JÉSUS CHRIST, HAÏ ET MIS À MORT SANS CAUSE

« Ceux qui me haïssent sans cause sont plus nombreux que les cheveux de ma tête » Ps. 69. 4.

« Mes ennemis sont vivants, ils sont forts, et ceux qui me haïssent sans motif sont nombreux » Ps. 38. 19.

JÉSUS CHRIST, HAÏ ET MIS À MORT SANS CAUSE

C’est David, le roi d’Israël, qui a écrit ces paroles du Psaume 69. Malgré sa haute position, il a connu beaucoup de souffrances, y compris la conspiration fomentée contre lui par son propre fils, Absalom. Nous pouvons comprendre les sentiments de David lorsqu’il se plaint de « ceux qui me haïssent sans cause ».

Ces mots, prononcés par David, se réfèrent à Jésus Christ. Lui aussi a été trahi, maltraité, mais aussi mis à mort sans cause.

Les soldats du souverain sacrificateur sont venus avec des épées et des bâtons pour l’arrêter. Les foules rassemblées devant Pilate, le gouverneur romain, ont crié : « Crucifie, crucifie-le ! ». Hérode, qui régnait sur la Galilée, a traité Jésus avec mépris. Les soldats romains se sont moqués de Lui, l’ayant revêtu d’un manteau de pourpre et ayant mis sur Sa tête une couronne d’épines. Les deux criminels qui étaient crucifiés à Ses côtés l’insultaient et l’un d’entre eux l’injuriait en disant : « N’es-tu pas le Christ, toi ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ». Même ceux qui passaient par là, bien que non impliqués dans ces évènements, Le blasphémaient. Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, qui auraient dû savoir par les Écritures qui Il était, se moquaient de Lui.

Aucune de ces personnes n’avait de raison de haïr Jésus Christ. Mais les chefs religieux de la nation juive, remplis de jalousie, usaient de leur influence pour exciter la haine du peuple contre Jésus. Par leurs mauvais traitements et leur mépris, des personnes de toutes les couches sociales de la population ont manifesté que, sans aucune raison valable, ils étaient ennemis de Dieu et de Son Fils.

Aujourd’hui encore, personne ne peut alléguer une raison valable pour justifier son hostilité ou son rejet de Jésus Christ. La prophétie d’Ésaïe est aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était du temps de Jésus : « Il est méprisé et délaissé des hommes… et comme quelqu’un de qui on cache sa face ; il est méprisé, et nous n’avons eu pour lui aucune estime » (És. 53. 3).

D’après « The Good Seed » août 2023

SONDEZ LES ÉCRITURES (7)

Joas (2 Rois 11. 4 à 16 ; 2 Chron. 23. 1 à 15).

Le mois dernier nous avons évoqué comment Dieu a protégé le jeune Joas, qui fut caché auprès de sa tante Jehoshéba, dans le temple de l’Éternel, jusqu’à sa sixième année.

Quelle faveur reposait sur cet enfant, à un âge où l’esprit, le cœur et la conscience sont particulièrement sensibles à une bonne influence et à une atmosphère de piété !

Satan sait bien qu’une source de bénédiction dans le ciel et sur la terre est en relation avec la semence d’Abraham, qui doit briser sa tête selon Genèse 3. 15 et Romains 16. 20. Aussi a-t-il déployé beaucoup d’énergie pour annuler cette Parole divine et anéantir le conseil de Dieu en rédemption. Dans la lignée donnant naissance au Seigneur Jésus, notre Sauveur, se trouvait ce faible enfant. Grâce au dévouement de Jehoshéba, dicté par une foi énergique, sa vie fut épargnée de l’épée de la cruelle Athalie.

Après l’activité secrète de Jehoshéba pour nourrir, élever, entourer de soins et d’amour ce tout jeune enfant, c’est le moment pour Jehoïada, le sacrificateur, d’agir avec sagesse et promptitude pour le bien du peuple de Dieu. Jésus a été l’Envoyé de Dieu pour le salut des hommes pécheurs et pour régner selon ce qui est écrit : Il faut qu’il règne (1 Cor. 15. 25). Et Il sera sacrificateur sur son trône.

Cinq chefs de centaines, nommés en 2 Chroniques 23. 1, sont envoyés en Juda pour rassembler à Jérusalem les lévites de toutes les villes et les chefs des pères d’Israël. Au commandement du fidèle sacrificateur et grâce à l’impulsion des chefs de centaines, il y a tout un déploiement de force. Gardes et coureurs sont réunis, les uns munis de leurs armes défensives, les autres de leurs armes offensives.

Les gardes ne sont-ils pas l’image de la puissance qui maintient et conserve ce que Dieu a confié, et les coureurs de la puissance qui conquiert ou reprend ce que l’ennemi a pu enlever pour un temps ?

Jehoïada les fit entrer vers lui dans la maison de l’Éternel (2 Rois 11. 4). Il faut d’abord entrer dans la présence de Dieu avant de sortir pour rendre témoignage, servir et combattre. Et là, dans le temple, un pacte est établi avec ces hommes, qui doivent s’engager dans leur cœur par une promesse de fidélité et de consécration.

Toute décision que le Seigneur approuve se prend dans le cœur, comme ce fut le cas pour Daniel tout jeune lorsqu’il arrêta dans son cœur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait (Dan. 1. 8).

Dieu nous a appelés d’un saint appel, nous avons été saisis par le Christ. C’est alors que l’obéissance, vertu de la vie divine en nous, est essentielle. Et le cœur étant engagé a besoin d’un objet, c’est pourquoi Jéhoïada leur montra le fils du roi. Combien la foi peut alors être affermie et la consécration à Dieu réalisée !

Maintenant tout dépend de l’obéissance à un plan sagement établi par le sacrificateur. Avec quelles précautions il confie cet enfant, fils de David, à la garde des officiers ! Son cœur est rempli de sollicitude pour celui qui est l’unique espérance du royaume de Juda.

D’après 2 Chroniques 23. 4 à 6, un tiers d’entre les sacrificateurs et les lévites qui entrent le jour du sabbat est chargé de la garde des seuils. Ils entrent, car ils sont saints, et veillent sur la maison du roi.

Il est bien souligné : « Vous veillerez à la garde de la maison ». C’est en veillant que l’on garde avec soin. « Prenez garde, veillez et priez », telle était l’injonction du Seigneur à Ses disciples (Marc 13. 33). N’était-ce pas pour éviter toute surprise de l’ennemi, et pour tenir le mal à distance ?

Timothée était exhorté à se garder pur lui-même et à garder le bon dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous. « Ô Timothée, garde ce qui t’a été confié » (1 Tim. 5. 22 ; 6. 20 et 2 Tim. 1. 14).

Un autre tiers devait se tenir dans la maison du roi. Ils représentent ceux qui ont à cœur les intérêts de Christ dans Sa maison. N’y a-t-il pas là un parfum de grand prix qui peut remplir la maison de son odeur suave ? (Jean 12. 3).

Un autre tiers est à la porte de Jesod, c’est-à-dire la porte de la fondation. Les fondements de la vérité ne doivent pas être minés. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Ps. 11. 3). Ces hommes gardent une porte pour empêcher l’ennemi de s’infiltrer et pour laisser un libre passage au roi et à ses compagnons.

Jehoïada n’est-il pas pour nous le modèle d’un homme pieux qui ne peut tolérer que l’on porte atteinte en quoi que ce soit aux gloires personnelles, officielles et morales du Fils de Dieu ? « Vous entourerez le roi de tous côtés, chacun ses armes à la main… soyez avec le roi quand il sortira et quand il entrera » (2 Rois 11. 8). Ils devaient se tenir auprès du roi. « Où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12. 26).

Que vous sachiez de bonne heure garder dans votre cœur la vérité concernant la Personne glorieuse du Seigneur Jésus, toute la vérité, rien que la vérité ! Le Seigneur a pu dire à Philadelphie : « Tu as gardé ma parole, et tu n’as pas renié mon nom » (Apoc. 3. 8).

Une seule chose était nécessaire : rester auprès du roi, l’entourer de tous côtés, chacun ses armes à la main. Pas de distraction, pas de relâchement, mais une vigilance constante et une fidélité absolue au roi et au sacrificateur. Tout étranger qui serait entré dans les rangs devait être mis à mort.

N’avons-nous pas, nous aussi, une arme invincible entre nos mains, l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu ? Puissions-nous résister à l’ennemi de nos âmes, étant fermes dans la foi, appuyés sur les promesses divines. Tout vrai serviteur de Dieu est appelé à combattre « par la parole de la vérité, par la puissance de Dieu, par les armes de justice de la main droite et de la main gauche » (2 Cor. 6. 7).

Au moment critique, les fidèles sont séparés, consacrés, obéissants et prêts à suivre le roi. « Et le sacrificateur donna aux chefs de centaines les lances et les boucliers qui avaient appartenu au roi David, et qui étaient dans la maison de l’Éternel » (2 Rois 11. 10). Les armes que nos pères ont utilisées sont toujours à nous, avec toute leur efficacité : la Parole et la prière par la puissance du Saint Esprit, le bouclier de la foi.

« On mit sur lui la couronne et le témoignage ; et ils le firent roi, et l’oignirent » (v. 12). La couronne met en relief sa dignité royale et symbolise la soumission du peuple à son roi. Le témoignage est cette loi de Dieu dont tout roi en Israël devait faire une copie, pour la lire et apprendre à craindre l’Éternel, à garder ses statuts et à les pratiquer (Deut. 17. 18 à 20).

Zacharie représente Christ tout à la fois comme roi et sacrificateur. « Il portera la gloire et il s’assiéra et dominera sur son trône, et il sera sacrificateur sur son trône » (Zach. 6. 13).

Athalie, l’ennemie, entend et entre, mais elle sera chassée. Elle est mise à mort. Le diable sera « jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète ; et ils seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles » (Apoc. 20. 10).

Cher enfant, feras-tu partie du cortège qui apparaîtra avec le Seigneur dans Sa gloire ? « Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3. 4).

Josias (2 Rois 22. 1 et 2 ; 2 Chron. 34. 1 à 7).

Le récit rapporté dans les passages cités fixe notre attention sur un tout jeune enfant appelé à régner en Juda. Lorsqu’il monte sur le trône, le petit roi Josias est âgé de huit ans.

Avez-vous remarqué que cet enfant est déjà nommé plus de trois siècles avant sa naissance en 1 Rois 13. 2 ? Un prophète venant de Juda à Béthel parle contre l’autel, devant le roi Jéroboam, et annonce le règne de justice et de jugement de Josias. Après des siècles d’idolâtrie, les pensées de Dieu se concentrent sur cet enfant préfigurant la venue du petit Enfant de Bethléhem, Jésus qui devait sauver Son peuple de leurs péchés (Mat. 1. 21) et être le Sauveur du monde.

Lorsque Dieu résume la vie de Josias, il déclare sans réserve qu’il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, et marcha dans les voies de David son père, et ne s’en écarta ni à droite ni à gauche. Une appréciation semblable est décernée à deux autres rois sur les dix-neuf qui ont régné en Juda. Il s’agit de Josaphat et d’Ézéchias (2 Chron. 17. 2 et 29. 2). La référence pour ces trois rois, ce sont les voies de David, leur père, dont Dieu dit : « J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté (Act. 13. 22 ; 1 Sam. 13. 14). Dieu donne son approbation sur une telle vie marquée par l’obéissance à Sa Parole et la soumission à Son autorité.

A propos du Seigneur Jésus, il est écrit : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » (Ps. 40. 8).

En outre Dieu souligne l’absence d’écart dans la vie de Josias.

N’avez-vous pas éprouvé combien est tenace notre tendance à toujours nous écarter ? Cela ne se voit pas toujours, mais peut se situer au niveau de nos pensées, ou de ce qui accapare notre cœur et pourrait devenir une idole. Chacun de vous pourrait mettre un nom sur ces idoles si nombreuses aujourd’hui. C’est alors que notre intérêt pour la Parole de Dieu et la vie de prière décroît.

Écoutons l’invitation de Dieu : « Enquérez-vous touchant les sentiers anciens, quelle est la bonne voie ; et marchez-y, et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Jér. 6. 16). Ce sont des sentiers de fidélité et de séparation du monde, où l’on doit parfois marcher tout seul. Cette bonne voie ne correspond-elle pas aux sentiers de justice et de vérité dans lesquels le bon Berger conduit Ses brebis, ayant pour seul guide la Parole de Dieu ? On peut penser que le jeune Josias était sous l’influence pieuse de quelqu’un qui veillait sur lui, peut-être s’agissait-il de sa mère dont le nom est consigné en 2 Rois 22. 1 ?

N’oubliez pas de lire et de relire le livre des Proverbes rempli d’instructions morales, pratiques, à l’adresse des fils de la Sagesse. Il est précisé que « le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi » et il est ajouté : « Pèse le chemin de tes pieds, et que toutes tes voies soient bien réglées. N’incline ni à droite ni à gauche ; éloigne ton pied du mal » (4. 18, 26 et 27).

Josias marcha dans les voies de David, comme Josaphat et Ézéchias ses aïeux, bien que son père et son grand-père aient été des rois impies, idolâtres, faisant ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel. Précieuse grâce de Dieu qui fait marcher Josias dans un chemin de droiture que Dieu se plaît à souligner deux fois !

Josias était bien jeune pour régner, à huit ans. A cet âge, en dehors de l’école, ne pense-t-on pas surtout à jouer ? Et pourtant la Parole déclare : « Même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » (Prov. 20. 11). « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta parole » (Ps. 119. 9).

Un témoignage au Seigneur Jésus peut être rendu dès le plus jeune âge par la conduite et les paroles, dans la séparation du mal. Le jeune garçon Samuel grandissait auprès de l’Éternel, lui étant agréable, et le servant devant Éli le sacrificateur (1 Sam. 2. 21 et 26 ; 3. 1). Josias, comme Samuel, montrait dès sa tendre enfance un attachement réel pour l’Éternel.

Parvenu à sa seizième année, Josias manifeste un désir formé dans son cœur qui s’affirme dans une sainte décision. « Alors qu’il était encore un jeune garçon, il commença de rechercher le Dieu de David, son père » (2 Chron. 34. 3). Il y a un moment précis dans notre vie où Dieu manifeste l’état de notre cœur.

Pour un temps, comme Lot au contact d’Abraham son oncle, on profite d’une influence pieuse, bienfaisante. On acquiert par l’éducation dispensée dans un foyer où est cultivée la crainte de Dieu, de bonnes habitudes, y compris celles de prier, de lire la Parole. Cela pourrait ressembler à une tradition familiale. Mais si un jour vous avez reçu une foi personnelle, alors cela sera mis en évidence pour la gloire du Seigneur. Peut-être une épreuve sera-t-elle nécessaire !

Le cœur ayant une relation personnelle avec Dieu, il y a une croissance spirituelle et un réel besoin de vivre dans Sa dépendance et dans l’obéissance à Sa Parole, pour marcher d’une manière qui Lui soit agréable. Nous ne saurions trop insister sur l’importance d’une vie vécue dans l’intimité avec le Seigneur.

Il ne nous est pas dit comment Josias commença de rechercher le Dieu de David. Mais écoutons ce que dit l’Écriture : « L’Éternel est avec vous quand vous êtes avec lui, et si vous le cherchez vous le trouverez » (2 Chron. 15. 2).

Le Seigneur n’invitait-Il pas Ses disciples à rechercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice ? (Mat. 6. 33). Sachez qu’Il ne demande rien qui soit au-dessus de votre âge et des capacités reçues. Obéissez à la Parole, à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur (Col. 3. 20). « Qu’est-ce que l’Éternel recherche de ta part, sinon que tu fasses ce qui est droit, que tu aimes la bonté, et que tu marches humblement avec ton Dieu ? » (Michée 6. 8). Quelle étape marquante dans la vie d’un enfant lorsqu’il éprouve le besoin de rechercher seul le Seigneur pour L’aimer, Le connaître et Le servir toujours mieux !

Puis Josias, devenu adulte, sera le remarquable instrument d’un dernier réveil en Juda, qui s’exprimera par son dévouement pour la maison de l’Éternel dont il répare les brèches, par un retour au Livre de la loi auquel son cœur est très sensible, et enfin par son besoin de se séparer du mal en purifiant des idoles Juda, Jérusalem et certaines villes d’Israël. Puissiez-vous, en pensant à Josias, croître dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ !

Ésaïe et ses deux fils (És. 6, 7 et 8).

Nous désirons nous entretenir aujourd’hui du prophète Ésaïe, dont le nom signifie « salut de l’Éternel », et de ses deux fils ayant des noms symboliques, caractéristiques de l’esprit de prophétie.

Outre la loi de Moïse et les Psaumes avec les livres poétiques, les Prophètes constituent la troisième partie de l’Ancien Testament.

Ces livres prophétiques, au nombre de dix-sept sur les trente-neuf livres de l’Ancien Testament, constituent une partie importante de l’Écriture rappelée par le Seigneur en Luc 24. 27. En 2 Pierre 1. 19, la parole prophétique est comparée à une lampe qui brille dans un lieu obscur, et à laquelle nous faisons bien d’être attentifs.

Le grand sujet de la prophétie, c’est Christ. Pierre précise que l’Esprit de Christ était dans les prophètes qui rendaient par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient (1 Pier. 1. 11).

La prophétie annonce des événements futurs pour la terre : la puissance de Dieu envoyant son Fils pour juger Ses ennemis et établir Son règne glorieux de justice et de paix.

L’étude de la prophétie a pour effet pratique de réjouir nos cœurs et de les détacher de la terre, car « nous attendons la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ » (Tite 2. 13). « Bienheureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie et qui gardent les choses qui y sont écrites, car le temps est proche ! » (Apoc. 1. 3).

La prophétie annonce le jugement du mal sur ceux qui le commettent et elle les condamne. Elle concerne d’abord le peuple de Dieu, dont elle constate l’état de chute. Par un appel à la repentance, elle encourage un faible résidu du peuple en lui annonçant une restauration. Le moyen d’une telle délivrance, c’est Christ. Et la foi est fortifiée en contemplant la gloire du Messie qui, comme le soleil de justice, apportera la guérison, le remède à tout mal.

Un prophète, comme Ésaïe, est un porte-parole de l’Éternel auprès de son peuple, pour le reprendre, l’avertir, le ramener à son Dieu et le consoler, s’adressant tout à la fois à son cœur et à sa conscience.

Mais tout d’abord, Dieu doit préparer Son serviteur, et travailler en lui avant de s’en servir comme Son instrument. C’est ce qui ressort du chapitre 6 où Ésaïe voit le Seigneur assis sur un trône haut et élevé. Placé dans la présence de Dieu, il entend les séraphins proclamer Sa sainteté.

Dans une profonde conviction de péché, le prophète prononce une parole solennelle : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi je suis un homme aux lèvres impures » (6. 5).

Cher enfant, as-tu prononcé un tel jugement sur toi-même ? Alors la grâce de Dieu peut se déployer, tout en satisfaisant les exigences de Sa sainteté. Un autel est là tout près du trône de gloire. Une victime a été consumée. Le pécheur est purifié par ce qui évoque le sacrifice de Christ. Dieu donne Sa réponse : « ton iniquité est ôtée, et propitiation est faite pour ton péché » (6. 7).

Aussitôt le jeune prophète répond à l’appel du Seigneur : « Me voici, envoie-moi ». Il est disposé à communiquer un message de l’Éternel à Son peuple.

N’oublions pas qu’après la nouvelle naissance, Dieu désire nous employer à Son service pour lequel Il nous a préparés. Cette parole divine est toujours actuelle : « Qui est celui qui engage son cœur pour venir à moi ? » (Jér. 30. 21). Tout se joue dans le cœur pour répondre à l’appel du Maître. Puissions-nous alors Le servir humblement, dans Sa dépendance et en obéissant à Sa Parole !

Au chapitre 7, Ésaïe est envoyé vers Achaz, roi de Juda, impie et incrédule. Il est accompagné de son fils Shear-Jashub dont le nom signifie : « Un résidu reviendra ».

N’est-ce pas un nom porteur d’espérance pour la foi qui est assurée en Dieu, au-delà des jugements qui devront s’exécuter ?

Au moment où Ésaïe rencontre Achaz, le cœur de ce roi est agité aussi bien que le cœur de son peuple, comme les arbres de la forêt sous l’effet du vent. Le petit royaume de Juda est menacé par Retsin, roi de Syrie, et Pékakh, roi d’Israël.

Satan qui pousse ces hommes n’a qu’un but : anéantir le trône de David, et empêcher le règne du Messie annoncé par les prophètes. Mais Dieu déclare que ces mauvais desseins ne s’accompliront pas.

Malgré l’incrédulité et l’hypocrisie d’Achaz un signe glorieux est donné par le prophète : la naissance d’Emmanuel, ce beau nom annonçant la venue du Seigneur Jésus pour offrir le salut à Israël et au monde. Il signifie : « Dieu avec nous » (Mat. 1. 23).

C’est bien à cause de Lui et pour Lui qu’un résidu reviendra après les solennels jugements décrits au chapitre 6. 11 à 13. Ce résidu jouira de la bénédiction promise. Et le fils du prophète, Shear-Jashub, en est une belle figure. Ce que ce fils était pour le cœur de son père évoque ce que le résidu fidèle sera pour l’Éternel. Au milieu d’une scène très sombre, l’amour de Dieu s’exprime dans toute Sa tendresse.

Au début du chapitre 8, un deuxième enfant prophétique annoncé au verset 16 du chapitre 7 est donné à Ésaïe. C’est l’Éternel qui lui donne son nom, le plus long de la Bible : « Maher-Shalal-Hash-Baz » qui signifie : « Qu’on se dépêche de butiner, on hâte le pillage ». Dieu confirme la destruction des deux ennemis de Juda, Israël et la Syrie, par Shalmanéser, roi d’Assyrie (2 Rois 17). Mais l’Assyrien sera la verge de l’Éternel aussi bien contre Israël que contre Juda. Parce que le peuple a rejeté les eaux de la grâce, figurées dans ces eaux de Siloé qui vont doucement et qui rappellent Celui qui est l’envoyé du Père (Jean 9. 7), il ne reste plus pour lui que le jugement par les eaux « fortes et grosses » de son cruel ennemi.

Cependant Dieu détruira ceux qui s’associent pour envahir le pays d’Emmanuel, et seul un résidu sera préservé pendant les jours de la colère de Dieu. Ils portent ce beau titre de disciples, mettant toute leur confiance en l’Éternel.

Au verset 18, Ésaïe se présente avec les enfants que l’Éternel lui a donnés. Ces enfants sont les témoins, d’une part du jugement qui sera exercé sur le peuple apostat, et de l’autre, de la restauration d’un Résidu préservé pour entrer dans le règne millénaire. Attaché au Messie, il tiendra ferme la parole : la loi et le témoignage.

Notez que l’Esprit de Dieu cite ce passage en Hébreux 2. 13 en l’attribuant à Christ se présentant devant Dieu avec Ses disciples, ceux qu’Il n’a pas honte d’appeler Ses frères.

N’oublions pas comment le Seigneur Jésus parle de Ses disciples à son Père : « ils ont gardé ta parole… ils ont cru que toi tu m’as envoyé… ils sont à toi… je suis glorifié en eux » (Jean 17. 6, 8, 10 et 11).

Jérémie 1.

Vous souvenez-vous de ce qui pouvait frapper un cœur sensible à la gloire de Dieu, lorsqu’un prophète de l’Éternel était suscité en Israël ? N’était-ce pas, d’un côté, le mauvais état du peuple que ce prophète dénonçait – de l’autre, une marque renouvelée de la grâce de Dieu qui avertissait les coupables, les appelait à la repentance, tout en présentant le règne du Messie, qui s’ouvrira au terme du « temps de détresse pour Jacob » ? Ces deux thèmes apparaissent clairement dans les prophéties d’Ésaïe et de Jérémie.

Jérémie appartenait à la famille des sacrificateurs qui habitaient à Anathoth, dans le pays de Benjamin. Ce village était situé à environ cinq kilomètres au nord-est de Jérusalem et avait été attribué aux sacrificateurs descendants d’Aaron, de la famille des Kéhathites (Jos. 21. 18).

Le ministère prophétique de Jérémie a duré un peu plus de quarante ans. Il a commencé sous le règne du pieux roi Josias, car malgré le réveil produit sous l’impulsion de ce roi, Juda la perfide n’était pas revenue à l’Éternel de tout son cœur, mais avec mensonge (Jér. 3. 10). C’est alors que Dieu appelle Son jeune prophète.

Voici pour Jérémie la première leçon à l’école de Dieu. L’Éternel s’adresse à lui directement et lui déclare que, bien avant sa naissance, Il l’avait choisi : c’est l’élection selon la préconnaissance de Dieu (1 Pier. 1. 2).

De plus, Il l’avait mis à part pour l’établir prophète (1. 5). Il était chargé de communiquer le message divin au peuple de Dieu et aux nations.

Remarquez tout ce que Dieu fait à l’égard de Jérémie : « je t’ai connu » (v. 5), c’est l’élection de la grâce pour le salut ; « je t’ai sanctifié », c’est la mise à part, la consécration à Dieu, avec l’appel de Dieu pour le service et la formation nécessaire à Son école ; « je t’enverrai », « je te commanderai » (v. 7), « j’ai mis mes paroles dans ta bouche » (v. 9). C’est Dieu qui envoie son serviteur. Tout est de Dieu et pour Sa gloire.

Une telle grâce est offerte à tous. L’as-tu acceptée, jeune lecteur ?

Jérémie oppose une certaine résistance à l’appel divin, peut-être par timidité et dans le sentiment de sa faiblesse, de son indignité : « Ah, Seigneur Éternel ! voici, je ne sais pas parler, car je suis un enfant » (v. 6). Ne fallait-il pas un réel courage pour affronter ses voisins, sa famille, les vieillards, les sacrificateurs, le peuple, et leur parler de leurs péchés ?

Moïse, quoique bien plus âgé que Jérémie, a une réponse semblable en Exode 4. 10 : « Je ne suis pas un homme éloquent… car j’ai la bouche pesante et la langue pesante ». Timothée aussi était jeune et timide, et cependant Paul a voulu qu’il aille avec lui (Act. 16. 3). Même un jeune enfant peut être un serviteur utile au Maître, préparé pour toute bonne œuvre.

Jérémie doit apprendre de la bouche de l’Éternel que sa faiblesse et sa jeunesse ne sont pas un obstacle. Ce qui importe, c’est l’obéissance pour faire et dire strictement ce que Dieu commande. De plus, Dieu n’a-t-il pas choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ? (1 Cor. 1. 27). Ceux qu’Il appelle à son service ne sont-ils pas ceux qui aiment faire Sa volonté ?

Dieu répond à Jérémie : « Ne dis pas : je suis un enfant… Je t’enverrai, tu iras, et tout ce que je te commanderai, tu le diras » (v. 7).

Vous qui possédez la vie de Jésus, n’êtes-vous pas craintifs parfois lorsque le Seigneur vous donne une occasion de rendre témoignage auprès de vos camarades, ou d’une personne qu’Il place sur votre chemin ? Certains d’entre vous n’éprouvent-ils pas une incapacité à parler du Seigneur en sachant qu’elles pourraient en être les conséquences douloureuses : mépris, moqueries, rejet… ? Et pourtant, du côté du Seigneur les ressources sont toutes suffisantes. Ne peut-Il pas vous aider à répondre, parfois en citant un verset de l’Écriture qui, comme une flèche de l’Esprit, pourra atteindre le cœur et la conscience de votre interlocuteur ? Comme André, vous pourrez amener à Jésus une âme précieuse.

Enfin, Dieu ajoute une promesse bien encourageante pour son jeune messager, propre à vaincre la moindre résistance. Elle est même répétée deux fois : « Je suis avec toi, pour te délivrer, dit l’Éternel » (v. 8 et 19). Précieuse assurance pour celui qui s’engagera dans le chemin de l’homme de douleurs, à cause de Son témoignage.

Pensons au Témoin fidèle et véritable, le Seigneur Jésus, à Jean le baptiseur, à Étienne le martyr, qui vont jusqu’au sacrifice de leur vie pour la gloire de Dieu.

L’Éternel étendit sa main et en toucha la bouche du prophète en déclarant : « Voici, j’ai mis mes paroles dans ta bouche » (v. 9). Jérémie n’avait qu’à communiquer les paroles divines sans se préoccuper de l’effet produit. Comme l’Écriture est complète, il nous appartient de transmettre fidèlement toute parole sortant de la bouche de Dieu, par la puissance du Saint-Esprit.

Plus tard, le prophète apprendra quelle condition morale est requise pour parler de la part de Dieu. « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche » (15. 19). C’est en nous tenant devant Dieu, séparés de tout mal, que nous pouvons être Ses témoins, présentant la Parole de vie.

Après avoir entendu le Seigneur Jésus, les huissiers doivent reconnaître : « Jamais homme ne parla comme cet homme » (Jean 7. 46). Jérémie devra avertir le peuple des jugements prêts à fondre sur lui à cause de son orgueil et de sa rébellion contre Dieu. « Regarde, je t’ai établi… pour arracher, et pour démolir, et pour détruire, et pour renverser, pour bâtir et pour planter » (v. 10). Quelle mission douloureuse pour ce jeune prophète sensible aux intérêts de Dieu au milieu de son peuple !

Maintenant, par deux visions remarquables, Dieu veut encourager Jérémie. Le prophète est invité à regarder ce que Dieu lui présente.

C’est d’abord un bâton d’amandier, le premier arbre qui fleurit. Le Dieu fidèle veille sur Sa parole pour l’exécuter (v. 12). Ne sommes-nous pas reportés à la verge d’Aaron, bâton qui en une nuit avait bourgeonné, avait poussé des boutons, et avait produit des fleurs et mûri des amandes ? (Nomb. 17. 8). C’est le type de la puissance de vie en Christ qui le ressuscite d’entre les morts et opère en chaque croyant pour lui communiquer cette vie de Jésus. Jérémie était l’homme que Dieu avait choisi pour Son service.

Quant au pot bouillant dont le devant est du côté du nord, il était tout près de se renverser. L’ennemi des royaumes du nord est sur le point d’exercer le jugement de Dieu contre Son peuple. Le messager de l’Éternel devait se hâter d’avertir le peuple, qui aurait pu se repentir au dernier moment.

Pour qu’il ne s’effraie pas, trois objets sont présentés à Jérémie. N’a-t-il pas besoin de la force d’En haut ? Dieu le rendait fort comme une ville forte, une colonne de fer, des murailles d’airain. Et Dieu ajoute : « Moi je suis avec toi… pour te délivrer » (v. 19).

Voilà les ressources de Dieu pour Ses serviteurs : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31).

Daniel et ses compagnons (Dan. 1).

L’histoire de Daniel est familière à la plupart d’entre vous depuis votre tendre enfance. La lecture qui vous est proposée aujourd’hui relate dans quelles circonstances Daniel et ses trois amis, quatre jeunes gens hébreux, se trouvent à la cour du roi de Babylone.

Ils font partie d’un premier convoi de captifs emmenés par Nébucadnetsar à Babylone à cause de l’idolâtrie d’Israël. Parmi les fils d’Israël, ils étaient de la semence royale ou d’entre les nobles.

En vue de les établir comme gouverneurs dans son royaume, Nebucadnetsar avait demandé qu’on choisisse des jeunes gens beaux de visage, instruits, sages, intelligents et capables de se tenir dans le palais du roi. Mais, auparavant ils devaient, pendant trois ans, apprendre les lettres et la langue des Chaldéens. Au cours de leurs études, ils devaient être nourris des mets délicats du roi et du vin qu’il buvait. Un régime royal leur était prescrit.

Ne doivent-ils pas être formés selon la volonté du monarque, esprit, âme et corps ? Et, pour effacer probablement toute trace du vrai Dieu et faciliter leur insertion parmi les Chaldéens, leurs noms sont changés et remplacés par des noms dérivés des idoles de Babylone.

Quelle aurait été notre attitude à la place de Daniel et de ses trois amis ? Voilà une question pour chacun de nous. Par des raisonnements subtils, aurions-nous trouvé quelques excuses ? Nous sommes de jeunes captifs sur une terre étrangère et ne serait-ce pas de l’ingratitude que de mépriser par un refus la nourriture d’un roi aussi bienveillant ? Ne mettrions-nous pas notre vie en danger ? D’ailleurs que reste-t-il du culte juif, puisqu’une partie des ustensiles du temple a été transportée à Babylone pour servir au dieu de Nébucadnetsar ? Et puis, Jérusalem et son temple sont si loin, et personne ne nous voit ici ! Oui, les pièges sont nombreux pour ces quatre jeunes gens seuls au milieu de cette grande ville !

Mais le verset 8 relève la résolution ferme prise par Daniel : « Il arrêta dans son cœur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait ».

Daniel et ses trois compagnons savent que ces mets sont d’abord présentés aux idoles et que, selon la loi de Moïse, ils peuvent être impurs. La foi opère et les pousse à refuser la nourriture du roi. Ils laissent à Dieu les conséquences de leur obéissance. Ils n’envisagent pas le désavantage qui en résulte par rapport aux autres jeunes gens. Ils savent que tout Israélite pieux ne peut pas s’asseoir à la table d’un païen asservi aux idoles (Ex. 34. 15 ; Lév. 11. 46).

Ce qui ressort de la décision de Daniel, c’est son entière soumission à l’autorité de la Parole de Dieu, c’est sa foi en un Dieu qu’il aime et craint dans son cœur. Retenez comme sont importantes les résolutions prises dans nos cœurs : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4. 23).

On a pu dire que « la foi est le tombeau des soucis ». Daniel et ses amis ont été arrachés de leur foyer, transportés loin de leur pays et du temple. Ils sont placés maintenant dans un milieu corrompu ; vont-ils boire à la coupe des délices du péché ? Non ! leur foi triomphe et Daniel, obéissant à la loi d’un Dieu juste et saint, demande au prince qui avait prescrit leur régime de lui permettre de ne pas se souiller (v. 8).

Le serviteur parfait, le Seigneur Jésus, n’a-t-il pas déclaré : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au dedans de mes entrailles » ? (Ps. 40. 8)

Comme nous sentons notre faiblesse devant la fidélité de Daniel, qui peut compter sur le secours de Dieu, sans crainte de paraître ridicule aux yeux d’un grand dignitaire de ce monde ! Dieu honore doublement la foi de Daniel et de ses compagnons. Il leur fait trouver compassion auprès de ceux qui les avaient emmenés captifs (Ps. 106. 46).

Certes le prince Ashpenaz craint le roi son seigneur qui a prescrit la nourriture et la boisson de ces jeunes gens. Mais les quatre jeunes hébreux craignent le Dieu des cieux qui domine sur le royaume des hommes et le donne à qui Il veut (Dan. 4. 32).

Daniel suggère une mise à l’épreuve de dix jours, au cours desquels ils mangeraient des légumes et boiraient de l’eau (v. 12 et 13). Et voici que, au bout de dix jours, leurs visages avaient meilleure apparence et étaient plus gras que ceux de tous les jeunes gens qui mangeaient les mets délicats du roi (v. 15). Ainsi ceux qui ont reçu de Dieu l’énergie de se conserver purs du monde trouvent une belle réponse à leur foi.

Ainsi Daniel et ses compagnons nous donnent une leçon du plus haut intérêt pour la vie de la foi, que nous pouvons appliquer dès le départ de notre vie chrétienne : arrêter dans son cœur de ne pas se souiller et ne pas craindre de rendre un témoignage clair et ferme au Seigneur Jésus devant les hommes de ce monde.

Ne redoutons-nous pas souvent l’opprobre de la part du monde, ou le ridicule d’une prise de position franche dans une sainte séparation du mal ?

Les deux principes affirmés par la foi de Daniel trouvent leur expression dans ce passage : « Sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos cœurs, et soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pier. 3. 15).

Certes, nous ne sommes pas des captifs ayant à braver la colère d’un monarque tout-puissant, mais le monde entier dans lequel nous sommes gît dans le méchant, et il est ajouté : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 Jean 5. 19 et 2. 15).

Et pour ceux qui s’interrogent au sujet de ce qu’est le monde, le verset suivant de l’Écriture précise : « La convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde » (v. 16).

Vos camarades se permettent bien des choses qui vous sont défendues, lisent des livres ou assistent à des spectacles où des flots de souillure envahissent leurs cœurs. Il y a aussi des compagnies qui vous seraient agréables avec des jeunes gens et des jeunes filles de ce monde, et vous ressentez la désapprobation sur ce point de ceux qui craignent Dieu, parents ou amis. Que faire ? Quel mal y-a-t-il en ceci ou cela ?

Le test pour notre âme n’est-il pas : Le Seigneur Jésus peut-il m’accompagner dans ce lieu, aurait-Il fréquenté tel camarade, aurait-Il fait, dit ou même pensé ceci ou cela ? Voilà des questions qui peuvent nous aider à régler bien des problèmes. Et la Parole, comme toujours, projette sa lumière : « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâce par lui à Dieu le Père » (Col. 3. 17).

« Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta parole » (Ps. 119. 9).

Daniel et ses compagnons (Dan. 2).

Dans le récit de la dernière fois, Daniel, comme Moïse bien avant lui, a estimé l’opprobre du Christ un plus grand trésor que tout ce que le monde lui offrait, attrayant pour le cœur naturel : les mets délicats du roi et le vin qu’il buvait.

Daniel, avec ses trois amis, sont fidèles, séparés du monde. Pas de compromis, pas de concessions, ces quatre jeunes Hébreux ont fait le choix de la foi : Dieu, Sa parole vivante, exerçant toute sa sainte autorité dans leur cœur et sur leur conscience. La réponse de Dieu, signe évident de Son approbation, est immédiate. Dieu leur donne la santé physique, l’intelligence et la sagesse. Le roi les trouve dix fois supérieurs à tous les devins et enchanteurs de tout son royaume.

Par le seul effet de Sa bonté et de Sa grâce, Dieu avait béni ces quatre jeunes captifs. Ils seront soumis à une nouvelle épreuve de leur foi. Retenons bien ce principe divin : « L’épreuve de notre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu » a pour résultat que Dieu soit loué, glorifié, honoré (1 Pier. 1. 7).

Dieu revendique Sa gloire en relation avec ce qu’Il nous a confié. Chacun est concerné par cette parole : « Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4. 7). L’esclave bon et fidèle n’a-t-il pas fait fructifier tout ce que son maître lui a confié ? L’intelligence et la sagesse de ces jeunes gens n’étaient-elles pas données de Dieu ? Ils seront éprouvés sur ce point, pour que toute la gloire revienne à Dieu. De plus, leur séparation du monde, fruit d’une vraie piété cultivée dans la crainte de Dieu, ne les a-t-elle pas préparés pour recevoir la révélation des secrets divins ?

Dieu prépare l’occasion où Daniel sera manifesté comme Son témoin par le songe prophétique de Nébucadnetsar.

Dans une vision de nuit, Dieu parle à ce monarque tout puissant pour lui faire savoir ce qui arrivera à la fin des jours et, en même temps, comme est impuissante la sagesse humaine si recherchée à Babylone ! Impressionné par ce songe dont il ne se souvient plus, ce roi orgueilleux exige que ses devins le lui fassent connaître avec son interprétation. Mais ces Chaldéens doivent dire à l’unanimité : « Il n’existe pas un homme sur la terre qui puisse indiquer la chose que le roi demande… excepté les dieux » (v. 10 et 11). Ils doivent constater que toute leur sagesse si réputée est réduite à néant. Dans sa colère implacable, le roi commande de détruire tous les sages de Babylone.

« Et on chercha Daniel et ses compagnons, pour les tuer » (v. 13). Ils ne pouvaient échapper au décret royal. C’est pourquoi Daniel, faisant preuve de prudence et de bon sens, demande au grand officier du roi que le temps lui soit accordé pour indiquer au roi son interprétation. Le jeune serviteur de Dieu a l’assurance que Dieu peut donner une réponse, car il a confiance en Lui, même si au moment où la difficulté surgit, il reste impuissant pour la résoudre.

Le délai accordé à Daniel par le chef des gardes sera consacré à implorer le Dieu des cieux avec ses trois compagnons. Ce Dieu qu’ils craignaient tous les quatre n’avait-Il pas déclaré : « Il arrivera que, avant qu’ils crient, je répondrai, et pendant qu’ils parlent, j’exaucerai » ? (És. 65. 24)

Vous voyez ces quatre jeunes exilés fléchissant leurs genoux devant le Dieu infiniment sage, faisant appel à Ses compassions au sujet de ce secret. Quelle efficace peut avoir une prière collective exprimant un besoin pressant ! (Mat. 18. 19). N’accède-t-elle pas directement au cœur de Dieu ?

Quel privilège de partager un exercice de foi avec quelques croyants et de le présenter à Dieu avec ferveur ! « Ne vous inquiétez de rien, mais en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces » (Phil. 4. 6).

« Alors le secret fut révélé à Daniel… Alors Daniel bénit le Dieu des cieux » (v. 19). Au lieu de se rendre aussitôt auprès du roi pour communiquer son secret, le cœur de Daniel est rempli de reconnaissance et il adore. Noble attitude de la foi, qui est toujours trop rare dans la chrétienté. Il prend le temps de rendre hommage à son Dieu qu’il sert continuellement (6. 16).

La grâce de Dieu fait alors ressortir l’humilité de Daniel qui s’efface lui-même pour donner toute gloire à Dieu seul lorsqu’il entre auprès du roi. « Ce n’est pas par quelque sagesse qui soit en moi plus qu’en tous les vivants, que ce secret m’a été révélé » (v. 30). « C’est Dieu qui révèle les choses profondes et secrètes ; il sait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure auprès de lui » (v. 22).

Pourrions-nous parler à Dieu comme Daniel ? : « Toi, Dieu de mes pères, je te célèbre et je te loue, parce que tu m’as donné sagesse et puissance, et que maintenant tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé » (v. 23). Voilà la délivrance, la réponse de Dieu qui est digne de toute louange !

Si « le songe vient de beaucoup d’occupations » (Éccl. 5. 3), celui du roi de Babylone avait une tout autre signification. Dieu présente, par l’étrange statue d’un homme, l’histoire des nations à travers quatre empires successifs. Au terme de cette période, Christ, le Fils de l’homme, prendra en main le pouvoir universel dans le glorieux règne millénaire, selon ce qui est exprimé : « Tu as mis toutes choses sous ses pieds » (Ps. 8. 6).

Daniel déclare à Nébucadnetsar qu’Il est « le roi des rois, auquel le Dieu des cieux a donné le royaume, la puissance, et la force, et la gloire ; et partout où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux des cieux, Il les a mis entre tes mains et l’a fait dominer sur eux tous » (v. 37 et 38).

À la suite de l’idolâtrie d’Israël, le siège du gouvernement de Dieu sur la terre quitte Jérusalem, et ce gouvernement est confié à Nébucadnetsar qui reçoit la domination universelle, le pouvoir absolu. Mais tout a été gâté par la tyrannie de cet homme marqué par l’orgueil, l’idolâtrie, l’esprit d’indépendance et l’impiété.

Les empires des nations disparaissent l’un après l’autre, démontrant que l’homme, administrateur infidèle, entraîne à la ruine tout ce qui lui est confié. Seul le royaume de Christ subsistera à toujours (v. 44). Puissent nos cœurs désirer un tel jour de gloire :

Viens, Prince de paix,

Viens, Prince de vie,

Régner à jamais !

Les trois compagnons de Daniel (Dan. 3. 1 à 18).

Nous avons remarqué précédemment comment Daniel et ses trois amis ont été fidèles à leur Dieu, alors qu’ils étaient déportés dans la lointaine Babylone idolâtre.

Leur foi a été éprouvée au sein d’une souffrance découlant de leur captivité.

Tout en se soumettant à l’autorité du roi, ils réalisent la vraie séparation de cœur pour Dieu. Séparés de la souillure et de la corruption d’un milieu impie, ils sont les instruments de Dieu et, par la prière, obtiennent la révélation de Ses secrets et des dispositions de Son gouvernement à l’égard de la terre jusqu’à l’avènement glorieux du règne de justice et de paix de Christ.

Vous avez sans doute appris ou même vécu que l’homme pieux qui craint son Dieu est continuellement éprouvé dans ce monde dont Satan est le prince.

Dieu nous soumet à différents tests pour que nous puissions vaincre par la foi et Le glorifier. Le service des fils de Kéhath, d’entre les fils de Lévi, dans la tente d’assignation (comme la note de nos bibles le souligne en Nombres 4. 3) impliquait tout à la fois labeur, souffrances et guerre. Les tentations et les pièges de l’ennemi de nos âmes sont nombreux et nous avons besoin de nous fortifier dans le Seigneur, prenant l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, nous puissions résister, et, après avoir tout surmonté, tenir ferme (Éph. 6. 10 à 18).

Une épreuve subite va fondre sur les trois jeunes amis de Daniel, confirmant ce que déclare l’Écriture : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés » (2 Tim. 3. 12).

Dieu avait permis que ces jeunes Hébreux fussent établis sur les services de la province de Babylone. Une telle position ne risquait-elle pas de susciter une cruelle jalousie des autres gouverneurs des régions de l’empire ? Tiendraient-ils ferme dans leur foi ?

C’est alors que Nebucadnetsar dressa dans la plaine de Dura une imposante statue d’or, haute de soixante coudées. Il ordonne à tous ses dignitaires de se prosterner devant elle et de l’adorer.

Voilà l’idolâtrie du cœur de l’homme déchu ! Se mettant à la place de Dieu, il tend toujours à s’adorer lui-même. Le Dieu des cieux avait donné à Nebucadnetsar la domination universelle et il avait lui-même confessé que le Dieu de Daniel était « le Dieu des dieux et le Seigneur des rois » (2. 47). Abusant de son pouvoir absolu, il veut avoir un dieu à lui, usurpant l’autorité qui appartient à Dieu seul.

Peut-être pensait-il consolider l’unité de son empire composé de nombreuses nations, en imposant une religion commune ? Avait-il donc si rapidement oublié le songe de la grande statue du chapitre 2, avec l’interprétation divine communiquée par Daniel ? Cependant il avait paru fortement impressionné, se prosternant même devant Daniel, le révélateur des secrets divins.

Les trois jeunes Hébreux Shadrac, Meshac et Abed-Négo sont présents à cette scène. L’ordre royal est impératif. « Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas, sera jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent » (3. 6). Quel profond exercice de conscience pour chacun d’eux ! C’est leur foi individuelle qui est mise à l’épreuve. Que vont-ils faire ? Qu’aurions-nous fait à leur place ? Cette cérémonie de la dédicace de la statue ne durerait que quelques courts instants, s’ils se prosternaient devant elle. Ne savaient-ils pas que l’idolâtrie de Juda avait courroucé l’Éternel, qui avait transporté son peuple à Babylone ?

Remarquez aussi comment la musique d’une grande diversité d’instruments est habilement utilisée pour atteindre les sens de l’homme naturel, afin de produire des sentiments religieux, sans toucher la conscience. Nous ne pouvons pas oublier que les descendants de Caïn ont utilisé la musique pour mener une vie agréable, loin de Dieu, dans un monde impie (Gen. 4. 21).

Dès que le signal fut donné, « tous les peuples, peuplades et langues, se prosternèrent et adorèrent la statue d’or que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée » (3. 7).

Seuls les trois jeunes hommes de Juda restent debout par la foi. C’est le moment d’avoir du courage. Ils connaissent la sainte loi de leur Dieu, selon Exode 20. 3 à 5. Ils ne craignent pas l’ordonnance du roi, car ils estiment qu’il ne serait pas juste d’écouter un homme plutôt que Dieu (Act. 4. 19). Aussi, ne redoutant pas la fureur du roi, ils proclament en public leur attachement au Dieu d’Israël. Ils savent que Nebucadnetsar tue qui il veut (5. 19). Mais l’obéissance de la foi est aussi absolue que la volonté propre du roi.

Cette attitude résolue de la foi excite la jalousie et la haine des accusateurs et déclenche la violente colère du monarque qui, dans son orgueil démesuré, lance un défi à Dieu : « Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main ? » (3. 15).

Vous voyez cette scène : d’un côté le monarque le plus puissant du monde, au faîte de la gloire humaine, entouré de tous les honneurs de son royaume, et de l’autre, les trois jeunes hommes de Juda, appartenant à une race méprisée, apparemment les plus faibles, mais soutenus par une foi inébranlable. Ces trois témoins sont préparés à réaliser cette parole d’Ésaïe 43. 1 et 2 : « Ne crains point, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi… quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras pas brûlé, et la flamme ne te consumera pas ».

Avec le plus grand calme, ils donnent leur réponse : « Nebucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet. S’il en est comme tu dis, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et il nous délivrera de ta main, ô roi ! » (3. 16 et 17). Voilà le langage d’une foi brillant de toute sa pureté ! Il y a un plein accord entre les paroles et la décision arrêtée dans le cœur. Ils savent que Dieu répondra.

Et la foi de ces jeunes gens n’est-elle pas encore rehaussée dans leur dernière parole avant l’épreuve du feu ? « Et sinon, sache ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée » (3. 18).

Le Dieu qu’ils servent est digne qu’ils lui sacrifient leur vie. Ils préfèrent mourir si Dieu ne les délivre pas, plutôt que d’être infidèles. Ils sont décidés, avec la force qui vient de Dieu, à ne pas renier le nom du Saint et du Juste.

Quel effet une telle attitude a-t-elle dans nos cœurs, dans notre vie ? En général nos épreuves n’atteignent pas une telle dimension, mais sachons que « celui qui est fidèle dans ce qui est très petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand » (Luc 16. 10).

Puissions-nous marcher dans le chemin de l’obéissance à Dieu, sans regarder aux conséquences !

Les trois compagnons de Daniel (Dan. 3. 19 à 30).

Vous vous souvenez sans doute du récit saisissant de la dernière fois. Les trois compagnons de Daniel ont arrêté dans leur cœur de rester fidèles au culte du vrai Dieu, même au péril de leur vie. Avec l’énergie de la foi, ils refusent de se prosterner devant l’imposante statue d’or que le roi Nebucadnetsar avait fait élever dans la plaine de Dura. Ce qui compte pour eux, mais aussi pour la foi dans tous les temps, c’est la volonté de Dieu. Ces jeunes hommes rendent témoignage avec une sainte hardiesse, sans se préoccuper des conséquences.

Accomplir un acte d’obéissance, rendre témoignage au Seigneur Jésus, s’engager à donner à Dieu la priorité sur l’autorité de l’homme : voilà qui entraîne une profonde souffrance.

Si nous ne sommes pas exposés à être jetés dans la fournaise de feu, chauffée sept fois plus que d’habitude, ne reculons-nous pas trop souvent devant les moqueries, le mépris, la désapprobation du monde ? N’était-ce pas la première fois que le roi tout-puissant enregistrait un refus d’obéissance aussi déterminé ?

On comprend que Nebucadnetsar soit rempli de fureur devant une telle résolution, et qu’il commande de lier Shadrac, Méshac et Abed-Négo, et de les jeter dans la fournaise de feu ardent (v. 20).

Les ordres terribles du roi sont exécutés. Les trois jeunes Hébreux sont liés tout habillés et jetés au milieu de la fournaise de feu par des hommes qui furent dévorés par la flamme. Voilà comment l’homme cruel parvient à se débarrasser des fidèles témoins de Dieu qui ont tenu ferme jusqu’à la mort !

Mais c’est maintenant l’heure de Dieu à l’égard de ceux qui « ont livré leurs corps, afin de ne servir et n’adorer aucun autre dieu que leur Dieu » (v. 28). Ils ont présenté leur corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu… leur service intelligent (Rom. 12. 1).

Dans un autre temps, l’apôtre Paul, prisonnier, affirme : « Christ sera magnifié dans mon corps, soit par la vie, soit par la mort » (Phil. 1. 20). Et en 1 Corinthiens 6. 19, il déclare : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ?… Vous avez été achetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps ». Que nos âmes soient sensibles à de telles paroles, alors que l’ennemi de nos âmes essaie de nous tenter et d’allumer des convoitises dans nos cœurs (Jac. 1. 14 et 15). Puissions-nous résister à cet adversaire redoutable, étant fermes dans la foi ! (1 Pier. 5. 9).

Ces trois jeunes croyants triomphent par la foi. Pas une plainte ne s’échappe de leurs lèvres. Dieu les soutient. Il est leur secours dans la détresse. Ils réalisent l’exhortation de Philippiens 4. 6 : « Ne vous inquiétez de rien ».

Mais voilà que Nebucadnetsar est consterné et se lève précipitamment en s’adressant à ses conseillers : « Voici, je vois quatre hommes déliés, se promenant au milieu du feu, et ils n’ont aucun mal ; et l’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu » (v. 25).

Qui est-il, ce mystérieux compagnon dans la fournaise ? N’était-ce pas l’Éternel se tenant tout près de Ses fidèles serviteurs pour soutenir leur foi et les garder de tout mal ?

L’apôtre, du fond de sa prison, peut dire : « Le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié » (2 Tim. 4. 17). Notre foi peut être affinée par le feu de l’épreuve. Mais une voix se fait entendre : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point », en sorte que, pleins de confiance, nous disions : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 5 et 6). Cette fournaise n’est-elle pas un lieu de rencontre du Seigneur avec les Siens ?

Après s’être assuré que trois hommes ont été jetés, liés, dans le feu, le roi s’écrie : « Shadrac, Méshac et Abed-Négo, serviteurs du Dieu Très-haut, sortez et venez ! »

Les trois jeunes Hébreux sortirent du milieu du feu, en présence du roi et de tous ses gouverneurs et conseillers, pour qu’il soit constaté que le feu n’avait eu aucune puissance sur leur corps. Les cheveux de leur tête n’avaient pas été brûlés… et l’odeur du feu n’avait pas passé sur eux (v. 27). Seuls les liens dont on les avait enlacés étaient consumés.

N’avons-nous pas en figure l’effet de l’épreuve de la foi « bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu » ? (1 Pier. 1. 7) Les liens par lesquels le monde veut attacher le croyant sont consumés et il peut marcher librement dans la présence du Seigneur Jésus. « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8. 36).

Ainsi ces jeunes témoins nous apprennent à nous confier en Dieu, qui peut éteindre la force du feu (Héb. 11. 33 et 34). La réalité de leur foi est démontrée aux yeux de tous et Dieu est glorifié. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31)

Vaincu par la puissance de Dieu s’exerçant en faveur de ceux qui le craignent, Nebucadnetsar prend la parole et dit : « Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo, qui a envoyé son ange et a sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui » (v. 28). Il donne à Dieu la gloire qui Lui revient et justifie ceux qui avaient refusé de se prosterner devant la statue d’or, par fidélité à Dieu.

Un ordre royal prononce une malédiction sur quiconque parlera mal du Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo, « parce qu’il n’y a pas d’autre Dieu qui puisse sauver ainsi » (v. 29). Par ces paroles, ce roi idolâtre reconnaît devant tous les représentants de son empire que sa statue n’était qu’un faux dieu. Un témoignage puissant est rendu au seul vrai Dieu que servaient les trois jeunes Hébreux. Et le roi éleva ces jeunes gens à un poste d’administrateurs dans la province de Babylone. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ».

Retenons cependant que la part des fidèles, placés dans un milieu idolâtre, c’est la souffrance. Ces trois compagnons de Daniel, dans cette scène, connaissent en figure ce qui attend le résidu juif fidèle dans les temps futurs d’Apocalypse 13. Il sera persécuté atrocement sous le règne du chef de l’empire romain dénommé la « Bête », pour bien marquer l’absence complète de relation avec Dieu.

Puissions-nous saisir les leçons importantes données par Daniel et ses trois compagnons au cours des trois chapitres que nous avons lus : se séparer pour Dieu de tout mal, quelles que soient les conséquences, s’attendre entièrement à Lui dans la prière pour toute difficulté, souffrir avec patience pour l’amour de son Nom.

Jean le Baptiseur (Luc 1. 1 à 25 et 57 à 80).

Nous nous proposons maintenant d’examiner avec le secours du Saint Esprit les récits d’enfants dans le Nouveau Testament.

Après un silence de plus de quatre siècles faisant suite à la révélation de l’Ancien Testament, par des instruments divinement inspirés, Dieu, qui est amour et lumière, Se manifeste pleinement en Christ. « De sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce. Car la loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1. 16 à 18).

Dans l’Évangile de Luc, avant la venue du Seigneur Jésus dans le monde, il est question de Son précurseur qui devait préparer Son chemin selon ce que le prophète Malachie avait annoncé : « Voici, j’envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ton chemin devant toi » (Luc 7. 27). Et le Seigneur, en parlant de lui déclare : « Parmi ceux qui sont nés de femme, il n’y a aucun prophète plus grand que Jean le baptiseur » (7. 28).

La venue de Jean fut divinement proclamée. Pendant que le sacrificateur Zacharie offrait, dans le temple à Jérusalem, l’encens sur l’autel d’or, l’ange Gabriel lui apparut au côté droit de l’autel pour lui annoncer qu’Élisabeth, sa femme, aurait un fils, en réponse à ses supplications (1. 13).

Nous devons noter que la nouvelle de cette naissance correspondait à un véritable miracle, car il est précisé que ce couple pieux n’avait pas d’enfant, parce qu’Élisabeth était stérile ; et qu’ils étaient tous deux fort avancés en âge (v. 7).

N’avons-nous pas en cela une image saisissante de la Loi incapable de produire du fruit pour Dieu ? De plus, le sacrificateur reste incrédule au message de grâce que lui adresse l’ange du Seigneur. Il sera muet jusqu’au moment où la promesse divine se réalisera.

Dieu a choisi un messager céleste pour proclamer cette naissance en raison de toute l’importance qu’il accorde à cette nouvelle.

Nous voyons aussi que Dieu répond aux prières selon Sa sagesse et Son amour envers les Siens. Rappelons-nous cette parole : « Si quelqu’un est pieux envers Dieu et fait sa volonté, celui-là il l’écoute » (Jean 9. 31). Il peut nous faire attendre pour exercer notre foi et notre patience, et développer notre confiance en lui. Mais ceux que Dieu emploie pour l’accomplissement de Ses voies doivent prendre conscience de leur néant.

Au moment où, par la foi, nous reconnaissons que nous sommes sans force, Dieu peut magnifier Sa puissance et Sa grâce. Comme Job à l’issue de son épreuve, nous pouvons affirmer : « Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour toi » (42. 2).

« Et tu appelleras son nom Jean » (v. 13). Ce nom choisi par Dieu signifie : la faveur de Jéhovah. Les requêtes de Zacharie pendant de longues années n’appelaient-elles pas la faveur de Dieu sur Son peuple à travers l’enfant demandé ? Et au moment où la réponse divine est sur le point de s’accomplir, le doute remplit le cœur de Zacharie (v. 18 à 20). Mais cela n’empêche pas Dieu d’exécuter Son dessein à l’égard de Son peuple. Jean, le plus grand des prophètes, allait être le précurseur de Jésus.

Voilà la bonne nouvelle venant du ciel pour exprimer la faveur de Dieu à l’égard des hommes. Comme ce nom était approprié à la mission confiée à ce serviteur en vue d’introduire l’époque de la grâce, et pour Israël et pour le monde !

Les voisins et les parents sont surpris par ce nom qui ne correspond pas aux traditions juives, mais le père confirme par écrit la prescription divine. Il montre sa soumission à la parole de Dieu. Il écrivit sur une tablette : « Jean est son nom ». « Et à l’instant sa bouche fut ouverte et sa langue déliée ; et il parlait, louant Dieu » (v. 58 à 64).

Quelle douce joie pour ces parents âgés de pouvoir exprimer leur gratitude envers le Dieu de toute grâce qui répondait au vœu de leur cœur en leur confiant cet enfant. Et la parole de l’ange se vérifie : « Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance » (v. 14).

« Il sera grand devant le Seigneur » (v. 15). Cette grandeur relative dépend de Celui dont Jean serait le héraut. Selon les paroles de deux prophètes annonçant sa venue, Jean est envoyé pour préparer le chemin devant le Seigneur (És. 40. 3 à 8 et Mal. 3. 1). C’est par un appel incisif à la repentance, en constatant que la ruine de l’homme était irrémédiable, que le prophète préparait les cœurs. Pour de telles âmes, profondément convaincues de péché, confessant leurs fautes, la seule issue était la pure grâce de Dieu.

La grandeur de Jean ressort quand il parle de Celui qui vient d’en haut et qui est au-dessus de tous (Jean 3. 31). Il peut dire : « Après moi vient un homme qui prend place avant moi » (Jean 1. 30). Il se rend compte qu’il n’est rien, pour donner toute gloire au Seigneur. Le secret du bonheur de cet homme se trouvait dans l’oubli de lui-même.

Cette vertu trop rare, c’est l’humilité, que seul le chrétien peut revêtir, par la foi, lorsque Jésus est tout pour son cœur. N’est-il pas écrit : « L’abaissement va devant la gloire » ? (Prov. 15. 33) Jean rend témoignage de la lumière, afin que tous croient par Lui. Mais le monde n’a pas connu Celui qui était la vraie lumière, et les Siens ne l’ont pas reçu (Jean 1. 6 à 12).

Jean a aussi rendu témoignage à la Parole qui devint chair et habita au milieu de nous, apportant la grâce et la vérité et révélant le Père (Jean 1. 14 à 18). En proclamant la vérité il déclare : « Moi, je suis la voix de Celui qui crie dans le désert » (Jean 1. 23). Témoin fidèle, il se contentait d’être une voix pour Dieu.

Et lorsqu’il voit Jésus venant à lui, Jean dit : « Voilà l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29). Il est tout occupé de la valeur de l’œuvre de Christ, la parfaite victime, le Sauveur. Il la contemple dans ses résultats glorieux, le péché étant aboli pour toujours.

De plus il voit en Jésus Celui qui baptise de l’Esprit Saint, le Fils de Dieu (Jean 1. 32 à 34). Puissions-nous parler du Seigneur Jésus et de Son œuvre expiatoire comme Jean l’a fait, nos cœurs et nos pensées étant absorbés par une telle contemplation ! Dès maintenant nous pouvons dire au Seigneur Jésus :

Dans nos cœurs remplis de ta grâce,

Toi seul auras toute la place

A toujours.

Jean le Baptiseur (Luc 1. 15 à 25, 37 à 80).

Comme nous l’avons rappelé la dernière fois, la naissance miraculeuse de Jean le Baptiseur a été annoncée à ses parents, une famille de sacrificateurs, par l’ange Gabriel. Cet enfant était une réponse à leur foi, un exaucement à leurs prières.

Après lui avoir donné son nom, l’ange déclare : « Il sera grand devant le Seigneur » (v. 15). Jean, le plus grand des prophètes, est envoyé pour préparer le chemin devant le Seigneur, par de puissants appels à la repentance, « pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (v. 17).

L’ange ajoute que cet enfant ne boira ni vin, ni cervoise. Cette prescription concernait les nazaréens, ceux qui étaient consacrés à l’Éternel (Nomb. 6). Moralement, ils devaient se séparer de tout ce qui, dans ce monde, excite les sens, les joies naturelles. Pas de vin, pas de boisson forte, pour ceux qui sont mis à part pour le service de Dieu, selon la loi du nazaréat. Et il sera rempli de l’Esprit Saint dès avant sa naissance. Selon Éphésiens 5. 18, le Saint Esprit ne peut agir avec puissance que dans un cœur sevré de tout excitant charnel.

C’est alors que le service de Jean est bien défini. « Il fera retourner plusieurs des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu et Il ira devant lui dans l’esprit et la puissance d’Élie » (v. 16 et 17).

Dans son zèle ardent pour la gloire de Dieu, le prophète Élie avait pour mission de rétablir par la repentance des relations entre Israël et l’Éternel. Animé du même esprit, Jean le Baptiseur prêcherait la repentance envers Dieu pour que les âmes soient amenées à la foi au Seigneur Jésus et en Son œuvre expiatoire.

Tout pénétré de la grandeur de Celui dont il était le précurseur, Jean, vase de la puissance et de la grâce divine, s’emploierait avec ferveur à préparer un peuple bien disposé pour accueillir Jésus, la parfaite expression de la faveur de Dieu à l’égard de tous les hommes. L’un de nos jeunes lecteurs n’aurait-il pas encore apprécié une telle grâce ?

A propos de la naissance de Jean, malgré l’âge avancé d’Élisabeth, sa mère, l’ange prononce ces paroles toujours actuelles pour la foi : « Rien ne sera impossible à Dieu » (v. 37).

Chers enfants, croyons-nous une telle déclaration ? A-t-elle une signification dans notre vie de chaque jour, dans notre marche, dans notre témoignage ? La foi voit bien des difficultés en face d’elle, éprouve le côté pénible des circonstances, mais elle a un secret : elle introduit le Dieu vivant en toutes choses. Elle regarde à Lui, elle se confie en Lui. Le Seigneur ne veut-Il pas nous encourager par cette parole : « Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23).

N’oublions pas cependant notre exercice nécessaire de dépendance vis-à-vis de Dieu : la foi ne veut que ce que Dieu veut. C’est un homme tout dévoué au Seigneur, chargé d’une chaîne, en prison, qui par expérience peut dire : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Phil. 4. 13).

La naissance miraculeuse de Jean, la détermination de son père lui donnant le nom attribué par l’ange Gabriel avant sa naissance, la guérison de l’infirmité de Zacharie ouvrant sa bouche pour louer Dieu, tout cela occupe le cœur des âmes pieuses habitant le pays des montagnes de la Judée. Dieu entend nos conversations et Il connaît même toutes nos pensées (Ps. 139. 2 et 4).

Considérons ce qui est écrit à propos de quelques fidèles, humbles et cachés, dans le dernier prophète de l’Ancien Testament : « Alors ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu… Ils seront à moi, mon trésor particulier, dit l’Éternel des armées » (Mal. 3. 16 et 17).

Vous qui aimez et connaissez le Seigneur Jésus, saisissez l’occasion de parler de Lui entre vous ou avec un camarade qui vous demanderait raison de l’espérance qui est en vous.

Et la main du Seigneur était avec cet enfant (v. 66). La puissance protectrice de l’Esprit de Dieu dont il était rempli (v. 15) reposait sur lui dès son enfance. Heureux enfant formé à l’école de Dieu ! Quelle sainte préparation pour un serviteur !

Esdras ne déclare-t-il pas : « La main de notre Dieu est en bien sur tous ceux qui le cherchent » ? (Esd. 8. 22). Ne pouvons-nous pas être au bénéfice d’une telle grâce ? N’est-ce pas la main de Dieu qui agit avec puissance, qui garde Ses chers rachetés et répand sur eux Ses riches bienfaits ? Sommes-nous assez reconnaissants pour tous les soins fidèles de notre Dieu, qui pourvoit à tous nos besoins ?

Que Dieu inscrive dans nos cœurs ces paroles : « Mon âme, bénis l’Éternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits » (Ps. 103. 2).

« Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il fut dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël » (v. 80).

Quel développement équilibré dans la vie de cet enfant : la croissance physique était accompagnée de progrès graduels sur le plan moral et spirituel par l’opération continue du Saint Esprit en lui. Il vivait dans la solitude des déserts, à l’écart des vains bruits du monde.

C’est ainsi que Dieu prépare ses serviteurs, dès leur jeunesse, pour le ministère auquel Il les destine. Son vêtement même le faisait reconnaître comme le prophète du Très-Haut : un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins ; et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage (Mat. 3. 4). Vrai nazaréen pour Dieu, séparé de tout, il était marqué par l’austérité du prophète Élie.

Son ministère est annoncé dans la prophétie de Zacharie : « Tu iras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour donner la connaissance du salut à son peuple, dans la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (v. 76 à 78).

Ce grand salut nous est offert aujourd’hui encore. Il s’agit de l’accepter dans notre cœur par la foi au Seigneur Jésus.

Jésus enfant (Luc 1. 26 à 38, Mat. 1).

Parmi toutes les naissances d’enfants dans ce monde, depuis celle de Caïn, il n’y en a pas de plus importante pour l’humanité que celle de Jésus, à Bethléhem, selon ce que le prophète Michée avait annoncé (5. 2).

Cette naissance est un élément du grand mystère de la piété : « Dieu a été manifesté en chair » (1 Tim. 3. 16). Et Jean précise : « Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père) pleine de grâce et de vérité » (1. 14). « Dieu ayant autrefois, à plusieurs reprises et en plusieurs manières, parlé aux pères par les prophètes, à la fin de ces jours-là, nous a parlé dans le Fils » (Héb. 1. 1 et 2).

Le Dieu Tout-puissant, créateur des cieux et de la terre, que nul œil n’a vu ni ne peut voir, qui habite la lumière inaccessible, a voulu se révéler à l’homme pécheur pour lui apporter le salut et le pardon des péchés. Dieu nous aima et envoya son Fils unique dans ce monde pour être la propitiation pour nos péchés, car nous étions coupables – pour être le Sauveur du monde, car nous étions perdus – afin que nous vivions par Lui, car nous étions morts (1 Jean 4. 10, 14, 9).

La bonne nouvelle que Dieu proclame par l’évangile, c’est qu’Il se révèle dans le don de Son Fils. « Grâces à Dieu pour son don inexprimable ! » (2 Cor. 9. 15).

Avec quel soin et quelle sobriété les évangélistes Matthieu et Luc relatent la venue de Jésus dans ce monde ! Il y entre par la naissance, comme tous les hommes. Lui, le Fils de Dieu, n’a-t-il pas vécu complètement l’histoire de l’homme, de la naissance à la mort, une parfaite humanité toute à la gloire de Dieu ? Il reste le vrai Modèle pour tout croyant.

Chers jeunes lecteurs, puissiez-vous contempler le Seigneur Jésus par la foi, dès sa naissance, à travers les récits des évangiles !

C’est l’ange Gabriel qui est chargé d’annoncer cette naissance à une vierge d’Israël, nommée Marie, habitant la ville de Nazareth en Galilée. N’est-elle pas le vase que Dieu a choisi pour être la mère du Sauveur ?

Événement inouï, aux conséquences glorieuses et éternelles : « Emmanuel vient jusqu’à nous. Dieu se fait homme : Ô saint mystère ! Que son peuple adore à genoux ! ».

Saisie d’émotion, la jeune fille est troublée à la parole de l’ange. Mais quelle précieuse part est la sienne, car elle a trouvé grâce auprès de Dieu.

L’ange lui dit : « Tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jésus », nom qui signifie : Jéhovah-Sauveur. Et il ajoute : « Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1. 32 et 33).

Il nous appartient de célébrer la grandeur infinie de Celui qui, comme Fils du Très-haut, est le Fils de Dieu de toute éternité. Et il est aussi, comme fils de Marie, fils de David, le Messie, afin de régner à toujours sur Israël. « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit » (Dan. 7. 14).

Comme Fils de l’homme, Il régnera sur l’univers tout entier, jusqu’à ce qu’Il ait remis le royaume à Dieu le Père, et ce sera l’état éternel dans un nouveau ciel et une nouvelle terre.

L’ange précise encore : « La sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (v. 35). Quel mystère inscrutable ! Le Fils de Dieu devint homme par la seule puissance du Saint Esprit, sans l’intervention de la volonté de l’homme. Toutes ces gloires appartenaient à cet enfant absolument saint, qui serait un vrai Nazaréen pour Dieu, séparé de tout mal et de toute souillure.

« Quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l’adoption » (Gal. 4. 4 et 5).

Apprécions-nous assez que le Fils de Dieu soit devenu homme en venant dans ce monde pour nous sauver ? « Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et appellera son nom Emmanuel ». Dieu avec nous… « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné… on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix » (És. 7. 14 ; 9. 6).

Ainsi la foi reçoit simplement, en adorant, le fait insondable de l’union de l’humanité et de la divinité de Christ. « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père » (Mat. 11. 27). Ce n’est pas notre intelligence naturelle, aussi développée soit-elle, qui peut comprendre ce mystère ; mais c’est par la foi que, ayant reçu la vie de Jésus animée par la puissance du Saint Esprit, nous pouvons saisir ce que Dieu nous révèle à l’égard de Son Fils bien-aimé.

La Parole est absolue : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2. 14).

Dans l’évangile de Matthieu, le Seigneur Jésus est présenté comme le Messie, le roi d’Israël, l’objet des promesses et des prophéties faites à Israël. Une généalogie est ici nécessaire pour démontrer que Jésus était celui qui répondait aux promesses faites à Abraham, et en même temps l’héritier authentique du trône de David. La généalogie est celle de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. En Matthieu 1, c’est la généalogie officielle, reconnue par les Juifs parce que c’est celle de Joseph, le mari de Marie, qui était estimé être le père de Jésus (Luc 3. 23). Les trois séries de quatorze générations chacune correspondent aux trois grandes périodes de l’histoire d’Israël : de l’appel d’Abraham à David (v. 2 à 6), de David à la transportation de Babylone (v. 7 à 11), de la transportation à la naissance de Jésus (v. 12 à 16).

Dans cette longue énumération de noms, il y a certes des hommes pieux dont la mémoire est en bénédiction : Abraham, David, Ézéchias, Josias ; mais il y a aussi des rois impies, Achaz, Manassé, Amon… qui ne sont pas supprimés.

Au moment où le Sauveur est révélé, Dieu se plaît à souligner que le salut offert par grâce dans Son glorieux évangile s’adresse à quiconque (Jean 3. 16). Il y a en particulier quatre femmes dont les noms se rattachent à des faits humiliants, mais leur histoire exalte la grâce infinie de Dieu qui a voulu sauver de viles créatures en leur donnant un Sauveur. Oui ! là où le péché a abondé, la grâce a surabondé (Rom. 5. 20).

Chacun de nos jeunes amis peut-il déclarer avec bonheur : « Jésus est mon Sauveur, il est mort pour moi » ?

La naissance de Jésus et les bergers de Bethléhem (Luc 2. 1 à 20).

Comme nous l’avons précisé le mois dernier, le prophète Michée avait annoncé la naissance de Jésus à Bethléhem (5. 2), alors que Marie, sa mère, habitait Nazareth.

Pour que cette prophétie s’accomplisse, Dieu se sert d’un édit de César Auguste, le premier empereur romain, proclamant le recensement de toute la population de l’empire.

Ainsi chacun devait aller à sa propre ville pour y être enregistré. Soumis à l’autorité de l’empereur, Joseph et Marie, ignorés de tous, se rendent à Bethléhem parce qu’ils appartiennent à la famille royale de David. Ce qui compte pour Dieu, c’est que les Écritures s’accomplissent à l’égard du lieu de naissance de Son propre Fils. N’est-il pas écrit : « Toutes choses te servent » ? (Ps. 119. 91)

Dieu peut préparer un grand poisson pour engloutir Jonas, mais aussi préparer un ver pour ronger le kikajon qui faisait ombre sur sa tête (2. 1 et 4. 7). Il peut aussi faire parler l’ânesse de Balaam (Nomb. 22. 30). Mais dans notre passage de Luc 2, c’est l’empereur Auguste qui est l’instrument choisi, malgré lui, pour faire la volonté de Dieu.

Et il arriva, pendant qu’ils étaient à Bethléhem, que Marie mit au monde son fils premier-né, et l’emmaillota, et le coucha dans la crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie (2. 7).

Arrêtons-nous en ce lieu pour y contempler le saint mystère de la naissance de Jésus, le Messie, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Fils de Dieu.

Le monde ne l’attend pas et ne trouve pas de place pour Lui. Nous ne sommes pas ici à la cour d’un roi ou à Jérusalem. Mais Jésus naît dans une obscure étable, dans l’humiliation la plus profonde. Il vient en grâce pour sauver l’homme pécheur.

Quelle mère accepterait de placer son enfant dans un tel berceau ? La carrière terrestre de Jésus, toute d’amour, commence par une crèche et finit sur une croix. Cela met en évidence tout le désordre moral engendré dans ce monde par le péché, mais aussi l’amour de Dieu qui prend la dernière place pour nous servir.

Jésus descend dans la crèche de Bethléhem et s’abaisse jusqu’à la croix de Golgotha. Nos cœurs ne s’attacheraient-ils pas à un tel Sauveur qui a accepté de prendre une telle place dans ce monde pour le rachat de notre âme ?

Ainsi la grâce de Dieu brille tout au long de la vie de Jésus. Elle est à la portée de chacun qui en éprouve le besoin. Elle est accessible à tous les hommes, car Dieu ne fait pas acception de personnes. Chacun de nous peut alors s’interroger : quelle place Jésus tient-Il dans mon cœur ?

Dans l’histoire des hommes la naissance de Jésus est ignorée. Vos manuels d’histoire ne la signalent pas. Mais pour Dieu, l’événement est d’une importance capitale. La nouvelle doit être proclamée aux fils des hommes.

Quels seront-ils, ceux que Dieu choisit pour leur confier un tel message ? Ce ne sont pas les grands de la terre, mais d’humbles bergers demeurant aux champs, et gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. « Et voici, un ange du Seigneur se trouva avec eux, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux ; et ils furent saisis d’une fort grande peur » (v. 9).

Quand l’homme est tout à coup dans la présence de Dieu, sa conscience parle et il est effrayé. Certes ces hommes ne sont pas plus coupables que leurs semblables. La seule issue pour eux ne peut être que le message de grâce de l’ange du Seigneur : « N’ayez point de peur, dit-il, car voici, je vous annonce un grand sujet de joie qui sera pour tout le peuple ; car aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci en est le signe pour vous, c’est que vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (v. 10 à 12).

Quelle merveilleuse grâce que cette bonne nouvelle ! Quel sujet de joie pour ces hommes simples, pour tout le peuple, pour chacun de nous ! Ce petit enfant, couché dans la crèche, est le Sauveur des hommes. L’intelligence humaine ne peut sonder les pensées de Dieu.

Retenons que « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes… en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 28 et 29). « Et soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes ! » (v. 13 et 14). Les chœurs célestes exaltent le mystère insondable de la piété : « Dieu a été manifesté en chair… a été vu des anges » (1 Tim. 3. 16).

Tout le ciel est en émoi pour ce qui concerne les hommes, car l’amour de Dieu est manifesté par la naissance de Jésus sur la terre. Dieu envoie Son Fils pour être le Sauveur du monde.

La venue de Christ magnifie la gloire de Dieu dans les lieux très hauts, car la victoire du bien sur le mal est assurée, l’amour de Dieu est supérieur au péché de l’homme.

Malgré la chute de l’homme que Satan voulait entraîner sous le jugement divin, Dieu Se glorifie par Sa grâce. « Car la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». C’est le Seigneur Jésus qui a pris notre place sous le jugement de Dieu. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi… c’est le don de Dieu » (Éph. 2. 8).

Les anges annoncent la paix sur la terre. Les nations déploient beaucoup d’efforts aujourd’hui pour obtenir la paix entre elles, mais jusqu’à ce jour, tout est vain. L’homme est sous les conséquences du péché et « il n’y a pas de paix, dit l’Éternel, pour les méchants » (És. 48. 22). Mais bientôt le Seigneur viendra établir Son règne de justice et de paix sur la terre, après avoir vaincu Ses ennemis, Satan lui-même étant lié pour mille ans.

Enfin l’armée céleste proclame le bon plaisir de Dieu dans les hommes. En effet, lors du baptême de Jésus par Jean, il y eut une voix qui venait du ciel disant : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (Luc 3. 22). Voilà l’appréciation de Dieu à l’égard de Celui dont les délices étaient dans les fils des hommes (Prov. 8. 31) !

Dieu amène plusieurs fils à la gloire, en consommant le chef de leur salut par des souffrances (Héb. 2. 10). Parmi les rachetés, Il sera premier-né entre plusieurs frères (Rom. 8. 29).

Aussitôt la foi est en activité chez ces bergers, car ils désirent voir le petit enfant Jésus. La parole de Dieu fait autorité sur leur cœur et ils se hâtent pour aller à Bethléhem. Selon le signe qui leur a été indiqué, ils trouvent le petit enfant. Leur cœur est tout occupé de ce qu’ils ont entendu et vu, et ils peuvent désormais en rendre témoignage, tout en louant Dieu qui réalise de tels desseins à l’égard de l’homme. Pouvez-vous rendre grâces à Dieu pour Son don inexprimable ?

D’après La Bonne Nouvelle 1983

LAURIE

LAURIE ou les mystères

Chapitre 1. « Que nous allons être heureux ! »

Laurie s’assit sur une malle usée, dans le jardin, et regarda autour d’elle. Grégory (le plus souvent appelé « Greg ») était debout à ses côtés, un doigt dans la bouche, examinant avec beaucoup d’intérêt la vieille voiture inconfortable et son honnête conducteur aux larges épaules. C’était un froid et gris après-midi de février.

En face d’eux, les enfants n’aperçurent aucune maison. Mais sur les bords de la route, des peupliers en longues rangées se balançaient au souffle du vent glacé. Au-delà, les bandes brunes des champs labourés allaient jusqu’à une plantation de sapins qui s’étendait à l’horizon sur une longueur d’environ deux kilomètres.

Ce n’était pas un coup d’œil réjouissant et Laurie, se sentant malheureuse et gelée, se retourna brusquement pour examiner la maisonnette. Le toit était de chaume et il y avait deux fenêtres à la mansarde : un balcon en bois et une fenêtre de chaque côté. Les murs avaient été fraîchement blanchis, et un rosier grimpait jusqu’au toit en s’efforçant de fleurir en dépit des mauvais traitements que les maçons lui avaient fait subir.

Elle considéra le jardin : ce n’était qu’une étendue d’herbe ; cependant, de chaque côté de l’allée de gravier, deux massifs ronds avaient été préparés au milieu de chaque pelouse. Tout paraissait nu, froid et mort. Laurie tourna de nouveau son attention vers la voiture et les bagages. Esther, une grande femme maigre et décharnée, aux larges pommettes et aux joues rouges, essayait de hâter les mouvements du cocher. Elle arrivait dans l’allée avec un panier, une caisse carrée en bois, et un grand sac en tapisserie.

Sa voix s’élevait en protestations aiguës :

– Voilà un gros fainéant, qui a besoin d’être secoué ! Vous nous retiendrez jusqu’à minuit… Je me demande si vous êtes capable de lever votre petit doigt pour aider une femme ! Maintenant, enfants, entrez ; ceci est le dernier chargement. Ouf, c’est fini !

Laurie se leva avec un soupir de soulagement et, prenant Greg par la main, entra dans la petite maison qui allait être leur nouveau foyer.

C’était un chaos de caisses et de meubles ; mais au milieu de tout ce désordre se trouvait la seule personne capable d’y mettre de l’ordre et du confort… leur mère !

Elle était à genoux, soufflant un feu qu’elle venait d’allumer, et comme les flammes s’élevaient, jetant une lueur chaude sur sa mince forme vêtue de noir, elle se retourna pour accueillir les enfants.

– Venez vite, mignons ! Quels visages graves ! Vous mourez de froid ; venez près du feu. N’est-ce pas que voilà une gentille petite maison. Nous allons être heureux ici !

Ces mots joyeux et vifs amenèrent tout de suite des sourires sur les petits visages. Greg accourut et fut aussitôt enlevé sur les genoux de sa mère. Laurie s’agenouilla à ses côtés et étendit ses petites mains vers la flamme accueillante.

– Il fait si froid et triste dehors, maman !

– Oui, mais nous sommes dedans maintenant, ma chérie.

Laurie appuya sa joue sur l’épaule de sa mère, d’un geste caressant qui lui était familier. Elle avait une mignonne petite figure un peu délicate, avec de grands yeux foncés, encadrés d’épaisses boucles brunes ; mais quoiqu’elle fût à cette heure-là pensive et tranquille, elle était d’habitude très vive, avec l’esprit et l’imagination qu’on se serait attendu à trouver en un corps trois fois plus grand qu’elle. Greg était un solide blondin aux yeux bleus, qui suivait passivement la volonté de sa sœur. Il montrait toutefois une facilité surprenante à se faire lui-même un plan d’action et à l’exécuter avec une vitesse étonnante sans s’occuper des conséquences.

Leur mère était encore jeune et charmante dans sa simple robe de veuve. On pouvait voir de qui Laurie tenait ses beaux yeux et ses cheveux soyeux. Mais malgré sa jeunesse, Mme Oliver avait, dans ses traits, une expression de volonté indomptable qui était absente chez l’enfant. C’était une femme qui, sans être belle, avait le don de captiver et d’intéresser tout le monde dès qu’on la voyait. Au cours d’une conversation animée, mille expressions différentes passaient sur son visage grave, qui s’éclairait parfois d’une gaieté franche, et sa physionomie pouvait refléter une sérieuse détermination ou des pensées profondes aussi bien que sourire à des traits d’esprit étincelants.

Son passé avait été triste. Les lignes inquiètes de son front et de ses lèvres le disaient assez. Mais le présent semblait heureux, et l’avenir envisagé avec courage et confiance. Le souvenir de ce premier soir s’imprima dans la mémoire des enfants pour tout le reste de leur vie. Ils arrivaient d’un appartement situé au-dessus d’une laiterie à Londres ; en contraste la tranquillité et le calme de leur nouvelle maison et de tout l’entourage les intriguaient et les émerveillaient. Cependant, ce soir-là, lorsque Laurie fut couchée dans son petit lit dans la chambre de sa mère, elle regarda longtemps la flamme dans la cheminée. Se sentant si bien, après ce long voyage, dans des draps blancs et propres, elle appela sa mère à ses côtés :

– Est-ce que nous allons être riches ici, maman ?

Mme Oliver rit gaiement.

– Riches en santé, j’espère, Laurie, en grand air frais, en soleil, et riches aussi… – ici sa voix s’abaissa doucement – par le puissant secours et la grande bonté de Dieu.

– Je L’aime ! fut l’exclamation enthousiaste de Laurie, puis elle se retourna sur son oreiller, et s’endormit profondément.

Les quelques jours suivants furent bien remplis. Esther et Mme Oliver déballaient, rangeaient, et petit à petit, chaque chambre devenait habitable. Deux jolies petites pièces, une assez grande cuisine, deux chambres à coucher et une vaste mansarde furent meublés aussi simplement que possible.

Mme Oliver posait des tapis, accrochait des tableaux, cousait des bandes de tissu pour faire des rideaux et des coussins, transformait des caisses en divans, suspendait des étagères et des porte-manteaux, le tout avec une rapidité et une gaieté de cœur qui coupait le souffle à sa fidèle servante qui essayait vainement de la suivre.

Laurie et Greg, couverts de chauds manteaux, étaient envoyés dehors pendant une grande partie de la journée. Il ne leur manquait rien. Le jardin n’était qu’une longue et étroite pelouse entourée d’un petit mur de pierres. À son extrémité grandissaient deux pommiers, un cerisier, et un vieux chêne. Par-dessus le mur on voyait une lande couverte d’arbustes et de bruyère fanée ; au loin, à une distance d’environ un demi-kilomètre, quelques maisonnettes se groupaient autour de l’église du village. Mais la grande attraction de ce vieux jardin était un puits. Il avait un vieux couvercle de bois et une grosse poulie où s’enroulait la corde pour faire monter ou descendre le seau.

Esther, voyant quelle fascination tout cela exerçait sur les enfants, avait bâti une barricade au moyen d’un vieux grillage qu’elle avait trouvé dans une cabane, et leur avait défendu de toucher la poulie ou les seaux. Mais elle ne pouvait pas les empêcher d’exercer leurs esprits remuants sur cet intéressant sujet.

Le soleil brillait. Laurie et Greg avaient tous deux grimpé le mur de pierre, s’étaient assis, balançaient leurs petites jambes turbulentes et causaient vite et sérieusement.

– C’est une très belle chose à avoir dans son jardin, parce qu’on ne sait jamais ce qu’il y a au fond, ni qui habite sous l’eau.

– Ce sont des crapauds, dit Greg en faisant l’important.

– Non, pas de vilains crapauds, mais de belles petites dames aux cheveux blonds. Elles remontent et dansent sur l’herbe quand nous sommes couchés.

– Des fées ?

– Des ondines, je crois qu’on les appelle. Elles dorment dans des coquillages, elles ont des robes d’herbe marine rose, et montent à cheval sur des poissons.

– Y a-t-il des poissons là-bas dedans ?

– Tout au fond, il y a tout ce qu’on peut imaginer.

– Des éléphants et des girafes ?

– Eh bien, dit Laurie en hésitant, si on descend assez profond, qu’on nage bien loin, on ressort probablement en Inde ou en Afrique.

– Je pêcherai des poissons pour déjeuner ! dit Greg d’un air décidé. Laurie secoua la tête et fronça les sourcils.

– Tu ferais peur aux ondines.

– Peut-être que j’en pêcherai une aussi, continua Greg, plein d’ardeur. Mais Laurie se hâta de protéger le secret et le charme sacré de son puits merveilleux.

– Un jour, dit-elle, un petit garçon a pêché dans un puits, quoiqu’on le lui ait défendu. Et quelque chose a attrapé sa ligne et l’a tiré dedans jusqu’au fond. Puis il s’est senti saisi entre les pinces d’un de ces gros homards rouges qui vivent dans la mer, qui ont des dents et des griffes comme des pointes de fer, une bouche comme une grande fournaise, et des yeux comme ceux des chats dans le noir ! Et il a crié, mais c’était inutile. Le gros homard l’écrasa lentement, en fit une pâte, et l’avala pour son dîner.

Cette horrible histoire amena un air pensif sur la figure de Greg. Il changea de sujet.

– D’où vient l’eau ? demanda-t-il.

– De la mer, répondit promptement Laurie. Puis elle sauta de son mur et regarda avec regret par-dessus la barrière.

– C’est magnifique d’avoir un puits qui nous appartienne, continua-t-elle. C’est comme dans la Bible. Je crois que Joseph a été mis dans un puits.

– A-t-il vu les dames et le homard rouge ? demanda Greg.

– Je crois que c’était un puits desséché, mais c’était tout de même très sombre et désagréable pour lui. Oh ! Regarde, Greg, as-tu entendu ce petit clapotis ? J’ai vu bouger l’eau. Je crois que c’est une petite ondine ! Elle voulait nous voir, et maintenant elle est partie en courant pour le dire aux autres.

– Comment était-elle ?

– Elle avait une robe rose, et des fleurs dans les cheveux, et de mignons bras blancs, et sa figure était comme celle de l’ange gardien, dont l’image est dans la chambre de maman…

– Peut-être qu’elle en était un, d’ange ! Laurie secoua la tête.

– Non, les anges ne vont jamais dans les puits : ils sont trop sages. Les ondines sont plutôt méchantes.

– Qu’est-ce qu’elles font ?

Mais Laurie avait subitement changé d’idée, et s’élança en courant.

– Escaladons le mur, et sortons sur la lande.

Aussitôt dit, aussitôt fait. C’était une journée délicieuse et bientôt les enfants galopaient sur l’herbe tendre et courte, se sentant libres dans le grand espace qui s’étendait devant eux.

Tout à coup, Laurie s’arrêta net. Une jeune personne vêtue d’un manteau et d’une jupe de lourd tissu brun arrivait vers eux avec cinq ou six chiens bondissant et aboyant autour d’elle. Greg recula aussitôt devant les chiens, mais Laurie tint ferme, et lorsqu’un terrier exubérant s’élança sur elle, elle eut un joyeux éclat de rire. L’étrangère s’arrêta net et rappela le chien.

– Ah, dit-elle, d’un air un peu hautain, vous êtes de nouveaux venus. Je ne vous ai jamais vus. Où habitez-vous ?

Laurie montra du doigt la maison.

– Ah ! dit la jeune fille, paraissant comprendre. Je sais qui vous êtes. J’ai entendu dire qu’une veuve de peu de ressources l’avait louée. Je suppose que vous êtes ses enfants.

Il y avait dans ce ton quelque chose que Laurie n’aimait pas. Elle répondit avec défiance :

– Nous sommes les enfants de maman, voilà ce que nous sommes !

La demoiselle eut un petit rire.

– Savez-vous que cette maison m’appartient ? dit-elle. J’espère que vous êtes de gentils petits enfants, polis et sages, sinon je ne vous voudrais pas.

– Avez-vous bâti le puits ? demanda Greg, les yeux ronds, en s’approchant très intéressé.

– Ce puits est aussi vieux que Mathusalem, je crois ; combien êtes-vous d’enfants ? Êtes-vous les seuls ?

– Greg et moi, c’est bien suffisant, merci, dit Laurie en fronçant de nouveau les sourcils.

– Je viendrai voir votre mère un de ces jours, dites-le lui. Et dites-lui que vous avez vu mademoiselle Monteil et qu’elle espère que la maison est confortable. La jeune fille continua son chemin après un petit signe de tête. Puis elle se retourna vers Laurie en riant.

– Vous êtes une petite vipère, dit-elle et, sifflant ses chiens, elle partit.

« Je ne l’aime pas ! » dit Laurie en frappant du pied.

– Allons le dire à maman, suggéra Greg. Ils partirent en courant pour aller déverser toutes leurs confidences. Mme Oliver, assise par terre pour coudre un tapis, les écouta en riant.

– Elle est la grande dame de l’endroit, mignons ; tout le village lui appartient, et elle habite au Pavillon, une magnifique maison au-delà de ces bois de sapins. J’espère que vous lui avez parlé gentiment. Maintenant, courez vous amuser dehors, Esther et moi sommes très occupées.

En très peu de jours, le cottage fut en ordre. « La chambre de maman », comme disaient les enfants, était pour eux le plus joli coin. Dans un angle était sa grande table à écrire ; tous ses livres étaient rangés sur des étagères contre le mur. Un grand divan recouvert de cretonne, une table à ouvrage, deux fauteuils et un petit piano complétaient l’ameublement. Mais tout cela donnait une étonnante impression de confort et de bien-être. Tous les angles et les espaces vides étaient garnis de gravures, de porcelaines, de curiosités étrangères. La petite salle à manger paraissait au contraire bien nue, mais les enfants y retrouvaient leur caisse de jouets, et tous leurs joujoux favoris.

Tous les matins, pendant deux heures, Mme Oliver se tenait à la salle à manger pour surveiller les leçons. L’après-midi et le soir on la voyait toujours à son petit bureau, à écrire, écrire, écrire. Et Laurie se demandait si elle écrivait des lettres à toutes les personnes de la terre ! Quelquefois elle posait sa plume et appelait les enfants au piano pour chanter ensemble quelques cantiques, ou les menait faire une promenade.

À l’heure du goûter, avant qu’on allume les lampes, elle s’installait avec eux sur le grand divan et leur racontait de merveilleux récits de la Bible, tels que Noé entrant dans l’arche à l’heure du déluge ; ou David, le jeune berger, vainqueur du géant Goliath avec sa fronde et par sa confiance dans le grand Dieu des armées d’Israël ; ou encore Paul et Silas emprisonnés, chantant des cantiques à la gloire du Dieu qui allait les libérer. Et d’autres récits encore que les enfants écoutaient l’âme ravie. Quelquefois – très rarement – elle avait une conversation sérieuse avec sa petite fille. Une de ces conversations demeura longtemps gravée dans la mémoire de Laurie.

Ils étaient installés depuis trois semaines dans leur nouvelle maison, Esther avait emporté Greg pour le coucher, et Laurie, un livre devant elle, était étendue sur le tapis devant le feu, dans la « chambre de maman ». Elle était très tranquille. On n’entendait que le bruit de la plume de sa mère voyageant rapidement sur la feuille de papier, et le tic-tac de la petite pendule sur la cheminée. Enfin Mme Oliver se leva avec un soupir et un bâillement.

– Eh bien, ma chérie, que lis-tu ?

– Ce sont les « Chants de l’ancienne Rome », répondit Laurie en relevant sa figure rouge et excitée.

Sa mère sourit, prit le livre de sa main et, s’asseyant dans un fauteuil, l’installa sur ses genoux.

– Tu marcheras sur mes traces, je crois. Maintenant causons. Je suis si lasse d’écrire !

– Faudra-t-il que j’écrive toujours des lettres aussi, maman, quand je serai grande ?

– Ce ne sont pas exactement des lettres. Non. Je demande à Dieu que ma petite fille ne soit pas obligée de vivre de sa plume. Je lui souhaite un meilleur sort.

– C’est une plume qui fait vivre ?

– Pour moi, oui. C’est elle qui nous donne du pain et du beurre, des vêtements et du charbon, et beaucoup d’autres choses utiles. Du moins, elle gagne l’argent pour acheter tout cela.

Laurie regarda avec beaucoup de respect la plume en argent de sa mère. Toute cette écriture était un grand mystère pour elle. Elle ne pouvait pas comprendre comment cela pouvait leur apporter de l’argent, et elle conclut, dans sa petite tête, que sa mère écrivait des lettres à des personnes pour leur demander de lui en envoyer. Elle exprima vaguement cette idée, et sa mère se fâcha presque.

– Ne sais-tu pas – es-tu trop petite pour comprendre ? – que toute personne ayant le moindre sentiment d’amour propre ou d’honneur ne demande jamais de l’argent ? J’aimerais mieux mourir que de le faire ! Écoute-moi, Laurie, et souviens-toi de ceci toute ta vie : je préférerais te voir dans la tombe que vivant de charité et satisfaite de l’accepter. Il n’y a qu’une chose qui soit pire que de mendier, c’est d’emprunter et d’avoir des dettes. Tu es une petite fille maintenant, et je ne te dirai pas mes soucis et mes peines. Dieu merci, je suis encore jeune et forte. Mais pendant longtemps, toi et Greg et moi avons souffert parce que quelqu’un avait autrefois emprunté de l’argent et j’essaye encore de le rembourser. Je veux que mes enfants aient autant que moi l’horreur des dettes. N’achète jamais rien à moins d’avoir dans ta poche l’argent pour le payer.

La Parole de Dieu, d’ailleurs, nous le recommande quand elle dit : « Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres. L’amour ne fait pas de mal au prochain ». Tu vois donc qu’avoir des dettes, c’est faire du tort à quelqu’un.

Les yeux de Mme Oliver étincelaient de profonde émotion. Laurie écouta, comprenant à peine, sur le moment, l’agitation de sa mère ; mais ces paroles descendirent dans son cœur et y restèrent. Elle jeta ses bras autour du cou de sa mère et s’écria :

– Je ne demanderai jamais de l’argent, maman, et je n’aurai jamais, jamais de dettes ! Redis-moi ce que c’est qu’une dette.

– C’est de l’argent qu’on doit à quelqu’un.

– Et si quelqu’un vous donne de l’argent et que vous le preniez, est-ce une dette ?

– Si l’on n’a pas droit à l’argent, il ne faut pas le prendre. Oh ! Laurie, il faut aider maman autant que tu pourras, car elle s’est donné une lourde tâche !

Il était très rare que Mme Oliver montre à ses enfants le côté pénible de sa vie, aussi Laurie garda-t-elle un souvenir ému de cette conversation, et prit la résolution que, lorsqu’elle serait grande, elle ferait pour sa mère toute son écriture, afin que celle-ci puisse se reposer, être heureuse, et n’avoir rien à faire.

Chapitre 2. « Sois sa petite gardienne ! »

Les jours s’allongeaient : Laurie et Greg passaient presque tout leur temps dehors, libres d’errer à leur guise à travers la lande et les champs. Un après-midi, ils arrivèrent au bois de sapins, et furent impressionnés par l’étrange solennité de l’endroit.

– Suivons ce petit sentier, Greg, et peut-être que nous arriverons à quelque chose de merveilleux.

– Y a-t-il des lions et des ours comme ceux qui attaquèrent les brebis de David ? demanda Greg, reculant devant le chemin sombre.

– S’il y en avait, dit Laurie énergiquement, c’est alors qu’il nous faudrait continuer. Il n’y a que les poltrons qui reculent. Greg ne protesta pas davantage. Le chemin était facile. Des pommes de pins étaient éparses sur l’herbe et les enfants n’avançaient pas vite, car ils ne pouvaient se lasser de remplir leurs poches de tels trésors. Enfin, ils arrivèrent à une pente qui dévalait vers une prairie verte. Laurie s’y élança en courant.

– Je n’aime pas les sapins, dit Greg, levant avec délices sa petite figure vers le soleil.

– Non, dit Laurie, regardant pensivement en arrière. Songes-y, Greg, ils sont tout tristes, fiers et importants. Ils sont d’une grande famille et ne veulent pas connaître leurs voisins ; ils sont très pauvres, et n’ont pas beaucoup à manger, alors ils sont tous bien maigres. Ils se resserrent ensemble pour se tenir chaud, et on ne les entend jamais rire ou chanter, ils sont trop « comme il faut ».

– Et que leur arrivera-t-il, à la fin ? demanda Greg qui se haussait sur les talons, dans le pré ensoleillé. Invente une histoire terriblement affreuse, Laurie ! La figure de Laurie s’illumina ; elle aimait beaucoup à rendre ses histoires épouvantables. La tragédie lui était plus naturelle que la comédie.

– Eh bien, dit-elle, un jour la fée des Bois viendra ; elle étendra sa baguette en disant : « Riez maintenant et remerciez le soleil pour ses rayons et les oiseaux pour leurs chansons ! » Mais les sapins se secouent et murmurent : « Nous voulons être misérables et empêcher le soleil de briller à travers nos branches ». Alors la fée enflamme une allumette et dit : « Vous assombrissez tellement le chemin que vous faites peur aux enfants. Maintenant je vais vous punir en faisant de la lumière ». Et elle allume un arbre ; il s’enflamme et tombe contre son frère qui s’enflamme aussi. Alors ils essayent de se sauver ; mais ils ne peuvent pas. Ils crient et ils tremblent, mais les flammes montent de plus en plus haut. Bientôt ils sont tous embrasés et poussent des cris et des gémissements affreux. Ils deviennent tout rouges et ardents, puis ils craquent ; et le feu rugit et s’élance en flamboyant et ils se cassent et crac ! crac ! crac ! leurs têtes se fracassent et tombent, et leurs grands bras et leurs petites branches tombent et se cassent en craquant, en sifflant, en criant ! Et enfin le feu s’éteint, et les grands sapins fiers et raides restent couchés par terre, tout noirs et morts.

– Ah ! ah ! ah ! fit Greg, les yeux lui sortant presque de la tête. Puis, comme Laurie s’était tue, il avança sur l’herbe verte en se disant à voix basse : « Ils deviennent tout rouges et ardents, ils craquent et le feu rugit et flambe ! puis ils se cassent et tombent, crac ! crac ! crac ! ». Il répétait triomphalement les mots, puis soudain un plan d’action se présenta à son esprit. Il poursuivit son chemin, avec un sourire de sereine satisfaction illuminant sa figure de bébé rose.

Ils traversèrent la prairie, puis arrivèrent à un portail en bois et se trouvèrent près d’une petite rivière. L’eau courante les fascina, et lorsqu’ils virent des poissons qui se faufilaient dans le ruisseau clair, ils s’assirent sur le bord pour les regarder. Bientôt, couchés à plat ventre, leurs petites jambes levées et battant l’air, ils plongeaient leurs bras dans l’eau, en grand danger de perdre l’équilibre et de tomber, la tête en avant. De soudains aboiements de chiens les firent se retourner… Mlle Monteil était à leurs côtés.

– Ah, petits drôles ! Comment donc avez-vous pu venir jusqu’ici ? Savez-vous que ceci est mon étang privé, pour les truites, et que personne ne doit en approcher ? Greg baissa la tête, confus, mais Laurie regarda la jeune fille, bravement, en face :

– Nous marchions seulement, tout droit, et nous sommes arrivés ici, dit-elle.

– Vous pouvez seulement marcher tout droit avec moi, alors, dit Mlle Monteil de sa voix éclatante et claire, jusqu’à ce que je décide ce qu’on doit vous faire. Voyez-vous cet écriteau, là ? Savez-vous lire ?

Laurie leva la tête et épela lentement : « Les intrus seront poursuivis ».

– C’est cela ; et comme vous êtes deux petits intrus qui pénétrez sur ma propriété, je vous emmène chez moi pour vous donner une leçon. Elle avait dans les yeux un air amusé que les enfants ne virent pas. Greg serra la main de sa sœur et mordit ses lèvres pour ne pas pleurer. Laurie tint la tête haute, une expression ferme et résolue sur le visage. Des visions de gendarmes et de prisons passaient dans son esprit. Ils étaient des maraudeurs, et c’était elle qui avait entraîné Greg. Que dira maman si elle ne les voyait pas rentrer à l’heure du thé ? Que dira-t-elle quand elle saura qu’ils sont emprisonnés ? Son petit cœur était prêt à déborder, et sa figure était pâle et fixe.

Mlle Monteil les conduisit en sifflant d’un air insouciant. Ils passèrent par un autre portail et longèrent une plantation d’arbustes, puis ils arrivèrent devant une grande maison de pierre blanche.

– Maintenant, dit-elle, regardant leurs mines terrifiées, je vais vous conduire à une dame et lui demander ce qu’on doit faire de vous.

Elle entra dans un grand vestibule carré, poussa une porte au fond, et les enfants se trouvèrent dans une grande pièce confortable remplie de divans et de fleurs. Là, devant un bon feu, une vieille dame aux cheveux blancs tricotait, tenant sur ses genoux un chat blanc de race persane.

– Voyez donc, mademoiselle Grant ! Regardez ce que je vous apporte ! Deux vilains petits maraudeurs qui barbotaient dans mon étang de pêche, et ils ne sont même pas repentants. Que conseillez-vous ? Les fouetter ?

– Ma chère Iris ! – Mlle Grant regarda la jeune fille d’un air de reproche, puis tendit la main à Grégory.

– Viens ici, mon petit homme, et dis-moi ton nom. Mais, ce ne sont pas des enfants du village, Iris ! Qui sont-ils ?

– Les locataires de la Villa Japonica. Je vous ai déjà parlé d’eux.

Mlle Monteil se jeta dans un fauteuil près du feu, lança son chapeau sur un divan et ajouta :

– Ce sont des maraudeurs et nous allons les punir pour l’exemple. Venez ici, mademoiselle Vipère, et ne prenez pas cet air méfiant. Maintenant comment vais-je vous punir ?

Laurie eut une soudaine inspiration. Elle leva la tête, et, avec une lumière dans les yeux :

– Vous devez nous pardonner ; c’est ce que nous disons tous les matins dans notre prière : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! »

– Eh bien, vous savez donc prêcher ! Que dites-vous de cela, mademoiselle Grant !

Mlle Grant secoua la tête :

– Ma chère Iris, ne les taquinez pas ainsi, ils ne vous comprennent pas.

Iris bondit, et sortit en courant. Alors Laurie sourit pour la première fois :

– Vous ne nous mettrez pas en prison, n’est-ce pas, dit-elle en regardant Mlle Grant en face. Nous ne voulions pas être sots, et Greg n’a pas été sot du tout. C’est moi qui l’ai conduit jusqu’à l’étang.

– Non, ma chérie, certainement nous ne vous mettrons pas en prison, mais parlez-moi de vous. Aimez-vous votre petite maison ?

Dix minutes après, Iris, entrant dans la chambre, trouva les petites langues déliées et Mlle Grant quelque peu ahurie par les « ondines du puits », la « plume magique de maman » et toutes les fantaisies de l’esprit impulsif de Laurie.

Iris portait une assiettée de gâteaux et de raisins.

– Eh bien, voici votre punition, dit-elle. Vous devez manger chacun une tranche de gâteau et une demi-grappe de raisins, puis retourner tout droit chez vous, aussi vite que vos jambes pourront vous porter.

Laurie la regarda, un peu intriguée, mais le gâteau et les raisins étaient bons. Greg et elle se mirent immédiatement à manger. Quand ils eurent fini leur goûter, Iris dit brusquement :

– Eh bien, mademoiselle Vipère, comment m’aimez-vous, et que pensez-vous de moi ?

– Je… je n’ai pas peur de vous, dit Laurie d’un ton résolu, et je suis fâchée d’avoir maraudé. Nous ne reviendrons jamais de ce côté. Greg et moi vous remercions pour les gâteaux et les raisins…

– Et, ajouta Greg, peut-être reviendrons-nous un jour dans cette belle maison.

– Peut-être qu’on ne vous invitera pas, dit Iris en riant. Elle se tenait debout devant le foyer, les pieds écartés et les mains dans les poches de sa jaquette. Grande, les épaules larges, elle inspirait à la plupart des gens une certaine crainte. Laurie la regarda de haut en bas, toute perplexe. Elle ne comprenait pas si la jeune fille était méchante ou bonne.

– Alors vous n’avez pas peur de moi ? dit Iris, se tournant vers Laurie en fronçant ses épais sourcils. Avez-vous peur de quelqu’un ?

– De personne, dit promptement Laurie, en levant bravement la tête.

– Je suis habituée à être traitée avec beaucoup de respect, continua Iris, et désormais, quand je vous rencontrerai, je m’attends à une révérence. Tous les enfants du village me font de jolies petites révérences.

– Je ne sais pas ce que c’est, avoua Laurie.

– Ne la taquinez pas, objecta Mlle Grant à voix basse.

Iris rit encore.

– Je lui apprendrai le respect dû à ses supérieurs, mademoiselle Grant.

– Ce n’est pas une enfant du village.

Laurie ne comprenait pas ces discussions.

– Pouvons-nous partir, s’il vous plaît ? demanda-t-elle.

Mlle Grant les attira à elle et les embrassa. Iris les mena dans le vestibule, puis fit signe à un domestique qui balayait l’allée :

– Tiens, Bobby, reconduis ces enfants. Ils ne savent pas leur chemin. C’est à la villa Japonica qu’ils habitent… Et, petite Vipère, dites à votre mère que j’irai lui faire une visite demain. Et je m’attends à ce que vous me fassiez une gentille petite révérence quand j’arriverai à la porte. Adieu.

Elle rentra, et, sous la conduite de Bobby, Laurie et Greg suivirent la longue avenue.

Mme Oliver fut mécontente du compte rendu que les enfants lui firent de l’emploi de leur après-midi. Elle avait un air sévère en leur servant le thé. Enfin Laurie dit tristement :

– Es-tu fâchée contre nous, maman ?

– Je suis fâchée que vous erriez dans les propriétés privées, répondit Mme Oliver. Je ne crois pas que Mlle Monteil nous connaisse ; elle ne sait rien de nous. Et je ne tiens pas à ce qu’elle vienne ici, après vous avoir parlé comme elle l’a fait. Je préférerais ne pas la voir.

– Je ne l’aime pas, dit Laurie lentement. Elle m’appelle « petite vipère », et je n’en suis pas une.

– J’ai peur que ma petite fille n’ait pas été polie.

– Non, j’ai oublié d’être gentille, confessa Laurie.

Mme Oliver ne dit plus rien sur ce sujet. Grégory fut très excité pendant tout le reste de la soirée, et finit par raconter longuement à Esther les splendeurs de la « belle grande maison », pendant qu’elle le couchait.

– C’est un endroit charmant, dit-il encore, en posant sa tête blonde sur l’oreiller, et j’y retournerai un autre jour, quand je voudrai du gâteau… Mais les sapins qui craquent et qui flambent ! ce sera encore plus beau ! Puis, à voix basse, il murmura avec extase : Ils deviennent tout rouges, et puis ils craquent et le feu rugit et les flammes s’élancent, et ils se cassent et crac ! crac ! crac ! Le sommeil l’emporta avant qu’il pût en dire davantage.

Le lendemain, quand les leçons furent finies, Greg disparut. Laurie alla au jardin et se mit à désherber avec beaucoup d’énergie un massif de fleurs. Elle était tellement absorbée par son travail qu’elle ne s’aperçut pas de l’absence de son frère. Ce ne fut qu’à l’heure du repas de midi que, voyant qu’il ne revenait pas, elle commença à se sentir inquiète et coupable.

– Je suis si fâchée, maman, dit-elle en courant à la chambre de sa mère, mais Greg s’est perdu. Je l’ai tout à fait oublié, et maintenant je ne sais plus où le trouver.

– N’était-il pas au jardin, avec toi ?

– Je ne crois pas qu’il y soit venu du tout. Du moins, depuis longtemps. Mme Oliver se leva de son bureau.

– J’irai le chercher. Je ne suis pas contente de toi, Laurie. Tu sais combien tu peux m’aider en prenant soin de lui, et je veux que tu sentes que je te confie une responsabilité. Greg est un bien petit garçon, et très polisson. J’ai toujours cru que, lorsque je vous envoyais dehors après vos leçons, tu le surveillais. Il faut que tu apprennes à m’aider et ne pas penser uniquement à tes propres plaisirs au point d’en oublier Grégory.

Mme Oliver ne grondait pas souvent ses enfants. De grosses larmes roulèrent sur les joues de Laurie. Elle suivit sa mère, silencieusement, tout autour du jardin, mais Greg n’y était pas. Enfin, elles sortirent sur la route, et là, à son grand soulagement, Mme Oliver vit le solide petit bonhomme, arrivant tranquillement. Il sourit lorsqu’il l’aperçut, et courut vers elle.

– Oh, mon chéri, où étais-tu ?

Greg glissa avec confiance sa petite main dans celle de sa mère. Il avait chaud, ses vêtements étaient en désordre. Sa figure et ses mains étaient très sales.

– J’allais faire quelque chose de magnifique, dit-il, seulement il est venu un vilain vieux qui était en colère et qui a tout gâté.

– Raconte-moi tout.

Grégory se retourna au milieu du chemin et montra du doigt les bois de sapins dans le lointain.

– J’allais les brûler tous, dit-il, fièrement. Tous, tous ! Et alors ils seraient devenus tout rouges et ils auraient craqué et flambé avec un grand fracas ! Cela aurait été épouvantablement terrible ! Mais les allumettes étaient si stupides, elles s’éteignaient toujours ; mais j’ai continué et j’ai essayé et essayé et j’ai pris un tas de papiers et alors j’ai fait une fournaise et les branches mortes et les pommes de pin brûlaient joliment ! Mais la vilaine fumée ! Ça cuisait les yeux et les stupides arbres ne voulaient pas s’enflammer. Mais la fournaise flambait toujours, et puis un vieux monsieur est arrivé en courant et m’a appelé un vilain petit garçon. Et quand je lui ai dit ce que je voulais faire, il m’a grondé terriblement. Alors je me suis sauvé et il a éteint le feu avec ses pieds, et il a été très méchant.

– Il faudra que je te punisse après dîner, dit Mme Oliver, épouvantée en entendant l’emploi du temps de son fils, mais je ne veux pas te dire un mot avant dîner. Nous sommes tellement en retard.

Ce fut un repas silencieux ; puis Mme Oliver fit monter le petit garçon dans sa chambre et lui parla longuement. Elle le laissa assis dans un coin, la figure contre le mur et descendit, une expression de grande lassitude empreinte sur son visage. Appelant Laurie, elle l’emmena dans son petit bureau. Puis elle l’entoura de ses bras et l’approcha d’elle.

– Laurie, je ne veux pas te vieillir avant l’âge, j’aime à te voir gaie et contente, mais il faut que je te parle sérieusement. Aimes-tu maman ?

Laurie inclina la tête. Sa petite figure était devenue toute rouge et elle n’arrivait à parler.

– Tu sais, continua Mme Oliver en l’attirant plus près d’elle, que je n’ai pas le temps de vous soigner comme je le voudrais. J’aimerais vous donner une gouvernante ou une institutrice, mais je ne peux pas. Esther n’a pas beaucoup plus de temps que moi, et Greg et toi êtes très souvent seuls. Tu es assez grande pour comprendre quel mal ton frère aurait pu faire ce matin, et comme c’est étonnant qu’il ne se soit pas brûlé lui-même. Il me dit que tu lui as raconté une histoire où il s’agissait de brûler des sapins. Naturellement tu ne croyais pas lui mettre de telles idées en tête. Je ne te reprends pas pour cela. Mais tu vois comme il a besoin qu’on prenne soin de lui. Je ne veux pas, qu’en grandissant, tu deviennes une enfant égoïste et insouciante. Je veux que tu penses et que tu vives pour les autres comme le Seigneur Jésus nous enseigne à le faire. Essaie d’être pour Grégory ce que moi je voudrais être, si je le pouvais… Sois sa petite gardienne, à tout moment. La prière de mon cœur chaque matin, c’est que le Seigneur vous protège et vous bénisse !

Laurie pleurait très fort.

– Punis-moi au lieu de Greg, je t’en prie, sanglotait-t-elle.

– Non. Il faut que ton frère ait sa leçon. Je crois que tu es assez punie en sachant que tu as fait de la peine à ta maman, et gaspillé deux heures de son temps précieux. Je te donnerai un petit texte à méditer : « Jésus n’a point cherché à plaire à Lui-même » (Romains 15. 3). T’en souviendras-tu ? Allons, je crois que ma fillette essayera vraiment d’être sage.

Laurie cacha sa figure sur l’épaule de sa mère.

– Je tâcherai, murmura-t-elle. Je ne veux pas être égoïste, maman, jamais !

Demande au Seigneur Jésus de t’aider, ma chérie, et maintenant sauve-toi : maman va être très occupée pour rattraper le temps perdu.

Chapitre 3. Un ange dans les bois

Ce fut par des conversations comme celle-là que le caractère de Laurie se développa petit à petit. Elle sortit de la chambre de sa mère, le cœur brûlant et palpitant du désir de se montrer la fidèle gardienne de son petit frère. Elle s’assit sur le balcon de bois devant la porte, et se mit à inventer, dans son imagination féconde, les merveilleuses histoires des malheurs qui pourraient arriver à Grégory, mais d’où elle le sauverait invariablement. Au point culminant des aventures se trouvait un affreux naufrage et un requin ! – Et puis, disait-elle, parlant tout haut sans s’en douter, je le porterais dans mes bras à travers l’eau ; les éclairs et le tonnerre éclateraient et mugiraient. Et la tempête soulèverait les vagues comme de grandes montagnes et un énorme requin, soufflant, et roulant des yeux de feu fondrait sur moi comme… comme une locomotive ! Et je nagerais aussi vite que je pourrais, mais le souffle me manquerait, et alors des matelots dans une barque viendraient à mon aide. Je serais de plus en plus épuisée et naturellement, si je lâchais Greg, je pourrais me sauver vers la barque facilement… très facilement. Mais je me souviendrais de ce que maman m’a dit, et alors je pourrais tout juste tendre petit frère aux matelots, et ils l’attraperaient, et il serait sauvé. Mais le requin me saisirait et ses dents s’enfonceraient dans mon dos. Oh ! Je ne pourrais vraiment pas le supporter : je serais forcée de laisser tomber Greg ».

La scène était si vivement décrite que Laurie se mit à sangloter passionnément. Puis, se levant, elle frappa le sol du pied, serra les poings et dressa fièrement la tête avec une détermination superbe dans ses yeux bruns :

– Non, je mourrais, bien sûr que je mourrais pour mon frère, et le requin me mangerait par petits morceaux. Mais je ne pleurerais pas, et maman dirait en recevant son fils dans ses bras : « Ma Laurie a été une fidèle gardienne… »

– Comme c’est touchant !

Ces paroles dites d’un ton insouciant et moqueur ramenèrent immédiatement la fillette à la réalité. Elle se retourna, les joues encore humides de larmes et vit Mlle Iris Monteil. L’enfant, toute honteuse, aurait voulu disparaître sous terre. Mlle Monteil avait-elle tout entendu ? Elle avait donc parlé tout haut ?

Iris rit de sa mine confuse et rougissante :

– Pauvre petite héroïne dévorée ! C’est vraiment dommage de vous ramener à la vie, mais je voudrais voir votre mère. Et où est votre révérence ?

Laurie se glissa dans le couloir, et lorsque Esther, entendant des voix, s’avança pour introduire la visiteuse dans la chambre de Mme Oliver, la petite fille monta en courant à sa chambre. Elle n’aurait plus jamais voulu se retrouver en face d’une personne qui prenait tant de plaisir à la taquiner.

Iris entra et salua Mme Oliver de son air direct et protecteur. Elle avait été gâtée par sa position dans le village. Elle régnait sur ses locataires et les menait à la baguette. À part le vieux pasteur et sa femme qui l’affectionnaient, elle n’avait pas d’amis de son monde qu’elle pût voir souvent. Elle comptait trouver en Mme Oliver une timide et modeste veuve de commerçant, mais son maintien fier et libre, sa voix douce et harmonieuse la déconcertait un peu.

– Quelle jolie chambre vous avez, dit Iris, essayant de recouvrer son sang-froid, et comme elle a un aspect érudit avec tous ces livres ! Aimez-vous beaucoup la lecture ?

– Beaucoup. Mes livres ont toujours été mes meilleurs amis.

– Vous avez besoin d’une occupation dans ce petit village. Je ne tiens pas beaucoup à la lecture moi-même, je suis toujours dehors. Connaissez-vous quelqu’un dans le voisinage ?

– Je connais Mlle Bernard et son frère aux Tours Rondes. C’est Mlle Bernard qui m’a parlé de cette villa.

– Oh, vraiment ! Les Bernard ne sont pas ceux que je fréquente, ils mènent une vie si tranquille et retirée que je n’ai jamais eu l’occasion de les rencontrer. Ce sont de vrais bouquinistes. N’est-il pas le directeur de la Revue mensuelle ? Mlle Bernard est une véritable littéraire. La plupart de mes amis, c’est-à-dire le peu que j’en ai, s’occupent plutôt de sport que d’étude. Et naturellement, les Bernard ne s’apercevraient pas de moi. Je suis une simple enfant pour eux.

Elle regarda Mme Oliver ironiquement : « Je ne pensais pas qu’une personne savante viendrait habiter un jour notre petit village. Vous n’avez pas encore vu M. Gay ! »

– C’est le pasteur d’ici ? Je l’ai vu à l’église.

– Oui, sa femme a été malade, sans quoi elle serait venue vous faire une visite. Je ne comprends pas pourquoi je ne vous ai pas vue à l’église. J’ai pourtant bien regardé de tous côtés.

Mme Oliver sourit ; la conversation ne fut pas ennuyeuse, mais lorsque Iris se leva pour partir, elle sentit qu’elle ne connaissait pas mieux les évènements de la vie de sa locataire que lorsqu’elle était entrée dans la maison. On fit allusion aux enfants et Mme Oliver se souvint tout à coup de Grégory.

– Il faut que j’aille chercher mon petit garçon. Il a été très sot, mais je n’avais pas l’intention de le laisser si longtemps en punition.

Elle quitta la chambre et revint quelques minutes après, avec ses deux enfants. Greg gai et radieux, Laurie timide et abattue.

– J’ai été un vilain garçon, déclara-t-il volontairement à Iris, mais je suis sage maintenant. J’ai presque brûlé des milliers et des milliers d’arbres, mais ils ne voulaient pas s’enflammer. Je ne ferai plus jamais du feu dehors, c’est criminel !

– Oh, petit singe, c’est de toi que le jardinier me parlait ce matin ? Tu étais dans mes bois de sapins ?

Greg fit un signe de tête et prit un air important.

– Vous ne croiriez pas qu’un si petit garçon puisse faire de si grandes sottises, dit Mme Oliver, en caressant les boucles blondes. Je crois qu’il ne se rendra plus coupable d’une telle escapade.

– Vous avez une curieuse paire d’enfants, dit Iris, les regardant l’un après l’autre, très amusée…

– Il faut que je parte. Je suis vraiment très contente d’avoir fait votre connaissance et j’espère que nous serons amies.

Elle partit, et, avec un soupir de soulagement, Mme Oliver retourna à sa table pour écrire.

Quelques jours après, Laurie et Grégory partirent en expédition à la recherche de primevères.

Il y avait au village une boutique tenue par une joyeuse bonne femme, Mme Pratt. Esther y menait quelquefois les enfants, lorsqu’elle allait acheter quelque article d’épicerie, et une ou deux fois ils y avaient été envoyés tout seuls pour une commission. C’était Mme Pratt qui, dans une de ces occasions, avait dit à Laurie où se trouvaient les plus belles primevères. Elle partit donc avec son frère avec deux grands paniers qu’ils espéraient remplir pour « maman ». Ils traversèrent la lande, du côté opposé au village, ouvrirent un portail blanc sur un vieux pont qui traversait la rivière, puis il fallut grimper à travers un petit bois pour arriver aux ruines d’une vieille tour. Ils pouvaient l’apercevoir à travers les jeunes pousses vertes des chênes et des hêtres qui les entouraient. En cet endroit, à l’abri des vieux murs de pierre, les primevères poussaient et fleurissaient à foison. Par cet après-midi ensoleillé, l’air frais du printemps, les chants des oiseaux, et le parfum flottant des petites fleurs qu’ils venaient cueillir, tout réjouissait l’âme sensible de Laurie.

Greg babillait et riait, et tous deux remplissaient gaiement les paniers. Tout à coup, quelque chose d’étrange les fit tressaillir : une voix, tout près d’eux, s’éleva et fit entendre un admirable chant. Les enfants s’arrêtèrent. Si douces, si surnaturelles, si merveilleusement mélodieuses étaient ces notes pures, que Laurie, en extase, souffla à son petit frère : « Ce doit être un ange ! »

Ils n’entendirent aucun autre son, et ne virent aucun autre signe qui pût leur faire supposer qu’ils n’étaient pas seuls dans le bois. Les exquises notes cristallines s’élevaient et s’abaissaient, vibrant dans l’air pur du printemps, et les oiseaux paraissaient s’être tus pour écouter :

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil ;

Et c’est moi que la terre envoie

Offrir un salut au soleil.

Je pars des chaumes blancs de brume,

À mes pieds flotte un fil d’argent ;

La rosée emperle ma plume,

Et je la sème en voltigeant.

Je plane et chante la première

Dans l’azur frais où l’aube éclot !

Je me baigne dans la lumière

Et vais me mirer dans un flot.

Ma voix est sans note plaintive,

Je ne dis rien au triste soir !

Je suis la chanson gaie et vive

De la jeunesse et de l’espoir.

Je dis au malade qui veille :

« Bénis Dieu, la nuit va finir ! »

Au laboureur que je réveille :

« Fais ton sillon pour l’avenir ! »

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil,

Et c’est moi que la terre envoie

Offrir un salut au soleil.

Comme les derniers mots s’éteignaient, Grégory retrouva sa voix.

– Je crois, dit-il avec emphase, que ça c’est un oiseau qui a appris à parler…

– C’est un ange ! s’écria Laurie tremblante d’émotion.

Ni l’un ni l’autre des enfants ne pensa à aller vers l’endroit d’où la voix était venue. Ils étaient absolument sûrs qu’aucune créature humaine ne pouvait avoir une telle voix, et lorsqu’elle se tut, aussi soudainement qu’elle avait commencé, Greg retourna, satisfait, à ses primevères. Laurie quant à elle, s’assit sur l’herbe, les mains jointes autour de ses genoux et les yeux pleins de larmes :

– Je voudrais être au ciel, dit-elle enfin. Maman m’a dit qu’il y avait beaucoup d’anges dans le ciel. Dans un livre de la Bible, pas bien loin des Psaumes, je crois, il est même écrit qu’ils éclataient de joie (Job 38. 7)… je suis sûre qu’un ange est descendu dans le bois. Quand nous serons au ciel, Greg, nous chanterons aussi avec de belles voix. Mais nos cantiques seront pour le Seigneur Jésus qui nous a pardonné tous nos péchés. Maman dit que Jésus a beaucoup souffert à cause de nous sur une horrible croix… Oh ! Que j’aimerais Lui chanter un cantique avec une voix du ciel !

Les yeux bleus du petit se levèrent vers le ciel limpide.

– J’aurais le vertige, observa-t-il.

Laurie revint alors sur terre.

– Il faut nous dépêcher et remplir nos paniers, puis nous rentrerons.

Les enfants cueillirent encore beaucoup de fleurs, et lorsque les paniers furent pleins, ils retournèrent doucement sur leurs pas.

– J’espère que nous aurons encore l’occasion d’entendre l’ange, dit Laurie, comme son frère lui demandait pourquoi elle restait immobile.

– Je crois, dit Grégory toujours pratique, qu’il est allé maintenant prendre son thé. Moi, j’ai affreusement soif !

Ils arrivèrent très fatigués. Esther leur servit leur thé, car leur mère était sortie.

– Et je suis bien contente qu’elle ait enfin une petite distraction, dit Esther, énergiquement. Vous n’étiez pas partis depuis plus d’une demi-heure qu’une voiture arriva et Mlle Bernard en descendit. Vous en souvenez-vous ? Elle venait voir votre mère à Londres… Elle s’est reposée un instant puis elle est arrivée vers moi : « Esther, qu’elle me dit, je vais emmener votre maîtresse pour prendre le thé avec moi ; elle est toute pâle et lasse. Vous vous occuperez des enfants quand ils rentreront, n’est-ce pas ? Elle serait inquiète ».

– Bien sûr que je m’en occuperai, que je dis. Comme ça, nous avons décidé votre mère, et elle reviendra tard, parce que les Tours Rondes sont à dix bons kilomètres d’ici, c’est le cocher qui me l’a dit.

– Je n’aime pas que maman s’en aille ! dit Grégory, faisant la moue ; nous lui avons apporté un tas de primevères et mes mains me font mal de les avoir ramassées.

– Après le thé, nous les mettrons dans sa chambre, suggéra Laurie, et maman aura une jolie surprise quand elle reviendra.

L’arrangement des primevères occupa les enfants jusqu’à l’heure du coucher, mais lorsqu’il fallut s’endormir avant le retour de « maman », les petits cœurs étaient bien lourds. Greg refusait toujours de s’endormir sans le baiser de « bonne nuit » de sa mère. Il s’assit donc sur son lit, les yeux ronds et les lèvres contractées.

– Je ne me coucherai pas ! Je veux maman !

Esther le gronda, puis elle le laissa. Elle était toujours trop occupée pour « perdre son temps » comme elle disait, à « dorloter des enfants ». Laurie se glissa jusqu’au jeune rebelle :

– Couche-toi, allons, sois un gentil petit garçon ! Et, si tu veux, je m’habillerai comme maman et je viendrai t’embrasser.

Les déguisements exerçaient une grande fascination sur Grégory.

– Eh bien, fais-le, dit-il, et puis je verrai.

Quelques minutes après, la fillette entra dans la chambre, vêtue d’une longue robe noire, traînante, ses cheveux relevée sous le petit bonnet blanc de veuve de sa mère. Elle se tenait toute raide, très digne et l’air d’important. D’une main, elle tenait la plume d’argent, et sa voix était une imitation presque parfaite de celle de sa mère.

– Bonsoir, mon petit garçon chéri. Maman est très occupée ce soir.

Greg eut un petit grognement approbateur.

– Il faut que mon petit garçon s’endorme tout de suite, dit Laurie, adoptant un ton plus sévère, car j’ai bien à faire en bas, et ma plume ne veut pas s’arrêter.

– Maman ne dit jamais cela, dit Greg, avec conviction et elle ne monte jamais sa plume avec elle… Fais voir !

Laurie la montra fièrement. Alors, dans un élan de malice, son petit frère s’en saisit, et de toute sa force, la lança par la fenêtre qui avait été laissée entr’ouverte. Laurie poussa un cri de colère.

– Tu es un vilain et méchant garçon, et si tu as perdu la plume de maman, nous allons tous mourir de faim. C’est d’elle que nous vient tout notre argent. Maman me l’a dit.

Elle sortit en courant, laissant son frère à ses propres réflexions, quitta rapidement la robe et le bonnet empruntés, et se glissa dans le jardin pour chercher avec inquiétude la fameuse plume. Ce fut une grande joie pour elle de la retrouver dans le massif de fleurs sous la fenêtre. Elle la rapporta et la remit sur la table à écrire de sa mère, toute repentante de l’avoir emportée.

– Qu’aurais-je fait si elle avait été perdue ? Qu’aurait dit maman ?

Elle se coucha lentement. Lorsque Mme Oliver revint, elle trouva son petit garçon profondément endormi, mais sa fillette s’agitait sur son oreiller, les joues ardentes. S’asseyant à son chevet, elle dut écouter l’histoire de la cueillette de primevères et l’accident arrivé à sa plume.

– Je suis très fâchée, maman, je ne la toucherai plus jamais.

– Non. Cela me ferait beaucoup de peine de la perdre, Laurie. C’est le dernier cadeau de ton père, et j’en ai fait ma compagne inséparable.

Mme Oliver souriait un peu tristement.

-Non, je crois qu’il ne savait pas qu’il serait repris si vite.

Puis les pensées de la fillette passèrent à autre chose.

– Maman, ce devait être un ange, dans les bois !

– Je ne le pense pas.

– Mais si, certainement. Tu ne l’as pas entendu. Ça m’a rendue toute… toute drôle. Quelquefois, lorsque tu nous chantes un nouveau cantique accompagné au piano, je me sens un peu ainsi ; mais c’était une voix différente. Elle me faisait frissonner, et pourtant je l’aimais. Veux-tu venir un jour dans le bois pour l’entendre avec nous, maman ?

– Peut-être irai-je, un jour.

Laurie s’en alla dans le pays des songes, ce soir-là, croyant entendre cette voix merveilleuse résonner à ses oreilles et se mêler à tous ses rêves.

Chapitre 4. « N’être qu’un petit garçon ! »

Les enfants se rendirent encore deux fois dans le bois, dans l’espoir d’entendre à nouveau la belle voix, mais furent bien déçus. Oiseaux, primevères, arbres et buissons bourgeonnants en paraissaient être les seuls habitants et, pour Laurie, le bois perdit son charme. Elle errait aux alentours, toute désolée et rentrait lasse et mécontente.

Le souvenir de cette musique étrange et surnaturelle la hantait jour et nuit. Elle entendait encore s’élever, triomphantes, les douces notes du chant :

« Je suis, je suis le cri de joie »

Elle sentait d’une manière vague qu’elle avait été troublée, mais ensuite elle s’était trouvée au comble de la joie quand le chanteur avait fait retentir, en terminant, ses joyeuses notes de victoire. Tous les soirs elle redisait dans son lit cette prière : « Mon Dieu, je T’en prie, envoie l’ange pour nous chanter encore ».

Un après-midi, les deux enfants suivirent la route ; d’habitude ils préféraient les landes et les champs, mais Laurie aimait à explorer et voulait voir où celle-ci menait. Ce n’était pas bien intéressant : les haies qui se trouvaient de chaque côté étaient trop élevées pour qu’on puisse regarder par-dessus, et la route paraissait s’étendre au-devant d’eux, toute droite, sur des kilomètres. Aussi quand ils arrivèrent en vue d’une petite allée verte qui s’en détachait, Laurie y entraîna joyeusement son frère.

Ce n’était guère plus qu’un sentier, et l’herbe poussait dans les ornières. Greg y sautillait, s’arrêtant de temps en temps pour cueillir une fleur ou des fougères fraîches. Tout à coup, ils s’arrêtèrent. Un portail en fer rouillé leur barrait le chemin, et devant eux, une vieille planche annonçait : « Défense de passer ! »

– Est-ce une planche de maraudeurs ? demanda Grégory, l’examinant avec grand intérêt

Laurie hésita. Puis la curiosité l’emporta sur la prudence. Trouvant le portail ouvert, elle le poussa et se glissa derrière ; Greg la suivait doucement. Ils s’avancèrent avec précaution à travers de hautes herbes et d’épais buissons, quand soudain, sans que rien n’eût pu les avertir, la voix qu’ils avaient entendue dans le bois résonna, douce et claire. Des paroles tristes s’élevaient et s’abaissaient au gré de la musique :

« La terre passe, le ciel toujours demeure,

Nos peines s’effacent devant l’éternel bonheur ! »

La main de Greg serrée dans la sienne, Laurie se tenait immobile. Puis, quand les derniers mots s’éteignirent, quand le joyeux carillon de « l’éternel bonheur » ne vibra plus dans l’air, elle entraîna vivement son petit frère.

– Je ne veux pas de nouveau perdre l’ange… trouvons-le, dit-elle, haletante. L’instant d’après, le chemin les mena à un petit portail sur lequel était écrit : « L’Ermitage ». Ils l’ouvrirent et se trouvèrent en face d’une vieille maison de pierre, de style ancien, et presque ensevelie sous le lierre et les plantes grimpantes. Un jardin mal entretenu l’entourait, et par une des fenêtres ouvertes, la même voix se faisait entendre encore. C’était, cette fois, une mélodie bizarre et capricieuse, et Laurie ne put en distinguer les paroles. Sous l’impulsion du moment, elle se glissa à la fenêtre et regarda à l’intérieur. Elle vit une chambre sombre, au plafond bas, un vieillard à barbe blanche, assis devant un piano à queue et, au milieu de la pièce… le chanteur lui-même… Ce n’était pas un ange, c’était seulement un très petit garçon, bizarrement vêtu de velours et de dentelles… D’abondantes boucles noires, longues et soyeuses, entouraient sa petite figure et son cou blanc. Il se tenait droit, les mains jointes et les yeux levés ; sa tête était fièrement rejetée en arrière, et sa voix était aussi limpide que celle d’un rossignol.

Après le premier instant de déception, Laurie fixa sur le petit garçon des yeux émerveillés. Si ce n’était pas un ange, du moins ce n’était pas un petit garçon comme tous les autres. Un coup d’œil à son petit frère, gros et solide blondin, lui suffit pour se rendre compte de la différence qu’il y avait entre eux.

Elle se tenait là, en extase, regardant avec admiration le petit chanteur. Comment pouvait-il chanter si bien et si facilement !

Mais la voix de Grégory la fit tressaillir :

– Oh, regarde, Laurie, ce gros crapaud jaune ! Tu lui as presque marché dessus !

La voix aiguë de Greg s’était élevée en d’ardentes protestations. Le petit chanteur l’entendit. Il se troubla dans son chant, s’arrêta. Laurie, tremblante de honte et de frayeur, saisit la main de son petit frère et courut jusqu’au chemin vert, aussi vite que ses jambes pouvaient la porter.

– Tu es un vilain, méchant petit sot ! s’écria-t-elle, tout essoufflée. Tu as tout gâté, et je regrette de t’avoir amené !

Greg fit la moue :

– C’était seulement quelqu’un dans une maison ; ce n’était pas un ange du tout, et tu as presque marché sur le crapaud, toi !

Les yeux de Laurie étincelèrent :

– C’était un superbe petit garçon, pas un gros lourdaud comme toi ! Il a de magnifiques cheveux et des yeux noirs, et c’est un prince, j’en suis sûre. Je voudrais avoir écrasé et tué le crapaud ! Aimes-tu mieux les crapauds que les anges et les princes ?

De la part de la petite fille au cœur tendre, ce discours montrait quel tumulte bouleversait son cœur. Grégory la regarda fixement, puis s’éloigna en prenant un air de dignité blessée.

– Je ne suis pas un gros lourdaud. J’appartiens à maman, et je lui dirai ce que tu m’as dit. Je déteste ton prince. Il ne sait pas chanter.

Sur ce, la fillette le saisit par les épaules et le secoua énergiquement. Greg éclata en pleurs, et Laurie, reprenant ses esprits, se mit à l’embrasser aussi passionnément qu’elle l’avait secoué.

– Je ne le ferai plus, Greg chéri. J’étais de mauvaise humeur, pardonne-moi, va ! Je suis bien fâchée, et c’était très gentil à toi de m’avertir de la présence du pauvre crapaud. Ne pleure plus. Nous allons retourner à la maison et nous amuser au jardin jusqu’à l’heure du thé.

Grégory sécha ses larmes et se consola. Laurie ne se fâchait pas souvent. Il consentit donc très volontiers à l’embrasser et à faire la paix.

On ne fit plus allusion à l’ « ange prince », mais la tête de Laurie en était remplie. Elle commença à critiquer l’apparence du pauvre Greg et se confia à sa mère :

– N’aimerais-tu pas que Grégory ait de longs cheveux noirs, maman ? Ne crois-tu pas qu’il serait bien plus beau ? J’aimerais avoir un frère qui aurait des boucles et des yeux noirs, et qui serait toujours habillé de velours et de dentelle.

Mme Oliver sourit des idées de sa petite fille.

– Mon pauvre petit garçon ! Je ne voudrais pas qu’un cheveu de sa tête soit différent, ma chérie ; sa chevelure blonde est sa beauté !

Laurie n’insista pas. Mais tous les jours elle menait son frère jusqu’à l’allée verte dans l’espoir d’entendre son « ange ». Elle ne s’aventurait pas dans le jardin, cependant et, à la fin, Greg protesta :

– Je n’irai plus dans cette vilaine allée. Je vais traverser la lande, annonça-t-il un jour.

Laurie consentit à regret. Puis elle le persuada d’aller au bois de primevères. Elle y rôda avec agitation, et finalement appela Greg vers elle.

– Veux-tu que je te chante une chanson ? demanda-t-elle.

– Oui, chante : « Il était une bergère », s’écria aussitôt Greg, s’asseyant à côté d’elle et croisant ses mains d’un air attentif. Laurie avait une voix douce, mais, dans son humeur actuelle, les rondes enfantines n’étaient pas de son goût. Elle aurait voulu chanter comme le petit étranger et s’était exercée plusieurs fois, en secret. Elle éclaircit son gosier et se leva, adoptant l’attitude qu’elle avait vue par la fenêtre et, rejetant la tête, elle ouvrit la bouche en un long cri plaintif. Son frère en fut effrayé, et ses yeux s’arrondirent de plus en plus :

« Nos pei-ei-nes s’effa-a-cent

Devant l’éter-et-nel bonheur ! »

Ce n’était pas un succès. Sa petite voix fluette passa d’un gémissement à un cri, et Grégory, soulagé de ce que le tragique tournait au comique, se roula sur l’herbe en riant follement.

– Encore, Laurie ! C’est si drôle ! Je t’en prie, dis-le encore !

La fillette était fâchée et blessée. Elle allait répondre lorsqu’un bruit de feuillage la fit se retourner : devant elle, s’avançait doucement l’ « ange-prince » avec un sourire illuminant tout son petit visage blanc.

Laurie tressaillit.

– Vous essayiez de chanter ma chanson ? demanda-t-il.

Sa voix était naturelle, peut-être un peu plus basse et plus douce que le ton aigu de Greg.

Les joues de Laurie s’empourprèrent. Elle baissa la tête, confuse.

– Je n’ai pas pu y arriver, dit-elle après un instant de silence, mais j’aurais bien voulu.

Grégory s’avança vivement vers l’étranger. Il examina ses vêtements avec étonnement. Il portait un costume de velours avec un col de dentelle blanche et une écharpe rouge, à franges, était nouée à sa taille. Sur ses boucles noires était posé un grand chapeau orné de plumes de corbeau, piquées gracieusement de côté.

– Vous êtes l’ange-prince dont ma sœur parle, dit Greg, pas du tout gêné. Nous vous avons entendu chanter et Laurie a cru que vous étiez un ange du ciel jusqu’à ce qu’elle vous ait vu. Elle vous a regardé par la fenêtre, mais c’était trop haut pour moi. Êtes-vous un prince ?

– Non, non, dit le petit garçon, qui montrait en souriant deux rangées de dents très blanches. Je suis seulement Angelo Salvadore. C’est mon nom. Qui êtes-vous ? Je ne vous ai jamais vus, et je suis pourtant venu dans ce bois bien souvent.

Laurie retrouva enfin la voix ; elle était soulagée et ravie de voir que son héros était si aimable. Les langues des enfants se délièrent vite, et, avant de se séparer, ils étaient devenus grands amis. Angelo leur parla très franchement de lui-même.

– Je vis avec Ninette et mon gardien. Ninette est française, mais elle parle bien l’anglais. Elle coud tous mes vêtements et fait la cuisine. Son mari, Pierre, est le domestique de mon gardien ; je l’appelle Gardien, mais son vrai nom est comte Alphonse Matalio. Il habitait l’Italie, et était très riche autrefois. Mais il a été obligé de s’en aller. Je ne sais pas pourquoi. Je crois que, s’il y était resté, il aurait risqué d’être tué. Alors, nous sommes venus en Angleterre, et je lui chante. Il dit que je suis la joie de sa vie. Il m’enseigne la musique toute la journée. Il ne sort jamais du jardin. Il lit des livres et compose de la musique, puis il m’apprend les chants. Nous ne connaissons personne en Angleterre, mais Gardien a des amis qui viennent quelquefois le voir et il y en a un qui m’effraye. Il veut m’emmener avec lui chaque fois qu’il vient. Il dit que je pourrais gagner énormément d’argent si j’allais avec lui ; heureusement Gardien dit qu’il ne veut pas que je gagne de l’argent, mais que je reste avec lui.

– Comment gagneriez-vous de l’argent ? demanda Laurie.

– En chantant. On paierait pour venir m’écouter.

– Pas comme font les joueurs d’orgue de Barbarie à Londres ? Oh ! Je n’aime pas cela !

– Non, bien sûr. Je chanterais dans d’immenses salles, et les rois et les reines viendraient m’écouter.

Angelo parlait sur un ton un peu hautain. Laurie le regarda avec étonnement. Puis elle dit naïvement :

– Nous n’avons pas beaucoup de rois et de reines ici en Angleterre, n’est-ce pas ?

– Oh ! Je ne chanterais pas en Angleterre, à moins que la reine ne le désire. M. Capello dit qu’il me mènerait par toute l’Europe. Mais je n’aimerais pas y aller. C’est un cruel et méchant homme. Il a tué un de mes petits chats parce qu’il avait sauté sur son épaule et l’avait effrayé. Gardien est bon et je ne le laisserai jamais, quoique je me fatigue beaucoup lorsqu’il me fait chanter si longtemps.

– Voulez-vous nous chanter maintenant ? demanda Laurie, un peu timidement.

Angelo réfléchit. Un merle entonnait sa mélodie, tout près d’eux. Il leva son petit doigt avec un « chut » d’avertissement, puis il dit à voix basse :

– Quand il aura fini, je vous chanterai comme lui. Je peux imiter le chant de tous les oiseaux.

Le merle s’arrêta, et immédiatement Angelo reprit les notes et les trilles en une imitation tellement exacte que l’oiseau lui-même, d’une branche au-dessus d’eux, pencha sa tête de côté et écouta, émerveillé.

Grégory, ravi, battit des mains.

– Chantez encore, dit-il, chantez comme… comme un aigle !

Mais Laurie n’était pas d’accord.

– J’aime les chansons avec les paroles, dit-elle.

Alors Angelo se redressa et pencha la tête :

Le grand ciel est si bleu,

Les petites feuilles si neuves,

Et les coteaux si jolis, dans la fraîcheur de mai,

Mon cœur est si léger,

Que je ris, joyeux, ravi,

Car elle vient, elle vient, elle vient de ce côté.

J’aime mieux revoir ses yeux

Que le profond azur des cieux,

Elle est plus jolie,

Plus pure que les blanches fleurs de mai ;

Ne me parlez pas de belle nature,

Car mon cœur a vu sa joie,

Elle vient, elle vient, elle vient de ce côté.

Les paroles étaient d’une très vieille chanson, mais la musique était du comte, et les légères notes sautillantes et féeriques enchantèrent l’oreille musicienne de Laurie.

– Oh, c’est délicieux ! s’écria-t-elle ; et qui est-elle ?

Angelo rit :

– C’est seulement une chanson ; on n’a pas de vraies personnes dans les chansons.

– Jamais ?

– Je ne crois pas. Puis il remit son chapeau qui était tombé.

– Je m’en vais, et si vous voulez revenir ici un autre jour, nous jouerons ensemble.

Il partit en sautillant et les enfants l’entendirent siffler gaiement sur le chemin. Tout excités, ils retournèrent à la maison et firent à leur mère le récit confus de leur aventure et de leur nouvel ami.

– N’est-ce pas drôle, maman ? Son nom est Angelo, et je croyais que c’était un ange. Tu l’aimerais si tu le voyais.

– Et il chante comme un merle !

– Et il a dit qu’il voudrait tant quelqu’un pour jouer avec lui !

– Et il a une belle écharpe rouge !

– Et, maman, pouvons-nous l’inviter pour le thé ?

– Doucement, mes chéris. Il faut que je fasse sa connaissance avant de vous laisser jouer avec lui.

Ceci coupa leur enthousiasme. Pendant le reste de l’après-midi, Laurie resta plongée dans ses rêveries, et, sans cesse, revenait le tintement léger de la chanson :

Elle vient, elle vient, elle vient de ce côté !

Chapitre 5. « Dites-moi ce que vous savez »

– Laurie ! appelle Greg, et venez tous les deux dans ma chambre. Notre pasteur est ici, il aimerait vous voir.

Mme Oliver, à la porte du jardin, faisait signe à sa petite fille.

Lorsque les enfants entrèrent dans la chambre de leur mère, ils y virent M. et Mme Gay. C’était un beau couple de vieillards. Tous deux avaient des cheveux très blancs, des visages souriants et pleins de bienveillance. Mme Gay était un peu plus mince que son mari, mais sa taille était très droite pour son âge. M. Gay avait le port et la démarche d’un soldat.

– Je connais de vue ces petites personnes, dit Mme Gay, car je les ai souvent vues sur la lande. Vos enfants n’ont sans doute pas encore commencé l’école ?

– Non, mais nous avons deux heures de travail tous les matins, dit Mme Oliver.

– Vraiment, et ils apprennent ensemble ? Le petit garçon pourra bientôt aller à l’école, je pense.

– Non, nous nous occuperons d’abord de l’éducation de Laurie.

– Oui ! Mais les petites filles peuvent s’instruire à la maison ; elles n’ont pas besoin de la même éducation que les garçons.

– Je tiens à ce que ma fille reçoive une éducation tout aussi bonne que celle de son frère, dit Mme Oliver fermement. Je n’approuve pas que l’esprit des filles reste peu développé.

– Vous aimez ce système moderne, qui bourre la tête des jeunes filles de mathématiques et de latin ? demanda Mme Gay. Dans ma jeunesse, c’était si différent !

– Je pense que l’intelligence a été également partagée entre les deux sexes depuis la création. Une femme, d’autre part, ne perd pas son caractère féminin par le fait qu’elle est instruite. Je crois cependant qu’aujourd’hui tout cela est exagéré. On va toujours d’un extrême à l’autre.

Cette conversation était hors de portée des enfants, et Mme Gay voulut la changer.

– Et quelles leçons préfères-tu ? dit-elle, se tournant vers Laurie.

– Je sais bien ce que j’aimerais le mieux, dit la fillette, les yeux brillants, je voudrais apprendre à chanter.

– Comme un merle, ajouta Grégory.

– Non, comme Angelo.

– Mes enfants sont très intéressés par un petit garçon qu’ils ont rencontré, dit Mme Oliver en souriant. Peut-être pourriez-vous me renseigner à son sujet. Où dis-tu qu’il habite, Laurie ?

– Dans une drôle de vieille maison, cachée sous des arbres, qui s’appelle l’Ermitage, dit vivement la fillette.

– Ah oui ! dit Mme Gay, j’ai entendu parler de lui, mais je ne connais pas personnellement sa famille. Ils sont venus ici il y a environ trois ans, mais le « Comte », comme on l’appelle, ne veut voir personne. On nous a dit d’abord qu’ils étaient Juifs, puis catholiques romains, mais les deux servantes sont protestantes. Je crains que le Comte – et ici Mme Gay baissa la voix pour que les enfants n’entendent pas – ne soit un incrédule, et je crois que l’enfant est un vrai petit païen. Nous avons bien essayé d’aller leur rendre visite, mais on a refusé de nous recevoir. De temps en temps, les domestiques viennent au temple, mais ils n’amènent jamais l’enfant avec eux.

– Sont-ils respectables ? demanda Mme Oliver.

– Oui, dit M. Gay. Je me fais toujours un devoir de connaître mes paroissiens, même lorsqu’ils ne m’admettent pas chez eux. J’ai un ami en Italie qui a pris pour moi tous les renseignements. Le Comte n’est pas un révolutionnaire, ni rien de semblable, mais il a été banni d’Italie pour quelque offense politique. Il est arrivé ici, ayant adopté cet enfant peu auparavant. Ce dernier est orphelin, mais de bonne famille, et le Comte connaissait intimement ses parents. Je crois que sa mère était une grande musicienne. J’ai entendu dire que le Comte avait l’intention de pousser l’enfant aussi dans cette voie.

– Angelo chante merveilleusement ! dit Laurie, se rapprochant un peu du vieux pasteur.

– Vous avez été favorisée, si vous l’avez entendu, ma chérie, dit Mme Gay. Je n’ai jamais eu ce privilège.

Mme Oliver eut l’air un peu inquiet, mais n’ajouta rien. Lorsque les visiteurs furent partis, et les enfants retournés à leurs jeux, elle se remit à écrire, et oublia Angelo et tout ce qui le concernait.

Ce ne fut que quelques jours plus tard que les enfants rencontrèrent de nouveau leur petit ami dans le bois. Il les accueillit gaiement, et ils eurent ensemble une joyeuse partie de cache-cache. Quand ils furent fatigués de leur course, Angelo dit :

– Maintenant, je vais vous montrer où je m’assieds quelquefois pour me reposer. Pouvez-vous grimper ?

Laurie et Greg répondirent que oui. Angelo les conduisit alors derrière la tour, et là ils virent des marches rudes et inégales taillées dans le mur en ruines. Ils montèrent avec précaution jusqu’à une plate-forme carrée, envahie d’herbes et de pierres, à environ dix mètres au-dessus de la terre, et portant maintes traces de mains de touristes qui avaient taillé grossièrement leur nom sur le mur.

– Maintenant, asseyez-vous, ordonna Angelo, et regardez la lande. N’est-ce pas que le village est charmant ?

– L’église paraît toute petite, dit Laurie avec intérêt.

– Pourquoi les églises ont-elles toujours des flèches, comme cela ? demanda pensivement Angelo.

Laurie était si habituée à des questions de ce genre de la part de son frère qu’elle répondit sans hésiter, quoiqu’avec un peu de gravité dans la voix :

– Parce qu’elles pointent vers Dieu.

Angelo la regarda.

– Elles pointent vers le ciel, dit-il.

– Oui, et Dieu est là-haut.

– Je ne sais pas ces choses-là, dit Angelo, un regard inquiet dans ses yeux sombres. Gardien ne m’en parle pas.

– Mais un de tes chants parle du ciel, dit Laurie :

Le temps passe ; le ciel toujours demeure…

– Mais je vous ai dit que rien n’est vrai dans les chansons. C’est tout inventé.

Le ciel est vrai, déclara Laurie, puisque maman et la Bible le disent. Dieu et Jésus y habitent.

– Tu ne sais donc rien de « Jésus qui règne dans les cieux » ? questionna Grégory avec étonnement.

– Non, dit Angelo. Ninette ne veut pas me parler d’église et de tout cela, parce qu’elle dit que Gardien ne le permettrait pas. Dites-moi ce que vous savez.

Dieu est très bon et Il m’aime, s’écria Greg d’un trait. Il aime tout le monde sur la terre, et Il nous donne tout ce que nous avons. Je Lui fais ma prière tous les jours. Il me regarde et dit : « Gentil enfant » ; quelquefois, Il secoue la tête et fronce les sourcils, alors j’en suis triste.

– Oh ! Greg, il ne faut pas inventer ! C’est notre conscience qui le dit.

L’enfant protesta fortement contre cette accusation.

Angelo se tourna alors vers Laurie.

– Dis-le moi, toi, tu le comprends mieux que lui.

Alors, d’un ton tranquille, Laurie raconta tout ce qu’elle savait.

Angelo écoutait, ses grands yeux noirs fixés attentivement sur elle.

– Naturellement j’ai entendu les noms de Jésus et de Dieu, mais je n’ai jamais su qu’ils étaient des personnes véritables. Ils doivent être très, très vieux. Quand vont-ils mourir ?

– Ce ne sont pas des gens du tout, dit la fillette, un peu choquée. Ils sont… ils sont Dieu, et ils ne peuvent jamais mourir. Ils sont toujours là, toujours. Jésus est bien mort, une fois, je te l’ai dit. Mais Il est redevenu vivant et maintenant Il ne peut plus jamais mourir.

– Pourquoi est-Il mort ? demanda Angelo. Tu disais qu’Il est mort pour nous. Je ne comprends pas.

– Un de nos cantiques dit :

Petit enfant, Jésus t’appelle ;

Il a donné pour toi Son sang ;

Il veut t’avoir dans Son ciel même,

Viens à Jésus, petit enfant !

– Je ne comprends pas, dit Angelo très perplexe. Tout cela est étrange. C’est une espèce de chanson que tu viens de dire.

– Oh non, c’est un cantique, un des cantiques préférés de Greg. J’en ai un que j’aime beaucoup. Veux-tu que je te le dise ?

– Oui, volontiers.

Laurie croisa ses mains sur ses genoux et récita avec douceur et respect :

Enfant, Le connais-tu, Celui qui, plein de grâce,

Parcourut Son sentier, essuyant tous les pleurs,

Accueillant les petits, laissant partout la trace

D’un amour qui sauvait les plus vils des pécheurs ?

Enfant, Le connais-tu, Celui dont la couronne

Fut d’épines ceignant Son divin front meurtri ;

À qui le monde impie a donné pour seul trône

La croix où s’exhala vers Dieu Son dernier cri ?

Ah ! Connais-tu Jésus et Sa grâce suprême ?

C’est pour toi qu’Il vécut ici-bas en souffrant ;

C’est pour toi qu’Il est mort, ce Fils de Dieu qui t’aime ;

C’est pour te rendre heureux : le crois-tu, mon enfant ?

– Oh ! Que c’est beau ! s’écria Angelo, se levant vivement. Je sens que je pourrais aussi chanter ce cantique. Apprends-moi les paroles. Je chantonne quelquefois des choses en inventant la musique et j’aimerais composer celle-là.

– Je vais t’apprendre les paroles, puis tu les chanteras, dit Laurie.

– Je crois, objecta Grégory qui commençait à trouver le temps long, que vous voulez faire un dimanche d’aujourd’hui… il ne faut pas !

On ne tint pas compte de sa remarque. Angelo retenait vite ce qu’il apprenait ; il était habitué à apprendre par cœur, et Laurie se montra tout aussi vive à lui apprendre que lui à retenir.

Grégory descendit les escaliers de pierre et se mit à jouer sur l’herbe au-dessous d’eux. Un instant après il entendit retentir la voix d’Angelo du haut de la vieille tour. La mélodie était très douce et fascinante, et plus douces encore les paroles.

Laurie écouta, ravie, et poussa un profond soupir lorsqu’il eut fini.

– Que je voudrais pouvoir chanter comme toi ! dit-elle.

– Dis-moi, dit Angelo anxieusement, qu’est-ce que cela signifie « venir à Jésus » ? Tu dis que Jésus est au ciel, nous ne pouvons donc pas aller vers Lui !

Laurie fronça les sourcils :

-Tu rends tout si difficile à expliquer ! Cela veut tout simplement dire s’approcher de Lui et Lui parler, voilà tout.

– Et où peut-on Lui parler ? À l’église ?

– Je crois qu’on peut parler à Jésus n’importe où. Jésus vit dans notre maison avec maman et nous. Il est toujours là, les jours de la semaine aussi bien que le dimanche. Je ne sais pas si Jésus vit aussi chez vous.

– Je suis sûr que non, et Gardien ne me laissera pas aller chez vous, et alors je ne pourrai pas aller vers Lui du tout. La figure d’Angelo s’assombrit. Cependant, dit-il, souriant de nouveau, je chanterai et je ferai comme si je pouvais réaliser ce que dit le cantique. Il est très beau et me rend heureux.

– Oui, approuva Laurie, faire semblant est quelquefois aussi agréable que de faire en réalité. J’imagine des choses délicieuses avec Greg. Il y a un jeu qui s’appelle les « périls ». Je te l’expliquerai un jour ; nous y jouons souvent. Mais, ajouta-t-elle, je crois qu’il ne faut jamais faire semblant pour les cantiques. Ce ne sont pas des jeux.

– Eh bien, si je ne peux pas aller à Jésus, dit Angelo, je peux penser à ce qui arriverait si je le pouvais. C’est ce que dit votre cantique… Et maintenant, au revoir.

– Au revoir, Ange, dit Laurie. Nous pouvons t’appeler « Ange » n’est-ce pas ? Parce que c’est ainsi que je te nommais avant de te connaître.

Angelo consentit d’un signe de tête, puis il reprit le chemin où ils retrouvèrent Grégory qui les attendait impatiemment.

– J’ai vu un lapin, s’écria-t-il, et je l’ai chassé à la course, et nous sommes tombés l’un par-dessus l’autre, et quand je me suis levé, il était parti !

– Moi, je vais courir jusqu’à la maison, dit Angelo, et il partit à toute allure, ses boucles noires au vent. Greg le suivit gravement des yeux.

– C’est un drôle de petit garçon, n’est-ce pas ? dit-il. Quand tu discutes avec lui, c’est trop difficile pour moi. Je voudrais bien un autre petit garçon à qui je pourrais parler.

– Tu peux parler aux lapins et aux oiseaux, dit Laurie.

– Ils ne sont rien.

– Parle-toi à toi-même, alors. C’est comme cela que je fais, moi, quand je veux dire quelque chose.

Grégory marcha silencieusement jusqu’à la maison. Sa sœur lui manifestait vraiment peu de sympathie, mais il avait trop bon caractère pour s’en ressentir.

Mme Oliver, très occupée, ne put écouter les enfants jusqu’au soir. Ce n’est qu’à l’heure du coucher qu’ils lui firent un récit un peu confus de leur conversation, mais ce qu’elle entendit calma son inquiétude. Certainement, jusqu’à maintenant Angelo n’avait pas fait de mal à ses enfants, et peut-être pourraient-ils eux-mêmes lui faire du bien. Elle résolut de ne pas intervenir dans l’affaire.

Les enfants se retrouvèrent ensemble, bientôt après, mais pour peu de temps. Laurie et Greg cueillaient des genêts dorés sur la lande, quand Angelo arriva vers eux.

– Je ne peux pas m’arrêter, dit-il. Je dois apprendre un nouveau chant cet après-midi. Mais je pensais bien vous trouver ici ; je veux vous demander quelque chose.

– Quoi ? demanda Grégory.

Il hésita, puis, baissant la voix :

– Vous souvenez-vous du cantique que vous m’avez appris ? J’y ai réfléchi, et vous avez dit que l’église pointait vers Dieu. Qu’y a-t-il dans l’église ?

– Tu n’es jamais allé à l’église ? demanda Laurie déconcertée.

– Non ; Gardien n’aime pas que j’aille près du village, où les gens me regardent si curieusement, et les petits garçons m’appellent « Le Français ». J’ai demandé à Ninette de m’y conduire, une fois, mais Gardien n’a pas voulu. Il dit qu’il ne veut pas qu’on m’entende chanter, et il a peur que je chante si je me trouve dans l’église. Il aime que je tienne la chose secrète, alors il ne faut pas parler de mes chants, n’est-ce pas ?

– Nous l’avons dit à maman, dit Laurie, nous lui disons tout.

– Ne le dites à aucune autre personne parce que Gardien n’aime pas qu’on en parle. Je ne sais pas pourquoi. Peut-on aller à l’église tous les jours ?

– Nous n’y allons que le dimanche, dit Laurie.

– Et que faites-vous ?

– Nous chantons des cantiques et prions, puis M. Gay monte dans la chaire et prêche.

– Est-ce cela, venir à Jésus ?

– Eh bien, oui, je pense que c’est une manière d’y venir, dit Laurie pensivement.

– Je suppose que Jésus vient à l’église, toujours. Y vient-Il tous les jours ?

– Oui, dit Laurie, sa figure s’illuminant de conviction.

– Alors je pourrais Lui parler, même si je ne Le voyais pas ?

– Oui, je sais que tu le pourrais.

Angelo s’enfuit sans ajouter un mot, et les enfants le regardèrent disparaître dans le lointain.

– C’est un drôle de petit garçon, dit Laurie. Que je voudrais qu’il parle à maman ! Je crois vraiment qu’il va aller à l’église quand il n’y aura personne.

– Il ne sait rien, n’est-ce pas ? dit Greg un peu méprisant.

– Il sait chanter ! fut la riposte enthousiaste de Laurie.

Grégory en fut accablé, et n’essaya plus de le critiquer.

Chapitre 6. « Un jour de congé avec maman »

Le comte paraissait las et irrité. Il était assis au piano, et Angelo, la figure bouleversée, se tenait debout devant lui.

– Ah ! Stupide enfant ! Comme tu tortures mes nerfs et me brises la tête ; tu me fais bondir à chaque note ! Elles sont comme des cris de chouette ! métalliques, discordantes, presque fades !

Être « fade » était un crime affreux et déshonorant. Le sang monta aux joues de l’enfant, et les larmes lui vinrent aux yeux. Ses mains se joignaient et se crispaient nerveusement. Le comte frappait toujours passionnément sur le splendide instrument. Angelo essaya vainement de le suivre. Le comte s’arrêta brusquement, porta ses mains à sa tête, et Angelo éclata en sanglots.

– Je suis effrayé ! sanglota-t-il. Quand vous me faites peur, je ne peux pas chanter !

– Est-ce que je te bats à coup de fouet ? Est-ce que je te secoue par les oreilles et par les cheveux pour t’apprendre la musique ? Tu aurais besoin d’être élève de M. Capello. Il t’apprendrait ce que c’est que la peur ! Vas-tu devenir un pauvre poltron parce que tes notes discordantes m’affolent et me déchirent l’âme ?

Angelo essuya ses yeux et se redressa.

– Je ne serai pas un poltron, dit-il, je veux chanter, mais cette musique est trop violente pour moi.

Le comte se leva du piano et se jeta dans un fauteuil. Ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait incapable de transmettre son état d’âme à son élève.

– C’est la faute de ma tête, aujourd’hui, murmura-t-il comme excuse. J’ai oublié que les aspirations agitées et les passions d’un homme ne peuvent pas trouver une expression dans l’âme d’un bébé. Nous ne ferons plus de musique pour aujourd’hui, petit. Tu n’as pas la voix qu’il me faudrait entendre en ce moment. J’ai de violents maux de tête. Assieds-toi et joue-moi quelque chose de doux.

Angelo s’assit au piano ; ses petits doigts glissèrent doucement sur les notes, avec un peu d’indécision au début, puis frappant un accord, il se mit à chanter. C’était le cantique que Laurie lui avait appris, et qui n’avait cessé de retentir depuis lors dans son cœur et dans son esprit. La joie simple des paroles, le doux appel qui commençait chaque strophe :

Doucement Il nous appelle

Enfant, Le connais-tu…

saisit d’un étrange étonnement l’esprit inquiet et tourmenté du comte. Après sa musique passionnée, cette douce mélodie de cantique éveilla soudain en lui de lointains souvenirs.

Ces paroles le ramenèrent au temps – depuis si longtemps oublié ! – où il balbutiait, à genoux près de sa mère, sa prière enfantine.

Quand la voix d’Angelo s’éteignit, il y eut un profond silence durant quelques instants.

– Où as-tu appris cela ? demanda le comte d’une voix rauque.

– Cette petite fille me l’a appris – celle dont je vous ai parlé et que j’ai rencontrée dans le bois. Elle m’a appris les paroles sur lesquelles j’ai simplement improvisé une musique.

– Laisse-moi, je veux être seul.

Angelo obéit. Il fit une promenade dans le jardin. Les mots mêmes du cantique lui avaient fait ressentir à nouveau le désir de visiter l’église.

– « Enfant, Le connais-tu ? » murmura-t-il, j’irai maintenant et je L’y trouverai.

Il se glissa hors du jardin, longea l’allée verte et déboucha sur la grande route qu’il suivit pendant environ cinq cents mètres, puis, traversant la lande, il se trouva à côté de la petite église du village.

Elle était située juste à l’entrée du groupe de maisons, et comme à cette heure tranquille de l’après-midi la plupart des villageois prenaient leur repas, il put entrer inaperçu dans la cour. En s’approchant de la porte de l’église, il crut un instant qu’elle était fermée. Mais, après qu’il ait fait beaucoup d’efforts, la lourde porte s’ouvrit et il entra timidement dans l’édifice. C’était une église ancienne. L’intérieur en était sombre. Les vitraux magnifiques ne laissaient pas pénétrer les rayons du soleil. Il considéra les bancs et la haute chaire avec étonnement. Si étrange que cela puisse paraître, il ne se souvenait pas d’avoir jamais vu l’intérieur d’une église, et il se sentait timide et apeuré… Où devait-il dire les paroles qui éclataient dans son cœur ?

Il réfléchit un moment, puis se souvint des paroles de Laurie : « L’église a une flèche parce qu’elle pointe vers Dieu ». Jésus et Dieu vivent tout là-haut dans le ciel.

– Je voudrais m’approcher d’eux autant que possible, se dit-il.

Il monta les escaliers de la chaire, y entra et se mit sur l’agenouilloir. Sa petite tête dépassait juste le rebord de la chaire. Il jeta un regard effrayé sur l’église sombre et silencieuse, puis il parla :

Je suis venu pour Te rencontrer, Seigneur Jésus. Tu m’appelles et je suis venu. Je sais que Tu m’aimes et que tu me prendras par la main. Tu me donneras de la joie quand mon cœur sera triste. Le cantique le dit : « c’est pour te rendre heureux, mon enfant », et Laurie assure que c’est vrai. Je crois, Seigneur, que Tu es mort pour moi. Apprends-moi à mieux Te connaître.Tu vois, je suis venu parce que Tu m’as appelé.

Il ne s’attendait pas à recevoir une réponse. Mais cependant il s’arrêta et le sentiment d’une douceur inconnue se glissa dans son âme. Puis, se rendant compte qu’il devait quitter l’église, il éleva les mains avec un cri passionné :

– Oh, viens avec moi, Jésus ! Viens. Tu vis avec Laurie et son frère. Vis aussi avec moi dès aujourd’hui ! Viens avec moi maintenant !

Doucement il se glissa hors de l’église et franchit la lande, courant lestement avec l’idée confuse d’empêcher l’invisible Présence de le quitter. Il arriva enfin chez lui.

Une fois au jardin, il se dirigea vers une vieille tonnelle délabrée et, certain qu’on ne pouvait l’entendre de la maison, il éleva sa voix pure d’enfant, et chanta de nouveau le cantique avec une assurance triomphante.

Quelques jours après, Laurie et Grégory eurent un grand sujet de joie. Après avoir lu son courrier à déjeuner, leur mère leva la tête en souriant :

– Voici une surprise, mes enfants. Mlle Bernard envoie sa calèche pour nous emmener tous aux Tours Rondes. Aimeriez-vous y aller ? Elle voudrait que nous passions la journée avec elle. Je crois que nous allons prendre un jour de congé et partir.

Les yeux de Laurie étincelèrent. Tout endroit nouveau avait une étrange fascination pour elle. Elle s’imaginait les Tours Rondes comme une espèce de palais enchanté et, dans son excitation, elle saisit son frère par le cou, l’étouffant presque.

– Oh ! Greg, nous allons monter dans une calèche ! Et pas de leçons !

– Y aura-t-il des tartes à la confiture comme dessert ? demanda Grégory, essayant avec peine de se dégager de l’étreinte de sa sœur.

Un jour de congé avec maman était une chose très rare. Lorsque la calèche arriva, les enfants s’y installèrent, vêtus de leurs plus beaux habits. Les deux chevaux partirent alors au trot sur la grande route, tandis que Laurie tournait vers sa mère des yeux brillants :

– Nous pouvons faire semblant que cette calèche est à nous, n’est-ce pas ? dit-elle.

– Nous l’aimerions deux fois moins dans ce cas, dit sa mère en riant. Peut-être qu’un jour nous en aurons une, ma chérie, et alors peut-être que tu ne voudras pas t’en servir.

– Oh si ! bien sûr que je voudrai. Crois-tu que nous serons vraiment riches ?

– Comme la dame qui vit dans une grande maison et qui a des chiens ? ajouta Grégory. J’aimerais une maison comme celle-là, avec des vaches qui me donneraient un verre de lait chaque fois que j’en voudrais, et des poules qui me pondraient un œuf pour déjeuner tous les jours, et quelqu’un pour me lacer mes souliers et ranger mes jouets.

– J’aimerais, dit Laurie rêveusement, des robes de soie blanche et des perles de corail ; une très grande salle de jeu et un poney à monter ; un chien à moi, des lapins, des souris blanches et des canaris ; une belle serre remplie de fleurs et un jet d’eau qui jaillirait et retomberait dans un bassin plein de poissons rouges, et des fraises toujours mûres.

– Tu es plus ambitieuse que ton frère, dit Mme Oliver, en riant. Maintenant, je vais vous dire ce que j’aimerais, moi : une gouvernante qui veillerait aux repas, et dirigerait toute la maison sans que j’aie à m’en inquiéter. J’aimerais un petit salon frais et tranquille rempli de jolies choses. Il serait si calme et apaisant que je pourrais m’y étendre et ne penser à rien si j’en avais envie. Ensuite, je voudrais une splendide bibliothèque et une bourse qui ne se viderait jamais, jamais.

– Oh ! J’aimerais bien cela, interrompit Greg. Alors j’achèterais ces gros gâteaux ronds qui coûtent un sou chacun.

En plaisantant de la sorte, le temps s’écoula rapidement. La calèche roulait près des haies parfumées, passait à travers de petits villages aux toits couverts de chaume, montait et descendait les pentes. Ils longèrent une avenue bordée de tilleuls en fleurs et arrivèrent devant une maison en briques rouges battue des vents, avec une très large entrée précédée d’un escalier de pierre : Les Tours Rondes.

Le hall, tout ensoleillé, était plein de fleurs. On leur ouvrit le salon et Mlle Bernard se leva de son bureau pour les recevoir. Laurie pensa que cet endroit devait être la chambre que maman aimerait avoir pour elle quand elle serait riche. C’était un petit endroit très clair et intime, rempli de vieilles porcelaines magnifiques et de très belles peintures.

Mlle Bernard les embrassa tous chaleureusement. Elle installa Mme Oliver dans un fauteuil, puis se tourna vers les enfants :

– Je me demande ce que vous aimeriez faire… Voici des vieux volumes d’ « Histoires pour les enfants », voulez-vous les porter dans la serre pour les regarder ? Vous y trouverez des chaises.

Laurie accepta joyeusement. Bientôt, assise parmi les fleurs, elle se sentit comme dans un royaume de fées, et pendant un long moment, elle ne put faire autre chose que de les regarder. Quant à Greg, les images étaient plus de son goût et, de temps en temps, sa petite âme avide reprenait le dessus.

– Que penses-tu que nous ayons pour dîner, Laurie ?

La fillette fut d’abord choquée et indignée, puis elle se mit à considérer la chose.

– Peut-être du poulet…

– Et des tartes aux pommes ?

– Peut-être.

Les fleurs, les images et la perspective d’un bon dîner dans cette belle maison étaient plus qu’il n’en fallait pour occuper les pensées des enfants.

Lorsqu’ils entrèrent enfin dans la salle à manger pour le repas de midi, il y avait là plusieurs étrangers. M. Bernard était un homme grand, mince, aux joues bien rasées et aux lèvres rieuses. Il aimait à faire des jeux de mots, et quoique Laurie l’eût déjà rencontré une ou deux fois à Londres, elle en avait un peu peur. Il y avait deux autres messieurs : un jeune homme à la longue moustache blonde qu’il tirait d’un air pensif après chaque phrase. L’autre était un personnage au teint basané, à l’air sévère, qui disait d’une voix douce les choses les plus étranges, ce qui provoquait sourires ou éclats de rire à chacune de ses remarques. Il y avait une grosse dame rieuse, aux doigts pleins de bagues, et une jeune fille blonde qui paraissait s’amuser énormément. Tout le monde discutait et riait, et les yeux graves de Laurie prenaient note de tout. Grégory, lui, était tout absorbé par les bonnes choses servies sur son assiette. Une fois, il s’oublia jusqu’à s’écrier avec ravissement pendant un de ces silences soudains, si fréquents dans toute conversation : « C’est un festin de roi, je veux le manger tout ! ». Il fut rempli de confusion par les rires qui suivirent ces paroles, et quand le jeune homme aux moustaches blondes se mit à lui présenter rapidement tous les plats qu’il pût saisir, Greg glissa de sa chaise et courut enfouir sa tête sur les genoux de sa mère.

Celle-ci fit cesser les rires, et renvoya son fils à sa place.

– Les enfants sont si délicieusement sincères ! dit la grosse dame.

– Et la sincérité est toujours amusante, dit l’homme basané.

Laurie perdit souvent le fil de la conversation qui suivit, mais elle fixait d’un regard admiratif sa mère qui paraissait si parfaitement à son aise dans cette joyeuse compagnie. Et aucune autre personne, pensait la loyale petite enfant, n’est si jolie et si douce qu’elle.

De temps en temps on disait des choses qui intriguaient complètement la petite fille.

– Puisque nous parlons métier, dit l’homme blond, laissez-moi vous donner une idée générale. Ne tuez pas les méchants, ni les mauvaises personnes – laissez-les simplement disparaître.

– Vous voulez dire, faites-les disparaître ?

– Parfaitement. Il y a mystère, et la crainte de les voir reparaître soutient l’intérêt.

– Et quand reparaissent-ils ?

– Jamais ! Fermez le livre, doucement, après leur disparition.

– Je n’aime pas les conclusions vagues, dit la grosse dame, je tue toujours franchement quand je vois que c’est nécessaire.

– Le public aime beaucoup mieux voir les bandits malmenés.

– Et vous, Mme Oliver, qu’en pensez-vous ? Êtes-vous de celles qui pratiquent le meurtre ?

– Je ne tue jamais, dit Mme Oliver en souriant, à moins qu’il n’y ait aucun autre moyen d’en sortir. J’ai tué quelqu’un, une fois, mais ce fut à grand regret.

– Oh, je sais, dit la jeune fille blonde, c’était Flora Gauty. J’ai pleuré sur elle. Je ne pensais pas rencontrer un jour son meurtrier.

La conversation continua, mais Laurie n’en écouta pas davantage. Son cœur battait violemment, et elle se sentait défaillir. Rêvait-elle ? Sa maman, sa douce, sa tendre petite maman avait-elle dit, d’un air calme et indifférent, qu’elle avait tué quelqu’un, une fois… ? L’enfant laissa son repas intact sur son assiette. Lorsque le dîner fut fini, on leur permit d’aller courir et jouer au jardin.

Grégory s’étonna de l’humeur silencieuse de sa sœur.

– Viens donc courir avec moi, Laurie, supplia-t-il. C’est un si grand et beau jardin ! Qu’as-tu ? As-tu mal ?

Elle avait mal, en effet, mais sa douleur était trop profonde pour être épanchée. Le soleil, les fleurs, le beau jardin, tout lui paraissait voilé. Elle s’assit sur la pelouse sous un vieil ormeau.

– Laisse-moi, Greg, et va jouer. Je veux maman… oh, je veux maman !

Chapitre 7. « Tu as dit que tu l’avais tuée ! »

Un moment après, Mme Oliver descendit au jardin, parlant sérieusement avec M. Bernard.

Laurie se leva, accourut, et glissa sa petite main dans celle de sa mère. Mme Oliver lui sourit !

– Fatiguée de courir, ma chérie ?

– Je voudrais rester avec toi ! dit la fillette à voix basse.

Mme Oliver reprit alors sa conversation, Laurie à ses côtés.

– Je ne peux pas entreprendre davantage, M. Bernard. Il ne faut pas me tenter !

– C’est une si belle occasion !

– Je devrais aller à l’étranger pour étudier l’endroit.

– Pourquoi pas ?

– La dépense serait trop forte.

– Mais vous seriez amplement dédommagée ensuite.

– Je n’ai pas sous la main l’argent nécessaire.

– Laissez-moi vous l’avancer.

– Merci ; mais je ne pourrais pas me permettre cela.

– Je vous assure que ce ne serait qu’un arrangement d’affaires. Je connais vos scrupules extrêmes en ce qui concerne les prêts. Vous les considérez donc comme des dettes ? Mais en ce cas vous perdez une occasion magnifique.

J’ai des enfants, et je me dois à eux, avant tout. J’essaie de ne pas les négliger, et je crois que je fais mon devoir. Je viens de m’installer ici, il ne faut pas m’en distraire.

-Mais il faut être plus ambitieuse ! Donnez une bonne gouvernante à vos enfants, et laissez-les avec elle. Vous devriez être entièrement libre avec le talent que vous possédez. N’ayez pas peur de dépenser. Vous vous faites un très bon revenu.

– M. Bernard, vous êtes mon ami et mon banquier ; vous savez où va mon argent.

M. Bernard sourit tranquillement.

– Votre conscience délicate vous joue des tours, dit-il. Quand le créancier est satisfait, il n’y a pas de dettes.

– Il y en aura jusqu’à ce que j’aie payé le dernier sou !

Mme Oliver parlait avec animation. Puis elle ajouta, plus doucement :

– Je ne crois pas que la gêne résultant d’un revenu très faible puisse nous faire du mal, ni à moi, ni à mes enfants. Cela nous donne des habitudes de soin, d’abnégation et d’indépendance. Je ne voudrais pas qu’il en fût autrement.

Il y eut un silence. Puis M. Bernard dit, d’un ton différent :

– Voulez-vous m’envoyer ces articles dont je vous parlais il y a quelques temps ?

– Oui, je le ferai.

Laurie écouta tout ceci, étonnée d’entendre les grandes personnes parler de sujets aussi peu intéressants que les « revenus », les « circonstances », les « créanciers », etc. Et dans sa petite tête l’horrible pensée la tourmentait toujours : Maman a tué quelqu’un, son nom était Flora Gauty, et elle en a ri ! Mais, elle eut beau essayer, elle ne put prendre sa mère à part un seul instant pour lui en parler. D’ailleurs, elle n’osait même pas se répéter l’affreuse phrase qui lui gâtait sa journée et obscurcissait même le soleil autour d’elle ! Mlle Bernard et les autres invités sortirent bientôt, et Laurie, voyant sa mère entourée, rejoignit Grégory. Celui-ci avait engagé une conversation très animée avec un petit garçon qui arrachait les mauvaises herbes d’une allée. Mlle Bernard et la grosse dame passèrent près d’eux. Elles s’arrêtèrent en voyant les enfants, et cette dernière posa la main sur l’épaule de Laurie.

– Ce sont ses enfants, n’est-ce pas ? Heureux enfants d’avoir pour mère un tel génie. C’est ravissant de la voir ainsi entourée. Sa plume est si étonnante que je m’étais fait d’elle une idée toute différente. C’est un grand plaisir pour moi de l’avoir rencontrée.

Laurie se retourna vivement :

– Savez-vous l’histoire de la plume merveilleuse de maman, qui fait de l’argent ? demanda-t-elle.

– Je crois que toute l’Angleterre connaît la plume de votre mère, dit la grosse dame, éclatant de rire comme elle s’éloignait. Je voudrais seulement pouvoir retenir mon public aussi bien !

Une couleur rose monta aux joues de la fillette. Toute l’Angleterre connaît la plume de maman ! Quelle merveille ce devait être ! Et que faisait-elle donc ? se demandait Laurie.

Chacun fut invité à prendre une tasse de thé et bientôt la calèche arriva pour les emmener. Grégory babilla gaiement tandis que sa sœur se tenait tranquille. Mme Oliver la regarda tendrement :

– Je crois que tu ne t’es pas beaucoup amusée, n’est-ce pas, ma chérie ?

– Non, pas beaucoup, dit-elle sincèrement.

– Tu n’es donc pas bien ? Je n’aime pas te voir si boudeuse. J’ai eu beaucoup de plaisir, aujourd’hui, et j’espérais que tu en aurais eu aussi de ton côté.

La figure de l’enfant s’empourpra. Elle ne pouvait pas dire ses pensées à sa mère. Elle était assise en face d’elle, et de temps en temps, Mme Oliver rencontrait son regard fixé sur elle, grave, triste et scrutateur, et elle en était inquiète.

– Je crois qu’elle a mal et qu’elle est de mauvaise humeur, dit Grégory.

– Je ne suis pas de mauvaise humeur, dit Laurie.

– Qu’as-tu ?

– Je crois que je me sens un peu triste…, et la fillette, confuse, détourna la tête sous le regard insistant de sa mère.

Mme Oliver n’insista pas davantage. Elle savait que tous les chagrins seraient dévoilés à l’heure du coucher, et, laissant Laurie à ses réflexions, elle porta son attention sur son petit garçon. Ils étaient tous les deux bien las, en arrivant, et Greg s’endormit dès que sa tête toucha l’oreiller. Mais Laurie ne dormait pas quand sa mère vint vers elle. Sa petite figure était pâle et bouleversée. Mme Oliver s’assit à côté d’elle et écarta d’une main très tendre l’épaisse chevelure de son front. Elle ne parlait pas, et son silence donna du courage à l’enfant :

– Maman, si je tuais… une… un… oiseau, est-ce que ce serait méchant ?

– Si c’était par accident, non, ma chérie. Je crois que tu ne serais jamais assez cruelle pour le faire exprès.

– C’est cruel de tuer, maman ?

– Très cruel ; à moins qu’on ait une bonne raison de le faire.

Laurie se souvint des paroles de sa mère : « il n’y avait pas d’autre moyen d’en sortir » ; mais elle ne se sentit pas consolée.

– Et les grandes personnes sont obligées de se tuer les unes les autres quelquefois, maman ?

– Jamais ! dit Mme Oliver, avec horreur ; puis elle ajouta vivement : sauf en cas de guerre, naturellement.

– As-tu été à la guerre, maman ?

– Non, chérie. Pourquoi ? Qu’est-ce qui te tourmente ? Dis-le franchement à maman. As-tu tué un crapaud ?

– Non, non ! Et la fillette frissonna. Puis, se relevant, elle jeta ses bras au cou de sa mère et cacha sa tête sur son épaule.

– Oh, maman, je ne sais pas comment le dire, mais j’y pense continuellement ; c’est ce qu’Esther a lu dans le journal… un jour une femme avait tué sa petite fille ! Tu ne trouveras jamais bon de me tuer, moi, maman ! Oh, dis-moi que non !

Mme Oliver était de plus en plus intriguée et effrayée. Elle sentait Laurie toute tremblante et ses petites mains étaient d’une chaleur fiévreuse.

– Ma petite fille ! Comment peux-tu dire de si terribles choses ? Crois-tu que maman te fera jamais le moindre mal ?

Laurie éclata en sanglots.

– Mais tu as dit que tu l’avais tuée, maman, et une dame t’a donné cet affreux nom : un… un… meurtrier !

– Qui ai-je tué ? dit Mme Oliver, se demandant si son enfant délirait.

– Flora Gauty. Je me souviens de son nom. Était-ce une petite fille, maman ?

La lumière se fit aussitôt dans l’esprit de Mme Oliver et elle poussa un grand soupir de soulagement. Elle ne sourit pas, quoique tout d’abord elle en eût envie, car elle voyait quelle terrible expérience sa petite fille traversait.

– Ma Laurie chérie, sèche tes larmes et écoute-moi. Je peux t’expliquer tout cela. Je n’ai jamais vraiment tué quelqu’un, et tout cela est un gros malentendu. Ce n’est pas étonnant que tu aies été si malheureuse, puisque tu avais cette affreuse pensée dans ta petite tête. Je crois qu’il faut que je te dise maintenant ce que fait ma plume et comment je gagne de l’argent. C’est en écrivant des livres. Je ne te l’ai jamais dit, parce que je n’aime pas du tout qu’on en parle. Mais je voudrais que tu l’aies su avant d’entendre cette stupide conversation à dîner.

Laurie regardait sa mère avec des yeux tout ronds, sans pouvoir dire un mot.

– Tu aimes les livres et les images, n’est-ce pas ? continua sa mère… Eh bien, les grandes personnes les aiment aussi, et j’en écris, beaucoup ; des récits et des essais que tu trouverais bien monotones. On parlait de mes livres, à dîner, et « Flora Gauty » est la jeune fille d’un livre qui a été noyée dans une inondation. Je l’ai fait mourir dans mon histoire, et c’est ce que je voulais dire en disant que « je l’ai tuée ». Elle n’était pas du tout une vraie personne. Comprends-tu, chérie ?

Laurie fit signe que oui, mais elle se remit à pleurer.

– Je ne sais pas pourquoi je pleure, sanglota-t-elle, je suis si contente ! Je savais bien que tu ne voudrais pas tuer quelqu’un ; seulement, je ne pouvais pas comprendre.

– Maintenant couche-toi et dors comme une gentille enfant. Tu es exténuée.

Mme Oliver embrassa sa fillette et la remit sur ses oreillers. Après un ou deux petits sanglots, les yeux bruns se fermèrent doucement, puis s’entrouvrirent tout ensommeillés.

– Maman !

– Chérie ?

– C’est une plume merveilleuse, n’est-ce pas, qui écrit des livres ?

– Oui, certes, dit Mme Oliver en souriant et elle sortit de la chambre en se disant : Voilà pourquoi on ne devrait jamais amener des enfants à un dîner littéraire !

Le lendemain, Laurie se leva gaiement comme une joyeuse petite personne qu’elle était. Naturellement, elle ne dit jamais à Greg la cause de son chagrin, et pendant longtemps ils discutèrent de leur visite aux Tours Rondes. Esther dut écouter les brillants récits sur la maison et le jardin.

– C’est beaucoup plus agréable que le hall, où habite Mlle Monteil, dit Laurie. Cela paraît plus aimable, dedans et dehors.

– C’est la première fois que j’entends parler de l’amabilité d’une maison, dit Esther avec un sourire.

– Eh bien, vous ressentez que tout le monde vous aime et que les arbres et les fleurs connaissent aussi ce sentiment-là, n’est-ce pas ?

Esther secoua la tête et n’en dit pas davantage.

Mlle Monteil n’avait pas gagné le cœur des enfants. Si Laurie la voyait venir sur la route où Greg et elle se promenaient, elle grimpait par-dessus une barrière ou se cachait derrière un arbre jusqu’à ce qu’elle fût passée. Greg, seul, continuait placidement sa promenade. Une après-midi, Mlle Monteil le rencontra ainsi, et l’arrêta.

– Tu es trop petit pour être si loin de chez vous. Où est ta sœur ? Je croyais qu’elle prenait toujours soin de toi.

– Oui, elle prend soin de moi, à moins que je ne le fasse, moi, tout seul, dit l’enfant, imperturbable.

– Où est-elle ? répéta Iris, le regardant sévèrement et croyant que l’enfant voulait être impertinent.

Grégory fixa son interlocutrice, les yeux et la bouche grands ouverts, puis dit pensivement :

– Je crois qu’elle est quelque part sur terre.

– C’est une petite sotte de se sauver ainsi en te laissant.

Puis, tout à coup, voyant derrière un arbre un coin de robe d’indienne, Iris s’avança et saisit Laurie par les épaules : « Pourquoi te caches-tu ? Ne dois-tu pas prendre soin de ton petit frère quand vous êtes dehors ? »

– Je me cachais seulement de vous, dit Laurie d’un air confus.

– Te cacher de moi ! s’écria Iris, vraiment étonnée. Pourquoi te cachais-tu de moi, je t’en prie ?

– Parce que… parce que vous me posez des questions, murmura la fillette.

– Je te ferai dire ton catéchisme tout d’un trait, si tu ne prends pas garde, dit Iris en riant, mais d’un air un peu vexé. Ainsi tu es une trop grande dame pour qu’on puisse te questionner ? Je me demande jusqu’où iront les enfants ! – Savez-vous que je vais organiser un festin dans les prés pour les enfants des écoles ? J’allais justement chez votre mère pour lui demander de vous y laisser venir. Mais si vous vous cachez de moi, vous n’aimerez sans doute pas y aller.

– Si, je crois que je voudrais, dit Laurie doucement.

– Moi, j’aimerais beaucoup, dit Grégory avec un large sourire. J’aime le foin. Laurie et moi avons essayé d’en couper l’autre jour dans notre jardin. Nous avons coupé des tas d’herbes avec des ciseaux, mais ça faisait affreusement mal aux doigts !

– Peut-être que je ferais mieux de vous inviter tout seul, alors, dit Iris, je n’aime pas les enfants qui se cachent de moi.

Laurie rougit, puis ses sentiments l’emportèrent sur sa timidité :

– Greg ne pourrait pas aller vous voir à moins que je n’y aille aussi. Je suis sa gardienne, maman me l’a dit. Je suis fâchée de m’être cachée derrière un arbre. Je ne le ferai plus.

– Alors nous n’en parlerons plus, et j’attends Grégory et sa gardienne samedi après-midi, à deux heures, si votre mère vous permet de venir.

Elle leur fit un petit signe de tête et s’éloigna.

Les deux enfants étaient fous de joie.

– Je crois que c’est une très gentille dame, Laurie. Ce sera une vraie partie de plaisir, n’est-ce pas ? Il y aura beaucoup d’enfants pour s’amuser. Oh ! Que je voudrais que ce soit samedi, aujourd’hui.

Ils ne purent parler d’aucune autre chose jusqu’au samedi. Leur mère avait été invitée, mais elle dit qu’elle ne pouvait pas prendre le temps d’y aller. Iris fit alors le plaisir à Esther en lui demandant d’accompagner les enfants.

Le temps était magnifique. Iris, toute réjouie et contente de voir s’amuser tous les enfants du village, se montra très bonne hôtesse. Laurie se lia d’amitié avec la petite fille du pasteur de la paroisse voisine. C’était une enfant d’une dizaine d’année, qui avait avec elle trois jeunes frères qu’elle essayait vainement de discipliner :

– J’en viens à bout à la maison, mais quand nous sortons ils n’aiment pas que je les gronde. Maman est malade et nous avons à la maison un tout petit bébé qu’elle soigne. Je surveille tous les autres.

– Les garçons sont assez turbulents, dit Laurie adoptant le ton raisonnable de sa nouvelle amie. Greg me donne beaucoup de peine, car j’en prends soin, tu comprends.

– Ce doit être facile avec un seul, soupira Pauline Robert. Nous sommes très pauvres et je raccommode leurs bas et leurs chaussettes. Il y a toujours des trous.

– Moi, je ne travaille pas beaucoup, confessa Laurie, Esther raccommode nos bas.

– Je le fais pour épargner de la peine à maman, dit Pauline. Vous devriez voir maman ! Elle est aussi belle et aussi bonne qu’un ange. Elle m’appelle sa « joie ».

– Elle ne peut pas être plus gentille que maman ! dit Laurie vivement. Elle m’appelle la gardienne de Greg ; j’aime ce nom, et toi ?

Tel fut leur genre de conversation. Pauline ne se prêtait pas aussi gaiement que Laurie aux courses dans le foin. Les tourments de la vie pesaient déjà lourdement sur ses épaules. Mais sa nouvelle amie la trouvait charmante et l’embrassa avec ferveur, en partant :

– Je ne connais pas de petite fille ici, et seulement un petit garçon, à part Greg. J’aimerais que tu viennes prendre le thé avec moi, un jour, je le demanderai à maman.

Les yeux de Pauline brillèrent :

– J’aimerais beaucoup venir chez toi, si maman me le permet, si elle n’a pas besoin de moi. Et peut-être que lorsque nous aurons une fête, un anniversaire, tu pourrais venir dîner avec nous. Nous avons toujours un gâteau les jours de fête.

Elles se séparèrent grandes amies, et Laurie rendit compte de sa journée à sa mère, en disant :

– Le foin était délicieux, et les jeux, et le thé aussi. Mais le plus charmant, c’était Pauline ; c’est une petite fille si sérieuse que je suis sûre que tu l’aimerais.

– Je l’espère, répondit sa mère en souriant. Mais elle doit être plus âgée que toi.

– Oui, c’est vrai ; mais, vois-tu, nous nous ressemblons beaucoup. Elle a des petits frères à garder, et moi j’ai Greg. Nous avons parlé – ses yeux prirent un air grave – de la peine qu’ils nous donnent.

Alors Mme Oliver saisit sa petite fille et la serra contre elle.

– Oh, ma chérie, j’espère que je ne fais pas de toi une petite vieille ! Je ne veux pas que tu sois « sérieuse » comme tu dis. Je veux que tu sois une enfant heureuse et insouciante. C’est cette terrible mais nécessaire littérature qui m’absorbe tant !

Chapitre 8. « Sans un ami au monde ! »

… Alors, Angelo, nous faisons naufrage… Cela commence toujours comme cela. Naturellement, nous devrions être dans l’eau, mais nous ferons comme si nous y étions. Vois-tu, je vais essayer d’arriver à cette grosse pierre… Maintenant, j’y suis. Trouves-en une pour toi ou bien tu seras noyé. Vite ! Vite ! Il y a un requin derrière toi !

– Moi je grimpe sur un arbre ! s’écria Grégory.

– Mais non, ce n’est pas ça ! Les arbres ne poussent pas dans la mer.

– C’est une grande montagne, dit Greg rapidement, j’ai failli me noyer en tombant à la mer, mais maintenant je ne risque plus rien. Je suis sur une île. Et toi, Angelo, où es-tu ?

– Sur un grand rocher, comme toi.

– Il ne faut pas dire ça. C’est une île. Je suis toute mouillée et j’ai froid et bien faim, mais je suis si contente d’être sauvée ! Et toi, Greg ?

– Je suis en grand danger ! Un ours grimpe vers moi d’un côté et un renard de l’autre, et une grosse baleine me mord le doigt de pied !

– Et toi, Angelo ? Tu ne dois pas rire, tu sais c’est très sérieux !

Angelo essaya de se mettre dans l’esprit de ce jeu merveilleux :

– Les vagues bondissent sur moi et m’emportent presque ! s’écrie-t-il. Les éclairs m’ont rendu aveugle et le tonnerre retentit de tous côtés. J’étends les bras, je ne touche rien ! Mes yeux sont clos, et je ne verrai jamais plus ! Plus de soleil, ni de fleurs, ni de maisons, ni d’amis. Je ne suis qu’une épave.

– Oh, que c’est beau ! murmura Laurie. Maintenant c’est mon tour. J’aurais dû penser à être une épave, c’est un très beau mot. J’ai si froid, mes dents claquent et ma langue est sèche et brûlante. Je veux manger et boire. Je deviens très malade. Que pourrais-je manger ? Mes vêtements sont tous trempés. Peut-être que je pourrais manger mes souliers, ce serait mieux que rien. Ils sont très durs. Mais, oh ! que j’ai soif ! Voici une goutte de pluie… je la vois descendre. Puis-je l’attraper ? Ah !… Hélas ! Hélas ! Elle est tombée sur mon nez, je ne peux pas la boire !

– Essaye, essaye ! cria Grégory, avance la langue ! – Maintenant c’est à moi. Un alligator rouge grimpe vers moi. Il faut se battre ! Maintenant ma montagne s’enflamme par en haut et la baleine l’avale par en bas. Je vais retomber dans la mer et je serai noyé.

Les trois enfants s’amusaient dans le bois à ce jeu captivant et Laurie en était directrice en chef. Angelo les avait de nouveau rencontrés et avait exprimé le désir d’être initié au jeu des « périls ». Son imagination était très développée, et le bonheur de Laurie fut au complet lorsque du haut de son « île », il fit retentir un chant improvisé :

« Le vent impétueux souffle,

Les vagues agitées s’élèvent,

Le tonnerre retentit de tous côtés,

L’éclair brille ;

L’île chancelle,

Sur terre et sur mer tout est danger. »

– Oh, Angelo, s’écria-t-elle en se jetant impétueusement à son cou, c’est merveilleux de jouer avec toi !

Le naufrage terminé, Angelo demanda s’il n’y avait pas d’autres thèmes de « périls ».

– Oh si, dit Laurie, il y en a encore des tonnes et des tonnes. Tu comprends, je les trouve dans la Bible. J’en ai entendu un très beau dimanche dernier. C’est l’apôtre Paul qui le raconte. Il y a des voleurs et des prisons, des coups de pierres et des coups de fouet. Je l’ai retrouvé dans ma petite Bible. J’y ai mis un signet, et je le relis quelquefois lorsque je veux faire battre et bondir mon cœur ! Je voudrais que tout cela m’arrive, un jour à moi.

Ici elle leva les yeux et poussa un profond soupir, car Laurie avait vraiment l’âme d’un martyr, avec peut-être un peu trop d’amour du drame.

– J’ai appris deux versets, continua-t-elle, je vais te les réciter. Ils sont un peu difficiles :

« Trois fois j’ai été battu de battons, une fois j’ai été lapidé, trois fois j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer, en voyages souvent, dans les périls sur les fleuves, dans les périls de la part des brigands, dans les périls de la part de mes compatriotes, dans les périls de la part des nations, dans les périls à la ville, dans les périls au désert, dans les périls en mer, dans les périls parmi de faux frères… » (2 Corinthiens 11. 25 et 26).

C’est pour cela que nous appelons ce jeu les « périls ».

– J’aimerais le lire, dit Angelo.

– C’est dans la Bible, tu pourras le trouver quand tu rentreras chez toi.

– Mais je n’ai pas de Bible.

– Pas de Bible ! s’écria Laurie en le regardant avec compassion. Je croyais que tout le monde avait une Bible en apprenant à lire. Peut-être Ninette en a-t-elle une ?

– Je lui demanderai, dit Angelo, sa figure s’illuminant à cette idée. Est-ce un livre de contes ? ajouta-t-il.

Ce n’est pas un livre ordinaire, dit Laurie. C’est le livre de Dieu. N’as-tu jamais lu la Bible ? C’est pour cela que tu ne sais rien de Dieu, ni de Jésus. La Bible nous raconte comment Jésus est venu sur la terre, et comment Il est remonté au ciel.

– Oh, j’aimerais bien la lire, dit Angelo, une couleur rose montant à ses joues.

– Ton gardien doit avoir une Bible, poursuivit Laurie. Je croyais qu’il n’y avait que les païens qui n’avaient pas la Bible. On ne peut pas aimer Dieu sans cela.

– Ne peut-on vraiment pas ? demanda tristement Angelo. Je crois que j’aime Jésus à cause de ce cantique que tu m’as appris. Il m’aime, dis-tu. Comment la Bible aide-t-elle à L’aimer ?

– Oh ! Elle parle de Lui, de Jésus qui guérissait les malades, de Jésus venu pour être le Sauveur du monde !

– Crois-tu que je pourrais en acheter une dans un magasin ? demanda Angelo… Seulement, je n’ai pas d’argent ; est-ce bien cher ?

– Je ne sais pas, dit Laurie. Mme Pratt vend peut-être des Bibles, mais je n’en ai jamais vu dans son magasin.

– Gardien n’aime pas que j’aille aux magasins du village. Si j’avais de l’argent, n’irais-tu pas l’acheter pour moi ?

– Oh, si !

– Je demanderai à Ninette, dit Angelo lentement. J’aimerais beaucoup en avoir une.

– Jouons encore aux « périls », dit Grégory. Le jeu continua donc avec des alternatives de gravité et de rires… Les âmes d’enfants peuvent si facilement se communiquer leurs sentiments !

Mais, en arrivant chez lui, Angelo n’oublia pas son idée. Il courut aussitôt à la cuisine pour voir Ninette. Elle était assise devant la table près de la fenêtre ensoleillée et coupait des morceaux de tissu pour fabriquer, de ses doigts habiles, un costume neuf pour Angelo. Elle chantait une petite chanson lorsque Angelo entra. Il aborda aussitôt la question :

– Ninette, avez-vous une Bible ?

– Ah, mon chéri, quelle question ! Demande ces choses-là à ton gardien. Si Ninette en a une, ce n’est pas pour un petit enfant. Comprends-tu ?

– Non, je ne comprends pas, dit Angelo, je veux en avoir une, car j’en ai besoin. Laissez-moi voir la vôtre, Ninette. Montrez-la-moi, s’il vous plaît !

– Mais elle est tout au fond de mon tiroir, là-haut, je ne m’en sers pas souvent, et le comte serait très en colère ! Non, mon petit Angelo, ce n’est pas un livre pour toi.

Rien ne put la faire céder. Angelo se rendit donc chez son gardien. Il le trouva lisant dans sa chaise longue. Depuis plusieurs jours, le comte n’était pas bien portant. Il paraissait vieilli et usé. Ses yeux s’éclairèrent à la vue de l’enfant.

– Viens me chanter, dit-il, je t’écouterai. Je ne jouerai pas, cela me fatigue trop.

– Qu’aimeriez-vous que je vous chante ? demanda Angelo.

– Chante : « Pleurs, soupirs, qu’êtes-vous ? »

Angelo se leva et chanta de son mieux. Les yeux du vieillard étincelèrent pendant qu’il écoutait l’étrange mélodie qu’il avait lui-même composée.

– Tu es doué, merveilleusement doué, dit-il, lorsque le chant cessa. Quand je ne serai plus, peut-être faudrait-il permettre au public d’en profiter et pourtant je ne peux pas oublier ma promesse.

– Vous ne me laisserez pas emmener par M. Capello ? dit Angelo, les yeux assombris de terreur.

– Oh ! Peut-être mon vieux corps se maintiendra-t-il plus longtemps que je ne le pense. Mais quand mon heure viendra, qui prendra soin de toi ? Tu as besoin d’un gardien. M. Capello est le seul qui te réclame. Tu ne peux pas vivre seul.

– Mais, Gardien, vous n’allez pas me laisser, n’est-ce pas ? Oh ! Je vous en prie, ne m’abandonnez pas ! Emmenez-moi, partout où vous irez.

Le comte rit durement.

– Tu ne me remercierais guère, mon garçon. Ce vieux corps commence à me peser. Il est usé et ne durera plus très longtemps. Je vais où vont tous les hommes, et lorsque tu seras encore jeune, je serai oublié dans ma tombe.

– Voulez-vous dire que vous allez mourir ? demanda Angelo, fixant son gardien d’un air perplexe.

Le comte ne répondit pas. Il regarda pensivement par la fenêtre, puis se tourna vers le petit garçon et l’attira doucement à lui.

– Angelo, je ne t’ai jamais parlé de ta mère. Son père et moi étions amis d’enfance. Elle quitta ma maison lorsqu’elle épousa ton père. Je ne te parlerai pas de lui. Ta mère avait un don inné pour la musique, sa voix était divine. Elle avait été élevée luxueusement, dans une atmosphère de paix et d’amour. Ton père s’empara de son argent… ce n’est pas ma faute… Ah ! Comme j’ai essayé de l’en empêcher ! Mais qui peut intervenir entre mari et femme ? Il le dépensa, puis il la força à paraître sur la scène, à chanter en public. Il vécut du succès de sa femme comme cantatrice publique. Elle – ma tendre et délicate fleurette – ne put supporter la fatigue, la dégradation d’une telle position. Je fus appelé à son lit de mort. Elle te mit dans mes bras :

« Prenez mon fils, dit-elle, il hérite du don fatal de sa mère… Faites son éducation musicale si vous voulez, mais ne le laissez jamais paraître en public. C’est ma dernière volonté. Aimez-le, instruisez-le, élevez-le comme vous l’avez fait pour moi, mais épargnez-lui la sordide, la cruelle vie des célébrités du public ! »

Je t’ai pris, et j’ai promis que tu ne mettrais jamais les pieds sur la scène.

– Et où est mon père ? demanda Angelo.

– Mort. Il ne survécut que deux ans à ta mère.

– Pauvre mère ! dit Angelo tristement, puis il ajouta en suppliant : Vous ne me laisserez pas prendre par M. Capello, n’est-ce pas ? Je mourrai comme ma mère s’il me fait faire ce qu’elle a dû faire !

– Nous n’en parlerons plus ; mon cœur souffre du passé. Mais tu n’as pas d’autre gardien que moi et si je pars, tu seras sans un seul ami au monde !

Angelo se leva pour partir, puis il se souvint de son projet.

– Gardien, puis-je avoir de l’argent ?

– Pour quoi faire ?

– Pour un livre que je veux acheter.

– Il n’y a pas d’endroit ici où tu puisses acheter des livres. Les villageois anglais sont mornes et stupides. Ils achètent leur nourriture. Ils satisfont leur corps ; leur âme n’a jamais appris à vivre !

– La petite fille dont je vous ai parlé a promis de me trouver le livre, mais elle n’a pas d’argent, et moi-même je n’en ai pas à lui donner.

– Ah ! Bien, tu n’es pas encore un mendiant ! Voici de l’argent. Combien de pièces ?… Cinq. Et montre-moi ton achat quand tu l’auras obtenu.

Les yeux d’Angelo étincelèrent quand il reçut cinq shillings dans sa petite main. D’un geste gracieux il se courba et baisa la main du comte, la seule caresse qu’il eût jamais osé lui faire ; puis il quitta la chambre, et bientôt, dans le jardin ensoleillé, on entendit chanter sa voix limpide.

Il se sentit très fier lorsqu’il donna ses cinq shillings à Laurie quelques jours plus tard.

– Il faudra m’en acheter une très belle, car c’est une grosse somme ; je n’en ai jamais eu autant.

– Je t’achèterai une merveille, répondit la fillette avec enthousiasme et je demanderai à maman de nous laisser aller demain au magasin.

– Venez jouer à cache-cache, cria Grégory de derrière un arbre. Essayez de m’attraper !

Mais Angelo ne répondit pas. Il se tourna vers Laurie et sa douce petite figure avait un air très grave.

– Je me sens triste aujourd’hui.

-Vraiment ? dit Laurie compatissante. Moi aussi, quelquefois. C’est généralement lorsque j’ai été méchante… Quand tout est passé, il reste seulement un petit goût de tristesse dans la bouche. Quelquefois je me sens triste lorsque j’imagine des histoires de choses qui m’arrivent et que je meurs à force d’essayer d’être très, très sage ! Est-ce que tu te fais des histoires comme cela, toi ?

– Non, dit Angelo, en secouant la tête. Mon histoire vraie est déjà assez triste. Avant de me donner cet argent, Gardien m’a dit des choses auxquelles je ne peux pas m’empêcher de penser.

– Était-il en colère ?

– Oh, non ; il m’a dit qu’il mourrait bientôt et que je serais « sans un ami au monde ». J’y pense continuellement.

– Oui, dit Laurie, gravement, c’est en effet une chose très triste. Mais tu aurais Ninette et Pierre.

– J’ai peur que non. J’ai demandé l’autre jour à Pierre s’il aimait l’Angleterre ; il a dit « non », mais qu’il aimait Gardien, et si Gardien partait, il s’en irait aussi. Il retournerait à son village dans la belle Normandie.

– Alors, sans doute, tu serais complètement seul, comme Robinson Crusoé.

– Probablement… et, en réalité, cela m’attriste.

– Ne pourrais-tu pas avoir un autre Gardien ? suggéra Laurie.

– Je ne connais personne. Gardien dit que la seule personne qui me voudrait c’est M. Capello, et je ne veux pas aller avec lui ! J’aimerais mieux me sauver dans les bois et vivre comme un sauvage !

– Je suis la gardienne de Greg, dit Laurie, doucement. Mais je ne pourrais pas être la tienne aussi, tu es trop grand. Je crois que Dieu serait ton gardien si tu le Lui demandais.

– Crois-tu, vraiment ? dit Angelo, sa figure s’épanouissant à cette pensée.

– Je suis sûre qu’Il le voudrait, et, naturellement, Il ferait mieux que n’importe qui, parce qu’Il voit tout, et sait tout, et ne s’endort jamais (Psaume 121. 4). Il prendrait toujours soin de toi, à chaque minute.

Angelo resta silencieux pendant un instant. Puis, tout radieux, il se tourna vers Laurie :

– Mais bien sûr, c’est ce qui est dit dans le cantique que tu m’as appris :

« Si je viens à Jésus

Il prendra ma main,

Et doucement me conduira

Dans le droit chemin ».

– Oui, dit Laurie, seulement tu as besoin d’un gardien tout particulier. Jésus fait cela pour tous les petits garçons et toutes les petites filles ; seulement il faudra Lui demander de te soigner beaucoup plus que la plupart des enfants qui ont parents, frères et sœurs, et amis.

– Et crois-tu qu’Il viendrait vraiment vivre dans la maison tous les jours et ne me quitterait jamais ?

– Je suis sûre qu’Il le fera si tu le Lui demandes.

– Je ne sais pas encore bien, dit Angelo à voix basse, s’Il vit avec moi maintenant. Quelquefois, je sens qu’Il est là ; mais très souvent je vais à l’église quand j’en doute, car je sais que là, au moins, je Le trouverai.

– Maman dit que Jésus est partout ! dit Laurie énergiquement. Et partout où tu prieras, dans la maison ou dehors, Il t’écoutera.

– Qu’est-ce que c’est que prier ?

– Oh, c’est Lui dire tout ce qu’on voudrait et Lui demander de vous rendre sage. C’est aussi Lui dire merci.

– Tu sais tellement plus de choses que moi ! soupira Angelo.

Mais il était content et fredonnait en s’en allant :

« … Il prendra ma main,

Et doucement me conduira

Dans le droit chemin ».

Chapitre 9. « J’ai trouvé quelqu’un ! »

Mme Oliver montra quelque incertitude lorsque Laurie lui annonça son désir d’aller à la boutique du village pour acheter une Bible.

– Je ne crois pas que tu puisses en trouver une, ma chérie. Je crois que tu ferais mieux de me donner l’argent pour la faire venir de Londres. Je te mènerais bien à la ville voisine, mais je n’ai pas le temps.

– Mais maman, il faudra si longtemps pour la faire venir de Londres ! Je veux l’avoir aujourd’hui.

– Eh bien ! petite impatiente, va à la boutique, et vois ce que tu peux faire.

Laurie et Grégory, très fiers, se présentèrent devant Mme Pratt et lui exposèrent leur désir.

– Eh ! mes chéris – non, non. Ce ne sont pas des livres que je vends. Nous n’avons pas besoin de bibles dans ce village. Une seule dure toute une vie, et le pasteur en donne comme récompense à l’école du dimanche. Bien sûr, les gens de la chapelle ne sont pas bien riches, mais ils les achètent au colporteur lorsqu’il vient faire sa tournée avec tout plein de jolis livres. Et les bibles, c’est bon pour ceux qui ont de l’éducation et le temps de s’asseoir pour découvrir les mystères de l’Évangile.

Cela était incompréhensible pour Laurie.

– Où pourrais-je en acheter une ? demanda-t-elle d’un air abattu.

– Bien, voyons : le pasteur vous dira tout ça. Allez lui demander. Peut-être qu’il pourra vous en trouver une tout de suite.

Alors, pleine de nouveaux espoirs, la fillette trotta avec son frère jusqu’au presbytère. Heureusement, M. Gay s’y trouvait ; il les amena vers sa femme qui tricotait dans son gentil petit salon. Lorsque Laurie eut exposé le désir d’Angelo, M. Gay dit tout bas à sa femme :

– De la bouche des enfants (Mat. 21. 16)… ma chère. Ils ont fait ce que nous n’avions pas pu faire.

Puis il porta la joie de Laurie à son comble en l’emmenant à son bureau pour lui montrer un tiroir plein de bibles neuves.

– J’en tiens toujours un stock pour les enfants, dit-il. Mais en voici une plus jolie qui fera bien votre affaire. Je pense vous la donner pour cinq shillings quoiqu’elle en vaille bien plus.

La fillette la regarda avec admiration. Elle était reliée en maroquin rouge, imprimée en beaux caractères grands et nets. Laurie aurait bien voulu la posséder elle-même.

Quelques minutes après, les deux enfants, portant leur précieux paquet, se dirigeaient vers l’allée verte de l’Ermitage. Laurie était si impatiente de le donner à Angelo, qu’elle était résolue à pénétrer hardiment dans la maison ; mais avant d’arriver au portail elle l’aperçut qu’il courait vers eux.

Il avait l’air triste, mais lorsque le paquet lui fut remis, sa joie ne connut plus de limites.

– C’est la première fois que j’ai un livre à moi, dit-il, et celui-ci est superbe. Je voudrais que nous puissions le lire ensemble au jardin, mais Gardien n’est pas bien, il est triste et de méchante humeur, et je sais qu’il ne m’approuverait pas.

– Il faut que nous partions, dit Laurie. Je suis si contente d’avoir pu acheter une bible.

– Je vais vous accompagner un bout de chemin.

Cela était très aimable de la part d’Angelo, car si impatient était-il de commencer la lecture de son nouveau trésor, il avait bien compris à la mine déçue de Laurie qu’elle aurait voulu discuter un peu.

Greg fut vite occupé, comme d’habitude, à explorer les fossés sur les bords de route, et Angelo et Laurie se trouvèrent seuls.

– Gardien ne cesse de me dire qu’il va me quitter, dit Angelo. Cela m’effraye, mais je viens de lui dire que je pensais pouvoir trouver un autre gardien. Je ne lui ai pas encore dit qui c’était, parce que je voulais t’en parler encore. Tu comprends, Gardien m’a dit ce matin que je n’aurais pas d’argent lorsqu’il serait parti. Il est vraiment très pauvre. Il me l’a dit. Tout son argent lui a été enlevé par des méchantes personnes, et une bonne cousine lui en envoie chaque année. Mais s’il mourait, elle n’en enverrait plus. Penses-tu que Jésus pourrait me garder sans argent ? Tu comprends, je ne peux pas vivre sans nourriture, et où la trouverai-je ?

Le pauvre petit Angelo avait un air si inquiet et désespéré qu’il faisait peine à voir. Il avait longuement réfléchi à son avenir, et le Comte le lui avait décrit bien sombre. Mais Laurie leva la tête d’un geste assuré.

– Je suis sûre que, si tu as Jésus pour gardien, Il te donnera tout. Peut-être qu’Il t’enverra ton dîner comme à Élie. Dieu a pris soin de lui lorsqu’il n’y avait rien à manger ; la Bible appelle ça une famine. Et alors, Élie est allé s’asseoir près d’un ruisseau, et des corbeaux lui ont apporté du pain et de la viande dans leurs becs. Dieu les avait envoyés (1 Rois 17).

Angelo sourit joyeusement.

– Mais ce serait charmant, dit-il. J’aimerais beaucoup dîner ainsi !

– Oh, certes, dit Laurie, avec conviction. Tu ne pourrais pas avoir de meilleur gardien que Jésus parce qu’Il peut tout faire et je viens de penser à une manière qu’Il pourrait employer pour t’envoyer de l’argent.

– Comment ? demanda Angelo, haletant.

– Eh bien, dans la bouche d’un poisson. Quand tu voudras de l’argent, tu iras à la rivière et si tu le demandes à Jésus, Il t’enverra un poisson. Il faudra l’attraper et lui ouvrir la bouche. L’argent en tombera. C’est ce qu’a fait Pierre (Mat. 17. 27). C’est tout écrit dans la Bible. Tu y liras tout ce que Jésus a fait.

Angelo posa encore quelques questions, puis il partit en courant et arriva à la maison, le cœur léger et content.

Bien sûr que Jésus prendra soin de moi, se disait-il. Je vais raconter tout cela à Gardien.

Mais il ne lui fut pas permis de revoir le Comte ce jour-là. Le vieillard était très fatigué et Pierre était inquiet de ce qu’il n’acceptât pas de voir le docteur. Le Comte était mécontent et maugréait sans cesse sur sa pauvreté. L’avenir d’Angelo pesait lourdement sur son cœur. « Le petit garçon de Rosine abandonné en ce monde cruel ! » murmurait-il sans cesse. M. Capello comme seule protection ! Il faudra que je le fasse venir, et je manquerais alors à ma promesse ! »

Le lendemain il se sentit mieux, et quoique incapable de quitter sa chambre, il fit venir Angelo pour l’entendre chanter. Il demanda à Pierre de lui donner son violon et voulu accompagner lui-même l’enfant. Angelo n’aimait pas chanter accompagné du violon ; il avait une étrange aversion, presque de la jalousie, pour cet instrument et n’avait jamais voulu essayer d’en jouer lui-même, quoique le Comte eût offert de le lui enseigner.

– C’est une autre voix, disait-il. J’aime écouter quand vous en jouez, Gardien. Mais c’est du chant, et vous le faites chanter mieux que moi.

Mais ce jour-là, Angelo chanta avec obéissance pendant longtemps, au tremblant et nerveux accompagnement que tirait le Comte de son précieux instrument.

Enfin le Comte s’arrêta avec un soupir de lassitude.

– Je suis fatigué, dit-il, fatigué de corps et d’esprit.

– J’ai fait un nouveau chant, dit Angelo vivement ; je l’ai composé dans le jardin avant de déjeuner. Je l’ai trouvé dans mon nouveau livre. J’y ai pensé tout à coup, et peut-être que vous aimeriez l’entendre.

– Chante-le, alors, dit le Comte insouciant.

– Il est question du grand amour de Dieu qui a donné Son Fils unique, dit Angelo simplement.

Le Comte eut un élan de colère, mais Angelo ne s’en aperçut pas. Il ouvrit la bouche et de douces notes s’élevèrent :

« Car Dieu a tant aimé le monde,

Qu’Il a donné Son Fils unique,

Afin que quiconque croit en Lui

Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

(Jean 3. 16)

L’enfant ne se lassait pas de répéter ces mots ; il les transposait en des tons différents, et les notes revenaient, toujours les mêmes, triomphales, victorieuses, ou tendres, douces, éteintes comme en un souffle :

« Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Il y eut ensuite un si grand silence qu’Angelo jeta à son Gardien un regard inquiet.

– N’aimez-vous pas cela ?

– Quel livre as-tu donc trouvé ?

– Cela s’appelle la Bible. Elle est remplie d’histoires. Je l’ai achetée avec l’argent que vous m’avez donné.

Le Comte poussa une féroce exclamation en italien. Puis il essaya de réprimer sa colère, car Angelo avait l’air effrayé.

– Ce n’est pas un livre pour les petits garçons ! Apporte-le-moi ici !

Angelo sortit tout perplexe. Il apporta son trésor et le posa sur les genoux du Comte avec des sentiments mêlés de fierté et de désespoir.

– Je le comprendrai, Gardien, dit-il avec un petit signe de tête décidé. Laurie le comprend, et elle m’a déjà raconté beaucoup d’histoires qui s’y trouvent.

– Laisse-moi, dit vivement le Comte. Si j’avais voulu que tu aies une Bible, je t’en aurais déjà donné une.

– Vous allez me l’enlever ? demanda Angelo d’une voix plaintive.

Le Comte ne répondit pas, mais lui montra la porte, et Angelo se glissa dehors, amèrement déçu par la perte de son beau livre.

Quelques jours se passèrent pendant lesquels l’enfant ne vit pas son gardien. Puis, une après-midi, Pierre vint à lui.

– Le Comte vous demande, Monsieur Angelo ; il est très mal aujourd’hui, et il sent… comment dire ? une douleur dans son cœur. Il est très fatigué. Réjouissez-le, et dites-lui qu’il sera bientôt guéri. Je le lui dis moi-même trois ou quatre fois par jour, mais il secoue la tête et m’appelle « vieux fou ». C’est un mot que je n’aime pas du tout. Le Comte se sent si mal qu’il m’a demandé d’aller lui chercher un médecin, et j’y cours. Mais vous, Monsieur Angelo, chantez-lui gaiement et il ira mieux.

Le Comte avait vraiment passé par de durs moments. Plus d’une fois il avait pensé à envoyer chercher Angelo, mais il redoutait ses chants. Les paroles lancées par Angelo retentissaient toujours dans ses oreilles, et ne lui laissaient aucune paix :

« Car Dieu a tant aimé le monde,

Qu’Il a donné Son Fils unique,

Afin que quiconque croit en Lui

Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

L’incrédule, sur le point de traverser la vallée de l’Ombre de la Mort (Psaume 23. 4), commençait à se rendre compte qu’il était chargé de fautes. Ce n’était pas une paisible expérience. Son passé gaspillé lui apportait de cuisants remords et son avenir inconnu, de sombres augures. Malgré tout, les douces notes résonnaient encore :

« Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Angelo entra gaiement. Il s’était courageusement remis de sa déception, et de la perte de sa Bible.

– Cher Gardien, j’espère que vous êtes mieux. Vous serez bientôt guéri, m’a dit Pierre.

Le Comte secoua la tête avec impatience, puis tendit la main à l’enfant.

– Viens ici ! Je crains pour toi, mon garçon. Ton avenir est si incertain ! Je n’ai pas été prudent. Ah, non, j’ai fait fausse route du commencement à la fin et mon cœur en est lourd. Qui te protègera et t’aimera quand je ne serai plus là ? Tu seras un pauvre orphelin, abandonné et seul !

– Oh, non, Gardien ! Laissez-moi vous le dire ! J’ai été malheureux aussi, mais je suis content maintenant. J’espère que vous ne me laisserez pas, car je vous aime beaucoup. Mais j’ai trouvé Quelqu’un qui prendra soin de moi, me donnera de la nourriture ou de l’argent, et tout ce que je Lui demanderai. Je L’en ai prié, et je sais qu’Il le fera.

– À qui es-tu allé raconter ton histoire ? demanda le Comte avec un éclair de colère dans les yeux.

À Jésus, dit Angelo avec douceur et respect. Il viendra vivre avec moi. Je le Lui ai demandé. Il me donnera tout ce qu’il me faut. Il est déjà mon ami, Il m’aime et me rendra heureux, comme dit le cantique… Voulez-vous que je vous le chante ?

Le Comte fut tellement surpris qu’il ne put rien dire.

Alors Angelo chanta, et en l’écoutant, le vieillard sentit les larmes lui monter aux yeux.

Pourquoi ces paroles, si simples, si enfantines, le touchaient-elles ainsi ?

« Enfant, Le connais-tu, Celui qui, plein de grâce,

Parcourut Son sentier, essuyant tous les pleurs,

Accueillant les petits, laissant partout la trace

D’un amour qui sauvait les plus vils des pécheurs ?

Enfant, Le connais-tu, Celui dont la couronne

Fût d’épines ceignant Son divin front meurtri ;

À qui le monde impie a donné pour seul trône

La croix où s’exhala vers Dieu Son dernier cri ?

Ah ! Connais-tu Jésus et Sa grâce suprême ?

C’est pour toi qu’Il vécut ici-bas en souffrant ;

C’est pour toi qu’Il est mort, ce Fils de Dieu qui t’aime,

C’est pour te rendre heureux : le crois-tu, mon enfant ? »

– Assez, petit, assez ! Je ne peux pas en entendre davantage, interrompit le Comte.

Angelo s’arrêta tranquillement ; un silence se fit.

– Mon chant vous fait-il du bien, Gardien ? demanda enfin Angelo.

Le Comte lui tendit faiblement la main.

– Tu es un bon petit enfant. Je verrai… le pasteur ici demain. Il conseillera. Va maintenant, mon enfant, et envoie-moi vite Pierre.

Angelo partit, et, comme Pierre était sorti, Ninette monta vers son maître. Elle redescendit bientôt, l’air inquiet :

– Il mourra. Il l’a dans les yeux. J’en vois le signe, et pourtant il ne veut pas… non, il ne veut pas se mettre au lit. Il me renvoie. Il veut être seul. Oh ! Pierre, pourquoi ne viens-tu pas !

Une heure après, Pierre revint avec le médecin. Ils entrèrent dans la chambre du Comte et le trouvèrent sur sa chaise longue, un livre à la main. Sa tête était penchée en avant et son doigt semblait indiquer le verset suivant :

« Car Dieu a tant aimé le monde,

Qu’Il a donné Son Fils unique,

Afin que quiconque croit en Lui

Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Le Comte avait été rappelé de la terre, mais la dernière chose que ses yeux voilés virent en ce monde, fut la grande vérité du glorieux Livre :

« Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Chapitre 10. Un petit « Élie »

– Laurie, as-tu vu Angelo ces jours-ci ? Esther me dit que le vieillard chez qui il habite est mort.

Mme Oliver parlait ainsi aux enfants, au déjeuner.

Laurie leva la tête en ouvrant de grands yeux.

– Je ne l’ai pas vu depuis plusieurs jours, mais il m’a dit que le Comte allait mourir. Pauvre Angelo !

– Pauvre petit ! dit Mme Oliver. A-t-il des parents ? Vous a-t-il parlé de sa famille ?

– Il n’a pas de famille, maman. Angelo était triste parce qu’il disait qu’il n’aurait plus de gardien, personne pour le soigner. Mais maintenant il ne croit plus cela ; il sait mieux.

– Que sait-il ?

– Oh, il sait que le Seigneur Jésus prendra soin de lui, n’est-ce pas, maman ?

– Et Jésus lui enverra son dîner par les corbeaux ! s’écria Grégory avec enthousiasme. C’est ce que Laurie lui a dit.

Mme Oliver ne répondit pas. Laurie reprit :

– Angelo n’aura ni argent, ni maison, ni domestiques. Et il faudra que Dieu s’occupe complètement de lui. Qui sait où il couchera ?

Mme Oliver changea de sujet. Elle paraissait mal à l’aise, ce matin-là, et tout à coup, au milieu des leçons, elle ferma les livres et se leva de sa chaise.

– Courez au jardin, les enfants, et jouez sagement ; nous ne ferons plus de leçons ce matin. Je sors.

Laurie et Grégory furent trop ravis de ce congé inattendu pour poser des questions. Ils virent bientôt leur mère se hâter sur la route conduisant à l’Ermitage… Elle revint pour dîner, tenant Angelo par la main. Il était pâle et effrayé, et se tenait très silencieux. Lorsque Laurie le vit, elle jeta ses petits bras autour de son cou et l’embrassa. Angelo éclata alors en sanglots.

– Il va rester avec nous pendant quelques jours, jusqu’à ce que tout s’arrange, dit Mme Oliver. N’aie pas peur, mon enfant, nous prendrons soin de toi.

Après dîner, Mme Oliver alla trouver à la cuisine sa fidèle servante Esther :

– Eh bien, Esther, que pensez-vous de lui ?

– J’espère que ce ne sera pas pour longtemps, dit Esther jetant un regard furtif à sa maîtresse. Ce sera une autre bouche à nourrir.

– Oh non, répondit Mme Oliver vivement, et un peu nerveusement. Mais que pouvais-je faire ? Il était de mon devoir d’aller chercher cet enfant. Il est jeune pour être seul à un tel moment ! J’ai vu une aimable jeune Française ainsi que le pasteur et le docteur. Mais le Comte est mort si subitement, paraît-il, que tout n’est que confusion. La jeune dame française et son mari ne peuvent pas se charger de l’enfant, disent-ils. Ils retournent en France presque immédiatement. M. Gay agira, je pense, mais jusqu’à l’enterrement, j’ai promis de garder Angelo chez nous. Je ne pouvais pas faire autrement n’est-ce pas, Esther ?

Esther secoua la tête avec incertitude.

– Il faut espérer que ses amis se montreront avant l’enterrement, dit-elle. Je ferai de mon mieux pour lui, Madame, jusqu’alors.

Mme Oliver eut un soupir de soulagement, puis s’en retourna à sa littérature.

Angelo accepta très calmement la situation présente. Il ne posa pas de questions. Laurie et Grégory étaient trop heureux de la présence de leur ami pour faire à son sujet des plans d’avenir.

Mme Oliver surveillait Angelo de ses yeux vigilants, mais elle ne surprit rien dans ses manières ou sa conversation qui pût lui donner de la crainte pour ses enfants. Et la tristesse calme et sincère du petit garçon lui allait profondément au cœur.

Lorsque l’enterrement fut passé, M. Gay vint la voir.

– C’est un cas bien difficile, dit-il. Il paraît qu’il n’y a pas de testament. J’ai écrit à la parente qui leur envoyait, dit-on, de l’argent, et maintenant il faut attendre la réponse. Le seul écrit que le Comte ait laissé est cette note. J’aimerais que vous la lisiez.

« J’écris ceci sachant que mes forces déclinent et que bientôt Angelo sera laissé sans gardien. Sa foi enfantine en un Gardien Tout-Puissant sera sûrement récompensée.

J’ai promis qu’il ne paraîtrait jamais sur scène. Si M. Capello offre de le prendre, il ne doit le faire qu’à la condition que cette promesse soit tenue.

Alphonse Matalio »

– Qui est ce M. Capello ? demanda Mme Oliver. Lui a-t-on écrit ?

– Non, car personne ne connaît son adresse. La jeune dame française m’a dit que le petit garçon a horreur de lui. Il lui inspire la plus grande terreur. Elle m’a supplié avec des larmes dans les yeux de ne pas l’abandonner entre ses mains. Mais que doit-on faire ? Il y a l’établissement pour les pauvres, ou l’orphelinat. C’est son seul espoir.

Mme Oliver se troubla.

– C’est un enfant si délicat ! Et il a une voix vraiment merveilleuse !

– Puis-je le voir ? demanda M. Gay. Il pourrait peut-être nous renseigner un peu sur les affaires de son gardien.

Angelo fut appelé du jardin. Le bon pasteur, en regardant ce petit corps frêle et ce visage sensible, doutait beaucoup que l’orphelinat pût constituer pour lui une atmosphère qui lui fasse du bien.

– Maintenant, mon garçon, dit-il gaiement, peux-tu nous dire si ton gardien, comme tu l’appelais, avait des plans pour toi ? N’as-tu pas d’amis qui te prendraient pour vivre avec eux ?

– Non, dit Angelo gravement. Gardien m’a dit que lorsqu’il mourrait je serais sans un ami au monde.

Il y eut un silence, M. Gay secoua la tête.

– Nous ne savons pas ce que nous allons faire, dit-il perplexe.

Angelo les regarda avec un sourire tranquille.

– Ne vous inquiétez pas, dit-il, quand Mme Oliver ne me voudra plus, tout ira bien. J’ai un autre Gardien maintenant qui va venir vivre avec moi et prendre soin de moi.

– Qui est-ce ?

Le Seigneur Jésus, répondit l’enfant avec une joyeuse assurance.

M. Gay regarda Mme Oliver.

– Où habiteras-tu ? demanda-t-il. Quand on ne pourra plus te garder ici, où iras-tu ? La maison de ton gardien sera vide. Elle va être donnée à un autre locataire.

Mme Oliver allait parler, mais M. Gay lui fit signe de se taire.

Angelo ne demeura qu’un instant perplexe.

– Je crois, répondit-il, que je vivrai dans le bois et dormirai dans la petite chambre de la vieille tour en ruines. Je ne me sentirai jamais seul, du moins je l’espère. Laurie et moi avons relu aujourd’hui l’histoire d’Élie (lire 1 Rois 17. 1 à 6). Il s’asseyait près d’un petit ruisseau et Dieu lui envoyait son dîner. Il fera sûrement la même chose pour moi, n’est-ce pas ?

Le pasteur murmura à mi-voix :

– « Je n’ai jamais vu pareille foi ; non, pas même en Israël ».

Mme Oliver se leva vivement.

– Je me souviens, dit-elle, Élie fut envoyé à une veuve à qui Dieu ordonna de l’entretenir (lire 1 Rois 17. 7 à 16).. Mon petit Élie a été amené à la maison de la veuve, et même quand l’huile de sa cruche viendrait à manquer, elle ne le chassera jamais, car le Dieu Tout-Puissant y pourvoira toujours.

Elle attira Angelo dans ses bras et l’embrassa.

– Tu vas être un de mes enfants, maintenant. Cours, et dis à Laurie et à Grégory que tu restes avec nous.

– Ma chère Mme Oliver, dit le pasteur, j’ai honte ! Mais ma femme et moi sommes vieux et ne supportons plus les enfants. Toutefois, si nous pouvions vous venir en aide pour son…

– Non, non, M. Gay, il faut que j’aie tout ou rien. Merci beaucoup, beaucoup, cependant. Il y avait plusieurs jours que j’y pensais. C’est un si petit garçon et mes enfants l’aiment tellement que je suis sûre de ne jamais regretter cette décision.

– Ce sera un grand soulagement pour nous tous. Et, naturellement, il se peut que quelqu’un intervienne pour se charger de lui.

L’avenir d’Angelo fut donc décidé, et la seule personne qui n’approuva pas fut Esther.

Mais elle-même, après une semaine ou deux, voulut bien avouer à sa maîtresse que l’enfant lui donnait très peu de peine et ne mangeait pas beaucoup plus qu’une mouche. Angelo lui-même était très heureux. Il n’oubliait pas son ancien gardien, et quelquefois avait un souvenir attendri pour le vieux salon bizarre où il chantait, accompagné par la musique fébrile et passionnée du vieillard. Il chantait et jouait quelquefois dans le petit salon de Mme Oliver. Elle lui apprit de nouveaux chants et essaya avec lui quelques chœurs ; c’était une habile musicienne, mais pas un génie, et Angelo s’apercevait de la différence.

Une après-midi, environ trois semaines après la mort du comte, Mme Oliver écrivait tranquillement dans son petit salon lorsque la porte s’ouvrit soudain, laissant entrer un Angelo bouleversé de terreur.

– Oh, sauvez-moi ! sauvez-moi ! criait-il, M. Capello est là, à la porte. Il est venu pour m’emmener ! Ne me laissez pas partir !

L’instant d’après, un homme grand et brun entra, introduit par Esther. Mme Oliver se leva pour le recevoir, tout en tenant la petite main tremblante d’Angelo. L’étranger s’inclina et sourit, mais il n’était pas difficile de deviner la cause de la frayeur d’Angelo. Son expression était des plus malignes et sinistres, et son sourire, loin de l’adoucir, la rendait encore plus dure.

– Madame, commença-t-il, je suis confondu de gratitude et de reconnaissance envers vous pour l’affection et les soins que vous avez prodigués à ce jeune enfant. Je me suis hâté de venir jusqu’ici en apprenant la mort de mon cher vieil ami. Il est parti, et je n’ai que son héritage pour consoler mon cœur troublé. Venez, petit, et embrassez-moi. Avez-vous donc si vite reporté votre affection sur des étrangers ?

Angelo serra plus fort la main de Mme Oliver ; puis, avant qu’elle pût parler, il releva la tête d’un geste vif et fier.

– Je ne vous aime pas, monsieur Capello, dit-il avec mépris, quoique tout son corps tremblât d’agitation. Je vis ici. J’ai dit à Gardien que je ne voulais pas aller avec vous.

M. Capello ne parut pas déconcerté par cette réception. Il se tourna vers Mme Oliver :

– J’ai vu le bon pasteur. Il m’a indiqué votre adresse et m’a montré le dernier vœu écrit par mon cher ami. Il était trop sensible et menait une vie si retirée. Pour lui, le public était formé de lions dévorants qui cherchent à déchirer en morceaux tous ceux qui s’occupent de leur récréation – de leur amusement. La scène était un trou noir et béant qui avalait vivants tous ceux qui y mettaient les pieds. Nous, qui connaissons le monde, pouvons risquer un sourire. Mais il faut que je donne ma parole avant de prendre l’enfant, n’est-ce pas ? Ah, très bien, je le fais. Et à vous, Madame, je dois mes remerciements les plus fervents et les plus reconnaissants pour votre bonté envers le petit abandonné. C’est avec difficulté que j’ai pu me libérer de mon travail. Je repars déjà ce soir. Puis-je vous demander d’avoir la gentillesse de lui faire sa valise, et nous irons prendre le train qui part d’ici à cinq heures.

Mme Oliver rassembla toutes ses forces et sa dignité. Son âme jeune et chaude était choquée de la calme indifférence de l’étranger pour les sentiments d’Angelo.

– Je suis fâchée, Monsieur, dit-elle, que vous vous soyez dérangé pour l’avenir d’Angelo. Je sais que cela donnait beaucoup d’inquiétude à son gardien. Sa grande préoccupation était de lui trouver un vrai foyer, mais ce vœu a été accompli. Je l’ai pris chez moi, et Angelo est maintenant à ma charge. J’ai l’intention de l’élever comme son gardien l’aurait désiré. Vous n’avez pas de droits sur lui, puisque vous n’êtes pas un parent.

– Vous n’avez certainement aucun droit sur lui, Madame, étant anglaise. Ah ! Cela tourmenterait mon ami dans sa tombe s’il savait que cet enfant est entre les mains d’une étrangère qui l’a pris par pitié. Il faut que j’aie l’enfant, Madame, par amour pour mon vieil ami. Et vite, je vous en prie !

– Non, Monsieur, vous ne le prendrez pas. Vous lui inspirez crainte et terreur et je ne lui permettrai pas de me quitter.

M. Capello regarda avec étonnement cette intrépide jeune femme, puis se fâcha et éclata avec volubilité en italien :

– Ces Anglaises au sang glacé et leur entêtement obstiné ! Qui eût cru que j’aurais de la peine à emmener ce petit chanteur ? Mais il est à moi, il faut que je l’aie, et j’ai fait presque tous les arrangements pour le faire paraître à Vienne. Il fera ma fortune avec sa voix, et il ne m’échappera pas !

Il avait murmuré tout cela férocement, pour lui-même, aussi ne fut-il pas peu surpris quand Mme Oliver lui répondit dans sa propre langue :

– Vous vous êtes trahi, Monsieur. Je comprends l’italien. Et ce que vous dites confirme justement nos craintes. Vous n’avez aucune affection pour cet enfant. Vous désirez l’employer comme un simple instrument pour votre propre bénéfice. La grande appréhension de son gardien était que vous le fassiez paraître en public, et maintenant rien ne pourra me décider à vous le donner.

M. Capello continua à tempêter, mais Mme Oliver ne fléchit pas, et finalement il partit en déclarant qu’il aurait la loi de son côté, et reviendrait bientôt réclamer son droit.

Angelo se tenait toujours serré contre sa protectrice.

– Vous ne me laisserez jamais partir, n’est-ce pas ? supplia-t-il.

– Jamais, mon chéri, fut la ferme réponse de Mme Oliver.

Et Angelo, consolé, rejoignit ses petits camarades.

Chapitre 11. L’huile vient à manquer

– Laurie, où es-tu ?

– Oh, ne nous ennuie pas, Greg ! Angelo et moi composons une très belle histoire. Un jour j’écrirai des livres, comme maman ; amuse-toi tout seul.

– Je suis fatigué de jouer tout seul, je vais venir vous aider ; j’en sais de très jolies.

Grégory trotta vers sa sœur qui était couchée à côté d’Angelo près d’un petit ruisseau dans leur bois favori. Angelo et Laurie étaient grands amis, de ce fait Greg se sentait-il quelquefois négligé. Sa sœur était souvent impatiente avec lui.

– Oh, que tu es stupide, Greg ! Ne peux-tu pas comprendre comme Angelo ?

Et Greg répliquait avec une moue :

– Si, je comprends tout très bien, mais toi, tu es méchante, voilà !

Nos deux petits rêveurs étaient entièrement absorbés par les élans de leur imagination. Angelo était allongé sur le dos, dans l’herbe, et mâchait pensivement quelques longues herbes ; Laurie, soutenant son menton de sa main, cherchait son inspiration dans le spectacle de l’eau courante… Ils bâtissaient ainsi leur histoire :

Laurie : « Ils erraient, la main dans la main ; la nuit tombait, l’horizon s’obscurcissait. Ils entendirent derrière eux le craquement des pas de chevaux, et se mirent à courir pour sauver leur vie. Ils savaient que c’était l’ennemi ».

Angelo : « Et la colombe blanche vola sur un grand chêne, et ils comprirent qu’ils devaient s’arrêter. Les chevaux s’approchaient de plus en plus. Que pouvaient-ils faire ? La colombe s’agita et appela : « coucou ! montez ici, vous ! » Alors ils se mirent à grimper. Albert monta d’abord, mais Hilda ne pouvait grimper aussi vite que lui ».

Laurie : « Oh ! mais si, elle le pouvait ! Elle savait même mieux grimper qu’Albert, parce qu’il était gros et qu’elle était maigre. Elle passa par-dessus Albert et s’assit sur la même branche que la colombe. Soudain… »

– Boum ! Boum ! cria Greg dans ses oreilles.

Laurie bondit, indignée de cette interruption.

– Va-t’en, vilain garçon, tu gâtes toujours tout !

Elle le poussa avec colère. La lèvre inférieure de son petit frère trembla :

– Viens jouer aux « périls » ! Je veux être un voleur sur le sommet de la tour, comme nous jouions l’autre jour. Si vous ne venez pas, je jouerai tout seul.

– Nous ne venons pas ! Joue tout seul.

L’enfant partit en courant. L’histoire continua. Les aventures d’Hilda et d’Albert étaient captivantes. Mais enfin, leurs cerveaux se lassèrent, et les enfants se levèrent.

– Où est Grégory ?

La conscience de la fillette commença alors à la tourmenter. Elle courut au pied de la tour. Tout à coup un cri lui fit lever les yeux. L’aventureux bambin marchait sur le sommet d’un mur où elle-même n’aurait jamais osé s’avancer. Une pierre se détacha sous son pied. L’enfant poussa un cri puis perdit l’équilibre et tomba à terre en un affreux son mat.

De toute sa vie, Laurie n’oubliera jamais ce moment… Son cœur cessa presque de battre. Angelo fut le premier à courir vers le petit corps évanoui. Il essaya de le soulever, mais le petit enfant retomba, inerte. Quand Laurie s’accroupit à genoux près de lui, elle vit, à la manière dont une de ses jambes était repliée sous lui, comme il était gravement blessé.

– Est-il mort ? soupira-t-elle.

– Je ne sais pas, dit Angelo ; il ne parle ni ne bouge plus. Qu’allons-nous faire ?

– Je l’ai tué ! s’écria la fillette en éclatant en sanglots terribles. C’est ma faute. Oh, maman, maman, que me diras-tu ?

– Je cours à cette maisonnette, là-bas, dit Angelo. Il faut que quelqu’un le porte à la maison.

Il partit en courant, et Laurie resta, contemplant avec un amer désespoir et de cuisants remords le corps inanimé de son frère.

– Oh ! Greg, pardonne-moi ! Ouvre donc tes yeux et ne meurs pas ! J’ai été méchante, égoïste et vilaine ! Je n’ai pas été une bonne gardienne. Mais je ferai mieux maintenant… je te le promets… Oh ! Greg, dis seulement un mot !

Mais les lèvres pâles du garçonnet ne prononçaient pas une parole, et Laurie, en proie à une détresse infinie, sanglotait…

Une heure après, un laboureur apporta à Mme Oliver son fils évanoui. Le médecin fut appelé, et de longues heures d’inquiétude suivirent… « Un ébranlement cérébral et une jambe cassée », dit le médecin.

Pendant plusieurs jours, la vie de l’enfant ne tint qu’à un fil. Laurie n’entendit pas un mot de reproche. Sa punition paraissait être déjà au-dessus de ses forces. Elle et Angelo erraient ensemble, pâles et le cœur lourd. Mme Oliver abandonna son travail et se tint jour et nuit au chevet de son petit garçon. Ce fut un petit malade impatient et excitable. La jambe dut être mise dans le plâtre et le médecin suivit attentivement son jeune patient.

Mais l’heureux jour arriva enfin où toute oppression cessa et où l’enfant recommença à vivre. Ce fut encore long, et l’enfant eut besoin des soins les plus assidus, mais le docteur espérait que la jambe se remettrait parfaitement avec le temps. Cela apporta quelque soulagement à la pauvre Laurie.

– J’étais sûre qu’il resterait infirme, confia-t-elle à Angelo. Je croyais qu’il marcherait toujours avec des béquilles.

Mais nous avons demandé à Dieu de le guérir, dit Angelo.

– Oui. Crois-tu que Dieu m’ait complètement pardonné, maintenant, Angelo ?

– Je crois que oui, répondit Angelo gravement. Tu comprends, je me sentais aussi coupable que toi ; quand Greg sera guéri, nous ferons toujours d’abord ce qu’il voudra, puis nous penserons à nous après.

– Oui, je ne lui parlerai plus jamais avec colère.

Ces résolutions étaient très bonnes, mais lorsque Laurie dut s’asseoir au chevet de son petit frère pour soulager un instant sa mère, elle commença à éprouver qu’elle avait besoin de toute sa force pour tenir ces bonnes résolutions. Grégory était irritable, agité et de mauvaise humeur. Tout d’abord, il lui fut facile de le calmer par des paroles affectueuses et douces. Mais bientôt il ne l’écouta plus.

– Je veux me lever ! Je veux sortir ! répétait-il sans cesse.

Enfin Laurie se mit un jour à raisonner avec lui.

– Je croyais que les petits garçons malades étaient toujours sages, lui disait-elle. Tu n’es pas du tout comme un petit garçon du livre d’images.

– Et je ne veux pas l’être ! grommela Greg. Je veux me lever.

– Ils restent étendus, dit la fillette se souvenant d’un de ses héros favoris, comme ceci : « Ses yeux bleus étaient levés vers le ciel, ses mains fragiles veinées de bleu étaient croisées sur sa poitrine. La patience et la douceur qu’il montrait, malgré toutes ses souffrances, émerveillaient tous ceux qui le voyaient… »

– Vilain petit garçon ! murmura Grégory.

– Non. C’était un charmant enfant. Il est mort et il est monté au ciel.

– Moi, je ne mourrai pas, dit le petit malade avec entêtement.

– J’espère que non, dit Laurie, regardant d’un air peu satisfait la petite tête ébouriffée. Nous ne voulons pas que tu meures.

– Je ne mourrais pas, même si tu le voulais, riposta Grégory. Tu n’es pas gentille avec moi comme maman. Je veux maman !

– Maman écrit. Il ne faut pas l’appeler. Pauvre maman ! Elle dit qu’elle n’a pas eu le temps de faire tout ce qu’elle avait promis, et elle a perdu beaucoup d’argent.

– Où l’a-t-elle perdu ?

– Oh, tu ne comprends pas. Elle aurait pu avoir l’argent si elle avait écrit davantage.

Grégory garda le silence pendant un instant, puis répéta pour la centième fois :

– Je veux me lever !

– Peut-être que le docteur te laissera te lever bientôt, dit Laurie essayant de l’encourager, et quand tu seras bien guéri, Ange et moi te laisserons toujours choisir les jeux.

– Je veux jouer aux « périls », maintenant, dit le malade.

– Oh ! Greg, tu ne peux pas ! Je n’aime plus les « périls », maintenant. C’est en jouant aux « périls » que tu es monté sur la tour et que tu as failli te tuer en tombant.

– Je recommencerai dès que je pourrai sortir.

Ce genre de conversation était difficile à soutenir avec bonne humeur. Quelquefois, mais rarement, Grégory avait une crise angélique, mais c’était généralement avec sa mère :

– Maman chérie, laisse-moi poser ma tête sur ton épaule ! Dis-moi comme j’ai été malade. Suis-je presque allé au ciel ?

– Presque, mon chéri. Maman a cru que tu allais la quitter, un soir.

– As-tu pleuré, maman ?

– Je crois que oui, et j’ai demandé à Dieu de me laisser plus longtemps mon petit garçon, si c’était Sa volonté.

– Je pense, dit Grégory doucement, que Dieu avait envie de me voir. A-t-Il été bien déçu, maman, que je n’aille pas au ciel ?

Dieu te voit tout aussi bien que si tu étais au ciel, dit Mme Oliver essayant de ne pas sourire. Il veut que tu sois obéissant ici-bas, et que, en grandissant, tu deviennes un soutien pour ta mère.

– J’aurais aimé aller au ciel, dit l’enfant pensif, mais seulement en visite, maman. Est-ce que Dieu ne me laisserait pas revenir si je voulais ?

– Je crois que tu y serais tellement heureux que tu ne voudrais plus revenir vers nous.

– Oui, je crois que j’aimerais aller au ciel. Et j’aime Dieu, et surtout je sais qu’Il m’aime, n’est-ce pas, maman ? Je vais être si sage lorsque je me lèverai !

– Essaye d’être gentil maintenant, chéri, sans attendre ce moment-là.

Et le petit garçon assura à sa mère qu’il tâcherait de le faire.

Quand Grégory commença sa convalescence, Esther, qui avait été souffrante pendant quelque temps, tomba malade et dut garder le lit. La pauvre Mme Oliver n’eut plus un instant. Elle ne s’apercevait, que maintenant qu’Esther venait à lui manquer, de quelle utilité une servante aussi dévouée était dans la maison. Ce n’était pas une maladie dangereuse, mais longue, et le médecin demanda si Esther ne pourrait être reçue chez des amis. « Ceci, dit Mme Oliver, est impossible. Esther est restée avec nous pendant dix ans ; elle est venue chez nous peu de temps après mon mariage et ne nous a jamais quittés. Elle a un frère au Canada, mais pas d’autre parent près d’ici ».

Mme Oliver sentit qu’elle ne pourrait pas laisser Esther quitter son toit. Elle s’arrangea pour prendre une jeune femme du village mais, occupée à surveiller les affaires du ménage, à soigner et à entretenir trois jeunes enfants, il lui restait bien peu de temps pour écrire. L’argent ne lui avait jamais autant manqué qu’à ce moment-là, et l’avenir paraissait vraiment très sombre. Plus d’une fois Mme Oliver regretta de n’avoir pas fait quelques économies en cas de maladie, mais cela lui avait toujours paru impossible. Chaque centime épargné avait été mis de côté, tout de suite, pour payer la dette de son mari qui pesait si lourdement sur elle. La maladie de Greg avait été coûteuse, et maintenant que l’hiver approchait, il faudrait du feu et des vêtements chauds pour les enfants. Mme Oliver se demandait comment elle ferait face à toutes ces nécessités. Elle n’était pas bonne ménagère, et le gaspillage et l’inexpérience de sa servante provisoire, dans une maison où chaque centime était à considérer, commença à se faire sentir. Tard dans la nuit, elle écrivait assise à son bureau, mais il était naturel que ses soucis domestiques aient une mauvaise influence sur son style, et le coup final lui fut porté lorsque sa dernière production lui fut renvoyée par son éditeur. Il lui disait qu’il ne pouvait pas, dans le propre intérêt de son auteur, présenter cette œuvre au public.

– Ma provision d’huile me manque vraiment ! se dit-elle tristement ; et à genoux, elle chercha une fois de plus la force et le courage dont elle avait tant besoin. Cependant, les enfants jouaient et causaient paisiblement, tout à fait inconscients des préoccupations de leur mère.

Angelo avait capturé et apprivoisé un petit geai qui était tombé de son nid, dans la tour, et cet oiseau fut un continuel passe-temps et un sujet d’intérêt pour les trois enfants.

Grégory était encore incapable de marcher, et Mme Oliver aurait voulu lui acheter un fauteuil roulant, car il s’ennuyait terriblement en restant couché ! Le geai, attaché par la patte à son perchoir, n’était pas moins infirme que Greg, mais il fit une agréable diversion à la vie monotone du petit garçon et tous deux furent bientôt grands amis.

Mlle Bernard et son frère étaient à l’étranger. Le pasteur et sa femme passaient leurs vacances annuelles loin du village, et le pasteur de la paroisse voisine venait seul prêcher le dimanche. Iris Monteil passait de temps en temps prendre des nouvelles de Grégory et une ou deux fois elle lui apporta du raisin ; mais l’idée ne lui vint jamais que Mme Oliver fût très pauvre, et elle était bien la dernière personne à qui la jeune veuve se serait confiée.

Un matin, Mme Oliver se rendit au village pour faire des commissions. Elle avait pris avec elle Angelo, et revenait avec son panier très légèrement garni et sa bourse vide, quand Laurie accourut vers elle.

– Oh, maman, vite, vite ! Quelque chose d’affreux est arrivé ! Couic est allé voleter dans ta chambre. Il a sauté sur ta table, a pris ta plume d’argent dans son bec et l’a emportée au jardin. Je ne sais pas où il est allé, et je la cherche depuis un grand moment !

– Il me semble que tout va mal ! soupira Mme Oliver posant son panier. Elle et Angelo se joignirent à Laurie pour les recherches.

– Ses ailes ont tellement grandi ! dit Angelo, je l’ai vu hier s’envoler très haut. Peut-être qu’il ne reviendra pas.

– S’il est allé sur la lande, dit Mme Oliver, j’ai peur de ne jamais revoir ma plume.

Tout cela était beaucoup plus tragique pour Laurie que pour sa mère, car elle avait la plus grande vénération pour cette plume. Comment maman pourrait-elle gagner de l’argent sans cette plume qui le lui procurait ? Cette idée la tourmentait tandis qu’elle cherchait parmi les buissons, quand soudain Grégory s’écria joyeusement de l’endroit où il était couché :

– Le voilà ! Il est caché derrière le seau près du puits.

En effet, la tête penchée de côté, Couic surveillait d’un air très amusé les chercheurs inquiets. Lorsqu’il se vit découvert, il s’avança la tête haute, avec une assurance et une insolence remarquables. Mais la plume restait introuvable. Le seau fut soulevé et le puits examiné, mais inutilement. Enfin Mme Oliver rentra et les enfants tinrent conseil ensemble.

– Si je savais qu’il l’ait fait exprès, je le punirais ! dit sérieusement Angelo.

– Coua…a ! fit Couic dédaigneusement, tout en cherchant un gros ver qu’il venait de déterrer.

– C’est un vilain, vilain voleur ! s’écria Laurie avec colère. S’il ne rapporte pas la plume, nous allons tous mourir de faim ! Maman ne peut pas avoir de l’argent sans sa plume.

– Vous m’avez dit que Dieu pouvait envoyer de l’argent dès qu’on en aurait besoin, dit Angelo après réflexion.

– Ah, dit Laurie, mais seulement à quelques personnes privilégiées, comme Pierre et Élie, et aux gens qui vivent seuls. Je crois que nous devrions rattacher Couic par la patte.

Couic fit entendre un petit gloussement, puis, pensant qu’il valait mieux se cacher, se retira vivement sur un buisson à l’extrémité du jardin. Se cachant bien dans le feuillage, il avança la tête et répéta de nouveau son petit gloussement de dérision.

– Il dit : « Touchez-moi si vous osez ! » dit Angelo en riant. Nous ferons bien de le surveiller attentivement, Laurie. Je suis sûr qu’il sait ce qu’il en a fait, et peut-être qu’il retournera là où il l’a cachée.

Lorsque Mme Oliver dit gaiement, ce jour-là : « Il nous faut manger du pain et de la confiture au lieu du pudding aujourd’hui, mes enfants », Laurie la regarda tristement.

– Nous ne pourrons plus jamais manger du pudding, n’est-ce pas, maman ? À moins que Couic ne rapporte ta plume.

Chapitre 12. L’enlèvement

Ce furent des jours difficiles. Longtemps après, Mme Oliver se demandait encore comment elle avait pu les supporter. Quand vint le moment de payer le loyer, et qu’elle s’en fut acquittée, elle monta à la chambre d’Esther.

Celle-ci, obligée de rester assise, se tourmentait de son impuissance à aider sa maîtresse. Elle lui jeta un coup d’œil désespéré, en remarquant dès son entrée, combien son visage était las et fatigué.

– Je viens vous raconter mes peines, Esther, dit Mme Oliver avec un rire mal assuré. Laissez-moi vous montrer ma bourse. Je n’ai plus que cinq shillings en tout…

– Jusqu’à quand, Madame ?

– Jusqu’à la fin du mois prochain. Que dois-je faire ?

Esther réfléchit. Elle n’avait jamais su économiser et dépensait son salaire dès qu’elle l’avait reçu.

– Mlle Bernard ne pourrait-elle…

– Elle est en voyage avec son frère, à l’étranger, et je n’ai pas leur adresse actuelle.

– Votre éditeur, Madame ?

– Non, il ne me doit rien. Il m’a renvoyé mon dernier roman. Je ne peux pas lui demander de me faire une avance. J’ai essayé d’écrire toute cette semaine, mais mon esprit semble paralysé. Je ne peux pas. Je me demande si je n’ai pas eu tort de prendre Angelo. Il commence à sentir le froid et il a besoin d’un bon vêtement chaud. C’est affreux d’en être à son dernier sou.

– Il y aurait Mlle Monteil, suggéra Esther.

Mme Oliver s’anima soudain :

– Je ne peux pas mendier, Esther, à quoi pensez-vous ? Non, priez seulement pour que j’aie une idée pour écrire. Je vais essayer encore cet après-midi.

Mme Oliver prit à part Laurie, avant de se mettre au travail :

– Écoute, petite. Je compte sur toi pour m’aider. Je vais m’enfermer dans ma chambre de peur d’être interrompue. Je veux que tu prennes soin de Grégory et d’Angelo et que tu aides Jeanne à faire le thé. Va voir Esther et porte-lui du thé quand vous aurez pris le vôtre. Mais, quoiqu’il arrive, ne m’appelez pas. De graves choses dépendent de la tranquillité de mon après-midi. Nous sommes très, très pauvres en ce moment. Je te le dis pour que tu le comprennes, mais naturellement, il ne faut pas en parler. Je n’ai pu écrire ces temps-ci, et si je ne fais pas quelque chose aujourd’hui, nous n’aurons pas du tout d’argent pour vivre. Veux-tu essayer de m’aider, chérie ?

– Oh, oui, je crois bien que je veux, maman, et je ne permettrai à personne de te déranger. Tout cela arrive parce que tu as perdu ta plume. Je le sais bien !

Mme Oliver sourit mais elle ne répondit pas et, très sûre d’elle, Laurie courut rejoindre les petits garçons qui étaient au jardin. Le temps était froid, mais les enfants ne se trouvaient jamais si heureux que dehors, et ils étaient chaudement enveloppés. Angelo avait un air très drôle dans un grand châle de laine noué autour de son petit corps, mais il était bien et ne s’en souciait pas.

Laurie lui répéta à voix basse sa conversation avec sa mère : « Nous ne devons pas en parler, mais tout est la faute de Couic. Il a volé la plume de maman, sans laquelle elle ne peut pas écrire comme il faut. Et quoi qu’il arrive, nous ne devons pas aller dans la chambre de maman avant qu’elle n’en sorte, car elle ne pourrait pas alors gagner de l’argent ».

Grégory était levé maintenant mais boitait encore légèrement. Il plaça avidement son mot, ayant entendu une partie de la conversation.

– Alors nous prendrons le thé tout seuls, n’est-ce pas ? Et j’aurai trois morceaux de sucre dans mon thé parce que je n’ai pas eu de sucre depuis trois jours. Le sucrier est toujours vide, maintenant.

– Tu seras sage, Greg, n’est-ce pas ?

– Oui, je te le promets.

Ils s’amusaient à cache-cache, quand soudain un sifflement les fit tressaillir ; levant les yeux, Angelo fut terrifié en apercevant M. Capello. Il se tenait derrière le petit mur du jardin, sur la lande.

– Bonjour, mon jeune ami. N’ayez pas l’air si effrayé. Je ne veux pas vous manger. Êtes-vous toujours heureux ici ?

Un instant, Angelo pensa à courir se réfugier sous la protection de Mme Oliver, mais il se souvint des paroles de Laurie et se mit à trembler.

La fillette regarda hardiment l’étranger :

– Angelo est très heureux avec nous, dit-elle.

– Il ne paraît pas très bien, dit M. Capello, se penchant sur le mur et regardant l’enfant épouvanté. On ne l’engraisse pas chez vous. Je suis venu lui dire adieu et lui donner un petit cadeau.

Angelo le regarda d’un air très intrigué. M. Capello sourit :

– Allons, petit chanteur, ne m’avez-vous pas pardonné de vous aimer assez pour avoir voulu vous prendre avec moi ? Qu’aimeriez-vous que je vous donne ? Et votre mère adoptive, n’est-elle pas ici aujourd’hui ? Ne pourrais-je pas la voir ?

– Non, dit Laurie avec assurance. Elle est enfermée dans sa chambre, très occupée, et personne ne doit la déranger.

– Voilà qui est certes très fâcheux. J’ai une petite somme d’argent à lui remettre pour les bons soins qu’elle a prodigués à Angelo.

– Oh, Angelo, chuchota Laurie, que c’est gentil ! Que maman sera contente !

– Où est-ce ? demanda Angelo inquiet.

– Je suis arrivé en calèche par la grande route, dit M. Capello, et en vous voyant au jardin j’ai traversé la lande. Voyez-vous ma calèche là-bas ? Accompagnez-moi jusque-là et je vous remettrai la somme d’argent que vous présenterez à Mme Oliver avec mes salutations.

– Seulement si Laurie vient avec moi, dit Angelo.

M. Capello y consentit et, ravis à la pensée d’avoir un tel cadeau à remettre à sa mère, la fillette grimpa par-dessus le mur, suivie d’Angelo.

Ils n’eurent pas à aller loin, car une route traversait la lande à peu de distance de la maison, et là, comme l’avait dit M. Capello, la calèche attendait.

Comme ils en approchaient, l’homme prit la main d’Angelo, et, en moins d’une seconde, avant que l’enfant eût poussé un cri ou fait un mouvement, il le souleva, s’élança dans la calèche, ferma la porte et l’attelage partit au galop, le cocher fouettant ses chevaux sans se soucier des cris perçants de Laurie.

La petite fille courut derrière la voiture avec le vague espoir de sauver son camarade. Mais les ravisseurs disparurent bientôt à l’horizon, et Laurie rebroussa chemin, sanglotant amèrement. Elle se demandait si elle avait encore manqué de parole et si c’était par sa faute que le pauvre Angelo avait été enlevé.

– Oh, que faut-il faire ? Je ne peux pas aller vers maman, et personne ne pourra jamais rattraper Angelo. Il a été emporté et je crois que ce méchant homme le tuera !

– Envoyons les gendarmes après lui, suggéra Grégory en ouvrant de grands yeux.

– Viens le dire à Esther, dit Laurie, essayant de réprimer ses sanglots.

Ils montèrent à la chambre d’Esther, et la digne femme reçut leur nouvelle avec horreur et indignation :

– Le misérable gredin ! Qu’allons-nous faire maintenant ? Oh ! A-t-on jamais vu une créature plus malheureuse que moi ! Il n’y a rien à faire que je sache ! Ce n’est pas la peine de courir à votre mère, elle n’est qu’une pauvre faible femme, et n’a pas même la loi de son côté, puisqu’elle n’est pas une parente, et c’est comme de jouer à pile ou face que de décider qui doit garder le petit. Mais si j’étais sur mes jambes, j’irais voir le pasteur. Certainement qu’il pourrait faire quelque chose, lui, un homme !

– Pourrais-je y aller, moi ? demanda Laurie avec empressement.

– Non, il vaut mieux attendre que votre mère le sache. Le pasteur se demanderait ce qu’elle fait, et d’ailleurs elle serait vexée si elle ne le savait pas d’abord.

– Mais c’est épouvantable ! s’écria la fillette très excitée. Angelo mourra s’il n’est pas soigné avec bonté. Et cet homme avait l’air si cruel et méchant !

Lorsque Mme Oliver sortit de sa chambre, deux heures après, avec son paquet prêt pour la poste et l’air joyeux, elle rencontra à sa porte sa petite fille qui lui raconta la mauvaise nouvelle. Fatiguée comme elle l’était par l’effort fourni, elle se tourna vers Laurie et lui parla avec colère :

– Pourquoi n’es-tu pas venue me dire tout de suite que M. Capello était là ? Tu n’as pas plus de bon sens qu’un bébé ! J’avais laissé Angelo à ta charge, et tu le livres tranquillement à un étranger ! C’est inutile que je t’abandonne la moindre responsabilité. D’abord il arrive un malheur à Grégory, et maintenant c’est Angelo ! Tu ne penses absolument qu’à tes plaisirs et à tes inutiles rêveries, et tu négliges chaque devoir que je te donne !

Et laissant Laurie toute pâle et tremblante, Mme Oliver s’élança dans l’escalier pour aller prendre conseil auprès d’Esther. Elle redescendit presque aussitôt habillée pour sortir, et, son paquet sous le bras, se dirigea vers le presbytère. Le pasteur arrivait de vacances. Il fut troublé et attristé par la nouvelle, mais ne sut guère quel plan d’action adopter…

Il attrista Mme Oliver en lui disant :

– Après tout, chère Madame, vous n’aviez pas de droits sur lui. Ce monsieur étranger est du moins un compatriote. Il ne sera pas maltraité, on pourvoira à ses besoins. Nous ne pouvons pas, maintenant, suivre ses traces. Cela vous donnera beaucoup de peine si vous remettez la chose aux mains de la police, et s’il est retrouvé, je ne suis pas du tout sûr que vous puissiez reprendre l’enfant.

– Mais, M. Gay, vous ne connaissez pas ce petit. Ses douces et gentilles manières me l’ont rendu très cher. Je connais sa petite nature sensible et fine, et il a horreur de cet homme ! Je ne peux pas supporter de penser qu’il est dans ses griffes. J’ai promis de le protéger contre lui et j’ai manqué à ma parole. Voulez-vous venir avec moi au poste de police pour voir ce que nous pouvons faire ? En tout cas, il faut savoir où il l’a emmené. On doit pouvoir le poursuivre.

M. Gay y consentit volontiers. Des télégrammes furent envoyés sur toute la ligne, et, dans la soirée, Mme Oliver apprit que M. Capello était arrivé à Londres avec l’enfant, mais, pour le moment, les traces s’arrêtaient là.

Pendant ce temps, Laurie était profondément malheureuse et désolée. Jamais sa mère ne lui avait parlé si durement. Elle sentait qu’elle était la vraie coupable, et se répétait sans cesse les paroles vives de sa mère : « D’abord il arrive un malheur à Greg, et maintenant c’est Angelo ! » Se glissant jusqu’au grenier, Laurie se jeta sur le plancher et sanglota comme si son cœur allait se briser :

– Ce n’est pas la peine que je sois une gardienne, gémit-elle. J’ai presque tué Greg et perdu Angelo, et maman n’aura plus jamais aucune confiance en moi. Je suis inutile à tout le monde, et je voudrais mourir !

Bientôt sa mère arriva, et voyant le profond désespoir de l’enfant, Mme Oliver comprit combien elle avait été touchée. Elle l’attira dans ses bras, en la consolant par de douces paroles. Elle avait parlé trop vivement, disait-elle, et n’avait pas pensé à ce qu’elle disait. Laurie sécha alors ses larmes et sourit, mais ce soir-là, en recevant le baiser maternel, ses derniers mots furent :

– Maman, Angelo aura maintenant un bien meilleur gardien que moi. Il aura le Seigneur Jésus Lui-même, n’est-ce pas ?

– Certainement, ma chérie, le bon Berger veillera sur Son agneau.

Le village fut en grand tumulte à la nouvelle de la disparition d’Angelo. Et, comme il arrive souvent, ce petit orphelin abandonné et sans ami devint alors le centre et le principal sujet des pensées et des conversations de tous. Les uns disaient qu’il était un prince étranger, déguisé ; d’autres, qu’il était l’héritier d’une grande fortune. Et tous étaient convaincus qu’il y avait dans sa vie un grand mystère – sinon, pourquoi un étranger à l’air distingué prendrait-il la peine de venir de si loin pour l’enlever ? Cet argument paraissait indiscutable…

La première émotion passée, Esther parlait à sa maîtresse de cette aventure dans le même esprit que M. Gay.

– Madame ne peut pas dire qu’elle ait plus de droits sur lui que le monsieur étranger. Et peut-être que tout est pour le mieux. Dieu a bien vu la peine que Madame avait à lui trouver de la nourriture et des vêtements, et Il l’a laissé emporter pour nous soulager d’un fardeau.

Mais Mme Oliver restait inconsolable. Son cœur de mère s’attendrissait en pensant à l’aimable enfant qu’elle aurait tant voulu protéger contre les souffrances de la vie. Le petit compagnon manquait beaucoup à Laurie et Grégory. Matin et soir, ils priaient pour son retour, et chaque jour ils espéraient avoir de ses nouvelles. Mais comme les journées s’écoulaient sans leur apporter le moindre renseignement, leur espoir devint de plus en plus vague.

– Je suis sûre qu’il se sauvera à la première occasion, dit Laurie à son petit frère un jour, comme ils parlaient de lui. Mais il aura un si grand voyage à faire que cela lui prendra longtemps.

– À sa place je prendrais le train, dit Greg.

– Mais il lui faudrait de l’argent alors, et Angelo n’a pas d’argent. Et il ne peut pas marcher longtemps sans être fatigué. Il ne peut pas marcher la moitié aussi loin que moi.

– Il aura des « périls », n’est-ce pas ? s’écria Grégory.

– Oui ! et la figure de Laurie s’illumina : « En danger pendant les voyages » – c’est Angelo ; « En danger des voleurs » – c’est le méchant homme ; « En danger dans les villes » – c’est Londres où Angelo a été emporté ! Que j’aimerais qu’il soit ici pour nous raconter cela.

– Oui, dit Greg, après un silence. Mais je crois que je suis bien content quelquefois quand Angelo n’est pas là, parce que tu me parles beaucoup plus maintenant qu’il est parti.

Chapitre 13. « C’est la faute de Couic »

Ce fut un grand soulagement pour Mme Oliver lorsque Esther fut de nouveau en bonne santé, capable de s’occuper du ménage. Mme Oliver était exténuée par sa lutte pour joindre les deux bouts, et ses travaux littéraires en souffraient. Les enfants trouvaient leur mère d’une humeur trop vive, surtout au moment des leçons, et finalement Esther prit le parti de parler sérieusement à sa maîtresse :

– Madame devrait partir et prendre un peu de repos. Ce sont vos nerfs qui sont fatigués. Madame tombera malade, si cela continue, et alors, que deviendrons-nous ?

Elle dit cela un matin, lorsque Mme Oliver, après avoir terminé les leçons des enfants, vint à la cuisine prier Esther de lui faire une tasse de thé, car elle souffrait de violents maux de tête. Alors Mme Oliver s’assit et, au grand étonnement de sa fidèle servante, éclata en sanglots.

– Je suis tellement tourmentée, Esther. Je sens que je suis à bout de forces. Et ma littérature, qui était un si grand plaisir pour moi, est maintenant un lourd fardeau et une oppression continuelle.

– Madame a besoin d’un changement d’air, dit Esther qui, les poings sur les hanches, regardait sa maîtresse avec sympathie. Je comprends que Madame soit exténuée. L’accident de Grégory fut un grand choc, sans compter tous les soins qu’il lui fallut ensuite. Puis ma maladie apporta un surcroît de travail ; enfin la disparition d’Angelo, tout cela a beaucoup ébranlé Madame. N’y aurait-il aucune chance de repos pour Madame ?

Mme Oliver leva la tête et fit un effort pour se ressaisir.

– J’ai bien une « chance », Esther, comme vous dites ; mais je ne vois pas comment je puis en profiter. Mlle Bernard et son frère désirent que j’aille les rejoindre pendant quelques semaines en Italie. Ils veulent me recevoir en amis. Mlle Bernard offre de m’avancer les frais du voyage, ainsi que mes dépenses là-bas. Sa lettre est arrivée hier. Je suppose que c’est d’y avoir tellement pensé qui m’a rendue si lasse et nerveuse Je ne peux pas supporter de parler rudement à mes enfants, mais ils m’impatientent tellement ! Je n’y comprends rien.

– Mais, dit Esther joyeusement, Madame ne refusera certainement pas cette offre. C’est providentiel, et cela arrive juste au bon moment. Madame ne peut-elle pas avoir confiance en moi pour prendre soin des enfants ?

– Je ne les ai jamais laissés, dit Mme Oliver un peu tristement. J’ai vraiment fait de mon mieux pour que ma littérature ne m’empêche pas d’accomplir mes devoirs de mère. Vous savez comme j’ai horreur d’une mère qui néglige ses enfants.

– Mais, dit Esther, si Madame tombait malade, nous n’aurions plus qu’à mourir de faim, et, puisque Madame peut l’empêcher !…

Elles discutèrent longuement, et finalement Mme Oliver céda aux insistances d’Esther et écrivit qu’elle acceptait l’invitation. En l’apprenant, les enfants se montrèrent inconsolables, mais lorsque Esther leur démontra que la santé de leur mère dépendait de ce voyage, ils en prirent leur parti.

– Tout est de la faute de Couic, dit Laurie tristement, en regardant de la fenêtre les gambades du geai. Les deux enfants étaient enrhumés et, ne pouvant sortir, ils causaient d’un air abattu du prochain départ de leur mère.

– Pourquoi est-ce Couic ? demanda Greg.

– Parce qu’il a emporté la plume de maman, sans laquelle elle ne peut écrire. Si nous pouvions seulement la retrouver, Greg, peut-être que maman ne serait plus obligée de partir. Je suis sûre qu’elle se guérirait très bien, si nous retrouvions sa plume.

– Je crois que je sais où elle est, dit Grégory tout à coup.

– Où ?

– Je crois bien que Couic l’a laissée tomber dans le puits. Je l’ai vu hier prendre une petite pierre dans son bec, et la jeter dans l’eau… Cela a fait un petit clapotis… Puis l’oiseau s’est mis à rire en penchant sa tête de côté, et il s’est envolé.

– Comment pourrions-nous donc l’attraper ? dit Laurie toute pensive. Je me demande si nous pourrions vider le puits pour y descendre.

– Sans doute que nous le pourrions. Essayons !

La figure de Grégory devint toute rose d’excitation en pensant à ce délicieux amusement, et Laurie résolut de mettre leur plan à exécution aussitôt que possible. Pendant plusieurs jours il leur fut défendu de sortir, mais la veille du départ de Mme Oliver, comme celle-ci était occupée à faire ses bagages avec l’aide d’Esther, il leur fut permis d’aller au jardin. C’était le moment. La défense concernant les seaux et le puits s’était relâchée dernièrement, car plus d’une fois Laurie avait elle-même puisé de l’eau pour sa mère pendant la maladie d’Esther. Avec conviction, elle se mit au travail, puisant l’eau et la vidant sur les corbeilles de fleurs, mais bientôt ses mains et ses petits bras furent las et endoloris par cet exercice et le puits paraissait toujours aussi rempli. Couic était très excité. Il se perchait sur le seau, et sautillait jusque sur le bord du puits et le sondait du regard avec un gloussement connaisseur.

Enfin Laurie s’écria :

– Sais-tu, Greg, je crois que, si je me mettais dans le seau et que je descende, je pourrais peut-être atteindre le fond. Si tu me tendais le grand râteau, je sais que je pourrais.

Grégory battit des mains.

– Si j’y allais aussi ?

– Non, toi tu tireras la corde pour me faire remonter.

– C’est jouer aux « périls », dit Grégory.

– Oui, approuva Laurie, et si je te tendais la plume et que je meure, noyée ensuite, je serais une héroïne.

L’aventureuse petite fille s’assit dans le seau. Son poids l’entraînant, la corde se déroula d’elle-même et Laurie se trouva descendant dans le puits avec une rapidité peu agréable. L’eau se trouvait à une grande profondeur, mais, heureusement pour l’enfant, il y avait dans le mur de briques une proéminence où le seau s’accrocha. Il s’arrêta, Laurie se trouva ainsi juste au-dessus de l’eau. Le puits était sombre, poisseux et froid, l’eau troublée, et elle avait beau chercher, pas de trace de la plume. Grégory lui tendit à grand peine le râteau du jardin, mais bientôt Laurie réalisa le danger de sa position. Le seau commença à balancer, au point que la fillette perdit presque l’équilibre. Elle s’écria terrifiée :

– Remonte-moi, Greg, vite, vite, je vais me noyer !

Pauvre petit ! Essoufflé, haletant, la poitrine gonflée et ses petites jambes écartées et solidement plantées, il s’efforçait en vain de tirer la corde.

– Je ne peux pas, s’écria-t-il, tu es trop lourde !

– Appelle Esther, alors ; fais vite !

Alors les cris perçants de Grégory amenèrent sur les lieux Mme Oliver et Esther. En un clin d’œil Esther eut remonté le seau, pendant que Mme Oliver attendait, pâle et tremblante. Elle n’osait espérer voir remonter Laurie vivante, et lorsqu’elle la vit saine et sauve, toute mouillée, échevelée et couverte de mousse verte, elle s’évanouit et tomba.

Esther, à bout de nerfs, tourna contre la fillette le torrent de sa colère.

– Vilaine ! Méchante enfant ! Tu es continuellement à faire quelque sottise ! Et de tous les jours qu’on puisse choisir pour faire de pareilles énormités, vous choisissez celui où votre mère est le moins capable de le supporter ! Va tout droit dans ta chambre, et restes-y . Tu as presque tué ta mère.

Esther tourna alors toute son attention vers Mme Oliver qui revenait à elle et la conduisit à la maison.

– Comme c’est stupide de ma part, Esther ! Allez prendre soin de Laurie, elle était à peine remise de son rhume. Comment a-t-elle pu faire une chose pareille ! Je vais bien, maintenant. Laissez-moi et allez la voir. Il y a de quoi la rendre très malade.

Esther monta et trouva la fillette grelottante, toute en pleurs dans un coin de sa chambre. Elle lui apporta du lait chaud, la lava puis l’enveloppa dans une couverture, mais elle était trop en colère pour écouter les explications de la petite fille.

Greg, en bas, essayait d’expliquer la chose à sa mère :

– Elle voulait trouver ta plume, maman, vraiment. Nous croyions que Couic l’avait laissée tomber au fond du puits.

Et Laurie disait que cela lui était égal d’être noyée et de mourir si elle retrouvait ta plume !

Elle ne voulait pas être sotte. Et, ajouta Greg, les yeux étincelants, c’était vraiment un très joli « péril ». Je l’ai trouvé, moi. Du moins j’ai eu l’idée du puits, je t’assure, maman. Et je voulais y descendre aussi, seulement Laurie n’a pas voulu.

– Oh ! Ces enfants ! soupira la maman. Comment puis-je vous laisser ? Quelquefois ta sœur est une petite vieille, et quelquefois le génie des sottises.

Elle monta bientôt vers sa petite fille, et écouta toute l’histoire. Laurie avait naturellement bien plus de sympathie pour sa mère que pour Esther. Mme Oliver comprenait mieux comment le bon cœur et les sentiments intenses et vifs de Laurie la poussaient à ces inventions. Elle avait la volonté d’une femme et l’étourderie d’une enfant. Ces deux choses combinées avaient abouti à ce triste résultat. La fillette jeta impétueusement ses bras autour du cou de sa mère :

– Oh ! Pardonne-moi, maman ! Je ne serai plus jamais sotte ! Ne pars pas fâchée ! Je veux, je veux toujours être sage, et il arrive toujours que j’ai mal fait, et je ne sais pas comment. Pardonne-moi !

– Cela m’inquiète beaucoup de vous laisser, dit Mme Oliver d’un air un peu découragé, vous êtes trop petits pour être si peu surveillés. Si au moins je pouvais vous procurer une gouvernante qui serait toujours avec vous.

– Oh, maman, je t’en prie, ne la cherche pas ! Je promets, je promets de ne pas faire une seule sottise pendant toute ton absence. Je tâcherai de ne pas être enfant. Vraiment, je tâcherai ! Je prendrai soin de Greg et je ne m’amuserai pas jusqu’à ton retour. Aie confiance en moi ! Ne dis pas que tu ne peux pas nous laisser !

Laurie fut enfin consolée, et Mme Oliver, un peu ébranlée par sa frayeur, retourna à ses valises.

Le lendemain matin, elle rassembla tout son courage, embrassa ses enfants, recommanda à Esther de lui écrire quelques mots tous les jours, et partit, laissant derrière elle une maisonnée très triste et tout en pleurs.

Pendant les premiers jours, les enfants étaient si malheureux qu’Esther souhaitait presque de leur voir faire quelque sottise ; puis, peu à peu, ils reprirent leur gaîté habituelle, et leurs rires et leurs joyeuses gambades recommencèrent de plus belle. C’était surtout vers le soir que Laurie sentait le besoin de voir sa mère, et Esther montait souvent avec son ouvrage pour rester avec elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme. M. et Mme Gay venaient quelquefois voir si tout allait bien et à plusieurs reprises les invitèrent à prendre le thé au presbytère. Ils étaient très bons, à leur manière, mais ne comprenaient pas les enfants. Ils les tracassaient par tant de recommandations sur ce qu’ils devaient ou ne devaient pas faire que Laurie dit à Esther, en revenant d’une de ces visites :

– Nous ne nous sommes pas beaucoup amusés, Esther. Mme Gay m’a dit tant de choses dont je dois me souvenir. Nous avons essayé de ne rien faire pendant notre visite, parce que tout le reste était mal.

Un après-midi, les deux enfants couraient le long de la route avec leurs cerceaux, quand ils rencontrèrent Iris Monteil. Elle était accompagnée d’un vieux monsieur et elle s’arrêta pour leur parler.

– Voici deux de vos petits homonymes, Sir Georges, dit-elle. Mme Oliver est une de mes locataires. Elle est maintenant à l’étranger. C’est la jeune veuve dont je vous ai parlé.

Sir Georges avait des cheveux blancs et des sourcils embroussaillés. Il s’arrêta et regarda fixement Grégory.

– Un superbe garçon ! Quel âge a-t-il ?

– Six ans, dit Greg avec force, et mes vêtements deviennent de plus en plus petits. Esther dit que je grandis tous les jours.

– Avez-vous des nouvelles de votre jeune ami étranger ? demanda Iris.

– Non, mais nous en attendons tous les matins. Il nous reviendra un jour, j’en suis sûre !

– Votre mère doit être reconnaissante d’être débarrassée de cette charge.

– Maman aime Angelo, et nous aussi, dit la fillette en s’animant. Nous voulons qu’il revienne et il le voudrait certainement aussi !

– Petite peste ! dit Iris, je suis toujours prise en défaut par toi. Je crois que je n’aimerais pas beaucoup avoir la charge de toi ou de ton frère. Filez vite !

Ils passèrent leur chemin. Mais le lendemain, au grand étonnement des enfants, le vieux monsieur frappa à la porte et demanda à les voir.

– Je reste quelques jours au Pavillon, fit-il observer à Esther ; j’ai été présenté à vos jeunes maîtres et en passant je suis venu les voir.

Esther le fit entrer dans la salle à manger, où les enfants s’amusaient avec le geai. Je suppose, se dit-elle, que ce monsieur est de l’espèce de ceux qui s’intéressent aux enfants. Eh bien ! Il peut être sûr d’être le bienvenu ; les petits ne savent pas ce que c’est que la timidité !

En effet, à en juger par le bavardage des petites langues, Esther ne s’était pas trompée. Sir Georges ne parla pas beaucoup. Il s’assit et posa quelques questions, mais il savait écouter. Les deux enfants lui eurent bientôt exposé en détail toute l’histoire d’Angelo, de la « plume merveilleuse de maman » et de la méchanceté de Couic.

– Vous comprenez, dit Laurie gravement, c’est terrible parce que nous ne pouvons pas le punir, et il ne s’en repent pas du tout. On ne peut pas punir un oiseau, n’est-ce pas ? On peut battre un chien ou un chat, mais on ne peut pas battre un oiseau, c’est trop glissant. Couic sait que c’est mal de voler, et je suis sûre qu’il sait où il l’a cachée. N’est-ce pas très vilain de sa part ?

– Et Laurie est descendue au fond au puits dans un seau, ajouta Grégory avec ardeur, et je ne pouvais pas la remonter.

– Esther m’a retirée, expliqua la fillette. Je pensais pouvoir retrouver la plume là-bas au fond. Nous ne serons jamais riches jusqu’à ce que nous l’ayons.

– Pourquoi ?

– Oh, parce que maman m’a dit que sa plume lui gagnait tout son argent. Je ne comprends pas bien, mais je sais que dernièrement nous avons été très pauvres. Je devais avoir une jolie jaquette neuve cet hiver, mais maman n’a pas pu m’en acheter une, et Greg a été obligé de passer deux dimanches sans aller à l’église parce qu’il n’avait pas de souliers.

Sir Georges regarda la chambre, puis les enfants.

– Ceci est votre seule pièce de réception ? demanda-t-il.

– Non, il y a la chambre de maman, dit Laurie, mais nous n’y allons pas quand elle est absente. Aimeriez-vous la voir ? C’est une très jolie chambre.

Elle montra fièrement le chemin, et le vieillard la suivit. Laurie lui présenta chaque chose tour à tour, et lui indiqua les différents ornements et objets qu’elle et son frère admiraient le plus. Il les regarda tous, mais fut particulièrement intéressé par une photographie placée au milieu de la cheminée.

– C’est papa, maman et moi, s’écria Laurie. Le bébé, c’est Greg. Maman n’est plus comme cela, maintenant.

– Où est votre père ? demanda brusquement Sir Georges.

– Au ciel, répondit promptement Grégory. Nous ne l’avons jamais vu que sur cette image. Maman a l’air triste lorsque nous en parlons, mais moi je ne suis pas triste. On est très bien au ciel – maman me l’a dit – et j’y suis presque allé, lorsque je me suis cassé la jambe. Maman dit qu’elle est contente que je n’y sois pas allé, mais quand je serai un homme, j’irai. Seulement, je veux d’abord lui acheter une belle maison et elle restera toute la journée sur un canapé à manger des raisins et des brioches, et ne sera plus obligée d’écrire et d’écrire toute la journée, comme maintenant.

– Et où prendrez-vous l’argent pour acheter la maison ? demanda Sir Georges, en regardant curieusement le petit bonhomme.

Grégory se tourna vers Laurie, comme pour demander son aide.

– Je pense qu’il viendra, dit-il.

– Oh, Greg, non, il ne viendra pas, à moins que tu travailles pour le gagner.

– Oui, je travaillerai, dit le petit Greg d’un air soulagé. Je serai chauffeur de locomotive ou bien forgeron ; oui, un forgeron, parce qu’il a de beaux pique-feu tout rouges, et il peut frapper avec son grand marteau et faire autant de bruit qu’il veut sans que personne lui dise de se taire.

– Écoute-moi, mon garçon, et souviens-toi de ceci toute ta vie : la vie facile doit être gagnée par un labeur honnête. Et ceux qui dépensent ce que d’autres ont gagné sont un malheur pour l’humanité. Au revoir !

Le vieillard caressa la tête de Grégory et partit. Les enfants étonnés le regardèrent s’éloigner.

Chapitre 14. « C’est enfin toi »

Après cette visite, Sir Georges rencontra souvent les enfants et parla avec eux. Laurie et Grégory se mirent à le considérer comme un ami intime. Ils lui faisaient librement leurs confidences et s’il n’y répondait pas toujours avec enthousiasme, du moins il n’en riait pas et ne s’en moquait jamais.

Un après-midi il revint à la maisonnette pour leur dire adieu.

– Je pars demain, dit-il.

– Et vous ne reviendrez jamais ? Est-ce que Mlle Monteil est à vous ? demanda Laurie.

– Je suis son gardien.

Les yeux de Laurie étincelèrent.

– Je suis la gardienne de Greg, dit-elle. Maman me l’a dit. Je suis contente de savoir que vous en êtes un aussi. Nora est la gardienne de trois petits frères et d’un bébé. Ce doit être bien difficile, n’est-ce pas ? Et Angelo avait un gardien, mais il est mort ; alors il a eu Dieu pour gardien pendant quelque temps, puis maman a été sa gardienne, et maintenant il n’en a plus du tout.

– Excepté Dieu, ajouta Greg, il L’aura toujours comme gardien.

– Oui, dit lentement Laurie, tu as raison.

– Avez-vous un gardien ? demanda Grégory, saisissant la veste de Sir Georges, d’un petit geste qu’il avait souvent lorsqu’une chose l’intéressait vivement.

– Non, dit Sir Georges, je suis mon propre gardien.

– Les grandes personnes n’ont pas besoin de gardien, expliqua Laurie. Ce ne sont que les enfants qui ne peuvent pas prendre soin d’eux-mêmes. Pense donc, si maman avait une gardienne, que ce serait drôle !

Sir Georges discutait ainsi avec les enfants dans la chambre de leur mère. Il prit une enveloppe dans sa poche et s’approcha de la table à écrire. Il ouvrit un petit tiroir et y plaça l’enveloppe.

– Quand votre mère reviendra, vous lui montrerez où j’ai mis cela, dit-il à Laurie.

– C’est une lettre pour elle ?

– Oui.

– Et nous ne vous reverrons plus ? demanda la fillette.

– Non, à moins, dit Sir Georges en s’arrêtant soudain au milieu de la chambre… à moins que vous n’aimiez venir me voir chez moi.

– Mais vous vivez très loin et il faudrait prendre le train, objecta Laurie.

Sir Georges s’assit sur une chaise et attira Grégory à lui. Ses yeux semblaient étinceler sous ses lourds sourcils.

– Aimerais-tu venir avec moi maintenant ? dit-il prenant le menton de l’enfant pour lever sa tête vers lui. Les yeux de Grégory s’écarquillèrent, puis il poussa un « oui » enthousiaste.

Sir Georges sourit.

– Nous demanderons à Esther de faire ta valise, et je te ramènerai avant le retour de votre mère. J’ai un poney sur lequel tu pourra monter et un bon gros chien pour t’amuser.

Mais Laurie s’avança comme un jeune coq :

– Je ne vous laisserai jamais emmener mon frère ! s’écria-t-elle haletante. Angelo a été volé, mais Grégory ne le sera pas ! Vous n’êtes pas un voleur, n’est-ce pas ! Oh ! Greg, comment peux-tu dire que tu aimerais partir ?

– J’aimerais beaucoup, dit l’enfant avec conviction, saisissant de nouveau le pan de la veste de Sir Georges et le regardant bien en face. Je vous aime bien, et j’en ai assez d’être ici sans maman. Emportez-moi dans votre calèche, comme Angelo. Ce sera comme dans les « périls ». J’aimerais bien être emporté par un voleur.

Sir Georges sourit encore et regarda Laurie.

– Je pourrais l’emporter si je voulais, dit-il ; tu ne pourrais pas m’en empêcher.

– Oh ! Je ne veux pas, je ne veux pas ! s’écria Laurie tout excitée. Et Esther pourrait vous en empêcher. Elle ne le laissera pas partir. Il est si petit qu’il ne sait pas ce qu’il dit. Vous me tueriez que je ne le laisserais pas partir.

– J’essaie ! dit le vieillard.

Laurie poussa immédiatement un cri perçant et lorsque Esther apparut, elle trouva Grégory se débattant dans les bras de sa sœur, pendant que Sir Georges les regardait, paraissant s’amuser de l’incident. Il se tourna vers Esther en souriant.

– J’offrais de vous débarrasser d’une de vos charges, dit-il. Le petit dit qu’il aimerait venir chez moi. Sa sœur ne doit pas l’en empêcher. Qu’en pensez-vous ?

Esther sourit.

– Nous avons besoin de lui, monsieur. Ah ! Mlle Laurie, ne voyez-vous donc pas que monsieur plaisante ? Nous en avons vu disparaître un, monsieur, alors il vaut mieux ne pas trop la tourmenter.

– Eh bien ! dit Sir Georges se levant, je reviendrai un de ces jours pour le réclamer. Alors il faudra qu’il vienne.

– Je vous le promets ! s’écria Grégory.

Les yeux de Laurie étaient pleins de larmes. Sir Georges la regarda, puis se baissa pour l’embrasser.

– Vous êtes une courageuse petite femme, dit-il, sa voix s’adoucissant jusqu’à la tendresse. Vous serez tout comme votre mère.

Et il partit. Esther, en retournant à la cuisine, réfléchit à ses paroles. Était-il, après tout, aussi étranger qu’il le prétendait ?

Laurie mit plusieurs jours à se remettre de la frayeur que lui avait causée Sir Georges. Elle veillait sur son frère avec des yeux de lynx et un cœur inquiet, et elle ne voyait jamais passer sur la route une calèche étrangère sans s’attendre à en voir descendre Sir Georges pour tenter d’enlever son frère. Grégory, quant à lui, était enchanté en pensant à cette possibilité. Il commença à se croire un personnage important, et souvent menaçait sa sœur :

– Si tu n’es pas gentille avec moi, je m’en irai avec le vieux monsieur et je monterai sur son poney. Je l’aime et il m’aime aussi. Il ne se fâchera pas contre moi, comme toi !

Un jour, Esther leur annonça qu’elle leur offrirait un grand plaisir s’ils étaient très sages. Elle était obligée d’aller à la ville voisine pour faire des courses, et elle les emmènerait avec elle. Daltoncaster était une ville importante, éloignée d’environ neuf kilomètres. De temps en temps, Mme Oliver s’y rendait par le train pour acheter ce qui était nécessaire au ménage, mais les enfants n’y étaient jamais allés ; aussi furent-ils enchantés du projet, surtout lorsqu’ils surent qu’ils y passeraient la journée.

– Depuis que nous sommes arrivés de Londres, nous n’avons pas vu de beaux magasins, dit Laurie. Pourrais-je dépenser mes trois gros sous, Esther ? Je les ai gardés jusqu’à aujourd’hui parce qu’il n’y a rien à acheter ici, sauf des bonbons.

– Qu’achèteras-tu ? demanda Grégory avec grand intérêt.

Lui n’avait rien économisé. Dès qu’on lui donnait un sou, Mme Pratt le voyait arriver à sa boutique.

– Je veux autant de bonbons que vous pourrez m’en donner, s’il vous plaît, pour un sou.

– J’achèterai un cadeau pour maman, dit promptement Laurie.

Grégory eut l’air un peu déçu, puis s’anima :

– Je t’aiderai à le choisir, et nous l’achèterons chez le marchand de jouets, n’est-ce pas ?

Ils partirent par une froide et belle matinée. Esther ferma la maison et enferma Couic dans l’arrière-cuisine, à son grand désespoir. Les enfants lui dirent adieu comme s’ils partaient pour un mois.

– Il se trouvera bien seul, dit Laurie avec sympathie… J’espère qu’il n’aura pas peur !

-Il n’a peur de personne, dit Esther indifférente. Les oiseaux ne se sentent pas malheureux comme les personnes.

– Mais ils sentent comme les oiseaux, dit doucement Laurie. Si un chat descendait par la cheminée, que ferait-il ?

– Il n’y a pas de chats par ici, heureusement, fut la vive réplique d’Esther. Et il tiendrait tête à tous les chats du monde. Couic a assez d’impertinence pour une douzaine de son espèce !

La promenade jusqu’à la gare fut délicieuse et le petit trajet dans le train le fut encore plus. Ce fut une heureuse petite paire d’enfants qui suivit la grand-rue de la vieille ville tranquille.

– Quelle quantité de gens ! Et voilà un joueur d’orgues de Barbarie, s’écria Grégory. Oh, que je voudrais vivre ici pour voir passer les gens. De la fenêtre de notre salle à manger nous ne voyons rien que des peupliers. Je voudrais vivre ici !

– Moi, je n’aimerais pas, dit Laurie. Nous ne pourrions pas aller dans les bois et cueillir tant de fleurs.

– Nous n’allons pas dans le bois, maintenant, grommela Grégory. C’est plein de boue, et l’été est tout parti.

– Mais il reviendra, dit Laurie.

– Il pourrait oublier de revenir, continua le petit avec entêtement.

– Oh, Greg, c’est Dieu qui fait les saisons ! Il n’oublie jamais rien !

– L’hiver restera et continuera toujours, tu verras, et nous ne verrons pas les magasins à Noël, comme à Londres. Et je n’aime pas du tout notre maison, là !

Heureusement, la mauvaise humeur de Grégory se dissipa bientôt dans l’excitation que lui causa la visite des magasins avec Esther. Et lorsque, un peu plus tard, elle lui donna un sou à dépenser pour lui tout seul, son bonheur fut complet. Laurie acheta une merveilleuse petite pelote entourée de coquillages et ornée d’une gravure de la cathédrale ; une pelote « vraiment donnée », pour trois sous… lui assura la marchande.

Grégory, dans un élan de véritable abnégation, fit l’achat d’un tout petit vase en porcelaine pour mettre sur la commode de « maman » lorsqu’elle reviendrait.

Puis Esther les mena dans une pâtisserie où ils eurent chacun une tarte à la viande, une brioche et un verre de lait. Lorsque ce festin fut achevé, Esther les emmena visiter la cathédrale.

Celle-ci s’élevait au cœur de la ville, et les cloîtres tranquilles, les pelouses vertes qui l’entouraient offraient une impression paisible et reposante à tout passant fatigué.

Laurie regarda avec émerveillement les hautes murailles et les galeries spacieuses de l’édifice. Elle parlait peu, mais admirait tout. Esther lui fit remarquer les vitraux et les sculptures, mais son esprit était préoccupé. Elle ne se sentait pas en sécurité dans cette église. Dieu paraissait être si loin !… Pourquoi était-ce si grand et si haut ? Le ciel serait-il comme cela ?

La cathédrale lui inspirant ces réflexions enfantines, ne réjouit pas Laurie, et elle fut heureuse de revenir au gai soleil.

Tous trois longeaient un boulevard tranquille quand ils entendirent soudain une voix qui chantait, et le cœur de Laurie tressaillit lorsqu’elle l’entendit s’élever :

Ne me parlez pas de belle nature,

Car mon cœur a vu sa joie,

Elle vient, elle vient, elle vient de ce côté.

Esther s’arrêta, bouche bée.

– Ça, c’est M. Angelo, j’en suis absolument sûre ! Elle courut à l’endroit d’où venait la voix.

Une petite foule s’était rassemblée au coin du boulevard. La voix s’était arrêtée, et le doyen de Daltoncaster, un homme de haute taille, aux larges épaules, s’avançait, écartant le petit rassemblement. Comme un éclair, Laurie s’élança sur ses traces et, indifférente aux regards des spectateurs, se jeta au cou du petit personnage un peu déguenillé que le doyen interrogeait.

– Oh, Angelo, Angelo, c’est enfin toi !

Oui, c’était bien Angelo, plus pâle et plus frêle que jamais, mais campé avec ce port libre et fier qui lui était naturel, comme s’il chantait dans un salon devant une société choisie, et non devant une foule de badauds.

Quand Esther s’avança, elle trouva Laurie et Angelo dans les bras l’un de l’autre, tandis que la foule se pressait et s’interrogeait.

– Ce petit garçon vous appartient-il ? demanda le doyen, se tournant vers Esther.

– Oui, monsieur ; nous l’avons perdu depuis plus d’un mois.

– Alors, suivez-moi tous les quatre. Je veux lui parler.

Le doyen, qui détestait la publicité sous toutes ses formes, pressa Esther et les enfants vers le doyenné qui se trouvait près de là.

– Dites-moi, dit le doyen, regardant Angelo, ne chantiez-vous pas sur le boulevard, hier, à la tombée de la nuit ?

– Si, dit tranquillement Angelo.

– Pourriez-vous me chanter à nouveau ce que vous chantiez alors ?

– J’ai chanté trois ou quatre chants.

– C’était : « Comme frémit le cœur ».

Angelo commença aussitôt. C’était un des cantiques que Mme Oliver lui avait appris. Le doyen s’enfonça dans son fauteuil, s’abrita le visage de la main, et écouta.

– Merci, dit-il brièvement lorsque Angelo eut fini. J’aimerais avoir votre nom et votre adresse, si vous voulez avoir la gentillesse de me les donner.

Alors Esther se leva avec dignité.

– Pardon, Monsieur, M. Angelo n’est pas un chanteur public. Ma maîtresse serait très choquée de l’entendre chanter dans les rues. Je ne comprends pas bien, mais un méchant homme nous l’a enlevé, et je suppose que c’est lui qui l’a poussé à agir ainsi.

– Non, Esther, dit Angelo en rougissant. Je ne suis plus avec M. Capello depuis longtemps. Il est tombé malade à Londres, et je me suis sauvé. J’ai chanté pour avoir de l’argent. Je vous raconterai tout cela.

– Quoi que vous ayez fait, vous êtes doué d’une voix merveilleuse qui pourrait être cultivée pour la gloire de Dieu, dit le doyen. Maintenant, voulez-vous me donner votre nom ?

Angelo le donna, ainsi que l’adresse de Mme Oliver. Puis le doyen sonna, et demanda qu’on apporte du café et des gâteaux. Esther elle-même fut charmée par l’accueil chaleureux que le doyen leur réserva.

– Je connais votre pasteur, M. Gay, dit-il. J’espère que nous nous reverrons.

Esther put avec peine réprimer l’excitation des enfants pendant le trajet de retour. Elle était heureuse de revoir Angelo, mais se rendait compte du surcroît de dépenses que ce serait pour sa maîtresse.

Ce ne fut que lorsque les enfants, de retour à la maison, eurent mangé, qu’Esther put obtenir un récit intelligible de l’enlèvement d’Angelo. Elle le fit asseoir près d’elle et tout raconter depuis le moment où il avait été enlevé. Laurie et Grégory écoutaient ces aventures avec un intérêt intense. La fillette murmura à mi-voix :

– C’est bien mieux que les histoires des livres et que les « périls » qu’on invente.

Chapitre 15 « La plume de maman retrouvée »

« Je ne me souviens pas très bien de ce que j’ai fait, dit Angelo, lorsque la calèche m’emporta ; j’ai crié, je me suis débattu, j’ai supplié. Mais M. Capello m’effrayait et me faisait mal aux poignets. Il a dit que j’étais entre ses mains et que si j’osais prononcer une parole de plus, il me bâillonnerait la bouche. Je ne comprenais pas ce que cela signifiait, mais je pense qu’il voulait dire qu’il m’étoufferait. Alors, j’ai cessé de crier, et il m’a mené à la gare. Je ne pouvais pas m’échapper, il n’a pas lâché ma main, et jusqu’au lendemain elle fut toute rouge et douloureuse. Je crois que nous sommes arrivés à Londres très tard. Toutes les lampes étaient allumées. Nous sommes allés à une grande maison – un hôtel, je crois, – et là nous avons soupé.

– Qu’avez-vous mangé ? demanda Grégory.

– Je crois que nous avons eu du poulet et des pommes de terre, et il m’a fait boire du vin que je n’aimais pas. J’ai eu la tête qui tournait et j’avais bien sommeil. Alors on m’a monté à une grande chambre avec un petit lit dans un coin, et je ne me souviens plus de rien. Je me suis endormi.

– Et le lendemain matin ? questionna Esther.

– Je me suis réveillé de très bonne heure et M. Capello ronflait dans le grand lit. Je me sentais très malheureux, mais j’ai prié, et j’ai demandé au Seigneur Jésus d’être mon gardien et de prendre soin de moi. Je ne voulais pas de M. Capello pour gardien. Je l’ai dit à Jésus. Puis, enfin, un homme est entré – William, je crois qu’il s’appelait – et il m’a aidé à m’habiller et je suis descendu avec lui ; bientôt M. Capello est arrivé et nous avons déjeuné. Après déjeuner, nous sommes allés voir des magasins, et M. Capello m’a acheté un manteau chaud, puis il m’a mené chez un de ses amis. Il a appelé un professeur et m’a demandé de chanter. Je lui ai chanté plusieurs chansons, mais je ne comprenais pas du tout pourquoi. Puis nous sommes rentrés à l’hôtel. J’oublie un peu ce que furent les jours suivants, mais j’allais toujours chez le professeur pour chanter, et il m’a appris de nouveaux chants ; une fois je suis allé me promener avec William dans un parc. Puis un jour, il a plu très fort, et M. Capello est rentré d’une longue course, très fatigué et tout mouillé. Il est allé tout de suite se coucher, mais le lendemain matin il pouvait à peine respirer. Il étouffait ; j’ai couru chercher William. Un médecin arriva aussitôt. William me dit que M. Capello était très malade, et il m’a défendu d’aller près de lui. Alors les journées devinrent très monotones. Un matin, comme je m’ennuyais et n’avais rien à faire, je suis allé dehors, et tout à coup j’ai pensé à me sauver et à revenir ici.

– Oh ! dit Laurie, joignant les mains, comment as-tu fait ?

– J’avais dans ma poche une demi-couronne que M. Capello m’avait donnée, alors je suis allé tout droit à une grande gare demander un billet pour Daltoncaster. Je me suis souvenu du nom, parce que je vous en ai souvent entendu parler, et Pierre m’y avait mené une fois. Et l’homme m’a dit que cela me coûterait dix shillings. Alors j’ai demandé à l’homme jusqu’où je pouvais aller avec une demi-couronne. Il me l’a dit. J’ai pris un billet et un monsieur m’a montré le train. Quand le train est parti, j’étais un peu effrayé.

– Vous avez la tête sur les épaules ! dit Esther avec admiration.

– L’endroit où je suis descendu, continua Angelo, était un tout petit village en pleine campagne. Je ne savais que faire, alors j’ai prié. Je n’avais plus d’argent et ne savais où aller. En me dirigeant vers le petit hameau, j’ai pensé à chanter. Je l’avais vu faire par un petit garçon de Londres qui avait ramassé beaucoup d’argent. Je me suis mis à chanter le cantique que tu m’avais appris, Laurie, et quelques dames sont venues à leur porte. Quand j’ai cessé de chanter, elles m’ont donné dix sous, et une femme m’a fait entrer chez elle, m’a donné à souper puis un lit, et m’a demandé où j’allais. Je le lui ai dit, et le lendemain matin, elle m’a conduit à la gare et m’a donné encore trois sous ; ainsi, j’ai pu prendre un billet de neuf sous, et je savais que j’étais chaque jour un peu plus près de vous.

Ici Angelo porta la main à sa tête :

– Je ne me souviens pas de tous les jours dans leur ordre ; mais tout le monde paraissait plein de bonté pour moi. Une fois, j’ai dormi dans la salle d’attente d’une gare, et une autre nuit dans un hangar à charbon. Il y faisait très froid. Et tous les jours je chantais dans les rues pour gagner quelques sous. J’essayais de les garder tous pour le train, mais j’ai dû en dépenser pour acheter de quoi manger. Je ne pouvais voyager que très peu à la fois. Quelquefois je prenais un billet de deux sous, et un jour je n’ai pas pu en prendre du tout. Un autre jour, le chef de train m’a donné deux gros sous, mais je n’ai pas voulu les prendre sans avoir chanté parce que j’ai dit que je n’étais pas un mendiant. La plupart des employés du chemin de fer ont été très aimables ; l’un d’eux m’a emmené chez lui et sa femme m’a fait coucher dans un joli lit.

Je priais Dieu tous les jours et j’étais sûr que Jésus marchait avec moi et me conduisait par la main, comme le dit le cantique.

– Mais certainement Il l’a fait ! s’écria Laurie avec ferveur. Il était ton gardien !

– Et enfin, dit Angelo avec un soupir de lassitude, j’ai eu assez d’argent pour arriver à Daltoncaster et j’y étais depuis hier matin. Cela m’a paru bien long. J’ai chanté trois fois, hier, une fois bien tard dans la soirée. Quelqu’un m’a jeté un shilling par la fenêtre, alors je suis allé dans un magasin pour demander où je pourrais coucher. Je leur ai montré l’argent que j’avais, et ils m’ont conduit à une drôle de petite maison où une vieille dame louait des chambres ; elle était très gentille, mais elle m’a pris mon shilling pour mon souper, mon lit et mon déjeuner. Puis il a fallu recommencer à chanter. Et je chantais pour la seconde fois quand vous m’avez trouvé. Mais si vous ne m’aviez pas trouvé, termina triomphalement Angelo, je serais arrivé ce soir ; j’avais demandé à la gare le prix du billet, et ce n’était que dix-huit sous, et j’en avais déjà seize lorsque vous m’avez rencontré.

– Eh bien, dit Esther, émerveillée de l’histoire d’Angelo et de sa tranquille assurance, j’imagine que madame sera étonnée de vous voir. Vous êtes un enfant plus « débrouillard » que je ne l’aurais cru ! Mais je sais bien que ceux qui sont bons chanteurs ne sont pas des gens comme les autres.

Lorsque les enfants furent tous couchés, Esther se mit en devoir d’écrire à sa maîtresse et de lui raconter tout ce qui concernait le retour d’Angelo.

Ce fut un évènement sensationnel dans le village. M. Gay fut le seul à prendre un air sceptique :

– L’étranger reviendra encore le réclamer, dit-il à sa femme. Mme Oliver n’a aucun droit sur lui, comme je ne cesse de le lui répéter.

– Pourquoi n’irais-tu pas à Londres voir ce M. Capello ? suggéra sa femme. Il est malade en ce moment et peut-être qu’il t’écouterait ; Angelo te donnera le nom de l’hôtel où il loge. Tu pourrais causer avec lui, et lui montrer la volonté écrite du Comte au sujet de l’enfant. Tu possèdes toujours ce document, n’est-ce pas ?

– Je ne suis plus un jeune homme, ma chère ; un voyage à Londres serait bien fatigant.

Mais à la fin, M. Gay se décida à partir, et revint quelques jours plus tard avec une figure grave. M. Capello était mort après une semaine de maladie. Une grave pneumonie l’avait emporté avant même qu’il eût le temps de s’apercevoir de l’absence d’Angelo.

– Cela semble être un jugement providentiel, dit Mme Gay.

– La main de Dieu s’y montre de manière évidente, dit avec respect M. Gay. Il est le protecteur des orphelins. J’imagine qu’aucun autre parent ou ami ne viendra maintenant disputer cette charge à Mme Oliver.

Lorsque Angelo apprit la mort de M. Capello, il en fut frappé et un peu tourmenté.

– Peut-être était-ce mal de ma part de profiter de sa maladie pour me sauver ? dit-il à Laurie.

– Mais s’il n’avait pas été malade, tu n’aurais jamais pu te sauver, répondit-elle.

– Non, dit-il pensif. Il s’est moqué de moi quand je lui ai dit que ma mère ne voulait pas que je chante sur scène. Il s’est frotté les mains en disant : « Cela va être votre privilège, petit Angelo ; on vous dressera, et mes désirs seront les vôtres à l’avenir ». J’étais très malheureux, mais il n’a pas été cruel pour moi, et je n’aime pas à penser qu’il est mort.

– Nous ne l’avons pas fait mourir, dit Laurie. C’est Dieu qui l’a fait, et ce qu’Il fait est toujours très juste – maman l’a dit ; je suis très contente qu’il ne puisse plus revenir ici pour t’emporter. Tous ces jours-ci, je m’attendais à le voir arriver, mais maintenant tu es en sûreté, pour toujours.

Il y eut une explosion de joie lorsque Mme Oliver écrivit qu’elle était sur le chemin du retour. Et quand arriva le jour « J », la patience d’Esther fut mise à rude épreuve, tant les enfants étaient excités. La dernière bêtise qu’ils firent fut d’attacher un ruban rouge au cou de Couic, à la grande colère de l’oiseau. Il se promena de long en large dans l’allée, donnant de furieux coups de bec à ce désagréable ornement. Et lorsque, d’un dernier effort, il parvint à l’arracher avec son bec, il le jeta à terre et le déchirant d’une patte, le regarda avec le plus profond dégoût. Angelo l’appela ; il n’y fit pas la moindre attention et, saisissant l’objet dans son bec, s’envola à un buisson d’aubépine où il se percha, tournant la tête de tous côtés, d’un air très malin.

– Je crois qu’il va cacher le ruban, mais il ne le fera pas tant que nous le regardons, dit Laurie. Rentrons, et nous l’observerons par la fente de la porte. Ils s’accroupirent donc derrière la porte du jardin et, en effet, après beaucoup d’hésitation et de coups d’œil de tous côtés, Couic descendit en sautillant, jeta quelques regards en arrière, puis disparut soudain dans un buisson au fond du jardin. Il y resta pendant quelques minutes, puis revint, sans le ruban, et exprima ses sentiments par un gloussement triomphal.

Laurie le suivit attentivement des yeux, puis saisit Angelo :

– Je te le dis, Angelo, il a dû y cacher aussi la plume de maman. Il y va constamment. Allons voir !

Ils y coururent, et, en dépit de toutes les épines, Laurie plongea vaillamment la main dans l’épais buisson. Elle y rencontra un objet dur. C’était une vieille boîte en métal. Elle la retira, et les enfants y trouvèrent alors un étrange assortiment de toutes sortes d’objets : des morceaux de verre coloré, un soldat de plomb, une bobine vide, le ruban rouge, et, à leur grande joie, tout au fond de la boîte, la plume d’argent de Mme Oliver. Elle était bien ternie et sale, mais qu’importe ! Les mains saignantes et égratignées, Laurie s’élança vers Esther, brandissant la plume :

– Oh, Esther, Esther, la plume de maman est retrouvée et nous ne serons plus jamais pauvres !

Esther prit la chose plus calmement et l’état de la fillette la mit en colère :

– Est-ce juste, quand vous étiez si bien habillée ! Regardez votre tablier, plein de terre, et quelles mains !

Mais aucune remontrance ne put voiler l’éclat des grands yeux de Laurie.

– Maman revient, et nous avons retrouvé Angelo et la plume merveilleuse !

Rien ne pouvait assombrir son esprit.

Lorsqu’enfin Mme Oliver arriva, elle fut presque étouffée par les étreintes des enfants et la petite Laurie, dans son excitation, fondit en larmes.

– Oh, maman, dit-elle, se pendant à son cou, tu ne nous laisseras plus jamais, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons pas nous passer de toi.

– Mais je trouve que tout s’est très bien passé, dit Mme Oliver avec un gai sourire. Vous paraissez tous si bien portants !

Puis, prenant la main d’Esther dans la sienne, elle lui dit d’un ton affectueux : Je suis si contente d’être revenue, Esther. Il me tardait de vous retrouver ! Je ne peux pas vous dire combien vos lettres m’ont fait du bien, mais elles me donnaient toujours envie de revenir. J’espère que je ne serai plus obligée de vous laisser.

Angelo reçut des marques de tendresse toutes particulières. Mme Oliver l’appela et l’attira dans ses bras.

– Tu es revenu vers moi, n’est-ce pas, mon enfant ! dit-elle, caressant sa petite tête soyeuse et sombre. Et personne ne viendra te reprendre.

– Jamais ! répéta Angelo en se serrant contre elle. Je resterai avec vous jusqu’à ce que Dieu me rappelle à Lui.

Le repas du soir fut des plus joyeux. Esther avait préparé un gâteau et fait rôtir un poulet pour sa maîtresse. Lorsque Mme Oliver secoua la tête en souriant à cette prodigalité, Laurie s’écria vivement :

– Nous ne serons plus jamais pauvres, maman, dit-elle. Ta plume est retrouvée, et tout ira bien maintenant.

– Ma plume merveilleuse ! dit Mme Oliver en riant. Mais après souper, elle appela à elle sa petite fille, et embrassa très tendrement les petites mains égratignées.

– Ça m’est égal, maman, vraiment. Je recommencerais volontiers, s’il le fallait, pour ta plume.

– Tu as une âme héroïque, ma fillette. Puisses-tu ne jamais la gaspiller pour une cause indigne !

Laurie réfléchit longuement à ces paroles, le soir, dans son lit, mais ne comprit pas.

Chapitre 16 « Un grand-père »

Ce ne fut que le lendemain matin, comme Laurie aidait sa mère à ranger sa chambre, que l’enfant se souvint de l’enveloppe que Sir Georges avait placée dans le tiroir. Elle la montra à sa mère et Mme Oliver resta frappée d’étonnement en lisant son contenu. Elle demeura longtemps perdue dans ses pensées, la lettre à la main. Puis elle se tourna vers sa petite fille : Laurie, il faut que je parle à Esther ; demande-lui de venir.

Laurie obéit, et Esther vint aussitôt.

– Esther, avez-vous vu le vieux monsieur qui est venu voir les enfants pendant mon absence ?

– Oui, madame. Il paraissait être un monsieur tout à fait distingué, et il s’est beaucoup intéressé à Grégory.

– Savez-vous qui c’est ?

– Sir Georges, a-t-il dit. C’est un ami de Mlle Monteil.

– Il est le grand-père de mes enfants !

Esther resta interloquée.

– Je croyais, balbutia-t-elle, que madame n’avait pas de parents ; ni d’un côté ni de l’autre.

– Je ne vous en ai jamais parlé parce que mon beau-père, furieux de notre mariage, déshérita complètement mon mari, son fils unique. Je suis allée le voir, lorsque je me suis trouvée seule, et lui ai demandé de m’aider, non pour moi ni pour mes enfants, car j’étais capable de pourvoir aux besoins de ma famille en écrivant. Il a refusé de répondre à ma demande, et m’a parlé méchamment. J’étais fière et vive, et je lui ai répondu sur le même ton. Nous ne nous sommes jamais revus depuis, mais cette lettre est de lui, et il souhaite que nous nous rencontrions. Je sens que maintenant nous allons vivre un temps plus heureux. S’il revient, vous saurez qui c’est.

– J’aurais aimé le savoir avant, dit doucement Esther. Je me demandais pourquoi il s’intéressait tant aux enfants, et je trouvais qu’il leur posait des questions un peu trop libres. J’ai été contrariée que Laurie l’ait fait entrer ici pour lui montrer tous vos bibelots ; mais maintenant je comprends sa conduite.

Esther laissa sa maîtresse, et retourna à la cuisine, considérant la nouvelle sous toutes ses faces. « Si quelqu’un mérite d’avoir du bonheur, pensait-elle, c’est bien madame. Il y a peu de femmes qui auraient pu faire ce qu’elle a fait ».

De son côté, Mme Oliver relisait la lettre ; elle n’était pas longue :

Ma chère belle-fille,

Je pense qu’en vieillissant, on apprend à juger moins sévèrement. Je reconnais que j’ai été blâmable lors de notre dernière rencontre. Mon fils m’a occasionné de dures épreuves, et je lui avais bien fait comprendre que je ne serais jamais responsable de ses dettes. Lorsque vous m’avez quitté, disant que vous ne me reverriez que lorsque ces dettes seraient payées, j’ai cru à un vain orgueil. Mon notaire m’a dit que vous les aviez fidèlement acquittées, et qu’il ne manque plus maintenant qu’une cinquantaine de livres. Me permettrez-vous de vous féliciter de votre force de volonté et de votre indomptable persévérance ?

J’ai l’intention de m’installer dans le voisinage de Daltoncaster, car mon vieil ami Monteil a laissé sa fille sous ma protection jusqu’à son mariage, et je veux être plus près d’elle. Voulez-vous m’envoyer un mot pour me dire que vous oubliez le passé, et que vous êtes prête à me rencontrer lorsque je viendrai habiter votre village ?

Croyez-moi,

Sincèrement à vous,

Georges Oliver

Lorsque Mme Oliver s’assit pour écrire sa réponse, son cœur était plein de reconnaissance pour Celui qui lui avait aidé, qui l’avait guidée pendant ces cinq longues années depuis la mort de son mari. Dieu n’avait-Il pas été pour elle un refuge, sa force, ce secours dans les détresses toujours facile à trouver, comme le dit le Psaume 46 ?

La lutte avait été dure et elle avait senti parfois qu’elle n’en pourrait pas supporter longtemps la tension. Elle s’était refusé tout luxe, ainsi qu’à ses enfants, et ne leur avait donné que le strict nécessaire.

Mais, un mois après l’autre, le fardeau de cette dette s’était allégé. Elle voyait enfin briller l’aurore d’un jour plus heureux. Son voyage en Italie lui avait donné le nouvel entrain dont elle avait tant besoin, et elle avait déjà reçu une somme importante pour quelques courtes études qu’elle avait composées là-bas. Elle remercia Dieu de tout son cœur de ce qu’elle pourrait bientôt réhabiliter le nom de son mari.

Quant à Sir Georges, tout sentiment de fierté ou de colère envers lui s’était dissipé. Elle lui écrivit une lettre, disant quel plaisir lui avait causé la sienne, et lui demandant de venir la voir le plus tôt possible, puisqu’il avait déjà gagné le cœur de ses petits-enfants.

Elle se rendit alors vers ses enfants, le visage tranquille et souriant.

Quelques jours après, Mme Oliver fut surprise de recevoir la visite du doyen de Daltoncaster. Il était accompagné de M. Gay. Angelo était l’objet de sa visite. Le doyen était un musicien accompli. La voix d’Angelo l’avait beaucoup impressionné, et il venait lui offrir une place vacante dans l’école de musique.

Tout d’abord, Mme Oliver hésita. Elle ne pouvait pas se décider à se séparer de l’enfant. Mais lorsqu’elle vit les avantages d’une telle éducation, elle sentit qu’elle ne pouvait pas refuser cette offre. Après une longue discussion, Angelo fut appelé, et le projet lui fut présenté. Le doyen expliqua ensuite ce qu’était la vie d’un enfant dans cette école. Le rose monta aux joues d’Angelo.

Je chanterai tous les jours pour Dieu ! s’écria-t-il. Oh, j’aimerais tant y aller ! Je serai comme Samuel ! Maman – il appelait Mme Oliver « maman » – me laissez-vous y aller ?

– Certes oui, mon enfant, si tu crois que tu seras heureux.

Angelo la regarda, en réfléchissant :

– Je n’aimerais pas vous quitter, dit-il. Mais je reviendrai souvent vous voir.

– Tous les samedis, dit joyeusement le doyen.

– Je serais si heureux, continua rêveusement l’enfant, de chanter tous les jours utilement, et non pour m’amuser. Je veux apprendre de nouveaux chants. Tous pour Dieu. Ce sera presque aussi beau que d’être au ciel.

– Mais vous aurez aussi des leçons pour ne pas oublier que vous êtes sur la terre, dit le doyen, avec un sourire.

On discuta longuement de cette affaire, mais Angelo, aussitôt libre, courut faire part du projet à Laurie.

Elle écouta, les sourcils froncés, et l’air perplexe.

– Je n’aime pas du tout ça ! dit-elle, et tu ne devrais pas accepter. Tu es à peine revenu, et voilà que tu vas encore nous quitter !

La figure d’Angelo s’assombrit.

– Je croyais que tu serais contente, dit-il. Je chanterai tous les jours des cantiques, et j’aurai un maître pour m’apprendre.

– Ta mère ne voulait pas que tu chantes devant les gens, dit Laurie, boudeuse.

– Mais, Laurie, j’enseignerai ensuite aux enfants à bien chanter les cantiques dans les réunions, et je pourrai aussi aller chanter des cantiques près des malades dans les hôpitaux ou des personnes âgées dans les maisons de retraite, pour leur parler du Seigneur Jésus.

Alors Laurie se jeta à son cou et fondit en larmes.

– Je ne veux pas que tu y ailles !… J’aime à parler avec toi ; tu me comprends mieux que Greg. Et ce sera affreux, ici, lorsque tu seras parti !

– Mais je reviendrai tous les samedis, et combien de choses j’aurai à te raconter ! Oh, Laurie !

– Tu es près de Dieu, ici ! Il vit dans notre maison tous les jours.

– Je serai à l’école une partie de la journée. Je n’aime pas y penser. J’espère que les grands garçons ne se moqueront pas de moi.

– Je voudrais bien y aller avec toi, soupira Laurie changeant de tactique ; j’aimerais aller à l’école et voir beaucoup d’enfants. N’y a-t-il pas des filles ? Pourquoi ne peuvent-elles pas chanter comme les garçons ?

– C’est une école pour les garçons.

Laurie ne se laissa pas convaincre. Elle fut indignée quand Esther s’écria, dès qu’elle sut la nouvelle :

– Dieu soit loué ! Il nous ouvrira vraiment la voie !

– Vous voulez qu’Angelo s’en aille ! Vous êtes très méchante !

– Il sera nourri, habillé et instruit, et il n’y en aura que plus pour vous ! fut la vive réponse qu’elle reçut d’Esther.

Alors Laurie courut en sanglotant vers sa mère :

– Oh, maman, je me passerai de pudding pendant toute une année, et je ne prendrai jamais de sucre dans mon thé, si cela peut aider à garder Angelo !

Mme Oliver essaya doucement de consoler son enfant et lui expliqua :

– Angelo a un grand talent, Laurie. Il peut ne plus avoir une telle voix lorsqu’il sera grand. Je sens que je ne pourrais pas la cultiver comme il le faudrait. Ce serait injuste de le retenir, et il emploiera sa voix au service de Dieu. Ce ne serait pas bien de l’en empêcher.

– Je voudrais bien être Angelo, sanglota Laurie. Je voudrais aussi avoir une belle voix afin de chanter pour Dieu ! Je ne sais rien faire du tout !

– Tu peux faire bien des choses dont Angelo est incapable, dit Mme Oliver en l’embrassant. Tu es ma petite aide et mon bras droit. Qui prendrait soin de Grégory, si tu partais ? Que ferions-nous sans toi ?

Le regard de Laurie errait désolé autour de la chambre :

– La seule chose vraiment utile que j’aie jamais faite, c’est d’avoir retrouvé ta plume dans le buisson, maman.

– Oui, certes, c’est une merveilleuse trouvaille, dit Mme Oliver en souriant, et s’il m’arrive de la perdre encore, nous te chargerons de la retrouver.

– Peut-être, dit Laurie, que lorsque je serai grande, je pourrai écrire des livres, comme toi, maman ; si tu me prêtais ta plume, je pourrais. Ne crois-tu pas ?

Mais Mme Oliver répondit comme elle l’avait souvent fait :

– Je te souhaite une vie autre que celle-là, mon enfant. Écrire des livres n’est pas un bonheur sans mélange.

Il y eut beaucoup à faire pour préparer Angelo pour son école. Esther et sa maîtresse durent travailler tous les jours jusqu’à la nuit pour lui préparer des vêtements. Finalement Mme Oliver le mena à Daltoncaster où, à contrecœur, elle lui fit couper ses longues boucles soyeuses. Mais il revint paraissant plus mignon que jamais avec ses cheveux courts. Laurie dut retenir ses larmes en le voyant, mais Angelo s’exclama :

– Je suis maintenant un petit garçon anglais. Comme eux, je porte des cheveux courts.

Angelo ne devait partir qu’après Noël, et les enfants purent donc passer ensemble leurs vacances. La plus grande joie fut peut-être causée par l’arrivée inattendue d’une grande caisse, la veille de Noël, de la part de Sir Georges. Une dinde, un plum-pudding, un gâteau, des boîtes de fruits confits et de petits biscuits, et beaucoup d’autres bonnes choses à manger s’y trouvaient. Mais ce n’était pas tout. Il y avait des jouets pour les enfants, et un manteau pour leur mère. Esther elle-même ne fut pas oubliée. Un magnifique châle de laine accompagné de ces mots : « Pour la bonne qui soupçonnait les intentions d’un étranger ». Les enfants furent enthousiasmés de leur nouveau grand-père.

– Je voudrais bien qu’il soit aussi le grand-père d’Angelo, dit la sympathique petite Laurie.

– Oui, Angelo n’a personne, ajouta Grégory.

– Eh bien, il a toujours eu des gardiens, dit Laurie, consolée, et c’est presque aussi bon que des parents.

Angelo eut l’air un peu triste, puis un sourire illumina sa figure.

Je ne pourrais avoir personne de mieux que mon vrai, mon seul Gardien, dit-il.

– C’est maman.

– Non, mon véritable gardien, c’est Jésus. On ne peut avoir un meilleur Ami que Lui pour prendre soin de vous et vous aimer !

– Crois-tu qu’Il aille à l’école avec toi ? demanda Grégory, ouvrant les yeux tout grands.

Angelo l’affirma avec conviction.

– J’ai trouvé dans ma Bible un très beau verset que je me chante quelquefois à moi-même : « Je ne te laisserai pas et Je ne t’abandonnerai pas ». Alors mon cœur déborde de joie quand, avec le verset suivant, je réponds : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai pas ; que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 5 et 6). Donc le Seigneur Jésus sera avec moi partout où j’irai.

Laurie le regarda pensivement :

– Tu t’arrangerais très bien, même si tu vivais tout seul !

– Peut-être, mais j’aime beaucoup maman.

– Et moi aussi, je m’arrangerais très bien tout seul, dit vivement Greg. Je n’aime pas que Laurie soit toujours à prendre soin de moi !

La question de « gardien » devenait dangereuse. Sagement, Laurie changea de sujet.

Chapitre 17 « La petite servante stupide »

Par un bel après-midi, au début du printemps, Mme Oliver et ses enfants s’acheminaient vers la cathédrale de Daltoncaster. Ils étaient venus pour y passer la journée, mais s’étaient arrêtés un instant au Prieuré de Dalton, cette agréable et vieille maison à environ un demi-kilomètre de la ville, où était maintenant installé Sir Georges.

Il n’y était que depuis un mois ou deux, et avait pris grand plaisir à faire visiter à sa belle-fille sa grande maison et ses terres. Le jardin s’étendait derrière la maison, entouré de hêtres presque centenaires.

Des lilas et des aubépines fleurissaient dans les bosquets, et les oiseaux eux-mêmes semblaient faire grand carnaval autour de la vieille demeure. Mme Oliver regardait et admirait tout. L’une des chambres, surtout, la remplit d’enthousiasme, et Sir Georges lui demanda conseil pour son ameublement. C’était un petit salon ensoleillé, avec une large baie vitrée donnant sur la pelouse. Les murs étaient couverts de boiseries de chêne, et la cheminée ancienne était admirablement sculptée.

Mme Oliver choisit les rideaux et les tapis qui transformèrent la petite chambre en un salon riant et confortable.

– Peut-être cela ressemble-t-il trop, pour vous, à un petit salon de dame, dit-elle à Sir Georges. Mais vous comprenez, mon goût est naturellement féminin.

– Vous vous y installerez quand vous viendrez me voir, dit-il ; et je l’appellerai le « salon littéraire » en votre honneur.

Alors, comme ils avançaient côte à côte en direction de la cathédrale, et que les enfants couraient devant eux, Sir Georges fit encore allusion à la chambre :

– Êtes-vous influencée par l’entourage lorsque vous écrivez ? demanda-t-il. Les belles choses seraient-elles pour vous source d’inspiration ?

– Oh, oui, naturellement. Le beau n’est jamais gênant.

– Alors, je me demande si vous ne pourriez pas vous transplanter, avec votre maisonnée, au Prieuré… Il y a tant de chambres vides que j’aimerais voir occupées. J’ai meublé votre salon à votre goût. Viendrez-vous, ma chère ?

Pendant un instant, Mme Oliver resta bouche bée. Elle s’était imaginée que son beau-père était si habitué à sa vie tranquille et solitaire qu’une telle idée ne lui serait jamais venue à l’esprit. Silencieusement, elle considéra la question avant de répondre :

– Je ne sais pas si ce serait juste envers vous, dit-elle doucement. Je vous remercie de tout mon cœur pour cette offre, mais les enfants pourraient vous déranger. Et puis, il y a Angelo. Sans doute, pour l’instant, il est à l’école. Mais j’ai promis de lui donner un foyer pour toute sa vie.

– Il y a bien assez de place pour Angelo aussi. Je suis un vieillard. J’ai acheté ce coin, et quoique ma propriété dans le nord revienne à votre fils, après ma mort, ce vieux Prieuré vous sera légué à vous. Ce sera votre foyer, je l’espère, aussi longtemps que vous voudrez. Ne voulez-vous pas en prendre possession maintenant et me rendre heureux en me faisant goûter un peu de vie de famille ? Cela a été mon grand espoir depuis que je suis installé près de vous.

Les yeux de Mme Oliver s’étaient remplis de larmes. Elle posa doucement la main sur le bras de Sir Georges.

– Je viendrai, dit-elle tranquillement. Vous apportez beaucoup de bonheur dans ma vie. Je ne peux assez-vous en remercier.

Ils étaient arrivés à la salle de réunion. Les croyants y entraient silencieusement pour le service de l’après-midi ; ils les suivirent et prirent place au fond. Laurie et Grégory étaient très excités. Ils étaient venus dans l’espoir d’entendre chanter Angelo, car il devait chanter un solo dans des chœurs.

Lorsque le moniteur et les enfants entrèrent, ils cherchèrent Angelo avidement des yeux : « Oui, le voilà ! ». Angelo ne regardait pas de tous côtés comme faisaient quelques autres enfants, mais s’avançait avec cette expression douce et ravie qu’ils lui connaissaient si bien.

Laurie se sentit distraite pendant le service. Une fois, elle saisit la main de sa mère :

– Je suis effrayée pour Angelo, chuchota-t-elle, cette salle est si grande !

Mme Oliver fit un « chut » avertisseur. Laurie se tut. Les pensées de Grégory étaient d’un niveau moins élevé. Il se demandait pourquoi le plafond était si haut…

Quelle belle fenêtre ! et de si jolies images ! Il essaierait de les imiter en rentrant et mélangerait les jolies couleurs rouges dans sa boîte, comme les robes, là. Puis la chaire frappa son attention : pourquoi était-ce si grand et si beau ?… Quel beau chapeau avait cette dame à côté de lui ! Il y pendait des cerises rouges qui lui faisaient venir l’eau à la bouche. Qu’il aimerait les toucher… seulement y poser un doigt. Le verrait-on, s’il faisait cela ? Et le petit doigt s’avança, mais Mme Oliver se retourna et secoua la tête. Les idées de Grégory devinrent confuses. Il avait grande envie de dormir. Il poussa un profond soupir lorsque les cantiques commencèrent. Maintenant, enfin, il allait entendre chanter Angelo !

Laurie essayait de retenir sa pensée sur son cantique, mais c’était difficile. Elle demanda un jour à sa mère pourquoi Satan lui inspirait des pensées et des réflexions si banales et ordinaires lorsqu’elle était à la réunion.

– Ma petite fille va grandir, fit alors Mme Oliver, et le bonheur d’aimer le Seigneur Jésus et d’être aimée par Lui occupera toutes ses pensées.

Pour l’instant, Laurie ressentait un désir ardent d’être assise sur un des bancs réservés au chœur avec Angelo, et de se lever pour chanter seule, comme lui.

– Je pourrais mourir, ensuite, mais si au moins je pouvais le faire une seule fois, se disait-elle. J’espère que Dieu me donnera une belle voix, dans le ciel, mais c’est bien longtemps à attendre. Je crois que Dieu doit aimer beaucoup Angelo ; il est pareil à un ange, si sage et si doux. Et puis sa voix ! Oh, que je voudrais, que je voudrais faire quelque chose !… quelque chose de merveilleux !

Enfin, l’hymne commença. L’harmonium fit entendre un long accord harmonieux, qui effraya Grégory, mais doucement, graduellement, le son s’éteignit ; puis, claires et douces, les voix des enfants s’élevèrent dans l’édifice…

La voix d’Angelo se reconnaissait au milieu de celles des autres enfants , et consolait, élevait plus d’une âme fatiguée et chargée :

J’élève mes yeux vers les montagnes

D’où me viendra le secours.

J’élève mes yeux vers les montagnes

D’où me viendra le secours.

Mon secours vient de l’Éternel,

Mon secours vient de l’Éternel

Qui a fait les cieux et la terre,

Qui a fait les cieux et la terre.

Puis retentit une profonde et riche basse, et Laurie, en écoutant, imagina que le chanteur s’adressait personnellement à Angelo :

L’Éternel est celui qui te garde,

L’Éternel est celui qui te garde,

L’Éternel est ton ombre à ta main droite.

Trois voix reprirent ensemble :

Le soleil ne te frappera pas de jour,

Ni la lune pendant la nuit.

Le soleil ne te frappera pas de jour,

Ni la lune pendant la nuit.

Puis vint encore la voix d’Angelo, et Laurie se sentit secouée d’un frisson en écoutant :

Mon secours vient de l’Éternel,

Qui a fait les cieux et la terre.

Puis un ensemble d’allégresse retentit dans le chœur :

L’Éternel te gardera de tout mal,

C’est Lui qui gardera ton âme,

L’Éternel gardera ta sortie et ton entrée

Dès maintenant et à toujours.

L’Éternel te gardera de tout mal,

C’est Lui qui gardera ton âme,

Dès maintenant et à toujours

Dès maintenant et à toujours. Amen.

L’expression d’Angelo, pendant qu’il chantait, était radieuse. Beaucoup de personnes le remarquèrent. Mme Oliver murmura :

– Il vit ce qu’il chante !

Sir Georges enleva précipitamment ses lunettes, les essuya, et les remit. Grégory fut si transporté d’admiration qu’il oublia complètement qu’il était à l’église et applaudit bruyamment à la fin.

Laurie appuya sa petite tête sur l’épaule de sa mère et versa quelques larmes silencieuses. Si Angelo pouvait seulement chanter éternellement, elle serait si heureuse ! Elle lui demanda :

– As-tu choisi le cantique que tu as chanté ?

– Oh non ! Je n’en choisis jamais. C’était un psaume chanté, Laurie, pas un cantique. N’est-ce pas que c’était beau ? Je l’aime presque autant que le premier cantique que tu m’as appris. Ce sont presque les mêmes paroles, mais sur un ton plus solennel. Je pense qu’un certain croyant a écrit le cantique, mais c’est Dieu Lui-même qui a écrit le psaume chanté. C’est tout tiré de la Bible ! C’est pour cela que c’est si beau !

Angelo se mit à fredonner doucement à lui-même :

Mon secours vient de l’Éternel.

Puis Mme Oliver et Sir Georges les rejoignirent, et la conversation changea.

Laurie et Grégory étaient très fatigués de leur journée en arrivant à la maison. Leur petite tête était remplie de tout ce qu’ils avaient vu et entendu. Lorsqu’ils apprirent le désir de Sir Georges, et comprirent qu’ils allaient vivre dans cette belle maison, où ils pourraient voir constamment Angelo, leur bonheur fut à son comble.

Cependant, ils furent bien vite couchés. Mme Oliver fit alors part à Esther du projet de déménagement. Tout d’abord, pensant que ses services seraient désormais inutiles, Esther reçut la nouvelle avec un silence navré. Mais lorsque Mme Oliver l’assura qu’elle ne l’éloignerait jamais d’elle, et qu’elle devait venir avec eux comme femme de chambre, sans avoir sur les épaules la charge de toute une maison, Esther s’effondra en sanglots.

– Ce sera le salut pour moi, dit-elle. Depuis ma maladie, je ne me suis plus senti autant de force pour le travail, c’est pourquoi une place moins pénible me soulagera beaucoup !

Mme Oliver monta alors pour faire sa ronde habituelle de « bonne nuit ». Grégory dormait profondément, son visage rose tout souriant ; mais Laurie était encore éveillée, et sa mère vit, à l’expression inquiète de ses yeux, que son cerveau actif travaillait toujours.

– Eh bien, ma chérie, as-tu eu du plaisir aujourd’hui ?

– Oh oui, maman !

– Alors il faut t’endormir aussi vite que possible.

– Mais je réfléchis, maman.

– À quoi ?

Laurie prit la main de sa mère et la posa sur sa joue chaude :

– Je voudrais, je voudrais, maman, que Dieu m’ait faite un peu différente. Je crois que je suis tout à fait inutile ! Si je pouvais seulement chanter, comme Angelo, je serais si contente ! Ou si je pouvais écrire des livres merveilleux comme toi ! Je ne veux pas être rien du tout. Je veux faire quelque chose qui soit vraiment bien !

Mme Oliver garda le silence pendant un instant puis répondit :

– Écoute-moi, ma chérie, je vais te raconter une histoire : il y avait une fois, un très bon roi qui régnait dans un beau pays où le soleil brillait toujours, et où tout le monde était heureux. Une rivière entourait ce pays, et sur l’autre rive était une terre tout à fait différente ! Presque jamais de soleil, beaucoup de pluie et de vent froid, et un roi méchant et cruel qui rendait tout son peuple malheureux.

Alors le bon roi bâtit un pont sur le fleuve et invita les malheureux à venir vivre avec lui. Mais, chose étrange, les gens ne voulurent pas venir ! Les uns dirent qu’ils ne pouvaient pas trouver le pont, d’autres qu’il était trop pénible à traverser, et quelques-uns qu’ils en étaient trop éloignés. Alors, un jour, le bon roi envoya trois de ses servantes sur l’autre rive pour leur parler du beau pays et leur en montrer le chemin. Deux de ces servantes avaient un grand talent. La troisième se croyait très stupide, mais elle aimait son roi et lui promit de faire de son mieux. La première servante se rendit au pays malheureux et se mit à chanter. Elle avait une très belle voix et partout où elle allait, les gens s’assemblaient en foule pour l’écouter. Elle chanta les louanges du roi et du beau pays au-delà du pont, et comme elle chantait, les auditeurs sentirent qu’ils voulaient y aller. Un de ses chants disait :

Il est un pays magnifique

Sans péché, sans douleur ni chagrin,

Où tout un peuple chante un cantique.

Où des élus le saint cantique

Vers l’Agneau montera sans fin.

Venez tous ! Venez tous ! Entrez dans ce beau pays !

Mais souvent, lorsque la voix cessait, leur désir s’envolait aussi. De plus, certains n’aimaient que sa voix, et non son message.

La seconde servante put atteindre encore plus de monde que la première, puisqu’elle écrivait son message, et elle avait une plume merveilleuse. Loin, bien loin, on lisait ses lettres et ses écrits, et on les aimait parce qu’ils avaient le don de toucher les cœurs. Elle décrivait ainsi le pays :

C’est le pays de la lumière,

Du vrai repos et de la paix ;

Là plus n’est besoin de prières,

Car le bonheur règne à jamais.

C’est là dans la maison du Père

Que le bonheur règne à jamais.

Elle achevait par la même invitation :

Venez tous ! Venez tous !

Entrez dans ce beau pays !

Mais, quelquefois, l’écrivain changeait un peu son message pour faire plaisir à ses lecteurs, et fit de ce fait moins souvent allusion au pont qui menait au beau pays. Parfois son appel était presque entièrement caché, car les gens croyaient qu’ils pouvaient rendre leur propre patrie aussi belle que l’autre, sans s’inquiéter de traverser le pont. Mais elle continua à écrire, et la chanteuse continua à chanter et toutes les deux essayaient d’obéir à leur roi.

– Et la petite servante stupide ? demanda Laurie avec avidité, comme Mme Oliver s’arrêtait, un sourire un peu triste sur les lèvres.

– Ah, la troisième servante ! Elle ne pouvait pas écrire, elle ne pouvait pas chanter, et ne pouvait pas atteindre beaucoup de monde. Mais son petit cœur était plein d’amour pour son roi ; elle parla de lui à tous ceux qui voulurent l’écouter. Elle n’était pas instruite, mais elle disait un mot par-ci, un autre par-là, et montrait toujours le pont. Les petits enfants trouvaient facilement leur chemin lorsqu’elle les prenait par la main pour les y conduire. Les vieillards s’appuyaient sur son bras pour s’avancer en tremblant dans la direction du pont. Elle consolait doucement ceux qui pleuraient, expliquait patiemment le tout à ceux qui ne comprenaient pas, et tout le monde l’écoutait parce qu’elle était si simple, si facile à comprendre, et n’embarrassait personne… Elle ne connaissait qu’un seul pont, qu’elle montrait toujours du doigt en parlant du bon roi.

Un jour, le roi rappela à lui ses servantes. Lorsqu’elles revinrent, il fit l’appel de tous ceux à qui elles avaient montré le chemin. La chanteuse en avait amené un bon nombre qui avaient trouvé le pont en entendant sa voix. L’écrivain aussi en avait autour d’elle quelques-uns qui avaient lu son message et avaient été guidés par elle vers le pont. Mais la petite servante stupide était entourée d’une foule ! Ses quelques paroles avaient amené au beau pays plus de monde que les merveilleux appels des deux autres servantes douées. Le roi sourit et dit : « La chanteuse a bien accompli son œuvre, et l’écrivain aussi, mais la petite servante au cœur compatissant a fait mieux encore ».

Mme Oliver s’arrêta, puis elle posa sa main sur la tête de sa petite fille.

– Ma Laurie a déjà conduit vers le pont un petit garçon abandonné. Elle peut en amener d’autres en leur disant de son ton engageant :

C’est au pays de la promesse,

Que Jésus nous introduira,

Son nom nous remplit d’allégresse,

Vers Lui se dirigent nos pas.

C’est au pays de la promesse

Que Jésus nous introduira.

Où notre cœur, plein d’allégresse,

Avec amour le bénira.

Et un jour, le Roi lui parlera comme à sa troisième servante.

Laurie ne dit rien, mais elle eut un petit sanglot ; puis elle se retourna sur l’oreiller et s’endormit profondément… toute consolée.

Dans ses rêves, Laurie chantait encore, accompagnée de la voix d’Angelo :

Venez tous ! Venez tous !

Entrez dans ce beau pays promis !

SONDEZ LES ÉCRITURES (6)

Salomon.

Vous vous souvenez comment Salomon était « comblé de la bénédiction de l’Éternel » — selon l’expression prophétique attribuée par Moïse à Nephtali en Deutéronome 33. 23 – en accédant au trône de David son père, alors qu’il s’estimait encore « jeune garçon » (1. Rois 3. 5 à 15).

Le secret d’une telle faveur n’est-il pas donné dans les termes, déjà soulignés la dernière fois : « Il était aimé de son Dieu » ? Vous pouvez noter que le cœur de Salomon n’était pas insensible à une telle grâce, car la Parole déclare : « Salomon aimait l’Éternel, marchant dans les statuts de David, son père (3. 3).

A notre tour, ne pouvons-nous pas ajouter avec l’apôtre : « Nous, nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier » ? (1 Jean 4. 19) Ce que nous sommes, ce que nous faisons ou disons dépend de l’état de nos cœurs, c’est-à-dire de nos affections pour le Seigneur.

C’est après avoir offert mille holocaustes sur l’autel de Gabaon que Salomon fut interpellé par l’Éternel dans un songe de la nuit. Dieu peut parler une fois, et deux fois, aux hommes dans un songe, dans une vision de nuit. « Il ouvre l’oreille aux hommes et scelle l’instruction qu’il leur donne » (Job 33. 14 à 16). C’est alors que le cœur est à nu devant Lui, il ne peut se dérober par quelque raisonnement subtil ou par un mouvement de la volonté.

Quelle est cette interrogation de Dieu ? « Demande ce que tu veux que je te donne » (v. 5). Salomon avait-il donc mis sa confiance en Dieu, qui donne toutes choses richement pour en jouir ? Savait-il que tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières ? (Jac. 1. 17)

Et si Dieu exprimait cette demande à chacun de nos jeunes lecteurs, quelle serait sa réponse ?

Du côté de Dieu, tout est marqué par Sa bonté infinie, mais du côté de celui qui est interrogé, la réponse ne va-t-elle pas mettre en évidence l’état et les vrais désirs du cœur ? Et pourtant il n’y a qu’à demander ce que le Dieu Tout-puissant donnera. II y a trois valeurs que les hommes recherchent avec avidité : les richesses, les plaisirs et les honneurs. Mais ces biens-là ne sont-ils pas périssables et vains ? Quel sera le choix de Salomon ? Essayez pour un temps de formuler votre réponse, et comparez-la avec celle de ce jeune prince.

Voici ce que Salomon demande à l’Éternel (v. 6 à 9) : « Je suis un jeune garçon, je ne sais pas sortir et entrer; et ton serviteur est au milieu de ton peuple, que tu as choisi, un peuple nombreux… Donne donc à ton serviteur un cœur qui écoute, pour juger ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal ; car qui est capable de juger ton si grand peuple ? »

C’est dans le sentiment de sa jeunesse, de son ignorance, de sa faiblesse, que Salomon exprime sa requête. Il n’a pas une haute opinion de lui-même, car il aime l’Éternel et son peuple. Il a compris toute l’importance d’écouter par le cœur et non par les oreilles ou l’intelligence seulement.

Dieu veut parler à nos cœurs. « Ceux qui, ayant entendu la Parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience » (Luc 8. 15).

Lorsque le cœur écoute, la conséquence, c’est l’obéissance par amour. « Bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11. 28).

Puissiez-vous écouter la voix du bon Berger pour le suivre ! Que le Seigneur vous donne un cœur qui écoute Ses enseignements, un cœur attentif à ce qu’Il demande ! Les brebis qui Le suivent, connaissent Sa voix, mais elles ne connaissent pas la voix des étrangers (Jean 10. 4, 5, 27 et 28).

Pourquoi les douze mois écoulés ont-ils été marqués par tant de faux pas, d’écarts, de péchés, de chutes ? La cause n’est-elle pas en ce que nos cœurs, si facilement distraits, ont écouté toutes sortes de voix dans ce monde, plutôt que la voix du Seigneur Jésus ?

Au commencement d’une nouvelle année, demandons-Lui un cœur qui écoute sa voix, afin que nous vivions pour Lui et pour la gloire de Dieu selon 1 Corinthiens 10. 31. N’oublions pas ce que l’esprit prophétique nous rapporte du Seigneur Lui-même : « Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne » (És. 50. 4). Il prêtait l’oreille et le cœur aux paroles de Son Père, attentif à l’expression de Sa volonté pour la journée.

Quelle satisfaction pour le cœur de Dieu dans la vie de dépendance et d’obéissance de Son Fils bien-aimé ! Nos cœurs ne sont-ils pas attirés par ce Modèle parfait ?

Rappelons-nous les paroles du Seigneur : « Prenez donc garde comment vous entendez » (Luc 8. 18). Si la vivante Parole de Dieu pénètre dans le cœur, c’est notre vie entière, nos actes, nos paroles, notre comportement qui en recueilleront les heureux effets. Le cœur a besoin d’un objet, il ne peut rester vide.

Lorsque le Seigneur ressuscité, en commençant par Moïse et par tous les prophètes, expliquait aux disciples d’Emmaüs dans toutes les Écritures les choses qui Le regardent, leur cœur brûlait d’amour pour Lui.

Qu’est-ce qui occupe notre cœur ? Y aurait-il un objet ou une personne, c’est-à-dire une idole, prenant la place de Christ dans notre cœur ? Cela peut être tout simplement le Moi, au centre de notre vie. Et la Parole de Christ ne pourra pas habiter dans un tel cœur. Occupé de ses propres intérêts, il ne peut pas écouter la voix « douce et subtile » de la grâce, selon 1 Rois 19. 12.

Puissions-nous dire comme Samuel : « Parle, Éternel, car ton serviteur écoute » (1 Sam. 3. 9), ou choisir la bonne part comme Marie qui, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait Sa parole (Luc 10. 39) ! Le Seigneur ouvrit le cœur de Lydie pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait (Act. 16. 14).

Étant donné sa jeunesse, Salomon avoue son impuissance, il ne sait pas sortir et entrer. Voilà une expression que vous rencontrerez plusieurs fois dans l’Écriture ! Elle ne signifie pas simplement sortir de chez soi, puis y rentrer.

Il s’agit d’entrer dans la présence de Dieu, dans Son sanctuaire, chaque jour, pour contempler les perfections du Seigneur, apprécier les aspects et les conséquences de Son œuvre à la croix, dans la méditation personnelle de Sa Parole.

Cette vie de communion cachée avec le Seigneur peut être votre part dans votre chambre, Bible en main, ou au pied de votre lit dans une prière quotidienne fervente.

Sortir, c’est le témoignage public, ce que les hommes voient de notre vie, c’est accomplir notre tâche sous le regard du Seigneur, dans le désir de Lui plaire. Nous pouvons « semer » la Parole dans nos contacts, en distribuant un traité, une Bible, un calendrier évangélique. Le croyant sort aussi pour combattre, comme autrefois Caleb (Jos. 14. 11) ou David (1 Sam. 18. 13).

Puissiez-vous recevoir toute l’énergie nécessaire pour sortir et entrer, réalisant ainsi l’équilibre de la vie du croyant en chaque saison de la vie !

Salomon.

Vous vous rappelez que Dieu avait adressé à Salomon, encore jeune garçon, ces paroles dans un songe : « Demande ce que tu veux que je te donne » (1 Rois 3. 5).

Chacun de nos jeunes lecteurs a-t-il fourni une réponse à une telle offre que Dieu lui adresse aussi ?

Celle de Salomon est inscrite dans le saint Livre : « Donne donc à ton serviteur un cœur qui écoute, pour juger ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (v. 9). Certes, le jeune roi éprouvait le besoin de recevoir la sagesse de Dieu pour assumer sa double fonction : gouverner et juger le peuple.

Il est intéressant de noter que la demande de Salomon plut à l’Éternel, qui répond à Son jeune serviteur : « Parce que tu as demandé cela, et que tu n’as pas demandé pour toi de longs jours, et que tu n’as pas demandé pour toi des richesses, et que tu n’as pas demandé la vie de tes ennemis, mais que tu as demandé pour toi du discernement afin de comprendre le juste jugement, voici, j’ai fait selon ta parole ; voici, je t’ai donné un cœur sage et intelligent… Et je t’ai donné aussi ce que tu n’as pas demandé, tant les richesses que la gloire… Et si tu marches dans mes voies, gardant mes statuts et mes commandements, comme David, ton père, a marché, alors je prolongerai tes jours » (v. 11 à 14).

Vous voyez quelles sont les réponses de Dieu. Ne peut-Il pas faire infiniment plus que ce que nous demandons ou pensons, selon la puissance qui opère en nous, par le Saint Esprit ? (Éph. 3. 20). Quelle confiance inébranlable en notre Dieu devrait nous animer, car Il se plaît à bénir ceux qui Le craignent !

Un cœur qui écoute la Parole de Dieu apprend à connaître les pensées de Dieu. L’intelligence spirituelle est communiquée à celui dont les affections sont concentrées sur le Seigneur. Les leçons divines étant apprises par expérience, l’âme croît dans la sagesse, et peut discerner entre le bien et le mal.

Si même vous n’êtes pas appelés à gouverner un royaume comme Salomon, n’éprouvez-vous pas le besoin, comme lui, de demander à Dieu la sagesse ?

A Nazareth de Galilée, l’enfant Jésus croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui. Il avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2. 52) : ainsi il ouvrait un tel chemin à d’autres hommes. Modèle à suivre, modèle de la sagesse parfaite.

Oh ! suivons-le pas à pas, Lui qui est en personne la sagesse de Dieu ! Lisez le chapitre 8 des Proverbes où Christ, la sagesse de Dieu (1 Cor. 1. 24), est présenté.

L’épître de Jacques nous invite à demander cette sagesse dont nous avons tant besoin pour nous conduire dans le chemin de la vie : « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (1. 5 et 6). Cette sagesse ne consiste-t-elle pas à s’occuper du bien, en l’aimant comme Dieu Lui-même, et à éviter le mal en le haïssant ? Le sentier à suivre n’est-il pas clairement révélé dans la Parole de Dieu qui nous met en relation avec Lui, le Dieu saint, séparé de tout mal ?

Le premier pas dans cette voie de la sagesse est bien la crainte de l’Éternel (Job 28. 28 ; Ps. 111. 10 ; Prov. 9. 10). Puissions-nous vivre dans le sentiment de la grâce de Dieu qui a tout fait pour nous, de misérables pécheurs, chacun s’appropriant par la foi cette parole : « quoique je ne sois rien » (2 Cor. 12. 11).

Ainsi Dieu donne, à la nouvelle naissance, un cœur sage et intelligent pour recevoir les instructions de Sa Parole : c’est une faveur de Sa part. Et l’âme ainsi bénie, connaissant Sa volonté, marche dans Sa crainte, d’une manière digne du Seigneur pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre (Col. 1. 9 et 10) : c’est le côté de la responsabilité de chaque croyant.

Pour acquérir l’instruction, n’oubliez pas que Dieu vous a placés, pour la plupart, dans une famille chrétienne où s’exerce l’autorité affectueuse de vos parents, qui peut s’exprimer jusqu’à la répréhension ou la correction. Cela fait partie de la discipline nécessaire à tout enfant, à tout croyant. « Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas… » « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ».

Avec une sagesse parfaite Dieu nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté (Héb. 12. 7, 5, 10). « Prenez donc garde à marcher soigneusement, non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages » (Éph. 5. 15).

La sagesse que Dieu donne ne se trouve pas dans le cœur de l’homme naturel, sans relation avec Lui. C’est pourquoi elle est appelée la « sagesse d’en haut ».

Soulignez dans votre bible ses différents caractères en vue d’une marche et d’une activité selon la volonté de Dieu. « La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie » (Jac. 3. 13 et 17).

Maintenant l’occasion va être fournie à Salomon d’utiliser cette sagesse reçue de Dieu pour le bien de son peuple.

Dieu nous éprouve toujours dans la vie pratique en rapport avec les privilèges qu’Il nous a communiqués. Un jour deux femmes se présentent devant le roi, et l’une d’elles lui dit : « Ah, mon seigneur ! moi et cette femme nous habitions la même maison, et j’accouchai… II n’y avait que nous deux dans la maison. Et le fils de cette femme mourut dans la nuit, parce qu’elle s’était couchée sur lui. Et elle se leva au milieu de la nuit, et prit mon fils d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait, et le coucha dans son sein ; et son fils, qui était mort, elle le coucha dans mon sein. Et je me levai le matin pour donner à téter à mon fils, et voici, il était mort ; et je le considérai au matin, et voici, ce n’était pas mon fils… Et l’autre femme dit : Non, car mon fils est celui qui vit, et ton fils est celui qui est mort. Et celle-là disait : Non, car ton fils est celui qui est mort, et mon fils est celui qui vit.

Alors le roi dit : apportez-moi une épée… et le roi dit : Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez la moitié à l’une, et la moitié à l’autre. Et la femme à qui était l’enfant vivant parla au roi, car ses entrailles étaient tout émues pour son fils, et elle dit : « Ah, mon seigneur ! donnez-lui l’enfant vivant, et ne le tuez point. Et l’autre dit : Qu’il ne soit ni à moi, ni à toi, coupez-le en deux ! Et le roi répondit et dit : Donnez à celle-là l’enfant qui vit, et ne le tuez point ; c’est elle qui est sa mère. Et tout Israël entendit parler du jugement que le roi avait prononcé ; et ils craignirent le roi, car ils voyaient que la sagesse de Dieu était en lui pour faire justice » (1 Rois 3. 16 à 28).

Ce qui compte pour Dieu, c’est le cœur, siège des affections. Les signes extérieurs, les propos de ces femmes, leurs mérites respectifs ne pouvaient aider à établir un jugement juste. Au risque de tout perdre pour elle-même, la vraie mère n’hésite pas à se renoncer elle-même pour sauver son enfant. Le jugement du roi met en évidence la réalité du lien unissant la vraie mère à son enfant. L’amour de Christ L’a conduit au sacrifice de la croix pour nous. Quelle réponse notre cœur Lui a-t-il donnée ?

Abija.

C’est d’un enfant dont la vie fut de courte durée que nous désirons nous entretenir aujourd’hui.

Le récit de l’Écriture le concernant se trouve en 1 Rois 14. 1 à 18. Il se nommait Abija, fils de Jéroboam, roi d’Israël. C’est à ce moment-là que Roboam, fils de Salomon, régnait sur Juda.

Par suite de l’idolâtrie de Salomon, Dieu avait divisé le royaume en deux parties et avait confié à Jéroboam la royauté sur dix tribus selon la prophétie d’Akhija. Dieu promet à Jéroboam d’être avec lui et de lui bâtir une maison stable, s’il écoute tout ce que l’Éternel lui commandera, et s’il marche dans Ses voies, faisant ce qui est droit à ses yeux, en gardant Ses statuts et Ses commandements (1 Rois 11. 38).

Hélas ! ce roi inaugure son règne en érigeant deux veaux d’or, l’un à Béthel, l’autre à Dan, et déclare au peuple : « Voici tes dieux, Israël ! qui t’ont fait monter du pays d’Égypte ». Ainsi il imagine dans son propre cœur une religion et l’institue pour détourner le peuple de Jérusalem et de son peuple. Il n’hésite pas dans sa folie à faire fumer l’encens sur l’autel.

C’est alors que Dieu avertit le roi par le moyen de l’homme de Dieu venu de Juda (1 Rois 13), et au moment où Jéroboam ordonne qu’on saisisse l’homme de Dieu, sa main étendue sécha. Jéroboam implore le secours de l’Éternel qui répond à la prière de l’homme de Dieu. Le roi impie est délivré. « Après cela, Jéroboam ne revint pas de sa mauvaise voie » (13. 33 et 34). Le péché de ce roi est tel que Dieu décide d’exterminer sa maison et de la détruire de dessus la face de la terre.

Et pourtant, Dieu va parler une deuxième fois à ce roi idolâtre par la maladie de son fils Abija.

Combien de parents ont été éprouvés ainsi. L’Écriture nous relate plusieurs cas. David, sous le gouvernement de Dieu, a le cœur brisé par la maladie fatale de son enfant en 2 Samuel 12. 14 à 16.

La veuve de Sarepta passe par un profond travail de conscience à la mort de son enfant (1 Rois 17. 17 à 19), alors que la femme de Sunem triomphe par la foi dans une semblable épreuve (2 Rois 4. 20 à 23).

Le seigneur de la cour à Capernaüm implore ardemment l’aide de Jésus et croit Sa parole pour la guérison de son fils (Jean 4. 46 à 50), tandis que Jaïrus, chef de synagogue, le cœur étreint par la douleur, supplie le Seigneur de guérir sa fille unique de douze ans qui se mourait.

Nous admirons la grande foi de cette femme cananéenne qui a recours à Jésus pour qu’il délivre sa fille cruellement tourmentée par un démon (Mat. 15. 21 à 28). Combien de foyers ont été visités par de telles détresses, et la fin du Seigneur n’a-t-elle pas été une bénédiction ?

Cher enfant, te souviens-tu d’une maladie où le Seigneur a parlé à ton cœur et à ta conscience ? Ne sommes-nous pas mieux disposés, dans de tels moments, à écouter la voix du Seigneur, lorsqu’il a brisé le ressort de notre propre volonté toujours en opposition avec la Sienne ?

Peut-être qu’à travers la maladie, le Seigneur, par le moyen de tes parents ou d’un ami se tenant à ton chevet, a-t-il trouvé le chemin de ton cœur, et tu as pu confesser distinctement ta foi en ton Sauveur mort pour tes péchés ?

La maladie d’un enfant peut être parfois la discipline du Seigneur pour de chers parents éprouvés qui sont rejetés sur Dieu dans une plus grande confiance en Lui. N’est-il pas écrit que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ? (Rom. 8. 28)

Jéroboam lui-même n’est pas insensible à la maladie de son enfant, mais cette fois il estime que les veaux d’or ne lui sont d’aucun secours. C’est vers le prophète de l’Éternel, Akhija, qu’il se tourne. Mais la ruse qu’il utilise en demandant à sa femme de se déguiser pour approcher le prophète démontre qu’il n’y a pas dans son cœur de vraie repentance, un réel jugement de ses mauvaises voies. Il ne sait pas que « toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4. 13).

Pauvre Jéroboam, il ne se connaît pas lui-même et il ne connaît pas Dieu ! A peine a-t-elle franchi le seuil de la porte de la maison d’Akhija, que la reine est confondue dans son stratagème. Bien qu’il soit aveugle, le prophète voit la vision du Tout-Puissant. Et la malheureuse femme est chargée d’un message terrifiant avec l’annonce de la mort de son enfant.

Jéroboam avait jeté l’Éternel derrière son dos (v. 9). Il s’était passé de Dieu, Le méprisant comme beaucoup d’hommes le font aujourd’hui. Ils poursuivent leurs desseins ambitieux avec une soif dévorante de bien-être, alors que Dieu est banni de leur vie. Mais un jour, il faut rencontrer Dieu et régler son compte avec Lui. La maison de Jéroboam sera ôtée ; comme on ôte le fumier, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

Le prophète déclare au sujet d’Akhija qu’en lui seul, dans la maison de Jéroboam, a été trouvé quelque chose d’agréable à l’Éternel, le Dieu d’Israël (4. 13). Quel beau témoignage est rendu à la piété de cet enfant ! Lui seul a été fidèle au sein de sa famille impie, idolâtre. Dieu se plaît à souligner ce beau trait moral. Il y a, dans ce foyer, une lampe qui brille au sein des ténèbres les plus épaisses.

Qui avait pu enseigner cet enfant, l’éclairer, l’encourager alors qu’il n’avait que de mauvais exemples autour de lui dans sa propre famille ? « En lui seul… a été trouvé quelque chose d’agréable à l’Éternel ».

Quel exemple de foi pour vous ! Dieu peut-il apprécier un saint désir dans votre cœur de vous séparer du mal qui s’étale autour de vous ? Que de mauvais exemples à l’école, à l’atelier ! Puissiez-vous adopter, par la foi, l’impératif divin : « Résistez au diable, et il s’enfuira de vous » (Jac. 4, 7).

Sachez que, sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (Héb. 11. 6). Ayant marché trois cents ans avec Dieu, Enoch, avant son enlèvement, a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu (Héb. 11. 5).

Le jeune garçon Samuel allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes (1 Sam. 2. 26).

Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2. 52). Plus tard, en parlant de Son Père, Il déclarera Lui-même : « Moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent » (Jean 8. 29).

Qu’est-ce qui est agréable à Dieu ? Les mouvements de la vie divine s’exprimant par la puissance du Saint Esprit, ce que Dieu opère en nous et par nous.

« Présentez vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent… que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite » (Rom. 12. 1 et 2). « La prière des hommes droits est agréable à l’Éternel » (Prov. 15. 8). « Ceux qui sont intègres dans leurs voies lui sont agréables » (Prov. 11. 20). « Celui qui… sert le Christ est agréable à Dieu » (Rom. 14. 18).

Nous sommes exhortés à faire « des supplications, des prières, des intercessions, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont haut placés, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté ; car cela est bon et agréable devant notre Dieu Sauveur » (1 Tim. 2. 1 à 4). Puissions-nous marcher comme des enfants de lumière… éprouvant ce qui est agréable au Seigneur ! (Éph. 5. 8 à 10)

L’Éternel n’a pas laissé vivre Akhija en qui il avait trouvé quelque chose d’agréable. « Le juste est recueilli de devant le mal. Il est entré dans la paix » (És. 57. 1 et 2). Dieu avait cueilli un des lis de son jardin.

Cher enfant, es-tu prêt et quel serait le sort de ton âme si le Seigneur te retirait de cette terre aujourd’hui ?

Le fils de la veuve de Sarepta. 1 Rois 17. 7 à 24.

C’est au temps où vivait le prophète Élie que se situe le court récit de l’enfant dont nous désirons nous entretenir cette fois-ci.

Son nom n’est pas indiqué, mais il habitait avec sa mère veuve, à Sarepta de la Sidonie, c’est-à-dire en dehors des limites du territoire d’Israël. A ce moment-là sévissait une grande famine par tout le pays, selon la parole de l’Éternel présentée par Son serviteur Élie. Le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, car Dieu voulait parler à Son peuple tombé dans l’idolâtrie.

Comme chacun de vous, ce fils de la femme veuve de Sarepta est l’objet d’une grâce inestimable de la part de Dieu. En effet Élie, le prophète, est envoyé par l’Éternel chez sa mère. Ce qui caractérise un serviteur de Dieu, c’est qu’il prête l’oreille à la voix de son Dieu.

Élie est un homme de Dieu qui réalise ces deux vertus essentielles de la vie de la foi : la dépendance de Dieu pour aller où Il voulait et l’obéissance à Sa Parole.

Il entend ce message : « Lève-toi, va-t’en à Sarepta, qui appartient à Sidon, et tu habiteras là ; voici, j’ai commandé là à une femme veuve de te nourrir » (1 Rois 17. 9).

Jusque-là Élie avait été nourri par des corbeaux qui lui apportaient du pain et de la chair, matin et soir. Il s’abreuvait au torrent du Kérith. Maintenant Dieu l’envoie chez une pauvre veuve dénuée de toutes ressources, et qui s’attendait à mourir de faim avec son fils après avoir épuisé ses maigres provisions. N’oublions pas que Dieu a choisi les choses faibles du monde (1 Cor. 1. 27).

Le Seigneur Jésus Lui-même n’a-t-Il pas prononcé ces paroles : « Ne soyez donc pas en souci, disant : Que mangerons-nous ? ou que boirons-nous ?… car votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses » (Mat. 6. 31 et 32). Quelle signification a dans votre cœur ce verset si souvent cité : « L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien » ? (Ps. 23. 1)

Ainsi Élie ne dépendait ni des corbeaux, ni de l’eau du torrent, mais de la Parole de Dieu. Et Dieu dirigeait tout pour répondre à la foi de Son serviteur, tout en l’éprouvant. De plus, Il voulait secourir cette pauvre veuve dont le cœur avait été préparé à croire Sa parole.

Elle connaît l’Éternel, le Dieu d’Élie, qui sait qu’elle n’a rien qu’une poignée de farine dans un pot et un peu d’huile dans une cruche, pour elle et pour son fils, et elle déclare : « nous le mangerons et nous mourrons » (v. 12). Certes, l’espérance fondée sur d’aussi faibles ressources est bien fragile. Mais s’il y a ce qui est impossible pour les hommes, « toutes choses sont possibles pour Dieu » (Marc 10. 27). Job pouvait l’exprimer : « Je sais que tu peux tout » (42. 2). Dieu suffit à la foi, en dehors de Lui elle n’a rien.

Le prophète formule une demande qui va mettre à l’épreuve la foi de cette femme : « Fais-moi premièrement de cela un petit gâteau et apporte-le moi, et, après, tu en feras pour toi et pour ton fils… Le pot de farine ne s’épuisera pas, et la cruche d’huile ne manquera pas, jusqu’au jour où l’Éternel donnera de la pluie sur la face de la terre… Elle… fit selon la parole d’Élie » (v. 13 à 15).

Retenons cette leçon de la vie de la foi : quand Dieu demande un service, aussi humble soit-il, Il donne toute capacité pour l’accomplir.

Ici il s’agissait de nourrir premièrement le prophète. C’était la priorité de Dieu, et la foi s’affirme sans raisonnement, en plein accord avec la volonté de Dieu. Et ce petit gâteau préparé pour l’homme de Dieu est à l’origine d’une multiplication miraculeuse de la bénédiction pour cette maison. « Et elle mangea, elle, et lui, et sa maison, toute une année. Le pot de farine ne s’épuisa pas et la cruche d’huile ne manqua pas, selon la parole de l’Éternel » (v. 15 et 16).

Un Christ vivant à la droite de Dieu, tel que la Parole nous Le présente, n’est-il pas la nourriture excellente de nos âmes (Jean 6. 35, 48 et 51), et l’Esprit de vérité ne nous enseigne-t-Il pas toutes choses, rendant témoignage de Christ et Le glorifiant (Jean 14. 26 ; 15. 26 ; 16. 13 et 14 ; 2 Cor. 1. 21 et 22).

Une nouvelle épreuve, bien douloureuse, allait fondre sur cette pauvre veuve. Son fils bien-aimé tomba malade ; et sa maladie devint très grave, de sorte qu’il ne resta plus de souffle en lui (v. 17).

Avait-elle accordé plus de place à son fils qu’au prophète de l’Éternel ? Elle doit apprendre que tout appartient à Dieu, et en particulier ce que nous avons de plus cher. N’avons-nous pas tendance à méconnaître les droits du Seigneur sur tout ce que nous possédons et sur ce que nous sommes ? La farine et l’huile avaient suffi pour de nombreux jours, répondant aux besoins de toute la maison. Mais maintenant, c’est la réalité de la mort qui est devant cette femme, pour qu’elle connaisse la puissance de Dieu dans la résurrection.

Elle apprend que Dieu donne la vie. Comme elle avait reçu sa nourriture directement du Dieu d’Israël, elle reçoit aussi son fils dans la résurrection. Et pour nous, « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec le Christ… et nous a ressuscités ensemble » (Éph. 2. 4 à 7). Le plus faible d’entre les rachetés du Seigneur peut jouir d’un tel privilège. Le possèdes-tu, cher lecteur, car « celui qui a le Fils a la vie » ? (1 Jean 5. 12)

A la mort de son fils, la veuve de Sarepta est travaillée dans sa conscience (v. 18). Ses iniquités lui reviennent en mémoire. Elle sait que le salaire du péché, c’est la mort. Il y a dans son cœur un double effet de la vérité et de la grâce. La vérité manifeste le mal et ce qu’est l’homme, la grâce ôte ce mal en révélant cette inépuisable source qui est dans le cœur de Dieu : une vie en abondance. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17).

Élie prend part aussitôt à la détresse de cette veuve éperdue. Il utilise les ressources permanentes de la foi. Il crie à l’Éternel : « Éternel, mon Dieu ! fais revenir, je te prie, l’âme de cet enfant au-dedans de lui. Et l’Éternel écouta la voix d’Élie ». Que dans toutes nos afflictions nous sachions nous confier en notre Dieu sans jamais douter de Son amour !

Élie donne l’enfant à sa mère : « Vois, ton fils vit » (v. 24). Quelle joie pour vos chers parents, lorsque vous confessez que Jésus est votre Sauveur, qu’Il vous a donné la vie ! Heureux père qui peut déclarer : « mon fils (ou ma fille) que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » ! (Luc 15. 24)

Et la femme ajoute : « Je connais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Éternel dans ta bouche est la vérité » (v. 24). Elle donne gloire à Dieu, et honore Son serviteur.

Cela nous rappelle que Dieu s’est manifesté ici-bas dans l’Homme Christ Jésus. Là où la mort est entrée par le péché de l’homme, Dieu donne une vie nouvelle, une vie de résurrection. Et la vérité de la parole de la grâce est démontrée dans la résurrection, car Jésus notre Seigneur a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification (Rom. 4. 25). Ainsi nous avons l’assurance que Dieu déclare juste tout pécheur qui croit en l’œuvre expiatoire accomplie par le Seigneur Jésus.

Les enfants de Béthel. 2 Rois 2. 23 et 24.

Il nous semble opportun, à cause de l’atmosphère morale qui vous entoure, de nous arrêter sur ces deux versets rappelés en tête de ces lignes. Il s’agit de petits garçons sortant de la ville de Béthel, dont le nom signifie « maison de Dieu ».

C’est en ce lieu que l’Éternel s’était révélé à Jacob en lui faisant de très belles promesses : « Je suis avec toi ; et je te garderai partout où tu iras… je ne t’abandonnerai pas » (Gen. 28. 15). Plus tard, Jacob avait écouté l’appel de Dieu en montant à Béthel pour y habiter et y bâtir un autel. Il avait d’ailleurs compris qu’il devait se séparer de toute idole et de tout objet de vanité pour se tenir en ce lieu avec toute sa famille dans la présence d’un Dieu saint (Gen. 35. 1 à 15). Jacob s’approchant de Dieu, sur la base d’un sacrifice, reçoit des promesses divines du plus haut intérêt. Seule la foi en activité est agréable à Dieu.

Mais maintenant, au temps du prophète Élisée, que s’était-il passé en ce lieu même où Dieu avait béni Son peuple ?

Un roi impie, du nom de Jéroboam, avait fait deux veaux d’or et les avait placés, l’un à Béthel et l’autre à Dan, avec ces paroles : « Voici tes dieux, Israël ! qui t’ont fait monter du pays d’Égypte ». Dans sa révolte contre le vrai Dieu, Jéroboam avait institué un culte idolâtre au sein d’Israël. Dieu doit déclarer à ce roi : « Tu as fait ce qui est mauvais à mes yeux… tu es allé et t’es fait d’autres dieux et des images de fonte pour me provoquer à colère, et… tu m’as jeté derrière ton dos » (1 Rois 14. 9).

C’est à Béthel, une ville devenue idolâtre, que vivaient ces nombreux enfants lorsqu’ils rencontrent le prophète Élisée, au moment où il montait par le chemin. En voyant le prophète de l’Éternel, ils se moquent de lui. Ils l’apostrophent par ces paroles incrédules : « Monte, chauve ! monte, chauve ! ».

Ils ne sont pas conscients qu’ils outragent l’Éternel lui-même en se raillant de Son serviteur au moment où il se trouvait dans le lieu des promesses divines.

Est-il possible que nos cœurs soient aussi insensibles à tout ce qui concerne la gloire de Dieu ? Le psaume 8 n’exprime-t-il pas ces précieuses paroles : « Par la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent tu as fondé ta louange » ?

Un climat de crainte de Dieu aurait pu produire dans le cœur de ces enfants, confiance, respect et soumission à l’égard de l’homme de Dieu. Qu’était l’éducation de ces enfants affichant un tel mépris ? Quel enseignement et quel exemple avaient-ils reçus de leurs parents ? On peut le supposer, étant donné qu’une affreuse idole était tolérée à Béthel.

Ces enfants se moquent tout à la fois d’Élie qui venait d’être enlevé aux cieux dans un char de feu conduit par des chevaux de feu, au milieu d’un tourbillon (2 Rois 2. 11), et d’Élisée, en plaisantant sur sa calvitie.

Rappelons-nous aussi que « aux deniers jours des moqueurs viendront, marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises et disant : Où est la promesse de sa venue ? » (2 Pier. 3. 3). Et Jude ajoute qu’à la fin des temps, il y aurait des moqueurs, marchant selon leurs propres convoitises d’impiété (v. 18).

La foi au Seigneur Jésus seule peut vous permettre de supporter l’opprobre des moqueurs du jour, vos camarades, par exemple, qui essaieront de vous ridiculiser si vous rendez témoignage de votre Sauveur, si vous vous séparez du mal et du monde par amour pour le Seigneur, si vous refusez de participer aux œuvres infructueuses des ténèbres.

Même notre tenue et nos vêtements ne nous font-ils pas reconnaître comme chrétiens ? N’avez-vous pas des camarades qui essaient de vous attirer dans des lieux de plaisirs mondains ? « Ne soyez pas séduits, les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15. 33). Soyez certains que dans ces milieux on se moque de Jésus, de la Parole de Dieu. Puissions-nous aller partout où l’amour de Jésus nous mène.

Dieu a entendu les outrages de ces enfants sortant de Béthel. Leur mépris s’adresse à l’Esprit de Christ venant en grâce et en puissance au milieu de Son peuple par le ministère prophétique d’Élisée. « On ne se moque pas de Dieu, car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera ». (Gal. 6. 7). « L’Éternel se moque des moqueurs » et « les jugements sont préparés pour les moqueurs » (Prov. 3. 34 et 19. 29).

Le prophète est contraint de se tourner en arrière pour prononcer une malédiction, afin que Dieu exerce son jugement qu’Ésaïe qualifie d’œuvre étrange, de travail inaccoutumé. Deux ourses sortent de la forêt et déchirent quarante-deux enfants. Quelle destruction solennelle ! Quel désespoir irrémédiable pour beaucoup de parents !

Cela nous fait penser à toute l’énergie déployée par Satan. « Soyez sobres, veillez ; votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi » (1 Pier. 5. 8 et 9). N’est-il pas écrit aussi : « Si tu es moqueur, tu en porteras seul la peine » ? (Prov. 9. 12)

Combien d’enfants élevés dans un foyer chrétien, ou ayant suivi pour un temps les réunions, ont méprisé la Parole de Dieu, étant attirés par leurs convoitises vers le monde ! Il se peut alors qu’ils deviennent la proie du monde qu’ils ont aimé et de son prince cruel, Satan, meurtrier dès le commencement, et le père du mensonge. Quel terrible sort si de tels enfants sont destinés à la seconde mort !

Cher jeune lecteur, est-ce que ton nom est écrit dans le livre de vie ? Sais-tu que devant le grand trône blanc, lors du jugement des morts, si quelqu’un n’était pas trouvé écrit dans le livre de vie, il était jeté dans l’étang de feu ? (Apoc. 20. 15)

N’oublions pas le cas d’Ésaü, qui s’est moqué de ses privilèges en prononçant ces paroles folles : « De quoi me sert le droit d’aînesse ? » et l’Écriture ajoute : « Ésaü méprisa son droit d’aînesse ». Qu’aucun de nos chers amis ne méprise le privilège d’être en contact avec la Parole de Dieu !

Et pour chacun de nous, croyants, existe aussi la tendance de nous moquer de quelqu’un, ou de la Parole de Dieu, ou des écrits qui nous rendent l’Écriture toujours plus précieuse.

Que faire ? Exercer devant Dieu un profond et constant jugement de toutes nos voies et de nous-mêmes, nous confier de tout notre cœur en Celui qui peut nous garder sans que nous bronchions, étant obéissants à la Parole, nous soumettant à l’autorité du Seigneur.

« Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification selon le besoin, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent » ; « comme il convient à des saints… ni parole folle ou plaisanterie, lesquelles ne sont pas bienséantes, mais plutôt des actions de grâces » (Éph. 4. 29 et 5. 4). « Écoute ton père qui t’a engendré, et ne méprise pas ta mère quand elle aura vieilli » (Prov. 23. 22). Honore ton père et ta mère, passage cité plusieurs fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament.

Le pot d’huile (2 Rois 4. 1 à 7).

Nos cœurs ne seraient-ils pas sensibles à la lecture du court récit d’aujourd’hui qui présente la détresse d’une femme veuve vivant avec ses deux fils ?

Le chef de famille était mort. Seule désormais, cette femme avait à nourrir et à élever ses enfants. Épreuve bien douloureuse pour celle qui était privée du soutien et de l’autorité de son mari ! Certes, ses enfants pouvaient-ils lui procurer quelque consolation par leur obéissance, leur amour et leur reconnaissance !

Peut-être est-ce le cas de quelques-uns de nos jeunes lecteurs, d’avoir éprouvé le vide causé par la mort d’un père bien-aimé ! Le chef du foyer n’est plus là à table au moment des repas, le soir pour écouter vos conversations, partager vos peines, vos joies et vos soucis, donner un conseil, un encouragement ou un avertissement. Il manque pour vous stimuler dans vos devoirs et vos leçons, pour s’associer à vos jeux et vous accompagner dans vos promenades.

Vous avez pu pleurer souvent avec votre mère qui, pourtant, avec le secours du Seigneur, supporte courageusement cette épreuve, en se confiant en la fidélité et en la grâce de Dieu. Puissiez-vous apprécier les consolations de l’Écriture ! « Dieu, dans sa demeure sainte, est le père des orphelins et le juge des veuves » (Ps. 68. 5). « L’Éternel… affermit l’orphelin et la veuve » (Ps. 146. 9). « Laisse tes orphelins, moi je les garderai en vie, et que tes veuves se confient en moi » (Jér. 49. 11).

Et pour tous ceux qui n’ont pas connu une telle souffrance, n’oubliez pas de rendre grâces à Dieu pour le privilège d’avoir des parents croyants, et qu’un cœur sensible et miséricordieux vous pousse vers des orphelins de votre entourage.

Une autre épreuve bien cruelle menace cette pauvre veuve. Elle est poursuivie par un créancier inexorable. Appartenant aux femmes d’entre les fils des prophètes, elle vient déclarer sa détresse à Élisée.

« Ton serviteur, mon mari, est mort ; et tu sais que ton serviteur craignait l’Éternel ; et le créancier est venu pour prendre mes deux enfants, afin qu’ils soient ses serviteurs » (2 Rois 4. 1).

La piété de ce prophète était connue d’Élisée. Il se tenait dans la présence de Dieu, apprenant à haïr le mal parce que Dieu le hait, et à aimer le bien parce que Dieu l’aime. Il s’appliquait à être agréable à Dieu, ayant la crainte de lui déplaire, en tombant dans quelque piège ou en se fourvoyant. Fuyant le péché, il jouissait de l’amour de son Dieu dont la Loi sainte faisait ses délices. Et pourtant cet homme, en mourant, avait laissé une dette. Et ses deux fils étaient condamnés à l’esclavage pour payer la dette de leur père. N’ayant ni argent, ni biens à saisir, le créancier impitoyable exigeait le service de ces deux enfants.

Quelle angoisse devait tenailler le cœur de cette mère ! N’est-il pas écrit : « Celui qui emprunte est serviteur de l’homme qui prête » ? (Prov. 22. 7). Ayant atteint une pareille extrémité, la seule, issue n’était-elle pas de faire appel à l’homme de Dieu et, par son moyen, au Dieu tout-puissant ? Elle réalise cette parole : « Remets ta voie sur l’Éternel, et confie-toi en lui ; et lui, il agira » (Ps. 37. 5).

Selon l’expression du prophète Ésaïe (50. 1), l’homme s’est vendu par ses iniquités à Satan, le cruel créancier qui revendique ses droits. Quelle est alors pour l’homme la ressource, sinon de se tourner dans un élan de foi vers Celui qui veut et peut délivrer : le Seigneur Jésus. La puissance divine s’exerce à l’égard de celui qui croit. « Le même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l’invoquent ; car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rom. 10. 12).

Ayant une double mesure de l’Esprit, Élisée fait entendre la voix de la grâce : « Que ferai-je pour toi ? Dis-moi ce que tu as à la maison ? » L’homme de Dieu sera-t-il dépassé par une telle détresse, bien qu’il connaisse la puissance de Dieu envers Son peuple ? L’Éternel ne communique-t-il pas Son secret à ceux qui Le craignent ? (Ps. 25. 14) La femme veuve doit avouer sa pénurie : « Ta servante n’a rien du tout dans la maison qu’un pot d’huile ».

Quand Jésus, ému de compassion envers les foules affamées, déclare à Ses disciples : « Vous, donnez-leur à manger », ceux-ci lui disent : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons » (Mat. 14. 16 et 17). Le Seigneur utilise ces maigres ressources et les multiplie pour rassasier cinq mille hommes outre les femmes et les enfants. La quantité d’huile que possède cette veuve correspond à « une toute petite mesure de puissance spirituelle ». Mais « toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23).

« Va », dit Élisée, « demande pour toi, du dehors, des vases de tous tes voisins, des vases vides (n’en demande pas peu) ; et rentre, et ferme la porte sur toi et sur tes fils, et verse dans tous ces vases, et ôte ceux qui seront remplis ».

La foi de cette femme est mise à l’épreuve. Son obéissance immédiate à la parole du prophète démontre sa confiance en la puissance de Dieu, et ses enfants collaborent à son activité.

La puissance divine se déploie selon la mesure de foi. Il lui suffisait d’avoir des vases vides apportés par ses fils et les vases se remplissaient l’un après l’autre, jusqu’au moment où l’huile cessa de couler parce qu’il n’y avait plus de vase.

La dette est acquittée et, avec ce qui reste, tous les membres du foyer sont rassasiés. Dieu utilise les ressources spirituelles des Siens, aussi faibles soient-elles, pour multiplier Sa bénédiction.

Rappelons que, pour être rempli du Saint Esprit, il faut être vidé de soi-même. Alors le Seigneur peut déclarer à ceux qui viennent à Lui avec de vrais besoins : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Mat. 9. 29).

Encore aujourd’hui des âmes sont sauvées, et elles sont nourries de toute parole sortant de la bouche de Dieu (Deut. 8. 3). Quelle plénitude du côté de Dieu ! Puissiez-vous éprouver que la bonté de Dieu est insondable, même si notre capacité est très limitée !

La grâce de Dieu nous apprend que la dette contractée envers Dieu par nos péchés a été payée. Apportant le salut, la grâce est apparue à tous les hommes. Elle nous enseigne, par le Saint Esprit, à vivre sobrement, et justement, et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ (Tite 2. 13).

Que l’amour du Christ étreigne notre cœur afin que nous vivions pour Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité !

La Sunamite et son fils (2 Rois 4. 8 à 37).

Contrairement au récit du mois dernier, concernant une pauvre veuve vivant avec ses deux fils dans la pénurie la plus complète, nous pénétrons cette fois-ci avec le prophète Élisée chez une femme riche de Sunem, ville appartenant à la tribu d’Issacar. Dans les deux foyers, c’est la présence du prophète qui a été source de bénédiction.

Vous n’ignorez pas que la possession des richesses, si notre cœur s’y attache – et le risque est grand – est un obstacle à l’œuvre de Dieu.

A propos du jeune homme qui avait de grands biens, le Seigneur Jésus déclare : « combien il est difficile à ceux qui se confient aux richesses d’entrer dans le royaume de Dieu. Pour les hommes cela est impossible, mais non pas pour Dieu ; car toutes choses sont possibles pour Dieu » (Marc 10. 24 et 27 ; Luc 18. 27). L’Évangile invite tous les hommes, qu’ils soient riches ou qu’ils soient pauvres, à recevoir le don de grâce de Dieu, la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. Et il est ordonné aux riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir (1 Tim. 6. 17).

Quoique riche, la Sunamite avait un cœur dénué de tout égoïsme et disposé au dévouement et à l’hospitalité, beau caractère d’une foi active. Elle retint Élisée pour manger le pain, puis il devint fréquemment l’hôte de ce foyer. L’homme de Dieu est reçu en toute simplicité dans un milieu où il est à l’aise. Il est reconnu comme « un saint homme de Dieu ».

La femme de Sunem possédait un trésor plus précieux que toutes ses richesses : elle avait le sobre bon sens de la foi, la crainte de Dieu et elle aimait Ses serviteurs. Cela ne rappelle-t-il pas l’accueil que réservait Marthe au Seigneur lorsqu’elle le recevait dans sa maison ? « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense d’un prophète » (Mat. 10. 41).

Quelle place Jésus tient-il dans notre cœur, dans notre foyer ? Serait-il libre d’entrer dans notre chambre, comme un ami intime, avec toute la spontanéité exprimée quand il s’invite chez Zachée ? (Luc 19. 5 et 6).

Pouvons-nous Lui confier tous nos désirs, nos besoins, nos peines, nos joies ? N’est-il pas écrit : « Fais tes délices de l’Éternel et il te donnera les demandes de ton cœur » ? (Ps. 37. 4).

Comment la Sunamite a-t-elle pu découvrir les vrais caractères moraux du serviteur de Dieu en Élisée ? N’était-ce pas au cours de ses conversations en prenant ses repas, et à travers toute sa conduite ? Non seulement il était le porteur de la Parole de Dieu dont il était nourri, mais il se tenait séparé, pour Dieu, du mal et du monde.

Outre le don de prophète, Dieu l’avait revêtu d’une autorité morale.

N’oublions pas que « même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » (Prov. 20. 11). Veillons sur nos pensées, nos paroles et nos actes, et qu’ainsi nous puissions orner « en toutes choses l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur » (Tite 2. 10). Le caractère d’Élisée était en accord avec ce que Paul déclare de l’homme de Dieu, poursuivant « la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit » (1 Tim. 6. 11).

Appréciant le privilège de recevoir un témoin de Dieu dans son foyer, la Sunamite consulte son mari pour lui préparer un domicile dans sa maison. En toute simplicité elle lui dit : « Faisons, je te prie, une petite chambre haute en maçonnerie, et mettons-y pour lui un lit, et une table, et un siège, et un chandelier ; et il arrivera que, quand il viendra chez nous, il se retirera là » (v. 10).

Elle aurait pu aménager plus confortablement ce local, mais l’intelligence du cœur lui dicte ce qui convient au serviteur de Dieu, un lieu à l’écart pour s’y reposer, y méditer et prier.

Le cœur d’Élisée est sensible à une telle œuvre de foi, un tel travail d’amour, car l’amour est plein de délicatesse et il n’agit pas avec inconvenance. Il désire récompenser ce dévouement et en même temps les questions du prophète mettront en évidence la foi de cette femme. « Qu’y a-t-il à faire pour toi ? Faut-il parler pour toi au roi, ou au chef de l’armée ? » A-t-elle le secret désir d’accroître ses possessions, voudra-t-elle quelque faveur royale ? Non, la réponse est simple et immédiate : « J’habite au milieu de mon peuple ».

Sa confiance est en son Dieu, elle ne manque de rien. Et pourtant il y avait un secret désir dans ce cœur que les richesses possédées ne pouvaient combler. Il lui manquait un objet pour ses affections et elle n’avait pu encore s’en ouvrir à personne. Le serviteur du prophète discerne ce qui manque à son bonheur. « Elle n’a pas de fils, et son mari est vieux ». C’était une épreuve secrète pour cette pieuse femme vivant au milieu de l’Israël de Dieu.

C’est au creuset de l’épreuve que se trempe la foi, « bien plus précieuse que l’or qui périt et qui toutefois est éprouvée par le feu » (1 Pier. 1. 7). Pour une telle femme, un fils était un don suprême de la part de Dieu. Elle ne s’autorisait pas à exprimer ce besoin, même si son cœur ressentait douloureusement ce vide.

Et pour tout racheté du Seigneur, il ne lui suffit pas d’être béni de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, il lui faut un Objet pour son cœur : l’Homme Christ Jésus.

Puissions-nous nous tenir à Ses pieds comme Marie de Béthanie, parler de Lui comme Anne, être à table comme le disciple bien-aimé dans le sein de Jésus, contempler Sa gloire et Sa beauté pour être transformés à Sa ressemblance.

Comme l’Éternel donne un fils à cette pieuse femme par la parole d’Élisée, le Saint-Esprit nous révèle le Seigneur Jésus dans toutes Ses gloires, à travers les Écritures.

La promesse de Dieu à cette femme se réalise, et elle éprouve la douce joie d’embrasser un fils. Elle peut assister au développement de cet enfant, l’entourer de soins affectueux et lui dispenser l’éducation pieuse d’une digne fille d’Abraham.

Chaque jour, elle devait apprécier avec reconnaissance la valeur d’un tel don, correspondant à la récompense d’un prophète. Mais aussi avec quelle ferveur elle devait le recommander à la protection de son Dieu pour qu’Il le garde et le bénisse. Enfants de parents croyants, n’oubliez pas le dévouement de votre mère et de votre père, qui vous élèvent sous la discipline et les avertissements du Seigneur !

N’est-il pas nécessaire de rappeler aujourd’hui cette exhortation : « Enfants obéissez à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur » ? Aimer, c’est obéir.

La Sunamite et son fils (2 Rois 4. 8 à 37).

Vous vous souvenez sans doute du récit dont nous nous sommes entretenus le mois dernier. Nous avons évoqué comment Dieu a comblé les besoins du cœur de cette pieuse femme de Sunem. Selon la promesse divine, il lui a été accordé d’embrasser un fils bien-aimé. Ne pensez-vous pas qu’elle a dû recevoir ce beau don de Son Dieu avec un cœur reconnaissant et rempli de joie ?

L’enfant grandit dans cette maison qui honorait Dieu et ses serviteurs. « Et il arriva qu’un jour il sortit vers son père, vers les moissonneurs ; et il dit à son père : Ma tête ! ma tête ! Et le père dit au serviteur : Porte-le à sa mère… et il resta sur les genoux de sa mère jusqu’à midi, et mourut ».

Quelle douleur poignante pour le cœur de cette pieuse mère ! Ainsi se réalisait cette parole : « Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe a séché et sa fleur est tombée (1 Pier. 1. 24).

Dans sa sagesse parfaite, Dieu éprouve la foi des Siens, comme Il le fit dans le cas d’Abraham lorsqu’Il lui dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac… et là offre-le en holocauste » (Gen. 22. 2). C’est comme si Dieu déclarait : M’aimes-tu assez pour me donner ton enfant sans te révolter ? Une promesse divine était attachée au don de ces deux fils. Ce Dieu qui a donné est Celui qui en quelques heures rappelle à Lui cet enfant, et toutes les espérances de la Sunamite sont anéanties.

L’homme est totalement impuissant devant la mort, « le roi des terreurs ». « Les gages du péché, c’est la mort » (Rom. 6. 23). Tout jeune enfant est un pécheur perdu. S’il n’a pas encore la connaissance du bien et du mal, il ne peut être sauvé qu’en vertu du sacrifice parfait du Seigneur Jésus. Pour un tel enfant, il est écrit : « Car le fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu » (Mat. 18. 11).

Par contre, pour tout enfant qui a la connaissance du bien et du mal par le moyen de sa conscience, comme pour tout adulte, seul celui qui croit au Seigneur Jésus sera sauvé. « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Act. 17. 30).

Un vrai travail de cœur et de conscience est nécessaire, car l’homme est coupable devant Dieu. Et l’Écriture précise dans ce cas que « le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19. 10). Cher jeune lecteur, as-tu accepté dans ton cœur le Seigneur Jésus comme ton Sauveur ?

Quelle va être l’attitude de cette femme de foi ? Elle couche l’enfant sur le lit de l’homme de Dieu, ferme la porte sur lui, et sort. Elle n’a qu’un désir : « courir vers l’homme de Dieu », car au temps de la détresse, ce Dieu qu’elle craint est son seul recours. Devant la surprise de son mari, elle n’a qu’une réponse, celle de la foi : « Tout va bien ». Et pourtant la souffrance étreint son cœur, mais sa confiance en Dieu reste inébranlable.

Puissiez-vous saisir que l’épreuve manifeste le vrai niveau de notre foi. Job fait écho à cette parole de la Sunamite lorsque, par quatre coups successifs, ses biens et ses dix enfants lui sont ravis : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (1. 21 et 22). Job n’attribua rien à Dieu qui soit inconvenable.

Les épreuves répétées manifestent que l’âme s’appuie toujours sur Dieu et Le craint. Est-ce que de telles attitudes ne nous humilient pas, quand nous murmurons ou sommes impatients dès que la moindre difficulté se présente ?

Cher enfant, puisses-tu retenir dans ton cœur ce que signifie, dans le langage d’une foi très pure, cette expression : « Tout va bien ! » qui rappelle cette parole de Jésus, l’Homme parfait dans Sa soumission à Dieu, alors qu’Il était en prière, à genoux, à Gethsémané : « Que ta volonté soit faite » (Mat. 26. 42).

S’il n’y avait rien à espérer du côté de l’homme, la foi découvre le chemin qui, passant par la vallée de l’ombre de la mort, conduit au Carmel, la montagne où se tient devant Dieu un homme de prière.

Pour nous aussi il y a un puissant Intercesseur, dans le ciel, à la droite de Dieu, Jésus, le Fils de Dieu. Il est toujours vivant pour intercéder pour nous (Héb. 7. 25 et 26). Dans toutes nos détresses, nos peines, nos combats, sachons nous confier entièrement en Celui qui est puissant pour délivrer et consoler ! « L’Éternel te gardera de tout mal, il gardera ton âme » (Ps. 121. 7).

« Je courrai jusqu’à l’homme de Dieu… ne m’arrête pas dans la course » (2 Rois 4. 22 à 24). Elle n’a qu’un but : « Elle vint vers l’homme de Dieu sur la montagne, et elle le saisit par les pieds » (v. 27). Lui seul peut comprendre l’amertume de son âme et lui témoigner quelque vraie sympathie.

Nous aussi, dans toutes nos épreuves, ne sommes-nous pas invités à nous approcher « avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun » ? (Héb. 4. 16).

Jusqu’au bout nous pouvons admirer la fermeté de la foi et de l’espérance de cette mère. Dieu lui avait donné son enfant, l’avait repris par la mort et pouvait le lui rendre par la résurrection (Héb. 11. 35). Elle était entrée dans une classe supérieure de l’école de Dieu où elle pourrait contempler Sa gloire en résurrection. Jésus dit à Marthe, alors que son frère Lazare était mort : « Moi, je suis la résurrection et la vie… si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jean 11. 25 et 40).

La foi intelligente de la Sunamite n’accepte pas l’intermédiaire de Guéhazi, mais il lui faut rester en relation continue avec celui qui est la source de toute bénédiction, le prophète de l’Éternel. Ses paroles confirment ce besoin : « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point ! ».

Élisée n’avait-il pas prononcé à trois reprises ces mêmes paroles à Élie au moment où ce prophète allait être enlevé par l’Éternel ? (2 Rois 2. 2, 4 et 6). Alors Élisée se leva et s’en alla après elle. Dieu ne peut déployer sa puissance à travers Ses serviteurs que s’ils vivent dans une communion personnelle avec Lui, dans la prière et le jeûne, c’est-à-dire dans la dépendance de Lui et la séparation du mal (Marc 9. 29).

Après être entré dans la chambre où l’enfant mort était couché sur son lit, et ayant fermé la porte sur eux deux, Élisée supplie l’Éternel, s’identifie avec l’enfant dans la mort comme nous le lisons aux versets 32 à 35. Le jeune garçon éternua par sept fois et ouvrit les yeux. Il était passé de la mort à la vie, le plus grand des miracles.

Au tombeau de Lazare, la voix puissante du Fils de Dieu a suffi pour ressusciter celui qui était mort depuis quatre jours. Bientôt, avec un cri de commandement, cette même voix ressuscitera les morts en Christ.

Quelle joie inexprimable remplit désormais le cœur de cette mère lorsque le prophète lui dit : « Prends ton fils ! » Elle se prosterne pour adorer son Dieu qui a répondu à l’attente de sa foi. « Ceux qui se confient en l’Éternel sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle pas, qui demeure à toujours » (Ps. 125. 1).

Élisée et les fils des prophètes (2 Rois 4. 38 à 44).

Ce sont deux scènes de la vie du prophète Élisée en relation avec les fils des prophètes que nous proposons à votre méditation. Dans les deux cas, les fils des prophètes sont nourris, alors que sévissait la famine dans le pays. En présence de l’homme de Dieu, ils jouissent d’une bénédiction collective.

Élisée retourna à Guilgal. C’est ce que faisait autrefois Josué avec tout Israël (ch. 5. 5 et 9 ; 10. 15 et 43).

En ce lieu symbolique, Dieu nous parle de notre ennemi intérieur, la chair. Si la traversée du Jourdain, en Josué 3, correspond au fait que nous sommes morts avec Christ (Col. 3. 3), Guilgal, où les fils d’Israël ont été circoncis, nous rappelle cette expression de Romains 6. 11 : « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché ».

C’est un jugement pratique que nous portons sur nous-mêmes et sur toute manifestation de la chair en nous : l’impureté, la convoitise, les passions, l’idolâtrie, la colère, la malice, les injures, les paroles honteuses, les mensonges, etc. Vous qui avez la foi au Seigneur Jésus, puissiez-vous aussi saisir par la foi le secret d’une merveilleuse délivrance qui fait partie de ce qu’on appelle l’affranchissement en Christ !

Il y avait une famine dans le pays. A travers ce jugement, Dieu voulait parler à son peuple infidèle. Cette disette rappelait à ce peuple sa désobéissance et son idolâtrie (Deut. 11. 16 et 17), et elle annonçait la grande tribulation que traversera Israël avant l’établissement du règne millénaire.

Les fils des prophètes sont assis devant Élisée. Ce résidu d’Israël est béni au lieu même de la repentance et du jugement de soi, et là où l’Esprit de Christ dans le prophète les rassemble pour les nourrir. Quels que soient leurs besoins, et la ruine du peuple qui les entoure, le potage cuit dans la grande marmite procurera une nourriture suffisante.

Puissions-nous éprouver les effets heureux de la présence du Seigneur ! L’homme délivré des démons qui l’habitaient, fut trouvé assis, vêtu et dans son bon sens aux pieds de Jésus, et Marie de Béthanie, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait Sa parole (Luc 8. 35 et 10. 39). Il n’y a pas de disette pour ceux qui occupent une telle place, car les ressources divines sont inépuisables.

Puissiez-vous apprendre toutes vos leçons aux pieds du Seigneur ! Par contre, pour ceux qui s’éloignent de Jésus en se confiant en l’homme, c’est la famine pour leur âme. Auprès d’Élisée, les fils des prophètes ne manqueront de rien, car il leur faut des forces renouvelées. Jeunes gens, vous êtes forts et la parole de Dieu demeure en vous et vous avez vaincu le méchant (1 Jean 2. 14).

Mais il n’y a pas seulement le danger de la famine. Un des fils des prophètes, sortant aux champs pour cueillir des herbes, trouve de la vigne sauvage et y cueille des coloquintes sauvages, plein sa robe ; il rentre et les coupe en morceaux dans la marmite du potage, car on ne les connaissait pas.

Remarquez toute l’activité déployée et avec quelle promptitude ! Il ne montre rien, ne dit rien à Élisée, paraît agir de sa propre initiative et en toute ignorance. A-t-il été séduit par la belle apparence des fruits recueillis ? Trouvait-il, étant animé de bonnes intentions, qu’il fallait ajouter à ce potage des éléments qui en relèveraient le goût ?

Ne pense-t-il pas être ainsi utile à la collectivité, alors que les autres fils de prophètes semblent rester assis paresseusement devant Élisée ? « Et il arriva que, comme ils mangeaient du potage, on cria et dit : Homme de Dieu, la mort est dans la marmite » (v. 40).

Boaz avait pris soin d’avertir Ruth, la jeune Moabite : « Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ? ne va pas glaner dans un autre champ, et ne t’en va pas non plus d’ici, mais tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles » (Ruth 2. 8). Dans le champ de Boaz, cet homme puissant et riche, Ruth serait rassasiée et satisfaite. Vous aussi, qui connaissez le Seigneur Jésus, auprès de Lui votre âme peut être nourrie et fortifiée. Il y a du pain en abondance, car Jésus est le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement (Jean 6. 51).

Prenons garde à tout ce que l’homme ajoute à la Parole de Dieu, à toutes les nouveautés que publient certains écrits religieux dans lesquels un peu de poison est mélangé avec la vérité divine. Ce sont les fausses doctrines et les mauvais enseignements qui éloignent les âmes du chemin de la vie.

Que de risques nous courons dans le champ de notre volonté propre, n’acceptant pas la discipline salutaire que comporte l’école de Dieu. Il y a aussi toutes les choses qui sont dans le monde, tout ce qui peut exciter les convoitises de nos cœurs par de faux attraits.

N’oublions pas que « le péché étant consommé, produit la mort » (Jac. 1. 15) et « Il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement » (Héb. 9. 27). Et vous, jeunes lecteurs encore inconvertis, acceptez le Seigneur Jésus pour votre Sauveur personnel et votre âme vivra !

Dans la présence du prophète, le mal est dénoncé vigoureusement : « la mort est dans la marmite ». La mort menace ces fils des prophètes. Mais l’homme de Dieu indique aussitôt le remède : « apportez de la farine » (v. 41). Par la farine, l’élément mortel a été détruit. Il suffit d’apporter Christ dans Son humanité parfaite pour que le potage soit assaini et qu’il n’y ait rien de mauvais dans la marmite : La mort a trouvé son vainqueur en Christ, notre Rédempteur, l’Agneau de Dieu. Christ seul est la vraie nourriture de nos âmes. N’a-t-il pas dit : « Moi, je suis le pain de vie » ? (Jean 6. 35 et 48).

Dans le deuxième récit, c’est un homme de Baal-Shalisha qui apporte à l’homme de Dieu du pain des premiers fruits ; vingt pains d’orge et du grain en épi dans son sac (2 Rois 4. 42). Un nouveau moyen de subsistance est apporté à l’homme de Dieu. C’était peu de chose pour cent hommes et une nourriture toute simple. Les pains d’orge parlent d’un Christ humilié ; le grain en épi, de Christ comme le pain de vie descendu du ciel ; le pain des premiers fruits, de Christ ressuscité, les prémices, dans la gloire.

Cet homme apporte tout au prophète, sans qu’il soit fait mention de son activité de foi pour préparer une telle provision. Il nous fait penser à ceux dont l’âme se nourrit de Christ dans Sa Parole en secret.

Que votre âme apprécie comme Jérémie cette nourriture spirituelle : « Tes paroles… je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur (Jér. 15. 16).

Cet homme de Baal-Shalisha apporte le contenu de son sac au prophète qui, malgré les doutes incrédules d’un serviteur, insiste en disant : « Donne-le au peuple, et qu’ils mangent » (v. 42 et 43). Il avait peut-être le sentiment d’avoir apporté une faible quantité eu égard aux besoins ; par la parole de l’homme de Dieu, elle est multipliée et tous les fils des prophètes sont rassasiés et ils en ont de reste.

Cette scène nous reporte aux deux multiplications des pains en Matthieu 14 et 15. Des milliers de personnes sont nourries par la puissante parole de Jésus à partir des maigres ressources détenues par les disciples.

Vous qui lisez et méditez la Parole, puissiez-vous éprouver quelle abondante nourriture spirituelle elle communique à vos âmes par la puissante action de l’Esprit ! L’amour de Jésus est aussi grand que Sa puissance pour multiplier Sa bénédiction.

La petite fille captive (2 Rois 5. 1 à 4).

Le récit très court d’aujourd’hui nous entretient d’une petite fille d’Israël dont le nom n’est même pas mentionné, mais son attitude et son message, chargé de foi, d’espérance et d’amour nous sont conservés dans le Saint Livre pour notre instruction aujourd’hui.

Dieu veuille inscrire cet enseignement en chacun de nos cœurs par Son Esprit ! Dieu peut utiliser de faibles instruments, insignifiants aux yeux des hommes, pour accomplir de grandes choses, dans la mesure où le cœur réellement attaché au Seigneur est dépourvu d’égoïsme et d’orgueil. Rappelez-vous que « Dieu a choisi les choses faibles du monde… celles qui sont méprisées… en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 27 à 29).

« Les Syriens étaient sortis par bandes, et avaient amené captive du pays d’Israël une petite fille » (v. 2). Vous pouvez supposer dans quelles conditions cette chère enfant a été arrachée à l’affection des siens, emmenée de la terre de son Dieu et transportée chez des étrangers. Quel changement brutal entraînant angoisse, larmes et souffrances ! De telles situations ne peuvent-elles pas se reproduire aujourd’hui à cause de la dureté du cœur de l’homme ? Certainement, et ne pouvons-nous pas rendre grâces à Dieu qui, dans sa bonté, nous a préservés d’un tel sort ?

A cette douleur d’une complète séparation s’ajoutait pour cette jeune fille celle d’être esclave en servant la femme d’un chef de l’armée du roi de Syrie, pays ennemi de son peuple.

Elle se trouve dans un milieu idolâtre, une nation dont elle ne connaît ni la langue, ni les habitudes. N’était-ce pas une situation insupportable ? Pourquoi une telle épreuve pour une enfant toute jeune encore ? Pouvait-elle éprouver autre chose que de l’amertume et du chagrin dans son cœur ?

Eh bien ! c’est dans de telles circonstances qu’elle communique spontanément une bonne nouvelle. Car, au lieu d’être occupée de sa propre peine, son cœur plein d’amour est sensible à l’affliction des autres. La sainte Loi de Dieu ne déclarait-elle pas : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? (Lév. 19. 18) et le Seigneur ajoute : « Aimez vos ennemis » (Mat. 5. 44).

Le maître de cette petite fille est le grand général Naaman, qui jouissait de toute la faveur du roi, son seigneur. Il semble que rien ne lui manque et que cet homme est comblé d’honneurs par ses succès militaires. Et pourtant un mal incurable le ronge et il le sait. Cette maladie redoutable est connue dans son entourage. Le diagnostic est sûr. Cet homme est perdu, les médecins sont impuissants : il est lépreux.

Quelle image saisissante du péché dans son caractère de souillure ! La petite captive du pays d’Israël, qui sert la femme de Naaman, n’a-t-elle pas remarqué la douleur qui étreint le cœur de sa maîtresse ? A-t-elle surpris celle-ci en larmes ? Ne soyons pas indifférents en présence de ceux qui versent des larmes dans ce monde.

N’avons-nous pas un message d’amour à leur communiquer ? C’est le moment de parler pour cette enfant d’Israël. Elle ne peut plus garder son secret et, en toute simplicité, avec la hardiesse de la foi, elle affirme : « Oh, si mon seigneur était devant le prophète qui est à Samarie ! alors il le délivrerait de sa lèpre » (v. 3).

Au lieu de se plaindre de son triste sort, cette petite fille s’intéresse au bien de son maître.

Ne sommes-nous pas tous enclins à l’égoïsme, à la recherche de nos propres intérêts, de nos satisfactions personnelles ? « Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain, en vue du bien… Car aussi le Christ n’a point cherché à plaire à lui-même » (Rom. 15. 2 et 3). Voilà le parfait modèle !

Qu’ai-je fait aujourd’hui pour le bien de ceux que je côtoie ? Quelle parole de grâce ai-je pu prononcer ?

Savez-vous qu’un regard affectueux peut faire du bien ? Même une coupe d’eau froide donnée au nom du Seigneur à Ses disciples ne perdra point sa récompense (Marc 9. 41). Se renoncer soi-même pour s’intéresser aux autres, voir ce qui peut leur faire plaisir, penser à leur âme, céder sa place, n’est-ce pas contraire aux dispositions de notre cœur naturel ? Le moi n’est-il pas trop souvent au centre de nos vies, de nos préoccupations ? Dieu seul agissant dans nos cœurs par son Esprit, puissance de la vie divine, nous en délivre et quelle merveilleuse délivrance ! « Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Gal. 2. 20). C’est là un secret pour une vie heureuse.

Que le Seigneur nous donne la victoire sur l’égoïsme, ce tyran qui peut ruiner toute ma vie, la rendre stérile et la remplir de tristesse et d’amertume ! Savez-vous que de multiples services peuvent être accomplis par amour pour le Seigneur, dans le foyer, dans votre environnement quotidien ? Que d’occasions à saisir, tout à fait à votre portée, pour peu que vos yeux s’appliquent à les voir ! (Éph. 2. 10).

La petite fille du pays d’Israël n’éprouve pas seulement de la sympathie pour tous ceux qui souffrent dans ce foyer où elle sert, mais elle sait indiquer le remède efficace. Car elle a la certitude de la foi que, si Naaman se tenait devant le prophète, alors il le délivrerait de sa lèpre.

Malgré son exil, alors qu’elle était entourée de païens, sa foi d’enfant ne vacille pas, elle rend témoignage sans hésiter, en toute confiance. Ce n’est pas un long discours. Son message est simple, clair et précis, car elle connaît le prophète d’Israël. N’est-il pas en relation avec l’Éternel ?

Dieu bénit ces paroles de grâce de la petite servante. Malgré ses réticences orgueilleuses, Naaman est guéri. Il connaît le vrai Dieu et pourra à son tour être un canal de bénédictions pour d’autres. Si la petite fille disparaît de la scène, son témoignage a des conséquences pour la vie éternelle. Dieu en manifestera un jour les fruits.

Vous qui appartenez au Seigneur Jésus, vos cœurs sont-ils assez pénétrés par son amour pour que, spontanément, vous puissiez dire à une âme en détresse ou dans la souffrance : venez à Jésus, repentez-vous et croyez à l’évangile. Jésus est mort pour vous et Son sang purifie de tout péché. Jésus vous aime. « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités » (Ps. 103. 3).

Un seul verset de l’Écriture cité avec foi peut toucher une âme à salut. Que votre cœur en retienne quelques-uns pour les citer au moment opportun ! « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3. 36).

N’oublions pas la petite fille captive du pays d’Israël !

Les yeux ouverts (2 Rois 6. 8 à 23).

Le récit proposé à notre lecture commence par évoquer que le roi de Syrie faisait la guerre contre Israël. L’apôtre Jacques (4. 1 à 3) souligne que les guerres sont les conséquences du péché de l’homme. Elles étaient pour Dieu l’occasion de châtier Son peuple Israël à cause de ses infidélités, de son idolâtrie. Mais la présence du prophète Élisée agissant en grâce et en puissance au milieu de ce peuple démontrait encore toute la bonté et toute la patience de Dieu.

Le roi de Syrie établissait son camp en différents lieux en essayant d’y surprendre Joram et ses troupes. Mais Élisée avertissait le roi d’Israël de la présence de ses ennemis, là où ils campaient. Si le cœur de Joram ne paraissait pas sensible à de telles informations pour se tourner vers Dieu, la preuve était donnée qu’il y avait en Israël un prophète de l’Éternel.

Le cœur du roi de Syrie fut agité, car ses desseins sont dévoilés. Il ignore complètement que Dieu est à l’œuvre dans cette affaire. Il suppose plutôt que l’un de ses serviteurs le trahit. Dans sa perplexité, il les interroge en leur disant : « Ne me déclarerez-vous pas qui d’entre nous est pour le roi d’Israël ? Et l’un de ses serviteurs lui dit : personne, ô roi, mon seigneur ! Mais Élisée, le prophète qui est en Israël, déclare au roi d’Israël les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher » (2 Rois 6. 11 et 12).

Ainsi, le Dieu d’Israël qui pouvait guérir les lépreux, protégeait Son peuple. Les hommes orgueilleux ne réalisent pas que Dieu est au fait de toutes leurs voies, qu’Il discerne de loin leurs pensées et connaît leur cœur (Ps. 139. 3, 2, 23).

Alors le roi de Syrie n’a qu’un but, se saisir du témoin de Dieu qui le gêne et fait échouer ses tactiques. Sachant qu’Élisée se trouvait à Dothan, il y envoie des chevaux et des chars et de grandes forces pour s’emparer d’un seul homme. De nuit, ils encerclent la ville où demeurait l’homme de Dieu. Quelle folie de penser qu’une armée d’hommes, aussi bien équipée soit-elle, puisse s’opposer à Dieu, appelé souvent dans l’histoire d’Israël, l’Éternel des armées !

Élisée avait déjà vu, lors de l’enlèvement d’Élie, un char de feu et des chevaux de feu, le char d’Israël et sa cavalerie (2. 11 et 12). Il y a donc une autre armée, céleste et invisible, au regard des hommes. Ce sont des anges puissants en force que Dieu a placés maintenant comme un rempart de feu autour de son serviteur. « Les chars de Dieu sont par vingt mille, par milliers redoublés ; le Seigneur est au milieu d’eux » (Ps. 68. 17).

Savez-vous qu’un seul ange, en une nuit, peut détruire cent quatre-vingt-cinq mille hommes armés ? (És. 37. 36).

Et au commandement de Dieu, les anges sont toujours prompts à servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut (Héb. 1. 14). C’est alors que l’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre (Ps. 34. 7). Les anges peuvent donc être, selon le cas, sous l’autorité du Seigneur, soit des messagers de miséricorde, soit des exécuteurs de jugements.

Ils sont présents lorsque la loi est promulguée, lors de la naissance du Seigneur Jésus, et nous les retrouvons à son tombeau vide. Dans la scène que nous considérons, ils protègent le prophète et son jeune homme.

Nous pouvons admirer le calme parfait d’Élisée qui a mis toute sa confiance en Dieu. Nous ne le voyons pas prier pour lui-même. N’aurions-nous pas été effrayés dans de telles circonstances ? Le jeune homme qui servait Élisée est ébranlé et déclare : « Hélas ! mon seigneur, comment ferons-nous ? » (v. 15). Il a vu de bon matin l’armée puissante des Syriens entourant la ville. Il n’a pas le même degré de foi que son maître – ou que David lorsqu’il affirme : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je peur ? L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ?… Quand une armée camperait contre moi, mon cœur ne craindrait pas » (Ps. 27. 1 et 3).

Témoin de la détresse de ce jeune serviteur, Élisée lui dit : « Ne crains pas ; car ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux » (v. 16). Parole de grâce qui chasse l’angoisse et l’agitation de nos faibles cœurs si vite troublés !

Cher enfant, es-tu placé devant un obstacle qui paraît une montagne, une tentation subtile de l’ennemi, l’hostilité de ce monde moqueur, une souffrance subite, un deuil cruel ? Il y aura toujours pour toi cette parole apaisante si souvent citée dans l’Écriture : Ne crains pas. Pour tous ceux en qui le Saint Esprit habite, il est écrit : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jean 4. 4).

Par la foi Élisée connaît la puissante protection de l’Éternel des armées, alors que son jeune serviteur ne voit que les armées ennemies environnant la ville. C’est pourquoi l’intercession d’Élisée est nécessaire : « Éternel, je te prie, ouvre ses yeux afin qu’il voie » (v. 17). Il ne voyait que les choses de la terre et Dieu devait lui ouvrir les yeux sur la scène céleste, une montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée. Quelle vision glorieuse ! Des anges comme des flammes de feu gardant l’homme de Dieu contre ses ennemis.

« Ne sommes-nous pas « gardés par la puissance de Dieu et par la foi ? » (1 Pier. 1. 5). Et « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31). Élisée pria de nouveau en demandant à Dieu de frapper les Syriens de cécité (v. 18). Dieu lui répond, et il les conduisit à Samarie où il pria pour la troisième fois : « Éternel, ouvre les yeux à ces hommes, afin qu’ils voient » (v. 20). Et ils s’aperçoivent qu’ils étaient au milieu de Samarie. Le roi d’Israël est invité à les nourrir avant de les renvoyer dans leur pays. Quelle puissante leçon de la grâce ! Aucune bataille n’aurait pu obtenir de tels résultats puisque les Syriens ne revinrent plus en Israël.

Jésus n’a-t-il pas ouvert nos yeux sur notre misère pour nous sauver, nous donner la vie, nourrir nos âmes et nous mettre en liberté ?

Job pouvait demander à Dieu : « Ce que je ne vois pas, montre-le-moi » (34. 32). N’avons-nous pas besoin que Dieu nous ouvre les yeux pour voir Celui qui est pour nous à la droite de Dieu ? (2 Cor. 3. 18). Le psalmiste pouvait dire : « J’élève mes yeux vers toi qui habites dans les cieux » (Ps. 123. 1). C’est aussi le déploiement de toute la puissance divine, à la disposition de la foi, que nous pouvons contempler.

Puissions-nous voir toutes choses comme Dieu les voit ! Et que la requête de cet homme pieux soit aussi la nôtre : « Ouvre mes yeux, et je verrai les merveilles qui sont dans ta loi » (Ps. 119. 18).

Joas (2 Rois 11. 1 à 12 ; 2 Chron. 22. 10 à 12).

C’est d’un tout jeune garçon que nous désirons nous entretenir aujourd’hui. Cet enfant, dénommé Joas, quoique fils de roi, n’était pas exempt de malheur. Son père Achazia, roi de Juda, avait été tué sous le jugement solennel de Dieu, et sa grand-mère Athalie, voyant que son fils était mort, se leva et fit périr toute la semence royale pour usurper le trône. Seul Joas échappa à ce massacre, grâce à la foi énergique et au prompt dévouement de sa tante, qui déroba cet enfant et le cacha, lui et sa nourrice, dans la chambre à coucher. Il fut caché six ans auprès d’elle, dans la maison de l’Éternel, là où elle habitait avec son mari, le sacrificateur Jéhoïada.

Joas fut ainsi épargné de la cruauté d’Athalie, femme orgueilleuse et ambitieuse, sans scrupules et sans affections naturelles. Athalie régnait sur le pays. Instrument de Satan, elle commit tous les crimes : meurtre, idolâtrie, usurpation du trône.

Tout comme Moïse a été tiré des eaux du Nil par la fille du Pharaon, de même Joas a été sauvé de la mort par sa tante Jehoshéba, fille du roi de Juda, Joram.

Tous les efforts de Satan pour anéantir la sentence divine prononcée en Genèse 3. 15 ne peuvent aboutir. La semence de la femme doit briser la tête du serpent. Satan, le meurtrier dès le commencement et le père du mensonge, règne par la mort. Malgré tous les calculs pervers de l’ennemi, le conseil de Dieu s’accomplira à travers ce faible enfant, « fils de David ».

Il en est de même à Bethléhem lorsque Hérode, l’usurpateur, ordonne le massacre de tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans (Mat. 2. 13 à 18). Mais le véritable Roi des Juifs, Jésus, petit enfant, a été épargné. Certes Il est resté caché dans la crèche de Bethléhem, puis à Nazareth, ville méprisée de la Galilée car Il avait pris la forme d’esclave pour s’offrir en sacrifice expiatoire sur la croix. Et maintenant, ressuscité par la puissance de Dieu, Il est toujours caché au monde, ayant été élevé dans le ciel où la foi Le contemple.

Dieu a tout préparé pour la délivrance du « fils de David ». Jehoshéba est l’instrument de Dieu pour arracher cet enfant à ceux qui ont décrété de le faire périr.

Elle le prend comme Dieu nous prit du milieu des pécheurs. C’est la pure grâce de Dieu, la grâce souveraine. A côté de la source du mal, la source du bien, le remède. C’est à la croix que tout le mal est surmonté par le bien. « Là où le péché abondait, la grâce a surabondé » (Rom. 5. 20). Le moyen d’ôter le péché, l’Agneau de Dieu, sans défaut et sans tache, était préconnu dès avant la fondation du monde (1 Pier. 1. 19 et 20).

De même, le croyant caché par Dieu est en sécurité. Celui qui est humble n’est plus une cible pour l’ennemi, tandis que celui qui s’élève est à découvert et risque d’être la victime des dards enflammés du méchant. Dieu cache les Siens dans le secret et les nourrit, tout comme Joas a été caché avec sa nourrice dans la chambre à coucher, lieu du repos, de l’intimité, de la communion avec Dieu.

Dieu nous sauve et entretient la vie en Christ qu’Il nous a communiquée à la nouvelle naissance. « Car au mauvais jour, il me mettra à couvert dans sa loge, il me tiendra caché dans le secret de sa tente » (Ps. 27. 5). « Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col. 3. 3) et nous sommes nourris de l’amour de Christ, des choses d’en-haut. « Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut » (1 Pier. 2. 2 et 3).

Joas fut caché six ans auprès d’elle, dans la maison de l’Éternel. « Près de moi tu seras bien gardé », dit David à Abiathar (1 Sam. 22. 23). Jehoshéba ne confie à personne cet enfant dont elle prend soin. Joas occupe une place privilégiée, dans le sanctuaire, aimé, nourri et hors d’atteinte du cruel adversaire.

Telle était la part du jeune Samuel, qui a entendu la voix de l’Éternel dans Son temple. Puissiez-vous, réaliser ce que signifie le fait de vivre par la foi, dans le sanctuaire !

Lorsque Jésus fut élevé dans le ciel, Ses disciples étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu (Luc 24. 53). Dans la présence de Dieu, en communion avec Lui, nous jouissons des trésors inestimables que sont les richesses insondables du Christ, et nous nous adonnons à la prière, parlant avec Dieu comme un homme parle avec son ami.

Joas fut donc élevé en secret dans le temple jusqu’à sa septième année. Dieu veillait sur cet enfant qui pouvait trahir sa présence dans ce lieu de bien des manières. Mais outre la sagesse et le dévouement du sacrificateur et de son épouse, la foi comptant sur Dieu seul était en constant exercice. C’est au péril de leur vie qu’ils avaient caché cet enfant, sachant que les promesses de Dieu ne pouvaient que s’accomplir : une lampe serait donnée pour les fils de David, à toujours, à Jérusalem (1 Rois 11. 36 ; 15. 4 ; 2 Rois 8. 19). Joas était placé sous l’influence du pieux sacrificateur Jéhoïada et de sa compagne dévouée. Ne pouvait-il pas profiter de leur éducation, de leurs enseignements, de leurs conseils et de leur exemple ?

Et vous n’avez-vous pas des privilèges aussi excellents que Joas ? Vous êtes élevés dans la maison de Dieu, avec des parents croyants pour la plupart d’entre vous, qui lisent la parole de Dieu et prient avec vous. Vous assistez aux réunions d’assemblée, vous entendez fréquemment l’évangile. Vous fréquentez des enfants de Dieu et pouvez approcher des chrétiens âgés, expérimentés, ayant de l’intérêt pour votre âme. Comme vous êtes sollicités par l’amour du Seigneur Jésus ! L’un ou l’autre de nos jeunes lecteurs résisterait-il à Son appel pressant ?

Que cette parole de Jésus ait un écho dans votre cœur et votre conscience : « A quiconque il aura été beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé » (Luc 12. 48). Oui, les privilèges dont Dieu nous a comblés depuis notre tendre enfance sont grands ! Quelle sera notre réponse à tant de grâces ?

Le Seigneur Jésus est-il avec moi pour traverser les eaux agitées de ce monde et aller à l’autre rive ? Jésus est-il mon Sauveur ? Quelle place occupe-t-Il dans mon cœur, mes pensées et ma vie ? La foi de mes parents et de mes amis ne peut suffire. J’ai besoin d’une foi personnelle au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. La possèdes-tu, cher jeune lecteur ?

D’après La Bonne Nouvelle 1982

SONDEZ LES ÉCRITURES (5)

Samuel

Poursuivons le récit biblique de l’enfance de Samuel.

L’Éternel s’est souvenu d’Anne, de ses prières ferventes, de ses larmes abondantes. Il lui a accordé ce fils tant désiré. « Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, en qui il n’y a pas de variation ou d’ombre de changement » (Jac. 1. 17).

Cet enfant est maintenant l’objet des soins attentifs de sa pieuse mère qui reste à la maison pour l’élever jusqu’à son sevrage.

Anne peut désormais jouir avec reconnaissance du beau don de l’Éternel. Cet enfant ne lui rappelle-t-il pas chaque jour quelles sont les merveilleuses réponses du Dieu de grâce ? Que rendra-t-elle à Dieu pour un tel bienfait ? N’a-t-elle pas fait un vœu au temps de sa détresse et l’oublierait-elle maintenant qu’elle est comblée de joie ? Non, sa décision a été prise dans son cœur pour la gloire de Dieu et en vue du bien de son peuple qu’elle aime comme une vraie mère en Israël. Cet enfant doit paraître devant l’Éternel à Silo et habiter là pour toujours (1 Sam. 1. 22).

Dès que Samuel est sevré, c’est le moment de l’amener à la maison de l’Éternel avec des sacrifices. Il n’est possible de s’approcher de Dieu qu’en vertu d’un sacrifice sanglant.

Samuel est consacré à l’Éternel comme un vrai nazaréen, un fils de Lévi (Nomb. 8. 8 et 12). Les droits de Dieu sur cet enfant, fils unique et bien-aimé de sa mère, ont la priorité sur les affections légitimes de la nature humaine. « Pour tous les jours de sa vie, il est prêté à l’Éternel » (1 Sam. 7. 28).

« L’enfant se prosterna là devant l’Éternel », et cependant la Parole précise que l’enfant était très jeune. Dès sa plus tendre enfance, Samuel est un adorateur.

Le Seigneur, acclamé par des enfants dans le temple a cité ces belles paroles du Psaume 8 : « Par la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent, tu as établi ta louange » (Mat. 21. 16).

Rappelez-vous les paroles de ce cantique : « À Jésus, on ne peut être ni trop tôt, ni trop longtemps ». Vous aussi chantez les louanges du Seigneur Jésus. N’est-Il pas venu dans ce monde pour glorifier Dieu dans Sa vie et dans Sa mort ? Ne sommes-nous pas de ceux qu’Il a rachetés par Son sang précieux ? Chacun de nos lecteurs peut-il déclarer devant Dieu : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2. 20) ?

Au chapitre 2 du premier livre de Samuel, Anne prie de nouveau. Quelles que soient ses circonstances, Anne ne cesse de s’adresser à l’Éternel. Dans l’amertume de son âme ou dans la joie de son cœur, elle s’adonne à la prière. Quel exemple pour nous !

Lorsque tout paraît aller au gré de nos désirs, n’avons-nous pas tendance à nous relâcher dans l’intercession et les actions de grâces ? Anne exprime ici un cantique célébrant la délivrance que l’Éternel a opérée pour elle.

Maintenant sa détresse a pris fin, car un enfant lui a été donné. Son cœur reconnaissant loue Dieu pour ce qu’Il est, et pour ce qu’Il a fait.

Connaissons-nous Dieu comme Celui qui répond à nos prières et sommes-nous assez reconnaissants pour Ses réponses d’amour ? Celui qui compte les cheveux de notre tête, qui compte nos allées et venues (Ps. 56. 8) entre dans les plus petits détails de notre vie. Rien de ce qui nous concerne ne lui est indifférent. Sachons donc tout Lui confier avec foi : nos peines, nos craintes, nos soucis, nos travaux, nos désirs, nos joies, sans omettre de Lui confesser nos fautes.

N’est-il pas écrit : « Tu garderas dans une paix parfaite l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi » (És. 26. 3) ? En nous adressant à Dieu, ayons conscience de Sa grandeur, de Sa majesté tout en reconnaissant, en toute humilité, comme Abraham, que nous sommes « poussière et cendre » (Gen. 18. 27).

Comme le cœur d’Anne est rendu sensible, pour présenter à Dieu les nombreux motifs de sa louange ! Vous remarquerez qu’Anne s’égaie d’abord en l’Éternel comme nous-mêmes sommes invités à nous réjouir dans le Seigneur (Phil. 3. 1 et 4. 4).

Elle se réjouit aussi dans le salut de l’Éternel qui a exalté Sa puissance. Nous sommes aussi délivrés de l’ennemi de nos âmes, notre puissant adversaire, aussi bien que du jugement de Dieu, en vertu du sacrifice et de la mort du Seigneur.

Célébrons cette victoire chaque dimanche ! Puis la sainteté de Dieu est un des thèmes de la louange d’Anne (v 2). Dieu est séparé du mal sous toutes ses formes.

Ensuite elle célèbre la connaissance de Dieu qui pèse les actions des hommes (v. 3), Sa puissance (v. 6), Sa justice (v. 10).

Elle exalte aussi cette grâce insondable dont elle est l’objet (v. 8). De pauvres misérables pécheurs, sauvés par grâce, tirés de la poussière de la mort, sont unis à Jésus dans Sa gloire et régneront avec Lui.

Enfin les dernières notes de ce cantique sont à l’adresse de ce Roi tout-puissant qui est l’Oint de l’Éternel, le Seigneur Jésus Lui-même. Dieu prend en main la cause de Son peuple en donnant toute force et toute autorité à Son Oint. Vous pouvez comparer ce cantique avec les paroles de Marie en Luc 1. 46 à 55.

Anne et Elkana reviennent à Rama alors que Samuel, jeune garçon, sert l’Éternel en la présence d’Éli, le sacrificateur. Un tout jeune enfant peut donc déjà servir comme le faisait Samuel.

Faites le seul choix de la foi : vivre ici-bas pour servir le Seigneur. Toute autre occupation est vanité, car tout dans ce monde est gâté par le ver rongeur du péché, y compris les choses les plus belles.

Combien d’hommes ont fait des expériences amères et décevantes en pensant que le bonheur se trouvait dans les richesses, les honneurs, les plaisirs, les sciences, la technique. Non, tout est vanité et poursuite du vent.

Combien il importe, au commencement de votre vie, de connaître le vrai but que vous poursuivez ! Vivre pour le Seigneur ici-bas, c’est vivre pour Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité (2 Cor. 5. 15).

L’apôtre résume sa vie en une expression lapidaire que chacun de nous peut demander au Seigneur de graver dans son cœur : « Pour moi, vivre c’est Christ » (Phil. 1. 21). « Si Jésus remplit un cœur, il déborde de bonheur », et le monde n’a plus d’attrait pour lui.

Notez les différents passages où nous voyons Samuel servir ou se tenir devant l’Éternel (1 Sam. 1. 28 ; 2. 11, 18, 21 et 26 ; 3. 1).

Le secret d’une vie heureuse n’est-il pas de servir humblement Celui qui a donné Sa vie pour le rachat de nos âmes ?

Que pouvait donc faire cet enfant dans la maison de l’Éternel à Silo ? Des tâches en apparence bien insignifiantes comme celle d’ouvrir les portes de cette maison dès le matin (ch. 3. 15). Mais son activité était à la portée d’un enfant soumis qui servait l’Éternel devant Éli, le sacrificateur.

Fidèle dès son enfance dans les petites choses, il est ainsi préparé pour le service plus important que le Seigneur lui confiera plus tard lorsqu’il sera prophète de l’Éternel en Israël.

Enfants qui êtes « nés de nouveau », puissiez-vous vous exercer à servir le Seigneur dans les plus petits détails de la vie quotidienne ! « Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur… servant… en simplicité de cœur, craignant le Seigneur » (Col. 3. 23, 22).

Samuel

A l’aide de quelques expressions du chapitre 2 du premier livre de Samuel, nous souhaitons évoquer comment s’est effectuée la croissance du jeune garçon Samuel qui servait l’Éternel à Silo en la présence d’Éli, le sacrificateur.

Le développement harmonieux de cet enfant, à la piété précoce, trouve son explication dans l’expression du Psaume 92 : « Ceux qui sont plantés dans la maison de l’Éternel fleuriront dans les parvis de notre Dieu. Ils porteront des fruits encore dans la blanche vieillesse, ils seront pleins de sève, et verdoyants » (v. 13 et 14).

Et pourtant, les jours où vivait le jeune Samuel étaient bien sombres moralement. Car les fils d’Éli, le sacrificateur, qui exerçaient leurs fonctions à Silo, étaient des hommes impies qui ne connaissaient pas l’Éternel. Ils péchaient contre Dieu en portant une main profane sur ce qui Lui appartenait (v. 15 et 16), et contre le peuple en méprisant les droits de ceux qui venaient adorer (v. 13 et 14). Le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel (v. 17).

Éli réprouvait les méchantes actions de ses fils, cependant il manquait de vertu pour se séparer du mal (v. 22 à 25), et ainsi il en restait solidaire. Comme père, il aurait dû retenir ses fils iniques. Comme sacrificateur, il était responsable de maintenir la maison de l’Éternel exempte de souillure. Comme juge d’Israël, il aurait dû délivrer le peuple de l’oppression de ses fils.

Un avertissement solennel est donné par un homme de Dieu à Éli. Dieu annonce que son jugement est inexorable : les deux fils d’Éli mourront tous deux en un seul jour à cause de leur conduite dépravée. Écoutez ce décret du gouvernement de Dieu : « On ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7).

Dieu doit ajouter à Éli, outre le rappel des privilèges attribués à la sacrificature : « tu honores tes fils plus que moi ». Ce que Dieu lisait dans le cœur est mis en évidence. Et de plus : « ceux qui m’honorent, je les honorerai ; et ceux qui me méprisent seront en petite estime » (v. 30). La malédiction est prononcée sur la maison d’Éli à cause du déshonneur jeté sur le nom de l’Éternel.

Quel mauvais exemple avaient sous les yeux, à Silo, les israélites apportant leurs offrandes, et le jeune Samuel qui voyait les fils d’Éli chaque jour ! Que chacun d’entre nous s’interroge au sujet de sa conduite qui peut exercer une fâcheuse influence sur ceux qui l’observent et qui pourraient être scandalisés. Il ne suffit pas d’être à l’écoute des vérités divines, encore faut-il que notre cœur et notre conscience en soient pénétrés !

Vous voyez, dans le cas des fils d’Éli, à quel désastre peut aboutir un manque de fermeté dans l’éducation donnée par les parents. Sachez que le serviteur de Dieu est exhorté à bien conduire sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité, et cela pour le préparer à prendre soin de l’assemblée de Dieu (1 Tim. 3. 4 et 5).

« Samuel, jeune garçon, servait devant l’Éternel » (v. 18). Dieu approuvait ce que Samuel faisait chaque jour, accomplissant certes des tâches humbles, au service d’Éli. Comme tout enfant, il avait besoin d’être enseigné. Heureux enfant, dans l’enceinte du temple, réjouissant le cœur de Dieu ! Ce qui est faible, sans apparence aux yeux des hommes, peut être d’un grand prix devant Dieu.

Les hommes ne percevront peut-être pas ces bonnes œuvres, mais Dieu les voit, les connaît, les apprécie, car elles sont accomplies par amour pour le Seigneur. « Dieu a choisi les choses faibles du monde… celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 27 à 29).

« Samuel était ceint d’un éphod de lin. Et sa mère lui faisait une petite robe et la lui apportait d’année en année quand elle montait avec son mari pour sacrifier le sacrifice annuel » (v. 18). Tout jeune, Samuel portait le vêtement du sacrificateur. Il se tenait debout devant Dieu, à la place de la maison d’Aaron, tombée en ruine entre les mains d’Éli et de ses fils.

Dieu doit être servi dans Son sanctuaire, le lieu de Sa sainte présence. Il est intéressant de noter comment la mère de Samuel veillait avec soin à pourvoir son fils, chaque année, d’une petite robe. Ce vêtement devait s’adapter à sa nouvelle stature. Comme il importe que votre mère exerce aussi à votre égard ces soins pieux correspondant à votre croissance spirituelle ! Le cœur d’une mère attachée au Seigneur veillera avec prières au développement spirituel de son enfant.

Timothée eut le privilège d’être entouré de ces soins maternels, lui qui, dès l’enfance, connaissait les saintes lettres. Il avait atteint la stature de l’homme de Dieu accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre (2 Tim. 3. 15 à 17).

La Parole de Dieu avait nourri et formé l’homme de Dieu. « Et le jeune garçon Samuel grandissait auprès de l’Éternel » (v. 21). Voilà le secret de la croissance de cet enfant ! L’atmosphère convenable pour un développement spirituel, c’est bien la présence de l’Éternel. N’est-ce pas l’intimité avec Dieu indispensable pour pouvoir bien Le servir plus tard au sein de Son peuple ?

Enfin nous lisons au verset 26 : « Et le jeune garçon Samuel allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes ». Comme une plante que le jardinier arrose et soigne avec diligence, lui procure par sa croissance et son épanouissement une réelle satisfaction, ainsi il plaît à Dieu que notre âme fasse des progrès dans la jouissance de toute Sa faveur et de toute Sa grâce.

Lorsque nous sommes rachetés, Dieu S’occupe de nourrir nos âmes par la Parole de Dieu en vue de notre accroissement. Il y avait sans doute sur le visage de Samuel quelque reflet de l’atmosphère du sanctuaire dans lequel il vivait dans la proximité de Dieu. Et cela était aussi agréable aux hommes qui ne manquaient pas de constater les effets de la présence de Dieu sur cet enfant.

Cela rappelle aussi ce que l’évangile de Luc rapporte du Seigneur Jésus, lors de son enfance : « Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (Luc 2. 52). En Jésus tout est parfait quant à Sa croissance.

Fixons nos yeux sur Lui seul. Le témoignage devant les hommes est toujours précédé par la vie de communion dans le secret de la présence de Dieu.

Cher enfant, quelle satisfaction Dieu éprouve-t-Il dans ta vie actuelle ?

Samuel

Nous avons considéré quelques traits de la piété précoce de Samuel. Il allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes. Il servait l’Éternel devant Éli, apprenant ainsi à renoncer à sa propre volonté pour faire la volonté d’un autre.

La soumission de Samuel aux instructions d’Éli, le sacrificateur, le préparait à une relation personnelle avec l’Éternel. C’est au chapitre 3 du premier livre de Samuel que nous lisons l’un des récits les plus intéressants de son enfance : il entend l’appel de l’Éternel.

Alors que Samuel, jeune garçon, se tenait dans la présence de l’Éternel à Silo, le peuple d’Israël connaissait des temps bien difficiles caractérisés par cette expression : « La parole de l’Éternel était rare en ces jours-là : la vision n’était pas répandue » (v. 1). Dieu gardait le silence. Il y avait une famine spirituelle en Israël.

Les yeux du sacrificateur âgé commençaient à être troubles ; il ne pouvait voir : image de la condition spirituelle de la nation qui ne pouvait discerner le bon et droit chemin. Toutefois la lampe de Dieu n’était pas encore éteinte. Même dans les époques les plus sombres, Dieu maintient un témoignage pour Lui-même, aussi faible soit-il.

N’oublions jamais que Dieu veut nous occuper en tout temps de Celui qui sera comme la lumière du matin, quand le soleil se lève, un matin sans nuages (2 Sam. 23. 4).

Tout en servant l’Éternel, Samuel se reposait dans le temple, là où était l’arche de Dieu. C’est auprès du propitiatoire aspergé de sang que l’âme peut se reposer, à l’ombre des ailes du Tout-Puissant. Dieu est rendu propice en vertu du sang de la victime. Il peut rencontrer le pécheur qui s’approche de Lui par la foi au sang de Christ.

Tous les conseils de Dieu ont été accomplis en Christ, en qui Dieu a été manifesté en chair. Là où Dieu Se repose, le racheté trouve aussi son repos. Le temple du Dieu vivant n’est-il pas là où Dieu déclare : « j’habiterai au milieu d’eux, et j’y marcherai, et je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » ? (2 Cor. 6. 16)

Dans le silence solennel de la nuit, l’Éternel appelle Samuel. Il se révèle à lui personnellement pour la première fois.

Jusqu’à ce jour, deux choses manquaient à Samuel : « il ne connaissait pas encore l’Éternel, et la parole de l’Éternel ne lui avait pas encore été révélée » (v. 7). Samuel n’avait pas eu de relation personnelle, intime, avec l’Éternel. Certes, il avait entendu parler de Lui par sa mère, son père, et par Éli le sacrificateur. Il savait ce que l’Éternel avait fait pour son peuple, le délivrant de ses ennemis. Il l’avait servi devant Éli, à Silo, dans Son sanctuaire, assistant au culte qui lui était rendu. Tout jeune, il s’était prosterné devant Lui. Mais il n’avait-pas encore eu affaire à Lui personnellement. Dieu ne lui avait pas encore parlé directement.

Quelle impression cette voix de l’Éternel fit-elle sur le cœur de Samuel ? Une voix l’appelant par son nom, à quatre reprises (v. 4, 6, 8, 10) ! Et pour marquer une insistance, à la quatrième occasion, l’enfant est appelé deux fois par son nom : Samuel ! Samuel ! (v. 10).

Dans des circonstances de toute importance, Dieu utilise cette répétition d’un nom pour annoncer une divine et solennelle communication. C’est le cas pour Abraham (Gen. 22. 11), Jacob (Gen. 46. 2), Moïse (Ex. 3. 4), Marthe (Luc 10. 41), Simon (Luc 22. 31), Saul (Act. 9. 4).

Ainsi certains d’entre vous sont sauvés par grâce ; mais connaissez-vous votre Sauveur ? Avez-vous entendu l’appel d’un Dieu de grâce se révélant à vous personnellement ? Cette voix peut se faire entendre de bien des manières : par un verset de la Parole lu individuellement, en famille ou en assemblée, par une strophe de cantique, par une circonstance toute particulière où votre âme a été saisie par un appel direct de Dieu.

Que Dieu nous donne des oreilles pour entendre, des yeux pour voir, un cœur disposé à L’aimer et à Lui obéir ! C’est alors qu’Il pourra se révéler et nous demander ce qu’Il veut.

Il importe que le Saint-Esprit grave dans nos cœurs la réponse de Samuel à l’Éternel, pour que nous sachions à notre tour nous l’approprier par la foi : « Parle, car ton serviteur écoute » (v. 10).

Marie de Béthanie montre aussi de telles dispositions de cœur. S’étant assise aux pieds de Jésus, elle écoutait Sa parole (Luc 10. 39). « Bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11. 28).

Malgré sa jeunesse et sa faiblesse, l’enfant Samuel est choisi pour servir l’Éternel et recevoir Ses communications (Ps. 25. 12). Il sera le dépositaire des pensées de l’Éternel. La mission d’un prophète n’est-elle pas de connaître les paroles de l’Éternel et de les transmettre ?

Quel message chargé de terribles malédictions tombe dans ces jeunes oreilles ! Il renferme ce que l’homme de Dieu avait annoncé à Éli au chapitre 2, c’est-à-dire le jugement divin sur sa maison. La parole prophétique, rompant le silence des années, mettait de nouveau le peuple en relation avec Dieu.

Le ministère du prophète entraînait de la souffrance, car il devait dévoiler le péché et la folie du peuple de Dieu avec leurs conséquences. Mais il révélait aussi le cœur de Dieu dans son amour invariable envers le peuple. De plus, il annonçait le jour de la manifestation de la gloire de Dieu.

Nous comprenons que Samuel craignait de rapporter sa vision à Éli (v. 15). Mais il est un fidèle témoin communiquant toutes les paroles de l’Éternel, comme le fera plus tard Paul aux anciens de l’assemblée à Éphèse (Act. 20. 20), ne cachant rien des choses qui étaient profitables. Quel message douloureux pour le cœur d’Éli, qui se soumet aux justes décrets de l’Éternel !

Le Seigneur Jésus a été ici-bas le témoin fidèle et véritable au milieu de Son peuple et cela Lui a coûté la vie. Nous aussi nous pouvons être de vrais témoins pour le Seigneur, aujourd’hui, là où Il nous a placés.

Le Seigneur n’a-t-il pas dit à Ses disciples avant de les quitter : « Vous serez mes témoins… jusqu’au bout de la terre » (Act. 1. 8), « Vous êtes la lumière du monde » … « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes » (Mat. 5. 13 et 16) ? Mais prenons garde que nos actes ne détruisent pas les effets produits par nos paroles. « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus » (Col. 3. 17).

Pour la troisième fois, l’Écriture rapporte que Samuel grandissait (v. 19). Sa croissance dans la maison de Dieu est harmonieuse jusqu’à ce qu’il atteigne la pleine stature de l’homme de Dieu.

Et il est ajouté que l’Éternel était avec lui. Il savait quelles bénédictions découlaient de la présence de l’Éternel. Vivre dans le secret avec Lui pour être ensuite manifesté comme un témoin et un serviteur fidèle – il n’y a rien de plus précieux pour une âme simple et obéissante que la présence réalisée du Seigneur.

Samuel ne laissa tomber à terre aucune des paroles de l’Éternel (v. 19). De quel prix elles étaient pour son cœur et quels effets elles pouvaient produire par la puissance du Dieu vivant ! « Et tout Israël… sut que Samuel était établi prophète de l’Éternel » (v. 20). Son cœur était assez large pour embrasser tout le peuple. « L’Éternel se révélait à Samuel, à Silo, par la parole de l’Éternel » (v. 21).

Si Samuel a été un serviteur de Dieu remarquable, n’oublions pas que tout a commencé dans les jours de sa jeunesse, quand il servait l’Éternel en secret.

I-Cabod

Nous avons relaté quel était le contenu solennel et pénible du premier message dont fut chargé Samuel par l’Éternel. A la demande d’Éli, Samuel lui rapporta toutes les paroles de l’Éternel et ne les lui cacha pas.

Dieu déclare : « Je vais juger sa maison [celle d’Éli] pour toujours, à cause de l’iniquité qu’il connaît, parce que ses fils se sont avilis et qu’il ne les a pas retenus » (1 Sam. 3. 13).

Apprenant le terrible verdict, Éli, entièrement dévoué à Dieu et à son service, accepte sans un murmure le jugement divin sur lui-même et sur ses fils impies. Éli dit : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui est bon à ses yeux » (3. 18). Il se courbe sous le gouvernement de Dieu auquel sont soumis tous les hommes, et les croyants en particulier, selon Galates 6. 7 et 1 Pierre 4. 17. Quelle dure discipline pour Éli ! Ne sommes-nous pas aussi exhortés à nous humilier sous la puissante main de Dieu ? (1 Pier. 5. 6)

Si la vie de sainteté de parents pieux peut bien influencer les enfants à la maison, rappelons que la foi n’est pas héréditaire. Elle ne se transmet ni par le sang, ni par la volonté de la chair, ni par la volonté de l’homme. Dieu seul la communique (Jean 1. 13).

Quoique les parents puissent s’appliquer à craindre Dieu, à marcher dans Ses voies, leur relation avec Dieu n’est pas une garantie que leurs enfants soient sauvés, mis à l’abri du jugement divin.

Sans oublier la promesse divine d’Actes 16. 31, chacun a une responsabilité personnelle et est sauvé ou perdu selon sa propre attitude à l’égard de Dieu, son acceptation ou son refus de la grâce de Dieu offerte en Jésus, le Sauveur. Cher jeune lecteur, as-tu cru au Seigneur Jésus pour être sauvé ?

Parfois les enfants élevés dans un foyer chrétien se débarrassent de toute contrainte au cours de leur adolescence et ne marchent plus dans la voie de la crainte de Dieu enseignée par leurs parents. Ils s’estiment ainsi libérés des « fictions » de l’enfance.

Mais la triste tragédie des enfants d’Éli, c’est qu’ils continuaient à exercer leurs offices religieux dans le temple, tout en persévérant dans leur conduite scandaleuse et dans leur incrédulité. « Le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel » (2. 17). Il ne pouvait qu’attirer le jugement de Dieu prompt et irrévocable sur leur tête.

C’est au chapitre 4 du premier livre de Samuel que sont présentés tout à la fois la ruine et le jugement de la sacrificature, aussi bien que du peuple Israël.

N’oublions jamais que toute parole de Dieu s’accomplit inévitablement, soit en bénédiction, soit en jugement. « Ce que Samuel avait dit arriva à tout Israël » (4. 1).

Les deux fils d’Éli n’étaient pas les seuls coupables, mais toute la nation devait être châtiée, Dieu se sert pour cela des Philistins, ces ennemis acharnés du peuple de Dieu, qui demeuraient dans les limites du pays de Canaan.

N’évoquent-ils pas ceux qui, tout en portant le titre de chrétiens, car ils ont été baptisés, n’ont pas la vie de Dieu ? Ne rappellent-ils pas ces ennemis de la croix de Christ ?

Israël essuie une première défaite devant les Philistins qui frappent environ quatre mille hommes : n’a-t-on pas souvent exprimé : Il n’y a point de peuple aussi faible que le peuple de Dieu lorsque Dieu l’abandonne ?

Israël s’engage follement dans la bataille, sans consulter l’Éternel. Et plutôt que de s’humilier devant Dieu à cause de la victoire de l’ennemi et pour leurs péchés, les anciens du peuple croient pouvoir obliger l’Éternel à combattre pour eux en déplaçant sur le champ de bataille l’arche de l’alliance. N’avait-elle pas autrefois frayé un chemin au peuple à travers le Jourdain, et les murs de Jéricho ne tombèrent-ils pas, après qu’on en eut fait le tour sept jours durant avec cette même arche ?

Mais maintenant la volonté propre du peuple s’affirme, il veut dans sa témérité transporter l’arche au sein de l’armée. Les formes religieuses lui suffisent et il oublie que Dieu est saint et ne peut en aucun cas tolérer le mal.

De plus, les deux fils rebelles d’Éli accompagnent l’arche de l’Éternel des armées qui siège entre les chérubins, défenseurs de la sainteté de Dieu. Mais « Israël fut battu… la défaite fut très grande, et il tomba d’Israël trente mille hommes de pied. Et l’arche de Dieu fut prise, et les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, moururent » (4. 10 et 11).

Puis Éli, dont le cœur tremblait pour l’arche de Dieu, lorsque le messager lui annonça qu’elle était prise, tomba à la renverse, se brisa la nuque et mourut, âgé de quatre-vingt-dix-huit ans. Le jugement de Dieu s’exécute, comme l’homme de Dieu et Samuel l’avaient prédit. Comme est misérable la fin des deux méchants fils d’Éli, en un seul jour ! Que cela nous incite à craindre toujours plus notre Dieu, ayant en horreur le mal et tenant ferme au bien (Rom. 12. 9) !

Maintenant, c’est la belle-fille d’Éli, femme de Phinées, qui meurt en mettant au monde un fils, qu’elle appelle I-Cabod, signifiant : « où est la gloire ? », ou « privé de gloire ».

Voilà un nom évoquant cette triste journée où il y a quatre morts dans la famille du grand sacrificateur ! Et elle dit : « La gloire s’en est allée d’Israël, car l’arche de Dieu est prise ». Cette femme de foi est très sensible au fait que l’arche soit entre les mains des ennemis d’Israël. I-Cabod rappellera ce désastre et proclamera la ruine d’Israël.

Ce n’est pas sa propre détresse qui l’absorbe, ni l’enfant qu’elle va laisser orphelin, non, c’est la gloire du Dieu d’Israël, le déshonneur jeté sur Son Nom. Pour elle, l’arche est le symbole de l’alliance de Dieu avec Son peuple, le témoignage de Sa présence, le réceptacle de Sa loi. Voilà ce qui constituait la vraie gloire de Dieu en Israël ! I-Cabod entre dans la vie, n’ayant sans doute qu’un frère (14. 3), néanmoins était-il remis aux soins de Celui qui est le Père des orphelins.

Pour nous aussi, témoins de la fin, reconnaissant nos infidélités, ne sommes-nous pas dans l’opprobre avec le peuple de Dieu ? Du côté de l’homme tout est perdu, ruiné par le péché. Inclinons-nous sous le jugement de Dieu, en appréciant Sa sainteté et Sa fidélité, car la victoire des ennemis de Dieu sera de courte durée. Sa grâce triomphera de tout, lorsqu’elle nous ouvrira les portails éternels de la gloire.

David

C’est de l’enfance de David, un homme selon le cœur de Dieu (1 Sam. 13. 14), que nous souhaitons vous entretenir ce mois-ci.

L’Écriture rapporte des faits instructifs du temps de sa jeunesse, car Dieu veut nous montrer comment Il choisit et prépare Ses serviteurs, en secret, avant de les produire en public.

Puissiez-vous apprendre de vraies leçons à l’école de Dieu dès votre jeune âge, obéir comme Joseph, servir comme Samuel et être courageux comme David.

Le prophète Samuel menait deuil sur Saül parce que l’Éternel s’était repenti de l’avoir établi roi sur Israël (1 Sam. 15. 35). Saül avait agi follement, n’ayant pas gardé le commandement de l’Éternel, aussi était-il rejeté comme étant le roi selon la chair. Un autre roi va être oint selon la grâce. C’est David, dont le nom signifie « Bien-aimé », type de Christ dont Dieu a pu déclarer : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (Luc 3. 22).

Samuel est chargé de cette mission d’établir le nouveau prince sur Israël. Dieu l’envoie avec ces paroles : « Remplis ta corne d’huile, et va : je t’enverrai vers Isaï, le Bethléhémite ; car j’ai vu parmi ses fils un roi pour moi… Et tu appelleras Isaï au sacrifice, et moi je te ferai savoir ce que tu auras à faire, et tu oindras pour moi celui que je te dirai » (16. 1 et 3).

Il suffit au serviteur d’être dépendant et obéissant, et Dieu se charge de tous les détails. Les paroles de l’Éternel enlèvent toute crainte dans le cœur du vieux prophète qui s’engage avec confiance dans le chemin où Dieu le conduit.

Samuel arrive Bethléhem où se trouvent Isaï et ses fils. Quel est le fils choisi par l’Éternel, pour l’oindre au milieu de ses frères ?

Sera-ce l’aîné, Éliab, homme de belle apparence ? Saül n’était-il pas un homme d’élite et beau ? Il n’y avait aucun des fils d’Israël qui fût plus beau que lui (9. 2).

Samuel a besoin d’être repris par Dieu qui discerne les pensées spontanées de son cœur : « Ne regarde pas son apparence, ni la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté ; car l’Éternel ne regarde pas ce à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur » (16. 7).

Voilà une grande leçon ! Ce ne sont pas les avantages extérieurs, force, beauté, grandeur, intelligence, richesses, qui importent avant tout pour Dieu. Rappelons que Dieu regarde à l’état de nos cœurs, aux motifs qui nous font agir, pour apprécier nos cœurs et nos actes, alors que l’homme cherche à paraître. Ce qui plaît à Dieu, c’est un cœur humble, soumis, qui se confie en Lui et Le craint.

Isaï fait passer alors ses sept fils devant Samuel qui doit dire : « L’Éternel n’a pas choisi ceux-ci » (16. 10). Étonné, Samuel doit demander : « Sont-ce là tous les jeunes gens ? » Le père répond : « Il reste encore le plus jeune, et voici, il paît le menu bétail ». Samuel demande qu’on le fasse venir, et c’est bien lui qui est oint au milieu de ses frères. Le moins estimé, celui qui avait été oublié et que l’homme n’aurait pas choisi, Dieu le retient comme l’homme selon Son cœur.

Dans le cœur de David habitait une foi profonde et vivante. Il était « beau à Dieu » comme Moïse, selon Actes 7. 20. « Il avait le teint rosé, avec de beaux yeux et était beau de visage ». Nos pensées ne se concentrent-elles pas aussi vers le Roi de gloire : « Tu es plus beau que les fils des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres » ? (Ps. 45. 2)

C’est un humble berger que Dieu a choisi pour être le berger d’Israël. Il s’occupe d’un troupeau pour le soigner, le nourrir et le protéger contre ses ennemis. C’est avec des instruments du berger qu’il abattra Goliath, et plus tard, il paîtra les brebis de l’Éternel. Au péril de sa vie, n’avait-il pas délivré un mouton de la patte du lion et de la patte de l’ours ? (17. 34 à 37) Il connaissait toute la peine qu’éprouvait le berger en allant chercher une seule brebis perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée (Luc 15. 4).

Et il pouvait même être musicien du roi, tout en allant et revenant d’auprès de Saül pour paître le menu bétail de son père à Bethléhem (17. 15) – activité obscure dont il s’acquittait avec humilité et dévouement sans se laisser griser par les honneurs de la cour royale.

Par l’onction d’huile, David est consacré à l’Éternel et désigné comme roi sur Israël, en accord avec la prophétie de Jacob qui attribue la royauté à Juda, en Genèse 49. 8 à 12.

Et à travers David, nos pensées s’élèvent vers le Seigneur Jésus, à propos duquel l’ange déclare à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1. 32 et 33).

Et bientôt tout genou se ploiera devant Lui et tous les êtres créés proclameront qu’Il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Phil. 2. 10 et 11).

En relation avec l’onction d’huile, figure du Saint Esprit, on peut rappeler comment Dieu signale son Fils bien-aimé à Jean le Baptiseur au Jourdain : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre, et demeurer sur lui, c’est Celui-là qui baptise de l’Esprit Saint » (Jean 1. 33).

Et nous ne pouvons pas omettre cette belle expression du Psaume 45. 7 « Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons ». Ésaïe lui-même, parlant du rejeton du tronc d’Isaï, c’est-à-dire de Christ, déclare : « l’Esprit de l’Éternel reposera sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel » (ch. 11. 1 et 2).

Le Saint Esprit, agissant en nous avec puissance, nous poussera à rendre témoignage aux gloires de Christ devant le monde.

L’Esprit de l’Éternel saisit David, depuis le jour où il fut oint par le prophète, et dans la suite (16. 13). Il sera enseigné et conduit par cet Esprit de puissance, d’amour et de sagesse.

Le doux psalmiste d’Israël composera, par l’Esprit, ces nombreux psaumes qui constituent le cœur des Écritures et qui ont été en consolation à tant de générations de croyants.

Par contre, l’Esprit de l’Éternel se retira de Saül qui était troublé par un mauvais esprit. C’est pour Dieu l’occasion d’amener David, jeune joueur de harpe, à la cour du roi. Et Saül était soulagé et se trouvait bien.

L’école de Dieu durera encore quelques années pour David et il attendra avec patience et dans la souffrance le moment de Dieu pour s’asseoir sur le trône. C’est l’épreuve de la foi qui produit la patience. « Mais que la patience ait son œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis, ne manquant de rien » (Jac. 1. 3 et 4).

Nous aussi, nous sommes à l’école de Dieu, et cela peut sembler une longue et dure discipline, mais n’oublions jamais que le Maître qui nous éduque est débonnaire et humble de cœur. Oui, le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux.

David

Nous avons souligné, le mois dernier que David, avant de recevoir la couronne de la part de Dieu, a été formé à l’école de Dieu pendant de longues années.

Il était L’oint de l’Éternel, et cependant sa foi devait être éprouvée pour que cet homme de Dieu serve au conseil de Dieu en sa propre génération (cf. Act. 13. 36).

Dieu n’a-t-il pas déclaré : « J’ai trouvé David… un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté » ? (Act. 13. 22) Voilà l’homme que Dieu avait préparé dans le secret pour l’établir roi sur Son peuple !

Au moment où David est choisi pour jouer de la harpe à la cour du roi, il est dit de lui que « l’Éternel est avec lui » (1 Sam. 6. 18). Une expression semblable est appliquée au Seigneur Jésus : « Dieu était avec lui » (Act. 10. 39). C’est la marque de l’approbation de Dieu, que David aimait et servait jour après jour.

Le chapitre 7 du premier livre de Samuel, évoque un nouveau rassemblement des armées des Philistins pour faire la guerre contre Israël dans la vallée d’Éla.

Cette fois les Philistins ont dans leur camp un champion redoutable, un géant fameux d’environ trois mètres de haut, habillé de métal de la tête aux pieds. Il se nomme Goliath. Il était aussi fort que grand. Sa lance, son javelot et son épée, armes offensives, sont adaptées à sa taille. La vue d’un tel colosse aussi bien armé ne peut qu’effrayer les pauvres Israélites qui devaient s’estimer comme des « sauterelles à leurs yeux » (Nomb. 13. 34).

Rempli d’orgueil, Goliath s’avance vers les troupes rangées des Israélites et lance son défi insolent : « Choisissez-vous un homme, et qu’il descende contre moi. S’il est capable de combattre avec moi et qu’il me tue, nous serons vos serviteurs ; et si moi j’ai l’avantage sur lui et que je le tue, c’est vous qui serez nos serviteurs » (v. 8 et 9).

A l’ouïe de cette voix terrible, Saül et tout Israël tremblent de frayeur. Et c’est l’occasion pour le fier Philistin d’ajouter : « Moi, j’ai outragé aujourd’hui les troupes rangées d’Israël » (v. 10). Mais, en outrageant le peuple de Dieu, il jette un défi à Dieu lui-même. Personne en Israël n’ose affronter en combat singulier ce cruel adversaire. L’Esprit de l’Éternel s’était retiré de Saül à cause de ses péchés. Il ne peut qu’être effrayé en présence de son ennemi.

Que représente Goliath ? N’est-il pas une figure de Satan, le grand ennemi qui tient les hommes sous son esclavage et sa terreur, à cause du péché ?

Sans la foi, personne, aucun homme ne peut lutter contre Satan et le vaincre, car l’homme est pécheur. Quelle domination cruelle est exercée par cet adversaire qui asservit l’homme par la crainte de la mort ! (Héb. 2. 15).

Il nous rappelle ce monstre des eaux, le léviathan que l’Éternel décrit à Job ! « Même à sa vue, n’est-on pas terrassé ? Son cœur est dur comme une pierre… Quand il se lève, les forts ont peur, ils s’enfuient saisis d’épouvante » (Job. 41. 1, 15 et 16).

Satan entraîne ses victimes à l’abîme de la seconde mort. Ne sous-estimons pas sa puissance, soit par la séduction, soit par la violence !

Pendant ce temps, David allait et revenait d’auprès de Saül pour paître le menu bétail de son père à Bethléhem (v. 15). Avec l’humilité de la foi, David sert fidèlement dans la sphère où il est placé. Les tâches les plus obscures, dans les champs de Bethléhem ne le rebutent pas. Quelle leçon d’humilité et de dévouement pour chacun de nous !

Les trois frères aînés de David sont à la guerre avec Saül. Quoique passés les premiers devant Samuel, ils n’avaient pas été choisis par l’Éternel. Maintenant, ils ne sont pas capables de sauver le peuple de la domination écrasante des Philistins. Et sur le champ de bataille, eux aussi ne se distinguent pas des autres, et ils tremblent devant Goliath.

Désirant être informé touchant le bien-être de ses fils absents et en péril, Isaï envoie promptement David auprès de ses frères, avec des provisions.

Comme Joseph autrefois, envoyé par son père auprès de ses frères, David obéit aussitôt et se lève de bonne heure le matin pour accomplir sa mission.

Le Seigneur Jésus lui-même, serviteur parfait des conseils de Dieu, n’a-t-il pas dit : « Voici, je viens… pour faire, ô Dieu, ta volonté » ? (Héb. 10. 7). Écoutons les paroles du Seigneur lui-même : « Je suis descendu du ciel… pour faire… la volonté de celui qui m’a envoyé (Jean 6. 38).

Après avoir laissé aux mains de celui qui gardait les bagages les objets qu’il portait, David courut vers la ligne de bataille. Il interroge ses frères touchant leur bien-être. C’est alors qu’il entend l’outrage du champion philistin à l’adresse d’Israël. Il assiste consterné à la fuite empressée des hommes d’Israël qui ont très peur.

Ce spectacle, loin de le laisser indifférent, le remplit d’indignation et de douleur, car ce défi de l’orgueilleux Philistin est lancé, matin et soir, depuis quarante jours. En même temps, David n’est-il pas animé de l’ardent désir de revendiquer les droits de l’Éternel en face de cet ennemi outrageux auquel personne, en Israël, ne s’est encore mesuré jusqu’ici ? La frayeur même des troupes d’Israël ne jetait-elle pas le déshonneur sur le nom de l’Éternel ?

Nous aussi, alors que nous professons appartenir au Seigneur, chaque fois que nous cédons à Satan, à quelque convoitise s’allumant dans notre cœur, le nom du Seigneur est méprisé. Nous enregistrons une défaite.

Ce n’est pas seulement deux fois par jour que nous avons à lutter contre notre terrible ennemi qui utilise le monde autour de nous et la chair en nous, c’est-à-dire le vieil homme, notre mauvaise nature, pour nous vaincre. Pierre nous avertit par ces paroles : « Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi » (1 Pier. 5. 8 et 9).

Terrorisés, les hommes d’Israël dirent : « Avez-vous vu cet homme-là qui monte ? car c’est pour outrager Israël qu’il est monté ». Et ils énumèrent les récompenses promises par Saül, richesses et honneurs, à celui qui vaincrait ce géant. Malgré cela, personne n’avait le courage de se mettre en avant, exposant sa propre vie pour affronter ce redoutable adversaire.

Pour faire l’œuvre de Dieu, le seul motif de la récompense de Saül ne suffit pas. Seuls comptent la gloire de Dieu et le bien de Son peuple. David, dans sa foi profonde, éprouve cela et l’exprime par ces paroles : « Que sera-t-il fait à l’homme qui aura frappé ce Philistin-là, et qui aura ôté l’opprobre de dessus Israël ? Car qui est ce Philistin, cet incirconcis, pour outrager les troupes rangées du Dieu vivant ? » (v. 26).

David n’est pas arrêté par la force du géant, sa haute stature, sa puissante armure. Pour lui, c’est un ennemi du peuple de Dieu, qui est couvert de honte par ces outrages répétés. Dieu lui-même est offensé. David, dans sa foi pleine de hardiesse, sait très bien que le Dieu vivant est tout-puissant pour abattre ce cruel adversaire.

Si quelque chose est impossible pour l’homme, rappelons-nous que « toutes choses sont possibles pour Dieu » et que « toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 10. 27 et 9. 23).

David

Nous nous sommes arrêtés, la dernière fois, au moment où le jeune David se présente sur le champ de bataille, apportant à ses frères les provisions de son père.

Son langage le fait reconnaître comme ayant en vue la gloire de Dieu : il est sensible aux outrages que Goliath, ce Philistin, cet ennemi, inflige aux troupes rangées du Dieu vivant.

Mais le langage de la foi irrite toujours la chair. Éliab, le frère aîné, entend les propos de David et sa colère s’embrase contre lui : « Pourquoi donc es-tu descendu ? et à qui as-tu laissé ce peu de brebis dans le désert ? Je connais, moi, ton orgueil et la méchanceté de ton cœur ; car c’est pour voir la bataille que tu es descendu » (1 Sam. 17. 28).

Son mépris et ses sarcasmes à l’égard de son jeune frère ne sont-ils pas dictés par l’envie et la jalousie ? Cela ne rappelle-t-il pas les frères de Joseph en Genèse 37, ou les frères de Jésus qui ne croyaient pas en lui ? (Jean 7. 5)

Mais David, par une réponse pleine de douceur (Prov. 15. 1), montre que la crainte de Dieu habite son cœur.

Vous aussi qui obéissez à la Parole de Dieu, vous risquez fort d’être taxés d’orgueilleux, ayant des prétentions à être meilleurs que les autres. Selon ce qu’exprime 1 Pierre 2. 12, la conduite honnête des croyants parmi les nations n’empêche pas des médisances ou des calomnies à leur sujet. Dieu le permet pour briser notre propre volonté, afin que nous comptions sur Lui seul.

Maintenant, c’est Saül qui est informé des paroles de David, et il le fait venir auprès de lui. L’occasion est alors donnée à David d’affirmer clairement, par la foi, son désir de délivrer Israël de son cruel ennemi.

Avec une entière confiance en Dieu et une ferme résolution, il déclare à Saül : « Que le cœur ne défaille à personne à cause de lui ! Ton serviteur ira et combattra avec ce Philistin ».

Comment est-il possible qu’un jeune berger sans armes, sans expérience de la guerre, veuille combattre celui que personne n’a jamais osé affronter jusque-là ?

Saül, jugeant selon l’apparence, examinant le jeune David sans défense, répond : « Tu n’es pas capable d’aller contre ce Philistin pour combattre avec lui ; car tu es un jeune homme, et lui, il est un homme de guerre dès sa jeunesse » (v. 33). Saül ignore que la capacité de David vient de Dieu. N’a-t-il pas foi en son Dieu pour qui il n’y a pas d’impossibilités ?

David révèle alors – la gloire de Dieu l’exigeait – le secret de sa force expérimentée à l’école du désert. Dieu ne l’avait-il pas formé loin des regards des hommes avant de le produire en public ? Ce jeune berger n’avait-il pas éprouvé la toute-puissance de la présence de Dieu avec lui ?

Il ne s’était pas vanté de son exploit sur le lion et l’ours, mais maintenant il doit rendre témoignage à la délivrance de l’Éternel et déclarer quel est le sûr fondement de sa confiance pour abattre l’orgueilleux Philistin. Nous admirons l’assurance de la foi dans les paroles de David : « L’Éternel qui m’a délivré de la patte du lion et de la patte de l’ours, lui me délivrera de la main de ce Philistin ». N’est-il pas sûr de la victoire avant de livrer le combat ?

De plus, il attribue toute gloire à Dieu dans ce combat mené en faveur de Son peuple. Jonas lui-même confirme cette pensée : « La délivrance est de l’Éternel » (Jonas 2. 10).

Puissions-nous expérimenter cela dans les circonstances de notre vie quotidienne ! Il y a d’abord des victoires secrètes, remportées par la foi vis-à-vis de tous nos ennemis : Satan, le monde, la chair en nous. Puis le Seigneur peut nous employer, par Sa grâce, pour le bien des âmes qui ont besoin d’une délivrance – peut-être un camarade qui a des angoisses d’âme. Que nous apprenions à compter sur Dieu en toute chose, le faisant intervenir dès qu’une difficulté se présente ! « C’est un Dieu fidèle » (Deut. 32. 4).

Dans sa formation à l’école de Dieu, David a pris soin du petit troupeau de brebis que son père lui avait confié. Il n’a pas hésité à exposer sa vie pour délivrer, ne fût-ce qu’une seule brebis, de la gueule d’une bête féroce. S’appuyant sur l’Éternel, il est délivré lui-même de la patte du lion et de la patte de l’ours.

Cette scène nous rappelle que le Bon Berger, le Seigneur Jésus, a donné Sa vie pour ses brebis. Il n’a pas voulu en laisser périr une seule, car Son Père les lui avait données. Il est allé les arracher de la gueule de Satan, le lion rugissant, en laissant Sa propre vie sur la croix.

En Jean 10, trois motifs sont donnés pour cela : que Ses brebis aient la vie en abondance (v. 10), qu’elles jouissent d’une plénitude de communion avec Lui (v. 14 et 15), et que Son Père soit glorifié (v. 17 et 18).

N’oublions pas tout le dévouement du berger de Luc 15, cherchant sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée. Et l’ayant trouvée, il la met sur ses propres épaules, bien joyeux, pour l’introduire dans la maison. Cher lecteur, as-tu déjà occupé cette place sur les épaules toutes-puissantes du bon Berger ?

Que notre cœur apprécie aussi la valeur d’une âme aux yeux du bon Berger et que Son amour inspire toute notre activité !

Saül ne manque pas d’être saisi par la ferme décision de David, d’aller au combat contre le Philistin. Il est tout prêt à lui confier son armure, car il juge selon les pensées humaines. Pour une telle lutte ne faut-il pas à David l’armure complète d’un guerrier : un casque d’airain sur la tête, une cotte de mailles, une épée par-dessus ses vêtements ? (1 Sam. 17. 38 et 39).

Entravé dans ses mouvements, embarrassé par tout cet attirail, David déclare : « Je ne puis marcher avec ces choses ». Et il les ôte de dessus lui.

Quel enseignement pour nous ! Les secours humains, les prévoyances de la sagesse de l’homme, sont autant d’entraves dans la vie de la foi.

Dans notre lutte contre Satan, contre les puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes, nous avons à prendre l’armure complète de Dieu. Ayant les reins ceints de la vérité et ayant revêtu la cuirasse de la justice, prenons en particulier le casque du salut et l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu (Éph. 6. 10 à 18).

Comment donc David va-t-il s’approcher du redoutable Philistin ? Avec des armes méprisables, bien faibles, ridicules même aux yeux des hommes, mais que la foi a déjà éprouvées en secret.

Ce sont les instruments efficaces du berger. Un bâton avec lequel peut-être il a eu raison du lion et de l’ours, cinq pierres lisses choisies au bord du torrent, et sa fronde à la main. Ces armes de l’arsenal de Dieu n’ont aucune valeur pour le monde. Mais ce qui est faible, vil, méprisé par l’homme peut être d’un prix inestimable dans la main de Dieu, moyennant une foi inébranlable. Dieu ne se sert-il pas des choses qui ne sont pas pour annuler celles qui sont, en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Lui ? (1 Cor. 1. 27 à 31). Dans tous nos combats, puissions-nous avoir à cœur la seule gloire de Dieu !

David

C’est maintenant le moment du combat. « Le Philistin s’avança ; allant et s’approchant de David, et, devant lui, l’homme qui portait son bouclier » (1 Sam. 17. 41).

Les deux combattants sont sur le point de s’affronter et pourtant leurs armes paraissent loin d’être égales ! « Le Philistin regarda et vit David, et le méprisa ». Il est humilié d’avoir affaire à un jeune homme au teint rosé, et beau de visage, n’ayant que des armes ridicules : un bâton et une fronde, les instruments d’un humble berger. Est-ce là le champion qu’Israël lui oppose, lui l’homme de guerre armé de pied en cap ? « Et le Philistin maudit David par ses dieux » (v. 43).

Déjà Moise, bien avant David, avait choisi plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte (Héb. 11. 25 et 26). Les paroles du puissant ennemi de David ne peuvent que faire frémir. « Je donnerai ta chair aux oiseaux des cieux et aux bêtes des champs » (v. 44).

Nous admirons la calme confiance de David à l’ouïe des paroles provocantes de son adversaire implacable. Sa réponse hardie démontre qu’il n’y a pas le moindre doute dans son cœur quant à l’issue du combat. « Moi, je viens à toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu des troupes rangées d’Israël, que tu as outragé. En ce jour, l’Éternel te livrera en ma main ; et je te frapperai… et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël » (v. 45 et 46).

Pour lutter contre Goliath, figure saisissante de la puissance de l’ennemi, il faut une seule puissance : la foi. David a Dieu avec lui, tout le reste ne compte pas. Il est tout seul, les appuis humains sont vains, et tout le monde est en arrière, dans l’angoisse.

Parlant de Dieu, David pourra écrire : « Lui seul est mon rocher et mon salut, ma haute retraite : je ne serai pas ébranlé » (Ps. 62. 6). La fronde et la pierre démontreront sans équivoque l’excellence de la puissance de Dieu. Un témoignage en sera donné à Israël et à toute la terre. L’homme de foi a en vue la gloire de Dieu.

David s’avance avec sa fronde. Il n’a pas d’épée. Ne nous fait-il pas penser au Seigneur Jésus qui a rencontré Satan, avec une faiblesse apparente, alors qu’Il était à jeun et au désert pour y subir la tentation ? Il a triomphé dans l’obéissance absolue et par une foi inébranlable en la Parole de Dieu, l’épée de l’Esprit. Et sur la croix, Il a été crucifié en infirmité.

Aujourd’hui aussi le chrétien ne se sert pas de l’épée, car s’il a des luttes, ce n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes. Par la Parole de Dieu, il peut vaincre ses ennemis pour pouvoir jouir des bénédictions spirituelles en Christ, telles qu’elles sont présentées en Éphésiens 1.

Quels sont nos combats ? Avons-nous renoncé à quelque chose, à nous-même ? Avons-nous enregistré une victoire par amour pour le Seigneur, sur tel point, ou bien une défaite humiliante ? Le Seigneur, chef de l’armée de l’Éternel, passant en revue ses troupes, que discerne-t-Il dans nos cœurs pour Lui ?

N’oublions pas que la vie du chrétien est caractérisée par ce qu’Il aime. Et la foi compte sur la toute-puissance de Dieu, et sans présomption, peut affirmer : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31).

« Et il arriva que, comme le Philistin se levait et s’avançait, et s’approchait à la rencontre de David, David se hâta et courut vers la ligne de bataille, à la rencontre du Philistin » (v. 48).

Avec promptitude et sans hésiter, David fait usage de ses armes simples et terrasse son ennemi. Une seule pierre est lancée, elle pénètre dans le front du géant qui s’affaisse. « Et David, avec une fronde et une pierre, fut plus fort que le Philistin, et frappa le Philistin et le tua ; et David n’avait pas d’épée en sa main » (v. 50). Il courut aussitôt et coupa la tête de Goliath avec sa propre épée. C’est une scène inoubliable qui dépeint le triomphe de la foi !

David est ici un type de Christ, car il a vaincu Goliath, figure de Satan. « Par la mort, Jésus rendit impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » (Héb. 2. 14). A la croix, le Seigneur a vaincu Satan, lui arrachant son arme, la mort, tout en la subissant Lui-même.

David risque sa vie, mais Jésus donne la Sienne. Ainsi, pour ceux qui croient en Jésus, la mort a perdu ses terreurs, et Satan son arme redoutable. La mort de Jésus nous délivre de nos ennemis et nous acquiert une vie impérissable. Que le nom du Seigneur soit exalté ! Le thème inépuisable de la louange éternelle de tous les rachetés ne sera-t-il pas la victoire de la croix ?

Nous aimerions retenir votre attention sur les cinq pierres lisses que David avait choisies au bord du torrent et qu’il avait recueillies dans son sac de berger. Elles ont une signification pour vous et correspondent à des armes très efficaces que vous pouvez facilement retenir et utiliser pour avoir une victoire sur Satan, l’ennemi de nos âmes.

Elles sont évoquées par une pieuse servante du Seigneur dans une série de Lettres aux petits amis de la Bonne Nouvelle, en 1922. Nous rappellerons leur signification pour ceux d’entre vous qui ne possédez pas cet ouvrage. Ce sont des impératifs de l’Écriture que vous pouvez souligner dans vos Bibles :

1.         Veillez (Marc 13. 37).

2.         Priez (Marc 13. 33).

3.         Résistez (Jac. 4. 7).

4.         Obéissez (Éph. 6. 1).

5.         Servez (Gal. 5. 13).

Vous pouvez mettre chacun de ces cailloux polis dans votre « sac de berger ». Que le Seigneur vous accorde d’en éprouver toute l’efficacité, tout en sachant qu’ils ne sont pas moins utiles à vos aînés. Puissiez-vous en découvrir d’autres dans l’Écriture, et avoir le courage nécessaire pour vous servir à toute occasion de ces injonctions en sachant combattre le bon combat de la foi !

David

Vous vous souvenez sans doute du sujet qui nous a occupés la dernière fois : la victoire de David sur Goliath, le géant, ennemi du peuple de Dieu.

C’est la victoire de la foi, illustrant celle que le Seigneur Jésus a remportée à la croix sur notre redoutable adversaire, Satan. C’est là que s’est accomplie la prophétie de Genèse 3. 15 à propos du serpent : « la semence de la femme te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon ». En ce qui concerne David, retenons l’appréciation de Jonathan formulée à son père : « Il a mis sa vie en sa main, et a frappé le Philistin, et l’Éternel a opéré une grande délivrance pour tout Israël » (1 Sam. 19. 5).

L’état des cœurs va être manifesté par la victoire de David.

Les Philistins, voyant que leur homme fort était mort, s’enfuirent, saisis d’effroi. Ils doivent reconnaître la puissance du Dieu d’Israël. Car en outrageant les troupes rangées d’Israël, le géant avait lancé un défi à Dieu Lui-même. David n’avait-il pas déclaré : « toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël » ?

Les Israélites, enhardis par l’acte de foi de David, se lancent énergiquement à la poursuite de leurs ennemis, les refoulant jusqu’à Gath et jusqu’à Ekron, leurs propres villes. La victoire de David leur assure un riche butin enlevé à leurs ennemis.

Quelle devait être leur reconnaissance envers l’Éternel et envers David pour une telle délivrance ! En vrai roi, déjà oint, David n’avait pas hésité à exposer sa propre vie pour sauver Israël de son puissant adversaire.

Nous aussi nous pouvons rendre grâces à Dieu pour Son don inexprimable : Son propre Fils, Jésus, notre Sauveur (2 Cor. 9. 15). Non seulement nous sommes délivrés du terrible esclavage de Satan par la mort de Jésus, mais nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, ayant les richesses de la gloire de Son héritage, les immenses richesses de sa grâce, les richesses insondables du Christ (Éph. 1. 3 et 18 ; 2. 7 ; 3. 8).

Ne sommes-nous pas plus que vainqueurs en Celui qui nous a aimés ? Notre précieux Sauveur n’est-Il pas digne que nos cœurs Lui appartiennent et que nos vies Lui soient consacrées ?

Vous connaissez sans doute cette anecdote d’un jeune esclave africain qui fut racheté sur un marché par un inconnu plein de compassion. Au lieu de profiter de sa liberté à sa guise, il n’eut qu’un désir, vouer sa vie au service de son bienfaiteur, qu’il avait choisi comme son nouveau maître.

Abner, chef de l’armée d’Israël, amène David devant Saül, ayant la tête du Philistin à la main. Ne sommes-nous pas surpris par la question de Saül ? « Jeune homme, de qui es-tu fils ? » David n’avait-il pas fait de nombreux séjours à la cour du roi et n’était-il pas son porteur d’armes, et son joueur de harpe ? (ch. 16. 21 à 23 ; 17. 15). Pourquoi cette méconnaissance de David ?

Le prophète déclare au sujet du Seigneur lui-même ? « Il n’a ni forme, ni éclat ; quand nous le voyons, il n’y a point d’apparence en Lui pour nous le faire désirer. Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleur… et nous n’avons eu pour lui aucune estime » (És. 53. 2 et 3).

Jésus, s’adressant aux Juifs, leur répondit : « Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père » (Jean 8. 19). « Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître » (Mat. 10. 25).

Aujourd’hui, dans les pays christianisés où nous nous trouvons, combien peu de personnes confessent que Jésus Christ est venu en chair, et encore moins qu’Il est le Fils de Dieu ! (1 Jean 4. 3 et 15)

Seule la foi se nourrit du grand mystère de la piété, selon 1 Timothée 3. 16. N’ayons pas honte de confesser le beau nom du Seigneur Jésus.

Lors de la défection de plusieurs disciples, Simon Pierre déclare : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que Toi, tu es le Saint de Dieu » (Jean 6. 68 et 69). Enseigné de Dieu, Pierre avait compris ce que Christ avait pour attirer à Lui le pécheur : les paroles de la vie éternelle ; et ce qu’Il était pour lier le cœur des Siens à Sa Personne : le Saint de Dieu.

C’est maintenant à Jonathan d’apprécier le vainqueur, son trophée à la main. Quelle scène pour les yeux et pour le cœur de celui qui avait déjà prononcé ces paroles : « Rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup ou avec peu de gens » (ch. 14. 6) ! La foi est toujours assurée en Dieu. Elle dépend à tout moment de Dieu seul.

Jonathan reconnaît, en David, l’oint de l’Éternel ayant opéré par la foi une grande délivrance en Israël. Et aussitôt son âme s’attache à celle de David, d’un amour pur, entièrement occupé de son objet. Le vainqueur a plus de prix pour son cœur que la victoire remportée.

La force de cet amour intime va se démontrer par des actes. Jonathan se dépouille de tout ce qui constitue sa gloire et sa force pour celui qu’il aime. Il renonce à lui-même pour David. Il donne au vainqueur sa robe, ses vêtements, traitant David avec les honneurs d’un prince. De plus, il lui remet ses propres armes, son épée et son arc, avec sa ceinture (1 Sam. 18. 4). Nous avons dans cet élan de foi de Jonathan l’exemple d’un des plus beaux fruits du travail de Dieu dans une âme : le dépouillement de soi. Pour nous, Jésus, objet de notre cœur, produit cela (2 Cor. 5. 14 et 15).

Appliquons-nous à rechercher la gloire de Dieu et le bien de Son peuple avec un cœur droit, et alors nous pourrons nous réjouir de voir l’œuvre de Dieu opérée par un autre. C’est ce qui nous incite à prier avec ferveur pour tous les serviteurs de Dieu. Puissions-nous avoir le cœur davantage occupé de Christ et nous n’aurons pas de peine à discerner Sa pensée, Sa volonté en toutes choses. Personne n’a dicté à Jonathan son acte. C’est l’amour pour David qui le lui a inspiré.

En demeurant attachés au Seigneur de tout notre cœur ne pourrons-nous pas, malgré notre faiblesse, saisir toute la valeur des paroles de l’apôtre : « Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ ? » (Phil. 3. 7 et 8). Quelle place Jésus a-t-il dans mon cœur, dans ma vie ?

Le garçon égyptien (1 Sam. 30. 11 à 20)

Nous voilà invités, cette fois-ci, à lire attentivement le court récit de ce garçon égyptien dont le nom n’est même pas mentionné car son histoire est la nôtre, celle de tout pécheur venant à Jésus.

Au service d’un maître dur et cruel, il avait été abandonné dans les champs, car il était tombé malade. Depuis trois jours et trois nuits, il était sans abri, souffrant de la soif et de la faim. Pauvre garçon ! Personne ne lui donnait rien. Il n’attendait que la mort, n’ayant aucune ressource.

C’est dans cette misère extrême que des étrangers viennent à son secours, là où il gisait à demi-mort.

Qui étaient ces hommes ? Quelques guerriers dont l’âme était pleine d’amertume un certain temps auparavant, car la ville où ils avaient laissé femmes et enfants, avait été frappée et brûlée par le feu par une horde d’Amalékites. Tous les membres de leurs familles avaient été emmenés en captivité – et pourtant ces hommes sont émus de compassion en approchant ce jeune homme tout défaillant.

Malgré la peine immense qui étreint leur cœur brisé, ils se penchent avec intérêt sur le pauvre délaissé.

Dans la caverne d’Adullam, quoique étant de rudes soldats, ils ont appris pour eux-mêmes ce qu’est la grâce, au service du roi rejeté et pourchassé. N’avait-il pas accueilli avec bonté tout homme qui était dans la détresse, tout homme qui avait de l’amertume dans l’âme ? Que pouvaient faire ces hommes de guerre, si ce n’est d’amener cet étranger auprès de David ?

Que méritait-il ? Que demandait-il ? Rien, car sa maladie l’avait laissé dans une misère extrême depuis trois jours et trois nuits. Mais là, près de David, il y a une abondance de pain pour le rassasier et de l’eau pour étancher sa soif, et en outre, un gâteau de figues sèches et deux gâteaux de raisins secs. Et l’esprit lui revint.

Quel exemple saisissant du pécheur que Satan a dépouillé, le laissant dans un état de faiblesse complète et de mort morale ! N’étions-nous pas morts dans nos fautes et dans nos péchés, « sans force, des impies, des pécheurs, des ennemis » selon des expressions de Romains 5 ? « Mais Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (v. 8).

Maintenant le roi l’interroge : « A qui es-tu ? et d’où es-tu ? » Voilà des questions qui sondent sa conscience ! Va-t-il se dérober, alors qu’un amour actif l’a mis sur ses pieds ? Non, il n’a rien à cacher, et même ses déclarations contiennent sa propre condamnation : « Je suis un garçon égyptien, serviteur d’un homme amalékite … nous avons brûlé Tsiklag par le feu ».

C’est bien un ennemi, un étranger. Il ne mérite que la mort. Mais le roi de grâce est là et malgré la confession de ce garçon, il est pris en charge et se joindra aux serviteurs de David. Il change de maître. Est-il prêt à reconnaître comme Seigneur celui qui est son Sauveur ? Tout est changé dans sa vie. Le roi lui propose même une mission périlleuse qui tout de suite met à rude épreuve son dévouement : surprendre la troupe des Amalékites.

Les questions de David à ce jeune garçon ont-elles eu un jour un écho dans votre cœur ? A quel maître appartenez-vous ? Il n’y en a que deux : le Seigneur Jésus, ou Satan.

Jésus déclare : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l’un et aimera l’autre » (Luc 16. 13). « Quiconque pratique le péché est esclave du péché » ! (Jean 8. 34) « On est esclave de celui par qui on est vaincu » (2 Pier. 2. 19). Seul Jésus reste un bon maître. C’est à Lui qu’on ne peut être, ni trop tôt, ni trop longtemps.

Mais hélas, beaucoup d’âmes sont asservies par le péché à Satan, ce maître impitoyable. Combien d’hommes ont vendu leur âme pour de l’argent ! Tel fut le cas de Judas.

Ce jeune garçon venait d’Égypte, figure du monde où règne Satan. Il servait un homme amalékite, ce qui nous parle de la puissance de Satan agissant sur la chair pour tenir une âme loin de Dieu. Quelle situation misérable ! Mais maintenant toute sa vie est transformée, en changeant de maître.

Nos jeunes lecteurs peuvent-ils déclarer sans hésitation : J’appartiens à Jésus. Il est le meilleur maître. Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ? (Gal. 2. 20)

« Me feras-tu descendre vers cette troupe ? » Telle est la question de David à ce garçon. C’est comme si David le comptait déjà parmi ses serviteurs. Ah ! n’avait-il pas éprouvé toute la bonté de son nouveau maître pour pouvoir désormais répondre à son appel très direct ? N’est-il pas le Seigneur, Celui qui dit à l’un : « Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à son esclave : Fais cela, et il le fait » ? (Luc 7. 8).

Mais ce jeune homme a besoin de certitudes avant d’accomplir sa mission. Il ne pouvait servir David sans être tout à fait assuré qu’il était délivré de la puissance de son ancien maître. C’est pourquoi il dit : « Jure-moi par Dieu que tu ne me feras pas mourir, et que tu ne me livreras pas en la main de mon maître » (v. 15).

Il y a dans ces paroles l’illustration d’un enseignement essentiel donné par Paul aux Romains, au chapitre 6, et qui concerne nos jeunes lecteurs convertis.

Le croyant a besoin de savoir par la foi qu’il est entièrement délivré de la domination de la chair, de la puissance du péché en lui, pour servir le Seigneur Jésus en toute confiance. Jésus donne la vie, la liberté, les forces et la capacité de Le servir. « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le christ Jésus » (Rom. 6. 11).

Si nous ne croyons pas cela, nous sommes occupés de nous-mêmes, nous découvrons l’activité du mal en nous, et nous sommes dans la crainte de retomber entre les mains de Satan, notre cruel oppresseur.

Parfois, hélas, nous bronchons. Mais la mort et la résurrection de Christ nous procurent une parfaite délivrance. « Celui qui est mort est justifié du péché. Or si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » (Rom. 6. 8). Le péché n’exerce plus ses droits sur un homme mort. Non seulement Dieu nous a pardonné nos péchés, mais il nous délivre de la puissance du péché en nous.

Comme le serment de David mit en repos l’esprit du jeune Égyptien, de même les paroles de Jésus éloignent toute crainte de nos cœurs rachetés.

Puissions-nous vivre pour la gloire de Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité ! Maître débonnaire et humble de cœur, tout indignes que nous soyons, il veut bien nous compter parmi Ses serviteurs. Lequel répondra encore à son appel pressant : Venez à moi ?

Salomon

C’est de Salomon à sa naissance et au moment où il succède à son père David, comme le roi de gloire, alors qu’il était encore « jeune et délicat », que nous souhaiterions être occupés ensemble cette fois-ci.

Qui était ce jeune prince dont le Seigneur Jésus a Lui-même parlé en évoquant toute sa gloire qui n’atteignait pas celle dont Dieu a revêtu les lis des champs (Mat. 6. 29), et toute sa sagesse qui attira la reine de Sheba – et pourtant Jésus au milieu de son peuple était plus grand que lui ? (Mat. 12. 42)

En conséquence d’un grave péché, David dût connaître la douloureuse épreuve de la maladie et de la mort d’un de ses fils. La mère de cet enfant eut un autre fils que David appela Salomon, nom que Dieu avait indiqué à l’avance selon 1 Chroniques 22. 9. « Voici, un fils te naîtra ; lui, sera un homme de paix ; et je lui donnerai du repos de tous ses ennemis tout à l’alentour ; car son nom sera Salomon », ce qui signifie « le pacifique ». « Et en ses jours je donnerai paix et tranquillité à Israël ».

La naissance de cet enfant n’était-elle pas comme un gage de la grâce de Dieu à l’égard de David repentant qui pouvait jouir d’un plein pardon ?

Il est toujours vrai que « si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1. 9). Relisez le Psaume 51 qui souligne une profonde conviction de péché et comment, à travers de douloureuses étapes, l’âme de David recouvre la communion avec Dieu.

En donnant ce nom à Salomon, Dieu fait une promesse annonçant le caractère de l’héritier du trône de David et de son règne. Les conseils de Dieu s’accompliront selon l’élection de la grâce. Comme Dieu avait choisi David, le roi selon la grâce, II trouve son plaisir à mettre sur le trône Salomon, le roi de gloire. N’avons-nous pas ainsi une préfiguration du glorieux règne millénaire de Christ, le Prince de paix (És. 9. 6), le vrai Salomon assis sur le trône de l’Éternel ?

Certes, ce que Dieu avait proclamé à David s’est réalisé sous le règne de Salomon (1 Rois 4. 24 et 25), mais fut de très courte durée, alors que la domination universelle de Christ sera maintenue en gloire, avec une abondance de paix, pendant mille ans, selon la description prophétique du Psaume 72.

À propos du jeune Salomon, l’Écriture ajoute une expression remarquable : « et l’Éternel l’aima » (2 Sam. 12. 25), ce que Néhémie confirme : « Il n’y avait point de roi comme lui, et il était aimé de son Dieu ; et Dieu le fit roi sur tout Israël » (13. 26).

Cette faveur divine est consignée dans le nouveau nom que Nathan, le prophète, lui donne, « Jedidia », qui signifie : « bien-aimé de l’Éternel », « à cause de l’Éternel » (2 Sam.12. 25). Heureux enfant, objet de tout l’amour de Dieu ! Que sera donc cet enfant avec de tels privilèges au printemps de sa vie ?

Dieu a un grand dessein à réaliser : « Lui, bâtira une maison à mon nom ; et il me sera pour fils, et moi je lui serai pour père ; et j’affermirai le trône de son royaume sur Israël pour toujours » (1 Chron. 22. 10). Mais ce conseil divin ne sera réellement réalisé qu’en Christ, le Fils bien-aimé.

Si Salomon fut un enfant comblé de tous les bienfaits de Dieu, chacun de nos jeunes lecteurs n’est-il pas l’objet de semblables privilèges pour ce qui concerne la faveur de Dieu ? « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui… pour être la propitiation pour nos péchés… pour être le Sauveur du monde » (1 Jean 1. 9, 10 et 14).

Dieu répond ainsi en grâce par le don de Son Fils, car nous étions morts, coupables et perdus. Dieu a éprouvé toute satisfaction dans l’œuvre parfaite de la croix, car Jésus est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Cher enfant, qui as la certitude que tes péchés sont pardonnés, car tu as jeté un regard de foi au Calvaire, à Jésus crucifié, tu peux dire avec bonheur : Le Fils de Dieu m’a aimé, Jésus est mon Sauveur.

N’as-tu pas de raisons d’être heureux, comme ce nouveau disciple de Jésus qui, se sachant sauvé par la grâce et par la foi, continua son chemin tout joyeux ? (Act. 8. 39)

Ce ne sont pas nos efforts et nos bonnes intentions qui feront de nous des « Jedidia », mais c’est en vertu du sacrifice sanglant de notre cher Sauveur. Celui qui est le Seigneur de gloire est mort pour nous. Quel amour infini !

L’une de nos bénédictions les plus élevées, c’est que Dieu nous a rendus agréables dans le Bien-aimé (Éph. 1. 6). Pierre nous rappelle que Jésus reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ».

Salomon rappelle dans le livre des Proverbes : « J’ai été un fils pour mon père, tendre et unique auprès de ma mère. Il m’a enseigné et m’a dit : Que ton cœur retienne mes paroles ; garde mes commandements, et tu vivras. Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence » (4. 3 à 5).

C’est au moment où les jours de David s’approchent de la mort que les paroles de David à son jeune fils Salomon prennent tout leur relief : « Je m’en vais le chemin de toute la terre ; fortifie-toi, et sois un homme ; et prends garde à ce qui doit être observé devant l’Éternel, ton Dieu, en marchant dans ses voies, en gardant ses statuts, et ses commandements, et ses ordonnances, et ses témoignages, comme il est écrit dans la loi de Moïse, afin que tu réussisses dans tout ce que tu fais et où que tu te tournes ; afin que l’Éternel accomplisse Sa parole… (1 Rois 2. 2 à 4).

Comme le cœur de David est imprégné de toute l’importance de la Parole de Dieu. Il la cite ici sous sept caractères différents. Comme Paul pour les anciens d’Éphèse, il recommande son fils à Dieu et à la Parole de Sa grâce (Act. 20. 32). Salomon ne pouvait prospérer, comme chacun de nous, qu’en prenant garde à pratiquer les enseignements de l’Écriture.

Dans son action de grâces en 1 Chroniques 29, David, exaltant la grandeur et la majesté de Dieu, Lui offrant volontairement ce qui vient de sa main avec tout le peuple d’Israël, n’oublie pas d’intercéder instamment pour son fils : « Donne à mon fils Salomon un cœur parfait, pour garder tes commandements, tes témoignages et les statuts, et pour tout faire, et pour bâtir le palais que j’ai préparé » (v. 19).

Un cœur obéissant pour agir en toutes choses selon la volonté de Dieu, n’est-ce pas ce que nous pouvons demander avec foi à Celui qui se plaît à bénir ?

Quelle place accordez-vous à la Parole de Dieu et à la prière dans votre vie de chaque jour ?

D’après La Bonne Nouvelle 1981

SONDEZ LES ÉCRITURES (4)

Les fils de Joseph.

Après les souffrances de la fosse et de la prison, Joseph devient le seigneur du pays d’Égypte (Gen. 42. 30), le sauveur du monde, ou soutien de la vie devant lequel tous les genoux se ploient.

Outre ses gloires, pour combler les vœux de son cœur, une épouse lui est donnée, image de l’Église prise du milieu des nations. C’est la perle de très-grand prix que le Seigneur est venu acquérir en descendant sur la terre pour y mourir. Et avant que vint l’année de la famine, deux fils naquirent de cette union.

Par les noms qu’il donne à ses deux fils, Joseph exprime les sentiments de son cœur à l’égard de son épouse. Il appelle le premier : Manassé, ce qui signifie : « oubli », car Dieu, dit-il, m’a fait oublier toute ma peine, et toute la maison de mon père. Et il appelle le second : Éphraïm, c’est-à-dire « double fertilité ». Et il peut déclarer : Dieu m’a fait fructifier dans le pays de mon affliction (Gen. 41. 50 à 52).

Christ oublie pour un temps son peuple Israël pour s’attacher à ceux que le Père Lui a donnés, ses chers rachetés, précieux à son cœur. Ainsi le Seigneur ne pouvait avoir une Épouse avant Son élévation dans la gloire.

L’Église est choisie parmi les nations, œuvre que le Saint Esprit poursuit entre la première et la seconde venue du Seigneur. Bientôt elle sera glorifiée avec Lui. Puis II apparaîtra à ceux qui L’ont rejeté et qui seront bénis dans Son règne glorieux, comme ce fut le cas pour les frères repentants de Joseph.

Avec le chapitre 48 de la Genèse, nous avons la scène que résume le passage de Hébreux 11. 21 : « Par la foi, Jacob mourant bénit chacun des fils de Joseph, et adora, appuyé sur le bout de son bâton ». Joseph vient auprès de son père malade avec Manassé et Éphraïm, les deux fils que Dieu lui a donnés au cours de son séjour en Égypte. Quelle vision inoubliable pour ces enfants ! Un grand-père assis sur un lit, mûri par de longues années de discipline à l’école de Dieu, s’adressant à eux pour les bénir, au moment même où il va quitter cette terre.

Peut-être que certains d’entre vous ont le souvenir d’un grand-père pieux et âgé implorant avec foi la bénédiction de Dieu sur eux. C’est une grande faveur de Dieu. Le moment est solennel. Comme toutes les paroles prononcées ont du poids et se gravent dans le cœur !

Le patriarche ne peut que rendre témoignage à la grâce de Dieu qui l’a si richement béni. N’est-ce pas la manière d’agir de Dieu envers tous ceux qu’Il aime ?

N’oublions pas, chers enfants, cette bonté de Dieu qui se déploie continuellement envers nous dans toutes nos circonstances, en tout temps et en tout lieu. Et la discipline, à laquelle nous sommes tous soumis de la part de notre Père, est une marque de Son amour selon Hébreux 12. 6. Pour en recueillir tout le profit, ne la méprisons pas, ou ne soyons pas découragés lorsqu’elle nous est dispensée.

« Et Israël vit les fils de Joseph, et il dit : Qui sont ceux-ci ? Et Joseph dit à son père : Ce sont mes fils, que Dieu m’a donnés ici. Et il dit : Amène-les-moi, je te prie, et je les bénirai. Or les yeux d’Israël étaient appesantis de vieillesse ; il ne pouvait voir. Et Joseph les fit approcher de lui, et il les baisa et les embrassa.

Et Israël dit à Joseph : Je n’avais pas pensé voir ton visage ; et voici, Dieu m’a fait voir aussi ta semence » (v. 8 à 11).

Puis Joseph voulut placer Manassé, l’aîné, à la droite de son père, et Éphraïm à la gauche ; mais Israël croisa ses mains et posa sa main droite sur Éphraïm et sa gauche sur Manassé et dit : « Que le Dieu devant la face duquel ont marché mes pères, Abraham et Isaac, le Dieu qui a été mon berger depuis que je suis jusqu’à ce jour, l’Ange qui m’a délivré de tout mal, bénisse ces jeunes hommes ; et qu’ils soient appelés de mon nom et du nom de mes pères, Abraham et Isaac, et qu’ils croissent pour être une multitude au milieu du pays » (v. 15 et 16).

Joseph, croyant que son père se trompait, voulut prendre la main qu’il posait sur la tête d’Éphraïm pour la poser sur Manassé, en lui disant : « Pas ainsi, mon père ». Mais « son père refusa disant : Je le sais, mon fils, je le sais ». N’était-il pas enseigné de Dieu pour agir ainsi ?

Comme quelqu’un l’a bien exprimé : « Jacob n’a jamais si bien marché que lorsqu’il est devenu boiteux et n’a jamais vu si clair que lorsqu’il a été aveugle ».

Mieux que Joseph qui savait interpréter les songes avec intelligence et sagesse, Israël discernait pleinement la pensée de Dieu qui agit selon les conseils de Sa souveraineté. Il est dans une entière communion avec Dieu. Il n’y a pas en lui le moindre mouvement de propre volonté pour obscurcir sa vision quant à l’avenir des deux fils de Joseph. Bien que nés de l’épouse étrangère, il les adopte et chacun d’eux allait avoir une part dans l’héritage de l’Éternel, au milieu des fils d’Israël, comme Ruben et Siméon. Toutefois Éphraïm deviendrait une nation plus forte et plus grande que Manassé, alors que ce dernier était le premier-né.

Cette bénédiction est confirmée par d’autres Écritures déclarant que Joseph reçut le droit de premier-né (1 Chron. 5. 2) ; et à propos de l’attribution de l’héritage des douze tribus d’Israël dans le règne millénaire, il est dit : « Joseph aura deux parts » (Ez. 47. 13). Cela est en accord avec ce qui revenait en Israël à tout premier-né : une double portion.

Et nous, nous sommes héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, selon Romains 8. 17. C’est Christ qui a droit à l’héritage à cause de Son sacrifice, et nous, par grâce, parce que nous sommes enfants de Dieu, nous héritons avec Lui. Puissions-nous avoir une riche entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ! (2 Pier. 1. 11).

« Et Israël dit à Joseph : Voici je meurs ; et Dieu sera avec vous, et vous fera retourner dans le pays de vos pères » (v. 21). La foi active d’Israël s’approprie cette possession de Canaan et il est pleinement assuré que sa postérité l’obtiendra un jour.

Il y a pour nous l’entrée dans la gloire éternelle et, par la foi, nous pouvons jouir dès maintenant de nos bénédictions spirituelles, le Saint-Esprit opérant dans nos cœurs par la Parole.

Chers enfants, puisque notre avenir est le ciel, « amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni la teigne ni la rouille ne gâtent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent » ; car l’Écriture ajoute : « Là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur » (Mat. 6. 20 et 21). Dieu est fidèle, qui mène tout à bonne fin pour les Siens. Celui qui a été le Berger d’Israël, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, ne peut-Il pas vous accompagner, être avec vous jusqu’au bout de votre pèlerinage terrestre ? Confiez-vous en Lui de tout votre cœur, vous ne le regretterez jamais.

Moïse.

Cette fois-ci, chers enfants, nous désirons évoquer avec vous quelques aspects de l’enfance et de la jeunesse de Moïse, cet homme de Dieu dont l’Écriture déclare : « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète tel que Moïse, que l’Éternel ait connu face à face… » (Deut. 34. 10). Dieu seul pouvait écrire un tel récit, du plus haut intérêt pour nos âmes.

Moïse naquit à une époque bien troublée de l’histoire du peuple d’Israël. « Un nouveau roi se leva sur l’Égypte, qui n’avait point connu Joseph » (Ex. 1. 8). Soixante-quatre ans seulement s’étaient écoulés depuis la mort de Joseph, et pourtant celui qui avait été le soutien de la vie de tout un peuple, ayant préservé l’Égypte d’une famine de sept ans, était complètement oublié.

Et le Pharaon, constatant la croissance remarquable des fils d’Israël en Égypte – dans l’ignorance totale de Dieu et avec une prudence et une sagesse diaboliques – rendit la vie amère au peuple de Dieu, le faisant servir avec dureté.

Plus tard, cet esclavage sera qualifié par l’Israélite de fournaise de l’Égypte. Soulignons, chers enfants, que Satan, aujourd’hui prince de ce monde tout comme le Pharaon, n’a aucun intérêt pour le peuple de Dieu et s’oppose toujours à sa prospérité.

En outre, fait humiliant à signaler, l’homme est de plus en plus indifférent à la révélation que Dieu a donnée de Lui-même. Jésus, le Sauveur, n’a aucune place dans le cœur de beaucoup d’hommes, et la conséquence, c’est que ces âmes sont cruellement asservies à Satan, meurtrier dès le commencement et père du mensonge (Jean 8. 44), Satan, un maître impitoyable, ruinant ses esclaves et ne leur donnant rien (Luc 15. 16). Mais Dieu, dans Sa grâce, va délivrer Son peuple par la rédemption, qui est le thème du livre de l’Exode. Moïse, type de Christ, sera le libérateur choisi, préparé et envoyé par Dieu.

La peur et l’aversion des Égyptiens pour les Israélites, dont le nombre ne cesse de se multiplier, incitent le cruel Pharaon à décréter la mise à mort de tous les fils nouveau-nés en Israël.

Mais Dieu a Ses instruments, des femmes faibles et fidèles qui le craignent, sachant qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Act. 5. 29). « Les sages-femmes laissèrent vivre les enfants mâles ».

C’est alors que se vérifie ce principe toujours actuel : si la foi honore Dieu, Dieu honore la foi. Dieu fit du bien à ces femmes, Il leur fit des maisons (Ex. 1. 20 et 21).

Le Pharaon, voyant ses desseins déjoués, donne maintenant l’ordre à tout son peuple de manière impérative : « Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve ». Nous pouvons nous représenter dans quel effroi subit fut plongé le cœur de nombreuses mères en Israël. Quelle consternation pour bien des foyers du peuple de Dieu !

Étant donné que le Libérateur promis, le Seigneur Jésus, devait être issu de l’Israël de Dieu, Satan a fréquemment dirigé tous ses efforts pour ruiner ce peuple et le détruire. Même au temps où le Seigneur naquit dans ce monde, Hérode fait mourir tous les enfants du territoire de Bethléhem, depuis l’âge de deux ans et au-dessous (Mat. 2. 16). Ce sont les premiers martyrs pour le Seigneur Jésus.

De plus, si Satan a réussi à faire clouer Jésus sur la croix, brisant le talon de « la semence de la femme », c’est à la croix qu’il fut vaincu (Gen. 3. 15). Et l’Écriture pour nous encourager nous rappelle : « Or le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous vos pieds » (Rom. 16. 20). Ainsi, pour la foi, la puissance de Dieu triomphe de celle de Satan.

C’est alors qu’un homme de la maison de Lévi alla et prit comme femme une fille de Lévi, fondant un foyer pour Dieu, malgré les difficultés présentes atteignant le peuple de Dieu. Voilà une union selon Dieu, réalisée par la foi.

Amram et Jokébed (Ex. 6. 20) comptent sur la toute-puissance du Dieu vivant. Ils regardent à Celui qui donne et maintient la vie. Peu avant la naissance de leur troisième enfant, le cruel Pharaon promulgua son édit. Quel exercice de foi pour Jokébed attendant cette naissance ! L’enfant est donné par Dieu : c’était un fils.

La foi de ces parents discerne en lui une beauté particulière, appréciation toute différente de celle de la nature humaine qui pousse chaque mère à penser que son enfant est le plus beau du monde. A trois reprises l’Écriture met l’accent sur la beauté de cet enfant (Ex. 2. 2 ; Act. 7. 20 ; Héb. 11. 23). C’est Étienne qui précise que l’enfant était divinement beau (littéralement beau à Dieu). Dieu avait mis un cachet particulier sur lui et l’œil de la foi le découvre avec satisfaction. Le propos divin s’accomplira. Cet enfant, en sa propre génération, servira au conseil de Dieu.

Et par un acte de foi, ses parents le cachent trois mois, ne craignant pas l’ordonnance du roi. La foi plaît à Dieu dans ses multiples mouvements, et la crainte de Dieu affranchit de la crainte des hommes.

Moïse était condamné à mourir dès avant sa naissance. Il n’y avait pas de place pour lui dans ce monde comme ce fut le cas pour l’enfant Jésus à Bethléhem où il fut emmailloté et couché dans la crèche. « Il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie » (Luc 2. 7).

Aujourd’hui encore la foi s’attache à Celui qui est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs, notre cher Sauveur. N’est-Il pas aussi, plus beau que les fils des hommes ? « Combien grande est sa beauté ! » (Zach. 9. 17).

Mais, au terme des quatre-vingt-dix jours, une nouvelle épreuve d’un niveau plus élevé se présente pour ces parents qui savent que tout est mesuré par un Dieu fidèle. Il n’est plus possible de cacher l’enfant. C’est comme si Dieu avait dit à cette mère : Peux-tu me confier ton trésor maintenant sans réserve ? N’est-il pas à moi ?

Avec quels soins attentifs Jokébed tresse le petit coffret de joncs, l’enduit de bitume et de poix, met dedans l’enfant, et le pose parmi les roseaux sur le bord du fleuve, sous la surveillance de Marie, la sœur aînée !

Quelle foi vivante animait cette noble femme qui savait comment Noé avait préparé l’arche pour avoir un abri contre les eaux du déluge ! Elle plaçait son enfant dans les eaux de la mort, d’où elle le reçut en figure comme Abraham reçut Isaac après l’avoir offert à Dieu en sacrifice.

C’est de la mort que surgit la vie pour le croyant. Le Seigneur est entré dans la mort, subissant le jugement qui nous était réservé et il en sortit vainqueur par la résurrection.

Jokébed ayant communion avec le Dieu qui ressuscite les morts n’a peur de rien : ni des eaux du fleuve, ni de la famine. Elle regarde la mort en face et nous pouvons ajouter : « Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ! » (1 Cor. 15. 57).

Pendant les premières années de son existence, l’enfant de parents chrétiens est placé auprès de sa mère qui lui prodigue tous les soins, la protection et la tendresse dont il a besoin. Elle préserve l’enfant des mauvaises influences du monde extérieur. Elle veille sur lui dans un saint exercice de foi et de prières.

Puis il y a un moment où il faut « exposer » l’enfant au milieu extérieur. Comme vous le savez, c’est le temps de l’école, et les relations sont inévitables avec des camarades, des voisins. Nouvelle épreuve pour la mère chrétienne qui ne peut plus garder son enfant auprès d’elle. Avec quelles précautions elle veillera pour son enfant à la séparation du monde où il risque de recevoir de pernicieuses influences !

C’est aussi un temps précieux où elle prie avec son enfant et grave dans son jeune cœur les beaux récits de l’Écriture en y ajoutant des hymnes et des cantiques spirituels. Par la foi, elle le confie au Seigneur qui est puissant pour le garder de tout mal.

Chers enfants, le désir le plus cher de vos parents qui ont la foi comme les parents de Moïse, n’est-il pas que vous apparteniez au Seigneur dès votre jeune âge et que vous viviez pour celui qui pour vous est mort et a été ressuscité ?

Moïse.

La dernière fois, nous avons évoqué les circonstances dans lesquelles naquit Moïse en Égypte. C’était un temps difficile pour ses parents. Mais par la foi, ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi stipulant que tout fils en Israël, à sa naissance, devait être jeté dans le Nil.

Discernant que l’enfant était divinement beau, ils le cachèrent trois mois. Au terme de cette période, la mère le plaça dans un coffret de joncs enduit de bitume et de poix, et le posa parmi les roseaux sur le bord du fleuve.

Cette activité nous a rappelé le rôle de vos parents à votre égard pour vous élever sous la discipline et les avertissements du Seigneur : enseignement de la Parole de Dieu, séparation pratique du mal et du monde, foi active comptant sur Dieu pour qu’Il vous garde sur les eaux du fleuve de ce monde.

Dans la suite du récit, en Exode 2. 5 à 10, nous avons la réponse de Dieu à la foi des parents de Moïse. N’est-ce pas une délivrance admirable ? Cela nous rappelle cette parole du Seigneur Jésus à un père dans la détresse pour son enfant : « Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23).

Et nous pouvons ajouter : « la main de notre Dieu est en bien sur tous ceux qui le cherchent » (Esd. 8. 22).

Il n’est pas un seul événement qui soit insignifiant pour notre Dieu. Pas un seul passereau ne tombe en terre sans Sa volonté. Cet enfant Moïse a été confié à Dieu, Dieu l’abandonnera-t-il ? Non, cela est impossible d’après le Psaume 27. 10. Ne devons-nous pas reconnaître que le Dieu tout-puissant conduit toutes choses ?

Ce jour-là, à une heure précise, à un endroit déterminé, la fille du Pharaon vient se baigner au bord du fleuve. Dieu conduit ses pas et dirige ses yeux vers le coffret flottant au milieu des roseaux. Que voit-elle ? « Un petit garçon qui pleurait ».

Pourquoi ces pleurs ? Avait-il faim ? Était-il déçu, espérant voir sa mère qui pouvait lui donner du lait à boire ? Celle qu’il voit n’est pas sa mère.

Ne pouvons-nous pas ajouter aussi que l’homme pécheur pleure dès son entrée dans le monde ? Que de larmes sont versées, suscitées par le deuil, la souffrance, les regrets, la repentance !

Cher enfant, as-tu versé des larmes aux pieds de ton Sauveur ? Si c’est ton cas, alors sache que Dieu essuiera toute larme de tes yeux lorsque tu occuperas ta place dans la sainte cité, la nouvelle Jérusalem.

Dieu permet que s’éveillent dans le cœur de la fille du Pharaon des sentiments de compassion, bien qu’elle reconnaisse un des enfants des Hébreux. Elle aurait pu partager les sentiments de haine et de cruauté de son père en voyant cet enfant hébreu voué à la mort dans ce frêle coffret. Elle aurait pu le jeter impitoyablement dans le fleuve. Non, Celui qui a dirigé ses pas vers cet enfant crée dans son cœur une tendresse naturelle pour lui. Elle est l’instrument de Dieu pour préserver sa vie.

Cependant elle est aussi une image de la séduction du monde probablement plus dangereuse pour l’enfant de Dieu que sa méchanceté. Et le monde ne peut en aucun cas nous donner la nourriture, la joie et la paix dont nos âmes ont besoin.

Dieu utilise maintenant une jeune servante, la sœur de Moïse. Elle n’a pas cessé de fixer ses yeux sur le petit coffret. Elle intervient promptement auprès de la princesse, pour lui proposer une nourrice d’entre les Hébreues afin d’allaiter l’enfant. La fille du Pharaon, inclinée par Dieu à la bienveillance, accepte cette offre.

Vous supposez toute la joie et la reconnaissance envers Dieu de cette mère qui peut à nouveau serrer son enfant dans ses bras et le nourrir elle-même. Elle retrouve son enfant tout en entendant ces paroles : « allaite-le pour moi, et je te donnerai ton salaire » (v. 9).

Retenez l’exemple donné par la jeune Marie, dans sa sagesse et sa promptitude à servir. Tout ce qu’elle dit et fait à ce moment-là est dicté par le cœur. Elle sait qui peut nourrir cet enfant et l’entourer de tendresse et de soins vigilants : c’est sa vraie mère, celle qui va recevoir la récompense de la foi. Et ainsi l’enfant d’Israël sera nourri par une digne fille d’Abraham qui autrefois avait entendu cette parole de Dieu : « Ne crains point ; moi, je suis ton bouclier et ta très-grande récompense » (Gen. 15. 1).

« Et l’enfant grandit » (v. 10). Mis à part pour Dieu dès sa naissance, il reste au foyer maternel ; profitant de l’éducation spirituelle de ses parents. Et malgré toute l’hostilité de Satan et du monde, ce jeune enfant sera conservé pour Dieu et pour Son témoignage. Mais le jour est venu de se séparer à nouveau de celui qui est alors conduit au palais royal, où la fille du Pharaon l’élève pour elle-même (Act. 7. 21). « Elle appela son nom Moïse, et dit : car je l’ai tiré des eaux » (Ex. 2. 10).

En lui donnant un nom, elle l’adopte comme son enfant. Et elle, comme sa mère, le délivre de la mort à laquelle le vouait le Pharaon.

Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens. Bien que réputée à l’époque, cette sagesse tout humaine ne lui était d’aucun secours pour connaître le vrai Dieu qui Se révèle moyennant la foi en Sa Parole.

Elle ne lui était d’aucune utilité non plus pour être le libérateur d’Israël et conduire ce peuple à travers le désert jusqu’aux frontières de Canaan, car pour accomplir un tel service il fallait la foi.

L’éducation divine aura lieu pour Moïse quand il gardera le troupeau de son beau-père, derrière le désert. C’est à cette école que Dieu l’instruira, le disciplinera, le préparera à prendre soin du troupeau de l’Éternel.

L’éducation de l’Égypte pour Moïse nous rappelle celle qui vous est dispensée à l’école. Elle est sans doute nécessaire, mais vous y recevez l’instruction et la sagesse du monde. Cette instruction-là exalte l’homme, développe son orgueil, sa soif de domination, son besoin de paraître, d’avoir de l’influence et d’être couvert d’honneurs.

Moïse devint puissant dans ses paroles et dans ses actions et connut les délices de l’Égypte. À l’école de Dieu, nous apprenons à connaître Dieu, qui est amour et lumière, et à nous connaître nous-mêmes à travers le brisement de notre volonté propre, de notre esprit et de notre cœur.

Dans le cas de Moïse, quelle éducation l’emportera ? Celle qu’il a reçue à la maison paternelle où ses parents pieux lui ont communiqué les révélations et les promesses divines, en relation avec Israël ? Ou celle des sages égyptiens de la cour qui aurait pu effacer tout ce que ses parents lui avaient inculqué au cours de sa tendre enfance ?

Chers enfants, ces questions n’ont-elles pas pour vous un sens très actuel ? N’y a-t-il pas un danger réel, si vous n’avez pas une foi personnelle au Seigneur Jésus, à ce que l’éducation reçue par la Parole de Dieu au foyer paternel ne s’estompe rapidement sous l’influence de ce qui vous est enseigné dans le monde ?

Que fit Moïse quand il devint grand ? « Par la foi, il refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte » (Héb. 11. 24 et 26). Ce choix est-il le vôtre ?

Les interrogations des enfants d’Israël.

Dieu a prévu dans l’Écriture que les enfants des Israélites auraient l’occasion de poser des questions à leurs parents. Enseignés de Dieu, ces derniers n’avaient-ils pas une prompte réponse à donner à leurs enfants ayant de vrais besoins dans leur âme ?

Sachez user de cette liberté auprès de vos parents. Un vrai dialogue avec eux vous instruira au sujet des secrets de l’Éternel, qui sont pour ceux qui le craignent.

La première de ces questions est posée à propos de la pâque à l’Éternel, en Exode 12. 26 : « Et quand vos enfants vous diront : Que signifie pour vous ce service ? il arrivera que vous direz : C’est le sacrifice de la pâque à l’Éternel, qui passa par-dessus les maisons des fils d’Israël en Égypte, lorsqu’il frappa les Égyptiens et qu’il préserva nos maisons ».

Ce statut de la pâque devait être célébré de génération en génération, le premier mois, le quatorzième jour du mois, entre les deux soirs (Lév. 23. 5). Ainsi, chaque enfant assistant à cette fête était en droit de poser à ses parents cette question : « Que signifie pour vous ce service ? » L’Israélite devait alors raconter ce qui s’était passé au cours de cette terrible nuit, lorsque la colère de l’Éternel s’était abattue sur tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né du Pharaon qui était assis sur son trône jusqu’au premier-né du captif qui était dans la maison de la fosse, car il n’y avait pas de maison où il n’y eut un mort. Mais contre tous les fils d’Israël, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, pas un chien ne remua sa langue. Pourquoi l’Éternel avait-il fait une telle distinction entre les Égyptiens et Israël ?

Dans chaque maison de père en Israël, un agneau par maison avait été immolé à la place du premier-né. Le sang de cet agneau devait être aspergé à l’aide d’un bouquet d’hysope sur les deux poteaux et sur le linteau des portes de chaque foyer.

Dieu avait déclaré : « Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n’y aura point de plaie à destruction au milieu de vous, quand je frapperai le pays d’Égypte » (v. 13).

Pour Dieu, ce sang répondait pleinement aux exigences de sa justice. L’homme pécheur, Israélite ou Égyptien, méritait la mort (Rom. 5. 12). Grâce au sacrifice de l’agneau, tout premier-né en Israël pouvait être épargné du jugement de Dieu. C’est par la mort d’un autre qu’ils obtenaient le salut. Alors tout Israël était à l’abri du jugement et se nourrissait de l’agneau qui avait fourni à Dieu le sang répondant à Sa justice.

La chair de la victime était rôtie au feu et elle était mangée avec des pains sans levain et des herbes amères. Cela nous parle en figure de Christ, l’Agneau de Dieu, qui a subi toute l’ardeur du jugement que nous avions tous mérité comme pécheurs. Christ a connu l’abandon de Dieu pendant les trois heures de l’expiation, alors qu’Il était frappé pour des coupables.

Remarquez aussi que cet agneau devenait la nourriture de ceux qui étaient à l’abri dans les maisons d’Israël. Ils mangèrent la pâque cette nuit-là « avec des pains sans levain de sincérité et de vérité », comme l’exprime 1 Corinthiens 5. 8, c’est-à-dire dans la séparation pratique d’avec le mal.

Le levain dans l’Écriture est le symbole du mal, du péché dont se nourrit l’homme naturel pour le plaisir de satisfaire sa propre volonté et ses convoitises. Et les herbes amères nous font penser à cette douleur que nos cœurs éprouvent en évoquant les souffrances inexprimables que le Seigneur Jésus endura sous la colère de Dieu, à notre place.

Pour nous, la délivrance, un salut éternel dont nous jouissons dès maintenant, et pour Lui, les souffrances infinies de la croix. L’agneau était entièrement soumis à l’action du feu : la tête, les jambes et l’intérieur. Christ, dans Ses pensées, Sa marche et Ses affections intimes, a été éprouvé par le feu et trouvé parfait.

Puissions-nous réaliser ce que signifie pour nous la Pâque ! L’agneau de la Pâque est bien un type de Christ comme l’affirment plusieurs passages. « Notre Pâque, Christ, a été sacrifiée » (1 Cor. 5. 7). « Vous avez été rachetés de votre vaine conduit… par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pier. 1. 18 et 19).

Justifiés par son sang, nous sommes sauvés de la colère par lui (Rom. 5. 9). Son sang est versé pour plusieurs en rémission de péchés (Mat. 26. 28). Ce qui importe, c’est l’appréciation de Dieu quant au sang de l’Agneau qui a été immolé : « Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous » (Ex. 12. 13).

Et Dieu peut ajouter : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités » (Héb. 10. 17). En effet, le sang de Jésus purifie de tout péché (1 Jean 1. 7). Il est la propitiation pour l’âme.

Dieu voit le sang de Christ et Il passe sans frapper, épargnant tout pécheur qui croit en Jésus.

Il ne suffit pas de connaître ces choses, mais il importe de croire en la vertu du sang précieux qui a coulé du côté percé du Seigneur Jésus. L’Israélite qui n’aurait pas immolé l’agneau ou aspergé son sang sur la porte de sa maison, aurait vu la mort s’emparer de son premier-né, comme chez un Égyptien. Quelle coupable négligence, quel mépris de la Parole de Dieu ! Comment échapperons-nous si nous négligeons un si grand salut ?

Cher enfant, aurais-tu négligé jusqu’ici la question primordiale du salut de ton âme ? Précieux est le rachat de ton âme ! Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé.

Et pour tous ceux qui croient, il n’y a plus à redouter le jugement de Dieu, la mort, la seconde mort. Jésus lui-même déclare : « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement (Jean 5. 24).

Désormais, pour tous ceux qui sont dans le Christ Jésus, il n’y a aucune condamnation et rien ne peut les séparer de l’amour du Christ. Est-ce là ta part, cher jeune lecteur ? Puisses-tu approfondir ce que signifie la mort de Christ ! C’est la nourriture de tes parents croyants, accompagnée des pains sans levain.

Nous ne sommes pas sauvés seulement pour aller au ciel, mais pour vivre dans ce monde comme ceux qui ont été délivrés du juste jugement de Dieu et qui sont les témoins de Sa grâce et de Sa justice. Quel privilège pour toute la vie, si dès le jeune âge, nous sommes instruits dans les vérités de l’évangile et si nous avons en horreur le mal, en tenant ferme au bien (Rom. 12. 9) !

Les interrogations des enfants d’Israël. 2)

Le mois dernier, nous avons examiné la première question, en rapport avec la Pâque, que pouvait poser à ses parents l’enfant israélite.

Ne pourrait-elle pas s’exprimer ainsi pour vous, chers enfants : quel est le moyen du salut ? – Dieu apprécie le sang de l’Agneau qui a été immolé et peut épargner de Son juste jugement tous ceux qui, quoique pécheurs, croient en l’œuvre expiatoire du Seigneur Jésus. « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6. 23).

La mort inexorable a frappé tout premier-né des Égyptiens et Dieu a épargné tout premier-né en Israël. Vous pouvez vous identifier aux sentiments de ces enfants aussi merveilleusement délivrés. La prompte obéissance de leurs parents à la parole de l’Éternel leur a valu un tel salut fondé sur le sang de l’agneau.

Ils ont dû être très attentifs à tout ce qui s’est passé dans leur propre foyer en cette nuit mémorable.

Connaissez-vous la valeur infinie du sacrifice de Christ ? Vous souvenez-vous de ce jour où vous avez accepté Jésus pour votre Sauveur ? Ou bien quelque jeune lecteur n’aurait-il pas encore connu ce point de départ de toute vie chrétienne véritable : la conversion ?

Au chapitre 13 de l’Exode, une deuxième question surgit dans le cœur de l’enfant israélite assistant à la fête des pains sans levain, succédant immédiatement à la Pâque.

L’Éternel avait déclaré : « Pendant sept jours tu mangeras des pains sans levain, et le septième jour il y aura une fête à l’Éternel (v. 6). « Qu’est-ce que ceci ? » demandait à présent le fils (13. 14). Et dans sa réponse, le père rattachait le rachat à la position de service et de sainteté pratique qui en découlait. Il ne pouvait que rappeler les droits d’un Dieu saint sur Son peuple racheté.

N’hésitez pas, chers enfants, à interroger vos parents au sujet de leur conduite marquée par la séparation du mal et du monde. La Parole divine est très précise sur ce point : « On mangera pendant les sept jours des pains sans levain ; et il ne se verra point chez toi de pain levé, et il ne se verra point de levain chez toi, dans tous tes confins. Et tu raconteras ces choses à ton fils, en ce jour-là, disant : C’est à cause de ce que l’Éternel m’a fait quand je sortis d’Égypte » (v. 7 et 8).

Ces sept jours évoquent-ils toute la vie chrétienne consacrée au Seigneur ? Comme nous sommes loin de cet état d’âme, vrai de certains croyants ! Peut-être, même en étant enfants de parents chrétiens, affirmons-nous qu’il suffit d’être sauvé. Nous oublions que Dieu a en vue pour nous, dès ici-bas, le bonheur de notre âme en communion avec Lui, étant séparés de tout mal, et consacrés à Son service dans un vrai dévouement produit par l’amour du Seigneur.

L’apôtre Paul souligne, en 2 Corinthiens 8. 5, quel était le réel mobile de la consécration des saints des assemblées de la Macédoine : « Ils se sont donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur » : c’est lorsque l’âme reconnaît les droits du Seigneur sur elle, répondant à la pensée de Dieu : « Sanctifie-moi tout premier-né… il est à moi ».

Dieu se complaît à nous bénir : « Notre Sauveur Jésus Christ s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres » (Tite 2. 14).

En Exode 13. 9 il est question des mains de l’Israélite, de ses yeux et de sa bouche, qui sont des membres livrés à Dieu comme instruments de justice (Rom. 6. 13).

Qu’en est-il, chers enfants, de notre activité pour Dieu, de notre discernement de Sa volonté, du témoignage proclamé par nos bouches ?

Recherchons-nous avant toute chose l’approbation du Maître ? Les bonnes œuvres, c’est ce que Dieu prépare pour nous, ce qu’Il fait par nous, faibles instruments, le Saint Esprit communiquant Sa puissance à la vie divine qui est en nous.

Il en est ainsi lorsque le cœur est rempli du bien, c’est-à-dire de Christ. Nous apprenons que la mise à l’abri du jugement de Dieu par le sang de Christ se lie à une vie de sainteté pratique, d’obéissance à Dieu, de dépendance pas après pas.

Pendant sept jours, le peuple mangeait des pains sans levain. N’est-ce pas l’âme qui se nourrit, en figure, de la parfaite humanité de Christ ? N’a-t-Il pas glorifié Dieu dans une marche exempte de tout péché, étant éprouvé jusqu’à la mort ?

Notre cœur renouvelé ne fait-il pas ses délices de Sa sainteté, de Sa justice, de Son obéissance, de Son amour ? « Notre Pâque, Christ, a été sacrifiée : c’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (1 Cor. 5. 7 et 8).

C’est une fête mettant les âmes en rapport avec le Dieu saint : Ne rassemble-t-Il pas Son peuple pour le bénir, le nourrir des gloires morales du Seigneur Jésus ?

Ceux qui se sont appropriés par la foi la valeur du sang de Christ sont sans levain devant Dieu, revêtus comme Christ d’une sainteté parfaite. Ils veillent avec soin à ce que leur marche ici-bas, l’état de leur âme, correspondent à leur position en Christ. Et par la puissance du Saint Esprit, ils reçoivent toute capacité pour cela. Ils célèbrent la fête des pains sans levain pendant sept jours, en traversant ce monde souillé. Le croyant dispose d’un temps complet pour sa marche, pour sa vie terrestre, qui est comparée à une fête de sainteté pratique pour Dieu.

Point de pain levé, point de levain dans la maison de l’Israélite pendant les sept jours de la fête, telle était la devise de la part de Dieu. Ce qui souille, c’est le péché : un mouvement d’orgueil, de vanité, une pensée folle entretenue, un mensonge, une parole dure, un geste de colère, les convoitises du cœur.

Comme le levain peut vite s’introduire dans un foyer par les multiples moyens de communication qu’utilise le monde pour atteindre notre esprit et notre cœur.

N’oublions pas que « un peu de levain fait lever la pâte tout entière ». Notre responsabilité n’est-elle pas d’ôter le vieux levain, c’est-à-dire de nous séparer et de nous purifier par la confession de tout ce qui a pu nous priver de la communion avec Dieu ?

Mais quelques-uns d’entre vous pourraient se décourager, estimant que la vie chrétienne est bien contraignante. Il y a bien des camarades dont la vie parait plus facile. Et ces questions assaillent votre cœur : pourquoi cette continuelle séparation du monde ? Ou bien quel mal y a-t-il en ceci ou en cela ? Celui qui nous a appelés est saint, et nous adresse cette parole : « Soyez saints dans toute votre conduite » (1 Pier. 1. 15 à 17).

N’oublions pas les droits que le Seigneur S’est acquis sur nos cœurs. La vraie force est en Christ, dans une vie de communion avec Lui. Qu’est-ce que la communion, sinon se réjouir en Dieu ? La joie du croyant est ineffable et glorieuse, car il a Christ pour objet. Veillons à ne pas tolérer le péché dans nos voies pour connaître cette joie continuelle dans nos cœurs, nos yeux étant fixés sur Jésus dans le ciel.

L’autorité de la Parole dans la vie de famille.

En lisant le chapitre 6 du Deutéronome, vous remarquerez une nouvelle fois que les fils interrogent leurs pères. La première question avait été posée en Exode 12. 26, à propos de la Pâque. Elle équivaut à celle-ci : Quel est le chemin du salut ?

Chers enfants, pouvez-vous donner une réponse nette, sans équivoque ?

En Exode 13. 14, nous avons examiné la deuxième question au sujet de la mise à part, conséquence du fait que nous sommes sauvés par la grâce et par la foi. Elle revient à celle-ci : Pourquoi cette continuelle séparation du monde ? N’est-ce pas en vue du témoignage que nous avons à rendre dans ce monde par la puissance du Saint Esprit et pour la gloire de Dieu ?

La question suivante est posée à propos de la place souveraine que la Parole de Dieu est appelée à occuper dans le foyer et dans le cœur du croyant d’après l’enseignement de Deutéronome 6. 6 à 9. « Ces paroles que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur ». Voilà le cœur rempli de la Parole de Dieu !

Remarquez toute l’importance que Dieu attache à l’état de nos cœurs en relation avec Lui et avec Sa Parole. Si j’aime Dieu de tout mon cœur, cela se traduira par l’obéissance positive à Sa Parole, dont je reconnaîtrai toute l’autorité divine.

Rappelez-vous l’exhortation saisissante de Barnabas aux jeunes croyants d’Antioche : « Il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur » (Act. 11. 23). Et nous pouvons ajouter : « Que la parole du Christ habite en vous richement, en toute sagesse vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de vos cœurs à Dieu dans un esprit de grâce » (Col. 3. 16).

Il est précisé à l’Israélite au sujet des paroles de l’Éternel : « Tu les inculqueras à tes fils, et tu en parleras, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras ; et tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles te seront pour fronteau entre les yeux, et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes ». Ce passage fait bien ressortir toute la place que devait tenir la parole de l’Éternel dans le cœur et la vie de l’Israélite.

Soyez certains, chers enfants, que cette divine Parole n’a pas moins d’importance pour notre vie quotidienne aujourd’hui, car vos chers parents désirent que vous appreniez à connaître Jésus et Son amour et que vous soyez sauvés comme eux. Dieu veuille produire et entretenir dans vos cœurs un amour profond et croissant pour sa précieuse Parole, pour que vous soyez prêts et prompts à tout acte d’obéissance par la foi ! Cela est capital pour la prospérité de votre âme, dès votre jeune âge.

Que votre vie soit gouvernée par la Parole de Dieu, et que vos cœurs soient pénétrés par l’esprit de l’Écriture ! Ne devrait-elle pas être davantage le sujet de nos conversations dans nos vies familiales, dans nos moments de loisirs, ou lorsque nous prenons nos repas ? Si nous aimons la Parole de Dieu qui nous parle du Seigneur Jésus, nous n’aurons pas de peine à parler de Lui.

Bien souvent l’état de nos cœurs se révèle dans nos entretiens, quand nous exprimons des paroles vaines, légères ou même des médisances. Relisez attentivement Éphésiens 4. 29 et 5. 18 à 20.

En gardant soigneusement le commandement de l’Éternel, en faisant ce qui est bon et droit aux yeux de l’Éternel, l’Israélite pieux pouvait s’attendre à des interrogations de la part de son fils : « Que sont les témoignages, et les statuts et les ordonnances que l’Éternel, notre Dieu, vous a commandés ?» (Deut. 6. 20).

Quelle satisfaction pour des parents de découvrir, par des questions intelligentes, l’intérêt de leur enfant pour les enseignements divins ! Ne craignez pas d’importuner vos parents ou vos amis chrétiens par de telles questions. Elles peuvent même être pour eux une source d’encouragement, d’édification ou de consolation.

L’enfant perçoit ici qu’il y a différents aspects de la Parole de Dieu, comme nous les retrouvons dans le Psaume 119 avec cette belle exclamation : « Combien j’aime ta loi ! Tout le jour je la médite » (v. 97).

Les témoignages sont l’expression de la pensée de Dieu à l’égard de l’homme. Il y a le témoignage des œuvres de la création (Rom. 1. 20), celui des Écritures et celui de Christ.

Quant aux statuts ils constituent des règles en vue d’une marche collective. C’est ainsi qu’il y avait les statuts de la Pâque.

Les ordonnances sont des règles revêtues d’une autorité divine. Ce sont les jugements de Dieu pour que nous puissions apprécier et juger toutes choses comme Lui-même le fait.

Chers enfants, puissiez-vous lire et relire le saint Livre avec prière et avec un cœur attentif et sensible ! Sondez les Écritures pour y découvrir les gloires variées du Seigneur Jésus et les multiples aspects de Son œuvre à la croix.

Le père devait ensuite raconter à son fils l’histoire de la délivrance de l’Égypte et quels étaient les signes opérés en faveur de son peuple. Il rappelait ainsi toute la puissance et la grâce de Dieu. « Il nous a fait sortir de là, pour nous faire entrer dans le pays qu’il avait promis par serment à nos pères, pour nous le donner » (v. 23).

Dans son amour pour nous, le Seigneur Jésus a opéré une bien plus grande délivrance que celle de l’Égypte. Il est mort pour nous délivrer de la puissance du péché, de Satan et de la mort (Rom. 6. 6 et Héb. 2. 14 et 15).

C’est alors que l’âme rachetée, possédant la vie divine, se plaît à obéir à Dieu (1 Jean 4. 19 et 5. 1 à 4. Jean 15. 10). « Et l’Éternel nous a commandé de pratiquer tous ces statuts, de craindre l’Éternel, notre Dieu, pour notre bien, toujours, pour nous conserver en vie » (v. 24).

Chers enfants, puissiez-vous aimer votre Bible, trouvant tout votre plaisir dans la lecture et la méditation du saint Livre selon ce qu’exprime le Psaume 1. 2. Cherchez à la connaître tandis que vous êtes jeunes et que vous êtes capables d’apprendre et d’enregistrer dans votre mémoire. « Souviens-toi… » tel est le leitmotiv du Deutéronome pour l’Israélite pieux.

Conscients de leur devoir, vos parents ne se lassent pas de vous instruire et de vous répéter chaque jour les enseignements de l’Écriture ; mais pour qu’ils vous soient vraiment profitables, il est indispensable que vous vous en occupiez vous-mêmes.

Ce travail personnel fait penser à l’activité des princes de l’Israël de Dieu qui, en Nombres 21. 18, ont creusé des puits avec leurs bâtons. Il s’agit de chercher, de creuser, de glaner pour vous-mêmes. Si nous prenons régulièrement la nourriture pour notre corps, qu’en est-il de notre âme ? Ne la laissons-nous pas parfois périr de faim ? C’est la Parole de Dieu seule qui est cette nourriture de nos âmes.

N’oublions pas que « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu » (Luc 4. 4). Il suffit de quelques versets de l’Écriture pour que se répandent dans votre cœur et dans votre conscience des flots de lumière divine en réponse à toute question. Ainsi des nuages sont dissipés, des doutes chassés, et les pensées de Dieu s’imposent avec toute leur autorité.

Chers enfants, sondez les Écritures qui rendent témoignage du Seigneur Jésus.

Les douze pierres retirées du Jourdain.

C’est à propos d’un monument sans apparence aux yeux des hommes qu’était posée une quatrième question par les enfants d’Israël.

Ce monument était visible sur la rive cananéenne du Jourdain et composé de douze pierres brutes recueillies dans le lit du fleuve et posées en Guilgal selon l’ordre de l’Éternel. Nous lisons en Josué 4. 6 et 7 : « Lorsque dans l’avenir vos fils demanderont, disant : Que signifient pour vous ces pierres ? alors vous leur direz que les eaux du Jourdain furent coupées devant l’arche de l’alliance de l’Éternel ; lorsqu’elle passa dans le Jourdain, les eaux du Jourdain furent coupées. Et ces pierres serviront de mémorial aux fils d’Israël pour toujours ».

Comme plusieurs d’entre vous le savent, trois grands faits essentiels ont marqué l’histoire d’Israël entre sa sortie de l’Égypte et son entrée en Canaan, ce pays ruisselant de lait et de miel que l’Éternel avait promis en héritage à Son peuple.

En premier lieu, c’est la Pâque. Un agneau par maison a été égorgé à la place de tout premier-né en Israël. L’Éternel n’avait-il pas déclaré : « Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous ? » Un Autre, notre cher Sauveur, a subi à la croix le jugement de Dieu que nous avions mérité pour l’éternité.

Puis, c’est la traversée de la Mer Rouge, où le peuple apprend sa délivrance de son cruel adversaire. Dieu a divisé en deux la mer Rouge… il a fait passer Israël au milieu d’elle… il a précipité le Pharaon et son armée dans la mer Rouge, car sa bonté demeure à toujours (Ps. 136. 13 à 15). Pour nous, par la mort de Christ, la puissance de Satan a été détruite. Cette mort n’effraie plus le croyant (Héb. 2. 14 et 15).

Enfin, au terme d’un voyage de quarante ans dans le désert, c’est le passage du Jourdain qui fermait l’accès en Canaan. Le fait capital, c’est que l’arche de l’Éternel, le Seigneur de toute la terre, est là, portée par les sacrificateurs, et pénètre la première dans les eaux. Les eaux reculèrent, frayant un passage au peuple : et tout Israël passa à sec jusqu’à ce que toute la nation eut achevé de passer le Jourdain.

Le psalmiste rappelle ce fait glorieux : « Ils passèrent le fleuve à pied : là nous nous réjouîmes en lui » (Ps. 66. 6). L’arche resta dans le lit du fleuve tout le temps nécessaire pour que la nation puisse passer. Elle garantit une entière sécurité au peuple de Dieu que le fleuve de la mort ne pouvait engloutir.

De même Christ s’est tenu dans le fleuve de la mort. Par la grâce de Dieu, Il goûta la mort pour tout. Le Prince de la vie a livré Son âme à la mort (És. 53. 12). Cher Sauveur ! Pour Lui la souffrance, l’abandon de Dieu et la mort ; pour nous, la délivrance de tous nos ennemis et la jouissance d’un bonheur ineffable. Beaucoup d’eaux n’ont pu éteindre son amour et le fleuve de la mort n’a pu le submerger.

La traversée du Jourdain nous apprend une vérité d’un prix inestimable. Si, à la mer Rouge, j’apprends que Christ est mort pour moi, au Jourdain, je réalise que je suis mort avec Christ. C’est alors que le racheté du Seigneur est invité à posséder le ciel et à en jouir, dès maintenant par la foi, ce qui correspond pour Israël à son entrée en Canaan.

L’apôtre, dans une expression lapidaire, déclare : « Je suis crucifié avec Christ » (Gal. 2. 20). Il est absolument vain de corriger le vieil homme. Par la foi, je réalise qu’il a été cloué à la croix où mon Sauveur a laissé Sa vie. Ma volonté propre est condamnée.

Quelle merveilleuse et complète délivrance me procure la croix ! Le croyant délivré se tient pour mort au péché (Rom. 6. 11), mort à la loi (Gal. 2. 19), mort au monde (Gal. 6. 14). « Ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises » (Gal. 5. 24). Et nous pouvons ajouter : « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8. 36).

C’est alors que le ciel nous est ouvert pour y contempler Jésus, glorifié à la droite de Dieu, comme l’Objet de notre cœur.

Sur l’ordre de l’Éternel, douze pierres sont enlevées par douze hommes, du milieu du Jourdain et posées à Guilgal. Que signifient pour nous ces pierres ? « Identifiés avec lui dans la ressemblance de sa mort, nous le serons donc aussi dans la ressemblance de sa résurrection ; sachant ceci, que notre vieil homme a été crucifié avec lui » (Rom. 6. 5 et 6).

Les douze pierres n’évoquent-elles pas les douze tribus d’Israël, proclamant l’unité du peuple de Dieu dans ce monument insignifiant, mais précieux pour la foi ? Ces pierres étaient arrachées au fleuve de la mort par la victoire de l’arche. Elles sont en Canaan sur la rive de la résurrection. L’œuvre de Christ est accomplie en faveur de tous les rachetés.

Le monument de Guilgal, c’est Christ ressuscité et glorifié, objet de la foi, assis pour nous dans les lieux célestes et nous associant à Lui. « Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés… nous a vivifiés ensemble avec le Christ… et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus » (Éph. 2. 4 à 6).

Quelle force cela donne à la vie chrétienne, de penser que tout est en haut pour Lui et pour nous ! Que cette contemplation ait un effet durable sur nos consciences, car « ces pierres serviront de mémorial aux fils d’Israël pour toujours » (Jos. 4. 7).

Souvenons-nous que ce monument des douze pierres à Guilgal est le mémorial de la mort et de la résurrection, vu en Christ ressuscité et entré dans la gloire. Puissions-nous saisir le langage de ces pierres pour nous-mêmes : « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le christ Jésus ! » (Rom. 6. 11).

Les douze pierres dans le Jourdain.

Le monument de douze pierres, érigé en Canaan, à Guilgal, près du Jourdain suscitait la quatrième question des enfants des Israélites.

Dressées en un seul monceau, d’apparence insignifiante, ces pierres ne rappelaient-elles pas tout à la fois ce que l’Éternel avait fait pour eux, et leur unité comme peuple de Dieu établi dans l’héritage ? Symboles de la résurrection, n’étaient-elles pas comme les trophées visibles, enlevés au fleuve de la mort par la victoire de l’arche de l’Éternel, le Seigneur de toute la terre ?

Pour nous aussi, il y a un précieux souvenir dans la Cène instituée par le Seigneur lui-même avant que soit consommé Son sacrifice. C’est le mémorial de Ses merveilles (Ps. 111. 4).

La Cène rappelle aux chrétiens l’amour de Jésus dans Sa mort expiatoire et leur unité comme faisant partie du Corps de Christ. Ces questions peuvent surgir dans votre esprit lorsque vous accompagnez vos parents à la réunion pour le culte : Que signifient ce pain, cette coupe, ce rassemblement d’une minorité de croyants, en toute simplicité et sans cérémonies ?

Le seul pain évoque le seul corps de tous les rachetés du Seigneur, unis à Lui, la Tête glorifiée dans le ciel. Même si les chrétiens sont divisés, dispersés, dans l’ignorance de leur unité en Christ comme membres de Son corps, la pensée de Dieu est clairement exprimée par ces paroles : « Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps » (1 Cor. 10. 17).

Et le sang de Jésus nous ouvre ce chemin nouveau et vivant, consacré à travers le voile, qui nous introduit par la foi dans le sanctuaire céleste où nous pouvons célébrer en esprit et en vérité le culte des vrais adorateurs. « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? »

C’est dans l’obéissance à un Christ glorifié que, par la puissance du Saint Esprit, l’Église rappelle ce précieux mémorial, le souvenir de la mort du Seigneur. Elle est unie à Celui qui mourut pour elle et qui est ressuscité. Elle peut jouir désormais de la communion avec Christ dans la gloire. Tout est grâce et gloire pour elle en vertu de la mort du Seigneur.

Nous souhaiterions poser une question aux plus grands parmi vous : Avez-vous répondu au désir du cœur du Seigneur Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi » ? (1 Cor. 11. 24)

En Josué 4, un deuxième monument est élevé au-milieu du Jourdain. Cela est signalé au verset 9 ; « Et Josué dressa douze pierres au milieu du Jourdain, à la place où s’étaient tenus les pieds des sacrificateurs qui portaient l’arche de l’alliance ; et elles sont là jusqu’à ce jour ».

Les eaux furent coupées devant l’arche de l’alliance de l’Éternel et tout Israël passa à sec alors que les pieds des sacrificateurs étaient arrêtés au milieu du Jourdain (Jos. 3. 17). Puis, lorsque les sacrificateurs se retirèrent du lit du fleuve, les eaux du Jourdain retournèrent en leur lieu, et coulèrent par-dessus tous ses bords comme auparavant (Jos. 4. 18).

Ainsi ce monument recouvert par les eaux échappait aux regards des Israélites, de sorte que seule la foi, par la Parole de Dieu, pouvait en discerner l’existence. Ces pierres-là n’étaient pas le symbole de la résurrection, mais elles constituaient le monument de la mort. Seul le cœur du racheté étreint par l’amour du Seigneur peut s’en souvenir.

Les pierres en Guilgal soulignent les privilèges, les bénédictions des rachetés, associés à Christ, ayant traversé le fleuve de la mort avec Lui et ressuscités en Lui.

Les pierres dans le Jourdain rappellent à nos cœurs la communion avec Lui dans la mort.

C’est comme si Christ nous conduisait au bord de la rivière pour y contempler l’endroit où Ses pieds s’arrêtèrent. Voilà le lieu de la mort ! Chaque racheté peut dire avec reconnaissance : Cher Sauveur, tu es entré dans ce fleuve de la mort pour la gloire de Dieu que j’avais offensée, et par amour pour moi, Tu as dû t’écrier : « Toutes tes vagues et tes flots ont passé sur moi » (Jonas 2. 4 ; Ps. 42. 7). « Je suis entré dans la profondeur des eaux, et le courant me submerge » (Ps. 69. 2). Ne puis-je pas me souvenir de ce que signifiait la mort pour Ton âme sainte ? Quelle amertume, quelles douleurs dans cette coupe que le Père T’avait donnée à boire !

C’est à la croix que je découvre l’amour infini de mon Rédempteur. La mort est vaincue, mon vieil homme est condamné, je suis mort avec Christ.

L’arche sainte a traversé le fleuve de la mort et tout le peuple est passé en Canaan.

Ce Jourdain, qui était un obstacle avant la traversée, devient pour la foi une frontière infranchissable faisant séparation d’avec la lointaine Égypte.

Et pour nous, quelle délivrance merveilleuse nous procure la mort de Christ vis-à-vis du monde et de nous-mêmes ! A cette condition, notre foi s’emparant d’une telle vérité, nous pouvons jouir des richesses de Sa grâce et de la gloire de Son héritage dans les saints. C’est la part de ceux qui, par la foi, sont assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus (Éph. 1. 7 et 18 ; 2. 6).

Nous ne saurions trop vous conseiller, chers enfants, d’être très attentifs à la vie spirituelle du peuple de Dieu. N’hésitez pas à poser des questions à vos parents et à tous ceux qui sont engagés dans le sentier de la foi. Il plaira à vos aînés de découvrir par ce moyen l’attachement de votre cœur pour le Seigneur, pour Sa Parole et pour la vie d’assemblée. Il ne s’agit pas bien entendu de questions oiseuses pour satisfaire une vaine curiosité, mais de l’intérêt de l’âme pour discerner la pensée de Dieu en toutes choses.

Après Josué et les anciens se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’Il avait faite pour Israël (Jug. 2. 10). Et cette génération fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel et servit les idoles. Et la Parole ajoute : « Ils abandonnèrent l’Éternel ». Quelle ignorance coupable !

On peut supposer que les questions examinées dans les quatre passages que nous avons étudiés n’avaient pas été posées par la jeune génération aux anciens d’Israël. Elle ne connaissait plus les récits pieux et les hauts faits exaltant la grande œuvre de l’Éternel.

Puissiez-vous, chers enfants, vous approprier une parole souvent citée : La grâce présente la vérité, la foi la saisit, le cœur en jouit et la marche la manifeste !

La vie chrétienne est marquée de différentes étapes : nouvelle naissance ; consécration à Dieu liée à l’affranchissement en Christ, Cène et Table du Seigneur… Où en sommes-nous ? Que le Seigneur nous fasse goûter combien il est bon !

Fils privilégié et fils rebelle.

Nous vous invitons aujourd’hui à lire Deutéronome 21. 15 à 21 où deux enseignements forts utiles devraient retenir toute notre attention et nous instruire dans les voies de Dieu.

D’après les versets 15 à 17, vous constatez combien grand était le privilège de tout fils premier-né en Israël. Il devait recevoir en héritage une double portion de tout ce qui appartenait à son père. Il était le commencement de sa vigueur, le droit d’aînesse lui revenait.

Qu’est-il pour vous, ce droit d’aînesse ? En quoi êtes-vous des fils privilégiés ?

Appartenant à une famille chrétienne, vous êtes placés dans une position de sainteté, de mise à part (1 Cor. 7. 14). Vous êtes considérés comme faisant partie de la maison de Dieu sur la terre pour avoir part à toutes les bénédictions dispensées.

Dans une telle sphère, nous avons tous un droit d’aînesse, c’est-à-dire un immense privilège. Quel cas faisons-nous des promesses de Dieu contenues en si grand nombre dans Sa Parole ? Dieu nous offre un Sauveur, Sa Parole, Son Esprit pour nous conduire dans toute la vérité.

À beaucoup d’entre nous, Il donne encore un foyer chrétien, des réunions d’assemblée autour du Seigneur. Que de privilèges ! Quelle faveur d’être au bénéfice de l’enseignement des Écritures, à la maison et dans l’assemblée ! Toutes ces grâces sont comme un véritable droit d’aînesse. Peut-être avez-vous négligé la lecture personnelle quotidienne de la Parole ou avez-vous trouvé longs ces moments de lecture en famille, et pénible l’assiduité régulière aux réunions ! Mais avez-vous songé que ces grâces faisaient de vous des fils privilégiés ?

La foi de vos parents guide vos premiers pas, puis un jour une relation personnelle, directe, de votre âme s’établit avec le Seigneur. La lecture de la Parole n’est plus un simple devoir, mais un besoin réel de votre âme, illustré par l’impérieuse nécessité de nourrir votre corps chaque jour.

Puissiez-vous dépendre de Dieu et de Sa Parole toujours plus ! L’attrait pour les Saintes Écritures grandira à l’aide des précieux écrits que vous pouvez vous procurer facilement, soit une étude suivie par livres de la Parole, soit une esquisse par sujets ou biographies.

N’hésitez pas à prendre des notes personnelles dans une recherche diligente où votre âme, nourrie des saintes vérités, s’attache étroitement au Seigneur pour Lui plaire à tous égards.

Le fils aîné en Israël recevait en héritage de son père une double portion. Que de vérités précieuses ont été retrouvées au siècle dernier par ceux qui nous ont précédés dans le témoignage du Seigneur ! Nous en sommes les héritiers privilégiés, tout en les retenant parfois avec des mains bien lâches, car nous oublions de les vivre et nous risquons d’en perdre toute la valeur.

En Ésaü, le profane, nous avons le cas d’un fils qui a méprisé son droit de premier-né. Entré dans le monde avec un privilège, il a profané ce que Dieu lui avait donné pour le prix d’un potage de lentilles.

Il sacrifie son avenir éternel pour le plaisir d’un moment. Il satisfait son égoïsme, son besoin immédiat, tout charnel, comme le font beaucoup d’hommes qui déclarent : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (1 Cor. 15. 32). Il trahit son manque de foi, méprisant le don et les promesses de Dieu faites à Abraham.

Quelles conséquences solennelles découlèrent de ce choix ! Plus tard, désirant hériter de la bénédiction, il fut rejeté, quoiqu’il l’eût recherchée avec larmes, car il ne trouva pas lieu à la repentance (Héb. 12. 17).

Point de retour pour lui vers ces merveilleuses voies de la grâce ! Il vivra et mourra dans son péché, méprisant jusqu’au bout de sa carrière terrestre les seuls vrais biens.

Jacob au contraire estimait ce droit d’aînesse, sachant que Dieu avait fait à Abraham et à sa semence de précieuses promesses (Gen. 22. 16 à 18). Il pensait, comme bien des hommes religieux aujourd’hui, qu’il pouvait acheter ce privilège.

Les moyens utilisés par Jacob pour obtenir la bénédiction ne pouvaient être approuvés de Dieu et il a dû en conséquence traverser « de grandes et amères détresses ». Mais Dieu lisait dans son cœur, souvent indocile et rusé, le besoin réel d’être béni. Ainsi Jacob est inscrit dans la lignée du Christ.

Dieu déclare à la fin de l’Ancien Testament, plus de douze siècles après la mort de ces deux frères : « J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Ésaü » (Mal. 1. 3). Sanction terrible pour Esaü qui, après avoir épuisé toute la patience de Dieu, est un vase de colère tout préparé pour la destruction (Rom. 9. 22). Grâce surabondante à l’égard de Jacob, qui termine sa vie de foi en adorant appuyé sur le bout de son bâton !

N’oublions pas que la foi au Seigneur Jésus nous donne ce privilège de faire partie de « l’assemblée des premiers-nés écrits dans les cieux » (Héb. 12. 23).

Nous évoquerons, maintenant, le cas du fils indocile et rebelle considéré dans les versets 18 à 21 en Deutéronome 21. Malgré tant de privilèges accordés par Dieu aux enfants de parents chrétiens, plusieurs, hélas, ont suivi le chemin de ce fils insoumis.

Rejetant toute autorité, croyant ne pas être aimé de ses parents dont le joug lui est insupportable, il s’engage, dans sa folie, sur un chemin de propre volonté qui descend vers l’abîme. Dans une illusion d’indépendance, il désire être son propre maître, vivre pour lui-même, mais il est l’esclave de ses convoitises et de ses passions dans un monde où personne ne lui donne rien.

Comme quelqu’un l’a exprimé : « La libre volonté est l’esclavage de Satan ». C’est « un fils indocile et rebelle, qui n’écoute pas la voix de son père ni la voix de sa mère », bien « qu’ils l’aient châtié, et qu’il ne les ait pas écoutés ». Il ne voit pas les larmes qui ont coulé sur ces visages sillonnés de rides, dans l’attente d’un retour toujours espéré. Il n’entend pas les supplications ferventes de leurs cœurs affligés et humiliés.

Mais n’y a-t-il à aucun moment, dans ce cœur rebelle, le regret nostalgique des prières, des cantiques chantés dans son enfance et des joies saintes auxquelles il a pu participer autrefois ? Un tel chemin en Israël se terminait par la mort sans merci de celui qui était désobéissant, débauché et ivrogne. Ce fils devait être lapidé sur le témoignage de ses propres parents, pour que le mal soit ôté en Israël.

Mais comme l’activité de la grâce nous confond dans la fin du fils prodigue en Luc 15 ! Et pourtant il n’y a pas de différence quant à l’état moral entre ce dernier et le fils rebelle sous la loi. Tous deux ont péché et sont dignes du jugement de Dieu.

Le fils aîné de Luc 15. 25 à 30, n’avait jamais quitté le foyer paternel. Mais ce privilège n’a pas empêché l’égoïsme, l’amertume, la jalousie, la propre justice de se développer dans son cœur.

La méconnaissance totale de la grâce du père, malgré sa proximité, l’exclut de la bénédiction. Rebelle, il refuse d’entrer.

Mais la grâce opère dans le cœur et la conscience du fils prodigue, le poussant à la repentance. Et au lieu d’être frappé par la pierre d’un juste jugement, il devient le fils privilégié, accueilli à bras ouverts par son père qui le couvre de baisers. Il entre dans la maison où tout est amour, joie et paix, avec une abondance de biens. Ce fils prodigue « était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ».

As-tu discerné, un jour, dans ta propre expérience, l’image de ce fils prodigue ? Sais-tu que Dieu a sacrifié Son propre Fils pour te donner la vie éternelle ? Accepte cette bonne nouvelle pour être préservé du sort terrible réservé au fils rebelle en Deutéronome 21.

Samson, l’enfant nazaréen.

Nous souhaiterions, ce mois-ci, tirer instruction du chapitre 13 du livre des Juges, où nous assistons à la naissance d’un enfant privilégié en Israël.

Il s’agit de Samson qui, dès sa naissance, devait être nazaréen de Dieu. Cet enfant devenu adulte commencerait à sauver Israël des Philistins (Jug. 13. 5).

Les fils d’Israël avaient de nouveau besoin d’un juge pour les délivrer du joug des Philistins qui dominaient sur eux. Pour la septième fois dans ce livre des Juges, il est rappelé que « les fils d’Israël firent de nouveau ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel ; et l’Éternel les livra en la main des Philistins pendant quarante ans ».

Il est bien affligeant de constater que le peuple de Dieu puisse être ainsi subjugué par ses ennemis établis dans les limites mêmes du pays promis. Mais cette fois-ci, aucun cri ne monte du cœur du peuple opprimé vers Dieu. Il n’éprouve pas le besoin d’être sauvé et semble s’accommoder de cette dure et misérable servitude. Sa conscience n’est pas travaillée.

Comme quelqu’un l’a bien exprimé : « Ce sont les chaînes les plus lourdes qu’on sent le moins », quand l’ennemi est arrivé à nous assujettir à notre insu.

Cependant, Dieu qui a compassion de la misère de Son peuple, s’est réservé quelques témoins qui le craignent comme en Malachie 3. 16. C’est ainsi qu’apparaissent Manoah et sa femme, de la tribu de Dan, parmi les plus faibles en Israël.

Ce couple pieux n’a pas d’enfant, image frappante de l’état de stérilité du peuple d’Israël pour Dieu. Mais Dieu a en vue de délivrer Son peuple et rien n’empêche Sa grâce et Sa puissance de se déployer à travers de faibles instruments choisis et préparés par Lui. Rappelons que Sa grâce nous suffit et Sa puissance s’accomplit dans l’infirmité (2 Cor. 12. 9).

L’Ange de l’Éternel apparaît à la femme de Manoah pour lui annoncer la naissance d’un fils, avec la promesse de sauver Israël de ses ennemis par son moyen.

Ce jeune garçon devait être nazaréen de Dieu dès sa naissance, mis à part pour Lui.

Tout d’abord cette mère devait observer les prescriptions de l’Ange, s’abstenir de vin, de boisson forte et ne rien manger d’impur. C’était ce qui était requis pour son fils.

Vous voyez quelle importante leçon nous est donnée par ces versets 4 et 5. Vous élever pour le Seigneur dans la séparation du monde signifie pour votre mère, pour vos parents, qu’ils en soient séparés eux-mêmes, et cela avant votre naissance.

Les plus belles leçons que nous, parents, puissions vous donner sont celles de l’exemple, lorsque sont reflétées dans nos vies les gloires morales du Seigneur Jésus, Sa vie de dépendance, d’obéissance, d’humilité, de soumission à la sainte volonté du Père.

En quoi consistait ce nazaréat auquel Samson devait être soumis ? C’est le chapitre 6 des Nombres qui indique la loi du nazaréat, pour se séparer afin d’être à l’Éternel (v. 2 et 3). Il exprimait sa consécration pour un temps limité en observant trois conditions :

1.         Il s’abstenait de tout ce qui provient de la vigne : vin, boisson forte, raisin.

C’est le symbole de la joie que l’homme trouve dans ce monde, dans ses rapports sociaux (Ps. 104. 15). Le péché ayant ruiné le monde, Dieu ne peut se réjouir avec l’homme pécheur, sauf quand ce dernier se repent. Celui qui est consacré au service de Dieu ne peut trouver sa joie dans la société des hommes pécheurs ni participer à leurs plaisirs, alors que Dieu n’y est pas.

Quel danger présente, pour nous croyants, le fait de cultiver la société d’amis mondains qui peuvent nous procurer certains agréments, mais au détriment de la prospérité de nos âmes. Pour Paul, en Galates 6, le monde était crucifié, et Paul était un homme crucifié pour le monde. Dieu ne donne rien au nazaréen qui puisse exciter la chair. En figure, il était mort au monde (Gal. 6. 14 ; Col. 2. 20).

2.         Il devait laisser croître sa chevelure. Par ce signe chacun en Israël pouvait le reconnaître aisément.

Selon 1 Corinthiens 11. 14 « si un homme a une longue chevelure c’est un déshonneur pour lui ». C’est la mise de côté de soi, le renoncement à toute dignité naturelle, l’abandon de toute volonté propre pour n’avoir qu’un objet : la volonté de Dieu. Cela n’évoque-t-il pas toute la vie de dépendance du disciple de Jésus ? En figure, nous avons ici la mort au moi (Gal. 2. 20).

3. Il devait fuir tout contact avec la mort, salaire du péché (Rom. 6. 23). Même un ossement n’ayant qu’un lointain rapport avec un corps frappé de violence était la preuve de la mort.

Par une seule désobéissance, Adam a été chassé du jardin d’Éden. Un simple contact avec un mort de sa proche famille rendait impure la tête du nazaréen. Quelle sainte vigilance devait-il exercer pour ne pas se souiller ! En figure, il était mort au péché (Rom. 6. 2).

Malgré les trois caractères extérieurs de cette vocation, n’oublions pas que ces conditions correspondaient à un vœu du cœur, une consécration au service de l’Éternel, une séparation intérieure de l’âme pour Dieu. Un tel dévouement à Dieu est essentiel dans le nazaréat chrétien selon Romains 12. 1 où nous sommes exhortés, par les compassions de Dieu, à présenter nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est notre service intelligent.

Ne pas être séparé dans son cœur, tout en professant être nazaréen d’une manière extérieure, même en possédant pour un temps une grande puissance, nous expose à une chute certaine. Ce fut le cas de Samson et de bien d’autres croyants après lui.

Le nazaréat en Israël était temporaire, facultatif. Pour nous chrétiens, il est permanent et nous concerne tous depuis notre conversion jusqu’au retour du Seigneur. Fixons nos regards sur le parfait Nazaréen, le Seigneur Jésus.

Depuis Sa naissance jusqu’à Sa mort sur la croix, Sa consécration à Dieu était totale. N’était-Il pas, à douze ans, occupé des affaires de Son Père ? N’étant pas de ce monde, tout en vivant dans le monde, Il restait séparé de ses joies et de ses fêtes (Jean 7. 8). Son ministère n’était pas entravé par les circonstances familiales (Luc 8. 20 ; Jean 2. 4). Sa dépendance de Dieu ressortait à chacun de Ses pas (Jean 5. 19). Et tout au long de sa vie, Il n’a pas commis de péché (1 Pier. 2. 22).

Suivons les traces d’un tel modèle, sachant qu’Il a pu exprimer en parlant de son Père : « Je fais toujours les choses qui lui plaisent » (Jean 8. 29).

Informé par sa femme des paroles du céleste visiteur, Manoah supplie l’Éternel pour qu’Il vienne encore vers eux : « Qu’il nous enseigne ce que nous devons faire au jeune garçon qui naîtra ».

Quelles heureuses dispositions de cœur pour des parents pieux espérant la naissance d’un enfant, lorsqu’ils exposent au Seigneur Jésus le besoin d’être dirigés et formés pour leur nouvelle tâche !

Comme il importe de se laisser instruire à l’avance par le Seigneur, pour connaître et appliquer à soi-même et à l’enfant les principes de l’Écriture ! Le souci de ce père n’est-il pas d’élever son enfant pour Dieu ? Ainsi ceux qui sont marqués par la simplicité de la foi reçoivent la révélation de Dieu quant au salut de l’homme par le moyen d’un sauveur qui, en figure ici, nous rappelle le Christ Jésus.

Manoah, adorateur, apporte une offrande à l’Éternel, l’holocauste, le gâteau sur le rocher. C’est un sacrifice par feu, une odeur agréable à l’Éternel. En type, c’est Jésus se donnant de plein gré à Dieu dans un parfait dévouement jusqu’à la mort.

Désirant instamment connaître le nom de l’Ange de l’Éternel, Manoah obtient pour toute réponse : « Il est merveilleux ». En Ésaïe 9. 6, ce nom est attribué à la même Personne. Car L’Ange qui monte dans la flamme de l’holocauste et Jésus qui, après avoir achevé l’œuvre de la rédemption a été élevé au ciel (Act. 1. 2, 9, 11 et 22), sont la même Personne, notre cher Sauveur.

Quel privilège pour Samson de naître dans une famille où Dieu était connu et craint ! La plupart d’entre vous, chers enfants, avez ce privilège. Alors, prenons garde à l’histoire de cet homme devenu adulte.

Enfant, il grandit et l’Éternel le bénit (v. 24). Heureux auprès de ses parents, un lien est établi entre son âme et Dieu : « L’Esprit de l’Éternel commença de le pousser » (v. 25). Tout semble préparé pour une vie bénie, consacrée à l’Éternel. Hélas Samson, adulte, n’a pas su garder son cœur selon Proverbes 4. 23. Il a livré ses secrets au monde. Il a perdu tout à la fois sa force, sa liberté, sa vue et enfin sa vie. Pauvre Samson !

Chers enfants, nous avons reçu beaucoup de privilèges : la connaissance du Seigneur Jésus, de Sa Parole, la puissance du Saint Esprit. Dans une telle position, nous sommes tenus à un « nazaréat » qui implique la séparation de cœur d’avec le monde, par la puissance de l’Esprit.

Obed.

Ce nom d’Obed n’est peut-être pas inconnu de quelques-uns d’entre vous, chers enfants. Il est donné par les voisines de Naomi au fils qui naquit de Ruth, la Moabite, venue en Canaan s’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël. Le récit concernant la naissance de cet enfant se trouve en Ruth 4. 13 à 22.

Au cours des quatre chapitres composant ce beau livre, nous pouvons admirer comment s’affirme la foi de Ruth, jeune femme étrangère.

Quittant les champs de Moab, où se trouvaient son père, sa mère, son peuple, ses dieux, et dans la compagnie de sa belle-mère Naomi, elle vient dans les champs de Boaz, conduite par son Dieu auquel son cœur s’était attaché résolument (Ruth 1. 16).

C’est la puissance de la grâce qui anime tout son être et l’attire vers le peuple de Dieu. N’en voyons-nous pas déjà l’expression touchante dans la bonté dont elle use envers sa belle-mère ?

Chers enfants, qu’une telle foi, opérante par l’amour, puisse se développer dans vos cœurs ! C’est alors que Dieu conduit Ruth auprès d’un homme puissant et riche, tout préparé pour lui donner repos et consolation. Elle glane avec persévérance dans les champs de Boaz jusqu’à ce que la moisson des orges et la moisson des froments soit achevée (ch. 2. 23). Quelle figure saisissante de la rencontre personnelle que chacun de nous doit avoir un jour, dans sa vie, avec le Seigneur Jésus ! Il parle à notre cœur et nous rassasie des biens de Son amour.

Soumise aux conseils pieux de sa belle-mère, Ruth comprend qu’elle ne peut trouver le repos et le bonheur qu’aux pieds de Boaz. C’est pourquoi elle descend dans l’aire où Boaz vanne les orges. Il avait prié que l’Éternel bénisse l’œuvre de Ruth et c’est lui-même qui récompense sa foi. Mais il faut que Ruth soit rachetée (Ruth 3. 9 ; 4. 5).

Au chapitre 4, Boaz s’occupe activement de cette question, poussé par l’amour. Quelle évocation de toute la grâce divine pour nous ! Nous avons été achetés à prix (1 Cor. 6. 20), ayant changé de maître, et nous avons été rachetés par le sang précieux de Jésus (1 Pier. 1. 18), ce qui souligne notre changement de condition, d’état moral, pour jouir d’une pleine liberté en Christ (Jean 8. 36). Alors que toute ressource est épuisée du côté de l’homme, la grâce de Dieu se manifeste dans la Personne de notre glorieux Rédempteur.

Maintenant Ruth entre dans la maison de Boaz comme son épouse bien-aimée. Celui en qui est la force (1 Rois 7. 21) procure toute satisfaction à Ruth, cette femme vertueuse, pour laquelle tout est grâce. Elle, une Moabite, appartenait à ce peuple au sujet duquel il avait été déclaré qu’il n’avait pas le droit d’entrer dans la congrégation de l’Éternel (Deut. 23. 3). Introduite dans l’Israël de Dieu, elle s’inscrit dans la famille qui donnera naissance à David, le roi selon le cœur de Dieu, et même elle fait partie de la généalogie du Seigneur Jésus selon Matthieu 1. 5.

Quelle prière fervente monte devant Dieu à l’occasion du mariage de Boaz et de Ruth ! (Ruth 4. 11 et 12). Chers enfants, n’oublions pas d’implorer notre Dieu en toutes circonstances, sachant que nous dépendons de Lui pour toute bénédiction.

Rachel, la femme bien-aimée, est mentionnée la première dans ces souhaits. La puissance est demandée pour Boaz dans Ephrata, le « lieu de la fertilité », et un nom dans Bethléhem, « la maison du pain », là où la grâce s’est pleinement déployée.

Et comme pour la maison de Pérets, seule l’élection de la grâce peut établir la postérité de Ruth. De même aujourd’hui, seule la pure grâce de Dieu peut introduire un pécheur misérable dans la famille de la foi en lui donnant un Rédempteur, Jésus, notre Sauveur. Cher jeune lecteur, Jésus est-il ton Rédempteur ?

Maintenant que Ruth habite le pays, elle peut faire ses délices de l’Éternel et, enseignée par la foi, elle sait qu’il peut lui donner les demandes de son cœur (Ps. 37. 3 et 4). C’est ainsi que Dieu lui donne un fils appelé Obed, nom dont nous avons la signification, en note, dans nos Bibles : « qui sert ».

Quelques-uns d’entre vous, chers enfants, portez un nom choisi avec foi par vos parents et qui n’est pas sans importance, soit quant à sa signification dans l’Écriture, soit quant à la vie de foi de celui dont il parle.

Des femmes pieuses entourent Naomi, partageant sa joie à l’occasion de cette naissance. Elles évoquent un rachat futur en reportant sur son « fils » le droit de rachat exercé par Boaz. Elles ajoutent : « il sera pour toi un restaurateur de ton âme, et un soutien de ta vieillesse » (v. 15).

Quelles bénédictions reposent sur cet enfant pour le réconfort de Naomi qui n’avait que des plaintes à formuler à son retour ! Il est le fils de cette Ruth qui s’est attachée à elle par la foi, ayant plus de valeur pour elle que sept fils. Quelle explosion de joie lorsque les femmes s’exclament : « Un fils est né à Naomi ! ».

Toutes ces paroles ont une portée prophétique. Elles nous rappellent la venue du Seigneur Jésus dans ce monde pour y accomplir l’œuvre de la rédemption, par l’effusion de Son sang précieux, Lui, l’Agneau de Dieu. Il est notre délivrance de toute la puissance de Satan, notre cruel adversaire (Héb. 2. 14 et 15). Les affections naturelles et maternelles de Naomi longtemps contenues s’épanchent dans la joie, car elle se propose spontanément comme nourrice de cet enfant, lui assurant protection et instruction.

Le choix du nom d’Obed est plein d’intérêt pour nous croyants : « Celui qui sert ». Nos pensées sont aussitôt concentrées sur le Serviteur parfait, thème particulier de l’évangile selon Marc, dont un passage donne le résumé : « Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10. 45).

Résistant à une subtile tentation de Satan lui offrant tous les royaumes du monde et leur gloire, le Seigneur déclare : « Il est écrit : Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Mat. 4. 10). Comme l’esclave hébreu en Exode 21. 1 à 6, à cause de son amour pour Dieu et pour l’Assemblée, Jésus est serviteur à toujours. Hier à la croix, Il a donné Sa vie pour Ses chers rachetés, aujourd’hui Il remplit son office de Sacrificateur et d’Avocat, et demain, Il servira Lui-même au souper de la grâce, dans le ciel, ceux qu’Il aime et qui L’auront servi et attendu sur la terre (Luc 12. 37).

Le Seigneur de gloire n’est-Il pas digne que nous Le servions fidèlement ici-bas, répondant dès maintenant à Son amour infini ? Le secret de la perfection morale de Jésus comme Serviteur n’est-il pas contenu dans cette déclaration : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » ? (Ps. 40. 8)

Il y a deux aspects essentiels dans le service.

C’est d’abord la part de l’adorateur, de celui qui rend culte à Dieu. Combien est précieux le service de l’adoration, le seul qui ne prendra jamais fin ! Le cœur rempli de joie et de reconnaissance, nous louons Dieu pour ce qu’Il est, et pour ce qu’Il a fait en sacrifiant Son propre Fils.

Et puis, le service, c’est aussi la fonction remplie par l’esclave à l’égard de son maître. Nous avons le service particulier de tous les jours, à la maison, à l’école, au bureau ou à l’atelier. La plus humble tâche, avons-nous conscience de l’accomplir par amour pour le Seigneur, en communion avec Lui ? Quelle valeur aura-t-elle alors à nos yeux et, bien plus, aux yeux du Seigneur ! Comme tout devient plus facile lorsque nous le faisons de cœur, pour le Seigneur, et avec joie (Ps. 60. 2 ; Éph. 6. 6 et 7 ; Col. 3. 17, 23 et 24 ; 1 Cor. 10. 31).

Et ce qui est requis avant tout de l’esclave, c’est l’obéissance à son maître. Que le Seigneur inscrive cette parole en chacun de nos cœurs : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » ! (Jean 14. 23). « Garder sa parole », c’est aussi réaliser l’exhortation : « Faites toutes choses sans murmures et sans raisonnements » (Phil. 2. 14).

Puissions-nous être sondés par ces paroles et que Dieu opère en nous le vouloir et le faire selon Son bon plaisir !

Samuel.

Le récit de la petite enfance de Samuel est l’un des plus attachants de l’Écriture, pour les plus jeunes enfants, mais aussi pour tout lecteur assidu du Saint Livre.

Il est relaté dans les trois chapitres 1, 2 et 3 du premier livre de Samuel que nous vous invitons à lire avec attention. Bien des détails sont donnés par l’Esprit de Dieu pour notre instruction. Nous supposons que la plupart d’entre vous avez lu ou entendu ce que la Parole nous enseigne au sujet de la piété si frappante de l’enfant Samuel qui naquit dans une période bien sombre de l’histoire des Juges en Israël, marquée par cette expression rappelée deux fois : « chacun faisait ce qui était bon à ses yeux » (Jug. 17. 6 ; 21. 25).

Quelle triste condition lorsque toute liberté est donnée à la propre volonté de l’homme ! II n’y a plus de crainte de Dieu. Le jugement est imminent. Il devra commencer par ceux qui servent dans la maison de Dieu, les deux fils rebelles d’Éli, le souverain sacrificateur.

Dieu nous entretient d’abord de la famille dans laquelle naquit Samuel. Son père Elkana, dont le nom signifie « Dieu de la grâce », était un lévite pieux qui montait avec sa famille, chaque année, de sa ville Rama située dans la montagne d’Éphraïm pour adorer l’Éternel des armées et Lui sacrifier à Silo (1 Sam. 7. 3).

Silo était le lieu où se trouvaient l’arche et les sacrificateurs (Jos. 18. 1). Elkana rendait culte à Dieu avec les siens car il Le connaissait et Lui donnait gloire. Cet homme avait compris, selon l’enseignement de Deutéronome 12, qu’il y avait un lieu choisi par Dieu pour Le louer et Lui offrir des sacrifices. Et il se rendait là chaque année fidèlement, chaque membre de sa famille ayant sa part aux sacrifices mangés en la présence de Dieu.

N’y a-t-il pas aussi pour nous aujourd’hui un lieu où le Seigneur nous a fixé un précieux rendez-vous pour adorer le Père en esprit et en vérité ? Là aussi parents et enfants ont une part bénie dans la communion avec Dieu et dans le rappel du sacrifice parfait du Seigneur Jésus.

Vous réjouissez-vous en chantant les louanges du Seigneur, chaque dimanche, dans la compagnie de Ses chers rachetés ? Mais l’homme de foi connaît aussi bien des épreuves et des souffrances dans un monde qui est sous les conséquences du péché.

Le comportement impie des fils d’Éli qui entraînaient à la transgression le peuple de l’Éternel (2. 24), n’était-il pas une cause de souffrances pour lui ? Ces hommes méchants méprisaient l’offrande de l’Éternel. Ils ne connaissaient pas l’Éternel (2. 12). Et ils n’écoutèrent pas la voix de leur père (2. 25).

Et pourtant Elkana allait chaque année à Silo pour adorer Dieu. En outre, une douleur continuelle étreignait son cœur, dans son propre foyer. Anne, dont le nom signifie « grâce », était la femme bien-aimée d’Elkana, mais elle était stérile alors que Peninna avait des enfants. Peninna est appelée l’ennemie d’Anne, car elle la chagrinait aigrement afin de la pousser à l’irritation parce qu’elle n’avait pas d’enfants. Est-il possible que l’ennemie d’Anne soit si proche d’elle, dans sa propre maison ?

Qu’en est-il, chers enfants, de nos relations entre frères et sœurs ? L’homme dans son état naturel, que la Parole appelle la chair, est incapable de porter du fruit pour Dieu, et toute l’imagination des pensées de son cœur n’est que méchanceté en tout temps (Gen. 6. 5). Que cette parole s’inscrive dans nos cœurs : « Je sais qu’en moi, c’est-à-dite en ma chair, il n’habite point de bien » (Rom. 7. 18).

Chagrinée par Peninna, Anne pleurait à Silo et ne mangeait pas. Son mari ne parvenait pas à la consoler. Malgré toute l’amertume de son âme, elle prie longuement devant l’Éternel. Elle parle dans son cœur à son Dieu. Elle verse d’abondantes larmes en exposant simplement son chagrin à Celui qui écoute la prière.

Imitons cette foi vivante d’Anne s’exprimant dans la prière. Ne sommes-nous pas invités à prier sans cesse, et à rendre grâces en toutes choses ? (1 Thess. 5. 17 et 18).

Mais prenons garde de bien discerner le but de nos prières : est-ce pour la gloire de Dieu ou pour nos propres intérêts ? Anne demande un fils, non pas pour sa propre satisfaction égoïste, mais afin de le donner à l’Éternel pour tous les jours de sa vie, comme un vrai nazaréen, séparé du monde et du mal pour Dieu, selon les prescriptions de la loi en Nombres 6. 5.

N’y a-t-il pas eu de telles prières de la part de vos chers parents en vue de vous consacrer au Seigneur ? Que Dieu crée dans votre cœur le désir de répondre à l’appel divin ! N’oublions jamais que notre responsabilité est à la mesure de notre privilège, d’appartenir à une famille chrétienne.

Éli ne discerne pas ce qu’il en est de l’esprit accablé d’Anne. Et lorsqu’il l’interpelle, pensant qu’elle était ivre, Anne répond avec douceur et crainte. N’a-t’elle pas vraiment répandu son âme devant l’Éternel ? (1. 15). Dieu connaît l’exercice profond de son âme.

Maintenant qu’elle a exposé sa requête à Dieu par des prières et des supplications, la paix de Dieu remplit son cœur (Phil. 4. 6 et 7). Elle mange et n’a plus le même visage. Elle connaît désormais le Dieu de toute consolation (2 Cor. 1. 3). L’Éternel se souvient d’elle, répond à sa foi en lui donnant cet enfant qu’elle appelle Samuel, ce qui veut dire : « demandé à Dieu » ou « Dieu a exaucé ».

L’enfant de la prière deviendra un homme de prière. Quelle place tient la prière dans votre vie ?

D’après La Bonne Nouvelle 1980

L’ÉPOUSE, LA FEMME DE L’AGNEAU

« Réjouissons-nous, tressaillons de joie et donnons-lui gloire ; car les noces de l’Agneau sont venues ; sa femme s’est préparée » Apoc. 19. 7.

« Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifie, en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole, afin qu’il se présente l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle soit sainte et irréprochable » Éph. 5. 25 à 27.

L’ÉPOUSE, LA FEMME DE L’AGNEAU

Les noces de l’Agneau auront lieu au ciel peu de temps avant l’établissement du règne de 1000 ans. Elles présentent beaucoup de parallèle avec un mariage tel que nous le connaissons de nos jours : il est fait mention d’une grande joie et de beaux vêtements, d’invités et, bien sûr, de l’épouse et de l’époux (Apoc. 19. 6 à 9).

Mais il y a une grande différence : ce n’est pas l’épouse qui est le centre d’attraction ici, mais l’Époux. Il s’agit de Ses noces, du mariage de l’Agneau. Le Christ, qui est l’Agneau, a longtemps attendu ce moment. Le désir de l’Époux est beaucoup plus grand que celui de l’épouse.

Qui est l’épouse ? C’est la compagnie complète de tous les rachetés de la période qui se situe entre le jour de la Pentecôte et celui de l’enlèvement, c’est-à-dire l’Église. Christ aime Son Assemblée. Il s’est livré Lui-même pour elle au Calvaire. Et aussi longtemps qu’elle est sur la terre, « il la nourrit et la chérit » (Éph. 5. 29). Il conduira ensuite Lui-même l’épouse dans la maison de Son Père. Puis, avant qu’Il apparaisse à tous les yeux sur la terre, Ses noces seront célébrées au ciel.

Quelle sera alors Sa joie ! « Il se présentera l’Assemblée à Lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable » (Éph. 5. 27). Avec Lui, l’épouse sera éternellement sainte et irréprochable.

La robe de mariage de l’épouse est faite de « fin lin, éclatant et pur » qui représente les actes justes des saints. Cela nous montre ce que les rachetés auront été pour Christ sur la terre, pendant le temps de Son absence. Cette robe éclatante est pour l’ornement de l’Époux. L’Église sera à la gloire de Christ pour l’éternité.

D’après « The Good Seed » juillet 2022

LE SILENCE DU CALVAIRE

« J’ai livré le bien-aimé de mon âme en la main de ses ennemis » Jér. 12. 7.

« Dieu… n’a pas épargné son propre Fils, mais… l’a livré pour nous tous » Rom. 8. 31 et 32.

LE SILENCE DU CALVAIRE

Avant de commencer Son service public, Jésus se fait baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain, se soumettant ainsi au « baptême de la repentance » (Marc 1. 4), comme un pécheur poussé à la repentance et à la confession de ses péchés. Mais Dieu ne permet pas que l’on confonde Jésus, qui est sans péché, avec les pécheurs. C’est pourquoi le ciel s’ouvre et Dieu le Père fait entendre Sa voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Mat. 3. 17).

Peu avant Sa crucifixion, Jésus monte sur une haute montagne, accompagné de trois de Ses disciples. Son visage change d’aspect et, alors qu’Il se montre à Ses disciples dans toute Sa majesté, avec des vêtements resplendissants, Moïse et Élie apparaissent avec Lui. Désirant prolonger un tel moment surnaturel, Pierre propose de faire trois tentes, pour Jésus, Moïse et Élie, mettant ainsi Jésus au même niveau que ces deux prophètes éminents. Mais Dieu intervient une fois encore pour affirmer la dignité de Son Fils unique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (Marc 9. 2 à 8).

Jésus est sur la croix ; Il n’est plus au milieu des pécheurs repentants, ou entre deux grands serviteurs : Il est crucifié entre deux malfaiteurs ! On Lui a enlevé Ses vêtements ; Ses compagnons de supplice l’insultent ; les chefs religieux, les soldats et les passants se moquent de Lui et le méprisent. Pire encore, ils mettent Dieu au défi de Le libérer, car Jésus s’est confié en Lui. Et Dieu intervient-Il, comme au Jourdain et sur la montagne ? Non. Ici, Dieu permet que Jésus soit soumis aux mauvais traitements et aux railleries de la foule. Et Il se tait… Le prophète Ésaïe avait annoncé : « Il a été opprimé et affligé, et il n’a pas ouvert sa bouche… Il a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ; et il n’a pas ouvert sa bouche » (És. 53. 7).

Nous pourrions nous demander, comme le prophète Ésaïe : « Te retiendras-tu, Éternel, à la vue de ces choses ? » (És. 64. 12). Oui, mais Il a fait cela par amour pour nous. Si, à la croix, Il avait parlé, cela aurait été pour notre condamnation éternelle !

D’après « Il buon seme » juillet 2022

BERACA 26 : LES CONFIDENTS DE DIEU

Suite sur Moïse : Moïse, à cause du péché du peuple, avait brisé les premières tables, écrites du doigt de Dieu. En face de la sainteté de Dieu, s’opposait un peuple rebelle et impatient qui avait demandé à Aaron de faire « un dieu qui marche devant eux » (Ex. 32. 23). Comme les autres nations, ce peuple voulait une de ces idoles, faite d’or, celles qui « ont une bouche et ne parlent pas ; qui ont des yeux et ne voient pas » (Ps. 115. 5 ; 135. 15). L’Éternel entre en dialogue avec Moïse, lui disant qu’il pourrait bien détruire ce peuple et tout recommencer avec lui, Son serviteur (voir Ex. 32. 7 à 14). Alors Moïse intercède, et l’Éternel accepte son intervention, mais un jugement a eu lieu « l’Éternel frappa le peuple, parce qu’ils avaient fait le veau qu’Aaron avait fait » (Ex. 32. 35). Dès ce moment, Dieu va rester à distance : « J’enverrai un ange devant toi… Je ne monterai pas au milieu de toi » (Ex. 33. 2 et 3). Le peuple entend cette parole fâcheuse, mène deuil, et se dépouille de ses ornements.

Le camp avait été livré au désordre. La présence de Dieu se retirant, que devait faire Moïse dans une telle situation ? Sur la montagne, il avait reçu les instructions pour construire le tabernacle, la demeure de Dieu, qui devait occuper la place centrale, au milieu des douze tribus d’Israël. Alors, il prit une tente et la tendit pour lui hors du camp, loin du camp, et l’appela la tente d’assignation (de rencontre). « Il arriva que tous ceux qui cherchaient l’Éternel sortirent vers la tente d’assignation qui était hors du camp » (v. 7).

Ensuite, quand Moïse s’y rendait, le peuple se tenait chacun à l’entrée de sa tente, et le suivait des yeux jusqu’à ce qu’il y pénètre (v. 8). Il y avait donc deux catégories de personnes : ceux qui cherchaient l’Éternel et sortaient vers la tente ; les autres qui, simplement depuis l’entrée de leur propre tente, regardaient de loin. Nous trouvons une réalité semblable au temps des apôtres : les fidèles devaient sortir vers Christ « hors du camp, portant son opprobre » (Héb. 13. 13) ; le camp à ce moment-là, était le judaïsme. La chrétienté, aujourd’hui, ressemble beaucoup au camp d’Israël, à cause de tous les mélanges et de toutes les erreurs qui l’ont envahie. À notre tour nous sommes invités à sortir hors du camp, pour nous réunir simplement au nom du Seigneur Jésus en comptant sur la promesse qu’Il a donnée aux disciples : « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (voir Mat. 18. 20 et 2 Tim. 2. 19 à 22). Comme alors, tous ne suivent pas ; seul un « résidu (un reste) » en comparaison avec la masse, se retrouve autour du Seigneur, mais nous pouvons compter sur la promesse de Sa présence.

« Il arriva que, comme Moïse entrait dans la tente, la colonne de nuée descendit, et se tint à l’entrée de la tente, et l’Éternel parla avec Moïse » (Ex. 33. 9). Tout le peuple a pu reconnaître que la présence de Dieu se manifestera là, et non plus au milieu du camp. Le fidèle serviteur trouve lui-même une communion comme il n’en avait jamais connue : l’Éternel parle avec lui « face à face, comme un homme parle avec son ami, et Moïse retournait au camp » (v. 11).

« Son serviteur Josué, fils de Nun, jeune homme, ne sortait pas de l’intérieur de la tente » ; quelle place bénie pour Josué, quel endroit unique pour être instruit, lui qui devra conduire le peuple en Canaan quand, plus tard, Dieu aura repris Moïse.

Moïse est en constante communion avec son Dieu, cherchant Sa grâce pour lui-même et pour le peuple qu’il porte sur son cœur. « Et maintenant, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, fais-moi connaître, je te prie, ton chemin, et je te connaîtrai, afin que je trouve grâce à tes yeux ; et considère que cette nation est ton peuple. Et l’Éternel dit : Ma face ira, et je te donnerai du repos. Et Moïse lui dit : Si ta face ne vient pas, ne nous fais pas monter d’ici ; car à quoi connaîtra-t-on que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? Ne sera-ce pas en ce que tu marcheras avec nous ? Ainsi, moi et ton peuple, nous serons séparés de tout peuple qui est sur la face de la terre. Et l’Éternel dit à Moïse : Je ferai cela aussi dont tu as parlé ; car tu as trouvé grâce à mes yeux, et je te connais par nom » (Ex. 33. 12 à 17). Dans l’intimité avec l’Éternel, Moïse reçoit la promesse d’être accompagné : « ma face ira ». Mais il désire plus et dit : « Fais-moi voir, je te prie, ta gloire » (v. 18).

– « Mais le temps n’était pas encore venu où la connaissance de la gloire de Dieu luirait dans la face de Christ (voir 2 Cor. 4. 6). L’Éternel doit dire à Son serviteur : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre ». Si la gloire ne peut encore être révélée, l’Éternel déclare : « Je ferai passer toute ma bonté devant toi » (Ex. 33. 19). C’est dans la fente du rocher, seul dans le sanctuaire de la présence divine, que Moïse a une révélation nouvelle de Dieu qu’il a si fidèlement suivi jusque-là. Au buisson, il a appris à Le connaître comme celui qui est et ne change pas : Je suis celui qui suis. En Égypte, Dieu s’est révélé à lui comme l’Éternel, Jéhovah, le Dieu de l’alliance. Au Sinaï, il a reçu la loi du Dieu juste et saint. Mais dans la fente du rocher, il apprend à connaître la nature même de Celui qui est amour : « L’Éternel, l’Éternel ! Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché » (Ex. 34. 6 et 7) (G. André).

Obéissant, Moïse se retrouve sur la montagne pour recevoir une seconde fois les tables « écrites du doigt de Dieu », celles qui seront placées dans l’arche de l’alliance, type de Christ. Lorsqu’il redescend, il n’est plus le même, la question du veau d’or est derrière, Dieu fait grâce en anticipation de l’œuvre que Christ seul pourra accomplir à la satisfaction du Dieu saint. Moïse va pouvoir mettre en place le sanctuaire terrestre, le tabernacle qui sera pour un temps. La peau de son visage rayonne, reflet de la bonté et de la grâce de Dieu car il avait « parlé avec Lui » (Ex. 34. 29). Chaque enfant de Dieu, connaissant le Seigneur Jésus, peut contempler « à face découverte la gloire du Seigneur », pour être « transformé en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3. 18). Que ce soit notre part dans ces temps troublés. Que la contemplation de Celui qui est plus grand que Moïse, qui « est plus beau que les fils des hommes » (Ps. 45. 2) réchauffe nos cœurs pendant que nous L’attendons du ciel !

ÉTUDES SUR LES ACTES (2)

Ch. 1

Le livre des Actes nous présente l’établissement du christianisme parmi les Juifs et les Gentils – le christianisme ne devant plus tenir compte de la distinction qui existait jusque-là entre Juifs et nations. C’est l’accomplissement de la mission confiée par le Seigneur à Ses disciples telle qu’elle nous est présentée à la fin de l’évangile selon Luc.

Ce livre des Actes se divise en trois parties :

– Chapitre 1er, les entretiens du Seigneur avec Ses disciples, puis Son ascension glorieuse. Les disciples sont encore sur le terrain juif (v. 12 à 26).

– Du chapitre 2 au chapitre 12, c’est plus particulièrement le récit du ministère de Pierre, ministère qui s’adresse aux Juifs. Le Seigneur avait confié à Pierre les clés du royaume. Il appartenait donc à cet apôtre d’introduire dans le royaume, et c’est ce qu’il a fait, d’abord les Juifs, ensuite les Samaritains, et enfin les Gentils. Le ministère de Pierre ouvre la porte à celui de l’apôtre Paul : il fallait que le salut soit d’abord apporté aux nations pour que le « mystère caché dès les siècles en Dieu » puisse être ensuite révélé.

– Du chapitre 13 au chapitre 28, c’est le ministère de l’apôtre Paul – selon Galates 2. 7 à 9. Paul a eu la révélation du « mystère » de l’Église (Éph. 3. 3 à 7). Il fallait que fût formée l’Église, corps de Christ, pour que l’œuvre de Christ ait son couronnement. Les conséquences de l’œuvre accomplie par le Seigneur ne sont pas seulement le salut des pécheurs, mais aussi la formation de l’Église. La pensée de Dieu, de toute éternité, était de donner une épouse à Son Fils.

Le livre des Actes nous parle des premiers jours de l’histoire de l’Église sur la terre. À proprement parler, cette histoire a commencé à la Pentecôte, au chapitre 2. Mais déjà dans le premier chapitre, en Jean 20, et ailleurs (dans l’évangile selon Matthieu notamment), nous avons des enseignements concernant l’Assemblée. Le Saint Esprit n’était pas descendu sur la terre comme Personne divine, pourtant nous sommes heureux de voir en Jean 20. 19 et 20 ce que nous pouvons réaliser dans une réunion d’assemblée, pour le culte spécialement, ce qui a conduit à dire que nous avons là la première réunion d’assemblée. Après que Saul de Tarse ait été arrêté sur le chemin de Damas, le mystère de l’Église a été révélé.

Nous avons dans ce livre des Actes le début de l’histoire de l’Assemblée sur la terre. Aujourd’hui, nous sommes à la fin de cette histoire. Ne pensons pas que pourrait être rétabli l’ensemble de ce qui était au début, mais seulement quelques caractères de cela. Il y a cependant une pensée encourageante : soyons humiliés de la ruine, mais ne soyons pas découragés. Au sein de cette ruine, le Saint Esprit travaille et veut former un résidu fidèle, de telle sorte que, quand le Seigneur viendra, Il puisse enlever non pas ce qui correspondrait au « naufrage » d’Actes 27, mais un résidu qui plaise à Son cœur. Énoch, « avant son enlèvement », a reçu « le témoignage d’avoir plu à Dieu » (Héb. 11. 5).

– Est-ce que Dieu a enlevé un Élie découragé, assis sous le genêt et demandant la mort pour son âme ?

– Non ; Il l’a enlevé dans toute la puissance d’un vainqueur. La pensée de Dieu est de produire un réveil dans les cœurs et les consciences pour que nous attendions réellement le Seigneur.

Que cette lecture nous amène à réaliser quelques-uns des caractères que nous voyons briller dans l’Église du commencement !

Le livre des Actes a été écrit par Luc, qui n’était pas l’un des douze, mais un Gentil dont le service a été particulièrement précieux aux côtés de l’apôtre. Il a écrit l’évangile selon Luc et les Actes, adressés tous les deux à Théophile, appelé dans l’évangile de Luc, le « très-excellent Théophile ». Il y a des convenances à respecter dans la famille de Dieu. Théophile était sans doute un homme éminent qui méritait cette appellation exprimant le respect. Luc, quelle qu’ait été sa qualification pour écrire, parle avec respect à Théophile. C’est là le véritable amour (1 Cor. 13. 5).

Le Seigneur est présenté dans l’évangile de Luc comme le Fils de l’homme, et de même dans le livre des Actes. Dans les versets que nous avons lus, nous avons trois fois l’expression : « élevé de la terre » ou « élevé au ciel » (v. 2, 9 et 11) et une quatrième fois au v. 22. Quand il est parlé d’Hénoc ou d’Élie, il est dit qu’ils ont été « enlevés ». Tandis que pour le Seigneur, il est dit qu’Il a été « élevé ». Le Seigneur « est monté au-dessus de tous les cieux » (Éph. 4. 10). L’expression d’Actes 1 est aussi en contraste avec Son abaissement, elle est en rapport avec Son caractère de Fils de l’homme. Dans l’évangile selon Jean, le Seigneur ne nous est pas dépeint comme étant élevé, mais Lui-même dit : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». C’est Lui-même comme Fils de Dieu qui « monte ». De même dans l’épître aux Hébreux, il est dit : « Il s’est assis » : c’est le Fils de Dieu. Il est élevé : c’est le Fils de l’homme.

Luc a donc composé le premier traité, c’est-à-dire l’évangile selon Luc. Le Seigneur, avant d’enseigner a « fait ». Nous voyons en Luc 24. 19 les disciples d’Emmaüs parler du Seigneur comme d’un « prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple », « en œuvre », d’abord « devant Dieu ». En Matthieu 5. 19 le Seigneur dit : « Quiconque donc aura supprimé l’un de ces plus petits commandements et aura enseigné ainsi les hommes, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; et quiconque l’aura pratiqué et enseigné, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux ». Nous trouvons donc ici, comme dans le livre des Actes, ce même principe : « faire » d’abord, « enseigner » ensuite. Le Seigneur enseignait comme ayant autorité, non seulement comme Dieu, mais comme prophète, comme serviteur. Sa vie toute entière donnait autorité à l’enseignement qu’Il présentait. Un enseignement dans l’assemblée aura de l’autorité si celui qui le présente le vit, ce qui ne veut pas dire que nous pouvons rejeter un enseignement scripturaire sous prétexte que celui qui le présente ne le réalise pas. Si c’est un enseignement scripturaire, nous sommes tenus de le recevoir et d’y obéir.

« Après avoir donné, par l’Esprit Saint, des ordres aux apôtres… ». Le Seigneur s’est trouvé avec les apôtres pour leur donner des « ordres ». C’est l’autorité du Seigneur qui doit être respectée.

C’est le Seigneur qui est le Chef du corps, de l’assemblée et c’est Lui qui doit avoir toute autorité au sein de l’assemblée. Le mot apôtre signifie envoyé. Le Seigneur les envoie dans ce monde pour qu’ils annoncent le salut. C’est par grâce que les apôtres vont remplir leur service : ce sont les apôtres « qu’il avait choisis » – libre choix de Sa grâce. Aujourd’hui il en est de même : c’est une grâce que de pouvoir servir notre divin Maître, un Maître qui est plein de grâce et débonnaire de cœur.

– Pourquoi est-il précisé « par l’Esprit Saint » ?

– C’est encore un détail qui rattache le livre des Actes à l’évangile selon Luc. Dans cet évangile, le Seigneur, comme Homme, est conduit par le Saint Esprit ; homme dépendant, obéissant, Il a des ressources qui sont mises en valeur tout au long de cet évangile : la Parole, la prière et le Saint Esprit qui le conduit. Et c’est comme Homme ressuscité qu’Il donne « par l’Esprit Saint » des ordres aux disciples.

Le verset 3 nous dit que le Seigneur « après avoir souffert » se présenta à ses disciples. Ces souffrances rappellent à nos cœurs l’œuvre de la croix. Celui qui va maintenant envoyer Ses disciples et leur donner des ordres, c’est Celui qui a mis Sa vie pour Ses brebis. Les apôtres L’avaient suivi, puis ils L’avaient vu cloué sur une croix, et maintenant ils Le voyaient « vivant, avec plusieurs preuves assurées » de Sa résurrection. Il y a beaucoup de passages qui insistent sur la résurrection dans le livre des Actes. La résurrection est la base de l’accomplissement des conseils de Dieu. C’est une vérité capitale que les apôtres ont présentée avec d’autant plus de force que l’ennemi essayait de la battre en brèche. L’apôtre Paul, en 1 Corinthiens 15, cite sept preuves de la résurrection du Seigneur, sept témoignages. 1 Cor. 15. 4 à 8 :

1 – Les Écritures.

2 – Céphas.

3 – Les douze.

4 – Plus de cinq cents frères à la fois.

5 – Jacques.

6 – Tous les apôtres.

7 – Celui de Paul lui-même. Comme « un avorton », il a été témoin de la résurrection du Seigneur ; il l’a vu dans la gloire. C’est le récit d’Actes 9.

La résurrection est attribuée aux trois Personnes de la Trinité. Romains 6. 4 : La gloire du Père demandait que le Fils soit ressuscité. 1 Pierre 3. 18 : « Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu, ayant été mis à mort en chair, mais vivifié par l’Esprit ». Voilà l’action du Saint Esprit dans la résurrection du Seigneur. Jean 2. 19 : « en trois jours, je le relèverai ». C’est Lui-même qui parle « du temple de son corps » (Jean 2. 21).

Les trois Personnes de la trinité divine sont ainsi à l’œuvre dans la résurrection du Seigneur.

Il y a donc eu « plusieurs preuves assurées » de la résurrection du Seigneur. Le Seigneur a été vu par plusieurs « durant quarante jours » ; quarante est un temps complet de préparation, d’épreuve. Il a fallu ces quarante jours depuis la résurrection du Seigneur jusqu’à Son ascension dans la gloire, pour qu’il y ait un témoignage complet de Sa résurrection. Matthieu 28. 11 à 15 nous dit de quel stratagème les Juifs ont voulu se servir pour nier la résurrection du Seigneur. C’était une troupe de soixante hommes qui constituait l’ensemble de la compagnie, qui gardait le sépulcre, et le sommeil était puni de mort dans l’armée romaine, d’où la puérilité de l’artifice. Ce que les principaux sacrificateurs et les anciens avaient imaginé était invraisemblable.

Le Seigneur a parlé pendant ces quarante jours « des choses qui regardent le royaume de Dieu ». Voilà une expression caractéristique de Luc. On ne la trouve que cinq fois dans l’évangile selon Matthieu : 6. 33 ; 12. 28 ; 19. 24 ; 21. 31 et 43 qui emploie généralement « royaume des cieux ». En Luc 17. 21 le Seigneur dit aux pharisiens : « le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Le royaume de Dieu était là dans la Personne même du Seigneur. Tous ceux qui sont dans ce royaume – on y entre par la nouvelle naissance (Jean 3. 5 et 7) – doivent présenter les caractères du royaume de Dieu (Rom. 14. 17 et 18). Royaume des cieux est plutôt en rapport avec l’économie, tandis que « Royaume de Dieu » a un sens moral. Voilà un des enseignements essentiels que le Seigneur a communiqué à ceux qui L’ont vu pendant ces quarante jours.

– Qui est-ce qui L’a vu pendant ces quarante jours ?

– Les Siens. Le monde ne L’a pas vu. « Le monde ne me verra plus, mais vous vous me verrez » (Jean 14. 19).

v. 4 « Et étant assemblés avec eux » : Nous n’avons pas ici cette vérité précieuse que les rachetés du Seigneur se rassemblent autour de Lui, mais qu’Il vient prendre place parmi eux (Jean 20. 19) comme Celui « qui n’a pas honte de les appeler ses frères ».

« La promesse du Père », c’est le Saint Esprit (Jean 14, 15 et 16). Elle annonce donc la venue du Saint Esprit comme Personne divine sur la terre, et jusqu’à ce moment-là ils devaient rester à Jérusalem. Tant que le Saint Esprit n’était pas descendu, ils ne pouvaient pas remplir la mission que le Seigneur voulait leur confier. Pour cela, il leur fallait la puissance du Saint Esprit. Les disciples demeurent à Jérusalem parce que la puissance nécessaire pour remplir leur service leur faisait défaut, le Saint Esprit ne leur ayant pas encore été envoyé ; tandis que cette puissance nous fait souvent défaut en raison de nos faiblesses, de nos manquements, de tout ce qui, en nous ou dans l’assemblée, est une entrave au déploiement de la puissance du Saint Esprit.

Si les disciples n’avaient pas la puissance nécessaire, ce n’était pas leur faute, tandis que nous sommes coupables si nous empêchons le Saint Esprit de déployer Sa puissance. Outre le baptême de Jean et le baptême chrétien, nous avons dans l’Écriture le baptême du Saint Esprit. Le baptême de Jean formait des disciples, les engageant à suivre un Christ rejeté sur la terre. Par le baptême chrétien, nous sommes appelés à réaliser Romains 6. 3 à 6, à suivre Christ maintenant glorifié. Le baptême du Saint Esprit a eu lieu une seule fois : « Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12. 13). Remarquons qu’il y a une différence importante entre le baptême du Saint Esprit qui a eu lieu le jour de la Pentecôte, et le don du Saint Esprit aux Samaritains, aux Gentils et aux croyants d’Éphèse. Dans ces trois derniers cas (Act. 8. 17 ; 10. 44 ; 19. 6), le Saint Esprit n’est pas descendu du ciel comme en Actes 2. Il est tombé sur eux quand ils se sont tournés vers le Seigneur. Le jour de la Pentecôte est en quelque sorte l’acte de naissance de l’Assemblée sur la terre (puisqu’elle existait déjà dans les conseils de Dieu) ; il fallait la venue du Saint Esprit comme Personne pour qu’elle puisse être formée. Actes 1. 5 : « Jean a baptisé avec de l’eau mais vous vous serez baptisés de l’Esprit Saint », c’est le baptême du Saint Esprit pour les Juifs et les Gentils, pour la formation de l’Église, sans distinction de Juifs et de Gentils.

– Pourquoi est-il dit : « vous serez baptisés de l’Esprit Saint » et non : « vous recevrez l’Esprit Saint ? »

– Dans le baptême chrétien, le croyant est plongé dans l’eau. Par le baptême du Saint Esprit, le croyant est en quelque sorte, « plongé », « immergé » ou introduit dans l’assemblée, corps de Christ. Le Saint Esprit nous est présenté comme onction, sceau, baptême et arrhes (2 Cor. 1. 21 et 22). « Celui qui nous lie fermement à vous », c’est le Saint Esprit : voilà ce dont nous avons été « baptisés » pour être « un seul corps » (1 Cor. 12. 13).

Le croyant, né de nouveau, est introduit dans l’assemblée, corps de Christ. Le croyant est pour ainsi dire « immergé » dans ce corps. Voilà pourquoi l’expression : « baptisés de l’Esprit Saint » est employée.

v. 6 : Les disciples sont assemblés. Qu’est-ce qui les préoccupe ? – Ce qui les concerne eux, comme les disciples d’Emmaüs. Au fond, ce qui les occupe, c’est eux-mêmes. N’avons-nous pas un enseignement pratique ici ? Pourquoi venons-nous dans le rassemblement ? Est-ce pour trouver pour nous-mêmes quelque bénédiction, quelque profit ? Bien sûr, mais ce qui doit nous préoccuper avant tout, c’est la Personne du Seigneur. Si nous venons dans l’assemblée pour être en communion avec le Seigneur, nous serons bénis.

« Les temps et les saisons » sont en rapport avec la prophétie. Ce n’est pas à vous de vous en occuper, c’est au Père, dit le Seigneur. Le Seigneur, comme Homme dépendant, ne veut pas percer ce mystère. Ce qui doit vous occuper, dit-Il, c’est le service que vous avez à remplir, le témoignage que vous avez à rendre. C’est ce que nous trouvons à la fin de l’évangile selon Luc.

Ici, nous n’avons pas les détails que nous donne Luc 24 au sujet de l’ascension de Christ. La nuée c’est la demeure de Dieu. C’est là qu’Il habite. Le Seigneur est élevé dans la gloire. Les disciples sont là, qui regardent fixement. L’Église du commencement avait un objet, et un objet au ciel. Les regards des disciples étaient fixés « vers le ciel ». Dieu veuille que ce caractère nous marque, que nous soyons conscients, nous aussi, que notre Objet est au ciel ! Ce qui leur permet de réaliser un plein accord (v. 14), c’est qu’ils ont un Objet commun : Christ ressuscité, glorifié, assis à la droite de la Majesté dans les hauts cieux. Cela leur permet de prier d’un commun accord. Mais gardons-nous de tout mysticisme : il faut que notre christianisme soit céleste, mais aussi pratique. C’est en fait ce que les anges leur rappellent : v. 11.

« Hommes galiléens » : les Galiléens étaient les pauvres du troupeau. Nous sommes appelés à porter l’opprobre.

Fin du v. 11 : Il s’agit là du retour du Seigneur en gloire, comme en Zacharie 14, où il est parlé du Seigneur se tenant sur la montagne des Oliviers – non pas de Son retour pour chercher l’Église. Le résidu connaîtra alors la bénédiction que le Seigneur lui apportera quand ils auront reconnu « celui qu’ils ont percé ». C’est la promesse, la certitude que le Seigneur revient. Le Seigneur avait été crucifié. Quelle douleur pour eux ! Puis ils L’avaient retrouvé vivant. Maintenant Il est élevé au ciel. Quelle déception pour eux qui espéraient qu’Il allait rétablir le royaume pour Israël ! Les anges viennent leur dire que le Seigneur reviendra et qu’Il apportera la bénédiction à Son peuple plus tard.

« Ils montèrent dans la chambre haute… ». Ce n’est pas un palais, ni une cathédrale. « La chambre haute », en dehors de sa signification propre, c’est une chambre au-dessus du niveau du monde, moralement parlant. Ils vont à l’écart. Que vont-ils faire ? Ils vont commencer par la prière (v. 14). Comme c’est important. N’oublions jamais l’importance de la prière au commencement de tout service. N’oublions pas aussi (v. 13) que sur les fondements de la muraille de la cité (Apoc. 21) il y a les douze noms des apôtres de l’Agneau. Si nous voulons une muraille qui nous permette de réaliser le caractère de forains et d’étrangers dans le monde, de maintenir la séparation, il nous faut connaître et réaliser le caractère des apôtres, et les noms des apôtres ont une signification importante à cet égard.

Nous avons considéré le début de ce premier chapitre du livre des Actes, où nous voyons le Seigneur s’entretenant avec Ses disciples. Nous avons vu un Christ ressuscité, vivant, qui est au ciel et qui reviendra. Nous avons remarqué également que, avant que l’Esprit Saint soit descendu en tant que Personne sur la terre, nous avons des rassemblements (comme aussi en Jean 20. 19 et 20) où nous trouvons certains caractères que nous avons à réaliser dans les réunions d’assemblée. Nous avons insisté sur le fait que le Seigneur se trouvait avec Ses disciples, leur donnant des ordres ; nous trouvons là l’autorité du Seigneur dans l’assemblée ; il n’est pas question d’apôtre, de frère, qui puisse s’arroger cette autorité. Nous avons vu aussi que la pensée des disciples était de voir le royaume établi pour Israël. Ce n’était pas le moment. C’était le royaume de Dieu qui était établi. Le royaume de Dieu devra être manifesté dans ses caractères par les disciples et par nous aujourd’hui, caractères qui doivent correspondre à ceux de Dieu, du Dieu qui, dans l’essence de Son Être, est lumière et amour.

Les disciples devront être des témoins dans ce monde. L’assemblée est « la colonne et le soutien de la vérité ». Nous sommes appelés à revêtir le caractère de témoins.

Mais les disciples ne pouvaient pas remplir ce service avant que le Saint Esprit soit descendu sur eux. Il y a une différence entre Jean 20 et Actes 2 : Le Seigneur est « un esprit vivifiant » (1 Cor. 15. 45) ; de même que en Genèse 2. 7 il est dit que l’Éternel Dieu souffla dans les narines de l’homme « une respiration de vie », et que « l’homme devint une âme vivante » ; de même Christ ressuscité souffle en ceux qui Lui appartiennent la vie de résurrection, une vie en abondance, Sa propre vie comme Homme ressuscité (Jean 20. 22) ; en Actes 2, le Saint Esprit descend comme Personne divine, et la vie du croyant est une vie dans la puissance du Saint Esprit habitant en lui.

Une fois que le Seigneur a donné ces enseignements à Ses disciples, Il est élevé dans la gloire. Nous avons remarqué que ce terme « élevé » n’est pas le même que celui dont le Saint Esprit se sert lorsqu’il s’agit d’Hénoc ou d’Élie pour lesquels il est dit qu’ils ont été « enlevés ». Les hommes ont mis le Seigneur au centre de la honte et de l’ignominie. Il est maintenant « élevé dans la gloire ».

Il y a une différence entre l’évangile selon Jean et les Actes. En Jean il est dit : « Je monte vers mon Père… ». C’est le Fils de Dieu qui parle. Il a toute puissance et toute autorité. Il « monte » par Sa propre puissance. Dans l’évangile selon Luc et dans les Actes, où il est vu comme Fils de l’homme, il est « élevé ». Il entre dans le ciel « avec son propre sang » et Dieu Le fait asseoir à sa droite, Le couronne de gloire et d’honneur.

Les disciples « regardent fixement vers le ciel ». Nous avons un objet au ciel. Nous cheminons dans ce monde, mais nous devons être conscients que notre Objet est au ciel. Ces croyants ont donc leurs yeux fixés sur le ciel. Cela ne signifie pas regarder le ciel avec les yeux de notre chair, c’est au point de vue moral que nous devons regarder vers le ciel, tout en remplissant le service qui nous incombe ici-bas.

Au v. 11 il s’agit du retour en gloire du Seigneur, pour établir alors le royaume que les disciples attendaient. Le Seigneur reviendra pour apporter la bénédiction à Son peuple. La fin de l’évangile selon Luc nous dit : « Et il les mena dehors jusqu’à Béthanie, et, levant ses mains en haut, il les bénit. Et il arriva qu’en les bénissant, il fut séparé d’eux, et fut élevé dans le ciel ». Il reviendra de la même manière c’est à dire en apportant la bénédiction.

Il est question de deux anges (v. 10) : c’est un témoignage complet. Sur ce témoignage, les disciples vont à Jérusalem et montent dans la chambre haute. Ce n’est pas dans le temple qu’ils vont. En Luc, il nous est dit qu’ils vont dans le temple. Le temple nous présente le côté juif – la chambre haute, nous présente plutôt le côté de l’assemblée.

La chambre haute était la chambre qui se trouvait à la partie supérieure de la maison. Dans le Nouveau Testament, nous trouvons quatre fois cette expression : Marc 14. 15 ; Actes 1. 13 ; 9. 37 à propos de Dorcas, et 20. 8. Elle nous donne la pensée d’un lieu sans grande apparence. Les hommes aiment ce qui a grande apparence. La position de cette chambre à l’étage supérieur nous parle sans doute, en figure, de la position élevée de l’assemblée. Quel privilège est le leur, quelle part élevée est celle de ces humbles Galiléens méprisés !

Judas n’y était pas pour deux raisons : il n’avait pas la vie de Dieu, et il s’était détruit.

Nous n’entrerons pas dans les détails au sujet des noms des apôtres, cela sortant du cadre de notre sujet. Un mot seulement : les apôtres comprenaient trois groupes de deux frères : Pierre et André (Jean 1. 41), Jean et Jacques fils de Zébédée, Jacques et Jude les fils d’Alphée ; puis Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, et Simon le Cananéen. Celui qui est toujours nommé en premier, c’est Pierre. Nous trouvons souvent Pierre et Jean. « Le premier », est-il dit en Mat. 10. 2 : « Simon appelé Pierre ». Il n’est pas dit Jean et Pierre. Il y a sans doute là, un enseignement pour chacun de nous individuellement et pour la vie de l’assemblée. Nous penserions peut être que l’amour doit être d’abord. Pierre, qui avait reçu les clés du royaume des cieux (Mat. 16. 19) nous présente le caractère essentiel du royaume : la soumission au roi.

Nous trouvons ce principe souvent présenté dans la première épître de Pierre, tout particulièrement : 1 Pierre 2. 13 « Soyez donc soumis à tout ordre humain », 1 Pierre 3. 1 : « femmes, soyez soumises à vos propres maris » et aussi 1 Pierre 3. 5 ; 5. 5 : « jeunes gens, soyez soumis aux anciens » (voir aussi : 1 Pier. 2. 18 ; 3. 22). Paul nous présente en Éphésiens l’assemblée comme soumise à Christ. Il faut commencer par là dans l’assemblée : l’assemblée « soumise au Christ », les croyants « soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ » (Éph. 5. 24 et 25).

Si nous réalisons cela, nous pouvons profiter de l’enseignement de Jean, qui est le disciple de l’amour mais aussi de la lumière, et jouir de l’amour de Christ et de la communion avec Lui.

Le verset 14 nous dit que « tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière ». L’activité primordiale des premiers chrétiens après l’ascension du Seigneur a été celle-là : la persévérance dans la prière. Combien plus nous devrions le réaliser maintenant quand nous voyons l’état des assemblées, les faiblesses qui sont les nôtres, les besoins individuels et collectifs qui sont les nôtres. On est attristé quand on voit, dans les assemblées, que la réunion de prières est souvent la moins suivie. N’oublions pas que nous sommes un seul corps. Si un croyant manque une réunion, c’est une perte pour lui, mais aussi une perte pour l’assemblée. Nous devons avoir à cœur de nous rendre dans les réunions de prières où nous avons tant de besoins à présenter à Dieu. Nous serions délivrés, exaucés, si nous savions crier au Seigneur.

Les exhortations à persévérer dans la prière sont nombreuses dans les Écritures. Dieu ne nous adresse pas une exhortation si elle ne nous est pas nécessaire. On a dit quelquefois que ces premiers croyants assemblés persévéraient dans la prière pour demander à Dieu qu’Il envoie le Saint Esprit. Certainement, mais ils devaient avoir aussi autre chose à demander. Nous voyons plus tard, alors que le Saint Esprit était descendu comme Personne sur la terre, qu’ils « persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières ». Aussi nous voyons l’état des assemblées du commencement, cet état si remarquable à tant d’égards ! Nous pourrions en connaître quelque chose si nous manifestions la même persévérance.

– Y aurait-il un rapprochement entre ce verset 14 et Matthieu 18. 19 : « Si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre, pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père dans les cieux » ?

– Certainement. En Matthieu, le Seigneur dit : « deux d’entre vous », parce qu’il considère que l’assemblée peut être réduite à deux personnes. Le Père qui est dans les cieux écoute la prière de « deux » des Siens qui sont d’accord pour lui présenter une demande.

Plusieurs avaient entendu le Seigneur et, quoique ne connaissant pas l’évangile de Matthieu qui n’avait pas encore été écrit, ils réalisaient cet accord. Il est question plusieurs fois de ce « commun accord » dans le livre des Actes.

Ici, puis en Actes 4. 24, après que Pierre et Jean aient été relâchés et qu’ils aient rapporté tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit : « ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu ».

Ensuite en Actes 5, le « commun accord » est réalisé après que le mal ait été jugé (v. 12), et le mal ne peut être jugé que dans la puissance du Saint Esprit. Si nous voulons le faire autrement, nous ne faisons qu’ajouter au mal. Il arrive que, dans certaines assemblées, on hésite à prendre une décision pour juger le mal, en pensant que cette décision va amener des croyants à se retirer ; on ne veut pas voir diminuer le nombre de ceux qui se rassemblent ! Mais Actes 5. 14 nous dit qu’une fois le mal jugé, « des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur ». Les vrais croyants, saisis par l’action du Saint Esprit « étaient tous d’un commun accord ».

Au chapitre 8, nous trouvons encore une fois l’expression au verset 6 : « Et les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait ». Voilà un « commun accord » pour écouter la Parole. Il est heureux qu’il y ait dans les assemblées un commun accord pour écouter la Parole.

En Actes 15, une difficulté était survenue. Elle a été réglée selon la pensée de Dieu. Elle a été examinée, non pas par tous les frères, mais par quelques frères compétents. Ensuite la décision est proposée à l’assemblée et l’assemblée décide. Et nous lisons au verset 25 : « Il nous a semblé bon, étant tous d’accord, de choisir parmi nous des hommes, et de les envoyer vers vous avec nos bien-aimés Barnabas et Paul ». Cette décision est maintenant communiquée à Antioche, où la difficulté avait été soulevée.

L’apôtre Paul emploie aussi cette expression dans l’épître aux Romains, chapitre 15. 6 : « Que d’un commun accord, d’une même bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ ». Le verset 7 ensuite nous présente le principe de l’introduction d’un croyant dans l’Assemblée : « C’est pourquoi recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu ». Il faut que la réception d’un croyant soit à la gloire de Dieu. Si nous introduisons dans l’assemblée quelqu’un de telle manière que ce ne soit pas à la gloire de Dieu, il y aura un certain trouble produit et il n’y aura pas plein accord pour la réalisation de la réunion de culte. Ce n’est que par le Saint Esprit que nous pouvons réaliser ce plein accord dans l’assemblée, par l’action du Saint Esprit dans chaque croyant et dans l’assemblée. C’est une force pour l’assemblée que la réalisation de ce commun accord.

À Corinthe, l’expression employée n’est plus le « commun accord » mais le « grand nombre » (2 Cor. 2. 6). Il y avait certainement quelques éléments qui étaient opposés, qui empêchaient de réaliser ce commun accord. Il y avait une activité charnelle à Corinthe. L’action de la chair est destructrice de la communion. La chair entrave le travail de l’Esprit, empêche la communion dans l’assemblée. Ce qui a permis aux premiers croyants de réaliser ce commun accord, c’est qu’ils avaient un objet commun. Si nos affections sont réellement engagées avec le Seigneur, nous réaliserons ce « commun accord ». Comme est important pour nous ce verset 14 ! Si nous voulons que l’assemblée soit prospère avec un accroissement spirituel en profondeur, il faut que nous ayons le désir, avec le secours du Seigneur, de réaliser ces choses.

Est-ce qu’il n’y a pas une illustration de ce commun accord pour la prière en Exode 17, où Aaron et Hur soutenaient les mains de Moïse pour que le peuple d’Israël, avec Josué, aient la victoire sur Amalek, et aussi une exhortation à la persévérance dans la prière, car lorsque Moïse reposait ses mains, Amalek avait le dessus ?

– Est-ce qu’il ne devrait pas y avoir ce « commun accord » dans les réunions de prières, un besoin exprimé par un frère étant repris par un autre frère ?

– Certainement il est heureux que, lorsqu’un sujet a été présenté par un frère, un autre frère, s’il y est conduit par le Saint Esprit, reprenne le même besoin et que l’on sente véritablement ce besoin sur tous les cœurs. On éprouve la valeur de telles réunions.

Soulignons l’importance de la préparation de chaque réunion. Il devrait y avoir un exercice spirituel individuel, le Saint Esprit agissant en chacun avant chaque réunion en vue de cette réunion. Quelle puissance serait alors celle de la prière de l’assemblée ! Les besoins ayant occupé les saints, (les sœurs comme les frères – cela n’est pas réservé aux frères, c’est l’assemblée qui rend culte, qui prie) – ces besoins seraient alors présentés avec puissance. On peut voir plusieurs frères présentant le même besoin sous des aspects différents, demandant telle ou telle chose en rapport avec ce besoin.

Ici dans ce verset 14, il nous est dit qu’ils persévéraient dans la prière avec les femmes. Elles étaient là. Il ne nous est pas dit qu’elles aient prié : « Que vos femmes se taisent dans les assemblées » (1 Cor. 14. 34).

Et Marie que l’on prie dans une partie de la chrétienté était là avec ceux qui étaient en prières. Elle n’est pas nommée la première. Elle a des privilèges, mais elle n’a aucune prérogative particulière. Elle est nommée la dernière. Ceux qui constituaient la famille du Seigneur selon la chair sont nommés en dernier. Quel enseignement important dans ces premiers versets, que nous devrions avoir à cœur de réaliser pour que l’assemblée soit prospère, pour que le Seigneur y soit glorifié et que nos cœurs soient réjouis.

Ensuite nous trouvons une parenthèse qui a trait au remplacement de Judas, à la désignation du douzième apôtre. C’est une parenthèse qui comporte plusieurs enseignements pour nous.

Nous voyons ici le premier discours de l’apôtre Pierre. Il y a sept discours de l’apôtre Pierre en Actes, aux chapitres 1, 2, 3, 4, 5, 10 et 15, un ensemble complet. Si nous les rapprochions, nous verrions quel ensemble de vérités présente l’apôtre dans ces sept discours. Ici au chapitre 1er, il rappelle que Judas a été l’un des douze choisis par le Seigneur, qui savait pourtant à l’avance que Judas le trahirait. Mais il fallait que l’Écriture fût accomplie. Il a suivi son Maître pendant trois ans et demi et ensuite l’a vendu pour trente pièces d’argent. Il n’y a pas eu de pardon pour Judas. Ce n’était pas possible. Il a eu du remords, mais il n’est pas dit qu’il se soit repenti. De même pour Ésaü, dont il est dit qu’il ne trouva pas lieu à la repentance quoiqu’il ait recherché la bénédiction avec larmes. Judas est l’un des rares hommes dont il nous soit dit avec certitude qu’il est perdu pour l’éternité. Il est appelé le fils de perdition. Quelle triste fin que celle de Judas ! Voilà où l’a conduit l’amour de l’argent. Judas avait une idole dans le cœur. Le culte de cette idole l’a conduit à vendre son Maître pour trente pièces d’argent et l’a amené à cette triste fin décrite dans ces versets.

En Matthieu 27. 5 à 7 il nous est dit que ce sont les sacrificateurs qui achetèrent le champ, de sorte qu’ils sont solidaires du péché de Judas. L’ensemble des sacrificateurs constitue en figure la nation apostate. La prophétie de Zacharie 11 termine ce paragraphe (Zach. 11. 12 et 13 – Mat. 27. 9 et 10). Les sacrificateurs sont coupables tout comme Judas.

Judas s’est suicidé. Il est l’un des cinq suicidés dont nous parle l’Écriture, Saül étant le premier, son porteur d’armes le deuxième, (1 Sam. 31. 4 et 5) Akhitophel le troisième (2 Sam. 17. 23) et Zimri le quatrième (1 Rois 16. 18). C’est une chose terrible que de s’ôter la vie. C’est une chose des plus solennelles qui soient. Il faut qu’une telle personne soit sous la domination de Satan pour en arriver à une telle extrémité. Il est dit de Judas que Satan était entré en lui (Luc 22. 3).

Pierre cite deux passages des Écritures, ce qui nous montre qu’il les connaissait bien ; pourtant il faisait partie « des hommes illettrés et du commun » (Act. 4. 13). Il avait reçu le Saint Esprit comme puissance de vie, de même que les autres disciples, comme nous le voyons en Jean 20. Il est conduit par le Saint Esprit à trouver les passages appropriés. C’est par une action spirituelle appuyée sur les Écritures que les apôtres proposent ceux parmi lesquels devait être choisi le douzième apôtre. Il faut que leur mise à l’épreuve montre qu’ils s’appuient sur les Écritures. Pour nous appuyer sur les Écritures, il faut les connaître.

Le Seigneur, comme Homme sur la terre, connaissait la Parole et pouvait la citer à l’adversaire, et quand Il entre dans la synagogue (Luc 4), Il trouve le passage qu’Il veut lire en Ésaïe 61. 1 et 2. Nous devons lire et étudier l’Écriture. Nous sommes parfois mis à l’épreuve, et cette mise à l’épreuve manifeste trop souvent notre ignorance. Nous ne connaissons pas assez la Parole et alors apparaissent des difficultés qui nous semblent insurmontables. Nous avons pourtant des ressources que Pierre n’avait pas : le Saint Esprit habitant en nous et dans l’assemblée.

Mais Pierre, connaissant les Écritures, trouve des passages en rapport avec la décision à prendre. « Que sa demeure soit déserte » : il s’agit de Judas. Au Psaume 69, d’où la citation est tirée le pluriel est employé : « Que leur demeure soit désolée ». Le prophète voit la responsabilité de la nation apostate. L’application qui est faite dans ce cas nous montre que nous pouvons parfaitement faire une application des passages de l’Ancien Testament – contrairement à ce que disent certains, alléguant que ces passages étaient seulement valables sous la loi. « Toutes… choses… ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteint » (1 Cor. 10. 11). La chose importante est de savoir faire une application de ces passages, d’en faire une application spirituelle. Pour cela, il faut que nous soyons conduits par le Saint Esprit. C’est ce que fait Pierre dans ce passage.

v. 21 : entrer et sortir, cela parle du service.

v. 22 : c’est la quatrième fois que nous trouvons le terme « élevé » à propos du Seigneur dans ce chapitre.

Il y avait une chose importante dans le choix de ce douzième apôtre : il fallait qu’il ait été témoin de la résurrection du Seigneur. Nous avons vu l’importance de cette vérité. Il était fondamental que la résurrection du Seigneur soit prêchée et qu’il y ait des témoins de Sa résurrection. Pierre agissant avec spiritualité, s’appuyant sur les Écritures, montre que celui qui sera choisi comme le douzième apôtre doit avoir été témoin de la résurrection du Seigneur.

Pourquoi y a-t-il deux personnes sur les rangs ? – Il faut d’abord que nous soyons exercés, ensuite que nous laissions agir le Seigneur. Voilà, au terme de leurs exercices, deux frères qui leur paraissent remplir les conditions voulues. « Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi ». Ils veulent en définitive laisser la décision au Seigneur. Après avoir manifesté leur discernement spirituel, ils prient (v. 24). Ils s’en remettent au Seigneur pour qu’il choisisse ce douzième apôtre, comme il avait choisi les douze. « Toi, Seigneur, qui connais les cœurs ». Ils avaient pu discerner certains traits qui leur paraissaient convenables ; mais l’état des cœurs, seul le Seigneur le connaît.

Pourquoi jettent-ils le sort ? Aujourd’hui nous n’agirions pas de cette façon. Nous n’aurions pas recours à un tel moyen qui paraît aux hommes un simple hasard. Nous n’aurions pas recours à ce moyen parce que nous avons le Saint Esprit. Les apôtres pouvaient s’appuyer sur ce passage de Prov. 16. 33 : « On jette le sort dans le giron, mais toute décision est de par l’Éternel ». Ce verset montre qu’il n’y a pas de hasard. Les apôtres étaient encore sur le terrain de la loi.

Avec le chapitre 2, nous verrons l’Assemblée et l’Église sur la terre prenant son départ, les premiers jours et les premiers pas de l’Église.

Ch. 2

Nous avons considéré précédemment le contenu du premier chapitre du livre des Actes. Nous y avons vu la Personne de Christ se tenant au milieu des Siens, un Christ qui a souffert, qui est mort, qui est ressuscité, qui est vivant, qui a été élevé dans la gloire, un Christ qui reviendra. Au cours des entretiens qu’il a eus avec Ses disciples, Il leur a « donné des ordres ». Nous voyons aussi se dessiner l’assemblée. Il fallait que les disciples demeurent à Jérusalem jusqu’au jour de la Pentecôte, jour où l’Esprit Saint descendrait sur eux ; après quoi, revêtus de puissance, ils étaient chargés d’annoncer l’évangile « à Jérusalem et dans toute la Judée, et dans la Samarie, et jusqu’au bout de la terre ».

Après que Jésus ait été « élevé », deux anges apparaissent aux disciples leur disant qu’Il « viendra de la même manière qu’ils l’ont vu s’en allant au ciel ». Il s’agit de Son apparition en gloire et non de Sa venue pour enlever les Siens. Les disciples s’en vont dans la chambre haute, et nous les voyons occupés à la prière. Nous avons insisté sur ce « commun accord » qui a caractérisé les premiers croyants. Comme il est nécessaire que nous réalisions présentement le même « commun accord » et la même persévérance dans la prière. Pendant ces dix jours qui se sont écoulés entre l’ascension du Seigneur et la Pentecôte, les disciples se sont réunis pour choisir deux hommes dont l’un pourrait être le douzième apôtre, laissant le choix au Seigneur. Nous avons vu que pour cela, Pierre s’est appuyé sur les Écritures, ce qui ne veut pas dire (pensée que nous n’avons pas émise la dernière fois), que nous ayons toujours un texte formel des Écritures sur lequel nous appuyer. Nous en avons un exemple très frappant au chapitre 15 lorsque, à Jérusalem, est soulevée une question qui avait amené des difficultés à Antioche. Jacques s’appuie sur l’Écriture et Pierre donne une pensée qui, bien que non appuyée sur un passage de l’Écriture, est tout à fait spirituelle et conduit l’assemblée à prendre une décision.

Au chapitre 2, nous arrivons donc à cet événement d’une importance capitale qu’est la descente du Saint Esprit sur la terre. Il y a deux faits qui caractérisent l’économie présente, celle de l’Église : la vérité de la résurrection du Seigneur, et celle de la descente du Saint Esprit sur la terre comme Personne divine, qui ne pouvait avoir lieu qu’après la résurrection du Seigneur et Son ascension à la droite de Dieu. Le Saint Esprit a été envoyé par le Père après la résurrection de Christ (Jean 14. 15 et 16). L’histoire de l’Église sur la terre se situe entre deux promesses, la promesse du Père – le Saint Esprit – et la promesse du Fils – « Je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi ; afin que là où moi je suis, vous, vous soyez aussi » (Jean 14. 3).

La promesse du Père a été accomplie, la promesse du Fils le sera de la même manière. Le chapitre 2 des Actes nous parle de l’accomplissement de la promesse du Père.

Le chapitre 23 du Lévitique, qui place devant nous les sept fêtes qui devaient être célébrées en Israël, met en lumière d’une manière particulièrement claire les deux faits capitaux de l’économie chrétienne. Après la fête de Pâque et la fête des pains sans levain, il y a la fête des prémices au verset 10 et la fête des semaines au verset 15. Qu’est-ce que cette « gerbe tournoyée », sinon Christ, « prémices de ceux qui sont endormis » (1 Cor. 15. 20), dans toutes Ses gloires, dans tout ce qu’Il a été pour Dieu, dans Sa vie et dans Sa mort, dans Sa résurrection glorieuse.

Au verset 15, c’est la fête des semaines, la Pentecôte. Ce mot signifie « cinquantième jour ». Les deux pains dont il est question dans la célébration de cette fête nous présentent typiquement les Juifs et les Gentils. Le mur mitoyen de clôture a été détruit. Le levain qui n’entrait pas dans la composition de l’offrande de gâteau est mentionné ici, car le mal a pénétré dans l’Église (le correctif au levain, le remède, est au v. 19).

Et puis nous avons une autre fête, le « mémorial de Jubilation », la fête des trompettes, qui nous parle du rassemblement des Juifs après l’enlèvement de l’Église. La résurrection de Christ et la descente du Saint Esprit sont donc les deux grands faits de l’économie actuelle. Au premier chapitre de l’évangile de Jean, le Seigneur est présenté, au v. 29 comme l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde et au v. 33 comme Celui qui baptise de l’Esprit Saint. Ce sont les deux grands aspects de l’œuvre de Christ : Il ôte les péchés du monde ; Il baptise de l’Esprit Saint. C’est le baptême du jour de la Pentecôte. Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps.

– Pourquoi est-il dit : « un souffle violent et impétueux ? »

– C’est une figure qui nous indique la puissance du Saint Esprit. Nous avons surtout, dans ces versets, le côté de la puissance (Luc 24. 49 ; Act. 1. 8). Le Seigneur a reçu le Saint Esprit ; il est dit en Actes 10. 38 : « Dieu l’a oint de l’Esprit Saint ». En Jean 6. 27 : « C’est lui que le Père, Dieu, a scellé ». Le Saint Esprit est descendu sur Lui sous une forme corporelle. C’est le seul passage où il est dit que le Saint Esprit ait pris une forme, la forme d’une colombe. C’est une figure qui est en relation avec le caractère que devait revêtir le Seigneur dans Son ministère ici-bas et dans Sa vie toute entière : la douceur, la pureté, la débonnaireté. Il fallait que le Seigneur soit distingué des pécheurs repentants, Lui qui n’avait pas besoin de repentance. Les trente années qu’Il avait vécues avant le début de Son ministère avaient montré cette douceur, cette sainteté, cette pureté. C’était donc, au baptême de Jean au Jourdain, un témoignage qui Lui était rendu de la part du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Dans l’évangile de Luc, qui nous présente le Seigneur comme fils de l’homme, le Seigneur a été déclaré Fils de Dieu trois fois : à sa naissance, au baptême de Jean au Jourdain et la troisième fois sur la sainte montagne à la fin de Son ministère. La première est un témoignage à Sa personne, la deuxième est un témoignage à la perfection de Sa vie avant Son ministère, la troisième est un témoignage à la perfection de Sa vie pendant Son ministère.

C’est une pensée qui arrête certains croyants, que le Saint Esprit soit dans l’Église et dans le croyant mais qu’on ne le voie pas. Le Saint Esprit n’est pas venu dans l’incarnation, le Père non plus n’a jamais été incarné. Le Fils seul a revêtu notre humanité parce qu’Il devait être présenté aux Juifs, présenté aux hommes et mourir sur la croix.

Le Saint Esprit est Dieu, et Dieu n’a pas de forme. Il y a un passage bien caractéristique à cet égard, c’est Deutéronome 4. 12 : « Vous ne vîtes aucune forme, seulement vous entendiez une voix ». Dans la chrétienté, on veut voir une forme (que d’images, que de statues !) mais on ne veut pas entendre la voix de Dieu ! Le Saint Esprit n’est pas venu dans l’incarnation car Il n’est pas venu pour être présenté au monde, ni pour être reçu par lui (Jean 14. 17). Il est venu pour les croyants, pour habiter dans les croyants et dans l’Église. Dieu habite dans l’assemblée par Son esprit et les croyants sont les pierres de cet édifice qu’est l’habitation de Dieu par l’Esprit (1 Cor. 6. 19 ; 1 Cor. 3. 16 ; Éph. 1. 21 et 22).

Nous avons dans le livre des Actes quatre passages qui ont trait à la réception du Saint Esprit, et dans ces quatre passages, différents modes par lesquels l’Esprit Saint est donné. Le Seigneur n’agit pas toujours de la même manière, mais toujours avec une sagesse parfaite.

Dans le cas des croyants d’entre les Juifs, au chapitre 2, de ceux qui eurent le cœur « saisi de componction » au récit de Pierre, nous voyons se succéder la repentance, le baptême chrétien et le don du Saint Esprit (v. 37 et 38). La porte d’entrée dans la maison de Dieu sur la terre, c’est le baptême. Le baptême administré à des adultes ne peut l’être que s’il y a eu repentance. Le baptême peut également être administré aux enfants. C’est alors un acte de foi des parents. Au chapitre 8, pour les Samaritains, l’ordre est un peu différent. Ceux auxquels Philippe avait annoncé l’évangile ont été convertis, ont été sauvés puis baptisés ; ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit Saint. Les apôtres, à Jérusalem, leur envoyèrent Pierre et Jean.

Voyant ce qui était arrivé, Pierre et Jean leur imposent les mains (ce qui n’est ni nécessaire, ni indispensable pour la réception de l’Esprit – il n’en est pas question au ch. 2. 37 à 41) pour montrer qu’il y avait une pleine communion entre l’assemblée à Jérusalem et celles de Samarie. L’imposition des mains est un acte d’identification et de communion. Les apôtres prient pour que le Saint Esprit vienne sur eux. Au chapitre 10 des Actes, il s’agit de croyants d’entre les Gentils. Après qu’ils aient cru, « l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la Parole ». Les Juifs avaient tendance à s’enorgueillir d’être le peuple de Dieu, mais Dieu fait pour les Gentils ce qu’Il n’avait pas fait pour Son peuple terrestre – humiliation pour les Juifs et encouragement pour les Gentils. Il fallait ensuite marquer par le baptême que les croyants d’entre les Gentils étaient entrés dans la maison de Dieu. Au chapitre 19 des Actes il s’agit des croyants d’Éphèse parmi lesquels Paul se trouve. C’étaient des croyants qui étaient dans l’ignorance (Act. 19. 2). Le baptême chrétien nous lie à un Christ mort tandis que le baptême de Jean liait à un Christ vivant sur la terre. « Et ayant ouï ces choses, ils furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus ; et Paul leur ayant imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux ». L’imposition des mains est un acte d’identification et de communion et aussi d’autorité apostolique. Nous n’avons qu’une seule circonstance où le Saint Esprit soit vu descendant comme Personne divine sur la terre, il s’agit de celle du ch. 2. 2 à 4. Cela n’a eu lieu qu’une fois, le jour de la Pentecôte, sans l’intervention d’aucun instrument humain. C’est le Seigneur qui a baptisé Son Église du Saint Esprit.

Le Saint Esprit nous est présenté comme baptême, comme sceau, comme onction et comme arrhes. Nous avons un passage à la fin de 2 Cor. 1 au verset 21 qui nous présente à la fois ces quatre caractères : « Or celui qui nous lie fermement avec vous à Christ (voilà le baptême du Saint Esprit) et qui nous a oints, (voilà l’onction du Saint Esprit) c’est Dieu, qui aussi nous a scellés et nous a donné les arrhes de l’Esprit dans nos cœurs ».

Le sceau est la marque de propriété que Dieu met sur Ses enfants.

L’onction, c’est ce que le Saint Esprit est pour l’instruction et l’enseignement des croyants. L’apôtre Jean le dit au chapitre 2 de sa première épître, aux petits enfants en Christ (v. 20 à 27). « Et vous, vous avez l’onction de la part du Saint, et vous connaissez toutes choses » et « pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne mais comme la même onction vous enseigne à l’égard de toutes choses… ».

Les arrhes sont un avant-goût de l’héritage dans lequel nous serons introduits et qui est une part éternelle. Les arrhes sont de la même nature que les choses dans lesquelles nous allons entrer : le Saint Esprit nous fait jouir des choses célestes, il prend les choses qui sont de Christ pour nous les communiquer (Jean 16. 14).

Il y a un point qui arrête quelquefois des croyants, c’est qu’il peut y avoir des personnes converties mais qui ne sont pas scellées du Saint Esprit, des personnes qui se repentent de leurs péchés mais qui n’ont pas la jouissance de leur salut.

Il semble bien que l’enseignement de l’Écriture nous permet de distinguer :

a) Le réveil de la conscience, qui produit la conversion (dans le véritable sens du mot, celui que la Parole lui donne), c’est-à-dire le retour vers Dieu (on a souvent dit : le demi-tour). L’âme a le sentiment de son péché, mais n’a pas encore conscience que ses péchés sont pardonnés dès lors qu’ils ont été confessés. Elle ne se rend donc pas compte qu’elle est sauvée, ne jouit pas de son salut.

b) La connaissance du salut par l’œuvre de Christ. Cette connaissance, cette jouissance sont données par le Saint Esprit ; le croyant est ainsi désormais scellé de l’Esprit et son corps en est devenu le temple. Il jouit maintenant, par l’Esprit, de l’amour de Dieu et de sa relation avec Dieu comme Père (1 Cor. 6. 19 ; Rom. 5. 5 ; 8. 15 et 16).

Lorsque la pécheresse de Luc 7. 36 à 50 se jette aux pieds de Jésus, les arrosant de ses larmes et les essuyant avec ses cheveux, les couvrant de baisers et les oignant avec le parfum – lorsque le fils prodigue s’écrie : « Je me lèverai et je m’en irai vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires » (Luc 15. 18 et 19), nous avons là des exemples du réveil de la conscience produisant la conversion, le retour vers Dieu. Mais cela ne va pas plus loin ; il n’y a pas encore la connaissance de la délivrance, du pardon et du salut. La femme pécheresse l’aura quand elle entendra Jésus lui dire : « Tes péchés sont pardonnés… ta foi t’a sauvée, va-t-en en paix » – le fils prodigue, quand il verra son père « courant à lui, se jetant à son cou, le couvrant de baisers », le faisant revêtir de « la plus belle robe » et faisant mettre « un anneau à sa main et des sandales à ses pieds » (Luc 7. 48 à 50 ; 15. 20 à 22). Pour elle et pour lui, il y a alors la connaissance du pardon et la pleine assurance du salut.

Ces deux exemples illustrent la différence entre les deux moments a) et b). Il peut se faire – ou non – qu’un certain temps s’écoule entre les deux. Parmi les enfants de parents chrétiens, parmi les personnes enseignées dans les assemblées, cet intervalle de temps est généralement très court, et même inexistant. Mais n’y a-t-il pas dans la chrétienté des âmes qui se trouvent dans la condition de la femme de Luc 7. 37 et 38, qui sont converties (toujours au sens de l’Écriture) mais qui n’ont pas l’assurance du pardon de leurs péchés et la jouissance du salut, qui se débattent dans les exercices que nous décrit Rom. 7 et ne sont donc pas scellées de l’Esprit ? Si elles l’étaient, elles jouiraient de leur salut et goûteraient les privilèges qui découlent de l’habitation de l’Esprit en nous : jouissance de notre relation avec Dieu comme Père, assurance d’être « en Christ » et d’avoir Christ « en nous », amour de Dieu versé dans nos cœurs (Rom. 8. 15 et 16 ; Jean 14. 20 ; Rom. 5. 5).

« La règle générale est que Dieu donne l’Esprit à quiconque reçoit par la foi la parole de la vérité… », mais ce membre de phrase est précédé de celui-ci : « il peut bien arriver qu’une âme ait la vie de Dieu, sans être scellée de l’Esprit comme celle du chapitre 7 » (Messager Évangélique 1937 et 1969.

Le Saint Esprit s’est parfois saisi d’hommes qui n’ont jamais eu la vie de Dieu comme Balaam et Saül. En Nombres 24. 2 il est dit : « l’Esprit de Dieu fut sur lui » et non en lui. En 1 Samuel 10. 10 il est dit : « l’Esprit de Dieu le saisit ». Hébreux 6 nous parle de ceux qui n’ont eu qu’une profession chrétienne et dont il est dit au v. 4 qu’ils sont « devenus participants de l’Esprit Saint ». Dans ces trois cas, ils sont devenus participants de l’Esprit Saint, il n’est jamais dit que l’Esprit ait habité en eux, qu’ils aient été scellés de l’Esprit. Matthieu 7. 22 fait allusion à un déploiement de puissance spirituelle par ceux que le Seigneur n’a jamais connus. Tout cela n’est pas la puissance du Saint Esprit habitant dans le croyant. En 1 Pierre 1. 2 il est dit : « élus selon la préconnaissance de Dieu le Père, en sainteté de l’Esprit ». Le Saint Esprit sépare le croyant dans lequel il vient ensuite habiter.

Le sceau du Saint Esprit est-il une assurance intérieure selon qu’il est écrit en Romains 8. 15 : « Vous avez reçu l’Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » ?

Certes, le sceau du Saint Esprit donne bien une assurance Intérieure mais ensuite il y a le témoignage public. C’est par le Saint Esprit que nous pouvons jouir des vérités concernant l’unité du corps dont Christ est la tête glorifiée dans le ciel.

Le don du Saint Esprit est différent des dons de l’Esprit. Dans le premier cas, c’est le Saint Esprit qui est donné ; dans le deuxième, c’est le Saint Esprit qui donne. Le Seigneur a envoyé le Saint Esprit.

Nous n’avons pas encore abordé le sujet de notre chapitre : la descente du Saint Esprit. Les disciples étaient dans des dispositions favorables pour Le recevoir. Ils étaient « tous d’un commun accord », dans un même lieu. Ce n’était pas seulement la communion d’un moment mais la persévérance dans la prière. Les disciples étaient rassemblés le jour de la Pentecôte (tous ensemble dans un même lieu). C’est alors que le Saint Esprit descend. Rien ne pourra résister à la puissance du Saint Esprit, d’une part pour opérer le jugement du mal, d’autre part pour sauver les âmes, pour former l’Église et la préparer pour le retour du Seigneur. La puissance du Saint Esprit s’exercera d’autant mieux que les croyants réaliseront l’accord qui est vu ici. Malgré les entraves au déploiement de la puissance du Saint Esprit, le Saint Esprit n’en demeure pas moins encore aujourd’hui un Esprit de puissance – expression qui se trouve en 2 Timothée, épître de la ruine des derniers jours.

Si nous nous trouvons dans un état moral selon la pensée de Dieu, nous pouvons voir encore le déploiement de la puissance de l’Esprit. Il est dit ici : « Il remplit toute la maison où ils étaient assis » : il n’y a de place pour rien d’autre ; la maison est « remplie ». Dans l’assemblée, il n’y a pas de place pour la chair, pour l’homme naturel, pour ce qui est de l’homme dans son propre cœur. « Assis » a une portée morale. Il n’y a aucune activité exercée tant que l’Esprit n’est pas là pour agir. Les deux expressions en opposition « assis » et « debout » se trouvent en Hébreux 10 : « tout sacrificateur se tient debout chaque jour », c’est une activité qui ne pouvait cesser, tandis que Christ, « ayant offert un seul sacrifice pour les péchés s’est assis à perpétuité à la droite de Dieu ».

C’est le Saint Esprit qui doit remplir toute la maison. L’assemblée est l’habitation de Dieu par l’Esprit.

– Que veut dire : « n’éteignez pas l’Esprit ? » Comment cela peut-il se faire ?

– Une action charnelle, un cantique indiqué mal à propos, ou une action de grâces peuvent éteindre l’Esprit. Ce passage s’applique plutôt dans l’assemblée qu’individuellement. Si quelqu’un est dans un mauvais état, il peut éteindre l’Esprit dans l’assemblée. Un frère spirituel sentira un malaise dans l’assemblée, une entrave à l’action de l’Esprit. Il y a une autre façon d’éteindre l’Esprit : par son silence, un frère peut éteindre l’action de l’Esprit. Si le Saint Esprit nous donne quelque chose, nous n’avons pas le droit de le retenir.

Dans une réunion, il y a une quarantaine d’années, se trouvait un frère de passage. Cinq minutes, dix minutes se passent au début du culte sans aucune action. Il y avait dans ce rassemblement un frère qui éteignait l’Esprit parce qu’il retenait ce que l’Esprit lui avait donné. Le frère de passage, discernant ce qui en était, a prononcé ces simples mots : « Où est le désobéissant ? » Et le frère « désobéissant » a aussitôt indiqué un cantique qui répondait à la pensée qui était sur tous les cœurs.

Lors de la descente du Saint Esprit, nous voyons que le son précède les langues. On ne peut pas parler si on n’a pas d’abord entendu. Il faut avoir reçu quelque chose du Saint Esprit pour dire quelque chose.

Les réunions sont très difficiles, dans un sens, et faciles dans l’autre si nous nous laissons diriger et avons été exercés déjà au préalable chaque jour. Il y a une préparation du cœur et toutes les réunions de l’assemblée se préparent dans le cœur de chacun.

Je rappellerai succinctement ce que nous avons été amenés à considérer sur les premiers versets de ce chapitre. Nous avons la descente du Saint Esprit comme Personne divine. C’est la puissance de Dieu en témoignage qui va s’exercer. La fin de Luc, le début des Actes nous montrent bien que c’est là la promesse qui avait été faite. Le Seigneur avait dit : « Vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ». Le témoignage que les disciples allaient être amenés à rendre ne pouvait l’être que dans la puissance du Saint Esprit.

Nous avons débordé le cadre de ce qui nous est présenté dans ces versets. Nous avons considéré divers aspects de l’action du Saint Esprit dans le croyant et dans l’assemblée. Nous vivons les jours les plus privilégiés qui soient : nous avons le Saint Esprit comme Personne divine sur la terre. Il ne quittera la terre que lorsque l’Église sera enlevée. Mais nous aurons éternellement le Saint Esprit (Jean 14. 16). Le Saint Esprit sera avec nous, même encore après l’enlèvement de l’Église. Toute son activité s’exercera alors pour amener les Saints de l’Église à adorer et à remplir les services qui sont confiés à l’Assemblée pendant le règne millénaire.

Nous avons remarqué que les deux faits essentiels du christianisme étaient la résurrection du Seigneur et la descente du Saint Esprit. Nous avons vu qu’en Lévitique 23, les deux fêtes qui nous parlent de ces faits capitaux sont les seules, avec la Pâque et la fête des pains sans levain, dont il est question pour la période qui va jusqu’à l’enlèvement de l’Église. Dieu vient prendre possession de Son habitation en ce jour de la Pentecôte qui veut dire cinquantième jour. Ce sont les croyants qui constituent la maison de Dieu. Nous sommes des pierres vivantes, et nous constituons cette maison spirituelle de laquelle Dieu vient prendre possession. L’Esprit nous fait dire : « Abba, Père ». C’est Lui qui verse l’amour de Dieu dans nos cœurs. C’est par l’Esprit que nous réalisons que nous sommes un seul corps. Il est l’un des deux agents de la nouvelle naissance. Il est l’agent par lequel nous pouvons jouir de la communion avec le Seigneur, comme aussi avec le Père. C’est Lui qui donne les dons. Il distribue à chacun comme il Lui plaît.

Le Saint Esprit nous est présenté sous différents aspects dans la Parole : baptême, onction, sceau, arrhes. À propos du sceau, il y a deux côtés qu’il faut bien distinguer :

1°) Le réveil de la conscience qui conduit à la conversion, c’est-à-dire le retour vers Dieu, ce qu’on a appelé le « demi-tour », ce à quoi l’apôtre Paul fait allusion en 1 Thessaloniciens 1 quand il dit des Thessaloniciens : « Vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu ». Une âme qui pleure sur son péché, est effectivement convertie, mais il peut arriver qu’elle n’aille pas plus loin.

2°) L’âme arrive à la connaissance capitale que ses péchés confessés sont pardonnés. Elle a l’assurance de son salut. Son corps devient le temple du Saint Esprit. Elle fait partie du corps de Christ.

Il peut s’écouler un certain temps entre ces deux faits. Comme illustration, la femme de Luc 7 qui pleure, oint les pieds du Seigneur avec le parfum, les essuie avec ses cheveux, et les couvre de baisers, est convertie. Elle a le sentiment de sa misère, de son péché mais elle n’a pas l’assurance de son salut. De même pour le fils prodigue : lorsqu’il se lève pour retourner vers son père, il n’a pas le sentiment que son péché lui sera pardonné et que le père le traitera comme fils. Ensuite la femme pécheresse a l’assurance de son salut quand le Seigneur lui dit : « Tes péchés sont pardonnés ». De même le fils prodigue a l’assurance de son salut quand son père se jette à son cou, le couvre de baisers, lui fait donner la plus belle robe et mettre l’anneau à son doigt, fait tuer le veau gras et le reçoit dans sa maison. Pour les enfants de parents chrétiens, il arrive généralement que les deux faits mentionnés plus haut soient concomitants. Ces deux étapes n’en forment qu’une. Mais dans certains milieux de la chrétienté, ne peut-on pas penser qu’il y a des âmes qui sont sauvées mais qui n’ont pas l’assurance de leur salut ?

D’autre part, il ne faut pas penser qu’une personne scellée du Saint Esprit ne peut pas pécher. Elle a toujours la vieille nature en elle, il y a toujours cette lutte incessante de la chair contre l’Esprit dont nous parle Galates 5. Que se passe-t-il ? Si nous laissons agir en nous le Saint Esprit, si nous réalisons par la puissance du Saint Esprit ce que nous lisons au verset 24 : « ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises », la vieille nature est alors réduite à l’impuissance, c’est la nouvelle nature qui produit « le fruit de l’Esprit » (v. 22). Alors, mais alors seulement, il est vrai qu’un tel croyant, selon 1 Jean 3. 9, « ne peut pas pécher ». Par contre, si nous ne laissons pas agir le Saint Esprit pour la mortification de la chair, ce sont les œuvres de la chair qui sont manifestes.

On peut résumer cela en quelques mots : le croyant a deux natures en lui, la vieille nature et la nouvelle nature. La vieille nature ne peut pas faire autre chose que pécher, la nouvelle nature ne peut pas pécher. Il s’agit de savoir laquelle on laisse agir. On a donné souvent l’illustration suivante : le corps du croyant a été comparé à une maison qui change de propriétaire une fois qu’il est sauvé sans qu’on puisse mettre à la porte l’ancien propriétaire. L’ancien propriétaire sera dans la maison jusqu’à la fin mais il est relégué dans quelque coin du grenier et prié de ne pas faire entendre sa voix. La responsabilité du croyant est de laisser le Saint Esprit agir pour que la chair (l’ancien propriétaire) soit laissée de côté et considérée comme « morte ».

Nous avons remarqué aussi qu’au début du chapitre les croyants étaient tous « d’un commun accord » dans un même lieu. Un « commun accord » permet l’action puissante du Saint Esprit tandis que le désaccord entrave sa puissance. Nous avons vu également que le « souffle violent et impétueux » nous parlait de la puissance du Saint Esprit et que lorsque le Saint Esprit est descendu sur le Seigneur il est descendu sous la forme d’une colombe, emblème de la douceur et de la pureté. Le Seigneur devait réaliser ce qui est écrit prophétiquement en Ésaïe 42 : « Il ne criera pas, et il n’élèvera pas sa voix, et il ne la fera pas entendre dans la rue. Il ne brisera pas le roseau froissé, et n’éteindra pas le lin qui brûle à peine ». À la Pentecôte, un autre temps allait commencer ; la puissance de Dieu en témoignage allait s’exercer pour briser la puissance de l’adversaire. Tous les croyants furent alors « remplis du Saint Esprit ». Or avoir le Saint Esprit et être rempli du Saint Esprit sont deux choses différentes. C’est pour cela que l’exhortation d’Éphésiens 5. 18 nous est donnée : « ne vous enivrez pas de vin, en quoi il y a de la dissolution ; mais soyez remplis de l’Esprit », c’est-à-dire ne donnez pas d’aliment et d’excitant à la chair, à la vieille nature ; que ce soit la seule action de l’Esprit qui vous anime.

Nous voyons au début des Actes des hommes remplis de l’Esprit : Pierre au ch. 4, Étienne au ch. 7, Barnabas au ch. 11. Paul au ch. 13. Qu’eut-ce été si un tel état de choses avait été maintenu ? Quelle puissance dans l’assemblée et dans le témoignage ? Tous étaient remplis du Saint Esprit et le Saint Esprit remplissait toute la maison. Hélas ! d’autres puissances ont pénétré dans la chrétienté et même au milieu de l’assemblée. Je me bornerai à en citer une : la puissance de l’argent. Si cette puissance s’exerce, c’est la ruine du témoignage. La seule qui doit s’exercer est celle du Saint Esprit. Il est à désirer que nous soyons remplis du Saint Esprit et que dans les assemblées locales, la seule puissance qui s’exerce soit celle du Saint Esprit.

« Il leur apparut des langues divisées, comme de feu » : ce verset nous explique ce que nous avons lu dans le paragraphe suivant où les apôtres s’adressaient à chacun de ceux qui étaient venus à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte. Lorsque l’Éternel a donné sa loi au peuple d’Israël, il l’a donnée dans une seule langue et à un seul peuple. Cette économie est passée et maintenant dans sa grâce, Dieu s’adresse à chaque nation, à chaque peuple, dans sa propre langue. Quelle est l’origine des langues ? Les hommes voulaient atteindre les cieux (Gen. 11. 4). Ce rêve n’est pas d’aujourd’hui. Mais Dieu a confondu leur langage (v. 6 et 7) et cela a suffi pour les arrêter dans cette entreprise ambitieuse et orgueilleuse. Il est facile pour Dieu d’arrêter les hommes quand il le veut. Dieu ne revient pas sur ce qui a été fait : la confusion des langues persiste ; mais pour la proclamation de l’évangile, Dieu annule en quelque sorte ce qui a été fait à Babel et l’évangile est prêché aujourd’hui dans chaque pays, dans sa propre langue. Le feu est l’emblème du jugement : le Saint Esprit opère pour juger le mal en nous et dans l’assemblée. Le Saint Esprit est un « esprit de puissance » et nous devons réaliser cette puissance pour juger le mal dans l’assemblée. Aucune autre puissance ne permettra le jugement du mal dans l’assemblée. Le Saint Esprit descend pour opérer en grâce et pour le jugement du mal dans l’Église. Chacun doit revêtir les caractères qui correspondent aux caractères de Dieu.

« Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer ». Quel principe important est contenu dans ces versets ! D’abord le son (v 2) ensuite les langues (v 3). Avant de parler, il faut avoir entendu et écouté. Ils parlent conduits par le Saint Esprit. Cette action de l’Esprit est la seule qui doive s’exercer dans l’assemblée. Celui qui n’a pas reçu du Saint Esprit quelque chose à donner, n’a rien à dire. Il faut avoir entendu avant de parler.

Voilà l’Assemblée à son départ ! L’Assemblée est « la maison de Dieu », « l’Assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité », l’Assemblée est responsable de maintenir la vérité. La gloire de Dieu doit briller en elle. Elle a été acquise par le sang de Christ. Les dons qui s’exercent dans l’Assemblée sont les dons de l’Esprit ; ils s’exercent sous l’autorité du Seigneur (1 Cor. 12. 5). S’il est vrai que l’Esprit distribue les dons comme il lui plaît (1 Cor. 12. 11), tout doit se faire sous l’autorité du Seigneur. L’assemblée est un organisme vivant au milieu d’une scène de mort. Dans ce monde, il n’y a qu’un seul lieu qui soit caractérisé par la vie, c’est l’assemblée. J’ai dit organisme et non pas organisation. Tout ce qui est organisation dans l’assemblée ne peut avoir la sanction de l’Écriture. Nous devons être en éveil dès qu’il est question d’organisation. L’assemblée est un corps vivant composé de membres qui ont tous un service à remplir, même les sœurs qui ne parlent pas dans l’assemblée. En 1 Corinthiens 12, plusieurs membres sont cités, ce sont tous des membres muets : l’œil, l’oreille, le pied, la main sont des membres silencieux mais indispensables. L’assemblée est un organisme qui vit de la vie divine par la puissance du Saint Esprit.

– Pourquoi le premier don dispensé a-t-il été celui des langues ?

– Ne trouvons-nous pas la réponse en 1 Corinthiens 14. 22 où il est dit : « les langues sont pour signe, non à ceux qui croient, mais aux incrédules ». Oui, le don des langues, qui a donné lieu à tant de controverses dans la chrétienté, est essentiellement pour les incrédules et il s’exerçait pour annoncer l’évangile dans leur propre langue à des personnes qui avaient besoin de le recevoir. Ce don a été donné en vue de l’utilité, expression employée en 1 Corinthiens 12, plusieurs fois. Il a été donné également pour accréditer les ouvriers du Seigneur, car la Parole n’était pas encore complète. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire, la Parole elle-même accrédite les ouvriers du Seigneur. « Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la parole par les signes qui l’accompagnaient » (Marc 16. 20). Aujourd’hui il n’est plus besoin de signes. Aujourd’hui, nous sommes appelés à voir si ce qui nous est enseigné est conforme à la Parole, comme les chrétiens de Bérée qui examinaient chaque jour les Écritures pour voir si les choses que Paul disait étaient bien ainsi (Act. 17. 11). C’est de cette façon que les chrétiens peuvent se fortifier dans la Parole, recevant un enseignement qui y est conforme. L’apôtre Paul n’interdit pas ce don des langues à l’assemblée de Corinthe (1 Cor. 14. 39) à cause des personnes inconverties qui pouvaient se trouver dans cette assemblée, mais il devait y avoir un interprète (v. 13) afin que tous comprennent et soient édifiés. En 1 Corinthiens 14, il leur dit :

1°) ce qu’ils devaient faire,

2°) ce qu’ils ne devaient pas faire

3°) comment ils devaient le faire :

1) désirez avec ardeur de prophétiser

2) n’empêchez pas de parler en langues.

3) que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre.

En Éphésiens 4, où il est question des différents dons qui sont encore exercés dans l’assemblée, il n’est pas question du don des langues : « et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ; jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ».

– Quand est-ce que nous aurons atteint « la mesure de la stature de la plénitude du Christ ? »

– C’est quand nous serons arrivés. De sorte que la chose est certaine ; ces dons sont donnés jusqu’à la fin de l’Église. En 1 Corinthiens 13. 8 deux expressions différentes sont employées : quand il s’agit des prophéties et de la connaissance il est question de la fin : « elles auront leur fin » (v. 8). Ce mot « fin » est également employé au v. 10 : « ce qui est en partie aura sa fin », et à quel moment ? « Quand ce qui est parfait sera venu », c’est-à-dire lorsque l’Église sera introduite dans la gloire. Tel est le sens du mot « fin » dans ces versets 8 et 10.

Tandis que précisément pour les langues c’est un autre terme qui est employé. Pour les langues il est dit, « elles cesseront ». Et, effectivement elles ont cessé. Ce don n’a plus été maintenu dans l’Église parce qu’il n’était plus nécessaire. La parole a été confirmée au commencement par des dons-signes, les langues, les miracles, mais quand la Parole a été complète, ils n’étaient plus nécessaires. C’était la Parole qui confirmait le message du serviteur et qui, ainsi, l’accréditait auprès de ceux qu’il servait.

À partir du verset 5 nous avons la première circonstance au cours de laquelle a été exercé ce don des langues. Chacun était rempli du Saint Esprit et les langues se posent sur chacun d’eux de sorte qu’ils pouvaient annoncer l’évangile à chacun dans sa propre langue. C’était un événement extraordinaire que la descente d’une Personne divine sur la terre, le point de départ de l’Assemblée. Tous les Juifs pieux s’assemblent et sont « confondus ». Quelle manifestation puissante de l’action du Saint Esprit. Voilà ce qu’ils annonçaient : « les choses magnifiques de Dieu ». « Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes et en perplexité, disant l’un à l’autre : « Que veut dire ceci ? » ; ils comprenaient qu’il y avait quelque chose de divin ; c’était Dieu qui s’adressait à l’homme par le moyen de ses serviteurs et par la puissance du Saint Esprit. « Et d’autres, se moquant, disaient : Ils sont pleins de vin doux » : il y a toujours des moqueurs. Ils pensaient que cette action spirituelle était de l’ivresse. Voilà comment l’homme dans son état naturel considère l’action de Dieu ! Il y a deux classes de personnes qui sont distinguées : ceux qui sont étonnés et qui reçoivent, ceux qui se moquent et assimilent cette action spirituelle à de l’ivresse. On peut dire que la Parole de Dieu a toujours ce résultat et dans tous les temps. Il y en a qui la reçoivent et d’autres qui la rejettent. Cela est vrai des inconvertis mais aussi parmi le peuple de Dieu : il y en a qui reçoivent la parole d’exhortation et d’autres qui la rejettent.

Au verset 14 commence le deuxième discours de Pierre qui se divise en deux parties bien distinctes. Au verset 14, ce discours s’adresse non seulement aux Juifs mais aussi à tous ceux qui habitaient à Jérusalem. Au verset 22, il ne s’adresse qu’au peuple. Il fait sentir aux Juifs leur responsabilité d’avoir rejeté leur Messie. Mais Dieu l’a reçu et lui a donné comme tout à nouveau le Saint Esprit qui donne des dons, dont la première manifestation nous est montrée au début du chapitre.

Dans la première partie de son discours, il rappelle la prophétie de Joël. « Hommes juifs et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles ; car ceux-ci ne sont pas ivres, comme vous pensez, car c’est la troisième heure du jour » – c’est-à-dire neuf heures du matin. Du verset 17 jusqu’au verset 21 inclus, nous avons la citation du passage que nous trouvons dans le prophète Joël. Ce verset 17 de la prophétie de Joël ne s’accomplira qu’à la fin. Il a une application, une portée qui est pour un jour à venir, qui suivra l’enlèvement de l’Église. Par contre dans le verset 18, nous avons une application qui est actuelle : « et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront ». Ce verset 18 a été effectivement accompli. Il aura un accomplissement total à la fin.

Les versets 19 et 20 ont un accomplissement à venir ; il n’y avait rien qui montrait qu’il y avait un accomplissement partiel. Cet accomplissement à venir produira dans le cœur du peuple un travail de repentance, d’humiliation, et la bénédiction leur sera alors apportée, tandis qu’à la Pentecôte les Juifs, comme peuple, sont restés insensibles au témoignage du Saint Esprit et ont lapidé Étienne, le fidèle témoin. Ce témoignage avait été donné en réponse à la prière du Seigneur : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ».

Le verset 21, comme d’ailleurs le verset 18, a une application actuelle : quiconque invoquait le nom du Seigneur était sauvé. Le travail de prédication de l’évangile a été accompli par les apôtres avec le secours du Saint Esprit, pour que des âmes soient sauvées et fassent ainsi partie de l’Assemblée. L’Esprit de Dieu allait donc opérer par le moyen des apôtres pour constituer l’Assemblée. C’est ce que nous avons, présenté en figure, en Genèse 24 en particulier : Éliézer, type du Saint Esprit, allait chercher une épouse pour Isaac. L’Épouse est formée par tous les croyants depuis la Pentecôte jusqu’à l’enlèvement de l’Église. Comme Éliézer parlait d’Isaac à Rebecca tout le long du voyage, le Saint Esprit nous parle de Christ dans l’Assemblée. C’est Son activité dans l’Assemblée comme aussi individuellement envers chaque croyant. Nous avons remarqué déjà comment, dans le premier chapitre, Pierre s’appuie sur les Écritures. Ici aussi, il commence ce deuxième discours en s’appuyant sur les Écritures. D’une façon générale, il s’appuie sur les Écritures. Cela nous montre quelle intelligence il avait des Écritures de l’Ancien Testament. Le Seigneur avait ouvert l’intelligence des apôtres pour qu’ils comprennent les Écritures, comme nous le voyons en Luc 24. 45. Pierre les connaissait, il peut donc s’appuyer sur elles.

– Que signifie « invoquer le Seigneur ? »

– S’adresser à Lui, s’abriter sous la puissance et l’autorité de Son nom. Quiconque se réclame de ce nom est sauvé (Act. 4. 12).

Ce verset 21 constitue une transition entre les deux parties du discours de Pierre. Il va leur parler du Seigneur, leur montrer ce qu’eux avaient fait, et ce que Dieu a fait et les conséquences de Son œuvre. Pierre, dans cette deuxième partie de son discours et dans les discours suivants – il y a sept discours de Pierre dans les Actes, un dans chacun des cinq premiers chapitres, un au ch. 10 et un au ch. 15 – remplit un service vis à vis du peuple juif On peut rappeler qu’on distingue trois parties distinctes dans le ministère de Pierre :

1°) Il introduit les croyants dans le royaume de Dieu (Mat. 16. 19). À ceci se rattache ce que lui avait dit le Seigneur quand Il lui avait annoncé qu’il serait pécheur d’hommes (Luc 5. 10).

2°) Il fortifie ses frères (Luc 22. 32), c’est pourquoi il s’adresse à eux à plusieurs reprises dans les Actes (2. 22 à 24 ; 3. 14 à 17).

3°) Il prend soin du troupeau, service qui lui a été confié par le Seigneur en Jean 21.

Ce deuxième discours est très important et a eu des résultats dont témoignait l’état si remarquable de l’assemblée à Jérusalem. Trois mille âmes ont été ajoutées. Avec quelle puissance les apôtres présentaient l’évangile ! Si cette puissance s’exerçait aujourd’hui, quels résultats nous verrions, bien que ce soit le jour des petites choses ! Mais le Saint Esprit demeure un Esprit de puissance. Quels résultats dans l’assemblée et le service de l’évangélisation ! Il faut commencer par laisser agir le Saint Esprit dans nos vies, pour agir ensuite par le Saint Esprit dans l’assemblée. Il faut qu’Il agisse en nous d’une manière continuelle. Si nous étions davantage occupés du Seigneur et dans une dépendance habituelle du Saint Esprit, nous serions mieux habitués à recevoir du Saint Esprit et nous recevrions davantage.

Nous avons considéré le début de ce chapitre 2 du livre des Actes qui est très important et sur lequel il est bon de revenir pour rappeler les vérités principales que nous avons été amenés à considérer. Deux faits essentiels marquent l’économie actuelle : la résurrection de Christ et la descente du Saint Esprit. Nous avons rappelé les deux aspects de l’œuvre de Christ : Il est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, et Celui qui baptise de l’Esprit Saint (Jean 1). Le Saint Esprit, qui était auparavant une influence, est désormais descendu sur la terre comme une Personne divine. Dieu vient habiter au milieu des hommes et Il habite au milieu d’eux uniquement sur la base de la rédemption ; Son habitation est constituée par des « pierres vivantes ». C’est le Saint Esprit qui habite dans l’assemblée et qui y manifeste la présence de Dieu. Nous avons rappelé les passages où le Seigneur annonçait cet événement. Le Saint Esprit est toujours sur la terre et Il demeure un esprit de puissance (2 Tim. 1), de telle sorte que nous devons être désireux de réaliser les conditions morales et spirituelles nécessaires pour que le Saint Esprit manifeste cette puissance au milieu de nous. Le Saint Esprit est avec nous éternellement. Le Saint Esprit est descendu le jour de la Pentecôte, c’est un son qui s’est fait entendre. Le son précède les langues. Avant de parler, il faut avoir reçu de l’Esprit quelque chose à dire. Nous avons souligné la différence entre avoir l’Esprit et être « rempli de l’Esprit ». Y a-t-il aujourd’hui beaucoup de croyants « remplis de l’Esprit » ? Au commencement, tous les croyants étaient remplis du Saint Esprit, aussi cette puissance de l’Esprit s’est-elle déployée aux premiers jours de l’Église. Si l’Église avait maintenu cette position, nous assisterions aujourd’hui au même déploiement de puissance. Mais d’autres puissances ont pénétré au sein de la chrétienté, telle la puissance de l’argent, et nous pouvons nous demander dans quelle mesure elle est entrée dans le témoignage.

Nous assistons pour ainsi dire, dans ce chapitre 2 du livre des Actes, à la naissance de l’Assemblée sur la terre. L’Assemblée n’est pas une organisation, mais un organisme vivant, le seul lieu sur la terre qui soit caractérisé par la vie ; colonne et soutien de la vérité, elle est appelée à présenter Christ qui est la vérité, à présenter la Parole qui est aussi la vérité et elle ne le peut que dans la puissance du Saint Esprit qui habite en elle et qui est l’Esprit de vérité. Telle est la fonction de l’Assemblée dans le monde.

Le livre des Actes nous présente l’Assemblée du point de vue historique. Elle est annoncée prophétiquement dans les évangiles, en particulier en Matthieu où l’on voit le peuple d’Israël, coupable du rejet de son Messie, mis de côté et remplacé par l’Assemblée (ch. 13, 14, 16 et 18).

Les épîtres sont adressées aux assemblées. Parmi les épîtres de Paul, quatre sont adressées à des individus (deux à Timothée – une à Tite et une à Philémon), et les neuf autres, à sept assemblées ou groupes d’assemblées (assemblées de la Galatie) : les Romains, les Corinthiens, les Galates, les Éphésiens, les Philippiens, les Colossiens et les Thessaloniciens. (Reste le cas particulier de l’Épître aux Hébreux qui ne porte pas l’adresse d’une assemblée et qui n’est pas non plus pour un individu).

Les sept épîtres aux sept assemblées d’Asie retracent l’histoire de l’Église responsable sur la terre pendant le temps de l’absence du Seigneur. Soit dans les épîtres de Paul, soit en Apocalypse 2 et 3, nous avons donc un ensemble complet d’Épîtres adressées aux assemblées.

Nous voyons donc l’Assemblée dans ses premiers pas, prenant son départ, vivant de la vie divine. La première manifestation de puissance de l’Esprit Saint est donnée au verset 5 : les langues. Elles font partie des dons-signes donnés pour accréditer les serviteurs. Ce don n’est plus nécessaire aujourd’hui où la Parole accrédite le serviteur. Le don des langues était la contrepartie de Babel. Dieu a puni le péché et l’orgueil de l’homme en disant : « Confondons leur langage ». La diversité des langues a son origine à Babel. On s’est demandé quelle était la langue parlée avant Babel, (peut-être la langue hébraïque, vu les noms des patriarches) mais Dieu n’a pas trouvé bon de nous le faire savoir.

Quand le Saint Esprit descend sur la terre en tant que Personne divine, comme suite à l’exaltation glorieuse de Christ, c’est tout autre chose. Il y a ce qui remédie aux conséquences du péché de l’homme : mais cela n’annule pas les conséquences du péché : la confusion des langues demeure. Ce don des langues a été conféré pour que chacun puisse entendre, dans sa propre langue « les choses magnifiques de Dieu ». La descente du Saint Esprit, en contraste avec Babel où régnaient le désordre et le désaccord, produit l’ordre et la communion.

Les apôtres présentent l’évangile : Christ dans Son anéantissement et dans l’œuvre qu’Il a accomplie. Deux classes de personnes se distinguent tout de suite : les uns, étonnés mais disposés à recevoir, les autres, qui se moquent. À ces moqueurs l’apôtre Pierre va répondre. À partir du v. 14 du chapitre 2, Pierre prononce son deuxième discours. Nous avons considéré la première partie du discours de Pierre. Il cite une prophétie de Joël qui annonce qu’après l’enlèvement de l’Église, il y aura une effusion du Saint Esprit comme influence, mais non Sa présence comme Personne ainsi qu’il en était au moment où Pierre parlait. Dans les jours auxquels se rapporte la prophétie de Joël, il y aura une effusion de l’Esprit sur un résidu repentant, tandis qu’aux jours de l’apôtre Pierre, le peuple n’était pas disposé à recevoir le témoignage du Saint Esprit. Aussi le peuple d’Israël est mis de côté et l’Assemblée est formée. Le résidu Juif qui a reçu ce témoignage devait former le premier noyau de l’Assemblée.

Du verset 22 au verset 36, l’apôtre Pierre va placer devant eux le Messie qu’ils avaient rejeté, depuis le moment où il était venu jusqu’au moment où ils L’ont mis à mort et où Il a été glorifié. C’était un discours propre à toucher la conscience des Juifs. « Ils eurent le cœur saisi de componction », c’est-à-dire qu’ils furent touchés, humiliés, prêts à recevoir le message présenté par l’apôtre.

Au verset 22, Pierre rappelle l’abaissement de Jésus venu ici-bas parmi les hommes, au milieu de Son peuple et méprisé dès Son entrée dans le monde. Il est appelé Jésus le Nazaréen ; méprisé des hommes, mais un vrai Nazaréen pour Dieu, séparé de tout mal. Il rappelle à ce peuple qu’Il était bien le Messie envoyé par Dieu, promis par l’Éternel à Israël et approuvé de Dieu. C’est Dieu qui a accompli les miracles que Jésus faisait et a ainsi témoigné que l’Homme qu’Il avait envoyé était bien Celui qu’Il avait promis à Son peuple. Et c’était Celui-là qu’ils avaient rejeté !

Au verset 23, il va parler de Sa mort. Le verset 22 nous parle de la vie de Christ sur la terre : l’approbation de Dieu était manifestée par tous les prodiges que Dieu avait accomplis par Lui au milieu de Son peuple. Au verset 23, il est question de Sa mort, des deux aspects de Sa mort : le côté de Dieu et le côté de l’homme. Christ était venu ici-bas pour accomplir l’œuvre que le Père Lui avait donnée à faire. « Jésus le Nazaréen » était une expression qui devait rappeler au peuple qu’Il était venu pour les sauver de leurs péchés (Mat. 1. 21). Pour accomplir ce salut, il fallait Sa mort, c’était le conseil de Dieu, c’était la préconnaissance de Dieu. Nous retrouvons au chapitre 4, dans la prière des versets 24 à 30, des expressions à peu près semblables au verset 27 : « Car en effet, dans cette ville, contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, se sont assemblés et Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël, pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminées devoir être faites ». Les hommes, au fond, n’accomplissent pas autre chose que ce que Dieu a déterminé, mais malgré cela la culpabilité de l’homme demeure incontestable. Les hommes n’ont pas fait autre chose que ce que Dieu avait décrété de toute éternité, mais s’il y a le conseil de Dieu, il y a la culpabilité de l’homme. Toutes les espérances des Juifs reposaient sur la venue du Messie. Or, Lui qui était le fondement de toutes leurs espérances, ils L’avaient livré aux Romains pour qu’Il soit crucifié !

Il semblait que la rupture était irréparable entre le peuple et Dieu. Elle l’aurait été s’il n’y avait pas eu le conseil de Dieu. Le Seigneur a fait ressortir ces deux aspects, le côté de Dieu et le côté de l’homme avant d’aller à la croix, lors de l’institution de la cène : « Le fils de l’homme s’en va, selon qu’il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il eût été bon pour cet homme-là qu’il ne fût pas né » (Marc 14. 21). Il fallait que les Écritures soient accomplies. L’expression : « le fils de l’homme s’en va » rappelle le bouc azazel ou « bouc qui s’en va » de Lévitique 16. Il va porter les péchés de plusieurs : c’est le conseil de Dieu. Malheur à cet homme par qui le fils de l’homme est livré : c’est la responsabilité de l’homme. D’une part ils avaient eu le témoignage rendu par Christ homme sur la terre, d’autre part le témoignage des Écritures, et ils étaient restés sourds à tous les témoignages rendus. Et ils L’avaient élevé sur une croix et fait périr par la main d’hommes iniques.

Le v. 22 nous parle de Sa vie, le v. 23 nous parle de Sa mort et le v. 24 de ce que Dieu a opéré : Dieu L’a ressuscité. Les douleurs de la mort sont une expression qui rappelle les douleurs de l’enfantement. « Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussitôt le glorifiera » : cette parole faisait allusion à la gloire dans laquelle Il allait entrer après Sa résurrection. La mort n’avait aucun droit sur Lui. Il était le prince de la vie. Il a pris nos péchés sur Lui, Il a pu dire : « Mes iniquités m’ont atteint ». Le péché, les péchés, étaient expiés à la fin de la neuvième heure. Il est sorti du tombeau vainqueur de Satan et de la mort. Au premier chapitre de l’Apocalypse, c’est le Fils de l’homme apparaissant dans Sa gloire, qui s’adresse à Jean après la vision qu’il a eue, et qui lui dit au v. 17 : « moi, je suis le premier et le dernier et le vivant ; et j’ai été mort ; et voici je suis vivant aux siècles des siècles ; et je tiens les clefs de la mort et du hadès ». Son droit à la vie a été reconnu en Gethsémané, c’est pour cela qu’Il a pu se présenter comme victime expiatoire. Par Sa puissance les morts seront ressuscités : il y aura la résurrection d’entre les morts, résurrection de vie (1 Thess. 4. 16 ; 1 Cor. 15. 52) – ensuite la résurrection des morts, résurrection de jugement : la mort et le hadès rendront les morts qui sont en eux (Apoc. 20). Il a les clefs de la mort.

Le fait que Dieu L’a délié les douleurs de la mort est une réponse aux prières du Seigneur en Gethsémané : « ayant offert avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort et ayant été exaucé à cause de sa piété » (Héb. 5). On a dit souvent que la prière de Gethsémané n’a pas été exaucée. Il y a deux aspects dans les prières de Gethsémané : l’une exaucée, l’autre non exaucée. La prière demandant que « cette coupe » passât loin de Lui n’a pas été exaucée ; ce n’était pas possible. Mais quand Il a offert avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à Celui qui pouvait Le sauver de la mort, Il a été exaucé à cause de Sa piété. Dieu a délié les douleurs de la mort, réponse aux grands cris et aux larmes de Gethsémané. C’est dans ce sens que l’on peut dire que Son droit à la vie a été reconnu en Gethsémané et qu’Il a été exaucé à cause de sa piété.

– Est-ce qu’on peut rapprocher de cela le verset 4 du Psaume 21 ?

– Oui. D’ailleurs on peut faire le rapprochement depuis le verset 2 de ce Psaume où l’on voit qu’Il a été exaucé à cause de sa piété.

Le verset 3 nous parle des bénédictions qui sont Sa part éternelle : Dieu l’a couronné de gloire et d’honneur. Au verset 5, le psaume ajoute : « Sa gloire est grande dans ta délivrance ». Combien est grande la gloire de l’homme parfait, le seul homme qui ait été ici-bas pour le plaisir de Dieu, le seul homme qui aurait pu entrer au ciel en vertu de Ses perfections, mais qui a voulu entrer dans la mort pour nous. Seulement il n’était pas possible qu’Il soit retenu par elle, et dans cette « délivrance » que Dieu lui accorde brille encore Sa gloire ! Le verset 6 est une allusion au dernier verset du Psaume 16. Le Psaume 16 est précisément celui que Pierre va citer. Voilà autre chose qui devait parler à la conscience du peuple. Quand nous rappelons que ce Psaume 16 s’applique au Seigneur, qu’Il a été le parfait Serviteur de l’Éternel, ce n’est pas une vue de notre esprit, mais l’Écriture nous autorise à le faire. Ce que David avait écrit, il l’avait écrit prophétiquement de Christ. La Parole nous le dit sans qu’il puisse y avoir le moindre doute possible. Le livre des Actes insiste beaucoup sur la résurrection du Seigneur. Quand les apôtres ont prié pour que le Seigneur choisisse le douzième apôtre pour remplacer Judas, il fallait que celui qui allait être choisi ait été témoin de la résurrection du Seigneur. « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité » . Il a été « exalté par la droite de Dieu ». Il a reçu le Saint Esprit comme Homme : Il L’a reçu quand Il est entré dans Son ministère et pour l’exercice de ce ministère à l’âge de trente ans. Il reçoit le Saint Esprit une deuxième fois comme Homme, mais maintenant c’est pour le répandre (v. 33). Il L’a reçu pour Son Église, pour les croyants. Il avait dit aux Siens : Je vous l’enverrai. Le Père Le donne au Fils et le Fils Le donne aux Siens et à Son Église.

Pierre revient, au verset 34, sur un autre Psaume de David, le Psaume 110. C’était encore un psaume qui parlait prophétiquement de Christ et de la position glorieuse qu’Il occupe maintenant à la droite de Dieu jusqu’à ce que tous Ses ennemis soient vaincus, et nous savons que « le dernier ennemi qui sera aboli, c’est la mort ». C’est un verset que nous trouvons aussi en 1 Corinthiens 15. 25 et 26.

La conclusion du discours de Pierre (v. 36) est une flèche qui doit transpercer la conscience des Juifs. Nous y voyons ce que Dieu a fait : Il a « fait et Seigneur et Christ ce Jésus » – et ce que le peuple a fait : « que vous avez crucifié ». Cette dernière parole est particulièrement solennelle. Quelle culpabilité pèse sur le peuple d’Israël, et aussi sur tous les hommes, responsables d’avoir rejeté Christ ! Le mot « Seigneur » nous parle de la gloire universelle du Fils de l’homme (Ps. 8) tandis que « Christ » est plutôt en rapport avec Sa royauté sur Israël.

Ce discours de l’apôtre Pierre peut être considéré comme un modèle remarquable de prédication de l’évangile. Il présente premièrement la culpabilité de l’homme ; deuxièmement, la nécessité de la repentance, de la confession des péchés ; et troisièmement, Christ comme Sauveur et Seigneur. On peut dire que l’évangile, c’est cela. On a parfois tendance à s’adresser aux sentiments, mais agir sur les sentiments n’atteint pas la conscience.

La résurrection de Christ établit trois vérités capitales :

1°) Elle établit la gloire infinie de Sa personne : il a été « déterminé Fils de Dieu en puissance par la résurrection des morts » (Rom. 1. 4).

2°) Elle établit la valeur infinie de Son œuvre : il a été « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Rom. 4. 25).

La foi dans une Personne glorieuse, c’est une foi qui repose sur un fondement inébranlable.

3°) Elle est la preuve que c’est Lui qui va juger les vivants et les morts, « de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Act. 17. 31).

– Est-ce qu’on ne peut pas dire que la résurrection de Christ est la manifestation la plus grande de la puissance de Dieu selon Éphésiens 1. 19 à 23 : « l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts ; (et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir ; et il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l’a donné pour être chef sur toutes choses à l’assemblée, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » ?

– Oui, ce passage est bien en rapport avec ce que l’apôtre Pierre présente ici.

Voilà donc l’assemblée qui est formée. Comment le corps de Christ pouvait-il être formé ? Il fallait d’abord que le mur mitoyen de clôture soit détruit (cela détruit l’obstacle mais ne constitue pas le corps) ; il fallait aussi que Christ, mort, et ressuscité, soit glorifié, mais ce n’était pas suffisant pour former le corps : (la Tête glorifiée dans le ciel ne constitue pas le corps) ; il fallait que les membres sur la terre soient liés ensemble et liés à la Tête. Il fallait pour cela la descente du Saint Esprit sur la terre. Alors effectivement Christ est « Chef sur toutes choses à l’assemblée, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » ; l’assemblée Lui est unie et partagera Sa gloire quand effectivement toutes choses Lui seront assujetties (Héb. 2. 8).

Nous avons considéré les versets 22 à 36 qui constituent la deuxième partie du discours de Pierre. Dans la première partie, il a cité la prophétie de Joël, dont il pouvait faire une application partielle aux circonstances dans lesquelles se trouvaient alors les Juifs. Ils avaient rejeté et crucifié le Messie d’Israël, Celui qui était le fondement de toutes leurs espérances ! Cela produisait une rupture irrémédiable entre le peuple et Dieu, irrémédiable au moins du côté du peuple. Mais il y a aussi le côté de Dieu. Pierre fait ressortir que Dieu a accompli les conseils qu’Il avait formés, que le Seigneur a été livré par la préconnaissance de Dieu. À leur insu, les Juifs n’avaient fait autre chose qu’accomplir les conseils de Dieu. L’apôtre Pierre fait remarquer que c’était là l’accomplissement de la prophétie, notamment celle du Ps. 16 qu’il cite dans son discours. Dans ce Psaume, David annonçait prophétiquement les faits qui venaient alors de se produire. Dans la dernière partie du discours de Pierre, nous voyons que, si les hommes ont rejeté le Messie, Dieu L’a ressuscité et glorifié. Pierre présente dans son discours la résurrection et l’exaltation de Christ. Et Christ a « reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis » et a « répandu ce que vous voyez et entendez » v. 36.

« Seigneur » : c’est la gloire de Jésus en rapport avec l’univers entier, cela nous parle de Sa domination universelle comme Fils de l’homme.

« Christ » : est plutôt en rapport avec Son règne sur Israël, lorsque le résidu fidèle Le reconnaîtra. Le règne de Christ comme Fils de l’homme s’étendra à l’univers entier. La dernière parole du discours de Pierre est une flèche destinée à percer la conscience de ses auditeurs : il parle, d’une part de ce que Dieu a fait, et d’autre part de ce que les hommes ont fait. Le discours de l’apôtre Pierre est une évangélisation remarquable : il montre aux Juifs :

1°) leur culpabilité,

2°) la nécessité de la repentance,

3°) la valeur du sacrifice de Christ.

Un évangéliste a parfois tendance à s’adresser aux sentiments, mais il faut une parole qui vienne de Dieu, qui touche le cœur et la conscience. « Et ayant ouï ces choses, ils eurent le cœur saisi de componction » : ils eurent le cœur rempli de tristesse, douloureusement atteint, touchés ; ils éprouvèrent le regret d’avoir offensé Dieu. Componction signifie douleur, regret d’avoir péché contre Dieu. Aussitôt ils se tournèrent vers Pierre et les apôtres en leur disant : « Que ferons-nous, frères ? »

Dans ces premiers chapitres du livre des Actes, la culpabilité du peuple d’Israël dans la crucifixion de Jésus est soulignée, et il est remarquable que de nos jours – on l’a entendu et écrit dans la chrétienté – on ait voulu lever cette culpabilité du peuple juif. Le peuple juif rejette, en effet, aujourd’hui, la culpabilité qui est la sienne. Pourtant il y a une parole qui a été prononcée par les Juifs lors de la condamnation du Seigneur : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Cette prétention des Juifs apostats trouve un écho dans la chrétienté, qui est disposée à effacer cette parole de l’Écriture.

Quoiqu’il en soit des pensées des hommes, Dieu sait ce que ce peuple a fait à l’égard de Christ. Ce peuple subira le jugement que méritent le rejet et le crucifiement du Messie. Si le peuple juif porte une responsabilité particulière, les hommes, également, car il y avait les Juifs mais aussi les nations lors de la condamnation et de la crucifixion du Seigneur.

– On peut peut-être rapprocher de cela le verset 32 du chapitre 11 de l’épître aux Romains : « Car Dieu a renfermé tous, Juifs et nations, dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous », et jusqu’à la fin du chapitre.

– C’est tout à fait exact, et les versets qui suivent montrent que Dieu peut maintenant user de miséricorde envers ceux qui sont coupables. La fin de l’évangile selon Luc nous dit : « il fallait… que la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem », la ville la plus coupable. Pour qu’Il puisse user de grâce et de miséricorde, il faut que le pécheur se repente, confesse ses péchés. Et c’est ce que Pierre va dire (v. 38). Il y a là trois points extrêmement importants :

1°) Repentez-vous,

2°) que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ en rémission des péchés,

3°) vous recevrez le don du Saint Esprit.

Le premier point, c’est la repentance. Nous venons de rappeler le verset de Luc 24. 47. La repentance est absolument nécessaire. Déjà lorsque Jean le baptiseur remplissait la mission qui était la sienne, il prêchait le baptême de la repentance, disant : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché » (Mat. 3. 2). Et quand le Seigneur commence Son ministère, au début de Matthieu, nous trouvons exactement les mêmes termes au ch. 4. 17.

Se repentir, c’est être d’accord avec Dieu au sujet de ce que Dieu pense de l’homme, sur la culpabilité de l’homme et sa souillure. Il ne peut y avoir de salut sans repentance. Nous avons à le dire, en particulier, aux enfants de parents chrétiens, tandis que c’est encore le jour de la grâce. Cette repentance ne doit pas être une repentance superficielle. Nous avons dans l’Écriture des exemples de repentance superficielle : Moïse, en Deutéronome 1, rappelle que les Israélites qui avaient refusé de monter dans le pays, dirent : « Nous avons péché contre l’Éternel ; nous monterons et nous combattrons, selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, nous a commandé. Et vous ceignîtes chacun vos armes de guerre, et légèrement vous entreprîtes de monter dans la montagne. Et l’Éternel me dit : Dis-leur : Ne montez pas et ne combattez pas, car je ne suis point au milieu de vous » (v. 41 et 42). Saül aussi dit : « J’ai péché ; honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple et en la présence d’Israël » (1 Sam. 15. 30). Ces paroles montrent que sa repentance n’était pas bien profonde. La repentance doit être réelle, profonde et doit se manifester par des fruits. Jean le baptiseur disait aux foules (Luc 3. 8) : « Produisez donc des fruits qui conviennent à la repentance ». Être dans la chrétienté ne suffit pas pour être sauvé, il faut des fruits qui conviennent à la repentance. Nul ne se repentirait s’il n’y avait la bonté de Dieu : c’est la bonté de Dieu qui produit « la repentance pour la vie » (Act. 11. 18), « La bonté de Dieu te pousse à la repentance » (Rom. 2. 4).

À propos de ce sens du mot repentance – avoir la même idée que Dieu sur le mal – on peut rappeler l’expression de 1 Jean 1 : « confesser » ses péchés, c’est avoir la même idée que Dieu sur ses péchés. En effet Dieu a horreur du péché. Il est dit qu’il a les yeux trop purs pour voir le mal : Hab. 1. 13 (et il n’est rien ajouté à cela ; il n’est pas dit « sans le punir » comme on l’entend quelquefois). Les yeux du Dieu juste et saint ne peuvent pas voir le mal.

Quand Christ a porté nos péchés, Dieu a détourné sa face de Lui. Confesser nos péchés, c’est aussi avoir le péché en horreur, porter sur le péché la même appréciation morale que Dieu. Ce verset permet d’ouvrir une parenthèse, quoique nous sortions un peu de notre sujet.

Nous avons parlé de la repentance d’un inconverti, mais il y a aussi la repentance d’un croyant qui a péché. Le verset de l’épître de Jean auquel nous avons fait allusion, s’applique à un croyant. Nous disons à une personne inconvertie : le salut est très simple ; il suffit de se repentir et d’accepter l’œuvre accomplie par le Seigneur Jésus, pourquoi ne le faites-vous pas ? Et nous, lorsque nous avons péché, est-ce que nous nous repentons sincèrement, est-ce que nous n’essayons pas d’excuser nos fautes au lieu de les confesser ? C’est comme la foi pour le salut, croyez Dieu, prenez-Le au mot. Et quand il s’agit de la marche par la foi, croire Dieu et avancer en paix, est-ce que nous savons le réaliser ? Nous faisons confiance à Dieu pour le salut de notre âme pour l’éternité, et nous ne lui ferions pas confiance pendant quelques années sur la terre, pour toutes les circonstances du chemin ! Le salut pour l’éternité est autrement plus important que les circonstances du chemin. Soulignons encore qu’il y a une repentance individuelle et une repentance collective. Les épîtres aux sept églises d’Apocalypse 2 et 3, sauf celles adressées à Smyrne et Philadelphie, contiennent un appel à la repentance. Nous avons donc là, le premier point de la réponse de Pierre : la repentance.

En second lieu, Pierre parle du baptême, qui est la porte d’entrée dans la maison de Dieu sur la terre, habitation de Dieu par l’Esprit. Ces croyants juifs se retiraient d’un milieu sur lequel pesait le jugement de Dieu, et entraient dans une nouvelle sphère : la chrétienté. Le signe de cette entrée est le baptême. Ils comprenaient qu’eux aussi avaient mérité le jugement que Dieu allait exécuter sur Son peuple coupable d’avoir crucifié son Messie, mais ils se repentaient, confessaient leurs péchés, de sorte qu’ils avaient la « rémission des péchés ». Ce qui leur procurait le salut, c’était la foi : ils croyaient ce qui leur avait été annoncé et ils se repentaient. Ce n’était pas le baptême qui les sauvait, il n’a jamais sauvé personne. Le baptême les introduisait dans la maison de Dieu ; c’en est la porte d’entrée et il n’y en a pas d’autre !…

Au ch. 2 des Actes, comme aussi dans les ch. 8, 9 et 10, nous avons le baptême d’adultes qui abandonnaient le judaïsme pour entrer dans le christianisme – christianisme dont la porte d’entrée est le baptême – pour cela il leur fallait la foi.

Ces personnes s’étant repenties, ayant confessé leurs péchés, étant assurées de leur salut, ayant été baptisées, pouvaient donc recevoir le don du Saint Esprit. Elles faisaient partie du corps de Christ. Quand il est parlé de « vous » et de « vos enfants » , il s’agit des Juifs ; quand il est parlé de « ceux qui sont loin », il s’agit des nations. L’apôtre Pierre déclare à ces Juifs que Dieu appelle des personnes d’entre les Juifs mais aussi d’entre ceux qui étaient loin, c’est-à-dire des nations. Le Seigneur a annoncé la bonne nouvelle de la paix à ceux qui étaient près mais aussi à ceux qui étaient loin (Éph. 2. 13 à 18).

v. 40 : Ici c’est le principe de la séparation qui est posé, séparation qui est fondée sur une œuvre réelle et morale. Les croyants doivent être séparés d’un monde sur lequel vont fondre les jugements. C’est en l’an 70 que Jérusalem a été prise par Titus et dévastée ; ceux qui acceptaient l’évangile étaient sauvés et retirés de ce milieu, appelés à sortir de cette génération perverse sur laquelle un terrible jugement allait s’abattre. Il y a donc une séparation morale qui doit être réalisée par les croyants. C’est ce même principe qui doit être observé par nous aujourd’hui, la séparation d’un monde sur lequel le jugement va être exécuté.

v. 41 : le mot traduit par « reçurent » signifie : reçurent entièrement, pleinement. Ils reçurent la Parole avec foi. Ils quittaient le système juif et entraient dans le domaine de la chrétienté. On voit quelle était la puissance de l’Esprit dans ces premiers jours de l’Église. Une prédication de l’apôtre Pierre par la puissance du Saint Esprit, et en un seul jour trois mille âmes sont ajoutées. On a pu dire qu’en ces jours-là, par une seule prédication trois mille âmes étaient ajoutées, et qu’aujourd’hui, il pourrait bien se faire qu’il y ait trois mille prédications, et pas une seule âme ajoutée. L’assemblée dans les premiers jours de son histoire prenait un accroissement considérable. Il y a plusieurs passages des Actes qui nous parlent de cet accroissement : Actes 2. 41 ; 9. 31. Qu’est-ce qui produit l’accroissement de l’assemblée ? En Actes 2, c’est la Parole de Dieu, en Actes 9, c’est l’état des assemblées : la puissance du Saint Esprit dans l’assemblée se déployait et l’état de l’assemblée était tel que des âmes étaient ajoutées. Les deux choses sont utiles, bonnes à leur place. Dans l’un et l’autre cas, c’est la puissance du Saint Esprit qui agit.

Remarque : Trois mille âmes, le nombre parait important mais il est insignifiant par rapport au peuple juif et aux milliers de païens. Qui aurait dit que là était la vérité ? C’était le grain de moutarde qui allait devenir un grand arbre.

Avec le verset 42, nous abordons le dernier paragraphe du chapitre. Ces quelques versets sont pour nous très humiliants, quand nous considérons l’état de l’assemblée de Jérusalem et l’état des assemblées aujourd’hui – mais aussi très encourageants car les ressources de ces premiers croyants sont les mêmes pour nous maintenant, parfaites, complètes. Si nous y puisions plus largement, nous verrions les fruits de la grâce de Dieu, un témoignage plus vivant dans l’assemblée, qui est la colonne et le soutien de la vérité.

Avant d’entrer dans le détail, il y a deux caractères de ces premiers croyants qui pourraient être mis en relief : l’amour pour le Seigneur et l’amour pour les frères. L’amour pour le Seigneur c’est le premier amour dont il est parlé dans l’épître à l’assemblée d’Éphèse (Apoc. 2), illustré en Jérémie 2 par le « premier amour » d’Israël après la délivrance du pays d’Égypte : « Je me souviens de toi, de la grâce de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles… ». L’amour pour les frères, nous l’avons dans ces versets de la fin du ch. 2 des Actes. Le Seigneur voudrait à la fin de l’histoire de l’Église produire quelques traits de l’Église du commencement : l’amour pour le Seigneur et l’amour pour les frères sont deux traits du caractère philadelphien. Puissions-nous les manifester. Un détail qui nous montre que Philadelphie aime le Seigneur : « Tu as gardé ma Parole et tu n’as pas renié mon nom », Philadelphie ne parle pas de son amour pour le Seigneur mais le manifeste : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ». Elle ne dit même pas : « Je garde ta Parole », c’est le Seigneur qui le lui dit. Et Philadelphie signifie : amour des frères. Ce sont deux traits qui ont marqué l’Église au commencement et qui caractérisent le témoignage philadelphien. Ce sont des traits que le Seigneur a manifestés. Il aimait le Père. Il l’a montré dans Son obéissance : « Afin que le monde connaisse que j’aime le Père ; et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais » (Jean 14. 31). Il a aimé les Siens : « Jésus… ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jean 13. 1). « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie » (Jean 10. 17). Il est le bon Berger qui laisse Sa vie pour Ses brebis. C’est le modèle que nous sommes appelés à imiter. Nous verrons les croyants, tout au long de ce livre des Actes, manifester cet amour pour le Seigneur et cet amour pour les frères. Les chapitres 2, 4, 10, 11, 20, 21 et 28 nous montrent cet amour manifesté dans la pratique.

Et c’est parce que ces premiers croyants aimaient le Seigneur et aimaient les frères qu’ils ont pu réaliser ce qui est placé devant nous dans ce verset 42 : quatre choses. La doctrine, c’est-à-dire l’enseignement des apôtres. Ils ne recevaient pas d’autre enseignement que celui des apôtres. C’est celui que nous avons entre les mains (les Actes, les épîtres) dans lequel nous sommes appelés à persévérer. Les écrits de l’Ancien Testament ont aussi été donnés par inspiration : « de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint » (2 Pier. 1. 21). Que tous les croyants se gardent de tant d’enseignements propagés dans la chrétienté et qui sont tout autre chose que « la doctrine des apôtres ». On dit qu’il faut de nos jours présenter les choses avec plus de simplicité, mais en fait cette « présentation » moderne de l’évangile est un mélange des pensées de Dieu et des pensées de l’homme et tout ce qui est mélange est à rejeter. La jeunesse est en grand danger à cet égard. On voit circuler bien des feuilles qui veulent adapter le christianisme et croient le mettre à la portée de tous en employant un langage vulgaire et même trivial. C’est une profanation des choses saintes. Sous prétexte de simplicité, on profane les choses de Dieu, et par extension ce que Dieu a donné, ce qui a sa source en Dieu. Nous avons besoin de manifester cette « simplicité quant au Christ » à laquelle nous sommes exhortés (2 Cor. 11. 3) ; cela n’implique pas que nous ayons à employer un langage profane pour parler des choses de Dieu. Nous y trouverons ce qui est à notre portée, ce dont nous avons besoin. Persévérons dans la doctrine des apôtres et dans la communion des apôtres, c’est-à-dire dans cette même part que nous avons avec eux. 1 Jean 1. 1 à 4 : les apôtres ont « entendu » le Seigneur, ils l’ont « vu », ils l’ont « contemplé » et « touché » ; ils L’ont annoncé, Lui et ce qu’ils avaient reçu de Lui ; ils nous l’ont annoncé pour que nous ayons la même part avec eux, et ensemble avec le Père et avec le Fils (v. 1 à 3). Le Fils nous introduit dans la même relation que Lui avec le Père, dans la même position que Lui devant Dieu. Nous avons communion avec le Père qui trouve Ses délices dans le Fils. Nous pouvons goûter cette communion les uns avec les autres parce que nous avons communion avec le Père et avec le Fils. « Ils persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres dans la fraction du pain et les prières » : ils se souvenaient du Seigneur, de Ses souffrances et de Sa mort. Nous avons insisté sur la place de la prière dans la vie de ces premiers croyants. Ces ressources sont encore à notre disposition. Puissions-nous persévérer dans ces choses comme les premiers croyants l’ont fait !

Nous avons vu l’effet produit dans le cœur et la conscience des Juifs par le discours de l’apôtre Pierre, discours qui est un modèle d’évangélisation : Pierre parle successivement de la culpabilité du peuple, de la nécessité de la repentance, et présente la Personne de Christ comme Seigneur et Sauveur. Ce discours se termine par une flèche qui devait atteindre les Juifs. Aussi les auditeurs de l’apôtre, le cœur rempli de douleur, demandent à Pierre : « Que ferons-nous, frères ? » Et Pierre leur dit : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ en rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit ». Nous nous sommes arrêtés sur cette réponse de Pierre. Il ne peut y avoir de salut sans repentance, et cela est vrai dans toutes les économies. Il faut reconnaître son état de péché, se dire d’accord avec Dieu sur ce qu’Il pense de l’homme et confesser ses péchés. S’il y avait quelqu’un ici qui ne connaisse pas le salut, nous voulons lui dire avec l’apôtre Pierre : Repentez-vous.

Il fallait sortir de ce milieu coupable et pénétrer dans ce qui désormais constituait la Maison de Dieu sur la terre, la maison de Dieu dans laquelle on ne peut entrer que par le baptême. Le baptême est la porte d’entrée dans la maison.

Le Saint Esprit vient alors habiter en eux. La maison de Dieu sur la terre était formée de tous les croyants, il y avait alors identité entre la maison de Dieu et le corps de Christ. Dans cette maison de Dieu sur la terre, il n’y a pas de distinction entre Juifs et nations.

« Cette génération perverse » (v. 40), c’était l’ensemble du peuple incrédule sur lequel allait peser le jugement de Dieu.

Cette prédication de l’apôtre Pierre avait donc touché la conscience de trois mille âmes qui sortent du judaïsme pour entrer dans le christianisme.

Le dernier paragraphe du chapitre 2 nous présente un ensemble de caractères tout à fait remarquable, réconfortant, rafraîchissant. En lisant ces versets, nous sommes humiliés en voyant que nous ne savons pas manifester de semblables caractères. Si nous savions puiser aux ressources qui sont à notre disposition, nous reproduirions les caractères de l’assemblée qui était à Jérusalem.

Le premier caractère manifesté par ces croyants est la persévérance. Il faut une énergie particulière pour persévérer dans le bon chemin. Si nous avons fait quelques pas avec le Seigneur, l’ennemi essaie bien vite de nous arrêter dans ce chemin. Il faut l’énergie que donne la foi pour persévérer dans « la doctrine et la communion des apôtres ». La doctrine des apôtres, c’était l’enseignement que les apôtres avaient donné oralement. Maintenant, nous avons cet enseignement écrit, non seulement dans les Actes, mais aussi dans les épîtres. L’apôtre Paul écrit à Timothée : « Je t’écris ces choses… afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu ». Gardons-nous de tout enseignement qui ne serait pas conforme à cette doctrine. Quand l’apôtre Paul est venu à Bérée, les croyants de cette ville examinaient les Écritures pour voir si les choses que Paul disait étaient bien ainsi. Nous avons besoin d’examiner si les choses qui nous sont enseignées sont conformes à l’Écriture. C’est là l’enseignement que Dieu veut nous donner par le Saint Esprit. Ce que l’Esprit dit aux assemblées aujourd’hui, c’est la communication vivante de la doctrine des apôtres. Dieu veuille qu’elle soit reçue, vécue, mise en pratique.

L’apôtre Paul pouvait exhorter Timothée, dans sa deuxième épître, à demeurer dans les choses qu’il avait apprises, à se remettre ces choses en mémoire. À l’origine de la vie chrétienne sur la terre, il y a la persévérance « dans la doctrine des apôtres », et dans les jours de ruine dont nous parle cette deuxième épître à Timothée, il faut revenir à la même chose et l’apôtre dit cela à Timothée qui, lui, avait pleinement compris « sa doctrine ».

Timothée avait pleinement compris ces choses (ch. 3. 10) : « tu as pleinement compris ma doctrine, ma conduite, mon but constant, ma foi, mon support, mon amour, ma patience, mes persécutions, mes souffrances » et il était exhorté à y demeurer : « mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les apprises et que, dès l’enfance, tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus ». Cela nous montre combien il est important pour des parents chrétiens d’enseigner leurs enfants dans les vérités de la Parole de Dieu.

Quand des assises solides sont données au départ, on peut être certain que, pour la vie entière de l’enfant, il en restera quelque chose. Dans la première épître, l’apôtre Paul disait à Timothée : « Occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier ». Avoir, non pas un cœur partagé, avec un peu des choses de Dieu et beaucoup des choses du monde, traverser ce monde sans y mettre son cœur, comme un étranger, et mettre son cœur tout entier aux choses de Dieu, c’est ce que nous devrions réaliser.

Nous voyons un effort attristant dans la chrétienté pour essayer de « moderniser » l’évangile. Tout ce que l’homme peut ajouter à la Parole de Dieu aboutit à un mélange des pensées de Dieu et des pensées de l’homme, et tout ce qui est mélange est à rejeter. Il nous faut la Parole, et la Parole seule.

Les premiers croyants persévéraient aussi dans « la communion des apôtres ». Nous avons rappelé 1 Jean 1. 1 à 4. Qu’est-ce que les apôtres avaient vu, avaient entendu ? Ils avaient vu Christ. La vie éternelle nous a été apportée en Christ. Et c’est ainsi que nous avons communion avec les apôtres. Dans ce premier chapitre de la première épître de Jean, l’apôtre nous dit ensuite quelle est la nature de ce Dieu qui nous a donné la vie éternelle et avec qui nous avons communion : c’est le Dieu qui est lumière. On ne peut avoir communion avec Lui qu’en marchant dans la lumière. « Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité ; mais si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière, nous avons communion les uns avec les autres et le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché ».

L’apôtre nous dit ensuite comment nous pouvons retrouver la communion quand nous l’avons perdue. C’est par la confession de nos péchés : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité ». Que ces choses sont importantes, connaître la doctrine, persévérer dans la communion des apôtres, marcher dans la lumière !

Ils persévéraient aussi dans la fraction du pain. Il s’agit de la cène bien sûr. Le Seigneur a institué la cène la nuit qu’Il fut livré. Nous connaissons l’importance de ce mémorial que le Seigneur nous a laissé, le sang séparé du corps qui nous parle de la mort dans laquelle Il est entré, et de laquelle Il est sorti victorieux pour nous en délivrer à jamais. Il a dit à Ses disciples : « Faites ceci en mémoire de moi ». Cette parole s’adresse au cœur de tous Ses rachetés. Il désire que nous nous souvenions de Lui en participant à ce mémorial. Lorsque le Seigneur a institué la cène, Il n’a pas fait connaître aux disciples les vérités concernant la table du Seigneur.

C’est à l’apôtre Paul qu’elles ont été révélées, et il les a exposées en 1 Cor. 10. 14 à 22. Les disciples ne savaient pas non plus que « chaque fois que nous mangeons le pain et que nous buvons la coupe, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Mais ces premiers croyants se souvenaient de Lui. Sa personne était chère et précieuse à leur cœur. Y aurait-il un croyant, sauvé par l’œuvre de Christ, qui resterait insensible à cette parole du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi ? » Il arrive parfois que des croyants, sains dans la doctrine et d’une marche irréprochable, ne participent pas à la fraction du pain. Quelle perte pour eux et quelle peine pour le cœur du Seigneur ! Le Seigneur pourra leur dire : Tu n’as pas voulu te souvenir de moi et répondre à mon invitation. Quelle douleur ce sera pour le racheté qui entendra une telle parole !

Sauf dans le cas de fausse doctrine ou de marche morale qui ne convient pas, ou encore d’association avec ceux qui professent une fausse doctrine ou bien tolèrent le péché, la place du croyant est à la table du Seigneur. Imitons ces premiers croyants qui persévéraient dans la fraction du pain. Aujourd’hui, nous sommes réunis comme membres du corps de Christ. Il n’y a pas d’autre base de rassemblement que le terrain de l’unité du corps de Christ. Nous voyons dans le seul pain qui est sur la table tous les croyants, dans quelque dénomination qu’ils soient. « Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain ». Nous connaissons beaucoup plus de vérités que ces premiers croyants n’en avaient. Nous sommes donc plus responsables qu’eux. Puissions-nous persévérer dans la fraction du pain à Sa table ! C’est un privilège qui nous est accordé.

Et puis, ils persévéraient dans les prières. Si heureux que fût leur état, ils sentaient combien ils avaient besoin du secours du Seigneur et combien ils devaient dépendre de Lui dans leurs circonstances, et pour être gardés fidèles dans le témoignage qu’ils avaient à rendre. La prière, c’est la première chose qui a occupé les disciples dans la chambre haute.

Au ch. 6. 4 il est dit : « Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole ».

La prière d’abord. Comme les croyants réalisaient l’importance de la prière ! Les exhortations à prier sont multiples dans les Écritures : « Veillez et priez », « veillez pour prier », et en Colossiens 4 : « Persévérez dans la prière, veillant en elle avec des actions de grâces », c’est-à-dire : ne pas nous laisser entraîner par des habitudes, par une certaine routine, mais que ce soit le Saint Esprit qui agisse, qui opère, pour que celui qui prie dans l’assemblée soit conduit par le Saint Esprit et soit l’organe de l’assemblée, pour que les prières exprimées correspondent à des besoins sentis, fruits d’un exercice avec le Seigneur.

« Et toute âme avait de la crainte » : Comme il est important de le souligner et comme il est à désirer que, dans les jours actuels, nous soyons caractérisés par cette crainte, non pas la peur – « l’amour parfait chasse la crainte » – mais la crainte de désobéir à Dieu, la crainte de faire quelque chose qui ne corresponde pas à la pensée de Dieu. Citons quelques versets de l’Ancien Testament, dans les Proverbes et dans les Psaumes.

Proverbes 8. 13 : « La crainte de l’Éternel, c’est de haïr le mal ». Est-ce que nous avons cette crainte de Dieu, cette sainte horreur du mal, aussi bien du mal moral que du mal doctrinal ? Nous serions plus facilement indignés par un mal moral que par un mal doctrinal, et pourtant ce dernier porte atteinte à la gloire de Christ.

Proverbes 9. 10 : « La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse ». La crainte de Dieu est nécessaire pour être rempli de la sagesse de Dieu dont nous avons besoin dans toutes nos voies, aussi bien individuellement que dans l’assemblée.

Proverbes 1. 7 : « La crainte de l’Éternel est le commencement de la connaissance » : si nous voulons croître dans la connaissance du Seigneur, faire des progrès, il faut la crainte du Seigneur.

Psaume 25. 14 : « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » : Il fait connaître Ses pensées à ceux qui Le craignent.

Psaume 112. 1 : « Bienheureux l’homme qui craint l’Éternel » : voilà le secret du bonheur.

Psaumes 128. 1 : « Bienheureux quiconque craint l’Éternel, et marche dans ses voies ! »

Psaume 145. 19 : « Il accomplit le souhait de ceux qui le craignent » : quelle promesse !

Psaume 147. 11 : « Le plaisir de l’Éternel est en ceux qui le craignent » : quel motif pour un croyant de réaliser la crainte du Seigneur ! C’est en ceux qui le craignent qu’il trouve Son plaisir. Nous ne pouvons être agréables au Seigneur qu’en ayant cette crainte.

Ecclésiaste 7. 18 : « Qui craint Dieu sort de tout » ; 8. 12 : « Tout ira bien pour ceux qui craignent Dieu, parce qu’ils craignent sa face » : quelles promesses !

Nous pourrions citer encore de multiples versets en rapport avec la crainte. Un dernier, en Malachie 3. 16 : « Alors ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu, et un livre de souvenir a été écrit devant lui pour ceux qui craignent l’Éternel et pour ceux qui pensent à son nom » : ce qui a caractérisé un résidu fidèle à la veille de la première venue du Seigneur. Aujourd’hui, puissions-nous faire partie du résidu fidèle, à la veille de la deuxième venue du Seigneur ; pour cela, manifestons-en les caractères. Le Seigneur « enregistre » la fidélité de ceux qui Le craignent et qui pensent à Son nom.

« Toute âme avait de la crainte ». Si cela pouvait être dit de nous aujourd’hui !

v. 43. Il y avait un déploiement de puissance spirituelle, non pas pour l’édification, mais pour la confirmation de la Parole, pour qu’un témoignage puissant soit donné au-dehors. Lisons les premiers versets d’Hébreux 2 : « C’est pourquoi nous devons porter une plus grande attention aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne nous écartions. Car si la parole prononcée par les anges (la loi) a été ferme, et si toute transgression et désobéissance a reçu une juste rétribution, comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut, qui, ayant commencé par être annoncé par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’avaient entendu, Dieu rendant témoignage avec eux par des signes et des prodiges, et par divers miracles et distributions de l’Esprit Saint, selon sa propre volonté ».

Les choses que nous avons entendues, c’est ce que Dieu nous a révélé en Christ. « S’écarter », ici, c’est aller à la dérive. Un grand salut a été accompli à la croix. Le Seigneur est vu ici comme Apôtre, présentant la Parole, les apôtres envoyés par Lui n’ayant eu, en fait, qu’à confirmer Ses paroles, Dieu lui-même confirmant leur témoignage par des dons miraculeux (c’est pourquoi l’auteur de l’épître aux Hébreux n’est pas mentionné). Voilà ce que Dieu a opéré dans les premiers jours de l’histoire de l’Église : divers prodiges et miracles.

Il y avait donc un témoignage puissant rendu par cette assemblée à Jérusalem. Ces versets nous présentent le déploiement de puissance manifesté au dehors. Si, dans une assemblée il y a de la persévérance dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières, le Seigneur bénira le témoignage. Il saura amener les âmes Lui-même.

À ce témoignage s’en ajoute un autre : v. 44. Voilà l’affection fraternelle liée à l’amour selon l’enseignement de 2 Pierre 1. 7. Ces premiers croyants ont été les disciples de Christ, Celui qui a aimé Son Père et qui a aimé les Siens (et Il l’a montré par Son obéissance), Celui qui pouvait dire, manifestant son amour pour Son Père : « Afin que le monde connaisse que j’aime le Père ; et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais ». Il a aussi aimé les Siens. Les croyants du début de l’Église ont manifesté ces deux caractères : amour pour le Seigneur – amour des frères (Jean 14. 31 ; 13. 1).

À la fin de l’histoire de l’Église, le Seigneur voudrait que nous reproduisions deux des caractères de Philadelphie : l’amour pour le Seigneur et l’amour des frères. Philadelphie (qui signifie : amour des frères) a montré par des actes – car c’est là la chose importante – son amour pour le Seigneur et elle ne dit même pas qu’elle a gardé la Parole, c’est le Seigneur qui lui dit : « Tu as gardé ma Parole ». On est frappé d’entendre dire par certains chrétiens : Ma conduite n’est pas tout à fait ce qu’elle devrait être, elle n’est pas tout à fait selon l’enseignement de la Parole, mais je fais de mon mieux, je ne puis pas plus. Et ce qu’il y a, c’est que j’aime le Seigneur ». Cela ne peut venir que d’une source mauvaise. Qu’un croyant se garde de dire qu’il aime le Seigneur s’il n’obéit pas à Sa parole. Il fait Dieu menteur. Il suffit de lire deux passages pour en être convaincu : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14. 23), « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements » (1 Jean 5. 2). Que de circonstances dans lesquelles, dans nos rapports avec nos frères, nous n’agissons pas selon la Parole. C’est le contraire de l’amour si, à des manifestations extérieures d’affection se rattache une désobéissance à la Parole. L’amour est inséparable de la vérité (1 Jean 3. 18 ; 3 Jean 1).

Lisons ces versets de la première épître de Jean : « Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous ; et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères. Mais celui qui a les biens de ce monde, et qui voit son frère dans le besoin, et qui lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jean 3. 16 et 17). Il y a deux choses dans ces deux versets : premièrement il faut faire part de nos biens à ceux de nos frères qui peuvent se trouver dans le besoin, deuxièmement aller jusqu’à laisser notre vie pour les frères s’il le fallait. Comment ces choses doivent-elles être accomplies ? 1 Corinthiens 13. 3 nous le dit : « Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien ». Ces deux actes ne peuvent être accomplis que comme fruits de l’amour, d’un amour vrai dont il nous est dit un peu plus loin qu’il « se réjouit avec la vérité ».

Manifester la grâce et l’amour sans la vérité ne peut qu’endurcir la conscience. Par exemple, avoir des relations avec une personne exclue de la communion, c’est désobéir à la Parole ; on ne peut pas dire alors qu’on aime le Seigneur et qu’on aime celui avec qui on entretient des relations puisqu’on désobéit à Sa Parole ; 1 Jean 5. 2 nous interdit de l’affirmer. L’amour pour le Seigneur et l’amour pour les frères se manifestent dans l’obéissance à la Parole, à la vérité. « Ta parole est la vérité » (Jean 17. 17). L’amour sans la vérité n’est qu’une contrefaçon de l’amour. « L’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné », et non a été versé. C’est au présent. C’est un présent continu. L’Esprit de vérité ne peut verser dans nos cœurs qu’un amour lié à la vérité. Ces premiers croyants manifestaient un amour lié à la vérité et à l’affection fraternelle selon 2 Pierre 1. 7.

v. 44 et 45 : « Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes ; et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous selon que quelqu’un pouvait en avoir besoin ». C’est remarquable de voir jusqu’où allait cet amour lié à la vérité. Aujourd’hui, vouloir imiter ces croyants ne pourrait être fait que s’il y avait la même foi vivante et opérante qui était en eux avec toute la puissance du Saint Esprit. Il y a sans doute aujourd’hui des croyants inconnus, mais bien connus de Dieu, qui se dépouillent pour subvenir aux besoins d’autres croyants, mais nous avons connu par contre des personnes qui avaient voulu imiter en cela ces premiers croyants, cette expérience s’est terminée par une catastrophe retentissante. La foi peut être imitée mais il faut pour cela une foi personnelle et agissante par la grâce de Dieu avec toute la puissance du Saint Esprit.

Et nous verrons en continuant ce livre des Actes, que c’est à l’occasion de quelque chose de semblable que le mal est entré dans l’assemblée pour la première fois : Ananias et Sapphira avaient voulu imiter les autres mais ils n’étaient pas en état de le faire et le chapitre 5 nous dit le jugement terrible qui est tombé sur eux.

« Tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple » : cette pensée de la persévérance et du commun accord est à nouveau soulignée. On a demandé pourquoi « dans le temple ». Le passage du terrain juif au terrain chrétien s’est fait graduellement. On voit aussi, au début de l’histoire de l’Église sur la terre, ces premiers croyants aller dans les synagogues. Synagogue signifie assemblée ou réunion, église. Les synagogues ont commencé à se constituer après la destruction du temple. Elles ont continué après le temple de Zorobabel et aussi après le temple d’Hérode. Dans chaque ville il y avait au moins une synagogue et dans les grandes villes, il y en avait un assez grand nombre. À Jérusalem, on assure qu’il y en avait plus de quatre cents. On y célébrait un culte sans sacrifices ; on s’y réunissait pour la prière, pour la lecture de la loi ; Moïse était lu dans les synagogues (Act. 13. 15 ; 15. 21). On se réunissait dans les synagogues les jours de sabbat et les jours de fête (Act. 17. 1 et 2).

Le passage du terrain juif au terrain chrétien s’est fait très graduellement et ce n’est qu’au chapitre 19 que l’apôtre Paul entre dans la synagogue pour la dernière fois et qu’il « sépare les disciples » (v. 9). Au chapitre 21, nous voyons encore une fois l’apôtre entrer dans le temple (v. 26) mais il a fait un faux-pas, entraîné par les anciens (v. 18 à 25). Il fallait cette séparation d’avec la synagogue et le temple pour que les vérités de l’assemblée puissent être proposées et maintenues. Il n’est pas possible de maintenir les vérités de l’assemblée telles que la Parole nous les présente, en se rattachant à un milieu religieux quel qu’il soit. Il faut aussi veiller pour que l’esprit de ces systèmes religieux ne pénètre pas dans l’assemblée. Les croyants de Corinthe laissaient agir l’homme dans la chair, avec en particulier ses goûts de luxe et la dissolution morale. À Colosses, c’était non pas le culte du vieil homme, mais de l’homme religieux avec tout ce que la philosophie chrétienne peut apporter pour détruire le témoignage. Chez les Hébreux, il y avait l’attachement à un système d’origine divine auquel ils étaient tentés de revenir. Tout ce qui avait été présenté sous la loi n’était qu’un ensemble de figures préfigurant Christ. Christ venu, tout cela tombait. Il n’était pas question de le réédifier.

v. 46. « Louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple » : voilà un témoignage puissant qui était rendu au milieu de tout le peuple. Du Seigneur, le Témoin fidèle et véritable, il est dit : « Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (Luc 2. 52).

Le dernier verset nous montre que « le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés ». Le Seigneur Lui-même les ajoutait. Celui qui est sauvé n’est pas libre de se rassembler où il lui plaît. Il doit se réunir avec ceux qui réalisent ce qu’est l’Assemblée de Dieu sur la terre. Un croyant, sauvé par l’œuvre de Christ, membre du corps de Christ, ne peut se réunir qu’avec ceux qui sont les membres de Son corps, autour de Lui. « Celui qui ne rassemble pas avec moi, disperse » (Luc 11. 23). Tous ceux qui ne rassemblent pas autour de Christ, à Sa Table, dispersent : ils empêchent par là-même les croyants de se réunir comme membres du corps de Christ à la Table du Seigneur.

– Pourquoi est-il dit : « ceux qui devaient être sauvés » et non ceux qui étaient sauvés ?

– Il est fait allusion là au jugement qui allait s’abattre sur le peuple Juif, qui en l’an 70, allait aboutir à la destruction de Jérusalem et du temple. Ils devaient être sauvés de ce jugement pour un salut éternel. Ils étaient sauvés de ce jugement et ajoutés à l’Assemblée. Ils faisaient partie du corps de Christ. Ne disons pas qu’ils devenaient membres d’une assemblée, expression qu’on ne trouve nulle part dans l’Écriture.

On ne peut pas déduire de ce verset qu’il ne sert à rien de se tourner vers Dieu si l’on ne fait pas partie de ceux qui doivent être sauvés.

C’est le sujet de la prédestination. Certains diront : ce n’est pas la peine que je fasse un effort pour croire, puisqu’il n’y a que ceux qui doivent être sauvés qui seront sauvés. D’autres diront : je peux faire ce qui me plaît ; si je dois être sauvé, je le serai quand même. Il n’y a que l’ennemi qui puisse introduire de tels raisonnements dans le cœur. Le Seigneur dit : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi » (Jean 6. 37). On a comparé le ciel à une maison sur la porte de laquelle est écrite, à l’extérieur, la phrase suivante : Ici peuvent entrer tous ceux qui sont lavés dans le sang de Christ. Et de l’autre côté de la porte, en se retournant, on peut lire : Ne se trouvent ici que ceux qui étaient élus en Christ avant la fondation du monde.

Nous avons le passage de Romains 9. 19 à 23 : Dieu a « préparé d’avance pour la gloire » les vases de miséricorde mais il n’est pas dit qu’Il a « préparé d’avance » les vases de colère pour la destruction. De la même manière en Matthieu 25. 41 le feu éternel est « préparé pour le diable et ses anges » et non pas pour les incrédules ; ce sont eux qui se laissent entraîner dans ce lieu par le diable. La parole est assez précise et assez claire de telle sorte que nul ne pourra dire : Je suis venu à Jésus, j’ai accepté l’évangile et j’ai été repoussé. Ce n’est pas possible. Prenons garde à tous les raisonnements que l’ennemi veut mettre dans le cœur des hommes pour les entraîner dans le feu éternel qui est préparé pour lui et ses anges.

Citons encore, d’autres passages : « … Notre Dieu Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité ». Tel est le désir du cœur de Dieu, sa volonté d’amour ; de son côté, il n’y a aucun obstacle, c’est l’homme qui s’oppose : « et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie a dit Jésus » (Jean 5. 40). La grâce de Dieu est pour tous, sans aucune exception, elle est en faveur de « quiconque croit » (Jean 3. 14 à 16, 36) et Jean 3. 18 nous donne le motif de la condamnation : « celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu », et non pas parce qu’il n’a pas été élu !

Ch. 3

Nous nous sommes occupés du dernier paragraphe du chapitre 2, dans lequel nous avons vu les effets moraux de la présence du Saint Esprit dans le croyant et dans l’assemblée. Si, aujourd’hui, nous constatons, dans la marche individuelle et dans la marche collective, bien des défaillances, demandons-nous pourquoi l’action du Saint Esprit se trouve ainsi entravée en chacun et dans l’assemblée.

Nous avons les mêmes ressources que les croyants du commencement : le Saint Esprit, la Parole et la prière. Du côté de Dieu, rien ne manque, et rien ne manquera jusqu’à la fin. Si nous ne manifestons pas les caractères de ces premiers croyants, c’est parce que nous ne savons pas puiser à ces ressources. Que le Seigneur nous exerce afin que nous ayons conscience de notre état et que nous regardions à Lui, de telle façon que notre vie individuelle et notre vie d’assemblée soient à Sa gloire !

« Ils persévéraient dans la doctrine des apôtres… ». Toute Écriture est inspirée ; mais il s’agit ici tout spécialement de ce qui avait été donné par le moyen des apôtres. Ces premiers croyants avaient reçu un enseignement de la part des apôtres qui avaient exercé auprès d’eux un ministère oral, et ils mettaient cet enseignement en pratique.

Ils persévéraient, non seulement dans la doctrine, mais aussi dans la communion des apôtres (1 Jean 1). Nous avons la même part que les apôtres, nous pouvons ainsi réaliser la communion avec eux, avec le « Père et avec son Fils Jésus Christ », avec le Dieu qui est lumière (1 Jean 1. 1 à 5).

Ils persévéraient aussi dans la fraction du pain. La fraction du pain était, pour ces premiers croyants, le souvenir de la mort du Seigneur – la cène du Seigneur, les vérités concernant la table du Seigneur n’ayant pas encore été révélées. La cène du Seigneur et la table du Seigneur sont intimement liées l’une à l’autre, mais distinctes l’une de l’autre. Une erreur doctrinale est propagée, qu’on cherche à faire pénétrer dans l’assemblée : d’après cette fausse doctrine, la cène du Seigneur et la Table du Seigneur seraient une seule et même chose et l’on voudrait qu’il en soit ainsi pour s’autoriser à prendre la cène partout où elle est célébrée, puisque l’on dit que la table du Seigneur s’y trouve. Or, la cène est le souvenir, tandis que la table nous parle de communion, de la solidarité des membres du corps et de la solidarité des assemblées réunies sur le terrain de l’unité du corps. La Parole de Dieu nous présente en tout premier lieu la vérité de la table du Seigneur, ensuite la cène – sans doute pour souligner que la cène du Seigneur ne peut être prise qu’à la table du Seigneur. Toute table qui n’est pas dressée selon les enseignements de la Parole n’est pas la table du Seigneur mais une table de l’homme. Le croyant est responsable de discerner le caractère de la table autour de laquelle il se réunit avec d’autres croyants ; il n’y a qu’une table du Seigneur, il ne peut y en avoir plusieurs car le Christ ne saurait être divisé.

Nous avons insisté aussi à nouveau sur la persévérance dans la prière.

Toute âme avait de la crainte. Nous avons rappelé, parmi beaucoup d’autres, plusieurs passages sur la crainte. Réaliser la crainte de Dieu est pour le plaisir de Dieu (Ps. 147. 11).

Les miracles qui étaient accomplis l’étaient en vue du témoignage rendu au-dehors, pour confirmer la Parole par une manifestation de puissance.

Les premiers croyants étaient « un cœur et une âme » et ils manifestaient ces deux caractères : l’amour pour le Seigneur et l’amour pour les frères, deux caractères qui sont parmi ceux du témoignage philadelphien. Cet amour doit être, non pas un amour « de parole ou de langue », mais « en action et en vérité » (1 Jean 3. 18). C’est en gardant la Parole que nous prouvons notre amour pour le Seigneur (Jean 14. 21 à 23) et pour les frères (1 Jean 5. 2).

Nous avons parlé du temple, de la synagogue. La séparation d’avec le système juif ne s’est faite que graduellement. Nous ne voyons pas que les premiers croyants aient rompu le pain dans les synagogues ou dans le temple, mais « dans leurs maisons ».

« Ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur » : ce verset concerne la nourriture matérielle, mais ne pensons pas qu’il se limite à cela. Il s’applique aussi à la nourriture spirituelle. Gardons-nous de tout ce que l’intelligence humaine vient nous offrir et que l’on est parfois tenté d’accepter, ou en tout cas d’examiner, sous prétexte qu’il est question des choses de Dieu ! Tout ce qui a trait à la philosophie, qu’elle soit chrétienne ou non, ne peut être pris en « simplicité de cœur ». Nous avons besoin de veiller afin de ne pas être « détournés de la simplicité quant au Christ » (2 Cor. 11. 3).

« Ayant la faveur de tout le peuple » : le témoignage qu’ils rendaient leur permettait d’avoir la considération accordée à des croyants fidèles. Un témoignage fidèle peut entraîner la persécution, comme le dit l’apôtre Paul à Timothée (2 Tim. 3. 1), mais aussi l’estime et la considération de tout l’entourage. Le Seigneur Lui-même « avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (Luc 2. 52).

Sur cette assemblée naissante, le Seigneur pouvait mettre le sceau de Sa bénédiction : « le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés ». L’assemblée est « la colonne et le soutien de la vérité ». Elle est appelée à présenter le Seigneur qui est la vérité, la Parole qui est la vérité ; Dieu habite en elle par Son Esprit qui est la vérité (Jean 14. 6 ; 17. 17 ; 1 Jean 5. 6). Des âmes peuvent être amenées par le Seigneur Lui-même, si l’assemblée rend un témoignage fidèle ; l’assemblée manifeste Qui est le centre d’attraction : Christ, aux âmes. L’évangélisation n’est pas le seul service qui ait sa place dans l’assemblée. L’édification est, dans l’assemblée, chose primordiale. Dans les chapitres 12 et 14 de la première épître aux Corinthiens, le but essentiel qui nous est présenté pour toute action à exercer, c’est l’utilité, l’édification de l’assemblée.

Si l’assemblée réalise un témoignage dans la fidélité, dans la crainte de Dieu, le Seigneur ajoutera des âmes. Dans ces premiers jours, les âmes n’avaient pas à chercher où se réunir. Aujourd’hui, malgré les divisions survenues dans la chrétienté, une âme convertie ne devrait pas avoir à chercher beaucoup : sa place est dans le rassemblement autour du Seigneur sur la base de l’unité du corps de Christ, chaque croyant étant là comme membre du corps. Un croyant, sain dans la doctrine, pur dans sa marche et n’ayant aucune association avec une personne ou un groupement qui professe une mauvaise doctrine, un tel croyant a sa place à la table du Seigneur.

Fin du v. 47 : À propos de l’élection, on a dit que cette question était un secret de famille ; il est pour les croyants, pour la famille de Dieu.

Au chapitre 3, il est question de l’activité de deux apôtres : Pierre et Jean, que nous trouvons souvent ensemble dans leur activité apostolique. Ici, nous les voyons monter au temple à l’heure de la prière, qui était la neuvième ; nous trouvons aussi cette indication au ch. 10. 30 : « Corneille dit : Il y a quatre jours que j’étais en jeune jusqu’à cette heure-ci et à la neuvième heure, je priais dans ma maison ». La neuvième heure est celle qui a marqué la fin des trois heures de l’expiation. Désormais le plein accès à Dieu est ouvert, le croyant entre dans Sa présence et peut s’adresser à Lui par la prière (ce qui ne veut pas dire que ce soit la seule heure de la journée à laquelle on puisse prier ; il y a dans le terme « neuvième » un côté symbolique).

Corneille priait chez lui ; étant un Gentil, il n’avait pas accès dans le temple. II priait quand même à la neuvième heure. Les Juifs avaient trois heures destinées à la prière : la troisième (qui était celle du sacrifice du matin), la sixième, et la neuvième (heure où était offert le sacrifice du soir). Cette coutume était établie depuis longtemps : Daniel 6. 10 et même du temps de David, comme on peut le penser d’après le Ps. 55. 17.

Ce récit est une illustration. Cet homme boiteux est une figure de l’homme, d’une façon générale, de l’homme mis à l’épreuve par Dieu et qui s’est révélé incapable de se tourner vers Lui. Nous avons un détail le concernant au ch. 4. 22 : « l’homme en qui avait été faite cette miraculeuse guérison, avait plus de quarante ans ». Ce nombre 40 est tout à fait caractéristique ; il indique un temps d’épreuve complète. Cet homme avait manifesté son impuissance totale à marcher, comme l’homme s’est révélé incapable de marcher d’une manière qui plaise à Dieu – et même de marcher, puisque, moralement, il est « mort » (Éph. 2. 1). L’épreuve qui a été faite pendant 40 siècles l’a pleinement démontré.

« Boiteux dès le ventre de sa mère, lequel on mettait tous les jours à la porte du temple » : il était bien une figure de l’homme perdu, incapable de sortir de cet état, ayant été conçu dans le péché. 2 Samuel 5. 8 nous dit : « L’aveugle et le boiteux n’entreront pas dans la maison » et il a fallu (ch. 9) toute la grâce de David, type du Seigneur Jésus, pour que Mephibosheth puisse s’asseoir à la table du roi. L’aveugle est la figure de l’homme perdu dans les ténèbres, sous la domination de Satan qui est le prince des ténèbres. « Le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4. 4) ; le « boiteux », la figure de l’homme incapable de marcher selon la pensée de Dieu. Ici il s’agit d’un boiteux, d’un homme qui ne pouvait marcher d’une manière qui plaise à Dieu et qui même ne pouvait pas marcher du tout (il fallait le porter : v. 2), par conséquent d’un homme moralement « mort ». On était obligé de le porter, c’est dire son incapacité totale, mise en évidence.

Et en outre, il n’avait même pas conscience de son état. Il ne demande pas la guérison, il demande l’aumône. Quelle illustration de ce qu’est l’homme ! Il n’a pas conscience de son état de ruine irrémédiable ; tout ce qu’il demande, en fait, à Dieu, dans la généralité des cas, n’est qu’une aumône. Il ne dit pas : j’ai besoin d’un salut total, il demande l’aumône, l’amélioration de son état ou, plutôt, ce qui lui semble utile pour améliorer sa condition. La grâce de Dieu est merveilleuse : elle ne donne pas une aumône à l’homme pécheur, perdu, elle veut le guérir entièrement. Pierre et Jean font appel à la foi de cet homme ; il aurait pu dire : pourquoi vous regarder ? À quoi cela me servira-t-il ? Mais il fait ce qui lui a été dit, sans raisonner. Il « obéit ». Il y avait de la foi chez lui et il est sauvé « par la grâce, par la foi » (Éph. 2. 8). Nous sommes des témoins dans ce monde et les inconvertis « regardent » les croyants marcher. Que nous ne soyons pas pour eux des entraves, mais au contraire un moyen de les conduire au Seigneur : c’est alors que Pierre déclare à ce boiteux : « Je n’ai ni argent ni or », je ne peux pas te faire d’aumône, Dieu ne peut pas et ne veut pas te faire d’aumône. Mais Pierre possédait quelque chose de bien supérieur à ce que cet homme pouvait désirer : « mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ».

« Vous avez été rachetés… non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ », écrira Pierre dans sa première épître (1. 18 et 19). Que de passages des épîtres de Pierre font allusion à des scènes des Évangiles ou des Actes. Cette scène d’Actes 3. 1 à 11 nous reporte également à 1 Pierre 2. 9. Il est question en 1 Pierre 2 de deux sacrificatures « la sainte sacrificature » et la « sacrificature royale ». Nous avons la « sainte sacrificature » à la fin du chapitre 2 des Actes : ces croyants réalisaient le culte, la louange. Tandis que nous avons la « sacrificature royale » en 1 Pierre 2. 9 : vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière ; vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde ». Pierre, dans la circonstance relatée dans le chapitre 3 des Actes, exerce la « sacrificature royale ». Les rois peuvent dispenser généreusement les biens qu’ils possèdent. Nous avons des biens à dispenser, un message à annoncer, cela constitue l’exercice de la « sacrificature royale ». « Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche » lui dit l’apôtre. Cet homme est mis en contact avec la Parole de Dieu qui lui présente un Nom, une Personne, Celui qui a été méprisé, rejeté, mais qui a accompli l’œuvre de notre salut à la croix. Toute la puissance pour guérir entièrement, complètement, est en Lui et en Lui seul. C’est la puissance de ce Nom de Jésus qui permettait à cet homme de marcher. Ce Jésus de Nazareth, dans le nom duquel il y avait une telle puissance, c’était Celui que les Juifs avaient crucifié. Pierre va se servir de cette circonstance où a été manifestée la puissance du Nom de Jésus en délivrance pour adresser aux Juifs son troisième discours.

Ce v. 6 nous fait penser au début d’Ésaïe 55 : « Ho ! quiconque a soif, venez aux eaux, et vous qui n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez, oui, venez, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait ».

– Est-ce que le passage d’Ésaïe 35. 5 et 6 s’applique à ce verset : « Alors les yeux des aveugles s’ouvriront et les oreilles des sourds seront ouvertes. Alors le boiteux sautera comme le cerf, et la langue du muet chantera de joie ».

– Ésaïe 35 nous présente les bénédictions qui seront la part d’Israël pendant le règne. Satan sera lié et ne tiendra plus l’homme sous son emprise. Ce passage peut être à bon droit rapproché d’Actes 3. À la fin de ce chapitre 3, l’apôtre invite les Juifs à se repentir (v. 19) ; s’ils n’avaient pas repoussé le témoignage du Saint Esprit, le temps de bénédiction annoncé en Ésaïe 35 serait arrivé : l’apôtre parle en effet du « rétablissement de toutes choses » (v. 20 et 21). Cette bénédiction qui sera la part d’Israël restauré plus tard, était déjà celle de cet homme qui avait cru. Illustration remarquable de l’état d’Israël dans le cas de cet homme boiteux : si, comme lui, les Juifs avaient cru, accepté le témoignage du Saint Esprit, ils auraient goûté les bénédictions dont parle Ésaïe 35, comme lui pouvait déjà les goûter. Si le peuple juif avait accepté le témoignage du Saint Esprit au lieu de le rejeter, il aurait connu les bénédictions qu’a connues cet homme.

Cet homme a été sauvé par la foi, il a « regardé » les apôtres puis il a marché avec le secours des apôtres (v. 7). Parfois, quand l’évangile est annoncé, il faut aussi aider celui qui l’a accepté.

– Pourquoi est-il parlé de la « main droite ? »

– Il est souvent parlé du côté droit dans les Écritures. C’est le côté de la puissance, c’est le côté de la force. Nous trouvons aussi souvent l’expression : « ta droite ». C’est la puissance. Par exemple au Ps. 63. 8 nous lisons : « ta droite me soutient ».

– Est-ce que la demande de Pierre n’est pas liée à Matthieu 18. 18 ?

– En Matthieu 18, il s’agit essentiellement de l’autorité de l’assemblée. L’assemblée prend une décision au nom du Seigneur, décision qui est ratifiée dans le ciel. Si la décision n’est pas prise au nom du Seigneur, c’est une décision prise par des frères et elle n’a aucune valeur comme décision d’assemblée : elle n’en est pas une, elle n’est pas « ratifiée dans le ciel », « liée » ou « déliée ». Dans les paroles prononcées par Pierre (3. 6), il y a plutôt la « remise » des péchés, selon l’autorité, le pouvoir conféré par le Seigneur à Ses disciples en Jean 20. 23. Puis, au v. 7 il s’agit du secours qu’un serviteur peut apporter à une âme qui a une foi faible. Cela fait penser à ce père dont il est parlé en Marc 9. 22, qui avait une foi faible et qui dit à Jésus : « Si tu peux quelque chose, assiste-nous, étant ému de compassion envers nous. Et Jésus lui dit : Le « Si tu peux », c’est : Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit. Et aussitôt le père de l’enfant, s’écriant, dit avec larmes : je crois, viens en aide à mon incrédulité ». Cette dernière phrase contient une contradiction apparente. Il y avait de la foi chez cet homme mais tellement faible qu’il avait besoin du secours du Seigneur. « Aussitôt les chevilles de ses pieds devinrent fermes » : les apôtres sont en quelque sorte venus « en aide à son incrédulité ».

– Est-ce que le passage de Jean 14. 13 : « Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai » s’applique ici ?

– Les paroles de Jean 14 s’appliquent aux temps qui devaient suivre l’enlèvement du Seigneur, par conséquent elles peuvent s’appliquer ici.

Même chancelante, la foi reçoit une réponse de Dieu. Ici nous avons une foi tremblante et chancelante.

« Et faisant un saut, il se tint debout et marcha ; et il entra avec eux au temple, marchant et sautant, et louant Dieu » : le voilà qui marche maintenant. La preuve de sa guérison est donnée, et désormais l’accès dans la présence de Dieu lui est ouvert. Sauvés, nous avons la puissance pour marcher (la puissance est en Dieu) puis nous entrons dans la présence de Dieu car le voile est déchiré. Le boiteux guéri entre avec les apôtres, il est pour ainsi dire identifié avec eux. Il leur est associé. Le croyant entre dans la présence de Dieu avec les autres croyants, il n’y entre pas seul. Nous avons donc la marche, ensuite l’énergie de la marche et puis, dans le lieu où Il habite, où nous avons un libre accès, la louange qui monte vers Dieu. Cet homme est désormais un adorateur. Le croyant est appelé à louer et adorer Dieu.

« Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu » : voilà maintenant un témoin. Quel témoignage pour le peuple qui avait vu cet homme, pendant quarante ans, demander l’aumône, et qui maintenant le voit marcher et louer Dieu. Le croyant est appelé à marcher et à louer Dieu. C’est un adorateur, c’est un témoin.

« Et ils le reconnurent comme celui qui était assis, pour demander l’aumône à la Belle porte du temple, et ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé » : voilà un témoignage puissant qui est rendu. Ils sont frappés « d’étonnement et d’admiration ».

Le fait que cet homme, non seulement marchait, mais sautait, fait penser à la fin d’Ésaïe 40 : « ceux qui s’attendent à l’Éternel renouvelleront leur force ; ils s’élèveront avec des ailes, comme des aigles » ; voilà le « saut » de cet homme. Il puise sa force en Dieu et en Dieu seul. C’est Dieu seul qui peut communiquer la force pour marcher. Comme cela était différent de « l’aumône » que cet homme attendait de la part des apôtres !

Il est bien vrai que Dieu « peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons, selon la puissance qui opère en nous » (Éph. 3. 20). Considérons ce passage aussi pour la vie pratique du croyant. Que de fois nous limitons la puissance de Dieu ! Nous doutons que Dieu puisse réaliser ce que nous aimerions voir dans nos vies individuelles et dans la vie de l’assemblée. C’était une puissance divine qui opérait dans cet homme. Il y a une puissance qui opère dans le croyant. Dieu se plaît à donner, à opérer avec puissance. Au lieu de nous traîner comme de pauvres boiteux, regardons vers Dieu qui veut nous donner la puissance nécessaire pour marcher, « sauter » et rendre un témoignage vivant, provoquant « l’admiration » de ceux qui pourront voir le déploiement de la puissance de Dieu dans une âme.

v. 10 : Les Juifs furent remplis « d’étonnement et d’admiration » mais ce n’est pas pour autant qu’ils se tournèrent vers le Seigneur. Plus tard, les Thessaloniciens agirent tout autrement : « ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu » (1 Thess. 2. 13).

Il avait manqué aux Juifs, dans ce ch. 3 des Actes, l’opération divine dans les cœurs et les consciences. Ils ne voyaient pas « la parole de Dieu » mais seulement la parole « des hommes » (v. 12). Ils n’avaient pas reçu « la parole de la prédication qui est de Dieu ». Nous avons dans ce début des Actes toute une succession d’efforts de l’ennemi pour ruiner le témoignage. Ici, il essaie d’attribuer à l’homme la puissance de Dieu (v. 12). On a fait à cet égard depuis lors bien des progrès dans la chrétienté. Quelle déification de l’homme ! C’est ce qui prépare la venue de l’antichrist. Déjà cet effort est manifeste dans les premiers jours. Pierre va saisir cette occasion pour s’adresser aux Juifs et leur faire entendre les paroles qui terminent ce chapitre.

v. 11 : « Et comme il tenait par la main Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique de Salomon ». Le portique de Salomon était un vaste lieu de rassemblement donnant sur la plate-forme entourant le temple et qui était appelé le parvis des Gentils. Les Gentils ne pouvaient pas entrer dans le temple. Il est parlé trois fois dans les Écritures du portique de Salomon (Jean 10. 23 ; Act. 3. 11 ; 5. 12). C’est le lieu où le Saint Esprit peut rendre, avec puissance, un témoignage public.

Pierre va maintenant prononcer son troisième discours (il y a cinq discours de Pierre dans les cinq premiers chapitres des Actes, – un par chapitre – le sixième au chapitre 10 et le septième au chapitre 15). Pierre va insister beaucoup plus encore que dans le chapitre 2, sur la responsabilité et la culpabilité des Juifs. Depuis le v. 13, nous avons une gradation d’un verset à l’autre. « Le Dieu de nos pères » : ils étaient juifs, par conséquent ils descendaient des pères. Le Dieu de leurs pères, c’était le Dieu de l’Ancien Testament, l’Éternel, qu’ils avaient rejeté dans la Personne de Son Fils. « Son serviteur Jésus » : l’apôtre Pierre, qui a renié son Maître, dit à deux reprises dans ce passage, versets 13 et 14, « vous avez renié Jésus ». Il peut dire cela sans aucune crainte, il a été entièrement restauré. Une fois « revenu », il pouvait « fortifier ses frères ».

Quelle culpabilité pèse sur ce peuple ! Pilate, un Gentil, avait décidé de relâcher Jésus (v. 13) et eux, les Juifs, L’ont renié et ont demandé qu’Il soit mis à mort. Quel contraste : d’une part « le saint et le juste », d’autre part « un meurtrier » (v. 14) ! Pilate leur a demandé : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » (Mat. 27. 17 et 21). D’une seule voix, ils ont crié : Barabbas (« jeté en prison pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et pour meurtre » Luc 23. 19). C’est bien ce qui caractérise ce monde : il a rejeté Christ, il a choisi Barabbas. Moralement, on peut dire que Barabbas court toujours dans ce monde ! Le monde dont Satan est le chef a les caractères moraux de Barabbas. Le choix a été fait quand le Seigneur a été présenté aux Juifs par Pilate. Ils avaient été témoins de la vie du Seigneur sur la terre et ils L’ont renié et ils ont demandé qu’on relâche un meurtrier !

v. 15 : « Vous avez mis à mort le prince de la vie » : « le prince de la vie » signifie l’originateur de la vie, l’auteur de la vie. C’est en Lui qu’est la vie. Là encore, nous avons un contraste saisissant : le contraste entre la mort et la vie. Celui qui est l’originateur de la vie, ils L’ont mis à mort. Ce v. 15 nous présente aussi le contraste entre ce que l’homme a fait et ce que Dieu a fait : vous L’avez mis à mort, Dieu l’a ressuscité.

C’est la foi au nom de Jésus qui a raffermi cet homme (v. 16). À la fin du ch. 2 des Actes, nous avons en quelque sorte, le Nom qui rassemble. Ici dans ce ch. 3, nous avons le Nom qui sauve. « La foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres en la présence de vous tous ». Ils avaient eu un témoignage irrécusable en la présence de tous. Quelle responsabilité pour eux, maintenant, s’ils rejetaient le témoignage du Saint Esprit. Le peuple a rejeté et crucifié son Messie, mais il y a un recours pour eux en vertu de la prière du Seigneur. S’ils recevaient le témoignage du Saint Esprit, ils pouvaient être sauvés et délivrés.

Un mot encore sur le ch. 2 qui nous décrit dans son dernier paragraphe, le tableau si heureux et si rafraîchissant de la vie de ces premiers croyants. Il n’y avait là ni riche, ni pauvre ; le mien, le tien n’existaient plus. L’assemblée prospérait. Nous devrions avoir à cœur davantage de réaliser ces divers caractères. Nous avons à notre disposition les mêmes ressources que ces croyants : la Parole, la prière, et le Saint Esprit. Dieu mettait le sceau de Sa bénédiction sur cette assemblée de Jérusalem : « Il ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés ». Cette question de la prédestination a été posée à plusieurs reprises au cours de nos réunions. Il ne faudrait pas que quelqu’un soit troublé à ce sujet. Citons encore trois passages : 1 Timothée 2. 3 « notre Dieu Sauveur… veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » : voilà le désir du cœur de Dieu, Il veut que tous les hommes soient sauvés. Jean 5. 40 : Le Seigneur dit Lui-même à ceux qui L’entouraient : « vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ». Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, mais l’homme dans son état naturel ne veut pas venir à Christ pour avoir la vie. Jean 3. 18 nous donne le motif de la condamnation : « Celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». Voilà pourquoi un homme sera condamné, non parce qu’il est pécheur, non parce qu’il n’a pas été élu, mais parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Y a-t-il encore une question à poser ou une remarque à faire sur ce dernier paragraphe du chapitre 2 ?

– Peut-on dire que l’homme est libre et responsable devant Dieu ?

– Il risque d’y avoir une méprise à cet égard. L’homme est responsable, mais il n’est pas libre d’accepter ou de refuser le salut qui lui est offert. C’est encore une ruse de l’ennemi de faire croire que, à cet égard, l’homme est libre. Nous avons un verset au chapitre 17 du livre des Actes qui nous explique pourquoi l’homme n’est pas libre d’accepter ou de refuser le salut de Dieu, verset 30 : « Dieu donc, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance, ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ». C’est un ordre de Dieu. Les hommes ne sont pas libres de se repentir ou de ne pas se repentir, les hommes sont tenus d’obéir. S’ils ne se repentent pas, ils désobéissent. C’est ce que nous voyons en Jean 3. 36 : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui ». L’homme est tenu de croire. S’il ne croit pas, il désobéit à un ordre de Dieu, et le jugement est sur lui pour l’éternité, la colère de Dieu demeure sur lui. Il est jugé « parce qu’il n’a pas cru », parce qu’il a « désobéi » à Dieu en refusant de croire.

– Un enfant de Dieu est responsable, encore plus, d’obéir à Dieu.

– Bien entendu, il faut obéir pour le salut, ensuite obéir pour la marche chrétienne. Les croyants sont appelés, dans l’Écriture, des « enfants d’obéissance » et ils doivent manifester ce caractère (1 Pier. 1. 13 et suivants).

Nous avons ensuite considéré le début du chapitre 3. Pierre et Jean exercent souvent leur activité ensemble, au début de ce livre des Actes. Ajoutons ceci à ce que nous avions dit sur le premier verset du chapitre : les Juifs avaient trois heures spéciales pour la prière : la troisième heure (soit 9 heures du matin), correspondant au sacrifice du matin, la sixième heure correspondant à midi et la neuvième heure (15 heures) correspondant au sacrifice du soir. Nous avons au moins deux passages qui nous permettent de penser qu’il y avait ces trois heures de la prière : Daniel 6. 10 : « Or Daniel, quand il sut que l’écrit était signé, entra dans sa maison ; et, ses fenêtres étant ouvertes dans sa chambre haute, du côté de Jérusalem, il s’agenouillait sur ses genoux trois fois le jour, et priait et rendait grâce devant son Dieu ». On peut penser que ces prières de Daniel correspondaient aux trois heures spéciales pour la prière. Ps. 55. 17 : « Le soir, et le matin, et à midi, je médite et je me lamente ; et il entendra ma voix ». Le Psaume 55 est un psaume de David, ce qui nous permet de penser aussi que ces trois heures spéciales pour la prière étaient une coutume déjà au temps de David. C’était à l’heure de la prière du soir que Pierre et Jean montaient au temple.

Nous avons souligné le caractère de cet homme boiteux, type de l’homme en général, incapable de marcher pour Dieu de quelque manière que ce soit. Cet homme est aussi l’image du peuple d’Israël dans son état d’incapacité totale. Cet homme boiteux n’a pas même la conscience de son état et n’a pas le sentiment qu’il peut être guéri : il demande une aumône. Les hommes demandent à Dieu de les rendre meilleurs, ils cherchent une amélioration de leur vieille nature, au lieu d’accepter cette vérité par la foi, savoir que l’homme dans son état naturel est incapable de faire quoi que ce soit qui plaise à Dieu ; son histoire a pris fin à la croix de Christ – et tout homme a besoin d’un salut complet. Si tellement de personnes inconverties ne réclament pas autre chose qu’une aumône, nous aussi, croyants, pour tant de choses, nous ne réclamons qu’une aumône, nous n’avons pas conscience de ce que la puissance de Dieu peut opérer en nous. À cet égard, nous avons besoin d’être « hardis » dans nos prières, afin qu’il nous soit donné de manifester un christianisme vivant qui soit à la gloire du Seigneur.

« Et il les regardait attentivement » : il ne faut pas perdre de vue que les incrédules, dans ce monde, regardent les croyants marcher. Est-ce qu’en nous regardant marcher, ils seront amenés à la connaissance du Seigneur, ou sommes-nous pour eux des entraves ? Il y a dans le cœur de cet homme de la foi : il croit ce que Pierre lui a dit. Il ne raisonne pas. Aussi, la grâce de Dieu va se déployer envers lui. Il est donc en figure sauvé par la grâce, et par la foi. Pierre exerce à son égard la sacrificature royale. Il lui présente la valeur et la vertu, la puissance du nom de Jésus. Dieu ne peut pas et ne veut pas faire d’aumône. Il veut sauver entièrement celui qui vient à lui par Christ. Les apôtres aident cet homme, de même il faut souvent aider quelqu’un à qui l’évangile est annoncé. Ensuite, cet homme devient un adorateur : il est délivré de son infirmité et il peut avec les apôtres entrer dans le temple, dans la présence de Dieu, et Le louer. Il peut rendre grâce à Dieu pour la délivrance merveilleuse dont il a été l’objet. Il devient donc en même temps un témoin. C’est ce que l’homme inconverti est appelé à devenir quand il passe des ténèbres à la lumière : un adorateur et un témoin.

Il a été cité un passage d’Ésaïe 35. Tout ce récit se rapporte à Israël, et cet homme boiteux est une figure d’Israël. Si le peuple juif avait accepté le témoignage du Saint Esprit, il aurait pu connaître les bénédictions du règne. La délivrance de cet homme boiteux aurait dû parler à la conscience du peuple ; Pierre va donc s’adresser au peuple dans le discours qu’il prononce à partir du v. 13. Ces Juifs voulaient attribuer à l’homme la puissance de Dieu. Pierre ne veut pas qu’il soit dit que c’est par sa puissance que cet homme a marché. L’humilité du serviteur est mise en évidence par le verset 12 : il ne veut même pas qu’on croie que la guérison du boiteux a été accordée comme réponse à sa propre piété.

v. 13 : Les Juifs étaient les enfants des patriarches. C’était le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob qui avait glorifié Son serviteur Jésus, Celui qu’ils avaient renié devant Pilate. Pierre fait probablement allusion ici à Jean 19. 15 : « Mais ils crièrent : Ôte, ôte ! crucifie-le ! Pilate leur dit : crucifierai-je votre roi ? Les principaux sacrificateurs répondirent : nous n’avons pas d’autre roi que César ». Ils renient Jésus comme étant leur roi, le Messie d’Israël. Et c’est un Gentil qui avait décidé de relâcher Jésus et qui Le présenta comme étant leur roi ! Ils ont donc renié Jésus comme Messie et roi d’Israël, devant Pilate. Quel contraste saisissant entre Celui qui avait marché parmi eux, « le saint et le juste » et celui qu’ils avaient demandé à Pilate de relâcher : « Mais vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ; et vous avez mis à mort le prince de la vie ». L’expression « le prince de la vie » signifie l’auteur de la vie, l’originateur de la vie. C’était à Lui qu’ils devaient la vie, l’existence. Le « meurtrier » c’est le destructeur de la vie. Il y a un contraste saisissant entre ces expressions. Dans ces versets tout est contraste.

L’apôtre va présenter l’autorité des Écritures de l’Ancien Testament. Elles avaient annoncé la venue du Messie et Sa mort. Ce qui était arrivé était donc bien l’accomplissement des Écritures. Si Jésus n’avait pas été mis à mort, II n’aurait pas été le Messie. Cela devait peser sur la conscience du peuple, mais en même temps, cela montrait qu’Il était bien le Messie présenté à Son peuple. Ce Jésus qu’ils avaient crucifié était maintenant ressuscité, et c’était la puissance du nom de Jésus qui s’était exercée en délivrance.

v. 17 : « Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi » : Pierre fait allusion ici, à cette parole que le Seigneur a prononcée sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23. 34). Pour parler de l’ignorance du peuple, Pierre se réfère à cette parole du Seigneur. C’était encore la grâce de Dieu qui s’exerçait envers Israël, tous ces chapitres du livre des Actes nous le montrent. C’est à cause de cette prière du Seigneur que le témoignage du Saint Esprit était présenté à ce peuple. S’ils l’avaient reçu, le Seigneur serait revenu, et le règne aurait été établi. Le péché que les Juifs avaient commis, quelque affreux qu’il fût, était encore, en raison de l’intercession du Seigneur sur la croix, le péché par ignorance. Nombres 15. 22 à 29 nous montre que les sacrifices une fois offerts, le pardon était assuré s’il s’agissait d’un péché commis « par erreur ».

Mais au v. 30 il en est tout autrement : « L’âme qui aura péché par fierté, tant l’Israélite de naissance que l’étranger, elle a outragé l’Éternel : cette âme sera retranchée du milieu de son peuple, car elle a méprisé la parole de l’Éternel, et elle a enfreint son commandement : cette âme sera certainement retranchée ; son iniquité est sur elle ». Nous avons un exemple un peu plus loin au ch. 15 des Nombres, qui montre comment le jugement de Dieu s’est exercé : il s’agissait d’un péché volontaire (v. 30 à 36). Ici, nous avons le péché par erreur pour lequel il pouvait y avoir repentance, sacrifice offert et ensuite, pardon. Le péché pouvait être pardonné, puisque c’était un péché commis par ignorance. Si les Juifs, qui avaient péché par ignorance, s’étaient repentis, « des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur » seraient venus. Le ciel a reçu Jésus. Il a été élevé dans la gloire, Il occupe cette position, couronné de gloire et d’honneur, « jusqu’au temps du rétablissement de toutes choses », c’est-à-dire jusqu’au temps où le règne sera établi, le « rétablissement de toutes choses », ce n’est pas le retour au jardin d’Éden. Si le peuple juif s’était repenti, ces temps seraient venus ; c’est ce que nous disions au sujet d’Ésaïe 35.

v. 21 : « … dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tous temps » : en particulier, Moïse a annoncé la venue de Christ. Le v. 23 dit quelle culpabilité pèse sur celui qui ne veut pas écouter. Moïse était particulièrement respecté parmi le peuple ; Pierre rappelant cette parole (Deut. 18. 17 à 19), pouvait donc penser qu’elle atteindrait la conscience du peuple : « Ils ont bien dit ce qu’ils ont dit. Je leur susciterai un prophète comme toi, du milieu de leurs frères, et je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Et il arrivera que l’homme qui n’écoutera pas mes paroles, lesquelles il dira en mon nom, moi, je le lui redemanderai ». Dans le livre des Actes cette dernière expression est remplacée par « sera exterminée d’entre le peuple ». Les deux expressions sont semblables.

v. 24 : « Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours » : il y avait donc tout l’ensemble du ministère prophétique, depuis Moïse et Samuel et tous ceux qui avaient suivi, qui avaient annoncé la venue de Christ comme le Messie promis à Israël.

À propos de ce péché par ignorance, il est des peuples qui n’ont pas connu l’œuvre de Christ à la croix. Le début de l’épître aux Romains nous dit qu’ils ont le témoignage de la création et celui de leur conscience. Ils n’ont pas obéi au Fils parce qu’Il ne leur a pas été donné à connaître. Est-ce un péché par ignorance ?

– Il est certain que tous les hommes, sans exception, ont sous les yeux le témoignage de la création et sont responsables de croire en un Dieu créateur.

L’apôtre emploie le mot « inexcusables » (Rom. 1) parce qu’ils ne se sont pas tournés vers Dieu.

Dieu a voulu se révéler aussi comme le Dieu rédempteur. Dieu seul sait dans quelle mesure les hommes, à propos desquels la question a été posée, sont responsables. On peut être certain que Dieu ne se trompera pas dans le jugement qu’Il exercera à l’égard de ceux qui seront l’objet du jugement.

Pour ceux qui ne sont plus ignorants, il y a une responsabilité écrasante. On peut penser aux enfants de parents chrétiens qui ont tant de fois entendu ce que la Parole nous présente.

C’est en effet une grande responsabilité que d’avoir entendu l’évangile. Nul de ceux qui ont entendu l’évangile ne peut arguer de son ignorance. C’est alors le péché volontaire.

– Est-ce que c’est le même sens que ce que nous trouvons en 1 Jean 5. 16 : « Si quelqu’un voit son frère pécher d’un péché qui ne soit pas à la mort, il demandera pour lui ; et il lui donnera la vie, savoir à ceux qui ne pèchent pas à la mort. Il y a un péché à la mort : pour ce péché-là, je ne dis pas qu’il demande ».

– Le péché à la mort est un péché commis dans des conditions telles qu’il ne peut pas y avoir de délivrance. Il s’agit du péché d’un enfant de Dieu. Sous le gouvernement de Dieu, il peut y avoir un péché présentant un tel caractère de gravité, que Dieu retire celui qui l’a commis. Son salut éternel n’est pas en cause, mais le croyant est retiré, il est impropre pour le témoignage. Par exemple, Ananias et Sapphira. La question du salut éternel n’est mise en cause ni pour l’un ni pour l’autre. L’apôtre Paul dit aux Corinthiens : « C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment » (1 Cor. 11. 30). Ces derniers, qui « dormaient », avaient été retirés. Le jugement de Dieu avait pesé sur eux. Certains étaient faibles physiquement ou spirituellement, d’autres malades physiquement ou spirituellement, enfin d’autres avaient été retirés : c’était là un péché à la mort, la mort du corps.

Et ce qui aggravait la responsabilité des Juifs, c’est qu’ils étaient « les fils des prophètes ». « Vous, vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec vos pères, disant à Abraham : en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre ». Cette semence, c’était Isaac, type de Christ.

v. 26 : Par conséquent, en raison des privilèges qui étaient les leurs, c’était à eux que l’évangile était annoncé premièrement. C’était la bénédiction que Dieu voulait leur apporter. Ce que Dieu désirait, c’est qu’ils se repentent. Dieu ne peut pardonner qu’à celui qui se repent. C’est un principe général pour tous les temps, qu’il s’agisse d’un croyant ou d’un incrédule. Et dans les relations fraternelles, il en est de même. Luc 17. 3 : « Prenez garde à vous-mêmes. Si ton frère pèche, reprends-le, et s’il se repent, pardonne-lui ; et si sept fois le jour, il pèche contre toi, et que sept fois il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras ». Le pardon ne peut être déclaré que s’il y a repentance. Le pardon doit être dans le cœur mais ne peut être déclaré que s’il y a repentance. On dit parfois, un frère a péché contre vous, oubliez cela, allez lui dire que vous lui pardonnez. C’est le contraire de l’amour. Il faut que sa conscience soit exercée. L’amour agit en vue du bien de celui que l’on aime. Il ne peut pas y avoir de pardon sans repentance. On met souvent en avant ce verset : « vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné », mais Dieu ne pardonne qu’au pécheur repentant. Le pardon est assuré à quiconque se repent.

La manière de reprendre nous est donnée en 1 Timothée 5. 1 et 2 : « Ne reprends pas rudement l’homme âgé, mais exhorte-le comme un père, les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, les jeunes comme des sœurs, en toute pureté ».

L’exhortation doit toujours s’exercer avec grâce et douceur. C’est généralement le cœur qui est le chemin de la conscience. Quand le cœur est touché, remué, généralement la conscience est atteinte – pas toujours cependant.

v. 26 : Si les Juifs ne voulaient pas se repentir, ils seraient mis de côté, et l’évangile serait annoncé aux nations. Et c’est ce qui est dit par Paul et Barnabas au ch. 13. 46 à 48 : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations, car le Seigneur nous a commandé ainsi : « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre ». Et lorsque ceux des nations entendirent cela, ils s’en réjouirent, et ils glorifièrent la parole du Seigneur ; et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». Nous retrouvons encore ici le sujet de la prédestination.

Ch. 4

« Mais comme ils parlaient au peuple… » : Pierre n’avait donc pas encore terminé son discours. Le commandant du temple, c’était le commandant juif de la garde lévitique. Les chefs du peuple vont se trouver réunis pour la première fois après que le sanhédrin s’était réuni pour condamner le Seigneur. À ce moment-là, ils pensaient qu’ils s’étaient débarrassés de Lui. « Les principaux sacrificateurs et les pharisiens donc assemblèrent un sanhédrin, et dirent : Que faisons-nous ? car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons ainsi faire, tous croiront en lui, et les romains viendront, et ôteront et notre lieu et notre nation. Et l’un d’entre eux, appelé Caïphe qui était souverain sacrificateur cette année-là, leur dit : Vous ne savez rien, ni ne considérez qu’il nous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas. Or il ne dit pas cela de lui-même ; mais étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11. 47 à 52). Voilà ce qu’avait dit Caïphe le souverain sacrificateur. Il avait prononcé une parole prophétique, sans le savoir. Il pensait avoir assuré le salut du peuple juif en mettant à mort Jésus. Mais après Sa crucifixion, certains propos leur avaient été rapportés : « quelques hommes de la garde s’en allèrent dans la ville, et rapportèrent aux principaux sacrificateurs toutes les choses qui étaient arrivées. Et s’étant assemblés avec les anciens, ils tinrent conseil et donnèrent une bonne somme d’argent aux soldats disant : Dites : ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé pendant que nous dormions ; et si le gouverneur vient à en entendre parler, nous le persuaderons, et nous vous mettrons hors de souci » (Mat. 28. 11 à 14). Comme les membres du sanhédrin étaient inquiets à la pensée que Celui dont ils avaient cru se débarrasser, était ressuscité, était vivant, et maintenant ils se trouvaient en présence du déploiement de la puissance du nom de Jésus, en vertu de laquelle les apôtres avaient accompli un miracle. Aussi ils se dépêchent de venir, ils ne laissent pas Pierre terminer son discours. Les sadducéens sont beaucoup plus actifs dans ces scènes des Actes que dans les évangiles, où ce sont surtout les pharisiens qui manifestent leur haine contre un Christ vivant, tandis que les sadducéens qui niaient la résurrection s’opposent à un Christ ressuscité. Le discours de Pierre était une atteinte à leur autorité. Des « hommes illettrés » enseignaient le peuple, alors que cette mission incombait aux scribes et aux chefs du peuple. Mais ils n’avaient plus aucune autorité de la part de Dieu pour enseigner le peuple. Ils la revendiquent pourtant et sont indignés en voyant que les apôtres veulent se substituer à eux. Et surtout, les sadducéens sont en peine de ce que les apôtres prêchent la résurrection d’entre les morts, ce fait capital du christianisme.

v. 3 : « Et ils mirent les mains sur eux, et les firent garder jusqu’au lendemain, car c’était déjà le soir » : ils ne pouvaient réunir un sanhédrin à la fin de la journée, car le sanhédrin ne pouvait rendre un jugement la nuit. Ils se contentèrent donc de mettre les mains sur les apôtres et de les faire garder jusqu’au lendemain.

Telle est l’action des chefs du peuple contre Christ et contre les ministres de Christ.

« Mais plusieurs de ceux qui avaient ouï la parole crurent ; et le nombre des hommes se monta à environ cinq mille » (v. 4). Ce verset établit le contraste entre ce que Dieu opère et ce que les hommes accomplissent. Voilà avec quelle puissance la Parole atteignait les cœurs et les consciences. Au ch. 2, le discours de Pierre avait été le moyen d’amener trois mille âmes. Ici cinq mille hommes sont touchés par cette parole et amenés à la foi. Cela nous dit avec quelle puissance l’Esprit de Dieu agissait, malgré la haine des chefs du peuple et des Juifs d’une façon générale.

– Pourquoi, dans le discours de Pierre, le Seigneur Jésus n’est-Il pas présenté comme le Fils de Dieu ?

– Les discours de Pierre s’adressent surtout au peuple d’Israël, aussi c’est plutôt comme Messie et roi d’Israël que le Seigneur est présenté à ce peuple.

v. 5 : « Le lendemain, leurs chefs et leurs anciens et leurs scribes, s’assemblèrent à Jérusalem… » : voilà le sanhédrin au complet. Les noms de quelques-uns de ces hommes nous sont donnés. Ils se rassemblent, dans le sentiment de la gravité de la situation : ils voient que leur autorité est compromise et pensent qu’il faut arrêter l’activité des apôtres. Ils ont déjà condamné Jésus. Les noms de certains nous sont donnés dans les évangiles : Anne, Caïphe. Nous retrouvons les mêmes hommes qui veulent maintenant s’en prendre aux apôtres. Ils leur posent la question : « Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? » Ils savaient bien que c’était le nom de Jésus le Nazaréen, mais ils veulent amener les apôtres à le dire pour trouver là un motif de les condamner. Nous allons voir comment Dieu va agir pour délivrer les apôtres. Les chefs du peuple ne veulent pas que leur autorité soit compromise, mais ils ne veulent pas non plus mécontenter le peuple. Ils avaient le sentiment que s’ils condamnaient les apôtres, ils auraient le peuple contre eux. Mais avant cela, il faut que Pierre rende témoignage dans la puissance du Saint Esprit devant le sanhédrin. « Alors Pierre, étant rempli de l’Esprit Saint… » : tous ces serviteurs dont il nous est parlé dans ce livre des Actes, nous sont présentés comme remplis de l’Esprit Saint. Et c’est bien pour cela que nous voyons de tels résultats ; un puissant travail de Dieu dans les cœurs et dans les consciences amenait des Juifs vers celui qu’ils avaient crucifié. Si l’ensemble du peuple s’y refusait, il y avait cependant des âmes qui acceptaient de se repentir. Le ministère de Pierre a eu pour résultat d’amener bien des âmes au salut et pas seulement de manifester l’endurcissement du peuple juif Ce quatrième discours de Pierre est le premier adressé aux chefs du peuple. S’il a traité jusque-là avec quelque ménagement l’ensemble du peuple, par contre maintenant, il va sans ménagement mettre en relief la culpabilité des chefs du peuple.

« Si aujourd’hui nous sommes interrogés… » : cela signifie ici : si nous sommes « mis en accusation ». Pierre souligne le fait que jamais ils n’auraient dû être accusés pour une bonne œuvre, accusés parce qu’ils avaient guéri un impotent. Le « vous tous » du verset 10 désigne les chefs du peuple. Il dit, comme au chapitre 3, que c’est par le nom de Jésus que le miracle a été accompli. « C’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé » : le boiteux avait donc été amené devant le sanhédrin. Il semble qu’il fallait qu’il fût amené devant le tribunal. C’était Dieu qui le permettait, parce que c’était la preuve, placée devant leurs yeux, qu’un miracle avait été accompli. L’expression « plein de santé » souligne la guérison totale et fait ressortir la condition nouvelle de cet homme qui avait été délivré par la puissance de Christ ; par grâce et par la foi, il est sauvé et délivré, il est « plein de santé ». C’est comme s’il était dit : il est né de nouveau. Son état n’est pas amélioré, il est plein de santé. Tout autre chose qu’une « aumône » !

Au chapitre 3, l’apôtre Pierre prononce son troisième discours. Il s’adresse au peuple, faisant ressortir le péché du peuple qui avait renié le saint et le juste, qui avait mis à mort le prince de la vie et avait demandé qu’on lui relâchât un meurtrier, en d’autres termes, un destructeur de la vie. L’apôtre Pierre souligne qu’ils l’avaient fait par ignorance. Le Seigneur, dans Sa grâce, voulait bien admettre qu’ils l’avaient fait par ignorance (Luc 23. 34). C’était le péché par erreur de Nombres 15, pour lequel il pouvait y avoir le sacrifice et le pardon. Le peuple juif, s’il s’était repenti, aurait pu être pardonné d’avoir crucifié son Messie, et le règne du Seigneur aurait ainsi pu être établi.

Pierre n’a pas terminé son discours que les sacrificateurs, le commandant du peuple et les sadducéens s’avancent. Nous avons remarqué et dit pourquoi dans les Actes, l’ennemi se sert surtout des sadducéens, alors que dans les évangiles, il se servait des pharisiens. Les sacrificateurs, le commandant du peuple et les sadducéens viennent interrompre Pierre. Ils sentaient que leur autorité était menacée. Ils avaient entendu dire que les apôtres parlaient de la résurrection du Seigneur, alors qu’ils pensaient s’être débarrassés de Lui. Pour que l’on ne croie pas à Sa résurrection, ils avaient imaginé un stratagème (Mat. 28. 11 à 15). Mais ce stratagème était chose invraisemblable. On comprend donc leurs craintes en voyant les apôtres parler de la résurrection du Seigneur ; ils craignaient que leurs paroles soient crues par le peuple et qu’ainsi leur propre culpabilité soit établie : Celui qu’ils avaient crucifié était ressuscité, Il était bien le Messie d’Israël. C’était le soir ; le sanhédrin ne pouvait pas se réunir à ce moment-là car il ne pouvait pas rendre un jugement la nuit. Ils mettent donc les apôtres sous bonne garde jusqu’au matin.

Le premier mot du verset 4 : « Mais… », souligne le contraste entre l’activité des hommes et la puissante grâce de Dieu qui opère malgré tout. Les hommes peuvent faire ce qu’ils veulent, ils n’empêcheront pas le déploiement de la grâce de Dieu.

Le lendemain, les voilà qui s’assemblent à Jérusalem. Nous voyons réuni le sanhédrin, pour la première fois dans ce livre des Actes. D’après ce que nous trouvons dans la Parole, il ne s’était pas réuni depuis qu’il avait condamné le Seigneur. Ce tribunal demande aux apôtres : « Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? » Ils savaient très bien qu’ils l’avaient fait par la puissance divine, mais ils voulaient sans doute amener les apôtres à prononcer des paroles dont ils se seraient servis pour les condamner. Mais nous voyons dans tout ce récit comment Dieu soutient Ses serviteurs, de telle sorte qu’un témoignage puissant est rendu devant le sanhédrin, comme il l’avait été devant les foules. Quand Il était sur la terre, le Seigneur leur avait dit de ne pas se faire de souci quant à ce qu’ils auraient à dire dans des circonstances semblables. Luc 12. 11 : « Et quand ils vous mèneront devant les synagogues et les magistrats et les autorités, ne soyez pas en souci comment ou quelle chose vous répondrez, ou de ce que vous direz ; car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire ». Luc 21. 14 : « Mettez donc dans vos cœurs de ne pas vous préoccuper à l’avance de votre défense, car moi je vous donnerai une bouche et une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront répondre ou résister ! ». Matthieu 10. 19 : « Et quand ils vous livreront, ne soyez pas en souci comment vous parlerez, ni de ce que vous direz ; car il vous sera donné dans cette heure-là ce que vous direz ; car ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous ». Il y a donc trois passages qui nous présentent ce que le Seigneur avait dit à ce sujet. Pierre maintenant fait l’expérience de la puissance des paroles du Seigneur. Il répond par le Saint Esprit. Il y a un enseignement que nous pouvons tirer de ces versets, enseignement utile pour nous si nous avons un témoignage à rendre devant des autorités ou devant qui que ce soit : Dieu nous donnera le secours nécessaire pour répondre. « Chefs du peuple et anciens d’Israël, si aujourd’hui nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, et qu’on veuille apprendre comment il a été guéri, sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ç’a été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé ». Ce début de la réponse de Pierre est tout à fait remarquable. Voilà un accusé qui se transforme en accusateur. Il accuse les chefs d’Israël d’avoir crucifié Jésus. Pierre va continuer son discours en disant que ce Jésus, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. C’est la puissance du nom de Jésus qui a guéri cet homme. Il n’y a pas eu d’autre moyen que celui-là.

Nous avons repris notre lecture au verset 11 : « Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire » : les paroles de Pierre sont extrêmement importantes. Pierre fait allusion ici à un verset d’Ésaïe 28. 16 : « C’est pourquoi ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je pose comme fondement, en Sion, une pierre, une pierre éprouvée, une précieuse pierre de coin, un sûr fondement : (en note, il est dit un fondement bien-fondé) celui qui se fie à elle ne se hâtera pas ». Il s’agit dans ce passage d’un jugement qui va atteindre le peuple. Les versets précédents nous montrent que, pour l’éviter, le peuple avait fait un pacte avec le shéol. L’Éternel lui dit : le refuge, c’est Christ, la pierre éprouvée. C’est un sûr fondement, un fondement bien fondé. La foi peut s’appuyer dessus. Il ne manquera pas. Celui qui se confie en Lui ne se hâtera pas. Il peut aller en paix quels que soient les assauts de l’adversaire. Cette pierre est éprouvée, cette pierre est une précieuse pierre de coin : ce sont les deux caractères indiqués en Ésaïe 28. 16.

Au Psaume 118. 22 il est parlé de la pierre rejetée ; en Actes 4. 11, de la pierre méprisée. Non seulement Christ avait été rejeté par Son peuple mais encore Il avait été méprisé par lui.

L’apôtre Pierre nous parle de cette maîtresse pierre de coin. Au chapitre 2 de sa première épître, il emploie plusieurs traits pour la caractériser. C’est : « une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu… une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse… mais pour les désobéissants… une pierre d’achoppement et un rocher de chute ». Il y a pour le croyant sept beaux caractères (rejetée, méprisée, éprouvée, vivante, choisie, précieuse, élue) concernant cette pierre qui est Christ et qui est la maîtresse pierre de coin. Le Seigneur fait allusion à ce passage d’Ésaïe 28 d’abord en Matthieu 21. 42 à 44 ; alors qu’il est rejeté par les Juifs, le Seigneur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre de coin ; celle-ci est de par le Seigneur, et est merveilleuse devant nos yeux ? (C’est une citation du Psaume 118. 22 et 23) C’est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et sera donné à une nation qui en rapportera les fruits. Et celui qui tombera sur cette pierre sera brisé ; mais celui sur qui elle tombera, elle le broiera ». Le Seigneur ajoute ici ces mots en relation avec cette pierre. Au chapitre 12 de Marc, nous avons également les paroles du Seigneur au v. 10 : « N’avez-vous pas même lu cette écriture : la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre de coin ; celle-ci est de par le Seigneur, et est merveilleuse devant nos yeux ». (Il n’y ajoute pas les paroles de Matthieu mais par contre nous les trouvons en Luc 20. 17) : « Qu’est-ce donc que ceci qui est écrit : La pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre du coin ? Quiconque tombera sur cette pierre, sera brisé : mais celui sur qui elle tombera, elle le broiera ». Christ est présenté dans ces divers passages comme la maîtresse pierre de coin, la pierre angulaire, celle sans laquelle l’édifice ne pouvait être construit. Or, les Juifs voulaient construire sans cette pierre ! Les Juifs l’ont rejetée. Aussi, eux ont été mis de côté. L’Assemblée est bâtie sur le roc, sur Christ.

Dans l’épître aux Éphésiens, nous trouvons une allusion à ce passage : « Ainsi donc vous n’êtes plus étrangers ni forains, mais vous êtes concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu, ayant été édifiés sur le fondement (c’est-à-dire Jésus Christ) des apôtres et prophètes Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur » (Éph. 2. 19). Voilà donc Christ présenté comme la maîtresse pierre du coin. Les Juifs ont pensé qu’ils pouvaient construire sans lui. Cette pierre qui broiera ses ennemis au jour où le jugement sera exécuté, est maintenant la maîtresse pierre de coin sur laquelle l’Église est fondée.

Je voudrais encore citer un passage de Zacharie 4. 7 : « et il fera sortir la pierre du faîte avec des acclamations : Grâce, grâce sur elle ! » Christ est non seulement la maîtresse pierre de coin sur laquelle l’édifice est construit mais encore il est « la pierre de faîte ». En d’autres termes il est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. Les gloires d’une telle personne sont précieuses pour le cœur du racheté. Si nous sommes attristés, humiliés en voyant comment le Seigneur a été rejeté par son peuple, combien nos cœurs sont heureux qu’Il nous ait fait la grâce de le connaître comme la maîtresse pierre de coin, la pierre angulaire et la pierre de faîte. Il est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin.

– On pourrait peut-être rappeler le passage de 1 Corinthiens 3. 11 : « Car personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus Christ ».

– C’est bien en effet le fondement de l’édifice, le roc sur lequel est bâtie l’Assemblée. De tels passages suffisent à démontrer l’erreur d’une partie de la chrétienté qui voudrait que l’Église soit fondée sur Pierre. Le roc sur lequel est bâtie l’Assemblée, ce n’est pas Pierre, c’est Christ le Fils du Dieu vivant. Et les apôtres (Paul plus particulièrement) qui ont travaillé en vue de la formation des assemblées, en vue de l’établissement de l’Assemblée sur la terre, ont prêché Christ, enseigné des vérités importantes qui, toutes, se lient à la Personne glorieuse de Christ, le roc sur lequel est bâtie l’Assemblée.

« Il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » : on ne saurait dire combien de fois ce verset de l’Écriture a été rappelé, cité et combien de fois il aura été le moyen d’amener à la connaissance de Christ comme Sauveur, des âmes dans leur état de péché. On voit combien l’ennemi fait une œuvre qui le trompe.

Il ne peut y avoir de salut en aucun autre qu’en Jésus. C’est un verset qui détruit toutes les doctrines qui présentent le salut acquis par l’homme, par des œuvres par exemple. Le salut est seulement par la foi, la foi seule et la foi en l’œuvre de Christ. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous en tous lieux, ils se repentent. Par le moyen de l’apôtre, Dieu déclare aux hommes : il vous faut être sauvés et Il leur donne en même temps le seul moyen de salut. Quelle puissance dans les paroles qui viennent d’être prononcées par Pierre du v. 8 au v. 12, une puissance extraordinaire ! C’est la puissance de l’Esprit de Dieu. Les accusateurs se sentent dans une position un peu difficile. Ils sont d’autant plus surpris que les apôtres étaient « des gens illettrés et du commun ». Mais la puissance de Dieu s’accomplit dans l’infirmité, et plus l’infirmité est consciente, plus il est manifeste que la puissance est de Dieu et non pas de nous. De nos jours aussi, des croyants sans grande instruction et sans grands moyens, peuvent présenter la Parole de Dieu par la puissance du Saint Esprit. En les entendant, on est saisi par la puissance de Dieu. Dieu peut aussi, il est vrai, se servir de quelqu’un d’instruit. En fait, et en un sens, peu importe l’instrument ; la chose essentielle, c’est qu’il soit docile entre les mains de Celui qui veut bien l’employer et qu’ainsi Dieu opère par son moyen.

Pierre s’exprime avec hardiesse. Il n’a aucune hésitation. Il n’a aucune crainte. On lit dans les Proverbes : « La crainte des hommes tend un piège » (29. 25). Pierre ne craint pas les hommes ; il prononce ces paroles avec toute hardiesse. Les membres du sanhédrin ne savaient probablement pas que Pierre était venu dans la cour lors de la condamnation du Seigneur et qu’il avait par trois fois renié son maître, mais ils ont devant eux un Pierre complètement restauré, à qui Dieu a confié un service. Ils avaient vu Pierre et les autres apôtres avec Jésus, mais surtout ils reconnaissaient en eux quelques traits et quelques caractères de Celui qui est le parfait modèle.

À partir du v. 13, nous avons ce qui se passe dans le cœur des membres du sanhédrin. Ils ont devant eux l’homme qui avait été guéri. Ils n’ont rien à opposer au double témoignage qui leur est donné. Or selon la loi (eux en étaient les gardiens) par la bouche de deux ou trois témoins, toute affaire devait être établie. Ils ont d’abord le témoignage de Pierre et ensuite, devant eux, l’homme boiteux dès le ventre de sa mère qui avait été guéri. Ils n’ont donc rien à opposer, absolument rien. On voit ici ce qu’est le cœur de l’homme, l’obstination, l’entêtement de l’homme dans son état de rébellion, dans son état de révolte contre Dieu. Que vont-ils faire ? Ils sont bien embarrassés. Ils ne peuvent pas délibérer devant les accusés. Ils les font sortir. Ils ne pouvaient pas nier qu’une puissance divine s’était manifestée. On rencontre parfois des personnes qui disent : si je voyais un miracle, je croirais. Elles ne croiraient pas plus après qu’avant ! Nous en avons un exemple ici.

Les chefs du peuple ne peuvent pas nier le miracle mais cela ne les amène pas à la foi ; ils ne croient pas plus après qu’avant, ils imaginent de défendre aux apôtres, avec menaces, de parler davantage en ce nom à qui que ce soit. Comme l’homme est petit avec ses moyens, avec ce qu’il cherche à faire, en face de la puissance de Dieu ! Ils pensent arrêter la propagation de l’évangile en défendant aux apôtres de parler en ce nom. Ils pensent qu’ils vont y arriver par ce moyen. Oui, l’homme est petit en face de l’évangile qui est « la puissance de Dieu en salut à quiconque croit ». Verset 17 : l’expression de l’original est plus forte et signifie : « ne pas faire entendre le moindre son » ; un silence absolument complet aurait dû être observé sur ce miracle.

Toute l’activité des hommes au cours des siècles pour essayer de bannir le nom de Jésus a été vaine. La puissance du nom de Jésus est absolument la même aujourd’hui pour sauver, qu’aux premiers jours de l’Église. La réponse de Pierre est encore admirable et nous montre avec quelle sagesse il s’exprime. Il ne dit pas : « Eh bien ! oui », pour s’en aller ensuite continuer à prêcher l’évangile ; ou bien : « c’est impossible, nous ne pouvons pas ». De la sentence des juges, il en appelle à la conscience des juges : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu » : quelle parole ! Il y avait donc opposition entre ce que Dieu avait ordonné aux apôtres et la sentence du sanhédrin. Le Seigneur avait demandé aux apôtres de prêcher l’évangile et ces autorités donnaient un ordre absolument contraire. Cf. Rom 13. Toute autorité est de Dieu mais cela ne veut pas dire que Dieu approuve cette autorité dans tout ce qu’elle fait. L’autorité est responsable devant Lui – car toute autorité est de Dieu – qui s’exerce contre Lui. Nous pouvons reconnaître une autorité sans toutefois lui obéir si son ordre entre en conflit avec ce que Dieu dit. Voir Daniel 4. 18 tout le respect que les trois Hébreux ont pour le roi tout en lui disant qu’il leur est impossible de lui obéir.

Nous avons là implicitement attestée, la divinité de Christ puisque c’est Christ qui avait donné des ordres aux apôtres (Act. 1). Jésus est présenté comme étant Dieu. Il est absolument impossible, dit Pierre, que nous ne parlions pas des choses que nous avons vues et entendues. Nous ne le pouvons pas parce que le Seigneur nous a demandé de prêcher l’Évangile. C’était une circonstance, comme nous le verrons au ch. 5. 29 où il fallait « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». On voit encore ici comment Dieu dispose toutes choses. Est-ce que les membres du sanhédrin vont protester contre ces paroles des apôtres ? – Absolument pas. Dieu intervient et permet que les chefs du peuple craignent de s’aliéner le peuple, de telle sorte qu’ils se bornent à les menacer, et ils les relâchent : « Et après les avoir menacés, ils les relâchèrent, ne trouvant pas comment ils pourraient les punir, à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui avait été fait » (v. 21). Il est frappant de voir comment Dieu, caché derrière la scène, dispose toutes choses pour que Son œuvre soit accomplie. On a pu dire que pour la puissance de Dieu, l’obstacle même est un moyen. Quand il y a un obstacle sur le chemin, Dieu s’en sert pour accomplir Sa volonté.

– v. 22 : « Car l’homme en qui avait été faite cette miraculeuse guérison, avait plus de quarante ans » : pourquoi trouvons-nous cela tout à la fin et non pas au début du chapitre 3 ?

– Sans doute l’Esprit de Dieu souligne ici que cette guérison était une figure de ce que Dieu avait voulu opérer pour l’homme, éprouvé pendant quarante siècles et dont l’histoire a manifesté sa ruine totale et irrémédiable. L’Esprit de Dieu rappelle ici que toute cette scène (ch. 3 et 4) devait parler à la conscience du peuple, de tout homme, puisque le cas de cet homme est une illustration de celui de l’homme en général et du peuple d’Israël en particulier.

Une fois relâchés, que vont faire les apôtres ? Ils auraient pu tout de suite continuer leur service. Ce n’est pas ce qu’ils font immédiatement. « Ils vinrent vers les leurs ». Il y a une difficulté dans le service, l’ennemi s’est manifesté ; les apôtres sentent tout particulièrement la nécessité des prières de l’assemblée. Tout serviteur devrait demander ce secours et ce soutien et en particulier quand des difficultés graves sont là. Nous ne savons pas assez user d’une telle ressource : les prières de l’assemblée. Comme nous devrions avoir à cœur en bien des circonstances de nous tourner vers l’assemblée pour faire appel à toute la puissance et à tout l’amour de Dieu.

« Les leurs » : c’est une expression que nous trouvons plusieurs fois dans l’Écriture de même que « les nôtres », les « vôtres ». Col. 4. 9 « Onésime, le fidèle et bien-aimé frère, qui est des vôtres ». Tite 3. 14 : « que les nôtres aussi apprennent à être les premiers dans les bonnes œuvres ». Ce ne sont pas des expressions qui pourraient nous faire penser que les croyants réunis autour du Seigneur constituent une secte. Il y a un ensemble de croyants, membres d’un même corps, liés les uns aux autres, et ensemble liés à Christ. Nous pouvons penser que l’assemblée était peut-être déjà réunie pour la prière. Nous avons au moins deux exemples de réunions d’assemblée spéciales pour la prière, au ch. 12 et ici. Nous ne savons pas assez ce que c’est qu’une réunion spéciale de l’assemblée pour la prière, non pas une forme, non pas un rite à accomplir, mais un besoin éprouvé par tous les cœurs. En tous cas, nous voyons maintenant l’assemblée en prière à la suite des paroles de Pierre et de Jean. On n’a pas besoin de se consulter longtemps pour savoir s’il est opportun de rassembler l’assemblée pour la prière. La prière va jaillir de tous les cœurs, du cœur de l’assemblée : la prière de l’assemblée. « Ils élèvent » (pluriel) « leur voix » (singulier). Un frère parle mais c’est l’assemblée qui prie. Il ne devrait jamais y avoir la prière individuelle d’un frère présentée en public, mais la prière de l’assemblée exprimée par un frère. La prière de l’assemblée est celle qui traduit ce qui est sur le cœur de tous les frères et de toutes les sœurs. On dit : c’est très difficile. Qui est-ce qui sait ce qui est sur le cœur de tous ? Le Saint Esprit seul peut le faire connaître. Cela demande donc des exercices spirituels, la dépendance du Saint Esprit, la recherche de la communion de l’Esprit.

– C’est ce qui donne de l’importance au petit mot « amen » qui est l’expression par les frères et sœurs de leur communion dans la prière ou l’action de grâces.

– Il est tout à fait regrettable qu’on entende si peu d’« amen » aux prières de l’assemblée, si elles sont selon le Seigneur. Les sœurs aussi bien que les frères devraient dire « amen » aux prières de l’assemblée, avec une nuance à observer qui est en rapport avec leur position réservée. Les frères et les sœurs doivent montrer leur communion en prononçant amen. Une sœur faisait observer une fois après une réunion, que les sœurs ne peuvent pas prononcer distinctement « amen » puisqu’elles doivent se taire dans l’assemblée. Mais cela n’a rien à voir avec le fait que les sœurs doivent garder le silence dans l’assemblée, car alors elles ne devraient pas chanter non plus. Elles doivent dire « amen » d’une manière moins marquée que les frères mais d’une manière qui soit quand même entendue. Il y a un cas où les frères et les sœurs ne peuvent pas dire « amen » : c’est lorsque la prière contient des expressions choquantes ou ne traduit manifestement pas ce qui est sur le cœur de l’assemblée. Il faut bien entendu éviter que l’amen ne donne lieu à une sorte de manifestation d’approbation ou de non-approbation. Il faut se garder de tout ce qui pourrait venir de nos cœurs naturels. Il y a dans l’amen une pensée d’encouragement pour celui qui a été la bouche de l’assemblée, traduisant que l’assemblée est de plein cœur dans ce qui a été exprimé. Tout cela doit donner lieu à des exercices spirituels. Il ne s’agit pas de venir s’asseoir sur un banc pour écouter ceux qui parlent. Plus il y aura d’exercice, plus il y aura de bénédiction dans les réunions d’assemblée. Les réunions d’assemblée sont ce que nous en faisons. Faisons surtout de ces réunions d’assemblée, un sujet d’exercice individuel. Prions beaucoup avant les réunions pour que la présence du Seigneur soit réalisée, pour qu’on y sente la puissance du Saint Esprit.

Nous avons vu, au début de ce chapitre 4, comment les autorités étaient intervenues, avant même que Pierre ait terminé son discours, pour arrêter les apôtres, étant en peine de ce qu’ils annonçaient la résurrection d’entre les morts, cette doctrine essentielle du christianisme. Le sanhédrin n’ayant pas le droit de rendre un jugement de nuit, Pierre et Jean sont mis sous garde et c’est le lendemain matin que les apôtres comparaissent devant ce tribunal. Pierre, plein de l’Esprit Saint, répond à la question qui lui est posée : « Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? » Il est l’organe des apôtres c’est-à-dire qu’il parle non seulement en son nom, mais aussi au nom de Jean. Accusé, il se transforme en accusateur ; il accuse ceux qui étaient ses accusateurs et il les accuse d’un crime effroyable : ils avaient renié le saint et le juste, ils avaient crucifié Jésus Christ le Nazaréen, et ce Jésus qu’ils avaient crucifié, Dieu l’avait ressuscité d’entre les morts. Les apôtres insistent sur la valeur et la puissance du nom de Jésus. Ils présentent Jésus comme la pierre angulaire, méprisée par les Juifs mais élue, choisie, précieuse aux yeux de Dieu, la pierre angulaire, celle sur laquelle repose l’édifice. Il est en même temps la pierre de faîte. Pierre insiste sur le fait qu’il « n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés », parole qui a été le moyen d’amener tellement de personnes à la connaissance de la vérité.

Les chefs du peuple sont frappés devant ce double témoignage : l’homme boiteux guéri et le discours de Pierre. « Ils n’avaient rien à opposer ». Mais la méchanceté du cœur de l’homme se manifeste : ils enjoignent à Pierre et à Jean « de ne plus parler (littéralement : ne pas faire entendre le moindre son) ni enseigner, en aucune manière au nom de Jésus ». Pierre et Jean leur répondent : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu ». Il était impossible à Pierre et à Jean d’obéir à cet ordre du sanhédrin : c’était un cas où il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes et le Seigneur les avait envoyés prêcher jusqu’au bout de la terre (Act. 1. 8). Les chefs du peuple craignaient la foule qui glorifiait le pouvoir du Seigneur exercé par le moyen des apôtres. « Ils les relâchèrent, ne trouvant pas comment ils pourraient les punir, à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui avait été fait ».

v. 23 et suivants : Pierre et Jean remplissaient leur service dans le monde, mais l’assemblée est intéressée par le service des ouvriers du Seigneur, même si ce service s’accomplit dans le monde. Il ne faut pas penser que l’assemblée n’a à juger que le service exercé dans son sein. On s’appuie parfois, pour justifier cette pensée erronée sur 1 Corinthiens 14. La Parole nous enseigne tout autrement. Les évangélistes sont responsables personnellement devant Dieu et vis à vis du Seigneur, mais il ne faut pas penser qu’un service quel qu’il soit puisse être rempli sans le secours des prières de l’assemblée. De telle sorte que Pierre et Jean, quelle que soit la mission qu’ils ont reçue du Seigneur pour prêcher Christ et la résurrection, vont vers « les leurs », l’assemblée, dont ils désirent les prières. Qui étaient-ils, ces quelques croyants par rapport à la masse du peuple ? En apparence, bien peu de chose. Mais c’était l’assemblée de Dieu, et la puissance du Saint Esprit allait se manifester au sein de l’assemblée en réponse à la prière. Il y a au sein de l’assemblée une puissance, la puissance du Saint Esprit, qui est infiniment plus grande que la puissance des hommes. Les deux ou trois réunis au nom du Seigneur peuvent faire appel à la puissance de Dieu pour le témoignage à rendre. Si l’ennemi manifeste de l’opposition, nous ne sommes pas sans ressources, nous pouvons faire intervenir Dieu avec toute la puissance qui est la Sienne. C’est ce que nous allons voir dans les versets qui suivent.

– Le Seigneur Jésus sur la terre, en tant que Fils de l’homme, n’avait pas plus de ressources que nous n’en avons présentement.

– Il est en effet important de le souligner, et cette vérité est présentée tout particulièrement dans l’évangile de Luc, où la vie de notre parfait Modèle est placée devant nous. Le Seigneur ne nous dit pas seulement : il faut marcher dans la lumière et dans l’amour, mais Il a marché dans ce monde et nous a montré comment nous devons y marcher.

Nous voyons dans cet évangile de Luc, trois ressources essentielles qui demeurent à notre disposition comme elles ont été à Sa disposition : la Parole, la prière et le Saint Esprit. Ce sont les trois ressources que le Seigneur, comme Homme, a utilisées. Jeune garçon à l’âge de douze ans, Il connaissait déjà la Parole ; assis au milieu des docteurs de la loi, Il les écoutait et les interrogeait. « Et tous ceux qui l’entendaient, s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses ». Au désert, lors de la tentation, Il a répondu à Satan par la Parole. D’autre part, dans cet évangile de Luc, Il est présenté sept fois en prière (nous ne pouvons pas douter qu’il ait prié plus de sept fois, mais cela constitue un nombre complet, parfait). Enfin, cet évangile nous Le montre aussi, rempli du Saint Esprit (Luc 1. 35 : né du Saint Esprit ; 3. 22 : recevant le Saint Esprit pour l’accomplissement de son ministère ; 4. 1 : « plein de l’Esprit Saint » ; « mené par l’Esprit dans le désert »). Nous avons à « marcher comme lui a marché » (1 Jean 2. 6). Nous avons là le côté individuel, bien sûr, mais nous pouvons considérer aussi le côté collectif.

La Parole et la prière sont également les deux piliers de la vie d’une assemblée. Une assemblée ne sera prospère que si ces deux ressources sont utilisées comme elles doivent l’être. Pour que les réunions de culte soient ce qu’elles doivent être, il faut que les deux piliers de la vie de l’assemblée soient solidement posés. Nous manifestons notre égoïsme jusque dans le culte, où nous ne parlons souvent que de nos bénédictions et de nos privilèges. Si nous étions davantage conscients de ce que sont les deux piliers de la vie chrétienne, nous présenterions davantage au Père la Personne de Son Bien-Aimé. C’est de Lui qu’Il désire que nous Lui parlions quand nous venons rendre culte. À propos des réunions de prière, citons un passage de Jacques 5 : « la fervente supplication du juste peut beaucoup ». Le juste, c’est celui qui manifeste la justice dans ses voies, réalisant la crainte de Dieu ; or, « le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent ». Le « juste » connaît donc les pensées de Dieu et peut prier selon Ses pensées. Si la fervente supplication du juste peut beaucoup, à combien plus forte raison, la prière de l’assemblée. Matthieu 18, dans un passage que nous rappelons souvent, nous dit que « Si deux d’entre vous (cela se rapproche de l’expression « les leurs » dans notre passage des Actes, voilà la famille de Dieu, voilà l’assemblée de Dieu) sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux ». Être d’accord, c’est avoir une même pensée, et cette même pensée doit être la pensée de Dieu, dans la dépendance du Saint Esprit.

– C’est remarquable de voir qu’il est dit « ils élevèrent » au pluriel, « leur voix » au singulier. La prière était celle de tous les frères, celle de l’assemblée.

– Dans une réunion d’assemblée pour la prière, n’oublions pas que la prière adressée à Dieu est celle de l’assemblée. Prenons garde de ne pas présenter, dans des réunions d’assemblée, des prières individuelles dites en public. Ce qu’il convient de présenter, c’est la prière de l’assemblée, celle qui est sur tous les cœurs, mais encore faut-il qu’il y ait quelque chose sur les cœurs ! Est-ce que chaque frère, chaque sœur, a été exercé pour savoir ce qu’il faut demander à Dieu ? Peut-être pas assez ! Voilà pourquoi nos réunions de prières sont souvent si pauvres, et se bornent parfois à rappeler des vérités de l’Écriture, à enseigner Dieu, comme on l’a dit quelquefois et comme si nous en étions capables ! Et comme si Dieu devait être enseigné ! Si le même Esprit opère en chaque croyant, et si chaque frère, chaque sœur est exercé, l’assemblée sera amenée à présenter par la bouche d’un frère les besoins qui sont sur tous les cœurs. Nos réunions seraient beaucoup plus riches, beaucoup plus bénies, si nous savions les préparer – une préparation dans le cœur, dans la prière individuelle, bien entendu.

– Le Saint Esprit peut diriger tel ou tel frère pour présenter les besoins de l’assemblée, sans que, peut-être, ce frère ait connaissance de certaines circonstances particulières. Mais il y a aussi la nécessité de « parler l’un à l’autre » pour connaître les fardeaux qui pèsent sur les uns et sur les autres afin de pouvoir intercéder ensuite dans la réelle connaissance des besoins.

– Pierre et Jean sont deux apôtres, mais ce sont aussi deux frères qui vivent dans l’assemblée. Ils ont quelque chose qui les préoccupe dans leur activité : les chefs du peuple avaient une autorité donnée de Dieu, mais ils leur ordonnent quelque chose de contraire à ce que le Seigneur leur avait commandé. Ils viennent donc le présenter à l’assemblée. Les frères et sœurs traversent parfois des circonstances pénibles, ils peuvent avoir un enfant rebelle, des peines, des souffrances, des maladies mentales, des maladies nerveuses, tant d’autres choses éprouvantes, encore. On se contente souvent de gémir sur sa peine, de garder sa souffrance pour soi, au lieu d’aller trouver les frères et de demander leurs prières, les prières de l’assemblée, peut-être en certaines circonstances même, des réunions de prière spéciales. Si nous avions cette liberté, nous pourrions apporter devant Dieu, en assemblée, par la prière, les fardeaux qui pèsent sur nos cœurs. On est frappé de voir le nombre de fardeaux qui pèsent sur les uns et les autres dans les assemblées. S’il y avait cette ouverture à quelques frères de confiance dans l’assemblée, il pourrait y avoir des prières, présentées à Dieu par l’assemblée réunie et, de la part de Dieu, des réponses merveilleuses.

– « Quelqu’un parmi vous est-il malade, qu’il appelle les anciens de l’assemblée, et qu’ils prient pour lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera » (Jac. 5. 14 et 15).

– Il y a dans ces versets un enseignement que l’on peut mettre en pratique aujourd’hui ; même s’il n’y a pas d’anciens officiellement nommés, il y en a qui sont reconnus. Nos relations fraternelles devraient être plus libres. Nous devrions pouvoir nous parler comme un frère parle à son frère, demander le secours de l’assemblée chaque fois qu’il est nécessaire.

– En Actes 12, nous voyons que l’assemblée faisait d’instantes prières pour l’apôtre Pierre qui était en prison et qu’Hérode voulait mettre à mort.

– Au chapitre 12 des Actes, les frères et sœurs de l’assemblée doutaient de la puissance de Dieu. Ils disent à la servante qui vient les avertir que Pierre est derrière la porte : Tu es folle ! Tandis que Pierre – nous pouvons penser qu’il avait prié – avait rejeté sur Dieu tout son souci : il dormait entre deux soldats, et d’un profond sommeil, puisque ce resplendissement d’une lumière au sein de sa prison ne le réveille même pas ! (v. 7) – sachant pourtant qu’Hérode allait le produire le lendemain. Il nous en faut beaucoup moins pour perdre le sommeil !

– L’apôtre Paul demandait lui-même à ce qu’on prie pour lui : « priant par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit, et veillant à cela avec toute persévérance et des supplications… pour moi, afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de l’évangile » (Éph. 6. 18 et 19).

– De même, à la fin de l’épître aux Hébreux, au ch. 13. 18 l’auteur dit : « Priez pour nous, car nous croyons que nous avons une bonne conscience ».

– Si l’apôtre Paul, l’apôtre Pierre, l’apôtre Jean ont eu besoin des prières de l’assemblée, combien plus nous-mêmes ! Puissions-nous retenir quelque chose de l’enseignement pratique que nous avons ici.

Ces croyants, réunis pour la prière, exposent les choses à Dieu telles qu’elles sont. « Et l’ayant entendu, ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu ». C’est le commun accord de Matthieu 18, la communion du Saint Esprit.

Ils s’adressent à Dieu, qui est le Dieu Tout-Puissant, le Dieu Créateur qui a appelé toutes choses à l’existence. Que sont les hommes en présence de Dieu ? Les frères et sœurs ne sont que quelques-uns réunis, mais Dieu est avec eux et c’est le Dieu créateur, le Dieu tout-puissant, Celui dont la puissance est infinie. Nous doutons souvent de la puissance de Dieu. Il y a de l’incrédulité dans nos cœurs. Toutes les lois de la nature, c’est Dieu qui les a faites. Tout lui obéit dans les cieux et sur la terre. D’un mot, le Seigneur calmait la tempête.

v. 26 : « Les rois de la terre se sont trouvés là, et les chefs se sont réunis ensemble, contre le Seigneur et contre son Christ ». C’est une citation du Psaume 2. Nous voyons comment l’assemblée, dans cette prière, fait un usage intelligent de l’Écriture. Le verset 3 aura son application quand l’Antichrist sera manifesté, quand la révolte contre Dieu atteindra son apogée ; les deux premiers versets ont eu une application partielle à la croix de Christ. La révolte contre Dieu aura son apogée avec l’Antichrist. Le fait que ces versets du Psaume 2 s’appliquent à la mort du Seigneur, est précisé au v. 27. L’expression « ton saint serviteur Jésus » se trouve aux versets 27 et 30. Pour David il est dit seulement : « ton serviteur ». Le Psaume 16, dans un de ses derniers versets nous dit : « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption ». Celui qui a été mis à mort, c’est « son saint », c’est l’oint de l’Éternel. Mais contre Lui « se sont assemblés et Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël ». On voit ici la conjuration des Juifs et des nations, ils sont tous là et tous coupables du rejet, du meurtre de Christ. À quoi a abouti ce rassemblement ? Il n’a fait que ce que Dieu avait déterminé à l’avance. C’était le conseil éternel de Dieu – de sorte que les hommes dans toute leur haine, ne font pas autre chose en définitive que ce que Dieu a déterminé. Et c’est une pensée encourageante. Nous voyons le mal faire des progrès rapides ; nous pourrions être inquiets. Mais ne nous mettons pas en peine, c’est Dieu qui dirige tout. Rien n’arrivera qu’Il ne l’ait ordonné, qu’Il ne l’ait permis. Et à la fin, tout arrivera au but que Dieu s’est proposé. C’est comme si l’assemblée disait dans sa prière : « Toute cette conjuration qui a élevé Christ sur une croix, n’a pas fait autre chose que ce que tu avais déterminé. Nous avons confiance qu’il en sera encore ainsi pour nous ».

Après avoir rappelé dans le début de cette prière la puissance infinie de Dieu, et ensuite ce que tous les hommes avaient fait, ils vont parler des circonstances en présence desquelles ils se trouvent placés : il y a des menaces de la part des chefs du peuple. Eh ! bien, Seigneur, regarde à leurs menaces, non pas pour que tu mettes de côté cette autorité juive, non pas pour que tu délivres tes serviteurs de cette opposition, mais pour que tu leur donnes « d’annoncer ta parole avec toute hardiesse ». Ils avaient eu de la hardiesse déjà la veille (v. 13), ils en demandent pour le lendemain. Ils demandent à Dieu qu’Il donne à ses serviteurs toute l’énergie nécessaire pour continuer à annoncer la Parole. Il y a sept circonstances où nous voyons les apôtres annoncer la Parole « avec hardiesse », en réponse à cette prière (4. 31 ; 13. 46 ; 14. 3 ; 18. 26 ; 19. 8 ; 26. 26 ; 28. 31).

v. 32 à 34 : Il y a là un déploiement de puissance spirituelle comme nous l’avons vu à la fin du chapitre 2, comme il en est question aussi en Hébreux 6. 4 et 5. « En étendant ta main pour guérir et pour qu’il se fasse des miracles et des prodiges ». C’est ce que l’assemblée avait demandé dans sa prière (v. 30) – en fait, le déploiement de la puissance spirituelle. Il s’exerçait d’abord au sein même de l’assemblée et dans tout ce qui était la vie de l’assemblée. Le déploiement de puissance se verra ensuite dans le monde. En Actes 19 au verset 9, nous lisons : « Mais comme quelques-uns s’endurcissaient et étaient rebelles, disant du mal de la voie devant la multitude », Paul, « s’étant retiré d’avec eux, sépara les disciples, discourant tous les jours dans l’école de Tyrannus », et au verset 11 : « Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul ; de sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes ; et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient ».

La séparation permettait, semble-t-il, un déploiement extraordinaire de la puissance de l’Esprit. C’est toujours vrai : plus la séparation est maintenue, plus il y a de puissance spirituelle ; et c’est souvent le manque de séparation qui est une entrave au déploiement de la puissance de l’Esprit. Nous savons bien qu’après l’enlèvement de l’Église (2 Thess. 2) le Saint Esprit ne sera plus sur la terre et, pour un temps, la puissance de l’esprit satanique s’exercera sans entraves, sans que rien ne la « retienne »; il y aura alors « toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge et… toute séduction d’injustice » (v. 9). Quand on lit les différents passages qui nous parlent de ces temps-là, on est frappé par un mot qui revient très souvent : c’est le mot « séduction » » (Mat. 24 ; 2 Thess. 2). La puissance séductrice de l’ennemi ne sera arrêtée par rien. Elle s’exerce déjà présentement, faisant miroiter des choses qu’il ne donne jamais, mais qu’en sera-t-il alors !

Par quelle puissance les « miracles » et « prodiges » devaient-ils être et étaient-ils accomplis ? « Par le nom de ton saint serviteur Jésus ».

Nous avons déjà vu l’expression « le nom de Jésus » (ch. 3. 6 et 16 ; 4. 10 à 12). La puissance du nom de Jésus est soulignée tout particulièrement dans le livre des Actes. Il y a une puissance dans ce nom, une puissance qui nous rassemble, et qui doit ensuite se déployer dans l’assemblée. Si elle est limitée, c’est que nous apportons des entraves à son déploiement. Ne gémissons pas sur l’état des assemblées. Ne nous résignons pas à un tel état de choses. Et puis, surtout ne disons pas : c’est en raison de la conduite et de l’action d’un tel ou d’un tel, mais considérons d’abord notre propre état, ayons à faire au Seigneur, jugeons tout ce qui en nous doit être jugé. N’accusons pas l’un ou l’autre. Que chacun regarde à soi-même et comprenne sa responsabilité, non seulement pour son propre état individuel mais encore pour ce qui lui incombe dans l’assemblée. Il suffit d’une personne en mauvais état pour que toute l’assemblée en souffre.

– Nombres 12 : exemple de Marie.

– C’est très frappant. Tout le peuple a souffert pendant sept jours du péché de Marie. Quelle responsabilité devant Dieu ! C’est plus que la responsabilité individuelle relative à la marche individuelle, c’est toujours la responsabilité individuelle, mais avec sa répercussion dans la vie de l’assemblée. Si nous aimons le Seigneur, non pas du bout des lèvres, non pas « de parole ni de langue », nous aimerons l’assemblée du Seigneur ; elle est chère à son cœur, et nous aurons à cœur de nous trouver chacun dans un état moral et spirituel qui ne soit pas une entrave pour la vie et la prospérité de l’assemblée. C’est une question de cœur pour le Seigneur et pour l’assemblée du Seigneur.

v. 31 « Et comme ils faisaient leur supplication, le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé, et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse ». La réponse à la prière n’est pas toujours immédiate, Dieu peut la faire attendre. Il a Son moment. C’est le « moment opportun » d’Hébreux 4. Dieu veut en bien des circonstances, éprouver notre foi ; il faut la persévérance de la prière.

Mais il y a des cas où Il répond aussitôt. Nous avons l’expression bien connue d’Ésaïe : « avant qu’ils crient, je répondrai, et pendant qu’ils parlent, j’exaucerai » (És. 65. 24). Avant même que la prière de l’assemblée soit achevée, voilà la réponse de Dieu. Et c’était d’abord la manifestation de Sa puissance. C’était comme si Dieu leur disait : « Je suis le Dieu tout-puissant, le Dieu créateur, le Dieu souverain. Vous pouvez compter sur moi, je demeure encore aujourd’hui et à jamais tout-puissant » et « le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé », preuve de cette puissance divine.

– L’excellence de la puissance de Dieu est manifestée selon l’expression de 2 Corinthiens 4. 7. Et nous regardons trop souvent à la fragilité des vases de terre (v. 7), vases qui d’ailleurs doivent être brisés pour que se manifeste la puissance de Dieu. Souvent nous disons que nous sommes incapables, au lieu de regarder à l’excellence de la puissance de Dieu qui se manifeste aussi bien dans le service que dans l’ébranlement du lieu où ces croyants étaient alors assemblés. Ajoutons que notre « incapacité » est parfois réelle et provient du fait que le « vase » n’est pas brisé !

– Oui certes, nous avons besoin de nous humilier de la ruine, mais ne nous arrêtons pas au côté de notre responsabilité, ne jugeons pas les choses à notre petite mesure, considérons les choses du côté de Dieu. Ayons à cœur de demander à Dieu qu’Il nous réveille dans nos cœurs et nos consciences. Soyons ambitieux à cet égard, pour que le Seigneur produise du bien dans les assemblées. Souvent nous nous contentons de demander une « aumône ». Au fond, redisons-le encore une fois, il y a de l’incrédulité dans nos cœurs. Nous pensons tellement à la ruine de l’Église, à Laodicée, mais considérons aussi le côté de Dieu. Élevons-nous au-dessus de ce sur quoi nous arrêtons parfois uniquement nos regards.

– Dieu répond à la prière. Il a son moment pour répondre. Il peut faire attendre, il peut répondre aussitôt comme ce fut le cas ici. Ils étaient vidés d’eux-mêmes, remplis de l’Esprit Saint.

– Dieu donne à tous libéralement : ils étaient « tous remplis de l’Esprit » : retenons pour nous-mêmes l’exhortation d’Éphésiens 5. 18 : « Soyez remplis de l’Esprit ». « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné ; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement ; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et jeté çà et là ; or que cet homme-là ne pense pas qu’il recevra quoi que ce soit du Seigneur : il est un homme incertain dans ses pensées, inconstant dans toutes ses voies » (Jac. 1. 5 à 8).

– Et cela explique que bien souvent nous ne recevons pas : nous doutons, dans le fond de nos cœurs. Ici, ils sont tous remplis du Saint Esprit, ce qui souligne la communion entre eux. On voit se déployer là la puissance de Dieu, la puissance du nom de Jésus, la puissance du Saint Esprit.

v. 31 : « Ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la Parole de Dieu avec hardiesse » : c’est exactement la réponse à la demande exprimée à la fin du v. 29.

Nous verrons que la puissance du Saint Esprit ne se limite pas à cette réunion de prières mais va se poursuivre dans la vie de l’assemblée. Ce sont deux côtés très importants. L’un et l’autre doivent être caractérisés par la puissance du Saint Esprit.

Nous avons considéré cette réunion spéciale pour la prière dont il est parlé aux versets 23 à 31 du chapitre 4. Pierre et Jean avaient été relâchés par les anciens du peuple, mais l’ordre leur avait été donné de ne plus parler au nom de Jésus. Ils avaient cependant conscience de la hauteur de la mission qui leur avait été confiée et désiraient « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Act 5. 29). Dans les circonstances où ils se trouvent ainsi placés, avec l’exercice qui est le leur, ils n’estiment pas possible de reprendre aussitôt leur service. Ils ont besoin des prières de l’assemblée. Comme il est désirable que les serviteurs, à quelque titre que ce soit, même si leur service est rempli dans le monde, n’oublient pas que leur service sera vraiment utile s’il est rempli en communion avec l’assemblée. Pierre et Jean avaient été arrêtés la veille, et cela avait sans doute conduit l’assemblée à se réunir pour la prière : on peut penser que l’assemblée priait déjà pour eux avant qu’ils ne viennent « vers les leurs ». Que pouvait, semble-t-il, cette petite assemblée contre toute la puissance du monde ? En apparence, rien du tout. Mais en fait toute la puissance de Dieu était là ; elle se déploie en réponse à la prière.

Nous avons souligné qu’il serait souhaitable qu’il y ait parfois des réunions spéciales de prières, certains sujets ne pouvant être exposés dans les réunions habituelles de prières : des besoins particuliers, des exercices particuliers d’une famille ou d’un serviteur. Nous ne faisons pas assez appel aux ressources qui sont à notre disposition. On connaît parfois dans les assemblées certaines circonstances exerçantes dans les familles, et on peut être surpris que l’assemblée ne soit pas « un cœur et une âme » avec ceux qui sont éprouvés, pour exposer leurs besoins au Seigneur.

Nous avons vu, au v. 24, qu’une voix s’élève, mais c’est toute l’assemblée qui prie : une voix exprime ce qui est sur tous les cœurs. L’assemblée fait appel au Dieu souverain, à Celui dont la puissance est infinie et combien plus grande que celle des hommes ; c’est Lui qui avait établi les autorités qui avaient interdit aux apôtres de parler au nom de Jésus. Il est rappelé ensuite une parole de David, au Psaume 2, qui s’était réalisée prophétiquement à la croix : toute cette puissance des hommes s’était déployée pour faire – en définitive – ce que Dieu avait déterminé à l’avance. C’est Sa pensée, c’est Son conseil qui s’accomplit. De telle sorte que l’assemblée en prière, comptant sur Dieu, demande : « Donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse, en étendant ta main pour guérir, et pour qu’il se fasse des miracles et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus ». Elle demande le déploiement de la puissance de Dieu, le déploiement de la puissance de Jésus. La réponse est immédiate, elle est donnée, semble-t-il, avant que la prière soit terminée : « et comme ils faisaient leur supplication, … le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé » : la puissance de Dieu se déployait, « et ils furent tous remplis du Saint Esprit » : le Dieu qui peut ébranler la terre était là ; Dieu par son Esprit était là et ils furent « remplis du Saint Esprit ».

Au chapitre 4, il est frappant de voir le déploiement de la puissance de l’Esprit : v. 8 : « Pierre, étant rempli de l’Esprit Saint » ; v. 31 — « ils furent tous remplis du Saint Esprit », v. 33 : « et les apôtres rendaient avec une grande puissance… une grande grâce était sur eux tous », v. 34 : le déploiement de la puissance de l’Esprit dans la vie pratique de l’assemblée. Il y a donc dans ce chapitre quatre points qui nous montrent la puissance du Saint Esprit :

a) chez Pierre

b) chez les disciples

c) dans l’énergie avec laquelle « les apôtres » et « eux tous » rendent témoignage (v. 33)

d) dans les fruits produits chez les croyants, dans toute leur vie pratique.

« Et ils annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse » : c’est ce qu’ils avaient demandé à la fin du verset 29.

Le dernier paragraphe du chapitre nous montre que ce déploiement de la puissance de l’Esprit ne s’est pas limité à la réunion de prière mais s’est poursuivi dans le service des apôtres, dans la vie pratique de l’assemblée. Si nous avons à cœur de réaliser des réunions heureuses, ne pensons pas que la puissance du Saint Esprit que nous pouvons y éprouver doive en rester là ; ses effets doivent se prolonger dans notre vie individuelle, dans la vie de nos familles et dans la vie pratique des assemblées. C’est un enseignement que nous pouvons tirer de la fin de ce ch. 4.

« Et la multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme ». Le cœur, c’est le siège des affections, l’âme le siège des pensées. Ils avaient donc des affections communes, des pensées communes, parce qu’ils avaient un seul et même objet. Ils réalisaient effectivement « la communion du Saint Esprit » (2 Cor. 13. 13). Pour réaliser la communion du Saint Esprit, la communion des saints dans l’assemblée, il est important que d’abord chaque frère, chaque sœur recherche pour soi-même la communion avec le Seigneur. Il doit y avoir d’abord un travail individuel. La communion que nous sommes appelés à réaliser découle du fait que « notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1. 3). Il est important de souligner que notre communion doit être réalisée avec Dieu d’abord – Dieu en premier ; et ensuite elle pourra être goûtée les uns avec les autres.

C’est ce que nous avons au début du livre des Actes, à la fin du ch. 2 et à la fin du ch. 4 : les saints recherchaient la communion avec Dieu d’abord, aussi on les voit « d’un commun accord » au chapitre 2 et « un cœur et une âme » à la fin du ch. 4. Si nous recherchons en premier lieu un certain accord entre frères et sœurs avant de rechercher la communion avec Dieu, nous risquons de voir se créer un état d’esprit générateur de clans, de partis, de groupes, se formant dans les assemblées et qui seront un obstacle à la communion avec Dieu. S’il y a l’exercice individuel convenable chez chaque frère et chaque sœur, les frères et les sœurs seront « un cœur et une âme », il y aura une même affection, une même pensée.

On pourrait avoir tendance à croire que l’assemblée n’existe et ne vit que quand elle se réunit. La vie de l’assemblée existe en tout temps. Le croyant vit avec Dieu et il est membre du corps de Christ. Il a un témoignage individuel qui a ses répercussions dans la vie de l’assemblée. Si quelquefois les réunions d’assemblée sont languissantes, c’est peut-être parce que la vie de l’assemblée, dans l’intervalle des réunions, est pauvre.

Il est certain que si les frères et sœurs recherchaient cette communion avec le Seigneur, il y aurait davantage de rapports fraternels heureux, non pas des relations comme en ont entre eux les hommes de ce monde qui sympathisent pour des raisons diverses, mais des relations réalisées en Dieu, en Christ et dans la puissance du Saint Esprit. Ces relations fraternelles telles que nous les présente l’Écriture, manquent surtout dans les assemblées nombreuses, dans celles des grandes villes en particulier. Si nous pouvions les réaliser quelque peu, il y aurait davantage de prospérité dans les assemblées. Ce qui peut nous garder, nous préserver des pièges de l’ennemi, ce ne sont pas tellement les exhortations présentées, c’est la réalisation de la présence du Seigneur. Si nous la réalisions non seulement dans l’assemblée mais dans nos vies individuelles et dans nos maisons, nous serions gardés, préservés des dangers que nous côtoyons. Il n’y a rien qui puisse garder un croyant comme la réalisation de la présence de Dieu, la présence du Seigneur. Il nous faut rechercher chacun pour soi-même la communion avec le Seigneur. Ne tournons pas nos regards vers notre frère ou notre sœur pour penser qu’il a fort à faire pour cela. Regardons chacun dans notre propre cœur, considérons notre propre état. Les réunions d’assemblée sont ce que nous les faisons, chacun individuellement.

Le fait que ces croyants étaient « un cœur et une âme » se traduit dans la vie pratique « et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux ». Le tien, le mien n’existaient pas. Ces croyants recevaient les biens matériels comme donnés par Dieu et se considéraient comme des gestionnaires des richesses qui leur étaient ainsi confiées, de telle sorte qu’il n’y avait ni pauvre ni riche. Pour réaliser de telles choses, il faut la puissance spirituelle de ces premiers jours.

Nous avons rappelé à propos de la fin du ch. 2 que des expériences actuelles ont été effectuées (on a essayé de « copier » ce que faisaient ces croyants) et se sont toutes terminées par des échecs. Pour réaliser cela il faut une foi réelle. Si nous réalisions la même communion, la même puissance, nous pourrions réaliser la même chose. Le fait que nous nous en sentons incapables, nous donne la mesure de la ruine et du déclin qui nous ont atteints.

On peut dire que ce verset est en relation avec ce qu’on trouve en Jean 17. 20 et 21, dans la prière du Seigneur : « Or je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole ; afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé ». Jean, dans son évangile comme dans ses épîtres, nous parle de l’unité de la famille. En effet, dans les premiers jours de l’Église sur la terre, les croyants formant la famille de Dieu réalisaient cette unité de la famille. Cela formait un témoignage puissant devant le monde, et cependant le monde entier n’a pas cru. Le monde n’a pas cru dans son ensemble, mais par ce témoignage rendu par les premiers croyants, quelques-uns ont été atteints : trois mille âmes, cinq mille âmes, une grande multitude dans un troisième passage (2. 41 ; 4. 4 ; 5. 14). On a dit quelquefois que cette prière du Seigneur n’a pas été exaucée, parce que le monde dans son ensemble n’a pas cru, mais ces premiers jours de l’histoire de l’Église ont bien été une réponse à la prière du Seigneur adressée à son Père.

Le verset qui suit nous montre l’activité des apôtres : « Les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous » : ce témoignage est le témoignage capital qui a été rendu tout au long de ces chapitres, celui de la résurrection. La puissance de Dieu, la grâce de Dieu se déploient d’une manière remarquable. On peut dire que, encore aujourd’hui, si une assemblée est en bon état, il y aura de la puissance dans le témoignage rendu au dehors, même si cette puissance n’est pas aussi « grande » que celle du témoignage des apôtres.

Il n’a pas fallu longtemps pour que l’ennemi travaille au sein d’un tel état de choses (v. 32 ; 34 à 37) et pour que les sentiments de certains croyants soient changés. Et lorsque l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens, environ vingt ans après cette époque-là, il leur reproche d’avoir des procès entre eux et d’aller devant le monde pour la défense de leurs intérêts (1 Cor. 6). Ils étaient loin d’avoir « un cœur et une âme » et de considérer que les choses qu’ils possédaient n’étaient pas à eux.

v. 35 : On voit avec quelle sagesse et avec quel discernement, les apôtres subvenaient aux besoins des saints : c’était « selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin ».

Il est frappant de voir en 2 Corinthiens 8. 11 à 15 la présentation des mêmes principes : « Or maintenant, achevez aussi de faire, de sorte que, comme vous avez été prompts à vouloir, ainsi aussi, vous soyez prompts à achever en prenant sur ce que vous avez ; car si la promptitude à donner existe, elle est agréable selon ce qu’on a, non selon ce qu’on n’a pas ; car ce n’est pas afin que d’autres soient à leur aise et que vous, vous soyez opprimés, mais sur un principe d’égalité : que dans le temps présent votre abondance supplée à leurs besoins, afin qu’aussi leur abondance supplée à vos besoins, de sorte qu’il y ait égalité, selon qu’il est écrit (au sujet de la manne) : celui qui recueillait beaucoup n’avait pas plus, et celui qui recueillait peu n’avait pas moins ». Tout le ch. 8 nous parle de libéralité et de la manière d’exercer cette libéralité ; comme aussi le ch. 9. 6 : « Celui qui sème chichement moissonnera aussi chichement, et celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement. Que chacun fasse selon qu’il se l’est proposé dans son cœur, non à regret ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement ».

Ces principes sont en effet très importants et il est bon de nous en souvenir. Il est toujours vrai que « celui qui arrose sera lui-même arrosé » (Prov. 11. 25). C’est aussi vrai au point de vue matériel qu’au point de vue spirituel.

On a remarqué que les premières défaillances dans l’assemblée sont survenues à l’occasion de questions matérielles. Comment pouvons-nous agir aujourd’hui ? – Nous devrions considérer tout ce que nous avons comme appartenant au Seigneur et non pour servir à nos propres intérêts. Même s’il est humiliant que nous soyons loin de l’état caractérisé ici par « une grande grâce » qui « était sur eux tous », il y a un chemin à suivre qui nous est suggéré par un passage de Jonas : « Ceux qui regardent aux vanités mensongères abandonnent la grâce qui est à eux » (2. 9) La grâce de Dieu est dispensée à chacun ; si nous nous attachons aux « vanités », nous abandonnons la grâce et nous ne discernons plus ce qui plaît au Seigneur.

Il n’y a que la vie divine dans le croyant qui puisse produire de tels fruits. Comme il est attristant de voir un croyant consacrer sa vie à amasser avec âpreté des richesses en manifestant son égoïsme ! L’apôtre adresse des exhortations aux riches en 1 Timothée 6. 17 : « Ordonne à ceux qui sont riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir ; qu’ils fassent du bien ; qu’ils soient riches en bonnes œuvres ; qu’ils soient prompts à donner, libéraux, s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir, afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie ». On accumule des richesses pour avoir une vie plus agréable mais qu’est-ce qui est « vraiment la vie » ? Pourquoi travaillons-nous ? C’est à l’avenir que nous devons penser, nous « faire des amis avec les richesses injustes » (Luc 16).

On peut aussi citer ce texte d’Éphésiens 4. 28 : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin ». Le chrétien devrait dire : « ce qui est à moi est à toi ».

Dans l’épître aux Hébreux, quand il est dit : « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges », il est ajouté « n’oubliez pas la bienfaisance, et de faire part de vos biens ». Souvent on reste dans le domaine spirituel, oubliant la charité pratique. Dans la liste de 1 Corinthiens 5, en même temps que les fornicateurs, les outrageux, les ivrognes, il est question des avares.

L’apôtre Paul, qui nous adresse ces exhortations, peut être placé devant nous comme un modèle puisqu’il dit aux anciens d’Éphèse : « ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi. Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi il nous faut secourir les faibles et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : il est plus heureux de donner que de recevoir » (Act. 20. 34 et 35).

Nous avons l’exemple du parfait modèle, Celui qui s’est appauvri pour nous enrichir, puis l’exemple de l’apôtre, et ici à la fin du ch. 4 l’exemple de Barnabas, dont le nom est interprété : « fils de consolation ». C’est un nom tiré du syro-chaldéen, qui signifie exactement fils de prophétie ou fils de la prophétie. Les deux significations ne sont pas contradictoires, loin de là. « Celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation » (1 Cor. 14. 3) Barnabas était un prophète (Act. 13. 1), il exerçait le don de prophète. On peut donc penser que son don portait davantage sur la « consolation » que sur « l’exhortation » ou « l’édification ». C’est la première circonstance où il nous est parlé de Barnabas : il avait une terre et la vendit. Il est fait mention de lui à plusieurs reprises dans les chapitres suivants du livre des Actes.

Ch. 5

Ce chapitre commence par un mot qui doit arrêter notre attention : « mais ». C’est ce « mais » qui lie l’enseignement du ch. 5 à celui du ch. 4. Le ch. 4 nous présente ce tableau de l’état de l’assemblée : « un cœur et une âme ». C’est un état que l’Ennemi ne peut supporter. Plus une assemblée sera en bon état, plus l’ennemi y travaillera et essayera de ruiner son témoignage. Mais meilleur sera l’état de l’assemblée, plus les ruses de l’Ennemi seront rapidement déjouées et le mal manifesté et jugé. Si un mal tarde à être manifesté, c’est généralement parce que l’assemblée est en mauvais état. On pense que l’assemblée n’est pas souillée par un mal qu’elle ne connaissait pas. Mais elle doit être amenée à la conscience de son état (qui a permis que ce mal subsiste) pour le juger. Le ch. 5 nous montre que l’ennemi cherche à travailler pour ruiner le témoignage remarquable rendu par les apôtres et les premiers croyants. Le fait que le Saint Esprit travaille dans le croyant, dans l’assemblée, ne veut pas dire, hélas, que la chair ne puisse plus se manifester.

Remarquons qu’il n’est pas dit un croyant nommé Ananias mais un « homme nommé Ananias ». De même l’apôtre dit « un tel homme » en parlant du méchant qui doit être ôté (1 Cor. 5). Pour l’Esprit de Dieu, il est déjà hors de la communion de l’assemblée. Et le Saint Esprit va agir de telle sorte qu’il sera retiré comme étant impropre au témoignage. Comme on l’a dit, en effet, il est très remarquable que ce soit à l’occasion de questions matérielles que le mal soit entré dans l’assemblée.

Au ch. 5, c’est une tromperie : le mensonge et l’hypocrisie. Au ch. 6, ce sont les mécontentements et les murmures dont l’ennemi voudrait se servir pour apporter du trouble au sein de l’assemblée. Ils se produisent à l’occasion de l’exercice de la bienfaisance.

Ne pensons pas que les questions matérielles soient des questions secondaires. C’est sans doute une ruse de l’Ennemi de nous faire croire cela. Toutes les questions qui concernent les réunions ou la vie de l’assemblée sont des questions importantes par le seul fait qu’elles concernent l’assemblée de Dieu, rien ne peut être considéré d’importance mineure dans ce qui concerne l’assemblée. Si nous méconnaissons l’importance des questions qui nous apparaissent comme des plus simples et ne méritant pas un profond examen, l’Ennemi s’en servira pour apporter du trouble dans l’assemblée. Ici, il s’agit de la manifestation de la chair chez un homme et une femme, Ananias et Sapphira : c’est la chair qui veut se donner une apparence de piété. Comme on l’a dit, la chair n’est jamais aussi dangereuse et aussi perfide que quand elle revêt une apparence religieuse.

Ananias et Sapphira avaient dans leur cœur des pensées d’égoïsme, mais en même temps, ils voulaient faire comme les autres, ne pas se singulariser. Ils vendent leur possession et sont censés apporter aux apôtres le prix total de la vente. Comme Pierre le leur dira un peu plus loin, ils n’étaient pas tenus de vendre leur terre ou, s’ils la vendaient, d’apporter la totalité de la vente. Le croyant n’est pas placé sous la loi. La liberté dans laquelle il est, est celle de la grâce ; mais en même temps, il est heureux, par amour pour le Seigneur, de faire ce qui Lui plaît, ce qui Le glorifie. Il y avait en fait chez Ananias et Sapphira mensonge et hypocrisie, puisqu’ils voulaient paraître comme ayant le même degré de spiritualité et de piété que tous les autres, alors qu’ils ne l’avaient pas. Voilà des enseignements qui doivent sonder profondément nos consciences.

Ananias et Sapphira pensaient que l’assemblée de Jérusalem était un groupe d’hommes à qui ils pouvaient mentir impunément, qui ne pouvaient connaître leurs pensées secrètes. Ils n’avaient pas saisi ce qu’est la présence de Dieu dans l’assemblée, et qu’on ne peut pas tromper Dieu, même si l’on peut tromper ses frères. C’est un point important. L’Ennemi cherche par tous les moyens à effacer la différence entre ce qui est l’expression de l’assemblée et les différents groupements de la chrétienté. Or, il y a là une différence capitale. Le mensonge et l’hypocrisie d’Ananias et de Sapphira vont être mis au jour aussitôt et jugés par la puissance du Saint Esprit.

Au ch. 4, l’Ennemi a opéré comme un lion ; il a exercé sa violence pour essayer d’arrêter les apôtres dans leur ministère. Ici, il se présente comme le serpent rusé. Dans un cas comme dans l’autre, il déploie la même énergie, mais il rencontre la même puissance, celle du Saint Esprit. La puissance de l’Ennemi ne peut être brisée, vaincue, que par la puissance de la Parole et de l’Esprit de Dieu.

v. 2 : « de connivence avec sa femme, mit de côté une partie du prix, et, en apportant une partie, la mit aux pieds des apôtres ». Ananias oublie que Dieu connaît tout et qu’Il sonde les cœurs et les reins. Satan cherche à détruire l’assemblée, le témoignage, par l’amour de l’argent qui conduit au mensonge et à l’hypocrisie. Mais le mal est aussitôt manifesté. Il n’a pas fallu attendre longtemps.

L’égoïsme de notre cœur naturel est mis en lumière déjà dans l’Ancien Testament : « Quand il y aura au milieu de toi un pauvre, quelqu’un de tes frères, dans l’une de tes portes, dans ton pays que l’Éternel ton Dieu, te donne, tu n’endurciras pas ton cœur, et tu ne fermeras pas ta main à ton frère pauvre ; mais tu lui ouvriras libéralement ta main » (Deut. 15. 7). Nous lisons aussi dans le livre de Néhémie, au ch. 5 : « Il y eut un grand cri du peuple et de leurs femmes contre les Juifs, leurs frères. Et il y en avait qui disaient : nous, nos fils et nos filles, nous sommes nombreux, et nous demandons du blé, afin que nous mangions et que nous vivions. Et il y en avait qui disaient : nous avons dû engager nos vignes et nos maisons pour nous procurer du blé dans la disette. Et il y en avait qui disaient : nous avons emprunté de l’argent sur nos champs et nos vignes pour le tribut du roi… Et je fus très irrité lorsque j’entendis leur cri et ces paroles. Et mon cœur se consulta sur cela, et je querellai les nobles et les chefs, et je leur dis : vous exigez de l’intérêt, chacun de son frère ! Et je leur opposai une grande congrégation ; et je leur dis : nous avons racheté selon notre pouvoir, nos frères, les Juifs, qui avaient été vendus aux nations et vous voulez vous-mêmes vendre vos frères ? Et c’est à nous qu’ils se vendraient ?… Ne devriez-vous pas marcher dans la crainte de notre Dieu… Laissons, je vous prie, cette usure ». Ananias et Sapphira faisaient semblant d’être libéraux, alors que l’avarice était dans leur cœur.

« De connivence avec sa femme » : n’y a-t-il pas un enseignement à tirer quant à la place de Sapphira, surtout en contraste avec « Aquilas et Priscilla ». ?

Une sœur doit être « une aide » pour son mari. Ce mot « aide » est très important. Il faut y insister dans les jours actuels plus que jamais. Le foyer chrétien n’est pas « un ensemble » qui doit aller sous l’impulsion d’une double direction ou, en d’autres termes, d’une direction « bicéphale ». C’est le mari qui est le chef du foyer. Il a une autorité spéciale de la part de Dieu et elle doit être maintenue dans le foyer. Il faut s’élever contre la tendance qui voudrait voir deux directions dans le foyer : la femme égale de l’homme. Il ne doit pas y avoir de « codirection » dans un foyer. « Aide » : tel est le rôle de la femme, si utile dans le foyer. Certains passages des Actes nous montrent ce qu’a été le foyer d’Aquilas et de Priscilla. Priscilla a été « une aide » pour Aquilas. Quel service utile pour le Seigneur ! Pour Sapphira, c’est tout le contraire. Sapphira a été non pas une aide dans le bien, mais une aide dans le mal. Au lieu de retenir Ananias sur la pente où il glissait, elle a été d’accord avec lui, peut-être même l’a-t-elle poussé… Nous ne savons pas. Sans sortir de sa place, une épouse peut conseiller son mari, lui dire, de la part de Dieu, une parole qui lui sera utile, tout cela avec la sagesse que Dieu lui donnera.

L’influence des femmes est souvent indiquée dans la Parole : « Certainement il n’y eut point de roi comme Achab, qui se vendit pour faire ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, sa femme Jézabel le poussant » (1 Rois 21. 25). Voir aussi à ce sujet 2 Chron. 22. 3 ; 24. 7.

L’union du mari et de la femme est une chose importante, chacun étant à sa place, les deux ensembles formant un tout. Je donnerai un détail qui permet de saisir l’importance de cela. Le livre des Proverbes, sauf erreur, nous présente 14 passages où il est question de la mère. Sur ces 14 passages, il y en a 12 où il est question du père et de la mère et 2 seulement où il n’est question que de la mère (29. 15 ; 31. 1). En dehors de ces deux passages, le père et la mère nous sont toujours présentés ensemble. Ici, dans ce foyer, Ananias et Sapphira avaient une pensée commune, mais hélas ! ils pensaient à leurs intérêts tandis qu’en même temps ils voulaient avoir le prestige de la piété. Ils ont cherché en premier lieu l’approbation des hommes. C’est ce que nous cherchons souvent en premier. Il est utile d’avoir la communion des frères mais recherchons d’abord l’approbation et la communion de Dieu. Ananias et Sapphira ont d’abord cherché les louanges des hommes. On pouvait dire en les voyant : Voilà des croyants très généreux. La chair aime à être flattée, encensée. Leur amour de l’argent, leur mensonge, leur hypocrisie, leur égoïsme, tout cela les a conduits à manifester ce qu’il y avait dans leur cœur. Dieu connaît les pensées des cœurs. Il nous est dit en Proverbes 26. 26 « La haine se cache-t-elle sous la dissimulation, sa méchanceté sera découverte dans la congrégation ». Dans le cas d’Ananias et Sapphira, leur hypocrisie a été découverte dans la congrégation.

v. 3. La question de Pierre est aussi directe que possible. C’est une flèche qui transperce le cœur d’Ananias : « Pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur… ? » Quel contraste avec le ch. 4 où l’on voit les croyants « remplis du Saint Esprit » ; ici c’est Satan qui a rempli le cœur d’Ananias ! C’est Satan qui s’en était emparé. L’Écriture nous montre que le méchant, c’est essentiellement Satan. La première épître de Jean nous dit : « celui qui est né de Dieu se conserve lui-même, et le méchant ne le touche pas… le monde entier gît dans le méchant » (1 Jean 5. 18 et 19). Celui que l’on doit ôter de l’assemblée, c’est « le méchant ». C’est celui qui présente les caractères du diable – c’est une terrible chose – alors que Christ est venu pour séparer les enfants de Dieu et les enfants du diable.

« Que tu aies menti à l’Esprit Saint » : l’Esprit Saint est une Personne. Voilà un passage qui nous montre que c’est bien une Personne. Un peu plus loin, à la fin du v. 4 il est dit : « Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu ». Passage qui nous montre aussi qu’Il est Dieu. Le mensonge d’Ananias et de Sapphira n’était pas seulement à l’égard de l’assemblée mais aussi à l’égard de Dieu. Comment Ananias et Sapphira ont-ils commis ce mensonge ? Conduits par Satan, celui qui est menteur et le père du mensonge. Quelle haine a Satan contre la vérité et contre l’assemblée qui est « la colonne et le soutien de la vérité » ! Au sein de l’assemblée, voilà un homme qui se laisse circonvenir par Satan et qui dit un mensonge. On peut dire qu’il y a des degrés, non dans la gravité du péché – tous les péchés sont graves – mais dans les circonstances où il est commis.

C’est pourquoi, au début d’une économie, lorsqu’un mal est manifesté, le jugement de Dieu s’exerce d’une façon exceptionnelle. Après le déluge, le jugement est tombé sur Cham et demeure jusqu’à aujourd’hui. De même au début de la sacrificature, Nadab et Abihu ont été consumés par le feu du jugement. De même encore, au début de la royauté le jugement est tombé sur Saül. De même enfin, au début de l’Église avec Ananias et Sapphira. On a fait un parallèle avec le péché d’Acan quand le peuple d’Israël est entré en Canaan, image des lieux célestes. Le péché d’Acan a entraîné l’exercice d’un jugement inexorable, comme celui qui a été exécuté sur Ananias et Sapphira. Le péché est toujours le péché devant Dieu. Il n’y a pas de petit péché ou de grand péché, mais des degrés dans les circonstances où l’acte a été commis. C’est le cas de notre passage.

C’est seulement à la fin du v. 3, que nous apprenons qu’Ananias et Sapphira avaient mis de côté une partie du prix de la terre. Nous ne le savions pas encore, mais Pierre le savait.

À deux reprises, il est parlé d’une grande crainte, v. 5 : « une grande crainte s’empara de tous ceux qui entendirent ces choses » et v. 11 : « et une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses ».

Nous avons considéré la fin du ch. 4 et nous avons dit quelques mots sur le début du ch. 5.

Nous voyons dans ces premiers chapitres du livre des Actes, comme l’Ennemi est actif pour s’opposer au témoignage de ces premiers croyants. Les moyens qu’il emploie sont variés, mais ils ont toujours le même but : détruire le témoignage que le Seigneur avait suscité. Au ch. 4, il emploie la violence. Mais que ce soit dans ce chapitre ou dans d’autres, nous voyons Dieu opérer de telle manière qu’il soit manifesté que l’Ennemi « fait une œuvre trompeuse » (Prov. 11. 18). Dieu agit par la puissance de Son Esprit et le travail de la grâce s’opère.

Nous pourrions être découragés aujourd’hui en voyant la faiblesse qui est la nôtre. Mais nous sommes encouragés en considérant, d’une part, que les efforts de l’Ennemi ne sont pas d’aujourd’hui, et d’autre part, que le Saint Esprit est une Personne divine, demeurant au milieu de nous et en nous. Si nous réalisons la dépendance du Saint Esprit, Il agira pour déjouer les assauts et les ruses de l’Adversaire.

L’Ennemi agit comme lion au ch. 4 ; il ne peut pas supporter que la puissance du nom de Jésus soit manifestée. Il essaie donc d’arrêter Pierre et Jean dans leur service. Nous avons vu que, une fois relâchés, ils viennent vers « les leurs », et c’est la réunion de prière dont il est parlé dans le ch. 4. Au terme de cette réunion, il nous est dit qu’ils furent « tous remplis du Saint Esprit ». Cette réunion de prière tout à fait remarquable, qui avait pour but de demander à Dieu « toute hardiesse » pour annoncer la parole, et à laquelle Dieu a répondu en donnant toute hardiesse à ses serviteurs (fin du v. 31), n’est pas sans lendemain : l’action du Saint Esprit se poursuit dans les relations que ces croyants avaient les uns avec les autres. C’est ce que nous voyons dans le dernier paragraphe du ch. 4. Dans ces jours-là, il n’y avait ni riche, ni pauvre ; le tien, le mien n’existaient pas. Ces croyants étaient « un cœur et une âme ». Ils étaient occupés d’un seul et même objet.

Le chapitre se termine par la mention de Barnabas dont le nom signifie exactement « fils de la prophétie », ce qui, comme nous l’avons remarqué, n’est pas du tout en contradiction avec « fils de consolation » puisqu’il nous est dit que « celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation » (1 Cor. 14. 3). Barnabas était un prophète (Act. 13. 1). Dans l’exercice de ce don qui était le sien, on peut penser qu’il était plutôt orienté vers la consolation des saints.

Le ch. 5 va placer devant nous un autre assaut de l’Adversaire, qui se présente maintenant comme le serpent rusé. Quel contraste entre l’attitude d’Ananias et de Sapphira et celle des croyants dont il est parlé à la fin du ch. 4 !

Ce ch. 5 commence par un mot : « mais ». Ce « mais » établit le contraste entre le dernier paragraphe du ch. 4 et le premier paragraphe du ch. 5. Le début du ch. 5 retrace une scène profondément attristante ! Il nous fait voir que la chair est toujours dans le croyant et qu’elle ne demande qu’à se manifester. Si le Saint Esprit déploie sa puissance dans tout le cours du ch. 4, Il déploie la même puissance au ch. 5, pour opérer le jugement du mal dans l’assemblée. L’apôtre Pierre, avec un discernement remarquable, découvre le mal puis en opère le jugement par la puissance du Saint Esprit. Plus l’état d’une assemblée est bon, plus vite le mal est discerné et jugé. Et inversement, quand l’état d’une assemblée est mauvais, on ne discerne pas le mal, et si un jour il est découvert, on n’a pas l’énergie nécessaire pour le juger. La première pensée qui devrait alors remplir le cœur des frères et des sœurs est celle-ci : Pourquoi le mal n’a-t-il été manifesté qu’aussi tardivement ? Et la première chose à faire serait de s’humilier au sujet de l’état de l’assemblée. Nous avons à demander dans les réunions de prière que, s’il y a du mal dans l’assemblée, il soit manifesté afin qu’il puisse être jugé.

Nous avons dit quelques mots sur le début de ce ch. 5, sur lequel il est bon de revenir, tellement le sujet qu’il nous présente est important.

Comme nous l’avons observé la dernière fois, c’est la première ombre à ce tableau remarquable présenté au ch. 4. C’est la première tache sur l’Église, l’assemblée naissante. Il y en a eu bien d’autres depuis.

Qu’est-ce qui caractérise Ananias et Sapphira ? C’est qu’ils veulent faire comme les autres. Ils ne veulent pas se singulariser. Ils n’ont pas le même niveau spirituel que les autres mais ils veulent paraître aussi pieux, tout en gardant une partie de leur argent. On peut dire aussi qu’ils avaient perdu effectivement le sentiment de la présence du Seigneur dans l’assemblée : ils pensaient que l’assemblée était un simple groupement de croyants et qu’ils pouvaient mentir à ces croyants sans que personne ne le découvre. Mais l’assemblée, c’est le rassemblement des deux ou trois autour du Seigneur, comme expression du corps de Christ dans une localité. La réalité de la présence du Seigneur au milieu de nous doit nous pénétrer profondément. Ananias et Sapphira avaient cru mentir à des hommes, mais en fait ils avaient menti à l’Esprit Saint, qui est une Personne divine. Dieu est présent par Son esprit dans l’assemblée. On ne peut pas tromper Dieu.

– On peut penser que le v. 15 de Jacques 1 était réalisé par eux : « la convoitise ayant conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort ».

– Exactement. On peut lire depuis le v. 13 : «  Que nul, quand il est tenté, ne dise : Je suis tenté par Dieu ; car Dieu ne tente personne. Mais chacun est tenté, étant attiré et amorcé par sa propre convoitise… »

Certes, si l’état de l’assemblée était aujourd’hui ce qu’il était au commencement, le Saint Esprit pourrait agir avec la même puissance, et nous verrions bien des choses de la même nature que celles dont il est question ici. Si nous ne voyons pas s’exercer de tels jugements, ne pensons pas que le Seigneur se désintéresse de Son Assemblée. Il y a bien des actes du gouvernement de Dieu que nous pouvons parfois discerner.

On peut penser que 1 Cor. 11. 30 nous parle de cela : « C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment ».

Cela nous amène à considérer les trois jugements dont il est question dans l’Écriture :

– le jugement de soi-même,

– le jugement de l’assemblée,

– le jugement de Dieu.

Si nous réalisions, chacun pour nous-mêmes, le jugement de soi, si nous jugions les pensées les plus secrètes de nos cœurs, dans la lumière de Dieu, le travail de la grâce en purification s’opérerait en nous. Si nous ne le faisons pas, l’assemblée doit intervenir pour la purification de l’assemblée et pour la restauration du coupable. Si l’assemblée ne fait pas son devoir, si elle n’exerce pas les disciplines appropriées (disciplines pouvant aller jusqu’à l’exclusion), alors Dieu intervient. Il exerce Son jugement. Il s’exerçait ici. Il s’exerçait à Corinthe de la manière dont il nous est parlé en 1 Corinthiens 11. 30 « plusieurs sont faibles », physiquement et aussi spirituellement. La faiblesse spirituelle peut être l’exercice d’un jugement de Dieu. « Malades » : les maladies peuvent être l’effet d’un jugement de Dieu. « Un assez grand nombre dorment » : ils avaient été retirés comme étant impropres pour le témoignage. Le Seigneur use de patience avant d’intervenir, dans bien des cas, mais Il intervient à son moment. Il sanctifie, Il purifie l’assemblée par le lavage d’eau par la Parole. Si nous sommes défaillants dans l’exercice de la discipline dans l’assemblée, le Seigneur, Lui, ne peut pas manquer.

– Est-ce que ces trois jugements ne se retrouvent pas dans les trois passages suivants ? Le jugement de soi-même en 1 Corinthiens 11. 31 : « mais si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés », le jugement de l’assemblée en 1 Corinthiens 5. 12 : « ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? » et le jugement de Dieu en 1 Pierre 4. 17 : « car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu » ?

– Cela est tout à fait juste. Ces trois passages marquent bien les trois jugements dont nous avons parlé, le troisième étant en relation avec le v. 30 de 1 Corinthiens 11 qui a été cité ; il parle du même jugement, le jugement de Dieu, que 1 Pierre 4. Le v. 32 de 1 Corinthiens 11 concerne bien aussi le jugement que le Seigneur Lui-même exerce dans l’assemblée : « Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde ».

Pour en revenir à Actes 5, il faut bien penser que nous sommes là dans une période transitoire. Les croyants allaient encore dans le temple ou dans les synagogues. Ce n’est qu’en Actes 19 que nous voyons Paul séparer les disciples. Ils ne connaissaient pas (aucun enseignement ne leur ayant été donné à ce sujet) la discipline que l’assemblée est appelée à exercer : l’épître aux Corinthiens n’avait pas encore été écrite. C’est la raison pour laquelle, sans doute, Dieu intervient directement pour ôter le mal du milieu de l’assemblée. À présent, on peut penser que Dieu n’intervient directement que s’il y a eu défaillance dans le jugement de nous-mêmes ou dans le jugement de l’assemblée.

Ce chapitre nous dit donc : « Mais un homme nommé Ananias, avec Sapphira sa femme, vendit une possession et, de connivence avec sa femme, mît de côté une partie du prix et, en apportant une partie, la mit aux pieds des apôtres. Mais Pierre dit : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? » C’est immédiat. Pierre n’a pas besoin de poser une question. Nous avons souligné le contraste entre l’état des croyants décrit au ch. 4 « tous remplis du Saint Esprit », et celui d’Ananias dont Satan a rempli le cœur. Ananias avait oublié que Dieu connaît toutes choses.

Pierre, dans les paroles qu’il adresse à Ananias, insiste sur le fait qu’il n’y avait aucune obligation pour Ananias et Sapphira de donner le prix de cette vente. Le croyant n’est pas appelé à agir par obéissance à un commandement légal, mais par amour ; il est sous la loi de la liberté et de l’amour. Ananias et Sapphira avaient menti et fait preuve d’hypocrisie parce qu’ils voulaient paraître aussi fidèles, aussi pieux, aussi spirituels que les autres alors qu’ils ne l’étaient pas. Il est grave de chercher à paraître ce que l’on n’est pas, de chercher le prestige de la piété sans avoir cette piété.

On pourrait donner une illustration surtout pour les enfants. L’instituteur donne un devoir aux élèves. L’un le fait très bien et obtient une bonne note. Le maître demande aux autres élèves de l’imiter. Un élève qui copie sur un autre pour avoir un bon devoir, reçoit la note zéro. Ananias et Sapphira ont voulu copier l’acte de Joseph, surnommé Barnabas.

Ce qui donne de la valeur à un acte, ce sont les mobiles qui y ont conduit. Lorsque nous comparaîtrons devant le tribunal de Christ, ce sont « les conseils des cœurs » qui seront manifestés (1 Cor. 4. 5). Ananias et Sapphira avaient apporté une partie du prix de leur vente tout en laissant croire qu’ils donnaient la totalité, comme les autres le faisaient (ch. 4 fin du v. 34 et v. 37). Quel était le mobile qui les faisait agir ? C’était le souci de leur réputation, de paraître aussi pieux que les autres croyants. Voilà quelle est la première intrusion du mal dans l’assemblée : le mensonge, l’hypocrisie. Il y a des degrés, non pas dans la gravité du péché aux yeux de Dieu, mais dans la gravité des actes dans les circonstances où ils ont été accomplis. Ce qui donnait une extrême gravité au péché d’Ananias et de Sapphira, c’était le moment où il était accompli, moment correspondant à l’état de l’assemblée décrit à la fin du ch. 4.

« Que l’amour soit sans hypocrisie ; ayez en horreur le mal » (Rom. 12. 9).

Nous voyons, dans l’Ancien Testament, que les fautes qui ont été commises au début d’une nouvelle période sont toujours sévèrement sanctionnées qu’il s’agisse de Nadab et Abihu présentant un feu étranger (Lév. 10. 1 à 7), qu’il s’agisse de l’acte d’Acan. Au moment où le peuple entrait dans le pays de la promesse (Jos. 7). Le péché d’Acan pourrait être comparé à celui d’Ananias et de Sapphira.

David peut dire au Psaume 51 : « Tu veux la vérité dans l’homme intérieur, et tu me feras comprendre la sagesse dans le secret de mon cœur » (v. 6). C’est la devise que nous devons avoir, l’état moral qui devrait nous caractériser.

Pierre ajoute : « Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu ». Ananias pensait que son mensonge ne serait pas connu. Il n’avait vu dans l’assemblée que des hommes. Il avait oublié que l’assemblée est la maison de Dieu.

Le jugement de soi-même est une repentance continuelle, sans que pour autant il doive conduire à une occupation continuelle de soi-même ; son véritable objet est de nous amener dans un état moral qui nous permette de nous occuper du Seigneur, et de nous faire jouir de Sa communion. Il nous faut veiller pour prier et cela d’autant plus que, de nos jours, la puissance du Saint Esprit n’est pas aussi active qu’au commencement ; elle ne peut s’exercer comme dans les premiers jours de l’histoire de l’Église précisément parce qu’il y a, en nous et dans l’assemblée, trop de choses qui ne sont pas jugées alors qu’elles devraient l’être. Nous avons en germe dans nos cœurs, ce qui était dans le cœur d’Ananias et de Sapphira.

La puissance du Saint Esprit était effectivement très active en ces jours-là, mais la chair est toujours dans le croyant, au commencement comme aujourd’hui. Cette puissance n’empêchait pas que la chair soit dans le cœur d’Ananias et de Sapphira. Si nous ne veillons pas sur nous-mêmes, nous accomplirons « les œuvres de la chair » (Gal. 5. 19 à 21) au lieu de produire « le fruit de l’Esprit » (Gal. 5. 22 et 23). Nous parlions tout à l’heure des actes du gouvernement de Dieu. Quand le mensonge concerne l’assemblée de Dieu, son caractère est encore plus grave que dans tout autre cas. L’assemblée est la colonne et le soutien de la vérité. Mentir, c’est se laisser séduire par Satan. Le mensonge concernant l’assemblée est un acte d’une gravité exceptionnelle. Dans le cas d’Ananias et Sapphira, le jugement de Dieu s’exerce immédiatement ; c’est le cas d’un péché à la mort.

« Et Ananias, entendant ces paroles, tomba et expira. Et une grande crainte s’empara de tous ceux qui entendirent ces choses » (v. 5). Nous n’avons pas le temps, ce soir, de considérer les quatre conséquences de cet acte du gouvernement de Dieu dans l’assemblée. Nous pourrions dire un mot de la première : la crainte. Elle est mentionnée une deuxième fois au v. 11 : « Et une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses ». La crainte s’étend au-delà même de l’assemblée. Le jugement du mal dans l’assemblée produit une sainte crainte. C’est un principe de l’Écriture qu’il est bon de rappeler. La pensée de certains, qui voudraient empêcher l’assemblée d’agir parce qu’ils craignent que les parents ou amis de celui à l’égard duquel l’action est exercée ne s’éloignent, n’est pas selon l’enseignement que nous donnent ces versets d’Actes 5. On est animé souvent par la crainte de l’homme et on oublie que « la crainte des hommes tend un piège » (Prov. 29. 25). On oublie que le jugement du mal dans l’assemblée a des effets heureux : les âmes voient que l’assemblée est un lieu où le mal ne peut entrer et où il est jugé s’il a réussi à y pénétrer. Cette crainte n’est pas la peur mais la crainte de désobéir à Dieu.

Demandons-nous si, aujourd’hui, l’exercice du jugement par l’assemblée produit dans les âmes la crainte, et « une grande crainte ? » Voilà par exemple, une personne exclue de la communion, selon une décision prise par l’assemblée, ratifiée dans le ciel (Mat. 18. 18). Est-ce que cette décision de l’assemblée, ratifiée dans le ciel, remplit les âmes de crainte ? Hélas ! on est humilié de voir si souvent ce qu’il en est. « N’ayez pas de commerce avec lui » (1 Cor. 5. 11) : ce n’est pas l’injonction d’un homme, c’est une injonction de Dieu. Si on ne veut pas y obéir, c’est le mépris de la Parole, le mépris de l’assemblée. Si une âme a de la crainte, elle le montrera par l’obéissance à la Parole. Les frères responsables dans les assemblées devraient veiller à ce que les frères et sœurs respectent les décisions de l’assemblée. Cette « grande crainte » nous fait, hélas, défaut et c’est une autre attitude qui nous caractérise bien souvent en présence du jugement de l’assemblée. Que nous soyons attentifs à ces choses ! Nous pouvons avoir manqué par ignorance. Mais une fois que nous avons été éclairés, nous sommes beaucoup plus responsables.

– Comment comprendre Galates 6. 1 : « Frères, quand même un homme s’est laissé surprendre par quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur » ?

– Il ne s’agit pas là de quelqu’un qui est exclu de la communion, mais de quelqu’un qui a manqué occasionnellement : il « s’est laissé surprendre ». C’est la discipline « paternelle » qui doit s’exercer à son égard. Matthieu 18 nous parle de la discipline « fraternelle » et 1 Corinthiens 5 de la discipline de l’assemblée. Il peut, et même il doit y avoir certains contacts avec un frère exclu de la communion, ce doit être un service rempli par des frères agissant en qualité de sacrificateurs, comme on le voit en Lévitique 13 à propos du lépreux. Ce sont des visites qui présentent un tout autre caractère que celui de relations normales entretenues avec une personne exclue. Hélas ! ces visites ne sont pas toujours faites. On fait ce qu’on ne devrait pas faire et on ne fait pas ce qu’on devrait faire !

Faut-il un frère ou deux, pour ces visites ? En général, deux frères. Cela semble préférable, mais rien n’y oblige. Et peut-être, dans tel ou tel cas, sera-t-il mieux au contraire qu’un frère aille seul.

Nous pouvons tous être sacrificateurs, mais n’est-ce pas plutôt aux anciens de remplir ce rôle, comme nous le voyons en Jacques 5. 14 : « Quelqu’un parmi vous est-il malade, qu’il appelle les anciens de l’assemblée, et qu’ils prient pour lui » ?

Nous sommes tous sacrificateurs pour le service de la louange. Mais pour ce qui concerne la sacrificature selon les chapitres 13 et 14 du Lévitique, nous ne le sommes pas tous. Ce service incombe en effet plus particulièrement aux anciens de l’assemblée qui ont une charge spéciale dans l’assemblée locale, et aux pasteurs qui ont un don pour l’ensemble du corps. Nous pouvons nous poser la question : Est-ce que nous avons dans l’assemblée de véritables anciens et de véritables pasteurs ? Et si nous n’en avons pas, nous pouvons alors nous poser cette autre question : Est-ce que nous souffrons véritablement du fait que nous en manquons ? Et si nous en souffrons, nous pouvons nous poser cette nouvelle question : Est-ce que nous en faisons un sujet de prière dans les réunions de prière ? Si nous le demandions davantage et avec davantage de persévérance, le Seigneur répondrait en donnant des anciens présentant les caractères indiqués dans la Parole, ainsi que des pasteurs. Comme nous prions trop peu, comme nos réunions de prière sont trop rares. Il y a de petites assemblées où il n’y en a même pas ! Or, plus que toute autre réunion, elles devraient avoir des réunions de prière, précisément en raison de leur extrême faiblesse. Il faudrait peut-être des réunions spéciales de prière pour demander des anciens et des pasteurs. Y pensons-nous ? Nous avons une ressource à notre disposition, dont nous méconnaissons le prix et la valeur. Demandons aussi dans nos réunions de prière que nous ayons de la crainte, que ce soit véritablement ce qui nous caractérise !

v. 7 : « Et il arriva, environ trois heures après, que sa femme, ne sachant pas ce qui était arrivé, entra ». Nous n’avons pas beaucoup de détails. Nous comprenons un peu l’inquiétude de Sapphira, ne voyant pas son mari revenir après trois heures de temps. Probablement que personne n’était allé la voir. Personne n’avait osé lui retracer la scène qui venait de se passer. Voyant qu’Ananias n’était pas de retour, elle vient et pose sans aucun doute (v. 8) une question à laquelle Pierre répond : « Dis-moi, avez-vous donné le champ pour tant ? Et elle dit : Oui, pour tant. Et Pierre lui dit : Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur ? » Elle ment à son tour.

Tenter l’Esprit, c’était voir si le Saint Esprit pouvait, dans l’assemblée, discerner le mal. Ils pensaient que personne ne connaîtrait la chose. Ils avaient « tenté l’Esprit du Seigneur ». L’Esprit du Seigneur avait été mis à l’épreuve. « Voici les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront aussi. Et à l’instant elle tomba à ses pieds et expira. Et les jeunes hommes, entrant, la trouvèrent morte ; et ils l’emportèrent dehors et l’ensevelirent auprès de son mari » (v. 9 et 10). Ils ont été ensemble dans l’accomplissement de cet acte qui a été la première intrusion du mal dans l’assemblée, ils ont subi le même jugement et sont ensevelis ensemble.

Cette fin contraste avec celle d’Étienne enseveli par « des hommes pieux » (Act. 8. 2). Nous voyons que ce sont des « jeunes hommes » qui emportent et ensevelissent Ananias et Sapphira. Cela ne peut-il pas nous amener à penser que les tâches matérielles dans l’assemblée sont plutôt un service à accomplir par de jeunes frères ?

Les services matériels sont généralement confiés à de jeunes frères plutôt qu’aux frères plus âgés. Dans le cas d’Actes 5, ce service exigeait de la force physique, ce qui peut expliquer l’intervention de « jeunes hommes » – quoi qu’il en soit, le principe est juste. Il faut que chacun remplisse le service qu’il est apte à remplir. Il est frappant en effet de comparer, comme cela vient d’être rappelé, la fin d’Ananias et Sapphira avec celle d’Étienne. Cet ensevelissement d’Ananias et de Sapphira était une simple tâche matérielle. Il n’y a pas une seule parole prononcée. À propos d’un roi impie, il est dit : « il sera enseveli de l’ensevelissement d’un âne » (Jér. 22. 19). C’est une expression qui nous fait penser à cette scène d’Actes 5. 6 et 10, bien que l’acte du gouvernement de Dieu ne mette pas en cause la question du salut éternel d’Ananias et de Sapphira.

Nous trouvons au v. 11 : « Une grande crainte s’empara de toute l’assemblée ». Ce sentiment qui doit remplir nos cœurs, nous le trouvons déjà en Deutéronome 21. 18 : « Si un homme a un fils indocile et rebelle, qui n’écoute pas la voix de son père, ni la voix de sa mère, et qu’ils l’aient châtié, et qu’il ne les ait pas écoutés, alors son père et sa mère le prendront et l’amèneront aux anciens de sa ville, à la porte de son lieu et ils diront aux anciens de sa ville : voici notre fils, il est indocile et rebelle, il n’écoute pas notre voix, il est débauché et ivrogne ; et tous les hommes de sa ville le lapideront avec des pierres, et il mourra et tu ôteras le mal du milieu de toi, et tout Israël l’entendra et craindra ». Nous voyons ici la même expression qu’en Actes 5.

Nous verrons les autres conséquences du jugement du mal dans l’assemblée.

Nous avons considéré les onze premiers versets du ch. 5 des Actes, qui nous présentent un nouvel effort de l’ennemi, cherchant, dès le début, à ruiner le témoignage. Au ch. 5, il essaie de s’attaquer directement à l’assemblée en y introduisant le mal : c’est l’histoire d’Ananias et de Sapphira, la chair se manifestant dans l’assemblée en se recouvrant d’un manteau religieux, en se donnant l’apparence de la piété. Cet exemple n’a été que trop souvent imité dans l’histoire de la chrétienté : sans doute y a-t-il, hélas ! chez un grand nombre, un manteau de piété qui recouvre ce qui intérieurement n’est pas à la hauteur de la piété extérieure. Ce qui guidait Ananias et Sapphira, c’était l’amour de l’argent, la recherche d’un certain relief dans l’assemblée, la recherche de la gloire d’un certain renoncement, sans consentir au sacrifice que réclamait ce renoncement. Le mal est aussitôt manifesté parce que l’assemblée est en bon état.

Dans les assemblées, nous devrions prier pour que Dieu manifeste le mal s’il y a du mal dans l’assemblée, afin qu’il puisse être jugé. « La sainteté sied à ta maison, ô Éternel ! pour de longs jours » (Ps. 93. 5). C’est la maison sur laquelle Christ est Seigneur. Il est « Fils sur sa maison » (Héb. 3. 6). Il est le « saint et le véritable » (Apoc. 3. 7). Le mal ne doit pas pénétrer dans ce domaine et s’il y pénètre, il doit être jugé.

Nous avons été amenés à considérer trois sortes de jugements : le jugement de soi-même, le jugement de l’assemblée et le jugement de Dieu. Chacun est responsable devant Dieu et doit se juger lui-même. Si chacun opère ce jugement, vit dans la lumière de Dieu, le mal qui peut exister chez lui, dans ses pensées, ses paroles, ses actes, sera jugé devant Dieu. Il est important de juger non seulement les actes, mais les mobiles, la racine de ces actes. Si ce jugement n’est pas effectué, l’assemblée doit intervenir. Il y a d’abord les soins pastoraux. Si ces soins sont inefficaces, l’assemblée est appelée à exercer des disciplines diverses ; si elles demeurent également sans résultat, l’assemblée doit ôter le méchant du milieu d’elle-même. Nous avons parlé de la conduite à observer vis à vis des personnes mises hors de communion ; si nous étions davantage fidèles et obéissants à la Parole, Dieu accomplirait Son travail de restauration. Si un croyant marche dans un chemin de désobéissance, il perd toute puissance pour accomplir un service quelconque.

Et puis nous avons commencé l’examen des conséquences qui ont découlé du jugement du mal. Le mal a été jugé dans la puissance du Saint Esprit. C’est un principe important : le mal ne peut être jugé dans l’assemblée que dans la puissance du Saint Esprit. En essayant de le faire d’une autre manière, on ajoute au mal. Pierre a un discernement remarquable et le mal est ôté du milieu de l’assemblée.

Quatre conséquences découlent de ce fait, non seulement pour le cas présenté dans ce chapitre mais encore dans la généralité des cas de jugement du mal qui se présentent dans l’assemblée.

La première conséquence est la crainte qui s’empare de tous ceux qui entendent ces choses. Le jugement du mal dans l’assemblée produit la crainte chez les frères et chez les sœurs dans l’assemblée, comme aussi dans l’entourage. L’entourage comprend que l’assemblée est un lieu de sainteté et que le jugement s’exécute sur tout ce qui est incompatible avec cette sainteté. Chacun a le sentiment qu’il se trouve dans le lieu où la présence de Dieu est manifeste. Cette crainte nous caractérise-t-elle aujourd’hui ? Ne voit-on pas beaucoup de désobéissances, et de désobéissances voulues parfois ?

La crainte conduit à l’obéissance. Cette crainte peut être produite, par le jugement du mal, dans le cœur de ceux chez qui elle n’a pas encore été manifestée jusque-là. « Le sage craint et se retire du mal » (Prov. 14. 16). Nous avons une application de ce verset aux circonstances d’Actes 5 et aux circonstances d’assemblée où le jugement du mal doit être opéré. Si le mal est toléré, on peut être assuré qu’il s’en suivra un manque de crainte, une absence de crainte.

La deuxième conséquence est mentionnée au v. 12 : c’est un déploiement de puissance spirituelle. La puissance du Saint Esprit est entravée, si le mal n’est pas jugé. Il y a là peut-être une des causes pour lesquelles la puissance du Saint Esprit fait parfois défaut. Les réunions ont lieu mais on sent bien qu’il n’y a pas la puissance spirituelle qu’on devrait y éprouver. Il faut s’interroger pour savoir quelle en est la cause. Si elle n’est pas discernée, il n’y a pas d’autre ressource que de crier au Seigneur pour qu’Il manifeste ce que nous n’avons pas su discerner. Le mal étant jugé, la puissance du Saint Esprit se déploie. C’est une réponse à la prière de la fin du ch. 4. Il y avait un exaucement à la prière, après que le mal ait été jugé.

« Et ils étaient tous d’un commun accord au portique de Salomon » : il nous est parlé trois fois du portique de Salomon dans l’Écriture, en Jean 10. 23, en Actes 3. 11 et ici en Actes 5. C’était un vaste lieu de rassemblement qui donnait sur la plate-forme, le parvis des gentils, qui entourait le temple. C’était le seul lieu où les Gentils pouvaient venir. Dans le temple, seuls les Juifs pouvaient entrer. Le portique de Salomon correspond au lieu du déploiement de la puissance du Saint Esprit en témoignage public. C’était un témoignage rendu à tous.

Il faut remarquer que nous avons ici l’expression « d’un commun accord ». Il y avait communion de pensées entre tous, c’était la communion du Saint Esprit ; il pouvait y avoir alors un déploiement de la puissance du Saint Esprit. Ainsi tout concourait à ce déploiement de puissance spirituelle : la prière, le mal jugé, le commun accord. Ces conditions étant réunies, il y avait un grand déploiement de puissance dans l’assemblée. Malgré la ruine de l’Église, l’Esprit demeure un Esprit de puissance, selon l’expression de 2 Timothée 1. 7.

– Il n’y a plus de dons de guérison actuellement, mais il y a des guérisons qui paraissent miraculeuses. Quelle doit être la position du croyant qui veut être fidèle, vis à vis de ces guérisons et vis à vis de ceux qui les pratiquent ?

– La puissance de Dieu n’est pas limitée. Dieu répond à la prière de la foi. Nous l’avons expérimenté souvent. Nous avons tous vu des guérisons miraculeuses. Il y a aussi le cas de Jacques 5 dont on a souvent parlé. De nos jours, il n’y a pas d’anciens établis par l’autorité apostolique mais, grâce à Dieu, dans bien des assemblées se trouvent encore des frères reconnus comme étant des anciens…

On peut citer la fin de 1 Corinthiens 13, à propos du don des langues : « Or y a-t-il des prophéties ? Elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? Elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? Elle aura sa fin ». Les prophéties et la connaissance auront « leur fin » quand le pèlerinage sera terminé ; quant aux langues, « elles cesseront » et elles ont effectivement cessé, quand la Parole complète est devenue le moyen d’accréditer les serviteurs du Seigneur. Tous les « dons-signe » ont alors cessé. Notons aussi le passage de 1 Corinthiens 14, où il est dit que les langues sont données comme signe aux incrédules.

Le Seigneur Jésus a dit dans un passage : Croyez-moi à cause des œuvres que je fais. Ces œuvres étaient-elles les miracles qu’Il faisait ? Il s’agit des œuvres qu’Il accomplissait, dans le sens le plus général. Les œuvres qu’Il accomplissait étaient les œuvres du Père. « Les paroles que moi je vous dis, je ne les dis pas de par moi-même ; mais le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres. Croyez-moi, que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ; sinon, croyez-moi à cause des œuvres elles-mêmes » (Jean 14. 10 et 11). Il était venu pour présenter le Père. Il était l’envoyé du Père. Ses œuvres et Ses paroles étaient les œuvres et les paroles du Père. « En vérité, en vérité, je vous dis : celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci » (Jean 14. 12). Le Seigneur fait allusion ici aux miracles que les apôtres feraient, en ce début de l’histoire de l’Église, par la puissance du Saint Esprit, et dont nous avons plusieurs échantillons dans ce livre des Actes.

Qu’est-ce qui entrave souvent, dans les assemblées, le déploiement de la puissance du Saint Esprit ? C’est le fait que tout ce qui doit être jugé ne l’est pas, que la crainte de Dieu manque, que nous ne savons pas obéir à la Parole comme nous le devrions. Soulignons, à ce point de vue, que tout ce que nous faisons individuellement a une influence sur la vie de l’assemblée. C’est donc très grave et cela doit parler d’une manière très sérieuse à notre conscience. Une désobéissance entraîne une perte pour nous ; nous aurons à en rendre compte, et en outre c’est une entrave pour la vie de l’assemblée. Si chacun de nous vivait dans la crainte, dans l’obéissance, nous aurions des réunions beaucoup plus bénies, avec un déploiement de puissance remarquable. Nous éprouverions que l’Esprit demeure un esprit de puissance.

Il est arrivé vers 1850 en Irlande des actes remarquables de puissance, pour amener les âmes à se repentir, comme on peut le lire dans certaines lettres du Messager Évangélique.

– Certainement. On pense beaucoup à l’œuvre d’évangélisation. On dit qu’on ne fait pas assez dans l’assemblée à ce point de vue. La première chose à faire, c’est de réaliser le vrai caractère de l’assemblée et les âmes seront alors ajoutées. Cela nous amène à parler de la troisième conséquence du jugement du mal qui est liée d’ailleurs à la quatrième : « D’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux ». Cette expression « les autres » se retrouve en 1 Thessaloniciens 4. 13 : « Que vous ne soyez pas affligés comme les autres », et au ch. 5. 6 « ne dormons pas comme les autres ». « Les leurs » représentent ceux qui font partie de l’assemblée, « les autres », ceux qui sont en dehors de ce domaine. Si l’assemblée est un lieu où le mal est plus ou moins toléré, où chacun fait ce qui est bon à ses yeux, les personnes du dehors viendront très volontiers. Même des personnes inconverties demanderont à y entrer et on en introduira peut-être. Au contraire, si le jugement est exercé, si on sait qu’on ne peut pas faire ce qu’on veut, alors il n’en sera pas ainsi. Mais alors, dira-t-on, personne n’osera aller dans un tel lieu ! Réponse : « et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes ». Le tri est fait. L’évangélisation était faite dans toute sa puissance.

Pour cela, il convient de maintenir le caractère de l’assemblée, de juger le mal. Alors il y a de la crainte, ceux qui n’ont pas leur place dans l’assemblée s’en vont et les vrais croyants sont attirés. L’assemblée devient un véritable centre d’attraction pour les âmes. Dieu est amour et lumière. Dieu est amour, cela attire les cœurs ; Dieu est lumière, cela donne la crainte. S’il y a trop de familiarité ou si l’on éprouve de l’effroi, ni l’un ni l’autre ne sont selon Dieu. L’assemblée doit tout à la fois attirer le cœur et donner la crainte.

À la fin du ch. 2. 41 trois mille âmes sont ajoutées ; au début du ch. 4. 4 cinq mille ; ici nous ne savons pas combien. C’était « une multitude », (v. 14) le nombre n’est pas défini. C’était peut-être beaucoup plus que cinq mille, une multitude. Remarquons comment le travail s’opère quand tout est selon Dieu. À la faveur de l’entrée de cette « multitude tant d’hommes que de lemmes » dans l’assemblée, il aurait pu se glisser des âmes inconverties. Nullement : « d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux ». La séparation était vraiment marquée.

Plus il y a réalisation pratique de la séparation, plus il y a de puissance spirituelle, et d’autre part, la puissance spirituelle maintient la séparation. Dieu l’opère par la puissance de Son Esprit. Oui, la présence de Dieu réalisée dans l’assemblée commande la crainte et le respect : en dehors du péché caractérisé qui doit être jugé, il y a bien des choses qui ne conviennent pas dans la présence du Seigneur. Il y a bien des choses tolérées dans les assemblées qui ne le seraient pas si la présence de Dieu et la présence du Seigneur étaient vraiment réalisées. Les frères devraient veiller à exercer un service pastoral à cet égard et ne devraient pas tolérer ce qui est un manque de respect envers la Personne du Seigneur. Les frères devraient montrer plus d’énergie spirituelle et d’amour pour le Seigneur afin que ne soit pas toléré dans Sa présence ce qui ne convient pas, cela pour la gloire du Seigneur et le bien de l’assemblée. On peut dire que lorsqu’on tolère dans l’assemblée ce qui est incompatible avec la présence du Seigneur, il y a une entrave à la puissance du Saint Esprit dans l’assemblée. Ne pensons pas qu’il s’agisse en cela de légalisme. C’est le désir de maintenir le vrai caractère de l’assemblée, tout ce qui doit correspondre à la présence de Dieu et à la présence du Seigneur. En bien des cas, on n’intervient pas parce qu’on ne veut pas passer pour un esprit légal, on dit qu’il faut user de grâce. C’est une erreur grave. Si on laisse la porte s’entrouvrir, elle sera vite grande ouverte et alors on ne sait plus comment agir.

Ce déploiement de puissance spirituelle manifesté dans l’assemblée, qui tenait à l’écart ceux qui n’y avaient pas leur place, qui attirait ceux qui au contraire y avaient leur place, avait de l’influence au dehors : « de sorte qu’on apportait les infirmes dehors dans les rues, et qu’on les mettait sur de petits lits et sur des couchettes, afin que, quand Pierre viendrait, au moins son ombre passât sur quelqu’un d’eux ». Il ne nous est pas dit que l’ombre de Pierre ait guéri un infirme. Mais pourrait-on être surpris qu’un miracle soit accompli par l’ombre de Pierre tout aussi bien que par sa main, ou son bras ? Ce ne sont que des moyens par lesquels Dieu agit. Il peut aussi guérir un malade sans l’intervention d’aucun moyen. Il y a là (v. 15 et 16) une manifestation de la foi et Dieu répond à l’attente de la foi.

Il y a une autre manifestation de la puissance de l’Esprit en guérison au ch. 19 au v. 11 : « Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, de sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes ; et les maladies les quittaient et les esprits malins sortaient ».

Nous voyons dans ce passage comme dans notre verset 16, deux sortes de malades, ceux qui étaient atteints dans leur corps et ceux qui étaient atteints dans leur esprit, ceux qui étaient sous la puissance de l’ennemi. L’ennemi peut agir aujourd’hui encore de la même manière.

Nous avons vu l’état remarquable de l’assemblée aux premiers jours, les assauts de l’ennemi, sa violence, sa ruse, mais nous avons vu aussi qu’il fait « une œuvre trompeuse ». Voilà les conséquences. L’ennemi n’avait pas pensé qu’en amenant Ananias et Sapphira à agir comme ils ont agi, les conséquences seraient telles : un déploiement de puissance extraordinaire. Dieu a soin de son témoignage. Ce déploiement de puissance est intervenu parce que le mal a été jugé aussitôt. L’ennemi essaye de nous arrêter de juger le mal. Il essaye par tous les moyens de nous empêcher d’agir : on pense qu’on va mécontenter l’un ou l’autre, qu’on ne reverra pas telle ou telle personne. Lisons la Parole. Nous verrons ce qui découle d’une attitude ferme, provenant du sentiment de la présence du Seigneur dans l’assemblée.

Cette activité des apôtres et ce déploiement de puissance inquiètent le Souverain Sacrificateur et tous ceux qui étaient avec lui. Ils sentent encore une fois leur autorité menacée et c’est par jalousie qu’ils jettent les apôtres dans la prison publique. Remarquons ici qu’il ne nous est pas dit que les apôtres aient prié dans leur prison et que, comme au ch. 4, l’assemblée ait prié. Probablement qu’ils l’ont fait. Mais l’Esprit de Dieu n’en fait pas mention, pour nous montrer sans doute que même s’il y a des choses que nous ne demandons pas à Dieu, Il intervient. Il fait son œuvre. En dehors de toute action des apôtres ou de l’assemblée, Dieu qui est caché derrière la scène, va intervenir pour Ses serviteurs. Il envoie un ange, un messager céleste. D’une part, c’était pour eux un encouragement remarquable. Cela leur montrait que Dieu était avec eux et que du haut de Sa demeure Il voyait leurs circonstances. Et d’autre part, cela aurait dû être un avertissement pour le Souverain Sacrificateur et les chefs du peuple : en s’attaquant aux apôtres, ils s’attaquaient à Dieu.

v. 19 : « Mais un ange du Seigneur ouvrit de nuit les portes de la prison, et les conduisit dehors » : c’est tout simple. Ce qui nous apparaît impossible ne présente aucune difficulté pour Dieu.

v. 20 : « Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie » : ils sont responsables de prêcher la Parole, les paroles de cette vie – la vie éternelle. C’est ce qu’ont fait aussitôt les apôtres. Ils sont aussitôt à l’œuvre.

v. 21 : Les apôtres vont de nouveau comparaître devant le sanhédrin.

v. 23 : « Nous avons trouvé la prison fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes ; mais, ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans ». Remarquons les détails de ce verset, qui montrent qu’il y a eu une intervention de Dieu. Tous les moyens dont les chefs du peuple avaient usé pour maintenir les apôtres en prison étaient là, intacts. Et pourtant, on ouvre la porte et personne n’est dans la prison ! C’était une impossibilité à vue humaine. Cela aurait dû parler au cœur du souverain sacrificateur et des chefs du peuple. Mais leur cœur est endurci.

« Alors le commandant, avec les huissiers, s’en alla et les amena sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple ». Quand ils craignent pour leur autorité, ils font jeter les apôtres en prison, quand ils craignent pour leur vie, ils les amènent sans violence.

Quelle était la première question qu’ils auraient dû poser aux apôtres ? Comment êtes-vous sortis de prison ? Rien de cela. Au fond d’eux-mêmes, ils étaient bien convaincus que c’était Dieu qui les avait fait sortir. C’est pourquoi ils ne posent pas la question. Ils se bornent à rappeler leur défense du ch. 4 : « Nous vous avons expressément enjoint de ne pas enseigner en ce nom-là, et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme ». Quel terme de mépris pour le Seigneur. Ils osaient dire cela après qu’ils avaient crié : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Ils oublient qu’ils avaient prononcé cette parole.

Pierre rappelle : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » Les hommes leur avaient donné un ordre en contradiction avec ce que leur avait demandé le Seigneur Lui-même. Les apôtres font passer Dieu avant les hommes. Il nous arrive, hélas, de faire passer les hommes avant Dieu, nos relations de famille ou d’amitié avant l’obéissance à Dieu.

« Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous, vous avez fait mourir, le pendant au bois » (v. 30). Pierre ne dit pas ici : le crucifiant, mais « le pendant au bois ». C’est une expression qui souligne la pensée de la malédiction. Galates 3 cite un passage de l’Ancien Testament : « Maudit est quiconque est pendu au bois ». Christ était venu prendre sur Lui la malédiction qui pesait sur nous. Pierre souligne la malédiction qui pesait sur ce peuple.

Dieu L’a exalté Prince – Celui à qui toute autorité a été donnée dans le ciel et sur la terre – et Sauveur – Celui qui a accompli l’œuvre du salut. Si Israël se repentait, le pardon lui était assuré en vertu de l’œuvre de la croix. Ils avaient là un double témoignage : celui du Saint Esprit, celui des apôtres, intimement liés l’un à l’autre puisque les apôtres prêchaient dans la puissance du Saint Esprit.

– La réponse de Pierre ici : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » est, semble-t-il, plus ferme qu’au ch. 4 : « jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu ».

– C’est beaucoup plus net, en effet. Les apôtres avaient eu le discernement dans la scène qui nous est rapportée au ch. 4 de ce qui convenait. Dans l’intervalle, il y a eu tout ce que nous avons considéré. Aussi leur réponse est-elle plus affirmative. Tout ce qui s’était passé montrait bien aux apôtres que Dieu était avec eux. Leur choix était fait, quelles que soient les conséquences. Comme on l’a dit si souvent : À nous l’obéissance – l’obéissance à Dieu – à Dieu les conséquences.

Nous avons vu au début du ch. 5 comment l’ennemi a agi pour introduire le mal dans l’assemblée, et de quelle manière ce mal a été manifesté et jugé par la puissance du Saint Esprit. Un jugement terrible s’est appesanti sur Ananias et Sapphira, les circonstances dans lesquelles ils avaient péché étant telles qu’il s’agissait d’un péché à la mort.

Nous avons vu ce que furent les quatre conséquences du jugement du mal dans l’assemblée. La première : toute âme est remplie de crainte. Il en est ainsi lorsque la sainteté qui convient à la maison de Dieu se trouve maintenue. Il y a ensuite, deuxième conséquence, le fait que tous ceux qui avaient leur place dans l’assemblée « se joignent au Seigneur ». Leur nombre ne nous est pas donné ; il nous est parlé d’une « multitude ». L’entrée de cette multitude dans l’assemblée n’entraîne pas l’intrusion d’éléments qui n’y ont pas leur place, et c’est la troisième conséquence : ces éléments sentent que c’est un lieu qui ne leur convient pas, car la présence de Dieu y est effectivement réalisée. Une âme inconvertie ne peut se plaire dans un tel milieu. La quatrième conséquence est un grand déploiement de puissance spirituelle. La Parole nous enseigne (1 Cor. 12. 1 à 3) qu’il peut y avoir des manifestations spirituelles de deux ordres différents : celles provenant de l’Esprit de Dieu, qui concourent à la gloire de Christ, qui exaltent Christ, et les manifestations spirituelles d’origine satanique qui atteindront leur apogée après le départ de l’Église. Actuellement l’Esprit de Dieu « retient ». L’ennemi peut faire des miracles aujourd’hui encore, il peut faire parler en langues, mais il y a quelque chose qu’il ne fera jamais : c’est d’exalter la gloire de Christ ; nous devons être circonspects et très prudents en présence de semblables manifestations spirituelles.

La puissance du Saint Esprit se déployait alors et pouvait s’exercer, parce que le mal avait été jugé dans l’assemblée, maintenue ainsi pure de toute souillure. Plus fidèlement la sainteté sera maintenue au sein de l’assemblée, plus la puissance spirituelle sera grande. Nous reculons devant les actions à exercer, nous manquons de discernement spirituel : l’une et l’autre de ces défaillances constituent une entrave à l’action du Saint Esprit dans l’assemblée.

L’Esprit est toujours un Esprit de puissance ; si nous sommes fidèles dans le rassemblement, nous ferons l’expérience qu’Il demeure toujours un Esprit de puissance (2 Tim. 1. 7).

L’ennemi ne va pas rester inactif en présence de ces quatre conséquences du jugement du mal : il agit pour faire arrêter les apôtres. Mais Dieu intervient pour les délivrer : Il envoie pour cela un ange. C’était un encouragement pour eux, cela leur montrait que Dieu était avec eux. Les apôtres, délivrés, sont invités par l’ange à poursuivre leur ministère. C’est ce qu’ils vont faire aussitôt. Les chefs du peuple avaient fait arrêter les apôtres ; ils leurs avaient précédemment donné un ordre : « ne plus parler, ni enseigner, en aucune manière au nom de Jésus » (Act. 4. 18), et cet ordre n’avait pas été suivi par eux. Ils allaient comparaître devant le sanhédrin. Des détails nous sont donnés qui nous montrent que les apôtres ne s’étaient pas évadés eux-mêmes de la prison où ils avaient été solidement enfermés. Il y avait dans leur remise en liberté quelque chose de surnaturel : la puissance de Dieu s’était déployée à leur égard.

Nous avons remarqué que les chefs du peuple craignaient pour eux-mêmes ; ils craignaient pour leur autorité, alors, ils jettent les apôtres en prison. Maintenant ils craignent le peuple, aussi amènent-ils les apôtres sans aucune violence. Nous avons remarqué aussi qu’aucune question n’est posée aux apôtres au sujet de leur sortie de prison. À ce qui leur est dit, Pierre et les apôtres répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes… ». C’est le cinquième discours de l’apôtre Pierre dans les Actes (5. 29 à 32). « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois » : nous avons remarqué que cette dernière expression se rattachait à la malédiction qui pesait sur nous et que Christ est venu prendre sur Lui. « C’est lui que Dieu a exalté par sa droite prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » : il y avait donc encore une porte ouverte pour les Juifs, s’ils se repentaient. Il est question très souvent du Saint Esprit dans les Actes. Il en est parlé sauf erreur cinquante fois ; nous ne savons pas si ce nombre a ici une signification particulière. (Le Saint Esprit est descendu le jour de la Pentecôte qui signifie cinquantième). Il nous y est présenté sous différents caractères ; ici Il est présenté comme témoin : « et nous, nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint ». De même, en Actes 20. 23 : « l’Esprit Saint rend témoignage de ville en ville, me disant que des liens et de la tribulation m’attendent ». Il y avait donc pour les Juifs un double témoignage, le témoignage des apôtres et celui du Saint Esprit.

v. 33 : « Mais eux, ayant entendu ces choses, frémissaient de rage » : voilà tout l’effet que produisent ces paroles de l’apôtre Pierre. Nous retrouvons d’ailleurs cette même expression à propos d’Étienne au ch. 7 des Actes après son discours : « en entendant ces choses, ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient des dents contre lui » (7. 54). Ils sont donc au comble de l’exaspération et de la colère et tiennent conseil pour mettre à mort les apôtres. Nous allons voir comment, là encore, Dieu intervient pour les délivrer, pour permettre que l’évangile continue à être prêché et que l’œuvre se poursuive.

– Peut-on rapprocher ce verset de Matthieu 5 : « Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera, et qu’on vous persécutera, et qu’on dira, en mentant, toute espèce de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et tressaillez de joie, car votre récompense est grande dans les cieux, car on a persécuté ainsi les prophètes qui ont été avant vous ».

– Oui. Dans ce passage de Matthieu 5, il est question des souffrances pour la justice (v. 10), celles qui sont endurées dans un chemin d’entière obéissance à la volonté de Dieu, et des souffrances pour le nom du Seigneur (v. 11), celles qui sont connues par suite d’un profond attachement à Sa Personne. Les apôtres connaissaient ces deux genres de souffrances. Leur innocence a été reconnue, mais ils sont battus avant d’être relâchés. De même pour le Seigneur, Pilate dit : « Je ne trouve aucun crime dans cet homme » et après il ajoute : « l’ayant donc châtié, je le relâcherai » (Luc 23. 13 à 25). Ils se réjouissaient d’avoir été estimés dignes de souffrir pour le nom du Seigneur, nous est-il dit au v. 41 de ce ch. 5 des Actes.

Le v. 34 nous montre comment Dieu, cette fois, va intervenir. Dans ce ch. 5 nous voyons Dieu intervenir de trois manières différentes, dans trois circonstances différentes : par la puissance du Saint Esprit pour manifester le mal dans l’assemblée afin qu’il puisse être jugé ; par le moyen d’un ange pour faire sortir les apôtres de prison afin qu’ils puissent continuer leur service ; enfin, par le moyen d’un pharisien, Gamaliel, pour contrecarrer le conseil du sanhédrin qui voulait faire mourir les apôtres. Dieu a tous les moyens entre Ses mains. Toutes choses Le servent. Dieu incline les cœurs des rois comme des ruisseaux d’eau et Il se sert de Gamaliel pour délivrer les apôtres. On pense généralement que c’est le même Gamaliel que celui d’Actes 22. 3. La tradition juive vante la sagesse, la douceur, la science de la loi de Gamaliel, qui était considéré comme une lumière parmi le peuple Juif. La tradition juive assure même que c’était « un chrétien caché ». On voit ici qu’un travail de Dieu avait sans doute été opéré en lui. C’était quelqu’un qui jouissait d’une grande autorité morale parmi les chefs du peuple, et c’est pour cela qu’il est écouté.

On fait sortir les apôtres car on ne pouvait pas délibérer devant les accusés. Gamaliel cite alors deux exemples. En Theudas, qui se leva, se disant être quelque chose, on peut voir une figure de l’Antichrist, qui sera le surhomme que l’on attend partout. Il ne reste rien de ce mouvement dont Theudas avait été l’instigateur. Il peut y avoir encore aujourd’hui des actions qui s’exercent à la manière de celles de Theudas ou de Judas, qui peuvent paraître réussir brillamment mais qui, en fait, ne sont pas selon Dieu et dont il ne restera rien quand Dieu, à Son moment, y mettra fin. On est étonné parfois de la patience de Dieu ; nous ne savons pas pourquoi Il supporte certaines activités qui nous semblent regrettables et auxquelles nous, nous mettrions un terme aussitôt, si nous en avions le pouvoir. Ce que nous savons, c’est qu’un jour ou l’autre, Dieu y mettra un terme. Nous pouvons être en paix, assurés qu’Il interviendra à Son moment. Quant à nous, nous avons à demeurer fidèles au Seigneur dans notre propre activité et notre propre service.

Abija était un fils de Jéroboam. C’était le seul qui fût agréable à l’Éternel et c’est lui qui a été retiré (1 Rois 14. 13). Oui ; il est retiré de devant le mal, tandis que le jugement s’exercera sur Jéroboam et sa maison, comme nous le voyons dans la suite.

Voilà un principe qui est posé ici : ce qui est de l’homme, de son activité sera détruit mais l’œuvre de Dieu demeurera. Tout ce que les hommes peuvent faire contre les serviteurs de Dieu est vain. On voit comme il est sérieux de travailler contre ce qui est véritablement l’œuvre de Dieu : c’est effectivement « faire la guerre à Dieu » (v. 39).

« La fin des méchants, c’est d’être retranchés » nous dit le Psaume 37. 38 et encore le verset 10 : « Encore un peu de temps, et le méchant ne sera plus ; et tu considéreras son lieu, et il n’y sera plus ; et les débonnaires posséderont le pays et feront leurs délices d’une abondance de paix. Le méchant complote contre le juste, et grince les dents contre lui : le Seigneur se rira de lui, car il voit que son jour vient » (v. 35 et 36) : « J’ai vu le méchant puissant, et s’étendant comme un arbre vert croissant dans son lieu natal ; mais il passa, et voici, il n’était plus ; et je l’ai cherché, et il ne s’est plus trouvé » (v. 35-36).

Oui, tous ces versets du Psaume 37 établissent un parallèle entre le méchant et l’homme intègre, en faisant ressortir la fin de l’un et de l’autre. Il peut y avoir un moment où le méchant est puissant, mais le v. 36 nous dit quelle est sa fin. Tandis que le v. 39 nous assure : « Mais le salut des justes vient de l’Éternel ; il est leur force au temps de la détresse, et l’Éternel les aidera et les délivrera ; il les délivrera des méchants et les sauvera, car ils se sont confiés en lui ». C’était bien ce qui avait caractérisé les apôtres. Ils avaient mis leur confiance en Dieu, et Dieu les avait délivrés. Jusqu’à ce que « la fin » soit produite et manifestée, il peut y avoir des circonstances qui peuvent troubler les saints. Il semble parfois que Dieu soit contre les Siens et avec les méchants, si on se contente de juger d’après les apparences. Mais ne jugeons pas d’après les apparences !

Cette expression, « faire la guerre à Dieu », qui termine ce v. 39 doit nous rendre très prudents. Il y a bien des ouvriers dans le champ qui travaillent d’une façon qui n’est pas celle qui conviendrait. On peut ne pas avoir communion avec eux dans leur service. Mais il faut faire attention de ne pas entraver leur service, car on pourrait être trouvé « faire la guerre à Dieu ». L’apôtre, en Philippiens 1. 15 à 18, se réjouissait quand l’évangile était annoncé, même si c’était par « esprit de parti » ou par « envie » ou par « esprit de contention ». L’apôtre n’entravait pas ces ouvriers dans leur service et se réjouissait parce que malgré tout l’évangile était annoncé.

On voit comment le travail de Dieu se produit dans le cœur des chefs du peuple par le moyen de cette intervention de Gamaliel. Ils ne présentent aucune objection. « Ils furent de son avis ». Dieu, qui incline le cœur des rois comme des ruisseaux d’eau, a incliné le cœur des chefs du peuple pour que les apôtres soient relâchés. Tout cela doit nous remplir de confiance en Dieu, qui est fidèle et puissant. Tel ou tel moyen qu’Il emploie aboutit au résultat qu’Il se propose. Nous nous mettons souvent en peine, oubliant que notre affaire, c’est de nous confier en Dieu qui est un Dieu fidèle, qui n’abandonne jamais les Siens.

Gamaliel était un instrument que Dieu avait préparé à l’avance. Dieu a toujours des instruments qu’Il a préparés à l’avance pour tel ou tel service, instruments qui peuvent être même dans le milieu persécuteur : Gamaliel était parmi les chefs du peuple, mais il ne s’associe pas au conseil des chefs du peuple. Il exprime, dans le milieu persécuteur, ce que Dieu voulait y faire entendre à ce moment-là.

« Et ayant appelé les apôtres, ils leur enjoignirent, après les avoir battus, de ne pas parler au nom de Jésus, et les relâchèrent » (v. 40). Il leur est accordé la grâce d’avoir communion avec Christ dans les souffrances qu’Il a endurées dans Son chemin ici-bas. En Luc 23. 16 Pilate dit : « L’ayant donc châtié, je le relâcherai », alors qu’il venait d’assurer au v. 14 : « moi je n’ai trouvé aucun crime en cet homme » Pourquoi donc ajouter « l’ayant châtié, je le relâcherai ? »

Les apôtres connaissent « la communion de ses souffrances ». Et quelle est la pensée qui est alors dans leur cœur ? Aucune plainte, aucun murmure. Au contraire, ils « se réjouissent d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom » (v. 41). Ils se considèrent bienheureux d’avoir souffert pour la justice et d’avoir souffert pour le Seigneur. 1 Pierre 4 nous dit au v. 13 : « Mais, en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport. Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous : de leur part, il est blasphémé, mais quant à vous, glorifié ». C’est la même pensée que celle exprimée dans le passage déjà cité de Matthieu 5 : Il y aura une récompense pour celui qui aura souffert pour le Seigneur. Au jour de Sa gloire, Il donnera une récompense au serviteur qui aura été fidèle. Il donnera une couronne à celui qui aura souffert pour Lui ; les apôtres auront cette couronne – la couronne de justice, la couronne de vie – de sorte qu’ils « se réjouiront avec transport ». Non que la couronne soit le véritable motif de leur joie ; leur joie, sera que tout soit « trouvé tourner à louange, et à gloire et à honneur dans la révélation de Jésus Christ » (1 Pier. 1. 7). Ils connaissent déjà présentement quelque chose de cette joie en attendant le jour où ils pourront se réjouir « avec transport ».

v. 42 : « Et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison » ; les menaces ne peuvent pas les arrêter. Ils ont un ordre de Dieu : prêcher Christ et c’est Christ qu’ils présentent, non seulement dans le temple, mais aussi de maison en maison. Nous trouvons là les deux aspects du service tels qu’ils nous sont indiqués par l’apôtre Paul en Actes 20. 20 : « Je n’ai rien caché des choses qui étaient profitables, en sorte que je ne vous eusse pas prêché et enseigné publiquement et dans les maisons, insistant et auprès des Juifs et auprès des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » : le service public et le service de maison en maison. Il est important de souligner ce double aspect du service, non pas seulement service public mais aussi service de maison en maison aussi bien en faveur des croyants que des inconvertis.

Nous avons donc vu dans la première partie du ch. 5, la puissance de Dieu s’exerçant pour juger le mal dans l’assemblée.

Ch. 6

Au ch. 6 nous allons voir la même puissance s’exercer pour le maintien de la paix et de l’ordre dans l’assemblée. Nous avons déjà rappelé que, dans l’assemblée, les premières difficultés sont survenues à propos de questions matérielles. Nous pensons parfois que ces questions sont des questions secondaires, estimant que seules les choses d’ordre spirituel méritent notre intérêt. Ne perdons pas de vue que tout ce qui concerne l’assemblée de Dieu sur la terre est important, par le seul fait que cela a trait à l’assemblée. Ces questions matérielles sont parfois à l’origine de troubles dans les assemblées, peut-être parce qu’on ne les considère pas assez comme ayant de l’importance.

Au ch. 6, ce sont des questions matérielles qui donnent lieu à des murmures, à du mécontentement, à de la jalousie. L’assemblée avait prospéré : il nous est dit au ch. 6. 1 que le nombre des disciples s’était multiplié. Malgré toute l’action de l’adversaire, au dehors et au dedans, pour entraver l’œuvre du Seigneur, nous voyons que des âmes sont ajoutées et que le travail de la grâce se poursuit et s’opère. L’Ennemi fait une œuvre qui le trompe. L’œuvre de Dieu s’accomplira jusqu’au bout. Cela ne doit pas nous rendre indifférents quant à l’activité de l’Ennemi : il faut que nous demeurions vigilants dans la prière pour déjouer les ruses de l’Ennemi. C’est le côté de notre responsabilité. Mais la Parole nous présente aussi, pour nous encourager, le côté de Dieu. C’est Dieu qui aura le dernier mot. Il y a là, pour le combattant, un encouragement à servir, à combattre, à prier.

Qu’arrive-t-il quand le nombre des fidèles se multiplie ? Il arrive qu’on se connaît beaucoup moins et de ce fait, les liens ne sont pas aussi resserrés qu’ils devraient l’être. On se connaît moins et l’amour diminue ; il peut alors y avoir des murmures. Cela peut se produire encore aujourd’hui dans les assemblées nombreuses. Ne croyons pas que la force est dans le nombre et que, lorsqu’une assemblée est nombreuse tout y va bien. Il y a généralement bien des motifs plus nombreux encore de prendre garde et de veiller. Pourquoi y a-t-il du mécontentement ? On n’est pas satisfait de son sort. On pense que les autres ont davantage que soi.

Il y avait dans l’assemblée une activité exercée pour la bienfaisance, mais il semblait à certains que quelques-uns étaient négligés : « il s’éleva un murmure des Hellénistes contre les Hébreux parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier ».

Les Hellénistes étaient des Juifs qui habitaient parmi les Grecs et qui parlaient leur langage. Un certain antagonisme existait entre les Hellénistes et les Juifs (ceux qui étaient de pure race juive et qui n’avaient pas été mêlés aux Grecs comme l’étaient les Hellénistes).

La première épître à Timothée ch. 5. 3 nous donne des enseignements pour le service à l’égard des veuves, principes qui sont valables encore aujourd’hui : « Honore les veuves qui sont vraiment veuves : mais si quelque veuve a des enfants ou des descendants, qu’ils apprennent premièrement à montrer leur piété envers leur propre maison et à rendre à ceux dont ils descendent les soins qu’ils en ont reçus, car cela est agréable devant Dieu. Or celle qui est vraiment veuve (c’est-à-dire qui n’a pas d’enfants ou de descendants pour subvenir à ses besoins) et qui est laissée seule, a mis son espérance en Dieu, et persévère dans les supplications et dans les prières nuit et jour. Mais celle qui vit dans le plaisir est morte (morte au point de vue du ciel) en vivant ». À partir du verset 9, nous avons des enseignements assez détaillés quant à la conduite à tenir à l’égard des veuves.

Il semble que les veuves des Hellénistes n’avaient pas, dans ce service journalier, la part qui devait leur revenir et c’est ce qui avait donné naissance à des murmures qui auraient pu se développer et porter le plus grand tort à l’assemblée. Il peut y avoir aujourd’hui, dans des assemblées locales, des murmures et des mécontentements pour d’autres causes. Si nous les laissons se développer, cela nuira à la communion de l’assemblée et le témoignage en souffrira. Il faut régler ces choses de sorte que la paix soit maintenue.

Nous voyons ici avec quelle sagesse les apôtres ont agi. Ils n’ont pas laissé se développer les murmures ; Dieu a permis que, avec douceur et spiritualité, ils règlent cette affaire. Remarquons bien que les apôtres ne règlent pas cette question avec leur autorité apostolique : il y a cependant les douze apôtres (v. 2), le collège apostolique au complet ; on aurait pu penser que, dans ces conditions surtout, les apôtres pouvaient prendre une décision qui règle la question. Mais il fallait que l’assemblée soit exercée par cette affaire. On voit en 1 Corinthiens 5 que l’apôtre Paul agit de la même manière à l’égard de l’assemblée à Corinthe : il aurait pu livrer le méchant à Satan (v. 4 et 5), mais il désire que la conscience de l’assemblée soit exercée, remuée profondément, de telle sorte qu’un travail soit accompli qui puisse être pour la bénédiction de l’assemblée toute entière.

Qui est-ce qui exerçait ce service de la bienfaisance ? Au ch. 4 nous l’avons vu : c’étaient les apôtres (v. 35). En apparence c’était très bien : on pouvait penser que personne d’autre que les apôtres ne pouvait remplir aussi bien ce service. Et pourtant, ce n’était pas ce qui convenait. L’activité des apôtres dans ce service de la bienfaisance a été arrêtée à la suite des murmures. Dieu l’a permis. Comme c’est remarquable : Il se sert parfois de nos manquements pour opérer le redressement d’une façon d’agir qui ne convient pas.

Quel était le résultat de cette activité des apôtres dans l’exercice de la bienfaisance ? Un double résultat : d’abord, les apôtres abandonnaient dans une certaine mesure leur véritable service. Deuxième résultat : des murmures se produisaient dans l’assemblée. Quand un frère remplit un service qui n’est pas le sien, les conséquences sont généralement regrettables et, lorsqu’il est éclairé à cet égard, il doit reconnaître humblement ce qui en est. Nous allons voir les remèdes à cette situation et constater que, une fois encore, l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe. Du bien en est résulté parce qu’on n’a pas laissé se développer les pensées de la chair. Dieu peut, du mal, tirer du bien ; ce qui ne veut pas dire que nous ayons à faire le mal pour qu’Il en tire du bien.

Il y a, dans les assemblées, bien des manières de faire qu’on justifie au nom d’une certaine routine, de ce qui s’est fait dans le passé. Et souvent, lorsqu’on demande pourquoi une chose se fait ainsi, on répond : parce qu’on l’a toujours fait ainsi. Il faut agir avec intelligence et discernement pour changer de manière de faire, lorsque celle qui existe n’est pas en accord avec la Parole.

Nous verrons, à propos de l’exercice de la bienfaisance, qu’il y a des routines établies qui ne correspondent guère à l’enseignement de l’Écriture. On répond : on a toujours fait ainsi. Il est bon et même nécessaire de maintenir les habitudes qui sont conformes à l’enseignement de l’Écriture. Mais dans les autres cas, si le Seigneur nous montre en quoi nous nous trompons, il faut obéir à la Parole sans s’attacher aveuglément à une tradition. Il faut beaucoup de sagesse, de dépendance du Seigneur, d’intelligence de la Parole pour modifier certaines façons d’agir. Il faut que tout soit fait pour le bien. Le changement établi par les apôtres a apporté de la bénédiction dans l’assemblée. C’est là la pierre de touche : si la chose est selon Dieu, c’est la bénédiction qui en découlera.

Nous avons terminé le ch. 5 et dit quelques mots sur le début du ch. 6. Le ch. 5 comprend deux grandes divisions et plusieurs subdivisions. La première partie nous parle de l’introduction du mal dans l’assemblée. L’état de l’assemblée était bon, aussi le mal a-t-il été aussitôt manifesté et jugé dans la puissance du Saint Esprit. Nous avons vu les conséquences de ce jugement du mal : « une grande crainte s’empara de toute l’assemblée » (v. 5 et 11), « d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux » (v. 13), les âmes qui avaient leur place dans l’assemblée s’approchaient et il y avait un grand déploiement de puissance spirituelle (v. 14 et 15).

Dans la deuxième partie du ch. 5, nous avons vu comment les sacrificateurs et les chefs du peuple interviennent pour arrêter les apôtres. Mais Dieu est là : un ange vient et les fait sortir de prison. Les apôtres, trouvés dans le temple prêchant la Parole, sont amenés devant le sanhédrin par le commandant du temple et les huissiers, sans aucune violence, car le commandant et les huissiers craignaient le peuple. Aucune question ne leur est posée quant à leur sortie de prison parce que les chefs du peuple savaient bien, au fond, que Dieu était intervenu. Le souverain sacrificateur se contente de renouveler sa défense du ch. 4, défense que les apôtres ne peuvent respecter. Pierre, avec plus de décision encore qu’au ch. 4, leur répond : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (v. 29). Il prononce alors son cinquième discours, attirant l’attention du sanhédrin sur le fait qu’une porte restait ouverte pour Israël s’il se repentait.

Pour toute réponse, nous les voyons, – eux les chefs du peuple – « frémissant de rage ». Nous avons déjà remarqué que c’est la même expression que celle employée au ch. 7. 54, après qu’Étienne ait prononcé son discours. Le terme du texte original, qui est traduit par frémir de rage, est très fort et signifie « scier, déchirer ». Les chefs du peuple sont au comble de la colère.

Dieu intervient alors par le moyen de quelqu’un qui se trouvait parmi les persécuteurs, un instrument préparé par Lui pour la délivrance des apôtres dans cette circonstance. Gamaliel, rappelant les circonstances concernant Theudas et Judas le Galiléen, fait ressortir que si l’œuvre accomplie par les apôtres n’est pas de Dieu, elle sera détruite ; mais si elle est de Dieu ils ne pourront la détruire, et que même les chefs du peuple se mettraient, dans ces conditions, dans un état de guerre contre Dieu. Les apôtres, relâchés après avoir été battus, se réjouissent « d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom » (v. 41).

Nous avons vu dans ce chapitre que Dieu se sert de trois moyens pour délivrer les Siens du mal et de l’adversaire : la puissance du Saint Esprit, un ange, et Gamaliel. Dieu a tous les moyens à Sa disposition et Il intervient comme il Lui plaît pour accomplir ce qu’Il s’est proposé.

Au ch. 6 nous voyons un autre assaut de l’adversaire, en fait, deux autres assauts : le premier, les murmures des Hellénistes contre les Hébreux, et le second aux v. 10 à 14, les faux témoins qui viennent pour essayer de confondre Étienne. Nous verrons comment au travers de l’activité de l’ennemi, le travail de la grâce s’accomplit ; l’ennemi fait une œuvre qui le trompe, nous en avons de multiples exemples dans tous ces chapitres.

Voilà « un murmure » qui s’élève. Nous avons remarqué à plusieurs reprises que c’est à propos de questions matérielles que le mal s’est introduit dans l’assemblée. Les questions matérielles dans l’assemblée sont importantes par le fait même qu’elles concernent l’assemblée de Dieu. Tout ce qui concerne l’assemblée de Dieu est important. Le nombre des disciples se multiplie et les relations fraternelles se distendent, l’amour est moins manifesté, moins goûté entre frères et sœurs. L’ennemi sait agir pour que les murmures qui ont pris naissance dans le cœur – le cœur est toujours la source – soient manifestés extérieurement. Un certain antagonisme entre les Hellénistes – Juifs qui vivaient parmi les Grecs et en parlaient la langue – et les Juifs – conduit à ces murmures. Là encore nous allons voir comment l’ennemi fait une œuvre qui le trompe.

Le Seigneur va se servir de ces circonstances pour établir un ordre de choses qui n’était pas encore connu. Les apôtres pensaient qu’en dehors de leur ministère, ils étaient aussi qualifiés pour exercer la bienfaisance. Ce n’était sans doute pas la pensée du Seigneur (v. 2). Chaque membre du corps de Christ a une fonction à remplir suivant la capacité qu’il a reçue. Il n’est pas bon que quelqu’un remplisse tout un ensemble de charges et de services qui l’amènent à négliger le service principal qui lui est confié. N’importe quel croyant peut se tromper, fut-il un apôtre !

Le Seigneur prend occasion de ces murmures pour établir l’ordre tel qu’il devait être. À quoi avait conduit ce cumul de service et de charges chez les apôtres ? D’une part à des murmures ; d’autre part à ce fait que, sans doute, les apôtres manquaient de temps pour se consacrer à la prière et au service de la Parole (6. 2). Comment va-t-il être remédié à cet état de choses ? La suite du récit répond à cette question. Les douze apôtres étaient là (v. 2), le collège apostolique était donc au complet. Il aurait semblé qu’avec l’autorité qui était la leur, ils auraient pu sans difficulté régler cette question. Ils ne le font pas. Il fallait que la conscience de l’assemblée soit exercée. Dans la plupart des cas, il en est encore ainsi de nos jours : l’assemblée toute entière doit porter l’exercice, dans l’humiliation si c’est nécessaire, dans l’intercession toujours.

Les douze apôtres appellent « la multitude des disciples » disant : « Il ne convient pas que, laissant la parole de Dieu, nous servions aux tables ». Il ne convenait pas qu’ils laissent le service de la Parole pour exercer la bienfaisance. La bienfaisance consiste d’une façon générale à employer les dons qui ont été remis par les fidèles (Héb. 13. 16), pour les besoins des saints et l’œuvre du Seigneur. Les deux choses (besoins des saints et œuvre du Seigneur) sont distinctes et présentent des caractères différents. Les apôtres vont donc demander « aux frères » de rechercher des hommes « qui aient un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse » (v. 3). Il va falloir que l’assemblée désigne, sur la proposition des frères, sept frères dont nous allons voir quels devaient être les caractères. Ici ces frères sont au nombre de sept. Faut-il toujours qu’il y ait sept frères pour ce service ? Cela dépend. Si une assemblée est nombreuse, il peut y en avoir sept (voire même davantage, si besoin est) ; par contre, si elle n’est pas nombreuse il peut y en avoir seulement deux ou trois. Sept est un nombre complet. Il faut donc qu’il y ait « un ensemble complet », que les frères qui s’occupent de la charge présentent des caractères, tout à la fois les mêmes sur plusieurs points et qui se complètent sur d’autres.

Les enseignements de ce ch. 6 des Actes sont malheureusement, d’une façon générale, trop peu connus dans les assemblées, ou trop peu mis en pratique. Si nous voulons remplir une charge selon Dieu, n’oublions pas qu’il faut le faire en obéissance à la Parole de Dieu. Ne pensons pas qu’il soit sage de mettre de tels enseignements de côté.

Le chapitre 3 de la première épître à Timothée nous parle des surveillants d’une part, et des serviteurs d’autre part. Les hommes dont il est question en Actes 6 sont en fait des serviteurs dans le sens que donne l’Écriture à ce terme :1 Timothée 3. 8. Les surveillants sont aussi appelés « anciens » et quelquefois « évêques » – le terme évêque ne se trouve pas dans l’Écriture mais est couramment employé dans la chrétienté. Dieu veuille que, dans toutes les assemblées, des frères aient à cœur de remplir cette charge d’anciens. Le choix des anciens n’est pas laissé à l’assemblée. Il relevait de l’autorité apostolique ou de ses délégués. Le passage d’Actes 14. 23 nous le montre : « Et leur ayant choisi des anciens dans chaque assemblée, ils prièrent avec jeûne, et les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru ». Les apôtres choisissaient les anciens et ils pouvaient déléguer cette autorité, comme l’apôtre Paul l’a fait à l’égard de Tite : « Je t’ai laissé en Crète dans ce but, que tu mettes en bon ordre les choses qui restent à régler, et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens, suivant que moi je t’ai ordonné ». Ce n’est pas à l’assemblée que l’apôtre demande de choisir des anciens, mais à son délégué. Si cet acte était du ressort de l’assemblée, l’apôtre aurait demandé aux assemblées (et pas à son délégué), de choisir des anciens. Aujourd’hui il n’y a donc pas d’anciens établis officiellement dans l’assemblée, désignés par elle. L’Écriture ne nous y autorise pas.

Par contre le choix des serviteurs est du ressort de l’assemblée. C’est l’assemblée qui doit choisir et désigner le serviteur pour les divers services à remplir. Nous le voyons par notre passage et par 2 Corinthiens 8. 18 qui est peut-être plus net encore : « Et nous avons envoyé avec lui le frère dont la louange dans l’évangile est répandue dans toutes les assemblées ; et non seulement cela, mais aussi il a été choisi par les assemblées pour notre compagnon de voyage, avec cette grâce, qui est administrée par nous à la gloire du Seigneur lui-même ». C’est un passage qui est très clair. Voilà un serviteur qui a été choisi par l’assemblée. Il avait une autorité morale incontestée. Il avait la confiance des assemblées. Ce passage nous montre l’importance d’un tel service. L’administration des dons, dont il est question dans les Corinthiens, apportés aux frères et sœurs dans le besoin, doit être faite « à la gloire du Seigneur ».

Et même pour ce qui était une simple transmission d’argent, il était nécessaire qu’il y ait plusieurs frères. Ce n’est pas l’apôtre Paul lui seul qui le faisait.

Il semble qu’il est toujours bon qu’il y ait plusieurs frères chargés d’un tel service. La communion, les échanges d’information, la prière en commun entre plusieurs frères ayant une même responsabilité dans ce service, sont très importants. Il s’agit, pour ce qui est des personnes dans la nécessité, de discerner les vrais besoins. Puis, il ne suffit pas d’apporter un don ; il y a le don mais il y a la manière de l’apporter, qui peut être plus importante que le don lui-même, avec la parole à propos, la parole d’exhortation ou d’encouragement, la parole dite en son temps, qui est bonne parce qu’elle est dite en son temps (Prov. 15. 23). De la même manière, il y a la responsabilité des assemblées à l’égard des ouvriers du Seigneur, responsabilité là aussi quant à la façon de donner.

Le don peut faire du bien mais aussi du mal, (par exemple encourager la paresse), ou fortifier un serviteur dans une mauvaise voie. Qui est-ce qui peut donner le discernement des vrais besoins et de la condition des ouvriers ? – Le Seigneur. C’est pourquoi la prière est si nécessaire. Les frères qui ont le service de la répartition du produit des collectes ont la confiance de l’assemblée ; il ne saurait donc y avoir, à leur égard, un contrôle qui serait la négation de toute confiance, mais des questions dénotant l’intérêt pour l’œuvre du Seigneur peuvent leur être posées. Y a-t-il beaucoup d’assemblées qui, dans les réunions de prières, pensent aux serviteurs qui ont un tel service à remplir ? Et pourtant, comme cela est nécessaire !

Il ne faut pas faire ce qui pourrait arriver peut-être : verser une sorte de mensualité. Il faut être gardé de toute habitude, de toute routine. Il faut que le Seigneur, qui connaît les vrais besoins, donne le discernement nécessaire pour que ce service soit rempli d’une manière utile au maître. Si ce service est bien compris, il en résultera du profit spirituel, et pour les serviteurs responsables de ce service, et pour l’assemblée locale, et pour ceux qui reçoivent les dons. Il y aura donc du profit spirituel pour chacun, de l’édification et de la bénédiction pour l’assemblée.

Ce qui est remarquable en 2 Corinthiens 8 (comme d’ailleurs dans d’autres passages) c’est qu’il n’est pas question de chiffre, de montant. Or nous nous arrêtons souvent à une somme. Ce qui est important c’est la manière dont ces biens sont administrés, dont ils sont distribués.

Encore une remarque à ce sujet. Il arrive parfois que tous les frères d’une assemblée locale s’occupent d’un tel service. Ce n’est pas conforme à la Parole : « Jetez les yeux, frères sur sept hommes d’entre vous… et ils choisirent… ». Il n’appartient pas à tous les frères de s’occuper de ce service. On entend dire parfois : j’ai le droit de savoir ce que l’on fait de l’argent que j’ai donné. Quelle erreur ! Cela montre qu’on a bien peu compris ce qu’est le service de la bienfaisance. C’est ce qui a été donné pour le Seigneur qui doit être ensuite remis, par des frères choisis pour cela, à ceux qui, selon la pensée du Seigneur, ont à en bénéficier. On n’a pas à « contrôler » ces frères mais à prendre un intérêt intelligent à leur service. Quand tous les frères s’occupent de ce service, des difficultés se produisent souvent : des avis divergents se font jour, il peut se faire aussi que se manifestent un esprit de parti regrettable, des jalousies, des intrigues. Par ailleurs, cela exclut toute discrétion. Or, il faut, dans l’exercice d’un tel service, la plus complète discrétion. Seuls les frères qui ont la responsabilité du service, ceux qui reçoivent, et le Seigneur, doivent être au courant – personne d’autre.

Une question très délicate est celle-ci : discerner le vrai besoin. Il arrive souvent que si on envoie des dons à dix frères, on divise par dix la somme dont on dispose. Malheureusement !

Cela nécessite aussi un contact avec la personne à qui l’on doit remettre le don.

Certes, il y a une connaissance personnelle, des contacts personnels qui, en effet, peuvent être très utiles. Mais la chose importante est la prière. On ne doit pas diviser la somme dont on dispose par le nombre de serviteurs auxquels on pense ; le procédé est simple, sans doute ; il ne nécessite aucun exercice, aucune prière. Mais permet-il de répondre aux vrais besoins ? L’état du serviteur est-il tel que l’assemblée puisse lui manifester sa communion et, si oui, dans quelle mesure peut-elle le faire ? Qui, seul, connaît toutes choses, si ce n’est le Seigneur ? C’est donc à Lui qu’il faut s’adresser par la prière et Il a tous les moyens pour répondre, pour éclairer les frères. Les assemblées, en général, ne prient pas assez pour les frères ayant la responsabilité de l’emploi du produit des collectes. Les rapports individuels avec ceux auxquels l’assemblée est appelée à s’intéresser peuvent certainement aider à voir plus clair, grâce au discernement donné par le Seigneur, comme aussi permettre de prier avec plus d’intelligence.

Une chose importante à noter ; les apôtres avaient agi d’une manière qui leur paraissait convenable, puis ils ont été conduits à voir que ce n’était pas selon la pensée de Dieu. Ils ont aussitôt modifié leur façon d’agir. Personne ne se déshonore en reconnaissant qu’il s’est trompé ! Nous pouvons parfois agir dans l’ignorance. Mais si un jour le Seigneur nous éclaire, nous devenons très responsables si, malgré ce, nous persistons dans notre façon de faire.

Le verset 3 nous dit quels caractères devaient présenter les sept hommes choisis par l’assemblée. Il y en a trois : un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse. Il arrive quelquefois dans les assemblées que l’on dise : il faudrait choisir pour ce service quelqu’un qui ait l’habitude des chiffres, de la comptabilité, qui sache ce que c’est que manier des fonds. La Parole nous enseigne autrement. D’abord il faut que ce soit un frère qui ait un bon témoignage, une autorité morale, un témoignage rendu qui soit inattaquable. Ce doit être un frère spirituel habituellement dirigé par le Seigneur. Il faut qu’il soit aussi plein de sagesse, cette sagesse qui nous conduit à mettre en pratique ce que nous avons reçu par l’intelligence spirituelle. Ces trois choses : « sagesse », « intelligence », « rempli de l’Esprit » sont aussi liées en Éphésiens 5. 15 à 18 : « Prenez donc garde de marcher soigneusement, non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages, saisissant l’occasion, parce que les jours sont mauvais. C’est pourquoi ne soyez pas sans intelligence mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur ».

L’intelligence spirituelle nous fait entrer dans la connaissance de la volonté du Seigneur et la sagesse nous permettra de la mettre en pratique. Les frères d’une assemblée pourraient avoir le sentiment qu’un serviteur s’engage dans un mauvais chemin. L’intelligence spirituelle le discerne mais ensuite il s’agit de mettre en pratique ce qui a été ainsi compris et c’est la sagesse qui nous le permettra. « Et ne vous enivrez pas de vin », c’est-à-dire ne donnez pas de stimulant à la chair, « en quoi il y a de la dissolution mais soyez remplis de l’Esprit ».

Voilà donc les trois caractères que devaient présenter ces hommes : avoir un bon témoignage, être pleins de l’Esprit Saint et de sagesse.

Que peut-on penser de cette imposition des mains ? Elle n’ajoute rien. C’est un acte de communion. L’assemblée se solidarise avec eux. Nous ne pratiquons plus l’imposition des mains mais nous devrions, en fait, faire ce qui y correspond : l’assemblée ratifie le choix des frères et sans doute serait-il bon qu’il y ait une réunion de prière de l’assemblée qui manifeste ainsi sa communion dans le choix qui a été fait.

– Cela se rapproche de « la main d’association » de Galates 2 ?

– Oui, la main d’association qui est donnée à tous les serviteurs engagés à l’œuvre du Seigneur.

Une remarque encore sur les v. 4 et 5. « Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la Parole. Et ce discours plut à toute la multitude ; et ils choisirent… » Ce n’était pas leur service à eux de s’occuper de la bienfaisance dans l’assemblée. Le mot « persévérer » que nous avons vu à plusieurs reprises, revient ici : c’est un service persévérant. Les apôtres mettent le service de la prière avant le service de la Parole. Nous avons déjà considéré l’importance de la place donnée à la prière dans ce début du livre des Actes. Comme la prière est importante pour les apôtres, pour les serviteurs : la prière doit passer avant tout le reste. Le service sera utile, fructueux, dans la mesure où la prière l’aura précédé. Si un serviteur a le sentiment de sa faiblesse, il éprouvera d’autant plus la nécessité de crier au Seigneur. Plus il le fera et plus il sera béni dans son service. La prière et la Parole sont les deux piliers, les deux bases de la vie de l’assemblée. Si les réunions de prière ou d’édification sont négligées, la vie de l’assemblée en souffrira certainement, et la réunion de culte par voie de conséquence.

Quand les apôtres ont terminé, il est dit : « Et ce discours plut à toute la multitude ». Il n’y a pas d’objection. Il n’y a plus de murmures. Il ne reste qu’un accord entier. L’obéissance est réalisée, non par contrainte mais avec joie. On voit comment Dieu a agi. Il ouvre les yeux des apôtres, Il leur donne la direction nécessaire pour l’assemblée. Ensuite, Dieu opère dans le cœur de l’assemblée et elle est prête à agir de cette manière-là. Puissions-nous obéir avec joie quand nous avons discerné la volonté de Dieu ! Quand une assemblée est en bon état, l’obéissance est facile. Il en est de même pour un croyant.

Nous avons des commandements dans la Parole. Nous pensons parfois qu’il en coûte trop d’obéir, que cela demande trop de sacrifices. Un cœur qui aime obéit, quelle que soit la souffrance qu’il doive connaître. Le Seigneur pouvait dire quand Il était sur la terre : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au dedans de mes entrailles » (Ps. 40. 8). Est-ce que cela ne Lui a pas coûté de la souffrance ? « Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5. 8). Nous trouvons parfois qu’il est trop dur d’obéir. Quand nous sommes dans un tel état, regardons à l’intérieur de notre cœur et demandons à Dieu : « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps. 139. 23 et 24). Nous serons alors heureux d’obéir. L’assemblée sera heureuse d’obéir.

« À cause de la joie qui était devant lui, a enduré la croix » (Héb. 12. 2).

Nous trouvons au v. 5 le nom de ces sept hommes. Tous ces noms sont d’origine grecque. L’assemblée a eu la sagesse de choisir ces sept frères parmi les Hellénistes. C’est la grâce. Il n’y a pas de mécontents. Il y a de la grâce, du support, un véritable amour. Il y a des frères, parmi ces sept, dont nous ne savons rien d’autre ; mais il en est deux dont il nous est parlé ailleurs dans ce livre des Actes : Étienne et Philippe. Ces deux serviteurs présentent les caractères donnés en 1 Timothée 3. 8 : « il faut que les serviteurs soient graves, non doubles en paroles, non adonnés à beaucoup de vin, non avides d’un gain honteux, gardant le mystère de la foi dans une conscience pure ; et que ceux-ci aussi soient premièrement mis à l’épreuve ; ensuite qu’ils servent, étant trouvés irréprochables ». Ils présentent les caractères de leur Maître.

Il est parlé aussi dans ce passage des caractères que doivent présenter les femmes en général et en particulier, les femmes des serviteurs. Le v. 13 de 1 Tim. 3 a été vérifié à propos d’Étienne et de Philippe : « Car ceux qui ont bien servi acquièrent un bon degré pour eux et une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus ». Ils ont commencé leur service par une activité à laquelle il a été ajouté par la suite. Ils ont alors rempli un service plus important que celui qu’ils avaient au commencement.

Étienne est un type remarquable du Seigneur Jésus. Tous les types du Seigneur ont eu des défaillances, mais dans ces chapitres, les seuls où il soit question de lui, l’Esprit de Dieu ne nous parle d’aucune défaillance d’Étienne, type du serviteur parfait.

C’est le seul des sept à propos duquel il soit ajouté : « plein de foi et de l’Esprit Saint » ; plein de foi, c’est-à-dire que, d’une part, il était rempli de la Parole, de l’ensemble des enseignements que nous présente la Parole et que la foi saisit, il avait une connaissance remarquable de l’Écriture, nous en avons la preuve au ch. 7 – et d’autre part, plein d’une entière confiance en Dieu. Comme il a eu besoin d’être rempli de cette confiance ! L’histoire d’Étienne est remarquable. Il a été le premier martyr dans l’histoire de l’Église. Si le commencement de son histoire est remarquable, sa fin l’a été peut-être davantage encore. Imitateur de Christ, il a repris à peu près les mêmes paroles que le Seigneur Jésus (avec la différence qui doit nécessairement exister entre le modèle parfait et le serviteur) a prononcées sur la croix. Quel commencement remarquable, quelle fin remarquable !

L’assemblée agit suivant le conseil et les enseignements présentés par les apôtres. Quand elle a agi selon ces paroles, elle présente aux apôtres les serviteurs qui ont été choisis, montrant ainsi une grande déférence à l’égard des apôtres. Après cela, nous avons la manifestation de leur pleine communion : « après avoir prié, ils leur imposèrent les mains ».

Est-ce que l’expression « prosélyte d’Antioche » désigne quelqu’un de converti à Antioche ? – Il n’y a pas d’autre expression dans l’Écriture qui nous permette de le dire avec certitude. Mais remarquons que l’assemblée à Antioche n’avait pas encore été formée ; elle ne l’a été que dans les circonstances rapportées au ch. 11. La Parole n’y a été annoncée qu’à ce moment-là : v. 19 à 21.

Prosélyte veut dire disciple. Les « prosélytes » étaient des païens qui avaient embrassé la religion juive.

Il serait bon de revenir sur l’enseignement du début du chapitre 6, enseignement par ailleurs très important.

Nous avons dans le premier paragraphe de ce ch. 6, le deuxième assaut de l’ennemi, le premier étant au ch. 5, où il a introduit le mal dans l’assemblée, par le mensonge et l’hypocrisie d’Ananias et Sapphira. Ici ce sont des murmures qui s’élèvent parce que l’amour est moins manifesté. Dieu se sert de ces murmures pour le bien de l’assemblée, ce qui nous montre qu’Il peut, dans l’assemblée et même dans nos vies individuelles, se servir de circonstances fâcheuses pour en tirer du bien. Cela ne veut pas dire que nous ayons à être négligents, en pensant que Dieu tirera toujours le bien du mal.

À l’origine (4. 34 à 37) les apôtres assuraient eux-mêmes la distribution des dons apportés en vue de subvenir aux diverses nécessités. Ce n’était pas à eux pourtant qu’incombait ce service : d’une part, des murmures s’étaient fait jour, et d’autre part les apôtres avaient négligé le service qui était le leur. Les apôtres reconnaissent eux-mêmes que ce qui avait été établi n’était pas bon. Mais bien que tous les apôtres aient été présents, ils n’ont pas réglé eux-mêmes cette question. Il fallait que la conscience de l’assemblée soit exercée. La multitude est appelée ; les frères désignent sept d’entre eux, qui devaient avoir une conduite telle, qu’ils puissent jouir d’une autorité morale inattaquable ; par ailleurs ils devaient être « pleins de l’Esprit Saint et de sagesse ». (6. 3) : l’intelligence spirituelle nous fait discerner le chemin, alors que la sagesse nous enseigne à y marcher.

Comme il est heureux que l’assemblée, lorsqu’elle est mise en face de ses responsabilités, écoute : « Et ce discours plut à toute la multitude… » (6. 5).

Les noms des sept frères choisis nous sont donnés. Ce sont tous des noms grecs. L’esprit de grâce avait été manifesté, les sept frères choisis sont tous des Hellénistes. Il est toujours bon de manifester un tel esprit, personne n’ayant à revendiquer ses droits – d’ailleurs nous n’en avons pas. Les apôtres leur imposent les mains, en signe de communion.

Nous allons revenir sur Étienne, et en particulier sur les deux caractères du v. 5 : « homme plein de foi et de l’Esprit Saint », caractères qui s’ajoutent aux trois caractères du v. 3 ; « un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse ».

Ces sept frères choisis par l’assemblée à Jérusalem et auxquels on a imposé les mains, sont des serviteurs. L’épître à Timothée nous parle des serviteurs et des surveillants. Nous avons remarqué que le choix des anciens ou surveillants était du ressort de l’apôtre ou de son délégué. Par contre le choix des serviteurs dans le sens que 1 Timothée 3. 8 donne à ce terme, est du ressort de l’assemblée. Le ch. 3 de la première épître à Timothée, et l’épître à Tite, nous disent quels sont les caractères que doivent revêtir les serviteurs et les anciens. Il est à désirer qu’il y ait dans les assemblées, chacun à sa place et remplissant sa tâche, des serviteurs et des anciens. Aujourd’hui les anciens ne sont pas officiellement désignés mais ceux qui ont à cœur d’en manifester les caractères et d’en remplir la charge peuvent être considérés et reconnus comme tels.

Nous devons prier beaucoup pour que le Seigneur mette au cœur des frères qualifiés pour cela de remplir de telles charges dans les assemblées. Les qualités requises d’un ancien peuvent faire reculer plus d’un frère âgé, mais si un frère a vraiment à cœur les intérêts du Seigneur et plus particulièrement Ses intérêts dans l’assemblée, le Seigneur lui sera en aide. Selon l’ordre normal des choses, c’est plutôt un frère âgé qui devrait remplir une charge d’ancien ; il doit avoir, normalement, une expérience chrétienne qui lui fait mieux comprendre les difficultés du troupeau et quels sont les soins à exercer, mais il peut se faire qu’un frère âgé ne présente pas les caractères d’ancien et qu’on les trouve chez des frères plus jeunes. La charge d’ancien était et est toujours très importante.

En Tite il est dit que les anciens, dont les caractères sont présentés à partir du v. 6 à 9 devaient « tenir ferme la fidèle parole selon la doctrine » afin d’être « capables, tant d’exhorter par un sain enseignement, que de réfuter les contredisants » (v. 9). La charge d’ancien se remplit généralement dans des contacts individuels, dans des visites faites dans les familles. « Tenant ferme la fidèle parole », il peut exhorter par le sain enseignement. Un frère ayant, en raison même de son âge et d’une marche qui a été bonne, une certaine autorité morale, et désirant de ce fait remplir une charge d’ancien, pourrait exercer une activité assez dangereuse dans la vie de l’assemblée s’il ne connaissait pas le « sain enseignement », la « fidèle parole selon la doctrine » : il risquerait par ses conseils d’engager les âmes dans un chemin qui n’est pas bon, et cela d’autant plus que son âge peut lui conférer un certain ascendant. Il est donc indispensable de ne pas méconnaître Tite 1. 9.

En 1 Timothée 5. 17 et 18 il nous est dit : « Que les anciens qui président dûment soient estimés dignes d’un double honneur, spécialement ceux qui travaillent dans la parole et dans l’enseignement ; car l’écriture dit : « Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain », et : « L’ouvrier est digne de son salaire ». Voilà trois responsabilités : conduire (c’est le sens de « présider » dans ce passage), travailler dans la Parole (toujours un service individuel rempli dans les maisons en vue de l’édification et de l’exhortation) et enseigner.

Pourquoi nous est-il dit de les estimer dignes d’un double honneur ? L’honneur doit être « double » en ce sens : d’abord la considération due à un ancien, ensuite il convient de pourvoir aux besoins temporels de ceux qui consacrent une grande partie de leur temps au service des saints dans l’assemblée. C’est une responsabilité des assemblées (c’est dans ce dernier sens qu’il est dit « honore les veuves ») : l’ancien a droit à la considération de l’assemblée dans un témoignage de communion dans son service. « Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain », ce passage nous est déjà rappelé à propos du service en 1 Corinthiens 9 : « l’ouvrier est digne de son salaire ». Nous pouvons nous demander si de tels enseignements n’ont pas été perdus de vue, dans certaines assemblées au moins.

Nous nous plaignons qu’il n’y ait pas d’anciens, mais peut-être est-ce là une des causes, pas la seule sans doute. Il faut que nous nous demandions pourquoi nous manquons tellement d’anciens. D’abord, nous ne demandons pas assez dans nos prières que le Seigneur en forme. Ensuite, d’une part, il n’y a peut-être pas assez de dévouement chez certains qui devraient remplir cette charge et, d’autre part, les assemblées manquent peut-être d’honorer les anciens d’un double honneur. Je pense à un passage de Néhémie concernant les lévites (les lévites étaient non pas des « anciens » mais plutôt ceux qui avaient le service de la Parole) au ch. 13. 10 : « Et j’appris que les portions des lévites ne leur avaient pas été données, et que les lévites et les chantres qui faisaient le service avaient fui chacun à son champ ». Les chantres remplissaient un service parmi le peuple. Nos responsabilités vis à vis des serviteurs sont les mêmes. Ainsi donc, ce qui aurait dû être fait à l’égard des lévites et des chantres ne l’avait pas été ; résultat : ils avaient fui chacun à son champ ! Plus de lévites, plus de chantres !

Les anciens étaient mis en garde contre les pièges dans lesquels ils pouvaient tomber : « n’aimant pas l’argent » (1 Tim. 3. 3). Un frère qui « aimerait l’argent » serait disqualifié comme ancien. Pour les serviteurs, il est dit « non avide d’un gain honteux » (v. 8) ; un frère « avide d’un gain honteux » serait disqualifié comme serviteur. De telle sorte que la Parole est très complète dans les enseignements qu’elle nous donne ; chacun est placé devant ses responsabilités propres et instruit quant à la manière dont il doit y faire face. Nous avons besoin d’être exercés en prière devant le Seigneur pour que les services et les charges d’anciens soient remplis selon la pensée du Seigneur. Nous verrions alors des assemblées plus heureuses et plus prospères.

– Précisément : ce sujet avait attiré notre attention dans l’assemblée locale, en relation avec des portions de Philippiens 4 et de Marc 14. L’apôtre Paul dit qu’il a « amplement de tout » et pourtant les Philippiens lui avaient envoyé une libéralité dont il peut dire que cela a été « un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu ». Cela était autre chose que de répondre aux besoins matériels de l’apôtre. Cela rappelle le double honneur.

En Marc 14, dans la maison de Simon le lépreux, une femme porte un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix et, ayant brisé le vase, le répand sur la tête du Seigneur. Quelques-uns remarquent que ce parfum aurait pu être vendu plus de trois cents deniers, et être donné aux pauvres, « et ils la reprenaient vivement ». Ils pensent d’abord à exercer une œuvre charitable, à répondre à des besoins plutôt que d’offrir quelque chose à la gloire du Seigneur. Au travers de l’apôtre, le don des Philippiens était aussi pour le Seigneur. C’est pour cela qu’il est dit que c’était un sacrifice « agréable à Dieu ». En honorant un ancien, en honorant une veuve, on honore le Seigneur.

Cette difficulté ayant été réglée dans les conditions que nous venons de rappeler, l’œuvre de Dieu va se poursuivre (v. 7). Le nombre des disciples se multiplie beaucoup et « la Parole de Dieu croissait » : la parole de Dieu est identifiée avec les fruits qu’elle porte dans les cœurs et dans les consciences. Il y avait un développement du fruit produit par la Parole. « Le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem ». Nous avons déjà remarqué une expression du ch. 5. 14 : « une multitude tant d’hommes que de femmes » se joignait au Seigneur. C’est beaucoup plus que les trois mille ou les cinq mille âmes du début du livre.

« Une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi », par contraste avec la loi à laquelle ils avaient été attachés précédemment. Ils obéissaient à la foi chrétienne.

Au v. 8 il est question à nouveau d’Étienne. Il n’est parlé d’Étienne qu’aux ch. 6 et 7 des Actes. C’est un type remarquable du Seigneur, d’autant plus que dans son histoire, rapportée dans ces deux chapitres, il n’est parlé d’aucune défaillance. Il en a sans doute eu, mais l’Esprit de Dieu ne nous en présente aucune dans le récit qu’Il nous donne de la vie d’Étienne.

On peut faire un parallèle entre les circonstances vécues par le Seigneur alors qu’Il était ici-bas et celles relatées dans le début des Actes. La haine contre Christ s’est déployée jusqu’à la croix et a atteint son paroxysme à Golgotha. Dans les Actes, la même haine des Juifs se déploie contre l’assemblée du Seigneur. Étienne qui typifie cette assemblée du Seigneur, est l’objet de la haine des Juifs, haine qui se manifeste jusqu’au moment où ils le lapideront. Le ciel va s’ouvrir pour recevoir celui qui a été l’objet de la haine des Juifs comme il s’est ouvert pour recevoir Celui qui, haï sans cause, crucifié, est sorti victorieux du tombeau. Étienne est bien un type remarquable du Seigneur.

Il y a un ensemble de sept passages qui mettent spécialement en relief ce qu’a été la vie d’Étienne :

– 6. 3 : « un bon témoignage, plein de l’Esprit Saint et de sagesse ».

– 6. 5 : « plein de foi et de l’Esprit Saint ».

– 6. 8 : « plein de grâce et de puissance ».

– 6. 10 : « ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait ».

– 6. 15 : « son visage comme le visage d’un ange ».

– 7. 55 : « plein de l’Esprit Saint, et ayant les yeux attachés sur le ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu ».

– 7. 59 : « Étienne qui priait et disait Seigneur Jésus, reçois mon esprit ».

Ici (v. 8) il est dit : « plein de grâce et de puissance ». La grâce et la puissance sont souvent liées l’une à l’autre. Nous avons déjà remarqué cette liaison au ch. 4. 33 : « Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus et une grande grâce était sur eux tous ». La grâce dont il est question est la véritable grâce de Dieu, inséparable de la vérité. Si nous maintenons ce caractère qui a été vu en Christ en perfection, il y aura de la puissance dans notre témoignage. L’histoire d’Étienne nous montre surabondamment qu’il a tenu ferme la vérité, qu’il a préféré mourir plutôt que de ne pas tenir ferme la vérité de Dieu. Il nous est parlé de ses actes avant qu’il soit dit quelque chose de ses paroles (v. 8 et 10). En cela aussi il est un type du Seigneur. En effet au début d’Actes 1, nous avons remarqué cette expression : « les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner », faire d’abord, enseigner ensuite. C’est ce qui donne de l’autorité morale à l’enseignement. Il est question d’abord de ce qu’Étienne a fait. Il y avait chez lui un grand déploiement de puissance spirituelle.

Mais dans l’évangile selon Marc, il est remarquable de voir que c’est l’enseignement qui précède les actes. Est-ce parce que cet évangile nous présente le Seigneur comme le parfait Serviteur et aussi comme le Prophète ?

En Marc, Il est le Serviteur et le Prophète tout à la fois. Comme il était important que, dans son service, son enseignement, la parole du Prophète, soit reçue ! (voir Marc 6. 1 à 5).

Au chapitre 6. 30 les apôtres envoyés par le Seigneur, reviennent vers Lui ; « et ils lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné ».

Les disciples s’attachaient à tout ce qu’ils avaient pu faire. Ils étaient au fond très contents d’eux-mêmes.

Nous allons voir l’ennemi revenir à la charge. Tout le début des Actes nous montre – si nous devions l’oublier – que l’ennemi est toujours actif. Il ne laisse jamais l’assemblée tranquille.

Il est dit au v. 9 : « Et quelques-uns de la synagogue appelée des Libertins, et des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d’Asie, se levèrent, disputant contre Étienne ». Ils s’opposent à ce témoignage que rendait Étienne. Qui est-ce qui peut s’opposer au déploiement de la puissance de l’Esprit Saint ? Ce ne peut être que l’ennemi qui agit par le moyen des personnes dont il est question là. Comment leur répond Étienne ? Non pas par des paroles venant de son propre fond, mais par des paroles spirituelles. Et ils ne peuvent pas résister (v. 10). L’ennemi ne pouvait pas résister à la parole citée par le Seigneur lors de la tentation au désert. Étienne était un fidèle disciple de son Maître de sorte que ses adversaires ne pouvaient « résister à la sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait ». Ils vont employer un moyen que leur suggère l’Adversaire. Ils ne reculent pas devant la ruse et le mensonge. Tous les moyens qu’emploient ces hommes montrent bien qui les dirige.

« Ils subornèrent des hommes qui disaient : Nous l’avons ouï proférant des paroles blasphématoires contre Moïse et contre le saint lieu ». Ils vont chercher de faux témoins. Les Juifs étaient très attachés à Moïse (Jean 9. 28 et 29). Ils avaient pour lui une considération extrêmement grande. De quelle violence ils témoignent : « Et, tombant sur lui, ils l’enlevèrent et l’amenèrent devant le sanhédrin ». Nous verrons qu’Étienne amené devant le sanhédrin, va prononcer un discours qui remplit le ch. 7, discours qui est un témoignage extraordinaire en face des chefs du peuple ; une fois de plus, l’ennemi fait une œuvre qui le trompe. Il a suscité de faux témoins contre Étienne mais ce sera le moyen de faire entendre aux chefs du peuple les paroles si solennelles prononcées par Étienne, qui établissent la culpabilité du peuple et constituent le dernier appel adressé à Israël avant qu’il soit mis de côté.

« Et ils présentèrent de faux témoins qui disaient : Cet homme ne cesse pas de proférer des paroles contre le saint lieu et contre la loi ; car nous l’avons entendu dire que ce Jésus le Nazaréen détruira ce lieu ci, et changera les coutumes que Moïse nous a enseignées ». Tout cela était un pur mensonge, ne correspondant en rien aux paroles qu’Étienne avait prononcées. Quel est l’effet de ces paroles sur Étienne ? Est-ce qu’Étienne va protester ? Là encore nous voyons un imitateur du parfait modèle, de Celui qui en face de Pilate n’a pas répondu un seul mot. Étienne n’a pas une seule parole de protestation et ceux qui avaient les yeux fixés sur lui, sans doute pour voir comment il allait réagir, « virent son visage comme le visage d’un ange ». Quel témoignage rendu devant les chefs du peuple ! Cela nous fait penser à Moïse dont la peau du visage rayonnait parce qu’il avait parlé avec l’Éternel sur la montagne – et qui ne le savait pas. Probablement qu’Étienne non plus ne savait pas que son visage était comme le visage d’un ange. Étienne resplendissait d’une manière céleste. Son visage rayonnait parce qu’il avait parlé avec Lui.

Lisons aussi 2 Cor. 3. 18 : « nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire comme par le Seigneur en Esprit ». Si nous réalisions cette contemplation de la gloire du Seigneur dans le ciel, le reflet marquerait notre marche et notre vie. Il y aurait une transformation morale qui s’opérerait et serait l’un des plus puissants témoignages que nous pourrions rendre dans ce monde.

Ch. 7

Le souverain sacrificateur, le chef du peuple, prend alors la parole. C’est le début du ch. 7. Il interroge Étienne : « Ces choses donc sont-elles ainsi ? En d’autres termes : « Est-ce que l’accusation qui est portée contre toi est véritablement fondée ? » Étienne répond aussitôt. Il va prononcer ce discours, du v. 1 au v. 35, où il rappelle quelles ont été les différentes voies de Dieu à l’égard de Son peuple. Il y a eu la loi, il y a eu les prophètes, il y a eu Christ, il y a eu le Saint Esprit. Et quelle que soit la période de temps et quelles que soient les voies de Dieu à l’égard de Son peuple, Il a toujours trouvé un peuple ennemi dressé contre Lui, qui a désobéi à la loi, persécuté les prophètes, crucifié Christ et rejeté le témoignage du Saint Esprit. Étienne va présenter dans son discours sept faits principaux montrant le caractère du peuple et sa culpabilité.

1 Joseph, type de Christ livré entre les mains des Gentils.

2 Moïse, type de Christ rejeté.

3 L’idolâtrie.

4 La résistance à l’Esprit Saint.

5 La persécution des prophètes.

6 La mise à mort de Christ.

7 La désobéissance à la loi.

C’est par la désobéissance à la loi qu’il termine. Les Juifs ne s’attendaient pas à ce qu’Étienne prononce de telles paroles, ni à ce qu’il brosse un tableau aussi saisissant de la culpabilité d’Israël.

Étienne commence son discours en invitant les « hommes frères et pères », c’est-à-dire tous ceux qui constituaient le peuple (le mot « pères » s’applique peut-être à ceux qui étaient les chefs du peuple).

Il commence par l’appel d’Abraham. Les premiers mots : Le Dieu de gloire », expriment le caractère de Celui dont toutes les perfections ont été pleinement manifestées en Christ. C’est une expression qui nous dit aussi que si Dieu appelait un homme qui devait être la souche de Son peuple, Il conduirait ce peuple vers la gloire. La foi d’Abraham allait plus loin encore que la gloire terrestre d’Israël puisqu’il « attendait la cité qui a les fondements de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur » (Héb. 11. 10). Présentement nous sommes appelés à marcher d’une manière digne de Dieu qui nous appelle à Son propre royaume et à Sa propre gloire (1 Thess. 2. 12). C’est un appel céleste en vue de la gloire céleste. Et notre marche doit être en accord avec une telle gloire. Le peuple terrestre issu d’Abraham était responsable de marcher d’une manière qui corresponde aux caractères du Dieu de gloire qui avait appelé Abraham et qui voulait le conduire jusqu’à la gloire. En vertu de l’œuvre de la croix, Dieu reprendra Ses relations avec Son peuple et l’introduira dans la gloire millénaire.

En Romains 9. 3 il est dit : « car moi-même j’ai souhaité d’être par anathème séparé du Christ, pour mes frères, mes parents selon la chair qui sont Israélites ; auxquels sont l’adoption, et la gloire, et les alliances, et le don de la loi, et le service divin, et les promesses, auxquels sont les pères, et desquels, selon la chair, est issu le Christ, qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement ». C’est en vertu de l’œuvre de Christ que ce peuple sera appelé à la gloire dont il est question ici dans ce passage d’Actes 7. Et puis au v. 28 du ch. 11 de l’Épître aux Romains il est dit : « En ce qui concerne l’évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection ils sont bien-aimés à cause des pères. Car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir » et au v. 32 : « Dieu a renfermé tous, Juifs et nations, dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous ».

Ces premières paroles étaient déjà de nature à toucher la conscience du peuple. C’est à Ur des Chaldéens qu’Abraham a entendu l’appel de Dieu, avant même son séjour à Charan. « Et il lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté, et viens au pays que je te montrerai ». Nous connaissons bien cet appel d’Abraham, rapporté en Genèse et aussi en Hébreux 11. 8 : « Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir pour héritage ; et il s’en alla, ne sachant où il allait ».

Dans la deuxième épître de Pierre il nous est dit que nous sommes « appelés par la gloire et par la vertu ». Nous pouvons citer le passage entièrement « Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété ; par la connaissance de celui qui nous a appelés par la gloire et par la vertu » (2 Pier. 1. 3). La gloire, c’est le but qui est placé devant nous, la vertu, c’est l’énergie morale, la foi qui nous conduit vers ce but.

C’est ce qui a caractérisé Abraham. Dieu ne lui dit pas : Va, mais : Viens. C’était donc la promesse que Dieu serait avec lui dans le chemin où Il l’envoyait. Nous trouvons ici « la gloire » et « la vertu ». Si l’Éternel avait dit à Abraham : va au pays que je te montrerai, ce seul mot aurait dû suffire à sa foi, mais Dieu, dans Sa grâce, voulait lui donner davantage et Il lui dit : « Viens ». Il est resté un certain temps à Charan. Son père a été une entrave dans sa marche vers Canaan, comme plus tard Lot. Il a fallu qu’il attende la mort de son père Térakh.

Puis Hébreux 11. 9 nous dit : « Par la foi, il demeura dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère, demeurant sous des tentes avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse ; car il attendait la cité qui a les fondements ». La foi d’Abraham brille d’une façon particulière. Il aurait pu dire à Dieu : Tu m’as dit de venir dans ce pays, tu m’as dit que je le posséderai. M’y voici et je n’ai rien, je suis comme un forain et un étranger. Mais sa foi reste entière. Il n’eut même pas un endroit où poser la plante de son pied. Quand Dieu lui fit des promesses, il n’avait pas d’enfant. Abraham ne raisonne pas avec l’Éternel. Quand plus tard l’Éternel lui demande son fils, il ne raisonne pas non plus. La foi d’Abraham nous confond et nous humilie profondément.

Comme ces paroles auraient dû toucher le cœur et la conscience du peuple ! Le peuple se réclamait d’Abraham (Jean 8. 33 à 39). Les Juifs se glorifiaient d’être les descendants d’Abraham. Or, voilà ce qu’avait été Abraham. L’Esprit de Dieu leur montre ainsi la foi qui aurait dû être la leur. Au lieu de cela, ils avaient crucifié le Messie et maintenant ils rejetaient le témoignage du Saint Esprit.

Et Dieu parla ainsi : « Sa postérité séjournera dans une terre étrangère, et on l’asservira et on la maltraitera pendant quatre cents ans ; et je jugerai, moi, la nation à laquelle ils auront été asservis, dit Dieu ». L’Éternel devait juger l’Égypte. Étienne le rappelle. « Et après cela ils sortiront et me serviront en ce lieu ci » : Étienne place devant les Juifs, leur raison d’être à Jérusalem. Ils auraient dû servir l’Éternel à Jérusalem.

Au verset 8, il est question de l’alliance de la circoncision qui nous parle de leur mise à part pour Dieu. Le peuple de Dieu devait habiter seul.

Nous verrons à partir du v. 9 le premier des nombreux faits principaux établissant la culpabilité du peuple : Joseph, type de Christ, vendu, livré aux gentils.

Nous avons vu le début du discours d’Étienne, appelé à prendre la parole devant le sanhédrin. Nous avons remarqué que, dans ce discours, il fait ressortir les différentes voies de Dieu à l’égard de Son peuple : la loi, les prophètes, Christ, et le témoignage du Saint Esprit – et quelle que soit la période de temps dans laquelle le peuple se soit trouvé, il a été caractérisé comme étant ennemi de Dieu. Nous avons signalé également qu’Étienne fait ressortir un ensemble complet, sept faits principaux qui mettent en relief l’incrédulité du peuple, qui témoignent de son véritable état tout au long de son histoire. Ces sept faits : l’histoire de Joseph, figure de Christ rejeté par les Siens, ensuite celle de Moïse, type de Christ, non pas tellement dans Sa personne que dans Sa mission, en troisième lieu l’idolâtrie, en quatrième lieu la résistance à l’Esprit Saint, puis la persécution des prophètes, le rejet et la crucifixion de Christ, et la désobéissance à la loi.

Ce discours est un discours remarquable. Nous avons vu qu’Étienne est présenté comme un homme « plein de foi », c’est-à-dire que, d’une part, il connaissait l’Écriture (tout son discours en témoigne) – la foi, c’est l’ensemble des vérités que nous présente la Parole de Dieu, que la foi saisit et qui constituent l’instruction et la nourriture de l’âme – d’autre part la foi, c’est la confiance en Dieu. Étienne a eu besoin de confiance en Dieu tout au long de son histoire, particulièrement devant le sanhédrin et dans la mort qui a été la sienne. Le peuple juif avait déployé toute sa haine contre Christ. Le ciel s’est ouvert pour le recevoir et Il est entré dans la gloire. Nous avons ici une sorte de recommencement de cette histoire : la haine des Juifs se fait jour, se manifeste contre Étienne ; elle ira jusqu’à le lapider et le ciel s’ouvre pour le recevoir, lui le premier martyr, le premier qui, dans l’histoire de l’Église, ait eu à donner sa vie pour Christ.

Nous avons bien des enseignements dans ce discours d’Étienne qui remplit à peu près le ch. 7. « Le Dieu de gloire » (v. 2) est le Dieu caractérisé par toutes les perfections par lesquelles Il s’est révélé dans la Personne de Christ. Avant qu’Il se soit révélé en Christ, Il est apparu à Abraham et lui a dit : « Sors de ton pays et de ta parenté, et viens au pays que je te montrerai ». L’Éternel voulait amener le peuple vers le pays de gloire et de beauté, un pays qui était en figure au-delà de ce qui était naturel, de ce qui était terrestre, au-delà du Jourdain, un pays qui était la figure des lieux célestes. Le « Dieu de gloire » nous est apparu dans la Personne de Christ, et la pensée de Dieu est de nous détacher des choses de la terre pour nous occuper de celles du ciel où Il veut nous introduire, et où déjà nos places sont prêtes. Nous avons remarqué que Dieu dit à Abraham : Viens, et non pas : Va ; c’était la preuve qu’Il serait avec lui. Le Seigneur ne nous a pas dit : Allez vers les lieux célestes, mais : Venez. Abraham n’hésite pas. Il sort de son pays et de sa parenté. Il a dû s’arrêter un moment, Térakh n’ayant pas eu la foi nécessaire pour continuer la route. Térakh ne pouvait pas marcher avec la foi d’Abraham. Nous ne pouvons pas porter de jugement sur Abraham, mais sans doute est-ce le respect pour son père qui l’a fait s’arrêter alors que sa foi en exercice aurait dû l’amener à continuer.

Après bien des expériences faites, Abraham arrivera à un moment où il fera passer l’ordre de Dieu avant toute autre considération. Quand l’Éternel lui dira : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t-en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste », il obéira sans raisonner et sans aucun retard. Cela nous montre un peu la mesure des leçons qu’Abraham a apprises dans le chemin au début de son histoire ; que nous soyons caractérisés aussi par sa foi après quelques années d’expérience chrétienne.

Abraham s’arrête donc un moment. Puis « Dieu le fit passer dans ce pays où vous habitez maintenant. Et il ne lui donna pas d’héritage dans ce pays » : cela aurait pu décourager sa foi. Mais ensuite « il lui promit de le lui donner en possession et à sa postérité après lui, alors qu’il n’avait point d’enfant » (Act. 7. 4 et 5). La foi ne se décourage pas. Si nous ne regardions qu’aux circonstances, nous pourrions dire parfois : Dieu nous a trompés – expression trop forte d’ailleurs que nous n’oserions pas employer. L’épreuve de la foi est, d’une part pour purifier la foi, et d’autre part pour la fortifier.

v. 7 : « et je jugerai, moi, la nation à laquelle ils auront été asservis, dit Dieu ; et après cela ils sortiront et me serviront dans ce lieu-ci ». Étienne annonce l’esclavage de l’Égypte, la délivrance qu’Il opérera et peut déclarer également que le peuple délivré servira l’Éternel dans ce lieu-ci, à Jérusalem. Est-ce qu’ils avaient réellement servi l’Éternel « en ce lieu-ci ? » C’était bien propre à toucher leur conscience.

v. 8 : « Et il lui donna l’alliance de la circoncision ; et ainsi Abraham engendra Isaac et le circoncit le huitième jour ; et Isaac, Jacob ; et Jacob, les douze patriarches ». La circoncision était le signe de la séparation du peuple terrestre pour Dieu. Il était séparé des autres peuples de la terre.

v. 9 : Ici Étienne va aborder l’histoire de Joseph. Avec lui, nous avons un type de Christ rejeté. Nous voyons dans le récit de la Genèse pourquoi il a été rejeté. C’était en raison de la haine de ses frères, et ses frères le haïssaient parce qu’il était le bien-aimé de son père. « Et ses frères virent que leur père l’aimait plus que tous ses frères ; et ils le haïssaient » (Gen. 37. 4). Le Seigneur est venu, l’Envoyé du Père. Non seulement, Il n’a pas été reçu par Son peuple mais aussi Il a été haï par Ses frères. Le Seigneur peut dire : « Ils m’ont haï sans cause ». En réponse à Son amour, ils lui ont prodigué leur haine. « Et ils m’ont entouré de paroles de haine, et ils me font la guerre sans cause. Pour mon amour, ils ont été mes adversaires, mais moi je me suis adonné à la prière. Et ils m’ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour mon amour » (Ps. 109. 3 à 5).

Joseph a été haï de ses frères à cause de l’amour de son père et a été vendu aux Israélites pour vingt pièces d’argent. De même le Seigneur a été haï par Ses frères, le peuple d’Israël, parce qu’Il était le Fils bien-aimé du Père, puis trahi par un de Ses disciples et vendu pour trente pièces d’argent, « ce prix magnifique auquel Il a été estimé par eux » (Zach. 11. 13).

Il est dit que « Dieu était avec lui » (v. 9). Dieu a soutenu Joseph, un jeune homme d’environ dix-sept ans quand il a été jeté dans la citerne et vendu aux Ismaélites. Il a été avec lui en Égypte, et l’a « délivré de toutes ses afflictions » (v. 10). Dieu aussi a été avec le Seigneur ; il l’a délivré de toutes Ses afflictions, également parce qu’Il « prenait son plaisir en lui » (Ps. 18. 19). Il a fait trouver grâce à Joseph (ou il le rendit agréable) auprès du Pharaon. Le cœur du Pharaon est incliné vis à vis de Joseph. Nous trouvons tout cela avec plus de détails dans la Genèse, détails pas nécessaires ici, Étienne désirant essentiellement mettre en relief la culpabilité du peuple juif.

Voilà ce que les frères de Joseph ont pensé ; d’autre part, voilà ce que Dieu a pensé et opéré : Dieu l’a haut élevé. C’est une illustration de ce que Dieu a fait pour Christ. Jésus a été crucifié mais Dieu L’a couronné de gloire et d’honneur, position bien plus excellente que celle de Joseph en Égypte.

Nous avons ensuite quelques détails sur la famine qui suivit. Il s’était écoulé environ vingt ans entre le moment où Joseph a été vendu et la famine. Les frères de Joseph considéraient que c’était fini. Pour eux, il était mort : « l’un n’est plus » (ch. 42. 13 – voir également 44. 20 : « son frère est mort »). Le peuple juif pense s’être débarrassé de Christ mais il faudra qu’un jour ils tournent leurs regards vers « celui qu’ils ont percé » (Zach. 12. 10)

Dieu permet donc une famine en Égypte et en Canaan. Jacob envoie une première fois ses fils (sauf Benjamin) en Égypte puis une deuxième fois avec Benjamin. Avec quelle sagesse Dieu a opéré pour que Joseph soit reconnu par ses frères. Plus tard, Christ le Messie d’Israël, sera aussi reconnu par Ses frères.

C’est comme si Étienne disait : comme les frères de Joseph ont rejeté et vendu leur frère, vous avez rejeté, vendu et crucifié le Messie. Mais Dieu a exalté Joseph, Il l’a établi gouverneur. De même Christ est ressuscité, Il est couronné de gloire et d’honneur. Le moment vient où il vous faudra traverser la grande tribulation (préfigurée par la famine) et reconnaître Celui que vous avez crucifié. Cette première partie du discours d’Étienne aurait dû toucher le cœur et la conscience du peuple.

Au v. 17 il est question de circonstances dont le récit nous est donné dans l’Exode et qui vont préparer la naissance de Moïse. Le peuple s’était multiplié en Égypte. Un autre roi était monté sur le trône, qui ne connaissait pas Joseph. C’est le premier chapitre de l’Exode.

C’est en ce temps-là que naquit Moïse (Ex. 2. 2). Il est dit ici qu’il était « divinement beau » ou « beau à Dieu ». Cet enfant avait une beauté particulière. Il était de la famille de Lévi. Son père et sa mère, Amram et Jokébed, étaient de la famille de Lévi (Ex. 2. 11). Parmi les fils de Jacob, les fils de Lévi avaient un service tout particulier : ils mettaient l’encens sous les narines de l’Éternel, l’holocauste sur l’autel ; ils enseignaient les ordonnances et la loi à Israël (Deut. 33. 10). Non seulement ils faisaient partie du peuple de Dieu mais encore ils étaient attachés au tabernacle et au service de l’Éternel dans Son tabernacle. Cet enfant naît dans cette famille au moment où tout enfant mâle qui naissait devait être jeté dans le fleuve (Ex. 1. 22). Nous voyons là, la haine de l’adversaire contre Christ depuis le commencement : par tous les moyens, il a essayé de détruire la semence de la femme qui devait lui briser la tête. Les parents de Moïse ne pouvaient jeter cet enfant dans le fleuve, Dieu avait voulu le leur donner. Il aurait la puissance de le garder. Il est « nourri trois mois dans la maison du père ». « Comme sa mère ne pouvait plus le cacher, elle prit pour lui un coffret de jonc, l’enduisit de bitume et de poix et mit dedans l’enfant, et le posa parmi les roseaux sur le bord du fleuve » (Ex. 2. 3). En figure c’est comme s’il avait été jeté dans les eaux de la mort. Mais la foi des parents de Moïse comptait sur la puissance de Dieu pour sauver leur enfant. Hébreux 11 souligne que tout ce que les parents de Moïse ont fait dans cette circonstance, ils l’ont fait « par la foi ». Il n’y a pas ici, dans les Actes, beaucoup de détails sur le récit. Nous savons comment la fille du Pharaon a repéré le coffret, l’a ouvert et à vu qu’il contenait un petit garçon qui pleurait ; comment elle l’a rendu à sa mère pour qu’elle l’allaite pour elle et l’élève « afin qu’il fut son fils » (Act. 7. 21). Une fois grand, Jokébed l’a amené à la fille du Pharaon « et il fût son fils » (Ex. 2. 10).

Il sera alors élevé à la cour du Pharaon. Nous pouvons être assurés que les parents de Moïse ont dû prier beaucoup pendant qu’il était élevé à la cour du Pharaon, de sorte que le cœur de cet enfant a été gardé. Devenu grand, il a refusé d’être appelé fils de la fille du Pharaon (Héb. 11. 24).

On peut remarquer que ces trois hommes, Abraham, Joseph et Moïse ont un point commun : ils ont été obligés de sortir de leur parenté. On peut en faire une application aux enfants de parents chrétiens : il faut qu’ils marchent avec leur foi à eux, qu’ils sentent leur responsabilité, qu’ils sortent tôt ou tard de leur condition familiale pour vivre eux-mêmes la vie de foi à laquelle le Seigneur les appelle.

On ne peut pas élever des enfants tout à fait en dehors du monde. Bien sûr, ils sont au milieu de dangers multiples, mais il y a la puissance de Dieu pour les garder et on doit en faire un sujet de prières. Dieu seul peut garder nos enfants. Il y a un principe qui est pour tous les croyants, c’est le Seigneur Lui-même qui l’a exprimé dans la prière adressée à Son Père : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne fais pas la demande que tu les ôtes du monde mais que tu les gardes du mal » (Jean 17. 14 et 15). Nos enfants sont comme nous dans le monde, et c’est pour les parents un exercice de foi. Il nous faut aussi faire comprendre de bonne heure à nos enfants ce qu’est la séparation de cœur et de pensées.

v. 21 : « La fille du Pharaon l’emporta et l’éleva pour elle, afin qu’il fût son fils » : voilà la pensée des hommes. On cherche à accaparer la jeunesse, à la former de bonne heure pour l’avoir pour soi. C’est une expression très caractéristique que celle du v. 21, montrant le but que poursuit le monde à l’égard de la jeunesse.

Pour ce qui concerne Moïse, Hébreux 11. 24 à 26 nous dit que « par la foi, Moïse étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ». Voilà le résultat du travail de la grâce de Dieu en lui, en réponse aux prières de ses parents !

v. 22 : C’était un très grand homme que Moïse, « instruit dans toute la sagesse des égyptiens, puissant dans ses paroles et dans ses actions ». Si Moïse avait continué sa carrière à la cour du Pharaon, il aurait été sans doute un homme d’état important. Mais quand il fut parvenu à l’âge de quarante ans, il lui vint au cœur de visiter ses frères. « Quarante » nous présente toujours dans l’Écriture un temps d’épreuve complet. Où est son cœur à quarante ans ? En Égypte ? Non, avec ses frères. Qui sont ses frères ? De pauvres malheureux esclaves dans la souffrance.

Mais il estime l’opprobre du Christ, un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte. Quel exemple remarquable. Il ne s’est pas laissé séduire par toutes les richesses de l’Égypte. D’un côté de la balance, il y avait les richesses, la gloire de l’Égypte, de l’autre la souffrance, la misère de ses frères, et c’est ce dernier plateau qui était le plus lourd. Nous pouvons remarquer que c’est le cœur qui est à la source des issues de la vie. C’est pourquoi, au fils de la sagesse il est dit : « Mon fils donne-moi ton cœur » (Prov. 23. 26) et « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie ». (Prov. 4. 23). Le cœur de Moïse, jeune enfant, a été gardé pour Dieu.

Comme on l’a souvent fait observer, la vie de Moïse, qui a duré cent vingt ans, se divise en trois périodes de quarante ans : quarante ans en Égypte, quarante ans en Madian, et quarante ans dans le désert, à conduire le peuple, en fait, 40 ans à la cour du Pharaon et 80 dans le désert (40 pour y garder des troupeaux et 40 pour y conduire « le troupeau de Dieu »). II est remarquable de constater que les plus belles années de la vie de Moïse, de quarante à quatre-vingt ans (c’était la force de l’âge à cette époque), se sont passées à garder des troupeaux au désert. Il semblerait à première vue que c’était du temps perdu. Mais il fallait qu’en Madian, Moïse oublie tout ce qu’il avait appris en Égypte, il fallait qu’il abandonne toute l’énergie charnelle qu’il avait à ce moment-là. Il fallait qu’il soit dépouillé.

v. 25 à 28 : Deux conflits sont rapportés : dans le premier, un Égyptien est aux prises avec un Israélite. Moïse venge l’opprimé, il frappe l’Égyptien. Remarquons qu’à ce moment-là, les Hébreux ne lui disent rien. Si le Seigneur était venu délivrer le peuple Juif du joug des Romains, peut-être aurait-il été bien accueilli. Mais quand le Seigneur s’est adressé au peuple d’Israël pour lui montrer où il en était, ce peuple s’est tourné contre Lui et L’a crucifié.

Dans le deuxième conflit, deux frères, deux Israélites, se battaient. Lui, Moïse avait eu à cœur de visiter ses frères. Il les aimait alors qu’ils étaient dans la misère et lui dans la gloire à la cour du Pharaon, et ces deux frères se battaient ! N’en avons-nous pas vu depuis, des combats entre frères ? « Celui qui faisait tort à son prochain », remarquons bien cette expression, c’était le plus coupable des deux, « le repoussa, disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer, toi, comme tu tuas hier l’Égyptien ? ». Voilà le cœur qui est manifesté. Non seulement il se bat contre son frère après lui avoir fait tort mais en outre il s’insurge contre Moïse, qui s’enfuit. Des détails concernant ce récit nous sont donnés au ch. 2 de l’Exode. Un verset d’Hébreux 11 nous montre que c’est par la foi que Moïse s’est enfui en Madian. On peut voir divers aspects dans cette fuite.

Voilà Moïse rejeté par ses frères. Or, la pensée de Dieu était de délivrer le peuple par son moyen. On pourrait dire : Est-ce que Moïse n’aurait pas dû rester à la cour du Pharaon, où, de par sa position, il aurait pu alléger le joug qui pesait sur ses frères ? C’est ce qu’on cherche à faire aujourd’hui dans le christianisme terrestre. On veut que les croyants occupent des postes d’autorité pour améliorer les conditions des chrétiens dans le monde – or Dieu veut les délivrer du monde.

v. 29 : « Et Moïse s’enfuit à cette parole, et fut étranger dans le pays de Madian, où il engendra deux fils ». Les prénoms de ses deux fils ne nous sont pas donnés ici. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus. L’un s’appelait Guershon qui signifie « séjournant là », l’autre Éliézer signifie « Dieu une aide ». Voilà deux noms donnés par Moïse qui nous font comprendre un peu ce qu’il ressentait. Ce séjour a été long pour lui, pénible, douloureux – séjournant là – mais Dieu lui a été en aide dans ce séjour – Dieu, une aide. J’ai souvent encouragé les parents chrétiens à choisir pour leurs enfants des prénoms qui aient une heureuse signification spirituelle.

La signification des prénoms, nous la trouvons partout dans l’Écriture. Il ne faut pas toujours rechercher une consonance agréable, ou donner un nom parce qu’on aime quelqu’un qui l’a porté. Le choix du prénom peut être en rapport avec les circonstances que les parents traversent. Dans l’évangile selon Luc le père choisit le prénom de Zacharie à propos de Jean ; encore faut-il remarquer que Zacharie avait retenu la parole dite par l’ange : « tu appelleras son nom Jean » (Luc 1. 13). Mais il est heureux qu’il y ait pleine communion à ce sujet entre le père et la mère. Si ce choix peut être fait parfois, comme nous l’avons vu, en rapport avec les circonstances que traversent les parents, il peut l’être aussi parce que les parents désirent que leur enfant porte les caractères ou les traits qui se rattachent à la signification du prénom. S’ils désirent vraiment cela, ils en feront ensemble un sujet de prière constant. De telle sorte que c’est une chose très importante que le choix des prénoms, avec tout ce qui s’y rattache, en particulier la prière.

Dieu a été en aide à Moïse, Il l’a instruit, Il l’a préparé pour le service qu’il aurait à remplir pendant les quarante dernières années de sa vie.

Le v. 30 nous reporte à la scène dont nous avons les détails en Exode 3. « Et, quarante ans s’étant écoulés, un ange lui apparut au désert de la montagne de Sinaï, dans la flamme de feu d’un buisson ». Qu’est-ce que c’était que ce buisson à épines tout ardent de feu et qui n’était pas consumé ? C’était une image d’Israël. Que valait-il, ce peuple ? Il n’était bon que pour le feu. Il ne valait pas mieux qu’un buisson à épines. Mais il n’était pas consumé, parce que c’était le peuple de Dieu, il ne pouvait pas être consumé. Quelle image de notre état et de celui d’Israël ! Quelle contemplation pour Moïse que ce buisson incandescent qui n’est pas consumé, un ange qui est là, une voix qui lui parle ! Il fallait qu’il réalise qu’il avait à faire au Dieu de sainteté. On ne peut servir Dieu comme il convient si l’on ne réalise pas d’abord qu’Il est un Dieu saint, si ensuite on ne « délie les sandales de ses pieds » : toute notre marche doit répondre à cette pensée que Dieu est saint.

Dieu va le déclarer à Moïse ce qu’Il va opérer pour le peuple. « J’ai vu », « J’ai entendu », « Je suis descendu ». Il en est de même pour ce qui nous concerne aujourd’hui dans nos épreuves. N’oublions pas que nous avons à faire au même Dieu. Il intervient encore aujourd’hui pour nous secourir.

« Et maintenant viens, je t’enverrai en Égypte » : nous comprenons que cette parole ne devait pas être facile à recevoir pour Moïse : il savait comment il l’avait quittée.

« Ce Moïse qu’ils avaient rejeté, disant : Qui t’a établi chef et juge ? Celui-là, Dieu l’a envoyé pour chef et pour libérateur ». En transposant : ce Jésus que vous avez rejeté – « nous n’avons pas d’autre roi que César » – et crucifié, Celui-là, Dieu L’a établi pour chef et pour libérateur, Il L’a exalté et L’a couronné de gloire et d’honneur. Dans tout ce récit, nous voyons le parallèle entre l’histoire d’Israël et la propre histoire des Juifs qui les condamnait entièrement. Toutes les phases de cette histoire les condamnaient.

v. 36 : « C’est lui qui les conduisit dehors, en faisant des prodiges et des miracles dans le pays d’Égypte, et dans la mer Rouge, et au désert pendant quarante ans » : la puissance de Dieu s’est exercée par le moyen de Moïse dans ces trois sphères : en Égypte, dans la mer Rouge et au désert. Ce sont les miracles accomplis par Moïse dans les ch. 4 et suivants de l’Exode, la délivrance du peuple à la mer Rouge et la marche avec le peuple au désert.

Nous avons rappelé qu’Étienne comparaissait devant le sanhédrin pour se défendre de la fausse accusation qui avait été portée contre lui. Mais comme Pierre (Act. 4. 8 et suivants), Étienne étant accusé devient accusateur. En fait, il ne se défend pas, mais présente dans un discours remarquable la culpabilité du peuple de Dieu en quelques circonstances de son histoire. Quelles qu’aient été les voies de Dieu à son égard, et malgré tout ce qu’Il a fait pour lui, Dieu a constamment trouvé un peuple dressé contre Lui.

Nous nous sommes arrêtés sur deux des sept faits présentés pour démontrer la culpabilité du peuple de Dieu. En premier, l’histoire de Joseph, un des plus beaux types de Christ, rejeté par son peuple mais qui a fait l’expérience des soins de Dieu, et a été haut élevé, « Dieu était avec lui et il le délivra de toutes ses afflictions, et lui fit trouver grâce et sagesse auprès du Pharaon… et il l’établit gouverneur sur l’Égypte et sur toute sa maison ». Ce rejet de Joseph par ses frères est donc une figure qui devait parler à la conscience du peuple, coupable d’avoir rejeté Jésus de la même manière que « les patriarches » (v. 9) avaient rejeté Joseph ; Christ est maintenant exalté comme Joseph aussi l’a été.

Nous avons ensuite le deuxième de ces sept faits principaux : c’est l’histoire de Moïse, qui fait ressortir la réjection de Christ dans la mission qui était la sienne. Il vint au cœur de Moïse de visiter ses frères. Entraîné par l’élan de son cœur, et voyant un Égyptien qui maltraitait un de ses frères, il venge l’opprimé en tuant l’Égyptien. Cela ne soulève aucune animosité parmi ses frères. De même si le Seigneur était venu délivrer les Juifs du joug des Romains, il est probable qu’ils ne l’auraient pas rejeté.

Le lendemain, Moïse voit deux de ses frères qui se disputent ; il les engage à la paix mais celui qui faisait tort à son prochain – par conséquent, le plus coupable des deux – lui dit : « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer, toi, comme tu tuas hier l’Égyptien ? » Moïse, rejeté par le peuple, part au désert de Madian. Il fallait qu’il soit ainsi rejeté pour qu’il séjourne quarante ans en Madian, où il a été dépouillé de toute l’énergie de la chair qui le caractérisait, afin de manifester ensuite la puissance de Dieu en secours et en délivrance. Une expression du livre des Nombres (12. 3) nous montre que Moïse était l’homme le plus doux de la terre, ce qui fait ressortir le contraste entre ce qu’il était en Égypte et ce qu’il est devenu après l’école de Madian. Cette douceur était le fruit de l’école de Madian.

Ensuite nous avons vu quelques versets qui sont une allusion à Exode 3 : « Un ange lui apparut au désert de la montagne de Sinaï, dans la flamme de feu d’un buisson » (v. 30). Ce buisson était une image du peuple. Il n’était bon que pour le feu, ne méritait que le feu du jugement. Nous avons plusieurs passages dans l’Écriture qui nous parlent des épines, comme typifiant l’homme qui ne mérite que le jugement, par exemple Michée 7. 4 : « Le meilleur d’entre eux est comme une ronce, le plus droit, pire qu’une haie d’épines », et Éz. 2. 6 : « Tu as près de toi des ronces et des épines ». Le buisson n’était pas consumé ; le peuple n’était pas consumé parce que c’était le peuple de Dieu. L’Éternel s’adresse à Moïse et lui dit : « Moi, je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, et d’Isaac, et de Jacob. Et Moïse, devenu tout tremblant, n’osait regarder. Et le Seigneur lui dit : Délie les sandales de tes pieds ; car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte ». Pour pouvoir remplir un service pour le Seigneur, quel qu’il soit, il nous faut réaliser quelle est la sainteté de Dieu. Cela implique une séparation entière du mal, de tout ce qui est opposé au caractère de Dieu.

On est parfois tenté de considérer que Dieu est amour et qu’on peut aller ici et là, sans autre considération, proclamer qu’Il est amour. C’est vrai, mais il est aussi lumière. Il est remarquable de voir que dans l’évangile et la première épître de Jean, écrits par celui que l’on a très justement appelé le disciple de l’amour, Dieu nous est présenté d’abord comme le Dieu qui est lumière, et ensuite seulement comme le Dieu qui est amour.

C’est l’Éternel qui parle à Moïse : « Maintenant, viens, je t’enverrai en Égypte ». Le moment était venu où l’Éternel voulait faire sortir Son peuple d’Égypte. Les paroles prononcées par le peuple qui avait rejeté Moïse sont reprises à peu près dans les mêmes termes : « Dieu l’a envoyé pour chef et pour libérateur » (Comp. v. 27 et 45). Ces deux caractères sont aussi ceux de Christ et nous parlent de Son autorité et de Sa puissance libératrice.

Nous avons remarqué les trois sphères dans lesquelles la puissance de Dieu s’est exercée à l’égard de Son peuple : le pays d’Égypte, la mer Rouge et le désert (v. 36).

v. 37 : « C’est ce Moïse qui a dit aux fils d’Israël : Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; écoutez-le » ; or le peuple juif l’avait rejeté. Nous avons là sans doute une allusion à Jean 5. 45 : « Ne pensez pas que moi je vous accuserai devant le Père ; il y en a un qui vous accuse, Moïse en qui vous espérez. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » C’est ce qu’Étienne rappelle ici et que le Seigneur avait déjà dit aux Juifs. Cette parole d’Étienne aurait dû atteindre leur conscience.

v. 38 : « C’est lui qui fut dans l’assemblée au désert, avec l’ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï, et avec nos pères ; qui reçut des oracles vivants pour nous les donner » : c’est là une allusion très nette à la scène de Sinaï au cours de laquelle Moïse avait reçu la loi, les oracles vivants.

Romains 3. 1 dit : « Quel est donc l’avantage du Juif, ou quel est le profit de la circoncision ? Grand de toute manière, et d’abord en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés ». Voilà un grand privilège et en même temps une grande responsabilité. Ces oracles étaient la Parole du Dieu vivant.

L’expression « ange » est souvent employée dans l’Ancien Testament pour désigner l’Éternel. C’est bien le cas ici. Voir aussi Héb. 2. 2 : « La parole prononcée par les anges » était bien la loi donnée à Sinaï, en contraste avec la grâce (« le grand salut ») dont il est question aux versets 3 et 4.

v. 39 : « Auquel nos pères ne voulurent pas être soumis ; mais ils le repoussèrent et retournèrent de leur cœur en Égypte ». Comme les pères avaient rejeté Moïse et la loi qu’il leur apportait, les Juifs avaient rejeté le Seigneur et la parole qu’il leur apportait. Il y a une expression remarquable dans ce verset : « ils retournèrent de leur cœur en Égypte » : pas de fait, mais « de leur cœur » ; ils sont retournés à l’idolâtrie, c’est ce que nous allons voir dans les versets qui suivent.

v. 40 et 41 : « Fais-nous des dieux qui aillent devant nous, car, quant à ce Moïse qui nous a conduits hors du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé. Et ils firent en ces jours-là un veau, et offrirent un sacrifice à l’idole et se réjouirent dans les œuvres de leurs mains » : voilà ce qui caractérisait l’état du peuple, l’état de son cœur. Ce qui caractérisait le cœur du peuple juif, c’est ce qui caractérise le cœur de l’homme aujourd’hui. Que de choses qui constituent pour les hommes des idoles ! « Ils se réjouirent dans les œuvres de leurs mains ». Ils ne se réjouissent pas tellement (ou même souvent pas du tout) dans les œuvres de Dieu en création et en rédemption. Ils se réjouissent des progrès de la science et de tous les résultats auxquels ils sont parvenus, « les œuvres de leurs mains » ! En fait, ce monde est revenu à l’idolâtrie – si jamais il l’a quittée. Il y a un danger pour nous, de nous laisser entraîner par ce courant. Nous comprenons bien pourquoi, à la fin de sa première épître, l’apôtre Jean nous dit : « Enfants, gardez-vous des idoles ».

v. 42 : « Et Dieu se retourna, et les livra au service de l’armée du ciel, ainsi qu’il est écrit au livre des prophètes : m’avez-vous offert des bêtes égorgées et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert, maison d’Israël ? »

Nous trouvons dans la Parole quelques expressions qui nous montrent ce qu’était l’idolâtrie de ce peuple, par exemple en 2 Rois 23. 5. Il s’agit de ce que Josias avait fait pour ôter les idoles et les hauts lieux : « Il supprima les Camarim, que les rois de Juda avaient établis pour faire fumer l’encens sur les hauts lieux dans les villes de Juda et dans les environs de Jérusalem, et ceux qui brûlaient de l’encens à Baal, au soleil, et à la lune, et au zodiaque, et à toute l’armée des cieux. Et il fit emporter l’ashère hors de la maison de l’Éternel, hors de Jérusalem, dans la vallée du Cédron, et la réduisit en poussière, et en jeta la poussière sur les sépulcres des fils du peuple. Et il démolit les maisons des prostituées qui étaient dans la maison de l’Éternel, et où les femmes tissaient des tentes pour l’ashère. Et il fit venir des villes de Juda tous les sacrificateurs, et souilla les hauts lieux où les sacrificateurs faisaient fumer de l’encens, depuis Guéba jusqu’à Beër-Shéba ; et il démolit les hauts lieux des portes… Et il souilla Topheth, qui est dans la vallée des fils de Hinnom, afin que personne ne fit passer par le feu son fils ou sa fille au Moloc. Et il abolit les chevaux que les rois de Juda avaient donnés au soleil, à l’entrée de la maison de l’Éternel… et il brûla au feu les chars du soleil. Et le roi démolit les autels qui étaient sur le toit de la chambre haute d’Achaz, que les rois de Juda avaient faits, et les autels que Manassé avait faits dans les deux parvis de la maison de l’Éternel. Et le roi souilla les hauts lieux qui étaient en face de Jérusalem, à la droite de la montagne de corruption, que Salomon, roi d’Israël, avait bâtis pour Ashtoreth, l’abomination des Sidoniens, et pour Kemoch, l’abomination de Moab, et pour Milcom, l’abomination des fils d’Ammon… » Nous avons dans ces passages une idée de ce qui se passait parmi le peuple d’Israël. L’Éternel s’adresse à lui au v. 42 : « M’avez-vous offert des bêtes égorgées et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert, maison d’Israël ? » Si l’Éternel lui pose cette question, c’est bien parce qu’il n’y eut pas beaucoup de sacrifices pour Lui pendant tout ce temps.

v. 43 : « Et vous avez porté le tabernacle de votre Moloch et l’étoile de votre dieu Remphan, les figures que vous avez faites pour leur rendre hommage ; et je vous transporterai au-delà de Babylone » : c’est effectivement ce qui est arrivé. Étienne cite un verset d’Amos. Nous pouvons le lire et voir la différence entre ce passage et la citation que fait Étienne. Amos 5. 25 : « M’avez-vous offert des sacrifices et des offrandes dans le désert, pendant quarante ans, maison d’Israël ? Mais vous avez porté le tabernacle de votre Moloc, et le Kiun de vos images, l’étoile de votre dieu, que vous vous êtes fait ; et je vous transporterai au-delà de Damas, dit l’Éternel ; son nom est le Dieu des armées ». Étienne dit ici « au-delà de Babylone ». Babylone était au-delà de Damas. Maintenant le jugement de Dieu envers le peuple va être plus dur que la première fois. Les disciplines de Dieu deviennent de plus en plus sévères si nous n’écoutons pas. Et c’est ce qui est arrivé au peuple d’Israël. Il a été dispersé dans tout l’empire romain et dans la terre entière. Dieu seul sait où se trouve ce peuple. Étienne rappelle donc le jugement prononcé sur ce peuple : Israël allait être dispersé sur la terre entière, « au-delà de Babylone ».

Ils avaient pris le tabernacle de Moloch et pourtant ils avaient le tabernacle dont il est parlé aux ch. 25 et suivants de l’Exode.

v. 44 à 50 : À grands traits, Étienne rappelle que Dieu a donné des instructions à Moïse pour la construction du tabernacle, qu’il a été porté au travers du désert et introduit dans le pays de la promesse, et que ce tabernacle est resté jusqu’au jour où David a voulu construire une maison pour le Dieu de Jacob. C’est Salomon qui a bâti cette maison. « Mais », ajoute Étienne, « le Très-Haut n’habite point dans des demeures faites de main ; selon que dit le prophète : le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ? Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses ? » L’habitation de Dieu, en fait, c’est le ciel. C’est vers le ciel où Dieu habite qu’Étienne allait avoir les yeux fixés, un moment après. Il est vrai que Dieu a voulu avoir une habitation sur la terre, c’est l’Assemblée, faite de pierres vivantes, de croyants que le peuple juif persécutait et poursuivait de sa haine !

– Est-ce qu’on ne peut pas trouver une réponse au verset d’Ésaïe 66 cité ici au Psaume 132. 13 et 14 en l’appliquant à l’assemblée : « Car l’Éternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation : c’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée » ?

– Certainement. Les versets que nous avons lus en Actes 7 sont bien en effet une citation d’Ésaïe 66. Les versets 13 et 14 du Ps. 132 s’appliquent d’une manière directe au peuple d’Israël et au temple, bien entendu, mais nous pouvons en faire une application à l’assemblée. Sion est la montagne de la grâce et de la sainteté tout à la fois. Comparer : Ps. 2. 6 ; 87. 1 et 2 (sainteté) ; Ps. 48. 2 ; 50. 2 (beauté) ; Héb. 12. 22 (montagne de la grâce). C’est sur ce terrain seulement que l’assemblée peut être bâtie et maintenue. Dieu a désiré habiter là.

Le temple construit par Salomon était une figure de cette habitation dans laquelle Dieu veut se trouver, une habitation faite de pierres vivantes. Dieu habite le ciel, lieu inaccessible, mais Il veut avoir une habitation sur la terre (Éph. 2. 19 à 22).

Nous avons donc dans ces versets le troisième fait qui établit le caractère du peuple et sa culpabilité : c’est l’idolâtrie.

Quatrièmement, nous allons voir, à partir du v. 51, sa résistance à l’Esprit Saint : « Gens de col roide et incirconcis de cœur et d’oreilles » : voilà ce qu’ils étaient effectivement, et Étienne, avec force et énergie, s’adresse à eux et emploie de telles expressions. Étienne parle sans crainte. Il ne cherche pas à obtenir du sanhédrin une certaine indulgence. Le Saint Esprit avait agi autrefois, avant Sa venue sur la terre comme Personne divine ; le peuple avait toujours résisté à Son action. Maintenant Il était descendu comme Personne, et le peuple Lui résiste toujours. C’est là le quatrième point qui fait ressortir le caractère et la culpabilité du peuple.

v. 52 : « Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? ». Ils ont persécuté les prophètes. En 2 Chroniques 36. 15 et 16 nous lisons : « Et l’Éternel… envoya vers eux par ses messagers… Mais ils se moquaient des messagers de Dieu, et méprisaient ses paroles, et se raillaient de ses prophètes ». À propos de Jérusalem, le Seigneur dit : « la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés » (Mat. 23. 37). C’est là le cinquième point.

Au ch. 23 de Matthieu, où le Seigneur prononce plusieurs malheurs, le septième concerne les scribes et les pharisiens. Il leur dit au v. 29 : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! car vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et vous ornez les sépulcres des justes, et vous dites : si nous avions été dans les jours de nos pères, nous n’aurions pas pris part avec eux au sang des prophètes ; en sorte que vous êtes témoins contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes ; et vous, comblez la mesure de vos pères ! Serpents, races de vipères ! comment échapperez-vous au jugement de la géhenne ? »

Et puis enfin, sixième trait, ils ont tué ceux qui avaient prédit la venue du Juste, et quand le Juste est venu, ils L’ont livré et mis à mort. C’est le rejet et la crucifixion de Christ.

Il y a un septième point. Il semble qu’avec le sixième, Étienne était parvenu au sommet des accusations portées contre le peuple Juif, mais pourtant il continue : « vous qui avez reçu la loi par la disposition des anges, et qui ne l’avez point gardée ». Il semble que l’Esprit de Dieu donne au fait qu’ils n’avaient pas gardé la loi un caractère encore plus grave qu’à tout ce qui avait précédé. Qu’était-ce que la loi ? Elle se résume en deux commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force, et de toute ta pensée » ; « et ton prochain comme toi-même » (Luc 10. 27). L’amour pour Dieu, l’amour pour le prochain, telle est la somme de la loi. C’est comme si Dieu avait dit à Son peuple : Mon cœur est plein d’amour pour vous, peuple que j’ai choisi, que j’ai formé pour moi-même (És. 43. 21) et je voudrais trouver dans votre cœur une réponse à l’amour de mon cœur. C’est une des raisons pour lesquelles Il leur avait donné la loi. Ce qu’il y a de plus grave, ce sur quoi Étienne met l’accent à la fin de son discours, c’est que ce peuple avait méprisé l’amour de Dieu, n’y avait donné aucune réponse ; il n’avait pas gardé la loi. Cela montrait clairement l’état de son cœur. L’Esprit de Dieu, à la fin du discours d’Étienne, met l’accent sur l’état du cœur du peuple.

Étienne avait peut-être quelque chose à dire encore. Nous ne savons pas. En tout cas, s’il avait quelque chose à ajouter, il ne le peut pas : le sanhédrin l’arrête. « En entendant ces choses, ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient les dents contre lui » (v. 54). Tel est l’effet produit par ce discours remarquable montrant la culpabilité du peuple.

Le peuple est accusé (et coupable) de ce dont Étienne avait été lui-même accusé (et lui était innocent) : des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu, des paroles contre le saint lieu et contre la loi (Act. 6. 13 et 14).

« Ils grinçaient les dents » : cette expression nous fait penser à celle qui est employée plusieurs fois dans l’Écriture pour caractériser les ténèbres de dehors : « là seront les pleurs et les grincements de dents » (Mat. 13. 42). Les pleurs sont l’expression du chagrin ; les grincements de dents, de l’irritation et de la colère. Les perdus exprimeront éternellement leur chagrin d’avoir négligé les appels de la grâce, et aussi leur irritation et leur colère. Ce sera trop tard. Ici les chefs du peuple grincent les dents contre Étienne. Mais lui, étant plein de l’Esprit Saint, avait les yeux attachés sur le ciel : quel contraste saisissant !

Voilà d’un côté les chefs du peuple qui résistent à l’Esprit Saint, et qui sont plus coupables encore que leurs pères, et de l’autre côté, Étienne, le témoin fidèle, qui lui, est rempli de l’Esprit Saint. D’un côté les chefs du peuple qui sont sous l’autorité du prince des ténèbres, et de l’autre, Étienne qui lui est dans la lumière. Quel contraste entre l’accusé et ses accusateurs. Étienne voit le ciel ouvert. Il est plein de l’Esprit Saint (6. 5 et 10 ; 7. 55). Sa carrière est marquée du commencement à la fin par l’action puissante du Saint Esprit. Il a « les yeux attachés sur le ciel », non pas seulement dirigés, mais attachés. Il semble qu’Étienne ne peut pas voir autre chose que la scène qu’il contemple.

– Est-ce qu’on ne retrouve pas ce contraste en 2 Corinthiens 3. 15 à 18 : « Mais jusqu’à aujourd’hui, lorsque Moïse est lu, le voile demeure sur leur cœur ; mais quand il se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté. Or le Seigneur est l’esprit ; mais là où est l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté. Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » ?

– Bien sûr il y a les deux choses. Les chefs du peuple ont leur entendement endurci, un voile est sur leur cœur, tandis qu’Étienne peut contempler à face découverte la gloire du Seigneur. Plus tard le voile sera ôté quand les Juifs reconnaîtront celui qu’ils ont percé. Comme peuple, ce peuple est aujourd’hui dans l’incrédulité ; mais des âmes sont retirées de ce milieu, sont sauvées et font ainsi partie de l’Assemblée. À la fin de ce livre des Actes (ch. 28. 27 et 28) nous lisons : « Car le cœur de ce peuple s’est épaissi et ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles et qu’ils ne comprennent de cœur, et qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux nations ; et eux écouteront ». C’est une citation d’Ésaïe 6. 9 et 10.

Étienne rend témoignage de ce qu’il voit : « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». Il emploie l’expression « le Fils de l’homme » ; s’il avait parlé du Messie, peut-être aurait-il été écouté : le Messie, c’était celui qui répondait à leurs aspirations. Mais « Fils de l’homme » s’adresse à tous les hommes ; Sa domination comme Fils de l’homme s’exercera sur l’univers entier. Cela implique le salut prêché à tous les hommes à la suite du rejet de Christ par Israël.

Quelle scène nous voyons là ! C’est une scène unique. Il y a bien eu un Homme sur la terre qui a pu lever Ses yeux au ciel (Jean 17). C’est l’Homme Christ Jésus. Mais ici c’est une scène tout à fait différente. C’est le témoin fidèle, c’est le premier martyr de l’histoire de l’Église, un homme qui contemple dans le ciel l’Homme ressuscité et glorifié !

Étienne voit le Fils de l’homme debout. Si les Juifs l’avaient reçu, Il serait redescendu établir Son royaume.

En Marc 14, nous voyons que le Seigneur savait qu’Il serait rejeté. Il dit au v. 62 : « Vous verrez le fils de l’homme assis à la droite de la puissance, et venant avec les nuées du ciel ».

La venue du Seigneur dont il est question en Marc 14. 62 est Sa venue pour exercer le jugement. C’est une venue très postérieure à la contemplation d’Étienne dont il est question en Actes 7.

1). Étienne voit « le fils de l’homme debout à la droite de Dieu ».

2) Nous pouvons Le voir maintenant assis à la droite de la Majesté dans les hauts cieux.

3) Les Juifs, les incrédules Le verront, dans un jour à venir, « assis à la droite de la puissance » et venant « avec les nuées du ciel » pour exercer le jugement.

Le Seigneur ne dit pas l’Homme, il dit le Fils de l’homme pour se désigner.

Il est venu ici-bas comme Homme. Il est né du sein de la vierge, il est né du Saint Esprit. Il a été ici-bas le Fils de l’homme. Actuellement il y a un Homme glorifié dans le ciel. Le Seigneur conserve toujours ce corps dans lequel Il est venu, dont Il a fait l’offrande à Dieu. Éternellement nous Le verrons, le Fils de l’homme exalté. Nous verrons dans son corps les marques de son œuvre à la croix. Il est éternellement Dieu, homme « dès le ventre de sa mère » (Ps. 22. 10) et pour l’éternité. Pour parler de Lui, le Seigneur emploie, dans l’Évangile de Jean qui met l’accent sur le côté divin de Sa Personne, huit fois l’expression « fils de l’homme » (1. 52 ; 3. 13 et 14 ; 6. 53 et 62 ; 8. 28 ; 12. 23 ; 13. 31) et une fois le mot « homme » (8. 40).

– Pourquoi, après Sa résurrection, dit-Il à Marie de Magdala en Jean 20 : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père » et aux disciples en Luc 24. 39 : « Touchez-moi, et voyez ; car un esprit n’a pas de la chair et des os comme vous voyez que j’ai » ?

– En Matthieu (voir 28. 9,16 à 20) le Seigneur reprend place au milieu du résidu juif, auquel il promet Sa présence « jusqu’à la consommation du siècle ». En Luc (24. 36 à 43), les disciples sont « tout effrayés et remplis de crainte » ; lorsque le Seigneur vient au milieu d’eux, ils « croyaient voir un esprit » (v. 37). C’est en vue de dissiper leurs craintes et leur effroi (v. 38) que le Seigneur leur dit : « Touchez-moi » (v. 39). En Jean, Marie de Magdala pensait reprendre avec le Seigneur des relations juives. Mais, par la mort et la résurrection de Christ, les rachetés sont introduits dans une relation nouvelle. Le croyant de l’économie actuelle qui connaît comme son Dieu et Père le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, (Jean 20. 17) ne connaît Christ ni par le toucher, ni par la vue : Il est pour lui un objet de foi, c’est un Christ céleste.

v. 57 : « Et criant à haute voix, ils bouchèrent leurs oreilles, et d’un commun accord se précipitèrent sur lui ». Nous avons quelquefois remarqué cette expression « d’un commun accord ». Ici c’est un commun accord entre les ennemis de Christ ; c’est leur haine contre Étienne qui produit ce commun accord. Comme on l’a souvent fait remarquer, ils observent les prescriptions de la loi comme cela avait été fait pour le Seigneur : Deut. 17. 5 : « Tu les assommeras de pierres et ils mourront ». C’est ce que l’on a fait pour Étienne.

v. 58 : « Et l’ayant poussé hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul » : c’est Saul dont l’histoire va commencer un peu plus loin. C’est le premier détail qui nous est donné sur lui.

v. 59 et 60 : « Et ils lapidaient Étienne qui priait et disait Seigneur Jésus, reçois mon esprit. Et s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché ». Il dit à peu près les mêmes paroles que le Seigneur. Mais le Seigneur pouvait dire : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23. 46), tandis qu’Étienne présente une demande, une prière. On le voit également prier pour ses bourreaux comme le Seigneur l’a fait, alors qu’Il était sur la croix. Il va entrer dans le ciel, il va y être recueilli. Nous avons dans Étienne la personnification d’un croyant qui jouit du ciel, qui jouit d’un Christ céleste, qui contemple à face découverte la gloire du Seigneur.

Au v. 60, ses paroles sont à peu près celles du Seigneur. Mais il ne peut pas dire : « ils ne savent ce qu’ils font » : il n’était plus question alors de péché par ignorance. Il reflète les caractères du parfait Modèle. Quel commencement a été le sien, quelle fin a été la sienne ! Nous ne savons rien d’autre sur Étienne que ce qui nous en est dit dans ces deux chapitres. Dieu veuille que ce récit nous amène à refléter quelque chose des caractères qu’il a manifestés d’une manière si merveilleuse.

– Est-ce qu’on peut dire qu’Étienne a été recueilli dans le paradis ?

– Le Seigneur emploie l’expression à propos du brigand converti : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », ce qui peut laisser supposer qu’un croyant, lorsqu’il déloge, est introduit dans le paradis. À propos des croyants il nous est dit : « être avec Christ est de beaucoup meilleur ». Le mot paradis revient trois fois dans le Nouveau Testament, en Luc 23. 43, en 2 Corinthiens 12. 4 et en Apocalypse 2. 7. Le paradis est un lieu de délices ineffables. Le brigand a été introduit dans un lieu de délices ineffables avec Christ. Le croyant qui déloge est introduit avec Christ dans le repos, non pas dans la gloire qui est encore à venir. Il attend comme nous mais il attend dans une meilleure condition que la nôtre.

En 2 Corinthiens 12 l’apôtre Paul a été ravi dans un lieu de délices où il a entendu des paroles ineffables qui ne peuvent être que des paroles qui exaltent Christ, qui glorifient le Père et le Fils. En Apocalypse 2. 7 il est dit : « À celui qui vaincra, je lui donnerai de manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu ». L’arbre de vie, c’est Christ. Le vainqueur d’Éphèse qui retrouve la jouissance du premier amour, peut déjà présentement jouir de Christ dans le ciel. Dans les trois passages où il est question du paradis, ce lieu se trouve lié à Christ. La Parole ne nous donne aucune description du paradis, mais nous dit que c’est un lieu de délices, caractérisé par la présence du Seigneur.

« Nous ne voulons pas que vous soyez dans l’ignorance à l’égard de ceux qui dorment… nous serons toujours avec le Seigneur. Consolez-vous donc l’un l’autre par ces paroles » (1 Thess. 4. 13 et 17). Le motif de la consolation n’est pas de retrouver ceux qui dorment, mais d’être avec Christ. Le ciel, c’est la présence du Seigneur.

On emploie parfois l’expression « ceux qui nous ont devancés ». Mais ils ne nous ont pas devancés dans la gloire. À la venue du Seigneur, les morts en Christ ressusciteront premièrement, puis nous les vivants nous serons ravis ensemble avec eux, à la rencontre du Seigneur en l’air. Ce sera en même temps. Les morts en Christ jouissent du repos de la présence du Seigneur, mais ils ne sont pas dans la condition définitive dans laquelle seront tous les croyants après la première résurrection.

Rappelons quelques points importants :

Étienne ne recule devant rien ; en présence de ceux qui constituaient le Sanhédrin il montre qu’il ne craint pas les hommes, il sait bien que « la crainte des hommes tend un piège » tandis que celui qui se confie en l’Éternel est élevé dans une haute retraite (Prov. 29. 25). Et en quelle « haute retraite » il a été élevé. Les Juifs rejetaient le témoignage et le fidèle témoin, le ciel s’ouvre pour le recevoir. Étienne a expérimenté la valeur des paroles dites par le Seigneur ici-bas : Luc 12. 4 et 5, 8 et 9, 11 et 12).

Étienne met en évidence le péché du peuple. La croix avait bien prouvé l’inimitié du peuple, mais il s’y ajoutait le témoignage rendu par le Saint Esprit à un Christ glorifié ; les Juifs avaient rejeté et crucifié un Christ humilié, ils rejetaient maintenant un Christ glorifié.

Lorsqu’Étienne présente le « Juste » « mis à mort » (v. 52), il provoque chez les membres du sanhédrin les réactions indiquées au v. 54 : « ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient des dents contre lui ». Mais quand il Le présente vivant (v. 56), ils crient à haute voix, bouchent leurs oreilles, se précipitent sur lui et le poussent hors de la ville pour le lapider (v. 57 et 58). Le début du procès s’était déroulé dans une apparence de légalité ; à la fin, c’est la plus grande confusion.

Ce n’est pas seulement à la gloire de Dieu (elle est « naturelle »… si ce mot peut être employé à ce sujet) dans le ciel qu’Étienne rend témoignage, mais au Fils de l’homme dans la gloire (v. 56). Il Le voit comme Fils de l’homme, Celui auquel tout l’univers sera soumis. Le sujet du témoignage n’est donc plus le Messie, prêt à revenir si le peuple se repentait, mais le Fils de l’homme dans le ciel, et le ciel ouvert à l’homme rempli de l’Esprit. Étienne domine cette scène, il est « plus que vainqueur » par Celui qu’il contemple dans le ciel. Il prie : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » puis il crie à haute voix : « Seigneur, ne leur impute point ce péché » (v. 59 et 60). Contemplant Jésus dans le ciel, il ressemble à Jésus sur la terre, il reflète Ses caractères.

Mais lui ne pouvait ajouter à sa demande : « Car ils ne savent ce qu’ils font ». À ce moment-là, les Juifs « savaient », ils avaient eu le témoignage du Saint-Esprit et ils le rejetaient. Ils n’agissaient plus « par ignorance ».

La mort d’Étienne fut la première révélation de l’appel céleste des disciples ; cette mort était la fin de toute espérance terrestre, il n’était plus question que Christ revienne pour établir le royaume : le peuple avait refusé de se repentir et mis à mort le fidèle témoin. La croix fut pour Christ, pour le présent, la fin de toute espérance terrestre, la fin de son espérance quant au peuple et à la terre en général ; de même la mort d’Étienne marquait la fin des espérances concernant l’Église à Jérusalem, relativement à l’établissement du royaume. C’est ainsi que se fit la séparation entre l’Église et le monde, comme elle avait déjà eu lieu entre le Seigneur et le monde. C’est pourquoi la révélation de l’appel de l’Église qui avait part à la gloire céleste dont jouit Christ, déjà glorifié, ne fut donné à connaître qu’après la mort d’Étienne.

La lapidation d’Étienne va donc marquer la séparation de l’Église d’avec le reste du monde. Nous avons ici une coupure extrêmement nette. C’est alors seulement que pourra être révélé le « mystère caché dès les siècles en Dieu » (Éph. 3. 9). Il ne pouvait pas l’être avant. Le « mystère » englobait et supposait en partie « l’endurcissement » d’Israël dont parle Romains 11. 25 : « Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère-ci, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c’est qu’un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée ». Cela fait partie du « mystère ». Il fallait d’abord le rejet du témoignage du Saint Esprit par les Juifs, « l’endurcissement d’Israël », pour que les vérités concernant l’assemblée puissent être données à connaître. L’histoire de l’Église commence au ch. 2 des Actes, mais les vérités essentielles concernant l’Assemblée, vérités que l’apôtre Paul a été chargé de révéler, n’étaient pas encore communiquées. Nous voyons pour ce qui concerne l’histoire de l’Église sur la terre, deux périodes principales dans les Actes : du ch. 2 au ch. 8 ; ensuite au ch. 9, Saul de Tarse est arrêté sur le chemin de Damas, et au ch. 13 commence son ministère avec les révélations importantes concernant l’Assemblée.

« Et quand il eut dit cela, il s’endormit ». Le mot endormi est employé pour parler de la mort du croyant ; il ne s’agit pas du sommeil de l’âme mais de celui du corps. L’âme du croyant ne dort pas. Un croyant qui déloge jouit de la présence du Seigneur dans le parfait repos. S’il n’en était pas ainsi, l’apôtre n’aurait pas pu écrire : « Déloger et être avec Christ… cela est de beaucoup meilleur » (Phil. 1. 23). Étienne lapidé par les Juifs domine toute la scène. Comme nous l’avons déjà remarqué, il est plus que vainqueur par Celui qu’il voit debout à la droite de Dieu dans le ciel. Il réalise véritablement l’expression de Romains 8. Il est « plus que vainqueur » dans toutes les épreuves, dans toutes les tribulations dont il est question dans ce passage : « Pour l’amour de toi, nous sommes mis à mort tout le jour ; nous avons été estimés comme des brebis de tuerie. Au contraire, dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Rom. 8. 36 et 37).

Et il est ajouté un détail : « Saul consentait à sa mort ». Ce détail nous est donné là pour faire ressortir la merveilleuse conversion de Saul de Tarse. Il a été l’un des meurtriers d’Étienne. Il ne nous est pas dit s’il a pris des pierres pour les lancer contre lui, mais il était consentant. C’était un jeune homme. Il avait, pense-t-on, à ce moment-là, une trentaine d’années.

On peut peut-être rappeler le verset d’Actes 22. 20 : « lorsque le sang d’Étienne, ton témoin, fut répandu, moi-même aussi j’étais présent et consentant, et je gardais les vêtements de ceux qui le tuaient. Et il me dit : va, car je t’enverrai au loin vers les nations ». Citons encore un passage qui se rapporte à ce que nous allons trouver au début du ch. 8 : « j’ai enfermé dans les prisons plusieurs des saints, après en avoir reçu le pouvoir de la part des principaux sacrificateurs ; et quand on les faisait mourir, j’y donnais ma voix ; et souvent, dans toutes les synagogues, en les punissant, je les contraignais de blasphémer ; et transporté de fureur contre eux, je les persécutais même jusque dans les villes étrangères. Et comme j’allais aussi à Damas pour cela, avec pouvoir et commission de la part des principaux sacrificateurs… » (26. 10 à 12).

« Transporté de fureur » : cela nous montre ce qui était dans le cœur de Saul de Tarse. En 1 Timothée 1. 13 il dit qu’il a agi « dans l’ignorance » : « moi qui auparavant étais un blasphémateur, et un persécuteur, et un outrageux ; mais miséricorde m’a été faite, parce que j’ai agi dans l’ignorance ». Il n’a pas été désobéissant à la vision céleste. Il avait donc agi dans l’ignorance comme le peuple avait agi dans l’ignorance. Au sein de ce peuple il y a des hommes qui pourront trouver le salut. L’Église est formée de tous les vrais croyants, sans aucune distinction de Juifs ou de Gentils. À la suite de sa conversion, Saul a été manifesté comme étant l’instrument choisi par Dieu pour annoncer le grand mystère de l’Assemblée.

Celui qui a bien compris la puissance de la grâce de Dieu a vraiment jugé tout ce qui, dans sa vie passée, a déshonoré le Seigneur. L’apôtre Paul était un homme affranchi par la puissance de la grâce.

En Philippiens 3. 4 il écrit : « bien que moi, j’aie de quoi avoir confiance même dans la chair. Si quelque autre s’imagine pouvoir se confier en la chair, moi davantage : moi circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu des Hébreux ; quant à la loi, pharisien ; quant au zèle, persécutant l’assemblée ; quant à la justice qui est par la loi, étant sans reproche. Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardés, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ ». Il a trouvé dans une Personne, il a trouvé en Christ un objet qui lui fait abandonner tout le reste. Il est conscient que Christ a tous les droits sur lui.

On peut établir un parallèle entre Saul de Tarse et le peuple Juif. L’un et l’autre ont agi « dans l’ignorance » mais alors que le peuple est resté rebelle – son histoire comme peuple est interrompue et ne reprendra que lorsque la plénitude des nations sera entrée – Saul de Tarse, lui, a saisi Christ ! Ce sont des passages qui doivent parler à notre conscience et à notre cœur. À cause du Christ, il a fait la perte de toutes choses. Puissions-nous être ses imitateurs !

Ch. 8

Au ch. 8, après l’indication que « Saul consentait à sa mort », il nous est dit : « or en ce temps-là, il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem ». Les digues sont rompues ; maintenant la haine des Juifs va se donner libre cours contre tous ceux qui faisaient partie de l’assemblée de Dieu à Jérusalem.

Au ch. 5, nous avons vu comment l’ennemi a essayé d’introduire le mal dans l’assemblée ; puis au ch. 6, le nouveau moyen qu’il a employé pour arriver au même résultat. Mais la puissance de l’Esprit de Dieu s’est exercée par le moyen des apôtres, Pierre en particulier, de telle sorte que l’adversaire n’a pu obtenir le résultat qu’il souhaitait. Il va maintenant revenir à la charge avec un troisième moyen. Ne soyons pas étonnés de voir autant d’assauts de l’Ennemi, pour essayer de ruiner le témoignage : il y en a eu au commencement, il y en a encore aujourd’hui. Nous avons besoin de nous tenir près du Seigneur pour déjouer les ruses de l’Ennemi, quelque caractère qu’elles revêtent. Nous allons avoir un exemple encore une fois, du fait qu’il fait « une œuvre qui le trompe » L’Ennemi déclenche une grande persécution à Jérusalem « et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres ».

On s’est parfois posé la question : pourquoi les apôtres sont-ils restés à Jérusalem ? Pourquoi n’ont-ils pas été chassés ? Il est difficile de répondre. Il fallait sans doute ces persécutions pour que ces croyants partent dans la Judée et dans la Samarie pour y annoncer l’évangile. Le Seigneur avait dit : « vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’au bout de la terre » (ch. 1. 8). Or les premiers chapitres des Actes nous montrent qu’il n’y avait pas eu un grand mouvement vers la Judée et la Samarie et jusqu’au bout de la terre. Dieu sait comment nous diriger, nous envoyer ici ou là : nous sommes souvent lents à agir, le Seigneur sait comment nous contraindre. Les disciples, bien que chassés par la persécution, partent dans d’excellentes dispositions, nous allons le voir.

Pourquoi le v. 2 est-il après le v. 1er ? Il semble qu’il aurait fallu continuer le récit de la lapidation d’Étienne par celui de son ensevelissement, mais l’Esprit de Dieu ne se trompe pas dans la façon dont Il nous présente les choses. Ce qui est dit au v. 1er fait ressortir la valeur de l’acte qu’ont accompli les hommes pieux qui ont pris soin du corps d’Étienne : l’ensevelissement d’Étienne, lapidé par les Juifs, a eu lieu dans un moment où une grande persécution était exercée contre l’assemblée. Il fallait du courage pour ensevelir Étienne, comme il en avait fallu à Joseph d’Arimathée pour demander le corps du Seigneur à Pilate et pour l’ensevelir. « Des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir » : leur piété est soulignée. On voit comment le Seigneur sait préparer les instruments nécessaires pour un service. On voit aussi que le Seigneur s’occupe de nos âmes et également de nos corps.

« …et menèrent un grand deuil sur lui » : cela nous dit avec quel respect, avec quelle douleur, ils ont accompli cet acte. Cela fait penser à ce qui est écrit prophétiquement en Ésaïe 53, à propos de Christ : « Il a été avec le riche dans sa mort ». Les hommes L’ont crucifié. Mais Dieu prend soin du corps de Son Fils par le moyen d’un instrument qu’Il avait préparé pour cela. De même Il prend soin du corps d’Étienne. De même encore, dans l’Ancien Testament, pour Moïse ; nul ne sait où est le sépulcre de Moïse, mais l’Éternel le sait (Deut. 34. 1 à 6).

Au v. 3 il est dit que « Saul ravageait l’assemblée ». Ce sont des expressions très fortes pour parler des persécutions exercées contre l’assemblée. Il avait certainement avec lui les autorités juives et romaines : il n’aurait pas pu entrer dans les maisons pour saisir hommes et femmes s’il n’avait pas été couvert par les autorités : il avait « des lettres » de la part des sacrificateurs « adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes, liés à Jérusalem » (Act. 9. 2). On pense que bien des expressions de ces versets se rapportaient aux souffrances que les Juifs ont subies pendant la période des Macchabées.

– Est-ce que les versets 39 et 40 d’Hébreux 11 n’excluent pas, de ces témoins de la foi, les premiers martyrs de l’Église : « Et tous ceux-ci, ayant reçu témoignage par la foi, n’ont pas reçu ce qui avait été promis Dieu ayant eu en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parvinssent pas à la perfection sans nous » ?

– Oui. Il s’agit sans doute, en Hébreux 11. 35 et 36, d’expressions s’appliquant aux persécutions subies par les Juifs au temps des Macchabées.

Avec le ch. 7 se termine la première phase de l’histoire de l’Église sur la terre, celle durant laquelle le témoignage du Saint-Esprit a été rendu au peuple juif par le moyen de Pierre et de Jean, puis d’Étienne, en réponse à la prière du Seigneur : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Mais les Juifs, après avoir rejeté le témoignage du Seigneur, rejettent celui du Saint-Esprit. Dès lors, Dieu ne les reconnaît plus comme Son peuple. Il ne reprendra Ses relations avec eux qu’au jour où ils diront : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Alors ils reconnaîtront leur Messie et jouiront des bénédictions du règne.

Une nouvelle phase de l’histoire de l’Église va commencer, celle qui est marquée par l’activité de Saul de Tarse, choisi, mis à part dès le ventre de sa mère pour être un instrument remarquable dans la main du Seigneur. C’est seulement au ch. 9 que nous avons le récit de sa conversion.

Le ch. 8 est un chapitre transitoire. Il nous parle, dès le début d’une grande persécution qui sévit contre l’assemblée. L’Ennemi n’a pas réussi jusque-là à détruire le témoignage. Nous avons vu qu’il a essayé à deux reprises d’introduire le mal dans l’assemblée (ch. 5 et 6) mais ce mal a été jugé chaque fois, par le moyen des apôtres, dans la puissance de l’Esprit Saint.

Il revient à la charge une troisième fois, suscitant une grande persécution contre l’assemblée. Jusqu’à présent ce sont les apôtres qui ont souffert de la part des Juifs, mais pas l’assemblée ; maintenant c’est l’assemblée et non les apôtres. Comme nous l’avons vu bien souvent, l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe : Dieu va se servir de cette persécution à Jérusalem pour faire annoncer l’évangile en divers lieux, et c’est à la suite de cela que sera constituée la première assemblée des nations, l’assemblée d’Antioche.

Le verset 2 nous est donné après l’annonce de cette grande persécution pour nous montrer le courage de ces hommes pieux qui se sont occupés du corps d’Étienne pour l’ensevelir. Il convenait que, pour l’ensevelissement de ce témoin fidèle, remarquable par sa foi, sa piété, son discernement des choses, sa connaissance des Écritures, son attachement au Seigneur, des hommes pieux se manifestent ; il convenait qu’Étienne fut enseveli par « des hommes pieux ».

On peut faire un parallèle avec l’ensevelissement du Seigneur. Les évangiles nous donnent plus de détails sur l’ensevelissement du Seigneur que nous n’en avons sur celui d’Étienne. Nous voyons Joseph d’Arimathée s’occuper du corps du Seigneur, et dans chaque évangile il nous est présenté, dans cette circonstance, en rapport avec le caractère de l’évangile. En Matthieu, il est appelé « un homme riche ». C’est un homme riche qui a enseveli le corps du Seigneur, dans cet évangile où le Seigneur nous est montré comme le Roi. Dans Marc, Joseph est appelé « un conseiller honorable ». « Si quelqu’un me sert le Père l’honorera ». Le Seigneur a été honoré dans Sa mort. En Luc, il est dit de lui, « homme de bien et juste ». En Jean, il est appelé « un disciple ». Il nous est dit en Ésaïe 53 que le Seigneur a été avec le riche dans Sa mort. Pour Étienne également, Dieu a voulu qu’on prenne soin du corps de ce témoin fidèle et que ce soient les hommes pieux qui l’ensevelissent.

« Saul ravageait l’assemblée ». Nous avons remarqué l’expression qu’il emploie en Actes 26 : « transporté de fureur ». Voilà l’activité de Saul telle qu’elle nous est présentée à la fin du ch. 7 et au début du ch. 8 des Actes. Il ne nous en est plus parlé jusqu’au ch. 9 où quelques mots au début soulignent son activité persécutrice.

v. 4 : « Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, annonçant la parole » : cela nous montre qu’il n’est pas besoin d’un don particulier d’évangéliste pour présenter le Seigneur. Le Seigneur peut fournir des occasions à chaque croyant. Un travail très utile, très heureux peut ainsi être accompli pour Christ, chaque croyant remplissant, dans sa sphère, un service d’évangéliste. Certes le Seigneur qualifie des ouvriers à qui Il donne le don d’évangéliste. Mais aucun croyant ne peut dire : Je n’ai pas de don, par conséquent ce n’est pas mon affaire de parler de Christ. Il peut annoncer l’évangile. Les croyants annonçaient la parole avec toute sa puissance, avec toute son autorité divine. Ce qui produit dans l’âme un travail profond, cette œuvre de la nouvelle naissance, c’est l’action de la Parole par la puissance du Saint-Esprit.

À la fin de Marc, on voit le Seigneur qui s’adresse aux onze et leur dit : « Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création ». Ici l’évangile est annoncé par ceux qui avaient été dispersés par la persécution à Jérusalem. Y a-t-il eu un changement dans les voies de Dieu ?

Il n’y a pas eu de changement dans les pensées de Dieu. Les apôtres, malgré les instructions données par le Seigneur, n’avaient pas quitté Jérusalem, et cette persécution a été permise pour que l’évangile soit annoncé à la Judée, à la Samarie et plus loin encore. Il semble que les apôtres et les premiers croyants avaient du mal à suivre l’injonction du Seigneur. Nous sommes quelquefois dans des circonstances où le Seigneur nous demande de faire telle ou telle chose ; nous hésitons, nous reculons, nous ne voulons pas quitter nos aises. Le Seigneur nous force à obéir à Sa parole et alors nous éprouvons parfois de la souffrance comme ces croyants ont connu la souffrance. Le Seigneur s’est servi de l’activité de l’Adversaire pour faire ce qu’Il se proposait comme Il peut s’en servir encore aujourd’hui. Le passage cité en Marc se termine ainsi : « Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la parole par les signes qui l’accompagnaient » (Marc 16. 20). Nous reviendrons sur ce passage.

L’évangile de la grâce était donc annoncé maintenant ; cet évangile que les Juifs avaient méprisé, était annoncé aux nations méprisées par les Juifs. Les portes du royaume ne seront ouvertes aux nations qu’au ch. 10. Mais l’évangile trouve déjà de l’écho, chez les Samaritains, qui se rapprochaient des Gentils. Les Juifs n’avaient pas de relations avec les Samaritains (Jean 4. 9). C’est là que Philippe descend. Philippe était l’un des sept frères cités au ch. 6, l’un des diacres ou serviteurs de l’assemblée à Jérusalem. Étant donné que l’assemblée avait été dispersée, il n’y avait plus lieu à l’exercice d’un service de ce genre à Jérusalem.

Déchargé de son service, Philippe va être employé par le Saint Esprit pour annoncer l’évangile. C’était un serviteur particulièrement doué pour cela ; comme Étienne, il avait « bien servi » et avait acquis « un bon degré » (1 Tim. 3. 13). C’est un encouragement pour des frères qui ont un service obscur, effacé. Le Seigneur veut encourager des frères qui remplissent de tels services, s’ils désirent avec ardeur des dons spirituels dont l’exercice sera en bénédiction pour l’assemblée ou pour les âmes inconverties dans le service de l’évangélisation.

Le culte que rendaient les Samaritains n’était pas le culte vrai rendu à Dieu. Ils adoraient les idoles et pourtant ils attendaient le Messie. La femme samaritaine le dit : « Je vois que tu es un prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, crois-moi : l’heure vient que vous n’adorerez le Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Vous, vous adorez, vous ne savez quoi ; nous, nous savons ce que nous adorons ; car le salut vient des Juifs » (Jean 4. 19 à 22), « La femme lui dit : Je sais que le Messie qui est appelé le Christ, vient » (v. 25). Ils attendaient donc le Messie.

C’est pour cette raison que Philippe leur annonça « le Christ » (v. 5). Le Seigneur s’est présenté à cette femme comme étant le Messie, le Christ. Il y a eu à cette occasion d’autres Samaritains qui ont cru au Seigneur, mais c’était des cas isolés. Maintenant l’évangile est annoncé par Philippe dans toute la Samarie. Les foules écoutent avec intérêt les choses que Philippe leur apporte. Il y avait un travail de l’Esprit de Dieu qui opérait dans les âmes et produisait ce « commun accord » (v. 6).

On peut faire une application de cela à ce qui nous concerne. Quand Christ est présenté, s’il y a un « commun accord » pour recevoir ce qui est annoncé, il y aura de la puissance. Autrement s’il y a dans les cœurs, raisonnements ou critiques, l’action de l’Esprit est entravée. Il n’y aura pas la bénédiction qu’il y aurait eu s’il y avait eu un commun accord pour écouter. Dans ce dernier cas, il y a un grand déploiement de puissance spirituelle. Le Saint Esprit peut agir sans entrave. Que les personnes qui écoutent le ministère de la Parole dans l’assemblée ne pensent pas que leur attitude, leurs pensées ne peuvent avoir aucune influence sur la réunion.

S’il y a un esprit de prière et la réalisation du « commun accord », nous verrons des résultats qui nous confondront, nous verrons le déploiement de la puissance de Dieu au sein de l’assemblée. Il y des responsabilités pour chacun dans l’assemblée, pour ceux qui écoutent comme pour celui qui parle. L’attitude de chacun peut avoir, insistons sur ce point qui est très important, une influence sur la réunion elle-même. Puissions-nous manifester un « commun accord » pour recevoir ce que le Saint Esprit veut nous communiquer. Il y a parfois dans le cœur humain une certaine tendance à rechercher des miracles. N’oublions pas que les miracles n’étaient qu’une confirmation de la Parole (Marc 16. 20), la chose la plus importante est de recevoir la Parole.

– Est-ce qu’il se produit encore des miracles de nos jours ?

– Il peut s’en produire, nos vies n’en témoignent-elles pas ? mais nous ne pouvons pas voir aujourd’hui les miracles accomplis d’une façon habituelle comme aux premiers temps de l’Église pour confirmer la Parole. Aujourd’hui, ce qui confirme la parole, c’est l’Écriture, la Parole écrite. Bien des âmes sont égarées par de prétendus miracles comme nous allons en voir quelque chose dans la suite du chapitre.

Une distinction très nette est faite au verset 7 entre ceux qui étaient possédés par des esprits immondes, et au verset 8 ceux qui étaient malades dans leur corps. Il y avait dans le premier cas des personnes sous l’emprise de la puissance démoniaque. On en voit de multiples exemples dans les évangiles. Aujourd’hui on peut se demander s’il n’y a pas des personnes que l’Ennemi tient ainsi sous son empire. Satan est un Ennemi terrible qui, bien qu’il ait été vaincu à la croix, peut prendre possession de quelqu’un.

La puissance du Seigneur s’exerce, dans les premiers jours du christianisme, par le moyen des apôtres, de telle sorte qu’elle opère en délivrance à l’égard de ceux qui étaient assujettis à l’Ennemi. Quelle joie de voir la puissance de l’Adversaire brisée, et le salut de l’âme et la guérison du corps. ainsi accomplis.

Au verset 9, l’Esprit de Dieu introduit le cas de Simon le magicien, épisode qui est plein d’instruction pour nous. Ce n’est pas pour rien que Dieu l’a placé là. Qu’est-ce que la magie ? C’est un art qui prétend produire par certaines pratiques des effets contraires aux lois naturelles, et cela par le moyen de la puissance de l’Ennemi. Nous voyons encore ici l’Ennemi venant entraver l’œuvre de Dieu. Quelle subtilité dans ces ruses de l’Adversaire ! Simon se disait « quelque grand personnage ». Tous s’attachaient à lui. L’Ennemi cherche ainsi à s’attribuer la gloire qui revient à Dieu seul. Qu’il s’agisse de la magie ou de toutes les sciences occultes qui foisonnent aujourd’hui plus qu’à ce moment-là peut-être, il faut s’éloigner de toutes ces activités qui sont des activités de l’Ennemi. Il y a une puissance de séduction qui se déploie là.

C’est un avant-goût de ce que fera l’antichrist après l’enlèvement de l’Église. Lisons 2 Thessaloniciens 2. 9 : « duquel la venue est selon l’opération de Satan, en toute sorte de miracles, et signes, et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés » ; cela est écrit à propos de l’antichrist dont il nous est dit au v. 4 qu’« il s’oppose et s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération, en sorte que lui-même s’assiéra au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu ». Il revendique pour lui la gloire qui est due à Dieu seul.

Le Seigneur a pu dire aux Juifs, quand Il était ici-bas : « Moi, je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, celui-là vous le recevrez » (Jean 5. 43). Tous s’attachaient à Simon le magicien et ceux qui l’entouraient disaient : « Celui-ci est la puissance de Dieu appelée la grande ». Cette puissance était celle de l’Ennemi et ils la présentent comme étant celle de Dieu. Dans ce qui est opéré encore aujourd’hui, nous avons des miracles qui sont des manifestations de puissance de l’Ennemi et que l’on pare du nom de la puissance de Dieu. L’Ennemi se déguise en ange de lumière et ses serviteurs en ministres de justice, desquels la fin sera selon leurs œuvres (2 Cor. 11. 14 et 15). L’Ennemi séduit. Le mot séduction est un mot qui revient souvent pour caractériser l’activité de Satan dans la période qui suivra l’enlèvement de l’Église (Mat. 24. 4 et 5 ; 2 Thess. 2. 10 ; Apoc. 13. 14 par exemple). L’Ennemi déploiera à ce moment-là une puissance de séduction à laquelle rien ne s’opposera. Les hommes seront séduits. Aujourd’hui la présence du Saint Esprit retient ce déploiement. Il y en a cependant beaucoup qui se laissent séduire par l’Ennemi, qui agit par le moyen des sciences occultes en particulier.

v. 12 : « Mais quand ils eurent cru Philippe qui leur annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ, tant les hommes que les femmes furent baptisés » : voilà la puissance de Dieu qui se déploie. Des âmes sont arrachées à la puissance de l’adversaire. Il n’est pas dit qu’elles sont frappées par le miracle : elles croient la parole que Philippe leur annonce.

Elles sortent du domaine de Satan pour entrer dans le royaume de Dieu. Elles sont nées de nouveau. Par la puissance du Saint Esprit elles peuvent manifester les caractères de la vie divine qu’elles ont reçue. Ces « bonnes nouvelles » étaient « touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ ». Il est insisté sur Christ déjà au v. 5. C’est une Personne qui est placée devant les âmes.

« Moi je t’envoie… pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés par la foi en moi » (Act. 26. 17 et 18).

Effectivement, les yeux de ces personnes étaient ouverts, tournés de Satan à Dieu, des ténèbres à la lumière. C’était bien ce qui caractérisait le ministère de Philippe comme cela a caractérisé le ministère de Paul.

Si nous lisons quelques passages dans l’Ancien Testament, notamment en Exode 22. 18, dans les ch. 19. 31 et 20. 27 du Lévitique, nous verrons que la magie et tout ce qui se rattachait à cette activité de l’Ennemi, était chose formellement interdite et que ceux qui s’y livraient étaient punis de mort.

Dans le Nouveau Testament, Apocalypse 21. 8 dit : « mais quant aux timides et aux incrédules, et à ceux qui se sont souillés avec les abominations, et aux meurtriers, et aux fornicateurs et aux magiciens, et aux idolâtres, et à tous les menteurs, leur part sera dans l’étang brûlant de feu et de soufre, qui est la seconde mort », et en Apocalypse 22. 15 : « Dehors sont les chiens, et les magiciens, et les fornicateurs, et les meurtriers, et les idolâtres, et quiconque aime et fait le mensonge ».

On peut encore citer cet exemple frappant de Saül dans l’Ancien Testament, qui était allé trouver une femme qui invoquait les esprits (1 Sam. 28). Dans le jugement qui est tombé sur Saül il est dit en 1 Chroniques 10. 13 : « Et Saül mourut dans son péché qu’il avait commis contre l’Éternel, à propos de la Parole de l’Éternel, qu’il n’avait pas gardée, et aussi pour avoir interrogé une femme qui évoquait les esprits pour les consulter ; et il ne consulta pas l’Éternel ». Voilà le double motif de la condamnation qui a pesé sur Saül, d’une part il n’a pas écouté la parole de l’Éternel et d’autre part il a interrogé une femme qui consultait les esprits. Tous ces passages nous montrent combien il est dangereux de s’approcher de ceux qui pratiquent de telles choses et d’essayer de comprendre comment ils opèrent. Ce sont des activités que nous devons fuir.

Comment, dit-on, Simon a cru ! Donc il est sauvé. Mais il y a différentes façons de croire et il semble bien que la foi de Simon était très superficielle. Il croyait dans son intelligence, mais son cœur et sa conscience n’avaient pas été saisis.

On a cité à propos de ce passage les deux versets de Jean 2 : « Et comme il était à Jérusalem, à la fête, plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes » (v. 23 et 24). Il y a dans ce ch. 2 de l’Évangile selon Jean trois acceptions du mot croire et un passage à propos de chacune d’elles. Jean 2. 11 : «  … et ses disciples crurent en lui ». C’est là la fin de la partie symbolique des deux premiers chapitres. Ce verset nous parle de la foi du résidu qui jouira des bénédictions millénaires figurées par la noce de Cana. Le deuxième passage à propos du mot croire est au verset 22 : « et ils crurent à l’Écriture, et à la parole que Jésus avait dite ». Ici il s’agit du caractère de la foi chrétienne, la foi qui repose sur la mort et la résurrection de Christ, Son œuvre accomplie à la croix ; elle relie la foi à l’Écriture avec la parole de Jésus. Ces deux choses sont présentées comme étant l’objet de la foi. Et, dernier passage, le verset 23 : « plusieurs crurent en son nom contemplant les miracles qu’il faisait ». Quel est l’objet de leur foi ? Les miracles. Mais Jésus ne se fiait pas à eux. Le Seigneur étant là, Il pouvait discerner ce qui se passait dans le cœur.

Aujourd’hui nous ne pouvons pas, comme Il le faisait, discerner l’état du cœur ; mais la foi se montre par des œuvres, et on juge l’arbre à ses fruits. Si la conduite de quelqu’un ne correspond pas à la vie nouvelle, on peut douter de la foi de celui qui dit : je crois.

En ce qui concerne Simon, il ne fait pas de doute qu’il a cru par l’intelligence seulement. Il a vu le parti qu’il pourrait tirer de cette situation. Au v. 13, il est frappant de voir qu’il ne quittait pas Philippe, mais ce qui l’intéressait, c’était seulement les miracles, les prodiges. Il n’est pas dit qu’il était attentif à la parole. Les miracles de Philippe dépassaient sans doute les miracles de Simon, aussi essaye-t-il de se lier à Philippe pour pouvoir accomplir à son tour des miracles semblables. Il ne voulait pas perdre ses profits ni l’autorité qu’il avait sur cette ville. Nous ne voyons aucun passage qui dise que ce soit la Parole qui l’ait touché.

Il y a quelque chose, au ch. 19, d’un peu similaire : « Mais quelques-uns aussi des juifs exorcistes qui couraient çà et là, essayèrent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits malins, disant : je vous adjure par Jésus que Paul prêche… Mais l’esprit malin répondant leur dit : Je connais Jésus et je sais qui est Paul ; mais vous qui êtes-vous ? Et l’homme en qui était l’esprit malin, s’élança sur eux et, s’étant rendu maître des deux, usa de violence contre eux de sorte qu’ils s’enfuirent de cette maison, nus et blessés ».

Nous trouvons plusieurs passages de ce genre dans les Actes, et en particulier tout au début du ministère de l’apôtre Paul. Il y avait à Antioche cinq frères dans l’assemblée, dont les noms nous sont données (ch. 13). L’Esprit Saint dit : « Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ». Ils partent et annoncent la Parole dans les synagogues des Juifs et au v. 6, ils rencontrent un faux prophète juif, magicien.

Dès le début de son ministère, l’apôtre Paul, tout comme Philippe, rencontre un magicien, il rencontre donc la puissance de Satan. Quand la parole de Dieu est annoncée, ce magicien s’y oppose. Et Saul qui, pour la première fois ici, est appelé Paul, lui dit : « Ô homme plein de fraude et de toute méchanceté, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ? » L’Ennemi fait une œuvre qui le trompe. En définitive le proconsul est amené à la foi. Il a été « saisi par la doctrine du Seigneur » (v. 12).

C’est pour cela que, en 2 Thessaloniciens 2, l’apôtre dit que « le mystère d’iniquité opère déjà » (v. 7). Il opérera sans rien qui l’entrave après l’enlèvement de l’Église. Ce mystère d’iniquité conduit à l’apostasie et à la manifestation de « l’homme de péché » (2 Thess. 2. 3 et 8).

Que la puissance de séduction de l’Adversaire est grande ! Comme nous avons besoin de veiller pour ne pas nous laisser séduire, pour ne pas nous écarter du chemin de l’obéissance à la Parole et de l’attachement au Seigneur ! Nous ne pouvons pas nous sortir nous-mêmes des griffes de l’Adversaire.

En Apocalypse 20 nous voyons que, pendant le millénium, Satan est lié et jeté dans l’abîme et un sceau est mis sur lui afin, est-il dit, « qu’il ne séduisit plus les nations ». Et à la fin des mille ans il est délié et sort « pour égarer les nations ». C’est le dernier acte de sa puissance de séduction. Au v. 10 il est dit : « Et le diable qui les avait égarés fut jeté dans l’étang de feu et de soufre ». Voilà sa fin.

On est heureux de savoir quelle sera la fin de l’Adversaire, mais en attendant, dans le jour actuel, bien que ce soit un ennemi vaincu, il est très actif. Bientôt le Dieu de paix brisera Satan sous nos pieds. N’oublions pas qu’il est le prince de ce monde et que nous avons à nous tenir séparés de ce monde dont il est le prince et le chef.

Nous avons vu au début de ce ch. 8, l’action, l’énergie de l’Esprit, s’exerçant en dehors des apôtres et hors de Jérusalem, Jérusalem ayant rejeté et méprisé le témoignage qui y avait été rendu par Pierre, Jean, et ensuite Étienne. C’est à la suite de la persécution suscitée contre l’assemblée que les disciples quittent Jérusalem et vont rendre un puissant témoignage « dans les contrées de la Judée et de la Samarie ». Ce ne sont plus les apôtres qui vont annoncer l’évangile, mais de simples croyants, pas spécialement doués peut-être, mais remplis de Christ. À travers leurs épreuves ils pouvaient jouir du Seigneur et parler de Lui.

Nous avons dans ce même chapitre un serviteur doué pour l’évangélisation : Philippe, et de simples croyants qui annoncent l’évangile. Ce n’étaient pas leurs épreuves qui les occupaient, mais le Seigneur, leur cœur en était rempli et « de l’abondance du cœur la bouche parle » (Luc 6. 45).

Philippe, l’un des sept diacres choisis dans l’assemblée à Jérusalem, n’ayant plus de service à Jérusalem à cause de la persécution qui avait dispersé les croyants de cette ville, est employé à une autre tâche. Il va annoncer l’évangile « dans une ville de la Samarie » (v. 5). Le judaïsme n’avait jamais réussi à faire la conquête de la Samarie, attachée à ses coutumes ; l’évangile va faire ce que le judaïsme n’avait pas pu faire. La puissance de l’évangile va pénétrer dans cette contrée ; une œuvre puissante s’y accomplira, que les apôtres restés à Jérusalem pourront ensuite sanctionner. C’est Christ que Philippe présente (v. 5).

Nous avons souligné le « commun accord » de ceux qui écoutaient ce qu’il leur disait. Si ce plein accord n’est pas réalisé, l’action de l’Esprit est inévitablement entravée. « Les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait, l’entendant, et voyant les miracles qu’il faisait » : les miracles ne viennent qu’en second lieu, c’est la Parole qui avait touché leur cœur. Les miracles confirmaient la Parole au début de l’histoire de l’Église, mais les dons que l’on a appelés les dons-signes ont disparu aujourd’hui. Prenons garde en particulier aux guérisseurs modernes qui s’appuient sur de tels passages pour justifier leur activité. Le passage de Jacques 5. 14 et 15 où il est dit que les anciens de l’assemblée priaient pour un malade et l’oignaient d’huile afin de le guérir donne, semble-t-il, une ressource qui était à la disposition des croyants aux premiers temps de l’Église : à ce moment-là il y avait en effet des anciens officiellement établis et la plupart des croyants étaient des Juifs pour lesquels l’onction d’huile était une pratique courante.

Mais aujourd’hui nous avons une autre ressource : confesser nos fautes l’un à l’autre (Jac. 5. 16). La maladie est un moyen dont Dieu se sert pour accomplir Son travail. L’activité de guérisseurs qui prétendent pouvoir guérir toutes les maladies s’exerce en vue d’un but qui est généralement, sinon toujours, opposé à celui que Dieu poursuit et pour lequel Il a permis ou envoyé la maladie.

Nous avons vu ensuite le cas de Simon. Il prétendait, par sa magie, produire, au moyen de certaines pratiques, des effets contraires aux lois naturelles. L’Ennemi n’agit pas d’une telle manière sans recouvrir ses activités par des apparences très séduisantes. Nous verrons plus loin (16. 16 à 18) le cas de la servante qui avait « un esprit de python » et disait pourtant, en parlant de Paul et de ses compagnons : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-Haut, qui vous annoncent la voie du salut ». Apparence remarquable ! Mais Paul, qui a un discernement spirituel remarquable, a compris qui était cette femme ; il se retourne et commande à l’esprit de sortir d’elle. Les activités de l’Ennemi se revêtent d’apparences trompeuses, c’est ce qui les rend si dangereuses. S’il n’en était pas ainsi, personne ne se laisserait entraîner. Simon cherchait – c’est là ce qui caractérise l’esprit de l’antichrist – à ravir une gloire qui n’appartient qu’à Dieu (Act. 6. 9 à 11 ; 2 Thess. 2. 4).

v. 12 : « Mais quand ils eurent cru Philippe qui leur annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus, tant les hommes que les femmes furent baptisés » : le travail de Dieu s’accomplit parce que les foules ont entendu Sa parole et non parce qu’elles ont vu « les prodiges et les grands miracles » qui se faisaient (v. 13). La foi de Simon, elle, est superficielle ; ce n’est pas une foi réelle et vivante. Nous avons parlé des différents passages du ch. 2 de l’évangile de Jean qui nous montrent divers aspects de la foi et en particulier, des derniers versets (v. 23 à 25) qui correspondent au cas de Simon. Il se tenait près de Philippe pour voir les miracles (v. 13). C’était au fond la seule chose qui l’intéressait.

L’œuvre accomplie à Samarie est venue à la connaissance des apôtres à Jérusalem (v. 14) : ils avaient entendu « que la Samarie avait reçu la parole de Dieu ». On pense parfois que si des miracles étaient accomplis, beaucoup viendraient à la foi ; mais le récit qui nous est donné en Luc 16 présente un enseignement important à ce sujet. Nous lisons en effet au v. 29 : « Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, Père Abraham, mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts ». Ce qui devait être reçu et cru c’était « Moïse et les prophètes » c’est-à-dire la Parole.

Aussitôt, les apôtres qui étaient à Jérusalem envoient Pierre et Jean pour se rendre compte de l’état de l’œuvre à Samarie.

v. 15 : « Pierre et Jean… étant descendus, prièrent pour eux, pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint » : ils s’étaient donc bien rendu compte qu’il y avait une œuvre de Dieu. Nous n’avons qu’un seul passage (Act. 2) où il soit question de la descente du Saint Esprit comme Personne divine sur la terre ; « c’est alors que nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps », (1 Cor. 12. 13). Lorsque, ensuite, le Saint Esprit est « tombé » – ou est venu – (ce sont les deux expressions qui sont employées : Actes 8. 16 ; 10. 44 ; 19. 6) sur les croyants, il ne nous est pas parlé du « baptême du Saint Esprit » comme on en parle beaucoup dans une certaine partie de la chrétienté, où l’on voudrait que chaque croyant soit baptisé du Saint Esprit, par un homme qui se dit qualifié pour procéder à ce baptême. Le baptême du Saint-Esprit est un acte collectif qui a eu lieu une fois pour toutes, le jour de la Pentecôte.

Les croyants sont ensuite (nés de nouveau et scellés du Saint Esprit) comme « immergés » au sein du corps de Christ. L’Esprit Saint vient habiter en eux mais non par le moyen d’un homme, non par des moyens humains. Pierre et Jean demandent donc que le Saint Esprit vienne sur eux. Ils avaient été seulement, « baptisés pour le nom du Seigneur Jésus », c’est-à-dire baptisés du baptême chrétien.

L’imposition des mains n’est pas indispensable pour que quelqu’un reçoive le Saint Esprit. Il suffit, pour prouver cela, de citer le passage d’Actes 2 où, bien qu’il n’y ait pas eu d’imposition des mains, les croyants étaient tous remplis du Saint Esprit. L’imposition des mains dont il est question dans l’Ancien Testament était une coutume parmi les Juifs ; c’était un acte d’identification. Les apôtres s’identifient donc avec ces croyants de Samarie : ils les considèrent comme faisant partie du corps de Christ dans lequel il n’y a plus de distinction entre Juifs et nations. Le travail de la grâce de Dieu avait opéré : il n’y avait plus de rivalité entre Samarie et Jérusalem, les Samaritains se soumettent à l’autorité des apôtres venant de Jérusalem. La grâce de Dieu avait donc opéré ce travail de réconciliation entre Jérusalem et Samarie.

Au v. 18 nous revenons à Simon le magicien : « Or Simon, voyant que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, leur offrit de l’argent, disant : Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint ». La première manifestation du Saint Esprit dans une âme, c’est d’y produire la droiture, la crainte de Dieu, le jugement de soi-même. Nous ne voyons rien de cela chez Simon. Les paroles qu’il prononce montrent ce qui remplit son cœur. Il voyait Philippe accomplir des miracles puissants, qui probablement dépassaient tout ce que lui-même pouvait accomplir par sa magie ; il voulait donc avoir la possibilité d’imposer les mains « afin que tous ceux à qui il imposerait les mains reçoivent l’Esprit Saint ». Il offrit de l’argent aux apôtres pour cela ! Cette offre manifestait d’une façon encore plus claire, s’il en était besoin, l’état de son cœur. Il n’avait aucune conscience de ce qu’est le Saint Esprit et de ce qu’il a fallu pour que le Saint Esprit descende sur la terre : la mort de Christ, Sa résurrection et Sa glorification. Mettre cela en parallèle avec de l’argent était un grave péché.

L’hypocrisie du cœur de Simon était manifestée et l’action exercée par Pierre et Jean va empêcher l’intrusion dans l’assemblée d’un hypocrite, de quelqu’un qui n’y avait pas sa place, qui était au contraire un instrument de l’Adversaire. La puissance du Saint Esprit se déploie d’une façon remarquable dans ces premiers jours de l’histoire de l’Église, en particulier pour empêcher l’introduction du mal dans l’assemblée. De nos jours, si rien en nous et dans l’assemblée n’entravait Son action, nous verrions le déploiement de cette même puissance : des âmes seraient ajoutées et, d’autre part, seraient tenus à l’écart tous les éléments qui n’ont pas leur place dans un lieu où le mal ne doit pas entrer et où doit être manifestée la gloire de Dieu, comme aussi la gloire de Christ. 1 Pierre 1 nous dit que « nous avons été rachetés de notre vaine conduite… non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ ». Le Saint Esprit vient alors habiter dans le croyant ; cette « habitation » est obtenue, non par de « l’argent ou de l’or », mais par la foi au Seigneur Jésus, par la foi en Son œuvre. On peut mettre ces deux passages en parallèle.

v. 20 : « Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu »: c’était évidemment un péché grave.

v. 21 à 23 : « Tu n’as ni part ni portion dans cette affaire ; car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité ». L’amertume caractérise le fruit du péché et le « lien » est celui dans lequel Simon était enserré. Pierre ne sait pas si son péché pourra lui être pardonné. « Repens-toi » d’abord et ensuite « supplie le Seigneur ». Retenons ces deux termes et l’ordre dans lequel ils nous sont donnés. Nous supplions souvent le Seigneur alors que nous devrions d’abord nous repentir. C’est toujours le même principe : « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Dans l’état où il était, Simon ne pouvait avoir aucune part à tous les privilèges que possèdent les croyants comme enfants de Dieu et membres du corps de Christ.

Le travail de Dieu dans une âme s’opère toujours de la même façon : il faut en premier lieu un travail opéré dans la conscience qui amène l’âme au sentiment de son état de péché. Et c’est alors qu’elle peut saisir le salut qui lui est offert : ses regards sont dirigés vers la croix. Actes 20. 21 dit bien quel est l’évangile que Paul avait prêché : « insistant et auprès des Juifs et auprès des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Une âme repentante regarde à la croix, à Christ. Pour un croyant qui a bronché, il faut aussi d’abord la repentance ; ensuite confessant son péché, il connaît le plein pardon. Pour confesser son péché il faut d’abord se repentir, avoir conscience de son péché et de la gravité de son péché.

Un cœur brisé et humilié, est-ce la repentance ? C’en est au moins le commencement.

En 1 Samuel 15, Saül dit à Samuel : « J’ai péché ; honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple et en la présence d’Israël » : ce n’était pas une repentance profonde.

– Pas du tout. Elle était très superficielle. Il voulait surtout être honoré devant le peuple.

– Tandis que David, quand Nathan est allé vers lui, manifeste une humiliation profonde exprimée au Psaume 51. 4 : « Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mauvais à tes yeux ». Il est conscient du vrai caractère de son péché et de tout péché : c’est avant tout un péché contre Dieu. C’est ce que nous devrions toujours comprendre : le péché est une offense faite à Dieu. Si nous avions vraiment conscience de ce qu’est le péché, nous aurions véritablement horreur du mal comme cela nous est demandé en Romains 12. 9.

v. 24 : « Et Simon, répondant, dit : Vous, suppliez le Seigneur pour moi en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé ». Simon voudrait seulement éviter le châtiment qu’il redoute. C’est un état qui caractérise souvent les hommes inconvertis. Ils veulent surtout éviter les conséquences présentes du péché, les souffrances, la maladie. Ils s’adresseraient à un Dieu qui les préserverait de la souffrance ; mais la foi en Christ mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification, avec toutes les conséquences qui en découlent, ne les intéresse pas comme elle n’intéressait pas Simon. C’était un homme entraîné par l’amour de l’argent ; il pensait certainement faire une très bonne opération : l’argent qu’il aurait donné aux apôtres aurait été peu de chose à côté de ce qu’il aurait gagné par ailleurs. Quand il comprend qu’il est dans une position mauvaise, il n’a qu’une pensée : être épargné du jugement.

v. 25 : « Eux donc, (Pierre et Jean) après avoir rendu témoignage et avoir annoncé la parole du Seigneur, s’en retournaient à Jérusalem : et ils évangélisaient plusieurs villages des Samaritains ». Ils exercent donc leur ministère en Samarie comme Philippe l’avait exercé. Ce n’était plus seulement le ministère de l’évangéliste mais aussi le ministère des apôtres. Ils annonçaient les uns et les autres, Philippe et les apôtres, la parole du Seigneur.

Nous voyons jusqu’au v. 25 la diversité des services remplis dans l’unité de l’Esprit. C’est ce qui doit caractériser aujourd’hui l’activité des différents membres du corps. Chacun a reçu un don plus ou moins marquant. La diversité dans l’unité doit caractériser les frères et les sœurs membres du corps de Christ. Les uns et les autres travaillent pour un même Seigneur, en vue d’un même but.

C’est la réalisation d’Éphésiens 4. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ ». La suite du passage nous parle des dons fondamentaux et des dons permanents. « En vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ ».

Il y avait donc à Samarie un champ d’activité sur lequel le Seigneur avait mis le sceau de Sa bénédiction. Le Seigneur avait béni le service des ouvriers qui avaient travaillé là, et il y avait des fruits produits. Cela pouvait, semble-t-il, constituer une raison valable pour continuer à y remplir le service déjà commencé.

Mais « un ange du Seigneur parla à Philippe, disant : Lève-toi, et va vers le midi sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, lequel est désert ». Philippe aurait pu objecter quelque chose comme ceci : il y a tellement de besoins à Samarie, pourquoi aller ailleurs et surtout aller dans un chemin désert ? Il semblait que sa place était plutôt à Samarie. Mais le propre d’un serviteur fidèle, c’est de ne pas discuter les ordres de son maître ; c’est d’obéir sans raisonner. La première vertu d’un serviteur, c’est l’obéissance, et l’obéissance sans murmures et sans raisonnements. Il ne comprend sans doute pas pourquoi un ange lui est envoyé pour lui demander d’aller sur une route déserte, mais cependant il ne pose aucune question.

C’est un imitateur du parfait Modèle dont il nous est dit en Marc 1. 35 : « Et s’étant levé sur le matin, longtemps avant le jour, il sortit et s’en alla dans un lieu désert ; et il priait là. Et Simon et ceux qui étaient avec lui le suivirent. Et l’ayant trouvé, ils lui dirent : tous te cherchent. Et il leur dit : Allons ailleurs dans les bourgades voisines, afin que j’y prêche aussi ; car c’est pour cela que je suis venu ». La veille, le Seigneur avait déployé Son activité ; Il était intervenu pour guérir plusieurs qui souffraient de diverses maladies et chasser plusieurs démons (Marc 1. 34). Tout semblait indiquer qu’Il devait rester là où il y avait encore des besoins : « tous te cherchent ». Mais Il avait prié et la volonté de son Père était qu’Il aille « ailleurs ».

Philippe va sur cette route déserte : « Et lui, se levant, s’en alla ». Ni hésitation, ni question, ni calcul, obéissance immédiate. Comme Abraham obéit pour offrir son fils en sacrifice à Dieu sur la montagne de Morija, de même Philippe obéit à l’ordre qui lui est donné. Nous allons voir comment tout a été dirigé, comment le Seigneur a disposé les circonstances pour qu’une âme soit amenée à Dieu. Philippe va sur la route où il est envoyé pour parler à une seule âme : toute âme est précieuse aux yeux de Dieu.

Ce livre des Actes nous montre, dans plusieurs passages, que Dieu a bien des moyens pour diriger Ses serviteurs. Nous le voyons dans certaines expressions du ch. 16 : « Et ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie, ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole on Asie ; et étant venus jusqu’en Mysie, ils essayèrent de se rendre jusqu’en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas ». Et plus loin, Paul a une vision pour aller évangéliser la Macédoine. De même au ch. 18. 9 et 10, l’apôtre a une vision pour rester à Corinthe. Le Seigneur a donc tous les moyens à Sa disposition et Il les emploie selon Sa sagesse pour diriger Ses serviteurs.

Nous avons le contraire dans l’histoire de Jonas qui fait tout autre chose que ce que Dieu lui demandait.

En 1 Thessaloniciens 2. 18 nous lisons : « C’est pourquoi nous avons voulu aller vers vous, moi Paul, et une fois et deux fois, et Satan nous en a empêchés ».

Cela nous montre que Dieu peut aussi se servir de l’Ennemi pour diriger Ses serviteurs. Il fallait que l’apôtre soit empêché d’aller à Thessalonique pour que nous ayons ses deux épîtres écrites aux Thessaloniciens.

Jonas a fait des expériences douloureuses dans un chemin de volonté propre, et l’Éternel a accompli ses desseins malgré cela.

Voilà donc un Éthiopien, homme occupant une position élevée, à peu près analogue à celle d’un ministre des finances, à la cour de la reine d’Éthiopie – qui est l’Abyssinie d’aujourd’hui. Il était allé à Jérusalem qui avait rejeté le témoignage du Saint Esprit ; il y avait bien là de la religiosité mais le Seigneur n’y était pas. La reine de Shéba en était revenue le cœur débordant : elle avait trouvé Christ dans ce type de Christ qu’était Salomon. Mais l’intendant des trésors de la reine des Éthiopiens venait à un moment où Christ n’était plus là : la maison avait été laissée déserte, Christ avait été rejeté et crucifié. Le témoignage du Saint Esprit avait ensuite été repoussé. Si les Juifs avaient chassé le Seigneur, Sa parole demeurait et cet homme l’avait entre les mains. Il avait l’Ancien Testament (le Nouveau n’était pas encore écrit) qui nous parle de Christ, de Ses souffrances. Il lisait le livre du prophète Ésaïe sans le comprendre. Cet homme lisait le ch. 53, mais il n’y comprenait rien. Ce n’est que par le Saint Esprit qu’on peut comprendre la Parole de Dieu.

Les Juifs incrédules possèdent l’Ancien Testament, mais en Ésaïe 53, au Psaume 22, ils ne voient pas Christ. Ils ne peuvent pas Le voir, car un jugement gouvernemental pèse sur eux : Actes 28. 26 et 27. Un ange est envoyé à Philippe pour qu’il aille expliquer à l’eunuque ce qu’il lisait sans comprendre. On a dit : Dieu aurait pu envoyer un ange directement à l’eunuque. Mais qui est-ce qui peut le mieux parler de Christ, de Son œuvre ? Ce sont ceux qui en sont les objets. Les anges ne peuvent pas parler de Christ comme les croyants peuvent le faire : nous sommes sauvés par cette œuvre ; les anges élus n’ont pas besoin de salut. Nous voyons là encore une fois se déployer la puissance du Saint Esprit. Philippe ne va pas « à l’aveuglette », il est conduit, dirigé par le Saint Esprit. Le serviteur qui fait un pas dans la direction qui lui est indiquée, reçoit alors des instructions pour faire le second pas. Il est conduit pas à pas. Quand tout est préparé par le Seigneur, nous pouvons être assurés que tout se fera pour la gloire du Seigneur.

Nous voyons quelques-uns des caractères que doivent revêtir les serviteurs dans la 2ème épître à Timothée. En premier lieu, le serviteur doit être séparé du monde religieux (2 Tim. 2. 19 à 22). De nos jours, on entend dire que pour pouvoir remplir un service utile aux chrétiens et au monde, il faut se mêler à tous les milieux de la chrétienté. Mais la Parole nous dit au contraire : Sépare-toi des vases à déshonneur, purifie-toi et tu seras un vase utile au Maître.

La première fois que le Seigneur s’adresse à Philippe, Il lui envoie un ange, la deuxième fois Il lui parle par l’Esprit. Peut-on en tirer un enseignement et dire que, comme Philippe a obéi la première fois, il est rendu capable de comprendre la direction de l’Esprit ?

– Si nous réalisons l’obéissance aux directions qui nous sont données, nous entrerons davantage dans la connaissance de la volonté de Dieu qui nous est donnée par le Saint Esprit. Au contraire, si nous n’obéissons pas, le Saint Esprit devient un Esprit de répréhension.

La presque totalité du ch. 8 du livre des Actes est consacrée au ministère de Philippe, l’un des sept diacres qui avaient été choisis à Jérusalem, mais dont le service dans cette assemblée n’était plus nécessaire puisque les croyants avaient été dispersés par la persécution. Philippe est envoyé par le Saint Esprit pour annoncer l’évangile.

Il remplit son ministère dans deux sphères différentes, d’abord dans la Samarie et ensuite sur « le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, lequel est désert ». En premier lieu, il « prêche le Christ » dans une ville de la Samarie. Quel est le résultat de son ministère ? Les foules, « d’un commun accord », sont attentives aux choses qu’il leur dit. Deux apôtres, Pierre et Jean, descendent de Jérusalem pour constater les résultats de ce ministère. Ils sont pleinement d’accord sur ce qui a été fait et le Saint Esprit descend sur ces croyants.

La deuxième sphère du ministère de Philippe est présentée à partir du v. 26. Philippe est envoyé sur une route déserte. La pensée de Dieu est différente de celle des hommes, qui auraient estimé qu’il valait mieux rester là où il y avait des foules. Mais sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza se trouvait une âme qui avait des besoins.

Cet eunuque de la reine de Candace était allé à Jérusalem, sans doute parce qu’il y avait des besoins dans son cœur, mais il n’y avait rien trouvé. Il y avait une religion à Jérusalem, une apparence religieuse mais Christ n’y était pas. De telle sorte que cet homme, n’y ayant rencontré que la pratique d’une religion sans la Personne qui peut seule satisfaire les besoins du cœur, s’en retourne attristé. Il en est de même aujourd’hui : Christ seul est la source d’une vraie joie, une religion sans Christ laisse l’âme insatisfaite.

Cet eunuque de la reine de Candace avait rapporté de Jérusalem le livre de la loi de l’Éternel. La chrétienté, aujourd’hui encore, possède la Parole de Dieu. Un moment viendra où on ne la trouvera plus ; aujourd’hui elle est à la disposition de quiconque veut la lire, mais elle est pour beaucoup un livre fermé. L’eunuque revient de Jérusalem avec ce livre de la loi et il lit dans son char.

Philippe reçoit des instructions très nettes de la part de l’Esprit de Dieu. Un serviteur de Dieu, s’il demeure dans la dépendance qui convient, sera toujours dirigé pour répondre aux vrais besoins. Philippe s’approche et entend l’eunuque lire le prophète Ésaïe. Il en était arrivé à ce magnifique ch. 53 qui nous parle des souffrances de Christ et sans doute était-il touché dans son cœur. Philippe lui pose une question : « Mais comprends-tu ce que tu lis ? Et il dit : Comment donc le pourrais-je, si quelqu’un ne me conduit ? Et il pria Philippe de monter et de s’asseoir avec lui ». Cet eunuque ne pouvait pas comprendre ce qu’il lisait ; il avait besoin du secours du Saint Esprit, ou d’un serviteur qui, conduit par l’Esprit de Dieu, soit en mesure de le lui expliquer. C’est ainsi que Philippe, conduit par l’Esprit de Dieu, va lui révéler la portée des paroles qui ont touché son cœur.

« Or le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Il a été mené comme une brebis à la boucherie et comme un agneau, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre point sa bouche dans son humiliation, son jugement a été ôté ; et qui racontera sa génération ? car sa vie est ôtée de la terre ». Trois choses sont présentées dans ces versets : l’abaissement du Seigneur, son humiliation et son obéissance jusqu’à la mort avec les résultats de cette obéissance. C’est bien la substance même de l’évangile : Christ venu dans ce monde dans l’abaissement, dans l’humiliation la plus profonde, s’est laissé attacher sur la croix comme l’Agneau de Dieu, et puis des fruits de Son œuvre : tous ceux qui Le reçoivent par la foi, désignés dans ce passage par l’expression « sa génération ». Philippe prend pour base de sa prédication la Parole elle-même qui nous présente le Seigneur. C’est cette Personne que nous avons dans la Parole, du commencement jusqu’à la fin.

– Est-ce qu’il y a un enseignement à tirer de la différence entre cette citation et le texte du prophète Ésaïe ?

– Quand nous comparons les textes de l’Ancien Testament avec les citations qui en sont faites dans le Nouveau, nous relevons généralement une différence. Cette différence devrait pouvoir être expliquée dans chaque cas. Ici on pourrait sans doute trouver un enseignement se dégageant de la comparaison des deux textes. La pensée générale est celle-ci : la Personne du Seigneur Jésus est placée devant l’eunuque dans Son abaissement, dans Ses souffrances, dans Son œuvre, dans les résultats de Son œuvre accomplie. Quand nous lisons la Parole nous pouvons, d’un côté considérer la pensée générale, et d’un autre côté entrer dans les détails. Les deux sont instructifs et certainement remplis d’édification.

L’eunuque avait lu ce texte d’Ésaïe sans comprendre de qui le prophète parlait : « de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même ou de quelque autre ? ». Nous pourrions être surpris par la question de cet eunuque, mais si nous sommes en contact avec des Juifs qui ont entre leurs mains les Écritures de l’Ancien Testament, nous verrons qu’ils se refusent à croire que ce chapitre concerne le Messie rejeté. Il faut l’Esprit de Dieu pour comprendre les choses de Dieu (1 Cor. 2. 10 à 16).

« Et Philippe, ouvrant sa bouche et commençant par cette écriture, lui annonça Jésus ». L’eunuque est mis en contact avec une Personne : Jésus. Nous voyons déjà au v. 5 que Philippe a prêché le Christ aux habitants d’une ville de Samarie. Philippe était « plein » de Christ, son cœur en était rempli et de l’abondance du cœur la bouche parle. Que nous nous adressions à des foules (v. 5 et 6) ou que nous nous adressions à une âme (v. 35), nous sommes responsables de leur présenter Jésus.

On trouve à la fin de l’évangile selon Luc un même enseignement. Le Seigneur parlant aux disciples d’Emmaüs leur dit : « O gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliquait dans toutes les écritures les choses qui le regardent ».

Oui. Philippe s’adresse à quelqu’un qui ne faisait pas partie du peuple Juif – le Seigneur s’adressait alors aux Juifs. Mais ni l’un ni les autres ne connaissaient la portée des Écritures ; seulement les disciples étaient beaucoup plus coupables ; le Seigneur les leur avait exposées durant Son ministère. Philippe est un imitateur du parfait Modèle. Il présente la même Personne que Christ présentait à Ses deux disciples. Christ plaçait devant eux Sa propre Personne, « les choses qui le regardent ».

Nous ne savons pas comment l’eunuque avait été éclairé au sujet de la question du baptême – sans doute par l’enseignement que lui avait donné Philippe. En tous cas il comprend qu’il entre désormais dans la Maison de Dieu. Ayant reçu le Seigneur par la foi, il demande à être baptisé. Voilà une âme qui était étrangère aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance et étant sans Dieu dans le monde, et qui maintenant se trouve introduite dans la Maison de Dieu sur la terre. Les portes du royaume ne devaient pas être ouvertes aux Juifs seulement, mais aussi aux nations et aux Samaritains. Nous avons ici un prélude à l’ouverture aux nations réalisée au ch. 10. Nous avons déjà une âme qui se trouvait dans un pays païen, et qui est maintenant introduite dans le christianisme.

Une fois remonté de l’eau, l’Esprit du Seigneur enlève Philippe : son service à l’égard de l’eunuque est terminé. Aussi l’Esprit de Dieu l’enlève pour le conduire ailleurs (voir v. 40). L’eunuque est-il attristé de ce que Philippe ne soit plus là ? S’est-il attaché à Philippe au point que son départ l’accable ? Non, malgré le départ de Philippe il est rempli de joie parce qu’il connaît Celui qui est la source de la joie. Le vrai serviteur attache les âmes à Christ ; il ne cherche pas à se les attacher à lui-même. Quand les âmes sont attachées à Christ, elles connaissent le secret du bonheur. C’est ce que connaissait cet homme, de sorte qu’il peut continuer son chemin tout joyeux.

On a quelquefois souligné le contraste entre cet eunuque et le jeune homme riche que le Seigneur place en face des commandements de la loi, non pas de tous, mais de six seulement, ceux qui ont trait à l’amour du prochain (Marc 10. 19). Il omet les quatre commandements qui ont trait aux relations de l’homme avec Dieu, Le jeune homme, répondant lui dit : « Maître, j’ai gardé toutes ces choses dès ma jeunesse ». Le Seigneur le met alors à l’épreuve : « Et Jésus l’ayant regardé, l’aima, et lui dit : Une chose te manque va, vends tout ce que tu as et donne aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel » : voilà le véritable amour pour le prochain « Et viens, suis-moi, ayant chargé la croix » : voilà l’amour pour Dieu.

Nous sommes appelés, possédant maintenant la vie divine, à discerner la véritable exigence de la loi et à y satisfaire (Rom. 8. 3 à 11). Si le jeune homme riche avait eu un véritable amour pour son prochain, il aurait fait ce que le Seigneur lui disait. Le Seigneur a fait cela : Il a vendu tout ce qu’Il avait et a acheté le champ dans lequel se trouvait le trésor qu’est pour Lui l’Assemblée (Mat. 13. 44). Il a donné Sa vie, mais le jeune homme riche n’a pu faire ce que le Seigneur lui disait, aussi s’en alla-t-il tout triste, le cœur attaché à ses biens ; « car il avait de grands biens » nous dit l’Écriture (Marc 10. 22). L’eunuque ayant trouvé Jésus a continué son chemin tout joyeux.

v. 40 : « Philippe fut trouvé à Azot (c’est la ville qui est appelée Asdod en 1 Sam. 5. 1) et en passant au travers du pays, il évangélisa toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée » : c’est dans ce chapitre son troisième champ d’activité, toutes les villes depuis Azot jusqu’à Césarée.

Nous voyons dans ce chapitre que ce qui caractérise Philippe, c’est l’obéissance. Au ch. 21. 8, il est appelé « Philippe l’évangéliste ».

Dans ce même ch. 21, un détail intéressant est ajouté au v. 9 : « il avait quatre filles vierges qui prophétisaient » : elles exerçaient un service, dans la maison bien entendu. Elles étaient capables, dans leur sphère d’activité, de présenter la Parole en rapport avec les besoins du moment.

Il est en effet instructif de remarquer quelle fut l’obéissance de Philippe, sans raisonnement, sans discussion. Il est, répétons-le, un imitateur du parfait Modèle. Il est intéressant de noter ensuite que cela a produit pour lui une double bénédiction, dans son service et dans sa maison. Si nous sommes fidèles dans le service que le Seigneur nous confie, il y aura pour nous cette double bénédiction.

Le v. 37 ne figure pas dans notre version.

Ce texte, qui est donné en note : « Et Philippe dit : Si tu crois de tout ton cœur, cela est permis. Et répondant, il dit : Je crois que Jésus Christ est le Fils de Dieu », ne se trouve dans aucun manuscrit grec.

Ch. 9

Avec le ch. 9 nous allons entrer dans un sujet particulièrement important. Les canaux de la bénédiction vont maintenant atteindre les nations. Saul apparaît sur la scène au moment où Israël est mis de côté comme peuple. Le péché de l’homme a amené la révélation des conseils de Dieu formés avant que la responsabilité de l’homme ait existé. C’est le « mystère caché dès les siècles en Dieu » qui va être révélé, et cette révélation a été faite, non par le moyen de l’un des douze apôtres, mais par le moyen de celui qui a été le grand persécuteur de l’Assemblée. Dieu veut Se glorifier de cette manière.

« Pourquoi me persécutes-tu ? » : cette parole adressée à Paul est aussi pour le peuple juif. Avant que le jugement soit exécuté d’une manière visible sur ce peuple, Dieu veut lui parler et lui donner dans la personne de Saul de Tarse, choisi comme exemple, (1 Tim. 1. 16) une preuve de sa conversion future. Il y a un parallélisme évident entre le peuple juif et Saul de Tarse, qui a vu dans la gloire Celui qu’il persécutait (comparez Act. 9. 8 et Zach. 12. 10). Saul est un exemple de ceux qui verront dans la gloire Celui qu’ils ont percé.

Il consentait à la mort d’Étienne ; il était participant de la haine des Juifs contre Christ et contre les témoins de Christ. Sa conversion en a fait un témoin de la grâce qui a transformé un persécuteur en un serviteur de Christ et de l’Assemblée. Cette transformation sera opérée plus tard dans le peuple : ils regarderont vers Celui qu’ils ont percé ; ils se lamenteront sur Lui comme on se lamente sur un fils unique. Le peuple juif a agi dans l’ignorance : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » a demandé le Seigneur sur la croix. « Vous l’avez fait dans l’ignorance, de même que vos chefs aussi », dit Pierre en Actes 3. 17. Et Paul peut dire la même chose en 1 Timothée 1. 12 à 16 : « Je rends grâces au Christ Jésus, notre Seigneur, qui m’a fortifié, de ce qu’il m’a estimé fidèle, m’ayant établi dans le service, moi qui auparavant étais un blasphémateur, et un persécuteur, et un outrageux ; mais miséricorde m’a été faite, parce que j’ai agi dans l’ignorance, dans l’incrédulité ; et la grâce de notre Seigneur a surabondé…. mais miséricorde m’a été faite, à cause de ceci, savoir afin qu’en moi, le premier, Jésus Christ montrât toute sa patience, afin que je fusse un exemple de ceux qui viendraient à croire en lui pour la vie éternelle ». Saul est un exemple non seulement pour le temps actuel mais aussi pour plus tard, pour ce peuple qui se tournera vers Christ et connaîtra les bénédictions du règne.

Nous voyons au premier verset du ch. 9 dans quel état d’esprit se trouvait Saul lorsqu’il a été arrêté sur le chemin de Damas. Au ch. 8 nous avons lu que « Saul ravageait l’assemblée, entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait pour être jetés en prison » (v. 3). Malgré l’activité de Saul qui ravageait l’assemblée, l’œuvre de Dieu se poursuivait : l’œuvre s’étend même au-delà de Jérusalem, et des fruits y sont produits. Nous comprenons donc que Saul soit déterminé à exercer davantage encore sa haine contre les disciples du Seigneur. Des expressions telles que « transporté de fureur », « ravageait l’assemblée », « respirant encore menace et meurtre » (Act. 26. 11 ; 8. 3 ; 9. 1) nous montrent ce qui était dans le cœur de Saul.

On peut voir là ce que le Seigneur avait annoncé en Jean 16. 2 : « l’heure vient que quiconque vous tuera pensera rendre service à Dieu ».

C’est bien ce que Saul de Tarse faisait. Il parle de son zèle dans le service qu’il accomplissait : « quant au zèle, persécutant l’assemblée » (Phil. 3. 6). Alors qu’il pensait servir Dieu, toute son activité était dirigée contre le Seigneur. C’est contre le Seigneur que portaient tous ces coups. Toute l’activité des Juifs était en fait dirigée contre Christ. Quelle révélation pour lui, Saul !

Damas était à environ 250 km de Jérusalem, sous la domination romaine. L’évangile y avait pénétré. Saul va demander des lettres au souverain sacrificateur pour amener quelques-uns de « la voie » liés à Jérusalem. La « voie » était un terme de mépris employé par les Juifs à l’égard des chrétiens. Saul avait donc des lettres afin de se saisir de tous ceux qui confessaient le Seigneur.

– Ne peut-on pas penser que la conversion de Saul de Tarse est une réponse à la prière d’Étienne ?

– Sans doute, dans une mesure. Il y a les deux côtés. Il était « mis à part dès le ventre de sa mère » (Gal. 1. 15). Ce n’est pas pendant sa vie que Dieu l’a choisi : « Mais quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi, afin que je l’annonçasse parmi les nations… » (Gal. 1. 15). À ce moment-là il plut à Dieu de révéler Son Fils en lui. Comme il y a l’élection pour le salut, il y a aussi une élection pour le service. Maintenant il allait voir le Fils de l’homme glorifié.

– Quelle différence y a-t-il entre l’état de Saul de Tarse jusqu’ici et l’état décrit en Romains 7 ? Il avait le désir de faire le bien, de servir Dieu, alors qu’en fait il était un ennemi de Dieu. Lorsque Paul écrit ce ch. 7 des Romains, est-ce qu’il décrit son propre état ou celui de quelqu’un qui est né de nouveau mais qui n’est pas scellé ?

– C’est l’état de quelqu’un qui est né de nouveau mais qui n’est pas encore scellé.

« Cet homme m’est un vase d’élection » dira le Seigneur à Ananias. Cette expression peut être rapprochée de celle des Galates « mis à part dès le ventre de ma mère ». « Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ».

« Et, comme il était en chemin, il arriva qu’il approcha de Damas et tout à coup une lumière brilla du ciel comme un éclair » (v. 3). Certains auteurs assurent qu’il n’était plus qu’à quelques centaines de mètres de la ville de Damas. L’apôtre dit lui-même au ch. 22 : « Il m’arriva, comme j’étais en chemin et que j’approchais de Damas, que vers midi, tout à coup, une grande lumière, venant du ciel, brilla comme un éclair autour de moi ». C’était donc en plein jour, en plein midi. Il fallait que ce soit une lumière extraordinaire pour que, vers midi, elle brille comme un éclair autour de lui.

Il tombe par terre et une voix s’adresse à lui. Au ch. 22. 9 l’apôtre dit : « Ceux qui étaient avec moi virent la lumière, et ils furent saisis de crainte, mais ils n’entendirent pas la voix de celui qui me parlait ». Au v. 7 de notre chapitre, nous lisons : « Et les hommes qui faisaient route avec lui s’arrêtèrent tout interdits, entendant bien la voix (en note, il est dit : le son) mais ne voyant personne ». Il n’y a pas de contradiction entre les deux passages. Ceux qui l’accompagnaient ont entendu un son mais n’ont pas compris ce qui était dit à Saul. Il fallait des témoins à une telle scène, car on aurait pu penser que Saul avait eu une hallucination provoquée par la chaleur dans ces pays orientaux. Il y avait des témoins pour assurer que c’était bien une vision.

Les disciples avaient vu Jésus sur la terre et s’en allant au ciel. Saul de Tarse L’a vu pour la première fois dans le ciel, dans la gloire. C’est là le point de départ du ministère de Saul. Il parle de son « évangile ». C’était un évangile particulier en ce sens que son point de départ est Christ dans la gloire ; Il appelle son évangile l’évangile de la gloire du Dieu bienheureux (1 Tim. 1. 11). Tel est le caractère essentiel de l’évangile qui a été confié à Paul.

La voix qu’il entend lui dit : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? » Quelle révélation pour Saul de Tarse ! Non pas, pourquoi persécutes-tu les chrétiens ? Il croyait servir Dieu, alors qu’en fait il persécutait le Seigneur en persécutant Ses disciples.

Cette parole lui disait en même temps quelle est l’union étroite de tous les croyants avec Christ. Cette vérité lui a été révélée sur le chemin de Damas. En faisant souffrir un croyant quel qu’il soit, on fait souffrir le Seigneur. Voilà une vérité à ne pas perdre de vue. Est-ce que nous la connaissons bien, et surtout est-ce que nous la réalisons bien ? Si un membre souffre, tous les membres souffrent, mais aussi la tête. Ce passage nous le montre. Et on peut dire que la tête souffre encore davantage que les membres.

Saul voudrait bien savoir qui s’adresse à lui : « Et je dis : qui es-tu, Seigneur ? » La réponse est immédiate : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Dans ce monde où Il est venu comme homme, Il a été Jésus, dans l’humiliation, dans la souffrance, élevé sur une croix. Glorifié, c’est toujours Jésus.

Saul de Tarse pose alors une question que nous trouvons au ch. 22. 10 : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Cette question nous montre l’entière soumission de Saul de Tarse. Ce n’est plus l’homme volontaire, dépensant toute son énergie à persécuter l’assemblée.

« Mais lève-toi, et entre dans la ville ; et il te sera dit ce que tu dois faire ». Pourquoi le Seigneur ne lui a-t-il pas dit Lui-même ce qu’il devait faire ? Il fallait qu’il apprenne la dépendance, l’humilité, et qu’il se trouve placé dans le cercle des frères. Il devait être enseigné par un disciple, Ananias. Avant qu’il ait connaissance de ce que Dieu allait lui révéler, il fallait que tout un travail soit accompli en lui. Ce travail était commencé mais pas terminé. Ce qu’il devait faire, c’était bien autre chose que ce qu’il avait pensé faire en quittant Jérusalem pour se rendre à Damas. Il ne nous est pas dit ce qu’il a fait des lettres qu’il avait demandées pour les synagogues de Damas.

Saul est demeuré dans un état de cécité durant trois jours – les yeux du corps s’éteignant pour un moment afin que les yeux de l’esprit voient avec beaucoup plus de clarté ce que le Seigneur voulait lui faire voir. On a pensé que cette cécité résultait de la lumière extraordinaire qui l’avait frappé. C’est possible comme cause extérieure, mais la cause profonde, c’était Dieu : Il voulait cela pour que Saul de Tarse puisse être seul avec Lui pendant ce temps.

Un peu plus loin cette indication est donnée à Ananias : « Voici, il prie ». Il a réalisé le jeûne et la prière pendant ces trois jours, isolé complètement du monde extérieur, seul avec le Seigneur.

– Une chose dont il a pu se souvenir pendant ces trois jours, c’est la vision de Christ dans la gloire.

– En effet elle s’est gravée dans son souvenir de façon ineffaçable. Elle a marqué tout son service, tout son ministère. Cela faisait partie des vérités qu’il devait révéler : « Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin, auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues » (Act. 22. 14 et 15). « Je te suis apparu afin de te désigner pour serviteur et témoin, et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai, en te retirant du milieu du peuple et des nations vers lesquelles moi je t’envoie pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière, et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés par la foi en moi » (Act. 26. 16 à 18). Spirituellement, il ne faisait plus partie ni des Juifs ni des nations. Le v. 18 nous montre quel est l’évangile qu’il est amené à prêcher.

En Colossiens 1 nous voyons qu’il a été suscité pour compléter la Parole de Dieu. La révélation du mystère était nécessaire pour compléter la Parole. Maintenant la Parole est complète.

Nous verrons à partir du v. 10 le service qui est confié à Ananias.

Nous avons dit quelques mots sur les premiers versets de ce chapitre mais il est certainement opportun d’y revenir tellement le sujet est important.

Le témoignage du Saint Esprit ayant été rejeté, Étienne, le fidèle témoin, lapidé, le peuple juif est mis de côté comme nation. Dieu va alors révéler le mystère de l’Assemblée et les vérités fondamentales la concernant. Il choisit pour la révélation de ce « mystère », non pas l’un des douze comme on aurait pu le penser, mais celui qui avait été un persécuteur de l’Assemblée : Saul de Tarse.

C’est lui que Dieu a choisi pour la révélation du « mystère ». Les écrits de l’apôtre Paul exposent les vérités concernant l’Assemblée. Nous pouvons en rappeler brièvement quelques-unes. Il a fait connaître le « mystère caché dès les siècles en Dieu » (Éph. 3. 9) : l’Assemblée. Cette expression nous montre qu’elle est dans la pensée de Dieu de toute éternité, bien que les vérités la concernant n’aient pas été données à connaître avant le moment où elles ont été communiquées à l’apôtre Paul. L’apôtre Paul, alors Saul de Tarse, a eu sur le chemin de Damas, la révélation du mystère de l’assemblée, Corps de Christ (Act. 9. 5). Il présente ensuite l’Assemblée dans ses épîtres comme « un temple saint dans le Seigneur » (Éph. 2. 21) : c’est ce qu’elle sera en gloire. Déjà maintenant elle est une « habitation de Dieu par l’Esprit » (Éph. 2. 22).

L’Assemblée est également l’épouse de Christ (Éph. 5. 22 et 23). Elle est dans ce monde – c’est le côté de la responsabilité – « la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3. 15). La vérité n’est nulle part ailleurs que dans l’Assemblée, qui en a reçu le dépôt. La vérité, c’est Christ, c’est le Saint Esprit, c’est la Parole. Enfin, « la sagesse si diverse de Dieu » est donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes par l’Assemblée (Éph. 3. 10). L’Assemblée a donc, selon 1 Timothée 3. 15, un témoignage à rendre dans ce monde et, selon Éphésiens 3. 10, un témoignage devant les anges.

Le point de départ de la révélation faite à l’apôtre Paul, nous l’avons ici. Il ne faut pas longtemps au Seigneur pour accomplir une œuvre dans un homme. Il arrive parfois que le travail de Dieu s’accomplisse lentement, mais pour Dieu toutes choses sont possibles et Il agit comme bon Lui semble, selon Sa sagesse infinie. Il n’a pas fallu longtemps pour que Saul soit arrêté sur le chemin de Damas et amené au Seigneur. Il avait été jusque-là un Juif zélé mais il a eu alors cette révélation que, dans l’activité qu’il avait déployée, il s’était trouvé faire la guerre à Dieu Lui-même. Les Juifs avaient fait une guerre ouverte au Seigneur.

Le Seigneur ne dit pas à Saul ce qu’il devra faire mais : « il te sera dit ce que tu dois faire ». C’est assez caractéristique. Il veut se servir d’un instrument humain, Ananias, et d’autre part, placer Saul dans le cercle des frères. C’est un disciple, Ananias, qui va lui être envoyé pour lui dire ce qu’il a à faire. Par ailleurs, il a été amené là et, plus tard en plusieurs occasions, à prendre conscience qu’il dépendait des frères. Il n’y a pas un membre du corps qui n’ait besoin de l’activité et de l’aide des autres membres : celui qui devait devenir le grand apôtre des nations a eu besoin d’un disciple comme Ananias, dont il ne nous est pas dit grand-chose dans les Écritures.

« Car de même que le corps est un et qu’il a plusieurs membres, mais que tous les membres du Corps, quoiqu’ils soient plusieurs sont un seul corps, ainsi aussi est le Christ » (1 Cor. 12. 12). La tête et les membres sont unis d’une manière si étroite que cet ensemble est appelé « le Christ ». Le ch. 12 de la première épître aux Corinthiens développe la doctrine des dons s’exerçant dans l’unité du corps. Quand on persécute l’un des membres du corps, le corps tout entier souffre (1 Cor. 12. 26). Il se peut que tous les membres ne ressentent pas cette souffrance ; c’est alors un état qui doit nous humilier et nous attrister.

– Au v. 7 il est dit que « les hommes qui faisaient route avec lui s’arrêtèrent tout interdits, entendant bien la voix mais ne voyant personne ». Est-ce que Paul a vu le Seigneur Jésus ?

– Cela n’est pas dit expressément. Il est dit qu’il a entendu une voix. Mais nous pouvons bien penser que l’apôtre Paul a vu un Christ glorifié, et le point de départ de son évangile, c’est bien un Christ glorifié. C’est pourquoi il appelle l’évangile qu’il prêche, « l’évangile de la gloire » ou bien aussi « mon évangile ». Les disciples sur la terre avaient vu un Christ humilié, rejeté, crucifié, puis glorifié. Tandis que pour l’apôtre Paul c’est le cheminement inverse.

En 1 Corinthiens 15. 8 l’apôtre dit : « comme d’un avorton, il a été vu aussi de moi ». Il fait allusion au fait qu’il l’a vu glorifié et alors qu’il n’était pas encore apôtre, même pas « converti » ou peut-être, au moment précis de sa conversion (c’est impossible à déterminer).

Il parle de la résurrection du Seigneur et il cite ceux qui L’ont vu après Sa résurrection : « il a été ressuscité le troisième jour selon les Écritures… il a été vu de Céphas, puis des douze. Ensuite il a été vu de plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont demeurés en vie jusqu’à présent, mais quelques-uns aussi se sont endormis. Ensuite il a été vu de Jacques, puis de tous les apôtres ; et, après tous, comme d’un avorton, il a été vu aussi de moi » – c’est le septième témoignage – Paul n’était pas apôtre à ce moment-là, et c’est sans doute pour cette raison qu’il emploie l’expression « avorton ». (« avorton » = enfant né avant terme et n’ayant en lui aucune capacité de vivre). Paul pense aussi, semble-t-il, à son indignité.

L’apôtre Paul a vu le Seigneur glorifié sur le chemin de Damas et aussi, peut-on penser, quand il a été ravi au troisième ciel. La différence que nous pouvons faire entre la scène d’Actes 9 et celle de 2 Corinthiens 12, c’est que dans les Actes, l’apôtre a compris les paroles qui lui étaient dites, tandis que dans la scène rapportée en 2 Corinthiens 12 il a entendu « des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer ». Sur le chemin de Damas, il a reçu des communications de vérités qu’il devait annoncer à d’autres, tandis qu’en 2 Corinthiens 12 il a entendu des paroles qui étaient pour lui seul. Il lui fallait un encouragement, il fallait qu’il comprenne qu’il valait la peine de souffrir pour Christ pendant environ trente ans de son ministère apostolique, et pour cela il a eu la contemplation du paradis de Dieu, la vision du terme de sa vie de croyant et d’apôtre. L’apôtre a été ravi au troisième ciel environ huit ans après avoir été arrêté sur le chemin de Damas. Lorsqu’il a été arrêté sur le chemin de Damas, c’était en l’an 34 ou peut-être 35, et il a été ravi au troisième ciel environ en l’an 43. En l’an 57 probablement, quatorze ans après (2 Cor. 12. 2), la deuxième épître aux Corinthiens a été écrite (ces dates sont approximatives).

Sur le chemin de Damas, Saul a entendu des paroles et les a comprises. Ceux qui étaient avec lui les ont entendues mais ne les ont pas comprises. Il fallait des témoins, d’une part pour que l’apôtre sache bien que ce qui lui était arrivé était réel, d’autre part pour qu’on ne puisse pas dire qu’il avait été l’objet d’une hallucination. Un auteur incrédule, athée, a parlé d’hallucination dans ces pays chauds, à l’heure de midi. Les témoins ont pu attester qu’il s’était passé quelque chose d’extraordinaire et de très réel.

L’apôtre est resté trois jours en jeûne et en prière. C’est l’attitude qui convient pour que puisse se développer la puissance de Dieu (Mat. 17. 19 à 21). Quel travail de cœur et de conscience s’est accompli chez Saul pendant ces trois jours. Il a compris ce qu’avait été son chemin jusque-là. Il fallait que les yeux de son corps soient fermés pour que les yeux de son cœur puissent s’ouvrir sur un domaine qui lui avait été fermé jusqu’alors.

Au bout de ce délai de trois jours, Ananias lui est envoyé. Il n’est pas beaucoup parlé d’Ananias dans les Écritures. C’est pourtant l’instrument qui a été choisi pour faire entendre le message du Seigneur à Saul. Il aura la récompense pour l’éternité, d’avoir été choisi par le Seigneur pour ce service et de l’avoir fidèlement rempli. Pourquoi Ananias a-t-il été choisi ? Il y a trois expressions qui sont employées à son sujet : ici au v. 10 « un disciple nommé Ananias » et en Actes 22. 12 « un certain Ananias, homme pieux selon la loi, et qui avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là ». Un disciple, un homme pieux, ayant un bon témoignage : voilà donc ce qui caractérisait Ananias.

Être disciple, c’est davantage qu’être un frère. Tous les frères ne sont pas des disciples, mais tous les disciples sont des frères. Un disciple écoute son maître et le suit fidèlement. Ananias est caractérisé par une véritable piété. La piété, c’est faire intervenir Dieu partout où l’on se trouve. Les racines sont invisibles, mais les fruits sont manifestés. Il ne nous est pas parlé d’Ananias comme d’un homme ayant déployé une grande activité. Il faut le souligner de nos jours, où l’on recherche l’exercice de grandes activités : ce n’est pas à cause de sa grande activité qu’il a été choisi. C’est un croyant obéissant. Dans le message qu’il va apporter, il présente la Personne du Seigneur (v. 17). Nous avons beaucoup d’instructions pratiques à recevoir de cette vie d’Ananias.

Il est envoyé après que Saul de Tarse soit resté trois jours sans manger et sans boire. Il fallait qu’un travail soit accompli en Saul avant qu’Ananias vienne. Un serviteur doit être dépendant : il y a un moment pour remplir chaque service. Le service pourra être utilement rempli lorsque le Seigneur enverra le serviteur et Il l’envoie au moment convenable. Il a été envoyé, non au bout de deux jours ou de quatre jours, mais au bout de trois jours. Le service eut été compromis s’il était allé précipitamment ou tardivement, mais la dépendance caractérisait Ananias. C’est un caractère essentiel du disciple : il ne va pas au gré de sa fantaisie, il va quand son Maître l’envoie, ni avant, ni après. Le Seigneur lui dit en vision : « Ananias ! Et il dit : Me voici, Seigneur ». Voilà une expression qui rappelle le parfait Modèle, Celui qui est entré dans le monde pour servir en disant : « Voici, je viens,… pour faire ô Dieu, ta volonté ». Nous trouvons à plusieurs reprises des expressions semblables.

En 1 Samuel 3, Samuel emploie cette même parole « Me voici », et plus loin : « Parle, car ton serviteur écoute ». Il est prêt pour écouter la parole d’Éli, la parole de son maître. Ésaïe, au chapitre 6 de son livre, emploie cette expression « Me voici, envoie-moi ». Il est prêt à servir. Et nous trouvons aussi cette expression dans la bouche de Joseph : « Me voici » (Gen. 37. 14). Il est prêt à s’engager dans un chemin où il va être un type de Christ et où il fera briller quelques caractères, quelques gloires de son Maître. C’est ce qui doit marquer un serviteur. Il doit toujours être à la disposition de son Maître, toujours prêt à écouter, toujours prêt à servir, prêt à refléter les caractères du parfait Modèle. C’est ce qu’Ananias a réalisé.

La voix du Seigneur n’était pas inconnue d’Ananias. On peut dire de lui qu’il réalisait : « il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne » (És. 50. 4).

Le Seigneur, dont il est question dans ce passage, a été en effet Celui dont l’oreille était ouverte à la voix de Son Maître. Il se levait longtemps avant le jour, Il se retirait dans les déserts pour prier. C’est là une bonne habitude dans l’heureux sens du terme. Le Seigneur vivait en communion avec Son Père. Ananias vivait en communion avec le Seigneur. Il ne dit pas, comme plus haut Saul de Tarse : « Qui es-tu, Seigneur ? » Si nous étions plus habitués à Lui parler, à L’écouter, nous aurions toujours les bonnes réactions pour le service. Ce sont des directives qui sont parfois très précises. Nous l’avons vu pour Philippe, qui a été envoyé sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza.

Ici ces directions le sont encore davantage (v. 11) : le nom de la rue, la maison, un homme qui prie. Ananias sait dans quelle attitude il va le trouver : ce n’est plus le persécuteur de l’assemblée, c’est un homme dépendant qui cherche les directions du Seigneur. Nous ne savons pas toujours ce qu’il faut faire dans notre vie chrétienne et dans notre service. Si nous vivions dans la communion du Seigneur, nous aurions toujours la direction nécessaire. Nous avons à faire à un bon Maître qui veut aider Ses serviteurs, les secourir. On voit avec quelle bonté le Seigneur agit. Tout est disposé par Lui quand Ananias va entrer dans la maison de Judas. Par ailleurs, Saul a eu une vision (v. 12). Il ne sera donc pas surpris par l’arrivée d’Ananias : le serviteur est attendu. Voilà une visite selon la pensée du Seigneur. On dit qu’il faut faire beaucoup de visites. Certes, mais une visite peut faire beaucoup de bien, elle peut parfois, hélas, faire du mal. Une visite, pour faire du bien, doit être faite dans la dépendance du Seigneur et préparée par Lui de part et d’autre : le Seigneur a agi chez Ananias et chez Saul de Tarse. Si nous laissons le Seigneur agir, nous ferons des expériences semblables à celles qui ont été faites dans cette circonstance. Un des buts de cette visite était d’aider Saul à recouvrer la vue. L’œil de son corps allait se rouvrir, l’œil de son cœur allait s’ouvrir sur un nouveau domaine dans lequel il allait entrer.

On a souvent dit que ce chapitre est celui de la conversion de l’apôtre Paul. On ne peut pas situer exactement le moment de cette conversion, mais elle a sûrement eu lieu, étant donné la différence entre ce qu’était sa conduite au début et ce qu’elle fut plus tard, dans ce chapitre.

Quand il dit : Qui es-tu Seigneur ? on peut se demander s’il pensait qu’il s’agissait de Dieu puisqu’il ne connaissait pas le Seigneur Jésus.

Quand il était avec ceux qui lapidaient Étienne, il a entendu Étienne dire : « Voici je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ». On peut bien penser que l’apôtre Paul a vu un Christ glorifié, à la fois Fils de l’homme et Fils de Dieu (Act. 9. 20). On peut penser que le moment de sa conversion, c’est le moment où il est jeté par terre (v. 4 et 5). C’est là, semble-t-il, qu’il faut situer la conversion de Saul de Tarse. On voit qu’il est aussitôt soumis à ce qu’il a entendu ; il est mené et se laisse mener par la main. C’est la fin de sa vie de persécuteur. C’est une nouvelle carrière qui va commencer.

– Il en reçoit la puissance le troisième jour. On peut dire qu’il est scellé du Saint Esprit le troisième jour et baptisé. Il entre dans la maison de Dieu et il est non seulement scellé du Saint Esprit, mais rempli du Saint Esprit. On peut être scellé du Saint Esprit sans être rempli du Saint Esprit.

– Pourquoi prêche-t-il dans les synagogues ? Il était là sur un mauvais terrain.

– Nous l’avons vu en considérant les chapitres précédents, le passage du terrain juif au terrain chrétien s’est fait graduellement. Ce n’est qu’à Éphèse (Act. 19. 9) que Paul a « séparé les disciples ». Jusque-là les apôtres ont prêché dans les temples et les synagogues. Les synagogues étaient des lieux où l’on se réunissait sans offrir de sacrifices. On y lisait la loi, on y priait. Il y avait un très grand nombre de synagogues. On assure qu’à Jérusalem, il y en avait plus de quatre cents.

Pour en revenir à notre verset 13, on comprend les inquiétudes et les craintes d’Ananias. « Seigneur, j’ai ouï parler à plusieurs de cet homme, combien de maux il a fait à tes saints dans Jérusalem ; et ici il a pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom » (v. 13 et 14). On voit briller chez Ananias des caractères tout à fait remarquables : il s’adresse au Seigneur avec crainte, avec toute révérence, mais il connaît Son cœur, il sait qu’il peut Lui parler comme à un ami. Dieu est amour, c’est ce qui attire le cœur ; Dieu est lumière, c’est ce qui remplit de crainte. Les deux choses donnent son vrai caractère à la vie du chrétien. Ananias est rempli de crainte et de révérence, mais il ouvre son cœur au Seigneur comme à un ami : « Où est-ce que tu m’envoies, Seigneur ? » Peut-être y a-t-il jusqu’à un certain point un manque de confiance chez Ananias. Mais le Seigneur sait aussi ce qui en est de nous, il sait les vases de faiblesse que nous sommes et II a compassion de nous. Le Seigneur comprend ce que lui dit Ananias. Il ne lui fait pas de reproches. Nous pouvons toujours ouvrir notre cœur au Seigneur.

On trouve la même chose à propos de Moïse au chapitre 4 de l’Exode : « Ah Seigneur ! Je ne suis pas un homme éloquent… Et maintenant, va, et je serai avec ta bouche, et je l’enseignerai ce que tu diras ».

On voit chez Moïse moins de confiance que chez Ananias, et il s’est privé d’une bénédiction, tandis qu’Ananias écoute en définitive les paroles que le Seigneur lui dit. Le Seigneur l’introduit dans la communion de Ses pensées, Il ne lui dit pas : je te garderai, mais il lui révèle Ses pensées à l’égard de Saul, ce que Saul ne savait pas encore : « Mais le Seigneur lui dit : Va, car cet homme m’est un vase d’élection ». Plus tard Paul le dira aux Galates : « quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi ». Il y a une élection pour le service comme il y a une élection pour le salut. C’est le choix de la grâce divine.

« Pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël » : les fils d’Israël viennent en dernier. L’objet essentiel de son ministère, ce sont les nations.

« Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » : ce sont les souffrances que l’apôtre a connues tout au long de son ministère et dont il parle à la fin du chapitre 11 de la deuxième épitre aux Corinthiens.

« Et Ananias s’en alla et entra dans la maison ; et, lui imposant les mains, il dit : Saul frère ». Il l’appelle par son nom. Son nom lui avait été donné à connaître et il l’appelle tout de suite frère. Il l’introduit dans ce cercle des frères. Saul a eu dès le début besoin des frères. Il a connaissance ainsi des relations établies dans le corps et des relations de la famille.

« Le Seigneur Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint ». C’est de cette Personne qu’Ananias parle en premier. Il l’appelle d’abord Seigneur (son autorité) et ensuite Jésus (son amour).

« Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles ; et il recouvra la vue » : ses yeux sont ouverts sur un nouveau domaine. Il est rempli du Saint Esprit. Toute la puissance du Saint Esprit va se manifester par le moyen de l’apôtre. C’est la double mission qui avait été confiée à Ananias. Saul reçut des forces, non plus pour persécuter les saints, mais pour servir le Seigneur.

« Il fut quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas » (v. 19). Il ne se doutait pas que c’est dans des conditions semblables qu’il arriverait à Damas. Et « aussitôt » – c’est le mot de l’évangile selon Marc, caractéristique du parfait Serviteur dont Paul allait être le fidèle imitateur – « il prêcha Jésus dans les synagogues, disant que lui est le Fils de Dieu » (v. 20). Il prêcha Jésus. Jésus, c’est son nom d’Homme et il déclare que cet Homme, c’est le Fils de Dieu.

« Tous ceux qui l’entendaient étaient dans l’étonnement et disaient : n’est-ce pas celui-là qui a détruit à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et qui est venu ici dans le but de les amener liés aux principaux sacrificateurs ? » Tous étaient dans le plus grand étonnement, nous le comprenons.

« Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, démontrant que celui-ci était le Christ ». Il leur démontrait par les Écritures que Celui qu’il prêchait était le Christ, le Messie promis à Israël, Celui qu’ils avaient rejeté et crucifié, mais qui était ressuscité et glorifié.

Dans ce chapitre, l’accent est mis tout spécialement sur le nom de Jésus : v. 14 « tous ceux qui invoquent ton nom », v. 15 « un vase d’élection pour porter mon nom », v. 16 « je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom », v. 21 « ceux qui invoquent ce nom ».

Le nom caractérise la personne. C’est la Personne du Seigneur que Paul a présentée, a prêchée. C’est le seul nom qui ait été donné aux hommes par lequel il leur faille être sauvés (Act. 4. 12). C’est le nom au-dessus de tout nom, le nom de celui que Paul a contemplé glorifié, le nom que le Seigneur a pris dans Son abaissement : « Tu appelleras son nom Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Mat. 1. 21). C’est le Nom devant lequel se ploiera « tout genou des êtres célestes, et terrestres, et infernaux et que toute langue confessera comme étant Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 9 à 11).

Les chrétiens, les membres du corps sont caractérisés deux fois dans ce chapitre par cette expression : « ceux qui invoquent ton nom », « ceux qui invoquent ce nom » (v. 14 et 21). C’est bien en effet ce qui doit caractériser le croyant.

« Il n’y a pas de différence de Juif et de Grec, car le même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l’invoquent ; car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rom. 10. 12 et 13).

C’est à cela aussi que l’on reconnaît ceux qui marchent dans la fidélité : « Poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2. 22).

Il est remarquable de voir qu’ici, en Actes 9, il n’est pas ajouté « d’un cœur pur », pas plus qu’en 1 Corinthiens 1. 2 : « tous ceux qui en tous lieux invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ ». Aujourd’hui, dans les temps de ruine où nous sommes parvenus, nous ne pouvons « poursuivre la justice, la foi l’amour, la paix » qu’avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur, et non plus comme au commencement, avec tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur. En nous associant à ceux-là seuls qui invoquent le Seigneur « d’un cœur pur », nous nous trouvons placés sur le terrain sain (et saint, également) du commencement. Au début, la maison couvrait le corps mais il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Comment le cœur peut-il être purifié ? Par l’obéissance à la vérité : « ayant purifié vos cœurs par l’obéissance à la vérité » (1 Pier. 1. 22). Le Seigneur sanctifie, purifie l’assemblée par la Parole.

« La sagesse d’en-haut est premièrement pure » (Jac. 3. 17).

Nous avons vu dans la première partie du chapitre comment le Seigneur a agi pour arracher à l’Ennemi un de ses instruments les plus zélés, afin d’en faire le serviteur dont Il voulait se servir pour édifier l’Assemblée contre laquelle jusque-là il avait combattu.

La conversion de Saul de Tarse a eu lieu sur le chemin de Damas. Elle ne pouvait être opérée à Jérusalem ; elle devait avoir lieu au contraire loin de Jérusalem car il fallait qu’elle se passe en dehors des douze : il convenait en effet que le ministère de Paul fut indépendant de celui des douze. Il n’a rien reçu d’eux : « ceux qui étaient considérés » ne lui ont « rien communiqué de plus » (Gal. 2. 6).

Il se présente ainsi, dans cette épître aux Galates : « Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ » (Gal. 1. 1). Aucun apôtre n’est intervenu dans cette conversion et il fallait qu’il n’y ait à cet égard aucun doute possible. C’est le Seigneur Lui-même qui a agi. Nous avons vu comment par ailleurs le Seigneur a préparé Ananias pour faire connaître à Saul ce que Dieu s’était proposé à son égard. Nous avons insisté sur les caractères que présente Ananias, trois caractères à retenir : un disciple, un homme pieux, ayant un bon témoignage, trois caractères faisant de lui un disciple obéissant et aussi aimant son Maître ; les deux choses sont liées, car l’obéissance est la preuve de l’amour. Il pouvait éprouver quelque appréhension pour faire ce que le Seigneur lui demandait, mais il savait se confier en Lui et put ainsi aller en paix.

Saul de Tarse va donc maintenant commencer un nouveau chemin. Il va servir le Seigneur avec beaucoup plus de zèle et de dévouement pour Dieu qu’il n’en avait manifesté jusque-là dans son opposition à Dieu.

v. 18 : « Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles ; et il recouvra la vue ; et se levant, il fut baptisé » : les écailles du judaïsme et de la loi qui l’avaient aveuglé jusque-là tombent. Il recouvre la vue après trois jours de jeûne et de prière.

v. 20 : « et aussitôt il prêcha Jésus dans les synagogues, disant que lui est le Fils de Dieu ». « Aussitôt », ce mot nous montre que Saul est déjà l’imitateur du parfait Serviteur. Il le dit dans une de ses épîtres : « soyez mes imitateurs comme je le suis de Christ » (1 Cor. 11. 1). Il ne perd pas de temps : aussitôt il prêche Jésus. Jésus, c’est Son nom d’homme, le nom qu’il a pris ici-bas pour accomplir l’œuvre du salut. Saul Le présente à la fois comme Fils de l’homme et Fils de Dieu. Il présente ce grand mystère de l’incarnation, Jésus le Fils de Dieu. Il le présente aux Juifs comme Fils de Dieu. Or c’était précisément le motif pour lequel les Juifs l’avaient condamné.

Citons un passage où le Seigneur se présente comme Fils de l’homme et comme Fils de Dieu : « mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. Et lui dirent tous : Toi, tu es donc le Fils de Dieu ? Et il leur dit : Vous dites vous-mêmes que je le suis. Et ils dirent : Qu’avons-nous encore besoin de témoignage ? Car nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche » (Luc 22. 69 à 71). Il y a là les deux titres : Fils de l’homme et Fils de Dieu. Et à la fin de Jean également, au chapitre 19, nous avons quelque chose de plus net encore, au v. 7 : les Juifs lui répondirent : nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, car il s’est fait Fils de Dieu ». Or si nous lisons attentivement l’évangile de Jean, nous serons frappés par les nombreux témoignages de la divinité de Celui qui est là le Fils de Dieu manifesté en chair. Il y a un ensemble de dix témoignages dont cinq de la part d’hommes envoyés par Dieu pour cela (Jean le baptiseur par exemple) ou délivrés par la puissance du Seigneur et cinq témoignages divins qui tous attestent que Jésus est le Fils de Dieu. Les Juifs avaient méprisé les différents témoignages qui leur avaient été ainsi présentés. Saul prêche Jésus comme Fils de Dieu. C’est sa première prédication.

« Saul se fortifiait de plus en plus, et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, démontrant que celui-ci était le Christ ». C’est un autre titre donné à la Personne glorieuse que présente Saul : le Christ, le Messie, le roi d’Israël, Celui qu’ils avaient crucifié et que Saul avait vu glorifié. Tel est le message qu’il présente aux Juifs. Ce message est la présentation d’une Personne : Jésus le Fils de Dieu, le Christ, le Fils de l’homme. Quelle puissance dans une telle prédication ! Il y aura toujours de la puissance quand nous présenterons une telle Personne comme étant tout à la fois Jésus, le fils de l’homme, le Fils de Dieu, le Christ.

Au chapitre 22. 10 des Actes, nous voyons la belle dépendance de Saul : « Que dois-je faire, Seigneur ? », dit-il.

Cette question que pose Saul de Tarse et que nous ne trouvons pas au ch. 9 nous montre en effet que l’apôtre était entièrement soumis à la volonté du Seigneur et désirait recevoir une indication pour savoir ce qu’il devait faire. Mais avant de faire quelque chose il a fallu qu’il demeure trois jours sans rien faire, dans le jeûne et la prière. Après cela le Seigneur lui envoie Ananias. C’est ce que nous avons vu dans notre chapitre au v. 17 : « le Seigneur, Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint ».

Au v. 20, il prêche Jésus comme étant le Fils de Dieu.

On n’insistera jamais assez sur le fait que le christianisme n’est pas une morale, un ensemble de règles, ou une doctrine mais une Personne : Christ. La vie éternelle, a dit Jésus à Son Père, c’est : « qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17. 3) et le christianisme, c’est vivre Christ. Dans l’assemblée, nous avons à présenter une Personne. Si nous vivons de Christ, nous vivrons selon Ses commandements.

Il y a sans doute des doctrines dans l’Écriture et nous avons à les présenter, mais toutes sans exception se lient à la Personne de Christ. Présenter une doctrine sans la rattacher à Christ, c’est présenter une vérité froide, sèche, qui ne touchera ni le cœur ni la conscience. C’est Christ qui touche le cœur et la conscience. Et nous pouvons ajouter que si nos cœurs étaient davantage attachés à la Personne du Seigneur nous vivrions véritablement le christianisme et l’obéissance à la Parole serait alors facile pour nous ; c’est cette obéissance qui est la preuve d’un amour véritable.

Si on s’attache uniquement à une doctrine et qu’on perde de vue Christ, on risque fort de devenir sectaire – et de tomber dans un pharisaïsme hypocrite. Dans un sens, ce serait plus facile. C’est pour cela que souvent on demande un texte formel pour être guidé.

Il est d’ailleurs frappant de voir que des personnes qui demandent un texte formel – dans certains cas il y en a, dans d’autres il n’y en a pas – se croient autorisées à faire ce qui leur semble bon quand il n’y en a pas (sous prétexte qu’il n’y en a pas) – et n’en font pas moins ce qui leur plaît quand pourtant il y en a un qui est placé sous leurs yeux. On n’a pas besoin d’un texte formel pour connaître la volonté du Seigneur. Si nous vivons près d’une personne, nous saurons ce qu’elle aime. Le christianisme est une affaire de cœur beaucoup plus que d’intelligence. Il faut bien sûr l’intelligence renouvelée pour saisir les vérités de l’Écriture, mais l’intelligence entrera de plus en plus dans les choses de Dieu si le cœur a été saisi, si le cœur est engagé avec Christ.

Nos devanciers étaient pénétrés de l’esprit de l’Écriture. Le Seigneur donne toujours de la lumière à celui qui se confie en Lui. Si tel ou tel point nous arrête, nous pouvons avoir confiance que le Seigneur nous révélera Sa pensée, si c’est quelque chose qui tient à Sa gloire. Parfois nous ne résolvons pas certaines questions parce que nous ne sommes pas assez nourris de l’Écriture. Les premiers disciples vivaient Christ. Ils étaient reconnus comme ayant été avec Jésus. Cette compagnie ne manquait pas de produire des effets puissants dans leur prédication, et pourtant ils étaient illettrés et du commun. On peut aussi prêcher Christ sans paroles, et comme ce témoignage muet est important.

Rappelons l’exemple de Jean. Tous les disciples ont eu les pieds lavés mais il n’y en a eu qu’un qui, ayant eu les pieds lavés, se soit trouvé ensuite sur le sein du Seigneur. Quand une question est posée, c’est Jean seul qui est à même d’interroger le Seigneur et de connaître Sa pensée. Pierre comprend qu’il ne peut même pas interroger le Seigneur, il fait appel à Jean.

Lorsque des problèmes qui paraissent insolubles surgissent dans notre vie individuelle ou dans la vie de l’assemblée, la première chose à faire est de nous humilier de vivre aussi peu dans la communion du Seigneur, de jouir aussi peu de Son amour. Le Seigneur permet que nous ayons à traverser de tels exercices pour ouvrir nos yeux sur notre état. Si nous avions penché notre tête sur le sein du Seigneur, nous aurions eu la pensée du Seigneur.

On peut dire que ces disciples d’Actes 4 étaient plus occupés de Christ que de leur témoignage. Si nous sommes occupés du Seigneur, le témoignage sera rendu sans que nous nous en rendions compte, comme pour Moïse (Ex. 34. 29 à 35).

« Nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3. 18). La jouissance du Seigneur et la communion avec Lui nous transforment à Sa ressemblance et nous amène à prêcher Christ, en actes d’abord, et en paroles quand l’occasion nous en est fournie.

Au v. 23 où nous avons commencé notre lecture, nous n’avons pas la suite historique des faits. Il n’y a pas d’ordre chronologique. Au moins trois ans se sont écoulés entre les faits rapportés aux v. 21 et 22 d’une part et au v. 23 d’autre part. Nous aimerions avoir ces récits historiques et chronologiques, mais la Parole ne nous donne pas toujours des récits semblables. Ainsi dans l’évangile de Jean nous n’avons pas le récit de tous les actes accomplis par Christ ici-bas, et ceux qui nous sont donnés ne le sont pas dans l’ordre chronologique. À la fin de son évangile l’apôtre Jean nous dit : « il y a aussi plusieurs autres choses que Jésus a faites, lesquelles, si elles étaient écrites une à une, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qui seraient écrits ». Ce que l’Esprit de Dieu veut nous donner, c’est ce qui nous est utile : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Tim. 3. 16). Tel est le but que Dieu poursuit en nous donnant Sa parole et cela nous est dit spécialement dans l’évangile de Jean : « ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (Jean 20. 31).

Il y a ici comme une parenthèse. Saul de Tarse est d’abord allé, non pas à Jérusalem, mais en Arabie où il a fait un séjour de trois ans. Il dit en Galates 1. 16 : « Je ne pris pas conseil de la chair ni du sang, ni ne montai à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi, mais je m’en allai en Arabie, et je retournai à Damas. Puis, trois ans après, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai chez lui quinze jours » (C’est ce que nous avons au v. 26). Nous avons beaucoup plus de détails dans les Galates que dans les Actes sur ce voyage de Paul à Jérusalem, parce qu’ils étaient beaucoup plus nécessaires pour les croyants de la Galatie, étant donné les dangers auxquels ils avaient à faire face.

v. 23 : « Les Juifs tinrent conseil ensemble pour le tuer ». Nous voyons se manifester l’hostilité et la haine des Juifs contre le disciple comme ils l’ont fait à l’égard du Maître. Ils ont mis à mort Étienne ; Saul de Tarse présente Jésus comme le Fils de Dieu, ils veulent le tuer. C’est un fait qui nous est rapporté à la fin de 2 Corinthiens 2. 32 et 33 avec des détails qui diffèrent de ceux que nous avons ici (v. 23 à 25) : « À Damas, l’ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville des Damascéniens, voulant se saisir de moi et je fus dévalé dans une corbeille par une fenêtre à travers la muraille, et j’échappai à ses mains ». Les détails diffèrent parce que, dans le livre des Actes, il est question des Juifs : nous y avons la culpabilité des Juifs, tandis que dans la 2ème épître aux Corinthiens, nous avons la culpabilité des Gentils. Le Seigneur prend soin de lui par le moyen des disciples. Nous pouvons remarquer la place qu’occupent les disciples dans la vie de Paul. Nous voyons combien les frères, les disciples, s’occupent de Paul tout au long de ce chapitre, que ce soit Ananias ou les frères à Damas et à Jérusalem. Les Juifs n’avaient rien pu faire contre le Seigneur tant qu’Il avait un ministère à remplir. Ils ne pouvaient mettre la main sur Lui jusqu’à ce qu’Il dise : « C’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres ». De même les Juifs ne pouvaient mettre la main sur Saul et l’empêcher de remplir le service que le Seigneur lui avait confié.

Au v. 26 nous voyons Saul arriver à Jérusalem où, semble-t-il, on ignorait sa conversion. Tous les faits du début du ch. 9 étaient ignorés des disciples à Jérusalem, aussi, quand il veut se joindre à eux, tous le craignent. Ils avaient la crainte de Saul de Tarse, mais nous allons voir comment il va être introduit dans le cercle des frères, en particulier auprès des apôtres. Il va passer quinze jours chez Pierre avec probablement Jacques. C’est Barnabas qui le présente aux disciples de Jérusalem. Il le prend et « raconte aux apôtres comment, sur le chemin, il avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment il avait parlé ouvertement à Damas au nom de Jésus » (v. 27). Cette présentation de Paul par Barnabas établit le principe de la présentation de quelqu’un à une assemblée qui ne le connaît pas, mettant la conscience des frères à l’aise pour le recevoir. Si Saul de Tarse a été ainsi présenté à l’assemblée, est-ce que quelqu’un pourrait se formaliser d’être présenté ainsi ?

Dans une partie de la chrétienté, on prétend que chacun peut prendre la cène sous sa propre responsabilité. Or, c’est l’assemblée qui reçoit et c’est l’assemblée qui exclut. Nul ne peut s’introduire dans l’assemblée ou se retirer à son gré. Quelqu’un qui est admis dans une assemblée, peut se trouver soumis à la discipline de cette assemblée. Celle-ci peut exercer différentes disciplines nécessitées par l’état de cette personne et, si elles se révèlent inefficaces, l’assemblée peut être appelée, avec douleur, à l’exclure. Ici il s’agit, non d’une exclusion mais d’une réception. Est-ce qu’un frère connaissant bien un croyant, mais inconnu à l’assemblée, peut prendre sur lui la responsabilité de l’introduire dans l’assemblée et de l’annoncer comme pouvant participer à la fraction du pain ? Il ne peut le faire que s’il a le sentiment que la conscience de l’assemblée, dans cette réception, est entièrement à l’aise. Sinon, il faut que la demande suive son cours normal, et il est bon qu’il en soit ainsi dans la généralité des cas. C’est l’assemblée qui reçoit, c’est l’assemblée qui décide. Ce ne sont pas les frères qui décident : ils proposent une mesure à la décision de l’assemblée (Act. 15 comparez les v. 6 et 22).

– Ce passage correspond-il au cas d’un frère qui présente une demande d’admission à la table du Seigneur, pour une âme dont il a pris soin ? Correspond-il également au cas où un frère ayant des qualités de pasteur ou remplissant une charge d’ancien, demande la réintégration d’un exclu ? Dans les deux cas cela ne nous montre-t-il pas que c’est un frère qui s’occupe spécialement d’une âme ?

– C’est certain. Dans le cas normal, si un frère a le sentiment qu’une âme peut se trouver dans l’assemblée, il faut qu’elle exprime d’abord ce désir, il place la demande devant les frères de telle sorte qu’après examen, l’ensemble des frères étant à l’aise, il puisse y être donné suite. Dans le cas d’une exclusion, c’est différent. Seul le sacrificateur peut décider du moment où un exclu peut reprendre sa place, car le lépreux n’a aucune qualification morale pour savoir quel est l’état de sa lèpre ; seul le sacrificateur est qualifié pour se prononcer (Lév. 13). Ce n’est donc pas à la personne exclue de demander à reprendre sa place. Pourquoi cela arrive-t-il ? Parce que le service du sacrificateur n’est pas rempli.

On fait ce qu’on ne devrait pas faire (on a des relations normales avec une personne exclue) et on ne fait pas ce que l’on devrait faire (le service de sacrificateur).

Barnabas parle de Saul aux apôtres et non à tous les frères. Si un frère s’est occupé d’une âme, peut-être est-il préférable, avant d’en parler à tous les frères, qu’il en parle d’abord à ceux qui sont plus particulièrement responsables dans l’assemblée, « l’ange de l’assemblée qui est à… ». Les prières en commun de ces deux ou trois frères aideront pour que l’affaire soit mûrie.

De même une sœur peut avoir son mot à dire, sans sortir pour autant de sa place, de la réserve qui lui sied, répondant à une question posée par un frère ou par les frères s’occupant d’un tel cas. Des sœurs peuvent avoir à exercer un don de pasteur, de prophète ou de docteur – on en a connu – mais le don est exercé dans le cadre où il doit l’être : auprès de jeunes sœurs ou à la maison.

Est-ce qu’il n’y a pas un enseignement à tirer du fait qu’à Damas Paul prêchait « au nom de Jésus » (v. 27) tandis que dans l’assemblée il parle « au nom du Seigneur » (v. 28) ?

Peut-être parce que dans l’assemblée les caractères du Seigneur doivent être manifestés, tout doit être soumis à Son autorité ; tandis qu’à Damas, c’était « Jésus », Celui qu’il avait vu sur le chemin de Damas (9. 5).

Ananias lui avait dit : « Saul, frère, le Seigneur, Jésus, qui l’est apparu » : Seigneur, c’est plutôt le côté de l’autorité, Jésus, c’est plutôt le côté de l’amour. « Saul, frère » : le grand apôtre des nations, celui qui a instruit et enseigné les saints, a été présenté à l’assemblée à Jérusalem ; il y a été introduit comme est introduit tout frère, comme est introduite toute sœur.

Au ch. 15 de la première épître aux Corinthiens, il peut se ranger parmi les sept catégories de personnes qui ont vu le Seigneur ressuscité. Il y a sept témoignages de la résurrection du Seigneur au début de ce chapitre, nous les rappelions au cours de notre dernière réunion.

« Et il était avec eux à Jérusalem, allant et venant ». Cette expression « allant et venant » comme aussi « entrer et sortir » sont des expressions qui ont généralement trait au service. « Parlant ouvertement au nom du Seigneur » : il disait ce que le Seigneur voulait qui soit dit.

« Et il parlait et discutait avec les Hellénistes ; mais ceux-ci tâchaient de le faire mourir » : nous voyons toujours cette même opposition qui se manifeste une fois de plus.

« Et les frères, l’ayant su, le menèrent à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse » : les disciples s’étaient occupés de lui à Damas, ils s’en occupent à Jérusalem. Nous avons bien des passages dans l’Écriture qui nous montrent de quels soins sont entourés les serviteurs du Seigneur. L’apôtre Paul réclame à plusieurs reprises l’aide et le secours des frères. Il demande qu’on lui fasse la conduite : « car j’espère que je vous verrai à mon passage, et que vous me ferez la conduite de ce côté-là, quand j’aurai d’abord un peu joui de vous » (Rom. 15. 24), « peut-être séjournerai-je auprès de vous, ou même y passerai-je l’hiver, afin que vous me fassiez la conduite où que ce soit que j’aille » (1 Cor. 16. 6) ; il recommande Timothée aux soins des frères : « que personne ne le méprise, mais faites-lui la conduite en paix, afin qu’il vienne vers moi, car je l’attends avec les frères » (1 Cor. 16. 11). En 2 Corinthiens 1. 16 : « que vous me fissiez la conduite vers la Judée ». À la fin de l’épître à Tite, il recommande également des serviteurs : « Accompagne avec soin Zénas, le docteur de la loi, et Apollos, afin que rien ne leur manque » (3. 13). L’apôtre avait donc le désir de sentir la communion des frères ; il demandait leur secours. Il recommande Apollos, Timothée, Zénas pour que les frères s’occupent d’eux. Il faut y penser et ne pas oublier les soins dont nous avons à entourer les serviteurs du Seigneur.

Ils l’amènent à Tarse, sa ville natale. La Parole ne nous dit rien de son séjour dans cette ville, nous ne savons pas combien de temps il y est resté, ni ce qu’il y a fait. Nous savons seulement que Barnabas est ensuite venu l’y chercher pour l’amener à Antioche (Act. 11. 25). Nous voyons donc le ministère que l’apôtre a rempli à Damas, à Jérusalem, à Antioche ; nous ne savons pas s’il en a rempli un à Tarse. Peut-être pas. En tout cas, la Parole ne nous en dit rien.

Au début de l’évangile de Marc, où le Seigneur nous est présenté comme le Serviteur, nous Le voyons en établir douze « pour être avec lui », comme s’il avait besoin d’être accompagné de Ses disciples.

Le Seigneur était heureux d’avoir la communion de Ses disciples. Il en prit trois au jardin de Gethsémané, non pour livrer le combat avec Lui, mais pour avoir leur sympathie et le secours de leurs prières. Quand Il en choisit douze « pour être avec lui », c’était non seulement pour avoir leur compagnie mais pour qu’ils réalisent vraiment ce qu’est le service. On peut résumer le service par ces simples mots : servir, c’est être avec Lui. Le service ne peut découler que d’une communion ininterrompue avec Lui, avant, pendant, après le service ; c’est indispensable pour être gardé de tout faux pas, de toute parole déplacée, de tout sentiment de propre satisfaction que l’Ennemi saurait souffler à nos oreilles.

C’est aussi dans cet évangile que nous voyons le Seigneur coopérant avec Ses disciples, après avoir été élevé dans le ciel (Marc 16. 20).

Nous arrivons à ce verset 31 qui est tellement important et dont nous pouvons bien désirer qu’il caractérise les assemblées encore aujourd’hui. Lorsque le Seigneur a envoyé Ses disciples (Act. 1) Il leur a dit au v. 8 : « vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre ». Nous trouvons mentionnées au ch. 9 la Judée, la Samarie et la Galilée. Cette dernière ne se trouve pas au ch. 1. L’évangile avait cependant été annoncé là : le Seigneur avait envoyé spécialement Ses disciples en Galilée (Mat. 28. 10).

Il y avait donc des assemblées qui avaient été formées dans ces différentes contrées, et il est dit qu’elles étaient « en paix ». Depuis la descente du Saint Esprit jusqu’à ce moment-là il s’était écoulé environ dix ans, pendant lesquels l’Ennemi s’était acharné contre l’assemblée et avait essayé de détruire le témoignage. Il avait notamment cherché à y introduire le mal. Les disciples n’ont pas connu, durant ces dix années, beaucoup de repos ou de tranquillité.

Le Seigneur permet maintenant un temps de répit, de paix. L’ennemi les laisse un moment. Il y a non seulement ce côté à considérer mais aussi la paix intérieure de l’assemblée. Il n’y avait rien au sein de l’assemblée qui vienne troubler Sa paix. Qu’est-ce qui trouble la paix dans l’assemblée ? L’introduction de fausses doctrines, les racines d’amertume, l’occupation de soi, les querelles, les jalousies, les intrigues, l’orgueil, l’activité de la chair dans le croyant. Il arrive quelquefois que l’on essaie de rétablir la paix dans une assemblée par des compromis ; on agit à la manière de l’homme avec une certaine diplomatie : on va trouver l’un et l’autre, on ne dit pas toujours la même chose à l’un et à l’autre. On manque de droiture. On établit un compromis entre diverses tendances, mais ce n’est pas la paix véritable ; aussi le Seigneur permet que ce ne soit pas une paix durable. Tôt ou tard elle sera troublée, afin que soit réglé ce qui doit l’être, et que l’assemblée connaisse une véritable paix. La paix selon Dieu est toujours inséparable de la sainteté et de la vérité. Parfois on dit : Nous sommes en paix, mais c’est souvent au prix d’un certain « désordre ».

Nous trouvons plusieurs passages qui nous exhortent à rechercher la paix, et à la « poursuivre » (au moins trois) parce que c’est quelque chose qui tend à nous échapper. « Ainsi donc, poursuivons les choses qui tendent à la paix et celles qui tendent à l’édification mutuelle » (Rom. 14. 19). Hébreux 12. 14 nous montre le lien étroit entre la paix et la sainteté : « Poursuivez la paix avec tous, et la sainteté sans laquelle nul ne verra le Seigneur ». Au point de vue ecclésiastique 2 Timothée 2. 22 dit au fidèle : « Poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix ». 1 Corinthiens 14 nous enseigne que Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix, ce qui nous montre bien que la paix est liée à l’ordre. Dans notre passage d’Actes 9, nous voyons que la paix est aussi liée à l’édification et à la marche dans la crainte du Seigneur. Si ces deux choses font défaut, il n’y aura pas ou seulement peu d’édification dans l’assemblée.

Quant à l’état de ces assemblées, nous pouvons souligner qu’elles ne connaissaient pas tous les enseignements qui sont consignés dans les épîtres, en particulier concernant l’Assemblée comme habitation de Dieu par l’Esprit, comme corps de Christ, mais les quelques vérités qu’elles connaissaient, elles les vivaient et c’est un point très important. Nous devons avoir à cœur de vivre les vérités que nous connaissons. Notre ignorance est peut-être grande, mais ce qui est important c’est de vivre ce que nous connaissons. Si nous vivions les vérités que nous connaissons, nous pourrions réaliser encore aujourd’hui ce qui nous est présenté dans ce verset.

Quand l’assemblée est en paix, elle peut être édifiée. Les deux choses se lient l’une à l’autre. Qu’est-ce qui édifie ? 1 Corinthiens 8 nous montre que c’est l’amour, un amour véritable, l’amour selon Dieu dans la vérité. La Parole aussi édifie. En Actes 20, l’apôtre Paul le dit aux anciens d’Éphèse (v. 32) et 1 Corinthiens 14 nous enseigne que dans l’assemblée tout doit se faire pour l’édification. La parole présentée doit être, non pas tant pour exercer la mémoire, non pas tant pour remplir l’intelligence, mais essentiellement pour édifier, et pour cela elle doit toucher le cœur et atteindre la conscience. Toute action dans l’assemblée doit être pour l’édification : le chant d’un cantique doit être pour l’édification ; on doit aussi trouver de l’édification dans une prière, dans une action de grâces. Que nous ayons à cœur de prier, de rendre grâces d’une manière qui édifie !

On peut dire que l’édification est l’un des trois caractères du don de prophète (1 Cor. 14. 3), d’où l’extrême importance de ce que l’on doit désirer avec ardeur. On peut penser que Barnabas avait ce don d’édifier quand il est dit qu’il « les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur ». Que nous ayons à cœur l’édification dans l’assemblée, l’édification dans nos foyers, dans nos conversations avec nos frères ; parler l’un à l’autre de Christ édifie – et non pas l’un sur l’autre.

Barnabas interprété est « fils de consolation ». La traduction exacte de l’original peut être aussi « fils de la prophétie ». On peut penser d’après Actes 4. 36 et 11. 23 qu’exerçant un ministère prophétique, il mettait l’accent sur la consolation et sur l’exhortation et qu’il y avait ainsi de l’édification.

Citons le verset 16 de 1 Corinthiens 14 : « Comment celui qui occupe la place d’un homme simple dira-t-il l’amen à ton action de grâces, puisqu’il ne sait ce que tu dis ? Car toi, il est vrai, tu rends bien grâces mais l’autre n’est pas édifié ». Il importe que dans nos prières nous soyons simples, aussi courts que possible (nous risquons de fatiguer au lieu d’édifier) de façon que tout le monde comprenne. Si nous ne sommes pas compris ou si nous sommes trop longs, il n’y a pas, ou il n’y a que peu d’édification. Un cantique indiqué à propos, par l’Esprit, produira de l’édification.

Si les cantiques n’étaient utiles pour l’assemblée que par leurs paroles, on n’aurait pas besoin de musique, elle serait sans utilité. Barnabas était lévite et parmi les lévites étaient les chantres (1 Chron. 9).

Le chant a son importance. Il y avait autrefois des hommes « experts » dans l’art de chanter : « avec des cymbales, des luths, et des harpes, pour le service de la maison de Dieu, sous la direction du roi » (c’est la personne du Seigneur dont le roi est un type qui est citée en premier lieu). « Et leur nombre, avec leurs frères instruits dans l’art de chanter à l’Éternel, tous les hommes experts, était… » (1 Chron. 25. 6 et 7) Il ne s’agit pas de chanter pour le plaisir de faire de la musique, mais il faut être pénétré des paroles que nous chantons, et bien chanter afin qu’il y ait de l’édification pour l’assemblée et de la gloire pour notre Dieu et Père.

Dans la première partie de ce chapitre, nous avons vu comment Saul de Tarse a été arrêté sur le chemin de Damas, comment le Seigneur s’est servi d’Ananias pour dire à Saul ce qu’il avait à faire. Nous avons vu aussi l’opposition des Juifs au ministère de Paul et nous avons remarqué de quels soins il a été entouré, notamment dans deux circonstances différentes, à Damas d’abord et ensuite à Jérusalem où il avait été présenté aux saints par Barnabas (ceci pose le principe de la réception d’un frère par l’assemblée). Le témoignage de Barnabas était nécessaire pour que Saul soit reçu parmi eux.

Pour le soustraire à la haine meurtrière des Hellénistes, « les frères le menèrent à Césarée et l’envoyèrent à Tarse » où il restera quelque temps. Barnabas viendra l’y chercher pour enseigner dans l’assemblée à Antioche (11. 25).

L’assemblée connaissait alors un moment de répit. Dix ans environ s’étaient écoulés depuis la Pentecôte. L’Ennemi avait livré maints assauts contre l’assemblée ; on peut voir dans les premiers chapitres des Actes l’acharnement qu’il manifeste contre l’assemblée et contre les disciples de Christ. Mais le Seigneur agissait, opérait, et les apôtres, par la puissance de l’Esprit, parvinrent à déjouer les ruses de l’Ennemi dont l’activité s’arrête pour un temps. Le vent du midi soufflait après le vent du nord. Les assemblées, qui ne connaissaient pas les vérités essentielles concernant l’Assemblée, vivaient vraiment et pratiquement les vérités qu’elles connaissaient. C’est une chose importante : Dieu à compassion de notre ignorance mais, par contre, les vérités que nous connaissons, nous sommes responsables de les vivre. Si nous les vivons, Dieu nous en révélera d’autres. Si nous ne les connaissons pas, nous sommes responsables de notre ignorance, car nous avons un ministère oral et écrit abondant et, par-dessus tout, la Parole elle-même.

Les assemblées sont caractérisées par quatre traits indiqués au v. 31 :

Elles étaient en paix, en paix et en ordre. On ne peut réaliser la paix selon Dieu que si l’ordre est maintenu. Dans trois passages au moins de l’Écriture, nous sommes appelés à poursuivre la paix (Ps. 34. 14 ; 2 Tim. 2. 22 ; Héb. 12. 14). C’est dire que la jouissance d’un tel état demande un effort constant, soutenu. Nous avons à veiller d’abord sur nous-mêmes, à prendre garde d’abord à nous-mêmes, en tout premier lieu. C’est ainsi que nous aurons le discernement nécessaire pour veiller sur l’assemblée, pour qu’une paix selon Dieu y soit maintenue (Act. 20. 28).

– Peut-on rapprocher de ce passage celui de Philippiens 4. 6 et 7 : « ne vous inquiétez de rien, mais en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ; et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus ? »

– En Philippiens 4, il s’agit surtout de l’état du cœur du croyant. Un croyant peut être exercé par diverses circonstances. La réponse n’est pas donnée aussitôt qu’il a prié, mais la paix de Dieu garde son cœur et ses pensées. Cela est tout aussi vrai pour une assemblée traversant des circonstances éprouvantes qui pourraient être un sujet d’inquiétude pour les saints. L’assemblée a cette ressource : ne s’inquiéter de rien mais exposer ses requêtes à Dieu, et le cœur de l’assemblée sera gardé en paix en attendant que Dieu ouvre un chemin et que la difficulté puisse être réglée. La paix est essentiellement un état caractérisé par l’absence de conflit. Il ne doit y avoir aucun conflit dans nos cœurs et nos consciences avec le Dieu qui est amour et lumière. Il est indispensable, pour que la paix selon Dieu soit réalisée dans l’assemblée, que la paix individuelle le soit d’abord. Cela nécessite le jugement de soi-même et la réalisation de cette vérité que « ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises » (Gal. 5. 24). Si cela est vécu pratiquement par chaque frère et par chaque sœur, il n’y aura pas de conflit dans l’assemblée. Quand quelque chose ne va pas, on est porté trop souvent à juger l’un ou l’autre, au lieu de commencer à regarder au fond de son propre cœur.

En considérant ce passage, on a dit quelquefois, à très juste raison, que pour que les assemblées soient en paix, il fallait qu’elles soient édifiées et marchent dans la crainte du Seigneur. Mais inversement on peut dire qu’une assemblée ne pourra être vraiment solidement édifiée et marcher dans la crainte du Seigneur si la paix y est troublée. Si la paix n’est pas goûtée dans l’assemblée, l’action du Saint Esprit est entravée, et cela nuit à l’édification ; comme conséquence, la marche dans la crainte du Seigneur ne peut être réalisée.

Comment l’assemblée est-elle édifiée ? Nous rappelons souvent ce verset de 1 Corinthiens 8. 1 : « l’amour édifie ». L’amour doit se manifester dans les relations fraternelles et par l’exercice des dons dans l’assemblée. Le mobile qui doit faire agir les dons, c’est l’amour (1 Cor. 12, 13 et 14). Pour qu’il puisse y avoir édification il faut :

– Une base solide : c’est Christ, le « roc », le « fondement ».

– De bons matériaux : 1 Cor. 3. 12 (or, argent, pierres précieuses).

– Des ouvriers consciencieux qui travaillent à l’œuvre du Seigneur et pour le bien de l’assemblée. C’est ainsi que l’assemblée peut être édifiée sur le solide fondement, qui est Christ.

Si la paix dans l’assemblée est connue, s’il y a de l’édification – et toute action doit tendre à l’édification – cela sera vu dans la marche. Il y aura une marche « dans la crainte du Seigneur ». Nous sommes appelés à marcher dans l’amour (Éph. 5. 1), comme des enfants de lumière (Éph. 5. 8), par l’Esprit (Gal. 5. 25). Ce sont là trois caractères essentiels de la marche. Il nous est demandé aussi de marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés (Éph. 4. 1), d’une manière digne du Seigneur (Col. 1. 10), d’une manière digne de l’évangile (Phil. 1. 27), d’une manière digne de Dieu (1 Thess. 2. 12). Voilà un ensemble de traits qui doit caractériser la marche d’un croyant et la marche de l’assemblée.

Par ailleurs, la marche constitue un témoignage de l’état d’un croyant ou d’une assemblée. Il en est ainsi dans le domaine physique ; la marche dénote l’état de santé de la personne : celui qui se porte bien, qui est fort, a une démarche ferme et assurée, tandis que le malade aura une marche plus ou moins chancelante. Cette comparaison nous fait mieux comprendre ce que doit être la marche individuelle ou collective. Si la marche est hésitante, vacillante, on peut penser que l’état du cœur laisse à désirer, qu’il y a eu jusqu’alors insuffisance de nourriture. Il faut nourrir cette âme, nourrir cette assemblée de la Parole, de Christ. Il faut fortifier les âmes, fortifier l’Assemblée en présentant la Parole, en présentant Christ. Tout naturellement la marche s’en ressentira. La marche indique également le but vers lequel se dirige quelqu’un. Si Christ est véritablement le but vers lequel nous allons, cela se verra dans notre marche et dans la marche de l’assemblée. Ici, il s’agit d’une marche dans la crainte, et « dans la crainte du Seigneur ». La crainte, c’est un sentiment qu’éprouve un inférieur à l’égard d’un supérieur. Un enfant craint son père, la femme doit craindre son mari. Nous dépendons du Seigneur, Il a toute autorité sur nous et sur l’assemblée, et la marche d’un croyant et d’une assemblée doit le manifester en ne faisant jamais rien qui puisse porter atteinte aux droits du Seigneur. Si nous y pensions davantage, nous verrions moins de faiblesses et moins de tristesse dans la vie des assemblées.

Comment concilier ce passage qui nous demande de marcher dans la crainte du Seigneur avec ce verset de 1 Jean 4. 18 « Il n’y a pas de crainte dans l’amour mais l’amour parfait, chasse la crainte ? » On pourrait supposer que l’enfant de Dieu qui jouit pleinement du Seigneur n’a pas de crainte. C’est un état déficient dans la connaissance du Seigneur que de marcher dans la crainte.

Il y a bien sûr deux craintes différentes. Ce n’est pas de la même crainte qu’il s’agit dans ces deux passages. Dans la première épître de Jean l’exhortation est pour un croyant qui craindrait que, aimant Dieu si peu, Dieu ne l’aime pas parfaitement, qu’Il ne s’occupe pas assez de lui. Si nous jouissions de Son amour d’une manière complète, s’il n’y avait pas, comme cela vient d’être dit, déficience dans la connaissance du Seigneur, nous jouirions de « l’amour parfait », nous aimerions le Seigneur davantage et nous n’aurions pas de « crainte », dans le sens que 1 Jean 4. 18 donne à ce terme. La crainte dont il est question dans notre passage des Actes, c’est ce sentiment de respect que nous devons avoir pour la Personne du Seigneur. De même l’épouse vis à vis de son mari : « Quant à la femme, qu’elle craigne son mari » (Éph. 5. 33).

La crainte de 1 Jean peut être rapprochée de la « crainte peur », de la crainte d’Adam qui avait peur de Dieu (Gen. 3. 10).

La crainte de déplaire à Dieu, c’est la crainte d’Actes 9. 31.

Chez le Seigneur, Homme sur la terre, il y avait le respect de Dieu, le sentiment de l’honneur qui Lui est dû, la manifestation de la dépendance de Lui. Toutefois il n’est pas dit qu’il ait marché dans la crainte de Dieu, sauf peut-être, prophétiquement, dans le passage d’Ésaïe 11. 3 : « Et son plaisir sera la crainte de l’Éternel ».

Moïse était rempli d’effroi en présence de la majesté de Dieu. Il ne pouvait pas ne pas l’être.

Le quatrième caractère qui est donné au v. 31 d’Actes 2 le lie aux trois autres. S’il y a la paix, l’édification, la marche dans la crainte du Seigneur, il y aura accroissement par la consolation du Saint Esprit. De quel accroissement s’agit-il ici ? Peut-être en nombre, mais certainement dans la profondeur des affections et de l’attachement au Seigneur. Dans le livre des Actes, Il est question au moins trois fois de l’accroissement. Au chapitre 2. 42 : « Ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés et en ce jour-là furent ajoutés environ trois mille âmes », l’accroissement est le résultat de la prédication comme aussi au ch. 4. 4 avec cinq mille âmes et au ch. 5. 14 « une multitude tant d’homme que de femmes ». Ici au ch. 9. 31 cet accroissement résulte de l’état de l’assemblée. Une assemblée prospérera, elle croîtra, sinon toujours en nombre, au moins spirituellement, si les caractères indiqués dans ces versets sont réalisés. Une assemblée en bon état devient un centre d’attraction pour les âmes. Il ne nous faut pas rechercher le nombre selon que Juges 7 nous l’enseigne. Un témoignage fidèle, dans un jour de ruine, est peu nombreux et sans apparence. (or, n’est-il pas vrai que nous cherchons souvent et le nombre et l’apparence ?) Au ch. 16. 5 il est dit : « Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour ». Là il est précisé que c’est un accroissement en nombre, résultant d’un affermissement dans la foi. Si l’accroissement en nombre ne découle pas de l’affermissement dans la foi, ce n’est pas un signe certain de progrès spirituel. Le désir de l’accroissement en nombre est ce qui a conduit aux églises de multitude, sans qu’il y ait véritablement affermissement dans la foi. Dans ces trois passages nous avons les trois choses nécessaires, pour « l’accroissement » de l’assemblée :

– La prédication de la Parole.

– Le bon état de l’assemblée.

– L’affermissement dans la foi.

S’il en est ainsi, l’assemblée prospérera spirituellement et peut-être croîtra en nombre. Ce travail se fait par la puissance du Saint Esprit. Une assemblée doit vivre de sa vie propre dans la puissance de l’Esprit. Quand le Saint Esprit peut agir sans être contristé, il y a une prospérité évidente ; il y a « la consolation du Saint Esprit », c’est-à-dire l’encouragement du Saint Esprit. Il occupe les cœurs de Christ, et c’est là Son service de prédilection. Puissions-nous désirer, dans nos assemblées locales, présenter de tels caractères ! Quel encouragement pour chacun et comme le Seigneur serait glorifié dans l’assemblée ! Si les assemblées ont réalisé cela au début, nous pouvons encore y parvenir, car nous avons les mêmes ressources, notamment le Saint Esprit, la Parole et la prière. L’Esprit demeure dans les « temps fâcheux » des « derniers jours » (2 Tim. 3. 1) « un esprit de puissance et d’amour, et de conseil » (2 Tim. 1. 7).

On peut rappeler Éphésiens 4. 15 et 16 : « que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à lui qui est le chef, le Christ ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure du fournissement, produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du corps pour l’édification de lui-même en amour ».

On voit bien en effet dans ce passage l’accroissement individuel (v. 15) et l’accroissement collectif (v. 16). Rappelons-nous que le côté individuel doit être considéré en tout premier lieu. Il ne suffit pas de gémir sur l’état de faiblesse des assemblées. Regardons d’abord chacun à notre propre état. Si chacun de nous était nourri de Christ et de la Parole, il y aurait accroissement individuel, prospérité dans l’assemblée et cet accroissement collectif dont il est parlé à la fin du v. 16. Le point de départ est celui-ci : « étant vrais dans l’amour ». Si la vérité opère dans nos âmes, l’amour de Christ s’y développe.

À partir du v. 32 nous allons voir réapparaître Pierre dont il n’était plus question depuis le ch. 8. 25. Maintenant, nous avons là comme une parenthèse, Saul reviendra ensuite sur la scène au ch. 11. Il y a, par le fait, des activités distinctes de tel ou tel serviteur, mais au fond c’est le travail de Dieu, une seule et même œuvre qui s’accomplit pour la formation de l’assemblée, par le moyen des instruments qu’il Lui plaît d’employer.

La puissance de Dieu va se manifester dans deux circonstances : d’une part la guérison d’un paralytique, et d’autre part la résurrection d’une « femme disciple » qui était morte.

Pierre ne se présente pas comme celui qui a lui-même la puissance de guérir : ce n’est pas « Pierre te guérit », c’est « Jésus, le Christ » (v. 34). Jésus, c’est son nom d’homme. Christ, c’est l’Oint de l’Éternel. Cette guérison est opérée sur le principe de la foi. En effet, Pierre ajoute : « Lève-toi, et fais-toi toi-même ton lit. Et aussitôt il se leva » (v. 34). Aucun raisonnement. Énée ne répond pas : je ne puis pas me lever, je suis paralytique. Faire mon lit, encore moins ; je n’ai jamais marché, ni fait mon lit depuis huit ans. La foi ne raisonne pas. Elle croit ce que Dieu dit. Elle obéit. La foi se montre par les actes. La foi sans les œuvres est morte. La foi d’Énée est une foi vivante. Il est guéri, il est sauvé sur le principe de la foi.

Le résultat de cette guérison est le suivant : « tous ceux qui habitaient Lydde et le Saron le virent ; et ils se tournèrent vers le Seigneur », non pas vers Pierre. Ils ne se prosternent pas devant Pierre, ils n’en font pas une idole. Pierre a rempli son service de telle manière qu’ils « se tournent vers le Seigneur ». Il y a là un enseignement important : comme il est désirable que les serviteurs présentent Christ de telle sorte que les regards s’attachent, non sur eux-mêmes, mais sur le Seigneur seul. Il y a parfois une certaine sentimentalité, un attachement au prédicateur parce que le Maître n’a pas été vraiment présenté. Le vrai serviteur attache les âmes au Seigneur. Nous en avons bien des exemples dans d’autres passages de l’Écriture.

En 1 Corinthiens 1. 11 il est dit : « Car, mes frères, il m’a été dit de vous, par ceux qui sont de chez Chloé, qu’il y a des dissensions parmi vous. Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; moi, de Christ ». Il y avait en effet « des dissensions ». Remarquons-le bien : quand des dissensions se produisent, on met l’un ou l’autre en avant, et Christ est à la dernière place.

Dans le dernier paragraphe, à partir du v. 36, nous avons le récit si intéressant concernant Dorcas. Comme la note l’indique, ce nom signifie gazelle. Cela nous parle peut être de la rapidité et de l’agilité avec lesquelles sans doute Dorcas servait le Seigneur. Il y a dans ce récit une instruction importante à propos du service, des bonnes œuvres que nous sommes appelés à accomplir. Dorcas avait eu beaucoup d’activité, elle était « pleine de bonnes œuvres », tout cela dans le secret. De son vivant, il semble qu’on ne parlait pas beaucoup d’elle et de ce qu’elle faisait. Comme il est important de servir le Seigneur dans le secret, d’accomplir des bonnes œuvres dans le secret. Un jour, tout sera manifesté. C’était le cas de Dorcas. Dieu n’oubliait pas ce qu’elle avait fait. Dieu n’oublie pas ce qui est fait pour Son nom. Un passage entre autres nous le dit bien : « Dieu n’est pas injuste pour oublier votre œuvre et l’amour que vous avez montré pour son nom » (Héb. 6. 10).

Il est frappant de voir que Dorcas était « pleine de bonnes œuvres et d’aumônes ». Il y a deux termes originaux qui ont tous deux été traduits par « bonnes œuvres » et qui ont une signification différente. Dans l’un des cas, les bonnes œuvres désignent toutes les choses qui découlent d’un cœur qui a été renouvelé, purifié : par exemple, l’amour fraternel, la sympathie, le support etc… Dans l’autre cas le terme traduit par bonnes œuvres désigne des actes concrets, visibles aux yeux des hommes, tels que des aumônes, des visites, des soins à donner à ceux qui sont malades. Il y a les deux choses chez Dorcas. Ces bonnes œuvres que nous sommes appelés à accomplir, Éphésiens 2. 10 nous dit que Dieu les a préparées à l’avance afin que nous marchions en elles. Dans ce passage le sens de bonnes œuvres correspond à tout ce qui découle d’un cœur renouvelé, c’est la première des deux significations que nous venons de rappeler.

Nous n’avons pas à chercher les bonnes œuvres que nous pouvons accomplir, Dieu les « prépare ». Notre affaire, c’est de demeurer assez près du Seigneur, pour que, lorsqu’elles sont sous nos pas, nous puissions les accomplir, étant à même de le faire. 2 Timothée 2. 21 nous dit que pour les accomplir il faut être « un vase à honneur ». « Si quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre » : cette préparation est opérée par l’action de la Parole en nous comme nous le montre 2 Timothée 3. 16 et 17 : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre ». Bonne œuvre a ici le même sens qu’en Éphésiens 2. 10 et en 2 Timothée 2. 21.

Que nous ayons tous à cœur de servir le Seigneur. Tout le monde ne sait pas faire des robes comme Dorcas mais tout le monde peut servir le Seigneur : Il donne « à chacun selon sa propre capacité » (Mat. 25. 15). Celui qui a reçu un ou deux ou cinq talents est responsable de les faire fructifier pour le Maître. Il donne à chacun son ouvrage » (Marc 13. 34). Il y a un jour où chacun devra rendre compte de la façon dont il aura fait valoir le talent qui lui a été confié ; même les conseils des cœurs seront révélés (1 Cor. 1. 5). Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ (2 Cor. 10) et « chacun recevra les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal » (v. 10). Un des grands dangers qui nous guettent aujourd’hui, c’est la conformité au monde religieux notamment dans nos activités plus ou moins spectaculaires. L’activité dans le secret a du prix pour le Seigneur. Il faut un exercice secret avec le Seigneur, une vraie communion avec Lui pour qu’Il nous montre les bonnes œuvres que nous avons à accomplir. Accomplissons-les pour la gloire du Seigneur.

A propos des bonnes œuvres, on peut peut-être citer deux passages. Tite 2. 13 et 14 : « notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres ». Jacques 1. 27 : « le service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père est celui-ci : de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, de se conserver pur du monde ».

En Tite 2. 14 où il est question des bonnes œuvres, il s’agit des actes visibles, louables, tandis qu’au ch. 3. 1 lorsqu’il est dit : « Rappelle-leur… d’être prêts à toute bonne œuvre », l’expression « bonne œuvre » a l’autre sens : sentiments qui découlent d’un cœur renouvelé et purifié. Tite 2. 14 nous montre que les bonnes œuvres sont le fruit de l’enseignement de la grâce. Le passage de Jacques et celui d’Actes 25. 19 sont très probablement les seuls dans l’Écriture où se trouve employé le mot « religieux », encore faut-il observer que dans les Actes, il est dans la bouche de Festus, tandis que dans Jacques, c’est une précieuse et importante exhortation de l’apôtre. La séparation est nécessaire (2 Tim. 2. 21) pour que nous soyons prêts à toute bonne œuvre.

Les sœurs pourraient peut-être penser qu’elles ont un rôle moins important et pourraient être parfois découragées. Il est remarquable que nous soit révélée dans plusieurs passages de la Parole l’appréciation du Seigneur concernant le service des sœurs : Dorcas, Phoebé, Marie, Persis (début de Romains 16). Le Seigneur est celui qui « connaît les œuvres » (Apoc. 2 et 3). Le Seigneur sait ce qui est fait pour Lui, et en particulier ce que les sœurs font dans le secret. Durant la vie du Seigneur il y a eu aussi des femmes qui ont fait de bonnes œuvres ; il y en avait qui l’assistaient de leurs biens (Luc 8. 3). Marie de Béthanie a fait une bonne œuvre envers le Seigneur (Mat. 26. 10 ; Marc 14. 6) en l’oignant avec ce parfum de grand prix. Elle n’a pas vu d’abord la charité dont on parle tant (et qui est bonne à sa place), mais la gloire du Seigneur qui passe avant tout le reste.

On peut dire sans doute que le service des sœurs est généralement plus précieux parce que c’est un service rempli dans le secret, dans la crainte de Dieu. Ne recherchons pas le service « spectaculaire » mais ce qui a du prix pour le cœur du Seigneur.

Dorcas, « tombée malade, mourut » (v. 37). Les veuves en pleurant, pouvaient rendre témoignage à ce qu’elle avait fait durant sa vie. Pierre met dehors tous ceux qui étaient dans la chambre haute (v. 39 et 40). En fait il y avait là une certaine sentimentalité manifestée par toutes ces personnes, mais aucune manifestation de puissance spirituelle. Parce que cette sentimentalité était un obstacle au déploiement de la puissance spirituelle, Pierre les met dehors. La sentimentalité aurait été une entrave à la puissance ; il en a été de même dans la scène où le Seigneur a ressuscité la fille de Jaïrus (Marc 5. 38 à 40). Encore aujourd’hui, la sentimentalité peut être un obstacle à la manifestation de la puissance.

L’incrédulité également, ainsi que nous pouvons le voir au ch. 6 de Marc au v. 2 : « plusieurs, l’ayant entendu étaient dans l’étonnement, disant : d’où viennent ces choses à celui-ci ? Et quelle est cette sagesse qui lui est donnée, et d’où vient que de tels miracles s’opèrent par ses mains ?… Et il ne put faire là aucun miracle, sinon qu’il imposa les mains à un petit nombre d’infirmes, et les guérit. Et il s’étonnait de leur incrédulité ». L’incrédulité du peuple limitait Sa puissance. Ici c’était en raison de manifestations sentimentales que la puissance spirituelle était entravée. Pierre est conscient que la puissance spirituelle se déploie dans la dépendance de Dieu et en réponse à la prière (v. 40). Ce n’était pas en pleurant et en rappelant ce que Dorcas avait fait, quelque sympathie qu’il puisse y avoir en cela, que la puissance spirituelle pouvait s’exercer. Il y a là un enseignement à dégager. Nous avons quelquefois des difficultés dans notre vie individuelle, dans nos maisons ou dans l’assemblée, et il y a, dans les difficultés d’assemblées en particulier, une certaine agitation que manifestent les uns ou les autres ; une telle agitation plus ou moins sentimentale ne réglera jamais les difficultés. Il faut prendre place aux pieds du Seigneur dans la prière, criant au Seigneur pour qu’Il manifeste Sa puissance en secours et en délivrance. Nous pouvons toujours, à l’exemple de Pierre, prendre place aux pieds du Seigneur, crier au Seigneur. Avec la même assurance qu’il avait quand il s’est adressé au paralytique, Pierre dit à Dorcas : « Lève-toi ». Ce n’était pas parce que la difficulté était plus grande (elle était morte) que la délivrance était plus difficile. La puissance divine est infinie : elle ne saurait être limitée par la gravité des difficultés dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Cela est bien de nature à fortifier notre foi et à nous encourager. En outre, un secours est apporté à Dorcas : « lui ayant donné la main, il la leva ». Dans les difficultés nous crions au Seigneur attendant Son secours et la délivrance. Il y a peut-être une aide spirituelle à apporter pour que la délivrance soit complète.

Pierre peut ensuite appeler ceux qu’il avait mis dehors pour leur montrer ce que la puissance de Dieu avait opéré (v. 41).

C’est sans doute le seul miracle accompli par les apôtres en faveur de croyants. L’apôtre Paul avait laissé Trophime malade à Milet, et bien qu’il ait pu guérir Timothée de ses fréquentes indispositions d’estomac, il ne l’a pas fait. L’apôtre Paul savait que la maladie est un moyen entre les mains de Dieu, qu’Il emploie pour nous former, pour nous éduquer. Il est frappant de voir que les apôtres n’ont pas employé leur puissance miraculeuse pour guérir des croyants, sauf Dorcas. Et si Dorcas a été ressuscitée, c’est pour que des âmes soient amenées à la connaissance de la vérité et au Seigneur : v. 42.

Dieu ne nous donne plus aucun moyen de cette sorte pour être guéris, mais seulement les remèdes et les médecins. Toutes les guérisons relevant de l’occultisme, s’il y en a, proviennent de Satan.

Il faut prendre garde, car les manifestations occultes sont revêtues de belles apparences. Nous avons besoin d’être très vigilants. Nous insistons là-dessus car il y a là un danger très réel pour les croyants. On ne le voit pas. Il est d’autant plus sérieux.

Il ne peut plus y avoir de guérisons miraculeuses selon Dieu par l’intermédiaire d’un homme. Nous savons que ces dons-là n’existent plus. Mais Dieu peut toujours guérir directement.

Il est bien certain que Dieu peut toujours faire des miracles. Bien de croyants en ont fait l’expérience. Mais cela, c’est tout autre chose.

Que Dieu nous garde dans la crainte, dans la simplicité quant au Christ, dans l’obéissance à la Parole. Que nous puissions retenir l’importance des enseignements qu’il nous a été donné de considérer concernant les assemblées et la responsabilité qui est la nôtre dans le service ! Que nous puissions discerner le service qui nous est départi et le remplir fidèlement pour notre propre joie et pour la gloire du Seigneur !

Ch. 10

Rappelons brièvement les différents sujets dont nous avons été occupés en méditant le ch. 9 : nous avons vu comment le Seigneur a arrêté Saul de Tarse sur le chemin de Damas, comment il lui a parlé par le moyen d’Ananias ; nous avons vu ensuite le début de son activité à Damas et à Jérusalem, l’hostilité des Juifs à son égard, hostilité déjà manifestée contre le Seigneur, contre Étienne, contre les apôtres d’une façon générale, et maintenant contre Saul de Tarse. Mais les frères prennent soin de lui : il est délivré à Damas, à Jérusalem puis amené à Tarse, sa ville natale. C’est là que plus tard (Act. 11. 25) Barnabas viendra le chercher pour l’amener à Antioche où il a exercé un précieux ministère pendant un an (Act. 11. 26).

À la fin du ch. 9 nous voyons Pierre réapparaître sur la scène. L’appel de Saul sur le chemin de Damas n’était pas une mise de côté de Pierre. Il y a un seul et même travail, il y a une seule et même œuvre, le travail de Dieu, l’œuvre de Dieu, Dieu se servant de divers instruments pour l’accomplir. Pierre apparaît donc à nouveau et déploie son activité dans deux circonstances : la guérison d’Énée le paralytique et la résurrection de Dorcas. À propos de Dorcas nous avons souligné l’importance de l’activité dans le secret et nous avons trouvé là une exhortation pour le service d’une façon générale. L’activité du serviteur doit être exercée dans la dépendance et la communion du Seigneur. Nous avons remarqué aussi que la sentimentalité eut été une entrave au déploiement de la puissance spirituelle. Pierre prend une position de dépendance et en réponse à sa prière, Dorcas revient à la vie. Des fruits sont produits à la suite de l’un et de l’autre miracle (v. 35 et 42).

Avec le ch. 10 c’est un sujet nouveau qui se présente à nous, bien que se rattachant à ce que nous avons vu dans les chapitres précédents. Il est remarquable de voir que le Seigneur est derrière la scène, dirigeant toutes les circonstances en vue de l’accomplissement de son propos. La pensée de Dieu était d’introduire dans l’Église et pour en faire partie des croyants d’entre les Gentils. Il ne devait plus y avoir de « mur mitoyen de clôture », représenté par la loi et les ordonnances (Éph. 2). Les croyants d’entre les nations devaient être amenés à participer à tous les privilèges qui découlent de l’œuvre du Seigneur et de la descente du Saint Esprit sur la terre.

Au ch. 2 des Actes v. 39 Pierre dit après avoir parlé du don du Saint Esprit au v. 38 : « car à tous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin », c’est-à-dire ceux d’entre les nations. L’apôtre Paul écrit aussi dans l’épître aux Éphésiens : « Et il est venu, et a annoncé la bonne nouvelle de la paix à vous qui étiez loin » (les nations), « et la bonne nouvelle de la paix à ceux qui étaient près » (les Juifs). Nous allons voir au ch. 10, que Pierre n’était pas très disposé à aller jusqu’au bout de la pensée qu’il avait exprimée (2. 39). Le Seigneur avait fait proclamer au peuple Juif par le moyen des apôtres le puissant témoignage du Saint Esprit, témoignage qui avait été rejeté. C’est alors que Saul de Tarse a été suscité. Mais avant qu’il ne révèle le mystère de l’Assemblée, il fallait que Pierre, qui en avait reçu le mandat (Mat. 16. 19), ouvrit les portes à ceux d’entre les nations, comme il les avait ouvertes aux Juifs au ch. 2.

On peut dire que la première partie de la mission que le Seigneur avait confiée à ces disciples était accomplie. Il leur avait dit au ch. 1 : « vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie », cela était accompli, « et jusqu’au bout de la terre » : c’est ce qui restait à accomplir. Il nous est dit que « ceux qui avaient été dispersés par la tribulation qui arriva à l’occasion d’Étienne passèrent jusqu’en Phénicie, et à Chypre, et à Antioche, n’annonçant la parole à personne, si ce n’est à des Juifs seulement. Mais quelques-uns d’entre eux étaient des Cypriotes et des Cyrénéens, qui, étant venus à Antioche, parlaient aussi aux Grecs, annonçant le Seigneur Jésus » (11. 19 et 20). Il y avait eu quelques personnes d’entre les nations qui avaient été converties, l’Esprit le souligne au chapitre 11 mais c’étaient là des cas isolés et par ailleurs, il fallait qu’il n’y ait aucun doute à cet égard : ceux d’entre les nations qui étaient sauvés, par grâce et par la foi en Christ et en son œuvre, n’avaient nul besoin de se soumettre aux ordonnances légales, comme les Juifs l’auraient voulu, pour faire partie de l’assemblée. Il fallait que d’une façon générale la porte fut ouverte aux Gentils.

– En Genèse 49. 22 est-ce qu’on peut penser qu’il s’agit des nations lorsqu’il est question des rameaux qui poussent par-dessus la muraille : « Joseph est une branche qui porte du fruit, une branche qui porte du fruit, près d’une fontaine ; ses rameaux poussent par-dessus la muraille » ?

– Sans doute, bien que dans ce verset il s’agisse directement de la bénédiction millénaire qui débordera Israël.

La culpabilité d’Israël ayant été démontrée, il était mis de côté comme peuple. Dans la pensée de Dieu il ne pouvait y avoir de différence entre Juifs et nations et il n’y avait effectivement aucune différence, soit quant à l’état de péché, de mort morale (Éph. 2. 1 à 3), soit quant aux privilèges que Dieu voulait leur accorder (Éph. 2. 11 à 22).

Est-ce que d’après le témoignage qui nous est donné de Corneille au début, on peut dire que c’est un homme né de nouveau ?

Il avait la vie de Dieu comme les croyants de l’Ancien Testament. Il avait conscience de son état de péché et il menait une vie qui témoignait de sa repentance et de sa piété réelle. Au sens de l’Écriture, il était « converti ».

Trois traits caractérisent essentiellement Corneille, traits à cause desquels certainement Dieu l’a choisi :

1. Sa piété, non seulement sa piété personnelle mais aussi sa piété dans sa maison.

2. L’honneur qu’il rendait au peuple de Dieu.

3. Son esprit de prière.

Voilà les trois grands caractères que manifestait Corneille. Tout cela découlait du fait qu’il avait le sentiment d’être un homme pécheur devant Dieu et voulait désormais Lui être agréable. Mais il n’avait pas la jouissance de son salut. Il y a une différence entre pleurer sur ses péchés, se repentir et jouir de son salut. Cela peut être illustré par un homme au fond d’une prison, qui a le sentiment de sa culpabilité, qui pleure sur son péché. Un tel homme ne connaît pas la délivrance, et il n’est effectivement pas délivré. Il y a une différence entre cet homme et quelqu’un qui est sorti de prison. Être repentant dans une prison est une chose ; en être délivré et jouir de la liberté, une chose bien différente.

Le témoignage de Corneille est remarquable : « pieux et craignant Dieu » est-il dit « avec toute sa maison ». Il est très important que la maison d’un croyant soit caractérisée par la piété. Il est nécessaire que nous en soyons bien pénétrés. Un de nos devanciers a écrit à peu près ceci : « Je ne peux pas me former une opinion juste d’un frère d’après ce que je vois et ce que j’entends de lui dans l’assemblée. Laissez-moi pénétrer dans sa maison. S’il n’y a pas de piété dans la maison, il n’y a pas d’autorité morale pour le service au dehors ».

Voilà un homme, Corneille, qui manifeste une piété réelle dans sa maison et qui à cet égard peut être un exemple pour nous. Il est important de voir que le Seigneur est attentif à de telles choses : Il savait ce qui se passait dans la maison de Corneille.

On peut rappeler ce que nous trouvons en 1 Timothée 3. 4 et 12 sur les caractères de l’ancien et du serviteur : « conduisant bien sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité. (Mais si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’assemblée de Dieu ?) » On voit souvent des frères qui veulent remplir un certain service ou une charge dans l’assemblée, alors que l’état de leur maison laisse à désirer ce qui explique, en bien des cas, la pauvreté et l’insuffisance de certains services.

v. 12 : « conduisant bien leurs enfants et leurs propres maisons » : on fait d’abord ses preuves chez soi avant de servir dans l’assemblée. Et en poursuivant ce courant de pensées, en 2 Corinthiens 8. 18 nous lisons que ceux qui avaient été désignés pour remplir un service dans les assemblées avaient été déjà estimés par leurs assemblées locales : « nous avons envoyé avec lui le frère dont la louange dans l’évangile est répandue dans toutes les assemblées ». C’est localement (dans la maison en premier lieu, dans l’assemblée locale ensuite) que la fidélité et la piété doivent être reconnues ; une sphère d’activité élargie pourra alors être accordée au serviteur selon le principe posé en 1 Timothée 3. 13.

Il y a sans doute bien des services dans l’assemblée qui ont été compromis en raison de défaillances dans la conduite des maisons. Il est important d’inculquer aux enfants dès leur jeune âge l’obéissance, la soumission, la crainte de Dieu et des parents. Si de tels principes ne sont pas maintenus dans la maison d’un frère son service dans l’assemblée sera compromis.

Une des gloires de la femme vertueuse c’est de tenir sa maison : « Elle surveille les voies de sa maison et ne mange pas le pain de paresse » (Prov. 31. 27).

Cela nous montre qu’il y a la responsabilité aussi bien de la mère que du père.

On peut penser également à l’exemple d’Éli le sacrificateur. Il a été mis de côté. Dieu dit : « Je me susciterai un sacrificateur fidèle » (1 Sam. 2. 35). Pourquoi Éli n’était-il plus un sacrificateur fidèle ? L’Éternel nous le déclare : « parce que ses fils se sont avilis et qu’il ne les a pas retenus » (1 Sam. 3. 13). Il jugeait le mal mais ne s’en séparait pas.

Ces deux domaines, la maison du croyant et la maison de Dieu sont étroitement liés. Si la maison est gouvernée selon la pensée de Dieu il y aura de la bénédiction dans l’assemblée de Dieu. Et inversement s’il y a du désordre dans l’assemblée, pour en trouver la véritable cause il faudrait faire le tour des maisons.

On trouve aussi le cas de Josué qui exhortait le peuple à craindre l’Éternel et qui à la fin dit : « Moi et ma maison nous servirons l’Éternel » (Jos. 24. 15).

Il est d’autant plus nécessaire d’insister sur ce point que l’esprit du siècle pénètre partout même dans les maisons des croyants et jusque dans l’assemblée. Or il est fait d’insoumission et de révolte. On n’accepte plus l’autorité. Qu’au milieu des ténèbres morales de ce monde il y ait de la lumière dans nos habitations (Ex. 10. 22 et 23) ! Pour cela il faut que la présence de Dieu y soit vraiment réalisée et goûtée.

On voit bien un David fuyant devant Absalom. David n’avait jamais chagriné son fils Adonija (1 Rois 1. 5 et 6). La conduite de David avec ses enfants est pleine d’instructions. Ce n’est pas à dix ou quinze ans qu’il faut commencer l’éducation d’un enfant mais dès les premiers pas. Un frère disait à un autre frère que c’est à partir de l’âge de trois ans qu’il avait commencé à s’occuper de son fils. Eh bien, vous avez perdu trois ans, lui répondit son interlocuteur.

Il y a le côté de la soumission des enfants mais aussi celui de la « démission » des parents. Si un père est « démissionnaire » dans sa famille il sera aussi « démissionnaire » dans l’assemblée.

Un frère ne peut avoir d’autorité morale dans l’assemblée s’il n’a pas d’autorité dans sa famille. En bien des cas, l’insoumission ne se manifeste que parce que ceux qui devraient exercer l’autorité sont défaillants. Quelle responsabilité pèse sur leurs épaules. Il y a aussi de nos jours une tendance qui se manifeste assez fréquemment dans l’éducation des enfants : on dit qu’il ne faut pas les contrarier, il ne faut pas qu’ils aient de « complexes ». Tout cela est en contradiction avec l’enseignement de l’Écriture. Les parents qui n’élèvent pas leurs enfants selon ce que nous prescrit la Parole en récolteront les fruits dans les larmes. « Élève le jeune garçon selon la règle de sa voie ; même lorsqu’il vieillira, il ne s’en détournera pas » (Prov. 22. 6). Il y a une règle à maintenir et la promesse de Dieu est là pour celui qui aura été fidèle.

Ajoutons encore un mot à ce sujet. Les parents doivent être un exemple vivant pour leurs enfants. C’est extrêmement important. Le livre du Deutéronome (ch. 4 et 6) montre bien qu’il y a une responsabilité personnelle à laquelle il faut faire face en tout premier lieu – voir le « prends garde à toi et garde soigneusement ton âme » de Deutéronome 4. 9, précédant ce qui est dit ensuite à propos de l’enseignement à donner aux fils. Les paroles de l’Éternel dont il est dit : « Tu les inculqueras à tes fils », ces paroles est-il écrit au verset précédent seront sur ton cœur » (Deut. 6. 6 et 7), c’est-à-dire à la source de la vie. S’il en était ainsi dans nos maisons il y aurait davantage de bénédiction dans l’assemblée.

Il nous est dit de Corneille qu’il priait Dieu continuellement. Dieu va se révéler à lui. Il a quelque chose à lui dire. Un ange lui apparaît à la neuvième heure du jour. Cette neuvième heure dont il est déjà question au ch. 3, c’était l’heure de la prière : « Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l’heure de la prière, qui est la neuvième » (Actes 3. 1). Nous savons bien que la neuvième heure est l’heure à laquelle a été achevée l’œuvre de l’expiation, l’heure à laquelle le Seigneur a dit : « C’est accompli ». Comme conséquence le croyant peut s’approcher de Dieu et l’invoquer par la prière.

Corneille observait cette neuvième heure et un ange de Dieu entre auprès de lui et lui dit : « Corneille ! Et, fixant les yeux sur lui et étant tout effrayé, il dit : Qu’est-ce, Seigneur ? » C’est un ange qui lui a ainsi parlé. Est-ce que cet ange va lui faire connaître les vérités dont il est question dans ce chapitre et que Pierre lui annoncera ? Non. L’ange apparaît seulement pour lui désigner l’homme qui va les lui révéler. Dieu a donné des dons aux hommes non aux anges : « étant monté en haut, il a amené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes ». Les anges sont « des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14) mais ils n’ont pas reçu de dons comme les croyants qui font partie de l’assemblée et que l’Esprit de Dieu emploie. Dieu « ne prend pas les anges, mais il prend la semence d’Abraham » (Héb. 2. 16) c’est-à-dire la famille de la foi.

Et l’ange lui dit : « Tes prières et tes aumônes sont montées pour mémorial devant Dieu ». Ce verset nous montre bien que Dieu était attentif à ce qui caractérisait Corneille, à sa vie de prière, à la tenue de sa maison, à son activité en faveur du peuple. Tout cela était monté devant Dieu, et Dieu ne l’oublie pas (Héb. 6. 10). Au v. 31 l’expression est un peu différente : « ta prière est exaucée, et tes aumônes ont été rappelées en mémoire devant Dieu ». Le bien que nous pouvons faire est rappelé en mémoire devant Dieu. Tout cela est un encouragement au service et à la prière.

Corneille n’avait pas la jouissance de son salut mais il était converti. Il avait fait le « demi-tour ». C’est en réponse à sa prière que Dieu lui envoie un ange.

« Et maintenant envoie des hommes à Joppé, et fais venir Simon qui est surnommé Pierre ; il est logé chez un certain Simon, corroyeur, qui a sa maison au bord de la mer ». Nous avons déjà remarqué des détails semblables, soit au ch. 8, soit au ch. 9 : des indications très précises sont données à Corneille par le moyen de l’ange de telle sorte qu’il peut agir sans aucune hésitation.

Corneille, quand il voit cet ange est « tout effrayé », tandis que Pierre en prison au ch. 12, quand il voit l’ange, ne l’est nullement. Peut-être pourrait-on dire que Corneille connaît encore cette crainte qui est « chassée » par l’amour parfait (1 Jean 4. 18). Encore que l’on puisse penser que, pour un homme, une manifestation visible d’un ange soit de nature, dans la plupart des cas, à provoquer quel qu’effroi.

– Est-ce qu’on peut penser qu’à notre époque, il n’y a plus de manifestations semblables à celles-ci, que Dieu se manifeste uniquement par son Esprit ?

– Qu’il puisse y avoir des manifestations angéliques (non visibles à nos yeux), je le crois. Il peut arriver que des croyants soient gardés, préservés de certains dangers par le moyen des anges mais ce sont pour eux « des esprits administrateurs », selon l’expression d’Hébreux 1. Nous avons d’autres moyens de connaître la pensée de Dieu : la Parole et l’Esprit de Dieu. Par sa Parole et son Esprit, Dieu peut nous faire connaître tout ce qu’il nous est utile de connaître.

Job 33. 15 nous dit que Dieu peut parler « dans un songe, dans une vision de nuit », mais il faut être extrêmement prudent dans ce genre de choses car on pourrait aller jusqu’à prendre ses rêveries pour la pensée de Dieu. Il y a beaucoup d’erreurs qui ont suivi de prétendues révélations.

On peut poser comme principe qu’il est impossible que Dieu fasse connaître par une vision une pensée en contradiction avec l’enseignement de l’Écriture. C’est là une pierre de touche.

Dans la Parole de Dieu il y a tout ce qu’il nous faut. C’est ce que nous trouvons en 1 Jean 2. 19 : « s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous ; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres. Et vous, vous avez l’onction de la part du Saint et vous connaissez toutes choses ».

C’étaient des personnes qui se trouvaient parmi les chrétiens mais qui n’en étaient effectivement pas et qui tout au contraire étaient animées de la pensée de l’antichrist, étant ainsi ses instruments.

Nous avons dans la Parole de Dieu, non pas toute la pensée de Dieu comme on l’a dit quelquefois mais tout ce que Dieu a trouvé bon de nous révéler, la révélation de Lui-même par Christ, le propos de son cœur, tout ce qui nous est utile pour la marche ici-bas. C’est un livre insondable. Comme l’un de nos devanciers l’a dit : Nous pouvons rendre grâces à Dieu de ce que jamais personne n’a pu sonder toute la Parole de Dieu. C’est un infini.

« Mais vous, soyez sur vos gardes ! voici je vous ai tout dit à l’avance » (Marc 13. 23). Il leur avait dit tout ce qu’ils avaient besoin de savoir.

Corneille est invité à envoyer des hommes à Joppé pour faire venir Pierre. La mission de l’ange étant remplie, le messager – ange signifie messager – se retire et Corneille appelle « deux de ses domestiques et un soldat pieux d’entre ceux qui se tenaient toujours auprès de lui ». Il pouvait y avoir, à cette époque-là, un serviteur ou un soldat participant à la vie de piété de la maison. Ce soldat pieux a été choisi par Corneille sans doute en raison de sa piété. Ces personnes ainsi choisies sont initiées à la révélation de l’ange et envoyées vers Pierre.

Nous voyons comment Dieu qui est caché derrière la scène, dispose toutes choses. Toutes les circonstances se sont déroulées de telle sorte que l’entrée des Gentils dans le royaume de Dieu soit imminente ; Corneille est choisi par Dieu et Pierre va ouvrir les portes du royaume aux Gentils. Toutes les circonstances sont ordonnées dans les moindres détails dans la maison de Corneille, dans la maison de Simon le corroyeur et dans le cœur de Pierre qui va être l’instrument principal de toute cette scène.

« Or le lendemain, comme ils marchaient et qu’ils approchaient de la ville, Pierre monta sur le toit pour prier, vers la sixième heure » : heureuse disposition pour recevoir les communications du Seigneur. Nous ne sommes pas assez caractérisés par cet esprit de prière et de dépendance. C’est pourquoi souvent nous sommes ignorants de la pensée du Seigneur.

Au v. 30 un détail est ajouté par rapport au récit du début du chapitre : « il y a quatre jours que j’étais en jeûne jusqu’à cette heure-ci » : Corneille était marqué non seulement par la prière mais aussi par le jeûne. Peut-être que Pierre aussi avait jeûné car il est dit qu’il « eut très faim ». Le jeûne et la prière vont ensemble dans les Écritures. C’est le secret pour recevoir et manifester la puissance du Seigneur : « Cette sorte ne peut sortir en aucune façon, si ce n’est par la prière et par le jeûne » (Marc 9. 29). Le jeûne met l’homme de côté et la prière fait appel à Dieu et à sa puissance.

Pierre est donc en prière. C’était vers la sixième heure. Dieu se sert de cette circonstance, « il eut très faim » (Mat. 4. 2), pour lui parler. Le Seigneur a eu très faim aussi : Il est resté quarante jours sans manger et « Il eut faim ». Cette circonstance a été alors employée par Dieu pour montrer la fidélité du second homme ; Il se sert de cette circonstance chez Pierre en vue d’un autre but.

« Comme on lui apprêtait à manger, il lui survint une extase. Et il voit le ciel ouvert, et un vase descendant comme une grande toile liée par les quatre coins et dévalée en terre, dans laquelle il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles de la terre, et les oiseaux du ciel. Et une voix lui fut adressée disant : Lève-toi, Pierre, tue et mange ». Le ch. 11 du Lévitique nous enseigne que tous les oiseaux sans aucune exception indiqués-là étaient impurs (on peut penser que la tourterelle ou le pigeon étaient des animaux purs (Lév. 1. 14), réservés semble-t-il pour les sacrifices à offrir à l’Éternel) et les reptiles aussi, à part quatre exceptions : la sauterelle, le solham, le khargol et le khagab. Les oiseaux du ciel sont généralement caractéristiques dans l’Écriture de l’impureté ; ils sont souvent, en figure, des instruments de Satan (Mat. 13. 4 et 19 ; Apoc. 18. 2, par exemple). Ils ravissent la bonne semence. Lorsqu’il est dit que Dieu nourrit les oiseaux du ciel (Mat. 6. 26) c’est pour montrer sans doute qu’il fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons ; et s’Il s’occupe de la plus petite créature, à plus forte raison, prendra-t-Il soin de ses bien-aimés enfants ! « D’entre les oiseaux, vous aurez ceux-ci en abomination ; on n’en mangera point, ce sera une chose abominable », suit toute une liste de ces animaux (v. 13 à 19). Au v. 20 il y a une autre catégorie de bêtes impures, les reptiles avec quatre exceptions.

Voilà des animaux impurs qui étaient présentés à Pierre et il lui était dit : « Tue et mange ». C’était une désobéissance formelle à la loi. Pierre ne pouvait faire une telle chose. « Et une voix lui fut adressée encore, pour la seconde fois, disant : ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur ». Cela nous montre que Dieu veut préparer et purifier pour le ciel des êtres impurs par nature, des créatures éloignées de Lui et qu’Il désire voir se tourner vers lui. C’était une figure des Gentils.

L’œuvre en vertu de laquelle un homme peut être purifié c’est l’œuvre de la croix. Si les nations sont sur le même pied que les Juifs sans aucune distinction (Éph. 2) c’est en vertu de l’œuvre de la croix (Éph. 2. 13 à 16). Nous savons que dans ce passage de l’épître aux Éphésiens l’œuvre de la croix nous est présentée sous trois côtés : le côté expiatoire (« le sang du Christ » v. 13), le côté de la satisfaction aux exigences de la loi de Dieu (v. 15) et le côté de la fin de l’homme dans la chair (v. 16). Maintenant, en vertu de cette œuvre parfaite, nous sommes approchés. La bonne nouvelle est annoncée à ceux qui étaient loin (les nations) et à ceux qui étaient près (les Juifs) et « par lui nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit ». Ni les uns ni les autres, ni les Juifs ni les nations ne connaissaient Dieu comme Père. La révélation de Dieu comme Père est caractéristique du christianisme.

On peut faire remarquer accessoirement à propos de Lévitique 11, surtout pour les enfants, que la définition des reptiles selon la parole n’est pas la même que celle que l’on donne à l’école. C’est une question de convention, une question de langage. De même quand il est question aux versets 6 et 7 du lièvre qui rumine, le mot rumination n’a pas le même sens pour l’écrivain inspiré que celui que nous lui donnons.

L’expression « des jambes avec lesquelles ils sautent sur la terre » a peut-être un sens spirituel : elle suggérerait la pensée de ceux qui veulent s’élever au-dessus des choses de la terre, vers le ciel. Et peut-être avons-nous dans ce détail l’indication du motif qui permettrait de considérer ces quatre catégories de reptiles comme n’étant pas des animaux impurs.

Dans notre passage les animaux impurs sont une figure des Gentils. Ils sont des objets de grâce et c’est par pure grâce que Dieu veut les amener aux mêmes privilèges que les croyants d’entre les Juifs. Les nations sont cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus (Éph. 3. 6). Il n’y a plus de différence.

Il est remarquable de voir dans ce chapitre comment Dieu dirige tout. Il a la haute main sur tout. Quand c’est Lui qui prépare tout, tout va bien.

On peut souligner que Corneille envoie trois hommes à Joppé et que la vision apparaît trois fois à Pierre.

Nous avons considéré au cours de notre dernière réunion le sixième discours de l’apôtre Pierre, dans le livre des Actes, celui qu’il adresse à Corneille et à ceux qui étaient réunis dans sa maison. Il prononce ce discours sous l’action puissante du Saint Esprit. On peut y voir en effet la réalisation de ce que le Seigneur avait annoncé aux disciples, avant de les quitter, relativement au Saint Esprit :

1) Il devait rappeler aux disciples les choses que le Seigneur leur avait dites et qu’ils avaient souvent mal comprises (Jean 14. 26) ;

2) Il devait les « conduire dans toute la vérité » (Jean 16. 13) ;

3) Il devait rendre témoignage à un Christ glorifié (Jean 16. 14) ;

4) Il devait enfin présenter des choses nouvelles, résultat de l’œuvre de Christ à la croix (Jean 14. 26 et 16. 13).

Or dans ce discours de l’apôtre Pierre, nous voyons ces quatre manifestations de la présence et de l’onction du Saint Esprit.

Des disciples ont pu rendre témoignage au fait que Christ est ressuscité (v. 40 et 41). Ce témoignage était très important, la résurrection étant une vérité fondamentale du christianisme.

Au v. 42 l’apôtre Pierre rappelle le service qui a été confié à ces témoins : « Il nous a commandé de prêcher au peuple, et d’attester que c’est Lui qui est établi de Dieu juge des vivants et des morts ».

Tandis que Pierre « prononçait ces mots » (Act. 10. 44 ; 11. 15) Dieu, qui lit dans les cœurs, savait parfaitement que la Parole avait atteint les cœurs et touché les consciences même si des œuvres n’avaient pas encore été manifestées pour en rendre un témoignage public. Il savait que la Parole avait été reçue ; il était donc inutile que Pierre poursuive. Dieu vient mettre son sceau sur ces âmes. Ce qui est scellé c’est la foi en Christ et en son œuvre pour la rémission des péchés. Le Saint Esprit « tombe » sur eux. Ce n’est pas un renouvellement du jour de la Pentecôte. Le Saint Esprit est descendu une seule fois comme Personne divine sur la terre. Les Samaritains et les Gentils ont été introduits ensuite dans les bénédictions découlant de la présence du Saint Esprit ici-bas. Le « souffle violent et impétueux » qui vint du ciel et qui « remplit toute la maison » est un fait unique qui a eu lieu le jour de la Pentecôte (Act. 2).

Dans les autres passages, concernant les Samaritains et les Gentils, il est dit que le Saint Esprit « tomba » : « Il n’était encore tombé sur aucun d’eux » (Act. 8. 16) et « l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la Parole » (Act. 10. 44). La foi en Christ et en son œuvre pour la rémission des péchés était donc scellée chez ces croyants. Jusque-là il y avait eu un travail de Dieu en eux mais ils ne savaient pas encore comment ils pouvaient être sauvés (Act. 11. 14). Maintenant ils avaient la jouissance de leur relation avec Dieu comme Père puisque c’est par le Saint Esprit que nous pouvons dire : « Abba, Père » (Rom. 8. 15).

Pierre accomplissait donc la mission qui lui avait été confiée par le Seigneur : introduire les Gentils dans le royaume de Dieu. Tout était désormais préparé pour l’exercice du ministère de l’apôtre Paul qui est le grand apôtre des nations et qui a reçu la révélation du « mystère caché dès les siècles en Dieu ».

Pierre va réaliser que le mur mitoyen de clôture est détruit, qu’il n’y a plus ni Juifs ni Gentils dans l’Église corps de Christ.

Pierre avait déjà entendu de la bouche du Seigneur des paroles qui annonçaient que ce mur mitoyen de clôture serait détruit, par exemple en Luc 13. 28 où le Seigneur s’adresse aux Juifs qui le rejetaient : « Là seront les pleurs et les grincements de dents, quand vous verrez Abraham et Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, mais vous, jetés dehors. Et il en viendra d’orient et d’occident, et du nord et du midi (c’est-à-dire du milieu des nations) ; et ils s’assiéront dans le royaume de Dieu. Et voici, il y a des derniers qui seront les premiers (les Gentils croyants) et il y a des premiers (les Juifs incrédules) qui seront les derniers ». Ce verset est un exemple mais il y en a d’autres qui montrent bien que le Seigneur avait annoncé ce grand fait que le mur mitoyen de clôture devait être détruit. Les disciples n’avaient pas compris la portée de ses paroles.

Les fidèles de la circoncision qui étaient venus avec Pierre étaient surpris (v. 45). C’était pour eux une chose véritablement extraordinaire à laquelle leurs esprits étaient peu préparés, que le don du Saint Esprit soit répandu aussi sur les nations. Pour Pierre il avait fallu la vision, l’intervention de l’ange et les directions du Saint Esprit pour qu’il consentît à aller chez Corneille.

Ayant reçu le Saint Esprit, il fallait quand même que ces croyants fussent baptisés d’eau. En principe le baptême d’eau précède la réception du Saint Esprit. Le baptême introduit dans la maison de Dieu, il ne sauve pas. Quand une âme est sauvée, Dieu la scelle de son Esprit et elle fait partie du corps qui est présentement un domaine, plus restreint que la maison. Dieu a fait pour les Gentils ce qu’Il n’avait pas fait pour les Juifs, Il procède dans un ordre inverse, précisément parce qu’Il savait les difficultés qu’auraient les croyants Juifs à accepter que les croyants d’entre les Gentils aient les mêmes privilèges qu’eux. « Alors Pierre répondit : Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, afin que ceux-ci ne soient pas baptisés, eux qui ont reçu l’Esprit Saint comme nous-mêmes ? » (v. 47) Pierre n’use pas de son autorité apostolique mais il place la chose sur la conscience des frères. Pierre ne baptise pas lui-même la maison de Corneille. « Et il commanda qu’ils fussent baptisés au nom du Seigneur » (v. 48). Corneille, ses parents et ses amis ont été baptisés très probablement par des croyants Juifs qui accompagnaient Pierre. Il n’y a pas dans l’Église, la maison de Dieu, un corps de croyants quelconque chargé d’administrer le baptême.

– Un père pourrait baptiser ses enfants ?

– Oui.

– Pourquoi est-il dit ici « au nom du Seigneur » et ailleurs pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ?

– En Matthieu 28. 19 il est dit : « Pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Le baptême est administré pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit parce que le baptême introduit dans la chrétienté sur la terre (l’évangile selon Matthieu nous présente de façon particulière la chrétienté comme une économie nouvelle remplaçant l’économie juive) et ce qui la caractérise c’est que Dieu y est connu comme Père, Fils et Saint Esprit. Ici il est dit « au nom du Seigneur » peut-être y a-t-il une raison particulière ; peut-être est-ce pour insister sur l’autorité du Seigneur « Chef du corps, de l’assemblée » (Col. 1. 18). Pierre a dit dans son discours : « Lui est Seigneur de tous ».

Nous avons bien l’expression : « il commanda » (v. 48) qui pourrait laisser supposer qu’il y aurait ici un acte de l’autorité apostolique mais elle vient seulement après la question du v. 47. Pierre a placé la question devant la conscience des frères et ne notant pas d’opposition « il commanda qu’ils fussent baptisés au nom du Seigneur ».

Ce don du Saint Esprit n’est pas à comparer avec ce qui s’est passé en Actes 2 mais n’est pas non plus exactement semblable avec ce qui a lieu pour une personne qui actuellement est sauvée et scellée du Saint Esprit. Ne pourrait-on pas rappeler ce passage de Hébreux 2. 3 : « un si grand salut, qui, ayant commencé par être annoncé par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’avaient entendu, Dieu rendant témoignage avec eux par des signes et des prodiges, et par divers miracles et distributions de l’Esprit Saint, selon sa propre volonté ».

– Est-ce qu’en Actes 10 nous avons une distribution de l’Esprit Saint plutôt que le sceau ?

– Nous avons tout à la fois le sceau du Saint Esprit, la foi de ces croyants scellée par le fait que le Saint Esprit est tombé sur eux, et une manifestation visible qui correspond aux distributions de l’Esprit Saint dont il est question en Hébreux 2, signes visibles qui accréditaient la Parole. C’est ce que nous avons en Marc 16. 17 : « Et ce sont ici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils prendront des serpents ; et quand ils auront bu quelque chose de mortel, cela ne leur nuira point ; ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci se porteront bien ». Voilà différentes « distributions de l’Esprit Saint ».

Dans le cas de Corneille et de sa maison nous avons le fait que Dieu envoie le Saint Esprit pour sceller la foi de ces croyants, ce qui est confirmé par des manifestations visibles aux yeux de tous : il fallait en effet que, vis à vis de Pierre et de ceux qui l’accompagnaient, ces manifestations visibles attestent que ces croyants avaient bien reçu le Saint Esprit. Aujourd’hui ces « dons-signes » ont cessé, c’est la Parole elle-même (et la prédication qui en est faite doit être conforme à l’Écriture pour que celui qui la présente puisse être reçu comme serviteur du Seigneur) qui accrédite le croyant, l’ouvrier du Seigneur. Aujourd’hui, le fait que le croyant est scellé du Saint Esprit se manifeste lorsqu’il en est « rempli » par ce qui nous est dit en Éphésiens 5. 19 à 21 : « vous entretenant par des psaumes… et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre cœur au Seigneur ; rendant toujours grâces pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, à Dieu le Père ; étant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ ». Voilà des manifestations spirituelles de l’Esprit de Dieu.

Il peut y avoir des « manifestations spirituelles » qui ne viennent pas de Dieu ; elles viennent alors de l’adversaire (1 Cor. 12. 1 à 3). C’est pourquoi en 1 Corinthiens 12 il est question du don de « discernements d’esprits ». Nous devons demander à Dieu qu’Il suscite davantage de ces dons. L’Ennemi se déguise en « ange de lumière » et ses envoyés en « ministres de justice » (2 Cor. 11. 14 et 15). L’Ennemi sait contrefaire l’œuvre de Dieu et tromper les âmes. Et des âmes se laissent parfois entraîner…

En face de signes, de prodiges et de miracles, il n’y a plus besoin actuellement de dons de « discernements d’esprits » puisque nous savons qu’ils sont tous d’origine satanique.

Nous le savons bien, mais tous les chrétiens le savent-ils ? Tous les chrétiens ont la Parole, le Saint Esprit, ce n’est pas pour autant que les dons des docteurs, pasteurs, prophètes ne sont plus nécessaires. Dans le cas de miracles, de signes et de prodiges, celui qui a un don de « discernements d’esprits » discerne immédiatement qu’il s’agit de l’activité de Satan. Il établit, sans doute possible, l’origine de telles manifestations et met en garde les saints qui n’ont pas le même discernement contre de telles activités.

« Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas la doctrine du Christ » ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses mauvaises œuvres » (2 Jean 10).

Il ne faut même pas engager de conversation avec de telles personnes. Dieu nous dit de ne pas les recevoir, de leur fermer la porte et Il est plus sage que nous.

On peut peut-être rappeler 1 Jean 4. 1 à 3 : « Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde. Par ceci vous connaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu, et tout esprit qui ne confesse pas Jésus Christ venu en chair n’est pas de Dieu ; et ceci est l’esprit de l’antichrist, duquel vous avez ouï dire qu’il vient, et déjà maintenant il est dans le monde ».

Et le chapitre se termine par ces mots : « Alors ils le prièrent de demeurer là quelques jours ». Nous le comprenons. Pierre demeura avec eux quelques jours sans doute pour les instruire, pour les affermir dans la connaissance de la vérité.

Ch. 11

Et puis Pierre quitte Césarée et revient à Jérusalem. Les apôtres qui étaient à Jérusalem et les frères qui étaient en Judée apprennent « que les nations aussi avaient reçu la Parole de Dieu ». Les Juifs, attachés au principe de la loi ne pouvaient pas accepter que l’un d’eux entrât chez quelqu’un des nations et y mangeât ; Pierre est donc vivement pris à parti par ceux de la circoncision (v. 2 et 3). Pierre ne répond pas sur le même ton. « Une réponse douce détourne la fureur » (Prov. 15. 1). La réponse douce de Pierre va apaiser la colère de ceux de la circoncision. Son exposé est fait « par ordre ». Il est toujours bon, quand une difficulté survient, de présenter les choses « par ordre », sans rien laisser dans l’ombre. Et Pierre va retracer le récit des circonstances rapportées au chapitre 10. Il avait la conscience en paix et pouvait raconter tout ce qu’il avait fait dans la maison de Corneille.

v. 14 : « Pierre, qui te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison » : ce détail est ajouté par rapport au récit du ch. 10. Il indique le but express pour lequel l’apôtre Pierre avait été envoyé chez Corneille.

v. 16 : « Et je me souvins de la parole du Seigneur, comment il a dit : Jean a baptisé avec de l’eau, mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint ». Il arrive que des paroles lues ou entendues ne soient pas toujours comprises sur le moment ; un certain temps après la compréhension nous en est donnée. À quel moment le Seigneur leur avait-Il dit cela ? Nous le lisons au début du livre des Actes : « car Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint dans peu de jours » (Act. 1. 5). Pierre n’avait pas saisi à ce moment-là que le baptême de l’Esprit Saint serait non seulement pour les Juifs mais aussi pour les Gentils. Dieu avait fait ce don du Saint Esprit le jour de la Pentecôte, Il l’avait fait en faveur de ceux qui croient. Ont part à ce grand privilège du Saint Esprit descendu sur la terre, les croyants, tous ceux qui ont cru qu’ils soient Juifs ou Gentils. Le sceau du Saint Esprit ne peut être mis que sur le croyant. C’est le v. 17 qui nous montre bien que le don a été fait à ceux qui ont « cru au Seigneur Jésus Christ ». Pierre ne dit pas : «  … le même don qu’à nous Juifs… ».

v. 17 : « Qui étais-je moi, pour pouvoir l’interdire à Dieu ? » : est-ce que j’avais quelque autorité pour empêcher ce que Dieu faisait ? Pierre montre que c’était l’accomplissement du conseil de Dieu.

Il n’y a plus d’indignation maintenant chez ceux de la circoncision. Ils sont convaincus parce qu’ils ont entendu. « Ils se turent », ils n’ont aucune objection à présenter, « ils… glorifièrent Dieu disant : Dieu a donc en effet donné aux nations la repentance pour la vie ! »

Voilà donc un homme, Corneille, qui a été amené à la connaissance du salut ainsi que ses parents et ses intimes amis. C’est là le point de départ de la formation d’une assemblée. Il est question de Césarée dans beaucoup de passages du livre des Actes. Au ch. 8 au v. 40 nous lisons : « Il (Philippe) évangélisa toutes les villes jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée ». C’est le premier travail de l’Esprit de Dieu à Césarée par son moyen. Au ch. 9. 30 il est écrit : « Et les frères, l’ayant su… menèrent Paul à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse ». Paul n’est pas resté très longtemps à Césarée ; vraisemblablement il n’y a pas exercé de ministère à ce moment-là. Nous verrons plus loin, au ch. 18. 21 que l’apôtre répond aux croyants d’Éphèse : « je reviendrai vers vous, si Dieu le veut. Et il partit d’Éphèse par mer. Et ayant abordé à Césarée, il monta et salua l’assemblée ». Il y avait donc à ce moment-là une assemblée à Césarée. Nous pouvons bien penser que le point de départ de cette assemblée a été l’exercice du ministère de Pierre chez Corneille après celui de Philippe (8. 40). Au ch. 21. 16 il est encore question de Césarée : « quelques-uns aussi des disciples de Césarée vinrent avec nous » et aussi au ch. 23. 23 : « préparez deux cents soldats pour aller à Césarée », puis au v. 33 : « Et ceux-là étant arrivés à Césarée, remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent aussi Paul ». Au ch. 24. 23 nous lisons que Félix ordonna « au centurion que Paul fût gardé, et qu’il eût quelque liberté, et qu’on n’empêchât aucun des siens de le servir ». Il était à Césarée à ce moment-là. Il y est resté deux ans lors de sa première captivité qui a duré quatre ans (il passa les deux autres années à Rome d’où il écrivit l’épître aux Philippiens). On peut penser que durant ces deux ans il a pu exercer un ministère à Césarée et un ministère utile pour cette assemblée, puisque « quelque liberté » lui était laissée.

Mais Césarée n’est pas la première assemblée des nations citée dans la parole. La première est Antioche dont il est parlé dans les versets qui suivent, Antioche de Syrie car il y a aussi Antioche de Pisidie (Act. 13. 14 ; 14. 21). Il est question d’Antioche plusieurs fois dans le livre des Actes et l’histoire de l’assemblée d’Antioche est extrêmement intéressante. Nous voyons ici par quel moyen elle a été constituée, non par le ministère d’un apôtre mais par celui de simples croyants : « ceux qui avaient été dispersés par la tribulation qui arriva à l’occasion d’Étienne ». C’est ce que nous avons vu au début du ch. 8 : « Or en ce temps-là, il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem ; et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres » (v. 1) et au v. 4 : « ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, annonçant la parole ». L’un d’eux était Philippe. Ici, nous avons des croyants qui avaient été chassés de Jérusalem et qui annoncent la Parole. Voilà comment l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe. L’Ennemi avait porté tous ses efforts contre cette assemblée de Jérusalem, au ch. 5 avec l’affaire d’Ananias et de Sapphira, au ch. 6 avec les murmures qui se sont élevés dans l’assemblée et au ch. 8 avec les persécutions. L’Ennemi cherche à détruire l’assemblée. Il n’a pas changé.

Aujourd’hui encore il cherche à détruire le témoignage ou au moins à lui nuire, à l’affaiblir. Combien nous avons à veiller en raison des ruses de l’Ennemi !

v. 19 : « Ceux donc qui avaient été dispersés… passèrent jusqu’en Phénicie, et à Chypre, et à Antioche » : étant partis au nord de la Judée, ils avaient remonté la Phénicie, étroite bande de terre très riche où se trouvaient les villes de Tyr et de Sidon dont il est souvent question dans la Parole. Certains étaient partis dans l’île de Chypre et d’autres à Antioche qui était la capitale de la Syrie. Antioche était une ville prospère, opulente, une des villes les plus riches du monde, dit-on. C’est là que viennent ces croyants. De quoi vont-ils parler à Antioche ? Ils vont annoncer la parole, ils vont prêcher Christ mais à des Juifs seulement. Ils n’avaient pas connaissance de ce qui nous est rapporté au ch. 10, ils se bornaient donc à annoncer la parole aux Juifs.

Il est ajouté (v. 20) « quelques-uns d’entre eux étaient des Cypriotes et des Cyrénéens qui, étant venus à Antioche, parlaient aussi aux Grecs, annonçant le Seigneur Jésus » : ceux-là débordaient les limites d’Israël, ils parlaient aux Grecs. Il y avait un certain intérêt parmi les Grecs puisque nous lisons dans l’évangile de Jean ch. 12. 20 : « Or il y avait quelques Grecs, d’entre ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête. Ceux-ci donc vinrent à Philippe qui était de Bethsaïda de Galilée, et ils le priaient, disant : Seigneur, nous désirons voir Jésus ». Il semble que Dieu ait répondu à ce désir d’abord parce que le Seigneur s’est adressé à eux et ensuite parce que l’évangile a pu être présenté à des Grecs.

Les croyants venus à Antioche annonçaient « le Seigneur Jésus » (v. 20). Ils présentaient une Personne. C’était le même message que présentait Philippe : « et Philippe… leur prêcha le Christ » (Act. 8. 5), « Philippe… annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ » (v. 12), et pour l’eunuque de Candace il est écrit : « et Philippe… lui annonça Jésus » (v. 35). On voit donc que c’était Jésus qui remplissait le cœur de Philippe et des croyants de Jérusalem qui avaient été chassés par la persécution. Aussi c’était Jésus qu’ils prêchaient.

v. 21 : « Et la main du Seigneur était avec eux ; et un grand nombre, ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur ». Le Seigneur les encourage dans cette activité et sa puissance se manifeste. Si quelqu’un désire être fidèle et présente Christ, il aura le soutien du Seigneur dans son service. On ne peut remplir de service pour le Seigneur si la main du Seigneur n’est là, si la puissance du Seigneur ne se déploie : « Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent y travaillent en vain ; si l’Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain » (Ps. 127. 1). Tous les efforts que nous pourrons déployer seront vains s’il n’y a la puissance du Seigneur qui se déploie. C’est sa puissance seule qui peut permettre que des fruits soient manifestés.

Nous allons voir que des fruits ont été produits dans cette assemblée d’Antioche : « un grand nombre, ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur ». Nous avons déjà remarqué des expressions de ce genre (« un grand nombre ») au ch. 5 après que le mal a été jugé dans l’assemblée, au v. 14 : « et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes » ; au ch. 6, après que la question des murmures a été réglée, il nous est dit : « et le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi ».

Au début du livre il nous est parlé de trois mille âmes, ensuite de cinq mille âmes, ici d’un « grand nombre », plus loin d’une « grande foule » (v. 21 et 24). Les âmes amenées au Seigneur étaient extrêmement nombreuses. Nous disons parfois « une grande foule » avec exagération mais le Saint Esprit n’exagère pas, il est à peine besoin de le dire. Il y avait réellement beaucoup de croyants ajoutés à l’assemblée. Comme nous l’avons remarqué précédemment les apôtres étaient restés à Jérusalem ; les croyants avaient été chassés de Jérusalem sauf les apôtres (Act. 8. 1). Les apôtres n’ont pas suivi l’injonction du Seigneur qui leur avait dit « vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (Act. 1. 8). Ils ont perdu le bénéfice de l’activité et des fruits remarquables qui en résultèrent. Si, alors que le Seigneur nous confie un service nous restons en arrière, Il confiera ce travail à d’autres. Quelle perte nous ferons alors ! Le Seigneur s’est servi de simples croyants pour amener une grande foule à la connaissance de la vérité. Quel encouragement pour nous !

Que vont faire ces foules qui ont entendu parler du Seigneur Jésus ? Vont-elles s’attacher aux évangélistes ? « Ils se tournèrent vers le Seigneur ». C’est dire quelle évangélisation remarquable a été celle de ces croyants persécutés. « Ils se tournèrent » : cette expression nous parle de la conversion. C’est le « demi-tour » dont on parle quelquefois. Ils servaient peut-être les idoles comme les Thessaloniciens. Ils abandonnent leur passé, leurs idoles et se tournent vers Jésus (1 Thess. 1. 9 et 10).

La première partie de ce ch. 11, que nous avons considérée, nous parle du retour à Jérusalem de Pierre et des frères qui étaient avec lui. Une certaine opposition se manifestant de la part des frères de Jérusalem, Pierre expose « par ordre » les choses qui s’étaient déroulées à Césarée et dont le détail remplit le ch. 10. Les auditeurs de Pierre sont convaincus : « Et ayant ouï ces choses, ils se turent, et glorifièrent Dieu disant : Dieu a donc en effet donné aux nations la repentance pour la vie ! » (v. 18) Ils sont maintenant pleinement persuadés que la pensée de Dieu était d’amener les nations à goûter les mêmes privilèges que les Juifs, sur le principe de la foi en Christ et en son œuvre accomplie à la croix.

C’est bien une nouvelle économie qui commence ; comme l’apôtre Paul l’écrira plus tard aux croyants d’Éphèse, les nations devenaient « cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus » (Éph. 3. 6). Nous allons donc voir la formation et les débuts de la première assemblée chrétienne parmi les nations. Il est assez frappant que ce récit nous soit présenté aussitôt après le ch. 10. Jérusalem était une assemblée formée de Juifs, ceux qui avaient entendu la parole du Seigneur, ou qui avaient écouté et reçu les paroles que l’apôtre Pierre avait fait entendre ensuite. Cette première assemblée a eu à son début des jours particulièrement heureux, mais nous avons vu de quels assauts elle a ensuite été l’objet.

À la suite des persécutions dont il est parlé au début du ch. 8, des croyants de l’assemblée à Jérusalem ont été dispersés et parmi eux certains ont été à l’origine de la formation de l’assemblée d’Antioche. Cette assemblée n’a pas été formée par un « ministre », ou par des apôtres ; ce sont de simples croyants qui ont été à l’origine de sa formation, des croyants qui semble-t-il n’avaient pas de don particulier pour l’évangélisation. Mais ils prêchaient la Parole. Au début ils ne l’annonçaient qu’à des Juifs (v. 19), ne sachant pas que « Dieu avait donné aux nations la repentance pour la vie ». Mais il est ajouté : « quelques-uns d’entre eux étaient des Cypriotes et des Cyrénéens qui étant venus à Antioche, parlaient aussi aux Grecs, annonçant le Seigneur Jésus » (v. 20). Ils leur présentent le Seigneur Jésus. Ces premiers témoins ont tous présenté une personne, la personne du Seigneur Jésus, Ils prêchent Christ. C’est là le véritable évangile : Dieu venu ici-bas dans la personne de son Fils, qui au terme de sa vie parfaite, a pris notre place sur la croix pour subir le jugement que nous méritions, le Seigneur fortifiait ses témoins ; ils accomplissaient leur service avec son aide, faisant l’expérience de son secours et de sa puissance dans l’œuvre qu’ils accomplissaient.

Antioche se trouvait à une bonne distance de Jérusalem et pourtant le bruit de ce qui s’était passé vint assez vite aux oreilles des frères de Jérusalem, bien que les moyens de communication ne fussent pas ce qu’ils sont aujourd’hui. L’assemblée à Jérusalem était préparée à accepter qu’une assemblée fût formée parmi les nations : le discours de Pierre avait ouvert le chemin pour cela (v. 22). Nous voyons comment le Seigneur a préparé toutes les circonstances et tout disposé dans les moindres détails pour que le ministère de l’apôtre Paul pût commencer, pour révéler « le mystère caché dès les siècles en Dieu » (v. 25 et 26). L’apôtre Paul va commencer son œuvre ici, à Antioche. Il était bien selon la pensée de Dieu que le ministère de Paul commençât à Antioche et non à Jérusalem. Il fallait qu’il commençât son service sans être plus ou moins sous l’influence des apôtres de Jérusalem (Gal. 1. 1 et 12) ; il le commence donc à Antioche. L’apôtre Paul a fait quatre voyages ; le point de départ de trois d’entre eux fut Antioche (13. 4 ; 15. 40 ; 18. 23). Le quatrième présente un caractère particulier et l’a amené de Césarée à Rome.

– Lorsqu’il est dit : « n’annonçant la parole à personne, si ce n’est à des Juifs seulement » s’agit-il de la parole écrite ou de la parole transmise oralement ?

– À ce moment-là il n’y avait que les écrits de l’Ancien Testament : les écrits du Nouveau Testament n’ont été donnés que plus tard. On peut donc penser que c’était un ministère oral, s’appuyant sans doute pour une partie sur les écrits de l’Ancien Testament. Il est difficile de savoir à quel moment ont été donnés les premiers écrits du Nouveau Testament. Certains disent que l’évangile selon Matthieu qui est l’un des premiers – sinon le premier – écrit du Nouveau Testament a été écrit en 38, d’autres auteurs le contestent. Il semble plutôt qu’il ait été écrit vers 50. Or les faits rapportés ici se sont passés aux environs de l’année 40. La transmission orale est confirmée par Luc 1. 2.

On peut mettre l’accent sur la bonne mémoire de ces croyants qui amenaient des âmes dans l’assemblée en n’ayant que leurs souvenirs.

Ils avaient retenu la Parole, non seulement dans leur mémoire, mais aussi dans leur cœur, ils l’avaient retenue selon l’expression de Luc 8 dans « un cœur honnête et bon ». De l’abondance du cœur la bouche parle (Luc 6. 45). Ils avaient bien saisi les vérités de la Parole. Nous pouvons nous demander si nous les avons aussi bien saisies ! Pénètrent-elles nos cœurs, nos âmes sont-elles affermies ? Il faut être soi-même affermi pour pouvoir affermir les autres. On ne peut pas convaincre si l’on n’est soi-même convaincu.

Au ch. 17. 2 on lit : « Paul entra vers eux, et, pendant trois sabbats, il discourut avec eux d’après les Écritures » et au v. 11 à propos des croyants de Bérée : « ils reçurent la Parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les écritures pour voir si les choses étaient ainsi ».

– Il s’agit sans doute de la loi et des prophètes.

– Certainement. Au ch. 13. 15 nous lisons : « Et après la lecture de la loi et des prophètes, les chefs de la synagogue leur envoyèrent dire : hommes frères, si vous avez quelque parole d’exhortation pour le peuple, parlez ».

Voilà donc une nouvelle qui parvient aux oreilles de l’assemblée à Jérusalem. Il y a un travail de Dieu qui se produit à Antioche ; la question se pose alors : Est-ce que ces personnes ont bien compris la vérité ? Se réunissent-elles sur le seul vrai terrain du rassemblement ?

Voilà un passage qui nous montre qu’une assemblée peut très bien envoyer un ou plusieurs frères dans telle ou telle localité ; soit lorsqu’il est question de personnes qui se rassemblent, pour savoir si on peut établir la communion avec elles, soit si des troubles surviennent pour connaître la situation exacte et savoir si la communion déjà établie peut être maintenue. Le principe de l’envoi d’un frère ou, ce qui est mieux, de plusieurs, dans une autre assemblée est tout à fait scripturaire. Cela découle du principe du rassemblement sur le terrain de l’unité du corps.

Les vérités qu’a révélées l’apôtre Paul n’étaient pas encore connues mais l’assemblée à Jérusalem a conscience de la chose. Les frères de cette assemblée envoient donc Barnabas à Antioche. Le choix de Barnabas était judicieux et opportun. Il est parlé d’abord de Barnabas à la fin du ch. 4. Il s’appelait Joseph et fût appelé Barnabas qui signifie « fils de consolation » ou « fils de prophétie ». C’était un prophète. En Actes 13 lorsqu’il est parlé des prophètes qui étaient dans l’assemblée à Antioche il est nommé en premier (v. 1). Il semble que son ministère prophétique portait davantage sur la consolation, l’encouragement (ce qui l’avait fait appeler Fils de consolation) que sur l’édification pour laquelle il ira chercher Saul. Au ch. 9 c’est lui qui présente Saul à l’assemblée à Jérusalem (v. 27). Puis il est question de lui dans le passage que nous considérons (v. 30). Au ch. 15, lorsqu’une difficulté se produit à Antioche, il est envoyé avec Paul à Jérusalem. Ce service si bien commencé se trouve entravé par les faits rapportés à la fin du ch. 15. Barnabas aurait voulu emmener son neveu Jean, appelé Marc (15. 27). Ce n’était pas la pensée de Paul et Paul avait la pensée du Seigneur. Il y eut alors de l’irritation entre Paul et Barnabas. Barnabas part de son côté, Paul du sien après avoir été recommandé à la grâce du Seigneur par les frères, ce qui n’est pas dit à propos de Barnabas (v. 38 à 40). Il est attristant de voir que le service d’un Barnabas, si heureusement commencé, se soit trouvé arrêté par des considérations purement sentimentales. Après cet incident du ch. 15 il ne nous est plus parlé de Barnabas. Cela nous montre combien nous avons à veiller. Ce sont des exemples que Dieu nous donne dans sa Parole pour nous rendre attentifs. On voit par-là combien il est sérieux de faire passer ses propres sentiments avant la pensée du Seigneur.

v. 23 : Dans l’attitude de Barnabas à Antioche, trois points arrêtent notre attention :

1. Il voit la grâce de Dieu.

2. Il se réjouit.

3. Il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur (v. 25).

Le travail de l’homme attriste toujours tandis que le déploiement de la grâce de Dieu ne peut que réjouir le cœur. Barnabas est plein de joie quand il voit comment la grâce de Dieu a opéré. Ce ne sont pas les croyants qui ont prêché la Parole qui sont mis en relief, c’est la grâce de Dieu. Quand un croyant accomplit fidèlement un service, les résultats sont toujours la manifestation de la grâce de Dieu. Cette pensée doit nous tenir dans l’humilité et nous devons nous garder de nous glorifier de quoi que ce soit. Les fruits sont ceux de l’opération de la grâce divine dans les cœurs.

– Est-ce qu’il n’y a pas la pensée dans ce v. 23 que le frère qui est envoyé dans une assemblée doit s’enquérir de l’état de l’assemblée avant de parler ?

– Sans doute il est parfois bon de connaître l’état d’une assemblée cependant sans trop entrer dans les détails. S’il connaissait trop les détails de la vie de l’assemblée cela pourrait empêcher le serviteur de dire les choses qu’il pourrait avoir à dire ; il risquerait d’être arrêté par la pensée suivante : si je dis cela, un tel va croire que je le vise spécialement. Si c’est un frère dépendant il dira la parole à propos qui agira dans les cœurs et les consciences et il aura toute liberté pour le faire s’il ignore le détail des circonstances.

Cela dit, il est toujours bon qu’un frère qui se rend dans une assemblée et y fait des visites soit accompagné par un ou deux frères de l’assemblée locale qui ont, eux, la responsabilité de l’administration de l’assemblée. Il serait bien regrettable qu’un frère remplissant un ministère pastoral se rende dans une assemblée faire des visites sans avoir la communion des frères de l’assemblée locale, et sans être accompagné par un ou deux d’entre eux qui sont ainsi au courant de tout ce qui peut être dit de part et d’autre. Si ces entretiens devaient avoir quelque répercussion dans la vie de l’assemblée, il ne faut pas oublier que ce sont les frères de l’assemblée locale qui ont la responsabilité de son administration.

De jeunes croyants ont besoin d’une façon particulière d’être exhortés. Le début d’une vie chrétienne marquera toujours l’ensemble de cette vie. Il faut donc veiller spécialement sur les premiers pas du chemin. Il est bon de bien commencer et, est-il besoin de l’ajouter ? il est important aussi de bien continuer et de bien finir. Ce sont les orientations du cœur qui marqueront le commencement de la carrière chrétienne. C’est le cœur qui est à la source de tout. Le cœur doit être rempli de Christ, si nous voulons que notre marche, que notre témoignage, que notre service soient à la gloire du Seigneur.

Veillons sur l’état de notre cœur ! Jeunes croyants, dès le début de la vie chrétienne, il faut veiller sur l’état de votre cœur. Les exhortations surabondent dans l’Écriture à ce sujet : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » ou les résultats de la vie (Prov. 4. 23). Les résultats de la vie nous pouvons les voir déjà ici-bas dans une certaine mesure. Ils seront manifestés, avec les mobiles des actions, pour les incrédules devant le grand trône blanc. C’est ce que nous voyons en Romains 2. 16 : « Dieu jugera par Jésus Christ les secrets des hommes, selon mon évangile ». Ils seront manifestés, pour les croyants, devant le tribunal de Christ : « il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait soit bien, soit mal » (2 Cor. 5. 10) et en 1 Corinthiens 4. 5 : « le Seigneur… manifestera les conseils des cœurs ; et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu ». Nous comprenons donc la portée de l’exhortation de Barnabas. L’exhortation à veiller s’adresse à nous tous.

Ce sont les affections du cœur qui doivent être dirigées vers le Seigneur. Que les œuvres soient la manifestation de l’état du cœur, nous ne pouvons en douter : nous avons les propres paroles du Seigneur : « Car du cœur viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les injures : ce sont ces choses qui souillent l’homme » (Mat. 15. 19 et 20). Ce verset nous montre bien que toutes les activités charnelles viennent du cœur naturel. Pour ce qui concerne la manifestation de la vie de Dieu en nous, tout vient aussi du cœur. Si quelque chose ne va pas dans notre marche, si quelque chose ne va pas dans notre témoignage, si quelque chose ne va pas dans notre service, commençons par examiner l’état de notre cœur et demandons à Dieu de nous sonder : « Sonde-moi » dit David au Psaume 139, « ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle ».

En Jacques 4. 8 : « Nettoyez vos mains, pécheurs, et purifiez vos cœurs, vous qui êtes doubles de cœur ».

Si nous étions tous « attachés au Seigneur de tout notre cœur », quel témoignage nous rendrions dans ce monde, combien la vie d’assemblée serait à la gloire du Seigneur et quelle bénédiction nous en recevrions !

Au v. 24 nous sont donnés trois expressions qui caractérisent Barnabas. « Il était homme de bien » : un « homme de bien », c’est quelqu’un qui non seulement pratique le bien mais qui aussi exerce une influence en bien autour de lui ; c’est un homme qui est heureux de constater le bien où il se trouve, qui agit toujours en vue de la gloire de Seigneur et du bien des âmes. Il était « plein de l’Esprit Saint ». Cela nous est dit de Pierre, d’Étienne, de Paul et de Barnabas. Nous sommes exhortés à être remplis de l’Esprit (Éph. 5. 18) c’est-à-dire à laisser de côté les pensées de la chair et à nous laisser diriger par l’Esprit de Dieu. En troisième lieu, il était « plein de foi » : il s’agit certainement ici de la foi dans les deux acceptions du terme. Il avait saisi les vérités de l’Écriture et d’autre part il avait une confiance entière dans le Seigneur. Nous comprenons ainsi pourquoi Barnabas pouvait exhorter tous les croyants d’Antioche à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur : il avait l’autorité morale nécessaire pour présenter cette exhortation. Si un frère exhorte sans autorité morale c’est-à-dire sans réaliser lui-même une marche qui corresponde à ses exhortations, il n’y aura pas une grande puissance dans ses exhortations. L’autorité morale s’acquiert par une marche dans le chemin du Seigneur, et dans l’obéissance à la Parole ; pourquoi tant d’actions exercées demeurent-elles sans grand résultat ? Parce que le serviteur n’a pas la marche personnelle qui donnerait de l’autorité morale à ce qu’il présente, enseignement ou exhortation. En Actes 20 nous voyons que l’apôtre Paul parlant aux anciens d’Éphèse les exhorte, avant de prendre soin du troupeau, à prendre garde à eux-mêmes (v. 28).

Le résultat de ce ministère de Barnabas à Antioche est qu’une grande foule fut ajoutée au Seigneur. Il n’est pas possible, nous le comprenons bien, qu’il y ait quelque exagération que ce soit dans ce que l’Esprit de Dieu nous rapporte. C’était bien « une grande foule ». On voit par ce détail quelle était la puissance de l’exhortation présentée par Barnabas. Déjà nous pouvons trouver ici quelque chose qui nous parle de l’unité du corps. Ces croyants sont ajoutés comme membres du corps à Christ qui en est la tête glorifiée. Ils ne sont pas ajoutés au rassemblement mais « au Seigneur » (v. 24). On n’est pas membre d’une assemblée locale ce qui laisserait supposer que les assemblées sont indépendantes. Nous sommes membres du corps de Christ.

Au ch. 5. 14 nous rencontrons déjà cette expression : « et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes ». En Actes 2. 47 nous lisons : « Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’Assemblée ceux qui devaient être sauvés ». À l’assemblée, corps de Christ. Il y avait à ce moment-là une seule assemblée, c’était l’assemblée à Jérusalem.

Nous voyons donc ce que fut l’activité de Barnabas parmi les croyants d’Antioche : « Il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur ». Mais il faut aussi que les croyants soient enseignés. Ils avaient reçu quelques vérités de base, il fallait qu’ils soient affermis et fassent des progrès dans la connaissance de la vérité. Barnabas sent son incapacité pour cela, il est caractérisé par l’humilité : il ne s’engage donc pas dans une activité pour laquelle il n’était pas qualifié. Nous avons à discerner chacun notre ouvrage et à remplir le service que le Seigneur veut nous confier selon la mesure qu’Il a donné à chacun. Nul ne doit dépasser sa mesure.

Barnabas connaissait Saul de Tarse, il va le chercher dans cette ville. Saul s’y trouvait depuis que les frères l’y avaient « envoyé » (Act. 9. 30), attendant sans doute un appel du Seigneur pour commencer son service. Il est important dans la vie chrétienne d’attendre la direction du Seigneur. La chair est remuante, la foi compte sur le Seigneur et attend paisiblement ses directions. Il ne nous est rien dit de l’activité que Saul a déployée à Tarse. Barnabas va l’y chercher, il y a un service à remplir à Antioche, pour lequel Saul était qualifié. Barnabas a la pensée du Seigneur : il était tout à fait selon la pensée de Dieu que le grand apôtre des nations commençât son service à Antioche. Barnabas a cherché pour le « trouver ». Il ne savait peut-être pas où il résidait. Cela nous fait penser à l’apôtre Paul qui écrit d’Onésiphore : « quand il a été à Rome, il m’a cherché très soigneusement et il m’a trouvé » (2 Tim. 1. 17).

v. 26 : « Et il leur arriva que, pendant un an tout entier, ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule » : ils ne prennent pas une position de supériorité vis à vis de l’assemblée mais prennent place au milieu de l’assemblée et là ils exercent leur ministère. C’était une assemblée nombreuse. Les âmes ont besoin d’être exhortées, les âmes ont besoin d’être enseignées. Cet enseignement leur a été dispensé par le grand apôtre et « docteur des nations » selon l’expression qu’il emploie lui-même (1 Tim. 2. 7). Peut-être dira-t-on que l’assemblée à Antioche a eu un très grand privilège d’avoir le ministère de Paul et de Barnabas pendant un an mais l’enseignement qui a été donné par Paul et Barnabas n’a pas été perdu. Les croyants d’Antioche n’ont pas été des auditeurs oublieux mais des faiseurs d’œuvres.

Nous sommes responsables de l’enseignement que le Seigneur veut nous donner par sa Parole, par le moyen des serviteurs qu’Il veut employer pour cela. Il nous en sera demandé compte un jour. Lorsque nous entendons la Parole y a-t-il pour nous simplement une responsabilité qui s’ajoute aux responsabilités précédentes ou bien en retirons-nous un profit et mettons-nous ses enseignements en pratique ?

Les croyants d’Antioche, d’après ce qui nous est dit ensuite dans ce livre des Actes, ont mis à profit l’enseignement qu’ils avaient reçu. C’est un sujet de méditation que nous pouvons considérer individuellement : l’assemblée à Jérusalem et l’assemblée à Antioche, dans le livre des Actes. Méditons sur l’histoire de ces deux assemblées dans les Actes. Cela peut nous être très profitable dans la vie des assemblées locales. Ajoutons que nous avons, dans ce verset, la justification scripturaire des réunions d’études de la Parole.

Le paragraphe se termine par ce détail : « ce fut à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens ». C’est le premier détail qui nous montre que les croyants d’Antioche n’ont pas été des auditeurs oublieux. Ceux qui les entouraient voyaient briller en eux quelques caractères de Christ, c’est pourquoi ils les ont appelés « chrétiens » ; il est beau que ce soit les personnes du dehors qui leur donnent ce nom. L’apôtre Paul écrit en 1 Thessaloniciens 1 : « Vous êtes devenus des modèles pour tous ceux qui croient… votre foi envers Dieu s’est répandue, de sorte que nous n’avons pas besoin d’en rien dire. Car eux-mêmes racontent de nous quelle entrée nous avons eue auprès de vous, et comment vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient ».

C’étaient des incrédules qui racontaient le travail accompli à Thessalonique où Paul avait prêché la Parole. Les nouvelles ne se répandaient pas à la vitesse où elles circulent aujourd’hui mais le témoignage des Thessaloniciens était si puissant que leur foi s’était répandue en tous lieux et qu’ils étaient devenus des modèles pour tous les croyants. C’était la même chose à Antioche. Si nous avions un témoignage aussi puissant il y aurait certainement des âmes qui seraient attirées. Je pense à une phrase écrite par un philosophe incrédule : « Pour croire à leur Sauveur, il faudrait que ses disciples aient davantage l’air de sauvés ». Quelque moquerie qu’il y ait dans cette remarque, elle doit toucher nos consciences.

C’est ce que nous voyons aussi en Romains 1. 8 : « Je rends grâce à mon Dieu, par Jésus Christ, pour vous tous, de ce que votre foi est publiée dans le monde entier ».

Ce nom de chrétien avait une signification qu’il n’a plus aujourd’hui. On ne le trouve pas souvent dans la Parole, sauf erreur seulement deux autres fois : en Actes 26. 28 : « Agrippa dit à Paul : Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien » et en 1 Pierre 4. 16 : « Si quelqu’un souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, mais qu’il glorifie Dieu en ce nom ». Ce mot de chrétien dans ces trois passages a sa pleine signification. Aujourd’hui c’est quelqu’un qui se réclame de Christ, qui fait profession de christianisme. On peut être chrétien et perdu pour l’éternité, si l’on n’est chrétien que de nom. La chrétienté aujourd’hui est la grande maison de 2 Timothée 2 où il y a des chrétiens de nom qui n’ont pas la vie divine et des chrétiens qui la possèdent. Ceux-là sont-ils de vrais « chrétiens » comme l’étaient les croyants d’Antioche ? Laissons cette question sur notre conscience à chacun.

Nous nous sommes occupés des circonstances qui ont conduit à la formation de la première assemblée des Gentils, Antioche, et des premiers pas de cette assemblée. Elle a été formée, non par des apôtres, mais par de simples croyants qui avaient été dispersés lors de la persécution qui a suivi la lapidation d’Étienne. Les persécutions dont ils avaient été les victimes n’ont eu qu’un résultat : les rapprocher du Seigneur et les amener à parler de Lui tout autour d’eux. Nous avons vu ensuite que l’assemblée à Jérusalem ayant entendu parler de l’œuvre qui s’opérait à Antioche, y a envoyé Barnabas. Nous avons là la justification de l’envoi d’un ou plusieurs frères par une assemblée dans un autre rassemblement pour voir si la communion peut être établie avec ce rassemblement.

Que voit Barnabas à Antioche ? Il voit « la grâce de Dieu » en activité. Il n’est pas dit avec qui il s’est entretenu, si l’un avait fait du bien plutôt qu’un autre, quelle a été l’activité de chacun d’entre eux. En fait l’instrument n’est rien. C’est la grâce de Dieu qui agit. Barnabas exhorte tous les croyants d’Antioche à « demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur ». Nous avons rappelé l’importance d’une bonne orientation du cœur dès le départ et tout au long de la carrière chrétienne. Cette exhortation de Barnabas s’adresse encore à toutes les assemblées aujourd’hui et à tous les croyants.

Les caractères de cet homme de Dieu nous sont indiqués : c’était un « homme de bien », c’est-à-dire un homme qui apporte le bien, qui se réjouit du bien partout où il le trouve, « plein de l’Esprit Saint et de foi », plein d’attachement au Seigneur et à la parole.

Il y a à Antioche une convergence des activités remplies par les uns et les autres, chacun étant à sa place et accomplissant le service pour lequel il est qualifié. Le résultat est celui-ci : une grande foule est « ajoutée au Seigneur ». Les âmes ne cherchent pas à être intégrées dans un ensemble mais désirent jouir du Seigneur, être unies à Lui, devenant ainsi des membres du corps de Christ.

Barnabas se rend compte que ces âmes ont besoin d’être enseignées et il sent qu’il n’est pas qualifié pour cela, moins en tout cas que ne l’était Saul. C’est un serviteur humble. Il faut un docteur pour enseigner ; il va donc chercher Saul de Tarse qu’il connaissait bien et pendant un an tout entier, au milieu de l’assemblée, ils enseignent une grande foule. Nous avons là le principe d’une réunion d’étude de la Parole. Barnabas et Saul ont eu des réunions d’étude à Antioche pendant un an.

C’est à Antioche premièrement que les disciples ont été appelés chrétiens. On pouvait voir les caractères de Christ reflétés dans ces croyants. Ce n’étaient pas des chrétiens de nom seulement comme il y en a tellement de nos jours. C’étaient de véritables chrétiens, des chrétiens vivants, occupés du Seigneur.

v. 27 : Nous abordons le dernier paragraphe qui paraît un peu différent du sujet qui précède mais nous allons voir un point commun aux deux derniers paragraphes de ce chapitre 11. « Des prophètes descendaient de Jérusalem à Antioche » et là, l’un d’eux, nommé Agabus, exerça son ministère. Les prophètes de l’Ancien Testament parlaient de la part de l’Éternel ; leurs déclarations commençaient généralement ainsi : « Ainsi dit l’Éternel ». Ils annonçaient des choses à venir inconnues de ceux auxquels ils s’adressaient.

Dans le Nouveau Testament il est question de prophètes qui accompagnaient les apôtres et il y a également un ministère prophétique qui s’exerce dans l’assemblée (1 Cor. 14). Le prophète parle de la part du Seigneur ; il présente une vérité adaptée à l’état et aux besoins de ceux à qui il s’adresse, besoins qu’il ne connaît généralement pas. C’est sur ce point que ce ministère se rapproche de celui des prophètes de l’Ancien Testament. Le ministère est pour l’ensemble du corps et non pour une assemblée particulière seulement, de sorte qu’Agabus peut venir de Jérusalem à Antioche et prophétiser. Au ch. 21 il est question à nouveau d’Agabus qui, par le ministère prophétique, annonce ce qui devait arriver à Paul : « un prophète nommé Agabus descendit de la Judée ; et étant venu auprès de nous et ayant pris la ceinture de Paul, et s’étant lié les pieds et les mains, il dit : l’Esprit Saint dit ces choses : L’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations » (v. 10 et 11). On peut remarquer dans ce passage comme dans celui qui nous occupe au ch. 11, qu’Agabus parle par le Saint Esprit. Il annonce des événements à venir inconnus de tous ceux à qui il s’adresse.

À l’annonce de cette nouvelle les disciples d’Antioche, « chacun selon ses ressources, déterminèrent d’envoyer quelque chose pour le service des frères qui demeuraient en Judée ». On voit ici une manifestation d’amour fraternel. Nous avons dit que les croyants d’Antioche avaient reçu beaucoup par le ministère de Barnabas et de Saul. Des fruits ont été manifestés dans la suite : ils ne se sont pas contentés d’écouter, ils ont été des « faiseurs d’œuvres ». D’une part on les appelle chrétiens parce qu’ils reflètent les caractères de Christ et d’autre part, lorsqu’ils apprennent qu’une famine va venir, ils donnent « chacun selon ses ressources » quelque chose pour le service des frères en Judée. Ils avaient reçu beaucoup de l’assemblée de Jérusalem par le moyen de Barnabas : ils avaient reçu des biens spirituels. Ils se sentent donc appelés à faire part de leurs biens matériels. Ils appliquaient, sans le connaître, le principe de Galates 6. 6 : « Que celui qui est enseigné dans la Parole fasse participer à tous les biens temporels celui qui enseigne ».

Ils le mettaient en application parce que par la foi ils comprenaient ce qui est selon la pensée de Dieu. Ils réalisaient ainsi la vérité de l’unité du corps, ils réalisaient que les croyants de Jérusalem et d’Antioche formaient un même corps. Par ailleurs, ils ne font aucun calcul : l’amour ne calcule pas. Ils ne pensent pas d’abord à eux pour constituer des réserves pour eux-mêmes en vue de ces temps de famine. Et c’étaient de jeunes croyants qui avaient à peine un peu plus d’un an de vie chrétienne !

Il nous est dit : « chacun » : aucun ne se tient en arrière, « selon ses ressources » : Dieu ne demande pas ce qu’on n’a pas. Le ch. 8 de la seconde épître aux Corinthiens nous donne le même enseignement à ce sujet. Nous lisons au v. 2 : « l’abondance de leur joie et leur profonde pauvreté ont abondé dans la richesse de leur libéralité ». Le contraste des expressions de ce verset est saisissant. Au v. 12 : « Si la promptitude à donner existe, elle est agréable selon ce qu’on a, non selon ce qu’on n’a pas ». Il faudrait lire tout le chapitre. Les croyants d’Antioche mettaient en pratique les enseignements de ce chapitre, comme ceux de Galates 6. 6, sans les connaître, car en effet la deuxième épître aux Corinthiens n’avait pas encore été écrite. Nous qui avons ces enseignements, demandons-nous dans quelle mesure nous les mettons en pratique ? Rappelons aussi la parole du Seigneur qui nous est rapportée dans les évangiles à propos de Marie de Béthanie : « ce qui était en son pouvoir, elle l’a fait » (Marc 14. 8).

Nous avons déjà noté combien est remarquable l’enchaînement des circonstances dans ce livre des Actes. Pourquoi Dieu a-t-il permis cette famine ? Pourquoi permet-il telle épreuve ? C’est toujours pour le bien de ceux à qui Il la dispense. L’épreuve manifeste toujours l’état du cœur, ici celui des chrétiens d’Antioche.

Dans le Deutéronome nous lisons que Moïse disait au peuple « l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante dans le désert, afin de t’humilier et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu garderais ses commandements ou non » (Deut. 8. 2). La famine va permettre de manifester que les croyants d’Antioche et de Jérusalem font partie d’un même corps, vérité réalisée pratiquement par eux, bien qu’elle n’ait pas encore été enseignée par l’apôtre Paul (tout au moins nous pouvons le penser, mais ce n’est pas certain). Elle va montrer qu’il y a communion et entraide entre eux. C’est ainsi qu’est réalisée cette unité du corps de Christ, non pas seulement en répétant cette vérité mais aussi dans sa manifestation pratique.

Nous avons besoin les uns des autres alors que nous pensons parfois pouvoir nous passer de nos frères. Si nous le croyons le Seigneur nous fera traverser des circonstances où nous verrons que nous avons besoin d’eux. 1 Corinthiens 12 nous enseigne qu’aucun membre ne peut dire à l’autre : Je n’ai pas besoin de toi (v. 20 et 21).

– Est-ce la même pensée qui se retrouve exprimée en 1 Corinthiens 16. 1 à 4 ?

– C’est bien le même enseignement que nous trouvons dans ce passage et on peut le rapprocher d’Actes 11 et de 2 Corinthiens 8. Il est question-là aussi de collecte et de libéralité des croyants.

Ainsi donc Jérusalem avait appris qu’il y avait un rassemblement à Antioche. Est-ce que cela va provoquer une rivalité entre les deux rassemblements ? Nullement. Il y a un plein accord, une pleine communion entre les deux assemblées. Le Seigneur a tout dirigé comme aussi dans cette autre circonstance du ch. 15 où le Seigneur intervient pour que la communion soit maintenue entre ces deux assemblées.

Ch. 12

Nous arrivons maintenant au ch. 12 où il est question de persécutions contre l’assemblée par le roi Hérode. Ce roi Hérode n’est pas celui qui, voyant qu’il avait été trompé par les mages, a fait tuer tous les enfants de Bethléhem âgés de moins de deux ans (Mat. 2. 16). C’était le petit-fils de celui-ci.

Il avait la même haine contre Christ et les siens : il faisait même mettre à mort les saints. v. 2 : « Il fit mourir par l’épée Jacques le frère de Jean ». Jacques était l’un des douze apôtres, l’un des deux fils de Zébédée, le frère de Jean. Il y avait deux Jacques parmi les apôtres : Jacques le fils de Zébédée et Jacques le fils d’Alphée. Il y a un troisième Jacques cité au ch. 15 des Actes, celui qui est appelé le frère du Seigneur, l’auteur de l’épître de Jacques.

Nous allons voir comment le Seigneur va délivrer Pierre. Il aurait pu délivrer Jacques de la même manière. Pourquoi ne l’a-t-Il pas fait ? Nous avons souvent bien des pourquoi sur nos lèvres. Le Seigneur ne s’arrête pas à nos pourquoi, Il a ses voies à l’égard de chacun. Il ne se trompe jamais dans ce qu’Il fait et c’est ce qui doit nous remplir de paix quand s’élève dans nos cœurs ou sur nos lèvres un pourquoi. Jacques a eu le privilège de sceller de son sang son témoignage. À lui aussi s’applique cette promesse d’Apocalypse 2. 10 : « Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie ». Au jour de Christ, Jacques recevra la couronne de vie.

Le Seigneur ne permet pas qu’Hérode mette à mort Pierre. Il a encore besoin de ce serviteur et toutes les forces de l’Ennemi ne peuvent rien contre cela. Tout est entre les mains du Seigneur et les hommes ne sont que des instruments : ils ne font pas autre chose que ce que Dieu veut ou permet. C’est Lui qui fait concourir toutes choses pour le bien de ceux qui l’aiment et pour la prospérité de son témoignage. L’apôtre Pierre avait encore un service à remplir.

Les faits qui nous sont rapportés ici se sont passés environ en 44-45 et les épîtres de Pierre ont été écrites environ vingt ans après. Quel encouragement a dû éprouver Pierre dans la suite de son ministère au souvenir de cette scène ! La confiance et la foi qu’il y manifeste tout au long sont bien propres à nous humilier. On voit briller la foi du disciple, on voit briller la puissance et la gloire du Seigneur : rien ne lui est impossible. Nous lisons en Marc 9. 23 : « toutes choses sont possibles à celui qui croit » et en Luc 18. 27 : « Les choses qui sont impossibles aux hommes sont possibles à Dieu ». Il était impossible à quelque homme que ce soit (sauf à ceux qui en détenaient les clefs si cela avait été leur désir) de faire sortir Pierre de cette prison, mais tout était possible, et est possible, pour Dieu.

v. 3 : « Et voyant que cela était agréable aux Juifs, il continua, en faisant prendre aussi Pierre ». C’était un roi qui voulait se rendre populaire auprès des Juifs. Les Juifs étaient remplis de haine contre les chrétiens et quand ils voient Hérode faire périr Jacques, cela leur est très agréable. Aussi Hérode fait-il maintenant prendre Pierre. C’était, si l’on peut s’exprimer ainsi, une « prise » de grande valeur : nous voyons en effet, au début du livre des Actes, ce qu’a été le ministère de Pierre parmi le peuple ; il avait spécialement attiré l’attention des Juifs et des chefs du peuple sur leur culpabilité. Aussi nous comprenons qu’il était agréable aux Juifs qu’Hérode fit prendre Pierre : il devait être considéré par eux comme leur plus grand ennemi eu égard à son ministère.

Hérode était un roi démagogue : il cherchait à flatter les Juifs. Cela ne lui coûtait pas bien cher : il faisait arrêter les chrétiens. On voit comment les voies de Dieu diffèrent : le Seigneur a été amené devant Ponce Pilate avant la fête de Pâque et a été crucifié sans attendre tandis que pour Pierre il y a un temps d’attente, Hérode voulait le produire devant le peuple « après la Pâque ». Le Seigneur permet ce temps d’attente pour que Pierre fasse de précieuses expériences : on peut penser à ce qu’ont été ses prières à Dieu dans la prison ! Il le permet aussi pour exercer le cœur et la conscience des croyants. Ce temps d’attente a été pour eux comme pour Pierre un temps d’exercices profitables. C’était la pensée du Seigneur de délivrer Pierre mais Il ne l’a pas fait aussitôt, Il avait de puissants motifs pour cela. Si parfois nous crions au Seigneur et que le Seigneur ne nous exauce pas aussitôt, s’Il nous fait attendre, Il ne se trompe pas. Les exercices avec le Seigneur portent toujours quelque fruit.

Voilà Pierre jeté en prison, livré à « quatre bandes de quatre soldats chacune » qui se relayaient. Chacune des mains de Pierre était liée à un soldat (v. 6). Comment aurait-il pu s’enfuir ? L’homme prend des précautions pour arriver à ses desseins mais plus il en prend, plus apparaissent merveilleuses les délivrances de Dieu. Quand le Seigneur était dans le tombeau on avait roulé une grosse pierre contre la porte du sépulcre, on l’avait scellé et mis des soldats pour le garder (Mat. 27. 66). Toutes les précautions prises par les hommes sont dérisoires. Malgré toutes les précautions des Juifs, le Seigneur est sorti victorieux du tombeau. Ici aussi, dans les Actes, ce surcroît de précautions ne fera que rehausser la puissance et la gloire de Celui qui n’abandonne pas son disciple en prison.

v. 5 : « Pierre donc était gardé dans la prison mais l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour lui » : d’une part Hérode a ses soldats, d’autre part le Seigneur a les siens, combattant par la prière, également les anges qui sont « des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut ». Le ministère angélique va se déployer pour la délivrance de Pierre. Quel privilège a l’assemblée quand un croyant traverse une épreuve de pouvoir se réunir pour prier pour lui ! Ceux qui étaient réunis dans la maison de Marie avaient certainement beaucoup profité du ministère de Pierre, ils savaient quelle perte ils feraient si Pierre était mis à mort. Nous verrons un peu plus loin la faiblesse de leur foi.

Nous avons déjà remarqué au ch. 4 une assemblée en prière. Nous avons ici également une réunion spéciale d’assemblée. L’assemblée devrait avoir dans certains cas particuliers des réunions spéciales pour la prière ; le fait s’est produit bien des fois, peut-être pas chaque fois qu’il eût fallu.

Quel contraste entre Hérode et les soldats du Christ, Hérode se reposant sur ses soldats et les soldats de Jésus Christ se reposant sur leur Chef ! Oui, en apparence la puissance était du côté d’Hérode, mais pas en réalité.

v. 6 : « Mais lorsque Hérode allait le produire, cette nuit-là, Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes ». Nous sommes confondus en lisant un récit semblable. Il nous en faut beaucoup moins pour perdre le sommeil ! Nous comprenons qu’il avait rejeté sur Dieu « tout son souci ». Dans sa première épître il peut nous exhorter à le faire car il l’avait lui-même réalisé et c’est ce qui donne d’autant plus de force à son exhortation.

Pierre dormait profondément puisque l’ange doit frapper son côté pour le réveiller. La lumière ne l’a pas réveillé et pourtant une lumière brillant dans un lieu obscur réveille ceux qui y dorment. Il avait un sommeil profond et paisible, pas agité. Nous connaissons cette expression du Psaume 127. 2 : « Ainsi, il donne le sommeil à son bien-aimé ». On peut dire que Pierre l’a réalisé dans cette circonstance. Au Psaume 3. 5 nous lisons : « Je me suis couché, et je m’endormirai : je me réveillerai, car l’Éternel me soutient » et au Psaume 4. 8 : « Je me coucherai, et aussi je dormirai en paix ; car toi seul, ô Éternel ! tu me fais habiter en sécurité ». Les Psaumes 3 et 4 sont des psaumes de David et le Psaume 127 est de Salomon. Nous voyons quelles expériences ont dû faire David et Salomon.

« Quand il donne la tranquillité qui troublera ? » lisons-nous en Job (34. 29). Le Seigneur avait donné une tranquillité parfaite à Pierre. Il y a deux mots que nous prononçons souvent et que nous ne devrions pas avoir sur nos bouches : souci et inquiétude. Des sujets de prière oui, des sujets d’exercices, oui, mais pas de soucis, ni d’inquiétudes. Nous savons quelles détresses ont connu l’apôtre Pierre et l’apôtre Paul. L’un nous dit : « rejetant sur Lui tout votre souci, car II a soin de vous » et l’autre : « ne vous inquiétez de rien ». Nous sommes en vérité des gens de petite foi et c’est bien humiliant alors que nous avons de telles promesses, alors que nous avons un tel Sauveur qui nous a acquis au prix de ses souffrances, qui nous a payés trop cher pour nous abandonner !

« L’Éternel ira devant vous et le Dieu d’Israël sera ton arrière garde » (És. 52. 12).

Pierre avait marché sur les eaux. Il peut dire dans sa première épître : « vous êtes gardés par la puissance de Dieu, par la foi » (1 Pier. 1. 5) : la puissance de Dieu, c’est le côté de Dieu, la foi, c’est le côté du croyant. La puissance de Dieu est toujours la même, notre foi n’est pas toujours la même, hélas ! Si la foi faiblit, si on cesse de regarder au Seigneur, on commence à enfoncer. Ici la foi de Pierre n’a pas faibli. Il est gardé paisible jusqu’au bout.

Hérode n’avait aucun doute sur le fait qu’il mettrait Pierre à mort. Il ne savait pas que des croyants priaient pour le serviteur de Dieu, il ne savait pas que Dieu voulait conserver son serviteur. Il ne savait pas que Dieu se joue des précautions des hommes et qu’Il allait manifester sa puissance.

Comment l’ange est-il entré dans la prison ? Les anges sont des esprits. Ils passent au travers des portes. Tout à l’heure il faudra l’ouvrir pour Pierre. Quand nous aurons des corps semblables au corps de résurrection de Christ, nous ne serons plus limités par quoi que ce soit de matériel. Le Seigneur après sa résurrection s’est trouvé au milieu des disciples, les portes étant fermées ; personne ne les a ouvertes pour le faire entrer. Il avait un corps mais un corps spirituel et non plus un corps matériel.

Une lumière céleste, une lumière éclatante resplendit, dans cette prison. L’ange dit simplement à Pierre : « Lève-toi promptement », il ne lui fait pas de discours. Un ange est un serviteur. Il fait le travail pour lequel il est envoyé, de longs discours ce n’est pas son affaire ! Dans l’évangile de Marc nous avons peu de paroles du Seigneur (c’est pourquoi il n’a que seize chapitres) mais nous y voyons l’activité du parfait Serviteur. De même ici l’ange qui est un serviteur ne se confond ni en paroles ni en discours.

Nous avons deux choses différentes. L’ange fait tomber les chaînes des mains de Pierre, ce que Pierre ne pouvait pas faire et ensuite Pierre fait ce qu’il pouvait faire : il se ceint et chausse ses sandales. Les deux soldats n’ont rien vu, rien entendu. La Puissance de Dieu est extraordinaire. L’ange dit ensuite à Pierre : « Jette ton vêtement sur toi et suis-moi », simplement les paroles nécessaires. Pierre croyait voir une vision tellement la chose était extraordinaire. Pour que Pierre puisse sortir la porte doit s’ouvrir. La main de Dieu était là pour assurer la libération de son apôtre. La mission de l’ange est remplie, il s’en va.

C’est alors que Pierre déclare : « Je connais à présent certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et m’a délivré de la main d’Hérode et de toute l’attente du peuple des Juifs ». Il n’a plus le sentiment qu’il avait eu au début, croyant qu’il s’agissait d’une vision mais il est convaincu que c’est le Seigneur qui a envoyé son ange. Pierre recouvre sa liberté et pourra poursuivre le service qui était le sien.

C’est un récit qui est bien propre à nous encourager et à fortifier notre foi. Le Seigneur est puissant, Il est amour : Il l’a manifesté dans ces circonstances. Sa puissance n’a pas changé, son amour est toujours le même. Puissions-nous l’honorer par une foi entière !

Ne peut-on pas comparer ce récit à celui dont il est question dans le livre de Daniel : les trois jeunes hébreux dans la fournaise ?

Certainement. Ils disent : « Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et il nous délivrera de ta main, ô roi ! » (Dan. 3. 17) Ils ont fait l’expérience que le Fils de Dieu était avec eux dans la fournaise.

Nous avons vu au cours de notre dernière réunion que bien que Saul ait prêché à Damas dans les synagogues (Act. 9. 20), assez peu de temps semble-t-il, son ministère n’a commencé de fait qu’à Antioche.

Notre attention a été arrêtée sur deux points particuliers. D’abord « c’est à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens ». Il y avait un témoignage puissant rendu par ces croyants : les caractères de Christ étaient vus en eux. Ensuite le dernier paragraphe du chapitre nous montre comment était réalisée pratiquement la vérité de l’unité du corps. Ces chrétiens ont eu à cœur de faire profiter de leurs biens matériels les croyants de Jérusalem dont ils avaient reçu des biens spirituels (Gal. 6. 6).

Au ch. 12 nous avons vu le récit si touchant de la délivrance de Pierre jeté en prison par Hérode. Le prédécesseur de ce roi, un autre Hérode, avait cherché à se mettre en bons termes avec Pilate en lui envoyant le Seigneur pour le juger et le condamner (Luc 23. 12).

Celui dont il est parlé au ch. 12 des Actes devint ami du peuple Juif en faisant persécuter les chrétiens. Mais la persécution n’a jamais arrêté les progrès du témoignage. Elle en a été le berceau : c’est au sein des persécutions que le témoignage a fleuri. La persécution a conduit à plus de sainteté au sein de l’assemblée, elle a épuré la foi des saints, elle leur a appris à mieux connaître le Seigneur, elle leur a fait faire l’expérience de sa puissance et de sa sympathie. En suscitant de telles persécutions l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe : les saints sortent fortifiés de l’épreuve et la gloire du Seigneur est magnifiée.

Dieu a permis un temps d’attente entre l’arrestation de Pierre et sa libération afin que les saints soient amenés à faire « d’instantes prières à Dieu pour lui » et pour que sa gloire soit magnifiée dans la délivrance de Pierre.

Nous avons vu combien solidement Pierre était gardé. À vue humaine il était absolument impossible qu’il puisse sortir de la prison. Mais il était, quoi qu’il en soit, dans une pleine paix : il avait rejeté sur Dieu « tout son souci ». Dans la scène de la transfiguration, en présence de la gloire du Seigneur, Pierre dormait ; à Gethsémané, en présence des souffrances du Seigneur, Pierre dormait aussi. Dans chacune de ces deux dernières circonstances il a dû être réveillé, comme Jacques et Jean d’ailleurs. Ici, il est au bénéfice des souffrances du Seigneur, à la lumière de la gloire et il peut dormir profondément.

Toutes les précautions qu’Hérode avait fait prendre n’ont abouti qu’à un résultat : faire ressortir la puissance du Seigneur. L’ange pénètre donc dans la prison. Une lumière éclatante, pas une lumière comme celle qui éclaire nos maisons, une lumière céleste resplendit. Elle ne réveille pas Pierre. Il faut que l’ange frappe son côté. L’ange fait ce que Pierre ne peut pas faire et laisse faire à Pierre ce qu’il peut faire (v. 7 et 8).

« Il ne savait pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, mais il croyait voir une vision ». Les soldats ne voient rien ni n’entendent rien tandis que le Seigneur opère par sa puissance. Sa mission remplie, l’ange se retire. Nous avons remarqué que dans toute cette scène l’ange prononce très peu de paroles : c’est un serviteur qui n’est pas là pour prononcer des discours, mais simplement pour faire ce qui lui a été commandé.

« Et Pierre, étant revenu à lui, dit : Je connais à présent certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et m’a délivré de la main d’Hérode et de toute l’attente du peuple des Juifs » : Pierre a maintenant pleinement conscience que l’ange qui l’a fait sortir de prison a été envoyé par le Seigneur en réponse à la prière de la foi.

Que va faire Pierre ? « Et s’étant reconnu, il se rendit à la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où plusieurs étaient assemblés et priaient » (v. 12). C’était dans cette maison que l’assemblée ou une partie de l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour Pierre. C’était peut-être là que l’assemblée se réunissait régulièrement. Aux premiers temps de l’Église, les assemblées se réunissaient dans la maison d’un frère : l’Écriture nous parle de cinq assemblées au moins qui se réunissaient ainsi. Ces croyants priaient mais il semble que leur foi était faible.

Il ne nous est sans doute pas dit que l’assemblée demandait dans ses prières la libération de Pierre mais pour ma part je crois qu’ils le faisaient. Comme nous le montrent les premiers chapitres du livre des Actes les croyants à Jérusalem avaient beaucoup reçu par le ministère de Pierre de telle sorte qu’on peut penser qu’ils désiraient que le Seigneur leur conserve ce serviteur.

Ces croyants ne s’appuyaient pas assez sur les paroles adressées par le Seigneur à Pierre après sa résurrection, paroles qui nous montrent que Pierre avait encore un service à accomplir. Il est certain que s’ils s’étaient appuyés sur ces paroles, ils n’auraient pas douté. Mais nous ne savons pas s’ils connaissaient ces paroles du Seigneur à Pierre.

Ce qui est certain, c’est qu’une foi vivante et exercée sait que Dieu peut tout et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour Lui. C’est ce que Job disait après les expériences qu’il avait faites (Job 42. 2). De telle sorte que si leur foi avait été une foi vivante, puissante, ils n’auraient pas douté un seul instant que ce soit Pierre qui fut là.

Nous avons dit quelques mots lors de notre dernière réunion de l’histoire de Marc. En fait cette histoire commence ici, au ch. 12. Il a été choisi pour écrire l’évangile qui nous retrace la vie du parfait serviteur. Marc a grandi dans cette maison, une maison certainement pieuse. Que les parents chrétiens aient à cœur d’élever leurs enfants dans une atmosphère de piété ! Ils peuvent avoir dans leur vie des défaillances (comme en eut Marc) mais il nous est dit : « Élève le jeune garçon selon la règle de sa voie ; même lorsqu’il vieillira, il ne s’en détournera point » (Prov. 22. 6).

v. 13 : Ce verset qui suit, nous montre le contraste entre la foi de la servante et celle des autres croyants. Dieu se plaît à honorer la foi : le nom de cette servante nous a été conservé. Elle était à la dernière place dans la maison mais à la première place aux yeux de Dieu. Elle a reconnu la voix de Pierre. Elle n’a pas douté de la puissance de Dieu. Elle n’a pas eu les réactions de ceux qui se tenaient là pour prier.

v. 15 : « Et ils lui dirent : Tu es folle » : on voit jusqu’où va le peu de foi de ceux qui priaient. Ces trois mots semblent bien indiquer que pour ces personnes la délivrance de Pierre était absolument impossible. Nous avons dans ces croyants un exemple de ce que nous sommes dans la faiblesse de notre foi.

À la fin de Marc 16 après la résurrection du Seigneur, plusieurs croyants l’avaient vu ressuscité et l’avaient annoncé aux autres mais ceux-ci ne le crurent pas. Le Seigneur est obligé de leur reprocher « leur incrédulité et leur dureté de cœur parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité » (Marc 16. 14).

C’est bien le même cas. Nous avons rappelé deux versets des évangiles : « Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23) et « Les choses qui sont impossibles aux hommes, sont possibles à Dieu » (Luc 18. 27). Pour ceux qui prient dans la maison de Marie, la libération de Pierre est une impossibilité. Nous ressemblons souvent à cet homme qui disait au Seigneur : « Je crois, viens en aide à mon incrédulité » (Marc 9. 24). Nous croyons, nous sommes des croyants mais nous sommes parfois caractérisés par l’incrédulité.

Dieu se plaît à répondre à son moment, quand l’homme ne peut rien. Quand l’impuissance de l’homme est totale, Dieu intervient. Il intervient à son moment pour que la foi soit en exercice, pour qu’elle soit éprouvée et que les résultats en soient manifestés (1 Pier. 1. 7).

Ces croyants ont dû, leur vie durant, se souvenir de cette expérience et leur foi a dû en sortir fortifiée.

Il y avait de bonnes choses dans cette maison. Il y avait une affection profonde pour Pierre, de l’attachement au Seigneur et à son témoignage, de la sympathie pour l’apôtre en prison, un esprit de prière. Que nous puissions imiter ces choses et être conduits à manifester plus de foi que nous n’en manifestons la plupart du temps.

On voit à la fin du v. 15 que, bien que traitée de folle, Rhode ne faiblit pas et ne chancelle pas. On ne voit aucune manifestation de la chair chez elle : elle ne se montre pas blessée par une telle parole. Il nous en faut parfois beaucoup moins pour nous sentir blessés et pour que la chair réponde à la chair.

v. 16 : « Et quand ils eurent ouvert, ils le virent et furent hors d’eux » : en fait ce n’est plus de la foi. Quand il faut voir pour croire ce n’est plus de la foi. Le Seigneur a dit à Thomas « Bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru » (Jean 20. 29).

La servante n’avait pas vu Pierre mais elle l’a reconnu : elle a seulement entendu sa voix. Après la résurrection, Marie n’avait pas reconnu le Seigneur ; elle le prenait pour le jardinier. Mais elle l’a reconnu quand Il l’a appelée par son nom.

Cela nous fait penser à ce que, le Seigneur dit en Jean 10 : Les brebis connaissent la voix du berger. Rhode connaissait la voix de Pierre auquel le Seigneur avait confié les agneaux et les brebis du troupeau (Jean 21), Marie connaissait la voix du Seigneur.

Après sa résurrection le Seigneur a été reconnu dans ses actes. Il s’est fait connaître aux disciples d’Emmaüs dans la fraction du pain, aux disciples par ses blessures et son côté percé.

Le v. 17 nous montre au contraire combien était naturelle pour Pierre sa délivrance. Si nous avions à passer par des circonstances analogues, quel récit en ferions-nous ! Pour lui il raconte cela d’une manière toute naturelle, il dit les choses tout simplement : « Et leur ayant fait signe de la main de se taire, il leur raconta comment le Seigneur l’avait fait sortir de la prison ; et il dit : rapportez ces choses à Jacques et aux frères ». II n’oublie pas les autres frères de Jérusalem qui doivent aussi apprendre la nouvelle de sa délivrance. Jacques, dont il est question ici, est le frère du Seigneur, l’auteur de l’épître de Jacques.

Pierre ne prolonge pas son séjour parmi eux. Il va « dans un autre lieu » sans doute pour y accomplir un autre service. Il n’est plus question ensuite dans le livre des Actes du ministère de Pierre sauf au ch. 15. Or ce ministère s’est poursuivi pendant un peu plus de vingt ans mais Dieu n’a pas trouvé bon de nous en donner le récit.

À ce sujet on peut faire un parallèle entre Pierre et Paul. Après la libération de Paul lors de son premier emprisonnement, il n’est plus question de son ministère.

Ceci nous fait penser aussi à la vie du Seigneur sur la terre dont il nous est dit en Jean 21. 25 : « Et il y a… plusieurs autres choses que Jésus a faites, lesquelles, si elles étaient écrites une à une, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qui seraient écrits ».

Dans ce verset il ne faut pas semble-t-il s’arrêter sur le sens littéral ; la portée du passage est la suivante : le monde est un domaine fini et l’activité du Seigneur est infinie. Ce qui est fini ne peut contenir ce qui est infini. L’activité du Seigneur et ce qu’Il a été sont un infini. C’est insondable. Mais on peut en effet rapprocher cela de ce qui nous est dit des apôtres et de ce qui ne nous est pas dit d’eux. Dieu a consigné dans la Parole les vérités dont nous avions besoin. La Parole n’est pas un livre d’histoire, comme ceux qui nous racontent tout ce qu’un homme a fait.

Bien que Jacques et d’autres frères ne fussent pas là, Pierre pense à eux et demande que la nouvelle de sa libération leur soit rapportée. Il est vraisemblable qu’il y avait plusieurs lieux de rassemblements car les croyants étaient très nombreux à Jérusalem.

Si la libération de Pierre fut une grande surprise pour ceux qui étaient assemblés dans la maison de Marie et priaient, elle le fut aussi pour les soldats de la prison. On peut penser aux réactions qui furent les leurs et aux conséquences qui pouvaient en découler. Ils ont été amenés au supplice. Les soldats qui étaient au tombeau du Seigneur ont eu la vie sauve parce que les chefs du peuple tenaient à ce qu’ils affirment : un mensonge « ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé » (Mat. 28. 11 à 15). Les hommes se préoccupent peu de ce qui est vrai et équitable mais surtout et avant tout de leur intérêt. Dans le cas du Seigneur, les chefs du peuple voulaient nier sa résurrection. Ici c’est différent.

Nous allons voir maintenant ce que fut la fin d’Hérode. Tout ce chapitre a une portée prophétique. Hérode est un type de l’Antichrist qui, après l’enlèvement de l’Église, persécutera les saints. L’antichrist persécutera les saints, les mettra à mort, mais il subira un terrible sort. C’est le sort qu’Hérode va subir tandis que Pierre peut poursuivre son ministère. Hérode est jugé. La bête et le faux prophète seront jetés vivants dans l’étang de feu et de soufre (Apoc. 19. 20).

Le v. 20 nous parle des différends politiques et commerciaux qui opposaient Hérode aux habitants de Tyr et de Sidon. Ils finissent par se mettre d’accord et cet accord va conduire à la fin d’Hérode. « Et à un jour marqué, Hérode revêtu d’une robe royale et assis sur une estrade, les haranguait. Et le peuple s’écriait : Voix d’un dieu et non pas d’un homme ! Et à l’instant un ange du Seigneur le frappa, parce qu’il n’avait pas donné gloire à Dieu et, étant rongé par les vers, il expira ». L’Antichrist s’assiéra dans le temple et se fera adorer comme Dieu. En fait, dans son cœur, il se croit Dieu. C’est ce que fera l’Antichrist.

Il est question des anges deux fois dans ce chapitre, une fois pour la délivrance de Pierre, une fois pour le jugement d’Hérode. Ce sont là deux rôles des anges : serviteurs en faveur de ceux qui vont hériter du salut et instruments du jugement envers les méchants.

Nous avons là en figure ce qui nous est dit de l’Antichrist en 2 Thessaloniciens 2. 8 : « alors sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue ». En Ésaïe 14 nous avons également le jugement exécuté à l’égard du roi de Babylone et nous avons des expressions très frappantes : « ton orgueil est descendu dans le shéol, le son de tes luths. Les vers sont étendus sous toi et les larves sont ta couverture » (v. 11). C’est ce que nous avons ici dans notre chapitre au sujet d’Hérode. Lui qui avait voulu faire mourir Pierre est frappé par la justice de Dieu.

Il en est de même pour Belshatsar dans le livre de Daniel au ch. 5. 3 : « Alors on apporta les vases d’or qu’on avait tirés du temple de la maison de Dieu, qui était à Jérusalem ; et le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines y burent » v. 23 : « Mais tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux… et le Dieu en la main duquel est ton souffle, et à qui appartiennent toutes tes voies, tu ne l’as pas glorifié ». Et au v. 30 : « Et en cette nuit-là, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué ». C’est la même expression qu’en Actes 12 : « tu ne l’as pas glorifié ».

Dans ce cas l’outrage fait à Dieu présente un caractère tel que le jugement est immédiat. Il y a d’autres cas où Dieu supporte les choses plus longuement avant d’exécuter son jugement. Et Dieu ne se trompe pas dans l’exercice de son jugement comme d’ailleurs dans aucune de ses voies.

C’est du shéol qu’il est dit « là où leur ver ne meurt pas » (Marc 9. 44) « et où le feu ne s’éteint pas », « le feu inextinguible ». En Marc 9, cela nous est dit trois fois aux v. 44, 46 et 48.

Le service des anges de nos jours est différent. Ils s’occupent aussi de nous, mais nous ne les voyons pas.

Certainement. Nous avons d’autres directions : la Parole de Dieu complète où nous trouvons toutes les instructions nécessaires. Ces premiers croyants ne l’avaient pas. Nous pouvons être les objets d’une protection puissante par le moyen des anges sans que nous en ayons conscience.

Et ce chapitre se clôt par les v. 24 et 25. Au milieu de toute cette activité persécutrice le travail de la grâce de Dieu se poursuit. D’un côté l’Ennemi se déchaîne contre les saints, et Dieu le juge (immédiatement comme ici ou en différé), de l’autre la Parole de Dieu continue son œuvre. Elle est comme personnifiée : « la Parole de Dieu croissait et se multipliait ». Nous l’avons déjà vue au ch. 6. 7 : « et la Parole de Dieu croissait » et au ch. 19. 20 : « C’est avec une telle puissance que la Parole du Seigneur croissait et montrait sa force ». Dans tous ces passages il est question d’accroissement ou de multiplication. L’Ennemi fait donc une fois de plus une œuvre qui le trompe. Cet accroissement peut nous faire penser que cette Parole agissait dans le cœur des saints, il y a alors du fruit produit, « du fruit, montant et croissant » (Marc 4. 8). La multiplication nous fait penser au nombre des disciples qui allait en se multipliant, aux pécheurs qui étaient convertis.

Dans les paraboles de Matthieu 13 nous voyons d’abord dans la première parabole que la semence est la Parole de Dieu et dans la deuxième parabole la semence, ce sont les fils du royaume. On peut dire que la Parole se multiplie et croit.

En 2 Thessaloniciens 3 l’apôtre demande les prières des frères et il dit ceci : « Au reste, frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur coure et qu’elle soit glorifiée, comme elle l’est aussi chez vous ; et que nous soyons délivrés des hommes fâcheux et méchants, car la foi n’est pas de tous : mais le Seigneur est fidèle, qui vous affermira et vous gardera du méchant ». Ces « hommes fâcheux et méchants » sont illustrés dans notre passage par Hérode mais au travers de cette activité la puissance du Seigneur se manifeste. L’apôtre Paul demande que la Parole, personnifiée ici aussi, soit répandue en tous lieux. Le résultat est à la gloire de Dieu. La Parole du Seigneur était déjà glorifiée dans l’assemblée à Thessalonique et l’apôtre demande qu’elle le soit aussi au dehors.

Ayons toujours plus conscience de la valeur de la Parole de Dieu qui est entre nos mains ! Nous ne pouvons pas nous développer spirituellement si nous ne lisons pas la Parole. Lisons-là beaucoup et qu’elle opère en nous ! Que les fruits produits par elle, soient à la gloire de cette Parole ! C’est la semence incorruptible, la vivante et permanente Parole de Dieu. Il faut que cette Parole soit retenue dans un cœur honnête et bon. C’est l’état du cœur qui conditionne toute la vie chrétienne.

v. 25 : Barnabas et Saul ont rempli le service qui leur avait été confié. Ils ont remis aux anciens de Jérusalem ce que leur avaient donné les croyants d’Antioche. Ils quittent maintenant Jérusalem et reviennent à Antioche, prenant avec eux Marc le fils de Marie dans la maison de laquelle étaient assemblés ceux qui priaient pour Pierre.

Ch. 13

Avec le ch. 13 commence une nouvelle division du livre des Actes. Le ch. 1 est en fait une introduction. Les ch. 2 à 12 nous décrivent le ministère de Pierre et à partir du ch. 13 c’est celui de Paul. Le ministère de Pierre a préparé celui de Paul qui s’est d’abord exercé à Damas, puis plus longuement à Antioche, un an tout entier et maintenant au chapitre 13, il y a un appel spécial du Saint Esprit pour que Barnabas et Saul soient mis à part pour l’œuvre à laquelle il les a appelés. Ensuite vient le récit des quatre voyages missionnaires de l’apôtre Paul dont les trois premiers ont Antioche pour point de départ.

Nous avons terminé le ch. 12 dans lequel nous avons vu l’opération de la puissance de Dieu pour délivrer Pierre. Pierre était solidement gardé dans la prison mais l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour lui. Pierre délivré s’est rendu aussitôt dans la maison de Marie et c’est alors qu’a été manifestée la condition de ceux qui priaient d’une part, et de la servante d’autre part. La servante seule a véritablement cru Dieu, a persisté dans sa foi en Dieu bien qu’elle ait été traitée de « folle » par ceux qui étaient dans la maison. Cette servante fait partie de ceux dont parle l’apôtre Jacques, « pauvres quant au monde », mais « riches en foi » (Jac. 2. 5). Pierre va poursuivre son service, tandis que la fin du chapitre nous montre ce qui a suivi sa délivrance des mains d’Hérode. Les soldats qui gardaient Pierre ont été conduits au supplice alors que ceux qui gardaient le tombeau du Seigneur ont eu la vie sauve parce que, dans ce dernier cas, les chefs du peuple voulaient nier la résurrection du Seigneur et désiraient que ce mensonge soit attesté par le témoignage des soldats de la garde. Les hommes ne se laissent pas guider par la justice et l’équité mais par leurs intérêts du moment. Ensuite, il est question d’un différend d’ordre politique et commercial, opposant Hérode aux Tyriens et aux Sidoniens. Ce désaccord étant réglé, l’occasion est ainsi fournie à Hérode d’haranguer le peuple. Nous avons vu que tout ce chapitre a une portée prophétique. Hérode est une figure de l’Antichrist et Pierre du résidu pieux qui aura à souffrir des tribulations. L’Antichrist sera jeté dans l’étang de feu, le résidu sera délivré. Hérode tombe sous le jugement de Dieu tandis que Pierre a continué son ministère pendant un peu plus de vingt ans.

Au v. 24, nous voyons que la Parole de Dieu toujours vivante et opérante, poursuit son œuvre. Elle est comme personnifiée dans ce verset.

Avec le ch. 12 se termine la première partie de ce livre des Actes. Le ch. 1 est une introduction et les ch. 2 à 12 retracent principalement le ministère de Pierre.

À partir du chapitre 13 nous avons la deuxième partie du livre des Actes, plus particulièrement consacrée au ministère de l’apôtre Paul. Ce ministère a en fait commencé à Antioche (ch. 11) et son premier voyage missionnaire va avoir pour point de départ Antioche. Les trois premiers voyages de l’apôtre Paul partent d’ailleurs tous les trois d’Antioche. L’apôtre Paul était chargé de révéler le mystère caché dès les siècles, le mystère de l’Assemblée. Or l’Assemblée est unie à un Christ céleste qui a été rejeté sur la terre. Jérusalem est coupable du meurtre du Messie.

Ce ministère de Paul devait commencer à Antioche et non à Jérusalem, car par ailleurs, il était indépendant des douze. Il y avait une coupure entre l’œuvre poursuivie jusque-là, qui avait eu pour point de départ Jérusalem, et celle qui commençait maintenant, avec pour point de départ Antioche. Il y a cependant une liaison entre ces deux phases de l’histoire de l’Église et Dieu se sert pour cela de Barnabas. Il semble en effet qu’il avait un cœur plus large que beaucoup d’autres et qu’il était plus accessible que beaucoup d’autres à la grâce.

Nous avons vu au ch. 11 qu’il avait été choisi à Jérusalem pour être envoyé à Antioche et que, étant arrivé là, il a vu la grâce de Dieu et s’en est réjoui. Ici il est choisi par le Saint Esprit comme compagnon de Paul dans son premier voyage missionnaire. Comme nous l’avons souvent remarqué, toutes les circonstances sont dirigées par Dieu en vue du but qu’Il veut atteindre et II a, à son moment, les instruments dont II se plaît à se servir. Il a Ses Joseph d’Arimathée, Ses Nicodème, Ses Barnabas et même Ses Gamaliel. Le Seigneur a toujours, préparés par Lui, les instruments disponibles pour Son œuvre.

v. 1 : Ici au ch. 13, Paul est mis à part par le Saint Esprit pour remplir un ministère apostolique. « Or il y avait à Antioche, dans l’assemblée qui était là, des prophètes et des docteurs ». Dans l’assemblée il y a diversité de dons. Il peut ne pas y avoir les différents dons dans une assemblée locale, le Seigneur donne des dons à Son Assemblée universelle. À l’assemblée d’Antioche, il y avait des prophètes et des docteurs. Il ne nous est pas dit s’ils étaient tous, tout à la fois, prophètes et docteurs ou non. Leurs noms nous sont donnés. Il y a dans l’assemblée des dons constatés mais qui ne sont pas exclusifs (1 Cor. 12 ; Éph. 4).

v. 2 : « Et comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ». Ils sont dans des dispositions favorables pour écouter la voix de l’Esprit. Ils servent le Seigneur et jeûnent. Le jeûne met de côté tout ce qui est de l’homme, tout ce qui est de la chair. Il ne donne aucun aliment à la chair. Nous pouvons nous poser la question : Est-ce que nous sommes toujours dans des dispositions favorables pour écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées ? Si nous sommes occupés de ce dont le jeûne nous prive nous ne serons pas dans des dispositions nous permettant d’écouter la voix de l’Esprit. Voilà un exemple que nous pouvons considérer et méditer.

Pendant un an Barnabas et Saul avaient enseigné l’assemblée d’Antioche et cet enseignement avait été mis à profit. C’est à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens. Nous avons vu à la fin du ch. 11 qu’ils réalisaient pratiquement la vérité de l’unité du corps : une famine ayant été annoncée par le prophète Agabus, ils pensent aussitôt à envoyer quelque chose aux croyants de Jérusalem dont ils avaient tant reçu spirituellement. Ici nous avons le troisième point qui caractérisait cette assemblée d’Antioche : c’est qu’ils servaient le Seigneur et jeûnaient. Voilà trois points que nous pouvons remarquer à propos de cette assemblée et que nous devons avoir à cœur de réaliser dans l’assemblée encore aujourd’hui.

– Pourquoi n’est-il pas fait mention, comme en Éphésiens 4, au début de ce ch. 13, dans l’assemblée de Jérusalem, du don d’apôtre puisqu’il y en avait un, l’apôtre Paul ?

– En Éphésiens 4, il est question d’abord des dons fondamentaux qui ont été donnés à l’origine pour la formation de l’Assemblée ; ensuite des dons permanents. Pendant la période durant laquelle le Seigneur était sur la terre, Lui a choisi et envoyé les douze. Maintenant c’est autre chose : Christ est glorifié dans le ciel et nous avons le Saint Esprit sur la terre comme personne divine, envoyant des ouvriers. Ce ne sont pas les onze apôtres qui ont choisi le douzième pour remplacer Judas mais c’est le Seigneur : « Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi » (Act. 1. 24).

C’est le Seigneur qui a choisi. Le Seigneur seul pouvait choisir les douze apôtres. Le Saint Esprit envoie sous l’autorité du Seigneur. Il été envoyé pour être serviteur, il est agent. Il exerce Son activité au sein de l’Assemblée sous l’autorité du Seigneur. Le passage d’Éphésiens 4 nous montre bien que c’est le Seigneur lui-même qui « a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ». Au ch. 12 des Romains, nous avons les dons de Dieu ; en Éphésiens 4 les dons de Christ et en 1 Corinthiens 12 les dons de l’Esprit. L’Esprit distribue à chacun selon ce qui lui plaît. Il est à peine besoin d’ajouter qu’il y a une pleine communion, entre Dieu le Père, Christ et le Saint Esprit pour donner à l’Assemblée les dons pour les soins que nécessite son état.

Paul a été « mis à part dès le ventre de sa mère » et « appelé par la grâce de Dieu » qui a « révélé son Fils en lui » (Gal. 1. 15). C’est donc un appel spécial de Dieu. En Actes 13. 1 c’est encore Saul : il ne semble pas que, jusqu’à ce moment-là, il ait exercé un service d’apôtre. Son ministère apostolique va commencer maintenant.

En relation avec cette action de l’Esprit Saint, nous voyons trois choses : l’appel, la mise à part et l’envoi. L’apôtre Paul dit en Galates 1. 15 qu’il a été mis à part dès le ventre de sa mère : « Quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce de révéler son Fils en moi ». Il y a donc l’appel de Dieu et la mise à part avant même la naissance de Paul.

Il y avait une œuvre spéciale pour laquelle Barnabas et Saul avaient été appelés. Nous avons déjà vu que Barnabas n’a pas été jusqu’au bout : les relations de famille ont pris le pas chez lui sur les droits du Seigneur, il a fait passer son affection pour son neveu avant le service du Seigneur. Paul a eu un service exceptionnel et dans Sa grâce, Dieu a voulu lui associer Barnabas. Quel privilège pour Barnabas d’être associé à Saul dans le ministère qui était le sien ! Il avait compris que deux valent mieux qu’un et que ce double ministère pouvait être utile à l’assemblée d’Antioche. Il n’a pas pensé égoïstement à lui dans cette circonstance. Dieu, semble-t-il, le récompense maintenant. Il s’est effacé devant Saul à Antioche (ch. 11) et Dieu le choisit maintenant pour l’associer à Saul. Il est même nommé le premier.

Comment le Saint Esprit a-t-il dit (v. 2) : « Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ? » C’est sans doute par la bouche d’un ou plusieurs frères. Dans cette assemblée d’Antioche il y avait donc un ou plusieurs frères tellement dépendants qu’ils pouvaient être la bouche de l’Esprit. Tous ces points particuliers concernant l’assemblée d’Antioche nous montrent quel était l’heureux état de cette assemblée. L’action du Saint Esprit peut s’y exercer librement et les frères sont tenus dans la dépendance de l’Esprit Saint.

Voilà donc deux frères, Barnabas et Saul, dont il semble bien qu’ils étaient l’un et l’autre à la fois docteur et prophète. Ils vont partir. Dans quelles conditions vont-ils partir ? Ce n’étaient pas de jeunes croyants : il y avait plus de dix ans que Saul avait été arrêté sur le chemin de Damas. Ils avaient été préparés et instruits par le Seigneur et ils avaient donné la preuve de leur dévouement pour Lui. Ils sont qualifiés pour le service auquel le Seigneur les appelle maintenant. Il y a toujours une préparation pour le service. Cette préparation est nécessaire, indispensable. Tous les hommes de Dieu ont été à l’école de Dieu, mis à part pendant un temps plus ou moins long. Aucun d’eux n’est parti sans être préparé.

v. 3 : En outre, Barnabas et Saul ne partent pas sans avoir la pleine communion de l’assemblée locale. C’est un point très important sur lequel on ne saurait trop insister. « Alors, ayant jeûné et prié, et leur ayant imposé les mains, ils les laissèrent aller » : nous voyons là encore une preuve de l’heureux état de l’assemblée d’Antioche. Le jeûne met la chair de côté, la prière fait appel au Seigneur. L’imposition des mains est une marque de communion. Barnabas et Saul peuvent ainsi aller, avec la communion de l’assemblée locale. Aujourd’hui l’imposition des mains n’est plus pratiquée mais la communion, ce dont elle est le signe, est toujours nécessaire.

Même pour remplir un service au sein de l’assemblée locale il faut avoir la communion de l’assemblée locale. Ce service sera d’autant plus béni que celui qui le remplit aura la pensée du Seigneur et la communion de l’assemblée. Il serait dangereux pour un frère de dire qu’il a la pensée du Seigneur sans se préoccuper d’avoir la communion de l’assemblée locale. Il y a un verset des Proverbes qui est celui-ci : « Quand les voies d’un homme plaisent à l’Éternel, il met ses ennemis même en paix avec lui » (Prov. 16. 7). Si quelqu’un croit avoir la pensée du Seigneur et qu’il n’ait pas la communion de ses frères (on peut alors se demander s’il a vraiment, comme il le suppose, la pensée et la communion du Seigneur) qu’il attende que le Seigneur produise cette communion. Si véritablement le Seigneur envoie quelqu’un pour un service il aura la communion de l’assemblée locale. Nous verrons à plusieurs reprises que Saul s’en va avec la communion de l’assemblée, par exemple en Actes 15. 39 : « Il y eut donc entre eux de l’irritation, en sorte qu’ils se séparèrent l’un de l’autre, et que Barnabas prenant Marc, fit voile pour Chypre. Mais Paul, ayant fait choix pour lui de Silas, partit, après avoir été recommandé à la grâce du Seigneur par les frères ». Voilà un passage où nous voyons la recommandation au Seigneur par les frères tandis que la communion ne pouvait être réalisée avec Barnabas s’en allant avec son neveu.

– Si l’on se rappelle ce que nous avons vu au ch. 6 et en 2 Corinthiens 8 concernant l’exercice d’un service matériel, ce sont des frères qui désignent tel ou tel frère jugé capable de le remplir, eu égard à son témoignage. Pour l’exercice d’un don c’est le Seigneur, c’est le Saint Esprit qui envoie. Il y a une différence entre les deux choses. N’est-ce pas la différence qui existe entre une charge et un don ?

– C’est bien cela. Ces passages font ressortir la différence entre l’exercice d’un ministère et celui d’une charge. Un don est pour l’ensemble du corps. Nous l’avons vu avec Agabus qui était prophète et qui, étant descendu de Jérusalem à Antioche, avait exercé son don à Antioche. Ces dons ne peuvent être conférés par l’assemblée ou par les frères. Ce sont les dons de Dieu, de Christ, du Saint Esprit. Ils sont d’origine divine. C’est Dieu seul qui peut douer un frère. Un frère qui a reçu un don est responsable de l’exercer dans la communion de l’assemblée. S’il ne peut le faire dans la communion de l’assemblée, il doit être exercé pour voir ce qu’il a à apprendre et l’ayant appris il pourra alors exercer ce don.

L’exercice d’un don demande un exercice continuel dans la crainte du Seigneur. Exercer un don, ne pensons pas que ce soit une petite affaire. Si nous avons conscience d’en avoir un, nous ne pouvons l’exercer que dans la crainte et le tremblement. Un frère, maintenant délogé, disait : « Dans les premiers temps, quand on commence à exercer un don, on tremble sur une jambe mais l’on pense que quand les années passeront on aura acquis une certaine habitude et qu’alors on ne tremblera plus. Ce n’est pas exact : on tremble alors sur ses deux jambes ».

Quand il s’agit de charge ou de service matériel dans une assemblée locale, par exemple l’un des services mentionnés en Actes 6, ce sont les frères qui ont à désigner ceux qui rempliront ce service : « Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d’entre vous, qui aient un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse » (Act. 6. 3) et en 2 Corinthiens 8. 18 : « Et nous avons envoyé avec lui le frère dont la louange dans l’évangile est répandue dans toutes les assemblées (et non seulement cela, mais aussi il a été choisi par les assemblées pour notre compagnon de voyage, avec cette grâce qui est administrée pour nous à la gloire du Seigneur lui-même…) ». C’était donc un frère qui avait été choisi par les assemblées pour remplir le service qui lui incombait.

On voit ici, quand il est question des charges, qu’il est parlé des qualités morales alors qu’il n’en est rien dit pour les dons.

Un don est un don de grâce mais il implique la manifestation de qualités morales. Nous l’avons vu à propos de Barnabas dont les qualités morales sont mises en évidence. « Il était homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi » (11. 24). Un don sera exercé avec d’autant plus de fruit que celui qui le possède recherchera la communion avec le Seigneur et manifestera les qualités morales requises pour Le servir avec fidélité. Le serviteur aura alors d’autant plus d’autorité morale. En ce qui concerne les charges, l’Esprit de Dieu souligne les qualités morales nécessaires : « un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse » (6. 3) « plein de foi et de l’Esprit Saint » (6. 5). L’Esprit de Dieu met en relief ces qualités parce qu’on pourrait penser que remplir une charge ne demande pas de qualités morales particulières. Par exemple pour l’exercice de la bienfaisance par quelques frères, le chiffre de sept frères nous est donné, non pas qu’il faille toujours sept frères mais cela représente un ensemble complet, il faut que les frères choisis « se complètent », on pourrait penser désigner un frère qui ait le sens et l’habitude d’une bonne gestion comptable.

Non, ce sont des frères qui doivent avoir des qualités spirituelles et morales. Elles doivent passer en premier lieu. La Parole ne nous parle pas des autres, de celles auxquelles on s’arrête parfois uniquement. N’importe quelle charge concerne l’assemblée et elle a de la valeur et du prix à cause de cela. Plus nous manifesterons ces qualités morales plus nous serons à même de remplir ces charges à la gloire du Seigneur. Les expressions que nous avons lues en 2 Corinthiens 8 sont remarquables : « avec cette grâce qui est administrée par nous à la gloire du Seigneur lui-même ». Tout ce qui est fait dans l’assemblée doit être fait pour le Seigneur et à la gloire du Seigneur. Si nous sommes exercés pour le réaliser, il y aura de la bénédiction pour le frère appelé à remplir la charge et de la bénédiction pour l’assemblée.

On a souvent tendance à dissocier ce qui est matériel de ce qui est spirituel oubliant ainsi que le christianisme se manifeste pratiquement.

Il arrive parfois que des questions d’ordre matériel soient à l’origine de difficultés et les premières difficultés survenues dans l’assemblée ont bien eu pour origine des questions matérielles (Act. 5 et 6) : c’est parce qu’on les considère seulement comme des questions matérielles et qu’on les règle comme de simples questions vite réglées par les hommes. Le Seigneur permet ces difficultés (comme aussi parfois dans nos vies individuelles) pour que nous nous arrêtions, que nous considérions nos voies et que nous réglions ce que nous avons à régler dans Sa présence.

Voilà donc un Christ glorieux dans le ciel qui reconnaît ses disciples sur la terre comme les membres de son corps (Act. 9. 5) et le Saint Esprit qui envoie des serviteurs (Act. 13. 2) : deux grands points de l’histoire de l’Assemblée sur la terre. Il faut insister sur les deux points. Dans la chrétienté on méconnaît les vérités capitales concernant le corps de Christ et l’on a remplacé l’action du Saint Esprit par celle de l’homme. Nous avons besoin de rappeler ces vérités et surtout de les réaliser. Nous sommes d’autant plus responsables de les vivre que nous les connaissons.

v. 4 : nous avons le départ de Barnabas et de Saul : « Eux donc, ayant été envoyés par l’Esprit Saint, descendirent à Séleucie et de là ils firent voile pour Chypre ». Barnabas était cypriote de naissance (4. 36). Il revient dans le pays dont il était originaire.

v. 5 : De Chypre ils se rendent à Salamine et là dans les synagogues des Juifs. Il n’y avait plus désormais de séparation entre Juifs et nations. Dans la pensée de Dieu il y a une Assemblée composée de vrais croyants sans distinction de Juifs et de gentils. Mais dans les voies de Dieu il y avait un ministère de grâce exercé au sein du peuple juif, « en commençant » toujours « par Jérusalem » (Luc 24. 47). Nous voyons toujours Saul aller d’abord dans les synagogues, sauf à Philippes mais paraît-il, il n’y avait pas de synagogue à Philippes et Paul et ses compagnons vont au bord du fleuve (Act. 16. 13).

« Ils annonçaient la Parole de Dieu », non leurs pensées personnelles (Act. 13. 5). À la fin de ce v. 5 il est ajouté que « ils avaient Jean pour serviteur ». Jean n’était pas envoyé au même titre que Barnabas et Saul ; ce choix était un acte de l’autorité apostolique. Il semble que Paul ait accepté la proposition, qui sans doute, avait été faite par Barnabas. Mais nous voyons plus tard que Jean n’était pas prêt pour ce service de telle sorte qu’il abandonne et s’en retourne à Jérusalem (v. 13). Il a appris ensuite ce qu’il aurait dû apprendre avant de partir la première fois : il est parti trop vite. C’est toujours dangereux de partir trop vite, comme aussi de pousser quelqu’un dans le service, ainsi que voulait le faire Barnabas avec Jean déjà au ch. 13 très probablement, et ensuite au ch. 15 certainement.

Plus tard, Marc est revenu. Mais on a vu le cas de serviteurs partis trop tôt qui ont abandonné et ne sont jamais revenus. Quand la chair a été irritée par un échec et qu’on n’a pas tiré profit de cette expérience, tout est perdu. Marc avait eu pourtant un bon départ : il avait grandi dans la maison de Marie, sa mère, qui logeait l’assemblée et qui était certainement une femme pieuse.

v. 6 à 8 : C’est dans une des premières villes où il exerce son ministère que l’apôtre rencontre la puissance de l’Ennemi (comme nous l’avons déjà remarqué à propos de la Samarie où Philippe rencontre immédiatement la puissance de l’adversaire avec Simon le magicien) pour essayer d’empêcher l’accomplissement de l’œuvre de Dieu. Mais nous allons voir que là encore l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe.

Ce magicien – Élymas est un mot arabe qui signifie le magicien – cherchait à détourner le proconsul Serge Paul de la foi. Il y avait chez le proconsul des besoins que le paganisme ne pouvait pas satisfaire, aussi veut-il lui-même entendre la Parole de Dieu. Combien on peut se réjouir quand on voit dans une âme le désir d’entendre la Parole de Dieu ! Mais l’ennemi s’y oppose. Élymas est ici un type du peuple Juif qui s’oppose au travail de l’Esprit Saint. Comme Étienne le disait déjà devant le sanhédrin : « vous résistez toujours à l’Esprit Saint » (ch. 7. 51).

v. 9 à 11 : Le nom de Saul est ici changé en celui de Paul, un nom romain qui signifie petit. Paul réalise, et le réalisera toujours mieux que la puissance du Seigneur s’accomplit dans l’infirmité et le vase doit être brisé pour que la puissance du Seigneur s’exerce. Paul est rempli de l’Esprit Saint. Dans ces premiers temps nous voyons tous les serviteurs dont nous parle le Livre des Actes « remplis de l’Esprit Saint ». Il y avait donc alors une puissance remarquable, aussi quand l’Ennemi vient entraver l’œuvre du Seigneur, cette puissance se manifeste aussitôt. « Paul, étant rempli de l’Esprit Saint, fixant les yeux sur lui, dit : Ô homme plein de toute fraude et de toute méchanceté, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ?» Quand le mal est manifesté, il ne faut avoir aucune Indulgence à son égard, aucune complaisance. Paul ne ménage pas ses mots à l’égard d’Élymas.

Élymas cherchait à paraître ce qu’il n’était pas, il était rempli de toute méchanceté, le méchant, c’est le diable, il était fils du diable, ennemi de toute justice. 1 Jean 3. 10 nous dit : « Par ceci sont rendus manifestes les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, et celui qui n’aime pas son frère ». Ce caractère d’enfant du diable était manifesté chez Élymas : il « ne pratiquait pas la justice ». Il était « ennemi de toute justice ». Le jugement de Dieu va tomber sur lui. Comme Élymas, la nation Juive est aveugle pour un temps. Le jugement gouvernemental de Dieu pèse sur le peuple Juif comme il a pesé sur Élymas. Ils verront plus tard quand reconnaîtront Celui qu’ils ont percé.

En 1 Corinthiens 3. 17 il est écrit que « si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira ». Y a-t-il un rapprochement avec cette scène d’Actes 13 ?

Sans doute, bien qu’en Actes 13 il ne s’agisse pas de la maison de Dieu. Élymas ne se trouvait pas dans la maison de Dieu tandis qu’en 1 Corinthiens 3 il s’agit de ceux qui, bien qu’étant dans la maison de Dieu, n’ont pas la vie de Dieu et « corrompent le temple de Dieu ». Le jugement s’abattra sur eux. (Nous n’avons pas toujours, présentement, le discernement nécessaire pour reconnaître les actes du gouvernement de Dieu). Ils « subiront le châtiment d’une destruction éternelle » (2 Thess. 1. 9).

v. 12 : Ce verset nous montre bien que l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe : « Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant saisi par la doctrine du Seigneur ». L’acte du gouvernement de Dieu a été une confirmation de la Parole et non pas ce qui a produit la foi chez Serge Paul. Ce qui produit la foi c’est la Parole. Ici le proconsul est « saisi par la doctrine du Seigneur ».

Dans ces deux ch. 12 et 13 nous voyons deux défaites de l’Ennemi ; au ch. 12 il est le lion rugissant, au ch. 13 l’ange de lumière. Dans un cas comme dans l’autre, l’Ennemi est défait.

L’énergie spirituelle de Paul l’amène à conduire : désormais ce n’est plus Barnabas et Saul mais Paul et Barnabas.

v. 13 et 14 : De Paphos, Paul et ses compagnons se rendent à Perge de Pamphylie et c’est là que Jean se retire d’avec eux et s’en retourne à Jérusalem. Paul et Barnabas arrivent à Antioche de Pisidie, ils entrent dans la synagogue et s’asseyent. Nous verrons, Dieu voulant, ce récit la prochaine fois.

En considérant le début du chapitre, nous avons eu quelques détails supplémentaires concernant l’assemblée d’Antioche qui nous montrent quels ont été les fruits du ministère de Barnabas d’abord et du ministère de Barnabas et de Saul ensuite. Rappelons quelques-uns de ces fruits : d’abord c’est « à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens ». On voyait en eux quelques caractères de Christ.

Ensuite, lorsqu’Agabus, descendu de Jérusalem à Antioche, se lève et déclare par l’Esprit qu’une grande famine aurait lieu sur toute la terre habitée, ces croyants manifestent l’amour qui remplissait leur cœur et réalisent d’une manière pratique la vérité de l’unité du corps de Christ. Au début du ch. 13 il nous est dit qu’à Antioche, dans l’assemblée, il y avait des prophètes et des docteurs. Ils servaient le Seigneur et jeûnaient. Il y avait des frères que Dieu avait doués pour exercer un ministère au sein de l’assemblée. Or, la puissance spirituelle ne peut s’exercer que par le jeûne et la prière (Marc 9). Ces croyants servaient donc le Seigneur et jeûnaient. Étant donné qu’ils ne prenaient rien de ce qui peut, soit appesantir, soit exciter l’esprit, c’était la vie du nouvel homme qui se manifestait. Ils ne donnaient aucun stimulant à la chair, aussi le Saint Esprit pouvait agir librement dans l’assemblée. Le Saint Esprit a donné une direction, une injonction plutôt, par le moyen de quelques frères, nous ne pouvons pas en douter. Cela nous montre qu’il y avait à Antioche des frères dans une condition telle qu’ils avaient l’oreille ouverte pour écouter la voix de l’Esprit. Ce chapitre met en relief l’action du Saint Esprit comme d’ailleurs tout le livre des Actes, livre dans lequel il est fait mention du Saint Esprit une cinquantaine de fois. C’est dire la place qu’occupait le Saint Esprit dans les débuts de l’histoire de l’Église sur la terre, place qu’il devrait toujours occuper dans la vie de l’assemblée.

Nous avons vu que Saul et Barnabas, appelés par le Saint Esprit pour une œuvre missionnaire nouvelle, n’étaient pas de nouveaux convertis : il y avait une dizaine d’années que Saul avait été arrêté sur le chemin de Damas et Barnabas était converti depuis un peu plus longtemps. Ces deux frères, malgré leurs capacités spirituelles et l’appel du Saint Esprit, ne s’en vont pas sans avoir la communion de l’assemblée et des frères, communion figurée par l’imposition des mains. L’imposition des mains ne constitue pas l’appel au ministère, absolument pas, puisque Saul et Barnabas avaient déjà été appelés à exercer un service et avaient ensuite été désignés, pour une œuvre spéciale, par le Saint Esprit. C’était une marque de communion, d’identification avec eux dans le service, pas autre chose.

Nous avons vu que Saul et Barnabas sont descendus à Séleucie, puis qu’ils ont continué leur voyage jusqu’à Paphos où ils rencontrent le proconsul Serge Paul. Saul et Barnabas se trouvent là pour répondre au désir qu’avait Serge Paul d’entendre la Parole de Dieu, mais ils rencontrent dans la personne du magicien Bar-Jésus la puissance de l’Adversaire se déployant pour empêcher que l’œuvre de Dieu puisse s’accomplir. Elle s’accomplira cependant en dépit de tout. Nous voyons avec quelle énergie Saul appelé désormais Paul, s’adresse à Bar-Jésus : « Ô homme plein de toute fraude et de toute méchanceté, fils du diable », en contraste avec son nom Bar-Jésus qui signifie fils de Jésus, « ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ? Et maintenant voici, la main du Seigneur est sur toi, et tu seras aveugle, sans voir le soleil pour un temps ». Élymas est une image de la nation juive qui est aveuglée pour un temps ; s’étant opposée à l’évangile, elle est l’objet du gouvernement de Dieu.

Ce n’est pas le miracle accompli par Paul qui amène le proconsul à la foi, c’est la Parole de Dieu : « Alors le proconsul voyant ce qui était arrivé, crut, étant saisi par la doctrine du Seigneur » (v.12).

Dans ces ch. 12 et 13 nous voyons donc deux assauts de l’Adversaire ; au ch. 12 c’est le lion rugissant, au ch. 13 c’est l’ange de lumière. Dans un cas comme dans l’autre, l’Ennemi est défait et le travail de Dieu s’accomplit.

v. 13 : Jean n’était pas prêt pour ce service et il s’en retourne. Il est toujours dangereux de pousser quelqu’un dans le service. Il y a une période de formation nécessaire pour chaque serviteur du Seigneur. Plus tard Marc sera utile pour le service.

v. 14 : Barnabas et Paul arrivent à Antioche de Pisidie. Ils ne vont pas de propos délibéré annoncer la Parole dans la synagogue. Ils attendent d’avoir une direction du Saint Esprit pour agir ; ils ne se mettent pas en avant mais s’asseyent dans la synagogue comme de simples auditeurs. La lecture de la loi et des prophètes se déroule comme cela se passait dans les synagogues. En Luc 4. 16 nous lisons que, à Nazareth, le Seigneur « entra dans la synagogue un jour de sabbat, selon sa coutume, et se leva pour lire. Et on lui donna le livre du prophète Ésaïe ; et ayant déployé le livre, il trouva le passage… Et ayant ployé le livre, et l’ayant rendu à celui qui était de service, il s’assit ». Dans les synagogues on lisait la Parole, on priait, on chantait. Le service se déroulait tout comme dans le temple avec cette différence que les sacrifices n’y étaient pas offerts.

v. 15 : Le Seigneur se sert des chefs de la synagogue eux-mêmes pour ouvrir la porte à Paul et Barnabas : « Hommes frères, si vous avez quelque parole d’exhortation pour le peuple, parlez ». C’est une invitation qui nous rappelle la Parole dite à Pierre dans la maison de Corneille : « Maintenant donc, nous sommes tous présents devant Dieu, pour entendre tout ce qui t’a été ordonné de Dieu » (Act. 10. 33). Si nous sommes dépendants du Saint Esprit le Seigneur nous donnera au moment opportun une porte ouverte et nous pourrons remplir un service utile avec le secours du Saint Esprit.

v. 16 : L’apôtre Paul va alors prononcer un discours, qui nous est donné à partir de ce verset. Paul ne prend pas la parole simplement pour exposer certaines vérités. Ce qui est important ce n’est pas tant de développer telle ou telle vérité, c’est de présenter, dans la dépendance du Saint Esprit, les vérités qui sont en rapport avec les besoins des auditeurs, avec leur condition morale. Ce discours se divise en deux parties. La première partie, du v. 16 au v. 25, est un bref résumé de l’histoire du peuple jusqu’au ministère de Jean qui précède celui du Seigneur. Paul met en évidence cette vérité : Dieu a tout fait pour la bénédiction de Son peuple. Ensuite dans la deuxième partie, du v. 25 au v. 41, Paul montre ce que Dieu a fait pour Son peuple d’une manière plus merveilleuse encore que dans le passé : Il a envoyé Son Fils. Et il fait ressortir ensuite que Celui qui a été rejeté, crucifié, Dieu l’a ressuscité. Si donc la nation a rejeté et crucifié Son Messie, il fallait se séparer de cette nation rebelle et se tourner du côté de Dieu qui a ressuscité Christ. En conclusion, Paul invite le peuple à se séparer de cette génération sur laquelle est suspendu le jugement et à se tourner vers Dieu. C’est le même appel que l’apôtre Pierre avait adressé aux Juifs quelque temps auparavant (Act. 2. 40 et 41).

L’apôtre commence par indiquer quels sont ceux à qui il s’adresse : « Hommes israélites, et vous qui craignez Dieu ». Ceux qui craignent Dieu étaient des prosélytes, des gentils qui craignaient Dieu et qui, de ce fait, s’étaient liés au peuple d’Israël. Ils n’étaient pas circoncis mais ils avaient le droit d’entrer dans les synagogues et d’y écouter la Parole de Dieu.

v. 17 : « Le Dieu de ce peuple choisit nos pères » : cette première parole exalte la grâce de Dieu. Si le peuple pouvait se glorifier d’une certaine position, il ne fallait pas qu’il s’en attribuât quelque mérite. C’était Dieu qui avait tout fait. Dieu avait choisi Abraham. C’est l’élection selon la grâce de Dieu. On avait lu la loi et les prophètes ; lui, l’apôtre, va présenter la grâce, cette même grâce qui déjà avait choisi Abraham. Nous avons dit qu’il s’agissait là d’un bref raccourci de l’histoire du peuple, aussi Saul passe aussitôt au séjour du peuple au pays d’Égypte : « Il éleva haut le peuple pendant son séjour au pays d’Égypte ». Lorsque nous évoquons le séjour du peuple d’Israël en Égypte nous pensons surtout à ses souffrances, aussi cette expression nous surprend-elle un peu, mais il y a plusieurs passages à la fin de la Genèse et au début de l’Exode qui justifient ces paroles (Gen. 47. 6) : « Le pays d’Égypte est devant toi ; fais habiter ton père et tes frères dans la meilleure partie du pays… si tu connais qu’il y ait parmi eux des hommes capables, tu les établiras chefs des troupeaux qui sont à moi ». Gen. 50. 11 : « Et les habitants du pays, les Cananéens, virent le deuil dans l’aire d’Atad, et ils dirent : C’est ici un grand deuil pour les Égyptiens » (il s’agissait de la mort de Jacob). Ex. 1. 7 : « Et les fils d’Israël fructifièrent et foisonnèrent, et multiplièrent ; et devinrent extrêmement forts ; et le pays en fut rempli ». En vérité Paul peut dire : Dieu « éleva haut le peuple pendant son séjour au pays d’Égypte ». L’Éternel s’est bien occupé de Son peuple dans Sa grâce, pendant qu’il était dans le pays d’Égypte.

« Et Il les en fit sortir à bras élevé » : l’Éternel accomplit une grande délivrance pour Son peuple, délivrance qui nous est rapportée dans l’Exode.

v. 18 : « Et Il prit soin d’eux dans le désert, comme une mère, environ quarante ans : cette expression « comme une mère » est très touchante. Rien ne peut lasser l’amour d’une mère. Ses enfants trouvent toujours auprès d’elle des trésors d’amour et de tendresse. Le Seigneur s’occupe de nous comme une mère de ses enfants, avec la même affection, la même tendresse, les mêmes soins qui ne cessent jamais. S’adressant aux Thessaloniciens au ch. 2 de sa première épître, l’apôtre parle des soins qu’il a eus pour les saints de cette assemblée : « nous avons été doux au milieu de vous. Comme une nourrice chérit ses propres enfants, ainsi, vous étant tendrement affectionnés, nous aurions été tout disposés à vous communiquer non seulement l’évangile de Dieu mais aussi nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers » (v. 7) et au v. 11 : « nous avons exhorté chacun de vous, comme un père ses propres enfants, vous exhortant, et vous consolant, et rendant témoignage, pour que vous marchiez d’une manière digne de Dieu » : ici il s’agit de l’autorité du père qui exhorte ses enfants et qui les encourage, qui désire que ses enfants marchent dans le chemin de Dieu.

Ésaïe 66. 12 et 13 : « Car ainsi dit l’Éternel : Voici, j’étends sur elle la paix comme une rivière, et la gloire des nations comme un torrent qui se déborde ; et vous téterez, vous serez portés sur les bras et caressés sur les genoux. Comme quelqu’un que sa mère console, ainsi moi, je vous consolerai ; et vous serez consolés ». Combien ces consolations seront précieuses au cœur des fidèles du résidu de la fin après les souffrances et les détresses qu’ils auront traversées. Ce passage nous montre que le cœur du Seigneur ne change pas, depuis le désert jusqu’au moment dont nous parle Ésaïe 66. Quel bonheur de savoir que nous avons toujours à faire au même Dieu tendre et fidèle et à Celui qui a mis Sa vie pour Ses brebis.

On peut rappeler trois passages à ce sujet. Deutéronome 1. 31 : « dans le désert… tu as vu que l’Éternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son fils, dans tout le chemin où vous avez marché, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci », Deutéronome 32. 9 à 13 : « la portion de l’Éternel, c’est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage… Il le conduisit çà et là ; il prit soin de lui, il le garda comme la prunelle de son œil. Comme l’aigle éveille son nid, plane au-dessus de ses petits, étend ses ailes, les prend, les porte sur ses plumes, l’Éternel seul l’a conduit… Il l’a fait passer à cheval sur les lieux hauts de la terre ; et il a mangé le produit des champs, et il lui a fait sucer le miel du rocher, et l’huile du roc dur », Deutéronome 33. 26 et 27 : « Nul n’est comme le Dieu de Jeshurun, qui est porté sur les cieux à ton secours, et sur les nuées dans sa majesté. Le Dieu d’ancienneté est ta demeure, et au-dessous de toi sont les bras éternels ; il chasse l’ennemi devant toi et il dit : Détruis ! ».

v. 19 : Le désert traversé c’est l’entrée dans le pays de Canaan : « ayant détruit sept nations au pays de Canaan, il leur en donna le pays en héritage ». Ce sont les sept nations dont il est parlé au ch. 7 du Deutéronome : « Quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura introduit dans le pays où tu entres pour le posséder, et qu’il aura chassé de devant toi des nations nombreuses, le Héthien, et le Guirgasien, et l’Amoréen, et le Cananéen, et le Phérézien, et le Hévien, et le Jébusien, sept nations plus nombreuses et plus fortes que toi, et que l’Éternel, ton Dieu, les aura livrées devant toi, et que tu les auras frappées, tu les détruiras entièrement comme un anathème » (v. 1 et 2). Ces sept nations représentent en figure la plénitude de puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes (Canaan est une figure des lieux célestes) et dont il est question en Éphésiens 6.

En fait, l’Ennemi que nous avons à vaincre est un ennemi vaincu : il a été vaincu à la croix. Les principautés et les autorités ont été produites en public et Christ a triomphé d’elles en la croix. Mais nous avons cependant à livrer le combat contre cet ennemi vaincu, car Dieu n’a pas encore « brisé Satan sous nos pieds » (Rom. 16. 20). Ici nous est seulement présenté le côté de la grâce de Dieu et de Sa puissance. Le peuple entre dans le pays ruisselant de lait et de miel, image de la condition qui est la nôtre dans les lieux célestes.

v. 20 : Après le livre de Josué c’est le livre des Juges. Toute la période des juges se trouve incluse dans ce verset : « Et après ces choses, jusqu’à environ quatre cent cinquante ans, il leur donna des juges, jusqu’à Samuel le prophète ».

Arrivés à ce point du raccourci de l’histoire du peuple, on peut remarquer que l’apôtre met en relief la grâce de Dieu ; il n’y a pas un reproche, pas de rappel du veau d’or, de Mara, des cailles, pas de regrets des oignons de l’Égypte.

Dans ce temps des Juges où chacun faisait ce qui est bon à ses yeux, ce n’est pas ce côté-là que Paul souligne. En présence du déploiement de puissance de l’ennemi, le peuple crie à l’Éternel, l’Éternel écoute, Il suscite un juge et il y a alors un temps d’accalmie. C’est la réponse de la grâce de Dieu aux misères et aux inconséquences du peuple.

« Jusqu’à environ quatre cent cinquante ans » : l’expression est un peu difficile à saisir. Le traducteur fait ressortir la portée de cette expression : « Dieu après qu’Il eut donné le pays en héritage à Israël ; selon qu’Il le jugeait bon, de temps en temps, pendant un laps de temps de 450 ans, jusqu’à Samuel, suscita des juges à Israël. Le point de départ du décompte n’est pas donné. Les juges furent donnés après que le pays eut été distribué par le sort, et cet ordre de choses s’étendit jusqu’à Samuel, jusqu’au terme de 450 ans, à quelque époque qu’il faille faire remonter le commencement de ces 450 ans. C’est très probablement à l’Exode que cet ordre de choses commence, et il s’est étendu jusqu’à Samuel » (partie de la note du Nouveau Testament, édition 1872). Peut-être faut-il voir en Exode 18. 17 à 27 le point de départ de cette période ?

v. 21 : « Et puis ils demandèrent un roi » : cette parole devait atteindre la conscience du peuple, « et Dieu leur donna Saül, fils de Kis, homme de la tribu de Benjamin, pendant quarante ans ». Quarante ans est une période durant laquelle un homme ou un état de choses est mis à l’épreuve. Il y a une expression assez frappante en 1 Samuel 13 à propos du peuple qui a demandé ce roi. Une fois qu’il l’a eu, les aspirations de son cœur n’étaient guère satisfaites : « et Saül était encore à Guilgal, et tout le peuple le suivait en tremblant » (v. 7). Ce roi, Dieu le lui a donné et Il le lui a ôté. Osée 13. 9 à 11 nous montre quel était le véritable état du peuple : « C’est ta destruction, Israël, que tu aies été contre moi, contre ton secours. Où donc est ton roi ? pour qu’il te sauve dans toutes tes villes. Où sont tes juges, dont tu as dit : Donne-moi un roi et des princes ? Je t’ai donné un roi dans ma colère et je l’ai ôté dans ma fureur ». Quand la mise à l’épreuve du peuple et du roi a été faite, au bout de quarante ans, Dieu a ôté le roi « dans Sa fureur ».

v. 22 : « Et l’ayant ôté, il leur suscita David pour roi duquel aussi, il dit en lui rendant témoignage : J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté ». C’était le bien-aimé, un homme selon Son cœur. Un témoignage prophétique avait été donné à l’égard de David : « J’ai trouvé David, mon serviteur ; je l’ai oint de mon huile sainte ; ma main sera fermement avec lui, et mon bras le fortifiera » (Ps. 89. 20 et 21). Il nous est présenté comme un type de Christ ; c’est ce que nous voyons au v. 19 : « Alors tu parlas en vision de ton saint, et tu dis : J’ai placé du secours sur un homme puissant, j’ai haut élevé un élu d’entre le peuple ». Tel est le roi selon le cœur de Dieu. Quelle grâce que celle de Dieu à l’égard de Son peuple ! En fait c’est Christ qui est présenté là, un homme selon Son cœur. David est un type de Christ.

v. 23 : Ce verset le montre bien : « De la semence de cet homme, Dieu, selon sa promesse, a amené à Israël un Sauveur, Jésus ». La généalogie que nous avons en Matthieu nous montre que Christ était de la lignée royale. Paul va faire ressortir le don suprême de la grâce de Dieu envers Son peuple. Il s’ajoute à toutes les manifestations de la grâce de Dieu que nous avons considérées. Jésus est par excellence l’homme selon le cœur de Dieu. C’est bien là l’homme qui, en perfection, « fera toute Sa volonté ».

v. 24 : Il semble à nos yeux qu’il eut fallu intercaler ce qui est dit de Jean entre les v. 22 et 23. Pourquoi revenir en arrière ? Ce qui paraît une anomalie aux yeux de l’homme (encore qu’il faille observer que, dans le v. 24, l’Esprit de Dieu introduit l’expression « immédiatement avant son arrivée » dès qu’il est fait mention de Jean pour bien marquer que son ministère précédait la venue de Jésus. Par ailleurs, le v. 23 présente Jésus comme étant de la semence de David, il se lie donc bien au v. 22) fait ressortir la pensée de Dieu à l’égard de Son peuple : pour pouvoir jouir de la bénédiction, il fallait la repentance. Pour accueillir Jésus, pour recevoir Jésus, il fallait d’abord se repentir. C’est une vérité qui est de tous les temps et de toutes les économies. Nous ne pouvons jouir de la bénédiction de Dieu si nous avons des péchés que nous ne confessons pas : il y aura toujours un interdit qui nous empêchera de jouir de la grâce de Dieu. Une personne inconvertie ne pourra jouir de tout ce que Dieu veut lui donner que si elle confesse ses péchés. Il a fallu que le ministère de Jean prenne fin pour que celui du Seigneur commence. En Marc 1. 14 nous lisons : « Mais après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, prêchant l’évangile du royaume de Dieu ». C’est en général l’évangile de Marc qui nous présente les faits dans l’ordre chronologique. Nous n’avons qu’une ou deux exceptions à cette règle générale.

Israël était invité à se repentir. Le baptême de Jean divisait les Juifs en deux classes. Il y avait ceux qui rejetaient le conseil de Dieu et ceux qui étaient baptisés, ceux que le Seigneur appelle au Psaume 16 les saints et les excellents, ceux à propos desquels Il peut dire : « En eux sont toutes mes délices » (Luc 7. 29 et 30).

v. 25 : Il termine cette première partie : « Et comme Jean achevait sa course… » Jean achevait le service qui lui avait été confié. Pratiquement pour Jean, se terminait ce que Dieu s’était proposé à son égard. La course et le service ne sont pas tout à fait la même chose, la course et la vie non plus. Un chrétien peut terminer sa vie sans avoir fait le premier pas dans la course. L’apôtre Paul avait achevé sa course et avait encore environ deux ans à vivre (2 Tim. 4. 7). Il est vrai que l’on peut considérer que son service était achevé lorsqu’il a écrit la deuxième épître à Timothée. La Parole ne nous dit rien des activités qu’il aurait pu exercer alors. La course est une sorte de voyage moral (sans doute lié au service) qui s’accomplit sur la terre, au cours duquel le croyant est détaché des choses terrestres et jouit pleinement des choses célestes. C’est sans doute la pensée exprimée en Hébreux 12. 1 et 2. Quand ce travail est terminé, il a achevé sa course.

« Il dit : Qui pensez-vous que je sois ? Je ne le suis pas moi ; mais voici, il en vient un après moi, des pieds duquel je ne suis pas digne de délier la sandale » : il parlait de Christ, il ne pensait qu’à Christ. Il était tellement rempli de Christ qu’il ne Le nomme même pas. Serviteur humble et effacé, il met en relief la gloire de Celui qu’il présente ! « Il en vient un après moi, des pieds duquel je ne suis pas digne de délier la sandale » : nous trouvons cette expression dans trois évangiles, alors qu’il y a une expression différente dans Matthieu : « je ne suis pas digne de porter Ses sandales ». La différence entre Jean et Jésus est encore plus marquée que dans le fait de « délier » et c’est bien en rapport avec le caractère de Roi d’Israël, sous lequel le Seigneur est présenté dans l’Évangile selon Matthieu. C’est dire comment l’Esprit de Dieu par la bouche de Jean présente la grandeur et la gloire de Celui qui vient dans ce monde.

Paul et Barnabas avaient quitté Antioche de Syrie (v. 3). Nous les voyons à Antioche de Pisidie au v. 14. Ils entrent dans la synagogue le jour du sabbat sans avoir le propos arrêté d’y annoncer la Parole mais étant à la disposition de l’Esprit de Dieu pour remplir le service qui pouvait leur être confié. Ils s’asseyent comme de simples auditeurs, attendant qu’une porte leur soit ouverte, si Dieu voulait la leur ouvrir. Quel exemple de dépendance ! Il était bien selon la pensée de Dieu que Paul et Barnabas prennent la parole dans la synagogue ; les chefs de la synagogue leur envoient dire : « hommes frères, si vous avez quelque parole d’exhortation pour le peuple, parlez ».

Paul se lève et fait signe de la main. Il a quelque chose à dire. Il va prononcer un discours qui nous est rapporté aux v. 16 à 41. Ce discours comprend deux parties. Dans la première du v. 16 au v. 25, nous avons un court résumé de l’histoire du peuple d’Israël jusqu’à Jean le baptiseur. Dans ce bref raccourci de l’histoire d’Israël, Paul met en relief le déploiement de la grâce de Dieu à l’égard de ce peuple qui était Son peuple. Il laisse de côté les infidélités du peuple, ses manquements, se bornant à rappeler les différentes étapes de son histoire au cours desquelles il était manifeste que la grâce de Dieu s’était occupée de lui. C’était le Dieu d’Israël qui avait choisi les pères, de sorte que le peuple ne pouvait se glorifier d’être le peuple de Dieu.

À partir du v. 17 nous avons les quelques étapes que souligne l’apôtre dans son discours : le séjour des fils d’Israël en Égypte, sa sortie du pays d’Égypte, les soins de Dieu à son égard au travers du désert, son introduction dans le pays de la promesse après la destruction de sept nations, image de la plénitude de la puissance satanique dont nous parle Éphésiens 6. 12. Le pays leur est ainsi donné en héritage ; ensuite c’est le règne du roi selon la chair que Dieu leur a donné dans Sa colère et leur a ôté dans Sa fureur.

Après quoi, vient le roi selon le cœur de Dieu : « J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté ». C’était de la semence de cet homme que devait naître le Messie d’Israël (v. 23). En présentant la personne de Jésus le Sauveur, non seulement pour Son peuple mais aussi pour régler la question du péché et être le Sauveur du monde, l’apôtre ne peut passer sous silence le ministère de Jean le baptiseur ; il insiste sur le fait qu’il fallait se repentir pour recevoir le Messie.

La deuxième partie du discours de l’apôtre Paul commence au v. 26. Dans cette partie, il va présenter le Sauveur, Son rejet d’abord, Sa résurrection glorieuse ensuite et ce qui découle de cette résurrection. Les apôtres à maintes reprises ont mis en relief cette vérité capitale du christianisme.

v. 26 : Cette deuxième partie commence à peu près avec les mêmes expressions que la première : « Hommes frères, fils de la race d’Abraham ». L’apôtre emploie une expression correspondant à celle du v. 17 pour faire ressortir la grâce de Dieu, les promesses qui ont été faites à Abraham. L’apôtre s’adresse à eux et « à ceux qui parmi eux craignaient Dieu ». Cette dernière expression correspond à celle du v. 16 et désigne les prosélytes qui ne faisaient pas partie du peuple Juif mais qui avaient abandonné leurs idoles et désiraient connaître le vrai Dieu, le Dieu d’Israël. Ils étaient liés au peuple d’Israël.

« La parole de ce salut est envoyée » : c’est là l’essentiel du discours de l’apôtre. Il voulait présenter à cet auditoire une parole de salut et c’est ce qu’il va développer dans les versets qui suivent.

v. 27 : « car ceux qui habitent à Jérusalem et leurs chefs, n’ayant pas connu Jésus » : l’apôtre met en évidence la responsabilité du peuple Juif mais tout particulièrement celle des habitants de Jérusalem. Il y a des degrés de responsabilité : tous les hommes sont coupables d’avoir rejeté le Seigneur mais les Juifs sont certainement plus responsables que les autres peuples des nations. Le Messie a été rejeté par Son propre peuple. Parmi ce peuple Juif même, il y a encore des degrés de responsabilité : ceux qui ont crucifié le Messie ont la plus lourde responsabilité et parmi eux les chefs ont les responsabilités les plus grandes.

« ni les voix des prophètes qui se lisent chaque sabbat » c’est une allusion à ce que nous avons lu au v. 15 : « et après la lecture de la loi et des prophètes ». Les Juifs, les chefs du peuple en particulier, avaient eu le témoignage des Écritures de l’Ancien Testament qui annonçaient la venue de Christ, Ses souffrances et Sa mort. Il y avait donc une double culpabilité qui pesait sur eux : ils ont méprisé le témoignage des Écritures et ils n’ont pas connu Jésus. Chaque sabbat il y avait une responsabilité nouvelle pour eux puisque la voix des prophètes se faisait entendre à eux « chaque sabbat ».

Si les Juifs ont eu sur leurs épaules cette responsabilité nous pouvons faire un parallèle et considérer celle qui est la nôtre. Au moins chaque dimanche nous entendons la Parole de Dieu. Quel cas en faisons-nous ? Écoutons-nous cette voix ? Y sommes-nous attentifs ? Si la voix des prophètes avait touché le cœur et la conscience des Juifs ils auraient été attentifs au message qu’elle leur faisaient entendre. Ce n’est pas seulement par l’oreille qu’il nous faut entendre la Parole mais par le cœur. Dans le livre des Proverbes, il nous est dit que ce que cherche l’oreille c’est le cœur qui l’acquiert : « Le cœur de l’homme intelligent acquiert la connaissance et l’oreille des sages cherche la connaissance » (Prov. 18. 15).

Mais les Juifs et tout particulièrement « ceux qui habitent à Jérusalem et leurs chefs, n’ayant pas connu Jésus, ni les voix des prophètes qui se lisent chaque sabbat, ont accompli celles-ci en le jugeant ». A leur insu, ils ont accompli les Écritures parce qu’elles annonçaient Sa venue, Son rejet, Sa crucifixion, l’œuvre qu’Il devait accomplir à la croix (És. 53, Psaumes 88, 42, 22 et d’autres encore). Nous avons là, annoncées prophétiquement « les souffrances qui devaient être la part de Christ et les gloires qui suivraient » (1 Pier. 1. 11). Ceux auxquels l’apôtre s’adressait auraient dû être remués en voyant que ceux de Jérusalem et leurs chefs avaient accompli à leur insu ce qu’annonçaient les Écritures.

Au ch. 26 de Matthieu au v. 54 le Seigneur dit Lui-même : « Comment donc seraient accomplies les écritures, qui disent qu’il faut qu’il en arrive ainsi ? »

Et en Jean 19. 28 : « Après cela Jésus, sachant que toutes choses étaient déjà accomplies, dit, afin que l’écriture fût accomplie : J’ai soif ». Il y avait donc eu des témoignages rendus par le Seigneur Lui-même avant d’aller à la croix et sur la croix, relatifs à l’accomplissement des Écritures.

– C’est en relation avec le Ps. 69 ?

– Probablement : « Dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre » (v. 21).

L’apôtre Pierre dans un de ses discours aux Juifs, avait dit : « Vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier » (Act. 3. 14). Ici Paul ajoute : « quoiqu’ils ne trouvassent en Lui aucun crime qui fut digne de mort, ils prièrent Pilate de le faire mourir ». Pilate avait le désir de le relâcher et l’apôtre Pierre y fait allusion également. Certains passages des évangiles nous montrent que Pilate aurait été désireux de relâcher le Seigneur, notamment au ch. 23 de Luc v. 20 : « Pilate donc s’adressa de nouveau à eux, désirant relâcher Jésus ». Et en Jean 19. 6 : « Pilate leur dit : Prenez-le, vous, et le crucifiez ; car moi, je ne trouve pas de crime en Lui. Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi, et selon notre loi Il doit mourir, car Il s’est fait Fils de Dieu ». Les Juifs avaient eu de nombreux témoignages qu’Il était le Fils de Dieu et ils osent proférer une telle accusation devant Pilate ! Cela montre la volonté délibérée des Juifs de se débarrasser de Celui qui était leur Messie et qui était Dieu. Quelle culpabilité pèse sur leurs épaules ! Ils ont accompli toutes les choses qui étaient dites de Lui : « Après qu’ils eurent accompli toutes les choses qui sont écrites de lui, ils le descendirent du bois » : l’apôtre n’entre pas dans plus de détails. Des expressions de l’Ancien Testament nous parlent de cette mort sur la croix : « ils regarderont vers moi, celui qu’ils auront percé » (Zach. 12. 10) comme aussi le Psaume 22. 16.

v. 28 : « Et quoiqu’ils ne trouvassent en Lui aucun crime qui fût digne de mort, ils prièrent Pilate de le faire mourir ». Nous avons en Luc 23 sept témoignages attestant qu’il n’y avait aucun crime en Jésus, aux v. 4, 14, 15 (deux fois) 22, 41 et 47. C’est donc un jugement inique qui a été prononcé contre le Seigneur.

v. 29 : « Ils le descendirent du bois et le mirent dans un sépulcre » les hommes ont accompli leur œuvre, ils ne peuvent aller plus loin.

v. 30 : Mais Dieu va maintenant intervenir et accomplir la Sienne. Il va ressusciter Jésus d’entre les morts. Le Seigneur Jésus a été ressuscité, par la gloire du Père, par Sa propre puissance (« Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » (Jean 2. 19) et par la puissance du Saint Esprit (c’est ce que veut dire l’expression « vivifié par l’Esprit » en 1 Pierre 3. 18). Les trois personnes de la trinité ont été à l’œuvre dans la résurrection du Seigneur. Les hommes avaient placé le Seigneur dans le sépulcre et quand ils ont trouvé le sépulcre vide ils ont imaginé un stratagème : ils ont donné « une bonne somme d’argent aux soldats, disant : dites : ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé pendant que nous dormions », ce qui était absolument invraisemblable puisque la garde était composée de soixante soldats qui ne pouvaient tous dormir en même temps et puisque, en outre, le sommeil des gardes était puni de mort.

On voit ce qu’est le cœur de l’homme et ce qu’il peut imaginer pour arriver à ses fins, comme aussi les efforts de l’Ennemi pour essayer de nier la résurrection, dès les premiers temps de l’Église et même juste après qu’elle a eu lieu. L’apôtre l’établit ici d’une manière très ferme : « Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ». Par conséquent il fallait se retirer de cette nation impie qui avait crucifié Son Messie et se tourner vers Dieu qui L’avait ressuscité d’entre les morts. L’apôtre Pierre avait déjà dit aux Juifs, comme aussi à tous ceux qui habitaient Jérusalem : « Sauvez-vous de cette génération perverse » (Act. 2. 40).

v. 31 : « Et Il a été vu pendant plusieurs jours par ceux qui étaient montés avec Lui de la Galilée à Jérusalem, qui sont maintenant Ses témoins auprès du peuple » : l’apôtre fait allusion aux témoignages qui ont été rendus de la résurrection du Seigneur. Alors que le ch. 23 de Luc nous donne sept témoignages de l’innocence du Seigneur, le ch. 15 de la première épître aux Corinthiens nous présente sept témoignages de Sa résurrection (v. 4 à 8). Il est assez surprenant, à première vue, que dans ces sept témoignages, nous n’ayons pas celui des femmes. En 1 Corinthiens 15, l’apôtre établit avec beaucoup de force la doctrine de la résurrection pour mettre les Corinthiens en garde contre les faux docteurs qui disaient « qu’il n’y a pas de résurrection de morts » (v. 12) et il embrasse dans les vérités qu’il présente tout l’espace de temps depuis la résurrection de Christ jusqu’à l’état éternel (v. 13 à 28).

1 Corinthiens 15 établit la doctrine de la résurrection. Nous avons là un témoignage « officiel » rendu à la résurrection du Seigneur, constitué par l’ensemble de ces sept témoignages (v. 4 à 8). Quand il est parlé de ce témoignage « officiel », il n’est pas question des femmes. Quand il est question de consoler les cœurs affligés, le Seigneur va d’abord consoler ceux qui sont le plus affectés. Il se présente d’abord aux femmes : « il apparut premièrement à Marie de Magdala » (Marc 16. 9). Il savait combien leur cœur était douloureusement meurtri, Il va donc aussitôt les consoler. C’est par conséquent à dessein que nous n’avons pas le témoignage des femmes dans le début de 1 Corinthiens 15. 1 Corinthiens 15 aussi insiste sur le fait que les Écritures de l’Ancien Testament avaient annoncé ces choses : « Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, et II a été enseveli, et… Il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor. 15. 3 et 4). C’était donc bien l’accomplissement des Écritures.

« Il a été vu pendant plusieurs jours » : nous savons qu’Il a été vu pendant quarante jours, période qui constitue un temps d’épreuve, ou de preuve complète. La preuve, preuve complète, de sa résurrection a donc été donnée. Le premier chapitre du livre des Actes souligne ce fait au v. 3 : « Après avoir souffert, Il se présenta Lui-même vivant avec plusieurs preuves assurées, étant vu par eux durant quarante jours ». Ceux-là étaient maintenant ses témoins auprès du peuple. C’étaient des témoins oculaires : ils avaient vu le Seigneur après Sa résurrection. Il y avait donc des témoignages indubitables, absolument certains.

La résurrection du Seigneur est la preuve de trois vérités capitales et fondamentales.

– En premier lieu, elle établit la gloire infinie de Sa personne. C’est ce qu’on trouve en Romains 1. 3 et 4 : « touchant Son Fils (né de la semence de David, selon la chair, déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts) », la note (Nouveau Testament 1872) nous précise : « Littéralement : de morts ». L’expression signifie non seulement que Christ a opéré des résurrections de morts mais encore qu’Il est sorti vainqueur du tombeau : Il a opéré Sa propre résurrection (Jean 2. 19).

– La résurrection du Seigneur établit également la valeur infinie de Son œuvre. À la fin de Romains 4 il est dit : « Il a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification ». Les deux choses étaient nécessaires, la mort de Christ comme aussi Sa résurrection. Cette œuvre a parfaitement satisfait à tous les droits de la justice de Dieu et Dieu ne pouvait laisser dans le tombeau Celui qui l’avait parfaitement glorifié. Nous sommes justifiés par Sa résurrection. Nous comprenons pourquoi les apôtres insistaient beaucoup sur la vérité de la résurrection dans ces premiers temps de l’Église : parce qu’elle établit la justification du croyant.

– En troisième lieu, la résurrection du Seigneur est la preuve qu’un jour Il jugera la terre habitée toute entière. C’est ce que nous trouvons un peu plus loin : « Dieu donc, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance, ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ; parce qu’Il a établi un jour auquel Il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi Il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Act. 17. 30 et 31). Le fait que Dieu a ressuscité Christ d’entre les morts est la preuve certaine donnée à tous les hommes que Christ jugera le monde. Le Père a donné tout le jugement au Fils, trouvons-nous au ch. 5 de Jean. Il est fait allusion à la résurrection dans tout ce passage de Jean.

« En vérité, en vérité, je vous dis que l’heure vient, et elle est maintenant, que les morts » – ceux qui sont morts moralement, morts dans leurs fautes et dans leurs péchés – « entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Car comme le Père a la vie en Lui-même, Il a donné au Fils aussi d’avoir la vie en Lui-même ; et Il Lui a donné autorité de juger aussi, parce qu’il est Fils de l’homme. Ne vous étonnez pas de cela ; car l’heure vient » – l’heure de la résurrection – « en laquelle tous ceux qui seront dans les sépulcres entendront Sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront pratiqué le bien, en résurrection de vie ; et ceux qui auront fait le mal, en résurrection de jugement ». Il n’est pas dit à quels moments ces deux résurrections auront lieu mais c’est le principe qui est donné là. L’une est la résurrection de vie, l’autre, la deuxième résurrection, résurrection des morts, est la résurrection de jugement. Voilà donc trois vérités capitales établies par la résurrection du Seigneur.

v. 32 et 33 : « Et nous, nous vous annonçons la bonne nouvelle quant à la promesse qui a été faite aux pères, que Dieu l’a accomplie envers nous, leurs enfants, ayant suscité Jésus », L’apôtre annonçait cette bonne nouvelle à ceux qui l’écoutaient : Jésus est venu, Il est mort pour nos fautes, nous sommes justifiés par Sa résurrection. L’apôtre va citer quatre passages de l’Ancien Testament établissant les vérités qu’il vient de présenter. Psaume 2. 7 : « Tu es mon Fils ; aujourd’hui je t’ai engendré » : c’est le mystère de l’incarnation, la venue de Christ ici-bas comme homme, engendré par Dieu, né du sein de la vierge, né sans péché, Dieu manifesté en chair. Il L’a ressuscité non comme un prophète, mais comme engendré de Lui, Il est Son Fils, Fils éternel aujourd’hui engendré. C’est le « prophète » dont Moïse avait parlé (Deut. 18. 18). Les Juifs refusaient de croire que le Messie était venu et aujourd’hui encore ils manifestent la même incrédulité.

Nathanaël avait bien compris ces choses puisqu’il déclare lui-même à Jésus : « tu es le Fils de Dieu ; tu es le roi d’Israël » (Jean 1. 50). « Jésus répondit et lui dit : Parce que je t’ai dit que je te voyais sous le figuier, tu crois ? tu verras de plus grandes choses que celles-ci. Et il lui dit : En vérité, en vérité, je vous dis : Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme » (v. 51 et 52). Le Seigneur lui révèle une vérité que Nathanaël ne connaissait pas encore : Il se présente comme le Fils de l’homme, Celui qui est l’objet des soins du ciel, mais Celui qui roi, rejeté par son peuple, devait être offert en sacrifice sur l’autel de la croix.

v. 34 : « Or qu’Il l’ait ressuscité d’entre les morts, pour ne devoir plus retourner à la corruption, Il l’a dit ainsi : Je vous donnerai les grâces assurées de David ». C’est une citation d’Ésaïe 55. Une note nous dit dans l’édition de 1872 du Nouveau Testament que le mot traduit par grâces au v. 34 et le mot traduit par saint au v. 35 sont, la forme à part, le même mot. Nous trouvons aussi une note à propos de 2 Chroniques 6. 42 : « Éternel Dieu, ne repousse pas la face de ton oint ; souviens-toi de tes grâces, envers David, ton serviteur » qui dit, à propos du mot « grâces » : khésed, d’où le mot khasid, saint v. 41 ; c’est la bonté en Dieu, la piété dans l’homme, envers Dieu, envers ses parents, la miséricorde, Christ Lui-même, comme Celui en qui ces qualités se trouvent, est appelé khasid ; voyez Psaume 89. 1 à 3,19.

La note que nous avons dans le Nouveau Testament 1872 est un peu plus complète. J’en donne un extrait : « C’est ce que Dieu donne comme en harmonie avec Lui-même, avec Son caractère ou Ses promesses. Il signifie : pieux, sacré, plein de grâce, ou aussi « saint »… et il est appliqué à Christ en qui se trouvent résumées toute la bienveillance et la bonté de Dieu envers les hommes, aussi bien que la parfaite piété. Les septante l’emploient aussi au Psaume 89 pour rendre l’hébreu « khésed » par lequel l’écrivain sacré désigne les bontés de Dieu envers Israël qui se concentrent en David et les promesses faites à David et à sa postérité, notamment à Christ (v. 1 à 4) ; ensuite, au v. 19 du même Psaume, la même expression est appliquée à la personne en qui toutes ces bontés et ces grâces se concentrent, en contraste avec « kodesh », saint, employé à l’égard de Jéhovah au v. 18 : et les saintetés ou grâces assurées par la résurrection de Jésus, le saint, qui n’a pas dû voir la corruption, sont celles que nous trouvons décrites aux v. 29 à 39 ». Grâces assurées et saint ont à peu près la même signification.

v. 35. La troisième citation : « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » est tirée du Psaume 16, Psaume qui s’applique bien à Christ. Ce Psaume a déjà été cité au ch. 2 où l’Esprit de Dieu l’applique également à Christ. C’est donc bien de Christ qu’il est question au Psaume 16. Dans ce Psaume 16 nous avons plusieurs interlocuteurs ; à la fin du Psaume, c’est Christ qui parle : « Car tu n’abandonneras pas mon âme au shéol, tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption ». Cette expression prophétique nous dit l’assurance que Christ avait qu’Il serait ressuscité. Il n’a même pas été en contact avec la corruption : Son corps saint et pur ne pouvait pas « voir » la corruption (Jean 19. 41).

v. 36 et 37 : « David, après avoir, en sa propre génération, servi au conseil de Dieu ». C’est une expression un peu difficile à saisir. Elle veut dire : David, après avoir servi sa propre génération selon le conseil de Dieu où par la volonté de Dieu (voir note Nouveau Testament 1872). Voilà trois textes de l’Ancien Testament sur lesquels l’apôtre Paul s’appuie et il termine par une citation d’Habakuk. C’est la quatrième dont nous avons parlé.

v. 38 et 39 : « Sachez donc, hommes frères, que par Lui vous est annoncée la rémission des péchés, et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié en Lui » : c’est la grande, bonne et heureuse nouvelle que Dieu pouvait et voulait leur présenter. Telle est la justification que l’apôtre présente : l’homme est incapable d’accomplir la loi, l’expérience en a été faite pendant quarante siècles ; désormais par la simple foi en Christ et en Son œuvre, quiconque croit est justifié.

Le début du v. 39 ne veut pas dire que la loi pouvait opérer une justification partielle. Le sens du passage est celui-ci : la loi ne pouvait pas justifier, non pas en elle-même, « le commandement est saint, et juste, et bon » (Rom. 7. 12), mais parce que l’homme est incapable de l’accomplir. La justification ne peut être que par la foi.

v. 40 et 41 : Après avoir proclamé cette bonne nouvelle du salut, cette vérité si précieuse, l’apôtre termine par un avertissement sérieux et combien solennel. Voyant peut-être dans son auditoire des personnes qui se moquaient, il dit alors : « Prenez donc garde qu’il ne vous arrive ce qui est dit dans les prophètes : « Voyez contempteurs – les contempteurs sont ceux qui dénigrent et méprisent les paroles qui leur sont dites – et étonnez-vous, et soyez anéantis ; car moi, je fais une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croiriez point, si quelqu’un vous la racontait » ; cette œuvre c’était le jugement terrible qui allait fondre sur ce peuple et le mot « terrible » n’est pas une exagération humaine, il est employé dans ce chapitre premier d’Habakuk v. 6 et 7 : « Voici, je suscite les Chaldéens, la nation cruelle et impétueuse… Elle est formidable et terrible ». L’apôtre après avoir présenté la grâce et la justification par la foi en Christ et en Son œuvre, annonce le jugement « terrible » de Dieu pour tous ceux qui refusent ce message. Ce jugement, jugement partiel, fut exécuté par Titus environ trente ans après mais il reste un jugement pour un jour à venir : il sera la part éternelle de tous ceux qui auront méprisé les appels de grâce que le Seigneur faisait entendre à ce peuple et qu’Il fait entendre encore aujourd’hui à tous les hommes encore inconvertis.

Nous aimons à penser qu’ici, du plus jeune au plus âgé, nous sommes tous de ces « quiconque » qui ont cru et qui sont justifiés par Lui. C’est encore un jour de grâce. La mort et la résurrection de Christ, tel est le message qui invite le pécheur à se tourner vers Lui afin d’être justifié par Lui.

Nous avons vu Paul et Barnabas arriver à Antioche de Pisidie, entrer dans la synagogue le jour du sabbat, s’asseoir pendant qu’on lisait la loi et les prophètes. Ils sont ensuite invités par les chefs de la synagogue à donner une parole d’exhortation pour le peuple. C’est alors que Paul prononce son discours qui se divise en deux parties, l’une et l’autre commençant par une expression montrant bien que Paul s’adresse au peuple juif et aux prosélytes ; si les termes diffèrent un peu, le sens est le même : « Hommes israélites, et vous qui craignez Dieu » (v. 16), « Hommes frères, fils de la race d’Abraham, à vous et à ceux qui parmi vous craignent Dieu » (v. 26).

Dans la première partie de ce discours (v. 16 à 25), l’apôtre donne un court résumé de l’histoire du peuple juif jusqu’à Jean le baptiseur, en faisant ressortir la grâce de Dieu qui s’est constamment déployée en sa faveur.

À partir du v. 26 l’apôtre présente le Sauveur, Son rejet, Sa mort, Sa résurrection et le témoignage des Écritures. Le Psaume 2, le Psaume 16, Habakuk 1 sont cités. À la fin de ce discours, l’apôtre adresse un appel à ce peuple : « Sachez donc, hommes frères, que par Lui vous est annoncée la rémission des péchés, et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié par Lui » (v. 38 et 39). Cet appel contient deux parties : la rémission des péchés v. 38), et la justification (v. 39).

Comme il devait probablement y avoir des moqueurs parmi ce peuple, l’apôtre termine par cette citation d’Habakuk : « Voyez, contempteurs, et étonnez-vous, et soyez anéantis ; car moi, je fais une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croiriez point, si quelqu’un vous la racontait ». Un contempteur est celui qui méprise, qui dénigre les paroles qu’il entend. L’apôtre annonce le jugement qui sera la part de tous ceux qui méprisent les appels de la grâce de Dieu.

v. 42 : À partir de ce verset nous avons les résultats de la prédication de l’apôtre dans cette synagogue d’Antioche de Pisidie.

Il y a eu parmi l’auditoire de l’apôtre des contempteurs (v. 11) et également deux autres classes de personnes ; d’abord celles du v. 42 qui sortant de la synagogue, demandent que ces paroles leur soient annoncées le sabbat suivant. Elles ont éprouvé un certain intérêt à ce que Paul a dit mais elles ne sont pas pressées d’en savoir davantage et sont toutes disposées à attendre le sabbat suivant. C’est une disposition d’esprit qui n’est sans doute pas très mauvaise mais qui est certainement moins bonne que celle des personnes du v. 43.

v. 43 : « plusieurs des Juifs et des prosélytes qui servaient Dieu suivirent Paul et Barnabas qui, leur parlant, les exhortaient à persévérer dans la grâce de Dieu ». Voilà des personnes qui ne sont pas disposées à attendre le sabbat suivant. Elles désirent tout de suite en savoir davantage. Elles s’attachent à deux serviteurs de Dieu, Paul et Barnabas, parce qu’ils leur ont présenté la Parole de Dieu. Ils leur parlent et les exhortent à persévérer dans la grâce de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de recevoir la grâce de Dieu mais il faut ensuite y persévérer, afin qu’elle ait des effets durables. La grâce apporte le salut (c’est ce que l’apôtre a prêché dans la synagogue) et ensuite elle enseigne les croyants à renier l’impiété et les convoitises mondaines afin qu’ils vivent dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ (Tite 2. 12 et 13).

Persévérer est une vertu nécessaire dans la vie chrétienne, mais nous savons par expérience que c’est une chose difficile. Il nous en faut peu pour nous décourager. L’épître aux Hébreux nous parle de croyants qui avaient reçu l’évangile de la grâce mais plusieurs d’entre eux l’avaient reçu superficiellement, peut-être pour être dégagés des exigences de la loi, mais quand les difficultés survinrent, ils étaient prêts à tout abandonner. L’apôtre les exhorte donc à persévérer dans la grâce. En Hébreux 13. 9 nous lisons : « ne soyez pas séduits par des doctrines diverses et étrangères, car il est bon que le cœur soit affermi par la grâce ». Persévérer, être affermi dans la grâce, c’est un moyen de manifester que nous sommes rachetés et c’est une sûreté : nous serons ainsi gardés de nous laisser entraîner par tant de doctrines étrangères qui foisonnent dans ce monde. L’attachement à Christ, par qui vinrent la grâce et la vérité (Jean 1. 17), et qui est « le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement » (Héb. 13. 8), tel est le seul moyen de persévérer sans être découragé.

Au ch. 13 de l’épître aux Hébreux, il nous est dit de « supporter la parole d’exhortation » (v. 22) et plusieurs fois dans le livre des Actes revient ce mot « exhorter ».

Nous avons besoin des exhortations de la Parole. Nous avons besoin de supporter la parole d’exhortation. Nous avons besoin de nous exhorter l’un l’autre. Il faut que nous pensions les uns aux autres et que dans l’amour nous nous exhortions l’un l’autre. À un moment donné c’est l’un qui a besoin d’exhortation, à un autre moment c’est l’autre. Les jeunes gens, les jeunes croyants, tout particulièrement, ont besoin d’être exhortés, c’est ce que nous avons vu au ch. 11 quand Barnabas exhortait les croyants d’Antioche à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur (v. 23).

– Est-ce qu’on peut rapprocher ce passage de Jean 8. 31 où le Seigneur parle aux Juifs qui avaient cru en Lui ? : « Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira ».

– C’est certain. Cette persévérance dans la Parole, dans la grâce car c’est la Parole qui nous présente la grâce venue en Christ, nous permet de réaliser ces deux choses : être les disciples du Seigneur, ceux qui le suivent dans son sentier, et être affranchis par la connaissance de la vérité.

Les exhortations à la persévérance sont très nombreuses, en particulier dans les évangiles. En Matthieu 10. 22 le Seigneur dit : « celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ». On trouve la même expression au ch. 24. 13 : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ». En Matthieu 10 il s’agit (depuis le v. 16) du ministère des douze après le départ du Seigneur ; en Matthieu 24 (jusqu’au v. 14) des événements qui auront lieu pendant la première moitié de la soixante-dixième semaine prophétique (Dan. 9. 25 à 27) jusqu’à la manifestation en gloire du Messie (v. 14) ; les v. 15 à 31 donnent le détail des jugements de la deuxième demi-semaine, le v. 31 conduit aussi à l’apparition en gloire du Messie. Et avec quelle grâce le Seigneur s’adresse à ses disciples quand Il leur dit en Luc 22. 28 : « Mais vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes tentations ».

L’apôtre Paul exhortait aussi son enfant Timothée, à se fortifier dans la grâce. De même l’apôtre Pierre attestait que la grâce dans laquelle nous sommes est la vraie grâce de Dieu. Ce sentiment de la grâce devrait nous accompagner tous les jours de notre vie pour que nous puissions persévérer jusqu’au bout.

Un exemple de persévérance est celui de Caleb. Il s’était fortifié dans la grâce de Dieu. Après quarante ans de marche dans le désert et cinq ans de combat, âgé de 85 ans, il était aussi fort qu’à quarante ans lorsqu’il avait exploré le pays (Jos. 14. 7 à 11). En Josué 14. 12 il dit : « peut-être que l’Éternel sera avec moi, et je les déposséderai, comme l’Éternel a dit ». Ce « peut-être » montre bien qu’il compte sur la seule grâce de Dieu. Caleb a persévéré :

– Pour visiter le pays (Nomb. 14. 24 ; Deut. 1. 36 ; Jos. 14. 8 et 9).

– Dans le désert.

– Dans la prise de possession du pays (Jos. 14. 10). Il a donc persévéré :

– Dans l’espérance.

– Dans la marche.

– Dans le combat.

Le sentiment de la grâce nous conduit à nous défier de nous-mêmes ; il nous fait réaliser que nous ne sommes rien. L’apôtre Paul a entendu cette parole du Seigneur : « Ma grâce te suffit ».

En parlant de la grâce de Dieu, il faut nous rappeler ce qu’est la grâce de Dieu. La vraie grâce de Dieu est inséparable de la vérité. En Christ elles sont inséparables. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». Tite 2 nous dit ce qu’est l’enseignement de la grâce.

Cette persévérance, nous l’avons déjà remarquée dans ce même livre des Actes : dans la prière (1. 14), dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières (2. 42), dans la prière et dans le service de la parole (6. 4), dans la grâce de Dieu (dans notre passage) et, un peu plus loin, nous verrons cette persévérance dans la foi (14. 22) c’est-à-dire dans l’attachement au Seigneur et aux vérités contenues dans les l’Écriture et saisies par la foi. Paul et Barnabas exhortent ces premiers croyants à persévérer dans la grâce de Dieu et, revenant ensuite à Antioche, ils exhortent alors ces mêmes croyants à persévérer dans la foi.

v. 44 : « Et le sabbat suivant, presque toute la ville fût assemblée pour entendre la parole de Dieu », non plus seulement les juifs et les prosélytes mais certainement aussi des gens d’entre les nations. Combien on est heureux de voir cette faim et cette soif de la Parole de Dieu. Quelle puissance a cette Parole ! Il y a parmi ces personnes des croyants, il y en a d’autres qui viennent pour entendre l’évangile ; ceux qui l’avaient déjà reçu désiraient ardemment « le pur lait intellectuel » (1 Pier. 2. 2).

Nous pouvons nous demander s’il y a toujours chez nous cette soif d’entendre, de lire la Parole de Dieu, ou si nous la lisons seulement par habitude et sans grand « appétit ». Si nous, croyants, nous n’avons pas soif et faim de la Parole, un Dieu qui nous aime nous fera passer par des épreuves, par des exercices, pour produire dans nos âmes cette faim et cette soif de la Parole. C’est ce que Dieu a fait avec Israël (Deut. 8. 3). Le but de bien des épreuves que Dieu nous dispense est de produire dans nos âmes la faim et la soif de la Parole.

On peut penser que c’était le désir du peuple aussi en Néhémie 8. Il y avait une vraie faim et une vraie soif de la Parole de Dieu : « Tout le peuple s’assembla comme un seul homme sur la place… Et ils dirent à Esdras, le scribe, d’apporter le livre de la loi de Moïse, que l’Éternel avait commandée à Israël… Et il y lut devant la place… depuis l’aube jusqu’à midi, en présence des hommes et des femmes, et de ceux qui avaient de l’intelligence. Et tout le peuple prêtait l’oreille au livre de la loi » (Néh. 8. 1 à 3). On ne trouvait pas que c’était trop long : « depuis l’aube jusqu’à midi ».

v. 45 : L’Ennemi va essayer de contrecarrer cette œuvre, cette puissante action de la Parole de Dieu. De qui va-t-il se servir ? Précisément du peuple de Dieu, des Juifs qui vont manifester leur « jalousie » en contredisant et en blasphémant. Cette attitude des Juifs, cette haine et cette méchanceté sont soulignées dans bien des passages du Nouveau Testament. En 1 Thessaloniciens. 2. 14 l’apôtre Paul écrit : « vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes choses qu’elles aussi (les assemblées de Dieu qui sont dans la Judée) ont souffertes de la part des Juifs qui ont mis à mort et le Seigneur Jésus et les prophètes, et qui nous ont chassés par la persécution, et qui ne plaisent pas à Dieu, et qui sont opposés à tous les hommes, nous empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées, pour combler toujours la mesure de leurs péchés ; mais la colère est venue sur eux au dernier terme ». Les Juifs, non seulement ne voulaient pas de la grâce qui leur était apportée mais encore ils s’opposaient à ce qu’elle soit annoncée aux nations.

v. 46 : « Paul et Barnabas, s’enhardissant » : nous avons déjà remarqué cette expression au ch. 4. 29 où les premiers chrétiens priaient le Seigneur de leur donner « d’annoncer sa Parole avec toute hardiesse ». Nous avons vu une première réponse à cette demande au v. 31 de ce ch. 4 : « ils annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse ». Il y a une autre réponse ici, ensuite au ch. 14. 3 ; 18. 26 ; 19. 8 ; 26. 26 ; 28. 31. (C’est même la dernière parole du livre des Actes). Il est fait sept fois mention dans les Actes de la hardiesse avec laquelle les apôtres présentaient la Parole et c’est cette déclaration qui clôt le livre. La prière d’Actes 4 a eu une merveilleuse réponse.

v. 47 : Le Seigneur avait donné cette mission à ses disciples (Luc 24) : annoncer l’évangile à toutes les nations en commençant par Jérusalem. Le livre des Actes fait suite à l’évangile de Luc. Déjà nous avons remarqué que Pierre avait dit aux Juifs : « À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés » (Act. 3. 26). Il y a bien eu dans ce livre des Actes le ministère de Pierre à l’égard de Corneille, le premier gentil évangélisé et introduit dans l’assemblée, mais ici c’est la première fois qu’un ministère apostolique s’occupe des nations.

Pierre devait ouvrir la porte du royaume aux nations (Act. 10) mais c’est Paul qui a été ensuite le grand apôtre des nations. L’apôtre parle de ce ministère envers les nations, qui lui avait été donné, en Rom. 15. 16 : « pour que je sois ministre du Christ Jésus envers les nations, exerçant la sacrificature dans l’évangile de Dieu, afin que l’offrande des nations soit agréable, étant sanctifiée par l’Esprit Saint ».

En Galates 2. 7, il précise que l’évangile de l’incirconcision lui a été confié : « l’évangile de l’incirconcision m’a été confié, comme celui de la circoncision l’a été à Pierre (car celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circoncision a opéré en moi aussi envers les nations) ». En Éphésiens 3. 6 il écrit : « les nations seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus, par l’évangile ; duquel je suis devenu serviteur, selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été donné ». Il y a encore d’autres passages. Ici, dans notre passage, c’est la première circonstance où une mission apostolique formelle présente l’évangile aux nations. Et l’apôtre cite un verset bien connu d’Ésaïe 49 : « je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre ». Cela sera pleinement réalisé dans le règne millénaire mais déjà cette parole d’Ésaïe peut trouver une application pour le temps actuel et en particulier pour le moment où l’apôtre s’adressait à ces Juifs.

v. 48 à 52 : « Et lorsque ceux des nations entendirent cela, ils s’en réjouirent, et ils glorifièrent la parole du Seigneur ». On le comprend. Ils savaient qu’ils étaient étrangers aux alliances de la promesse et voilà que maintenant l’apôtre leur dit qu’il se tourne vers eux, que l’évangile est pour eux et que, bien longtemps à l’avance, Dieu avait déclaré, s’adressant à son Fils : « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre ».

L’apôtre cite ce passage d’Ésaïe 49 ; nous en avons aussi un en Jérémie 4 qui est moins connu et qui s’applique également à des temps futurs : « Si tu reviens, ô Israël, dit l’Éternel, reviens à moi ; et si tu ôtes tes abominations de devant moi, tu ne seras plus errant, et tu jureras en vérité, en jugement et en justice : l’Éternel est vivant ! Et les nations se béniront en lui, et en lui, elles se glorifieront », (v. 1 et 2) : c’est le salut et la bénédiction des nations lorsque le peuple d’Israël sera restauré et béni dans sa terre.

Dans les derniers versets du chapitre, nous avons sept résultats du discours prononcé dans la synagogue et des paroles dites ensuite par Paul et Barnabas après qu’ils en furent sortis :

« Ils s’en réjouirent » (v. 48) : c’est la joie qu’éprouvent ceux des nations en entendant que le salut de Dieu est pour eux.

« Ils glorifièrent la parole du Seigneur » (v. 48) glorifier la parole du Seigneur, c’est la recevoir avec toute sa divine autorité, la reconnaître comme étant la vérité, la retenir dans son cœur et la mettre en pratique. La gloire de Dieu brille dans cette Parole. Le croyant, montrant ainsi qu’elle est la véritable Parole du Seigneur, s’y soumet, lui obéit et, ce faisant, il glorifie la Parole. Il est heureux de s’en nourrir, d’y trouver du rafraîchissement. Cela c’est « glorifier la Parole ». Les fruits produits sont à la gloire de Dieu, à la gloire du Seigneur, à la gloire de la Parole vivante et opérante. Dans cette marche et dans ce sentier le croyant est heureux de jouir de toutes les bénédictions que la Parole lui apporte. Remarquons cette expression : « la parole du Seigneur ». Un peu plus haut, au v. 46 il est parlé de la parole de Dieu. Ces croyants reconnaissaient l’autorité du Seigneur. Cette parole, c’est la parole du Seigneur. Celui que le peuple Juif a rejeté et crucifié c’est Celui qui a été « fait et Seigneur et Christ » (2. 36). Ils avaient reçu Christ comme Sauveur mais encore ils le connaissaient comme Seigneur. Au v. 36 du ch. 2, le titre de Seigneur est indiqué en rapport avec Son autorité universelle et celui de Christ, en rapport avec Son autorité sur Son peuple. Ceux des nations acceptent le Seigneur et glorifient la parole du Seigneur.

« Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent » (v. 48). Le ch. 2 introduit le sujet de l’élection en rapport avec le peuple d’Israël : « Le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (v. 47). Ici c’est en rapport avec ceux d’entre les nations. Nous avons déjà parlé de ce sujet de l’élection. Si nous n’avions pas été élus avant la fondation du monde, nous ne serions pas venus au Seigneur. Mais cela n’enlève en rien la responsabilité de croire. Chacun est responsable de croire pour jouir des bénédictions qui découlent de l’élection. Il y avait dans l’auditoire des personnes élues et pas une de ces personnes refusa l’évangile. Nous avons les deux choses, l’élection d’une part et la foi d’autre part.

On peut rappeler 1 Timothée 2 : « notre Dieu Sauveur… veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (v. 4) et Actes 17 : « Dieu … ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (v. 30).

En Jean 6. 39 le Seigneur dit aux Juifs : « c’est ici la volonté de celui qui m’a envoyé : que je ne perde rien de tout ce qu’Il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour ». Personne ne peut dire qu’il est venu à Dieu et qu’il a été repoussé : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi » (v. 37). Nous avons rappelé aussi à plusieurs reprises, au cours de nos réunions, le motif de la condamnation du pécheur tel qu’il est présenté dans l’évangile de Jean : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu » (3. 18). Personne ne sera condamné parce qu’il n’a pas été élu ou parce qu’il est d’une nature pécheresse mais parce qu’il a refusé Christ. Il n’en est pas moins vrai que, devant le grand trône blanc, les impies seront « jugés d’après les choses… écrites dans les livres, selon leurs œuvres » (Apoc. 20. 12). Ces œuvres seront la preuve irréfutable et irréfutée qu’ils « n’ont pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». Il n’y a aucune contradiction entre Jean 3. 18 et Apocalypse 20. 12 ; tout au contraire. Il ne faut pas confondre le côté de Dieu et le côté de l’homme. L’élection c’est le côté de Dieu, la responsabilité c’est le côté de l’homme. L’homme n’a pas à se préoccuper de savoir s’il est élu ou non, il est responsable de croire. Ce qui prouve et manifeste cette élection, c’est ce qui découle de la réception de la Parole dans le cœur, c’est l’obéissance à cette Parole dans la marche. L’apôtre Paul « savait » l’élection des Thessaloniciens. Comment pouvait-il le savoir ? En voyant leur œuvre de foi, leur travail d’amour et leur patience d’espérance (1 Thess. 1. 3 et 4). Combien il est beau de voir cet évangile présenté et accepté par tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle !

v. 49 : « Et la parole du Seigneur se répandait par tout le pays », malgré l’opposition de l’Ennemi : c’est le quatrième résultat. En 2 Thessaloniciens 3. 1 l’apôtre demandait les prières des Thessaloniciens « afin que la parole du Seigneur coure et qu’elle soit glorifiée » (Act. 13. 48). Ici elle se répandait par tout le pays malgré l’opposition des Juifs.

L’opposition rencontrée par Paul et Barnabas est rappelée avec quelques détails au v. 50 : « Mais les Juifs excitèrent les femmes de qualité qui servaient Dieu et les principaux de la ville et ils suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabas et les chassèrent de leur territoire ». Ces femmes de qualité étaient comprises parmi les prosélytes dont il est parlé déjà au v. 16 : « vous qui craignez Dieu ». Actes 17. 12 mentionne aussi « des femmes grecques de qualité ». Les Juifs les excitèrent. Ils font ce que le Seigneur reprochait en Matthieu 23 aux scribes et aux pharisiens : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! car vous parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et quand il l’est devenu, vous le rendez fils de la géhenne deux fois plus que vous » (v. 15). Ils cherchaient à faire des prosélytes et ensuite ils les excitaient contre les apôtres. Le cinquième résultat c’est cette persécution suscitée par l’Ennemi pour chasser Paul et Barnabas d’Antioche de Pisidie, ce qui les conduit ailleurs : Dieu se sert de l’activité de l’Ennemi pour que Sa Parole soit prêchée partout. C’est ce que nous avons vu déjà au début du ch. 8 : les disciples furent dispersés dans différentes contrées énumérées au ch. 11. 19 et en particulier à Antioche de Syrie où une assemblée fut formée.

« Mais eux, ayant secoué contre eux la poussière de leurs pieds, s’en vinrent à Iconium », (v. 51) : c’est là le sixième résultat des paroles prononcées par l’apôtre. Barnabas et Paul sont conduits à Iconium après avoir « secoué contre eux la poussière de leurs pieds ». C’est ce que le Seigneur avait recommandé aux apôtres : « Et si quelqu’un ne vous reçoit pas et n’écoute pas vos paroles, quand vous partirez de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds » (Mat. 10. 14), « mais quand on vous persécutera dans cette ville fuyez dans l’autre » (v. 23). On les persécute à Antioche de Pisidie, ils fuient à Iconium après avoir « secoué contre eux la poussière de leurs pieds ». Ils obéissent à la parole que le Seigneur avait dite aux douze quand Il les avait envoyés. Paul et Barnabas ne faisaient pas partie des douze mais ils connaissaient certainement cet enseignement et ils le mettent en pratique.

Le septième résultat est que « les disciples étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint » (v. 52). La tribulation n’ôte rien à la joie qu’ils éprouvent. Ils peuvent se réjouir dans le Seigneur. L’expression « remplis de l’Esprit Saint  est fréquente dans les Actes. En Actes 2 la maison est remplie de l’Esprit Saint et tous ceux qui étaient dans la maison furent remplis de l’Esprit Saint. Ensuite, à plusieurs reprises, nous voyons Pierre, Étienne, Paul et Barnabas « remplis de l’Esprit Saint ». Ici, ces disciples qui ont cru, sont non seulement scellés du Saint Esprit mais aussi remplis du Saint Esprit. Ce sont deux choses différentes. Le Saint Esprit habite dans le croyant et dans l’Assemblée, mais nous pouvons nous poser la question : Sommes-nous remplis du Saint Esprit ? Nous pouvons nous appliquer l’exhortation d’Éphésiens 5. 18 : « Ne vous enivrez pas de vin, en quoi il y a de la dissolution ; mais soyez remplis de l’Esprit ». Voilà de jeunes croyants qui étaient « remplis de joie et de l’Esprit Saint ».

Ch. 14

v. 1 du ch. 14 : nous voyons les apôtres arriver à Iconium. Ils reviendront à Antioche de Pisidie (v. 21) pour voir les résultats de l’œuvre commencée, pour fortifier cette assemblée, pour encourager les disciples. Nous voyons comment Dieu opère : il y a un moment choisi par Lui pour l’exercice de tout service et de tout ministère ; Il permet qu’un certain temps s’écoule pour qu’un autre service puisse être rempli à Antioche de Pisidie par les apôtres. Il fallait qu’un certain travail ait d’abord été accompli dans ces croyants pour qu’ils soient préparés à recevoir le ministère des apôtres tel que nous l’avons ensuite à partir du v. 22. Il peut arriver que des croyants ne soient pas prêts pour un certain ministère. C’est probablement ce qui a dû se passer ici.

Dans l’intervalle, entre la fin du ch. 13 et ch. 14. 21, les apôtres ne restent pas inactifs : l’œuvre s’accomplira à Iconium, Lystre et Derbe. Ils entrent dans la synagogue d’Iconium (14. 1) et « parlèrent de telle sorte qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent ». L’Esprit appliquait la Parole et une grande multitude est ainsi amenée à la foi. Ils avaient reçu la Parole comme les Thessaloniciens : « car notre évangile n’est pas venu à vous en parole seulement, mais aussi en puissance, et dans l’Esprit Saint, et dans une grande plénitude d’assurance » (1 Thess. 1. 5).

v. 2 : « Les Juifs qui ne croyaient pas émurent et irritèrent les esprits de ceux des nations contre les frères ».

v. 3 : malgré cette opposition Paul et Barnabas parlèrent hardiment appuyés sur le Seigneur : voilà un autre passage où il est question de hardiesse. Ils s’appuyaient sur la puissance du Seigneur. Quel solide point d’appui ! Et cela leur donnait toute hardiesse.

« Qui rendait témoignage à la parole de Sa grâce » : la Parole est la Parole de Dieu (13. 46), la Parole du Seigneur (13. 48) ici c’est la Parole de Sa grâce. Elle apporte un message de paix, de salut et de pardon.

« Accordant que des miracles et des prodiges se fissent par leurs mains »: les miracles n’étaient pas pour amener des personnes à la foi mais pour accréditer le ministère de la Parole.

v. 4 : « La multitude de la ville fut partagée ». Il n’y a pas de neutralité possible. On accepte ou bien on refuse, ou on néglige (car négliger, c’est en fait refuser le salut : voir Héb. 2. 3). On est sauvé ou on est perdu. Il n’y a pas de position intermédiaire. Il n’y a pas trois classes de personnes. C’est aujourd’hui que le choix doit être fait.

« Les uns étaient avec les Juifs et les autres avec les apôtres »: c’est la première fois sauf erreur que nous trouvons ce mot d’apôtre employé pour parler de Paul et de Barnabas. Et on ne le voit pas ailleurs s’appliquant à Barnabas seul. Il n’est employé pour lui que lorsqu’il est vu, comme ici, associé à Paul. Barnabas n’avait pas de ministère apostolique propre.

v. 5 à 7 : Paul et Barnabas étaient des serviteurs infatigables : ce n’est pas parce qu’ils sont empêchés de présenter la Parole dans un lieu qu’ils s’arrêtent. Ils s’en vont dans un autre.

L’apôtre pourra rappeler à Timothée ses souffrances : « mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine, ma conduite, mon but constant, ma foi, mon support, mon amour, ma patience, mes persécutions, mes souffrances, telles qu’elles me sont arrivées à Antioche, à Iconium et à Lystre, quelles persécutions j’ai endurées ; et le Seigneur ma délivré de toutes. Et tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus, seront persécutés » (2 Tim. 3. 10 à 12).

Oui, Paul et Barnabas étaient des serviteurs infatigables mais ce passage de 2 Timothée 3 nous montre qu’ils sentaient et éprouvaient la douleur de la persécution.

Paul pourra écrire aux Galates : « moi je porte en mon corps les marques du Seigneur Jésus » (Gal. 6. 17).

En 2 Corinthiens 11. 23 à 33, les faux docteurs l’obligent à dire ce qu’il a traversé et enduré tout au long de son ministère.

Est-ce que ces souffrances sont celles dont il parle en Col. 1. 24 : « Je me réjouis dans les souffrances pour vous, et j’accomplis dans ma chair ce qui reste encore à souffrir des afflictions du Christ pour Son corps qui est l’Assemblée ? »

Ce sont dans les Colossiens, les souffrances qu’il a endurées comme serviteur de l’Assemblée (v. 25), pour présenter les vérités de l’Assemblée, pour amener des âmes à recevoir l’évangile et à se trouver ensuite faisant partie de l’Assemblée, corps de Christ, enfin pour édifier les assemblées. « Je me réjouis dans les souffrances pour vous… » Elles ne l’accablaient pas. Le fait qu’il les endurait pour le Seigneur, et pour son Assemblée, était pour lui une source de joie.

Après que Paul eut achevé le discours prononcé à Antioche de Pisidie, il sortit avec Barnabas. Tandis que certains auditeurs demandent que ces paroles leur soient annoncées le sabbat suivant, d’autres suivent Paul et Barnabas qui les exhortent à persévérer dans la grâce de Dieu, chose nécessaire pour qu’elle ait des effets durables. Le sabbat suivant, une grande foule s’assemble pour entendre la Parole de Dieu, tandis que les Juifs, peuple de Dieu, contredisent ce que dit Paul. Paul et Barnabas s’adressent alors à eux, leur déclarant : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu : mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ». Pierre avait ouvert la porte du royaume de Dieu aux nations (ch. 10), mais c’est seulement avec Paul que nous avons l’exercice d’une mission apostolique officielle envers les nations : il présente Christ comme Celui qui a été donné pour être la lumière des nations et le salut de Dieu jusqu’au bout de la terre (v. 47).

Nous avons noté ensuite, depuis le v. 43, les résultats produits par les paroles de Paul. « Ceux des nations » se réjouirent et glorifièrent la Parole du Seigneur. Nous avons remarqué que la Parole nous est présentée sous trois aspects : la Parole de Dieu (v. 44 à 46), la Parole du Seigneur (v. 48 et 49) et la Parole de Sa grâce (Act. 14. 3). La Parole du Seigneur, c’est la Parole qui présente Jésus, non seulement comme le Sauveur, mais aussi comme le Seigneur. La glorifier, c’est la recevoir avec toute son autorité, étant heureux de lui obéir.

Nous avons remarqué aussi que le sujet de l’élection est abordé ici en rapport avec les nations, tandis qu’au ch. 2. 47, il l’a été en rapport avec les Juifs. Aucun de ceux qui étaient destinés à la vie éternelle n’est resté en arrière : quelle puissance dans une telle évangélisation !

La Parole « courait » malgré l’opposition du peuple. Les Juifs continuent leur opposition, suscitant une persécution contre Paul et Barnabas. Cette persécution va tourner à la confusion de l’Adversaire parce qu’elle va amener Paul et Barnabas à quitter ce champ de travail pour aller prêcher l’évangile dans un autre lieu.

Paul et Barnabas secouent la poussière de leurs pieds contre les Juifs qui les chassent, selon l’enseignement de Matthieu 10. 14. Et le ch. 13 se termine par le verset 52 où nous voyons que non seulement les disciples avaient reçu le Saint Esprit, mais encore, selon l’expression d’Éphésiens 5. 18, qu’ils en étaient remplis ».

Le début du ch. 14 nous dit : « qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent » : le Saint Esprit seul peut donner une telle puissance à la Parole.

Au v. 2 nous retrouvons l’opposition des Juifs, non seulement contre les ouvriers du Seigneur qui présentent la Parole, mais encore contre tous ceux qui l’acceptent.

Malgré cela « ils séjournèrent donc là assez longtemps, parlant hardiment, appuyés sur le Seigneur » v. 3 : cette hardiesse est une nouvelle réponse à la prière d’Actes 4. 29. Ils s’appuyaient sur le Seigneur de telle sorte que rien ne pouvait les décourager. Peut-il y avoir un point d’appui plus solide que celui-là ? « Le Seigneur rendait témoignage à la parole de Sa grâce » : c’était la grâce qui était présentée.

Nous avons remarqué qu’il n’y a pas trois catégories de personnes. On accepte l’évangile ou on le refuse. La présentation de la Parole de Dieu divisera toujours les hommes en deux classes : les croyants et les incrédules.

v. 8 : Là, débute la deuxième partie de ce ch. 14 : il est question de l’arrivée de Paul et de Barnabas à Lystre. « Il y avait à Lystre un homme impotent de ses pieds, qui se tenait assis ; perclus dès le ventre de sa mère, il n’avait jamais marché ». C’est la figure de l’homme dans son état naturel, irrémédiablement perdu, incapable d’aller vers Dieu. L’homme ne peut aller vers Dieu, aussi c’est Dieu qui vient vers lui.

v. 9 et 10 : « Cet homme entendait parler Paul qui, fixant ses yeux sur lui et voyant qu’il avait la foi pour être guéri, lui dit à haute voix : Lève-toi droit sur tes pieds. Et il sautait et marchait ». Il y a bien des miracles qui ont été accomplis sans foi préalable chez celui qui en est l’objet : par exemple l’homme boiteux, à la Belle porte du temple, qui mendiait ; il n’est pas question de foi chez lui. Ici, c’est en réponse à sa foi que cet homme est guéri. Non seulement il marche, mais il saute. Voilà donc un témoignage rendu, dans cette ville de Lystre, à la puissance de Dieu en guérison, en salut.

Il y a un passage d’Ésaïe 35, qui s’applique sans doute à un temps différent, où il est dit : « Alors le boiteux sautera comme le cerf » (v. 6).

Hébreux 6 parle des miracles du siècle à venir. La prophétie d’Ésaïe 35. 6 a trait également aux miracles du règne millénaire. Mais il y avait déjà un échantillon des miracles du siècle à venir.

Ici, ce miracle accompli par Paul, manifeste l’état de ténèbres dans lequel ces hommes étaient plongés. Ils ne voyaient dans Paul et Barnabas que des dieux, semblables à ceux qu’ils avaient adoré, auxquels ils avaient offert des sacrifices et même, sans doute une manifestation visible de tels dieux. Aussi veulent-ils leur offrir des sacrifices. Si ignorants qu’ils aient été, ils comprenaient qu’on ne peut s’approcher de Dieu qu’en offrant un sacrifice, alors que dans une partie de la chrétienté, on nie la valeur expiatoire du sacrifice de Christ, et on donne la marche de Christ comme exemple à des personnes qui ne possèdent pas la vie de Dieu et qui par conséquent sont incapables de Le suivre.

On voit là que ce n’est pas un miracle qui amène quelqu’un à la foi. Il faut un travail de Dieu. Certains incrédules disent : « Je croirais si je voyais un miracle ». Les miracles ont été donnés pour confirmer l’autorité de la Parole au moment où elle n’était pas encore complète. C’est ce que nous lisons en Marc 16 : « Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (v. 20).

En Hébreux 2 nous lisons aussi que Dieu rendait « témoignage avec eux par des signes et des prodiges, et par divers miracles et distributions de l’Esprit Saint ». Et dans la prière d’Actes 4, les croyants avaient demandé : « Donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse, en étendant ta main pour guérir, et pour qu’il se fasse des miracles et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus ».

v. 11 et 12 : « Les foules, ayant vu ce que Paul avait fait, élevèrent leur voix disant en lycaonien : les dieux s’étant faits semblables aux hommes, sont descendus vers nous. Et ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole ». Ici Barnabas est nommé le premier car ils le considéraient comme Jupiter, le plus grand de leurs dieux, probablement parce qu’il était plus âgé et avait plus de prestance que Paul.

v. 13 et 14 : « Et le sacrificateur du Jupiter qui était devant la ville, ayant amené des taureaux et des couronnes (On mettait les couronnes sur les cornes des bêtes offertes en sacrifice) jusqu’aux portes, (sans doute les portes de la maison où logeaient Paul et Barnabas ; c’est le même mot que celui d’Actes 10. 17 et que celui traduit par « vestibule » en Actes 12. 14. Il semble que le sacrificateur du Jupiter vient jusqu’à la maison où ils se trouvaient), voulait sacrifier avec les foules. Mais les apôtres, Barnabas et Paul, l’ayant appris, déchirèrent leurs vêtements et s’élancèrent dans la foule ». C’était un signe d’humiliation et de douleur.

v. 15 : Ils dirent : « Hommes, pourquoi faites-vous ces choses ? Nous sommes, nous aussi, des hommes ayant les mêmes passions que vous » c’est-à-dire des hommes comme vous, ayant la même nature. Paul ne veut pas dire qu’ils étaient eux aussi esclaves des passions de ces hommes impies.

Paul prononce alors, jusqu’au v. 18, un discours dans lequel il ne leur présente pas le salut, l’œuvre de la rédemption, mais le vrai Dieu en contraste avec les faux dieux. C’est un discours qui est tout à fait en rapport avec l’état de ses auditeurs. L’apôtre nous donne là un exemple remarquable de dépendance.

« Le Dieu vivant » : c’est l’expression bien connue de 1 Thessaloniciens 1. 9 et 10 : « vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai ». C’est le Dieu vivant. Il possède la vie en Lui-même et cette vie Il veut la communiquer aux hommes. C’est le Dieu créateur. Voilà le témoignage donné aux gens des nations, ce même témoignage que l’apôtre rappelle en Romains 1. 18 à 21. Le témoignage de la création fait connaître la puissance de Dieu. Les hommes sont inexcusables s’ils ne s’y arrêtent pas. On dit parfois qu’il y a des peuples dans des contrées lointaines qui n’ont pas entendu l’évangile, et qui, par conséquent, ne peuvent être tenus pour coupables de l’avoir refusé. Ils sont cependant responsables, car ils ont le témoignage de la création.

En Actes 17. 28, l’apôtre s’adressant aux Athéniens qui avaient élevé un autel au dieu inconnu, emploiera un autre argument : « car en Lui nous vivons et nous nous mouvons et nous sommes, comme aussi quelques-uns de vos poètes ont dit : Car aussi nous sommes sa race ».

Mais il avait dit auparavant, au v. 24 : « Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, Lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre » : expression assez semblable à celle de ce ch. 14.

v. 17 : « Quoique cependant il ne se soit pas laissé sans témoignage, en faisant du bien, en vous donnant du ciel des pluies et des saisons fertiles, remplissant vos cœurs de nourriture et de joie ». Les nations se sont trouvées dans « les temps de l’ignorance » (Act. 17. 30) : le vrai Dieu ne leur avait pas été donné à connaître, sauf dans les œuvres de la création.

Le témoignage de la création, le témoignage de l’homme lui-même (Act. 17), le témoignage de la conscience (Rom. 2), les bénédictions, tout cela parle de Dieu.

On peut distinguer dans le témoignage que Dieu a voulu donner de Lui-même trois étapes principales. La première, c’est la création : « Les cieux racontent la gloire de Dieu et l’étendue annonce l’ouvrage de ses mains » (Ps. 19). Dieu a voulu donner ensuite une révélation un peu plus précise de Lui-même : Il a créé l’homme et l’a placé au sein de cette création. Il a dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance ». L’homme était placé sur la terre pour y faire connaître Dieu dans une certaine mesure. Mais l’entrée du péché dans le monde a gâté ce que Dieu avait opéré : l’homme s’est montré incapable de refléter ce qu’est Dieu. Dans la troisième étape, Dieu est pleinement révélé dans la Personne de Son Fils, le second Homme venu du ciel : « En Lui, toute la plénitude de la déité s’est plu à habiter ». La pleine et parfaite révélation de Dieu, nous l’avons en Christ.

Nous pouvons citer le Psaume 104. 27 et 28 (d’ailleurs tout le Psaume nous parle de la création) : « Tous s’attendent à Toi, afin que tu leur donnes leur nourriture en son temps. Tu leur donnes, ils recueillent ; tu ouvres ta main, ils sont rassasiés de biens ». Les soins de Dieu s’exercent à l’égard de tous les hommes, selon ce que dit l’apôtre à Timothée : « le Dieu vivant… est le conservateur de tous les hommes » (1 Tim. 4. 10).

On peut dire que Job avait cette connaissance du Dieu créateur. Pour apprendre à Le connaître plus profondément, il a fallu qu’il passe par tout ce qu’il a traversé. Certainement Job a eu le témoignage de la création et y a été sensible. Bien des passages nous montrent qu’il connaissait Dieu dans Ses œuvres. Il a fallu la terrible épreuve qu’il a traversée pour qu’Il puisse dire ensuite : « Mon oreille avait entendu parler de Toi, maintenant mon œil t’a vu ».

La fin du v. 17 nous donne une très belle description de ce que Dieu a fait pour être connu des nations. Elle contient quatre choses distinctes qui présentent une gradation : la pluie qui vient du ciel, qui arrose la terre et la rend fertile (ceci est la deuxième chose) ; elle donne alors la nourriture à l’homme et son cœur en est réjoui. Tout homme, même non converti, devrait réaliser que ce que nous trouvons là vient de Dieu : pluie, fertilité, nourriture, joie.

L’apôtre semble dire à ces hommes : mais vous êtes impardonnables, inexcusables. Vous devriez connaître le Dieu créateur. Vous avez le témoignage de la création et vous jouissez de toutes les bénédictions dont Dieu se plaît à vous enrichir. (Le cœur de l’homme, malgré cela, est souvent peu reconnaissant pour tous les bienfaits dont Dieu le comble). Loin de nous la pensée que vous nous offriez des sacrifices: Au contraire, nous venons vous annoncer le vrai Dieu.

Ils insistent pour sacrifier à Jupiter et à Mercure, mais le v. 19 va nous montrer avec quelle rapidité s’est opéré un changement dans le cœur de ces personnes. Voilà les Juifs qui arrivent. On voit avec quelle ténacité les Juifs poursuivent Paul de leur haine. Très souvent ce sont les Juifs qui sont à l’origine des souffrances que Paul a connues. Dieu aurait pu les lui éviter s’Il l’avait jugé bon.

Le ch. 12 de la deuxième épître aux Corinthiens nous montre que Paul avait compris pourquoi Dieu avait permis tout cela : « Je me glorifierai donc très volontiers dans mes infirmités, afin que la puissance du Christ demeure sur moi », et l’apôtre n’employait pas, comme cela nous arrive, hélas ! parfois… des expressions qui correspondent plus ou moins à la réalité. « Car quand je suis faible alors je suis fort » : il éprouvait là le déploiement de la puissance de Dieu. On a dit que lorsqu’un maître engage un serviteur, il se préoccupe de savoir s’il est en bonne santé, car il ne peut lui communiquer aucune force. Tandis que lorsque le Seigneur prend un serviteur, Il commence par le briser pour lui communiquer Sa propre force. Quand l’apôtre était faible, il était fort de la force de Dieu.

v. 19 : Les Juifs qui ont quitté Antioche et Iconium arrivent à Lystre, gagnent les foules et les font complètement changer : ils voulaient immoler des sacrifices aux apôtres et maintenant ils lapident Paul. Comme les foules sont versatiles ! Nous le voyons dans les évangiles. Elles disent à un moment donné : « Hosanna au fils de David ! » (Mat. 21. 9) et plus tard : « Qu’Il soit crucifié ! » (Mat. 27. 22 et 23). Lorsque la Parole n’a pas agi dans le cœur, il n’y a véritablement aucun travail opéré. Ceux qui ont entendu la Parole et qui ne l’ont pas reçue peuvent manifester plus de haine encore qu’auparavant.

« Et ayant gagné les foules et lapidé Paul, ils le traînèrent hors de la ville, croyant qu’il était mort » : Paul est un vrai disciple de Christ, qui a été crucifié hors de la ville. Jean 19. 20 nous dit en effet que la croix sur laquelle Il fût élevé « était près de la ville » et Hébreux 13 que Christ a souffert « hors de la porte » (v. 12). Paul est traité comme son Maître l’a été, Lui qui avait dit à Ses disciples : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15. 20). De la même manière que pour Paul ici, les Juifs croyaient s’être débarrassés du Seigneur. Mais si le Seigneur est entré dans la mort, Il en est sorti victorieux. Paul, à l’image de son Maître, va se lever et entrer dans la ville (v. 20).

Étienne a aussi été lapidé hors de la ville (Act. 7. 58). Il y a cependant une différence entre Étienne et Paul : Étienne « s’endormit » (Act. 7. 60), alors que Paul se lève et entre dans la ville. Pourquoi ? Le service d’Étienne était achevé, tandis que celui de Paul n’était pas encore terminé.

On peut voir dans le fait que Paul se relève après avoir été lapidé et laissé comme mort, une intervention de Dieu en puissance. Un homme lapidé était mis à mort ou, tout au moins, laissé dans un état très grave et demandant des soins. Il y a donc une intervention miraculeuse de Dieu en faveur de Son apôtre.

C’est ce que Paul rappelait à Timothée : « Mais toi, tu as pleinement compris… mes persécutions, mes souffrances, telles qu’elles me sont arrivées à Antioche, à Iconium et à Lystre, quelles persécutions j’ai endurées ; et le Seigneur m’a délivré de toutes » (2 Tim. 3. 10 et 11).

En 2 Corinthiens 11. 25 il rappelle : « une fois j’ai été lapidé ». Il s’agit, sans doute, de cette lapidation à Lystre.

Il semble bien que les disciples se tenaient autour de lui en sympathie. Le fait qu’il est question des disciples au v. 20, nous montre que, quoiqu’il en soit, la prédication, le témoignage de Paul à Lystre n’avaient pas été sans fruit : il y avait « des disciples » se tenant autour de Paul. Il est heureux de les trouver auprès de Paul, et non imitant ceux qui laissèrent le Seigneur et s’enfuirent.

v. 20 : « et le lendemain il s’en alla avec Barnabas à Derbe » : à Derbe il semble qu’il n’y ait pas eu de persécution. En 2 Timothée 3 que nous avons lu, il n’en est pas parlé. Tout est entre les mains de Dieu : Il peut permettre que la persécution ait lieu comme aussi Il peut l’empêcher. Il peut intervenir comme Il lui plaît, ayant la haute main sur tout.

v. 21 : « Et ayant évangélisé cette ville-là et fait beaucoup de disciples » : quelle puissance là encore dans la prédication de la Parole !

Le ministère de Paul se déroule à Derbe sans persécution, puis il s’en retourne dans les trois villes, Lystre, Iconium et Antioche où il venait de passer et où il avait été persécuté. Paul va son chemin dans la dépendance du Seigneur, à l’exemple de son Maître à qui, à un moment donné, les disciples disaient : « Rabbi, les Juifs cherchaient tout à l’heure à te lapider et tu y vas encore » (Jean 11. 8). L’apôtre Paul retourne dans ces villes parce qu’il ne faisait « aucun cas de sa vie » et ne laissait pas un travail inachevé. Il le dira plus tard aux anciens d’Éphèse : Actes 20. 24. Une fois que nous avons annoncé l’évangile à des âmes, nous les laissons souvent sans nous en occuper, au lieu de les instruire et de leur montrer la pensée du Seigneur quant à Son Assemblée.

Il y a ensuite un ensemble complet, de sept choses faites par les apôtres dans ces villes.

– Ils « fortifièrent les âmes des disciples » (v. 22). Les jeunes croyants ont besoin d’être fortifiés. Comment peut-on fortifier les âmes ? C’est par le moyen de la Parole. C’est le pur lait intellectuel indispensable pour croître à salut (1 Pier. 2. 2).

– Ils « les exhortèrent à persévérer dans la foi ». Il y a la foi pour le salut, la foi pour la marche, la foi pour la marche de l’Assemblée, la foi qui a été une fois enseignée aux saints, c’est-à-dire l’ensemble des vérités contenues dans l’Écriture, saisies par la foi.

– Ils « les avertirent que c’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu ». Le royaume de Dieu, c’est le domaine où doivent être manifestés les caractères de Dieu, du Dieu qui est amour et lumière. Le chemin du chrétien est un chemin difficile. Le Seigneur disait : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des demeures, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer Sa tête » (Luc 9. 58). L’apôtre ne dissimule pas que le chemin où s’engageaient ces croyants était un chemin de souffrances et d’afflictions.

– Ils « leur choisirent des anciens dans chaque assemblée » (v. 23). Le choix des anciens n’est pas de la compétence de l’assemblée. Il était de la compétence des apôtres, particulièrement de Paul et de ses délégués Tite ou Timothée. Ce mot « choisir » est le même que celui de 2 Corinthiens 8. 19 : « Il a été choisi par les assemblées pour notre compagnon de voyage, avec cette grâce qui est administrée par nous à la gloire du Seigneur Lui-même ! », et aussi que celui d’Actes 10. 41 : « des témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu ». Le mot traduit par « choisi » est le même dans ces trois passages où il est question des anciens « choisis » par les apôtres, du serviteur « choisi » par l’assemblée et des témoins « choisis » par Dieu.

Aujourd’hui il n’y a pas d’anciens établis officiellement dans la chrétienté. Nous n’avons rien dans les Écritures qui nous autoriserait à cela. Cependant il doit y avoir dans chaque assemblée locale des frères qui aient à cœur de remplir la charge d’ancien. Les caractères que doit revêtir l’ancien sont donnés en 1 Timothée 3 et Tite 1. Ils sont responsables de veiller sur le troupeau (Act. 20. 28), et de le paître (1 Pier. 5. 2).

Évêque, surveillant, ancien sont des termes analogues. Il n’est question de cette charge que dans le cadre d’une assemblée locale.

Ce sont les apôtres ou leurs délégués qui choisissaient les anciens. Si cela avait été du ressort de l’assemblée, l’apôtre Paul n’aurait pas écrit à Tite de les établir, mais lui aurait demandé de s’adresser à l’assemblée pour qu’elle le fasse (Tite 1. 5). Il était nécessaire que des anciens soient établis pour le maintien de l’ordre dans l’assemblée. Ils ont une responsabilité particulière : en Apocalypse 2 et 3 c’est « à l’ange de l’assemblée » que le Seigneur s’adresse, c’est-à-dire à la partie spécialement responsable de l’état de l’assemblée, quoique tous soient responsables ; chacun a sa propre responsabilité, mais il y a des degrés de responsabilité. À l’ange de l’assemblée qui est à Thyatire, le Seigneur reproche entre autres choses : « J’ai contre toi que tu laisses faire ». La passivité, le laisser-faire, c’est une responsabilité qui pèse sur les frères, spécialement sur les anciens ; ils auront à en rendre compte. Il s’agit de remplir la charge d’ancien dans la crainte du Seigneur, dans Sa dépendance et le Seigneur seul peut donner la sagesse nécessaire et montrer « ce qu’il faut faire ou ne pas laisser faire ».

Il serait normal que les anciens soient les frères les plus âgés, car les anciens doivent avoir l’expérience, le discernement des dangers auxquels les saints sont exposés, des pièges qui se trouvent sur le chemin. Voilà ce qui est l’état normal. C’est pourquoi la Parole emploie le terme d’ancien. Il arrive qu’on entende cette expression parmi nous lorsqu’on veut parler des frères les plus âgés : ce sont nos anciens. Mais les frères âgés ne sont pas toujours des anciens, alors que des frères plus jeunes peuvent en présenter les caractères plus qu’eux. Ce n’est pas très normal, car ils n’ont tout de même pas l’expérience que donne une longue vie de communion avec le Seigneur.

Nous pouvons considérer en Actes 20 ; 1 Timothée 3 ; Tite 1 et 1 Pierre 5 quelles sont les charges et les responsabilités des anciens.

Est-ce qu’en 1 Thessaloniciens 5. 12 : « Or nous vous prions, frères, de connaître ceux qui travaillent parmi vous, et qui sont à la tête parmi vous dans le Seigneur, et qui vous avertissent, et de les estimer très haut en amour à cause de leur œuvre », il est question des anciens ? En 1 Timothée 5. 17 nous lisons : « que les anciens qui président dûment soient estimés dignes d’un double honneur ».

La suite nous dit ce qu’est ce double honneur dont l’ancien doit être estimé digne : le respect qui lui est dû et « l’honoraire » qui doit lui être reconnu : « Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain », et « l’ouvrier est digne de son salaire ». Il y a là une marque de communion dans le service rempli par l’ancien en dehors de toute autre considération. Cet enseignement est généralement peu connu dans les assemblées ; peut-être parce que trop peu nombreux sont les véritables anciens.

En 1 Thessaloniciens 5. 12, il est question des anciens, mais sans doute aussi d’autres frères ayant reçu des dons à exercer dans l’ensemble du corps, « ceux qui sont à la tête ». En Actes 15. 22 il est parlé de « Barnabas et Silas, hommes d’entre ceux qui tenaient la première place parmi les frères ». Voilà une expression qui choque certains frères et sœurs. On considère parfois l’assemblée comme une démocratie où tous sont sur le même plan, où toutes les voix peuvent se faire entendre et ont le même poids… Quelle grave erreur ! Elle conduit à bien des situations attristantes dans la vie des assemblées… Les frères dont il est question en Actes 15 ne prenaient pas la première place mais ils tenaient la première place. Si un frère prenait la première place, le Seigneur s’en occuperait certainement tôt ou tard.

Ces frères faisaient tout le contraire de Diotrèphe (3 Jean 9 et 10) qui aimait à être le premier.

Et l’apôtre dit : « Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis, car ils veillent pour vos âmes, comme ayant à rendre compte ; afin qu’ils fassent cela avec joie, et non en gémissant, car cela ne vous serait pas profitable » (Héb. 13. 17).

Paul recommande les croyants, non aux anciens qu’il avait choisis, mais au Seigneur (v. 23 et Act. 20. 32).

Une remarque en rapport avec le v. 17. Nous lisons en Genèse 2. 5 et 6 « l’Éternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol ; mais une vapeur montait de la terre et arrosait toute la surface du sol ». La pluie qui vient du ciel, signe de la bénédiction, est apparue à partir du moment où l’homme a été formé. Sans doute seulement après l’entrée du péché dans ce monde. Nous ne la voyons pas mentionnée dans le jardin d’Éden ; le passage qui vient d’être lu nous dit comment le sol était arrosé.

Il y a une opposition à ce point de vue-là en Deutéronome 11, entre l’Égypte et Canaan : « car le pays où tu entres pour le posséder n’est pas comme le pays d’Égypte d’où vous êtes sortis, où tu semais ta semence et où tu l’arrosais avec ton pied comme un jardin à légumes. Mais le pays dans lequel vous allez passer pour le posséder est un pays de montagnes et de vallées ; il boit l’eau de la pluie des cieux (v. 10 et 11). La « pluie des cieux » est une image de la bénédiction qui vient d’en-haut.

v. 23 : « Et leur ayant choisi des anciens dans chaque assemblée, ils prièrent avec jeûne et, les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru ». Nous avons vu que le choix des anciens n’était pas de la compétence des assemblées mais de celle des apôtres ou de leurs délégués, et plus particulièrement de l’apôtre Paul et de Tite et Timothée, ses délégués. Mais s’il n’existe plus d’autorité apostolique et, par conséquent, d’anciens nommés officiellement, il est à désirer que, dans chaque assemblée locale, des frères aient à cœur de remplir cette charge. Une assemblée locale souffrira toujours du manque d’anciens dans son sein. S’il n’y en a pas, qu’elle crie au Seigneur pour qu’Il en forme. L’ancien doit paître le troupeau, nourrir les âmes en leur présentant la Parole, s’occuper des âmes en les visitant, en les entourant de soins préventifs, et quand cela est nécessaire des soins indispensables pour guérir les plaies.

Les apôtres choisissent des anciens « dans chaque assemblée locale ».

– Est-ce qu’il y a une analogie entre la charge d’ancien et le don de pasteur ?

– Assurément. La différence, c’est que l’ancien exerce sa charge dans l’assemblée locale, tandis que le pasteur a un don pour tout le corps. L’ancien remplissant sa charge dans l’assemblée locale, connaît généralement les circonstances des frères et sœurs de cette assemblée, tandis que le pasteur peut remplir son service sans connaître les circonstances de telle ou telle assemblée locale qu’il visite. S’il est dépendant, il pourra cependant apporter ce qui répondra aux besoins, car si lui ne les connaît pas, le Seigneur en a une parfaite connaissance et peut donner la parole à propos.

En Actes 20. 28 il est écrit : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établi surveillants, pour paître l’Assemblée de Dieu, laquelle Il a acquise par le sang de Son propre Fils ». Même si c’était l’apôtre Paul ou ses délégués qui choisissaient les anciens, c’était l’Esprit Saint qui les « établissait » – et aujourd’hui aussi, bien qu’il ne s’agisse pas, présentement, de désignation officielle.

Le Saint Esprit est toujours la source. C’est toujours le Saint Esprit qui seul peut opérer et former un frère pour remplir la charge d’ancien. Ce passage n’est pas contradictoire avec celui de Tite 1. 5 : « Je t’ai laissé en Crète dans ce but, que tu mettes en bon ordre les choses qui restent à régler, et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens, suivant que moi je t’ai ordonné ». Ici c’est Tite qui établit les anciens ; en Actes 20 c’est le Saint Esprit, mais Tite est un instrument du Saint Esprit. En Actes 20 il est demandé aux anciens de paître « l’Assemblée de Dieu », en 1 Pierre 5. 2 de paître « le troupeau de Dieu ».

Le « troupeau de Dieu » et « l’Assemblée de Dieu » sont composés des mêmes personnes, mais ces passages présentent deux pensées différentes. « L’Assemblée de Dieu » donne l’idée de la grandeur de l’Assemblée, de ce qu’elle est dans le conseil de Dieu de toute éternité, l’épouse de Christ. Lorsqu’il est question du troupeau, cela donne l’idée de la faiblesse, des manquements, de tout ce qui nous caractérise dans la vie pratique. Sans perdre de vue tout à la fois la position élevée de l’Assemblée et les faiblesses qui nous caractérisent individuellement comme aussi collectivement, l’ancien doit donner aux âmes la nourriture qui attachera les cœurs au Seigneur. On est heureux de voir dans certaines assemblées de véritables anciens ; ces assemblées bénéficient de l’exercice de telles charges. Tandis que les misères d’une assemblée où il n’y a pas d’anciens viennent en grande partie de ce fait-là. Les brebis qui ne sont pas nourries sont affaiblies et deviennent ainsi une proie facile pour l’adversaire. Lorsqu’il y a dans une assemblée locale un état de choses qui laisse à désirer, tous les frères et sœurs sont responsables à des degrés divers, mais les frères qui sont, ou devraient être (en raison de leur âge) des anciens, sont les plus responsables. Aux ch. 2 et 3 de l’Apocalypse les épîtres aux sept assemblées sont adressées, dans chaque assemblée, à « l’ange de l’assemblée », c’est-à-dire à la partie spécialement responsable. Si nous lisons les prophètes, nous voyons quels reproches l’Éternel adresse aux bergers d’Israël (Éz. 34 notamment).

Les v. 22 et 23 nous montrent l’activité de Paul et de Barnabas dans ces assemblées.

– « Ils prièrent avec jeûne ». La prière est importante dans la vie d’une assemblée ; la prière fait appel à Dieu, le jeûne met de côté ce qui est de l’homme dans la chair. La prière est liée au jeûne dans bien des passages de l’Écriture ; elle fait intervenir le bras de Dieu. Paul et Barnabas vont quitter ces assemblées ; mais avant leur départ, ils prient ensemble et jeûnent ensemble, puis :

– « Ils les recommandent au Seigneur ». En Actes 20, Paul recommande les anciens d’Éphèse « à Dieu et à la parole de Sa grâce ». Ici c’est au Seigneur, au Chef de l’Assemblée, au berger du troupeau. Ces « recommandations » sont importantes à retenir. Ce sont là les ressources qui sont à notre disposition et l’appui sur lequel nous pouvons nous reposer : Dieu, la Parole de Sa grâce, le Seigneur. Ils ne les recommandent pas aux anciens mais au Seigneur.

La prière et le jeûne sont une source de puissance. On connaît le passage de Marc 9. 29 : « Cette sorte (le démon) ne peut sortir en aucune façon, si ce n’est par la prière et par le jeûne ». À propos de jeûne, je pense d’une façon particulière aux relations de famille qui peuvent être une entrave au développement spirituel et une cause de faiblesse, parce qu’en bien des cas elles conduisent à des actions charnelles et non pas spirituelles.

Tout ce qui vient de la chair est une cause de faiblesse. Les relations de famille sont souvent un moyen dont l’Ennemi se sert pour nous faire oublier les droits du Seigneur dans nos vies et dans la vie de l’assemblée.

– Est-ce que quelquefois le Seigneur ne les brise pas pour nous rapprocher de Lui ? Il y a alors un jeûne pour la chair, en ce sens que la chair se trouve privée de ce en quoi elle se complaisait.

– Les relations de famille sont parfois un piège pour le croyant. Le Seigneur peut les briser pour aider ce croyant, mais cela n’ira pas sans une grande souffrance. Il est intéressant de considérer, dans l’Ancien Testament, le comportement des hommes de foi qui ont obéi sans hésitation, quelle que soit la douleur que leur cœur éprouvait, tels Abraham offrant son fils Isaac, Jokébed amenant son fils à la cour du Pharaon, les fils de Lévi tuant chacun son ami, chacun son frère. Ni les uns ni les autres ne posent de questions.

L’homme de foi ne raisonne jamais : il obéit. Ces fidèles de l’Ancien Testament ont montré que l’obéissance, pour eux, passait avant tout le reste. Il y a encore l’exemple de Gédéon, qui démolit l’autel de Baal dans la maison de son père. Le Seigneur nous demande beaucoup moins aujourd’hui, et pourtant que de peine nous avons souvent à obéir – si même nous obéissons.

– Est-ce que le verset 2 du Psaume 131 a un peu le même sens que le jeûne : « N’ai-je pas soumis et fait taire mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ? Mon âme est en moi comme l’enfant sevré ? »

– Au Psaume 131, Christ nous est présenté comme nourriture. L’âme est nourrie de Christ et sevrée de tout le reste. L’enfant « sevré » est privé d’une nourriture, mais pour avoir celle qui lui permettra de croître normalement. Il est à souligner que l’enfant sevré est auprès de sa mère : il jouit de sa mère et de la nourriture qu’elle veut lui donner pour son développement. Le croyant est sevré du monde, mais il jouit de Christ et peut s’attendre à Lui dès maintenant et à toujours, comme nous le lisons au verset suivant.

En relation avec ce verset du Psaume 131 nous voyons en Genèse 35 que Jacob, pour jouir de Benjamin, fils de sa droite, type de Christ, a dû être « sevré » des dieux étrangers qu’il a cachés sous un térébinthe, de Débora la nourrice de Rebecca enterrée sous un chêne – et enfin, de Rachel.

– Cela allait très loin en effet, car il est souligné que Débora était la nourrice de Rebecca. Il a été « sevré » de cela et aussi de Rachel. Mais il a eu Benjamin, type de Christ (Gen. 35. 18).

v. 24 à 26: « Et ayant traversé la Pisidie, ils vinrent en Pamphylie ; et ayant annoncé la parole à Perge, ils descendirent à Attalie ; et de là ils se rendirent par mer à Antioche » – Antioche de Syrie qui est le point de départ des trois premiers voyages de l’apôtre Paul. Ici nous arrivons à la fin de son premier voyage, dont le départ a eu lieu au ch. 13. Ce premier voyage remplit les ch. 13 et 14. On dit que la recommandation des frères d’Antioche dont il est question au v. 26, est ce qui sert de base à l’ordination des prêtres. Si cela était vrai, Paul aurait été « ordonné » deux fois et de plus, par des laïques, car nous lisons au ch. 15. 40 : « Paul… partit, après avoir été recommandé à la grâce du Seigneur par les frères ». C’était simplement une recommandation au Seigneur de ceux qui allaient partir dans un champ de travail.

On est heureux de penser que l’assemblée peut recommander celui qui s’en va dans un champ de travail.

C’est une responsabilité pour une assemblée locale, d’avoir dans son sein un évangéliste, un pasteur, un docteur.

L’apôtre Paul demande de prier « par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit, et veillant à cela avec toute persévérance et des supplications pour tous les saints et pour moi, afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte » (Éph. 6. 18 et 19).

C’est aussi une responsabilité de recevoir un frère de passage : il importe de savoir s’il a ou non la main d’association de son assemblée locale.

On dit parfois que le service est individuel, qu’on a à faire au Seigneur. Ce n’est qu’un côté des choses. Si le Seigneur envoie un serviteur, Il peut incliner le cœur des frères de l’assemblée locale pour qu’il y ait une pleine communion réalisée dans son service. Cette communion est nécessaire.

v. 27 : « Et, étant arrivés, et ayant réuni l’assemblée, ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux et comment Il avait ouvert aux nations la porte de la foi ». Ils sont heureux de raconter ce que Dieu a fait avec eux. Il y a là une différence très importante avec le passage de Marc 6. 30 où « les apôtres se rassemblent auprès de Jésus ; et ils lui racontèrent tout : et tout ce qu’ils avaient fait, et tout ce qu’ils avaient enseigné ». Ils pensaient à leur propre importance, ne comprenant pas que c’était la grâce de Dieu qui avait opéré par leur moyen. Nous trouvons la même expression que celle de notre chapitre au ch. 15. 4 : « ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux » et encore une expression semblable au ch. 21. 19 : « il raconta une à une les choses que Dieu avait faites parmi les nations par son service ».

Au fond l’instrument n’est rien. C’est Dieu qui opère. S’Il n’était là pour agir, que pourrions-nous faire ? Nous disons parfois que nous sommes des esclaves inutiles. Si encore nous faisions ce qui est dit de ces esclaves : « ce que nous étions obligés de faire, nous l’avons fait » ! (Luc 17. 10). Un instrument n’est autre chose qu’un canal qui laisse passer l’eau venant de la source et l’amène au point d’arrivée. L’instrument est responsable de laisser passer l’eau et de n’y apporter aucune altération. Elle doit parvenir aussi pure qu’elle l’est à la source.

L’assemblée d’Antioche est heureuse de savoir ce que la grâce de Dieu a opéré. Il y a des sujets d’encouragement, d’exercice, de tristesse rencontrés par les serviteurs de Dieu ; ce sont autant de sujets d’actions de grâce ou de prières pour l’assemblée.

La porte de la foi était ouverte aux nations (14. 27). Nous avons vu au ch. 13 qu’elle l’a été par une mission apostolique officielle.

v. 28 : Les apôtres demeurent à Antioche tant que le Seigneur ne les dirige pas ailleurs. Ils attendent, non pas dans l’inactivité, mais certainement en se rendant utiles dans cette assemblée d’Antioche.

Ch. 15

Nous arrivons au ch. 15 qui est un chapitre très important. Il y avait des assemblées qui avaient été formées parmi les nations, la première : Antioche et d’autres ensuite. Elles étaient indépendantes de Jérusalem, en dehors de Jérusalem, différentes à un certain point de vue puisqu’à Jérusalem il y avait dans l’assemblée des Juifs respectueux de la loi, loi de laquelle il leur était difficile de se détacher. Ces assemblées des nations ne respectaient pas les prescriptions d’une loi sous laquelle elles n’avaient jamais été. Comment pouvaient-elles coexister alors qu’elles se trouvaient sur un pied différent ?

Nous avons vu dans les chapitres précédents l’opposition des Juifs incrédules. Ici nous allons voir l’opposition, non pas des Juifs incrédules, mais des juifs croyants au sein de l’assemblée, qui voulaient imposer aux croyants d’entre les nations l’obéissance aux prescriptions de la loi. Cette difficulté qui pouvait provoquer un schisme, une division, va être réglée de telle sorte que les assemblées de Jérusalem et des nations vont pouvoir marcher en pleine communion.

On comprend combien il était difficile pour les Juifs d’abandonner la loi. Ils avaient reçu la loi, les oracles de Dieu ; c’était Dieu qui l’avait donnée. Seulement ils n’avaient pas compris que la loi s’adressait à l’homme en Adam et que l’homme en Adam est incapable de l’accomplir. En Christ, l’homme en Adam a été tué ; son histoire a pris fin à la croix. Comment un mort pourrait-il obéir à une loi ? La circoncision était le signe de la mort de l’homme dans la chair. Ce dont la circoncision était un signe était devenu une pleine réalité. Pourquoi donc revenir au signe ? C’est ce que les croyants Juifs n’avaient pas compris.

L’homme est incapable d’accomplir la loi mais la juste exigence de la loi peut être accomplie par l’homme nouveau. Le croyant est appelé à retenir l’enseignement moral de la loi : « Dieu ayant envoyé Son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour le péché, a condamné le péché dans la chair, afin que la juste exigence de la loi fût accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l’Esprit » (Rom. 8. 3 et 4). En vivant dans la jouissance du Saint Esprit, nous pouvons faire face à ce qui était la juste exigence de la loi. Or qu’était cette juste exigence de la loi ? La loi pouvait se résumer en deux commandements : « Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force, et de toute ta pensée », et « ton prochain comme toi-même ». « L’amour est la somme de la loi » (Rom. 13. 10). Le cœur de l’homme est rempli de haine mais la nouvelle nature aime car c’est la nature du Dieu d’amour. Le croyant n’est pas appelé à respecter les prescriptions légales de la loi mosaïque mais à satisfaire à la juste exigence de la loi, c’est-à-dire à aimer Dieu et à aimer son prochain.

v. 1 : « Et quelques-uns, étant descendus de Judée, enseignaient les frères disant : si vous n’avez pas été circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés ». Voilà donc des personnes venues de Jérusalem, mais qui n’avaient pas été envoyées par l’assemblée de Jérusalem, qui jetaient par terre les fondements mêmes du christianisme, le salut par la grâce, par la foi. Les fondements du christianisme étaient sapés à la base.

Il semble que dans les assemblées de la Galatie, le mal avait déjà fait beaucoup de progrès. Galates 2 nous donne d’utiles indications à cet égard mais il est difficile de savoir à quel moment se sont passés les faits qui nous sont rapportés aux v. 11 et suivants. Il semblerait pourtant que ces faits doivent être antérieurs à ceux rapportés en Actes car il serait grave pour Pierre que sa conduite ait été celle dont il est question au ch. 2 des Galates (v. 11 à 14) après qu’il eut prononcé les paroles rapportées en Actes 15. 7 à 11.

La conduite de Pierre à Antioche avait été très grave : il prenait ses repas, ce n’est pas rien de prendre ses repas avec quelqu’un, on ne mange pas avec n’importe qui, avec ceux des nations (Gal. 2. 12), abandonnant ainsi le terrain de la loi. Lorsque viennent des croyants Juifs, ne voulant pas de conflit, il cesse de le faire. S’il avait bien fait de quitter le terrain de la loi, pourquoi y revenait-il ? S’il était dans le vrai en revenant à la loi, il avait donc été dans le faux en l’abandonnant. Or, c’était Christ qui le lui avait fait abandonner !

Il craignait ce qu’on disait de lui. C’est un des traits du caractère de Pierre et c’est souvent ce qui nous caractérise. « La crainte des hommes tend un piège » (Prov. 29. 25). Pierre est tombé dans ce piège deux fois, la première fois lors de son reniement.

La fin du ch. 11, le début du ch. 13 et la fin du ch. 14 des Actes nous montrent que l’assemblée d’Antioche, la première des assemblées des nations, était dans un très heureux état ; mais l’Ennemi est toujours à l’œuvre et il va essayer de le troubler. Il cherche toujours à troubler l’heureuse communion de l’assemblée.

v. 1 : Des éléments venus de Judée présentent à Antioche un faux enseignement. Dans ce ch. 15 deux difficultés d’ordre différent surgissent, la première en rapport avec une question de doctrine, la deuxième en rapport avec les relations entre frères. Dieu permet que ces difficultés soient surmontées, montrant une fois de plus que l’Ennemi fait une œuvre qui le trompe.

Ceux qui présentaient ce faux enseignement méconnaissaient le fait que l’œuvre de la croix nous a délivrés, non seulement des péchés, mais aussi du péché. Le croyant qui est mort avec Christ est mort à la loi. « Christ est la fin de la loi pour justice à tout croyant » (Rom. 10. 4).

On voulait amener ces croyants d’Antioche à observer la circoncision. La circoncision était une figure de la mise de côté de la chair ; à la croix a eu lieu la réalité, par conséquent il n’est plus besoin de la figure ! Le salut repose sur une œuvre parfaitement accomplie : la mort de Christ et Sa résurrection. Le croyant est sauvé par la grâce, l’œuvre de la croix est une œuvre de grâce, par la foi en l’œuvre parfaite de Christ.

v. 2 : On comprend que ce faux enseignement trouble, bouleverse les croyants d’Antioche, selon les expressions employées au v. 24. Un faux enseignement n’édifie pas, il trouble. Paul et Barnabas qui avaient présenté le sain enseignement et enseigné l’assemblée d’Antioche pendant une année (Act. 11. 26), ne peuvent accepter cela. Il s’ensuit une « contestation », une « grande dispute », les faux docteurs ne voulant pas céder et Paul et Barnabas tenant ferme la vérité. Il est alors décidé que Paul et Barnabas ainsi que d’autres frères avec eux se rendront à Jérusalem.

Il est très probable et même certain que cette question de doctrine aurait pu être réglée à Antioche. L’assemblée avait qualité pour cela et par ailleurs Paul était également là avec toute son autorité apostolique. Il aurait pu régler cette question mais il ne le fait pas, parce qu’il agit dans la crainte du Seigneur avec beaucoup de dépendance et de sagesse : il était préférable en effet que cette question fût réglée à Jérusalem, afin d’éviter tout désaccord entre les assemblées de Jérusalem et d’Antioche.

Ceux qui faisaient partie de l’assemblée d’Antioche, n’avaient jamais été soumis au régime de la loi, tandis que ceux de l’assemblée de Jérusalem étaient des croyants qui avaient observé les prescriptions de la loi et y demeuraient encore attachés. D’après ce qui nous est dit en Galates 2, il semble que Paul ait eu une révélation spéciale pour monter à Jérusalem : « ensuite, au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabas, prenant aussi Tite avec moi. Or j’y montai selon une révélation, et je leur exposai l’évangile que je prêche parmi les nations » (2. 1 et 2). C’est ce que Paul et Barnabas confirment au v. 12 : « Paul et Barnabas racontaient quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations ».

Tite est sans doute compris dans les « quelques autres d’entre eux » du v. 2 d’Actes 15 qui montèrent à Jérusalem. La question ainsi soulevée sera tranchée par une décision prise par l’assemblée mais tout d’abord elle devait être examinée et débattue par les apôtres et les anciens qui avaient une responsabilité particulière et étaient compétents pour s’en occuper.

L’apôtre dit à Tite : « Mais évite les folles questions, et les généalogies, et les contestations, et les disputes sur la loi, car elles sont inutiles et vaines » (Tite 3. 9).

Sans doute, mais il pouvait y avoir sur la loi des disputes présentant un caractère secondaire. Tandis que dans le ch. 15 des Actes c’était une question présentant un caractère capital et on ne pouvait éviter la contestation : si en effet cette vérité de base n’était pas maintenue tout l’édifice du christianisme s’écroulait. Il y a des questions secondaires qui ne sont que des disputes de mots, dont l’apôtre dit en 2 Timothée 2. 14 qu’elles sont « sans aucun profit, et pour la subversion des auditeurs ».

v. 3 : « Eux donc, ayant été accompagnés par l’assemblée » : on ne peut pas penser que tous les frères et sœurs de l’assemblée d’Antioche ont accompagné la délégation de frères envoyée à Jérusalem mais il est plutôt vraisemblable que l’assemblée d’Antioche a accompagné ces frères de ses prières afin que leur mission puisse être remplie de sorte que la communion soit maintenue entre les assemblées d’Antioche et de Jérusalem.

« Eux donc, ayant été accompagnés par l’assemblée, traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des nations et ils causèrent une grande joie à tous les frères » : les cœurs les plus simples se réjouissent en voyant la grâce de Dieu opérant et les résultats produits par cette action. On doit se réjouir quand une âme est amenée au Seigneur, mais ici c’était bien davantage : tout un champ de travail, avec beaucoup de fruit et de nombreuses âmes amenées au Seigneur. De même nous avons vu au chapitre 11. 23 que Barnabas arrivant à Antioche « ayant vu la grâce de Dieu, se réjouit ».

v. 4 : « Et étant arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l’assemblée et les apôtres et les anciens » : remarquons le terme. Quand il est question de débattre une question de doctrine ce sont les frères compétents, les apôtres et les anciens qui s’en occupent mais quand il s’agit de recevoir les frères c’est d’abord l’assemblée qui reçoit.

« Et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux » : nous avons déjà rencontré cette expression au v. 27 du ch. 14, ils ne se glorifient pas d’avoir fait quelque chose. De quoi étaient occupés Paul et ses compagnons ? De la grâce de Dieu, de tous les fruits de cette grâce.

v. 5 : « Et quelques-uns de la secte des pharisiens, qui avaient cru s’élevèrent, disant qu’il faut les circoncire, et leur enjoindre de garder la loi de Moïse » : voilà encore des éléments de trouble qui sont manifestés. Ils étaient sur le terrain de la loi et ils voulaient contraindre les âmes à garder la loi. Ils n’avaient pas compris que le régime de la grâce est tout autre chose que celui de la loi bien que cependant, la juste exigence de la loi puisse être accomplie par l’homme nouveau dans la puissance du Saint Esprit (Rom. 8. 4).

v. 6 : « Et les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire » : c’est comme à la fin du v. 2 : « à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour cette question ». La question n’a pas été étouffée, elle a été débattue ouvertement. Les frères qui avaient quelque chose à dire ouvrent la bouche ; ceux qui n’ont rien de particulier à exprimer, gardent le silence. Nous avons là un enseignement que nous pouvons appliquer à une réunion d’administration de l’assemblée. C’est une réunion où ceux qui sont compétents disent ce qu’ils ont à dire dans la crainte du Seigneur et Sa dépendance.

Dans une réunion d’administration les sœurs ne sont pas là.

Donc ce n’est pas une réunion d’assemblée mais le Seigneur est là. On l’oublie souvent et c’est ainsi qu’on se permet certaines réflexions, certains comportements qu’on ne se permettrait pas dans une réunion d’assemblée. On ne peut pas penser s’occuper de l’administration de l’assemblée sans la présence du Seigneur. Il ne s’agit pas d’exprimer ses propres pensées, mais la pensée du Seigneur. Si personne n’avait la pensée du Seigneur, ce serait un sujet d’humiliation pour les frères d’abord, pour l’assemblée ensuite. Combien il serait à désirer que la communion soit réalisée dans l’assemblée et il en serait ainsi si tous les frères avaient la pensée du Seigneur ; que les sœurs ne méconnaissent pas elles aussi leur responsabilité à cet égard ! L’état de l’assemblée est fonction de l’état de chacun : si chacun (frères et sœurs), se trouvait à la place qu’occupait « le disciple que Jésus aimait », s’il y était habituellement, chacun aurait la pensée du Seigneur (Jean 13. 23 à 26 ; Ps. 25. 14 : « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » – secret = les communications intimes).

Il faut une pleine liberté, celle de l’Esprit. Elle ne peut être réalisée que dans la communion avec le Seigneur.

v. 7 à 11 : « Et une grande discussion ayant eu lieu » : discussion n’est pas pris ici dans un sens péjoratif. Si nous vivons dans la crainte du Seigneur, nous aurons « Son secret », comme nous le dit le Psaume 25. 14.

Pierre se lève le premier, et s’adresse aux frères. L’expression « hommes frères » du v. 7 peut nous permettre de penser que la « multitude » dont il est question au v. 12 était composée uniquement de frères. Pierre avait été chargé par le Seigneur d’ouvrir la porte du royaume de Dieu aux nations après l’avoir ouverte aux Juifs.

« Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? » : tenter Dieu c’était obliger Dieu à faire une nouvelle expérience avec ceux qui venaient des nations alors que celle réalisée avec les Juifs s’était révélée funeste dans ses effets. Les uns et les autres, Juifs et nations avaient maintenant été amenés au Seigneur par la foi ; ils étaient désormais sur un même terrain, baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps. Ce que dit Pierre est tellement clair et objectif que tout le monde se tait : « et toute la multitude se tut ».

v. 12 : Paul et Barnabas prennent alors la parole pour raconter « quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations ». Le récit que font Paul et Barnabas devait certainement comprendre leur travail à Antioche de Pisidie tel que nous l’avons en Actes 13. 46, en particulier cet épisode où ils disent : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations, car le Seigneur nous a commandé ainsi : « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre ». Et lorsque ceux des nations entendirent cela, ils s’en réjouirent, et ils glorifièrent la parole du Seigneur ; et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». Voilà donc comment ces croyants ont été amenés à posséder la vie éternelle. C’était par la foi en l’œuvre de Christ prêchée par les apôtres. Les apôtres n’avaient pas mis ces âmes sous le joug de la loi.

v. 13 à 18 : c’est Jacques qui prend la parole et cite le témoignage des Écritures relativement à la bénédiction actuelle et future des nations. On peut remarquer que Jacques est le seul des quatre à citer les Écritures. On peut généralement appuyer une pensée par un texte de l’Écriture, mais ce n’est pas toujours le cas. On peut avoir la pensée du Seigneur sans avoir de texte formel ; c’est ce qu’on a discerné quand Pierre, Paul et Barnabas ont pris la parole. Il est bon de s’appuyer sur la Parole mais on n’a pas toujours un texte formel ; on doit cependant toujours avoir la pensée du Seigneur et la pensée de l’Esprit (c’est une seule et même pensée). Il peut se faire, comme ici, que dans une réunion d’administration deux frères donnent la pensée du Seigneur sans l’appuyer sur un texte formel tandis qu’un troisième donnera cette pensée en l’appuyant sur un texte de l’Écriture.

« À l’un est donnée, par l’Esprit, la parole de sagesse ; et à un autre la parole de connaissance, selon le même Esprit » (1 Cor. 12. 8). On peut considérer que Jacques exerce un don de parole de connaissance.

Jacques emploie la même expression que Pierre au v. 7 « Hommes frères ». Dieu a visité les nations non pas pour les convertir toutes, mais « pour en tirer un peuple pour Son nom ». C’est l’évangélisation qui a lieu encore actuellement : ce n’est pas pour une conversion générale des peuples, mais un travail pour la formation de l’Église, peuple céleste de Dieu. « Après ces choses… » c’est-à-dire quand l’Église aura été formée, qu’il n’y aura plus de pierre à ajouter à l’édifice, alors Dieu accomplira ce qui est dit en Amos : « Je retournerai et je réédifierai le tabernacle de David, qui est tombé, et je réédifierai ses ruines et je le relèverai, en sorte que le résidu des hommes recherche le Seigneur, et toutes les nations sur lesquelles mon nom est réclamé, dit le Seigneur, qui fait ces choses ». Dieu reprendra ses relations avec son peuple. Le temple sera reconstruit à Jérusalem et le peuple adorera Dieu dans son temple. Et non seulement cela mais les nations rechercheront le Seigneur, la bénédiction débordera sur elles.

v. 19 à 21 : Il fallait que les croyants venus d’entre les nations abandonnent certaines coutumes. Ce que Jacques leur demande, c’est ce qui était établi dès le commencement, avant l’appel du peuple de Dieu. C’est déjà ce que nous trouvons en Genèse 9, dans une période antérieure au système de la loi. « Désormais, tant que seront les jours de la terre (les jours de la terre ont commencé après le déluge et se termineront quand les cieux et la terre seront détruits par le feu), les semailles et la moisson, et le froid et le chaud, et l’été et l’hiver, et le jour et la nuit, ne cesseront pas » (Gen. 8. 22). « Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec sa vie, c’est-à-dire son sang » (Gen. 9. 4). Le sang comme la graisse était la part de l’Éternel. Ces défenses s’appliquent au croyant comme à tous les hommes, aujourd’hui comme alors. Aucun homme ne devrait enfreindre une telle défense.

Voilà donc comment cette question difficile, délicate a été réglée à Jérusalem. La question a été traitée prudemment, elle l’a été dans l’ordre, dans la paix mais aussi elle l’a été à fond et sans que subsiste aucune ambiguïté. C’est une même pensée qui s’est dégagée des paroles de Pierre, de Paul, de Barnabas et de Jacques : la pensée du Seigneur.

Il ne faudrait pas croire que 1 Corinthiens 10. 25 nous autorise à manger le sang : « Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous enquérir de rien à cause de la conscience » : il s’agissait, si on l’ignorait, de ne pas chercher à savoir si les viandes provenaient de bêtes sacrifiées aux idoles ou d’autres bêtes. Par contre si l’on était informé que telle viande était celle d’une bête offerte en sacrifice à des idoles, il fallait s’abstenir pour les deux raisons indiquées au v. 28 du même chapitre. On pourrait penser qu’il y a contradiction entre les v. 20 et 21 d’Actes 15 et Col. 2. 20 : « Si vous êtes morts avec Christ aux éléments du monde, pourquoi, comme si vous étiez encore en vie dans le monde, établissez-vous des ordonnances – ne prend pas, ne goûte pas, ne touche pas ! ». Mais les principes qui nous sont donnés sont les pensées de Dieu et il ne s’agit nullement en Actes 15. 20 et 21 de placer les élus sous la loi, le contexte le prouve surabondamment.

Ne perdons pas de vue que nous avons des commandements dans la Parole que nous sommes responsables de suivre. Le fait que nous obéissons à un commandement du Seigneur ne veut pas dire que nous nous plaçons sur un terrain légal : par amour pour le Seigneur nous obéissons. C’est une obéissance qui est le fruit de l’amour et c’est ce que doit toujours être la vraie obéissance.

Ces commandements sont naturellement suivis par l’enfant de Dieu tandis que la loi est imposée, mise sur le cou (v. 10).

Dieu donne aussi des commandements au monde : « Dieu… ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Act. 17. 30).

Malgré les persécutions qu’il avait suscitées jusque-là, l’Ennemi voit l’œuvre du Seigneur se développer et des âmes amenées à la connaissance de la vérité. Il va employer d’autres moyens pour essayer de nuire au témoignage : il opère au sein de l’assemblée d’Antioche, qui avait eu de très heureux débuts, par le moyen de certains Juifs venus de Jérusalem : ces derniers « enseignaient les frères disant : vous n’avez pas été circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés » (Act. 15. 1). Le travail de l’Ennemi tend toujours à ajouter des pensées de l’homme à celles de Dieu, il tend à ajouter des œuvres à l’œuvre parfaitement accomplie par Christ à la croix. Ce faux enseignement détruisait les fondements du christianisme, c’est pourquoi les apôtres réagissent avec énergie : Paul et Barnabas vont combattre pour la vérité. Une « grande dispute » ayant eu lieu, il fut décidé par l’assemblée d’Antioche, et cela avec beaucoup de sagesse, que des frères iraient à Jérusalem. Ces envoyés d’Antioche sont accueillis par l’assemblée de Jérusalem (v. 4) mais le débat s’engage seulement parmi les frères réunis (v. 7 et 13).

L’administration de l’assemblée est de la compétence des frères. Au cours de cette réunion, les frères compétents, dirigés par le Saint Esprit, font connaître leur pensée. Aucun point fondamental n’a été esquivé.

L’apôtre Pierre prend le premier la parole. Il fait ressortir trois points. Le premier, c’est celui-ci : Dieu l’a choisi pour annoncer l’évangile aux nations, Il ne lui a pas demandé d’y ajouter l’observance de la circoncision. Le deuxième point est indiqué au v. 8 : Dieu a donné le Saint Esprit aux nations, il met ainsi son sceau sur la simple foi, sans qu’il soit question de la circoncision. En troisième lieu, au v. 10, Pierre pose la question : Pourquoi vouloir mettre le joug de la loi sur le cou des disciples d’entre les nations ? Les Juifs avaient été incapables d’obéir à la loi, les nations en seraient-elles capables ? Les Juifs et les nations sont sauvés de la même manière, « par la grâce du Seigneur ». Barnabas et Paul prennent ensuite la parole pour rappeler quels prodiges Dieu avait accomplis par leur moyen parmi les nations. Nulle part ils n’avaient imposé la circoncision aux croyants, et des âmes avaient été sauvées. Ensuite Jacques prend la parole. Il se réfère aux écrits de l’Ancien Testament qui annonçaient ce qui venait de s’accomplir maintenant.

Cette réunion est un modèle de réunion d’administration. Un frère, ou plusieurs, conduits par le Saint Esprit, expriment la pensée du Seigneur, puis l’un d’entre eux la traduit dans une lettre. Pierre, Paul et Barnabas, Jacques ont exprimé ce qui était effectivement la pensée du Seigneur ; et c’est ensuite Jacques (très probablement) qui a été amené à rédiger la lettre à envoyer à Antioche.

v. 22 : « Alors il sembla bon aux apôtres et aux anciens, avec toute l’assemblée, de choisir parmi eux des hommes » : maintenant « toute l’assemblée » intervient. C’est bien ce qui doit se passer dans la vie et l’administration de l’assemblée : une fois que la question a été débattue et que les frères sont arrivés à un commun accord, c’est l’assemblée qui décide. (L’expression : l’autorité de l’assemblée n’est pas juste, c’est effectivement l’autorité du Seigneur au milieu de l’assemblée).

Cette lettre n’a pas été envoyée comme une simple lettre. Elle a été portée. Il ne faut pas penser que cette lettre n’a pas été envoyée parce que les services d’acheminement du courrier n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. La lettre a été portée par quelques frères capables de donner une explication complémentaire dans le cas où les frères d’Antioche auraient désiré en avoir une.

Il y a dans ce chapitre des principes très importants quant à la vie de l’assemblée. Si nous les méconnaissons ou si nous les perdons de vue nous pouvons être amenés à faire des expériences douloureuses.

– Peut-on réaliser cela dans des jours de ruine ?

– Dans les temps fâcheux des derniers jours, nous avons les mêmes ressources et les mêmes responsabilités qu’au temps des Actes. Si nous ne réalisons pas ces choses cela vient uniquement de nous, de notre faiblesse. Dans la première épître à Timothée, il est question de la maison de Dieu en ordre : « Je t’écris ces choses… afin tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3. 14 et 15). Soulignons l’expression employée : « comment il faut » : c’est une obligation impérieuse. Dans la deuxième épître à Timothée, la « maison » est en ruine, mais étant placés au sein de ce qu’est ainsi devenue la chrétienté, nous avons et connaissons l’enseignement de la Parole, nous sommes par conséquent responsables de maintenir dans l’assemblée les caractères qu’elle doit présenter, l’ordre dans lequel le Seigneur veut la voir – de sorte que les enseignements du ch. 15 des Actes doivent s’imposer à nous avec toute leur autorité divine. Une assemblée qui les maintient fera l’expérience du puissant secours du Seigneur et éprouvera une riche bénédiction dans cette obéissance à la Parole.

Nous avons trop peu conscience de ce que le Seigneur veut opérer pour Son assemblée. Le Seigneur est fidèle. Si nous désirons être fidèles et obéir, le Seigneur nous bénira. Quand nous ne sommes ni fidèles, ni obéissants, le Seigneur permet des difficultés, précisément parce que nous sommes en mauvais état et qu’Il veut ouvrir nos yeux sur cet état, que sans doute nous n’avons pas su discerner. Les frères n’ont généralement pas un sentiment assez élevé de ce qu’est l’assemblée et de ce que doit être l’administration de l’assemblée. On la rabaisse souvent au niveau de l’administration d’une association humaine quelconque. Le Seigneur permet alors des difficultés pour ouvrir les yeux sur l’état de l’assemblée. La première chose à faire avant de s’occuper des difficultés, c’est de considérer l’état des cœurs et l’état moral de l’assemblée.

– Il est certain que ce n’est pas la Parole mais les pensées des hommes sur la Parole qui séparent.

– Exactement. Si nous avons des pensées personnelles, nous courons au-devant de conflits. Ce qui unit, c’est d’avoir la pensée du Seigneur. Pour cela il faut rester « dans le sein de Jésus » (Jean 13. 23). Les douze disciples avaient eu les pieds lavés, mais un seul a été ensuite dans le sein de Jésus. Une fois que nous avons les pieds lavés, nous sommes en état de jouir de la communion avec le Seigneur et nous avons à la rechercher pour avoir la connaissance de Sa pensée. Pierre, qui pourtant était bouillant d’amour pour Son maître, comprend qu’il ne peut pas L’interroger, qu’il n’a pas Sa pensée et n’est pas en état de l’avoir. Aimer le Seigneur est autre chose que jouir de Son amour à Lui pour nous. C’est cette dernière chose que réalisait Jean et c’est pourquoi, dans son évangile, il s’appelle « le disciple que Jésus aimait » (Jean 13. 23 ; 19. 26 ; 20. 2 ; 21. 7 et 20). Il est à désirer que chacun de nous réalise un tel état. Chacun a sa responsabilité personnelle. Chacun doit régler son état devant le Seigneur. Si chacun le fait, l’assemblée sera en paix. Il y aura un commun accord. La puissance du Seigneur pourra se déployer sans qu’il y ait d’entrave.

– Y a-t-il un enseignement en rapport avec Actes 15. 1 et Romains 14. 1 : « Or quant à celui qui est faible en foi, recevez-le non pas pour la décision de questions douteuses » ?

Les « faibles », dans ce ch. 14 de l’épître aux Romains, sont ceux qui ont, non pas une foi faible, mais une conscience délicate et peu de connaissance, qui n’ont pas saisi la position du croyant en Christ. Les « forts » étaient affranchis, les « faibles » non. Il est certain que « pour la décision de questions douteuses », difficiles à régler, les frères « faibles » doivent laisser intervenir les « forts ».

– On peut faire une allusion aux douze espions. Il y en avait dix faibles et deux forts : Caleb et Josué. La faiblesse des dix a coûté au peuple d’Israël de rester quarante ans dans le désert.

– Avec la circonstance aggravante que les dix étaient caractérisés par l’incrédulité, tandis que Josué et Caleb sont caractérisés par une foi entière. Les « dix » ne sont pas des « faibles » et Josué et Caleb des « forts », dans le sens que Romains 14 donne à ces deux termes. La même circonstance manifeste l’incrédulité des uns (les dix) et la foi des autres. Le peuple s’est laissé entraîner par l’incrédulité des « dix ». Si nous transposons sur le plan de l’assemblée, il peut se faire que le grand nombre soit marqué par une foi faible (une certaine incrédulité dans le sens que Marc 9. 24 donne à ce terme : « Je crois, viens en aide à mon incrédulité ») et entraîne le reste parce qu’ils sont plus nombreux, et qu’il n’y ait que quelques frères plus forts en foi. La question du nombre, l’entraînement du nombre à souvent conduit à bien des égarements.

– Josué et Caleb ont été menacés d’être lapidés.

v. 22 : Voilà deux frères de Jérusalem, Judas et Silas, associés à Paul et Barnabas, qui avaient travaillé parmi les nations.

C’est donc dire quelle communion avait été réalisée entre les frères juifs et ceux des nations !

Il est dit de Judas et de Silas qu’ils étaient des « hommes d’entre ceux qui tenaient la première place parmi les frères » : on dit quelquefois – manifestant ainsi un certain esprit « démocratique » – que, étant donné que nous sommes tous frères, nous sommes tous sur le même niveau, et qu’aucune voix ne peut avoir plus de poids qu’une autre. Mais un frère, en raison de sa connaissance de la Parole, de sa spiritualité, de sa jouissance de la communion avec le Seigneur, a une place spéciale au sein de l’assemblée. Remarquons qu’il n’est pas dit de ces frères qu’ils prennent la première place, ils la tiennent, ils l’occupent. C’est le Seigneur seul qui la donne.

En 1 Thessaloniciens 5. 12 il est écrit : « Or nous vous prions frères, de connaître (ou reconnaître) ceux qui travaillent parmi vous, et qui sont à la tête parmi vous dans le Seigneur, et qui vous avertissent, et de les estimer très haut en amour à cause de leur œuvre ». Il ne convient pas de mépriser ces enseignements. Ce serait ajouter une responsabilité à d’autres encore. Il faut veiller. Dans ce monde, nous voyons se développer un esprit de révolte et d’insoumission à l’autorité établie. Nous risquons, du plus jeune au plus âgé, de nous laisser gagner par cet esprit. Il nous faut veiller aux portes afin que l’esprit du monde ne pénètre pas dans l’assemblée.

En Galates 2. 6 il est question de « ceux qui étaient considérés comme étant quelque chose ». Ils étaient bien considérés, et à juste titre, comme occupant une place spéciale dans l’assemblée de Jérusalem. Mais dans ce passage l’apôtre, Paul écrit pour montrer qu’il a reçu son apostolat, non pas des hommes, mais du Seigneur. Il ne méprise pas leur autorité mais il insiste sur le fait qu’il ne dépendait pas des apôtres à Jérusalem, mais seulement du Seigneur (Gal. 1. 1, 12, 16 à 19 ; 2. 6).

Voilà donc ces quatre frères qui se rendent dans l’assemblée d’où deux d’entre eux étaient venus ; ils sont capables d’expliquer la teneur de la lettre qu’ils apportent et de répondre aux questions qui pourraient leur être posées.

Nous avons remarqué, au v. 22 que toute l’assemblée a ratifié ce qui avait été reconnu par les frères ; mais lorsqu’il s’agit de communiquer la décision, ce sont les frères qui s’en occupent. Ce sont donc les frères qui s’adressent aux frères, non l’assemblée qui s’adresse à une autre assemblée.

v. 23 : « Les apôtres et les anciens et les frères, aux frères d’entre les nations qui sont à Antioche et en Syrie et en Cilicie : salut » : dès le début de la lettre, ces croyants d’Antioche sont reconnus comme étant des frères. Il n’y a pas de division. Les contrées dont il est parlé dans ce verset étaient celles que Paul et Barnabas avaient visitées. Les choses sont dites simplement, clairement dans cette lettre. Elle ne contient pas les circonlocutions que nous employons souvent. Il semble que ce soit Jacques qui ait rédigé la lettre – Jacques le frère du Seigneur, dont il est question dans l’épître au Galates et en Actes 12. 17. L’épître qu’il a écrite commence de la même façon (Jac. 1. 1) Ce sont les deux seules fois où nous trouvons cette expression.

v. 24 : « Comme nous avons ouï dire que quelques-uns qui sont sortis d’entre nous, vous ont troublé par des discours, bouleversant vos âmes, disant qu’il faut être circoncis et garder la loi ». Les discours qui viennent d’une mauvaise source, troublent et bouleversent. C’est une caractéristique d’un faux enseignement. Nous retrouvons ces deux mots, troubler et bouleverser, en 2 Thessaloniciens 2. 1 et 2 où l’apôtre exhorte les chrétiens de Thessalonique à ne pas se « laisser promptement bouleverser dans leurs pensées, ni troubler, ni par esprit, ni par parole, ni par lettre, comme si c’était par nous, comme si le jour du Seigneur était là ». C’était un faux enseignement qui était présenté aux Thessaloniciens. On voulait leur faire croire que les tribulations qu’ils traversaient étaient celles qui sont liées au jour du Seigneur et que, par conséquent, le jour du Seigneur était là.

« Auxquels nous n’avons donné aucun ordre » : l’assemblée de Jérusalem n’avait donné aucun ordre à ceux qui étaient descendus de Judée à Antioche et qui avaient troublé les frères.

« Il nous a semblé bon, étant tous d’accord » : dans la note il est dit : étant assemblés d’un commun accord. Cela souligne le plein accord des frères et de l’assemblée. L’unité de l’Esprit avait été gardée par le lien de la paix.

En Galates 5. 11, l’apôtre Paul écrit « mais moi, si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? » On disait, dans les assemblées de la Galatie que Paul prêchait la circoncision. Cette question de la circoncision revient dans d’autres épîtres (par ex. Rom. 2. 25 à 29 ; 1 Cor. 7. 19).

Il y avait peut-être ce danger à Colosses, et il est possible que l’apôtre y fasse allusion lorsqu’il écrit : « vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair par la circoncision du Christ » (Col. 2. 11). La circoncision est une figure de la mise de côté de la chair. Pourquoi vouloir une figure du moment que la réalité a été accomplie à la croix de Christ ? La circoncision du croyant aujourd’hui, c’est la « circoncision qui n’a pas été faite de main » à la différence de la circoncision juive, faite de main.

v. 25 et 26 : « Nos bien-aimés Barnabas et Paul, hommes qui ont exposé leurs vies pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ » : cette expression montre l’attachement de cœur de l’assemblée de Jérusalem pour ces deux frères envoyés à Jérusalem par l’assemblée d’Antioche. Ce verset donne aussi une appréciation du service qu’ils avaient rempli : la présentation de l’évangile en dehors de toute astreinte au régime de la loi. Pour ce service, ils n’ont pas hésité : ils ont exposé leur propre vie.

v. 27 : « Nous avons donc envoyé Judas et Silas, qui vous annonceront de bouche les mêmes choses » : deux frères, c’est-à-dire un témoignage complet. Nous vous écrivons, mais cela vous sera dit oralement par deux témoins.

v. 28 et 29 : L’essentiel du message, nous l’avons dans ces versets. Au v. 28 il y a une adjonction par rapport à ce qui précède : « il a semblé bon au Saint Esprit et à nous ». On voit quelle place le Saint Esprit occupait au sein de l’assemblée et, pour les frères, quelle dépendance du Saint Esprit les caractérisait ! Le Saint Esprit est là dans l’assemblée, où Il manifeste la présence de Dieu.

Il y a deux Personnes divines dans l’assemblée : le Seigneur Lui-même et le Saint Esprit (Dieu est présent par son Esprit Saint). Rien ne doit être fait en dehors de la dépendance du Seigneur et de la dépendance du Saint Esprit. Au v. 28 le Saint Esprit a la première place. Elle lui revient.

– Et c’est dans une réunion d’administration. Il est important de le souligner.

Dans l’assemblée il y a le Seigneur Jésus, il y a le Saint Esprit, il y a Dieu : « il rendra hommage à Dieu, publiant que Dieu est véritablement parmi vous » (1 Cor. 14. 25). Cet homme est saisi par la puissance de l’Esprit de Dieu, il discerne ainsi la réalité de la présence de Dieu par le Saint Esprit. Dieu est présent par Son Esprit.

Ces vérités, que nous connaissons bien, nous sommes responsables de les vivre pratiquement, de les maintenir et de les mettre en pratique dans la vie de l’assemblée.

Cette lettre adressée par les frères de Jérusalem aux frères d’Antioche est importante, car elle précise les trois choses qui doivent être maintenues, toutes trois antérieures au don de la loi à Israël. Ce sont des choses établies par Dieu dès le commencement.

« Qu’on s’abstienne des choses sacrifiées aux idoles » : c’était un témoignage rendu à l’unité d’un seul Dieu, à l’unité du vrai Dieu en contraste avec les idoles. Israël était tenu de le maintenir. Il l’a oublié. « L’Éternel notre Dieu est un seul Éternel » (Deut. 6. 4). Dans l’économie présente, nous sommes tenus de respecter la sainteté de la table du Seigneur. Il y a la table du Seigneur, il y a les tables de l’homme qu’on peut appeler ainsi parce que la pensée de l’homme y prime celle de Dieu, au moins sur plusieurs points, de plus ou moins grande importance. Dans les jours où l’apôtre écrivait aux Corinthiens, il y avait des tables qu’il range sous cette appellation : « la table des démons » (1 Cor. 10. 21).

La communion est réalisée à la table et tous ceux qui y participent sont solidaires de tout ce qui caractérise cette table. L’apôtre donne trois exemples de communion exprimés dans l’acte de manger (1 Cor. 10. 14 à 22). Nous pouvons dire qu’aujourd’hui nous ne risquons pas d’avoir communion avec les tables idolâtres, mais nous risquons de perdre de vue ce qu’est la table du Seigneur et par suite, de nous asseoir à une table de l’homme, appelée ainsi parce qu’il y a dans la dénomination où cette table est dressée, des vérités qui sont méconnues, en particulier cette vérité de l’unité du corps de Christ.

Si nous ne connaissons pas notre position céleste en Christ, nous ne pouvons pas comprendre ce qu’est l’unité du corps de Christ proclamée à la table du Seigneur.

L’Ennemi est bien trop rusé pour nous tenter avec une table de démons. Il nous présente autre chose : une table de l’homme. Il nous semble alors que ce n’est qu’une question de nuances. On y entend de si bonnes choses, dira-t-on volontiers, il y a des croyants remarquables, que d’arguments de ce genre ! C’est le mélange du bon et du mauvais, qui est le plus dangereux, car le bon fait passer le mauvais. Le mélange est la pire des choses : il est plus mauvais que ce qui est entièrement mauvais, car il est beaucoup plus dangereux en raison des apparences trompeuses qu’il présente.

« Qu’on s’abstienne… du sang et de ce qui est étouffé » : c’est un commandement qui a été déjà donné en Genèse 9. 4, juste après le déluge. Il a été rappelé plusieurs fois au peuple d’Israël : « vous ne mangerez aucun sang » (Lév. 7. 26), « Je mettrai ma face contre celui qui aura mangé du sang, et je le retrancherai du milieu de son peuple ; car l’âme (ou la vie) de la chair est dans le sang » (Lév. 17. 10) et aussi aux v. 13 et 14 : « quant à la vie de toute chair, son sang est sa vie en elle ; et j’ai dit aux fils d’Israël : vous ne mangerez le sang d’aucune chair ; car l’âme de toute chair est son sang ; quiconque en mangera sera retranché ». Dans les sacrifices lévitiques, la graisse et le sang étaient pour l’Éternel (Lév. 3 et 7. 33). Le croyant doit donc s’abstenir du sang et des bêtes étouffées.

« Qu’on s’abstienne… de la fornication » : cela vient du fait que Dieu a donné une femme à un homme. Éphésiens 5 emploie ces deux expressions : « vos propres maris » (v. 22) et « vos propres femmes » (celle-ci, d’ailleurs, à trois reprises, v. 25, 28 et 33). Transgresser ce que Dieu a ainsi établi est un péché d’une gravité exceptionnelle aux yeux de Dieu.

Ces enseignements sont à respecter aujourd’hui, sans que pour autant nous puissions penser que nous sommes sur le terrain de la loi.

La lettre se termine. Ce n’est pas une conclusion impérieuse mais une parole qui devait s’imposer au cœur et à la conscience des frères d’Antioche : « Si vous vous gardez de ces choses, vous ferez bien » (v. 29). Ensuite vient un souhait de santé formulé sans doute pour le corps comme pour l’âme, de même que dans la troisième épître de Jean, où l’apôtre Jean souhaite à Gaïus la santé de l’âme et du corps : « Bien-aimé, je souhaite qu’à tous égards tu prospères et que tu sois en bonne santé, comme ton âme prospère » (v. 2).

Ce ch. 15 du livre des Actes est rempli d’enseignements importants. Une grave difficulté était survenue à Antioche : « quelques-uns, étant descendus de Judée » voulaient mettre les croyants d’Antioche, première assemblée d’entre les nations, sous le joug de la loi du Dieu d’Israël. Une « contestation » s’éleva « et une grande dispute », Paul et Barnabas désirant maintenir la vérité de Dieu en face de cet enseignement qui sapait à la base tout le christianisme. Il convenait pour les raisons rappelées au cours de nos précédentes réunions, que cette question soit réglée à Jérusalem et non par l’assemblée d’Antioche ou même par Paul et Barnabas avec l’autorité qui était la leur.

« Paul et Barnabas et quelques autres d’entre eux » se rendent donc à Jérusalem. L’affaire en question était de la compétence des frères et même de frères qualifiés, non pas de toute l’assemblée ; l’expression employée au v. 2 déjà nous le montre : « vers les apôtres et les anciens pour cette question ». Les envoyés d’Antioche sont accueillis par l’assemblée, à laquelle ils s’adressent, non pour l’entretenir de l’objet de leur mission, mais de l’œuvre du Seigneur : v. 14. Lorsqu’il convient d’« examiner cette affaire », ce sont « les apôtres et les anciens » seuls qui « s’assemblèrent » (v. 6). Il semble bien qu’il y avait là l’ensemble des frères, « et toute la multitude » (v. 12), comme nous pouvons le déduire de l’expression employée par Pierre d’abord, Jacques ensuite : « Hommes frères » (v. 7 et 13). Quels sont les frères qui prennent la parole ? Des frères qualifiés : Pierre, Paul et Barnabas, Jacques. « La multitude se tut ; et ils écoutaient… » (v. 12).

La réunion des frères pour l’administration de l’assemblée n’est pas le lieu où il convient de faire connaître ses pensées personnelles et, à plus forte raison, de manifester des réactions charnelles. Seule la pensée du Seigneur a de la valeur et c’est la seule pensée qui doive être présentée. Dans cette réunion d’Actes 15, chacun des quatre frères qui ait eu à intervenir a exposé un côté des choses selon la pensée du Seigneur ; de l’ensemble se dégage une ligne de conduite. Un frère exprimant la pensée du Seigneur n’a pas toujours un passage des Écritures à l’appui, mais il a toujours une pensée spirituelle ; il peut faire bénéficier les frères de son expérience dans le service, comme le font ici Pierre, Paul et Barnabas. Jacques s’appuie sur les Écritures et le passage d’Amos qu’il est amené à citer confirme ce qui vient d’être dit : v. 14 et 15 ; il dégage ensuite la pensée générale exprimée, de manière que puisse être rédigée la lettre à envoyer par les frères de Jérusalem à ceux d’Antioche.

Les frères examinent la question dans la dépendance du Saint Esprit (v. 28 : « Car il a semblé bon au Saint Esprit et à nous… ») et dans la présence du Seigneur. Mais ils ne peuvent prendre une décision d’assemblée ; l’assemblée intervient alors : v. 22.

Les sœurs sont mises au courant des conclusions auxquelles sont arrivés les frères et la décision est prise dans l’heureuse confiance que les sœurs font aux frères. Il serait très grave que cette confiance n’existe pas !

Il faut souligner le caractère solennel d’une décision d’assemblée : elle est prise dans la présence et au nom du Seigneur ; ce qui est ainsi lié sur la terre est lié dans le ciel (Mat. 18. 18 à 20).

Il est décidé qu’une lettre sera écrite et envoyée à Antioche. Ce n’est pas une assemblée qui écrit à une autre, mais des frères à des frères : « Les apôtres et les anciens et les frères, aux frères d’entre les nations qui sont à Antioche… » (v. 23).

v. 25 : « il nous a semblé bon, étant tous d’accord… ». Il peut se faire qu’une décision d’assemblée soit prise sans le plein accord de tous, mais seulement avec celui du « grand nombre », l’opposition de quelques-uns étant reconnue comme étant sans fondement scripturaire ou spirituel. Il est bien certain que si le plein accord est réalisé, la décision d’assemblée s’imposera avec d’autant plus de force.

– Est-ce que tout ce qui vient d’être dit au sujet des réunions d’administration s’applique à une demande d’admission à la table du Seigneur ?

– Certainement. L’assemblée peut recevoir une personne qui a demandé à prendre place à la table du Seigneur, quand elle a le sentiment qu’une telle personne peut être reçue « à la gloire de Dieu », selon l’expression de Romains 15. 7. Les frères examinent la demande, ne perdant pas de vue dans leurs réunions ce que nous venons de dire de la réunion d’administration de l’assemblée ; quand ils sont d’accord, ils présentent la demande à l’assemblée, qui seule peut prendre la décision d’admission. Un certain délai, une, ou quelques semaines, suivant l’appréciation des frères, est laissé entre l’information à l’assemblée et sa décision, délai au cours duquel des objections, s’il y en a, peuvent être présentées. Il peut se faire, par exemple, qu’une sœur soit au courant de certains faits qu’elle suppose ignorés des frères ; elle doit alors aller voir un frère de confiance pour lui faire part de ce qu’elle sait. Cela peut, dans certains cas, conduire les frères à reconsidérer la demande. S’il n’y a pas d’objection au bout de ce délai, la décision d’admission est prise.

Il me souvient d’un cher frère, aujourd’hui délogé qui, dans l’assemblée locale où je me trouvais il y a 35 ou 40 ans, lorsqu’il était chargé de faire part d’une demande d’admission à l’assemblée, présentait la demande en soulignant bien que les frères n’avaient rien décidé, sauf de placer la demande devant l’assemblée. Et, à l’expiration du délai fixé, juste avant le début de la réunion de culte, il insistait sur la solennité de la décision de l’assemblée qui, en cet instant, au nom du Seigneur et en Sa présence, recevait telle personne à la table du Seigneur, ce qu’elle liait sur la terre étant lié dans le ciel, et ayant conscience de recevoir cette personne « à la gloire de Dieu ». Frères et sœurs avaient bien le sentiment du sérieux et de la gravité d’une décision d’assemblée.

– Est-ce qu’il n’y a pas des cas où des frères mariés ne doivent pas parler à leur femme de ce qui s’est dit en réunion d’administration ?

– Il faut être réservé au sujet de tout ce qui se dit au cours des réunions pour l’administration de l’assemblée. Un frère se montrera particulièrement prudent, il doit parfois garder un silence absolu, s’il sait que son épouse parle parfois plus ou moins inconsidérément, ou perd de vue ce qui lui est prescrit en 1 Timothée 3. 1.

John Nelson Darby écrit dans une lettre d’Octobre 1877, donc au soir d’une vie riche d’expérience chrétienne : « Je n’ai jamais vu une femme se mêler des affaires d’église, sans qu’elle ait fait du mal. Elles sont bénies et très utiles à leur place, mais cette place-là ne leur appartient pas ». Elles ont un service très précieux dans la vie de l’assemblée, notamment par la prière ; on a vu des assemblées prospères parce qu’une sœur, véritable mère en Israël, persévérait dans la prière pour l’assemblée. Mais on a vu aussi qu’une assemblée n’a retrouvé son équilibre que lorsqu’une sœur, qui s’occupait de choses dont elle n’aurait pas dû s’occuper, a été retirée.

– À fortiori, il ne faut pas parler de ce qui se dit en réunion d’administration à des personnes non en communion et aux enfants.

– Les sœurs ont un service dans la maison, auprès des malades, dans l’assemblée.

– Oui, elles peuvent être amenées à s’occuper de certaines activités matérielles : entretien du local, par exemple, qui ont du prix pour le cœur du Seigneur, comme tout ce qui est fait pour Lui.

Dans le livre des Proverbes, il est parlé à plusieurs reprises de l’enseignement de la mère, celui qu’elle doit donner à ses enfants. La chose importante, c’est que chacun demeure à la place que Dieu a voulue lui donner. Si nous sortons de notre place, nous amènerons inévitablement du trouble.

Si l’on était vraiment conscient que l’assemblée est l’assemblée du Seigneur, l’assemblée de Dieu, et non une sorte de « club » ou une « association » comme il y en a tant dans le monde, on serait plus sérieux dans tout ce qui la concerne.

Tout ce qui concerne l’assemblée, même les questions matérielles, est important, précisément parce que cela concerne l’assemblée. La lettre de Jérusalem est communiquée aux frères d’Antioche.

v. 31 : « Et l’ayant lue, ils se réjouirent de la consolation ». Quel contraste avec le trouble apporté par les faux docteurs !

v. 32 : « Et Judas et Silas, qui eux aussi étaient prophètes, exhortèrent les frères par plusieurs discours et les fortifièrent ». Prophètes à Jérusalem ils le sont aussi à Antioche, car les dons s’exercent dans l’ensemble du corps. Ces « plusieurs discours » n’étaient autre chose que la présentation de la Parole. Elle fortifie les âmes. En 1 Corinthiens 14. 3 ; nous lisons : « Celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation ».

Nous avons ici ces trois aspects : la consolation, après la lecture de la lettre de Jérusalem (v. 31) ; l’exhortation et l’édification, apportées par le ministère de Judas et Silas (v. 32).

v.33 : « Et après avoir séjourné là quelque temps, ils furent renvoyés en paix par les frères vers ceux qui les avaient envoyés ». Il ne faudrait pas déduire de là que Judas et Silas ont été, en quelque sorte, « congédiés » par les frères d’Antioche ! Mais ayant terminé l’exercice de leur mission, ils retournent à Jérusalem et ils y repartent avec la salutation de paix des frères d’Antioche. Il semble d’ailleurs que Silas est resté à Antioche (v. 40).

v. 35 : Paul et Barnabas, plusieurs autres aussi, annoncent à Antioche « la Parole du Seigneur », celle qui fait ressortir l’autorité du Seigneur.

v. 36 à 41: Le dernier paragraphe nous parle des circonstances qui ont présidé au départ de l’apôtre Paul pour son deuxième voyage.

Nous pourrions appeler ce ch. 15 des Actes le chapitre des difficultés : il y est question de deux difficultés, d’ordre très différent. Si nous connaissions davantage les enseignements de l’Écriture, nous serions mieux à même de régler les difficultés qui peuvent se présenter dans la vie des assemblées.

– À ce propos, ne peut-on pas faire une allusion à Matthieu 18. 15 : « Et si ton frère pèche contre toi, va, reprends-le, entre toi et lui seul ; s’il t’écoute, tu as gagné ton frère ». Dans les quatorze premiers versets de ce chapitre, le Seigneur a présenté à Ses disciples un petit enfant comme modèle d’humilité. N’est-ce pas un exemple qu’Il nous donne de l’état d’esprit qui doit être le nôtre quand il y a des difficultés ?

– C’est certain, bien des difficultés seraient réglées s’il y avait, de part et d’autre, plus d’humilité. Ici, dans notre chapitre, il s’agit de difficultés à propos du service ; v. 36 : « Et quelques jours après, Paul dit à Barnabas : Retournons maintenant visiter les frères par toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir comment ils vont ». Paul ne se contentait pas d’annoncer l’évangile, il désirait établir les âmes dans la connaissance de la vérité. Certains ont parfois considéré l’assemblée comme une sorte de « société d’évangélisation », mais elle est « la colonne et le soutien de la vérité ». Elle est responsable de présenter la vérité à ce monde et c’est ainsi qu’elle peut réaliser la plus puissante évangélisation, soit dans la célébration de la cène, soit dans la réunion d’édification (1 Cor. 14. 24 et 25). L’apôtre Paul désirait voir comment ces croyants marchaient, quel profit ils avaient retiré des enseignements reçus.

v. 37 à 39 : « Et Barnabas se proposait de prendre avec eux Jean aussi, appelé Marc. Mais Paul trouvait bon de ne pas prendre avec eux un homme qui les avait abandonnés dès la Pamphylie et qui n’était pas allé à l’œuvre avec eux ». C’est ce qui produisit « entre eux de l’irritation, en sorte qu’ils se séparèrent l’un de l’autre ». Jugeant des choses superficiellement, on serait amené à dire : Paul a manqué d’amour et de grâce, de support ; Marc n’aurait peut-être pas beaucoup aidé dans l’œuvre, mais il n’aurait sans doute pas beaucoup gêné non plus. Ce serait là de la pure sentimentalité, et la sentimentalité est un grave danger, méconnu hélas !

Quand nous n’avons pas, dans l’Écriture, une indication très nette pour guider notre marche, nous devons d’autant plus demeurer dans la dépendance de l’Esprit Saint et dans la crainte du Seigneur. Paul avait véritablement la pensée du Seigneur, les directions de l’Esprit ; il avait un amour vrai pour Barnabas, pour Marc, pour les assemblées, pour le Seigneur ! Lorsque nous avons compris la pensée du Seigneur, nous devons demeurer fermes, inébranlables ; on nous accusera peut-être de manquer de charité, comme on a pu en accuser Paul. Mais il est resté ferme ! Imitons son exemple, Paul a certainement souffert d’avoir à se séparer de Barnabas, mais la souffrance de son cœur passe à l’arrière-plan. Il a la pensée du Seigneur, il obéit, quoi qu’il puisse lui en coûter.

Barnabas, lui, était conduit par des sentiments de famille. Et dans l’assemblée, les sentiments de famille prennent trop souvent le pas sur les droits du Seigneur. C’est, hélas ! l’une des principales causes de bien des maux dont nous souffrons. La sentimentalité, c’est se laisser conduire par ses propres sentiments et non par la Parole et le Saint Esprit. Bien des sentiments que nous éprouvons sont selon la Parole (amour paternel et maternel, amour filial, amour fraternel selon les liens du sang et selon les liens en Christ, etc…), mais faire passer ses sentiments, quels qu’ils soient, avant les droits du Seigneur, l’obéissance à la Parole, les directions de l’Esprit, c’est de la sentimentalité. Qui dira les conséquences qu’elle a pu avoir dans la vie des assemblées !

Après cette séparation, il n’est pratiquement plus question de Barnabas et de son travail. Nous n’avons qu’une simple mention de son nom dans la première épître aux Corinthiens (écrite quelques années après les faits rapportés ici) : « N’y a-t-il que moi et Barnabas qui n’ayons pas le droit de ne pas travailler ? » (1 Cor. 9. 6). D’après ce passage, nous pouvons penser que Barnabas a continué son activité, mais la Parole ne nous en dit rien – alors que nous savons ce qui nous est dit de celle de Paul !

D’après Galates 2. 13, il semble que Barnabas avait un caractère le portant à se laisser entraîner : «  … les autres Juifs aussi usèrent de dissimulation… de sorte que Barnabas même fut entraîné avec eux par leur dissimulation ». C’était un frère très dévoué (Act. 4. 36 et 37) mais de caractère faible, manquant de fermeté. On s’arrête souvent sur des manifestations de charité, sur du dévouement… Apparences bien des fois trompeuses !

v. 40 : « Mais Paul, ayant fait choix pour lui de Silas, partit, après avoir été recommandé à la grâce du Seigneur par les frères ». Paul a non seulement la pensée du Seigneur, mais il a aussi la communion des frères. Et il a certainement été beaucoup plus utile à Marc en cette occasion, en refusant de le prendre qu’en l’acceptant. L’Écriture nous dit qu’ensuite il a été « utile pour le service » et Paul désire alors sa présence : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le service » (2 Tim. 4. 11).

En Philémon 24, Marc est appelé « compagnon d’œuvre » de l’apôtre Paul. Voir aussi Colossiens 4. 10 et 11.

Ce qui est encore plus précieux, c’est qu’il a été choisi par le Seigneur pour écrire l’Évangile qui porte son nom. Et c’est précisément l’Évangile qui nous présente le Seigneur sous Son caractère de parfait Serviteur. Quel profit il a retiré de l’attitude de Paul à son égard ! Si l’on juge selon l’apparence, on estime que Paul a été trop dur. Mais en réalité il a agi avec un amour vrai, avec sagesse et intelligence.

Ce dernier paragraphe nous montre qu’il ne faut pas à tout prix essayer de rétablir la paix entre deux frères, en demandant à chacun de faire des concessions, c’est-à-dire en usant de « diplomatie ». La chose importante, c’est d’agir selon la pensée du Seigneur, et pour cela il faut vivre dans une étroite communion avec Lui et dans Sa crainte, car « le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25. 14) – la note, en bas de page, nous dit que le « secret » ce sont « les communications intimes ». Il est sans doute des cas où des concessions mutuelles sont nécessaires, mais l’important, c’est toujours de saisir la pensée du Seigneur et de se laisser guider par elle.

v. 41 : « Et il parcourait la Syrie et la Cilicie, fortifiant les assemblées ». « Fortifier » revient à plusieurs reprises dans ce livre des Actes. C’est par la Parole, par le ministère du Saint Esprit, que nous pouvons être fortifiés et nous en avons besoin de nos jours peut-être plus qu’en ces temps-là.

On voit dans l’épître aux Romains comme ce désir de fortifier les âmes, les assemblées, était cher au cœur de l’apôtre : « Car je désire ardemment de vous voir, afin de vous faire part de quelque don de grâce spirituel, pour que vous soyez affermis, c’est-à-dire pour que nous soyons consolés ensemble au milieu de vous, vous et moi, chacun par la foi qui est dans l’autre » Romains 1. 11 et 12.

Ce passage nous dit également quelle était l’humilité de l’apôtre. Il est toujours vrai qu’un serviteur du Seigneur présentant la Parole en vue de fortifier les âmes reçoit lui-même par le moyen des frères et des assemblées une force réelle. « Celui qui arrose sera lui-même arrosé » (Prov. 11. 25). L’apôtre était heureux de goûter cette communion avec les croyants auprès desquels il se rendait.

Nous arrivons à la fin du ch. 15 des Actes. Ce n’est pas la fin d’une des divisions de ce livre (la 3ème va du ch. 13 au ch. 28 – c’est le récit du ministère apostolique de Paul). Mais nous avons considéré, dans ces quinze premiers chapitres, des vérités très importantes concernant l’assemblée et la vie de l’assemblée. Nous avons vu les premiers pas de l’Assemblée sur la terre, le ministère de Pierre, l’appel de Saul de Tarse sur le chemin de Damas. Il était celui auquel devait être révélé « le mystère caché dès les siècles en Dieu » afin qu’il le donne ensuite à connaître aux saints et aux assemblées formées à la suite de la prédication de l’évangile, le début de son ministère apostolique dans les ch. 13 et 14, enfin le ch. 15 si important.

Ch. 16

La fin du ch. 15 nous a montré le désir de Paul de visiter les assemblées où ils étaient déjà allés. C’est la proposition qu’il fait à Barnabas. Il devait être doux au cœur de l’apôtre d’entreprendre de telles visites. Il n’aurait plus, semble-t-il, à lutter contre les païens ou les Juifs hostiles, il allait plutôt pour encourager des croyants dans leur vie chrétienne. Barnabas, animé d’un esprit de famille qui le conduit à maintenir son désir d’amener avec eux Jean qui était son neveu (Col. 4. 10), entrave l’accomplissement de ce service. Cette obstination produit entre eux de l’irritation (v. 39), et il est toujours fâcheux qu’il en soit ainsi. Paul et Barnabas étaient des frères d’une valeur rare, d’une spiritualité dont les chapitres qui précèdent nous donnent un aperçu, et maintenant il se produit chez eux une manifestation de ce que nous sommes. Comme il est attristant de laisser la chair produire ses fruits !

Quoiqu’il en soit, dans cette affaire, Paul avait la pensée du Seigneur, et l’assemblée d’Antioche était en pleine communion avec lui, puisqu’il est recommandé à la grâce du Seigneur par les frères (v. 40) tandis que ce détail ne nous est pas donné pour Barnabas.

Voilà donc Paul et Barnabas qui se séparent, eux qui avaient eu jusqu’alors des liens de communion si étroits ! Mais ce n’est pas ce qui va arrêter l’œuvre du Seigneur ; elle va se poursuivre par le moyen du serviteur qu’Il a qualifié pour cela : Paul – tandis qu’il n’est plus question de Barnabas dans l’accomplissement de l’œuvre, sauf une simple mention de son nom en 1 Corinthiens 9. 6.

Par contre il est fait mention de Jean surnommé Marc à deux reprises : en Colossiens 4. 10 l’apôtre Paul écrit : « Marc, le neveu de Barnabas, touchant lequel vous avez reçu des ordres (s’il vient vers vous, recevez-le) » et en 2 Timothée 4. 11 il invite Timothée à prendre Marc : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le service ». Voir également Philémon 24. Donc la position qu’avait prise Paul a été utile à Marc mais hélas ! sans doute pas à Barnabas, en raison même de l’obstination provoquée chez lui par l’esprit de famille. Nous n’avons rien, en tout cas, dans la Parole, qui nous dise que du bien ait été produit chez Barnabas après l’incident d’Actes 15. 37 à 39. Barnabas et Marc partirent pour Chypre, leur pays natal, tandis que « Paul, ayant fait choix pour lui de Silas, partit, après avoir été recommandé à la grâce du Seigneur par les frères. Et il parcourait la Syrie et la Cilicie, « fortifiant les assemblées ». C’était la pensée qu’avait eue l’apôtre (v. 36) et que le Seigneur lui permettait de réaliser.

Nous arrivons au ch. 16 où nous voyons Paul se rendant dans deux villes dont il a déjà été question : Derbe et Lystre. Il est question de ces deux villes au ch. 14 aux versets 6, 8, 20 et 21. Paul et Barnabas y étaient alors ensemble et y avaient accompli un service précieux. Certainement des âmes avaient été amenées à la connaissance de la vérité.

v.1 et 2 : Parmi ces âmes il y avait sans doute le jeune Timothée qui « était fils d’une femme juive croyante, mais d’un père grec, lequel avait un bon témoignage des frères qui étaient à Lystre et à Iconium » : c’était, on peut le penser, Timothée qui avait un bon témoignage des frères, et non pas son père. La deuxième épître à Timothée nous montre que la mère et la grand-mère de Timothée avaient reçu la Parole et avaient pris soin de ce jeune homme (2 Tim. 1. 5 ; 3. 14 et 15). C’est un exemple pour les enfants de parents chrétiens. Qu’ils aient le privilège d’être comme le jeune Timothée !

Nous allons voir comment Paul va être amené à prendre avec lui Timothée. Dans la première et dans la deuxième épître à Timothée, l’apôtre s’adresse à Timothée et lui dit : « mon véritable enfant dans la foi » (1. 2) et « mon enfant bien-aimé » (1. 2). L’apôtre s’était donc occupé de Timothée d’une façon particulière : et s’il est vrai qu’il y avait en lui une foi sincère (2 Tim. 1. 5) et que, comme nous l’avons vu, sa mère et sa grand-mère s’étaient occupées de lui, il avait aussi fait l’objet des soins particuliers de Paul. On comprend combien Paul était heureux de le retrouver à son deuxième passage à Lystre.

Nous ne savons pas (la Parole ne le dit pas expressément) si, lorsque Timothée est né, sa mère et sa grand-mère étaient déjà croyantes, mais nous pouvons le penser, eu égard à la signification du nom qui lui a été donné. Timothée signifie : « celui qui honore Dieu ». La mère de Timothée avait certainement le désir, en donnant ce prénom à son enfant, qu’il soit un de ceux dont la vie honore Dieu. Et en fait il a été un vrai serviteur qui a honoré Dieu, un « homme de Dieu » (1 Tim 6. 11).

On peut rappeler ce qui est écrit en 2 Timothée 3. 15 : « dès l’enfance tu connais les saintes lettres qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus ».

La plupart des enfants qui sont ici connaissent « les saintes lettres » dès leur enfance. C’est un privilège qui leur a été accordé, mais c’est en même temps une responsabilité. Qu’ils aient à cœur d’imiter Timothée ! C’était un enfant timide, effacé, et même après son entrée dans le service du Seigneur, Paul a dû l’encourager : « je te rappelle de ranimer le don de grâce de Dieu qui est en toi par l’imposition de mes mains ; car Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de conseil » (2 Tim 1. 6 et 7).

Il semble qu’il y avait chez Timothée une certaine crainte, et l’apôtre doit lui rappeler la responsabilité qui lui incombait de faire valoir son don avec le secours de l’Esprit de Dieu. En 1 Timothée 4. 12 l’apôtre lui dit : « que personne ne méprise ta jeunesse » ce qui montre bien, que lorsque l’apôtre lui écrivait, il était tout jeune. Il ajoute : « sois le modèle des fidèles, en parole, en conduite, en amour, en foi, en pureté. Jusqu’à ce que je vienne, attache-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement. Ne néglige pas le don de grâce qui est en toi, qui t’a été donné par prophétie avec l’imposition des mains du corps des anciens. Occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier, afin que tes progrès soient évidents à tous. Sois attentif à toi-même et à l’enseignement ; persévère dans ces choses, car en faisant ainsi tu te sauveras toi-même et ceux qui t’écoutent » (v. 12 à 16).

– Dans ces versets, comment doit être compris le salut ?

– Il ne s’agit pas du salut de l’âme mais de la délivrance finale comme en Philippiens 2. 12 : « travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement ».

On peut encore ajouter un détail. Dans l’Ancien Testament, il nous est parlé de plusieurs hommes que l’Esprit Saint appelle « hommes de Dieu ». Ce titre est donné six fois à Moïse : Deutéronome 33. 1 ; Josué 14. 6 ; 1 Chroniques 23. 14 ; 2 Chroniques 30. 16 ; Esdras 3. 2 ; Psaume 90 ; six fois à Élie : 1 Rois 17. 24 ; 2 Rois 1. 9, 10, 11, 12 et 13 ; et à d’autres encore. Dans le Nouveau Testament il n’est donné qu’à un seul serviteur : Timothée. Au ch. 6 de la première épître, l’apôtre écrit à Timothée : « Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit ; combats le bon combat de la foi ; saisis la vie éternelle, pour laquelle tu as été appelé et tu as fait la belle confession devant beaucoup de témoins » (v. 11 et 12). C’était quelqu’un qui véritablement représentait Dieu, le Dieu qui est Amour et Lumière. Il apportait Dieu partout où il allait.

Voilà quelqu’un que Paul pourra prendre avec lui. Il a trouvé en lui des caractères qui lui permettent de le prendre comme collaborateur dans le service qu’il allait accomplir. Timothée a accompagné Paul pendant bien des années de son ministère, il a été à l’œuvre sous sa direction et a été avec lui pour écrire plusieurs épîtres : la deuxième épître aux Corinthiens : « Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, et Timothée, le frère, à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe » (1. 1) ; l’épître aux Philippiens : « Paul et Timothée, esclaves de Jésus Christ, à tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes » (1. 1) ; l’épître aux Colossiens : « Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée, le frère, aux saints et fidèles frères en Christ qui sont à Colasses » (1. 1 et 2). De même la première épître aux Thessaloniciens : « Paul, et Silvain, et Timothée, à l’assemblée des Thessaloniciens » (1. 1) (Ce Silvain est peut-être le Silas de la fin d’Actes 15) ; en 2 Thessaloniciens également il est dit : « Paul, et Silvain, et Timothée, à l’assemblée des Thessaloniciens » (1. 1). Voilà donc plusieurs épîtres écrites par Paul, auquel Timothée était associé dans l’œuvre.

Dans l’épître à Philémon aussi il est dit : « Paul, prisonnier de Jésus Christ, et le frère Timothée, à Philémon » (1. 1).

v. 3 : Un détail est donné à la fin de ce verset, détail qui peut nous paraître surprenant après ce que nous lisons au ch. 15 des Actes. En fait, Paul ne s’est pas conformé aux prescriptions de la loi (il a accompli un acte de supériorité à la loi) et surtout il n’a pas fait de la circoncision une condition nécessaire pour être sauvé. Nous ne savons pas pourquoi Eunice avait épousé un grec. D’après la loi un enfant de mariage mixte n’était pas considéré comme juif et devait être renvoyé cf. Esdras 9. 2 ; 10. 2 et 3 ; Néhémie 13. 23 à 31. Mais Paul prévoyait l’opposition des Juifs qui se seraient servi de ce prétexte, le fait que Timothée qui accompagnait Paul et dont la mère était juive, n’était pas circoncis et était le fils d’un Grec, pour rejeter Paul et son ministère. Afin d’empêcher les Juifs de se servir de ce prétexte pour rejeter l’évangile qu’il leur annonçait, il a circoncis Timothée.

Il ne l’a pas fait pour Tite, comme nous le voyons en Galates 2. 3 : « cependant, même Tite, qui était avec moi, quoiqu’il fût Grec, ne fut pas contraint à être circoncis ». Il n’était pas comme Timothée, d’origine juive par sa mère. Ce qu’a fait Paul ne contrevenait en rien à tout ce qui avait été enseigné, établi à Jérusalem au chapitre précédent.

v. 4 : « Comme ils passaient par les villes, ils leur remirent, pour les garder, les ordonnances établies par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem » : il s’agit en effet de ce qui a été établi au ch. 15 et de ce qui est contenu en substance dans la lettre écrite par les frères de Jérusalem à ceux d’Antioche. Il fallait que cela soit connu des diverses assemblées et que ces « ordonnances » soient gardées. Tout l’enseignement de l’Écriture nous est donné, non pas seulement pour que nous en ayons connaissance, mais aussi pour qu’il soit mis en pratique. Dieu permettait ainsi que cet enseignement dégagé lors de la réunion à Jérusalem soit connu de toutes les assemblées, et que l’activité des docteurs judaïsants soit contrecarrée par un enseignement divin.

Est-ce que c’est une explication de ce qu’on trouve en 1 Corinthiens 9. 19 « Étant libre à l’égard de tous, je me suis asservi à tous, afin de gagner le plus de gens ; et pour les Juifs, je suis devenu comme Juif, afin de gagner les Juifs ; pour ceux qui étaient sous la loi, comme si j’étais sous la loi, n’étant pas moi-même sous la loi, afin de gagner ceux qui étaient sous la loi ; pour ceux qui étaient sans loi, comme si j’étais sans loi (non que je sois sans loi quant à Dieu, mais je suis justement soumis à Christ), afin de gagner ceux qui étaient sans loi ». ?

C’est exactement l’application de ces quelques versets. Sans porter atteinte en quoi que ce soit à l’enseignement divin, il se faisait tout à tous. Il savait agir afin de désarmer l’opposition qui aurait pu se manifester.

v. 5 : « Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour » : « la foi », ce sont les vérités qui sont saisies par la foi. La foi s’empare des vérités divines, c’est la « foi qui a été une fois enseignée aux saints » (Jude 3) pour laquelle nous sommes exhortés à combattre. Nous avons différents passages où nous sommes exhortés à nous affermir dans la foi ou à tenir ferme dans la foi, par exemple en 1 Corinthiens 16. 13 « Veillez, tenez ferme dans la foi ; soyez hommes, affermissez-vous » et en Colossiens 2. 7 « Marchez en Lui enracinés et édifiés en Lui, et affermis dans la foi ». C’est, en fait, la seule exhortation adressée à Philadelphie : « Tiens ferme ce que tu as » (Apoc. 3. 11). Ce qu’elle avait, c’était la Parole : « tu as gardé ma Parole, et tu n’as pas renié mon nom » (v. 8).

Le service qu’accomplissaient Paul, Silas et Timothée avait ce résultat : « Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour ». Remarquons bien l’ordre dans lequel ces pensées nous sont données : l’affermissement dans la foi et ensuite la croissance en nombre. On peut alors véritablement se réjouir. Ce qui est dangereux, c’est un accroissement en nombre sans que la foi soit affermie. L’accroissement en nombre est ce qu’on cherche surtout dans la chrétienté et qui conduit aux « églises de multitude ». Si l’accroissement en nombre est une conséquence de l’affermissement dans la foi, réjouissons-nous-en. S’il n’en est pas ainsi, nous pouvons être remplis de crainte.

Deux caractères d’un témoignage fidèle dans des temps de ruine nous sont indiqués au ch. 7 des Juges : peu nombreux et sans apparence. Or ce que le cœur naturel aime et recherche, c’est précisément le nombre et l’apparence. Ne repoussons pas les âmes, mais recherchons avant tout l’affermissement dans la foi, et alors le Seigneur ajoutera à l’assemblée ceux qui doivent en faire partie.

On peut bien penser que cet accroissement en nombre était le résultat du travail du Saint Esprit. Il en est fait mention aussitôt après. C’est ce que nous voyons déjà au début du livre des Actes.

La première chose à faire, c’est de maintenir le témoignage, les enseignements de la Parole. Lorsqu’il en est ainsi, Dieu bénira le témoignage. Il ajoutera des âmes à Son moment. Mais ne cherchons pas à accroître le nombre à tout prix. On a souvent dit que les frères ne faisaient pas assez d’évangélisation, et qu’à cause de cela les assemblées ne croissaient pas en nombre. Présentons l’évangile, la Parole, instruisons les âmes qui sont sur notre chemin et le Seigneur les ajoutera s’il est dans Sa pensée de les amener dans l’Assemblée. N’oublions pas qu’il y aura dans d’autres églises un résidu fidèle jusqu’à la fin : nous avons besoin de beaucoup de dépendance afin de ne pas retirer de ce « résidu » ceux que le Seigneur désire y maintenir pour y être Ses témoins. Ne cherchons pas à faire du recrutement, du prosélytisme.

Le Seigneur donne à cet égard, en Jean 6. 53 un enseignement qui confirme ce qui vient d’être dit : « En vérité, en vérité, je vous dis : Si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » et au v. 60 : « Plusieurs donc de ses disciples, l’ayant entendu, dirent : cette parole est dure ; qui peut l’ouïr ? » et un peu plus loin : « Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec Lui. Jésus donc dit aux douze : et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit : Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Voilà les cœurs qui se manifestent. En effet, la présentation de la vérité manifeste l’état des cœurs.

v. 6: Aux v. 6 et suivants, nous allons voir comment Dieu dirige Ses serviteurs. Il y a trois points distincts qui nous sont présentés, trois moyens employés par Lui pour diriger Paul, Silas et Timothée. En premier lieu, il est parlé des pays de Phrygie et de Galatie qu’ils traversent et, premier point, ils sont « empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie » (il s’agit là d’une partie de l’Asie Mineure). Cela peut paraître surprenant. Pourquoi sont-ils ainsi empêchés d’annoncer la Parole ? Parce que la pensée de Dieu était que ses serviteurs se rendent à ce moment-là dans un autre champ de travail. Plus tard, Paul passera trois ans à Éphèse (capitale de cette province de l’Empire romain) : cf. Actes 20. 31 et aussi 19. 10.

v. 7 et 8 : Ils vont alors jusqu’en Mysie et essayent de se rendre en Bithynie. Mais « l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas ». Cette expression « l’Esprit de Jésus » désigne le Saint Esprit ; elle nous le présente comme l’Esprit qui a toujours agi ici-bas dans le Serviteur dépendant. Nous avons ensuite un troisième moyen employé par Dieu pour diriger Ses serviteurs.

v. 9 : Paul a une vision et il aperçoit au cours de cette vision un homme macédonien qui le prie disant : « Passe en Macédoine et aide-nous ». Dieu peut parler dans une vision. Il l’a fait autrefois. Nous trouvons cela indiqué dans le livre de Job au ch. 33. 14 : « Car Dieu parle une fois, et deux fois, et l’on n’y prend pas garde, dans un songe, dans une vision de nuit, quand un profond sommeil tombe sur les hommes, quand ils dorment sur leurs lits ». Le fait-Il encore aujourd’hui ? – Il faut être très prudent : ne prenons pas notre imagination pour une parole que Dieu veut nous donner. Paul seul, dans cette circonstance, a eu la vision. Ce n’était pas une injonction précise que Dieu lui adressait, mais Paul a été exercé par cette vision et il y a vu une indication du Seigneur.

v. 10 et 11 : « Aussitôt nous cherchâmes à partir pour la Macédoine ». Il comprend donc que cette vision est pour lui une indication qui lui permet de s’engager dans ce chemin.

Au v. 8 il est dit : « Ayant passé par la Mysie, ils descendirent dans la Troade », c’est-à-dire Paul, Silas et Timothée et puis au v. 10, il n’est pas dit, « ils cherchèrent à partir pour la Macédoine » mais « nous cherchâmes à partir pour la Macédoine » .Qui est-ce qui a écrit le livre des Actes ? C’est Luc. Il semble donc que c’est à ce moment précis que Luc s’est joint à Paul, Silas et Timothée.

Philippe a été envoyé dans le désert pour une âme, ici quatre serviteurs sont employés pour annoncer l’évangile en Europe. Philippes est en effet la première ville d’Europe où une assemblée a été formée.

À la fin de l’épître aux Colossiens, Luc est appelé « le médecin bien-aimé » (4. 14). En 2 Timothée 4. 11 l’apôtre écrit : « Luc seul est avec moi » et il est mentionné aussi en Philémon v. 24.

Voilà des serviteurs, Paul en particulier, qui étaient dans un état d’âme tel qu’ils n’avaient aucune volonté propre. Comme Paul, Silas et Timothée se seraient trompés si, malgré leur piété, ils avaient persisté à se rendre en Asie ou en Bithynie. La chose importante c’est de remplir un service pour le Seigneur là où Il veut que nous le remplissions et comme Il veut que nous le remplissions.

En 1 Thessaloniciens 2. 18, c’est Satan qui a empêché l’apôtre Paul d’aller voir les Thessaloniciens. Une fois et deux fois.

Dans l’épître aux Romains nous voyons que Paul a été aussi empêché d’aller à Rome comme il en avait le désir (Rom. 1. 13).

En Actes 20 nous verrons au v. 3 que ce sont les embûches des Juifs qui l’arrêtent, ce qui amène Paul à se diriger vers la Macédoine.

Ce n’était donc pas en Asie, ni en Bithynie qu’ils devaient remplir leur service. C’était en Macédoine.

v. 12 : Comme on l’a remarqué, Philippes est la première assemblée en Europe. La pensée de Dieu était de faire annoncer l’évangile dans nos pays. Jérusalem est la première assemblée qui a été formée, la deuxième est celle d’Antioche qui a été la première assemblée des nations, Philippes, la première assemblée d’Europe. L’assemblée d’Antioche n’a pas été formée par le ministère apostolique, tandis que pour Philippes il y a eu quatre serviteurs, mais qui ont travaillé là sans employer tous les moyens que l’évangélisation moderne veut mettre en avant. Le point de départ de cette assemblée, c’est Lydie, une femme.

Arrivés à Philippes « ils séjournèrent quelques jours dans cette ville ». Qu’ont-ils fait pendant ces quelques jours ? Il est probable qu’ils attendaient que le Seigneur leur montre clairement Son chemin. Ne sachant comment commencer l’œuvre, ils attendaient que le Seigneur leur fasse connaître Sa volonté, leur donne Sa pensée et nous voyons de quelle manière le Seigneur va les diriger.

v. 13 : Le jour du sabbat, ils ne peuvent rester seuls dans la ville ; Paul savait que l’ordre de choses juif était périmé, mais le changement de l’ordre de choses juif en l’ordre de choses chrétien ne s’est pas fait immédiatement ; il s’est fait progressivement. Ce n’est qu’au ch. 19 des Actes que nous voyons Paul séparer les disciples (v. 9). À Philippes il n’y avait pas de temple, pas de synagogue ; ce n’était pas une ville juive, mais il y avait des cœurs qui étaient disposés pour Dieu et il y avait un lieu pour la prière : des âmes étaient heureuses de s’adresser à Dieu, dans un endroit tranquille, hors de la ville. Il semble d’après notre récit qu’il n’y avait pas d’hommes, en tout cas, il n’en est pas fait mention. Les femmes nous présentent, dans l’Écriture, le côté de la faiblesse et des affections. Ces femmes sentent leur faiblesse, elles viennent prier.

v. 14 : Lydie est la première personne d’Europe qui a été convertie. La première chose qu’elle fait : elle écoute. En Luc 11. 28 il est dit : « Bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ». Elle faisait partie de ces bienheureux comme ceux dont il est question au ch. 8. 6 : « Les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait ». « Le Seigneur lui ouvrit le cœur ». Il voit les besoins d’une âme et y répond. Si Dieu ne nous ouvrait le cœur, nous ne pourrions recevoir la Parole, d’abord pour la conversion et ensuite pour toute la vie chrétienne. Lydie faisait comme Marie de Béthanie qui, assise aux pieds du Seigneur, écoutait Sa Parole ; venue à la prière, elle écoutait ce que Paul disait. Elle se trouvait donc à Philippes, venue de Thyatire en Asie Mineure où elle était « marchande de pourpre ». Cette femme se rendait à la prière, probablement à la neuvième heure, qui est l’heure de la prière (Act. 3. 1). Étant marchande de pourpre, elle était en contact avec les grands de ce monde, tandis que le geôlier était en contact avec une société tout autre. Mais Dieu voulait accomplir Son œuvre aussi bien dans l’un de ces milieux que dans l’autre.

v. 15: On voit comment Dieu dirigeait toutes les circonstances, là où il y avait une œuvre à accomplir. Lydie demande à être baptisée. Elle a vite compris ce que Dieu attend d’elle. En fait, elle réalisait Galates 3. 27 : elle avait « revêtu Christ ». Elle a été baptisée avec toute sa maison. Il ne nous est pas dit que toute sa maison avait cru, cela n’est dit que d’elle seule. Mais la maison est liée aux privilèges et aux responsabilités de celui qui a accepté l’évangile. Lydie veut ensuite manifester sa joie et sa communion avec les serviteurs en les recevant dans sa maison.

Elle connaissait Matthieu 10. 11 : « Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous qui y est digne ; et demeurez-là jusqu’à ce que vous partiez ». Le serviteur ne pouvait rester dans une maison que si ceux qui l’habitaient étaient « dignes ». On voit quelle est l’intelligence de cette femme. C’est un amour pressant, un amour actif qui la caractérise : « elle nous y contraignit ».

Nous verrons le contraste entre Lydie, une femme qui se tourne vers le Seigneur, et celle dont il nous est parlé au v. 16 qui était un instrument de l’Ennemi.

Aux ch. 16 à 20 du livre des Actes, nous avons le ministère de l’apôtre Paul parmi les Gentils, un ministère qui a duré plusieurs années. Certains ouvriers sont avec lui, mais ils sont à l’œuvre sous sa direction : il les envoie là où les besoins de l’œuvre se font sentir. Il est l’apôtre des nations comme nous le lisons en Romains 11. 13. Dans l’épître aux Galates il écrit : « l’évangile de l’incirconcision m’a été confié, comme celui de la circoncision l’a été à Pierre (car celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circoncision a opéré en moi aussi envers les nations) » (Gal. 2. 7 à 9).

Ayant quitté Antioche avec Silas, il s’est ensuite adjoint Timothée (Act. 15. 40 ; 16. 3). Nous avons rappelé les liens qui unissaient Paul et Timothée, liens d’affection que traduisent les expressions qu’emploie l’apôtre dans les épîtres qu’il lui écrit (notamment 1 Tim. 1. 2 et 2 Tim. 1. 2). Il y a un autre passage que nous n’avons pas cité où l’apôtre parle de Timothée en montrant combien il lui était attaché ; il s’agit de 1 Corinthiens 16. 10 : « Or, si Timothée vient, ayez soin qu’il soit sans crainte au milieu de vous, car il s’emploie à l’œuvre du Seigneur comme moi-même ». Timothée était un jeune frère. Paul le circoncit à cause des Juifs car son père était grec (Act. 16. 2 et 3). Agissant ainsi, Paul ne se soumettait pas à la loi, à l’encontre de ce qu’on pourrait penser. En effet, en Esdras 9 et 10 et en Néhémie 13, notamment Esdras 9. 2 ; 10. 2 et 3 ; Néh. 13. 25, nous voyons qu’il ne devait pas y avoir de mariage entre une personne juive et une personne étrangère. La femme étrangère devait être renvoyée et les enfants aussi (Esd. 10. 3). Loin d’obéir à la loi, Paul prend une position de supériorité en grâce par rapport à la loi et accomplit un acte de supériorité à la loi.

Paul le circoncit donc. Ils partent ensemble, présentant « les ordonnances établies par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem », ordonnances que les assemblées devaient garder (Act. 16. 4).

Le premier paragraphe de ce ch. 16 des Actes se termine ainsi : « Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour » (v. 5). L’affermissement dans la foi précédait l’accroissement en nombre et il devrait en être toujours ainsi. Dans la chrétienté cela a été perdu de vue, de sorte qu’on en est arrivé à des « églises de multitude » qui ont plus ou moins abandonné la véritable foi chrétienne. On cherche à « être nombreux ! » Cette tendance perce plus ou moins dans la question si souvent posée : « vous vous réunissez à tel endroit ? Êtes-vous nombreux ? » Les caractères d’un témoignage fidèle dans les jours de ruine (Jug. 7) sont ceux-ci : peu nombreux et sans apparence. Hélas ! Si souvent on recherche, tout au contraire, le nombre et l’apparence ! Que l’apparence extérieure corresponde toujours à la réalité !

Paul, Timothée et Silas vont donc traverser la Phrygie et la Galatie (Act. 16. 6). Il ne nous est pas parlé ici des assemblées de la Galatie (Gal. 1. 2). Nous savons que parmi elles l’ennemi a accompli un travail susceptible d’avoir les conséquences les plus graves. Aussi l’épître aux Galates est-elle l’épître la plus sévère que l’apôtre Paul ait écrite : il adresse des reproches à ces assemblées dès le début de la lettre (1. 6) et à la fin il ne leur envoie pas de salutations. C’est une épître qu’il a écrite « de sa propre main » (Gal. 6. 11), la seule, avec l’épître à Philémon (Philémon 19) mais celle-ci pour des raisons bien différentes.

Nous avons vu (Act. 16. 6 à 10) comment le Seigneur dirige Ses serviteurs. Paul, Silas, Timothée s’étaient proposé « d’annoncer la Parole en Asie ». Pourquoi sont-ils arrêtés ? Simplement parce que ce n’était pas le moment ; le Seigneur y enverra Paul, mais plus tard et, à ce moment-là, « tous ceux qui demeuraient en Asie ouïrent la parole du Seigneur » (Act. 19. 10). En Actes 20. 31 l’apôtre dit qu’il est resté trois ans à Éphèse, qui était la capitale de l’Asie, province de l’Empire romain. La pensée du Seigneur était alors qu’il reste là pendant trois ans.

Il y a un moment que Dieu choisit, aussi bien pour une visite (Ananias : Act. 9. 8 à 18) que pour le ministère d’un serviteur. Ensuite, « ils essayèrent de se rendre en Bithynie mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas » (Act. 16. 7). C’est la seule fois où nous rencontrons dans l’Écriture l’expression « l’Esprit de Jésus » : c’est l’Esprit qui animait Jésus quand Il a été ici-bas le parfait Serviteur. Ensuite l’apôtre Paul a une vision. Dieu pouvait guider Ses serviteurs par le moyen d’une vision (Job 33. 14 et 15). Au ch. 18 nous verrons que Paul a eu aussi une vision (v. 9), mais différente de celle-ci : ici, c’est un homme macédonien qui parle à Paul, tandis qu’au ch. 18 c’est le Seigneur Lui-même qui s’adresse à lui. Ici c’était seulement une indication (et non une injonction comme en Actes 18) mais une indication dont Paul tient le plus grand compte.

Nous avons vu comment, Luc se joignant à eux (à partir du v. 10), ils arrivent à Philippes, la première ville d’Europe où l’évangile a été prêché.

« Le jour du sabbat, nous sortîmes hors de la porte et nous nous rendîmes au bord du fleuve, où l’on avait coutume de faire la prière » (v. 13). Il n’y avait pas de synagogue à Philippes (qui d’ailleurs n’était pas une ville de la Palestine) mais il y avait des personnes pieuses. Nous avons dans cette histoire de Lydie l’exemple d’une vraie conversion :

1. Elle écoutait,

2. Le Seigneur lui ouvrit le cœur,

3. Les fruits de la vie divine sont manifestés en elle : elle désire en effet recevoir dans sa maison les ouvriers du Seigneur qui lui ont annoncé l’évangile. Elle est baptisée : par le baptême elle est introduite au sein de la chrétienté, maison de Dieu sur la terre. Désormais c’est une chrétienne : elle a « revêtu Christ » (Gal. 3. 27). Sa maison aussi est baptisée : sa maison se trouve donc associée à elle dans les privilèges et les responsabilités qui découlent du fait qu’elle a cru. L’expression qu’elle emploie au v. 15 montre qu’elle a vraiment compris que les serviteurs du Seigneur ne peuvent entrer dans une maison pour y jouir des bienfaits de l’hospitalité que s’il y a là de la fidélité (Mat. 10. 11).

v. 16 : nous arrivons à un nouvel épisode de ce chapitre. Paul et ses compagnons retournent au bord du fleuve, mais c’est maintenant une autre femme qu’ils vont rencontrer. La première, Lydie, a été la première femme convertie en Europe ; tout au contraire, la seconde était un instrument de Satan. Elle avait un esprit de divination, ou « de python ». L’Ennemi aujourd’hui encore utilise des moyens semblables et bien des personnes se laissent prendre à ses pièges : elles vont consulter des devins, des magiciens pour essayer de connaître l’avenir ou de percer des mystères. Nous voyons dans ces versets comment l’Ennemi se donne l’apparence de favoriser l’œuvre du Seigneur pour mieux la compromettre (Act. 16. 17). Il agit aujourd’hui, dans bien des cas, de la même manière. Ce n’est pas une opposition immédiate, directe, franche, c’est une sorte d’association que l’on voudrait avoir avec les serviteurs de Dieu pour leur faire perdre toute puissance morale et spirituelle.

Peut-on rapprocher l’action de cette femme de ce qui est dit de Thyatire : « Mais j’ai contre toi, que tu laisses faire la femme Jésabel qui se dit prophétesse » ?

La femme Jésabel est au sein de l’Église et elle égare les esclaves du Seigneur. C’est une position établie au sein même de l’Église. L’expression « la femme », lorsqu’elle est employée symboliquement, donne la pensée d’un état de choses formellement établi. « L’homme » est l’agent, la force active ; « la femme », l’état de chose qui est produit et établi : la femme Jésabel convient à Thyatire, comme Balaam à Pergame. En Actes 16 la nature de l’activité de la servante est la même que celle de Jésabel, sans qu’il y ait cependant une position établie, et surtout établie au sein de l’Église.

Le monde, de tout temps, a cherché à s’associer à l’œuvre du Seigneur pour l’entraver. Dans l’Ancien Testament, lorsqu’il est question de la construction du temple, au ch. 4 du livre d’Esdras, il est écrit : « les ennemis de Juda et de Benjamin entendirent que les fils de la transportation bâtissaient le temple de l’Éternel, le Dieu d’Israël ; et ils s’approchèrent de Zorobabel et des chefs des pères et leur dirent : nous bâtirons avec vous, car nous recherchons votre Dieu, comme vous, et nous lui offrons des sacrifices… Et Zorobabel, et Jéshua, et le reste des chefs des pères d’Israël, leur dirent : vous n’avez pas affaire avec nous pour bâtir une maison à notre Dieu, mais nous seuls, nous bâtirons à l’Éternel, le Dieu d’Israël, comme nous l’a commandé le roi Cyrus, roi de Perse » (Esd. 4. 1 à 5).

À Philippes, ce travail de l’Ennemi s’est poursuivi après le départ de l’apôtre (Phil. 3. 18 et 19).

Satan travaillait déjà du temps de l’apôtre et cela a continué ensuite. Il y a des éléments dans le monde (dans le monde chrétien surtout), ayant de belles qualités morales, qui voudraient associer des croyants à leurs œuvres. Ces personnes s’y prennent avec des arguments très subtils : on flatte ceux que l’on voudrait entraîner. L’ennemi cherche ainsi à amener les croyants à sortir du vrai chemin pour les associer au monde. Un évangéliste peut être l’objet de sollicitations de la part de personnes qui n’ont pas compris le chemin de la séparation et il pourrait être tenté d’y donner suite dans l’espoir qu’il y aura davantage de résultats. De telles collaborations, en apparence, semblent bonnes mais le véritable but est de faire sortir un croyant fidèle du chemin où il doit marcher et de compromettre son service.

Le Seigneur pouvait dire aux Juifs : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez de la gloire l’un de l’autre et qui ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » (Jean 5. 44).

v. 16 et 17 : Voici donc une personne, instrument de Satan, qui paraît prendre le parti de Paul et de ses compagnons. Quel beau témoignage que le sien, dira-t-on, si l’on juge d’après les seules apparences ! Voilà une personne qui n’entrave pas l’œuvre des serviteurs de Dieu, une personne qui est animée d’un bon esprit ! Mais en réalité, elle était l’instrument de l’Ennemi. On peut remarquer que cette servante ne parle pas de Christ : Satan n’aime pas parler de Celui qui l’a vaincu à la croix ! Paul a tout de suite discerné ce qui était derrière et quel était l’instigateur de ces paroles. Il fallait du discernement, mais Paul avait un discernement remarquable parce qu’il vivait dans la communion du Seigneur.

Le Seigneur aussi, dans un évangile, n’a pas voulu qu’un démon Lui rende témoignage. Il y a un passage à ce sujet en Marc 1 : « Il ne permit pas aux démons de parler parce qu’ils le connaissaient » (note en bas de page : ils savaient qui il était, (v. 34) et également au ch. 3 de ce même évangile v. 11 et 12).

v. 18 : Il est dit qu’elle a fait cela pendant plusieurs jours et Paul l’a supporté, mais il en était « affligé », il en éprouvait de la tristesse. Après avoir supporté cela plusieurs jours, il dit à l’esprit, non à la servante : « Je te commande au nom de Jésus Christ de sortir d’elle ». Christ est le vainqueur de Satan. En Son nom les esprits immondes sortent. Il est dit : « à l’heure même il sortit ».

v. 19 : Nous allons voir les conséquences de cette attitude. Paul n’a pas discuté avec cette femme, il ne lui a rien dit à elle : elle était une esclave de Satan, c’est à l’esprit satanique que Paul s’adresse. Mais refuser l’appui du monde, refuser son concours parce qu’on désire être fidèle, entraîne immédiatement l’opposition ouverte. C’est ce que nous voyons en Esdras 4 et c’est ce que nous allons voir ici. Pourquoi l’opposition va-t-elle se déchaîner contre Paul et les serviteurs qui sont avec lui ? Non pas parce que le démon a été chassé, mais parce que les maîtres de la servante voient disparaître le gain qu’elle leur procurait par son esprit de divination. L’amour de l’argent ferme le cœur à l’évangile ; la puissance de l’argent qui mène le monde a des conséquences néfastes pour la propagation de l’évangile et pour la vie chrétienne en général. L’amour de l’argent est « une racine de toutes sortes de maux » écrira précisément Paul à Timothée (1 Tim. 6. 7 à 10). Chose déplorable dans le monde, cet amour de l’argent est néfaste aussi dans la vie de l’assemblée en raison des influences que l’on cherche à exercer, ou que l’on exerce parfois inconsciemment, par son moyen. Ici nous voyons la puissance de l’argent s’exerçant chez des personnes inconverties, mais elle s’exerce aussi hélas, dans le cœur de bien des croyants qui voudraient pouvoir servir « deux maîtres ». Or, on ne peut pas « servir deux maîtres ». On essaie parfois mais le Seigneur nous dit Lui-même que c’est impossible (Mat. 6. 24).

En Matthieu 6. 24 le passage cité est celui-ci : « Nul ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre ». S’attacher à l’argent c’est en arriver à mépriser le Seigneur sinon à le haïr. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est le Seigneur Lui-même.

v. 20 à 22 : Paul et Silas sont menés devant les magistrats. De quoi sont-ils accusés ? « Ces hommes-ci, qui sont Juifs, mettent tout en trouble dans notre ville et annoncent des coutumes qu’il ne nous est pas permis de recevoir ni de pratiquer, à nous qui sommes Romains ». Ce n’était pas le véritable motif qui guidait leurs accusateurs, mais ils en imaginent un qui, pensaient-ils, amènerait la condamnation des serviteurs de Dieu par les magistrats. Les hommes ne sont pas en peine d’inventer des motifs quand ils n’en ont pas de valables.

Dieu permet à Satan de déployer sa puissance. Nous voyons dans tout ce paragraphe l’activité de l’Ennemi, par ruse d’abord puis par violence. Dieu va ensuite manifester Sa puissance à Lui et va montrer qu’elle est supérieure à celle de Satan, de sorte que les serviteurs du Seigneur vont trouver là un encouragement pour la continuation de l’œuvre.

v. 23 et 24 : « Et leur ayant fait donner un grand nombre de coups, ils les jetèrent en prison, en commandant au geôlier de les garder sûrement. Celui-ci, ayant reçu un tel ordre, les jeta dans la prison intérieure et fixa sûrement leurs pieds dans le bois » : l’œuvre des hommes est terminée. Satan a déployé sa puissance. Dieu va déployer la Sienne. Il ne nous est parlé ici que de Paul et de Silas. Nous ne savons pas où étaient alors Luc et Timothée.

v. 25 : « Or sur le minuit, Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges de Dieu ; et les prisonniers les écoutaient » : voilà un exemple qui sert d’illustration à l’exhortation donnée par Paul en Philippiens 4 : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » . Quelle que soit la souffrance qu’ils pouvaient éprouver, ils chantaient les louanges du Seigneur ; douloureusement meurtris dans leurs corps ils pouvaient malgré tout se réjouir « dans le Seigneur ». Ils connaissaient Celui qui donne des chants de joie dans la nuit : « On crie à cause de la multitude des oppressions, et on appelle au secours à cause du bras des grands et on ne dit pas : Où est Dieu, mon créateur, qui donne des chants de joie dans la nuit » (Job 35. 9 et 10). En Ésaïe 30. 29 il y a aussi un passage qui s’adresse en premier lieu au résidu et qui dit : « Il y aura pour vous un chant comme dans la nuit où l’on sanctifie une fête, et une joie de cœur comme à celui qui va avec une flûte pour se rendre à la montagne de l’Éternel ». Voilà donc un témoignage qui a été rendu dans cette prison.

v. 26 : Et il en est un autre : « Tout d’un coup il se fit un grand tremblement de terre » : quelle puissance que la puissance de Dieu ! Combien elle est supérieure à la puissance des hommes ! Aussitôt toutes les portes s’ouvrirent : voilà une manifestation éclatante de la puissance de Dieu. Mais Dieu ne manifeste pas Sa puissance pour créer du désordre.

v. 27 à 29 : Paul rassure le geôlier : la puissance de Dieu s’est déployée aussi pour qu’aucun des prisonniers ne s’en aille. Comme la puissance de Dieu est différente de celle des hommes ! Le geôlier a compris, sans qu’il ait eu besoin de beaucoup d’explications : il a compris que Paul et Silas étaient des serviteurs de Dieu ; il avait le sentiment profond que Dieu était avec eux.

v. 30 à 32 : Aussi « les ayant menés dehors, il dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Et ils dirent : Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison ». Voilà comment l’œuvre de Dieu s’accomplit. L’Ennemi essaye de l’entraver mais quel est l’aboutissement ? Dieu voulait sauver une âme (et même plusieurs sans doute) et on a répété combien de milliers de fois au travers des siècles, la question et la réponse des v. 30 et 31 pour le salut de beaucoup. Le salut était « venu à cette maison » (Luc 19. 9). Il ne faudrait pas déduire de ce verset que le salut n’est pas individuel. Le moyen indiqué par Paul était valable aussi pour chacun des membres de la maison du geôlier. La bénédiction de Dieu venait à cette maison. L’évangile était prêché à tous dans cette maison.

v. 33 : Le geôlier « les prit en cette même heure de la nuit, et lava leurs plaies » : on voit avec quelle compassion il agit. « Et sur le champ il fut baptisé, lui et tous les siens », comme la maison de Lydie l’avait été.

v. 34 : « Et il les fit monter dans sa maison, et fit dresser une table ; et croyant Dieu, il se réjouit avec toute sa maison » : les fruits de la vie de Dieu se manifestent ainsi.

Lydie et le geôlier ont fait la même chose, ils étaient des « enfants d’Abraham », (expression qui fait allusion à celle employée par le Seigneur au passage cité de Luc 19. 9).

Il n’est pas dit expressément que les gens de la maison aient cru. Une autre traduction dit : « et il se réjouit, croyant en Dieu avec toute sa maison ». Notre traducteur n’a pas cru devoir se ranger à cette traduction. Nous aimons à penser cependant que tous ceux de la maison du geôlier ont cru.

En Jérémie 32. 27 l’Éternel dit : « quelque chose est-il trop difficile pour moi ? » En effet c’est bien une circonstance qui manifestait que rien n’est trop difficile pour Dieu. Job le dit de la même manière à la fin de son livre : « Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour toi » (Job 42. 2). En Genèse 18 également, au v 13 : « l’Éternel dit à Abraham : Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l’Éternel » ? Il y a encore plusieurs autres passages qui contiennent la même expression, comme Zacharie 8. 6 par exemple : « Si c’est une chose difficile aux yeux du reste de ce peuple, en ces jours-là, serait-ce difficile aussi à mes yeux ? dit l’Éternel des armées ». Et nous connaissons la parole des évangiles : « toutes choses sont possibles pour Dieu » (Marc 10. 27).

La même main du Seigneur fait ouvrir la terre pour engloutir les méchants, ou ressusciter les morts, ou ouvrir les prisons.

On voit qu’il y a une réponse immédiate à la présentation de la Parole.

La joie remplissant leurs cœurs, la nuit a dû sembler courte à Paul, à Silas et au geôlier. Cela est une instruction pour nous : le temps de l’attente du Seigneur nous paraîtra court si la joie remplit nos cœurs.

« Pour les hommes, cela est impossible, mais non pas pour Dieu ; car toutes choses sont possibles pour Dieu » (Marc 10. 27).

v. 35 à 39: Les prêteurs, sans aucun doute, ont eu connaissance de ce qui s’était passé dans la prison. Ils avaient fait emprisonner Paul et Silas sans jugement, c’est pourquoi Paul n’accepte pas d’être libéré en secret. Les prêteurs craignent, viennent eux-mêmes et les prient « de se rendre à leurs vœux, et les ayant menés dehors, leur demandèrent de sortir de la ville ». Paul n’insiste pas sur ses droits, mais il les fait valoir dans certaines circonstances. Aux ch. 25 et 26 des Actes, Paul a voulu faire valoir ses droits de citoyen romain pour empêcher l’injustice. Le résultat, c’est qu’il a perdu sa liberté.

v. 40 : « Et étant sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent ». Il est probable que les frères de Philippes étaient dans la maison de Lydie et que c’est là que Paul les a rencontrés.

Au ch. 17 nous verrons Paul venir à Thessalonique comme il l’indique au ch. 2 de 1 Thessaloniciens : « Car vous-mêmes vous savez, frères, que notre entrée au milieu de vous n’a pas été vaine ; mais, après avoir auparavant souffert et avoir été outragés à Philippes, comme vous le savez, nous avons eu toute hardiesse en notre Dieu pour vous annoncer l’évangile de Dieu avec beaucoup de combats » (v. 1 à 2). Ils ont souffert avec patience dans la prison, ils ont même pu se réjouir. Voilà la puissance de Dieu. Elle va se déployer maintenant dans leur visite à Thessalonique.

Ne peut-on pas dire que l’action de l’apôtre est basée sur la prière ?

– Oui. Ce qu’il dit en 2 Corinthiens 11. 28 : « il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées » montre bien qu’il priait tous les jours pour toutes les assemblées, et sans doute pour bien d’autres choses pour lesquelles il avait besoin du secours du Seigneur.

Ch. 17

Le récit du deuxième voyage de l’apôtre Paul commence à la fin du ch. 15 des Actes. Au début du ch. 16, parti d’Antioche avec Silas, nous le voyons s’adjoindre Timothée. Dieu conduit et dirige Ses serviteurs, met parfois des obstacles sur leur chemin pour les arrêter, car le service doit être rempli là où II le veut : la pensée de Dieu était que Ses serviteurs aillent en Macédoine et non en Asie ou en Bithynie (Act. 16. 6 à 12).

Il est assez frappant de remarquer que les différentes assemblées qui ont été formées au commencement l’ont été de manières très différentes. Dieu n’a pas une façon d’agir qui soit toujours la même, Il emploie des moyens variés qui nous montrent tout à la fois Sa sagesse et Son amour. L’assemblée de Jérusalem a été formée le jour de la Pentecôte lorsque le Saint Esprit est descendu sur la terre comme Personne divine. Ensuite nous avons vu comment a été formée l’assemblée d’Antioche, la première assemblée des nations : elle l’a été par le moyen de simples croyants, tandis que la première assemblée d’Europe, Philippes, a été formée par le ministère de quatre serviteurs.

Dans ce ch. 17, nous voyons comment a été formée l’assemblée à Thessalonique. Il est intéressant de s’arrêter sur les circonstances qui ont été à l’origine de la formation des assemblées, mais aussi sur celles qui ont marqué leurs premiers pas. Il y a là un enseignement pour la vie et la marche de l’assemblée dans les jours actuels. Nous n’avons pas, aujourd’hui, la même fidélité, la même piété que celles qui ont marqué les croyants du commencement, c’est pourquoi l’Esprit ne peut pas agir avec la même puissance – mais nous avons les mêmes ressources. Nous devrions avoir davantage à cœur de marcher soigneusement dans l’obéissance à la Parole, retenant les enseignements que nous pouvons dégager de l’histoire des assemblées du commencement.

Nous avons des assemblées pour lesquelles bien des détails nous sont donnés dans les Actes, tandis qu’il n’en est pas dit grand-chose dans les épîtres (Jérusalem, Antioche, par exemple). Il en est d’autres, comme celle à Colosses ou celles en Galatie, à propos desquelles nous n’avons à peu près rien dans les Actes, mais beaucoup de détails dans les épîtres. Il y a enfin une troisième catégorie d’assemblées au sujet desquelles bien des détails sont donnés tout à la fois dans les Actes et dans les épîtres comme les assemblées à Philippes, à Thessalonique, à Corinthe, à Éphèse.

L’assemblée à Philippes a été formée par les soins de quatre serviteurs. La première personne amenée au Seigneur est une femme, Lydie. Un peu plus loin, le geôlier a été, lui aussi amené à la connaissance du Seigneur, mais le point de départ, c’est une femme (rappelons que, dans les Écritures, la femme est souvent l’image de la faiblesse mais aussi des affections).

v. 1 : Nous voyons, au début du ch. 17, Paul traverser Amphipolis et Apollonie et venir ensuite à Thessalonique où était la synagogue des Juifs. L’expression « Thessalonique, où était la synagogue des Juifs » semble montrer peut-être que la seule synagogue de cette région était à Thessalonique. Il semble qu’à Thessalonique, il y avait un noyau de Juifs qui avaient fait construire une synagogue où ils se retrouvaient le jour du sabbat. De même à Bérée.

v. 2 : « Et selon sa coutume, Paul entra vers eux » : nous l’avons déjà remarqué, Paul avait « la coutume » d’entrer d’abord dans la synagogue, lorsqu’il y en avait une, quand il arrivait pour la première fois dans une ville. Il désirait s’adresser en premier lieu aux Juifs. C’étaient ses frères selon la chair et il voulait leur faire entendre, à eux d’abord, le message de la grâce. L’apôtre est demeuré trois semaines à Thessalonique et y a prêché la Parole. Que présentait-il aux Juifs ? – La Parole de Dieu. C’est une Parole « vivante et opérante » qui seule peut atteindre les consciences. Paul n’emploie pas les différents moyens que met en avant l’évangélisation moderne, il est conscient que la puissance est dans la Parole de Dieu seule (Rom.1. 16).

On voit en 1 Thessaloniciens 2. 13 quels fruits cette prédication a portés : « ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement), la parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez ».

– En effet, ce n’était pas la parole de l’homme mais la Parole de Dieu. Elle « est vivante, et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a aucune créature qui soit cachée devant lui, mais, toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4. 12 et 13). Les Thessaloniciens avaient été amenés dans la présence de Dieu. La Parole de Dieu avait touché leur cœur et transpercé leur conscience.

v. 3 : Quel était le thème de la prédication de l’apôtre aux Juifs ? Il exposait que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts. Comme le Seigneur le disait aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, il fallait « que le Christ souffrît ces choses et qu’il entrât dans sa gloire » (Luc 24. 26) : Ses souffrances expiatoires, Sa mort sur la croix et Sa résurrection étaient absolument nécessaires. La résurrection est une vérité sur laquelle il est insisté tout au long du livre des Actes. Christ « a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification » (Rom. 4. 25).

Les Juifs ne voyaient généralement dans les Écritures que la présentation du Messie qui, pensaient-ils, viendrait leur apporter les bénédictions du royaume. Ils perdaient de vue des passages aussi clairs qu’Ésaïe 53. L’apôtre leur montre qu’il fallait que le Christ souffrît ces choses et qu’il ressuscitât d’entre les morts, et leur déclare que Celui qu’il leur annonçait était le Christ. Pour le moment, il n’est pas question de persécutions dans cette ville, alors que, en d’autres occasions, à l’annonce de ce message, la persécution se déchaîne.

v. 4 : La parole de Dieu avait touché, « quelques-uns » des Juifs et « une grande multitude de Grecs ». Il y a un contraste entre le « quelques-uns d’entre eux » du début du v. 4 et « une grande multitude de Grecs ».

La première épître aux Thessaloniciens nous montre quels furent les résultats de l’œuvre puissante qui avait été opérée par Dieu. L’apôtre d’abord rend grâces pour eux tous : « faisant mention de vous dans nos prières, nous souvenant sans cesse de votre œuvre de foi, de votre travail d’amour, et de votre patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ, devant notre Dieu et Père, sachant frères aimés de Dieu, votre élection ».

« Œuvre de foi », « travail d’amour », « patience d’espérance », voilà ce qui avait caractérisé les Thessaloniciens dès le début de leur histoire, car il ne s’est pas écoulé un long temps entre la visite de l’apôtre et l’envoi de sa lettre : on pense généralement que l’apôtre a été à Thessalonique en l’an 51 et la première épître aux Thessaloniciens a probablement été écrite la même année. Voilà de jeunes croyants récemment convertis, mais dans lesquels la Parole avait opéré avec une telle puissance qu’ils étaient devenus des « imitateurs » de l’apôtre et « des modèles pour tous ceux qui croient » (1 Thess. 1. 2 à 7).

– Est-ce qu’on peut dire que l’assemblée à Thessalonique était une assemblée modèle ?

– Il semble bien, l’expression que nous venons de rappeler permet de le penser et, par ailleurs, on ne voit pas que l’apôtre leur adresse beaucoup de reproches. Ils étaient certes « dans l’ignorance à l’égard de ceux qui dorment » mais Dieu a compassion de notre ignorance. Et encore, dans leur ignorance, ils étaient animés de bons sentiments : ils étaient attristés parce qu’ils pensaient que ceux des leurs qui étaient délogés ne connaîtraient pas les bénédictions apportées à la venue du Seigneur. L’apôtre leur écrit pour leur communiquer ce qu’il avait reçu du Seigneur à ce sujet. La venue du Seigneur, si même ils ignoraient encore ce que l’apôtre allait leur enseigner, était une vérité qu’ils vivaient. La fin du premier chapitre nous montre que, s’ils avaient été précédemment des idolâtres ils s’étaient « tournés des idoles vers Dieu » et réalisaient désormais une vie de service et d’attente du Seigneur.

En 2 Thessaloniciens 3. 1, il est écrit : « Au reste, frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur coure et qu’elle soit glorifiée, comme elle l’est aussi chez vous ».

Pourtant l’apôtre n’avait pas cherché à présenter un évangile agréable à l’homme : « Nous parlons… non comme plaisant aux hommes, mais à Dieu qui éprouve nos cœurs. Car aussi nous n’avons jamais usé de parole de flatterie, comme vous le savez, ni de prétexte de cupidité, Dieu en est témoin ; et nous n’avons pas cherché la gloire qui vient des hommes, ni de votre part, ni de la part des autres » (1 Thess. 2. 4 à 6). Le Seigneur pouvait dire aux Juifs : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez de la gloire l’un de l’autre et qui ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » (Jean 5. 44). L’apôtre n’avait devant lui que Christ, la gloire de Christ et le bien des âmes.

Il ne cherchait pas à plaire à un auditoire. On voit de quels soins il avait entouré les Thessaloniciens. « Nous avons été doux au milieu de vous. Comme une nourrice chérit ses propres enfants, ainsi, vous étant tendrement affectionnés, nous aurions été tout disposés à vous communiquer non seulement l’évangile de Dieu, mais aussi nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers » (v. 7 et 8) et un peu plus loin « nous avons exhorté chacun de vous, comme un père ses propres enfants, vous exhortant et vous consolant, et rendant témoignage, pour que vous marchiez d’une manière digne de Dieu qui nous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire » (v. 11 et 12). Il avait tout à la fois la tendresse de la nourrice et l’autorité et la fermeté d’un père qui aime ses enfants. Il y avait ces deux côtés dans le ministère de Paul à l’égard des Thessaloniciens, celui qui est présenté par les soins de la nourrice et celui qui est présenté par les exhortations du père.

Dans la deuxième épître aux Thessaloniciens, des reproches sont adressés à ceux « qui marchent dans le désordre » (3. 11). Mais il s’agissait de cas individuels et, dans l’ensemble, Thessalonique était une assemblée en bon état – même si l’ennemi essayait, comme dans toute assemblée en bon état, d’y apporter du désordre.

L’apôtre peut dire à Timothée : « Prêche la Parole ». C’est donc essentiel pour la prédication.

– On a tellement tendance à croire que la méditation de la Parole a plus d’importance que la Parole elle-même ! C’est ce qui explique que, dans certaines assemblées, où il n’y a pas de frères spécialement qualifiés pour l’exposition de la Parole, on n’ait pas de réunions d’édification. On oublie que la lecture de la Parole, même si aucun commentaire n’y est ajouté, peut avoir des fruits remarquables. La lecture de la Parole est ce qu’il y a de plus précieux dans une réunion d’édification. Qu’un frère qui a à cœur de lire une portion de la Parole de Dieu, poussé par le Seigneur et conduit par le Saint Esprit, sans avoir rien à y ajouter, ne se laisse pas arrêter ! La Parole « à la puissance d’édifier » (Act. 20. 32). D’autre part, la méditation de la Parole doit être conforme à la Parole elle-même : l’enseignement doit être scripturaire. C’est ainsi que la Parole doit être « prêchée » (2 Tim. 4. 2).

Du temps d’Esdras, ils lisaient la Parole (Néh. 8. 1 à 12).

v. 5 : À partir de ce verset, il est question des persécutions dont parle l’apôtre dans sa première épître. Il en parle ainsi au ch. 2. 14 à 16 : « Car vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des assemblées de Dieu qui sont dans la Judée dans le Christ Jésus ; car vous aussi, vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes choses qu’elles aussi ont souffertes de la part des Juifs, qui ont mis à mort et le Seigneur Jésus et les prophètes, et qui nous ont chassés par la persécution et qui ne plaisent pas à Dieu, et qui sont opposés à tous les hommes, – nous empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées, pour combler toujours la mesure de leurs pêchés ; mais la colère est venue sur eux au dernier terme ». C’était bien là l’hostilité des Juifs qui, non seulement refusaient la grâce qui leur était offerte, mais auraient voulu empêcher qu’elle soit annoncée aux nations. À Philippes, l’Ennemi s’était servi des païens, ici il se sert de Juifs incrédules pour s’opposer à l’évangile. Ils prennent « quelques méchants hommes de la populace » et viennent assaillir la maison de Jason.

v. 6 et 7 : Mais nous voyons comment Dieu prend soin de Ses serviteurs : ces « méchants hommes » ne les trouvent pas. C’est contre Jason que leur haine va alors se manifester ; ils l’accusent, ainsi que quelques frères, devant les magistrats de la ville en disant : « Ces gens qui ont bouleversé la terre habitée, sont aussi venus ici ; et Jason les a reçus chez lui, et ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus ». C’était vrai en un sens : la prédication de l’évangile devait apporter un certain bouleversement dans la terre habitée. Mais ce n’était pas vrai dans le sens que donnaient ces gens aux mots qu’ils employaient. De la même manière, quand la naissance de Jésus a été annoncée, « le roi Hérode l’ayant ouï dire, en fut troublé, et tout Jérusalem avec lui » (Mat. 2. 3). L’annonce de la venue du Messie troublait toute la ville de Jérusalem.

Il est assez remarquable de voir que souvent la persécution vient du dedans plutôt que du dehors. Ainsi en était-il pour les Juifs. De même au cours des âges, les vrais croyants ont été persécutés par l’église officielle. L’antichrist viendra aussi du dedans : « maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, ils sont sortis du milieu de nous » (1 Jean 2. 18).

C’est en effet bien souvent le cas. Au ch. 20 des Actes, l’apôtre, parlant aux anciens d’Éphèse, annonce qu’après son départ « il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau » (v. 29) : ce sont les adversaires du dehors. Et ensuite il dit : « il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux » (v. 30). Il s’agit là surtout du mal doctrinal. Bien des persécutions ont été suscitées par l’ennemi du dedans et, de même, le mal doctrinal a été apporté bien souvent par des éléments du dedans.

C’est solennel pour ceux qui ont été en contact avec la vérité.

Aujourd’hui tous ceux qui sont dans la maison de Dieu, qui ont entendu la Parole, sont beaucoup plus coupables que ceux qui sont dans les pays païens. Dieu saura mesurer les degrés de culpabilité de ceux qui, ayant entendu l’évangile, l’auront refusé, et de ceux qui ne l’auront pas entendu. Il y a ceux qui seront battus de plusieurs coups et ceux qui seront battus de peu de coups (Luc 12. 47 et 48).

Dieu ne se trompera pas, nous pouvons en être assurés.

Précisément en 2 Thessaloniciens 2. 10, à propos de ceux-là il est dit : « ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge ». Il n’y a à ce moment-là plus d’espoir.

En 2 Thessaloniciens 1. 8 et 9 il est question du jugement des idolâtres « ceux qui ne connaissent pas Dieu » et du jugement des professants sans vie : « ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ », ceux qui n’ont pas la vie de Dieu, « lesquels subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de sa force ».

Pourquoi la ville de Thessalonique était-elle troublée ? Parce qu’on présentait la vérité. De la même manière, Élie était accusé de troubler Israël (1 Rois 18). Les hommes n’aiment pas qu’on vienne les déranger dans leurs habitudes, dans ce qu’ils ont disposé pour être heureux (à leur manière…) sur la terre, en leur présentant la Parole de Dieu.

Sommes-nous capables de dire aux âmes : « Dieu… ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ? » Nous sommes tentés de les inviter, plutôt que de leur dire « Dieu ordonne… » (v. 30).

C’est en effet un verset très important, sur lequel nous reviendrons plus tard.

Il manque beaucoup actuellement la conviction de péché, la crainte de Dieu. Et c’est pourtant le travail de l’Esprit : « Il convaincra le monde de péché » (Jean 16. 8).

Le premier péché que l’homme a commis, ce n’est pas un meurtre ou quelque chose qui nous semblerait particulièrement grave, c’est une simple désobéissance, que nous estimons beaucoup moins grave.

Dans ce monde, on traite le péché avec beaucoup de légèreté. Pour Dieu, pour Christ, c’est une chose odieuse. Pour Satan aussi, c’est une chose qui est très sérieuse. Demandons-nous si les hommes et les croyants eux-mêmes ne passent pas à la légère sur la gravité du péché. Il y a deux choses qui nous font mesurer quelque peu la gravité du péché.

1) Le péché est entré dans le monde par une seule désobéissance. Quelles ont été les conséquences de cette désobéissance ? C’est effroyable : les maladies, les souffrances, les meurtres, et tout spécialement, la mort, qui en est « le salaire » (Rom. 6. 23). Ces conséquences du péché qui nous font trembler découlent d’un seul acte de désobéissance.

2) Pour régler la question du péché il a fallu les trois heures de l’abandon. Si l’entrée du péché dans le monde n’a pas demandé beaucoup de temps, l’abolition du péché a coûté à Christ les trois heures infinies de la croix. Si nous sommes convaincus nous-mêmes de la gravité du péché, nous pourrons en convaincre d’autres ; en tous cas nous pourrons leur dire ce que nous avons saisi de l’extrême gravité du péché.

Voilà l’accusation qui est portée devant les magistrats de la ville : « ils contreviennent tous aux ordonnances de César ». C’était une fausse accusation. Ils ne contrevenaient pas aux ordres de César, ils recommandaient au contraire la soumission aux autorités, comme nous le voyons en Romains 13. « Disant qu’il y a un autre roi, Jésus » ; or, Jésus Lui-même avait dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18. 36), et aussi : « Rendez donc les choses de César à César » (Luc 20. 25). C’étaient donc de fausses accusations contre Paul et Silas. Quand l’Ennemi n’a pas d’arguments, il en invente ; il n’est jamais à court pour présenter des motifs d’accusation. Il sait comment s’y prendre pour s’attaquer aux serviteurs du Seigneur. Il l’a fait au ch. 16. 20 et 21. Il le fait ici au ch. 17.

v. 8 et 9 : Il nous est dit que « la foule et les magistrats de la ville, qui entendaient ces choses, furent troublés ». Quel sens faut-il donner à ce terme « troublés » ?    — Nous ne savons pas exactement quel sens il faut choisir parmi ceux qui peuvent être donnés à ce terme ; ce que nous savons, c’est que ces magistrats furent plus sages que ceux de Philippes. Ils se bornèrent à recevoir caution de Jason et des autres et ils les relâchèrent.

En Romains 16. 21 il est question de « Timothée, mon compagnon d’œuvre, et Lucius, et Jason, et Sosipater, mes parents ». Nous ne savons pas si c’est le même Jason que celui dont il est parlé en Actes 17. Si c’est le même Jason, c’était un parent de l’apôtre Paul, ce qui expliquerait que Paul et Silas aient logé chez lui.

– Ne peut-on pas dire qu’une des différences entre les incrédules et les croyants, c’est que les uns peuvent être troublés et que les autres peuvent ne pas l’être ?

– Dans l’évangile de Jean, on l’a remarqué bien souvent, le Seigneur n’a jamais été troublé dans les affections de Son cœur, mais Il a été troublé dans Son esprit – de sorte qu’il peut y avoir aussi un certain trouble dans l’esprit des croyants, tandis qu’il ne doit pas y en avoir dans leur cœur. C’est pourquoi le Seigneur dit à Ses disciples, et à nous aussi, : « Que votre cœur ne soit pas troublé » (Jean 14. 1) et « que votre cœur ne soit pas troublé, ni craintif » (Jean 14. 27). Revenons à ce qui concerne le Seigneur Lui-même : « Jésus donc, quand Il la vit pleurer, et les Juifs qui étaient venus avec elle, pleurer, frémit en son esprit, et se troubla » (Jean 11. 33). « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? » (Jean 12. 27). « Ayant dit ces choses, Jésus fut troublé dans son esprit » (Jean 13. 21). Voilà trois passages qui nous montrent le Seigneur « troublé » en présence de la mort et des conséquences du péché, en présence de Sa propre mort et en présence de la trahison de Judas : le Seigneur est troublé dans Son esprit, dans Son âme, mais non dans Son cœur.

v. 10 : Paul et Silas quittent Thessalonique pour aller à Bérée. Ce n’est pas à proprement parler la persécution qui les a chassés de Thessalonique : il nous est parlé des frères qui les ont envoyés de nuit à Bérée, sans doute, il est vrai, pour les faire échapper à leurs persécuteurs. On voit comment les frères s’occupaient de l’apôtre et des serviteurs du Seigneur, avec quel zèle et quelle sollicitude ils prenaient soin d’eux. Les frères font la conduite à Paul et à Silas jusqu’à Bérée. C’est à propos de Timothée que Paul écrit en 1 Corinthiens 16. 10 : « Or, si Timothée vient, ayez soin qu’il soit sans crainte au milieu de vous, car il s’emploie à l’œuvre du Seigneur comme moi-même. Que personne donc ne le méprise ; mais faites-lui la conduite en paix, afin qu’il vienne vers moi car je l’attends avec les frères ». Il y a certainement un privilège et une récompense à s’occuper ainsi des serviteurs du Seigneur et à prendre soin d’eux. Le Seigneur l’a dit en Matthieu 10. 40 : « Celui qui vous reçoit, me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé ». Qu’il s’agisse de recevoir les serviteurs du Seigneur, de leur faire la conduite en paix, de les conduire de nuit, il y a une récompense assurée pour ceux qui ont pris soin d’eux.

v. 11 : À Bérée, il ne nous est pas dit qu’il y ait eu une assemblée formée. Paul y est resté très peu de temps, mais un puissant témoignage a été rendu, à la suite duquel furent manifestés des croyants très pieux et fidèles dont l’exemple a souvent été cité. Paul et Silas entrent dans la synagogue des Juifs. De ces Juifs de Bérée il est dit qu’ils « étaient plus nobles que ceux de Thessalonique ; et ils reçurent la parole avec toute bonne volonté ».

Au v. 5 il est question de Juifs qui ne croyaient pas, qui étaient pleins de jalousie. Ici, ce sont des Juifs qui reçoivent la Parole avec toute bonne volonté « examinant chaque jour les écritures pour voir si les choses étaient ainsi » : Qu’il est important d’examiner les Écritures et de les examiner chaque jour. Ce qui nous a été présenté de la Parole est-il bien conforme à la Parole ? Nous éprouverons beaucoup de bénédiction de cet examen patient des Écritures, et nous ferons l’expérience de l’autorité de l’Écriture. Il est important que nous procédions à un examen attentif de la Parole pour voir si ce qui nous a été dit est conforme à la Parole. En 1 Corinthiens 14 il est dit au v. 29 : « que les prophètes parlent, deux ou trois, et que les autres jugent ». Qu’est-ce que ce « jugement » ? C’est une appréciation morale de ce qui a été dit, d’après les Écritures. Il est important que l’autorité de la Parole soit maintenue sur nos cœurs et que soit rejeté tout enseignement qui ne serait pas basé sur la Parole et conforme à l’Écriture.

– Est-ce qu’il y a une différence entre examiner et sonder les Écritures ?

– Il n’y a sans doute pas une grande différence entre ces deux expressions. Nous sommes appelés à sonder les Écritures pour y chercher Christ et à les examiner pour voir si ce que nous avons entendu est conforme à ce que dit l’Écriture.

La noblesse dont il est question au v. 11 est une vertu, c’est une distinction particulière au sein de la famille de Dieu, distinction qui est le partage de ceux qui s’attachent à l’Écriture, s’appuient sur l’Écriture et désirent n’entendre que ce qui est conforme à l’Écriture. Cette noblesse est bien une distinction particulière, fruit de l’élévation morale qui résulte de l’examen patient, régulier, des Écritures.

Depuis cent cinquante ans, si les frères avaient plus soigneusement « examiné chaque jour les Écritures », les fausses doctrines auraient été rejetées tout aussitôt. Les erreurs particulièrement graves, celles à propos de la non-éternité des peines, auraient pu être décelées et rejetées avant qu’elles aient pris un large développement, avec toutes les conséquences qui ont suivi. Le faux enseignement est là, insidieux, qui pénètre de plus en plus. Comme il faut donc prendre garde. Nous avons une responsabilité, chacun pour ce qui nous concerne.

C’est ce qui est reproché à l’assemblée à Thyatire : « J’ai contre toi que tu laisses faire la femme Jésabel qui se dit prophétesse ; et elle entraîne et égare mes esclaves en les entraînant » (Apoc. 2. 20).

Il y a la responsabilité de « l’ange de l’assemblée » de ne pas laisser faire, mais tous sont aussi responsables à des degrés divers.

Quand on n’écoute plus la Parole, le sain enseignement, cela n’entraîne-t-il pas un manque de progrès ?

Cette paresse à écouter entraîne toujours une absence de croissance spirituelle.

En examinant les Écritures il ne faut pas chercher sa propre pensée mais se laisser sonder par elles. On voit beaucoup d’erreurs qui viennent de ce que l’on cherche dans les Écritures ce qui peut justifier des pensées personnelles plus ou moins erronées.

Nous avons considéré la visite de Paul à Thessalonique et le début de sa visite à Bérée.

Deux exemples nous sont présentés dans cette première partie du chapitre : d’abord celui des Thessaloniciens (rappelons-nous les versets que nous avons lus dans les deux épîtres) qui étaient « devenus des modèles pour tous ceux qui croient » (1 Thess. 1. 7). Le Seigneur est notre parfait modèle : mais l’ennemi, pour nous décourager, vient nous dire que nous ne pourrons jamais être à la hauteur d’un tel modèle, qu’il est vain par conséquent d’essayer d’y atteindre. La Parole nous présente alors l’exemple de l’apôtre Paul qui nous dit : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 4. 6 ; 11. 1 ; Phil. 3. 17).

L’ennemi nous suggère cette pensée : Paul était un apôtre ! qui pourrait prétendre vivre comme il a vécu ? – La Parole vient encore une fois au-devant des objections que notre cœur, à l’instigation de Satan, peut présenter, et nous donne l’exemple des Thessaloniciens : c’étaient de jeunes croyants et pourtant ils étaient « devenus des modèles pour tous ceux qui croient », cela parce qu’ils vivaient les vérités qu’ils connaissaient.

L’autre exemple est celui des Béréens qui « examinaient chaque jour les Écritures » pour voir si les choses que Paul disait étaient bien ainsi. Puissions-nous imiter l’exemple des uns et des autres, celui des Thessaloniciens et celui des Béréens.

v. 11 : Remarquons également que les croyants de Bérée « reçurent la Parole avec toute bonne volonté ». On peut recevoir la Parole avec un esprit plus ou moins bon. On peut la recevoir, hélas ! avec un esprit raisonneur, autant dire qu’on ne la reçoit pas. Les Béréens étaient désireux de s’y soumettre (Jean 7. 17). La Parole pouvait ainsi pénétrer « dans un cœur honnête et bon » et « porter du fruit avec patience » (Luc 8. 15). Les Béréens étaient caractérisés par cet état du cœur. Telle doit être aussi notre attitude en présence de la Parole, dans les réunions et dans nos maisons. C’est toujours un travail utile et édifiant, d’examiner les Écritures pour voir si les choses que nous avons entendues sont bien « ainsi », c’est-à-dire conformes à la Parole.

La Parole nous donne l’image de la bête qui rumine. De Marie il est dit qu’elle repassait ces choses dans son cœur (Luc 2. 19). Les choses qui avaient été entendues par elle avaient été retenues dans son cœur.

Le Psaume 23 nous dit : « il me fait reposer dans de verts pâturages » : ce repos dans de verts pâturages, c’est précisément la nourriture « ruminée ». Bien souvent hélas ! ce qui a été entendu par une oreille est vite sorti par l’autre…

En Jacques 1. 21 il est écrit : « Recevez avec douceur la parole implantée qui a la puissance de sauver vos âmes ».

Et au v. 25 : « n’étant pas un auditeur oublieux, mais un faiseur d’œuvre ». Le fait que nous oubliions souvent assez vite ce que nous avons entendu ou lu et que, en bien des cas, ce qui a été entendu n’est pas mis en pratique, est une des causes de notre faiblesse, individuelle et collective.

v. 12 : Dans ce verset nous avons à peu près le même contraste qu’au v. 4 : la Parole avait pénétré davantage en dehors des limites d’Israël qu’au milieu du peuple. Les Juifs, d’une manière générale, refusaient le message qui leur était apporté mais de plus, ils s’opposaient à ce qu’il soit annoncé aux nations (1 Thess. 2. 15 et 16).

v. 13 : Nous voyons là cette opposition se manifester : les Juifs de Thessalonique apprennent que Paul est parti à Bérée, ils y viennent aussi, « agitant les foules ». Ils auraient voulu s’emparer de Paul et de Silas et les arrêter dans leur service.

v. 14 et 15 : Mais, comme les frères étaient intervenus au v. 10, ils interviennent ici aussi, et conduisent Paul jusqu’à Athènes. Paul arrive à Athènes, et Silas et Timothée reçoivent « l’ordre de le rejoindre au plus tôt ». Ce mot « ordre » montre que Paul était bien, comme nous l’avons dit lors de notre dernière réunion, le « maître d’œuvre » : il portait la responsabilité de l’œuvre, Silas et Timothée étaient ses collaborateurs. Il les envoyait là où les besoins de l’œuvre se faisaient sentir.

v. 16 : À partir de ce verset nous avons le récit de la visite de Paul à Athènes. Paul était alors préoccupé par deux faits différents : par l’état de choses qu’il constatait tout autour de lui dans la ville, et aussi par les conditions dans lesquelles il avait laissé les croyants à Thessalonique. La persécution y continuait et sans doute s’accentuait (1 Thess. 3. 1) ce qui permet à certains commentateurs de penser que la première épître aux Thessaloniciens a peut-être été écrite à Athènes : « C’est pourquoi n’y tenant plus, nous avons trouvé bon d’être laissés seuls à Athènes, et nous avons envoyé Timothée notre frère et compagnon d’œuvre sous Dieu dans l’évangile du Christ, pour vous affermir et vous encourager touchant votre foi, afin que nul ne soit ébranlé dans ces tribulations ; car vous savez vous-mêmes que nous sommes destinés à cela. Car aussi, quand nous étions auprès de vous, nous vous avons dit d’avance que nous aurions à subir des tribulations ». Ce ch. 3 nous donne quelques détails sur les circonstances que traversaient les Thessaloniciens à ce moment-là.

Le deuxième objet de préoccupation de l’apôtre, c’est l’état de choses qu’il trouve à Athènes : « son esprit était excité au-dedans de lui ». Qu’est-ce qui provoquait cette réaction si forte, si marquée ? C’est le fait qu’il voyait la ville remplie d’idoles. Athènes était la capitale de la Grèce et se glorifiait de la sagesse humaine. La sagesse du monde ne peut pas connaître Dieu, l’apôtre le dira aux Corinthiens, qui eux aussi se glorifiaient de leur sagesse : « Car, puisque, dans la sagesse de Dieu, le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient » (1 Cor. 1. 21). Les Athéniens, malgré toute leur sagesse, n’étaient pas arrivés à la connaissance de Dieu et ils étalaient leur ignorance. C’est dans un tel milieu que Paul va exercer son ministère.

Dans les versets que nous avons lus, trois points sont mis en évidence :

– Les personnes que l’apôtre Paul rencontre,

– Ce qu’il leur annonce,

– Les effets de sa prédication.

v. 17 : En premier lieu, il rencontre les Juifs : il discourait dans la synagogue. Les Juifs étaient le peuple religieux d’alors, qui se glorifiait de sa religion comme aujourd’hui la chrétienté professante. Puis, il y avait ceux « qui servaient Dieu ». Nous avons déjà rencontré cette expression au v. 4 et au ch. 13. 43 et 50. Il s’agissait de « prosélytes » ne faisant pas partie du peuple juif. En troisième lieu, il s’est adressé à ceux qui se rencontraient sur la place publique.

Le v. 18 nous indique encore d’autres catégories de personnes. D’abord, les philosophes épicuriens. Pour eux, le souverain bien résidait dans le plaisir, dans les satisfactions matérielles. On peut dire qu’Ésaü était « un épicurien », lui qui a vendu son droit d’aînesse pour un plat de lentilles. Ensuite, les philosophes stoïciens : eux assuraient que le souverain bien consiste dans l’effort qui est fait pour n’obéir qu’à la raison sans égard aux circonstances et à la souffrance que l’on peut rencontrer. Cela fait donc cinq catégories de personnes auxquelles l’apôtre s’adresse.

v. 18 : « Que veut dire ce discoureur ? » : « discoureur » est un terme de mépris. Non seulement ils ne considéraient pas la valeur des paroles que l’apôtre leur apportait, mais en outre ils le méprisaient. Le mépris est souvent un moyen qu’emploie l’Ennemi pour empêcher les âmes de se tourner vers le Seigneur : on craint de s’unir à ceux que les autres hommes (surtout si ce sont des intellectuels) méprisent. Mais que peut dire l’intelligence humaine parlant des choses de Dieu ? ce que nous avons à la fin du v. 18. Ces hommes cherchaient à discréditer l’apôtre et sa prédication.

« Il semble annoncer des divinités étrangères ; parce qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection » : quelle folie que la folie de l’intelligence humaine ! On appelait Jésus et la résurrection des « divinités étrangères » !

v. 19: Ces hommes mènent Paul à l’Aréopage, colline élevée où autrefois siégeait un tribunal célèbre et où se réunissaient des savants et des hommes d’état. Paul va comparaître devant tous ces hommes qui se glorifiaient de leur intelligence. Dieu va permettre que soit présentée dans ce lieu même dont les Athéniens se glorifiaient tant, dans ce temple de la sagesse humaine, la Parole de Dieu. Ils ne se doutaient pas que le discours de Paul demeurerait au travers des siècles, d’une part conservé dans la Parole inspirée et d’autre part, dans son sentier, gravé sur une plaque de marbre incrustée dans l’un des grands rochers de la colline. Il y est écrit en grec. Dieu a permis que les paroles que l’apôtre a prononcées à ce moment-là soient gravées et subsistent encore aujourd’hui, en dehors même du fait qu’elles font partie de la Parole inspirée.

On peut souligner que Dieu a confondu ces hommes par le discours de Paul, qui en plus de son caractère spirituel, est un chef-d’œuvre de la langue grecque.

L’apôtre, conduit par le Saint Esprit, se sert de ce qui l’entoure comme point de départ de la vérité qu’il va présenter.

v. 20 : « Tu nous fais entendre des choses étranges » : la vérité de Dieu est quelque chose d’entièrement étranger à l’intelligence humaine, à ceux qui n’ont pas compris que ces choses sont cachées « aux sages et aux intelligents », mais « révélées aux petits enfants » (Mat. 11. 25).

v. 21 : Un détail est ajouté : « Or tous les Athéniens et les étrangers séjournant à Athènes, ne passaient leur temps à autre chose qu’à dire ou à ouïr quelque nouvelle ». Ils s’inquiétaient beaucoup plus de ce qui était nouveau que de ce qui était vrai. L’attrait des nouveautés n’est pas d’aujourd’hui. C’est un danger pour nous. Comme on l’a dit : si une doctrine est nouvelle, elle n’est pas vraie, et si elle est vraie, elle n’est pas nouvelle.

L’apôtre Paul écrit aux Colossiens que la Parole de Dieu est maintenant complète : « L’assemblée, de laquelle moi je suis devenu serviteur selon l’administration de Dieu qui m’a été donnée envers vous, pour compléter la Parole de Dieu, savoir le mystère qui avait été caché dès les siècles et dès les générations » (1. 25). La révélation du mystère de l’Assemblée a complété la Parole de Dieu.

On croit que la recherche de nouveautés est un signe d’intelligence. La différence entre les Athéniens et les Béréens, c’est que les Athéniens cherchaient des nouveautés tandis que les Béréens cherchaient si ce qui était dit était conforme à ce qui avait été écrit dans les Écritures. Puissions-nous imiter ces derniers et non les premiers.

Ce qui caractérisait les Athéniens, c’était l’oisiveté d’une part, et d’autre part la recherche des nouveautés.

v. 22 et 23 : L’apôtre commence son discours et va prendre ces hommes qui se croyaient intelligents sur leur propre terrain.

L’idolâtrie régnait à Athènes. Ce que les Athéniens adoraient, ce n’était pas le vrai Dieu ; ils ne le connaissaient pas. Ils affichaient leur ignorance du vrai Dieu, ils adoraient les démons qui se cachent derrière les idoles. L’apôtre va donc se servir de cette inscription « Au dieu inconnu » pour leur parler du vrai Dieu. Avec quelle sagesse il prend la parole ; comme il dépendait du Saint Esprit pour présenter la Parole d’une manière adaptée aux besoins de ces hommes ! C’était exactement ce qu’il fallait leur dire. La vérité est une, mais elle doit être présentée en rapport avec les besoins des auditeurs. C’est le Saint Esprit qui seul peut nous permettre de faire cela.

Pierre, dans sa deuxième épître, parle des ignorants et des mal affermis qui tordent les Écritures à leur propre destruction (3. 16). Les ignorants ne se laissent pas enseigner par la Parole. Les mal affermis lui font dire ce qui correspond à leurs propres pensées. Le résultat peut aller, pour les inconvertis, jusqu’à la destruction éternelle selon le sens que donne 2 Thessaloniciens 1. 9 à ce terme.

La Parole, si elle est reçue en simplicité de cœur, apportera de l’édification aux âmes des croyants et, par ailleurs, opérera pour que de nouvelles « pierres » soient ajoutées à l’édifice.

« Selon la grâce qui m’a été donnée, comme un sage architecte, j’ai posé le fondement, et un autre édifie dessus mais que chacun considère comment il édifie dessus » (1 Cor. 3. 10). C’est bien de la construction de la maison qu’il est question dans ce ch. 3 de 1 Corinthiens. Les pierres sont amenées pour faire partie de l’édifice. Le Seigneur emploie l’expression « Je bâtirai mon assemblée » (Mat. 16. 18), je construirai, j’édifierai ; et, pour ce travail, Il veut employer des ouvriers, comme nous l’enseigne 1 Corinthiens 3.

« Celui donc que vous honorez sans le connaître, c’est celui que moi je vous annonce » : Dans quelle mesure les Athéniens honoraient-ils Dieu, un Dieu qu’ils ne connaissaient pas ? Ils l’avaient « honoré » en lui bâtissant un autel. Paul va leur annoncer, à eux qui honoraient un « Dieu inconnu », un Dieu connu parce qu’Il s’est révélé.

v. 24 : L’apôtre va présenter les révélations de Dieu à l’homme. Dans la création d’abord, Dieu a rendu témoignage de Lui-même : « Depuis la fondation du monde, ce qui ne se peut voir de Lui, savoir et sa puissance éternelle et sa divinité, se discerne par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites, de manière à les rendre inexcusables » (Rom. 1. 20), voir aussi Psaume 19. 1 à 6. Tous les hommes sont responsables parce que dans la création tous les hommes peuvent voir quelque chose de Dieu. Il y a des degrés de responsabilité, mais n’importe quel homme est responsable, parce que Dieu s’est fait connaître dans les œuvres de la création. C’était la première responsabilité qui pesait sur les Athéniens. Et ce « Dieu » ne peut pas habiter une maison faite de mains. Il habite dans une maison spirituelle.

v. 25 : Il n’est pas dépendant de Sa créature : « Car tout animal de la forêt est à moi, les bêtes sur mille montagnes. Je connais tous les oiseaux des montagnes, et ce qui se meut par les champs est à moi. Si j’avais faim, je ne te le dirais pas ; car le monde est à moi, et tout ce qu’il contient » (Ps. 50. 10 à 12).

v. 26 : Par ailleurs, c’est Lui « qui donne à tous la vie et la respiration et toutes choses ». Il a fait « d’un seul sang toutes les races des hommes pour habiter sur toute la face de la terre ». « Ayant déterminé les temps ordonnés et les bornes de leur habitation » : nous trouvons à ce sujet des enseignements en Genèse 10 où nous avons la répartition des nations, faite comme conséquence de ce qui est dit au ch. 9. 19 : « Ces trois sont fils de Noé et c’est d’eux que la population fut disséminée sur toute la terre » et ensuite v. 25 à 27 : « Maudit soit Canaan ! Il sera l’esclave des esclaves de ses frères. Et il dit : « béni soit l’Éternel, le Dieu de Sem, et que Canaan soit son esclave ! Que Dieu élargisse Japheth, et qu’il demeure dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave ». Cette malédiction de Dieu sur Canaan, fils de Cham, n’a jamais été rapportée. Leurs descendants ont toujours souffert de cette malédiction. Sous le régime de la grâce, ils peuvent certes être sauvés, mais le gouvernement de Dieu demeure sur eux.

Le v. 32 reprend la chose : « Ce sont là les familles des fils de Noé, selon leurs générations, dans leurs nations ; et c’est d’eux qu’est venue la répartition des nations sur la terre après le déluge ». Nous sommes présentement dans la période comprise entre le déluge et la destruction de la terre par le feu. Genèse 8. 22 : « tant que seront les jours de la terre ». En Deutéronome 32. 8 nous avons cette expression : « Quand le Très-Haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » c’est dire que le peuple d’Israël est à la base de la répartition des nations.

v. 27 et 28 : l’homme a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il y a là dans ces versets un sujet qui est assez vaste.

Le ch. 17 du livre des Actes nous entretient des visites que Paul a été amené à faire à Thessalonique, Bérée et Athènes. À Bérée, il a dû quitter la ville, car les Juifs de Thessalonique, ayant appris qu’il s’y trouvait, étaient venus agiter les foules ; de telle sorte que « les frères renvoyèrent aussitôt Paul comme pour aller à la mer… Et ceux qui conduisaient Paul le menèrent jusqu’à Athènes » (v. 14 et 15).

Nous avons vu le début de cette visite à Athènes. Paul avait l’esprit excité au-dedans de lui en voyant la ville remplie d’idoles » (v. 16). Athènes était une ville renommée pour sa sagesse, dont les Athéniens se glorifiaient. C’est dans un tel milieu, dans un terrain aussi aride, que Dieu voulait faire annoncer Sa Parole.

Au v. 17 il nous est dit : « Il discourait donc dans la synagogue avec les Juifs » : il s’adressait d’abord à ses frères selon la « chair » – « et avec ceux qui servaient Dieu, et tous les jours sur la place publique avec ceux qui s’y rencontraient ». Il s’adressait à tous sans aucune distinction, présentant la Parole. Les expressions que nous avons aux v. 18 à 20 nous montrent l’accueil qu’il recevait.

Paul est ensuite mené à l’Aréopage (v. 19) et cette question lui est posée : « Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine dont tu parles ? Car tu nous fais entendre certaines choses étranges ; nous voudrions donc savoir ce que veulent dire ces choses ».

L’Aréopage était une colline élevée où siégeait un tribunal célèbre, et où se rassemblaient des savants et des hommes d’état. De ceux qui interpellent l’apôtre Paul (v. 19 et 20) il est dit qu’ils ne passaient leur temps à autre chose qu’à dire ou à ouïr quelque nouvelle (v. 21). Deux choses les caractérisaient : l’oisiveté et la recherche des nouveautés. Prenons garde. On aime beaucoup entendre quelque chose de nouveau, mais les vérités les plus précieuses, celles auxquelles nous devons nous tenir, sont celles qui nous ont été annoncées dès le commencement (1 Jean 2). La vérité est « dès le commencement ».

v. 22 à 24 : Paul prononce son discours. Les idoles qu’il avait vues lui montraient bien que ce que les Athéniens adoraient, c’était en fait les démons : derrière l’idole se cache un démon.

Paul va prendre les Athéniens sur leur propre terrain. Ils se glorifiaient de leur intelligence, et cependant ils ne connaissaient pas Dieu : ils avaient élevé un autel « au dieu inconnu ». C’est ce Dieu qu’ils ne connaissaient pas que Paul va leur révéler. Dieu a donné un témoignage de Lui-même dans les œuvres de la création mais Il ne s’est pas pleinement révélé alors. La création nous fait connaître deux choses :

1. La puissance de Dieu : « Depuis la fondation du monde, ce qui ne se peut voir de lui, savoir et sa puissance éternelle et sa divinité se discerne par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites de manière à les rendre inexcusables : – parce que, ayant connu Dieu, ils ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces ; mais ils devinrent vains dans leurs raisonnements, et leur cœur destitué d’intelligence fut rempli de ténèbres : se disant sages, ils sont devenus fous, et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles » (Rom. 1. 19 à 23). C’est ce qu’avaient fait les Athéniens.

2. La bonté de Dieu : « Quoique cependant il ne se soit pas laissé sans témoignage, en faisant du bien, en vous donnant du ciel des pluies et des saisons fertiles, remplissant vos cœurs de nourriture et de joie » (Act. 14. 17).

Tels sont les témoignages que, par la création, Dieu a voulu donner de Lui-même. Mais Il ne s’est pas alors révélé dans la plénitude de Son Être. Il est Amour. Il s’est donc approché de l’homme pour faire connaître Son amour. Dans le jardin d’Éden, après la désobéissance de l’homme, l’Éternel cherche Adam au frais du jour et l’appelle : « Où es-tu ? Et il dit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché » (Gen. 3. 10). L’homme avait peur en présence de Dieu !

Plus tard, quand Dieu a donné la loi du haut du Sinaï, les fils d’Israël étaient épouvantés (Héb. 12. 21) : « Et Moïse, si terrible était ce qui paraissait, dit : Je suis épouvanté et tout tremblant ». Pourtant Dieu voulait donner à l’homme une preuve de Son amour et cherchait une réponse à l’amour de Son cœur ; c’est pourquoi la loi se résume dans les deux grands commandements : l’amour de Dieu et l’amour du prochain (Marc 12. 28 à 31 ; Rom. 13. 10) : « l’amour donc est la somme (ou la plénitude) de la loi ». Mais là encore, l’homme a peur.

Lors d’une troisième manifestation de Dieu, cette fois sous une forme angélique, en Juges 13, la femme de Manoah dit à son mari : « un homme de Dieu est venu vers moi, et son aspect était comme l’aspect d’un ange de Dieu, très terrible » (v. 6).

À la fin, Dieu s’est pleinement révélé en Christ : Il est venu parmi les hommes dans la Personne de Son Fils. Christ a recommencé l’histoire de l’homme à son premier stade : l’enfance, tandis qu’Adam avait été créé homme fait. L’homme n’a pas eu peur du petit enfant couché dans la crèche (Luc 2. 16 à 20) mais ensuite, Christ a été rejeté et méprisé par Sa créature ; Il a dû souffrir la mort de la croix. Il le fallait, car le rejet de Christ allait conduire à la pleine révélation du Dieu qui est Amour et Lumière. Christ ayant accompli l’œuvre par laquelle l’homme peut être sauvé et entrer dans la présence de Dieu, ce n’est plus un « Dieu inconnu », c’est maintenant un Dieu connu, pleinement révélé en Christ. Il est connu, non seulement comme Dieu, mais aussi comme Père, et c’est comme tel que Christ L’a révélé tout au long de Son chemin : « Celui qui m’a vu a vu le Père » pouvait-Il dire à Philippe (Jean 14. 9). C’est ensuite, l’œuvre accomplie, dans la relation avec le Père qu’Il a établi les Siens (Jean 20. 17) – relation dont le croyant peut jouir par le Saint Esprit (Rom. 8. 15).

v. 25 et 26 : S’il est parlé, au v. 24, de la création du monde, au v. 25 il est parlé de la création de l’homme – l’homme au sujet duquel Dieu a dit, lorsqu’Il l’a créé : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gen. 1. 26). L’image nous parle d’une ressemblance parfaite ; la ressemblance nous parle de quelque chose de relatif. L’homme a été fait moralement à la ressemblance de Dieu (quand il « devint une âme vivante » – Gen. 2. 7) et non corporellement : Dieu n’a pas de forme. L’homme a des capacités morales et spirituelles qui correspondent à celles de Dieu : c’est « l’image ». Mais ses capacités sont inférieures, bornées, limitées : c’est la « ressemblance ». Au contraire, quand il est parlé de la descendance d’Adam, il est dit : « Adam… engendra un fils à sa ressemblance, selon son image » (Gen. 5. 3) : c’était un pécheur comme Adam, lui étant en cela absolument semblable ; il était d’une race pécheresse et perdue.

Mais dans la nouvelle création, le nouvel homme est à l’image de Dieu et là, l’expression « ressemblance » n’est pas employée : « le nouvel homme qui est renouvelé en connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé » (Col. 3. 10). De la même manière, en 1 Corinthiens 15. 49 il est écrit : « comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste ». Il n’est pas question là non plus de ressemblance : nous serons rendus pleinement et parfaitement conformes à Christ.

Quand Christ est venu dans ce monde, ce n’est pas une créature qui est apparue (Michée 5. 2), c’est Dieu qui est venu en chair. Aussi est-il écrit qu’Il est « l’image du Dieu invisible » (Col. 1. 15) ; qu’Il est « le resplendissement de la gloire de Dieu et l’empreinte de sa substance » (Héb. 1. 3).

Ce que nous venons de rappeler permet de comprendre pourquoi l’apôtre dit :

v. 27 et 28 : « quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous ; car en Lui nous vivons et nous nous mouvons et nous sommes, comme aussi quelques-uns de vos poètes ont dit : car aussi nous sommes sa race ». Voir aussi Psaume 82. 6 : « Moi j’ai dit, vous êtes des dieux, et vous êtes tous fils du Très-haut ». L’homme est une créature ; il a été fait à l’image, à la ressemblance de Dieu. Le Seigneur venu dans le monde est « l’image du Dieu invisible ». C’est ce qu’Il a été moralement ici-bas ; tandis que dans Son corps, Il est venu « en ressemblance de chair de péché » (Rom. 8. 3). Il a été « fait à la ressemblance des hommes » (Phil. 2. 7), « étant trouvé en figure comme un homme » (v. 8). Ce n’est pas, nous le comprenons bien, sans raison que l’Écriture emploie tantôt le mot image, tantôt le mot ressemblance.

v. 29 : L’apôtre affirme à ces Athéniens : « Étant donc la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent, ou à de la pierre, ou à une œuvre sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme ». Puisque l’homme est « de la race de Dieu », comment penser que Dieu puisse être semblable à de l’or ou à de l’argent ? Cela est singulièrement rabaisser Dieu, Le placer en fait au-dessous de l’homme, que de Le rabaisser « à de l’or, ou de l’argent, ou de la pierre, à une œuvre sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme », autant de choses qui sont au-dessous de l’homme ! Les paroles de l’apôtre auraient dû toucher profondément les Athéniens et leur faire comprendre la folie de leurs actions.

Nous avons dit un mot, la dernière fois, des v. 26 et 27, et rappelé les passages de la Genèse qui nous montrent que la répartition des nations sur la face de la terre a été faite après le déluge, d’après les trois fils de Noé, Sem, Cham et Japheth, qui sont devenus trois chefs de race, dans le sens donné par les hommes à ce terme. Car, en effet, comme nous l’avons vu, toutes les races sont faites d’un seul sang, et les hommes sont responsables de chercher le Dieu à l’image et à la ressemblance duquel ils ont été faits et de Le trouver (v. 27).

En fait, dans son discours, l’apôtre Paul présente Dieu comme le Dieu Créateur, Créateur du monde, Créateur de l’homme (v. 22 à 29) et ensuite comme le Dieu Sauveur. Il a créé les mondes, Il a créé l’homme. Cette première partie du discours concernant le Dieu Créateur va jusqu’au v. 29. Paul fait ressortir, s’adressant à ces « sages » d’Athènes, combien grande était leur folie : ils n’avaient pas discerné Dieu au milieu des témoignages de Sa puissance et de Sa divinité, de Sa bonté, et ils avaient étalé leur ignorance en bâtissant un autel « au dieu inconnu ». Cette première partie du discours de l’apôtre était de nature à jeter bas toute la sagesse des Athéniens. Dans la deuxième partie, il va leur présenter le Dieu Sauveur.

Il est remarquable de voir que l’apôtre ne flatte pas du tout les qualités intellectuelles des Athéniens. Nous aurions parfois tendance à le faire pour trouver le chemin des cœurs. Il parle la vérité, avec grâce en même temps.

v. 30 : « Dieu donc, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance » – ceux pendant lesquels l’homme aveuglé n’avait pas su discerner Dieu dans Ses œuvres ; c’était bien pour les Athéniens les temps de l’ignorance… » ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ». Dieu passe par-dessus les temps de l’ignorance et maintenant Il donne un ordre. Il n’invite pas, Il ordonne. On dit parfois que l’homme est placé devant une alternative : croire ou ne pas croire et qu’il est libre de choisir l’une ou l’autre. Ce sont des raisonnements humains.

L’homme n’est pas libre de croire ou de ne pas croire : Dieu lui ordonne de croire. C’est pourquoi il est dit que celui qui ne croit pas est un désobéissant : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3. 36). C’est une désobéissance caractérisée que le refus de croire. Et en 2 Thessaloniciens 1. 8 il est parlé du jugement qui sera exécuté plus tard « contre ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus Christ ; lesquels subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur et de devant la gloire de Sa force ».

Ceux qui disent qu’ils ne peuvent pas croire, ou bien se trompent eux-mêmes, ou bien ne sont pas sincères avec Dieu. Dieu ordonne et l’homme est responsable de croire.

Ceux qui disent qu’ils ne peuvent pas croire feraient mieux de dire qu’ils ne veulent pas croire.

En 1 Pierre 3 nous trouvons une expression que nous pouvons souligner à ce sujet : « Femmes, soyez soumises à vos propres maris, afin que, si même il y en a qui n’obéissent pas à la Parole », ce passage contient un enseignement pour des femmes croyantes ayant un mari incrédule, et, pour parler de cette incrédulité, l’apôtre emploie cette expression : « qui n’obéissent pas… ». Un peu plus loin, au  v. 19 il est dit que les esprits maintenant en prison, « ont été autrefois désobéissants » (v. 20) : ils sont « en prison » parce que, durant leur vie sur la terre, ils ont refusé de croire en Jésus.

Cet ordre du v. 30 est donné maintenant aux hommes. C’est maintenant le jour du salut, le jour dans lequel il convient d’obéir à cet ordre de Dieu. « Que tous en tous lieux » : il n’y a aucune exception. C’est une réponse à l’objection de celui qui dirait : si je ne suis pas élu, je peux faire tout ce que je voudrais, je ne serai pas sauvé ; en effet, Dieu ordonne à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils se repentent. Il n’y a aucune limitation, aucune exception : nul ne peut dire que cet « ordre » de Dieu n’est pas pour lui !

Le premier pas, c’est la repentance, dans tous les temps, dans toutes les économies. Au ch. 20 des Actes v. 21, l’apôtre déclare qu’il insistait « sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » : la repentance d’abord, la confession de ses péchés et ensuite le fait de se tourner vers Christ, qui, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification, nous assure un plein salut. L’apôtre présente donc aux Athéniens le Dieu Sauveur. Ils n’avaient pas à raisonner : ils avaient à obéir à un ordre, donné non pas par l’apôtre, mais par Dieu.

v. 31 : En même temps qu’il présente le salut par la grâce, par la foi, il annonce le jugement qui sera la part de ceux qui n’obéissent pas. « Il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée ». Dieu a révélé Sa justice mais Il a aussi révélé Sa colère nous dit l’apôtre en Romains 1. 17 et 18 : « La justice de Dieu… est révélée sur le principe de la foi pour la foi, selon qu’il est écrit : « Or le juste vivra de foi ». Car la colère de Dieu est révélée du ciel contre toute impiété et toute iniquité des hommes qui possèdent la vérité tout en vivant dans l’iniquité ». Cette colère a été révélée dans le jugement que Christ a subi à la croix : Il a porté tout le poids de la colère de Dieu à l’égard du péché. Cette colère s’exerce contre ceux qui n’auront pas obéi à l’ordre donné par Dieu et qui, ayant ainsi refusé de croire, demeureront dans leur état de péché.

Elle ne saurait s’exercer sur les croyants puisque Christ l’a subie pour eux à la croix du Calvaire. De la même manière, en 2 Corinthiens 5, il est dit que Christ « a été fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui » (v. 21). Les deux choses sont également liées : d’une part, Christ a été « fait péché » et d’autre part, Il est notre justice. Christ est aujourd’hui le Sauveur, Il sera demain le Juge.

On peut rappeler les paroles du Seigneur Lui-même en Jean 5. 22. Au v. 21 le Seigneur parle de la grâce et du salut et au v. 22 Il ajoute : « car aussi le Père ne juge personne, mais Il a donné tout le jugement au Fils ». Au v. 24 : « celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie ». Au v. 27 le Père « lui a donné autorité de juger aussi, parce qu’Il est fils de l’homme », et ce passage nous présente ensuite, au v. 29, la résurrection de vie et la résurrection de jugement : « ceux qui auront pratiqué le bien, en résurrection de vie et ceux qui auront fait le mal en résurrection de jugement ». On ne peut pratiquer le bien que si l’on possède une nouvelle nature et on ne possède la nouvelle nature que si l’on est né de nouveau. Christ est donc appelé à exercer le jugement. Dieu en a donné la preuve à tous parce que « Il l’a ressuscité d’entre les morts ».

« Les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, gardés pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies… Le Seigneur… est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse » (2 Pier. 3. 7 à 9).

Et comme Christ a été la manifestation de Dieu en grâce, Il sera la manifestation de Dieu en jugement. Apoc. 19. 11 nous Le montre lorsque le ciel est ouvert « et voici un cheval blanc, et celui qui est assis dessus appelé fidèle et véritable ; et il juge et combat en justice. Et ses yeux sont une flamme de feu ; et sur sa tête il y a plusieurs diadèmes ; et il porte un nom écrit que nul ne connaît que lui seul ; et il est vêtu d’un vêtement teint dans le sang ; et son nom s’appelle : « La Parole de Dieu » ». La Parole est l’expression de la pensée. Christ a fait connaître la pensée de Dieu en grâce et Il la fera connaître en jugement.

En Romains 2. 16, il est question du « jour où Dieu jugera par Jésus Christ les secrets des hommes, selon mon évangile ».

Et en Romains 9. 22 et 23 : « si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère tout préparés pour la destruction ; et afin de faire connaître les richesses de sa gloire dans des vases de miséricorde qu’il a préparés d’avance pour la gloire… ? ». C’est Lui qui a préparé d’avance des vases de miséricorde pour la gloire, et ce sont les désobéissants qui se préparent pour le jugement.

La résurrection des morts était une vérité dont les hommes, les Juifs surtout, n’aimaient pas entendre parler. Il en est question tout au long du livre des Actes. C’est une vérité capitale du christianisme, avec la descente du Saint Esprit comme Personne divine. La Pâque et la fête des pains sans levain d’une part, la fête des prémices et celle des semaines d’autre part, sont les seules ayant trait à la période actuelle : nous nous souvenons de Christ dans Sa mort, Lui le vrai agneau pascal ; nous avons à réaliser une marche dont la fête des pains sans levain est la figure ; par ailleurs, nous connaissons un Christ ressuscité et le Saint Esprit est sur la terre comme Personne. C’est dire l’importance des vérités concernant la résurrection (Lév. 23). La résurrection est le sceau que Dieu a mis sur l’œuvre de Son Bien-Aimé. C’est le Messie que les Juifs avaient rejeté que Dieu a ressuscité d’entre les morts. Cela établissait la culpabilité de l’homme, du peuple Juif en particulier.

v. 32 et 33 : « Mais quand ils ouïrent parler de la résurrection des morts, les uns s’en moquaient et les autres disaient : nous t’entendrons encore sur ce sujet ». Dans tous les temps, il y a toujours eu des moqueurs. Les Athéniens se vantaient de leur intelligence et se moquaient de la vérité. 2 Pierre 3. 3 nous dit : « qu’aux derniers jours des moqueurs viendront, marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises et disant : Où est la promesse de sa venue ? » Ici ces moqueurs niaient la résurrection, résurrection dont Dieu avait cependant donné plusieurs preuves. Ainsi en 1 Corinthiens 15, l’Esprit de Dieu place devant nous sept – un ensemble complet – preuves de la résurrection.

D’autres ne se moquaient pas ouvertement et pensaient que les paroles de l’apôtre Paul n’avaient pas grande importance, qu’ils pouvaient remettre à plus tard. Nous avons déjà remarqué cet état d’esprit au ch. 13 : « ils demandèrent que ces paroles leur fussent annoncées le sabbat suivant » (Act. 13. 42). Ils n’étaient pas pressés d’y ajouter foi. On remet souvent à plus tard ! Les Athéniens disent à Paul : « Nous t’entendrons encore sur ce sujet ». Mais il semble que, moralement, Dieu ait fermé la porte ; car en effet, il est ajouté ensuite : « Ainsi Paul sortit du milieu d’eux ». L’expression employée-là a certainement une portée morale.

v. 34 : Ce verset est encourageant, car il montre que, quoiqu’il en soit de la dureté du cœur de l’homme, le travail de la grâce de Dieu s’accomplit : « Mais quelques hommes se joignirent à lui et crurent, entre lesquels était Denys, l’Aréopagite, et une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux ». Ils sont peu nombreux. C’était un terrain aride pour la Parole, mais, pourrait-on dire, Paul n’est pas venu pour rien à Athènes. Il semblerait d’après le v. 32 que le discours de Paul à l’Aréopage était sans grand résultat, mais non pas le travail de la grâce de Dieu. Paul ici personnifie l’évangile. Ceux qui croient se joignent en quelque sorte à l’évangile, en fait à Christ Lui-même. Dieu se glorifie ainsi et le nom de deux d’entre ces croyants nous est donné. L’un d’eux était de l’Aréopage, l’Esprit de Dieu le souligne. Voilà deux noms qui sont écrits dans le livre de vie et également conservés dans la Parole. Il y a certainement une raison pour laquelle ces deux noms nous ont été conservés dans l’Écriture.

Non seulement ces croyants ont accepté l’évangile, mais encore ils sont sortis avec Paul. Le fait que Paul est « sorti » a manifesté leur foi. « Sortons vers Lui hors du camp » (Héb. 13. 13) : sortons d’un milieu qui ne veut pas de Lui, et sortons « vers Lui ».

Voilà une localité où Paul a été, où il a prononcé un discours qui nous a été conservé. Quelques âmes ont été sauvées. Mais l’Écriture ne nous dit pas qu’il y ait eu une assemblée formée à Athènes. Sur le passage de Paul il y a eu bien des assemblées formées mais il n’en reste aucune : la lampe a été ôtée dans ces divers lieux. Comme il est sérieux d’y penser !

On voit dans ce dernier paragraphe trois effets qui peuvent résulter de la prédication de l’évangile : on se moque, ou on remet à plus tard, ou on le reçoit. Se moquer ou remettre à plus tard, en fait, c’est refuser de croire, c’est désobéir à l’ordre de Dieu.

Paul a donc quitté les Athéniens. Il est sorti du milieu d’eux. Au début du ch. 18 nous verrons le récit de l’arrivée de Paul à Corinthe et la formation de l’assemblée à Corinthe.

Ch. 18

Nous rappelons que Paul et Silas s’étaient mis en route à Antioche pour le deuxième voyage missionnaire de l’apôtre Paul (Act. 15. 40 et 41). Au ch. 16, nous voyons Paul prendre avec lui Timothée (v. 3) et le v. 10 nous apprend qu’ils sont accompagnés aussi par Luc. Ces quatre serviteurs, suite à une vision de Paul, arrivent à Philippes en Macédoine : là eurent lieu successivement la conversion de Lydie, celle du geôlier et une assemblée y a été formée.

Au ch. 17 nous avons le récit de la visite de Paul à Thessalonique, Bérée et Athènes : l’assemblée à Thessalonique a été formée à ce moment-là. Il nous est dit ensuite quelque chose des chrétiens de Bérée qui « reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les Écritures pour voir si les choses que Paul disait étaient ainsi » ; puis Paul vient à Athènes. Le récit de cette visite est plein d’instruction. Paul présente aux Athéniens le Dieu qu’ils ne connaissaient pas mais qui a voulu se révéler. Tant qu’il parle du Dieu créateur, on l’écoute, mais dès qu’il parle du jugement à venir et de la résurrection, on ne veut plus l’entendre. Les uns se moquent, les autres remettent à plus tard ; cependant, au milieu d’une telle incrédulité, des âmes sont touchées : deux noms nous sont donnés : Denys et Damaris (Act. 17. 34). Le travail de Paul à Athènes n’a donc pas été vain.

v. 1 : Paul quitte cette dernière ville et arrive à Corinthe. Nous allons voir comment une œuvre de Dieu va s’opérer dans cette ville. Corinthe était une grande ville qui se glorifiait de sa sagesse, de son savoir, de sa culture. C’était une des plus grandes villes de la Grèce, la capitale de l’Achaïe. Elle disposait de deux ports, l’un sur la mer Ionienne, l’autre sur la mer Égée : cette situation géographique exceptionnelle avait favorisé l’exercice d’un commerce maritime international très florissant. Corinthe était donc aussi une ville très riche, de telle sorte que, si d’un côté son développement artistique et littéraire était très poussé, il y avait par ailleurs une ardente recherche des plaisirs, et l’organisation de nombreuses fêtes allant jusqu’à la débauche. Certaines expressions, employées par des auteurs anciens, mettent en relief ce double aspect des choses :

Cicéron appelait Corinthe « la lumière de toute la Grèce » ; et pour parler d’une vie de débauche, l’on disait : « vivre à la Corinthienne ». Le fructueux travail accompli par l’apôtre Paul nous montre la puissance de la grâce de Dieu qui opère dans tous les milieux, quels qu’ils soient ; le Seigneur, qui lui était apparu en vision, lui avait déclaré pour l’encourager dans ce travail : « J’ai un grand peuple dans cette ville ». L’assemblée à Corinthe devint en effet une assemblée très nombreuse.

Les différentes assemblées, nous l’avons considéré récemment, n’ont pas été formées de la même manière.

v. 2 et 3 : À Corinthe, quel a été le point de départ de l’assemblée ? Aquilas et Priscilla auxquels est venu se joindre Paul. Aquilas et Priscilla étaient venus de Rome parce que l’empereur Claude « avait commandé que tous les Juifs sortissent de Rome » (Nous ne savons pas, la Parole ne nous dit rien à ce sujet, si Aquilas et Priscilla étaient convertis à Rome ou s’ils l’ont été par le moyen de Paul à Corinthe). Leur métier était de faire des tentes, un métier répandu à ce moment-là et assez prospère (les tentes servaient pour les armées et pour les voyageurs). L’apôtre Paul qui était « allé à eux » et qui exerçait le même métier qu’eux « demeura avec eux et travaillait ». Le grand apôtre des nations travaillait de ses propres mains (Act. 20. 34 ; 1 Cor. 4. 12). Il n’est pas arrivé à Corinthe en se glorifiant de son titre d’apôtre et en pensant qu’il allait faire de grandes choses !

Dans quelles dispositions d’esprit y est-il venu ? « Ambassadeur pour Christ » (2 Cor. 5. 20), il reflétait les caractères d’humilité de son Maître. En 1 Corinthiens 2, il déclare : « Et moi-même, quand je suis allé auprès de vous, frères, je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse, en vous annonçant le témoignage de Dieu car je n’ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Et moi-même j’ai été parmi vous dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement ; et ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (v. 1 à 5) : crainte, tremblement, faiblesse ; mais la puissance de Dieu s’accomplit dans l’infirmité. En 1 Corinthiens 9 il dit que cette assemblée de Corinthe était le sceau de son apostolat : « Si je ne suis pas apôtre pour d’autres, je le suis pour vous du moins ; car vous êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur » (v. 2).

Un mot encore à propos d’Aquilas et de Priscilla. C’était un couple pieux et il est toujours heureux de voir un mari et son épouse manifester de tels caractères de piété. Ce qui nous est rapporté au début du ch. 18 des Actes devait se passer sans doute en l’an 52 ; or, la dernière fois qu’il est fait mention d’Aquilas et de Priscilla dans les écrits de Paul, c’est en 2 Timothée 4, épître écrite en l’an 66. Par conséquent, pendant environ quatorze ans, Priscilla, Aquilas et Paul ont eu le privilège de s’employer, chacun à sa place mais en pleine communion, à l’œuvre du Seigneur.

Il est question six fois de ce couple dans l’Écriture, trois fois au ch. 18 des Actes (v. 1 à 3 ; 18,19 et 26), une fois en Romains 16. 3 à 5, une fois en 1 Corinthiens 16. 19 et une autre fois en 2 Timothée 4. 19. Dans ces six passages Aquilas est nommé trois fois le premier et Priscilla trois fois la première, chaque fois en rapport avec la responsabilité plus particulière de l’un ou l’autre des époux dans le foyer ou dans le service du Seigneur.

Il y a un témoignage public à rendre à Corinthe : Aquilas est nommé le premier. Qui est-ce qui va instruire Apollos ignorant de bien des choses ? : « Et Aquilas et Priscilla… le prirent et lui expliquèrent plus exactement la voie de Dieu » (v. 26) ; lorsqu’il est question d’enseignement, c’est bien évidemment Aquilas qui est nommé le premier. En Romains 16 le dévouement de Prisca et d’Aquilas est mis en relief : c’est Prisca qui est nommée la première.

L’apôtre écrit au v. 3 : « Saluez Prisca et Aquilas, mes compagnons d’œuvre dans le Christ Jésus », le mot compagnon se lie à la communion : il signifie : qui mange le pain avec, « qui, pour ma vie, ont exposé leur propre cou ; auxquels je ne rends pas grâces moi seul, mais aussi toutes les assemblées des nations » (l’apôtre, dans ce passage, fait sans doute allusion au tumulte qui s’est produit à Éphèse et dont il est parlé au ch. 19 des Actes ; au ch. 18. 19, il est dit que Paul laissa Priscilla et Aquilas à Éphèse). « et l’assemblée qui se réunit dans leur maison » : l’assemblée à Rome où ils sont retournés se réunissait donc dans la maison d’Aquilas et de Priscilla. Un autre passage nous montre que l’assemblée à Éphèse se réunissait déjà dans leur maison (1 Cor. 16. 19). (La première épître aux Corinthiens a été écrite par Paul alors qu’il était à Éphèse : 1 Cor. 16. 8 et 9).

On voit comment le Seigneur récompense la foi et la fidélité. Ces deux croyants ont été fidèles : aussi, ils ont été richement bénis et récompensés. Dans les différents passages où il est question d’eux, rien n’est dit de fâcheux à leur égard ; aucun reproche ne leur est fait. Nous avons plusieurs passages dans l’Écriture où l’apôtre fait allusion au fait qu’il travaillait de ses propres mains : Actes 20. 34 : « Vous savez vous-mêmes que ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi », 1 Corinthiens 4. 12 : « nous prenons de la peine, travaillant de nos propres mains ».

v. 4 : Si le v. 3 nous dit que l’apôtre Paul travaillait de ses propres mains tout le long de la semaine, ce v. 4 nous apprend que le jour du sabbat il « discourait dans la synagogue ». Comme nous l’avons remarqué dans tous ces chapitres, la séparation n’était pas encore complète entre la pratique des coutumes juives et ce qui découlait de l’enseignement chrétien : les Juifs étaient très attachés au sabbat, repos ordonné par l’Éternel au peuple terrestre (voir notamment Ex. 20. 8 à 11 ; 34. 21 ; Nomb. 15. 32 à 36 ; Deut. 5. 12 à 15 ; És. 58. 13 et 14).

Aussi, le jour du sabbat, Paul entrait « dans la synagogue et persuadait Juifs et Grecs ». Nous avons lu les premiers versets de 1 Cor. 2 : les paroles de l’apôtre n’étaient pas persuasives de sagesse humaine mais elles étaient « en démonstration de l’Esprit et de puissance » (v. 4 et 5). Il persuadait les Corinthiens par la puissance de l’Esprit de Dieu afin que leur foi repose sur la Parole et la puissance de Dieu. L’apôtre souligne plus loin aux v. 10 à 16 de ce même chapitre de l’épître aux Corinthiens que la Parole ne peut être enseignée, communiquée, reçue, que par l’Esprit de Dieu.

v. 5 : L’apôtre avait laissé Silas et Timothée à Bérée (Act. 17. 15). Silas et Timothée sont allés, on peut le penser, rejoindre ensuite Paul à Athènes ; après quoi il les a envoyés en Macédoine. « Paul était étreint par la Parole » : il était « absorbé », nous dit la note en bas de page ; la Parole était son tout. Elle remplissait et son cœur et ses pensées. Il n’était rempli que de cela. Il « rendait témoignage aux Juifs que Jésus était le Christ », mais c’était un témoignage que les Juifs ne pouvaient pas recevoir et qui allait provoquer leur haine et leur hostilité. Après avoir crucifié leur Messie, les Juifs ont méprisé le double témoignage de Pierre et d’Étienne qui, s’ils l’avaient accepté, leur aurait permis de goûter les bénédictions du règne, le Fils de l’Homme étant debout, prêt à revenir pour l’établir (Act. 7. 55 et 56). Maintenant, ils refusent le témoignage de Paul, qui, s’ils l’avaient accepté, leur aurait permis de goûter les bénédictions apportées, par le christianisme.

Alors l’évangile va être annoncé aux nations. Nous avons déjà lu au ch. 13. 46 les paroles adressées aux Juifs par Paul et Barnabas : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ». Les Juifs méprisaient le témoignage de Paul. La patience de Dieu envers Son peuple terrestre est grande, mais chaque fois que la Parole leur est présentée, qu’il leur est annoncé que le Christ est l’oint de l’Éternel, le Messie promis à Israël, ils refusent de recevoir le message qui est délivré. Ici, au ch. 18 nous voyons que non seulement ils nient et rejettent la vérité mais qu’ils prononcent des paroles blasphématoires.

v. 6 : Alors l’apôtre Paul leur dit : « Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je suis net ». Quand le Seigneur avait été livré à Pilate, les Juifs avaient dit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » L’histoire des Juifs au travers des siècles montre bien que le sang du divin Crucifié est sur eux et sur leurs enfants.

L’apôtre fait allusion à un verset d’Ézéchiel 3. 18 et 19 : « Quand je dirai au méchant : Tu mourras certainement, et que tu ne l’avertiras pas, et que tu ne parleras pas pour avertir le méchant de se détourner de sa méchante voie, afin qu’il vive, lui, le méchant, mourra dans son iniquité, mais je redemanderai son sang de ta main. Et si tu avertis le méchant et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté ni de sa méchante voie, il mourra, lui, dans son iniquité, mais toi, tu as délivré ton âme ». L’apôtre avait « délivré son âme », il était « net ». Il avait présenté la Parole : « Et tu leur diras mes paroles, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien » (Éz. 2. 7). Il y a la responsabilité de celui qui parle : présenter la vérité, sans rien en cacher (Act. 20. 20), et il y a la responsabilité des auditeurs : recevoir ce que Dieu leur fait entendre par le moyen d’un de ses serviteurs. Ézéchiel 33. 7 à 9 reprend ce que nous avons vu au ch. 3.

v. 7 : L’apôtre ajoute : « désormais je m’en irai vers les nations ». Le fleuve de la grâce va couler vers les nations. Et l’apôtre s’en va « dans la maison d’un nommé Juste qui servait Dieu ». Cette expression (« qui servait Dieu ») est employée pour parler des prosélytes, personnes qui avaient été amenées à la connaissance de la loi mais ne faisaient pas partie du peuple juif. Déjà il en est question au ch. 13. 43 et 50 et au ch. 17. 17. Parmi ces prosélytes se trouvait un homme qui s’appelait Juste « dont la maison tenait à la synagogue ». Il ne nous est pas dit ce qu’a fait Paul dans la maison de ce nommé Juste, mais nous pouvons bien penser qu’il y a apporté la vérité de Dieu. En Actes 20. 20 l’apôtre parle du service public et du service « dans les maisons ».

v. 8 : Paul paraissait décidé à quitter Corinthe et à se rendre vers les nations, mais la pensée de Dieu était différente. Aussi, le Seigneur va d’abord encourager Paul : s’il avait trouvé une opposition très forte de la part des Juifs, il y avait cependant parmi eux des âmes qui avaient été touchées, en particulier Crispus, le chef de synagogue, qui ne craint pas de se désolidariser du peuple et accepte l’évangile – et non seulement lui mais aussi toute sa maison. D’autres personnes « crurent et furent baptisées ».

Cela fait penser à ce que l’on trouve en Jean 4. 39 : « Or plusieurs des Samaritains de cette ville-là crurent en lui, à cause de la parole de la femme qui avait rendu témoignage : Il m’a dit tout ce que j’ai fait » et au v. 42 il est ajouté : « Ce n’est plus à cause de ton dire que nous croyons ; car nous-mêmes nous l’avons entendu, et nous connaissons que celui-ci est véritablement le Sauveur du monde ». On voit comment le Seigneur peut bénir un simple témoignage. Nous sommes quelquefois découragés quand il n’y a pas de résultat. Ne nous lassons pas en faisant le bien. Le Seigneur peut bénir une seule parole prononcée par un croyant.

Un exemple qui me revient en mémoire : un frère instituteur a raconté comment le Seigneur a béni une parole qu’il lui avait été donné de prononcer. Il était, au cours d’une récréation, avec les autres instituteurs de l’école où il enseignait ; la question bien connue a été posée par l’un d’eux : si vous deviez vivre dans une île déserte et n’y emporter qu’un seul livre, lequel choisiriez-vous ? Interrogé, notre frère a répondu : la Bible. L’un de ses collègues lui a alors demandé : Pourquoi ? Il a répondu aussitôt et simplement : « parce que c’est la Parole de Dieu ». La récréation était terminée et la conversation en est restée là. Mais Dieu a béni cette réponse, car elle a été le point de départ de la conversion de celui qui avait demandé ce « pourquoi » et qui avait été profondément remué par la réponse.

En 1 Corinthiens 1. 14 l’apôtre Paul écrit : « Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispus », probablement le chef de synagogue, « et Gaius, afin que personne ne dise que j’ai baptisé pour mon nom. J’ai bien aussi baptisé la maison de Stéphanas. Car Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais évangéliser, non point avec sagesse de parole, afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine ». Il est probable que la maison de Stéphanas se trouve incluse dans les « plusieurs » de ce v. 8 de notre chapitre. Quel encouragement pour l’apôtre Paul au moment où il était porté à quitter ce champ de travail afin de se tourner vers les nations !

v. 9 et 10 : Après lui avoir donné cet encouragement, le Seigneur va lui adresser une injonction. Il lui dit : « Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville ». Ne crains pas l’opposition des Juifs, ne crains pas l’hostilité de ce peuple. Quelle que soit la puissance des hommes, ne le perdons jamais de vue, la puissance de Dieu est infiniment plus grande.

En Ésaïe 40. 17 il y a une expression remarquable : « Toutes les nations sont comme un rien devant lui : elles sont réputées par lui comme moins que le néant et le vide ». Qu’est-ce que « moins que le néant et le vide » ? Cela est incompréhensible à notre intelligence humaine. Cette puissance dont les hommes se glorifient aujourd’hui plus que jamais, c’est moins que le néant et le vide ! On comprend que le croyant n’ait rien à craindre. Quand le Seigneur est avec celui qu’Il envoie, celui-là n’a rien à craindre. Il donne, Lui, toutes les ressources : « Je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal ».

v. 11 : Paul avait peut-être craint la persécution : nous allons voir comment, pendant un an et six mois, il a pu annoncer la Parole de Dieu sans que personne ne mette les mains sur lui. Dieu peut permettre les persécutions, mais s’Il veut intervenir pour qu’il n’y en ait pas, personne ne peut faire quoi que ce soit.

Dieu a permis que de faux docteurs viennent dans l’assemblée à Corinthe, notamment pour que la première épître aux Corinthiens, si riche d’enseignements importants soit écrite. On l’a appelée « les statuts » ou encore la « Constitution » de l’assemblée. Mais tout n’a pas été réglé à Corinthe par l’envoi et la réception de la première épître ; Paul a dû en écrire une deuxième. Les Corinthiens ont hélas ! sans aucun doute, méconnu les enseignements de l’apôtre dans cette deuxième épître, aussi la lampe a finalement été ôtée. Il ne reste plus rien de l’assemblée, plus rien de la ville (sauf quelques ruines) mais il reste la Parole de Dieu, les deux épîtres aux Corinthiens. Cela, l’homme ne peut pas le détruire !

Cette première épître aux Corinthiens nous montre qu’il y avait bien des choses à Corinthe qui laissaient à désirer :

1. On contestait à Paul son titre d’apôtre ; (aussi insiste-t-il sur le fait qu’il est « apôtre appelé de Jésus Christ par la volonté de Dieu » (voir aussi ch. 9. 1 et 2).

2. Il y avait des dissensions entre frères (ch. 1. 10 à 13).

3. Les Corinthiens se glorifiaient de leur sagesse et de leur intelligence. On a parfois de la difficulté à se dégager de la formation qu’on a reçue et des influences qui nous entourent (fin du ch. 1 – ch. 2).

4. Il y avait un cas d’immoralité grave (ch. 5).

5. Il y avait des procès entre frères (ch. 6).

6. La cène du Seigneur était prise dans des conditions déplorables, (11. 22), ce qui donne lieu aux enseignements si importants concernant la table (ch. 10) et la cène (ch. 11) du Seigneur.

7. De faux docteurs niaient la résurrection, qui est une des vérités fondamentales du christianisme (ch. 15).

C’est pour reprendre les Corinthiens et leur donner des enseignements concernant ces divers points que l’apôtre à été appelé à écrire cette première épître aux Corinthiens.

L’évangile que prêchait l’apôtre Paul a rencontré le gain déshonnête à Philippes, l’opposition juive à Thessalonique, opposition qui s’est manifestée encore à Bérée. Il a rencontré ensuite la dureté de cœur, l’indifférence morale de la sagesse des Athéniens, mais au travers de tout cela l’œuvre de Dieu s’accomplit, comme nous le voyons aux ch. 16 et 17.

À Philippes, deux personnes ont été amenées à la connaissance de la vérité, une assemblée a été formée ; une assemblée a aussi été formée à Thessalonique. Nous ne savons pas s’il en a été de même à Bérée, mais un très beau témoignage est rendu à propos des croyants de cette localité : Actes 17. 11.

À Athènes les noms de deux personnes qui ont cru nous sont indiqués à la fin du ch. 17.

Paul arrive ensuite à Corinthe. L’évangile a pénétré à Corinthe, ville renommée par sa culture littéraire et artistique, mais aussi ville de richesses, de plaisirs, voire même de débauche. L’évangile n’y a pas été présenté avec de grands moyens. De nos jours on pense que plus les moyens employés sont puissants, plus les résultats seront grands. La puissance n’est pas dans les moyens, elle est dans la Parole présentée : « L’évangile est la puissance de Dieu en salut à quiconque croit » (Rom. 1. 16).

C’est dans la simplicité de la vie domestique que l’évangile a commencé à Corinthe. Là, Paul a rencontré Aquilas et Priscilla venus de Rome à Corinthe à la suite d’un décret de l’empereur romain Claude (Act. 18. 2). Ils avaient tous trois le même métier, c’est ce qui les a amenés à se rencontrer. Il y avait donc dans cette ville trois croyants parmi lesquels le grand apôtre des nations mais Paul ne se glorifie pas de son titre d’apôtre : nous avons rappelé les premiers versets de 1 Corinthiens 2 où il dit qu’il est venu à Corinthe « dans la faiblesse, et dans la crainte et dans un grand tremblement ». La puissance de Dieu s’est déployée à Corinthe dans la faiblesse des instruments employés. Paul rencontre encore là l’opposition des Juifs car il rendait témoignage « que Jésus était le Christ », c’est-à-dire l’Oint de l’Éternel, le Messie promis à Israël. Cette opposition va jusqu’aux blasphèmes, aussi l’apôtre Paul est-il décidé à quitter Corinthe, déclarant qu’il va désormais vers les nations : il fait allusion à un verset d’Ésaïe 49. 6 déjà cité à la fin du ch. 13 des Actes (v. 47). Cependant, la pensée de Dieu n’était pas que Paul quitte Corinthe.

Aussi lui donne-t-Il des encouragements précieux. D’abord « Crispus, le chef de synagogue, crut au Seigneur avec toute sa maison » (Act. 18. 8). Des fruits sont donc manifestés du travail qui a été opéré malgré l’opposition des Juifs. Ensuite Paul a, dans une vision, la révélation qu’il y avait à Corinthe un grand nombre d’âmes qui devaient être touchées et amenées à la connaissance de l’évangile (v. 10), et de plus, il a l’assurance que personne ne mettra les mains sur lui.

v. 12 : Cependant, l’opposition se manifeste à nouveau ; « les Juifs, d’un commun accord, s’élevèrent contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal ». Ce « commun accord » des Juifs peut être mis en contraste avec le « commun accord » des chrétiens au début de l’histoire de l’Église (Act. 2. 46). Dieu veuille que le plein accord d’Actes 2 soit réalisé aujourd’hui encore dans l’Assemblée ! Le commun accord dans l’opposition est réalisé par l’ennemi qui travaille par derrière afin d’entraver l’accomplissement de l’œuvre de Dieu.

v. 13 : Les Juifs manifestant leur haine, déclarent à Gallion : « Cet homme persuade aux hommes de servir Dieu contrairement à la loi ». Les Juifs savaient très bien que les Romains avaient des lois sévères contre ceux qui voulaient introduire de nouvelles religions.

v. 14 et 15 : Nous lisons : « Et comme Paul allait ouvrir la bouche… » pour dire quoi ? pour présenter sa défense ? Nous serions plutôt portés à penser que Paul était prêt à présenter l’évangile. Mais Gallion ne laisse pas à Paul le temps d’ouvrir la bouche et dit aux Juifs : « S’il s’agissait de quelque injustice ou de quelque méchante fourberie, ô Juifs, je vous supporterais à bon droit ; mais si ce sont des questions de paroles, et de noms, et de votre loi, vous y mettrez ordre vous-mêmes, car moi, je ne veux pas être juge de ces choses ».

y. 16 : Le Seigneur dispose toutes choses et II se sert, en fait, de l’indifférence de Gallion pour que Paul soit délivré et puisse retrouver une entière liberté. « Et il les chassa de devant le tribunal ».

v. 17 : « Et ayant tous saisi Sosthène, le chef de synagogue, ils le battaient devant le tribunal ». Nous avons vu au v. 8 que Crispus, le chef de synagogue, avait cru au Seigneur. Il avait donc été certainement destitué de ses fonctions et un autre chef de synagogue avait été nommé, Sosthène. Ces indications nous montrent que l’œuvre de Dieu se poursuivait dans les cœurs, et en particulier chez ceux qui occupaient un rang élevé, car nous pouvons bien penser que si Sosthène était battu, c’est parce qu’il avait aussi embrassé la foi chrétienne. En 1 Corinthiens 1. 1 et 2 nous lisons : « Paul, apôtre appelé de Jésus Christ par la volonté de Dieu, et Sosthène, le frère, à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe ». Il est bien possible qu’il s’agisse du même Sosthène, maintenant associé à Paul dans la rédaction de cette première épître aux Corinthiens. La fin du verset nous montre que Gallion était vraiment un homme indifférent : « et Gallion ne se mettait pas en peine de tout cela ».

v. 18 : Après l’épisode rapporté aux v. 12 à 17, il nous est dit que Paul demeura là encore assez longtemps, poursuivant son ministère. Après quoi il prend congé des frères, met à la voile pour la Syrie et part avec Aquilas et Priscilla. Voilà donc ces trois croyants qui, après avoir été à l’origine de l’œuvre de Dieu à Corinthe, quittent tous les trois cette ville, laissant ceux qui y avaient reçu l’évangile aux soins du Seigneur. Le travail de l’Ennemi n’a pas tardé à se manifester dans cette assemblée à Corinthe et, dans la suite, il a ruiné l’assemblée dont il ne reste plus rien maintenant, pas même la ville, sauf quelques ruines et en particulier celles du tribunal de Gallion où comparut Paul. Mais ce qui nous reste, ce sont les deux épîtres aux Corinthiens, très utiles, fondamentales même, pour la vie de l’Assemblée. Dieu a permis ce travail de l’Ennemi dans les jours apostoliques, entre autres choses, pour que nous ayons ces deux épîtres inspirées.

Un petit détail nous est donné au v. 18 : « après qu’il se fut fait raser la tête à Cenchrée, car il avait fait un vœu ». Cenchrée était un port de Corinthe à environ deux kilomètres. L’opposition des Juifs n’enlevait pas à Paul son attachement pour sa nation.

Quoiqu’il ait bien compris ce qu’est l’Assemblée, « mystère caché dès les siècles en Dieu » dont il a eu lui-même la révélation, on voit comme l’apôtre restait attaché à certaines exigences de la loi juive. C’était un attachement à un système, attachement qui était plus ou moins charnel, mais qui se trouve limité quand il y a la connaissance des vérités que possédait l’apôtre Paul.

Nous voyons au ch. 21 qu’il ne dépassait pas les limites qu’il convenait de ne pas dépasser ; Dieu intervient d’ailleurs pour qu’il ne les dépasse pas. Le chrétien le plus fidèle peut être en danger de se laisser égarer : l’Ennemi se sert de mille choses pour éloigner le croyant du chemin où il doit marcher. Paul allait à Jérusalem avec le désir de servir son maître, ne reculant pas devant la souffrance et ne cherchant pas à faire sa propre volonté (Act. 20. 22 à 24). Bien qu’un croyant ne cherche pas à faire sa propre volonté et ne recule pas devant les souffrances, il peut quand même être en danger de s’égarer plus ou moins. Comme il est difficile de marcher dans une pleine dépendance du Seigneur !

Nous pourrions être amenés à penser, (mais ce serait une ruse de l’Ennemi) : « Si même un croyant comme l’apôtre Paul n’a pas réussi à éviter ce piège, comment pourrions-nous le faire ? » et alors être négligents dans notre marche. Qu’au contraire cela nous amène à craindre davantage encore !

On voit quand même que Paul a rendu un bon témoignage à Jérusalem et que le Seigneur s’est tenu près de lui et lui a dit : « Aie bon courage ; car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome » (Act. 23. 11).

Le Seigneur a voulu se servir même d’un manquement de l’apôtre pour accomplir Son œuvre soit à Jérusalem, soit à Rome. Et il est remarquable, à cet égard, de voir comment le livre des Actes se termine : « Et Paul demeura deux ans entiers dans un logement qu’il avait loué pour lui, et il recevait tous ceux qui venaient vers lui, prêchant le royaume de Dieu et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus Christ, avec toute hardiesse, sans empêchement » (Act. 28. 30 et 31). Que cela ne nous conduise cependant pas à passer à la légère sur nos manquements en disant : le Seigneur peut en tirer du bien !

v. 19 : Paul arrive à Éphèse et là il laisse Aquilas et Priscilla. Peut-être y avait-il déjà des croyants dans cette ville ? Le ch. 19 nous donnera bien des détails sur ce qu’était Éphèse et sur l’activité qui s’y déroulait. Comme nous l’avons déjà remarqué à plusieurs reprises, c’est vers la synagogue que Paul se dirige, et c’est là qu’il annonce l’évangile. Il pensait avec beaucoup de cœur et d’affection à ceux qui étaient ses frères selon la chair. Au début de Romains 10, il dit à propos des Juifs : « Frères, le souhait de mon cœur, et la supplication que j’adresse à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés », pour eux, pour Israël, le « pour eux » est bien plus beau (Note Nouveau Testament de 1872). « Car je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais non selon la connaissance. Car, ignorant la justice de Dieu et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu. Car Christ est la fin de la loi pour justice à tout croyant » (v. 1 à 4).

Le v. 3 du chapitre 9 de l’épître aux Romains nous montre jusqu’où l’apôtre était disposé à aller pour « ses frères, ses parents selon la chair ». Et cela nous fait penser à Moïse demandant à l’Éternel de pardonner le péché du peuple, ajoutant : « sinon, efface-moi, je te prie, de ton livre que tu as écrit » (Ex. 32. 32).

v. 20 à 22 : Les Juifs le prient de demeurer plus longtemps avec eux. Il n’y consent pas, mais prend congé d’eux en disant : « Il faut absolument que je célèbre la fête prochaine à Jérusalem ; je reviendrai vers vous, si Dieu le veut ». On voit là encore le désir qu’il avait d’observer certaines coutumes juives. Il part d’Éphèse, aborde à Césarée, monte et salue l’assemblée puis descend à Antioche. Certains pensent que l’assemblée qu’il salue à Césarée était l’assemblée de Jérusalem mais il semble bien que c’était l’assemblée de Césarée.

v. 23 : Il séjourne quelque temps à Antioche : nous n’avons pas beaucoup de détails sur ce séjour, mais c’est peut-être à ce moment-là que Paul est allé célébrer la fête à Jérusalem. Le fait qu’il s’arrête là semble indiquer que son deuxième voyage missionnaire, commencé au ch. 15. 40, est terminé. Le troisième voyage missionnaire va commencer pour se terminer au ch. 21. 15. « Et ayant séjourné là quelque temps, il s’en alla, et traversa successivement le pays de Galatie et la Phrygie, fortifiant tous les disciples ».

Nous ne savons pas s’il y avait déjà une ou même plusieurs assemblées dans ce pays de Galatie dont il a déjà été question au ch. 16. 6. Il est à peine besoin de dire que si la Parole ne nous donne pas, sur tel ou tel point, les détails que nous aimerions savoir, c’est parce qu’il n’est pas nécessaire que nous les ayons. Soyons gardés de vouloir tout savoir ! Dans ces différents pays que l’apôtre traversait, il « fortifiait tous les disciples », il apportait la parole d’édification susceptible de donner à chacun les forces nécessaires pour continuer la course.

v. 24 : Le dernier paragraphe du chapitre nous parle d’Apollos. Il était originaire d’Alexandrie, ville d’Égypte célèbre par ses écoles de philosophie, de sciences et de lettres. C’est sans doute dans ces écoles qu’Apollos avait été formé. Mais il était venu à la connaissance de la vérité. Nous allons voir comment Dieu va le former pour l’employer à Son service.

Le mot Apollos veut dire destructeur. Celui qui était un « destructeur », Dieu le prépare pour construire, pour édifier, pour « arroser » (1 Cor. 3). Il en est question ici, ensuite en 1 Corinthiens 1 où nous voyons quelle place importante occupait Apollos à Corinthe, au même titre que Paul ou Pierre, puisqu’on faisait de lui comme d’eux aussi un chef d’école. En 1 Corinthiens 3. 3 à 8 l’apôtre souligne que les serviteurs ont chacun leur propre travail, mais qu’ils doivent travailler comme étant un Apollos est venu arroser les plantes que Paul avait plantées.

Il est encore question d’Apollos en 1 Corinthiens 16. 12 : « Or, pour ce qui est du frère Apollos, je l’ai beaucoup prié d’aller auprès de vous avec les frères, mais ce n’a pas été du tout sa volonté d’y aller maintenant ; mais il ira quand il trouvera l’occasion favorable ». Il est des circonstances telles qu’un serviteur ne peut aller dans une assemblée ; ici, malgré la recommandation pressante de Paul, Apollos estime qu’il ne lui est pas possible de se rendre à Corinthe. Il y a un moment pour servir, et un serviteur doit dépendre du Seigneur seul, peut-être qu’Apollos ne voulait pas risquer par sa présence d’accentuer l’esprit de parti qui régnait dans cette assemblée de Corinthe (1 Cor. 1. 12).

D’autre part, il est un moment où l’on peut arroser, et une assemblée peut être dans un tel état qu’il n’est pas possible de le faire ; il faut plutôt reprendre et avertir. Ce n’était pas encore pour Apollos le moment d’aller arroser à Corinthe. Voilà deux raisons qui sont peut-être celles qui ont empêché Apollos d’y aller. Ce verset nous montre que l’on ne doit pas pousser un frère à aller dans telle ou telle assemblée, si le Seigneur ne l’y conduit pas.

Il est encore question d’Apollos en Tite 3. 13 : « Accompagne avec soin Zénas, le docteur de la loi, et Apollos, afin que rien ne leur manque » : c’est la responsabilité qui nous incombe de pourvoir aux besoins des serviteurs.

Nous avons ici au v. 24 du ch. 18 des Actes le point de départ du service d’Apollos, venu à Éphèse. C’était un Juif, un « homme éloquent et puissant dans les Écritures ». L’apôtre Paul ne se présente pas lui-même comme un homme éloquent ; il rappelle au contraire ce que plusieurs disaient de lui : « sa présence personnelle est faible et sa parole méprisable » (2 Cor. 10. 10).

v. 25 : Apollos, quelque éloquent qu’il ait été, ne connaissait pas encore l’ensemble des vérités que Paul enseignait ; mais quant à ce qu’il savait, il présentait la Parole avec éloquence et puissance. Il « ne connaissait que le baptême de Jean » : il ne dépassait pas ce que le baptême de Jean signifiait, le baptême de la repentance pour suivre un Christ rejeté sur la terre, baptême qui divisait les Juifs en deux groupes : ceux qui « justifiaient Dieu ayant été baptisés du baptême de Jean », et ceux qui « rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu, n’ayant pas été baptisés par lui » (Luc 7. 29 et 30). Jean avait été suscité pour préparer le chemin du Seigneur, et Apollos avait été saisi par Celui que le ministère de Jean présentait : la Personne de Jésus remplissait son cœur. Apollos avait été instruit dans la voie du Seigneur par le ministère de Jean. Quelle ferveur il y avait chez lui ! C’était Jésus qu’il prêchait.

v. 26 : De l’abondance de son cœur sa bouche parlait. C’était un homme courageux, il parlait « avec hardiesse ». Il fallait de la hardiesse pour parler, dans la synagogue, de Christ qui avait été rejeté et crucifié par les Juifs.

Comment le Seigneur va-t-il opérer pour former Apollos ? Homme « éloquent et puissant dans les écritures », il faisait cependant preuve d’une grande humilité ; il n’a pas pensé qu’il serait indigne de lui d’être enseigné dans les choses de Dieu par deux simples ouvriers qui fabriquaient des tentes, eux-mêmes instruits à l’école de Paul. Aquilas et Priscilla comprenaient qu’Apollos avait besoin de recevoir cet enseignement. Ils le prennent donc chez eux : c’est le ministère « dans la maison » (Act. 20. 20). On voit là quel service utile peuvent remplir des croyants qui ont été attentifs aux enseignements de la Parole : nous pouvons ainsi être amenés à instruire des âmes qui seront peut-être plus tard utiles dans l’assemblée.

Apollos appréciait ce qu’il avait initialement reçu et il le vivait (v. 25 et 26). À quiconque a, il sera donné. Si quelqu’un ayant reçu quelque chose en considère la valeur et le prix, et vit ce qu’il a reçu, le Seigneur lui donnera davantage. Ce n’est pas Aquilas seulement qui a enseigné Apollos mais Aquilas et Priscilla. Il est bien certain qu’une sœur peut avoir reçu un don et parfois un don très marquant qu’elle peut exercer dans des circonstances comme celles-là. Le foyer d’Aquilas et de Priscilla est exemplaire.

Le Seigneur avait préparé Aquilas et Priscilla pour donner, et Apollos pour recevoir.

En effet, tout est de Lui. Quel privilège a été celui d’Aquilas et de Priscilla, quelle récompense sera la leur au jour où tout sera manifesté au tribunal de Christ.

v. 27 : « Et comme il se proposait de passer en Achaïe… » : nous pouvons supposer qu’Aquilas et Priscilla lui avaient parlé de Corinthe et du travail que Paul y avait accompli. Sans doute avait-il, à ce moment-là, le désir d’y aller pour arroser. C’est peut-être à cette circonstance que Paul fait allusion en 1 Corinthiens 3. 6 à 8.

« Les frères écrivirent aux disciples et les exhortèrent à le recevoir » : on a dit, dans certains commentaires sur la première épître aux Corinthiens, que nous avons là un exemple d’une lettre de recommandation. Sans doute, mais c’est ici plutôt, semble-t-il, une lettre de recommandation pour le service. Il est bon que cette prescription de la Parole soit observée. La communion à la table du Seigneur est une chose, la communion dans le service est autre chose.

L’enseignement d’Actes 18. 27 n’est pas toujours suivi ; il serait regrettable que s’engagent dans le service du Seigneur des frères qui n’ont pas la communion de leur assemblée locale et qu’ils soient accueillis comme s’ils l’avaient, sans que l’on se préoccupe de savoir ce qui en est sur ce point particulier, très important.

« Il contribua beaucoup par la grâce de Dieu à l’avancement de ceux qui avaient cru ». C’est Dieu qui fait tout : « Celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement » (1 Cor. 3. 7).

v. 28 : « Il réfutait les Juifs avec une grande force, démontrant par les écritures que Jésus était le Christ » : il y a là une expression que nous avons trouvée plusieurs fois dans le ministère de Paul, en particulier au ch. 17. 3 et au ch. 18. 5. Apollos était un serviteur qui ne dépendait pas directement de Paul comme Timothée, Silas ou Tite, mais qui avait un service particulier. Paul ne donnait pas à Apollos les instructions qu’il donnait à Timothée, Tite ou Silas.

Ch. 19

Le ch. 18 se termine par un ensemble de détails donnés au sujet d’Apollos. Ces détails sont particulièrement intéressants et instructifs.

v. 1 : C’est pendant qu’Apollos était à Corinthe, « que Paul, après avoir traversé les contrées supérieures, vint à Éphèse » – Éphèse dont il a déjà été question au ch. 18. 19 à 21 et dont il est aussi parlé en 1 Corinthiens 15. 32 ; 16. 8 ; 1 Timothée 1. 3 ; 2 Timothée 4. 12 et aux ch. 2 et 3 de l’Apocalypse. C’est une assemblée dont l’Écriture retrace l’histoire depuis le moment où elle a été formée, pratiquement jusqu’à la fin, jusqu’au moment où le Seigneur lui dit : Apocalypse 2. 5, ce qui peut nous permettre de la considérer comme illustrant l’histoire de l’Assemblée sur la terre. Nous en avons les premiers pas dans ce chapitre. Nous savons que la lampe a été ôtée à Éphèse depuis très longtemps.

Quand l’apôtre Paul arrive à Éphèse, qu’y trouve-t-il ? Comment l’évangile y avait-il été annoncé, nous ne le savons pas ; mais la Parole nous dit qu’il trouve là des disciples, non seulement des croyants, mais des disciples. On peut être croyant sans être disciple, mais on ne peut guère être disciple sans être croyant – à moins d’être un hypocrite, et alors on n’est pas un « vrai » disciple. Un disciple est celui qui suit son Maître ; on peut être un croyant et ne pas avoir l’énergie nécessaire pour suivre fidèlement le Seigneur.

v. 2 : Ces disciples n’étaient pas des chrétiens au sens que l’Écriture donne à ce terme. L’apôtre Paul se rend compte, probablement en les entendant parler, qu’ils n’étaient pas scellés du Saint Esprit. Il est écrit aux croyants d’Éphèse (Éph. 1. 13) : « ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit ». On ajoute parfois inconsciemment le mot « immédiatement », mais nous avons ici un fait précis: des personnes avaient cru et n’avaient pas été scellées, ce qui montre bien qu’un croyant n’est pas immédiatement scellé de l’Esprit, ou en tout cas pas toujours.

Des croyants sont souvent préoccupés par la question du sceau du Saint Esprit. Divers états se succèdent parfois si rapidement que l’on est conduit à penser qu’ils ne font qu’un (le laps de temps qui s’écoule entre les uns et les autres est très variable : à peu près inexistant dans certains cas, beaucoup plus long dans d’autres). Or, on doit distinguer : la conversion, la repentance, la foi au Fils de Dieu, le sceau du Saint Esprit et l’affranchissement. La Parole de Dieu nous dit que la conversion précède la repentance : « car, après que j’ai été converti, je me suis repenti » (Jér. 31. 19) – note en bas de page : après mon retour – et l’exemple du fils prodigue illustre la succession de ces deux faits et montre bien que la conversion est avant la repentance (la conversion dans le sens que l’Écriture donne à ce terme et non pas dans le sens où nous l’employons généralement).

Lorsqu’il déclare : « Je me lèverai et je m’en irai vers mon père » il est « converti » dans le sens, répétons-le, que l’Écriture donne à ce terme, non dans le sens que nous lui donnons. En certains cas, des expressions que nous employons, bien qu’elles ne soient pas tout à fait justes, nous conduisent à accréditer des pensées qui ne sont pas conformes à l’Écriture. La conversion, dans l’Écriture, c’est ce que l’on a souvent appelé le « demi-tour ». Pour le fils prodigue, la repentance suit très vite la conversion : il reconnaît, immédiatement après avoir dit qu’il va retourner vers son père, qu’il a péché envers Dieu et envers son père : « Je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». Mais, s’il a confiance que son père l’accueillera, il n’est cependant pas, à ce moment-là, (en figure, car il s’agit d’une parabole) scellé du Saint Esprit.

Au ch. 20 des Actes nous voyons que l’apôtre Paul a prêché la « repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » (v. 21). Quand le fils prodigue est arrivé à la maison, quand il a vu son père courant à lui, se jetant à son cou et le couvrant de baisers, quand il a compris que son père ne pouvait le recevoir que comme fils, il n’a plus pu lui dire : « Traite-moi comme l’un de tes mercenaires » : en figure, à ce moment-là, il est scellé du Saint Esprit.

On dira que les disciples d’Éphèse étaient mal enseignés, ce qui est vrai. Mais combien d’âmes sont aujourd’hui mal enseignées dans les divers milieux de la chrétienté professante ! Dans certaines dénominations, on prie pour que le Saint Esprit soit répandu ; cela montre qu’on ne croit pas qu’Il est descendu sur la terre comme Personne divine.

Au ch. 7 de l’épître aux Romains nous sont dépeints les exercices d’une âme qui trouve son plaisir dans la loi de Dieu mais qui ne va pas plus loin. C’est une âme croyante, mais c’est une âme qui n’est pas scellée du Saint Esprit, qui connaît de telles luttes (v. 19) qu’elle en arrive à s’écrier : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort » ? C’est alors qu’est la délivrance : « Je rends grâces à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur » (v. 24 et 25).

Le sceau du Saint Esprit est le point de départ de l’affranchissement, dont l’apôtre parle au début du ch. 8 de l’épître aux Romains. L’apôtre l’avait réalisé pour lui-même : « m’a affranchi » et chacun est appelé à le réaliser pour lui-même. Cela conduit à se rendre compte clairement qu’il y a en nous la puissance du Saint Esprit dont le croyant a été scellé : c’est ainsi que le sceau est le point de départ de l’affranchissement. Il ne faudrait pas croire qu’un croyant affranchi ne peut pas pécher : si un moment il cesse de réaliser que seule la puissance du Saint Esprit peut mettre en activité la vie nouvelle, la nouvelle nature, c’est la vieille nature qui se manifeste alors.

Nous arrivons à ces expressions que nous trouvons en Galates 5 : marcher par l’Esprit (v. 16) et vivre par l’Esprit (v. 25) qui sont la démonstration de la nouvelle naissance, de la possession du Saint Esprit comme sceau, de l’affranchissement ; c’est là une entière conversion, c’est être « parfait », ou « homme fait » sur la terre, dans le sens que l’Écriture donne à ces expressions.

v. 4 à 6 : Il y avait donc à Éphèse douze disciples baptisés du baptême de Jean, mal enseignés, n’étant pas scellés du Saint Esprit. Paul les enseigne : « Jean a baptisé du baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus. Et ayant ouï ces choses, ils furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus ; et Paul leur ayant imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux, et ils parlèrent en langues et prophétisèrent ». Paul leur impose les mains : c’était un acte d’autorité apostolique, tandis qu’il n’est pas question d’imposition des mains aux ch. 2 et 10.

Au début du v. 6 nous avons le don de l’Esprit, et à la fin du verset les dons conférés par le Saint Esprit. Ces dons ont été conférés au commencement de l’histoire de l’Église. Aujourd’hui nous n’avons plus ces « dons-puissance » ou « dons-signes », mais pour réaliser les différents caractères des v. 22 et 23 de Galates 5, il nous faut toute la puissance du Saint Esprit. Il nous la faut pour « vivre par l’Esprit » et « marcher par l’Esprit ».

Le véritable état chrétien c’est celui qui est présenté en Romains 8. 9 : « Or vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous ; mais si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui » : cela ne veut pas dire : celui-là n’est pas un croyant, mais il n’est pas dans l’état chrétien, il n’est pas de Christ, tout comme le fils prodigue n’était pas à sa place de fils jusqu’à ce que son père l’ait accueilli. Le véritable état chrétien est caractérisé par l’habitation du Saint Esprit dans le croyant.

– Est-ce qu’on peut penser que tous les croyants seront scellés au moment de l’enlèvement de l’Église ?

– C’est une question à laquelle l’Écriture ne répond pas et sans doute est-il préférable de garder le silence à ce sujet. N’ayons pas la prétention de vouloir tout comprendre et tout expliquer.

– Est-ce qu’on peut dire que le sceau du Saint Esprit est la position chrétienne et l’affranchissement la jouissance de cette position ?

– Sans doute. L’affranchissement, c’est la réalisation des conséquences du sceau du Saint Esprit. Le sceau et l’affranchissement sont liés, le sceau étant le point de départ de l’affranchissement.

L’aboutissement de l’affranchissement, c’est que Christ est formé dans l’individu. L’affranchissement permet de réaliser la vie chrétienne dans la puissance de l’Esprit, ainsi que nous l’avons en Galates 5. C’est bien la condition de l’homme « parfait », de « l’homme fait », celui qui a pleinement conscience de sa position en Christ. Ne peut-on pas dire que l’affranchissement se poursuit toute la vie chrétienne, qu’il se développe ? Il le faut. Il est compris une fois pour toutes, mais nous avons besoin d’une réalisation pratique continuelle. Si nous ne le réalisons pas, c’est la vieille nature qui prend le dessus et se manifeste.

« Non que j’aie déjà reçu le prix ou que je sois déjà parvenu à la perfection ; mais je poursuis, cherchant à le saisir » (Phil. 3. 12). La perfection dont il est question ici, ce n’est pas la perfection dont nous venons de parler. C’est l’état final en gloire, c’est être semblable à Christ dans la gloire. Le mot parfait a trois sens dans L’épître aux Hébreux :

1) Ch. 10. 14 : c’est la position,

2) Ch. 5. 14 : c’est la condition actuelle du croyant qui réalise sa position en Christ dans les lieux célestes,

3) Ch. 11. 40 : c’est l’aboutissement du chemin, même sens qu’en Philippiens 3. 12 : l’apôtre dit qu’il n’est pas arrivé à la conformité à Christ en gloire. Plus loin : « Nous tous donc qui sommes parfaits… » (v. 15) : ici le mot « parfait » est employé dans le sens dont nous parlions tout à l’heure. Il y a donc les deux sens dans ce ch. 3 de l’épître aux Philippiens : l’état d’homme parfait (v. 15) et la conformité à Christ en gloire (v. 12).

v. 8 : Ici commence la deuxième partie du chapitre. Paul entre dans la synagogue et parle avec hardiesse. Nous avons remarqué au v. 29 du ch. 4 la demande présentée par l’assemblée : « Et maintenant, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse ». v. 31 : « ils annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse » et nous avons remarqué que dans le livre des Actes les serviteurs du Seigneur nous sont présentés à sept reprises comme annonçant la parole avec hardiesse (4. 31 ; 13. 46 ; 14. 3 ; 18. 26 ; 19. 8 ; 26. 26 ; 28. 31).

Le Seigneur aussi est entré dans la synagogue : il fallait que les Juifs entendent la Parole ; le Messie devait leur être présenté. Il a été rejeté et crucifié mais il a laissé un commandement à ses disciples que « la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem » (Luc 24. 47). Nous avons eu l’occasion de rappeler aussi Actes 13. 46 : « Et Paul et Barnabas… dirent : C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la Parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ». Il était donc convenable que les apôtres prêchent dans les synagogues mais cela n’a pas duré longtemps.

« Les persuadant des choses du royaume de Dieu » : « le royaume de Dieu » est une expression qui a une portée morale, tandis que l’expression « royaume des cieux » que l’on ne trouve que dans l’évangile de Matthieu, a une portée dispensationnelle, c’est-à-dire qu’elle s’applique à une période de temps qui a suivi l’économie juive. Les paraboles de Matthieu 13 nous montrent l’aspect extérieur de ce royaume des cieux (les trois premières) et ce qu’il y a pour Dieu à l’intérieur du royaume (les trois dernières). Le royaume des cieux est présentement établi en mystère après que le Roi a été élevé dans les cieux, il est caché et n’est connu que par la foi. Cependant, déjà, « toute autorité » Lui a été « donnée dans le ciel et sur la terre » (Mat. 28. 18). Nous ne voyons pas encore que cette autorité s’exerce sur la terre (présentement, Satan est le chef de ce monde) ; sauf cependant dans un domaine qui est au sein de ce royaume et qui est l’Assemblée, la « perle de très grand prix » de Matthieu 13. 45 et 46.

L’expression royaume de Dieu revient cinq fois en Matthieu (6. 33 ; 12. 28 ; 19. 24 ; 21. 31 et 43) Au ch. 12. 28, le royaume de Dieu est présenté comme venant en puissance et très souvent en Marc et en Luc (15 fois en Marc et 32 fois en Luc) où nous avons l’aspect moral du royaume, domaine dans lequel tout doit porter les caractères de Dieu. L’apôtre Paul dira en Romains 14. 17 : « Car le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint ».

Il y a deux passages que nous relevons où il est question du royaume de Dieu dans les Actes (le royaume de Dieu y est mentionné sept fois), celui de notre chapitre et au ch. 28. 31 : « Et Paul recevait tous ceux qui venaient vers lui, prêchant le royaume de Dieu ».

L’évangile de la grâce, c’est prêcher Jésus comme Sauveur et prêcher le royaume de Dieu c’est le présenter plutôt comme Seigneur (Act. 20. 24 et 25). Dans l’évangile de Jean il n’est question du royaume de Dieu qu’au ch. 3 : « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (v. 3 et v. 5). On entre dans le royaume de Dieu par la nouvelle naissance : Jean 3. 5.

À part ces deux versets, l’évangile de Jean ne nous en parle pas mais il décrit les beautés de ce royaume : la vie, la lumière et l’amour.

– En Matthieu 26 on trouve l’expression « royaume de mon Père ». Est-ce la même chose que le royaume de Dieu ou y a-t-il une pensée particulière ?

– Il y a, dans le royaume, deux parties distinctes : le royaume du Fils et le royaume du Père. Le royaume du Fils est en relation avec la partie terrestre du royaume, et le royaume du Père est en relation avec la partie céleste. L’expression « le royaume de mon Père » (Mat. 26. 29) peut être rapprochée de celle de Colossiens 1. 13 ; nous avons dans ces deux passages deux aspects : en Matthieu, « le royaume de mon Père » et en Colossiens, le « royaume du Fils de son amour », royaume qui est caractérisé par la relation du Fils avec le Père comme objet de Son amour, par la jouissance de l’amour que le Père a pour le Fils. C’est la pleine réalisation d’une telle jouissance qui sera vraiment la joie du royaume.

v. 9 : « Mais comme quelques-uns s’endurcissaient et étaient rebelles… » : c’est ce qui arrive parfois quand la Parole de Dieu est présentée et qu’elle n’est pas reçue. Le cœur finit par s’endurcir. Cet état d’endurcissement peut aller jusqu’à la rébellion. Il peut y avoir un acte du gouvernement de Dieu qui endurcit le cœur, comme dans le cas de Pharaon.

Ces personnes disent « du mal de la voie devant la multitude » : la « voie », expression que nous avons déjà vue au ch. 9. 2, était un terme de mépris que l’on employait pour désigner ceux qui constituaient l’Assemblée : « Saul, respirant encore menace et meurtre contre les disciples du Seigneur, alla au souverain sacrificateur et lui demanda pour Damas des lettres adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes, liés à Jérusalem » (v. 1 et 2). De tout temps on a méprisé les fidèles et employé des noms de mépris à leur égard. À ce moment-là, c’était la « voie ». Nous le retrouvons au ch. 19. 23 : « il y eut en ce temps-là un grand trouble au sujet de la voie ».

Alors le moment arrive où Paul ne peut plus prêcher dans la synagogue. Il « se retire d’avec eux » et « sépare les disciples ». Comme il est important de maintenir cette séparation dans les temps auxquels nous sommes parvenus ! On peut avoir une certaine communion de pensées avec les enfants de Dieu qui se trouvent dans telle ou telle dénomination, cependant nous avons à veiller à ne pas dépasser les limites assignées : « Dans les choses auxquelles nous sommes parvenus, marchons dans le même sentier » (Phil. 3. 16), mais nous ne pouvons pas marcher avec eux dans la communion ecclésiastique : « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2. 19). Rappelons que beaucoup disent que le mot « iniquité » en 2 Timothée 2 a le même sens qu’en 1 Jean 3. En 1 Jean la note nous dit que c’est une marche sans loi, sans frein. Or le mot « iniquité » n’a pas le même sens en 2 Timothée 2. S’il avait le même sens, nous ne serions appelés à nous séparer ecclésiastiquement que de ceux qui marchent dans le péché, des incrédules. Au ch. 2 de 2 Timothée, c’est la marche dans un chemin qui n’est pas celui que la Parole de Dieu nous trace, c’est le mélange des pensées de Dieu et des pensées humaines, de telle sorte que celui qui est soumis à l’autorité du Seigneur doit se retirer de ceux qui marchent dans « l’iniquité ». On ne peut être un vase à honneur qu’en se purifiant des vases à déshonneur. Les bonnes œuvres préparées à l’avance, nous ne pouvons les accomplir que si nous sommes séparés ecclésiastiquement (2 Tim. 2. 21).

« Moi, je pense que tel service religieux doit se dérouler comme cela… », « moi, je crois… » : c’est cela « l’iniquité » ou « l’injustice », en fait la pensée de l’homme qui se substitue à celle de Dieu. « Poursuis la justice… » : c’est-à-dire la soumission entière à la Parole de Dieu, avec « ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » : ceux dans le cœur desquels il n’y a pas de mélange, qui ont été purifiés et qui sont maintenus « purs » par l’obéissance à la vérité (1 Pier. 1. 22). L’état d’un cœur doit être maintenu pur par cette obéissance complète à la Parole.

Le moment était donc venu où il n’était plus possible de marcher avec les Juifs. L’apôtre Paul va enseigner dans l’école de Tyrannus. Nous ne savons pas qui était ce Tyrannus, mais nous pouvons bien penser que l’apôtre avait toute liberté pour parler dans sa maison.

v. 10 : « Et cela continua pendant deux ans ». Au ch. 20. 31 Paul dira : « durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes ». Les dates ne nous sont pas toujours données avec une précision mathématique. L’apôtre Paul a séjourné pendant plusieurs périodes à Éphèse dont, sans aucun doute, l’ensemble représente trois ans. Remarquons que, après une période dont la durée n’est pas déterminée (Act. 19. 1 à 7), il est parlé de « trois mois » pendant lesquels Paul enseigne dans la synagogue (v. 8), puis de « deux ans » dans ce verset pendant lesquels il le faisait dans l’école de Tyrannus. Enfin, il y a encore une période de durée non déterminée avant le départ de Paul d’Éphèse (c’est-à-dire jusqu’au début du ch. 20).

« Tous ceux qui demeuraient en Asie ouïrent la Parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs » : nous avons déjà cité ce verset à propos d’Actes 16. 6, où Paul et Timothée avaient été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la Parole en Asie ; la pensée de Dieu était de faire annoncer Sa Parole en Asie mais ce n’était pas alors le moment convenable. Tous ouïrent la Parole du Seigneur, aussi bien les Juifs que les Grecs.

v. 11 : La séparation permet toujours un grand déploiement de la puissance de l’Esprit. Si la séparation fait défaut, cette puissance sera entravée. « Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul ». Soulignons que c’était Dieu qui faisait des prodiges par le moyen d’un instrument. Nous voyons dans les évangiles des scènes semblables et le Seigneur a dit à Ses disciples : « Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci » (Jean 14. 12). Au ch. 5, lorsque le mal a été jugé, il y a eu un déploiement de puissance extraordinaire : « et beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient parmi le peuple, par les mains des apôtres » (v. 12), « et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes » (v. 14).

On a dit que la séparation chrétienne n’était pas une séparation pharisaïque, mais une séparation pour Dieu et avec Dieu. La séparation doit être d’abord intérieure. Si elle n’était qu’extérieure, ce serait effectivement du pharisaïsme et c’est bien, en effet, pour Dieu et avec Dieu qu’elle doit être réalisée.

Nous nous sommes arrêtés sur le début de ce chapitre et en particulier sur la première circonstance qui marque l’arrivée de Paul à Éphèse – considérant ainsi les différentes étapes qui amènent une âme à jouir de la pleine conversion, ce qui l’établit dans l’état chrétien. Les Juifs attendaient le Messie qui devait leur apporter des bénédictions terrestres tandis que nous sommes « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1. 3) : Dieu est maintenant connu comme Père, pleinement révélé dans le Fils, et le Saint Esprit est descendu comme Personne divine sur la terre, habitant dans le croyant lorsque celui-ci est scellé, et dans l’Assemblée.

Il est nécessaire qu’un croyant soit scellé du Saint Esprit pour qu’il soit dans l’état chrétien (Rom. 8. 9). Si nous nous rendons compte qu’un croyant n’est pas dans le véritable état chrétien, il est de notre devoir de l’instruire. En particulier lorsqu’une personne demande à prendre sa place à la table du Seigneur : il ne faut pas seulement qu’elle soit baptisée et née de nouveau, il faut nous assurer qu’elle est bien dans l’état chrétien, qu’elle jouit vraiment de son salut et de sa relation avec Dieu comme Père. Si elle n’est pas « scellée », il faut l’éclairer, l’enseigner à ce sujet car, en effet, elle ne pourrait prendre part à la louange de l’assemblée (nous « rendons culte par l’Esprit de Dieu » – Phil. 3. 3), pas plus que rendre témoignage à l’unité du corps, en prenant la cène du Seigneur à la table du Seigneur (1 Cor. 12. 13 et 10. 17). Il importe également qu’elle ait saisi ce qu’est le rassemblement sur le terrain de l’unité du corps et dans la séparation ecclésiastique.

Paul résume l’affranchissement dans cette expression : « la loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus, m’a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Rom. 8. 2).

Nous avons remarqué ensuite que Paul parle avec hardiesse dans la synagogue, pendant trois mois, « les persuadant des choses du royaume de Dieu » ; mais une opposition se manifeste. Paul ne peut plus continuer avec ces opposants dans de telles conditions : il se retire donc « d’avec eux » et « sépare les disciples ». Cette séparation a lieu pour la première fois à Éphèse, là où précisément a été formée l’assemblée à laquelle a été adressée l’épître qui nous parle de la position céleste du croyant et de l’assemblée.

v. 11 et 12 : Nous avons dit quelques mots de ces versets où nous voyons se déployer d’une manière remarquable la puissance divine. C’est la réalisation de ce qui est dit en Marc 16. 20 : les disciples « étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la parole par les signes qui l’accompagnaient » : nous avons ici cette « confirmation de la Parole » que Paul avait présentée par des « signes qui l’accompagnaient ». Nous avons déjà vu dans ce livre des Actes l’accomplissement de miracles : par exemple en Actes 4. 29 ; 5. 14. Parmi les malades qui étaient guéris, il y avait ceux qui étaient malades dans leur corps et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes. Paul était un instrument entre les mains de Dieu ; la puissance de Dieu se déployait par son moyen. « Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, de sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes ; et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient ». Il est évident que ces mouchoirs et ces tabliers n’avaient aucun pouvoir en eux-mêmes ; mais dans la suite cela a été déformé : on vénère les reliques des saints ; c’est un véritable culte qui leur est rendu de la part de ceux qui les vénèrent, bien que l’on se défende d’attribuer une puissance quelconque à ces reliques.

Quand la puissance de Dieu se déploie, nous l’avons vue se déployer d’abord dans l’enseignement donné aux disciples (dans la synagogue, puis dans l’école de Tyrannus), ensuite dans les guérisons – l’ennemi est aussitôt à l’œuvre. Nous verrons aussi comment Dieu peut briser cette puissance de l’adversaire et poursuivre le travail qu’Il veut mener à bonne fin.

Nous voyons à la fin du v. 12 que la puissance de Dieu s’exerçait par le moyen de Paul : les esprits malins étaient chassés. L’ennemi va essayer, comme il le fait souvent, de copier ce que Dieu opère.

v. 13 : Il est dit au début du verset : « Mais quelques-uns aussi des Juifs exorcistes qui couraient çà et là, essayèrent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits malins, disant : je vous adjure par Jésus que Paul prêche ». C’étaient des Juifs qui prétendaient exorciser, c’est-à-dire chasser les démons, afin de délivrer ceux qui étaient sous la domination de Satan. Quels étaient les moyens qu’ils employaient habituellement pour cela ? La Parole ne nous le dit pas, elle nous dit qu’ils essayèrent alors d’employer le même moyen que Paul : l’ennemi veut imiter l’action de l’Esprit. Ce qui est très grave, c’est qu’il veut associer le nom de Christ à son activité et c’est ce qui rend son action difficile à reconnaître dans bien des cas. Ces Juifs exorcistes pensaient qu’il suffisait d’employer une sorte de formule !

Or Paul prononçait ces paroles dans la puissance de l’Esprit Saint, tandis qu’eux agissaient à l’instigation de Satan. La chair ne pourra jamais faire ce que Dieu opère par Sa puissance. Cette façon d’agir de l’ennemi, cherchant à associer Christ à son activité, est très caractéristique et s’exerce aujourd’hui encore dans bien des domaines. C’est pourquoi il nous est souvent très difficile de reconnaître l’action de l’ennemi dans l’exercice de telle ou telle activité : cette activité se dissimule sous une apparence séduisante.

v. 14 et 15 : Une scène nous est rapportée ensuite : « Il y avait sept fils de Scéva, Juif, principal sacrificateur, qui faisaient cela. Mais l’esprit malin, répondant, leur dit : Je connais Jésus et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? » Les esprits sataniques connaissent la puissance de Jésus et la puissance qu’Il déploie par le moyen des serviteurs qu’Il veut employer. Marc 1. 23 à 27 nous dit : « Et il y avait dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit immonde ; et il s’écria, disant : Ha ! qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus Nazarénien ? Es-tu venu pour nous détruire ? Je te connais qui tu es : le Saint de Dieu ». Il ne faut pas croire que les esprits sataniques ne connaissent pas Jésus.

Les Juifs exorcistes pensaient que Paul employait une sorte de formule magique. Eux étaient effectivement des magiciens, mais ils se trompaient grandement en pensant que Paul était, lui, un magicien supérieur aux autres : c’était un serviteur de Dieu et il agissait dans la dépendance de Dieu, la puissance divine pouvant ainsi se déployer par son moyen. Lorsque le Seigneur était accusé de chasser les démons par Béelzébul, le chef des démons, Il répond : « Si c’est par Béelzébul que moi je chasse les démons, vos fils par qui les chassent-ils ? » (Mat. 12. 27). C’était « par Béelzébul » qu’agissaient les fils de Scéva.

v. 16 : « Et l’homme en qui était l’esprit malin, s’élança sur eux, et, s’étant rendu maître des deux, usa de violence contre eux, de sorte qu’ils s’enfuirent de cette maison, nus et blessés » : nous avons là la manifestation de l’activité de l’ennemi, mais aussi de la puissance du Seigneur qui s’oppose à celle de l’ennemi et peut la briser quand Il le veut.

Ce que les fils de Scéva ne savaient pas, c’est ce qui est dit en Actes 9. 15 : « cet homme m’est un vase d’élection pour porter mon nom ».

Nous avons besoin d’avoir pleinement conscience de ce qu’est la puissance de notre adversaire. Il a été vaincu à la croix, mais il n’est pas encore « brisé sous nos pieds » (Rom. 16. 20), il n’est pas encore jeté dans l’abîme (Apoc. 20. 10). Ce monde lui appartient en fait, il a usurpé le pouvoir qu’il y exerce. Nous sommes des étrangers sur son territoire, et nous avons à vivre le christianisme sur le territoire de l’ennemi ! Comme cela doit nous inciter à veiller pour être gardés !

Nous voyons quelle est la stupidité de l’homme dans la chair. Les démons croient et frissonnent (Jac. 2. 19), tandis qu’ici l’homme nomme Jésus sans frissonner.

L’un des grands succès de l’ennemi c’est d’en amener beaucoup à ne pas croire à son existence : il y a même des croyants qui n’ont pas conscience de son pouvoir, des combats incessants qu’il livre contre les enfants de Dieu. II ne peut nous supporter : nous sommes des étrangers sur son territoire, des personnes qui ne voulons pas nous soumettre à ses lois. On comprend bien que l’ennemi emploie tous ses moyens contre les enfants de Dieu ! Nous sommes donc appelés à veiller, à prier pour ne pas entrer en tentation. Ne perdons pas de vue aussi que l’ennemi nous connaît fort bien, mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes et qu’il sait quels sont les pièges qu’il faut placer sous nos pas pour nous faire tomber.

v. 17 : Les faits qui nous sont rapportés aux v. 13 à 16 sont venus « à la connaissance de tous ceux qui étaient à Éphèse ». L’auteur du livre des Actes nous dit quels sont les effets de la puissance qui avait été alors déployée : « ils furent tous saisis de crainte, et le nom du Seigneur Jésus était magnifié ». La crainte est le premier effet produit dans une âme amenée dans la présence de Dieu. L’ennemi avait essayé d’intervenir après le déploiement de puissance des v. 11 et 12 mais cela a tourné à sa confusion : l’ennemi fait « une œuvre trompeuse » (Prov. 11. 18) et le nom du Seigneur est magnifié.

v. 18 : « Et plusieurs de ceux qui avaient cru, venaient, confessant et déclarant ce qu’ils avaient fait » : c’est une confession personnelle, individuelle, faite en toute droiture, ces âmes reconnaissant ce qu’elles avaient à reconnaître dans la lumière de Dieu. Elles confessent ce qu’elles avaient fait.

v. 19 : Ce verset nous donne un détail : « Plusieurs aussi de ceux qui s’étaient adonnés à des pratiques curieuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tous ; et ils en supputèrent le prix, et ils trouvèrent qu’il se montait à cinquante mille pièces d’argent ». Ces livres portaient le nom d’« écrits éphésiens ». Ils étaient très connus à ce moment-là. En fait, c’était le fruit de la science de l’homme, instruit par Satan, dans le domaine de l’occultisme.

Ils sont nombreux aujourd’hui dans le monde, beaucoup plus qu’on ne le pense, ceux qui se livrent à de telles activités. On prétend prédire l’avenir, connaître la pensée de quelqu’un, savoir ce qui se passe à des milliers de kilomètres ! C’est là une activité de Satan dont nous avons à nous méfier grandement : on ne joue pas avec le diable ! Ces activités surnaturelles commencent bien souvent par des choses qui paraissent anodines, dans lesquelles on ne voit pas de mal. Lorsqu’un homme recherche de l’eau avec une baguette ou un pendule, cela peut sembler très naturel ; mais il s’agit d’un phénomène tout à la fois physiologique et psychique, dans lequel l’action psychique est prépondérante : il faut que la baguette ou le pendule soit entre les mains de personnes « sensibles » ou « réceptives ». On prétend qu’il s’agit, dans ces activités, d’ondes ou de radiations… ; mais si elles étaient indépendantes de la personne, n’importe qui pourrait les recevoir, ce qui n’est pas le cas ; tandis que n’importe qui « prend le courant » lorsqu’il touche un fil électrique dénudé.

Ces « pratiques curieuses » étaient des pratiques sataniques et ceux qui s’y livraient ont eu alors le sentiment qu’ils avaient été jusque-là sous la puissance de l’ennemi. Ils se séparent du mal sans retour. On se sépare parfois de quelque chose et on y revient ensuite tandis qu’eux ne vendent pas leurs livres (le poison qu’ils renfermaient aurait empoisonné d’autres personnes), ils les brûlent, ne reculant pas devant le sacrifice (c’était une grande somme d’argent que ces 50 000 pièces) et, par ailleurs ne voulant pas revenir à ces « pratiques curieuses ».

v. 20 : « C’est avec une telle puissance que la Parole du Seigneur croissait et montrait sa force » : à travers ce travail de l’adversaire, le Seigneur opérait, la puissance de l’Esprit se déployait, la Parole « croissait et montrait sa force ». Nous avons déjà remarqué des expressions où la Parole est personnifiée : « Et la parole de Dieu croissait, et le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissait à la foi » (ch. 6. 7) et puis à la fin du ch. 12. 24 : « Mais la Parole de Dieu croissait et se multipliait ». Mais ce n’est que dans notre passage qu’il est question de la force, de la puissance de la Parole.

Dans toute cette première partie du ch. 19 nous voyons la puissance de l’Esprit de Dieu : par le moyen de la Parole aux v. 8 et 10 ; par tous les miracles dont il est question aux v. 11 et 12 ; et lorsque les démons reconnaissent que c’est la puissance de la Parole qui se déploie lorsque Paul parle au nom de Jésus (v. 15).

De telles manifestations de puissance ont eu lieu lors du réveil au 19ème siècle. Tandis que de nos jours nous pouvons baisser la tête : nous nous associons au monde, et ensuite nous nous étonnons qu’il y ait bien peu de puissance spirituelle et que plusieurs soient « faibles et malades parmi nous » (1 Cor. 11. 30).

Nous nous étonnons que la Parole ne soit pas toujours présentée avec puissance. Si un serviteur réalise une condition morale semblable à celle de l’apôtre Paul, la Parole sera présentée dans toute sa puissance et dans la puissance de l’Esprit. Il faut que l’Esprit opère afin que la Parole agisse. Il en était ainsi chez Paul.

« Car notre évangile n’est pas venu à vous en parole seulement, mais aussi en puissance, et dans l’Esprit Saint, et dans une grande plénitude d’assurance, ainsi que vous savez quels nous avons été parmi vous pour l’amour de vous » (1 Thess. 1. 5). Voilà de quelle manière la Parole avait été présentée à Thessalonique et voilà pourquoi de tels résultats y avaient été obtenus : v. 3 et 6 à 10.

La Parole présentée par Paul était, à Corinthe également, une démonstration de l’Esprit et de puissance (1 Cor. 2. 4).

Nous avons vu le conflit entre la puissance de Dieu d’une part et la puissance des démons d’autre part. Résultat : l’ennemi est vaincu, le nom du Seigneur est glorifié, des âmes confessent ce qu’elles avaient fait et sont délivrées sans retour de la puissance de l’adversaire. Dieu va permettre qu’il y ait un nouvel assaut de l’ennemi, cette fois sous la forme du « lion rugissant ». Mais en fait, le travail de Paul à Éphèse était terminé et il avait d’autres projets (v. 21 et 22). Le Seigneur a permis que pendant trois ans Paul puisse y annoncer la Parole ; l’ennemi va essayer de détruire son travail, mais il sera vaincu et Paul délivré.

v. 23 à 29 : L’idolâtrie ne se manifestait plus à Éphèse comme dans le passé : le travail de Dieu avait amené beaucoup d’âmes au Seigneur, et elles étaient décidées à marcher dans le chemin de l’obéissance à la Parole. Les intérêts matériels de Démétrius et de ses compagnons en souffraient donc.

Le temple de Diane était une des sept merveilles du monde. On venait l’admirer, des artisans fabriquaient des objets représentant le temple et cette activité les faisait vivre ; elle était très prospère. Pour Démétrius et ses compagnons, comme pour beaucoup d’hommes, les intérêts matériels passent avant tout le reste ; aussi, Démétrius essaie-t-il de dresser la population contre Paul : il parle de lui avec mépris : « ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule » (v. 26). Cette « persuasion », c’était la puissance de la Parole et du Saint Esprit.

La deuxième raison que Démétrius met en avant, c’est la superstition qui s’était emparée de toute cette population. Diane, était, dit-on, la fille de Jupiter, la déesse de la chasse et des bois ; elle était idolâtrée. « Quand ils eurent entendu ces choses, ils furent remplis de colère, et s’écriaient disant : Grande est la Diane des Éphésiens ! » (v. 28) : ils ne disent pas : Grande est Diane, mais : grande est la Diane des Éphésiens ! Ils s’étaient « emparés » de la déesse. Si la Diane des Éphésiens était grande, les Éphésiens prenaient de l’importance selon son importance. Ils étaient « d’un commun accord », commun accord réalisé par les adversaires de la vérité, en contraste avec celui d’Actes 2. 46.

v. 30 : « Et comme Paul voulait entrer vers le peuple, les disciples ne le lui permirent pas » : il voulait entrer sans doute pour leur annoncer l’évangile, mais la populace était animée de mauvaises intentions. Aussi Dieu permet qu’il soit arrêté.

v. 31 à 33 : Ces versets nous donnent une idée du désordre et de l’agitation qui régnaient là : tel est le trouble que l’ennemi a réussi à susciter à Éphèse.

v. 34 : Il n’y a pas d’exagération – il est à peine besoin de le souligner – dans ce que dit la Parole de Dieu : « durant près de deux heures » ils s’écrièrent : « Grande est la Diane des Éphésiens ! ». Ce passage nous fait penser à une expression de Jérémie 50. 38 : « ils sont fous de leurs affreuses idoles ». C’était bien le cas. Ce tumulte nous dit un peu l’impuissance de ces faux dieux, incapables de se défendre !

v. 35 à 40 : Dieu se sert du secrétaire de la ville pour apaiser la multitude. Comme nous le trouvons en Job 38. 11 : « Tu viendras jusqu’ici et tu n’iras pas plus loin, et ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ». Dieu avait permis ce déchaînement de la populace d’Éphèse ; maintenant c’en était assez, cela ne devait pas aller plus loin.

C’étaient des paroles pleines de sagesse qui apaisèrent la multitude, de sorte qu’ensuite, « il congédia l’assemblée » (v. 41).

Le ministère de Paul est terminé à Éphèse. Au ch. 20 il fera ses adieux aux anciens d’Éphèse.

Ch. 20

Dans le chapitre précédent, nous avons considéré l’arrivée de Paul à Éphèse, et dans les vingt premiers versets, le grand déploiement de puissance spirituelle opéré par son moyen. La fin du chapitre est consacrée à ce qu’on a appelé le tumulte d’Éphèse : l’ennemi a suscité une persécution pour essayer d’entraver l’œuvre de Dieu, mais il a été démontré, une fois encore, que « le méchant fait une œuvre trompeuse » (Prov. 11. 18).

Le ch. 20 commence ainsi : « Or, après que le tumulte eut cessé, Paul fit venir les disciples, et les ayant embrassés, il partit pour aller en Macédoine ». On voit quel attachement Paul avait pour ces disciples d’Éphèse. Mais il doit les quitter, il a une autre activité devant lui.

Ce ch. 20 est très important dans le livre des Actes, mais aussi dans le ministère de Paul. Ce ministère comprend deux parties. La première va du ch. 13 au ch. 20 : on y voit Paul serviteur de Dieu, un serviteur qui agit avec une foi remarquable, avec une énergie peu commune. La deuxième partie va du ch. 21 au ch. 28, ce sont les souffrances de Paul, c’est Paul prisonnier, annonçant l’évangile, mais non plus comme auparavant ; son œuvre « libre » comme apôtre des Gentils est terminée. Les enseignements donnés aux anciens d’Éphèse, dans ce chapitre, sont pour nous d’une très grande valeur. La Parole nous permet de dire que ce n’était sans doute pas la pensée de Dieu que l’apôtre Paul aille à Jérusalem. Mais Dieu a compassion de Son serviteur, Il sait de quoi nous sommes formés. Il a permis que, malgré tout, l’évangile soit annoncé et que le service accompli par Paul soit en bénédiction. Mais ce n’est plus alors le ministère tel qu’il a été exercé par Paul jusqu’à ce moment où nous sommes arrivés dans le livre des Actes.

v. 2 : Ici nous voyons Paul ayant à cœur de se rendre dans les assemblées de la Macédoine. Il n’oubliait pas les assemblées qui avaient été formées par son moyen ; nous l’avons déjà remarqué à plusieurs reprises, par exemple en Actes 15. 36 : « Retournons maintenant visiter les frères par toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur, pour voir comment ils vont ». L’apôtre voulait donc s’occuper des croyants qui avaient reçu l’évangile : ils avaient besoin d’être enseignés, d’être exhortés. Il vient ensuite en Grèce et y séjourne trois mois.

v. 3 : Il ne nous est rien dit de ce séjour en Grèce sauf que les « Juifs lui dressèrent des embûches, comme il allait s’embarquer pour la Syrie ». Il semble donc que, par ce moyen, le Seigneur l’arrête : il ne va pas en Syrie et retourne par la Macédoine. Dieu employait, comme Il le fait encore aujourd’hui, divers moyens pour diriger ou arrêter Ses serviteurs. Nous pouvons penser que Paul, gardé dans la dépendance, agissait aussi avec sagesse, se souvenant des paroles que le Seigneur avait dites à Ses disciples : « Voici, moi je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes » (Mat. 10. 16). Les premiers croyants étaient envoyés comme des brebis au milieu des loups, nous l’avons vu à plusieurs reprises, pour les apôtres, dans le livre des Actes. Le chemin est donc fermé pour la Syrie comme il l’avait été pour la Bithynie et l’Asie (Act. 16. 6 et 7). Paul n’insiste pas et va, avec ses compagnons, s’en retourner par la Macédoine.

v. 4 : Dans ce verset nous avons les noms de ceux qui accompagnèrent Paul dans ce voyage. Dieu, dans Sa grâce, veut conserver les noms de ceux qui ont rempli un service ou ont été au combat pour Lui. Il vaut la peine de s’arrêter sur ces noms. Il y avait sept compagnons de l’apôtre, un ensemble complet. Le premier est Sopater de Bérée. C’est peut-être la seule fois où il est mentionné dans l’Écriture, encore que certains pensent que Sosipater, en Romains 16. 21 est le même frère que Sopater : « Lucius, et Jason, et Sosipater ; mes parents, vous saluent ». S’il s’agit bien de la même personne, c’était donc un parent de l’apôtre. Sopater signifie « défense du père ». Voilà quelqu’un qui, semble-t-il, avait à cœur de défendre la cause de Dieu. Il était de Bérée. Nous avons vu que les Juifs de Bérée « étaient plus nobles que ceux de Thessalonique ; et ils reçurent la Parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les Écritures pour voir si les choses étaient ainsi » (17. 11). Pour prendre la défense de la cause de Dieu, de notre Dieu et Père, il faut avoir la Parole habitant dans le cœur et il faut s’appuyer sur elle.

Après Sopater il est parlé d’Aristarque et un peu plus loin de Tychique. Aristarque et Tychique sont nommés chacun cinq fois dans les Écritures. Il est frappant de voir qu’Aristarque est toujours avec l’apôtre, tandis que Tychique, sauf dans notre passage, est toujours envoyé par l’apôtre. Cela nous fait penser à la réflexion du centurion en Matthieu 8. 9 : « Moi aussi, je suis un homme placé sous l’autorité d’autrui, ayant sous moi des soldats ; et je dis à l’un : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ». L’apôtre disait : Viens, à Aristarque et : Va, à Tychique.

– Quels sont les cinq passages où il est question d’Aristarque et de Tychique ?

– Pour Aristarque, d’abord Actes 19. 29 : « ils se précipitèrent dans le théâtre, entraînant avec eux Gaïus et Aristarque, Macédoniens, compagnon de voyage de Paul » ensuite notre passage d’Actes 20. 4 où il est appelé Thessalonicien (Thessalonique était une ville de la Macédoine) ; Actes 27. 2 : « nous partîmes, Aristarque, Macédonien de Thessalonique, étant avec nous » ; Colossiens 4. 10 : « Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue », enfin, Philémon 24 : « Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes compagnons de captivité te saluent ».

Il est parlé de Tychique dans cinq passages également : Actes 20. 4, seul passage où Tychique reste avec l’apôtre ; Éphésiens 6. 21 : « afin que vous aussi vous sachiez ce qui me concerne, comment je me trouve, Tychique, le bien-aimé frère et fidèle serviteur dans le Seigneur, vous fera tout savoir : je l’ai envoyé vers vous tout exprès, afin que vous connaissiez l’état de nos affaires, et qu’il console vos cœurs » ; Colossiens 4. 7 : « Tychique, le bien-aimé frère et fidèle serviteur et compagnon de service dans le Seigneur, vous fera savoir tout ce qui me concerne : je l’ai envoyé vers vous tout exprès, afin qu’il connaisse l’état de vos affaires, et qu’il console vos cœurs » ; 2 Timothée 4. 12 : « Or j’ai envoyé Tychique à Éphèse » ; Tite 3. 12 : « Quand j’enverrai Artémas auprès de toi, ou Tychique empresse-toi de venir auprès de moi à Nicopolis, car j’ai résolu d’y passer l’hiver ».

Voilà donc deux serviteurs dont il est fait mention à cinq reprises dans la Parole, l’un constamment auprès de l’apôtre, l’autre, une fois auprès de l’apôtre, et les quatre autres fois, envoyé par l’apôtre. Il y a là un enseignement pour nous ; puissions-nous savoir discerner si le Seigneur nous appelle à rester auprès de Lui ou s’Il nous envoie pour l’accomplissement de tel ou tel service particulier.

Après Aristarque il est fait mention de Second : Romains 16. 22 nous montre que certains frères portaient des noms dérivant de nombres : « Moi, Tertius, qui ai écrit la lettre » et aussi « le frère Quartus » (v. 23). On peut se demander si l’on n’avait pas appelé ce frère du nom de Second à cause de son humilité : il ne voulait pas la première place.

Gaïus signifie joyeux. Il est mentionné plusieurs fois dans l’Écriture. 1 Corinthiens 1. 14 : « Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispus et Gaïus ». Romains 16. 23 : « Gaïus, mon hôte et celui de toute l’assemblée, vous salue » : c’était donc chez Gaïus que logeait l’apôtre quand il a écrit l’épître aux Romains, vraisemblablement de Corinthe, et Gaïus avait le privilège de loger dans sa maison l’assemblée à Corinthe. C’était une assemblée qui sans doute devait être assez nombreuse : le Seigneur avait dit à Paul : « J’ai un grand peuple dans cette ville » (Act. 18. 10). Peut-être y avait-il plusieurs lieux de rassemblement dans Corinthe. Nous ne le savons pas.

Puis il est question de Timothée, dont nous avons parlé à plusieurs reprises, que l’apôtre appelle « mon enfant bien-aimé », Timothée qui a eu un service tout à fait particulier, à propos duquel l’apôtre emploie une expression très touchante en Philippiens 2. 19 : « Or j’espère dans le Seigneur Jésus vous envoyer bientôt Timothée, afin que moi aussi j’aie bon courage quand j’aurai connu l’état de vos affaires ; car je n’ai personne qui soit animé d’un même sentiment avec moi pour avoir une sincère sollicitude à l’égard de ce qui vous concerne ; parce que tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ. Mais vous savez qu’il a été connu à l’épreuve, savoir qu’il a servi avec moi dans l’évangile comme un enfant sert son père ». Cela disait la profondeur de l’attachement que Paul avait pour Timothée, et que Timothée avait certainement pour Paul. Timothée veut dire : qui honore Dieu, et comme la vie de Timothée a honoré Dieu !

Trophime : il en est question une deuxième fois en Actes 21. 29 « ils avaient vu auparavant dans la ville Trophime l’Éphésien avec lui », et une troisième fois en 2 Timothée 4. 20 : « j’ai laissé Trophime malade à Milet », verset que l’on cite souvent pour montrer que Paul n’exerçait pas son pouvoir de guérison dans toutes les circonstances. Il ne voulait pas exercer une intervention susceptible d’aller à l’encontre du but que Dieu poursuivait : les maladies sont souvent permises par Lui pour parler au malade ou à son entourage, en vue d’un but qu’Il veut atteindre.

Voilà les sept compagnons de voyage de l’apôtre Paul, les sept qui étaient partis avec lui. Pour la plupart d’entre eux il ne nous est pas donné beaucoup de détails mais Dieu a apprécié ce que les uns et les autres ont pu faire pour Son œuvre. Dieu ne l’oublie pas et Il a trouvé bon de nous conserver leurs noms dans Sa Parole.

On peut faire la même remarque en lisant le début du ch. 16 de l’épître aux Romains. Bien des services nous paraissent de peu d’importance, sans grande valeur. Nous oublions qu’un seul verre d’eau froide donné au nom du Seigneur à l’un de ces petits, ne perdra pas sa récompense (Mat. 10. 42). Le Seigneur a une autre façon d’apprécier les choses que la nôtre. De la pauvre veuve qui a jeté deux pites au trésor, le Seigneur dit : « En vérité… cette pauvre veuve a jeté plus que tous les autres » (Luc 21. 3). Il saura rendre « à chacun selon ses œuvres » (Rom. 2. 6 ; Mat. 16. 27 ; 1 Cor. 3. 8 ; 4. 5 ; Apoc. 22. 12). Rappelons également ce que l’Éternel a dit à Éli : « Ceux qui m’honorent, je les honorerai » (1 Sam. 2. 30). Ces sept « compagnons » de l’apôtre Paul ont « honoré » Dieu, Dieu les « honore », conservant leurs noms dans Sa Parole et, par ailleurs, il y aura aussi pour eux la récompense qui sera donnée au tribunal de Christ (2 Cor. 5. 10), la parole de satisfaction exprimée par le Maître (Mat. 25. 21 à 23).

v. 5 : Ces sept frères « ayant pris les devants, nous attendirent en Troade ». À ce moment-là, Luc s’était donc joint à l’apôtre. Il l’avait fait une première fois, nous l’avons remarqué, au ch. 16. 10. Nous ne voyons pas qu’il soit question de Luc dans les chapitres suivants ; il apparaît à nouveau au ch. 20. Luc est l’auteur du livre des Actes et quand il dit « nous » c’est sans aucun doute qu’il est avec Paul et ses compagnons de voyage. Peut-être était-il resté à Philippes, où il s’était rendu avec Paul, Silas et Timothée (Act. 16. 11) car c’est de là que nous le voyons partir avec Paul.

v. 6 : « Nous partîmes à force de voiles, de Philippes, après les jours des pains sans levain, et nous arrivâmes au bout de cinq jours auprès d’eux dans la Troade, et nous y séjournâmes sept jours ». L’apôtre avait dû, quelques années auparavant, quitter la Troade, sans doute avec quelque regret, comme nous le voyons en 2 Corinthiens 2. 12 : « Or, étant arrivé dans la Troade pour l’évangile du Christ, et une porte m’y étant ouverte dans le Seigneur, je n’ai point eu de repos dans mon esprit, parce que je n’ai pas trouvé Tite, mon frère ; mais, ayant pris congé d’eux, je suis parti pour la Macédoine ». On comprend donc avec quelle joie il revient en Troade à ce moment-là. (La deuxième épître aux Corinthiens a été écrite avant le livre des Actes, environ vers l’an 58, alors que le livre des Actes l’a été sans doute entre 63 et 66, donc environ cinq ans après la deuxième épître aux Corinthiens. Les faits rapportés en 2 Corinthiens sont par conséquent antérieurs à ceux de notre chapitre). On comprend, disions-nous, avec quelle joie l’apôtre revient en Troade. Et il ne se contente pas d’y passer, il y reste sept jours.

v. 7 : Nous avons là un enseignement très important concernant le premier jour de la semaine. Les Juifs célébraient le sabbat le septième jour de la semaine. Le sabbat avait été donné sur le principe du repos (voir le « c’est pourquoi » d’Exode 20. 11) et de la rédemption (voir le « c’est pourquoi » de Deutéronome 5. 15) ; il est basé tout à la fois sur la création et sur la rédemption. Dans la nouvelle économie, le jour du Seigneur est le premier jour de la semaine, le jour qui nous parle de Sa résurrection.

L’expression « le premier jour de la semaine » ne se trouve pas de très nombreuses fois dans l’Écriture. Nous la trouvons dans trois passages. D’abord en Jean 20. 19 : « Le soir donc étant venu, ce jour-là, le premier de la semaine, et les portes du lieu où les disciples étaient, par crainte des Juifs, étant fermées, Jésus vint, et se tint au milieu d’eux ». C’est le premier rassemblement qui a eu lieu, non pas la première réunion d’assemblée, car ce qui caractérise une réunion d’assemblée, c’est notamment la présence du Seigneur, mais aussi la présence de Dieu par Son Esprit et l’action du Saint Esprit par le moyen des instruments qu’Il trouve bon d’employer. Cependant, bien que ce ne soit pas, à proprement parler, une réunion d’assemblée, les privilèges dont ont joui les disciples ce jour-là sont remarquables. Ils se réjouirent parce qu’ils avaient vu le Seigneur ! C’est bien là ce qui doit réjouir nos cœurs par-dessus tout.

Nous avons ensuite le passage d’Actes 20. 7 : « Et le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain… ». L’institution de la cène nous est présentée dans les évangiles (Mat. 26 ; Marc 14 ; Luc 22). Son explication nous est donnée aux ch. 10 et 11 de la première épître aux Corinthiens, et nous avons la célébration du mémorial au ch. 20 des Actes.

Le troisième passage où il est parlé du premier jour de la semaine se trouve en 1 Corinthiens 16. 1 et 2 : « Or pour ce qui est de la collecte qui se fait pour les saints, comme j’en ai ordonné aux assemblées de Galatie, ainsi faites, vous aussi. Que chaque premier jour de la semaine chacun de vous mette à part chez lui, accumulant selon ce qu’il aura prospéré, afin que, lorsque je serai arrivé, il ne se fasse pas alors de collectes ». Ce passage est cité souvent à propos de la collecte liée au culte, mais il ne faut pas oublier que la collecte dont il est question dans ces versets était destinée à un besoin particulier (2 Cor. 8 et 9). L’expression « chaque premier jour de la semaine » permet cependant de penser que l’on peut étendre la portée des principes enseignés par l’apôtre à la collecte liée au culte.

Le sacrifice de nos biens est lié au « sacrifice de louanges » (Héb. 13. 15 et 16). Chaque frère et chaque sœur est responsable de participer à la collecte : « chacun de vous » (1 Cor. 16. 2). Les sœurs mariées qui n’ont pas un travail rémunéré, ou les jeunes frères ou sœurs qui ne gagnent pas encore leur vie, ne doivent pas se reposer sur le chef de famille pour ce qui est de donner : l’exercice doit être pour « chacun ». Ceux qui n’ont pas de ressources personnelles disposent cependant généralement de ce que l’on appelle de « l’argent de poche » : même si leur don est très modeste, le Seigneur l’apprécie. Nous avons rappelé ce qu’Il a dit à propos des « deux pites » de la pauvre veuve !

« Chaque premier jour de la semaine » : l’exercice doit donc avoir lieu effectivement chaque premier jour de la semaine. Il est souhaitable que la collecte soit faite après la célébration de la cène, quand on est dans la présence du Seigneur, sous le regard de Dieu, et non à la fin de la réunion quand, en fait, on n’est plus dans la présence de Dieu telle qu’elle est réalisée pendant la réunion. Les sacrifices de louanges sont d’un niveau beaucoup plus élevé que les sacrifices de nos biens, aussi convient-il de marquer un certain temps entre la célébration de la cène et la collecte. La collecte est liée au culte, ne le perdons pas de vue ; y procéder en dehors de la réunion, c’est en fait la séparer de ce à quoi elle est liée. L’Écriture nous dit aussi : « mette à part chez lui » (1 Cor. 16. 2). C’est donc à la maison qu’il faut préparer le don, pas au moment où a lieu la collecte, ce qui peut troubler, plus ou moins, le recueillement de l’assemblée. Par conséquent, l’exercice est pour « chacun », il doit avoir lieu « chaque premier jour de la semaine », et la mise à part du don doit être faite chez soi. C’est ce qui ressort de ce v. 2 de 1 Corinthiens 16.

Ici, en Actes 20, les croyants sont assemblés pour rompre le pain. C’est l’objet essentiel de la réunion. L’apôtre nous dit en 1 Corinthiens 10 et 11 ce qu’est la célébration de la cène du Seigneur à la table du Seigneur. À la table du Seigneur nous proclamons l’unité du corps, et en prenant la cène du Seigneur à la table du Seigneur, nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne (1 Cor. 11. 26). La mort du Seigneur est le fait essentiel dont nous nous souvenons. Mais il ne faudrait pas penser qu’à la table du Seigneur, en prenant la cène du Seigneur, on ne peut parler que de la mort du Seigneur : comment rendrions-nous alors témoignage à l’unité du corps ?

Nous pouvons, certes, parler de Sa résurrection glorieuse, de Sa séance à la droite de Dieu dans les hauts lieux et des conséquences qui en résultent, en particulier la descente du Saint Esprit par Lequel nous avons été baptisés en un seul corps (1 Cor. 12. 13). Est-ce que les chrétiens de la Troade étaient avancés dans la connaissance de ces vérités ? Peut-être avaient-ils besoin d’enseignements à ce sujet, et était-ce l’objet du long discours que l’apôtre a été amené à faire. Il a séjourné sept jours en Troade et a tenu à y rester le dimanche pour rompre le pain avec ces croyants. C’est probablement parce qu’il avait des enseignements importants à leur communiquer qu’il a prolongé son discours, car la réunion de culte, le dimanche, n’est pas l’occasion de faire de longs discours. Ce récit nous montre que même un jeune homme (en pleine force) peut être fatigué par un long discours. Veillons à ne pas être trop longs dans l’exposition de la Parole, dans les prières et les actions de grâces. Nous sommes dans des corps de faiblesse, ne l’oublions pas. Les premiers croyants se réunissaient pour rompre le pain le soir du premier jour de la semaine comme nous le voyons en Jean 20. C’est sans doute pour cela que le discours de Paul s’est prolongé jusqu’à minuit.

v. 8 et 9 : Une certaine chaleur (« Il y avait beaucoup de lampes ») jointe à la fatigue, peut expliquer qu’Eutyche qui était « assis sur la fenêtre, accablé d’un profond sommeil » tombe « du troisième étage en bas ». Il « fut relevé mort », considéré comme mort. Paul interrompt son discours, descend, se penche sur lui et l’embrasse. Cela nous montre la tendresse de l’apôtre. La séparation de l’âme d’avec le corps n’avait pas eu lieu pour Eutyche. Dans le cas du fils de la veuve de Sarepta, l’âme était séparée du corps. Et Élie « s’étendit sur l’enfant, trois fois, et il cria à l’Éternel, et dit : Éternel, mon Dieu ! fais revenir, je te prie, l’âme de cet enfant au-dedans de lui » (1 Rois 17. 21). Ce garçon était effectivement mort mais l’Éternel, Celui qui fait mourir et qui fait vivre, intervient et en réponse à la prière d’Élie, Il fait revenir son âme en lui.

v. 10 : Paul était descendu, s’était penché sur Eutyche et l’avait embrassé. Cela s’était passé avant la célébration de la cène. On peut bien penser, comme cela a été dit, que l’apôtre avait à cœur d’établir ces croyants dans les vérités qu’il développe dans la première épître aux Corinthiens.

v. 11 : Après « qu’il eut rompu le pain et mangé » la conversation se prolongea « jusqu’à l’aube et il partit ». On voit que dans ses voyages l’apôtre n’avait pas beaucoup de repos. Un peu plus loin, au v. 31, il emploie cette expression : « durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes ». Ce n’est pas seulement une formule pour exprimer qu’il avait servi d’une façon continuelle, mais il servait Dieu nuit et jour. Son Maître passait des nuits à prier (Luc 6. 12). L’apôtre, à l’instar de son Maître, savait sacrifier le repos de la nuit pour l’œuvre à laquelle il était appelé.

v. 12 : « Ils furent extrêmement consolés » : d’avoir retrouvé l’enfant mais aussi pour tout ce qu’ils avaient reçu pendant cette nuit (consolé signifie aussi encouragé).

Le début de ce ch. 20 nous parle de l’activité de Paul après qu’il ait quitté Éphèse, à la suite du tumulte dont il est question à la fin du ch. 19. Nous nous sommes arrêtés sur les noms, et sur ce que l’Écriture nous dit à leur sujet, des collaborateurs de l’apôtre ; ils étaient sept frères qui l’accompagnaient pendant son voyage. Puis l’apôtre arrive dans la Troade où il reste sept jours.

v. 13 : C’est Luc qui est l’auteur inspiré du livre des Actes ; il est compris dans le « nous » de ce v. 13 : « Or pour nous, ayant pris les devants sur un navire, nous fîmes voile vers Assos, où nous devions prendre Paul à bord ; car il l’avait ainsi ordonné, étant dans l’intention d’aller lui-même à pied ». Pourquoi cela ? Probablement parce qu’il éprouvait le besoin de se recueillir et de prier afin d’avoir la pensée du Seigneur au moment où il allait rencontrer les anciens d’Éphèse, rencontre dont l’importance ne saurait être trop soulignée.

v. 14 à 16 : Ce n’est que lorsque ses autres compagnons d’œuvre l’eurent rejoint à Assos qu’ils allèrent ensemble. La pensée de Paul était de se rendre à Jérusalem. Malgré tous les conseils qu’il peut recevoir, certains particulièrement pressants, l’apôtre persiste dans son idée d’aller à Jérusalem. Pourquoi le Seigneur ne l’a-t-Il pas arrêté ? Nous avons vu, en effet, à plusieurs reprises, que Dieu l’a arrêté (Act. 16. 6 et 7 notamment). Sans doute, et quoiqu’il en soit, Dieu le laisse agir pour qu’il accomplisse ce voyage durant lequel des fruits ont été manifestés : il a rendu témoignage devant des rois, des hommes haut placés (Act. 9. 15). Il devra passer par des expériences douloureuses, mais le Seigneur ne l’arrête pas.

v. 17 : C’est parce qu’il avait la pensée d’aller à Jérusalem où il voulait être le jour de la Pentecôte, qu’il fait venir les anciens d’Éphèse à Milet. Il va leur dire ce qui nous est rapporté aux v. 18 à 33 ; ce sont des enseignements très importants.

Une phase de l’histoire de l’Église prenait fin. C’était la fin de la période des travaux apostoliques. Il y a eu sans doute d’autres apôtres ; par exemple l’apôtre Jean qui a vécu encore environ trente ou trente-cinq ans, mais Jean n’a pas exercé un ministère semblable à celui de Paul ou de Pierre, sauf peut-être dans les débuts de l’histoire de l’Église où nous le voyons accompagner Pierre (Act. 3 et 4 par exemple). C’est une autre période qui va s’ouvrir maintenant, dans laquelle nous sommes encore, celle de la responsabilité des anciens pour la vie et la marche des assemblées.

Les anciens étaient nommés par les apôtres, comme nous le voyons au ch. 14. 23 : « Et leur ayant choisi des anciens dans chaque assemblée, ils prièrent avec jeûne, et les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru ». C’étaient les apôtres (ou leurs délégués, Tite par exemple, Tite 1. 5) qui choisissaient les anciens dans chaque assemblée. Chaque assemblée devrait avoir des anciens, non pas officiellement nommés (il n’y a plus d’autorité apostolique pour le faire) mais qui remplissent leur charge avec une autorité morale s’imposant à la conscience des saints. Les caractères des anciens nous sont donnés en 1 Timothée 3 et Tite 1. Dieu veuille que dans les assemblées il y ait des frères qui aient à cœur de remplir cette charge d’ancien. Si nous en manquons, demandons-les au Seigneur, avec persévérance, dans les réunions de prière.

Nous arrivons donc à la fin d’une période de l’histoire de l’Église, et Paul considère son ministère quant à l’Église comme terminé – encore qu’il ne le dise effectivement qu’en 2 Timothée 4. 17 : « Mais le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié, afin que par moi la prédication fût pleinement accomplie et que toutes les nations l’entendissent » et « le temps de mon départ est arrivé ; j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (v. 6 et 7).

– v. 18 à 33 : Est-ce que dans les versets qui sont sous nos yeux, l’apôtre ne prend pas le rôle de prophète ?

– Sans doute. L’apôtre se présente comme évangéliste (v. 21), comme docteur (v. 27), comme pasteur (v. 31). Il revêt ces différents caractères et, par ailleurs, il voit, avec le discernement que le Seigneur seul pouvait lui donner, ce qui devait survenir après son départ. Il avait bien la connaissance des choses à venir.

Il rappelle d’abord quel a été son service (v. 18 à 21). Ensuite il parle de ses circonstances personnelles (v. 22 à 24) et de ce qui arrivera après son départ (v. 29 et 30). Enfin, il montre les ressources auxquelles les fidèles pourront faire appel. Il y a donc quatre parties dans ce discours, la première au v. 18 à 21, les trois autres à partir des v. 22 à 25 et 32 qui commencent par les mêmes mots : « Et maintenant… »

Le ministère que l’apôtre avait exercé, il le tenait du Seigneur. Il dit au v. 27 : « le service que j’ai reçu du Seigneur Jésus ». Il dit comment il l’exerçait, et ce qu’était ce ministère. Dans ce chapitre nous avons l’ensemble du ministère de Paul, ce qu’il a présenté dans son enseignement. Nous nous arrêterons sur les différents points que nous venons de rappeler brièvement, au fur et mesure de la méditation de ces versets.

En premier lieu, l’apôtre fait appel à sa conduite constante (v. 18). En 2 Timothée 3 il dit à Timothée au v. 10 : « Mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine, ma conduite, mon but constant, ma foi, mon support, mon amour, ma patience, mes persécutions, mes souffrances ». Sa conduite avait été à la hauteur du ministère qu’il avait rempli. Nous n’avons pas ici l’expression « bonne conduite » mais elle y est incluse. L’apôtre Pierre lie deux choses : la bonne conduite et la bonne conscience : « Ayant une bonne conscience, afin que quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ, soient confus » (1 Pier. 3. 16). La bonne conscience implique deux caractères : en premier lieu la pureté qui découle du fait que tout est vécu dans la lumière de Dieu ; tout ce qui caractérise l’homme intérieur peut supporter la lumière de Dieu, et cela conduit au deuxième caractère : la paix dans le cœur et la conscience. La bonne conduite découle de cette bonne conscience. Ces deux choses sont liées l’une à l’autre.

Au ch. 23. 1 l’apôtre Paul peut dire : « Hommes frères, je me suis conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour… » et au ch. 24. 16 : « Je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ».

Les deux choses sont liées dans ces passages. À la fin d’Hébreux 13. 18 l’auteur lie également la bonne conduite et la bonne conscience : « Priez pour nous, car nous croyons que nous avons une bonne conscience, désirant de nous bien conduire en toutes choses ». C’est donc avec une bonne conscience, en ayant une bonne conduite, qu’il a servi le Seigneur. Le mot qui a été traduit par « servant » a une signification très forte : c’est servir comme esclave. Paul prend ce titre dans plusieurs épîtres. Un esclave n’a pas de volonté propre, il obéit sans raisonner à la volonté de son maître. L’apôtre Paul était un imitateur de son Maître. Trois fois il dit : « Soyez mes imitateurs comme je le suis de Christ ». Le Seigneur a été l’esclave de l’homme (Zach. 13. 5) mais aussi et avant tout de Son Maître. Il a rempli un tel service par amour parce qu’Il aimait Son Maître, parce qu’Il aimait chacun de ceux qu’Il voulait sauver par Son œuvre à la croix (Ex. 21. 5 et 6).

L’apôtre Paul a servi le Seigneur « en toute humilité » – le Seigneur, c’est-à-dire Celui qui avait tous les droits sur son cœur, a été servi par lui « en toute humilité ». Le Seigneur a été par excellence le Serviteur débonnaire et humble de cœur (Mat. 11. 29). L’apôtre servait le Seigneur avec humilité ; on voyait donc briller en lui les caractères de Christ. Dans un service rempli avec humilité, ce qui est du serviteur disparaît, on voit briller les gloires du Seigneur.

Le service de l’apôtre Paul n’a pas été un service facile. Le service, d’une façon générale, comporte des difficultés, des exercices. Le Seigneur l’a su plus que tout autre : Il est allé en pleurant, portant la semence qu’Il a répandu, Il reviendra avec chant de joie, portant Ses gerbes (Ps. 126. 6). Il a servi en pleurant. L’évangile nous parle des larmes que le Seigneur a versées. Il a pleuré sur Jérusalem, Il a pleuré dans la maison de Béthanie (Luc 19. 41 et Jean 11. 35) – et que dire des larmes de Gethsémané (Héb. 5. 7) ?

Il est question trois fois des larmes au ch. 20 des Actes : ici, au v. 19, au v. 31 : « durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes » (on voit quel intérêt il avait pour l’assemblée, pour les croyants) et au v. 37 quand il quitte les anciens d’Éphèse : « Et ils versaient tous beaucoup de larmes, et se jetant au cou de Paul, ils le couvraient de baisers » : quelle scène touchante ! On peut penser qu’un des motifs qui amenaient l’apôtre à verser des larmes, c’était les préoccupations qu’il avait pour ces croyants : il voyait les pièges de l’adversaire, par lesquels ils pourraient se laisser séduire.

Dans les épîtres, l’apôtre annonçait les dangers auxquels étaient exposés ceux à qui il écrivait. Il rencontrait bien des épreuves et ici, il mentionne plus spécialement celles qui lui « sont arrivées par les embûches des Juifs ». Le peuple d’Israël, qui avait rejeté le Messie, rejetait maintenant le ministère de Paul après avoir lapidé Étienne. Nous avons vu dans plusieurs passages l’apôtre déclarant qu’il allait se tourner vers les nations. Les Juifs ne voulaient pas de l’évangile mais, de plus, ils ne voulaient pas que l’évangile soit prêché aux nations : ils dressaient donc des embûches sous les pas de l’apôtre pour qu’il n’annonce pas l’évangile aux nations. C’était une des causes des souffrances de l’apôtre.

Paul a servi le Seigneur comme le Seigneur a servi Lui-même, avec larmes, en toute humilité : rien n’a arrêté le Seigneur dans le chemin qu’Il a suivi ici-bas comme Serviteur, ni la haine des Juifs, ni la contradiction des pécheurs contre Lui-même. Rien n’a arrêté non plus l’apôtre : il n’a « rien caché des choses qui étaient profitables » (v. 20). Ce n’était pas de spéculations intellectuelles ou philosophiques qu’il venait entretenir ses auditeurs, il pensait à leur profit spirituel. Quand il avait quelque chose qui était pour leur profit, l’apôtre ne cachait rien de ce qu’il avait à leur dire. Il est important dans le ministère de penser au « profit » de ceux auxquels on est appelé à s’adresser : en 1 Corinthiens 12 l’apôtre emploie le mot « utilité » (v. 7), au ch. 14 le mot « édification ». C’est en fait le « profit » dont parle l’apôtre au v. 20 d’Actes 20.

v. 20 : « prêché et enseigné publiquement et dans les maisons » : ces deux activités, dans l’assemblée et au dehors ne sont sans doute pas exactement les mêmes. Si un service dans l’assemblée est encore rempli aujourd’hui, par contre le service dans les maisons manque beaucoup, et il manque beaucoup parce que probablement nous manquons d’anciens. Cela fait partie notamment du service de l’ancien. Peut-être manquons-nous d’anciens parce que, dans certains cas, nous avons perdu de vue l’enseignement de 1 Timothée 5. 17 à propos du « double honneur » qui est dû à l’ancien.

Un ancien s’occupant de l’assemblée comme il doit le faire, remplissant un service dans les maisons, peut être amené à délaisser son activité professionnelle, et l’assemblée est responsable de pourvoir largement à ses besoins matériels, comme aussi de lui manifester sa communion dans l’exercice de sa charge. Outre la considération et le respect dus à l’ancien, l’assemblée est heureuse de pourvoir aux besoins de l’ancien pour qu’il puisse remplir sa charge, et ce n’est là qu’un côté des choses : même si l’ancien dispose de ressources personnelles suffisantes, l’assemblée n’en est pas moins responsable de lui témoigner le « double honneur » – de lui manifester sa communion dans l’exercice de sa charge. Il y a sans doute à cet égard une défaillance dans les assemblées, dont on n’a généralement même pas conscience.

L’apôtre Pierre remplissait également un service dans les maisons, nous l’avons déjà remarqué à la fin du ch. 5 : « ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison » (v. 42). Pierre et Jean d’une part, Paul d’autre part, ont rempli ce service publiquement dans le temple ou dans l’assemblée, et d’autre part dans les maisons. Si nous lisons avec quelque attention l’évangile de Luc, nous serons frappés de voir combien de scènes se sont déroulées dans les maisons. Nous y verrons comment le Seigneur avait à cœur d’entrer dans les maisons et d’apporter ce qui répondait aux besoins. Nous ne savons pas assez nous « ouvrir » les uns aux autres et principalement aux anciens. Nous le ferions sans doute davantage si le service « dans les maisons » était rempli plus qu’il ne l’est.

v. 21 : Nous avons là la première partie de l’enseignement que l’apôtre a donné et qui est tout l’enseignement relatif au christianisme : « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ », la repentance qui suit la conversion (le demi-tour) et la foi au Seigneur Jésus Christ. Un pécheur qui fait « demi-tour » est amené à se repentir, non pas pour en rester là, mais pour tourner ses regards vers Celui qui a « porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pier. 2. 24). Dans l’évangile de Matthieu au ch. 20. 31, à propos des deux aveugles, il est dit : « La foule les reprit, afin qu’ils se tussent ; mais ils criaient plus fort, disant : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David. Et Jésus, s’arrêtant, les appela et dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? Ils lui disent : Seigneur que nos yeux soient ouverts ».

Nous pouvons remarquer que le Seigneur ne se contente pas de cette expression : « Aie pitié de nous ». Nous nous contenterions quelquefois de Lui dire : Aie pitié de nous ! Mais le Seigneur veut que nous confessions notre péché, que nous exprimions une confession précise. Il faut que nous reconnaissions que nous sommes aveugles moralement. Le jour où le Seigneur nous amène à comprendre ce que nous sommes et ce que nous avons fait, Il veut que nous confessions notre état et le manquement que nous avons à reconnaître. Ces aveugles confessent leur état avec la confiance qu’il sera répondu à leur foi : il y a chez eux la repentance et la foi au Seigneur Jésus Christ. En Marc 10. 52, récit analogue, le Seigneur dit à l’aveugle : « Va, ta foi t’a guéri », c’est la foi de cet homme qui l’a guéri. Nous savons bien que c’est la puissance divine qui a agi, mais le Seigneur attribue sa guérison à sa foi. Nous pouvons dire à l’âme qui est encore dans ses péchés, qu’elle doit se repentir et croire au Seigneur Jésus Christ. Nous pouvons prêcher aujourd’hui encore « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ».

v. 22 : Nous arrivons à la deuxième partie du discours de l’apôtre, qui commence par ces mots : « Et maintenant… ». C’est ce que l’apôtre avait personnellement devant lui : « Je m’en vais à Jérusalem ». En fait il se le proposait et n’avait pas une direction précise du Seigneur, un ordre. Il se proposait Jérusalem et Rome. Il a été à Jérusalem, puis il est allé à Rome comme prisonnier. On ne peut pas dire que, dans cette deuxième partie de son ministère, l’apôtre soit allé conduit par la puissance du Saint Esprit. L’apôtre ne se laisse pas arrêter : il ne cherchait pas sa propre gloire, il ne reculait pas devant la souffrance, ne craignait pas de mourir. Mais malgré les avertissements qui lui ont été donnés, il voulait aller à Jérusalem. Cela nous montre bien qu’Un seul a été le Serviteur parfait.

v. 23 : « L’Esprit Saint rend témoignage de ville en ville, me disant que des liens et de la tribulation m’attendent ». Le Saint Esprit rend témoignage ; c’est une de Ses activités. Le Saint Esprit parle. Nous l’avons déjà remarqué. Ch. 10. 19 : « L’Esprit Saint lui dit : Voilà, trois hommes te cherchent » ; ch. 13. 2 : « l’Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul ». L’Esprit Saint agit directement (tout en se servant d’un instrument), soit pour envoyer des serviteurs, soit pour rendre un témoignage.

v. 24 : « Je ne fais aucun cas de ma vie, ni ne la tiens pour précieuse à moi-même ». Nous nous souvenons des paroles que Satan a prononcées : « Peau pour peau, et tout ce qu’un homme a, il le donnera pour sa vie » (Job 2. 4). Eh bien ! l’apôtre peut déclarer en toute vérité : « Je ne fais aucun cas de ma vie, ni ne la tiens pour précieuse à moi-même ». Il est prêt à en faire le sacrifice. Il est prêt à mourir. Ce qu’il a devant lui c’est « d’achever sa course ». Ce verset nous montre que la course et le service sont deux choses différentes, sans quoi l’apôtre n’aurait pas dit « le service et non la course » : « pourvu que j’achève la course, et le service que j’ai reçu du Seigneur Jésus ». Quand on parle de la course, on donne souvent à ce mot cette signification : la vie. On dit de quelqu’un ; « Il a achevé sa course » quand il a terminé sa vie, alors que peut-être il n’a pas fait le premier pas dans la course. On devrait dire simplement : « Il a terminé sa vie ». La course est une sorte de voyage moral qui nous détache des choses d’ici-bas, qui nous débarrasse de nous-mêmes pour nous attacher à Christ, aux choses d’en-haut. « Achever sa course » c’est achever ce voyage moral. Quand un croyant arrive au terme de sa vie et qu’il est entièrement détaché des choses d’ici-bas, qu’il a les yeux fixés en haut, on peut dire qu’il a « achevé sa course ».

Un croyant qui cherche à accroître ses biens, qui n’est occupé que des choses terrestres, n’a pas fait le premier pas dans la course. Nous avons déjà remarqué cette expression : « comme Jean achevait sa course » (Act. 13. 25). Il était occupé et rempli de Celui qu’il présentait. Moralement il en avait fini avec les choses d’ici-bas : les dernières paroles qui nous sont rapportées de Jean le Baptiseur sont celles-ci : « Il faut que lui croisse, et que moi je diminue ». L’apôtre lui aussi désirait cela : « le connaître, Lui ». Ce désir lui a été accordé : il a achevé sa course.

Il a aussi achevé son service. Chacun a un service à accomplir. Les services sont différents, mais chacun a reçu le sien. Pour Paul c’était le service qu’il avait « reçu du Seigneur » sur le chemin de Damas, quand Ananias est venu lui parler. Le Seigneur dit à Ananias : « Va ; car cet homme m’est un vase d’élection pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël ; car je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (9. 15 et 16). Il en parle également au début de l’épître aux Galates : « Quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi, afin que je l’annonçasse parmi les nations, aussitôt, je ne pris pas conseil de la chair ni du sang » (Gal. 1. 15 et 16). Tel est le service qu’il avait reçu du Seigneur.

– Est-ce qu’on peut dire qu’il y a une différence entre la course et le combat de 1 Corinthiens 9 ?

– L’expression « je cours » dans ce passage est plutôt en relation avec le combat, tandis qu’en Hébreux 12 la course semble présentée dans un sens se rapprochant d’Actes 20. 24, bien que dans ces versets d’Hébreux 12, il soit question un peu plus loin du combat « contre le péché » (v. 4). Le combat fait partie du service et aussi de la course, bien qu’il y ait là des choses distinctes. Il faut combattre pour réaliser ce dépouillement de soi et des choses terrestres, le cœur étant occupé des choses célestes.

En 1 Timothée 1. 12 l’apôtre peut dire : « Je rends grâce au Christ Jésus, notre Seigneur, qui m’a fortifié, de ce qu’il m’a estimé fidèle, m’ayant établi dans le service, moi qui auparavant étais un blasphémateur, et un persécuteur, et un outrageux ». Il a été mis à part dès le ventre de sa mère, il a été établi dans le service. Il a reçu ce service du Seigneur.

Ce v. 24 se termine par l’expression : « pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu ». Il y a deux côtés : l’évangile de la grâce et la prédication du royaume de Dieu.

Nous avons souligné l’importance des paroles que l’apôtre Paul a été amené à adresser aux anciens de l’assemblée à Éphèse. Paul avait désiré qu’ils viennent le voir à Milet, car il voulait être à Jérusalem pour la Pentecôte (v. 16).

La première phase de l’histoire de l’Église, celle des travaux apostoliques, était terminée. La phase de la responsabilité des anciens commençait. Puisse-t-il y avoir, dans chacune des assemblées locales, des frères ayant à cœur de manifester les caractères de l’ancien et de s’occuper du troupeau !

L’apôtre Paul considère son ministère comme étant terminé. Il n’ira plus de ville en ville sous la direction du Seigneur et dans la puissance du Saint Esprit, pour la formation d’assemblées ou pour fortifier les disciples ; il ira çà et là comme prisonnier, là où les autorités l’emmèneront, rendant son témoignage. Nous avons déjà, lors de réunions précédentes, souligné ces deux parties bien distinctes du service de l’apôtre.

Le discours de l’apôtre aux anciens d’Éphèse se divise en quatre parties : la première du v. 18 au v. 21, les trois suivantes commençant chacune par les mots : « Et maintenant ».

Dans la première partie, Paul montre comment il a rempli son service. Il peut en appeler à la manière dont il s’est conduit : il a servi le Seigneur « en toute humilité », étant un imitateur du parfait modèle. Puis l’apôtre parle des larmes qu’il a versées, sans doute en raison des dangers que couraient les croyants. Il parle ensuite des embûches que lui ont dressées les Juifs : ils se sont opposés bien des fois à ce que l’apôtre présente l’évangile, particulièrement aux nations.

v. 20 : « Je n’ai rien caché des choses qui étaient profitables ». Il est important de présenter la vérité de manière qu’elle puisse être saisie par ceux à qui l’on s’adresse afin qu’elle leur soit « profitable ». Il est bon d’être simple dans la présentation de l’Écriture. On a souvent remarqué qu’en 1 Corinthiens 12 il est question de « l’utilité » et en 1 Corinthiens 14 sept fois de « l’édification ». Si les choses sont présentées avec simplicité, sans que la vérité soit en rien altérée, les âmes seront édifiées. La simplicité n’est pas vulgarité ou trivialité, ce qui serait une profanation des choses saintes. Nous ne présentons pas la Parole pour plaire à un auditoire, mais parce que l’Esprit de Dieu nous conduit, et nous avons toujours à le faire dans la dépendance du Saint Esprit.

Nous nous sommes ensuite arrêtés sur la fin du v. 20 en soulignant l’importance du service dans les maisons.

v. 21 : « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » : c’est le simple et pur évangile que l’apôtre prêchait et que nous sommes appelés à prêcher encore aujourd’hui.

v. 22 : Nous avons ces deux mots : « Et maintenant » qui commencent la deuxième partie de son discours. Nombreux ont été les témoignages de l’Esprit de Dieu quant à ce qui l’attendait à Jérusalem. Paul ne s’est cependant pas laissé arrêter par cela. Il ne faisait aucun cas de sa vie, pourvu qu’il achève sa course (v. 24). Il était prêt au sacrifice de sa vie dans le service de son Maître, s’il le fallait : L’apôtre Paul a prêché l’évangile. Ici il rappelle que c’est « l’évangile de la grâce de Dieu » : l’évangile s’adresse à des coupables qui ont besoin d’être graciés.

Dans les Romains, qui est, pourrait-on dire, l’épître de l’« évangile adressé aux croyants », au ch. 1. 1 nous avons la source de cet évangile : « Paul, esclave de Jésus Christ, apôtre appelé, mis à part pour l’évangile de Dieu ». Un peu plus loin il nous est dit quel est l’objet de cet évangile : l’évangile de Dieu « touchant son Fils » (v. 3). Nous avons une autre expression employée dans l’épître aux Éphésiens, qui nous dit quel est le but de cet évangile : « ayant entendu la Parole de la vérité, l’évangile de votre salut » (1. 13). Dieu est donc la source de l’évangile ; Christ, le Fils de Dieu, en est l’objet ; le but est de présenter le salut de Dieu en faveur de pécheurs perdus. Paul présentait Jésus comme Sauveur.

En 1 Timothée 1. 11 il est parlé de « l’évangile de la gloire du Dieu bienheureux ». C’est aussi un côté important de l’évangile, car non seulement il nous apporte la grâce, mais encore il nous prépare pour la gloire à venir. Et même l’apôtre écrit : « il les a aussi glorifiés » (Rom. 8. 30), c’est au passé. Le pécheur sauvé par grâce sera amené à la gloire du Dieu bienheureux. Nous avons part à Son propre bonheur et à Sa propre gloire. Dans la première épître aux Thessaloniciens, au ch. 2. 12, l’apôtre exhorte les Thessaloniciens à marcher « d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire ».

v. 25 : Ici commence la troisième partie du discours de Paul : « Et maintenant, voici, moi je sais que vous tous, parmi lesquels j’ai passé en prêchant le royaume de Dieu, vous ne verrez plus mon visage ». C’étaient donc des adieux définitifs pour la terre que l’apôtre faisait aux anciens d’Éphèse. Remarquons ici que l’apôtre ne dit pas qu’il a prêché l’évangile de la grâce mais « le royaume de Dieu ». C’est un autre côté. L’évangile de la grâce et de la gloire, c’est en rapport avec un Dieu Sauveur. Prêcher le royaume de Dieu, c’est présenter Christ comme Seigneur. Le royaume de Dieu est un domaine dans lequel tout doit manifester les caractères de Dieu, un Dieu qui est amour et lumière.

On entre dans le royaume de Dieu par la nouvelle naissance, comme nous le montre Jean 3 ; une fois entré dans le royaume, on doit en manifester les caractères. L’évangile selon Jean nous décrit les beautés et les gloires du royaume de Dieu, du ch. 3 au ch. 17. L’accent est mis sur la vie jusqu’au ch. 7 inclus, aux ch. 8 à 12, sur la lumière, et à partir du ch. 13, sur l’amour. L’expression « royaume de Dieu » revient environ quinze fois en Marc, trente fois en Luc, sept fois dans les Actes et cinq fois en Matthieu (6. 33 ; 12. 28 ; 19. 24 ; 21. 31 et 43) tandis que l’expression « royaume des cieux » n’est employée qu’en Matthieu. Dans cet évangile, le Seigneur est présenté comme le Messie, le Roi d’Israël ; mais Il a été rejeté par Son peuple (au ch. 11, Il constate Son rejet ; et dès le ch. 12, la porte est entrouverte aux nations v. 21). Au ch. 13, ce sont alors les paraboles du « royaume des cieux », économie nouvelle qui doit faire suite à l’économie juive. C’est pour cette raison que l’expression « royaume des cieux » ne se trouve que dans l’évangile selon Matthieu.

L’expression « royaume de Dieu » a une portée plus générale que « royaume des cieux ». L’expression « royaume des cieux » a un caractère dispensationnel, concerne une période donnée, une économie qui a suivi l’économie juive. Six des paraboles de Matthieu 13 nous décrivent le royaume des cieux. La première des sept paraboles de ce chapitre est la parabole du semeur. Les trois suivantes dépeignent l’aspect extérieur du royaume, les trois dernières nous disent ce qu’il y a pour le Seigneur à l’intérieur du royaume. (L’Assemblée est dans le royaume ; elle n’est pas le royaume. Elle est l’épouse du roi). Une septième parabole dans le ch. 25, celle des dix vierges, nous parle aussi du royaume des cieux. Il y a donc dix paraboles du royaume des cieux (les six du chapitre 13.24, 31, 33, 44 et 47 puis trois autres aux chapitres 18. 23, 20. 1, 22. 1, 25. 1).

Nous ne voyons pas présentement que l’autorité qui a son siège dans le ciel, s’exerce dans ce monde dont Satan est le chef. Aujourd’hui le royaume est donc établi « en mystère ». Il n’y a qu’un domaine dans ce monde où l’on puisse voir cette autorité exercée, c’est l’Assemblée : puisse-t-elle toujours y être reconnue, afin que chacun dans l’Assemblée y soit soumis ! C’est pourquoi l’évangile de Matthieu est le seul qui nous parle de l’Assemblée, comme aussi, nous l’avons vu, il est le seul qui nous parle du « royaume des cieux ». Au ch. 28 le Seigneur dit : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre » (v. 18). Si, dans le ciel, il est manifeste que cette autorité Lui appartient (1 Pier. 3. 22), si tout Lui est « soumis », il n’en est pas encore ainsi sur la terre.

Les caractères du royaume de Dieu sont « justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint ». Ce sont trois caractères essentiels du royaume de Dieu, comme nous l’indique ce passage de Romains 14. 17 – caractères qui par conséquent doivent être vus en ceux qui, par la nouvelle naissance, sont entrés dans le royaume de Dieu. Il ne consiste pas en des bénédictions matérielles : « le royaume de Dieu n’est pas manger et boire ». En Matthieu 5 le Seigneur nous présente les béatitudes du royaume. Il nous dit quels sont les caractères que doivent manifester les bienheureux qui ont part à ce royaume. Il y a d’abord (v. 3 à 9) un ensemble de sept béatitudes, quatre en rapport avec la justice pratique, trois en rapport avec l’amour ; avec, en outre, les deux dernières (v. 10 et v. 11) qui résument ces deux groupes, donc neuf au total. Le monde n’appellerait pas de tels hommes des bienheureux, ce qui montre bien qu’ils ne sont pas du monde.

– Est-ce qu’on peut dire que l’évangile du royaume qui sera présenté après l’enlèvement de l’Église sera un évangile différent ?

– Dans le principe, l’évangile est toujours une bonne nouvelle. Actuellement c’est l’évangile de la grâce de Dieu, de la gloire de Dieu, car il offre la grâce et conduit à la gloire. Dans la période qui suivra l’enlèvement de l’Église, l’évangile du royaume sera annoncé. Quelle sera la bonne nouvelle alors présentée ? Le royaume va être établi. Cet évangile annoncera le prochain établissement du royaume. Quelle « bonne nouvelle » pour les saints qui traverseront les terribles épreuves qui nous sont décrites dans l’Apocalypse ! Les évangélistes qui présenteront cette « bonne nouvelle » sont appelés les « envoyés du roi », le Seigneur les désigne ainsi : « l’un des plus petits de ceux-ci qui sont mes frères » (Mat. 25. 31 à 46). En les recevant, on recevra le Seigneur Lui-même. En les rejetant, on rejettera le Seigneur Lui-même. v. 26 : « C’est pourquoi je vous prends aujourd’hui à témoin que je suis net du sang de tous ». Nous avons déjà trouvé cette expression au ch. 18 quand l’apôtre présente l’évangile à Corinthe, où il rencontre de l’opposition : « Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations » (v. 6).

v. 27 : C’est une allusion au passage du prophète Ézéchiel aux ch. 3 et 33. L’apôtre pouvait dire aux croyants d’Éphèse qu’il avait entièrement dégagé sa responsabilité, car il n’avait mis aucune réserve à leur « annoncer tout le conseil de Dieu ». On voit donc les quatre points de l’enseignement de l’apôtre :

– La repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ

– L’évangile de la grâce de Dieu

– L’évangile du royaume de Dieu

– « Tout le conseil de Dieu », tout le propos de Dieu relatif à l’Église en particulier, le « mystère caché dès les siècles en Dieu ». Un mystère est quelque chose de caché à l’intelligence humaine et qui n’est connu que par une révélation de Dieu. Mais avant tout, le conseil de Dieu est pour la gloire de Christ. Quand nous parlons du conseil de Dieu, nous pensons surtout à nous-mêmes, nous ramenons tout à nous, cela montre l’égoïsme de nos cœurs. Certes, Dieu voulait avoir dans Sa présence des hommes sauvés et parfaits, mais ce n’est là qu’un moyen, ce n’est pas une « fin en soi ». On l’entend dire quelquefois, Dieu n’a pas été « pris au dépourvu » par l’entrée du péché dans le monde. Il ne pouvait pas l’être, car il n’aurait pas été Dieu s’il l’avait été. Dieu a permis l’entrée du péché dans le monde, c’est dire qu’il ne pouvait être « pris au dépourvu » par cela ! Il l’a permis afin que soient manifestées les perfections et les gloires de Christ. Quel est le but final du conseil de Dieu ? C’est Christ. Il a tout fait pour la gloire de Son Fils. Il savait de toute éternité jusqu’où pouvait aller l’amour de Son Fils et Il a voulu que l’amour de Son Fils soit pleinement révélé.

Nous restons quelquefois émerveillés en présence des beautés de la création, nous y voyons quelques-unes des gloires du Créateur. Mais quelles merveilles, combien plus élevées encore, dans la rédemption, dans la nouvelle création ! Dieu a permis l’entrée du péché dans le monde – ce qui n’enlève rien au fait que l’homme est entièrement responsable de sa désobéissance. Ensuite Dieu a fait l’épreuve de l’homme pendant quarante siècles. Cette épreuve ayant prouvé la ruine irrémédiable de l’homme, Dieu a envoyé Son Fils. Il fallait que Dieu soit glorifié par la vie de Son Fils dans ce monde. Il fallait Sa mort mais il fallait d’abord Sa vie. En vertu de Son œuvre, il y a maintenant des hommes sauvés, c’est-à-dire des adorateurs, rendus capables d’adorer le Père en Lui présentant l’excellence et les perfections de Son Fils. Un jour tout sera manifesté en gloire mais tout sera pour exalter Christ, pour louer Christ. C’est là ce que Dieu s’est proposé. S’Il a voulu une épouse pour Son Fils, c’est un « moyen » pour exalter la gloire de Son Fils. L’apôtre avait présenté tout cela.

– Est-ce qu’on peut dire que c’était l’objet de la prière de l’apôtre en Éphésiens 3. 18 : « afin que vous soyez capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur » ?

– Exactement cela, l’infini des conseils de Dieu. Maintenant nous connaissons en partie, mais alors nous connaîtrons comme nous avons été connus, quand nous pourrons entrer en plénitude dans tout le conseil de Dieu. L’Église a une part privilégiée et pour l’éternité. Nous sommes déjà, par la puissance du Saint Esprit, rendus capables de connaître et de comprendre l’amour de Dieu qui surpasse toute connaissance, la hauteur, la profondeur de tous les conseils divins.

v. 28 : Maintenant l’apôtre va présenter à ces anciens d’Éphèse trois exhortations :

1) « Prenez donc garde à vous-mêmes » : c’est d’abord à soi-même qu’il faut prendre garde,

2) « et à tout le troupeau » (v. 28),

3) « veillez » (v. 31).

Les mots « surveillant » ou « ancien », ou « évêque » sont des mots qui ont la même signification. L’apôtre Pierre nous dit dans quel esprit l’ancien doit prendre soin du troupeau : « J’exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien avec eux et témoin des souffrances de Christ, qui aussi ai part à la gloire qui va être révélée : paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous, le surveillant, non point par contrainte, mais volontairement, ni pour un gain honteux, mais de bon gré, ni comme dominant sur des héritages, mais en étant les modèles du troupeau » (1 Pier. 5. 1 à 3). La première responsabilité de l’ancien était de paître le troupeau, c’est-à-dire de donner la nourriture. Des brebis bien nourries sont des brebis que l’ennemi aura beaucoup de difficulté à détourner du chemin. Inversement, des brebis mal nourries sont une proie facile pour l’adversaire.

La « surveillance » de l’ancien ne doit pas être pénible mais exercée de bon cœur, de bon gré. Il doit donner l’exemple, « modèle du troupeau », par une marche inattaquable. Paître le troupeau de Dieu ne se fait pas dans l’assemblée seulement, mais aussi dans les maisons. L’ancien peut ne pas avoir de don pour présenter la Parole dans les assemblées, mais il est qualifié pour l’enseignement des brebis au cours de visites faites dans les maisons (1 Tim. 3. 2 : « propre à enseigner » ; Tite 1. 9).

Dans ce v. 28, l’expression « l’assemblée de Dieu » nous parle de la position élevée dans laquelle se trouvent ceux qui constituent l’assemblée, position dans laquelle la grâce nous a établis. L’expression « le troupeau » nous dit plutôt la faiblesse qui nous caractérise ; nous sommes, en effet, marqués par bien des faiblesses et des imperfections. Que les saints soient considérés dans la position élevée que la grâce leur a conférée, ou dans leur faiblesse, il faut que les anciens les paissent, donnent la nourriture nécessaire à chacun.

« L’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre Fils » (v. 28) : la distinction que nous faisons souvent :

1) Dieu a une famille, le Père a des enfants ;

2) Le Seigneur a une épouse, son Assemblée. Cela n’est pas conforme à ce que nous dit l’Écriture : l’Assemblée est aussi bien pour Dieu que pour Christ : Dieu se L’est acquise par le sang de Son propre Fils, le Seigneur s’est livré pour elle. Elle est chère au cœur de Dieu, elle est chère au cœur du Seigneur.

– Lorsque le Seigneur est appelé le chef de l’Assemblée, quelle pensée faut-il y voir ?

– Une pensée de relation et d’autorité. Relation : l’Assemblée est unie à Christ aussi étroitement que le corps à la tête (au chef ou : tête). Autorité : l’Assemblée est soumise à l’autorité de Dieu, à l’autorité du Seigneur. L’ordre qui doit régner dans son sein fait connaître la sagesse si diverse de Dieu (Éph. 3. 10). Les anges peuvent admirer la sagesse de Dieu dans l’Assemblée ; eux qui ont vu l’homme chassé du jardin d’Éden peuvent maintenant voir la sagesse si diverse de Dieu dans l’Assemblée. Il a amené jusqu’à une telle place ceux qui, pécheurs perdus, n’avaient aucun accès dans Sa présence !

v. 29 : L’apôtre s’exprime comme prophète ayant la connaissance des choses à venir : « Je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ». L’ennemi a pénétré dans l’enceinte où il n’aurait jamais dû pénétrer. Matthieu 7. 15 nous dit : « Soyez en garde contre les faux prophètes qui viennent à vous en habits de brebis, mais qui au dedans sont des loups ravissants » (ou : ravisseurs). On se laisse séduire par l’apparence : que de faux prophètes ont ainsi réussi à pénétrer dans l’Église ! Le diable se déguise en ange de lumière. Qu’il est sérieux de se laisser séduire par des apparences trompeuses !

Dieu seul peut nous donner le discernement de ce qu’il y a au dedans, dissimulé sous de telles apparences. Quand on voit actuellement des sectes présenter des doctrines sataniques, attentatoires à la gloire de la Personne du Seigneur, quand on voit leur activité, on peut comprendre combien l’ennemi travaille au sein de la chrétienté, et maintenant plus que jamais. Ces personnes se présentent « en habits de brebis ». On est étonné de voir combien de personnes se laissent séduire ! « Je vous exhorte, frères, à avoir l’œil sur ceux qui causent les divisions et les occasions de chute par des choses qui ne sont pas selon la doctrine que vous avez apprise ; et éloignez-vous d’eux. Car ces sortes de gens ne servent pas notre Seigneur Jésus Christ, mais leur propre ventre ; et par de douces paroles et un beau langage, ils séduisent le cœur des simples » (Rom. 16. 17 et 18). C’est bien cela en effet. Dans tous les temps, il y a eu de telles activités au sein de l’Église.

Mais répétons-le, de nos jours cette activité des faux docteurs est plus grande que jamais, ce qui est une preuve de plus du fait que nous sommes à la veille du retour du Seigneur. Que dit le bon Berger à propos du loup en Jean 10. 12 ? -: « L’homme qui reçoit des gages, et qui n’est pas le berger, à qui les brebis n’appartiennent pas en propre, voit venir le loup, et laisse les brebis et s’enfuit, et le loup les ravit, et il disperse les brebis. Or l’homme à gages s’enfuit, parce qu’il est un homme à gages et qu’il ne se met pas en souci des brebis ». Le loup ravit et disperse les brebis.

L’apôtre Paul fait ses adieux aux anciens d’Éphèse. Dans la première partie de son discours il leur dit quel a été son service en Asie et ce qu’a été sa prédication.

Nous avons repris notre lecture au v. 28. Nous avons déjà dit quelques mots sur les v. 28 et 29, dans lesquels l’apôtre présente des exhortations importantes. Les anciens devaient d’abord prendre garde à eux-mêmes ; veillant à eux-mêmes, ils auraient l’autorité morale pour s’occuper du troupeau. Donner la nourriture au troupeau, c’est le premier aspect du service qui est confié aux anciens (v. 26). L’apôtre Pierre exprime la même pensée (1 Pier. 5). Ensuite, il y avait déjà bien des dangers qui menaçaient l’Assemblée du temps des apôtres ; Dieu a permis que ces activités de l’ennemi se manifestent à ce moment-là, pour qu’Il puisse nous donner par le moyen des apôtres des enseignements à ce sujet.

« Prenez donc garde à vous-mêmes » ; « et à tout le troupeau » ; « veillez ». Voilà trois exhortations importantes qui sont présentées dans ces versets. L’apôtre avait véritablement une vision prophétique de ce qui allait survenir après son départ. Moïse avait la même vision prophétique quant à ce qui allait se passer après qu’il aurait été retiré. « Car je sais qu’après ma mort vous vous corromprez certainement, et que vous vous détournerez certainement du chemin que je vous ai commandé et il vous arrivera du mal à la fin des jours, parce que vous ferez ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, pour le provoquer à colère par l’œuvre de vos mains » (Deut. 31. 29). Ce que Moïse annonçait peu avant sa mort s’est déroulé, la suite de l’Écriture nous le montre, exactement comme il l’avait annoncé.

De la même manière, après le départ de Paul, les choses se sont passées comme il l’avait dit. Le départ de l’apôtre Paul était un départ sans succession, de même que celui de l’apôtre Pierre : « Mais j’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente, de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire, sachant que le moment de déposer ma tente approche rapidement, comme aussi notre seigneur Jésus Christ me l’a montré ; mais je m’étudierai à ce qu’après mon départ vous puissiez en tout temps vous rappeler ces choses » (2 Pier. 1. 13 à 15).

L’apôtre ne remet pas ceux qu’il allait laisser à un successeur, il les recommande « à Dieu et à la parole de sa grâce ». Paul et Pierre veulent que les croyants se souviennent des enseignements qu’ils leur avaient donnés. C’est à Dieu qu’ils les recommandent, à la Parole.

v. 29 : « Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau » : ce sont des adversaires qui devaient venir de l’extérieur et entrer au sein de la chrétienté. Cette activité de bien des ennemis de Christ et de l’évangile s’est exercée au sein de la chrétienté déjà dans ce temps-là pour essayer de ruiner le témoignage des apôtres. Quel contraste entre cette activité des « loups redoutables » et celle du bon Berger des brebis, Celui qui prend soin de l’ensemble du troupeau et de chacune des brebis qui le composent !

Déjà dans l’histoire d’Israël, Dieu a permis que des instruments de Satan pénètrent parmi le peuple de Dieu et Il dit pourquoi Il l’a permis : « S’il s’élève au milieu de toi un prophète, ou un songeur de songes, et qu’il te donne un signe ou un miracle, et que le signe arrive ou le miracle dont il t’avait parlé lorsqu’il disait : Allons après d’autres dieux, des dieux que tu n’as point connus, et servons-les : tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète, ni ce songeur de songes, car l’Éternel votre Dieu, vous éprouve, pour savoir si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme » (Deut. 13. 1 à 3). C’est un moyen que Dieu permet pour éprouver les cœurs : si un cœur aime le Seigneur véritablement, il ne se laissera pas détourner par l’activité de l’ennemi au sein du troupeau. En Juges 3, de même, il est dit : « Et ce sont ici les nations que l’Éternel laissa subsister pour éprouver par elles Israël, savoir tous ceux qui n’avaient pas connu toutes les guerres de Canaan ; et cela seulement afin que les générations des fils d’Israël connussent, en l’apprenant, ce que c’est que la guerre, ceux du moins qui auparavant n’en avaient rien connu… elles étaient laissées pour éprouver par elles Israël, pour savoir s’ils écouteraient les commandements de l’Éternel qu’il avait commandés à leurs pères par Moïse » (v. 1, 2 et 4). Il y a donc des moyens qui nous paraissent tels, que nous préférerions qu’ils ne soient pas exercés au sein de l’Église, mais que Dieu permet pour éprouver les cœurs. Si le cœur est attaché au Seigneur, il ne sera pas séduit par les artifices et les ruses de l’ennemi.

v. 30 : Ces « loups redoutables » et, d’autre part, ceux qui devaient se lever au sein de l’Église et « annoncer des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux », ont accompli le travail de l’adversaire. Il y a plusieurs passages des évangiles et des épîtres qui nous parlent de ces activités, contre lesquelles nous sommes mis en garde, entre autres celui-ci : « Soyez en garde contre les faux prophètes qui viennent à vous en habits de brebis, mais qui au dedans sont des loups ravissants » (ou ravisseurs) (Mat. 7. 15). Cette expression se rapproche de celle qu’emploie l’apôtre Paul. Ces « loups » se présentent de telle sorte que les âmes peuvent être séduites : ils ont généralement une belle apparence. « Or je vous exhorte, frères, à avoir l’œil sur ceux qui causent les divisions et les occasions de chute par des choses qui ne sont pas selon la doctrine que vous avez apprise ; et éloignez-vous d’eux. Car ces sortes de gens ne servent pas notre Seigneur Jésus-Christ, mais leur propre ventre ; et par de douces paroles et un beau langage – voilà l’« habit de brebis » – ils séduisent les cœurs des simples… Je désire que vous soyez sages quant au bien et simples quant au mal » (Rom. 16. 17 à 19).

En 2 Corinthiens 11. 13 à 15 l’apôtre démasque ces instruments dont Satan se sert : « Car de tels hommes sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, se transformant en apôtres de Christ ; et ce n’est pas étonnant, car Satan lui-même se transforme en ange de lumière : ce n’est donc pas chose étrange si ses ministres aussi se transforment en ministres de justice, desquels la fin sera selon leurs œuvres ». Il y a encore un passage à ce sujet dans l’épître aux Galates : « des faux frères furtivement introduits, qui s’étaient insinués pour épier la liberté que nous avons dans le Christ Jésus » (2. 4). De même en 2 Pierre 2. 1 et 2 : « Il y a eu aussi de faux prophètes parmi le peuple, comme aussi il y aura parmi vous de faux docteurs qui introduiront furtivement des sectes de perdition, reniant aussi le maître qui les a achetés, faisant venir sur eux-mêmes une prompte destruction ; et plusieurs suivront leurs excès… ». En Jude 4 : « Certains hommes se sont glissés parmi les fidèles inscrits jadis à l’avance pour ce jugement ». Nous voyons combien est dangereuse cette activité de ceux qui se glissent parmi les fidèles pour égarer les croyants comme autrefois les faux prophètes l’avaient fait pour le peuple de Dieu. L’apôtre montre cette double action de ceux qui, venant du dehors – et de ceux qui au dedans sont, comme les premiers, les instruments de l’ennemi.

– Est-ce que ce n’est pas l’enseignement que l’on retrouve en Apocalypse 2 à propos de Pergame ? Il est parlé de ceux « qui tiennent la doctrine de Balaam » (v. 14) et il est dit à Pergame : « Repens-toi donc autrement je viens à toi promptement, et je combattrai contre eux par l’épée de ma bouche » (v. 16).

– Sans doute Apocalypse 2 nous montre bien des activités de l’ennemi qui ont travaillé à ruiner l’Église. Nous avons aux ch. 2 et 3 la réalisation de ce que l’apôtre avait annoncé. De même à Thyatire au v. 20 : « J’ai contre toi, que tu laisses faire la femme Jésabel qui se dit prophétesse ; et elle enseigne et égare mes esclaves en les entraînant à commettre la fornication et à manger des choses sacrifiées aux idoles ». Qu’est-ce qui est reproché à la partie particulièrement responsable de l’assemblée ? C’est de « laisser faire ». Il y a bien des cas dans lesquels on manque d’énergie pour arrêter des activités néfastes, activités qui ont pour effet d’égarer les croyants.

Comme il est important, dans ces conditions, de rappeler les caractères de Philadelphie qui sont ceux d’un témoignage fidèle : « Tu as gardé ma parole et tu n’as pas renié mon nom » (3. 8), caractères que nous sommes responsables de manifester dans les jours auxquels nous sommes parvenus. On pourrait encore citer le passage souvent rappelé de la deuxième épître de Jean relativement à la conduite à tenir vis-à-vis de ceux qui n’apportent pas la « doctrine du Christ » : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses mauvaises œuvres » (v. 10). Il ne s’agit pas de discuter avec lui, il ne faut ni le recevoir, ni le saluer. En le saluant, on est associé à ses mauvaises œuvres. Il faut marquer une séparation extrêmement nette.

– Est-ce qu’on peut rapprocher ce passage d’Ézéchiel 44. 8 : « Vous avez établi pour vous des étrangers pour vaquer à mon service dans mon sanctuaire » ?

– Quel reproche est ainsi adressé par l’Éternel à son peuple ! En contraste avec cela l’Esprit de Dieu souligne la fidélité des sacrificateurs, fils de Tsadok : « Mais les sacrificateurs, les Lévites, fils de Tsadok, qui ont fait l’acquit de la charge de mon sanctuaire, quand les fils d’Israël se sont égarés d’auprès de moi, eux s’approcheront de moi pour faire mon service, et se tiendront devant moi, pour me présenter la graisse et le sang, dit le Seigneur, l’Éternel » (v. 15).

« Pour attirer les disciples après eux » (fin du v. 30) : quelle responsabilité pour ces hommes, qui deviennent en quelque sorte un centre de rassemblement ! C’est prendre la place de Christ. En fait, ils étaient là, au sein de l’Église, « mais ils n’étaient pas des nôtres car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous » (1 Jean 2. 19). C’est là l’esprit de l’antichrist, qui prend la place de Christ : « Petits enfants, c’est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’antichrist vient, maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, par quoi nous savons que c’est la dernière heure ; ils sont sortis du milieu de nous » (1 Jean 2. 18). Ce n’étaient pas des croyants. Si nous laissons pénétrer au sein de l’assemblée des éléments qui n’y ont pas leur place, tôt ou tard, leur état se manifestera. L’esprit de l’antichrist c’est l’esprit qui consiste, en fait, à prendre la place de Christ. Ceux qui sont appelés les « plusieurs antichrists » prennent déjà la place de Christ ; ils attirent les disciples « après eux ».

v. 31 : C’est ici que nous avons la troisième exhortation dont nous avons parlé : « Veillez ». L’apôtre fait précéder cette exhortation de l’expression « c’est pourquoi ». Cette exhortation est nécessaire en raison de ce qu’il a présenté. En raison des dangers qui vous menacent, leur dit en quelque sorte l’apôtre, veillez. Puisque nous n’ignorons pas les desseins de l’ennemi, veillons. Si nous ne sommes pas de ceux qui veillent et qui prient, nous risquons de nous laisser entraîner et de tomber dans les pièges de l’adversaire. Il faut se souvenir que l’ennemi se présente toujours sous les meilleurs aspects. On a besoin de veiller pour ne pas se laisser séduire par les apparences trompeuses et pour discerner la réalité qui se cache derrière ces apparences.

L’apôtre rappelle ce qu’a été son service pastoral à Éphèse : « durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes » ; ils avaient été avertis par l’apôtre des dangers qui les menaçaient, et Paul les exhorte à l’imiter dans son service. « Je n’ai cessé nuit et jour » : c’était un service de tous les instants. Pourquoi cela ? Parce qu’il aimait le Seigneur, parce qu’il aimait l’Assemblée et il aimait l’Assemblée avant tout parce qu’elle a du prix pour le cœur du Seigneur. Nous employons parfois l’expression « chacun de vous » d’une façon générale mais nous ne doutons pas que si ces mots sont dans l’Écriture c’est bien que chacun de ces croyants avait été l’objet des soins et des exhortations de l’apôtre… En pensant aux dangers auxquels ils étaient et seraient exposés, l’apôtre pleurait tandis qu’il les avertissait ; il versait beaucoup de larmes (v. 31).

v. 32 : nous arrivons à la dernière des quatre divisions du discours de l’apôtre. Il va présenter les ressources qui demeurent. Si l’ennemi a cherché à ruiner ce que Dieu à établi, il y a les ressources de la foi, contre lesquelles il ne peut rien, qui sont suffisantes pour aller jusqu’au bout. Nous sommes assurés de pouvoir, à l’aide de ces ressources, si nous savons les employer, réaliser ce témoignage philadelphien dont nous avons parlé.

« Je vous recommande à Dieu et à la Parole de sa grâce », non pas à un successeur. La Parole est comme personnifiée dans ce passage, c’est pourquoi l’apôtre ajoute « qui a la puissance ». Dieu et la Parole de sa grâce forment un tout et c’est ce tout qui est remplacé par « qui » ou « lequel ». L’ennemi est puissant, mais Dieu est plus puissant encore. Christ a triomphé de lui au désert et à la croix. Nous sommes donc du côté du Vainqueur. Christ a triomphé de l’adversaire au désert par la Parole de Dieu. Dieu demeure. La Parole demeure ; elle nous a été conservée à travers les siècles. Est-ce que nous apprécions à sa juste valeur le privilège d’avoir la Parole de Dieu entre les mains ? Dans quel désarroi nous nous trouverions si nous ne l’avions plus !

Il arrivera un moment, après l’enlèvement de l’Église, où la Parole disparaîtra de la terre : on la cherchera et on ne la trouvera pas (Amos 8. 11 et 12). Lisons-la avec tout le respect et la crainte qui conviennent, sans aucun esprit raisonneur. L’homme inconverti se permet de juger la Parole de Dieu. Il s’en arroge le droit. C’est un outrage. La Parole de Dieu est « vivante et opérante » (Héb. 4. 12) (elle opère, elle est puissante : elle a « la puissance d’édifier »). Nous avons donc des ressources qui demeurent jusqu’à la fin et qui sont suffisantes en face des dangers auxquels nous sommes exposés.

L’apôtre pouvait écrire à son enfant Timothée : « Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises et que, dès l’enfance tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus. Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3. 14 à 17). Quel privilège avait eu Timothée d’être instruit dès l’enfance dans les saintes lettres ! Quel privilège ont les enfants de parents chrétiens qui sont enseignés dans la Parole dès leur jeune âge !

L’ennemi emploie bien des moyens pour nous détourner de la Parole. Il sait que s’il réussit à le faire, il enlève de nos mains l’arme dont nous avons besoin dans le combat chrétien, « l’épée de l’Esprit » (Éph. 6. 17), épée que nous ne pouvons manier que dans la dépendance du Saint Esprit. Elle ne sera « opérante » que si nous l’utilisons avec le secours de l’Esprit « qui a la puissance d’édifier » : c’est pour le présent, « et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés » : c’est notre avenir.

– En Jean 17 le Seigneur dit : « Sanctifie-les par la vérité ; ta Parole est la vérité » (v. 17). Est-ce une pensée parallèle ?

– En Jean 17 il s’agit de la séparation, de la mise à part des croyants. Le Fils demande au Père de tenir les Siens séparés du monde, monde dans lequel nous sommes présentement. C’est par l’action puissante de la Parole opérant dans nos cœurs que cette séparation sera réalisée. Présentement nous ne sommes pas du monde comme le Seigneur n’en était pas : nous sommes sanctifiés par la Parole. Et pour le jour à venir, Christ entrera en possession de Son héritage et nous hériterons avec Christ. La Parole qui aura été tout au long du chemin, l’arme et la puissance sanctifiante des croyants, cette Parole nous donnera « un héritage avec tous les sanctifiés ».

À propos de l’expression « je vous recommande à Dieu », en Actes 14. 23 nous lisons : « ils… les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru ». Voilà les « recommandations » de l’apôtre.

Quelle puissance il y a dans la Parole ! Ne le perdons pas de vue. Nous gémissons sur notre faiblesse, et certainement elle est grande. Mais nous avons des ressources auxquelles nous pouvons et devons puiser. Dans la première épître de Jean il est écrit au ch. 2. 14 : « Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la Parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le méchant ». Qu’est-ce qui leur donnait cette force ? C’était la Parole de Dieu qui, habitant en eux, leur permettait de vaincre le méchant.

En Colossiens 3. 16 nous sommes exhortés à ce que la « Parole du Christ habite en nous richement », « richement » nous parle d’une abondance qui dépasse les besoins. La Parole habitant dans le cœur, les affections du cœur, les pensées sont formées par elle. Nous avons aussi en Éphésiens 3. 16 l’expression : « fortifiés en puissance par son Esprit » : la Parole et l’Esprit de Dieu, voilà ce qui peut nous rendre forts de la force de Dieu. La Parole de Dieu, l’Esprit de Dieu demeurent avec nous jusqu’à la fin. Au résidu fidèle il est dit en Aggée 2. 5 : « La Parole… et mon Esprit, demeurent au milieu de vous ; ne craignez pas ».

L’apôtre Jacques écrit : « C’est pourquoi, rejetant toute saleté et tout débordement de malice, recevez avec douceur la Parole implantée, qui a la puissance de sauver vos âmes » (1. 21) et au v. 25 : « Celui qui aura regardé de près dans la loi parfaite, celle de la liberté, et qui aura persévéré, n’étant pas un auditeur oublieux, mais un faiseur d’œuvre, celui-là sera bienheureux dans son faire ».

« La puissance de sauver vos âmes ». Le mot « sauver » est employé ici avec les trois sens que lui donne l’Écriture : le salut de l’âme, le salut tout le long du chemin et la délivrance finale. Quelle puissance il y a dans la Parole ! Quand nous méditons un peu sur les trois tentations au désert et que nous voyons le Seigneur, par le moyen d’un seul verset, fermer la bouche à l’adversaire, nous pouvons bien dire : quelle puissance il y a dans la Parole ! Si nous la connaissions davantage, si elle habitait en nous « richement », si nous la mettions en pratique, nous serions des « jeunes gens forts » et alors nous vaincrions l’ennemi tandis que trop souvent nous sommes vaincus par lui.

Nous avons souligné les trois exhortations adressées par Paul aux anciens d’Éphèse : prenez garde à vous-mêmes, prenez garde à tout le troupeau, veillez. Elles étaient d’une grande importance pour eux, elles sont d’une grande importance pour nous. Déjà Paul pouvait leur parler de l’activité des loups redoutables qui entreraient parmi eux et de ceux qui se lèveraient d’entre eux-mêmes pour attirer les disciples après eux. Peu après le départ de Paul, cette double activité de l’adversaire s’est manifestée, et elle se manifeste encore de nos jours.

Dans la dernière partie du discours de l’apôtre sont indiquées les ressources auxquelles les anciens d’Éphèse pourraient avoir recours. Ce sont les mêmes qui demeurent encore aujourd’hui à notre disposition. Ces ressources sont suffisantes pour aller jusqu’au bout. L’apôtre ne recommande pas les croyants d’Éphèse à un successeur mais « à Dieu et à la Parole de sa grâce ». C’est Dieu qui parle par le moyen de la Parole inspirée, c’est Sa Parole. Nous avons insisté sur la puissance de la Parole, faisant remarquer que le Seigneur, au désert, en citant un verset de l’Écriture, a fermé la bouche à l’adversaire. C’est comme Homme qu’Il a fait cela.

En lisant la Parole de Dieu nous avons besoin d’être gardés dans une sainte crainte. Nous devons la lire avec respect, avec prière. Il est remarquable de voir que, dans les temps de faiblesse que nous traversons, la puissance divine reste à notre disposition. Dans la deuxième épître à Timothée qui est l’épître des derniers jours, il est question, dans le premier chapitre, de la puissance de Dieu (v. 9), de la puissance du Seigneur (v. 12) et de la puissance du Saint-Esprit (v. 7). Si nous étions plus fidèles, si nous avions plus de foi, nous pourrions voir se déployer, plus encore que nous ne le voyons, la puissance de Dieu, la puissance du Seigneur, la puissance du Saint Esprit, notamment par le moyen de la Parole qui porte en elle sa propre puissance.

« Édifier », nous l’avons noté, c’est pour le temps présent ; « vous donner un héritage avec tous les sanctifiés », c’est pour le temps à venir. Nous sommes déjà sanctifiés, nous avons devant nous l’héritage. Que de pensées sont contenues au v. 32 ! Une des ressources qui est à notre disposition, c’est la Parole. Puissions-nous en apprécier toujours davantage la valeur ! Que la grâce nous soit accordée de manifester les caractères philadelphiens dans un temps de ruine : garder Sa Parole et ne pas renier le nom du Seigneur !

« Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3. 16 et 17). On peut rappeler également les versets qui précèdent : « Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises, et que dès l’enfance, tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus » (v. 14 et 15). Nous pouvons remarquer aussi ce que l’apôtre écrit aux Romains à propos de l’évangile : « il est la puissance de Dieu en salut à quiconque croit » (1. 16). La puissance ne se trouve pas dans les moyens employés pour l’évangélisation ; l’évangile est « la puissance de Dieu ».

v. 33 : Dans les versets que nous avons déjà considérés, l’apôtre nous dit ce qu’il a fait. Ici il nous dit ce qu’il n’a pas fait : « Je n’ai convoité ni l’argent, ni l’or, ni la robe de personne ». Il n’avait pas de motifs intéressés : il n’a rien désiré, rien recherché. Dans l’épître aux Éphésiens, il adresse à ces croyants « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », une exhortation qui va plus loin que ce qu’il dit dans notre passage, et qui surprend un peu, surtout eu égard à la position élevée de ces croyants telle que l’apôtre la souligne dans cette épître : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin » (4. 28). Le début du verset va donc plus loin que l’absence de convoitise. L’apôtre s’adresse à ceux qui jouissaient de leur position céleste en Christ et qui peut-être autrefois avaient été de ceux qui dérobaient.

v. 34 : « Vous savez vous-mêmes que ces mains ont été employées pour nos besoins et pour les personnes qui étaient avec moi » : l’apôtre travaillait de ses propres mains, non seulement pour pourvoir à ses propres besoins, mais aussi pour donner à ceux qui étaient dans le besoin comme nous l’avons lu en Éphésiens 4. On voit quelle a été l’activité de l’apôtre, non seulement dans le service de la Parole, pour l’évangile, mais aussi dans tout le travail manuel qu’il était amené à accomplir.

Il y a la même pensée en 1 Samuel 12. 3 à 5 : « De qui ai-je pris le bœuf ? ou de qui ai-je pris l’âne ? ou à qui ai-je fait tort ? à qui ai-je fait violence ? ou de la main de qui ai-je pris un présent pour que par lui j’eusse fermé mes yeux ? et je vous le rendrai. Et ils diront : Tu ne nous as point fait tort, et tu ne nous as point fait violence, et tu n’as rien pris de la main de personne. Et il leur dit : L’Éternel est témoin contre vous, et son oint est témoin aujourd’hui, que vous n’avez rien trouvé dans ma main. Et ils dirent : Il en est le témoin ».

– C’est bien la même pensée en effet, mais l’apôtre va plus loin. Non seulement il n’a pas pris, mais il n’a même pas convoité, et il a travaillé pour donner à ceux qui étaient dans le besoin. En 2 Thessaloniciens l’apôtre lie la paresse et l’inactivité au désordre : « il y en a quelques-uns parmi vous qui marchent dans le désordre, ne travaillant pas du tout » (3. 11).

Dans le verset suivant il les exhorte à travailler paisiblement, et un peu plus haut, au v. 7 : « vous savez vous-mêmes comment il faut que vous nous imitiez, car nous n’avons pas marché dans le désordre au milieu de vous, ni n’avons mangé du pain chez personne gratuitement, mais dans la peine et le labeur, travaillant nuit et jour pour n’être à charge à aucun de vous : non que nous n’en ayons pas le droit, mais afin de nous donner nous-mêmes à vous pour modèle, pour que vous nous imitiez ».

Certains font du travail l’élément dominant de leur vie ; d’autres, au contraire, vivent dans l’oisiveté. D’un côté comme de l’autre il y a un réel danger ; la Parole nous met en garde contre l’un et l’autre. Dans le monde, tel qu’il est de nos jours, agité et tourmenté, on ne sait plus guère ce que c’est que de travailler paisiblement. Il y a de nombreux passages où l’apôtre insiste sur cet enseignement. Ainsi en 1 Thessaloniciens 4. 11, il écrit : « vous appliquer à vivre paisiblement, à faire vos propres affaires et à travailler de vos propres mains, ainsi que nous vous l’avons ordonné, afin que vous marchiez honorablement envers ceux de dehors et que vous n’ayez besoin de personne ». Il y a donc là un témoignage à rendre vis à vis de ceux de dehors. Quel exemple nous avons dans l’apôtre ! Il peut bien nous dire : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 11. 1) : imitateurs de Celui qui a travaillé de Ses propres mains. Il a été le fils du charpentier et charpentier Lui-même (Marc 6. 3). Il est bon de rappeler cela dans un temps où les métiers manuels sont considérés comme plus ou moins inférieurs aux travaux intellectuels. Que de passages nous trouvons dans la Parole qui mettent en honneur les métiers manuels !

v. 35 : « Je vous ai montré en toutes choses qu’en travaillant ainsi il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » : l’apôtre travaillait pour ceux qui étaient avec lui, il secourait les faibles. Il dit en Galates 2. 10 : « voulant seulement que nous nous souvinssions des pauvres, ce qu’aussi je me suis appliqué à faire ». On voit comme l’apôtre pensait à ceux qui étaient dans le besoin. L’apôtre n’était pas riche mais si peu fortuné qu’il ait été, il secourait les faibles.

Comme on l’a remarqué bien des fois, les paroles rapportées à la fin du v. 35 sont des paroles que nous ne trouvons pas dans les évangiles. Beaucoup de paroles du Seigneur n’ont pas été consignées dans les évangiles. Les apôtres connaissaient certainement bien des paroles prononcées par le Seigneur et qui ne sont pas dans l’Écriture. En Jean 21. 25, il est écrit : « Il y a aussi plusieurs autres choses que Jésus a faites, lesquelles, si elles étaient écrites une à une, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qui seraient écrits ». Nous pouvons y inclure sans doute aussi les paroles qu’Il a dites. L’expression employée dans ce verset de Jean 21 peut paraître très forte. Il semble que la pensée soit essentiellement celle-ci : les paroles, les actes du Seigneur sont infinis ; or, le monde entier qui est le domaine du fini ne peut contenir l’infini. Ce passage nous montre également que bien des actions exercées, et sans doute bien des paroles dites par le Seigneur, ne sont pas rapportées dans l’Écriture.

Ce verset 35 d’Actes 20 renferme un principe important : il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir et une bénédiction est promise à celui qui donne. Cela est vrai dans le domaine des choses matérielles mais cela est vrai aussi dans le domaine spirituel : « Celui qui arrose sera lui-même arrosé » (Prov. 11. 25). Celui qui arrose recevra une bénédiction dont il pourra apprécier toute la valeur.

– Est-ce la même pensée qu’en 2 Corinthiens 9. 10 et 11 : « Or celui qui fournit de la semence au semeur et du pain à manger, fournira et multipliera votre semence, et augmentera les fruits de votre justice, étant de toute manière enrichis pour une entière libéralité, qui produit par nous des actions de grâces à Dieu » ?

– Certainement. L’apôtre donne cet enseignement pour encourager les Corinthiens à la libéralité. Plus haut, au v. 6, il écrit : « Celui qui sème chichement moissonnera aussi chichement, et celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement. Que chacun fasse selon qu’il se l’est proposé dans son cœur, non à regret ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement ». On peut également rappeler les paroles que le Seigneur, en Luc 14, adresse à celui qui l’avait convié : « quand tu fais un festin, convie les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles ; et tu seras bienheureux car ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille : car la pareille te sera rendue en la résurrection des justes » (v. 13 et 14). Il nous faut donner sans espoir de recevoir quelque chose en retour, mais avec l’assurance que Dieu saura récompenser celui qui aura donné libéralement car Dieu aime celui qui donne joyeusement.

On peut rappeler la scène de Luc 21 : « Et comme il regardait, il vit des riches qui jetaient leurs dons au trésor. Et il vit aussi une pauvre veuve qui y jetait deux pites. Et il dit : En vérité, je vous dis que cette pauvre veuve a jeté plus que tous les autres ! car tous ceux-ci ont jeté aux offrandes de Dieu leur superflu, mais celle-ci y a jeté de sa pénurie, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Elle ne se doutait guère qu’il y avait sur la terre un regard pour sonder sa foi et une bouche pour proclamer ce que Dieu était capable d’opérer dans le cœur et par le moyen d’une pauvre veuve. Elle a déjà reçu une première récompense et le Seigneur la récompensera à nouveau en Son jour. Ce que le Seigneur apprécie ce n’est pas l’importance du don, c’est le mobile qui fait agir, c’est ce qu’il y a dans le cœur et il appréciait beaucoup plus ce que cette pauvre veuve avait fait que ce que les riches jetaient aux offrandes de Dieu. Celui qui sonde les cœurs connaît les motifs de nos actions.

C’est le témoignage rendu aux Philippiens : « je suis comblé, ayant reçu d’Épaphrodite ce qui m’a été envoyé de votre part…, un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu : mais mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus » (ch. 4. 18 et 19).

Ces expressions qui terminent le v. 18 sont remarquables. Elles nous disent comment le Seigneur apprécie ce qui est donné. C’est « un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu ».

« Il est plus heureux de donner que de recevoir » : c’est là la dernière parole de Paul aux anciens d’Éphèse. Il avait donné beaucoup, matériellement mais aussi spirituellement. Et l’apôtre termine en disant, en fait, qu’il était, lui, le plus heureux.

v. 36 : Après avoir terminé son discours, « il se mît à genoux et pria avec eux tous ». Les paroles de la prière de l’apôtre ne nous sont pas rapportées mais nous pouvons bien penser qu’il devait prier Dieu pour les anciens d’Éphèse, pour l’assemblée, puisque l’histoire de l’assemblée d’Éphèse peut être considérée comme une image de celle de l’Assemblée dans son entier, du commencement à la fin. L’apôtre, en 2 Timothée 1. 12 écrit : « Je sais qui j’ai cru et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder ce que je lui ai confié, jusqu’à ce jour-là ».

v. 37 et 38 : Nous comprenons combien fut touchante la scène qui suivit. L’apôtre et les anciens d’Éphèse sont dans les larmes. Ce qui les attristait, c’est que c’était une scène d’adieux définitifs pour la terre : Paul leur avait dit qu’ils ne verraient plus son visage. On comprend que dans une scène aussi touchante que celle-là, ils aient couvert Paul de baisers. Il n’y a pas, dans les Écritures, beaucoup de scènes où l’on voit des frères se couvrir de baisers.

Dans les scènes courantes, l’Écriture ne nous parle que d’un baiser. Il y a cinq passages où il est question d’un baiser et non de plusieurs. « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser » (Rom. 16. 16). « « Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser ». (1 Cor. 16. 20). « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser » (2 Cor. 13. 12). « Saluez tous les frères par un saint baiser » (1 Thess. 5. 25). « Saluez-vous les uns les autres par un baiser d’amour » (1 Pier. 5. 14). Voilà donc ce que nous dit l’Écriture, et il est certain que l’on devrait toujours s’en tenir à l’Écriture, sur ce point également.

Quand on pense un peu à tout ce que les anciens d’Éphèse avaient reçu par le ministère de Paul, il avait passé trois ans avec eux (v. 31), quand on pense à l’attachement des anciens d’Éphèse pour Paul, on comprend quelle douleur ils éprouvaient à la pensée qu’ils ne le reverraient plus.

L’évangile de Luc, dans la parabole du fils prodigue, au ch. 15, nous montre le père couvrant son fils de baisers. C’est bien une scène exceptionnelle. Le retour d’un fils prodigue conduit à une telle manifestation. Ainsi qu’en Luc 7. 38. C’est une très belle scène, également exceptionnelle.

« Et ils l’accompagnèrent au navire » comme on accompagne un voyageur qui s’en va.

Ch. 21

Au ch. 21. 1 nous lisons : « Et quand, nous étant arrachés d’auprès d’eux » : ils étaient tellement liés à l’apôtre, et lui tellement lié à eux qu’ils semblent ne pas pouvoir se quitter. Il faut qu’ils « s’arrachent ».

v. 2 à 4 : « Ayant trouvé un navire », ils abordent à Tyr. Tyr était une grande ville, riche, extrêmement prospère, dont il est parlé plusieurs fois dans les Écritures et pour la première fois en Josué 19. 29. Il y avait des disciples à Tyr, vraisemblablement une assemblée, c’est pourquoi Paul y reste sept jours. Les disciples de cette assemblée locale lui font une déclaration : « Ils dirent à Paul, par l’Esprit, de ne pas monter à Jérusalem » (v. 4). Elle confirme celle du ch. 19. 21. Ils avaient conscience de faire cette déclaration à Paul, conduits par le Saint Esprit. La suite du récit nous montre que Paul n’a pas écouté cette déclaration bien qu’elle ait été faite par l’Esprit.

v. 5 et 6 : Ils accompagnèrent Paul avec femmes et enfants hors de la ville. C’est une scène d’adieux touchante qui nous est dépeinte. Les enfants ont été amenés pour assister à cette scène et nous pouvons penser qu’ils en ont gardé une trace profonde : ils gardent (comme nous d’ailleurs) le souvenir des circonstances qu’ils ont vécues alors qu’ils perdent souvent celui des paroles qu’ils ont entendues.

En 2 Chroniques 20 à la fin du v. 12 nous lisons : « il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi ! Et tout Juda se tenait devant l’Éternel, avec leurs petits-enfants, leurs femmes et leurs fils ». Les petits enfants étaient instruits des dangers que courait le peuple ; une impression à été sans doute marquée chez eux par la scène qu’ils ont vécue. Il est réjouissant que les enfants reçoivent des impressions heureuses et durables. Par contre ils peuvent recevoir des impressions ou des influences mauvaises : « des Juifs… avaient pris des femmes asdodiennes, ammonites, moabites ; et leurs fils parlaient à moitié l’asdodien et ne savaient pas parler le Juif, mais selon la langue de l’un ou l’autre peuple » (Néh. 13. 23 et 24).

v. 7 : « Et quant à nous, achevant notre navigation, nous arrivâmes de Tyr à Ptolémaïs ; et ayant salué les frères, nous demeurâmes un jour auprès d’eux » : il y avait sans doute une assemblée à Ptolémaïs, et Luc était avec Paul puisque le pronom « nous » est employé ici.

v. 8: « Et le lendemain, étant partis, nous vînmes à Césarée ». Il est déjà question de Césarée en Actes 10. C’est là qu’était Corneille. Certains auteurs ont écrit qu’il y avait une assemblé formée à Césarée, et que c’était la première assemblée des nations ; d’après les Actes, il semble que ce soit Antioche (Act. 11). En effet, on ne voit pas, à la fin d’Actes 10, qu’une assemblée ait été formée à Césarée, et il ne semble pas que le ministère de Pierre ait eu spécialement pour objet de former des assemblées, tandis que Paul avait reçu la révélation du « mystère caché dès les siècles en Dieu ».

Lorsque Paul arrive à Césarée (Act. 21. 8) il est certain qu’il y avait alors une assemblée (Act. 18. 22), mais l’Écriture ne nous dit pas quand elle a été formée. Il entre dans la maison de Philippe l’évangéliste. On voit combien Dieu est bon pour Son serviteur : il lui ménage cet arrêt à Césarée et cette rencontre avec Philippe. Il a été certainement heureux de rencontrer Philippe, dont il a déjà été question en Actes 6. 5 : « Et ils choisirent Étienne, homme plein de foi et de l’Esprit Saint, et Philippe » et en Actes 8. 5 : « Et Philippe, étant descendu dans une ville de la Samarie, leur prêcha le Christ. Et les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait » et plus loin au v. 26 : « Et un ange du Seigneur parla à Philippe, disant : Lève-toi, et va vers le midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza » et v. 29 : « Et l’Esprit dit à Philippe : approche-toi et joins-toi à ce char ». Philippe explique à l’eunuque de la reine Candace ce passage d’Ésaïe qu’il ne comprenait pas et va ensuite le baptiser. « Philippe fut trouvé à Azot ; et en passant au travers du pays, il évangélisa toutes les villes jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée », c’est-à-dire dans la ville qui était la sienne, dans la localité où il résidait.

v. 9 : « Or il avait quatre filles vierges qui prophétisaient » : c’est un passage dont on se sert beaucoup pour justifier le ministère des femmes (comme aussi celui d’Exode 15. 20 et 21 avec Marie). Le ministère d’une femme peut s’exercer dans sa maison, mais lorsqu’une prophétie doit être délivrée en public, ce ne sont pas les filles de Philippe qui la délivrent, c’est Agabus (v. 11). En regard des passages que l’on met en avant pour essayer de justifier le ministère des femmes, il suffit de citer des textes d’une clarté telle qu’il ne peut y avoir aucune équivoque : « Que vos femmes se taisent dans les assemblées » (1 Cor. 14. 34) et « je ne permets pas à la femme d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme » (1 Tim. 2. 12).

C’est certainement pour cela qu’en Actes 18. 26 lorsqu’il s’agit d’enseigner Apollos, Aquilas est cité avant Priscilla.

v. 10 et 11 : Agabus descend donc de Judée. Pourquoi ? Pour prononcer cette prophétie : « l’Esprit Saint dit ces choses : l’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations ». On ne peut douter que c’est le Seigneur qui envoie Agabus. On est touché de voir combien de fois le Seigneur s’est adressé à Paul pour lui montrer qu’il ne convenait pas qu’il aille à Jérusalem. La prophétie d’Agabus est un témoignage rendu dans la puissance du Saint Esprit, « l’Esprit Saint dit ces choses… », c’était donc un avertissement formel du Saint Esprit qui était donné à Paul, le Saint Esprit s’exprimait par la bouche d’Agabus (voir v. 4). Un peu plus loin au v. 33 il est écrit : « le chiliarque s’étant approché, se saisit de lui et donna l’ordre de le lier de deux chaînes ». Il accomplissait la prophétie d’Agabus.

Paul avait donc eu ces deux avertissements, après la parole qui lui avait déjà été adressée et qui nous est rapportée au ch. 22. 18 : « sors au plus tôt de Jérusalem ; parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard ». On voit comment le Seigneur l’avertit, et cependant Paul ne veut pas revenir sur ce qu’il s’est proposé. L’obstination n’est jamais une bonne chose. Ce ne sera plus désormais pour l’apôtre le ministère dans la puissance du Saint Esprit. Mais même si un serviteur éminent est amené à se tromper, le Seigneur le comprend : Il comprend les mobiles qui font agir Paul et le fortifiera pour rendre témoignage devant les chiliarques, les gouverneurs et les rois (Act. 23. 11).

v. 12 : S’ajoutant au témoignage d’Agabus, une prière lui est adressée par ces croyants de Césarée.

v. 13 : « Mais Paul répondit : Que faites-vous en pleurant et en brisant mon cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus ».

v. 14 : Avec des motifs qui paraissent légitimes, les plus éminents serviteurs peuvent se tromper. Mais le Seigneur ne laisse pas ceux dont le cœur est, quoi qu’il en soit, tourné vers Lui. C’était un renoncement merveilleux, mais ce n’était pas ce qui était demandé à Paul à ce moment-là. La chose importante, c’est de faire toujours la volonté du Seigneur. Au v. 15 nous verrons Paul, et Luc également (« nous montâmes »), monter à Jérusalem.

En Philippiens 1. 21 l’apôtre écrit : « Car pour moi, vivre c’est Christ ; et mourir, un gain ; mais si je dois vivre dans la chair, il en vaut bien la peine ; et ce que je dois choisir, je n’en sais rien » : il a appris la leçon. « Je n’en sais rien » alors qu’ici il dit : « Je suis prêt ».

L’épître aux Philippiens a été écrite en prison, postérieurement aux faits qui nous sont rapportés dans ces chapitres du livre des Actes. Il nous faut parfois bien des épreuves pour que nous soyons amenés à comprendre ce que Dieu voulait de nous et que nous n’avons pas su discerner et faire. À ce moment-là, en effet, Paul ne choisit plus : « ce que je dois choisir, je n’en sais rien » (1. 22). À ce moment-là, il a le désir de déloger mais s’il faut demeurer il est prêt à demeurer « pour l’avancement et la joie de votre foi » (v. 25).

Nous avons considéré la fin du ch. 20 et le début du ch. 21, c’est-à-dire la fin des adieux de Paul aux anciens d’Éphèse et le départ de Paul et de ses compagnons. Ce fut un départ très douloureux, un « arrachement ». Paul et ses compagnons prennent ensuite un premier navire, puis un second (v. 1 et 2) ; ils abordent à Tyr où ils séjournent sept jours (v. 3 et 4). C’est dans cette ville que Paul entend un second avertissement donné par l’Esprit, lui disant de ne pas monter à Jérusalem, mais cet avertissement le laisse insensible. Nous le voyons ensuite, toujours avec ses compagnons, quitter Tyr et les adieux, là encore, sont émouvants (v. 5 et 6). Ils arrivent à Ptolémaïs, où ils restent un jour, puis à Césarée où il y avait une assemblée. Nous pouvons penser qu’il y en avait une à Tyr et une autre à Ptolémaïs, mais pour Césarée, cela nous est dit expressément : « Et ayant abordé à Césarée, il monta et salua l’assemblée » (Act. 18. 22). C’est à Césarée que Paul rencontre Philippe. Dieu, dans sa grâce, permettait que Paul puisse ainsi se rafraîchir, en particulier avec Philippe. Les quatre filles de Philippe prophétisaient, dans la maison certainement, car pour une prophétie publique, c’est Agabus qui descend de la Judée et avertit Paul. Au v. 4 les disciples, par l’Esprit, ont dit à Paul « de ne pas monter à Jérusalem » ; ici au v. 11, l’Esprit Saint ne dit pas à Paul de ne pas monter à Jérusalem mais : « L’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations ». Les frères, alors, supplient Paul « de ne pas monter à Jérusalem ». « Mais Paul répondit : Que faites-vous en pleurant et en brisant mon cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus » : il ne va pas à Jérusalem pour sa propre gloire, ses propres intérêts, il y va pour le Seigneur. Les mobiles qui le font agir sont, malgré sa volonté propre, de ceux qui peuvent être approuvés de Dieu. Sans doute son attachement profond pour son peuple a été à l’origine de son désir de « monter à Jérusalem ». Nos sentiments peuvent nous amener à agir d’une manière qui n’est pas toujours selon la pensée du Seigneur.

v. 15 et 16 : Voilà donc Paul et ses compagnons qui vont quitter Césarée : « Et après ces jours, ayant rassemblé nos effets, nous montâmes à Jérusalem ». C’est probablement la cinquième fois que Paul va à Jérusalem depuis sa conversion, et certainement la dernière. Ils ne sont pas partis seuls : quelques disciples de Césarée les ont accompagnés, formant sans doute une escorte pour les aider, les protéger éventuellement. Ils ont pris avec eux « un certain Mnason, Cypriote, un ancien disciple, chez qui nous devions loger ». Il y avait peut-être un problème de logement pour eux, qui était ainsi résolu.

v. 17 : « Quand nous fûmes arrivés à Jérusalem, les frères nous reçurent avec joie » : il y a donc pour l’apôtre un moment heureux après les déchirements qu’il avait connus lorsqu’il avait quitté les anciens d’Éphèse et les frères de Tyr.

v. 18 : « Et, le jour suivant, Paul entra avec nous chez Jacques, et tous les anciens y vinrent » : c’est probablement à ce moment-là que l’apôtre Paul a remis à Jacques et aux anciens de Jérusalem les dons qu’il avait apportés : « je suis venu pour faire des aumônes à ma nation et des offrandes » (24. 17). Sa mission était donc accomplie. L’apôtre avait rempli là un service de diacre et non un service ayant trait à son apostolat. C’est le point de départ de son arrestation, la fin de son apostolat.

v. 19 : « Et après qu’il les eut embrassés, il raconta une à une les choses que Dieu avait faites parmi les nations par son service ». C’est la quatrième fois que nous voyons Paul raconter les choses que Dieu avait faites : « Et, étant arrivés, et ayant réuni l’assemblée, ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux » (14. 27), « ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux (15. 4), « ils écoutaient Barnabas et Paul qui racontaient quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations » (15. 12). Ces quatre passages nous montrent que Paul réalisait que tout ce qui avait été accompli dans son service, c’était Dieu qui l’avait accompli. C’est un long récit que Paul a dû faire, puisqu’il raconte ces choses « une à une », n’en oubliant sans doute aucune.

v. 20 : « Et eux, l’ayant ouï, glorifièrent Dieu ». Jusque-là tout va très bien. Mais à la fin du v. 20 nous arrivons à un tournant.

Combien est subtile la déclaration que Jacques et les anciens sont amenés à faire à Paul ! C’est un argument que l’on met souvent en avant : de grands résultats, des âmes touchées par la Parole, des âmes dont on dit qu’elles sont pieuses, zélées pour le Seigneur. Ces résultats (ou parfois donnés comme tels) peuvent amener des croyants à s’engager dans un chemin où ils ne devraient pas s’engager. Dieu peut bénir ce qui est fait pour Lui dans un « système », ce qui ne veut pas dire qu’Il approuve le « système ».

v. 21 : « Or ils ont ouï dire de toi… », sans doute par des docteurs judaïsants. Il y en avait à Colosses, il y en avait dans les assemblées de la Galatie qui n’avaient pas compris le vrai caractère du christianisme et pensaient pouvoir associer le christianisme et le judaïsme. Ces docteurs avaient dit que Paul enseignait « à tous les Juifs qui sont parmi les nations de renoncer à Moïse, disant qu’ils ne doivent pas circoncire leurs enfants, ni vivre selon les coutumes ». Ils auraient voulu profiter du passage de Paul à Jérusalem pour qu’il les détrompe et déclare qu’ils pouvaient continuer à vivre selon les coutumes juives. Nous avons des enseignements très clairs à ce sujet dans l’épître aux Colossiens, dans laquelle l’apôtre met en garde les croyants contre l’activité des docteurs judaïsants, activité qui tendait à détacher les cœurs du Seigneur, « le chef du corps ». Quand les circonstances relatées dans notre chapitre ont eu lieu, l’apôtre n’avait probablement pas écrit l’épître aux Colossiens (sans doute écrite de Rome, en 62) mais il avait écrit l’épître aux Galates (sans doute écrite en 51), lors du passage de Paul à Thessalonique (Act. 17. 1 à 4).

v. 22 et 23. Il est ajouté ceci : « Il faut absolument que la multitude s’assemble, car ils entendront dire que tu es arrivé. Fais donc ce que nous te disons ». Paul qui était resté très ferme quand on lui a conseillé de ne pas aller à Jérusalem, se laisse ici diriger par les anciens de Jérusalem. On voit jusqu’où l’on peut être entraîné quand on se laisse guider par les sentiments de son cœur, ou par d’autres croyants. Dieu l’a gardé quoiqu’il en soit, mais l’apôtre va faire des expériences douloureuses et pénibles aussi bien à Jérusalem qu’à Rome plus tard.

Les frères de Jérusalem n’ignoraient pas ce qui nous est rapporté en Actes 15. La question qui se pose ici avait été examinée par les apôtres et les anciens et nous savons quelle avait été la conclusion et la lettre écrite par les apôtres, les anciens et les frères de Jérusalem aux frères d’Antioche (Act. 15. 23 à 29). Il semble qu’une confusion s’était produite dans leur esprit ; peut-être pensaient-ils pouvoir donner à cette lettre la signification suivante : il ne fallait pas imposer l’observation de la loi aux croyants d’entre les nations, mais ceux d’entre les Juifs pouvaient continuer à s’y conformer. On voit combien l’ennemi est rusé : il s’était servi du fait que rien n’était précisé au sujet des croyants d’entre les Juifs, dans la lettre d’Actes 15, pour produire cette confusion. Le christianisme et le judaïsme sont inconciliables.

Il se trouvait qu’il y avait à Jérusalem un cas qui allait être pour Paul une mise à l’épreuve. C’est un fait pratique qui va traduire un enseignement dans les faits. Que penser de ce qui est écrit dans l’épître aux Galates ch. 2. 4 et 5 : « à cause des faux frères, furtivement introduits, qui s’étaient insinués pour épier la liberté que nous avons dans le Christ Jésus, afin de nous réduire à la servitude ; auxquels nous n’avons pas cédé par soumission, non pas même un moment, afin que la vérité de l’évangile demeurât avec vous » ? Dans l’épître aux Galates, Paul avait manifesté beaucoup de fermeté. Il avait notamment repris Pierre devant tous.

v. 24 : Voilà donc le cas qui s’était produit à Jérusalem : « Nous avons quatre hommes qui ont fait un vœu ; prends-les et purifie-toi avec eux, et paye leur dépense, afin qu’ils se rasent la tête ». C’étaient là des prescriptions légales. À quoi ces prescriptions légales faisaient-elles allusion ? Sans doute au nazaréat et à ce qui nous est enseigné en Nombres 6. 5 à 9 : « Pendant tous les jours du vœu de son nazaréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusqu’à l’accomplissement des jours pour lesquels il s’est séparé pour être à l’Éternel, il sera saint ; il laissera croître les boucles des cheveux de sa tête… Et si quelqu’un vient à mourir subitement auprès de lui, d’une manière imprévue, et qu’il ait rendu impure la tête de son nazaréat, il rasera sa tête au jour de sa purification, il la rasera le septième jour ». Peut-être était-ce un cas de ce genre puisqu’il est question du septième jour un peu plus loin : « Et comme les sept jours allaient s’accomplir… » (v. 27). La durée du nazaréat de ces hommes allait prendre fin. Le huitième jour il fallait apporter un sacrifice pour le péché et un sacrifice en holocauste. À partir du v. 13 il est question du jour où le nazaréat se termine de façon normale. Les quatre sacrifices devaient être offerts : un holocauste, un sacrifice pour le péché, un sacrifice de prospérités et une offrande de gâteau. « Et le nazaréen rasera, à l’entrée de la tente d’assignation, la tête de son nazaréat, et il prendra les cheveux de la tête de son nazaréat et les mettra sur le feu qui est sous le sacrifice de prospérités » (v. 18). C’était donc vraisemblablement à cela qu’il est fait allusion ici.

Paul est pressé d’agir, v. 23 : « Fais donc ce que nous te disons ». Il obéit aux anciens de Jérusalem, alors que s’il avait agi selon la pensée de Dieu il aurait été gardé de le faire. On peut penser que Dieu faisait adresser à Paul plusieurs avertissements pour le dissuader d’aller à Jérusalem, afin de lui éviter de tomber dans ce piège d’abord, et dans les mains des Juifs hostiles, ensuite.

v. 25 : Après quoi, il est fait allusion à la lettre d’Actes 15 : « Mais à l’égard de ceux des nations qui ont cru, nous en avons écrit, ayant décidé qu’ils n’ont rien de semblable à observer, si ce n’est qu’ils se gardent, et de ce qui est sacrifié aux idoles, et du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication ». Ils pensaient que les croyants d’entre les nations ne devaient pas être tenus d’observer la loi, mais que pour les chrétiens d’entre les Juifs il n’était pas question de l’abandonner. Ils voulaient mêler le christianisme et le judaïsme, alors que c’est chose impossible.

v. 26 et 27 : Paul n’émet aucune objection. Il y a peu de serviteurs qui aient suivi le Seigneur avec autant de fidélité que l’apôtre Paul ; il est sans doute le seul qui ait pu dire : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 11. 1). Mais c’était un homme, et l’imperfection est liée à la nature humaine. Nous ne sommes peut-être pas en danger, comme l’apôtre, de mêler la loi au christianisme mais nous sommes en danger de nous laisser entraîner par nos sentiments, les sentiments que nous pouvons avoir les uns pour les autres. L’apôtre n’a pas écouté Agabus qui lui parlait par l’Esprit, mais il a écouté les anciens de Jérusalem.

– On peut dire qu’on trouve encore dans la chrétienté un mélange d’un reste de judaïsme avec le christianisme.

– Sans aucun doute. Il y a une certaine partie de la chrétienté qui possède une organisation bien établie et des ordonnances qui s’apparentent aux ordonnances juives.

Ce travail de l’ennemi pour ramener les âmes au régime de la loi s’est poursuivi dans la suite comme nous le voyons d’après les épîtres aux Hébreux et de Jacques (écrites, l’une et l’autre, en 62 ou 63). Dieu a permis que ces choses se produisent à ce moment-là pour que nous ayons dans la Parole des mises en garde utiles pour nous dégager de tout système légal, et afin que nous puissions réaliser un vrai christianisme.

Paul agit pour donner satisfaction à Jacques, aux anciens et aux Juifs zélés pour la loi. Et c’est précisément en le faisant qu’il va tomber entre les mains des Juifs hostiles. Combien tout cela doit nous encourager à la fermeté. Les concessions que Paul a été amené à faire sont le point de départ de sa captivité. Dieu, dans Sa grâce, a arrêté Paul à temps pour que l’offrande ne soit pas présentée, car c’était la négation du parfait sacrifice, de la parfaite offrande qui a été offerte une fois pour toutes. Ces sacrifices étaient des figures.

Christ s’est offert une seule fois ; nous avons un seul sacrifice, une seule offrande (voir Héb. 9. 12, 25, 26 et 28 ; 10. 10, 12 et 14). Pouvait-on ramener ces croyants à la circoncision alors que « le corps est du Christ » ? (Col. 2. 17). On peut dire que Paul a été délivré au dernier moment ; mais comment ? Par la persécution des Juifs d’Asie.

v. 28 et 29 : « C’est ici l’homme qui partout enseigne tout le monde contre le peuple, et la loi, et ce lieu ; et qui de plus a aussi amené des Grecs dans le temple et a profané ce lieu » : l’apôtre n’avait jamais parlé contre la loi, le temple ou le peuple. C’étaient de fausses accusations. Le temple se composait de plusieurs parties, une partie centrale, rectangulaire et sur les quatre faces des portiques qui étaient fermés par des barrières pour empêcher les Gentils d’entrer. Pour un Gentil qui pénétrait dans le temple c’était la mort sans rémission. Les gens des nations ne pouvaient se tenir que sur ce qui était appelé « le parvis des gentils ». Les Juifs accusaient donc Paul d’un crime digne de mort ; c’est ce qui a été pour lui le point de départ de son emprisonnement.

On voit tout l’enchaînement des faits, et puis nous avons la suite de ces chapitres qui nous parlent de tout le déroulement de sa captivité jusqu’à Rome. Quand le temple avait été ainsi souillé par la présence d’un Gentil, les lévites devaient fermer les portes et assurer la purification du temple. On voit également que la haine des Juifs contre Paul leur faisait multiplier les accusations. Paul avait essayé de plaire aux Juifs, et voilà quel était le résultat ! On rappelait tout à l’heure un verset de l’épître aux Galates, il y en a un autre bien saisissant aussi : « Car maintenant, est-ce que je m’applique à satisfaire des hommes, ou Dieu ? Ou est-ce que je cherche à complaire à des hommes ? Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ » (1. 10). Hélas ! dans la circonstance qui est sous nos yeux l’apôtre a cherché à complaire à des hommes, avec des motifs qui pouvaient paraître louables : l’attachement à son peuple. Chaque fois que nous donnons le pas à nos sentiments sur l’obéissance à la Parole de Dieu nous sommes sur la voie qui peut nous entraîner à de tristes conséquences. On voit quel acharnement déploie l’adversaire. Il aurait voulu se débarrasser de Paul qui avait été en bénédiction pour l’Assemblée. Il emploie la ruse, la tromperie, les fausses accusations, le trouble, le déploiement de la haine et de la méchanceté.

v. 30 : « et ayant saisi Paul, ils le traînèrent hors du temple » afin de ne pas profaner davantage ce lieu.

v. 31 : « Et comme ils cherchaient à le tuer »… : leur haine atteignait son paroxysme. C’est ce que le Seigneur a trouvé sur Son chemin, mais dans le chemin de l’obéissance. C’est toute la différence entre les deux.

D’après les auteurs anciens, la forteresse était tout à côté du temple ; c’est pourquoi le bruit de ce tumulte parvient aux oreilles du chiliarque qui, nous le lisons au ch. 23, s’appelait Claude Lysias (v. 26).

v. 32 à 36 : Claude Lysias apparaît donc avec ses soldats. Les Juifs, sous la domination romaine, n’avaient pas le droit de vie et de mort. S’ils avaient tué Paul, ils se seraient mis en mauvaise position. Le chiliarque pensait qu’il s’agissait d’un dangereux malfaiteur, vu le tumulte, c’est pourquoi il fait enchaîner Paul. Il dit plus loin qu’il croyait qu’il s’agissait de l’Égyptien qui avait « excité une sédition et emmené au désert les quatre mille hommes des assassins » (v. 38).

Nous voyons ici l’accomplissement de la prophétie d’Agabus du v. 11. Il a fallu à Paul la protection des soldats romains pour être soustrait à la violence de la foule. « La multitude du peuple suivait, en criant : Ôte-le ! » C’est bien aussi ce qui a été crié quand le Seigneur a été mené à la croix : « Ôte, ôte ! crucifie-le ! » (Jean 19. 15). En Luc 23. 18 il est écrit : « Ôte celui-ci, et relâche-nous Barabbas (qui avait été jeté en prison pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville, et pour meurtre) ».

v. 37 et 38 : « Et comme on allait faire entrer Paul dans la forteresse, il dit au chiliarque : M’est-il permis de te dire quelque chose ? Et il dit : Tu sais le Grec ? ». Paul s’était donc exprimé en grec. Claude Lysias parait impressionné par le fait que celui qu’il considérait comme un malfaiteur sache le grec. Cet Égyptien, pour qui il prenait Paul, était paraît-il un magicien. Comme il se trompait.

v. 39 : Paul répond indirectement à sa question. Il y a plus de dignité dans cette réponse que Paul est amené à faire, que dans une réponse directe : « Je suis Juif, de Tarse, citoyen d’une ville de la Cilicie qui n’est pas sans renom » : Tarse jouissait chez les Romains d’une certaine considération.

v. 40 : Dieu incline le cœur de Claude Lysias pour que Paul puisse parler au peuple. Après la tempête et la violence, voilà le calme. Cela fait penser au Psaume 107. 29 : « Il arrête la tempête, la changeant en calme, et les flots se taisent ». Claude Lysias était impuissant pour arrêter cette tempête. Paul peut s’adresser au peuple. Il le fait en langue hébraïque. C’est certainement de cette manière qu’il pouvait être le mieux compris. Il va lui dire ce que nous lirons au ch. 22. Dieu permet qu’il puisse rendre ainsi un puissant témoignage.

Paul est amené à connaître de la souffrance dans ce chemin. Peut-être a-t-il regretté son obstination à aller à Jérusalem, avec la captivité qui s’en est suivi ? Cependant, Dieu l’a soutenu tout au long, lui a permis de rendre témoignage et de L’honorer encore à la fin de sa carrière. Dieu ne juge pas tant les actes mais surtout les mobiles qui font agir. Ils étaient sans aucun doute de ceux que Dieu peut approuver.

Ch. 22

Nous avons vu dans le chapitre précédent que Paul, après avoir fait ses adieux aux anciens d’Éphèse et les avoir quittés, se mit en route pour Jérusalem. Il apportait des aumônes pour sa nation (24. 17). C’était là un service de diacre et non un service d’apôtre, mais l’ardent désir de Paul était de l’accomplir. Il avait reçu plusieurs témoignages concernant ce voyage à Jérusalem et les souffrances qui l’y attendaient, témoignages qui auraient dû l’inciter à ne pas s’y rendre.

Le ch. 21 donne quelques détails sur le début du voyage. Nous voyons ensuite Paul arriver à Jérusalem où il est reçu par les frères « avec joie » ; cette arrivée à Jérusalem est donc pleine de réconfort pour lui (v. 17). Mais nous sommes à un tournant au v. 20. Les frères de Jérusalem estimaient qu’on ne pouvait pas mettre les Gentils sous le joug de la loi (Act. 15. 23 à 29), tandis qu’ils pensaient que les chrétiens d’entre les Juifs pouvaient l’observer encore. C’était mêler deux ordres de choses aussi inconciliables que le christianisme et le judaïsme. Jacques et les anciens avaient un cas précis, et Paul qui s’était montré très ferme jusqu’à présent, n’écoutant aucun conseil lorsqu’on voulait le dissuader de monter à Jérusalem, se laisse entraîner par Jacques et les anciens de cette assemblée : « Fais donc ce que nous te disons » (21. 23) et il s’associe aux quatre hommes qui avaient fait un vœu (v. 23 à 26). La grâce de Dieu va intervenir, et cela par le moyen d’un soulèvement, permis par Dieu, au moment où les sept jours, à la fin desquels l’offrande devait être offerte, allaient s’accomplir (v. 27). Si le sacrifice avait été offert, cela eut été la négation du sacrifice de Christ. Au cours de ce soulèvement, le peuple présente de fausses accusations contre Paul (v. 28 et 29) : Paul est accusé faussement, comme Étienne l’avait été, comme le Seigneur l’avait été aussi. Paul est traîné hors du temple, il est frappé (v. 30 et 31) ; il faut que le chiliarque Claude Lysias (23. 26 et 27) intervienne avec ses soldats pour empêcher qu’il soit mis à mort car, en effet, « ils cherchaient à le tuer » (v. 31). Claude Lysias le fait lier, pensant que c’est un malfaiteur (v. 33 et 38). Paul demande alors à présenter sa défense, et Claude Lysias le lui permet ; Paul va donc prononcer le discours que nous venons de lire au ch. 22.

v. 1 : « Hommes frères et pères, écoutez maintenant mon apologie », c’est-à-dire ma défense, ma justification. Paul a été amené à présenter trois fois son apologie : ici devant le peuple et sans doute quelques-uns des chefs du peuple, au ch. 24 devant le gouverneur Félix et les principaux des Juifs ; enfin, au ch. 26, devant le roi Agrippa. L’auditoire auquel il s’adresse est de plus en plus élevé au point de vue social. On pourrait estimer qu’il dit à peu près les mêmes choses dans ces trois occasions et que l’on peut donc passer rapidement sur ces trois chapitres, d’autant plus que le récit de sa conversion sur le chemin de Damas nous est déjà donné au ch. 9. Mais nous pouvons bien penser, et nous n’en doutons pas, que si Dieu nous a conservé ces trois récits, c’est qu’Il l’a trouvé bon et que cela est utile. Chaque récit n’est pas une simple répétition de ce qui a déjà été dit. La Parole de Dieu ne se répète jamais. Ce n’est pas au même auditoire que Paul s’adresse, et nous pourrons, en examinant ces discours, comprendre le pourquoi des différences que nous remarquerons, de certaines d’entre elles tout au moins.

Les Juifs auxquels s’adresse l’apôtre auraient dû être touchés par sa sincérité et être sensibles aux paroles qu’il leur adressait. Paul veut faire comprendre aux Juifs qu’il a été élevé dans la religion juive et n’a jamais donné d’enseignement contre les Juifs ni contre le temple, comme il en était accusé (21. 28). Mais les Juifs restent insensibles. Paul leur déclare qu’il a entendu une voix sur le chemin de Damas lui disant : « Je suis Jésus – et détail qui ne se trouve pas au ch. 9 – le Nazaréen que tu persécutes ». Jésus s’appelle encore de ce nom : Il est glorifié, Il reste cependant l’Homme humble et doux, Celui qui a appris les douleurs humaines au milieu des hommes. Mais les Juifs rejetaient Jésus le Nazaréen et ne reconnaissaient pas Son autorité.

« Hommes frères et pères » : le mot « frères » est empreint de l’affection qu’il avait pour le peuple de Dieu, ses frères selon la chair (Rom. 9. 1 à 5 ; 10. 1 et 2) : le terme « pères » comporte une nuance de respect, respect qu’il avait pour les chefs du peuple. Étienne emploie la même expression dans son discours en Actes 7. 2 : « Hommes frères et pères ».

v. 2 : « Et quand ils entendirent qu’il leur parlait en langue hébraïque, ils firent silence encore plus » : Paul ne s’était pas trompé en employant cette langue pour s’adresser au peuple, afin d’en être mieux compris.

v. 3 : Paul était juif mais né à l’étranger, dans la Cilicie, province de la Turquie d’Asie. Aujourd’hui existe une ville, Tarsus, près de la grande ville d’Adana, où l’on montre les vestiges de l’ancienne Tarse. Paul était helléniste, mais il avait été élevé à Jérusalem, dans la ville du grand Roi, et instruit aux pieds de Gamaliel. Il est déjà parlé de Gamaliel en Actes 5 où des détails nous sont donnés au v. 34 : « pharisien,… docteur de la loi, honoré de tout le peuple ». La tradition juive vante la sagesse, la douceur et la connaissance de la loi que possédait Gamaliel. Il était considéré comme une des plus grandes lumières d’Israël ; certains assurent même que c’était un « chrétien caché ».

– « aux pieds » est une expression pleine de respect.

– « selon l’exactitude de la loi de nos pères » : c’est-à-dire selon l’interprétation exacte de la loi donnée par les pharisiens. Les pharisiens étaient considérés comme connaissant fort bien la loi de l’Éternel et en donnant une interprétation très exacte.

Au ch. 23 nous verrons que les pharisiens maintenaient une vérité fondamentale (v. 8 et 9). Qu’ils aient manifesté en plusieurs circonstances tant de choses à blâmer, c’est certain, nous le voyons en lisant les évangiles, et le Seigneur dénonce leur façon d’agir (Mat. 23), mais ils connaissaient bien la loi.

« Selon l’exactitude de la loi de nos pères, étant zélé pour Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui » : il se range du côté des Juifs. Il parle de son « zèle pour Dieu » mais aussi de leur zèle. Il semble ainsi excuser en quelque sorte le fait qu’ils se sont soulevés contre lui, l’attribuant à leur zèle. Dans l’épître aux Romains, au ch. 10, il parle également de leur zèle : « Frères, le souhait de mon cœur et la supplication que j’adresse à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. Car je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais non selon la connaissance » (v. 1). Paul savait qu’il y avait chez les Juifs de l’ignorance mais aussi du zèle pour Dieu. On voit quel amour il y avait dans son cœur pour le peuple Juif.

v. 4 : Paul avait manifesté du zèle pour Dieu en persécutant « cette voie jusqu’à la mort ». « Cette voie » est une expression que nous avons déjà trouvée au ch. 9 au v. 2. Paul avait demandé au souverain sacrificateur « pour Damas des lettres adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes liés à Jérusalem ». C’était un terme de mépris que l’on employait pour désigner les chrétiens. Il en est aussi question au ch. 19. 9 : « Mais comme quelques-uns s’endurcissaient et étaient rebelles, disant du mal de la voie devant la multitude » et au v. 23 : « Or il y eut en ce temps-là un grand trouble au sujet de la voie ». C’était donc un terme de mépris et l’apôtre préfère parler de « la voie » plutôt que de parler là des croyants d’entre les nations : il savait que s’il le faisait il soulèverait la colère des Juifs ; c’est ce qui est arrivé plus tard (v. 21).

v. 5 : Il avait donné la preuve de son zèle pour Dieu en persécutant « la voie » et il va appuyer ses paroles par un double témoignage :

1) Le témoignage du souverain sacrificateur,

2) Le témoignage de l’assemblée des anciens.

Pour les Juifs, nous savons que toute affaire devait être établie par deux ou trois témoins, et il en est de même encore aujourd’hui : « par la bouche de deux ou de trois témoins toute affaire sera établie » (2 Cor. 13. 1). Le souverain sacrificateur, l’assemblée des anciens, pouvaient attester du zèle qu’il avait manifesté pour persécuter « cette voie ». Cela prouvait manifestement qu’il y avait eu chez lui ensuite un changement complet. Les Juifs en avaient un double témoignage, que pouvaient-ils répondre à cela ?

v. 6 : Ici commence le récit de sa conversion. Au 9 nous avons des détails qui ne sont pas rapportés dans ce ch. 22, et inversement. Aux ch. 9 et 22 il est dit qu’il approchait de Damas, alors que cela n’est pas mentionné au ch. 26. Il était, a-t-on assuré, à 500 pas de Damas, c’est-à-dire aussi loin que possible de Jérusalem – et qu’il n’y avait aucun doute à ce sujet : il ne devait rien à Jérusalem, ni aux apôtres, et il convenait que cela ne puisse être contesté en aucune manière. Au ch. 9 il n’est pas dit « vers midi » comme dans ce ch. 22. Ce détail est sans doute ajouté pour montrer que la chose s’était bien passée en plein midi, que ce ne pouvait être, en aucune façon, une sorte de rêve ou d’illusion de sa part. À midi, au moment où le soleil éclaire au maximum, « brille » « une grande lumière » « comme un éclair autour de moi ». Comme elle devait être « grande » pour paraître ainsi en plein midi.

v. 7 : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? » : ce mot va être pour Paul la révélation de la vérité capitale de l’unité du corps. Le Seigneur glorifié dans le ciel et les chrétiens (les « vrais » chrétiens, nés de nouveau et scellés du Saint Esprit) sur la terre forment un seul corps. En persécutant les chrétiens, c’était le Seigneur qu’il faisait souffrir.

v. 8 : La réponse de Paul à cette question est la même ici qu’en Actes 9. Dans la réponse du Seigneur à Paul, telle qu’elle nous est rapportée au ch. 22, il est ajouté, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, « le Nazaréen » : le discours de Paul s’adressait ici aux Juifs, et par ce détail il leur rappelle qu’ils avaient méprisé et rejeté Jésus. Paul a donc eu, dès le début, la révélation de l’unité du corps et également la révélation de cette autre vérité que les croyants constituent une même famille. Ananias lui dit en effet : « Saul, frère » (9. 17 ; 22. 13). Ce sont deux vérités importantes qui lui ont été révélées dès le début de sa conversion.

v. 9 : « Et ceux qui étaient avec moi virent la lumière, et ils furent saisis de crainte, mais ils n’entendirent pas la voix de celui qui me parlait » : ces détails ne sont pas au ch. 9 où il est dit seulement : « Et les hommes qui faisaient route avec lui s’arrêtèrent tout interdits, entendant bien la voix, mais ne voyant personne » (v. 7). Au ch. 26. 14 il est dit : « comme nous étions tous tombés à terre, j’entendis une voix qui me parlait et qui disait en langue hébraïque : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » : la voix était pour Saul, et pour lui seul, de telle sorte que ceux qui étaient avec lui, s’ils l’ont entendue (9. 7), n’ont pas saisi ce qui était dit.

C’est le cas pour toute conversion : quand le Seigneur parle à un cœur, ceux qui l’entourent peuvent voir des manifestations, « une grande lumière », mais ils n’entendent pas la voix du Seigneur parlant à cette âme.

v. 10 : Paul pose une question : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Elle n’est pas rapportée au ch. 9, où il est dit seulement : « Mais lève-toi, et entre dans la ville ; et il te sera dit ce que tu dois faire » (v. 6). La ville, c’était Damas. Paul n’est plus maître de ses décisions : il va recevoir des ordres. Désormais, il a un Maître à servir.

v. 11 : Nous avons là un acte incontestable de la puissance de Dieu. Paul n’y voit pas, bien que ses yeux soient ouverts (9. 8). Ici au ch. 22 il n’est pas dit que ses yeux étaient ouverts, mais il est ajouté : « je n’y voyais pas à cause de la gloire de cette lumière » et il arrive à Damas, ceux qui étaient avec lui le conduisant par la main. « La gloire de cette lumière » avait fermé ses yeux à tout un domaine dans lequel il avait vécu jusque-là. Ses yeux seront réouverts peu après (trois jours après) sur le monde extérieur, et ouverts sur un domaine nouveau qu’il n’avait jamais contemplé. Ne recevant rien du monde extérieur, il est là pendant trois jours : « et il fut trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but » (9. 9) détail qui ne nous est pas donné au ch. 22.

v. 12 : Ananias lui est alors envoyé. Au ch. 9, Ananias est appelé « disciple » (v. 10). Le disciple, c’est celui qui suit son maître. Tous les disciples sont des croyants, mais tous les croyants ne sont malheureusement pas des disciples. Nous n’avons pas dans notre chapitre le récit de la vision au cours de laquelle le Seigneur fait à Ananias les déclarations qui sont rapportées au ch. 9. 10 à 12, avec les instructions qu’Il lui donne. Ananias parle au Seigneur comme un ami parle avec son ami : il lui parle des dangers de la mission qu’Il lui confie (9. 13 et 14). Ici il est dit d’Ananias : « homme pieux selon la loi et qui avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là » (v. 12), car Paul s’adresse aux Juifs. Le nom d’Ananias signifie : « nuée de l’Éternel ». C’était – pourrait-on dire ? – comme si une nuée de témoins s’était levée et avait parlé à Saul de la part de l’Éternel. « Ananias, homme pieux selon la loi, et qui avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là » : tout cela était en rapport avec les Juifs et convenait dans un discours qui s’adressait à eux. Ce n’était pas un des apôtres, haïs des Juifs, qui était venu trouver Saul mais un « homme pieux selon la loi », un fidèle observateur de la loi. Il était connu comme tel : il « avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient-là ».

v. 13 : C’est un tel homme qui vient dire à Saul : « Saul, frère, recouvre la vue. Et sur l’heure, levant les yeux, moi je le vis » : la vocation, l’appel de Saul de Tarse venaient du ciel, et l’instrument dont le Seigneur s’était servi, c’était quelqu’un qui observait la loi. Ananias vient lui parler, comme au ch. 9. Au ch. 9 il est dit qu’il a eu une révélation de la part du Seigneur, tandis que, comme nous l’avons déjà remarqué, il n’en est pas question dans notre chapitre. Ananias agit de la part de Dieu pour que Paul recouvre la vue et qu’il soit rempli de l’Esprit Saint (9. 17).

v. 14 : nous avons les paroles qu’Ananias fait entendre à Saul et qui découlent de ce que le Seigneur lui avait dit à lui-même (ch. 9).

Tout cela n’aurait-il pas dû toucher les Juifs ? Mais ces paroles restent sans aucun écho !

« Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté ». Dans l’épître aux Galates, Paul écrit : « quand il plut à Dieu, qui m’a mis à part dès le ventre de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce de révéler son Fils en moi » (1. 15) : il y a une élection pour le salut comme aussi pour le service, et Paul avait été l’objet de l’une et de l’autre. Ce verset rappelle le début de la prière de l’apôtre pour les Colossiens : « que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté » (Col. 1. 9). Ce n’était pas sa volonté qu’il faisait en annonçant l’évangile mais la volonté de Dieu : « pour connaître sa volonté ».

« Pour voir le Juste » : sur le chemin de Damas, Saul de Tarse avait vu un Christ glorifié. Cette expression : « Juste » est employée par Pierre au ch. 3. 14 : « Vous, vous avez renié le saint et le juste » et par Étienne au ch. 7. 52 : « Ils ont tué ceux qui ont prédit la venue du Juste, lequel maintenant vous, vous avez livré et mis à mort ». C’est la deuxième fois que ce terme est employé pour parler du Seigneur au livre des Actes. Il est aussi employé en 1 Jean 2. 1 : « nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste ».

« Entendre une voix de sa bouche » : cette voix, il l’a entendue déjà sur le chemin de Damas.

v. 15 : « Car tu lui seras témoin, auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues ». Remarquons l’expression employée ici par Paul : « auprès de tous les hommes », cela afin de ne pas exciter la colère de ces Juifs qui étaient jaloux de leurs prérogatives, c’est pourquoi il se garde de reprendre les expressions que nous avons au v. 15 du ch. 9 : « pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël », les nations sont alors nommées en premier lieu. Il devait être le témoin des choses qu’il avait vues et entendues : Paul n’a rien reçu par le moyen des apôtres, ce qu’il avait reçu, il l’avait reçu directement du Seigneur (Gal. 1. 12). Il devait être le témoin du Seigneur.

v. 16 : « Et maintenant que tardes-tu ? » : cette exhortation qui ne se trouve pas au ch. 9 est donnée ici pour montrer aux Juifs qu’il n’avait pas agi avec précipitation. Il avait considéré et pesé les choses ; il ne s’était certes pas engagé à la légère. Tout ce qu’il avait vu et entendu lui paraissait tellement extraordinaire qu’il hésitait quelque peu avant de s’engager dans ce nouveau chemin.

« Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom ». On s’est quelquefois appuyé sur ce verset, dans certaines parties de la chrétienté, pour dire que le baptême lave du péché, de la tache originelle. Le baptême est la porte d’entrée dans la maison de Dieu sur la terre. Saul était lavé de ses péchés en invoquant le nom du Seigneur, c’est-à-dire par la foi en Christ et en Son œuvre parfaite. Ce verset ne veut pas du tout dire que le baptême lave des péchés. D’une part, Saul était invité à entrer dans la maison de Dieu en se faisant baptiser ; d’autre part, il était pressé d’accepter le salut par la foi en Christ et en Son œuvre, de telle sorte qu’il était alors lavé de ses péchés.

v. 17 : Entre les v. 16 et 17 il s’est écoulé une période d’environ trois ans, comme nous le voyons en Galates 1. 16 à 18 : « je ne pris pas conseil de la chair ni du sang, ni ne montai à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi, mais je m’en allai en Arabie, et je retournai de nouveau à Damas. Puis, trois ans après, je montai à Jérusalem ». Qu’est-ce que Paul a fait en Arabie ? La Parole ne nous le dit pas. Cela a été probablement un temps d’école avant qu’il commence son service. De retour à Jérusalem, il entre dans le temple pour prier (22. 17).

v. 18 à 20 : Pouvait-il donc avoir parlé contre le temple, l’avoir profané, comme les Juifs le lui reprochaient (21. 28 et 29) ? Tout au contraire, c’est là qu’il a prié, qu’il a été en extase et qu’il a entendu une voix lui disant : « Hâte-toi et sors au plus tôt de Jérusalem ; parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard ». Cet ordre, il l’a reçu de Dieu Lui-même. Il ne pouvait y désobéir. Sans doute, on aurait pu dire : que faisait-il donc à Jérusalem ? Quoi qu’il en soit, le Seigneur s’occupait de Son serviteur. Mais où était dans ce chemin la puissance du Saint Esprit ? Et où est le chrétien qui ne risque pas, aujourd’hui, d’agir comme Paul et de se tromper dans le chemin qu’il a à suivre ?

Paul avait présenté des objections au Seigneur, Lui parlant, lui aussi (tel qu’Ananias) comme un ami parle à son ami ; il semble Lui dire : les Juifs savent ce que je faisais autrefois et maintenant ils voient ma conduite ; est-ce que je ne suis pas qualifié par cela même, en dehors de toute autre considération, pour leur parler, leur montrer ainsi ce que la grâce de Dieu a pu opérer en moi, comme Pierre l’a fait après son reniement ? Paul aurait voulu agir de la même manière. Mais ce n’était pas la pensée du Seigneur.

v. 21 : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations ». Les Juifs ne pouvaient pas supporter cette parole, qui déchaîne aussitôt leur colère. On a dit qu’il y a trois degrés dans la culpabilité des Juifs :

1) Ils n’ont pas discerné en Jésus leur Messie, et l’ont crucifié,

2) Ils n’ont pas vu en Christ ressuscité et glorifié, Celui qui était le Sauveur et qui accomplissait le propos divin relativement à l’Église, parenthèse dans les voies de Dieu à l’égard d’Israël, avant que, ensuite, Dieu n’accomplisse Ses promesses au sujet de Son peuple terrestre. Ils ont rejeté le témoignage du Saint Esprit, présenté d’abord par le moyen de Pierre et de Jean, ensuite par le moyen d’Étienne qu’ils ont lapidé.

3) Méprisant la grâce, la rejetant, ils ne voulaient pas que l’évangile soit annoncé aux nations : « des Juifs… qui sont opposés à tous les hommes, nous empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées, pour combler toujours la mesure de leurs péchés ; mais la colère est venue sur eux au dernier terme » (1 Thess. 2. 15 et 16).

– Est-ce qu’on ne pourrait pas dire que l’apôtre a commencé son ministère par ces paroles : « Que dois-je faire Seigneur ? »

– En effet, c’est une très bonne pensée et c’est bien par-là qu’il faut toujours commencer un service, quel qu’il soit. C’est le signe de la dépendance.

Le Seigneur a pu dire : « Voici, je viens… pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Ps. 40. 6 ; Héb. 10. 7 et 9). Paul a été l’imitateur du parfait Modèle et peut bien nous dire : « Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 11. 1 ; voir aussi 4. 16 et Phil. 3. 17).

Paul a été amené à prononcer son apologie à trois reprises différentes, d’abord devant le peuple et quelques-uns des chefs du peuple (ch. 22), puis devant Félix et les principaux des Juifs (ch. 24), ensuite devant le roi Agrippa (ch. 26).

Paul s’adresse aux Juifs en langue hébraïque, langue que le peuple comprenait mieux que le grec. Il s’efforce, dans le début de cette apologie, de faire ressortir qu’il était Juif, élevé dans la religion juive, ayant toujours respecté le temple (v. 3). S’il avait été amené à changer de conduite, ce n’était pas de sa propre volonté, mais à la suite d’un ordre divin.

Il avait, dans la première partie de sa vie, persécuté les chrétiens, animé qu’il était par son zèle pour Dieu, et il souligne qu’eux aussi, les Juifs, étaient zélés pour Dieu, un zèle qui s’accompagnait d’une grande ignorance mais qui était sincère (Rom. 10. 2). Il met en avant (v. 5) un double témoignage, celui du souverain sacrificateur et celui du corps des anciens qui attestaient, l’un et l’autre, ce qu’avait été le début de sa vie. Puis il parle de sa conversion. Paul, dès sa conversion, a posé la question : « Que dois-je faire Seigneur ? » (v. 10). Ayant reçu un ordre d’en-haut, il n’était plus maître de ses voies : il devait faire ce que Dieu lui demandait de faire.

Si nous lisons attentivement le récit de la conversion de Paul, nous voyons qu’il n’a prononcé que deux paroles, qui sont deux questions : « Qui es-tu, Seigneur ? », et « Que dois-je faire, Seigneur ? » La première a trait à la connaissance de la Personne du Seigneur, la deuxième, à la connaissance de Sa volonté. Ce sont là deux choses très importantes pour tout croyant : on ne peut pas vivre une vie chrétienne à la gloire de Dieu et à la gloire de Christ sans poser ces questions et obéir à la réponse du Seigneur. Il faut connaître le Seigneur et connaître Sa volonté pour pouvoir marcher fidèlement.

En réponse à la question que Saul a posée, le Seigneur lui dit : « Lève-toi et va à Damas, et là on te parlera de toutes les choses qu’il t’est ordonné de faire » (v. 10). Nous l’avons remarqué : ces détails nous sont donnés au ch. 9 : que Paul est resté trois jours sans voir, sans manger et sans boire. Il n’y voyait pas « à cause de la gloire de cette lumière » qui lui était apparue (v. 11). Il parle ensuite de la visite d’Ananias, disciple, homme pieux selon la loi, ayant un bon témoignage de la part des Juifs, qui lui aussi était devenu chrétien et qui était venu vers lui, envoyé par Dieu pour lui faire connaître ce qu’il aurait à faire.

Tout cela aurait dû parler et au cœur et à la conscience des Juifs, car tout était disposé par Dieu ; il n’y avait rien de l’homme. Paul avait eu, dès le début de sa conversion la révélation de deux vérités importantes, celle de l’unité du corps de Christ (v. 8) et celle de la famille de Dieu : il est appelé « frère » par Ananias (v. 13). « Et sur l’heure, levant les yeux, moi je le vis. Et il dit : le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues ». Il y a trois points importants dans ce verset :

1) Connaître sa volonté,

2) Voir le Juste,

3) Entendre une voix de sa bouche.

Saul avait été « choisi d’avance » pour cela et il devait être le témoin des choses qu’il avait « vues et entendues », auprès de « tous les hommes ». L’apôtre ne parle pas ici des nations, mais de « tous les hommes » sinon il aurait provoqué la colère des Juifs (v. 21 et 22).

On a voulu se servir du v. 16 pour affirmer que le baptême lave de la tache originelle. Mais le baptême n’est que la porte d’entrée dans la chrétienté, dans ce qu’on a appelé la grande maison de tous les baptisés. C’est en invoquant le nom du Seigneur qu’on peut obtenir le salut et le pardon de ses péchés (fin du v. 16).

Paul rappelle qu’il était en extase dans le temple alors qu’on lui reprochait de le profaner (v. 17 et 21. 28 et 29). Aux v. 19 et 20 on voit que Paul, de même qu’Ananias, parle au Seigneur comme à un ami, avec une entière liberté, avec une conscience en pleine paix. Il ne se borne pas à dire à Dieu : Tu sais tout, il met tout devant Dieu, assuré que plus rien ne peut lui être imputé.

v. 21 : « Il me dit : Va, car je t’enverrai au loin vers les nations » : cette dernière parole était la déclaration très nette que si l’apôtre prêchait l’évangile aux nations, c’était parce qu’il en avait reçu l’ordre de Dieu.

v. 22 et 23 : Comme le discours d’Étienne (Act. 7. 53 et 54), celui de Paul n’a pu être terminé. À ce moment-là, « ils élevèrent leur voix, disant : Ôte de la terre un pareil homme, car il n’aurait pas dû vivre ». Le sens de l’expression est : il aurait déjà dû être mis à mort. Nous verrons dès lors, dans les chapitres suivants, avec quel acharnement les Juifs poursuivent Paul pour le mettre à mort ; on voit déjà au v. 23 l’expression de leur fureur contre l’apôtre : Satan est derrière et cherche à se débarrasser de Paul.

v. 24: Le tumulte entraîne l’intervention du chiliarque. N’ayant rien compris aux motifs qui ont conduit la foule à se mettre dans une si grande fureur, il fait conduire Paul à la forteresse et veut le mettre à la question par le fouet pour lui faire avouer « ses crimes », ceux qu’il suppose avoir été commis par lui et avoir provoqué la colère des Juifs.

v. 25 à 29 : Nous allons voir l’apôtre présenter quelque chose pour sa défense : on pourrait être surpris, en comparant ce récit avec celui du ch. 16, où l’apôtre n’avait manifesté alors aucune opposition et se soit laissé faire, tandis que, maintenant, il s’élève contre la décision du chiliarque. Les circonstances n’étaient pas les mêmes. À Philippes il exerçait son ministère dans la pleine puissance de l’Esprit Saint et le Saint Esprit le dirigeait en toutes choses, lui montrant ce qu’il fallait accepter. Les circonstances ont montré que Paul avait bien fait de se soumettre, puisque dans la prison, il a été l’instrument de la conversion du geôlier et de toute sa maison. Tandis qu’au ch. 22, Paul remplit un service de diacre et non d’apôtre : il apportait des aumônes à sa nation (Act. 24. 17). Le Seigneur le reconnaît comme Son témoin (23. 11), mais son ministère apostolique est terminé.

Paul se présente comme étant romain. On pourrait être étonné car en prononçant son apologie, il a déclaré qu’il était Juif, tandis que (23. 6), il dira : « Je suis pharisien, fils de pharisien ». L’apôtre met donc en avant ses différents titres pour sa défense : romain, juif, pharisien. Ce n’était pas un péché mais où était la puissance du Saint Esprit ? Le droit romain s’opposait à ce que l’accusé soit torturé avant d’être jugé et, en outre, un privilège spécial était assuré par deux lois aux citoyens romains. Paul fait valoir cela pour échapper au supplice qu’on voulait lui infliger.

– Est-ce que dans cette circonstance, Paul n’a pas insisté sur ses droits de citoyen romain ?

– Certainement pas. Il y a une différence entre « faire valoir ses droits » et « insister sur ses droits ». L’autorité est donnée par Dieu pour qu’elle agisse justement ; si elle ne le fait pas à l’égard d’un chrétien, celui-ci peut le faire remarquer, sans cependant « insister sur ses droits ». Si l’autorité ne change en rien ce qu’elle a décidé, et si le chrétien est ainsi victime d’une injustice, il s’en remet alors à « celui qui juge justement » (1 Pier. 2. 23).

v. 30 : Le chiliarque ne veut pas avoir l’air de se déjuger : il attend le lendemain pour faire délier Paul.

Ch. 23

Paul va alors s’adresser au sanhédrin qui était le tribunal juif. Paul, comparaissant devant le sanhédrin, parle du témoignage de sa conscience. S’adressant à ceux qui composaient ce tribunal, il dit seulement : « Hommes frères » et non plus « hommes frères et pères ». Il se place sur le même plan qu’eux. Paul a le témoignage de sa conscience qui n’a aucun reproche à lui adresser.

La conscience, c’est la faculté de discerner le bien et le mal, mais elle n’est pas, contrairement à ce que beaucoup pensent, la mesure du bien. Elle doit être guidée par la Parole de Dieu pour discerner le bien et le mal selon la mesure divine. Nous savons comment l’homme a acquis une conscience : par un acte de désobéissance, ayant mangé « de l’arbre de la connaissance du bien et du mal », malgré la défense qui lui en avait été faite (Gen. 2. 15 à 17 ; 3. 8 à 12). Ayant acquis une conscience de cette manière, il est incapable de faire le bien, il ne peut faire que le mal : la nature humaine est devenue la nature pécheresse et cette vieille nature ne peut faire que le mal. Il faut une nouvelle naissance, une nouvelle nature pour pouvoir faire le bien.

Paul, s’adressant au gouverneur Félix, emploiera cette expression : « Je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » (Act. 24. 16). Nous pouvons faire certaines choses qui nous paraissent bonnes car elles ne gênent pas notre conscience, mais il arrive qu’un jour, éclairés par la Parole de Dieu, nous discernions que ce que nous faisions sans trouble de conscience n’est pas conforme à la Parole de Dieu. Il s’agit alors de juger ce que nous avons fait : c’est s’exercer à avoir une bonne conscience.

En 1 Corinthiens 4 l’apôtre dit, en parlant de sa conscience : « Il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme ; et même je ne me juge pas moi-même. Car je n’ai rien sur ma conscience : mais par là je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge, c’est le Seigneur » (v. 3 et 4). Le Seigneur seul sait si ce que nous faisons en bonne conscience est conforme à sa volonté. En Hébreux 13 l’apôtre se recommande aux prières des croyants auxquels il s’adresse, il peut le faire parce qu’il a bonne conscience : « Priez pour nous, car nous croyons que nous avons une bonne conscience, désirant de nous bien conduire en toutes choses » (v. 18). L’apôtre avait donc le sentiment qu’il agissait en bonne conscience, mais il ne l’affirme pas.

En 1 Pierre, la bonne conscience et la bonne conduite sont liées l’une à l’autre : « Soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous, ayant une bonne conscience, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme de gens qui font le mal, ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ, soient confus » (3. 15 et 16). Il y a deux choses qui caractérisent la bonne conscience : d’une part la pureté, et de l’autre la paix et la tranquillité. La pureté, c’est la lumière de Dieu qui pénètre le cœur et la conscience, de sorte que ce qui n’est pas en accord avec cette lumière puisse être jugé. Le deuxième caractère de la bonne conscience est la paix et la tranquillité qui découlent du fait que tout a été jugé dans la lumière de Dieu. Ce qui se lie à la bonne conscience, c’est la bonne conduite.

v. 2 et 3 : Quand le souverain sacrificateur entendit ce que Paul avait dit, il « commanda à ceux qui étaient près de lui de le frapper sur la bouche ». Est-ce qu’il s’est senti repris dans sa conscience ? Est-ce qu’il a jugé que l’apôtre était allé trop loin ? En tous cas, il fait frapper Paul qui lui dit alors : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! ». « Paroi blanchie » était une injure employée par les Juifs, pour exprimer une accusation d’hypocrisie. On peut rapprocher de cela ce que disait le Seigneur en Matthieu 23. 27 : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Car vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, mais qui, au dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute sorte d’impuretés ».

v. 4 et 5 : Quand Paul a prononcé ces paroles, ceux qui étaient présents lui disent : « Injuries-tu le souverain sacrificateur de Dieu ? ». Paul a eu une défaillance à ce moment-là, et on a comparé son attitude en l‘opposant à celle du Seigneur en Jean 18. 19 : « Le souverain sacrificateur donc interrogea Jésus touchant ses disciples et touchant sa doctrine. Jésus lui répondit : Moi, j’ai ouvertement parlé au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue, et dans le temple où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien dit en secret. Pourquoi m’interroges-tu ? Interroge sur ce que je leur ai dit ceux qui m’ont entendu ; voilà, ils savent, eux, ce que moi j’ai dit. Or comme il disait ces choses, un des huissiers qui se tenait là donna un soufflet à Jésus, disant : Réponds-tu ainsi au souverain sacrificateur ? Jésus lui répondit : si j’ai mal parlé, rends témoignage du mal mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » La réponse du Seigneur est parfaite. Si Paul avait agi dans toute la puissance du Saint Esprit il n’aurait pas parlé comme il l’a fait.

On peut aussi se poser la question : – Comment se fait-il que Paul n’ait pas reconnu le souverain sacrificateur, puisqu’il lui avait donné des lettres pour Damas (ch. 9) ? – Il ne s’agissait pas du même souverain sacrificateur aux ch. 9 et 23. Ananias, dont il est question au ch. 23, n’a été souverain sacrificateur que six ou sept ans après ce qui est rapporté en Actes 9.

– On pourrait dire aussi que Paul aurait dû se rendre compte que celui qui présidait le sanhédrin était le souverain sacrificateur.

– Mais ce n’était pas toujours lui qui le présidait.

– On pourrait alléguer encore que les vêtements sacerdotaux auraient dû permettre à Paul de reconnaître le souverain sacrificateur.

– Mais il ne les portait que lorsqu’il exerçait son office de sacrificateur.

Quoiqu’il en soit, Paul aurait dû être gardé dans ses paroles. On constate beaucoup de méchanceté de la part d’Ananias contre Paul, une hostilité marquée ; on verra encore au ch. 24 comment se manifeste cette hostilité (v. 1).

v. 6 : l’apôtre emploie un moyen que l’on pourrait estimer critiquable. Il profite avec habileté du fait qu’il y avait sur certains points de doctrine un désaccord entre les sadducéens et les pharisiens. Où est, dira-t-on, la puissance du Saint Esprit en cela ? Mais aussi, où est le chrétien qui n’aurait pas agi ainsi ? Ne jetons pas la pierre à l’apôtre ! Dieu a permis qu’il agisse ainsi ; Il reste derrière la scène et dispose les circonstances au travers de tout.

On pourrait être surpris d’entendre l’apôtre dire : « Je suis pharisien, fils de pharisien » quand on lit Philippiens 3. 4 à 8 : « Si quelque autre s’imagine pouvoir se confier en la chair, moi davantage… quant à la loi, pharisien… quant à la justice qui est par la loi, étant sans reproche. Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures » – littéralement des excréments – « afin que je gagne Christ ».

L’apôtre met en opposition les pharisiens et les sadducéens. « Je suis mis en jugement pour l’espérance et la résurrection des morts » : l’espérance de la bénédiction millénaire pour le peuple juif quand il sera ramené dans sa terre. Mais en attendant la réalisation de cette espérance, il y a la parenthèse de l’Église. C’est ce que l’apôtre annonçait. On sait par 1 Corinthiens 15 avec quelle ardeur les faux docteurs développaient un enseignement qui niait la résurrection. Le v. 8 nous dit ce que niaient les sadducéens.

v. 7 à 9 : la déclaration de Paul a semé le trouble parmi ses accusateurs : les pharisiens vont être amenés à prendre le parti de Paul, tandis que les sadducéens se dressent contre lui.

« Nous ne trouvons aucun mal en cet homme » (v. 9) : c’est un témoignage qui a été rendu à plusieurs reprises à l’égard de l’apôtre. Claude Lysias le dira aussi (v. 29) : « j’ai trouvé qu’il était accusé touchant des questions de leur loi, mais il n’était sous le coup d’aucune accusation qui méritât la mort ou les liens ».

v. 10 : Comment Paul a-t-il été délivré dans cette circonstance ? Il a usé d’un moyen que l’on pourrait estimer critiquable, mais Dieu s’en est servi pour le délivrer, et il est à nouveau conduit à la forteresse.

v. 11 : Ce verset est très réconfortant pour l’apôtre et pour nous aussi. Paul pouvait se poser bien des questions sur sa comparution devant le sanhédrin ; il avait peut-être au fond de lui-même quelques regrets. Aussi avait-il besoin d’être encouragé. Dans une autre circonstance, il écrit aux Philippiens : « Vous avez bien fait de prendre part à mon affliction » (Phil. 4. 14), bien qu’il leur ait dit ce que nous lisons dans les versets qui précèdent. Pensons que, quoiqu’il ait pu réaliser, Paul a eu parfois besoin d’encouragement. Et comme il les a appréciés ! Ici il est encouragé car le Seigneur s’est tenu près de lui. Il peut écrire en 2 Timothée 1. 17 faisant allusion à sa « première défense » : « Le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié », de sorte qu’il a été « délivré de la gueule du lion ».

« Aie bon courage » : quelle parole de la part du Seigneur ! Nous la trouvons souvent dans les évangiles. En Matthieu 9. 2 il est dit : « Jésus voyant leur foi, dit au paralytique : aie bon courage, mon enfant, tes péchés sont pardonnés » et au v. 22 Jésus dit à la femme qui avait une perte de sang : « Aie bon courage, ma fille ta foi t’a guérie ». En Matthieu 14. 27 nous lisons : « Ayez bon courage, c’est moi, n’ayez point de peur » alors que les disciples ont peur en voyant Jésus marcher sur la mer. La même exhortation dans la même scène nous est rapportée en Marc 6. 50. La dernière parole laissée par le Seigneur à ses disciples est celle de Jean 16. 33 : « Vous avez de la tribulation dans le monde ; mais ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde ». Nous aimons l’entendre encore aujourd’hui. Il y a aussi bien d’autres passages où nous entendons le Seigneur exhorter les Siens à avoir bon courage.

Au ch. 27 des Actes, c’est Paul qui encourage ses compagnons de voyage. Au ch. 28 c’est lui qui, en voyant les frères de Rome, prit courage.

« Car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome » : il fallait qu’il rende témoignage devant César. Cette parole était l’assurance qu’il serait gardé à travers tous les dangers. On comprend qu’au milieu du naufrage rapporté en Actes 27 l’apôtre n’ait eu aucune crainte et qu’il ait pu encourager ceux qui étaient avec lui sur le navire.

– N’y a-t-il pas quelque analogie entre cette scène et celle de Jacob avec l’échelle ? (Gen. 28)

– Oui, sans doute. Qu’il s’agisse de la vie de Jacob et de la scène de Genèse 28, ou de la vie de Paul et de ce que nous trouvons ici, les compassions du Seigneur sont infinies et c’est un encouragement pour nous. Nous avons à faire à un Dieu plein de grâce et de miséricorde. On peut penser que l’encouragement que le Seigneur a donné à Paul dans cette circonstance l’a probablement amené à prononcer les paroles que nous trouvons au ch. 25. 9 : « Festus, voulant gagner la faveur des Juifs, répondit à Paul et dit : Veux-tu monter à Jérusalem pour y être jugé quant à ces choses, devant moi ? Et Paul dit : Je suis ici devant le tribunal de César, où je dois être jugé. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais toi-même très bien. Si donc je leur ai fait tort, ou que j’aie fait quelque chose qui soit digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais si rien n’est vrai de ce dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux : j’en appelle à César ».

Comme on l’a dit, Paul ne regardait pas aux causes secondes. Il parle dans l’épître aux Philippiens de ses liens comme étant des liens « en Christ » (1. 13). On ne voit jamais dans ses épîtres qu’il ait manifesté des regrets. Il se présentait comme le prisonnier du Seigneur.

– En Philippiens 1 il dit au v. 12 : « Je veux que vous sachiez que les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile ». Si même il y avait eu quelque défaillance de sa part, Dieu était au-dessus de tout, et II se servait de tout pour l’avancement de l’évangile et pour le bien de ceux auxquels l’apôtre écrivait.

Le début de ce chapitre nous a montré Paul comparaissant devant le sanhédrin et présentant sa défense. La première phrase qu’il prononce est dite pour faire ressortir ce qu’a été sa conduite : « Hommes frères, je me suis conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour ». Cette déclaration produisit une certaine irritation chez le souverain sacrificateur Ananias, qui commanda à ceux qui étaient près de lui de frapper Paul sur la bouche. Paul, ignorant que ce soit le souverain sacrificateur, lui dit : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! » (v. 1 à 5).

Paul, sachant qu’une partie de ceux qui étaient là étaient des pharisiens et l’autre des sadducéens, les met en opposition. On peut penser qu’il a usé en cela d’une certaine habileté, tirant profit de ce qu’il y avait des Juifs de tendances différentes. Il s’élève alors « une grande clameur », mais Dieu s’est servi du tumulte survenu parmi le peuple pour délivrer Paul qui est alors réintégré dans la forteresse (v. 6 à 10).

v. 11 : C’est là que le Seigneur lui apparaît et lui dit les paroles rapportées dans ce verset. On voit comment le Seigneur veillait sur Son serviteur. Paul, après les circonstances qu’il venait de traverser, devait être assez préoccupé, peut-être même un peu découragé. Aussi, la première parole que le Seigneur lui adresse est celle-ci : « Aie bon courage ». Pour lui donner la force et le courage dont il avait besoin, Il lui fait une promesse : « car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome ». Sans doute le témoignage qu’il avait rendu à Jérusalem n’avait pas donné les résultats que Paul désirait. Mais le Seigneur lui avait dit de sortir au plus tôt de Jérusalem (22. 18). Aussi son témoignage n’y avait pas été reçu, et le jugement allait tomber sur cette ville coupable, quelques années après. « Tu rendras témoignage de moi à Rome » : c’était l’assurance qu’il ne serait pas saisi par les Juifs mais qu’il irait à Rome. Paul a été appelé à rendre témoignage devant Lysias, Félix, Festus, Agrippa, César. Comme le Seigneur l’avait dit à Ananias : « cet homme m’est un vase d’élection pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël » (Act. 9. 15).

C’était le désir de Paul d’aller à Rome. Nous le voyons déjà en Actes 19. 21 : « après que ces choses se furent accomplies, Paul se proposa dans son esprit de passer par la Macédoine et par l’Achaïe, et d’aller à Jérusalem, disant : Après que j’aurai été là, il faut que je voie Rome aussi ». Et dans l’épître aux Romains, écrite sans doute quelques années avant les circonstances qui nous sont rapportées dans ces chapitres du livre des Actes, nous lisons : « Car Dieu, que je sers dans mon esprit dans l’évangile de son Fils m’est témoin que sans cesse je fais mention de vous, demandant toujours dans mes prières, si en quelque manière, maintenant une fois, il me sera accordé par la volonté de Dieu d’aller vers vous. Car je désire ardemment de vous voir, afin de vous faire part de quelque don de grâce spirituel, pour que vous soyez affermis, c’est-à-dire pour que nous soyons consolés ensemble au milieu de vous, vous et moi, chacun par la foi qui est dans l’autre. Or je ne veux pas que vous ignoriez, frères, que je me suis souvent proposé d’aller vers vous (et que j’en ai été empêché jusqu’à présent), afin de recueillir quelque fruit parmi vous aussi, comme parmi les autres nations » (ch.1. 9 à 13). C’était donc l’ardent désir de Paul d’aller à Rome, et jusque-là il en avait été empêché.

En Romains 15 il revient sur ce désir de visiter Rome : « de sorte que, depuis Jérusalem, et tout alentour, jusqu’en Illyrie, j’ai pleinement annoncé l’évangile du Christ » (v. 19 et v. 23) : « mais maintenant, n’ayant plus de sujet de m’arrêter dans ces pays-ci, et ayant depuis plusieurs années un grand désir d’aller vers vous, pour le cas où je me rendrais en Espagne… ; car j’espère que je vous verrai à mon passage, et que vous me ferez la conduite de ce côté-là, quand j’aurai d’abord un peu joui de vous ; mais à présent je vais à Jérusalem ». C’était son désir « depuis plusieurs années ». Paul va maintenant arriver à Rome, mais dans d’autres conditions que celles qu’il pensait : il y est allé comme prisonnier, mais y a cependant rendu un témoignage puissant. Nous le verrons en lisant la fin de ce livre des Actes.

– Est-ce qu’on peut rapprocher de ce v. 11 de notre chapitre celui de Jean 16. 32 : « Voici, l’heure vient, et elle est venue, que vous serez dispersés chacun chez soi, et que vous me laisserez seul ; et je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » ?

Oui, le Père était avec Lui, et Dieu était avec Paul, Son serviteur. Nous pouvons lire aussi le v. 33 : « Je vous ai dit ces choses afin qu’en moi vous ayez la paix. Vous avez de la tribulation dans le monde mais ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde ». Le Seigneur désirait encourager les siens avant de les quitter. Il leur donne l’assurance que Lui-même n’est pas laissé seul : Son Père est avec Lui (v. 32). Lui s’en allait au Père mais les siens allaient rester dans le monde. Aussi il ajoute : « ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde ». Qu’est-ce qui nous permet de vaincre le monde ? « C’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi » (1 Jean 5. 4).

La foi a Christ pour objet ; les disciples, qui allaient rester sur la terre, auraient un objet dans le ciel, qu’ils pourraient contempler ; c’est ainsi qu’ils auraient la victoire sur le monde. Comme on l’a dit : c’est une victoire sans combat, car la foi réalisée dans le cœur nous permet de jouir d’un Christ céleste et ainsi de vaincre le monde. « Tu nous dis : courage, quand nous sommes las ». Même si nous avons besoin d’être repris, redressés, la Parole nous dit : « ne perds pas courage quand tu es repris par lui » (Héb. 12. 5). Nous avions rappelé dans notre dernière réunion plusieurs passages des évangiles où nous voyons le Seigneur encourager les Siens.

– Est-ce que cela fait partie de l’office de souverain sacrificateur du Seigneur, qui sympathise à nos infirmités ?

– Certainement. « C’est toi qui nous aides dans chaque combat ». Au v. 11 nous avons l’activité du Seigneur pour encourager Son serviteur : Il lui dit la parole qu’il avait besoin d’entendre à ce moment-là. De même pour nous, Il connaît nos circonstances et nous encourage.

v. 12 et 13 : À partir de ce verset, nous allons voir le travail de l’homme sous la direction de Satan, car Satan ne désarme jamais. Il se déchaîne contre Paul ; il pensait pouvoir se débarrasser de lui et va tenter un nouvel effort pour essayer de mettre à mort ce fidèle serviteur. Les hommes agissent à l’instigation de celui qui est menteur et meurtrier dès le commencement. Dans tout ce récit nous voyons le mensonge et l’esprit de violence qui voudrait se manifester jusqu’au meurtre. Si l’apôtre est petit quant aux circonstances, qu’elle grandeur morale ! Il est gardé calme et paisible au milieu de la tempête. C’était pendant la nuit que le Seigneur s’était tenu près de lui. Il pourra le dire aussi à la fin de 2 Timothée, qui est la dernière épître qu’il a écrite : « Mais le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié, afin que par moi la prédication fût pleinement accomplie » (4. 17). Dans le verset qui précède il fait allusion aux circonstances qu’il a traversées : « Dans ma première défense, personne n’a été avec moi, mais tous m’ont abandonné ». Le Seigneur, Lui, ne l’abandonne pas. Quel témoignage Paul peut rendre à la fidélité du Seigneur !

Au matin, après cette nuit où l’apôtre avait reçu les encouragements du Seigneur, il est dit que « Les Juifs s’unirent et s’obligèrent par un serment d’exécration, disant qu’ils ne mangeraient ni ne boiraient jusqu’à ce qu’ils eussent tué Paul ». Qu’est-ce qu’un serment d’exécration ? C’est un serment tel que si l’engagement pris n’est pas rempli, la malédiction de Dieu pèse sur celui qui ne l’a pas accompli. Nous trouvons ce terme dans plusieurs passages de l’Écriture : Nombres 5. 21 ; 23. 7 ; Jérémie 42. 18 ; 44. 12 ; Osée 4. 1 et 2. C’était donc un engagement particulièrement sérieux qu’avaient pris ces Juifs : ils étaient résolus à le tenir. En fait, ils étaient les instruments de Satan dans l’exécution de son dessein. Nous allons voir comment ils vont s’y prendre, essayant de faire tomber Paul dans un guet-apens. Le mensonge s’ajoute au désir de meurtre.

v. 14 et 15 : « Et ils vinrent aux principaux sacrificateurs et aux anciens » : ils cherchent à en faire leurs complices et leur font connaître leur dessein sans ambiguïté car ils avaient besoin de leur concours et de celui du chiliarque. C’était un piège qu’ils tendaient à l’apôtre et toutes leurs dispositions étaient prises pour qu’il y tombe.

Nous voyons au travers de toute cette scène que si Satan agit, Dieu est au-dessus de tout. C’est Lui qui dirige toutes choses et il n’arrivera que ce qu’Il permet. Quand il peut sembler qu’il n’y a plus d’issue, nous pouvons être assurés que Dieu reste au-dessus de tout.

v. 16 à 18 : il est question dans ce verset du fils de la sœur de Paul. Il a été mis au courant du guet-apens dans lequel on voulait faire tomber Paul. On peut penser que, sachant Paul dans la forteresse, il était aux aguets pour savoir ce qui allait advenir de lui. Le Seigneur est au-dessus de la scène : Il permet que le fils de la sœur de Paul soit au courant, Il permet qu’il entre dans la forteresse, qu’il puisse voir Paul et lui parler. Et Paul, ayant été informé par son neveu, peut demander que ce jeune homme soit introduit auprès du chiliarque. Nous voyons que Dieu peut se servir d’un jeune homme ; dans d’autres passages nous voyons qu’Il peut aussi se servir d’enfants comme la petite fille de 2 Rois 5 qui a indiqué à son maître le moyen d’être guéri ou encore le petit garçon dont il est question dans l’évangile, qui avait cinq pains et deux poissons que le Seigneur a bénis pour nourrir une grande foule. Le Seigneur peut employer tous les instruments dont il Lui plaît de se servir, quel que soit leur âge. Que ce soit un encouragement pour les enfants !

v. 19 à 22 : C’était peut-être un peu intimidant pour ce jeune homme d’être conduit auprès du chiliarque, qui était un chef militaire dont le grade correspondait à celui de commandant. Il avait mille hommes sous ses ordres. Va-t-il oser dire ce qu’il a à lui dire ? Il est intéressant de voir comment le Seigneur agit pour mettre ce jeune homme à l’aise : le chiliarque le prend par la main. Quelle douceur, sans doute inhabituelle chez un commandant militaire ! Il le mène à l’écart et ainsi le neveu de Paul est à l’aise pour s’exprimer. L’accueil a été si encourageant pour le jeune homme qu’il peut aller, en quelque sorte, jusqu’à donner un ordre au chiliarque : « toi donc, n’y consens pas » (v. 21). Le chiliarque est désormais au courant de tout dans les moindres détails ; Dieu a permis que ce jeune homme puisse s’expliquer en toute liberté devant lui et lui dise : « Toi donc, n’y consens pas ».

Nous voyons encore dans les versets suivants comment Dieu continue à diriger les choses : le chiliarque agira de manière à ce que le jeune homme ne soit pas mis en cause. Tous les détails qui nous sont donnés-là sont remarquables et nous montrent comment le Seigneur s’occupe de tout jusque dans les plus petits détails. Le chiliarque va prendre des dispositions nous montrant que le Seigneur a permis la haine des Juifs pour que Paul soit arraché de leurs mains et mis en route pour aller à Rome. Nous pouvons bien dire une fois encore : « le méchant fait une œuvre trompeuse » (Prov. 11. 18).

v. 23 et 24 : « Et ayant appelé deux des centurions, il dit : Préparez deux cents soldats pour aller à Césarée, et soixante-dix cavaliers, et deux cents porte-lances, dès la troisième heure de la nuit ; et procurez-vous des montures, afin qu’ayant mis Paul dessus ils le conduisent en sûreté auprès de Félix le gouverneur » : 470 hommes, quelle escorte importante pour assurer la sauvegarde du prisonnier ! On voit que le chiliarque a pris les dispositions nécessaires pour protéger Paul, pour le cas où les quarante hommes d’entre les Juifs qui voulaient le tuer se seraient présentés. Ils sont partis à plus de neuf heures du soir ; le voyage avait donc lieu de nuit, peut-être pour assurer davantage encore la sûreté du prisonnier jusqu’à Césarée. Nous verrons Paul au ch. 24 en présence de Félix. Il est donc en route pour aller à Rome avec cet arrêt à Césarée.

v. 25 et 26 : Claude Lysias, qui était le chiliarque, était déjà intervenu dans les circonstances du ch. 21 : « Et comme ils cherchaient à le tuer – Paul – le bruit vint au chiliarque de la cohorte, que tout Jérusalem était en confusion » (v. 31) : ce chiliarque était Claude Lysias. Ici, il envoie un prisonnier au gouverneur ; il ne pouvait le faire sans lui indiquer le motif pour lequel Paul était détenu. Il lui écrit donc une lettre. L’expression « très excellent » qu’il emploie au début de sa lettre se trouve aussi au début de l’évangile selon Luc et en Actes 24. 3 à l’égard de Félix, en Actes 26. 25 à propos de Festus. C’était une expression employée autrefois lorsqu’on s’adressait à un homme haut placé.

v. 27 et 28 : « Cet homme ayant été saisi par les Juifs et étant sur le point d’être tué par eux, je suis survenu avec la troupe et je l’ai délivré, ayant appris qu’il est Romain » : Claude Lysias fait sans doute allusion ici à ce qui s’est passé à la fin du ch. 21. 33 à 39 mais il ne donne pas un récit exact des faits. Il les présente d’une manière qui lui soit favorable pour ne pas être accusé d’avoir fait lier un homme qui était Romain pour le faire fouetter.

v. 29 : « J’ai trouvé qu’il était accusé touchant des questions de leur loi, mais qu’il n’était sous le coup d’aucune accusation qui méritât la mort ou les liens » : il considère ces « questions » comme étant d’importance tout à fait secondaire. L’innocence de Paul est reconnue par une autorité païenne comme elle le sera par Agrippa : « Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en avait appelé à César » (Act. 26. 32). Il y a donc eu un double témoignage d’autorités païennes, qui attestait l’innocence de Paul : « Par la bouche de deux ou trois témoins toute affaire sera établie » (2 Cor. 13. 1). Paul était innocent et son innocence est établie par un double témoignage.

Il y a eu un troisième témoignage mais de la part des scribes et des pharisiens, (donc des Juifs) qui nous est rapporté au début du chapitre.

Ici (ch. 23. 29 et 26. 32) ce sont deux autorités païennes. Les Juifs étaient donc coupables de maintenir malgré cela leurs accusations contre lui.

– En revenant un peu en arrière, n’y a-t-il pas un enseignement dans l’encouragement du Seigneur à Paul ? Nous, quand nous allons voir un chrétien éprouvé, pour l’encourager nous lui parlons soit de certitudes du passé soit du repos final. Le Seigneur, Lui, présente le combat à Paul. Est-ce une prérogative du Seigneur ?

– Sans doute, le Seigneur seul pouvait dire à Paul les paroles rapportées au v. 11. Le Seigneur l’encourage pour le combat qu’il avait à livrer. Le Seigneur peut nous encourager nous aussi de la même manière. Il peut nous encourager par exemple par un verset tel que celui-ci : « Tu sauras que moi je suis l’Éternel : ceux qui s’attendent à moi ne seront pas confus » (És. 49. 23). Un verset des Proverbes nous dit : « Le cœur d’un roi, dans la main de l’Éternel, est des ruisseaux d’eau ; il l’incline à tout ce qui lui plaît » (Prov. 21. 1). On peut penser que le roi est tout puissant, qu’il peut faire sa volonté, mais pour Dieu c’est « comme des ruisseaux d’eau », Il l’incline à tout ce qui lui plaît. Nous oublions souvent que la puissance de Dieu est infinie. Il fera ce qui lui plaît et ce qu’Il trouve bon de faire. Quel précieux encouragement dans les combats que nous pouvons avoir à livrer ! Ajoutons que nous pouvons aussi être conduits à encourager un croyant pour un combat qui est devant lui, bien que ne pouvant nous exprimer comme le Seigneur le fait quand il s’adresse à Paul.

v. 30 : Claude Lysias ajoute : « Et ayant été averti des embûches que les Juifs allaient dresser contre cet homme, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant donné l’ordre à ses accusateurs aussi de dire devant toi les choses qu’ils ont contre lui ». Il ne dit pas par qui il a été averti, il ne met pas en cause le fils de la sœur de Paul. Nous verrons au ch. 24 ces « accusateurs » qui vont se présenter devant Félix et renouveler leurs accusations contre Paul. Dans cette lettre, Claude Lysias cherche à présenter les choses sous le meilleur jour possible pour lui, mais sa lettre est favorable pour Paul également. En considérant les détails donnés dans ce chapitre nous voyons comment Dieu veille sur les Siens.

v. 31 et 32 : À partir de ce verset nous avons l’exécution des choses que Claude Lysias a ordonnées. À Antipatris il semble que l’attaque des Juifs n’était plus à craindre. Aussi c’est à Antipatris que se termine la mission des soixante-dix cavaliers. C’est ainsi que Paul arrive à Césarée dont il est question plusieurs fois, dans les actes, la première fois au ch. 10 ; c’est là qu’habitait Corneille. Un peu plus loin il nous est dit qu’il y avait une assemblée à Césarée : « Et ayant abordé à Césarée, il monta et salua l’assemblée » (18. 22).

v. 33 : Les soldats dont il est parlé au v. 31 étaient les porteurs de la lettre de Claude Lysias. Ils la remettent au gouverneur et lui présentent Paul.

v. 34 et 35 : Le gouverneur, ayant demandé de quelle province est Paul, apprend qu’il est de la Cilicie. Paul a déjà donné ce détail dans une autre circonstance : « Je suis Juif de Tarse, citoyen d’une ville de la Cilicie qui n’est pas sans renom » (21. 39). Félix est disposé à entendre Paul à fond quand ses accusateurs seront arrivés, Ananias, le souverain sacrificateur, et les anciens, accompagnés d’un orateur Tertulle, qui va accuser Paul après avoir flatté Félix. « Il donna ordre qu’il fût gardé dans le prétoire d’Hérode » : le prétoire d’Hérode était le palais qu’Hérode avait fait bâtir et qui était en fait la résidence des procurateurs romains. Paul n’a donc pas été mis en prison, il est resté dans ce palais, cinq jours sans doute, puisqu’au début du chapitre suivant il est écrit : « Or cinq jours après, le souverain sacrificateur… ».

Nous pouvons bien dire que si nous étions plus fidèles, plus dépendants, plus confiants, nous serions les objets de délivrances remarquables au travers de nos difficultés et ferions des expériences semblables à celles que Paul a pu faire. On peut penser que Paul n’a jamais cessé de se confier en Dieu ; et même si sa foi a eu besoin d’encouragements, cette foi n’a jamais défailli. Paul compte sur Dieu et dans les circonstances difficiles qu’il traverse, il fait l’expérience des soins de Dieu, des soins du Seigneur, et nous pourrons nous aussi en faire l’expérience. Que ce récit fortifie notre foi dans les circonstances que nous sommes appelés à connaître ! Ce que le Seigneur a fait pour Paul, Il se plaît à le faire aussi pour chacun des Siens. Nous pouvons entendre la voix de Celui qui s’adressait à Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » (Luc 22. 32), à Paul : « aie bon courage ». Que nous ne doutions jamais des soins du Seigneur et de Son amour fidèle ! S’Il nous fait passer par des circonstances difficiles, c’est pour que nous éprouvions les soins de Son amour. Comme il est précieux à nos cœurs de l’entendre nous dire : « J’ai prié pour toi », « aie bon courage ».

Nous verrons dans le chapitre suivant le détail des circonstances de Paul dans le chemin qui s’ouvre à lui, comment le Seigneur s’occupe de lui jusqu’au moment où il sera amené à Rome pour rendre témoignage.

Ch. 24

Après les circonstances rapportées au début du ch. 23 nous avons vu, lors de notre dernière réunion, que le Seigneur s’est tenu près de Paul et lui a adressé cette parole : « Aie bon courage, car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome ». C’était un précieux encouragement que le Seigneur donnait à l’apôtre, l’assurant ainsi qu’il le protégerait jusqu’à Rome. Mais l’ennemi ne désarme pas. La suite du chapitre dit ce que fut la conjuration des Juifs : ne pouvant supporter ce fidèle témoin, ils avaient décidé de le mettre à mort. Pour cela, ils cherchent à s’assurer la complicité des principaux sacrificateurs et des anciens, leur demandant de monter une machination, un véritable guet-apens. Nous voyons comment Dieu, une fois encore, prend soin de Son serviteur : il conduit toutes les circonstances en vue de sa délivrance. C’est ainsi que le chiliarque prend des dispositions pour que Paul ne tombe pas dans les mains des Juifs.

v. 1 et 2 : il est dit que « cinq jours après » l’arrivée de Paul à Césarée, le souverain sacrificateur Ananias dont il est parlé au ch. 23 y descendit avec les anciens. Ils ont pris avec eux un orateur, Tertulle, afin de soutenir l’accusation : ils désirent sans doute que leurs accusations soient présentées avec le plus d’éloquence et le plus de poids possible.

v. 3 et 4 : Tertulle, l’avocat, prend le premier la parole. Il commence par user de flatterie, prononçant des paroles pleines de douceur au moyen desquelles il essaye d’acquérir la faveur de Félix. Ce début est tout empreint de flatterie, mais Félix n’y est guère sensible : connaissant les sentiments des Juifs à l’égard des Romains, ces paroles n’ont pas beaucoup d’effet sur lui. Le discours de Paul, marqué de simplicité et de dignité, portera beaucoup plus.

v. 5 : Tertulle va ensuite présenter les accusations que les Juifs formulaient contre Paul : « nous avons trouvé que cet homme est une peste » ; il emploie un mot extrêmement fort et méchant. « Il excite des séditions dans toute la terre habitée » : c’était là un argument qui pouvait porter auprès de Félix, car les gouverneurs s’employaient à maintenir la paix dans la province dont ils étaient chargés. Le deuxième argument qu’il avance est le suivant : « il est un meneur de la secte des nazaréens », ce sont trois termes de mépris. Le troisième argument est celui-ci : « il a même tenté de profaner le temple ». Les paroles de Tertulle ne sont pas aussi fortes sur ce point que celles des Juifs au ch. 21. 28 : « c’est ici l’homme qui partout enseigne tout le monde contre le peuple, et la loi, et ce lieu ; et qui de plus a aussi amené des Grecs dans le temple et a profané ce saint lieu ». Quoiqu’il en soit, il y a donc dans l’accusation portée devant le gouverneur par Tertulle trois arguments ; nous allons voir comment Paul les reprend et répond à chacun d’eux.

v. 6 : Dans la suite des paroles de Tertulle, la vérité est encore déformée : « aussi l’avons-nous saisi, et nous avons voulu le juger selon notre loi ». Il semble donc que les Juifs s’étaient bornés à se saisir de Paul pour le juger selon leur loi.

v. 7 : « Mais Lysias, le chiliarque, étant intervenu, l’a emmené en l’arrachant d’entre nos mains, avec une grande violence, donnant ordre que ses accusateurs vinssent auprès de toi ». Or si nous nous reportons au ch. 21. 30 nous lisons « ayant saisi Paul, ils (les Juifs) le traînèrent hors du temple ; et aussitôt les portes furent fermées. Et comme ils cherchaient à le tuer, le bruit vint au chiliarque de la cohorte ». Où était la violence ? D’après Tertulle, elle était du côté de Lysias ; en vérité, elle était du côté des Juifs. L’exposé des faits présenté par Tertulle n’était pas conforme à la vérité.

v. 8 : Tertulle termine en disant : « tu pourras toi-même, en l’interrogeant, arriver à la pleine connaissance de toutes ces choses dont nous l’accusons ».

v. 9 à 11 : Les paroles que va prononcer Paul montrent qu’il était accusé de faits absolument faux. Tandis que les Juifs s’associent aux paroles prononcées par Tertulle pour affirmer « que les choses étaient ainsi », le gouverneur Félix, qui était certainement au courant des coutumes juives, fait signe à Paul de parler. Cela encourage Paul et il expose les faits tels qu’ils se sont passés. Paul ne s’arrête pas sur l’accusation portée contre lui, d’exciter « des séditions parmi tous les Juifs dans toute la terre habitée ». Il fait ressortir ce qui était la vérité à ce sujet : qu’était-il venu faire à Jérusalem ? Non pas « exciter des séditions », il y était venu pour adorer (v. 11). Pourquoi Paul parle-t-il de douze jours ? Parce que c’était un laps de temps assez court, trop court pour exciter des séditions, et d’autre part, le gouverneur pouvait vérifier facilement ce qu’il avait fait pendant ce temps-là. La réponse de Paul est pleine de dignité, clarté, simplicité et respect. Tout cela était en frappant contraste avec les flatteries et les exagérations de Tertulle. Tertulle avait falsifié la vérité, tandis que Paul présentait la vérité.

v. 12 et 13 : « Et ils ne m’ont trouvé, ni dans le temple, disputant avec quelqu’un ou ameutant la foule, ni dans les synagogues, ni dans la ville ; et ils ne peuvent pas soutenir les choses dont ils m’accusent présentement ». C’est la réponse à l’argument du début du v. 5. Il n’y avait rien dans la conduite de Paul qui pouvait être critiqué. Qu’est-ce qui avait été à l’origine du soulèvement de la foule ? C’étaient des Juifs d’Asie dont Paul parle plus loin (v. 19).

v. 14 et 15 : À partir du v. 14 nous avons la réplique au deuxième point de l’accusation : « il est un meneur de la secte des Nazaréens ». Sur ce point-là Paul est disposé à donner les explications nécessaires et il va rendre un puissant témoignage. Les mots employés par Tertulle étaient des termes de haine et de mépris : « meneur », « secte », « nazaréen ». L’apôtre ne relève aucun des trois ; il passe, laissant à Tertulle et aux Juifs la responsabilité de s’exprimer comme ils l’avaient fait. Il passe au-dessus de tout cela.

Mais il va dire ce qu’il avait fait : « selon la voie qu’ils appellent secte » (la « voie » était un terme que nous avons déjà remarqué, en particulier au ch. 9, dont on se servait pour désigner les chrétiens), « je sers le Dieu de mes pères » : le Dieu d’Israël ; c’était bien le Dieu de ses pères. Il ne cessait pas de servir Dieu. Il l’avait servi avant sa conversion d’une manière qui ne convenait pas : il pensait alors le servir en persécutant les chrétiens. Mais ses yeux avaient été ouverts et maintenant il servait Dieu comme Il devait l’être. L’apôtre peut attester qu’il croyait l’Écriture et avait espérance en Dieu. Pourquoi donc les Juifs se déchaînaient-ils contre lui ?

Il y a une espérance pour les Juifs, il y a une espérance pour les chrétiens. Pour les Juifs c’est une espérance terrestre, pour les croyants de l’économie actuelle, c’est une espérance céleste, mais cette espérance est en Dieu, le même Dieu qui est le Dieu d’Israël et aujourd’hui notre Père en Jésus. Cette espérance est une espérance relative à la résurrection. L’apôtre a souvent présenté la vérité relative à la résurrection, les Juifs ne pouvaient le nier. « Il y a une résurrection, tant des justes que des injustes » (v. 15). Ce sont les deux résurrections dont nous parle le Nouveau Testament. Mais les vérités concernant la résurrection ne sont pas seulement dans les écrits du Nouveau Testament ; déjà l’Ancien Testament en faisait mention, les prophètes en parlaient : c’est tantôt de la résurrection des corps qu’il est question, tantôt de la résurrection de la nation Juive.

Ézéchiel 37 parle de la résurrection d’Israël comme nation (v. 2 à 6). D’autres passages nous parlent de la résurrection des corps : Ésaïe 25. 8 : « Il engloutira la mort en victoire et le Seigneur, l’Éternel, essuiera les larmes de dessus tout visage, et il ôtera l’opprobre de son peuple de dessus toute la terre ; car l’Éternel a parlé ». Ésaïe 26. 19 à 21 : « Tes morts vivront, mes corps morts se relèveront. Réveillez-vous et exultez avec chant de triomphe, vous qui habitez dans la poussière ; car ta rosée est la rosée de l’aurore, et la terre jettera dehors les trépassés… ». Daniel 12. 2 et 3 : « Et plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour être un objet d’horreur éternelle. Et les sages brilleront comme la splendeur de l’étendue, et ceux qui ont enseigné la justice à la multitude, comme les étoiles, à toujours et à perpétuité » (Il est ici question de l’évangile du royaume). Osée 6. 2 parle de la résurrection de la nation : « Dans deux jours, il nous fera vivre ; au troisième jour, il nous mettra debout, et nous vivrons devant sa face » et 13. 14 de la résurrection des corps : « Je les délivrerai de la main du shéol, je les rachèterai de la mort. Ô mort, où sont tes pestes ? Ô shéol, où est ta destruction ? »

Tous ces passages nous montrent bien que dans les écrits qu’Israël avait à sa disposition il était déjà question de la résurrection ; ce n’était donc pas une vérité nouvelle qui était présentée aux Juifs. Les Juifs se nourrissaient de l’espoir de cette résurrection, et malgré le rejet du Messie, cette résurrection s’accomplira. Cette vérité devait atteindre la conscience de ceux qui étaient dans cet auditoire, surtout de ceux qui la connaissaient déjà. Pourquoi donc voulaient-ils tuer Paul qui dira : « C’est pour la résurrection des morts que je suis aujourd’hui mis en jugement par vous » (v. 21). Au v. 6 du ch. 23 nous avons vu que Paul s’est écrié devant le sanhédrin : « je suis mis en jugement pour l’espérance et la résurrection des morts », et c’est ce qui avait provoqué une dissension entre les sadducéens et les pharisiens. L’apôtre revient là-dessus : il est mis en jugement à cause de la résurrection des morts. De la même manière nous sommes appelés à présenter aujourd’hui cette vérité de la résurrection. La résurrection d’entre les morts est une vérité de la Parole qui console le croyant : seuls les vrais croyants y auront part. Mais pour ceux qui sont morts sans Christ, il y aura la seconde résurrection, la résurrection des morts, et le jugement qui la suivra.

v. 16 : « À cause de cela » : en raison même des vérités qu’il enseignait, « la résurrection tant des justes que des injustes », Paul s’exerçait à avoir « une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Est-ce que c’était nécessaire ? Paul était un croyant, c’était un juste ; il savait qu’il avait une place dans la maison du Père. Mais après la résurrection d’entre les morts et la transmutation des vivants, il y aura le tribunal de Christ, non pour y être jugé mais pour être manifesté. Devant le tribunal de Christ il y aura manifestation et rétribution : « il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal » (2 Cor. 5. 10). C’est en vue de ce jour-là que l’apôtre s’exerçait « à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Il mettait sa vie tous les jours en accord avec sa foi, la foi qu’il professait. Il a parlé de sa bonne conscience au début du ch. 23 : « Je me suis conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour ». Quelle que soit la réaction du souverain sacrificateur, c’était bien ce que Paul avait fait. C’est ce à quoi nous devrions nous appliquer.

v. 17 : Au v. 11 l’apôtre a dit qu’il était « monté pour adorer à Jérusalem ». Dieu est au premier plan, mais en même temps il pensait à sa nation : « je suis venu pour faire des aumônes à ma nation et des offrandes ». Il parle aussi de cela en 1 Corinthiens 16 et en Romains 15. Nous avons ces deux côtés qui nous sont également présentés en Hébreux 13. 15 et 16 : « Offrons donc, par lui, mans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom. Mais n’oubliez pas la bienfaisance, de faire part de vos biens, car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices » : le culte et l’exercice de la bienfaisance sont étroitement liés. On ne peut pas les séparer.

v. 18 et 19 : C’est pour apporter des aumônes à sa nation qu’on l’a vu dans le temple, « purifié », « sans attroupement et sans tumulte ». Il était venu dans le temple, « purifié », avec tout le respect et dans l’état moral qui convient à la présence de Dieu dans Son temple. De même nous devons être conscients que nous ne pouvons pas venir dans la présence de Dieu sans être purifiés, sans passer par la cuve d’airain qui est en rapport avec la purification des souillures contractées dans la marche (Ex. 30). Nous ne pouvons pas jouir de la communion avec le Seigneur dans le sanctuaire si nous ne sommes pas passés à la cuve d’airain. Qui est-ce qui avait provoqué l’attroupement et le tumulte ? Des Juifs d’Asie. C’étaient eux qui étaient coupables d’avoir provoqué un attroupement et du tumulte. Ce sont ceux dont il est parlé au v. 27 du ch. 21.

v. 20 : Là commence la troisième partie du discours de Paul qui répond au troisième argument de Tertulle. « Ou bien que ceux-ci disent quelle injustice ils ont trouvée en moi, quand j’ai été devant le sanhédrin » : le mot du texte original traduit par « injustice » a été aussi traduit par iniquité. En 2 Timothée 2 nous avons ce verset souvent rappelé : « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » ; c’est en Actes 24. 20, le même mot de l’original qui est traduit en 2 Timothée 2. 19 par iniquité. C’est pourquoi l’apôtre dit ensuite : « Poursuis la justice, la foi, l’amour… » en contraste avec l’injustice, l’iniquité, de laquelle le fidèle est appelé à se retirer.

v. 21 : l’apôtre reprend l’expression du ch. 23. 6: « C’est pour la résurrection des morts que je suis aujourd’hui mis en jugement par vous ». Telle est la réponse de Paul aux accusations présentées par Tertulle.

Il semble bien que l’apôtre a fait l’expérience de la promesse du Seigneur à Ses disciples : « ne soyez pas en souci comment vous parlerez, ni de ce que vous direz ; car il vous sera donné dans cette heure-là ce que vous direz ; car ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est L’Esprit de votre Père qui parle en vous ».

C’est le v. 19 de Matthieu 10 et au v. 22 il est ajouté : « vous serez haïs de tous à cause de mon nom ». On voit combien Paul était haï par les Juifs.

v. 22 et 23 : Ce verset confirme ce que nous disions tout à l’heure, à savoir que Félix avait une certaine connaissance de la doctrine chrétienne et il « ajourne » ceux qui étaient là : « Mais Félix, ayant plus exactement connaissance de ce qui regardait la voie, les ajourna, disant : quand le chiliarque Lysias sera descendu, je prendrai connaissance de votre affaire, ordonnant au centurion que Paul eut quelque liberté, et qu’on n’empêchât aucun des siens de le servir » : on voit là encore la main du Seigneur qui s’occupe de Son serviteur. Il l’a soutenu tout au long de cette comparution, Il permet maintenant qu’il ait quelque temps de repos, sans doute deux ans d’après le v. 27. Nous ne pouvons pas douter qu’il ait rendu témoignage pendant ce temps-là.

v. 24 : « Or quelques jours après, Félix étant venu avec Drusille sa femme qui était Juive, manda Paul et l’entendit sur la foi en Christ ». Drusille avait sans doute entendu parler de ce grand prédicateur et Félix lui avait vraisemblablement rapporté ce que Paul avait dit. De quoi va lui parler Paul ? De la « foi en Christ ». Il va leur présenter les vérités capitales concernant le salut.

v. 25 : « Et comme il discourait sur la justice et sur la tempérance et sur le jugement à venir, Félix tout effrayé répondit : pour le présent va-t-en ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». L’apôtre ne se contentait pas de présenter le salut par la foi en Christ, mais aussi les vérités qui en découlent pour la marche du croyant. Il s’agit là d’une justice pratique, de ce qui correspond dans la marche à la justice qui est la position du croyant en Christ. Les « sentiers de justice » sont des sentiers où le croyant peut marcher dans ce monde, où le mal n’est pas et où il ne peut pas entrer.

La « tempérance », c’est la sobriété. Le croyant est appelé à être sobre en toutes choses, il est appelé à prendre conscience qu’il n’a rien à prendre du monde sauf ce qu’il lui faut pour subsister.

Le « jugement à venir » : c’était quelque chose de nature à effrayer Drusille et Félix. Quand on parle du jugement à venir, bien souvent les âmes ne le reçoivent pas, mettant en avant que Dieu est un Dieu d’amour. Si quelqu’un préfère écouter l’ennemi, il subira le sort de l’ennemi (voir Mat. 25. 41). Félix est tout effrayé il demande à Paul de s’en aller.

v. 25 et 26 : La suite du récit nous montre qu’il faisait appeler Paul fréquemment. Pourquoi ? C’était l’amour de l’argent qui cuirassait son cœur et sa conscience : il espérait que les chrétiens feraient un gros effort pour que Paul soit libéré en lui donnant (à lui, Félix) une grosse somme d’argent. Quelle hypocrisie !

v. 27 : « Or, quand deux ans furent accomplis, Félix eut pour successeur Porcius Festus ; et, voulant gagner la faveur des Juifs, Félix laissa Paul prisonnier ». Il ne s’en serait pas inquiété si Paul lui avait donné une grosse somme d’argent, il n’aurait pas cherché à « gagner la faveur des Juifs ». Il laisse à son successeur le cas qu’il n’avait pas voulu régler. Au ch. 25 nous allons voir intervenir Festus. Il fallait que Paul ait un grand courage pour rendre témoignage comme il l’a fait (v. 25) devant Félix, homme charnel, voué aux passions, impudique et dont le mariage était sans doute un adultère. Il ne se préoccupe pas de la situation de Félix et de Drusille : il rend son témoignage. Nous comprenons que Félix ait été effrayé en entendant parler du jugement à venir. Paul désirait achever sa course et accomplir le service qu’il avait reçu du Seigneur.

Les caractères de l’apôtre sont des caractères que nous avons à imiter. Il était un imitateur du parfait Modèle, de Celui qui a eu à faire à la haine des Juifs. L’apôtre nous dit : « Soyez mes imitateurs comme moi aussi je le suis de Christ » (1 Cor. 11. 1). Il fait l’expérience, dans ce chemin, que le Seigneur se tient près de lui pour le secourir. Le Seigneur se tiendra toujours près de ceux qui sont Ses témoins fidèles, lui qui a été par excellence « le témoin fidèle et véritable » (Apoc. 1. 5 ; 3. 14).

Le souverain sacrificateur Ananias devant lequel Paul avait comparu (début du ch. 23) avait continué à le poursuivre de sa haine et était venu avec les anciens et un certain orateur nommé Tertulle, pour accuser Paul, devant le gouverneur Félix (ch. 24). L’accusation de Tertulle, présentée par lui au nom du souverain sacrificateur Ananias et des anciens du peuple, se résume en trois points :

– Paul excite des troubles parmi les Juifs,

– C’est un chef de la secte des Nazaréens,

– Il a essayé de profaner le temple.

Quand Tertulle a terminé l’exposé de son accusation (v. 5 à 8), Paul est invité par Félix à parler. Il répond avec beaucoup de respect et de simplicité. En fait il était, dit-il, venu à Jérusalem pour présenter des offrandes et pour faire des aumônes à son peuple, c’est-à-dire adorer Dieu et exercer la bienfaisance (v. 17).

Félix ajourne les deux parties. Paul est placé entre les mains du centurion, ayant quelque liberté (v. 23).

Le ch. 24 se termine par les paroles de Paul à Félix et à Drusille (v. 25).

Paul reste à Césarée pendant deux ans (v. 27). Un long temps s’écoule pendant lequel il est assez tranquille, deux années heureuses et bienfaisantes pour lui après les moments difficiles qu’il venait de traverser. Il pouvait puiser, dans ces moments particuliers de communion avec le Seigneur, une force nouvelle pour poursuivre le combat.

Félix a pour successeur Porcius Festus (ch. 24. 27).

v. 1 et 2 : Le début du ch. 25 nous parle de la visite à Jérusalem de Festus, arrivé dans la province comme gouverneur. L’hostilité des Juifs après ces deux ans, n’a pas désarmé à l’égard de Paul.

v. 3 : Ils sont autant portés qu’autrefois à manifester leur haine contre l’apôtre, « lui demandant contre Paul cette grâce qu’il le fit venir à Jérusalem, dressant des embûches pour le tuer en chemin ». Pourquoi est-il dit « cette grâce » ? Parce qu’il était contraire aux lois romaines qu’un citoyen romain soit jugé par une nation assujettie à Rome. Les Juifs demandent à Festus de faire venir Paul à Jérusalem parce qu’ils avaient l’intention de lui dresser à nouveau un guet-apens (23. 12 à 15 ; 25. 3).

v. 4 à 7 : Dieu ne permet pas, ici encore, que les principaux du peuple puissent aboutir dans leur complot : Il est au-dessus d’eux et a toutes choses en Sa main. Nous sommes, nous aussi, entre les mains d’un Dieu fidèle et qui nous aime toujours du même amour. Festus, s’opposant à ce que l’on fasse venir Paul à Jérusalem, descend à Césarée et Paul comparaîtra devant le tribunal où siège le gouverneur, les Juifs de Jérusalem l’accusant.

v. 8 : Paul n’avait commis, dira-t-il, aucun crime ni contre les Juifs, ni contre le temple, ni contre les autorités politiques (César).

v. 9 : Festus, comme Félix, « voulant gagner la faveur des Juifs », dit alors à Paul : « Veux-tu monter à Jérusalem pour y être jugé quant à ces choses, devant moi ? ».

v. 10 à 12 : Paul refuse. Il répond avec dignité et courage : « je suis ici devant le tribunal de César, où je dois être jugé. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs comme tu le sais toi-même très bien. Si donc je leur ai fait quelque tort, ou que j’aie fait quelque chose qui soit digne de mort, je ne refuse pas de mourir mais si rien n’est vrai de ce dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux : j’en appelle à César. Alors Festus, ayant conféré avec le conseil, répondit : Tu en as appelé à César, tu iras à César ». Telle est la première partie du chapitre, assez simple dans les différents détails qui nous sont donnés.

v. 13 : Nous avons la deuxième partie depuis ce verset. Aggripa et Bérénice viennent à Césarée pour saluer Festus : il était normal qu’Agrippa et Bérénice viennent saluer le nouveau gouverneur. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le roi Agrippa n’était pas accompagné par sa femme ; Bérénice était sa sœur. Ils étaient, tous deux enfants d’Hérode. Mais, d’après l’histoire ancienne, Agrippa et Bérénice avaient entre eux des rapports incestueux. Ils viennent donc tous deux auprès de Festus.

v. 14 à 19 : Celui-ci en profite pour expliquer à Agrippa le cas de Paul. Festus pensait que Paul qui était détenu depuis plus de deux ans, avait commis des crimes très graves (v. 18). De sa comparution devant ses accusateurs il retient seulement qu’« ils avaient contre lui quelques questions touchant leur culte religieux et touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant » (v. 19).

« Un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant » : Paul n’avait pas été témoin de la résurrection du Seigneur, mais, arrêté sur le chemin de Damas, il avait vu Christ glorifié. Il pouvait affirmer qu’Il était « vivant ».

v. 20 : On comprend que Festus soit dans l’embarras pour procéder à une information sur ces questions, aussi demande-t-il à Paul s’il voulait aller à Jérusalem pour y être jugé. Il se garde bien de dire qu’il voulait par-là gagner la faveur des Juifs (comp. v. 9 et 20). Ce détail suffit à montrer que Festus manquait de droiture. Le véritable motif – gagner la faveur des Juifs – n’était pas à son honneur et n’eut pas fait ressortir son impartialité.

v. 21 : « Mais Paul, en ayant appelé, demandant à être réservé au jugement d’Auguste, je donnai ordre qu’il fut gardé jusqu’à ce que je l’envoyasse à César ». Auguste, comme aussi César, était le titre des empereurs romains et à ce moment-là, l’empereur romain était Néron, qui au début de son règne n’a manifesté ni la cruauté, ni le manque de justice qui le caractérisèrent à la fin. C’est pourquoi la première captivité de Paul à Rome s’est déroulée dans des conditions somme toute assez satisfaisantes (Act. 28. 30 et 31) et il n’a pas eu à souffrir de la cruauté de Néron à ce moment-là. Il a d’ailleurs été relâché, puis arrêté une deuxième fois, nous ne savons dans quelles circonstances, et c’est au cours de cette deuxième captivité qu’il a eu beaucoup à souffrir : il a été alors comme un malfaiteur, lié de chaînes (2 Tim. 2. 9). Il parle de cette captivité dans la deuxième épître à Timothée. Au cours de sa première défense « personne n’a été avec moi », dit-il. Mais il ajoute : « le Seigneur s’est tenu près de moi, et m’a fortifié… et j’ai été délivré de la gueule du lion » (2 Tim. 4. 16 et 17). Ensuite il a été repris, condamné à mort et décapité, nous disent les historiens anciens.

Festus termine donc son discours au v. 21. Paul avait rendu témoignage devant les nations ; il allait rendre témoignage maintenant devant les rois, Agrippa puis César (Act. 9. 15). Son témoignage dans la maison de César a été béni. Il était gardé par un soldat (Act. 28. 16). L’histoire dit que ce soldat était changé chaque jour. Que de personnes ont ainsi entendu l’évangile dans la « maison de César » par le moyen de Paul ! Il a aussi écrit plusieurs de ses épîtres en prison : les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, à Philémon, aux Philippiens. Nous connaissons un des prisonniers qui a été converti alors par le moyen de l’apôtre : Onésime (Philémon 10 et 11). Un témoignage a donc été rendu dans la maison de César, et des âmes ont été amenées à la connaissance du Seigneur dans la maison de César (Phil. 4. 22) ou parmi les prisonniers (Philémon 10 et 11).

Certains des actes accomplis par Paul et qui ont amené son arrestation n’étaient peut-être pas exactement selon la pensée du Seigneur, mais ses motifs étaient absolument purs. Il pouvait écrire : « Je ne fais aucun cas de ma vie, ni ne la tiens pour précieuse à moi-même, pourvu que j’achève ma course et le service que j’ai reçu du Seigneur Jésus » (Act. 20). Il était prêt à mourir s’il le fallait. Il désirait servir son Maître et le Seigneur bénissait son activité malgré ce qui pouvait laisser à désirer.

v. 22 : Après avoir entendu Festus, Agrippa dit : « Je voudrais bien moi-même aussi entendre cet homme. Demain, dit-il, tu l’entendras ». Agrippa était un roi qui professait la religion juive.

v. 23 : Le lendemain, on voit arriver Agrippa et Bérénice sa sœur, en grande pompe (v. 23). Au cours de cette grande manifestation, Paul va pouvoir rendre témoignage devant tous ceux qui étaient dans cette salle d’audience. Prisonnier, sans doute lié de chaînes à ce moment-là (26. 29), il était « ambassadeur pour Christ ». En tant que tel, il va présenter son apologie. Trois fois il a prononcé son apologie, au ch. 22, au ch. 24 et au ch. 26.

v. 24 et 25 : « Ayant trouvé qu’il n’avait rien fait qui fût digne de mort » (v. 25) : ce témoignage de Festus lui a déjà été rendu par Claude Lysias (23. 29).

v. 26 et 27 : Festus veut se servir de cette circonstance, qu’il n’a pas provoquée (v. 22), pour trouver les éléments de la lettre qu’il doit faire parvenir à l’empereur en même temps que le prisonnier.

Ch. 26

v. 1 : Agrippa va s’adresser à Paul, l’autorisant à parler. « Alors Paul, ayant étendu la main… » : c’était l’usage des orateurs grecs et romains dans les discours solennels. C’était la main d’un prisonnier chargé de chaînes (v. 29) : tout l’auditoire a pu les voir. Cet auditoire imposant ne surprend pas Paul, ne lui enlève rien de ses moyens : c’est certainement Dieu qui lui donne alors ce qu’il a à dire pour sa défense. Le Seigneur avait pu recommander à Ses disciples : « Ne vous préoccupez pas de ce que vous aurez à dire pour votre défense » (Mat. 10. 19). Le Seigneur allait donner à Paul les paroles dont il avait besoin pour sa défense et pour le témoignage qu’il avait à rendre.

v. 2 : Ici il n’est pas appelé à parler à des Juifs hostiles, méchants, mais à un auditoire disposé à l’écouter, c’est pourquoi l’apôtre dit : « Je m’estime heureux… ». Non seulement il va présenter sa défense, mais il va exposer la vérité dans toute sa grandeur et sa beauté.

v. 3 : « Tu es au fait de toutes les coutumes et questions qui existent parmi les Juifs » : on assure qu’Aggripa était particulièrement versé dans les livres de Moïse. L’apôtre avait devant lui quelqu’un qui pourrait entrer quelque peu dans ce qu’il allait lui présenter et dans ce que les Juifs portaient comme accusations contre lui.

v. 4 : Il commence à parler de sa conduite et de sa jeunesse, mais il ne s’étend pas en de longs développements. La manière dont il s’était conduit à l’égard des premiers chrétiens, pensant servir Dieu en les persécutant, n’était un secret pour personne.

v. 5 : « selon la secte la plus exacte de notre culte, j’ai vécu pharisien » : en Philippiens 3. 4 l’apôtre s’étend plus longuement sur qu’il avait été et ce dont il pouvait se glorifier dans la chair. Ici il se borne à dire à Agrippa qu’il était pharisien.

v. 6 : « Et maintenant je comparais en jugement pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères ». Cette promesse, c’était le Messie : Israël attendait le Messie, Celui qui devait apporter la bénédiction à Son peuple et établir le royaume millénaire. Mais le Messie a été rejeté, crucifié. Ceux qui constituaient le résidu pieux au sein d’Israël ont été les premiers croyants constituant l’Assemblée à la Pentecôte. Quand l’Assemblée aura été enlevée, le résidu fidèle d’Israël connaîtra les bénédictions du règne millénaire. Cette espérance dont parle l’apôtre n’était pas annulée par le rejet du Messie mais reportée à plus tard.

v. 7 : Paul parle des douze tribus comme Élie sur le Carmel. Il voit le peuple de Dieu dans son unité.

Le peuple désirait la réalisation de cette espérance. En attendant qu’elle ait lieu, il y a toute l’économie de l’Église avec une espérance céleste. Pour Israël c’est une espérance terrestre. L’accomplissement de la promesse impliquait la mort et la résurrection de Christ. Nous savons ce que les Juifs avaient fait pour nier la résurrection du Seigneur et comment ils se sont élevés dans les premiers jours du christianisme contre la proclamation de cette vérité, que Christ était ressuscité.

v. 8 : Paul devait penser qu’Agrippa professait une doctrine se rapprochant de celle des sadducéens (ch. 23. 7 et 8) ; c’est pourquoi il pose la question suivante : « Pourquoi, parmi vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite les morts ? » En rejetant cette vérité de la résurrection, ils rejetaient l’accomplissement de l’espérance. Paul aurait pu s’exprimer comme en Hébreux 11. 13 : Si les morts ne ressuscitent pas qu’en sera-t-il de « tous ceux qui sont morts dans la foi, n’ayant pas reçu les choses promises mais les ayant vues de loin et saluées, ayant confessé qu’ils étaient étrangers et forains sur la terre. Car ceux qui disent de telles choses montrent clairement qu’ils recherchent une patrie ; et en effet s’ils se fussent souvenus de celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu du temps pour y retourner ; mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste ; c’est pourquoi Dieu n’a point honte d’eux, savoir d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité ». Dans ce chapitre il est question de tous ceux qui ont été au point de départ de la formation du peuple terrestre de Dieu, Abraham et ceux qui ont suivi. Sans la résurrection, aucune promesse ne pouvait s’accomplir et l’espérance demeurait vaine.

v. 9 : « Pour moi donc, j’ai pensé en moi-même qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen ». C’est ce qu’il a fait pendant longtemps. C’est ce que nous le voyons faire au ch. 9, quand il est arrêté sur le chemin de Damas : « Or Saul, respirant encore menace et meurtre contre les disciples du Seigneur, alla au souverain sacrificateur et lui demanda pour Damas des lettres adressées aux synagogues, en sorte que, s’il en trouvait quelques-uns qui fussent de la voie, il les amenât, hommes et femmes, liés à Jérusalem » (v. 1 et 2). Telle avait été son activité avant sa conversion.

v. 10 : Ceux qu’il appelle maintenant les « saints », ce sont ceux qu’il poursuivait autrefois de sa haine.

v. 11 : « Et souvent, dans toutes les synagogues, en les punissant, je les contraignais de blasphémer » : que de détails nous sont donnés aux ch. 9, 22, 24 et 26 sur l’activité de Paul avant sa conversion ! Quelles manifestations de haine contre les disciples de Christ !

« Transporté de fureur contre eux, je les persécutais même jusque dans les villes étrangères » : ce passage fait allusion à ce que nous avons au ch. 9.

v. 12 et 13 : « Comme j’allais aussi à Damas… en plein midi, je vis, ô roi, une lumière plus éclatante que la splendeur du soleil » : fallait-il que cette lumière soit éclatante pour qu’il la voie en plein midi ! La lumière qui apparaît lors de la scène de la transfiguration nous parle de la gloire royale du Seigneur, ici cette lumière nous parle de Sa gloire suprême, celle dont il est question en Philippiens 2, à la fin du premier paragraphe.

v. 14 et 15 : Paul et ses compagnons tombent tous à terre mais il est seul à entendre une voix qui lui dit : « Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? Il t’est dur de regimber contre les aiguillons. Et moi je dis : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes ». C’était comme si le Seigneur lui avait dit : Ces chrétiens que tu poursuis de ta haine, c’est moi. C’est moi que tu persécutes, que tu fais souffrir. C’est ici que Paul a appris la vérité fondamentale de l’unité du corps de Christ. Il ne pouvait plus l’oublier. Il était arrêté, les aiguillons le transperçaient. « Les paroles des sages sont comme des aiguillons » (Éccl. 12. 11), à combien plus forte raison la parole de Celui qui seul est sage, le Sage par excellence. Jésus rejeté, persécuté, mis à mort, était glorifié. Saul de Tarse le voyait dans la gloire du ciel. Et ce Jésus était le Chef du corps, de l’Assemblée. Quelles choses Paul a apprises, qui sont à jamais restées gravées dans son cœur !

v. 16 et 17 : En même temps c’était la voix de la grâce qui se faisait entendre à lui : « Mais lève-toi et tiens-toi sur tes pieds : car je te suis apparu afin de te désigner comme serviteur et témoin, et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai, en te retirant du milieu du peuple et des nations vers lesquelles moi je t’envoie ». Celui qui avait persécuté le Seigneur allait être Son serviteur, « serviteur officiel » est-il dit en note dans l’édition 1872 du Nouveau Testament. L’évangile de Paul est l’évangile de la gloire. Il a eu des révélations particulières concernant la justice de Dieu, vérité capitale développée dans l’épître aux Romains, l’unité du corps, la cène du Seigneur, la table du Seigneur et l’enlèvement des saints à la venue du Seigneur.

Le Seigneur retire Paul du milieu du peuple et des nations pour l’y envoyer comme serviteur. De même le Seigneur en Jean 17 dit à Son Père en parlant de Ses disciples : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (v. 16) et « comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde » (v. 18).

v. 18 : « pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière, et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés par la foi en moi » : il y a cinq points importants dans ce verset :

1. « Pour ouvrir les yeux »,

2. « pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière »,

3. « du pouvoir de Satan à Dieu »,

4. « pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés »,

5. « et une part avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en moi ».

« Par la foi en moi » : c’est le moyen indispensable pour s’emparer de ces choses. Le mot « part » de ce verset est la traduction d’un terme original qui a été traduit par « lot » dans l’épître aux Colossiens : « participer au lot des saints dans la lumière » (1. 12). C’est la part de tous les sanctifiés.

Le début du ch. 26 nous a montré Paul se tenant devant Agrippa, étendant la main et prononçant son apologie. Il a déjà prononcé deux fois son apologie (ch. 22 et 24). C’est ici la troisième fois qu’il est appelé à prendre la parole dans de telles circonstances. Paul savait qu’Agrippa était très versé dans la loi de Moïse ; il pouvait donc lui exprimer librement ce qu’il avait été et avait fait jusque-là, et pourquoi sa conduite avait complètement changé.

v. 10 : En employant le mot « saints » l’apôtre fait ressortir la grandeur de la faute qu’il avait commise.

« Quand on les faisait mourir, j’y donnais ma voix » : c’est une allusion à la mort d’Étienne.

Puis il parle de son voyage à Damas. Dès son premier contact avec Jésus, il a la révélation de cette vérité de l’unité du corps.

v. 16 : Ce n’est pas un juge qui se présente à Paul pour le condamner à cause des persécutions qu’il avait fait subir aux chrétiens. Non, c’est en grâce que Jésus lui parle et II le désigne comme serviteur, « serviteur qui a un service spécial » ; le mot « serviteur » a en effet ici la même signification qu’en Luc 1. 2 (voir la note en bas de page à ce dernier passage), mais aussi comme témoin, il l’avait vu dans le ciel ; l’évangile de Paul est l’évangile de la gloire ; « et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai » : la justice de Dieu, le mystère de l’Assemblée, la table du Seigneur et la cène du Seigneur, l’enlèvement des saints à la venue du Seigneur, sont autant de vérités qui ont été révélées à l’apôtre Paul.

v. 17 : Le Seigneur le retire du milieu du peuple et des nations pour l’envoyer vers eux. C’est ce que le Seigneur veut aussi pour les Siens (Jean 17. 16 à 18) : le Seigneur retire les Siens du monde ; puis Il les envoie dans le monde parce qu’ils ont un témoignage à y rendre et un service à y remplir.

v. 18 : La première chose présentée dans ce verset est celle-ci : « pour ouvrir leurs yeux ». L’homme est aveugle dans son état naturel, il faut en premier lieu que Dieu ouvre ses yeux. Le Seigneur voulait le faire maintenant par le moyen de son serviteur. Quand Il était sur la terre, le Seigneur a ouvert les yeux des aveugles : moralement l’homme dans son état naturel est aveugle ; il ne peut voir ce que Dieu veut lui faire connaître. Il faut commencer par « ouvrir ses yeux ». En Matthieu 13. 14 et 15 le Seigneur dit en parlant des Juifs incrédules : « Et par eux s’accomplit la prophétie d’Ésaïe qui dit : « En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n’apercevrez point ; car le cœur de ce peuple s’est épaissi, et ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles, et qu’ils ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. Mais bienheureux sont vos yeux car ils voient ».

Nous avons, dans le Nouveau Testament, trois citations d’Ésaïe 6. 9 et 10 :

1. Matthieu 13. 4 à 15 : Le Seigneur séparait le résidu de la masse incrédule du peuple et appliquait ce jugement à cette masse incrédule.

2. Jean 12. 37 à 43 : Le Seigneur applique le passage au peuple qui ne veut pas croire après la manifestation de Ses gloires divines.

3. Actes 28. 23 à 28 : L’apôtre Paul applique cette prophétie aux Juifs, après la manifestation de la gloire divine de Jésus qu’ils ont rejeté, comme aussi ils ont rejeté le témoignage du Saint-Esprit (présenté par le moyen de Pierre, Jean et Étienne), comme ils ont encore rejeté la grâce qui leur donnait accès, par la foi en Christ et en son œuvre, dans l’Assemblée (témoignage rendu par Paul). Il ne restait alors pour eux que le jugement.

Au Psaume 146. 8 nous avons cette expression : « L’Éternel ouvre les yeux des aveugles ». C’est ce qu’Il a fait quand Christ était sur la terre. C’est ce qu’Il fait par le Saint-Esprit maintenant.

Le deuxième point dont il est question au v. 18 est le suivant : « pour qu’ils se tournent de ténèbres à la lumière ». La pensée du Seigneur c’est d’amener des âmes « des ténèbres à la lumière ». « Rendant grâce au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ; qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume de Fils de son amour » (Col. 1. 12 et 13). C’est bien un sujet d’action de grâces pour le croyant que de passer des ténèbres à la lumière. « Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise » (Jean 1. 5). « Or c’est ici le jugement, que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises ; car quiconque fait des choses mauvaises hait la lumière, et ne vient pas à la lumière » (Jean 3. 19 et 20). La lumière manifeste tout mais l’homme préfère les ténèbres parce que ses œuvres sont mauvaises ; il ne tient donc pas à ce qu’elles soient manifestées.

Le troisième point du v. 18 est le suivant : « du pouvoir de Satan à Dieu ». L’homme se croit libre ; il pense faire ce qu’il veut. En fait, sans qu’il s’en rende compte, c’est un esclave sous la domination de Satan. Dieu désire le délivrer.

Quatrième point : « Pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés » : pour qu’ils connaissent un Dieu Sauveur. « En qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col. 1. 14). En Éphésiens 1. 7 est ajouté « par son sang ». Cela n’est pas dit dans les Colossiens car le sujet de l’épître est : Christ comme tête du corps, et c’est la gloire de Christ qui est mise en relief, c’est à Sa personne que les cœurs doivent être attachés. L’accent est mis dans cette épître plutôt sur la Personne que sur l’œuvre que le Seigneur a accomplie. C’est la gloire de Celui qui a accompli l’œuvre.

Cinquième point : « et une part avec ceux qui sont sanctifiés par la foi en moi » : c’est-à-dire ceux qui sont mis à part, ceux qui réalisent une sainteté pratique. La sanctification pratique doit être réalisée non pas pour que nous parvenions à la sainteté mais parce que nous sommes saints. Tous ceux qui réalisent cette part sont les « sanctifiés », les mis à part. Et cela s’accomplit « par la foi en moi » : par la foi en Christ et en Son œuvre parfaite.

Telle était la mission confiée par le Seigneur à l’apôtre.

Dans tout ce passage, l’apôtre fait ressortir au roi Agrippa que s’il y avait eu un tel changement dans sa vie, lui qui autrefois persécutait les chrétiens et qui maintenant annonçait l’évangile malgré la haine des Juifs, ce n’était pas de son plein gré. C’était le résultat de la vision qu’il avait eue sur le chemin de Damas, l’apparition du Seigneur, et c’était une mission que le Seigneur Lui-même lui avait confiée.

v. 19 et 20 : Il peut ajouter : « Je n’ai pas été désobéissant à la vision céleste ». S’élever contre Paul c’était donc en fait s’opposer au Seigneur. Et l’apôtre était responsable d’annoncer l’évangile, non seulement aux Juifs, mais encore aux nations. Le Seigneur avait dit à Ananias : « cet homme m’est un vase d’élection pour porter mon nom devant les nations et les rois, et les fils d’Israël » (Act. 9. 15) : les nations sont nommées en premier lieu dans ce passage d’Actes 9. C’était ce service envers les nations qui avait provoqué la haine des Juifs (22. 21).

« … de se repentir et de se tourner vers Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance » : ici aussi ce ne sont pas des œuvres pour obtenir la repentance mais des œuvres qui témoignent de la réalité de la repentance, repentance sincère, profonde, se manifestant par des œuvres.

v. 21 et 22 : « À cause de cela, les Juifs m’ayant pris dans le temple, cherchaient à me tuer. Ayant donc reçu le secours qui vient de Dieu, me voici debout jusqu’à ce jour ». Il s’agit là de la scène rapportée au ch. 21. 31 : « Et comme ils cherchaient à le tuer, le bruit en vint au chiliarque de la cohorte, que tout Jérusalem était en confusion ; et aussitôt il prit des soldats et des centurions, et courut à eux ; mais eux, voyant le chiliarque et les soldats, cessèrent de battre Paul ». Le chiliarque est intervenu pour délivrer Paul et, en apparence, on peut attribuer au chiliarque cette délivrance. Mais ici, au v. 22, Paul l’attribue à Dieu, à Dieu qui s’est servi d’un instrument. Dans tous ces chapitres, depuis le ch. 21, on voit comment Dieu intervient pour prendre soin de Son serviteur.

Dorcas est un exemple de croyante accomplissant de bonnes œuvres parce qu’elle était sauvée (Act. 9. 36 à 43). L’apôtre nous dit en 2 Timothée 3. 16 : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre ». C’est l’homme de Dieu qui est préparé, formé par la Parole « pour toute bonne œuvre ».

Au ch. 2. 21 il est aussi écrit : « Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au Maître, préparé pour toute bonne œuvre » et Éph. 2. 10 nous dit que « nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles ». D’une part, Dieu prépare les bonnes œuvres que nous avons à accomplir ; d’autre part, il nous prépare pour les accomplir, 2 Timothée 2. 21 nous montrant clairement que, au sein de la chrétienté devenue aujourd’hui la « grande maison », nous devons être séparés pour pouvoir être « utiles au Maître ».

– Est-ce qu’on peut rapprocher ce passage de Jacques 2. 26 : « La foi sans les œuvres est morte » ?

– Sans doute : les œuvres montrent la réalité de la foi. L’expression « bonnes œuvres » signifie dans certains passages : œuvres louables qui peuvent être vues par les yeux des hommes (visites, aumônes, soins aux malades, par exemple), tandis que dans d’autres passages il s’agit de toutes les œuvres qui découlent d’un cœur purifié par la Parole, comme l’amour fraternel, le support mutuel par exemple.

L’apôtre avait donc reçu le secours de Dieu et il avait été délivré. Il pouvait en rendre témoignage : « Ayant donc reçu le secours qui vient de Dieu, me voici debout jusqu’à ce jour, rendant témoignage aux petits et aux grands, ne disant rien d’autre que ce que les prophètes et Moïse ont annoncé devoir arriver ». Tout ce que l’apôtre présentait, c’est ce qui était annoncé déjà dans l’Ancien Testament. L’évangile que prêchait Paul n’était pas en contradiction avec ce que les prophètes avaient annoncé. Il souligne encore que cet évangile s’adresse bien aux Juifs mais également aux nations. C’est ce qu’il développe en Éphésiens 2 : Ceux qui étaient « loin » – les nations – et ceux qui étaient « près » – les Juifs – ont été réunis en un ; le mur mitoyen de clôture a été détruit et Christ a créé les deux en Lui-même pour être un seul homme nouveau. Cet « homme nouveau » c’est « le Christ » pour reprendre l’expression de 1 Corinthiens 12. 12.

– v. 23 : Y a-t-il une signification dans le fait qu’il est dit « le premier » au sujet du Seigneur dans ce verset : « il fallait que le Christ fût soumis aux souffrances, et que, le premier par la résurrection des morts il devait annoncer la lumière et au peuple et aux nations » ? S’agit-il de l’enseignement du Seigneur après Sa résurrection ?

– Sans doute. En Luc 24. 44 nous lisons : « Ce sont ici les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour entendre les écritures. Et il leur dit : Il est ainsi écrit ; et ainsi il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour, et que la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem ». Il est bien, en effet, le premier à avoir présenté une telle prédication.

« Que le Christ fût soumis aux souffrances » : est-ce que cela ne fait pas penser à Ésaïe 53 ?

En Ésaïe 53. 10 c’est le côté de Dieu : « Mais il plut à l’Éternel de le meurtrir ; il l’a soumis à la souffrance ». Dieu a accepté de soumettre son Bien-Aimé à la souffrance, Il lui a plu de le faire. Ici c’est plutôt le Seigneur qui a accepté d’être soumis à la souffrance, ce qu’Il a connu dans son cœur, bien que la pensée d’Ésaïe 53. 10 ne soit pas exclue.

« Il devait annoncer la lumière et au peuple et aux nations » parce que les Juifs aussi bien que les nations étaient dans les ténèbres. Nous étions tous dans les ténèbres du péché. Il fallait les souffrances, la mort et la résurrection de Christ pour nous amener des ténèbres à la lumière de la présence de Dieu.

v. 24 : Festus était effectivement dans les ténèbres et il ne comprenait rien au langage de Paul, aussi lui coupe-t-il la parole : « Tu es hors de sens, Paul ; ton grand savoir te met hors de sens » : il met ce fait que Paul est « hors de sens » sur le compte de son grand savoir mais il n’hésite pas à lui dire : « tu es hors de sens ». Festus était dans l’état d’1 Corinthiens 2. 14 : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement ». C’est pour cette raison que Festus ne pouvait comprendre ce que Paul avait dit. C’est par l’Esprit de Dieu que nous pouvons comprendre ce que Dieu nous donne.

v. 25 et 26 : Paul répond avec beaucoup de calme, de respect et d’assurance : « Je ne suis point hors de sens, très excellent Festus, mais je prononce des paroles de vérité et de sens rassis ». C’étaient des paroles prononcées par un homme, non pas hors de sens, mais pleinement persuadé des choses qu’il annonçait.

v. 27 et 28 : Paul pose une question : « Ô roi Agrippa ! Crois-tu aux prophètes ? Je sais que tu y crois ». Les prophètes avaient annoncé ce que Paul rapporte aux v. 22 et 23. Agrippa, a-t-on dit, était très versé dans la loi de Moïse. C’est une flèche qui atteint le roi. En présence de toute l’assistance qui était là, Agrippa se sent gêné d’être ainsi interpellé par Paul. Il lui répond : « Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien », c’est-à-dire : Tu me ferais pour un peu passer pour un disciple de Christ.

v. 29 : Nous avons alors la réponse si remarquable de Paul, tout à la fois pénétrante, noble, respectueuse, qui montre que Paul ne désirait pas, dans ce monde, occuper une place comme celle d’Agrippa, il préférait celle qui était la sienne (prisonnier peut-être, mais chrétien) : « Plût à Dieu que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens ». Il était captif. Il avait passé deux ans enfermé à Césarée, et il se présente comme un croyant heureux.

Il désire que le roi et tous ceux qui l’entourent soient comme lui, un chrétien heureux, goûtant un bonheur qui n’est pas dans les circonstances, mais en Jésus. Il avait appris comme il le dit en Philippiens 4. 11 : « J’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve. Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance ; en toutes choses et à tous égards, je suis enseigné aussi bien à être rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance qu’à être dans les privations. Je puis toutes choses en celui qui me fortifie ». Il pouvait tout parce que le Seigneur lui donnait la force nécessaire, mais c’était un homme sensible, c’est pourquoi il ajoute : « Néanmoins vous avez bien fait de prendre part à mon affliction ». C’était véritablement l’amour de Christ qui l’étreignait (2 Cor. 5. 14). Au v. 29 de notre chapitre nous voyons qu’il ne souhaite pas à ceux qui l’écoutaient d’être captifs, ce qu’il désirait pour eux, c’était le bonheur qu’il avait trouvé en Christ. Quelle beauté dans la réponse de Paul à Agrippa et quelle délicatesse dans la manière dont il s’exprime : « hormis ces liens » ! v. 30 : Cette parole a sans doute gêné le roi Agrippa et a peut-être provoqué en lui une certaine émotion. Pour dissimuler tout cela il lève la séance. Ce v. 30 nous montrant l’ordre dans lequel les uns et les autres se lèvent, nous fait penser que celui qui a écrit ce récit était témoin oculaire de cette scène. Dès le ch. 27 nous voyons le pronom « nous ».

v. 31 : « Et quand ils se furent retirés, ils conférèrent entre eux, disant : cet homme ne fait rien qui soit digne de mort ou de liens » ; son innocence est reconnue comme au v. 25 du ch. 25 où c’est Festus qui le déclare, et encore au ch. 23. 29 (rapport de Claude Lysias à Félix). Il y a là un triple témoignage. Ce témoignage a été rendu à Paul comme il a été rendu au Seigneur Lui-même : « Celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire » (Luc 23. 41). Dans l’histoire du brigand comme dans celle de Paul, on voit que le premier fruit de la vie divine dans une âme, c’est la soumission de l’âme au Seigneur : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume » (Luc 23. 42), et « Qui es-tu, Seigneur ? » (Act. 9. 5). Et nous lisons en Romains 10. 9 : « Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé ».

v. 32 : « Et Agrippa dit à Festus : cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en avait appelé à César » : si Paul n’en avait appelé à César, s’il avait été relâché, il est probable qu’il aurait été victime de la haine des Juifs. Et comment l’évangile aurait-il été annoncé à Rome ? Il fallait que ce témoignage soit rendu devant César et que l’évangile soit prêché à Rome. Dieu dispose de toutes les circonstances pour le but qu’Il veut atteindre. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8. 28) : c’est ce que nous pouvons remarquer en considérant ces chapitres du livre des Actes. Les remarques faites par Festus au chapitre précédent et par Agrippa maintenant ont sans doute conduit Festus à écrire à César un rapport favorable sur Paul, ce qui explique la bonté du centurion à son égard et la bienveillance avec laquelle il a été traité à Rome pendant ses deux années de captivité. Nous voyons là encore une fois comment le Seigneur prend soin de Son serviteur.

Ch. 27

Paul a prononcé pour la troisième fois son apologie, cette troisième fois en la présence du roi Agrippa. À la suite de quoi un troisième témoignage lui est rendu : « Cet homme ne fait rien qui soit digne de mort ou de liens » (ch. 26. 31). Les deux autres témoignages avaient été rendus d’abord par Claude Lysias dans son rapport à Félix (23. 29) et ensuite par Festus (25. 25). Il est probable que si Paul avait été relâché, la haine des Juifs se serait manifestée à son égard ; de plus il convenait que Paul aille à Rome et rende témoignage devant César. C’est pourquoi Agrippa dit à Festus : « Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en avait appelé à César » (26. 32).

Au ch. 27 nous avons le récit de ce voyage jusqu’à Rome. L’arrivée de Paul est mentionnée dans le chapitre suivant (v. 16). Les deux premiers voyages de Paul ont eu Antioche pour point de départ et d’arrivée, premier voyage : ch. 13. 4 à 14. 26 ; deuxième voyage ch.15. 40 à 18. 22. Pendant ces deux voyages, il exerçait son ministère apostolique dans la puissance et sous la direction de l’Esprit. Dans son troisième voyage : ch.18. 23 à 21. 8 (Antioche) 21. 17 (Jérusalem), il va rendre de précieux témoignages, mais pas dans les mêmes conditions que dans les précédents. Au ch. 23. 33, Paul est conduit à Césarée, où il restera prisonnier au moins deux ans (24. 27).

Le récit du voyage jusqu’à Rome remplit le ch. 27 ; le récit est présenté avec beaucoup de détails, et nous pourrions en être étonnés, étant donné, par exemple, que le récit de la création est contenu dans un chapitre plus court : Genèse 1. Mais tous ces détails ont leur importance : ils font ressortir d’une manière particulière que Dieu est au-dessus de tout, qu’Il mène tout à bonne fin pour l’accomplissement de Ses desseins.

La sagesse, la prévoyance des hommes se révèlent impuissantes en présence des éléments déchaînés ; les hommes sont obligés de reconnaître qu’il n’y a plus aucun espoir pour eux de sortir de cette situation (v. 29). En présence de l’incapacité manifeste des hommes, Dieu manifeste Sa puissance, Sa sagesse. Il y a dans ce navire Son serviteur Paul et il faut que Paul arrive jusqu’à Rome.

Ce récit est une illustration de la vie du croyant comme aussi de l’histoire de l’Église responsable sur la terre. Ainsi la vie d’un croyant peut fort bien commencer ; tout est prêt pour une heureuse « traversée ». Puis des vents contraires se mettent parfois à souffler. Il faut abandonner bien des choses auxquelles on était attaché jusque-là, et parfois faire « la perte du navire », c’est-à-dire de son propre corps pour « gagner l’autre rive » et avoir la vie sauve.

De même, les débuts de l’Église ont été heureux. Puis, elle n’a pas pu résister aux vents contraires : l’ennemi a travaillé au sein de l’Assemblée et l’Église responsable a complètement manqué ; la chrétienté est restée désemparée en présence des vents contraires qui soufflaient de tous côtés. La seule ressource, c’est de regarder au Dieu Tout-puissant, Lui qui est au-dessus de tout. Il peut faire et Il fait tout concourir pour le bien des Siens (Rom. 8. 28).

v. 1 et 2 : Paul monte sur un navire qui devait faire voile vers la côte d’Asie. Il est avec Luc sans doute puisque le pronom « nous » est employé et que Luc est l’auteur inspiré du livre des Actes ; il a aussi avec lui Aristarque qui est toujours présenté comme étant près de l’apôtre (19. 29 ; 20. 4). Voir aussi Colossiens 4. 10 et Philémon 24.

v. 3 : Nous avons déjà remarqué comment Dieu veille sur Son serviteur, prend soin de lui et quels encouragements Il lui donne tout au long de son chemin, certainement très difficile. Le centurion Jules avait eu connaissance de ce qui avait été dit au sujet de Paul et il est probable qu’on lui avait recommandé de le traiter avec bonté. « Et Jules traitant Paul avec humanité, lui permit d’aller vers ses amis pour jouir de leurs soins » à Sidon : Paul a dû être encouragé de trouver là quelques croyants et il a certainement apprécié les soins dont ils l’ont entouré.

v. 4 à 6 : « Et étant partis de là, nous voguâmes à l’abri de Chypre, parce que les vents étaient contraires » : voilà le début du voyage qui déjà s’annonce difficile. Ce voyage avait été entrepris à une mauvaise époque de l’année : « le jeûne aussi était déjà passé » v. 9). Le jeûne accompagnait la fête des propitiations, le dixième jour du septième mois, c’était donc à peu près au mois d’octobre. La navigation, normalement, était interrompue d’octobre à avril, car on ne possédait pas à cette époque les moyens dont on dispose actuellement pour naviguer par mauvais temps. Déjà les vents étaient contraires.

v. 7 et 8 : Nous allons voir se développer les difficultés du voyage : la traversée va devenir de plus en plus périlleuse. Plusieurs expressions nous disent quelles difficultés rencontraient ceux qui dirigeaient le navire.

v. 9 et 10 : Paul adresse un avertissement mais, d’une manière générale, les hommes ne veulent pas écouter les avertissements que Dieu se plaît à leur donner. Demandons-nous si nous, croyants, nous sommes toujours disposés à écouter les avertissements que Dieu nous fait entendre, soit par Sa parole, soit par tel ou tel moyen. Paul était en communion avec Dieu, il avait la révélation de la pensée de Dieu, de sorte qu’il pouvait les avertir de la part de Dieu : « Hommes, je vois que la navigation sera accompagnée de revers et de beaucoup de dommage, non seulement quant au chargement et au navire, mais même quant à nos vies ».

v. 11 : On voit par ces paroles la préconnaissance qu’avait Paul des circonstances qui allaient suivre. Mais les avertissements ne sont pas reçus et le centurion Jules, quoiqu’il fût bien disposé à l’égard de Paul, « se fiait plus au pilote et au patron du navire qu’à ce que Paul disait ». Il devait penser que Paul n’était pas compétent quant à la conduite du navire. L’homme se confie en l’homme et se laisse diriger par les conseils de la sagesse humaine beaucoup plus que par la sagesse divine. Nous connaissons le verset de Jérémie 17 : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de l’Éternel ! Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité » (v. 5 et 6) Au contraire : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra, et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse il ne craindra pas et il ne cessera de porter du fruit » (v. 7 et 8). Paul était un bienheureux qui se confiait en l’Éternel.

– Est-ce qu’on peut faire un rapprochement de ce passage avec Nombres 10 où Moïse demande à Hobab de lui servir d’yeux dans le désert ? « Je te prie, ne nous laisse pas, parce que tu connais les lieux où nous aurons à camper dans le désert ; et tu nous serviras d’yeux » (v. 31) tandis qu’au v. 33 il est ajouté : « l’arche de l’alliance… alla devant eux le chemin de trois jours pour leur chercher un lieu de repos ».

– C’était là la véritable direction, et elle était bien préférable aux yeux d’Hobab. « Le Seigneur, l’Éternel, ne fera rien, qu’il ne révèle son secret à ses serviteurs les prophètes » (Amos 3. 7). Il avait en effet révélé son secret à Paul.

v. 12 : Nous allons voir que les hommes ne se fient pas à Dieu, ne se confient pas en Lui : ils préfèrent, au lieu d’écouter Paul, chercher un port pour y « passer l’hiver ». Ils préfèrent chercher des ressources humaines plutôt que de suivre les avertissements du Seigneur, donnés par le moyen de Son serviteur Paul. Ils avaient donc abandonné tout espoir d’arriver en Italie avant l’hiver et les circonstances semblent leur donner raison.

v. 13 à 19 : De cette île où précisément ils pensaient trouver un abri, va souffler « violemment » un vent orageux. Ce vent violent les amène à se rendre compte que ce n’est pas là qu’ils seront à l’abri pour passer l’hiver. Qui est-ce qui avait envoyé ce vent violent ? C’est certainement Celui dont il est parlé au Psaume 107. 23 à 27 : « Ceux qui descendent sur la mer dans les navires, qui font leur travail sur les grandes eaux, ceux-là voient les œuvres de l’Éternel et ses merveilles dans les eaux profondes. Il a commandé, et a fait venir un vent de tempête qui souleva ses flots : Ils montent aux cieux, ils descendent aux abîmes : leur âme se fond de détresse ; ils tournent et chancellent comme un homme ivre ? et toute leur sagesse est venue à néant… ». C’était bien ce qui s’appliquait au capitaine du navire et au pilote.

Le Psaume 107 ajoute au v. 28 : « Alors ils ont crié à l’Éternel dans leur détresse, et il les a fait sortir de leurs angoisses » : non pas eux, mais Paul qui s’attendait à Dieu, s’est adressé à Lui et « Il les a fait sortir de leurs angoisses ». La suite du chapitre nous le montrera. L’homme peut arranger ses circonstances et penser que tout ira bien, mais Dieu est au-dessus des circonstances. C’est Lui qui « commande » (Ps. 107. 25). Voilà une première grave difficulté (v. 15) : ceux qui en avaient la responsabilité sont obligés de constater qu’ils ne peuvent plus être maîtres du navire.

Sur ce vaisseau sans voile, plus ou moins abandonné à la violence du vent, ils adoptent quelques mesures dites de sûreté : « Et craignant de tomber sur les bancs de sable de la Syrte, ils descendirent les agrès supérieurs, et étaient ainsi emportés » (v. 17) : la Syrte était, dit-on, un écueil très redouté des navigateurs. Ils sont amenés à faire des sacrifices et jettent une partie de la charge du navire (v. 18). Ensuite ils jettent les agrès, c’est-à-dire les voiles, poulies, cordages, etc… Ils jettent tout à la mer, tel un croyant désespéré qui ne sait où se tourner, prêt à tous les sacrifices, au lieu de regarder vers Celui qui est la seule ressource.

v. 20 : « Et comme, durant plusieurs jours il ne parut ni soleil ni étoiles, et qu’une grande tempête nous pressait, dès lors toute espérance de pouvoir nous sauver nous fut ôtée » : tout est contre eux comme pour Jacob, en apparence, en Genèse 42. 36. Jacob ne savait pas ce que Dieu préparait pour lui et pour les siens – ces hommes non plus. Nous sommes souvent désemparés au sein de nos circonstances, si nous ne regardons qu’en bas. Il n’y a de secours qu’en regardant en-haut, vers Dieu. Les hommes qui étaient sur le navire n’ont plus aucun espoir de se tirer d’affaire ; c’est à ce moment-là que Dieu va intervenir. On n’a pas voulu l’écouter au début, mais II dispose les circonstances pour que Sa voix soit écoutée ! Dieu permet parfois des circonstances telles, que le croyant se sent alors réduit à l’impuissance et comprend qu’il n’y a de secours qu’en regardant en haut.

– Ne peut-on pas comparer cette scène avec celle du naufrage de Jonas où les circonstances sont les mêmes mais où les causes et les conséquences sont différentes ?

– L’état de Jonas est en effet bien différent de celui de Paul ; il faut que ce soient les hommes du navire qui le réveillent et l’incitent à crier à son Dieu. Il est bien certain que dans notre chapitre ce ne sont pas les hommes du navire qui ont dû réveiller Paul.

– Les conditions étaient tellement différentes que si Jonas peut dire : « Je crains l’Éternel » (1. 9), Paul peut dire : « le Dieu à qui je suis et que je sers » : il proclamait sa tranquille et calme confiance à tous ceux qui étaient là. Si la tourmente interrompt notre quiétude, puissions-nous être de ceux qui diront dans la paix : le « Dieu à qui je suis et que je sers ». Ce Dieu Tout-Puissant me tient dans Sa main et près de Lui je serai bien gardé.

v. 21 : Ce verset nous dit qu’ils étaient restés longtemps sans manger, non pas qu’ils aient manqué de la nourriture nécessaire, mais ils n’avaient pas le désir de manger, vu leur angoisse. Cette tempête était la conséquence du fait qu’ils n’avaient pas voulu écouter. Cette expression : « vous n’avez pas écouté » revient très souvent dans la Parole (voir Jérémie 25 et 35, parmi beaucoup d’autres passages). Soyons de ceux qui écoutent !

v. 22 : Et maintenant, quelle est la ressource ? : « Et maintenant je vous exhorte à avoir bon courage ; car on ne fera la perte de la vie d’aucun de vous, mais seulement du navire » : Paul veut les encourager comme lui a été encouragé par le Seigneur (23. 11). Quelle connaissance il avait de ce que Dieu allait opérer ! Ce n’est pas « je pense que » mais « on ne fera ».

v. 23 et 24 : Il peut leur donner la raison de cette assurance. Il appartient à Dieu et c’est comme serviteur de Dieu qu’il agissait tout au long de cette scène. Il va rapporter les paroles qui lui ont été dites ; au cours de la nuit, quand les hommes du navire étaient angoissés, Paul avait entendu la voix de Dieu. Dieu lui avait envoyé un messager, déclarant : « Ne crains point ».

C’est aussi une expression très fréquente dans l’Écriture. Le Seigneur, Homme ici-bas, pouvait dire la même chose : « Ne craignez pas ». Nous sommes entre Ses mains, entre les mains du bon Berger. S’il n’y avait pas eu Paul sur ce navire, ils auraient peut-être tous péri dans ce naufrage. Dieu avait permis ces circonstances pour conduire Paul jusqu’à Rome et faire éclater Sa gloire dans cette scène. « Voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi » : nous voulons bien penser que Dieu les lui a donnés pour que, à la suite de son témoignage, ils aient tous la vie éternelle ; non pas seulement pour le salut de leur corps, mais aussi et surtout pour celui de leur âme.

v. 25 : « Je crois Dieu, et je sais que la chose arrivera comme il m’a été dit » : c’est en toute assurance qu’il leur parle. Il avait, combien de fois, fait l’expérience de la puissance de Dieu en délivrance Aussi n’a-t-il aucun doute quant à la parole que Dieu lui a fait connaître.

v. 26 : « Mais il faut que nous soyons jetés sur quelque île » : il n’y avait que Dieu qui ait pu le lui annoncer à l’avance.

Ensuite nous sont donnés des détails montrant que ceux qui étaient sur le navire pouvaient voir que Dieu était là : ce qu’ils allaient connaître leur était déclaré avant que cela ne se produise.

– N’y a-t-il pas, dans ce travail de Paul au milieu des navigateurs un modèle de travail pastoral : avertir, reprendre puis exhorter ? Alors que nous, bien souvent, nous ne pouvons pas reprendre parce que nous n’avons pas averti et nous exhortons faiblement.

– Certainement.

Paul parle de Dieu en contraste avec les dieux païens : « le Dieu que je sers ».

v. 27 à 29 : « Et quand la quatorzième nuit fut venue, comme nous étions portés çà et là sur la mer Adriatique, les matelots, au milieu de la nuit, pensèrent que quelque terre les approchait » : ce sont eux qui approchaient de la terre mais il y a, paraît-il, une illusion d’optique qui fait croire que c’est la terre qui approche. La diminution de profondeur devenait inquiétante. Ils jettent quatre ancres pour arrêter le navire afin qu’il ne soit pas brisé par un écueil. Il leur était difficile d’opérer au milieu de la nuit.

v. 30 à 32: C’est l’égoïsme, naturel à l’homme, qui se manifeste, mais Paul a acquis une complète influence sur ceux qui dirigent le navire. Aussi, alors que les matelots avaient imaginé un stratagème pour s’enfuir, « Paul dit au centurion : si ceux-ci ne demeurent pas dans le navire, vous ne pouvez être sauvés » : en fait, le véritable capitaine du navire, c’était Paul. Il fallait que ce soit Dieu qui les sauve. Il ne pouvait y avoir d’autre moyen que celui-là ; toute l’œuvre devait être de Dieu (v. 32). Ils se conforment maintenant aux ordres que Paul donne. Ils ont donc appris quelque chose depuis le début du voyage.

v. 33 : En fait il était le seul sur le navire en qui on eut confiance.

v. 34 : « C’est pourquoi je vous exhorte à prendre de la nourriture, car cela est nécessaire pour votre conservation : car pas un cheveu de la tête d’aucun de vous ne périra » Quelle expression ! Elle devait montrer aux matelots auxquels Paul s’adressait qu’ils n’avaient rien à craindre. C’est en Luc 12. 7 que nous trouvons également cette même expression : « Mais les cheveux de votre tête sont tous comptés », comme aussi en Luc 21. 18 : « Et pas un cheveu de votre tête ne périra ».

v. 35 : « Et quand il eut dit ces choses, ayant pris du pain, il rendit grâces à Dieu devant tous, et, l’ayant rompu, il se mit à manger » : il est conséquent avec la profession qu’il a faite d’appartenir à Dieu et de Le servir (v. 23). Ce Dieu à qui il est, donne la nourriture pour tous ceux qui sont sur ce navire. On peut bien penser que les matelots ont dû être touchés par une telle action de grâces dans un tel moment.

v. 36 : Cela les encourage : « Et ayant tous pris courage, eux aussi prirent de la nourriture ». L’apôtre les a exhortés à prendre courage et toutes les circonstances maintenant y contribuent.

v. 37 : Sur deux cent soixante-seize personnes, Paul était le seul – sans perdre de vue qu’il y avait également, comme déjà dit, Luc et Aristarque, deux vrais croyants – qui eut de l’autorité morale, autorité morale que Dieu lui donnait.

Ne peut-on pas dire que Dieu avait préparé les cœurs par l’épreuve à recevoir les paroles de Paul, à écouter la Parole de Dieu ?

– Nous avons besoin souvent d’être brisés pour que la Parole opère en nous. Dieu avait certainement préparé les cœurs et les consciences pour recevoir la Parole présentée par son serviteur.

v. 38 : Est-ce que le froment était la principale charge du navire, ou la nourriture prévue pour l’équipage ? Nous ne le savons pas ; en tout cas, il fallait alléger le navire.

v. 39 : Le jour apparaît. « Ils ne reconnaissent pas le pays » : ils connaissaient sans doute l’île de Malte mais ce côté, la partie de l’île qui s’offrait à leurs regards était, assure-t-on, éloignée du grand port qu’ils fréquentaient et ne leur était pas connue.

v. 40 à 42 : Nous allons voir encore une fois ce qu’il y a dans le cœur humain ; au v. 30, c’était l’égoïsme ; ici c’est la cruauté. Il n’y a aucune bonté dans le cœur humain. Ceux qui laissaient échapper les prisonniers étaient punis d’un châtiment sévère ; aussi les soldats voulaient les tuer pour éviter d’avoir à subir ce châtiment, si des prisonniers, à la faveur des circonstances, arrivaient à s’évader. Mais Dieu prend soin de Son serviteur. Le centurion va intervenir pour sauver Paul et il empêche les soldats d’exécuter leur dessein.

v. 43 et 44 : Ainsi s’accomplit à la lettre ce que Dieu avait dit à Paul. Ils ont tout perdu sauf leur vie. La bienveillance dont le centurion avait usé à l’égard de Paul n’avait pu que s’accroître quand il eut constaté, au cours de cette traversée, qui était ce prisonnier qu’on lui avait confié, ce qu’avaient été son attitude et son comportement. Il avait la pensée de Dieu, il avait pu prendre la direction du navire et le résultat avait été la délivrance de deux cent soixante-seize personnes.

Comme nous l’avons déjà dit, ce récit peut illustrer la vie d’un croyant. D’abord des vents favorables, un bon départ. Ensuite s’élèvent des vents contraires, des circonstances difficiles surviennent. La ressource est de regarder en haut. « Toutes ces choses sont contre moi » disait Jacob. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » pouvait dire l’apôtre et il en avait fait l’expérience.

Ce qui est important dans la tempête, c’est d’avoir la jouissance de la présence du Seigneur avec nous. Le Seigneur était avec les disciples dans la nacelle lorsque la tempête s’est élevée sur le lac, mais ils ne réalisaient pas Sa présence.

Les disciples sont allés réveiller le Seigneur qui, fatigué, dormait à la poupe sur un oreiller. Ils lui disent : « Maître, ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » Combien c’était peu Le connaître ! Ne leur jetons pas la pierre. Nous leur ressemblons bien souvent. Paul ne dit pas dans cette scène : ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? Il était près du Seigneur. Il jouissait de Son amour. Il avait la révélation de Ses pensées.

Quel témoignage puissant il a rendu à ces deux cent soixante-treize personnes que Dieu lui a données, sans doute pour leur salut éternel, combien plus grand encore que le salut de leur corps.

L’exemple d’un homme de foi peut être en aide aux croyants. Ce peut être en effet un précieux encouragement. Et nous avons le grand encouragement que nous donne cette « grande nuée de témoins » dont l’apôtre nous parle en Hébreux 11. Que Dieu nous encourage et fortifie notre foi !

Ch. 28

Le ch. 27, considéré au cours de notre dernière réunion, donne le récit de la traversée que firent Paul et ses compagnons, sans doute Luc et Aristarque qui étaient avec lui. Arrivés dans l’île de Malte, ils vont faire l’expérience de la bonté de Dieu.

v. 2 : « Et les barbares usèrent d’une humanité peu ordinaire envers nous » : voilà donc un accueil qui était très heureux puisque l’Esprit de Dieu souligne par la plume de Luc « une humanité peu ordinaire ». La saison était avancée : la traversée avait commencé en septembre-octobre ; il pleuvait, il faisait froid. Les barbares, les voyant dans de mauvaises conditions, usent de bonté envers eux.

v. 3 : Paul ne reste pas inactif : « Et Paul ayant ramassé une quantité de branches sèches et les ayant mises sur le feu, une vipère sortit de la chaleur et s’attacha à sa main ». Voilà une circonstance qui paraît être une circonstance fortuite, mais Dieu la permet parce qu’un enseignement va s’en dégager, utile et profitable pour ceux qui avaient usé de bonté envers Paul et ses compagnons.

v. 4 : En tout premier lieu les barbares se disent l’un à l’autre : « Assurément, cet homme est un meurtrier, puisque, après avoir été sauvé de la mer, Némésis n’a pas permis qu’il vécût ». Ils arrivent à une conclusion erronée mais qui va les conduire à apprendre ce que Dieu voulait qu’ils apprennent. Némésis était la déesse grecque de la vengeance et de la justice distributive : ils pensaient donc que Paul était un meurtrier et le considéraient déjà comme mort puisqu’ils disent : « Némésis n’a pas permis qu’il vécût ». Pour eux il n’y avait aucun espoir pour la vie de Paul.

v. 5 : Mais nous allons voir l’intervention de Dieu. Lisons Marc 16. 17 : « Ce sont ici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils prendront des serpents et quand ils auront bu quelque chose de mortel, cela ne leur nuira point ; ils imposeront les mains aux infirmes, et ceux-ci se porteront bien ». Une preuve allait être donnée de la valeur des paroles que le Seigneur avait dites à ses disciples. « Lui donc, ayant secoué la bête dans le feu, n’en souffrit aucun mal » : cela correspondait bien à ce que nous avons lu au ch. 16 de Marc.

v. 6 : « Et ils s’attendaient à ce qu’il enflerait ou tomberait mort subitement. Mais lorsqu’ils eurent longtemps attendu et qu’ils eurent vu qu’il ne lui arrivait rien d’extraordinaire, changeant de sentiment, ils dirent que c’était un dieu ». Ils attendirent longtemps parce qu’ils ne doutaient pas de la mort de cet homme. C’était véritablement quelque chose d’extraordinaire qu’ils venaient de constater, ils venaient d’avoir une démonstration de la puissance divine. Ils tirent alors une conclusion à l’opposé de la première, mais ils se trompaient quand même : ce n’était pas un dieu, mais un serviteur du vrai Dieu, du seul Dieu qui allait se faire connaître par un déploiement de puissance exercé par le moyen de l’apôtre.

– Est-ce qu’on peut voir dans le serpent, figurativement, Satan ?

– Sans doute. On peut voir se manifester là l’activité de l’adversaire qui a agi dans tant de circonstances pour empêcher Paul d’accomplir son service. L’adversaire va essayer d’intervenir, pensant que Paul allait trouver la mort, mais Dieu intervient aussi pour manifester Sa puissance, d’abord à l’égard de son serviteur, ensuite par son moyen. Le Seigneur avait dit en Marc 16 que l’activité de Ses disciples pourrait déjouer les ruses et l’activité de l’adversaire. C’étaient là les signes qui accréditaient les serviteurs de Dieu : il n’y avait pas la Parole complète comme aujourd’hui pour les accréditer.

Satan fait toujours une œuvre qui le trompe (Prov. 11. 18).

Satan pensait se débarrasser de l’apôtre, mais Dieu intervient de telle manière que c’est Sa puissance à Lui qui est manifestée et celle de Satan, brisée.

Si nous regardons ce qui s’est passé au ch. 27, Dieu a été plus glorifié dans cette tourmente que si la traversée avait été calme. De même, Dieu a été beaucoup plus glorifié par l’entrée du péché dans le monde avec ce qui s’en est suivi que s’il n’y était pas entré. Car Dieu a déployé de grands moyens pour abolir le péché par le sacrifice de Christ. « Il a annulé la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile » (2 Tim. 1. 10).

En Romains 3. 11 il est écrit : « il n’y a personne qui ait de l’intelligence, il n’y a personne qui recherche Dieu ; ils se sont tous détournés, ils se sont tous ensemble rendus inutiles : il n’y en a aucun qui exerce la bonté, il n’y en a pas même un seul » et ici nous lisons : « les barbares usèrent d’une humanité peu ordinaire envers nous ». Dieu incline le cœur des hommes pour Le servir.

Nous avons dans ce récit (ch. 27 et 28) certains faits qui sont bien à l’appui de ce passage de Romains 3 : nous avons noté l’égoïsme de certains des matelots qui voulaient s’enfuir ; au v. 42 « l’avis des soldats fut de tuer les prisonniers » ; ici, c’est leur cruauté qui est mise en évidence et manifeste l’état du cœur de l’homme. Il n’y a rien de bon dans le cœur de l’homme. Il est incurable.

Par contre, ce que nous avons au ch. 28 à propos des barbares et de Publius pourrait sembler venir à l’encontre de Romains 3. Voilà deux exemples qui montrent qu’il y a, diraient certains, quelque chose de bon dans le cœur de l’homme. Il n’y a aucune contradiction, mais Dieu peut produire même chez une personne inconvertie de bons sentiments. Cela ne veut pas dire qu’elle soit sauvée et que ces « bonnes actions » soient le fruit d’une nouvelle nature. En Marc 10 nous voyons que le Seigneur tenait compte de ce qu’il y avait de bon chez le jeune homme riche. Déprécier les qualités de l’homme naturel, manifestées chez ce jeune homme, c’est traiter avec légèreté les paroles du Seigneur. Mais d’un autre côté, ceux qui font de telles qualités le moyen d’obtenir la vie éternelle prouvent leur ignorance. Il y a un fait incontestable : produire le bien ne peut être que le fait de la nouvelle nature, tandis que la vieille nature ne peut produire que le mal. Mais Dieu peut produire des sentiments semblables à ceux que manifestait le jeune homme riche, sentiments qui ne veulent pas dire pour autant que les personnes qui les manifestent soient converties. Au ch. 27 le centurion a manifesté une certaine bonté à l’égard de Paul, et le Seigneur, par ce moyen notamment, a entouré de soins son apôtre.

Dans le paragraphe qui commence au v. 7, Dieu va manifester qui est Paul. Il n’est pas un meurtrier, il n’est pas un dieu, il est un serviteur du seul vrai Dieu, par le moyen duquel Dieu va déployer quelque chose de Sa puissance divine.

v. 7 : « Or aux environs de ce lieu-là se trouvaient des possessions du premier de l’île », c’était en fait le titre officiel du gouverneur romain, « Publius, qui nous reçut, et nous logea durant trois jours avec beaucoup de bonté » : on ne peut pas penser qu’il a logé les deux cent soixante-seize naufragés mais plus vraisemblablement Paul, Luc et Aristarque. Pendant ces trois jours, Paul va manifester quelque chose de la puissance divine en guérison, quelque chose de ce que nous avons vu en Marc 16. 18.

v. 8 : « le père de Publius était là couché, souffrant beaucoup de la fièvre et de la dysenterie » : Luc qui est « le médecin bien-aimé » nous donne ce détail. En tant que médecin, il avait sans doute vu quel était l’état de cet homme.

« Et Paul, étant entré auprès de lui, pria et lui imposa les mains et le guérit » ; remarquons la première chose que fait Paul avant de lui imposer les mains : il prie. Il n’est pas un dieu, il s’adresse au vrai Dieu pour qu’Il intervienne par Sa puissance. Il ne peut pas le guérir, lui. Paul sait bien que la puissance qu’il peut déployer vient de Dieu seul.

Il va y avoir un témoignage puissant rendu dans cette île de Malte. Le naufrage allait avoir notamment ce résultat : une bénédiction certaine apportée dans l’île de Malte et à la maison de Publius. Il « pria et lui imposa les mains et le guérit » : nous avons là le même déploiement de puissance par le moyen de l’apôtre Paul que dans la première partie de son service avant ses adieux aux anciens d’Éphèse : « tous ceux qui demeuraient en Asie ouïrent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs. Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, de sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes ; et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient » (Act. 19. 10 à 12) : la puissance divine se déployait en guérison par le moyen de l’apôtre.

v. 9 : Mais la nouvelle de la guérison du père de Publius se répand rapidement dans cette île de Malte et il est ajouté : « Mais ceci étant arrivé, les autres malades aussi qui se trouvaient dans l’île vinrent et furent guéris ». C’était la récompense de Dieu pour les bons sentiments que les habitants de l’île avaient eu à l’égard de Son serviteur. Ceux qui reçoivent les serviteurs de Dieu avec bonté peuvent être assurés de recevoir une bénédiction divine : « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense d’un prophète ; et celui qui reçoit un juste en qualité de juste, recevra la récompense d’un juste. Et quiconque aura donné à boire seulement une coupe d’eau froide à l’un de ces petits, en qualité de disciple, en vérité, je vous dis, il ne perdra point sa récompense » (Mat. 10. 41 et 42). Le Seigneur donne une récompense à ces habitants de l’île de Malte ; dans leur condition d’incrédulité, ils ont quand même une récompense pour ce qui touche à leurs besoins corporels.

En repensant à la remarque déjà faite à propos des bons sentiments qu’il peut y avoir dans une personne inconvertie, notons que c’est Dieu qui a incliné le cœur des habitants de l’île pour les amener à user d’une humanité peu ordinaire à l’égard des serviteurs de Dieu. « Le cœur d’un roi, dans la main de l’Éternel, est des ruisseaux d’eau ; il l’incline à tout ce qui lui plaît » (Prov. 21. 1) : c’est Dieu qui incline les cœurs.

Il n’est pas parlé dans tout ce passage d’une prédication présentée par l’apôtre, soit aux habitants de l’île, soit chez Publius. Mais Paul ne pouvait pas aller dans quelque lieu que ce soit sans qu’on y respire la bonne odeur de Christ, qui est une odeur de vie pour les croyants et une odeur de mort pour les incrédules. « Grâces à Dieu qui nous mène toujours en triomphe dans le Christ et manifeste par nous l’odeur de sa connaissance en tout lieu » (2 Cor. 2. 14). La bonne odeur de Christ avait été répandue dans l’île de Malte.

v. 10 : Ce verset marque la fin du séjour de Paul à l’île de Malte : « Et ceux-ci nous firent aussi de grands honneurs, et à notre départ nous fournirent ce qui nous était nécessaire ». Ils sont donc honorés au moment de leur départ. Ils étaient démunis de tout, mais les habitants de l’île leur fournirent ce qui leur était nécessaire. Dieu répondait ainsi aux besoins matériels de Ses serviteurs, comme Il avait répondu à leurs besoins spirituels. Dieu ne les laisse manquer de rien, Il ne laisse manquer de rien ceux qui ont à cœur de Le servir.

v. 11 à 14 : « Et trois mois après », sans doute en janvier-février, « nous partîmes sur un navire d’Alexandrie qui avait hiverné dans l’île, et qui avait pour enseigne les Dioscures » ce qui signifie les enfants de Zeus. « Et ayant relâché à Syracuse » – Syracuse est la capitale de la Sicile – « nous y demeurâmes trois jours. De là nous fîmes un circuit, et nous arrivâmes à Rhegium » – ville du royaume de Naples – « … nous arrivâmes le deuxième jour à Pouzzoles où, ayant trouvé des frères, nous fûmes priés de demeurer avec eux sept jours ». Voilà encore une circonstance où nous voyons comment Dieu s’occupe de Ses serviteurs. Il leur permet de rencontrer des frères. Ce sont sans doute les frères qui leur demandent de rester avec eux sept jours, et le centurion Jules que l’on voit avec eux jusqu’au v. 16, est d’accord pour les laisser-là sept jours.

v. 15: L’apôtre arrive à Rome, but de son voyage, accomplissement d’un désir qu’il avait déjà exprimé quelques années auparavant, en écrivant l’épître aux Romains. Quand il écrit aux croyants de Rome, il y avait une assemblée dans cette ville (au ch. 16, il cite le nom de plusieurs croyants romains). Comment cette assemblée avait-elle été formée, l’apôtre Paul ne nous le dit pas. Lorsqu’il a rencontré Aquilas et Priscilla (Act. 18. 1 et 2), il nous est dit qu’ils venaient de Rome.

Paul écrivant à ces croyants de Rome, leur dit : « Car Dieu, que je sers dans mon esprit dans l’évangile de son Fils, m’est témoin que sans cesse je fais mention de vous, demandant toujours dans mes prières, si en quelque manière, maintenant une fois, il me sera accordé par la volonté de Dieu d’aller vers vous. Car je désire ardemment de vous voir, afin de vous faire part de quelque don de grâce spirituel, pour que vous soyez affermis, c’est-à-dire pour que nous soyons consolés ensemble au milieu de vous, vous et moi, chacun par la foi qui est dans l’autre. Or je ne veux pas que vous ignoriez, frères, que je me suis souvent proposé d’aller vers vous (et que j’en ai été empêché jusqu’à présent), afin de recueillir quelque fruit parmi vous aussi, comme parmi les autres nations » (Rom. 1. 9 à 13).

L’ennemi fait une œuvre qui le trompe. L’ennemi avait empêché Paul d’aller à Thessalonique ; de ce fait Paul a écrit l’épître aux Thessaloniciens. De même, empêché d’aller à Rome, il a écrit l’épître aux Romains qui présente des vérités fondamentales concernant la justification par la foi. Au ch. 15 de l’épître aux Romains, Paul revient sur l’expression de ce désir qu’il avait de se rendre à Rome : « C’est pourquoi aussi j’ai été souvent empêché d’aller vers vous ; mais maintenant, n’ayant plus de sujet de m’arrêter dans ces pays-ci, et ayant depuis plusieurs années un grand désir d’aller vers vous, pour le cas où je me rendrais en Espagne… ; car j’espère que je vous verrai à mon passage, et que vous me ferez la conduite de ce côté-là, quand j’aurai d’abord un peu joui de vous, mais à présent je vais à Jérusalem » (v. 22 à 25). Un peu plus loin au ch. 15, l’apôtre écrit au v. 28 : « j’irai en Espagne en passant par chez vous ». Paul pensait y aller dans d’autres conditions. Il allait à Rome comme un prisonnier lié de chaînes, mais quoiqu’il en soit, il y allait « dans la plénitude de la bénédiction de Christ » (v. 29). L’Écriture nous dit quelque chose du travail fait par l’apôtre à Rome dans plusieurs passages des épîtres, notamment l’épître aux Philippiens.

Paul arrive à Rome et pendant deux ans il pourra y exercer un service précieux.

Comment les frères de Rome ont-ils appris que l’apôtre avait touché la terre italienne ? Nous ne savons pas. En tous cas ils ont été au courant de l’arrivée de Paul. Il est probable que peu le connaissaient, mais ils avaient entendu parler de lui et ils étaient venus l’accueillir, franchissant pour cela des distances de quatre-vingt et cinquante kilomètres pour se rendre « jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes ». Représentons-nous ce que c’était à ce moment-là !

« Les frères » : expression touchante. Dès le chemin de Damas, Paul a été mis en contact avec la famille de Dieu. Ananias lui dit : « Saul, frère ». L’apôtre emploie souvent cette expression dans les épîtres, en particulier dans la première épître aux Thessaloniciens. Quel encouragement quand l’apôtre a vu les frères ! « Paul, les voyant, rendit grâces à Dieu et prit courage ». Le Seigneur, qui a été un Homme sur la terre, a eu des encouragements comme homme de la part de Son Père.

Le Seigneur savait que Paul avait besoin d’encouragements. Ici, ils lui sont donnés par les frères de Rome. De son cœur touché, la reconnaissance s’élève vers Dieu. Il y avait bien des pensées qui pouvaient remplir son cœur, mais quoiqu’il en soit, le Seigneur l’encourage et ici par le moyen des frères de Rome.

On peut dire que dans ce chapitre, Dieu a la première place pour Paul.

– Est-ce qu’on peut rapprocher de ceci le v. 7 du Psaume 110 : « Il boira du torrent dans le chemin, c’est pourquoi il lèvera haut la tête » ?

– Au Psaume 110 c’est de Christ qu’il est question prophétiquement ; Il a « bu du torrent dans le chemin ». Dieu lui a préparé des oasis dans le désert. Ayant réalisé la chose pour Lui-même, Il se plaît à encourager Son serviteur. Dans sa deuxième captivité Paul parle d’Onésiphore en ces termes : « il m’a souvent consolé » (2 Tim. 1. 16).

Dieu est bon. Il sait quelles circonstances nous avons à connaître les uns et les autres et Il sait que nous avons besoin de consolations et d’encouragements. Il se plaît à nous les dispenser d’une manière qui nous confond. Sa grâce est infinie. N’en doutons jamais. Le Seigneur avait dit à Paul : « Aie bon courage ». Ici, il prend courage à la vue des frères de Rome. Ils n’ont certainement pas regretté leurs cinquante ou quatre-vingt kilomètres quand ils ont vu l’apôtre rendre grâces et prendre courage.

Dans la première partie de ce chapitre nous avons le récit du voyage de Paul depuis le moment où l’île de Malte a été atteinte jusqu’aux portes de Rome. Il y a deux ou trois épisodes qui marquent ce voyage. Les habitants de l’île reçoivent Paul et ses compagnons avec bonté. C’est alors que se produit un fait permis par Dieu pour manifester le vrai caractère de Paul : ce n’était ni « un meurtrier », ni un « dieu », c’était un serviteur du vrai Dieu. C’est comme tel qu’il va agir dans cette île de Malte. Paul et ses compagnons avaient reçu des bienfaits de la part des habitants de l’île ; Dieu n’oublie pas ce qui est fait pour les Siens : Il répond à l’exercice de cette bonté en guérissant, par le moyen de Son serviteur, le père de Publius et les autres malades de l’île.

Trois mois après, Paul et ses compagnons partent, prennent un navire et arrivent à Pouzzoles, près de Naples, où ils trouvent des « frères ». Dieu permet que le centurion Jules, qui avait la responsabilité de ce convoi jusqu’à Rome, les autorise à rester là sept jours. Les frères de Rome, ayant appris l’arrivée de Paul, nous ne savons comment, viennent à sa rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois Tavernes, localités distantes de Rome, respectivement de quatre-vingt et cinquante kilomètres. C’était un long voyage dans les conditions où l’on se déplaçait alors, et beaucoup de fatigue. L’apôtre avait l’ardent désir depuis longtemps de venir voir les frères de Rome. Ce sont eux qui viennent jusqu’à lui dans ces deux localités. Paul pensait aller à Rome dans d’autres conditions ; il y va comme prisonnier. Néanmoins il est heureux, car il y allait, quoiqu’il en soit, « dans la plénitude de la bénédiction de Christ » (Rom. 15. 29). Le séjour qu’il a fait à Rome a été richement béni. C’était maintenant au tour des frères de Rome d’encourager l’apôtre, alors qu’en tant de circonstances Paul a encouragé les frères !

v. 16 : Dans la dernière partie du chapitre nous voyons Paul arriver à Rome. Le centurion livre les prisonniers au préfet du prétoire. L’apôtre va passer deux années de captivité à Rome mais dans des conditions assez faciles. « Il fut permis à Paul de demeurer chez lui avec un soldat qui le gardait » : les historiens de l’époque rapportent que ce soldat était changé chaque jour. Que de soldats romains ont ainsi entendu l’évangile ! Ceci se passait pendant la première partie du règne de Néron durant laquelle il n’a pas manifesté la cruauté montrée à la fin ; par ailleurs, le centurion avait pu rendre témoignage à ce qu’était Paul et à sa conduite sur le navire. Festus et le roi Agrippa avaient aussi envoyé des témoignages favorables. Tout cela permet de comprendre pourquoi l’apôtre a pu bénéficier de conditions assez faciles durant cette première captivité, sans oublier que Dieu est au-dessus de tout !

v. 17 à 20 : « Or il arriva, trois jours après, que Paul convoqua ceux qui étaient les principaux des Juifs » : Paul ne perd pas de temps. On voit quelle était l’activité infatigable de l’apôtre. Après un voyage aussi pénible, il semble qu’il aurait pu prendre un repos plus long que trois jours ! Il s’occupe des Juifs, premièrement, comme toujours. Il va leur expliquer dans quelles conditions il est venu à Rome. Trois témoignages avaient été rendus à son sujet attestant qu’il n’avait rien fait qui mérite la mort ou les liens, celui de Claude Lysias au ch. 23. 29, celui de Festus au ch. 25. 25 et celui d’Agrippa au ch. 26. 31 et 32. L’affaire pouvait donc être considérée comme établie (2 Cor. 13. 1). C’est ce que Paul va expliquer aux principaux des Juifs.

« C’est pour l’espérance d’Israël que je suis chargé de cette chaîne » : l’apôtre a déjà employé cette expression dans sa troisième apologie : « maintenant je comparais en jugement pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères, à laquelle nos douze tribus, en servant Dieu sans relâche nuit et jour, espèrent parvenir ; et c’est pour cette espérance, ô roi, que je suis accusé par les Juifs. Pourquoi, parmi vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite les morts ? » (Act. 26. 68). Cette espérance était basée sur la résurrection des morts.

v. 21 et 22 : Les Juifs répondent aussitôt : « Pour nous, nous n’avons pas reçu de lettre de Judée à ton sujet ; et aucun des frères qui sont arrivés n’a rapporté ou dit quelque mal de toi ; mais nous demandons à entendre de toi quel est ton sentiment ; car, quant à cette secte, il nous est connu que partout on la contredit ».

Les principaux des Juifs emploient cette expression « secte » qui ne convient pas en parlant de l’Assemblée. Cette expression est encore employée dans la chrétienté, dans l’ignorance de ce qu’est le véritable rassemblement sur le terrain de l’Écriture. Nous avons, quand le Seigneur nous en donne l’occasion, le devoir d’expliquer ce qu’est le rassemblement des saints. Prenons garde de ne pas donner, notamment à ceux qui assistent à des réunions, l’impression que le rassemblement est une secte ! Il ne doit y avoir dans le rassemblement des saints autour du Seigneur aucune organisation. Tout ce qui est organisation est la négation du rassemblement autour du Seigneur selon l’Écriture. En fait, les frères de Rome étaient assez éloignés de toutes les assemblées qui avaient été constituées depuis la descente du Saint Esprit sur la terre, comme Personne divine, le jour de la Pentecôte ; ils étaient donc préoccupés par cette question, ils désiraient savoir quel était le terrain sur lequel ces assemblées étaient réunies.

– Est-ce qu’il faut comprendre que les Juifs dont il est question ici sont des Juifs chrétiens ?

– Certainement pas tous. L’éloignement où ils se trouvaient, par rapport aux assemblées formées, pouvait expliquer leur ignorance de bien des choses. On ne sait pas comment avait été formée l’assemblée à Rome. Il y avait de l’ignorance chez plusieurs. Ce qui montre qu’il y avait des personnes non chrétiennes, c’est le résultat que va produire l’enseignement de l’apôtre. Deux classes bien distinctes vont être manifestées.

Les Juifs ne voyaient pas que c’étaient eux qui constituaient une secte, puisqu’ils avaient établi des principes humains à côté des principes divins. Le Seigneur leur dit en Matthieu 15. 6 : « Vous avez annulé le commandement de Dieu à cause de votre tradition ».

Une secte est un rassemblement organisé par l’homme, suivant des principes d’homme et en dehors des enseignements de la Parole de Dieu. La Parole ne connaît qu’un seul terrain de rassemblement, le rassemblement des croyants faisant partie du corps de Christ autour de Celui qui est la tête du corps. Si tous ceux qui font partie du corps de Christ se trouvaient réunis sur le terrain du rassemblement selon les enseignements de la Parole, il n’y aurait pas les différentes sectes de la chrétienté. Ce qui est très dangereux, c’est que dans certaines sectes, il y a une apparence trompeuse, comme aussi de vrais croyants, ce qui peut amener les âmes à demeurer là. Il n’y a rien de plus mauvais que le mélange : généralement c’est le bon qui fait passer le mauvais.

Nous avons à veiller, non seulement pour maintenir la vérité doctrinale, mais pour maintenir pratiquement ce qu’est le rassemblement des saints sur le terrain de l’unité du corps. Si nous perdons de vue, par exemple, que le rassemblement sur le terrain de la Parole ne peut être maintenu que dans la séparation ecclésiastique, nous pouvons glisser sur un terrain sectaire. Nous avons à réaliser que le lieu sur lequel nous nous rassemblons est une terre sainte. Nous sommes responsables de maintenir la vérité morale et doctrinale.

– Est-ce qu’on peut aussi penser que la vérité concernant le rassemblement autour du Seigneur devra rencontrer la contradiction ?

– C’est la fin de ce paragraphe. L’ennemi ne peut pas supporter les deux ou trois réunis au nom du Seigneur, l’Assemblée « colonne et soutien de la vérité ». Nous sommes appelés à rendre témoignage dans ce monde qui est plein de mensonge, dans un monde dont Satan est le chef. Nous sommes comme des étrangers (car nous ne sommes pas « du monde », comme le Seigneur n’en était pas) sur son terrain. Plus une assemblée sera fidèle, plus elle aura à subir les assauts de l’adversaire, des assauts qui seront marqués par diverses ruses de l’ennemi. L’ennemi se sert de bien des instruments pour « contredire » ce rassemblement.

Il y a la contradiction extérieure mais plus redoutable encore est la contradiction intérieure : « il faut aussi qu’il y ait des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient manifestés parmi vous » (1 Cor. 11. 19).

Il ne faut pas comprendre que les sectes sont une nécessité. Mais c’est comme si l’apôtre disait : Comment pouvez-vous en arriver là ? Il a fallu que l’ennemi remporte de tels succès pour que ceux qui sont fidèles soient manifestés ! Ceux qui sont fidèles seront gardés par le Seigneur et ne tomberont pas dans les pièges de l’adversaire.

v. 23 : À partir de là nous allons voir l’apôtre donner les enseignements nécessaires à ceux qui lui avaient posé la question du v. 22. Il leur expose la vérité, en fait ce qu’est l’Assemblée, la réunion d’Assemblée, ce que sont les principes de l’Assemblée ». En rendant témoignage du royaume de Dieu » : le royaume de Dieu est un domaine dans lequel on entre par la nouvelle naissance. C’est une expression que l’on trouve souvent dans les évangiles de Marc et de Luc tandis que dans l’évangile de Matthieu il est plutôt question du royaume des cieux, sauf dans cinq passages où cette expression n’aurait pas convenu. Le royaume des cieux a une portée dispensationnelle, c’est une « économie » succédant à l’économie juive.

On ne voit pas dans ce monde que le siège de l’autorité exercée soit dans le ciel : le royaume des cieux est encore « en mystère ». Plus tard il sera manifesté en puissance et en gloire. Le royaume de Dieu a une portée morale. On y entre par la nouvelle naissance (Jean 3). Jean 3 est le seul passage de cet évangile où il soit question du « royaume de Dieu », car le royaume de Dieu n’est pas le sujet de l’évangile de Jean, qui pourtant nous décrit, aux ch. 3 à 16, les beautés du royaume (la vie, la lumière, l’amour). Dans ce royaume, tout doit revêtir les caractères de Dieu, du Dieu qui est amour et qui est lumière. Voilà ce que Paul présentait « depuis le matin jusqu’au soir ». Ses journées étaient bien remplies. Il n’y avait à ce moment-là que les écrits de l’Ancien Testament. C’était sur eux que Paul s’appuyait (fin du v. 23). Il cherchait à les persuader, à les convaincre. Il mettait toute son énergie à leur présenter ces choses, afin qu’ils soient convaincus que ce qu’il leur présentait était la vérité de Dieu.

v. 24 : La Parole de Dieu divise les hommes en deux classes. Il n’y en a pas trois. Il y a ceux qui croient et ceux qui refusent de croire.

v. 25 à 27 : Ils « n’étaient pas d’accord entre eux ». Paul en a persuadé quelques-uns, d’autres ne veulent pas recevoir la vérité. Paul n’a alors qu’une « seule parole à leur dire ». Il va placer devant eux une parole écrite par le prophète Ésaïe huit siècles auparavant, un jugement prononcé sur le peuple rebelle, incrédule. Trois fois cette citation est faite dans le Nouveau Testament. En Matthieu 13. 13 le Seigneur séparait le résidu qui l’entourait et appliquait la citation d’Ésaïe 6 à la masse du peuple. La deuxième fois, Ésaïe 6. 9 et 10 est cité en Jean 12. Cette citation est présentée au peuple après que le Père a donné au peuple terrestre trois témoignages de la gloire de Christ : Sa gloire de Fils de Dieu au ch. 11 après la résurrection de Lazare, Sa gloire de Messie et Sa gloire de Fils de l’homme au ch. 12. Son ministère au milieu des Juifs prend fin, dans l’évangile selon Jean à la fin du ch. 12.

Les Juifs sont restés insensibles à ces trois manifestations de Sa gloire, aussi le jugement pèse sur le peuple. Ici en Actes 28 est faite la troisième citation. Paul la rappelle après que les Juifs ont rejeté son témoignage, et auparavant celui du Seigneur, puis le témoignage du Saint Esprit présenté par le moyen de Pierre, de Jean et d’Étienne. Ils ont rejeté ensuite la grâce divine dans le ministère de Paul qui leur présentait l’Assemblée. Il ne reste plus pour eux que le jugement annoncé par Ésaïe. Comme autrefois l’Éternel avait endurci le cœur du Pharaon après que, au commencement, le Pharaon avait endurci son cœur, le jugement gouvernemental de Dieu pèse sur ces Juifs endurcis.

v. 28 : Nous avons remarqué déjà dans ce livre des Actes deux passages où Paul déclare qu’il va se tourner vers les nations : au ch. 13. 46 et 47 à Antioche de Pisidie : « Et Paul et Barnabas, s’enhardissant, dirent : c’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous mêmes indignes de la vie éternelle, voici nous nous tournons vers les nations, car le Seigneur nous a commandé ainsi : je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre ».

Le deuxième passage est en Actes 18. 6. Lorsque Paul se trouve à Corinthe il rencontre de l’opposition de la part des Juifs. « Et comme ils s’opposaient et blasphémaient, il secoua ses vêtements et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations », et nous savons comment le Seigneur l’arrête. Paul entend le Seigneur lui parler dans une vision : « Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville ».

En 2 Thessaloniciens 2. 10 et 11 nous lisons : « ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge ».

« Si aussi notre évangile est voilé, il est voilé en ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu ne resplendit pas pour eux » (2 Cor. 4. 3 et 4).

En 1 Thessaloniciens 2. 15 et 16 nous voyons la méchanceté et la haine des Juifs qui ne recevaient pas l’évangile et qui s’opposaient à ce qu’il soit prêché aux nations : « les Juifs, qui ont mis à mort et le Seigneur Jésus et les prophètes, et qui nous ont chassé par la persécution, et qui ne plaisent pas à Dieu, et qui sont opposés à tous les hommes, nous empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées, pour combler toujours la mesure de leurs péchés ; mais la colère de Dieu est venue sur eux au dernier terme ». Le jugement d’Ésaïe 6 rapporté en Actes 28 est l’annonce que « la colère est venue sur eux au dernier terme ». Il est solennel de lire cette expression : « Paul leur dit une seule parole » (v. 25). C’est le dernier avertissement, c’est la dernière parole. Que les personnes inconverties ne pensent pas qu’elles auront toujours l’occasion d’entendre l’évangile !

v. 29 : « Quand il leur eut dit ces choses, les Juifs se retirèrent, ayant entre eux une grande discussion ». Voilà ce que font souvent les hommes : au lieu d’accepter la Parole de Dieu, la Parole du salut, ils perdent leur temps en vaines discussions.

À propos du mot « salut » au v. 28 la note nous dit : plutôt ce qui sauve que le salut lui-même. Il ne s’agit pas d’un salut extérieur tel qu’on le prêche aujourd’hui dans une grande partie de la chrétienté.

L’apôtre a prêché un salut d’âme, un salut complet, Christ en nous.

v. 30 : « Et Paul demeura deux ans entiers dans un logement qu’il avait loué pour lui, et il recevait tous ceux qui venaient vers lui ». Il était donc accessible à tous, à tous ceux qui avaient des besoins spirituels, à tous ceux qui avaient des questions à lui poser. Il prêchait « le royaume de Dieu », il enseignait « les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ ». C’était une Personne qu’il leur présentait, et toutes les vérités chrétiennes se rattachant à Lui. Les enseignements qui doivent être présentés ne sont pas des enseignements théoriques, ce sont des enseignements « vivants ». Les vérités chrétiennes, séparées de Christ, seraient une sorte de dictionnaire montrant comment il faut agir dans telle ou telle circonstance ; ce ne serait pas précisément ce qu’elles doivent être, des vérités « vivantes » liées à Christ Lui-même.

v. 31 : « avec toute hardiesse, sans empêchement » : il n’était pas empêché de présenter la vérité. Dans ce dernier paragraphe, nous voyons Paul présenter la Parole avec toute hardiesse. C’est ce qui avait été demandé par les disciples en Actes 4. 29 : « donne à tes esclaves d’annoncer ta Parole avec hardiesse ». Au v. 31 de ce même chapitre nous est rapportée la première circonstance où la Parole de Dieu est présentée avec hardiesse. Cette expression se retrouve sauf erreur dans sept passages des Actes (4. 31 ; 13. 46 ; 14. 3 ; 18. 26 ; 19. 8 ; 26. 26 et 28. 31).

En Éphésiens 6. 19 l’apôtre Paul demande aux Éphésiens de prier « afin qu’il me soit donné de parler à bouche ouverte pour donner à connaître avec hardiesse le mystère de l’évangile ».

Il parlait sans crainte. Dieu avait disposé les circonstances pour qu’il puisse parler avec hardiesse, et ce témoignage a été béni. Bien des personnes de la maison de César ont été converties (Phil. 4. 22). Pendant ces deux années, il a aussi écrit différentes épîtres, celles aux Éphésiens, aux Colossiens, aux Philippiens, à Philémon. Ces deux années ont été des années très remplies pendant lesquelles l’apôtre a pu faire un travail utile.

Nous avons terminé l’étude de ce livre des Actes, l’histoire du début de l’Assemblée sur la terre, les circonstances du ministère de l’apôtre Paul. Le Seigneur l’a gardé et amené jusqu’à Rome où il a pu rendre le témoignage rapporté dans ces versets. Nous y avons trouvé des enseignements d’une grande importance et d’une grande utilité. Puissions-nous en retirer du profit ! Que le Seigneur soit béni pour tout ce qu’Il a donné au cours de ces réunions !

D’après les études à Orthez de 1968 à 1975