».

Cependant aucun prisonnier ne s’enfuit. Dieu n’intervenait pas pour faire évader les malfaiteurs justement captifs. Et la même puissance – qui secouait les murs de la prison, ouvrait les portes et rompait les liens – retenait aussi chacun à sa place.

Le geôlier réveillé en sursaut vit les portes de la prison ouvertes. Il crut que les prisonniers confiés à sa garde s’étaient enfuis et pensa qu’il n’avait plus qu’à se tuer pour échapper au déshonneur et au châtiment rigoureux qui l’attendait. Il tirait déjà son épée pour s’en frapper quand Paul lui cria : « Ne te fais point de mal, car nous sommes tous ici ».

Ainsi l’homme qu’il avait si durement maltraité quelques heures auparavant prenait souci de sa vie, s’empressait de le rassurer. Troublé dans sa conscience par l’intervention visible de Dieu dans ces événements miraculeux et par la supériorité morale de Paul et de Silas, le geôlier fut amené subitement à une profonde conviction de péché. Il comprenait que ces hommes extraordinaires étaient les messagers du Dieu tout puissant qui intervenait en leur faveur, et déclara que lui-même se sentait perdu.

Ayant demandé de la lumière il se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Leur place n’était plus dans la prison. Il les mena lui-même dehors et leur adressa cette question angoissée : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » Le repentir remplissait son âme jusque-là endurcie. Il se mettait humblement sous la dépendance de ceux qu’il avait méprisés et maltraités. C’était un changement complet d’attitude, une conversion.

La réponse fut immédiate : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison ».

C’est l’évangile dans toute sa simplicité, toute sa richesse. Dieu n’exige rien. Il a tout fait. Le pécheur, incapable de rien faire lui-même pour son salut, n’a qu’à croire. La bonne nouvelle n’est pas limitée. Comme dans le cas de Lydie, elle s’adressait non seulement à un individu, mais à toute sa famille.

Toujours prêts à accomplir leur service, Paul, et Silas annoncèrent la Parole du Seigneur au geôlier et à tous ceux qui étaient dans sa maison.

Là encore les fruits de la vie divine furent aussitôt manifestés par la tendre sollicitude pour Paul et son compagnon éveillée dans le cœur du geôlier comme précédemment dans celui de Lydie. Rien ne fut remis au matin : à cette heure-là de la nuit, il lava leurs plaies. Sur le champ lui et tous les siens furent baptisés. Il fit monter Paul et Silas dans sa maison. Ensemble ils se mirent à table et tous, croyant Dieu, se réjouirent.

Ils ne se contentaient pas de croire en Dieu, c’est-à-dire d’admettre son existence, mais ils croyaient Dieu, ils croyaient ce que Dieu dit. Leur foi saisissait la Parole de Dieu annoncée par Paul et Silas, comme étant la vérité.

Le lendemain les préteurs envoyèrent à la prison des agents, des licteurs, avec l’ordre de remettre en liberté Paul et Silas. Mais Paul refusa de partir ainsi. Voulant faire constater l’injustice avec laquelle avaient été traités les porteurs de l’Évangile, il dit : « Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mettent dehors ! »

Les préteurs eurent peur en entendant cette réponse. Il était formellement interdit par la loi romaine de frapper de verges un citoyen romain. Nous nous souvenons que Paul, bien que Juif, avait ce titre par droit de naissance. Les préteurs avaient outrepassé leurs droits ; ils vinrent eux-mêmes s’excuser auprès de Paul et de Silas, les libérèrent, mais les prièrent de quitter la ville.

Sans hâte, Paul et Silas prirent le temps d’entrer chez Lydie. « Ils revirent les frères et les exhortèrent ». Plusieurs avaient donc été convertis pendant leur séjour dans la ville. Ils quittèrent Philippes laissant un groupe de chrétiens, la première assemblée d’Europe. Leurs souffrances et leur travail pour le Seigneur n’avaient pas été vains.

Paul à Thessalonique

En quittant Philippes, Paul et ses compagnons s’engagèrent à nouveau sur la grande voie romaine qui traversait la Macédoine. Ils passèrent par Amphipolis qui était alors une ville importante et par une autre cité nommée Apollonie, mais il ne nous est pas dit qu’ils se soient arrêtés dans ces deux localités. Paul avait hâte, semble-t-il, d’arriver à Thessalonique où séjournaient beaucoup de Juifs et où se trouvait une synagogue.

La ville de Thessalonique était l’ancienne capitale de la Macédoine. Elle s’appelle aujourd’hui Salonique. C’est un port de mer bien situé au fond d’une grande baie, non loin de l’embouchure d’un cours d’eau important. Après cinq siècles de domination turque elle est maintenant la deuxième ville de la Grèce. Les Juifs y ont toujours été nombreux.

Fidèle à sa coutume, Paul se rendit d’abord vers les Juifs, et pendant trois sabbats il prêcha au milieu d’eux, s’appuyant sur les Écritures. Il exposait comment les livres de l’Ancien Testament annonçaient à l’avance que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts et il affirmait que les prophéties s’étaient accomplies en Jésus qui était le Christ.

Les prophètes avaient « rendu par avance témoignage des souffrances qui devaient être là part de Christ et des gloires qui suivaient » (1 Pier. 1. 11). Mais les Juifs n’avaient retenu que les promesses concernant la gloire terrestre du Messie. Ils négligeaient l’annonce d’un Christ souffrant et humilié, qui heurtait leur orgueil national. Quand Jésus vint, humble et débonnaire, au milieu de son peuple, Il fut méconnu, rejeté et finalement crucifié. Mais « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire » (1 Pier. 1. 21). Tout cela était annoncé dans l’Ancien Testament, et c’est par leurs propres Écritures que Paul expliquait aux Juifs de Thessalonique l’abaissement, la mort, la résurrection du Messie, et qu’il leur annonça Jésus.

Un petit nombre seulement de Juifs, une multitude de Grecs, et parmi eux bon nombre de femmes de premier rang, crurent et se joignirent à Paul et à Silas. Les autres Juifs, jaloux comme toujours de voir l’évangile annoncé aux nations, cherchèrent à s’opposer à Paul. Ils ne craignirent pas de prendre quelques méchants hommes pour ameuter le peuple et troubler la ville, puis finirent par assaillir la maison de Jason, chez qui logeaient l’apôtre et ses compagnons. Cherchant Paul et Silas, et n’ayant pu les trouver, ils s’en prirent à Jason et à quelques frères qu’ils traînèrent devant les magistrats de la ville en criant « Ces gens, qui ont bouleversé la terre habitée, sont aussi venus ici, et Jason les a reçus chez lui ; et ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus ».

Ces paroles troublèrent la foule et les magistrats. C’était là une accusation grave : Paul et ceux qui le recevaient se voyaient reprocher de porter atteinte au pouvoir impérial. Les magistrats cependant libérèrent Jason et les autres frères après leur avoir fait verser une somme d’argent.

Paul annonçant Jésus comme le Christ avait dut parler de sa royauté. C’était l’une des gloires du Seigneur qu’il devait proclamer. Jésus Lui-même, dans sa belle confession devant Ponce Pilate, avait affirmé qu’Il était roi mais avait bien précisé : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18. 36). C’était le principal argument des Juifs devant le gouverneur romain : « Si tu relâches celui-ci, tu n’es pas ami de César ; quiconque se fait roi s’oppose à César ». Et reniant toute dignité les principaux sacrificateurs s’étaient écriés : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19. 12 à 15).

Les accusations des Juifs devant Ponce Pilate, comme devant les magistrats de Thessalonique, étaient sans fondement. Ni Jésus, ni les apôtres ne venaient renverser le pouvoir établi. Jésus reste aujourd’hui encore le Roi rejeté. Mais un jour viendra où Il établira sur la terre, pour la bénédiction de son peuple et de toutes les nations, son règne qui durera mille ans.

Paul à Bérée

Pour faire échapper Paul et Silas à leurs adversaires, les frères les envoyèrent de nuit à Bérée. Ce n’était pas une grande ville sur la route impériale, mais une cité à l’écart dans le massif montagneux voisin.

Arrivés là, Paul et Silas entrèrent dans la synagogue et annoncèrent l’évangile aux Juifs. Ceux-ci avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique, et ils reçurent avec de bonnes dispositions la Parole que Paul prêchait. Chaque jour ils examinaient dans l’Ancien Testament si ce qui leur était annoncé était bien conforme aux Écritures. C’est ainsi qu’il faut toujours s’en référer à la Parole de Dieu.

Le Nouveau Testament n’avait pas encore été écrit, mais avec droiture, sans parti-pris, les Juifs de Bérée vérifiaient que l’enseignement de Paul concordait avec les écrits qu’ils possédaient. Ils montraient l’importance qu’avait pour eux l’évangile, en s’en occupant chaque jour. Plus privilégiés qu’eux, nous possédons la Bible entière comme guide certain, comme pierre de touche, comme la vérité. La lisons-nous avec intérêt chaque jour ?

Convaincus par le rapprochement du message de Paul et des Écritures, plusieurs Juifs crurent, et avec eux des Grecs, femmes et hommes en assez grand nombre. Mais quand les Juifs de Thessalonique apprirent que la Parole de Dieu était annoncée à Bérée, ils y vinrent aussi et agitèrent les foules contre l’apôtre. C’est ainsi que Satan avait déjà opéré quand, à Lystre, les Juifs étaient venus d’Antioche et d’Iconium pour s’opposer à Paul et à Barnabas.

Pour soustraire Paul à ce nouveau danger, les frères les firent partir de Bérée dans la direction de la mer. Ils les firent conduire, probablement par bateau, jusqu’à Athènes, la capitale de la Grèce, où Silas et Timothée devaient aller le rejoindre.

La première épître aux Thessaloniciens (ch. 2 et 3)

L’apôtre Paul avait dû quitter Thessalonique précipitamment quand les frères l’avaient éloigné de cette ville pour le soustraire aux violences des adversaires de l’évangile. Mais il continuait à penser avec sollicitude à la multitude de croyants qu’il avait laissés là. Dans la suite de son voyage, il avait appris que son départ n’avait pas mis fin à la persécution contre les chrétiens.

Aussi, à deux reprises, il avait cherché à retourner à Thessalonique pour soutenir leur foi ; mais Satan l’en avait empêché, sans que nous sachions par quel moyen. Ne pouvant aller les voir lui-même, il renonça, à Athènes, à la compagnie de Timothée, et l’envoya à Thessalonique pour y affermir et encourager ces croyants (1 Thess. 3. 1 et 2).

Après avoir rempli ce service, Timothée rejoignit Paul à Corinthe (Act. 18. 5). L’apôtre, rassuré par les nouvelles que lui apportait Timothée adressa une lettre aux chrétiens de Thessalonique. C’est la plus ancienne épître du Nouveau Testament écrite par l’apôtre Paul. Elle nous a été conservée sous le titre de « Première Épître aux Thessaloniciens ».

Cette lettre nous donne sur l’apôtre et sur les croyants auxquels il écrivait, bien des détails qui complètent le récit des Actes.

Paul y rappelle les caractères de son service : sa prédication était accompagnée, de la puissance de l’Esprit Saint et il annonçait l’évangile « dans une grande plénitude d’assurance » (1. 5). La vérité proclamée était pour lui une certitude absolue et il la présentait avec autorité.

Avant même la journée de tumulte au cours de laquelle la maison de Jason fut assaillie, et Jason traîné devant le tribunal, Paul avait eu à supporter « beaucoup de combats » pour annoncer l’évangile de Dieu aux Thessaloniciens ; mais il y avait fait face avec « toute hardiesse en Dieu » (2. 2). C’était un « bon soldat de Jésus Christ » qui savait ce que c’était que de prendre sa part des souffrances de l’Évangile (2 Tim. 1. 8 ; 2. 3).

Il ne cherchait pas à plaire aux hommes, mais à Dieu. Il lui suffisait d’être approuvé de Dieu (2. 4).

Il accomplissait son service avec un entier désintéressement. Il aurait pu, comme apôtre de Christ, être à la charge des croyants. Le Seigneur avait dit en effet : « L’ouvrier est digne de son salaire » (Luc 10. 7). Mais, pour subvenir lui-même à ses propres besoins, l’apôtre avait travaillé nuit et jour, partagé son temps entre la prédication de la Parole et le travail manuel. Nous nous souvenons que son métier était de faire des tentes.

Il était tendrement affectionné aux Thessaloniciens « comme une nourrice chérit ses propres enfants » dit-il. Et il ajoute : « Nous aurions été tout disposés à vous communiquer non seulement l’évangile de Dieu mais aussi nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers ». Il s’occupait de chacun d’eux en particulier, comme un père, pour les exhorter, pour les consoler et pour les enseigner par son propre exemple à marcher d’une manière digne de Dieu. Il joignait ainsi, à l’égard de ses enfants dans la foi, la tendresse d’une mère à la ferme affection paternelle.

Son amour s’alliait à un attachement constant à la vérité. Il ne berçait pas d’illusions ces nouveaux convertis mais, comme il avait averti déjà les disciples d’Antioche que « c’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Act. 14. 22), de même il avait annoncé à l’avance aux Thessaloniciens les tribulations qui allaient surgir. « Nous sommes destinés à cela », leur rappelle-t-il (3. 3 et 4).

Maintenant qu’il était séparé d’eux, son souci constant était que leur foi ne défaille pas. « Maintenant nous vivons, si vous tenez ferme dans le Seigneur » leur écrivait-il. Sa vie était comme suspendue aux nouvelles qu’il recevait des Thessaloniciens, et nuit et jour il priait très instamment pour qu’il lui soit accordé de les revoir afin de fortifier leur foi.

Comme Paul, en tout cela, suivait de près les traces de son Maître, le Bon Berger qui met sa vie pour les brebis, le Sauveur qui nous a aimés et s’est livré Lui-même pour nous, l’Ami qui aime en tout temps, Celui qui, maintenant auprès du Père, intercède pour nous sans se lasser et dont le désir est de nous avoir bientôt auprès de Lui !

Les Thessaloniciens, de leur côté, étaient devenus les imitateurs de l’apôtre et de ses compagnons, et par là les imitateurs du Seigneur. Leurs progrès avaient été rapides. Ils avaient reçu l’enseignement de Paul pendant trois sabbats seulement, donc trois semaines, et déjà ils étaient devenus eux-mêmes des modèles pour tous les croyants de la Macédoine et de l’Achaïe, c’est-à-dire de la Grèce actuelle. Leur témoignage dépassait même les limites de leur pays : « La Parole du Seigneur a retenti de chez vous non seulement dans la Macédoine et dans l’Achaïe, mais, en tous lieux, votre foi envers Dieu s’est répandue » peut leur écrire l’apôtre (1. 8).

La conversion des Thessaloniciens avait produit en eux des fruits qui attiraient l’attention de tous. L’accueil qu’ils avaient fait à l’apôtre, le changement complet qu’avait opéré la Parole dans toute leur existence, étaient colportés, commentés au loin. C’était là le retentissement de la Parole du Seigneur.

La plupart de ces chrétiens étaient des Grecs qui autrefois adoraient de faux dieux. Ils avaient abandonné le culte des idoles et s’étaient tournés vers Dieu, le Dieu vivant et vrai, pour Le servir. Ils avaient accepté le message que Paul apportait ; non pas comme une parole des hommes, mais ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la Parole de Dieu (2. 13). Ils avaient appris à connaître Dieu comme leur Père, manifestaient pratiquement la réalité de cette relation avec Lui ; leur vie nouvelle d’enfants de Dieu était en contraste absolu avec leur ancienne conduite.

Les fruits visibles de cette vie nouvelle étaient la foi, l’amour et l’espérance. La foi animait toute leur activité. L’amour était le mobile de leur travail pour le Seigneur et pour les siens. Leur espérance était Jésus, le Fils de Dieu, qu’ils attendaient du ciel.

1 Thessaloniciens 4 et 5

Les Thessaloniciens attendaient du ciel Jésus, le Fils de Dieu. Cette venue du Seigneur était leur espérance constante et ils pensaient bien ne pas mourir avant qu’elle se réalise. Or, depuis que Paul les avait quittés, plusieurs d’entre eux étaient morts, et les Thessaloniciens étaient dans une grande perplexité et une profonde affliction à leur sujet !

Qu’en serait-il d’eux à la venue du Seigneur ? N’éprouveraient-ils pas une perte ? Au chapitre 4 de son épître, l’apôtre répond à leurs incertitudes et c’est une occasion pour le Saint Esprit de nous préciser les détails de l’enlèvement prochain des croyants auprès du Seigneur.

Paul dit de ces chrétiens morts qu’ils « dorment » (v. 13) ou qu’ils « se sont endormis » (v. 15) ou même qu’ils « se sont endormis par Jésus » (v. 14). Le Seigneur disait de même à ses disciples : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais pour l’éveiller » (Jean 11. 11). Lazare était mort ; le Seigneur allait le ressusciter.

Quand Étienne mourut sous les pierres de ceux qui le lapidaient, il nous est dit qu’« il s’endormit » (Act. 7. 60). Nous trouverions d’autres exemples dans la Parole, mais il faut remarquer que c’est à propos des croyants seulement que la mort est comparée au sommeil.

Le chrétien, au terme de sa vie sur la terre, quitte ce monde pour entrer dans le repos : le corps retourne à la poussière et l’âme est recueillie auprès du Seigneur.

Jésus lui-même est passé par la mort. Sur la croix Il a remis son esprit entre les mains de Dieu son Père (Luc 23. 46) ; son corps a été déposé dans le sépulcre, mais au matin du premier jour de la semaine Il est sorti du tombeau et, après avoir été vu par ses disciples pendant quarante jours sur la terre, Il a été élevé dans le ciel. Le sort de ses rachetés endormis est semblable au sien. Comme Lui, ils ressusciteront, leur âme sera de nouveau réunie à leur corps qui reprendra vie, qui sera rendu semblable au corps glorieux du Seigneur, et ils seront enlevés au ciel.

C’est le Seigneur Lui-même qui va opérer cet enlèvement des siens. Bientôt Il sortira du ciel, et de sa voix puissante Il nous appellera. Les croyants endormis, y compris ceux de l’Ancien Testament, seront d’abord ressuscités, comme nous venons de le voir. Puis les croyants qui vivront encore sur la terre seront changés ; leurs corps seront transformés et rendus semblables aussi au corps glorieux du Seigneur. Tous ensemble, les croyants endormis ressuscités, et les croyants encore vivants transformés, nous tous qui appartenons au Seigneur, nous serons ravis à sa rencontre et Il nous introduira avec Lui dans la gloire du ciel.

Tout cela s’opérera en un instant, en un clin d’œil. Nous qui avons cru, nous serons ainsi toujours avec le Seigneur ! Quand Il viendra plus tard en gloire pour établir son royaume sur la terre, nous serons avec Lui. Quand, à la fin des temps de cette terre, Il fera comparaître devant son trône de jugement tous les morts incrédules, nous serons avec Lui. Pour l’éternité dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre, nous serons toujours avec Lui. Être avec Lui, c’est le bonheur parfait.

Quand va-t-Il venir pour prendre ainsi les siens ? Nous ne savons ni le jour ni l’heure. Il a dit : « Je viens bientôt » (Apoc. 22). L’apôtre Paul et les Thessaloniciens l’attendaient déjà. Nous l’attendons encore. Il peut venir d’un instant à l’autre. Pas un de ceux qui Lui appartiennent ne sera oublié. Quel bonheur : être avec Lui pour toujours !

Mais aussi quel évènement effrayant pour ceux qui ne sont pas sauvés ! Ils seront laissés sur la terre n’ayant devant eux que l’attente terrible du jugement. Parmi tous mes jeunes amis qui lisent ces lignes, y aurait-il quelqu’un qui ne soit pas sûr d’être enlevé auprès du Seigneur à sa venue ?

Après l’enlèvement des croyants le monde poursuivra sa vie loin de Dieu. Les hommes continueront à satisfaire leurs convoitises et chercheront à assurer leur avenir sur la terre. Quand ils penseront avec orgueil avoir établi eux-mêmes la paix et la sécurité, soudain le Seigneur apparaîtra pour revendiquer ses droits et exercer le jugement. Ce sera sa venue en gloire appelée « le jour du Seigneur », bien distincte de sa venue pour nous prendre avec Lui. Pour les hommes impies restés sur la terre, ce sera une destruction subite : ils n’échapperont point.

Quel contraste avec la part des rachetés qui seront alors avec le Seigneur pour toujours ! Quel contraste devrait exister, dès maintenant, entre notre conduite et celle des hommes incrédules ! Ils appartiennent aux ténèbres, dont Satan est le prince. Nous, croyants, nous sommes appelés des fils de la lumière et des fils du jour. Toute notre vie doit se dérouler en conséquence.

Aussi, à la fin de son épître, l’apôtre encourage les Thessaloniciens à persévérer dans la pratique des vertus qui les distinguaient du monde : la foi, l’amour et l’espérance.

Il leur adresse bien des exhortations pratiques pour la réalisation de la vie chrétienne. Nous pouvons en relever quelques-unes faciles à comprendre, qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux grandes personnes :

– Soyez sobres, c’est-à-dire usez de toutes choses avec modération ;

– Estimez avec beaucoup d’amour les ouvriers Seigneur ;

– Soyez en paix entre vous ;

– Venez en aide aux faibles ;

– Usez de patience envers tous ;

– Ne rendez à personne mal pour mal ;

– Poursuivez toujours le bien ;

– Réjouissez-vous toujours ;

– Priez sans cesse ;

– En toutes choses rendez grâces ;

– Abstenez-vous de toute forme de mal.

Quel programme ! Comment pourrons-nous le remplir ? Oh ! seulement avec le secours constant de Dieu. C’est Lui qui nous a appelés, qui nous a mis à part pour Lui. Il est fidèle pour nous garder jusqu’à la venue de notre Seigneur Jésus Christ.

Quand Jésus viendra pour nous prendre avec Lui, voudrions-nous qu’Il nous trouve faisant autre chose que ce qui Lui plaît ?

La seconde épître aux Thessaloniciens

Dans la première lettre que l’apôtre Paul a écrite aux croyants de Thessalonique, il leur a enseigné de quelle manière le Seigneur va venir pour enlever les siens et les introduire avec Lui dans la gloire du ciel. Il leur a rappelé aussi que le Seigneur doit ensuite revenir pour exercer le jugement sur les incrédules. C’est ce second événement qui est appelé « le jour du Seigneur ».

Les chrétiens de Thessalonique continuaient à souffrir de cruelles persécutions de la part des adversaires de l’Évangile. De faux docteurs les avaient bouleversés et troublés en prétendant que ces tribulations montraient que « le jour du Seigneur », qui sera un jour de jugement, était arrivé. Satan cherchait ainsi à décourager ces croyants et à leur faire perdre l’espérance de la venue du Seigneur pour l’enlèvement des siens.

L’apôtre, qui continuait à suivre avec sollicitude les circonstances et l’état spirituel de ces chers chrétiens, leur écrivit une nouvelle lettre, la seconde épître aux Thessaloniciens, pour les mettre en garde contre ce faux enseignement, en leur précisant les événements qui doivent suivre l’enlèvement au ciel des rachetés de Christ.

Il établit d’abord que le jugement du Seigneur ne pourra s’exercer que contre les incrédules, ennemis de l’évangile et des fidèles, mais nullement contre ceux qui auront cru. Ces derniers seront au contraire avec Lui en gloire quand Il apparaîtra pour tirer vengeance de ses ennemis. En persécutant les chrétiens, les méchants persécutaient le Seigneur, qui lie intensément les siens à Lui-même. Le Seigneur. Jésus s’associe les siens quand Il reviendra pour juger les impies.

Aucun événement n’est indiqué dans la Parole comme signe annonçant l’enlèvement des saints : nous devons attendre le Seigneur à chaque instant. Mais une fois les croyants enlevés, des événements terribles se dérouleront sur la terre et l’apôtre en donne un aperçu.

Toute croyance en Dieu sera alors reniée. C’est ce qui est appelé l’apostasie. Un homme, animé par Satan, exercera un grand pouvoir. Il s’opposera à toute religion, se prétendra lui-même être Dieu et se présentera comme tel dans le temple de Jérusalem. Il est appelé dans cette épître l’homme de péché, l’inique, le fils de perdition. Dans la première épître de Jean, il est appelé l’antichrist et dans l’Apocalypse, le faux prophète.

Les hommes rejetteront toute règle morale et se livreront au mal. Les signes de cette triste condition de l’humanité apparaissent déjà. Nous voyons des hommes méchants prêts à s’affranchir de toute contrainte pour satisfaire leurs passions. Mais Dieu laisse encore subsister dans la plupart des pays une autorité qui freine le mal et maintient l’ordre. Par ailleurs la présence du Saint Esprit dans l’Assemblée sur la terre s’oppose à l’influence de Satan. C’est le Saint Esprit que Paul appelle « celui qui retient maintenant » (ch. 2. 7).

Mais quand l’Assemblée aura été ravie dans le ciel et que le Saint Esprit sera donc loin de la terre, toute barrière sera ôtée ; rien ne mettra plus obstacle au développement du mal. Bien plus, Dieu enverra comme châtiment, sur tous les hommes qui n’ont pas cru la vérité de l’évangile, une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge.

Avant que vienne « le jour du Seigneur », il faut que se soient déroulés tous ces événements nettement annoncés par la Parole et qui remplissent en particulier une grande partie de l’Apocalypse.

Que sera terrible le sort de ceux qui seront laissés sur la terre quand le Seigneur Jésus viendra chercher les siens ! Tous mes jeunes lecteurs sont-ils bien prêts et sûrs d’être enlevés au ciel avec tous les croyants ?

À ces révélations sur l’avenir, l’apôtre lie des exhortations pour le présent. Il reconnaissait que la foi des Thessaloniciens augmentait beaucoup, que leur amour abondait, et il en rendait grâces à Dieu (ch. 1. 3). Mais leur espérance avait faibli. Il leur rappelle que c’est notre Seigneur Jésus Christ Lui-même et notre Dieu et Père qui, dans leur amour, nous ont donné une consolation éternelle et une bonne espérance par grâce et il prie pour que les Thessaloniciens soient consolés et affermis « en toute bonne œuvre et en toute bonne parole » (ch. 2. 16 et 17).

En pensant que le Seigneur allait venir, et plus encore en acceptant l’idée fausse que le jour du Seigneur était déjà arrivé, plusieurs des Thessaloniciens avaient cessé de travailler. « À quoi bon, disaient-ils, poursuivre nos occupations journalières ? » L’apôtre doit leur rappeler l’exemple qu’il leur avait donné lui-même en travaillant nuit et jour pour n’être à charge à personne. Il qualifie sévèrement de « désordre » la conduite de ceux qui ne travaillaient pas et que leur oisiveté entraînait à se mêler de tout.

Il y a sans doute chez certains un penchant naturel à la paresse. Paul avait dû réagir déjà contre cette tendance lors de son séjour à Thessalonique et leur avait dit nettement alors : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Il y avait fait allusion dans sa première épître, en les exhortant à faire leurs propres affaires et à travailler de leurs propres mains (ch. 4. 11). Il est obligé d’y revenir avec plus d’insistance dans cette seconde épître et leur enjoint de manger leur propre pain en travaillant paisiblement.

Cet enseignement de l’apôtre ne s’adresse pas seulement aux grandes personnes qui ont à pourvoir aux besoins de leur famille. Vous aussi, souvenez-vous de l’exhortation que nous trouvons au chapitre 12 des Romains : « Quant à l’activité, pas paresseux ». Dans l’aide à donner à vos parents comme dans vos études, accomplissez chaque tâche paisiblement. Il ne faut pas exécuter précipitamment, pour vous en débarrasser au plus vite, les travaux qui vous plaisent le moins et consacrer vos soins uniquement à ceux qui vous intéressent.

Vers la fin du chapitre 3 l’apôtre résume ses enseignements pratiques par cette exhortation très importante, que nous retrouvons sous une forme très voisine au chapitre 6 des Galates : « Ne vous lassez pas en faisant le bien ». Faire le bien c’est en toute chose accomplir la volonté de Dieu. Nous devons nous y appliquer, non pas par moments seulement, mais toujours et sans nous lasser.

Puni à Athènes

Nous avons laissé l’apôtre Paul à Athènes où les frères de Bérée l’avaient conduit pour le soustraire à la violence des Juifs venus de Thessalonique. Silas et Timothée ne l’avaient pas accompagné et Paul parcourait seul la ville.

Athènes, qui est aujourd’hui encore la capitale de la Grèce, était déjà à cette époque une vieille cité au passé célèbre. Elle avait été longtemps le centre de la civilisation grecque. Cinq siècles avant ce passage de Paul, les sciences et les arts y avaient atteint le degré le plus élevé peut-être de l’Antiquité. Bien que déchue de sa grandeur passée et tombée sous la domination étrangère, Athènes gardait, au temps de l’apôtre, le prestige de sa culture ancienne et les jeunes Romains de la haute société venaient y parfaire leurs études.

Les arts et la littérature antiques empruntaient souvent leurs sujets à la mythologie, ce vaste système de divinités imaginé par les Grecs. Nous avons vu comment, lors de leur passage à Lystre, Paul et Barnabas avaient été pris pour Mercure et pour Jupiter. Les Athéniens avaient édifié des temples et des autels en l’honneur d’un grand nombre de ces faux dieux. Passés maîtres dans l’art de la sculpture, ils avaient élevé beaucoup de statues représentant ces divinités. Paul découvrait ainsi une ville remplie d’idoles et s’indignait à la vue de tout cet étalage de paganisme qui était une offense au vrai Dieu.

Aussi, non content d’annoncer l’évangile aux Juifs et aux prosélytes dans la synagogue, il parlait de Jésus et de la résurrection à tous ceux qu’il pouvait aborder sur la place publique.

Les habitants de la ville, et les étrangers qui y séjournaient, passaient une grande partie de leur temps dans les rues ou sur les places. Cette population à la curiosité toujours en éveil ne se lassait pas de bavarder, de discuter et de s’intéresser à toutes les nouvelles. La prédication de Paul ne manqua pas de présenter l’attrait d’une nouveauté pour tous ces oisifs.

Parmi eux se trouvaient des philosophes, hommes instruits qui professaient rechercher ou avoir trouvé la sagesse, c’est-à-dire une règle de vie qui apportait le bonheur. Ils se réclamaient de divers chefs d’école, s’attachaient à diverses théories : les Épicuriens fuyaient la souffrance et poursuivaient les plaisirs nobles de l’esprit ; les Stoïciens vantaient l’effort de la volonté, la maîtrise de soi-même, le mépris des circonstances matérielles. Mais toute cette recherche d’une sagesse humaine ne faisait qu’éloigner les hommes de la vérité et du vrai bonheur que nous apporte la foi au Seigneur Jésus. « Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu » (1 Cor. 1. 21).

Ces philosophes, surpris d’entendre Paul parler de Jésus et de la résurrection, ne pouvaient comprendre ces choses toutes nouvelles pour eux. Certains le tournèrent en dérision ; d’autres, supposant que Jésus et la résurrection étaient des divinités étrangères que Paul annonçait, voulurent l’entendre plus à fond, et le menèrent à l’Aréopage. C’était une plateforme rocheuse consacrée au dieu Mars et où siégeait autrefois en plein air le tribunal de la cité.

Là, Paul saisit avec empressement l’occasion d’annoncer Christ à la foule qui l’entourait. Nous pouvons admirer la sagesse, donnée par le Saint Esprit, avec laquelle il sut intéresser ses auditeurs en reliant la présentation de l’évangile avec leur condition idolâtre et avec les circonstances qui l’avaient amené là. On supposait qu’il annonçait des divinités étrangères ; tout ému encore par le spectacle de l’idolâtrie qui remplissait la ville, Paul rappela qu’il avait vu un autel dédié « au dieu inconnu ». Le zèle païen des Athéniens était tel que, par crainte d’offenser une divinité qu’ils auraient oubliée ou méconnue, ils l’honoraient sous ce titre.

Paul se présente comme le messager du Dieu que les Athéniens craignaient sans le connaître. Il fait appel au sentiment d’un Être Suprême, auteur de toute chose, d’un Dieu unique et tout-puissant. Il annonce ce Dieu créateur des mondes, Seigneur du ciel et de la terre, qui ne saurait habiter dans des temples faits de main car « les cieux et les cieux des cieux ne peuvent le contenir » (1 Rois 8. 27), qui ne saurait dépendre de ses créatures, Lui qui donne la vie à tous.

C’est Lui qui a fait toutes les races humaines, issues d’une origine commune, et qui a tracé les limites des peuples pour que les hommes le recherchent et le glorifient comme Dieu. Paul, instruit dans la littérature des Grecs, cite même un de leurs poètes : « Car aussi nous sommes sa race », pour affirmer l’étroite dépendance que l’homme aurait dû retenir vis-à-vis de Dieu, source et maintien de notre vie. Cette connaissance de Dieu condamnait l’idolâtrie. Comment pouvait-on changer la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de la matière inerte façonnée par la main des hommes ?

Paul poursuit en révélant que Dieu ne veut pas que dure plus longtemps l’ignorance des hommes à son égard. Dieu fait valoir ses droits. Il ordonne à tous les hommes de se repentir, car Il a fixé un jour où Il doit juger toute la terre. Ce jugement, Dieu l’a confié à un Homme qu’Il a destiné à cela et Il en a donné une preuve certaine à tous en Le ressuscitant d’entre les morts. Cet Homme des conseils de Dieu, nous le savons, c’est « Jésus Christ, le Seigneur de tous, que Dieu a ressuscité et qu’il a établi juge des vivants et des morts » (Act. 10. 36 à 43).

Jésus avait déclaré Lui-même aux Juifs : « Le Père ne juge personne, mais il a donné tout le jugement au Fils » (Jean 5. 22) et « Le Père a donné au Fils autorité de juger » (Jean 5. 27). Sa résurrection apportait la confirmation publique de ses paroles.

Ainsi, il y a au ciel un Homme, Jésus, le Fils du Dieu, autrefois mis à mort, maintenant ressuscité, glorifié, qui bientôt jugera et condamnera tous ceux qui auront refusé de se repentir. Le même Jésus est aujourd’hui, par grâce, le Sauveur qui met à l’abri du jugement ceux qui se repentent et qui croient en Lui.

Paul, dans sa prédication, posait le fondement de la foi chrétienne en annonçant la résurrection de Christ, et Il cherchait à réveiller la conscience de ses auditeurs par l’annonce du jugement.

La résurrection des morts provoqua la moquerie des uns, la curiosité des autres, qui remirent à plus tard le soin de s’enquérir exactement à ce sujet, et perdirent sans doute pour toujours l’occasion de croire et d’être sauvés. De cette foule cultivée mais prétentieuse et insouciante, quelques hommes seulement et une femme reçurent par la foi le message de Paul et se joignirent à Lui.

Il semble qu’il n’y eut à Athènes qu’un petit nombre de croyants. Ainsi se vérifiait la parole du Seigneur : « Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents » (Mat. 11 et Luc 10), et la constatation de Paul écrivant aux Corinthiens : parmi nous « il n’y pas beaucoup de sages selon la chair » (1 Cor. 1. 26).

Aquilas et Priscilla

Sans prolonger son séjour à Athènes, Paul se rendit à Corinthe, ville située au sud-ouest, à quatre-vingts kilomètres environ. L’apôtre qui recherchait toujours la compagnie de ses compatriotes rencontra là un couple juif, Aquilas et sa femme Priscilla. Ceux-ci venaient d’arriver de Rome, d’où l’empereur Claude avait chassé les Juifs. Cette mesure ne fut d’ailleurs pas longtemps observée, et peu de temps après, les Juifs recommencèrent à affluer dans la capitale de l’empire.

Aquilas était originaire du Pont, une province de l’Asie mineure. Nous nous souvenons que Paul était né à Tarse, ville de la Cilicie, autre province de l’Asie. Comme l’apôtre, Aquilas avait pour métier de faire des tentes. Ils demeurèrent et travaillèrent ensemble. Nous avons déjà remarqué l’humilité et le désintéressement de Paul, ce grand serviteur de Dieu, qui travaillait de ses propres mains, non seulement pour pourvoir à sa subsistance, mais aussi pour venir en aide aux autres.

Quelles bénédictions pour Aquilas et Priscilla que cette rencontre, ce séjour, ce travail avec l’apôtre ! Paul devait profiter de tous les moments disponibles pour parler à ses hôtes du Seigneur Jésus et pour leur enseigner les grandes vérités qui lui avaient été révélées. Eux, de leur côté, l’écoutaient avec empressement et retenaient ses paroles dans leur cœur. Ainsi s’affermissaient entre eux les doux liens des affections chrétiennes ; ainsi aussi Aquilas et Priscilla, instruits dans la saine doctrine, étaient formés pour le service du Seigneur.

Il est parlé plusieurs fois de ce couple chrétien dans la suite du livre des Actes et dans les épîtres de Paul.

Quand, après dix-huit mois de séjour à Corinthe, Paul en partit pour se rendre à Éphèse, Aquilas et Priscilla l’y accompagnèrent et s’y fixèrent pour quelque temps, alors que Paul poursuivait sa route vers la Judée.

En ce temps-là il vint à Éphèse un Juif nommé Apollos. C’était un homme éloquent qui connaissait bien les livres de l’Ancien Testament et en s’appuyant sur ces Écritures, annonçait Jésus avec ferveur. Mais lui-même ne connaissait que le baptême de repentance prêché par Jean au Jourdain, comme nous le trouvons au début des évangiles. Aquilas et Priscilla, l’ayant entendu, le prirent à part et lui communiquèrent les enseignements précieux qu’ils avaient reçus de Paul, la révélation d’un Christ ressuscité et glorifié, les résultats de sa mort. Apollos, ce savant qui parlait avec puissance et hardiesse devant des foules, avait beaucoup à apprendre de cet humble ménage d’artisans. Instruit par eux, il put continuer son service avec l’entière communion de l’Assemblée et en exposant pleinement la vérité.

Quand, peu de temps après, Aquilas quitta Éphèse pour se rendre dans l’Achaïe, province à laquelle appartenait les Corinthiens, les frères lui donnèrent une lettre de recommandation pour les chrétiens de cette contrée. Dans son nouveau champ de travail il fut très utile, par la grâce de Dieu, pour édifier les croyants et réfuter publiquement avec toute force les Juifs, en démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ. Le service discret et fidèle d’Aquilas et de Priscilla avait ainsi d’importantes conséquences à la gloire de Dieu.

À Éphèse, leur maison était le lieu de réunion pour une assemblée, comme nous le voyons en 1 Corinthiens 16. Ce passage nous montre qu’ils n’oubliaient pas les chrétiens de Corinthe et ils chargent l’apôtre de les saluer affectueusement.

Plus tard, Aquilas et Priscilla (appelée aussi Prisca) retournèrent à Rome. Paul les fait saluer à la fin de l’épître aux Romains (ch. 16), et nous apprenons que là encore une assemblée se réunissait dans leur maison. Nous trouvons aussi dans ce passage un témoignage touchant de Paul à leur sujet. Il les nomme « ses compagnons d’œuvre dans le Christ Jésus », et il rappelle que, dans des circonstances que nous ignorons, ces amis dévoués avaient exposé leur propre vie pour sauver celle de l’apôtre. Toutes les assemblées des nations, ajoute Paul, avaient quelque sujet de reconnaissance envers eux.

Dans la dernière épître qu’il a écrite, tout à la fin de sa vie, alors que beaucoup l’avaient abandonné, Paul charge encore Timothée de ses salutations pour Prisca et Aquilas qui restaient fidèles dans leur attachement à l’apôtre prisonnier (2 Tim. 4).

Quelle vie de dévouement au service du Seigneur que celle de ces deux époux chrétiens que l’Écriture nomme toujours ensemble ! Ils étaient les imitateurs de l’apôtre, comme lui-même l’était de Christ. Tel est le fruit du premier travail de Paul à Corinthe.

Séjour de Paul à Corinthe

La ville de Corinthe, où Paul s’était rendu en venant d’Athènes, jouissait d’une situation privilégiée au fond du golfe qui porte son nom. Le sud de la Grèce, le Péloponnèse, est séparé du continent par ce golfe très allongé. Une étroite bande de terre, large de cinq à six kilomètres, l’isthme de Corinthe, reliait seule le Péloponnèse au reste de la Grèce. À la fin du siècle dernier l’isthme a été percé par un canal qui permet la navigation directe de la mer Ionienne à la mer Égée. Sous l’Empire romain, un trafic très important se faisait par voie de terre à travers l’isthme, entre le fond du golfe et le port de Cenchrée sur la mer Égée. C’était là, pour la ville de Corinthe, la source d’un commerce florissant, mais cette prospérité avait entraîné ses habitants à la poursuite des plaisirs et à des mœurs corrompues.

Dans cette ville riche et luxueuse, Paul arrivait comme un simple artisan. Silas et Timothée qui étaient restés en Macédoine vinrent bientôt l’y rejoindre. Ils lui apportaient de bonnes nouvelles des Thessaloniciens qui, à travers la persécution, tenaient ferme dans le Seigneur. Cette arrivée de Silas et de Timothée fut pour l’apôtre un grand encouragement et stimula son zèle à prêcher la Parole de Dieu. Chaque sabbat, dans la synagogue, Paul s’adressait aux Juifs et aux Grecs pour les persuader. Il affirmait en particulier aux Juifs que Jésus est le Christ.

Comme partout, il rencontrait une vive opposition de la part de ses compatriotes qui prononçaient même des paroles impies. Devant leur obstination à rejeter la vérité Paul secoua ses vêtements et leur dit : « Que votre sang soit sur votre tête, moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations ». Par le geste de secouer ses vêtements il marquait une rupture avec son auditoire, comme quand, avec Barnabas, ils avaient secoué la poussière de leurs pieds contre les Juifs d’Antioche de Pisidie (Act. 13. 51). Ces Juifs incrédules qui refusaient le salut annoncé par Paul étaient entièrement responsables de leur propre perdition : « leur sang était sur leur tête ». Paul était net de leur sang : il avait mis toute l’insistance possible à les engager à recevoir Jésus comme Sauveur ; il ne pouvait rien de plus pour eux et il ne lui restait qu’à se tourner vers les nations plus accessibles à l’évangile. C’est ainsi que l’Éternel avait dit autrefois au prophète Ézéchiel : « Si tu avertis le méchant et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté ni de sa méchante voie, il mourra, lui, dans son iniquité ; mais toi tu as délivré ton âme » (Éz. 3. 19).

Pour mettre ses paroles à exécution, Paul sortit de la synagogue et entra chez un homme des nations, nommé Juste, qui servait Dieu et dont la maison était attenante à la synagogue. Cependant son sévère avertissement ne fut pas sans résultat pour tous. Le chef même de la synagogue, Crispus, crut au Seigneur avec sa famille. Plusieurs Corinthiens crurent aussi et furent baptisés.

Paul pouvait se demander si son travail à Corinthe était terminé et s’il avait à porter l’évangile ailleurs. Mais le Seigneur ne le laissa point dans l’incertitude et s’adressa à lui dans une vision de nuit. Nous nous souvenons que c’est déjà de cette manière, dans une vision de nuit, qu’Il l’avait conduit à passer d’Asie Mineure en Macédoine (Act. 16. 9). Paul était dans une intimité assez grande avec le Seigneur pour recevoir ainsi des communications directes de sa part. Il ne nous sera sans doute pas accordé comme à l’apôtre d’avoir des visions, mais le Seigneur se plaît toujours à conduire les siens et à leur montrer le chemin à suivre. Si nous lisons assidûment la Parole de Dieu, nous discernerons sa volonté dans les circonstances de notre vie ; si, par la prière, nous Lui demandons humblement et instamment de nous diriger, Il ne nous laissera pas nous égarer.

Le Seigneur dit donc à Paul : « Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi et personne ne mettra les mains sur toi, pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville ».

Le Seigneur voyait à l’avance le grand nombre d’âmes que, par la prédication de l’apôtre, Il allait arracher aux ténèbres du paganisme et amener à Dieu. Il encouragea Paul à poursuivre la prédication en lui donnant une assurance bien précieuse : « Je suis avec toi ». Que pourraient les adversaires de l’évangile contre le Seigneur Lui-même coopérant avec son serviteur ?

Paul demeura dix-huit mois à Corinthe. L’assemblée formée par son ministère croissait en nombre. Sous son enseignement ces nouveaux convertis étaient affermis et progressaient dans la connaissance de la vérité. Paul pouvait leur écrire plus tard : « Vous avez été enrichis dans le Christ Jésus en toute parole et toute connaissance » (1 Cor. 1. 5).

Mais l’hostilité des Juifs se manifesta de nouveau. Ils s’élevèrent ensemble contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal où siégeait le proconsul Gallion représentant l’autorité romaine. Là, ils l’accusèrent d’entraîner les hommes à servir Dieu contrairement à la Loi.

Avant même que Paul eût répondu à ces accusations, Gallion déclara aux Juifs qu’il refusait de s’occuper de questions de ce genre qui ne touchaient pas à l’ordre public et il les chassa du tribunal. Les assistants se saisirent de Sosthène, le chef de la synagogue, qui était sans doute le porte-parole des Juifs, et se mirent à le battre devant le tribunal sans que Gallion, indifférent, daigne intervenir.

L’opposition des Juifs avait tourné à leur confusion. La promesse du Seigneur, « Personne ne mettra les mains sur toi », s’était réalisée. Paul put continuer son séjour à Corinthe.

Mais l’apôtre avait le désir de retourner à Jérusalem et à Antioche, capitale de la Syrie, point de départ de son ministère. Il prit congé des frères et alla s’embarquer au port de Cenchrée. Il était accompagné, comme nous l’avons vu, d’Aquilas et de Priscilla. Ils débarquèrent ensemble à Éphèse, ville importante d’Asie Mineure. Là Paul se rendit à la synagogue où il s’adressa aux Juifs.

Mais il ne s’attarda pas dans cette ville, malgré l’invitation de ceux qui voulaient le retenir. Il ajoutait toutefois, comme nous devons le faire pour tous nos projets : « si le Seigneur le permet ».

Laissant là Aquilas et Priscilla, il poursuivit son voyage par mer, débarqua à Césarée, monta à Jérusalem comme il se l’était proposé et revint à Antioche.

D’après la Bonne Nouvelle 1962

L’APÔTRE PAUL (1)

Un grand serviteur de Dieu

J’aimerais que nous nous occupions ensemble de la vie et de l’œuvre d’un grand serviteur de Dieu, l’apôtre Paul. C’est l’un des noms de la Bible que vous entendez citer le plus souvent et je suis certain que plusieurs d’entre vous sauraient trouver d’eux-mêmes quelques raisons à ce choix.

L’apôtre Paul a écrit plusieurs livres du Nouveau Testament.

En effet, il est, de façon certaine, l’auteur de 13 épîtres dont 9 sont adressées à des assemblées, et 4 à des chrétiens particuliers. De plus, le livre qui est appelé l’épître aux Hébreux est très probablement de lui.

Les écrits de l’apôtre Paul ont une grande importance, non seulement par le nombre de pages de la Bible qu’ils remplissent, mais aussi par l’intérêt des sujets qu’ils traitent.

Certaines de ses épîtres se lient de façon connue à des circonstances de sa vie, et nous pourrons, lorsque la suite du récit nous aura amenés à l’un de ces moments particuliers, étudier les lettres écrites à cette occasion.

– Mais les épîtres sont difficiles, trop difficiles pour nous !

– L’apôtre Pierre disait déjà que dans les lettres de Paul il y a des choses difficiles à comprendre (2 Pier. 3. 16). Mais elles renferment aussi beaucoup de vérités simples, qu’il importe de connaître dès le début de la vie chrétienne. Nous nous limiterons à celles-là. Et par la suite, vous pourrez en comprendre d’autres, si vous vous appliquez à la lecture de la Parole de Dieu. Tout chrétien, jusqu’à la fin de sa vie, peut dire qu’il lui reste beaucoup à apprendre dans les Écritures.

– Est-ce que nous n’avons pas aussi à étudier la vie de l’apôtre Paul, parce qu’il a été un chrétien fidèle qu’il faut imiter ?

– Certainement, et il y a beaucoup de profit à considérer sous cet aspect la carrière de ce grand serviteur. Beaucoup d’hommes de Dieu nous offrent dans la Bible de précieux exemples. Mais pour l’apôtre Paul cela est tellement vrai qu’en écrivant aux Corinthiens, aux Philippiens et aux Thessaloniciens il a pu lui-même se proposer à eux comme modèle.

– Mais savez-vous pourquoi il pouvait demander aux chrétiens d’être ses imitateurs, les en supplier même ? (1 Cor. 4. 16).

– Parce qu’il était lui-même imitateur de Christ (1 Cor. 11. 1).

C’est ce qu’il ne faut jamais oublier. Le Seigneur reste toujours le grand modèle. Dans l’épître aux Hébreux, il nous est parlé d’un grand nombre de témoins dont nous avons à imiter la foi. Mais, aussitôt après, nous sommes exhortés à fixer les yeux sur Jésus (Héb. 12. 2). L’apôtre Paul a eu des défaillances. Le Seigneur Jésus est le modèle parfait pour tous les âges de la vie. L’évangile de Luc nous le présente comme un enfant soumis à ses parents, plein de zèle pour tout ce qui concerne Dieu, avançant en sagesse et en stature (Luc 2. 49 à 52). Et dans toutes les conditions où Il peut se trouver, chaque chrétien trouve en Jésus le modèle à imiter.

Les exhortations que Paul nous adresse dans ses épîtres, en nous montrant ce que nous devons être, nous dépeignent ce qu’a été notre adorable Sauveur. Nous trouvons un exemple très net de cela dans les versets 13 et 14 du chapitre 3 de l’épître aux Colossiens.

Il y a aussi un côté de l’activité de l’apôtre Paul qui nous intéresse directement, nous qui ne sommes pas Juifs : par lui l’Évangile a été apporté aux nations.

C’est en effet le service spécial qui lui a été confié (Act. 22. 21). Il s’appelle lui-même « apôtre des nations » (Rom. 11. 13). Il dit aussi « j’ai été établi, moi, prédicateur et apôtre et docteur des nations » (1 Tim. 2. 7 et 2 Tim. 1. 11).

– Mais qu’est-ce que les nations ? Est-ce que nous en faisons partie ?

– Sans doute. Dans le Nouveau Testament ce mot désigne les hommes étrangers au peuple Juif. On emploie souvent dans le même sens le mot « Gentils ».

Paul n’a pas été le premier à présenter l’évangile à d’autres qu’aux Israélites, puisque Pierre, dès le chapitre 10 des Actes, l’annonce à des Romains dans la maison de Corneille ; mais l’apôtre Paul a été appelé à un service particulier en faveur de ceux qui n’étaient pas Juifs, non seulement en leur apportant la Bonne Nouvelle du salut dans de nombreux voyages missionnaires, mais aussi en établissant dans ses écrits que la grâce de Dieu s’étendait, sans distinctions, aux Juifs et aux autres.

Aussi, nous tous qui, par naissance, n’avions aucun droit aux promesses faites à Israël (Éph. 2. 11 et 12), nous devons apporter la plus grande attention à ces révélations de l’apôtre qui nous sont directement adressées.

Saul de Tarse, persécuteur de l’assemblée.

L’apôtre Paul, dont nous allons suivre la vie en détail, nous est d’abord présenté dans le livre des Actes jusqu’au chapitre 13 sous le nom de Saul.

– À quelle occasion son nom est-il ainsi changé ?

– C’est à son passage dans l’île de Chypre, première étape du voyage qu’il a entrepris pour porter l’évangile au loin, qu’il commence à être appelé Paul, nom sous lequel il est continuellement désigné par la suite. C’est là le début de son service particulier d’apôtre.

Saul était Juif. Il appartenait à la tribu de Benjamin. Au temps du Seigneur ceux que l’on reconnaissait comme Juifs appartenaient, pour la plupart, aux tribus de Juda, Benjamin ou Lévi qui avaient formé l’ancien royaume de Juda. Ils ne vivaient pas tous en Palestine ; beaucoup s’étaient établis dans diverses parties de l’empire romain et jusqu’à Rome même. C’est ainsi que Saul est né dans une ville de la province romaine de Cilicie nommée Tarse, port important sur la côte d’Asie Mineure. L’apôtre dit lui-même que cette ville n’est pas sans renom (Act. 21. 39).

Tout ce que nous savons de ses parents c’est que son père était pharisien (Act. 23. 6) et qu’il avait le titre de citoyen romain dont Saul a hérité par droit de naissance (Act. 22. 27).

La famille de Saul devait donc être, comme toute la secte des pharisiens, très attachée à la Loi.

Le Seigneur, dans les évangiles, met à nu le vrai caractère des pharisiens. Dans leur orgueil ils prétendaient accomplir la loi ; mais aucun homme ne peut satisfaire aux exigences des commandements de Dieu, et leur prétention les conduisait à l’hypocrisie. Ils voulaient être les conducteurs religieux du peuple et s’opposaient avec haine à l’enseignement du Seigneur, et plus tard à celui des disciples. Dieu a permis que celui qui devait écrire plus tard l’épître aux Romains et l’épître aux Galates ait été dans sa jeunesse un pharisien zélé : quand il parle de la loi c’est en connaissance de cause.

– Comment un Juif pouvait-il être en même temps citoyen romain ?

– Rome accordait ce titre à quelques hommes pris parmi les peuples qu’elle avait soumis, soit pour s’allier des personnages influents, soit en récompense de services rendus, soit même moyennant une forte somme d’argent (Act. 22. 28). La qualité de citoyen romain conférait bien des privilèges : la protection des autorités et un régime de faveur devant les magistrats et les tribunaux. À Philippes, à Jérusalem et à Césarée, Paul a revendiqué les droits attachés à ce titre.

Saul fut élevé à Jérusalem où il suivit l’enseignement d’un docteur célèbre de la Loi, pharisien, appelé Gamaliel, que le chapitre 5 du livre des Actes nous présente comme un homme honoré de tout le peuple. Il siégeait au sanhédrin qui était le tribunal suprême des Juifs et quand les apôtres comparurent devant ce tribunal et se trouvèrent menacés de mort à cause du témoignage qu’ils rendaient au Seigneur Jésus, Gamaliel donna des conseils de modération. Il admettait que l’œuvre des apôtres pouvait être de Dieu.

Nous aimons trouver chez cet homme distingué de tels sentiments de tolérance qui contrastent avec la haine des autres chefs des Juifs. Mais nous savons bien qu’il ne suffit pas d’avoir du respect pour l’évangile ou de la bienveillance et même de la sympathie pour les chrétiens. Pour être sauvé il faut recevoir l’évangile pour soi-même, par la foi, donc avec certitude, comme un pécheur qui se sait perdu et qui saisit la grâce de Dieu.

Saul était loin de partager la modération de son maître. Aveuglé par Satan, comme la plupart des principaux Juifs, il considérait le christianisme comme une doctrine impie et croyait servir Dieu en s’efforçant de le détruire.

La première mention qui nous est faite de Saul nous le montre dans sa haine contre les chrétiens. Quand le premier martyr, Étienne, paya de sa vie son témoignage fidèle pour le Seigneur, Saul, qui n’était encore qu’un jeune homme, consentait à sa mort et gardait les vêtements de ceux qui le tuaient à coups de pierre (Act. 7. 58 ; 22. 20).

La fureur de Saul contre les disciples du Seigneur ne fit que croître. Il nous est dit qu’il ravageait l’assemblée. Il entrait dans les maisons des chrétiens et traînait hommes et femmes pour les jeter en prison. Comment connaissons-nous tous ces détails ?

Luc, l’auteur du livre des Actes, nous rapporte brièvement ces faits dans le cours de son récit au début du chapitre 8, mais c’est Paul lui-même qui, à bien des reprises, raconte quelle a été sa conduite en ce temps-là.

Dans son discours du chapitre 22 des Actes, il reconnaît devant tout le peuple qu’il a persécuté les chrétiens jusqu’à la mort. Dans un autre discours prononcé pour sa défense devant le roi Agrippa, il rappelle qu’il a enfermé dans les prisons plusieurs des saints, qu’il a acquiescé à la mort de ceux que l’on condamnait et que, transporté de fureur, il les persécutait même jusque dans les villes étrangères (Act. 26. 9 à 11). Il écrit aux Galates (1. 13) qu’il avait persécuté outre mesure l’assemblée de Dieu. Il mesurait bien toute l’horreur de sa conduite passée : « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que car j’ai persécuté l’Assemblée de Dieu » dit-il aux Corinthiens (1 Cor. 15. 9).

C’est surtout dans la première épître à Timothée qu’il se juge sans ménagements : « Moi, qui auparavant était un blasphémateur, un persécuteur et un violent », et pour conclure il se classe comme le premier des pécheurs. Mais dans le même passage il dit par deux fois « miséricorde m’a été faite ».

Quel exemple ! : Dieu choisit un être indigne, un persécuteur de l’Assemblée, un ennemi déclaré de l’Évangile pour l’établir dans son service et en faire son messager « devant les nations et les rois et les fils d’Israël ».

Et Paul ne dissimule rien de son passé humiliant, maintenant complètement réglé devant Dieu, car il rappelle que son ancien état misérable fait briller la grâce du Seigneur.

La vie de Saul de Tarse a été complètement transformée par un événement extraordinaire, d’une importance telle que le livre des Actes nous en donne trois fois le récit : au chapitre 9 dans l’ordre des événements que nous rapporte l’auteur, puis aux chapitres 22 et 26 dans les discours de Paul devant le peuple et devant le roi Agrippa.

Non content de persécuter les chrétiens de Jérusalem, Saul, poussé par Satan, étendait aux villes étrangères son activité contre les disciples du Seigneur. Il lui arriva ainsi de se rendre à Damas pour se saisir des chrétiens de cette ville et les amener prisonniers à Jérusalem. Sur sa demande, le souverain sacrificateur lui avait confié des lettres adressées aux principaux Juifs de Damas qui devaient lui apporter leur concours dans cette œuvre de méchanceté.

Damas est une très vieille ville, puisqu’elle est déjà mentionnée au chapitre 15 de la Genèse comme la patrie d’Éliézer, serviteur d’Abraham. C’était la capitale de la Syrie, au nord de la Palestine. Elle subsiste encore aujourd’hui. Pour aller de Jérusalem à Damas il faut parcourir plus de 300 kilomètres. C’était une expédition de plusieurs jours avec les moyens de locomotion de l’époque, car on cheminait lentement, soit à pied, soit à dos d’animal. Mais l’acharnement de Saul contre les chrétiens ne connaissait pas d’obstacle.

Accompagné de son escorte, Saul approchait enfin de Damas quand tout à coup, en plein midi, une grande lumière, plus éclatante que le soleil, brilla du ciel comme un éclair autour de lui et de ses compagnons. Tous furent projetés à terre et Saul entendit une voix qui lui disait :

– Saul, Saul ! pourquoi me persécutes-tu ?

– Qui es-tu, Seigneur ? répondit-il.

– Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi entre dans la ville de Damas et là il te sera dit ce que tu dois faire.

Saul se releva, mais la gloire de la lumière qui les avait enveloppés l’avait privé de la vue. Aveugle, il dut être conduit par la main jusqu’à Damas et resta là trois jours sans voir, sans boire ni manger.

La splendeur de cette vision, l’autorité de la voix qu’il avait entendue, lui avaient subitement révélé la dignité de Celui qui s’adressait à lui et il l’appelle aussitôt « Seigneur ». Cette première rencontre avec Jésus comme le Seigneur dans la gloire du ciel marquera tout son ministère. Plus tard, parlant du Sauveur crucifié il l’appellera « le Seigneur de gloire » (1 Cor. 2. 8).

Saul avait pensé qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen et voilà que Celui qu’il avait jusque-là méprisé et combattu se manifeste à lui comme un Jésus glorieux qui a sur lui les droits de Seigneur et qui, du haut du ciel, s’associe à ses disciples persécutés sur la terre et ressent pour Lui-même les outrages dont on les accable. Subitement, tout ce que le jeune pharisien orgueilleux avait poursuivi avec acharnement, dans la prétention de servir Dieu, apparaissait, dans cette lumière aveuglante, comme la suprême injure faite à Dieu et à son Christ.

« Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » ajoute le Seigneur, comme le rapporte Paul dans son récit devant Agrippa (Act. 26). Ces aiguillons étaient sans doute les reproches de sa conscience qu’il s’efforçait de faire taire. Dieu lui avait déjà parlé par le témoignage fidèle que rendaient les chrétiens persécutés. Et maintenant le Seigneur en personne venait le rencontrer, l’arrêter sur son chemin.

Comme l’entrée dans Damas de cet aveugle, vaincu, conduit par la main, était loin des projets audacieux qu’il avait formés ! Ses yeux ne pouvaient plus rien discerner des choses de la terre, mais dans quelle obscurité morale plus profonde encore se débattait son âme ! Quel effondrement ! Quel désespoir aurait pu l’accabler si la même voix, l’engageant à poursuivre sa route, ne l’avait assuré qu’il ne serait pas laissé à son désarroi mais que d’autres communications touchant un avenir pour lui allaient lui être faites. « Il te sera dit ce que tu dois faire ».

Une conversion est un changement de direction. Nous trouvons dans le Nouveau Testament bien des cas de conversion – bien des exemples d’hommes qui marchaient loin de Dieu et qui, amenés dans sa lumière, se sont tournés vers Lui et ont été sauvés. Mais l’exemple le plus saisissant paraît bien être celui de Saul, arrêté sur le chemin, convaincu sur-le-champ de son égarement ; brisé dans son orgueil, menant deuil sur son péché pendant trois jours dans les ténèbres et dans le jeûne, jusqu’à ce que Dieu lui fasse entendre un message de pardon et de paix.

C’est une rencontre personnelle de Jésus que Saul fait sur le chemin de Damas. C’est l’un des deux seuls exemples où notre Seigneur se désigne Lui-même sous son nom d’homme « Jésus ». Dans les évangiles, Il s’adresse à ses disciples ou aux Juifs – Il s’appelle lui-même « le Fils de l’homme ». Ici, venant rencontrer Saul sur son chemin d’opposition et de haine, Il prend le nom sous lequel il avait vécu dans l’humilité sur la terre.

Le Seigneur dans la gloire était le même Homme, le même Jésus débonnaire et méprisé, né dans l’étable de Bethléem, qui était passé de lieu en lieu faisant du bien et qui avait été cloué sur la croix du Calvaire.

Ce Jésus, Dieu L’a ressuscité et L’a exalté à sa droite (Act. 2. 32 et 33). Toute l’incrédulité que Saul, comme les principaux des Juifs, avait opposée au message de la résurrection proclamé par les apôtres, tombe devant cette révélation.

Désormais Jésus sera son Seigneur, son maître. Il ne vivra que par Lui et pour Lui. Telle est la part de tous les rachetés de Jésus. Il faut avoir affaire personnellement avec Lui. Nous devons croire en Lui comme en notre Sauveur qui a expié nos péchés à la croix. Nous devons Le reconnaître aussi comme notre Seigneur. Gardons-nous d’oublier qu’Il a tous les droits sur nous.

Dans sa réponse, nous l’avons vu, le Seigneur montre combien Il est étroitement associé aux siens. Les persécuter, c’était Le persécuter, Lui. C’est l’affirmation touchante de notre union avec Lui.

Il y a là un enseignement que l’apôtre Paul développera plus tard dans ses épîtres aux Corinthiens, aux Éphésiens et aux Colossiens. Tous les croyants sont les membres du corps de Christ dont Lui est la tête glorifiée dans le ciel. Toucher à un membre du corps, c’est toucher au corps tout entier, c’est toucher à la tête même. Qu’il est précieux pour le cœur de chaque croyant encore sur la terre de se sentir uni par de tels liens à Jésus dans la gloire, et qu’il est doux d’entendre ici notre bien-aimé Sauveur l’affirmer Lui-même dans sa réponse à Saul !

Le message d’Ananias

Il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Paul dit de lui, plus tard, que c’était un homme pieux selon la Loi, qui avait un bon témoignage de tous les Juifs de cette ville (Act. 22. 12).

Le Seigneur l’appelle dans une vision : « Ananias ! » Nous trouvons dans le livre des Actes plusieurs récits où le Seigneur s’adresse ainsi à l’un des siens, soit directement, soit par le moyen d’un ange.

Ananias est prompt à répondre : « Me voici, Seigneur » (Act. 9. 11). Le Seigneur lui dit : « Lève-toi, va dans la rue appelée la Droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car voici, il prie, et il a vu dans une vision un homme nommé Ananias qui entrait et lui imposait les mains pour qu’il recouvre la vue ».

Les indications données à Ananias sont simples. Toute cette conversation est empreinte d’une douce intimité. On sent qu’Ananias vivait de façon habituelle dans la présence du Seigneur. Il est prêt à obéir, mais dans la liberté qu’il connaît avec son Maître il Lui présente ce qu’il a déjà entendu dire de Saul et ne cache pas son étonnement : « Seigneur, j’ai entendu beaucoup de personnes dire, à propos de cet homme, tout le mal il a faits à tes saints dans Jérusalem ; et ici il a pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom ».

Mais le Seigneur avec patience donne réponse aux questions qui montent dans l’esprit de son serviteur et lui révèle son propos à l’égard de Saul : « Va ; car cet homme est un instrument que je me suis choisi pour porter mon nom devant les nations, les rois et les fils d’Israël ; car je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom ».

Vivre dans l’intimité du Seigneur comme Ananias est un privilège dont tout croyant peut jouir encore aujourd’hui. Nous avons toujours la liberté de lui exposer simplement par la prière tout ce qui nous préoccupe, et nous recevons par sa Parole la communication de ses pensées.

Dieu opère chez Saul une transformation complète pendant ces trois jours de jeûne et d’obscurité. « Voici, il prie » : c’est ainsi que le Seigneur le présente à Ananias. Quel changement ! Le jeune pharisien orgueilleux qui jusque-là n’était guidé que par ses propres pensées et prétendait les imposer aux autres même par la violence, est devenu un homme dépendant qui implore humblement Dieu. Et Dieu répond. Il va lui envoyer son disciple, mais à l’avance Il annonce à Saul, par une vision, cette visite et Il lui précise même le nom de ce messager, son geste d’imposition des mains et la guérison qui suivra.

Ce que Dieu a en vue pour Saul dépasse de beaucoup ce que devait attendre cet homme en prière. Non seulement la vue va lui être rendue et le pardon de ses péchés va lui être annoncé, mais il lui sera révélé comment Dieu l’a choisi pour un service exceptionnel.

Lui qui s’était acharné contre le nom de Jésus et contre ceux qui invoquaient ce nom béni allait avoir à proclamer ce nom même devant les nations, dans les vastes contrées où il n’avait jamais été entendu, devant les rois, l’auditoire le plus difficilement accessible – et aussi, mais cela ne vient qu’en troisième lieu, devant les fils d’Israël, ses frères selon la chair auxquels il est toujours resté fidèlement attaché. Ce service entraînerait bien des tribulations. Après avoir tant fait souffrir les fidèles qui invoquaient le nom du Seigneur, Saul, désormais, souffrirait beaucoup pour ce nom et il estimerait cela comme un privilège, comme un don gratuit (Phil. 1. 29).

Ananias, serviteur docile, se rend aussitôt dans la maison où séjourne Saul et lui impose les mains. C’est là un geste d’association. Ananias ne considère plus Saul comme le persécuteur, mais comme un homme repentant, un frère dans la foi, un disciple lui-aussi de Jésus. Il lui dit : « Saul, frère, le Seigneur, Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu allais m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint ».

C’est Jésus qui domine cette scène, comme il dominera dorénavant toute la vie de Saul. C’est Jésus qui l’avait arrêté sur le chemin et qui maintenant lui envoie Ananias. C’est par Jésus qu’il recouvre la vue, qu’il reçoit le pardon de ses péchés et le don du Saint Esprit.

Aussitôt des yeux de Saul tombent comme des écailles, et il voit. Ce miracle dans le domaine corporel est l’image de ce qui se passe dans son âme : sa propre justice, sa prétention de servir Dieu et d’accomplir la loi, tout ce qui obscurcissait son jugement et le retenait dans un aveuglement moral, tout cela disparaît. Dès maintenant, par la foi, il peut voir Jésus ; il s’attachera lui-même et exhortera les autres à Le contempler, à Le considérer, à fixer les yeux sur Lui (Héb. 2. 9 ; 2 Cor. 3. 18 ; Héb. 12. 2 et 3).

Le récit du chapitre 22 des Actes ajoute ces paroles d’Ananias : « Et maintenant pourquoi tardes-tu ? Lève-toi, sois baptisé, et lave-toi de tes péchés, en invoquant son nom ». Les choses vieilles sont passées, Saul n’a plus à s’y attarder. Il appartient à un ordre de choses tout nouveau. Il entre par le baptême dans ce christianisme qu’il avait cherché à détruire.

Une vie de consécration à son Seigneur s’ouvre devant lui. Il mange, il reprend des forces et il demeure quelques jours avec ces mêmes disciples de Damas qu’il était venu persécuter.

Il ne peut garder pour lui-même les révélations merveilleuses qu’il a reçues. Il entre dans les synagogues des Juifs et il leur annonce Jésus. Il affirme que Celui-ci est le Fils de Dieu. Sa prédication a d’abord pour sujet la gloire personnelle de Celui qui s’est révélé à lui. Jésus lui-même avait maintes fois déclaré dans les évangiles qu’il était le Fils de Dieu, et c’est ce témoignage qui le fit condamner à mort.

Les discours de Saul étaient d’autant plus saisissants que nul n’ignorait sa violente opposition à Christ et aux chrétiens à Jérusalem, ni les projets de persécution qui l’avaient amené à Damas.

Mais il se fortifiait de plus en plus, confondait les Juifs et démontrait que Jésus était le Christ. Instruit dans les Écritures, comprenant maintenant avec le secours du Saint Esprit ce que l’Ancien Testament disait à l’avance de Jésus, Saul pouvait donner des preuves convaincantes de cette vérité : Jésus, le rejeté, le crucifié, est le Christ.

Quand le Seigneur interroge sur Lui-même ses disciples, dans le chapitre 16 de Matthieu, Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est cette double révélation – Jésus, le Fils de Dieu – Jésus, le Christ, que Saul apporte dans les synagogues de Damas.

Christ est la traduction grecque du mot hébreu Messie qui signifie Oint (Jean 1. 41 ; 4. 25). Moïse, David, les prophètes avaient annoncé un grand libérateur, un roi qui régnerait en justice, un descendant de David qui rétablirait le royaume de son père, et apporterait la bénédiction à son peuple. C’est ce Messie promis que les Juifs attendaient.

Dans le premier chapitre de Jean, André dit à Simon : « Nous avons trouvé le Messie (le Christ) » et c’est exactement dans cette pensée que Philippe dit aussitôt après à Nathanaël : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi et dont les prophètes ont écrit, nous l’avons trouvé ». C’est sous ce titre que Jésus se présentait d’abord à son peuple. Mais « Il vint chez soi et les siens ne l’ont pas reçu ».

Mais ceux qui le reçoivent discernent en lui par la foi, non seulement l’Oint de Dieu, le Christ annoncé, celui sur qui reposent toutes les promesses faites à Israël, mais le Fils de Dieu, le Fils Unique que, dans son amour pour le monde, Dieu a donné « afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle ».

« Mais tout cela a été écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (Jean 20. 31).

L’école de Dieu

La suite du récit du chapitre 9 des Actes indique que des jours en grand nombre se sont écoulés avant que Saul retourne de Damas à Jérusalem. Paul précise aux Galates que ce séjour dura trois ans, et que pendant cette période, il fit un voyage en Arabie sur lequel nous n’avons pas d’autres détails.

Le témoignage que Saul rendait au Seigneur Jésus ne manqua pas de lui attirer la haine des Juifs. Ils s’étaient d’abord étonnés de l’entendre prêcher Christ avec force, lui qui peu auparavant déployait tant d’ardeur dans la persécution contre les chrétiens. Mais leur surprise fit bientôt place à une violente hostilité et ils décidèrent de le faire mourir. Ils surveillèrent jour et nuit les portes de la ville pour le tuer. Ils obtinrent même le concours du gouverneur du roi Arétas, qui fit garder la ville pour se saisir de lui (2 Cor. 11. 32).

C’est ainsi que les hommes qui s’opposent à Dieu trouvent facilement un concours parmi leurs semblables : le peuple d’Israël avec ses chefs s’est joint aux Romains pour faire périr Jésus ; bien des fois dans la suite de l’histoire de l’apôtre Paul, nous verrons les Juifs ameuter contre lui les gens des nations. Tel est le monde toujours unanimement opposé à Dieu et rebelle à sa grâce.

Mais Saul apprit le complot qui se tramait contre lui, et les disciples le firent échapper en le dévalant dans une corbeille par une fenêtre à travers la muraille.

Saul était entré à Damas aveugle, brisé, conduit par la main. Il en repartait à la dérobée et, par une fuite humiliante, échappait avec peine à ceux qui voulaient attenter à sa vie. Comme tout cela contraste avec la mission qu’il avait sollicitée et obtenue du souverain sacrificateur et dont il comptait s’acquitter brillamment.

Mais Paul, parti de Jérusalem la haine au cœur, misérable quant à Dieu, y retournait étreint par l’amour du Christ, riche de toute la grâce du Seigneur.

Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples. Mais les chrétiens, se souvenant de la part qu’il avait prise au meurtre d’Étienne et aux persécutions qui avaient suivi, doutaient de sa conversion, le craignaient et l’évitaient.

Il y avait dans l’assemblée de Jérusalem un frère nommé Barnabas qui a joué par la suite un rôle important dans la vie de l’apôtre Paul. Il appartenait à la tribu de Lévi et était né dans l’île de Chypre, donc, comme Saul, en dehors de la Palestine. Il nous est parlé de lui dès le début de l’histoire de l’Assemblée à la fin du chapitre 4 des Actes. Possesseur d’une terre, il la vendit et en apporta le prix aux apôtres pour que cet argent soit distribué aux chrétiens qui étaient dans le besoin. Son nom était primitivement Joseph, mais les apôtres, appréciant son désintéressement, l’appelèrent « Barnabas » ce qui signifie « fils de consolation ». C’est sous ce nom qu’il est continuellement désigné dans le Nouveau Testament.

Barnabas prit Saul, le mena aux apôtres, leur raconta comment il avait vu et entendu le Seigneur sur le chemin, et comment, à Damas, il avait ouvertement parlé au nom de Jésus. Saul demeura ainsi quelques jours chez l’apôtre Pierre.

Il ne restait pas inactif. Allant et venant dans Jérusalem, il parlait du Seigneur. Il s’adressait particulièrement aux Juifs qui, comme lui, n’étaient pas originaires de Palestine, qui parlaient en général la langue grecque, et que l’on appelait pour cela les Hellénistes. Saul ne craignait pas d’entrer en discussion avec eux ; mais son zèle pour le Seigneur lui attira de nouveau la haine des opposants qui cherchaient à le faire mourir.

Les frères de Jérusalem eurent connaissance de ce méchant dessein, et pour faire échapper Saul l’envoyèrent à Tarse, sa ville d’origine. Nous ne savons pas combien de temps dura ce séjour-là, mais nous pouvons bien penser que, toujours actif, il continua d’annoncer Jésus à ceux qui l’entouraient.

Saul était appelé à un grand service pour le Seigneur. Il devait apporter l’évangile aux nations. Dès sa conversion, nous le voyons plein de zèle pour parler de Jésus autour de lui. Mais avant que puisse commencer son ministère d’apôtre, il devait être formé pour cela par Dieu Lui-même. L’Arabie, c’est le désert. Quand Saul a interrompu son séjour à Damas et s’est retiré pour un temps en Arabie, il s’isolait avec Dieu.

Il se trouvait là à l’école de Dieu, il recevait la révélation de ses pensées, il apprenait les leçons nécessaires à sa formation.

C’est ainsi que Dieu prépare ses serviteurs, dans la retraite avec Lui : quand Moïse, âgé de 40 ans, sortit pour visiter ses frères, il voulut s’employer aussitôt à leur délivrance. Mais les Israélites ne reconnurent pas sa mission et il dut s’enfuir et séjourner comme étranger dans le pays de Madian pendant quarante ans. Ce n’est qu’au bout de ce long temps à l’écart, dans le secret, qu’il fut appelé par l’Éternel et envoyé vers le Pharaon pour faire sortir d’Égypte le peuple d’Israël.

Quand David se présenta pour lutter contre Goliath, il connaissait les délivrances de l’Éternel pour les avoir apprises au désert, loin de tous, dans la lutte contre le lion et contre l’ours.

II en est ainsi aujourd’hui encore : dès qu’un croyant a reçu Jésus comme son Sauveur, il peut et doit parler autour de lui du salut que Dieu lui a accordé ; il a le privilège d’être un témoin de Christ avec le secours du Saint Esprit. Mais pour accomplir un ministère public au service du Seigneur il faut avoir été à l’école de Dieu qui enseigne de bien des manières, par sa Parole et par les expériences qu’Il permet. Il n’est pas d’enseignement donné par les hommes qui puisse suppléer à ces leçons-là.

Nous remarquons aussi que ce n’est que trois ans après sa conversion que Saul prend avec les apôtres un contact d’ailleurs assez bref. Il ne remontera ensuite à Jérusalem qu’au bout de quatorze ans, c’est-à-dire à la fin de son premier voyage missionnaire (Gal. 2. 1 ; Act. 15). Il tenait son appel directement du Seigneur. Son ministère n’avait pas à être accrédité par d’autres. Son enseignement reposait sur les vérités qui lui avaient été directement révélées.

Il était dans les pensées de Dieu que la prédication de l’évangile s’étende aux nations, dans les débuts tout au moins, indépendamment des apôtres restés à Jérusalem, attachés encore aux formes du culte Juif. Il devait être bien établi que le christianisme était entièrement distinct du judaïsme.

Nous voyons enfin que Saul dut séjourner à Tarse, sa ville d’origine. Quand le Gadarénien eut été délivré des démons, il pria Jésus de lui permettre de Le suivre. Mais Jésus le renvoya chez lui et lui dit : « Va dans ta maison, auprès des tiens, et raconte-leur tout que le Seigneur a fait pour toi et comment il a usé de miséricorde à ton égard ». Et l’homme s’en alla et se mit à publier, par toute la ville et dans toute la contrée ce que Jésus lui avait fait (Marc 5 ; Luc 8). Son témoignage fut reçu par ses compatriotes, puisque Jésus, quand il revint dans ces parages, fut reconnu, bien accueilli, et put opérer beaucoup de guérisons (Marc 6. 53).

C’est d’abord à ceux qui vivent avec nous que nous devons parler de Jésus. C’est quelquefois plus difficile que de s’adresser à des étrangers. On craint davantage la moquerie d’un camarade de tous les jours que celle d’un inconnu.

Nous risquons souvent d’être empêchés de parler de l’évangile à nos proches, parce que nous sentons que nos paroles ne correspondraient pas à notre conduite qu’ils observent et qu’ils connaissent bien.

Souvenons-nous que notre témoignage pour le Seigneur ne doit pas être en paroles seulement, mais dans toute notre manière de vivre.

L’assemblée d’Antioche

La persécution qui avait suivi la mort d’Étienne avait dispersé les chrétiens de Jérusalem. Seuls les apôtres étaient restés dans cette ville. Les autres croyants s’étaient enfuis dans les contrées voisines, en Judée et Samarie. Certains passèrent plus loin, jusque dans l’île de Chypre ou vers le nord de la Palestine jusqu’en Phénicie et à Antioche.

Antioche, à 500 kilomètres au nord de Jérusalem, était alors une très grande ville – en importance, la troisième de l’empire romain, après Rome et Alexandrie. Il y affluait des gens de toutes nationalités et entre autres des Juifs.

Les chrétiens dispersés, pleins de zèle pour le Seigneur, parlaient de Lui aux Juifs qu’ils rencontraient. Certains même qui étaient originaires de Chypre ou de Cyrène, habitués à avoir des relations avec les gens des nations, annoncèrent Jésus aux Grecs d’Antioche. Le Seigneur bénit le témoignage qu’ils rendaient, si bien que beaucoup de leurs auditeurs crurent et se tournèrent vers le Seigneur.

Satan avait cherché, par la persécution, à anéantir le christianisme naissant ; mais Dieu s’est servi de la dispersion de ses enfants pour faire propager l’évangile. C’est ainsi que l’ennemi fait une œuvre qui tourne à sa confusion. Dieu, souverain, fait concourir toutes choses à sa propre gloire.

Il est beau de voir comment ces exilés, au lieu de s’appesantir sur leurs difficultés, s’employaient à faire connaître à d’autres le Sauveur qu’ils avaient trouvé.

Leur cœur était occupé de Jésus, et de l’abondance du cœur, la bouche parle (Luc 6. 45). Tout croyant, si simple soit-il, peut ainsi être un messager de la grâce auprès de ceux qui l’entourent, s’il est lui-même plein de l’amour du Seigneur.

L’assemblée qui était à Jérusalem entendit parler de cette œuvre de Dieu et envoya à Antioche Barnabas, ce disciple que nous avons déjà vu consacrer ses biens aux besoins de ses frères et amener Saul aux apôtres. Ceux-ci l’avaient appelé « fils de consolation ».

Il nous est dit de lui maintenant qu’il était « homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi ». Il était ainsi bien qualifié pour accomplir un service utile près de ces croyants d’Antioche. Étant lui-même originaire de Chypre, il était à même de bien les comprendre.

Quand il arriva à Antioche « il vit la grâce de Dieu et s’en réjouit ». Cet homme de foi ne s’arrêtait pas aux résultats visibles, mais remontait à la source et ce qu’il discernait, c’était la grâce de Dieu à l’œuvre.

Nous pouvons penser que Barnabas, rempli de l’Esprit Saint, avait beaucoup de choses à dire aux fidèles d’Antioche. Mais toutes se résument à ceci : « Il les exhortait à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur ».

C’est ce que Jésus enseignait Lui-même à ses disciples dans cette belle image du sarment attaché au cep. Combien de fois il parle de « demeurer en Lui », de « demeurer dans son amour » dans le chapitre 15 de l’évangile de Jean.

Toute notre conduite chrétienne doit découler de notre attachement de cœur au Seigneur. Et c’est à son amour à Lui pour nous que s’alimentent nos affections. Pensons davantage à l’amour qui L’a conduit à se livrer Lui-même pour nous, à l’amour dont Il nous entoure chaque jour, à cet amour qui nous veut avec Lui pour l’éternité ; c’est ainsi que nous pourrons l’aimer un peu mieux en retour. « Nous, nous aimons parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19).

S’il veut que notre cœur l’aime

Sans partage, ni détour,

C’est qu’il est d’abord lui-même

Immuable en son amour.

« Une grande foule fut ajoutée au Seigneur » : Tel fut le résultat du témoignage rendu par ces croyants fidèles et de la prédication de Barnabas. Il y a là plus que la mention du salut par la foi pour un grand nombre d’âmes ; il y a le rappel des liens établis avec Christ pour tous ces nouveaux convertis.

L’œuvre de Dieu prospérait. Selon les expressions du Seigneur (Mat. 9. 37), la moisson était grande et il fallait que le maître de la moisson (Dieu Lui-même) y pousse de nouveaux ouvriers. Barnabas était loin de vouloir conserver pour lui-même une place prépondérante. Il se rendit à Tarse où Saul s’était réfugié et le ramena avec lui à Antioche. Là commença pour ces deux serviteurs de Dieu un ministère commun qui s’étendit par la suite à bien d’autres champs d’activité. Pendant toute une année ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule. Leur prédication ne se limitait pas aux premiers rudiments de l’évangile, mais ils s’appliquaient à affermir les âmes dans toute la vérité.

Leur activité eut des résultats bénis : les croyants d’Antioche parlaient de Christ et dans leur conduite manifestaient la vie de Christ, si bien qu’on les appela du nom de Christ. Pour la première fois les disciples reçurent le beau nom de chrétiens.

Ce nom, hélas, a été pris depuis par bien des hommes qui n’ont que la profession sans la réalité. Mais il reste un titre précieux pour ceux dont la vie est vraiment liée à celle de Jésus, pour ceux qu’Il appelle lui-même les siens.

Les deux assemblées de Jérusalem et d’Antioche continuaient à être en relations suivies. Des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L’un d’eux nommé Agabus, que nous retrouvons bien plus tard dans l’histoire de Paul, déclara par le Saint Esprit qu’une grande famine aurait lieu dans toute la terre.

Il y avait encore en ce temps-là, comme dans l’Ancien Testament, des révélations de Dieu par prophétie concernant les évènements à venir.

Maintenant, nous possédons la Parole de Dieu complète et le prophète est celui qui, parlant de la part de Dieu par le Saint Esprit, applique la Parole aux cœurs et aux consciences pour l’édification, l’exhortation et la consolation de l’Assemblée.

À l’annonce de cette famine, l’égoïsme naturel du cœur de l’homme ne l’aurait incité qu’à amasser des provisions pour se mettre à l’abri de la disette. Mais l’amour qui animait les disciples d’Antioche les pousse à penser aussitôt à leurs frères de Judée qui, après les persécutions qu’ils avaient subies, pouvaient être dans un plus pressant besoin qu’eux-mêmes et ils décidèrent de leur envoyer un secours auquel chacun contribua selon ses ressources.

Plus tard l’apôtre Paul exhortera les Corinthiens à participer ainsi à une collecte semblable, chacun donnant selon qu’il aurait prospéré (1 Cor. 16. 2). Dieu aime celui qui donne joyeusement (2 Cor. 9. 7).

Nous devons être reconnaissants quand Il nous accorde l’occasion de manifester de façon pratique l’amour chrétien en faisant part de nos biens à nos frères matériellement moins favorisés. Nos dons doivent être d’autant plus importants que nos ressources sont plus élevées. L’apôtre Paul ordonne par Timothée à ceux qui sont riches de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, d’être libéraux, prompts à donner (1 Tim. 6. 18). Et le Seigneur est attentif au dévouement de ceux qui, pauvres eux-mêmes, se privent pour secourir les autres : il apprécie la pite de la veuve, le verre d’eau froide donné en son nom.

C’est à Barnabas et à Saul que fut confié le soin de porter aux anciens de la Judée les sommes recueillies. Quelle joie pour eux d’être les messagers de ce témoignage d’amour fraternel !

L’appel de Saul et de Barnabas

Barnabas et Saul retournèrent à Antioche après avoir remis aux anciens de Jérusalem les secours dont ils avaient été chargés pour les frères de Judée.

Ils amenaient avec eux un neveu de Barnabas appelé Jean, mais désigné généralement par son surnom de Marc.

Nous trouvons dans le chapitre 12 des Actes que c’est vers la maison de Marie, mère de Marc, que s’est dirigé l’apôtre Pierre aussitôt qu’il a été tiré hors de la prison par l’intervention d’un ange. Il allait là tout naturellement, comme vers une maison amie. Et là, en effet, se trouvaient rassemblés plusieurs disciples qui priaient pour lui. Marc appartenait donc à une famille dévouée au service des saints.

Dieu continuait à bénir l’assemblée qu’Il avait formée à Antioche et pourvoyait à l’édification et à l’encouragement des siens. Il y avait là des prophètes et des docteurs : Barnabas, Siméon Niger, Lucius le Cyrénéen, Manahem et Saul.

Comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : « Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ».

Dans la Parole, le jeûne accompagne souvent la prière : ces hommes de Dieu mettaient de côté les préoccupations matérielles, s’abstenaient de ce qui satisfait la chair et renonçaient même pour un temps à prendre toute nourriture afin d’être uniquement aux affaires du Seigneur.

Dans cette séparation complète des choses de la terre, ils se trouvaient bien préparés pour discerner la pensée de Dieu et ils reçurent directement ses communications par le Saint Esprit. Suivons cet exemple : pour demeurer dans la communion avec le Seigneur et connaître sa pensée il ne faut pas se laisser absorber par les affaires de la vie.

Barnabas et Saul sont ainsi l’objet d’un appel spécial pour une mission dont nous allons voir l’importance. Ils sont mis à part à Antioche, en dehors de toute intervention des apôtres alors à Jérusalem. Ce ministère indépendant de tout ce qui aurait pu avoir un caractère d’autorité humaine, relevait directement de Dieu par les directions du Saint Esprit.

Après avoir à nouveau jeûné et prié, les compagnons de Saul et de Barnabas leur imposèrent les mains. Nous avons déjà vu, quand Ananias mit les mains sur Saul à Damas, que c’est là un geste d’association. Barnabas et Saul partaient pour leur nouveau champ d’activité avec la pleine communion de ceux avec qui ils avaient travaillé jusque-là. Si l’appel de Dieu est la condition première pour s’engager dans le service du Seigneur, la communion fraternelle doit aussi être recherchée.

Première étape : l’île de Chypre

Envoyés par le Saint Esprit, Barnabas et Saul trouvent le chemin tracé d’avance par Dieu lui-même.

C’est ainsi qu’ils allèrent s’embarquer à Séleucie, port qui desservait la ville d’Antioche et qui a maintenant disparu. De là ils se rendirent par mer dans l’île de Chypre, la patrie de Barnabas. Ils étaient accompagnés par Marc, qui les aidait dans le service.

Arrivés à Salamine, grande ville sur la côte est de l’île, « ils annonçaient la Parole de Dieu dans les synagogues des Juifs ». C’est ainsi qu’ils allaient procéder à chaque étape de leur voyage, prêchant d’abord l’évangile aux Juifs. Leur attachement à leurs frères selon la chair les poussait sans doute à s’adresser à eux en premier lieu, mais il était bien aussi dans la pensée de Dieu que la bonne nouvelle du salut fût annoncée au Juif premièrement puis au Grec (Rom. 1. 16). La mention de plusieurs synagogues à Salamine semble indiquer qu’il y avait un grand nombre de Juifs dans cette ville.

Barnabas et Saul traversèrent ensuite l’île de Chypre dans toute sa longueur pour arriver à Paphos, ville de la côte ouest, à deux cents kilomètres environ de Salamine. Là se trouvait le représentant du pouvoir romain, le proconsul Serge Paul, homme intelligent qui recherchait la vérité.

Il y avait auprès de lui un Juif, dénommé Bar-Jésus ou Élymas qui se prétendait prophète et pratiquait la magie. Par ses pratiques surnaturelles, Élymas cherchait à s’assurer une influence sur l’esprit du proconsul. Ce dernier fit appeler Barnabas et Saul et leur demanda d’entendre la Parole de Dieu. Mais le magicien Élymas, mécontent de l’intérêt que Serge Paul prenait au message des apôtres et craignant que son prestige en souffrît, leur résistait, cherchant à détourner le proconsul de la foi.

C’est alors que Saul reprit sévèrement ce contradicteur. Il le fit, non dans un mouvement de colère naturelle, mais sous l’action et avec l’autorité de l’Esprit Saint. Ses paroles démasquaient le véritable caractère d’Élymas : « toi qui est plein de toute fraude et de toute méchanceté, fils du diable, ennemi de toute justice » – et en même temps prononçaient sur lui un jugement de la part de Dieu : « La main du Seigneur est sur toi : tu seras aveugle, sans voir le soleil pour un temps ». Ce châtiment s’exécuta aussitôt. Élymas, frappé de cécité, cherchait à tâtons quelqu’un qui le conduisît par la main.

Combien est grave la condition des hommes qui s’opposent à l’évangile. Ils sont des instruments dans les mains de Satan et participent à ses œuvres de ténèbres. « Fils du diable » peut dire Paul à Élymas. Le Seigneur disait de même aux Juifs qui s’opposaient à lui : « Vous, vous avez pour père le diable, et vous voulez faire les convoitises de votre père » (Jean 8). Ce faux prophète Élymas représente le peuple qui s’est toujours opposé à l’évangile annoncé aux nations et qui, en châtiment, a été frappé d’aveuglement pour un temps. Aujourd’hui encore, si des Juifs sont individuellement sauvés par la grâce de Dieu, le peuple dans son ensemble reste endurci et persiste à rejeter son Messie, jusqu’à ce que Dieu, après l’enlèvement de l’Église, lui dise à nouveau : « Tu es mon peuple ».

« Le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant saisi par la doctrine du Seigneur ». Le miracle de puissance et de jugement opéré à la parole de Paul pouvait bien frapper son esprit. Dieu venait par ce signe appuyer le message de ses serviteurs.

Mais il faut bien noter que c’est « la doctrine du Seigneur » qui saisit le proconsul.

À Salamine c’est la Parole de Dieu que les apôtres annonçaient. C’est la Parole de Dieu que Serge Paul avait demandé à entendre. C’est elle maintenant qui le convainc.

« La foi vient de ce qu’on entend – et ce qu’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10. 17). Nous voyons au début de l’évangile de Jean que « plusieurs crurent au nom du Seigneur en contemplant les miracles qu’il faisait mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux » (Jean 2. 23).

Reconnaître dans un miracle la main de Dieu, c’est simplement se rendre à l’évidence ; mais la foi s’applique aux choses qui ne se voient pas ; elle croit ce que Dieu dit parce que c’est Dieu qui le dit.

Nous notons, comme nous l’avons déjà indiqué, que dès ce passage à l’île de Chypre, début de sa mission d’apôtre, Saul abandonne son nom sous lequel nous l’avons suivi jusqu’ici et sera désormais toujours appelé Paul.

La prédication de Paul à Antioche de Pisidie

Paul et ses compagnons quittèrent l’île de Chypre à Paphos et gagnèrent par mer une province de l’Asie Mineure appelée la Pamphylie au nord-ouest de Chypre.

Marc, qui les avait accompagnés jusque-là, les abandonna et retourna seul à Jérusalem.

Les difficultés l’avaient-elles effrayé ? Était-il resté trop attaché au judaïsme ou à sa famille ? Quoi qu’il en soit, il fit une grande perte en renonçant à partager avec Paul et Barnabas les souffrances de l’évangile, et son abandon fut, comme nous le verrons au chapitre 15, l’occasion d’un triste désaccord, entre ces deux grands serviteurs de Dieu.

Mais le Seigneur prit soin de lui, et sans que nous soient rapportées les expériences qu’il dut faire, nous savons qu’il fut rétabli dans son service puisque Paul, bien plus tard, tout à la fin de sa course, put écrire à Timothée : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le service » (2 Tim. 4. 11). Nous notons aussi que le Saint Esprit a employé ce serviteur, défaillant au début de sa course mais pleinement restauré par la suite, pour écrire l’évangile qui porte son nom et qui nous présente Jésus sous les traits du parfait Serviteur.

Poursuivant leur route vers le nord, Paul et Barnabas ne firent à Perge qu’une halte sur laquelle il ne nous est rien rapporté, et arrivèrent dans la province de Pisidie, à une ville nommée Antioche, qu’il ne faut pas confondre avec la ville du même nom, capitale de la Syrie, d’où ils étaient partis. Bien des villes à cette époque, portaient ce nom d’Antioche en souvenir d’Antiochus, ancêtre de la famille des Séleucides qui avait régné sur ces contrées.

À Antioche de Pisidie, Paul et Barnabas entrèrent dans la synagogue le jour du sabbat et s’assirent pour écouter la lecture que l’on faisait, selon la coutume, dans la loi et les prophètes. Le Seigneur ne manque pas de leur fournir l’occasion d’annoncer l’évangile : les chefs de la synagogue, remarquant ces étrangers, les invitèrent à parler s’ils avaient quelque parole d’exhortation à adresser au peuple.

Paul, se levant, prononça un discours dont le chapitre 13 des Actes nous a conservé les termes.

Le livre des Actes nous rapporte ainsi le texte d’un certain nombre de prédications :

– Celle de Pierre à Jérusalem le jour de la Pentecôte (Act. 2).

– Son discours au temple après la guérison de l’homme boiteux (Act. 3).

– La réponse de Jean et de Pierre devant le sanhédrin (Act. 4).

– Le discours d’Étienne devant le sanhédrin (Act. 7).

– La prédication de Pierre dans la maison de Corneille (Act. 10).

Ici nous avons le premier discours qui nous soit rapporté de Paul. La suite du récit des Actes nous en donnera d’autres, prononcés à Athènes (Act. 17), à Jérusalem (Act. 22); à Césarée (Act. 26).

Dans chaque cas nous pouvons admirer la sagesse avec laquelle ces hommes de Dieu, conduits par l’Esprit Saint, présentaient l’évangile d’une manière adaptée aux circonstances, aux besoins et à la compréhension de leur auditoire. Ces discours méritent toute notre attention.

C’est l’évangile prêché dans sa pureté avec la puissance du Saint Esprit agissant sans entraves aux premiers temps de l’Église. Ce n’est pas pour rien que Dieu en a consigné les termes dans le saint livre. Ce sont des modèles de la façon dont Christ doit être présenté aux âmes.

Dans la synagogue, Paul s’adressait à des Juifs ou aux prosélytes. Ce dernier nom désigne les gens des nations qui observaient le culte juif.

Les livres de l’Ancien Testament étaient bien connus des uns et des autres. Paul leur rappelle sommairement l’histoire du peuple d’Israël depuis le choix des patriarches, la sortie d’Égypte, la traversée du désert, l’introduction en Canaan. Il cite en passant les Juges, Samuel, Saül le roi infidèle qui fut retranché après un règne de quarante ans et en arrive enfin au roi David à qui Dieu a rendu ce témoignage : « J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté ».

L’attente d’un Messie, fils de David, restait chère au cœur de tous les Juifs, même de ceux dispersés hors de leur pays et, par ce rappel de l’histoire de leurs pères, Paul ravive leur intérêt pour le Christ qu’il allait leur annoncer : il leur présente Jésus comme le Sauveur promis par Dieu à Israël.

Pour clore l’annonce qu’en avaient fait les prophètes de l’Ancien Testament, Jean le dernier et le plus grand des prophètes, immédiatement avant la manifestation de Jésus, était venu prêcher le baptême de repentance à tout le peuple. Âgé seulement de trente ans environ, il achevait sa course.

Le service pour lequel il avait été suscité était pleinement rempli. Il avait proclamé la grandeur de Celui qui venait après lui, s’estimant lui-même indigne de dénouer seulement la courroie de ses sandales.

La parole de ce salut, l’annonce du Christ sauveur, s’étendait maintenant bien au-delà des bords du Jourdain et s’adressait à tous les fils d’Abraham et à tous ceux qui, avec eux, craignaient Dieu – à tous ceux qui, ce jour-là, dans la synagogue, écoutaient le message de Paul.

Ce message ne présentait pas seulement la venue de Christ au milieu de son peuple selon la promesse de Dieu. Il exposait aussi comment ce peuple L’avait rejeté. Les habitants de Jérusalem et leurs chefs, particulièrement privilégiés et responsables, méconnaissant les Écritures et Celui qu’elles annonçaient, qui les avait accomplies. Le rejet de Christ par les Juifs, sa mort par la main des gentils à qui Il a été livré, sa mise au tombeau, s’étaient déroulés comme les prophètes l’avaient annoncé.

Mais Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts. Cette résurrection était affirmée par le témoignage des siens qui l’avaient vue ; elle était le sujet de l’heureuse nouvelle que les apôtres apportaient à Antioche : Dieu avait accompli sa promesse, non seulement par la venue de Jésus dans ce monde, mais aussi par sa résurrection.

Paul continue à faire appel aux Écritures et cite textuellement plusieurs passages.

En rappelant la parole du Psaume 2 : « Tu es mon Fils ; aujourd’hui je t’ai engendré » il établit que Jésus est le Fils de Dieu.

Par le passage d’Ésaïe 55 : Je vous donnerai « les grâces assurées de David » il affirme que le royaume glorieux promis à la semence de David sera établi au-delà de la mort et de la résurrection.

Par la parole même de David au Psaume 16 « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » il donne la certitude que le Christ devait ressusciter.

David, mort et enseveli, n’était pas sorti du sépulcre, mais sa foi avait saisi que le Fils, héritier des promesses, le Saint de Dieu, ne pouvait être retenu par les liens de la mort.

Ces vérités ainsi établies en s’appuyant sur les Saintes Lettres, Paul ouvre devant ses auditeurs les bienheureuses conséquences qui en découlent pour eux : c’est la rémission des péchés qu’il leur annonce par Jésus mort et ressuscité.

La loi de Moïse n’avait pu justifier aucun d’eux. Elle leur faisait sentir, au contraire, leur incapacité à accomplir la volonté de Dieu, et prononçait leur condamnation. Mais maintenant, quiconque croyait en Jésus était justifié par Lui.

Quel heureux message et combien chacun de ceux qui l’entendaient devait y être attentif.

Paul, citant une fois de plus la parole des prophètes, rappelle ce verset d’Habakuk : « Voyez, arrogants, étonnez-vous, disparaissez ; car moi je fais une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croiriez pas si quelqu’un vous la racontait ».

Dans le livre du prophète, ce passage introduit l’annonce des jugements que le peuple s’était attiré par sa méchanceté. Paul l’emploie pour présenter le sort terrible de ceux qui commettent la plus grande offense envers Dieu en refusant le pardon qu’Il offre en son Fils.

Un arrogant est celui qui méprise, dénigre ce qui est bon. Le mépris des dons parfaits de Dieu est la suprême injure que Lui fasse l’homme : « Ils méprisèrent le pays désirable » reproche-t-Il à son peuple « et il jura à leur sujet qu’il les ferait tomber dans le désert » (Ps. 106. 24 et 26). « Ésaü méprisa son droit d’aînesse » (Gen. 25. 34) et il ne put hériter de la bénédiction (Héb. 12. 17).

« Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » (Héb. 2. 3). Cet avertissement demeure pour tous ceux à qui le grand salut est annoncé.

« Voici, c’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6. 2).

L’Évangile repoussé par les Juifs est annoncé aux Gentils à Antioche de Pisidie et à Iconium.

La prédication de Paul dans la synagogue d’Antioche de Pisidie éveilla un grand intérêt chez ses auditeurs. Peut-être que pour certains elle présentait seulement l’attrait d’une doctrine toute nouvelle, mais dans le cœur de beaucoup d’autres l’Esprit de Dieu opérait une œuvre plus profonde. Tous demandèrent à Paul et à Barnabas de reprendre ce sujet le sabbat suivant.

Quelques-uns, particulièrement intéressés, s’attachèrent aux apôtres et continuèrent dès ce jour-là à converser avec eux. Il y avait là des Juifs et des prosélytes, c’est-à-dire, comme nous l’avons déjà vu, des personnes des nations qui suivaient le culte juif.

Dans ces entretiens particuliers Paul et Barnabas les exhortaient à persévérer « dans la grâce de Dieu ». Il était établi que l’homme ne pouvait être justifié devant Dieu par la loi de Moïse. L’évangile prêché par les apôtres annonçait la justification par la foi en Christ, le salut par la pure grâce de Dieu.

Ceux qui s’attachaient aux apôtres avaient reçu cette vérité, mais il ne fallait pas que ce soit là une impression passagère.

L’épître aux Galates nous montre que les Gentils risquaient, comme les Juifs, après avoir reçu la grâce qui met l’homme entièrement de côté, de retomber sous le joug de la loi en recherchant ce qui semble donner quelque mérite à nos œuvres. Que de fois nous trouvons dans la Parole l’exhortation à persévérer et des exemples de persévérance !

Le sabbat suivant, presque toute la ville fut assemblée. C’est le désir d’entendre la Parole de Dieu qui les poussait vers la synagogue.

Mais les Juifs furent remplis de jalousie en voyant les foules. Leur orgueil se refusait à admettre que la Parole de Dieu soit annoncée aussi aux païens. Ils ne voulaient pas de l’évangile qui classait uniformément Juifs et Gentils comme des pécheurs perdus sans autre ressource que la grâce. Dans leur irritation ils contredisaient Paul et en vinrent même à blasphémer, c’est-à-dire à prononcer des paroles injurieuses envers Dieu.

Devant cette opposition, Paul et Barnabas adressent aux Juifs un avertissement sévère : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la Parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations » (Act. 13. 46) ; et ils invoquent une citation du chapitre 49 d’Ésaïe « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre » (v. 6).

Ce verset du prophète s’applique au Seigneur. L’Esprit de Dieu avait annoncé à l’avance que le Messie serait rejeté et que tout son travail d’amour au milieu de son peuple paraîtrait être sans résultat mais, à cette occasion, Il avait révélé aussi que, dépassant le rassemblement du résidu d’Israël, Christ serait donné pour la lumière des nations, pour salut de la part de Dieu jusqu’au bout de la terre.

La prophétie qui s’appliquait au Seigneur Lui-même pouvait à bon droit être revendiquée par ses messagers comme le faisaient Paul et Barnabas.

Cette déclaration très nette provoqua chez les auditeurs appartenant aux nations une grande joie : ainsi les merveilles de la grâce de Dieu que Paul annonçait étaient bien pour eux aussi ! Ils donnèrent gloire à la parole du Seigneur et « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ».

Par la puissance du Saint Esprit, la Parole de Dieu faisait son œuvre de salut et se répandait en dehors même de la ville dans tout le pays.

L’hostilité des Juifs n’en fut qu’accrue. Ils excitèrent contre les apôtres les femmes de qualité qui servaient Dieu et les principaux de la ville. Ces femmes qui avaient quitté le paganisme et avaient appris à connaître le Dieu d’Abraham subissaient l’influence des chefs des Juifs.

Les dignitaires de la ville inclinaient à suivre leurs concitoyens plutôt que des étrangers. Tous étaient conduits par Satan, adversaire inlassable du Seigneur et des siens. Ensemble ils suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabas et les chassèrent de leur territoire.

Sans insister, les apôtres quittèrent la ville ; mais ils secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds. C’est ainsi que Jésus avait commandé de faire, envers ceux qui ne les recevaient pas, aux douze, puis aux soixante-dix envoyés devant Lui (Luc 9. 5 ; 10. 11). Par ce geste ils marquaient la rupture entre eux et les opposants abandonnés à leur endurcissement.

Mais dans cette même ville, les apôtres laissaient des disciples remplis de joie et de l’Esprit Saint. Les évènements qui venaient de se dérouler auraient pu les attrister, mais connaître Jésus donne une joie que le monde ne peut ôter.

Ayant cru, ils avaient reçu le Saint Esprit. C’est une plénitude de joie et de l’Esprit Saint que Dieu leur accordait. Comme nous le trouvons dans le chapitre 3 de l’évangile de Jean « Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure ».

Paul et Barnabas, chassés d’Antioche, se rendirent à Iconium. C’était un trajet de plus de cent kilomètres vers l’est à travers une région de hauts plateaux. Sur l’emplacement de l’ancienne Iconium subsiste aujourd’hui une ville moderne appelée Konia.

Là encore les deux apôtres commencèrent par entrer ensemble dans la synagogue, et ils parlèrent à ceux qui étaient assemblés avec une telle puissance, par le secours de l’Esprit, qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent.

Mais les Juifs qui ne croyaient pas émurent, irritèrent contre eux les esprits des Gentils.

Cette opposition n’intimida pas Paul et Barnabas qui séjournèrent assez longtemps à Iconium et continuèrent à prêcher hardiment. Ils le faisaient en s’appuyant non sur leurs propres forces mais sur le Seigneur, et le Seigneur répondait à la foi de ses serviteurs en leur accordant d’accomplir des miracles qui venaient attester le caractère divin de la parole annoncée.

Cependant l’opposition des ennemis de l’évangile se faisait plus pressante. La multitude de la ville était partagée, les uns étant avec les Juifs hostiles ; les autres avec les apôtres.

Finalement les adversaires Grecs et Juifs, avec leurs chefs, résolurent de lapider Paul et Barnabas. L’ayant appris, les apôtres s’enfuirent dans une province voisine nommée Lycaonie et y continuèrent leur travail d’évangélisation. Ils suivaient l’exemple de leur maître, le Seigneur Jésus qui, sans résister aux desseins meurtriers de ses ennemis, échappait à leur main pour poursuivre ailleurs son ministère d’amour.

Paul lapidé à Lystre

Dans la province de Lycaonie où ils s’étaient enfuis, Paul et Barnabas firent halte à une ville appelée Lystre. Il n’est pas fait mention là de synagogue. Peut-être n’y avait-il pas de Juifs et il semble que Paul se mit à prêcher l’évangile sur la place publique. Dans l’auditoire se trouvait un homme qui était infirme dès sa naissance et n’avait jamais pu marcher. L’intérêt avec lequel il écoutait montrait qu’il croyait la parole annoncée.

Paul, discernant chez cet homme la foi pour être guéri, lui dit à haute voix : « Lève-toi droit sur tes pieds ». Et aussitôt l’infirme se mit à sauter et à marcher. Ce miracle nous rappelle beaucoup d’autres guérisons opérées ainsi en réponse à la foi, par le Seigneur lui-même quand Il était sur la terre, ou plus tard par les apôtres. Nous pouvons admirer la confiance avec laquelle l’infirme de Lystre obéit sans hésiter à l’injonction de Paul.

L’opération de la puissance de Dieu était manifeste. Ce n’était pas une amélioration progressive comme dans la plupart des guérisons médicales ; mais de façon soudaine, cet homme put sauter et marcher.

Un tel prodige provoqua chez la foule un profond étonnement. Ils étaient témoins d’une opération surnaturelle, et dans leur ignorance ils l’attribuèrent aux faux dieux qu’ils adoraient. Dans toutes ces contrées de civilisation grecque, on rendait culte à un grand nombre de dieux imaginaires, à chacun desquels on prêtait quelque attribut ou quelque caractère humain.

Ils étaient les personnages d’innombrables récits fabuleux, ou mythes, qui tiennent une grande place dans la littérature antique. Chaque peuple avait adapté à ses propres traditions, la mythologie grecque qui s’étendait ainsi avec de multiples variantes à tout l’empire romain. Bien des villes avaient édifié en l’honneur de telle ou telle divinité, des temples somptueux ornés de la statue du dieu invoqué et des prêtres, personnages souvent très influents, étaient voués à ces cultes idolâtres.

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà dénoncé le néant des idoles. Dans son épître aux Corinthiens l’apôtre Paul nous le confirme : « Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde et qu’il n’y a point d’autre Dieu qu’un seul » (1 Cor. 8. 4). Mais en même temps il nous révèle que derrière ces idoles se cachaient les démons auxquels les hommes sont asservis (1 Cor. 10. 20).

Le dieu auquel on attribuait la suprématie sur les autres divinités se nommait Jupiter. Dans les récits mythologiques il servait souvent comme messager d’un autre dieu que l’on appelait Mercure. Les foules de Lystre pensaient donc que les deux apôtres, doués d’un pouvoir de guérison miraculeux, ne pouvaient être que leurs dieux qui avaient pris la forme d’hommes et, dans la langue de leur pays, ils leur attribuaient la gloire de ce prodige. Ils décernaient le titre de Jupiter à Barnabas qui avait dû assister avec dignité et en silence à la guérison de l’infirme et appelaient Paul Mercure, qui parlait et agissait. Le prêtre, sacrificateur de Jupiter, participant à l’élan général, amena des taureaux aux portes de la ville pour les sacrifier en l’honneur de ces divinités.

Nous comprenons l’horreur dont furent saisis Paul et Barnabas, en apprenant que l’on attribuait à des idoles le miracle de bonté accompli par la puissance du vrai Dieu et, qu’eux-mêmes, disciples de Christ étaient pris pour des divinités païennes à qui l’on allait offrir un sacrifice. C’est ce que témoigne leur geste spontané de déchirer leurs vêtements, signe de désapprobation, d’indignation et de chagrin.

En même temps ils s’élancèrent dans la foule pour arrêter l’accomplissement de cet acte impie en affirmant : « Nous sommes, nous aussi, des hommes humains, comme vous ayant les mêmes penchants que vous ». Ils continuèrent en exhortant les habitants de Lystre à abandonner l’idolâtrie, religion sans réalité, cause de leur funeste méprise et à « se tourner vers le Dieu vivant, qui a fait créé le ciel, et la terre et, la mer et tout ce qui s’y trouve toutes les choses qui y sont » Ils leur expliquaient que si ce Dieu créateur tout-puissant ne leur était pas connu et s’Il avait laissé jusque-là les nations agir à leur guise, Il s’intéressait pourtant à tous les hommes comme en témoignaient ses soins providentiels, les pluies et les saisons fertiles, la nourriture et la joie dont Il remplissait le cœur de ses créatures.

Cette prédication était bien adaptée à l’état de ces foules totalement ignorantes et imprégnées de leur paganisme. Nous trouverons au chapitre 17 des Actes que dans le discours qu’il prononce à l’adresse des Athéniens, semblablement éloignés de toute connaissance du vrai Dieu et adonnés aux cultes païens, Paul introduit le christianisme en présentant d’abord, comme ici, Dieu, souverain Créateur, soutien de la vie de tous les hommes.

Les apôtres eurent grand-peine à dissuader les habitants de Lystre de leur offrir un sacrifice. Cette scène qui avait sans doute impressionné fortement les esprits de tous les assistants aurait dû les préparer à recevoir l’évangile. Mais les Juifs d’Antioche et d’Iconium qui s’étaient montrés tellement opposés aux apôtres, poussés encore par Satan, vinrent les persécuter jusqu’à Lystre. Ces adversaires gagnèrent les habitants de la ville à leur cause et les foules, qui peu auparavant étaient prêtes à honorer les apôtres comme divinités, se tournèrent contre eux. Les Juifs lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville où ils le laissèrent pour mort.

Mais Dieu prit soin de lui de façon merveilleuse. Alors que les disciples, étreints certainement d’une grande tristesse, entouraient son corps meurtri, Paul se leva, entra de nouveau dans Lystre et y resta tranquillement encore un jour. Le lendemain il se rendit avec Barnabas dans la ville de Derbe située dans une contrée montagneuse voisine.

Inlassables, les deux apôtres recommencèrent à évangéliser, et leur prédication amena beaucoup d’âmes au Seigneur. Si l’ennemi animait les Juifs et soulevait les foules contre eux, les contraignant à abandonner successivement l’œuvre entreprise dans chaque ville traversée, Dieu ouvrait devant eux de nouveaux champs de travail et bénissait sa Parole. Ces deux serviteurs, chassés de ville en ville, portaient ainsi toujours plus loin l’heureux message qui délivrait les hommes de l’esclavage de Satan.

Dans ces récits des Actes, les croyants sont presque constamment appelés les disciples. Ce nom désigne ceux qui suivent l’enseignement d’un maître. Ce maître n’a pas besoin d’être davantage précisé. Ce n’était ni Paul ni Barnabas, si précieux que fût leur enseignement, mais Celui dont ils n’étaient que les porte-paroles, notre Maître à tous, le Seigneur Jésus.

Quand Il était sur la terre, ses disciples avaient tout quitté pour Le suivre et Il les enseignait. Être disciple de Christ, c’est recevoir sa parole et la mettre en pratique. Puissions-nous tous mériter ce titre comme les premiers croyants !

Le retour à Antioche

Après avoir évangélisé la ville de Derbe et amené là beaucoup d’âmes à suivre le Seigneur, Paul et Barnabas ne craignirent pas de reprendre le chemin du retour et de repasser dans les villes où ils avaient été cruellement persécutés. À Lystre, à Iconium, à Antioche de Pisidie, ils avaient laissé beaucoup de disciples récemment convertis qui avaient besoin d’être affermis et auxquels ils se sentaient très attachés.

Paul et Barnabas fortifiaient les âmes de ces croyants et les exhortaient à persévérer dans la foi. Ils ne leur cachaient pas les difficultés qui ne manqueraient pas de se dresser devant eux : « C’est par beaucoup d’afflictions, leur disaient-ils, qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Act. 15. 22).

Nous voyons souvent dans les évangiles, et même dans le premier chapitre des Actes, que les disciples pensaient que le Seigneur allait établir son règne sur son peuple Israël. C’est ce qu’Il fera après l’enlèvement de l’Église et les jugements qui doivent suivre.

Mais durant le temps de la grâce dans lequel nous sommes, le royaume de Dieu n’est pas une domination matérielle visible sur la terre. C’est un domaine spirituel, l’ordre de choses nouveau dans lequel on entre par la foi.

Dans ce royaume les caractères moraux de Dieu, tels que Christ les a manifestés en perfection, sont reconnus et maintenus. « Le royaume de Dieu est justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17). Ces caractères, vus chez ceux qui appartiennent au royaume, ne peuvent que provoquer l’hostilité du monde, toujours opposé à Dieu.

Une marche fidèle à la suite du Seigneur ne peut pas être exempte de tribulations. Les apôtres en étaient un exemple. Paul en avertit Timothée : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés » lui écrivait-il après avoir rappelé les persécutions qu’il avait lui-même endurées à Antioche, à Iconium et à Lystre (2 Tim. 3. 11).

Si nous connaissons peu l’opposition du monde, l’opprobre de Christ, c’est souvent parce que notre témoignage manque de netteté et que notre conduite reflète une regrettable conformité à ce monde plutôt que les traits de notre divin Modèle. Il vaut pourtant bien la peine d’être du côté du roi rejeté : que sont les mépris du monde et même les débordements de sa haine en regard de l’approbation du Maître et des soins de son amour ?

Dans chacune des assemblées qu’ils traversaient, les apôtres établissaient des anciens. Les croyants choisis devaient veiller au maintien de l’ordre dans l’assemblée. Ils sont appelés aussi surveillants dans la première épître à Timothée, et dans l’épître à Tite sont énumérées les qualités qu’ils devaient avoir.

Les apôtres avaient, de la part du Seigneur, l’autorité pour nommer ainsi des anciens dans chacune de ces assemblées nouvellement formées. Plus tard l’apôtre Paul pouvait donner à Tite l’ordre d’en établir dans les assemblées de Crète (Tite 1. 5).

Il n’y a plus maintenant personne qui soit qualifié pour faire un tel choix. Nulle part nous ne voyons que les membres d’une assemblée se choisissent à eux-mêmes des surveillants.

N’y a-t-il donc plus besoin d’anciens et l’exercice de cette charge a-t-il disparu ? Il est au contraire toujours nécessaire que des hommes de Dieu fidèles, dévoués, veillent avec soin sur le bon ordre de l’assemblée et sur la marche de leurs frères.

Le Seigneur ne manque pas d’y pourvoir ; Lui-même qualifie ceux des siens qu’Il choisit. Sans être désignés par les hommes, dans la dépendance de Dieu, ils accomplissent humblement ce service d’amour. Si nul n’a à les désigner, tous doivent reconnaître ceux que Dieu a établis et leur être soumis (1 Thess. 5. 12 et 13 et Héb. 13. 17).

Paul et Barnabas priaient avec jeûne pour les chrétiens de ces assemblées « en les recommandant au Seigneur en qui ils avaient cru ». Quand ils étaient partis d’Antioche, ils avaient été eux-mêmes objets de prières accompagnées de jeûne.

Maintenant c’est dans le même esprit, se libérant de l’emprise de tous les soins ordinaires de la vie pour mieux réaliser la communion avec Dieu, qu’ils faisaient monter leurs supplications en faveur des nouveaux convertis qu’ils allaient quitter. Ils ne les laissaient pas à eux-mêmes, mais les recommandaient au Seigneur, Celui qu’avait saisi leur foi.

C’est ainsi qu’ils traversèrent les provinces déjà parcourues, la Lycaonie, la Pisidie, et qu’ils parvinrent à Perge de Pamphylie, leur première étape en Asie Mineure quand ils étaient arrivés de Chypre. Aucun détail ne nous est donné sur leur premier passage ; peut-être n’avaient-ils fait là qu’une courte halte sans évangéliser. En traversant à nouveau cette ville, ils y annoncèrent la Parole, puis allèrent s’embarquer dans un port tout voisin, Attalie, d’où ils gagnèrent par mer Antioche, capitale de la Syrie, d’où ils étaient partis, recommandés à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils venaient d’accomplir.

Dès qu’ils furent arrivés, ils réunirent l’assemblée pour faire à tous le récit de leur voyage. Ils racontèrent, nous est-il dit, non pas tout ce qu’ils avaient fait eux-mêmes et comment ils avaient converti beaucoup de païens, mais « toutes les choses que Dieu avait faites avec eux et comment Il avait ouvert aux nations la porte de la foi ».

Ils prenaient la place de simples témoins de l’œuvre de Dieu. C’est bien en effet Lui qui avait opéré ce miracle d’incliner le cœur de ces multitudes à recevoir l’évangile si opposé à leurs anciennes croyances. La foi est un don de Dieu et elle ouvrait l’accès aux nations. Béni soit-Il d’avoir étendu ainsi jusqu’à nous le déploiement de sa grâce !

Quelle précieuse communion dans leur service, à leur départ comme à leur retour, Paul et Barnabas avaient recherché et trouvé dans cette assemblée d’Antioche. Ils firent là un long séjour avec les disciples. Quel rafraîchissement pour eux, après les souffrances du voyage et l’opposition desséchante qu’ils avaient rencontrées, de se retrouver au milieu de cette assemblée nombreuse, attachée à Christ, qu’ils avaient précédemment enseignée pendant un an tout entier (Act. 11. 26).

C’est ainsi que le Seigneur ménage à ses serviteurs les haltes nécessaires. « Venez », a-t-Il dit aux douze qui, au retour de leur mission, se rassemblaient autour de Lui et Lui racontaient tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné, « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ».

D’après la Bonne Nouvelle 1961

NOTES SUR ÉZÉCHIEL

Introduction

Nous ne savons que peu de chose du prophète dont nous allons étudier le livre, seulement quelques rares détails personnels qu’il nous donne au cours de ses prophéties et en relation avec elles. Nous apprenons qu’il était sacrificateur, fils de Buzi, que sa femme mourut soudainement, en signe à Israël ; qu’il habitait Tel-Abib sur le fleuve Kébar dans le pays des Chaldéens. Il mentionne Daniel, son contemporain, connu de son propre temps pour sa justice, au même titre que Noé et Job.

Mais il n’y a guère d’écrits dans la Bible qui soient plus caractéristiques, et aucun ne fournit plus d’images pour le dernier livre du Nouveau Testament, la plus vaste et la plus profonde des prophéties. Ézéchiel, Jérémie et Daniel sont les prophètes de la captivité, ils ont des points de contact sans doute, mais ils sont différents dans leur ton, leur style et leurs buts, aussi bien que dans leur condition extérieure et dans les circonstances que Dieu a employées pour donner la forme qu’ont leurs prédications.

Le lot de Jérémie était d’être laissé avec les pauvres du pays, et ensuite d’être emmené avec ceux qui, par manque de foi, s’enfuirent en Égypte, à la recherche d’une sécurité qu’ils auraient pu trouver s’ils étaient restés là où ils étaient, dans la soumission à leur maître babylonien. Jérémie pleura et se lamenta jusqu’à la fin avec le résidu bien-aimé mais indigne.

Le lot de Daniel était d’être emmené captif la troisième année de Jéhoïakim, quand le jugement solennel annoncé à Ézéchias fut exécuté par Nebucadnetsar ; toutefois Dieu ne se laissa pas sans témoin à Babylone et montra où se trouvaient sa sagesse et son secret, même lorsqu’Il eut élevé les empires des Gentils et fait de son peuple Lo-ammi.

Ézéchiel était un de ceux qui furent emmenés en captivité sous le règne suivant de Jéhoïakin – (la trentième année (ch. 1. 1) a beaucoup embarrassé les savants. Mais il semble clair que le point de départ des 30 ans soit l’ère de Nabopolassar, père de Nebucadnetsar qui devint roi de Babylone en 625 av. J.C. à peu près au moment où Hilkija trouva le livre de la Loi dans le temple, si fécond en bénédictions pour Josias et les justes en Juda) – fils de Jéhoïakim, quand le roi de Babylone dispersa tout ce qu’il y avait de meilleur dans le pays, y compris notre prophète.

Il ne restait plus qu’une étape à franchir, le règne désastreux de Sédécias, pour que la colère de Jéhovah pût les chasser tous de sa présence à cause de leurs provocations répétées et de leur incurable rébellion. C’est en vue de ce temps-là qu’Ézéchiel prophétise au milieu des captifs en Chaldée et, passant par-dessus les temps des Gentils, qui sont le sujet de Daniel, il s’arrête longuement sur la restauration d’Israël à la fin.

On est frappé de la sainte énergie, du zèle pour Dieu, de l’indignation et de l’autorité morale que le prophète manifeste en reprenant Israël. Il est emporté là où l’Esprit le conduit, comme dans le char majestueux de la gloire de Jéhovah, qu’il décrit avec la puissance irrésistible de ses roues et des ailes qui le surmontaient, et nulle part il ne flatte le peuple ; même dans la captivité, il adressa à Israël les plus sévères remontrances pour les péchés dont il ne s’était pas encore repenti et qui avaient entraîné le peuple si bas.

Le livre déployé devant lui et mangé par lui, était écrit devant et derrière, c’étaient des lamentations, des plaintes et des gémissements, et le prophète devait dire au peuple rebelle toutes les paroles de l’Éternel, avec son front « comme un diamant plus dur que le roc ». Lui et Daniel ont seuls le titre de « fils d’homme », en exceptant naturellement Celui qui est le maître, et le plus abaissé des serviteurs, qui s’est approprié tous les titres de honte, de souffrances et de réjection – mais le jour viendra où eux aussi seront manifestés avec Lui en gloire.

Ceux qui s’occupent du cadre extérieur de la vérité dans ce livre ne manquent pas de remarquer le sens profond du pur et de l’impur, de la sainteté lévitique, des images du temple, des fêtes, des sacrificateurs et des sacrifices, dont le livre est rempli, ce qui est bien naturel puisqu’il est écrit par un membre de la famille sacerdotale.

Tous ces caractères qui le distinguent ne sont pas une imitation servile du Pentateuque : nous verrons que Dieu affirme son droit à modifier, à omettre ou à ajouter dans ce jour où le prophète Jérémie, contemporain d’Ézéchiel, déclare explicitement que l’Éternel établira une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda, alliance dont il est dit : « non selon l’alliance que je fis avec leurs pères, au jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, mon alliance qu’ils ont rompue quoique je les eusse épousés, dit l’Éternel » (Jér. 12. 31 à 34). Sans doute tout ce passage peut s’appliquer au chrétien aujourd’hui, car le sens de la nouvelle alliance est répandu et est devenu nôtre par la foi ; mais il sera appliqué à Israël et à Juda comme tels, par la grâce de Dieu, dans ce jour-là, comme les versets qui suivent (v. 35 à 40) le montrent clairement.

C’est en vain que les rabbins raisonnent sur l’immutabilité de la Loi donnée par Moïse; leurs propres prophètes les démentent. La vraie signification de l’avertissement donné par Moïse en Deutéronome 12. 32 est d’empêcher les Israélites d’ajouter ou de retrancher quelque chose à la Loi d’une manière arbitraire ou de leur propre volonté. Moïse ne déniait pas à un prophète l’autorité de le faire, spécialement en vue du grand changement qu’allaient introduire la présence d’un Messie régnant et la nouvelle alliance. Ézéchiel prédit quelques-uns de ces changements caractéristiques, qui auront lieu quand Israël sera restauré et que la théocratie sera de nouveau en vigueur ; nous en verrons les détails au fur et à mesure de l’étude de ce livre.

On s’est plaint de l’obscurité de notre prophète. Mais ce reproche n’est pas vraiment fondé, il date déjà du temps de Jérôme, qui appelle son livre : un labyrinthe des mystères de Dieu. Cette prétendue obscurité provient spécialement de deux choses : d’abord un sujet décrivant le gouvernement de Dieu pourrait-il être simple ? Ses proportions sont immenses, et pour employer un symbole, il lui faut une mesure infiniment supérieure aux facultés d’une créature.

Ensuite, la masse des hommes dans la chrétienté a adopté un système faux qui consiste à changer les espérances juives en prophéties concernant les bénédictions du vrai chrétien. On ne peut s’étonner, dans ces conditions, que l’on n’aperçoive les tableaux qu’au travers d’un épais brouillard. Appliquons ses visions correctement, et nous les trouverons en général remarquablement explicites et pleines de force. Il est absurde de supposer que des détails si minutieux et circonstanciés ne soient que des phrases de littérature.

La structure du livre est claire. La première moitié des prophéties dans l’ordre chronologique strict avant la destruction finale de Jérusalem, quand Sédécias appela sur lui-même la juste punition de sa rébellion et de son parjure (ch. 1 à 24). Ézéchiel montre, au moyen de symboles magnifiques suivis des plus évidentes accusations de péché, l’inutilité absolue de tout effort pour secouer le joug de Babylone, ce que Sédécias essayait de faire par le moyen de l’Égypte. Mais quoiqu’il pût employer Nebucadnetsar, c’était bien l’Éternel qui jugeait Jérusalem, Lui qui demeurait entre les chérubins. Moralement il ne pouvait pas en être autrement. La sentence judiciaire sur le peuple, la cité, le temple, et le roi, est exposée dans cette première partie.

La seconde partie s’ouvre par une sorte de parenthèse formant transition, dans laquelle le prophète annonce sept objets de jugement sur les nations voisines du pays, en négligeant l’époque à laquelle ces peines doivent être subies et en les groupant dans une unité morale (25 à 32) ; ensuite il revient à Israël et montre le terrain individuel sur lequel Dieu agirait désormais envers lui ; (33) il prophétise d’abord contre les bergers ou les princes coupables (34) et en deuxième lieu contre l’inimitié de la montagne de Séhir (35), puis garantit la restauration morale (36) et générale (37) de tout Israël et la destruction de Gog et de toutes ses armées (38 et 39).

Enfin s’annonce le retour de la gloire de Dieu, avec le rétablissement du sanctuaire, des rites et de la sacrificature dans le pays et la nouvelle distribution des douze tribus comme nation sous le gouvernement du prince, car depuis ce jour-là le nom de la ville doit être Jehovah-Shamma (40 à 48). Que ce soit en jugement ou en bénédiction, c’est le jour de l’Éternel pour la terre, et non une promesse de bénédiction pour la chrétienté, comme les allégoristes le prétendent : une telle doctrine ne fait qu’induire en erreur, erreur commune qui enlève à Christ et à l’Église sa gloire céleste que l’Esprit Saint a pour fonction de maintenir ici-bas, et dont nous jouirons d’une manière parfaite quand le Seigneur sera venu, transformant nos corps à sa ressemblance et nous faisant apparaître avec Lui dans la gloire de ce jour.

Quand on appelle cela judaïser, ce n’est que pure ignorance et incrédulité. Nous parlons en effet de l’avenir d’Israël suivant les prophètes. Judaïser signifie réellement mélanger des éléments juifs à l’Évangile et les imposer aux chrétiens dans le temps actuel. Mais la vérité sur laquelle nous insistons ici, c’est que les chrétiens enlevés et glorifiés avec Christ auront alors disparu de la terre. Par conséquent il s’agit, dans ce temps à venir, d’une autre vocation, lorsqu’Israël sera greffé sur son propre olivier.

Donc s’attendre à l’accomplissement littéral des visions du prophète est simplement de la foi, ce n’est pas judaïser, mais bien le contraire ; nous sommes d’autant plus préservés de mêler leurs espérances avec les nôtres que quand nous attendons leur accomplissement pour Israël. Le retour de Babylone ne répond en aucune façon aux prophéties de la fin, cela ne prouve pas l’imperfection de celles d’Ézéchiel, mais montre que ces glorieuses anticipations doivent encore trouver leur accomplissement.

Le « Tout Israël » attend encore son rétablissement lorsque le Rédempteur viendra à Sion. Ézéchiel 20. 33 est en parfait accord avec cela, car Jérémie et tous les prophètes enseignent la destruction des apostats et des rebelles. On a dit que les différences entre l’ancien temple et celui décrit par Ézéchiel n’étaient pas essentielles – elles prouvent au contraire que, ou bien nous devons renoncer à l’inspiration du prophète, ou bien maintenir qu’il prédit un retour, futur encore, avec un nouveau temple, des cérémonies modifiées, un nouveau partage entre les douze tribus restaurées et placées sous la bénédiction après que leurs derniers ennemis auront été détruits par les jugements divins.

Tout en étant un homme, Ézéchiel était prophète, et nous sommes obligés de croire qu’il était inspiré, de sorte que ses écrits nous donnent la Parole de Dieu sans mélange et sans erreur.

Ch. 1

Les circonstances dans lesquelles Ézéchiel a été appelé à prophétiser sont très remarquables. Ce n’était ni en Juda ni en Israël qu’il se trouvait, mais parmi les captifs au bord du fleuve Kébar. Aussi l’Éternel accompagna-t-Il sa Parole de signes extraordinaires. Il est le seul homme de l’Ancien Testament dont il est dit que les cieux lui furent ouverts et qu’il vit des visions de Dieu (v. 1).

Mais cette manifestation divine a eu lieu en vue du jugement de l’iniquité d’Israël, et non pas comme dans l’évangile de Matthieu au ch. 3. 16, pour exprimer le plaisir du Père dans le Fils de Dieu sur la terre, et encore moins pour permettre au chrétien de contempler le Fils de l’homme dans le ciel comme dans Actes 8. 56.

Ce n’est pas sans raison que la Parole fait mention de la cinquième année de la captivité du roi Jéhoïakin. Le peuple laissé dans le pays avait eu un temps amplement suffisant pour se repentir de ses vains espoirs, ainsi que de sa rébellion et de son idolâtrie. Il avait reçu les avertissements de ses frères emmenés loin du pays ; les avaient-il pris à cœur ? Il faut lire les v. 11 à 16 du ch. 36 du second livre des Chroniques pour trouver la réponse à cette question.

Mais c’est en vue d’un jugement final et plus complet qu’Ézéchiel est appelé à rendre témoignage. Il voit un vent de tempête, une grosse nuée et du feu au milieu duquel il aperçoit la ressemblance de quatre animaux (v. 4 et 5). C’était déjà suffisant pour rabaisser l’orgueil des Juifs qui estimaient Dieu tellement attaché à leur race et à leur pays qu’ils n’avaient jamais pris sérieusement garde à sa menace jusqu’à ce qu’elle se réalisa.

Hélas ! ils n’y prennent pas encore garde aujourd’hui, mais refusant de reconnaître son jugement contre leurs péchés, ils se trompent eux-mêmes en pensant que s’ils sont dispersés, c’est afin de pouvoir prêcher aux Gentils que Dieu est le Dieu d’Israël ; ils devraient plutôt se souvenir que, pendant des milliers d’années, Il a refusé d’être appelé leur Dieu à cause de leur idolâtrie, dont le rejet du Messie et de l’évangile a été comme l’aboutissement.

Une nouvelle tempête d’indignation divine, venant du Nord, c’est-à-dire de Babylone, était sur le point de fondre sur Juda. Mais il y a plus : les quatre animaux avaient la ressemblance d’un homme (v. 5). Le ch. 10 nous révèle que les animaux ne sont autres que des chérubins. Ils ne sont pas deux, comme ceux qui avaient été formés de l’or pur et battu du propitiatoire, où Dieu siégeait comme sur un trône, mais quatre, en relation, je pense, avec la créature. Le Dieu d’Israël qui demeurait entre les chérubins de l’arche était au milieu de son peuple et on ne pouvait L’approcher qu’avec du sang, selon la justice divine. Mais Ézéchiel voit ses jugements providentiels venant de l’extérieur. Dieu jugerait son peuple coupable par Babylone, son instrument. C’est pourquoi c’est le feu qui caractérise ici le déploiement de son jugement destructif venant du ciel.

Nous ne nous étendrons pas sur les explications plus ou moins étranges que Juifs et chrétiens ont données de ces symboles. Voyons seulement quelques traits de leurs figures : ils avaient l’apparence d’un homme, bien que chacun ait eu quatre faces et quatre ailes, mais leurs pieds étaient droits et la plante de leurs pieds comme celle d’un veau, la face d’un bœuf répondant à celle d’un chérubin (comp. v. 10 et 10. 14). L’activité ou l’aptitude à l’action semble représentée par les mains d’homme, la rapidité d’exécution venant d’en-haut par les ailes, sans aucune déviation quelconque en dehors du but poursuivi et leurs quatre côtés leur permettaient de se mouvoir dans toutes les directions.

Ils sont les supports symboliques du trône, étant à la tête des créatures préservées du déluge dans l’arche, l’homme représentant l’intelligence, le lion la force, le bœuf la patience ou la stabilité et l’aigle la rapidité d’exécution, attributs de Dieu ou qualités de ses jugements. Ils allaient et venaient avec la rapidité de l’éclair.

Mais il y a aussi les roues, dont la description nous montre exactement l’inverse des circonstances dirigées par un hasard aveugle. Les instruments du gouvernement providentiel, au-dessous de l’étendue, étaient complètement en accord avec ce qui était au-dessus, et plus haut encore se voyait la ressemblance d’un trône, sur lequel était comme l’aspect d’un homme exerçant le jugement, quoique avec l’attribut de la grâce – l’arc dans la nuée – envers un monde méchant.

Ainsi le trône de Dieu ne se trouvait plus en Israël mais le Dieu du ciel allait employer les gentils à exécuter sa volonté en punissant Jérusalem coupable.

C’est son trône depuis le ciel, pas encore son trône dans le ciel, comme nous l’avons dans l’Apocalypse, ch. 4, où nous ne trouvons plus de roues, mais six ailes. Là, les animaux ne sont plus seulement des chérubins, mais des séraphins, disant : Saint, saint, saint ; ils sont associés et identifiés avec le trône de Celui qui juge tout suivant sa nature. Le monde est soumis à son jugement, et en tout premier lieu les Juifs et gentils apostats « tous ceux qui habitent sur la terre ». Les animaux sont au milieu du trône et non plus au-dessous de lui comme dans Ézéchiel.

Nous comprenons donc aisément que les chérubins représentent le pouvoir exécutif judiciaire de Dieu, peu importe à qui il est confié et dans quelles circonstances il se manifeste. Il y a une différence entre ce qu’on a vu après la chute de l’homme et le moment où Dieu a établi le propitiatoire. Ainsi, ce qu’Ézéchiel a vu sur la terre n’est pas la même chose que ce que Jean a vu lorsqu’il fut introduit en esprit par la porte ouverte dans le ciel. Nous voyons toujours que le principe général est modifié par la sagesse divine, suivant le cas et le but que Dieu se propose, et nous ne pouvons le saisir que sous la direction de l’Esprit, par sa Parole qui nous expose sa gloire en Christ.

Le Dieu souverain qui dirige toutes choses a été révélé dans l’apparence d’un homme et s’est trouvé ainsi en relation avec les hommes. Ses attributs mentionnés ici sont gouvernementaux et manifestés par des instruments sur la terre suivant une providence qui ne néglige rien. Il n’y a pas de plus belle réfutation de l’obscurité païenne ou de l’étroitesse juive que cette représentation symbolique des voies divines envers Israël telles qu’elles sont vues en Chaldée. Tout cela est la vérité positive qui manifeste la gloire de Dieu dans sa manière d’agir, aussi bien dans ce temps-là que dans celui où Il s’occupera de la bénédiction renouvelée d’Israël repentant, pour la joie de toute la terre.

Israël sentira alors combien son incrédulité a été grande en rejetant l’Éternel-Messie, lorsqu’Il devint un Homme et qu’Il accomplissait ainsi la prophétie d’Ésaïe ch. 3, en complet accord avec ce chapitre.

Ch. 2

La nouvelle position que Dieu prend vis-à-vis du peuple est mise en évidence par le titre que Dieu donne dans ce chapitre et dans les suivants au prophète tombé sur sa face. Du milieu de l’apparence de la gloire de l’Éternel, une voix prononce ces mots : fils d’homme. Daniel a été appelé une fois de ce nom (ch. 7. 17) et Ézéchiel, plus de cent fois. C’est le titre que Jésus a pris comme Messie rejeté qui devait souffrir, être exalté et retourner dans la gloire comme Fils de l’Homme.

Ses serviteurs ont ce même nom, comme étant identifiés avec la gloire de Dieu qui se déclare maintenant en dehors d’Israël et qui juge ce peuple par le moyen des Gentils.

Fortifié par l’Esprit, le prophète reçoit sa mission envers les enfants d’Israël, quoique – ou plutôt parce – qu’ils avaient rejeté Dieu – envers les Gentils rebelles (ce qu’ils étaient en réalité) pas meilleurs que des païens moralement, et bien pires même en culpabilité (v. 3 à 5).

C’est pourquoi le prophète ne doit pas les craindre, ni eux, ni leurs paroles, ni leurs regards, quelques révoltés qu’ils pussent être, mais au contraire leur dire les paroles de l’Éternel – qu’ils les écoutent ou qu’ils n’en fassent rien – car ils étaient rebelles. En outre Ézéchiel est exhorté à ne pas être rebelle comme eux mais à ouvrir sa bouche et à manger ce que Dieu lui donnerait (v. 3). Là-dessus une main fut étendue tendant un rouleau de livre, qu’il déroula devant le prophète, écrit devant et derrière et c’était des lamentations et des plaintes et des gémissements (v. 9 et 10).

Tel était le caractère de son premier témoignage. Nous verrons comment la grâce triomphe à la fin pour la gloire de Dieu.

Ch. 3

Ézéchiel mange le livre, et voici qu’il était doux comme du miel. Le prophète était envoyé à Israël avec la certitude qu’ils n’écouteraient pas, endurcis comme ils l’étaient, mais il pouvait les affronter avec un front de diamant. Il avait reçu la parole de Dieu dans son cœur et il fallait qu’il aille vers eux avec ces mots : ainsi dit l’Éternel (v. 10 et 11).

Puis l’Esprit l’emporta, accompagné du bruit de la gloire, et après qu’il eut passé sept jours parmi ceux de la captivité à Tel-Abib, la Parole de Dieu lui annonça qu’il était établi comme une sentinelle sur Israël, avec la responsabilité solennelle d’être fidèle. Il n’était plus question, là, de la nation, mais de la fidélité individuelle.

À la fin du chapitre il voit de nouveau la gloire comme il l’avait vue auparavant près du fleuve Kebar et il reçoit l’ordre d’être prisonnier dans sa maison, avec sa langue collée à son palais, car ils étaient un peuple rebelle ; Dieu ouvrirait encore sa bouche en les appelant encore solennellement à écouter, mais ils étaient rebelles.

Ch. 4

Le prophète doit maintenant mettre le siège devant Jérusalem, figure de celui des Chaldéens (v. 12). Je pense qu’il faut compter les 390 années d’Israël (v. 5) depuis Jéroboam, auquel Akija le prophète, annonça le don que Dieu lui faisait des dix tribus arrachées de la main de Salomon et que les quarante ans de Juda (v. 6) se rapportent au règne de Salomon lui-même, pendant lequel fut déterminée la ruine de la portion la plus favorisée du peuple, quoiqu’il soit difficile de discerner les résultats de l’idolâtrie sous la richesse et la sagesse du roi. « Ils m’ont abandonné », tel était le message de Dieu au prophète dans ce temps-là.

La semence de David devait être affligée et elle l’a été, mais pas pour toujours. Mais si des jours plus heureux les attendent, ils ont à traverser d’abord une longue nuit de ténèbres et l’heure la plus pénible sera encore celle qui précédera immédiatement l’aurore, car ils ont ajouté à leur idolâtrie la méchanceté plus grande encore de rejeter leur Messie et de s’opposer à l’Évangile prêché aux nations, de sorte que la colère est venue sur eux à son comble.

Il ne semble pas que le fait que la maison d’Israël, c’est-à-dire les dix tribus, a été emmenée en captivité bien avant la fin de cette période, soit un obstacle à ce que j’avance, car c’est dans la manière d’Ézéchiel d’embrasser toute la nation sous ce titre, quoique, ailleurs il en distingue aussi les deux parties. Juda n’employa pas pour la gloire de Dieu le règne long, paisible et prospère de celui qui, au milieu de bénédictions sans pareilles, tourna son cœur vers d’autres dieux – et la sentence de Lo-Ammi ne fut exécutée sur eux que lorsque la portion du peuple élu qui était restée attachée à la maison de David, et le dernier roi de cette famille, eurent justifié par leur trahison envers l’Éternel les tribus qui depuis longtemps avaient été ravies de leur pays.

Comme est solennel le témoignage que Dieu rend à l’homme envisagé dans la responsabilité qu’il a de marcher suivant la lumière qui lui a été donnée ! Non seulement il s’éloigne de plus en plus de Dieu, mais il tombe dès le début ; tous les appels qui lui sont adressés ne servent qu’à prouver son éloignement de cœur et de volonté. Ainsi, aucune chair ne peut se glorifier en sa présence. Puissions-nous nous glorifier dans le Seigneur ! Ce n’est pas le premier homme, mais le second, qui a glorifié Dieu ; c’est justement pourquoi Dieu a glorifié le Fils de l’homme en Lui-même, et cela immédiatement après la croix.

Il y a encore ici une autre question. Le prophète doit manifester dans sa personne la dégradation aussi bien que le jugement rendu imminent par l’iniquité du peuple. Et il doit donner un autre signe (v. 9 à 17). Dans sa mesure, Ézéchiel doit faire l’expérience de la condition d’Israël sous le juste jugement de Dieu, non pas parce qu’il était en dehors de la faveur divine, mais au contraire parce qu’il était assez près de Dieu pour pouvoir entrer dans la réalité de leur misère (quoique le Fils de l’homme fût le seul qui pût descendre en grâce dans ses profondeurs), la prendre sur lui d’une manière parfaite et souffrir bien au-delà de ce qui a pu être ou sera jamais leur part.

Jésus, dans son zèle pour Dieu et dans son amour pour son peuple, pouvait seul porter le fardeau, que ce soit en gouvernement ou en expiation. Mais la gloire de sa personne Le rendait propre à le faire dans ces deux cas, sans rien laisser de côté de ce qui était dû à Dieu, et avec les immenses résultats de la bénédiction, autant pour nous maintenant que pour les Juifs pieux des derniers jours. Jamais Il ne chercha à éviter, comme Ézéchiel le fait ici, les conséquences de l’état de ruine d’Israël ; jamais Il ne demande que rien ne Lui soit épargné – excepté s’il était possible, cette coupe de malédiction indicible que Lui seul devait boire et qu’Il but jusqu’à la lie, afin que la grâce puisse régner par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur.

Ch. 5

Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le jugement de destruction qui ne devait rien épargner, car le précédent n’allait pas au-delà du siège de Jérusalem par les Chaldéens, avec toutes les misères qui l’accompagnaient, La forme dans laquelle le Dieu d’Israël annonçait aux Juifs le sort épouvantable qui allait être le leur, et la destruction qui allait fondre sur eux, est particulièrement impressionnante parce que, tant dans la manière dont le prophète recevait l’ordre de cuire son pain que dans celle dont il devait raser ses cheveux, il rompait entièrement avec les coutumes et cela ne pouvait se justifier que par l’autorité de Dieu Lui-même et par les exigences morales de son peuple.

Ézéchiel devait sans doute le ressentir profondément en sa qualité de sacrificateur. Nous trouvons quelque chose d’analogue dans la vision de Pierre, où se montrent les préjugés bien enracinés des Juifs, préjugés qui sont néanmoins dominés par Dieu qui voulait sauver des Gentils et les introduire dans la communion avec ceux d’Israël qui croyaient. Dans notre prophétie il ne s’agit pas de la grâce sortant pour rencontrer et bénir des païens en leur annonçant le Sauveur, mais du jugement tombant sans rémission sur Jérusalem, chose étrange pour Israël qui l’entendait.

Les épreuves, jusque-là, n’avaient été que des châtiments temporaires, le fleuve de la pitié continuait à couler conne d’habitude, et la masse des Israélites se plaisait à espérer qu’il devait en être toujours ainsi, et que Dieu était pour ainsi dire lié à eux. Ils savaient cependant fort bien que le peuple L’avait souvent déshonoré et même d’une manière habituelle dans son abaissement. Le prophète devait leur faire voir et entendre ce qui allait se réaliser prochainement et d’une façon si terrible, d’après le message qu’il avait reçu de l’Éternel. C’était la position élevée et centrale d’Israël, et par-dessus tout celle de Jérusalem parmi les peuples et les pays qui les entouraient, qui rendait leur rébellion et leur idolâtrie si graves, et qu’il était impossible de les ignorer ou de les supporter plus longtemps.

Dans les v. 7 à 12, nous voyons clairement le dessein divin. Un tiers devait périr par la peste et la famine dans la cité assiégée ; un tiers devait tomber par l’épée autour de la ville et le dernier tiers devait être dispersé à tous les vents et être encore poursuivi par l’épée. Ici nous voyons comment les habitants de Jérusalem représentent dans ces circonstances « toute la maison d’Israël », sans qu’il soit tenu compte des dix tribus qui avaient déjà été déportées.

La souillure du sanctuaire de Jéhovah par les abominations païennes introduites par les rois, les sacrificateurs et le peuple, avaient rendu Jérusalem intolérable. Le jugement aurait lieu aux yeux des nations qui avaient vu leur infidélité envers le vrai Dieu, leur Dieu. Les païens eux-mêmes seraient étonnés, car ils n’avaient aucune notion d’un dieu qui traitait pareillement le peuple qui faisait profession de L’adorer.

Ch. 6

Ce chapitre montre que Dieu tient compte de l’idolâtrie du peuple dans le pays tout entier, quoique Juda, comme nous l’avons vu, ait en cela une fâcheuse priorité. C’est pourquoi Ézéchiel reçoit l’ordre de tourner sa face « contre les montagnes d’Israël », (v. 1 à 7).

Ainsi l’Éternel allait faire venir l’épée pour détruire Israël, car ils l’avaient abandonné pour des idoles qui, non seulement ne pouvaient pas les protéger contre la destruction, mais au contraire les y exposaient. Les adorateurs, les autels et les images devaient tous périr, les idolâtres, devant leurs idoles, leurs ossements dispersés autour de leurs autels. Pourtant l’Éternel se souvient de la grâce au milieu du jugement (v. 8 à 10). Et de nouveau Ézéchiel doit marquer d’une manière caractéristique le jugement certain de Dieu sur les abominations d’Israël (v. 11 à 14).

Ch. 7

Le ch. 7 clôt ces préliminaires de malheur. Il est facile à comprendre et remarquable par le langage abrégé, étrange, abrupt, par lequel l’Esprit proclame, en répétant souvent et d’une manière emphatique les mêmes termes, la fin pour le pays d’Israël, la fin qui était imminente (v. 1 à 9).

Nous voyons ensuite que non seulement les quatre coins du pays tombent sous les jugements décisifs de Dieu, mais que les résultats en sont complets et écrasants. Aussi loin que l’homme peut voir il n’y a pas de rétablissement possible. Les sentiments habituels des hommes disparaissent (v. 12). La colère est sur toute la multitude ; les espérances particulières de l’Israélite sont anéanties, car le jubilé lui-même est supprimé et avec lui toute perspective de rentrer en possession de son bien (v. 13).

Comment des idoles pourraient-elles l’aider ? Le son de la trompette qui encourage l’homme et qui, pour un Juif, devait être l’assurance que Dieu entendait et était prêt à prendre sa cause en main comme d’habitude, était absolument sans effet, car la colère de Dieu est sur la multitude (v. 14). Ils sont ainsi comme enfermés dans les cercles concentriques d’une ruine qui va les dévorer (v. 15 à 18).

Le prophète de Dieu annonce un coup après l’autre, de la part de Dieu contre son peuple affaibli par le sentiment de sa culpabilité. Dans le jour de leur calamité, ils sont obligés de s’apercevoir que leurs dieux ne sont que vanité, rien de plus que de l’argent et de l’or, et « ils jetteront leur argent dans les rues et leur or sera rejeté comme une impureté ». Et il est impressionnant de voir le prophète ajouter : « leur argent ni leur or ne pourra les délivrer au jour de la fureur de l’Éternel ; ils ne rassasieront pas leurs âmes et ne rempliront pas leurs entrailles, car c’est ce qui a été la pierre d’achoppement de leur iniquité » (v. 19).

Mais Dieu n’avait-il pas choisi un endroit pour sa demeure et le lieu de son repos ? Hélas ! c’est là que la pire des iniquités s’était manifestée contre Lui. Leur gloire était leur honte. « De la beauté de son ornement il a fait sa gloire ; mais ils y ont fait des images de leurs abominations et de leurs choses exécrables. C’est pourquoi j’en ai fait pour eux une impureté abjecte et je l’ai livrée en pillage, aux mains des étrangers et pour butin aux méchants de la terre et ils la profaneront. Et je détournerai d’eux ma face et ils profaneront mon lieu secret ; et les violents y entreront et le profaneront » (v. 20 à 22).

Enfin le prophète reçoit l’ordre de fabriquer la chaîne symbolique de l’esclavage pour ceux qui ne seraient pas retranchés, les iniques des nations prendraient possession de leurs maisons ; la destruction venait, c’est en vain qu’on rechercherait la paix, et à sa place il y aurait calamité sur calamité et rumeur sur rumeur, le prophète n’aurait pas de vision, mais « la Loi est périe de chez le sacrificateur et le conseil de chez les anciens ». Le roi menant deuil, les princes vêtus de stupeur, les mains du peuple rendues tremblantes, tel est le tableau (v. 23 à 27) de ce temps effroyablement troublé.

Toutes ces choses se sont accomplies à la lettre comme nous le savons. « Je leur ferai selon leur voie et je les jugerai par leurs propres jugements et ils sauront que je suis l’Éternel » C’est la conclusion de cet avertissement préliminaire si solennel.

Ch. 8

Les ch. 8 à 11 sont évidemment les quatre parties d’une même vision. La première expose l’idolâtrie excessive de Juda à Jérusalem, en commençant par la maison de Dieu. Dans la seconde, la destruction est ordonnée de Dieu sur tous ceux qui sont laissés dans la ville, à l’exception d’un résidu qui reçoit une marque et qui est composé de ceux qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent au dedans de la ville ; cette destruction commence par le sanctuaire de l’Éternel ; la troisième montre le rôle des chérubins et autres agents du jugement divin, avant que la gloire de l’Éternel ne prenne lentement ses dispositions de départ. Enfin, la quatrième annonce les malheurs sur les princes et le peuple laissés de reste, tout en assurant les justes qu’ils auraient un sanctuaire en l’Éternel Lui-même, alors qu’il n’y en avait aucun autre dans les pays de leur dispersion, et qu’à la fin la miséricorde de Dieu les rassemblerait dans leur pays ; cependant la gloire se retirait de la ville sur la montagne des Oliviers. Les ch. 12 à 14 inclus relatent diverses circonstances se rapportant à ce qui précède et l’exposé des voies de Dieu à cet égard.

La sixième année mentionnée au v. 1er est l’année qui suit celle de la première vision, ch. 1, v. 2, en comptant depuis la captivité de Jéhoïakin. Le prophète a de nouveau à faire avec Dieu, tandis que les anciens de Juda sont assis devant lui. C’est en Esprit, non pas corporellement, qu’il est emmené à Jérusalem, dans les visions de Dieu et qu’il voit là, à l’entrée de la porte intérieure regardant vers le Nord, c’est-à-dire vers la Chaldée, le siège de l’idole de jalousie, qui provoque à la jalousie. Le nom de l’idole ne nous est pas indiqué; était-ce Baal ou Ashtoreth ? (voyez 2 Rois 21 ; 2 Chron. 33).

En tout cas elle était un défi au Dieu d’Israël et sollicitait l’hommage de tous ceux qui entraient dans le temple. On voit par-là combien Juda était incliné à offenser l’Éternel et à le forcer moralement à accomplir sa menace d’abandonner sa maison. Cela donne toute son importance à la vision de sa gloire. L’Éternel n’avait pas encore quitté définitivement le temple et se plaisait à justifier sa manière d’agir si solennelle envers son peuple.

« Tu verras encore de grandes abominations », dit l’Éternel au prophète (v. 6) et il lui montre, tracées sur le mur, autour de la chambre où il l’avait fait entrer, toute sorte de figures de reptiles et de bêtes exécrables, et toutes les idoles de la maison d’Israël. C’est une scène d’idolâtrie grossière, une reproduction de l’avilissement de l’Égypte, et devant elles se tenaient, non pas la lie du peuple, mais ses chefs, soixante-dix hommes des anciens d’Israël.

Dieu avait jadis choisi soixante-dix anciens, et l’une de leurs fonctions les plus importantes était de réprimer le culte des idoles. Ici nous trouvons le même nombre, surpris sur le fait même, rendant culte à des images. Shaphan, était le scribe qui avait lu le livre de la Loi devant le pieux Josias ; quel changement depuis lors ! C’était maintenant son fils Joazania qui se tenait au milieu des soixante-dix idolâtres.

Et ce n’était pas tout. Ils disaient : « l’Éternel ne nous voit pas, l’Éternel a abandonné le pays ». Non seulement ils avaient cessé de maintenir la vérité, mais pire que cela, ils étaient tombés assez bas pour nier la puissance de Dieu ; c’était l’apostasie.

L’Éternel montre ensuite à Ézéchiel des femmes assises à l’entrée de la porte de la maison, pleurant Thammuz. Ce n’était plus l’idolâtrie syrienne ou égyptienne, mais celle de Phénicie, du caractère le plus grossier ; celle que les Grecs adoptèrent dans la fable d’Adonis et d’Aphrodite.

Il y avait pire encore, tant à cause de l’endroit où la scène se passe que des personnes qui adoraient le soleil, le grand objet de l’idolâtrie des Sabéens et plus tard des Perses ; environ 25 hommes se tenaient entre le portique et l’autel, tournant le dos au temple et regardant vers l’Orient ; leur nombre correspond aux classes de la sacrificature et au souverain sacrificateur. Aussi un châtiment implacable doit tomber sur les Juifs, sans miséricorde, et l’Éternel lui-même l’infligera.

Ch. 9

Ce chapitre nous montre comment l’Éternel a préparé l’exécution du jugement sur tout le peuple, à l’exception du résidu préservé à Jérusalem. Le jugement cette fois encore vient du Nord, et ceux qui l’exécutent se tiennent à côté de l’autel d’airain, expression des exigences divines et du jugement sur la terre. La gloire quitte l’endroit où elle siégeait. Jérusalem est livrée à la vengeance de l’Éternel.

Mais une marque doit distinguer tous ceux qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent dans la ville. L’affliction est le fruit de la communion avec Dieu dans les mauvais jours. Ceux qui ressentent cette sainte tristesse sont mis à l’abri des destructeurs, d’une manière tout à fait définitive. Tous les autres doivent périr, vieillards et jeunes gens, vierges, enfants et femmes : mais pas un seul de ceux qui ont la marque. Et c’est par le sanctuaire que la destruction commence. Nous trouvons la même pensée dans la première Épître de Pierre, 4. 17. Ceux qui sont le plus rapprochés du Seigneur portent la responsabilité la plus lourde.

Mais il ne suffit pas de commencer par les anciens qui étaient devant la maison ; la parole adressée aux vengeurs dit : « rendez impure la maison et remplissez les parvis de tués ». Le prophète en se voyant épargné, tombe sur sa face et intercède pour le peuple; mais il n’y a pas place pour la compassion et toute cette scène est rendue plus solennelle encore par le rapport que vient faire l’homme vêtu de lin, lorsqu’il a achevé sa tâche : « J’ai fait comme tu m’as commandé ».

Ch. 10

La vision qui suit complète le tableau du jugement commencé aux ch. 8 et 9. Elle rappelle ce que le prophète avait déjà vu lorsqu’il était au milieu des captifs sur les bords de Kébar. Il s’y trouve certaines modifications qui s’expliquent par le fait que le prophète avait été transporté par l’Esprit dans les visions de Dieu à Jérusalem ; la ville était maintenant dans le jour de sa visitation pour son impureté de chair et d’esprit, et Dieu commençait par le sanctuaire, tout en prenant connaissance de l’état de la cité toute entière et en exceptant seulement ceux qui soupiraient et gémissaient à cause de toutes les abominations qui se commettaient au dedans d’elle.

C’était un spectacle solennel pour le prophète captif, de contempler la gloire de Dieu dans un pays païen, mais c’était tout aussi significatif de la voir dressée en vengeance contre la cité sur laquelle ses yeux et son cœur reposent à perpétuité.

C’est de Celui qui n’est même pas nommé, mais qui remplit le trône, que vient l’ordre d’accomplir un jugement de destruction sur la ville (v. 1 à 3) ; et celui qui avait reçu la mission de marquer les justes, afin qu’ils soient épargnés, reçoit maintenant le commandement de remplir ses mains des charbons de feu qui se trouvaient entre les chérubins et de les répandre sur Jérusalem. La nuée de la présence de l’Éternel était là, mais elle n’apportait ni abri, ni direction au peuple qui avait abandonné tout respect de sa volonté et avait préféré un veau d’or au Dieu d’Israël. Quel changement depuis le jour où l’Éternel allait devant eux et remplissait le sanctuaire !

Mais maintenant (v. 4 et 5) la gloire quitte cet endroit au lieu de venir y habiter. L’Éternel abandonne la résidence qu’il lui avait plu de choisir – pas pour toujours cependant, puisque c’est pour l’éternité qu’Il l’avait choisie – mais Il en est moralement chassé par l’iniquité et l’apostasie de son propre peuple. La prophétie d’Ézéchiel dit explicitement qu’Il reviendra habiter là et ne quittera plus jamais sa maison, aussi longtemps que la terre durera, car son peuple jouira alors du repos de Dieu sous le Messie et la nouvelle alliance.

Mais de même que, dans ses dernières paroles, David était obligé de dire que « sa maison n’était pas ainsi avec Dieu », notre prophète dit en symboles mystérieux la rupture des liens entre Dieu et Israël par les signes solennels de leur jugement. Cela est bien mis en évidence devant les yeux du prophète par les spectacles étranges que le Seigneur lui donne à décrire ; quoiqu’Il pût faire en d’autres temps, c’était à ne pas s’y tromper l’Éternel qui ordonnait la destruction de sa propre ville et du sanctuaire.

Nous voyons ensuite l’exécution, de façon que tout fut rendu plus impressionnant et plus certain pour ceux qui pensaient qu’il était impossible, quels que fussent les leçons et les châtiments de l’Éternel, qu’Il ne reconnaisse plus Israël comme étant sien, et que malgré les succès temporaires de l’ennemi, le pays, la ville et le temple seraient un rempart imprenable l’empêchant d’obtenir un avantage durable sur le peuple élu. L’homme en effet oublie vite les principes immuables de Dieu et tourne à son propre avantage et à son propre honneur ce que Dieu fait dans le seul but de maintenir la vérité et la justice pour sa gloire.

Les v. 15, 20 et 22 identifient parfaitement la gloire vue au début sur les bords du Kebar, mais elle ne revient qu’en passant et chargée de la triste tâche de sceller le jugement et de marquer l’abandon d’Israël sous la loi, devenu maintenant apostat.

Le symbole du gouvernement divin en providence était là, mais il n’occupait pas son siège dans le saint des saints. Il se tenait sur le seuil et le parvis était rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel, mais il n’entrait plus à l’intérieur. C’était une visitation judiciaire en obéissance aux ordres de Celui qui, d’en haut, contrôlait chacun de ces mouvements. La colère était sortie contre Jérusalem. Et c’était Lui qui dirigeait tout et non pas les idoles muettes des gentils, qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux, des mains et des oreilles, mais ne voient, ni ne touchent, ni n’entendent pas.

Quelques traits diffèrent aussi de ceux de la première manifestation. Non qu’il y ait quelque séparation des roues d’avec les chérubins, ou la moindre divergence dans l’action commune ou dans le but de leurs mouvements compliqués. L’intelligence pénétrant le corps tout entier, le dos, les mains, les ailes, les roues, est plus affirmée. Le v. 13 nous montre un mouvement de la plus haute signification : la gloire de l’Éternel quitte le seuil de la maison, s’élève et s’arrête encore une fois à l’entrée de la porte orientale. Elle s’arrête, puis elle s’en va.

Ch. 11

Le ch. 11 qui complète cette portion de la prophétie, confirme entièrement ce qui précède : la gloire de l’Éternel peut s’arrêter encore un instant à la porte orientale, mais elle s’en va. Dans la vision de l’Éternel, Ézéchiel voit toute l’excessive présomption des chefs de Jérusalem qui conseillaient le roi Sédécias pour sa ruine et pour la leur, et cela en contradiction avec le message que l’Éternel avait envoyé par Jérémie ; ils semblent se servir du style imagé de ce dernier pour remplir leur but.

Nous ne pensons pas que le chiffre de 25 hommes (v.1 à 12), le même que celui des adorateurs du feu du ch. 8, suffise pour les identifier les uns avec les autres. Ici ces chefs sont des princes du peuple, non pas des sacrificateurs. Comme la scène précédente montrait l’apostasie religieuse, celle-ci fait ressortir l’impudence et l’infidélité des chefs civils, quoiqu’elle se passe à l’entrée de la porte de la maison de l’Éternel. Ce sont eux qui étaient les mauvais conseillers.

Jérémie avait exhorté les Juifs de Jérusalem à la soumission au roi de Babylone et les captifs à bâtir des maisons, à planter des jardins et à élever leurs familles dans l’exil, en priant pour la paix de la ville jusqu’à ce que 70 ans fussent accomplis et qu’un résidu pût retourner à Jérusalem. Les faux prophètes prédisaient que tout était bien dans le pays comme dans la captivité ; ils fomentaient la rébellion sous couleur de patriotisme et se réclamaient du nom de l’Éternel, tout en encourageant l’insubordination de dessous sa main qui les humiliait. Ils se dressaient contre les vrais prophètes et même tournaient en dérision la figure employée par Jérémie en s’en servant pour leur propre thèse (Jér. 29. 5).

Ce v. 3 : « ce n’est pas le moment de bâtir des maisons », c’est-à-dire le temps de paix pendant lequel on peut s’occuper de ces travaux est bien loin, signifie qu’ils étaient résolus à résister aux Chaldéens à outrance, malgré l’avertissement du prophète. C’est pourquoi Ézéchiel est appelé avec emphase à prophétiser contre eux : l’Esprit de l’Éternel tombe sur lui et lui enjoint de nouveau de parler au nom de l’Éternel, car leurs secrets étaient découverts dans sa lumière. L’Éternel leur retourne leur proverbe, après leur avoir rappelé leurs actions criminelles ; seulement c’était leurs tués qui étaient la chair et la ville la marmite, et eux devaient en sortir, mais non pas pour échapper comme ils l’espéraient. L’Éternel enverrait contre eux l’épée redoutée, en dehors de la ville à laquelle ils étaient si fortement attachés, car ils seraient livrés pour le jugement en la main d’étrangers.

L’Éternel déclare solennellement qu’Il les jugerait dans les confins d’Israël et qu’ils sauraient qu’Il est l’Éternel. Ainsi la ville ne serait point pour eux une marmite et ils ne seraient pas la chair au-dedans d’elle ; ils seraient jugés par l’Éternel sur les frontières, forcés de connaître Celui dans les statuts duquel ils n’avaient point marché et dont ils n’avaient pas pratiqué les ordonnances ; ils avaient agi au contraire selon les droits établis par les nations qui étaient autour d’eux.

Or, pendant qu’Ézéchiel prophétisait, Pelatia le fils de Benaïa mourut (v. 13) ; le prophète tombe sur sa face et il intercède pour le résidu, car tout captif qu’il ait été, il aimait, malgré leur orgueil, les hommes qui habitaient à Jérusalem. Mais la parole de l’Éternel lui rappelle avec force que c’était ses propres frères, les hommes de sa parenté, même toute la maison d’Israël, qui étaient un objet de mépris pour les habitants de Jérusalem ; ces derniers étaient parfaitement satisfaits d’eux-mêmes, parce qu’ils étaient restés dans la ville, tandis que leurs frères étaient en captivité.

C’est pourquoi l’Éternel fait à ce pauvre résidu dispersé la merveilleuse promesse d’être pour lui comme un sanctuaire, et de les ramener dans son pays (v. 16 à 21).

Dans un jour de ruine, il en est toujours ainsi. Ceux qui s’enorgueillissent de l’ancienneté, de la succession et des règles comme d’une possession exclusive, ne font que mûrir pour le jugement divin, tandis que ceux qui sont le plus méprisés sont ceux qui ont la vérité et reçoivent la bénédiction au milieu de leur humiliation et de leur faiblesse ; l’Éternel promet ici d’être un petit sanctuaire aux Juifs dispersés, de les rassembler d’entre les peuples et de leur donner le pays. Il leur donnera un seul cœur et un esprit nouveau, changeant leur cœur de pierre en un cœur de chair pour marcher dans le chemin d’obéissance, pour reconnaître Dieu et être reconnus de Lui, tandis que les idolâtres endurcis recevront la due récompense de leurs actes.

Et alors nous voyons la gloire s’éloigner une fois de plus, non pas du temple, mais de Jérusalem même. Elle monte de la ville et se tient sur la montagne des Oliviers. Puis l’Esprit enlève le prophète, le ramène en Chaldée, où il raconte toutes ces choses à ceux de la captivité. Cela nous rappelle Matthieu 28, lorsque Jésus ressuscité vient sur une montagne de Galilée donner aux disciples son grand message pour toutes les nations, sans même que son ascension au ciel soit mentionnée. C’est Jérusalem laissée de côté, un résidu envoyé par le Seigneur, qui reprend sa position de Galiléen en résurrection, le gage magnifique de son retour malgré son rejet actuel. Le rideau tombe sur la gloire lorsqu’elle atteint la montagne des Oliviers et elle ne reparaît que dans les derniers chapitres, aux derniers jours (comparez Zach. 14. 4 avec Act. 1. 9 à 12).

Le prophète, ramené en Esprit, quoique sa présence corporelle n’eut pas quitté sa maison où étaient assis devant lui les anciens, déclare les scènes terribles dont il a été témoin ; quelle consolation pour les captifs !

Ch. 12

Après ces visions qui servent pour ainsi dire d’introduction, le prophète est appelé à insister auprès du peuple sur la certitude de la fin imminente et complète de toutes les espérances présentes ; car ce n’était pas seulement l’orgueilleux résidu resté dans le pays qui nourrissait de vains espoirs, mais beaucoup aussi de ceux qui étaient captifs sur les bords du Kebar.

La première scène est symbolique et montre que le pays devait être une fois de plus balayé par la destruction, tandis que la plupart des Juifs attendaient une rapide délivrance, en dépit de l’affirmation contraire que Dieu leur donnait.

C’est pourquoi nous voyons que l’Éternel cherche à pénétrer la conscience des captifs de la folie qu’il y avait à se laisser aller à de tels rêves. Hélas ! ils étaient rebelles, la maison rebelle ! Moïse, dans son cantique, leur avait fait le reproche d’être une génération tortue et perverse, des fils en qui il n’y a pas de fidélité; et David dans le Psaume 68 les caractérise comme rebelles.

Si Ézéchiel doit entendre et leur répéter la sentence divine, ce n’est pas quelque chose de nouveau, mais c’est plutôt la manifestation que le jugement est en cours d’exécution, que le mal ancien est excessif, et que rien n’a pu l’extirper, ni la fraîche vigueur de leur jeunesse, ni leur puissance nationale. Ce n’était pas là la tache blanche, mais bien la vieille plaie de lèpre active et profonde.

Le prophète devait préparer son bagage et l’emporter de nuit ; cet acte si étrange de sa part devait exciter la curiosité des Juifs et il devait leur en donner l’explication. Le prince de Jérusalem, Sédécias et toute la maison d’Israël étaient représentés par ce fardeau porté par Ézéchiel. Cette prédiction, comme celle de Jérémie, allait s’accomplir à la lettre.

L’historien Josèphe nous dit que le roi, pensant voir une contradiction dans ces deux prophéties, décida de ne croire à aucune. Il est bien certain que Sédécias ne put échapper aux Chaldéens, mais tomba aux mains du roi de Babylone, lui parla face à face et le vit de ses yeux ; il est certain qu’après être tombé dans le piège, il fut emmené à Babylone, mais ne vit pas cette ville quoique il y mourut. Le fait que le prophète devait couvrir son visage de manière à ne pas voir le pays n’était que l’image de la réalité.

Qu’il était solennel et humiliant pour le peuple de l’Éternel de savoir par les jugements qui le désolaient et le dispersaient, que c’était Lui qui était l’Éternel ! Mais cela même, Il le fait tourner à son profit, en en laissant quelques-uns épargnés par ce jugement pour déclarer toutes leurs abominations parmi les païens ; car qui aurait pu porter un témoignage aussi accablant contre l’idolâtrie, si ce n’est ceux qui avaient ainsi souffert en succombant à ce piège ?

Le peuple du pays peut voir ensuite en Ézéchiel l’image de ce qu’il serait lui-même, en mangeant son pain et en buvant son eau dans la crainte. Puis le chapitre se termine par des reproches pour l’incrédulité du peuple à la parole prophétique, incrédulité si générale qu’elle en était devenue proverbiale Chaque vision allait trouver son accomplissement et la parole ne serait plus différée. « En vos jours, maison rebelle, je dirai une parole et je l’exécuterai » (v. 25). Quel témoignage porté à la haine de l’homme contre Dieu ; et quel témoignage contre l’homme qui accepte si aisément l’appât de l’ennemi lui disant que le moment de l’exécution est encore éloigné. Il n’aime pas l’intervention de Dieu, dont la domination lui parait intolérable. Mais Dieu dit : « aucune de mes paroles ne sera plus différée ; la parole que j’aurai dite sera exécutée » (7. 23)

Ch. 13

Ce chapitre s’occupe des hommes et des femmes qui, prétendaient avoir la pensée du Dieu d’Israël, mais qui étaient des instruments de l’ennemi et des adversaires de la volonté de Dieu, prophétisant sans inspiration divine, pour la ruine de son peuple.

C’était une chose particulièrement affligeante pour l’Esprit, comme cela en est une maintenant pour nous, de voir dans l’assemblée de faux frères et de faux prophètes, dont le but est leur propre personne, et dont les moyens sont, d’un côté la flatterie, et de l’autre, une manière arrogante de parler qui convient à ceux qu’ils veulent influencer, cherchant toujours à diminuer et à injurier ceux qui maintiennent la vérité au nom du Seigneur (comp. 2 Cor. 11).

Prétendre, de son propre chef, être prophète expose au jugement de Dieu qui, tout en étant plein de grâce et miséricordieux, doit maintenir sa majesté et sa vérité, qui ne doivent pas être dénaturées et profanées. Il ne pouvait y avoir que la destruction pour de tels gens et pour ceux qui les suivaient. Ils étaient comme des renards dans des lieux déserts, pleins de ruse et de malice. Il n’était pas étonnant qu’ils ne soient pas montés aux brèches et n’aient pas fermé l’enceinte autour de la maison d’Israël afin de tenir ferme dans la bataille au jour de l’Éternel.

Ils nous rappellent ceux qui, plus tard, cherchaient l’apparence dans la chair, contraignant les Gentils à être circoncis, de peur qu’eux-mêmes ne souffrent de la persécution pour la croix de Christ. De telles personnes ne craignaient pas l’Éternel et ne possédaient pas son secret, mais ce qu’ils prononçaient n’était que fausseté et divination, car ils disaient : « L’Éternel a dit », alors qu’Il ne les avait pas envoyés, et en conséquence des hommes espéraient l’accomplissement de leurs paroles. De là cet appel solennel « N’avez-vous pas vu des visions de vanité et prononcé des divinations de mensonge quand vous dites : l’Éternel a dit ! et je n’ai point parlé ? »

Alors Dieu déclare : « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur » (v. 8 à16). Quelle chose terrible lorsque les ennemis de Dieu L’obligent moralement à devenir leur ennemi ! Miséricordieux et plein de grâce, Il est lent à la colère, mais quand ses saints risquent d’être détruits et son propre honneur compromis par une patience trop prolongée, la guerre est déclarée à ceux qui, avec hypocrisie, travaillent à ruiner sa gloire et à contrecarrer sa sainte volonté relativement à son peuple ; et la colère de l’Éternel est en rapport avec sa Majesté.

Il est contre les prophètes de vanité et sa main est sur eux. « Ils ne sont pas dans l’assemblée de mon peuple et ils ne seront pas écrits dans le registre de la maison d’Israël, et ils n’entreront pas dans la terre d’Israël » (v. 9) Leurs noms doivent être effacés comme ayant perdu tous leurs droits ; c’est un jugement public sur la terre et non une question de jugement éternel – quoiqu’il soit également clair que leur portion sera une destruction éternelle. Ce serait méconnaître le juste sens de ce passage que d’y voir la perte de la qualité de membre de l’assemblée ici-bas, et celle de la communion des saints dans le ciel. Du reste, le caractère du péché est rappelé dans la punition.

Les faux prophètes essayaient-ils de calmer le sentiment national des Juifs en leur promettant un prompt retour de leur exil ? Ils ne reverraient plus jamais le pays dont ils avaient été et dont ils allaient être chassés par l’ennemi ; et alors ils apprendraient qui était leur Dieu Jéhovah, dont ils s’étaient moqués. Il ne permet pas que son peuple soit entraîné à la ruine et que ses séducteurs restent impunis, et encore moins que le mot sacré de paix soit appliqué à tort pour des buts personnels ; de même, pour employer une image : lorsqu’une muraille est construite avec du mauvais mortier, elle ne tient pas et n’est qu’une tromperie. Elle s’écroulera, telle est la parole dite à ceux qui construisent « Il y aura une pluie torrentielle ; et vous, pierres de grêle, vous tomberez, et un vent de tempête éclatera » (v. 11).

C’est aussi de la même manière que les autres prophètes annoncent les malheurs futur d’Israël, dans le Psaume 83, Ésaïe 28 et 29, Ézéchiel 38. 22, Apocalypse 8 et 16. L’Éternel se porte garant Lui-même d’un tel jugement, le refuge des mensonges sera rasé, et les mauvais conducteurs et ceux qu’ils ont entraînés seront détruits ; c’est Dieu qui juge ainsi les faux prophètes et leurs visions de paix, alors qu’il n’y a pas de paix.

Les femmes aussi jouent leur triste rôle dans la ruine morale d’Israël (v. 17 à 19). Leur influence a été grande dans ce monde pour le mal et pour le bien ; et comme Dieu a daigné accorder à certaines d’entre elles ses meilleurs dons, nous ne pouvons nous étonner que Satan se serve de celles qu’il peut employer pour le mal. La forme particulière du mal mentionné ici est la manière dont elles prennent dans leurs filets par les objets les plus mesquins de cette vie, tuant moralement ceux qui ne devraient pas mourir, et faisant vivre les âmes qui ne devraient pas vivre.

C’est de cette manière d’ailleurs que l’erreur agit toujours. La fausse doctrine enhardit les mauvais et cherche à alarmer les bons. Le monde fait ainsi sa religion. Il peut y avoir des malédictions et des avertissements, mais ils n’ont aucune influence parce qu’on s’en débarrasse habilement, tout en gardant une apparence de haïr l’iniquité et d’aimer la justice ; l’homme marche ainsi dans une vaine apparence jusqu’à ce que, dans l’enfer, il lève ses yeux en haut, étant dans les tourments.

D’un autre côté, la grâce n’est pas du goût du monde, elle lui semble pire qu’une tolérance païenne du péché. De là vient que les croyants qui suivent le monde par amour de leurs aises et de leur position ne trouvent jamais la nourriture dont leurs âmes ont besoin en tant que nés de Dieu; ils s’épuisent ainsi dans la faim et la misère ; s’abstenant peut-être dans une certaine mesure des jouissances du monde, ils sont cependant privés de la consolation chrétienne, écartant de leur propre aveu – jusqu’au jour où ils sont au ciel – cette communion des saints et le culte de leur Dieu et Père qui devraient les caractériser sur la terre.

C’est en vain qu’on s’oppose à Dieu. La vérité, c’est que, aveuglés par les ruses de l’ennemi, ils ne sont pas conscients que c’est avec Dieu qu’ils sont en lutte, jusqu’à ce que cette lutte se termine à leur confusion éternelle, et que leurs desseins soient mis au jour devant ceux dont ils espéraient faire leurs victimes. Dieu déclare que à la fin de tout cela, leur destruction est arrivée et en même temps la délivrance pour son peuple qu’ils avaient cherché à tromper.

« Et vous saurez que je suis l’Éternel » (v. 23). Tel est le glas qui retentit toujours pour le jugement des ennemis d’Israël au-dedans et au-dehors.

Connaître l’Éternel est un arrêt de jugement pour les pécheurs qui demeurent dans leurs péchés.

Ch. 14

La visite des anciens au prophète devient l’occasion d’une nouvelle révélation, mais pas cette fois sous forme d’une vision. Ils semblaient venir pour écouter la Parole de Dieu mais Dieu ne s’est pas trompé par leur attitude, et de même le prophète ne doit pas s’écarter du devoir solennel qui lui est imposé. La semence sainte s’est souillée, et ses chefs méritent le blâme plus que tous ceux qu’ils ont égarés par leur exemple. Quelle que fut leur apparence ou leur position, ils avaient élevé leurs idoles dans leurs cœurs.

Il n’y avait là aucune intervention et aucune influence extérieures, les anciens aimaient ces abominations ; ils couraient après leurs idoles avec une secrète avidité et ils satisfaisaient leur ardent désir de faux-dieux en plaçant devant leurs faces la pierre d’achoppement de leur iniquité, en rébellion ouverte et délibérée contre l’Éternel, ce qui n’était qu’une infamie.

« Serais-je consulté par eux ? » Insulter Dieu en adorant des idoles, puis venir ainsi devant son prophète, était un signe d’endurcissement et non de repentance. À celui qui viendra ainsi, l’Éternel répondra selon la multitude de ses idoles. Dieu est puissant et ne méprise personne ; mais Il ne peut pas prendre part. Son propre déshonneur et ses jugements sont salutaires à ceux qui Le craignent. Comment pourrait-Il répondre aux anciens rebelles sinon en leur faisant sentir sa majesté ? Ils recherchaient une réponse par curiosité. Il leur prouverait que leurs nombreuses idoles n’étaient rien, « afin de prendre la maison d’Israël par leur propre cœur, car ils se sont tous séparés de moi par leurs idoles ». Les anciens et le peuple s’étaient éloignés de Dieu qui voulait agir sur leur cœur.

Dans les v. 6 à 11 nous trouvons un message encore plus explicite adressé à la maison d’Israël, lui demandant de se repentir et de se détourner de ses idoles : sinon l’Éternel répondrait Lui-même à ceux qui venaient consulter, et cela en les retranchant, aussi bien un prophète séduit que ceux qui le consultent. Dieu agit ainsi judiciairement, se montrant sévère envers un peuple indocile, et renvoyant ceux qui mentent à ceux qui aiment le mensonge, afin que tous soient punis ensemble, et qu’Israël puisse apprendre la leçon dont il avait besoin, et être de nouveau son peuple comme Lui serait leur Dieu.

Avec le v. 12 commence une nouvelle parole de Dieu à Ézéchiel, et le prophète doit entendre cette sentence terrible que, lorsque l’excès du mal amène un châtiment de Dieu sur un pays, les trois saints hommes, Noé, Daniel et Job, dont l’intercession s’est produite à des moments critiques de l’histoire de l’homme, ne pourraient, par leur justice, sauver qu’eux-mêmes ; il n’est question ici que du gouvernement de ce monde et non pas de grâce pour la vie éternelle. Si la famine, les mauvaises bêtes, l’épée ou la peste étaient envoyées, ces trois hommes ne délivreraient ni leurs fils ni leurs filles, ils ne se délivreraient qu’eux seuls, Mais que serait-ce quand ces quatre plaies seraient envoyées par Dieu sur Jérusalem ? Qui pourrait protéger le peuple coupable ?

Ainsi, quel que fut l’amour que le prophète ressentait pour le peuple, quelle que fut l’affliction qu’il voyait après coup tomber sur lui, il est amené à reconnaître la justice des voies de l’Éternel, malgré leur sévérité – Lui qui ne fait jamais couler une larme sans cause, et fait briller la grâce au-dessus du jugement.

Ch. 15

Le message de l’Éternel dans ce court chapitre revêt la forme d’une parabole, dont l’explication est rendue certaine par les derniers versets. Il y a sans doute une distinction voulue entre les différents arbres employés comme symboles dans l’Écriture. Comparons-en trois brièvement ici : le figuier, l’olivier et la vigne.

Le figuier est le seul qui soit appliqué exclusivement à Israël – à telle enseigne qu’on ne peut manquer de voir en lui le représentant particulier de cette nation en contraste avec les Gentils. Comparez surtout Matthieu 24 et Luc 21 ; dans le premier passage nous voyons le figuier seul, sans le second (les Gentils étaient introduits selon la portée de l’évangile de Luc) « le figuier et tous les arbres ».

L’olivier – nous le voyons en Romains 11 – comprend d’abord les Juifs comme branches naturelles de l’arbre de la promesse, et comme témoignage sur la terre, croissant sur le trône d’Abraham ; ensuite, après leur rejet pour cause d’incrédulité, les Gentils greffés contre nature ; enfin par pure grâce, bien qu’en accord avec la promesse, Israël sera greffé de nouveau, sur la base de sa repentance, sur son propre olivier, lorsque les Gentils sont rejetés et que la grâce restaure la nation élue pour toujours.

La vigne à une application plus variée ; d’abord Israël, qui devient stérile, puis le Seigneur avec les disciples, sarments de Celui qui est le vrai cep, et enfin la vigne de la terre, quand la chrétienté abandonne la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ, et que, à la fin des temps le jugement divin n’épargne plus personne.

La vigne n’est d’aucune valeur si elle ne porte pas de fruit. D’autres arbres, s’ils ne portent pas de fruit ou s’ils cessent d’en donner, peuvent être extrêmement utiles. Mais si le cep ne produit pas de fruit, il n’est bon qu’à être brûlé. Et si son bois est sans utilité avant que le feu ne le touche, qu’en reste-t-il lorsque les deux bouts sont consumés et que le milieu est brûlé ?

Il en est précisément ainsi, dit l’Éternel, des habitants de Jérusalem. Sans fruit pour Dieu, ils sont destinés au feu du jugement divin. Si les Juifs avaient manqué au témoignage confié à leurs soins, s’ils avaient falsifié ce témoignage, s’ils avaient trahi son nom, que pouvait faire l’Éternel, sinon consumer comme des ennemis ceux qui, d’entre tous les hommes, avaient la plus lourde responsabilité, celle d’obéir à sa Loi ? Fermer les yeux sur leur turpitude morale et leur abominable idolâtrie ne pouvait convenir au Dieu qui voit tout et qui avait choisi ce peuple, seul parmi toutes les nations de la terre, pour habiter au milieu de lui ; et le moment n’était pas encore venu de poser, dans la mort et la résurrection de Christ, le fondement d’une nouvelle création qui ne tomberait ni ne passerait pas. C’est pourquoi le Dieu vivant doit agir envers son peuple sur la base de l’alliance conclue avec eux, de là l’action annoncée ici par le prophète.

« C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, comme le bois de la vigne parmi les arbres de la forêt, que j’ai livré au feu pour être consumé, ainsi je livrerai les habitants de Jérusalem et je mettrai ma face contre eux » (v. 6 à 8). Que cette déclaration est énergique ! L’Éternel ne se bornerait pas à livrer les habitants de Jérusalem comme le bois de la vigne pour être consumés, mais il mettrait « sa face contre eux ». Quel présage pour ceux qui connaissaient son nom et sa haine du mal ! Et comme s’il ne suffisait pas que l’Éternel proclame ainsi son opposition fermement décidée, il est ajouté : « ils sortiront d’un feu et un autre feu les consumera ». Il en était bien ainsi de la cité coupable du grand Roi. Si l’on évitait le feu ici, ce n’était que pour le rencontrer ailleurs. Il n’y avait pas moyen d’en sortir, car aucune repentance ne s’était montrée, et Dieu ne pouvait tolérer qu’on se moque de lui.

Celui qui jadis avait jugé l’humanité dans son ensemble ou dans une partie de sa culpabilité, doit maintenant s’occuper du cas de son propre peuple. S’ils avaient écouté et s’ils avaient marché dans ses voies, Il aurait subjugué leurs ennemis et ils auraient été comblés eux-mêmes de toute sorte de biens ; mais ils n’avaient pas voulu écouter, et s’étaient choisi les dieux étrangers des païens. Ainsi l’Éternel devait, ou bien consentir à son propre déshonneur en supportant Jérusalem en dépit de son apostasie, ou bien les forcer à apprendre qu’Il était l’Éternel en mettant sa face contre eux. Triste alternative !

Comme il ne pouvait être question de la première voie, la seconde était la seule voie que méritaient leurs iniquités, le seul chemin ouvert jusqu’à la venue du Messie qui, en portant leur jugement, permettrait à la grâce de Dieu de recommencer quelque chose de nouveau en justice sur la base de la grâce souveraine.

Le prophète ne pouvait donc faire autre chose que d’annoncer : « je ferai du pays une désolation, parce qu’ils ont commis le péché » (v. 8).

Ch. 16

Si, dans le chapitre précédent, le symbole de la vie stérile destinée au feu nous a montré le côté négatif de la condition de Jérusalem et ses conséquences certaines, son iniquité positive nous est représentée d’une manière frappante dans l’allégorie suivante.

Le peuple élu avait été destiné à supplanter les nations et aurait dû le faire – des nations que le pays rejetait à cause de leurs abominations, et on ne peut concevoir aucune figure plus poignante que celle qui représente l’origine et la naissance de Jérusalem, comme provenant de Canaan, d’un père Amoréen et d’une mère Héthienne (v. 3).

Cela est naturellement moral et non pas historique. Ésaïe qualifie les chefs de « Sodome », et le peuple de « Gomorrhe », de la même manière. Dès les jours les plus anciens, nous voyons comment les deux races mentionnées par Ézéchiel étaient considérées par les patriarches (Gen. 15. 16 ; 27. 46).

Mais l’Écriture montre elle-même que le fait de naître d’une race méprisable ne peut lier pour toujours l’homme au mal ; lorsque Dieu intervient en quoi que ce soit, que voyons-nous ici ? Une pauvre misérable, privée de soins les plus nécessaires, jetée dans les champs le jour même où elle est née (v. 4 et 5). L’Éternel passa près d’elle, la vit souillée dans son sang et lui dit dans son sang « Vis » (v. 6). Grâce à ses soins, elle devint une femme, revêtue des plus splendides ornements, et l’Éternel fit une alliance avec elle, et la prit pour Lui. Et celle qui avait été ainsi purifiée et magnifiquement ornée devint un royaume et acquit une renommée qui se répandit partout (v. 7 à 14).

Que fit-elle en retour ? « Tu te confias en ta beauté, et tu te prostituas à cause de ta renommée ». C’est un triste tableau. La beauté de Jérusalem était pour tout passant (v. 15 et 16). La souillure de l’idolâtrie de Jérusalem dépassait tout ce qui avait précédé et tout ce qui devait suivre, et elle se signalait par le fait qu’elle dépensait pour les infâmes idoles des païens les innombrables faveurs de son époux divin, car c’est ce que son créateur était pour elle. Elle avait encore ajouté à l’affliction de son cœur, le fait qu’elle ne s’était pas souvenue des jours de sa jeunesse, quand elle était nue et découverte, gisante dans son sang (v. 22).

L’Éternel détaille ensuite les excès d’impureté auxquels Jérusalem s’était abandonnée dans ses désirs sans frein, non seulement en accueillant chaque nouvelle idolâtrie qui se présentait, mais en recherchant et en entretenant avec des étrangers jusqu’aux Gentils les plus éloignés ; les Philistins même avaient honte de son infamie, et se contentaient de leurs propres dieux.

C’est, hélas, une vérité solennelle que, lorsque le peuple de Dieu s’écarte de Lui, il est capable de s’égarer plus loin que tous les autres. Sans la protection de Celui qu’ils ont méprisé, ils deviennent une proie toute particulière pour Satan et les victimes qu’il recherche le plus, car c’est par eux qu’il peut de la manière la plus effective jeter le déshonneur sur le Dieu vivant.

Quelle énigme l’histoire morale du monde et de l’homme n’est-elle pas pour tous ceux qui ne voient pas le conflit entre Dieu et son ennemi ! Alors, c’était Jérusalem qui était en jeu, aujourd’hui c’est l’Assemblée; mais c’est toujours l’opposition du diable au Fils de Dieu.

Les v. 30 à 34 nous révèlent une terrible aggravation de la culpabilité de Jérusalem. Elle n’avait besoin d’aucune richesse, tellement l’Éternel l’avait abondamment bénie. D’autres, dans leur convoitise ardente de biens qu’ils avaient vus ailleurs pouvaient les attribuer à la puissance des dieux des collines ou des vallées, et ainsi ajouter idoles à idoles ; mais Jérusalem était inexcusable parce qu’il n’existait rien parmi les nations, grandes ou petites, près ou loin, qu’elle eût quelque raison de convoiter. C’était donc convoiter des faux dieux pour le seul plaisir de convoiter ; c’était pécher pour pécher.

Alors l’Éternel somme Jérusalem la prostituée d’écouter sa sentence sur sa débauche folle et insatiable (v. 35 à 43). Il menace sa ville coupable de l’exposer à la vue de tous ses amants et de tous ceux qui la paissent, et de lui infliger les châtiments qui conviennent aux adultères, jusqu’à ce que sa colère cesse et que sa jalousie se détourne « et tu ne commettras pas l’infamie, par-dessus toutes tes abominations » (v. 43).

Le proverbe qui convenait à pareille iniquité est prononcé par l’Éternel : Telle mère, telle fille, appliquant ainsi la relation morale de Jérusalem, non pas au père des croyants ou autres héritiers de la promesse, mais aux races corrompues de Canaan. Jérusalem, comme on le voit aux versets 45 à 52, avait dépassé non seulement Samarie son aînée, mais même Sodome, sa plus jeune sœur. Elle avait eu assez de connaissance pour pouvoir les juger, mais au lieu de cela, elle s’était précipitée avec encore plus d’ardeur dans de plus grandes abominations.

Les deux premières, lorsqu’elles avaient connu Dieu, ne l’avaient pas glorifié comme Dieu, mais dans leur ingratitude et leur orgueil, l’avaient abandonné, et s’étaient livrées aux faux dieux, à des affections corrompues et à un esprit réprouvé. N’étaient-elles pas plus excusables que Jérusalem ? « Toi aussi, sois honteuse et porte ta confusion ! parce que tu as justifié tes sœurs ». Comme le changement sera complet, et l’humiliation profonde lorsque les Juifs sentiront et confesseront honnêtement la vérité telle que l’Éternel la prononce ici. Et nous sommes assurés qu’ils le feront.

Hélas ! cette repentance est pour un jour futur, mais ce jour viendra sûrement, et Jérusalem, si longtemps infidèle, inclinera son cœur devant la fidélité incomparable de l’Éternel se révélant Lui-même à elle en Jésus qu’elle a mis à mort. Cela aura lieu à la fin de ce temps, quand la prédiction du retour de la captivité s’accomplira par grâce (v. 53 à 57). Ceux qui rabaissent cette prophétie à la restauration des Juifs sous Cyrus et à la part que les races d’au-delà de la Mer Morte et limitrophes de la Palestine prirent alors à leur sort, n’en ont qu’une bien pauvre idée. Une captivité plus grande et plus terrible devait suivre sous le 4ème empire ; mais le retour de la captivité attend le jour brillant où toute peine sera bannie de la terre pour ceux qui s’humilient devant le Nazaréen revenant pour régner.

Cela est encore plus clair par ce qui suit : v. 58 à 63. C’est la restauration finale de Jérusalem sous la nouvelle alliance, désignée expressément, ici et ailleurs, « l’alliance éternelle », en contraste avec celle de Sinaï, sous laquelle la restauration après une culpabilité sans précédent comme celle de Jérusalem avait été impossible. C’est montrer une ignorance fondamentale de la grâce que de confondre cette alliance-là avec la Loi ; et la mention de Samarie et de Sodome, en particulier, aurait dû mettre en garde contre cette erreur qui s’est répétée depuis les pères jusqu’à nous à travers la Réforme.

Il est du plus grand intérêt de voir que les villes les plus coupables, avant et après la loi, sont assurées d’une restauration en même temps et sur le même terrain que Jérusalem. Elle les aura pour sœurs en ce jour, elle qui n’aurait pas voulu même prononcer leurs noms dans les jours de son orgueil et de son péché. Mais la grâce de Dieu change tout pour l’homme et change l’homme en vue de la gloire.

Ch. 17

Nous avons ici une autre de ces illustrations si typiques de notre prophète, présentant l’état de choses existant parmi le peuple de Dieu, la ruine menaçante à cause de l’impiété du roi, et finalement le royaume du Messie, le plus abaissé dans sa première présentation, mais exalté par Dieu au moment convenable au-dessus de la terre entière. Quoiqu’il y ait maint point de ressemblance entre la dernière partie de ce chapitre et des prophéties telles qu’Ésaïe 2 et 53, Daniel 2. 34, 35, 44 et 45, Michée 5, celle qui nous occupe a ses propres caractères bien distincts, comme d’ailleurs chacune des autres que nous venons de citer.

Le grand aigle n’est autre que le roi de Babylone, que Dieu, dans sa sagesse souveraine, a établi comme tête du système impérial gentil, après qu’Israël ait donné la preuve de sa ruine morale et de sa rébellion contre l’Éternel. Un autre prophète avait déjà employé une comparaison semblable au sujet de Nebucadnetsar (Jér. 48. 40 ; 49. 22).

Mais ici l’allégorie est complète, car le cèdre du Liban représente la royauté en Israël dont la maison de David était investie, qui maintenant, à cause de ses péchés, se trouvait dans la servitude du chef des Gentils. Jéhoïakim est le roi de Juda décrit ici comme la plus haute pousse de la cime, laquelle Nebucadnetsar transporta avec lui à Babylone, alors la plus fameuse des villes de l’antiquité, non seulement par sa grandeur, mais aussi par son commerce (És. 13. 19 ; 44. 14). De plus, le conquérant plaça à Jérusalem un autre roi, de la semence du pays, non pas un étranger, mais un prince de la maison de David, Matthania, oncle (frère) du roi exilé, sous le nouveau nom donné à son maître.

Sédécias aurait pu prospérer là, en servant loyalement le roi des rois babyloniens. Mais la seule condition sous laquelle Dieu aurait assuré la paix et une certaine mesure de prospérité aux Juifs, était leur sujétion à l’empire gentil : ils auraient dû reconnaître que cet asservissement était la discipline de Dieu sur son peuple à cause de sa désobéissance incurable et à cause de ses rois.

Sédécias était comme un saule planté près de grandes eaux. Sa sécurité résidait dans une dépendance fidèle à Nebucadnetsar, en s’humiliant sous la puissante main de Dieu, ou bien, suivant l’image employée par le prophète, en étant comme une vigne de peu de hauteur avec des branches tournées vers Celui qui l’avait plantée et ses racines sous lui. Cette vigne aurait pu produire non seulement des branches et des racines, mais aussi du fruit.

Hélas, il n’en était pas ainsi, malgré les nombreux avertissements prophétiques qui lui avaient été donnés. Le nouveau roi, comme le peuple jadis, regarda vers l’Égypte pour avoir du secours – vers les Égyptiens qui étaient des hommes et non pas Dieu, et leurs chevaux, chair et non pas esprit ; comme jadis ils avaient convoité les bonnes choses de l’Égypte, maintenant de nouveau, pour se débarrasser du joug de Babylone, ils contestaient tous, grands et petits, pour le déshonneur de Dieu.

Le second aigle est le roi d’Égypte qui visait à l’empire du monde et était en lutte avec Nebucadnetsar pour l’acquérir. Mais c’est Dieu qui commande et qui avait donné cet empire au roi de Babylone. C’était les voies de sa providence. Le royaume entre les mains du premier Adam n’avait abouti à rien. Israël, Juda, la maison de David, avaient complètement manqué, et n’avaient duré que pour jeter un nouveau déshonneur sur son nom d’Éternel qui les avait choisis.

Le jour n’était pas encore venu pour le second Homme, le dernier Adam, vrai fils de David et fils de l’homme. C’est pourquoi Dieu avait laissé provisoirement cette suprématie universelle entre les mains des hommes les plus vils : c’était comme une leçon pour ceux qui avaient préféré leurs propres voies au Dieu vivant ; et l’endroit où l’exaltation contre le vrai Dieu avait pris naissance, et d’où étaient sortis les faux dieux, était devenu la verge et la prison d’Israël, des personnes de la maison de David et du peuple abandonné à leur état misérable. Mais eux, et par-dessus tout Sédécias, qui plus que tous les autres, aurait dû connaître la volonté de Dieu, avaient cherché l’aide de l’Égypte dans l’espoir de se rendre indépendants de Babylone. Se tourner ainsi vers le Pharaon, c’était rejeter l’Éternel plutôt encore que Nebucadnetsar et devait entraîner leur propre destruction sans que leur maître chaldéen eût à faire un grand effort pour cela. Un souffle de ce vent d’Orient suffisait pour flétrir la vigne sans fruit, pour la dessécher entièrement dans les carrés où elle poussait.

Dans les v. 2 à 21 nous trouvons la solution de l’énigme, et l’Esprit lui-même donne l’interprétation de la parabole. L’Éternel accuse le fils de David régnant alors, de perfidie contre Lui-même et contre Nebucadnetsar. Il avait violé son alliance avec les Chaldéens, cette alliance scellée du nom de l’Éternel. Les choses en étaient-elles vraiment arrivées à ce point, que le roi païen Nebucadnetsar aurait plus de respect pour le serment de l’Éternel que le fils de David, le roi de Juda ?

Cette conduite de la part de Sédécias rendait absolument impossible pour Dieu de protéger plus longtemps le roi et le peuple coupables ; et cela d’autant plus qu’ils portaient son nom. « Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités ». Le jugement doit commencer par la maison de Dieu; car ils disaient : « nous voyons », c’est pourquoi leur péché demeure.

Il faut que Dieu soit sanctifié dans tout ce qui s’approche de Lui ; et si le péché demeure toujours le péché, il est infiniment moins excusable là où sa parole est connue, et là où son nom est proclamé devant les hommes. C’est donc selon la justice que Sédécias devait être pris au filet de la rétribution divine, et mourir sans avoir trouvé l’aide du Pharaon et de sa grande armée sur laquelle il avait compté au jour de la plus grande détresse. Il était à Babylone le prisonnier de celui dont il avait rompu l’alliance. C’était l’amère récompense qu’il avait reçue de l’Éternel, qui avait plaidé avec lui pour sa transgression, avait tué ses fugitifs, et dispersé de tous côtés ceux qui étaient de reste ; c’était la preuve de la réalité de l’outrage fait à son nom.

Mais le chapitre ne se termine pas sans nous donner une perspective bien différente (22 à 24) Il s’agit ici du Messie dans son royaume, non pas du Messie souffrant sur la terre, qui venait du ciel, mais du roi d’Israël régnant en justice, désigné plus loin comme David, le vrai Bien-Aimé sous le sceptre duquel le peuple tout entier sera réuni de nouveau, pour ne plus jamais être divisé par sa folie, et pour ne plus jamais tomber dans l’idolâtrie ou dans d’autres péchés.

Tout cela n’est pas le mystère du royaume tel que nous le connaissons aujourd’hui, ni le jour de la réjection, mais celui de la puissance, judiciaire sans doute, mais bienfaisante sur terre. Ce n’est pas non plus l’appel des âmes hors du monde pour les amener à un Christ glorifié dans le ciel, mais c’est le pays et toute la terre bénis sous le règne de Celui qui établit pour toujours le sanctuaire au milieu d’Israël.

Sans nier que Zorobabel puisse être une image fugitive du grand Roi et du puissant règne de paix et de bénédiction indiqué ici, je ne puis le considérer que comme une réalisation bien faible d’une promesse si glorieuse. L’interprétation qu’en font les anciens et les modernes me semble injurieuse et bien éloignée de la vérité ; en effet ils détruisent les espérances d’Israël dans les voies de grâce de Dieu et ils abaissent l’Assemblée jusqu’à lui faire usurper les promesses de la bénédiction terrestre et la gloire du peuple juif, au lieu de la maintenir dans la communion des souffrances de Christ, et dans l’attente de la joie et de la gloire céleste dans son amour à sa venue.

Ch. 18

Ce chapitre et le suivant terminent cette partie de la prophétie qui suit la vision de la gloire de Dieu quittant Jérusalem après avoir employé Nebucadnetsar comme instrument providentiel. C’est un jugement moral démontrant la nécessité d’un jugement extérieur par lequel ils apprendraient que celui qui parlait et qui agissait était l’Éternel.

Les v. 1 à 6 méritent d’être soigneusement pesés. Lors de la captivité, Dieu agit envers son peuple qui murmure et Il met fin à ses voies gouvernementales sur la base d’Exode 34. 6 et 7. Depuis ce moment, Il les prend sur leur propre terrain – et comme ils se plaignaient de devoir souffrir si durement pour les fautes de leurs pères, Il allait leur donner ce qu’ils méritaient par eux-mêmes. Il est évident qu’un pécheur doit souffrir pour son péché ; et s’il met en doute qu’il soit juste de payer pour la faute de ses pères, il doit admettre qu’il est bien juste d’être puni pour sa propre faute. Les âmes des pères, comme celles des fils, étaient à Dieu et le pécheur doit mourir. Il n’y avait aucun moyen d’y échapper.

Le premier cas est celui d’un homme juste, tant vis-à-vis de Dieu que de son prochain, qui s’est tenu éloigné de l’impureté et de l’injustice, et a en outre manifesté son amour envers les malheureux, s’est abstenu de l’iniquité et a rendu un jugement juste entre homme et homme, en marchant dans les ordonnances divines ; celui-là vivra certainement (v. 5 à 9).

Mais si son fils est un homme violent, qui verse le sang, devrait-il vivre ? « certainement il mourra, son sang sera sur lui » (v. 10 à 13). Tel est le second cas.

Il y a un troisième cas : un fils qui ne suit pas le mauvais exemple de son père, mais qui voit tous les péchés qu’il a commis et y prend garde, « celui-là ne mourra pas pour l’iniquité de son père, certainement il vivra » (v. 14 à7). Ces différents cas sont brièvement comparés dans les v. 13 à 20. Le père méchant périra ; le fils averti par son exemple, vivra. Il en ressort cette maxime : l’âme qui a péché, celle-là mourra. Le fils ne souffrira pas pour le péché du père, ni le père pour celui du fils, mais chacun récoltera ce qu’il aura semé.

Mais de nouveaux cas se présentent dans les versets suivants : que se passera-t-il si le méchant se détourne de son péché, ou le juste de sa justice ? Chacun portera son propre fardeau, récoltant les fruits bénis de l’Esprit, ou la corruption de la chair (v. 21 à 24).

La bouche d’Israël est fermée. Ses murmures ne sont que sophismes. Le juge de toute la terre n’agirait-il pas justement ? (v. 25 à 29). Ceux qui blâment les voies de l’Éternel en grâce ou en jugement ne se sont jamais vus dans sa lumière. Quelle humiliation pour Israël ou pour nous, que Dieu daigne justifier ses propres voies et nous convaincre de notre propre péché ! (v. 30 à 32).

C’est un appel à la conscience, non pas l’appel de la grâce, dans lequel Dieu promet qu’Il leur donnera un nouveau cœur et qu’Il mettra en eux un nouvel esprit qui produira en eux l’aversion d’eux-mêmes, la vraie repentance, et les rendra propres pour des bénédictions futures (ch. 36). La comparaison des deux chapitres de ce même prophète est des plus instructives, et la mauvaise interprétation que l’on fait fréquemment du premier est aussi opposée à l’évangile. L’esprit ici les accable sous la conviction de leur péché. Le jour est encore à venir où Dieu plantera Israël dans son pays et le bénira de toutes les choses excellentes de la terre.

Ch. 19

Le ch. 19 est une complainte sur les princes ; le chapitre précédent montrait l’état du peuple et de l’âme de chacun, princes et peuple. Dans les v. 1 à 4 nous avons la fin de Joachaz ou Shallum, fils de Josias, fils injuste d’un père juste, qui mourut en Égypte où le Pharaon Neco l’avait emmené prisonnier.

Cela n’alla pas mieux avec les autres ; car Dieu était oublié et les mauvaises voies se terminent mal.

Jehoïakin sentait les chaînes de Nebucadnetsar, comme aussi Sédécias, mais avec plus de souffrances encore et d’ignominie, car sa culpabilité envers l’Éternel était grande. Le prophète ne pouvait donc que se lamenter.

Ce ne fut pas à cause de leur faiblesse que le peuple choisi et ses princes tombèrent ; ce ne fut pas à cause de leur force que l’Égypte ou Babylone eurent le dessus. Israël s’était détourné de l’Éternel vers le péché et il a dû, comme c’est encore le cas aujourd’hui, servir, dans la douleur, les plus méchants des nations. La domination appartient à Shilo, qui reviendra en puissance aussi sûrement qu’Il a été crucifié en faiblesse.

Ch. 20

Cette nouvelle division du livre s’ouvre avec un exposé complet et solennel du péché d’Israël, non seulement comme l’Éternel le voyait à ce moment-là, mais vu à la lumière de ses desseins envers eux dans le passé et dans l’avenir. En fait, nous ne jugeons jamais notre position actuelle d’une manière complète, à moins que nous ne nous soumettions à la pensée et au but de Dieu car, tandis que nous devons bien considérer la condition où II nous a placés au début, Il veut que nous regardions en avant vers le but qu’Il s’est proposé, et qu’ainsi nous sentions mieux si notre état correspond à ces deux choses.

Les anciens d’Israël venaient consulter l’Éternel : n’était-ce pas de la foi ? Ils s’asseyaient devant Ézéchiel. N’était-ce pas de l’humilité qui honore Dieu dans la personne de son serviteur ? Mais celui qui sonde les reins et les cœurs avait vu qu’il n’y avait là aucun exercice de conscience devant Lui ; et pourquoi répondre quand il n’y a que vide et hypocrisie ?

C’était indigne de sa part de tolérer cette légèreté. « Je suis vivant dit-il, si je suis consulté par vous ». Mais en même temps il Lui plaît de justifier ses voies et le prophète reçoit l’ordre de placer devant eux les abominations de leurs pères. Dieu va ainsi à la source du mal, et le peuple doit le juger à sa racine, plus que dans ses effets.

L’Éternel rappelle son serment à Israël, en le répétant (v. 5 à 9) d’une manière impressionnante, jurant par Lui-même puisqu’Il ne pouvait jurer par quelque chose de plus grand, et montrant ainsi plus fortement l’immutabilité de son conseil. C’est expressément d’Israël que l’apôtre déclare que les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir. Pour cette raison même, Il juge et doit juger leurs voies : sinon Il serait forcé de sanctionner ou d’excuser le péché. Et comme Il ne le peut pas, Il agit envers l’infidélité d’Israël, en la rappelant depuis le début. Même alors, en dépit des remontrances adressées à chacun d’eux, leurs abominations et les idoles de l’Égypte appellent sa colère qui est déchaînée contre eux tous dans ce pays. Mais la grâce prévaut sur le jugement, et Il a soin de son propre nom devant les païens.

Israël ne se montra pas meilleur hors d’Égypte que lorsqu’il y habitait ; son péché devint même plus évident et moins excusable, car dans les solitudes du désert il était avec l’Éternel ; mais il courut après de faux dieux, il possédait ses statuts et ses ordonnances, mais ne les observa pas et les méprisa ; il avait des sabbats comme signe entre l’Éternel et lui, et les profana. L’Éternel fut ainsi de nouveau provoqué à le détruire dans le désert, comme il l’avait été en Égypte ; mais son nom contre lequel Israël avait péché avec tant d’orgueil, était sa protection et sa défense (v. 10 à 16).

L’Éternel était ému de compassion, mais il faut qu’Il affirme son autorité, la justice de ses jugements et la valeur particulière de ses sabbats, entre Lui et eux.

Plusieurs ont trouvé une difficulté dans le v. 25 de notre chapitre, tant les commentateurs que les lecteurs. Mais la solution se trouve dans le simple principe que Dieu, dans son gouvernement, châtie en rétribution son peuple coupable, et appelle les verges, ses propres verges, même quand ces instruments sont totalement étrangers à son esprit et à son cœur. Cela est vrai même du Saint de Dieu, de Christ Lui-même qui, rejeté par les hommes et soumis aux souffrances par eux, est dit avoir été frappé de Dieu (Ps. 69 ; Zach. 13).

C’est une grande et sérieuse erreur de penser que les statuts qui n’étaient pas bons et les ordonnances par lesquelles ils ne pouvaient vivre, signifiaient ceux de Dieu dans lesquels ils étaient tenus de marcher dans l’obéissance. Cela rendrait l’Écriture absolument obscure, et ferait de Dieu l’auteur du mal. Ceux qui interprètent ainsi l’expression « des statuts qui n’étaient pas bons », montrent leur incompréhension de la question.

La vraie explication se trouve dans l’amère servitude de son peuple aux règles corrompues et destructives des païens, dans la démoralisation de leur vie et les dons horribles qu’ils faisaient de leurs premiers-nés à Moloch. Le v. 26 ne laisse dans mon esprit aucun doute quant à la force réelle du v. 25. Leur idolâtrie était déjà coupable en Égypte et dans le désert, mais elle l’était davantage encore en Canaan, et plus insultante pour Dieu. Les faux cultes se perpétuent eux-mêmes, mais la vérité ne subsiste que par la grâce (v. 29).

Dans les versets suivants, nous voyons que Dieu place sur leurs consciences leur péché continuel et haineux par lequel ils déshonoraient l’Éternel ; c’est pour cette raison qu’Il ne pouvait être consulté par eux par l’intermédiaire d’un prophète : tels pères, tels fils. Mais Dieu prendrait soin qu’ils ne puissent pousser jusqu’au bout l’iniquité apostate de leur cœur. Ils ne seraient pas, après tout, pareils aux païens, ils ne réussiraient pas, en rejetant le joug de l’Éternel pour servir le bois et la pierre. Ils en avaient toute la culpabilité dans leurs esprits, mais Dieu n’oubliait pas son propre honneur, et ils paieraient la pénalité. « Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je ne règne sur vous avec une main forte et un bras étendu » (v. 33). Est-ce seulement en jugement ? Sans doute, mais en vue de purifier Israël.

Il veut avoir son peuple séparé des Gentils, quelle que puisse être la marche des évènements. Le résultat sera que l’Éternel seul sera exalté, et cela quand les hommes l’attendront le moins. Aussi sûrement que l’été suit l’hiver sur la terre, la lumière succédera aux ténèbres du jour de l’homme. Les peuples anciens sont gardés par Dieu pour cela, malgré eux et malgré l’ennemi. Car, si Satan règne maintenant, Dieu est au-dessus de lui et régnera publiquement comme Il le fait actuellement dans sa providence cachée.

Mais c’est dans le v. 35 que nous trouvons une allusion importante à cette nouvelle parole de l’Éternel. Il n’est pas question ici du temps ou de Jérusalem, ou de la dernière branche régnante d’où est sorti le feu qui a dévoré son fruit, de sorte qu’il n’y ait plus de sceptre pour régner jusqu’à ce que Shilo vienne. Ici c’est le peuple dans son entier, Israël, et cette allusion à leur avenir spécial est du plus haut intérêt. C’est avec eux et non avec le résidu dans le pays et dans la ville que Dieu répétera l’histoire du peuple élu.

Après les avoir rassemblés d’entre les peuples et hors des pays où ils sont encore dispersés, et cela non pas par des moyens paisibles, moraux ou évangéliques, mais avec une main forte et un bras étendu et avec effusion de fureur, Il les introduira dans le désert des peuples et entrera en jugement avec eux face à face, comme Il le fit jadis avec leurs pères dans le désert du pays d’Égypte.

Là Il les fera passer sous la verge, comme le berger le fait avec ses brebis, et Il les introduira dans le lien de l’alliance. C’est la grâce souveraine, mais régnant par la justice, alors les rebelles seront séparés de l’Israël de Dieu et ceux qui se sont révoltés contre l’Éternel (car les Israélites ne sont pas confondus avec les pécheurs d’entre les Gentils) ne seront plus avec son peuple. Il les fera sortir du pays où ils séjournent, mais aucun d’eux n’entrera dans la terre d’Israël. Quel contraste frappant avec la destinée du résidu de Judée qui devra souffrir dans le pays pour ses propres péchés. C’est là qu’il refusa le Christ de Dieu venu au nom du Père; c’est là qu’il recevra l’antichrist venant en son propre nom (comp. Zach. 11. 16 et 17 ; 13. 8 et 9) également Dan. 12. 1 pour le résidu et v. 2 pour l’ensemble du peuple parmi les Gentils – c’est du moins ce que je comprends dans ces versets.

Il était donc inutile pour les Israélites tels qu’ils étaient de penser que leur culte était acceptable pour Dieu. S’ils ne voulaient pas écouter l’Éternel, il valait mieux rester ouvertement dans le mal, que de garder une apparence offensante pour Lui : les dons reçus des hommes dans cet état d’idolâtrie ne faisaient que profaner son nom.

Mais son dessein demeure : « Car en ma montagne sainte, en la haute montagne d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel, là me servira la maison d’Israël tout entière, dans le pays ; là je prendrai plaisir en eux, et là je demanderai vos offrandes élevées et les prémices de vos offrandes, dans toutes vos choses saintes » (v. 40). Qui pourrait prétendre que cette promesse a été accomplie ou même qu’elle a reçu un commencement d’accomplissement ? Le peuple et le pays d’Israël seront alors saints, dans toute la force du terme. Alors, mais pas avant, l’Éternel sera sanctifié en Israël aux yeux des nations. L’Évangile qui a été annoncé depuis la mort et la résurrection de Christ est en contraste avec cela ; car là, tous ensemble sont considérés comme pécheurs et sont perdus, et ceux qui croient, non seulement trouvent une grâce qui ne fait aucune distinction, mais deviennent un nouvel homme dans lequel il n’y a ni Juif ni Gentil.

Dans ce jour le prophète parle, la distinction réapparaîtra, et Israël délivré de toutes ses idoles et de ses hauts lieux, adorera l’Éternel son Dieu sur la montagne de sa sainteté, sur la haute montagne d’Israël. Il sera alors accepté et connaîtra l’Éternel ; les promesses faites aux pères seront accomplies, non seulement en nous qui croyons et qui irons au ciel à la venue de Christ, mais dans les enfants d’Israël sur la terre, qui alors se repentiront, et cela à cause de sa grâce qui agit librement et domine au-dessus du péché des créatures à cause de son nom ; s’il n’en était pas ainsi, être un pécheur serait être perdu sans remède et sans espoir.

Ch. 21

Les cinq premiers versets nous montrent la conquête de la Judée sous l’image d’une forêt en feu. Le prophète doit tourner sa face vers le Sud et prophétiser contre le Midi et cela est répété avec emphase. Le jugement est exercé contre tous, forts ou faibles et d’une manière complète qui montre que c’est la main de l’Éternel. La parole était certes assez claire, mais l’homme comprend difficilement ce qu’il n’aime pas entendre.

Ce qui suit (v. 6 à 12) est encore plus complet. Il ne parle plus avec des images, mais emploie le langage ordinaire. Le carnage est général, non en vengeance mais en châtiment. Ce n’est plus une conflagration, mais l’épée. La sentence irrévocable s’exécute contre la Judée. Tous devaient y prendre garde.

Ce n’était pas de l’affectation de la part d’Ézéchiel, Dieu entendait que cela fût senti profondément, par le prophète en premier lieu, afin que les autres en aient de la crainte. La certitude du jugement, jugement national seulement, devait remplir d’angoisse le cœur du prophète.

Dans les v. 13 à 22, il parle d’eux comme des grands, non plus au figuré comme d’arbres secs ou verts. L’Éternel frappera ses mains l’une contre l’autre et satisfera sa fureur ». Puis avec une image particulièrement énergique du Chaldéen et de ses augures, nous avons une nouvelle description de ce qui avait attiré la colère de l’Éternel contre Jérusalem.

Le roi de Jérusalem était encore plus perfide envers l’Éternel que le roi idolâtre de Babylone il n’avait pas respecté son serment. Aussi Sédécias est-il appelé un profane, méchant prince d’Israël dont le jour est venu au terme de l’iniquité de la fin. Le Seigneur viendra et régnera, mais jusque-là il n’y aura que la ruine. À Lui appartient le juste jugement.

Le chapitre se clôt avec une prophétie relative aux fils d’Ammon. Jérusalem était le premier objet de la vengeance destructive, mais les fils d’Ammon ne devaient pas échapper et devaient tomber à leur tour. Le rejet du gouvernement de Dieu par le moyen de la Loi aboutissait à la destruction complète d’Israël ; mais la grâce interviendra et Dieu restaurera en miséricorde ce qui, aussi longtemps que les promesses étaient conditionnelles, était perdu sans retour, car le peuple avait violé toutes les conditions sans en remplir aucune. Il devait être emmené en captivité et le royaume ruiné jusqu’à la venue du Messie, mais les fils d’Ammon devaient être jugés dans leur propre pays.

Ch. 22

Ce chapitre est une accusation foudroyante contre Jérusalem pour la violence et la corruption et plus spécialement l’idolâtrie qui étaient au milieu d’elle. L’Éternel fait honte à cette ville et en fait un objet de raillerie pour tous les hommes, près ou loin (v. 1 à 5). Même les dignitaires de la loi, ceux qui gouvernaient, donnaient l’exemple de l’iniquité sous toutes ses formes et à tous les degrés. Qui pourrait s’étonner que le nom de Dieu fût blasphémé parmi les Gentils, quand les Juifs violaient, aussi bien vis-à-vis de Dieu que vis-à-vis des hommes, tous les commandements de la Loi qui pouvaient les gêner ?

Cela est détaillé en termes humiliants dans les v. 7 à 12, et cela se termine par ce qui était aussi bien la cause que la conséquence de toutes leurs autres iniquités : les Juifs avaient oublié l’Éternel. Les v. 13 à 16 nous donnent l’expression de l’indignation divine. Si les Juifs semblaient forts moralement et physiquement, où serait leur force au jour des voies de Dieu ? Aussi vrai que sa parole demeurerait, ils seraient dispersés par les pays, afin que là, sinon à Jérusalem, un terme fut mis à leur impureté, et qu’ils deviennent conscients, en la confessant à d’autres, de leur souillure intérieure, et qu’ils connaissent l’Éternel comme ils ne L’avaient jamais connu auparavant.

Dans la suite du chapitre, nous trouvons une accusation encore plus terrible s’il est possible. Si le chapitre précédent était la prophétie de l’épée, celui-ci est celui de la fournaise. Quelle que puisse être l’horreur sanglante de l’épée, le feu de l’indignation divine ne peut que présager des choses pires pour ce monde ; et la prophétie naturellement ne va pas au-delà. Mais c’était l’action de l’Éternel à cause des péchés de Jérusalem et non pas celle des Gentils à cause de leur puissance.

Les derniers versets, abandonnant les images, s’expriment dans les termes les plus clairs. Coupable et livrée au jugement, Jérusalem ressemble à un pays non cultivé par l’homme et privé des ressources naturelles de Dieu, un vrai désert moralement. Les prophètes qui conspiraient au milieu d’elle étaient comme des lions rugissant et déchirant la proie ; les sacrificateurs non seulement faisaient violence à la Loi, mais profanaient le sanctuaire, les princes n’étaient que des loups rapaces et altérés de sang en vue d’un gain déshonnête. Partout le mal, en haut et en bas ! Les prophètes se réclamaient de la parole de l’Éternel pour couvrir leurs mensonges, tandis que le peuple du pays, n’étant pas protégé contre le mal, dans son abaissement, se livrait à toute sorte de violence et de rapine. L’Éternel ne trouvait pas un homme pour bâtir la muraille ou pour se tenir à la brèche devant Lui; hélas ! il n’en existait aucun !

Ch. 23

Le prophète continue à montrer le péché d’Israël et particulièrement celui de Jérusalem. La sainte cité est comparée ici à Samarie, comme deux sœurs d’une même mère : le peuple juif ; sœurs aussi dans leur idolâtrie. Il fait remonter le mal jusqu’à sa première apparition. Les idoles qui les avaient trompées en Égypte les firent tomber finalement aux mains des Assyriens et de Babylone. Elles avaient manifesté leur idolâtrie en Égypte, et dans leur chemin elles avaient persévéré dans les péchés de leur jeunesse.

Leurs noms symboliques Ohola, l’aînée et Oholiba sa sœur signifient : sa tente et ma tente en elle. Le lecteur ne manquera pas d’observer combien ces noms symboliques sont appropriés. Le culte de Samarie était réellement l’indépendance de l’Éternel. Mais à Jérusalem, le service divin avait été ordonné de l’Éternel, comme le sien propre ; néanmoins toutes deux lui appartenaient. « Elles étaient à moi, et elles enfantèrent des fils et des filles ». L’usurpation de Jéroboam ne détruisit pas le titre de Jéhovah, elle fut la cause du ministère spécial d’Élie et d’Élisée, et d’autres encore envoyés par la grâce de Dieu, dans le but de les avertir si faire se pouvait.

L’aînée, Ohola ou Samarie, montra vite que le mal ancien était toujours là (v. 5 à 8). L’adoration des veaux attira finalement le jugement exécuté par ceux mêmes qui en dernier lieu l’avaient séduite et détournée de l’Éternel, et l’Assyrien l’exécuta sur Samarie (v. 9 et 10).

Jérusalem avait-elle été mise en garde ? La vue d’Ohola avait-elle eu une bonne influence sur Oholiba ? Au contraire : elle se corrompît plus qu’elle. La plus jeune, la plus favorisée des deux sœurs suivit l’aînée, et descendit encore plus bas dans son idolâtrie, elle se passionna même pour les fils de l’Assyrie. « Et je vis qu’elle s’était rendue impure : elles suivaient toutes deux la même voie » (v. 13). Puis, non satisfaite, elle se passionna pour les Chaldéens et leur culte idolâtre. Les fils de Babylone la souillèrent, mais son âme se détacha d’eux.

Il en est toujours ainsi là où ne se trouvent pas la faveur et la volonté de Dieu, l’alliance avec le mal est promptement suivie de dégoût mutuel. Mais hélas il y a encore pire. « Mon âme, dit l’Éternel, se détacha d’elle, comme mon âme s’était détachée de sa sœur ». Il livra Jérusalem à un esprit réprouvé (v. 19 et 20). À partir du v. 22, le Seigneur, l’Éternel, menace Jérusalem. Ceux-là même avec lesquels elle commettait le péché seraient ceux qui la châtieraient, ils le feraient arec furie, sans miséricorde, et en la chargeant d’ignominie. Le peuple idolâtre perdrait, suivant le symbole, son nez et ses oreilles, et ses fils et ses filles lui seraient enlevés ; le feu et l’épée accompliraient l’œuvre de destruction. Jérusalem serait dépouillée de ses vêtements et de ses bijoux ; sa méchanceté devait prendre fin et elle ne se souviendrait plus de l’Égypte. Juda ne devait pas moins souffrir que les dix tribus rebelles.

Depuis le v. 32, le prophète reprend la coupe mentionnée au v. 31 et applique cette figure aux voies judiciaires de l’Éternel envers Jérusalem. Le jugement de Juda, la plus favorisée, dépasserait celui de Samarie, car en vérité sa culpabilité était plus grande

Ensuite, depuis le v. 36 à la fin, nous trouvons une comparaison qui termine l’histoire des deux sœurs. Toutes deux étaient adultères, toutes deux chargées de sang. Elles avaient poussé leur idolâtrie jusqu’à brûler leurs enfants à Moloch, souillant le sanctuaire de l’Éternel et profanant ses sabbats.

« Voici, elles ont fait ainsi au milieu de ma maison » (v. 39). Elles n’avaient négligé aucun moyen pour induire en péché ceux du dehors, pour le déshonneur de l’Éternel, employant pour eux, d’une manière inique, l’encens et l’huile de l’Éternel. Et comme Jérusalem avait recherché des étrangers venus de loin, elle avait été jusqu’à courtiser de vulgaires buveurs du désert. Ces deux femmes Ohola et Oholiba étaient radicalement corrompues. Ce n’est pas Dieu seulement, mais des hommes justes qui les jugeraient du jugement des adultères et du jugement de ceux qui versent le sang (v. 45).

Leur jugement ne tarderait pas. La femme adultère devait être lapidée jusqu’à la mort. « Vous porterez les péchés de vos idoles et vous saurez que je suis l’Éternel » (v. 46 à 49).

Ch. 24

Ce nouveau message de l’Éternel offre cette particularité, que le prophète note expressément le jour précis où commence l’accomplissement de la prédiction. Comme plus haut, il comptait le temps depuis la captivité de Jéhoïakin. Il y avait là en action une puissance supérieure, pour faire connaître que le siège de Jérusalem commençait ce jour-là.

La marmite remplie de morceaux de viande et d’os choisis, bien bouillis (v. 1 à 8) est l’image terrible que l’Éternel explique plus loin, en allusion à la sécurité dans Jérusalem dont les Juifs se vantaient volontiers (ch. 11). Si la chair ne se confie jamais en Dieu pour la vie éternelle ou pour la rémission complète des péchés, la religion de forme compte trop sur le fait que Dieu ne peut révoquer ses promesses, elle ne tient pas compte le moins du monde de sa volonté ou de sa gloire et déshonore son nom et sa parole.

Mais les hommes trompent leurs âmes, comme les Juifs le faisaient ici, eux sur lesquels sans distinction le jugement allait tomber. « Qu’on ne jette pas le sort sur elle ». Aucun ne pouvait échapper à la punition. Si le péché de Jérusalem, même le péché de sang (d’autant plus grand chez Israël qu’ils savaient combien Dieu maintenait le caractère sacré de la vie dans l’homme, son image – vérité rapidement oubliée par les Gentils) était profondément enraciné et commis effrontément, sans souci de le cacher – l’Éternel devait agir dans la rétribution.

Dans les v. 9 à 14, nous voyons que Jérusalem serait prise et détruite, et non pas superficiellement. La description continue l’allégorie précédente. Maintenant, l’Éternel fait savoir que non seulement les os seront brûlés, mais la ville elle-même, sous l’image de la marmite placée vide sur les charbons, de façon que son airain devienne brillant et que sa souillure soit consumée au-dedans d’elle. La discipline n’avait pas été exercée depuis longtemps, le gouvernement conforme à ses lois avait été méprisé. Les plus cruels des soldats de la terre allaient venir et exécuter le décret divin.

Dieu annonce ensuite au prophète qu’Il va le frapper dans ses affections intimes pour que, s’il était possible, les captifs du Kebar soient forcés de sentir comme il était solennel d’avoir renié le vrai Dieu, ce qui avait amené le jugement sur les Juifs. Cette affliction soudaine qui frappe Ézéchiel sans qu’il doive manifester aucun signe de deuil, ne passe pas inaperçue. Ils lui en demandent la signification. Cet acte leur est expliqué et le peuple est informé que Dieu voulait leur apprendre que leurs circonstances ne laisseraient point de place aux pleurs ou à un deuil ordinaire.

La destruction était commencée. L’Éternel profanait Lui-même son sanctuaire par le jugement, comme eux l’avaient fait par leurs transgressions et leurs abominations, et il ne leur restait qu’à persévérer dans leurs iniquités en se lamentant. Quel tableau de désespoir lorsque le chagrin est trop profond pour que les larmes puissent couler, et que le sentiment de la culpabilité oblige les hommes à abandonner toute espérance.

Il n’est pas juste de dire que les écrivains sacrés ont introduit leurs propres noms dans leurs prophéties. Si l’on croit réellement qu’ils étaient inspirés dans le plein sens du mot, c’est Dieu qui les conduisait et les autorisait à le faire comme le prophète le fait ici. « Ézéchiel sera pour vous un signe : selon tout ce qu’il a fait, vous ferez. Quand cela arrivera, vous saurez que je suis le Seigneur, l’Éternel ».

Ch. 25

Nous avons maintenant un message de l’Éternel qui, tout en étant lié à la prophétie précédente contre Israël et surtout contre Jérusalem, forme une transition naturelle jusqu’aux nations étrangères qui, les unes après les autres, tombent sous le même jugement divin (ch. 24 à 32). Ammon et Moab avaient une origine malheureuse et humiliante qui leur donnait une sorte de parenté bâtarde avec Israël ; Édom, plus noble d’après la chair, n’en était spirituellement pas plus rapproché ; il en était même l’ennemi le plus acharné ; et les Philistins, sans aucune relation avec Israël, avaient ce sort particulier de vivre sur les frontières sud-ouest du pays, bien qu’ils aient été des Gentils et les plus cruels des oppresseurs, jusqu’à leur sujétion par David. Contre tous ceux-là le prophète a une parole de la part de l’Éternel.

La question qui peut se poser est de savoir qui sont ces fils de l’Orient, que certains Juifs et chrétiens, pensent être les Chaldéens. Je pense, avec d’autres, qu’il est plus juste de les considérer comme étant les Ismaélites qui devaient, lors du grand bouleversement amené par Nebucadnetsar, établir là leurs parcs et y placer leurs demeures, en un mot, passer leur vie nomade dans le pays de ceux qui avaient triomphé en voyant la profanation du sanctuaire de l’Éternel, la désolation du pays d’Israël et la captivité de Juda. C’était un coup plus sensible de devenir la possession des Bédouins nomades, que de tomber simplement sous la puissance des Babyloniens. Les fils d’Ammon ont été détruits d’une manière irréparable pour l’homme.

Mais ils ne sont pas seuls. Moab n’était pas moins hostile. Leurs forteresses de montagne, leurs orgueilleuses fortifications devaient être sans valeur quand viendrait le jour de Dieu, et il allait venir bientôt. Comme il est vrai que Dieu résiste aux orgueilleux ! Nous avons vu l’orgueil de Moab, que Dieu ressentait comme une injure, parce qu’il avait osé dire : « la maison de Juda est comme toutes les nations » (v. 8 à 11). Mais elle ne l’était pas, ni dans ses privilèges, ni dans son châtiment, mais seulement hélas ! dans ses péchés. Ce n’était pas cela que Moab n’aimait pas, mais bien la miséricorde que Dieu leur avait témoignée, et leur appel pour être à la tête des nations comme témoins de l’Éternel ; c’est pour cela qu’Il exécute ses jugements sur Moab afin qu’ils Le connaissent. C’est le Dieu d’Israël qui gouverne les nations.

Séhir était avec Moab ; mais la haine implacable d’Édom doit avoir une place distincte (v. 12 à 14). Édom n’aurait-il pas dû être attristé à cause de son frère ?

Au contraire, il prit motif de sa ruine par les Gentils pour se venger de ses vieux griefs. Mais on ne se moquait pas plus de Dieu alors que maintenant et dans ce cas particulier, Il exécutera sa vengeance sur Édom par la main de son peuple. « Et ils agiront en Édom selon ma colère et selon ma fureur ; et ils connaîtront ma vengeance (non pas simplement, que je suis l’Éternel) dit le Seigneur, l’Éternel ».

Des étrangers étaient venus de Crète s’établir dans le pays des Philistins pour opprimer Israël ; ils avaient pu se lever pour venger leurs anciens, ce qu’ils n’avaient pas réussi à faire au jour de leur grandeur ; Dieu ne l’avait pas oublié (v. 15 à 17). La menace de jugements divins est ici particulièrement forte. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant, lorsqu’Il venge son peuple de ses ennemis hautains.

Ch. 26

Une autre ville de l’Occident qui avait attiré la colère et le jugement de l’Éternel y a une importance exceptionnelle, c’est la cité renommée de Tyr. C’est une leçon d’autant plus sérieuse que Tyr ne semble pas avoir été animée d’une hostilité réelle contre Israël. C’était plutôt de l’avidité commerciale, qui voyait dans les désastres du peuple élu une occasion de trouver un profit.

Cela avait provoqué un antagonisme contre Israël que l’Éternel avait ressenti. Le fait que Dieu châtie son peuple n’excuse pas la convoitise égoïste qui aurait voulu profiter de ses difficultés et de sa chute. Le prophète l’indique ici (v. 1 à 6). Tyr avait dit que Jérusalem était brisée « je serai remplie ; elle a été rendue déserte ». L’Éternel lui répond : « J’en veux à toi Tyr ! et je ferai monter contre toi des nations nombreuses ». Le malheur est prononcé, sa poussière même sera balayée, elle sera comme un lieu, au milieu de la mer, pour étendre les filets, et ses filles (ses colonies, je suppose) dans la campagne, tomberont par l’épée. Ainsi elle connaîtra qu’Il est l’Éternel.

La grande puissance de l’empire du monde mettra fin à ces villes, investira ce marché des nations avec tous les engins nécessaires à un siège, démolira ses murailles et ses tours avec ses pointes de fer et ses machines ; les Tyriens seront massacrés et les richesses et les marchandises de la ville seront sa proie. Il est possible que le « ils » du v. 12 aille plus loin que Nebucadnetsar et comprenne Alexandre-le-Grand, dont la vengeance fut encore plus complète, et qui renversa dans les eaux de la mer ses pierres et son bois et jusqu’à sa poussière. Après cela il ne pouvait plus y avoir de renaissance.

L’effet moral en fut immense parmi les nations. C’est ce que décrivent les v. 15 à 18. Les puissances commerciales devaient éprouver tout particulièrement la ruine complète d’une ville aussi renommée et puissante sur les mers. Aussi nous est-il dit que les îles tremblèrent au bruit de sa chute. Car beaucoup des riches s’enfuirent, et les autres restèrent pour être détruits.

La destruction de Tyr devait être complète (v. 19 à 21). Quelle que fût l’importance de sa position (il semblait que sa prospérité précédente dût inviter à reconstruire un centre commercial semblable) tout espoir de relèvement serait vain de la part de l’homme, car le Seigneur dit : « Je ferai de toi une terreur, et tu ne seras plus ; et on te cherchera et on ne te trouvera plus à jamais, dit le Seigneur, l’Éternel ». Ainsi devait périr la splendeur d’une cité dont la renommée s’étendait au loin parmi les nations et qui amassait les richesses et les répandait sur les mers et les terres des Gentils. Tel devait être le sort misérable de ceux qui veulent, par pur esprit de lucre, se mêler des affaires d’Israël, même dans sa désolation.

Ch. 27

Ce chapitre nous offre un tableau vivant du commerce de Tyr. Il commence par une complainte et continue par une allégorie, s’adressant à Tyr personnellement. Sa position est exposée en peu de mots, comme aussi son contentement de soi-même. Depuis le v. 4, l’allégorie compare Tyr à un vaisseau, et cela est frappant quand on pense au caractère particulier de cette ville. Les v. 8 à 11 nous montrent l’équipage, les pilotes, les marchands, les matelots, les soldats. Ses voisins sont supposés être les marins et les pilotes avec des mercenaires, de Perse à l’orient, de Lud et de Puth à l’occident. Tyr les mettait tous à contribution et aimait à rassembler les plus éloignés sous sa bannière.

Avec le v. 12, nous entrons dans son commerce avec l’étranger, commençant à Tarsis même, et finissant au v. 25 avec les navires de ce pays. Dans ces temps reculés, Tarsis semble avoir donné son nom aux vaisseaux qui naviguaient partout, ou au moins qui accomplissaient des voyages au long cours (v. 12). Puis au v. 13 vient une autre catégorie de marchandises ; et de l’ouest nous passons à l’extrême orient, et au v. 14 à l’Arménie du Nord, puis au Sud avec Dedan, enfin à la Syrie qui fournissait ses marchés d’escarboucles, de pourpre, de broderie, de fin lin, de corail et de rubis.

Tyr avait aussi des relations avec Juda et le pays d’Israël (v. 17) et il semble que Damas lui donnait en échange de ses marchandises du vin d’Alep (Helbon) et de la laine blanche.

L’Arabie et tous les princes de Kélaz la fournissaient d’agneaux, de béliers et de boucs, et les marchands de Sheba et de Rhama, d’aromates excellents, de pierres précieuses et d’or. Puis viennent les négociants de toute la Mésopotamie, et les vaisseaux de Tarsis, qui étaient les grands moyens de transport de l’ancien monde.

Mais aucune richesse, aucune gloire, fussent-elles au cœur des mers, ne pouvait résister à la parole de l’Éternel ; le jour de Tyr était venu. Au v. 26 commence la description que le prophète fait de la ruine de Tyr. Nous retrouvons là l’allégorie du début. Tyr est un vaisseau qui est amené dans de grandes eaux et Nebucadnetsar est le vent d’Orient qui la brise.

Tyr s’était élevé lentement jusqu’à l’apogée de son commerce, mais en peu de temps elle tomba en ruines sous les coups de Nebucadnetsar, puis sous ceux d’Alexandre le Grand d’une manière irrémédiable. « Tu ne seras plus à jamais » (v. 28 à 36). Le deuil universel que cette ruine a amené rappelle celui dont nous lisons la description dans l’Apocalypse, au sujet d’une autre ville bien plus corrompue, car elle est la corruption de ce qui était incomparablement plus excellent dans les temps du Nouveau Testament, et dont le jugement est encore suspendu mais viendra sûrement, car puissant est le Seigneur Dieu qui la juge.

Ch. 28

Ce chapitre, le troisième de cette série, termine la description du péché de Tyr, et ajoute une courte accusation contre Sidon, la cité mère, généralement inférieure à sa fille en puissance et en splendeur, et éloignée d’elle de moins de quarante kilomètres.

Chacune a son caractère distinct : la première, les plaisirs éphémères d’une grande ville commerçante au moment de la chute de Jérusalem, la seconde, son immense trafic réduit subitement à rien au milieu de la consternation générale des hommes ; alors le prince de Tyr est décrit avec la chute irrémédiable de son orgueil.

Il semble que le prince régnant à l’époque de la prophétie fût Ithobalus, selon l’historien Josèphe, ou Ithbal 2, suivant les annales phéniciennes ; il est probable que c’est lui qui a donné occasion à ce portrait sévère mais magnifique. C’est le type du prince du monde à ce moment-là, et plusieurs des expressions employées ici semblent empruntées pour la prédiction concernant l’antéchrist ou l’homme de péché à venir.

Le prince est la personnification de l’orgueil et de la richesse de Tyr dans son ensemble. L’on ne saurait trouver caractère d’orgueil plus méprisable, plus aveuglant, plus corrompu. Il vit dans l’égoïsme et l’exalte dans sa forme la plus grossière. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament stigmatise la convoitise comme idolâtrie et appelle l’amour de l’argent la racine de tout mal. Le pire orgueil caractérise ce prince. Il dit : « Je suis Dieu, je suis assis sur le siège d’un dieu, au cœur des mers », et voici, il était un homme et non pas Dieu, et il doit abandonner cette prétention, quoique dans son impiété il élève son cœur comme un cœur de dieu.

Ceux qui ont amassé des richesses se donnent volontiers comme sages, et c’est le cas de ce prince : il était plus sage que Daniel, et rien de caché n’était obscur pour lui ! Hélas ! quelle folie et quelle pauvreté. Était-il riche quant à Dieu ? Il avait pu amasser des richesses, l’or et l’argent remplissaient son trésor ; c’était là le but de sa sagesse, c’était là son triomphe, car c’était son propre travail. Toutes ses pensées convergeaient vers lui-même, et non pas vers Dieu.

Était-ce donc la proximité d’Israël qui avait amené le prince de Tyr à pervertir tout ce qu’il connaissait ? Dieu lui apprendrait que sa responsabilité se mesurait à ce qui aurait dû lui être à profit, non pas à son orgueil, et que sa ruine n’en serait que plus sévère, plus sûre et plus rapide. S’il aspirait à être Dieu, il sentirait ce que c’est que d’être un homme faible lorsque l’épée des étrangers, des terribles entre les nations, profaneraient sa splendeur, et qu’il mourrait de la mort de ceux qui sont tués au cœur des mers ; et il aurait ainsi la preuve que ces mers n’étaient pas un refuge imprenable, mais seraient pour lui un tombeau d’infamie. Il mourrait de la mort des incirconcis, des hommes les plus éloignés de Dieu.

On peut se demander si le personnage décrit aux v. 11 à 19 est le même, ou un autre. Je suis enclin à croire que c’est le même historiquement, mais avec une allusion plus directe à la chute de Satan : cela expliquerait pourquoi l’Esprit de Dieu a changé « princes » en « rois ». Le tableau est ici beaucoup plus détaillé, tout en ayant des points de contact avec le premier. On trouve en lui la beauté de la créature ; toutes les qualités les plus excellentes données, sinon acquises, intérieurement aussi bien qu’extérieurement ; la position la plus haute et la plus délicieuse dans la nature ; les lumières variées de Celui qui est lumière, quoique naturellement pas dans leur plénitude de grâce et de gloire ; une expression de joie et de satisfaction. Il y avait en lui l’intelligence en action judiciaire et en protection de par l’ordre de Dieu. Tout cela dans la sphère même où Dieu déployait son autorité. Il connaissait les jugements de Dieu. En outre il n’a pas glissé graduellement vers le mal et n’a pas cédé à une tentation du dehors, « tu fus parfait dans tes voies depuis le jour où tu fus créé, jusqu’à ce que l’iniquité s’est trouvée en toi » (v. 15).

Puis nous retournons à ce que nous avons vu dans la description qui précède (v. 16 à 19). Peut-on douter que, dans cette accusation, Dieu n’ait pas en vue la chute et la ruine de son ennemi ? Les âmes mal établies dans la vérité, sont souvent exposées à traiter la Parole de Dieu de folie, parce qu’elles ne voient pas ces allusions au passé et au futur, et surtout parce qu’elles ne voient pas Christ dans les prophéties. Elles parlent d’exagérations orientales, là où ceux qui connaissent la vérité trouvent les motifs les plus sérieux de reconnaissance pour la grâce de Dieu qui a réuni ses révélations en un tout harmonieux.

La fin du chapitre est la prophétie contre Sidon (v. 20 à 24). Dieu est maintenant connu par sa grâce dans le Christ Jésus notre Seigneur. Avant l’évangile, Il l’était par ses jugements, il en sera de nouveau de même lorsque l’année favorable de l’Éternel s’ouvrira par le jour de la vengeance de notre Dieu. Que la différence entre le sort de Sidon et celui d’Israël est solennelle ! Les Sidoniens sauront qu’Il est l’Éternel par les jugements au moyen desquels Il sera sanctifié au milieu de leur ville ; Israël saura qu’Il est l’Éternel leur Dieu, lorsqu’Il les aura rassemblés d’entre les peuples, ils seront encore dispersés et Il sera sanctifié en eux aux yeux des nations (v. 25 et 26).

Ch. 29

Les quatre chapitres (29 à 32) que nous allons étudier contiennent la prophétie contre l’Égypte, tandis que les trois précédents traitaient de Tyr et de son prince et roi. Le mal dénoncé ici n’est plus l’orgueil de la richesse, mais la confiance en soi-même, spécialement en ce qui concerne la sagesse politique. Nous verrons comment Dieu réduit à rien la puissance qui est ainsi caractérisée et qui s’était élevée contre Lui dans un esprit d’indépendance hautaine, car nous avons ici le jugement des nations, y compris Israël, avant que Babylone n’eut acquis la suprématie impériale.

Dieu devait agir comme nous le lisons dans les v. 1 à 5 vis-à-vis de la confiance que l’Égypte avait en elle-même ; son roi est comparé ici au monstre des eaux couché au milieu des nombreuses branches du Nil. Quand son heure viendrait, la destruction ne tomberait pas seulement sur lui, mais aussi sur tous les poissons qui s’attacheraient à lui pour qu’il les protège. Il serait donné en pâture aux bêtes de la terre et aux oiseaux des cieux.

Le peuple élu avait cherché du secours en Égypte avant ce moment-là : et quel en avait été le résultat ? L’alliance d’Israël avec une nation qui ouvertement se confiait en elle-même et non en Dieu, avait été en sérieux dommage à Israël quand l’Égypte avait été brisée (v. 6 et 7).

Les v. 8 à 12 nous apprennent que l’Égypte serait frappée dans ce qui était son plus grand orgueil, dans son fleuve. Ce grenier du monde, ce jardin de la terre, allait devenir pendant quarante ans un désert, et les Égyptiens seraient exilés : tel serait le châtiment que lui infligerait Nebucadnetsar.

Mais comme on reconnaît là la parole et la main de Dieu ! C’était une sentence mesurée, le malheur devait arriver sûrement, et il prendrait fin, non moins sûrement, selon sa parole (v. 13 à 16). Quelle chose merveilleuse, et comme elle a été accomplie à la lettre ! Aucune intelligence humaine n’aurait pu la prévoir. C’était le contraire de ce qui s’était passé jusqu’alors, et aucune autre nation n’avait eu une destinée semblable.

Plus nous méditons la Parole, plus nous connaissons la véritable histoire de l’homme ; nous n’apprenons pas la prophétie par l’histoire, mais l’histoire par la prophétie, car Dieu seul voit et parle sans erreur et sans variation, et notre sagesse consiste à apprendre de Lui dans le respect de sa parole : laissons les hommes qui préfèrent voir de leurs yeux ou écouter les paroles d’autres hommes. Israël, lent à comprendre comme il l’était, devait apprendre ainsi que Lui était l’Éternel. Quoique restaurée, l’Égypte ne regagna pas sa domination; elle redevint un royaume, mais le plus faible de tous, et ne fut plus l’objet de la confiance d’Israël.

Le reste du chapitre relie à son commencement une prophétie entièrement distincte quant à l’époque, mais analogue quant au sujet (5. 17 à 20). Cela suit naturellement le sort de Tyr, car ce passage nous montre l’Éternel compensant la peine énorme que Nebucadnetsar avait eue à prendre, par la conquête de l’Égypte, cette cité dont une grande partie des richesses lui avait échappé. On ne peut pas s’étonner que le pays d’Égypte ait été désolé pendant longtemps.

Quant au v. 21, nous n’avons rien qui nous dise que cette prophétie se soit réalisée. Mais nous n’en avons pas besoin. L’Éternel a parlé et cela suffit pour que nous soyons certains de la chose : Israël put revivre et Ézéchiel annoncer son message au milieu du peuple ; ce dernier apprit ainsi qui était Celui qui voulait l’avertir à l’avance de ce qui allait arriver.

Ch. 30

La première des deux prophéties contenues dans ce chapitre est un exemple frappant de ce qui caractérise la parole de prophétie : la liaison étroite qui existe entre les désastres présents et le grand jour où Dieu interviendra en puissance et jugera (non pas les morts d’abord) mais les vivants. Comme il y avait alors un gouvernement direct de Dieu sur Israël, s’occupant aussi des nations qui s’étaient mêlées des affaires du peuple, de même il y en aura un, incomparablement meilleur, quand le Seigneur viendra régner sur la terre. En attendant, sa providence invisible continue à gouverner souverainement, tandis que les Juifs sont abandonnés parce qu’ils sont apostats et qu’ils ont rejeté le Messie.

Nous trouvons, dans les v. 1 à 5, l’intervention de l’Éternel dans la chute de l’Égypte ; elle est la même en principe que celle du jour de l’Éternel qui termine ce siècle et s’étend sur celui qui est à venir. Non seulement les races de l’Afrique devaient tomber, mais aussi les fils du pays de l’alliance, terme qui semble désigner les Juifs qui avaient fui les détresses de leur patrie pour aller vivre dans ces pays-là. Et il ne s’agit pas seulement de la contrée renommée pour sa sagesse parmi les anciens, mais aussi de ses alliés ou de ses appuis : de Migdol à Syène, ils tomberont au milieu d’elle. D’autres pays étaient-ils désolés ? Tels seraient les Égyptiens au milieu de la dévastation générale : pas d’oasis dans le désert, mais le désert partout. Même un peuple éloigné, qui pouvait s’estimer à l’abri, serait terrifié et non sans raison : une grande angoisse sera sur eux. Voici, le jour venait !

L’instrument de la vengeance divine est distinctement nommé (v. 10 à 12), mais cela ne signifie pas que Dieu ait la moindre sympathie pour la nation qui était terrible entre les nations, ni pour les méchants auxquels le pays avait été vendu, ni pour les étrangers qui l’avaient dévasté.

Mais l’heure était venue de juger sa méchanceté et son orgueil et le plus méchant de tous était désigné pour en être l’exécuteur.

Corme jadis, c’était maintenant avec les dieux de l’Égypte qui Dieu avait surtout affaire. C’est ce qu’Il avait devant Lui quand le destructeur avait passé à travers le pays et avait frappé les premiers-nés dans la nuit de la Pâque ; c’est ce qu’Il a devant Lui ici, lorsqu’il dit qu’il n’y aura plus de prince du pays d’Égypte.

Il y aura de la frayeur en Égypte, de la désolation dans Pathros, le feu dans Tsoan, des jugements dans No (Thèbes ou Diospolis), Il verserait sa fureur sur Sin (Pelusium) la multitude de No-Ammon serait retranchée et il y aurait des ennemis en plein jour à Noph (l’ancienne Memphis). Tous seraient rabaissés et humiliés, aussi bien dans la Haute et la Moyenne, que dans la Basse Égypte. La jeunesse, dans ces villes célèbres par leurs temples d’idoles, Aven ou On (Héliopolis) et Pi-Béseth (Bubaste) périrait par l’épée, les femmes seraient emmenées captives et à Takh-Panès, le siège de l’autorité et de la puissance royales, le jour serait changé en obscurité. Quel tableau de ruine complète et quel témoignage pour l’Éternel par la parole et par les faits eux-mêmes !

Si le premier message s’adressait au pays, au peuple et aux villes de l’Égypte, le suivant est pour le roi (v. 20 et 21). Le Pharaon Néco avait poussé au loin les conquêtes de l’Égypte, mais les revers qui allaient briser la puissance de son pays seraient d’autant plus humiliants. C’est en vain que l’on espérait la guérison ou la délivrance : l’Éternel avait abaissé le Pharaon, sans qu’il lui fût possible de se relever. Nous le voyons dans les versets suivants avec plus de détails (v. 22 à 26). Les Égyptiens eux-mêmes, et pas seulement des mercenaires étrangers, seraient dispersés parmi les nations ; telle serait la conséquence de l’intervention du roi de Babylone par une démoralisation et une ruine complète. Si c’était Nebucadnetsar, ce n’en était pas moins le glaive de l’Éternel étendu par lui contre le royaume du Sud. C’était dans leur peine que les Égyptiens apprendraient et sauraient que c’était l’œuvre de l’Éternel.

Ch. 31

Le prophète nous montre maintenant, en images frappantes, la ruine de l’Égypte. L’avertissement solennel de la chute de l’Assyrien, le plus grand des monarques de la terre dans ce temps-là, est appliqué au royaume du Pharaon, illustrant le principe si souvent énoncé dans l’Écriture en rapport avec les individus, que le Seigneur abaisse les orgueilleux et élève les humbles.

L’Assyrie avait dépassé en magnificence toutes les puissances connues jusqu’alors. Elle pouvait être fière de sa sagesse politique, mais cette dernière ne pouvait lui assurer ni l’objet de son ambition, ni la force du nombre, ni l’agrandissement de son territoire. L’Assyrien avait été parmi les nations comme le cèdre du Liban parmi les arbres, en grandeur, en hauteur autant qu’en beauté. Dieu n’avait rien épargné de ce qui pouvait orner et agrandir Ninive ou la nation dont elle était la capitale. Il lui avait même donné d’exercer une puissance et une influence immenses sur le pays d’alentour : tous lui portaient envie. Mais l’Assyrien convoitait pour lui-même la gloire de roi des rois, et le fait de s’élever pareillement dans son cœur amena sa ruine.

Aussi voyons-nous dans les v. 10 à 17 la terrible chute qu’il fit du sommet de sa grandeur, jusque dans la poussière de la dégradation et de l’impuissance : c’est une leçon pour tous ceux qui dépassent leur mesure, un appel à mener deuil et à trembler. L’Égypte en avait-elle profité moralement ? Ne s’était-elle pas hâtée au contraire de suivre les mêmes traces ? Et si le Pharaon avait égalé l’Assyrien en gloire et prétendu même en avoir davantage, ne devait-il pas subir le même châtiment ? Aussi est-ce dans les lieux bas de la terre que l’Égypte doit descendre avec les autres. La puissance et la civilisation ne donnent droit à aucune exception.

En Dieu seul est la stabilité, et Il le montrera envers son peuple sur la terre comme au ciel, lorsque ce peuple aura appris à se connaître lui-même aussi bien qu’à connaître Dieu. Jusque-là, la circoncision d’Israël est faite incirconcision et ce peuple est plus coupable que les Gentils qu’il méprise.

Ch. 32

Il ne suffisait cependant pas d’avoir montré la chute de l’Assyrien comme un exemple pour la ruine de l’Égypte. L’Esprit de Dieu ajoute encore comme conclusion un nouveau message en deux parties ; l’un dans la première moitié du chapitre annonce la catastrophe qui menaçait le Pharaon sous la figure d’un lion et d’un monstre des eaux, jadis la terreur des nations, maintenant pris, tué et exposé à la vue de tous par le roi de Babylone ; l’autre un tableau complet de ce qui avait été esquissé dans le chapitre précédent, le monarque une fois puissant avec toute la multitude, descendant, faible maintenant, dans les lieux bas de la terre, dans le shéol lui-même, là où sont tous ceux qui sont tombés avant lui ; il n’aura pour toute consolation que la certitude que lui et les siens partageront le sort inévitable des princes et des peuples.

Le prophète annonce donc dans les v. 1 à 16 que le roi d’Égypte serait un objet d’horreur et de pitié, et une occasion de deuil et non pas de crainte et d’envie : le pharaon, semblable au monstre des eaux sorti de son élément, échoué sur le rivage, capturé par les hommes, remplissant le pays de son sang une proie pour tous les oiseaux et les bêtes.

Le lecteur pourra comparer les v. 7 et 8 aux v. 12 et 13 du ch. 8 de l’Apocalypse. La destruction politique de l’Égypte est comparée à l’obscurcissement des étoiles, aux nuages qui couvriront le soleil. Le passage de l’Apocalypse a ceci de particulier qu’il semble ne s’appliquer qu’à l’Occident (comp. Apoc. 12. 4), l’empire d’Orient n’étant pas compris dans ce jugement, mais devant subir le sien propre plus tard. Ici la sphère où le malheur tombe est le pays d’Égypte.

Les v. 9 et 10, laissant le symbole, prennent le langage courant et nous parlent de l’effet produit par la nouvelle de la destruction de l’Égypte sur les nations qu’elle n’avait même pas connues : beaucoup de peuples et de roi seront effrayés et trembleront chacun pour sa propre vie.

La venue du conquérant qui devait détruire l’orgueil de l’Égypte et ses multitudes, source de lamentations parmi les nations, est annoncée aux v. 11 à 16. Ses ruines sont un témoignage de son ancienne splendeur, comme aussi de sa soudaine et complète désolation et de l’extinction de son commerce, jadis actif, et de son agriculture, célèbre dans le monde entier.

Les eaux des rivières deviendront limpides et couleront comme de l’huile, au lieu d’être troublées par les instruments du commerce. La main de l’Éternel est manifeste, et l’Égypte saura qu’Il est l’Éternel.

Dans la seconde partie du chapitre, la prophétie prononcée quinze jours après la première, est encore plus profonde ; elle semble dévoiler le monde invisible et forme l’élégie la plus solennelle qui ait jamais été composée sur un peuple païen.

Le cœur du Juif pieux qui, connaissait d’avance les jugements des nations et savait pourquoi ils s’exécutaient, ne devait pas être insensible, et encore moins insulter au malheur de son ennemi tombé, ancien ou nouveau. Le chrétien, lui, pense aux hommes en vue de l’éternité mais, Dieu en soit loué, il est chargé de l’évangile, du ministère de la réconciliation fondé sur l’œuvre de Celui qui est venu révéler Dieu en grâce, mais a été méprisé et rejeté des hommes, et avant tout des Juifs eux-mêmes.

Ici nous voyons le jugement qui balaie toute la terre, après une longue période de patience, et qui envoie les orgueilleux dans la fosse. Là, ils gisent tous « avec les incirconcis », ceux qui n’ont eu aucune relation avec Dieu. Là se trouvent l’Assyrien, Elam, Meshec et Tubal (pour ces derniers nous trouverons une explication plus complète aux ch. 38 et 39), Édom, Sidon et les autres pays au nord de la Palestine, honteux de cette puissance dont ils avaient été jadis si fiers, portant leur confusion avec ceux qui descendent dans la fosse. La terreur de l’Éternel reste, et elle est avant tout pour ceux qui ont eux-mêmes apporté la terreur par l’épée.

Ch. 33

Dans les sept chapitres 33 à 39, le prophète revient à Israël, à ses pasteurs, à ses montagnes, à sa restauration, à sa reconstitution nationale, à son union sous un seul chef, le Bien-Aimé, son Prince pour toujours, lorsque le dernier ennemi trouve sa fin avant que commence le règne de paix.

Sous la figure d’une sentinelle, Ézéchiel est établi pour avertir la maison d’Israël afin que, si quelqu’un ne reçoit pas l’avertissement, son sang soit sur sa tête ; si la sentinelle ne sonne pas de la trompette, son sang paiera pour eux. C’est la responsabilité individuelle qui devient le principe directeur, mais cela n’empêche pas que l’appel et le devoir d’un seul soit d’en avertir plusieurs. Telle était la place du prophète (v. 1 à 9).

C’était un jour de jugement et non de grâce. Quelques-uns ont fait cette étrange confusion. Le désespoir n’aura aucun résultat, tandis que la repentance pourrait servir. Avoir pratiqué la justice précédemment ne préservera pas du péché présent, et avoir marché dans le péché n’empêchera pas de s’en détourner. Les voies de la justice sont immuables ; les gages du péché, c’est la mort. La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse et la connaissance du Saint est l’intelligence.

La nouvelle de la chute de Jérusalem avait mis longtemps, semble-t-il, à arriver au prophète, mais alors il ouvre sa bouche qui était restée muette, pour annoncer solennellement de nouveaux jugements, surtout à cause de la prétention des Juifs à employer le langage de la foi, alors que leur cœur était loin du Seigneur. La grâce est suffisante pour chacun et pour toutes les circonstances, mais elle est inséparable de la foi qui donne gloire à Dieu, comme on le voit chez Abraham. Mais qu’étaient-ils ?

Qu’étaient leurs voies ? Qu’était leur jugement d’eux-mêmes ? Hélas ! plongés dans le péché, méprisant les ordonnances du Seigneur, livrés à la méchanceté, ils avaient la plus haute idée d’eux-mêmes, tout en parlant mal du Seigneur, livrés à la méchanceté, comme nous l’avons vu. Pouvait-on s’attendre à autre chose qu’au jugement ? Se prévaloir des promesses dans un pareil état devait attirer la ruine sur eux.

Ch. 34

Nous avons maintenant une prophétie solennelle, juste mais sévère, contre les rois ou pasteurs d’Israël, que l’Éternel rend responsables d’avoir, par égoïsme, affligé et ruiné son peuple (v. 1 à 6).

Sans crainte de Dieu et sans amour pour son peuple, ils avaient oublié tant leurs propres relations avec l’Éternel que celles d’Israël. Aussi tout alla mal, et il ne pouvait en être autrement, puisque ses droits n’existaient pas pour eux. Comme les souverains des Gentils, ils considéraient le peuple qu’ils gouvernaient corme leur appartenant et non pas comme le troupeau de Dieu ; il n’en résultait que confusion et mauvais ouvrage.

Quel contraste avec Celui qui daigne être fils de David et roi d’Israël, qui gouvernera justement et régnera sur eux avec justice ! Il sera comme un abri contre l’orage, des ruisseaux d’eau dans un lieu sec, comme l’ombre d’un grand rocher dans un pays aride, comme la lumière du matin quand le soleil se lève, un matin sans nuage, comme l’herbe tendre qui germe de la terre après la pluie.

Les pasteurs s’étaient nourris eux-mêmes au lieu de nourrir le troupeau, sans tenir compte des profits qu’ils en tireraient. Ses peines n’avaient pas provoqué leur sympathie. Ils gouvernaient avec dureté et rigueur, les livrant en proie aux bêtes sauvages, les privant des soins du berger ; les brebis étaient dispersées sur la face de la terre, aucun d’entre eux ne les avait cherchées.

Mais Celui qui était appelé à tenir le sceptre sur Israël n’était pas insensible au gémissement de son peuple sous ses méchants rois (v. 7 à 10). Le péché de ces derniers est dévoilé, les bergers sont convaincus de péché et condamnés, mais l’Éternel promet de délivrer son troupeau.

Nous voyons dans les v. 11 et 12, la faillite complète des bergers qui rejette sur l’Éternel lui-même le soin des brebis, et Il entreprend non seulement de les redemander de la main de ceux qui étaient placés sur eux, mais de les chercher partout où elles étaient dispersées. Cela est exposé en détail dans les v. 13 et 14, dans un langage si simple et si précis qu’il est impossible de ne pas y voir le témoignage de Dieu à l’œuvre qu’Il accomplira pour Israël sur la terre, lorsqu’il aura achevé de rassembler son Église pour le ciel.

Ces paroles n’ont jamais été accomplies jusqu’ici ; donc elles doivent l’être encore. C’est sur Lui qu’en reposent l’assurance et la certitude et sur sa bonté qui demeure à toujours, comme le peuple le chantera bientôt, et avec quelle joie ! C’est en vain que les sages raisonnent sur la non-exécution de sa menace quand les hommes se repentent comme à Ninive. Elle s’exécutera, mais Il aime écouter le cri de ceux qui s’humilient devant Lui à sa parole, et Il diffère le coup jusqu’au moment où sa patience perdrait son caractère et deviendrait de l’indifférence pour le mal, ce qui ne peut être.

Celui qui promet sait comment faire tourner toutes les circonstances pour le bien. Telle qu’a été la patience passée, telle sera la future moisson en bénédictions. Ce jour de bonté et de miséricorde ne sera pas sans le jugement des méchants, au contraire. Nous avons vu au ch. 33 que l’état individuel devant Dieu aura une force en Israël qu’il n’avait jamais eue sous la première alliance ; il en sera ainsi aussi quand Il jugera entre brebis et brebis, entre béliers et boucs, et qu’Il montrera la vanité de ceux qui détruisent ce qui ne peut leur servir à eux-mêmes, au grand dommage du troupeau. Il jugera les vivants aussi bien que les morts.

Mais il y a plus encore. S’il y a le jugement de l’oppresseur, il y aura la délivrance des malheureux et la bénédiction du peuple rentré dans la terre d’Israël ; la grâce n’arrête pas son cœur à la mesure des hommes (v. 20 à 31).

Il ne s’agit pas ici de Zorobabel ou de Néhémie, ni de la dynastie asmonéenne, encore moins de celle des Hérodes, mais du Roi, du Messie, comme nous le savons par ailleurs, distingué ici de l’Éternel qui parle et qui accomplira. Si l’on interprète autrement, on est exposé à penser que la parole prophétique est absurdement exagérée. Mais si l’on y voit le Seigneur régnant sur Israël rassemblé par la grâce et la puissance divine, on sent que les mots ne s’élèvent pas au-dessus de la réalité ; quand cela arrivera, ceux qui attendent sa gloire, éprouveront sur la terre même que ce qui avait été dit était bien inférieur encore à la réalité. Et que sera-ce alors dans le ciel !

À tous points de vue, il est absurde d’interpréter ces prophéties comme s’appliquant à l’Église ou à l’évangile. Alors les bêtes sauvages même auront une autre nature, et la terre verra sa récolte augmentée ; ce sera le jour que la création attend, après lequel elle soupire, elle sera alors délivrée des liens de la corruption dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu.

C’est le jour où le Messie se lèvera pour eux, non plus rejeté et méprisé comme jadis, mais comme un plant de renom (v. 29) et Israël ne souffrira plus de la faim dans son pays et ne portera plus l’ignominie des nations. L’Éternel sera avec eux, leur Dieu ; et ils seront son peuple.

A-t-Il parlé et ne fera-t-Il pas ? Y a-t-il quelque chose de trop grand ou de trop difficile pour le Seigneur ?

Ch. 35

Au ch. 25 le prophète avait menacé Séhir et Édom qui habitaient un pays de forteresses naturelles, et étaient jaloux de la faveur que l’Éternel montrait à son peuple. Ici, il reprend ce sujet avec plus de détails. Cette prophétie est d’autant plus solennelle qu’elle forme contraste avec la promesse de bonté et de grâce donnée à Israël au chapitre qui précède. C’était précisément cette bénédiction accordée par la grâce divine au peuple élu qui, dès le commencement, avait provoqué la jalousie, toujours croissante, de la race sœur. Ils allaient bientôt éprouver ce que c’est que d’avoir l’Éternel contre soi, d’avoir sa main étendue pour rendre le pays désolé et dévasté. Peu de temps après, la parole de l’Éternel allait se réaliser dans leur ruine et dans celle de leurs cités.

Dieu connaît les intentions du cœur, et son jugement distingue toutes choses. Israël avait beaucoup d’ennemis et tous étaient toujours prêts à faire du mal au peuple choisi par l’Éternel. Mais Il tient les yeux fixés sur « l’inimitié perpétuelle » d’Édom, et voit sa persistance plus cruelle « au temps de l’iniquité de la fin » que dans le passé. Il n’y avait là aucun sentiment de générosité, le sentiment naturel était devenu un ver rongeur. Celui qui avait été si indignement déshonoré par son propre peuple, le châtiait : qu’étaient donc les Édomites pour oser en profiter afin de lui faire du mal sans mesure et sans pitié ? Ils apprendraient à connaître que Lui est l’Éternel, lorsque leurs montagnes seraient remplies de tués, que leurs villes seraient désolées et que le sang les poursuivrait.

Mais Dieu prend note des paroles des hommes aussi bien que de leurs intentions ; le Seigneur le dit d’une manière encore plus claire et solennelle que dans le ch. 12 de Matthieu.

Pour pouvoir tirer une leçon toute actuelle des déclarations des v. 10 à 13 : n’y trouvons-nous pas une analogie avec ce qui se voit dans la chrétienté ? Peu comprise, il est vrai, de ceux qui aujourd’hui se montrent si jaloux de ce qui est réellement selon la Parole et l’Esprit de Dieu. Eux aussi oublient que Dieu est un Dieu de vérité dans ses saints, et que leur rassemblement au nom du Seigneur, dans la dépendance de la présence et de l’action du Saint-Esprit est le chemin dans lequel ils peuvent montrer leur foi et marcher fidèlement. Les clergés de toutes sortes n’aiment naturellement pas ce qui condamne leur position et leur existence comme entièrement contraires à l’Écriture. La leçon s’applique à tous ceux qui supportent et défendent un état de choses que l’Écriture ne peut justifier. Une mauvaise conscience réveille le mal dans le cœur naturel et ils ne trouvent pas de mots assez amers, d’insinuations assez basses, contre ceux qui actuellement restent attachés à. la volonté révélée du Seigneur au sujet de l’Assemblée.

Qu’ils sachent que le Seigneur agira envers eux. La fausse Église sera jugée lorsque les noces de l’Épouse de l’Agneau seront venues. Il considère comme dite contre Lui-même toute parole méprisante prononcée contre son peuple qui, dans sa faiblesse, s’attache à sa parole. « Je t’ai entendu », dit-il.

Le chapitre se termine par une sentence contre l’ennemi (v. 14 et 15). Il n’y a jamais eu d’opinion plus erronée que celle qui prétend que l’Éternel ne restaurera pas et ne bénira pas Israël. Ce ne sera pas à cause de ses mérites, mais dans sa propre grâce par le moyen du Messie jadis rejeté ; Lui détruira aussi sûrement les ennemis d’Israël qu’Il tiendra les promesses faites aux pères. Mais ni l’une ni l’autre de ces voies n’est l’Évangile, qui tout au contraire rassemble maintenant Juifs et Gentils pour la gloire céleste avec Christ, le Sauveur et le chef de l’Église dans le ciel. Nous ne Le connaissons pas selon la chair, ni par tels jugements qu’Il exécute contre Édom, ni même par sa miséricorde envers Israël, mais comme mort, ressuscité et glorifié dans le ciel, suivant les desseins de Dieu jadis cachés, mais maintenant révélés en Lui et en son corps.

Ch. 36

L’Éternel s’adresse maintenant aux montagnes d’Israël personnifiées et leur annonce la consolation qu’Il tient en réserve pour elles, malgré toute la méchanceté de l’Édomite.

Il est bon de se rappeler ici que, dans l’Israël de jadis, il y avait un gouvernement sous le nom révélé de l’Éternel, mais sous les conditions de la Loi qui, étant reçue par l’homme dans sa chair, ne pouvait aboutir qu’à la ruine, et y aboutit en effet. Maintenant, c’est un état de choses entièrement différent, car c’est sur un Christ rejeté, le Fils de Dieu, que l’Assemblée est bâtie, son corps et son épouse par pure et absolue grâce, formée de croyants juifs et gentils sans distinction, destinés à être avec Lui dans les cieux et à régner avec Lui sur la terre.

Mais le gouvernement du monde en Israël n’est pas abandonné de Dieu pour toujours. Il s’occupera de nouveau d’Israël à la venue du Seigneur, le Fils de l’homme glorieux, et déplacera son gouvernement d’une manière parfaite, pour sa propre gloire sous la nouvelle alliance, et par conséquent sur un principe supérieur à la faiblesse de la créature. Cela sera le point de départ de la bénédiction du monde, des âmes en vue de la gloire céleste avec Christ, mais le jugement revenant en justice dans le monde, et tous les hommes droits le suivant.

Ainsi la seconde venue du Seigneur pour le monde est caractérisée par l’exécution des jugements ; et cela d’autant plus que toute l’Écriture montre que l’état de la terre à ce moment-là sera un état de mal sans exemple dans l’apostasie, non seulement la rébellion et le rejet de la vérité, mais le grand mensonge consommé par l’homme s’asseyant comme Dieu dans le temple de Dieu. Et Dieu n’agira pas contre les principaux offenseurs, mais contre chacun et contre tous ceux qui se sont élevés contre Lui, tout en délivrant et en exaltant son ancien peuple, maintenant encore justement abaissé à cause de ses péchés.

Toutes ces prophéties, quelle qu’ait pu être leur application partielle dans le passé, dirigent nos regards en avant. Si Israël doit réapparaître pour sa grâce, Édom réapparaîtra pour son jugement. J’entends par là naturellement le jugement des vivants, non pas des morts. Ce dernier suivra la fin, quand tous les méchants de tous les âges ressusciteront et seront jugés par le Fils de l’homme.

Mais ici c’est de la terre qu’il s’agit, non du jugement éternel, et le prophète devait parler de consolation aux montagnes d’Israël, si longtemps désolées. Car Dieu n’a pas créé la terre ou l’homme sur elle, pour être éternellement victime du péché, de la vanité et de la corruption. Il délivrera certainement de tout le mal que Satan a amené, mais il doit y avoir jugement aussi bien que miséricorde, et nous voyons les deux ici. Si l’ennemi disait : « Ha, ha ! les hauteurs éternelles sont devenues notre possession », la réponse de l’Éternel par son prophète était : « Parce que, oui, parce qu’on vous a désolées, et qu’on vous a englouties de toutes parts, afin que vous fussiez la possession du reste des nations, et que vous avez été en butte au bavardage de la langue et aux mauvais propos des hommes : à cause de cela, montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel ».

Si l’insulte, même inexprimée, est pour ainsi dire prise en note par l’Éternel, combien plus cette joie méchante de l’humiliation qu’Israël avait méritée, et de la désolation du pays qui en était la conséquence, comme si cet abaissement était le résultat de la victoire d’Édom sur le seul vrai Dieu ! Mais Il avait entendu et cependant attendait encore avant de le juger. Sa main exécutera bientôt ce que sa bouche a prononcé, et une ruine plus terrible encore attend l’orgueilleux Édom.

Édom et Israël ne sont qu’endormis dans la poussière et reviendront bientôt. Édom avec son orgueil encore indompté et son désir de vengeance, Israël repentant et soumis par la patience de la grâce infinie de Dieu. Et alors, dans ce monde, chaque race recevra sa part en ce jour, Édom finalement de la main même d’Israël (Comp. És. 12. 10 à 14, 34, 35 et 63 ; Abdias).

Le Seigneur garantit sous serment, Il est jaloux pour la bénédiction d’Israël et indigné à cause de son opprobre. C’est en vain que l’on applique ces paroles au retour du peuple de Babylone, qui n’était qu’un exemple de ce qui arrivera au peuple tout entier. Celui qui respecte l’Écriture et qui connaît les faits pourrait-il prétendre que le Seigneur a multiplié les hommes sur les montagnes d’Israël, la maison d’Israël tout entière (v. 10). Ces mots semblent avoir été écrits spécialement pour garder les âmes de ces vues étroites et trompeuses. L’Éternel a-t-il établi le résidu revenu dans son pays « comme en vos temps d’autrefois », en lui faisant plus de bien que lors de votre commencement ? (5. 2). Le pays et les montagnes ne sont-ils plus privés d’enfants ? (v. 12). Ne savons-nous pas que sous le quatrième empire, ils furent soumis à une dévastation plus terrible encore ? La prophétie est encore à venir, et elle s’accomplira aussi sûrement que l’Éternel est vivant, comme Il l’a juré par son prophète au sujet du pays d’Israël.

Le message suivant de l’Éternel donne les raisons morales pour lesquelles le pays d’Israël a été laissé désolé, et le peuple dispersé parmi les nations ; il expose le déshonneur jeté sur son nom, sa grâce qui restaure et ses effets sur le cœur et sur les voies d’Israël, ainsi que sa puissance qui redonne à leurs pays une prospérité et une fécondité plus grande qu’auparavant ; et l’Éternel sera sanctifié en eux aux yeux de toutes les nations.

Les voies d’Israël dans le pays et hors du pays sont rappelées dans les v. 16 à 20, partout elles avaient été une profanation pour Celui qui les avait choisis comme son propre peuple ; et elles ne montraient que la corruption de l’idolâtrie : la violence meurtrière et la profanation de son nom parmi les nations. Mais il est l’Éternel qui ne change pas, c’est pour cela qu’ils n’avaient pas été consumés. C’est à cause de son nom qu’Il les sanctifierait et qu’Il serait sanctifié en eux (21 à 24).

Nous n’avons pas besoin de rechercher ni quand, ni comment ce travail de la grâce divine s’accomplira, et il n’y a pas besoin d’une discussion détaillée pour le déterminer. Il y a des indications qui rendent la réponse tout à fait simple. Le retour de Babylone n’a pas été un accomplissement définitif, mais comme les arrhes de la réalisation à venir de la prophétie, car il n’y a qu’un résidu numériquement insignifiant qui revint. Esdras 9 ne prétend nullement être ce que les fidèles attendaient, pas plus que Néhémie 9 ultérieurement. Le premier parle de « notre servitude », le second dit : « nous sommes aujourd’hui serviteurs, et quant au pays que tu donnas à nos pères pour qu’ils en mangeassent le fruit et les bons produits, voici, nous y sommes serviteurs ; et il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; et ils dominent à leur gré sur nos corps et sur notre bétail et nous sommes dans une grande détresse ».

Comme cela est éloigné de ce qu’Ézéchiel prédit ! « Je vous prendrai d’entre les nations et je vous rassemblerai de tous les pays et je vous amènerai sur votre terre » (v. 24). Après le décret de Cyrus, la grande masse d’Israël resta dispersée parmi les nations.

Mais il y a une preuve plus claire encore que la prophétie reste à accomplir, et c’est ce que nous trouvons aux v. 25 à 28. Les Juifs, pour ne pas dire Israël, avaient-ils été purifiés de toutes leurs impuretés ? Malachie répond à cette question et le Seigneur lui-même donne la preuve qu’il n’en était pas ainsi, que lorsqu’elle s’accomplira, il y aura une nouvelle naissance du peuple juif. Dieu leur donnera un cœur nouveau et un esprit nouveau, il changera leur cœur de pierre et leur en donnera un de chair. Il mettra en eux son esprit et fera qu’ils marcheront en sainte obéissance ; ils seront son peuple, Il sera leur Dieu.

Comment prétendre que cela a été accompli ? Il se peut qu’il y ait une allusion à ces versets dans les paroles du Seigneur en Jean 3. 5, mais elle est entièrement distincte de l’application qu’on en fait.

Il y a plus car le prophète continue en disant que cette bénédiction d’Israël comprendra des biens extérieurs et une abondance terrestre inconnue jusqu’alors (v. 29 et 30).

C’est en vain que l’on traite d’incroyable cette prédiction d’une nouvelle fertilité, ou que l’on prétend qu’elle ne résultera pas d’une puissance divine extraordinaire. Le Nouveau Testament nous en montre le principe en Romains 8 : la création qui soupire pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Cela ne rentre pas dans le message de l’Évangile, mais c’est un fruit de la puissance divine, quand Christ ne sera plus caché, mais apparaîtra en gloire, et que les enfants de Dieu seront révélés. La différence ici est que l’apôtre relie cette délivrance bénie à la révélation des saints ressuscités, tandis que le prophète la rattache à la restauration et à la renaissance d’Israël.

C’est seule la grâce appliquée à l’âme par le Saint-Esprit qui produit la vraie crainte de Dieu et le jugement de soi-même. « Il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint ». C’est cela aussi qui conduit Israël à avoir horreur de ses iniquités passées et à les confesser de tout son cœur. Quel bonheur pour lui de se soumettre à sa souveraineté dont Il use en grâce et en salut ! L’Éternel effacera tout l’opprobre dont les nations les avaient couverts, pour la gloire de son propre nom, tout en produisant des sentiments propres à la repentance d’Israël. Ceux qui ont été amenés à l’évangile ont été appelés à de meilleures bénédictions qui ont incité plusieurs d’entre eux à quitter maison et pays. Il n’y a pas eu de reconstruction des villes jadis désolées comme part de leur héritage. Mais Dieu exécutera sûrement chacune de ses paroles, quand le jour sera venu de restaurer le royaume d’Israël.

Sous la loi, Israël était ruiné ; sous l’évangile il n’y a ni Juif ni Grec, mais lors de l’union avec Christ dans les cieux, quand le royaume sera manifesté en puissance, les Juifs seront à leur pays et à leurs villes, qui jouiront de la bénédiction et de la gloire de l’Éternel et ne seront plus désolées.

Ch. 37

Ce chapitre contient une vision remarquable, et son explication. II n’est pas question ici de la conversion de l’âme ni de la résurrection du corps, mais de la renaissance d’Israël comme peuple.

Dans ce temps-là le peuple était dispersé et sans existence politique ; il avait devant lui de plus grandes tribulations que celles qui lui avaient été infligées par les Assyriens ou les Babyloniens, et qui avaient été clairement annoncées par les prophètes. Cette révélation était donnée aux captifs qui menaient deuil, pour les consoler après leur dernier exil et avant le dernier, et pour les soutenir en présence de ces désastres sans précédent, par la certitude de leur renaissance nationale sous l’action pleine de grâce du Seigneur.

L’Éternel ne cache nullement ce qu’Il entend signifier par les ossements dans la plaine : non seulement il n’y avait là aucune force, mais même aucune vie. Le prophète est incapable de répondre lui-même à la question qui lui est posée. Mais cette impuissance ouvre le chemin à la parole du Seigneur (v. 1 à 6).

Nous voyons là l’impuissance totale de l’homme, et Dieu trouve ainsi une occasion de montrer sa puissance. Il est le Dieu qui fait vivre les morts – et où exercerait-Il sa glorieuse puissance, sinon en faveur de son peuple ? Il donne au prophète de voir et d’écouter et même de parler (v. 7 à 10). Il est impossible d’appliquer ce qui est dit là au retour de Babylone de moins de 43 000 personnes, car les armes de jadis dépassaient de beaucoup celles des temps modernes. Le résidu revenu au pays n’était qu’une petite armée comparée à celle de Juda seulement sous les rois. Nous trouvons plus loin qu’il s’agit d’Éphraïm autant que de Juda, cela est dit immédiatement après : « toute la maison d’Israël ». Ainsi il ne s’agit pas ici du retour de la captivité de Babylone.

Mais nous ne sommes pas laissés à notre propre raisonnement. Celui qui nous a donné la vision par son serviteur y a ajouté une interprétation bien claire (v. 11 à 14). Pour un esprit simple et soumis à l’Écriture, il ne peut y avoir d’hésitation quelle que soit l’explication que nous puissions faire de cette vision, sa signification directe et expresse est la renaissance, par la puissance de Dieu, de son ancien peuple Israël, alors complètement détruit, mort et enterré, mais prêt à quitter sa tombe suivant la parole de l’Éternel : « Ces os sont toute la maison d’Israël ».

Dieu veut consoler son peuple et confondre l’incrédulité qui dit : « Nos os seront desséchés et notre attente a péri, nous sommes retranchés ! ». Sa grâce fidèle entreprendra de faire ce qui est manifestement au-dessus du pouvoir de l’homme. Il déclare qu’Il veut, non seulement les tirer de la tombe où ils sont maintenant ensevelis comme nation, mais qu’Il les amènera dans le pays d’Israël, ce qui ne s’applique ni à ceux qui ressuscitent d’entre les morts, ni aux âmes converties à Dieu par l’évangile, car qu’avons-nous à faire avec le pays d’Israël ? Mais leur rentrée dans leur pays est le complément simple et nécessaire. L’Ancien Testament tout entier le confirme. Constamment nous voyons dans la résurrection nationale d’Israël, le peuple et le pays liés ensemble : bénédiction sur les deux, comme hélas, actuellement, malédiction sur les deux.

Le sens de ce passage semble donc incontestable, sauf pour ceux dont l’esprit faussé par les doctrines de certaines écoles, ne voient pas les desseins de Dieu envers Israël sur la terre, tout en comprenant bien ses voies célestes pour l’Église ; le point de départ de cette erreur provient de ce qu’on substitue l’homme à Christ. Leur interprétation de la prophétie en particulier est viciée par cette erreur fatale qui supprime pratiquement de la Bible les espérances d’Israël, et rabaisse les nôtres à une sorte de succession à leur héritage avec quelque lumière et quelques privilèges en plus.

C’est contre cette première corruption de la chrétienté largement répandue et fortement enracinée, que Paul a combattu si vaillamment. Elle est très insidieuse, il semble à ceux qui sont sous son influence que le meilleur moyen d’être gardé de judaïser, c’est de nier que les Juifs redeviendront jamais une nation, et restaurés dans leur propre pays. Ils appliquent à la chrétienté maintenant, ou à l’Église dans la gloire, toutes les prédictions de bénédiction et de gloire futures pour Israël. Funeste erreur, car c’est précisément judaïser, de faire des chrétiens et de l’Église les simples successeurs et héritiers d’Israël. La vérité disparaît ainsi entièrement ; les brillantes perspectives d’Israël sont niées, et le chrétien est rendu au monde, au lieu d’entreprendre sa position de bénédiction dans les lieux célestes en contraste avec celle d’Israël sur la terre.

Mais il y a là une autre perspective qui lui est connexe. La résurrection d’Israël comme peuple n’est pas tout ce que le prophète apprend et communique ici. Elle fait l’objet de la première moitié de ce chapitre ; ce n’est pas son réveil individuel, quelque vrai qu’il soit, mais leur résurrection nationale sous l’opération de l’Esprit et non par la volonté de l’homme ou la politique du monde, comme il convient au peuple élu qui sera finalement béni de l’Éternel. Il y avait une nouvelle bénédiction à leur donner et il fallait faire disparaître l’ancien opprobre qui avait longtemps déshonoré Israël depuis le jour de Roboam. Quand Dieu mettra sa main à sa restauration au dernier jour, Il réunira les Israélites comme ils l’étaient jadis sous David et Salomon, et leur unité ne sera plus jamais brisée ou même menacée. Ce sera l’œuvre du vrai Bien-aimé lorsqu’il régnera comme Prince de Paix.

C’est aussi une preuve, évidente de la perversité humaine, que des paroles comme celles des v. 15 à 17 aient pu être incomprises. Elles le sont cependant, non par les Juifs qui restent attachés à leurs espérances futures, mais par les chrétiens qui se trouvent sous l’évangile de la grâce de Dieu révélée dans un Christ mort et ressuscité. C’est ainsi que Satan trompe les âmes. Les Juifs ont absolument raison quand ils maintiennent qu’Israël sera encore béni dans son pays sous le Messie et la nouvelle alliance, et cela non pas vaguement ou partiellement, mais après que l’apostasie et les jugements divins les auront encore diminués, tout Israël sera sauvé, rassemblé et uni, Juda et Joseph comme un tout.

Ils sont complètement trompés quand ils ne voient pas leur Messie le Sauveur dans Jésus de Nazareth, et par conséquent ils périssent parce qu’ils n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais Satan trompe la chrétienté en ceci, que tout en confessant Celui qui a été crucifié comme Fils de Dieu, non seulement elle mélange la Loi et l’évangile et perd ainsi la consolation, la puissance et l’assurance du salut de Dieu en Christ, mais en outre elle voit dans les gloires prédites à Israël sur la terre une description des privilèges des chrétiens, ignorant ainsi leur position céleste et niant la fidélité de Dieu et sa future miséricorde envers Israël.

Il n’y a vraiment aucune excuse à ne pas comprendre un symbole aussi simple que celui des v. 16 et 17, dont l’explication est aussitôt donnée (v. 18 à 23).

Appliquer un tel langage au résidu des Juifs revenus de Babylone est aussi faux que de l’appliquer à l’église de la Pentecôte. Il n’y a même aucune analogie. C’est l’union des deux maisons d’Israël longtemps divisées et rien d’autre. Cela n’a pas encore eu l’ombre d’un accomplissement. On ne peut concevoir paroles plus explicites. Cela signifie le rassemblement futur et l’union de tout Israël comme une seule nation sous un seul roi. Elle ne sera jamais plus divisée, plus jamais souillée. Plus encore, il sera le peuple de l’Éternel, Lui sera son roi. Le Juif ne peut pas dire que cela s’est réalisé, et il est absurde pour le Gentil de se l’appliquer à lui-même. En aucun cas cela n’est applicable au corps chrétien. Un résidu juif serait revenu de Babylone pour être souillé, non pas tant par ses transgressions que par une chose bien pire que son ancienne idolâtrie, le rejet et la crucifixion de son Messie : cela est-il un accomplissement des paroles d’Ézéchiel ?

Mais il est ajouté : « Et mon serviteur David sera roi et il y aura un seul pasteur sur eux tous, et ils marcheront dans mes ordonnances et ils garderont mes statuts et les pratiqueront » (v. 24) De nouveau nous trouvons là une confirmation, si du moins elle était nécessaire. Car aucun croyant de bon sens ne peut douter qu’il s’agit de Christ, non comme chef de l’Église dans le ciel, mais comme Roi d’Israël quand il régnera sur la terre. Jamais depuis que la prophétie a été prononcée, il n’y a eu même un semblant d’accomplissement de cette prophétie. Jamais depuis, Israël n’a eu un seul berger ; et il n’a pas marché dans ses ordonnances, ni gardé ni pratiqué ses statuts. Il ne peut s’agir là des chrétiens dans le monde, encore moins des chrétiens au ciel, mais d’Israël seul (v. 25).

Ce sont, comme Ésaïe le dit, les grâces assurées de David, cette alliance éternelle que l’Éternel fait avec Israël. La résurrection de Christ l’explique. C’est ainsi qu’il régnera sur Israël dans son pays. Dans un langage qui ressemble beaucoup à celui d’Ésaïe, Ézéchiel continue avec l’assurance de l’Éternel (v. 26 à 28). Ce qui peut nous humilier, c’est que des chrétiens puissent mettre en question ce qui est dit là. Une seule chose peut l’expliquer : l’abandon que la chrétienté a fait du sens approprié et réel de ses propres bénédictions. Le résultat de la prophétie est si simple et si positif, et de nature si glorieuse, que même les païens sauront que l’Éternel sanctifie son peuple, quand son sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours.

Qui peut affirmer que cela est vrai maintenant, soit d’Israël, soit au sujet de qui cela est dit, soit de l’Église à laquelle cela n’est pas adressé ?

Ch. 38

Les deux chapitres qui suivent contiennent une prédiction du jugement de Dieu dans les derniers jours – quand Israël sera restauré – sur un grand chef du Nord-Est et son immense armée de satellites et d’alliés, sur les montagnes du pays saint.

Dans les v. 1 à 9 tout est clairement défini, à l’exception du nom du prince qui est probablement symbolique. Nous avons là devant nous le dernier ennemi d’Israël. Il habite le pays de Magog, ce fils de Japheth (voyez Gen. 10. 2) qui se répandit dans les vastes steppes de l’ancienne Scythie. Il est le chef de toutes les Russies, prince de Rosh (Russie) de Meshec (Moscou) et de Tubal (Tobolsk). Nous le voyons ici lui-même ainsi que son pays et son peuple.

Mais le Seigneur l’Éternel est contre lui : au lieu de reconnaître le bien qui arrive à un peuple un temps abaissé, il veut s’agrandir lui-même et se trouve ainsi en guerre, non pas contre l’Israël de Dieu, mais contre le Dieu d’Israël. Celui qui se confia dans l’homme et dans un bras de chair doit être maudit, nous en avons la preuve en Gog. Car l’Éternel déclare qu’Il le fera retourner, lui mettra un anneau dans les mâchoires et le fera sortir, lui et toute son armée.

Il sera démontré alors comme une leçon finale, qu’aucun roi n’est sauvé par la multitude de son armée, qu’un homme puissant n’est pas délivré par beaucoup de force, et qu’un cheval ne peut servir à se mettre en sûreté. L’Éternel annule le conseil des païens, tandis que son conseil demeure à toujours. On les voit venir parfaitement équipés, un grand rassemblement, avec le bouclier et l’écu, tous portent l’épée ; la Perse est là aussi, obligée de suivre le puissant chef du Nord, avec Cush et Puth, et Gomer et toutes ses bandes, et la maison de Togarma avec les siennes, un innombrable peuple avec Gog.

L’avertissement prophétique avait été donné depuis longtemps. Aucune grande nation de l’ancien monde n’avait été si lente à prendre le commandement de l’Orient populeux. Mais si retardée qu’elle l’ait été, cette époque est vue d’une manière vivante par le voyant du Kebar : « Après beaucoup de jours tu seras visité : à la fin des années tu viendras dans le pays d’Israël, où le peuple habite en sécurité ». Gog vient comme une tempête, comme une nuée pour couvrir le pays.

Mais aucune arme ne peut réussir contre Israël. Ils peuvent être nombreux, et leurs adversaires innombrables, mais qu’est-ce pour le Seigneur, sinon une occasion de se manifester Lui-même comme l’ennemi des ennemis de son peuple ? Gog apprend cela, comme nous le verrons, trop tard, non seulement pour lui-même et son immense suite, mais pour ceux qu’il avait laissés paisibles dans son pays. C’est le jour de la juste rétribution et du gouvernement divin sur la terre, quand le destructeur si longtemps préservé, retourne dans le pays de sa possession. Et Dieu ne vengerait-il pas ses élus, quand celui qui se confie dans des multitudes sans nombre, jette son regard d’envie sur le pays sur lequel les yeux de l’Éternel reposent continuellement ?

Ainsi la prophétie suppose le retour du peuple tout entier dans son pays, non plus un résidu seulement comme après la captivité de Babylone. Mais il y a plus. Elle annonce un état de tranquillité entièrement différent de n’importe quelle époque de l’histoire passée d’Israël. Gog en tire avantage, mais pour sa propre ruine. Il ne croit pas à l’amour de Dieu pour son peuple et ne pense pas un instant qu’II puisse prendre place au milieu de son peuple pour le défendre contre ses ennemis.

Si le jour de la bénédiction est venu pour Israël, par la miséricorde de Dieu, ce jour est aussi celui du jugement des nations. Nous avons ici le jugement le plus étendu, lors de la confédération finale avant le règne de paix et de justice. Rien ne peut dépasser la puissance de la description qu’en fait le prophète. Gog comptait trouver une proie facile dans un peuple apparemment si exposé et faible. Il ne songe pas un instant que dans ce même pays d’Israël, lui et son immense armée vont périr par la main de l’Éternel, l’un par l’autre.

Ce n’est pas seulement que les combattants eux-mêmes sont pris à leur propre piège mais ceux qui assistent au combat devront apprendre que Celui dont le nom est l’Éternel, est le Souverain sur toute la terre. Ils devront dire bientôt : En vérité il y a une récompense pour les justes, en vérité il est un Dieu qui juge la terre.

On remarquera (v. 14 à 16) que la chute de Gog est annoncée expressément pour la « fin des jours », tout autant que pour le jour où Israël « habitera en sécurité ». Non seulement aucun de ces termes ne peut s’appliquer aux jours de Zorobabel, comme quelques-uns l’ont supposé, ou aux temps où Antiochus persécutait le résidu rentré au pays, mais l’envergure même de la destruction empêche de l’attribuer à ces temps-là. Jamais, depuis l’époque d’Ézéchiel, il n’y a même eu un point concordant. C’est pourquoi l’accomplissement de cette prédiction est, sans aucun doute, encore à venir.

Plusieurs auteurs prétendent que Gog n’est autre que le grand antagoniste occidental des Juifs, comme dans Daniel, etc… C’est méconnaître notre prophète, car il n’entre jamais dans le système des quatre puissances impériales qui devaient fouler Jérusalem aux pieds jusqu’à l’accomplissement des temps des nations. Nebucadnetsar lui-même est considéré comme l’instrument de l’Éternel pour accomplir son œuvre, mais nous ne le voyons pas dans Ézéchiel comme tête de la statue.

Gog appartient à une autre sorte d’ennemis et périt plus tard, quand, aveuglé par sa convoitise d’agrandissement territorial, il ne voit pas qu’il attaque l’Éternel Lui-même en cherchant à piller et à détruire Israël. Ésaïe parle de lui au ch. 33 comme d’autres le font en termes généraux. Dieu seul gouverne, quels que puissent être l’orgueil, la convoitise ou la volonté de Gog, l’Éternel l’amène contre Israël pour sa propre destruction. « Et quand il vient, ma fureur, dit le Seigneur, l’Éternel, me montera au visage ». Plus de craintes pour le pays d’Israël, plus de coups portés aux Gentils – du moins jusqu’après le millénium – une invasion au commencement et une à la fin du règne du Messie.

Que ceci n’est pas autre chose que la destruction des ennemis d’Israël avant le millénium, ressort clairement des paroles qui suivent, sans parler du ch. 39 et de tout le reste de la prophétie. Prendre ces paroles pour de simples images d’une révolution politique, ne repose sur aucun fondement et est même contraire au contexte. Il n’y a aucun changement de gouvernement en Israël et le peuple n’éprouve plus aucune souffrance, ses ennemis lointains qui sont rassemblé sur leurs collines vont périr pour toujours.

La formidable commotion en Canaan ajoute à la solennité de la scène, le pays et la mer, le ciel et la terre sont ébranlés, montrant ainsi la présence de Celui qui dirige toutes choses en faveur d’Israël ; non seulement les ennemis s’égorgeront l’un l’autre, mais la peste et le sang et une pluie torrentielle et les pierres de grêles, le feu et le soufre entrent en action, et il est impossible qu’il s’agisse ici d’Antiochus Épiphane. Pour le croyant qui attend les voies futures de Dieu au sujet d’Israël, toute difficulté disparaît.

Je dois ajouter que la pensée qu’il s’agirait ici des Turcs est sans fondement. Dieu leur a permis de posséder le pays pendant des siècles, en défi à une chrétienté aussi coupable et idolâtre que les Juifs l’étaient avant la transportation de Babylone, mais ici c’est le puissant chef du Nord, dans les derniers jours, suivi par les myriades de l’orient et du Sud de l’Asie qui périt avec toute son armée sous le jugement de Dieu, en essayant de prendre possession du pays d’Israël après que le peuple est revenu de sa longue dispersion.

Ch. 39

Ce chapitre continue le sujet du précédent : l’accusation divine contre le grand ennemi du nord. Sa puissance et ses ressources formidables ne feront que rehausser la victoire que l’Éternel, en le détruisant complètement, remporte pour son peuple.

Les jugements de Dieu sont comme toujours mesurés au péché du peuple qui a attiré sur lui le déplaisir divin. Ainsi le jugement de la bête et du faux prophète est effrayant, au-delà de toute expression, leur sort définitif est d’être jetés dans l’étang de feu. Il semble qu’il doive en être de même de la petite corne de Daniel 8 (ou roi du Nord de Daniel 11). Il était intervenu dans les affaires que Dieu avait avec son peuple. II manifestait tout son mépris pour sa vérité, et même pervertissait cette vérité au profit de ses desseins de destruction. Gog est jugé comme un vulgaire agresseur, poussé par le désir d’acquérir de nouveaux territoires en se reposant sur sa force brutale. Mais il a à faire face à une puissance plus grande que la sienne qui l’abat dans l’ignominie.

Ce n’est pas tout. Dieu agira contre le pays d’où Gog est venu, aussi bien que contre les îles qui ont envoyé des contingents à son armée (v. 6 et 7). Ni la distance, ni l’isolement, ne pourront protéger contre le jugement consumant de ce jour-là, car le Seigneur se lève pour appeler les vivants à rendre compte, comme quelqu’un qui se réveille, comme un homme puissant qui crie, poussé par le vin. Les habitants du monde apprendront enfin la justice. Le croyant sait que ces jugements, à la fois si solennels et si bénis dans leurs résultats, n’ont jamais été accomplis. Magog n’est pas Rome ni un Édom spirituel, mais la Scythie des anciens (v. 8 à 10).

Ce n’est pas là un avertissement vague adressé à un ennemi quelconque, pas davantage un principe général de la providence divine. Le Saint-Esprit prend ici la peine de montrer d’une manière précise le jugement d’un ennemi déterminé, jugement longtemps suspendu et tombant comme le dernier coup de l’Éternel sur la puissance la plus formidable qui se soit jamais élevée contre Israël et qu’Il exécute immédiatement avant que sa gloire revienne dans toute sa splendeur habiter au milieu de son peuple dans son pays. Gog avait pensé prendre possession du pays, l’Éternel va le lui donner pour tombeau, à la vue de tous, sur le chemin même de nombreux passants.

Ce souci de purifier le pays de la vue même d’un ossement d’homme est remarquable, mais bien naturel quand on pense que la gloire doit demeurer là. Les gens qui passeront par-là devront aider ceux auxquels incombera ce travail, d’enterrer tous les restes de ce massacre prodigieux d’ennemis, tous les habitants du pays y prendront part. Cette multitude de tués donnera son nom à une ville. Mais le jour où toute impureté aura disparu du pays est celui que l’Éternel reconnaît pour son jour dans lequel Il sera glorifié.

Peut-il y avoir un doute quant à l’époque où ces conditions se rencontreront ? Il est simple de voir qu’il s’agit du jugement de Dieu sur le chef de toutes les Russies dans le pays saint, après qu’Israël aura été ramené des pays de sa dispersion. Il est nécessaire de bien discerner la fidélité et la miséricorde de Dieu envers Israël de la bénédiction particulière de l’Église. Pour les apprécier toutes les deux, il nous faut les distinguer et voir le rapport qu’elles ont chacune avec Christ. Une interprétation mystique ne met rien à sa place et enveloppe tout de brouillard.

Ensuite le prophète adresse aux oiseaux et aux bêtes des champs un message remarquable par sa force. C’est le temps pour eux de manger d’un sacrifice tel qu’il n’y en a jamais eu auparavant et qu’il n’y en aura jamais plus. D’immenses armées ont été décimées et ce qui en restait a été dispersé ou pris ; le monde a-t-il jamais assisté à un pareil massacre ? Il est encore sûrement à venir.

Si l’Éternel invite les bêtes de proie à un grand sacrifice, n’exécutera-t-il pas sa parole ? Nous trouvons un appel semblable en Apocalypse 19. 17 et 18, mais adressé seulement à tous les oiseaux qui volent par le milieu du ciel. Cela a lieu en vue de la destruction qui doit frapper les armées de l’Occident à la fin de la dispensation actuelle, et je suppose que les oiseaux seuls sont appelés, car il s’agit du jugement de ceux qui se sont détournés du témoignage céleste de la chrétienté.

Ici cela va plus loin, car les jugements de Dieu tombent sur les innombrables hordes orientales, qui n’ont pas seulement méprisé l’évangile, mais ont cherché à s’emparer du pays pendant que son peuple terrestre y était établi en paix. C’est une grave erreur de nier ces jugements des vivants avant le règne du Seigneur ici-bas comme le vrai Salomon ; et c’est une vérité évidente dans la Parole de Dieu, que l’évangile ne supprime pas toute règle et toute autorité et toute puissance, mais que c’est Christ Lui-même qui les exercera à sa venue en gloire. Toutes choses ont été mises sous ses pieds pendant qu’Il est assis sur le trône de Dieu, mais l’acte de mettre tous ses ennemis sous ses pieds n’est pas encore commencé.

Christ est occupé à un autre travail maintenant. Il appelle les cohéritiers qui doivent être glorifiés, ressuscités ou transmués à sa venue, et doivent régner avec Lui dans son royaume. Le fait de s’assujettir toutes choses n’est pas l’œuvre de la grâce divine, mais de la puissance exercée sur la terre, non pas toujours en destruction, quoique le royaume se termine avec des destructions imminentes, comme nous le voyons ici et en Apocalypse 20. 8 et 9.

Les v. 21 à 24 nous montrent l’effet moral du jugement exécuté contre Gog et ses armées. L’évangile, s’il est reçu, place l’âme en association avec Christ pour le ciel. La vue des jugements servira au Seigneur à enseigner aux nations la justice sur la terre. Israël, lui aussi, a besoin de l’apprendre, et il apprendra que Celui qui agit ainsi est l’Éternel, son Dieu, « dès ce jour-là et dans la suite ». On ne pourra plus douter qu’Israël n’a été emmené en captivité que pour son iniquité et que c’est à cause d’elle que l’Éternel lui a retiré sa faveur et l’a livré à l’épée de ses ennemis. C’est sa rétribution qui explique l’histoire passée du peuple avec toutes ses afflictions.

Mais il y a une perspective brillante pour Israël : je ne parle pas de l’évangile ni de l’Église, où il n’y a ni Juif ni Grec, mais du royaume de la terre, lorsque Israël sera réinstallé dans son pays et occupera la première place entre les nations, en faveur, en paix, en justice, possédant la puissance et la gloire manifestées de l’Éternel (v. 25 à 29).

Une remarque pratique et d’une grande importance pour l’âme peut être faite ici : c’est que Dieu ne cache jamais sa face au chrétien, le croyant possède la vie éternelle en Christ, il se trouve placé dans la pleine efficace de son sacrifice et possède le Saint-Esprit habitant en lui comme un témoin permanent.

Ensuite nous anticipons ce qui sera vrai d’Israël plus tard, au lieu de nous trouver sur le terrain d’épreuve de l’Israël d’autrefois. Mais l’incrédulité traditionnelle de la chrétienté voile, pour les âmes, la vraie grâce de Dieu dans laquelle nous sommes ; cela est vrai pour des croyants qui ajoutent encore l’erreur qui consiste à donner à l’avance à l’Église cette place d’honneur et de bonheur terrestres qui est réservée à Israël sous le Messie, quand la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, exaltée au-dessus des collines, et que toutes les nations y viendront. L’effet de cette erreur est de faire descendre l’Église du ciel sur la terre, et de méconnaître les espérances d’Israël.

Nous pouvons ajouter que si l’Esprit doit être répandu sur Israël quand le nouvel âge commencera, ce n’est pas alors que les saints seront baptisés en un seul corps. Par un seul Esprit nous avons tous été baptisés en un seul corps, Juifs ou Gentils, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit (1 Cor. 12). En Colossiens 3, il est établi que Christ est tout en tous ; et en Éphésiens 2, que le mur mitoyen de clôture a été détruit, afin qu’Il créât les deux en Lui-même pour être un seul homme nouveau. Mais il n’en sera pas ainsi ici-bas. Au contraire, dans le millénium, les saints juifs seront dans une position plus rapprochée et plus honorée que les Gentils sur la terre. C’est un état qui contraste avec l’état actuel de l’assemblée maintenant : la croix a mis fin à ces distinctions pour le ciel.

Ch. 40

Les derniers chapitres du livre nous présentent une vision des plus remarquables, dans laquelle le prophète nous communique ce qu’il voit pour Israël et son pays : quelque chose de plus grand que sa restauration : la gloire. C’est là la signification toute simple de cette vision, quoiqu’il y ait des détails parfois minutieux, et maintes difficultés comme cela est fréquemment le cas dans ces descriptions. Mais il y a là à peine plus d’obscurité dans les ch. 40 à 48 d’Ézéchiel que dans les ch. 25 à 40 de l’Exode. La difficulté réside dans des circonstances de détail qui sont en dehors de nos habitudes ou de nos études. En réalité, il n’y en a pas dans le plan général, sauf pour ceux qui n’appliquent pas la vision justement. Les détails du temple futur dans le pays ne sont pas plus difficiles à comprendre que ceux du tabernacle d’autrefois dans le désert.

Certains écrivains, comme on le sait, considèrent que la vision s’applique à l’Église d’aujourd’hui. Ils prétendent généralement que nous ne pouvons avoir une compréhension claire d’une prophétie tant qu’elle n’est pas accomplie ; or l’Église a une existence de plus de 1800 ans, ils devraient donc avoir d’abondants matériaux pour leur démonstration. Au contraire, ils sont précisément ceux qui trouvent une difficulté insurmontable à interpréter la prophétie. Il n’y a rien d’étonnant à cela, puisque leur pensée tout entière est erronée. Certains n’en tirent qu’une ingénieuse explication. Ils n’en font pas une vraie exposition ; et leurs remarques doivent les avoir à peine satisfaits eux-mêmes. Un de leurs commentateurs les plus érudits s’exprime ainsi sur une portion de leurs écrits, et nous pouvons l’appliquer à l’ensemble : Personne ne peut expliquer comment il faut le comprendre, et je n’ose même pas faire une supposition. Cet homme doit plutôt être admiré que méprisé pour la confession sincère qu’il fait de leur faillite et de la sienne. Tous les interprètes allégoristes sont sur une mauvaise piste. Il serait étrange qu’une vision symbolique de la chrétienté laisse de côté le jour des expiations, la fête des semaines et l’action du souverain sacrificateur dans la présence de Dieu, ses traits les plus essentiels comme types.

Un grand nombre d’autres écrivains religieux ont essayé, en vain, d’adapter la vision aux Juifs revenus de la captivité de Babylone ; les faits qui se sont réalisés alors sont infiniment au-dessous de ce qui est prophétiquement annoncé. Le résultat inévitable de ces applications, comme celles de l’école précédente est d’abaisser le caractère de la Parole divine. Il y a en effet plutôt un contraste qu’une analogie entre les promesses glorieuses du prophète et la faible réalisation qui en a été faite sous Zorobabel, telle qu’elle est rapportée par Esdras et Néhémie. Non seulement ces interprétations ne sont pas d’accord avec la prophétie, mais elles ont pour résultat de diminuer l’Écriture elle-même. En effet et à plus forte raison, la tendance des deux écoles n’aboutit qu’à miner l’inspiration.

L’un de ces écrivains s’exprime ainsi : « Ézéchiel a eu une vue idéale de l’état des Juifs sur le point d’être restaurés après la captivité ». Mais, demanderons-nous, cet idéal a-t-il été réalisé ? Ne différait-il pas immensément de l’état des Juifs en Palestine après leur retour ? Le temple bâti après la captivité correspondait-il au bâtiment si soigneusement mesuré dans nos chapitres ? Avaient-ils un prince, des prêtres et des sacrifices sans souverain sacrificateur (particularité remarquable dans cette prophétie) tels qu’ils nous sont décrits ? Les Juifs possédaient-ils la gloire revenue dans leur pays ? Les douze tribus, avec les dispositions spéciales prévues pour les sacrificateurs, les lévites et le prince, avaient-elles pris dans le pays la place qui est si soigneusement décrite par le prophète ? Les eaux salutaires coulèrent-elles du temple vers la mer Morte à ce moment-là ? Les sacrificateurs et les Lévites cessèrent-ils d’habiter dans toute la Palestine et demeurèrent-ils autour du sanctuaire, à des endroits assignée à chacun d’eux ? Nous savons qu’aucune de ces choses ne fut réalisée après la captivité.

Le prophète avait sans doute en vue la restauration du temple matériel alors en ruines, ainsi que celle, non seulement du culte, mais de la nation tout entière avec les privilèges les plus riches d’un gouvernant théocratique et pas uniquement spirituel. Sans doute aussi une juste et vraie interprétation supprime-t-elle tout besoin de confondre le chrétien et l’Église avec les espérances d’Israël, mais l’explication la moins satisfaisante est celle qui rapporte tout cela aux cinq siècles qui ont précédé la naissance de Christ, et qui nie l’accomplissement littéral de cette prophétie dans l’avenir, pour Israël dans son pays.

Pas un seul détail de ces visions n’a été réalisé par un seul fait parmi les captifs revenus. Moins de 5000 hommes, femmes et enfants revinrent de Babylone, petit reste d’un résidu, ce ne sont pas les douze tribus que le prophète voit prendre possession de la part qui leur est attribuée dans le pays, sept au Nord, cinq au Sud, dépassant les anciennes frontières de la Palestine, avec Jérusalem entre elles. En tous cas, il n’y a jamais rien eu qui ressemble, de près ou de loin, à la sainte offrande élevée, pas plus d’ailleurs qu’à la division du pays en lots, de l’est à l’ouest, qui est prédite ici.

Le fait est que ceux qui retournèrent de Babylone revinrent à l’ordre existant avant la captivité, et ne réalisèrent en aucune manière la condition particulière prédite par Ézéchiel. Aucun d’entre eux n’apparaît comme étant le prince, alors que le souverain sacrificateur demeure comme auparavant un personnage important ; le pays ne fut pas réparti par le sort au résidu, encore moins à tout Israël, et les étrangers n’y trouvèrent pas plus leur héritage que dans le temps d’autrefois. La Pentecôte était comme jadis une des trois grandes fêtes des Juifs, tandis que la prophétie ne lui fait aucune place. Ces différences sont des plus caractéristiques et prouvent, aux croyants du moins, que la dernière vision attend encore son accomplissement dans l’histoire des Juifs : dire qu’elle ne le sera jamais, c’est s’avouer incrédule, en tout cas quant à la prophétie.

Il est vrai que la vision ne doit pas être regardée comme une description de ce que l’on se rappelait du temple de Salomon – travail bien inutile pour ceux qui possédaient les livres des Rois et des Chroniques. C’est une révélation divine d’une nouvelle condition, lorsqu’Israël sera restauré finalement et pour toujours. C’est un temple matériel, un ordre nouveau important de fêtes, de sacrifices, de cérémonies, de sacrificature, et aussi de constitution générale de la nouvelle capitale et de la nation, dans des circonstances entièrement nouvelles, le tout couronné de la gloire de l’Éternel qui daigne revenir habiter le pays. Mais n’en disons pas plus là-dessus, nous y reviendrons en détail dans l’étude des chapitres.

Il nous faut cependant insister sur ce point : il ne faut pas séparer ces chapitres d’une manière absolue de ceux que nous avons déjà vus. La dernière série, 40 à 48, est la suite glorieuse, naturelle et parfaitement intelligible des prophéties précédentes : cela est tellement vrai que les ch. 33 à 39 la préparent en annonçant, non seulement le jugement, mais aussi l’heureux retour de la nation élue aux derniers jours.

Dans le ch. 33, nous avons vu établir le nouveau terrain de la conduite individuelle devant Dieu, les chefs jugés au ch. 34, et Édom au ch. 35, ensuite au ch. 36 l’annonce de la restauration d’Israël dans son propre pays, avec un nouveau cœur et un nouvel esprit, l’Esprit de Dieu en eux. Nous avons vu la vision, sous forme de parabole, au ch. 37, où les ossements desséchés reçoivent soudain vie et force, et il est dit expressément qu’ils représentent, non pas les chrétiens ou les hommes en général, mais la maison d’Israël sous la figure de la résurrection, ramenée à la vie et placée par l’Éternel dans son propre pays, unie comme elle ne le fut jamais.

Éphraïm et Juda, depuis les jours de Jéroboam, sont sous une seule tête, un roi, sur les montagnes d’Israël. Nous avons eu devant nous la dernière et formidable attaque qui sera faite, contre Israël en train de s’établir en paix en Canaan, par le grand chef du Nord-Est, avec ses myriades qui seront exterminées par l’intervention divine (ch. 38 et 39) et l’Éternel sera ainsi glorifié par son peuple sur la terre.

Suit la dernière vision bien à sa place et dans laquelle est établie avec précision la constitution religieuse et civile d’Israël. La gloire prendra une fois encore sa place au milieu du peuple, son sceau ne sera plus jamais brisé jusqu’à ce que la bénédiction soit complète et éternelle, jusqu’à ce que le jugement ne trouve plus de mal à juger. La plupart des chrétiens sont arrêtés par cet obstacle : la simple prédiction des sacrifices, des fêtes et autres ordonnances d’après la Loi lévitique. Ils pensent qu’il faut les expliquer de manière qu’elles ne soient pas en désaccord avec l’épître aux Hébreux. Mais cette idée suppose qu’il ne peut pas y avoir de changement de dispensation et que, parce que nous sommes chrétiens, ceux que vise la prophétie doivent se trouver dans la même relation que nous. C’est une erreur, car l’épître en question s’adresse aux croyants depuis la rédemption, pendant que Christ est dans les lieux célestes jusqu’à son retour en gloire.

La prophétie d’Ézéchiel, au contraire, est occupée du peuple terrestre et suppose la gloire de l’Éternel habitant de nouveau dans le pays de Canaan. La vérité est que la bénédiction d’Israël et celle des Gentils – seulement subordonnée à celle des Juifs dans cette prophétie et dans presque toutes les autres – est un état de choses en contraste avec le christianisme où Il n’y a ni Juifs ni Gentils, mais où tous sont dans le Christ Jésus. Ainsi le terrain et la position sont tout différents de ce que nous avons dans l’épître aux Hébreux.

Des sacrificateurs terrestres, distingués du peuple, dans une position toute spéciale vis-à-vis du prince, un sanctuaire matériel avec des sacrifices et des holocaustes tangibles sont clairement énoncés par Ézéchiel ; ils sont évidemment tout à fait étrangers au christianisme. Ils sont les uns et les autres incompatibles avec la doctrine de l’Épître pour ceux qui sont « participants à l’appel céleste » mais ne seraient-ils pas à leur place pour ceux qui sont de l’appel terrestre, quand l’Éternel choisit de nouveau Jérusalem et que la gloire habite le pays ? C’est là la vraie question.

Nous reconnaissons pleinement que les sacrifices ne vont pas avec notre foi en la seule offrande qui nous a rendus parfaits à perpétuité. Un temple sur la terre ne s’accorde pas avec le vrai tabernacle que le Seigneur a fait et non pas l’homme, et dans le sanctuaire duquel, maintenant que le voile est déchiré pour nous, nous sommes invités à entrer hardiment. D’ailleurs l’affirmation d’une sacrificature terrestre pour des chrétiens est, en principe sinon en fait, la négation de la proximité de Dieu par le sang de Christ, et de l’évangile tel que nous le connaissons.

Mais la venue du Seigneur pour régner sur la terre, amènera nécessairement des changements profonds d’une immense importance. C’est là le grand objet de toute prophétie, qui met en avant la nouvelle condition dans laquelle se trouve Israël à la tête des nations, sous le Messie et la nouvelle alliance, l’Église ayant disparu de la terre, et en fait régnant sur elle avec Christ, dont elle est l’Épouse alors glorifiée.

Les prophètes, d’Ésaïe à Malachie, mettent en lumière pour ce jour glorieux, un temple terrestre avec des sacrifices, une sacrificature et des cérémonies appropriées. Ce n’est pas là le christianisme ; qui oserait, en ayant une telle nuée de témoins inspirés, prétendre qu’un état de choses n’est pas en accord avec la vérité et pour la gloire de Dieu dans ce jour ? Il est vain de se retrancher derrière la ressource habituelle, l’incrédulité, ce nuage qui voile la prophétie non accomplie. Non, pour l’incrédulité toute écriture est obscure ; pour la foi elle est la lumière de Dieu, communiquée par des hommes qui avaient reçu de l’Esprit Saint le pouvoir de le faire.

Et la difficulté particulière du cas présent réside seulement, si nous en croyons l’apôtre Paul, dans la présomption de la chrétienté, qui présume que la chute des Juifs est définitive, et que les Gentils les ont supplantés pour toujours. La vérité est que Dieu n’épargnera pas les Gentils dans leur incrédulité actuelle qui ne fait que croître, mais dans sa grâce il appellera sûrement, et avant longtemps, Israël à la repentance. Ceux qui maintenant attendent Christ, avec les saints ressuscités, serons enlevés vers Lui, et le Libérateur viendra de Sion et ôtera l’impiété de Jacob. Si le Roi des rois et Seigneur des Seigneurs prend une position si nouvelle, il serait singulier que tout ne soit pas changé en conséquence, et en accord avec cette position.

C’est précisément ce que les prophètes montrent, en contraste avec l’épître aux Hébreux, comme avec les autres épîtres apostoliques. Notre sagesse est d’apprendre de Dieu par sa parole et son Esprit, et non pas de juger l’Écriture par des conclusions tirées de notre propre position, de nos circonstances, ou même de notre relation avec Dieu. Laissons la place aux diverses évolutions et manifestations de sa gloire dans les siècles à venir, au lieu de faire de ses voies actuelles, si profondes et bénies qu’elles soient, quelque chose d’exclusif : c’est un piège bien naturel pour l’esprit étroit et égoïste de l’homme.

Venons-en maintenant au préambule de la vision (v. 1 à 4). Son but est bien évident. La vision concerne les espérances d’Israël lorsqu’il est ramené dans son pays, elle leur montre comme sera complète l’œuvre dans les derniers jours (malgré leurs péchés d’autrefois), surtout en rapport avec la présence de Dieu dans un sanctuaire nouveau et approprié, une présence qui ne sera plus jamais perdue, d’autant moins lorsque viendront l’éternité, les nouveaux cieux et la nouvelle terre dans toute la force de ces termes.

On peut résumer ainsi les quatre principales interprétations qui ont été données de ces chapitres (11 à 18).

– L’interprétation historique littérale qui en fait une description prosaïque destinée à conserver le souvenir du temple de Salomon ;

– L’interprétation historique idéale qui prédit d’une manière vague, un avenir de bonheur ;

– La théorie juive qui assume que l’idée a été effectivement adoptée par le résidu rentré au pays.

– L’hypothèse chrétienne ou allégorique, celle de Luther et d’autres réformateurs, généralement suivie par beaucoup aujourd’hui, qui s’efforce de découvrir dans ces chapitres un immense système symbolique du bonheur qui est en réserve pour l’Église.

Mais tout cela laisse de côté une cinquième explication, la seule véritable, je n’en doute pas, qui voit dans ces chapitres la conclusion nécessaire de toute la prophétie, et spécialement des chapitres qui précédent la prédiction du complet rétablissement, dans les derniers jours, d’Israël converti et en possession de toutes les bénédictions promises pour toujours dans son pays, avec la gloire de l’Éternel au milieu de lui. C’est là le seul accomplissement messianique convenable de la vision qui doit être prise dans sa signification simple, juste et littérale, symbolique ou figurée suivant que l’indique le contexte de chaque passage.

Nous avons donc ici la description des mesures des parvis du temple et de leurs dépendances, avec une suite au ch. 42 qui peut être considérée comme terminant la première partie de la description et qui est importante en ce qu’elle détruit la notion qu’il y avait eu – qu’il pouvait y avoir – une ressemblance réelle entre la vision prophétique d’Ézéchiel et un temple réalisé auparavant. Le mur en dehors de la maison (v. 5) n’est pas mesuré avant que nous arrivions à la fin du ch. 42, où il est dit qu’il a 500 cannes de chaque côté, ce qui, donné avec l’exactitude la plus expresse, ne peut être considéré comme une hyperbole sans ébranler le caractère du prophète et de toute l’Écriture ; c’est-à-dire que l’enceinte est considérablement plus grande que la cité toute entière. Comment cela peut-il se faire, nous le verrons peut-être quand nous en viendrons à ce passage.

Il suffit ici de remarquer que le temple décrit par Ézéchiel doit être vu dans l’avenir, comme tout ce qui l’entoure. On peut bien concevoir un tabernacle déjà réalisé comme type des choses actuelles célestes en Christ ; mais ici c’est une prophétie de ce qui trouvera son accomplissement pour Israël dans son pays, lorsque l’Église aura été transmuée à la venue de Christ et régnera avec Lui sur la terre. Il n’y a point de place ici pour une application allégorique ; nous avons vu déjà que la théorie juive est une impossibilité, et nous pouvons repousser le vague idéal comme une véritable infidélité. Quant aux prophètes, les disciples aujourd’hui comme ceux de jadis, sont lents de cœur à les croire.

L’application de cette description à l’avenir est, non seulement la seule raisonnable, mais véritablement la seule possible. En même temps, tout en maintenant que l’évidence est en faveur du temple futur sous le Messie, dans la nouvelle alliance, nous admettons qu’il peut y avoir maintes leçons de vérité et de justice cachées dans le bâtiment et dans les cérémonies et l’ordre général décrits ici, sans accepter cependant les fantaisies de certains, et la confusion de tous les temples de l’Écriture, ceux de Salomon, de Zorobabel, d’Hérode et d’Ézéchiel. Mais en présence de ces interprétations erronées, nous devons veiller avec vigilance de peur que nous ne pervertissions la sainte Parole de Dieu.

Il y a peu de remarques à faire sur les détails de notre chapitre. Dès la première partie (v. 6 à 16) la porte orientale est mesurée, le seuil et les piliers, le portique au dedans et au dehors, les chambres des deux côtés, la largeur de l’entrée, la longueur de la porte et des piliers, la canne mesurant 6 coudées.

Dans la seconde partie (v. 17 à 23), où nous avons le parvis extérieur, il mesure la porte qui regarde vers le Nord, ses chambres, ses piliers, ses portiques, ses degrés, ainsi que la distance entre la porte du parvis intérieur et celles qui lui faisaient vis-à-vis du côté de l’Orient et du Nord.

Dans la troisième (v. 24 à 27) nous avons la mesure de la porte du Midi du parvis intérieur. Cette porte est mesurée (v. 28 à 31) de la même manière, ainsi que celle de l’Orient et du Nord (v. 35 à 38). Puis vient la description (dans les v. 38 à 43) des chambres et des entrées auprès des piliers des portes, et des huit tables de pierres de taille sur lesquelles on égorgeait l’holocauste, quatre de chaque côté, et (v. 44 à 47) les cellules en dehors de la porte pour les sacrificateurs qui font l’acquit de la charge concernant l’autel (le parvis lui-même ayant cent coudées de côté, avec l’autel devant la maison). Le chapitre se termine avec la mesure du portique de la maison (v. 48 et 49).

On remarquera que ce sont les fils de Tsadok qui font le service de la maison. Ils avaient la charge de cette sacrificature perpétuelle, qui appartenait à la descendance d’Ithamar, selon le jugement de l’Éternel annoncé à Éli, après qu’Abiathar eut pris part à la rébellion d’Absalon. Nous trouverons la même restriction tout du long de la vision (voyez ch. 43. 19 ; 44. 15 ; 48. 11).

Ch. 41

Il est frappant de voir que notre prophète ne mentionne ni l’or ni l’argent dans sa description du temple. Tous les deux cependant occupaient une place importante dans le tabernacle de jadis, et l’emploi de l’or est caractéristique dans le bâtiment de Salomon. Pourquoi ?

L’or semble être toujours dans l’Écriture le symbole de la justice divine, non pas dans le sens de jugement exercé sur la terre pour la vengeance de Dieu (cela est plutôt représenté par l’airain), mais symbole de ce dont nous nous approchons dans les lieux célestes. De là la différence entre l’autel des holocaustes et celui de l’encens – mais la pleine signification de l’or se trouve dans l’arche avec son propitiatoire d’or pur.

Quant à l’argent, nous le trouvons dans certaines parties du tabernacle, comme les bases du lieu saint, les crochets des piliers et les baguettes d’attache. Il est le type de la grâce, étant la monnaie de la rançon d’Israël. Nous voyons donc que l’argent, aussi bien que l’or, conviennent à ce qui représente le tabernacle pour le peuple traversant le désert, que l’or seul (et non pas l’argent) caractérise la cité céleste du ch. 12 de l’Apocalypse, tandis que aucun des deux métaux n’est mentionné par le prophète dans sa description du sanctuaire millénaire. On ne peut pas douter pourtant de la présence de l’or dans ce temple, mais cette omission est d’autant plus frappante.

Il y a peu à dire sur ce chapitre dans le but que nous poursuivons. Le prophète est amené du parvis en vue du temple lui-même puis à l’intérieur, et en note toutes les mesures. On remarquera que les symboles employés ici expriment la puissance judiciaire (les chérubins) et la victoire (les palmiers) qui sont particulièrement appropriés au temps millénaire.

Au v. 22 nous lisons que l’autel de bois était haut de 3 coudées, et que « c’est ici la table qui est devant l’Éternel. Cette identification de l’autel avec le nom de la table des pains de proposition est remarquable ; le lecteur peut comparer à ce sujet Malachie 1. 7 et 12. Puis les v. 23 à 26 nous montrent les portes par lesquelles on accédait au temple et au lieu saint, un accès jusqu’à Dieu, totalement différent de ce que nous connaissons, nous qui estimons le sacrifice de Christ d’après sa valeur dans les cieux, et y entrons à travers le voile déchiré. Pour Israël, bien que certainement racheté, la barrière sera à nouveau dressée.

Ch. 42

La mesure de la maison ou du sanctuaire étant terminée, le prophète visite les cellules ou chambres pour les sacrificateurs ; il y a pour ceux-ci des règles expresses : c’est là qu’ils doivent manger, c’est là qu’ils doivent déposer les choses très saintes, c’est là qu’ils doivent ôter et remettre leurs vêtements.

Le paragraphe final présente une petite difficulté, certains lisant cinq coudées, là où nous avons « cinq cents cannes ». Sans doute cet espace serait beaucoup plus grand que le mont Morija d’aujourd’hui, mais le croyant, qui peut d’après la prophétie s’attendre à d’importants changements physiques, ne s’y arrête pas.

Ch. 43

Une scène incomparablement plus élevée s’ouvre maintenant devant le prophète. La gloire de l’Éternel se déploie et revient habiter au milieu de son peuple. C’est le signe du retour de Dieu à Israël, qu’Il avait quitté depuis la transportation des Juifs à Babylone.

Mais le retour du peuple de Babylone, pas plus d’ailleurs que la mission du Messie, ne satisfont la prophétie. Jérusalem est foulée aux pieds des nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. Le Fils de l’homme, à son apparition, rassemblera Israël et jugera toutes les nations. L’Éternel gouvernera alors la terre, avec Jérusalem comme centre terrestre – le retour de la gloire en est le symbole.

À son départ, les Juifs ont cessé d’être reconnus comme le peuple de l’Éternel mais lorsque, sous le Messie et la nouvelle alliance, ils sont ramenés, la gloire revient. Il n’y a pas de plus grande erreur que de penser que cette vision s’applique à la première venue de Christ en humiliation, quand les Juifs l’ont rejeté et crucifié. La prophétie exige que nous croyions que la gloire reviendra effectivement. Cela n’a pas eu lieu quand les Juifs revinrent en Judée par l’effet de la proclamation de Cyrus, et pas davantage lorsque le Seigneur Jésus était ici ; cela aura lieu quand II viendra pour régner. Le gouvernement de Dieu sera alors établi et fleurira aussi longtemps que durera la terre, car il reposera sur Christ, et non sur le premier homme sous la loi, mais avec la grâce comme fondement, « la gloire habitera le pays » et cela pour toujours. Ce n’est qu’alors et pas avant, que la création se réjouira. En attendant elle soupire, mais avec espérance, car elle sera délivrée ; et Christ est le seul libérateur, à sa venue en puissance et en gloire. L’Esprit travaille actuellement en témoignage.

Dieu avait une habitation au milieu d’Israël de jadis, après avoir opéré la rédemption pour lui et l’avoir fait sortir du pays d’Égypte.

Aussitôt après, dès qu’ils sont délivrés de la maison de servitude, ils se mettent à chanter ses louanges : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté, tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté. Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi » (Ex. 15. 1 à 17). Mais il y avait là plus que de l’anticipation, car il ajoute, ch. 24. 45 et 46 « Et j’habiterai au milieu des fils d’Israël, et je serai Dieu, et ils sauront que moi, l’Éternel, je suis leur Dieu qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux ».

Le temple était en substance le même, seulement il était approprié à l’établissement d’Israël dans le pays, et n’était plus le tabernacle qui errait çà et là dans le désert avec les Israélites. Dans les deux cas, de même qu’il n’y avait là qu’une rédemption extérieure, son habitation était pour ainsi dire extérieure aussi, et était liée à leur fidélité comme témoins du seul vrai Dieu et à leur responsabilité sous la loi. Le résultat a été la ruine, comme c’est toujours le cas pour le premier homme.

Ensuite, au temps marqué, vint le Seigneur Jésus, le Fils de l’Homme, le vrai temple de Dieu, Lui, le Saint de Dieu. Hélas ! il fut rejeté, et toutes les espérances d’Israël et de l’homme dans la chair furent ensevelies dans son tombeau. Mais la grâce de Dieu opéra la rédemption par Lui, crucifié, et une nouvelle habitation pour Dieu fut formée en ceux qui confessent son nom, Juifs ou Gentils, « édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu par l’Esprit ». C’est l’assemblée, et elle continue, quelle que soit la ruine de ce temple saint.

Mais ce dont parle Ézéchiel n’est aucune de ces choses, mais l’habitation que l’Éternel fera pour Lui-même « dans le pays des fils d’Israël pour toujours ». C’est ce que nous trouvons fréquemment dans les derniers psaumes, particulièrement dans le Psaume 132. C’est encore une chose non accomplie.

Pourquoi pense-t-on que c’est chose incroyable que Dieu puisse ainsi habiter au milieu d’Israël ici-bas ? Nous ne doutons pas qu’il forme maintenant un corps en vue du ciel, en vue de la rédemption en Christ. Mais la grâce sera à l’œuvre en puissance pour Israël et les nations, comme elle l’est aujourd’hui pour l’Église, afin que tout l’univers puisse connaître les vertus du sang de Christ et reconnaisse la gloire de Dieu dans la bénédiction de la création autrefois asservie à la corruption, mais délivrée alors de son long esclavage. Le mal moral et la corruption religieuse disparaîtront. Tout sera à la gloire de Celui qui seul est digne. Le peuple qui pendant si longtemps avait apporté le trouble sur la terre, sera honteux de sa souillure et de sa rébellion contre l’Éternel et sera dans ce jour-là le témoin de sa grâce bien plus encore qu’il ne l’a été de sa colère.

Le prophète reçoit donc l’ordre de placer devant Israël le temple dans toutes ses mesures, afin qu’il puisse voir de quoi l’avait privé son iniquité. La vision agira profondément sur eux dans l’avenir (v. 10 à 12). La sainteté doit régner en ce jour-là bien plus encore qu’autrefois (comp. Zach. 14). Nous voyons ensuite les mesures de l’autel, puis les ordonnances relatives aux holocaustes et l’aspersion du sang.

Nous avons déjà dit qu’il est vain d’appliquer cette description au retour du peuple de Babylone. Mais la suite le montrera encore davantage. Le présent chapitre le prouve déjà : il n’y a pas eu de retour de la gloire.

Les Juifs gémissaient alors sous le joug des nations. Encore moins cela peut-il s’appliquer dans la suite, après la destruction de la ville par les Romains. L’accomplissement est à venir. Israël retournera dans son pays, sera converti et béni sous l’Éternel et sous Dieu, mais, en tant qu’Israël et non en tant que chrétiens. Les chrétiens juifs ou gentils appartiennent à Christ dans le ciel, il n’y a aucune différence, et c’est pourquoi un des traits caractéristiques du christianisme, c’est que de telles distinctions disparaissent tant que Christ est la Tête dans le ciel, et que son corps est en formation sur la terre par le Saint-Esprit envoyé d’en-haut.

Lorsque les visions d’Ézéchiel seront accomplies, ce sera le règne de l’Éternel-Jésus sur la terre, et la distinction d’Israël d’avec les nations sera rétablie pour la bénédiction sous la nouvelle alliance, non pas pour la malédiction sous la Loi comme autrefois. Ceux qui appliquent cette prophétie, en même temps que l’épître aux Hébreux, aux chrétiens, détruisent la force de l’une et de l’autre. Le résultat en est qu’on est à moitié juif et à moitié chrétien. Tel est l’aspect de la chrétienté pour le déshonneur du Seigneur, la détresse de nos âmes et l’affaiblissement de la Parole de Dieu.

Nous devons donner à chaque Écriture sa propre valeur et, tout en restant attachés comme chrétiens à la doctrine de l’épître en ce qui nous concerne nous-mêmes, nous pouvons nous réjouir des brillantes anticipations du prophète pour Israël. Le peuple céleste se repose sur un seul sacrifice et pénètre dans le saint des saints, où Christ est à la droite de Dieu. Mais le peuple terrestre aura un sanctuaire et un pays qui lui conviennent, et tel sera l’ordre de son culte.

Les v. 18 à 27 nous donnent les ordonnances de l’autel après que nous en avons vu les mesures. Il y est question de sacrificateurs ; ils sont désignés également comme étant des Lévites et de plus comme étant de la semence de Tsadok, et le service de l’autel leur est confié. Tous les sacrifices se suivent dans leur ordre : sacrifice pour le péché, holocaustes, sacrifice de prospérité. C’est le renouvellement du sacrifice lorsque la terre et Israël sont soumis au règne du Messie manifesté en gloire, et gouvernant en justice et en paix.

C’est l’apostasie du ritualisme de chercher à introduire maintenant le système des sacrifices, alors que nous sommes appelés à nous en tenir dans la foi au seul sacrifice de Christ accepté dans le ciel. Mais nous ne devons pas fermer les yeux à la révélation de ce jour à venir pour la terre, où Dieu sanctionnera pour Israël sacrificateur et peuple, sacrifice et autel. Si nous sommes incapables d’expliquer toutes les différences, nous sommes en tous cas obligés de nous soumettre aux Écritures, qui sont absolument simples dans leur signification, tant pour nous aujourd’hui que pour Israël plus tard. Nous soumettre en toute simplicité à Christ et à sa parole est le secret de toute intelligence, qui a son prix aux yeux de Dieu.

Ch. 44

Le prophète est ramené à la porte qui regarde l’Orient. Cette fois elle est fermée. Auparavant quand il l’avait vue, la gloire de l’Éternel venait par ce même chemin dans la maison et la remplissait (v. 1 à 3). L’entrée de l’Éternel, le Dieu d’Israël, suffisait pour fermer cette porte à tous, excepté à son représentant. Car il aura un représentant sur la terre – le prince – et ce prince s’y assiéra pour manger le pain devant l’Éternel. Il aura l’honneur d’entrer et de sortir par le portique de cette porte.

Aucun souverain sacrificateur n’a jamais pu réclamer ce droit. En fait, ce n’est pas un sacrificateur, mais le prince, le chef terrestre d’Israël. Nous apprendrons davantage à son sujet dans les ch. 45 et 46. Il suffit de dire ici qu’il n’est certainement pas le Messie, car quoiqu’il soit entièrement distinct d’un sacrificateur, il a besoin d’offrir un sacrifice pour le péché, et peut avoir des fils. Sans doute il sera un prince de la maison de David.

Et je vis, et voici, la gloire de l’Éternel remplissait la maison de l’Éternel; et je tombai sur ma face » (v. 4). C’est visiblement le royaume. Le prince sera là, de même la gloire de l’Éternel. Jusqu’à présent on n’a rien vu de semblable, sinon en type une fois dans les jours de Salomon ; il y a de plus grandes choses en réserve pour Israël. Les hommes n’ont pas compris la différence entre les ordonnances et les lois de la maison données ici, et les circonstances passées du temple (v. 5). Ils ont omis « d’appliquer leur cœur à considérer » et ont tout confondu avec ce qui a été. Le Saint-Esprit seul peut nous montrer les choses à venir selon Dieu.

D’après les v. 6 à 8, on ne suivra plus désormais les idoles. Israël en aura fini avec toutes ses abominations. Il n’y aura plus d’intrigues au sujet de la sacrificature et l’on ne rompra plus l’alliance de l’Éternel. La sainteté sera observée dorénavant dans la maison de l’Éternel pour toujours. Ici il leur rappelle leurs péchés. Les Lévites qui se sont détournés sentiront leur honte dans les jours du royaume. Ils sont dégradés de leur office – au moins dans la partie la plus élevée – et ne sont autorisés à faire qu’un service secondaire pour le sanctuaire. Triste contraste avec les jours de Moïse !

Mais ce sont les jours du royaume et la justice règne. La réputation de jadis ne suffit pas. Si leurs fils ont marché infidèlement avant l’apparition de l’Éternel en gloire, ils doivent en porter les conséquences. L’Éternel sera exalté en ce jour-là, et ceux qui se sont humiliés, Il les exaltera.

S’il fallait des preuves pour connaître la juste application de la vision finale (ch. 40 à 48) on ne pourrait en trouver de plus simples et de plus décisives qu’aux derniers versets de ce chapitre. Ce n’est nullement un ministère pour prêcher les bonnes nouvelles de Dieu en grâce pour établir les enfants de Dieu dans sa vérité ou dans leurs privilèges. Le temps de l’Église aura passé avant que cette prophétie commence à se réaliser, aussi sûrement qu’il a commencé longtemps après que cette prophétie a été écrite.

C’est en vain que l’on avance que, dans le christianisme, il y a des sacrificateurs, cela ne désigne pas une classe de fonctionnaires chrétiens qui représentent leurs frères et jouissent d’une plus grande proximité de Dieu que les autres. C’est la sacrificature mystique de ceux qui croient en Christ. Ils ont tous la liberté de s’approcher de Dieu, étant les uns et les autres approchés par le sang de Jésus.

Affirmer une relation d’une plus grande proximité pour quelques-uns, c’est la nier – non seulement pour les autres mais pour tous ; d’autant plus que son essence même est que la grâce place tous ceux qui sont de Christ dans la même perfection absolue par son sang. L’efficace de son sacrifice est complète, sans changement, éternelle. L’enseignement du Nouveau Testament est que tous ceux qui croient sont sacrificateurs.

C’est le même sang précieux qui a effacé leurs péchés, qui les a approchés de Dieu. Ils sont en Christ devant Lui.

Il n’y avait aucune différence dans leur état de péché, de même il n’y en a aucune quant à leur accès à Dieu, c’est pourquoi nous avons tous libre accès dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a ouvert à travers le voile, c’est-à-dire sa chair. Nous sommes une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices perpétuels à Dieu par Jésus-Christ, une sacrificature royale pour publier les vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière.

Mais ici, c’est une partie favorisée du peuple élu qui pouvait représenter la masse, là où les autres ne pouvaient aller, et comme c’est une sacrificature terrestre, les sacrifices le sont aussi. La graisse et le sang (v. 15 et 16) selon la Loi étaient la portion de l’Éternel : cela est indiqué minutieusement en Lévitique 3 et 7 au sujet du sacrifice de prospérité. On a fait remarquer que bien que l’autel dans l’Ancien Testament soit désigné comme la table du Seigneur, elle n’est pas appelée son autel. L’autel de jadis pouvait à juste titre être appelé sa table, parce qu’on y plaçait et y consommait « le sacrifice fait par feu à l’Éternel ». Cela ne s’applique en aucune manière au Nouveau Testament où il n’est pas question de pareille offrande, mais bien de la communion de l’Assemblée dans le sanctuaire de Christ, en annonçant sa mort.

Les détails confirment les remarques que nous venons de faire. Ainsi il était enjoint aux sacrificateurs de porter des vêtements de lin, tandis que la laine leur était interdite. Leurs vêtements ordinaires étaient pour l’extérieur, mais pour leur service ils devaient porter les vêtements sacerdotaux, et les déposer dans les cellules saintes. Ils ne devaient ni raser leurs têtes, ni porter les cheveux longs, ni boire de vin quand ils entraient dans le parvis intérieur. Ils ne devaient pas épouser une veuve sauf celle d’un sacrificateur, mais une vierge de la maison d’Israël (v. 17 à 22). Tout cela est clairement une répétition de l’ordre lévitique pour les prêtres terrestres d’Israël, dans les jours du futur royaume, avec cette aggravation que les conditions du mariage ne concernant que le souverain sacrificateur, s’appliquent à tous les sacrificateurs. Mais dans leur signification littérale, ces préceptes ne concernent en rien les chrétiens, et encore moins une classe parmi les chrétiens.

Leurs devoirs, comme on le voit ensuite s’étendent aux questions du cérémonial et aux questions judiciaires (v. 23 et 24). La Loi relative à la souillure contractée pour un mort, subsiste aussi rigide qu’auparavant (v. 25 à 27). La mort sera dans ce temps-là rare et exceptionnelle, mais c’est une raison de plus pour que les sacrificateurs ne doivent en aucune manière être placés sous son pouvoir.

Ils seront satisfaits d’avoir l’Éternel pour héritage, au lieu de la part charnelle qu’avait l’Israélite.

Mais ils recevront leur portion des offrandes de l’Éternel, de tout ce qui est voué à Dieu et des prémices de tous les premiers fruits, en s’abstenant de ce qui est mort de soi-même, ou de ce qui a été déchiré (v. 28 à 31). Il n’est sûrement pas utile de démontrer que ces règlements seront entièrement en vigueur quand la gloire de l’Éternel visitera et gouvernera la terre. Ils ne peuvent être appliqués dans le ciel, ou à ceux qui participent à l’appel céleste.

Tout ramène à Christ. S’Il est connu de la foi, pendant qu’Il est dans les hauts lieux sur le trône du Père, une relation céleste se trouve formée, et « tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes ». Mais quand Il sera manifesté en gloire et prendra la terre, il y aura un changement correspondant dans la position qu’occupera son peuple. Ce dernier ne sera pas un peuple céleste, mais terrestre, le Saint Esprit ne les formera pas en un seul corps avec une tête céleste, mais il les placera, en tant qu’Israël et nations, dans leurs positions respectives et distinctes ; la vieille inimitié et la jalousie auront disparu sous le règne de Celui que tous reconnaissent comme l’Éternel, roi sur toute la terre. De là vient aussi que les distinctions terrestres des sacrificateurs et lévites, avec les autres traits distinctifs d’un culte terrestre, sont établies suivant la volonté de Dieu, au lieu de la proximité céleste des chrétiens d’aujourd’hui.

Ch. 45

Ce chapitre nous donne un trait caractéristique de l’âge nouveau, l’offrande élevée mise à part pour l’Éternel (v. 1 à 5). L’Éternel réclame son droit comme possession reconnue du pays, mais Dieu assigne cette offrande au sanctuaire de son peuple et à ceux qui y rendent culte, sacrificateurs ou lévites. C’est quelque chose de tout nouveau pour le millénium, dans le passé rien de semblable n’a été connu.

D’après les v. 6 à 8, Israël a sa part dans la possession de la ville, le prince la sienne, et les tribus la leur dans le pays en général. L’Éternel lie le système tout entier de son peuple, civil et religieux, à son nom. Désormais l’oppression sera aussi inconnue que la corruption dans le culte. Mais cela n’en est pas moins clairement la terre et un peuple terrestre. Les choses célestes n’ont pas de place là.

Cela nous amène à une exhortation morale, adressée à ceux de la maison du prince (v. 9 à 12). Dieu daigne régler toutes choses pour son peuple sur la terre, rien ne reste en dehors de sa connaissance. Ensuite les redevances religieuses sont décrites avec précision (v. 13 à 17). Les positions relatives du prince et du peuple sont ainsi définies, il n’y a aucune confusion, mais leurs intérêts sont communs et ne pourraient être séparés.

Nous en arrivons aux temps et aux saisons tels qu’ils devaient être observés par Israël. Et nous remarquons tout de suite un ordre nouveau pour la purification du sanctuaire (v. 18 à 20). Ce n’est plus maintenant un témoignage au commencement de leurs mois, ni une expiation au septième mois. L’année s’ouvre à son premier jour avec une offrande qui nous présente Christ dans son dévouement sans tache, souffrant pour le péché, cela est répété le septième jour pour celui qui pèche par erreur et pour le simple, afin qu’aucun de ceux-là ne soit privé de la jouissance de Dieu et de ses privilèges.

Mais il y a les fêtes aussi bien que la propitiation pour la maison. Dieu remet en vigueur la Pâque. C’est la grande institution qui ne change pas, pour son peuple, commencée en Égypte, observée dans le désert, célébrée dans le pays, et après un long temps d’indifférence de nouveau par Ézéchias, puis par Josias et maintenant nous voyons que dans le royaume, Israël devra célébrer la fête de sept jours avec des pains sans levain (v. 21 à 24).

Il n’y a pas ici des milliers de bœufs et de brebis offerts volontairement d’un cœur libre, mais le prince et tout le peuple, le 14ème jour du premier mois, sont identifiés comme ils ne l’ont jamais été auparavant dans un seul taureau pour le sacrifice pour le péché, tandis qu’en chacun des sept jours le prince doit offrir un holocauste complet, avec son signe de parfaite consécration à l’Éternel, et son sacrifice journalier pour le péché, et non sans le sacrifice sanglant approprié.

Chose frappante, la fête des semaines n’apparaît nulle part. Il y a des personnes qui conçoivent le millénium comme le temps particulier du don de l’Esprit, et qui pourraient naturellement s’attendre à ce que cette fête des semaines fût la plus importante de toutes. Mais elle est entièrement omise et cela est solennellement instructif.

Le don de l’Esprit a été et est la caractéristique de ce jour de grâce où nous devons marcher par la foi et la patience, plutôt que du jour où le royaume vient en puissance. Cela ne veut pas dire que le Saint Esprit ne sera pas répandu sur toute chair, car les prophètes le disent explicitement. Mais Il est descendu maintenant, non seulement en puissance et en bénédiction, mais baptisant tous ceux qui croient, Juifs et Gentils, en un seul corps, le corps de Christ, tête glorifiée de l’assemblée dans les lieux célestes.

Il n’en sera pas ainsi dans ce jour futur. Israël et les nations seront bénis et se réjouiront ensemble; mais une union comme celle du « seul corps » n’est pas annoncée. Ils seront chacun sur son propre terrain, formant des cercles distincts quoique bénis, autour de leur Seigneur et Dieu, dont le trône terrestre sera à Jérusalem en ce jour-là. Il me semble donc qu’il est très naturel que la Pentecôte ne se trouve pas dans ce temps de bénédiction pour la terre, car elle a trouvé son accomplissement le plus élevé et le plus riche dans l’Assemblée de Dieu unie à Christ dans les lieux célestes.

Mais la fête des tabernacles se retrouvera sûrement. Elle est prescrite à nouveau ici et au temps habituel (v. 25). Le sens de l’œuvre de Christ est pleinement maintenu, comme dans la Pâque, mais la fête qui aura la signification la plus complète alors est clairement le grand rassemblement qui se réjouira devant l’Éternel après la moisson et après la vendange (cf. Apoc. 14) lorsqu’ils regarderont en arrière vers les jours de leur pèlerinage passé pour toujours. C’est la bénédiction d’Israël lorsque la gloire resplendit sur Sion.

Ch. 46

Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le culte public du millénaire dans le sanctuaire, pour le prince, le peuple et les sacrificateurs une place toute particulière étant faite aux sabbats et aux nouvelles lunes.

La porte du parvis intérieur qui regarde vers l’Orient devait toujours être fermée, sauf le jour du sabbat et le jour de la nouvelle lune. La raison pour laquelle ces deux jours ont une place si importante est évidente. Ceux qui sont de Dieu n’ont plus désormais à entrer dans le repos, car ils y sont arrivés. Le jour est venu, le peuple de Dieu n’a plus besoin de garder le sabbat. La gloire habite le pays, et les fils d’Israël sont rassemblés de partout, de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud. Dans le désert ils avaient suivi un chemin solitaire, sans trouver de cité où habiter – tout cela est passé et pour toujours ; ils ont été conduits par le bon chemin et sont arrivés à une ville d’habitation, à sa ville, car c’est là le vrai nom dont elle peut se parer ; comme nous allons le voir, l’Éternel est là.

« En ce jour-là, il sera dit à Jérusalem : ne crains pas Sion, que tes mains ne soient pas lâches ! l’Éternel ton Dieu, au milieu de toi, est puissant, il sauvera, il se réjouira avec joie à ton sujet, il se reposera dans son amour, il s’égaiera en toi avec chant de triomphe » (Soph. 3. 16). C’est pourquoi le sabbat a tout naturellement beaucoup d’importance, et le jour de la nouvelle lune aussi. Israël, qui pendant si longtemps avait décru pour finalement disparaître, renouvelle maintenant sa lumière, pour ne plus jamais la perdre. La nouvelle lune représente donc très justement Israël restauré à ce moment et toujours.

Il était convenable que le prince et le peuple adorent, comme nous le voyons aux v. 2 et 3, devant l’Éternel. Mais même le prince n’entre pas, il se tient près des poteaux de la porte, il rend son culte sur le seuil. Il ne peut pas s’approcher comme nous le faisons maintenant en Esprit au travers du voile déchiré, car le peuple a sa bénédiction sur la terre et non dans les lieux célestes.

L’ordre des sacrifices dans les circonstances ordinaires est exposé aux v. 4 à 8. Il y a pourtant une différence dans les solennités (v. 9 à 11) ; le prince entre et sort au milieu du peuple, tandis que (v. 12), quand il offre un sacrifice volontaire, la porte de l’orient lui est ouverte et est refermée ensuite.

Il est aussi remarquable de constater que si l’holocauste journalier consistait en un agneau offert chaque matin, comme sous l’ancienne alliance, il n’est plus question d’un agneau offert le soir (v. 13 à 15). La raison en est que c’est le temps où le soleil d’Israël ne se couchera plus. L’agneau du soir avait sa raison d’être jadis. Mais maintenant qu’ils sont dans la lumière de son jour, l’agneau du soir disparaît, tandis que celui du matin continue d’être offert en holocauste continuel.

Nous voyons ensuite quel soin est pris pour que le prince ne puisse dépasser ses justes limites, dans le cas d’un don fait à un de ses serviteurs, de manière à garder intacts les droits de ses fils, aussi bien que ceux de chaque Israélite (v. 16 à 18). Le jugement en ce jour sera toute justice. Le jubilé est ainsi observé dans toute sa force. Les derniers versets de ce chapitre montrent qu’il n’est pas question seulement d’holocaustes, mais aussi de sacrifices pour le péché et pour le délit : l’état d’Israël sur la terre est exigé encore. Nous avons ici Israël béni sur la terre pendant le royaume, Satan lié, le péché réprimé, mais pas encore extirpé, et dans certains cas, la grâce agissant envers lui, là où il n’exige pas l’anathème ou l’excommunication.

Ch. 47

Voici maintenant ure particularité très caractéristique de cet âge futur, en rapport avec le sanctuaire de l’Éternel : des eaux en sortent avec un pouvoir salutaire et un volume croissant.

Joël avait déjà prédit : « une source sortira de la maison de l’Éternel et arrosera la vallée de Sittim (Joël 3. 18). Cette prophétie fait prévoir une véritable exubérance de bénédictions terrestres comme un gage de la faveur de Dieu et de son bon plaisir dans sa créature. La vallée de Sittim (des acacias) confirme cela, car la question n’est pas de savoir si les eaux pourraient couler vers ce lieu situé de l’autre côté du Jourdain, à une douzaine de kilomètres de la Mer Morte. Ce jour-là n’est pas sujet aux conditions de la nature, telles qu’elles existent aujourd’hui. La nature s’est soumise au Créateur lorsqu’Il est venu ici comme un Homme pour mourir et ressusciter, elle se soumettra encore quand Il viendra exécuter le jugement sur les vivants, lors de son retour dans son royaume. C’est précisément parce qu’elle offre un exemple spécial de sécheresse que Dieu choisit cette vallée et déclare qu’elle sera arrosée ; c’est parce que la mer d’Orient est proverbialement une mer morte qu’elle abondera en vie. La bénédiction se répandra jusqu’aux bouts de la terre depuis la maison de l’Éternel.

Bien plus tard, Zacharie déclare que la moitié des eaux s’écoulera vers la Méditerranée et l’autre vers la Mer Morte, ajoutant ainsi à ce que Joël avait annoncé ; cela aura lieu été comme hiver, car la source de ces eaux est bien au-dessus des ressources de la création.

Ézéchiel, entre ces deux prophètes, va nous parler en détail de ces eaux et de leurs effets, qui nous révèlent une énergie entièrement différente de celle de l’homme ou de la nature. Cette vision, dans son ensemble comme dans ses détails, appartient au futur et suppose le royaume rétabli sur Israël restauré et installé pour toujours dans son pays.

Le fait remarquable que nous racontent les v. 1 à 5 de notre chapitre est l’augmentation du volume des eaux, sans qu’il soit fait la moindre allusion à l’apport d’affluents comme cela existe toujours dans la nature. On reste émerveillé de cette manifestation de la puissante grâce de Dieu, tout jaillit de sa maison, et les eaux, au lieu de diminuer à mesure qu’elles s’éloignent de leur source, deviennent rapidement plus profondes, montant jusqu’aux chevilles, puis aux genoux, puis aux reins, et enfin jusqu’à ce qu’elles forment une rivière dans laquelle il faut nager et qu’on ne peut traverser.

Les effets de cette abondance apparaissent immédiatement (v. 6 à 12) sur les deux rives des arbres en quantité et dans ces eaux, où la mort a régné si longtemps, des poissons en si grand nombre que les pêcheurs peuvent étendre leurs filets d’un bout à l’autre de ce qui a été la mer de bitume ! Cependant nous sommes encore dans le temps qui n’est pas la perfection ni dans les conditions de l’éternité, car la mer existe toujours (Apoc. 21), ses marais et ses étangs ne sont pas assainis, quelle que puisse être en eux, sur leurs bords, la force de la vie végétale et animale. Comme est belle cette bonté de Dieu au v. 12, qui pourvoit à la nourriture et à la guérison ! Tout cela est une scène terrestre.

Le reste du chapitre nous décrit la place qu’occupera Israël dans le pays. Les conseils de Dieu demeurent. Joseph, quelque sombre qu’ait été l’histoire de ses fils, doit avoir sa portion ; la chair a manqué, Ruben a perdu son droit d’aînesse, mais le don de grâce subsiste (v. 13 à 21). Peut-on supposer que la place manquera pour Israël rassemblé de toute la terre ? Non, car la terre produira d’autant plus, l’abondance de la mer et les richesses des nations viendront à Sion sans mesure. La nation et le royaume qui refuseraient de servir Jérusalem doivent périr. Des rois seront ses nourriciers, des princesses ses nourrices.

On pourrait craindre qu’un si petit espace ne suffise pas aux tribus d’Israël et aux étrangers qui séjournent au milieu d’elles et y ont engendré des enfants (v. 22 et 23). Il n’en est rien, et l’on voit aussi que cette largeur de cœur et cette libéralité sont des choses absolument nouvelles pour ce peuple.

De tous côtés il est évident que ce que nous lisons n’appartient pas au passé, mais au brillant avenir que Dieu a réservé à Israël dans son pays, où l’étranger sera le bienvenu pour un héritage dans n’importe quelle tribu. Il en sera ainsi pour le Juif dans ce temps-là, heureux contraste avec tout ce qui a été auparavant ! Il l’apprendra de Dieu lorsqu’il sera soumis à Jésus et que lui-même, béni comme il le sera, deviendra une bénédiction pour d’autres. Bonne mesure, pressée et secouée et qui débordera, telle est celle qu’Il donnera pour la gloire de sa grâce qui demeure à toujours.

Ch. 48

La distribution des tribus dans le pays, depuis Josué jusqu’à la ruine de la royauté, diffère en tous points de celle de la prophétie que nous lisons dans ce chapitre, et depuis ce temps-là rien de semblable n’a eu lieu.

Dan est à l’extrême Nord, et non Nephtali comme autrefois. Ensuite vient Aser et après lui seulement Nephtali. Manassé, qui était jadis divisé par le Jourdain, est comme les autres avec Éphraïm au Sud, puis vient Ruben dont la possession était autrefois à l’Est du Jourdain. Juda vient après, immédiatement avant la sainte offrande. Au Sud de cette dernière se trouve la portion de Benjamin, ce qui renverse exactement l’ordre ancien dans lequel ce dernier était au Nord de Juda. Puis viennent Siméon et Issacar, lequel était auparavant au Nord de la Samarie et au Sud-Ouest de la mer de Galilée. Enfin Zabulon, jadis au nord d’Issacar, et Gad qui se trouve à l’extrême Sud.

On remarquera que, de même qu’aux jours de Josué, le pays devait être divisé par le sort, il en sera de même au jour où un plus grand que Josué prendra le royaume. L’offrande est une caractéristique entièrement nouvelle de cette redistribution d’Israël, quand viendra Celui qui a droit à la couronne, et dont la première pensée est pour le sanctuaire de l’Éternel. Prince, sacrificateurs, Lévites, tous seront là ; chacun à sa place en relation avec la ville et le sanctuaire. Car il n’est pas question ici de ciel ou de cité céleste, nouvelle Jérusalem qui descend du ciel et d’auprès de Dieu, mais de la terre et du pays.

Le temple est mentionné ici, alors qu’il est passé sous silence emphatiquement dans le ch. 21 de l’Apocalypse. Ainsi il ne peut et il ne pourrait y avoir ni sacrificateurs, ni Lévites, ni fêtes, ni sacrifices dans la cité céleste de l’Apocalypse, pas davantage que dans la chrétienté actuelle.

Dans Ézéchiel il y a des traits essentiels et indélébiles, qui ne sont intelligibles que pour ceux qui, croyant les prophètes, attendent le siècle à venir avant l’éternité, et l’accomplissement de la prophétie relative à la bénédiction d’Israël et des Gentils sous le règne du Seigneur Jésus, quand Il sera venu avec tous ses saints en gloire. Bienheureux sont ceux qui confessant la joie et le repos futurs d’Israël sur la terre, convertis à la grâce et à la fidélité de Dieu, sont d’autant plus libres pour attendre le Fils de Dieu du ciel, Celui qui nous délivre de la colère qui vient. Voir distinctement la position du peuple terrestre, d’abord sous l’ancienne responsabilité légale, ensuite sous le Messie et la nouvelle alliance, aide beaucoup ceux qui, par grâce croient malgré les efforts de Satan.

Nous arrivons à la fin de cette prophétie et le dernier verset nous montre la présence de l’Éternel dans la cité qu’Il a choisie. Israël pourra se glorifier de cela, plus que de tous ses privilèges, et à juste titre, car c’est le complément et le couronnement de tout.

Quelle merveilleuse fin de leurs longs pèlerinages et de leurs nombreuses peines ! Comme cela est digne de la grâce salutaire, qui lavera la culpabilité, quand ils se tourneront vers Lui avec foi, discernant et reconnaissant enfin leur folie dans la lumière de son amour, Lui qui n’a jamais changé, mais qui est mort pour eux tant de siècles avant qu’ils ne tombent devant sa face avec honte et contrition.

D’après W. Kelly

TRADUCTION DE FEUILLETS (66)

« Dieu est un, et le médiateur entre Dieu et les hommes est un, l’homme Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous ». 1 Timothée 2. 5 et 6.

LE PONT D’AVIGNON

Presque aucun pont n’est aussi célèbre que le pont Saint-Bénézet à Avignon, en France. Construit en 1355, il enjambait les deux bras du Rhône en 22 arches. Avec ses 900 mètres au total, c’était à l’époque le pont le plus long d’Europe. Mais il dut être abandonné dès 1660. Il reste 4 arches – les autres ont été détruites par la guerre et les inondations (et peut-être par des calculs incorrects). Il est aujourd’hui considéré comme le symbole de la ville d’Avignon et est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais en tant que pont, transition ou connexion, il a manqué son objectif.

Les ponts doivent relier entre eux et être sûrs – tout comme Dieu a construit un pont vers les hommes. Pour eux, Il a envoyé Son Fils Jésus-Christ, qui a payé la « rançon pour tous » sur la croix. Maintenant, tous pourraient être sauvés – s’ils le voulaient… s’ils se réclamaient du prix qui a été payé pour eux… s’ils acceptaient l’œuvre de salut du Calvaire.

Mais beaucoup préfèrent construire leur propre pont, tracer leur propre chemin vers Dieu, et se rendent compte trop tard qu’ils n’y parviendront jamais, qu’ils n’atteindront jamais le but. Seul le chemin que Dieu Lui-même a préparé mène au but. C’est pourquoi Jésus-Christ a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père si ce n’est par moi » (Jean 14. 6).

Le pont vers Dieu est là : s’Il vous y porte, vous atteindrez le but, et il a de la place pour tout le monde. Il vous suffit de l’accepter – chacun personnellement.

D’après Die gute Saat mai 2024

« Écoutez l’instruction, et soyez sages, et ne la rejetez point…. Celui qui m’a trouvée (la sagesse), a trouvé la vie ». Proverbes 8. 33 et 35.

ÊTRE RELIGIEUX NE SUFFIT PAS

Peut-être que vous croyez qu’il y a un Dieu au ciel. Peut-être appartenez-vous même à une église ou à une communauté. Mais sans Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur, ce que vous croyez et faites ne sert à rien.

J’ai été religieux pendant de nombreuses années, mais malheureux. Mais maintenant, je connais Jésus comme mon Sauveur, et parce que je l’ai, je suis vraiment heureux. Peu de temps après ma conversion, une amie est venue, que je n’avais pas vue depuis longtemps. Lorsqu’elle m’a vu, elle s’est exclamée : « Quelque chose a enlevé dix ans de ton visage depuis la dernière fois que je t’ai vu ! » « Oui, » ai-je dit, « mais les dix ans sur mon visage ne sont rien, comparés au fardeau que le Seigneur Jésus a retiré de mon cœur ».

L’année dernière, une femme est apparue au rayon des livres et m’a accueilli avec ces mots : « Depuis qu’on m’a donné un calendrier chrétien ici l’année dernière, quelque chose s’est produit : je me suis convertie » – et cela se voyait sur son visage.

Puis-je vous demander ? Y a-t-il des péchés non pardonnés qui pèsent sur vous ?

Et connaissez-vous Celui qui a « porté nos péchés en son corps sur le bois » – et dont il est dit que « par ses meurtrissures nous sommes guéris » (1 Pier. 2. 24 ; És. 53. 5) ?

Quels que soient votre passé et le fardeau qui pèse sur vous, et quelques soient vos efforts religieux, ce dont vous avez besoin, ce n’est pas d’une religion, mais d’un Sauveur : Jésus-Christ ! Si Jésus-Christ est votre Sauveur, vous avez Celui qui vous rendra heureux dans toutes les situations – et puis qui vous recevra au ciel.

D’après die gute Saat mai 2024

« Dieu est amour. En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous : c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui ». 1 Jean 4. 8 et 9.

L’AMOUR DE DIEU

Êtes-vous conscient que Dieu vous aime inconditionnellement ? Peut-être faites-vous partie de ces personnes qui disent : Je ne peux pas imaginer cela. Il y a tellement de choses dans ma vie que Dieu ne peut pas approuver. Alors, comment peut-Il m’aimer ? Je voudrais Lui plaire par de bonnes actions, mais puis-je ainsi annuler les mauvaises actions ? Que dois-je faire pour rendre Dieu satisfait de moi ?

La réponse, c’est que vous ne pouvez pas gagner l’amour de Dieu ! Dieu nous aime, non pas parce que nous sommes très aimables, mais parce qu’Il veut nous aimer. Il est amour ! Cependant, cela ne signifie pas qu’Il est le bon Dieu qui néglige généreusement tous les péchés. Il ne peut pas faire cela, parce qu’Il est à la fois saint et juste : « Dieu serait-il injuste quand il donne cours à la colère ? » (Rom. 3. 5).

Non, c’est parce que Dieu est amour qu’Il offre à tous la possibilité d’être libéré de tous ses péchés sans aucun effort de sa part. Si vous Lui confessez sincèrement vos péchés, vous en recevrez le pardon. Vous pouvez alors reconnaître que Jésus a déjà reçu le châtiment pour tous vos péchés.

Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui croient qu’ils méritent certainement l’amour de Dieu ? Ils sont convaincus qu’ils n’ont jamais rien fait de mal. Dans ce cas aussi, Dieu vous aime ! Et c’est pourquoi Il veut vous libérer de votre illusion. Il ne veut même pas avoir à vous punir, puisque vous êtes mort dans vos péchés, car son amour pour vous se transformerait en un jugement impitoyable.

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » (Héb. 4. 7).

D’après die gute Saat mai 2024

« Bienheureux l’homme qui ne marche pas dans le conseil des méchants, et ne se tient pas dans le chemin des pécheurs, et ne s’assied pas au siège des moqueurs ». Psaume 1. 1.

QUI EST CET HOMME ?

Au début des années 1900, un Américain se trouvait à Jérusalem et fut invité à prendre la parole lors d’un grand rassemblement de Juifs. Il choisit le Psaume 1 comme thème et le lut en hébreu. Puis il demanda : Maintenant, mes auditeurs, qui était cet homme heureux dont parle le psalmiste ? Cet homme qui n’a jamais marché dans le conseil des méchants, n’a jamais suivi le chemin des pécheurs, ni ne s’est assis avec les moqueurs. Il était absolument sans péché. Qui était-ce ?

Comme personne ne répondait, il demanda : Se pourrait-il que ce soit le patriarche Abraham, qui a reçu de Dieu tout le pays de Canaan en possession ? Un Juif âgé a répondu : Non, cela ne peut pas être Abraham, car il a menti au sujet de sa femme. L’Américain a répondu : C’est exact, ce ne peut pas être lui. Abraham était le père de tous les croyants, mais il était un pécheur justifié par la foi. Mais qui cela pourrait-il être alors ? Peut-être Moïse, à qui Dieu a donné les dix commandements, ou David, le roi et poète, auteur de nombreux psaumes ?

Non, non, s’écrièrent ses auditeurs, cela ne peut pas être Moïse, car il a tué un Égyptien et l’a enterré dans le sable. Et David non plus ne peut pas l’être, car il a commis adultère et a fait tuer le mari de cette femme.

Tout le monde resta silencieux pendant un long moment. Alors un Juif se leva et dit : « Mes frères, l’homme du Psaume 1, c’est Jésus de Nazareth. Il est le seul à remplir les conditions de ce psaume. Et puis il a raconté comment il avait lu le Nouveau Testament et avait été convaincu que Jésus de Nazareth était le Messie promis et qu’en Lui les promesses de Dieu s’étaient accomplies.

D’après die gute Saat juin 2024

« Comme vous avez reçu le Christ Jésus, le Seigneur, marchez en lui, enracinés et édifiés en lui ». Colossiens 2. 6.

LE CHRÉTIEN DOIT AVOIR DES RACINES PROFONDES

C’était un jour parfait pour s’asseoir au coin du feu. La neige et le vent tourbillonnaient dehors tandis que nous nous installions pour regarder les flammes monter des grosses bûches. Alors l’un de nous jeta un chiffon de papier sur le feu, et les flammes s’élevèrent plus hautes, mais seulement quelques instants.

Et je pensai : Comme cela ressemble au témoignage chrétien. Les croyants qui sont des grosses bûches, se dévouent fermement, prennent du temps, démarrent lentement, et sont plus remarqués par leur persévérance que pour leur étalage de traits d’esprit. Les chrétiens de papier et les mouvements de papier chrétien, d’autre part, s’allument vite, brûlent avec éclat, mais s’éteignent vite.

Il est triste que le christianisme contemporain semble plus impressionné par les feux de papier. Les concerts évangéliques attirent de plus grandes foules que les études bibliques ; les réunions de prière sont remplacées par des repas de témoignages ; les offres de littérature contiennent plus de livres concernant le dernier personnage en vue que des méditations de doctrine fondamentale.

Les raisons à cela : une spiritualité immédiate semble logique à la génération qui grandit en étant habituée au café instantané et aux fours à micro-ondes ; une génération qui parle peu d’être crucifié avec Christ ; une génération qui s’intéresse plus à s’affirmer qu’à se renier soi-même. Et plus encore, ceux qui insistent sur les grosses bûches dans le témoignage chrétien semblent avoir perdu leur éclat, et on leur préfère un feu de papier.

C’est là notre génération. Mais nous ne sommes pas obligés d’en faire notre expérience personnelle. Par la grâce nous pouvons être enracinés et fondés en Christ. Et lorsque nous comprenons que nous avons tout en Christ, nous pouvons être délivrés d’une piété superficielle comme d’une orthodoxie morte.

D’après the Lord is near décembre 1984 (G.W. Steidl)

« C’est pour cela que beaucoup sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais quand nous sommes jugés, c’est le Seigneur qui nous discipline, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde ». 1 Corinthiens 11. 30 à 32.

NON PAS S’ANALYSER, MAIS SE JUGER

Le jugement de soi sur lequel je désirerais attirer l’attention est un exercice chrétien sacré d’un caractère des plus salutaires. Il est basé sur la confiance sans nuage quant à notre salut et notre acceptation en Christ. Le chrétien est appelé à se juger lui-même, parce qu’il est – et non pas pour voir s’il est – un chrétien. Cela fait toute la différence. Si je devais m’examiner pendant mille ans, je ne me trouverais jamais autre qu’une chose sans valeur, ruinée et vile – quelque chose que Dieu a mis de côté, et que je suis appelé à estimer comme mort.

Comment pourrais-je jamais espérer trouver des preuves convaincantes par un tel examen ? Impossible ! Les preuves d’un chrétien ne se trouvent pas dans son moi ruiné, mais en Christ ressuscité ; et plus vite il en aura fini avec le premier, et sera occupé du dernier, plus il sera heureux et saint.

Le chrétien se juge lui-même, juge ses habitudes, juge ses pensées, ses paroles et ses actions, parce qu’il est un chrétien, non pas parce qu’il doute de l’être. S’il doute, il n’est pas à même de juger quoi que ce soit. C’est dans la connaissance et dans la jouissance de la stabilité éternelle de la grâce de Dieu, de l’efficacité divine du sang de Jésus, de la toute-puissance de son rôle d’avocat, de l’autorité inaltérable de la Parole, de la sécurité de la plus faible des brebis de Christ – c’est en entrant, par l’enseignement du Saint Esprit, dans ces réalités sans prix, que le vrai croyant se juge lui-même. L’idée humaine de l’examen de soi-même est fondée sur l’incrédulité. L’idée divine du jugement de soi-même est fondée sur la confiance.

D’après the Lord is near décembre 1984 (C.H.M.)

« Lui qui fait monter les vapeurs du bout de la terre, qui fait les éclairs pour la pluie, qui de ses trésors fait sortir le vent ». Psaume 135. 7.

LA BIBLE, TOUJOURS PRÉSENTE

Le responsable d’une librairie médicale renommée dit à ses assistants : Regardez tous les livres de la bibliothèque, et mettez à la cave tous ceux qui ont plus de dix ans – ils sont dépassés.

Mais la Bible n’est pas dépassée. Ses premiers mots furent écrits par Moïse il y plus de trois mille ans. C’est de loin le livre le plus vieux du monde, et cependant le plus vendu aujourd’hui malgré l’indifférence générale aux choses de Dieu, qui ronge comme un cancer les bases vitales d’un gouvernement stable aujourd’hui.

La Bible a laissé les empreintes les plus profondes sur le monde, changeant son histoire et modifiant son apparence. Chaque jour des millions de mains rendent témoignage à la puissance dynamique de la Bible quand ils datent leurs lettres et leurs documents : av. J.C. (avant Jésus Christ) – ou ap. J.C.

Bien qu’étant le livre le plus ancien du monde, la Bible est le plus actuel. Il y a quelques années, un officier anglais donnait un cours sur l’électricité. Il expliquait la grande découverte de Kelvin, que la pluie est toujours causée par une décharge électrique. Cet officier était un chrétien sincère, et il avait toujours une vieille Bible dans sa poche. Il dit : Messieurs, il se trouve que je possède un volume très ancien qui anticipe la découverte de Lord Kelvin. Cette annonce piqua la curiosité de ses auditeurs, et à la fin du cours ils l’entourèrent en demandant, incrédules, à quel livre ancien il se référait.

Il réagit en sortant sa Bible et lut : « Qui a découpé des canaux aux torrents de pluie, et un chemin à l’éclair des tonnerres, pour faire pleuvoir sur une terre où il n’y a personne, sur le désert où il n’y a pas d’hommes… ? » (Job 38. 25 et 26).

D’après the Lord is near décembre (A.J. Pollock)

« Un homme de haute naissance se rendit dans un pays éloigné, pour recevoir un royaume et revenir. Il appela dix de ses esclaves et leur donna dix mines et leur dit : Faites-les fructifier jusqu’à ce que je revienne ». Luc 19. 12 et 13.

LA RESPONSABILITÉ D’ANNONCER L’ÉVANGILE

Que faisons-nous au milieu de la scène qui nous entoure ? Comment répondons-nous à notre quadruple responsabilité : envers Dieu, envers l’Église, envers les pécheurs perdus, envers notre propre âme ? La question est de poids. Regardons-la dans la présence de Dieu, dans toute son étendue.

Faisons-nous réellement tout ce que nous pouvons pour l’avancement de la cause de Christ, pour le bien de l’Église, pour les progrès de l’évangile ? Je vous avoue, mon ami, que je crains bien que nous ne fassions pas bon usage de toute la grâce, la lumière, et la connaissance que Dieu nous a imparties. Je crains que nous n’employions pas avec diligence nos talents, nous occupant de cela jusqu’au retour du Maître. Je crains que des personnes qui ont beaucoup moins de connaissance, moins de déclarations de foi, soient plus pratiques, plus actives en bonnes œuvres, plus honorées pour la conversion d’âmes précieuses, plus employées par Dieu en général. Vous et moi, sommes-nous assez vidés de nous-mêmes, adonnés à la prière, ayant l’œil simple ?

Il y a un grand danger de se satisfaire de notre connaissance, de nos principes, de notre position, et en même temps de marcher dans un esprit charnel, mondain, égoïste, insouciant. La fin de cela sera certainement terrible. Pensons-y.

D’après the Lord is near janvier (C.H.M.)

« Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus qui est appelé Christ ? » Matthieu 27. 17.

UN CHOIX CRUCIAL À FAIRE

Un vote très inhabituel eut lieu il y a près de 2000 ans. L’endroit était la salle de jugement d’un gouverneur romain nommé Pilate. Il n’y avait pas eu de discours dans ce but, pour une campagne électorale. Les électeurs hurlaient, mais étaient inconséquents. Le problème de base était volontairement obscurci. En fait, les deux candidats devant le peuple ne devaient pas être élus à un poste de responsabilité et de puissance. Au contraire, ils étaient soumis à la volonté du peuple pour un choix honteux de vie ou de mort. L’un serait relâché et retrouverait la liberté. L’autre serait crucifié.

Examinez bien les deux « candidats » qui faisaient face au peuple ce jour-là : Barabbas, accusé avec raison de sédition, de vol et de meurtre – un homme qui suivait sa propre volonté quelque en soit le coût pour les autres, ou Jésus Christ, accusé injustement de blasphème et de perversion spirituelle – un Homme qui accomplissait la volonté de Dieu, quelqu’en soit le prix pour Lui-même.

Le choix du peuple ? Barabbas. Ce choix reflétait fidèlement l’attitude de l’humanité envers le don d’amour du Créateur. Il confirmait le témoignage, et de l’Écriture et de l’expérience humaine, que l’homme est devenu étranger envers Dieu et qu’il a besoin du salut. Il montrait par l’expérience que la nature de l‘homme est celle de Barabbas plutôt que chrétienne. En choisissant Barabbas, ils choisissaient celui qui était bien comme eux.

Ce qui est impressionnant, c’est que Dieu se servit de ce choix honteux pour déployer ses conseils d’amour conçus avant la fondation du monde. Christ rejeté devint Christ crucifié, puis Christ ressuscité et glorifié. Le salut vient à ceux qui reçoivent Christ par la foi et laissent son amour divin remplacer leur haine semblable à Barabbas.

Les élections sont encore en cours. Avez-vous déjà voté ?

D’après the Lord is near janvier 1985 (G.W. Steidl)

« Quoi que vous demandiez en priant, si vous croyez, vous le recevrez ». Matthieu 21. 22.

LA FOI, INDISPENSABLE POUR LA BÉNÉDICTION

Dieu, dans sa sagesse, a ordonné que l’homme soit l’un des liens essentiels dans la chaîne de la bénédiction divine. Celui qui aurait pu avoir « plus de douze légions d’anges a cependant choisi le faible instrument humain, sans lequel sa puissance ne peut souvent pas être manifestée et disponible.

Ce mystère divin est encore plus profond quand nous en venons au royaume de la prière. Souvent, dans l’Écriture, il est révélé que Dieu a déterminé quelque action ou bénédiction, mais attend jusqu’à ce que l’intercesseur humain, par la foi et la prière, ait mis en marche ces actions et ces bénédictions. Il y a des récits précis préservés pour nous par Dieu, d’une telle intercession divine portant ses fruits, par de nombreux grands hommes de la Bible.

La foi comme force motrice est beaucoup discréditée parmi les hommes dans ces jours de nombreuses inventions dans le monde matériel. Cependant les chrétiens doivent encore vivre en méritant le nom biblique ancien de croyants. Ils doivent encore régler leurs pendules sur le Soleil de justice plutôt que sur les horloges des hommes. Ils doivent encore maintenir leur attitude de « regarder à Jésus » pour la délivrance et la bénédiction. Nous n’avons pas besoin de nous intéresser à penser avec les grands penseurs, car leurs théories changent tous les jours ; mais nous avons besoin de nous intéresser de tout notre cœur à croire avec les grands croyants, en un Dieu vivant qui ne change pas, afin que, comme le fidèle Abraham, cela puisse nous « être compté à justice ».

D’après the Lord is near janvier (N. Deck)

« Les armes de notre guerre, en effet, ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu… amenant toute pensée captive à l’obéissance de Christ ». 2 Corinthiens 10. 4 et 5.

LE DEVOIR DE CONTRÔLER NOTRE ESPRIT

La Bible indique que la vie de nos pensées est un aspect extrêmement important et vital du fait d’être un chrétien. Ce que nous sommes est grandement déterminé par ce que nous pensons et comment nous pensons. Proverbes 23. 7 dit : « Comme il a pensé dans son âme, tel il est ». L’Écriture, nous donne non seulement la responsabilité de contrôler notre esprit, mais elle indique aussi quelques lignes de conduite définies, à suivre afin d’avoir une vie de pensées qui soit dirigée par Dieu et qui Lui plaise.

Un principe, pour contrôler notre esprit, c’est de dominer nos préoccupations. En 2 Corinthiens 10. 5, nous voyons que nous devons amener « toute pensée captive à l’obéissance de Christ ». Les pensées immorales et les pensées égoïstes doivent être surmontées tout comme des captifs ennemis en temps de guerre. Remarquez que la lutte spirituelle est le fond de ce passage. Il est vrai qu’il nous est presque impossible d’empêcher de mauvaises pensées de traverser notre esprit, mais nous pouvons nous empêcher d’en être préoccupés. Comme l’a dit Luther il y a bien longtemps : Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de voleter au-dessus de votre tête, mais vous pouvez les empêcher de construire leur nid dans vos cheveux. Nous pouvons arrêter d’avoir des fantasmes. Nous pouvons arrêter de lire certaines revues. Nous pouvons arrêter de regarder des films qui pollueront notre esprit, et certains spectacles de télévision. Bref, nous pouvons contrôler beaucoup de ce qui entre dans notre esprit, et nous pouvons certainement contrôler les préoccupations de la vie de nos pensées.

D’après the Lord is near janvier 1985

« (André) trouve d’abord son propre frère Simon et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui se traduit par : Christ). Et il le mena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé, dit : Tu es Simon, le fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit par : Pierre) ». Jean 1. 41 et 42.

UNE PIERRE VIVANTE

Ce n’était pas un zèle pour l’évangile qui poussa André, dans son cœur, à inviter Pierre, mais une attraction spontanée du cœur vers la Personne du Seigneur Jésus. Son message simple et direct à son frère eut un effet immédiat ; car l’entretien d’André avec le Seigneur ne lui avait laissé aucun doute, qu’Il était le bienheureux Messie d’Israël.

Il est intéressant de voir qu’on n’entend pas un mot de la part de Simon. Il est seulement celui qui reçoit. Et les paroles du Seigneur ressortent dans leur remarquable simplicité. Il donne à Simon un nouveau nom, Céphas (ou, en grec, Pierre), ce qui signifie simplement une pierre. Le nom changé montre qu’il est maintenant la propre possession du Seigneur. Et il est une des « pierres vivantes » dont Pierre lui-même écrit plus tard qu’elles sont édifiées en une maison spirituelle, l’Église de Dieu.

Il y a là une indication précieuse concernant les actions de Dieu dans le temps présent, l’Église étant la possession particulière du Seigneur Jésus, fermement construite, dans une unité vitale, sur le fondement de Dieu, qui est Jésus Christ (cf. 1 Pier. 2. 5 ; 1 Cor. 3. 10 et 11). Simon ne dit rien ici, car une pierre reste simplement à la place où elle a été posée. Quand nous sommes convertis à Dieu, il ne nous est pas dit de nous joindre à une église : en fait, le Seigneur Lui-même fait immédiatement de nous une pierre dans sa propre grande Église, nous place à l’endroit que nous devons conserver solidement. Nous dépendons uniquement de sa parole.

D’après the Lord is near janvier 1985 (L.M.Grant)

NOËL – PÂQUES – ASCENSION – PENTECÔTE

« Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » Actes 2. 21.

NOËL – PÂQUES – ASCENSION – PENTECÔTE

Il y a quelques mois, c’était « Noël ». Ces vacances commémorent la naissance de Jésus Christ. Nous ne pouvons pas déterminer précisément quel est le jour où cela s’est produit, il y a environ 2000 ans. Mais, de toutes manières, la date exacte n’a pas d’importance. Ce qui est beaucoup plus important, c’est que Jésus, le Fils de Dieu, est devenu un homme pour nous racheter de nos péchés.

Afin d’accomplir cette œuvre, le Seigneur Jésus a dû mourir sur la croix. Il n’avait jamais rien fait de mal, et cependant, Il a accepté volontairement d’être puni par Dieu pour le péché, afin que Dieu puisse nous pardonner. Jésus est mort, et ressuscité trois jours plus tard. C’est « Pâques » qui nous le rappelle.

Après sa résurrection, Jésus est resté sur la terre pendant quarante jours. Plusieurs de ses disciples, encore lents à croire, L’ont vu et ont été convaincus qu’Il était réellement ressuscité. Puis Il est retourné à Dieu, son Père, au ciel. Nous parlons de « l’Ascension » – c’est aussi un jour fêté par la chrétienté.

Il y a dix jours entre « l’Ascension » et le jour de « Pentecôte ». À la Pentecôte, le Saint Esprit est venu sur la terre, comme Jésus l’avait annoncé à ses disciples. Le 2ème chapitre des Actes des Apôtres nous rapporte cet évènement.

La Pentecôte est le début de l’Église chrétienne. Tous les croyants ont été baptisés en un seul corps par le Saint Esprit ; ils sont devenus indissolublement liés les uns aux autres et avec Jésus Christ, leur Tête dans le ciel.

Depuis lors, beaucoup de gens ont été amenés à croire au Seigneur Jésus – tout d’abord autour de Jérusalem, puis en Samarie, ensuite plus loin dans toute l’Asie mineure, puis en Europe. Tous les croyants, dans le monde entier, appartiennent à la seule Église, ou Assemblée, ou Rassemblement, dont la Bible nous parle dans le Nouveau Testament.

D’après « The Good Seed » mai 2024

ENTRE L’ASCENSION ET LA PENTECÔTE

(Le jour de son ascension, Jésus dit à ses disciples : ) « Vous serez baptisés de l’Esprit Saint dans peu de jours » Actes 1. 5.

« Vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins… jusqu’au bout de la terre » Actes 1. 8.

ENTRE L’ASCENSION ET LA PENTECÔTE

Pendant plus de trois ans, les disciples de Jésus ont été témoins oculaires de sa vie et de ses miracles. Ils ont aussi – comme beaucoup d’autres personnes – été témoins de sa mort. Les disciples ont vu et entendu concrètement le Seigneur après sa résurrection, à plusieurs reprises, pendant une période de quarante jours, et cela, pas d’une manière fugitive. Jésus est apparu aussi à plus de cinq cents croyants à la fois (1 Cor. 15. 4 à 8).

Le jour de son ascension, avant d’être « élevé au ciel », le Seigneur a parlé une dernière fois à ses disciples, en leur rappelant leur mission : « Vous serez mes témoins… jusqu’au bout de la terre ». Et pourtant, ils l’avaient tous abandonné lors de son arrestation, Pierre l’avait renié au moment de son procès, et presque tous l’avaient laissé seul lorsqu’Il était sur la croix. Comment pourraient-ils être ses témoins ? Mais le Seigneur leur dit qu’ils recevraient de la puissance au moment de la descente du Saint Esprit, quelques jours plus tard.

Dans cette attente, peut-être se sont-ils demandés comment cet évènement mystérieux se produirait, mais ils sont restés ensemble, unis dans la prière (Act. 1. 14) et dans l’écoute des Saintes Écritures. Ils ont obéi et sont restés à Jérusalem, comme le Seigneur le leur avait commandé. Et, le jour de la Pentecôte, alors qu’ils étaient en prière, le Saint Esprit est descendu sur eux. Le premier résultat a été qu’ils ont parlé d’autres langues et qu’ils ont pu ainsi rendre témoignage, dans leurs propres langues, à beaucoup d’étrangers présents à Jérusalem.

D’après « Il buon seme » mai 2024