TRADUCTION DE FEUILLETS (65)

« Et Melchisédec, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin (or il était sacrificateur du Dieu Très-haut) et il le bénit, et dit : Béni soit Abram de par le Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre ! Et béni soit le Dieu Très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. Et Abram lui donna la dîme de tout » Genèse 14. 18 à 20.

DIEU RÉVÈLE CE QU’IL VEUT DANS SA PAROLE

Cela vous arrive-t-il ? Vous lisez un texte de la Bible, et une personne éveille en vous un intérêt particulier. Vous aimeriez bien en apprendre plus que ce que dit ce texte. C’est ce qui arrive, quand on lit ces versets au sujet de Melchisédec. Dieu ne nous en dit pas long sur cette personne historique. Qui étaient ses ancêtres ? Eut-il encore d’autres contacts avec Abraham ? Mais, tout d’abord, comment connaissait-il le Dieu Très-haut ? De manière qu’il puisse Le servir comme sacrificateur ? Avait-il reçu pour cela une révélation particulière de Dieu – comme l’avait eue Abraham ?

Dans le Nouveau Testament, j’apprends que je dois faire passer mon intérêt après les plans que Dieu accomplit par sa Parole ! On lit en Hébreux 7. 1 : « Ce Melchisédec, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-haut, qui alla à la rencontre d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, et qui le bénit, à qui aussi Abraham donna pour part la dîme de tout, ce Melchisédec… sans père ni mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours ni fin de vie, mais assimilé au Fils de Dieu… demeure à perpétuité ».

Le but de Dieu était donc de nous donner, au sujet de Melchisédec, exactement autant (ou aussi peu) de détails pour qu’il puisse être comparé au Fils de Dieu. Dans la Bible, il est toujours selon les desseins de Dieu, qui sont spirituels, de se révéler Lui-même, de nous présenter la grandeur et l’honneur de son Fils, et de nous communiquer tout ce qui est nécessaire pour notre salut et pour notre vie avec Lui et pour Lui.

Le Seigneur veut tout d’abord nous montrer « ce qui Le concerne ». Cela ne devrait pas nous empêcher d’avoir de l’intérêt pour les biographies, les détails d’histoire et d’histoire naturelle.

D’après der Herr ist nahe mai 2024

« Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » Hébreux 2. 3.

ASSUREZ-VOUS QUE LA LUMIÈRE EST BLANCHE

Cela fait soixante-dix ans maintenant – mais je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais en train, une nuit, comme responsable de la locomotive. Le train avançait rapidement, bien que le temps ait été orageux et qu’il fît très sombre. Dans une longue courbe, je vis soudain des lumières rouges devant moi. Je hurlai : Freine, Jean, freine !, ou ce sera trop tard. Mon collègue appuya sur la pédale et fit s’arrêter le train. Ce n’était pas une seconde trop tôt : les débris d’un train de marchandises qui avait déraillé étaient amoncelés devant nous. Je ne peux pas me représenter ce qui serait arrivé si nous n’avions pas freiné.

J’étais reconnaissant d’avoir vu le signal rouge à temps. Quelque temps plus tard, je m’en souvins de nouveau. Un visiteur vint chez moi et me demanda : Avez-vous déjà pensé à ce qui arrivera après la mort ? Vous êtes-vous demandé si Dieu vous montrera une lanterne blanche pour poursuivre – ou si ce sera une lanterne rouge ?

Il était clair pour moi que Dieu ne pouvait pas me montrer une lanterne blanche. Il m’avait mis devant la lanterne rouge pour réveiller ma conscience et m’avertir. Je pris conscience que j’étais un pécheur aux yeux de Dieu, et je lui demandai de me sauver. Maintenant je sais que j’ai « la rédemption par son sang, le pardon des fautes selon les richesses de sa grâce » (Éph. 1. 7).

Chacun de nous est sur son chemin personnel à travers la vie. Et pour chacun de nous, le chemin se termine dans l’éternité. Si vous avez la vie de Dieu, une lumière blanche brille devant vous. Sinon, elle est rouge. Dans ce cas, Dieu vous avertit encore aujourd’hui. Allez-vous vraiment « négliger » son grand salut, le mépriser ?

D’après the good Seed mai 2024

« Jusqu’à ce que je vienne, attache-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement ». 1 Timothée 4. 13.

« Priez par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit, et veillez à cela avec toute persévérance ; faites des supplications en faveur de tous les saints ». Éphésiens 6. 18.

LES CONDITIONS POUR UN BON ÉQUILIBRE SPIRITUEL CHEZ LE CHRÉTIEN

Deux choses sont essentielles pour la nourriture et l’entretien d’un état d’âme actif et sain – la lecture de la Parole et la prière. Et nous ne pouvons pas nous permettre de négliger ni l’un ni l’autre, si nous désirons que notre cœur et notre vie répondent à la grâce que nous avons reçue. Si la lecture de la Parole est négligée, il y aura le danger que nos prières deviennent l’expression de nos seuls désirs naturels au lieu de l’intercession selon la volonté de Dieu. Nous avons besoin que nos désirs, même pour les bénédictions spirituelles, soient formés dans l’atmosphère de la Parole, en communion avec le Seigneur, et par la puissance de son Esprit. Quand cela manque, plus l’âme est engagée, plus grand est le danger que le zèle ne soit pas selon la connaissance.

Un danger contraire, d’autre part, c’est que la lecture de la Parole sans la prière tende à un esprit d’intellectualisme, se terminant dans un état d’âme froid et aride, où il n’y a ni puissance ni joie, mais beaucoup d’orgueil spirituel. Il n’y a rien de plus mauvais pour la vitalité spirituelle que d’avoir l’esprit occupé de la vérité divine alors que le cœur et la conscience restent étrangers à sa puissance ; et ce sera certainement le cas dans la proportion où la prière est négligée.

Il ne peut pas y avoir de signe plus certain d’un état spirituel bas et malsain que l’absence de prière, et il n’y a pas de meilleure preuve qu’un homme est rempli de l’Esprit que de savoir qu’il s’adonne à la prière.

D’après the Lord is near octobre 1984

« Il en établit douze pour être avec lui, pour les envoyer prêcher ». Marc 3. 14

LA COMMUNION AVANT LE SERVICE

De nos jours, il est généralement insisté sur le travail et le service pour le Seigneur, plus que sur la nourriture de la vie spirituelle. Nous voyons là un exemple de la manière dont nos pensées sont souvent au contraire des principes et des illustrations trouvées dans l’Écriture. Il est intéressant d’observer que le Seigneur Jésus, quand Il donne aux douze disciples la mission pour le service, Il ne les envoie pas d’abord prêcher. Il désire d’abord qu’ils soient avec Lui.Souvent dans la vie, des jeunes en particulier, il y a un empressement pour savoir dans quel service ou dans quel ministère ils sont appelés à entrer. Un jeune chrétien dira : Je suis appelé à partir en mission, ou je suis appelé à prêcher.

Le principe que le Seigneur montrait, cependant, c’est que, avant qu’il y ait un service, cette personne soit avec Lui. Le verset en-tête le montre bien.

Il se passe toujours quelque chose quand nous sommes avec le Seigneur, quand nous Le contemplons, quand nous regardons à Lui, quand nous avons communion avec Lui. La question de l’endroit et du genre de service devient presque secondaire quand nous sommes spirituellement en accord et sensibles à son désir.

Notre service serait beaucoup plus efficient et porterait plus de fruit si nous nous souvenions que le Seigneur a d’abord désiré que nous soyons avec Lui.

Luc nous parle de Marthe qui était « distraite par beaucoup de service », tandis que Marie avait choisi « la bonne part » (ch. 10. 42) Cette bonne part, c’était d’être avec Lui, de s’asseoir à ses pieds, d’entendre sa voix, de Le voir, de Lui ressembler – et ensuite d’être employé par Lui.

D’après the Lord is near octobre 1984

« Afin que nous soyons à la louange de sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ, et en qui vous aussi, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut – en qui aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse ». Éphésiens 1. 12 et 13.

L’ŒUVRE ENTIÈRE DE DIEU DANS LE CROYANT

Parce que l’Évangile était d’abord pour les Juifs, il est parlé d’abord des Juifs comme ayant cru en Christ. Au v. 13, le « vous » distingue les Gentils, qui eux aussi, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de leur salut, se sont confiés en Christ. Remarquez l’importance des mots « en qui », trouvés deux fois dans ce passage. Leur confiance n’était pas simplement dans l’évangile, mais dans la Personne de Christ, dont parle l’évangile. Et il y est insisté, la deuxième fois, en rapport avec leur sceau de l’Esprit. « Ayant cru », ils ont été scellés. Ce n’est pas la question d’avoir plus d’expérience, ou d’être entrés davantage dans la vérité de l’œuvre de Christ en rédemption, mais simplement d’avoir cru en Lui personnellement. Le croyant le plus simple participe donc au sceau de l’Esprit. Comme sceau, l’Esprit de Dieu est la marque elle-même sur le croyant d’être la propriété de Dieu, donc absolu et éternel.

L’expression « le Saint Esprit de la promesse » peut nous rappeler Jean 7. 37 à 39. Là, le Seigneur Jésus, quand Il était sur la terre, a promis le Saint Esprit à ceux qui croyaient en Lui, une promesse qui serait réalisée après qu’Il soit glorifié. Cela s’est accompli dans le livre des Actes. Notez encore que la citation ci-dessus insiste deux fois sur le fait que la foi est en Lui personnellement, non pas seulement en ce qu’Il a accompli, et ne dépend pas de notre compréhension de ce qu’Il a accompli. Elle est pour tous ceux qui croient en Lui. Rien ne dépend de ce que nous pouvons faire : tout dépend de sa grâce.

D’après the Lord is near octobre 1984 (L.M. Grant)

« Or le but de cette injonction, c’est l’amour qui procède d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère ; pour s’en être écartés, certains se sont égarés… que… tu combattes le bon combat, en gardant la foi et une bonne conscience. Certains, qui l’ont rejetée, ont fait naufrage quant à la foi ». 1 Timothée 1. 5 et 6, 18 et 19.

LA CONSCIENCE IGNORÉE

Le navire avait été torpillé ! Dans l’obscurité les chaloupes furent descendues et, par protection, un petit canon fut placé dans le bateau du capitaine. Ce bateau transportait aussi la boussole du navire, et le capitaine dirigea la course vers la rive, donnant l’ordre aux autres navires de le suivre.

Mais vers midi, le capitaine ne fut pas tranquille et s’inquiéta de leur position. Il craignait que la boussole ne donne pas d’indications fiables. Après quelques minutes de réflexion, il se rendit compte que le canon influençait l’aiguille. Comme il n’y avait pas de place pour lui dans les autres bateaux, il le laissa tomber avec regrets dans la mer. Immédiatement l’aiguille de la boussole, libérée de l’attraction du canon, se dirigea vers le nord et le navire put poursuivre sa course en sécurité.

Comme il arrive souvent dans la vie, qu’un chrétien prenne à ses côtés quelque chose qu’il considère comme utile, pour s’apercevoir ensuite que cela affecte l’aiguille délicate de sa conscience – qui ne fonctionne plus normalement ! Prenez garde aux séductions subtiles de la chair qui nous détournent du droit chemin. L’aiguille de la conscience, attirée par l’amour de l’argent, l’amour du monde, le désir de la popularité, ne se dirige plus vers Christ, et le croyant peu exercé échoue sur la rive de la mondanité. Car, lorsque l’esprit et la conscience sont corrompus, les hommes « font profession de connaître Dieu, mais par leurs œuvres ils le renient : ils sont abominables, désobéissants et, pour toute bonne œuvre, disqualifiés » (Tite 1. 15 et 16).

D’après the Lord is near octobre 1984

« Je n’ai pas honte de l’Évangile, car il est la puissance de Dieu pour sauver quiconque croit ». Romains 1. 16.

ÉVANGILE CONTRE LOI

Depuis que Jésus-Christ a accompli l’œuvre de la rédemption sur la croix, l’évangile de la grâce a été proclamé aux hommes. Ce message contraste clairement avec la Loi des dix commandements.

L’Évangile n’est pas simplement une doctrine ou une règle qui traite du comportement des gens, comme le faisait la Loi. Non, c’est la puissance de Dieu parce qu’elle peut changer fondamentalement les gens pour le mieux.

L’Évangile n’impose pas aux gens des exigences qu’ils ne peuvent pas satisfaire, comme le faisait la Loi. Il n’exige pas, mais donne gratuitement un salut parfait et éternel.

L’Évangile ne se limite pas à un groupe spécifique de personnes, comme la Loi, qui a été donnée uniquement au peuple d’Israël. La bonne nouvelle de la grâce s’adresse à tous, dans tous les pays.

L’Évangile n’est pas appliqué, mais cru. La Loi disait : Faites cela et vous vivrez. La bonne nouvelle, cependant, c’est : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31).

Aujourd’hui encore, l’évangile de la grâce est annoncé afin que les gens puissent recevoir le pardon de leurs péchés et trouver la paix avec Dieu. Malheureusement, de nombreuses personnes réagissent avec indifférence ou négativement. Cependant, quiconque accepte ce merveilleux message avec foi et se tourne vers Dieu en confessant ses péchés trouvera le vrai bonheur.

D’après Näher zu Dir mai 2024

« Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » Romains 7. 24.

« L’homme est justifié par la foi, sans œuvres de loi ». Romains 3. 28.

« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ». Éphésiens 2. 8 et 9.

MARTIN BOOS – UN PRÊTRE TROUVE GRÂCE

Martin Boos (1762-1825) est le fils d’une riche famille d’agriculteurs de l’Allgäu (Allemagne). Déjà tout jeune, il a un fort sentiment de péché. Il a un très bon caractère et mène une vie juste. Étudiant assidu, il achève avec succès ses études de théologie. En 1781, il est ordonné prêtre de l’Église catholique romaine. Il remplit consciencieusement ses fonctions. Plus tard, il a raconté les « efforts énormes » qu’il déployait pour devenir une personne bonne et juste et obtenir le salut éternel :

« Pendant des années, même en hiver, je dormais sur le sol froid à côté de mon lit ; je me suis flagellé jusqu’au sang ; je jeûnais et donnais mon pain aux pauvres ; je passais chaque heure libre à l’église ou au cimetière ; je priais pendant des heures ; j’allais à la confession et à la communion presque chaque semaine ; bref, j’avais acquis une telle piété que j’ai été nommé chef d’une communauté religieuse. Mais quelle vie je menais ! Malgré toute ma sainteté, je m’enfonçais de plus en plus en moi-même, devenant mélancolique, agité et taciturne. Je savais dans mon cœur que j’étais une personne misérable et pécheresse. Qui pourrait me racheter ? Personne ne m’avait dit que nous recevions la grâce de Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, ou que « le juste vivra par la foi » (Rom. 1. 17). Et si j’avais acquis la foi, le monde entier, avec tout son savoir et son autorité spirituelle, m’aurait persuadé que j’avais avalé du poison et que j’empoisonnais tout le monde autour de moi ; que je méritais d’être pendu, noyé, emprisonné, banni ou brûlé.

Martin Boos poursuivit ses efforts pour devenir pieux et obtenir le salut, pendant environ sept années, jusqu’à ce que Dieu lui ouvre les yeux d’une manière inattendue.

Il raconte : « Vers 1788, je rendis visite à la femme mourante d’un fermier, très respectée pour sa profonde humilité et sa piété exemplaire. Je lui ai dit : – Vous mourrez heureuse et en paix. – Ah ! pourquoi ? – Parce que vous avez vécu si pieusement et si saintement, ai-je répondu. La malade sourit à mes paroles et dit : – Si je devais mourir en ayant confiance en ma piété, je saurais avec certitude que je serai damnée. Mais en faisant confiance à Jésus, mon Sauveur, je peux mourir en toute confiance et en paix. Quel genre de prêtre vous êtes ! Quelle consolation ! Que m’arriverait-il si je vous écoutais ? Comment pourrais-je me tenir devant Dieu, devant lequel chacun doit rendre compte ? Laquelle de nos bonnes œuvres et de nos qualités ne se révélerait pas trop légère lorsqu’elle serait placée dans la balance divine ? Non, si Jésus-Christ n’était pas mort pour moi, je serais perdue à jamais, malgré toutes mes bonnes œuvres et ma piété. Jésus est mon espérance, mon salut et mon bonheur éternel !

Le jeune prêtre est étonné. Il était venu au chevet de cette mourante pour la réconforter, si possible, même s’il ne sait pas lui-même que le véritable réconfort ne se trouve qu’en Christ et non dans les rites et cérémonies religieuses. Il a trouvé l’instruction même sans l’avoir cherchée, et son étonnement se transforme en honte lorsqu’il se rend compte que, malgré tout son savoir, il ne sait rien de ce que cette femme simple sait si bien.

Heureusement pour lui, Martin Boos se laissa instruire par cette femme simple. Le témoignage de la fermière mourante lui laissa une impression indélébile. Il rejeta enfin la doctrine selon laquelle nous sommes sauvés « par les œuvres accomplies en justice que nous, nous aurions faites ». Il eut désormais pleinement confiance en ce que « Jésus-Christ, le Juste » a accompli par ses souffrances et sa mort sur la croix (Tite 3. 5 ; 1 Jean 2. 1).

Peu importent les efforts déployés par l’homme pour obtenir le salut spirituel, tout cela est en vain ! Sa justice, dont il se vante tant, n’est que « comme un vêtement souillé », et sa sagesse, dont il se vante, est « folie devant Dieu » (És. 64. 6 ; 1 Cor. 3. 19).

Œuvres, justice et sagesse – Martin Boos possédait dans une large mesure toutes ces qualités. Mais devant le lit de mort de cette femme, il apprend, comme l’apôtre Paul, à considérer toutes ses bonnes œuvres et vertus comme des « ordures » » afin de pouvoir un jour se tenir devant le tribunal de Dieu (Phil. 3. 8). Faire confiance à l’œuvre de Christ et au salut, non par les œuvres mais par la grâce seule – cela devient désormais le thème central de ses sermons.

Rien de ce que vous pourriez faire ne vous aidera à régler le grand compte entre votre âme et Dieu. Pour être sauvé, vous devez cesser de compter sur vos propres œuvres, et vous appuyer uniquement sur l’œuvre de Christ. Dieu a accepté cette œuvre, et Il vous accepte uniquement à cause de ce que Christ a accompli une fois pour toutes, et non à cause de bonnes œuvres que vous auriez faites. Faites entièrement confiance à Jésus-Christ le Sauveur et à son œuvre, et vous serez sauvé et pardonné pour l’éternité.

D’après die gute Saat mai 2024

« Ils rendront compte à celui qui est prêt à juger vivants et morts ». 1 Pierre 4. 5.

LE PÉCHÉ PEUT-IL ÊTRE COUVERT ?

En 1799, des pêcheurs anglais prirent un grand requin. Dans son estomac ils trouvèrent une série de papiers ficelés ensemble. Ceux-ci montraient qu’un bateau nommé Nancy faisait de la contrebande. La trouvaille fut immédiatement transmise à l’autorité compétente.

À ce moment-là, le procès du personnel du Nancy était en cours d’examen. On les suspectait d’avoir transporté des biens de contrebande pendant la guerre entre l’Angleterre et la France. Jusqu’à cette découverte, cependant, il n’y en avait pas de preuve fondée, parce que le capitaine avait jeté à la mer tous les papiers suspects. Comme il fut consterné quand, sur le fondement de ces documents revenus au jour, il fut convaincu de sa culpabilité !

Cet homme avait espéré échapper à la punition en faisant disparaître toutes les preuves. Mais cela ne pouvait pas faire disparaître sa faute – ni non plus, de même, notre culpabilité devant Dieu.

Dans les dernières pages de la Bible, Dieu montre, en langage figuré, que le mal et les fautes sont enregistrés dans ses livres. En conséquence, personne ne pourra échapper au jugement divin. C’est seulement par Jésus Christ qu’il y a le salut. Il a promis : « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5. 24)

D’après the good Seed mai 2024

« Un Éthiopien… lisait le prophète Ésaïe… L’eunuque prit la parole et dit… De qui le prophète dit-il cela ? De lui-même, ou de quelque autre ? Alors Philippe ouvrit la bouche et, commençant par cette Écriture, lui annonça Jésus ». Actes 8. 27, 34 et 35

UNE MERVEILLEUSE DÉCOUVERTE

D’origine hébraïque, il avait été élevé selon la tradition. Puis il avait voulu se rendre compte de ce qui était écrit dans ce qu’on appelait la Bible des chrétiens. Depuis l’enfance il savait que les Juifs avaient leur Bible, et que les non-juifs avaient aussi le Nouveau Testament.

On nous avait enseigné que ces deux livres n’avaient rien en commun. Les grand-mères nous disaient que le Nouveau Testament était un manuel pour persécuter les Juifs, mais j’étais curieux et je voulais le vérifier moi-même.

– Quand j’ai ouvert le Nouveau Testament, je m’attendais à trouver un guide pour persécuter les Hébreux… au lieu de cela, j’y ai lu l’histoire des Juifs, écrite par des Juifs ! Cela commençait ainsi : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham ».

Trois personnes citées dans cette première phrase de l’évangile, et tous, des Juifs ! J’ai poursuivi ma lecture, effrayé. C’était l’histoire d’un homme juif, né dans un village d’un pays juif, qui un jour entre dans la synagogue et annonce qu’il est le Messie. Plus je lisais, plus j’étais attiré vers Lui. Le Nouveau Testament était beau comme la Bible que je connaissais déjà. Quand j’ai commencé à croire que Yoshua, Jésus, était le Messie… quelle découverte merveilleuse ! Ce n’était pas un imposteur, mais Celui qui était annoncé par les Écritures.

Jésus Lui-même a dit : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi » (Jean 5. 39).

D’après il buon Seme mai 2024

« Comme Paul discourait sur la justice, la maîtrise de soi et le jugement à venir, Félix tout effrayé répondit : Pour le présent, retire-toi ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». Actes 24. 25.

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs ». Hébreux 4. 7.

DIEU SEUL EST GRAND, MES FRÈRES !

Piqué par la curiosité, le roi Louis XIV voulut entendre le célèbre prédicateur et évêque Massillon, dont les prêches attiraient toujours plus d’auditeurs. La prédication de Massillon fit une forte impression sur le roi, qui le fit venir à Versailles et lui dit : – J’ai déjà entendu un bon nombre d’orateurs, et en général je suis content d’eux. Mais, après vous avoir entendu, je suis mécontent de moi-même comme je ne l’ai jamais été !

Ainsi, ce roi bigot, et en même temps tellement coupable, était remué dans sa conscience par le tranchant de « l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu » (Éph. 6. 17). Elle ne flatte personne, mais elle montre à l’homme, quelle que soit sa position sociale, ce qu’il est dans la lumière de Dieu : un pécheur destiné à la condamnation, mais qui peut être sauvé seulement par le moyen du sang de Jésus Christ. Louis XIV, touché par ce qu’il avait entendu, exprima son intention de vouloir écouter Massillon au moins une fois par an. Mais le prédicateur ne reçut jamais une autre invitation de sa part.

Cependant, Massillon put prendre la parole devant le roi une dernière fois. Son discours, dont le texte a été conservé, commence ainsi : Dieu seul est grand, mes frères… Mais cette-fois-là, le roi Louis XIV, dit le grand, ne pouvait plus l’entendre : il était porté dans son cercueil. C’était son oraison funèbre.

« C’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6. 2).

D’après il buon Seme mai 2024

« Il donne une grâce plus grande ! » Jacques 4. 6.

LES RÉSERVES DE DIEU POUR LES SIENS NE SONT JAMAIS ÉPUISÉES

L’autre soir, je rentrais chez moi après une dure journée de travail. Je me sentais chargé et déprimé, quand tout à coup, comme un éclair, ce texte me vint à l’esprit : « Ma grâce te suffit » (2 Cor. 12. 9).

En arrivant à la maison, je relus ce verset, et je priai : Je dois m’en souvenir, Seigneur.

Il me sembla que l’incrédulité était absurde. C’est comme si un petit poisson, très assoiffé, avait peur, en buvant, de mettre la rivière à sec, et que la rivière lui dise : Tu peux boire ton content, mon courant est suffisant pour toi.

Ou comme une petite souris dans les greniers d’Égypte, après sept années d’abondance, qui craindrait de mourir de faim. Joseph pourrait lui dire : Prends courage, petite souris, mes greniers sont suffisants pour toi.

J’imaginai aussi un homme sur une haute montagne, se faisant cette réflexion : J’inspire tant de mètres cubes d’air chaque année ; j’ai peur d’épuiser l’oxygène de l’atmosphère. Mais la terre lui répondrait : Respire bien, homme, et remplis tes poumons ; mon atmosphère est suffisante pour toi.

Soyez de vrais croyants ! Une petite foi amènera votre âme au ciel, mais une grande foi amènera le ciel à votre âme.

D’après The Lord is near octobre 1984

« Le fruit du juste est un arbre de vie, et le sage gagne les âmes ». Proverbes 11. 30.

GAGNER DES ÂMES POUR CHRIST

Un frère pieux et de grande maturité disait récemment : J’ai rencontré des chrétiens partout dans cet hémisphère, pendant vingt ans. Je les ai étudiés, j’ai écouté leurs conversations, et je conclus avec tristesse que peu d’entre eux cherchent réellement à gagner des âmes pour Jésus.

Que font les autres ? Ils croient la Bible de la première à la dernière page, mais ils ne rendent pas témoignage du Seigneur Jésus aux autres gens. Ils sont toujours passionnés des choses subtiles et douces de ce vingtième siècle matérialiste, et ils ne veulent rien en perdre pour le Seigneur. Ils peuvent réciter comme un perroquet une pieuse terminologie, mais ils ne se rangent pas du côté de Christ pour amener des pécheurs. Ils ne font que parler.

Ils ont commencé de nouveaux groupes, organisé de nouveaux comités, installé l’équipement le plus récent, fait de la promotion pour les sports pour gagner des garçons, des clubs pour les filles, dirigé des rallyes, offert des repas – ils ont tout essayé, sauf ce que Jésus Christ avait recommandé : aller visiter une maison après l’autre, et parler aux hommes et aux femmes de la grande question de la croix et de Christ, avertissant du malheur éternel de tous ceux qui ne sont pas sauvés.

Chacun s’occupe de ses propres plans et de ses projets, et le Seigneur Jésus est négligé, ce qui est bien triste. Combien ont déjà envisagé de faire des visites, de donner des traités, et de gagner des âmes ? Nous devons nous demander constamment : Pourquoi est-ce que je fais cela ? Est-ce que Dieu me le demande ? Est-ce qu’il m’importe que des âmes soient sauvées ? Nous sommes appelés à gagner des amis inconvertis, des voisins, des parents, des collègues de travail. Demandez-vous, comme les quatre lépreux à la porte de Samarie : « Pourquoi sommes-nous assis ici jusqu’à ce que nous mourions ? » (2 Rois 7. 3)

D’après The Lord is near octobre 1984

(L’apôtre Paul écrit aux croyants d’Éphèse) : « Je vous ai enseigné, publiquement et dans les maisons, en insistant auprès des Juifs comme des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Actes 20. 20 et 21.

LA VRAIE REPENTANCE

Une prédication creuse, qui ne mentionne pas le fait terrible de la nature pécheresse de l’homme et de sa culpabilité envers Dieu, en appelant tous en tous lieux à se repentir, a pour résultat des conversions creuses ; et ainsi nous avons des milliers de chrétiens de nom aujourd’hui, chez qui il n’y a pas de preuve d’une vraie conversion. Discourant sur le salut par la grâce, ils ne montrent aucune grâce dans leur vie. Déclarant à grands cris qu’ils sont justifiés par la foi seulement, ils manquent de se souvenir que « la foi sans les œuvres est morte », et qu’on ne doit pas nier la justification par les œuvres devant les hommes, comme si c’était en contradiction avec la justification par la foi devant Dieu. Nous avons besoin de lire à nouveau Jacques 3, et de laisser son message sérieux pénétrer profondément dans notre cœur afin qu’il gouverne notre vie. « Si j’avais regardé l’iniquité dans mon cœur, le Seigneur ne m’aurait pas écouté » (Ps. 66. 18).

Aucun homme ne peut réellement croire en Christ s’il ne s’est pas repenti. Et sa repentance ne s’arrête pas quand il a la foi qui sauve, mais plus il connaît Dieu au cours des années, plus profonde devient sa repentance. Un serviteur de Christ a dit une fois : Je me suis repenti avant de connaître le sens du mot. Je me suis repenti beaucoup plus ensuite.

Sans aucun doute, une des grandes raisons pour laquelle de sincères prédicateurs de l’évangile ont presque peur, et souvent négligent les termes repentir et repentance quand ils prêchent l’évangile, c’est qu’ils craignent que leurs auditeurs comprennent mal ces termes, et qu’ils pensent qu’ils impliquent quelque chose de méritoire de la part du pécheur. Mais rien ne pourrait être plus loin de la vérité. Il n’y a pas de mérite à être sauvé en reconnaissant ma vraie condition. Il n’y a pas de guérison dans le fait de reconnaître la nature de ma maladie. Et la repentance, comme nous l’avons vu, c’est exactement cela.

D’après The Lord is near novembre 1984

« Vous aussi, prenez patience ; affermissez vos cœurs, car la venue du Seigneur est proche ». Jacques 5. 8.

L’ASPECT PRATIQUE DES VÉRITÉS DE LA PAROLE DE DIEU

C’est une bonne chose, de comprendre la prophétie. C’en est une meilleure de savoir dans quelle intention elle a été donnée. Le retour du Seigneur Jésus Christ est plus ou moins bien compris maintenant par un plus grand nombre de chrétiens qu’il y a deux siècles en arrière. Mais cela ne signifie pas que le cœur des chrétiens désire le Seigneur plus qu’avant.

Chaque fois que la venue du Seigneur Jésus Christ et son apparition sont mentionnées, il y a une importance dans la pratique qui lui est liée. En Jean 14, c’est afin que le cœur des disciples ne soit pas troublé par le départ proche du Seigneur Jésus. En Romains 13. 12, c’est pour que nous rejetions les œuvres des ténèbres et marchions comme il convient. En 1 Corinthiens 15. 51 à 58, pour que nous soyons fermes, inébranlables, et abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur. En 1Thessaloniciens 4. 13 à 18, pour savoir que la mort d’un croyant, c’est être « endormi par Jésus », et qu’ainsi nous ne soyons pas affligés comme les autres qui n’ont pas d’espérance. En 2 Timothée 4. 6 à 9, le côté pratique est que nous puissions combattre le bon combat, achever la course, et garder la foi. En Tite 2. 12, pour que nous vivions sobrement, justement, et pieusement. En 1 Jean 3. 2 et 3, nous avons cette si précieuse promesse que « Nous savons que, quand il sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est » – une assurance qui ne devrait jamais cesser de remplir notre cœur de joie, et nous pousser à toujours L’adorer. Et il est ajouté : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui est pur ».

Et enfin, en Apocalypse 22. 20, que nos cœurs puissent répondre au Sien, en disant : « Amen ; viens, Seigneur Jésus ».

D’après the Lord is near novembre 1984 (A.M. Behnam)

« En ce qui concerne ce qui a été sacrifié aux idoles, nous savons (car nous avons tous de la connaissance ; la connaissance enfle, mais l’amour édifie ». 1 Corinthiens 8. 1.

LE CHAPITRE DE L’AMOUR

Le chapitre 13 de 1 Corinthiens est très connu. Sa puissance extraordinaire est reconnue, non seulement par les chrétiens, mais par une multitude d’autres personnes. Des hommes en vue l’acclament comme étant merveilleux, l’un des chefs-d’œuvre littéraires du monde, sans apprécier les vérités qu’il nous enseigne. Que dit-il réellement ? Le verset ci-dessus nous dit que c’est l’amour qui édifie. Le chapitre 13 développe cela et nous montre en premier lieu que les dons les plus brillants, s’ils n’ont pas l’amour, n’ont pas de valeur ; et ensuite, que l’amour est la force, même quand il y a des dons, et qu’il accomplit réellement tout.

Les trois premiers versets montrent les dons qu’on peut posséder et exercer sans l’amour. Dans ce cas, tout ce qu’ils effectuent et produisent sont réduits à rien. Parler en langues est mentionné en premier, car c’était le don particulier qui était devenu une embûche pour les Corinthiens. Mais ensuite il y a la prophétie, qui plus tard est louée par l’apôtre comme la première en importance ; et la prophétie par la connaissance et la foi, et par la bonté pratique qu’on appelle maintenant charité ; et celles-ci, à nouveau, par le sacrifice de soi d’un genre remarquable. Que ces affirmations que fait Paul sont fortes !

Un frère se lève dans l’assemblée et exprime des mots d’une douceur et d’une acuité particulières. Il a fait une communication divine dans ce qui, pour nous est la langue du ciel. Que c’est merveilleux ! Comme nous pouvons l’admirer ! Oui. Mais s’il a fait cela sans amour, il aurait aussi bien pu apporter une vieille casserole en cuivre à la réunion, et avoir frappé dessus – pour le bien qu’il en a fait, en ce qui concerne les intérêts du Seigneur dans l’assemblée.

D’après the Lord is near novembre 1984 (F.B. Hole)

« Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes ». Matthieu 11. 29.

LE REPOS

Dans un monde de trouble, de confusion et de frustration, le repos pour l’âme apparaît à beaucoup comme un rêve. Le repos serait bon, mais il n’est jamais là. Et en fait, bien des circonstances peuvent empêcher de vrais croyants de jouir du repos :

1. Des évènements terribles que nous ne pouvons maîtriser nous tournent dans la tête. Nous ne pouvons pas les influencer, ce qui nous frustre.

2. Des situations dans lesquelles nous n’avons pas agi comme il le fallait peuvent nous troubler et nous donner un sentiment de culpabilité.

3. Des situations où nous ne sommes pas certains de savoir quoi faire nous fatiguent et troublent notre esprit.

Et pourtant, notre Seigneur Jésus Christ nous a dit clairement : « Vous trouverez le repos de vos âmes ». Comment trouvons-nous ce repos ?

Tout d’abord, en apprenant chaque jour, par sa Parole, que Dieu domine sur tous les évènements. Rien ne Le prend par surprise. Et aucun évènement ne peut nous toucher sans qu’Il le permette.

Deuxièmement, en profitant de son pardon et de la restauration chaque fois que nous manquons. Satan aimerait nous garder dans la fondrière de la désolation à cause de nos manquements. Mais Celui qui a restauré Pierre après sa chute aime à nous restaurer aussi. Nous avons besoin d’apprendre à nouveau le sens de ces précieuses paroles : « Il restaure mon âme » (Ps. 23. 3).

Troisièmement, nous trouvons du repos hors de notre confusion et de notre incertitude en reconnaissant qu’Il nous guide dans notre vie quotidienne. La confusion dans notre vie peut provenir de bien des sources, mais non pas de Dieu. Lorsque notre propre volonté et notre satisfaction de nous-même font place à sa douceur et son humilité, le sentier devient simple et évident. Nous commençons à faire écho à la prière du roi Asa : « Aide-nous, Éternel, notre Dieu ! car nous nous appuyons sur toi » (2 Chron. 14. 11).

D’après the Lord is near novembre 1984 (G.W. Steidl)

LE « MOI » ET SES EXIGENCES

« Dans les derniers jours… les hommes seront égoïstes ». 2 Tim. 3. 1 et 2.

« Le Fils de l’homme (Jésus), n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour un grand nombre ». Marc 10. 45.

LE « MOI » ET SES EXIGENCES

« Moi » est un mot très court ! – mais ce qu’il représente est d’une immense portée et repose solidement sur trois piliers : l’égoïsme, l’orgueil et la propre volonté. Que ce soit dans le langage de la philosophie et de la psychologie, ou dans l’usage courant, « moi » désigne la personnalité humaine, l’homme conscient de lui-même. Nous identifions facilement le « moi » dans les autres et nous sommes prompts à le condamner.

Amis lecteurs, apprenons tout d’abord à reconnaître notre « moi » chaque fois qu’il se manifeste en nous : dans nos pensées, notre cœur, dans les relations familiales, dans l’environnement professionnel, dans nos rapports avec les autres. Refusons ses exigences qui nous poussent à l’égocentrisme, et laissons plutôt la première place de notre vie à Jésus Christ, à son amour et à ses droits.

Le portrait moral de l’homme des derniers temps qui nous est présenté dans 2 Timothée 3. 2 à 7 est d’une vérité absolue. Le premier caractère mentionné est l’égoïsme, source de toutes les tendances négatives qui sont énoncées ensuite : avarice, vantardise, ingratitude, cruauté…

Qu’il est déprimant de voir le chrétien manifester l’égoïsme au lieu de l’amour divin ! un amour qui ne pense pas à soi, qui n’attend ni réponse ni contrepartie de la part des autres. La Bible ne laisse jamais supposer que je doive attendre une manifestation d’amour de la part de mon prochain. Par contre, elle m’exhorte à en témoigner moi-même. L’amour se met au service des autres, alors que l’égoïsme exige d’être servi.

En Jésus, notre parfait modèle, nous ne trouvons aucun acte ni aucune parole qui soient dictés par l’égoïsme. Le « moi » n’avait aucune place en Lui.

Le seul remède efficace à notre égoïsme, c’est de contempler la vie de Jésus et de nous efforcer de l’imiter.

D’après « Il buon seme » novembre 2023

UNE GUERRE SANS MERCI

« Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi ». 1 Pierre 5. 8.

UNE GUERRE SANS MERCI

Dans le Nouveau Testament, la vie chrétienne est comparée à un combat qui se terminera seulement lorsque le croyant entrera dans le ciel auprès de son Sauveur.

Tout combattant doit connaître qui est son adversaire, être informé de son armement et de ses stratégies, afin de pouvoir lui résister et contrecarrer ses attaques. Mais est-ce suffisant ?

Notre grand ennemi est évidemment celui que la Bible appelle « l’adversaire », le diable, qui rôde autour de nous ; c’est Satan, avec sa ruse et sa force. Il attaque nos pensées et nous pousse à nous éloigner des enseignements de la Parole de Dieu. Il sollicite nos convoitises et, pour nous tenter, il nous présente tout ce qui peut nous attirer. Il stimule notre égoïsme et notre orgueil, fait miroiter devant nous le bonheur dans les choses éphémères de ce monde : le bien-être, les richesses, la gloire.

Parfois, il attaque avec violence. Dans certains pays, il se sert de la misère et de la persécution, allant jusqu’à la torture et à la mort.

Ce n’est qu’en restant près du Seigneur que nous pouvons sortir vainqueurs de tous les combats quotidiens. Si nous ne demeurons pas fermement attachés à Christ, par la prière et la lecture de la Parole, le combat est perdu d’avance. Mais si nous restons tout près de Jésus, Celui qui a vaincu, nous entendrons sa voix nous dire : « Ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde » (Jean 16. 33). Il désire nous associer à sa victoire, renforcer notre foi en Lui, le puissant Vainqueur, et nous maintenir en même temps dans l’humilité, la vigilance et la confiance.

D’après « Il buon seme » novembre 2023

FRÉDÉRIC

Chapitre 1

On était en mai, un riant mois de mai, tout en fleurs. Une brise tiède soufflant du sud ridait la surface des rivières et des étangs enfin débarrassés de leur couche de glace ; elle murmurait doucement dans le feuillage naissant des arbres et des buissons et faisait légèrement onduler les jeunes pousses des champs de blé. Comme une fusée, l’alouette partait en jubilant et les hirondelles infatigables gazouillaient, traçant dans l’espace lumineux leurs capricieuses arabesques ; le chant du coucou, qu’on est convenu de trouver joyeux, résonnait dans les forêts, tandis que, dans les bosquets mystérieux, au bord des sources ou des étangs, se faisait entendre la voix du rossignol, tantôt mélancolique, tantôt joyeuse et toujours touchante. Partout abondance de vie, abondance de fleurs. Les fleurs poussaient le long des fossés ; elles perçaient les dures mottes de terre que le sabot du cheval ou la roue du lourd chariot n’avait pas encore écrasées ; elles s’ouvraient à la lumière dans les interstices des murs, sur l’arête des pierres moussues, partout où un vestige de terre permettait à un grain de germer ; même sur la corniche du vieux clocher quelques brins d’herbe se balançaient fièrement. Encore une fois s’était réalisée cette promesse immuable : « Tant que seront les jours de la terre, les semailles et la moisson, et le froid et le chaud, et l’été et l’hiver, et le jour et la nuit, ne cesseront pas » (Gen. 8.22). Et les hommes, remplis d’une nouvelle ardeur, d’un nouvel espoir, voyaient dans la végétation naissante, dans l’abondance de fleurs, le gage de la moisson future.

Une succession de villages cachés dans la verdure s’allongeait au nord, dans une large plaine fermée au sud par une grande forêt. Des routes carrossables sillonnaient cette forêt dans toutes les directions. De nombreux chemins, ouverts par les bûcherons, s’y croisaient en tous sens – sans parler des sentiers sinueux et effacés qui n’étaient connus que des forestiers, des enfants amateurs de fraises et de myrtilles, et des braconniers en quête de gibier ou guettant le vigilant garde-chasse…

Sur un de ces chemins solitaires, une femme en deuil, d’une trentaine d’années, s’avançait à pas rapides. Le visage échauffé par la marche, l’œil fiévreux, elle regardait au loin, respirant d’un souffle court et oppressé.

« Ce chemin doit aboutir à la maison forestière de la Chênaie, murmurait-elle d’une voix entrecoupée ; on m’a dit que c’était le plus court… »

Elle s’arrêta un instant pour suivre des yeux un sentier qui, non loin de là, tournait brusquement à l’ouest.

« Si ce n’était pas le bon ! s’écria-t-elle avec angoisse. Je suis à bout de forces. Qui prendra soin de mon enfant, si ce n’est toi, Seigneur ? Oh ! Dieu, mon Dieu, à l’aide ! gémit-elle en pressant sa poitrine de ses deux mains. Viens, Frédéric, viens ! » dit-elle en se penchant vers un enfant qui, accroché à sa robe, trottinait à côté d’elle.

Frédéric était un garçonnet de cinq ans, très courageux. Jusqu’ici, il avait bien fait travailler ses petites jambes, mais « à l’impossible nul n’est tenu », elles commençaient à refuser leur service.

– Tu vois, maman, dit-il d’un ton de reproche, si tu avais voulu m’acheter le petit cheval, les pieds ne me feraient pas mal à présent.

Sans répondre, la mère prit dans ses bras l’enfant fatigué et, accélérant sa marche, elle continua à courir devant elle comme au hasard. Sa figure, de rouge qu’elle était, devint violette, puis, tout à coup, en poussant un soupir, elle s’affaissa.

Frédéric tomba à terre un peu rudement, mais, se remettant promptement sur ses pieds, il répéta du même ton : – Si tu m’avais acheté le petit cheval…

Finalement, il était heureux de faire une halte. Il s’assit à côté de sa mère étendue sans mouvement. Elle dort, pensa-t-il. Bientôt, reposé, il se leva et regarda autour de lui. Que c’était beau ! Il n’avait jamais vu tant de fleurs. Il allait en faire un beau bouquet pour sa maman. Et le voilà, fauchant de ses petites mains, à droite et à gauche, dans ce luxuriant jardin où foisonnaient les anémones, le muguet, les lychnis roses, les renoncules dorées. Tout fier de sa cueillette, il revint auprès de sa mère. Elle était toujours là, couchée au bord du chemin.

– Regarde donc, maman, dit-il triomphant, ton bouquet d’anniversaire n’était pas aussi beau. Mais, réveille-toi à présent, j’irai encore t’en chercher. Il lui caressait le visage de sa main : ce visage était froid. « Comme tu dors ! », fit-il, étonné.

– Oui, pauvre Frédéric, ta mère dort d’un profond sommeil. Les fleurs que tu viens de lui apporter sont ton dernier témoignage d’affection. Bienheureux es-tu de ne pas comprendre encore quel affreux malheur vient de te frapper ! Le cœur tourmenté, torturé, de ta mère a cessé de battre. Elle t’a remis aux soins fidèles du Seigneur qui veillera sur toi, mieux qu’une mère sur son enfant.

Le petit garçon piqua quelques fleurs dans les cheveux de sa mère.

« Comme elle va rire quand elle se réveillera ! » pensa-t-il tout joyeux. Je vais aller me cacher ; elle ne saura pas qui c’est ».

Il enjamba péniblement un arbre renversé au-delà du sentier et s’accroupit derrière, si bien qu’on voyait à peine quelques boucles de ses cheveux blonds. De hautes tiges d’herbe lui chatouillaient le nez ; des rameaux et des feuilles lui caressaient les oreilles, se mêlaient à ses cheveux, s’accrochaient à sa petite blouse. Quelques lézards glissèrent sur ses pieds : Frédéric ne bougeait pas. Enfin, l’attente lui paraissant longue, il appuya ses bras sur le tronc d’arbre et, se penchant en avant tant qu’il put : « Coucou ! », cria-t-il doucement. Sa mère ne bougeait pas. « Coucou ! » répéta-t-il plus haut. « Coucou ! » fit une voix derrière lui.

Qui était-ce ? Quelqu’un s’était-il caché là ? « Je vais le chercher », pensa Frédéric, en se dirigeant du côté d’où venait la voix. « Coucou ! » répétait-elle toujours aux appels de l’enfant. C’est là-bas, au fond de la forêt, je le trouverai bien. Encore un grand tronc à escalader. Ce n’était pas si facile ; un tronc gros et lisse ! Ses petits bras ne trouvaient pas d’appui et il ne parvenait pas à se mettre en selle. Il s’arc-bouta contre l’obstacle pour le faire rouler : peine inutile !

« Coucou, coucou ! »

« Je ne peux pas sauter par-dessus cet arbre ! » cria-t-il. Puis, ayant réfléchi un instant, il longea le tronc qui diminuait peu à peu d’épaisseur et cette fois, s’élançant de son mieux, il passa une de ses jambes par-dessus, l’autre suivit, et le petit aventurier tomba de l’autre côté.

« Coucou ! coucou ! » répétait l’écho.

– Me voici, répondit Frédéric, attends que je t’attrape !

Et sa course continua. Il regardait de tous côtés… Rien. Ce mystérieux personnage s’était vraiment bien caché. Mais il le trouverait ! Il franchit un fossé bourbeux, traversa tout un champ de myosotis. Des papillons dansaient devant lui ; une grenouille le regarda de ses yeux ronds, et disparut dans une mare ; un pic martelait un tronc d’arbre au-dessus de sa tête ; des tourterelles roucoulaient doucement, et, à ses pieds, les scarabées et les fourmis, sans se soucier du petit intrus, couraient à leurs affaires.

– « Coucou !… Coucou ! » À présent, je ne joue plus, dit Frédéric à bout de patience, je retourne auprès de maman.

Il revint alors sur ses pas. Mais ses jambes s’embarrassaient dans les ramilles desséchées, dans l’enchevêtrement de racines. Il tomba deux fois sur son nez, et se piqua les mains à des ronces. Oh ! Comme cela faisait mal ! « Maman ! maman ! » Point de réponse. « Maman ! viens me chercher ! petite maman !… chère petite maman ! »

Le vent bruissait dans les cimes des arbres et le cri strident d’un milan fut la seule réponse.

Cette fois Frédéric n’avait plus ni force, ni courage. Il s’assit sur une racine d’arbre ; de grosses larmes commencèrent à rouler sur ses joues. D’habitude, sa mère répondait à ses appels. Que faire maintenant ? Fallait-il encore chercher ? Ses pieds lui faisaient mal, les piqûres de ronces lui brûlaient les mains. Ne devrait-il pas prier ? Maman lui avait expliqué, hier encore, que si un jour il était en peine, il devait tout raconter au Seigneur Jésus qui aimait tendrement les petits enfants.

– Seigneur Jésus, dit-il en s’agenouillant, je me suis perdu ; aide-moi à retrouver le bon chemin. Maman me l’a dit : « Je sais que Tu peux tout ». Merci, Seigneur. Amen. Il se remit à marcher.

La forêt s’épaississait. Des broussailles entravaient ses pas, des branches s’accrochaient à ses habits, lui tiraient les cheveux. – « Quel vilain jardin ! » pensait Frédéric. Enfin, un fourré de jeunes sapins lui barra le chemin… « Maman, viens me chercher ! » cria-t-il encore en pleurant. Sa mère ne venant pas, il se glissa à quatre pattes à travers les branches piquantes des sapins, qui lui écorchaient la figure et les mains, et pénétraient même à travers ses chaussettes. Il ne criait ni ne pleurait plus, mais, avec l’obstination de son naturel, il avançait toujours. Enfin, le jour se fit et il se trouva sur un chemin. Sa mère ne devait plus être loin. Il regarda à droite et à gauche sans rien découvrir.

« Maintenant, elle viendra sûrement me chercher », pensa Frédéric en se couchant par terre, tout épuisé. Alors ses paupières s’appesantirent : il s’endormit.

Les rayons dorés du soleil couchant jouaient à travers le feuillage, effleurant le visage du pauvre petit qui n’avait plus ni mère, ni foyer ; les fleurs à haute tige s’inclinaient sur sa tête comme pour une caresse.

Le maître tisserand, Michel Ledou, qu’on nommait en général maître Michel, ne manquait jamais d’aller, tous les jeudis, avec son cheval, au marché de la ville voisine, distante d’environ 4 kilomètres. À vrai dire, l’un et l’autre n’avaient que peu de choses à y faire – le plus souvent, rien du tout, mais pour la Grise, et surtout pour son maître, une demi-journée passée hors de la portée de la maîtresse de maison était un vrai soulagement et un réel plaisir. D’ailleurs, la maîtresse elle-même avait, pour ce jour-là, quelques commissions urgentes : cinq cent grammes de sel, un paquet de chicorée pour le café de l’après-midi, quelques poissons, des allumettes, de l’huile et des aiguilles. La Grise, comme une jument raisonnable, se contentait de peu de travail et de peu de fourrage et, sous ce rapport, son maître lui ressemblait d’une manière frappante. Il faisait, en plus, toutes sortes de réflexions dont seul le résultat final s’exprimait par ces sages paroles : « Pourvu que cela ne finisse pas mal ! »

Au matin des jours de marché, une vivacité inaccoutumée s’emparait des deux amis. La Grise saluait le maître par un joyeux hennissement et maître Michel se trémoussait dans la petite cour, faisant autant de préparatifs que s’il s’était agi d’un voyage à la capitale.

La vieille petite calèche à ridelles, aux rais disjoints et grinçants, subissait l’opération « rajeunissement ». Il fallait graisser les essieux, rajuster les banquettes, étendre de la paille au fond, remplir d’avoine le sac qui servait de siège, rattacher les courroies usées ou les remplacer par de la ficelle. En même temps, par la fenêtre ouverte, la maîtresse lui criait :

– N’oublie pas de rapporter mes souliers de chez Loserait. Seront-ils seulement prêts ? C’est un paresseux négligeant, de même trempe que toi…

Le maître souriait dans sa barbe, ne répliquait rien, continuait à ajuster, à attacher, et la Grise hennissait.

…Quant au marchand de poissons Ramplé, tu lui jetteras ses poissons pourris à la tête. En voilà un voleur ! Mais toi, naturellement, tu n’y as rien vu !

Le maître, impassible, arrangeait le sac sur la banquette.

…Ne va pas oublier de faire boire la Grise ! poursuivait sa femme, vous faites joliment bien la paire, toi et cette vieille jument, mais la pauvre créature, il lui faut des soins. Et si je ne pensais pas à tout…

La Grise montra sa tête à la porte de l’écurie et, voyant que la voiture n’attendait plus qu’elle, elle vint d’un pas mesuré se mettre docilement dans les brancards.

… Et si tu aperçois ce flâneur de Jean Croll, passe par une autre rue, sinon vous irez encore ensemble perdre votre temps et votre argent au café.

Le maître s’installa sur son siège en souriant silencieusement. Passe encore pour le temps, mais l’argent ? Quelle pitié ! Ses achats faits, que lui resterait-il ? Peut-être trois sous pour sa dépense ! Il n’y avait pas besoin pour cela de tirer souvent son porte-monnaie de sa poche.

…Tu m’apporteras encore pour deux sous de savon et un sou de poivre, lui cria sa femme au moment du départ.

Le maître prit les rênes et la Grise se mit en marche.

… Attends, cria encore la ménagère, il vaut mieux que j’aille avec toi !

Mais, cette fois, la Grise eut des envies de galop, et le « hue ! » du paysan se perdit dans les bruyants cahotements du véhicule. Il n’aurait plus manqué que cela ! La Grise se surpassa jusqu’à ce que, arrivée au tournant de la forêt, elle reprit son allure lente et réfléchie… Maître Michel releva la tête, aspirant l’air avec délice. Quel plaisir, quelle paix ! murmura-t-il. Les oiseaux chantaient comme ils n’avaient jamais chanté et les fleurs embaumaient et souriaient. C’était la récréation hebdomadaire de Michel, cette course au marché. Au retour, l’après-midi, on aurait pu le voir la tête baissée, absorbé par des pensées peu gaies et laissant la Grise marcher à son gré.

– Où est maman ? fit une petite voix claire.

La Grise s’arrêta. Michel, étonné, releva la tête. Un petit bout d’homme, à la chevelure blonde ébouriffée était là, devant lui. Sa blouse de velours était couverte d’aiguilles de sapin ; ses yeux, gonflés de larmes, se fixaient, anxieux, sur l’étranger.

– Que Dieu me soit en aide ! s’exclama Michel en regardant l’enfant comme s’il n’avait pas compris.

– N’as-tu pas vu maman ? répéta la petite voix que des pleurs contenus faisaient trembler.

– Mais non, petit rôdeur, répondit le maître en descendant de son char, d’où viens-tu ?

– De là-bas, répondit l’enfant en montrant la forêt d’un geste vague.

– Quelles gens, quelles gens ! fit maître Ledou en secouant la tête, laisser ainsi un petit être s’en aller à l’aventure, comme si les landes de La Chênaie n’étaient qu’un jardin. Pourvu que cela ne finisse pas mal ! Es-tu tout seul ? Comment es-tu venu ici ?

– Maman dort, et puis je jouais à cache-cache ; il y avait un très gros tronc… Je ne me suis pas battu, mais ces vilaines ronces piquent, et je ne vois plus maman.

Ce récit incohérent n’expliquait rien à Michel.

– Où est-ce que ta mère dort ? poursuivit le vieil homme.

– Ici, ici, assura l’enfant. Peut-être qu’elle s’est aussi cachée ; essaie de crier « coucou ! »

– Quelle bêtise ! reprit Michel. Comment s’appelle ta mère ?

Frédéric le regarda avec étonnement.

– Tu es bien nigaud, fit-il d’un ton dédaigneux, comment veux-tu qu’elle s’appelle ? Elle s’appelle maman. Mais crie seulement « coucou ! » bien fort, alors elle viendra.

Qu’est-ce que maître Michel pouvait faire de mieux que d’obéir ? Il cria « coucou ! » de toutes ses forces mais d’une voix enrouée. La Grise tourna la tête, n’y comprenant plus rien. Elle avait déjà fait différentes expériences durant sa vie, mais cela était tout nouveau. Le petit rôdeur non plus n’était pas content.

– Quelle voix as-tu ! Voilà comment il faut crier. Et sa voix claire et argentine retentit dans le taillis.

Maître Ledou se remit à crier : il sortit de sa gorge une sorte d’aboiement rauque… mais personne ne répondit.

Alors, s’éloignant du chemin, ils entrèrent dans la forêt, criant et appelant, sans obtenir de réponse. Leurs recherches restant sans résultat, ils revinrent près de la Grise qui attendait patiemment. Maître Michel sentait le fardeau d’un nouveau souci. Il allait rentrer tard. Que dirait sa femme ? Il fallait aussi lui amener l’enfant… Comment le laisser seul dans la forêt ! Quelle réception orageuse il allait devoir affronter ! Cela lui faisait froid dans le dos.

– Veux-tu venir avec moi ? demanda-t-il enfin au petit qui, en toute confiance, avait mis sa main dans la sienne. Ta maman viendra te chercher chez nous.

Frédéric accepta sans hésiter. Ils montèrent sur le char ; l’un poussa de gros soupirs, l’autre, profondément soulagé, étendit ses pieds dans la paille fraîche et odorante. Soudain, il se souvint qu’une autre souffrance le tourmentait depuis longtemps :

– J’ai bien faim ! s’exclama-t-il, en se tournant vers son protecteur, donne-moi quelque chose à manger.

Le pauvre Michel se trouva en présence d’un nouveau dilemme : que faire ? Les poissons que le vieux Ramplé avait dû échanger, il ne pouvait pourtant pas les offrir à l’enfant. Il fallait donc sacrifier ce qui avait calmé ses craintes, ce qui devait servir de dérivatif aux foudres de son épouse. Les trois sous qui, en d’autres occasions semblables, s’étaient transformés en verre de vin, avaient servi à acheter des petits pains blancs tout frais, dorés et parfumés, destinés à adoucir l’humeur de la maîtresse du logis. Mais les yeux bleus de l’enfant avaient un regard si suppliant, et un éclat si joyeux les remplit à l’apparition du petit pain tiré du panier, que le bon Michel éprouva un véritable plaisir à contempler l’enfant y mordre à belles dents. Bientôt la dernière miette de la brioche eut disparu.

– Sais-tu ? dit encore le garçonnet, je n’aime pas beaucoup le pain tout sec, mais celui-ci a un goût de gâteau. Tu peux m’en donner encore un.

Le deuxième fut dévoré du même appétit, puis le troisième.

– Voilà, dit alors Frédéric avec satisfaction, le dernier n’était pas aussi bon que les autres. Puis sa tête se pencha sur la veste rugueuse de son protecteur, ses yeux suivirent quelques instants les mouvements de la Grise, ses paupières se fermèrent doucement, et il s’endormit.

Maître Michel entoura l’enfant de son bras et ne bougea plus pour ne pas troubler son sommeil. Il n’avait pas besoin de surveiller la Grise qui connaissait le chemin par cœur et trottinait sans hâte, secouant de temps en temps les oreilles ou agitant sa queue quand les mouches la dérangeaient trop.

Avec une admiration croissante, maître Michel contemplait l’enfant endormi, l’élégante blouse de velours et la collerette finement brodée qui entourait son cou délicat.

« Ça doit être un enfant de gens riches, pensait Michel Ledou en secouant la tête, comment est-il venu dans cette forêt ? »

La Grise ralentissant de plus en plus son allure, finit par s’arrêter et tourna la tête. Le maître soupira. S’il n’en avait tenu qu’à lui, il eût volontiers continué à suivre, longtemps encore, le chemin de la forêt, mais il fallait rentrer au logis. Il fit signe à la jument, qui, la tête baissée, s’engagea dans un chemin de traverse le long d’une clairière.

Chapitre 2

La maisonnette de Michel Ledou était basse, faite de troncs superposés, grossièrement équarris et couverte de chaume moussu. Quelques taches jaunes trahissaient de récentes réparations. En ce moment, on aurait pu la trouver jolie sous sa voûte de cerisiers et de pommiers fleuris.

Une herbe courte et drue poussait dans le petit enclos. À l’abri du toit de l’étable délabrée, les hirondelles faisaient leurs nids. On aurait pu se croire bien loin du monde civilisé. Il était rare, en effet, qu’un piéton dirige ses pas de ce côté. D’ailleurs, la maîtresse du logis ne faisait pas grand cas des lois de l’hospitalité, et mal en prenait à quiconque osait mettre le pied sur ses terres. Seuls, des bûcherons s’arrêtaient en passant pour demander de l’eau. Maintes fois ce breuvage fut assaisonné des propos mordants de Catherine Ledou. Du reste, c’était une femme énergique, avisée, qui faisait régner l’ordre le plus parfait dans sa petite propriété. Quand son regard sévère tombait sur son trop apathique mari, celui-ci, instinctivement, rentrait la tête entre les épaules. Même les jambes paresseuses de la jument avaient des envies de souplesse quand elles sentaient la maîtresse redoutée dans le voisinage.

Depuis une heure au moins, aujourd’hui, elle apparaissait sur le seuil de sa porte et sondait du regard le chemin débouchant de la forêt. Un grand silence l’environnait. Les abeilles bourdonnaient dans les arbres. Le sureau exhalait son parfum. Plus loin, dans les prairies, on entendait le chant monotone du grillon. Cependant Mme Ledou n’était pas femme à se laisser toucher par les charmes de la nature.

– Quel homme ! murmurait-elle, quel homme ! Il s’attarde jusqu’à la nuit noire, tandis que le travail presse à la maison !

Enfin elle vit le véhicule approcher lentement, beaucoup trop lentement au gré de son impatience croissante. Sa main droite saisit derrière elle une perche de haricots.

– Je m’en vais vous donner des jambes ! cria-t-elle, lorsque la calèche fut à portée de voix, à cette paresseuse de jument et à toi, fainéant, qui gaspilles le temps et l’argent à faire la fête en ville.

Maître Michel se contenta de répondre :

– As-tu quelque chose à manger, j’ai faim.

– Du matin au soir on se « carriole » sur les grands chemins ! On court d’un café à l’autre ! Attendez seulement, je m’en vais vous en faire passer le goût. Et elle brandissait sa longue perche qui, heureusement, ne pouvait encore atteindre personne… La prochaine fois, c’est moi qui irai à la ville ; je me ferai un bon fouet et on verra si elle sait encore trotter, cette vieille jument !

La Grise, humblement, baissait la tête et Michel d’une voix sourde intervint :

– Femme, dit-il, ne crie pas si haut, tu vas réveiller ce petit !

– Un enfant ! Tu m’amènes un enfant ! La voix de Catherine s’étranglait de colère et d’indignation ;… Dépêche-toi de descendre avec ce garnement. Si, à l’instant, tu ne l’éloignes de ma vue, tu… tu auras affaire à moi !

Frédéric n’avait plus envie de dormir. Les yeux grands ouverts, il regardait craintivement cette femme rouge de colère.

– Est-ce une sorcière ? demanda-t-il à voix basse à son protecteur qui s’apprêtait à descendre du chariot. Ledou soupira.

– Oui, mon garçon, répondit-il en inclinant la tête, comme tu vois clair !

Lui aussi avait parlé à voix basse, car si ses paroles étaient parvenues aux oreilles de sa femme, peut-être bien que la perche ne serait pas restée inactive.

– Je l’ai trouvé dans la forêt, expliqua-t-il à sa femme, il se sera égaré ; on viendra sûrement bientôt le chercher.

Cette explication, si vraisemblable pourtant, ne fit qu’augmenter la colère de Catherine.

– Trouvé dans la forêt ! s’écria-t-elle, et la perche prit une direction inquiétante ; d’autres trouvent de l’argent, ou un beau châle ; toi, tu trouves un enfant, qu’il nous faudra entretenir, comme si nous n’étions pas assez pauvres sans cela.

– Ce doit être un enfant de gens riches, insinua Michel, dans l’espoir d’apaiser son irascible moitié ; ils nous donneront une bonne récompense quand ils le trouveront chez nous.

Catherine sembla saisir la justesse de cette observation ; sa colère s’apaisa et sa figure perdit son expression rébarbative.

– Viens avec moi, dit-elle au petit dont elle voulut prendre la main, mais Frédéric s’y refusa énergiquement.

– Je ne veux pas rester avec toi, répondit-il d’un ton résolu, tu fais une méchante figure et tu as un long bâton à la main ; j’aime mieux rester dans la voiture ; le cheval me traînera et je pourrai dormir.

– Certainement pas ! répliqua durement la femme. Le cheval ira à l’écurie et ce n’est pas là que tu dormiras.

Et s’emparant du petit récalcitrant, malgré sa résistance, elle le tira de la calèche.

– Tu pourrais bien m’aider, s’écria l’enfant en s’adressant à Michel ; retournons à la forêt chercher maman.

– Entre seulement, répondit le placide Michel, on te donnera quelque chose, quelque chose de bon : du pain et du miel. N’aimes-tu pas ça ?

Frédéric apprécia ce conseil, car il aimait les douceurs ; il suivit donc docilement le maître du logis.

Un grand vestibule, tenant lieu de cuisine, occupait tout le milieu de la maison. Par une porte ouverte à gauche, on apercevait une pièce servant d’atelier. Un métier à tisser, un grand dévidoir, un cadre pour tendre le fil et d’autres outils de tisserand la remplissaient presque. À droite, la chambre de ménage et une petite chambre à coucher, toutes deux pauvrement meublées, mais reluisantes de propreté ; les carreaux des fenêtres étaient transparents comme du cristal et le sol de terre durcie poudrée de sable fin et parsemé de feuilles odorantes. Quelques ustensiles de terre occupaient un rayon bruni par la fumée et, au milieu du vaste foyer, sous un trépied en fer, brûlaient quelques tisons. Derrière le foyer, un grand four hébergeait une provision de menu bois et servait de reposoir au vieux chat gris.

C’était précisément ce four qui captivait l’attention de Frédéric. Il se campa devant et le considéra d’un œil curieux.

Puis il tourna autour en jetant de temps à autre un coup d’œil à Catherine qui venait de mettre sur le trépied une casserole pleine de lait et s’apprêtait à faire cuire des nouilles. Le bambin sembla satisfait de ses découvertes. Il revint, s’arrêta devant l’ouverture béante du four et mit ses mains dans ses poches.

– Nous te pousserons là-dedans, dit-il sans autre préambule à la cuisinière absorbée par la préparation de la pâte qu’elle roulait vivement et jetait dans le lait bouillant.

– Me pousser dans le four ! s’écria-t-elle stupéfaite, en appuyant sur ses hanches ses mains enfarinées et prêtes au combat, et pourquoi donc ?

– Tu es une sorcière, répondit Frédéric avec conviction ; c’est pourquoi on te poussera là-dedans… N’est-ce pas, c’est bien une sorcière ! Tu me l’as dit.

Ces dernières paroles s’adressaient à maître Michel qui, sans rien soupçonner, entrait silencieusement.

Cette révélation soudaine de ses pensées les plus secrètes fit trembler le pauvre tisserand.

– Petit bavard, articula-t-il avec peine ; comment peux-tu trouver pareille chose ? Pourvu que cela ne finisse pas mal !

– Mais tu me l’as dit, insista Frédéric, comme offensé ; moi, je la pousserai dans le four.

Le souffle coupé par la fureur, Catherine s’exclama :

– Me pousser dans le four ! Moi, une sorcière ! Attends, il lui faut un manche à balai à la sorcière !

Et, parlant ainsi, elle alla tirer d’un coin un vieux balai de branches, hérissé, attestant une existence laborieuse. Il s’en fallut de peu que le grand et le petit homme ne fissent connaissance plus intime avec lui, mais la casserole de lait vint à temps à leur secours. La soupe écumante, bouillonnante, en soulevait le couvercle. Une partie du précieux liquide se répandait dans les braises crépitantes. Bon gré, mal gré, la maîtresse du logis dut dominer son explosion de colère. À l’ombre de la fumée et de la vapeur qui remplirent bientôt la cuisine, le maître s’esquiva, abandonnant le petit imprudent à son malheureux sort.

Il était debout, tranquille, à la même place, devant le four, regardant Catherine aller et venir.

– Vois-tu, si tu avais fait attention, le bon lait ne serait pas tombé dans le feu, dit-il, d’un ton de reproche.

– Si je n’avais pas peur de commettre un péché, petit garnement ! s’écria la femme toujours furieuse, tandis qu’elle remplaçait par un peu d’eau le lait si malheureusement répandu. Voyez-vous ça ! À peine sait-on se tenir sur ses jambes qu’on vient mettre en colère les grandes personnes ! Va chercher le vieux fainéant pour souper !

– Qui faut-il aller chercher ? demanda Frédéric étonné.

– Ce vieux fainéant qui t’a amené avec lui et qui ne sait que flâner jusqu’à ce qu’il fasse nuit.

Frédéric comprit de qui il s’agissait. Il alla dans la cour, où maître Michel puisait un seau d’eau pour la Grise.

– Vieux fainéant, viens souper ! lui dit-il.

Le maître stupéfait posa son seau à terre. « À peine un quart d’heure qu’il est seul avec elle, murmura-t-il, et le voilà qui me nomme ainsi ! Quelle croix qu’une si méchante femme ! »

Frédéric ne comprit pas ces paroles dites en aparté, il prit la main de Michel qui le fit passer devant lui, non sans jeter un coup d’œil furtif vers le coin du balai. Il respira en voyant cet objet redouté à sa place habituelle.

La soupe fumait sur la table. La maîtresse en remplit trois assiettes et mit un morceau de pain noir à côté de chacune. Frédéric considérait cette tranche brune d’un œil curieux, puis, la poussant de côté :

– Je ne mange pas ça, déclara-t-il résolument, c’est de la terre. Tu peux me donner un des petits pains que tu as dans ta poche, continua-t-il en s’adressant à Michel.

Mais Michel s’étranglait. Les pâtes ne glissaient plus normalement dans son gosier. Une quinte le secouait violemment. La colère de Catherine éclata de plus belle.

– C’est ça, petit gourmand, cria-t-elle aux oreilles de Frédéric, qui n’y comprenait rien, de la terre !… de la terre, le pain que Dieu nous donne ! Je t’affamerai trois jours durant, petit polisson ! Mais pourquoi en vouloir à ce petit, quand un vieux fainéant gaspille ainsi l’argent ? C’est un pain blanc qu’il achète avec mes sous péniblement gagnés. Des petits pains, quand moi je compte les bouchées que je mange. Attends seulement : on t’en donnera des petits pains !

– Je les avais achetés pour toi, hasarda timidement le maître qui jetait ainsi de l’huile sur le feu.

– Achetés pour moi, reprit-elle fulminante. Et il n’a pas honte de mentir, ce coquin ? Où sont-ils donc… Où les as-tu mis ? Ah ! Tu as raison de baisser la tête !

Le maître, impassible, mangeait sa soupe assaisonnée d’amertume. C’était un homme silencieux, aimant la paix. Les criailleries de sa femme empoisonnaient presque toutes ses journées.

– J’ai sommeil, reprit Frédéric, je veux dormir.

– Et que faut-il faire de ce marmot, dis, veux-tu qu’on le mette sur le four, avec le chat ?

– Mets-le dans mon lit, dit Michel ; je coucherai dans la grange, sur le foin.

– C’est ça ! Tu iras y fumer, tu mettras le feu à la grange et nous serons tous grillés comme des rats ! Pas de ça !… Tu coucheras ici, sur le banc ! A-t-on autre chose que des peines et des soucis avec ces hommes ? Mais c’est bien fini : tu ne quitteras plus la maison. Tu jettes par la fenêtre le peu que nous avons ; tu parles mal de moi, et…

« – Je m’endors dans mon petit lit.

Ô Dieu, garde-moi cette nuit !

Que chaque jour Ta main fidèle

Me tienne à l’ombre de Ton aile. Amen »

La voix claire de Frédéric avait imposé silence au flux de paroles de la ménagère. Après s’être glissé dans le lit, il avait joint les mains et répété sa prière habituelle. Puis il avait fermé les yeux, en murmurant, à moitié endormi :

– Bonne nuit, maman !

Catherine s’était assise sur le banc et avait écouté respectueusement les paroles de l’enfant. C’était une honnête femme, que les soucis, les chagrins et les petites contrariétés de la vie avaient endurcie ; elle s’était peu à peu habituée à récriminer à tout propos. La prière enfantine de Frédéric avait éveillé en elle des souvenirs effacés depuis longtemps. Oui, jadis – il y avait bien quarante ans de cela – elle avait aussi présenté à Dieu de courtes requêtes et, comme Frédéric, elle s’était ensuite endormie paisiblement. Sa mère lui avait alors appris à aimer le Seigneur Jésus, mais – tels les grains tombant dans les épines, comme le dit la parabole – les difficultés de la vie avaient étouffé sa foi d’enfant. Une tristesse d’un nouveau genre s’empara d’elle en songeant que presque chacune de ses journées commençait et finissait par des invectives.

Immobile et silencieuse, elle resta absorbée par les images du passé. Puis elle se leva, monta au grenier, en redescendit portant un vieux manteau qu’elle étendit soigneusement sur le large banc destiné à son mari. Elle tira même un des oreillers de son lit pour compléter cette couche peu moelleuse.

– Tu seras mieux ainsi, dit-elle, en se tournant vers lui. Muet d’étonnement, il la suivait des yeux. Elle s’approcha ensuite du lit où reposait le petit étranger, contempla longuement sa douce figure, puis alla se coucher.

Un parfum inhabituel remplissait la chaumière lorsque maître Michel se réveilla, le lendemain. Il l’aspira avec délice, se leva, étira ses membres engourdis et, passant sa tête par la porte entr’ouverte, il jeta un regard curieux dans la cuisine. Il y vit sa femme en train de faire couler par un entonnoir, dans la graisse bouillante, une pâte liquide et dorée. Savamment, elle en traçait des arabesques fantaisistes qui bientôt, se transformeraient en beignets des plus appétissants.

– Des beignets ! murmura le maître dans sa joyeuse surprise. Mais dame Catherine l’avait entendu et, se tournant vivement :

– Curieux que tu es ! cria-t-elle, viens-tu déjà fourrer ton nez…

Subitement elle s’interrompit comme si elle regrettait ses paroles, puis elle continua en changeant de ton :

– Je ne peux pourtant pas laisser ce petit avoir faim. Il ne mange pas notre pain noir, et je n’ai rien d’autre à lui donner.

– C’est bien, répondit Michel tout réjoui.

Frédéric arriva bientôt, tout reposé, et s’installa à table. Un instant il sembla hésiter, puis inclinant la tête, il dit de sa voix claire : « Merci, Seigneur Jésus, pour le bon déjeuner que Tu nous donnes ! Amen ». Les beignets savoureux et dorés ne furent que mieux goûtés et croqués à belles dents.

– Tu n’as plus besoin de me donner tes petits pains ; ceci est bien meilleur, dit le petit ingrat à maître Michel, en croquant un nouveau beignet.

Cette ingratitude n’alla pas au cœur du brave homme, dont toute la face exprimait une douce satisfaction. Mais soudain la figure du petit prit une expression angoissée.

– Faudra-t-il que j’aille à l’étable ? demanda-t-il en regardant Catherine.

Tout d’abord, celle-ci ne put se transporter dans le monde de fées et de sorcières où vivait Frédéric en ce moment. Elle ne répondit pas tout de suite, n’ayant pas compris le sens de la question. Enfin, quand elle se rendit compte de la nature des craintes de l’enfant, elle voulut se fâcher. Mais l’anxiété peinte sur le petit visage la désarma et la pitié fut plus forte que le dépit.

– Tu n’es qu’un petit bêta, dit-elle, et si tu as encore de si mauvaises pensées, je ne te donnerai plus de ces bons beignets.

Alors Frédéric respira. Ses craintes évanouies, il se remit à faire honneur à la rustique friandise.

– Michel, tu conduiras la Grise au pâturage et tu prendras le petit avec toi ; le grand air lui fera du bien, poursuivit la ménagère.

Docilement, le maître sortit de la chambre, suivi de Frédéric.

– Veux-tu monter à cheval ? lui demanda le maître.

S’il le voulait ! Il poussait des cris de joie sur le dos de la sage jument qui, toute fière, tourna la tête et se mit à hennir.

– Y comprenne quelque chose qui pourra ! murmurait maître Michel qui allait de surprise en surprise ; pourvu que cela ne finisse pas mal !

Chapitre 3

Ainsi, à trois, ils sortirent de la cour. La Grise se gonflait, sûrement pour effacer les angles aigus de ses os qui auraient pu blesser le petit cavalier. Voyait-elle une pierre sur le chemin, elle l’évitait prudemment, et si un fossé s’ouvrait devant ses pas, elle le franchissait sans secousse, comme si elle avait porté un fardeau fragile et précieux. Seulement, de temps en temps, elle tournait la tête pour regarder la petite jambe de Frédéric.

C’était une matinée de printemps lumineuse, telle qu’on en rêve les jours d’hiver auprès des tisons flambants, alors que les frimas couvrent la terre et que la bise siffle sur les campagnes nues.

L’air tiède et calme étendait un voile vaporeux sur la terre verdoyante, et les rayons de soleil, comme des flèches divines, perçaient le tendre feuillage et faisaient scintiller des milliers de gouttes de rosée. Les voix des champs, celles des airs et de la forêt, vibraient à l’unisson dans un hymne mélodieux. La vie palpitait sous les dômes de feuillage, faisant éclater de toutes parts des bourgeons attardés.

Maître Michel regardait autour de lui d’un air radieux. La prière de Frédéric avait fait naître en lui une joie encore inconnue. Son cœur s’élevait vers Dieu, Créateur de toutes ces merveilles qui l’entouraient, et faisaient vivre en lui une certitude d’espérance. Un autre printemps succéderait aux peines de la terre et cette pensée lui faisait supporter sa misérable existence riche en chagrins, en amertumes, en humiliations de toute sorte. Quelqu’un pourrait-il lui parler un jour de ce Dieu qu’il connaissait de si loin ?

Dans la jeune âme de Frédéric, et à son insu, l’image de ce matin-là se grava en traits ineffaçables en ce début de vie si nouvelle pour lui.

La jument cheminait lentement sur un étroit sentier serpentant entre les noisetiers en fleurs. On arriva à la clairière humide de rosée, enceinte de grands arbres à l’abri desquels s’épanouissaient les muguets, les anémones et les fraisiers.

Le maître lâcha la bride, descendit Frédéric, et se mit en devoir de choisir un lieu de repos. Un vieux chêne aux racines noueuses couvertes de mousse formait un lit moelleux, bien propre à dédommager le pauvre tisserand de la dure couche de la nuit. De cet endroit, il embrassait toute la prairie d’un coup d’œil.

– Frédéric, cria-t-il au petit, tu n’iras pas courir dans la forêt !

– Oh ! non, plus jamais, promit l’enfant ; il y a de grosses grenouilles, et des aiguilles de sapin qui piquent bien fort, les méchantes.

Rassuré, maître Michel s’étendit de tout son long et plongea ses regards dans le feuillage naissant qui se détachait sur l’azur du ciel. Un léger bourdonnement, de furtifs battements d’ailes trahissaient la présence d’innombrables êtres minuscules se délectant, eux aussi, de ce festin de soleil et de parfums.

Que Michel se sentait bien ainsi ! Quelle heure délicieuse au sein de ce calme, de cette paix profonde ! Comment les hommes pouvaient-ils, de gaieté de cœur, assombrir les plus beaux jours par des discordes et des querelles ? Les coups de dents de la Grise qui se régalait, accompagnaient en cadence les réflexions du tisserand.

Peu à peu la coupole dentelée s’assombrit aux yeux de notre rêveur. Elle s’abaissa lentement, et bientôt un son régulier et monotone se mêla, profond et sonore, aux voix de la nature : c’était le ronflement sonore de maître Michel.

Frédéric n’avait pas quitté la Grise. Quand elle faisait un pas, lui, en faisait deux pour rester à ses côtés. Quand elle agitait la queue pour chasser une mouche importune, Frédéric de la main cherchait à l’éloigner ; mais, si elle s’approchait de la lisière du bois, où s’épanouissaient mille fleurs, il l’en détournait pour qu’elle ne les broute pas, car il voulait en faire un bouquet.

– Coucou, coucou ! cria tout à coup une voix dans le buisson. Les yeux de Frédéric brillèrent. Son cœur palpita d’émotion.

– Maman, maman ! Me voici avec la Grise, cria-t-il en courant vers la forêt. Mais bientôt son pas se ralentit et il s’arrêta. Il se rappelait les expériences de la veille, et le gros tronc d’arbre, et les aiguilles piquantes.

– Viens me chercher, maman ! Je n’entrerai pas dans la forêt ; l’homme – c’était maître Michel – l’a défendu.

Les yeux avides de l’enfant plongeaient dans le mystérieux dédale.

Puis, le cri du coucou se faisait entendre dans une autre direction et l’espoir de Frédéric se trouvait trompé de plus belle. Son regard s’attrista en pensant que c’était sans doute le même méchant garçon qui l’avait attiré loin de sa mère.

À pas lents, il revint près de la Grise qui, la tête levée, tout en mâchant, suivait des yeux son petit compagnon. L’enfant se mit à cueillir à pleines mains les fleurs odorantes. Ce bouquet, il l’offrirait à sa mère quand elle viendrait. Il en avait une vraie gerbe lorsqu’il se rapprocha de son amie qui venait de se coucher. Il s’assit tout près d’elle, appuya sa tête sur son large dos et regarda ses fleurs.

Soudain, Michel se mit sur son séant : un gros scarabée lui tombant sur le nez l’avait brusquement tiré de son sommeil. Et lorsqu’il vit que la clairière n’avait plus d’ombre, il s’écria :

– Hop, la Grise, hop ! Tu restes là à te chauffer au soleil, comme s’il n’y avait ni maîtresse, ni ouvrage qui nous attendent. Il faudra planter les pommes de terre cet après-midi.

La jument se leva péniblement. Frédéric reprit sa place sur son dos et le trio regagna lentement le logis. Dès que la maisonnette fut en vue, Michel, anxieux, observa les abords. La maîtresse n’y était pas pour lui faire un accueil à sa façon. La figure du brave homme s’apaisa.

– Eh bien ! Frédéric, dit-il joyeusement à l’enfant qui, d’une main tenait son bouquet serré contre sa poitrine, et de l’autre se cramponnait à la crinière du cheval, tout semble bien aller. Pourvu que cela ne finisse pas mal !

La tête de dame Catherine parut à la porte entrebâillée.

– Vous arrivez au bon moment, dit-elle, d’un ton aimable, le dîner est prêt.

Maître Michel ne savait que penser de ce revirement. Pareille chose ne s’était jamais vue.

– Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! pensa-t-il. Peut-être a-t-elle pris trop à cœur le nom de sorcière.

– Tiens ! dit Frédéric en lui tendant le bouquet, maman n’est pas venue !

Catherine accepta les fleurs avec ravissement, même avec une pointe d’orgueil : elle les mit dans un pot plein d’eau fraîche.

– Je t’ai fait un bon dîner, lui dit-elle, d’un ton mystérieux.

Le dépit que le qualificatif de la veille lui avait causé était oublié. En regardant les yeux candides de l’enfant, elle sentit qu’un rayon de soleil avait pénétré dans sa chaumière et dans son cœur.

L’étonnement de Michel ne fit que grandir lorsqu’il vit le couvert déjà posé sur la table, un plat de purée de pommes de terre accompagné d’une tranche de lard fumé, son plat préféré.

– Mangez-en autant que vous voulez, dit la maîtresse d’un ton encourageant ; cet après-midi, il faudra planter les pommes de terre.

– Mais, femme, ne put s’empêcher de dire Michel, c’est un repas de fête que tu nous donnes en semaine ! Pourvu que cela ne finisse pas mal !

– Pourquoi m’avoir amené un enfant de grand seigneur ? Il faut bien se déranger un peu.

Mais l’enfant de grand seigneur ne paraissait pas apprécier la bonne volonté de Catherine. D’un œil méfiant, il considérait curieusement la purée reluisante de graisse. Prudemment, il en porta une pointe de fourchette à sa bouche et fit une grimace. Il s’étranglait, s’étouffait, devenait tout rouge et ne pouvait avaler. Lorsqu’il put parler, il déclara nettement :

– C’est pour les petits cochons.

Le maître, interloqué, posa sa fourchette.

– Quel petit gourmand ! C’est un dîner de roi, de quoi rendre la santé aux malades !…

Mais sa femme l’interrompit.

– Le petit, dit-elle, ne sait pas ce que c’est. Laisse-le tranquille, Michel.

Une nouvelle stupeur pétrifia le pauvre homme : Michel ! Elle avait dit Michel ! Pourvu qu’elle n’aille pas mourir bientôt ! pensait-il tristement.

Entre temps, la maîtresse était allée chercher un pot de lait et quelques-uns des beignets restés du matin, et Frédéric eut un dîner à son goût.

Certes, depuis longtemps, Michel ne s’était senti aussi heureux. Toutefois, ce bonheur était incomplet. Il fallait, hélas, aller planter les pommes de terre, alors qu’il eût été si agréable de faire la sieste sur la mousse, à l’ombre du grand chêne !

– Ne vaudrait-il pas mieux que j’aille dans la forêt avec ce petit abandonné ? Peut-être pourrais-je découvrir quelque chose, hasarda-t-il timidement.

– Certainement pas, décida dame Catherine ; les pommes de terre doivent se planter. D’ailleurs, nous sommes les derniers, et si la pluie allait venir, ce serait fini pour cette année.

Il fallut se résigner. On attela la Grise à la charrue qui traça de profonds sillons dans lesquels la maîtresse posait les tubercules à intervalles réguliers. Pour Frédéric, il y eut aussi du travail. Muni d’un petit panier que lui avait donné Catherine, il allait et venait, du sac à la paysanne, versant les tubercules dans son grand tablier, retenu à la ceinture par les coins. Quel plaisir que de trottiner ainsi ! Les joues en feu, ses cheveux bouclés tombant en désordre sur son front, il ne pensait ni à la chaleur, ni à la fatigue. Enfin, ses petites jambes ralentirent leur allure, et Catherine lui dit :

– Va demander au maître qu’il te mette sur la Grise, veux-tu ?

Frédéric applaudit.

– Chez vous, c’est presque plus beau qu’à la maison. Je pense que maman ne viendra pas encore me chercher aujourd’hui.

Et maître Michel, en entendant le joyeux rire et le babil du petit, oublia complètement qu’il avait chaud, et qu’il faisait un travail pénible.

Le soir, au lit, Frédéric ne put dire sa prière jusqu’au bout :

– Je m’endors dans mon petit lit, articula-t-il encore clairement. Ô Dieu – garde-moi… garde-moi…

Et il dormait déjà profondément. Comme la veille, Catherine lui caressa le front et posa ses petites mains jointes sur la couverture.

– C’est une vraie bénédiction qu’un semblable marmot, ne put s’empêcher de dire Michel en sortant de la chambre. Pourvu que cela ne finisse pas mal !

Le lendemain, un vent froid amena de légères averses sur les campagnes verdoyantes. Le brouillard flottait sur la forêt et les gouttes de pluie, fouettant les vitres embuées, y formaient de petits ruisseaux. Impossible d’aller promener à cheval sur la Grise.

– Tu pourras enfin terminer les essuie-mains pour la femme du maire, dit la maîtresse à Michel qui se tenait près de la fenêtre et regardait d’un air d’intime satisfaction le paysage gris et humide.

Cette recommandation lui arrivait bien mal à propos.

– Il me semble, fit-il en hésitant, que cela ne vaut pas la peine de s’y mettre. Tu connais le proverbe : « Faveur des grands et pluie de printemps ne sont pas de durée ». Et ensuite, pour être aussitôt dérangé…

– Tu n’as pas à te laisser déranger, interrompit aigrement la maîtresse, il faut que ce travail se finisse une fois. La femme du maire l’a déjà envoyé chercher trois fois et j’ai toujours dû lui demander de patienter. Elle ne nous donnera plus de travail si rien n’est jamais fini.

Il fallut, coûte que coûte, se mettre au métier. « Pourvu que cela ne finisse pas mal ! », soupirait le tisserand en prenant sa navette. Sa femme déploya le dévidoir, y mit le fil, prépara les bobines et bientôt bourdonnement et cliquetis remplirent la chambre de leur laborieuse harmonie.

Frédéric aussi eut sa part de travail. Il portait au maître les bobines pleines et rapportait les vides à la maîtresse ; mais il manquait d’entrain. Ses yeux limpides avaient perdu leur éclat. Aux questions du vieux couple il ne répondait que d’un ton triste et ses petits pieds semblaient être de plomb. Souvent, il montait sur le petit banc et aplatissait son nez contre les vitres ruisselantes. De temps à autre, il poussait un profond soupir, et chaque fois qu’il revenait près de Catherine, son charmant minois avait l’air aussi désolé que le temps.

– Qu’y a-t-il, mon petit ? demanda enfin la maîtresse en arrêtant son dévidoir.

Elle venait de remarquer sur ses joues deux grosses larmes qui roulaient lentement et tombèrent sur sa main rude de paysanne. Pleut-il aussi dans la chambre, ou a-t-on le cœur gros ?

– Je ne sais pas, répondit le petit en hésitant, tandis que deux nouvelles larmes suivaient les premières ; il me semble toujours que… qu’il me faut pleurer… et… maman… qui ne revient pas !

En disant ces mots, il cacha sa tête dans les jupes de la maîtresse et éclata en sanglots convulsifs. Tout son corps tremblait. Sa douleur inconsciente, l’émotion des derniers jours, l’attente anxieuse et l’espoir déçu s’exprimaient par un torrent de larmes.

– Je savais que cela finirait mal, dit Michel tout ému en arrêtant sa navette, c’est ce malheureux tissage qui en est cause.

La maîtresse ne répondit rien. Ces chaudes larmes d’enfant, tombant sur son cœur, amollissaient la dure enveloppe qui le recouvrait depuis des années, et en faisaient jaillir la pitié et l’amour. Catherine entoura de ses bras l’enfant éploré, tandis que ses paupières desséchées s’humectaient de larmes, de vraies larmes. Et sa voix altérée prit de douces et consolantes inflexions semblables à celles d’une mère :

– Frédéric, mon mignon, ne pleure pas ainsi. Écoute, quand il fera du soleil, nous irons à la forêt et nous la retrouverons.

– Et elle ne viendra pas ! J’ai appelé… toujours appelé… et elle ne vient pas !

Les sanglots redoublaient de violence ; la petite poitrine se soulevait, se gonflait comme prête à éclater.

– Frédéric, veux-tu que je te donne un des petits gâteaux que tu aimes tant ?

Sans répondre, l’enfant secoua la tête.

– Veux-tu aller à cheval sur la Grise ?

Nouveau signe négatif.

– Je voudrais maman.

– Frédéric, veux-tu que je te raconte une histoire ? Celle du petit chaperon rouge ou celle du loup et des sept chevreaux ?

– Non, le loup a mangé le petit chaperon rouge, et la grand-mère, et les chevreaux… peut-être qu’il y aussi trouvé maman.

– Non, Frédéric, dans cette forêt il n’y a pas de loup… ou la Belle au bois dormant ?

Les larmes de Frédéric coulaient encore abondamment, de gros soupirs s’échappaient de sa poitrine, mais il restait tranquille sur les genoux de la narratrice. À mesure qu’elle parlait des fées et des beaux cadeaux, qu’elle racontait comment la jeune femme était montée dans la tour et avait trouvé la vieille fileuse, les larmes du petit auditeur cessèrent peu à peu.

– Les pigeons s’endormirent ; et aussi les moutons, les chiens, les chevaux.

– Est-ce que le cocher s’est aussi endormi ? demanda tout à coup Frédéric dont l’intérêt s’était éveillé.

Dame Catherine l’affirma positivement.

– Est-ce que le coq s’est aussi endormi ?

Nouvelle affirmation.

– Est-ce que la sorcière s’est aussi endormie ?

La maîtresse, d’abord un peu incertaine, se décida à faire dormir aussi la sorcière.

– Est-ce que Dieu dans le ciel s’est aussi endormi ?

Cette question embarrassa vraiment la conteuse. Elle n’avait jamais pensé à cela. Mais du fond de ses souvenirs lui revint ce verset souvent répété par sa mère : « Celui qui te garde ne sommeillera pas » (Ps. 121) et elle répondit :

– Dieu ne dort jamais.

– Jamais ? répéta Frédéric.

Mme Ledou se contenta de répéter que Dieu ne dormait jamais et continua son récit. Frédéric oublia sa peine et, quand on arriva au moment où le cuisinier donne au marmiton une gifle qui le fait crier, Frédéric poussa un tel éclat de rire que le maître se retourna tout étonné. Frédéric, sur les genoux de sa femme ! Il en croyait à peine ses yeux. L’enfant entourait de ses bras le cou flétri de Catherine et la regardait avec affection.

– Qui l’aurait cru ? murmura Michel en secouant la tête. Pourvu que cela ne finisse pas mal !

Chapitre 4

Cette crainte semblait ne pas devoir se réaliser. Le chagrin s’était évanoui du cœur de Frédéric. La maîtresse y avait pris place ; la méchante sorcière, maintenant maman Catherine, s’était transformée en fée bienfaisante et avait changé les larmes en rires joyeux.

Le bon Michel, par contre, ne récoltait qu’ingratitude. Désormais Frédéric ne quittait plus sa mère adoptive ; il la suivait partout, allait chercher du bois et des copeaux dans la cour, autant que ses petits bras en pouvaient contenir ; il lui aidait à sarcler le jardin et n’avait pas de plus grand plaisir que de dénicher les œufs pondus par les poules dans des endroits cachés.

En échange, et quand elle n’était pas occupée à sermonner son insouciant mari ou à aiguillonner le cheval paresseux, elle racontait à Frédéric les exploits du petit Poucet, le pouvoir merveilleux des fées. Ces récits enfouis depuis longtemps, mais non perdus dans sa mémoire, revoyaient la lumière pour le plus grand enchantement de Frédéric.

Michel, voyant l’affection croissante de l’enfant pour la maîtresse, en éprouvait une secrète jalousie. Cependant, il ne considérait pas encore sa cause comme perdue et comptait regagner la faveur changeante du petit.

« Je l’ai trouvé dans la forêt, ruminait-il, il a mangé mes petits pains, il m’a fait prendre ma femme pour une sorcière, il couche dans mon lit, il faut que mes vieux os s’étendent sur le banc, et voilà qu’à présent il me regarde à peine ! »

Telles étaient les pensées mélancoliques du maître, exprimées à mi-voix à sa compagne de douleur, à sa confidente, la jument grise.

– Frédéric, veux-tu aller à cheval dans la forêt ? demanda-t-il un matin au petit orphelin.

Les yeux de l’enfant brillèrent. Aller à cheval dans la forêt, où il y a tant de belles fleurs. Déjà, il allait dire oui, quand il se souvint que maman Catherine lui avait promis un conte tout nouveau. Il hésita. Que faire ? L’un était aussi alléchant que l’autre, et comme sa petite tête de cinq ans était très ingénieuse, il lui vint une bonne idée :

– Sais-tu aussi raconter des histoires ? demanda-t-il.

Michel, ahuri de cette question inattendue, répondit inconsidérément que oui, puis sortit en toute hâte. « Pourvu que cela ne finisse pas mal ! », marmonnait-il en harnachant la Grise.

Je le crains bien, pauvre Michel ! Bien des choses, il est vrai, te trottent dans la tête ; de graves énigmes agitent ton esprit, mais ce qui est certain, c’est que tu ne sais pas raconter.

« Peut-être n’y pensera-t-il plus », se dit-il en manière de consolation, tout en conduisant son cheval hors de l’écurie.

Frédéric, satisfait de la promesse reçue, courut à Catherine :

– Il sait aussi raconter des histoires, lui dit-il, tout essoufflé.

Il fut hissé sur le dos de la Grise et l’on se mit en route.

Frédéric semblait avoir oublié sa question intempestive et le maître se sentait soulagé. Mais, lorsqu’ils s’engagèrent dans le sentier sinueux, l’enfant dit brièvement :

– Eh bien, maintenant, raconte !

Le maître tressaillit.

– Que veux-tu que je te raconte ? demanda-t-il d’un ton dégagé.

– Tu sais bien, un conte.

– Ne penses-tu pas qu’il faudra prendre la calèche une autre fois ? reprit le maître, espérant faire diversion.

– Non, j’aime mieux être à cheval, répondit Frédéric sans hésiter. Quelle histoire veux-tu me raconter ?

– Aujourd’hui, je te montrerai un beau nid d’oiseau, dit Michel.

– Si tu veux. Puis, tu sais, tu pourrais me raconter comment ils se sont tous endormis.

– Mais non… je ne sais pas cette histoire, confessa simplement le bon Michel.

– Tu ne la sais pas ! s’écria l’enfant tout étonné, comment le gros cuisinier lui en a appliqué une – comme ça ! Et pour démontrer énergiquement la vigueur de la giffle attendue cent ans, Frédéric se pencha et, de sa petite main potelée, fit claquer la joue de maître Michel.

– Aïe ! petit fripon ! s’écria le bonhomme interdit en reculant d’un pas, ça fait mal !

– Oui, affirma l’enfant, c’est ainsi qu’il l’a giflé. Alors le marmiton a crié et tout le monde s’est réveillé. Raconte-moi cette histoire !

– Je ne la sais pas, répéta le maître, tout confus, en ayant soin de se tenir hors de portée de la main de Frédéric.

– Eh bien ! Racontes-en une autre, dit le petit, promptement résigné.

Michel, bon gré, mal gré, dut s’exécuter. Ses pensées confuses s’accrochèrent aux quelques mots qui se trouvent toujours dans un conte et il commença :

– Il y avait une fois…

– Oui, c’est bien cela, qu’est-ce qu’il y avait une fois ?

– Il y avait une fois, répétait-il, cherchant la suite… il y avait une fois…

– Un roi et une reine, compléta Frédéric, avec quelque impatience.

– C’est juste, un roi et une reine, répéta Michel aussitôt. Sans aucun doute, il avait su cela, comment avait-il pu l’oublier ?

Ce commencement lui plut tellement qu’il répéta encore : « Il y avait une fois un roi et une reine ». Jusque-là, pas d’accroc, mais ce fut tout : le pauvre Michel était au bout de son latin. Le léger souffle de vent qui avait enflé sa voile était tombé : son pauvre navire restait en panne.

– … Une reine, redit encore machinalement le tisserand… Ce devait être la rose… Le refrain d’une vieille chanson s’était réveillé dans sa mémoire :

« De mon jardin la reine

Est la rose embaumée ».

Il s’en serait tenu là, si Frédéric ne l’avait renseigné.

– Ce n’est pas du tout cela, interrompit-il, mécontent ; ils n’avaient pas…

– Ils n’avaient pas… d’argent, acheva le maître vivement, car, à son point de vue, cette négation s’appliquait en premier lieu à l’argent.

– Tu es trop stupide ! s’écria aussitôt Frédéric, étonné du mauvais état de fortune d’un roi et d’une reine. Bien sûr qu’ils avaient de l’argent. Ils avaient tous un écu et peut-être encore davantage, mais ils n’avaient pas d’enfant.

– Pas d’enfants ? répéta Michel ; ah ! non, pas d’enfant. Il y avait une fois un roi et une reine qui n’avaient pas d’enfant, dit-il d’un coup ; et la confiance lui revenant, il continua, sans plus s’inquiéter des interruptions de Frédéric : Alors ils eurent Blanche-Neige – et comme ils n’avaient rien à manger… rien à manger… ils l’envoyèrent dans la forêt… dans la forêt… et quand elle revint, les petits oiseaux avaient mangé toutes les pierres… les bonnes dans le bol, les mauvaises dans le garrot… puis ils s’endormirent tous… s’endormirent tous… et quand le chasseur entendit le loup ronfler si fort, il pensa : « Il a sûrement dévoré la grand-mère ». Il lui fendit le ventre et tous les petits chevreaux en sortirent… le plus jeune le premier… et quand la grand-mère arriva devant la porte… devant la porte… il prit une grande meule de moulin et la jeta sur la tête de la grand-mère… de la grand-mère… et chanta : « Qui vitt, qui vitt ! Voyez quel bel oiseau je suis… quel bel oiseau je suis ! »

Michel essuyait la sueur qui perlait sur son front. Tous les personnages des contes avaient repris vie dans sa mémoire et y dansaient une danse fantastique. Il y avait puisé au hasard et composé un récit auquel Frédéric ne comprenait plus rien. De temps en temps, la Grise tournait la tête de son côté, puis l’inclinait toujours plus bas, comme si elle avait honte de son maître.

Tout à coup, Frédéric tomba de sa monture. Avait-il été saisi par le pêle-mêle de l’histoire, ou la Grise, moins surveillée, avait-elle fait un faux pas ? Bref, le petit gisait dans le fossé et le maître, s’arrêtant au milieu de sa phrase, s’exclama :

– Frédéric, ne t’es-tu pas fait mal ?

Le petit s’était relevé, l’air un peu effarouché :

– Non, dit-il d’une voix tremblante, mais je ne veux pas remonter sur la Grise et tu ne me raconteras plus d’histoires.

– Je ne le ferai plus, c’est certain ; mais laisse-moi donc te remettre à cheval.

Mais Frédéric n’ayant plus confiance, ni en la Grise, ni en son maître, déclara carrément :

– Je veux aller chez maman Catherine ; elle n’est pas du tout une sorcière, comme tu l’as dit.

– Mon petit Frédéric, répliqua Michel, pour remettre les choses au point, c’est toi qui l’as dit.

– Mais elle n’en est pas une ; et je veux aller près d’elle.

Et sans vouloir plus rien entendre, il fit volte-face et se mit à courir de toute la vitesse de ses petites jambes, laissant le pauvre Michel et sa vieille compagne continuer leur chemin.

La maîtresse fut bien surprise de voir revenir le bambin. Elle leva les bras au ciel en s’écriant : Est-ce que la Grise a des lubies ? A-t-elle pris le mors aux dents ?

Mais pour Frédéric, l’exactitude des contes de fées était bien plus importante.

– Est-ce vrai, demanda-t-il, hors d’haleine, que le roi et la reine n’ont rien à manger ?

– Mais, Frédéric, répliqua la maîtresse indignée, qui est-ce qui a pu inventer cela ? Tous les jours ils peuvent cuire du riz avec des pruneaux, et même y ajouter un morceau de jambon.

– Est-ce vrai, continua Frédéric, déjà un peu rassuré, que le plus petit des chevreaux a jeté une meule sur la tête de la grand-mère et a ensuite chanté : « Qui vitt ! Qui vitt ! Quel bel oiseau je suis » ?

– Pas le moins du monde. Qui est-ce qui t’a conté ces balivernes ?

– Oui, il m’a raconté cela, et je suis tombé de la Grise ; maintenant j’aime mieux rester avec toi ; tes histoires sont bien plus belles.

– Quelle pitié que cet homme, soupira Catherine, il gâte le plaisir, même à ce pauvre enfant !

Pauvre Michel ! Il avait de si bonnes intentions ; il aurait voulu n’affliger personne, et voilà à quoi il aboutissait.

Maman Catherine n’eut rien de mieux à faire qu’à remettre de l’ordre dans le pêle-mêle des contes, et, lorsqu’enfin chaque personne eut réintégré son domicile respectif, le soleil se remit à briller dans le cœur et les yeux de Frédéric.

Quand, à midi, la Grise et son maître rentrèrent timidement – car ils ne savaient pas quel accueil leur serait fait – Frédéric tout joyeux, courut au-devant d’eux en criant :

– Je veux remonter sur la Grise, mais tu ne me raconteras plus rien, sans quoi je tomberai de nouveau.

La Grise releva la tête et se mit à hennir. Michel, soulagé d’un grand poids, répondit :

– C’est bon, Frédéric, sois tranquille, je ne m’aventurerai plus dans ce domaine.

Chapitre 5

Les jours s’écoulaient. Personne ne venait réclamer le petit garçon et, dans le cœur des vieux époux, une pensée prenait tout doucement racine, une pensée qui devenait une espérance, un désir ardent qu’ils avaient soin de se cacher l’un à l’autre… de crainte aussi que ceux qui avaient des droits sur l’enfant ne trouvent le chemin de leur chaumière.

Cependant, un jour, un homme apparut au détour du sentier qui conduisait de la maisonnette à la grande route. Il était de petite taille, rougeaud et replet. À peine voyait-on son nez et ses yeux entre ses joues bouffies. On pressentait en lui l’homme d’importance. Ses courtes jambes avaient de la peine à porter la lourde masse de son corps, ce qui ne l’empêchait pas de poser le pied avec assurance et d’écraser tout ce qu’il rencontrait. Il avait ôté sa casquette et s’épongeait le front.

« Hum, grommelait-il en fixant ses petits yeux clignotants sur le champ grossièrement labouré, ils n’ont rien à se mettre sous la dent et procurent encore des embarras au maire. Quelles gens que cette sorte de propriétaires ! Braconniers, voleurs de bois, mauvais cultivateurs et, par-dessus le marché, ils procurent des ennuis à l’autorité. Je le ferai bien sentir à ce fripon de Michel Ledou. Si seulement sa femme n’avait pas une langue si pointue ! »

Quand le tisserand vit entrer le monsieur trapu dans la cour, il s’avança sur le seuil et ôta son bonnet. Mais l’arrivant, sans prendre garde à cet humble salut, entra dans la chambre basse, et, tout essoufflé, s’assit sur une chaise dont les joints grincèrent sous ce poids inaccoutumé. D’un coup d’œil circulaire, il parcourut l’intérieur de la chambre. Catherine n’y était pas ; l’instant était propice. Appuyant ses deux mains sur le pommeau de sa canne, il arrêta un regard sévère sur Michel, debout devant lui.

– Il vous faut venir avec moi au bureau de police, dit-il enfin.

– Moi !… à la police ! s’écria Michel terrifié ; pourvu que cela ne finisse pas mal !

– Sans doute, que cela finira mal, riposta le visiteur en fronçant les sourcils. N’avez-vous pas ici un petit garçon ? Avez-vous fait rapport à l’autorité, comme cela se doit ?

– Oui… non… bégaya Michel, je pensais… je voulais…

– Vous n’avez rien à penser ni à vouloir, interrompit le petit homme, c’est mon affaire, à moi, Adam Bille… Ne lisez-vous pas les journaux ?

Michel répondit négativement et Adam Bille le lui reprocha comme un crime.

– Eh bien ! Ouvrez les oreilles, continua le maire d’un ton rogue ; vous avez commis là une faute grave !

En tirant de sa poche une feuille d’annonces, il lut d’une voix solennelle :

Avis

Le quinze de ce mois, on a trouvé dans la forêt de la Chênaie le corps d’une femme semblant appartenir à la classe aisée… Elle portait un costume de drap bleu foncé et un chapeau de même couleur… L’examen médical a démontré qu’elle a succombé à une crise cardiaque… Une courroie coupée fait supposer qu’on lui a enlevé une sacoche… Un chapeau de petit garçon trouvé non loin de là semble indiquer qu’elle était accompagnée d’un enfant, dont on n’a pas encore pu retrouver la trace… Toute personne susceptible de donner quelques renseignements est priée de s’adresser à la préfecture de police de notre ville.

Valines, le 28 mai 19..

Préfecture de police ».

Après chaque phrase, le maire fixait sur le tisserand un regard perçant, comme s’il s’attendait à le voir tomber à genoux et crier grâce. Le fait ne se produisant pas, il ajouta au bout d’un instant :

– Il pourra vous en coûter cher.

La lecture de l’avis n’avait pas fait grande impression sur Michel. Son cerveau, travaillant lentement, n’avait pas encore saisi la relation existant entre Frédéric et la femme morte dans la forêt. La dernière remarque du magistrat lui suggéra une pensée qu’il traduisit ainsi :

– Peut-être bien qu’on nous offrira quelques francs, mais je pense que nous ne les accepterons pas.

– Vous offrir quelques francs ! s’exclama le maire ironiquement. Dites-moi d’abord comment vous vous êtes appropriés cet enfant ?

– Il est venu à moi, répondit Michel. Comme je traversais le bois avec la Grise…

– Je vais vous dire quelque chose, interrompit l’irritable Adam Bille. Vous avez trouvé la femme morte dans la forêt ; vous avez coupé la courroie de la sacoche qui contenait son argent, et vous avez emmené l’enfant avec vous…

– J’ignore tout de cela, observa Michel avec hésitation en regardant autour de lui pour trouver du secours.

Heureusement, la maîtresse arrivait.

– Vos mensonges et vos dénégations ne vous serviront à rien, cria le maire. La police finira par tout mettre en lumière et vous n’en serez pas quitte à moins de quelques années de prison.

– Qui ira en prison ?

Ce n’était pas la voix timide du maître, mais un cri retentissant telle une trompette guerrière qui vint frapper l’oreille du visiteur. Dame Catherine, l’œil flamboyant, se dressa devant lui. Allait-il se laisser intimider par cette mégère ? Il éleva la voix et cria encore plus fort :

– Qui ? Sinon votre mari et peut-être vous-même aussi !

Pour la première fois, la maîtresse resta muette, elle dont la bouche était d’ordinaire un carquois rempli de flèches acérées. Mais à quoi des paroles auraient-elles servi, quand son cœur était dans la balance ? Il fallait recourir à d’autres moyens.

– Vous avez pris la sacoche et l’argent, puis volé l’enfant et…

Il n’en put dire davantage. Une bouillie épaisse et collante l’inonda, lui ferma les yeux, lui boucha les oreilles et le nez.

– Au secours ! Au secours ! criait monsieur le maire. Lui qui, tout à l’heure, avait glacé d’épouvante le pauvre Michel, était devenu subitement aveugle et sourd. Catherine s’était emparée de la grande écuelle pleine d’amidon préparé pour humecter le fil du tisserand et en avait coiffé le magistrat. Épuisée, elle s’assit sur une chaise et, le premier accès de colère passé, elle retrouva l’usage de la parole :

– Une pareille infamie ! s’écria-t-elle en respirant profondément, nous traiter de la sorte ! Oui, nous sommes pauvres et nous peinons tout le long de l’année, mais, dans notre grange, il n’y a pas une tige d’avoine, pas un brin de paille, qui ne soit à nous, et voilà qu’un orgueilleux, qui étouffe presque dans sa graisse, vient flétrir notre honneur !…

Sa fureur se ranimant à ses propres paroles :

– Michel, dit-elle, prends le bâton !

Cependant, le maire s’étant levé, étendait les bras comme un enfant sans défense. Michel ne put supporter plus longtemps la vue de ce tableau lamentable.

– Je vais l’aider, dit-il, pour excuser son intervention. Vois-tu, quand la bouillie sera sèche, il restera planté là comme la femme de Lot.

Alors il plongea un linge dans l’eau et se mit à débarbouiller la figure du malheureux et à le débarrasser de la masse gluante. Mais le maire n’attendit pas le résultat des efforts de Michel. Aussitôt qu’il put rouvrir les yeux, il prit son bonnet, jeta à Catherine un regard mi-craintif, mi-menaçant et s’en alla aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient.

Et Michel, dans son for intérieur, prit la résolution de ne plus jamais contrarier sa femme. Il était pénétré d’étonnement et d’admiration de ce qu’elle avait si courageusement mis en fuite le fonctionnaire le plus redouté de la ville.

Catherine ne se réjouissait qu’en partie de sa victoire. La chaumière n’était plus ignorée et l’on savait que Frédéric s’y trouvait.

– Il faudra que tu ailles à la préfecture, dit-elle enfin, je ne veux pas que le gendarme vienne chez nous.

Cette perspective ne plaisait guère à Michel.

– Ne vaudrait-il pas mieux que ce soit toi ? chercha-t-il à suggérer. On attellerait la Grise, et… si tu prenais le pot d’amidon…

– Quelle stupidité dis-tu là ? interrompit-elle brusquement. C’est toi qui es homme à donner les renseignements ; c’est toi qui as trouvé Frédéric. Je ne veux rien avoir à faire avec la police.

Le tisserand soupira. La police lui inspirait une vraie terreur car, lors de ses courses au marché, il avait vu qu’elle ne plaisantait pas. Mais si la maîtresse l’ordonnait, il faudrait bien se soumettre.

Le lendemain, dame Catherine se tenait de nouveau à la porte de la petite cour, les yeux fixés obstinément sur la lisière du bois. Tout était silencieux. On n’entendait que le bourdonnement des abeilles butinant dans les arbres en fleurs. Ce n’était ni la colère, ni le dépit qui oppressait son cœur, mais une pénible anxiété, tandis que, pour ne pas perdre tout espoir, elle se répétait : « Il reviendra ! » Alors elle se surprenait à prier, ce qui était bien nouveau pour elle. Suppliante, elle ajoutait : « Quoi qu’il arrive, Seigneur, garde-le comme il Te l’a chaque soir demandé ! » Puis elle rentrait dans la cuisine, remuait les braises pour que le café ne refroidisse pas, soulevait le couvercle d’un plat d’où s’échappait une odeur appétissante. Il aurait un bon repas à son retour.

Le temps s’écoulait, s’écoulait lentement, et personne ne venait. Était-ce bon signe ? Déjà les ombres du pommier s’allongeaient sur le vert tendre du blé naissant et, sur la pelouse, le levier de la pompe dessinait un immense triangle.

Enfin le véhicule parut à la lisière de la forêt, mais, à l’allure lente et monotone de la Grise, Catherine devina qu’il manquait quelqu’un. Lorsque, le matin, Frédéric était monté dans la carriole, la jument avait henni si joyeusement ! Des larmes brûlantes montèrent aux yeux de la maîtresse ; elle serra son front dans ses mains et rentra dans la maison. Elle ne voulait rien demander, rien entendre ; elle avait compris qu’elle ne reverrait plus les yeux bleus de l’enfant. Elle voulait être seule, toute seule. Elle monta l’échelle du grenier et, là, dans la demi-obscurité, elle s’assit sur le bord d’une poutre et cacha sa figure dans ses mains. Elle avait le cœur si lourd qu’elle aurait voulu crier ses plaintes et sangloter sur sa douleur. Les larmes coulaient et glissaient entre ses doigts. Oh ! Qu’elle était lasse ! Elle connaissait les soucis et les peines de l’existence ; les privations ne lui avaient pas laissé le loisir de prendre garde aux fleurs du sentier, ni d’écouter le chant des oiseaux. Son cœur s’était endurci comme ses mains, comme son langage. Puis, alors qu’elle était déjà âgée, un rayon de soleil était tombé dans la chaumière ; il en avait illuminé la pauvreté et l’étroitesse ; il y avait éveillé l’amour et réchauffé les cœurs, toujours plus, toujours mieux. Et tout était fini ! Elle éprouvait la souffrance de celui à qui la mort a ravi un être chéri.

Mais elle ne pouvait pas rester là. Elle essuya ses yeux brûlants avec son tablier et redescendit. Michel entrait au même instant. Il ne dit pas un mot, s’assit sur le banc et y resta comme figé, les yeux fixes. Sa femme lui servit du café chaud et une assiette de gâteaux frais, puis elle se détourna ; elle cherchait la petite figure souriante de Frédéric. Le tisserand prit à peine garde au régal qu’on lui offrait ; il soupira profondément et dit enfin :

– Il n’y a pas eu moyen. Toi non plus, tu n’aurais pas réussi. Le pot d’amidon n’aurait rien fait non plus. Ils étaient trop nombreux. Ils m’ont interrogé ; ils ont tellement crié que la tête m’en tourne encore… Et puis, tu ne sais pas, ils m’auraient mis en prison si le petit n’avait pas été là ; mais lui ! En voilà un garçon ! Il n’y en a pas deux comme lui !

– Ça c’est vrai, dit Catherine qui, pour la première fois de sa vie donna raison à son mari.

– Il a répondu à haute voix, courageusement. À les voir, on aurait cru qu’ils avaient avalé du vinaigre, mais ils n’ont pas pu s’empêcher de rire de notre Frédéric, et le plus mauvais a dit : « Ce gamin en sait plus long que cette vieille bourrique ! » On lui a rendu son chapeau et il y avait encore d’autres habits. En les voyant, Frédéric a dit : « C’est la robe de promenade de maman ». La femme morte dans la forêt était donc bien sa mère. On l’a enterrée, mais personne ne sait d’où elle est venue, ni comment elle s’appelait. Quand j’ai cru que tout était fini, je lui ai dit : « Viens, Frédéric, nous allons retourner à la maison et tu auras quelque chose de bon ». Alors, un des messieurs s’est mis à crier : « Retournez seul à la maison, le petit reste ici ! Soyez bien content de vous en tirer à si bon compte ; d’après la loi, vous mériteriez une sévère punition ».

Quand j’ai été assis sur la carriole, tout seul, la Grise n’a pas voulu tirer ; elle regardait toujours de côté et secouait la tête. Croirait-on cela d’une créature privée de raison ?

Jamais de sa vie le tisserand n’avait prononcé un si long discours, mais son cœur était plein, et la maîtresse le laissait dire tranquillement, chose toute nouvelle aussi, pour entendre parler de « son enfant ».

– Ne crois-tu pas, reprit le maître après une courte pause, qu’il reviendra un jour ?

La maîtresse sortit de sa torpeur. Une lueur d’espoir brillait dans son cœur.

– Comment crois-tu que ce soit possible ?

-Eh bien ! Je le retrouverai peut-être au bord du chemin, et alors, bien sûr, je ne l’y laisserai pas.

En d’autres temps, la maîtresse aurait répondu. Aujourd’hui, elle se cramponnait à cette ultime ressource.

– Michel, dit-elle d’une voix émue, je me suis souvent fâchée contre toi et je t’ai dit de méchantes paroles, mais je te remercierais à genoux si tu me rapportais l’enfant.

Bien que très étonné, Michel entendit ces paroles avec une intime satisfaction.

– À toi aussi, il te faisait plaisir. Vois-tu, femme, je m’en suis bien aperçu aux gâteaux. Attends seulement ! Les montagnes ne sauraient se rencontrer, mais bien les hommes. Et alors… oui, j’essayerai de lui dire le conte où tout le monde s’est endormi.

Cette résolution le consola et donna une autre direction à ses pensées. La maîtresse, elle, eut plus de peine à dominer sa tristesse. La nuit venue, elle se coucha, mais le sommeil réparateur ne vint pas fermer ses paupières. Alors elle se mit à genoux et répéta la prière du soir de Frédéric :

« Ô Dieu, garde-moi cette nuit.

Que chaque jour Ta main fidèle

Me tienne à l’ombre de Ton aile. Amen »

Tout d’abord des larmes abondantes coulèrent en pensant à Frédéric, le rayon de soleil de leur morne foyer. Mais peu à peu Catherine ressentit pour elle-même le besoin intérieur de cette protection divine, de ce secours apporté par une main fidèle, de l’abri des ailes d’un Dieu tout-puissant. Quelques vers retenus de sa mère lui revinrent à la mémoire :

« Ô Dieu ! Pour être Ton enfant

Je viens à Toi.

Tu connais mon cœur repentant,

Tout vient de Toi.

En veille, en lutte à tout instant,

Mais avec Toi,

Ton enfant marche confiant

Jusques à Toi ».

Elle répéta ces vers plusieurs fois, le cœur assoiffé de cette divine présence. Enfin elle regagna son lit et finit par s’endormir. Tout à coup, réveillée en sursaut, elle pensa avoir entendu la voix de Frédéric appeler « maman, maman ! » Elle courut à la porte de la maison. Personne n’était là. Elle se recoucha en soupirant.

Le lendemain, elle était lasse, mais paisible. Ses mains d’ordinaire si actives travaillaient tranquillement. Ces longues heures de veille avaient marqué la vie de Catherine. Le chagrin et les larmes, ravivant un passé si longtemps oublié, avaient tourné son cœur vers le Seigneur Jésus. Une vie nouvelle commençait sous le vieux toit de la chaumière empreinte d’amour et de paix.

Catherine, sans le savoir, avait répondu au cri de détresse de la mère de Frédéric : « Qui prendra soin de mon enfant… si ce n’est Toi, Seigneur ! » Par cet enfant, le Seigneur avait transformé ses peines en joie, en réveillant son cœur et ses affections pour Lui. Une première page de la vie solitaire de Frédéric se terminait donc, laissant derrière elle un des effets de la grâce insondable de Dieu.

Chapitre 6

On avait donc gardé Frédéric en ville. L’étrangère avait été trouvée sur le territoire communal et, l’enfant ne pouvant être qu’à elle, la ville avait le devoir de le placer et de le faire élever. Il se pourrait que la parenté fasse des recherches ; on serait alors en mesure de donner les renseignements désirés.

– Qu’allons-nous faire de ce gamin ? dit M. le maire d’un ton bourru à l’inspecteur de police.

– Quelques veuves se sont offertes à prendre des orphelins pour une faible pension, répondit l’inspecteur.

– Oui, mais cela coûtera toujours quelque chose, reprit le parcimonieux magistrat. Si la femme avait pu marcher un quart d’heure encore, elle serait morte dans la forêt de Chênaie, et l’État aurait dû s’occuper de l’affaire… Quelles sont ces veuves ?

– C’est la veuve Séchaud qui s’est présentée en dernier lieu. Elle me paraît propre et active.

– Faites-la venir, ordonna le maire, en prenant son chapeau, car l’heure de l’apéritif allait sonner. Arrangez cette affaire. La ville paiera dix francs par mois, tout au plus. On conservera les quelques bijoux que portait la défunte. Si l’enquête n’aboutit à aucun résultat, on pourra les vendre plus tard.

En disant ces mots, le magistrat sortit.

Déjà, derrière la porte, on entendait la respiration haletante et précipitée de la veuve Séchaud.

Elle entra dans la salle, comme si on l’eût poursuivie. Oui, ce devait être une femme active, car elle fit plusieurs salutations, faisant à ceux-ci une révérence, à ceux-là un signe de tête, et, après s’être courbée trois fois devant le commissaire de police, elle commença :

– Bonjour, messieurs ; bonjour Monsieur le commissaire. Quelle peur j’ai eue ! J’ai cru que la foudre me frappait toute vivante ! Tout à coup, le vieux Leppert ouvre la porte toute grande et me dit qu’il faut que j’aille au bureau de police. Mon cœur s’arrête de battre ; je ne me connaissais pas de crime, tout au plus d’avoir traversé la rue avec ma corbeille de linge… vous comprenez qu’on a mal aux pieds à force de marcher et d’être sur ses jambes. Alors que faire ? Mettre une autre robe – j’en ai une noire, toute bonne encore… Non, que je me dis, la police ne plaisante pas ; je mets vite un tablier et me voilà partie… tellement que j’en ai perdu le souffle. Et, à présent, Messieurs, ne soyez pas trop sévère avec une pauvre veuve. Ici, Mme Séchaud porta son tablier à ses yeux pour y essuyer deux larmes absentes – mes quatre pauvres marmots…

– Tâchez donc de vous taire ! s’écria enfin le commissaire, et laissez-moi parler. Vous vous êtes offerte à prendre en pension des enfants de la commune ?

– De tout mon cœur, Monsieur le commissaire. Quel poids vous m’enlevez de la poitrine… et j’en aurai soin, que cela vous fera plaisir. Vous savez, la Pierrette prend aussi de ces malheureux, mais quand on voit comment elle les traite…

– Laissons cela, interrompit le commissaire. Il s’agit d’un enfant qui nous vient on ne sait d’où. Sa mère a été trouvée dans la forêt et l’enfant est à notre charge. Le voilà !

Frédéric, tout intimidé maintenant qu’on lui avait pris Michel, se tenait immobile dans un coin de la salle. Que d’évènements pour lui dans une seule journée ! Sa petite tête, si lucide d’habitude, ne comprenait rien à tout ce qui lui arrivait. Pourquoi n’avait-il pas pu retourner avec la Grise, auprès de sa nouvelle maman ? Pourquoi devait-il rester dans cette vilaine salle, où il venait tant de monde, et où les gens criaient comme s’ils étaient en colère ?

Mme Séchaud se tourna vivement vers l’endroit indiqué.

– Eh, mais c’est un enfant de gens riches ! s’écria-t-elle étonnée. Bonjour mon petit monsieur ! Donne-moi ta menotte, mon bijou.

Mais Frédéric ne voulut pas. Il mit ses deux mains derrière son dos, et fixa sur la grosse femme un regard peu confiant.

– Ne veux-tu pas venir avec moi, mon petit cœur ? demanda-t-elle de sa voix la plus douce.

– Non ! répondit Frédéric d’un ton résolu, presque hostile.

– Mais pourquoi pas, orgueilleux petit monsieur ?

– Tu es trop sale, répondit-il avec sincérité.

Il avait raison. Le tablier propre de cette femme ne cachait pas sa jupe déchirée et sa veste crasseuse. Si Frédéric avait été diplomate, il se serait gardé de dire toute sa pensée. Mme Séchaud prit très mal sa réponse. Elle ne s’y était pas attendue. Elle tressauta et s’écria :

– Voyez-vous ce petit crapaud ? Ça n’est pas plus haut que trois pommes et ça vous a déjà une langue pointue ! C’est vrai que j’aurais dû mettre ma robe noire. Qu’en pensez-vous, Monsieur le commissaire ? Si je retournais à la maison.

– Laissons cela, interrompit le fonctionnaire. On vous offre dix francs par mois. Prenez l’enfant et retirez-vous.

– Mais, Monsieur le commissaire, c’est trop peu. Sûrement que c’est un enfant gâté qui voudra avoir son lit pour lui tout seul. Ajoutez au moins deux ou trois francs.

– On vous paiera dix francs et pas un sou de plus ; c’est à prendre ou à laisser. Si vous ne le voulez pas, je l’enverrai à la Pierrette.

– Il faut bien me soumettre, reprit la femme d’un ton larmoyant. Quand est-ce qu’on me donnera l’argent ?

– Le quinze de chaque mois. Vous pourrez venir le toucher à la caisse communale.

Pour le commissaire, cette affaire était réglée. Il se tourna vers d’autres personnes qui attendaient en silence.

Dès cet instant, pour Mme Séchaud, il ne fut plus question de « petit monsieur », ni de « bijou ». À quoi bon prodiguer les beaux qualificatifs s’ils ne rapportent que dix francs ?

– Viens, petit, dit-elle, en le prenant rudement par la main.

Le pauvre Frédéric fut pris d’une grande angoisse. Cette grosse femme ne lui plaisait pas. Il ne voulait pas la suivre. Il aurait voulu pleurer, mais la honte le retenait. Pour protester, il appuya fermement ses pieds sur le plancher ; ce fut inutile ; Mme Séchaud avait un bras vigoureux : elle l’entraîna hors de la salle.

– Faut-il que j’aille avec toi ? demanda-t-il, désespéré, en cherchant à dégager sa main.

– C’est bien sûr qu’il le faut, fut la réponse brève et sèche.

– Alors tu n’as pas besoin de me tirer ainsi le bras, dit Frédéric, qui commençait à sentir que toute résistance était vaine. Il se mit à trottiner à côté de la blanchisseuse. Quelques passants jetèrent un regard étonné sur cette femme négligée et sur ce bel enfant à l’expression si triste, mais Mme Séchaud n’y prit pas garde et quitta bientôt les grandes rues qui aboutissaient au marché.

À l’ouest et au nord de la ville, il y avait un large fossé rempli d’eau stagnante et décoré du nom pompeux d’étang du château. Les citadins ne l’aimaient que gelé, alors qu’il pouvait servir de patinoire à la jeunesse. Plusieurs ruelles, partant du haut de la ville y aboutissaient par différents détours ; elles étaient étroites et sales, et les maisons qui les bordaient, basses et humides, puaient la moisissure.

Les portes de ces habitations repoussantes, s’ouvrant souvent plus bas que le pavé – nom qu’on donnait à des aspérités irrégulières et pointues – donnaient accès à des trous noirs, sortes de caves sombres et humides, élevées au rang d’habitations humaines, où l’air était infect et lourd, même dans les plus beaux jours d’été.

C’était dans l’une des cours les plus sales de ce quartier que Mme Séchaud avait son logement : une petite chambre d’un accès très facile, vu que la porte disjointe semblait être là pour la forme, plutôt que pour répondre à un besoin. Rien donc ne mettait obstacle aux invasions de l’eau charriant des immondices ou s’étalant en flaques bourbeuses. Les rats et les souris pouvaient, à leur aise, entrer dans le logis par la porte ou par les nombreux trous qu’ils avaient pratiqués dans la muraille et le plancher.

Frédéric avait fait de son mieux pour allonger le pas à côté de Mme Séchaud, mais, lorsqu’elle tourna l’angle de la rue et entra dans la pénombre de l’infecte ruelle, il s’arrêta. Il aimait la lumière, la verdure, le soleil, et ne se sentait à l’aise que lorsqu’il pouvait chanter avec les oiseaux. Au contraire, le ciel gris, la pluie, les chemins boueux sur lesquels il ne posait son pied qu’à regret, l’attristaient et le plongeaient dans une humeur chagrine, dont il était trop jeune pour se rendre compte.

Il refusa donc d’avancer et dit d’un ton plaintif :

– Il n’y a pas de soleil ici !

– Tu en auras encore assez pour te brûler le crâne, petit nigaud, dit la femme en le tirant par la main.

Inutile de résister : il fallut obéir. Mais l’angoisse commençait à l’oppresser. Il glissait sur les pavés gluants, plongeait ses pieds dans les flaques et salissait ses jolies bottines bleues que Michel avait encore si bien nettoyées le matin.

Mais lorsque, par un sombre passage, la blanchisseuse le conduisit dans la cour sale, et de là dans son logis non moins dégoûtant, Frédéric s’arrêta et déclara positivement qu’il n’y entrerait pas.

– C’est bon pour y mettre des cochons, dit-il.

La bonne femme fut si surprise par cette appréciation qu’elle lâcha le bras de Frédéric et resta quelques instants bouche bée. Puis, les poings sur les hanches, elle donna libre cours à son indignation :

– Entendez-vous cet impertinent… Pour les cochons ! Moi qui l’habite déjà depuis tant d’années ! Et même que j’ai un fauteuil et trois tasses en porcelaine où on lit en lettres d’or « Souvenir et amitié ». La troisième n’a encore que l’anse de cassée… c’est ce garnement de Richard… Ma chambre est si grande que mes quatre gosses y peuvent bel et bien jouer… et toi petit gamin…

Des cris, un vacarme épouvantable retentissant dans la chambre en question, interrompirent les paroles indignées de Mme Séchaud.

– Ces vauriens ! Qu’auront-ils fait encore ? s’écria-t-elle en se précipitant vers la porte. Mais celle-ci qui, en d’autres temps s’ouvrait toute grande au premier coup de vent, resta fermée. Probablement que les quatre rejetons de Mme Séchaud en avaient poussé le verrou pour se préserver de toute intrusion.

Les cris redoublèrent, une chute s’ensuivit puis, un silence inquiétant… Soudain, un triple cri retentit.

– Que faire, que faire ?… Richard, Louis, ouvrez donc ! Ouvrez !

Elle secoua énergiquement la porte ; cette fois, le verrou céda. La blanchisseuse se précipita dans la chambre. Elle ne put aller bien loin. Comme si les flots troubles de l’étang avaient pénétré dans la chambre par un canal souterrain, une masse d’eau grisâtre inondait le plancher et les garçons cherchaient à se soustraire à ce bain involontaire. Le regard scrutateur de la mère ne découvrit que trois enfants.

– Où est le petit ?

– Là, là ! crièrent en même temps Richard, Victor et Louis en indiquant la grande cuve renversée, dont le contenu avait causé la catastrophe. Comme un lourd éteignoir, elle avait recouvert l’enfant qui faisait entendre quelques gémissements étouffés.

D’une main vigoureuse, Mme Séchaud releva la cuve et retira celui qu’elle appelait son Poucet de dessous le linge trempé. Puis, voyant que son dernier était intact, elle donna libre cours à sa colère. Elle tordit un drap mouillé et appliqua alternativement une bonne gifle à chacun des coupables. Un quatuor de cris s’ensuivit, tout en fortissimo avec points d’orgue. Alors, épuisée, elle retomba dans son vieux fauteuil.

– Oh, ces garnements ! Ces garnements ! Ma belle lessive ! Voilà tout à recommencer ! Comment avez-vous fait, mauvais garçons ?

– Oui, c’est Richard.

– Pas vrai, c’est Victor.

– Non, c’est Louis.

– Non, c’est Poucet.

Et la langue de Poucet étant la moins habile à se défendre, tout le méfait resta à son compte. Ils avaient joué à l’église. Poucet avait voulu être le curé. Pour bien dominer son auditoire, il s’était perché sur la traverse du trépied en bois qui soutenait la cuve, avait perdu l’équilibre et fait un plongeon dans le linge humide. Richard, Victor et Louis, voulant sauver leur curé, s’étaient accrochés au bord de la cuve et leurs efforts réunis avaient réussi à la faire basculer avec tout son contenu.

Remise de son émoi, Mme Séchaud se souvint tout à coup de son nouveau protégé et sortit à sa recherche.

Pendant ce temps, Frédéric s’était tenu tout tremblant dans la cour boueuse.

Qu’est-ce que c’était que tout ce vacarme ? Est-ce que peut-être un ogre demeurait dans cette maison ? Il s’agissait de s’enfuir au plus vite.

– Entre, petit crapaud, criait la blanchisseuse. Misère des misères ! Encore une peste de plus avec mes garnements ! Pauvre de moi ! Pauvre de moi !

Le courage de Frédéric était anéanti. Il n’osait plus dire : c’est pour des cochons. Les claques et les cris avaient été trop affreux. Il s’avança donc timidement, à petits pas. Arrivé à la porte de la chambre, il s’arrêta. Pourtant, grâce aux trous de souris, l’eau s’était écoulée ; mais le plancher était couvert d’un limon gluant et une odeur écœurante remplissait la pièce basse. Il ferma les yeux : la tête lui faisait mal, et son cœur palpitait bien fort.

– Voyez, dit la femme à ses garçons, ce joli petit restera avec vous. Tâchez de bien vous entendre ! Toi, Richard, ne fais plus de mauvais tours ; tu sais que si tu recommences, le fouet t’attend.

En disant cela, elle montrait une forte lanière de cuir qui portait les traces d’un usage fréquent.

– Entre, Frédéric.

Il fallut se résigner. Le seuil franchi, Frédéric se trouva au milieu des garçonnets, dont Victor, âgé de dix ans, était l’aîné.

Mme Séchaud se mit en devoir de préparer le souper de la famille, enrichie dès lors d’un nouveau membre.

Chapitre 7

– Vois-tu, disait Victor, il a un chapeau. Et Louis aussi poussa son frère du coude.

– Et il a des bottines vernies ! Peut-être qu’il a aussi un couteau, ajouta-t-il après quelques secondes.

Petit Poucet s’était approché et, élevant la manche trempée de sa veste jusqu’à la figure de Frédéric :

– Vois-tu ? fit-il en regardant le nouveau venu d’un œil scrutateur.

Frédéric se sentit mal à l’aise ; il recula, mais les Séchaud le suivaient pas à pas et Louis, à son tour, leva le bras en répétant : Vois-tu ?

Frédéric se trouva bientôt acculé dans un coin, à la merci des petits curieux.

– As-tu un couteau ? demanda Victor. Frédéric secoua la tête ; il avait la gorge trop serrée pour pouvoir parler.

– Sais-tu déjà chiquenauder ? dit Richard ; vois-tu ? – comme ça. Et il appuya si fortement sur la tête de Victor son pouce et son index fortement pressés l’un contre l’autre que l’enfant tressauta en criant : aïe ! et riposta par un bon coup de poing. Une interpellation menaçante de la mère et un mouvement vers la lanière redoutée mirent fin à la querelle.

– Sais-tu claquer des doigts ? reprit Louis en accompagnant la parole du geste.

Tout surpris par cette sorte de détonation inconnue, Frédéric tressaillit et fit un signe négatif.

– Tu ne sais rien de rien, fit dédaigneusement Richard.

– Et moi, je saurai bientôt faire la colonne, dit à son tour le petit Poucet. Appuyant ses deux mains et sa tête sur le plancher, il se tordit, tantôt à droite, tantôt à gauche, leva ses petites jambes l’une après l’autre jusqu’à ce qu’enfin il réussit tant bien que mal à faire la culbute et à aller s’étendre sur le plancher. Il répéta ce tour d’adresse trois ou quatre fois et toujours avec le même résultat. Il se releva enfin, la figure cramoisie, hors d’haleine.

– Vois-tu, dit-il triomphalement, et je sais sauter sur un pied.

Puis, le nouveau venu n’ayant rien de semblable à son actif, les Séchaud s’éloignèrent de lui avec dédain.

– En voilà un qui est bête ! vint dire Richard à sa mère ; crois-tu qu’il ne sait pas claquer des doigts – il se tut prudemment sur la chiquenaude – ou faire la colonne, ou sauter sur un pied ? Et il n’a pas même un couteau !

– Taisez-vous seulement ! dit la mère pour calmer sa marmaille. Il apprendra tout ça assez tôt… Nous allons souper.

Cette invitation provoqua un hurlement de joie à quatre voix. Les enfants s’élancèrent vers la table, tirèrent le tiroir pour y prendre chacun une cuillère de bois avec laquelle ils tambourinèrent sur la table jusqu’à ce que la mère apporte une terrine fumante de soupe à la farine. Les quatre cuillères s’y plongèrent avec avidité : « Soufflez, enfants, soufflez ! » cria la mère. Mais la recommandation arriva trop tard. Poucet, qui venait de se brûler les lèvres, se mit à pousser des cris lamentables. La douleur, cependant, fut moins forte que la faim et bientôt, il se remit à puiser à qui mieux mieux avec ses frères plus prudents.

– Malheur ! s’écria tout à coup la mère, j’oubliais le nouveau petit. Arrêtez, garçons, qu’il lui reste au moins quelque chose.

– Viens, Frédéric, fit Mme Séchaud, voici une cuillère pour toi.

Mais Frédéric ne venait pas. Il avait trop d’aversion pour les quatre frères et ne se souciait pas de partager leur souper autour d’une table aussi malpropre.

– Aujourd’hui, tu seras gâté, reprit la femme d’un ton persuasif ; je te permets de t’asseoir dans le fauteuil et je vais te donner une cuillère propre.

En dépit de ces  paroles engageantes, Frédéric ne bougeait pas. Alors Mme Séchaud le prit dans ses bras, l’assit dans le fauteuil et lui mit en main une cuillère de bois qu’il lâcha aussitôt. Elle était si rude au toucher, cette cuillère, et toute noire !

– Sers-toi seulement, reprit la femme avec bienveillance, pendant que le quatuor se remettait à l’œuvre. Ces marmots sont bien capables de vider toute la soupière.

– Il n’y a pas de nappe, dit Frédéric.

– Il ne manquerait plus que cela ! s’écria la ménagère ; pour que Poucet y verse sa soupe et que Victor y essuie ses mains sales ! Mange seulement sans nappe.

– Je n’ai pas d’assiette !

Cette réclamation inouïe donna le coup de grâce à la bonne humeur de Mme Séchaud.

– Ne voudrais-tu pas aussi de la brioche et du beurre ? demande-t-elle aigrement.

– Oh ! oui, madame, affirma Frédéric, que la perspective de ces bonnes choses ranimait un peu.

– Moi aussi, je veux du rôti, s’écria Poucet.

Ce fut le comble.

– Quelle sorte de gamin est-ce que j’ai amené là ? C’est haut comme une botte, mais d’un sans-gêne, d’un impertinent ! Il excite encore les enfants contre leur mère, et tout cela pour dix francs par mois, que je ne tiens pas encore…

Frédéric qui n’avait pas compris, demanda :

– Est-ce que vous me donnez la brioche et du rôti ?

À cette nouvelle question, posée naïvement, la femme reconnut que le petit n’avait pas voulu la chagriner.

– Après tout, ce pauvre oiselet n’y peut rien, décida-t-elle charitablement. Mais quels parents dénaturés, de gâter pareillement un enfant innocent ? Merci ! Mes garçons sont autrement bien élevés.

En cela, elle avait parfaitement raison. Pourvu qu’ils aient assez à manger, les Séchaud se souciaient peu de la qualité des mets et de la propreté des ustensiles. Pendant que leur mère exprimait ses sentiments, la terrine avait été vidée complètement et la bonne femme eut un nouveau motif d’indignation.

– Quels loups voraces ! s’écria-t-elle en levant les mains au ciel, pensent-ils seulement au petit étranger ? Mais je te donnerai un morceau de pain, Frédéric, c’est aussi quelque chose de bon.

Frédéric qui avait vu disparaître la soupe avec indifférence, secoua la tête.

– Merci, dit-il tout bas.

Oh, non ! Il ne voulait rien manger. Il voulait s’en aller de cette maison où tout était si noir et si sale, où on ne voyait pas un arbre, pas un coin de ciel bleu, et où il n’y avait pas de cheval.

– Eh bien, reprit la femme exaspérée, celui qui méprise les dons de Dieu peut aussi aller se coucher sans souper.

Elle prit la cuillère, l’essuya, la jeta dans le tiroir et replaça la terrine vide sur une planche au-dessus du fourneau. Puis, elle tira de dessous son lit une caisse basse remplie de paille hachée et brisée qui avait été autrefois de la belle paille ; maintenant ce n’était plus que de la balle poudreuse, d’où la poussière s’élevait au moindre choc que recevait la couchette. C’était le lit des quatre Séchaud. Leur mère l’avait arrangé de façon qu’ils y soient deux à deux et pieds contre pieds. Tant que les enfants étaient petits, ce fut supportable, ils ne pouvaient pas tomber. Mais maintenant il ne se passait pas un soir sans de violents combats à coups de pieds. Seul Poucet était encore obligé de se glisser un peu quand il voulait frapper du pied son vis-à-vis. Sur cette couche moelleuse, Mme Séchaud étendait un drap qui ne semblait guère appartenir à une blanchisseuse ; un édredon de plumes de poules recouvrait le tout.

– Allez, au lit ! commanda la mère. Richard et Victor, vous garderez vos places ; Louis et le nouveau seront de l’autre côté, je mettrai Poucet dans mon lit.

En un clin d’œil, les trois gosses furent sous le duvet attendant l’arrivée du petit étranger.

– Voulons-nous le cogner ? demanda tout bas Richard à Victor. Celui-ci se déclara d’accord et prépara ses jambes à donner une bourrade.

Mais Frédéric restait encore immobile. Enfin il se leva. Sa résolution était prise : il ne resterait pas dans cette maison.

– Je veux aller vers la Grise et vers maman Catherine, dit-il enfin énergiquement.

Mme Séchaud joignit les mains.

– Quelles lubies déjà dans une si petite tête ! Cela donnera un homme peu commode, s’écria-t-elle ; il n’y a point de Grise ici, et il faut te coucher maintenant. Viens que je te déshabille.

– Je veux aller vers la Grise et vers maman Catherine ; je ne veux pas rester ici, répéta l’enfant d’un ton décidé en se dirigeant vers la porte.

Mme Séchaud poussa le verrou et dit :

– Dehors, il y a le loup qui te mangera.

– Je veux m’en aller ! Je veux retourner dans la forêt, chez le maître, et vers la Grise ! cria Frédéric de toutes ses forces. Une angoisse horrible s’emparait de lui à la pensée d’aller se coucher dans la vilaine caisse.

– Regarde seulement comme Louis est tranquille. Tu vas bien dormir là-dedans.

Tout ce qui avait oppressé le cœur de Frédéric dans cette terrible journée, éclata enfin :

– Je ne veux pas dormir là ! Je veux m’en aller. Tout est si mauvais et si laid ici, et la tête me fait tellement mal !

La femme, ne sachant comment apaiser l’enfant, en vint au moyen qui ne manquait jamais son effet : la lanière. Elle la brandit d’un air menaçant, en disant :

– Si tu veux encore partir, je t’en donnerai jusqu’à ce que tu te taises. Allons, vite au lit ! Vas-tu obéir, oui ou non ?

Frédéric se souvint des claques et des cris qu’il avait entendus peu de temps avant. Il réprima ses désirs de liberté, mais était bien décidé à ne pas se coucher au côté de ces enfants sales.

– Je ne veux pas aller dans la caisse, dit-il, encore à voix basse ; et ses yeux pleins de larmes regardaient bien en face la femme irritée.

Mme Séchaud, déjà contente que le petit entêté ait renoncé à la Grise et à la forêt, ne voulut pas en venir aux coups.

– Peu m’importe, après tout, couche où tu voudras, mais si tu n’es pas très sage demain, tu tâteras de ceci… Tiens : mets-toi dans le fauteuil.

La femme poussa le meuble tout près de la table, afin que l’enfant ne tombe pas ; elle le couvrit d’un châle, puis alla se coucher. Bientôt sa respiration profonde et régulière démontra que les agitations et les déboires de la journée ne pouvaient troubler son sommeil de femme fatiguée. Un concert de ronflements partait aussi de la couchette. Le trio s’était endormi dans la paix, sous la même couverture.

L’obscurité était complète. De temps en temps, on entendait, dans le lointain, le roulement d’une voiture ou le sifflet d’un garde de nuit. Frédéric était seul, triste, misérable, accablé. Il avait appuyé sa tête contre le dossier et gardait les yeux grands ouverts. Il ne pouvait se rendre compte du pourquoi ni du comment de tout ce qui lui arrivait. Il sentait seulement que quelque chose lui faisait mal. Était-ce la tête, ou était-ce dans la poitrine, où son cœur battait si fort qu’il l’entendait comme le tic-tac d’une pendule ? Devait-il crier ? Alors, sans doute, la méchante femme viendrait avec la grande lanière. Il avait froid : il tira le châle jusqu’à sa figure, et, soudain, pensa qu’il n’avait pas fait sa prière. Il joignit les mains et commença : « Je m’endors dans mon petit lit…», puis il s’arrêta. Il ne pouvait pas prier ; il n’avait pas de petit lit, plus rien à manger, plus de mère, plus rien… Alors les larmes se mirent à couler le long de ses joues, rapides, toujours plus rapides ! Personne ne le vit. Pas une douce main ne vint caresser son visage. Il se mit à sangloter et cette plainte douloureuse, dans le silence de la nuit, fut comme une grave accusation, comme un reproche déchirant que personne n’entendit. Peu à peu ses larmes tarirent, ses sanglots s’apaisèrent. Le sommeil était venu. Il avait transporté l’enfant loin de la cruelle réalité, dans le beau pays des rêves où il y avait une verte forêt parsemée de fleurs, toutes plus belles les unes que les autres. Elles brillaient comme de l’or et de l’argent. Puis une jolie petite fille, coiffée d’un bonnet rouge, vint lui dire : « Donne-moi la main, je vais te conduire chez ta maman ! » Et ils traversèrent un grand fourré de sapins dont les branches s’écartaient pour leur livrer passage ; et ils n’avaient pas besoin de remuer les pieds ; ils glissaient comme sur la glace. En sortant de la forêt, ils virent une maisonnette, et quand ils y entrèrent, ils trouvèrent la ménagère qui préparait de la pâte près du foyer. « Maman ! Maman ! » cria-t-il tout joyeux. Et elle se tourna vers lui et lui sourit comme elle l’avait toujours fait quand elle se penchait sur son lit, le matin, et elle lui donna un gâteau gros comme la tête et qui sentait très bon ; il était couvert d’une épaisse couche de sucre, si épaisse qu’elle cachait la croûte brune. Mais, au moment où il allait y mordre, Poucet se trouva devant lui. « C’est mon gâteau ! » criait-il en voulant l’arracher des mains de Frédéric. « Maman ! Maman ! » cria celui-ci encore une fois. Elle avait disparu ; la méchante femme avait pris sa place et frappait un grand drap mouillé qui claquait à chaque coup.

Frédéric ouvrit les yeux. En effet, Mme Séchaud était devant sa cuve et battait le linge sur sa planche. Une pâle clarté éclairait la pièce. Frédéric referma tout de suite les yeux et se rendormit, mais le beau rêve ne revint pas.

Quand il se réveilla pour la seconde fois, il faisait grand jour. Les quatre enfants étaient lavés, c’est-à-dire que la mère leur avait frotté la figure avec un linge mouillé. Ils avaient déjà déjeuné et, du même coup, bu le lait destiné à Frédéric. Alors, toujours grondant, la mère s’en était allée chercher quelque aliment pour son petit protégé. Les trois aînés s’amusaient à creuser le plancher, à un endroit où les planches étaient disjointes, pour y établir un beau canal d’écoulement des eaux échappées à la cuve et au linge qui dégouttait sous les vigoureux coups de battoir. Poucet avait découvert le chapeau de Frédéric : ce joli chapeau blanc, garni d’un ruban de soie rouge, avait tout particulièrement excité l’envie du petit crasseux. Il le prit avec précaution et, voyant qu’il ne se brisait pas dans ses doigts, il le mit de telle façon que les rubans flottaient sur son nez. Les mains dans les poches de son petit pantalon, il se pavanait d’un bout de la chambre à l’autre, en essayant de chanter.

Mais il fut troublé dans son plaisir.

Frédéric, dont les regards erraient dans la chambre avec indifférence, eut à peine constaté la présence de son chapeau sur la tête de Poucet, qu’il sauta à bas du fauteuil et barra le chemin au petit promeneur.

– C’est mon chapeau, dit-il aigrement en avançant la main pour le saisir.

Poucet n’en disconvenait pas, mais se croyait un certain droit sur lui pour l’avoir eu le premier. Il jugea à propos de ne pas lui répondre, mais, tenant le chapeau de la main droite, il repoussa Frédéric du coude gauche pour qu’il le laisse passer.

Frédéric ne savait pas trop quelle conduite tenir dans de si graves circonstances ; pourtant une chose était claire et nette : le chapeau lui appartenait et il ne le laisserait pas prendre. Par conséquent, il répondit au coup de coude par un coup de poing vigoureux qui fut le prélude d’une bataille en règle. Cette fois, la justice triompha. Frédéric reconquit son chapeau et sans s’inquiéter davantage, le mit sur sa tête. Enhardi par ce succès et sans dire un mot de plus, il franchit le seuil de la chambre et s’en alla.

Chapitre 8

Cette fois, il voulait sérieusement chercher sa mère. Il l’avait vue en rêve, et puisqu’elle ne venait pas, il partirait à sa recherche. Il traversa la cour, et trouva facilement la porte cochère de la maison. Il remonta la ruelle et arriva à une belle avenue pavée, bordée de larges trottoirs. Malgré l’heure matinale, la circulation y était déjà très animée. Petits et grands, des livres sous le bras ou dans une sacoche sur le dos, s’acheminaient vers l’école à pas pressés. On s’appelait, on riait, on causait, et le pavé résonnait du piétinement des bottes et des souliers de toutes tailles. Notre petit ami se mêla à la foule ; il s’y sentit presque à l’aise. Tout était propre et il pouvait aussi voir le ciel.

Un petit monsieur trapu, à la démarche lente et digne, passait. Il portait un haut chapeau noir, des lunettes cerclées d’or et un gros livre sous le bras. Quand les enfants l’apercevaient, ils accéléraient le pas ; les petites filles lui faisaient la révérence et les garçons ôtaient leur casquette ; mais lui ne détachait pas ses yeux du sol et répétait de temps en temps : « Bonjour, bonjour ! » C’était la réponse aux nombreuses salutations venant de gauche et de droite ; seulement ces paroles dites machinalement arrivaient parfois au moment où personne ne le saluait, ce qui provoquait naturellement les petits rires étouffés des enfants qui marchaient derrière lui.

C’était Monsieur le directeur Martin. Il savait tout : par exemple, combien d’années, de jours et d’heures le soleil brillerait encore ; combien de grains de sable il y a au désert et de gouttes d’eau dans la mer. Et, ce qu’il ne savait pas, était écrit en grandes lettres dans le gros livre qui ne le quittait jamais. « Je m’en vais chercher », avait-il l’habitude de dire, quand, par exception, sa mémoire lui faisait défaut.

Frédéric regardait avec étonnement cette quantité de gens. Est-ce que peut-être l’un d’eux saurait quelque chose de sa mère… Était-ce la démarche grave de M. Martin qui lui inspira confiance, ou avait-il lu sur son visage qu’il devait savoir bien des choses ? Bref, il se plaça devant lui :

– Sais-tu où est maman ?

– Bonjour, bonjour ! fut la réponse du savant.

– Sais-tu où est maman ?

Ah ! C’était une question. Et comme M. le directeur ne trouvait pas tout de suite de réponse dans sa tête, il se dit : « Je m’en vais chercher ». Mais, comprenant enfin sa méprise, il redevint maître de la situation.

– Comment t’appelles-tu, petit ? demanda-t-il à son tour à l’enfant qui le regardait avec confiance.

– Je m’appelle Frédéric.

– C’est un joli nom, observa le monsieur, mais je voudrais savoir tes prénom et nom de famille, état et domicile de tes parents. Comment t’appelles-tu donc ?

– Je m’appelle Frédéric, répéta plus timidement l’enfant.

Il n’avait pas compris tout ce que le monsieur avait dit, mais, la veille aussi, on avait voulu en savoir davantage et il n’avait pas pu répondre.

– Tu as encore un nom, mon petit, reprit M. Martin, je le sais.

– Oh ! Alors, dis-le moi, s’écria Frédéric tout joyeux ; hier, on me l’a aussi demandé.

Le petit monsieur était bien embarrassé. Il ne savait pas le nom de l’enfant et le gros livre ne pouvait pas non plus le lui dire. L’amour-propre du savant était blessé. Sa bonne humeur s’en ressentit.

– Si tu ne sais pas ton nom, petit galopin, dit-il d’un ton de reproche, ne rôde pas ainsi dans les rues.

Et, laissant Frédéric au milieu du trottoir, il continua son chemin. Son conseil était bon, mais bien mal placé.

Mais, Frédéric, trottinant derrière le savant, lui tira timidement le bord de son habit :

– Ne sais-tu pas où est maman ? répéta-t-il.

– Bonjour, bonjour, répondit M. Martin, et il marcha plus vite. Ce gamin y met de la malice. Il va peut-être me demander des choses qu’il n’y a ni dans ma tête, ni dans mon livre.

Il était bien savant, M. le directeur, mais il n’avait pas observé le rayon d’espoir qui brillait dans les yeux de l’enfant, ni perçu l’anxiété de sa voix tremblante.

Frédéric, de nouveau seul au milieu de la foule, suivit des yeux M. Martin.

« Il aurait pourtant pu me le dire », pensa-t-il avec tristesse. « Un de ces nombreux passants pourrait peut-être me le dire… »

– Sais-tu où est maman ? Cette fois il s’adressait à un jeune garçon boulanger, blanc de farine, qui revenait de sa tournée, la corbeille vide sur le dos.

Les yeux à moitié endormis du garçon brillèrent. « Voilà quelque chose d’amusant » pensa-t-il.

– Entre là, dit-il, en montrant une maison de belle apparence, un peu retirée de la rue, dans un jardin entouré d’une grille.

Avec un peu de peine, les petites mains de l’enfant réussirent à ouvrir la porte en fer forgé. Un sentier bien sablé contournait un massif couvert des plus belles fleurs printanières. Frédéric s’arrêta, se demandant s’il en cueillerait quelques-unes pour les donner à sa mère. Cependant, abandonnant cette idée, il courut vers la porte d’entrée qui s’ouvrit facilement sous la pression. Il se trouva dans un large hall d’entrée. Une porte était entrebâillée. Frédéric la poussa et entra dans une salle à manger. Personne n’y était, mais que c’était beau ! Tout de suite l’enfant s’y plut. Le soleil y pénétrait gaiement. Il y avait un tapis et un grand miroir. Et voilà quelque chose de connu… la table à ouvrage de maman ; un morceau de tissu blanc qu’elle cousait était aussi là, et, juste à côté, le bien-aimé fauteuil à bascule ; et la table à droite ! Il y avait dessus un pot d’où s’échappait un délicieux parfum de chocolat ; des brioches et des tranches de pain remplissaient une corbeille.

Frédéric jeta un regard de convoitise sur ces bonnes choses. Mais avant que maman vienne, il ne fallait toucher à rien. Il se hissa dans le fauteuil, comme il l’avait fait de nombreuses fois à la maison, et le mit aussitôt en mouvement en chantonnant un petit refrain : « Hop, hop, partons au galop ! » Il se sentait heureux.

Une porte latérale s’ouvrit vivement. Une dame entra et, le regard étonné, regarda ce petit intrus qui savait si bien s’installer. Elle était grande et svelte, portait une robe de couleur foncée ; des cheveux bruns encadraient son visage pâle et ses grands yeux bleus avaient une expression amicale.

Frédéric s’arrêta au milieu de son refrain et regarda la dame étrangère avec non moins d’étonnement. Ce n’était pas sa mère. Il se glissa vite à bas de son fauteuil et fit une révérence.

– Bonjour, madame, ma mère n’est-elle pas ici ?

L’étonnement de la dame allait croissant.

– Non, petit réveille-matin. Comment ta mère serait-elle ici ? T’es-tu échappé de la maison ?

– Je ne sais pas, répondit l’enfant avec quelque hésitation. Je la cherche justement. Est-ce qu’elle ne viendra pas bientôt ?

– Mais je ne la connais pas, et elle ne me connaît pas non plus, je pense. Comment t’appelles-tu ?

C’était de nouveau la même question embarrassante à laquelle il ne pouvait répondre.

– Toi aussi, tu veux le savoir, fit-il d’un ton impatienté, et après, tu ne seras pas contente si je te dis que je m’appelle Frédéric.

– Ne te fâche pas, mon petit homme, dit la dame en riant. Mais pourquoi crois-tu que ta mère est ici ?

– Un garçon blanc qui portait une corbeille me l’a dit, et voilà aussi sa table à ouvrage et son fauteuil à bascule.

– La table et le fauteuil sont à moi.

– Mais je m’y suis balancé juste comme chez maman.

– Où est donc ta mère ?

– Je ne sais pas. Elle s’est endormie dans la forêt, puis elle n’y était plus, et alors un homme est venu avec un cheval. Sa femme était sorcière ; mais elle n’en est pas une ; elle sait faire des gâteaux et dire des contes. Est-ce que tu veux manger tout ça ? continua Frédéric, interrompant son rapport confus, car il s’était souvenu qu’il avait faim. La dame se mit à rire.

– Oh, non, dit-elle en s’approchant de la table, aimerais-tu manger quelque chose ?

– Oh ! Oui, j’aimerais bien. Crois-tu que j’aurais pu manger où est Poucet ? Ils n’avaient pas même une nappe.

Ces paroles étaient une énigme pour Mme de Brandes, mais, avant d’interroger davantage, elle fit asseoir l’enfant à table et lui donna une tartine beurrée.

– Merci, madame, dit Frédéric, mais maman me les a toujours coupées en petits morceaux.

Ainsi fut fait ; Frédéric mangea avec un tel plaisir que la dame ne pouvait se lasser de le regarder.

– Elle me permettait aussi de boire du chocolat, dit Frédéric entre deux bouchées.

Un rire joyeux éclaira la figure de Mme de Brandes.

– Excuse ma négligence, dit-elle avec une prévenance officieuse.

Et aussitôt une tasse de chocolat fut placée devant le petit.

La dame, renversée dans son fauteuil, observait avec intérêt et une visible sympathie le petit garçon qui, sans se gêner, mais avec les manières d’un enfant bien élevé, faisait honneur à son déjeuner. Involontairement, elle se sentait attirée vers lui ; ses yeux bleus l’avaient regardée avant tant de confiance, et l’innocente assurance de son maintien disait que rien n’avait encore flétri sa candeur et son ingénuité. D’où venait-il et quelle était sa famille ?

Son extérieur était un peu négligé. Ses cheveux blonds n’avaient pas été peignés aujourd’hui, ni son visage lavé. Sa petite blouse de beau velours était sale ; ses bottines étaient crottées ; un bout de ruban manquait à son chapeau de paille déformé.

Qu’avait-il raconté de sa mère ? Elle s’était endormie dans la forêt ? Il lui revint à l’esprit une annonce parue peu de temps auparavant dans le journal officiel. Serait-ce l’enfant qu’on avait dû recueillir ? Ce devait être lui. Une profonde pitié pour le petit orphelin remplit son cœur charitable. Puis, une autre pensée s’éveilla dans son esprit. Ne serait-il pas possible que sa solitude, souvent si pesante, fût comblée par un joyeux babil d’enfant ? Mais, que dirait son mari ? M. le procureur général, l’avocat de Brandes, était un homme sévère ; on l’accusait même de dureté ; on prétendait qu’il n’avait pas de cœur ; qu’à la place, il n’avait qu’un code de lois en 1759 articles ; on disait encore que les hommes n’avaient pour lui de valeur qu’autant qu’il pût les classer dans la catégorie des innocents ou dans celle des coupables.

Mme de Brandes, cependant, s’abandonnait à ses pensées, aux perspectives riantes que son imagination évoquait. Elle voyait se dessiner toujours plus nettement la silhouette de l’enfant aux boucles blondes et aux yeux bleus dont elle ferait l’éducation, auquel elle se dévouerait corps et âme.

Frédéric, ayant terminé son déjeuner, s’appuya au dossier de sa chaise et examina attentivement son entourage.

– Je me plais ici, s’écria-t-il, il y a ici du soleil et un tapis et un grand miroir et pas de cuve d’eau sale. Puis regardant Mme de Brandes :

– Toi, tu me plais aussi, tu as une figure blanche comme maman, et tu es très belle !

Le jugement du petit garçon la fit sourire. Elle passa sa main caressante dans les cheveux ébouriffés de Frédéric et dit d’un ton taquin :

– Je ne peux pas en dire autant de toi, je crois que tu ne t’es pas lavé aujourd’hui. Va te regarder dans le miroir.

Frédéric y alla et ce qu’il vit sembla l’effrayer subitement.

– Ce n’est pas moi, fit-il stupéfait ; ce doit être Poucet. Tu sais, il avait aussi la figure sale et les cheveux mal peignés, mais il n’avait pas mis de bottines.

Mme de Brandes, amusée, lui demanda :

– Qui est ce Poucet toujours sale ?

– Tu ne connais pas Poucet ? s’écria Frédéric, étonné que ce personnage qui lui avait fait une si vive impression, ne fût pas connu de chacun. Sais-tu ? C’est Poucet qui était tombé dans la cuve ; il sait déjà presque faire l’arbre droit, et, ce matin, il avait mis mon chapeau, mais comme ça ! Et Frédéric mit son chapeau à l’envers, fourra ses deux mains dans ses poches et arpenta la chambre. Puis il se mit à rire de si bon cœur que Mme de Brandes fit chorus. C’était quelque chose de tout nouveau dans cette maison que ces rires d’enfant. Ce jour-là, rien ne les étouffait. M. le procureur était absent et ne reviendrait que dans plusieurs jours.

Au milieu de sa promenade, le petit s’arrêta d’un coup. Se plaçant devant la dame, il s’expliqua :

– Tu peux me laver, bien fort, je ne crie pas ; maman dit qu’il n’y a que les petites filles qui crient.

Mme de Brandes appuya sur un bouton : une domestique parut.

– Menez, dit-elle, ce petit dans la salle de bains, Caroline, et faites nettoyer ses habits et ses bottines. Frédéric, va avec Caroline ! Elle te fera beau et tu ne seras plus comme Poucet.

Frédéric hésita :

– Est-ce que tu seras encore ici après ? demanda-t-il un peu inquiet. Les tristes expériences qu’il avait faites commençaient à éveiller sa méfiance. Il n’avait pas retrouvé sa mère, ni maman Catherine qui racontait de si belles histoires, ni Michel, ni la Grise. Tous étaient loin, tous avaient disparu comme dans un conte de fée.

– Oui, je reste ici, et quand tu reviendras, quand tu seras bien propre, nous irons au jardin.

Rassuré, l’enfant suivit Caroline.

Mme de Brandes avait l’habitude de lire quelques versets après son déjeuner. Elle profita de l’absence de Frédéric pour prendre sa Bible et l’ouvrit au chapitre commencé, le chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu. Ses yeux s’arrêtèrent sur le verset 40 : « En vérité, je vous dis : En tant que vous l’avez fait à l’un des plus petits… vous me l’avez fait à Moi ».

Pourquoi devait-elle lire justement ce verset aujourd’hui ? Serait-ce donc un désir du Maître ? Ne devrait-elle pas prendre cet enfant sous sa protection ?

« Seigneur ! implora-t-elle, Tu connais ma solitude, mais plus encore mon besoin d’aimer un enfant. Accorde-moi cette joie ! N’as-Tu pas promis de veiller sur les orphelins ? C’est sans doute Toi-même qui me l’envoies ce matin pour que j’en prenne soin… Seigneur, Tu connais le cœur de l’homme, cœur dur et sans pitié, mais Tu disposes de toutes choses, et je m’en remets à Toi ! Merci Seigneur ! Amen ».

Au bout d’une heure environ, Frédéric, le regard anxieux, reparut. Lorsqu’il vit Mme de Brandes, assise devant sa table à ouvrage, un rayon de joie illumina son visage. Les bras ouverts, il courut à elle en criant :

– Tu n’es pas loin ! Tu n’es pas loin ! Ah ! J’ai eu tellement peur !

Attendrie, Mme de Brandes souleva l’enfant et, de nouveau, éprouva le désir d’être une mère pour le petit abandonné qui se donnait si complètement à elle.

Ils allèrent au jardin qu’un haut mur isolait des cours et des jardins voisins. Des sentiers bien entretenus le traversaient ; des pelouses verdoyaient ; le lilas et l’épine rose embaumaient l’air. Frédéric était ravi.

– Vois-tu, dit-il, nous avions aussi un jardin comme cela et quand je m’y cachais, maman me cherchait. Mais, dans le grand jardin où elle s’est endormie, elle me cherche peut-être encore. Je resterai chez toi jusqu’à ce qu’elle me trouve et, en attendant, tu peux être ma maman.

Mme de Brandes n’osa pas détruire cet espoir enfantin. Devait-elle lui dire que sa mère était morte, qu’il ne la reverrait plus ? Il ne l’aurait pas comprise.

Ensuite ils jouèrent au cheval. Mme de Brandes dut être le cheval, trotter et obéir docilement aux mouvements des guides ; puis à la maman, et Mme de Brandes était l’enfant. Il fallait qu’elle pleure pour que Frédéric l’apaise en lui fourrant un morceau de gâteau dans la bouche, et ce gâteau était tantôt un morceau de brique, tantôt un caillou, ou n’importe quoi. Un éclat de bois noirci par le temps jouait le rôle de chocolat et, en guise de lait, il apporta dans un débris de bouteille un liquide suspect puisé sous la gouttière…

Pour finir, il voulut jouer à Poucet, mais Mme de Brandes lui fit comprendre qu’elle ne pouvait pas inonder le jardin et le jeu en resta là.

En rentrant à la maison, Frédéric déclara sérieusement qu’il resterait.

– Tu es si bonne, et tu sais jouer comme une maman ; quand elle viendra, il faudra qu’elle reste aussi, n’est-ce pas ?

La pensée de garder cet enfant s’enracinait toujours davantage dans l’esprit de Mme de Brandes, aussi répondit-elle avec assurance :

– Oui, mon Frédéric, mais il ne faudra plus jouer à Poucet.

La bonne protectrice avait fait préparer un lit. Lorsque le soir vint, notre petit ami s’étendit avec délices sous un moelleux duvet. Puis il joignit les mains et récita sa prière :

« Je m’endors dans mon petit lit ;

Ô Dieu, garde-moi cette nuit :

Que chaque jour, Ta main fidèle

Me tienne à l’ombre de Ton aile. Amen »

Qu’il se sentait heureux ! Il était de nouveau près de sa mère – non, ce n’était pas sa mère, mais elle était bonne comme sa mère – et il avait un beau petit lit, et… et… – ses paupières se fermèrent. « Bonne nuit, maman ». En effet, maman se penchait sur lui et l’embrassait au front comme elle l’avait toujours fait. Il leva les bras pour les passer autour du cou de sa bienfaitrice, mais ils retombèrent aussitôt : il s’était endormi.

Mme de Brandes, debout près du lit, regardait, les yeux humides, le petit orphelin. Elle caressa ses joues rosées et dit à voix basse : « Je serai ta mère ». Puis, joignant les mains, elle ajouta : « Seigneur, veuille dans Ta grâce m’accorder cette joie ! »

Chapitre 9

M. de Brandes, procureur général, était un homme grand et maigre, invariablement raide et froid comme les articles du code pénal. Hiver comme été, il portait une veste noire boutonnée jusqu’au col. Ni boue, ni poussière n’osaient s’attacher à ses bottes toujours luisantes. Son visage rasé portait toujours l’expression d’un calme imperturbable ; ses lèvres serrées ne s’entrouvraient jamais pour rire de bon cœur, et, s’il arrivait par hasard qu’un évènement joyeux ébranle l’équilibre de son âme, cela ne se témoignait que par un léger frémissement des narines, ce qui faisait dire que M. le procureur riait par le nez. Sa voix aussi avait un ton unique, mais lorsque, pour clore un réquisitoire il disait : « Je demande le maximum de la peine » – c’était toujours ce qu’il demandait – elle s’élevait d’un ton et les mots, fortement articulés, allaient, comme des coups de fouet, frapper l’oreille du pauvre accusé.

Lorsque, quelques jours après l’arrivée de Frédéric, M. le procureur rentra chez lui, il n’y trouva pas sa femme. La domestique accourue lui dit que madame était au jardin avec l’enfant. Pas un muscle ne trahit la moindre surprise chez M. de Brandes. Il traversa la cour tranquillement, et entra dans le jardin. Un tableau singulier, un cas qu’il aurait cherché en vain à classer dans les 1759 articles, s’offrit à ses yeux.

Sa femme était accroupie sur le gazon, la tête baissée et ses bras croisés. Des fleurs émaillaient sa coiffure et étaient semées autour d’elle, puis une voix d’enfant cria : « Coucou, coucou ! »

Frédéric avait voulu montrer à Mme de Brandes comment sa mère s’était endormie dans la forêt, après qu’il lui eut piqué du muguet et des renoncules dans les cheveux, et il attendait la réponse à son appel.

– Agnès ! fit le magistrat en prenant le ton sévère de ses réquisitoires, comme s’il eût articulé : « Je demande – dix ans – de travaux forcés ».

Effrayée, Mme de Brandes se releva vivement et alla au-devant de son mari :

– Je ne croyais pas que tu reviendrais déjà aujourd’hui, dit-elle avec quelque hésitation ; tu me trouves à une occupation inhabituelle avec ce petit garçon.

– J’attends une explication, mais je trouve ta conduite sinon inconvenante, du moins singulière.

Mme de Brandes rougit.

– Peut-être me jugeras-tu moins sévèrement quand tu sauras comment cela s’est passé.

– Cela ne changera rien à mon jugement, mais le salon serait mieux choisi que ce jardin pour ta communication.

Cependant, Frédéric était sorti de sa cachette, derrière le buisson de sureau. Ce grand monsieur noir qui se tenait à côté de la gentille dame, lui fit une impression défavorable.

– Qu’est-ce que cet homme veut ici ? Chasse-le, il ne me plaît pas. Tu ne devais pas te lever, mais attendre que je vienne te chercher, dit-il en faisant une mine mécontente.

Pas trace d’étonnement non plus sur la figure de M. de Brandes. Il dit seulement : « Il me fait l’effet d’un vrai petit drôle ». Puis il offrit cérémonieusement son bras à sa femme et la ramena dans la maison.

Frédéric ne savait s’il devait les suivre ; il faisait si beau au jardin, et le monsieur en noir avait l’air si méchant. Il resta dehors.

Mme de Brandes raconta à son mari de quelle façon étrange l’enfant était tombé entre ses mains et comment elle supposait qu’il était l’enfant de la femme trouvée dans la forêt.

– Pourquoi n’as-tu pas tout de suite prévenu la police ? interrompit le procureur.

– J’y ai pensé d’abord, et puis… elle hésitait… j’ai eu une autre pensée ; je désire et j’espère que tu l’approuveras.

M. de Brandes écrivit rapidement quelques lignes, sonna et dit à la domestique :

– Allez porter ceci au commissariat de police.

– Ne veux-tu pas d’abord entendre ma proposition ? demanda timidement sa femme.

– Je serai à toi à l’instant, répondit-il poliment ; puis il ajouta : Dites au commissaire que je désire qu’on vienne chercher l’enfant sur le champ.

La domestique sortit et M. de Brandes se retourna vers sa femme :

– Que voulais-tu me communiquer ?

– Cet enfant est arrivé chez nous d’une façon si providentielle, commença-t-elle avec hésitation ; il fait une agréable impression ; il est sûrement de bonne famille…et… le désir m’est venu de le garder.

Mme de Brandes regardait son mari avec anxiété. Pas un trait de son visage ne trahit l’impression produite par les paroles de sa femme. Il répondit simplement mais froidement.

– J’ai tout de suite deviné ton intention, mais j’espérais que tu n’exprimerais pas ce désir insensé. Puisque tu l’as fait, je te répondrai qu’il ne peut pas en être question.

Ces paroles décidèrent du sort de Frédéric, car M. le procureur était de ces hommes qui ne reviennent jamais sur une résolution prise. Mme de Brandes avait eu bien raison d’être en souci en pensant à son mari.

– Oh ! dit-elle tristement, pourquoi nommes-tu ce désir « insensé » ? N’est-ce pas une bonne œuvre que de chercher à épargner un triste sort à ce pauvre petit abandonné qui ne peut pas encore comprendre son malheur, et à vouloir lui tenir lieu de mère ?

– Je ne tolérerai dans ma maison rien qui puisse, cas échéant, me causer des désagréments. C’est probablement l’enfant de saltimbanques ou de vagabonds ; du reste, il ne nous appartient pas de jouer le rôle de la Providence. L’assistance publique prendra soin de cet enfant, comme bien d’autres, et cela suffira.

– Tu n’as pas observé ce petit comme je l’ai fait, reprit Mme de Brandes avec chaleur ; il a un caractère à part ; il lui faut de l’air et de la lumière ; il lui faut de l’affection.

– C’est beaucoup et peu, reprit le procureur. De l’air et de la lumière, il en aura partout ; l’autorité veillera à ce qu’il ait à manger et à boire et, pour le moment, il saura se passer d’affection.

– Ne plaisante pas, s’écria la jeune femme très émue. Il s’étiolera, il se perdra s’il est en contact avec des gens durs et insensibles. Oh ! Je t’en prie, permets qu’il reste chez nous. Je… je… l’ai pris en affection et je me suis proposée d’être sa mère.

Elle s’était arrêtée devant son mari, lui tendant des mains suppliantes, tandis que, dans ses yeux, se reflétait l’angoisse de son cœur.

– Je regrette de ne pouvoir céder à ton désir, mais mes actes ne sauraient être guidés par un vague sentimentalisme. Je fais ce qui est juste et ce à quoi m’obligent mes fonctions. Cela dit tout ; je ne connais rien au-delà. De plus, je dois t’informer que je suis nommé président du tribunal départemental et que nous irons demeurer à L. Nous partirons demain matin pour prendre les mesures que nécessite notre déménagement.

Sur ce, M. de Brandes quitta la chambre et sa femme tomba sur une chaise où elle resta quelque temps immobile, les yeux clos. Une profonde douleur remplissait son cœur et des pensées confuses traversaient son esprit. Elle ne pouvait rien contre la froide résolution de son mari, et les riantes images d’avenir se perdaient dans le gris.

Pendant ce temps, Frédéric s’amusait à découvrir au jardin une très bonne cachette où sa nouvelle maman ne le trouverait pas de sitôt. Tout à coup, il entendit une voix qui disait :

– Voilà l’enfant !

Il se retourna et vit le monsieur en habit noir qui ne lui avait pas plu, puis un autre en tunique bleue avec des boutons brillants, comme il en avait déjà remarqué dans la grande maison où on lui avait demandé tant de choses.

– Petit, lui dit celui-ci, tu t’es sauvé de chez Mme Séchaud. On t’a déjà cherché de tous côtés.

D’abord Frédéric ne comprit pas ce que l’homme voulait dire.

– Est-ce la femme qui a Poucet et la chambre sale ?

– Ce sera ça, reprit l’agent et je vais t’y conduire.

– Je n’y veux pas aller, dit Frédéric résolument ; il n’y a pas de lit, pas d’assiettes et pas de jardin ; je resterai ici ; je m’y plais bien mieux.

– Tu ne resteras pas ici, dit le procureur ; tu iras avec ce monsieur, et si tu refuses d’obéir, nous avons encore un moyen de punir sévèrement les enfants désobéissants.

Frédéric regarda l’homme qui parlait si durement et répondit avec une sincérité naïve :

– Ce n’est pas toi qui décides. La gentille dame qui ressemble à maman me l’a permis. Elle veut toujours jouer avec moi et me raconter des histoires. Je vais le lui demander.

Avant que les deux hommes eussent le temps de le retenir, il courait vers la maison.

Il entra dans la salle à manger ; elle était vide. Une peur terrible s’empara de lui : sa nouvelle mère aurait-elle aussi disparu ? Il poussa la porte de la chambre à côté, Mme de Brandes y était assise, triste et découragée.

– Quel bonheur que tu sois là ! s’écria Frédéric. N’est-ce pas, je peux rester ici ? Sais-tu, il est venu un homme en habit bleu à gros boutons ; il veut me ramener dans la chambre sale de Poucet, et le méchant homme noir dit aussi qu’il faut que j’aille, mais tu ne le permettras pas. Je ne jouerai plus au Poucet… N’est-ce pas que tu me gardes ici ?

Les yeux pleins de confiance enfantine étaient levés sur elle. Elle voulait parler et ne pouvait articuler un mot. Elle posa ses mains tremblantes sur la tête de l’enfant : « Dieu te protégera » voulait-elle dire, mais ce souhait resta inexprimé.

D’un pas plus rapide que d’habitude, M. de Brandes entra dans la chambre, et, de sa voix toujours froide et calme :

– J’ai permis à cet enfant, dit-il, de te faire ses adieux. C’est fait je pense, et il va suivre l’agent !

– Oh, Jean, je t’en prie ! Je veillerai à ce que la présence de ce petit ne t’ennuie pas ; j’espère que tu t’y habitueras, que tu finiras même par l’aimer.

– Emmenez ce garçon ! dit le procureur à l’agent qui attendait dans l’entrée, et recommandez à ces gens de mieux le surveiller.

– Viens, mon petit, dit l’employé d’un ton conciliant, Mme Séchaud te donnera du pain d’épice.

– Je veux rester ici ! répéta l’enfant dans sa détresse… je veux…

M. de Brandes leur fit passer le seuil et referma la porte sur eux.

– J’ai de la peine à comprendre, dit-il à sa femme, comment cet incident, en somme très banal, peut t’émouvoir de la sorte. Des centaines d’enfants deviennent orphelins ; on les place et ils grandissent. On prendra soin de ce petit, et voilà tout. Comment peux-tu t’agiter à ce point pour une sorte de joujou perdu ? Tu es comme une fillette dont on aurait brisé la poupée. Pense plutôt que tu as encore des préparatifs à faire pour le voyage de demain.

Cette affaire étant réglée, M. le procureur quitta la chambre, très content d’avoir stoppé les intentions sentimentales de son épouse. Dans aucun des 1759 articles du code civil on aurait pu trouver sa manière d’agir répréhensible et il s’endormit du sommeil du juste. Il était heureux, M. le procureur. Son chemin était tracé bien droit et uni, pavé de belles pierres plates ; à droite et à gauche, les paragraphes du code lui tenaient lieu de bornes kilométriques : impossible de s’égarer.

Mais celui qui se souvient des recueillements paisibles et silencieux où l’on croit entendre la voix de Dieu, qui revoit en pensée le foyer paternel et sent la douce main d’une mère caresser son front, celui-là le nommera pauvre et misérable.

Les promesses de Dieu à l’égard des orphelins se réaliseront tôt ou tard, mais malheur à celui qui aura méprisé l’un de ces petits.

Mme de Brandes ne put dormir. La petite figure de l’enfant et son regard plein de reproches la poursuivaient. Le matin venu, elle se leva et prépara sans entrain ce qu’il fallait pour le voyage projeté. À sept heures, une voiture s’arrêta devant la porte et l’on partit pour la gare.

Deux heures plus tard, un petit garçon était à la grille du jardin et s’efforçait de l’ouvrir, mais en vain. Alors, il colla sa figure aux barreaux et regarda obstinément la maison. Tout y était silencieux ; les fenêtres restaient closes et les rideaux baissés. Il essaya d’escalader la grille, mais elle était trop haute.

En ce moment, un agent de police vint à passer et le vit.

– Que fais-tu là, gamin ? lui dit-il en le prenant pour le déposer à terre.

Mais Frédéric ne lâcha pas.

– Je veux aller chez la gentille dame, répondit-il aussitôt. Ne veux-tu pas me mettre de l’autre côté ? Cette vilaine porte ne s’ouvre pas.

Alors l’agent le reconnut.

– C’est encore toi, petit vagabond ? Hier je t’ai emmené et te revoilà. T’es-tu aussi sauvé de chez Mme Pauthey ?

– Oui ! Je ne m’y plaisais pas non plus. Elle a tant d’habits ! La chambre toute pleine ; je ne pouvais pas souffler. Et tous ces petits oiseaux gris ! Elle m’a donné du lait où ils nageaient, et la tête me fait mal. Mets-moi de l’autre côté. Peut-être que le méchant homme n’y est pas ; je pourrai jouer dans le beau jardin et la gentille dame me donnera du chocolat.

– Il n’en est pas question, mon petit, répondit l’agent à qui le pauvre enfant faisait pitié. Je vais te reconduire chez Mme Pauthey et je lui dirai qu’elle ne te donne plus de mauvais lait.

C’est ainsi que Frédéric dut s’éloigner du paradis entrevu.

Chapitre 10

C’était donc chez Mme Pauthey qu’on l’avait conduit, car, lorsque Mme Séchaud était rentrée avec son lait et n’avait plus trouvé Frédéric, elle était allée au commissariat annoncer sa disparition et avait ajouté : « Si vous le retrouvez, M. le Commissaire, ne le ramenez pas. C’est un petit prince trop gâté : il lui faut une cuillère d’argent, du rôti tous les jours, du riz et des pruneaux. Il ne sait pas obéir. On ne peut pas non plus maltraiter et battre ce pauvre enfant. J’aime encore mieux mes garnements, qui mangent ce que je leur donne ; pourvu qu’il y en ait assez, ils sont contents. Conduisez-le chez Mme Pauthey ; je lui accorde ce plaisir ».

Et voilà comment on avait confié Frédéric à Mme Pauthey. Elle possédait une petite boutique à la rue Torse et y réparait de vieux habits. C’était une personne corpulente qui aimait deux choses : le repos et le café. Au saut du lit, elle préparait sa ration journalière : un quart de livre de chicorée et quelques grains de café dans une cafetière de cinq litres.

Cela fait, elle s’asseyait à la porte de sa boutique, sa cafetière à sa gauche sur une petite table, et à sa droite, une chaise couverte d’habits qu’elle réparait ou « remettait à neuf ».

– Voyez-vous, avait-elle l’habitude de dire, ces gens pressés, je ne saurais les supporter. Ils vont, viennent et s’essoufflent comme si l’année n’avait pas trois cent soixante-cinq jours.

Oui, elle avait sa philosophie, Madame la fripière, et des prix fixes. Il ne fallait pas marchander. Celui qui voulait avoir quelque chose devait venir chez elle ; elle donnait dix sous pour un vieil habit et le revendait un écu. C’est ce que chacun savait. Quand un acheteur lui disait :

– Mais Mme Pauthey, cette jaquette est bien vieille ! elle répondait :

– Vous auriez pu prendre quelque chose de meilleur, il y a là une robe de soie et un habit de cérémonie. Il faut pourtant que je gagne ma vie et les mites rongent ma marchandise.

– Pourquoi ne mettez-vous pas de la poudre pour détruire ces vilaines bêtes ?

– Elles veulent vivre aussi, répondait-elle tranquillement ; d’ailleurs, elles n’attaquent que le dessus.

C’est dans ce paradis des mites que l’agent avait conduit Frédéric.

– Je vous apporte quelque chose, Mme Pauthey, dit le commissaire à la bonne femme en train de prendre sa troisième tasse de café.

La fripière porta la main à sa poche pour en tirer dix sous.

– Tenez, dit-elle, et jetez votre vieillerie dans la chambre.

– Ce ne sera guère possible, fit l’homme en riant, c’est un petit garçon. Ne vouliez-vous pas l’avoir en pension ?

La femme porta le regard de ses yeux ternes sur Frédéric, qui, lui aussi, la regardait fixement. Elle ne lui plaisait pas, cette grosse femme, et la maison non plus, et l’air non plus, mais il était intimidé et n’osait rien dire.

– Franchement, j’aurais voulu en avoir un plus grand, capable de faire les commissions, dit-elle ; enfin, puisqu’il est là, je le prends.

Elle retira un peu sa chaise :

– Entre seulement, petit, dit-elle.

Le commissaire fit entrer Frédéric dans la boutique, communiqua à la femme ce qu’il savait de l’enfant et s’en alla.

– Assieds-toi, petit, cria Mme Pauthey ; après, je te donnerai un pot de café.

Frédéric s’assit sur une chaise, puis, tout à coup, se mit à crier.

– Qu’as-tu, petit ?

– Oh ! Il y a tant de vilains papillons gris !

– Ils ne te feront pas de mal ; n’aie pas peur ; ils ne mangent que la laine et les fourrures.

Frédéric regardait avec terreur ces insectes qui voltigeaient sans bruit autour de lui, se posaient sur ses habits, sur sa tête, sur ses bras.

Il tremblait, la tête lui faisait mal, ses yeux brûlaient ; il les ferma. Au moins, il ne verrait plus toute cette saleté et ce désordre autour de lui.

Le soir, Mme Pauthey jeta un tas de vieux habits sur le plancher, étendit un drap par-dessus, y ajouta une couverture et c’est là que Frédéric dut se coucher. Il joignit les mains, mais de nouveau il ne put pas prier : il n’avait pas de lit. Le cœur en plein désarroi, il s’empressa de continuer : « Ô Dieu, garde-moi cette nuit ! » Oui, maman l’avait souvent répétée avec lui, cette prière, mais ce soir il s’accrochait à ces paroles, à cette protection dont il avait tant besoin. Quelque chose lui vola sur la figure ; il voulut l’attraper, mais en vain. Il essaya de crier ; sa voix s’étrangla dans sa gorge, les larmes jaillirent puis, vaincu par le sommeil, il s’endormit.

Le lendemain, comme Mme Pauthey s’installait à son poste habituel, quelqu’un la frôla et dévala la rue. C’était Frédéric. La fripière le suivit des yeux avec étonnement.

– Où peut-il bien aller ? … Tant pis ! S’il s’égare, on me le ramènera. Et, sans plus s’inquiéter, elle s’assit, but son café, et se mit à rapiécer un vieil habit auquel elle s’étonnait chaque jour de découvrir de nouveaux trous.

Ses suppositions ne l’avaient pas trompée ; environ deux heures plus tard, le commissaire reparut avec Frédéric.

– Écoutez, Mme Pauthey, il vous faut mieux surveiller le petit, sans quoi il disparaîtra un beau jour et nous en aurons le reproche.

– Que voulez-vous ? répondit placidement la bonne femme ; pendant que je tourne le dos, ses petits pieds ont déjà fait cent pas. Il ne saurait se perdre, et s’il n’est pas ici, c’est qu’il est ailleurs.

– Et donnez-lui du lait convenable, pas de celui où nagent les mites en guise de pain !

Cette observation fut accueillie sans irritation.

– Il n’y a pas de quoi jaser, fit-elle, en retirant de sa tasse deux de ces insectes ailés ; le lait n’en est pas diminué, et s’ils y meurent, ce n’est pas du poison.

L’agent de police, voyant bien que ses remontrances faisaient peu d’impression, s’en alla, en recommandant encore à la femme de mieux surveiller le petit.

Le matin suivant, comme la veille, Frédéric s’enfuit.

– Quel enfant ! murmura la femme. Comment donc garder un pareil galopin ?

Cette fois, on ne le lui ramena pas. Dans l’après-midi, le pharmacien Ribet fut arrêté par un bambin qui lui demanda :

– Ne sais-tu pas où est la gentille dame, qui a une figure si blanche, comme maman, et un beau jardin ?

M. Ribet n’aurait pu répondre à cette question, mais, à son tour, il interrogea l’enfant et comprit que le bambin était égaré. Il le conduisit au commissariat où Frédéric fut accueilli par des exclamations de colère à l’adresse de sa gardienne.

– On va changer le système, dit le commissaire ; ce petit bout d’homme nous donne plus à faire qu’un vagabond de profession. Il faut le remettre entre des mains fermes.

Dans la rue des Valts, une des plus étroites de la ville, demeurait le tailleur Chafoin avec sa sœur Aglaé. Comme toutes celles de cette rue, leur maison était basse, déformée, grise de moisissure et contenait deux logements. On parvenait à celui qui était sous les toits par un escalier extérieur en bois vermoulu, au haut duquel une porte basse donnait accès à une sombre petite entrée que M. Chafoin honorait du nom de vestibule. M. Chafoin avait l’habitude de tenir sa porte fermée à clé. Quiconque désirait lui parler devait montrer sa figure à un judas pratiqué dans la porte. C’était là que le maître tailleur travaillait du matin au soir, et, parfois, tard dans la nuit. Il ne faisait guère que des raccommodages, et l’occupation ne lui manquait pas. Il savait rajeunir les vestes les plus malades, remettre en état le siège des pantalons qui avaient fait le désespoir des mères les plus habiles à manier l’aiguille. L’assiduité était la vertu maîtresse du frère et de la sœur. Tous deux avaient l’oreille dure, bien qu’ils n’aient pas encore atteint la cinquantaine ; leur visage était ridé et parcheminé et leur cœur racorni autant que leurs mains. Ils comptaient les bouchées qu’ils s’accordaient, et leurs vêtements étaient une preuve de l’art de Chafoin à faire survivre une vieille défroque.

L’argent faisait briller leurs yeux éteints. Leur seule joie était de pouvoir mettre de temps en temps un écu dans le vieux coffre couvert de chiffons, caché sous le lit.

Oui, M. Chafoin était disposé à accueillir Frédéric. Aglaé se persuada que la soupe au lait du dîner supporterait une plus forte addition d’eau et qu’on ferait au pain de trois sous – la ration quotidienne – des tranches un peu plus minces. De son côté M. Chafoin calcula qu’on trouverait bien quelque vieux morceau d’étoffe assez grand pour un petit pantalon et une blouse, quand ce serait nécessaire. Dix francs par mois, c’était peu, mais cela faisait pourtant 120 francs par an et si l’enfant restait dix ans chez lui, ce serait mille deux cents francs ; plus tard on lui paierait davantage, de sorte qu’il pourrait bien, en fin de compte, mettre de côté 1000 ou 1200 francs.

L’agent de police frappa de nouveau à la porte ; le maître ouvrit et l’employé entra avec Frédéric.

– Il s’agit, cette fois, de le tenir ferme, cria l’agent dans l’oreille du maître. C’est un vagabond, un rôdeur, qui nous a déjà donné autant de fil à retordre, à lui tout seul, que tous les enfants de la commune ensemble. Vous feriez bien de vous munir d’une bonne corde à nœuds.

– À quoi pensez-vous ? s’écria Chafoin effrayé. Une corde à nœuds ? Quelques branches d’un vieux balai feront bien l’affaire. Mais vous avez encore à payer pour le demi-mois de juin.

– Ça ne me regarde pas, répondit l’agent en haussant les épaules. Toi, continua-t-il d’un ton menaçant en s’adressant à l’enfant, si tu te sauves encore une fois, on te mettra dans une cave toute noire.

Frédéric, intimidé, le suivit des yeux. S’était-il vraiment sauvé ? Il avait seulement voulu chercher sa mère et la gentille dame. Pourquoi ce monsieur était-il si fâché ?

Maître Chafoin, cependant, examinait les habits de Frédéric. Son œil exercé eut bientôt reconnu qu’ils étaient d’un velours de première qualité. Il se dit, après réflexion, qu’on en pourrait tirer bon parti pour des cols d’habit ou de jaquette, qui se paieraient comme neufs. Il alla chercher un vieux veston qu’on lui avait laissé parce que, en réalité, il ne valait plus rien et le tint suspendu près de Frédéric pour en mesurer les proportions. Les manches étaient trop longues ; y remédier était facile. En reculant les boutons, cela plaquerait ; il ne fallait pas y regarder de si près. Il se mit aussitôt à l’œuvre et, tout en travaillant, il lui vint à l’esprit de dire quelque chose au petit.

– Je suis ton oncle, lui cria-t-il, – à cause de sa surdité, il s’était habitué à donner de toute sa voix – et Aglaé est ta tante ; elle est allée chercher un petit lit, mais il te faut crier en lui parlant, elle entend mal. Puis il continua à coudre.

Frédéric avait à peine compris ce qu’il disait, mais l’idée d’un petit lit le réjouit. Quel bonheur, un petit lit ! Il était si fatigué et il avait terriblement faim. Il n’avait pu boire le café où nageaient des papillons, il n’avait donc rien mangé de toute la journée. Il examina la chambre. Elle était mieux que celle des gosses et que celle où les habits traînaient partout. Là, près du poêle, sur une petite table, il y avait du lait et du pain. Il s’approcha avec un regard d’envie… comme ce devait être bon !

– Est-ce que je peux en manger ? demanda-t-il au tailleur si absorbé par son travail qu’il n’entendit pas. Il venait de calculer que, de la blouse de velours, il pourrait tirer sept ou huit cols, ce qui lui rapporterait bien une douzaine de francs. Satisfait, il fit un signe de tête que Frédéric prit pour un consentement. Alors l’enfant se mit à manger. Que c’était bon ! D’abord, sa petite bouche put à peine suffire au va et vient de ses mains empressées à y porter tour à tour le pain et le lait, puis, peu à peu, le mouvement se ralentit, il émietta le pain dans le lait et, avec la cuillère, il travailla si bien que tout eut bientôt disparu.

À ce moment, Aglaé entra. Elle avait réussi à obtenir en prêt d’une complaisante voisine un petit lit ; mais sa satisfaction fit place à l’horreur lorsqu’elle découvrit le désastre. Elle se précipita sur Frédéric et lui arracha la cuillère des mains, mais c’était trop tard ; le bol était vide et le pain englouti.

– Aglaé, cria Chafoin, on pourra y prendre huit cols. C’est une bonne aubaine !

– Misérable gamin ! s’écria la femme furieuse. Est-ce que tes cols m’intéressent ? Tu aurais dû surveiller ce gamin. C’est tout notre souper qu’il vient de manger, et je n’avais pas encore mis l’eau dans le lait ! Eh bien, tu pourras te coucher sans souper !

Le tailleur descendit de sa table et s’avança vers Frédéric effrayé.

– Qui t’a permis de manger ça ? demanda-t-il en colère.

– Toi, répondit Frédéric aussi haut qu’il put.

– C’est ça, toujours le même, s’écria la femme indignée, tu nous ruines ! Nous pourrons bientôt aller mendier. Tout le pain et tout le lait pour ce misérable gosse !

La figure osseuse du tailleur s’était enflammée de colère. Il ne dit rien, mais il alla droit à la cuisine, d’où il revint avec quelques branches de saule.

– Qui t’a permis de tout manger ? demanda-t-il encore une fois en fixant sur Frédéric un œil perçant.

– Toi ! répéta Frédéric. Je t’ai demandé et tu as fait signe que oui.

Alors la baguette de bois siffla sur le pauvre garçonnet qui ne savait que penser, car jusqu’alors il n’avait jamais reçu de coups.

– Pourquoi me fais-tu mal ? cria-t-il en voulant saisir la baguette de bois. Mais il retira sa main et vit sur la peau, une barre rouge lui prouvant que le maître ne plaisantait pas. Alors, fixant sur son bourreau ses grands yeux remplis de larmes :

– Tu es méchant, cria-t-il de toute sa force ; je ne t’aimerai pas du tout.

Le regard de reproche de l’enfant et ses paroles augmentèrent encore la colère de Chafoin.

– Voilà pour le mensonge, crapaud ! cria-t-il, et voilà pour la gourmandise, et voilà pour l’insolence. Et les coups pleuvaient. Enfin la baguette se brisa. Frédéric tomba en gémissant.

– Voilà, reprit Chafoin en jetant les débris de la baguette. Tu ne mangeras plus le lait et le pain tout seul… et ne t’avise pas de vouloir décamper.

Lorsque, le soir, Frédéric fut dans son lit, il voulut de nouveau joindre les mains, mais il ne put pas. La main qui avait reçu le coup était enflée. Il essaya de prier, et ne sut que répéter : « Dans mon petit lit… ô Dieu, garde-moi ! Garde-moi ! » Il ne put trouver la suite, sa tête était lourde et tous ses membres lui faisaient mal.

Pauvre Frédéric ! Tu es tombé entre des mains plus fermes. La blanchisseuse et la fripière auraient eu le cœur moins dur ; mais le Dieu de ta mère veille sur toi et tu peux compter sur l’abri de Ses ailes.

Le lendemain, Chafoin avait repris sa place sur la table, près de la fenêtre. Frédéric, encore abattu, était assis devant un bol d’eau blanchie d’un peu de lait. Il n’avait aucune envie d’en goûter. Il jetait de temps en temps un regard timide au maître qui tirait activement l’aiguille. Allait-il le battre encore une fois ? Quelle peur il lui faisait ! Il vaudrait mieux se sauver… Il s’approcha de la porte : elle était entr’ouverte. Il sortit, s’avança dans la rue, arriva sur la place du marché et s’engagea dans une autre rue… Oui, c’était là… La grille de fer, les belles fleurs derrière, et la belle maison. Il colla son visage aux barreaux et regarda. Rien ne remuait, les rideaux étaient baissés et la porte fermée. Une heure environ s’écoula puis, las d’attendre, Frédéric se mit à marcher lentement, passant d’une rue à l’autre, jusqu’à ce qu’enfin il n’y eut plus de maisons régulièrement alignées. Seulement encore de loin en loin quelques demeures modestes, puis un joli chemin en pente, du haut duquel Frédéric vit une grande étendue de pays bordée, à l’horizon, d’une ligne bleuâtre. C’était sans doute le grand jardin où demeurait Michel avec la Grise et maman Catherine qui faisait de si bons gâteaux et racontait de si jolies histoires. C’était là qu’il voulait aller. Il se mit à courir.

Soudain, il entendit un pas rapide derrière lui, et, quand il se retourna, il vit le méchant maître Chafoin. Celui-ci s’était proposé de guérir le garnement une fois pour toutes du désir de s’évader. Il avait retrouvé sa piste et le rattrapait au moment où le petit espérait trouver ce dont son cœur avait soif : affection et liberté.

Quelle terreur s’empara de lui ! Ses petites jambes redoublèrent d’agilité, mais les enjambées du méchant homme étaient quatre fois plus longues. Bientôt il sentit la main du tailleur à son cou.

– Cette fois encore, mais ce sera la dernière, dit Chafoin en secouant le petit si rudement que son chapeau tomba à terre.

– Je ne veux pas retourner chez toi ! s’écria Frédéric avec angoisse en cherchant à se dégager. Tu es si méchant et tu me fais mal.

– Il semble que tu n’en aies pas encore assez reçu, se moqua le maître. Tu verras ce qui t’attend.

Il traîna Frédéric qui résistait de toutes ses forces. Quoique le tailleur ne fût pas un hercule, il n’eut pas grand-peine à le ramener à la maison. De loin déjà, Frédéric vit Aglaé debout sur le seuil, attendant la baguette à la main.

– Je l’ai rattrapé, le petit brigand ! s’écria Chafoin glorieux. On entra, on ferma la porte. De nouveau la baguette cingla le petit délinquant. Personne n’entendit ses pleurs, ses cris désespérés.

– En voilà assez pour cette fois, dit enfin le tailleur en jetant les tronçons de la baguette. S’il te reprend l’envie d’aller encore te promener, tu en auras trois fois autant.

Frédéric n’entendait plus rien. Lorsque son bourreau le lâcha, il trébucha et se traîna jusqu’au coin où était son lit. Là, il appuya la tête contre le bois dur et ferma les yeux. Pourquoi ce méchant homme le battait-il ainsi ?… Pourquoi ne devait-il pas chercher sa mère et la si bonne dame et Michel et la Grise ?… Pourquoi devait-il rester dans cette vilaine chambre ?… Pourquoi ?…

Pauvre garçon ! Aurais-tu été consolé si tu avais appris, alors, qu’il y a beaucoup d’autres pourquoi angoissants auxquels personne ne répondra jamais dans ce monde ? Mais dans la forêt, ta mère t’a remis aux soins du Seigneur. Tu apprendras plus tard que Ses promesses sont fidèles et que toutes choses concourent à ton bien.

Le lendemain, Frédéric s’approcha de nouveau furtivement de la porte. D’une main tremblante, il pressa sur le loquet, car il pensait à la baguette. Mais, peut-être qu’aujourd’hui il retrouverait la gentille dame et tout irait bien… Hélas !… la porte était fermée à clef.

Chapitre 11

Un jour de novembre épanchait sa morne lumière sur la ville et la campagne. Le ciel était gris, la terre était grise, gris aussi le brouillard qui pesait sur les rues et les habitations, humectait les murs et les toits, et assourdissait les bruits du dehors. Les pas des piétons, le trépignement des chevaux, le roulement des voitures semblaient venir d’une route éloignée. Même le croassement des corbeaux et des corneilles, qui se balançaient au sommet des arbres dénudés, perdait son acuité, de même que le cri des grues et des oiseaux sauvages cinglant vers des contrées plus clémentes. Si ce brouillard couvrait maintes choses agréables à l’œil, il cachait aussi charitablement l’école du château. Elle était située au nord de la ville, au pied d’une colline que couronnait un château assez bien conservé, datant du Moyen-Âge.

En ce moment, l’horloge du château sonnait dix heures. La porte de l’école s’ouvrit. Une foule de garçons d’âges différents se précipita en criant sur la place ouverte qui remontait en pente douce jusqu’au chemin du château.

Autrefois, cette place avait été une verte pelouse, mais depuis que des centaines de sabots la piétinaient, on aurait eu peine à y découvrir quelques brins d’herbe, même dans les coins les moins piétinés. En temps de pluie, la terre humide et glissante occasionnait des chutes fréquentes.

Cette foule d’enfants criant et se bousculant offrait un spectacle lamentable. Leurs visages étaient pâles, leurs vêtements négligés. Ni déchirures, ni accrocs n’étaient réparés. Bien des élèves auraient voulu se soustraire à la loi de l’instruction obligatoire pour gagner quelque argent par leur travail ou même en mendiant. Cela n’étant pas possible, ils se vengeaient sur l’instituteur en lui rendant la vie amère.

Un jeune homme allait et venait d’un pas rapide sur le trottoir étroit qui séparait la place de la rue. Il était grand et svelte, avait la poitrine étroite et la tête toujours penchée en avant. Une pâleur maladive, qui laissait transparaître des veines bleuâtres, couvrait son large front. Un psychologue eût bien vite reconnu que ce front n’abritait pas des pensées banales, et un physiologiste, après un examen attentif, eût secoué tristement la tête.

C’était Georges Barbier, jeune instituteur, sorti frais émoulu de l’école normale, et faisant ses premières armes à l’école du château. Vu son zèle et son amour de la science, ses supérieurs lui avaient donné ce poste, plutôt que de le confiner dans un village. Ce jeune homme, au cœur ardent pour son Maître, se trouvait en présence de la rude réalité qui menaçait d’ébranler ses convictions et de détruire son idéal de pédagogue. Il s’était représenté sa tâche toute différente. Il aurait voulu se vouer à la jeunesse, se vouer à elle tout entier, l’élever, la tirer de la misère morale, et rendre son esprit accessible aux valeurs spirituelles.

Et maintenant, ce qu’il entendait et voyait le révoltait et le navrait. Des paroles grossières venaient de frapper son oreille ; un éclat de rire retentissant lui avait fait tourner la tête : un des plus grands garçons marchait derrière lui, imitant le maître, au grand divertissement de ses camarades.

Au moment où Georges Barbier le vit, l’écolier se fit petit et leva le bras pour parer la gifle qu’il attendait. Une légère rougeur monta au front de l’instituteur, mais il ne fit aucun mouvement pour châtier l’insolent.

– C’est très mal à toi, Séchaud, dit-il seulement d’une voix qui tremblait un peu.

Séchaud se redressa et s’éloigna en courant.

– Tu en aurais mérité une bonne ! lui dit un grand et vigoureux garçon, celui qui avait ri le plus fort et dont la figure était encore épanouie.

– Tu sais, répondit Séchaud, il n’a pas assez de poigne. Nous allons bientôt recommencer et rigoler à ses dépens.

Georges Barbier se reprochait d’avoir provoqué cet incident désagréable. Il aurait dû occuper cette jeunesse bruyante d’une façon convenable. Il appela donc les enfants pour organiser un jeu ; mais personne ne voulut l’entendre.

– C’est pour les petits gosses, dit Loup en se détournant d’un air de mépris ; et il se retira avec d’autres polissons en regardant le maître d’un œil railleur.

Pourtant, un certain nombre de plus jeunes avait finalement répondu à l’appel. Alors, le maître fit un nœud à son mouchoir, le mit dans la main d’un élève qui, une fois le cercle formé, en frappa le dos d’un camarade. Surpris, l’enfant se mit à le poursuivre et chercha à l’atteindre avant qu’il ait pris sa place. Georges Barbier se plaça parmi les joueurs et le jeu continua au milieu des rires et des cris joyeux.

Alors Loup souffla deux mots à l’oreille de Séchaud. Tous deux s’approchèrent du cercle.

– Je joue aussi, dit Loup en se plaçant à la gauche de l’instituteur, tandis que Séchaud prenait place un peu plus loin.

– C’est bien, dit le maître en reculant d’un pas.

Loup était aussi grand que son professeur, mais il avait la poitrine plus large et les bras plus vigoureux car, pendant la plus grande partie de l’été, il travaillait comme ouvrier dans un chantier de construction. Séchaud eut bientôt le mouchoir. Sous prétexte que le nœud était défait, il le refit dur comme pierre et le donna à son ami Loup. Tout à coup, Georges Barbier sentit une forte douleur dans le dos, et avant qu’il eût le temps de se remettre, un second coup le frappa. Il se mit à courir comme le jeu le voulait, mais Loup courait aussi vite et le frappait sans cesse. Au moment où Barbier allait regagner sa place, il trébucha – c’était le pied de Séchaud qui lui tendait un croche-pied, et il tomba.

Une douleur aiguë lui perça la poitrine et l’empêcha de se relever tout de suite. Les coups de Loup tombaient sur lui, accompagnés des éclats de dire de la bande cruelle. Mais, au moment où Loup levait de nouveau le bras, le mouchoir lui fut arraché des mains et lui-même fut poussé de côté. Un garçon pâle et pauvrement vêtu se pencha sur l’instituteur pour l’aider à se relever, ramassa son chapeau et essaya de nettoyer ses habits.

La sonnerie se fit entendre. Tous les écoliers se précipitèrent vers la porte en criant.

– Crois-tu qu’on lui a salé son jeu ! dit Loup triomphalement ; mais l’autre aura aussi son tour.

L’ « autre » était aussi rentré et le maître, lentement, fermait la marche. Il ressentait encore la douleur dans le dos, mais autre chose l’oppressait. Réussirait-il jamais à gagner le cœur de ses grossiers élèves ?

Il entra dans la salle réservée aux instituteurs.

– Malheur ! La récréation est déjà passée ! s’écria un petit monsieur trapu qui avait écrit tout le temps et jetait vite encore quelques lignes sur le papier. Il faut que mon rapport soit prêt à onze heures. Grandet, surveillez donc ma classe quelques minutes.

En disant cela, il prit son chapeau et sortit en hâte pour que son article parût dans le journal du soir.

L’interpellé se versa encore une tasse de café et la but à petites gorgées.

– Vous vous occupez trop des garçons, dit-il à Georges Barbier. C’est de la canaille qu’il faut tenir à distance.

– En effet, ils me semblent bien grossiers, répondit le jeune homme, mais je pense qu’il doit y avoir moyen de gagner leur affection…

Un éclat de rire de Grandet l’interrompit :

– Gagner leur affection ! Il est vrai que vous êtes encore inexpérimenté ; mais, notez bien ce que je vous dis : si vous voulez arriver à quoi que ce soit de bien, prenez le bâton et faites-le travailler ! Si vous rêvez encore d’affection et d’attachement, renoncez-y une fois pour toutes.

– Ce serait triste ! s’écria Barbier. Ces enfants misérables sont privés d’affection ; sans doute qu’à beaucoup d’entre eux la maison paternelle ne donne pas ce dont leur cœur a besoin ; si, à l’école, ils ne trouvent qu’un maître dur et impitoyable, rien d’heureux ne peut se développer en eux.

Grandet lui jeta un coup d’œil de pitié et quitta la salle en haussant les épaules.

Barbier avait oublié sa défaite ; pénétré d’une bienveillante ardeur, il entra dans sa classe. Il voulait, en donnant son cœur, gagner celui de ses élèves.

Les cours du matin étaient terminés. Professeurs et élèves retournaient chez eux. Georges Barbier, une pile de cahiers sous le bras, sortit à son tour, le visage soucieux. « Oui, se disait-il, ce sera difficile, mais je le tenterai. Avec l’aide du Seigneur, je trouverai le chemin de ces cœurs fermés, mais… ». Il porta la main à sa poitrine : une angoisse le saisit : « …en aurai-je la force ? »

Un garçon de treize ans environ, qui semblait l’avoir attendu, s’approcha et lui dit doucement :

– Me permettez-vous de porter vos cahiers ?

Georges Barbier, surpris, leva les yeux.

– C’est toi, dit-il d’un ton joyeux, car il avait reconnu le garçon qui l’avait secouru pendant la récréation. Veux-tu encore me rendre service ? Merci. C’est bien, cela.

Il remit les cahiers à son élève et sembla soudain plus réjoui ; il marcha d’un pas allègre et rapide.

– Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il après un court silence.

– Frédéric Forêt.

– Que fait ton père ?

– Je n’ai pas de père.

– Vis-tu avec ta mère ?

– Je n’ai pas de mère.

– Pauvre garçon ! Es-tu chez des parents ?

– Je n’ai pas de parents ; je suis chez des étrangers.

Alors l’instituteur, ému, entoura de son bras le cou du jeune orphelin :

– C’est bien triste, dit-il, n’as-tu donc pas connu tes parents ?

– Je ne sais pas, répondit Frédéric, j’ai un vague souvenir d’avoir traversé la forêt avec ma mère. Elle y est tombée. Puis, je me souviens d’un homme avec un cheval et d’une femme qui me racontait des histoires. Ensuite, c’est une belle dame qui a été très bonne pour moi. Après cela, je me suis trouvé chez le tailleur Chafoin où je suis encore.

– Les gens chez qui tu es sont-ils bons pour toi ?… L’enfant ne répondant pas, il ajouta : Les aimes-tu ?

– Non ! répondit vivement Frédéric d’un ton dur. Ce « non » accusateur montrait que l’enfant avait pleine conscience de sa situation.

Ils étaient arrivés au logement du maître. Dans la cour spacieuse d’une maison située rue de la Gare, on avait construit un large bâtiment destiné à plusieurs usages : entrepôts, écurie, bûcher, remise. À l’extrémité ouest, le propriétaire avait aménagé une chambre qu’il donnait gratuitement à qui s’engageait à nettoyer la cour et la rue et à faire différents travaux domestiques. Les locataires changeaient souvent ; il était rare qu’on y restât plus d’une année.

Depuis quelque temps, une pauvre veuve s’y était installée et avait trouvé moyen d’en retirer un gain accessoire. Elle avait obtenu du propriétaire une mansarde au-dessus de sa chambre ; c’était là qu’elle supportait la froidure en hiver, la chaleur en été, tandis qu’elle sous-louait la chambre à des jeunes gens, à qui leurs modiques ressources ne permettaient pas d’habiter des maisons plus opulentes. La bonne vieille se faisait payer huit francs pour la chambre ; pour quatre francs de plus, elle servait encore, le matin et l’après-midi, un café dont la chaleur était la principale qualité. Georges Barbier avait été reconnaissant envers un de ses collègues qui lui avait recommandé la chambre.

Frédéric posa les livres sur une vieille table branlante et se prépara à sortir.

– Attends encore un instant, dit Georges Barbier, en arpentant sa chambre d’un air pensif. As-tu le temps de passer cet après-midi une heure chez moi ? J’ai encore quantité de papiers que je voudrais mettre en ordre. Peux-tu m’aider à le faire ?

Le pâle visage de l’enfant se colora ; ses yeux brillèrent d’une joie qui réconforta l’instituteur.

– Oh ! oui, avec plaisir ! s’écria Frédéric.

– C’est bien. Viens vers les cinq heures, dit Georges Barbier en congédiant l’écolier qui s’en alla tout heureux. La sympathie de son maître l’avait réconforté. Enfin quelqu’un qui se souciait de lui !

La porte s’étant refermée, l’instituteur se laissa tomber à genoux. « Seigneur, murmura-t-il, Tu connais mon désir de Te servir. Merci de me donner un encouragement par le moyen de Frédéric ! Son cœur d’enfant a aussi besoin d’un appui. Aide-moi à lui enseigner l’amour de Ton cœur et la force de Ton bras ! Amen ».

Chapitre 12

Voilà ce qu’était devenu notre Frédéric. Le bel enfant qui ouvrait des yeux si joyeux sur le monde est maintenant un garçon maigre et pâle. Le jour dont nous nous souvenons, alors qu’il avait voulu ouvrir la porte pour voir briller le soleil et chercher des cœurs charitables, ce jour avait été le début d’années tristes et douloureuses. D’abord, il avait pleuré, crié, frappé à la porte et cherché à se glisser dehors quand, par mégarde, la clé n’était pas tournée. Chaque fois, le méchant homme était descendu de sa table, avait pris la baguette et l’avait brisée sur le dos de l’enfant. Alors Frédéric s’était tu et, blotti dans un coin, y passait la plus grande partie de la journée.

Puis il tomba malade, non pas d’une maladie déterminée avec accès de fièvre, ce qui l’aurait retenu au lit, mais il avait mal à la tête, pouvait à peine lever les pieds, remuer les bras et ouvrir les yeux. Il ne mangeait presque plus, ce qui n’affligeait guère le tailleur… Enfin, il alla mieux : il avala le maigre potage qu’Aglaé lui avait préparé, et revêtit une vieille veste, tant bien que mal taillée à sa mesure.

Sur sa mémoire aussi, il semblait qu’un voile se fût étendu. Les visages souriants vus dans sa tendre enfance avaient fait place à des monstres malveillants et grimaçants.

Au bout de deux ans, il fallut l’envoyer à l’école. Les autorités n’ayant pu découvrir sa famille lui donnèrent le nom de Frédéric Forêt. Au milieu des nombreux camarades qui criaient, babillaient, se bousculaient et se battaient même, il s’était tout d’abord senti très intimidé. L’un d’eux s’était approché de lui et lui avait crié au visage : « Vagabond ! ». Vagabond ! avaient répété les autres ; Victor l’a dit, c’est un vagabond.

Ce nom lui resta et l’accompagna de classe en classe. Ses condisciples l’appelaient ainsi ; les instituteurs y ajoutaient l’épithète de « rêveur ». Grandet le surnommait « l’endormi ». Lui, supportait tout et écoutait attentivement les leçons. Chaque année, il avait été récompensé. Il avait parfois posé des questions ou donné des réponses qui avaient étonné ses maîtres.

Quand il eut grandi, Chafoin commença à le charger de diverses occupations. Il devait porter les habits raccommodés ou aller chercher l’ouvrage chez les clients. Alors, il lui arrivait de recevoir deux ou trois sous, ou quelque friandise. Les sous, il les donnait au tailleur qui les acceptait sans scrupules ; mais lorsqu’il avait avoué qu’il avait mangé des brioches, le tailleur s’était écrié furieux :

– Aglaé, ce garçon nous trompe ; il nous mettra sur la paille.

Et la baguette qui avait longtemps reposé, reparut. Au premier coup, Frédéric tressauta et fit mine de vouloir s’en emparer, puis il se résigna et ne dit mot. Dès lors, il eut soin de manger en route le pain blanc ou les brioches qu’on lui donnait.

Six mois auparavant, le tailleur l’avait envoyé chez une cliente dont la propriété était entourée d’une clôture en fer forgé. Un sentier proprement sablé, bordé de plates-bandes couvertes de fleurs, entourait une pelouse. Il lui sembla avoir déjà vu tout cela. Quand était-ce ?… N’entrerait-il pas dans une chambre confortable, où il y aurait une table à ouvrage et un fauteuil à bascule ?… et une dame au visage aimable ? La chambre était là mais bien différente ! Il n’y vit, ni fauteuil, ni table à ouvrage, ni dame souriante. Une domestique vint lui prendre l’ouvrage, et il s’en alla hésitant et pensif. Des images confuses se présentèrent à son esprit ; un coin de voile se déchira et il revit, sous un ciel de printemps, dans la forêt, un vieux paysan avec son vieux cheval, et sa femme, la bonne sorcière aux bons beignets. Tout en marchant sans but, il sortit de la ville et arriva sur une colline. De là, il vit dans le lointain les arbres dans leur fraîche verdure printanière. Un besoin de s’en approcher s’empara de lui avec une telle force que des larmes jaillirent de ses yeux et qu’il pressa sa poitrine des deux mains, tant son cœur battait à grands coups.

Mais il fallait rentrer. Plus il approchait de la maison, plus sa marche se ralentissait. Ce fut avec répugnance qu’il entra dans la chambre basse. Chafoin ayant fait mine de prendre la baguette pour le punir de sa longue absence, Frédéric la saisit, la brisa et la jeta dans un coin.

– Vous ne devez pas me battre, je n’ai rien fait de mal, s’écria-t-il indigné.

Chafoin, remarquant un éclair étrange dans les yeux de l’enfant, déjà plus grand et peut-être plus fort que lui, grommela quelques imprécations, mais, dès lors, n’osa plus le toucher.

Une vieille nostalgie s’était réveillée dans le cœur de Frédéric. « Si seulement je pouvais parler à quelqu’un, se disait-il, M. Barbier aurait-il la patience de m’écouter et le désir de m’aider ? Il m’a parlé si amicalement, l’autre jour ! » À cette pensée, Frédéric se sentit le cœur plus léger, comme si un grand bonheur allait lui arriver.

Il ne prit pas garde à la figure revêche du maître, et ne remarqua même pas qu’Aglaé avait emporté les restes du dîner sans rien lui offrir.

– À cinq heures, je dois aller chez M. Barbier, dit Frédéric, sans autre préambule, au tailleur qui avait déjà repris sa place et cousait activement.

– Tu as sans doute fait quelque polissonnerie et tu vas être puni ! Cela te fera du bien. Si seulement je pouvais lui parler une fois ! Il saurait quel gamin entêté et impertinent tu es.

Frédéric ne répondit rien à cette injuste accusation et se contenta de dire :

– Je dois l’aider à mettre en ordre ses livres et ses cahiers.

– Il ne manquait plus que ça ! s’écria Chafoin. Il nous faut te nourrir pour que tu travailles chez les autres ?… Ôte-toi ça de l’esprit. J’ai besoin de toi ici, moi.

– Je pourrais faire vos commissions un peu plus tard, répliqua Frédéric. Permettez-le-moi seulement.

– Non, cria Chafoin. J’ai déjà assez de soucis et d’embêtements avec toi ; ton vagabondage ne recommencera pas tant que j’aurai mon mot à dire.

– Mais il faut pourtant que j’aille, puisque M. Barbier le veut, riposta Frédéric.

– C’est à moi qu’il faut obéir, entends-tu ? reprit le maître d’un ton aigre. Je vois bien que le bâton a chômé trop longtemps. Nous allons le reprendre.

– Vous pouvez laisser chômer le bâton, dit Frédéric en regardant le tailleur bien en face, je ne me laisserai plus battre. Il faut que j’aille chez M. Barbier.

Chafoin sauta de sa table, s’avança vers Frédéric, le bras levé, mais comme si le regard de l’enfant obstinément fixé sur lui avait eu le pouvoir de le paralyser, il le laissa retomber et, d’une voix étranglée par la colère, il cria :

– Toi… toi… vilain gamin ! Tu n’as qu’à rester sur le pavé.

Frédéric se demanda s’il devait braver les menaces de cet homme, mais la perspective d’être mis à la porte le retint à la maison.

Quatre heures sonnaient. La classe était finie. Le claquement des sabots se fit entendre dans les escaliers et sur les dalles du corridor. La porte s’ouvrit à deux battants pour livrer passage au torrent des écoliers. Des casquettes volaient dans l’air, des ardoises tombaient avec fracas. Frédéric se tenait près de la sortie, attendant son maître pour lui dire qu’il ne pourrait pas tenir sa promesse. Un long temps s’écoula. Enfin Georges Barbier parut, la tête baissée, l’air oppressé. Il s’arrêta un moment pour reprendre haleine, puis continua son chemin. Sa dernière leçon avait été pénible. Il avait eu affaire aux grands garçons. Lorsque, à son entrée dans la classe, plusieurs se levèrent poliment, une voix cria :

– Pour celui-ci, on reste assis !

C’était le garçon qui lui avait joué un méchant tour pendant la récréation. Réprimandé par le maître, il riposta :

– Ce n’était pas moi, vous pouvez demander à Loup.

Loup, renchérissant avec impertinence, ajouta :

– Et nous deux, vous savez, il ne faut pas nous embêter !

Déjà Georges Barbier levait la main pour appliquer à l’insolent une gifle bien méritée, mais il se rappela son principe directeur : discipliner, éduquer par l’exemple et par l’affection. Sa main retomba inerte.

– Vous n’auriez eu qu’à me battre ! s’écria Loup, qui avait remarqué le mouvement du maître, je l’aurais dit à mon père et alors vous auriez vu à qui vous avez affaire !

Au lieu d’obéir à un sentiment de colère, le jeune instituteur éprouva de la pitié pour cette jeunesse semblable à une terre dure et stérile que pas une goutte de pluie n’est venue amollir.

– Oui, tes principes sont fort beaux, Georges Barbier, si tu parviens à les appliquer, tu auras mieux réussi que tant d’autres qui font trembler leurs élèves. Mais il te faudra des années, de longues années de patience. Ton cœur a été émerveillé par l’amour de Christ. Tu espères tout, supportes tout parce qu’Il est devenu ton Seigneur et ton Maître. Mais aujourd’hui Satan va essayer d’ébranler ta foi.

En effet, à mesure qu’avançait la leçon, le bruit dans la classe allait en augmentant et lorsque l’instituteur se tourna pour dessiner sur le tableau noir, les boulettes de papier volèrent dans la classe. Enfin, il se décida à noter les plus coupables, ce qui provoqua de vives protestations. L’un des écoliers frappa du pied, d’autres l’imitèrent et le vacarme devint terrible. Soudain le directeur entra, un bâton à la main. Sans rien dire, il saisit le nommé Loup, et lui administra une volée de coups. Puis ce fut le tour de Séchaud et d’un troisième vaurien, et la tranquillité fut rétablie.

– N’avez-vous pas de bâton ? demanda le directeur à M. Barbier qui se sentait aussi mal à l’aise que s’il avait mérité le châtiment.

– L’effet du bâton ne dure pas, et il durcit les caractères, répondit-il.

– Ce sont des phrases, répliqua le pédagogue. Écoutez seulement ce que je vous dis. Le bâton est le bras droit du maître d’école ; vous serez débordé si vous ne savez pas vous en servir au bon moment.

L’heure étant passée, les garçons sortirent comme nous l’avons vu. Le directeur, après quelques recommandations, s’en alla aussi et le jeune homme, tourmenté, inquiet, malade, ne prit pas garde à Frédéric qui stationnait à la porte et qui n’osait pas l’aborder.

Il rentra chez lui, s’assit, découragé. Ses regards tombèrent sur le tableau du Bon Berger conduisant son troupeau.

« Oui, Seigneur, murmura-t-il, Tu as tout surmonté ; la méchanceté et le mépris, la moquerie et la grossièreté, la pauvreté et le mensonge ; Ton amour a eu raison de tout, a attendri les cœurs, changé la misère en joie. Devrais-je perdre courage pour un insuccès et parce qu’un polisson m’a insulté ? Qu’ils se moquent de moi ! Seigneur, éveille leur cœur à Ton amour et rends-les capable de combattre la misère et le mal, et de gagner à leur tour quelques-uns de leurs camarades au bonheur de Te connaître ! Seigneur, viens en aide à mon incapacité. Prépare Toi-même une occasion où je pourrai leur parler de Toi »

Réconforté par ce moment de prière, Georges Barbier se mit au travail.

Frédéric aussi était rentré à la maison, le cœur serré. Les méchantes paroles du tailleur résonnaient encore à ses oreilles et son instituteur l’avait oublié.

Le lendemain, un rayon de lumière brilla à nouveau dans son cœur. À la récréation, Georges Barbier lui demanda pourquoi il n’était pas venu chez lui la veille ; Frédéric le lui raconta et dit combien il en était triste.

– Je le regrette, dit le jeune maître, mais ne désespère pas. J’irai parler à M. Chafoin. Et puis, j’ai une autre proposition à te faire. Nous avons encore quelques beaux jours d’automne ; demain après-midi, j’irai faire une promenade dans la forêt. Veux-tu m’accompagner ?

– J’aimerais bien, s’empressa de répondre Frédéric, mais on ne me le permettra pas.

– Eh bien, dit Barbier après un instant de réflexion, j’irai moi-même en demander la permission à maître Chafoin.

Frédéric doutait du succès de cette démarche. Aussi fut-il très surpris lorsque, le soir, le tailleur lui dit qu’il pourrait faire une promenade le lendemain avec son instituteur.

Chapitre 13

Quelques beaux jours d’arrière-saison avaient succédé aux brouillards. L’air était frais, les chemins sans poussière ; un léger hâle s’étendait sur les prairies ; le blé levait et montrait ses pousses vertes, et la terre exhalait une odeur pénétrante.

Comme convenu, une trentaine d’écoliers attendaient près du pont. Certains portaient leurs habits de semaine, d’autres s’étaient endimanchés ; la plupart d’entre eux portaient une boîte plus ou moins bosselée sur laquelle ils tambourinaient à qui mieux mieux, fiers d’y avoir le menu d’une petite collation.

Frédéric aussi était du nombre des excursionnistes. Aglaé, inutile de le dire, ne lui avait pas même donné un morceau de pain sec. Mais que lui importait ! Il était aussi joyeux que s’il avait eu en perspective un Noël riche en cadeaux. D’un œil avide, il regardait la colline qui fermait l’horizon.

Le joyeux bourdonnement des enfants fut interrompu par deux nouveaux arrivants : c’était Séchaud et Loup.

– Que se passe-t-il donc ? Vous voilà comme un troupeau de moutons, cria Loup en bousculant deux ou trois camarades. Quand il sut de quoi il s’agissait, il éclata d’un rire moqueur.

– Tas de nigauds ! C’est avec celui-là que vous voulez aller promener ? Il faudrait quelqu’un d’un peu mieux bâti. Ses épaules sont de travers et son esprit aussi.

Plusieurs se mirent à rire. Les joues pâles de Frédéric s’empourprèrent, et s’adressant d’un ton indigné au trouble-fête :

– Ce n’est pas assez de vouloir gâter notre plaisir, tu oses encore mal parler de M. Barbier ! Si tu ne veux pas être de la partie, passe ton chemin, mais je ne veux pas que tu parles en mal de notre maître.

– Tiens ! Le vagabond est aussi là ! reprit Loup du même ton. Voilà qui m’arrange ; tu auras tout de suite ce que je te dois depuis avant-hier. Et pour que tu saches que je n’ai pas peur de toi, je dis : « Barbier n’est qu’un poltron ! »

Au même instant, Frédéric lui appliquait une gifle si vigoureuse qu’il recula, étonné. Loup, furieux, se précipita sur celui qui, en un clin d’œil, l’avait giflé de si belle manière.

– La première pour M. Barbier, s’écria Frédéric d’une voix tremblante de colère, la seconde pour…

Il ne put achever. Les longs bras de Loup venaient de l’enlacer. Frédéric se défendit de son mieux, mais bien que la colère et l’indignation aient doublé ses forces, il n’était pas de taille à se mesurer avec un si grand gaillard. Loup le terrassa et lui mit un genou sur la poitrine pour le frapper plus commodément.

Tout à coup, une main énergique sépara les deux combattants. Le jeune instituteur, penché sur Frédéric, le releva avec un bon sourire et lui demanda s’il était blessé.

– Ce n’est rien, dit-il tout bas, j’ai seulement la tête un peu lourde, cela passera.

Georges Barbier se tourna alors vers Loup qui le regardait d’un œil haineux.

– Qu’est-ce qu’il t’a fait pour le battre ainsi ? demanda l’instituteur d’un ton où perçait plus de tristesse que de colère.

– Il m’a embêté, répondit Loup grossièrement.

– Loup vous a insulté, dirent alors quelques-uns des élèves ; Frédéric lui a donné une gifle, et Loup lui est tombé dessus…

Le visage de l’instituteur prit une expression encore plus triste.

– Alors il y a eu aussi un peu de ta faute, Frédéric, dit-il. Mais toi, Loup, dis-moi ce que tu as contre moi.

Loup regarda son maître effrontément et répondit :

– Vous ne me plaisez pas !

M. Barbier sourit tristement :

– Veux-tu aussi me dire pour quelle raison je ne te plais pas ?

Avant de répondre, Loup jeta un rapide coup d’œil autour de lui pour s’assurer une rapide retraite, puis il cria :

– Vous êtes bossu et vous êtes lâche… Viens Séchaud ! En quelques bonds, il fut hors de portée, s’arrêta et se remit à ricaner. Frédéric, qui faisait mine de le poursuivre, fut retenu in extremis.

– Laisse-le, Frédéric, dit-il tranquillement, sans pouvoir toutefois réprimer un tremblement de sa voix ; les coups qu’on lui donnerait ne le corrigeront pas. Si tu te sens assez bien, mettons-nous en route.

On s’achemina donc d’un pas joyeux à travers la prairie. Loup, qui s’était attendu à une explosion de colère de la part du maître, était déçu. Il suivait de loin en sifflant, accompagné de son ami Séchaud. Enfin, voyant que personne ne faisait attention à eux, ils se lassèrent et retournèrent en ville.

Dans la forêt retentirent bientôt les chants joyeux des élèves. La journée fut superbe. Quand ils rentrèrent chez eux, les yeux brillants et le teint doré, la plupart des enfants sentirent s’éveiller en eux un sentiment de reconnaissance envers leur jeune instituteur.

Georges Barbier avait trouvé en Frédéric un cœur aimant et une intelligence éveillée. Dès le lendemain, il se rendit chez maître Chafoin.

Celui-ci ne comprit pas d’abord ce que le jeune homme lui voulait. Mais dès qu’il eut saisi que M. Barbier désirait prendre chez lui Frédéric Forêt, il jeta un coup d’œil scrutateur sur le visage bienveillant de son interlocuteur. Ce qu’il vit le remplit d’une joie secrète : il se promit d’en tirer avantage. Il répondit qu’il ne pouvait se passer du garçon ; que, jusqu’à ce jour il avait mis du sien pour l’élever, mais que l’enfant était arrivé à un âge où il pouvait lui être utile en faisant les courses.

– Je regretterais de vous faire du tort… ; si vous n’exigez pas une trop forte somme je pourrais bien payer quelque chose…

Chafoin triomphait intérieurement, mais son visage ne trahit pas la moindre joie.

– Oui, dit-il, c’est bien ainsi que je vois la chose. Mais… il y a les repas. Voyez-vous, avec le temps, cela ne pourrait pas continuer…

Chafoin toussotait, ne sachant comment faire comprendre habilement qu’il ne donnerait plus les repas à Frédéric.

– Oh, cela ne fait rien, interrompit vivement le jeune homme, il pourra manger chez moi ; il y aura assez pour nous deux.

La joie de Chafoin augmentait. Il en était déjà à se demander ce qu’il pourrait bien encore tirer du bienveillant instituteur, mais rien de plus ne lui vint à l’esprit.

– Nous voilà donc d’accord, dit M. Barbier. Combien dois-je vous payer par mois ?

Le rusé tailleur toussa de nouveau en jetant un coup d’œil à l’habit râpé du jeune homme. Il n’avait pas l’air riche. Si seulement quelqu’un avait pu lui souffler jusqu’où pouvaient monter ses prétentions !… S’il exigeait trop, l’affaire pourrait rater.

– Dix francs, dit-il enfin, après s’être gratté longuement l’oreille.

– C’est entendu, je vous les donnerai, répondit Georges Barbier, impatient de sortir de cette chambre malsaine où il se sentait défaillir.

Chafoin aurait pu se gifler… Pourquoi n’avait-il pas demandé douze ou quinze francs ?

– Mais il faut que Frédéric continue à loger chez vous ; je n’ai pas de lit à son service, ajouta Barbier, déjà près de la porte.

– Alors, vous me donnerez cinq francs de plus, se hâta de répliquer le tailleur, heureux d’avoir trouvé l’occasion d’exiger davantage. Et puis, de temps en temps, il me fera bien une ou deux courses ; sans cela il me faudrait un apprenti qui me coûterait plus que les quelques sous que vous me donnerez.

Georges Barbier consentit et sortit au plus vite. La vue de ce petit vieux tout racorni, aux yeux cupides et aux lèvres pincées, lui répugnait. « Pauvre garçon ! murmurait-il, quel supplice de vivre dans un tel milieu ! » Il se mit alors à réfléchir par quel moyen il arriverait lui, pauvre instituteur, à économiser quinze francs par mois.

Maître Chafoin descendu de sa table, s’était mis à arpenter la chambre et à calculer. « Dix francs d’indemnité, cinq francs pour le lit, vingt francs de la commune – on avait graduellement augmenté la pension – cinq francs qu’il me coûtait pour la nourriture, et qu’on peut décompter, cela fait quarante francs de bénéfice net. Quarante francs ! répétait-il tandis que ses lèvres se pinçaient en un sourire grimaçant et que ses doigts s’ouvraient et se refermaient comme des griffes.

Aglaé, étonnée de l’entendre parler tout seul, ouvrit la porte.

– Daniel, dit-elle, qu’as-tu donc ?

– Aglaé, lui dit-il d’un ton mystérieux, tandis que sa voix chevrotait d’émotion, le garçon ne mangera plus chez nous, et on nous donnera quinze francs.

Cette fois, Aglaé fut prise d’une crainte subite.

– Daniel, dit-elle un peu hésitante, il faut te mettre au lit.

Mais lorsque son frère l’eut mise au courant des évènements, elle leva les bras au ciel en s’écriant :

– Non, je ne croyais pas qu’il y avait encore des gens aussi naïfs.

Entretemps, le « naïf » avait calculé de quelle manière il économiserait les quinze francs. Frédéric, mis au courant par le tailleur de ce qui le concernait, n’avait pas perdu un instant ; il avait fait irruption dans la chambre de son instituteur, les joues en feu, le regard rayonnant. Il lui avait saisi la main pour la porter à ses lèvres.

– Monsieur ! s’était écrié l’enfant, en grande agitation, est-ce vrai ? Ai-je la permission de venir chez vous ?

– Oui, mon ami, et j’espère que nous nous entendrons bien.

Frédéric, après un silence, reprit doucement :

– Qu’est-ce qui me vaut ce grand bonheur ? Est-ce Dieu qui me délivre de cette prison ? Il est vrai que je ne prie plus depuis longtemps… je me sentais trop malheureux !

– Quant à moi, je suis bien content que cet arrangement te rende heureux, dit le maître en caressant le front de l’enfant. Peut-être trouverons-nous tous les deux ce qui nous a manqué, à moi pendant les heures de solitude, à toi pendant ton enfance. Mais sais-tu ? Dieu est au-dessus de toutes choses et Il veille sur chacun de nous. Dans Ses plans d’amour, Il a envoyé Son Fils bien-aimé pour nous délivrer du péché. Pour nous, Jésus est mort sur la croix, « le Juste pour les injustes ». Si nous croyons en Son œuvre parfaite, nous serons sauvés pour toujours !

Que ce langage était nouveau pour Frédéric ! Son maître avait parlé de « Jésus », d’une croix où Il était mort. Mais pour qui ? Ah ! oui, « le Juste pour les injustes ». Tout en rentrant, Frédéric repassait ces paroles dans son cœur et se surprenait à pleurer. Ne connaissait-il pas lui-même l’amertume de l’injustice ? Et Jésus était mort pour des méchants ! Que j’aimerais apprendre à Le connaître mieux ! J’essaierai de prier ce soir.

Lorsque Georges Barbier se coucha ce soir-là, il remercia le Seigneur de l’avoir conduit à cette école de village pour y rencontrer Frédéric. Prépare Toi-même ce jeune cœur, Seigneur ! Que dans sa misère Tu deviennes son trésor, le but de sa vie !

Dans Ses plans d’amour, Dieu répondait à la prière de la mère de Frédéric qui, dans la grande forêt, huit ans auparavant, s’était écriée : « Qui prendra soin de mon enfant si ce n’est Toi, Seigneur ! » Aujourd’hui, le cœur de Frédéric était mûr pour recevoir la divine semence et Georges Barbier était envoyé pour la semer.

Deux solitaires s’étaient rencontrés et se trouvaient enrichis et réchauffés l’un par l’autre. Le maître avait gagné le cœur de cet élève, qui sait si d’autres encore n’allaient pas lui succéder. Georges Barbier consacrait presque tout son temps libre à son protégé. Les connaissances qu’il avait reçues et développées, il voulait que Frédéric les possède aussi et, chose étrange, Frédéric qui, jusque-là n’avait été qu’un élève médiocre, dévoila tout à coup des capacités surprenantes.

Cette fois, Georges Barbier eut raison : l’affection fit des miracles ; tombées sur un bon terrain, les semences avaient rapidement germé et fructifié.

Frédéric cherchait de son mieux à se montrer reconnaissant. Il venait de bonne heure, chauffait le poêle, mettait sans bruit tout en ordre pour ne pas réveiller son maître que sa maladie avait tenu éveillé une grande partie de la nuit. Il brossait ses habits, cirait ses chaussures, préparait un café bien chaud. Quand le jeune homme se réveillait, Frédéric approchait une petite table de son lit et lui servait son déjeuner.

– Vous pouvez encore rester une bonne heure au lit, disait-il, il vient de sonner six heures.

L’instituteur savourait son café tout en écoutant le feu pétiller, et un sentiment de doux bien-être l’enveloppait. Ses pensées se reportaient loin de la ville, dans un village rustique aux toits de chaume abrités par des arbres fruitiers. Un essaim de joyeux enfants l’entourait. Ils aimaient et respectaient leur instituteur ; ils voyaient en lui un ami et l’écoutaient attentivement.

Ces rêveries matinales lui inspiraient une douce assurance et il reprenait sa tâche avec une confiance nouvelle. Quelques jours plus tard, Georges Barbier dut constater que son état de santé se dégradait. Les battements de son cœur étaient irréguliers. La poitrine lui faisait mal. Avec peine il achevait ses cours. Enfin, il eut recours à un médecin qui l’ausculta et secoua la tête.

– Combien d’élèves avez-vous ? demanda le docteur Henry.

– Soixante-dix.

– Soixante-dix, s’écria le docteur ; et tous à la fois dans une même salle ? L’air doit y être empesté… Les cours vous fatiguent-ils beaucoup ?

– J’aime donner les cours ; seulement je me fatigue quand il faut parler longtemps et la discipline n’est pas exemplaire.

– Ce n’est pas étonnant, reprit le docteur. Du reste, un bâtiment tel qu’est l’école du château devrait être fermé par ordre de la police sanitaire. L’homme le mieux portant pourrait y trouver la mort… Dites-moi, continua-t-il en examinant l’instituteur plus attentivement, ne pourriez-vous pas obtenir une place à la campagne ? Vous seriez beaucoup mieux près d’une forêt de sapins, et avec moins d’élèves.

– C’est ici qu’on m’a envoyé, observa Barbier timidement.

– Postulez sans tarder à un poste à la campagne ; je vous donnerai une attestation. Pour le moment, vous resterez un mois loin de l’école.

– Oh, monsieur ! s’écria Georges Barbier effrayé, je ne le peux pas ; mes élèves oublieraient tout, et je crois que je tomberais malade si je n’enseignais pas.

– Tomber malade ! dit le médecin durement. Vous êtes malade, et si vous ne vous reposez pas, la maladie prendra une mauvaise tournure.

– Je me reposerai tant que je le pourrai, assura le jeune homme, mais ne me chassez pas de l’école.

– Inutile de donner des conseils à quelqu’un qui ne veut rien entendre, grommela le docteur, en écrivant l’attestation ; puis il prescrivit un nouveau médicament.

Chapitre 14

Georges Barbier eut bientôt oublié les recommandations du médecin et la pensée de retourner à la campagne ne le quitta plus. Il postula aussitôt pour une place vacante et, lorsqu’un soir Frédéric, après avoir fait les courses du tailleur, vint lui souhaiter une bonne nuit, l’instituteur lui dit joyeusement :

– Frédéric ! Je dois partir à la campagne.

Frédéric pâlit d’émotion. Qu’allait-il devenir ? Mais Georges Barbier continua :

– Sais-tu que depuis que je suis ici je l’ai souvent souhaité, mais je n’osais pas le dire, de crainte de rendre ma tâche encore plus difficile à l’école du château. Maintenant le médecin me l’ordonne. Au printemps, je déménagerai. L’air pur et tonique des sapins me guérira complètement.

Et le malade respirait profondément comme s’il goûtait par avance les douces essences printanières, quand une vive douleur le ramena à la réalité.

– Te rends-tu compte, reprit-il, lorsque la crise fut passée, que je pourrai chanter avec mes élèves ! Frédéric, tu te réjouis aussi, n’est-ce pas ?

Frédéric s’était tourné vers la fenêtre ; des larmes coulaient sur ses joues. Il serait donc de nouveau seul, seul avec des gens qui ne l’aimaient pas.

M. Barbier s’approcha de lui, et, lui passant son bras autour du cou :

– Tu te réjouis, n’est-ce pas ?

Frédéric, sans parler, fit un signe de tête affirmatif. L’instituteur se pencha pour voir son visage.

– Qu’as-tu ? poursuivit-il surpris, tu pleures ? Qu’as-tu donc ?

– Alors… je… ne pourrai plus être avec vous, balbutia enfin le garçon, mais si vous guérissez, je serai bien content, c’est l’essentiel.

– Frédéric, mon garçon, dit le maître ému en attirant l’enfant tout près de lui, pour qui me prends-tu ? Tu viendras avec moi, tu me prépareras mon café, tu mettras mes livres en ordre comme maintenant. Sans toi, je ne saurais plus me tirer d’affaire.

Alors toute la tristesse de l’enfant se changea en joie. Entourant de ses bras le cou de son maître, il s’écria, transporté :

– Monsieur Barbier, Monsieur Barbier, c’est un trop grand bonheur ! Je crains qu’il n’arrive jamais !

– Certainement, si Dieu le veut, il arrivera, mon garçon. Mais tu ne sais peut-être pas comme c’est beau de demeurer à la campagne. Y as-tu déjà été ?

– Oui, dit Frédéric. Et, dans ses souvenirs, reparut la silhouette du tisserand et du cheval sous les grands arbres. « Il y a là-bas, murmurait-il, une belle et grande forêt, un ciel bleu, des oiseaux qui chantent ; une dame fait des gâteaux et raconte des histoires ». Machinalement il se reportait huit ans en arrière, aux jours heureux que sa mémoire avait gardés fidèlement.

Georges Barbier l’examinait avec étonnement, puis se mettant à rire :

– Tu rêves les yeux ouverts, dit-il… Que racontes-tu là ?

– Je ne sais pas comment cela se fait, dit Frédéric en riant aussi. Chaque fois que je pense à la campagne, je vois cela devant mes yeux. J’étais encore très petit, j’avais perdu ma mère dans la forêt et cet homme se nommait Michel.

– Il faut que ces circonstances t’aient bien frappé pour que tu t’en souviennes encore. Eh bien, moi, je vois une école aux fenêtres encadrées de vigne vierge, à l’ombre de grands tilleuls. C’est là que nous demeurerons, Frédéric. Mais la tâche ne sera pas si facile. Il te faudra m’aider ; pendant que je m’occuperai des grands, tu feras lire ou épeler les petits, tu leur apprendras à écrire.

Les yeux de Frédéric brillèrent :

– Je le ferai avec plaisir. Comme ce sera intéressant !

– Puis, quand nous aurons bien travaillé, nous irons au jardin.

– Y aura-t-il aussi un jardin ?

– Certainement, un grand et beau jardin. Et s’il n’y en a pas, nous en ferons un.

L’instituteur prit une feuille de papier. Voilà la maison, dit-il en dessinant un carré. Ici, nous aurons le jardin. Tout autour, nous planterons des sapins qui nous protégeront contre les vents froids. Près de la maison, nous aurons des buissons de lilas. Représente-toi, quand ils fleuriront au mois de mai, quel parfum ! Nous en mettrons des bouquets dans la classe, et devant la maison nous arrangerons un parterre de rosiers ; j’en connais de magnifiques espèces qui, si nous les soignons bien, fleuriront jusqu’à l’automne. De chaque côté des sentiers, il y aura des plates-bandes de fleurs variées, nous en aurons du printemps jusqu’en octobre. Mais, Frédéric, nous ne parlons que de fleurs ; il faut aussi penser à l’utile. Nous aurons des arbres fruitiers, des cerises pour l’été, des prunes et des pommes pour l’automne. Il y en aura de l’ouvrage à tailler, émonder ces arbres… Et n’oublions pas les enfants : nous aurons une fête pour la cueillette des cerises et une pour celle des prunes et des pommes.

Frédéric ne savait que dire, tant ces perspectives l’éblouissaient.

– Oh ! s’écria-t-il enfin, il me semble que j’ai déjà rêvé de toutes ces belles choses. Et j’y serai aussi ?

– Naturellement, Frédéric, on ne fera rien sans toi. Qui est-ce qui grimperait sur les arbres quand…

– C’est moi, moi ! Vous verrez comme je saurai m’en tirer !

– J’en suis sûr. Mais n’oublions pas que les élèves sont le principal. Demandons à Dieu de nous aider à accomplir le service si important qu’Il nous a confié. J’aime à répéter ce verset écrit par l’apôtre Jean : « C’est ici la confiance que nous avons en Lui, que si nous demandons quelque chose selon Sa volonté, Il nous écoute ». Il en sera selon ce que le Seigneur voudra, ajouta-t-il avec un soupir. Pour le moment, retourne à la maison, sinon maître Chafoin aura fermé la porte à clé.

Avant de sortir, Frédéric demanda à son maître la permission d’emporter la feuille de papier sur laquelle le plan de la maison était dessiné.

L’instituteur resta seul et prit aussitôt sa Bible. Le verset 5 du Psaume 39 retint son attention : « Voici tu m’as donné des jours comme la largeur d’une main ». Oui, Seigneur, murmura-t-il, ma vie sera courte. J’aurais aimé Te servir avec Frédéric… dans Ta grâce, fais de lui Ton enfant et, plus tard, un serviteur fidèle. Poursuivant sa lecture, il lut à haute voix le verset 7 : « Et maintenant, qu’est-ce que j’attends, Seigneur ? Mon attente est en Toi ». Rempli de cette plénitude d’assurance, Georges Barbier alla se reposer.

De toute la nuit, Frédéric ne put dormir. Un monde nouveau s’était ouvert à lui et l’espoir remplissait son cœur. Dès qu’il fit jour, il prit la feuille de papier, et, dans les faibles traits de crayon, il vit un jardin verdoyant, des lilas et des rosiers en fleur, des arbres chargés de fruits. Les gronderies habituelles du tailleur frappèrent à peine son oreille. Il monta et descendit gaiement les escaliers, porta et rapporta des habits, le visage rayonnant des belles perspectives. Son air heureux lui fit recevoir de nombreuses friandises qu’il rapporta triomphant à son instituteur.

Georges Barbier, en dépit des avertissements du médecin, voulut rester à son poste aussi longtemps que possible. Sa parole chaude et persuasive, son enseignement captivant, son regard affectueux, avaient déjà touché plus d’un cœur. À son entrée en classe, les yeux de plusieurs brillaient de plaisir ; ils s’efforçaient d’être attentifs et d’alléger la tâche de leur maître. Mais bientôt, les forces lui manquèrent. Par un jour glacial de décembre, Georges Barbier tint sa classe pour la dernière fois. Pour rentrer à la maison, il dut s’appuyer sur Frédéric.

– Aide-moi à me mettre au lit, dit-il d’une voix brisée.

Frédéric courut chercher le médecin. Celui-ci fut effrayé du changement qui s’était opéré dans l’état de son patient.

– Vous avez travaillé plus vite que je ne l’aurais supposé, dit-il d’un ton qui se voulait enjoué. Je crains que, maintenant, l’air de la campagne n’y puisse plus rien.

Georges Barbier secoua la tête et ne put articuler un mot.

– Qui restera près du malade ? demanda le médecin.

– Moi ! dit Frédéric.

– N’a-t-il pas de mère ou de sœur qui puisse le soigner ?

– Je crois qu’il n’a pas de parents.

– Dans ce cas, nous le mettrons à l’hôpital.

– Oh ! Docteur, s’écria Frédéric, les larmes aux yeux, laissez-le ici ; je resterai auprès de lui jour et nuit ; je l’aime tant ! Je saurai le soigner.

– Ton intention est bonne, dit amicalement le médecin, mais il faut quelqu’un d’expérimenté. Il ne peut pas rester ici.

Ce n’était pas encore le temps des ambulances. Quatre hommes vinrent donc avec un grand brancard où l’on coucha le malade. Frédéric marchait derrière essuyant des larmes versées en silence. Il suivit le malade jusqu’à la porte de l’hôpital, puis il fallut aller à l’école. La classe finie, il courut à cette grande maison qui, sous un extérieur engageant, cache tant de souffrances et de misères.

Les garde-malades, surprises à la vue de ce garçon pauvrement vêtu qui désirait voir l’instituteur, lui dirent que celui-ci ne pouvait recevoir de visites.

– S’il vous plaît, permettez-moi de voir mon maître, demanda-t-il avec tant d’insistance qu’on finit par le laisser entrer. On le conduisit dans une chambre, petite, où Georges Barbier était couché. Une infirmière se tenait près de son lit. Le malade ouvrait de grands yeux fixes et murmurait des paroles incohérentes. Frédéric s’avança et pris sa main sèche et brûlante. Alors les yeux du malade se tournèrent vers l’enfant. « Frédéric », dit-il doucement, et un faible sourire erra sur ses lèvres. Frédéric ne lâcha pas la main que la douleur faisait, par moment, tressaillir dans la sienne.

Un moment, le malade se calma et s’assoupit. Puis il se mit à parler. Il était à l’école, parlait aux élèves d’un ton amical, ensuite se plaignait de fatigue. Des larmes remplirent les yeux de Frédéric. Cet homme si bon allait-il mourir ?

Le médecin entra. Frédéric lâcha la main du malade. Soudain M. Barbier se mit sur son séant : « Frédéric, s’écria-t-il avec angoisse, Frédéric, où es-tu ? » Il voulut se lever, le médecin le retint avec peine, et ce ne fut que lorsque Frédéric lui eut repris la main qu’il se recoucha. Frédéric raconta comment le jeune maître s’était intéressé à lui et termina en disant :

– Oh ! Docteur, laissez-moi rester près de lui !

Après avoir pris conseil auprès de la supérieure, le médecin conclut :

– C’est contre la règle, mais puisque Monsieur Barbier n’a que toi, nous ferons une exception.

Quelle joie pour Frédéric ! Quant au malade, il n’aurait pu avoir un meilleur infirmier. Il humectait ses lèvres sèches et brûlantes, rafraîchissait son front enfiévré, arrangeait ses coussins, lui faisait prendre ponctuellement ses médicaments, et son cœur aimant lui inspirait une quantité de petites attentions délicates. Le sommeil avait fui de ses yeux et il touchait à peine aux aliments qu’on lui servait. Sa figure pâlit encore, ses yeux perdirent leur éclat, mais il ne souffrait pas de son extrême épuisement.

Même dans les divagations de la fièvre, Georges Barbier semblait avoir conscience de la présence de son jeune ami.

Cependant l’état du malade empirait. Sa respiration devint pénible ; les suffocations se répétaient à intervalles toujours plus rapprochés et le visage du médecin était de plus en plus soucieux. Les jours se succédaient dans une anxieuse attente ; enfin, le médecin dit :

– Cette nuit sera décisive ; seul un corps vigoureux pourrait supporter cette pneumonie.

Frédéric s’assit tout tremblant. Il avait perdu force et courage et pleurait si amèrement que le médecin lui dit :

– Ne pleure pas ; peut-être qu’il se remettra.

Le soir vint, puis la nuit. Une garde s’assit au chevet du malade. La fièvre redoublait. Le pouls était si rapide que Frédéric n’en pouvait presque plus compter les battements. Georges Barbier gémissait en pressant sa poitrine convulsivement. Vers les deux heures du matin, il fut plus calme, ses yeux se fermèrent et Frédéric remarqua que le cœur battait plus régulièrement. Les mains devinrent moites et la respiration plus égale. Le sommeil était venu. Frédéric, tenant de nouveau la main de son cher maître n’osait remuer et se demandait : « Se réveillera-t-il ? »

« Seigneur Jésus, murmura Frédéric dans une prière, Toi qui as souffert pour moi l’injustice et même la mort terrible de la croix, je viens à Toi avec toute ma misère. J’ai compris que Tu m’aimes et que Tu m’aimeras toujours. Quoi qu’il arrive, garde-moi bien près de Toi, Seigneur ! »

Chapitre 15

Deux à trois heures pouvaient s’être écoulées, lorsque Georges Barbier se réveilla. Il regarda l’enfant avec étonnement.

– Frédéric, dit-il, ai-je été bien malade ?

Ces paroles lucides remplirent de joie le cœur de son ami.

– Oh oui ! répondit-il, mais vous allez mieux, n’est-ce pas ?

– Depuis quand suis-je ici ?

– Depuis huit jours.

Le malade secoua la tête.

– As-tu toujours été auprès de moi ?

– Oui, monsieur, et je suis bien content que l’on me l’ait permis.

Georges Barbier lui pressa doucement la main :

– Tu es un brave garçon, murmura-t-il… et ses yeux se refermèrent.

Quand il se réveilla, il faisait grand jour et la fièvre était tombée, mais il était si faible qu’il pouvait à peine remuer ses membres.

– Frédéric, dit-il, je me sens si bien. La fièvre a emporté les douleurs, mais je ne m’en relèverai pas.

– Oh, monsieur, s’écria Frédéric effrayé, vous allez guérir. Oubliez-vous que nous devons partir à la campagne au printemps ?

– Oui, ce serait beau… très beau pour toi et moi… J’aimerais voir encore une fois le printemps, entendre chanter les grives et les alouettes… mais j’attends mieux encore…

Il se tut et tourna son regard rêveur vers la fenêtre par où n’entrait que la lumière grise de décembre. Il remua les lèvres et Frédéric, prêtant l’oreille, saisit ces paroles :

« Ta carrière a fini,

Dieu t’ouvre une demeure,

Où le printemps fleurit,

Où jamais on ne pleure ».

Frédéric joignit les mains. Une paix intérieure dominait la douleur de la séparation redoutée depuis si longtemps. Son cœur se reposait plein d’assurance en Celui que son cher maître lui avait appris à connaître. Oui, il s’attacherait à suivre le Seigneur comme l’avait fait celui qui allait le quitter.

Le docteur vint, examina le malade, l’ausculta soigneusement :

– Eh ! Eh ! dit-il d’un ton réjoui, le mal paraît vaincu !

– C’est vrai, répondit le jeune homme, il ne me peut plus rien.

Le docteur lui serra la main et dit à la garde :

– Donnez-lui du vin, du vin fort ; les forces diminuent rapidement.

Georges Barbier se tourna vers Frédéric :

– Je ne sais pas si c’est juste, mais je voudrais que tu me fasses une promesse… ou plutôt, non… c’est une prière que je t’adresse. J’aimerais que tu te prépares à être instituteur. Tu feras ce que je n’ai pas pu faire. Tu deviendras grand, fort et actif. Peut-être ne comprendras-tu que plus tard ce que je te dis. On manque d’hommes désintéressés qui se dévouent à l’éducation des enfants pauvres. Nous en avons beaucoup qui instruisent et remplissent les têtes de toutes sortes de science, mais ils oublient le cœur ; l’amour manque. N’en sachant pas donner, ils n’en peuvent recevoir, et tout leur travail est vain.

Pense au Seigneur Jésus, Frédéric ! Partout où Il intervenait, les malades guérissaient, les pauvres se sentaient riches. Il se donnait aux foules… Il les aimait…

La garde apporta un verre de vin.

– Merci, dit-il, posez-le sur la table, je le boirai un peu plus tard. Puis il continua : … J’ai désiré marcher sur Ses traces. Ils se sont moqués de moi. Je n’ai peut-être pas su m’y prendre. Mais toi, Frédéric, tu l’as compris, et cela me rend heureux. Je te donne ma Bible… Attache-toi à la lecture de la Parole de Dieu comme nous aimions à le faire ensemble. Puis, si le Seigneur le permet, fais-toi instituteur. Donne ton cœur à tes élèves… et tu gagneras le leur… enseigne-leur à suivre… la bonne Voie… et ils seront… tous heureux.

Il se tut. Chaque parole lui coûtait un effort. Les larmes de Frédéric tombaient sur la couverture et sur la main flétrie du mourant.

– Je le ferai, avec l’aide du Seigneur, dit-il d’un ton solennel, je vous le promets !

– Ta promesse ne doit pas te lier… Si tes goûts changent, si l’enfance et l’école ne t’intéressent pas, renonces-y. Nous avons assez de fonctionnaires, mais bien peu de vocations… J’ai aussi eu une triste enfance… mais Dieu connaît toutes choses et Il pèse les cœurs.

La garde entra.

– Voici, dit-elle, une lettre pour vous, M. Barbier ; voulez-vous la lire plus tard ?

– Donnez, donnez ! dit le malade en rassemblant ses dernières forces. D’une main tremblante, il l’ouvrit ; ses yeux en parcoururent le contenu, puis un rayon de joie illumina ses traits.

– Frédéric – nous irons à la campagne… au printemps… à Valombre…

Sa tête retomba en arrière ; il n’était plus.

Oui, Georges Barbier, ta vie fut pénible, tes sentiers furent ardus ; pourtant tu as été plus heureux que ceux qui marchent sur les routes unies et bordées de fleurs, car tu n’as pas vécu pour toi seulement : tu as aimé et servi le Seigneur.

Il faisait froid ; le vent du nord soufflait par rafales sur la plaine enneigée ; un pâle rayon de soleil éclairait les brumes grisâtres. Quelques personnes accompagnaient le jeune instituteur à sa dernière demeure.

La cérémonie terminée, les mottes de terre durcies par le gel tombèrent sur le cercueil. Frédéric s’approcha du tertre fraîchement remué et essaya de prier. Ses larmes tombaient sur la terre froide. Sa tête et son cœur étaient lourds. « Seigneur ! soupira-t-il, angoissé, me voilà de nouveau seul. Tu m’as fait marcher dans la vallée de l’ombre de la mort, mais je sais que Tu es avec moi. Garde-moi et conduis-moi, Seigneur ! » Il serra tendrement la Bible de son maître et la mit dans sa poche.

Chacun, dans les rues, s’empressait de regagner son logis. Frédéric, arrivé chez le tailleur, trouva la porte ouverte. Le maître, assis sur sa table, absorbé par son travail, tirait l’aiguille d’un mouvement saccadé en marmonnant des mots inintelligibles. Il devait être singulièrement agité. Il n’entendit même pas Frédéric qui le saluait. Alors celui-ci dit à haute voix : « Me voici ! »

Le maître leva les yeux ; son visage pâle et ridé rougit de colère et ses petits yeux s’arrêtèrent sur Frédéric avec une expression si méchante que l’enfant recula d’un pas.

– Apportes-tu de l’argent ? cria-t-il.

– Je n’ai pas d’argent, répondit Frédéric étonné, car il ne savait rien des engagements pris par Georges Barbier.

– Ah non ? cria Chafoin, et tu reviens effrontément, maudit garnement. C’est quinze francs que le maître d’école me doit. Pourquoi n’es-tu pas allé à l’école ? Il m’a fallu payer deux francs d’amende, parce que tu as manqué sans motif valable. Il faudra bien que ton maître me les rembourse.

– Mon maître a été malade… et il est mort. J’ai été auprès de lui tout le temps, mais il ne m’a pas donné d’argent.

– Sûrement qu’il t’en a donné, cria Chafoin toujours plus furieux. Tu veux me tromper comme ton maître ! Les mains osseuses fouillèrent les poches de Frédéric. Il n’y trouva que la Bible qu’il jeta par terre. Il me faut cet argent, cria-t-il exaspéré : quinze francs, plus les deux francs d’amende, total dix-sept, il me les payera, ce voleur.

L’accablement de Frédéric se changea en indignation. Il repoussa les mains du tailleur et ramassa sa Bible.

– M. Barbier, dit-il, ne vous doit rien du tout ; c’est une honte d’insulter un mort qui fut le meilleur des hommes.

Chafoin ne savait plus ni ce qu’il faisait, ni ce qu’il disait. Il prit Frédéric par les épaules et le secoua violemment.

– Procure-toi cet argent comme tu pourras ; vole-le si tu veux, mais je veux mon argent !

Il était horrible à voir ; ses cheveux gris lui tombaient sur le visage, ses yeux étincelaient et ses mains tremblaient. Frédéric recula ; il n’avait jamais rien vu de si repoussant. Chafoin ouvrit la porte et le poussa dehors en criant : « Si tu reviens sans argent, gare à toi ! »

Le jour baissait. Les lampadaires s’allumaient l’un après l’autre et vacillaient au souffle d’un vent glacé. Frédéric n’avait pas eu le temps de bien comprendre la situation. Pourquoi Chafoin le chassait-il ? Où l’envoyait-il chercher de l’argent ? Tout en marchant sans but, inconsciemment, il évitait les grandes rues. Enfin il s’arrêta devant une maison de petite apparence.

Il s’y tint quelque temps immobile. Qu’allait-il devenir ? Dans cette maison, une fenêtre était éclairée. Sur une planche étaient étalés des petits pains et quelques gâteaux saupoudrés de sucre. Une vitre était entrouverte et une bonne odeur de pâtisserie chaude s’en échappait. Frédéric, dans l’excitation causée par les derniers évènements, avait à peine touché aux aliments qu’il aurait pu avoir en abondance à l’hôpital. Le matin même, il n’avait pris qu’une tasse de lait et un morceau de pain. Involontairement, il s’approcha de la devanture parfumée. La croûte dorée du pain ne lui avait jamais paru si appétissante. Dans l’intérieur, une boulangère replète buvait tranquillement une tasse de café dont l’odeur, mêlée à celle du pain, aiguisa encore l’appétit de Frédéric. Il porta la main à sa poche, mais n’y trouva pas la plus petite pièce de monnaie. Peut-être que la grosse dame lui donnerait un morceau de pain s’il entrait lui en demander. Mais quoi ? Mendier ? Non ! Plutôt mourir de faim.

Il se souvint d’un chant qu’il avait appris à l’école :

« Il a pitié de l’orphelin,

Son cœur s’émeut de sa misère,

Sur lui Il étendra Sa main

Et le portera comme un Père ».

Quelqu’un viendra-t-il lui donner le pain et le foyer qui lui manquent ?

Tout à coup, une main s’avança par-dessus son épaule, s’introduisit par le guichet ouvert, s’empara lestement d’un petit pain et, avant que Frédéric se fût rendu compte de ce qui s’était passé, la boulangère se précipitait dehors en criant et en le prenant par le bras.

– Je pensais bien, s’exclama-t-elle, furieuse, que ce garnement méditait un mauvais coup. On se glisse et on guette pour attendre le moment favorable. Mais j’ai de bons yeux et de bonnes jambes. Rends-moi le pain que tu m’as pris et marche à la police ! En prison tu pourras réfléchir sur le huitième commandement.

– Vous vous trompez, dit Frédéric. Oui, j’étais près de la devanture et j’avais faim, c’est vrai, mais je n’ai pas pris votre pain. Je n’ai pas beaucoup mangé ces derniers jours, mais je ne prendrai jamais ce qui ne m’appartient pas.

– Ne le croyez pas, dit une troisième voix. Je l’ai vu prendre un petit pain, j’étais derrière lui ; voyez, il l’a jeté par terre.

C’était Loup qui parlait en regardant Frédéric d’un air narquois.

– Tu mens ! cria Frédéric d’une voix vibrante d’indignation. Si tu étais derrière moi, tu dois savoir à quoi t’en tenir. Maintenant, je comprends : c’est ton bras qui a passé par-dessus mon épaule et tu dis que c’est moi qui l’ai pris ; tu es un menteur !

La boulangère, sans écouter Frédéric, gémissait :

– Quelle honte ! Si jeune, et déjà perverti ! Un air innocent à faire croire qu’il ne saurait pas troubler l’eau, et il veut nier ce que j’ai vu de mes propres yeux ! Je t’aurais peut-être laissé courir, mais puisque tu n’as pas honte de mentir si effrontément, tu seras enfermé comme tu le mérites.

Un agent de police passait. La femme le mit au courant du délit.

– C’est heureux, monsieur le commissaire, qu’il y ait un second témoin puisqu’il a l’audace de nier quand le petit pain est encore là, à terre, où il l’a jeté.

Mais Loup, le témoin en question, venait de s’esquiver. Il n’aimait pas avoir affaire à la police qui le connaissait. Frédéric eut beau protester de son innocence, l’agent ne le crut pas.

– Viens seulement, jeune homme, dit-il tranquillement, la nuit porte conseil : demain tu te souviendras mieux.

Une angoisse terrible s’empara de Frédéric. On allait donc le conduire en prison, avec les voleurs et les criminels.

– Je n’ai rien fait de mal, dit-il d’une voix étouffée, je n’y veux pas aller.

– Oui, oui, tous ceux qu’on enferme sont innocents, dit l’homme en riant ; mais pourtant il faut qu’ils marchent. En avant ! mon garçon !

Et comme Frédéric reculait d’un pas, le commissaire le prit au collet et le poussa devant lui. La boulangère regrettait presque de l’avoir fait arrêter, mais ses regrets se changèrent en dépit lorsqu’elle trouva son café refroidi.

– Un gamin de cette sorte, qui me gâte mon goûter ! Et que je vais peut-être m’enrhumer par-dessus le marché. Si on le tient quelques jours sous les verrous, ce sera bien fait.

Le commissaire continuait à pousser Frédéric dont les jambes étaient de plomb. Soudain, il lui sembla que, de toutes les fenêtres, on le regardait passer en disant : « Voyez, ce garçon a volé, on le mène en prison ». Puis il se vit couvert de l’uniforme des détenus. La chaleur de la honte courut dans ses veines. Ses jambes retrouvèrent leur souplesse ; il se prépara à s’enfuir.

– Enfin, tu sais encore marcher, dit l’agent d’un ton bourru ; j’allais justement te stimuler un peu.

Frédéric ne dit rien. Il sentait que la main de l’agent se relâchait. Au moment où ils tournaient le coin d’une rue, le vent leur souffla si fort au visage que l’homme recula d’un pas et voulut relever le col de son manteau. D’un bond, Frédéric le distança et se mit à courir de toutes ses jambes.

– Au voleur ! Arrêtez ! criait le commissaire en le poursuivant. Frédéric courait plus vite, toujours plus vite, il se sentait emporté comme s’il avait eu des ailes, d’abord dans les rues éclairées, puis dans des ruelles sombres.

Enfin, les becs de gaz, de plus en plus espacés, le guidèrent hors de ville. Les pas de son persécuteur distancé ne retentissaient plus à ses oreilles mais, quoique hors d’haleine, l’angoisse l’empêchait de s’arrêter, il courait toujours. Il courait, le visage cinglé par le vent du nord qui faisait voltiger dans l’air des atomes glacés, courbait les branches nues des vieux saules et entassait de lourds nuages de neige, prêts à couvrir la terre gelée de leurs masses tourbillonnantes.

Le moindre bruit insolite augmentait l’affolement de Frédéric. Il croyait entendre toute une bande à ses trousses. « Au voleur ! » criait le vent de tempête ; « au voleur ! » répétaient le cliquetis des branches, le bruissement des feuilles mortes et le grincement de la neige sous ses pieds.

Soudain, il poussa un cri : quelqu’un l’avait saisi ! Mais non, ce n’était qu’une branche qu’avait effleurée son épaule. Il avait perdu le chemin, il trébuchait maintenant dans les sillons d’un champ labouré. Tombé dans un fossé rempli de neige fraîche, il se releva aussitôt ; il en sortit, continua sa course. Il lui semblait qu’avant la bourrasque, il avait aperçu au loin une ligne sombre se détachant sur le fond blanchâtre et il s’était dit : « Si tu peux arriver jusque-là, tu seras sauvé ! Maintenant il ne voyait plus rien, mais il courait toujours, ici sur la surface unie d’une prairie, plus loin, à travers des broussailles où ses pieds s’embarrassaient. Son cœur battait si fort qu’il pouvait l’entendre en dépit de la tempête. Plusieurs fois il tomba épuisé. Combien de temps avait-il couru ? Un quart d’heure ? Une heure ? Deux heures ? Il sentait une douleur cuisante dans la gorge ; ses joues étaient enfiévrées ; des étincelles dansaient devant ses yeux. Encore une fois, il heurta de la tête quelque chose de mou et de sec ; c’était une meule de foin, dans laquelle il s’enfonça. À bout de forces, il s’y laissa choir et s’y blottit instinctivement. Tout devint silencieux. Il se dit que la tempête s’était apaisée. Les bruits du vent ne lui arrivaient que de très loin. Un sentiment de bien-être succéda à son angoisse ; il se sentit en sûreté. Il s’endormit…

Chapitre 16

Une des plus belles forêts des Vosges fermait l’horizon au sud de la ville. Elle était plantée de hêtres et de chênes magnifiques ; par endroits, les conifères dominaient. Très giboyeuse, elle était le rendez-vous des chasseurs de renom. L’uniformité de cette forêt n’était interrompue que par un ravin où serpentait un clair ruisseau. De larges chemins la traversaient dans tous les sens. Çà et là s’en détachaient des sentiers aboutissant, soit à la maison solitaire d’un garde-forestier, soit aux endroits où se rassemblait le gibier pour manger le fourrage qu’on y déposait l’hiver.

À la lisière de la forêt, on voyait plusieurs villages pauvres et quelques hameaux. En été, leurs habitants devaient leur subsistance au maigre produit de leurs champs et, en hiver, au métier de bûcheron. Pour les braconniers et les voleurs de bois, l’endroit était propice. Maint fonctionnaire consciencieux avait payé de sa vie sa fidélité au devoir.

Sur une éminence, du côté de l’est, s’élevait la maison forestière de la Chênaie. C’était le point culminant de la contrée. Un seul chemin carrossable y conduisait, bordé de hêtres de haute futaie. Des trois autres côtés, la pente était si abrupte que les enfants se faisaient le plaisir d’y grimper à quatre pattes. Un amphithéâtre de chênes gigantesques couronnait le sommet d’où, sans transition ni barrière, on passait dans le parc de l’inspecteur forestier, parc sillonné de superbes allées. Quelqu’un de non-initié aurait pu se croire en pleine forêt, si des sentiers bien sablés n’avaient annoncé le voisinage d’une habitation humaine.

Cette maison frappait par la singularité de son architecture. C’était un mélange bizarre de constructions dont un bâtiment principal avec tourelles, échauguettes et appentis. Un expert aurait reconnu sans peine que l’édifice central avec sa haute tour ronde avait été, au 16ème siècle, un pavillon de chasse. On l’avait surnommé « le grand-père ». L’aile nord était d’un siècle plus récente et avait servi d’habitation à un garde-chasse. Une échauguette couverte d’ardoise en ornait l’angle.

En retrait de cette aile, à laquelle elle était reliée par un berceau de verdure, s’élevait la maison de l’inspecteur forestier. Avec son badigeon jaunâtre, ses fenêtres basses encadrées de vigne vierge, son haut toit de tuiles, elle ressemblait à une villa aristocratique, telle qu’on en voit dans les grandes propriétés rurales. Une serre en ornait le côté sud, faisant jardin d’hiver. Des écuries, des granges et d’autres constructions avaient été ajoutés successivement et l’on pouvait admirer l’ingéniosité des constructeurs qui avaient su tirer profit des moindres recoins. La girouette, quant à elle, représentait un chasseur sonnant du cor, mais le vent avait arraché l’instrument des bras tordus du musicien.

Habiter là l’été, quel plaisir ! Mais en hiver, brr, quelle neige ! Quand tout se calmait dans la forêt, que le soleil brillait et réchauffait la plaine, on trouvait encore là les frimas ! Le vent y balayait la neige, l’entassait dans la cour jusqu’aux fenêtres du premier étage et l’emportait tourbillonnante sur le toit du « grand-père ».

Le soir où nous avons suivi Frédéric dans sa course affolée, la tempête s’en donnait à cœur joie. La neige emportée fouettait les vitres et pénétrait par toutes les fissures jusque dans le vestibule et même dans les chambres.

Mais, d’autant plus confortable était l’habitation de M. l’inspecteur : les contrevents fermés, les rideaux baissés, un bon feu pétillant dans la cheminée. La famille était réunie autour de la table, tous d’humeur joyeuse. Le chef de famille venait de rentrer de sa tournée forestière. La petite Camille, bambine de huit ans, lui apportait ses pantoufles, pendant que Paul, vigoureux garçon de treize ans, aux cheveux bruns bouclés, lui retirait ses lourdes chaussures.

M. l’inspecteur s’assit sur le sofa et alluma un cigare. La mère de famille entra, gracieuse et souriante. C’était une petite dame rondelette à l’expression bienveillante. Elle tenait un carafon rempli d’une liqueur brunâtre.

– Vois-tu, Charles, dit-elle à son mari qui lui souriait d’un air satisfait, toute bonne action trouve sa récompense. Si tu étais retourné dans la forêt, je ne t’aurais donné qu’une soupe au lait.

Elle versa de l’eau chaude dans un verre, y mit du sucre et ajouta une bonne portion de rhum. L’inspecteur dégusta son grog avec satisfaction.

– Oui, c’est bon comme ça ! Mais je t’accuserai auprès du gouvernement pour m’avoir détourné de mes devoirs.

– Dans ce cas, je vais tout de suite y remédier, répliqua sa femme en retirant le verre.

Et le père amusé, feignit un regret comique qui les fit tous rire.

– Papa, dit la petite Camille, en essayant de tousser, j’ai quelque chose qui me pique dans la gorge.

– Ah ! Petite rusée, dit le père, nous allons guérir ça ! Et il lui donna une cuillerée du breuvage chaud, qui fit cesser à l’instant la toux et le chatouillement.

Pendant ce temps, Mme Eynard avait préparé un second verre pour l’offrir à un petit monsieur, assis dans un fauteuil entre la table et le poêle. Maigre, ridé, chauve, sa barbe clairsemée faisait penser à un champ ravagé par la grêle. Et pourtant, ce visage éveillait la sympathie, parce qu’il reflétait une âme sereine et un cœur aimant. Ses yeux, en dépit de ses soixante années, avaient conservé une expression de candeur enfantine.

« Cela passera » avait coutume de dire le docteur Carnésius quand une contrariété ou un souci menaçait d’assombrir son âme ; il était sensible à tous les petits bonheurs que la plupart ne remarquent pas, tant ils sont à la recherche d’une grande félicité capable de remplir leur existence. Ils se plaignent alors de l’injustice du sort, des misères de leur existence, et regardent d’un œil d’envie tous ceux qui les côtoient.

– Ah ! se répétait Monsieur Carnésius, « les misères de ceux qui courent après un autre seront multipliées » (Ps. 16. 4). Pour ma part, je connais le Seigneur et suis aimé de Lui, c’est là tout mon bonheur.

Après le café du matin, les leçons de Paul commençaient. Là, tout n’était pas rose. « La guerre des Gaules » n’était pas facile à comprendre. L’étude des verbes latins faisait transpirer l’élève et soupirer le maître. Mais alors quel plaisir que l’histoire ! Surtout l’histoire naturelle ! Dans cette discipline, l’élève en remontrait presque au maître…

Les cours terminés, le docteur Carnésius se mettait à sa fenêtre. Il habitait l’unique pièce de la tour. Sa myopie ne lui permettait pas de distinguer beaucoup de choses, mais au moins jouissait-il du ciel bleu et de la forêt. Il reconnaissait pourtant M. l’inspecteur et le vieux Brunel. Parfois, il ouvrait la fenêtre et criait à ce dernier :

– Eh bien, mon vieux, qu’avez-vous découvert aujourd’hui ? Sur quoi, Minka et Duski, de chaque côté de leur maître, aboyaient d’un air menaçant.

– Attendez seulement, vieux hibou de la tour, grommelait le garde !…

Les colères impuissantes du trio faisaient la joie du petit précepteur.

– Mme Eynard, dit-il, lorsqu’elle posa devant lui le verre de grog, ce n’est pas bon de soigner ainsi son monde. Tant de gâteries rendent exigeant ; mais enfin, je me résigne, je vais boire à votre santé ! Puis, la regardant avec une certaine anxiété : Que diriez-vous d’une pipe ? – Paul s’approchait déjà, la pipe bourrée dans une main, l’allumette enflammée dans l’autre. – Voilà qui est élégant ! C’est ce que j’appelle être prévenant. Remplir un désir exprimé, c’est bien ; mais aller au-devant de celui qu’on n’a pas encore formulé cause une satisfaction encore plus profonde. Lorsqu’il s’agira de choses plus importantes, sois toujours là au bon moment avec la pipe chargée. Tu me comprends, n’est-ce pas ?

– Oui, monsieur, répondit Paul en rougissant. Je pensais… je voulais… je… Il s’interrompit, les yeux fixés sur le plancher.

– Qu’est-ce, demanda le père ; que veux-tu dire ? Paul prit courage.

– Je n’ai pas mérité les éloges de mon professeur. C’est un motif intéressé qui m’a fait charger la pipe. D’habitude, quand il a sa pipe, M. Carnésius m’offre une partie d’échecs et j’espérais qu’il le ferait aussi ce soir.

Le professeur se mit à rire.

– Je retire mes éloges quant à la pipe, mais la qualité que tu viens de montrer me plaît encore davantage. Être sincère avec soi-même comme avec les autres, c’est difficile, très difficile. Approche donc que je te félicite. Dans une demi-heure tu apporteras l’échiquier. Mais cette fois je ne te rendrai qu’un fou ; tu joues déjà trop bien pour que j’ose t’offrir deux pièces.

Un nuage de fumée l’enveloppait. Le bien-être lui déliait la langue. Il se mit à penser tout haut :

– En vérité, je suis un enfant gâté. Dieu m’a placé sur un si beau coin de terre ! Certains prétendent qu’il n’y a rien de plus ennuyeux et monotone que ces vastes plaines où alternent sans fin, les champs, les prairies et les villages, avec, par-ci par-là, quelques fermes habitées par de braves gens. Oui, Mme Eynard, moi, vieux garçon, j’y ai trouvé un foyer et de l’affection tant que j’en ai voulu… Mon cher Charles, c’était un beau temps, lorsque toi et Agnès, chargés de vos livres, vous montiez mon escalier casse-cou. Et maintenant, quand j’entre dans ma chambre de la tour et que j’y trouve une si bonne chaleur…

Le docteur Carnésius ne put achever sa phrase. La porte de la maison s’ouvrit bruyamment. On entendit quelqu’un secouer la neige de ses bottes. Un pas lourd s’approcha et on frappa à la porte.

– Ce ne peut être que le vieux Brunel, dit M. Eynard. Que veut-il à cette heure indue ?

C’était Brunel, en effet. Brunel qui, depuis un temps immémorial, remplissait les fonctions de garde-forestier en chef. Personne ne savait son âge. D’aucuns prétendaient qu’il était aussi vieux que la forêt. Un fait certain, c’est que l’inspecteur, M. Charles Eynard, l’avait toujours connu tel qu’il était. Sa figure rasée ressemblait à l’écorce d’un vieux chêne. Été comme hiver, il portait une veste et des pantalons d’un drap inusable, filé et tissé dans le pays. Seul, son vieux chapeau de feutre changeait de couleur chaque année. Il avait été noir, puis bleuâtre ; ensuite une teinte verte y avait succédé pour faire place à la couleur feuille morte ; enfin il s’était fixé à un jaune fané assorti à ses cheveux et à sa barbe hirsute.

Il connaissait la forêt aussi bien qu’une ménagère son appartement. On disait en plaisantant qu’il aurait pu distinguer, en voyant une feuille sur le sol, de quelle branche elle était tombée. Il savait aussi à quelle famille appartenaient les jeunes levrauts ; à quel endroit le grand cerf posait son bois chaque année et quel renard avait enlevé tel ou tel jeune chevreuil.

Toutes ces choses lui tenaient à cœur. Quand il parcourait les futaies, sa démarche était ferme, élastique comme celle d’un jeune homme, ses mouvements étaient souples et rapides, son œil perçant comme celui d’un lynx. A la maison, il était lourd et maladroit. Il avait en horreur tout ce qui sentait le renfermé ; un homme qui passait une bonne partie de sa vie dans sa maison n’avait, à ses yeux, que des droits contestables à l’existence…

Le vieillard qui arrivait à une heure aussi inattendue s’efforçait d’entrer sur la pointe des pieds, ce qui lui donnait l’air d’un ours esquissant un pas de danse.

– Brunel, qu’y a-t-il ? demanda M. Eynard, un peu inquiet.

La réponse se fit attendre quelques secondes. M. Carnésius, profitant de l’occasion, dit en riant :

– Il a probablement tué un de ses chiens !

– Que dites-vous, vieil hibou ?

– Sans rancune, mon cher, et maintenant, buvez à ma santé !

La figure de Brunel s’éclaira :

– Je préfère boire à la mienne, dit-il en vidant le verre d’un trait. Puis, se tournant vers son chef : « Il ne revient pas ! » fit-il tranquillement.

– Que voulez-vous dire ? demanda M. Eynard.

– Le garçon couché sous la meule de foin à la frontière de Valines. Duski flairait, flairait… alors, j’ai pensé que c’était un chevreuil. Et puis j’ai trouvé un gamin de l’âge de votre Paul, qui vivait encore mais qui serait bientôt gelé.

Tous s’étaient levés, effrayés.

– Mais Brunel, dit Mme Eynard, pourquoi ne pas le dire tout de suite ? Il faut courir à son secours.

– C’est la faute du vieux maître d’école, grommela le garde.

L’inspecteur sortit en hâte pour appeler ses gens ; guidé par Brunel, avec Minka et Duski, le convoi se mit en route. Pendant ce temps, Mme Eynard préparait le lit du malheureux. Tous attendaient anxieusement le retour des sauveteurs. Paul aurait bien voulu se joindre à eux, mais son père le lui avait défendu.

Le docteur Carnésius avait mis sa pipe de côté. Il n’y avait plus goût. Sa voix avait perdu son joyeux timbre quand il dit :

– Qu’est-ce qui peut avoir poussé cet enfant jusque-là ? La misère ou l’étourderie ? Nous sommes ici bien confortablement installés, pendant que ce pauvre enfant lutte contre la tempête et appelle en vain au secours.

Le docteur avait commencé des études de médecine et avait assisté avec une insurmontable répugnance aux opérations chirurgicales ; quand il lui fallut opérer lui-même, il avait tremblé plus que le patient. Il avait donc tourné le dos à cette science qu’il qualifiait de cruelle, pour se tourner vers l’inoffensive philologie.

Une heure environ s’était écoulée. Enfin on entendit des voix. Les chiens aboyèrent. Paul se précipita dehors et revint suivi des hommes qui portaient l’enfant inanimé. On le coucha dans le lit qui avait été préparé et le docteur Carnésius se mit à l’œuvre. Il frictionna, massa, ausculta, mit l’oreille sur le cœur du malheureux qui ne donnait plus signe de vie.

Mais le docteur ne perdait pas courage. Paul et un des chasseurs devaient simultanément lever et baisser les bras de Frédéric, pendant que le docteur lui frictionnait les tempes avec de l’eau-de-vie et lui en humectait les lèvres. Enfin, l’oreille collée sur la poitrine de l’enfant, il crut entendre une légère palpitation, ce qui redoubla le zèle des infirmiers. La poitrine se souleva en une faible respiration. Le docteur se releva en poussant un gros soupir de soulagement. Sa voix reprit sa jovialité quand il s’écria:

– Dieu soit béni ! il n’est pas mort !

Alors la méfiance de Brunel se changea en admiration et il s’exclama :

– Si jamais la mort voulait me surprendre, il faudrait aussi pomper, mais rappelez-vous que mon bras gauche me fait horriblement mal quand je le lève ; il faudra le laisser au repos. On pourra me donner un peu plus d’eau-de-vie : une demi-chopine ne sera pas de trop, je pense.

Carnésius le lui promit en riant.

– C’est singulier, dit-il, ce garçon doit avoir passé un temps assez long en plein air, et pourtant, aucun de ses membres n’est gelé.

– Le grand cerf lui a jeté tout son fourrage sur le corps, dit Brunel, c’est ce qui l’a sauvé.

Frédéric, les yeux grand ouverts regardait son entourage avec étonnement :

– J’étais parti… je pensais être parti… ne l’ai-je pas fait ? murmura-t-il en se soulevant. Puis il retomba sur ses oreillers et s’endormit paisiblement.

Chapitre 17

Ce garçon paraît sortir d’une famille pauvre, dit le précepteur. Qu’est-ce qui peut bien l’avoir amené dans nos forêts par un temps pareil ? Quelle énigme ! Il est épuisé ; ses poumons ont été mis à rude épreuve. Demain nous saurons s’il peut en réchapper.

– Peut-être n’est-ce pas un garçon pauvre, dit la petite Louise, mais un prince. Quand nous entrerons demain dans sa chambre, il aura une couronne d’or sur la tête. En ce cas, maman, tu me permettras de mettre ma robe de velours et mes souliers neufs pour me présenter convenablement devant son altesse.

– Tu dis des bêtises, interrompit Paul d’un ton de supériorité. Il a plutôt été poursuivi par des brigands ou des bohémiens. N’est-ce pas, père, nous ne le livrerons pas ? S’ils viennent ici, nous nous retrancherons dans la tour. Nous pourrons nous y défendre longtemps. On dit qu’il y a un souterrain qui conduit de là dans la forêt. Nous le trouverons et nous irons chercher des soldats, et nous ferons prisonniers tous les brigands.

Les parents rirent des suppositions romanesques des enfants et le vieux précepteur, tout en caressant les cheveux de la fillette, dit :

– Bien, bien ! J’ai du plaisir à vous voir entourer ces tristes événements d’un charme poétique ; le temps viendra déjà trop tôt d’envisager la froide réalité telle qu’elle est.

Le lendemain, ils n’apprirent encore rien qui pût les renseigner sur celui qu’ils avaient sauvé et soigné. Frédéric, les yeux fermés, restait immobile dans son lit. Entendait-il les questions qu’on lui adressait ou était-il trop faible pour y répondre ? On ne savait. Ce n’était qu’avec peine qu’on pouvait lui faire avaler quelque nourriture. Mme Eynard craignait une grave maladie. Carnésius assurait que le pauvre enfant était si épuisé qu’il lui faudrait longtemps pour reprendre des forces, qu’il semblait n’avoir pas mangé depuis plusieurs jours, qu’il devait avoir éprouvé un grand malheur pour rester dans une telle prostration.

Le troisième jour enfin apporta des nouvelles fort peu réjouissantes qui mirent l’inspecteur dans tous ses états.

– Ainsi, c’est un voleur que nous avons accueilli, dit-il en arpentant la chambre, C’est pour un vagabond que nous nous sommes donné tant de peine, un vagabond à qui la crainte d’une punition avait donné des jambes. Mais il n’y échappera pas. Aujourd’hui même, il sera conduit à la ville et remis entre les mains de la police.

Toute la famille écoutait avec étonnement les paroles irritées de M. Eynard et sa femme lui en demanda l’explication.

– Écoute ce que je viens de lire, répondit-il : « Frédéric Forêt, placé par la commune en pension chez le maître tailleur Chafoin, s’est échappé des mains d’un agent de police qui l’avait arrêté pour vol. Les personnes qui pourraient donner de ses nouvelles sont priées de les communiquer au bureau de police de notre ville. Frédéric Forêt est un garçon de douze à treize ans, grand pour son âge, cheveux châtains, teint pâle. Il portait des habits rapiécés en plusieurs endroits ».

« Valines, le 12 décembre 18… Police locale ».

Tous se turent. M. Eynard, l’air mécontent s’était approché de la fenêtre et sa femme le regardait tristement. Des larmes brillaient dans les yeux de Camille, mais elle ne savait pas bien pourquoi elle pleurait. Elle n’avait plus parlé d’un prince, il est vrai, mais pourtant conservé le secret espoir qu’il ferait un jour son entrée dans la chambre de famille avec un chapeau à plumes et une brillante épée au côté. Cela non plus ne serait pas et son petit cœur souffrait. Paul sortit : il avait honte. Il avait voulu défendre un garçon poursuivi injustement et voilà que c’était un misérable voleur. Quelle déception !

– Ce que nous avons fait pour sauver cette vie humaine, dit enfin le précepteur, était notre devoir. Je regrette que la joie d’avoir fait cette bonne action soit troublée par cette triste découverte. Mais, ne jugeons pas trop durement. Qui sait si ce n’est pas la faim et les privations qui l’ont conduit au mal ? Sans vouloir l’excuser, sa faute peut être atténuée. Mme Eynard fit un signe approbateur, mais son mari déclara sèchement :

– Il faut qu’il quitte la maison, et cela tout de suite. Il feint peut-être la faiblesse pour que l’on continue à l’héberger. Peut-être n’attend-il qu’un moment favorable pour disparaître en emportant quelque objet précieux… Prévenons-le.

Il entra dans la chambre où Frédéric était couché. Sa femme et le vieux docteur le suivirent. Frédéric ne s’aperçut pas de leur entrée. Il était immobile, les mains jointes sur la couverture. Involontairement, Mme Eynard saisit le bras de son mari pour l’empêcher de parler.

La lumière matinale tombait sur le visage de l’enfant endormi. Ses cheveux, tombant de chaque côté du front, faisaient encore ressortir sa pâleur. Ses traits étaient empreints de tristesse et d’innocence, et l’on n’eût jamais supposé que ces mains jointes comme pour la prière, s’étaient emparées du bien d’autrui.

Mme Eynard et le docteur avaient peine à cacher leur émotion. L’inspecteur aussi s’adoucit peu à peu en contemplant celui qu’il croyait un malfaiteur.

– Il se pourrait que celui-ci ne fût pas l’enfant recherché, mais un beau vase peut aussi renfermer du poison, dit-il.

– Votre première pensée est la bonne, dit Carnésius. Dieu ne saurait donner cette apparence au menteur. La Bible ne dit-elle pas : « Les lèvres menteuses sont en abomination à l’Éternel » ? Toutefois ce même verset ajoute : « mais ceux qui pratiquent la fidélité Lui sont agréables » ! (Prov. 12. 22).

– J’en aurai le cœur net, dit M. Eynard.

– Oh ! ne brusque rien, dit sa femme, tu pourrais le regretter plus tard.

L’inspecteur secoua le bras de Frédéric qui ouvrit les yeux. En voyant des étrangers autour de lui, il se souleva en rougissant et, les regardant l’un après l’autre, dit doucement :

– Où est-ce que je suis ?

– Entre de bonnes mains, répondit le forestier d’un ton dont la douceur l’étonna lui-même. Te sens-tu assez fort pour répondre à quelques questions ?

– Oui, monsieur.

– Comment t’appelles-tu ?

– Frédéric Forêt.

M. Eynard sentit la colère lui monter au visage. C’était donc lui ! Dire qu’il avait failli se laisser tromper par la physionomie candide du garçon. Ce fut donc d’un tout autre ton qu’il reprit :

– Pourquoi courais-tu si tard dans la forêt ?

– On voulait me conduire en prison, et j’avais tellement peur que je me suis enfui.

M. Eynard se tut un instant. Ce garçon avait tout l’air de ne pas savoir mentir.

– Pourquoi voulait-on te mettre en prison ? poursuivit-il.

– On m’accusait d’avoir volé du pain. Il dit cela très bas en rougissant jusqu’aux oreilles.

– Mais, tu n’étais pas coupable ? s’écria le docteur !

– Oh non ! Et, si ce « non » n’avait pas suffi, le regard qui l’accompagnait était doublement éloquent. Ces yeux limpides, ce regard franc étaient le reflet d’une âme innocente. Maintenant tous pourraient venir dire : « C’est un voleur ! » lui, Carnésius, savait qu’il n’en était rien et cela le rendait tout joyeux !

– Je te crois, je te crois, mon garçon, dit-il en passant sa main sur le front de Frédéric.

Cependant, M. Eynard était loin d’être persuadé de l’innocence de l’enfant. Mécontent de la crédulité du précepteur, il reprit son interrogatoire d’un ton sévère.

– Si tu étais innocent, pourquoi t’es-tu enfui ?

Comme la réponse se faisait attendre, le « juge d’instruction » interpréta défavorablement ce silence.

– Je ne le sais pas, fit enfin Frédéric en hésitant, j’avais tellement peur de la prison !

– Ne pouvais-tu pas tout de suite prouver ton innocence ?

Frédéric raconta comment les choses s’étaient passées, comment la boulangère et un méchant garnement l’avaient accusé. Tout ce qu’il disait était si convaincant que l’inspecteur le crut enfin.

– Mais, conclut-il, c’est une mauvaise affaire. On ne te croira pas. La déposition de la boulangère suffira pour te faire condamner.

– Je le pensais bien, dit Frédéric tristement, c’est pourquoi je cherchais à m’échapper.

– N’as-tu pas pensé, dit à son tour Mme Eynard, que tu pouvais mourir et que ta famille aurait du chagrin ?

– Je n’ai pas pensé à la mort, et personne n’aurait été triste puisque je n’ai point de parents.

– N’as-tu ni père, ni mère ?

– Non, madame.

Cette réponse fut donnée d’un ton si triste et si las que Carnésius lui prit la main en murmurant :

– Pauvre garçon !

– Mais il y a pourtant quelqu’un qui t’aime, qui prend soin de toi, reprit Mme Eynard.

– Une seule personne m’a aimé, et on l’a enterrée avant-hier…

Frédéric ne put continuer ; sa gorge se serra, des larmes montèrent à ses yeux et il détourna la tête. Le docteur s’approcha vivement de la fenêtre et se mit à essuyer ses lunettes avec énergie. La voix de M. Eynard se fit aussi plus douce quand il dit :

– J’en suis bien peiné, mon garçon, mais, quand tu te sentiras mieux, je te conduirai à la ville.

Effrayé, Frédéric s’écria avec angoisse :

– S’il vous plaît, monsieur, ne le faites pas. Je m’en irai loin, bien loin, où personne ne me trouvera, mais pas à la ville !

– La police l’exige et je ne puis me soustraire à sa sommation. Si tu es innocent, comme j’aime à le croire, la preuve sera faite par l’enquête.

Là-dessus il sortit, craignant que sa résolution ne fût ébranlée. Sa femme le suivit.

– Charles, dit-elle, tu ne le feras pas. C’est trop cruel…

– Il le faut, répondit-il en évitant le regard suppliant de sa femme. Tu dois comprendre qu’un inspecteur forestier ne saurait prendre sous sa protection un vagabond soupçonné de vol. Bien que ce qu’il dit ait un cachet de vérité, il y a encore des détails à éclaircir. La pitié est une bonne chose, encore faut-il qu’elle repose sur une base solide. La police n’arrête ni ne juge inconsidérément ; elle doit être sûre de son fait avant de se prononcer, et ce ne sont pas quelques lamentations et un visage candide qui l’empêcheront de faire son devoir. Mais toi, que penses-tu faire ?

– Moi… je…, répondit Mme Eynard en hésitant, car elle craignait l’opposition de son mari, j’aurais voulu le voir se rétablir, se fortifier et…

– Et après, il devrait malgré tout retourner à Valines, interrompit le forestier. Maintenant, il serait peut-être encore possible à ce garçon de prouver son innocence. Plus tard, ce sera plus difficile et on le condamnera purement et simplement. Ainsi, n’en parlons plus.

Il prit son fusil et siffla Pluton, son vieux chien de chasse. Il était mécontent de lui-même et des autres, mais bien résolu à ne pas céder.

Le vieux précepteur était resté auprès de Frédéric.

– Ne perds pas courage, lui dit-il tendrement. On arrangera ça, je parlerai à l’inspecteur. Pour le moment, tu resteras ici et c’est moi qui te soignerai.

– Vous êtes bien bon, dit Frédéric, je ne sais comment vous montrer ma reconnaissance.

– Sois tranquille maintenant et rendors-toi vite. Je me réjouis de lire un peu de joie dans tes yeux.

Frédéric referma les yeux. Il aurait voulu ne jamais les rouvrir. Les paroles de l’inspecteur retentissaient à ses oreilles comme une sentence de mort. Toutefois, en dépit de sa faiblesse, il repensait à sa Bible, se demandant s’il ne l’avait pas perdue dans sa course. Personne ne semblait l’avoir remarquée dans la poche intérieure de sa veste. Y était-elle encore ? Une chose restait sûre pour Frédéric : le Seigneur veillait sur lui et ne l’abandonnerait pas.

Le docteur resta encore longtemps assis près du lit, les yeux fixés sur le visage pâle du malade. « Pauvre petite plante, pensait-il, tu étais faite pour grandir et te développer, mais aucun rayon de soleil n’est tombé sur toi. Tu as été transplantée dans un sol aride, au milieu des ronces et de l’ivraie. Qu’aurais-tu pu devenir dans un sol fertile et chaud ? »

Soudain une expression de satisfaction éclaira sa physionomie : « Cela ira, murmura-t-il, il faut que cela aille… » Et il quitta la chambre.

À midi, Frédéric prit quelque nourriture mais ne put se lever. Maintenant, il faisait presque nuit. Il était seul. Obsédé par la nécessité de la fuite, il se leva. Il s’habilla tant bien que mal, prit sa veste en tremblant, tâta les poches… oui, sa Bible était là ! Cela ranima son courage. Les promesses du Seigneur sont fermes, se dit-il, Il ne me laissera pas. Il écouta : personne n’était dans la chambre voisine. Il la traversa et fut bientôt dans la cour. Un chien se mit à aboyer. Effrayé, il s’engagea dans le premier sentier venu et courut longtemps, regardant de temps en temps derrière lui pour s’assurer qu’il n’était pas suivi. Puis, haletant, il dut bientôt ralentir son allure. Il n’y avait pas de vent, mais le froid était vif ; la neige craquait sous ses pieds et les branches des arbres étaient d’une blancheur mate à la lueur du crépuscule. Quelques étoiles brillaient déjà dans le ciel. Leur clarté vacillante annonçait une recrudescence de froid pour la nuit. Le fugitif s’arrêtait pour s’appuyer à un arbre, puis, dans l’obscurité croissante, se remettait à marcher d’un pas de plus en plus lent.

Pendant l’après-midi, le docteur Carnésius avait eu un long entretien avec Mme Eynard et lui avait fait part de son projet. Il voulait prendre soin de l’orphelin, ne pas le renvoyer à la ville et persuader M. Eynard de renoncer à son projet. Ce soir, il y aurait un assaut général. Les deux conjurés espéraient que leurs prières réunies viendraient à bout de l’obstination du forestier. Entre temps, on ferait les démarches nécessaires pour prouver l’innocence de l’accusé.

Lorsque, le soir, tous furent réunis autour de la table familiale, le docteur entra dans la chambre de Frédéric. Le pâle reflet de la neige permettait de distinguer vaguement les objets rapprochés de la fenêtre, mais le lit était dans l’ombre. Le docteur s’avança à tâtons, sans bruit, se pencha sur le lit, écouta et ne perçut pas un souffle ! Une crainte le saisit. Vite il alluma une bougie : le lit était vide.

Consterné, il rejoignit la famille.

– Il est parti, dit-il lentement, d’une voix éteinte. La peur l’a de nouveau chassé…

– Ou la mauvaise conscience, continua M. Eynard avec précipitation. Les paroles du précepteur frappaient son oreille comme un reproche.

– Il est innocent, dit M. Carnésius. Son cœur est pur, mais son esprit est troublé. Pour échapper à la honte, il ne craint plus aucun danger.

– Oh ! Charles, dit Mme Eynard d’une voix altérée, il neige et le froid augmente. Le malheureux est encore trop faible pour atteindre un gîte. Il tombera sur le chemin. Nous aurons sa mort sur la conscience.

L’inspecteur se leva, enfila son veston de chasse et son bonnet de loutre. Il était généreux et charitable quand la pauvreté lui tendait la main, mais le mensonge et la dissimulation lui étaient odieux.

Était-il allé trop loin, cette fois ? Sa dureté avait-elle poussé un malheureux au désespoir ?… À la mort, peut-être… Même si ce garçon était coupable, cette pensée lui était insupportable.

– Je vais aller voir dans la forêt, dit-il. Si je retrouve sa trace, je ferai le nécessaire. De toute façon, je voulais aller jusqu’au pré des canards. Le temps est favorable à l’affût.

– Papa, prends-moi avec toi, s’écria Paul, tu sais que j’ai de très bons yeux.

– Bon, prépare-toi vite ! Pluton t’accompagnera sur le sentier du pré, et nous nous retrouverons dans une heure, près du grand chêne.

En un instant, Paul fut équipé. Comme le docteur voulait lui aussi être de la partie, le forestier lui dit :

– Tenez plutôt compagnie à ma femme et tâchez de chasser ses noirs pressentiments.

Ce n’est qu’au bout de deux heures qu’ils revinrent, glacés et abattus. Ils n’avaient rien découvert, quoique le forestier eût pris avec lui Unkas, le meilleur de ses limiers. M. Eynard cherchait à déguiser son inquiétude.

– Il aura gagné la grande route, dit-il. Au fond, je suis bien aise de ne plus avoir à m’occuper de ce jeune vagabond ; un autre se chargera de le livrer à la police.

Malgré cette assurance, il ne se sentait pas à l’aise. De temps à autre, il prêtait l’oreille croyant entendre un chien aboyer ou des pas s’approcher de la maison. Mme Eynard, penchée sur sa couture, travaillait en silence, le cœur oppressé. Le vieux précepteur se leva pour sortir.

– Restez donc, lui cria Mme Eynard, on va servir le souper.

Il s’excusa, prétextant qu’il n’avait pas faim, ne se sentant pas très bien et se coucherait de bonne heure. Il monta donc lentement à la tour. Sa chambre était chaude et bien éclairée, mais il ne se sentit pas réconforté. « Cela passera » se disait-il, mais les mots expirèrent sur ses lèvres. Il s’approcha de la fenêtre. La forêt s’étendait devant lui à perte de vue. Sous la blanche clarté de la lune qui venait de se lever, les cimes noires des sapins se hérissaient, sombres et menaçantes ; les branches dénudées des autres arbres faisaient penser aux bras d’innombrables fantômes… Ce grand silence pesait sur le cœur compatissant du vieux savant.

Marianne entra, portant un plateau chargé de mets appétissants.

– Mangez, monsieur, dit-elle d’un ton engageant, mangez de bon appétit !

– C’est juste, Marianne, mais quand on a le cœur lourd, les meilleurs mets n’ont plus de saveur.

– Quel enfantillage ! répliqua-t-elle. Jamais l’appétit ne m’a manqué à moi. Prenez quelques gouttes de ce bon rouge, cela vous redonnera du cœur au ventre.

Après le départ de la domestique, le docteur s’assit dans son fauteuil et se mit à réfléchir. Il avait toujours devant les yeux le visage pâle de Frédéric. Il prit sa pipe, mais elle brûla mal ; deux ou trois légères bouffées s’élevèrent dans la chambre et ce fut tout. Le sentiment de bien-être faisait place au remords.

Tout cet après-midi, tu ne t’es pas occupé de lui, se disait-il. Pourquoi ne lui avoir pas dit que tu prendrais soin de lui ?

Peut-être que le conseil de Marianne serait bon à suivre… S’il n’a pas rejoint la grande route, il se sera perdu. Demain on le trouvera mort, gelé, et ce sera ma faute ». Il essaya de boire, avala une gorgée, puis encore une, sans se sentir réconforté. La voix de sa conscience ne se taisait pas. Ne devrait-il pas engager le forestier à envoyer des gens à la recherche de l’enfant ?

Des pas lourds se firent entendre dans l’escalier. On frappa rudement à la porte. Le vieux Brunel entra, flanqué de ses deux chiens. Il se campa devant le docteur surpris et inquiet. Sans doute, il allait lui dire qu’on avait trouvé le cadavre de Frédéric.

– Venez avec moi dans la forêt, docteur. J’ai retrouvé le chevreuil. Il faut de nouveau pomper des bras et des jambes pour qu’il ouvre les yeux.

M. Carnésius secoua la tête.

– Mais, Brunel, pourquoi plaisanter ainsi ? Je voudrais que vous eussiez retrouvé ce jeune garçon que la peur a chassé et qui mourra sûrement de froid.

Un sourire de satisfaction illumina le visage ridé de Brunel :

– Je l’ai aussi retrouvé, docteur, je plaisantais en parlant du chevreuil. Je marchais tout doucement entre les sapins ; je voulais voir si Didier, ce terrible contrebandier, n’était pas à l’affût du grand cerf. Et voilà quelqu’un qui avance sur le sentier, qui chancelle d’arbre en arbre, et tout à coup, tombe comme si une balle l’avait frappé !… Et voilà que je retrouve le garçon qui était sous la meule de foin. Comme ce n’était pas loin de la cabane du Cerf, je l’ai traîné jusque-là ; en chemin, il ronchonnait mais à présent il est comme mort.

Carnésius s’était levé d’un bond.

– Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! s’écria-t-il. Dieu est encore le protecteur des orphelins. Il ne peut manquer à Ses promesses. Si nous faillissons Lui demeure fidèle ! Venez, conduisez-moi auprès de ce pauvre enfant, mais ne dites à personne où il est caché ; la police le recherche… et il est innocent.

– C’est bon, c’est bon, dit Brunel en hésitant, seulement… il n’a que du foin, il lui faut autre chose à manger !

– Nous lui porterons des vivres, s’écria le docteur qui se mit à emballer son repas ; tenez, Brunel, buvez mon grog.

– Ce n’est pas un grog, fit celui-ci, ce n’est que de l’eau sucrée !

– Mais c’est vrai, j’ai oublié d’y verser le rhum. Voilà pourquoi il était si fade. Eh bien, préparez-le comme vous l’aimez.

Le docteur avait fait un paquet de divers objets indispensables : literie, vin et vivres.

– Si M. l’inspecteur me rencontre, il croira que je me suis fait contrebandier, dit Brunel en chargeant le paquet sur son dos.

Puis, tous deux descendirent l’escalier sans bruit et se glissèrent à travers buissons et futaies pour arriver plus rapidement à la cabane.

Chapitre 18

Lorsque le lendemain, le docteur Carnésius entra dans la salle à manger, il trouva le garde-forestier déjeunant avec sa femme. Ni l’un ni l’autre ne semblaient reposés. Inquiets au sujet du pauvre garçon, ils n’avaient pu s’endormir. A la pointe du jour, M. Eynard était retourné dans la forêt et avait chargé des bûcherons de s’enquérir du fugitif, mais personne n’avait pu découvrir sa trace. M. Eynard était arrivé à la conclusion que Frédéric avait réussi à gagner un des villages environnants. Tranquillisé, il s’efforçait de rassurer sa femme.

– Si seulement tu avais raison, disait celle-ci, mais notre manière d’agir a été dure, impitoyable. Je vois encore le regard de reproche de ce pauvre enfant.

Le docteur Carnésius appuya les suppositions de M. Eynard. Il lui importait de tenir secret le séjour de Frédéric dans la cabane.

– Vous avez raison, dit-il, une paysanne compatissante en aura sûrement eu pitié. Comme ces gens-là ne lisent guère les journaux, il sera à l’abri des poursuites. Quel bonheur pour lui et pour nous !

– Vous avez bien vite changé d’opinion, dit Mme Eynard ; hier encore vous parliez de la joie que vous auriez éprouvée à vous charger de son éducation ; aujourd’hui, vous vous félicitez d’être délivré de ce souci.

– Ces velléités ont passé après mûre réflexion, répondit-il avec quelque embarras. Ce qui nous paraît triste et sombre le soir prend un autre aspect à la lumière du jour.

Marianne entra dans la chambre, jeta un regard étonné au précepteur, puis parla à voix basse à sa maîtresse. Celle-ci secoua la tête :

– Vous devez, dit-elle, vous tromper, mais je vais le lui demander.

– M. Carnésius, Marianne me dit qu’il vous manque quelques objets de literie…

Carnésius pâlit d’effroi. En vérité, il n’avait pas prévu cela.

– De mon lit, bégaya-t-il, consterné. Oui, naturellement… il me semble qu’il y manque… quelques petites choses.

Que devait-il dire ? Pris au dépourvu, il jetait autour de lui des regards désespérés. Comment expliquer sans se trahir ?

– Vous êtes sans doute en train de vous aguerrir contre le froid ? fit M. Eynard, en riant.

Carnésius comprit qu’on lui tendait la perche et se sentit soulagé.

– Naturellement, fit-il, naturellement, je veux m’endurcir. Vous auriez dû y penser, Marianne. Pourquoi m’habituerais-je à coucher dans les plumes ? C’est absolument malsain. Un édredon sur soi, passe encore, mais dessous c’est malsain, ça vous amollit, ça vous prend les forces et vous prédispose à toutes sortes de maladies.

Le docteur aurait énuméré bien d’autres motifs, si Mme Eynard ne l’avait interrompu :

– Enfin, dites-nous donc, où avez-vous mis cette literie ? Marianne prétend qu’elle n’est pas dans votre chambre. Nouvel embarras du pauvre homme.

– Elle n’est pas dans ma chambre, répétait-il ; non c’est vrai qu’elle n’y est pas.

Son regard errait, éperdu…

– L’avez-vous cachée, pour que Marianne ne la remette pas dans votre lit ? demanda le forestier que l’embarras du vieux précepteur amusait et surprenait.

– Naturellement je l’ai cachée… C’est évident que je l’ai cachée… que je devais la cacher…, Marianne est si déraisonnable… elle l’aurait remise… et peut-être encore d’autres choses avec, de quoi me rendre malade. Quand j’aurai de l’asthme… une hypertrophie du cœur… une congestion… que sais-je moi ? elle l’aura sur la conscience !

Marianne était devenue pourpre. Ses petits yeux gris étincelaient de fureur. Elle grommela quelques mots entre ses dents puis, s’adressant directement au précepteur :

– Et l’assiette de porcelaine et la bouteille de vin que j’ai apportées hier soir, les avez-vous avalées ?

– Vous oubliez à qui vous parlez, Marianne, intervint Mme Eynard.

Marianne quitta la chambre. Quant au docteur, il était rouge, très embarrassé et ne savait que dire.

Le forestier, dont les questions l’avaient si heureusement tiré d’embarras était sorti, mais la pensée de saisir l’occasion pour tout confier à Mme Eynard ne lui vint pas à l’esprit.

– Voyez-vous, madame, dit-il d’un ton rassurant, ne vous inquiétez pas, on retrouvera tout ça. Si mon appétit augmente avec mon nouveau régime, vous ne vous étonnerez pas. J’aimerais bien avoir encore une tranche de rôti de lièvre et quelque peu de pain grillé ; j’ai l’intention de faire une promenade dans la forêt ; une petite collation en route me fera du bien… Cela fait partie de la cure que j’ai entreprise.

Le docteur essuyait la sueur de son front. Il savait à peine ce qu’il disait ; une seule chose lui paraissait évidente : il se rendait ridicule.

Mme Eynard enveloppa les vivres et les mit dans la poche de son vieil ami en disant :

– Pourquoi faire tant de cérémonie ? Vous savez bien que c’est un plaisir pour nous de satisfaire le moindre de vos caprices. Vous en avez si rarement.

M. Carnésius sortit, le cœur un peu oppressé : « J’ai la conscience tranquille, se disait-il, et c’est une œuvre bonne que je fais, mais j’ai quand même le sentiment d’avoir tué quelqu’un et de porter le signe de Caïn sur mon front… Cela passera… combien ce doit être terrible de porter en soi le poids d’une faute cachée !

Le lendemain, Marianne rapporta à sa maîtresse avec une joie maligne que l’édredon avait aussi disparu du lit du docteur, et, le surlendemain, que la belle descente de lit, cadeau du Noël précédent, n’était plus à sa place.

– Madame verra, poursuivit Marianne, que si cela continue jusqu’au nouvel-an, la chambre sera vide. Moi, je crois qu’il se prépare à décamper. Mais auparavant, il faudra bien qu’il me donne mes cinq francs d’étrennes.

Mme Eynard réprimanda la vieille domestique au sujet de son vilain soupçon. Pourtant, ce n’était pas sans inquiétude qu’elle et son mari observaient le changement qui s’était produit chez leur vieil ami : ils n’en auguraient rien de bon pour son équilibre mental.

Cependant, Noël approchait. La joyeuse atmosphère qu’on respirait d’ordinaire à ce moment de l’année dans la maison forestière semblait manquer. On renvoyait de jour en jour la préparation des gâteaux, des pains d’épice et du massepain. La petite Camille en avait le cœur gros. Paul commençait à en vouloir à son maître, dont la cure était cause de tout. L’intimité des soirées en famille n’existait plus. Le docteur s’isolait, négligeait sa pipe, son régime l’amaigrissait et multipliait les rides sur son visage émacié. Quelque temps qu’il fît, il s’en allait promener dans la forêt et en rapportait ou un rhume ou un catarrhe. A quand la bronchite ?

Mme Eynard lui recommandait instamment de se ménager, de ne rien exagérer. Alors, il la regardait avec une certaine hésitation et disait :

– Cela passera, mais c’est nécessaire ; je vous certifie que je me trouve très bien de ce nouveau régime.

Et une violente quinte de toux venait confirmer ses paroles !

Huit jours environ avant les fêtes, un traîneau s’arrêta devant la Chênaie. Une dame élancée, vêtue de noir, en descendit. Elle pouvait avoir une quarantaine d’années. Ses cheveux commençaient à grisonner ; toute sa physionomie était empreinte d’une douce tristesse. Pourtant un sourire l’éclaira, lorsque Paul et Camille accoururent au-devant d’elle et se jetèrent dans ses bras en criant :

– Quel bonheur que vous arriviez, tante Agnès ! Maintenant, maman fera des pains d’épice, dit la fillette et c’est nous qui les mettrons sur les feuilles ; dix à la fois, pas plus ; vous ferez bien attention !

Tante Agnès le promit et la fillette l’embrassa une fois encore.

Tante Agnès était la sœur de M. Eynard. Son mari, haut fonctionnaire, était mort depuis peu de temps. C’est ainsi qu’elle avait répondu à l’invitation de son frère de venir passer quelques mois à la Chênaie.

Lorsqu’elle revit la maison paternelle qui lui rappelait tant de beaux souvenirs de jeunesse, les larmes lui montèrent aux yeux. Involontairement, elle se souvint des paroles de Naomi : « Ne me nommez pas Naomi la joyeuse, mais Mara l’affligée. Je m’en suis allée comblée et le Seigneur me ramène triste et le cœur vide ».

– Sois la bienvenue, chère Agnès, lui dit son frère, tandis que Mme Eynard l’embrassait en murmurant :

– Ne pleure pas, puisque tu retrouves un foyer au milieu de nous.

– Je suis ingrate, c’est vrai, dit tante Agnès en s’essuyant les yeux, je réponds mal à votre affectueuse bienvenue. Mais, après la perte cruelle que j’ai subie, l’avenir me semble bien triste.

– Ne pleurez pas, tante Agnès, disait Camille de sa voix câline. Comment fêterons-nous Noël si tout le monde est triste ? Voudrez-vous aussi vous endurcir comme le docteur ?

Son père se mit à rire et tante Agnès oublia un moment son chagrin en apprenant le sens de ces paroles. Le docteur Carnésius avait aussi été son précepteur.

– Mais pourquoi tolères-tu cette manie ? demanda-t-elle à son frère. À son âge, ce traitement pourrait lui être fatal.

– Essaie de l’en dissuader, répondit le forestier. Il a toujours fait grand cas de tes conseils.

Un rayon de joie parut sur le visage du vieux docteur lorsqu’il aperçut son ancienne et gentille élève qui lui avait apporté jadis tant de bouquets cueillis dans les bois.

– Cela passera, Agnès, dit-il en lui caressant affectueusement la main. Attends seulement que les merles et les pinsons retrouvent leurs chansons, et que la forêt reverdisse, tu reprendras alors goût à l’existence… tu m’apporteras de nouveau des fleurs. Oui, oui, Carminette, les tiennes sont bien jolies, mais ta tante pourra te montrer quelques coins où s’épanouissent les plus belles anémones et les plus beaux muguets.

– Oui, répondit-elle, j’espère que le printemps me rendra la joie de vivre, mais il y aura aussi bien à faire pour fortifier votre santé, cher ami, vous avez l’air souffrant.

– À quoi penses-tu ? répliqua-t-il vivement. Il faut s’endurcir, tout est là ! Tu ne saurais croire le bien que je tire de mon nouveau régime ! C’est vrai que, aujourd’hui, je me sens un peu fatigué, mais ce n’est que momentané ; cela passe déjà. Attendez-vous à me revoir bientôt fort et vigoureux comme à vingt ans.

– Gare à toi, mon cher Paul, s’il me prend fantaisie de revenir aux arguments frappants de la vieille pédagogie, c’est sur toi que je m’y exercerai.

Paul ne sembla point effrayé à cette perspective.

– J’irai, dit-il, couper moi-même les verges. Je prendrai du sureau, ajouta-t-il dans l’oreille de sa sœur ; au premier coup, la verge se brisera.

Comme l’heure du dîner avait sonné, on se mit à table.

– Nous t’attendions déjà depuis quelques jours, reprit M. Eynard. Pourquoi n’es-tu pas venue plus tôt ?

– J’ai été retenue à L. pour mettre tout en ordre avant mon départ définitif. Ensuite, j’ai passé deux jours à Valines, pour une affaire qui me préoccupe singulièrement. Pour vous la raconter, il faut que je retourne un peu en arrière.

Il y aura bientôt huit ans, que par un matin de printemps, en entrant dans la salle à manger, je trouvai, assis sur ma chaise, un enfant de cinq ans environ ; un enfant beau comme un ange, à l’expression si particulière, que je n’en avais jamais vu de pareille. Ses grands yeux bleus me regardaient avec étonnement, et il me dit : « Où est maman ? » Il me dit ensuite qu’il s’appelait Frédéric – il ne savait pas son autre nom – que sa mère s’était endormie dans la forêt et qu’il la cherchait. Vous vous souvenez peut-être qu’à cette époque on avait trouvé une femme morte, non loin d’ici. L’enfant qui se trouvait chez moi devait être son fils ; mais on n’a jamais pu savoir, ni d’où elle venait, ni où elle allait. Les questions et les réponses enfantines du petit orphelin me touchèrent jusqu’aux larmes. Je résolus de m’occuper de lui et même de l’adopter. Mon mari, rentrant de voyage, n’approuva pas mon dessein. Malgré mes prières, il fit conduire l’enfant au bureau de police. Il déjoua les recherches que je tentai de faire, m’interdit de m’en occuper et sa nomination dans le chef-lieu du département nous éloigna de Valines. Je n’ai jamais oublié cet enfant, ni son regard de reproche quand on l’emmena. Souvent, la nuit, je croyais l’entendre appeler sa mère. J’espérais que le temps attendrirait le cœur de mon mari. Enfin, pendant sa dernière maladie, il me promit de faire des recherches. La mort l’en a empêché, mais moi j’étais décidée de retrouver cet enfant. Je suis donc allée à Valines et je me suis adressée au bureau de police. Ce que j’y ai appris m’a profondément chagrinée : on me dit que Frédéric, à qui on a donné le nom de Frédéric Forêt, était placé chez un tailleur, d’où il s’est enfui, soupçonné d’un vol chez un boulanger.

– Je le savais bien ; je le savais bien ! s’écria le vieux docteur en se levant brusquement.

Tante Agnès le regarda avec étonnement. Il se rassit et elle continua : Était-ce possible ? Cet enfant si candide dont le cœur ne semblait accessible qu’au bien, serait-il devenu un voleur ? Quelles influences devait-il avoir subies, en quelles mains devait-il être tombé pour en arriver là ?

Mme de Brandes, ou si vous préférez, tante Agnès, n’avait pas remarqué une ombre de tristesse sur le visage de Mme Eynard et un froncement de sourcils chez son mari. Alors M. Carnésius, d’un ton qu’on ne lui connaissait plus, s’écria :

– Paul, tu me prépareras une bonne pipe, après dîner !

– Pour en avoir le cœur net, continua Mme de Brandes, j’allai chez le tailleur. Le pauvre enfant ! Quand je vis la mine dure et les yeux cupides de cet homme, je compris qu’il était impossible à une âme d’enfant de se développer dans une telle atmosphère. Je lui dis que je désirais avoir quelques renseignements sur Frédéric Forêt. Alors, furieux, il s’écria : « Il m’a trompé, ce garçon ; il m’a trompé de quinze francs, et il m’a fallu encore payer une amende pour lui : mais on le rattrapera ! il sera mis en prison ! parce qu’il en a volé d’autres que moi. Quand je lui eus mis l’argent sur la table, son regard d’avare me fit frémir. C’était horrible à voir ! Je lui demandai quelques détails sur ce soi-disant vol. Alors, il me raconta une histoire singulière d’un instituteur qui avait pris le garçon chez lui, en lui promettant, à lui Chafoin, quinze francs par mois ; puis, cet instituteur serait mort et Frédéric serait revenu chez lui sans lui apporter la somme convenue. Ce récit me soulagea. Si le vol n’est pas plus grave que la tromperie, pensai-je, rien n’est compromis. Ensuite, j’allai me renseigner auprès du directeur de l’école pour en savoir davantage sur le jeune instituteur. D’après ce qu’il me dit, c’était un de ces hommes au cœur noble et généreux, utopistes dont le monde se rit. Il avait eu pitié du pauvre orphelin, s’était même imposé des privations pour pouvoir l’héberger. Le directeur assurait que, sous son influence, l’enfant était devenu un excellent élève ; son ancienne apathie, ses distractions rêveuses avaient fait place au zèle et à l’assiduité. Plus tard, lui, le directeur, avait appris que Forêt avait soigné tendrement son maître à l’hôpital, jusqu’à sa mort. Là-dessus, je suis allée à cet établissement. Le médecin, que je connaissais, ainsi que les gardes, me parlèrent de Frédéric avec affection : il avait entouré son maître de soins touchants, veillant sur lui jour et nuit, et aucun d’eux ne pouvait croire au vol dont on l’accusait. La boulangère elle-même s’était rappelée qu’il lui avait rapporté un jour une pièce de vingt francs qu’elle lui avait donnée par erreur, que le voleur était plutôt un grand polisson qui avait accusé Frédéric, son camarade d’école. Si j’avais pu me mettre en route quelques jours plus tôt, je l’aurais trouvé à Valines avant sa disparition de cette ville.

Tante Agnès se tut. Tous les assistants l’avaient écoutée avec une vive émotion. Après un court silence, M. Eynard dit gravement :

– Je vais continuer ton récit, ma chère Agnès, mais il n’a rien de réjouissant et me charge d’une lourde responsabilité. J’ai voulu obéir à la voix de la raison, alors que j’aurais dû écouter celle du cœur.

Mme de Brandes apprit ce que nous savons déjà. Mme Eynard se taisait pour ne rien ajouter aux reproches que son mari se faisait. Quant au vieux précepteur, il avait pris un air indifférent, comme si toute cette affaire ne l’intéressait nullement. De sa pipe, qu’il avait allumée, il tirait des bouffées de fumée qui montaient au plafond en légers nuages. Jamais cette pipe ne lui avait fait si plaisir et pourtant le tabac qu’il fumait en ce moment était d’une qualité qu’il jugeait bonne pour des rabatteurs. Mais son cœur nageait dans la joie ; une joie telle qu’il n’en avait pas éprouvé de pareille depuis des années. Il savait maintenant que les misères de Frédéric allaient finir, et sa cure à lui également.

Mme de Brandes fut bouleversée par le récit de son frère.

– C’est trop triste, s’écria-t-elle ! Chaque fois que cet enfant a vu le ciel s’éclaircir, une dure fatalité s’est acharnée contre lui. Que son cœur doit être endurci ! D’ailleurs, qui nous dit qu’il n’a pas péri, exposé à la faim et aux intempéries de l’hiver rigoureux que nous subissons ? Qui sait dans quel fourré on retrouvera son cadavre ?

– Je ne crois pas qu’il soit resté dans la forêt, dit M. Eynard. J’ai fait chercher partout : on n’a rien découvert. Il aura été recueilli dans un des villages voisins ; c’est là-bas que nous devrons faire nos perquisitions.

Cette fois, le docteur crut le moment venu de parler.

– Mme Eynard, fit-il tout à coup, que pensez-vous de ma cure ?

Chacun le regarda, étonné d’une question si peu en rapport avec ce qui préoccupait tous les esprits.

– Je vous ai déjà engagé à l’abandonner, répondit Mme Eynard, heureuse d’être appelée à donner un bon conseil ; elle ne vous fait aucun bien.

– J’en ai aussi acquis la conviction, c’est pourquoi Marianne pourra remettre la literie à son ancienne place. J’ai eu vraiment froid cette nuit.

– Je le lui ordonnerai. Seulement, il vous faudra me dire où vous l’avez cachée.

– Brunel l’a portée à la cabane du Cerf.

Un silence de stupeur générale suivit cette déclaration. Mais Paul, qui avait regardé son maître avec attention, découvrit un éclat spécial dans ses yeux.

– M. Carnésius, M. Carnésius ! cria-t-il en lui saisissant le bras, Frédéric y est aussi, j’en suis sûr ! Voilà pourquoi vous preniez toujours le sentier qui y mène !

Le vieux précepteur se leva. Toutes les rides de son visage semblaient s’être effacées et la joie illuminait son regard. Il saisit Paul par les épaules, comme pour le soulever en signe de triomphe.

– Tu as raison ! s’écria-t-il, Frédéric y est ! Les soucis de tante Agnès, et ma toux, et les remords de ton père, tout cela va prendre fin !

Quand il eut fini de parler, tous l’entourèrent. Il y eut de telles démonstrations, une telle explosion de joie que le brave homme fut sur le point de s’évanouir.

– Enfants, laissez-moi, dit-il d’une voix tremblante. La fumée m’est entrée dans les yeux et ce tabac est si fort qu’il me fait pleurer. Croyez que moi aussi, je suis heureux.

Il est certain que si Dieu n’avait pas veillé sur Frédéric, il n’aurait pas survécu à cette vie si dure. Dieu soit béni ! ce temps est passé.

Chapitre 19

C’est ainsi que l’heureuse nouvelle, arrivée inopinément, répandait la joie dans les cœurs. Le plus heureux de tous était M. Eynard. La pensée d’avoir été impitoyable envers un enfant abandonné, d’avoir peut-être causé sa mort, l’avait hanté jour et nuit. « Je réparerai le tort que je lui ai causé, se disait-il en s’apprêtant à monter dans le traîneau qui devait le mener auprès de Frédéric… ».

Une heure plus tard – car le chemin carrossable faisait un grand détour – tante Agnès, le docteur et Paul arrivaient à une cabane construite de troncs bruts dont les interstices étaient garnis de mousse.

Le docteur ouvrit une porte mal jointe, souleva une couverture suspendue en guise de portière et entra dans la hutte qu’éclairait une seule fenêtre assez large. Au-dessus du plafond, une soupente était remplie de foin destiné à nourrir le gibier dans la saison froide. Dans un coin, quelques planches recouvertes de la literie du vieux docteur servaient de couche à Frédéric. Le pauvre enfant était pâle, mais ses yeux avaient retrouvé leur éclat.

Lorsque son bienfaiteur ouvrit la porte, il se souleva vivement et une teinte rosée parut sur ses joues.

– Que vous êtes bon ! dit-il en lui tendant les deux mains. M. Brunel vient de me quitter et maintenant vous venez aussi…

– Eh bien, dit le docteur en souriant, que fait notre coureur des bois ? Il a sans doute oublié de manger, voyons un peu !

– Il ne reste rien. Le vieux Brunel n’a pas voulu s’en aller que je n’aie tout englouti. J’ai mangé en un jour autant qu’autrefois en une semaine.

– Brunel a eu raison. Tu vas bientôt recouvrer tes forces…

– Je me sens déjà beaucoup mieux ; je pourrai bientôt quitter cet abri – une nuance de perplexité était dans sa voix – et vous serez débarrassé d’un gros souci.

– Cela arrivera plus tôt que tu ne penses. On te cherche. Effrayé, Frédéric regarda le docteur.

– Si c’est la police qui me cherche, je vais partir immédiatement. Je ne veux pas aller en prison. Et comme il essayait de se lever, le docteur Carnésius le retint et lui dit paternellement :

– Non, mon garçon, rassure-toi. C’est quelqu’un qui t’aime, qui veut se charger d’assurer ton avenir.

– Le Seigneur seul connaît mon avenir, et j’ai mis ma confiance en Lui. Peut-être ne vivrais-je plus très longtemps… Personne ne m’aime sur cette terre, dit Frédéric tristement. Il n’y a que vous qui vous intéressez à mon sort. Ceux qui m’aimaient sont tous morts.

– Ce n’est pas bien de parler ainsi. Crois-tu donc que le vieux Brunel et moi nous soyons disposés à t’abandonner ?

– Pardonnez-moi, dit Frédéric en prenant la main du docteur. Pourrais-je jamais oublier ce que vous avez fait pour moi ?

– Eh bien, tu penseras ce que tu voudras, mais nous ne sommes pas les seuls. Dehors se tient une dame qui t’a cherché partout et n’attend plus que le moment de te serrer dans ses bras.

Tout à coup un souvenir lointain émergea du fond de la mémoire de Frédéric. Le jeune garçon se souvint du jour de printemps où il avait pénétré dans une maison et y avait trouvé une belle dame. Ne lui avait-elle pas dit : « Je serai ta mère ! » … Au moment où ce souvenir envahissait son cœur, une dame vêtue de noir se pencha sur lui et lui caressa le front.

– Oui, Frédéric, c’est ta mère qui te retrouve. Ce n’est pas celle que tu as perdue dans la forêt, mais celle pour qui tu cueillais des fleurs dans un beau jardin.

Frédéric n’avait entendu que ces mots : « C’est ta mère ! » Il leva les bras, entoura le cou de Mme de Brandes et répéta :

– Maman, maman !…

Le soir même, Frédéric fut installé dans la maison forestière. Au coin du feu, Mme de Brandes lui fit en détail le récit de ses recherches à Valines. Ces personnages si connus de Frédéric le firent sourire et pleurer tour à tour, mais la vive sympathie de sa mère étendait un baume sur son cœur.

Frédéric éprouvait un tel sentiment de paix et de sécurité dans ce tête-à-tête que sa prière enfantine lui revint sur les lèvres. Il la murmura en regardant Mme de Brandes :

« Je m’endors dans mon petit lit,

Dieu, garde-moi cette nuit.

Que chaque jour ta main fidèle

Me tienne à l’ombre de ton aile. Amen ».

– Ô maman, t’en souviens-tu ? dit-il à celle qui lui souriait à travers ses larmes. « Ô Dieu ! continua Frédéric en fermant les yeux, tes pensées sont merveilleuses. Dans ton amour, Tu as envoyé ton Fils unique et bien-aimé pour nous laver de nos péchés, et maintenant par Lui nous possédons la vie éternelle. Nous savons que Tu es au fait de toutes nos voies et, aujourd’hui, Tu as répondu à notre grande détresse. Dieu ! par Ta main puissante, garde-nous du mal et aide-nous à Te servir avec fidélité. Amen ».

– Amen ! répéta Mme de Brandes. Frédéric, ajouta-t-elle, il m’a fallu aussi l’épreuve pour apprendre à connaître le Seigneur Jésus. Ton maître, M. Barbier, a été le moyen employé par Dieu pour t’amener à la foi en Jésus. Et maintenant, le Seigneur nous envoie ensemble vers ceux de La Chênaie. Soyons pour eux tous des canaux de bénédiction.

Toute la maisonnée dormit d’un sommeil profond et réparateur. Seul, le bon précepteur, dans sa tour, ne pouvait calmer la joie qui remplissait son cœur, et qui rayonnait dans toute sa chambre regarnie. « Oui, oui, pensait le docteur en souriant, vous m’avez bien manqué, moelleux coussins ! Ma vieille robe de chambre et ce matelas dur ne pouvaient guère vous remplacer, mais vous avez rempli votre devoir. Continuez ! je tousse encore ; il faudra aussi que ça passe… ».

Que les voies de Dieu sont merveilleuses ! toutes mènent à la lumière !

En quelques heures, le miracle s’était opéré ; et la joie de Noël remplissait la Chênaie. Après le déjeuner, Mme Eynard et tante Agnès avaient dressé leur plan d’activité : Marianne préparerait tout une variété de biscuits dont le parfum si apprécié des enfants envahirait toute la maison. Il existe pour eux bien des parfums exquis, ceux des fleurs, du foin fraîchement fauché, des sapins, si toniques et fortifiants, mais rien n’égale ceux de Noël. Ils se composent d’une infinité de choses indéfinissables, insignifiantes prises isolément, mais qui flattent l’odorat le plus délicat et mettent l’eau à la bouche des moins gourmands.

Paul, qui devait suivre encore deux cours ce jour-là, en fut dispensé. Le laboratoire des bonbons réclamait son assistance. Il fallait piler la cannelle, couper l’écorce d’oranges en tranches, trier les raisins secs. Le docteur, descendu de sa tour, attiré par le bruit du pilon, le grincement des râpes et l’odeur des épices, s’écria :

– Vacances jusqu’au six janvier ! Plus de thèmes latins ! Paul, permets-moi d’admirer ton zèle. Je constate qu’ici tu n’auras plus besoin de ma surveillance. Et pourtant voilà une tranche qui sort de son rang ; tu n’as pas le compas dans l’œil ! Attention, mon garçon !

– C’est qu’il faut faire vite, répliqua Paul, je ne serais pas prêt… maman veut les avoir dans une demi-heure.

Le docteur s’assit en riant et se plut à critiquer la joyeuse bande de pâtissiers dont les mains actives, mais souvent maladroites, puisaient dans les sacs, vidaient les pots, pétrissaient et mélangeaient la farine et le beurre.

– Comment ! Vous travaillez ainsi sans méthode et sans mesure ! Vous jetez tout pêle-mêle, au petit bonheur. Mais c’est le chaos ! Et vous vous figurez qu’il en sortira un gâteau de Noël ! Tant pis, faites comme vous l’entendez, moi je vais voir ce que devient Frédéric et lui demander si la bonne odeur a pénétré jusque dans sa chambre.

Le regard du malade était joyeux. Son âme s’ouvrait au bonheur. Son vieil ami y lut comme dans un livre des sentiments purs et un esprit lucide. La misère et le chagrin en ont noirci les premières pages, se dit-il, mais, nous allons couvrir les autres de beaux caractères et dorer ce précieux missel.

La veille de Noël arriva. Jamais le sapin n’avait exhalé un parfum plus délicieux ; jamais les lumières n’avaient brillé d’un tel éclat ! Le docteur Carnésius l’affirmait et, à son âge, il devait s’y connaître.

– Agnès, dit-il, en s’adressant à Mme de Brandes, n’est-ce pas ici, au milieu de ces bois, qu’il fait bon vivre ? Frédéric, mon garçon, as-tu jamais rien vu de si magnifique ?

– Non, jamais, jamais ! répondit avec conviction Frédéric, plongé dans une extase muette. Il me semble que je fais un beau rêve. Je me dis : « Quand tu te réveilleras, tu te retrouveras chez maître Chafoin ». Et je frissonne à cette idée. C’est plus fort que moi…

Pendant ce temps, Paul et Camille, installés chacun à une table de cadeaux, oubliaient d’admirer le sapin.

– Regardez tous ! Il brûle, il brûle mon charbon, s’exclama Paul tout fier de parvenir à faire fonctionner une machine à vapeur actionnant une scierie.

À son tour, sa sœur fit admirer une petite cuisine garnie de tous les ustensiles. « Demain, dit-elle, je compte faire une grande invitation pour inaugurer ma cuisinette. Mais que dites-vous de ma nouvelle poupée ? Tante Agnès aura l’honneur de lui donner un nom.

Sur ce, Paul et Camille conduisirent Frédéric à « sa table ». Que de belles et bonnes choses ! Était-il possible que tout cela soit pour lui ? Il courut à Mme de Brandes, lui prit les mains et les baisa. Il ne pouvait parler. Lorsqu’il releva la tête et qu’elle lut dans son regard humide la joie et la reconnaissance, elle l’entoura de ses bras et lui dit doucement :

– Mon cher enfant, tu es maintenant entouré de personnes qui t’aiment. Cette maison est la tienne. Tu as maintenant un foyer. Que Dieu y fasse reposer Sa bénédiction !

Frédéric alla ensuite embrasser M. Eynard et sa femme, puis le bon docteur. Tous eurent pour lui de bonnes paroles réconfortantes. Le vieux Brunel était aussi là avec son air goguenard et mécontent. Il se sentait étouffer dans un appartement. D’ailleurs, une chose désagréable le préoccupait. Enfin, s’adressant à M. Eynard :

– M. l’inspecteur, dit-il d’un ton de reproche en montrant l’arbre illuminé, n’est-ce pas le jeune sapin qui était près de la borne de Neuville ?

– Mais oui, mon cher, n’est-il pas superbe ?

– On aurait pu en prendre un autre. Il y en a des tas de défectueux qu’il faudra enlever. Une si belle plante ; c’est dommage, bien dommage !

– Il en poussera d’autres, consolez-vous. Réjouissez-vous plutôt d’avoir reçu de Mme de Brandes ce si beau fusil.

Brunel secoua la tête.

– Ce n’est pas un vrai fusil ; il n’a pas de baguette.

– À quoi bon une baguette ? répliqua M. Eynard en prenant l’arme. Voyez ! cela s’ouvre ici, on y met les cartouches, on referme et l’on tire, cela va beaucoup plus vite.

– Ce n’est qu’une arbalète, reprit le vieux Brunel d’un ton dédaigneux, j’ai les mains trop raides pour ces nouveautés. C’est bon pour les messieurs qui tirent sur les rabatteurs. J’aime mieux garder mon vieux mousquet. Votre sœur pourrait me donner une livre de tabac hollandais ; cela me ferait plus plaisir que ce joujou.

Peine perdue de vouloir persuader un homme dont le parti pris est irréductible. Il reçut donc sa livre de tabac avec promesse que, tous les huit jours, la provision serait renouvelée. Alors il s’en alla satisfait.

– Voyez-vous, docteur, dit-il en sortant, je fumerai à l’avenir un aussi bon tabac que le vôtre.

– Mêlez-y seulement un peu de romarin sauvage, répliqua en riant le docteur, sinon les lièvres et les chevreuils se moqueront de vous et vous prendront pour un simple amateur.

Le vieux garde n’entendit pas ces derniers mots. Il marchait déjà dans la forêt silencieuse et respirait à l’aise en murmurant : « Ces jeunes sapins qui sont si beaux ! Faut-il que les hommes les vilipendent et les attifent et les défigurent ! Peuvent-ils mieux faire que le Créateur ? »

Les fêtes prirent fin. La nouvelle année commença et, avec elle, le travail sérieux. Le précepteur avait examiné Frédéric et avait trouvé en lui bien des connaissances insuffisantes, bien des lacunes, mais un vif désir d’apprendre et une endurance au travail peu commune. Il pourrait partager la plupart des cours avec Paul ; seules, les langues étrangères lui étaient absolument nouvelles.

– Eh bien, Paul, dit le précepteur au bout de quelque temps, Frédéric t’aura bientôt rattrapé. C’est ce qui arrive quand on sème dans un champ qui a été presque en friche. La semence germe avec plus de vigueur. Maintenant, tu le surpasses encore ; bientôt, c’est lui qui te devancera. Applique-toi, mon garçon !

Un autre changement se produisit. Le visage pâle de Frédéric se couvrit d’un incarnat de santé ; sa poitrine s’élargit ; sa tête, habituellement penchée, se redressa.

– Vois-tu, Agnès, disait le docteur, fier comme si cette transformation eût été son œuvre, c’est la lumière et la chaleur qui lui ont manqué… Tu m’entends, n’est-ce pas ?

– Oui, elle le comprenait et elle était heureuse.

Mais, ce qui réjouissait le plus chacun, c’était l’amitié que les deux garçons avaient conçue l’un pour l’autre. Le caractère vif, un peu léger de Paul, peu disposé à la réflexion et à un travail soutenu, s’attacha avec toute l’ardeur d’un enthousiasme juvénile à son camarade plus sérieux, pensif et réfléchi. En effet, Frédéric n’était content que lorsqu’il avait parfaitement compris le sujet traité et pouvait rendre sa pensée en paroles claires et intelligibles.

Paul passait avec insouciance d’heureuses années dans la maison paternelle. Il pensait peu à l’avenir, et quand, par hasard, cela lui arrivait, il se voyait toujours à la Chênaie, au milieu des grands arbres, loin desquels il pensait ne pas pouvoir vivre.

Quant à Frédéric, les tristes expériences de son enfance et les principes que Georges Barbier lui avait inculqués réglaient toute sa manière d’agir et de penser. Ce jeune maître, si tôt enlevé à son affection, avait su lui montrer le chemin du bonheur. Chacune de ses paroles s’était gravée dans son cœur d’enfant. Chaque fois qu’il parlait de lui, ses yeux brillaient et sa voix était émue.

– Pauvre jeune homme ! disait alors M. Carnésius, il avait le cœur trop tendre pour ce monde. On y trouve trop de ronces et d’épines pour une constitution si délicate.

Cependant, des pensées sérieuses mûrissaient dans l’esprit de Frédéric, ce qui ne l’empêchait pas de faire, avec Paul, de longues promenades dans la forêt. Ils étaient inséparables. Souvent ils allaient trouver le vieux Brunel, qui les rendait attentifs aux mœurs des animaux. Ici, les cerfs venaient brouter ; là les oiseaux trouvaient des grains ou des insectes ; ailleurs, c’était un oiseau rapace qui mettait en fuite un vol d’innocents volatiles. Plus expert en histoire naturelle, Paul se plaisait à initier son ami aux mystères de la vie des animaux et des plantes, si nouvelle, si incompréhensible au premier abord pour celui qui n’a jamais quitté la ville.

– Vraiment, Paul, si quelqu’un me l’avait raconté, je n’aurais jamais cru ce que je vois, s’écriait Frédéric charmé. Les gens de la ville ont une vie par trop étroite et bornée, eux qui s’imaginent tout savoir. Les lièvres et les chevreuils ne sont pour eux que de bons rôtis ; les oiseaux, que des chanteurs plus ou moins agréables à leurs oreilles, et ils ignorent avec quelle sagesse ces créatures se comportent. Que je suis content de pouvoir observer cela avec toi !

Paul était fier de sa supériorité dans ce domaine, aussi n’était-il pas jaloux que Frédéric le surpasse dans maints autres.

Chapitre 20

L’hiver avait fui. Les zéphirs printaniers, entre deux tempêtes balançaient la couronne verdoyante des arbres. La neige fondue s’écoulait en mille ruisseaux et ruisselets et allait grossir la rivière dont on apercevait les sinuosités dans la plaine. Les bourgeons se gonflaient ; les chatons satinés brisaient leur enveloppe brune et les pointes vertes du gazon perçaient entre les mottes humides. L’alouette tirelirait joyeusement, les pinsons et les sansonnets formaient un chœur mélodieux ; les pics, ces étonnants chefs d’orchestre, battaient la mesure. Les bouquets que tante Agnès rapportait à son cher vieux maître étaient de jour en jour plus grands et plus parfumés. Ce ne fut que lorsque la douce senteur du muguet embauma sa chambre que M. Carnésius dit :

– Mes enfants, le sol doit être sec maintenant. J’irai avec vous sous les grands arbres puisqu’il n’y a plus de rhume à craindre.

Il s’accorda donc de longues promenades, en ayant soin toutefois de choisir les sentiers unis où il pouvait marcher sans peine. En vain, ses élèves tentaient-ils de l’engager à faire plus intime connaissance avec les taillis touffus.

– Monsieur Carnésius, disait Paul, vous ne goûterez jamais la forêt si vous vous contentez des chemins battus. Venez donc avec nous dans ce ravin ; il n’y a pas beaucoup d’eau ; si vous ôtez vos souliers, vous pourrez le traverser ; il y a aussi des gués, on peut sauter d’une pierre à l’autre sans se mouiller les pieds.

– Prenez Brunel pour vos escapades, répondait le docteur, ce vieux renard vaut mieux que moi pour cela.

Le jour de l’Ascension, Paul et Frédéric résolurent de faire une longue excursion. Mme Eynard les munit de vivres et de rafraîchissements. Ils partirent tôt après un déjeuner matinal.

– Quand nous aurons marché deux heures, dit Paul, nous arriverons à un bel endroit. Nous nous y reposerons. Il y a là un grand chêne avec d’énormes racines entre lesquelles on peut s’asseoir comme dans des fauteuils.

Tout en s’entretenant de choses et d’autres, les deux amis avançaient d’un bon pas. Mais à quelques pas du but, ils entendirent comme un bruit de scie grinçant avec régularité, et quand le chêne se dressa devant leurs yeux, Paul s’écria, déçu : « La place est prise. Michel le tisserand y fait sa sieste ».

À ce nom, Frédéric s’arrêta brusquement. N’avait-il pas déjà entendu ce nom ?… Il fit encore quelques pas et vit une clairière qu’il crut reconnaître. La rosée brillait encore sur les brins d’herbe qu’elle couvrait de diamants. A l’ombre des haies et des grands arbres fleurissaient des anémones, du muguet et des fraises. Au milieu de la prairie, un vieux cheval blanc broutait paisiblement. Les yeux de Frédéric s’ouvrirent toujours plus grands ; cet endroit, l’avait-il déjà vu, ou n’était-ce qu’un rêve ? Tout ému, il saisit le bras de son ami :

– Paul, je dois déjà être venu ici… J’ai monté ce cheval… c’est la Grise.

Au même instant, la Grise relevant la tête, vit les deux garçons, s’approcha d’eux, s’arrêta et se mit à hennir. Le dormeur s’éveilla en sursaut. Oui, c’était bien Michel. Il avait encore maigri ; sa poitrine s’était affaissée et son nez, en s’amincissant, avait gagné en longueur.

– Qu’a-t-elle, ma vieille Grise ? Il y a des années que cela ne lui est pas venu à l’esprit. Pourvu que cela ne finisse pas mal ! marmottait le vieillard.

– Bonjour, maître Michel, lui cria Paul. Ne soyez pas fâché si nous vous avons dérangé. Nous voulions nous reposer sous le grand chêne pour manger un morceau ; nous ne savions pas que vous y étiez justement.

– Approchez seulement, mes jeunes messieurs ; il y a assez de place pour trois, d’ailleurs, il faut que je m’en aille bientôt… Mais, voyez donc, on dirait que la Grise est ensorcelée, elle hennit de nouveau.

– Pensez donc, maître Michel, j’amène ici mon ami pour la première fois et il prétend qu’il y a déjà été. Le connaissez-vous ?

Le tisserand regarda attentivement Frédéric, puis secoua la tête :

– Il me semble, fit-il, que je l’ai vu quelque part, mais je ne le situe pas.

– Il dit qu’il a monté la Grise.

De nouveau, les yeux du bon vieux se fixèrent sur Frédéric qui, lui, maintenant sûr de son fait, souriait.

Le tisserand baissa la tête :

– Monté la Grise… répétait-il. Puis, saisi d’une émotion extrême, il s’écria : Ce n’est pas possible ! C’est Frédéric qui a été sur la Grise, mais il y a longtemps de cela. C’était un garçon de cinq ans ; un enfant si beau, si intelligent, un enfant comme je n’en ai plus revu depuis. Et il a fallu que je le mène au bureau de police… et ma pauvre femme… a pleuré de toutes ses larmes…

Frédéric lui prit le bras.

– Maître Michel, je suis ce Frédéric que vous avez conduit au bureau de police. J’ai été bien malheureux en ville, mais maintenant je suis chez M. Eynard, considéré comme l’enfant de la famille.

– Vous êtes… tu es… c’est vous… c’est toi Frédéric ? Pourvu que… Mais, que va dire ma bonne Catherine ?… Pourvu que ça ne finisse pas mal !

– Oui, oui, vous souvenez-vous ? Maman Catherine me faisait des beignets et me racontait des histoires… et vous aussi vous m’en aviez raconté une… et j’étais tombé de la Grise.

Tout le corps du vieillard fut pris d’un tremblement.

– Frédéric, Frédéric, bégayait-il. Frédéric, c’est toi ! Que va dire ma vieille ?

La Grise hennit une troisième fois.

– Maintenant, je comprends, reprit Michel avec vivacité, cette bête est plus savante que moi ; elle t’a reconnu. Ma Grise aura un boisseau d’avoine pour cela. Pourvu que cela ne finisse pas mal ! Frédéric, il faut venir tout de suite vers Catherine. En route, mes petits messieurs, il n’y a pas une minute à perdre ! Frédéric, ne veux-tu pas monter la Grise ? Il faut qu’elle aussi ait son plaisir.

Sans cérémonies, Frédéric prit son élan. La Grise redressa la tête et tendit le jarret comme si elle allait porter un fils de roi.

– Maintenant, je sais raconter un conte. Je l’ai appris avec Catherine. Veux-tu que je vous en raconte un ?

– Non, pas maintenant, répondit Frédéric en riant, je pourrais encore tomber de cheval.

– C’est juste, d’ailleurs Catherine saura bien mieux que moi. Mais comment viens-tu par la forêt avec ce jeune monsieur ? J’ai toujours dit que tu étais un fils de grande famille.

– C’est mon frère, dit alors Paul, et en même temps mon ami, quand même il parade à cheval et que je le suis modestement à pied.

– C’est vrai, mon jeune monsieur, mais faut pas que ça vous fâche. Frédéric a des droits sur la Grise. Vous aurez votre tour la prochaine fois. Mais, on ne peut pas toujours se fier à elle ; elle a ses caprices.

– N’en parlons plus, maître Michel, répondit Paul, c’était une plaisanterie. Je suis ravi que Frédéric ait trouvé d’anciens amis.

Comme la chaumière était en vue, Michel dit tout à coup :

– Il me faut courir en avant pour prévenir ma femme, sans quoi elle aura trop d’émotion, et elle n’est plus bien forte, la pauvre.

Il prit les devants. Mais, à peine la Grise eut-elle remarqué la marche accélérée de son maître, qu’elle aussi pressa le pas. Cela ne fit pas le compte de Michel. Aussi, aspirant l’air fortement et pressant les flancs de ses coudes comme il l’avait pratiqué dans sa jeunesse, il s’élança en avant, laissant glisser sa casquette sur sa nuque et les pans de son habit voler comme deux ailes.

Dans la poitrine desséchée de la Grise s’éveilla aussi un courage juvénile. Elle fit un grand moulinet avec sa queue, tendit les jambes et partit au galop. Les deux coureurs avaient les muscles raides et la respiration courte. Qui aurait la victoire ? Peu à peu le cheval gagna du terrain et, quand il arriva dans la cour, il avait une avance considérable. La défaite de Michel aurait été complète si sa rivale avait su parler. Elle se contenta de hennir fièrement, sur quoi la maîtresse parut sur le seuil. Voyant son mari courir, elle leva les bras au ciel, mais avant qu’elle ait pu parler, il disait tout essoufflé :

– Frédéric… Frédéric …

Celui-ci avait quitté son siège incommode. Il s’approchait de la vieille femme qui serrait convulsivement le dossier du banc pour se soutenir.

– Ne me reconnaissez-vous pas ? demanda-t-il.

Elle regardait ce beau grand garçon sans comprendre. Dans son souvenir était restée l’image d’un bambin aux boucles blondes, vêtu d’une blouse de velours, lui parlant avec une petite voix douce comme une musique, et à présent… Elle le regarda plus attentivement et, sentant ses genoux fléchir, s’assit sur le banc :

– Frédéric, Frédéric, dit-elle enfin en joignant les mains.

Elle était bien changée, la vigoureuse maîtresse de maison d’alors : cheveux blanchis, visage ridé, mains racornies… Mais à la vue du jeune garçon qui avait été pendant quelque temps leur rayon de soleil, ses yeux se remplirent de larmes de joie. Frédéric, dit-elle, encore en passant ses mains sur ses cheveux, d’où viens-tu ?

– C’est moi qui l’ai amené, s’écria Michel qui revenait d’avoir conduit le cheval à l’écurie. Ne t’ai-je pas toujours dit qu’il reviendrait une fois ? Tu ne voulais pas le croire et… comme toujours j’ai raison… quand même tu n’en veux pas convenir.

Le fait est que le court passage de Frédéric avait depuis longtemps ranimé en Catherine la foi de son enfance et avait fait d’elle une femme plus réfléchie et soumise. Maître Michel, lui, s’enhardissait parfois à riposter, mais, faute d’habitude, il le faisait maladroitement.

Paul arrivait enfin :

– Je sais courir, moi aussi, maître Michel, mais je ne vous choisirais pas pour concurrent, dit-il en riant, ce qui consola Michel de sa défaite.

Frédéric raconta ses années passées à la ville : beaucoup de peines, peu de joie, mais une radieuse conclusion.

– J’ai souvent désiré mourir, ajouta Frédéric, mais le Seigneur a veillé sur moi. Mon maître, M. Barbier, m’a appris à connaître Celui qui est mort pour mes péchés. Comment ne pas aimer Celui qui vous délivre d’un tel poids ? Dans ma solitude, Sa parole a pris un grand prix pour mon cœur. Vous voyez, aujourd’hui, combien Il m’a comblé !

– Femme, dit enfin Michel, je tisserai une douzaine de serviettes pour Mmes de Brandes et Eynard, tu sais, avec le joli dessin, celui des sapins… et une demi-douzaine de mouchoirs au vieux Monsieur Caro – il voulait dire Carnésius.

Cette résolution ne trouva pas d’opposition chez la bonne vieille. Rien n’était de trop pour récompenser ceux qui veillaient sur Frédéric.

– Mais, acheva Michel, quant à ce brigand de tailleur, la première fois que j’irai en ville, je le rouerai de coups. Il aura son compte !

– Et moi qui reste là, les bras croisés ! Frédéric doit avoir faim, et le jeune monsieur aussi, s’écria soudain Catherine.

Elle se leva vivement et s’en fut à la cuisine. Bientôt on entendit le feu pétiller.

La farine, le beurre, les œufs, le sucre formèrent bientôt un délicieux mélange. La vieille ménagère se dit n’avoir jamais confectionné de pâte plus parfaite. Lorsqu’elle prit la cuillère pour mettre la masse dans la friture bouillante, son mari cassa encore deux œufs en disant :

– Femme, il faut que ce soit extra bon.

– Oh ! s’écria-t-elle, une douzaine d’œufs suffisent, ce n’est plus le moment d’en ajouter ! A présent il faut que j’augmente toutes les quantités. C’est une pitié, ces hommes qui veulent se mêler de la cuisine !

Alors Michel retourna auprès de Frédéric, le visage rayonnant.

– Frédéric, dit-il, tout va bien, elle m’a rudoyé comme autrefois. Vois-tu, pendant ces dernières années, je n’étais pas dans mon assiette ; elle était trop calme. Maintenant, quel bonheur, l’ancienne vie va recommencer.

Finalement, la maîtresse remercia intérieurement son mari, car il n’y eut rien de trop.

Dès ce jour, les deux garçons vinrent chaque dimanche passer quelques heures dans la chaumière du tisserand. Leur présence rajeunissait le vieux couple.

Frédéric apportait avec lui sa précieuse Bible et en lisait à tous quelques versets. Il commença par l’évangile selon Marc, où le Seigneur guérissait, enseignait et bénissait ceux qui s’approchaient de Lui. Dame Catherine n’en manquait pas un mot et ses yeux reflétaient la joie de son cœur. Quant à maître Michel, il approuvait sans tout comprendre et disait un « amen » retentissant à la prière qui achevait cette lecture. Paul lui-même, habitué à observer la nature, découvrait enfin le Créateur. Les lectures de Frédéric allaient trouver bientôt le chemin de son cœur.

Chapitre 21

C’était le dimanche des Rameaux. Que de merveilles dans la nature renouvelée chaque année ! Le cœur se dilate, le corps jouit de sa vigueur. Le campagnard parcourt la campagne d’un pas mesuré, taxe de l’œil ce que ses champs lui rapporteront et dit à sa femme : « Encore un peu de pluie et tout ira bien ». Le cocher se donne un dernier coup de brosse… et contemple avec plaisir les deux beaux chevaux qu’il vient d’atteler pour conduire la famille à l’église proche.

Le docteur Carnésius, de sa fenêtre, admirait les jeunes frondaisons s’étendant à perte de vue. Le soleil matinal faisait transparaître le tendre feuillage et briller les gouttes de rosée. Plus près, dans le jardin, les lilas embaumaient ; leur parfum pénétrait dans la chambre avec celui des essences forestières. Le ciel bleu, la terre dans sa plus belle parure saluaient le retour du printemps. Mais cette contemplation méditative n’était que l’aspiration de son âme à s’élever au-delà du ciel bleu. Oui, se disait-il à lui-même :

C’est le pays de la lumière

Du vrai repos et de la paix ;

C’est là dans la maison du Père

Que le bonheur règne à jamais.

Puis, levant les yeux comme s’il le voyait déjà, il ajouta :

C’est le pays de la promesse

Où Jésus nous introduira,

Où notre cœur, plein d’allégresse,

Avec amour Le bénira.

Une cloche lointaine se fit entendre. Plusieurs autres répondirent de différents côtés. Camille frappa à la porte :

– Monsieur Carnésius, on attelle ; tout le monde est prêt.

Le précepteur descendit lentement l’escalier et trouva la famille réunie en habits de fête. Deux ans s’étaient écoulés depuis les heureux événements que nous avons racontés. Paul et Frédéric avaient grandi. Paul, empreint d’une joyeuse sérénité, laissait voir jusqu’au fond de son âme. Le visage de Frédéric aussi exprimait la joie, mais ses yeux pensifs étaient voilés par une douce mélancolie, souvenir des jours d’épreuve et de labeur ingrat.

On monta en voiture. Au bout d’une demi-heure on arriva à l’église. Le pasteur était un homme âgé, au dos voûté, aux cheveux gris ; ses mains tremblaient en soulevant la lourde Bible, mais ses yeux étaient limpides et sa voix encore forte pénétrait jusqu’aux coins les plus retirés de l’église. En voyant cette jeunesse devant lui, des souvenirs assaillirent son esprit. Quarante fois, il avait présidé une semblable cérémonie ; il avait vu briller les yeux des jeunes et entendu ceux-ci prononcer la promesse de vivre en chrétiens, selon les commandements de Dieu.

En avait-il été ainsi ? Que de bonnes résolutions avaient tari avec les larmes, que de semence tombée parmi les épines, combien peu en bonne terre ! Mais il ne s’était pas lassé de jeter son pain à la surface des eaux.

– Jeunes amis, dit-il en terminant son discours, ayez toujours la crainte de déshonorer votre Dieu. Gardez vos cœurs et vos corps purs ; que l’amour soit le mobile de toutes vos actions, le pur amour divin qui s’oublie pour autrui. Que cet amour témoigne de votre foi en Jésus qui s’est livré à la croix pour vos péchés. Soyez de ceux qui, attachés à leur Maître, Le servent avec fidélité.

M. Eynard et sa famille retournèrent à pied à la maison. Une paix profonde régnait dans la forêt. Les hauts troncs lisses des hêtres s’élevaient comme des fûts de colonnes gigantesques terminés par une couronne de fraîche verdure, abritant un peuple d’oiseaux chanteurs et des myriades d’insectes bourdonnants.

– Je ne puis imaginer, dit Paul, que je puisse jamais oublier cette matinée des Rameaux. Les paroles du pasteur resteront gravées dans mon souvenir.

– Nous sommes tellement privilégiés, répondit Frédéric. Nous sommes entourés d’affection, nous avons tout à souhait. Ce n’est pas difficile de rester honnête quand on a la vie facile. Notre route, à nous, est tout unie. Tant d’autres ont à lutter contre les difficultés et les privations. Faut-il leur jeter la pierre ? Je crois que rien n’aigrit et n’endurcit autant ceux qui peinent et qui luttent contre la misère, que le spectacle de l’orgueil et du luxe des riches égoïstes.

– C’est triste, dit Paul, qu’on n’y puisse rien changer !

– Ne parle pas ainsi, s’écria Frédéric vivement. Nous ne pouvons pas éloigner toutes les misères, ni prévenir tous les maux, mais que dit Jésus ? « Venez à Moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et Moi je vous donnerai du repos ». C’est Jésus qui nous aide à lutter contre les tentations et à porter le lourd fardeau de la misère. En lisant Sa Parole nous sommes émerveillés de Son humilité, de Sa douceur, de Son amour pour tous les pauvres.

– Je t’assure Frédéric, que lorsque je serai inspecteur forestier, mes ouvriers seront bien traités. Je réaliserai les plans de mon père. Nous construirons des maisonnettes confortables, entourées d’un lopin de terre qui leur appartiendra. Mais si j’en surprends à couper de jeunes chênes, à tendre des pièges au gibier, ou à blesser un chevreuil, je serai impitoyable.

– Il y a encore autre chose à faire, dit Frédéric, il faut éclairer les esprits et les cœurs. Il faut qu’ils apprennent non seulement à comprendre ce que les lois ont de sacré, à respecter les institutions de l’État, sauvegarder la nature, mais à aimer Dieu et à connaître Jésus, le Sauveur de tous les hommes. C’est la tâche de l’instituteur chrétien et je veux être cet instituteur.

L’après-midi de ce même jour, une modeste voiture s’arrêtait devant la maison forestière. Les nouveaux venus furent reçus avec joie. Le vieux pasteur Chandal et sa femme étaient des amis de la famille Eynard.

Contre son habitude, le pasteur semblait préoccupé. Il demanda au garde-forestier quelques minutes d’entretien particulier.

Lorsqu’ils furent seuls dans le cabinet de travail de M. Eynard, il dit :

– Vous souvenez-vous de Frédéric de Sandau ?

– Certainement, répondit M. Eynard, surpris et ému, c’était un de mes meilleurs amis. Je n’oublierai jamais le triste événement qui l’a forcé à émigrer.

– N’a-t-il pas causé la mort d’un homme ?

– Oui, malheureusement. Il possédait de nombreux avantages physiques et intellectuels, mais aussi un défaut qui lui faisait parfois perdre la raison : il était très colérique. Un jour, en parcourant les forêts de son domaine, il franchit la frontière à son insu, et tua un chevreuil. Un garde-frontière arriva, voulut lui prendre son arme. Sandau tua le fonctionnaire. La même nuit, il s’enfuit, il y a une vingtaine d’années de cela… et l’on n’entendit plus parler de lui.

– Écoutez ce que je viens d’apprendre, reprit le pasteur. Aujourd’hui, j’ai été appelé auprès du vieux Didier, le fameux braconnier, qui vous a causé tant de dommages. Il est à son lit de mort, et, à ce moment suprême, sa conscience se réveille. Il m’a avoué bien des méfaits, entre autres un qui nous éclairera sur la famille de Frédéric. Il y a onze ans, m’a-t-il dit, que, dans une de ses courses en forêt, il trouva le cadavre d’une femme. Il lui prit son sac qu’il supposait contenir des valeurs. Il y trouva, outre de l’argent et quelques bijoux, divers papiers qu’il ne put déchiffrer et qu’il détruisit. Mais il garda une lettre sur laquelle il réussit à épeler votre nom. Il me l’a donnée en me priant de vous la remettre.

Le pasteur tendit à M. Eynard un pli jauni et froissé. Très ému, celui-ci y lut :

« Mon cher Charles,

Quand tu liras ces lignes, ma femme et mon enfant seront chez toi, et moi, je ne serai plus, car ma fin approche. Je te prie d’être le tuteur de mon fils et de faire valoir ses droits sur la propriété de Sandau. Ma femme te remettra les papiers nécessaires et te fera part des vicissitudes de notre existence. Accueille-la en amie ; elle est maladive, à ce qu’elle m’écrit. Depuis mon départ de V., il y a quatre ans, je n’ai revu, ni elle, ni mon fils. Réponds, je t’en supplie, au désir d’un mourant.

Ton Frédéric de Sandau

Guanajuato (Mexique) le 12 février 18.. »

Le garde-forestier posa la lettre.

– Quelle étrange coïncidence ! dit-il, sans pouvoir réprimer son émotion. Frédéric, l’orphelin sans asile qui nous est arrivé providentiellement au milieu des tempêtes de neige, serait le fils de mon ami, l’héritier de son beau domaine… Il sera malaisé de fournir les preuves de son identité. Si la pauvre femme avait pu arriver jusqu’ici, j’aurais eu tous les papiers nécessaires.

– Il faudra beaucoup de prudence, dit le pasteur, et les conseils d’un homme de loi. Mais quelle joie pour vous d’avoir déjà, sans le savoir, réalisé le vœu de votre ami.

Un silence s’ensuivit. Il fallait un temps de réflexion à M. Eynard pour s’orienter dans cette situation nouvelle.

– Je pense, dit-il enfin, que nous n’en parlerons pas aujourd’hui. Dans le courant de la semaine ; je viendrai chez vous et nous tiendrons conseil.

On frappa à la porte. C’était Camille qui venait annoncer le thé.

Les deux amis s’avancèrent sur le perron dominant le jardin. Leurs yeux furent frappés par un tableau enchanteur. Devant eux, le grand marronnier aux larges ramures ornées de fleurs ; à droite et à gauche, des buissons de lilas qui montaient jusqu’au pignon ; à leur ombre, la table à thé couverte d’une nappe en dentelle et chargée d’un gâteau à la croûte dorée, piquée de ces raisins secs que le docteur Carnésius affectionnait tout particulièrement.

M. Eynard ne laissa rien paraître de ses préoccupations. Les esprits et les cœurs furent à l’unisson avec les harmonies de la nature. Les abeilles bourdonnaient dans le feuillage que des rayons furtifs perçaient pour jouer sur les têtes blondes ou grises des heureux habitants de la Chênaie.

– Pour faire honneur à ce gâteau, Madame, je prendrai une troisième tasse de thé ; j’espère, Mme Chandal, que vous me tiendrez compagnie, dit le vieux docteur en riant.

– Et pourquoi pas ? Je vais vous tenir compagnie d’autant plus volontiers que j’aime les friandises autant que vous. Les messieurs allumèrent leurs cigares ; la conversation s’engagea, tantôt sérieuse, tantôt badine. De fil en aiguille on en vint à parler de l’avenir des jeunes gens qui avaient quitté la table avec l’intention d’aller faire leur visite habituelle au vieux couple de la chaumière.

– Leur avez-vous déjà demandé quelle profession serait la leur ? demanda le pasteur à M. Eynard.

– Pas encore. Aujourd’hui, je crois le moment favorable. Ils reviendront encore avant leur promenade et nous allons les attendre. Je connais les goûts de Paul ; Frédéric est plus difficile à pénétrer. Mais peut-être que notre ami Carnésius est mieux instruit ?

– Non pas, répondit celui-ci en tirant quelques bouffées de son cigare, mais je suis persuadé qu’il fera un bon choix. Peut-être se tournera-t-il vers la médecine pour être mieux à même de venir en aide aux malheureux.

– C’est un triste signe des temps, reprit le pasteur, que les jeunes gens dans l’aisance montrent tant d’indifférence quant au choix d’une profession. Quand on les interroge là-dessus, la plupart répondent qu’ils ne savent pas, ou que cela leur est égal. Qu’arrive ensuite le moment décisif, on prend en considération exclusive l’avantage pécuniaire. En est-il un sur mille qui se demande comment il emploiera au mieux ses facultés au service du Maître et au bien de son prochain ? Nous devrions lui faire comprendre que son propre bien-être n’est pas le but de la vie, mais, au contraire, le devoir d’être un témoin fidèle de Jésus.

Il fut interrompu par Paul et Frédéric qui venaient prendre congé de leurs hôtes.

– Quelle profession choisiras-tu ? demanda M. Eynard, à brûle pourpoint à son fils.

– La sylviculture, répondit Paul sans hésiter.

– Bien, mon garçon, dit le garde-forestier, souriant de plaisir. Et toi, Frédéric ?

Frédéric hésita un moment puis, relevant la tête, dit en regardant M. Eynard bien en face.

– Je veux être instituteur.

M. Eynard fut si surpris qu’il ne trouva pas tout de suite réponse à cette déclaration. Mme de Brandes s’écria d’un ton déçu :

– Comment cette idée t’est-elle venue en tête ? Tu ne m’en as jamais parlé…

– Non, maman, répondit Frédéric, mais il y a longtemps que j’y suis résolu et j’espère que vous m’approuverez.

– Je ne le savais pas… dit Mme de Brandes qui avait de tout autres projets d’avenir pour son fils, va maintenant, nous en reparlerons plus tard.

Le docteur Carnésius avait laissé son cigare s’éteindre, la résolution de Frédéric l’étonnait. Un éclair de joie brilla dans les yeux du pasteur qui s’écria :

– Une exception ! Il est bien décidé, celui-là, il sait ce qu’il veut ; – ici le pasteur jeta un coup d’œil significatif au garde-forestier – qui sait ce qui pourra survenir contre ses bonnes intentions ?

– C’est mon espoir, dit tante Agnès ; avec ses capacités, il pourrait faire une brillante carrière.

– Chère Mme de Brandes, dit le pasteur avec une nuance de tristesse dans la voix, seriez-vous à ce point enchaînée par vos prétentions ? Je regretterais beaucoup que Frédéric change de résolution.

– Trouvez-vous la profession d’instituteur si belle ?

– Je la crois la plus noble et la plus importante qui soit. C’est d’elle que dépendent l’enfance et la jeunesse. Il est facile d’administrer une fortune, de la faire fructifier, d’apprendre à distinguer, d’après nos lois, le bien du mal ; mais, prendre soin d’un jeune cœur, y semer le bon grain que le Seigneur fera germer, voilà ce qui est beau ! Aucune profession ne demande autant de dévouement, de tact, d’abnégation que celle de l’éducateur. C’est pourquoi, il y faut des hommes pleins d’enthousiasme, au cœur débordant d’amour pour la jeunesse. Il nous manque de ces hommes-là. Frédéric en sera un.

Le visage du pasteur rayonnait. Ses paroles avaient quelque chose de prophétique. Tous l’écoutaient avec émotion. Mme de Brandes lui tendit la main.

– Si Frédéric maintient son choix, je consentirai, dit-elle. Mais il est encore bien jeune, et son goût peut changer. D’abord, il ira au collège avec Paul et, quand il aura passé son baccalauréat, il décidera de son avenir.

– Je vous remercie, madame, dit le pasteur. S’il change d’avis, l’école n’aura rien perdu.

La conversation reprit un tour plus gai. Le docteur Camésius déploya un art et des connaissances de gourmet qu’on ne lui avait pas soupçonnés. Il prépara un bol de vin de mai. Brunel lui avait apporté l’aspérule parfumée, cueillie dans l’endroit le plus frais de la forêt. Quand le breuvage au doux arôme brilla dans les verres, Carnésius se leva et dit :

– Meilleurs vœux à nos deux garçons ! Puissent-ils grandir et prospérer de corps et d’esprit ! Que leurs cœurs restent toujours ouverts à tout ce qui est bon et beau ! Qu’ils haïssent le mensonge et l’hypocrisie, défendent le droit et la vérité, et que leur travail soit en bénédiction à leur prochain et à la gloire du Seigneur ! Que Dieu les bénisse !

Conclusion

Le lendemain, M. Eynard fit part à sa femme, à sa sœur et au docteur Carnésius de ce qu’il avait appris par la bouche du pasteur et leur lut la lettre de son ami. Leur étonnement fut extrême. Ils se souvenaient tous du beau jeune homme. Ils déplorèrent son triste sort, et se félicitèrent d’avoir, par une direction providentielle, offert un foyer à son fils.

Avec l’aide du pasteur, on fit une perquisition dans la cabane de Didier. On n’y découvrit pas le moindre chiffon de papier qui pût confirmer ou appuyer les prétentions de Frédéric. M. Eynard s’adressa aux autorités départementales et à un avocat de talent. Celui-ci secoua la tête en disant qu’on n’arriverait à aucun résultat, que le contenu de la lettre n’était pas suffisant. « Si vous le désirez, dit-il, je ferai des recherches. Il faudra s’adresser d’abord au Mexique, aux autorités de la ville qu’a habitée l’auteur de la lettre. Cela coûtera beaucoup de temps, beaucoup d’argent et ne servira probablement à rien ».

Malgré ces paroles décourageantes, M. Eynard pria l’avocat de prendre l’affaire en main. Au bout d’une année, on reçut la nouvelle que le nommé Frédéric de Sandau n’avait jamais demeuré à Guanajuato, ce qui fit supposer qu’il y avait pris un autre nom, que, par conséquent, on ne retrouverait jamais ses traces.

Alors M. Eynard communiqua à Frédéric ce qu’on avait découvert et les démarches qui avaient été faites. Le jeune homme accueillit le tout sans émotion apparente.

– Je vous remercie de tout mon cœur, dit-il, d’avoir voulu me procurer des biens matériels et un nom retentissant. Mais, vous le savez, votre affection pour moi, ma reconnaissance et mon affection pour vous n’en sauraient être plus grands. Je regrette que vous ayez eu tant de peine et de soucis pour moi.

– À mes yeux, tu es le fils de mon ami, et j’aurais été heureux de pouvoir te rendre le nom de ton père. Seulement, les preuves manquent, et la loi n’accorde rien sans preuves.

Mme de Brandes embrassa Frédéric.

– Qu’importe, dit-elle, qu’on te refuse ton nom et ta fortune ! Tu es mon fils. Personne ne pourra te chasser de mon cœur et je ne te laisserai pas non plus manquer du nécessaire.

– Oh ! mère chérie, répondit Frédéric tout ému, tu m’as tiré de la misère, tu m’as comblé de bienfaits, mais ton affection est mon plus grand trésor. J’espère toujours en être digne.

C’est ainsi que Frédéric garda son nom roturier et ses goûts simples. Dans l’automne qui avait suivi leur confirmation, les deux jeunes gens étaient entrés en seconde classe du lycée de R.

Paul était un bon élève, quoique l’étude des langues ne fût pas son fort. Frédéric lui aidait à en surmonter les difficultés. Quant à ce dernier, son zèle, ses talents et sa modestie le faisaient aimer de ses professeurs aussi bien que de ses camarades.

Puis vint l’examen, dont tous deux sortirent en bonnes places.

Quelle joie ce fut à La Chênaie ! M. Eynard et le docteur Carnésius se sentaient rajeunis. En pensée, ils revivaient le jour de leur propre réussite où eux aussi avaient vu briller des larmes de joie dans les yeux de leurs parents.

Frédéric se rendit sans tarder chez le directeur de l’instruction publique. C’était un petit monsieur au regard vif et pénétrant. Il observa le beau jeune homme qui se tenait modestement devant lui.

– Vous avez choisi la carrière de l’enseignement, dit-il, mais je crois devoir vous avertir que nous avons surabondance de philologues.

– Je veux être instituteur dans une école primaire.

– Comment ? vous ai-je bien compris ?… Avec vos capacités, vous pourriez aspirer à un poste élevé dans les sciences ou les lettres. Êtes-vous pauvre ? Je vous ferai allouer une bourse pour vos études universitaires.

– Ce n’est pas la pauvreté, dit Frédéric, qui est ma raison déterminante, c’est le désir de travailler au bien des enfants pauvres, de cultiver leur esprit et leur cœur, de leur inspirer le goût des choses nobles et élevées.

Un sourire d’ironie et de pitié passa sur les lèvres du directeur.

– Voilà qui est bel et bon, dit-il, mais le cercle de votre activité sera bien restreint et ignoré. Si vous aviez un emploi dans l’enseignement supérieur, vous pourriez agir tout aussi efficacement. Un simple maître d’école ne peut rien faire d’important.

– Ce n’est pas mon opinion, répondit Frédéric. Moi, j’aspire à réchauffer les cœurs. Je désire travailler parmi les pauvres, leur donner mon affection et gagner la leur.

L’ironie disparut du visage du directeur. Ainsi, chez ce jeune homme habitait un idéal, et cet idéal le plaçait dans une classe poudreuse, au milieu d’enfants souvent négligés et vicieux, à un poste maigrement salarié et peu estimé des gens du monde. Devait-il le plaindre ? Devait-il l’envier ?

« Oh, pensa-t-il, que n’avons-nous une centaine de jeunes gens animés du même zèle, peu soucieux des richesses et des honneurs ».

Il saisit la main de Frédéric et la serra chaleureusement.

– De nombreuses déceptions vous attendent, dit-il, vous ferez des expériences amères. Dieu veuille que vous ne perdiez pas courage ! En tout cas, je crois que vos efforts ne seront pas vains…

Paul entra à l’académie forestière et Frédéric à l’école normale, d’où il sortit pour faire ses premières armes dans un village pauvre et solitaire. Il y trouva des chaumières branlantes, des cours sales, des cultures négligées, des hommes adonnés à l’ivrognerie, habiles à tromper, à tourner la loi, et même à la violer. Ce village, nommé Fugère, était tristement renommé dans toute la contrée. Nulle part on ne trouvait autant de braconniers et de voleurs de bois. Les femmes ne valaient guère mieux : elles se montraient négligentes, indifférentes ou trop faibles pour rien améliorer ; les enfants, sales et déguenillés, apprenaient tôt déjà à participer aux méfaits de leurs pères.

Ce poste redouté de chacun, Frédéric l’accepta. Le traitement était peu élevé, la maison d’école mal entretenue. Le jeune instituteur eut à lutter contre la malveillance sous toutes ses formes. Les enfants regardaient avec méfiance ce beau jeune homme qui leur souriait amicalement ; les adultes, sans le saluer, lui jetaient des regards d’une sombre hostilité. Il me faudrait écrire un gros livre si je voulais dépeindre ses luttes, ses victoires, ses défaites.

S’inspirant de son divin Modèle, Frédéric gagna lentement le cœur des enfants ; non pas en un jour, ni en un mois : il fallut des années de persévérance et de patience. Avec le secours du Seigneur, il lutta contre la méchanceté, le mensonge, l’intempérance ; de belles victoires furent remportées. Si parfois son courage défaillait, il repensait à son bienfaiteur, Georges Barbier, qui avait eu tant à souffrir. Mais il se rappelait surtout les paroles du Seigneur : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point ». Alors plein de confiance il se disait à lui-même : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 6).

Rempli d’un nouvel espoir, le jeune instituteur reprenait son fardeau. Depuis qu’il tenait l’école, il commençait la matinée en lisant un récit de la Parole de Dieu, puis chantait un cantique avec ses élèves. L’habitude avait été longue à prendre, mais maintenant les enfants le réclamaient.

Peu à peu, il devint l’éducateur des petits, le conseiller des grands. Il savait secourir où il fallait et, de plus, Mme de Brandes lui ouvrait largement sa bourse.

Dix ans plus tard, la gentille Camille Eynard unit sa vie à celle de Frédéric, joignant sa foi ardente au service du Maître. Elle aidait son mari, le consolait, l’encourageait et savait faire briller un rayon de joie sur ce visage souvent grave et soucieux. Elle s’occupait des jeunes filles, visitait les mères, se donnait, elle aussi, entièrement à sa tâche.

Vingt ans après l’arrivée de Frédéric dans ce pauvre village, on aurait à peine cru que ce fût le même endroit. Les maisons et les habitants étaient propres et souriants ; le blé ondoyait dans les champs bien cultivés ; de pieuses pensées avaient germé dans bien des cœurs. Les habitants avaient appris à connaître et à aimer Jésus et à Le servir en travaillant joyeusement.

Quant à la maison d’école, embellie et restaurée, les villageois en faisaient un but de promenade pour en admirer les fleurs et son verger prospère.

Plusieurs enfants de Fugère, remplis de l’ardeur que leur avait communiquée leur maître, désirèrent l’imiter et se formèrent dans le même esprit et la même foi. On offrit à Frédéric des postes en vue, mais il les refusa. Le Seigneur l’avait envoyé dans ce village pour semer l’Évangile et l’avait comblé de bénédictions. Frédéric resta donc à Fugère. L’approbation des parents, les regards reconnaissants de leurs enfants étaient sa plus belle récompense.

Pendant les vacances la maison d’école se fermait. Ses habitants allaient à la Chênaie où leur arrivée était toujours impatiemment attendue. Ils y retrouvaient la famille réunie, les lieux aimés où Frédéric avait pu oublier ses souffrances. Aujourd’hui, il y avait mieux encore, ils servaient ensemble le divin Maître et ouvraient leur cœur à tout ce qui donne à la vie sa vraie valeur.

TRADUCTION DE FEUILLETS (64)

« Je n’ai pas honte de l’évangile, car il est la puissance de Dieu pour sauver quiconque croit » Romains 1. 16.

ÉVANGILE CONTRE LOI

Depuis que Jésus-Christ a accompli l’œuvre de rédemption sur la croix, l’évangile de la grâce a été proclamé aux hommes. Ce message est clairement en contraste avec la Loi des dix commandements.

L’Évangile n’est pas simplement une doctrine ou une règle qui traite du comportement des gens, comme le faisait la Loi. Non, c’est la puissance de Dieu parce qu’il peut changer fondamentalement les gens pour leur salut éternel.

L’Évangile n’impose pas aux gens des exigences qu’ils ne peuvent pas satisfaire, comme le faisait la Loi. Il n’exige pas, mais donne gratuitement, un salut parfait et éternel.

L’Évangile ne se limite pas à un groupe spécifique de personnes, comme la Loi, qui a été donnée uniquement au peuple d’Israël. La bonne nouvelle de la grâce s’adresse à tous, dans tous les pays.

L’Évangile n’est pas pratiqué, mais cru. La Loi disait : Faites ceci et vous vivrez. La bonne nouvelle, cependant, c’est : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31).

Aujourd’hui encore, l’évangile de la grâce est annoncé afin que les gens puissent recevoir le pardon de leurs péchés et trouver la paix avec Dieu. Malheureusement, de nombreuses personnes réagissent avec indifférence ou le refusent. Cependant, quiconque accepte ce merveilleux message avec foi, et se tourne vers Dieu en confessant ses péchés, trouvera le vrai bonheur.

D’après Näher su Dir mars 2024

« Il (le Fils de Dieu) soutient tout par la parole de sa puissance » Hébreux 1. 3.

Il PORTE TOUTES CHOSES

C’est lourd comme du plomb ! Ça colle littéralement au sol ! Lorsque nous devons porter ou soulever des objets lourds, nous atteignons facilement nos limites et avons besoin d’aide. Cela commence par l’ascenseur ou le cric, et se termine par la grue spéciale pour les charges pesant des tonnes. Peut-être avons-nous déjà assisté au déchargement d’un porte-conteneurs et avons-nous été émerveillés par les immenses grues de chargement du port. Qu’ont inventé les gens pour porter des fardeaux !

Ce qui est bien plus admirable, c’est que le Fils de Dieu « soutient tout par la parole de sa puissance ». La Bible présente Dieu non seulement comme le Dieu Créateur, mais aussi comme le soutien de toute la création. Dieu a créé les lois de la nature et veille continuellement à ce que « toutes choses » soient maintenues : « Tout subsiste par lui » (Col. 1. 17).

Quand nous pensons à cette puissance divine de soutien, nous pensons aux mouvements des corps célestes dans l’espace. Le Créateur les a si parfaitement coordonnés que nous pouvons vivre sur notre planète. Mais la préservation divine englobe bien plus. Nos vies elles-mêmes sont une preuve constante que Dieu nous soutient en permanence. Chaque processus dans notre organisme dépend de la puissance de Dieu, que nous en soyons conscients ou non.

Quel puissant soutien que notre Dieu au ciel ! Et comme il est bon de savoir que je n’ai pas besoin de faire confiance à ma faible force, mais que je peux faire confiance à la force et à la puissance infinies de Dieu.

« Confie-toi de tout ton cœur à l’Éternel, et ne t’appuie pas sur ton intelligence ; dans toutes voies connais-le, et il dirigera tes sentiers » (Prov. 3. 5).

D’après die gute Saat avril 2024

« Tournez-vous vers moi et soyez sauvés… car moi, je suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre » Ésaïe 45. 22.

« Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » Romains 8. 32.

JE PENSAIS QU’IL N’Y AVAIT PAS DE DIEU

Il y a 12 ans, j’étais encore athée. Je pensais que Dieu n’existait pas. J’étais prêt à travailler dur pour atteindre tous les objectifs que je m’étais fixés : je voulais un bon travail et une maison confortable. À 30 ans, j’avais réalisé tout cela. Mais je ne me sentais pas satisfait, la vie m’ennuyait.

C’est à cette époque que j’ai rencontré pour la première fois des amis différents. Ils avaient une paix intérieure et une joie dont j’ignorais l’existence. Cela m’a bouleversé. Et quand ils m’ont dit que cela venait de Dieu, j’ai été encore plus étonné. J’avais toujours considéré comme une folie la croyance en un Dieu qui intervient dans nos vies. Mais la différence entre la vie de mes amis et la mienne était trop grande, et mon ancienne conviction s’est effondrée. J’ai également remarqué un changement étonnant chez ma femme : son amertume et son inquiétude avaient fait place à une paix et une confiance que je voyais également chez mes amis. Finalement, elle a eu le courage de me dire qu’elle avait accepté Jésus-Christ comme Sauveur. Puis mes pensées précédentes me parurent soudain creuses et fausses. Et alors j’ai également confié ma vie au Seigneur Jésus-Christ.

Maintenant, je sais que Dieu existe. Cela est révélé dans la Bible, à laquelle je n’avais jamais voulu croire, dans la vie de mes amis et dans les changements que j’avais observés chez ma femme. Cela a été la clé de mon cœur.

D’après die gute Saat avril (C.J.W.)

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » Hébreux 4. 7.

« Voici, c’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » 2 Corinthiens 6. 2.

AUJOURD’HUI, PAS DEMAIN !

Alex, le fils d’une connaissance, a 23 ans et il espère hériter d’un domaine de 80 hectares. Il est sympathique et amical. Sa passion, ce sont les voitures rapides. Il montre peu d’intérêt pour la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

Je lui dis, une fois de plus : « Alex, il faut que tu croies au Seigneur Jésus ! Si tu vas dans l’éternité avec tes péchés, tu es perdu. » Il essaie de me rassurer : « Je suis jeune, j’ai encore beaucoup de temps. » Il rejette aussi poliment, en souriant, ma suggestion de lire la Bible : « Je n’en ai pas encore besoin. » J’essaie à nouveau d’éveiller sa conscience : Les jeunes peuvent aussi mourir subitement. Et alors, c’est fixé pour toujours – toujours, trop tard. » Nous nous quittons en nous disant au revoir.

Nous ne nous sommes jamais revus. Peu de temps après, l’appel de son père, désespéré, me parvient : « Alex a eu un accident avec la voiture… dans un virage verglacé… collision frontale. Il est mort sur le coup ».

J’ai encore beaucoup de temps – les mots du jeune homme me reviennent à l’esprit. De combien de temps disposent les humains ? – Tout au plus, d’aujourd’hui. C’est pourquoi Dieu dit dans Sa Parole : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur » et : « C’est maintenant le jour du salut ». Nous ne savons pas si nous aurons encore, demain, la possibilité de répondre à l’appel de Dieu. C’est pourquoi « nous supplions pour Christ : Soyez réconciliés avec Dieu ! » (2 Cor. 5. 20)

D’après die gute Saat avril 2024

« Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois » Jean 9. 25.

SEULEMENT LA VÉRITÉ

La réunion était terminée et les auditeurs quittaient la salle. Alors un homme s’est approché de l’orateur. Souriant d’un air suffisant, il a déclaré : Je suis surpris qu’un homme comme vous, un homme de culture et d’éducation, croie encore à la Bible. Si un petit enfant, qui ne connaît rien, ou bien une vieille femme qui n’a rien d’autre en quoi croire … mais vous ? J’ai moi-même renoncé à croire en la Bible depuis longtemps.

Je ne veux pas discuter avec vous, a répondu le prédicateur, je veux juste vous lire ce que dit la Bible à ce sujet. Et il lut : « Quoi donc ! Si certains n’ont pas cru, leur incrédulité pourra-t-elle annuler la fidélité de Dieu ? Absolument pas ! mais que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme menteur ». L’homme haleta : Êtes-vous en train de dire que je suis un menteur ? Vous parlez de Dieu, mais je ne crois pas qu’il existe un Dieu. Cela ne m’étonne pas, a déclaré le prédicateur, car la Bible dit aussi que : « L’insensé a dit en son cœur : Il n’y a point de Dieu » Et il ajouta : Ici, quelqu’un le dit seulement dans son cœur, mais vous, vous le dites publiquement (Rom. 3. 3 et 4 ; Ps. 14. 1).

L’homme s’éloigna en colère. Mais à chaque pas, il croyait entendre : Espèce de menteur – imbécile – menteur – imbécile.

Le lendemain, il se rendit très tôt chez le prédicateur, qui le reçut par ces paroles : « Vous êtes-vous enfin abandonné à Dieu ? J’ai prié pour qu’Il ne vous laisse pas partir ». L’homme a répondu : Je n’ai pas pu dormir de la nuit, je n’arrêtais pas de penser aux paroles de la Bible.

Plus tard, les deux hommes se sont agenouillés – et le ciel s’est réjoui de ce qu’un pécheur s’était repenti (Luc 15. 7). Celui qui était autrefois aveugle a désormais la vue, et la foi en Jésus Christ.

D’après die gute Saat avril 2024

« Pilate prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste » Matthieu 27. 24.

L’APAISEMENT APRÈS LE LAVAGE

C’est le titre d’un article scientifique. Des études ont montré que les gens ont inconsciemment tendance à se laver les mains afin de se purifier des derniers doutes ou sentiments de culpabilité après des décisions difficiles ou des manquements moraux.

Le gouverneur romain Pilate croyait que Jésus était innocent et aurait aimé le libérer. Mais les chefs religieux de Jérusalem ont fait pression sur lui et l’ont menacé de conséquences politiques s’il ne les écoutait pas (Jean 19. 12). Pilate devait désormais choisir entre ce qu’il croyait être juste, et son propre avenir politique. Finalement, il a pris sa décision : contre la Loi et donc contre Jésus-Christ.

En Israël, il y avait une coutume : se laver les mains pour montrer son innocence dans un crime.

Pilate y a-t-il pensé lorsqu’il s’est lavé les mains pour assurer de son innocence ? Ou voulait-il se débarrasser de tous doutes et sentiments de culpabilité ?

Quoi qu’il en soit, se laver les mains ne pouvait pas effacer son injustice et sa culpabilité devant Dieu.

Ceux qui agissent ainsi ne nous seront pas non plus d’une grande utilité aujourd’hui. Se purifier est en effet la bonne chose à faire – mais ce ne sont pas vos mains qui doivent être propres à l’extérieur, mais votre cœur, la partie intime de vous-même, qui doit être purifié. Avec le lavage symbolique des mains, on peut peut-être apaiser les sentiments de culpabilité pendant un certain temps, mais la véritable purification ne vient que par la foi en Christ et dans la puissance expiatoire de Son sang. Seul « le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché » (Rom. 3. 25 ; 1 Jean 1. 7).

D’après Die gute Saat avril 2024

« Et l’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder » Genèse 2. 15.

« Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes » Colossiens 3. 23.

FÊTE DU TRAVAIL

Qui a réellement inventé le travail ? En fait, c’est Dieu. Dieu, dans Sa puissance, a créé l’univers. Quelque part là, Il a placé la terre relativement petite, qu’Il a aménagée de manière merveilleuse et propre pour la vie pour Ses créatures, les nombreux animaux et l’homme qu’il a créé. Puis Dieu, le septième jour, s’est reposé. Tout était très bien.

Depuis le début, le travail fait partie du programme de vie de l’homme. Il était censé « cultiver » le jardin d’Éden, être autorisé à poursuivre l’œuvre créatrice de Dieu dans un certain sens, mais il était également censé « garder » le jardin. Et tout cela, dans des conditions climatiques idéales : il n’y avait pas de parasites, pas de mauvaises herbes – donc un aménagement de jardin de luxe. Quel passionné de jardinage ne se sent pas réconforté à cette idée ?

Ce n’est que lorsque les premiers hommes se sont détournés de Dieu par méfiance, et ont dû quitter le paradis, que les conditions de travail se sont détériorées. Depuis lors, en plus des fruits encore riches, la terre produit également des épines, des chardons et des mauvaises herbes. Depuis lors, la vie professionnelle est, dans une certaine mesure, faite d’efforts et de sueur, d’un sentiment d’insignifiance, mais aussi d’injustice et d’exploitation. Tout le monde n’a pas la possibilité de faire le travail qu’il aime le plus, sans parler de ceux qui n’ont pas de travail ou qui ne gagnent pas le strict nécessaire pour vivre grâce à leur travail.

Le travail apporte-t-il de la joie et du sens à quelques privilégiés seulement, et des difficultés et un fardeau pour tous les autres ? Non, Dieu en soit béni ! Dieu nous montre une voie différente dans la Bible : nous pouvons retrouver la communion avec Lui par la foi, et ensuite accomplir n’importe quel travail – même le moins attrayant – pour Lui chaque jour. Dieu bénira cela et nous donnera en retour Sa bénédiction !

D’après die gute Saat mai 2024

« L’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? » Genèse 3. 9.

« Après que Jésus fut né à Bethléem en Judée… des mages arrivèrent de l’Orient à Jérusalem et dirent : Où est le roi des Juifs qui a été mis ou monde ? » Matthieu 2. 1 et 2.

DEUX QUESTIONS IMPORTANTES

La première question de l’Ancien Testament, c’est : « Où es-tu ? » Dieu adresse ces paroles à l’homme après qu’il a péché et s’est ensuite caché de devant son Créateur. Le péché a provoqué une distance et un éloignement de Dieu, mais Dieu recherche la personne perdue et coupable afin de retrouver la communion. Le péché a non seulement fait de l’homme un pécheur perdu, mais il a aussi fait de Dieu un Dieu qui recherche le pécheur pour le sauver.

La première question du Nouveau Testament, c’est : « Où est le roi des Juifs qui a été mis ou monde ? Les érudits d’Orient demandent aux scribes de Jérusalem où ils peuvent trouver le roi dont ils ont vu l’étoile. Il s’agit de Jésus, que Dieu a envoyé comme Sauveur et qui est né à Bethléem. Nous aussi devons tous partir et Le « chercher », Le rencontrer par la foi. Tout dépend de cette rencontre.

Dieu demande : « Où es-tu ? » Et si nous, les humains, arrêtons de jouer un jeu et sortons de derrière les arbres de notre propre volonté, en répondant honnêtement : « Dieu, où es-tu, donne-moi de Te trouver » alors la réconciliation aura lieu. Dieu aime le pécheur et pour cela Il nous a envoyé Jésus comme Sauveur. Avez-vous déjà reconnu que vous êtes perdu et avez-vous laissé Dieu vous trouver afin que vous puissiez Le rencontrer et être sauvé par la foi en Son Fils, Jésus-Christ, mort pour vous sur la croix ?

« Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31)

D’après die gute Saat mai 2024

« Inclinez votre oreille et venez à moi ; écoutez, et votre âme vivra » Ésaïe 55. 3.

« Écoute, mon peuple, et je parlerai » Psaume 50. 7.

« Tenez-vous tranquilles, et sachez que je suis Dieu » Psaume 46. 10.

ÉCOUTER ET VIVRE

A Green Bank, en Virginie occidentale, il n’est pas permis d’employer des tablettes, des Wifi, des GPS… C’est le village le plus silencieux d’Amérique, parce qu’il s’y trouve l’Observatoire qui contient le radiotélescope orientable le plus grand du monde. Cet appareillage, qui occupe une superficie immense, a besoin de silence pour écouter les ondes émises naturellement par le mouvement des galaxies. Étant extrêmement sensible, le télescope a donc été construit au centre d’une zone de « silence-radio » de 33 000 km2, pour empêcher qu’il soit perturbé par quelque interférence électronique.

Nous vivons dans un monde digital dans lequel les annonces et les haut-parleurs nous sollicitent continuellement. Serons-nous capables de préserver des moments de silence pour écouter le Créateur de l’univers ? Dieu nous parle. Il le fait en particulier par la Bible, qui déclare de nombreuses fois être la Parole de Dieu. Dieu nous y révèle qui Il est, et qui nous sommes. Écoutons la voix de Dieu en lisant Sa Parole, ce qui demande du temps, de l’attention, de l’intérêt, et surtout un état d’humilité de la créature devant son Créateur – de l’être humain devant Dieu.

Il y a aussi en nous un courant de pensées qui agitent notre esprit. Demandons à Dieu de nous rendre capables de distinguer Sa voix et d’écouter Son message.

« Dans la multitude des pensées qui étaient au-dedans de moi, tes consolations ont fait les délices de mon âme » (Ps. 94. 19).

D’après il buon Seme avril 2024

(L’un des malfaiteurs sur la croix, à Jésus) : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume » Luc 23. 42.

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » Hébreux 3. 7 et 8.

AU DERNIER MOMENT

Ma vieille grand-mère vivait à une époque où, à la campagne, il n’y avait pas encore d’automobiles ni de téléphone. J’ai trouvé dans son journal le récit suivant :

Mon frère Roger était un homme actif et diligent, mais il n’avait aucun intérêt pour la Bible ni pour les réunions chrétiennes. Un matin, alors qu’il avait dix-sept ans, il est parti, tout joyeux, pour aller à son travail. Il devait aider son chef à guider le char avec les hottes dans les vignes. Roger pensait pourvoir guider tout seul jusqu’en bas de la pente. Entraîné par le poids de la remorque, il reçut un coup en pleine poitrine et tomba par terre. Avant qu’il puisse l’éviter, une roue lui passa dessus, et il perdit connaissance.

Il fut rapporté à la maison, et Dieu, dans Sa miséricorde, permit qu’il reprenne connaissance.

Oh, maman, je vais mourir, et j’ai tellement péché contre toi et contre Dieu. Prie pour moi !

Ma mère et ma sœur lui parlèrent du Sauveur qui était mort sur la croix aussi pour lui. Avant que l’hémorragie interne l’emporte, il put encore recevoir et accepter la grâce de Dieu pour ses péchés, par la foi au sacrifice de Christ mort pour lui.

Comme le brigand sur la croix, ce jeune homme accepta au dernier moment l’offre de salut de notre Sauveur. Aujourd’hui Dieu vous appelle aussi par ce message. Ne remettez pas votre décision à plus tard. Aucun de nous ne sait s’il aura encore une autre occasion pour accepter le pardon offert par Jésus Christ !

D’après il buon Seme avril 2024

« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » 2 Timothée 3. 16.

LA BIBLE, PAROLE DE DIEU

Ce verset affirme de manière absolue et indiscutable l’origine de la Parole de Dieu. Si elle n’était pas fiable, alors Paul et ses écrits seraient méprisables ; mais vu qu’elle est digne de toute confiance, les écrits de Paul, et toute l’Écriture, exigent le plus grand respect et la plus grande soumission : ils sont donnés par inspiration de la part de Dieu.

Il n’est pas dit que toute l’Écriture soit une révélation ; mais plutôt qu’elle est donnée par l’inspiration directe de Dieu – Dieu Lui-même inspirant les paroles de chaque auteur. L’Ecclésiaste, par exemple, n’est pas du tout la révélation de Dieu, mais l’inspiration de Dieu pour que Salomon écrive juste ce qu’il avait expérimenté en mettant à l’épreuve « tout ce qui est sous le soleil », et en trouvant que « tout est vanité et poursuite du vent ». Le dessein et le point de vue du livre entier doivent être considérés dans l’étude de chaque livre de l’Écriture ; mais l’Écriture est un tout, chaque partie étant parfaite à sa place, pure dans sa vérité, sans opposition entre ses parties, telle qu’elle a été donnée dans les langues originales.

Elle est tout entière profitable, même les généalogies, les noms de villes etc. Si je n’en ai pas trouvé du profit, cela est dû à mon manque de discernement spirituel. Mais il y a dans la Parole un enseignement de valeur vitale et éternelle. Elle apporte aussi la conviction en ce qui regarde toute pratique qui ne supporterait pas sa lumière précieuse, et la conviction qui nous sonde – et avec cela, la capacité de corriger, qui devrait être bienvenue, et l’instruction dans la justice. Nulle part ailleurs nous ne pouvons trouver ce qu’est réellement la justice ; mais l’Écriture ne laisse pas de doutes. Que ce trésor que nous avons dans les mains est magnifique !

D’après the Lord is near octobre 1984 (L.M. Grant)

DONNÉ, C’EST DONNÉ

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« Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6. 23).

« Vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (1 Jean 5. 13).

DONNÉ, C’EST DONNÉ

Quentin a donné hier sa jolie voiture rouge à son frère Évan. Aujourd’hui, il le regrette et voudrait la reprendre. Mais Évan proteste énergiquement  : « Donner, c’est donner ! Reprendre, c’est voler ! ». Si on prête un objet, on est en droit de le réclamer à nouveau. Mais si on l’a donné, c’est définitif. Quand il s’agit de sommes d’argent importantes, on signe même un document officiel pour constater la transaction.

Donner, c’est donner. Autrement dit, si quelqu’un me donne quelque chose, je suis en droit de considérer que c’est à moi.

Ami chrétien, tu as reçu par la foi le salut de Dieu. Mais es-tu inquiet à l’idée que tu pourrais perdre ton salut  ? Lis bien ce que Dieu lui-même écrit  : « Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle ». Si Dieu t’a donné la vie éternelle, il est impossible qu’il te la reprenne.

Peut-être penses-tu  : « Et si je me conduis mal  ? »

Remarque bien qu’il s’agit d’un don de grâce, c’est-à-dire d’un cadeau que tu n’as pas mérité  ! Si Dieu te l’a donné sans attendre de toi que tu le mérites, crois-tu qu’il s’attend à ce que tu le gardes par tes propres efforts  ?

Sais-tu aussi que chaque enfant de Dieu a été donné par Dieu à son Fils  ? Jésus parle des siens à son Père en disant  : « Ils étaient à toi, et tu me les as donnés… J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux n’a été perdu » (Jean 17. 6 et 12). C’est Dieu qui t’a donné à Jésus. Sois certain qu’il tient à toi, comme à un don reçu de son Père. Il te garde avec soin, et personne ne pourra t’arracher de sa main (Jean 10. 27 à 30)  !

D’après la Bonne Semence Avril 2024

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ÉTUDE SUR L’ÉVANGILE SELON MARC

Ch. 1

Chacun des quatre évangiles présente un caractère particulier du Seigneur Jésus : Matthieu présente le Seigneur comme le Messie d’Israël et le Roi.

Marc présente le Serviteur parfait et le Prophète.

Luc Le désigne comme le Fils de l’Homme.

Jean, enfin, désigne le Seigneur comme le Fils de Dieu.

Dès le premier chapitre de Marc, nous voyons le Seigneur entrer dans son service pour son Père, annonçant le royaume de Dieu (v. 14) avec beaucoup d’empressement. Un mot caractérise sa diligence à servir : « Aussitôt » (Marc n’est désigné comme écrivain de cet évangile qu’à partir du deuxième siècle).

Cependant, au verset 1er, le Seigneur, serviteur de Dieu, est désigné aussi : « Fils de Dieu ». Cela est confirmé par la voix de Dieu Lui-même au v. 11. Venu sur la terre avec humilité pour servir, Il reste le Fils éternel de Dieu. Il reste aussi le Serviteur éternel car, au ciel, Il fera asseoir ses rachetés à table, et « s’avançant, Il les servira » (Luc 12. 37). Cependant, au ch. 16. 19, le Seigneur ressuscité, prend le caractère de Seigneur de gloire.

Dans les Actes, Marc, associé à Paul et Barnabas (ch. 15. 37 et 38), interrompt son service. Puis, Marc étant restauré en 2 Timothée 4. 11, le Seigneur, dans sa grâce, peut désormais l’employer pour écrire son évangile.

Cet évangile ne présente pas la généalogie du Seigneur, Serviteur de Dieu et des rachetés.

Le v. 2 répond à Malachie 3. 1, et à Ésaïe 40. 3 : Jean le Baptiseur n’est pas Élie, mais « la voix de celui qui crie dans le désert » dans l’Esprit d’Élie, afin de « préparer les voies du Seigneur » pour rendre possible l’avènement de son royaume. Mais, dans l’évangile de Jean, dès le premier chapitre, v. 11, le Seigneur est rejeté de son peuple. Son royaume a dû être repoussé à plus tard (ch. 18. 36). Avant l’établissement de son royaume millénaire, le Seigneur suscitera un prophète qui prendra le caractère d’Élie, (mais aussi de Moïse) (Apoc. 11. 6). Le Seigneur porte ce caractère du serviteur hébreu renonçant à la liberté, car il aime « son Maître, sa femme et ses enfants et ne veut pas sortir libre » (Ex. 21. 2 à 6).

Au v. 11, Dieu s’adresse directement au Seigneur : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir ». En Luc également. En Matthieu, Dieu s’adresse à ceux qui entourent le Seigneur et dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ».

Après quarante jours de jeûne au désert, le diable vient pour tenter le Fils de l’Homme, comme il avait tenté et fait tomber Adam et Ève et tous les hommes. Mais il était impossible de faire tomber le Seigneur, car Il était le Serviteur parfait, Fils de l’homme certes, mais aussi Fils de Dieu.

Au baptême de Jean, le Seigneur est remonté aussitôt de l’eau (v. 10), car II n’avait aucun péché à confesser. En se soumettant au baptême, Il s’est identifié à son peuple pécheur, en attendant, sur la croix, de se charger de leurs péchés et des nôtres, afin de les expier. En tant que Serviteur de Dieu, le Seigneur devait se charger des péchés du peuple juif, mais aussi de ceux des nations (És. 49. 3 et 6), car les nations seront jugées selon la justice divine (cf. És. 42. 1). Comme Serviteur parfait et fidèle, alors qu’Il est « le prince de la vie », Il est le contraire de ce que l’on trouve en Ecclésiaste 10. 7 : « J’ai vu des serviteurs sur des chevaux, et des princes marchant sur la terre comme des serviteurs ».

Le Seigneur Jésus, Fils de Dieu, est venu sur la terre pour servir Dieu et ses rachetés, en leur apportant la grâce divine. Mais II est venu aussi pour être le Serviteur éternel de Dieu et de ceux qui L’auront servi sur la terre, et qui L’auront attendu fidèlement. « Bienheureux sont ces esclaves, que le Maître, quand II viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’Il se ceindra et les fera mettre à table et, s’avançant, Il les servira » (Luc 12. 37).

Dans le premier chapitre de Marc, nous avons le témoignage personnel de Jean, affirmant que son évangile concerne le Seigneur « Jésus Christ, Fils de Dieu » (v. 1) ; le témoignage du prophète Ésaïe (v. 2) ; de Jean comme le précurseur (v. 4 à 8) ; enfin, le témoignage direct du Père (v. 9 à 11). L’Esprit a suscité ces différents témoignages, nécessaires car cet évangile de Marc présente le Seigneur comme un simple serviteur. Il importait que nul ne s’y trompe sur cet homme humble et occupé à servir, mais qui n’est autre que le Fils de Dieu !

Il convenait que le cœur de son peuple soit préparé à recevoir son Messie, et ceci par le baptême de la repentance, où ceux qui étaient baptisés confessaient leurs péchés. Dans l’évangile de Matthieu, les pharisiens refusent de produire « du fruit qui convienne à la repentance » et rejettent leur Messie. Dès lors, Jean leur annonce le jugement (Mat. 3. 7 à 12).

On ne peut confondre le baptême de Jean conduisant à la repentance, et le baptême chrétien indiquant que l’on appartient à la chrétienté. Cependant, la vraie valeur de ce dernier ne s’applique qu’à ceux qui ont reçu le Seigneur Jésus comme leur Sauveur.

C’est dans le désert, loin de tout contact avec la corruption des hommes, que Jean baptise le peuple qui, pour cela, doit aussi « sortir » vers lui, dans le désert, afin de répondre à la prophétie de Malachie 3. 1 : « Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers ». Le Seigneur Lui-même vivait dans une pureté absolue, même s’Il était en contact physique avec son peuple corrompu.

À son baptême, au Jourdain, Il est ressorti aussitôt de l’eau, n’ayant aucun péché à confesser. En se soumettant volontairement à ce baptême, Il s’identifiait à son peuple pécheur. C’est alors que les cieux se fendent et que l’Esprit Saint descend sur Lui sous l’apparence d’une colombe, symbole de pureté. Puis, la voix du Père se fait entendre et, s’adressant directement à Lui, dit : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (v. 11). En Matthieu, la voix s’adresse à ceux qui l’entourent : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

On ne peut douter que le Seigneur, fils de Dieu, possédait l’Esprit Saint en Lui, même avant son baptême. Mais ce baptême, affirmant sa pureté originelle, devait Le distinguer de tous les autres hommes. Ce baptême unique dans l’histoire, contrastait avec celui qui devait baptiser l’Assemblée chrétienne, où des langues de feu (image de jugement en purification), devait inaugurer l’apparition et le début de l’ère chrétienne (Act. 2). De plus, comme humble serviteur, le Seigneur devait être encouragé par la voix du Père.

Ce baptême pour la repentance afin de préparer le peuple à l’avènement du royaume millénial fait dire au Seigneur que Jean était le plus grand des prophètes (Mat. 11. 11). Jean veut s’opposer à son baptême, Lui, le Fils de Dieu ! Mais le Seigneur est là comme un homme humble venu pour servir (Mat. 3. 14). Il devait accomplir la loi, répondant ainsi aux exigences divines concernant l’homme. Sans péché Lui-même, il s’abaisse jusqu’à être le serviteur de tous !

« Jean était vêtu de poil de chameau (habit traditionnel des prophètes) et d’une ceinture de cuir autour des reins » (v. 6). La ceinture symbolisait la force de Dieu pour accomplir son service difficile, afin de baptiser un peuple pécheur.

Cette puissante action de Dieu dans son service le garde dans l’humilité : il ne cherche pas à s’élever. Parlant du Seigneur, il dira : « Il faut que lui croisse, et que moi je diminue » (Jean 3. 30). Quant à nous, appartenant au Seigneur, demandons-lui de nous garder de l’orgueil, et de nous donner ce désir de ressembler de plus en plus à Celui qui, étant Fils de Dieu, s’est abaissé jusqu’à prendre nos péchés sur Lui et à les expier sous la terrifiante colère de Dieu.

Lui-même disait : « Je suis débonnaire et humble de cœur ». Nous sommes appelés à « suivre ses traces » (1 Pier. 2. 21) et la première de toutes ses traces, c’est d’être humbles devant Lui et devant les hommes, afin qu’étant très près de Lui, nous lui ressemblions toujours plus.

Le témoignage du Père établit la distinction entre cet homme humble qui se présente comme un serviteur, et un autre homme : c’est le Fils de Dieu (v. 9 à 11).

Cependant, dans son humanité, le Seigneur entend la voix du Père s’adressant à Lui directement, afin de Le fortifier : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (v. 11). Dieu, ainsi, met son sceau sur Lui. En Matthieu, la même voix s’adresse à la foule qui entoure le Seigneur, comme un avertissement, en révélant que cet homme se soumettant au baptême de la repentance, comme un simple Israélite, n’est autre que le Fils de Dieu.

Cet homme humble entrant dans son service de manière effacée, c’est Dieu Lui-même manifesté en chair (Col. 1. 19 ; 1 Tim. 3. 16). Il est venu pour servir et guérir son peuple, étant Lui-même entièrement soumis au Père.

Le baptême de Jean avait eu un écho étonnant en Judée. Envoyé par Dieu, Jean avait prêché le baptême de la repentance avec beaucoup de hardiesse, sans crainte, et les foules étaient baptisées (Mat. 3. 5, 6 et suivants). Le Seigneur se soumet à ce baptême, s’identifiant à son peuple pécheur, alors que Lui-même est sans péché.

Cette scène est rapportée dans trois évangiles, confirmant l’importance qu’elle a pour Dieu. La voix divine s’adressant au Fils directement : « Tu es mon fils bien-aimé », se trouve aussi en Luc 3. 22. Dans l’évangile de Marc, dès le début, le mystère de la déité complète est présent : Père, Fils et Saint Esprit.

La repentance caractérisant le baptême de Jean avait pour but la réception, par le peuple, du Seigneur comme son Messie. On peut penser que seuls ceux qui étaient préparés ainsi, ont pu recevoir le Seigneur comme Sauveur.

Étant Dieu Lui-même, le Seigneur avait l’Esprit Saint en Lui-même. Mais il fallait que l’Esprit se pose sur Lui, manifestant qu’Il était plein de l’Esprit. Comme homme, son chemin était difficile et la Parole nous montre qu’Il avait besoin d’être soutenu.

Jusqu’à l’âge de trente ans, le Seigneur a vécu en travaillant comme charpentier, à Nazareth, ville de Galilée, aux populations mélangées et méprisées des Juifs (Jean 1. 47). Mais dès le début de son ministère, Il vient en Judée et sort de l’anonymat, sachant quelles seraient les difficultés de son chemin. C’est pourquoi II avait besoin d’être encouragé. Et le Père, au baptême de Jean, Lui fait entendre sa voix, s’adressant à Lui, et l’Esprit se pose sur Lui, sous la forme visible d’une colombe, symbole de la pureté de Celui qui s’est fait homme pour servir.

« Et aussitôt l’Esprit le pousse dans le désert » afin que sa pureté soit manifestée pratiquement, par ces quarante jours de tentations auxquelles II n’a pas cédé : sa nature, à la fois humaine et divine, ne pouvait en aucun cas pécher. Pourtant, dans le désert, il était entouré des bêtes sauvages (v. 13). Adam, dans son innocence, avait été placé par Dieu dans un jardin de délices, au milieu d’animaux familiers n’ayant pas encore ce caractère cruel qu’on leur connaît aujourd’hui (Gen. 1. 29 et 30). Cela se reproduira durant le millénium (És. 11). En Éden, rien ne manquait pour le bonheur d’Adam. Mais le Seigneur, second Adam, était dans le désert, avec les bêtes sauvages, tenté par Satan, comme Adam, mais Lui ne succombe pas.

Pour Daniel, Dieu avait « fermé la gueule des lions » ; Il avait aussi protégé son Fils dans le désert. Et là, les anges le servent, manifestant qu’Il est le Fils de Dieu (Luc 22. 43), mais son humanité devait être fortifiée contre la méchanceté de Satan. A sa naissance, Satan a essayé de Le tuer. Ici, il Lui tend des pièges pour Le tenter, mais en vain ! Adam a été vaincu. Le Seigneur a triomphé de lui, et triomphera complètement de lui, à la croix.

Venu pour recommencer la vie de l’homme dans une obéissance parfaite, le Seigneur va jusqu’à la mort, sous le jugement de Dieu, expiant la culpabilité de la créature pécheresse. Cependant, le témoignage du Père a affirmé la divinité de cet humble serviteur, avant même qu’Il entre dans son service. Que le Seigneur soit béni !

Jean le Baptiseur ayant été livré, le Seigneur entre tout de suite dans son propre ministère, et annonce que « le royaume de Dieu s’est approché » (v. 14 et 15). Il s’agit du royaume de Dieu sur la terre pour son peuple. Mais, le Roi ayant été rejeté, il a pris le caractère de royaume des cieux, car le Roi, désormais, est dans les cieux. Le royaume de Dieu est donc repoussé jusqu’au moment où le Seigneur établira son royaume millénial, où II régnera sur le monde entier (Juifs et nations). Lorsque le Seigneur l’annonce, Il indique quatre choses indispensables pour y entrer : – Le temps est accompli pour un changement de dispensation – Le royaume s’est approché, dans le temps, mais aussi parce que le Roi était là, au milieu du peuple (Luc 17. 20 et 21) – se repentir (au baptême de Jean) – et croire à l’évangile. La repentance et la foi étaient requises.

Le royaume des cieux est une sphère morale plus étendue que l’Église chrétienne auquel elle appartient. L’évangile du royaume, depuis, est remplacé par l’évangile de la grâce, dans lequel nous sommes. Ce changement a commencé au ch. 8 des Actes, après la lapidation d’Étienne au chapitre précédent. Le Seigneur avait annoncé en Luc 14. 32, que les Juifs enverraient « une ambassade » après le roi, lui signifiant qu’ils ne voulaient pas que « celui-ci règne sur eux ». Étienne a été cet « ambassadeur », envoyé rejoindre le Seigneur par le même chemin : la mort !

Dès ce moment, les disciples se dispersent et annoncent l’évangile de la grâce aux nations : à la Samarie au peuple mélangé (Act. 8. 1) ; à l’Éthiopien (v. 26 à 40) ; et enfin, Pierre prêche l’évangile de la grâce au centurion romain Corneille (ch. 10). Là aussi, « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » sont nécessaires (Act. 20. 21). Jean prêchait la repentance en rémission des péchés. Le Seigneur ajoute la foi en l’évangile. Le salut encore voilé, sera peu à peu révélé, jusqu’à la mort du Seigneur.

C’est en Galilée, région méprisée par les Juifs, que le Seigneur a commencé son service. L’amour du Seigneur s’exerce volontiers envers les humbles, les méprisés (Ps. 51. 17). Lui-même s’est abaissé et a été méprisé. Si le monde nous méprise, ses mépris sont notre gloire. Le royaume de Dieu dominera sur tous les hommes. Que le Seigneur ait prêché tout d’abord en Galilée, est une anticipation de l’universalité du royaume, et de ce que la grâce est offerte aux nations.

Jean n’était qu’une lampe brillante au milieu du peuple, et qui a été ôtée, mais le Seigneur, « la vraie lumière, était celle qui, venant dans le monde, éclaire tout homme » (Jean 1. 9). Et II a apporté la lumière où régnaient les ténèbres. Appelés comme les disciples, nous-mêmes devons être des luminaires dans le monde, dans notre génération.

Pour le royaume millénaire, le Seigneur a donné le code moral s’y rattachant : le sermon sur la montagne (Mat. 5 à 7), qui a toute sa valeur pour nous, mais s’appliquera dans le royaume, et sera rigoureux pour ceux qui se « soumettront en dissimulant » (Deut. 33. 29 ; Ps. 18. 44). Ils seront mis à mort (Ps. 101. 8). Quant à ceux du résidu juif et des nations qui recevront le Seigneur, Dieu sera « clément » envers leurs iniquités » (Héb. 8. 10 à 12). Romains 14. 17 et 18 nous ouvre le chemin pour annoncer le Christ, avec la puissance de Dieu (1 Cor. 4. 20).

Les premiers disciples appelés sont des pêcheurs actifs. Le Seigneur les invite à le suivre et les enseigne pour leur service. C’est la même chose pour nous. Entré en service, Pierre amène trois mille âmes à la foi. Puis deux mille de plus (Act. 2. 41 ; 4. 4). L’appel du Seigneur est une invitation à Le suivre, pour en appeler d’autres à croire à l’évangile, comme en Apocalypse 22. 17.

Le Seigneur a prêché l’évangile du royaume, différent de l’évangile de la grâce. Pour cela, Il appelle ses premiers disciples, pour en faire des « pêcheurs d’hommes », afin d’établir, sur la terre, son règne millénial, durant lequel II régnera sans partage durant mille ans, à la fois sur le peuple juif et sur toutes les nations. C’est l’objectif qu’Il avait en vue. Mais le rejet du Messie l’a obligé à en repousser la réalisation à plus tard.

André et Simon étaient pêcheurs et le Seigneur les appelle à devenir « pêcheurs d’hommes ». Comme un pêcheur sort les poissons de l’eau et les met dans le bateau, l’évangile nous arrache à l’esclavage de Satan pour nous amener au Seigneur (Gal. 1. 4).

Le Seigneur leur dit : « Venez après moi » : c’est l’appel du Seigneur à Le suivre ; puis « et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » : c’est l’école de Dieu (v. 17). Simon et André ont obéi au même Maître, mais leurs chemins ont été différents : Pierre l’a renié, puis a été restauré, avant d’amener 3000 âmes au Seigneur (Act. 2. 38 à 41). André a amené des âmes au Seigneur dès le début : son frère Simon Pierre (Jean 1. 41 à 43), le petit garçon de la multiplication des pains (Jean 6. 8 et 9).

L’image du « pêcheur » est familière à André et à Simon. Le Seigneur peut se servir pour son service de ce que nous avons appris dans notre travail ou notre vie. Il agit dans nos cœurs par son Esprit, pour nous former, nous appeler et nous envoyer (Jean 21. 23). Mais il faut que la chair soit mise de côté, ce qui nous coûte souvent.

« Et aussitôt, ayant quitté leurs filets, ils le suivirent » (v. 18). La Parole est discrète sur cet appel, mais il devait y avoir un travail préalable de Dieu pour qu’André et Simon répondent ainsi, et quittent tout. Ils avaient une disponibilité de cœur, accompagnée de foi (És. 6. 8). Ils ont aussi discerné la grandeur et la divinité du Seigneur. Discernons-nous que c’est le Seigneur qui donne le service ?

Jacques et Jean raccommodaient leurs filets et les ont laissés (v. 19). Y a-t-il des choses qui sont des freins dans notre vie spirituelle et que nous devons lâcher pour servir le Seigneur ? – par exemple, pour faire la lecture en famille, ou exercer l’hospitalité… ? (Col. 4. 17).

Quand nos enfants sont adultes, si Dieu les appelle à un service, sachons les laisser aller, et prions pour eux (v. 20). En raccommodant leurs filets, Jacques et Jean avaient appris à réparer ce qui s’était abîmé. Jean a ensuite écrit les épîtres qui s’adressent à chacun dans les assemblées. Sommes-nous de ceux qui réparent ce qui est abîmé dans l’Assemblée ? (Mat. 5. 9). L’auteur, Marc, s’était engagé rapidement dans un service, sans l’assumer complètement. Il souligne ici comment ces disciples ont tout quitté, pour suivre le Seigneur « aussitôt » (v. 18 et 20). Ensuite, il pourra reprendre son service et sera utile.

Le Seigneur a choisi des personnes simples (Act. 4. 13). Les critères de prestige humain n’ont aucune importance pour le Seigneur. Regarder les autres selon cette échelle-là est opposé à sa pensée. Dieu appelle qui Il veut, de la manière qu’Il veut. Qui aurait pensé qu’il appelle Saul ? Nous n’avons pas à juger l’appel de notre frère (Rom. 14. 4). C’est dans la dépendance du Seigneur qu’il y aura du fruit pour Lui et de l’encouragement pour le serviteur. « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15. 5, voir aussi Jean 21. 3 à 11).

Servir le Seigneur, c’est d’abord Le suivre. C’est la part la plus douce et la plus importante. La dépendance, c’est être prêt à écouter sa voix et fixer les yeux sur Lui (Héb. 12. 1). « On choisit le maître, mais on ne choisit pas le chemin ». Le Seigneur nous engage à Le suivre. Ce à quoi Il nous appelle… quand Il nous appelle… nous ne le savons pas. Mais la suite est dans sa main.

Le Seigneur et ses disciples entrent à Capernaüm (où ils avaient probablement loué une maison (ch. 2. 1). Et aussitôt, Il entre dans la synagogue où II enseigne avec autorité et non pas comme les scribes. Ceux-ci s’étonnaient qu’Il connaisse les lettres alors qu’Il ne les avait pas apprises (Jean 7. 15). Le Seigneur, même quand Il s’empresse à son service, enseignant et guérissant, est Dieu Lui-même, l’Éternel qui, dans l’Ancien Testament, a donné les Écritures. Il ne pouvait donc pas les ignorer. Enfant, Il écoutait et interrogeait ; mais adulte, Il enseigne.

Nous sommes exhortés à être zélés dans notre service, quel qu’il soit (Rom. 12).

Au verset 23, un homme possédé des démons est dans la synagogue, et le Seigneur le délivre. Les démons Le connaissent (v. 24), mais ils sont chassés avec autorité. Cet homme est l’image de l’homme naturel livré à sa propre chair, plongé dans le péché où l’entraîne le diable, même s’il n’est pas possédé : il faut l’intervention du Seigneur pour le délivrer et le tourner vers son Sauveur.

Par ces délivrances, le Seigneur manifestait qu’Il est le Fils de Dieu et le Messie des Juifs afin de les amener à la repentance (Mat. 11. 20 à 24). Mais Il n’obtient que de l’étonnement (v. 27 et 28) ! C’est en s’appuyant sur la Parole, conduit par l’Esprit-Saint, que nous pouvons enseigner avec autorité et en ayant un bon témoignage.

Un vrai chrétien ne peut pas être possédé car il est habité par l’Esprit Saint (Jean 6. 69). Un vrai croyant est saint, mis à part pour Dieu, tandis que le Seigneur est appelé le Saint de Dieu. C’est Lui-même qui est appelé ainsi. C’est le Seigneur Jésus, exempt de péché et n’ayant rien de commun avec le diable que le Seigneur chasse, car il ne peut y avoir aucun contact de la lumière avec les ténèbres, et Il en chassera encore plusieurs (v. 24). On voit, d’ailleurs la crainte des démons devant Celui qui a le pouvoir de les chasser !

Le Seigneur, avec l’autorité divine, bien que Serviteur, est là pour délivrer son peuple du pouvoir de Satan, apportant la lumière divine là où l’ennemi a plongé les hommes dans les ténèbres morales et le péché. Il chasse ces être infernaux qui sont saisis de crainte et ne peuvent Lui résister.

L’empressement du Seigneur à servir se manifeste encore : « aussitôt », il entre dans cette maison où II est reçu, sachant qu’il s’y trouve une malade : la belle-mère de Pierre. Cependant les disciples lui parlent d’elle. Sachons parler au Seigneur, par la prière, de ceux de nos frères et sœurs qui sont malades. C’est un service béni à la portée de tous. Les mains bénissantes du Seigneur sont toujours prêtes à délivrer ses rachetés, dans sa compassion. Cette femme, malade et fiévreuse, est couchée, incapable de faire quoi que ce soit pour servir. Il faut l’intervention du Seigneur, le divin Médecin, pour que, sans une parole mais « en la prenant par la main, aussitôt la fièvre la quitte ; et elle les servit » (v. 32).

Cette fièvre parle d’une activité incessante pour vaquer aux tâches quotidiennes accaparant nos journées, et nous rend incapables de servir le Seigneur. Nous avons l’exemple de Marthe, « distraite par beaucoup de service », et qui reproche au Seigneur de laisser Marie assise à ses pieds pour écouter sa Parole. Mais le Seigneur reprend Marthe avec affection, et laisse Marie qui a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée (Luc 10. 41 et 42). Notons que le Seigneur ne dit pas qu’elle a choisi la meilleure part, mais la bonne part. Plus tard, Marthe servira à table, sans être « distraite par beaucoup de service », mais à la bonne mesure (Jean 12. 2).

La belle-mère de Pierre était comme paralysée « couchée », inutile au Seigneur. Mais le Seigneur la relève, et désormais elle Le sert ainsi que ceux qui étaient avec Lui. Elle est désormais utile au Seigneur et à tous. Aussi modeste que soit notre service, nous devons être disponibles dans nos cœurs.

Prenons le temps de prier pour nos frères et sœurs : Dieu connaît nos besoins, mais II prend plaisir à ce qu’on prenne à cœur, dans la dépendance, d’attendre le secours qui vient de Lui. Quelqu’un a dit : la prière fervente de la foi fait mouvoir la main de Dieu. Dans le sentiment de notre incapacité, soyons conscients que le Seigneur, dans sa miséricorde, nous tend sa main secourable, et veut nous délivrer de toutes nos misères. La malade de notre texte est guérie aussitôt que le Seigneur l’a prise par la main, et l’a fait se lever.

Ailleurs, le Seigneur prend la main d’une enfant morte, lui dit une parole : « Jeune fille, je te dis, lève-toi ». Et elle se leva (Marc 5. 41). Mais le Seigneur ne touche jamais un démoniaque, même en le délivrant. Pas plus qu’Il n’accepte de témoignage de ces créatures déchues (v. 25 et 34), car il n’y a aucun rapport entre la lumière et les ténèbres. Par contre, ayant délivré d’une parole un enfant possédé d’un esprit immonde, Il prend l’enfant par la main pour le relever, après que l’esprit immonde l’ait quitté. On le voit aussi toucher un lépreux, le délivrant de sa lèpre (v. 40 à 42).

Nous devons prier pour nos frères, nos familles, pour ceux qui sont du monde et perdus, les apporter au Seigneur afin qu’Il les amène à Lui. S’Il ne les sauve pas tous à cause de leur incrédulité obstinée, Il en sauve plusieurs (v. 34).

Empressé à accomplir son service, le Seigneur chasse les démons, guérit les malades et les infirmes d’une parole ou d’un simple contact de sa main, prouvant ainsi qu’Il est véritablement le Fils de Dieu, comme l’affirme l’évangéliste dès le premier verset de ce chapitre. Il désire nous délivrer de nos activités trop fiévreuses et trop accaparantes, afin que nous ayons du temps pour Le servir. Il est, ici, notre divin modèle comme serviteur : suivons ses traces (1 Pier. 2. 21).

Bien avant le jour, le Seigneur se retire dans un lieu désert afin de rester seul avec son Dieu et de prier. Étant le Fils de Dieu et Dieu Lui-même, il n’avait pas besoin de prier ; mais II est aussi le Fils de l’homme ; et en tant qu’homme, Il s’était assujetti à la faiblesse humaine avec tous ses besoins. À ce titre, il avait besoin de prier son Dieu. On Le voit même, à Gethsémané, en proie à l’angoisse du combat, un ange venant pour Le fortifier (Luc 22. 43).

Si le Seigneur avait besoin de prier, combien plus nous-mêmes en avons-nous besoin avant d’affronter la journée et même le soir, afin de faire le point sur le jour écoulé ! Ces deux caractères du Seigneur sont un modèle pour nous. La dépendance dès le matin, et l’intimité avec notre Dieu : prier en secret. Il y avait, dans le Seigneur, le refus de toute popularité (Jean 7. 3 et 4).

Il restait humble, dépendant et soumis à son Dieu et Père, dans son activité continuelle. Dans nos occupations incessantes, prenons le temps de prier le Seigneur dans la communion avec Lui.

Dans son enseignement, le Seigneur avait « la langue des savants », ayant été réveillé « chaque matin… pour écouter « comme ceux qu’on enseigne » (És. 50. 4). Toute son activité se révélait empreinte de ses relations intimes avec son Dieu. Entretenons, nous aussi, cette relation étroite avec le Seigneur tout au long de nos journées d’activités personnelles et dans l’assemblée, afin que tout se déroule à la gloire du Seigneur. Lui-même vivait, parlait et agissait conformément à ce que son Père lui montrait. Ce comportement du Seigneur est un modèle pour que nous ayons à cœur de maintenir notre dépendance de Dieu.

Les lépreux que le Seigneur guérissait nous représentent tous (car la lèpre est une figure du péché), et seul le Seigneur nous arrache à la perdition, par son action dans nos cœurs et nos consciences pour nous convertir.

Le lépreux du verset 23 connaît la puissance du Seigneur, mais non son cœur plein d’amour et de grâce : il ne doute pas qu’Il puisse le rendre net, mais il doute qu’Il veuille le délivrer de sa misère. Beaucoup croient que Dieu est tout-puissant mais, ne connaissant pas son cœur, ils s’appliquent à faire de « bonnes œuvres », en espérant mériter le salut de leur âme. Plein de compassion, le Seigneur répond au lépreux : « Je veux, sois net » (v. 41).

Dans un autre cas, un père affligé par l’état de son fils, dit au Seigneur : « Si tu peux quelque chose, assiste-nous, étant ému de compassion » ; et le Seigneur lui répond ; « le si tu peux, c’est crois ! Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23). Nous-mêmes prions-nous avec la foi que Dieu va nous répondre ? Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu.

Combien de fois le Seigneur guérit une personne en disant « qu’il te soit fait selon ta foi ». « Augmente-nous la foi », disaient les disciples au Seigneur, qui leur répond : « Si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne : Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et cela se ferait ». Nous avons souvent des montagnes dans notre vie : des circonstances dépassant nos capacités et nos forces. Mais en réponse à la prière de la foi, le Seigneur nous apportera la délivrance.

Nul ne pouvait toucher un lépreux sans être souillé à son tour. Le Seigneur seul, dans sa sainteté absolue, les touchait et restait pur. Par sa mort et son sang versé, Il nous a purifiés de tout péché, en étant fait péché pour nous. Mais, quant à Lui-même, Il est resté pur. « C’est Lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit tous tes infirmités » (Ps. 103. 3).

Le Seigneur enseignait, prêchait et guérissait : Il était venu pour cela (v. 38). Le lépreux guéri ne devait pas raconter sa guérison autour de lui, mais se montrer aux sacrificateurs en témoignage que Celui qui l’avait guéri était Dieu. Aucun lépreux israélite n’avait jamais été guéri. Cet homme délivré de la lèpre apportait la preuve que le Seigneur est Dieu, car seul, Dieu pouvait guérir cette maladie : seul, Il nous purifie du péché (la lèpre).

Et le peuple a rejeté ce témoignage. Cependant, cet homme désobéit et divulgue sa guérison miraculeuse, de sorte que le Seigneur ne peut plus entrer dans la ville. Si le Seigneur nous montre son chemin et que nous désobéissons, nous l’empêchons de nous conduire directement au but qu’Il a prévu. La bénédiction en sera retardée. Ne pouvant plus entrer dans la ville pour y apporter directement la bénédiction par sa présence au milieu du peuple, Il se retire dans des lieux déserts, et c’est le peuple qui doit aller vers Lui. Par la désobéissance, la solution à nos difficultés en est retardée.

Une vie de prière, dans la dépendance, est, pour les croyants, la condition pour discerner la pensée et la direction du Seigneur pour nous. Et l’obéissance apporte un engagement dans le chemin du Seigneur avec son approbation et sa bénédiction.

Ch. 2

Si le Seigneur n’a pu rentrer à Capernaüm durant plusieurs jours, Il peut, de nouveau y entrer quelques jours après ; et « on ouï dire qu’Il était à la maison » (ch. 2. 1). Alors, la foule s’assemble là. Ceux qui entrent chez nous, ressentent-ils la présence du Seigneur ? Lui-même se sent-il chez lui, dans notre maison ? Le Seigneur était sans doute souvent dans cette ville (Mat. 9. 1).

Quatre hommes, animés d’une foi solide, ne doutant nullement et ne se laissant arrêter par aucun obstacle, amènent un paralytique devant le Seigneur, en le descendant par le toit qu’ils ont découvert ! Notre foi est-elle à cette mesure ? Ces quatre personnes agissant conjointement et avec l’accord de l’infirme, représentent une réunion de prière pour apporter, avec amour, un besoin précis concernant un frère ou une sœur.

En Jean 11. 3, lorsque Lazare est malade, ses sœurs envoient dire au Seigneur : « Celui que tu aimes est malade ». Sachons, nous aussi, remettre au Seigneur ceux des nôtres qui sont malades ou qui ont des besoins connus. Apportons aussi à Dieu ceux de nos familles qui sont encore incrédules. Mais agissons en ne doutant nullement.

Zachée, petit de taille et que la foule empêchait de voir Jésus, n’hésite pas à monter sur un sycomore, et le Seigneur répond à sa foi. Imitons une telle foi afin que Dieu ôte les obstacles qui sont peut-être en nous, nous empêchant de nous approcher de Lui.

Cependant, le désir permanent du Seigneur était d’annoncer la Parole à son peuple (v. 2 ; ch. 16. 15 à 17 ; Héb. 2. 3 et 4). Les miracles ne venaient qu’ensuite, afin de démontrer qu’Il est Dieu.

Dieu honore la foi où II la voit se manifester chez quelqu’un avec conviction et persévérance. Ces quatre personnes agissant avec une foi que rien ne rebute, ne pouvaient laisser le Seigneur indifférent : Il a accordé à ces hommes ce qu’ils espéraient (Jac. 1. 5 à 8). Le Seigneur se plaît à honorer la foi de ceux qui prient sans douter de la réponse divine toujours prête à leur être accordée.

Cependant, avant de guérir le paralytique, le Seigneur lui dit : « Tes péchés sont pardonnés » (v. 5) : le péché qui est entré dans le monde a causé les maladies, les infirmités et la mort. Le Seigneur accorde au paralytique le pardon des péchés afin de le guérir (v. 11).

Bien que ses détracteurs affirment que seul Dieu peut pardonner les péchés (v. 7), ils refusent de comprendre qu’Il est Dieu, même en voyant le miracle qu’Il opère (Ps. 103. 3), une fois de plus devant leurs yeux, bien qu’ils en soient étonnés et qu’ils déclarent n’avoir jamais rien vu de semblable (v. 12).

Le v. 11 est un commandement pour nous aussi : « Va dans ta maison ». C’est dans notre propre famille que, dès notre conversion, nous avons à rendre témoignage de notre guérison (le pardon de nos péchés, ainsi que de notre salut en Jésus). Le geôlier de Philippes, ébranlé par le tremblement de terre qui a ouvert toutes les portes de la prison où Paul est prisonnier et qui demande : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? ». L’apôtre répond : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison ».

Quatre fois il est posé un « pourquoi » incrédule (v. 7, 16, 18 et 24). Mais le Seigneur connaît les cœurs (1 Rois 8. 39 ; Luc 16. 15), et II reprend ses contradicteurs avant même qu’ils aient dit le moindre mot. Cette vérité doit être enseignée à nos enfants dès leur jeune âge.

Capernaüm avait une responsabilité particulière de ne pas avoir cru au Seigneur, car le peuple avait assisté aux nombreux miracles opérés au milieu de lui, et avait entendu souvent la Parole enseignée par le Seigneur, et n’avait pas cru en Lui (Mat. 11. 20 à 24).

Ces passages opposent deux attitudes contraires : de la part de ceux qui sentent profondément leurs besoins et souffrent de leur impuissance, on trouve une foi inébranlable, qui ne recule devant aucune difficulté, mais s’en remettent à la grâce du Seigneur, et sont exaucés.

Et, à l’opposé, les chefs du peuple, imbus de leurs positions privilégiées et jaloux de leur autorité, contestent continuellement les miracles qu’ils ne peuvent pourtant pas nier, et n’acceptent pas que le Seigneur puisse pardonner les péchés, refusant cette vérité, qu’Il est Dieu !

Les v. 21 et 22 révèlent que tout est changé : le vieil habit déchiré ne pourrait pas être réparé par une pièce de drap neuf qui déchirerait encore plus le vêtement. De même, le vin nouveau ne saurait être mis dans une vieille outre desséchée qui se romprait, et le vin serait perdu. Mais le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves au cuir souple, et le vin se conserve.

Par ces images, le Seigneur annonce des temps nouveaux, par rapport au formalisme de la loi, remplacée par la grâce. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». La grâce ne peut pas s’accommoder de la loi avec ses fêtes traditionnelles des Juifs. Elle apporte la joie, la puissance et la vie éternelle, moyennant la foi sincère du cœur. On trouve « un drap neuf, un vin nouveau, une outre neuve » tout est nouveau ! « En sorte que si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création : les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles » (2 Cor. 5. 17). Dans la chrétienté, on trouve ce mélange de loi et de grâce. Se mettre sous la loi, c’est vouloir faire quelque chose pour se sauver soi-même. L’homme construit de beaux édifices, organise des cérémonies spectaculaires et s’oblige à des devoirs stériles quant au salut de l’âme.

En contraste, la grâce qu’apporte le Seigneur sauve pour l’éternité quiconque croit en Lui. C’est un don de Dieu. La loi et la grâce sont incompatibles, et s’excluent l’une l’autre : la loi exige et dit : « fais ceci et tu vivras ». La grâce donne et dit : « crois ». Le mélange de ces deux choses opposées existe, mais ce n’est pas selon Dieu, et relève d’une fausse compréhension de la grâce. Les hommes voudraient améliorer la nature humaine en obéissant à une loi mêlée à la grâce.

Le Seigneur a mis notre vieil homme dans la mort, et ne s’en occupe plus. Le croyant possède une nouvelle nature en Christ, qui doit, elle, croître afin de manifester qu’elle est selon Dieu. Cependant, elle doit être contenue, car elle aurait tendance à vouloir s’adonner à des activités qui ne seraient pas voulues et dirigées par le Seigneur ni sous son contrôle. Pour que le nouvel homme croisse, il faut le nourrir de la Parole de Dieu régulièrement, chaque jour : c’est sa joie. Cependant, nous avons encore le vieil homme en nous, qui cherche, lui, à se nourrir de choses qui satisfassent ses désirs charnels : nous avons les mêmes passions que tous les hommes (Luc 15. 14 à 16 ; Jac. 5. 17).

Quant au sabbat, exigence légale, il rappelle que Dieu s’est reposé de la création le septième jour, et qu’Il voulait le repos des hommes ; mais les pharisiens en avaient fait un fardeau pesant pour le peuple, se complaisant à en alourdir la charge (Act. 15. 10). Le Seigneur leur montre, là aussi, que sa présence en grâce changeait tout, et que le système légal était mis de côté. Lui-même, le Fils de l’homme, était le Seigneur du sabbat (v. 28). Les hommes désobéissants ont interrompu le repos de Dieu qui a dû se remettre au travail (Jean 5. 17). Et le Seigneur aussi travaillait, même durant le sabbat. Les pharisiens surveillaient les disciples, les accusant de transgresser le sabbat (v. 23 et 24).

Pour nous, il ne convient pas d’ajouter aux commandements de la Parole, ni d’en retrancher. Le mariage est un exemple : Dieu a voulu faire le bonheur de l’homme par ce moyen. Mais beaucoup le vivent comme un fardeau qu’ils rejettent sans vergogne.

Le verset 26 comporte le mot : titre entre crochets, montrant peut-être que ce mot n’est pas dans l’original, et signifie : « Du temps d’Abiathar ». Le Seigneur rappelle que David avait mangé, avec ses compagnons, des pains consacrés qu’il ne lui était pas permis de manger d’ordinaire.

Le Seigneur apporte le repos de l’âme, infiniment plus précieux que le repos physique du sabbat. Durant le millénium, nous goûterons le repos parfait et définitif de Dieu auquel nous participerons : le repos du jour éternel n’ayant pas de lendemain. Nous serons toujours avec le Seigneur (1 Thess. 4. 17). (Voir aussi Nomb. 29, où l’on voit que les fêtes solennelles de Dieu comportent sept jours. Puis on trouve un huitième jour (le jour éternel non suivi d’un neuvième).

Le vieux vêtement déchiré ne pouvant être réparé par une pièce de drap neuf ; le vin nouveau que de vieilles outres ne peuvent contenir, le sabbat, autrefois impérativement imposé au peuple supposé obéir, n’ont plus de valeur à cause de la désobéissance de l’homme, à partir de la venue du Seigneur sur la terre, apportant la grâce, seul moyen de sauver les hommes.

Ch. 3

Dans la synagogue, lieu religieux, le Seigneur lit dans les cœurs de tous. Il y a un infirme ne pouvant se servir de sa main, et qu’Il guérit de son infirmité. Mais Il voit aussi l’orgueil dans les cœurs des pharisiens, et leur dureté. Cette dureté des chefs religieux L’attriste et Il les reprend avec colère.

Le Seigneur ne s’occupe pas, pour guérir l’infirme, de savoir si c’est un jour de sabbat ou non : dans sa grâce, Il le guérit, sachant quelle serait la réaction des pharisiens. Il sait ce qu’Il va faire et leur pose une question pour les éprouver, afin que ce qu’ils ont dans leur cœur soit manifesté. Les pharisiens sortent aussitôt, ne supportant pas le moindre manquement au respect légal du sabbat. À l’infirme, le Seigneur, connaissant son besoin, n’avait rien demandé : il avait simplement donné un ordre, et l’infirme avait obéi aussitôt. Le Seigneur l’a guéri à cause de sa foi, car Il lui avait commandé de faire la seule chose pour laquelle il était impuissant !

Nous-mêmes, nous avons bien des infirmités, tant physiques que morales ou spirituelles. Notre foi est mise à l’épreuve ; mais tendons la main, nous aussi, le Seigneur a quelque chose à nous donner. Comme Mephibosheth, autrefois, nous boitons des deux pieds ; mais nous sommes invités à jouir, journellement, de la communion avec le Seigneur, étant assis à sa table, comme des fils et des filles de Dieu.

Les pharisiens sortent aussitôt, marquant leur opposition au Seigneur, mais aussi, pour se consulter afin de Le faire mourir ! (v. 6) Que le Seigneur nous garde « d’observer » nos frères pour chercher en eux quelque manquement. Mais plutôt, voyons en eux ce que Dieu produit en bénédiction pour les autres et pour l’assemblée.

Le sabbat a été institué pour l’homme, et non l’homme pour être esclave du sabbat (ch. 2. 27 et 28) – les pharisiens en avaient fait, pour le peuple, un fardeau pesant. Le Seigneur ne se laissait pas enfermer dans les limites de la loi : Il était venu pour faire du bien aux hommes. Il était le « Seigneur aussi du sabbat ». Dieu a donné la loi au peuple afin que les Israélites apprennent à connaître leurs propres cœurs incapables de faire quoi que ce soit pour Dieu. C’est Dieu, au contraire, qui, seul, peut et veut faire du bien aux hommes. Et le Seigneur était venu pour cela. Il a pleinement accompli la loi, de sorte que Dieu ne l’exige plus des hommes, et Il fait du bien à ceux qui se confient en Lui, tant sur le plan physique que moral. La loi exige : « Fais ceci et tu vivras ». La grâce dit : « Crois ! ». Un des buts de nos épreuves, c’est de manifester notre foi.

Les pharisiens ne répondent pas à la question du Seigneur (v. 4 et 5) : répondre selon la vérité, leur ferait perdre la face devant le peuple (Mat. 11. 30 à 32).

Au v. 3 du ch. 2, le paralytique ne pouvait pas faire un pas vers Dieu. Au ch. 3, l’homme à la main sèche ne peut rien faire d’utile pour Dieu. Mais dans ces deux infirmités, c’est Dieu qui vient à eux et répond à leur besoin personnel. Si quelqu’un n’est pas au Seigneur, toutes ses « bonnes œuvres » ne sont que des œuvres mortes. Les pharisiens se servaient de la Parole afin d’« asseoir » leur haine envers le Seigneur. N’agissons pas ainsi pour justifier une attitude hostile envers un frère, ni même pour nous justifier nous-mêmes, dans une position plus ou moins légaliste.

Le Psaume 32. 10 montre l’attitude divine envers ceux qui se confient en l’Éternel. Mais le Psaume 37. 32 répond au méchant cherchant à faire mourir le Juste. C’était le cas des Pharisiens cherchant à faire mourir le Seigneur, tandis que la loi disait : « Tu ne tueras point » (Ex. 20). Si nous connaissons de telles personnes, ne nous décourageons pas de prier pour elles.

Dans ce chapitre, le Seigneur est animé d’une sainte colère, comme Il l’a été dans le temple, lorsqu’Il chassait les marchands. Si Dieu hait le péché, Il aime le pécheur qu’Il veut sauver.

Dans ce chapitre, le Seigneur met la loi de côté devant le peuple et les pharisiens, et apporte la grâce et l’amour divins manifestés à travers son œuvre. Le Seigneur a pleinement révélé ces caractères de Dieu son Père : Dieu de toute grâce et Dieu qui est amour, pleinement mis en lumière dans ce qu’a été le chemin du Seigneur sur la terre.

Dans ces passages de la Parole, on relève un profond antagonisme entre l’attitude des chefs du peuple cherchant à faire mourir le Seigneur, et le peuple lui-même qui, attiré vers Lui par les nombreuses guérisons qu’Il effectue, accourt de toutes parts. Malades et infirmes se jettent sur Lui pour Le toucher et sont tous guéris ; ceux qui sont possédés d’esprits immondes se jettent devant Lui en criant : « Tu es le Fils de Dieu » : témoignage des démons que le Seigneur rejette. Les chefs du peuple, considérant les miracles qu’Il fait, restent incrédules et cherchent toujours à Le faire mourir. Quant à la foule enthousiaste, c’est peut-être la même qui, trois ans plus tard, criera : « Ôte, ôte ! Crucifie-le ! » (Jean 19. 15).

Actes 10. 38 est un merveilleux témoignage au Seigneur et à son œuvre de grâce et d’amour.

Les journées du Seigneur étaient extrêmement chargées (v. 9) ; au point que Lui et ses disciples, ne pouvaient pas manger leur pain (v. 20) ! Quel exemple de dévouement, pour nous, dans le service pour le Seigneur !

Le Seigneur, dès le début du chapitre, montre, par ses actes, que les temps ne sont plus à se soumettre à la loi, mais que la grâce est parvenue jusqu’aux hommes. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17). Le Seigneur seul pouvait accomplir la loi en perfection. Désormais, la grâce était manifestée par le Seigneur, au milieu de son peuple. La loi disait : « Fais ceci et tu vivras ». La grâce dit : « Crois » et tu seras sauvé. C’était ce que faisaient ces infirmes et ces malades : ils se jetaient sur le Seigneur, étant assurés d’être délivrés.

Les démons, eux, se jetaient devant Lui mais ne le touchaient pas.

Dans nos besoins, sachons, nous aussi, aller au Seigneur et nous jeter sur Lui.

Aux v. 13 à 19, le Seigneur appelle ses disciples : Simon, qu’Il surnomme Pierre, et André, son frère. Simon est désigné comme étant une pierre. Mais le Seigneur est la « Pierre du coin » (le Roc) sur lequel Il bâtit son Assemblée (Mat. 16. 17 et 18). Il choisit aussi Jean et Jacques pour la deuxième fois, qu’Il surnommera « Boanergès » (fils du tonnerre) (ch. 1. 16 à 20). Puis Il appelle ses autres disciples.

Le Seigneur seul est habilité à appeler quelqu’un à son service, et non un homme à pousser d’autres personnes dans un service.

Au v. 13, le Seigneur monte sur une montagne pour choisir ses disciples. Il se tient dans la dépendance de son Dieu pour ce choix, même lorsqu’Il appelle Judas qui Le livrera (Luc 6. 12 à 16). Il les établit auprès de Lui, mais aussi pour les envoyer prêcher, et pour leur donner l’autorité de chasser les démons (v. 15). Dans toute notre vie, nous avons besoin de garder la communion avec le Seigneur. C’est alors qu’Il peut nous envoyer pour Le servir.

Le Seigneur connaît les cœurs, et Il ne choisit pas ses disciples au hasard. Il sait quelles sont les dispositions de chacun, et ce que Lui pourra en attendre. Et c’est Lui qui met en eux la puissance de son Esprit afin qu’ils accomplissent la mission qu’Il leur confie. Dès lors, les serviteurs peuvent se laisser conduire par leur Maître.

Quant au choix de Judas Iscariote, il était écrit prophétiquement qu’il devait livrer son Maître : « Mon intime ami aussi, en qui je me confiais, qui mangeait mon pain, a levé le talon contre moi » (Ps. 41. 9 ; Marc 14. 18). Et, lorsque le Seigneur annonce à ses disciples que l’un d’entre eux le livrera, chacun lui demande : « Seigneur, est-ce moi ? », Judas lui dit, afin de donner le change à ses condisciples : « Est-ce moi, Rabbi ? » (Mat. 26. 20 à 25). Il ne peut l’appeler que Rabbi (Maître), et non comme les autres disciples « Seigneur ». « Nul ne peut dire Seigneur Jésus si ce n’est par l’Esprit Saint » (1 Cor. 12.3). Et le Seigneur est attristé.

Le Seigneur sait comment se servir de nos capacités qu’Il sanctifie pour qu’elles Lui soient utiles. Même un petit service ignoré des autres frères recevra sa récompense spirituelle.

Le Seigneur, dans une activité incessante, guérit les malades et les infirmes, et chasse les démons. Puis, Il appelle ses disciples pour qu’ils soient avec Lui, et pour les envoyer partout afin qu’ils imitent leur Seigneur et Maître, par la puissance qu’Il leur communique. Il a choisi aussi Judas Iscariote, sachant qu’il le livrerait, car il faut que les Écritures s’accomplissent.

Au v. 20, comme au ch. 2. 1 et 2, « Ils viennent à la maison ; et la foule s’assemble de nouveau, en sorte qu’ils ne pouvaient pas même manger leur pain ». Il semble que cette maison ait été celle d’André et de Simon Pierre (1. 29). Cette maison était connue comme celle où le Seigneur habitait, et les foules s’assemblaient là.

Nos maisons sont-elles connues comme celles où le Seigneur se plaît à habiter ? Croyants ou incrédules qui entrent chez nous voient-ils que le Seigneur est honoré là ? À-t-il la première place à notre table par les prières et les actions de grâces au début des repas, ou bien se tient-Il à la porte ? Il aimait se trouver dans cette maison où II était reçu habituellement et où Il se sentait chez Lui.

Les activités incessantes du Seigneur attiraient les foules, par les miracles qu’Il opérait, guérissant les malades et les infirmes, et chassant les démons, de sorte que, ni Lui, ni les disciples n’avaient plus le loisir de manger leur pain (v. 20) ! Ces activités dévorantes s’effectuaient toutes entières au service de Dieu.

C’est alors que « ses proches », sa mère et ses frères selon la chair, s’alarment et disent : « il est hors de sens » et veulent se saisir de lui (v. 21). « Ses frères ne croyaient pas en Lui non plus » (Jean 7. 5). Mais, en Actes 1. 14, nous apprenons que sa mère et ses frères persévéraient d’un commun accord dans la prière avec les femmes et les disciples. Sans doute s’étaient-ils tournés vers le Seigneur lors de sa crucifixion, et avaient-ils entendu ses paroles de grâce en ayant assisté à sa mort (Luc 23. 33 et 34 ; Jean . 19. 26 et 27).

Quelles souffrances pour le Seigneur d’entendre sa famille dire ces choses de Lui ! Mais, comme toujours, le Seigneur remet les choses à leur vraie place (v. 35). Devant le miracle opéré sur l’homme qui avait la main sèche, les pharisiens réagissent durement, et ses parents, n’osant pas s’opposer à eux, déclarent : « il est hors de sens », et cherchent à Le soustraire à ces chefs qui veulent Le mettre à mort. Il est presque impossible d’être « prophète » dans sa propre famille (Mat. 13. 57), alors que les foules ont soif de ses miracles et de son enseignement. Certaines âmes reçoivent volontiers ce que nous pouvons leur apporter de la part du Seigneur. Marie et les frères du Seigneur ne comprenaient pas ce qu’Il faisait ; mais quelle souffrance pour Marie, sa mère, de voir son fils crucifié ! II fallait la descente du Saint Esprit pour qu’ils aient l’intelligence de l’œuvre du Seigneur.

C’est « à la maison » que les scribes disent qu’Il chasse les démons par le chef des démons » (v. 22). C’était un blasphème contre le Saint Esprit, d’attribuer la puissance divine du Seigneur aux puissances infernales. Cependant, le Seigneur n’use pas de sa puissance pour les chasser, mais, paisiblement, Il leur parle en paraboles, et les avertit solennellement qu’un tel blasphème ne pourra jamais être pardonné (v. 29). Il leur démontre que Satan ne peut être divisé contre lui-même sans s’anéantir. Mais, dans la tentation au désert, Il a lié Satan (l’homme fort), et peut, désormais piller ses biens, « ses prisonniers qu’il ne renvoyait pas chez eux » (És. 14. 17), les âmes des hommes qui acceptent le Seigneur comme leur Sauveur personnel.

Prétendre que le Seigneur agissait par le chef des démons, Satan, c’était nier la sainteté de Dieu, une sainteté absolue, que rien ne peut détruire ni même affaiblir, car c’est dans la puissance de « Dieu le Saint Esprit », que le Seigneur parlait et agissait. Un tel blasphème ne sera jamais pardonné. Il n’est pas question de péché contre le Saint Esprit (Act. 5. 3), mais de blasphème contre l’Esprit. Cela ne peut être pardonné ni dans ce siècle (le temps actuel durant lequel le peuple de Dieu a rejeté son Messie) (Mat. 12. 32), ni dans le siècle à venir. Un homme qui s’endurcit dans son incrédulité ne peut être sauvé. Mais un croyant ne pourra jamais dire que le Seigneur agissait par le chef des démons.

Accusé par les scribes de faire des miracles par la puissance de Satan ; incompris de sa propre famille qui Le considère comme « hors de sens », mais recherché et entouré par les foules qui ont des besoins, le Seigneur parle à chacun selon sa sagesse divine, les remettant tous à leur vraie place.

Mais le Seigneur n’abandonne jamais son service et son enseignement pour le bien et la bénédiction de ceux qui Le reçoivent selon les soins qu’Il leur donne. Il connaît les besoins de chacun et y pourvoit, selon qu’Il trouve la foi dans les cœurs.

Les chefs religieux des Juifs ayant rejeté le Seigneur, leur Messie promis par les Écritures. Le Seigneur met son peuple de côté pour un long temps, et se tourne désormais vers les nations qui Le recevront. Il manifeste un changement de caractère des relations familiales (v. 31 à 35), désormais subordonnées à la soumission à la volonté de Dieu, mais qu’Il maintient malgré tout (Jean 19. 26 et 27). Lui-même faisait toujours la volonté de son Père : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10. 30). Ainsi, pour ceux qui gardent la Parole de Dieu, le Père et le Seigneur feront leur demeure chez eux (Jean 14. 23). En Jean 20. 17, le Seigneur dit : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».

Ces v. 31 à 35, redonnent la vraie place à Marie, la mère de Jésus, à laquelle une grande partie de la chrétienté a attribué une place au-dessus de celle qui est la sienne en réalité. Elle était une pécheresse comme l’est chaque être humain, mais sauvée par sa foi et, distinguée de Dieu, elle a été bienheureuse.

Ch. 4

Le Seigneur enseigne la parabole-clé, touchant à la réception ou à la réjection de sa parole, suivant l’état du cœur de chacun de ceux qui sont mis en relation avec l’évangile. Mais elle nous montre également que, même les croyants que nous sommes, peuvent lire chaque jour la Parole, et en recevoir de la nourriture spirituelle ou, suivant l’état de nos cœurs, n’en retirer aucun profit. Il s’agit de notre communion habituelle avec le Seigneur, et des fruits que nous porterons suivant la préparation de notre cœur. Les relations de famille ne doivent pas empiéter sur la volonté de Dieu (Luc 14. 26). Le Seigneur est pour nous un exemple (cf. Marc 3. 31 à 35). Néanmoins, nous ne devons pas négliger pour autant nos relations de famille, qui sont établies de Dieu, au sujet desquelles nous avons des instructions précieuses dans les épîtres.

Au verset 1er, le Seigneur enseigne près de la mer, symbole des nations dans leur agitation. On retrouve cette pensée au ch. 2. 13 ; au ch. 3. 7 ; enfin en Matthieu 13. 1. Le Seigneur est venu dans ce monde pour y enseigner la vérité de la grâce divine. Le principe de la « maison » représente le peuple juif. La mer désigne les nations non juives. Rejeté par les siens, le Seigneur se tourne vers les nations étrangères et va les enseigner.

En Israël, le Seigneur était venu pour y chercher du fruit pour Dieu. Mais II n’y a trouvé que du raisin sauvage. Aux nations alors, Il ne vient pas chercher du fruit, mais apporte une semence qui doit germer dans les cœurs des hommes et y porter du fruit.

Venu en Israël en premier lieu pour y prêcher l’Évangile du royaume dont Il est le Roi devant régner sur Israël et le monde durant mille ans, le Seigneur – méprisé par les chefs religieux et le peuple, qu’ils ont entraîné à rejeter leur Messie – abandonne son peuple pour un temps et se tourne vers les nations étrangères où de nombreuses âmes L’accepteront comme Sauveur, et cela jusqu’à nos jours, et jusqu’à son retour pour enlever l’Assemblée universelle au ciel, afin que les croyants chrétiens soient avec Lui éternellement.

Le Seigneur nous dit : « Écoutez » (v. 3). Et, après qu’Il ait donné son enseignement, Il nous dit : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (v. 9). Ayons ce désir d’écouter avec le cœur afin que la Parole entendue ne soit pas stérile en nous. C’est par la Parole, écoutée attentivement, que le Seigneur se révèle à nous, dans ses caractères propres, et dans ses pensées pour nous instruire de sa volonté. Il est toujours prêt à nous parler et à nous encourager à Le suivre.

1 Pierre 1. 23 à 25 donne les caractères de la Parole : « c’est une semence incorruptible… éternelle… vivante ». La semence est excellente et toujours la même pour tous ; mais, dans sa parabole du semeur, le Seigneur met l’accent sur l’état du cœur de chacun : Est-il dans un état tel que nous recevions la Parole en toute simplicité, telle que le Seigneur nous la donne ?

Cette parabole s’adresse tout d’abord aux incrédules, certes ; mais elle est pour les croyants aussi. En tant qu’enfants de Dieu ayant la vie en nous, l’état de notre cœur peut présenter quatre caractères différents : il peut être comme un « terrain » dur donc imperméable ne se laissant pas pénétrer par la Parole (la semence) ; il peut être aussi comme un terrain superficiel et rocailleux : la Parole est reçue dans le cœur et laisse la semence germer tout d’abord, mais elle se dessèche et ne donne pas de fruit ; ou bien notre cœur peut être encombré par les soucis, les convoitises mondaines, les richesses ; alors, la Parole, étouffée, ne porte aucun fruit ; enfin, lorsque la Parole tombe dans un cœur « labouré », bien préparé et disposé à recevoir ce que le Seigneur veut nous enseigner, elle germe, prend de l’ampleur et porte beaucoup de fruit, bien qu’en proportions différentes suivant l’obéissance de chacun.

« Voici, un semeur sortit pour semer » (v. 3). C’est le Seigneur Jésus qui est « sorti » du ciel pour semer la Parole parmi les hommes et accomplir son œuvre. Il est venu au milieu de son peuple terrestre pour y chercher du fruit. Mais, n’en ayant pas trouvé en Israël, Il a alors semé une semence qui, là où elle germera, portera du fruit parmi les nations et parmi les Juifs.

On peut y voir aussi un frère présentant la Parole dans une assemblée locale. Comment ses auditeurs, en l’écoutant, reçoivent-ils ce qu’ils entendent ? Nous devons être « réveillés » : « Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Éph. 5. 14). Dieu veut nous réveiller pour que nous allions de l’avant spirituellement, afin de parvenir « à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (cf. Éph. 4. 13). Le Seigneur veut nous enrichir de Lui-même : « Sondez les Écritures… car ce sont elles qui rendent témoignage de moi » (Jean 5. 39).

Comme Marie, la mère de Jésus, nous devons « repasser » dans nos cœurs ce que nous lisons dans la Parole ou ce que nous entendons (Luc. 2. 19 et 51). Elle pourrait produire plus de fruits si nous la repassions dans nos cœurs. Jérémie 15. 16 nous dit sa joie et son allégresse à écouter la Parole de Dieu. Prenons garde que nos cœurs ne soient pas « endurcis » (ch. 6. 51 et 52).

Le Seigneur fait la distinction entre ceux qui reçoivent ses paroles, et ceux qui les rejettent (Marc 4. 10 à 12 ; És. 6. 9 et 10).

Parmi les animaux que pouvaient manger les Juifs, selon la loi (Lév. 11), se trouvaient les animaux qui ruminaient et qui avaient le pied complètement divisé et l’ongle fendu. Par similitude, nous devons repasser dans notre esprit, la Parole entendue ou lue, et être séparés moralement du monde.

Nous avons trois ennemis : Satan qui ravit la Parole afin que nous ne portions pas de fruits pour Dieu (v. 15) – Nous pouvons être scandalisés lorsque la chair, en nous, n’accepte pas les choses venant de Dieu (v. 17) – Les choses du monde auxquelles le moi naturel est attaché (v. 19).

Il y a un choix à faire : se nourrir des choses du monde ou de celles de Dieu.

Ces versets nous exhortent sérieusement à écouter la Parole avec le cœur afin de la mettre en pratique : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ».

Le Seigneur n’interprète les paraboles que pour les disciples qui, n’ayant pas encore reçu le Saint Esprit, ne pouvaient les comprendre seuls. Il attend, pour cela, d’être à part avec eux. Nous aussi, nous sommes mis à part du monde, et le Seigneur est avec nous ; et, ayant reçu l’Esprit Saint, nous pouvons les comprendre.

En toutes choses, nous avons besoin de nous tenir dans la dépendance du Seigneur pour comprendre la Parole spirituellement.

Le Seigneur Jésus (le semeur) sème la Parole (v. 14), en allant de lieu en lieu, nous montrant ainsi l’exemple. Nous aussi, nous avons à semer la Parole chaque fois que nous en avons l’occasion (Marc 16. 15), sans avoir à juger de l’état des cœurs.

Au v. 18, la Parole est semée parmi les épines : dans notre vie, nous pouvons être accablés par des circonstances difficiles : la bonne terre est là, mais elle est encombrée par bien des choses opposées au développement du bon grain, c’est-à-dire la Parole, qui est étouffée et ne produit pas de fruit. Luc 10. 38 à 42 nous en donne un bon exemple : Marthe, autant que Marie, aimait le Seigneur. Mais, tandis que le Seigneur enseignait la Parole, Marthe se tourmentait pour bien servir son Hôte et n’avait pas le temps d’écouter.

Marie, au contraire, était assise à ses pieds, et se nourrissait de la Parole. Le Seigneur dut répondre aux récriminations de Marthe en déclarant : « Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée ». Marthe voulait donner au Seigneur le « meilleur d’elle-même ; Marie voulait recevoir en elle le meilleur du Seigneur. Apprenons de Marie : c’est « la bonne part ».

Sachons « rejeter sur Lui (le Seigneur) tout notre souci car Il a soin de nous » (1 Pier. 5. 7). Cela nous est souvent difficile, mais le Seigneur le sait. Il ne dit pas : soyez sans souci, mais nous invite à les rejeter sur Lui.

Dans la parabole du semeur, trois terrains sur quatre sont stériles ; celui où le diable intervient directement, le cœur dur, les soucis envahissants, et les convoitises. La Parole nous met en garde contre ces choses qui nous empêchent de porter du fruit pour Dieu. Le diable ne peut pas nous ôter la vie éternelle, mais il agit pour que notre témoignage soit réduit à néant, afin que nous soyons inutiles pour Dieu.

Que le Seigneur nous accorde de présenter un « bon terrain » débarrassé de tout obstacle, afin que la Parole « germe » en nous, et porte du fruit. Ceux qui reçoivent la Parole superficiellement peuvent s’en réjouir un temps ; mais dès que surgissent de sérieuses difficultés : tribulations ou persécution, n’ayant pas « de racines en eux-mêmes », ils tombent aussitôt et abandonnent la foi. De par le monde, dans plusieurs pays, des frères sont persécutés, parfois même jusqu’à la mort, à cause de leur foi en Dieu, et ils tiennent ferme et restent fidèles. Dieu est fidèle et soutient toujours les siens dans les souffrances.

Pour qu’un terrain laisse les graines germer, grandir, mûrir et porter du fruit, il faut qu’il soit soigneusement labouré, débarrassé des pierres, des racines, des herbes et des ronces. Pour que nous portions ce caractère de « bonne terre », il convient que nous laissions le Seigneur nous y préparer Lui-même. Demandons à Dieu qu’Il nous aide à porter du fruit.

Jacques nous met en garde contre la convoitise qui germe dans le cœur de chacun, que le diable connaît et dont il se sert pour introduire la tentation afin de nous faire tomber dans le péché. Pour le croyant, cela peut se traduire par une « mort » spirituelle (Jac. 1. 13 à 15). C’est le vieil homme naturel qui aime pécher. Le nouvel homme ne pèche pas car c’est le caractère de Christ qui est formé en lui (1 Jean 3. 9).

Chrétiens, nous sommes appelés à croître dans la connaissance de la Parole et Dieu nous enseigne peu à peu, au fur et à mesure que nous avançons en âge, nous rendant d’autant plus responsables de porter du fruit. Nous devons l’écouter, la recevoir, la garder, la repasser dans notre cœur, comme le faisait la mère de Jésus (Luc 8. 15, 2. 19 et 51).

Nous devons aussi la comprendre spirituellement, et en approfondir la compréhension quant aux plans éternels de Dieu, afin que nous discernions sa volonté en ce qui nous concerne personnellement.

Au verset 20, trois personnes portent du fruit : « l’un trente, et l’un soixante, et l’un cent ». On remarque une progression, chacun portant du fruit selon ses capacités. En Matthieu 13. 23, l’ordre est inversé. Peut-être cela représente-il, soit un service allant en augmentant, tel qu’on le voit en Actes 6. 5 et suivants. Dans le cas d’Étienne et de Philippe qui, ayant commencé par servir aux tables, parmi les disciples, sont devenus, par la suite, des témoins puissants (Act. 8. 26 et suivants pour Philippe, et ch. 6. 8 ; ch. 7. 1 à 60). Le Seigneur est, Lui, le parfait Serviteur, et Il veut avoir avec Lui des serviteurs fidèles et zélés qui ne cachent pas la lumière dont ils sont porteurs. Étienne, lui, a été jusqu’au martyre.

Le croyant n’est pas la lumière en lui-même ; mais il est le dépositaire de la lumière divine, qu’il est responsable de faire briller autour de lui. Le témoignage peut être occulté par un excès d’activité qui ne nous laisse pas le temps de manifester la lumière qui est en nous. Le boisseau, unité de capacité, en est le symbole. Le lit évoque la paresse, et la lumière est invisible (v. 21). La lumière brille là où il y a du fruit.

Si la conversion se réalise secrètement dans les cœurs, la Parole agit en nous, par l’Esprit Saint, afin que par le témoignage, la lumière que Dieu a mise en nous puisse briller et porter du fruit. Ainsi, la conversion, d’abord cachée dans le cœur, est révélée dans la lumière (v. 22). Notre maison doit être la première sphère où notre conversion se révèle – tout d’abord auprès des nôtres, et de nos enfants en particulier, mais aussi pour les hommes en général (Mat. 5. 14 à 16). Enfin, la lumière doit être vue également par ceux qui entrent chez nous (Luc 8. 16). Est-ce le cas pour chacun de nous ? Si notre lumière reste cachée par notre négligence, ou notre silence, elle sera manifestée d’une manière ou d’une autre, par l’action même du Seigneur (v. 22).

On trouve aussi une exhortation en ce qui concerne l’assemblée dont la lumière doit briller dans le comportement des frères et des sœurs, même si celles-ci ne doivent pas prendre la parole (1 Cor. 14. 24 et 25). Le v. 23, dans notre chapitre, est solennel et place chacun devant la nécessité d’écouter ce que nous dit la Parole, afin que les incrédules qui nous voient vivre, soient amenés au Seigneur à leur tour. Au ch. 7. 16, la même exhortation s’adresse aux incrédules comme aux croyants. Et en Ésaïe 50. 4, c’est le Seigneur Jésus qui nous parle et nous enseigne. Il nous montre aussi sa fidélité (v. 5), et veut que, comme Lui, nous ouvrions nos oreilles pour écouter, et que nous puissions être utiles, conduits par l’Esprit Saint, pour l’édification dans l’assemblée.

En Apocalypse, dans les lettres aux sept églises, le Seigneur nous exhorte : « Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées ».

Le Seigneur parle en paraboles au peuple, qui ne reçoit pas ses paroles, mais en donne l’interprétation à ses disciples, qui les reçoivent, Il parle aussi directement (v. 21). « Prenez garde à ce que vous entendez » (v. 24). En Actes 17. 11, les Béréens examinaient chaque jour les Écritures afin de s’assurer que ce qu’ils entendaient, de la bouche de Paul, était juste. Si un frère explique la Parole de Dieu, nous devons, nous aussi, nous assurer que ce que nous entendons est juste. Paul a dit à Timothée « demeure dans les choses que tu as apprises » (2 Tim. 3. 14).

Nous devons transmettre la Parole que nous avons reçue, soit pour le salut des âmes, soit pour l’édification et l’encouragement des saints. Nous avons besoin de la grâce du Seigneur et de sa force pour le faire. Si nous ne le faisons pas, par paresse ou par crainte, certes, nous ne perdrons pas le salut, mais bien la récompense.

Le Seigneur désire que nous soyons des serviteurs et des servantes humbles et fidèles. Soyons sans prétention quant à nos propres capacités. En réalité, par nous-mêmes, nous n’avons aucune force, mais la puissance est en Christ : « Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12. 10). Recherchons donc le Seigneur et sa force pour être des serviteurs selon son cœur. La parabole des talents nous enseigne à faire valoir ce que nous avons reçu, selon nos capacités (Mat. 25. 24 à 30). Nous avons aussi cet encouragement : « Celui qui arrose sera lui-même arrosé » (Prov. 12. 25).

Après avoir semé à notre tour, laissons le Seigneur travailler dans les cœurs de ceux qui ont entendu la Parole semée, ne nous inquiétons pas comment la semence se développera : c’est le travail du Seigneur qui moissonnera lorsque le fruit sera mûr (v. 28 et 29 ; 1 Cor. 3. 6 et 7 ; És. 55. 11). Le Seigneur est venu sur la terre et a semé la Parole. En apparence, Il n’intervient plus. Cependant, un jour, Il reviendra et moissonnera ceux qui lui appartiennent, et nous serons toujours avec Lui. Nous avons aussi cet encouragement d’Ecclésiaste 11. 1 et 2.

Sachons aussi nous garder de la critique (v. 24 ; Mat. 7. 1 et 2). Soyons également attentifs lorsque la Parole est annoncée, et gardons-nous des moments de distraction pouvant survenir durant le déroulement des réunions.

Les versets 30 à 34 parlent du royaume de Dieu dans son aspect extérieur : commencé petit comme un grain de moutarde, lorsque le Seigneur prêchait sur la terre, il s’est agrandi considérablement. Cette parabole parle du grand développement de l’Église, dans son aspect extérieur, et qui est devenue une puissance temporelle et mondaine : elle a protégé et dominé des rois et des nations, chose que réprouve le Seigneur. Si des chrétiens mondains ont cherché la protection au sein de ce système, nous devons, nous, rechercher le secours auprès du Seigneur seul. Lui nous garde et nous protège. Il connaît nos besoins, nos circonstances, et mesure tout ce qui nous concerne dans sa grâce souveraine.

Restons bien près de Lui afin que nous comprenions sa Parole, étant proches de la lumière. L’Esprit, alors, est libre d’agir en nous ; sinon, nous nous éloignons de la Lampe brillante qui, seule, peut nous conduire sûrement : dès lors, notre compréhension restera superficielle, ou même erronée.

Nous devons écouter et recevoir la Parole, mais aussi la transmettre à d’autres.

Le Seigneur interprétait toutes les paraboles à ses disciples, car ils Le suivaient, L’aimaient et Lui en demandaient l’explication, voulant les comprendre. Pour le reste du peuple qui ne croyait pas en Lui – les chefs religieux en particulier – Il ne leur parlait pas autrement qu’en paraboles. Conduits par le Saint Esprit, nous pouvons comprendre les paraboles ; parfois, pourtant nous avons besoin d’explications claires, afin d’en saisir le sens plus profondément.

Dans tout ce chapitre, le Seigneur a enseigné les foules incrédules, en paraboles qu’Il prenait soin d’expliquer à ses disciples. Mais à partir du verset 35, Il dit : « Passons à l’autre rive ». Il laisse là ceux qui ne croyaient pas en Lui, mais n’abandonne pas ses disciples qu’Il invite à passer à l’autre rive, ce qui peut signifier le ciel où ces bien-aimés doivent arriver un jour.

Dans les évangiles, on voit le Seigneur enseigner, mais aussi agir dans les circonstances de ceux qui vivent des épreuves. Qu’Il soit dans la nacelle ou qu’Il intervienne de l’extérieur en marchant sur les eaux, le Seigneur s’occupe des siens pour apaiser leurs craintes dans les épreuves.

On voit continuellement le Seigneur enseigner et agir en grâce pour les siens. Dans cette scène, les disciples sont dans une circonstance de détresse. Le Seigneur est bien avec eux, mais endormi par la fatigue : ils crient donc à Lui, le réveillent, et Lui adressent une forme de reproche : « Maître, ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » (v. 38) Nous-mêmes, ne nous affolons-nous pas lorsque les épreuves que nous connaissons deviennent plus dures ? Mais, si le Seigneur ne s’était pas mis en peine de nous, Il ne serait pas venu sur la terre pour nous sauver et nous ramener à Dieu.

Le Seigneur, maintenant, est dans le ciel et il arrive que, dans nos épreuves difficiles, II semble ne pas intervenir en délivrance, Il semble « dormir », que ce soit dans nos épreuves personnelles, familiales ou en assemblée, il en est qui nous sont internes, et d’autres qui proviennent de l’extérieur. Quoi qu’il en soit, le Seigneur n’est jamais indifférent, et agira toujours en délivrance, spécialement lorsque nous crions à lui dans nos détresses. Il se peut que les circonstances extérieures n’aient pas changé, mais la « tempête » est apaisée dans nos cœurs. Nous avons toujours la ressource de nous réfugier auprès de Lui, et de crier à Lui. Mais II a toujours un but, quand Il permet une épreuve.

Dans cette scène de Marc, le Seigneur, en disant : « Passons à l’autre rive », semble dire à ses disciples : « Venez avec moi ». Il n’abandonne pas ceux qui se sont attachés à Lui et Le suivent partout. Et, dans la nacelle, Il va se révéler à eux dans sa double nature – dans sa réalité d’homme, en s’endormant de fatigue, car II connaissait, pour les vivre Lui-même, toutes les circonstances de la vie des hommes sur la terre. Mais, réveillé et intervenant pour apaiser les flots et le vent, Il révèle sa nature divine toute-puissante : Il est le Créateur (Prov. 30. 4).

Prenons, nous aussi, comme les disciples, le Seigneur « comme II est » dans notre vie (v. 36). Aussi agitée que soit notre vie chrétienne, notre chemin n’est pas un voyage hasardeux. Le Seigneur nous accompagne tout au long de notre vie pour passer « à l’autre rive » où tout sera paisible. Ayant Lui-même vécu les épreuves des hommes, le Seigneur nous comprend et use de la grâce divine envers nous. Proverbes 30. 4 nous le montre comme le Tout-Puissant Créateur. Et au Psaume 107. 1 et 25 à 31, Il entre dans toutes les circonstances angoissantes que nous pouvons connaître ici-bas. Dans notre nacelle ballottée par les tempêtes de la vie, Il nous aime toujours et est avec nous. Et, même s’Il n’intervient pas tout de suite, Il est à la poupe où se trouve le gouvernail, et II intervient toujours pour nous délivrer de toutes nos angoisses.

Les disciples semblent n’avoir pas compris que le Seigneur était le Dieu tout-puissant (v. 41). Si le Seigneur pouvait dormir paisiblement sur une mer agitée par une tempête qui effrayait les disciples, pourtant habitués, c’est qu’en tant qu’homme, Il était l’Homme de foi en perfection. Les disciples avaient oublié l’injonction du Seigneur : « Passons à l’autre rive » et qu’Il était avec eux. Vivons nous-mêmes nos certitudes que nous avons en Christ (Mat. 28. 20). Sa toute-puissance sur les éléments naturels, sur les maladies, les démons chassés, les résurrections étaient là pour démontrer sa divinité. Dans les grandes épreuves, les catastrophes naturelles, les croyants peuvent être encouragés et leur foi affermie.

Après avoir enseigné les foules et ses disciples, Le Seigneur entre dans les circonstances pratiques affectant les siens. « Passons à l’autre rive » avec le Seigneur : qu’Il soit dans notre nacelle ou intervienne de l’extérieur, Il reste en secours pour ses bien-aimés lorsque ceux-ci souffrent, et Il les délivre. Crions à Lui dans nos tempêtes. Alors, il se fera « un grand calme » (v. 39).

Ch. 5

Fidèle dans sa charité pour tous les hommes, le Seigneur a voulu passer « à l’autre rive » sachant qu’Il y rencontrerait un démoniaque et qu’Il le délivrerait.

De fait, Jésus étant à peine débarqué de la nacelle, un homme possédé d’une légion de démons (v. 9), et qui vivait dans les sépulcres, courut vers Lui et se prosterna devant Lui, le suppliant de ne pas le tourmenter (v. 6 à 8). Puis, comme le Seigneur lui ordonnait de sortir de cet homme, les démons le supplièrent de leur permettre d’entrer dans un troupeau de pourceaux qui paissait non loin de là : ce que le Seigneur leur permit (v. 12 et 13).

Que faisons-nous en voyant tant de personnes liées dans l’incrédulité, autour de nous, pour les amener au Seigneur afin qu’Il les délivre et leur donne la vie éternelle, comme II l’a fait pour nous ? L’ordre du Seigneur aux disciples : « Passons à l’autre rive » (ch. 4. 35), peut signifier symboliquement la future entrée de l’Église au ciel avec le Seigneur. Mais, au ch. 5, au premier verset, il est question de « l’autre rive de la mer, dans le pays des Gadaréniens » : il s’agit donc bien de l’autre rive du lac. Le pays des Gadaréniens, à l’est du Jourdain, et hors du territoire d’Israël, était habité par les deux tribus et demie d’Israël.

La chair, en nous, est absolument indomptable : cet homme en est une forte illustration. Souvent lié avec des chaînes et des fers aux pieds, il avait rompu les fers et les chaînes. Seule, l’intervention directe du Seigneur peut nous délivrer en nous amenant à la foi en Lui et à être sauvés. Les fers, les chaînes nous parlent des lois sociales et morales mises en place par les responsables politiques ou religieux pour contenir les débordements de la chair dans l’homme naturel ; mais tout cela est impuissant, et les hommes « brisent » toujours ces entraves.

Le démoniaque pouvait bien rompre les fers et les chaînes, mais ne pouvait nullement se délivrer. Il vivait dans les sépulcres : symboliquement, il était mort pour Dieu et banni loin de Lui. Il se meurtrissait avec des pierres, signifiant que les hommes encore dans leurs péchés se font du mal à eux-mêmes.

L’infirme, au réservoir de Béthesda a eu besoin du Seigneur pour être délivré de son infirmité. Le démoniaque, également, ne pouvait être délivré que par le Seigneur. Et, s’il se prosterne devant Lui, ce n’est pas pour l’adorer. Bientôt, les démons se prosterneront, confessant malgré eux qu’Il est « Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 9 à 11). Matthieu 8. 29 dévoile que les démons savent qu’ils sont voués par Dieu à être, au jour du jugement, jetés dans l’étang de soufre et de feu (Apoc. 20. 10).

Les v. 6 et 7 démontrent que les démons connaissent Dieu et Jésus, mais ne peuvent l’appeler « Seigneur ». (Judas qui était incrédule ne pouvait l’appeler que « Rabbi », et non « Seigneur » (Mat. 26. 20 à 25). Le monde dominé par Satan, est un vaste cimetière où règnent le péché et la mort ; et les hommes incrédules sont morts en vivant dans le péché. Cependant, sauvés et affranchis, nous devons désormais vivre en nouveauté de vie.

Au ch. 1. 34, le Seigneur interdit aux démons de montrer qu’ils Le connaissaient. Dans notre chapitre, c’est le contraire (v. 7). Luc 8. 27, révèle que ce démoniaque vivait nu, symbolisant la nudité morale des incrédules. Seul, le Seigneur pouvait le revêtir. Croyants, nous sommes revêtus de Christ (Gal. 3. 27). Dans une famille, une conversion peut produire d’autres conversions, au sein de la maison, ou produire un endurcissement momentané ou définitif. En Marc 5. 15 et Luc 8. 34, la charité du Seigneur envers le démoniaque déclenche la peur et la fuite. Mais l’homme délivré est, alors, « assis, vêtu et dans son bon sens » (v. 15), et désire suivre le Seigneur. Le Seigneur ne le lui permet pas mais l’envoie témoigner chez lui (v. 18 à 20).

Le vieil homme, en nous, est indomptable. Les lois sociales ou morales ne peuvent, tout au plus, que refréner ses manifestations extérieures, mais la chair se manifestera malgré tout, car elle est sans frein intérieur.

Il faut l’intervention directe du Seigneur pour faire naître, par la foi en Lui, le nouvel homme (qui est Christ formé en nous), et qui, lui, ne peut pas pécher (1 Jean 3. 9) et ne désire que plaire à Dieu en lui obéissant en toutes choses.

Quel changement, produit dans ce démoniaque ! D’abord, il s’était jeté aux pieds du Seigneur, le suppliant de ne pas le tourmenter mais, maintenant, délivré de sa terrible misère, il souhaite rester auprès de son Sauveur. Mais le Seigneur l’envoie témoigner, dans sa maison, de quelle bonté de Dieu il a été l’objet (v. 19). Alors il accomplit sa mission dans sa famille et dans tout le pays (v. 20). Ce témoignage portera un fruit béni et abondant, car au ch. 7. 31 à 37, dans tout le territoire où il a porté son témoignage, le Seigneur sera reçu par la suite, et Il y fera des miracles à la gloire de Dieu. N’en est-il pas de même pour nous, quant à notre témoignage ? Il est « assis » tranquille en contraste avec son état précédant : « vêtu » moralement revêtu de la plus belle robe, Jésus Christ (Luc 15. 22) et dans son « bon sens », ayant acquis l’intelligence spirituelle (2 Tim. 1. 7), ayant dépouillé la folie de l’homme naturel.

De nos jours, beaucoup de gens, honnêtes par ailleurs, mais incrédules, pensent qu’ils n’ont aucun besoin du Seigneur, et Le rejettent. C’est l’œuvre de Satan dans les cœurs des incrédules : « L’insensé a dit en son cœur : il n’y a point de Dieu » (Ps. 14. 1).

Mais quel contraste aussi avec ceux qui ont pris connaissance de ce qui est arrivé aux pourceaux ! Ils chassent le Seigneur de leur territoire : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous » (v. 16 et 17). Les hommes préfèrent « les ténèbres à la lumière » (Jean 3. 19 et 20). Notre témoignage doit se répandre autour de nous par la Parole, mais aussi se démontrer par notre conduite habituelle au milieu du monde. En Marc et Luc, la Parole rapporte qu’il y avait un seul démoniaque, insistant sur l’état profondément misérable de cet homme. Luc rapporte que délivré, il était assis aux pieds de Jésus. En Matthieu 8. 28, on trouve deux démoniaques au sujet desquels l’Esprit Saint insiste sur leur extrême violence. Cette violence meurtrière, de nos jours, se manifeste encore, au sein de l’humanité sans Dieu, produite par la recrudescence de l’activité de Satan dans le cœur des hommes dominés par les démons. Le diable propose beaucoup de choses aux hommes pour les détourner de rechercher Dieu, et les pousser toujours plus loin dans le péché.

Dans notre texte, le Seigneur, rejeté par les Gadaréniens, repart, mais non sans laisser un témoin dont le témoignage sera efficace. En Jean 4. 29, la Samaritaine témoigne clairement que le Seigneur lui a dit tout ce qu’elle avait fait. Et son témoignage portera un fruit abondant.

Remonté au ciel, le Seigneur attend de nous que nous témoignions pour Lui amener des âmes. Que le Seigneur nous aide à témoigner de notre joie d’être sauvés par la foi en Lui et en son œuvre. « Raconte tout ce que le Seigneur t’a fait » (v. 19). Cela nous apporte une joie spéciale et approfondit notre communion avec notre Sauveur. Une responsabilité particulière s’attache aux chefs de famille auprès de leurs enfants, au sujet de ce que le Seigneur a fait pour eux (1 Tim. 1. 13). Notre Sauveur nous confie ce témoignage dans notre maison.

Prophétiquement, ce démoniaque représente le résidu juif qui, après l’enlèvement de l’Église, verra le Seigneur lui apparaître sur le Mont des Oliviers, avec les blessures qu’ils Lui auront faites, car « ils verront Celui qu’ils auront percé » (Zach. 12. 10 à 14). Alors ils se repentiront et serons convertis. Puis, le Seigneur les enverra prêcher dans le monde entier l’évangile du royaume. D’autre part, les démons et les porcs représentent le peuple incrédule et impur qui, ayant rejeté leur Messie, a été dispersé dans les nations, symbolisées par « la mer ».

Comme le démoniaque, type de l’homme naturel en proie à toutes les folies de la chair sous l’emprise des démons, nous avons eu besoin de l’intervention directe du Sauveur pour être délivrés de notre état misérable.

Alors, comme lui aussi, quel contraste entre la vie de péché vécue jusque-là, et la conversion où, alors, tout est changé : la peur du jugement se transforme dans le désir d’être avec le Seigneur. Puis, dans le premier amour, le témoignage au sein de la famille et au-delà, de la bonté de Dieu qui nous a sauvés ; témoignage qui portera du fruit à la gloire du Seigneur.

Malgré son rejet de la part des chefs religieux, les foules se rassemblent autour du Seigneur et le pressent. Dans cette foule, beaucoup admirent les miracles, tandis que d’autres ont des besoins.

Parmi ces derniers, Jaïrus et cette femme malade depuis très longtemps s’approchent du Seigneur pour être secourus. Le monde incrédule peut bien se railler du Seigneur, mais Il s’occupe en grâce, et en amour, de ceux qui Le sollicitent pour avoir du secours.

Jaïrus, ce chef religieux, avait de très grands besoins qu’il apporte spontanément au Seigneur : sa fille, malade, est à l’article de la mort, et sa foi lui dicte que le Seigneur, qui fait tant de miracles, est seul à pouvoir la sauver (v. 23). Dans une autre occasion, un autre dira au Seigneur : « Je ne suis pas digne que tu entres dans ma maison, mais dis une parole ». Jaïrus, lui, invite le Seigneur à venir chez lui où sa fille se meurt. D’une personne à l’autre, la profondeur de la foi est différente.

Jaïrus demande au Seigneur de venir imposer les mains à sa fille. Et le Seigneur accède à sa demande. Mais, chemin faisant, la foi de ce père angoissé va être mise à l’épreuve par deux fois : une première fois par l’intervention de cette femme ayant une perte de sang depuis douze ans qui, par derrière, touche le vêtement du Seigneur et est aussitôt guérie. Satisfaite dans son besoin, elle en serait volontiers restée là. Mais le Seigneur qui sait, en Lui-même ce qui s’est passé, l’oblige à se dévoiler afin de rendre témoignage publiquement (v. 25 à 34). Le Seigneur sait tout, mais veut que la foi timide, cachée, devienne publique.

Retenons que le Seigneur aime que l’on prie pour nos enfants, dans toutes les circonstances, physiques ou spirituelles, dans lesquelles ils peuvent se trouver.

L’intermède de cette femme guérie a arrêté momentanément la marche du Seigneur vers la maison de Jaïrus, augmentant d’autant plus l’angoisse de ce père si impatient de la guérison de sa fille. C’est alors que des gens de sa maison viennent, froidement, lui annoncer que sa fille est morte, et lui reprochent durement de « tourmenter le Maître » (v. 35). Mais le Seigneur le rassure aussitôt : « Ne crains pas, crois seulement » (v. 36). À la fin, la délivrance n’en sera que plus glorieuse (Ps. 50. 15 ; Mat. 28. 20).

Mais le Seigneur a égard au degré de la foi de chacun, et Il répond d’abord à la plus faible foi, afin qu’il n’y ait pas de découragement. Cependant, il faut que cette femme aille plus loin et confesse, et son état précédent, et sa guérison miraculeuse. Et, par là même, la foi de Jaïrus, plus forte que celle de la femme, est encore fortifiée. La foi de Jaïrus est exercée, mais il sait que le Seigneur a la puissance de redonner la vie à sa fille.

Ces scènes encourageantes font penser à l’état de péché qui est attaché à la nature humaine, et dont seule l’intervention du Seigneur peut nous délivrer. Aucune prière ou supplication instante ne peut tourmenter le Seigneur ou l’importuner : la parabole du « juge inique » le montre à l’évidence (Luc 18. 2 à 8). Le Dieu juste qui nous aime ne peut qu’écouter nos prières et y répondre selon sa sagesse. Dans l’état de péché, nous débattre seul n’aboutit qu’à voir notre état empirer, comme empirait la maladie de cette femme avant son recours au Seigneur qui, seul, l’en a pleinement délivrée. La foule Le pressait de tous côtés, mais nul autre n’a été guéri car seule la foi reçoit une réponse. Prier sans la foi est stérile.

La loi – dont le chef de synagogue est le type – montrait l’incapacité de l’homme à y obéir, et ne pouvait en aucune manière guérir l’état de péché de la nation juive. Mais le Seigneur, revenu sur la terre d’Israël (v. 21), signifie, prophétiquement, le retour en grâce du peuple à son Dieu, lorsque le résidu d’Israël verra le Seigneur lui apparaître avec les blessures dont son peuple est responsable, et ils se repentiront, individuellement (Zach. 12. 10 à 14). Dès lors, considérant la foi dans le cœur du résidu vu comme le « vrai Israël », Dieu inscrira sa loi sur leurs cœurs et sera « clément à l’égard de leurs injustices » (Héb. 8. 13). La jeune fille qui meurt et ressuscite, rappelle qu’Israël, sous la loi, doit disparaître et renaître sous la nouvelle alliance conclue par Dieu pour son peuple.

Le Seigneur fait de nombreux miracles publiquement, mais aussi dans l’intimité d’un foyer, accompagné, souvent, par ses trois disciples Pierre, Jacques et Jean (v. 37). Ici, Il fait ce miracle dans le silence, ayant fait cesser le tumulte du peuple qui pleurait et poussait de grands cris. Pour agir, le Seigneur veut le calme. Lorsqu’Il apaisa la tempête, « il se fit un grand calme » (ch. 4. 39). Lorsqu’on Le laisse agir dans la paix du cœur, tout est bien.

Dans ces passages, on trouve la maladie et la mort, deux conséquences du péché introduit dans le monde, car « les gages du péché, c’est la mort » (Rom. 6. 23). Satan, le père du mensonge, ayant menti à Adam et Ève en Éden, les a poussés à pécher en désobéissant à Dieu.

La femme des v. 25 à 34 est malade : personne n’a pu la guérir et son mal va en empirant (v. 26). La jeune fille meurt (v. 35). Devant ces deux conséquences fatales du péché, les hommes sont impuissants, et tous sont destinés à mourir. Seul, le Seigneur a la puissance de guérir et de ressusciter les morts, car II est le Dieu tout-puissant qui a la vie en Lui-même (Jean 5. 26).

Si nous avons la certitude d’avoir la vie éternelle avec le pardon de nos péchés, c’est la conséquence de la mort expiatoire du Seigneur sur la croix. Le péché étant entièrement ôté de devant la sainteté de Dieu, par la foi en Jésus nous avons la vie de résurrection. La femme malade et guérie, puis la jeune fille morte et ressuscitée ont eu toute deux affaire directement à l’intervention du Seigneur.

Pour un incrédule, la mort est réputée définitive. Mais c’est une erreur de croire cela. L’état de mort est comme un endormissement provisoire auquel succédera un réveil définitif ; mais le croyant ressuscitera pour être toujours avec Jésus, son Sauveur, et l’incrédule ressuscitera aussi mais pour subir le tourment éternel loin des félicités de la présence de Dieu.

Ceux que le Seigneur a rappelés à la vie dans les évangiles (Jean 11. 11, 43 et 44) par exemple, sont de nouveau endormis, et seront réveillés une deuxième fois. Les croyants sont « endormis par Jésus ou en Jésus » (1 Thess. 4. 14). Jaïrus a été durement interpellé par des gens de sa maison (v. 35), mais l’amour du Seigneur intervient aussitôt : « Ne crains pas, crois seulement ». Arrivé à la maison, le Seigneur ne prend que le père et la mère et ses trois disciples, manifestant sa douceur et son amour pour ces gens affligés.

C’est encourageant d’entendre cette parole de Dieu pour nous aussi « Crois seulement ». Pour ressusciter un enfant, Élisée avait supplié Dieu ; mais le Seigneur qui est Dieu a la puissance en Lui-même. La jeune fille reçoit une nouvelle vie, se lève et marche : image de la nouvelle marche du croyant qui, étant « né de nouveau » par la foi, marche désormais dans l’obéissance à son Sauveur. Il faut nourrir la nouvelle vie (v. 43). Nos enfants venus au Seigneur à leur tour, doivent être nourris de la Parole afin de croître spirituellement ; mais aussi nous devons marcher selon la nouvelle vie : « Lève-toi, prends ton petit lit, et marche » (Jean 5. 8). Marcher selon le Seigneur et se nourrir de Lui dans la Parole.

La femme était malade depuis douze ans, et la jeune fille avait douze ans. La répétition de ce chiffre n’est pas fortuite : symboliquement, ce chiffre parle de notre responsabilité en regard de la justice et de la gloire de la sainteté de Dieu. Il a fallu la mort du Seigneur pour abolir le péché de devant Dieu, que nous soyons lavés dans le sang de Jésus pour être guéris et que nous marchions selon le Seigneur dans la sainteté qu’Il nous a donnée.

Le Seigneur semble parler en araméen, sa langue maternelle, dans les circonstances où sa sensibilité était particulièrement touchée (Marc 5. 41 ; 7. 34 ; 14. 36 ; 15. 34). Quelle joie pour les parents qui voient leurs enfants recevoir le Seigneur dans leur cœur.

Le Seigneur, le Fils de Dieu, a seul la puissance de supprimer les terribles conséquences du péché que sont la maladie et la mort. C’est le résultat béni de son œuvre à la croix.

Quant à nous, sauvés par la foi en Lui, nous avons cette responsabilité de marcher désormais dans l’obéissance à la Parole de Dieu et d’être les témoins de sa grâce et de son amour. Et II nous confère la responsabilité d’instruire nos enfants dans la Parole de vérité qu’Il nous a donnée – et qu’ainsi, nos enfants, à leur tour soient sauvés et marchent, désormais en « nouveauté de vie » (Rom. 6. 4).

Ch. 6

Revenu à Nazareth où II avait été élevé, le Seigneur scandalise ceux qui Le connaissaient comme le charpentier, métier qu’Il avait appris et exercé jusqu’à ce qu’Il commence son ministère. Ce qui les scandalisait, c’était sa manière d’enseigner avec sagesse, et les miracles qu’Il faisait les étonnaient, parce qu’ils n’en connaissaient pas l’origine divine. On peut comparer avec Luc 4. 16 à 23, 28 à 30. Cette incrédulité contraste avec Luc 2. 47 à 52, où tous s’étonnaient de ses réponses, et où II « avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes ». Devant cette opposition violente et ce rejet de la part de ceux qui L’avaient connu, le Seigneur ne se laisse pas arrêter dans son ministère. Il est un exemple pour nous, car II avait devant Lui de glorifier Dieu son Père. Les vaines pensées mondaines des incrédules agissent de la même manière envers les chrétiens aujourd’hui.

« Le Seigneur s’étonnait de leur incrédulité » (v. 6). Gardons-nous de mettre la Parole en doute, dans son intégralité ou dans l’une quelconque de ses parties (Apoc. 22. 18 et 19). Notre connaissance de la Parole de Dieu doit nous fortifier pour la recevoir et la garder tout entière (Ps 119. 160). En Matthieu 8. 10, le Seigneur s’étonne, en contraste, de la foi d’un centurion romain venu auprès de Jésus pour qu’Il guérisse, d’une simple parole – et de loin car « il n’était pas digne » que le Seigneur entre chez lui – son serviteur paralysé. Notre foi progresse-t-elle de manière à étonner le Seigneur ?

Si la Parole rappelle que le Seigneur a exercé un métier dur physiquement, et difficile à exécuter dans les règles de sécurité, cela nous encourage dans nos propres activités, pas forcément faciles à exécuter dans un environnement plus ou moins hostile aux chrétiens ayant un témoignage à rendre dans ce monde.

Revenu à Nazareth où II était connu et rejeté, « Il ne put faire là aucun miracle, sinon qu’Il imposa les mains à un petit nombre d’infirmes, et les guérit » (v. 5). Il ne guérit que ceux qui avaient des besoins et s’attendaient à Lui avec foi. Faire des miracles devant des incrédules n’aurait servi à rien. En Actes 13. 46 à 49, Paul, devant l’incrédulité des Juifs, auxquels l’évangile devait être annoncé en premier puisqu’ils étaient le peuple de Dieu, se tourne désormais vers les nations qui s’en réjouissent et reçoivent la Bonne Nouvelle du salut.

En Jean 2. 23 à 25, ils sont convaincus par les miracles que le Seigneur opérait, bien qu’Il ne se fiât pas à eux, sachant tout ce qu’il y avait dans les cœurs. Dans certains cas, après un miracle, le Seigneur interdisait d’en colporter la nouvelle, car II ne recherchait pas la notoriété. Dans d’autres circonstances, Il envoie l’homme guéri rendre témoignage, afin qu’il y ait du fruit pour la gloire de Dieu.

Après avoir appelé ses douze disciples pour qu’ils soient avec Lui, pour les envoyer prêcher et leur donner autorité pour guérir les malades et chasser les démons (ch. 3. 15), Il les envoie, deux à deux (ch. 6. 7), et leur donne l’autorité de chasser les esprits immondes. Il leur commande de ne prendre, pour le chemin, qu’un bâton, et d’être chaussés de sandales (v. 8 et 9). Deux ensemble pour s’entraider et aussi parce qu’il faut au moins être deux pour que « toutes choses soient établies ». Il faut d’abord être appelé du Seigneur Lui seul, pour nous avoir avec Lui et qu’Il nous forme pour le service ; puis II faut attendre qu’Il nous envoie et être fidèles dans notre service et à la Parole de Dieu. Être nombreux dilue la responsabilité de chacun, car on peut se reposer sur les autres ; alors que le Seigneur veut que chacun dépende de Lui seul.

Les sandales font référence à notre façon de marcher moralement. Elles nous rappellent qu’il nous faut être « chaussés de la préparation de l’évangile de paix » (Éph. 6. 15) et aussi, de notre témoignage dans le monde. « Comment prêcheront-ils, à moins qu’ils ne soient envoyés ? » (Rom. 10. 15)

Croyants, nous devons apporter Christ, tout d’abord dans notre propre foyer, au sein de notre famille, dans notre entourage et même dans nos occupations, où notre marche morale doit se manifester fidèlement. Puis, si le Seigneur nous appelle pour accomplir un service, nous devons y être attentifs, y répondre, et rester fidèles en toutes choses dans son service pour sa gloire et la bénédiction des siens.

Le royaume de Dieu s’était approché car le Roi (le Seigneur), était là au milieu de son peuple. Les disciples que le Seigneur envoyait, s’ils étaient rejetés, devaient secouer la poussière de leurs pieds, signe que ces hommes qui rejetaient l’évangile étaient eux-mêmes rejetés de Dieu, et voués au jugement (v. 11).

De nos jours, ce n’est plus l’évangile du royaume qui est prêché, mais celui du salut par grâce. Le Roi, rejeté par son peuple Israël, n’est plus sur la terre mais au ciel. Le jugement de tous les incrédules de tous les peuples de tous les temps, interviendra plus tard.

Les disciples sont envoyés prêcher sans autres ressources qu’un bâton et des sandales, image de notre marche chrétienne qui doit être soumise au Seigneur, et le bâton symbolise notre appui sur le Seigneur seul. Lorsque le Seigneur prêchait Lui-même, entouré de ses disciples, c’était Lui seul qui essuyait la réjection des incrédules du peuple, et celle particulièrement violente des chefs religieux.

Lorsqu’Il envoie ses disciples, certes, Il est toujours sur la terre, mais ce sont eux qui vont affronter directement la réjection : ils ont donc la seule ressource de s’appuyer sur la protection « à distance » du Seigneur (le bâton). En Luc 22. 35 à 37, où le Seigneur s’apprête à aller à la croix et à remonter au ciel, Il recommande à ses disciples de se munir de provisions, mais surtout d’une épée « l’épée de l’esprit qui est la Parole de Dieu » (Éph. 6. 17). Nous-mêmes avons un impérieux besoin, journellement, de cette épée-là ; c’est sur la Parole que nous devons nous appuyer pour notre vie quotidienne comme pour prêcher l’évangile autour de nous.

Pour cela, il convient, selon le verset 11, de ne pas insister si notre prédication est ouvertement rejetée : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent » (Mat. 7. 6). C’est le Seigneur qui appelle (v 7) et non d’autres hommes qui désignent des évangélistes. Cependant, nous devons être des témoins autour de nous, comme des sentinelles qui, voyant approcher le jugement, avertissent les incrédules qui nous entourent (Éz. 3. 17 à 21). Nous sommes encouragés, en Romains 10. 14 et 15, à répandre la Parole du salut par la foi dans le Seigneur, sachant que c’est Lui, et Lui seul, qui peut travailler dans les cœurs et les consciences et qui amène les âmes à Lui.

La prédication des disciples reposait sur le repentir et la foi dans l’évangile : Jean le Baptiseur et le Seigneur Lui-même l’ont prêché (Mat. 3. 2 ; Marc 1. 14 et 15 ; Act. 20. 21).

En Marc 16. 19 et 20, les apôtres, après l’élévation du Seigneur au ciel, partirent prêcher l’évangile, et le Seigneur coopérait avec eux, « confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient ».

L’évangile du royaume, prêché par Jean le Baptiseur et par le Seigneur, étant rejeté de son peuple, la prédication de l’évangile de la grâce est offerte aux nations étrangères à Israël. Nous sommes désormais responsables, devenus des croyants, de répandre la « Bonne Nouvelle » du salut autour de nous, et le Seigneur fait toujours des miracles confirmant la Parole répandue, en convertissant de nombreuses âmes qu’Il amène toujours à Lui.

Entendant parler du Seigneur et des miracles qu’Il faisait, Hérode est repris dans sa conscience ; mais, étant étranger à Dieu, la superstition lui fait dire : « C’est Jean (le Baptiseur) que j’ai fait décapiter ; il est ressuscité d’entre les morts » (v. 16). Sa conscience d’incrédule ne va pas jusqu’à la repentance de son crime, mais s’arrête au remords de son meurtre. Jean, prisonnier d’Hérode, l’avait repris franchement, lui reprochant d’avoir épousé Hérodias, femme de son frère.

La conscience, donnée à l’homme après la chute d’Adam et Ève, faussée par l’environnement moral des hommes, n’est pas une gardienne sûre. Seule la Parole de Dieu est un sûr critère de sainte conduite.

Jean n’avait pas hésité à reprendre sévèrement le roi, sans s’occuper des conséquences probables. Il lui en avait coûté la mise à mort, afin que s’assouvisse la haine d’Hérodias. De nos jours encore, des chrétiens paient de leur emprisonnement, et parfois de leur mort, leur fidélité au Seigneur, au sein d’un environnement hostile. Nous-mêmes, nous devons témoigner de notre foi en Jésus, notre Sauveur.

Jean, envoyé devant le Seigneur pour préparer le cœur du peuple par le baptême de la repentance, avait dit ouvertement de Lui : « Il faut que Lui (le Seigneur) croisse et que moi je diminue » (Jean 3. 30). Les hommes se font beaucoup d’idées sur le Seigneur, et chacun y va de sa conviction incrédule (v. 14 et 15). Seule la foi du croyant discerne qu’Il est « le Fils du Dieu vivant » (Mat. 16. 13 à 16). Hérode ignore cette grande vérité, mais sa conscience, mal à l’aise, est remuée et, comme la plupart des incrédules, il croit malgré tout qu’il y a quelque chose de supérieur. Rares sont les athées : « L’insensé a dit dans son cœur : il n’y a point de Dieu » (Ps. 14 et 53. 1).

Si nous, croyants, avons mal agi, seule la confession libérera notre conscience mal à l’aise.

Quant à Jean le Baptiseur, il avait achevé sa course, car le Seigneur était entré dans son ministère, après que son précurseur ait achevé le sien. Dieu a permis sa mort, bien qu’Hérode et Hérodias en restent responsables devant la justice de Dieu. Quant à ces deux personnes, leur mondanité, l’excitation de la fête et de la boisson, l’intérêt charnel de la danse d’une fille, une parole imprudente et une promesse folle, tout cela a conduit Hérode au meurtre de Jean, serviteur de Dieu ! Un simple désir peut mener au crime ou, tout au moins, au péché. Il est indispensable que nous restions bien près du Seigneur.

Flattée dans son orgueil, la jeune fille demande à sa mère ce qu’elle doit demander ; et devant la réponse monstrueuse d’Hérodias, sa fille n’a pas une hésitation : « Et aussitôt elle entra avec empressement vers le roi, et fit sa demande » (v. 25 ». Et Hérode, bien que profondément attristé, à cause de son offre insensée, devant tous ses invités, affiche le même empressement pour répondre à sa demande ! Son remords ne va pas jusqu’à la repentance et ne le retient pas, car il y va de la satisfaction de son orgueil de roi tout-puissant. Le monde n’hésite pas devant le mal. La Parole nous met en garde contre les paroles folles qui peuvent sortir de notre bouche, et peuvent nous faire pécher en faisant du mal à quelqu’un : « Qui garde sa bouche et sa langue, garde son âme de détresse » (Prov. 21. 23). Nous sommes responsables de nos paroles et de nos engagements envers autrui. Citons Proverbes 29. 26 ; Proverbes 10. 19. Il semble impensable qu’à partir d’une parole folle, Jean ait pu être mis à mort en si peu de temps (v. 28 à 30). Quelles questions les disciples n’ont-ils pas dû se poser ? Ils racontèrent tout au Seigneur qui les conduisit dans un lieu désert, Lui-même étant affecté de ce drame (Mat. 14. 12 et 13). La mort des saints est précieuse au cœur de Dieu (Ps. 116. 15).

Mal à l’aise dans sa conscience devant les miracles du Seigneur, Hérode – qui a fait décapiter Jean le Baptiseur, à la suite d’une promesse insensée faite à la fille d’Hérodias ayant plu au roi en dansant devant lui – croit que Jean est ressuscité. Sa superstition l’égare loin de la vérité et de la foi, et lui interdit le chemin de la vraie repentance qui, seule, le conduirait à la conversion et à la confession.

Ce passage de la Parole nous met en garde, nous-mêmes, contre des paroles folles que nous sommes, par nature, enclins à prononcer légèrement, et qui nous poussent à pécher contre notre prochain, en lui faisant du mal.

Après avoir appelé les douze disciples pour être avec Lui (ch. 3. 14), le Seigneur les envoie deux à deux, et leur donne autorité pour chasser les esprits immondes (ch. 6. 7). Après avoir accompli leur mission, ils reviennent vers Lui et lui racontent tout ce qu’ils ont fait. Certes, le Seigneur savait ce qu’ils avaient fait et enseigné, car rien n’est caché pour Lui, mais il veut que nous nous confiions en lui, dans toutes nos activités à son service. Lui nous accompagne dans notre chemin, et II sait ce que nous faisons et connaît nos difficultés. Sa joie est que nous lui racontions toutes choses car, à travers nous, c’est Lui qui agit. C’est auprès de Lui que nous pouvons connaître sa volonté et jouir de sa communion, dans l’humilité.

Le Seigneur, dans sa compassion pour les siens, les mène à l’écart afin qu’ils se reposent un peu (v. 31). Nous devons nous tenir à l’écart du monde agité et stressant, afin d’écouter les communications intimes du Seigneur. Plein de grâce, Il veut nous accorder des moments de paix dans sa présence.

En Matthieu 14. 12 et 13, le Seigneur lui-même, à l’annonce de la décapitation de Jean le Baptiseur, se retire à l’écart, affecté dans son âme divinement sensible. Il savait bien que cela devait arriver, mais, lorsque cela se produit, dans sa tristesse, Il éprouve le besoin de se retirer loin de ce monde cruel et insensé.

De même, au tombeau de Lazare, le Seigneur savait que Lui, le Maître de la vie, Il allait le ressusciter aussitôt, et pourtant : « Jésus pleura » (Jean 11. 35). Rien au monde n’égale cette sensibilité à la fois humaine et divine ! Il commande toutes choses, étant Dieu ; mais l’Homme qu’Il est aussi, pleure de nos douleurs !

« A l’écart, dans un lieu désert », les disciples sont avec Lui. Il n’avait pas même un lieu où reposer sa tête, mais Il donne du repos aux siens. Le Seigneur ne nous abandonne jamais. Comme parfait Serviteur, Il est toujours notre divin modèle. Le Seigneur ne cherchait pas la popularité, mais pressé par les foules, Il se retirait « dans les déserts et priait » (Luc. 5. 15 et 16) lorsque c’était possible ; car dans Marc, « ils n’avaient pas même le loisir de manger (v. 31).

Au verset 34, on voit Jésus « ému de compassion » car les foules « étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger » : les chefs religieux ne manquaient pourtant pas, mais ils se conduisaient comme de mauvais bergers qui se « paissaient eux-mêmes » au lieu de paître les brebis de Dieu (Éz. 34. 2), et ils les chassaient du bon pâturage (v. 20 et 21).

Mais au verset 22, le Seigneur se présentera comme le bon Berger qui prend soin de ses brebis, comme en Jean 10. Comme le Seigneur était « ému de compassion » pour son peuple terrestre, Il l’est aussi pour nous, en particulier lorsque nous sommes éprouvés par des difficultés ou des peines personnelles. En assemblée, Il nous rassemble autour de Lui, tandis que de « mauvais bergers » se sont acharnés à disperser le troupeau de Dieu dans l’Église, pour mieux s’engraisser eux-mêmes. La compassion est cette faculté précieuse du cœur d’entrer dans les peines des autres, et d’en souffrir dans une mesure. Les compassions du Seigneur sont grandes et nombreuses, et se renouvellent chaque matin, ne cessant pas.

Voyant les foules n’ayant pas de berger, et dispersées, le Seigneur les rassemble et les enseigne d’abord. Et, avant de nourrir leurs corps au paragraphe suivant, Il nourrit leurs âmes (v. 34). Il en est de même pour nous, chrétiens : Il nous nourrit spirituellement avant de nourrir nos corps. Nos frères, dans les pays pauvres, ont la nourriture spirituelle à leur disposition, même s’ils sont en partie démunis matériellement. Le Seigneur est toujours notre modèle : même à l’écart, Il enseigne et nourrit leurs corps et les rassasie.

Le Seigneur veut nous rassembler pour nous avoir avec Lui et nous préparer pour le service qu’Il veut nous donner personnellement, avant de nous envoyer.

Mais Il aime aussi que nous revenions chaque jour auprès de Lui pour tout Lui raconter, même dans les moments de repos à l’écart du monde. Il a toujours de nouveaux enseignements spirituels à nous donner, prenant également soin de notre nourriture matérielle pour nos corps et renouvelant nos forces physiques, afin que nous puissions continuer à Le servir.

Après avoir appelé les douze disciples pour être avec Lui (ch. 3. 14), le Seigneur les envoie deux à deux, et leur donne autorité pour chasser les esprits immondes (ch. 6. 7). Après avoir accompli leur mission, ils reviennent vers Lui et lui racontent tout ce qu’ils ont fait. Certes, le Seigneur savait ce qu’ils avaient fait et enseigné, car rien n’est caché pour Lui ; mais il veut que nous nous confiions en lui, dans toutes nos activités à son service. Lui nous accompagne dans notre chemin, et II sait ce que nous faisons et connaît nos difficultés. Sa joie est que nous lui racontions toutes choses car, à travers nous, c’est Lui qui agit. C’est auprès de Lui que nous pouvons connaître sa volonté et jouir de sa communion, dans l’humilité.

Le Seigneur, dans sa compassion pour les siens, les mène à l’écart afin qu’ils se reposent un peu (v. 31). Nous devons nous tenir à l’écart du monde agité et stressant, afin d’écouter les communications intimes du Seigneur. Plein de grâce, Il veut nous accorder des moments de paix dans sa présence.

Dans sa grâce, le Seigneur avait dit à ses disciples : « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » (v. 31). Cependant, la foule les avait suivis, ne leur laissant aucun répit. Les disciples, dépités, demandent au Seigneur de les renvoyer pour qu’ils s’achètent du pain. Les circonstances extérieures peuvent contrarier notre désir de repos ; mais c’est sur le Seigneur Lui-même que nous devons nous reposer. Cherchons plutôt la volonté du Seigneur.

Nous avons tous fait l’expérience que, étant fatigués, nous avons trouvé le courage de nous réunir autour du Seigneur, et que dans sa présence, nous avons goûté son repos. Le Seigneur pense à pourvoir à tous nos besoins, mais les plus urgents, selon sa sagesse, ce sont les besoins spirituels ; pour autant, Il ne néglige jamais les besoins matériels pour ses bien-aimés.

À son image, nous sommes appelés, dans l’assemblée, à nourrir les âmes, mais aussi à nourrir ceux de nos frères et sœurs qui se trouveraient dans le besoin matériel. C’est ce que fait le Seigneur en se servant des disciples pour donner aux foules la nourriture qu’Il multiplie dans son amour, par sa toute-puissance. Les frères sont responsables de nourrir spirituellement l’assemblée avec ce que le Seigneur leur donne. Et les parents doivent nourrir leurs enfants des enseignements de la Parole.

Soyons, comme le Seigneur, émus de compassion envers ceux qui ont faim de connaître la vérité scripturaire. Le Seigneur ne se fatigue pas de pourvoir à tous les besoins, suivons-Le avec les forces qu’Il nous donne. Les missionnaires en sont les témoins, pourvoyant aux besoins spirituels et matériels de ceux que le Seigneur leur confie. On voit d’anciennes communautés chrétiennes qui n’apportent que des biens matériels, sans tenir compte des besoins spirituels. Quelle perte ! Le Seigneur désire toujours associer ses disciples à son œuvre. Il se sert du peu que nous avons et le multiplie dans sa grâce, afin que ceux qui en ont besoin soient rassasiés.

Les douze disciples, dans cette scène, ont dû accomplir un travail considérable : distribuer la nourriture à cinq mille personnes ! Et ils l’ont fait avec la force que le Seigneur leur a donnée. Aussi grand que soit un service que le Seigneur nous donne, Il donne la force pour l’accomplir. Et il en résulte une bénédiction. La grâce du Seigneur devant notre faiblesse est toujours en activité, et la bénédiction est là. La foule est assise en rangs de cent et de cinquante, car Dieu est un Dieu d’ordre et de paix. Et il n’y a pas de gaspillage, malgré la surabondance de nourriture.

Outre les faits réels qui nous sont racontés dans ces paragraphes, nous y trouvons, prophétiquement, une allusion claire au règne millénaire du Seigneur, comme Roi universel (Ps. 132. 14 et 15 ; Lév. 26. 10). Le Seigneur apportera l’abondance, non seulement pour son peuple terrestre, mais dans toutes les nations du monde. Les cinq pains et les deux poissons ont rassasié les foules, et ils ont rempli douze paniers pleins des restes.

Pour nous, croyants, le Seigneur dit : « Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel » (Jean 6. 47 à 51). Lorsque le Seigneur s’était retiré dans le désert, avant d’entrer dans son service, Il aurait pu faire du pain avec les pierres du désert, selon la suggestion du diable, mais Il ne l’a pas fait. Cependant II agit avec sa toute-puissance divine pour nourrir les foules, à plusieurs reprises. Sa grâce est là ! Comme les disciples, nous raisonnons selon notre faiblesse humaine, oubliant la toute-puissance divine du Seigneur. Et toute notre vie est jalonnée de ses interventions pour nous garder et nous donner ce qui nous est nécessaire. Servons-Le humblement, selon le service qu’Il place devant nous.

Le Seigneur bénit avant de rompre les pains et nous devons faire pareil car, alors, la nourriture est sanctifiée (1 Tim. 4. 4 et 5). Il est notre modèle de dépendance envers Dieu.

Le repos auquel nous aspirons peut, parfois, être troublé par les circonstances. Mais le Seigneur donne la force de poursuivre, et ne se lasse pas de pourvoir aux besoins spirituels et matériels. Mais servons-le humblement, comme Lui-même était dépendant de son Père lorsqu’Il était sur la terre.

Attachons-nous à Le servir avec les forces qu’Il nous donne, mais aussi avec ordre, car c’est un des caractères de Dieu qu’Il veut imprimer à notre service.

Ch. 7

Dans ce passage, le Seigneur, par une parabole, oriente la pensée des pharisiens et des scribes à différencier l’importance entre la loi et leurs coutumes de se laver les mains avant de manger : ils pensaient que sans ce lavage physique, ils étaient souillés. Mais le Seigneur leur montre que c’est « ce qui sort de l’homme qui souille l’homme ». Devant leur incrédulité et leur méchanceté, Il ne va pas plus loin dans ses explications. Par contre, dans l’intimité de ses disciples, Il leur explique que c’est l’homme moral et non le ventre qui est souillé (v. 17 à 23). C’est le cœur qui conditionne tout le comportement de l’homme et qui le souille moralement.

Le Seigneur est le vrai conducteur dans notre vie chrétienne ; cependant, dans sa grâce, Il nous donne des conducteurs, dans l’Assemblée, que nous devons écouter et auxquels nous devons obéir, car ils sont formés et envoyés par Dieu, et nous devons « imiter leur foi » (Héb. 13. 7 et 17). Les pharisiens et les scribes venus de Jérusalem, critiquaient le Seigneur à travers les disciples qui mangeaient sans s’être lavé les mains. Leur vrai but était de trouver un motif pour accuser le Seigneur et le condamner. Pour nous qui avons cru en Lui, nous savons que le vrai pain, c’est le Seigneur Lui-même qui nous donne la vie éternelle et nous nourrit de Lui (Jean 6. 47 à 51).

Notre cœur naturel corrompu et violent (Gen. 6. 5 et 12) ne peut rien donner de bon selon Dieu. Mais, par la foi en Jésus, Dieu a fait naître en nous le « nouvel homme » : Christ formé dans le croyant, par l’Esprit Saint et qui, lui, ne peut pas pécher (1 Jean 3. 9).

Le cœur produit tous les péchés (v. 20 à 22). Marc énumère treize formes de souillures morales. Dans le passage parallèle de Matthieu 16. 19, on n’en trouve que sept, indiquant la plénitude de la souillure de l’homme.

Proverbes 4. 23 nous exhorte : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie ». Notre cœur est « trompeur par-dessus tout, et incurable » (Jér. 17. 9). Toute la laideur du cœur de l’homme se montre à l’évidence dans le monde. S’il nous arrive de laisser notre cœur naturel agir, ne tardons pas à le confesser et à revenir à Dieu dans un chemin qui Le glorifie. N’accusons jamais Dieu de nous tenter car « Il ne peut être tenté par le mal ». C’est le diable qui, se servant de nos convoitises naturelles, nous tente et veut nous faire tomber (Jac. 1. 13). Tenons-nous auprès du Seigneur afin d’être « bien gardés », et aussi afin que nous croissions dans une connaissance plus profonde et intime du Seigneur, de ce qu’Il est pour nous et en Lui-même : Dieu a été manifesté en chair » (1 Tim. 3. 15 et 16).

Ce ne sont pas des « chefs religieux » que nous devons suivre dans notre vie chrétienne, mais des conducteurs formés directement par le Seigneur Lui-même, car Il est, Lui, le vrai Conducteur.

Les pharisiens et les scribes accordaient plus d’importance à leurs coutumes profanes qu’à la loi de Dieu, pensant et enseignant que le « lavage » physique des mains avant de manger suffisait pour être purs devant Dieu ! Si le Seigneur leur indique que c’est seulement ce qui sort de l’homme qui le souille, à ses disciples, Il enseigne que c’est du cœur naturel que proviennent toutes les souillures morales, les péchés.

Le Seigneur, vrai Pain du ciel, nous communique la vie éternelle et nous fortifie jour après jour dans notre foi et la compréhension spirituelle de la Parole. Restons bien près de Lui pour être bien gardés, et mieux connaître Celui qui est Dieu, mais venu en chair afin de nous sauver et de nous fortifier en Lui.

Venu pour prêcher la venue du royaume des cieux à Israël, mais désireux d’apporter le témoignage de la grâce aux nations, le Seigneur s’en va dans les contrées de Tyr et de Sidon situées au nord d’Israël et n’en faisant pas partie. Là, Il rencontre une femme syrophénicienne qui montre une foi extraordinaire que le Seigneur va mettre à l’épreuve, de manière à la faire briller encore plus.

En Matthieu 15. 23, dans un premier temps, le Seigneur ne lui répond pas ; puis les disciples veulent la chasser ; ensuite, le Seigneur lui répond, lui rappelant qu’elle vient des nations et qu’elle n’a aucun droit aux promesses d’Israël (Éph. 2. 12). Cette femme, alors, montre une foi solide et s’abaisse à une profonde humilité (v. 28). Mais elle ne renonce pas à sa demande de guérir sa fille possédée d’un démon. Alors, le Seigneur répond à sa foi et lui dit : « A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille » (v. 29). Nous étions nous, les nations, sans Dieu, et nous avons reçu l’évangile de la grâce qui nous est parvenu et qu’Israël a rejeté, restant sous une loi de condamnation (Act. 13. 46).

Cette femme étrangère est exaucée à cause de sa foi, avant le sourd-muet d’Israël des v. 31 à 35, car il représente prophétiquement, le résidu d’Israël de la fin qui, voyant le Seigneur apparaître sur le Mont des Oliviers, reconnaîtra son Messie qu’ils ont crucifié (Zach. 12. 10). Alors il se repentira, et Dieu scellera, pour lui, une nouvelle alliance selon la grâce, et sera « clément à l’égard de leurs injustices » (Héb. 8. 8 à 12). Israël incrédule, est « sourd » à la Parole de Dieu, et « muet », spirituellement, pour prier Dieu selon la volonté divine. Ils ont crucifié le Seigneur et ont reconnu César pour leur roi (Jean 19. 15).

Si le Seigneur a délivré la fille étrangère d’une simple parole prononcée de loin, pour guérir de sa double infirmité l’homme d’Israël, il lui faut un travail spécial et précis, à l’écart de la foule, lors d’un contact seul à seul (v. 33 à 36). Dès lors, il rend témoignage : « Ce qui vient de ta main, nous te le rendons ».

Une grande prophétie s’est réalisée là, partiellement, mais après la résurrection du Seigneur et son ascension, elle s’est réalisée en plénitude : la grâce offerte à Israël est parvenue aux nations, premièrement, comme ce rameau de vigne de (Joseph) qui passe par-dessus la muraille et qui porte du fruit (Gen. 49. 22 ; Éph. 2. 13 et 14). La parabole des cultivateurs qui tuent l’héritier de la vigne que leur Maître donne à d’autres cultivateurs, est illustrée, là de façon partielle.

Dans nos pays chrétiens, le christianisme est beaucoup affaibli, alors que des pays païens recevant l’évangile, sont pleins de foi et de zèle. Où en sommes-nous nous-mêmes ? Il arrive que nous voulions que le Seigneur réponde à nos prières d’une façon particulière. Mais II sait comment agir sur les cœurs, et II répondra selon les vrais besoins et avec sa sagesse. Mais prions-le avec une foi profonde qui ne doute pas. Il aime exaucer ses bien-aimés selon la mesure de leur foi. « Qu’il te soit fait comme tu as cru ». « Qu’il te soit fait comme tu veux ». Voir aussi Marc 11. 23 et 24 ; Mat. 21. 21 ; ch. 17. 20.

Au ch. 8. 22 à 25, un aveugle lui est amené et, après que Jésus lui ait éclairé les yeux, l’homme voit des hommes comme des arbres qui marchent. Le Seigneur intervient de nouveau, mais pour le débarrasser de ce sentiment trompeur de la grandeur de l’homme ! Et ensuite, « il voyait tout clairement ».

Retenons pour nous-mêmes ce que dit la foule au chapitre 7. 37 : « Il fait toutes choses bien ».

À cause du rejet du Messie par Israël, la grâce parvient aux nations étrangères avant d’être acceptée par le peuple terrestre de Dieu. C’est ce que nous voyons, prophétiquement, dans ce chapitre : la fille des nations est délivrée du démon en premier et à distance, car sa mère supplie le Seigneur avec une grande foi.

Le sourd-muet, lui, symbolise l’impuissance d’Israël incrédule quant au Seigneur Jésus, leur Messie crucifié, d’entendre le vrai sens de la Parole de Dieu : il est sourd. Et donc, incapable également de prier son Dieu selon la vraie foi : il est muet.

Les promesses faites à Israël sous la loi et que le résidu juif recevra plus tard, sont passées aux nations qui ont reçu le Seigneur avec foi, selon la grâce, comme une branche d’une vigne qui serait passée par-dessus la muraille de séparation entre Israël et les nations, et qui porte du fruit en grâce selon la foi (Gen. 49. 22 ; Éph. 2. 12 à 16).

Ch. 8

Cette deuxième multiplication des pains repose entièrement sur l’initiative du Seigneur, contrairement à la première du ch. 6, où les disciples avaient demandé au Seigneur de renvoyer les foules afin qu’elles s’achètent de la nourriture. Les disciples n’avaient que cinq pains (cinq étant le chiffre de l’homme), et ils avaient ramassé douze paniers des restes (douze indique la responsabilité humaine face à la justice de Dieu) : tout était donc imparfait.

Au chapitre 8, c’est le Seigneur qui prend l’initiative (v. 1 à 3). Dieu avait permis que les disciples aient à leur disposition sept pains (dans ce passage, sept indique la perfection de Dieu), et ils ont rempli sept paniers avec les restes (v. 5 à 8). Ici, tout était parfait, venant de Dieu. Apocalypse 13. 7 montre que « sept » marque aussi la perfection diabolique dans le mal.

La première et la seconde multiplication des pains se retrouvent en Matthieu 14 et 15. Lors de la première, Le Seigneur agit comme Messie, et dans la seconde comme le Fils de Dieu. Comme les disciples, nous avons besoin que notre foi dans l’amour et la puissance divine du Seigneur soit fortifiée, et même d’être repris avec douceur (ch. 6. 37).

Tout ce que nous faisons n’atteint pas la perfection, au contraire des actions directes de Dieu. Il commande à la foule de s’asseoir et rend grâces : c’est un exemple pour nous. Il aime associer les siens à ses œuvres de grâce, mais c’est Lui qui produit les fruits dans les cœurs. Connaissant chacun de nous dans notre situation particulière, Il pourvoit parfaitement à tous nos besoins (v. 1 à 9). Les disciples auraient dû comprendre qui II était en réalité, et II s’étonne de leur aveuglement (v. 17 à 21). Souvenons-nous comment le Seigneur nous a délivrés dans le passé de notre misère – nous non plus nous n’avions rien à manger spirituellement – et II nous a nourris en grâce (Jean 1. 17) du « pain » de sa Parole en abondance, et il y en a de reste « sept corbeilles pleines » !

Il nous forme pour que nous éprouvions pour nos semblables de la compassion, comme Lui et que nous nous informions des besoins de ceux qui nous entourent, afin d’y pourvoir. Sous sa forme d’homme, le Seigneur est Dieu, et ses compassions portent la dimension divine. À sa suite, Il nous invite à éprouver la même compassion les uns pour les autres, sans prétendre à sa perfection.

Devant les miracles du Seigneur, l’incrédulité des pharisiens ne fait que s’exacerber. Et ils lui demandent un « signe du ciel » (v. 11), pour l’éprouver et le prendre en défaut. Le Seigneur ici, ne leur donne aucun signe. En Matthieu 16. 4, Il leur dit qu’il leur sera donné le « signe de Jonas » : Jonas, englouti par un grand poisson est resté dans ses entrailles trois jours et trois nuits, avant d’être vomi sur une rive, après qu’il ait imploré l’Éternel. Cette scène prophétise que le Seigneur est resté trois jours et trois nuits dans le sein de la mort. Comme les pharisiens étaient de mauvais bergers, l’Église a aussi de mauvais conducteurs.

La première multiplication des pains (ch. 6), porte la marque de l’initiative et des moyens humains : les disciples « conseillent » au Seigneur de renvoyer les foules. Eux-mêmes ne disposent que de cinq pains (chiffre symbolique de l’homme), pour nourrir cinq-mille hommes. Puis, ils ramassent douze paniers pleins des restes (douze représente la responsabilité de l’homme devant la justice divine).

La seconde multiplication du chapitre 8, porte la marque de la perfection divine du Seigneur : c’est Lui qui prend l’initiative. Puis, Dieu a permis que les disciples disposent de sept pains (ici, chiffre de la perfection divine). Enfin, ils ramassent sept corbeilles des restes. Tout est parfait.

Le Seigneur aime associer les siens à son œuvre et à sa compassion envers ceux qui ont des besoins.

Nous manquons souvent de discernement dans ce que le Seigneur nous enseigne dans sa Parole. Comme les disciples, nous nous arrêtons volontiers aux choses matérielles, ne voyant pas la signification des paroles spirituelles (v. 15 et 16), et notre foi ainsi que notre communion avec le Seigneur restent faibles.

Devant l’incompréhension des disciples, le Seigneur, avec tristesse, leur pose plusieurs questions (v. 17 à 20). Le levain, dans la Parole, est toujours l’image du péché toléré, non confessé, qui gagne en ampleur. Le levain des pharisiens représente une religion apparente, de surface, mais non réelle. Le levain d’Hérode fait allusion à une religion essentiellement mondaine et dissolue, non vivante. Ces fausses religions, n’intéressant que la chair, sont réprouvées. Le Seigneur ne reconnaît que les manifestations d’une vraie foi, manifestée par une piété venant d’une âme engagée. Gardons-nous de ces deux pièges que nous tend l’ennemi. Nous serions d’autant plus coupables que nous avons le Saint Esprit en nous – que les disciples n’avaient pas encore reçu. Les sadducéens ne croyaient qu’aux apparences et se fiaient davantage à leurs raisonnements qu’aux Écritures. Nous sommes exhortés à « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Le levain caractérise un mal moral et doctrinal (1 Cor. 5. 6 ; Gal. 5. 9).

Les disciples avançaient peu dans la compréhension de l’enseignement du Seigneur, et dans la réalité de ce qu’Il était : Dieu dans sa vie humaine parfaite, et cette incompréhension L’attristait beaucoup ! Depuis si longtemps qu’ils suivaient le Seigneur et avaient assisté à tant de miracles, ils auraient dû comprendre qui Il était réellement : Dieu manifesté sous sa réalité d’Homme. Ils étaient restés comme des enfants en bas âge ayant besoin de « lait », et ne pouvant pas encore user de « viande ». Qu’en est-il de nous-mêmes ?

Qu’était-ce, pour le Seigneur, de nourrir treize personnes (dont Lui-même), alors qu’Il avait nourri surabondamment cinq mille personnes, puis quatre mille ? Souvent, le Seigneur nous a sauvés dans nos difficultés, mais lorsqu’une nouvelle épreuve survient, nous sommes de nouveau dans la crainte ; c’est alors que le Seigneur s’adresse à nous et nous dit avec tristesse : « Comment ne comprenez-vous pas ? » Nous avons besoin que nos « oreilles » spirituelles soient ouvertes et nos mémoires ravivées.

C’est à Bethsaïda, ville où le Seigneur rencontre peu de foi, qu’on lui amène un aveugle pour qu’Il le touche. Mais il faut que le Seigneur le mène hors de la bourgade, seul à seul, et qu’Il lui mette de la salive sur les yeux. L’aveugle commence à voir, et voit des hommes, mais comme des arbres qui marchent ! Il est l’image de l’homme naturel qui juge des choses divines, selon l’illusion qu’il se fait de lui-même : il s’imagine être plus grand et important qu’il n’est. Il faut un travail plus profond du Seigneur pour que l’aveugle accède réellement à la connaissance du Seigneur, et à une juste mesure de lui-même : « qu’il voie tout clairement » (v. 25). Il se peut aussi que les gens qui ont amené au Seigneur l’aveugle de Bethsaïda, aient freiné l’accomplissement du miracle par une foi faible. L’aveugle lui-même avait-il la foi ? Il fallait surtout qu’il devienne humble, et c’est lorsque nous sommes humiliés que le Seigneur nous amène à cet état.

Parfois le Seigneur agit de Lui-même dans une âme. D’autres fois, ce sont des gens qui, sentant leurs besoins, vont vers Lui. Enfin, il faut que des croyants prient pour une âme qui ne Le connaît pas, afin qu’elle vienne au salut. Nous pouvons amener des gens au Seigneur pour qu’Il les guérisse de leur cécité.

Après la descente du Saint Esprit, les disciples qui ne comprenaient pas l’enseignement du Seigneur, ont « vu tout clairement » (Act. 2).

Le Seigneur enjoint à l’aveugle qu’Il a guéri, de ne rien dire dans la ville concernant sa guérison miraculeuse. L’incrédulité avérée des habitants de Bethsaïda est telle que le miracle opéré ne les convaincrait nullement (Mat. 11. 21). Cette interdiction du Seigneur de Lui rendre témoignage, sinon lorsqu’II serait ressuscité, se reproduit plusieurs fois (v. 26, 30 ; ch. 9. 9), car II sait que son peuple L’a rejeté comme le Messie d’Israël. Désormais, Il se tourne vers les nations, en tant que Fils de l’homme venu pour tous les hommes. Le ministère du Seigneur ne cache rien de la souveraineté de Dieu et de la responsabilité de l’homme.

Le Seigneur pose alors aux disciples cette question précise : « Qui disent les hommes que je suis » ? (v. 27) afin qu’ils prennent conscience que son peuple, en très grande majorité, ne Le reconnaît pas comme étant le Fils de Dieu, le Messie promis à Israël. Puis II leur pose la même question quant à ce qu’ils disent eux-mêmes de Lui. La réponse de Pierre est sans ambiguïté : « Tu es le Christ » (v. 29). Voir aussi Matthieu 16. 13, où le Seigneur se désigne comme « le fils de l’homme », et la réponse de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Cette réponse montre que c’est Dieu qui a ouvert l’intelligence de Pierre quant au Seigneur.

Et le Seigneur leur enjoint de n’en rien dire autour d’eux, et leur déclare qu’Il est rejeté du peuple, qu’Il doit souffrir et mourir avant de ressusciter (v. 30 et 31 ; ch. 9. 31 ; 10. 33 et 34). « Il faut qu’Il règne » (1 Cor. 15. 26). Après les souffrances, la gloire (v. 38).

La majorité des hommes d’aujourd’hui en est encore à cette indécision, quant à savoir qui est réellement le Seigneur. Pierre, ayant compris que le Seigneur est le Messie d’Israël promis, reprend le Seigneur, car il espérait qu’Il était venu pour établir son royaume. La réponse cinglante du Seigneur a pour effet de faire prendre conscience à Pierre que, derrière lui, Satan l’a incité à « reprendre » son Seigneur, voulant L’empêcher de faire son œuvre (v. 32).

Le Seigneur ne venait plus comme le Messie d’Israël, et refusait tout témoignage en ce sens. Si Pierre avait eu une révélation de la part du Père (Mat. 16. 13 à 17), nous, maintenant, nous détenons la Parole contenant le témoignage des apôtres (Jean 20. 31) ; et Dieu prend soin de nous révéler que le Fils de l’homme est aussi le « Fils de Dieu », et déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (ch. 9. 7). Le Seigneur savait qu’Il devait souffrir, mourir et ressusciter, car cela était « inscrit » dans l’éternité, par devers Dieu.

Il est l’Agneau du sacrifice dès avant la fondation du monde, afin d’ôter le péché dont l’homme se rendrait coupable, et Dieu le savait. Il a voulu que l’homme pécheur soit purifié par la rédemption, car « la chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu, et que la corruption non plus n’hérite pas de l’incorruptibilité » (1 Cor. 15. 50). Mais la responsabilité des hommes reste entière.

Par ce moyen, Dieu a pleinement montré qu’Il est « le Dieu de toute grâce » (1 Pier. 5. 10). Au v. 31, le Seigneur ne se présente plus comme le Messie d’Israël, mais parle de ses souffrances, de sa mort et de sa résurrection. Et la malencontreuse intervention de Pierre, que le Seigneur reprend vivement, montre que nos meilleures intentions ne sont pas toujours selon Dieu ! Seule, la Parole de Dieu peut nous guider. Sans le savoir, Pierre, comme Satan, cherchait à détourner le Seigneur de son chemin. Le Seigneur était venu pour souffrir, expier les péchés, mourir et ressusciter ; et rien ne pouvait L’en détourner.

Le Seigneur nous invite, par amour pour Lui, si nous désirons Le suivre pour Le servir, à prendre notre croix, à renoncer nous-mêmes à satisfaire les désirs de la chair. Mais nous ne pouvons le faire que par l’action du Saint Esprit en nous. On ne peut servir le Seigneur qu’à ce prix-là et par amour pour Lui.

Le vieil homme qui est en nous ne peut que désirer se livrer à ses propres convoitises charnelles, et ne désire nullement suivre le Seigneur, et encore moins Le servir. Nous devons, moralement, être « crucifiés avec Christ » qui désire que nous portions ses caractères à Lui dans ce monde (Col. 3. 8 à 11). Paul portait « le mourir de Jésus » (2 Cor. 4. 10 ; Gal. 2. 20). Le Seigneur désire que les caractères de sa propre vie sur la terre se développent dans ce monde qui Le rejette, en témoignage pour Lui (Jean 3. 30 ; Gal. 6. 14). Tenons-nous pour « morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom 6. 10 et 11).

Paul était un exemple vivant (Phil. 1. 1 à 21) : il montrait Christ qui « vivait en lui » dans toute sa vie, dans son service et devant ses ennemis. À chacun de nous, le Seigneur adresse cette invitation : « Toi, suis-moi » (Jean 21. 20 à 22). Il veut nous entraîner dans le chemin qu’Il a tracé sur la terre, chemin de renoncement pour ne faire que la volonté de son Père. Dans ce chemin-là, le croyant manifeste la gloire de Dieu, c’est un chemin où le Seigneur a la domination. L’humiliation nous convient lorsque nous constatons que nous sommes loin de notre modèle dans notre marche.

Les versets 34 et 35 nous montrent le prix à payer pour suivre et servir le Seigneur : en « perdant notre vie », c’est à dire en renonçant à toute vie charnelle dans ce monde, et même jusqu’à la mort (souffle de vie et âme v. 35). Quel but poursuivons-nous sur la terre ? Le Seigneur a tout donné pour ses rachetés, et attend que nous Lui consacrions notre vie.

Le service peut être un service modeste et peu en vue, mais le Seigneur récompensera chacun selon que le talent donné à chacun aura été fidèlement exercé (Mat. 25. 21 à 30). Pour le croyant qui possède la vie éternelle, il y aura, ou l’approbation du Seigneur, ou sa réprobation, suivant sa fidélité. Le Seigneur qui a tout donné attend de ses disciples qu’ils soient fidèles durant la grande tribulation, sans honte devant les hommes. Dans le cas contraire, à son tour, II aura honte d’eux « quand II viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges » et son Église (v. 38) – verset qui nous amène au règne de Christ.

Nous n’aimons pas avoir honte. Mais c’est un sentiment humain qui peut nous faire fléchir, en nous affaiblissant. Le Seigneur, Lui, « à cause de la joie qui était devant Lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte » (Héb. 12. 2). Demandons-Lui de nous donner la force de ne pas avoir honte lorsque nous pouvons témoigner (2 Tim. 1. 8 et 9).

Ch. 9

Les disciples étant attristés de ce que le Seigneur leur avait déclaré qu’Il allait souffrir et mourir (ch. 8. 32), Il veut les encourager en leur montrant une vision grandiose de sa gloire et de sa puissance lorsqu’Il apparaîtra dans son royaume (v. 1er). Les disciples ne comprenaient pas la portée céleste de l’apparition, car ils attendaient un royaume terrestre.

Pierre, Jacques et Jean forment un cercle restreint de Ses disciples, que le Seigneur prend avec Lui dans certaines de ses activités (5. 37). Par exemple, ici, ils représentent le résidu du peuple qui, après l’enlèvement de l’Église, attendra la promesse du royaume. Le Seigneur, leur Messie, apparaîtra à leurs yeux sur le Mont des Oliviers, avec les blessures à ses mains, à son côté et à ses pieds : alors, ce petit reste de croyants du peuple se repentira, et le Seigneur, après avoir anéanti ses ennemis, établira son royaume en gloire et en puissance, comme Il le montre à ses trois disciples. Ils ont été fortement impressionnés par cette vision (2 Pier. 1. 16 et 17). Dans son épître, l’apôtre ne fait aucune allusion aux deux autres personnages, Moïse et Élie. Seul le Seigneur compte.

Dieu insiste pour affirmer que le Seigneur est son Fils et pas seulement un homme (v. 7), comme Il l’avait alors déclaré au baptême du Seigneur par Jean le Baptiseur. Dans cette vision, le Seigneur apparaît avec Moïse et Élie (la loi et les prophètes). Pierre, alors, a une réaction inattendue : lui qui avait déclaré que le « fils de l’homme » est aussi le Christ (Fils de Dieu) (ch. 8. 30), veut mettre le Seigneur au même rang que Moïse et Élie (ch. 9. 5) !

En Luc 9. 32, les disciples dormaient lorsque le Seigneur apparut dans cette scène, et « lorsqu’ils furent réveillés, ils virent sa gloire ». Ce royaume, encore à venir, s’établira par la puissance du Seigneur (v. 1er). Cette vision encourage les disciples au sujet de Celui qui va mourir. En Luc 9. 31, Moïse et Élie s’entretenaient avec Lui de la mort qu’Il allait accomplir à Jérusalem, car il fallait qu’Il meure pour régler la question des péchés. Ensuite, Il serait glorieux et puissant.

Mais une autre chose est montrée aux disciples : une nuée couvre cette apparition, et la voix du Père se fait entendre (Ex. 40. 34). Puis, le Seigneur Jésus reste seul visible. Si Moïse avait donné la loi au peuple, et si Élie avait ramené le peuple à Dieu (1 Rois 18. 36 à 39), le peuple retombé dans la désobéissance et ayant rejeté le Seigneur, son Messie promis, Dieu, désormais, le mettait de côté, pour offrir son salut par grâce aux nations. La Loi est mise de côté, et désormais c’est la grâce qui apparaît dès lors que les disciples « ne virent plus personne, sinon Jésus seul avec eux » (v. 8).

Si la grâce est offerte aux nations, elle le sera aussi au peuple (Héb. 8. 10 à 12), lorsqu’il recevra le Seigneur Jésus comme son Messie.

Le Seigneur est souvent monté sur « une haute montagne », image de la communion avec Dieu, à l’écart du monde. Recherchons nous-mêmes cet isolement pour être plus près de Dieu, goûtant notre communion avec le Seigneur. Prenons garde à ne pas Le traiter familièrement comme un copain, comme font quelques-uns se disant croyants. N’oublions pas qu’Il est le Fils de Dieu.

On dit aussi que Moïse représente les croyants morts et qui ressusciteront, et Élie, les croyants vivants lorsque le Seigneur enlèvera son Église de la terre.

Moïse avait demandé à Dieu de lui montrer sa gloire (Ex. 33. 18 à 21). Il l’a vue lors de cette scène. Quelle réponse glorieuse !

Comme le Seigneur avait défendu aux disciples de dire autour d’eux qu’Il est le Christ, dans notre chapitre, Il leur enjoint de ne raconter à personne qu’ils L’ont vu glorieux, lors d’une apparition céleste ! Ils devaient garder le silence sur cette vision jusqu’à ce qu’Il soit ressuscité d’entre les morts. Les disciples donc, fidèlement, garderont le secret par devers eux-mêmes jusqu’au ch. 2 des Actes, où Pierre annoncera ouvertement que, après sa mort, le Seigneur est ressuscité (Act. 2. 32 à 36), et a été glorifié dans le ciel ; mais qu’Il est aussi le Christ (cf. Act. 5. 42).

Pierre, dès lors, rappellera dans son épître, cette scène glorieuse de la transfiguration (2 Pier. 1. 16 à 21) – mais aussi que les prophètes avaient annoncé sa mort et sa résurrection : Pierre, Jacques et Jean étaient témoins que ces choses étaient annoncées à l’avance, ayant assisté à la vision d’un Christ glorieux – mais aussi qu’elles avaient eu leur accomplissement.

Les disciples ne comprenaient pas ce que signifiait « ressusciter d’entre les morts » (v. 10), car les Israélites ne connaissaient que la résurrection du dernier jour (Jean 11. 23). Mais le Seigneur parlait de sa résurrection « d’entre les morts ». Il y a donc deux résurrections : celle pour la vie, dont le Seigneur est les prémices, et qui est réservée pour les croyants de tous les temps (Apoc. 20. 6) ; et la résurrection de jugement et de condamnation pour les incrédules morts dans leurs péchés (Apoc. 20. 11 à 15).

Ésaïe 40. 3 et Malachie 3. 1 annoncent la venue de Jean le Baptiseur. Les deux derniers versets de l’Ancien Testament annoncent « la venue d’Élie » (Mal. 4. 5 et 6). Il s’agit de Jean le Baptiseur envoyé devant le Seigneur pour ramener le peuple à son Dieu, dans l’esprit et la puissance d’Élie. On retrouve une prophétie faisant penser à Élie, en Apocalypse 11. 3 à 6. Jean le Baptiseur, est le nouvel Élie envoyé au peuple pour « préparer le chemin du Seigneur », le Messie, avant sa manifestation publique, par le baptême de la repentance, dans l’eau du Jourdain.

Comme Jean le Baptiseur, nouvel Élie (Luc 1. 13 à 17) qui a été rejeté et méprisé, Hérode lui ayant fait couper la tête, le Messie devait être rejeté, méprisé et crucifié après avoir beaucoup souffert. Les prophètes l’avaient annoncé, et cela se réalisa. Les disciples devaient le comprendre plus tard, après avoir reçu l’Esprit Saint (Act. 2).

Le Seigneur est « le premier-né d’entre les morts », car Il est le premier ressuscité, prémices des croyants, qui eux aussi, ressusciteront pour être toujours avec Lui. Enfin, troisième phase de la première résurrection, « quand Il aura remis le royaume à Dieu le Père, quand Il aura aboli toute principauté, et toute autorité, et toute puissance » (1 Cor. 15. 23 à 27).

Élie, en son temps, avait affronté quatre cents prophètes des Baals, le roi d’Israël et Jézabel ; mais il en avait triomphé par la puissance de Dieu et, lorsque le feu de Dieu avait consumé l’holocauste, le peuple avait proclamé : « L’Éternel, c’est Lui qui est Dieu ». C’était cela la puissance d’Élie. Quant à la mission de Jean le Baptiseur, c’était de promouvoir le baptême de la repentance afin que le peuple soit préparé à recevoir son Messie. Mais il l’a rejeté et crucifié !

Pendant que le Seigneur était avec les trois disciples sur la montagne, les autres disciples étaient seuls, confrontés à la foule qui les entourait, et avec laquelle ils se disputaient vraisemblablement, au sujet de leur impuissance à délivrer un jeune garçon possédé d’un esprit muet (v. 18).

Puis, la foule voyant le Seigneur revenir vers ses disciples restés seuls, change de centre d’intérêt : abandonnant les disciples, elle se précipite vers le Seigneur, avec un sentiment d’étonnement ou de stupéfaction (v. 15) – peut-être de ce qu’Il n’était pas resté avec tous les siens. Mais sa présence apaise les discussions et les disputes.

Un homme, donc, amène son fils possédé d’un démon, au Seigneur, en lui faisant part de l’impuissance des disciples qu’il avait sollicités de délivrer l’enfant malade. Alors le Seigneur fustige sévèrement ses disciples (v. 19), et s’occupe Lui-même de cet enfant, tandis que le démon s’acharne sur sa victime en présence du Seigneur (v. 18). Mais, d’une parole, le Seigneur tout-puissant (car Il est Dieu), le chasse définitivement (v. 25).

Les parents doivent amener leurs enfants au Seigneur, par la prière, d’abord pour leur conversion. Mais, ensuite, selon tous leurs besoins, pour leur croissance spirituelle, et afin que le Seigneur les garde de tout mal.

La Parole nous montre, ici, deux forces morales s’affrontant face à face : Satan, la puissance du mal, « le menteur et le père du mensonge », et le Seigneur tout-puissant, le prince de la vie, qui va arracher cet enfant au démon, et lui donner la vie. Mais, pour arracher cette proie au démon, il fallait que le Seigneur trouve la foi, ici, dans le cœur du père, (le fils possédé en était bien incapable). Cependant, le père reconnaît avec larmes la faiblesse de sa foi, mais le Seigneur s’en sert pour exaucer le désir ardent de ce père.

Cet enfant étant possédé, le Seigneur chasse « l’esprit sourd et muet » (v. 25) par une seule parole. Jamais le Seigneur n’a chassé un démon en touchant celui qui en était possédé. Ici, l’enfant délivré tombe à terre comme mort. Et la foule dit : « il est mort » (v. 26). Alors, le Seigneur le prend par la main et le relève bien vivant. Auparavant, l’enfant était sourd aux appels de Dieu, et muet pour y répondre et le prier. Gisant à terre comme mort, il fallait encore que le Seigneur le relève et l’appelle à la vie spirituelle : c’est le lot commun à tout homme que le Seigneur met au bénéfice de son salut par grâce.

Ce récit nous montre que nous devons enseigner nos enfants de bonne heure dans leur enfance, et notre témoignage auprès d’eux doit être fidèle et convainquant – cependant, c’est le Seigneur seul qui, par son travail profond dans leur cœur, les amène à Lui et leur donne la vie spirituelle.

Notre foi est faible ; nous devons le reconnaître devant le Seigneur, comme cet homme qui le confesse avec larmes (v. 23 et 24). Appuyé sur le Seigneur, faisons-Lui confiance, car nous connaissons, nous aussi, les compassions du Seigneur : sollicitons-les ; pensons que ses mains qui ont été clouées sur la croix, sont toujours prêtes à nous bénir. N’est-ce pas à nous que le Seigneur dit : « Le « si tu peux », c’est crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit » ? Le Seigneur est toujours prêt à nous bénir richement : c’est la faiblesse de notre foi qui limite sa bénédiction ; Il voudrait nous accorder bien plus, si notre foi était plus profonde. Mais, si faible qu’elle soit, le Seigneur la voit en nous, et y répond.

Les disciples avaient reçu l’autorité du Seigneur pour chasser les démons (ch. 3. 15). Mais au ch. 9. 15 et suivants, ils n’ont rien pu faire pour en délivrer un enfant, car cette « sorte ne sort que par la prière et le jeune » (v. 29). De plus, le Seigneur leur reproche leur incrédulité (Mat. 17. 19 et 20).

Par la prière de la foi, on fait confiance à Dieu sur qui on s’appuie. Le vrai sens du jeûne est essentiellement moral : il signifie la séparation morale du monde sans Dieu, et du rejet des convoitises charnelles. Pris au sens littéral, le jeûne consiste à ne pas user et abuser des choses superflues. De bonnes conditions morales et de la foi des disciples dépendait le pouvoir de chasser ce démon. Ce sont aussi les conditions nécessaires pour effectuer tout service, et pour établir la communion avec le Seigneur afin de discerner sa volonté et ses directives.

Tandis que le Seigneur les entretenait de sa mort, car Il devait être livré par les hommes (v. 31), par Dieu (Act. 2. 23) et « Il s’est livré lui-même » (Éph. 5. 2) – mais aussi de sa résurrection, les disciples discutaient entre eux, cherchant à savoir lequel d’entre eux serait le plus grand. Le Seigneur savait ce qui les préoccupait. Mais, arrivés à Capernaüm, à la question qu’Il leur pose à ce sujet, ils n’osent pas lui répondre (v. 33 et 34). Venu pour sauver les hommes des conséquences de leurs péchés, les hommes L’ont crucifié, ajoutant à leur culpabilité. Mais le Dieu de grâce et le Seigneur Lui-même ont agi dans le même but. Le Seigneur a voulu subir le terrible jugement qui nous était destiné : la condamnation et la mort.

Prenons garde de ne pas raisonner comme les disciples : chacun voulait être plus grand que l’autre ! L’orgueil, même dissimulé, s’empare vite de nous.

A Capernaüm « sa ville » où il y avait une maison (Mat. 4. 13) où II allait souvent avec ses disciples, le Seigneur pose une question aux disciples afin de les amener à prendre conscience de la honte qu’ils devaient avoir de leur conversation égoïste et de leur orgueil. Connaissant le Seigneur de grâce, qui s’est livré pour nous au jugement et à la mort ignominieuse de la croix, ne devrions-nous pas être tous humbles et pleins d’amour pour Lui et pour tous nos frères et sœurs ? Alors, ayant pris un petit enfant, Il le plaça au milieu d’eux ; et le prenant dans ses bras, Il les enseigne (v. 35 à 37). Combien de fois le Seigneur nous parle dans les réunions, et nous nous empressons d’oublier ce qu’Il nous a enseigné, et retournons à nos pensées habituelles et à ce qui nourrit le vieil homme ?

La grâce et la patiente bonté du Seigneur dans cette scène se manifestent là. Il sait de quoi les disciples ont parlé entre eux et n’attend aucune réponse d’eux, mais Il les enseigne dans sa miséricorde divine.

Sur la montagne, Il a montré sa gloire aux trois disciples ; mais en redescendant Il trouve Satan sur son chemin, qui cherche à Le décourager en suscitant de telles pensées dans le cœur des disciples. Mais le Seigneur ne se départit pas de son amour et de sa grâce envers ses bien-aimés : Il leur montre la vraie grandeur, manifestée clans l’humilité, l’abaissement et le service au profit des autres (v. 35).

Lorsque nous nous retrouvons à l’issue des réunions, le Seigneur ne peut-il pas nous dire : de quoi parliez-vous ? N’avons-nous pas des conversations d’où le Seigneur est exclu ?

Tout au long des Écritures, Dieu montre qu’Il hait et ne supporte pas l’orgueil chez les hommes (v. 33 et suivants). Diotrèphe en est un exemple (3 Jean 9 et 10) : vaniteux, il recherchait sa propre gloire. L’orgueil, même voilé sous les apparences extérieures, pousse à être imbu de soi-même et à briguer secrètement la première place. Ce comportement dans l’Assemblée, fait des ravages parmi les frères là où il se manifeste.

Constatant cette tendance néfaste chez les disciples, le Seigneur leur donne une leçon salutaire d’humilité. Il place un petit enfant au milieu d’eux et le prend entre ses bras, s’identifiant à lui, et leur montrant, ainsi, qu’il est plus important pour Dieu que nous soyons petits et humbles que d’être de grands personnages aux yeux des hommes, mais conduits par l’orgueil. La fin du v. 35 met les choses bien à leur vraie place selon l’estimation du Seigneur : le plus grand, parmi les hommes n’est pas celui qui se fait servir, mais celui qui sert ; « il sera serviteur de tous », à l’image du Seigneur Lui-même qui, étant Dieu, s’est fait le serviteur de son Père et de ses bien-aimés. N’a-t-Il pas lavé les pieds de ses disciples ? (Jean 13) Et aux v. 36 et 37, Il remet toute la gloire à son Dieu qui L’a envoyé.

Le Seigneur aime les petits enfants pour leur simplicité à croire ce que leurs parents leur disent. Et Il encourage ces derniers à les amener avec eux aux réunions. Il invite les adultes à recevoir la Parole avec autant de simplicité de cœur que les petits enfants, afin qu’ils entrent dans le royaume de Dieu (ch. 10. 13 à 15). Matthieu 11. 25 est très clair à ce sujet. Les hommes se fiant à leur intelligence naturelle restent incrédules ; mais ceux qui reçoivent la vérité avec simplicité viennent à la foi en Dieu, et sont sauvés. Le caractère des petits enfants, selon la première épître de Jean, c’est qu’ils « connaissent le Père » (v. 13). Il y a une relation de confiance entre un père et son enfant, qui est mise en évidence.

Le v. 38 révèle, chez les disciples, un esprit sectaire : Jean insiste sur le fait que l’inconnu qui chasse les démons au nom de Jésus, « ne nous suit pas » dit-il. Le Seigneur connaît les siens, et sait ce qu’il y a dans le cœur de ceux qui agissent au nom du Seigneur et pour Lui, et nous n’avons pas à les juger, même si nous ne pouvons pas les suivre.

Les disciples n’avaient pas encore compris la leçon d’humilité du Seigneur. Leurs références, c’était eux-mêmes et non le Seigneur. Le moi naturel ressort en relation avec le groupe. Ils n’ont pas compris qu’ils ne sont rien. En Luc 9. 55 et 56, les disciples proposent au Seigneur de détruire des gens qui ne Le reçoivent pas, en faisant descendre le feu du ciel, comme Élie ! et ils se font censurer sévèrement.

Faire une chose au nom du Seigneur (v. 37, 39 et 41), c’est agir sous l’autorité du Seigneur. Il n’oublie rien de ce que nous faisons « en son nom » et pour Lui (Mat. 25. 31, 32, 34, 35, 37 à 40).

Prenons garde de ne pas être une occasion de chute pour un petit qui croit en Lui (un enfant ou un croyant faible), car nous endosserions une lourde responsabilité devant Dieu (cf. Marc 9. 42). Soyons des aides et non des entraves.

Les versets 43 et suivants nous invitent, par ces images, non à nous mutiler, mais à rejeter tout ce qui, dans notre vie pratique, nous souille et nous empêche de grandir spirituellement : ce que nous faisons (la main), où nous allons habituellement (le pied).,ce que nous regardons et qui nous souille (l’œil). Il s’agit là d’une sanctification pratique complète. Comme le Seigneur est saint, soyons saints. Le v. 44 montre l’éternité des peines qu’endureront les incrédules. Ayons « du sel » en nous-mêmes, en montrant Christ dans notre vie.

Ch. 10

Quittant la Galilée, le Seigneur se rend en Judée, vers Jérusalem, « la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés » ; et là, Il enseigne les foules, continuant son service. Et si son enseignement n’a pas produit de fruits à ce moment-là, ils en a porté après sa résurrection et son ascension (Act. 2) en particulier, ainsi que plus tard : « Jette ton pain sur la face des eaux, car tu le trouveras après bien des jours » (Éccl. 11. 1).

Son enseignement du temps où II était sur la terre au milieu de son peuple ne sera pas perdu pour toujours, mais fructifiera pleinement durant le règne millénaire, avec le résidu croyant de son peuple Israël qui, Le voyant lui apparaître sur le Mont des Oliviers, Le reconnaîtra pour être « Celui qu’ils auront percé » (Zach. 12. 10 à 12). C’est alors que son enseignement sera pleinement reçu. Dieu, dès lors, écrira sa loi, non plus sur des tables de pierre, mais dans leur entendement et dans leurs cœurs. Ils connaîtront tous le Seigneur, et II sera indulgent envers leurs injustices, ne se souvenant plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités (Héb. 8. 10 à 12).

Cette « nouvelle alliance » ne dépendra plus que de la fidélité de Dieu, et non plus de celle du peuple. Ce sera la grâce.

Que le Seigneur nous encourage à semer notre pain (la Parole), autour de nous : nous ne verrons peut-être pas de fruits durant notre vie terrestre, mais le Seigneur en produira en son temps.

Au v. 2, les pharisiens reviennent à la charge pour éprouver le Seigneur, et non pour L’écouter. Cherchant à Le prendre en défaut par rapport à la loi, ils sont confondus par ses réponses, comme chaque fois qu’ils ont essayé cela. La loi permettait d’écrire une lettre de divorce à son conjoint, « à cause de la dureté du cœur » des hommes (Deut. 24. 1 et 2). Mais le Seigneur donne un enseignement différent, reposant sur ce que le Créateur a établi dès le commencement (v. 6 à 8 ; Jér. 6. 16). Gardons-nous de nous laisser gagner par l’esprit du monde qui pousse les hommes à rejeter les choses établies de Dieu dès le commencement de la création, pour le bien de ses créatures.

L’union d’Adam et d’Ève était déjà un modèle prophétique de l’union éternelle du Seigneur et de l’Assemblée chrétienne formée de tous les vrais croyants. Souvenons-nous de cette déclaration d’Adam, lorsque Dieu a amené Ève devant lui : « Celle-ci est os de mes os et chair de ma chair » (Gen. 2. 23). Ainsi, l’union de Christ et de sa bien-aimée, l’Assemblée, est indissoluble, éternelle (Apoc. 19). De même, l’union d’un homme et d’une femme est également indissoluble aux yeux de Dieu,, étant un modèle de l’union éternelle du Seigneur avec son Épouse bien-aimée. Si les gens du monde s’en moquent, et tiennent de plus en plus fréquemment au principe du divorce, les croyants ne doivent pas céder à cette tentation.

L’Église sur la terre présente bien des défauts qui ne plaisent pas au Seigneur. Le Seigneur la rejette-t-Il pour cela ? Au contraire : Il la purifie par le lavage d’eau par la Parole (Éph. 5. 25 à 31).

Dans les difficultés du couple chrétien, il doit régner le pardon et la confession afin que les époux retrouvent la sérénité et la paix du couple, se souvenant toujours qu’ils sont un modèle de Christ uni avec l’Assemblée. Le Seigneur a pardonnés nos péchés ; sachons pardonner à notre conjoint, et que celui-ci nous pardonne. Quoi qu’il en soit, Dieu ne reconnaît pas le divorce qu’Il réprouve absolument. Seule exception facultative à cela, en cas de fornication de l’un des époux (Mat. 5. 31 et 32). Mais Dieu ne le désire pas. Et soyons fermement décidés, devant Dieu, à ne jamais céder aux tentations du diable.

Dans les v. 20 à 27, il est mentionné trois fois que le Seigneur « regarde » : l’homme qui a gardé les commandements depuis sa jeunesse (v. 21) – autour de Lui, connaissant le cœur des hommes attachés aux richesses terrestres (v. 23) ; enfin, la réponse du Seigneur ayant étonné ses disciples, Il les a regardés, affirmant que ce qui est impossible aux hommes est possible pour Dieu (v. 27). En Luc 22. 61, Pierre ayant renié son Seigneur, le Seigneur se retourne et regarde son disciple avec tristesse. Mais ce regard a profondément aidé Pierre, et l’a préparé à une complète restauration (Jean 21. 15 à 20). L’Éternel avait regardé Gédéon, l’encourageant, afin qu’il sauve son peuple de la domination de Madian (Jug. 6. 13 et 14).

Nous devons regarder attentivement nos frères, non pour relever leurs défauts, mais pour discerner leurs besoins, ou les encourager. L’amour du Seigneur pour les hommes Le pousse à regarder attentivement chacun, afin de pourvoir en son temps à leurs besoins spirituels. La tendance des disciples, ainsi que la nôtre, c’est de tout ramener à nous-mêmes.

La question de Pierre, certainement surpris par la réponse du Seigneur à l’homme riche, dénote son espérance que, puisque ses disciples avaient vraiment tout abandonné pour suivre leur Seigneur, ils méritaient au moins une récompense (v. 28) ! Le Seigneur alors les instruit, et leur affirme que, déjà sur la terre, on reçoit cent fois autant que ce qu’on aura quitté par amour pour le Seigneur et pour l’évangile, « avec des persécutions » ; et dans le « siècle qui vient » (le règne du Messie), « la vie éternelle » (v. 28 à 31). Pour nous, les chrétiens, nous sommes dans le « siècle » du Seigneur : nous avons déjà la vie éternelle en nous.

Un serviteur n’est pas obligé de quitter toute sa famille, car nous avons des obligations envers elle. On remarque que dans notre texte, le mot : femme est placé entre crochets. Il semble que cette disposition indique que le mot n’est pas dans le texte original. Le mari et son épouse ne doivent pas se séparer. S’il y a de l’opposition dans la famille, le serviteur doit « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Act. 4. 19). C’est l’amour pour le Seigneur qui doit dicter notre action.

Le Seigneur a tout quitté pour l’amour de son Père. Perdre sa vie (ch. 8. 34 et 35), fait allusion à la vie terrestre, inutile au Seigneur, ou la sauver en portant du fruit pour Lui. Mais cela n’ira pas sans persécutions ou difficultés de la part du monde. Seul, l’amour pour le Seigneur et son Assemblée doit nous faire agir (Mat. 13. 44 et 46). Mais le monde y est opposé (Jean 15. 20).

Le v. 31 oppose la nation juive, première appelée par Dieu, mais qui entrera en possession de ses bénédictions terrestres à l’instauration du règne de Christ, mais après que l’Église chrétienne, dernière appelée de Dieu, sera entrée au ciel auprès du Seigneur. Ensuite, les Juifs qui avaient rejeté leur Messie, le reconnaîtront et jouiront de la promesse divine. Ce v. 31 peut aussi avoir une portée individuelle concernant les différents services plus ou moins en vue ou cachés. Seul, le Seigneur apprécie justement. Nous ne devons pas juger les motifs, mais seulement les actions.

Le chemin du Seigneur l’amène, selon sa volonté, à Jérusalem, sachant ce qui L’attend ! Et Il y prépare ses disciples en leur donnant, peu à peu, davantage de détails – et ses disciples sont de plus en plus craintifs (stupéfiés) (v. 32 à 34). Mais « Il allait devant eux », marchant à son sacrifice. Il est notre modèle, que nous devons suivre. Il est notre Chef, nous montrant le chemin (Héb. 10. 2), notre Berger, qui nous garde et veille sur nous (Jean 10. 4 et 5).

La grande pensée des disciples, c’était d’être préoccupés de leur future « grandeur » dans le royaume du Seigneur (ch. 9. 33 et 34). Que le Seigneur leur parle de ses souffrances et de sa mort proche ne les touchait que superficiellement, et ne les inquiétait pas. Jacques et Jean demandent au Seigneur d’être tous deux assis à sa gauche et à sa droite, dans son royaume, dans la gloire milléniale (v. 35 à 37). En Matthieu 20. 20 et 21, c’est leur mère qui fait cette demande pour ses fils. L’égoïsme se manifeste ouvertement, cependant ils pensent à la gloire du Seigneur qui rejaillira sur eux et tous les croyants.

Mais le Seigneur leur montre que l’abaissement qui était le sien, précédait sa gloire future. Il s’est abaissé Lui-même toujours plus bas, jusqu’à la mort de la croix, expiant à notre place jusqu’au dernier péché dont nous étions coupables devant le Dieu saint. Sans être jeté Lui-même dans l’étang de feu (sort qui nous était réservé), Il en a sondé toute l’horreur dans son âme sainte durant les trois heures de ténèbres. La demande de Jacques et de Jean (le disciple que Jésus aimait) dénotait, malgré tout, leur amour pour leur Seigneur auprès duquel ils avaient ce profond désir de demeurer, dans sa gloire : on désire s’asseoir près de ceux que l’on aime. Ce n’était pas Judas qui manifestait ce désir. Cependant, le Seigneur leur montre que ces places d’honneur sont réservées au choix souverain de son Père (Mat. 20. 23). Les disciples comprendront l’enseignement du Seigneur lorsqu’ils recevront l’Esprit Saint (Act. 2).

Jacques et Jean sont deux des trois disciples de Jésus qui ont assisté, sur la sainte montagne, à son apparition en gloire, et ont entendu la voix de Dieu proclamer : « Celui-ci est mon Fils bien- aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Ils ont contemplé sa grandeur et sa gloire magnifique, mais cela ne les empêche pas de s’élever eux-mêmes ! Leurs condisciples s’indignent de cette demande des deux frères – mais leur indignation ne dénote-t-elle pas le même désir enfoui au fond d’eux-mêmes ? (Luc 22. 24)

Ces versets nous invitent à regarder dans nos propres cœurs ce qui ne convient pas devant le Seigneur, plutôt qu’à critiquer nos frères. Restons humbles et à la place que Dieu nous a assignée, sachant que, dans la gloire, c’est Lui qui nous conférera une place selon son propre choix en grâce. La Parole nous montre le Seigneur comme étant Celui qui sert, et qui a donné sa vie en rançon pour nous. En tant que Dieu, Il connaît toutes choses, mais comme homme Il se soumet au Père avec humilité.

La coupe que le Seigneur allait prendre était celle des souffrances qu’Il allait connaître sur la croix. Le baptême dont Il a été baptisé parle de sa mort. Il faut noter la différence entre les souffrances du Seigneur et sa mort expiatoire, souffrances dans lesquelles personne ne peut entrer – et les souffrances qu’ont connu les disciples après sa résurrection et son ascension. Jacques, en particulier, a été mis à mort (Act. 12. 1 et 2). Et d’autres ont été persécutés et exilés, comme Jean dans l’île de Patmos.

Dans le monde, les chefs et tous ceux qui sont à la tête, dominent. Chez les chrétiens, ils doivent servir leurs frères (1 Pier. 5. 1 à 4). Cela répond au caractère propre de l’Évangile de Marc, qui nous montre le Seigneur comme le parfait Serviteur, non seulement lorsqu’Il était sur la terre au milieu des siens, mais aussi lorsque nous serons avec Lui dans le ciel. « S’avançant, Il les servira » (Luc 12. 37). Ayant payé notre rançon par son sang versé, nous Lui sommes si chers que sa joie sera de nous servir ! Sur la terre, Il nous exhorte à Le servir, en particulier en servant nos frères humblement.

Il s’est donné en « rançon pour tous » (1 Tim. 2. 5 et 6). C’est la substitution pour les croyants. On voit aussi le côté de la propitiation au profit de tous les hommes. Malheureusement, tous ne l’acceptent pas.

Jéricho était une ville sur laquelle pesait la malédiction de Dieu, depuis la conquête de Canaan. Mais là se trouvait quelqu’un qui avait besoin du Seigneur. Et Galates 3. 13, nous dit que le Seigneur, durant les trois heures de ténèbres de la crucifixion, « a été fait malédiction pour nous ».

Bartimée, aveugle dans cette ville maudite, reçoit une bénédiction à cause d’une foi vigoureuse qui ne recule pas devant les obstacles que quelques-uns voudraient dresser entre le Seigneur et lui. Bartimée a compris que le Seigneur est le « fils de David », le vrai Roi d’Israël, et qu’Il est seul à pouvoir redonner la vue à un aveugle ; et plus on veut le faire taire, plus il crie : « Fils de David ! Aie pitié de moi ! » (v. 48).

On peut voir en Bartimée, l’image prophétique du résidu juif qui, après l’enlèvement de l’Église, verra le Seigneur lui apparaître sur la montagne des Oliviers, d’où Il est remonté au ciel (Act. 1. 11). Ce sera ce résidu seul que Dieu, alors, reconnaîtra comme le vrai Israël, autrefois aveugle, mais qui, ayant recouvré la vue (spirituelle), se repentira et, en voyant les blessures du Seigneur aux mains, aux pieds et dans son côté, il comprendra que c’est Lui que le peuple, autrefois, a crucifié (Zach. 12. 10 à 14).

À la question du Seigneur : « Que veux-tu que je te fasse ? », Bartimée, pleinement conscient de son besoin, lui répond de façon précise. Et le Seigneur ne peut rejeter une telle demande faite avec une foi profonde qui L’honore. Le résidu de la fin, de la même façon, reconnaîtra son « aveuglement » d’autrefois, mais en sera guéri dans la repentance. Désormais, Bartimée, une fois guéri de son infirmité, suit le Seigneur dans le chemin (v. 52). Israël aussi suivra son Messie, durant le règne millénaire du Seigneur.

La scène est vraie pour nous aussi : autrefois aveugles quant aux choses divines, à notre conversion, nous avons recouvré la vue spirituelle, et nous devons suivre notre Sauveur dans son chemin. Bartimée aveugle, n’avait pu voir les nombreux miracles du Seigneur, mais sa conviction est surprenante et il ne la cache pas. Par contraste, la femme qui avait une perte de sang voulait être guérie, mais en se cachant. D’autres encore étaient restés fermés aux nombreux prodiges de la grâce de Dieu ! Seul Bartimée ne se laisse pas arrêter par le caractère de « Jésus le nazaréen », né dans une ville méprisée par les Juifs.

Pour l’aveugle, c’est Lui, et Lui seul qui peut et veut lui redonner la vue, ne doutant pas de sa puissance. N’hésitons pas, nous aussi, à demander hardiment selon nos besoins, avec une foi vigoureuse ne se laissant pas arrêter. Y a-t-il quelque chose trop difficile pour Lui ? L’aveugle a demandé hardiment à recouvrer la vue, et il l’a retrouvée. Notre incrédulité arrête souvent la grâce du Seigneur (1 Cor. 1. 27 à 29). L’énergie de la foi n’hésite pas à insister. Le jeune homme riche a refusé de suivre le Seigneur. Mais Bartimée le suit sans y être invité explicitement.

En Jean 5. 6, le Seigneur pose cette question à l’infirme : « Veux-tu être guéri ? » : il est important de désirer être guéri. Le Seigneur ne force pas la foi. C’est un des derniers miracles du Seigneur avant la croix. Il est important de désirer être sauvés maintenant, car la grâce aura une fin . Savons-nous dire à ceux qui recherchent le salut : « Aie bon courage, lève-toi, Il t’appelle » ? Bartimée désirait guérir sans doute depuis longtemps, et au passage de Jésus, il a cette conviction que c’est le moment de crier à lui, et rien ne l’arrête. Le Seigneur sait quand nous sommes prêts à Le recevoir dans notre cœur et s’approche de nous. C’est alors le moment de crier à Lui et de nous jeter dans ses bras.

Ch. 11

Zacharie 9. 9, annonce, prophétiquement, de quelle manière le Roi d’Israël se présentera à Jérusalem afin d’établir son royaume. Le Seigneur, dans notre chapitre, entre dans Jérusalem monté sur un ânon, comme Il le fera dans l’avenir, selon la prophétie. Le peuple pousse des cris de triomphe, en reconnaissant en lui son Roi. Ce même peuple, peu de temps après, excité par ses chefs qui ne veulent pas de Lui, criera à Pilate : « Ôte, ôte, crucifie-le ». Le temps d’établir son royaume n’était pas encore venu. Mais c’est ce même Jésus qu’ils ont rejeté qui reviendra et établira son règne millénaire, alors que le peuple a crié : « Nous n’avons pas d’autre roi que César ». Celui qu’ils ont rejeté régnera sur eux.

Dans sa toute-puissance divine, Jésus sait où trouver un ânon, et en donne tous les détails à deux de ses disciples qu’Il envoie pour Le lui ramener. S’ils rencontraient de l’opposition, ils devaient répondre : « Le Seigneur en a besoin » – alors on les laisserait faire (v. 3).

Cela nous interpelle car, dans notre vie de croyants, le Seigneur peut avoir besoin, pour son service, de ce qu’Il nous a donné Lui-même. Accédons-nous facilement à ses sollicitations sachant que c’est pour Lui ? Le Seigneur regarde ce que nous faisons, et comment nous le faisons. En réalité, tout ce que nous possédons est à Lui. Qu’Il nous aide à « détacher nos ânons », lorsqu’Il nous le demande.

Si l’évangile de Marc présente le Seigneur comme le Serviteur, il était important que l’entrée royale du Seigneur dans Jérusalem soit relatée comme un triomphe. Le peuple en liesse, citant le Psaume 118, est transporté d’une sainte joie. Mais la responsabilité des chefs du peuple en est décuplée, à cause de leur incrédulité et de la dureté de leurs cœurs, les poussant à rejeter Celui qui se présente comme leur Roi !

Cette prophétie de Zacharie (l’un des derniers prophètes de l’Ancien Testament), était particulièrement frappante pour les chefs religieux connaissant parfaitement les Écritures. Mais leur domination sur le peuple s’en trouvait menacée. De plus, ils attendaient un Roi monté sur un cheval et se présentant comme un triomphateur. Mais le Seigneur se présente comme un roi humble et débonnaire, monté sur un ânon, monture essentiellement populaire, d’où leur rejet. Pourtant la scène se déroulant sous leurs yeux était si précise selon la prophétie qu’ils connaissaient bien, que ces chefs religieux n’avaient aucune excuse.

Désormais, ayant rejeté leur Roi et L’ayant crucifié, il faudra qu’Israël passe par de terribles épreuves durant des millénaires pour que, de nouveau, un résidu du peuple Le reconnaisse comme le Roi d’Israël. Alors, le Seigneur devra combattre et anéantir tous ses ennemis (Apoc. 19. 11 à 16). Mais dans ces circonstances, Il apparaîtra monté sur un cheval blanc, symbole de pureté et de puissance triomphante. Et son triomphe contre Satan et tous les ennemis sera éternel.

« Hosanna » signifie : « Sauve, je te prie » (v. 9) : c’est une expression de gloire adressée au Seigneur. « Hosanna dans les lieux très hauts ». : la gloire du Seigneur se verra dans les lieux très hauts d’abord et, plus tard sur la terre. Dans l’avenir, le résidu Le reconnaîtra et L’acclamera de la même manière que la foule dans notre chapitre.

Dans le temple, la maison de Dieu, le Seigneur regarde tout ce qui s’y passe et, dans la maison de prière pour tous les peuples, Il y voit une « caverne de voleurs », et II en chasse tous les marchands qui y avaient établi leur commerce (v. 15 à 17). Le judaïsme était devenu une tradition et une occasion de s’enrichir ! Le Seigneur est l’Éternel, et Il juge tout ce qui se passe dans le temple (És. 33. 22). Que voit-il dans l’Assemblée, au milieu de nous ? N’a-t-Il rien à juger dans nos maisons ? dans nos cœurs ?

La vigne représente Israël en général. Le figuier est plutôt la figure du petit reste du peuple revenu dans son pays, après la captivité à Babylone. Ce sont les descendants de ce résidu qui étaient là lorsque le Seigneur a accompli son ministère. Ce « figuier » aurait dû porter du fruit pour Dieu, mais le Seigneur ne trouve que des feuilles, car « ce n’était pas la saison des figues ». Encore sous la loi, le peuple ne portait, spirituellement, que des feuilles : il était stérile pour le Seigneur. La génération qui a vu le Seigneur, en Israël, mis à part les disciples, ne portera jamais de fruit pour Dieu, car le Seigneur a été rejeté de son peuple à ce moment-là (Jér. 8. 13) – image des hommes « religieux », « ayant la forme de la piété mais en ayant renié la puissance » (2 Tim. 3. 1 à 5) – situation encore actuelle dans le monde.

Nous avons un sérieux avertissement en Matthieu 15. 8 et 9. En Matthieu 13, le Seigneur sème la semence pour donner la vie. Que Dieu nous aide, nous qui avons la vie, à porter du fruit pour Lui, en restant tout près du Seigneur.

Dans l’avenir, lorsque le Seigneur apparaîtra sur le Mont des Oliviers, un résidu seul Le recevra et croira en Lui. Il se repentira et portera des fruits pour Dieu : ce sera, alors, « la saison des figues ». C’est ce résidu-là qui sera considéré par Dieu comme étant le vrai Israël.

Le Seigneur désire trouver des fruits dans notre vie de chrétiens, beaucoup de fruits, plus de fruit (Jean 15. 1).

En entrant dans le temple, le Seigneur regarde de tous côtés et prend note de tout ce qui s’y fait, mais ne dit rien et sort, le soir étant venu. Puis il se rend à Béthanie avec les douze (v. 11).

Que le Seigneur veuille trouver du fruit hors de la saison des figues montre le désir de Dieu, que son peuple, et nous aussi, nous portions des fruits spirituels en toutes saisons, durant toute notre vie sur la terre. Comme Israël, nous-mêmes ne frustrons-nous pas le Seigneur de son saint désir ?

Revenu à Jérusalem, le lendemain, et entrant dans le temple, Jésus chasse les marchands et les acheteurs (v. 15 et 17), et leur rappelle que la maison de Dieu était une « maison de prière pour toutes les nations » (És. 56. 7), ce qui aurait dû être toujours, et leur montre ce en quoi ils péchaient. Ils en avaient fait « une caverne de voleurs » !

Le Seigneur parle du temple comme étant sa maison. Cependant, Il a annoncé sa destruction, et le moment viendra où Dieu s’en retirera. Mais, lors du règne de Christ, le temple de Dieu sera rebâti, et « La dernière gloire de cette maison sera plus grande que la première » (Aggée 2. 9).

Au moment où le Seigneur purifiait le temple de l’Éternel, Il a observé que les marchands d’animaux osaient vendre des bêtes malades ou infirmes, contrairement à la loi ! Alors la colère du Seigneur éclate, et II purifie son temple.

Malheureusement, la chrétienté n’est pas exempte de ce péché, et cela ruine le témoignage chrétien en général (1 Tim. 4. 5 à 10). De même pour nous, nos lieux réservés pour nos réunions ne doivent pas être utilisés pour y faire n’importe quoi, car c’est là que nous rencontrons le Seigneur durant nos réunions (Mat. 18. 20).

Le temple futur sera vraiment « une maison de prière pour toutes les nations », car Zacharie 14. 16 dit : « Et il arrivera que tous ceux qui resteront de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, monteront d’année en année pour se prosterner devant le Roi, l’Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles ».

L’exemple de la faute d’Éli, le sacrificateur (1 Sam. 2. 17), illustre le comportement des nations qui, durant le règne glorieux du Seigneur, ne monteront pas à Jérusalem pour y adorer (cf. Zach. 14. 17 à 19) : il n’y aura pas de bénédiction pour elles.

Nous sommes exhortés, par ce paragraphe, à avoir une foi qui ne doute pas que ce que nous demandons dans nos prières se fait (v. 23 et 24) – et non se fera.

Le Seigneur est le Chef de la foi. C’est par sa foi (en tant qu’homme), que sur une simple parole, Il a fait sécher le figuier qu’Il a maudit. C’est un modèle pour nous : « Ayez foi en Dieu » nous dit-Il (v. 22). Cependant, pour obtenir une réponse du Seigneur, certaines conditions sont requises. Il faut que la réalité de la foi soit déjà en nous (Jac. 1. 6 à 8). Puis, pour connaître la volonté de Dieu (1 Jean 5. 14) ; notre condition morale doit être bonne, afin que nous ayons une communion réelle et profonde avec le Seigneur. Quant à toutes ces conditions, le Seigneur Jésus est un modèle parfait et permanent dans les évangiles.

Ces trois conditions sont indispensables, car nous pourrions demander des choses dans le but de satisfaire nos « voluptés », sans nous occuper de discerner la volonté de Dieu (Jac. 4. 2 et 3). Veillons donc sur les motifs qui nous poussent à prier. La vraie foi ne nous conduira jamais à demander la réalisation de nos convoitises. C’est dans la Parole que le Saint Esprit nous fera discerner la volonté divine. Nous devons veiller sur nos motifs, et rechercher ce qui conduira à la gloire de Christ, même dans les petites choses qui jalonnent notre vie de chaque jour. L’Esprit Saint et la Parole nous donneront l’assurance, la conviction, la certitude intérieure que ce que nous demandons vient de la volonté du Seigneur. Si nous cherchons à marcher selon la volonté du Seigneur, Il nous conduira dans le chemin de son amour, car Il veut nous faire du bien, nous bénir.

Élevons donc « des mains saintes, sans colère et sans raisonnement (1 Tim. 2 et suivants). Nous prions parfois pour la conversion de tous les hommes, car nous savons que c’est la volonté de Dieu que tous les hommes soient sauvés ; cependant, nous ignorons la manière dont Dieu agit : chaque conversion suit un cheminement différent. De plus, tous les hommes ne veulent pas venir au Seigneur. Notre rôle n’est pas de convertir nous-mêmes une personne, mais de lui parler du Sauveur. C’est Dieu qui convertit les âmes (Jér. 31. 18 et 19) : « Convertis-moi, et je serai converti ». La repentance vient après, et est une action personnelle de la conscience du pécheur.

Les v. 25 et 26 nous parlent de la communion avec Dieu, et non de la conversion, qui est toujours irréversible.

Si nous ne savons pas pardonner à notre frère, la communion avec Dieu est momentanément interrompue, et le Seigneur ne peut la rétablir que lorsque nous aurons pardonné nous-mêmes à celui qui nous a fait du mal. Mais, en aucun cas je ne peux perdre le salut qui m’a été donné pour l’éternité. La disposition à pardonner doit exister à l’état latent dans mon cœur de croyant. Matthieu 5. 23 et 24 montre que Dieu n’accepte pas une offrande tant que nous avons un grief non réglé avec un frère.

Dieu nous a tout pardonné, et Il veut que nous sachions, nous aussi, tout pardonner à ceux qui nous ont fait du mal. C’est une condition pour la prière. Nous serons alors en bon état spirituel pour, à notre tour, exhorter des frères à se pardonner. Nous devons pardonner aussi souvent qu’un frère ou une sœur nous offense et se repent (Mat. 18. 21 et 22 ; Luc 17. 3 et 4). Dans la confession de nos péchés et la communion retrouvée, « le sang de Jésus Christ… nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 6 et 7).

Tout en démontrant la puissance de Dieu – qui est en réalité le Seigneur Jésus – le figuier desséché représente Israël sous la loi. Il ne portait aucun fruit pour Dieu, et allait être jeté dans la mer des nations avec ses traditions légales qui étaient comme une « montagne », pour le peuple. Avec la venue du Seigneur et son sacrifice, tout est changé : la loi accomplie en perfection par le Seigneur laisse la place à la grâce, à la fois pour les nations et pour l’Israël futur, durant le millénium. « Ayez foi en Dieu ». Désormais, c’était l’appel de la grâce pour Israël.

Revenu dans le temple d’où, la veille, Il avait chassé les marchands avec force (contrairement à son habitude de douceur), Il est pris à partie par les principaux sacrificateurs, les scribes et les anciens, qui lui posent cette question : « Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t’a donné cette autorité pour faire ces choses » (v. 28) ? Mais le Seigneur connaît leur hypocrisie, et s’engage à répondre à leur question s’ils consentent à répondre à la question qu’Il leur pose à son tour : « Le baptême de Jean, était-il du ciel ou des hommes ? (v. 30)

Mais les chefs du peuple raisonnent entre eux et, refusant de répondre à cette question, feignent d’en ignorer la réponse. Alors, le Seigneur refuse à son tour de répondre à leur question (v. 33). Ces chefs religieux connaissaient à fond les Écritures et avaient compris que Jean le Baptiseur était envoyé de Dieu comme précurseur du Seigneur, afin de préparer son peuple à recevoir le Messie promis. Mais pour ces chefs, s’ils avaient accepté le Baptiseur pour eux-mêmes, leur autorité aurait été compromise auprès du peuple. D’où ce refus de répondre à la question du Seigneur : s’ils avaient répondu, au sujet de Jean, que « son baptême venait du ciel », ils auraient dû reconnaître que le Seigneur aussi venait du ciel. Et cela, ils ne le voulaient surtout pas, cherchant, au contraire à Le mettre à mort (v. 18).

Ils avaient entendu Jean proclamer aux oreilles de tout le peuple, en voyant Jésus qui marchait : « Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29 et 36). Mais ces chefs ont refusé de croire (v. 31). Et à la fin, lorsque le Seigneur s’est livré Lui-même, Ils ont crié à Pilate avec le peuple : « Ôte ! Ôte, crucifie-le ».

En Actes 4. 7 à 10, les mêmes religieux poseront aux apôtres la même question, au sujet d’une guérison miraculeuse, réalisée par Pierre. Celui-ci avait opéré ce miracle par le nom de Jésus Christ (v. 10). Quoi qu’il en soit, ces chefs religieux, imbus de leur autorité, ont refusé de se soumettre à l’autorité du Seigneur, qui est Dieu.

Mais le Seigneur n’a pas de comptes à rendre à ces chefs orgueilleux et hypocrites. Cependant, tout en les enseignant avec son autorité divine, Il leur parle avec douceur. Et cela montre qu’Il est au-dessus de tout et de tous, dévoilant ce qu’il y a dans leurs cœurs. Ils raisonnaient entre eux et décident de ne pas répondre à la question du Seigneur. Raisonner dévoile la confiance que l’on a en soi-même, et non en Dieu, et ne fait que nous égarer. De même, murmurer montre le manque de confiance en Dieu.

Si le Seigneur ne répond pas à leur question prétentieuse, Il leur montre, sans ambiguïté, par les paraboles suivantes, ce qu’ils sont, et Il dévoile leur ambition folle de s’emparer de l’autorité que Dieu ne leur a pas attribuée, en tuant l’héritier. Il montre ainsi ce qu’il va Lui advenir, à Lui ! Ces paraboles sont directes, et les sacrificateurs, les scribes et les anciens comprennent clairement qu’elles les décrivent à la perfection (ch. 12. 7 et 12).

Le Seigneur leur reproche d’avoir vu le peuple venir au baptême de Jean et de s’être fait baptiser par lui, pour la repentance de leurs péchés, et qu’ils ne l’aient pas cru (v. 31). Alors, Il les renvoie au baptême de Jean où les « publicains et les prostituées les devancent dans le royaume de Dieu », car eux ont cru – et eux, les responsables religieux, n’en ont pas eu de remords pour le croire (Mat. 21. 31 et 32). Le Seigneur lit dans les cœurs et sait parfaitement qu’ils ne veulent pas répondre à sa question. Il les met alors, sans détours, devant leur responsabilité.

La « vigne » que Dieu a plantée et dont II attendait qu’elle produise de bons raisins, n’a produit que des raisins sauvages (Ps. 80 ; És. 5. 1 à 4). Cette vigne est une image d’Israël.

Cependant, dans notre chapitre, il n’est question que des esclaves que le maître de la vigne envoie aux cultivateurs afin de recevoir du fruit à la saison favorable. Mais les cultivateurs, dans leur méchanceté, les renvoient à vide, ou les battent ou, pis que cela, les tuent !

Ils oseront, ainsi, tuer le Fils bien-aimé, l’ayant reconnu comme étant l’Héritier, afin de s’emparer de l’héritage (v. 38 ; 2 Chron. 36. 14 à 18) !

Ch. 12

Cet homme qui loue sa vigne à des cultivateurs, c’est Dieu, et la vigne est Israël : Israël est donc la possession de Dieu. Cette vigne, entourée par une clôture, c’est son peuple terrestre qui est séparé des nations qui n’ont pas de relations avec Dieu. Et s’Il la loue à des cultivateurs, Il en reste le seul propriétaire. Quant aux cultivateurs, ils représentent les chefs du peuple chargés de conduire le peuple dans la vérité, qu’ils devaient garder eux-mêmes, mais dans laquelle ils n’ont pas persévéré.

Les serviteurs, que le Maître de la vigne envoie de nombreuses fois afin de recevoir du fruit de sa vigne, sont molestés, rejetés et même tués : en image, nous reconnaissons les prophètes que Dieu, au cours de l’histoire de son peuple a dû envoyer, afin de le ramener à Lui. Mais, après le rejet d’Israël, nous pouvons y voir aussi les apôtres persécutés ; en particulier, Pierre et Jean emprisonnés et battus par les chefs religieux, après la résurrection et la glorification du Seigneur. Puis, Étienne lapidé, et Jacques le frère de Jean, mis à mort lui aussi.

En dernier lieu, le Maître de la vigne envoie son « unique fils bien-aimé », pensant que les cultivateurs auraient du respect pour Lui. Mais ces derniers, reconnaissant l’Héritier, décident de Le tuer et de s’emparer de l’héritage !

Ce Fils unique et bien-aimé, on comprend donc qu’il s’agit du Fils unique et bien-aimé de Dieu : le Seigneur Jésus mis à mort par les hommes des nations (les Romains), sur l’insistance du peuple de Dieu qui a crié : « Ôte ! Ôte ! Crucifie-le ! »

Mis à mort et ressuscité, le Seigneur est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Mais tout ce qui touche à la volonté de Dieu et à son amour est rejeté par tous ceux qui refusent la grâce de Dieu. C’était la position du peuple juif qui, devant Pilate, le gouverneur romain, a crié : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » ! (Mat. 27. 25) Ils ont appelé cette terrible malédiction sur eux-mêmes et sur leurs descendants ! – malédiction qui s’est pleinement déployée au cours des millénaires, et jusqu’à aujourd’hui. En Matthieu 21, ils déclarent eux-mêmes que Dieu donnera sa vigne à d’autres.

Par cette parabole que le Seigneur leur dit, Il donne un aperçu rapide de l’histoire d’Israël, et les chefs du peuple comprennent que c’est d’eux qu’Il parle, et ils cherchent d’autant plus à Le mettre à mort.

Dieu, en effet, a donné sa vigne à d’autres : c’est-à-dire à l’Église chrétienne dont l’histoire a commencé au chapitre 2 des Actes, par le baptême du Saint Esprit. Ce sont les chrétiens qui, dès lors, sont chargés de rendre témoignage à l’œuvre de grâce de Dieu par son Fils bien-aimé. L’histoire de l’Église est jalonnée de persécutions et d’infidélités. À la fin, elle plongera dans l’apostasie. Nous en voyons les premières manifestations autour de nous. Soyons attentifs aux nombreux messages que Dieu nous envoie, par sa Parole, et par les serviteurs fidèles qui nous parlent. Suivons le Seigneur de très près.

C’était Dieu qui avait planté une « vigne excellente » (Israël), en Canaan, et en avait pris soin (És. 5. 1, 2 et 7 ; Ps. 80. 8 et 9). Mais, après son rejet momentané, Dieu le restaurera dans ses bénédictions terrestres durant le millénium. Mais aujourd’hui, nous sommes encore dans le temps des nations (Act. 13. 46). C’est à l’Église d’annoncer l’Évangile de la grâce et d’apporter la vérité divine aux nations. Ce sont les croyants qui sont, alors, les objets des bénédictions célestes qui sont réservées à l’Église et dont nous jouissons déjà, dans une faible mesure, tandis que nous sommes encore sur la terre. Mais, lorsque nous serons appelés à monter au ciel avec le Seigneur Jésus, transformés à sa ressemblance (1 Jean 3. 2), nous en jouirons pleinement, dans l’éternité. De plus, l’Église sera l’Épouse de l’Agneau (Apoc. 19. 7 et 8).

Le Seigneur a parlé d’Israël par la parabole de la vigne, selon les anciennes prophéties. Et II a montré l’importance, aux yeux de Dieu, de son peuple. La vigne est une image de la prospérité promise à Israël, s’il avait écouté son Dieu. Cependant, Dieu a dû s’en séparer à cause de ses infidélités. Ses relations avec son peuple reprendront lorsque le Seigneur établira son règne et sera reçu, enfin, par le résidu le reconnaissant pour son Messie. Cette reprise des relations ne reposera plus sur l’obéissance à la loi, mais sur la grâce (Héb. 8. 10 à 12).

Maintenant, le Seigneur parle à ses disciples de Lui-même (v. 10 et suivants). Il est cette « pierre de l’angle », et Il leur montre ce résidu fidèle du peuple, le vrai Israël aux yeux de Dieu (v. 11). En attendant cette reprise des relations avec son peuple terrestre, les croyants de l’Église chrétienne forment l’Israël dans son caractère céleste. L’Église est comparée à une maison, et le Seigneur, à la maîtresse pierre de l’angle, sur laquelle s’alignent toutes les autres pierres : en longueur, en largeur et en hauteur.

Le Seigneur est aussi la « pierre du faîte » qui termine l’édifice et sur laquelle on proclamera : « Grâce, grâce sur elle » (Zach. 4. 7). Tout repose sur le Seigneur, qui seul apporte la grâce divine. Il est la référence de la vie des croyants. Les chefs du peuple représentaient ces « bâtisseurs » à l’époque où le Seigneur était sur la terre. Ils pensaient avoir l’autorité de mener les choses à leur manière selon leurs ambitions humaines. Mais, ayant rejeté la « pierre » principale, il ne leur restait plus rien de solide sur quoi bâtir l’édifice. Prophétiquement, le Seigneur avait annoncé son rejet : « Ils m’ont haï sans cause » (Ps. 35. 19). C’est bien le Seigneur Jésus, cette « pierre » irremplaçable sur laquelle reposent tous les plans divins (Act. 4. 10 à 12.

Christ est le Maître-bâtisseur de l’Église, et nous sommes, maintenant, associés à son œuvre : prenons garde d’y apporter de bons matériaux (1 Cor. 3. 10 et 11). Dans sa première épître, Pierre cite trois passages de l’Ancien Testament montrant le Seigneur comme la pierre élue, précieuse, merveilleuse ; mais aussi une pierre de jugement pour ceux qui refusent de s’y soumettre (És. 8. 14). C’est une image du Seigneur et du Sauveur. Il est merveilleux à nos yeux, si du moins nous l’avons reçu dans nos cœurs. Pour les incrédules, Il est une pierre qui les broiera par le jugement. La responsabilité des chefs du peuple juif, qui connaissaient bien les Écritures mais qui l’ont rejeté, n’en est que plus grave – d’autant plus que la parabole que le Seigneur leur présente leur fait comprendre qu’Il leur parle d’eux (v. 12 et 13). Pour nous, sauvés du jugement par l’œuvre du Seigneur, est-Il cette pierre précieuse et merveilleuse à nos yeux ?

Aux versets 13 et suivants, les pharisiens et les hérodiens, peu supposés être d’une même opinion politique, s’unissent pourtant dans une même haine pour le Seigneur et Lui tendent ce qui serait un piège pour tout autre que Lui. Il connaît leur hypocrisie et leur répond selon sa sagesse divine. Mais le Seigneur a souffert de constater que ces hommes pensaient Le prendre en défaut. En peu de mots, Il remet leurs pensées dans le bon ordre, leur montrant qu’ils doivent tenir les choses du monde à leur place, et rendre à Dieu ce qui est à Dieu (v. 15 à 17).

Par ce peu de mots, les adversaires du Seigneur sont réduits au silence. Ils ne se rendent pas compte que le Seigneur, sous sa réalité d’homme, est Dieu. Et « la folie de Dieu est plus sage que les hommes » (1 Cor. 1. 25). Ils ne disent au Seigneur que des choses justes (v. 14), mais c’est dans le seul but de tenter d’endormir la méfiance du Seigneur, si cela était possible. Le monde peut-il dire les mêmes choses de nous ? Nous-mêmes, ne mettons jamais en doute la sainte Parole de Dieu.

Dieu a placé au-dessus de nous des autorités auxquelles nous devons nous soumettre, dans la mesure où elles ne nous obligent pas à agir contre Dieu (Act. 5. 29 ; 4. 18 et 20). Ce principe a été perdu durant des siècles, et de nos jours également, dans une large partie de l’Église, où la politique du monde entre largement. Mais le Seigneur Dieu, « prend les sages dans leur ruse, et le conseil des astucieux est précipité » (Job. 12. 13).

Bien que le peuple juif souffrît sous la domination des Romains, ses chefs religieux, ont crié à Pilate : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19. 15).

Au ch. 12, v. 13, des pharisiens avaient essayé de surprendre le Seigneur dans ses paroles. Au verset 18, ce sont des sadducéens qui s’approchent et cherchent des prétextes pour l’accuser. Mais le Seigneur, avec un grand calme, leur envoie une « flèche », leur montrant qu’ils ne connaissent pas « les Écritures ni la puissance de Dieu » (v. 24). Où en sommes-nous, nous-mêmes à ce sujet ?

Les pharisiens, très religieux mais légalistes et hypocrites, et les sadducéens, nationalistes et rationalistes, ne croyant que ce qui était accessible à leurs raisonnements intellectuels, étaient unis dans leur haine pour le Seigneur. Ces deux mêmes dangers nous guettent, et nous devons y prendre garde. Ne doutons jamais de la Parole, et ne nous attachons pas à des règles légalistes.

Les sadducéens posent au Seigneur une question au sujet de la résurrection, cherchant à lui prouver qu’elle n’existe pas (v. 19 à 23). Hypocrites, ils feignent de croire à la résurrection afin de mieux en nier la réalité (Act. 23. 7 et 8). Ils osent invoquer la loi donnée par Moïse, et le Seigneur va leur répondre par la Parole que Dieu avait adressée à ce même Moïse, devant le buisson ardent (Deut. 25. 5). Si nous doutions nous-mêmes de la réalité de la résurrection, 1 Corinthiens 15 nous remettrait dans le chemin de la vérité.

Si la résurrection n’existait pas, Christ Lui-même n’aurait pas pu ressusciter et nous serions de faux témoins de sa résurrection et de la vie éternelle qui est la sienne, et qu’Il nous communique. Et « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (v. 24 à 27). Si Dieu est le Dieu des vivants, ce n’est pas pour qu’il n’y ait rien après la mort : il y a la vie éternelle dans notre Rédempteur, auprès de qui les croyants seront réunis éternellement. Mais dans la vie éternelle, les relations existant entre hommes et femmes sur la terre, seront changées : le mariage qui unit les couples n’aura plus son utilité pour multiplier et perpétuer la race humaine. La mort n’existera plus.

Par la réponse du Seigneur aux sadducéens : « Je suis le Dieu d’Abraham, et le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob », Il complète alors Exode 3. 6, où l’Éternel dit simplement à Moïse : « Je suis le Dieu d’Abraham ». À la lecture de ce dernier verset, on ne peut guère comprendre qu’Il est aussi le Dieu de sa descendance, et donc du peuple juif. Nous devons sonder les Écritures pour comprendre ce que Dieu nous y enseigne. Dans la résurrection, nous serons comme les anges n’ayant plus besoin du mariage : nous serons transformés à la ressemblance du Seigneur (1 Jean 3. 2 ; Rom. 8. 29 ; Phil. 3. 21). Malgré cette transformation, nous nous reconnaîtrons comme Lazare, dans la parabole, reconnaissait Abraham.

Le mariage institué par le Dieu créateur entre Adam et Ève, puis dans l’humanité entière, est une préfiguration prophétique de l’union entre le Seigneur et l’Assemblée chrétienne : « les noces de l’Agneau » (Apoc. 19). Comme Ève a été tirée d’une côte d’Adam (image du Seigneur dans son amour pour son Épouse), l’Assemblée était, dès l’éternité, dans le sein de Christ, aimée et désirée au sein de l’éternité : Amour éternel, immuable ! Tous les plans de Dieu sont éternels, comme Dieu l’est en Lui-même. Sondons les Écritures afin que nous comprenions toujours mieux la profondeur de l’amour divin pour ses rachetés, et que nous sachions en parler autour de nous.

Sur la terre, Dieu forme ses bien-aimés pour que l’Assemblée se prépare à épouser l’Agneau de Dieu, qu’elle apprenne à Le connaître, à L’aimer et à désirer sa venue.

Aux v. 28 à 33, un scribe pose une question au Seigneur : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Ce scribe se tient donc sur le terrain de la loi ; le Seigneur lui répond sur le même terrain ; Il est pleinement approuvé par le scribe qui répond intelligemment en complétant la pensée du Seigneur (v. 32 et 33). Et le Seigneur l’encourage à faire un pas de plus pour entrer dans le royaume de Dieu (v. 34). Il manquait au scribe de quitter la loi pour trouver la foi, et être à même d’aimer Celui qui lui parlait, L’ayant reconnu comme étant « Dieu manifesté en chair ».

Aux v. 35 à 37, le Seigneur pose une question embarrassante à ce scribe, sur sa filiation dans la lignée de David, filiation bien réelle selon la chair (Ps. 89. 3 et 4) – mais Il est aussi Fils de Dieu et, de fait, Il est avant tout le Seigneur de David – et David l’avait reconnu comme tel. « L’Éternel a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite » (Ps. 110. 1). Aucun des fils de David n’était assis sur le trône lorsque le Seigneur était sur la terre, mais le Seigneur de David était là. Sa généalogie, en Matthieu 1. 1, remonte bien à David ; mais en Luc 23. 38, elle remonte à Dieu : Fils de l’homme et Fils de Dieu.

Jésus, humble et débonnaire, les Juifs auraient dû Le recevoir comme leur Messie promis par l’Éternel, mais ils L’ont rejeté et condamné. Si la grande foule prenait plaisir à L’entendre (v. 37), le Seigneur ne se fiait pas à elle, connaissant tous les hommes (Jean 2. 23 à 25). Peu de temps après, elle a exigé sa crucifixion.

Cependant, le peuple reconnaissait qu’Il enseignait avec autorité, non pas comme les scribes. Son enseignement venait de Dieu sans l’intermédiaire des hommes. Sa question du v. 36 dévoile sa souveraineté et avertit du jugement qui s’abattra sur le peuple juif qui, tout entier, L’a rejeté, alors, qu’Il est au-dessus de tous les hommes et que ses ennemis seront tous mis « sous ses pieds ». Le Seigneur parlait rarement de jugement, car Il était venu apporter la grâce. Mais ici, il avertit solennellement son peuple, comme II le fait encore aux v. 38 à 40, de se garder de la mauvaise influence des scribes.

Le Seigneur Jésus est notre Sauveur, notre Ami et notre Berger. Mais n’oublions pas que, en même temps, Il est notre Seigneur et que nous Lui devons respect et honneur. Afficher de la familiarité avec Celui qui est aussi Dieu manifesté en Fils (Héb. 1. 2), serait irrespectueux et absolument déplacé.

Les v. 38 à 40 nous mettent en garde contre toute prétention, manifestation d’orgueil, d’avidité, comme celles que les scribes affichaient publiquement. Un jugement plus sévère leur était réservé, et nous-mêmes recevrions un blâme lorsque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ. Laisser la chair prendre le dessus sur notre comportement vis à vis de nos frères et sœurs, ne serait pas chrétien. Notre modèle, c’est Christ qui a pris la dernière place, a montré un cœur humble, n’a rien demandé pour Lui-même mais a tout donné pour nous, jusqu’à sa propre vie. Luc 14. 7 à 11 ; 1 Timothée 6. 5 montrent ce que doit être notre comportement.

Instruits de la saine connaissance de la Parole, nous sommes plus responsables de l’appliquer humblement que d’autres croyants restés dans l’ignorance.

Le Seigneur, « assis vis à vis du trésor du temple, regardait comment la foule jetait de la monnaie au trésor ». Il remarque aussi que « plusieurs riches y jetaient beaucoup ». Mais ce qu’Il apprécie surtout, et Il s’empresse de le faire remarquer aux disciples, c’est que cette pauvre veuve qui y a jeté « deux pites », avait jeté au trésor plus que toutes les grosses sommes que les gens aisés avaient jetées au trésor du temple : la veuve, elle, y avait donné tout ce qu’elle possédait pour sa « subsistance ».

Ce passage de la Parole montre que le Seigneur sonde les cœurs, et voit si nous donnons joyeusement, ou contraints par les circonstances qu’Il place devant nous. Il voit combien nous donnons et y est attentif ; mais ce qui Le réjouit le plus, c’est de lire dans nos cœurs, les vrais motifs qui nous poussent à donner. « Comment » nous donnons, bien plus que « combien ».

Nous ne sommes plus sous la loi durant laquelle il fallait que chacun donne la « dîme » de tous ses biens : un dixième de ce qu’il possédait. Sous la grâce, à la collecte du dimanche matin qui fait partie du culte (Héb. 13. 15 et 16), la somme que chacun peut donner n’est pas fixée. C’est selon le pouvoir de chacun et sa « libéralité » (2 Cor. 9. 5). Notre Seigneur n’exige pas que nous donnions au-delà de notre pouvoir (2 Cor 8. 12 à 14) mais la libéralité entraîne, de la part de ceux qui la reçoivent, une abondance d’actions de grâces (2 Cor. 9. 12). Nous sommes des administrateurs des biens que le Seigneur nous accorde ; et le Seigneur voit ce qu’Il nous accorde, et ce que nous donnons. De plus, Il sait que nous devons faire face à nos besoins et à nos obligations. Cela entraîne bien des exercices chez chacun de nous.

L’argent n’est pas la seule chose que nous pouvons et devons donner au Seigneur. Rien de ce que nous pensons nous appartenir n’est réellement à nous : nos corps ne nous appartiennent pas. De même, nos capacités doivent être mises au service du Seigneur, en servant nos frères ou même l’Assemblée, bien que nous soyons très sollicités à notre époque. Cependant, nous n’avons pas à regarder chez les autres ni à les juger.

Une pite représentait la plus petite monnaie de l’époque : il en fallait cent vingt-huit pour avoir un denier, le salaire journalier d’un ouvrier. Une pite, de nos jours, reviendrait à un euro. Cela peut encourager ceux qui n’ont que peu de revenus, ou un jeune n’ayant qu’un peu d’argent de poche.

Un autre « comment » est placé devant nous en 1 Corinthiens 3. 10, en ce qui concerne la manière de servir le Seigneur. Là, nous devons faire très attention à ce que nous apportons dans l’Assemblée. Le Seigneur est le seul fondement que nous devions apporter pour édifier son Assemblée. Là aussi, le Seigneur regarde plus à la qualité du service qu’à la « quantité ». N’oublions pas que la manière du Seigneur d’estimer les choses est bien opposée à celle des hommes du monde.

Il nous en donne un aperçu en ceci : « Quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi, la trouvera » (Mat. 16. 25). Le Seigneur désire que nous ayons la même appréciation que Lui sur les choses de ce monde : le bien, le mal, entre autres, afin de devenir des « hommes faits », des croyants qui Lui ressemblent de plus en plus (Éph. 4. 11 à 13 ; Phil. 3. 8). La Parole nous enseigne la vraie sagesse qui vient de l’Esprit de Dieu. Et « la sagesse des hommes est folie » (1 Cor 1. 25).

En 1 Rois 17. 13, Élie, dans la famine qui sévit, se réfugie auprès d’une veuve pauvre, n’ayant plus, pour subsister avec ses enfants qu’un pot de farine et un peu d’huile. Elle reçoit cet ordre du prophète de lui faire à lui « premièrement un petit gâteau ». Et sur la foi de la parole d’Élie qui lui affirme qu’elle vivra, elle et sa maison, sur ce qui restera, elle lui fait un petit gâteau. Et la promesse d’Élie se réalise : le pot de farine ne s’est pas épuisé, ni le vase d’huile.

De nos jours, le Seigneur est le même et répond toujours à la foi de ses rachetés, qui sont précieux à son cœur.

Ch. 13

Ce qui arrivera après l’ascension du Seigneur (v. 1 à 13). L’Église chrétienne n’est pas en vue, car elle aura déjà été enlevée au ciel avec le Seigneur ; mais Il enseigne ses disciples, représentant le résidu juif de la fin qui aura cru à l’évangile du royaume et qui vivra ces événements tragiques. L’évangile de Marc, plus succinct que celui de Matthieu, présente surtout le service du parfait Serviteur et celui des disciples. Cependant, on y trouve aussi des exhortations pour nous : « Prenez garde ».

Ici, le Seigneur sort du temple. Cette parole est à rapprocher de Matthieu 23. 38 où le Seigneur dit aux Juifs qui le rejettent : « Voici, votre maison vous sera laissée déserte ». Le temple sera détruit, ainsi que Jérusalem, par les Romains, en l’an soixante-dix de notre ère (Luc 19. 41 à 44). Et le Seigneur n’est pas insensible à la destruction du temple et de la ville, car Il pleure en évoquant ces faits tragiques. Les disciples ont été encouragés par ces exhortations (v. 11), car ils ont été persécutés après l’ascension du Seigneur.

Mais Il avertit aussi ses disciples : « Prenez garde que personne ne vous séduise » (v. 5 et 6). Satan, le grand séducteur, veille et reste actif, et le sera jusqu’à la fin, jusqu’au sein de la chrétienté (1 Jean 2. 18). L’antichrist n’est pas encore connu, mais son esprit agit déjà dans le monde et a beaucoup troublé l’église par de faux prophètes (2 Cor. 11. 13 à 15). Les hommes de toutes nations et races sont nombreux à nier le Fils de Dieu : celui qui nie le Fils nie aussi le Père (1 Jean 2. 22 et 23).

Les guerres et les troubles qui éclatent de toutes parts sont des préludes à ce qui attend le monde incrédule après l’enlèvement de l’Église. Veillons et attendons la venue du Seigneur. « Petits enfants, c’est la dernière heure ». Après l’enlèvement de l’Église, ces événements prendront toute leur réalité. Dans nos pays largement déchristianisés, l’incrédulité prévaut, et nous avons à nous tenir de plus en plus auprès du Seigneur afin d’être bien gardés. « Lui est le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14. 6).

Si l’essentiel de ces paroles que le Seigneur annonce à ses disciples se réalisera dans un temps futur, il n’en est pas moins vrai que les faux prophètes sont nombreux de nos jours, et depuis le début de l’Église.

Les disciples semblent avoir ressenti quelque fierté en contemplant les bâtiments du temple, mais le Seigneur leur enseigne à ne pas s’attacher à des pierres. De même, nous devons prier afin que nous-mêmes ne nous attachions pas aux choses matérielles que, dans sa grâce, le Seigneur nous accorde. « Il ne sera point laissé pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas » (v. 2).

Les Juifs avaient abandonné l’Éternel, et le temple ne portait plus le caractère de temple de Dieu, mais n’était plus, désormais, que le temple des Juifs. Pour nous, aucun bâtiment, si grandiose qu’il soit, n’a de valeur pour nous réunir autour du Seigneur. Tout sentiment de fierté doit être banni et jugé.

Le v. 13 ne doit troubler aucun de nous car nous sommes sauvés par la foi en Christ et en son œuvre sur la croix, et non par la persévérance. Ce verset s’adresse au résidu de la fin, qui prouvera qu’il était bien au Seigneur en persévérant jusqu’au bout, malgré les souffrances de la grande tribulation que ces Juifs fidèles subiront de la part des apostats. Le résidu se répandra dans le monde entier en prêchant l’évangile du royaume (Mat. 24. 14 ; Marc 13. 10).

L’évangile du royaume annoncera l’établissement du royaume de Christ qui régnera mille ans sur la terre entière, avant de remettre le royaume à Dieu le Père. Cet évangile sera annoncé pour ceux qui n’auront pas eu connaissance de l’évangile de la grâce. Ceux, alors, qui n’y croiront pas, n’auront pas une seconde chance d’être sauvés.

Le v. 14 introduit une période prophétique encore à venir que le Seigneur dévoile et qui se produira après l’enlèvement de l’Église. Le v. 14 correspond à Apocalypse 13 où deux bêtes apparaissent : la première, montant de la mer, désigne une puissance politique s’établissant sur les nations. La seconde, montant de la terre, montre l’apparition d’une puissance religieuse en Israël. Ces deux bêtes se soutiennent mutuellement : la première ayant assujetti la seconde, se trouve soutenue par les miracles diaboliques de cette dernière.

Alors commencera la dernière « semaine d’années » (7 ans) annoncée par Daniel 9. 24 à 27. Mais à la moitié de la « semaine » (3 ans ½), la bête fera cesser le sacrifice et s’installera dans le temple de Dieu, se faisant lui-même adorer comme étant Dieu (2 Thess. 2. 1 à 8) : ce sera alors le règne abrégé à 3 ans ½ de la bête (l’abomination de la désolation).

Ces passages concernent toutes les nations, mais sont présentés ici, plus particulièrement pour Israël apostat, et pour le résidu juif ayant reçu le Seigneur Jésus comme le Messie. C’est alors que ce résidu croyant devra s’enfuir dans les montagnes sans s’attarder afin de se sauver de la mise à mort (Apoc. 12) La femme qui enfante représente prophétiquement la nation juive ayant donné naissance au Christ, le Messie d’Israël. Le « fleuve » que lancera le diable pour détruire le résidu juif enfui dans les montagnes, désigne une action brutale (peut-être les nations qu’il lancera à la poursuite du résidu qui lui échappera, car Dieu protégera ce résidu).

Cette période terrible constituera « la détresse de Jacob ». Une telle détresse ne s’est jamais produite et ne se reproduira jamais (v. 19). Le Seigneur abrégera ces jours terribles afin que toute l’humanité ne soit pas anéantie (v. 20). Ces versets parlent de l’antichrist (v. 21). La victoire finale appartient à Dieu en faveur de ses bien-aimés qui auront reçu le Seigneur comme leur Sauveur (Zach. 12. 10 à 14 ; Dan. 12. 1 ; Rom. 9. 27 à 29).

Le « règne » de la bête ne durera donc que sept ans : 3 ans ½ où elle cherchera à séduire les nations et Israël, puis, 3 ans ½ ou le diable jettera le masque, et où il cherchera à détruire tous ceux qui refuseront d’adorer l’idole installée dans le temple de Dieu à Jérusalem.

Après la délivrance de son peuple et la destruction des deux bêtes jetées dans l’étang de feu (Apoc. 19. 19 et 20), commencera alors le règne du Seigneur, qui durera mille ans. Dès lors, le résidu sauvé de toute détresse se répandra dans toutes les nations et prêchera l’évangile du royaume.

Le v. 22 parle des faux christs et des faux prophètes qui, possédés de Satan, chercheront à séduire les croyants du résidu juif en faisant des miracles. C’est un avertissement pour ceux d’Israël qui eux, attendront le vrai Messie. « Mais vous, soyez sur vos gardes ! » dit le Seigneur à ses rachetés.

Ces paroles du Seigneur s’appliquent aussi à nous, ses bien-aimés (lire 1 Jean 2. 18 et 19), car dans la chrétienté professante, il y a beaucoup de faux prophètes, de faux apôtres, enseignant de fausses doctrines relevant de l’esprit de l’antichrist. Nous devons nous tenir sur nos gardes afin de ne pas nous laisser séduire par des enseignements pouvant avoir des aspects attrayants.

Veillons donc, et attachons-nous à ce qui est « dès le commencement ».

Israël a reçu du Seigneur des paroles d’encouragement en ce qu’Il leur a tout dit à l’avance (v. 23), concernant la grande tribulation de la fin, et qu’il subira. Les croyants de l’Église ne vivront pas cette période terrible, ayant déjà été enlevés par le Seigneur pour être toujours avec Lui. Le fait que le Seigneur nous le communique dans sa Parole est à rapprocher de ce que l’Éternel annonce à Abraham, en Genèse 18. 17 : « Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire, puisque Abraham doit certainement devenir une nation grande et forte, et qu’en lui seront bénies toutes les nations de la terre ? » Dieu prend plaisir à révéler d’avance ce qu’Il veut faire à ceux qui sont ses bien-aimés rachetés.

Le v. 26 révèle l’apparition en gloire de son Fils, aux yeux du monde entier. C’est alors que « tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé » ; et cela en vue d’établir son règne millénaire. Pour Israël, Il apparaîtra sur le Mont des Oliviers, et un résidu fidèle de son peuple terrestre le recevra comme son Messie promis (voir Zach. 12. 10 et suivants et Zach. 14).

Cependant, il se produira un terrible conflit, car Satan cherchera à détruire les fidèles du peuple de Dieu, le résidu ayant reçu le Messie. Le Mont des Oliviers se fendra en deux, et les fidèles s’enfuiront par cette vallée et seront sauvés (Apoc. 12).

Dans ce chapitre de l’Apocalypse, la femme de l’apparition, revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles et la lune sous ses pieds, montre que Dieu avait placé des autorités qui devaient gouverner Israël dans la fidélité selon la volonté de Dieu. Elles devaient manifester la lumière divine révélée par la loi. Mais elles avaient manqué de soumission. Et les autorités de la fin seront véritablement sous la puissance de Satan (Apoc. 13). C’est alors que le Seigneur, la vraie lumière céleste, apparaîtra (Zach. 14. 6 et 7). On peut penser à Actes 2. 19 et 20, citation de Joël 2. 2 et Apocalypse 6. 12 et 13.

Le figuier est une image d’Israël dont Dieu attend qu’il produise du fruit spirituel. Il a commencé à pousser des feuilles dès 1948, avec le retour d’une partie d’Israël dans son pays, mais aucun fruit pour Dieu ne s’y trouve ; ils sont encore incrédules quant au Seigneur Jésus, leur Messie. Il y a 2000 ans que le Seigneur a annoncé que ces événements étaient proches « à la porte » (v. 29).

À cette époque, on ne voyait rien de cela. C’est de nos jours qu’on voit nettement que ces choses évoquées par le Seigneur vont se réaliser, sans doute dans peu de temps. Cependant nous ignorons encore le moment. Mais avant cela, l’Église sera enlevée au ciel. Les anges, alors, jugeront les incrédules de toutes les nations et d’Israël (Mat. 13. 47 à 50). Mais le Seigneur rassemblera les dix tribus d’Israël encore dans la dispersion. La restauration de l’état d’Israël a commencé, mais il lui manque encore la restauration spirituelle : le « figuier » ne présente encore que des feuilles, pas de fruits pour Dieu. Cependant nous voyons Israël se rassembler (Éz. 37. 3 à 8) : ce ne sont encore que des os sans vie, mais il y aura bientôt de la chair, des nerfs et enfin le souffle de la vie. Nous voyons les nations s’agiter autour de la nation juive, des guerres et des troubles de plus en plus nombreux et de plus en plus violents autour d’Israël. C’est une génération morale méchante et qui s’oppose ouvertement à la volonté de Dieu, sans crainte et sans vergogne, inversant toutes les valeurs morales pour satisfaire à ses passions (És. 5. 20).

Ces événements que nous vivons doivent nous faire attendre encore plus la venue du Seigneur pour nous enlever. Il est proche, à la porte.

La Parole enseigne l’existence d’une génération perverse avant l’établissement du royaume millénial. Nous voyons ces choses se réaliser autour de nous. Notre devoir, en attendant le Seigneur, c’est d’annoncer l’évangile de la grâce.

1 Thessaloniciens 4. 13 à 18 nous dit que c’est le Seigneur Lui-même qui viendra nous chercher, et non les anges comme pour le rassemblement des croyants Juifs du v. 27 de notre chapitre. Les paroles du Seigneur sont plus stables que la création du ciel et de la terre qui passeront (v. 30). Toutes s’accompliront et demeureront éternellement.

Le v. 32 ne doit pas nous surprendre ; le Seigneur, Fils de Dieu et Dieu lui-même, connaît toutes choses. Mais l’Évangile de Marc Le présente essentiellement comme le parfait serviteur soumis à son maître. À ce titre, le Fils ignore ce que son Maître a prévu, et n’a pas à révéler ce que ce dernier a préparé selon sa propre autorité et pour la venue en gloire de son Fils.

Le Père est souverain (Act. 1. 7) ; et, si le Seigneur en tant que serviteur dans l’Évangile de Marc, ignore ce que fait son Maître, Il nous appelle, quant à nous, « ses amis », et nous révèle ce qu’Il veut nous confier de la part de son Père (Jean 15. 15 ; 5. 30). En toutes choses, le Seigneur est soumis à son Père.

Les v. 30 à 37 s’adressent à tous, donc à nous aussi. Nous sommes longuement exhortés à attendre le retour du Seigneur, notre Maître, jour et nuit, car nous n’en connaissons pas le moment. Mais afin de ne pas être surpris à sa venue, nous ne devons pas dormir, spirituellement, afin de ne pas être surpris par sa venue. Nous devons donc veiller (v. 33, 35 et 37), et ne pas nous laisser accaparer par les agissements du monde qui devient de plus en plus dangereux ; car le mal gagne de plus en plus vite et envahit rapidement toutes les couches de la société, cautérisant la conscience des hommes.

Sommes-nous prêts à partir avec Lui s’Il vient nous chercher ? Sommes-nous dans un état convenable ? Inlassablement, dans les v. 9, 23 et 33, le Seigneur, avec patience et amour, nous répète de prendre garde. Soyons attentifs à tout ce qui nous entoure dans ce monde qui pervertit ses voies sans honte. Lorsqu’Il viendra nous chercher, soyons prêts à lui ouvrir la porte de nos cœurs (Luc 12. 37).

Ce chapitre marque la fin du ministère public du Seigneur. Les chapitres suivants parlent de ses derniers jours sur la terre aboutissant à la crucifixion.

La parabole du v. 34 parle du Seigneur Lui-même, parti au ciel mais devant revenir. Il a donné son autorité à ses serviteurs et leur a donné l’ouvrage selon la capacité de chacun – et a commandé au portier de veiller. Nous avons tous et toutes un service reçu du Seigneur, et sommes responsables de l’accomplir jusqu’à son retour. Il nous en demandera des comptes. Le portier doit être attentif à ne rien laisser entrer dans l’assemblée qui soit incompatible avec la sainte présence du Seigneur. Demandons-nous : qu’est-ce que le Seigneur m’a donné à faire durant son absence ? Chacun rendra compte au Seigneur.

Il existe une multitude de services différents que le Saint Esprit distribue comme il Lui plaît (1 Cor. 12. 4 à 11). Est-ce qu’aucun ne nous concernerait ? Qu’il soit visible ou caché, soyons attentifs à l’exercer pour le bien de tous. Néhémie 4. 9 et 15 montrent un travail collectif, résultat du travail personnel de chacun à sa place. Le Seigneur est Maître sur son Assemblée et nous demandera des comptes sur le résultat de notre travail. Néhémie 12. 45 montre que chacun reçoit quelque chose à garder. N’en est-il pas ainsi pour nous aussi ? Veillons donc à ce que, en nous, rien ne porte atteinte à la gloire du Seigneur dans l’assemblée. Cherchons, dans la Parole ce qui est bon pour tous (Act. 17. 11). Demandons au Seigneur ce qu’Il a prévu pour nous personnellement : quelles sont les « bonnes œuvres qu’Il a préparées d’avance » pour chacun de nous.

Au 19ème siècle, Dieu a produit un réveil dont nous profitons richement. Ne nous rendormons pas, alors que le Seigneur nous dit : « Je viens bientôt ». Veillons soigneusement (v. 35 à 37) en l’attendant, surtout s’il nous arrive de penser que l’attente est longue (Luc 12). Ne soyons pas comme cet esclave qui, connaissant la volonté de son maître, ne l’a pas accomplie et pensons au sort qui l’attendra (Luc 12. 41 à 48). Nous avons beaucoup reçu, il nous sera beaucoup redemandé.

Que le Seigneur puisse nous dire : « Bien, bon et fidèle esclave… entre dans la joie de ton Maître ».

Ch. 14

Ce chapitre dévoile trois attitudes morales opposées : la haine des sacrificateurs et des scribes pour le Seigneur (v. 1 et 2). En contraste, Simon qui aime le Seigneur et l’invite dans sa maison ; puis, l’amour de cette femme qui verse ce parfum sur le Seigneur (v. 3 à 9) ; et enfin, la trahison de Judas envers le Seigneur (v. 10 et 11).

Le Seigneur nous dit à chacun : « Mon fils, donne-moi ton cœur ».

D’une part, la haine pour tout ce qui vient de Dieu ; d’autre part, l’amour de ceux qui reçoivent ce qui est donné de sa part, et qui comble le cœur du Seigneur.

Aujourd’hui encore on retrouve ces dispositions antagonistes dans le monde. Par grâce, nous avons été amenés, nous, les croyants, à connaître et aimer le Seigneur, notre Sauveur. Nous devons répondre à son amour et engager toute notre vie pour Lui.

Les chefs religieux, dans leur haine pour le Seigneur, veulent agir avec ruse (v. 1) pour Le faire mourir. Aussi projettent-t-ils de le prendre après la fête afin de ne pas troubler le peuple (v. 2). La Pâque et la fête des pains sans levain étaient les deux plus grandes fêtes annuelles qui amenaient beaucoup de monde à Jérusalem.

Malgré le projet pervers des chefs religieux, Dieu voulait que le Seigneur Jésus, l’Agneau de Dieu qui devait mourir pour la rédemption, soit sacrifié durant la Pâque, car cela était pré-ordonné de toute éternité (1 Pier. 1. 19 et 20). Dieu est au-dessus de tout, et rien ne peut L’empêcher d’accomplir sa volonté (Act. 4. 27 et 28). Nos plans personnels ne s’accomplissent pas toujours, mais tout ira bien pour ceux qui aiment et qui craignent Dieu.

Dans les quatre évangiles, on voit le Seigneur servir les hommes dans leurs détresses ; la scène de Béthanie est rapportée dans trois évangiles. Et là, quelque chose a été fait pour Lui, par une femme, et cela comble le cœur du Seigneur, qui en reconnaît toute la valeur. Et selon sa volonté, cette « bonne œuvre » que Marie a faite pour Lui, est désormais racontée partout où l’évangile est annoncé, selon sa volonté (v. 9).

Nous lisons en Jean 12. 1 à 3, que cette femme est Marie de Béthanie. Il y avait aussi sa sœur Marthe et son frère Lazare que le Seigneur avait ressuscité. Ils étaient probablement invités, avec le Seigneur, dans la maison de Simon le lépreux. Marie aimait le Seigneur de tout son cœur et le lui a montré en répandant ce parfum sur sa tête, et probablement sur ses pieds.

Les différences des évangiles répondent aux caractères propres de chaque évangile : le roi (Matthieu) ; le prophète (Marc) ; le Fils de Dieu dans l’évangile de Jean). Marie a traduit son amour en action : elle a anticipé le moment de la sépulture du Seigneur, en versant ce parfum sur Lui. Elle avait écouté le Seigneur, assise à ses pieds, et elle avait compris qu’Il devait mourir et ressusciter. Aussi ne la voyons-nous pas au tombeau du Seigneur. Évitons les critiques pour les autres (v. 4 et 5). Le Seigneur apprécie ce qui est fait pour Lui et lit au fond des cœurs. Nous pouvons faire des bonnes œuvres envers les croyants (3 Jean 5), envers les hommes (Gal. 6. 9 et 10). Seul, l’amour préside à nos bonnes œuvres pour le Seigneur, pour les frères et pour les hommes, selon notre pouvoir (v. 8).

En versant ce parfum sur le Seigneur, Marie a rempli la maison du parfum de son amour pour Lui, sans même prononcer un seul mot ! Rassemblés pour l’adoration le dimanche matin, notre cœur à tous et à toutes répand-t-il un parfum de bonne odeur, même sans paroles ? Préparons nos cœurs durant la semaine, et soyons conscients de la présence du Seigneur, qu’Il a promise à ceux qui se réunissent à son Nom. Nos cœurs souffrent-ils lorsque nous évoquons ses souffrances sur la croix durant l’expiation ? Ainsi, si l’adoration s’élève jusqu’à Dieu, il y aura cette bonne odeur de Christ qui se répandra dans le ciel et dans l’assemblée.

Prenons davantage conscience que nous sommes tous et toutes des sacrificateurs pour Dieu, et rendons-Lui gloire du plus profond de nos cœurs reconnaissants, de s’être livré pour nous à la mort, par amour.

Parmi les douze disciples, onze d’entre eux, bien qu’ils n’aient pas compris tout ce que leur enseignait le Seigneur, aimaient Celui qu’ils suivaient depuis trois ans et demi, et dont ils étaient assurés qu’Il était le Fils de Dieu.

Judas, lui, ne lui avait jamais donné son cœur, et ne le suivait que par amour de l’argent. C’était lui qui portait la bourse commune, et il était voleur (Jean 12. 4 à 6). Il va donc voir les principaux sacrificateurs afin de leur livrer le Seigneur, moyennant de l’argent. Ceux-ci s’en réjouirent et lui promirent trente pièces d’argent. Cet argent, Judas n’en profitera pas : voyant que le Seigneur était livré et condamné, contrairement à l’attente du traître, il jeta dans le temple cet argent qui servit à acheter le champ du potier, selon la prophétie de Zacharie 11. 12 et 13 qui se réalise au pied de la lettre. Puis, Judas s’est pendu.

Le Seigneur connaissait parfaitement le cœur des disciples et savait que Judas le livrerait (Jean 6. 70 et 71). L’amour de l’argent est un poison dans le cœur (1 Tim. 6. 10), mais le Seigneur l’avait choisi, car tel était le plan de Dieu afin que le Fils de Dieu soit livré et meure pour la rédemption des croyants qui mettraient leur foi en Lui. Notre salut était à ce prix !

Mais Judas n’avait pas donné son cœur au Seigneur : en Matthieu 26. 20 à 25, tandis que les disciples demandent au Seigneur : « Est-ce moi, Seigneur ? » Judas, pour donner bonne impression, demande : « Est-ce moi, Rabbi ? » Il est incapable de l’appeler « Seigneur » ! « Nul ne peut l’appeler Seigneur si ce n’est par l’Esprit Saint ».

L’argent nous est indispensable afin de pourvoir à nos besoins et à nos obligations. Mais l’amour de l’argent est un vrai piège du diable, et conduit à de terribles douleurs morales. C’est un péché dont on parle peu, mais nous devons y être attentifs et agir avec sagesse à ce sujet.

Entre « le trésor immarcescible » céleste, et le trésor purement terrestre, choisissons le bon, qui est éternel (Mat. 6. 24). Cherchons « premièrement le royaume de Dieu et sa justice » (cf. Mat. 6. 31 à 33). Fixons les yeux sur Jésus qui prend soin de nous. « Si nous avons été ressuscités, cherchons les choses qui sont en haut » (Col. 3. 1 à 3). Enfants de Dieu, notre vie est cachée en Christ, en haut, et Satan ne peut pas nous en arracher. Faisons le bon choix afin d’honorer Dieu.

Les disciples attendaient que le Seigneur établisse son royaume, mais il était indispensable qu’Il soit d’abord leur rédempteur (Luc 2. 8 à 11). Même si nous ne comprenons pas toujours ce qui nous arrive, soyons sûrs que les voies de Dieu s’accompliront en notre faveur.

Les arrangements humains voulaient que le Seigneur soit livré commodément, hors de la fête de Pâque, afin d’éviter tout tumulte. Mais selon les conseils de Dieu, le Seigneur était le vrai Agneau de Dieu, préconnu dès avant la fondation du monde, et donc, la vraie Pâque. C’était donc pendant la fête qu’Il devait être sacrifié.

Le Seigneur a mangé avec ses disciples la dernière Pâque légale (Luc 22. 14 à 18) en Israélite fidèle. Mais à partir du v. 9, Il établit la première cène du souvenir. Son sang versé est le vrai sang de notre purification que Dieu voyait dans l’éternité (Ex. 12. 21 à 25). Pour la cène, les disciples n’ont pris aucune initiative : ils ont fait exactement ce que le Seigneur leur a commandé avec précision. Le Seigneur nous instruit sur la manière dont nous devons nous réunir, et prendre la cène pour nous souvenir de son sacrifice afin de nous sauver et de nous laver de tous péchés. Sa Parole est claire, suivons-la.

Dans l’évangile de Marc, l’homme portant une cruche d’eau symbolise la présence du Saint Esprit là où il entrait. C’était là que les disciples devait préparer la Pâque et là que le Seigneur instituerait la cène. Nous devons être des croyants et, ainsi avoir le Saint Esprit en nous et nous laisser conduire par Lui seul. Les disciples ayant tout préparé, nous devons nous aussi, durant la semaine, nous préparer pour le culte du dimanche, afin que nous puissions prendre la cène dignement (1 Cor. 11. 23 à 32). Le Seigneur avait parlé plusieurs fois de ses souffrances et de sa mort. Mais, dans ce dernier repas qu’Il prend avec eux, Il leur apprend que l’un d’entre eux le livrera (v. 18).

Consternés, tous lui demandent : « Est-ce moi ? » Il est bon de ne pas avoir une trop grande assurance de nous-mêmes ; nous sommes capables de bien des misères ! Le Psaume 139. 23 et 24 nous montre la bonne attitude à avoir. Mais aussi : « Que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe ». Restons près du Seigneur qui nous gardera.

Pour se donner une bonne attitude, Judas, comme ses condisciples, a posé la même question : « Est-ce moi ? » Mais il savait bien que c’était de lui que le Seigneur parlait. Après avoir supporté longtemps le traître jusqu’au dernier moment, Il le dénonce. Lorsque dans l’assemblée quelque chose ne va pas, posons-nous la question : est-ce à cause de moi, Seigneur ? Si nous sommes sincères, Il nous le montrera. Même Pierre, si sûr de lui (v. 29 à 31), pose aussi la question : « Est-ce moi » ? Nous sommes capables d’attrister le Saint Esprit qui produit alors une gêne que l’on ressent dans l’assemblée. Dès lors, la joie de la présence du Seigneur est assombrie ; éprouvons nos cœurs constamment, mais surtout lorsque vient le moment de la cène (1 Cor. 11. 23 à 32).

Aux v. 20 à 21, le Seigneur porte un terrible jugement sur Judas : « Il eût été bon pour cet homme-là qu‘il ne fût pas né ». Il y a la terrible responsabilité de Judas pour avoir livré son Seigneur, par incrédulité et cupidité. Cependant, il y a aussi la pré-connaissance de Dieu qui, de toute éternité connaît chacun de nous, et Il s’est servi de Judas, sachant que cet homme ne se convertirait jamais ! Si Pierre, si sûr de lui, avait besoin de se connaître, nous aussi nous en avons la nécessité ; aussi longtemps que nous avançons en âge, nous faisons l’expérience douloureuse de nos chutes humiliantes, et cela nous pousse à plus d’humilité.

Le Seigneur était le vrai Agneau de Dieu : il était indispensable qu’Il soit livré en sacrifice (Act. 2. 23). « Le fils de l’homme s’en va, selon qu’il est écrit de lui » (v. 21) : c’est la réalisation de Lévitique 16. 7 à 10. Le bouc pour Azazel (le bouc qui s’en va) emportait au désert les péchés expiés par le bouc sacrifié : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités (Héb. 8. 12).

La nouvelle alliance (v. 22 à 24), concerne directement le peuple juif, lorsqu’il reconnaîtra le Seigneur comme son Messie, et qu’il se repentira de l’avoir, autrefois, rejeté et crucifié. C’est seulement avec son peuple terrestre que Dieu a conclu la première alliance, scellée avec le sang des animaux sacrifiés. Mais la nouvelle alliance a été scellée dans le sang du Seigneur Lui-même : elle est éternelle. Elle ne concerne pas l’Église, pour laquelle le Seigneur dit que son sang est versé pour « plusieurs » c’est à dire pour ceux qui croient en Lui, dans toutes les nations.

Contrairement à la première alliance que Dieu avait conclue avec le peuple, et qui dépendait de la fidélité de chacune des deux parties, la nouvelle alliance ne repose que sur une seule partie : celle de Dieu : Dieu dit : « Car c’est ici l’alliance que j’établirai pour la maison d’Israël » (lire Héb. 8. 12).

Il ne semble pas que Judas ait prit la cène. En Jean 13, durant le repas, le Seigneur déclare que l’un d’eux le livrera ; et, devant leurs questions, Il désigne Judas en lui donnant un « morceau trempé », et le traître sortit aussitôt (Jean 13. 21 à 30).

Quant à la nouvelle alliance, elle était déjà annoncée prophétiquement en Jérémie 31. 31 à 34. La « nouvelle alliance » (v. 24), concerne Israël et repose sur le sang de Christ, le vrai Agneau du sacrifice : l’ancienne alliance reposait sur le sang de l’agneau sacrifié dans chaque maison : Israël était placé sous la Loi. La nouvelle alliance plaçait le peuple sous la grâce (Héb. 8).

Elle ne concerne pas directement l’Assemblée chrétienne (l’Église), qui n’était pas encore formée dans les évangiles. L’apôtre Paul, seul, en a reçu l’enseignement par une révélation personnelle, directement par l’Esprit du Seigneur.

À l’institution de la cène, le Seigneur n’a révélé que le côté du souvenir de Lui-même : « Faites ceci en mémoire de moi » ; ce sont les évangiles et 1 Corinthiens 11 où les affections du Seigneur sont mises en lumière, et où celles des apôtres sont sollicitées.

En 1 Corinthiens 10, on trouve l’enseignement concernant « la table du Seigneur » où la communion, avec Lui et les uns avec les autres, est manifestée. C’est une « table » morale faisant appel à notre responsabilité personnelle et collective : nous devons veiller à ce que notre état moral personnel soit purifié devant le Seigneur, en confessant le moindre manquement ou péché en nous-mêmes. Mais notre responsabilité collective consiste à ne tolérer aucun mal moral ou doctrinal connu au milieu du rassemblement où nous nous trouvons. Souvenons-nous que nous engageons notre responsabilité devant le Seigneur et devant son assemblée toute entière.

Cependant, s’il est indispensable de nous purifier de tout mal (moral ou doctrinal), dans notre rassemblement, la connaissance de ce mal ne doit pas nous inciter à nous abstenir de prendre la cène. Si, hélas ! Nous ne sommes pas dignes du Seigneur, Lui est digne d’être honoré par notre réponse à sa demande : « Faites ceci en mémoire de moi ». Seulement, il est indispensable de nous juger nous-mêmes, de nous purifier ; sinon, le Seigneur devra nous juger et nous châtier (cf. 1 Cor. 11. 28 à 32).

La cène nous fait souvenir des souffrances du Seigneur, en particulier, durant les trois heures de ténèbres durant lesquelles Il a été jugé pour nos péchés, et où Il a sondé à fond toutes les douleurs éternelles qui nous étaient réservées si nous avions été jugés nous-mêmes : ce sont ses souffrances dont nous nous souvenons en prenant la cène.

Quant à la coupe à laquelle nous buvons, le Seigneur insiste : « Buvez-en tous » en Matthieu. Et en Marc : « ils en burent tous » : Ils ont répondu à son désir. Le Seigneur n’a pas attendu qu’ils soient parfaits pour instituer la cène.

En Marc 14. 25, le Seigneur fait allusion au fait que, durant les mille ans de son royaume, lorsque Il l’aura établi, Il boira « un vin » d’une autre sorte. Le vin, dans la Parole, est le symbole de la joie de Dieu et des croyants (Jug. 9. 13). Ce sera le vin spirituel de la joie divine du Seigneur et des rachetés dans la félicité céleste et éternelle.

Enfin, au v. 26, avec ses disciples, Il chante une hymne, mêlant sa voix à la leur. Étant Homme et parfait Serviteur, Il se met au niveau de ses disciples. Nous-mêmes, nous chantons un ou plusieurs cantiques après avoir pris la cène.

Puis « Ils sortirent et s’en allèrent à la montagne des oliviers » (v. 26), où, après un douloureux combat moral, le Seigneur acceptera de prendre la coupe des malédictions que lui tendra le Père, afin de la boire entièrement.

À Gethsémané (qui signifie : pressoir à huile), son âme a été « pressurée » jusqu’à l’extrême par l’horreur qu’Il éprouvait de vivre ces terribles heures de l’abandon de son Dieu. Il était comme « un passereau sur un toit » et « un hibou solitaire dans les lieux désolés ».

Cependant, dans sa parfaite obéissance à son Dieu, à Gethsémané, son âme pressurée jusqu’à son tréfonds, il n’en est sorti que « l’huile de son absolue sainteté ». Les disciples attendaient un Messie glorieux, et le Seigneur leur dit : « Vous serez tous scandalisés ; car il est écrit : « Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées ; mais après que je serai ressuscité, j’irai devant vous en Galilée » (v. 27 et 28). Devant l’annonce de faits contraires à leur attente, les disciples ne comprenaient pas, et Pierre proteste avec force de sa fidélité (v. 29 et 31). Mais en effet, l’épée de la justice de Dieu s’est abattue sur le Seigneur (le berger), et les disciples ont été dispersés, ainsi que tout le peuple, afin que les nations aient part à l’évangile de la grâce et soient sauvées.

C’est durant les trois heures de ténèbres, lors de la crucifixion, que le Sauveur a été frappé de Dieu, car tous nos péchés ont été trouvés sur Lui et non en Lui. « Et les yeux de Dieu sont trop purs pour voir le mal ». Nous sommes sauvés par la foi, par la grâce.

Pierre devait encore apprendre à se connaître et, cette nuit-là, il fera l’expérience de sa propre misère : non seulement il s’enfuit avec les autres disciples (v. 50), mais seul d’entre tous il reniera son Maître trois fois, comme Il le lui avait annoncé (v. 66 à 72). Ne lui jetons pas la pierre en nous croyant plus forts. Son reniement nous parle, car il aimait beaucoup son Seigneur, mais il s’appuyait sur cela, au lieu de s’en remettre à l’amour du Seigneur : il avait trop confiance en lui-même.

À l’inverse, Jean, quant à lui, se nommait : « le disciple que Jésus aimait ». Pierre était trop sûr de démontrer son amour pour le Seigneur. Mais la force du croyant n’est pas en lui-même, mais dans le Seigneur. Le v. 31 peut s’entendre ainsi : je ne te renierai absolument pas. Il se mettait au-dessus de ses condisciples « v. 29 ».

Ézéchias, en 2 Chroniques 32. 31, avait montré aux ambassadeurs de Babylone, tous ses trésors « et Dieu l’abandonna pour l’éprouver, afin qu’il connût tout ce qui était dans son cœur ». Quant à Pierre, Dieu a permis sa chute afin qu’il se connaisse lui-même. Alors, « il pleura », en se souvenant que le Seigneur l’en avait averti ! (v. 72).

Les prophéties peuvent nous paraître illogiques ; mais dès qu’elles se réalisent, plus tard, elles démontrent, et l’existence de Dieu, et la véracité de sa Parole. Le Nouveau Testament éclaire l’Ancien Testament. Ainsi toute la Parole de Dieu se révèle être la vérité (Jean 17. 17). Les Israélites n’ont que l’Ancien Testament, et ne comprennent pas toujours clairement ce que Dieu leur enseigne par les Écritures à leur disposition.

Le Seigneur ressuscité n’oubliera pas ses disciples et leur promet de les attendre en Galilée (v. 28 et 29) ; promesse qu’Il accomplit (ch. 16. 7 et 19).

Après la résurrection du Seigneur, Il s’occupera de restaurer Pierre, en Jean 21. Pierre l’a renié trois fois, et le Seigneur lui posera trois fois la même question : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? (v. 15, 16 et 17). C’était, pour son disciple, l’épreuve de la foi : ces moments qui, par la suite, nous font honte mais nous montrent que nous avons besoin d’être constamment fortifiés dans le Seigneur, faute de quoi nous tomberons. La confiance en nous-mêmes nous conduira toujours à la chute, à la honte et aux larmes. Le Seigneur peut permettre, pour nous, des situations où nous n’aurons pas la force de tenir ferme avec nos propres forces.

Seul, le Seigneur a la puissance de nous tenir debout dans toutes les situations. « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15. 5).

Gethsémané, situé sur le Mont des Oliviers, signifie : « pressoir à huile ». Le Seigneur, sur le Mont des Oliviers, a été « pressuré » et l’a été infiniment plus sur la croix, au plus profond de son âme durant les trois heures de ténèbres où Il était frappé de Dieu. Il a été jugé comme « étant fait péché pour nous ».

Dans la Parole, l’huile représente la sainteté : les sacrificateurs étaient oints d’huile, ce qui manifestait la sainteté de leur sacerdoce.

Déjà, dans ce jardin de Gethsémané, le Seigneur était prêt à obéir jusqu’au bout à son Père, malgré l’horreur qui L’étreignait à l’approche de ces heures terribles de l’expiation de nos péchés, Lui, le saint et le juste ! Son angoisse, à l’approche de ces moments dont Il avait une sainte horreur, était telle que sa « sueur découlait jusqu’à terre comme des grumeaux de sang » (Luc 22. 44). Mais Il n’a pas reculé. Ses souffrances physiques, certes, mais ses terribles souffrances morales sont bien propres à toucher notre cœur. Dès le début de son service, le Seigneur a été « tenté » par le diable trois fois, et chaque fois le Seigneur l’a repoussé en lui répondant par la Parole (Luc 4. 13). Après avoir échoué dans ses tentations, le diable « se retira pour un temps ». La Parole et la prière sont des armes décisives contre les tentations de l’ennemi (Éph. 6. 17 et 18).

Pour la troisième fois, le Seigneur prend avec Lui Pierre, Jacques et Jean. Il les avait pris, seuls des douze, lors la résurrection de la fille de Jaïrus, lors de sa transfiguration et à Gethsémané (ch. 5. 37 ; 9. 2 à 8). En Galates 2. 9, l’Esprit Saint nous révèle qu’ils étaient considérés comme étant des « colonnes » dans l’Assemblée. Leur action était profondément fondée sur la Parole. Ces trois circonstances qu’ils avaient vécues avaient fortifié leur foi.

À la fois Dieu et homme, le Seigneur, dans son humanité parfaite, au cours de ces derniers moments, éprouvait le besoin de sympathie, de consolation de la part de ses trois disciples : « L’opprobre m’a brisé le cœur, et je suis accablé ; et j’ai attendu que quelqu’un eût compassion de moi, mais il n’y a eu personne… et des consolateurs, mais je n’en ai pas trouvé » (Ps 69. 20).

Trois fois, le Seigneur, dans son angoisse, revient vers ses trois disciples, et les trouve endormis ! Nous-mêmes, nous nous endormons facilement, au lieu d’entrer quelque peu dans le souvenir de ses souffrances et dans tout ce qu’Il nous a donné par pure grâce. Il désire nous faire entrer toujours plus en possession des bénédictions que son cœur nous destine. Ne soyons pas de ceux qui dorment.

Témoin de cette scène douloureuse, Dieu envoie un ange pour le fortifier (Luc 22. 43). Une créature fortifie son Créateur ! En Matthieu 26. 38 à 40, le Seigneur leur dit : « Veillez avec moi ». Peu après, constatant leur défection, Il leur dit : « Ainsi, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ? ». Parmi ces trois disciples, plus tard, Jean a écrit un évangile, trois épîtres et l’Apocalypse ; Pierre et Jacques ont écrit des épîtres. Ils avaient probablement appris plus que les autres, et leurs écrits en rendent témoignage.

Jésus, dans sa communion parfaite avec son Dieu, peut L’invoquer : « Abba, Père » (v. 36). Il y a là une expression de tendresse. Devenus à notre tour ses enfants par grâce, par la foi, nous aussi nous pouvons appeler Dieu de la même expression d’amour et de reconnaissance (Rom. 8. 15).

Mais au verset 41, il est trop tard : les disciples n’ont pas su apporter la moindre consolation au Seigneur qui leur dit : « Dormez dorénavant et reposez-vous ; il suffit, l’heure est venue ». L’instant d’après, Judas était là et Le livrait.

Le combat moral du Seigneur à Gethsémané était en rapport avec sa nature divine d’Homme sans péché et qui allait être « fait péché ». Bien qu’ayant toujours fait la volonté de Dieu, Il allait être abandonné de Dieu. Bien qu’étant le Prince de la vie et ayant la vie en Lui-même, Il allait goûter la mort pour tout. Mais son œuvre accomplie, Dieu l’a sauvé hors de la mort (Héb. 5. 7 et 8).

Jean rapporte la rencontre du Seigneur avec Nathanaël. Celui-ci lui dit : « Tu es le Fils de Dieu » Le Seigneur lui répond : « Désormais, vous verrez les anges de Dieu monter et descendre sur le fils de l’homme » ? Il révèle ainsi qu’Il est à la fois Dieu et homme (Jean 1. 50 à 52).

Ces versets nous parlent du drame de Judas qui, durant trois ans et demi a suivi le Seigneur, a écouté et a entendu tout ce qu’Il leur a enseigné, mais n’a rien reçu ! Il semble que la seule chose qui l’intéressait, c’est qu’il portait la bourse commune où l’on mettait l’argent, car il était voleur. Et, pour trente pièces d’argent, il s’apprête à vendre le Seigneur, réalisant ce qu’annonçaient les Écritures.

Judas avait averti ceux qui le suivaient qu’il leur désignerait celui qu’ils cherchaient par un baiser. Et parvenu en Gethsémané, il s’approche du Seigneur et Le salue : « Rabbi, Rabbi ! et il le baisa avec empressement » (v. 45). Judas, n’ayant jamais donné son cœur au Seigneur, ne pouvait pas l’appeler Seigneur comme les autres disciples. Il L’appelle Rabbi (Maître qui enseigne).

Alors ils se saisirent de Lui. En Luc 22. 47 et 48, le Seigneur laisse transparaître sa douleur en lui disant : « Judas, tu livres le fils de l’homme par un baiser ? » Quel mépris il y a dans le cœur du traître, alors qu’un baiser est un signe d’amour ! Si le Seigneur revenait aujourd’hui parmi les hommes, Il serait trahi et mis à mort de la même manière.

Jean, dans son évangile qui présente le Seigneur comme le Fils de Dieu, décrit cette scène étonnante. C’est Lui-même qui s’avance vers eux et demande : « Qui cherchez-vous ? » À la suite de leur réponse Il leur dit : « C’est moi » ; à ces mots, ils reculent et tombent par terre. Ils se trouvent devant le Fils de Dieu et ne peuvent tenir devant Lui : aucun homme ne peut tenir devant Dieu ! Puis, le Seigneur renouvelle sa question, recevant la même réponse, et Il leur dit : « Je vous ai dit que c’est moi ; si donc vous me cherchez, laissez aller ceux-ci » (Jean 18. 4 à 8). Cette fois, c’est le Fils de l’homme qui répond, et ils ne s’effrayent plus. Mais Il a pris soin de préserver ses disciples (v. 9).

Alors tous ses disciples s’enfuirent, même Pierre, si sûr de lui ! Le cœur humain ne peut supporter ces choses que Dieu a préparées d’avance. Le Seigneur connaissait de toute éternité ce qui devait se passer, et il fallait que cela arrive en son temps (Luc 22. 53 ; Jean 13. 1).

Le Psaume 55. 12 à 14 dévoile ce que le Seigneur a ressenti de chagrin, lorsque Judas L’a trahi et a conduit ceux qui L’ont arrêté dans le jardin. Le traître était l’un d’entre les douze qui trempait avec Lui au plat (v. 20) !

Judas était bien loin du Seigneur car il avait dit à ceux qui venaient l’arrêter : « amenez-le sûrement ». Pourtant, il avait vu plusieurs fois le Seigneur se dérober devant ceux qui voulaient L’arrêter pour Le mettre à mort, car son heure n’était pas encore venue. Mais là, son heure était venue et rien ne pouvait différer pour Lui le moment d’aller à la croix. Alors, Il s’est livré Lui-même et rien n’aurait pu L’arrêter, Il est allé jusqu’à la mort. Lui qui avait la vie en Lui-même, Il a goûté la mort pour tout. Il a tout supporté par amour, et pour son Dieu qu’Il a glorifié, et pour nous sauver. Le châtiment qu’Il a enduré, c’est celui que nous méritions mais que, par amour pour nous, Il a accepté de subir à notre place. Quel amour !

Comme Il a protégé ses disciples en danger dans le jardin, et aucun n’a été inquiété par ceux qui arrêtaient le Seigneur, Il nous protège aussi dans nos circonstances particulières, afin que notre vie soit un témoignage pour notre Sauveur et Seigneur. Prenons garde de ne pas nous laisser entraîner par le diable, qui cherche des occasions pour faire de nous ses victimes. Dieu nous donne ce témoignage des dangers de s’engager inconsidérément avec ce terrible ennemi !

Le Seigneur avait dit à ceux qui L’écoutaient : « Aimez vos ennemis » (le sermon sur la montagne). Et, dans les derniers moments qu’Il passe sur la terre, Il en donne le témoignage en guérissant l’oreille coupée de l’esclave du souverain sacrificateur (Luc 22. 51).

Le verset 49 montre que nul ne pouvait mettre la main sur le Seigneur et L’arrêter tant que son heure n’était pas encore venue pour cela.

La nuit de son arrestation, le Seigneur a comparu devant six tribunaux :

– Dans la maison du souverain sacrificateur.

– Devant le sanhédrin réuni de nuit, en contradiction avec la Loi.

– De nouveau devant le souverain sacrificateur aux toutes premières heures du matin.

– Devant Pilate.

– Devant Hérode.

– Enfin, de nouveau devant Pilate.

Pierre, qui s’était enfui avec tous les disciples, s’était ravisé et suivait le Seigneur de loin. Il aimait beaucoup son Seigneur, et voulait voir ce qu’il Lui adviendrait (Mat. 26. 58). « Et il s’assit avec les huissiers et se chauffait près du feu » (v. 54). Il s’était mis dans une situation où il ne pouvait que tomber. Le Psaume 1. 1 déclare : « Bienheureux l’homme qui ne marche pas dans le conseil des méchants, et ne se tient pas dans le chemin des pécheurs, et ne s’assied pas au siège des moqueurs ». Mais Pierre s’était assis et se chauffait dans la compagnie des ennemis du Seigneur. « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15. 33).

Prenons garde à ne pas nous trouver volontairement dans la compagnie des ennemis de Dieu, car nous ne sommes pas plus forts que ce disciple.

Le Seigneur était « la lumière du monde » : la lumière céleste, et celui qui le suit (de près), ne marche pas dans les ténèbres mais a « la lumière de la vie » (Jean 8. 12). Si un croyant s’éloigne du Seigneur, il perd la vraie lumière et tombera à coup sûr, en s’éclairant à la fausse clarté humaine et mondaine (És. 50. 11). S’étant mis dans une mauvaise situation, Pierre a renié son Maître et a pleuré amèrement lorsque le Seigneur, au même moment, s’est tourné vers lui avec amour, mais avec douleur.

Suivre le Seigneur avec nos propres forces nous conduira à la chute. « Séparés de moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15. 5). Mais « Près de moi, tu seras bien gardé » (1 Samuel 22. 23). Recherchons toujours la compagnie de ceux qui aiment le Seigneur et Le suivent de près. Dans les activités quotidiennes, nous nous trouvons mêlés au monde, mais demandons au Seigneur sa protection : Il répond aux prières de ses bien-aimés.

Le Seigneur peut, parfois, afin que nous apprenions à nous connaître nous-mêmes, permettre une chute qui nous fera pleurer. Dans notre repentance et notre confession, Il nous relèvera, nous approchera plus près de Lui et nous fera croître « jusqu’à la mesure de la plénitude de la stature du Christ » (Éph. 4. 13). Pierre n’a-t-il pas été restauré ? (Jean 21. 15 à 18)

Du v. 55 au v. 59, les ennemis de Jésus cherchent des faux témoins, contrairement à ce qu’indique Exode 20. 16 et Proverbes 19. 5 ; mais ils n’en trouvent pas, car ils ne s’accordaient pas entre eux et tordaient les paroles que le Seigneur avait dites (Jean 2. 18 à 21). Confronté aux faux témoins, le Seigneur ne répond à aucun. Il ne répondra qu’à la voix d’adjuration, en obéissance à la loi (Lév. 5. 1). Toute la culpabilité des chefs du peuple, qui devaient respecter et faire respecter toute la loi, est mise en pleine lumière, ainsi que celle des faux témoins. Mais ils l’ont enfreinte délibérément. Ils voulaient faire mourir le Seigneur. Sans le savoir, ils accomplissaient la volonté de Dieu, mais leur culpabilité reste entière.

Enfin, le souverain sacrificateur l’adjure (Mat. 26. 63) de dire s’il est le Fils de Dieu. Se soumettant à la loi, Il répond : « Je le suis » (v. 62). Et Il ajoute qu’ils Le verront apparaître sur les nuées du ciel (Apoc. 14. 14 à 16). S’Il n’a rien répondu aux mensonges des faux témoins, selon la loi, Il répond la vérité.

À la question du souverain sacrificateur : « Toi, tu es le Christ, le Fils du béni ? », le Seigneur répond affirmativement et en évoquant sa future venue en gloire et en puissance (v. 62 ; Apoc. 14. 14 et suivants). Dans le même temps où, par respect pour Dieu, les Juifs n’osant pas prononcer le nom « Dieu », l’appellent « le Béni », ils condamnent sans appel son Fils !

Plus tard, le résidu des Juifs se repentira en voyant apparaître devant lui : « Celui qu’ils auront percé, et ils se lamenteront sur Lui comme on se lamente sur un fils unique » (Zach. 12. 10 ; ch. 14. 3 à 5 ; Ps. 8. 5 et 6 ; Ps. 110. 1 et suivants). Et désormais, Il établira son royaume qui ne passera pas (Dan. 7. 13 et 14).

Le souverain sacrificateur s’enfonce de plus en plus dans la désobéissance à la Loi. Après avoir convoqué un sanhédrin en pleine nuit (ce qui était interdit), il déchire ses vêtements, ce que ne devait jamais faire un sacrificateur, car il était sanctifié, et représentait le Seigneur, « grand souverain sacrificateur pour l’éternité ».

Devant la parole d’adjuration du souverain sacrificateur (Mat. 26. 63), le Seigneur, qui n’a rien répondu aux fausses accusations des faux témoins, obéit à la loi et répond selon la vérité, sachant que sa réponse servira à ces hommes religieux jaloux de leurs prérogatives, de prétexte à sa condamnation (v. 64) car sa réponse est faussement qualifiée de « blasphème » !

C’est sur une vérité fondamentale que le Seigneur est condamné à mort car Il est réellement le Fils de Dieu. Les Juifs et les nations sont co-responsables de sa condamnation. Sous la domination des Romains, les Juifs n’avaient pas la liberté de mettre personne à mort. Aussi, ils ont eu recours au gouverneur romain pour obtenir que le Seigneur soit crucifié.

Mais auparavant, ces chefs religieux ont laissé libre cours à leur méchanceté, en molestant le Seigneur. Ils ont usé de brutalité sans retenue et Lui ont exprimé toute leur haine alors que Lui, le Fils de Dieu, était venu en grâce et en amour. Même les huissiers qui, en Jean 7. 45 et 46, reconnaissaient qu’Il n’était pas seulement un homme ordinaire, se dressent contre Lui et Le frappent de leurs mains ! Le Seigneur n’esquive pas leur méchanceté et subit leurs outrages sans un mot de protestation, malgré ses souffrances (És. 50. 6). En cela comme en toutes circonstances, nous avons là notre modèle.

Ces passages étreignent notre cœur, lorsqu’on pense à toute la compassion que le Seigneur a manifestée envers les malheureux qu’Il rencontrait sur son chemin. Et Lui, Il n’a trouvé que la haine, le mépris, les coups, les crachats et la mort de la croix. Et Il n’a rien dit. Il a pleinement accompli l’œuvre qu’Il était venu faire sur la terre, afin de glorifier Dieu et de sauver les hommes.

Ces moments sont uniques et solennels dans les annales de l’histoire de l’humanité en relation avec son Dieu créateur. C’est le moment où les hommes ont manifesté la plénitude de leur méchanceté, non plus envers leurs semblables, mais envers leur propre Créateur ! La quintessence du péché s’est manifestée là, car il fallait que, par sa mort sur la croix, le Seigneur anéantisse le péché dans la plénitude de sa capacité. Le Seigneur, Dieu venu sous la réalité d’un Homme, Lui qui a la vie en Lui-même, a goûté la mort pour tout ; le Prince de la vie a été mis à mort par ses propres créatures !

C’était le plan éternel divin, et les hommes ont exécuté sa volonté à leur insu. Ils gardent cependant toute la responsabilité de leurs actes de méchanceté foncière envers leur Créateur et Rédempteur.

Ainsi, Dieu a entièrement ôté le péché en relation avec sa sainteté absolue.

Plus tard, Étienne, fidèle disciple de Christ, a été mis à mort à cause de sa foi en Jésus, avec la même méchanceté haineuse (Act. 7. 57 à 60) : et comme son Maître il ne s’est pas dérobé à la mort après avoir dit la vérité à ses bourreaux. Il a été cette « ambassade » dont parle le Seigneur, pour Lui dire : « Nous ne voulons pas que Celui-ci règne sur nous » (Luc 19. 14).

Devant la prétention de Pierre, de Le suivre jusqu’à la mort, le Seigneur l’avait averti qu’il le renierait publiquement trois fois, avant que le coq chante deux fois (v. 27 à 31). Dans nos meilleures résolutions du cœur, appuyons-nous sur la puissance du Seigneur et non sur nous-mêmes, car nous sommes sans force.

Si la Parole nous avertit (1 Cor. 10. 12), c’est que nous pouvons tomber si nous nous appuyons sur nous-mêmes. Le Seigneur est le vrai Boaz (en Lui est la force).

Le comportement de Pierre nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes, car nous avons tous la chair en nous et les mêmes faiblesses : devant les dangers imminents, nous craignons et reculons comme lui, si nous n’avons pas une foi solide.

L’exemple d’Étienne, lors de sa lapidation par les chefs du peuple, est l’exemple d’une foi qui va jusqu’au bout, jusqu’à la mort acceptée (Act. 7). Il nous montre ce que nous sommes, et ce que nous pourrions faire si notre foi était réellement vigoureuse.

Pierre, l’un des trois disciples que le Seigneur, à plusieurs reprises, avait invités à Le suivre, est le seul qui avait marché sur les eaux. Mais devant la force du vent, sa foi avait faibli, et le Seigneur avait dû le secourir. Devant le sanhédrin où le Seigneur avait le plus besoin de consolateurs, Pierre se dérobe et reste « en bas pour se chauffer » ! Et c’est là qu’il va tomber dans le reniement de son Maître qu’il aimait.

Nous-mêmes, ne sommes-nous pas « en bas » lorsque nous sommes occupés de nos propres intérêts, au lieu de penser « aux choses qui sont en haut » (Col. 3. 2). Cependant, Pierre était reconnu comme ayant été avec Jésus (v. 67, 69 et 70). Notre comportement devant le monde et notre langage doivent nous faire reconnaître comme étant avec Jésus, et non comme Pierre faisant des imprécations et jurant, pour donner de la force à ses paroles de négation. Il était loin du moment où il avait déclaré : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ».

C’est en nous tenant près du Seigneur que nous marcherons « comme des enfants de lumière ». De la même bouche nous pouvons dire de saintes paroles et de mauvais propos (Jac. 3. 9). Le Seigneur avait averti les disciples qu’ils Le laisseraient seul (v. 27 et 30), mais ils ne L’avaient pas écouté : « Dieu parle une fois et deux fois et l’on n’y prend pas garde » (Job 33. 14). Quelle tristesse devait remplir le cœur du Seigneur en entendant son disciple le renier avec tant de force ! N’était-ce pas Pierre qui, dans le jardin de Gethsémané, avait coupé l’oreille de l’esclave du souverain sacrificateur, que le Seigneur avait guéri ? (Luc 22. 50 et 51 ; Jean 18. 10 et 26)

Enfin, prenant conscience de son triple reniement après que le coq ait chanté deux fois, Pierre « pleura » (v. 72). En Luc 22. 51 et Matthieu 26. 75, « il pleura amèrement » .Après ce troisième reniement de Pierre, le Seigneur se retourne et le regarde avec une infinie tristesse mais avec compassion, brisant le cœur de son cher disciple, lui montrant par ce regard qu’il est toujours son bien-aimé (Luc 22. 61).

Lorsque nous avons péché et que nous en prenons conscience, la Parole ne nous blesse-t-elle pas et ne nous fait-t-elle pas verser des larmes de repentance ? Notre âme ne se remplit-elle pas de tristesse ? C’est un moment douloureux, mais c’est le début de la restauration. C’est dans les larmes qu’a commencé la restauration de Pierre. Aux chefs religieux, plus tard, Pierre pleinement restauré, pourra leur reprocher qu’ils ont renié « le Saint et le Juste ».

Lorsque nous péchons, le Seigneur nous regarde avec la même compassion attristée, pour nous dire : Regarde vers moi, car je t’aime toujours.

Ch. 15

La nuit de son arrestation et tôt le matin, le Seigneur a subi six interrogatoires, dont deux fois devant le sanhédrin et deux fois devant Pilate. Les Juifs qui l’ont livré n’avaient pas la liberté de le condamner eux-mêmes à la mort. Les Romains leur avaient interdit de mettre à mort qui que ce soit. C’est pourquoi, après avoir décidé « qu’il méritait la mort », car Il avait déclaré qu’Il était le Fils de Dieu, ils l’ont livré à Pilate afin qu’Il soit crucifié.

À l’interrogatoire de Pilate, Jésus ne répondit rien aux fausses accusations des Juifs (v. 5 ; És. 53. 7). Pour Pilate, le fait que le Seigneur soit accusé d’être le Fils de Dieu ne méritait pas la mort. Même lorsqu’ils l’accusent de s’être déclaré être le Roi des Juifs (v. 2 et 3), Pilate est prêt à le relâcher. Mais devant l’insistance du peuple excité par les principaux sacrificateurs (v. 10 et 11), il Le leur livra pour être crucifié, après L’avoir fait fouetter (v. 15) !

Aux fausses accusations des Juifs, Il ne répondit rien, même devant Pilate. Mais Il a toujours répondu, et aux Juifs et au gouverneur romain, selon la vérité. Il est vraiment le Fils de Dieu et le Roi d’Israël. C’est là « la belle confession qu’Il a faite devant Pilate » (1 Tim. 6. 13). Il s’en remettait à son Dieu. Sachons, nous aussi, nous en remettre au Seigneur en toutes circonstances (Prov. 16. 3).

Le mépris des principaux sacrificateurs pour le Seigneur éclate devant Pilate : « Nous avons trouvé cet homme » (Luc 23. 2). Ils l’accusent devant Pilate comme étant un homme sans importance. Dans le même verset, ils disent : « se disant lui-même être le Christ, un roi » : un roi parmi d’autres, rien de plus !

Nous portons en nous la nature adamique, étant des meurtriers potentiels, et sommes tous représentés dans cette foule hurlante. Devant nous, la perfection de l’Homme Christ Jésus brille en gloire pour Lui-même et pour son Dieu ! Quel contraste !

Après avoir guéri les malades et les infirmes, ressuscité les morts, chassé des démons et nourri les foules qui Le suivaient, Jésus ne trouve plus, devant Lui, que mépris, méchanceté foncière et haine des foules livrées à l’instinct meurtrier de l’homme sans Dieu, criant contre le seul Juste : «Ôte ! Ôte ! Crucifie-le ! La justice de Dieu est juste : ayant mis notre foi en Christ notre Sauveur, nous n’avons rien à craindre.

Barabbas, condamné à mort pour meurtre, nous ressemble, et est délivré tandis que le Seigneur l’a remplacé sur la croix. Nous, les condamnés, n’avons-nous pas été épargnés de la justice de Dieu qui est tombée sur le Seigneur, le Juste ? Ayons à cœur de « montrer » le Seigneur, par une vie qui L’honore. Persévérons dans la prière pour ne pas nous égarer à agir comme la foule incrédule et cruelle. Une semaine plus tôt, le peuple criait : « Hosanna au fils de David ! » (Mat. 21. 9 et 15). Maintenant, excité par les principaux sacrificateurs, il hurle contre Lui : « Ôte ! Ôte ! Crucifie-le ». On peut penser que c’est la même foule, mais harcelée par les chefs religieux, qu’elle craignait (v. 11).

En Jean 19. 13 à 16, les principaux sacrificateurs proclament : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » Quel reniement ! Ils rejettent le Seigneur qui, lorsqu’Il établira son royaume millénaire, régnera réellement en puissance et en gloire, sur les Juifs et sur les nations. Dans leur inconscience et leur méchanceté, ils se maudissent eux-mêmes et leurs enfants (Mat. 27. 25).

Et Pilate leur cède et leur livre Jésus après l’avoir fait fouetter (És. 50. 6 ; Ps. 129. 3), bien qu’il soit convaincu de son innocence. Du côté de Dieu, sa volonté se réalise afin que ses plans s’accomplissent en rédemption ; mais quelle responsabilité pour le peuple rejetant son Seigneur et Sauveur !

Voilà ce que le Seigneur a dû souffrir afin que nous soyons épargnés de la justice divine. Prenons garde de ne pas nous laisser entraîner par les réactions irréfléchies des hommes conduits par leurs instincts, et qui nous pousseraient à faire le mal (Prov. 16. 29). Restons bien près du Seigneur par la prière de la foi.

Les soldats s’acharnent sur le Seigneur seul, et non sur les deux brigands qui seront crucifiés à ses côtés. Ils se moquent du Seigneur qui est « Dieu manifesté en chair » ! Ils le couronnent d’épines qui rappellent la malédiction de la terre produisant des épines ; ils Lui frappent la tête, Lui crachent au visage et Le revêtent d’un manteau d’écarlate (couleur de la royauté) et, par dérision, s’agenouillent à ses pieds, en lui disant : « Salut, roi des Juifs ! » (v. 16 à 19). Dans la dérision, ils anticipent sans le savoir, qu’au jour de son triomphe et de sa gloire, « Tout genou se ploiera devant Lui et toute bouche confessera qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 10 et 11). La moquerie n’aura plus sa place alors !

Cette méchanceté gratuite est stigmatisée par Dieu Lui-même en Genèse 6. 5 : « Et l’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toute l’imagination des pensées de son cœur n’était que méchanceté en tout temps ». Séparé de Dieu, l’homme manifeste son mauvais cœur sans retenue.

Le Seigneur ne se dérobe pas comme Il en avait le pouvoir. Il endure tout sans un mot de protestation, et Il ira jusqu’à la mort, car Il était venu pour cela. Mais ces versets nous ramènent à ses souffrances morales et spirituelles bien plus dures à supporter que les souffrances physiques qu’Il connut sur la croix. Nous sommes ramenés à Ésaïe 50. 6 et 53 : « Nous, nous l’avons estimé battu, frappé de Dieu et affligé » mais : « par ses meurtrissures nous sommes guéris ». Le Seigneur avait averti d’avance ses disciples qu’il en serait ainsi (ch. 10. 33 et 34).

Dans notre passage, la prophétie s’accomplit à la lettre. Il est condamné par les Juifs pour avoir déclaré être le Fils de Dieu et le Roi d’Israël. Pilate Le reconnaît comme étant innocent, mais Le condamne à la mort pour complaire aux Juifs (v. 15) !

Ses souffrances les plus terribles, Il les supportera de la part de Dieu, durant les trois heures de ténèbres où Il sera fait péché pour nous et abandonné de Dieu, et cela Lui arrache un poignant cri de douleur morale (v. 34) !

Au v. 21, un certain Simon, père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs alors que le Seigneur, portant sa croix, allait à Golgotha pour y être crucifié, est requis pour la porter lui-même. En Actes 19. 33 et 34 et Romains 16. 13, on retrouve ces deux disciples, Alexandre et Rufus.

Quant à Simon, d’abord indifférent, il se peut qu’il ait accepté le Seigneur comme son Sauveur lorsque Dieu a permis qu’il se charge de la croix, comprenant peut-être que c’était lui qui aurait dû être crucifié, et que le Seigneur l’a été à sa place. Dieu lui a montré qu’il y avait des choses plus importantes que d’aller aux champs ce jour-là ! Il semble que cette famille était connue parmi les disciples lorsque cet évangile a été écrit.

Simon a porté la croix du Seigneur physiquement. Quant à nous, c’est moralement que nous devons la porter chaque jour, suivant le Seigneur fidèlement (Marc 8. 34 et 35). C’est réaliser que nous sommes morts avec Christ, quant à l’homme naturel qui est en nous, et que nous vivons dans l’obéissance de la Parole, volontairement et par amour pour le Seigneur qui nous a aimés le premier.

Pour indifférent qu’il était, Simon n’était pas un moqueur ni un ennemi. Mais il a dû comprendre que le Seigneur l’a aimé jusqu’à accepter d’être crucifié à sa place : Christ a été notre substitut devant la justice de Dieu. Paul avait bien compris cela ; il dit aux Galates : « Je suis crucifié avec Christ » (ch. 2. 20). Notre chair a été crucifiée à la croix de Christ.

Les Psaumes parlent beaucoup des souffrances du Seigneur (Ps. 69. 4 ; Ps. 102. 8 etc…).

La crucifixion du Seigneur devait avoir lieu hors de la ville, selon les ordonnances légales : les corps des animaux sacrifiés et dont le sang était porté dans les lieux saints, devaient être brûlés hors du camp (Héb. 13. 11 et 12). La mort du Seigneur devait avoir lieu en dehors de la ville : à Golgotha.

Le Seigneur crucifié avait accepté de prendre le vinaigre à la fin de son supplice et de mourir (v. 36) ; mais Il avait refusé de prendre le vin mixtionné de myrrhe au début de la crucifixion (v. 23), car c’était un breuvage anesthésiant. Le Seigneur refusait que ses souffrances soient atténuées car, même s’Il était l’expression du Dieu bienheureux, Il était venu pour endurer toutes les souffrances dans leur plénitude. Le vinaigre qu’Il accepta, répondait à la prophétie : « Dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre » (Ps. 69. 21).

Les évangiles sont très sobres sur les souffrances que le Seigneur a endurées. Il faut lire les Psaumes et les prophètes pour avoir des révélations sur ce que le Seigneur a ressenti secrètement sans se plaindre. L’Ancien Testament est plus révélateur ; mais lorsque les souffrances du Seigneur sont là, bien réelles, alors la Parole devient très sobre : Dieu jette sur elles un voile de pudeur !

Prophétiquement, le Seigneur avait pu dire : « Pour mon amour, ils ont été mes adversaires » et Hébreux 12. 2 nous apprend pourquoi : « À cause de la joie qui était devant Lui, Il a enduré la croix, ayant méprisé la honte » sans se dérober aux souffrances qu’Il ressentait parfaitement. La joie qui était devant Lui, était de glorifier Dieu son Père, et de lui amener les créatures perdues que nous étions, nous transformant en enfants de Dieu, destinés à goûter à la joie éternelle dans la contemplation du Seigneur de gloire ! Et cela, par pure grâce pour nous.

Le Père et le Fils « allaient les deux ensemble », poursuivant un même but : nous rassembler en un dans le sein du Seigneur de gloire (Jean 17. 22 et 23), afin que nous goûtions à sa joie, éternelle et parfaite, nous qui sommes dans la peine sur cette terre (Prov. 31. 6 et 7). Si, pour Isaac, Dieu avait préparé un bélier pour substitut (Gen. 22. 1 à 14), pour son propre Fils il n’y en a pas eu. Il fallait qu’Il consomme son Fils, son Bien-aimé, par des souffrances (Héb. 2. 9 à 11), afin de nous pardonner et de faire de nous ses enfants. Il est écrit : « Maudit est quiconque est pendu au bois » (Gal. 3. 13 ; Deut. 21. 23) : Il a pris notre place de malédiction.

Dès l’éternité, Il était l’Agneau de Dieu (1 Pier. 1. 18 et 19) destiné à être immolé. Ainsi, nous Le contemplerons dans l’éternité avec ses mains, ses pieds et son côté percés, au milieu du trône (Apoc. 5. 6 à 8).

Pilate avait fait un écriteau sur la croix, et il avait écrit : « Le roi des Juifs ». Ceux-ci demandèrent que ce libellé porte la mention : « Il a dit je suis le roi des Juifs ». Mais Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». Sans le savoir, il confirmait la vérité !

Après L’avoir crucifié, les soldats partagèrent ses vêtements et jetèrent le sort sur sa robe sans coutures (Ps. 22. 18) avant même qu’Il soit mort. La robe tissée tout d’une pièce manifestait sa parfaite divinité. Les hommes s’acharnent sur le Seigneur seul, et non sur les deux brigands !

Aux versets 29 et suivants, suivent des blasphèmes contre Dieu qu’ils accusent de ne pas aimer son Fils. Ceux qui passaient par là se moquent du crucifié, qu’ils supposent être impuissants pour se libérer Lui-même (v. 29). En Matthieu 27. 43, ils accusent Dieu de ne pas « tenir à lui » puisqu’Il ne le délivre pas (Ps. 18. 19), alors « qu’Il s’est confié en Lui » (Ps. 22. 8). C’était une parole terrible pour le Seigneur.

Tout ce qui était écrit s’est réalisé à la lettre. Dès la Genèse au ch. 6. 5, Dieu constate ce qu’il en est du cœur de l’homme : « méchanceté en tout temps » et Il s’en affligea.

Les Juifs reconnaissent qu’Il a sauvé les autres… qu’Il s’est confié à l’Éternel, mais ils s’endurcissent. « Qu’Il descende de la croix, et nous croirons en Lui ». Si le Seigneur les avait pris au mot, ils n’auraient pas davantage cru en Lui ! Ils n’ont pas même cru en sa résurrection. Le Seigneur avait dit : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » : mais leur endurcissement était si profond, qu’ils s’y enfonçaient toujours plus, s’acharnant à faire souffrir le Seigneur.

Le Seigneur est resté six heures sur la croix avant de mourir, la rédemption étant achevée. Les trois premières heures, Il a été confronté à la méchanceté des hommes, à leurs moqueries et à leurs provocations. Mais ce sont les heures de l’holocauste, de son offrande à son Dieu pour Le glorifier.

Durant les trois dernières heures, heures de ténèbres (v. 33), Il a eu affaire avec Dieu dans les terribles souffrances de l’expiation, confessant nos péchés, étant fait péché pour nous et frappé de Dieu comme tel, Lui, le Saint et le Juste ! Il a été le sacrifice pour le péché.

Ces ténèbres n’étaient pas naturelles comme provenant d’une éclipse de soleil, car ce n’était pas la période de l’année pour cela. Mais, durant ces trois dernières heures sur la croix, Dieu voulait que nul œil ne voie ce qui se passait exclusivement entre Lui-même et son Fils, c’est pourquoi Il a jeté un voile d’obscurité pudique sur la terre. Dieu, durant ces heures ténébreuses, jugeait le péché sur son Fils (Lam. 3. 2 et 3), son bien-Aimé, et L’a abandonné ! Quelles souffrances morales pour le Seigneur ! Cet abandon de son Dieu lui a arraché ce cri : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (D’une forte voix : v. 34 ; à haute voix en Luc 23. 46 ; et un rugissement : Ps. 22. 1) : c’est la quatrième parole dite par le Seigneur sur la croix, la parole centrale, en araméen.

Cependant, à l’issue de ces trois heures terribles de souffrances indicibles, la grande question du péché a été réglée définitivement.

Ces ténèbres montrent aussi l’état du monde, sans Dieu et plongé dans les ténèbres morales de l’incrédulité.

La neuvième heure, où le Seigneur a poussé son cri de douleur d’être abandonné par son Dieu, est aussi l’heure de la prière (Act. 3. 1). Peut-être est-ce l’heure où le Seigneur a invoqué son Dieu, Le suppliant de le délivrer à la fin de l’expiation (Ps. 22. 19 à 21). L’œuvre du Seigneur sur la croix a rendu possible la rédemption, et donc le pardon de nos péchés moyennant la foi en Lui et à l’efficace de son sacrifice. Le Seigneur savait de toute éternité qu’Il devrait connaître ces souffrances et l’abandon de son Dieu. Il était venu pour cela, et Il est allé jusqu’au bout pour nous racheter, malgré les provocations réitérées de ceux qui lui suggéraient de descendre de la croix (v. 30, 32 et 36). Satan dictait ces provocations : il aurait bien voulu que le Seigneur descende de la croix : alors le diable aurait triomphé !

Mais le Seigneur est resté jusqu’au bout et a été vainqueur, ayant « pillé les biens de l’homme fort ». Plusieurs expressions de la Parole rendent témoignage de ses souffrances cachées, alors qu’Il était plongé dans les ténèbres et dans le silence (Lam. 3. 12 ; Ps. 38. 2, 4 et 13 ; Ps. 88. 6, 7, 16 à 18). Dieu a été « courroucé contre son Oint » lorsqu’il a été fait péché. Mais la question du péché ayant offensé Dieu a été définitivement réglée durant ces terribles heures de souffrances : c’est l’expiation. Dans le Lévitique, un homme qui avait péché devait offrir un sacrifice sur la tête duquel il devait mettre ses mains, déchargeant ainsi, symboliquement, son péché sur la victime avant de l’égorger (Lév. 4. 3 et 4). En figure, les fautes du pécheur sont chargées sur la victime. Nos péchés, ont été chargés sur le Seigneur, la sainte victime ! On L’a abreuvé de vinaigre dans sa soif, selon la prophétie (Ps. 69. 21).

Dieu est amour et Il nous aime de toute éternité ; Il nous a créés pour nous aimer éternellement. C’est pourquoi il était indispensable que le Seigneur Jésus, Dieu manifesté en chair, accomplisse l’œuvre de la rédemption, que Lui seul, qui est Saint, pouvait accomplir à la gloire de Dieu.

Il aurait pu descendre de la croix comme ses ennemis l’y provoquaient (Mat. 27. 4) : Il en avait la puissance. Mais seul son amour pour son Dieu et Père et son amour pour nous l’ont retenu sur le bois maudit (Mat. 26. 53). Il accepté pour Lui-même les horribles souffrances qui nous étaient réservées si nous n’avions pas cru en Lui, refusant son si grand salut. Comme nous devons Lui rendre grâces !

« Et Jésus ayant jeté un grand cri, expira » (v. 37). Ce cri puissant étonne le centurion qui veillait sur Lui, et le convainc que « certainement, cet homme était Fils de Dieu » (v. 39). Un homme des nations rend témoignage à la divinité du Seigneur ! Il y avait une raison à cet étonnement du centurion : l’agonie des crucifiés était très lente ; ils mouraient complètement épuisés, n’ayant plus aucune force, pas même pour pousser le moindre cri, et encore moins pour parler.

Le Seigneur n’est pas mort d’épuisement : mais ayant accompli la rédemption en notre faveur et anéanti le péché en étant « fait péché » pour nous, Il a remis son esprit volontairement entre les mains de son Père, et est entré de Lui-même dans la mort afin de vaincre « l’homme fort », Satan qui avait le pouvoir de la mort et ne renvoyait pas ses prisonniers chez eux (És. 14. 17). Il avait dit : « J’ai le pouvoir de donner ma vie et j’ai le pouvoir de la reprendre » (Jean 10. 18). C’est ce qui s’est passé là.

Sa mort est si peu naturelle que même Pilate s’étonne qu’Il soit déjà mort, et s’en informe auprès du centurion qui en était témoin. Lorsque les crucifiés étaient épuisés, on brisait leurs jambes afin qu’ils ne puissent plus se soulever sur leurs pieds pour soulager les muscles distendus de la poitrine, empêchant leur respiration. Dès lors, ils mouraient, épuisés et asphyxiés. On n’a pas eu besoin de briser les jambes du Seigneur. « Pas un de ses os ne sera brisé » (Ex. 12. 46 ; Jean 19. 36).

Entré dans la mort en vainqueur, Il en est sorti en triomphateur le troisième jour, et Il tient dans sa main puissante « les clés de la mort et du hadès » (Apoc. 1. 18). Alors, entre les mains de son Père Il remet son esprit : l’expiation terminée, la communion est retrouvée.

À l’instant même où le Seigneur expire, Dieu déchire le voile du temple depuis le haut jusqu’en bas (v. 38), manifestant que la loi est remplacée par la grâce, et qu’il n’y a plus de « lieu Saint et de lieu très saint – dans lequel seul, le Souverain Sacrificateur, pouvait entrer une fois l’an et en apportant du sang pour lui-même. Désormais, les croyants peuvent entrer en tout temps jusque dans la présence de Dieu, dans le sanctuaire (Héb. 10. 19 à 22).

Plusieurs personnes ont rendu témoignage à la divinité du Seigneur et à son innocence : le centurion (Marc 15. 39), la femme de Pilate (Mat. 27. 19), Pilate lui-même (dans chaque évangile) et même Judas, après sa trahison (Mat. 27. 4).

Aux v. 40 et 41, on trouve plusieurs femmes qui ont suivi le Seigneur et L’ont servi. Cet amour pour le Seigneur a été d’un grand prix pour Lui et pour Dieu, ainsi qu’un encouragement pour nous. Marie de Béthanie n’y est pas : en écoutant le Seigneur, elle a compris qu’Il ressusciterait. Marie, la mère du Seigneur, ne semble pas y être non plus, ayant été probablement amenée par Jean, chez lui, lorsque le Seigneur la lui a confiée avant de mourir (Jean 19. 26 et 27). Le Seigneur mesure la terrible souffrance de sa mère et Il la confie à son disciple qui a le mieux compris combien Il les a aimés – « le disciple que Jésus aimait », comme Jean se nomme dans son évangile.

L’ange qui avait annoncé à Marie qu’elle concevrait un fils dans son sein, lui avait dit « qu’il serait grand et serait appelé Fils du Très Haut ». Et Il était crucifié ! Dans le temple où sa mère et Joseph le présentaient à Dieu, Siméon avait prophétisé à Marie qu’une épée transpercerait sa propre âme (Luc 2. 35) ! Et cela se produisait dans ces moments de souffrances si cruelles pour une mère !

Suivons le Seigneur de près afin de discerner sa volonté pour Le servir, selon la mesure qu’Il départit à chacun et chacune. Le Seigneur nous dit : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive » (Jean 12. 26).

C’est lors de la Préparation du sabbat (donc la veille) que le Seigneur a été crucifié, soit : le vendredi, le lendemain de la Pâque et du premier jour des pains sans levain. Il s’agissait donc d’un grand sabbat (Jean 19. 31 à 34). Les Juifs restaient très attachés à ces rites légaux.

Mais le Seigneur, le véritable Agneau de Dieu, avait été sacrifié et était entré dans la mort. Puis, son sang ayant coulé, la loi, étant pleinement accomplie, n’avait plus lieu d’être observée. Le Seigneur Jésus était la vraie Pâque de Dieu, et est ressuscité le troisième jour : donc, le dimanche.

À la mort du Seigneur, le voile du temple s’est déchiré depuis le haut jusqu’en bas, manifestant ainsi que l’accès dans le sanctuaire était ouvert à tous les croyants : jour et nuit nous pouvons entrer dans le sanctuaire de Dieu pour Le prier ou L’adorer.

Toutes les prophéties se sont trouvées réalisées ! Dieu contrôle toutes choses concernant l’accomplissement de notre salut par le sacrifice de son saint Fils.

Nous pouvons nous reconnaître en Joseph d’Arimathée, qui était un croyant (Marc 15. 43 ; Jean 19. 38). Mais, n’osant pas la montrer publiquement, il révèle sa foi au tombeau du Seigneur : nous dissimulons souvent notre appartenance au Seigneur devant le monde ; et puis, à la faveur d’une circonstance particulière, nous nous révélons plus ouverts. Joseph s’enhardit et demande à Pilate le corps de Jésus, et l’obtient. Dès lors, ayant acheté un linceul, il Le place dans son propre tombeau où, cependant, personne n’avait jamais été mis, oubliant la méchanceté des Juifs et bravant la suspicion de Pilate.

Mais Dieu l’avait fortifié et préparé pour qu’il prenne soin du corps de son saint Fils. Quel contraste entre lui et Pierre ! En Jean 19. 39 à 42, on trouve un second disciple, Nicodème, qui au commencement était allé voir Jésus de nuit par crainte des Juifs. Lui aussi s’enhardit et aide Joseph à mettre le corps de Jésus dans le tombeau. Lui-même avait apporté une mixtion de myrrhe et d’aloès, afin d’embaumer le corps du Seigneur, lorsque le sabbat serait passé. Mais, le Seigneur ressuscitera avant, car Il ne devait pas voir la corruption. Cependant, quel merveilleux geste d’amour pour son Seigneur ! Lui qui, auparavant n’osait pas s’afficher avec Jésus (Jean 3) !

La rapidité relative avec laquelle le Seigneur est mort, comparée à la lenteur habituelle avec laquelle les crucifiés mouraient, provoque un doute chez Pilate, lorsque Joseph d’Arimathée vient lui réclamer le corps de Jésus (Marc 15. 44). On n’a pas eu besoin de Lui rompre les jambes pour qu’Il meure plus vite (Jean 19. 31 à 34).

Dieu n’a pas voulu que son Fils, après sa mort, soit mis dans la fosse commune où l’on jetait les crucifiés. Ésaïe dit : « On lui donna son sépulcre avec les méchants mais il a été avec le riche dans sa mort » (És. 53. 9). Sur la croix, Il a été placé au milieu de deux malfaiteurs, mais mort, il a été enseveli dans un sépulcre neuf, n’ayant jamais subi la corruption et appartenant à un homme riche (Mat. 27. 57 et 60). Dieu n’a pas permis que son « Saint voie la corruption ».

Joseph était un homme riche en richesses terrestres, certes, mais surtout, il était riche de sa foi en Jésus, car il croyait en Lui et était son disciple (Jean 19. 38). C’est dans le tombeau d’un tel « riche » que Dieu a voulu que son Fils soit enseveli. Voir aussi ce qui est dit de Joseph en Luc 23. 50 et 51. En Luc 9. 30, le Seigneur entre à Jérusalem monté sur un ânon sur lequel nul ne s’était assis. Sa souveraineté est revendiquée par son Dieu conduisant toute chose pour la gloire de son Bien-Aimé. Regardant où l’on mettait le corps du Seigneur, les deux femmes (v. 47 et suivants), par respect pour le sabbat, se réservent d’embaumer son corps le lendemain du repos sabbatique. Mais le Seigneur sera déjà ressuscité. L’embaumement n’avait aucun sens pour Celui qui avait « le pouvoir de laisser sa vie et le pouvoir de la reprendre » (Jean 10. 18).

Ces disciples n’avaient pas compris qu’Il devait ressusciter, comme Il le leur avait dit plusieurs fois et, à l’annonce de sa résurrection, ils n’y croient pas (ch. 16. 11 à 13. Quant à nous, nous le croyons, car nous le voyons par les yeux de la foi (Jean 20. 29).

Ch. 16

Lors de la résurrection du Seigneur, le premier jour de la semaine, l’amour de Dieu pour les siens affligés se manifeste afin qu’ils soient délivrés de leur peine ; et qu’au contraire, ils soient remplis de joie en Le revoyant bien vivant.

Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et Salomé, étant retournées au sépulcre, y trouvent un jeune homme (un ange) qui leur annonce que le Seigneur « le crucifié », est ressuscité ; épouvantées, elles s’enfuirent du sépulcre (v. 8). Mais plus tard, Il apparut à Marie de Magdala qui alla l’annoncer aux autres disciples réunis, qui ne la crurent pas ! C’est souvent dans les moments difficiles que nous nous montrons incrédules. Le Seigneur Lui-même devra leur apparaître afin qu’ils croient. Le dimanche suivant, Il leur est de nouveau apparu, ainsi qu’à Thomas, absent la première fois. Et ce disciple, qui voulait voir afin de croire, s’écria en adoration : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et le Seigneur lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru » (Jean 20. 28 et 29). Nous sommes de ceux-là.

Avant d’arriver au tombeau, les femmes se demandaient qui leur roulerait la grosse pierre qui fermait le sépulcre : elles prévoyaient un obstacle, comme cela nous arrive souvent dans les circonstances que nous traversons, en nous sentant incapables d’y faire face tout seuls. Mais Dieu s’en est occupé et a ôté la pierre. Cela est un encouragement pour nous.

L’ange dit aux femmes : « Allez et dites à ses disciples et à Pierre : Il s’en va devant vous… vous le verrez » (v. 7). Pierre, qui avait renié le Seigneur trois fois, dans son humiliation profonde, avait besoin, plus que les autres, d’encouragement, et le Seigneur, dans son amour pour lui, prend soin de l’encourager en particulier. Dieu a envoyé un ange pour consoler les disciples et Pierre. Les anges sont « des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14). En Luc 24. 34, la Parole dit : « Le Seigneur est réellement ressuscité et Il est apparu à Simon ». Il nous encourage toujours en relation avec ce qui nous trouble. Paul dira en 1 Corinthiens 15. 4 et 5 : « Il a été vu de Céphas, puis des douze ». Le bon Berger nous connaît nom par nom et s’occupe de chacun selon ses propres besoins (Jean 10. 3).

Le Seigneur avait annoncé plusieurs fois qu’Il devait mourir et ressusciter le troisième jour ; mais cela demeurait incompréhensible pour les disciples, qui ne l’ont pas cru. Et surtout, ils croyaient que le Seigneur allait établir son règne tout de suite.

Il avait annoncé à ses disciples qu’Ils Le reverraient, après sa résurrection, en Galilée (Marc 14. 27 et 28). L’ange le redit aux femmes, au sépulcre (v. 7). Celles-ci, épouvantées, ne dirent rien à personne. Ce sera Marie de Magdala qui l’annoncera aux disciples lorsqu’elle aura rencontré le Seigneur vivant (v. 9 et 10).

En Luc 23. 3 à 10, malgré leur terreur, les femmes ont été encouragées par l’ange. En Jean 19. 19 à 31, les onze disciples réunis, les portes étant fermées par crainte des Juifs, Jésus leur apparaît et les encourage. Les différences entre les quatre évangiles nous ramènent au caractère particulier propre à chacun d’eux, et s’enrichissent mutuellement.

Le jour de la résurrection du Seigneur est compté comme étant le premier jour de la semaine. Il introduit aussi la perspective, pour nous, de la nouvelle création, c’est-à-dire l’état éternel. Alors, le temps n’existera plus. La nouvelle création et tout ce que cela comporte, repose entièrement sur la mort expiatoire et la résurrection du Seigneur. Sans cela, rien n’était possible quant à la réalisation des plans divins éternels.

Personne ne pouvait faire mourir le Seigneur. Lui-même a dit en Jean 10. 18 : « J’ai le pouvoir de laisser ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre : j’ai reçu ce commandement de mon Père ». Nous rendons grâces au Seigneur de nous avoir attirés à Lui. Ceux qui refusent la grâce connaîtront une éternité de peines et de regrets, mais ce sera trop tard.

Le Seigneur devait passer par la mort et ressusciter, et Il l’avait annoncé à ses disciples plusieurs fois ; mais, lorsque Marie de Magdala annonce que le Seigneur est ressuscité, ils restent incrédules. Et cela est rapporté dans chacun des évangiles. Nous sommes souvent incrédules et nous nous tourmentons, lorsque nous connaissons des peines, que nous rencontrons des obstacles dans notre vie, malgré les promesses du Seigneur de nous délivrer et de nous donner la paix. Confions-nous en ses promesses.

Marie de Magdala avait été la proie de sept démons, et le Seigneur l’en avait délivrée. Son amour pour son Libérateur était grand. Elle avait été beaucoup pardonnée, car elle avait beaucoup péché.

Quoique plusieurs femmes soient venues au tombeau de très bonne heure, c’est à Marie de Magdala que le Seigneur est apparu en premier, car après s’être enfuie du tombeau, son amour pour le Seigneur l’y a ramenée (Marc 16. 8 et 9) : cela touchait profondément le cœur divin du Seigneur, et Il est intervenu afin de consoler cette âme affligée (Jean 20. 11). Si nous aimons le Seigneur, Il nous révélera ses secrets. Les v. 14 et suivants rapportent d’autres scènes en Luc 24, où Il apparaît au milieu des disciples devant lesquels Il va manger du poisson et un peu de miel, afin de les persuader qu’Il est bien vivant. Puis, leur ayant « ouvert les Écritures », Il leur confie la mission de prêcher l’évangile de la grâce à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.

Le v. 16 de Marc ne doit pas nous induire en erreur quant à sa signification concernant le salut. Pour être sauvé, il est indispensable de croire. Le baptême est un témoignage extérieur que l’on est déjà sauvé par la foi en Jésus et en son œuvre. En lui-même, le baptême ne sauve personne ; il n’est que l’expression visible de la foi. La fin du v. 16 le démontre clairement. Une personne qui est baptisée sans avoir la foi dans le Seigneur n’est nullement sauvée.

Les v. 15 à 18 s’adressent aux simples croyants. Le Seigneur leur confie la mission d’accomplir en son nom, cinq « signes » (v. 17). Dans les Actes, on voit les disciples en accomplir quatre : parler de nouvelles langues (Act. 2), des démons ont été chassés, l’imposition des mains (Act. 3. 7), le serpent « attaché » à la main de Paul (Act. 28. 3 à 6). Seul, le poison ne s’est pas présenté.

Le parler en langues, au début des Actes, avait pour but de faire entendre les « choses magnifiques de Dieu » aux Juifs rassemblés à Jérusalem, nés dans les nations, et ne parlant pas l’hébreu. Ces signes confirmaient la Parole qui n’était pas complète. De plus, certains signes perdurent jusqu’à la fin. D’autres ont cessé : le parler en langues en particulier (1 Cor. 13. 8).

En Luc 16. 30 et 31, le Seigneur démontre que les miracles n’ont pas le pouvoir de convertir les âmes.

Avant d’être élevé au ciel après sa résurrection, le Seigneur donne à ses disciples ses dernières recommandations, et leur enjoint de répandre la Parole dans le monde entier. Il leur dit que celui qui croira l’évangile et sera baptisé sera sauvé ; tandis que celui qui n’aura pas cru sera condamné (v. 15 et 16). Ces paroles du Seigneur montrent en évidence que le salut d’une âme ne tient qu’à la foi en Jésus et en son œuvre sur la croix. Quant au baptême, il ne sauve personne par lui-même. Il n’est que la manifestation publique que l’on est déjà sauvé par la foi.

Les signes miraculeux accompagnant la prédication avaient pour but de confirmer que l’évangile de la grâce était une chose entièrement nouvelle, et qu’elle venait directement de Dieu. À ce moment-là, tout le Nouveau-Testament était encore à écrire, et le v. 20 dévoile le vrai but de ces « signes ». « Et eux, étant partis, prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient ».

Maintenant, la Parole étant complète, Dieu n’emploie plus les signes de ce temps-là, bien qu’Il soit toujours aussi puissant en Lui-même. Il emploie la Parole écrite et l’applique aux âmes et à la conscience des incrédules afin qu’ils croient et soient sauvés : « La foi est de ce qu’on entend, et de ce qu’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10. 17). Maintenant, la présence puissante du Seigneur nous est promise (Mat. 28. 20).

Le Seigneur a été élevé dans la gloire, mais avant cela, Il est mort sur la croix et ressuscité, afin qu’à notre tour, Il nous enlève pour être toujours auprès de Lui (Jean 12. 22).

Au baptême de Jean, les cieux se sont ouverts sur Lui, et la voix du Père s’est fait entendre, proclamant qu’Il était son Fils bien-aimé. L’Évangile de Marc Le présente dans son caractère de parfait Serviteur. Ici, ayant terminé son service en perfection, Il s’est assis dans sa majesté et dans sa gloire, à la droite de Dieu où Il s’est reposé du péché, et Il s’occupe de ses brebis encore sur la terre. Il y a, dans le ciel, un homme glorifié, chose nouvelle ; et c’est de là qu’Il viendra nous chercher afin de nous introduire à notre tour dans sa gloire.

Au v. 20, c’est le service des disciples, succédant et prolongeant celui du Seigneur. Pour nous, c’est encore le temps du service et non du repos (2 Cor. 5. 14 et 15).

Si le Seigneur nous fait la grâce de nous utiliser, c’est Lui qui, en réalité, travaille par notre moyen. Même s’Il est dans sa gloire, Il n’en continue pas moins à travailler pour attirer les âmes à Lui-même, et pour nous aussi, afin de nous faire du bien et nous bénir. Il reste encore « comme Celui qui sert » (Luc 12. 37).

Le Seigneur n’a besoin de personne, mais Il nous fait la grâce de nous associer à son œuvre sur la terre (Éccl. 11. 1, 4 à 6).

D’après Réunion d’études Bordeaux-Lac

UNE PERSONNE UNIQUE

« Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse, et l’Ange de sa face les a sauvés ; dans son amour et dans sa miséricorde, il les a rachetés, et il s’est chargé d’eux, et il les a portés tous les jours d’autrefois » Ésaïe 63. 9 ; Jean 11. 33 à 35.

UNE PERSONNE UNIQUE

La vie est faite de moments heureux et de périodes de souffrance. Comment partager les difficultés de ceux qui nous sont chers, et la tristesse qui les assaille ? Comment nous approcher d’eux pour leur apporter du réconfort ?

Ce message vous trouve-t-il sur un lit d’hôpital, ou accablé par une grande déception, ou par une situation de famille préoccupante, ou par une immense tristesse ? Certes, la gentillesse et la tendresse de nos parents ou de nos amis sont souvent un grand encouragement, mais seul Jésus, le Fils de Dieu, qui nous aime, peut prendre nos souffrances sur Lui et les guérir.

Quelques-uns de ses contemporains en étaient conscients : « Lui-même a pris nos infirmités et a porté nos maladies » (Mat. 8. 17). En fait, le Seigneur guérissait tous les jours les cœurs affligés ou brisés, et Il bandait leurs plaies (Ps. 147. 3). Mais Son amour et Sa compassion sont allés bien au-delà : par Son sacrifice à la croix, Jésus a anéanti à la racine la source de la souffrance et de la mort, en nous libérant de l’emprise du péché. Cette libération est totale, et assurée à tous ceux qui s’approchent avec foi de Jésus comme leur Sauveur. Quelles que soient les difficultés dans lesquelles vous pouvez vous trouver aujourd’hui, Il vous appelle : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi je vous donnerai du repos » (Mat. 11. 28).

Le repos et la consolation que Jésus donne nous font éprouver :

– la paix de l’âme, parce que nos péchés ont été effacés ;

– la confiance, même dans l’épreuve ;

– sa présence, pleine de compassion ;

– la certitude de Lui appartenir ;

– l’assurance d’être bientôt pour toujours avec Lui dans le ciel.

D’après « Il buon seme » novembre 2023

LE REGARD DE DIEU

« J’ai cherché l’Éternel ; et il m’a répondu, et m’a délivré de toutes mes frayeurs… L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre… Les justes crient, et l’Éternel entend, et il les délivre de toutes leurs détresses » Psaume 34. 4, 7 et 17.

LE REGARD DE DIEU

Réflexions sur le Psaume 34

David était un croyant. Sa vie a été marquée par beaucoup de difficultés ; en particulier, il a été persécuté et a dû fuir à de nombreuses reprises pour sauver sa vie. Mais Dieu l’a délivré, comme nous le dit ce psaume 34. Tous les croyants peuvent s’approprier les paroles de ce psaume.

Où que vous soyez, le Seigneur vous entend et peut vous délivrer de vos craintes. L’homme le plus humble peut invoquer Dieu, le grand Dieu de l’univers, qui l’écoute et le délivre. Que vous soyez riche ou pauvre, très jeune ou très âgé, en bonne santé ou malade, le même Dieu qui a écouté et délivré David vous écoute vous aussi, où que vous soyez.

« Les yeux de l’Éternel sont sur les justes ». Qui sont les justes ? Ce sont ceux « qui craignent l’Éternel », c’est-à-dire les croyants qui L’aiment et L’honorent.

Peut-être que vos conditions de vie actuelles sont si difficiles que tout vous paraît être contre vous (voir Gen. 42. 6), et que vous vous sentiez très seul… Le découragement qui en résulte produit de l’amertume et la vie vous paraît toujours plus pénible.

S’il en est ainsi, souvenez-vous que vous n’êtes jamais seul, même dans les jours les plus sombres. Invoquez Dieu par Jésus Christ. Le même Dieu qui a posé Son regard sur David veille sur vous dans de tels moments. Le même Dieu, qui a conduit David fidèlement et a pris soin de lui, écoute votre cri.

David s’est confié en Dieu pour être délivré – vous aussi, vous pouvez vous confier en Lui !

D’après « Il buon seme » août 2022

ÉTUDE SUR L’ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Ch. 1er

Matthieu présente le Seigneur, comme Roi et Messie d’Israël. Bien que rejeté de Son peuple, « il faut qu’il règne » (1 Cor 15. 25).

Marc montre le Serviteur et le Prophète empressé à Son service.

Luc s’occupe du Fils de l’homme, et Jean, du Fils de Dieu.

Malgré ces différences, Il reste le Fils de Dieu dans chaque évangile. La généalogie, en Matthieu, royale et officielle, descend de David à Jésus en passant par Abraham, dépositaire des promesses : Il est donc héritier du trône et des promesses. En Luc, l’autre généalogie remonte de Jésus à Adam et à Dieu. Marc et Jean ne présentent pas de généalogie : on ne demande pas les ascendants d’un serviteur, et le Fils éternel de Dieu n’a pas d’ascendance.

Après 400 ans de silence, Dieu envoie Son Fils « né de femme, né sous la loi » pour nous racheter et pour « que nous reçussions l’adoption » (Gal. 4. 4 et 5). Il est fait « semblable à nous… à part le péché », et présente les caractères que l’on trouve en Ézéchiel 1. 10 et dans l’Apocalypse 4. 7, à savoir : le lion royal en Matthieu ; le bœuf, animal qui sert, en Marc ; l’homme en Luc ; et l’aigle, en Jean qui s’élève très haut dans les pensées divines.

L’évangile de Matthieu jette un pont entre l’Ancien et le Nouveau Testament, qu’Il accomplit ; Il en est comme la Genèse. Rejeté par Son peuple, le Seigneur annonce la forme nouvelle du royaume (ch. 13) ; Il y présente la future assemblée (ch. 16) ; Sa gloire dans le royaume à venir (ch. 17) ; enfin, la nouvelle alliance (ch. 26. 28).

Jean présente le Seigneur rejeté dès le premier chapitre. Cependant, Matthieu établit Sa royauté pour la consolation des disciples juifs, qui formeront l’assemblée chrétienne du début : Il est le fils de David avant d’être celui d’Abraham. Ce dernier avait reçu les promesses de Dieu envers sa descendance, le peuple (Gen. 22. 17), et sa semence dans laquelle « toutes les nations se béniront », le Seigneur (v. 17 ; Gal. 3. 16).

2 Samuel 7. 12 à 14, annonce, à travers Salomon, le Seigneur comme Roi sur le trône de David. Si, pour Salomon, la discipline était prévue (v. 14), il n’en est pas de même en 1 Chroniques 17. 11 à 14, où le Seigneur est vu. Dans Samuel et les Rois, les fautes humaines sont rapportées, mais dans les Chroniques, la grâce de Dieu est mise en relief. La bénédiction de Jacob sur ses fils annonce le roi futur dans la tribu de Juda (Gen. 49. 10).

Joseph (v. 16), n’était pas le père de Jésus mais, descendant de David, il a sa place dans la généalogie du Seigneur. Le ch. 1er de Matthieu donne plusieurs noms du Seigneur : Fils de David :héritier du trône universel) ; Fils d’Abraham : héritier des promesses de bénédictions). Jésus : Jéhovah sauveur. Emmanuel : Dieu avec nous. Christ : envoyé de Dieu, crucifié ! « Les choses cachées sont à l’Éternel… et les choses révélées sont à nous » (Deut. 29. 29). Seule la foi discerne le Fils de Dieu.

Trois rois manquent dans la généalogie, en Matthieu, afin de conserver trois séries de quatorze générations, dénotant la perfection divine manifestée dans l’ascendance humaine du Seigneur. Quatre femmes qui n’auraient pas dû s’y trouver, sont présentes dans cette généalogie. Là où la foi se trouve, Dieu agit en grâce. Par opposition, un Jéconias, roi de Juda, ne prospérera pas (Jér. 22. 30). Par sa foi, Ruth hérite d’une patrie, d’un Dieu, d’un mari et d’un fils, et d’une place dans cette généalogie.

Matthieu met l’accent sur Joseph, père nourricier de Jésus, car il était un descendant direct de David le roi, comme le montre la généalogie. C’est lui qui reçoit les communications divines, en songe, à plusieurs reprises (ch. 1. 20 ; ch. 2. 13, 19 et 22). Dieu parlera aussi en songe aux mages (ch. 2. 12).

Luc révèle que l’ange Gabriel était apparu d’abord à Marie, que Dieu avait choisie pour mettre le Seigneur au monde. Dieu, maintenant, nous parle par Sa Parole et par le Saint Esprit.

Pensant d’abord à une faute de sa fiancée, dans sa délicatesse, Joseph veut la répudier en secret, peut-être pour lui éviter la lapidation comme la Loi l’exigeait (Deut. 22. 23). Mais l’ange lui ayant révélé que « ce qui est conçu en elle est de l’Esprit Saint », la piété de Joseph se révèle dans son obéissance, sans un mot : il comprend que Dieu lui parle – contrairement à Samuel enfant, qui ne connaissait pas la voix de Dieu. Joseph et Marie font partie de ce faible Résidu pieux qui attendait le Messie, l’Oint de l’Éternel, et tous deux se soumettent de cœur.

Bien que fiancés seulement, l’ange dit à Joseph : « ta femme » (v. 20), et lui-même est appelé : « son mari » (v. 19), montrant tout le sérieux des fiançailles liées à la promesse du mariage.

Pour mettre au monde le Fils de Dieu, la virginité de Marie était indispensable et, après la naissance de « son fils premier-né » – encore un titre de gloire du Seigneur – Marie a eu d’autres enfants. Le verset 23 fait référence à la prophétie concernant la conception du Seigneur, Emmanuel, dans le sein d’une vierge, signe donné à Achaz ayant fait passer son fils par le feu (És. 7. 14).

Dans Matthieu se trouvent 129 références à l’Ancien Testament, dont 89 rappelées par le Seigneur Lui-même. Dans ces d’eux premiers chapitres, trois références se trouvent déjà (ch. 1. 22 ; 2. 23 ; 2. 17). (La prophétie occupe un tiers de la Parole : certaines prophéties sont déjà complètement accomplies ; d’autres, réalisées dans l’esprit de la prophétie, sont à double rebondissement dans le temps, et s’accompliront définitivement à la fin, mais tout ce que Dieu a dit sera parfaitement réalisé).

Pour la naissance de Jésus, les Mages, probablement de savants astrologues à la cour des rois d’Orient, viennent rendre hommage au Roi des Juifs. Cependant, avant d’établir Sa royauté en puissance, le Seigneur devait « sauver son peuple de leurs péchés » (v. 21 ; Luc 2. 11), ainsi que les hommes des nations. Rejeté et crucifié, le Seigneur dit à Pilate, en Jean 18. 36 : (Maintenant)… « mon royaume n’est pas de ce monde ».

Tout le Nouveau Testament est centré sur Jésus, « l’Éternel sauveur », depuis : « Tu appelleras son nom Jésus » (Mat. 1. 21), jusqu’à : « Moi, Jésus » (Apoc. 22. 16). Cependant, s’Il est Dieu « s’étant abaissé lui-même, prenant la forme d’esclave » (Phil. 2. 6 et 7), « il faut qu’il règne », car Il est « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ». La prophétie du Psaume 2. 6 à 8 concerne Sa filiation divine et Sa royauté. Mais pour racheter les coupables de leurs péchés, Il a été cet homme humble, la parfaite offrande de gâteau pétrie à l’huile (Lév. 2. 4 et Mat. 1. 20), et ointe d’huile (Lév. 2. 1 et Mat. 3. 16). Le Seigneur est présenté comme Celui en qui les conseils divins trouvent leur accomplissement (Mat. 5. 17). Reposons-nous entièrement sur la Parole de Dieu et sur ses promesses.

Ch. 2

La généalogie établit la royauté du Seigneur, Fils de David, roi d’Israël, le Messie ayant l’onction divine. Un résidu ramené de Babylone afin que le Messie promis, lorsqu’il viendrait, soit reçu par Son peuple, ne l’attend plus, et est troublé à Sa naissance, avec Hérode, cet Édomite usurpateur du trône d’Israël, type de l’antichrist (2 Thess. 2. 3, 4 et 8). Et nous-mêmes, attendons-nous réellement le Seigneur ?

Dieu sait que le peuple ne rendra pas hommage à son futur roi ; aussi suscite-t-il des mages de l’Orient pour venir L’honorer. Ces mages, probablement des astrologues, peut-être magiciens comme il en existait dans les cours royales (Dan. 2. 2), étaient pieux et avaient peut-être connaissance des prophéties de Balaam, où le devin avait vu « une étoile surgir de Jacob » (Nomb. 24. 17). Ce sont eux qui rendront hommage au futur Roi des rois, préfigurant l’hommage des nations au Seigneur durant le Millénium (És. 60. 2, 3 et 6).

Parmi le peuple, seuls les bergers, avertis par les anges, vinrent L’honorer à Sa naissance, dans « la crèche » (Luc 2. 8 à 20). La scène des mages se situe probablement deux ans plus tard, « dans la maison » (Mat. 2. 11) : « le temps de l’étoile qui apparaissait dans l’Orient », suggéra à Hérode de faire tuer tous les enfants à partir de « l’âge de deux ans et au-dessus » (v. 16), pensant ainsi supprimer ce futur roi d’Israël, Seul, Matthieu relate cette scène, confirmant que cet Enfant est bien le Roi d’Israël et des nations (És. 49. 6).

Pour ces mages, savants astrologues, Dieu envoie « une étoile » dans leur pays (v. 2), les avertissant, par ce moyen, qu’un roi est né en Israël. Ils partent donc et vont à Jérusalem, pensant y trouver ce roi. Ce n’est pas l’étoile qui les a conduits jusque-là, car elle ne leur réapparaît qu’après Jérusalem pour les conduire à Bethléhem, jusqu’au-dessus de la maison où se trouvait le petit Enfant, et ils s’en réjouirent (v. 9 et 10).

Le peuple n’attendait plus son Messie : l’homme préfère l’esclavage de Satan à la délivrance de Dieu (Mat. 8. 28, 33 et 34 ; Jean 19. 13 à 15). Le Seigneur, d’ailleurs, est rejeté dès Sa naissance (Jean 1. 11). Dieu en prend soin et Le protège en employant des moyens humains : il faut que Lui et Sa famille s’enfuient en Égypte. Satan sait que c’est Lui qui lui brisera la tête à la croix (Gen. 3. 15).

En Apocalypse 12. 1 à 6, la nation juive est symbolisée par la femme enceinte en grand travail pour enfanter, montrant les difficultés d’Israël pour recevoir le Seigneur, représenté par l’enfant mâle ; et le dragon voulant dévorer cet enfant, c’est Satan, l’ennemi.

Rusé, Hérode prétend auprès des mages, vouloir lui aussi adorer le petit Enfant. Mais Dieu déjoue sa ruse (v. 12). Le centre de toute cette scène, c’est « le petit enfant », et non Sa mère (v. 11, 13, 14, 20 et 21). C’est Lui qui doit être adoré ; c’est à Lui que les mages offrent de l’or, type de sa divinité ; de l’encens, signifiant la bonne odeur de Christ montant vers Dieu, dans Sa vie et dans Sa mort ; et la myrrhe, symboles de Ses souffrances et de Sa mort. Ésaïe 60. 6, ne parle pas de la myrrhe, parce que le prophète voit le Seigneur dans la gloire du royaume : Ses souffrances sont passées. Cependant, le souvenir en restera (Ps. 45. 8).

Les songes, ici, tiennent une grande place et dirigent les personnes pieuses. Nous, nous avons la Parole et l’Esprit Saint. Dieu prend soin de cet Enfant qui est « Dieu béni éternellement ». En relation avec la croix, « la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes et sa faiblesse plus forte que les hommes » (1 Cor. 1. 25). Il se sert de la fidélité de Joseph pour garder Son Fils de la cruauté d’Hérode qui veut supprimer ce futur roi.

L’histoire du peuple juif commence lorsque Dieu le délivre de l’Égypte. Le Seigneur, venant pour refaire l’histoire d’Israël – car il est le vrai Israël – doit, Lui aussi, être « appelé hors d’Égypte » (v 15). C’est Lui « le vrai cep » (Jean 15). Au Psaume 80, Israël est châtié pour ses infidélités, mais le v. 17 parle de « l’homme de Ta droite », le Seigneur Lui-même. L’Égypte, image du monde, a une place particulière dans la Parole : c’est là que le peuple s’est initialement développé, et elle a été un lieu de refuge pour l’Enfant Jésus. Aussi, Dieu lui réserve, à la fin, de riches bénédictions (És. 19. 21).

Durant le règne du Seigneur, Dieu bénira les peuples qui auront usé de grâce envers Israël (Soph. 3. 9 ; Ps. 68. 31 et 32). Seul, Édom sera détruit entièrement (Abdias 18). Derrière la haine d’Hérode, se cache celle de Satan, cherchant toujours à détruire le peuple dans lequel devait naître le Seigneur (Ex. 1. 16 ; 2 Chron. 21. 10 ; Est. 3. 6 ; Mat. 2. 16) ; en Matthieu, c’est Lui-même que Satan veut détruire, car c’est Lui qui lui « brisera la tête ». Hérode, ayant fait tuer les enfants mâles de Bethléhem, accomplit, sans le savoir, une prophétie (Jér. 31. 15), où Rachel, figure d’Israël, pleure ses « fils…qui ne sont pas » ; Dieu l’invite à « retenir ses pleurs », car « ils reviendront ». Cette prophétie se réalisera pleinement à la fin des temps.

En Matthieu, elle se réalise partiellement, et différemment : ces enfants martyrs sont au bénéfice de la croix. Hérode, mort l’année suivante, rendra compte de son crime, au jugement dernier. L’accomplissement des prophéties est relaté de trois manières différentes : « afin que fût accompli… » – c’est le but de la prophétie – (v. 15) « alors, fut accompli » – accomplissement simple (v. 17) ; « En sorte que fût accompli » – c’est dans l’esprit de la prophétie (v. 23).

Partir en Égypte, pour Joseph, devait être difficile, mais il obéit. Là encore, un songe le dirige, et il rentre en Israël où un dernier songe le fera rejoindre Nazareth, en Galilée, où il vivait auparavant (Luc 1. 26 et 27), à cause d’Archélaüs, fils d’Hérode, aussi cruel que son père. La crainte de Joseph se justifie, car Dieu lui a confié Son Fils. Les Galiléens, peuple mélangé, étaient méprisés des Juifs, et Nazareth l’était plus spécialement encore (Jean 1. 47).

Les Juifs méprisaient le Seigneur, car ils attendaient un Messie triomphant. Mais avant Son règne, il fallait qu’Il soit crucifié pour sauver Son peuple. C’est en Galilée que le Seigneur commence Son ministère (Mat. 4. 12 à 17). Pierre, lui aussi Galiléen, se fera reconnaître par son langage, qui n’était pas l’hébreu pur (Mat. 26. 73). Le Seigneur est le vrai nazaréen (Nomb. 6) ; le « rejeton d’Isaï » méprisé, mais qui régnera en justice (És. 11) – « L’Homme de douleurs… de qui l’on cache sa face » (És. 53. 3 ; Ps. 22. 6), Il nous invite à le suivre dans Sa réjection : « Sortons vers lui hors du camp, portant son opprobre » (Héb. 13. 13).

Ch. 3

Jean le baptiseur, envoyé de Dieu devant le Seigneur, doit préparer le peuple à recevoir le Messie avec « un cœur bien disposé » (Luc 1. 16 et 17) : il fallait que les Juifs, au baptême de la repentance, dans le Jourdain, confessent individuellement leurs péchés, afin que le peuple soit converti pour le royaume des cieux, forme actuelle du royaume de Dieu qui gouverne depuis les cieux. Les bénédictions du peuple sont terrestres, alors que les nôtres sont célestes.

La prédication de Jean et celle du Seigneur (ch. 4. 17), se ressemblent : « repentez-vous car le royaume des cieux s’est approché » : le Roi était là ! Par l’Esprit, Jean, entièrement séparé du monde (v. 4) et humble comme son Maître (Jean 1. 15, 23, 26 et 27), goûtait une profonde communion avec son Seigneur. Cela le qualifiait pour le service de Dieu. Matthieu 11. 7 à 11, donne les vrais caractères de cet homme de Dieu : plus qu’un prophète, car il annonçait directement le Seigneur ; le plus grand des hommes nés de femme, mais plus petit que le moindre des croyants actuels formant l’épouse du Seigneur, car Jean n’est que « l’ami de l’époux ».

Très humble, il était comme son Maître, comme doit l’être tout serviteur de Dieu. Il a prêché dans le désert – type de l’état moral des hommes – loin des chefs infidèles de Jérusalem, dont les cœurs endurcis ont rejeté le Seigneur. Seule la conscience d’être pécheurs nous fait accepter le salut par grâce. Comme Élie, le Tishbite, il devait ramener le cœur du peuple à Dieu (Luc 1. 76 à 79). En Matthieu 11. 14, le Seigneur dit que Jean est « Élie qui doit venir » ; mais en Jean 1. 21, il dit lui-même qu’il ne l’est pas. Si les Juifs avaient reçu le Seigneur, Jean aurait sans doute eu ce caractère d’Élie. Avant l’établissement du royaume, y aura-t-il quelqu’un portant ce caractère ? (Apoc. 11. 3 à 6)

Pharisiens et sadducéens voulaient jouir eux aussi des bénédictions du royaume, sans passer par la repentance. Jean, alors, ne les rejette pas, mais stigmatise leurs prétentions. Le Seigneur les apostrophe de la même manière : « Race de vipères !… » – d’autant plus que les sadducéens niaient la résurrection. « La colère de Dieu qui est révélée du ciel » (Rom. 1. 18), demeurait sur eux, comme sur tous ceux qui restent dans leurs péchés. On reconnaît l’arbre à ses fruits, et les fruits manquaient. Les disciples qui ont cru au Seigneur sont un type du résidu d’Israël durant le royaume.

Entre le chapitre 2 et le chapitre 3, il a dû s’écouler au moins 28 ans, représentant les années cachées du Seigneur, si l’on excepte qu’à 12 ans, on Le trouve dans le temple et qu’Il était « soumis » à Ses parents (Luc 2. 51).

Les foules viennent au baptême de Jean, dans la conscience qu’il vient de Dieu, et confessent leurs péchés, premier pas de la conversion. Le Seigneur s’y soumet aussi, s’associant humblement à Son peuple. Ce baptême pour la repentance est différent du baptême chrétien nous associant à Christ dans Sa mort et Sa résurrection. Les pharisiens chargeaient le peuple de lourds préceptes dont ils ne voulaient pas se charger eux-mêmes. La chrétienté n’est pas exempte de ce caractère, et le Seigneur vomira de Sa bouche l’église professante sans vie (Apoc. 3. 16). Il faut la repentance et la confession des péchés pour avoir la vie éternelle, et accepter humblement d’être soumis à la Parole, pour être enfants d’Abraham (v. 9) !

Jean parle sévèrement aux pharisiens : s’ils sont enfants d’Abraham (v. 9 ; Act. 13. 26), Dieu pouvait, de ces pierres, se susciter des enfants : les gens des nations autrefois sans Dieu dans le monde, mais maintenant « coparticipant de la racine et de la graisse de l’olivier franc » (Rom. 11. 17). Le Seigneur leur dira qu’ils sont enfants du diable, car ils cherchaient à Le faire mourir (Jean 8. 37 à 44). Ils ignoraient qu’Abraham est le père de la foi car : « il crut Dieu, et cela lui fut compté à justice » (Rom. 4. 3).

Abraham a deux descendances : selon la chair et selon la promesse : à cause de sa foi, antérieure à la circoncision, sceau de sa foi, il est donc « père de circoncision » pour les Juifs et pour les croyants ayant la même foi que lui, dans l’incirconcision (v. 1 et 12), car « la promesse est assurée à toute la semence… à celle qui est de la loi et… à celle qui est de la foi. Marchons comme lui a marché, dans la foi et la circoncision de notre cœur. « Sans la foi, il est impossible de lui plaire » (Héb. 11. 6). Au-delà d’Abraham, c’est le Seigneur que nous devons suivre, car Il est « le chef et le consommateur de la foi » (Héb. 12. 2).

Jean avertit les pharisiens que « déjà la cognée est mise à la racine des arbres » (v. 10) : le jugement était prêt, quoique encore suspendu. Il s’abattra sur eux partiellement, soixante-dix ans après, Dieu chassant Son peuple de son pays, détruisant Jérusalem et le temple. Mais le jugement définitif est pour la fin des temps, car la cognée est mise « à la racine ». Israël était ce « cep exquis » qui n’a produit que des raisins sauvages, en rejetant son Messie. Les chrétiens des nations, « branches de l’olivier sauvage », sont « entés » sur l’olivier franc, dont les propres branches – Israël – ont été coupées pour incrédulité (Rom. 11. 16 à 20). Jean annonçait le Messie, et non la grâce. En Luc 13. 6 à 9, le Seigneur avertit le peuple – le figuier stérile – que malgré la patience divine, il sera « coupé » s’il est sans fruit.

Ce chapitre montre trois sortes de baptêmes : d’eau pour la repentance ; de l’Esprit, réalisé à la Pentecôte (Act. 2) ; et de feu pour le jugement à venir sur l’incrédulité.

Le Seigneur, au baptême d’eau, s’identifie en grâce à Son peuple et reçoit le baptême de l’Esprit Saint – la colombe : Il est oint de l’Esprit (Lév. 2. 1). Concernant la foi et l’incrédulité, le Seigneur « nettoiera entièrement son aire » – Israël où Il a souffert-, sauvant les croyants et jugeant les incrédules (Mat. 3. 12 ; 13. 24 à 30 ; 47 à 50). « Qui supportera le jour de sa venue ? » (Mal. 3. 2 ; 4. 1) Le grain est battu dans l’aire (Jug. 6. 36 et 37) : Christ a souffert en Israël, qui est jugé, mais à qui Dieu fera grâce à la fin : c’est dans l’aire d’Ornan que Dieu arrête la plaie et que David dresse un autel ; et c’est là que le temple sera bâti. « Notre châtiment est tombé sur Lui ».

Jean est réticent à baptiser le Seigneur, mais Il lui dit : « Il nous est convenable d’accomplir toute justice » (v. 13 à 15). Il s’associe « aux saints… aux excellents » en qui Il trouve « ses plaisirs » (Ps. 16. 3) : Il sera « fait péché pour nous » ; « il a pris nos langueurs… porté nos maladies » (Mat. 8. 16 et 17). La scène de la femme adultère de Jean 8. 7 à 11 révèle qu’il n’est pas venu condamner les pécheurs, mais les sauver.

« La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17).

Jésus à peine remonté de l’eau, car Il n’a aucun péché à confesser, les cieux s’ouvrent ; le Saint Esprit descend sur le Fils et la voix du Père proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». En Marc et en Luc, Dieu s’adresse directement à son Fils : « Tu es mon Fils bien-aimé ».

Dieu parle, là, au Serviteur-prophète et au Fils de l’homme. Les trois Personnes de la divinité sont dévoilées. Le Fils révèle Dieu comme un Père, le Fils comme l’artisan de la rédemption, et l’Esprit Saint comme l’agent divin venant habiter dans les croyants. Marchons par l’Esprit, soigneusement. Dans l’Ancien Testament, l’Esprit saisissait parfois un homme, David, par exemple (1 Sam. 16. 13).

Le ciel est ouvert en Jean 1. 52, de haut en bas – et de bas en haut en Actes 7. 55 et 56. En Apocalypse 19. 11, il s’ouvrira sur le Seigneur triomphant, venant établir Son règne en justice. Dans les Hébreux, « nous voyons Jésus… couronné de gloire et d’honneur ». S’identifiant au peuple repentant, le Seigneur ne doit pas être confondu avec lui, car c’est en Son Fils seul que Dieu a « trouvé son plaisir ». « Les enfants ont eu part au sang et à la chair », mais le Seigneur, qui est Dieu, y a « participé ».

La colombe symbolise la pureté, la paix. Dans l’arche, la colombe revient vers Noé tant qu’elle ne trouve pas de lieu purifié pour se poser. Elle typifie le Saint Esprit que Jean a vu se poser sur Jésus et y demeurer (Jean 1. 33). Le Seigneur est pétri et oint d’huile (Lév. 2. 1 et 4). « L’Esprit de l’Éternel reposera sur lui » et : « Voici mon serviteur… mon élu en qui mon âme trouve son plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui » (És. 11. 2 ; 42. 1).

Le Seigneur dit à Jean : « Laisse faire maintenant » : L’homme, totalement ruiné quant à ses œuvres, est mis de côté avec ses prétentions (Ex. 19. 8). Maintenant, le Seigneur va faire l’œuvre de Dieu, parfaite, et aux conséquences éternelles. Dieu scelle de Son approbation les trente années de vie cachée du Seigneur au seuil de Son ministère, comme Il scellera, à la fin, Sa vie publique (Mat. 17. 1 à 8 ; Marc 9. 2 à 8 ; Luc 9. 28 à 36). « Dieu était avec Lui » (Act. 10. 38).

En Jean 12. 28 à 30, Dieu parle du ciel pour les hommes. On verrait bien ces paroles après la croix ; mais après la réjection de Son Fils, Dieu n’a plus rien à dire au monde. Dieu trouve-t-Il Sa satisfaction dans notre vie cachée ?

Dans la Genèse, Dieu a créé la lumière, a vu qu’elle était bonne et l’a séparée des ténèbres : c’est l’ancienne création. Ici, Christ est la vraie lumière sur laquelle Dieu met Son sceau, et Il le sépare des pécheurs : c’est la nouvelle création. Nous appartenons à la nouvelle création, car « rendus agréables dans le Bien-Aimé » (Éph. 1. 6), Dieu trouve Son plaisir en nous, en Christ.

En Éden, jardin de délices, l’homme est tombé. Le second Homme, dans le désert, est tenté dans des conditions difficiles, mais ne succombe pas et vainc Satan. Cependant, c’est pour être tenté que Jésus fut emmené au désert, par l’Esprit. L’Esprit nous emmène parfois dans des difficultés, comme les disciples dans une grande tempête. Satan trouve en nous un terrain favorable à la tentation, mais le Seigneur a « été tenté en toutes choses, comme nous, à part le péché (Héb. 4. 15).

Ch. 4

Le Seigneur est confronté aux tentations de même ordre que celles auxquelles Adam et Ève succombèrent : « La convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie » (Gen. 3. 6 ; 1 Jean 2. 15 et 16). Ayant jeûné longtemps, le Seigneur a faim. Mais il n’utilisera pas Sa puissance divine, et n’outrepassera pas la volonté de Dieu pour se nourrir : Il est l’homme « gardant les commandements de l’Éternel » (Deut. 8. 6). Sa sainteté est démontrée, et Dieu en rendra témoignage.

Les croyants, appelés à subir la tentation avec joie et patience, sont dits : « bienheureux » s’ils sont « manifestés fidèles » dans l’épreuve (Jac. 1. 2 à 4, 12). Mais si le mal nous tente (v. 13 à 15), n’accusons pas Dieu, car Lui n’est jamais tenté par le mal. Adam a succombé dans un jardin de délices. Mais c’est dans le désert que le Seigneur est tenté dans des circonstances difficiles, en tant qu’homme, et qu’Il remporte la victoire sur Satan. Venu pour ramener l’homme à Dieu, Il prend Sa place dans un monde devenu un désert, où Dieu a été déshonoré. Il vient en perfection où l’homme a entièrement failli.

Méchant et lâche, Satan intervient toujours là où il discerne ou croit discerner de la faiblesse : il s’est attaqué à Ève, vase plus faible qu’Adam ; Amalek est « tombé en queue » sur les plus faibles du peuple (Deut. 25. 17 et 18). C’est lorsque la faim presse le Seigneur, en jeûne depuis quarante jours, que Satan Le tente de façon précise. Fils de l’homme, Il répond par la Parole.

Quarante est le chiffre de la mise à l’épreuve de l’homme : Moïse a été quarante jours sur la montagne ; le peuple a erré quarante ans au désert. Soumis aux mêmes besoins que nous, le Seigneur a faim, alors qu’Il est le Créateur qui peut dire : « Si j’avais faim, je ne te le dirais pas » (Ps. 50. 12). Manger est nécessaire, mais faisons tout pour la gloire de Dieu (1 Cor. 10. 31).

Satan veut toujours nous faire douter de Dieu et de Ses promesses, comme il a tenté de le faire pour le Seigneur : Dieu avait dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Alors, Satan lui dit : « Si tu es Fils de Dieu… ». « Si », est une invitation au raisonnement humain quant à la Parole divine. Dieu avait la puissance de « susciter des enfants à Abraham » ou de faire des pains avec des pierres, mais le Seigneur ne laisse aucune prise à Satan. Il dira plus tard : « Le chef de ce monde vient et il n’a rien en moi » (Jean 14. 30). Christ était entièrement dépendant du Père pour se nourrir, sans passer par des pierres (Luc 11. 11), bien que, pour les foules affamées, Il multipliera les pains.

Attachons-nous d’abord à la nourriture spirituelle, la Parole de Dieu. Acquérir des biens matériels, outre ce que Dieu nous donne, c’est les recevoir de Satan qui nous veut du mal : il est le menteur, le meurtrier, le séducteur et l’accusateur. Soyons ces « jeunes gens… forts… qui ont vaincu le méchant » (1 Jean 2. 13 et 14). La Parole doit gouverner toute notre vie (Deut. 6. 6 à 9), et gardons-nous du monde – et en particulier des lectures dont beaucoup sont malsaines (Act. 19. 18 à 20). Faisons la volonté de Dieu, comme le Seigneur (Jean 6. 38), afin de répondre à Son désir (1 Tim. 6. 12 et 19). « Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées » (Jér. 15. 16).

Adam et Ève innocents ne connaissaient rien du mal. Adam, appelé à régner sur la terre, a donné souverainement des noms aux animaux. Mais lui et sa femme ont écouté Satan et ont péché. Nous avons la même nature, sur laquelle l’ennemi a de la prise. Il est « le dieu de ce siècle qui a aveuglé les pensées des incrédules » (2 Cor. 4. 4).

Satan veut tenter le Fils de Dieu : « Si » – puisque – « tu es Fils de Dieu »… mais, Homme obéissant, Il se défend par la Parole, car obéir à Dieu est prioritaire pour Lui. La même chose s’adresse à nous en Colossiens 2. 20 et 3 : « Si vous êtes morts avec Christ… Cherchez les choses qui sont en haut ». La première tentation, les pains, s’adresse à l’homme et à ses besoins. La seconde, le faîte du temple, au Messie qui n’avait pas à sauter du temple, mais à l’habiter. La troisième, au Fils de l’homme destiné à régner comme Roi des rois (Jean 12. 14 et 15) ; mais Satan voulait que le Seigneur obtienne le royaume de sa main au lieu de le recevoir de la main de Dieu (Ps. 8. 5 et 6 ; Dan. 7. 13 et 14). Ces tentations manifestent la parfaite sainteté du Seigneur par Son obéissance à Dieu.

Les deux dernières tentations sont inversées en Matthieu – ordre historique – et en Luc 4. 5 à 7 – ordre moral. Satan sait que Dieu a déclaré que Jésus est son Fils, mais il ose citer la Parole à son avantage : il sait se transformer en « ange de lumière » (2 Cor. 11. 14), car ses intentions sont toujours de faire du mal. Mais, « il fait une œuvre qui le trompe » car le Seigneur répond : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Le Seigneur, « né de femme, né sous la loi » (Gal. 4. 4), obéit à Dieu, l’Éternel de l’Ancien Testament : « Ma viande est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jean 3. 34).

La citation du Psaume 91 dévoile la perfidie de Satan, qui ne dit jamais tout à fait la vérité : Les promesses de ce psaume sont pour le fidèle se confiant en Dieu. Et Satan se garde de citer le verset 13 qui prévoit sa propre défaite. Le Seigneur n’a jamais rien fait sans la volonté de son Père (Jean 11). Par exemple. sauter du temple aurait manifesté la recherche d’une gloire personnelle au lieu de celle de Dieu. Le Seigneur, vrai Israël, réalise l’obéissance (Deut. 6. 16) que Dieu n’a pas obtenue de Son peuple (Ps. 78).

Au Psaume 40. 8, Il déclare : « Ta loi est au-dedans de mes entrailles » : la Parole avait toute sa puissance en Lui. Qu’en est-il de nous ? Dieu déclare à Jacob : « Je te garderai partout où tu iras » (Gen. 28. 15). Dieu est fidèle. Le Seigneur nous a rachetés de l’esclavage de Satan (És. 52. 3). Le Seigneur, emmené au désert par l’Esprit Saint, a été tenté par Satan, auquel Dieu attribue une liberté restreinte. Dieu utilise, auprès des hommes, des agents, parfois bénis, mais aussi d’autres, dangereux. Pourtant, Dieu veut notre « bien à la fin » (Deut. 8. 2 à 16 ; 1 Cor. 10. 13). « Résistez au diable et il s’enfuira de vous » (Jac. 4. 7).

Jérusalem est appelée « la ville sainte » seulement en Matthieu, même après la crucifixion (Mat. 4. 5 ; 27. 53). Vaincu, Satan se retire, car le Seigneur ne veut servir que Dieu seul. Alors, les anges Le servirent après l’avoir laissé seul affronter l’ennemi. Au ch. 2. 11, les mages s’étaient prosternés devant Lui. Bientôt « tout genou se ploiera… et toute langue confessera qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 10 et 11).

En Genèse 3. 24, Dieu place « les chérubins » à l’orient d’Éden, empêchant l’accès à l’arbre de vie. Ici, les anges servent le Seigneur, après la tentation, car Sa sainteté devait être pleinement manifestée dans Sa solitude face à Satan. Les anges ne seront pas non plus à la croix. Ils interviennent à la naissance du Seigneur (Luc 2. 9 et 13), lors de la tentation (Mat. 4. 11), à Gethsémané (Luc 22. 43), à la résurrection (Mat. 28. 2) – et à l’ascension (Act. 1. 10 et 11). Jean 1. 52 résume ce ministère angélique en faveur du Seigneur. Hébreux 1. 6 et 13, établit la suprématie du Seigneur sur les anges qui sont des « esprits administrateurs » que Dieu utilise pour notre bien. Ils fortifient le Seigneur dans Son humanité.

Le Seigneur a commencé Son ministère en Judée : les noces de Cana (Jean 2. 1 à 11) ; Sa montée à Jérusalem (Jean 2. 13 et 23) ; Sa rencontre avec Nicodème (Jean 3. 1 à 21), se situent environ un an avant qu’Il se retire en Galilée (Mat. 4. 12), lors de l’emprisonnement de Jean, dont le ministère s’est poursuivi jusqu’au ch. 13 : puis Jean est mis à mort au ch. 14. 1 à 12. Le Seigneur, déjà rejeté des chefs du peuple, (Jean 1. 11), se retire en Galilée, contrée méprisée des Juifs pour sa population mélangée. Il sera aussi chassé de Nazareth (Luc 4. 16 à 30), où Il ne fera que peu de miracles (Mat. 13. 53 à 58 ; Marc 6. 1 à 5).

Il habitera alors à Capernaüm, appelée : « sa propre ville » (Mat. 9. 1), dont il censurera l’incrédulité en Matthieu 11. 23. Cette ville a eu le privilège d’être habitée par « celui qui apporte de bonnes nouvelles… qui annonce la paix » (Nahum 1. 15). Lien entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, l’évangile de Matthieu montre l’accomplissement des prophéties (v. 14 à 16 ; És. 9. 1 et 2).

En Ésaïe, le peuple marchait dans les ténèbres ; ici, il y est assis : une longue marche dans la désobéissance conduit au découragement. Capernaüm, ville de Nephtali et proche de Zabulon, se situait sur le « chemin de la mer » qu’empruntaient les nations d’Orient commerçant avec Tyr et Sidon, sur la Méditerranée. La Galilée, habitée par différents peuples remplaçant les Israélites transportés en Assyrie, est appelée : « Galilée des nations » ; on reconnaissait les habitants à leur accent. Le Seigneur se tient à la jonction d’Israël et des nations, car Son salut s’étendra « jusqu’au bout de la terre » et Sa renommée s’étendait jusqu’en Syrie (v. 24).

Le Seigneur est « la lumière du monde » (Jean 8. 12). Nous étions « assis dans les ténèbres où la lumière s’est levée » ; nous sommes, maintenant, rachetés et « lumière dans le Seigneur » (Éph. 5. 8 ; Mat. 5. 14). Nous avons la vie et la lumière divine (Jean 1. 4). Brûlons-nous d’amour pour Lui ? Le Seigneur « frappe à la porte » : ouvrons-Lui tout grand notre cœur. (Si nous tournons le dos à la lumière, elle luira sur notre dos). Pierre, reniant le Seigneur, est reconnu comme étant « de ces gens-là » (Mat. 26. 73).

Le Seigneur, comme Jean, prêche la repentance, car le royaume s’était approché : le Roi était là. Mais, rejeté, le Seigneur n’établira pas Son royaume à ce moment-là (Jean 18. 36 et 37). L’Église n’est pas le royaume, encore mystérieux, mais en fait moralement partie. Les Juifs ne nommaient pas Dieu : ils évoquaient « les cieux » (Luc 15. 18 à 21). Le royaume est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17).

La mer de Galilée symbolise les nations auxquelles l’évangile sera prêché, après l’avoir été à Israël. Le Seigneur voit quatre Galiléens le long de la mer, car ils étaient pêcheurs ; et Il leur dit : « Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (v. 19). Le Seigneur seul forme Ses serviteurs et les envoie. On a un exemple en Actes 13. 1 à 4, où l’Esprit Saint met à part Barnabas et Saul et les envoie : les disciples se contentent de leur témoigner leur communion (v. 3). Reconnaissons le service d’un frère ou d’une sœur, et manifestons notre communion ; mais laissons l’Esprit Saint les diriger. Ici, les quatre disciples, aussitôt, quittent tout, même leur famille (v. 22), et suivent le Seigneur, sans inquiétude : le Seigneur donne aussi la force de Le suivre. Que répondons-nous à l’appel du Seigneur ?

L’exemple de Jonas nous enseigne sur le travail de Dieu, concernant un serviteur appelé, mais rebelle. Après l’appel du Seigneur, il faut Le suivre. « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive » (Jean 12. 26) ; à Moïse, l’Éternel dit : « Viens, et je t’enverrai… » (Ex. 3. 10). Avant de servir, assurons-nous que nous suivons bien le Seigneur. Il semble que Pierre et André connaissaient déjà le Seigneur avant qu’Il les appelle (Jean 1. 41 à 43). Mais en Matthieu 4, c’est l’appel pour le service. Lévi aussi suivra aussitôt le Seigneur, quittant sans hésiter une place confortable, et fera au Seigneur un grand festin (Luc 5. 27 à 29). La puissance attractive du Seigneur se montre dans ces différents appels.

Ces disciples, comme le Seigneur l’avait dit, seront des pêcheurs d’hommes (Act. 2. 14 à 41 ; 4. 4). Il faut être formé pour « pêcher des hommes », et aller où se trouvent les âmes perdues. N’oublions pas que la formation peut être brève ou longue. Moïse a eu une formation de quarante ans. Elle n’est pas toujours facile. C’est dans la communion avec le Seigneur et le zèle pour Lui, qu’un serviteur sera compétent et efficace. Le Seigneur appelle d’abord pour le salut, puis pour Le suivre dans les détails de notre vie (Mat. 16. 24 ; 19. 27 à 29). Quant au service, prenons garde de ne pas vouloir servir sans être appelés, ou de faire passer nos intérêts avant ceux du Seigneur (Luc 9. 57 à 62 ; Marc 10. 17 à 21). Faisons tout par amour pour le Seigneur (Mat. 10. 37 à 39).

Le service du Seigneur est résumé dans ce verset 23 : Enseigner, prêcher, guérir : c’est le parfait serviteur. Le Seigneur prêchait l’évangile du royaume, qui sera repris après l’enlèvement de l’Église, pour ceux qui n’auront pas entendu l’évangile actuel de la grâce. Il guérissait maladies et langueurs du peuple (És. 53 ; Mat. 8. 17). Lui-même, étant sans péché, ne pouvait être atteint par la maladie ; mais il ressentait, dans Sa sensibilité parfaite, toutes les douleurs des hommes. Il a même pleuré au tombeau de Lazare… Il pardonnait les péchés et guérissait les malades (Ps. 103. 3). Sa renommée se répandit au-delà des frontières d’Israël de cette époque, et la puissance de Son amour se met au service des hommes affligés de diverses maladies et infirmités (v. 24). Apportons-Lui, par la prière de la foi, tous ceux de notre connaissance qui sont dans l’affliction, et laissons-Le agir. S’Il nous permet de voir des fruits pour nous encourager, nous devons rester humbles.

Ch. 5

Par Son service de miséricorde, le Seigneur attirait les foules que le baptême de Jean avait mises à part. C’est : « assis sur la montagne », pour Ses disciples – le résidu fidèle – les foules l’entendant, que le Seigneur enseigne la « charte du royaume » qui réglera la vie de ceux qui en feront partie (ch. 5, 6 et 7). Il ne s’agit pas du salut, mais des dispositions des cœurs des Juifs et des nations, après l’enlèvement de l’Église : pour entrer dans le royaume, ils devront accepter la croix du Seigneur. « J’écrirai ma loi sur leurs cœurs » (Jér. 31. 33) : C’est un message pour la terre. Les chrétiens, sauvés par grâce, doivent porter ces caractères qui sont ceux du Seigneur en perfection, pour Lui ressembler : notre destinée est céleste. Le Seigneur devait annoncer « la justice dans la grande congrégation » (Ps. 40. 9).

Ce sermon ne se trouve qu’en Matthieu, sous cette forme-là. En Jean, Il parle plus particulièrement à Ses disciples ; et en Luc, il est plus restreint. Ce sermon ne s’adresse pas qu’aux Juifs, ni aux incrédules comme moyen d’entrer dans le royaume ; mais à tous ceux qui passent d’abord par la croix ! Ces principes prendront toute leur force durant le règne millénial. C’est sur la montagne que le Seigneur édicte cette « loi » du royaume : symboliquement, dans la proximité de Dieu, dans le calme d’une position élevée, en contraste avec le ch. 4, où Il marche « au bord de la mer » agitée des nations. C’est encore sur une montagne, que le Seigneur appelle « ceux qu’il voulait » (Marc 3. 13) – et sur la montagne qu’Il apparaît glorieux à Ses trois disciples, en opposition avec l’agitation des hommes, lorsqu’ils en redescendent (Marc 9. 1 à 27).

C’est dans la paix du cœur que nous devons écouter le Seigneur, non dans l’agitation du monde, comme la Bien-Aimée qui cherchait son Bien-Aimé dans l’agitation de la ville ; ce n’est pas là qu’elle l’a trouvé (Cant. 5. 7) !

Le Seigneur qualifie de « bienheureux » ceux qui porteront les caractères du royaume, car c’est eux qui en jouiront. Ce sont ceux, de tous les temps, qui ont cru, croient ou croiront la Parole de Dieu et la gardent : ces « pauvres en esprit » se confient en Dieu et non à leurs propres capacités (Luc 6. 20 ; Ps. 51. 17 ; És. 66. 2), et qui n’ont pas « une haute pensée d’eux-mêmes » (Rom 12. 3 ; 1 Cor. 4. 6 ; 1 Tim. 1. 15 et 16). Ils entrent « par la porte étroite » (Mat. 7. 13). C’est l’opposé de l’esprit du monde ! Le résidu devra abandonner la « lettre » de la loi pour en appliquer l’esprit. Prenons garde à l’orgueil et à la « connaissance » naturelle (1 Cor. 8. 2).

Dieu se sert de nos capacités si nous les mettons à Son service : Paul, doué d’une grande intelligence, ne s’appuyait pas dessus, car il avait « fait la perte de tout » ce qui était un avantage pour lui.

Objets de la grâce divine, « menons deuil » sur la ruine de l’homme ; sur nos misères (Jac. 4. 9 et 10) ; et sur l’Assemblée – sur l’absence du Seigneur, en sentant l’aridité du monde où la justice divine est bafouée. Dans le ciel, nous serons consolés, (Mat. 5. 4). Le Seigneur a pleuré au tombeau de Lazare et sur Jérusalem (Mat. 23. 37 et 38 ; Luc 19. 41) : le résidu sera consolé durant le règne, mais nous avons déjà des consolations en Lui (2 Cor. 1. 7).

Une autre béatitude concerne les « débonnaires » qui auront part au règne millénial (Ps. 37. 11). Ils porteront ce caractère du Seigneur Lui-même (Mat. 11. 29), que nous sommes nous aussi appelés à refléter (2 Cor. 10. 1 ; Phil. 4. 5). Mais les promesses de ce sermon concernent le peuple terrestre, bien qu’elles rejaillissent moralement sur nous. « Les débonnaires posséderont le pays » (Mat. 5. 5). Pour nous, le « pays » est en haut. Cette « charte du Royaume » reflète la justice du Roi Lui-même. La débonnaireté du Seigneur manifestait Sa bonté jusqu’à ses extrêmes limites : Il est notre modèle ! Reflétons-nous les caractères de ce roi débonnaire « entrant à Jérusalem monté sur un ânon ? (Mat. 21. 5) Apportant la grâce, Il venait sauver les pécheurs.

La femme chrétienne doit manifester « l’homme caché du cœur, dans un esprit doux et paisible qui est d’un grand prix devant Dieu » (1Pier. 3. 4)

La présence du Saint Esprit en nous nous y pousse tous : c’est un des fruits de l’Esprit (Gal. 5. 22). « Tous ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair » : tenons-la dans la mort.

« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice » (v. 6). Le résidu juif, à l’orée du millénium, persécuté par l’antichrist, aura « faim et soif de la justice », car il vivra « la détresse de Jacob ». Cette période est prophétisée en Matthieu 24, où « l’abomination » annoncée en Daniel, est rappelée par le Seigneur. Mais Dieu protégera le résidu de la haine de l’antichrist qui sera jeté dans l’étang de feu.

L’établissement du règne de Christ « rassasiera » le résidu des bénédictions milléniales (És. 65. 13 et 14), selon les termes « d’une alliance éternelle » (És. 55. 1 à 3) : mais il faudra qu’il passe par la croix, car c’est là que nous rencontrons « ce miséricordieux et fidèle sacrificateur » (Héb. 2. 7 et 18). Nous ne pouvons que souffrir de l’état du monde, comme souffrait le Seigneur : « Oh génération incrédule et perverse ! Jusques à quand vous supporterai-je ? » Mais les souffrances du résidu juif et des nations seront terribles (2 Thess. 2. 8 à 12 ; Apoc. 7. 1 à 10), car il sera persécuté par les apostats, que Christ détruira avant d’établir la justice et la paix (Zach. 9. 9 et 10). Il est le « roi de justice et de paix » (És 32. 1 et 2 ; Héb. 7. 1 et 2). Manifestons la justice, la paix, et la joie selon Romains 14. 17, avec la foi et l’amour (2 Tim. 2. 22). Daniel 12. 1 révèle l’intervention de l’archange Micaël, sur la terre, en faveur du résidu juif. Satan sera lié et il ne séduira plus les nations durant mille ans (Apoc. 20. 3) ; Puis, de nouveau libre, il les entraînera une dernière fois, mais sera jeté dans l’étang de feu (Apoc. 20. 7 à 10).

Quant à nous : Revêtons « l’armure complète de Dieu » pour tenir ferme (Éph. 6. 10 à 13).

« Bienheureux les miséricordieux » (v. 7). La miséricorde, très voisine de la grâce, est toujours mentionnée dans les épîtres individuelles. C’est la bonté de Dieu qui a pitié de notre faiblesse (Ps. 103. 8). Le Seigneur l’a exercée, par exemple en guérissant l’oreille coupée de Malchus venu pour l’arrêter. David a usé de bonté et de miséricorde envers Mephibosheth : « Bienheureux celui qui comprend le pauvre » (Ps 41. 1). Pratiquons la miséricorde (Luc 10. 36 et 37 ; 2 Tim. 1. 16).

Le Seigneur a quitté la gloire du ciel pour entrer en sympathie avec notre faiblesse.

« La pureté de cœur » (v. 8) caractérise les chrétiens, et le résidu juif du millénium, sauvés de leurs péchés : à sa naissance, le Seigneur est annoncé par les anges, comme « le Sauveur ». Les Juifs, au baptême de Jean, considérés, alors, comme le résidu, auraient dû recevoir le Seigneur. Il désigne, ici, les caractères des « citoyens » du royaume, mais plus tard (Act. 15. 8 et 9), Il montre que c’est Dieu, par la foi, qui donne « un cœur pur ». Il s’agit d’une pureté d’état. Cependant, purifions-nous constamment, gardant Sa communion, afin de refléter les caractères du Seigneur : fruit de la sainteté, la pureté a été manifestée en perfection par le Seigneur Jésus, dans Son humanité (Ps. 24. 3 et 4 ; Ps. 15). Dieu pouvait « sonder » l’homme Christ, et ne « rien trouver » (Ps. 17. 3).

Les « purs de cœur » verront Dieu dans Sa gloire et Son amour – les incrédules, comme juge. Hébreux 12. 14 nous invite à « poursuivre… la sainteté » pratique « avec tous », afin de « voir Dieu ». Déjà, nous avons vu Dieu dans le Seigneur (Jean 14. 9).

Si nous attristons le Saint Esprit, Il doit produire la repentance au lieu de nous « annoncer ce qui est à Christ » (Jean 16. 14). Purifions nos motifs et poursuivons ce qui est bon devant le Seigneur. S’il reste, en nous, des choses non jugées, nous ne voyons pas « tout clairement », comme cet aveugle à qui le Seigneur a rendu la vue, mais qui voyait « des hommes comme des arbres qui marchent » (Marc 8. 22 à 25) : il a fallu une deuxième intervention du Seigneur. La pureté pratique est un fruit de l’obéissance dans la connaissance intime du Seigneur et de Son amour, dont nous jouissons.

Grandissons dans Sa connaissance afin d’obéir par amour ! « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14. 23). Le Seigneur veut nous prendre par la main, nous faisant sentir la douceur de Son amour. La purification par « l’obéissance à la vérité » pousse aussi à « une affection fraternelle sans hypocrisie », à nous aimer « ardemment d’un cœur pur » (1 Pier. 1. 22). Gardons notre cœur pur, car toute notre vie en découle (Prov. 4. 23 ; Ps. 51. 10).

Possédant la paix de Dieu, sachons la « procurer » (Mat. 5. 9) entre nous (Éph. 4. 3) ; mais par notre témoignage, essayons aussi de la « procurer » à ce monde sans Dieu : il y a une promesse : être « fils de Dieu » sur la base de la nouvelle création, en contraste avec les « fils de Dieu » de Job 1. 6 ; 2. 1 ; 38. 7, désignant les anges, dans la première création. Si nous manifestons les mêmes caractères du Dieu de paix (Phil. 4. 8 et 9), Dieu nous conférera ce titre de « fils et de filles » séparés du monde (2 Cor. 6. 14 à 18), et pas seulement l’état d’enfants de Dieu. La source de la paix, c’est Dieu, et le Seigneur l’a acquise par Sa mort et Son sang versé.

Le Seigneur sera « prince de paix » (És. 9. 6), dans Son règne et Il est « celui » qui annonce la paix (És. 52. 7 ; Nahum 1. 15). Suivons Ses pas (Rom. 10. 15 ; Jac. 3. 18). Fuyons une fausse paix, « concession ou neutralité » (Jér. 6. 14) : maintenons fermement les droits du Seigneur dans l’obéissance à Sa parole, tout en gardant la paix entre nous. La croix est la base de la paix ! Sanctifiés par « le Dieu de paix » (1 Thess. 2. 3), la « paix de Dieu » nous garde (Phil. 4. 6 et 7). Il n’y a pas de paix dans !e désordre (1 Cor.14. 33). « … La justice et la paix se sont entre-baisées » (Ps. 85. 10).

Ces béatitudes sont pour les héritiers du royaume qui, à cause de leur fidélité, seront persécutés. La perfection du Seigneur provoquait la haine des hommes qui cherchaient à L’enlacer dans Ses paroles pour Le faire mourir. Il n’a pas été reçu et nous ne le serons pas davantage (Jean 15. 20), si nous glorifions Dieu par notre justice pratique (1 Pier. 4. 12 à 15). « Mais si même vous souffrez pour la justice… ne craignez pas leurs craintes… mais sanctifiez le Seigneur Christ » (1 Pier. 3. 14 et 15).

Par opposition : « Malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous, car leurs pères en ont fait de même aux faux prophètes » (Luc 6. 26). Si nous sommes persécutés, ne serait-ce que par des moqueries ou des brimades, à cause de notre foi, Dieu nous appelle « bienheureux » maintenant, et il y a une récompense dans les cieux. Cette parole s’adresse au résidu juif qui traversera « la grande tribulation » ; mais le Seigneur nous encourage et soutient notre faiblesse, pour Son témoignage. Étienne, lapidé à cause de sa foi, voyait, à ce moment-là même, le Seigneur dans le ciel, et cela l’encourageait (Act. 7. 54 à 56). Si le monde dit du mal de nous à cause du Seigneur, il est souhaitable que ce soit « en mentant » (v 11).

Caïn, homme à prétention religieuse, mais profane, a tué Abel dont les œuvres étaient bonnes, quand les siennes « étaient mauvaises » (1 Jean 3. 12). Le Seigneur « vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1. 11 ; 3. 19), car « les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises ». Notre « justice » doit s’opposer à l’esprit du monde actuel qui « appelle le mal bien, et le bien mal » (És. 5. 20). Il y aura de l’opposition mais : « votre récompense est grande dans les cieux » (v. 12), car « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ; et les apôtres « se réjouissaient d’avoir été estimés dignes de souffrir pour le nom » (Act. 5. 27 à 41).

Pierre, présomptueusement, pensait pouvoir aller « et en prison et à la mort » pour le Seigneur, par ses propres forces. Il devra apprendre que seul le Seigneur donne la force de tenir ferme par amour pour Lui. Dans notre infirmité, « la puissance du Seigneur s’accomplit ».

La logique humaine nie que les « miséricordieux » et les « purs de cœur » soient des « bienheureux ». Mais si nous obéissons par amour pour Lui, Son approbation nous rend joyeux, Lui ressembler est une béatitude. Renions « l’impiété et les convoitises mondaines »… afin que « nous vivions sobrement, justement, et pieusement » (Tite 2. 12), pour ne pas renier le Seigneur.

Menacé, Élie s’enfuit (1 Rois 19. 2 et 3). Jérémie, au contraire, tient ferme et poursuit son ministère en prison (Jér. 20. 2 à 4) ; de même que Joseph, en Égypte. Ézéchiel partage la captivité du peuple, à Babylone (Éz. 3. 15). Le Seigneur prononce le « malheur » sur les chefs religieux de Son temps, car ils « ornaient les tombeaux des prophètes que leurs pères avaient tués » (Luc 11. 47 et 48). Le sel (v. 13), donne de la saveur et préserve de la corruption (Col. 4. 5 et 6) ; le Saint Esprit et l’Église freinent son déferlement (2 Thess. 2. 6 et 7). Après l’enlèvement de l’Église, les fidèles subiront « la grande tribulation ».

Gardons la saveur du sel, afin de ressembler au Seigneur. « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix entre vous » (Marc 9. 50 et 51).

Matthieu 5. 14 à 16 : « Vous êtes la lumière du monde » (v. 14). Alors : « marchez comme des enfants de lumière » (Éph. 5. 7 et 8). Le Seigneur est « la lumière du monde » (Jean 8. 12), et Il vit en nous ; et si sa lumière brille en nous, les hommes voient Christ et peuvent voir la lumière où elle se trouve. Si même l’Église est en mauvais état, la lumière qui l’habite est divine. Soyons « sans reproche et purs », afin de « reluire comme des luminaires dans ce monde, présentant la parole de vie » (Phil. 2. 15 et 16). Notre vie doit être irréprochable (Tite 2), afin que la prédication de l’évangile soit convaincante. « Dieu est amour » et aussi « lumière » : nous ne sommes pas appelés : enfants de l’amour, mais Dieu « à versé son amour en nous par l’Esprit Saint » ; cependant, nous sommes appelés : « fils de la lumière » : « Veillons et soyons sobres, et ne dormons pas comme les autres » (1 Thess. 5. 4 à 6).

Notre responsabilité est de « reluire comme des luminaires » : « Le sentier des justes est comme la lumière qui va croissant » (Prov. 4. 18) : il doit y avoir progrès constant, en nous tenant dans la lumière du Seigneur qui nous sonde premièrement (Ps. 139. 23), et nous discernerons les choses qui se présentent à nous. Le Seigneur est « la vie » et « la lumière du monde » (Jean 1. 4 à 9 ; És. 49. 6), et nous devons reproduire Ses caractères.

« Vous êtes la lumière du monde » : la lumière doit être vue de loin par ceux qui cherchent la vérité. La lumière doit être vue par ceux qui habitent notre maison, mais aussi par ceux qui y entrent (Luc 11. 33). N’enfouissons pas la vie spirituelle sous les affaires de la vie, le boisseau (Mat. 5. 15 ; Marc 4. 18 et 19), ni dans la paresse, le lit (Marc 4. 21). La lumière « d’une ville, sur une montagne », doit être visible de loin, la nuit (Mat. 5. 14). Il y a, dans le monde et en nous-mêmes, des forces opposées au développement spirituel du croyant, et qui le poussent à la paresse et à la négligence : prenons-y garde ! « Quant à l’activité, pas paresseux » (Rom. 12. 11). Mettons donc la lumière « sur un pied de lampe » (Marc 4. 21). Cette lumière doit être vue dans les « bonnes œuvres qui glorifient Notre Père qui est dans les cieux » (Mat. 5. 16).

Cela nous concerne de la même manière que ceux qui, à la fin, entreront dans le royaume millénial.

2 Corinthiens 9. 13 nous apprend que la bienfaisance produit la louange pour Dieu en ceux qui bénéficient des bonnes œuvres. Désirons ces œuvres-là (2 Cor. 8. 4 et 5). Les croyants sont « créés » de Dieu en Christ – suscités par Lui – pour ces bonnes œuvres (Éph. 2. 10), pour Sa gloire. Ces bonnes œuvres peuvent être publiques ou cachées, mais Dieu manifestera tout au grand jour (1 Tim. 5. 25). Ici, il s’agit de celles qui doivent se voir (Mat. 5. 16). Cependant, ne nous mêlons pas des œuvres humanitaires, faites peut-être avec de bonnes intentions mais dans l’incrédulité (És. 64. 6). Ne les méprisons pas, mais nous ne devons pas nous y associer (2 Cor. 6. 14). Quelques-uns pensent, par ce moyen, acquérir le salut : c’est une erreur fatale !

Les Juifs demandèrent au Seigneur : « Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? Jésus répondit et leur dit : c’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jean 6. 28 et 29).

Au verset 17, le Seigneur se situe Lui-même, par rapport à la loi et aux prophètes de l’Ancien Testament : « Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir ». Et il montre le contraste entre la « lettre » de la loi, à laquelle s’attachaient les Pharisiens, et « l’esprit » de la loi qui la transcende. Le Seigneur était venu « accomplir la loi » (Ps. 40. 7 et 8 ; Luc 24. 44) : c’est plus qu’y obéir ! La loi « sainte », le « commandement juste et bon » (Rom. 7. 12), siégeaient « au-dedans de ses entrailles » et se manifestaient au dehors, par une vie de soumission parfaite à Dieu. Tout l’Ancien Testament annonçait Christ, le Messie, aux Juifs (Jean 5. 39) : c’est pour cela qu’Il est venu « l’accomplir ». Les évangiles annoncent souvent que le Seigneur accomplissait ces prophéties : « Afin que les Écritures soient accomplies… » et, à la croix : « C’est accompli ».

Le Seigneur dit, en Jean 10. 35 : « … l’Écriture ne peut être anéantie ». Le Seigneur se soumettait, tantôt à la lettre, tantôt à l’esprit de la loi : « le Fils de l’Homme est Maître du sabbat ». Il affirme solennellement son importance au v. 18 : « Rien de la loi ne passera qui ne soit accompli ». Toute la Parole a l’autorité divine, car entièrement inspirée du Saint Esprit. Un « iota » ou un « trait de lettre » peuvent nous apparaître comme de peu d’importance, mais il n’en est pas ainsi pour Dieu ; le Seigneur a accompli, à la croix, jusqu’au moindre détail de la prophétie (Jean 19. 28 à 30).

Au verset 19, le Seigneur montre comment sera estimé celui qui supprime le plus petit commandement et enseigne ainsi ou, au contraire, celui qui y obéit lui-même et l’enseigne : vivons pratiquement ce que nous disons (Act. 1. 1 ; Jac. 1. 22). La pratique passe avant l’enseignement : « … en œuvre et en parole » (Luc 24. 19). « Ce que vous avez vu en moi : … faites ces choses » (Phil. 4. 9). Les Pharisiens, eux, « disaient » mais « ne faisaient pas » (Mat. 23. 3).

Gardons la Parole (Apoc. 1. 3 ; 22. 18 et 19). Le Seigneur veut nous donner « une riche entrée » dans Son royaume (2 Pier. 1. 10 et 11). Le Seigneur visait spécialement les Pharisiens qui s’attachaient aux « traditions des anciens », au détriment des commandements de Dieu (Mat. 15. 3 à 6 ; 23. 23). Par contraste, Jacques 2. 8 à 13, illustre la « miséricorde qui se glorifie vis à vis du jugement ». C’est le fruit de la « loi accomplie » ! Dans l’Ancien Testament, on trouve des commandements à effet moral : « tu aimeras ton prochain » ; cela est aussi pour nous. Il en est d’autres, cérémoniels, concernant le culte lévitique, auxquels nous ne devons pas nous conformer : ces « types », Christ les a pleinement accomplis.

Ce sermon qui ne parle aucunement de Christ Lui-même, s’adresse spécialement au résidu juif de la fin des temps, lui montrant les caractères qui lui permettront d’entrer dans le royaume. Nous qui y sommes déjà entrés, nous y trouvons des directions morales précieuses. Le résidu est appelé à « surpasser, la justice des Pharisiens » stigmatisée en Mat. 7. 21 et ch. 23. 2 à 7 : le royaume leur était fermé ! C’est par la foi que nous y entrons, car il est grand ouvert durant le temps de la grâce. La fidélité à une récompense (Apoc. 22. 12), ainsi que l’obéissance (Apoc. 22. 17). Et les affections du croyant pour son Seigneur lui font s’écrier : « Viens, Seigneur Jésus » (Apoc. 22. 20).

Dans les versets 17 à 20, le Seigneur parle, d’une manière générale, de la loi qu’Il est venu accomplir. Dans les versets suivants, Il montre que si la loi condamnait les actes positifs, Lui, condamne les mobiles du cœur. La loi disait : « Tu ne tueras point » (Ex. 20. 13 ; Deut. 5. 17) ; mais les anciens avaient ajouté : « Quiconque tuera sera passible du jugement ». Ils avaient bonne apparence extérieure, mais leurs cœurs étaient « pleins de rapine et de méchanceté » (Luc 11. 39). Il faut juger son propre cœur, car l’esprit de la loi va bien au-delà d’un simple commandement formel. La colère est un fruit de la chair (Gal. 5. 20). Chez les Juifs, les juges devaient reconnaître ce qui était condamnable, et le châtier.

Devant Dieu, la plus légère colère est assimilée à un meurtre ! (1 Jean 3. 15) C’est pourquoi Colossiens 3. 8 nous dit : « Mais maintenant, renoncez… à toutes ces choses : colère, courroux, malice etc… ». Nous pouvons avoir une colère selon Dieu (Éph. 4. 26), mais elle ne doit jamais durer. La colère de Moïse, brisant les tables de la loi, n’était pas dirigée contre le peuple, mais contre le péché qui déshonorait Dieu. Quant à Dieu, Sa « colère vient sur les fils de la désobéissance » (Éph. 5. 6 ; Col. 3. 6).

Le christianisme, mettant à nu le cœur des croyants, est plus exigeant que la loi des anciens ; nous avons la nouvelle nature, et l’Esprit Saint nous donne la force de tenir la chair dans la mort, dans un exercice continuel. Ces versets de Matthieu parlent à notre conscience : Dieu peut agir en gouvernement, mais le jugement est passé, pour nous. Gardons-nous, dans nos propres pensées quant à nos frères et aux hommes en général. « Raca », « fou », peuvent nous paraître des mots anodins, mais Dieu en condamne l’esprit. Attention à notre langue ! (Jac. 3. 6 à 10)

Il faut nous réconcilier avec un frère avec qui nous aurions un différend, avant d’offrir notre « don à l’autel » : sinon, comment le culte sera-t-il agréable à Dieu ? En Matthieu 18. 15, il s’agit d’un péché positif contre un frère. On doit s’efforcer de le régler de façon à retrouver la paix. Ayant été réconciliés avec Dieu, la réconciliation doit exister entre nous (Col. 1. 20), car Dieu a mis Sa propre nature en nous. Reconnaissons, dans nos relations entre frères, ce qui n’est pas à la gloire de Dieu. La réconciliation est la base de la paix retrouvée, et nous goûterons, alors, la présence du Seigneur nous disant : « Paix vous soit » !

Les versets 25 et 26 prophétisent du châtiment d’Israël qui, en chemin avec Dieu lorsque le Seigneur était là, ne s’est pas réconcilié avec « sa partie adverse » : Dieu l’a jugé et livré aux nations : il est encore comme en prison « jusqu’à ce qu’il ait payé le dernier quadrant ». Cependant, il reste à Israël l’espérance de la délivrance : « Consolez, consolez mon peuple… criez-lui que son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée… » (És. 40. 1). Les deux esclaves insolvables de Matthieu 18. 23 à 35, nous enseignent que, ayant été nous-mêmes pardonnés de Dieu, nous devons nous pardonner les uns aux autres.

Prêchons aussi la réconciliation au monde (2 Cor. 5. 17 à 20). Il a fallu la croix du Seigneur Jésus, pour que Dieu puisse se réconcilier avec l’homme (Gen. 3. 15), et Paul était ambassadeur de ce message. « Tu ne commettras point adultère » (Ex. 20. 14). La loi jugeait les actes extérieurs ; mais le Seigneur juge les intentions du cœur, et les regards de convoitise : « chacun est amorcé par sa propre convoitise » (Jac. 1. 14). L’adultère est le principe même de l’infidélité du cœur de l’homme, principe condamné par Dieu. Israël a été infidèle à l’Éternel ; l’Église, au Seigneur. En perfection, le Seigneur aime l’Assemblée.

À leur mesure, un homme et une femme unis par le mariage doivent refléter cette union sans tache, et encore future, du Seigneur et de l’Assemblée. L’adultère et le divorce ne font pas partie des plans de Dieu pour les hommes. Ces choses sont les fruits du péché. Moïse avait permis qu’une lettre de divorce soit écrite, « à cause de la dureté du cœur » des Juifs (Mat. 19. 3 à 8). Mais nos cœurs sont les mêmes ! La répudiation peut conduire à l’adultère (Mat. 5. 32). Le verset 27 nous met en garde contre le point de départ de l’adultère : un regard volontaire de convoitise. Dieu voit dans le secret des cœurs (Ps. 139 ; Héb. 4. 12). Beaucoup de choses que nous voyons sans le vouloir, nous souillent ; nous devons le confesser ; mais ici, Il s’agit essentiellement de pensées volontairement entretenues dans nos cœurs : « Il a déjà commis adultère avec elle dans son cœur ». Il faut les juger et les abandonner : « arracher, couper et jeter loin de soi » (v. 29 et 30). « C’est ce qui vient du cœur qui souille l’homme » (Mat. 15. 19 et 20). Il faut « dépouiller le vieil homme » et « revêtir le nouvel homme créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité » (Éph. 4. 22 à 24), et être occupés de pensées saines (Phil. 4. 8), contrairement au monde, pour lequel l’adultère est une chose banale.

Le Seigneur pourrait nous dire souvent : « Pourquoi monte-t-il des pensées dans vos cœurs ? » Ève, en Éden, « vit que l’arbre était bon à manger », et la convoitise a engendré le péché. David vit une femme très belle… et cela l’a entraîné dans l’adultère et le meurtre (2 Sam. 11). Job, au contraire, avait « fait alliance avec ses yeux », et s’interdisait tout regard adultère (Job 31. 1). Les ressources, c’est de confesser et « fixer les yeux sur Jésus » (Héb. 12. 2).

Le mariage, institué de Dieu, est sacré et Dieu condamne sévèrement l’adultère : sous la loi, les deux coupables étaient mis à mort. « Ces choses ne doivent pas même être nommées parmi nous » (Éph. 5. 3 et 4). « Vous serez saints, car moi je suis saint » (Lév. 11. 44). Jugeons-nous nous-mêmes et mortifions ce qui manifeste le vieil homme (Col. 3. 5 à 7 ; 1 Cor. 9. 27 ; Gal. 5. 22), par le Saint Esprit, notre force : « Marchons par l’Esprit » (Gal. 5. 25 ; Rom. 8. 12 et 13). Que le Seigneur remplisse nos cœurs. L’œil, la main à jeter loin nous montrent que les choses que nous jugeons importantes, si elles sont, pour nous, une occasion de chute, doivent être abandonnées, afin de retrouver la communion avec Dieu. Le monde montre des regards et des tenues équivoques que Dieu condamne. Manifestons la sainteté pratique à tous égards (1 Pier. 3. 1 à 5). Nous ne pouvons être jetés dans la géhenne, mais cela touche notre conscience. Les pécheurs n’entreront pas dans le royaume de Dieu, mais les croyants ont été « lavés, sanctifiés, justifiés » (1 Cor. 6. 9 à 11). « Que le mariage soit tenu en honneur à tous égards, et le lit sans souillure » (Héb. 13. 4).

La vraie portée des versets parlant de la répudiation, ou divorce, touche le sujet fondamental du mariage que Dieu, dès le commencement, a institué indissoluble (Mat. 19. 3 à 6). Et cette indissolubilité est toujours valable : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Seule, la dureté du cœur, en cas de fornication, peut s’accommoder du divorce (Deut. 24. 1 à 4) ; mais dans un foyer chrétien, outre que de tels péchés ne devraient pas se produire, la confession est indispensable, et le pardon doit présider entre époux. La lettre de divorce pouvait être écrite « pour quelque cause que ce soit » (Mat. 19. 3). Mais le Seigneur replace les choses au niveau de ce qui était « dès le commencement » : les époux « ne sont plus deux, mais une seule chair ». Dieu considère que les liens moraux du mariage ne sont nullement rompus par le divorce.

Il arrive cependant, même dans l’assemblée, qu’un divorce soit prononcé, mais cela n’autorise nullement les époux séparés à se remarier, car cela les mène à l’adultère (Mat. 5. 32 ; 19. 9 ; Marc 10. 11 et 12). Le mariage est donc une affaire sérieuse, et doit être envisagé avec gravité devant le Seigneur, car Dieu ne change pas. Dieu a institué le mariage avant la chute : pour le chrétien, il hausse Sa pensée à la hauteur de l’union de Christ et de l’Assemblée, et cette vérité doit se refléter dans la vie pratique du couple. La réflexion des disciples (Mat. 19. 10) : « si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il ne convient pas de se marier », montre leur incompréhension de l’enseignement du Seigneur quant au côté sacré, car voulu de Dieu, du mariage. L’égoïsme naturel transparaît en oubliant résolument le côté de la femme.

Le mariage, première institution de Dieu pour les hommes, revêt-il encore son caractère sacré, pour nous ? Que notre amour pour le Seigneur et Sa Parole soient fortifiés et entretenus, car « toute écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3. 16) : ne la méprisons pas ! Chercher autre chose que les enseignements de la Parole prouve la dévastation de notre cœur sous l’influence du monde. Alors, crions au Seigneur !

L’alliance de Dieu et d’Israël a révélé la perfidie des Juifs envers Dieu : revenu de la captivité, l’autel rebâti, la muraille restaurée, Israël a été de nouveau infidèle en agissant perfidement envers l’alliance, « la femme de sa jeunesse ». Mais Dieu lui dit : « Je hais la répudiation » (Mal. 2. 14 à 16).

Gardons-nous du monde où l’on ne supporte plus la moindre difficulté dans les couples ; les divorces se multiplient, et gagnent l’assemblée. Si des difficultés surviennent, plaçons-les aux pieds du Seigneur, dans Sa dépendance (Éph. 5. 22 à 25), en respectant les liens du mariage. Le mariage doit se faire « dans le Seigneur » et ne doit pas être l’occasion d’être « occupés des choses du monde » (1 Cor. 7. 32 à 34), mais exercer les époux à rechercher ensemble la pensée du Seigneur. Gardons la vérité concernant le mariage et l’union de Christ avec l’assemblée. La loi donnée aux anciens a une dimension supérieure dans le temps de la grâce. Les Juifs juraient souvent pour tordre les Écritures mais ils ne juraient pas par le nom de Dieu (Lév. 19. 12). Le Seigneur dit de ne pas jurer ; de ne pas se parjurer, mais de n’avoir qu’une parole (Mat. 5. 34 à 37 ; Jac. 5. 12).

À la question des Pharisiens : « Est-il permis de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit ? » le Seigneur répond que seule, la fornication, peut conduire au divorce, mais cette action produit l’adultère (Mat. 19. 3 à 9). Les Pharisiens attendaient une tout autre réponse !

Aux v. 33 à 37, le Seigneur parle des « anciens » qui, ici, ne désignent pas les surveillants que l’on trouve dans les épîtres, mais les commentateurs de la loi dans l’Ancien Testament. À force de commenter, ils avaient fini par dire et faire le contraire de la volonté exprimée de Dieu, et leurs traditions annulaient la loi (Mat. 23. 16 ; Marc 7. 7 et 8). Il ne convient donc pas de jurer : « ni par le ciel, ni par la terre… ni par Jérusalem », car ces choses appartiennent à Dieu et sont au-dessus des prétentions de l’homme (És. 66. 1). Quant à Jérusalem, c’est la ville d’où Christ établira Son règne. Avant cela, l’antichrist se fera adorer dans le temple, comme étant lui-même Dieu (sommet de l’orgueil de l’homme !) Nous ne devons même pas jurer par notre tête, car il est hors de notre pouvoir de changer la couleur d’un de nos cheveux. Gardons-nous de mettre de telles solennités dans nos bouches.

N’ayons qu’une parole afin d’être crédibles (Éph. 4. 25 ; Col. 4. 6), ne prenant pas le nom de Dieu en vain (Ex. 20. 7 ; Lév. 19. 12). Le Seigneur ne dit pas : « il est écrit », mais : « vous avez ouï qu’il a été dit aux anciens » : la tradition juive permettait de jurer par toutes sortes de choses, sauf par le nom de Dieu, ce qui aurait engagé celui qui jurait : on pouvait donc jurer sans tenir ses engagements. C’est l’esprit du monde ! Obéissons à la Parole. Cependant, dans certaines circonstances, nous pouvons être amenés à prêter serment, dans certaines professions ou devant un tribunal. Obéissons aux autorités de ce monde, tant qu’elles ne nous contraignent pas à faire le mal (Rom. 13. 1). En Matthieu 26. 62 à 64, le Seigneur ne répond d’abord pas aux questions du souverain sacrificateur ; mais il répond à la voix de l’adjuration (v. 64).

« Œil pour œil, dent pour dent » n’était pas une vengeance personnelle, mais un verdict prononcé par les juges (Ex. 21. 22 et 23). Le Seigneur oppose à cela, ce qui aura cours dans Son royaume. La grâce, la douceur (Phil. 4. 5), la débonnaireté doivent nous faire ressembler au Seigneur. Il est bon de donner outre ce que nos ennemis veulent nous prendre (v. 39 à 42). Deutéronome 19. 16 condamne les faux témoins. Le Seigneur, Lui, accusé par de faux témoins, demandera à Son Père de pardonner à Ses bourreaux, « car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Pourtant, la loi condamnait sans miséricorde le péché commis par fierté.

Pierre sort son épée et coupe l’oreille de Malchus : le Seigneur le guérit (Mat. 26. 51 ; Luc 22. 1) ! Au traître, Judas, qui le livrait, Il dit : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » Soyons exercés continuellement afin de saisir comment nous comporter et répondre au monde qui, parce que nous sommes chrétiens, peut nous faire du mal. Soyons à la fois fermes et humbles, comme l’étaient Moïse et Aaron (Ex. 5. 2 et 3 ; 1 Sam. 25. 9 ; Rom. 12. 17). Dieu arrête David voulant se venger de Nabal (1 Sam. 25. 32 et 33) : il vaut mieux souffrir que se venger, afin d’imiter Christ (1 Pier. 2. 20 à 23). Les hommes ont fait ce qu’ils ont voulu au Seigneur, mais Il s’en remettait à Son Dieu (És. 50. 6 à 9).

« Sainte et juste », la loi n’a rien amené à la perfection : le Seigneur, seul, a manifesté la perfection de Dieu. Il a transcendé la loi en l’accomplissant, et Il invite les Siens à porter les caractères du Père céleste. Déjà, la loi interdisait la vengeance aux Juifs (Lév. 19. 18), mais leurs traditions s’opposaient à la loi. Le Seigneur, Lui, ne se vengeait pas, mais « s’en remettait à Celui qui juge justement » (1 Pier. 2. 21 à 23). Son amour s’exerçait même envers Ses ennemis. Comme son Seigneur l’a fait lors de la crucifixion, Étienne, plein de l’Esprit Saint, a prié pour ses bourreaux (Act. 7. 60). Imitons notre Seigneur : aimons notre prochain comme nous-mêmes, c’est le deuxième commandement, semblable au premier (Mat. 22. 39 ; Luc 6. 27 à 36). C’est la loi de l’amour, la « loi royale » (Jac. 2. 8). Efforçons-nous de ressembler à notre Père qui « est amour ». Cela est possible car « Dieu a versé Son amour dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom. 5. 5). Notre conduite doit manifester cet amour divin qui se trouve en nous, et glorifier Dieu, en montrant que nous sommes ses fils et ses filles.

Abraham a été appelé « l’ami de Dieu ». Il devait être « parfait devant Sa face » (Gen. 17. 1). Nous devons aimer nos ennemis que même la justice des hommes condamne, car « il n’existe pas d’autorité qui ne soit de Dieu ». En Job 25. 3 déjà, on avait conscience que la lumière de Dieu brille « sur les méchants et sur les bons » (Mat. 5. 45). Cela manifeste la patience de Dieu qui, plus tard, aura son terme (Apoc. 11. 18). Jusque-là, Dieu maintient les promesses faites après le déluge, malgré le péché qui gangrène le monde. Il est « le conservateur de tous les hommes » (1 Tim. 4. 10), et « nous donne toutes choses richement pour en jouir » (1 Tim. 6. 17).

Le verset 48 de notre chapitre nous parle de perfection pratique : si nous revêtons les caractères mêmes de notre Père, le Seigneur ouvre devant la marche des croyants actuels une perspective allant à l’encontre de la nature humaine : porter les caractères célestes ! Même durant le millénium, les croyants terrestres devront manifester ces caractères-là : cela ressort de la répétition fréquente du Seigneur parlant du « Père céleste » ou « de votre Père qui est dans les cieux » (Mat. 5. 45 et 48 ; 6. 9, 14, 26 et 32 ; 7. 11 et 21).

Les Juifs ne pouvaient obéir complètement à la loi écrite sur des tables de pierre ; mais durant le millénium, Dieu écrira Sa loi « sur leurs cœurs » (Jér. 31. 33) : ils obéiront de cœur. L’Écriture reconnaît deux acceptions de la perfection : comme position immuable, qui nous est acquise par l’œuvre du Seigneur à la croix, puis comme devant caractériser notre marche pratique (Col. 1. 28 ; 1 Jean 3. 18 ; Jac. 1. 2 à 4). Cette perfection-là ne peut qu’être entachée de faiblesse, mais la ressource est de prier pour que Dieu la maintienne dans notre vie (Col. 4. 12). « Vous, soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mat. 5. 48).

Ch. 6.

Le Seigneur parle des œuvres pieuses : envers les hommes, l’aumône ; envers Dieu, la prière ; et envers soi-même, le jeûne. Mais le Seigneur oppose ce qui est fait pour être vu des hommes à ce qui est fait « dans le secret », sous le regard de Dieu seul : « ne faites pas comme les hypocrites… » (v. 2, 5 et 16). « Mais toi… » (v. 3 et 17). Le Seigneur réprouve une piété extérieure attirant la louange des hommes, et exhorte à rechercher l’approbation du « Père qui voit dans le secret ». Seule, une piété réelle et secrète honore Dieu, qui pourra, alors, la récompenser (1 Cor. 4. 5). La charité, la prière, le jeûne doivent être faits dans le secret, avec Dieu : « Et le Père qui voit dans le secret te récompensera » (v. 4, 6 et 18).

Le nom de « Père », dans ces paragraphes, n’a pas l’intimité des relations du Père avec les chrétiens ; mais concerne les relations des « citoyens » du royaume avec Dieu.

Nous sommes exhortés à « dépasser la justice » hypocrite des scribes et des pharisiens, se manifestant par une attitude tout extérieure, mais fausse (Mat. 5. 20) : le Seigneur les reprend sévèrement en Matthieu 23 : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites… ». Il les compare à « des sépulcres blanchis » de belle apparence, mais « pleins d’ossements de mort et de toutes sortes d’impuretés ». Dieu ne peut récompenser ce qui est fait pour plaire aux hommes : « Ils ont déjà leur récompense ». Agissons pour plaire à Dieu en obéissant de cœur à Sa Parole ; et Dieu nous promet une récompense : ne la méprisons pas. Cherchons toujours à obtenir « une riche entrée dans le royaume » (2 Pier. 1. 10 et 11). La parabole des talents nous enseigne, quand le Seigneur dit : « Bien, bon et fidèle esclave : tu as été fidèle en peu de chose, entre dans la joie de ton Maître ». Dans le service ou dans la prière personnelle ou collective, restons humbles devant Dieu et les hommes.

Les Macédoniens… dans leur profonde pauvreté, avaient abondé dans la richesse de leur libéralité pour une collecte (2 Cor. 8. 1 à 5). Cela nous montre, à la fois, une action collective, suivant un exercice personnel. Paul exhorte les Corinthiens à persévérer dans « le vouloir et le faire » (v. 10 et 11). Les deux pites de la pauvre veuve avaient plus de valeur que les riches aumônes prises sur le superflu (Luc 21. 1 à 4), car le Seigneur « sonde les cœurs » (Héb. 4. 12). Comme le Seigneur, celui qui plaît à Dieu, « boira du torrent dans le chemin » (Ps. 110. 7). Quant à la prière personnelle, le Seigneur dit : « Entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui demeure dans le secret » (Mat. 6. 6) En Actes 9. 11, le Seigneur dit de Saul de Tarse : « Voici, il prie » : sa prière était vraie !

Le Seigneur nous voit : À Nathanaël, Il dit : « Avant que Philippe t’eût appelé… je te voyais » (Jean 1. 49). Persévérons dans nos prières (Luc 18. 7), mais évitons les prières machinales ou récitées, qui peuvent devenir de « vaines redites ». Le Seigneur, à Gethsémané, répéta plusieurs fois une même prière (Mat. 26. 39, 42 et 44) ; et dans l’angoisse du combat, il priait plus instamment (Luc 22. 44). Soyons vrais, dans toutes nos prières. « Tu veux la vérité dans l’homme intérieur » (Ps. 51. 6).

Dans le monde païen, on se livrait à de « vaines redites » devant les idoles (1 Rois 18. 26). Actuellement aussi, dans une partie de la chrétienté, on répète des prières toutes faites et, en particulier, celle que le Seigneur enseigne ici. Insistons sur un sujet nous tenant à cœur, mais réciter des « chapelets » de prières toutes faites est autre chose ! Cette prière du v. 9 au v. 13, s’adresse spécialement à ceux qui seront admis dans le royaume terrestre, car « il faut qu’Il règne ». Cependant, l’assemblée est déjà intégrée dans la partie céleste du royaume de Dieu, ce « royaume qui n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17). Les disciples veulent apprendre à prier : le Seigneur leur montre qu’il faut prier tout d’abord pour les intérêts de Dieu (v. 9 et 10) ; puis, présenter nos vrais besoins (v. 11 à 13).

Dieu connaît nos besoins, mais Il aime que nous ayons conscience de notre dépendance de Lui. Nos prières montrent souvent que nous ne pensons qu’à nous-mêmes ; et cela s’observe jusque dans le culte, qui en est rabaissé. La prière, ce contact direct avec Dieu, doit nous garder de l’égoïsme. Le Seigneur enseigne la bonne manière de prier, sans tomber dans les « vaines redites ».

« Que ton nom soit sanctifié » nous amène à la sanctification pratique dans notre vie, car le nom de Dieu est saint. Si nous désobéissons, le monde nous voit et est poussé à blasphémer son saint nom (Rom 2. 24). Notre obéissance manifeste notre crainte de Dieu et est observée du monde, et une âme peut être touchée à salut et sanctifier, à son tour, le saint nom.

« Que ta volonté soit faite ». Dans le royaume, Sa volonté se réalisera sur la terre comme au ciel (v. 10). Il fallait que les disciples comprennent, selon Matthieu 3. 2 et ch. 4. 17, que « le royaume des cieux s’était approché ». Mais l’incrédulité du peuple a reporté le royaume à plus tard : « Maintenant, mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18. 33 et 34).

Après la croix, (Jean 20. 17), le Seigneur montre que, croyants juifs ou des nations, nous devons appeler Dieu : « notre Père », car : « Tu les a aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17. 23) ; et cela, même si, dans ce sermon sur la montagne, Il s’adresse spécialement aux « citoyens » terrestres du royaume encore futur. La position céleste du Père (v. 9), incite à la crainte de Lui déplaire (Éccl. 5. 2 ; Mal. 1. 6) bien que libres devant Lui.

« Remets-nous nos dettes » : Pardonnés gratuitement, nous devons pardonner « de tout notre cœur » à nos frères (Mat. 18. 35). Le péché offense d’abord Dieu. « J’ai péché contre le ciel et devant toi » (Luc 15. 21). Le péché est donc une chose sérieuse, mais nous devons pardonner, comme le père du fils prodigue a pardonné (Éph. 4. 32 ; Col. 3. 14).

« Ne nous induis pas en tentation », « Dieu ne tente personne », mais demandons-Lui qu’Il nous retienne dans une situation où nous serions tentés (Luc 22. 40). Pierre, n’ayant pas prié, a été tenté et est tombé, mais le Seigneur avait prié pour lui. « Qui renverse une clôture, un serpent le mord » (Éccl. 10. 8). « Délivre-nous du mal » – du diable et du péché. Dieu peut et veut nous garder du mal (Jean 17. 15).

Le Seigneur ne parle pas du jeûne, mais de la manière de jeûner, dans le secret avec Dieu et non de façon à être vu et loué des hommes. Le jeûne n’a jamais été une obligation ; sa pratique doit répondre à un besoin spirituel lié à l’humiliation, à la confession, à la repentance, ou à la recherche de la pensée de Dieu (És. 4. 8 et 21 ; Dan. 9. 3). Moïse semble être le premier à avoir jeûné. Dans le Nouveau Testament, on trouve des exemples du jeûne (Act. 13. 2 ; 2 Cor. 11. 27). En Matthieu 17. 20 et 21, le Seigneur y relie l’augmentation de la foi. Mais le vrai jeûne, selon le cœur de Dieu, consiste à tenir le vieil homme dans la mort (És. 58), car la chair, agissant, nous éloigne de Dieu et nous empêche de discerner Sa pensée.

Cependant, gardons-nous de l’ascétisme qui peut, souvent, satisfaire la chair (Col. 2. 16 à 23), ainsi que des excès (1 Pier. 4. 31). Tenons-nous « nous-mêmes, pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu » (Rom. 6. 8 à 11). D’une manière générale, le Seigneur condamne tout ce qui est ostentatoire, pour être vu des hommes et satisfaire son propre orgueil, tel que la parabole du pharisien et du publicain nous le montre (Luc 18. 11 à 14) ; ou encore, le jeûne tout extérieur des Juifs (Zach. 7. 4 à 6). Toutes nos actions doivent être faites par amour pour le Seigneur, en vue de Sa gloire : alors, il y aura une récompense spirituelle, déjà sur la terre, et ensuite dans le ciel. Sachons nous « tenir devant Dieu » comme Élie et « marcher avec Dieu » comme Énoch. Nous avons affaire à un Père qui est « céleste » : cela doit nous rendre soigneux pour sanctifier notre marche.

Le verset 17 nous montre deux choses importantes : « Oins ta tête » parle de sanctification, de mise à part. « Lave ton visage » met l’accent sur notre purification journalière, à cause de nos manquements. Cela doit être un acte de piété intime entre Dieu et soi-même. « Jean le baptiseur, ne mangeant ni ne buvant », agissait pour la repentance du peuple ; mais, dans la réponse du Seigneur aux scribes et aux pharisiens (Luc 5. 33 à 35), Il leur montre que lorsqu’Il était là, lui, l’Époux, les disciples ne pouvaient jeûner, mais au contraire, se réjouir, comme pour une noce.

Mais, durant Son absence, comme aujourd’hui, les croyants peuvent jeûner, affligés par la ruine de l’Église et l’état misérable du monde. Cependant, leur tristesse, tout intérieure, ne doit pas se voir, mais plutôt la joie du Seigneur : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil. 4. 4). Nos cœurs peuvent ressentir de la tristesse de ce que le Seigneur étant absent, l’Époux et l’Épouse sont encore séparés. Mais, nous pouvons anticiper la joie céleste d’Apocalypse 19. 6 et 7 : « Réjouissons-nous et tressaillons de joie et donnons-lui gloire ; car les noces de l’Agneau sont venues ».

Nous sommes concernés par le verset 19 ; mais c’était nouveau, pour les Juifs, qui étaient d’autant plus riches que Dieu les bénissait davantage. Moïse, déjà, avait annoncé les bénédictions milléniales (Deut. 28. 1 à 14). Dieu ne condamne pas la richesse, et Il peut la donner à un chrétien ; mais celui-ci ne doit pas y mettre son cœur, sinon, il manquera des bénédictions dans le ciel. Moïse avait choisi « la rémunération » céleste : imitons-le. Ne nous amassons pas des « trésors sur la terre », car Dieu peut nous les ôter afin que nous ne nous appuyions que sur Lui : « Ne te fatigue pas pour acquérir des richesses, finis-en avec ta prudence » (Prov. 23. 4 et 5).

La recherche volontaire des richesses présente de grands dangers spirituels pour nous (1 Tim. 6. 6 à 10) ; suivons plutôt les exhortations de 1 Timothée 6. 17 à 19. Le monde (v. 32) recherche les biens de la terre. Le jeune homme riche de Matthieu 19. 16 à 22, montre que l’amour des richesses peut empêcher d’entrer dans le royaume des cieux. Nous devons, nous, « amasser des trésors dans le ciel » (v. 20). En Actes 4. 32 à 37, les chrétiens avaient mis, volontairement, tout en commun : c’était un effet de l’action de l’Esprit ; on ne peut pas l’imposer.

« N’aimons pas le monde » (1 Jean 2. 15 à 17) qui peut nous offrir une situation avantageuse : contentons-nous de ce que Dieu nous donne (Phil. 3. 7 et 8). Pour cela, il faut que Christ remplisse nos cœurs. Élisée avait refusé les récompenses que Naaman lui offrait pour l’avoir guéri de sa lèpre. Mais Guéhazi, serviteur du prophète, a pris pour lui ces présents, en mentant à Naaman et à Élisée : et il est devenu lépreux à son tour (2 Rois 5. 20 à 27) !

Nous avons un trésor « immarcescible » (inflétrissable) auquel nous devons attacher nos cœurs, et il est dans le ciel (1 Pier. 1. 3 à 5). Là doivent être nos affections, car là est le Seigneur. « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4. 23). Cultivons la communion journalière avec le Seigneur, notre vrai trésor. Genèse 13 montre la différence entre Lot qui « lève ses yeux » et « choisit pour lui » la riche plaine de Sodome, et Abram qui compte sur Dieu : l’Éternel lui dit : « Lève tes yeux et regarde ». Et Dieu l’a richement béni, tandis que la vie de Lot a été une ruine ! Les regards du cœur de ces deux hommes étaient opposés : Lot convoite et choisit lui-même. Abram place sa foi en Dieu, « les yeux de son cœur étant éclairés » (Éph. 1. 17 et 18), car il avait « un œil simple » et son « corps tout entier était plein de lumière » (Mat. 6. 22).

Soyons comme les disciples sur la sainte montagne : « Ils ne virent plus que Jésus seul ». Fixons « les yeux sur Jésus » (Héb. 12. 2), sachant que l’œil spirituel et le cœur sont liés (Ps. 101. 5 ; 131. 1). Régénérés, nous sommes « lumière dans le Seigneur » : « marchons comme des enfants de lumière » (Éph. 5. 8), en restant près de la source de la lumière, portant les caractères de notre Père (1 Thess. 5. 4 et 5). Regardons à Christ seul. « L’œil méchant » regarde au monde et s’emplit de ténèbres. Le Seigneur nous exhorte : « Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Éph. 5. 14). « L’homme noble se propose des choses nobles, et il se maintiendra par des choses nobles » (És. 32. 8).

Ces chapitres montrent comment se comporter quand on appartient à Dieu, dans Sa révélation de Père. Il est aussi « le Maître », et les croyants, « les esclaves » : « Nul ne peut servir deux maîtres » à la fois (v. 24). L’exemple d’Abdias (1 Rois 18. 3 à 16), montre un homme craignant Dieu, mais servant le roi Achab qui faisait « ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel ». Il appelle Élie : « Mon seigneur », mais celui-ci le replace dans sa vraie position au verset 8 : « va, dis à ton seigneur ». Sur qui nous appuyons-nous ?

« Mammon » désigne les richesses (Luc 16. 13), mais n’était peut-être pas une idole. Désirer des richesses est un piège (1 Tim. 6. 9 et 10), et une déviation de la nécessité du travail (2 Thess. 3. 11 et 12) : travaillons pour le nécessaire et, si Dieu nous donne du surplus, utilisons-le pour le Seigneur. L’avarice a perdu Judas, qui a livré le Seigneur pour de l’argent ! Nous nous appuyons souvent sur les biens matériels qu’offre le monde et ses nombreux « services » ; et l’épargne, pour devenir riche, c’est servir « Mammon ».

Dans la pauvreté, les soucis apparaissent vite, pour le manger, le boire et le vêtement. Mais Dieu nous appelle à nous attendre à Lui pour tout cela : « Votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses ; mais cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Mat. 6. 32 à 34). L’apôtre Paul se satisfaisait de la nourriture et d’avoir de quoi se couvrir (1 Tim. 6. 8 ; Phil. 4. 12 et 13). Soyons satisfaits de ce que Dieu nous accorde. Ces versets sont pour tous, même pour les riches qui cherchent toujours à assurer « le lendemain ». Ni souci ni insouciance ne sont de mise, mais la confiance en Dieu (Prov. 16. 3). Le besoin fortifie la foi !

Luc 12. 16 à 21, montre l’insensé amassant des « biens pour beaucoup d’années ». Mais Dieu lui dis : « … cette nuit même, ton âme te sera redemandée ; et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ? ». Mieux vaut être « riche quant à Dieu ! »

Dieu veut la foi pour Ses enfants. « La fourmi » de Proverbes 6. 6 à 8, nous enseigne la diligence dans notre tâche, mais les « oiseaux des cieux » nous invitent à ne pas « être en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même » (Mat. 6. 34). « Rejetant sur lui tout votre souci, car il a soin de vous » (1 Pier. 5. 7). Dieu pourvoit à tout. « Il n’a pas épargné son propre Fils », et nous « fait don de toutes choses avec lui » (Rom. 8. 32). Dieu nous a rachetés et déclare que nous « valons beaucoup mieux que les oiseaux » qu’Il nourrit, ou « les lis » qu’Il revêt d’une beauté telle, que même « Salomon dans toute sa gloire n’était pas vêtu comme l’un d’eux ! » Pourtant, il « surpassait » tout ce que la reine de Shéba avait entendu dire de lui, et il « fut plus grand que tous les rois de la terre » (1 Rois 10. 7 et 23).

Cherchons la gloire de Dieu « premièrement ». Les pharisiens devaient « nettoyer premièrement le dedans » (Mat. 23. 26). Un homme voulait bien suivre le Seigneur, mais voulait « premièrement ensevelir son père » (Mat. 8. 21). Les Macédoniens s’étaient « donnés premièrement au Seigneur » (2 Cor. 8. 5).

« Le royaume de Dieu est premièrement justice et paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17).

Ch. 7

Matthieu 6. 34 nous invite à ne pas nous mettre en souci pour le lendemain, mais à « vivre paisiblement » en accomplissant notre travail (1 Thess. 4. 11 et 14), car le Seigneur dit : « À chaque jour suffit sa peine ». Notre époque exige de faire le même travail qu’autrefois avec moins de personnel, reproduisant en cela la dureté du Pharaon qui obligeait le peuple à faire le même ouvrage, en exigeant qu’il se cherche lui-même la paille qu’on lui fournissait auparavant. Le monde est pris dans les difficultés engendrées par le péché, mais le Seigneur dit : « Ne vous inquiétez de rien » (Phil. 4. 6). Demain appartient au Seigneur : c’est la foi !

Le v. 34 conclut le paragraphe : manger, boire, être vêtu… « Votre Père céleste sait » ; Emparons-nous de ces paroles. Dans les soucis, répondons à l’appel du Seigneur : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos » (Mat. 11. 20). « Rejetant sur Lui tout votre souci, car Il a soin de vous » (1 Pier. 5. 7). Demain ? « Notre vie n’est qu’une vapeur » et peut s’achever brusquement. C’est peut-être demain que le Seigneur vient nous chercher.

Pensons au Seigneur et non à nos soucis. Demain n’est pas le mot de Dieu. Pour le salut même, Dieu n’envisage pas le jour de demain : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » (Héb. 3. 7 et 15). Confions-nous à notre Père céleste tout-puissant, qui nous donne de bonnes choses (Mat. 7. 11). Il nous a aimés comme il a aimé Son Fils; et Il nous L’a donné pour notre rachat : « Comment ne nous ferait-il pas don librement de toutes choses avec lui ? » (Rom. 8. 32).

Le ch. 7 nous invite à ne pas juger notre frère, en prétendant « ôter le fétu » qui serait dans son œil, tout en ignorant volontairement « la poutre » qui serait dans le nôtre. Ce serait de l’hypocrisie (v. 5). « Ne jugez pas » ne veut pas dire fermer les yeux sur le mal : la tolérance dénote un mauvais état et de l’indifférence. Il faut une appréciation spirituellement « intelligente » de notre propre cœur (1 Cor. 10. 15 ; 11. 31). Nous devons juger les faits connus (Lév. 19. 17 ; 1 Cor. 5. 12), et non les motifs que Dieu seul connaît. Gardons-nous de juger hâtivement, comme le pharisien jugeait le Seigneur (Luc 7. 36).

Lors des réunions, nous devons aussi juger de ce qui est présenté par l’un ou par l’autre (1 Cor. 14. 29). Nous sommes jugés à nos « fruits » (Mat. 7. 16). Nous devons juger le péché chez un frère, avec miséricorde, afin d’ôter le mal, dans l’amour : « Revêtez-vous donc… d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité… » (Col. 3. 12). Pensons aussi à Jacques 4. 11. « Avec celui qui use de grâce, tu uses de grâce » (Ps. 18. 25). Dieu a pardonné notre péché et use de patience chaque jour pour nous. « Tout homme accompli sera comme son maître » (Luc 6. 40). Parfait, le Seigneur usait de grâce envers les pécheurs venant à Lui (Jean 4. 16 ; 8. 11). Imitons notre modèle. Le cœur en bon état ne tolère pas le mal, mais use de patience miséricordieuse envers tous.

« Celui qui est spirituel discerne toutes choses… Nous avons la pensée de Christ » (1 Cor 2. 15 et 16). Ce chapitre montre quelles doivent être nos relations avec les croyants (v. 1 à 5), et avec les incrédules (v. 6) – enfin, la foi en Dieu, exprimée dans la prière confiante (v. 7 à 12).

En possession d’un saint trésor composé de « perles » précieuses, discernons s’il convient de parler ou de se taire, vis à vis d’incrédules qui seraient susceptibles de blasphèmes, aggravant leur responsabilité : le Seigneur les assimile à des « chiens » ou des « pourceaux »; animaux impurs (Lév. 11. 4 à 8). Deutéronome 23. 18, rappelle que « prostituée » et « chien » sont tous deux en abomination à l’Éternel. Les chiens symbolisent aussi les « mauvais ouvriers » dans l’assemblée (Phil. 3. 2) ; ou encore, des professants apostats (Apoc. 22. 14 et 15). De même, la truie n’est pas une brebis du bon Berger, mais un animal se plaisant dans la fange (2 Pier. 2. 20 à 22).

Évangélisons avec discernement. En Actes 13. 14 à 52, la porte de la grâce s’est fermée pour Israël dont le cœur était endurci. Paul secoua la poussière de ses vêtements sur eux et, désormais, évangélisa les nations (Act. 18. 5 et 6). C’est l’évangile de la grâce qu’il faut annoncer aux incrédules, leur annoncer les vérités de l’assemblée serait « jeter nos perles devant les pourceaux ». Ayons donc la parole à propos. « Ne réponds pas au sot selon sa folie, de peur que toi aussi tu ne lui ressembles. Réponds au sot selon sa folie, de peur qu’il ne soit sage à ses propres yeux » (Prov. 26. 4 et 5). « Il y a un temps de parler et un temps de se taire » (Éccl. 3. 7) ; « Saisissant l’occasion, car les temps sont mauvais » ; « marchez dans la sagesse envers ceux de dehors, saisissant l’occasion » (Éph. 5. 15 et 16 ; Col. 4. 5). Les vérités révélées sont des perles précieuses : « Achète la vérité et ne la vends pas » (Prov. 23. 23).

La prière suppose un effort persévérant : « Demandez » : prière de la foi dans la dépendance. « Cherchez » : Application dans la recherche de ce que l’on demande. « Heurtez » : obstacle à surmonter et Dieu ouvrira (Ps 27. 4 ; 34. 4). Isaac a prié durant vingt ans avant d’avoir Jacob et Ésaü !

Demandons avec une foi ferme (Jac. 4. 2 et 3), des choses selon la volonté de Dieu (1 Jean 5. 14 et 15) et Dieu répondra en Son temps. Demandons la patience d’attendre Ses réponses. Prier le Père au nom du Fils, appelle la réponse du Fils, pour la gloire du Père (Jean 14. 13, 15 et 16). Ayons de l’assurance envers Dieu en gardant Ses commandements, ce qui Lui est agréable, et Il répondra à nos prières (1 Jean 3. 21). De même, un incrédule qui cherche la vérité en heurtant à la porte (le Seigneur est la porte) la trouvera (Mat. 7. 13 et 14).

En Actes 12, « plusieurs étaient assemblés et priaient » pour Pierre jeté en prison, et Dieu a répondu. Par contre, dans la parabole des vierges, les « folles » ont laissé passer le temps : la porte, fermée ; ne s’ouvrira plus (Mat. 7. 22 et 23) ! Nous savons donner de bonnes choses à nos enfants qui nous les demandent : notre Père céleste nous les donnera à plus forte raison (Jac. 1. 16 et 17), en fonction de Sa sainteté. Également, soyons envers les autres comme nous voulons qu’ils soient envers nous : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mat. 19. 19), « c’est là la loi et les prophètes » (v. 12).

Imitons notre Dieu (1 Pier. 3. 13), qui « a versé son amour dans nos cœurs » (1 Cor. 5. 5).

Les versets 13 et 14, parlent d’énergie et de responsabilité ; attitude indispensable pour entrer dans le royaume de Dieu. Le Seigneur rappelle l’existence de deux portes, deux chemins, deux buts opposés : la porte étroite et le chemin resserré mènent à la vie, le bon but ; mais la porte et le chemin larges mènent à la perdition. Nous sommes invités à « lutter pour entrer par la porte étroite » (Luc 13. 24). « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité ». Mais pour entrer par cette porte, il faut abandonner tout ce qui exalte l’homme naturel qui est à l’aise dans le chemin large le menant à la perdition : « Il y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin » (Prov. 16. 25). « J’ai mis devant toi la vie et la mort : choisis la vie… » (Deut. 30. 19).

« Ne sais-tu pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ? » (Rom. 2. 4) « Contrains les gens d’entrer » (Luc 14. 23). On accède à la vie par le chemin ouvert à la croix. Beaucoup de personnes choisissent la porte large et le chemin spacieux, refusant d’abandonner les choses de la chair : ils vont à la perdition.

Le jeune homme riche de Luc 18. 22 et 23, attaché de cœur à ses richesses, n’a pu entrer dans le royaume. « Les conviés » de la parabole de Luc 14. 16 à 24, se récusant pour diverses raisons, ont été rejetés. Paul a dû abandonner tout ce qu’il avait considéré comme des avantages humains, afin d’entrer dans le royaume par la porte étroite (Phil. 3. 4 à 9). Dans ce chemin étroit, le croyant jouit de la paix et de la joie du Seigneur, dans l’obéissance (Jean 14. 27 ; 15. 11).

Le Seigneur goûtait une joie profonde en faisant la volonté de Son Père. C’est un chemin de renoncement où l’incrédule ne peut marcher, mais où le croyant vit pour Dieu, et jouit de Sa communion (1 Pier. 4. 2 à 5). Seul, le Seigneur nous en donne la force. Si nous nous détournons du chemin étroit, nous ne perdons pas le salut, mais la communion avec Dieu, et la croissance de notre âme est arrêtée ; la Parole s’applique à notre responsabilité tout en nous assurant de la parfaite grâce de Dieu (2 Cor. 6. 1 à 10).

Ayant abandonné le monde en bloc, ne le reprenons pas en détail ; « ayant oublié la purification de nos péchés d’autrefois » (2 Pier. 1. 5 à 9) ; mais plutôt, « qu’une riche entrée dans le royaume nous soit donnée » (2 Pier. 1. 11). Dans la marche fidèle du croyant, le chemin se resserre, mais la lumière croît. Christ est la « porte » et le « chemin ». Dieu nous invite à « élargir nos cœurs » (2 Cor. 6. 11 à 13), en aimant beaucoup plus le Seigneur, les frères et tous les hommes, dans la sainteté et la fidélité à la Parole.

Ce paragraphe conclut le sermon sur la montagne. D’ultimes avertissements nous sont donnés sur les « faux prophètes » qui entraînent les âmes dans le chemin large de la perdition : ils sont des « loups ravisseurs » fermant le chemin étroit qui seul, mène à Dieu ! Mais on peut les reconnaître (v. 15 et 16). « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau… ». « Moi je sais qu’il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau… c’est pourquoi, veillez » (Act. 20. 28, 29 et 31).

On trouve déjà les faux docteurs dans les Actes. Ils se transforment en « ministres de justice » comme Satan « en ange de lumière » (2 Cor. 11. 13 à 15). L’esprit de l’antichrist se répandait déjà du temps des apôtres (2 Jean 9). En Matthieu 24. 11 et 24, le Seigneur enseigne les Juifs sur ce qui aura lieu avant l’établissement du royaume de Dieu : il y aura des faux prophètes; et l’antichrist fera des miracles et montrera de grands signes de séduction. Comment les reconnaître, s’ils font des miracles ? Il y a une apparence de fruits, mais très vite, sous ces illusions, on découvre des épines et des chardons blessants et stériles.

On trouve dans l’Église beaucoup de faux docteurs : prenons-y garde : ils séduisent les « cœurs des simples », produisant « des divisions et des occasions de chutes par des choses qui ne sont pas selon la doctrine que nous avons apprise » (Rom. 16. 17 et 18). Sous des apparences douces, ils séduisent les âmes ; les emportant loin de Dieu, comme des « loups ravisseurs », loin du troupeau ! Si nous ignorons leurs intentions, leurs fruits les dévoilent. « Les paroles de sa bouche – du méchant – étaient lisses comme du beurre, mais la guerre était dans son cœur, ses paroles étaient douces comme l’huile, mais elles sont des épées nues » (Ps. 55. 21).

Seule la connaissance de la Bible qui est tout entière la Parole de Dieu; nous fait « éprouver les esprits » : l’esprit de l’Antichrist nie « Jésus Christ venu en chair » (1 Jean 4. 3). « Dites-nous des choses douces, déviez du chemin, ôtez de devant nous le Saint d’Israël » (És. 30. 8 à 11). La Parole de Dieu est-elle toujours pour nous cette manne appréciée, ou sommes-nous « dégoûtés de ce pain misérable ? » et cherchons-nous des nouveautés, comme les Athéniens, dans Actes 17. 21 ? Laissons pénétrer la Parole en nous, afin d’être éclairés (Ps. 119. 130), et aimons-la comme une chose précieuse (v. 127). C’est elle qui, par l’Esprit Saint, nous fera discerner les fausses doctrines. Écoutons « la voix du Bon Berger » (Jean 10. 4, 5 et 27) et méditons Sa Parole, dans la séparation du mal (Lév. 11. 1 à 8). Imitons les chrétiens de Bérée (Act. 17. 11).

Galates 5. 21 et 22; compare « les fruits de la chair » et « le fruit de l’Esprit ». Comme l’apôtre Paul, sévère avec « Élymas le magicien cherchant à détourner le proconsul de la foi » (Act. 13. 4 à 12), soyons fermes envers ceux qui veulent nous détourner de la vérité. Si nous sommes confrontés à de faux docteurs, le Seigneur éprouve notre fidélité (Deut. 13. 1 à 4). Nous sommes parvenus au temps où « les oreilles » de plusieurs « leur démangent » d’entendre des nouveautés ; et « ils s’amassent des docteurs selon leurs propres convoitises » (2 Tim. 4. 3). Genèse 1. 12 montre déjà que les fruits sont spécifiques à la nature de l’arbre : « Ainsi, vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Mat. 7. 20). « Enfants de lumière », manifestons les « fruits de la lumière »; et reprenons les « œuvres infructueuses des ténèbres » (Éph. 5. 9 à 11). Éphèse avait démasqué les faux prophètes (Apoc. 2. 2) qui seront jetés dans « l’étang de feu » (Mat. 7. 19 ; Apoc. 20. 10).

Attachons-nous à la prophétie, car elle concerne le royaume et la gloire du Seigneur et nous y sommes intéressés.

Le Seigneur condamne l’apparence de la piété sans vie (2 Tim. 3. 5) et indique le chemin du royaume des cieux : l’obéissance à Dieu (v. 21) : c’est le chemin de la communion avec le Père et avec le Fils (Jean 14. 23). Le Seigneur a tous les droits sur Ses rachetés, tenus de faire ce qu’Il dit (Luc 6. 46) ; sinon nous prenons son nom en vain. La parabole des vierges condamne ceux qui n’ont que la profession chrétienne, mais n’ont pas le Saint Esprit. « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est fort éloigné de moi » (Mat. 15. 8 et 9) : les chefs chargeaient sur le peuple un lourd fardeau qu’ils ne voulaient pas porter eux-mêmes. Israël professait « connaître » son Dieu, alors qu’il avait « renié le bien » (Osée 8. 1 à 3). Le Seigneur ne nous est jamais favorable si notre vie le déshonore, ainsi qu’il en fut en 1 Samuel 4. 3 à 11, où l’arche fut prise par les Philistins !

« Je ne vous ai jamais connus… » dira le Seigneur aux faux croyants (Mat. 7. 23) ! « Tu veux la vérité dans l’homme intérieur » (Ps. 51. 6).

Dans les versets 15 à 27, nous avons : les faux prophètes, les professants et les responsables de leur foyer. La maison est-elle « bâtie sur le roc » – le Seigneur – ou bien sur le « sable » des pensées humaines ? Prononcer le nom du Seigneur en vérité, c’est avoir la vie et Lui obéir. Au chapitre 8. 19, la Parole montre ceux qui « disent » vouloir Le suivre. Au v. 23, nous avons ceux qui, régénérés, Le « suivent ». Le témoignage – la lampe – ne peut briller que s’il y a de l’huile dedans – le Saint Esprit. « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux; si vous les faites » (Jean 13. 17). Mais ce chapitre nous exhorte à la purification dans l’humilité. Pour cela la puissance du Seigneur opérante en nous est nécessaire : « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire ! » (Jean 15. 5).

Matthieu a écrit l’évangile du Roi mais, le Roi absent, les croyants témoignent pour Lui (Actes 17. 6 et 7). Le monde voit-il que nous avons un Roi ? Ce sera Lui qui, en Son « jour »; jugera « en justice la terre habitée » (Act. 17. 30 et 31). « Le Père a donné tout le jugement au Fils » (Jean 5. 22). Après avoir parlé à plusieurs reprises, de Dieu en disant : « votre Père » ; le Seigneur dit maintenant : « Mon Père » (Mat. 7. 21) ; il nous Le fait connaître comme aussi le nôtre.

Dieu écoute et exauce celui qui « est pieux envers Lui et fait Sa volonté » (Jean 9. 31), Mais celui « qui pratique l’iniquité » sera rejeté loin de Lui (v. 23). L’iniquité – une marche sans loi, sans frein – est la part de ceux qui n’ont pas la vie de Dieu : ainsi sera l’antichrist : l’inique (2 Thess. 2. 8). Par la puissance satanique, des incrédules peuvent faire des miracles et parler de Jésus, mais non l’appeler Seigneur. Il faut le Saint Esprit pour cela. Judas a sûrement fait des miracles, quand le Seigneur envoya les disciples prêcher l’évangile ; mais en Matthieu 26. 22 et 25, tous l’appellent : « Seigneur », sauf Judas qui l’appelle : « Rabbi ». De même le démon dit : « Je connais Jésus » (Act. 19. 15), et non : « le Seigneur Jésus ».

Paul peut dire : « Qui es-tu, Seigneur ? » (Act. 9. 5). Les manifestations spirituelles peuvent provenir de Dieu ou du diable (1 Cor. 4. 11). Par le Saint-Esprit, on ne peut dire : « Anathème à Jésus » (1 Cor. 12. 3). Les v. 24 à 27 concluent le sermon sur la montagne : sommes-nous « prudents » ou « insensés » ?

La conclusion du sermon sur la montagne, c’est la mise en pratique des enseignements du Seigneur (v. 24 à 29), par le « Résidu » d’Israël et des nations qui entrera dans le royaume. Mais nous y trouvons des directives pour notre vie pratique – notre maison « fondée sur le roc », résistera aux épreuves, même si elle est secouée par leur violence. Si elle est « bâtie sur le sable » instable des pensées humaines, les épreuves la renverseront. Un vrai croyant ne peut perdre son salut, mais sa vie peut être ruinée.

« Bâtir sur le roc », c’est fonder sa vie sur la foi au Seigneur Jésus Christ, « Fils du Dieu vivant » : c’est Lui, le Roc (Mat. 16. 13 à 18 ; 1 Cor. 3. 11). La Parole doit être écoutée et vécue (Jac. 1. 22 à 25). Les deux maisons ont la même apparence, mais la différence réside dans les fondements cachés. Il faut donc « fouir profondément » (Luc 6. 48), afin de trouver le « roc inébranlable ».

Les hommes sont soumis à de nombreuses épreuves, mais spécialement les chrétiens, car si la foi est là, elle doit être mise en évidence et fortifiée par les épreuves (Héb. 11. 32) : c’est « l’épreuve de la foi » (1 Pier. 1. 6 et 7 ; 4. 12). La « prudence », donc, commande de « bâtir » sa vie sur la foi au Seigneur Jésus Christ, notre Rédempteur, et de Lui obéir, pour Sa gloire. Captifs à Babylone, les Juifs écoutaient volontiers les prophéties d’Ézéchiel, mais n’obéissaient pas (Éz. 33. 30 à 32). Croire, c’est obéir (Jean 3. 36). Le Seigneur appelle les professants sans vie : des insensés (Mat. 7. 26 et ch. 25). Le Seigneur protège les Siens dans les orages de la vie (És. 25. 3 à 5 ; 32. 1 et 2). Le sable nous ramène aux pensées du monde incrédule, dont les philosophies s’écroulent toujours : « Le monde s’en va et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2. 17).

Si les épreuves atteignent pareillement vrais croyants et professants, les résultats ne sont pas les mêmes : « Les vents ont donné » contre la maison « bâtie sur le roc »; mais ils ont « battu » la maison « bâtie sur le sable ». Il s’ensuit les souffrances dues à la ruine ! Vivons, appuyés en paix sur « le rocher des siècles » (És. 26. 3), car les épreuves sont là pour nous apprendre à nous rejeter sur le Seigneur. Dans le Psaume 62, David apprend à se confier davantage à l’Éternel : « Je ne serai pas beaucoup ébranlé » (v. 2) ; « Je ne serai pas ébranlé » (v. 6). Soyons donc : « fondés et enracinés dans l’amour » (Éph. 3. 16 à 18). Après la conversion, Dieu par l’Esprit, bâtit Lui-même notre vie, si nous nous confions en Lui : ne cherchons pas à la bâtir nous-mêmes (Ps. 127. 1).

« Les foules s’étonnaient de sa doctrine » (v. 28) : simple et profonde, elle avait l’autorité divine (v. 29). « Jamais homme ne parla comme cet homme » (Jean 7. 46). Le Seigneur ne condamne pas l’étonnement, à condition qu’il débouche sur la foi et l’obéissance à Dieu. Mais les Juifs ne voyaient en Lui que « le fils du charpentier » (Mat. 13. 53 à 57). On peut être réveillé brusquement puis se rendormir très vite. Que nos cœurs et nos consciences soient profondément touchés, afin que « le Christ habite richement en nous ».

Au chapitre 8, le Seigneur exerce Sa puissance divine en faveur de Son peuple, dévoilant ainsi que Ses paroles avaient aussi l’autorité de Dieu.

Ch. 8

Les ch. 8 à 12 démontrent que : « La parole du Roi est une puissance, et qui lui dira : que fais-tu ? » (Éccl. 8. 4). Le Seigneur a guéri ceux qui reconnaissent leur impuissance : l’infirme de Béthesda confesse son incapacité, et est guéri, lui seul (Jean 5. 5 à 9). Emmanuel était là : Dieu avec nous (Mat. 1. 23). « Je suis l’Éternel qui te guérit » (Ex. 15. 26) ; et aussi : « Qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités » (Ps. 103. 3). « Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds seront ouvertes. Alors le boiteux sautera comme le cerf, et la langue du muet chantera de joie » (És. 35. 5 et 6). Tant de miracles n’aboutirent qu’au rejet du Seigneur, à cause d’un troupeau de pourceaux perdu (Mat. 8. 34) !

Le lépreux (v. 2) représente l’homme pécheur. Mais également Israël, qui a besoin d’être délivré de son état (És. 1. 5 à 7). Le lépreux dit : « Si tu veux, tu peux me rendre net » : non seulement le Seigneur va répondre à sa foi, mais aussi, l’éclairer, en répondant d’abord : « Je veux ». Ailleurs : « Si tu peux quelque chose, assiste-nous » (Marc 9. 22), montre une foi peu éclairée. Mais le Seigneur comblera la foi.

Le lépreux devait se tenir loin et crier impur ! Mais sa foi le fait s’approcher du Seigneur qui le touche et n’en est pas souillé, contrairement à l’enseignement sur la pureté et la souillure (Ag. 2. 11 à 13). Et le lépreux est purifié. D’autres, conscients de leurs besoins, s’approchèrent de lui et furent délivrés : Jaïrus ; la femme ayant une perte de sang (Mat. 9. 18 et 20). Pour être guéri, il faut s’approcher du Seigneur avec foi. Au v. 19, un scribe voulait suivre le Seigneur par la propre volonté, mais le Seigneur le reprend.

Ces trois paragraphes montrent les résultats du péché : la lèpre, la souillure rongeante, incurable. La paralysie : l’incapacité du pécheur de marcher vers Dieu. La fièvre : l’indisponibilité d’une âme agitée par le péché. Le Seigneur désire des contacts directs avec les âmes, les toucher (v. 3 et 15 ; ch. 9. 25). Il réalisait ce qu’a dit Ésaïe (v. 17 ; És. 63. 9) : « Il s’est chargé d’eux ».

Seul, l’esclave paralysé du centurion (v. 5 à 13), est guéri à distance : la guérison a atteint les nations alors que le Seigneur était déjà au ciel, sans contact direct. Naaman, homme des nations, fut guéri de sa lèpre, sans qu’Élisée ait le moindre contact avec lui. Le Seigneur commande le silence au lépreux guéri, mais montre que la loi est toujours en vigueur (v. 4), malgré la grâce : il devait offrir le don prescrit (Lév. 14), témoignage que le Messie était là. Les aveugles devaient taire leur guérison (ch. 9. 30). Ses miracles provoquaient l’espérance qu’Il délivrerait Son peuple du joug romain. Mais le Seigneur allait à la croix ! Fuyant la popularité, « Il allait de lieu en lieu, faisant du bien ». Ces différentes scènes sont dispersées dans les autres évangiles.

Dans Capernaüm incrédule, le centurion honore le Seigneur de sa foi et de son humilité (v. 8). Sa bonté pour son esclave révèle sa noblesse d’âme. « J’irai, moi, et je le guérirai » (v. 7) : le Berger prend soin Lui-même de Sa brebis ! Le salut de Dieu, destiné à Israël d’abord, atteint aussi les nations (Gen. 49. 22 ; És. 49. 6).

Maillon intermédiaire de la hiérarchie militaire romaine, le centurion, placé sous « l’autorité d’autrui », ayant sous lui « des soldats » comprend (v. 9) que le Seigneur obéit à Dieu tout en ayant autorité sur les maladies et les démons : il reconnaît en Lui le Messie, En Luc 7. 2 à 5, le centurion est présenté au Seigneur, comme étant « digne » des faveurs divines. Ici, lui-même se dit indigne de recevoir le Seigneur chez lui, mais sa foi est forte : « Dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri » (v. 8). Ayons, dans Sa Parole, cette même confiance. Il est le Fils de l’Homme, dépendant et obéissant jusqu’à la mort, et le Fils de Dieu tout-puissant pour rendre la santé ou la vie.

La foi du centurion, homme des nations, étranger aux promesses d’Israël, « étonna » le Seigneur qui « l’admira » (Luc 7. 9) ; au contraire, en Marc 6. 2 à 6, où Il s’étonne de l’incrédulité des Juifs qui empêche Ses miracles. La foi de la Cananéenne de Matthieu 15. 27 et Marc 7. 24 à 30, L’étonnera aussi. La grâce se répandait sur les nations ! Dieu honore la foi parce qu’elle L’honore. « Sans la foi, il est impossible de Lui plaire » (Héb. 11. 6). Attachons-nous avec foi aux bénédictions qui nous sont réservées. Le Seigneur prophétise le rejet d’Israël apostat, et l’entrée dans le Royaume des croyants gentils (v. 11 et 12 ; ch. 3. 9, 10 et 12). Cependant, le résidu d’Israël sera sauvé à son tour (Zach. 12. 8 à 14 ; Rom. 11. 1 à 5). Alors, Juifs et nations seront « un seul homme nouveau », « un seul corps », Christ ayant « tué l’inimitié » et « détruit le mur mitoyen de clôture » (Éph. 2. 11 à 16).

Le verset 13 montre que le Seigneur ne va pas au-delà de la foi : « qu’il te soit fait comme tu as cru ». Il peut donner au-delà de ce que nous pensons, mais non quand la foi est en jeu. 1 Jean 5. 14 et 15, prouve que Dieu écoute une prière confiante selon Sa volonté ; et Il nous assure, dès lors, que « nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » : l’intention de Dieu de nous donner est pour maintenant, même s’il Lui plaît de différer l’exaucement. Seule, une foi intelligente et profonde nous permet d’anticiper le résultat d’une demande « selon sa volonté ». Dieu donne selon la foi (2 Rois 4. 1 à 6) : Élisée dit à la femme, à propos des vases qu’elle doit demander : « n’en demande pas peu ». « Et l’huile s’arrêta », lorsqu’il n’y eut plus de vase. C’est le manque de vases qui tarit l’huile !

Par rapport à d’autres évangiles, la chronologie des miracles cités n’est pas respectée. Mais Matthieu montre Israël et les nations sous le péché – la lèpre – ensuite, la grâce divine s’exerçant envers les nations – la foi du centurion exaucée – et envers Israël : la fièvre de la belle-mère de Pierre, symbolise l’agitation mondaine d’Israël incapable de s’occuper des vraies choses de Dieu : le Messie venait au milieu de Son peuple, et il L’a rejeté ! En proie à la fièvre, elle était couchée, inactive. Dès lors que « la fièvre la quitta, elle se leva et Le servit » (v. 15).

Ne laissons jamais l’agitation du monde nous gagner ; mais plutôt, levons-nous pour servir le Seigneur.

« Le soir » (v. 16), désigne, en Orient, le moment favorable pour sortir. Le Seigneur, « la lumière du monde » (Jean 8. 12), visitait Israël plongé dans les ténèbres de l’incrédulité. « Beaucoup de démoniaques » vivaient parmi le peuple de Dieu, ce que le Seigneur stigmatise en Matthieu 12. 43 à 45. Autrefois, tombé dans l’idolâtrie, ce peuple avait connu la transportation à Babylone ; puis du temps d’Esdras et de Néhémie, un résidu, ayant abandonné les idoles, était remonté à Jérusalem, replaçant « l’autel sur son emplacement », rebâtissant la ville et obéissant de nouveau à la loi (Mat. 12. 43 et 44). Mais, du temps du Seigneur, plongé dans l’incrédulité, le peuple est la proie des démons (v. 45), et sa « dernière condition… est pire que la première ».

Le Seigneur réalisait cette prophétie d’Ésaïe 53. 4. Il ressentait, dans Son cœur sensible, les douleurs de Son peuple, et « délivrait tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance » (Act. 10. 38 ; Col. 1. 13). Matthieu 4. 23 et 24, résume toute Son activité d’amour en faveur d’Israël, accomplissant les Écritures. Cependant, les pharisiens contestaient l’activité de Sa grâce (Mat. 9. 11 et 12), et L’ont rejeté ! Le Seigneur a sympathisé à nos infirmités (Héb. 4. 15), et a pris sur Lui nos péchés, à la croix. Devant les résultats du péché, « Il frémit dans son esprit », et « pleura » (Jean 11. 33 à 35). Le Créateur savait ce qu’il adviendrait de l’homme. Mais il n’était pas dans Ses plans d’amour qu’il pèche et tombe sous le pouvoir de Satan. Aussi, Il a envoyé Son Fils pour délivrer Sa créature de l’ennemi « qui ne renvoyait pas ses prisonniers chez eux » (És. 14. 17). Vainqueur de Satan au désert où Il a « lié l’homme fort », Il peut, ici, « piller ses biens » : les portes de la prison, désormais, sont ouvertes : « Je tiens les clefs de la mort et du hadès » (Apoc. 1. 18), et Satan ne peut plus les reprendre.

Ses miracles attiraient les foules, mais « il ne se fiait pas à elles » (Jean 2. 23 à 25). Les versets 18 à 22, montrent les conditions pour suivre le Seigneur : se dépouiller de tout ce qui plaît à la chair (Mat. 16. 24 et 25). Paul était un exemple de renoncement à lui-même pour suivre le Seigneur (2 Cor. 11. 22 à 27). En Luc 14. 25 à 27 et 33, le Seigneur place l’amour que nous Lui devons avant l’amour pour nos proches, qui en sera sanctifié.

Le Seigneur, créateur des mondes, ne possédait rien sur la terre, alors que « les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des demeures » (v. 20). Des maisons amies L’accueillaient, mais Il n’avait « pas où reposer sa tête » ! Il était « comme un passereau solitaire sur un toit ».

Au verset 21, le Seigneur reprend le disciple qui l’appelle : « Seigneur », mais voulait « premièrement » ensevelir son père, avant de Le suivre : le « premièrement » appartient au Seigneur seul : Il lui dit : « Suis-moi ». Il n’interdit pas de prendre soin du corps des défunts ; mais Il voulait que Son disciple se démarque de l’état de mort de ce peuple : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ». Le Seigneur est « le vivant » (Apoc. 1. 17) ; et : « Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils aussi d’avoir la vie en lui-même » (Jean 5. 26). C’est donc Celui qui a la vie que le disciple doit suivre, car le Seigneur à tous les droits sur nous.

Le Seigneur nous dit : « Toi, suis-moi » (Jean 21. 19 et 22).

Les versets 19 à 22 montrent un scribe ayant des prétentions, et un disciple posant des conditions avant de suivre le Seigneur. Mais le v. 23 montre ceux qui le suivirent réellement. En Luc 5. 10 et 11, des disciples, convaincus par la pêche miraculeuse, « quittèrent tout et le suivirent ». « Lévi, assis au bureau de recette », ayant une place sociale enviable, à Son appel, quitte tout et « se levant, le suivit » (Luc 5. 27 et 28). Le Seigneur ne promet pas un chemin facile, mais Il nous demande de Le suivre, sans condition ni préalable, nous assurant de Sa présence.

Matthieu relate deux tempêtes : dans ce chapitre, où on Le voit monter dans la nacelle le premier et les disciples Le suivant ; et dans le chapitre 14. 22 et 23, où Il contraint les disciples de monter dans la nacelle, tandis que Lui monte sur une montagne pour prier. Le Seigneur savait qu’une tempête s’élèverait (ch. 8) ; mais, parfaitement homme, Il s’en remet à Son Dieu. « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi » (Ps. 16. 1), et dort durant la tourmente. La foi se confie à Dieu. Mais ici, la tempête est telle que, même des pêcheurs professionnels habitués aux difficultés propres à la mer de Galilée, désespèrent d’y survivre : « Ils s’approchèrent et le réveillèrent disant : Seigneur, sauve-nous ! nous périssons ». Dans les épreuves, sachons, nous aussi, nous approcher de Lui, et Lui exposer nos requêtes (Phil. 4. 6 et 7), dans le sentiment de notre impuissance à dominer les circonstances, et de notre entière dépendance de Dieu. Plein d’amour, le Seigneur leur reproche leur « petite foi », mais il calme la tempête (Ps. 107. 23 à 29). Dans la barque de notre vie, Il est le passager invisible mais tout-puissant qui veut notre bien et notre paix.

Dans les Proverbes (ch. 8), le Seigneur, était auprès de Dieu et, comme l’artisan de la création, Il savait que les flots n’iraient pas plus loin que ce que le Créateur leur avait imposé (v. 29). Les disciples Le connaissaient comme un homme, un Maître : comme tel, Il a connu la fatigue, la faim, la soif. Mais les disciples devaient distinguer en Lui la grandeur du Fils de Dieu, le Créateur. Ils devaient, également reconnaître la faiblesse de leur foi.

Dans cette tempête, Satan tente de pousser les disciples à douter de la bonté de Dieu, et à penser que, et le Seigneur et eux-mêmes, sont en danger : « Nous périssons ». Mais l’ennemi « fait une œuvre qui le trompe » : cette tourmente va tourner à la gloire du Seigneur : à manifester Sa grandeur, Sa puissance et Son amour : « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse, et l’Ange de sa face les a sauvés » (És. 63. 9). Le livre de Job dévoile le rôle occulte de Satan, mais que Dieu Lui-même limite son champ d’action (Job 1. 9 à 12 ; v. 19).

Dieu permet des tempêtes, dans notre vie, pour nous apprendre à nous rejeter sur Lui, et à mieux Le connaître. En Marc 4. 36 à 38, les disciples « le prennent dans une nacelle comme il était » : comme Fils de Dieu. Et : « Il était, lui, à la poupe, dormant sur un oreiller » : comme Fils de l’homme. Les témoins de Ses miracles s’étonnent de Son autorité : « Quel est celui-ci ? » mais une simple parole sortant de Sa bouche divine Lui amène des âmes : « Avant que Philippe t’eût appelé, quand tu étais sous le figuier, je te voyais. Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu… » (Jean 1. 44 à 50).

Les versets 28 à 34 symbolisent l’état de l’homme en général, sous la domination de Satan : depuis la Genèse, l’humanité qui s’est livrée à lui, est sous son pouvoir, marquée du sceau de la mort – les sépulcres – Jésus, Prince de la vie, apporte la vie, la lumière et l’amour, là où règnent la mort, les ténèbres morales, la violence et la haine. Par Sa puissance, Il force les démons à sortir des hommes qui en sont possédés. Le Seigneur seul pouvait les délivrer. « Il commanda de passer à l’autre rive » (v. 18) : Sa venue dans le monde délivre les hommes – l’autre rive.

Ces versets résument Sa venue parmi les hommes captifs de Satan ; Son œuvre de délivrance ; Son rejet par les hommes perdus. Malgré toutes les lois morales et religieuses destinées à brider les mauvais instincts, la nature humaine pécheresse a toujours « rompu les chaînes et mis les fers en pièce » (Marc 5. 1 à 4). Pour vaincre le péché, le Seigneur a pris un corps d’homme « semblable à nous, à part le péché », pour nous délivrer (Héb. 2. 14 et 15). Le Seigneur pouvait dire : « Le prince de ce monde… n’a rien en moi » (Jean 14. 30) : rien sur quoi le diable pouvait agir pour Le détourner de Son chemin.

« Ils étaient très violents ». Depuis la Genèse, la violence et la corruption caractérisent les hommes (Gen. 6. 11 et 12), comme conséquence du péché entré dans le cœur. Le verset 29 montre que les démons savent que le Seigneur est le « Fils de Dieu », bien qu’ils ne reconnaissent pas Sa seigneurie. Ils savent aussi qu’ils sont réservés pour le jugement (Jac. 2. 19), et que, à la fin, ils seront jetés dans l’abîme (Apoc. 20. 1 et 2), puis dans « l’étang de feu » (v. 10). Les démons priaient le Seigneur qu’Il ne les envoie pas dans l’abîme – première prière – et qu’Il leur permette d’entrer dans le troupeau de pourceaux – deuxième prière.

Il y avait 2000 pourceaux (Marc 5. 13), en contradiction avec Lévitique 11. 7 ! En permettant aux démons de nuire de nouveau, le Seigneur montre l’état impur du peuple qui sera dispersé parmi les nations – la mer. Gardons-nous du terrible domaine de Satan, le monde, l’occultisme etc… car les démoniaques sont littéralement pris de folie. « Personne ne pouvait passer par ce chemin-là » (v. 28) – ainsi que les pourceaux, lorsque les démons entrent en eux : ils se ruent dans la mer où ils se noient ! Les démons apportent toujours la mort : les sépulcres et la mort des pourceaux.

Après la délivrance opérée par le Seigneur, le démoniaque de Marc 5. 15, est « assis, vêtu et dans son bon sens ». Dès lors, le Seigneur l’envoie rendre témoignage vers les siens, de la miséricorde dont II a usée envers lui (Marc 5. 19 ; Luc 8. 39). « Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai et tu me glorifieras » (Ps. 50. 15) : c’est une exhortation pour nous.

Ayant vu la délivrance des démoniaques, après la mort des pourceaux, ceux qui les gardaient s’enfuient et racontent dans la ville « tout ce qui était arrivé » (Mat. 8. 33). Plus touchés de la perte de leurs biens que de la miséricorde du Seigneur, « ils le prièrent de se retirer de leur territoire », alors qu’on lui apportait des démoniaques pour qu’Il les délivre (v. 16) ! Quand le Seigneur établira Son règne, les démons seront forcés de ployer les genoux devant Lui et devront reconnaître qu’Il est Seigneur (Phil. 2. 10). Toute gloire revient à Dieu !

Ch. 9

Ces chapitres montrent la puissance divine du Seigneur en faveur des hommes tombés dans le péché et en subissant les conséquences : la maladie, l’infirmité, la mort ! Mais avant toutes choses, Il vient pour pardonner les péchés.

Après être passé « à l’autre rive » (v. 18), et avoir délivré les démoniaques, Jésus revient à la rive précédente, dans Sa ville, Capernaüm (Mat. 4. 13). C’est là que, précédemment, on Lui apportait des démoniaques pour qu’Il les guérisse : Il revient là où Il était reçu.

Il y trouve la foi chez un paralytique et chez ceux qui le portaient ; leur foi leur fait surmonter tous les obstacles (Marc 2. 3 et 4). Mais c’est l’infirmité qu’on lui apporte. Maladies et infirmités affligent de nombreuses personnes qu’on Lui amène pour qu’Il les guérisse. Mais le Seigneur connaît la source de ces souffrances : le péché. Il pardonne donc les péchés avant de guérir le corps (v. 2), car Lui sait que dans l’homme, corps, âme et esprit sont étroitement liés. À l’image de ces hommes, portons au trône de la grâce, par la prière, ceux de notre connaissance encore étrangers au pardon de Dieu.

Cette scène pousse les scribes présents à « dire en eux-mêmes : cet homme blasphème » (v. 3) ; mais le Seigneur dévoile leurs cœurs (Héb. 4. 13), et prend occasion de leurs pensées pour guérir le paralytique. Seul, Dieu peut faire de tels miracles ; mais les scribes estiment qu’Il blasphème, et les foules autour de Lui glorifient Dieu qui donnait un tel pouvoir aux hommes : ils ne discernent pas le Fils de Dieu. Cela montre l’obscurcissement du cœur des hommes, au point que même la lumière divine n’y pénètre pas !

Ils connaissaient pourtant ces paroles d’Exode 15. 26 : « Je suis l’Éternel qui te guérit » ; ou encore : « c’est lui – l’Éternel – qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités » (Ps. 103. 3). Mais leurs cœurs rejettent leur Messie (Jean 1. 10 et 11). C’est comme « fils de l’homme » qu’Il se présente avec le pouvoir de pardonner les péchés (v. 6) : seule, la foi discerne en Lui le Fils de Dieu. Une seule parole du Seigneur rend la foi du paralytique capable de faire trois choses normalement impossibles : se lever, prendre son lit, et aller dans sa maison tout seul ! D’un côté, la puissance du Seigneur ; de l’autre, la foi qui obéit. En Luc 5. 25, il glorifie Dieu à qui revient toute gloire. En Marc 5. 18, le démoniaque délivré voulait suivre son libérateur, mais le Seigneur lui dit de témoigner de la bonté de Dieu et de Sa miséricorde (Mat. 8. 4 également).

Ce sont de simples témoins. Ainsi, un témoignage nous est demandé lorsque Dieu nous a fait du bien. En contraste, Lévi est appelé à Le suivre car il sera un serviteur appelé. Lévi (ou Matthieu), le suit aussitôt, et Lui fait « un grand festin » (Luc 5. 27 à 29). Beaucoup de publicains et de pécheurs étaient à table avec Jésus ; mais les pharisiens reprochent au Seigneur cette promiscuité (ch. 9. 10 et 11) ; en Luc 5. 30, c’est aux disciples qu’ils font ces reproches : le monde nous rejette comme il rejette notre Seigneur : « L’esclave n’est pas plus grand que son maître » (Jean 15. 20). Le Seigneur, alors, leur cite Osée 6. 6, au sujet de la miséricorde. Les scribes « disent en eux-mêmes » (Mat. 9. 3) ; en Luc 5. 30, ils murmurent : ils n’ont rien appris !

Au verset 13, le Seigneur exhorte Ses contradicteurs à revenir à la Parole qu’ils connaissaient. Ils connaissaient aussi la loi qu’ils tâchaient d’appliquer à la lettre, mais Dieu veut la miséricorde. Le Seigneur, Lui, est venu transcender la loi, l’accomplir dans son esprit, en se substituant à Son peuple défaillant quant à l’obéissance du cœur. Les sacrifices lévitiques n’étaient plus que des offrandes cérémonielles dépouillées de leur signification. Alors, le Seigneur s’est offert Lui-même (Héb. 10. 5 à 7), afin de satisfaire parfaitement à la volonté de Dieu.

En Jean 7. 2, la fête des tabernacles – une des sept fêtes à l’Éternel – était devenue « la fête des Juifs » : aussi, le Seigneur refuse d’y monter publiquement. II y ira, cependant, mais « comme en secret », et ce sera pour monter au temple, et enseigner la doctrine de « Celui qui l’avait envoyé » (v. 16).

Le Seigneur était venu révéler le Dieu de grâce (Osée 6. 6). C’est pourquoi II dit : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (v. 13). Il faut la repentance pour être sauvé. Les Juifs, ou les hommes en général, refusant de croire au Seigneur Jésus, ne peuvent que mourir dans leurs péchés (Jean 8. 21 à 24).

Les disciples de Jean le Baptiseur, probablement encore en activité, viennent au Seigneur (v. 14), s’étonnant de ce que Ses disciples à Lui ne jeûnaient pas comme eux-mêmes et ceux des pharisiens. Mais le Seigneur leur montre que « l’époux » étant là au milieu d’eux, ils ne pouvaient jeûner : « des jours viendront, lorsque l’époux leur aura été ôté ; et alors ils jeûneront » (v. 15 ; Jean 16. 20). Mais pour l’heure, ils ne pouvaient que se réjouir. Le Baptiseur lui-même déclarait « sa joie accomplie » (Jean 3. 29) : « Il faut que Lui croisse et que moi je diminue » (v. 30). Les disciples de Jean en étaient restés à la repentance et, à ce titre, le jeûne était convenable : mais ils avaient un pas de plus à faire pour rencontrer vraiment le Sauveur. Le jeûne faisait partie de la vie religieuse des Juifs, mais les pharisiens l’avaient dépouillé de sa substance.

L’Église est « l’épouse » (Apoc. 19. 7), et elle régnera avec le Roi ; « les amis de l’époux » représentent les croyants du peuple terrestre de Dieu.

Aux versets 16 et 17, le Seigneur compare le judaïsme à un vieil habit usé et déchiré. Le ravauder avec « un morceau de drap neuf » – la grâce – ne ferait que détériorer encore plus ce qui avait vieilli et ne devait plus servir : la loi ne peut cohabiter avec la grâce : elles s’annulent mutuellement. Les Galates, qui revenaient à la loi, étaient « déchus de la grâce » (Gal. 5. 4). Le Seigneur compare les Juifs religieux à de vieilles outres qui ne peuvent recevoir le vin nouveau : il faut une âme régénérée – « une outre neuve » – pour goûter à la joie du salut par Jésus Christ – « le vin nouveau ». Alors, l’outre et le vin « se conservent » (v. 17). Le vieil homme et le nouveau cohabitant dans notre corps, ne peuvent se concilier.

Les disciples avaient donné leur cœur au Seigneur : « Tu es… le Fils du Dieu vivant » (Mat. 16. 16) alors : « Vous, vous êtes nets… » (Jean 13. 10). Le Seigneur était « venu chez lui » – dans le pays choisi pour y mettre la gloire de Son Nom, et Il a été rejeté (Jean 1. 11) : « Ôte, ôte, crucifie- le » (Jean 19. 15).

Le chef de synagogue, connaissant l’impuissance de la loi pour guérir sa fille, discerne, dans le Seigneur, la puissance pour guérir et pour ressusciter : sa foi simple honore Dieu. « Pose ta main sur elle et elle vivra » (v. 18). Seul un contact direct avec le Sauveur peut faire vivre. Prions pour les incrédules que nous connaissons, afin qu’ils soient sauvés. Tout est possible à la foi (Mat. 17. 20).

L’énergie de la foi est différente de l’un à l’autre. « Dis seulement une parole » (Mat. 8. 8) ; « Pose ta main sur elle » (ch. 9. 18) ; mais la foi est toujours honorée. En Luc 8. 41, le chef de synagogue désirait la guérison de sa fille car elle vivait encore. Mais au v. 49, quand il est averti que sa fille est morte, le Seigneur fortifie sa foi (v. 50 ; Hébreux 11. 32 à 34). Affligé, il est humble : dans Luc, il se jette aux pieds du Seigneur : en Matthieu, il lui rend hommage, car cet évangile présente le Roi prêchant « l’évangile du royaume » (v. 35). Rappelons l’attitude des mages envers Lui (ch. 2. 2 et 11). Les différences observées d’un évangile à l’autre répondent au caractère différent de chaque évangile.

La fille de Jaïrus avait douze ans ; la femme avait une perte de sang depuis douze ans : ces deux histoires mêlées prophétisent qu’Israël est vu comme mort, et le Seigneur en chemin pour lui redonner la vie (Mat. 9. 25). Le peuple retrouvera ses relations vitales avec Dieu (Éz. 37). Mais il faudra une repentance personnelle (Zach. 12. 8 à 10). Cette femme ayant une perte de sang, symbole de la faiblesse humaine due au péché et conduisant à la mort, était impure (Lév. 15). Il fallait donc une purification.

En Luc 8, elle s’approche du Seigneur « par derrière » (v. 44) ; mais le Seigneur veut la confession ; alors elle se jeta « devant Lui, et déclara devant tout le peuple pour quelle raison elle l’avait touché » (v. 47). Il faut une confession de la bouche (Rom. 10. 9). Le salut est individuel et le contact avec le Sauveur, intime ; mais ensuite, il faut le témoignage public. Dans ces foules, elle seule l’avait « touché » avec foi ! Marc 5. 26 montre que seul le Seigneur peut ôter le mal dû au péché.

À la maison du chef de synagogue, la foule fait « grand bruit » (Mat. 9. 23) : les hommes veulent « orner » le tragique de la mort. Le Seigneur chasse les moqueurs (v. 24), car ceux qui ont part à la première résurrection ne sont pas morts, mais dorment (Jean 11. 11 ; 1 Cor. 15. 51). Le Seigneur dit : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11. 25). Dieu a opéré deux résurrections dans l’Ancien Testament (1 Rois 17. 17 à 22 ; 2 Rois 4. 18 à 37), et cinq dans le Nouveau Testament (Mat. 9. 25 ; Luc 7. 11 à 15 ; Jean 11. 44 ; Act. 9. 36 à 44 ; Act. 20. 9 à 12). Ces résurrections étaient momentanées. Mais celle du Seigneur est éternelle et nous y participerons.

Le Seigneur nous a donné la vie, et il faut la nourrir par la Parole (Mat. 9. 55), afin de croître (Éph. 4. 13).

Le Seigneur touche ou prend la main plusieurs fois dans la Parole : (Mat. 8. 14 et 15 ; 9. 25 ; Marc 9. 27 ; Héb. 8. 9), rappelant la délivrance du peuple de l’Égypte. Il nous a pris par la main pour nous arracher à ce monde. « La bonne main de notre Dieu fut sur nous » (Esd. 8. 18). Il a pris Lot par la main pour qu’il sorte de Sodome. Mais nous avons notre responsabilité : « Donnez la main à l’Éternel » (2 Chron. 30. 8).

Le péché, l’agitation fiévreuse, la paralysie empêchent de s’approcher de Dieu. Ici, deux aveugles vont recouvrer la vue parce qu’ils ont discerné en Jésus, « le Fils de David » qui peut les délivrer. Leur foi les pousse à crier au Seigneur, et le Seigneur répond. « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31). Trois fois, dans cet évangile, le Seigneur est appelé « Fils de David » (ch. 9. 27 ; 15. 22 ; 20. 30). Dans ce dernier cas, on cherche à faire taire les aveugles qui crient au Seigneur ; mais Il répond toujours à la foi.

Comme ce peuple, nous sommes par nature « assis dans l’ombre de la mort », et sommes aveugles de naissance : « notre entendement étant obscurci » (Éph. 4. 17 et 18). Les aveugles disent : « Aie pitié de nous » (v. 27) ; mais le Seigneur leur dit : « Croyez-vous que je puisse faire ceci ? – Oui, Seigneur. Alors Il toucha leurs yeux, disant : qu’il vous soit fait selon votre foi » (v. 28 et 29). Avant d’exaucer, le Seigneur sonde les cœurs comme en Matthieu 20. 32 : « que voulez-vous que je vous fasse ? » De même en Jean 5. 5 et 6 : « Veux-tu être guéri ? » Le mal nous fait souffrir, mais parfois, il « est doux dans notre bouche » (Job 20. 12 et 13). Le Seigneur est venu « proclamer la délivrance aux captifs et le recouvrement de la vue aux aveugles » (Luc 4. 19).

Les pharisiens restaient dans les ténèbres, tout en étant en contact avec la lumière : ils étaient moralement aveugles, tandis que les aveugles physiques ayant la foi voyaient spirituellement (Jean 9. 39 à 41). « Les yeux de notre cœur étant éclairés » (Éph. 1. 18), la communion avec le Seigneur nous gardera une bonne vue spirituelle. « Ayant échappé à la corruption », ne restons pas « oisifs ni stériles » (2 Pier. 1. 5 à 9), afin de voir loin devant nous, et pour que nous ayons « une riche entrée dans le royaume » (v. 11).

Éli, souverain sacrificateur, aimait Dieu : la nouvelle de la prise de l’arche le tue. Assis dans le temple, sa position semblait bonne ; mais sa cécité physique et morale l’empêchait de voir la lampe de Dieu qui brillait, et le mal que faisaient ses fils. Il fut long à comprendre que Dieu parlait à Samuel.

Veillons, car le Saint Esprit veut « prendre de ce qui est à Christ et nous l’annoncer » (Jean 16. 15). Parfois, il faut raconter ce que le Seigneur a fait (Luc 8. 39) ; d’autres fois, il faut se taire (Mat. 9. 30). Les aveugles ont désobéi. Cherchons la volonté de Dieu, pour agir pour Sa gloire (1 Pier. 2. 9). Le Seigneur voulait répondre à la foi, et non attiser la curiosité des foules. Il veut parfois agir secrètement dans une âme. Alors qu’on voulait le faire roi, il dit : « Allons ailleurs ».

Les pharisiens blasphémaient contre l’Esprit Saint, en disant : Il « chasse les démons par le chef des démons » (v. 34). Ce péché ne sera pas pardonné (Mat. 12. 31). « Les démons croient, et ils frissonnent » (Jac. 2. 19). L’homme naturel dominé par Satan est muet pour Dieu (Mat. 9. 32). La puissance du Seigneur délivre le muet qui « parla » (Ps. 45. 1). Le fils de la veuve de Naïn, ressuscité, « parla ». La fille de Jaïrus dut « manger ». Lazare fut « délié » et on dut « le laisser aller ». On amène à Jésus un cas plus désespéré encore en Matthieu 12. 22 : « un démoniaque aveugle et muet, et Il le guérit ». Alors les foules pensent qu’Il est « le Fils de David » (v. 23) ! Mais les pharisiens s’empressent de détourner le peuple de Celui qui est « la lumière » (v. 24).

Souffrant de l’opposition des chefs du peuple, le Seigneur continuait Son service envers ceux qui en avaient besoin, enseignant, prêchant et guérissant. Il se détournait des contradicteurs, mais poursuivait ailleurs. Les accusations des pharisiens préfiguraient l’aboutissement de Son chemin ! Mais rien ne pouvait arrêter Son œuvre « par toutes les villes et par les villages… dans leurs synagogues » (v. 35). Il prêche l’évangile du royaume, ayant en vue Son peuple terrestre, et c’est vers lui qu’Il envoie Ses disciples (ch. 10. 6). C’est l’ultime appel à ce peuple, pour la repentance et l’établissement du royaume.

Entre Son œuvre en Galilée (Mat. 4. 23) et celle du ch. 9. 35, le Seigneur a prononcé le « sermon sur la montagne », accompagné de guérisons miraculeuses, réalisant une prophétie d’Ésaïe (ch. 8. 17) ; elles ne pouvaient s’opérer que par la foi des malades. Cela va très loin : jusqu’à l’expiation de tous nos péchés à la croix. La compassion du Seigneur pour Ses brebis dispersées comme n’ayant pas de berger (Marc 6. 34), se manifeste. Cela est vrai aussi pour tous les hommes.

Le Seigneur enseigne dans leurs synagogues, ne se considérant pas encore rejeté par tout le peuple. L’expression : « leurs synagogues » préfigure déjà le rejet du Seigneur envers ce peuple incrédule : « Voici, votre maison vous est laissée déserte » (Mat. 23. 38). Un jour, Israël recevra son Messie avec contrition. Ézéchiel stigmatisait déjà les mauvais bergers conduisant le peuple avec rigueur (Éz. 34. 1 à 4 ; Zach. 10. 2). Mais le Seigneur, Lui, les paîtra et en prendra soin selon leurs vrais besoins (v. 15 et 16).

En Nombres 27. 16 et 17, Moïse désirait que le peuple, après son départ, ait un nouveau berger. David, lui, tiré du parc des brebis, fut un berger fidèle. Du temps du Seigneur, la dispersion morale du peuple a précédé sa dispersion physique. Pour nous, prions que des frères soient animés d’un esprit de bergers !

Le Bon berger appelle tout homme : « Venez à moi… » (Mat. 11. 28), car le Seigneur est venu pour « réunir en un les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11. 52). Prenons garde à notre attitude : si une brebis s’isole, c’est qu’elle est malade ! Nous avons un très grand besoin de pasteurs, presque disparus des rassemblements où « des loups redoutables n’épargnent pas le troupeau ! » Un vrai berger mène les brebis au Seigneur et non à lui-même.

Les versets 36 à 38 de Matthieu 9 sont liés à ce qui précède. Nous sommes concernés par cette exhortation du Seigneur (v. 38), à être poussés dans la moisson (Luc 10. 2 ; Jean 4. 35). L’obéissance d’Amos est un exemple pour nous (Amos 7. 14 et 15). Élisée suit Élie aussitôt. Dieu seul forme et envoie, et non les hommes, afin que « la Parole courre et qu’elle soit glorifiée » (2 Thess. 3. 1). Mais évitons les services de groupes où l’on risque de s’appuyer les uns sur les autres, et non sur le Seigneur.

Ch. 10

Au chapitre 10, le Seigneur appelle les douze et les envoie dans la moisson (v. 1 à 19). Il les choisit et les envoie deux à deux, leur donnant autorité sur les esprits immondes (Marc 6. 7 à 10), et la foi devait les caractériser. Le Seigneur a prié toute une nuit pour les choisir. Parmi eux, Judas est toujours rappelé en rapport avec sa trahison.

Les v. 5 et 6 situent la sphère d’action des disciples : Israël. Le Seigneur leur donne Ses instructions et les envoie, Lui-même étant encore sur la terre (v. 1 à 15). Il leur signale qu’ils auront des persécutions après Son élévation au ciel, mais aussi avant Son retour, à la fin des temps (v. 16 à 18). Ces versets sont un tournant dans ce chapitre, par projection prophétique. Le verset 24 est un encouragement.

Dans la liste des disciples appelés, on trouve un Cananéen : Simon. Dans le chapitre 15, une femme cananéenne, reconnaissant en Jésus le « Fils de David », et confessant son indignité (v. 22 à 28), est l’objet de la grâce du Seigneur, à cause de sa « grande foi ». La grâce de Dieu s’applique même à des gens qu’Israël aurait dû détruire (Deut. 7. 1 et 2) ; et l’un des apôtres est un Cananéen envoyé pour prêcher aux « brebis perdues de la maison d’Israël » !

Le royaume des cieux s’était approché, mais le Roi, étant rejeté, est dans les cieux ; ses sujets étant encore sur la terre, les disciples seraient aussi rejetés. Alors, le salut est envoyé à « toute la terre » (És. 49. 3 à 6). En Actes 13. 45 à 48, les apôtres rejetés par les Juifs se tournèrent vers les nations qui s’en réjouirent. Ils opéraient dans un peuple dont beaucoup de personnes étaient assujetties aux démons : ils devaient : « guérir » ; « ressusciter » ; « rendre net » ; « chasser les démons ». Ayant vaincu Satan au désert, le Seigneur confère à Ses apôtres les mêmes pouvoirs qu’Il a Lui-même. Ces « miracles du siècle à venir » (Héb. 6. 5), anticipaient l’établissement du royaume.

Après Son élévation, les disciples « prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Marc 16. 19 et 20). Ces « dons de grâce de guérison » (1 Cor. 12. 9), avaient, pour but provisoire, d’accréditer le christianisme auprès des incrédules. Pierre et Jean guérirent un « boiteux », mendiant à la porte du temple (Act. 3. 2 à 8). Conformément à Matthieu 10. 9, Pierre lui dit : « Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne ». Et il le guérit au nom de Jésus Christ.

La puissance du Seigneur répondait aux besoins, là où Il trouvait la foi, mais aussi envers Ses disciples invités à une entière dépendance. Après le retour de mission remplie de miracles des « soixante-dix », le Seigneur dit : « Je voyais Satan tombant du ciel comme un éclair » (Luc 10. 17 et 18). Marc 6. 8 seulement indique qu’ils devaient se munir « d’un bâton » et de « sandales », mais ne devaient faire aucune provision.

Cependant, en Luc 22. 35 et 36, le Seigneur indique un changement de situation : le Maître étant remonté au ciel, ils devraient se prémunir contre le besoin. Le peuple, ayant dû, autrefois, se détourner de la traversée du territoire d’Ésaü, n’avait, cependant manqué de rien (Deut. 2. 5). Dépendants de Dieu mais non insouciants, nous ne manquerons de rien (Ps 23).

Les apôtres devaient agir d’une manière précise, pour prêcher aux villes et aux villages (v. 11 à 15), car le Seigneur connaissait ceux qui attendaient encore le Messie : c’est vers eux qu’Il les envoie. Des maisons accueillantes pourvoyaient aux besoins des apôtres. Saluer une maison (Mat. 10. 12 et 13), c’était établir la communion (2 Jean 10 et 11) : si la maison en était digne, tout était mis en commun. En Luc 1, Zacharie et Élisabeth, Siméon et Anne attendaient le Messie. Comment attendons-nous le Seigneur ?

Le verset 16 introduit un tournant : le Seigneur avait conféré une autorité aux apôtres qu’Il envoyait prêcher l’évangile du royaume, tandis qu’Il était encore sur la terre. Sa présence les protégeait. Mais après Son départ, il y aurait des persécutions pour eux, comme Lui-même avait été persécuté. Les apôtres apportaient la paix sur les maisons où ils entraient. Nahum 1. 15 montre la beauté des « pieds de celui… qui annonce la paix » – le Seigneur – tandis que Ésaïe 52. 7 et Rom. 10. 14 et 15, désignent plutôt « ceux » qui évangélisent.

En Actes 13. 46 et 51, Paul et Barnabas obéirent au Seigneur, en secouant la poussière de leurs pieds contre les Juifs refusant l’évangile : ils ne devaient pas insister où ils n’étaient pas reçus. Ce geste symbolique rejetait les Juifs incrédules sous le jugement (Mat. 10. 15). Paul encore, au ch. 18. 5 à 7, « secoue la poussière de ses vêtements » contre les Juifs s’opposant à ses paroles, et entre dans une maison qui le reçoit. Plus tard, Jérusalem serait détruite et les Juifs dispersés. Quant à nous, prions plutôt pour les incrédules. L’évangile du « royaume » a été présenté premièrement aux Juifs. Mais eux ayant rejeté le Roi. – le Messie -, l’évangile de la « grâce » a été présenté aux nations.

En Matthieu 10. 15 ; 11. 23, le Seigneur cite le jugement de Sodome et Gomorrhe comme critère, appelant un châtiment d’autant plus pénible pour ceux qui rejettent le Seigneur, que leur connaissance de la vérité est plus grande : dans les peines éternelles, les souffrances seront proportionnelles à la mesure de culpabilité (Luc 12. 46 à 48). Nous, les croyants, serons « tous manifestés au tribunal de Christ » (2 Cor. 5. 10) : ce sont nos œuvres qui seront jugées, et non nous-mêmes ; mais tout sera pesé selon la proportion de « lumière » reçue. De même en ce qui concerne les différentes nations connaissant plus ou moins la vérité. Après l’enlèvement de l’Église, les incrédules seront plongés dans « une énergie d’erreur » envoyée de Dieu, « parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés » (2 Thess. 2. 10 et 11).

Cet évangile du royaume s’adressait principalement aux Juifs. La « parenthèse » de l’Église n’est pas en vue, ici. Les versets 16 à 23 relient la période apostolique à la période du résidu juif fidèle de la fin, juste avant l’apparition du Seigneur en gloire, pour établir Son royaume. Ces deux périodes accolées pour n’être plus qu’une, apportent des persécutions aux croyants, sous la domination de l’antichrist. Cependant, Christ étant rejeté du monde, bien des chrétiens ont connu et connaissent encore de dures persécutions.

Les prédicateurs, en particulier, sont ces « brebis envoyées au milieu des loups » (v. 16). Nous sommes appelés à être « prudents comme des serpents », car nous sommes environnés des loups de ce monde ; mais aussi, « simples comme des colombes », en obéissant au Seigneur sans calculer, appuyés sur Lui. Soyons sur nos gardes quant à nos relations avec le monde : qu’il se montre aimable ou qu’il se révèle dur envers nous, il reste un ennemi dangereux, il hait le Seigneur et les chrétiens fidèles ! Obéissons au Seigneur seul, fidèlement, sans calcul, comptant sur Sa puissance et Son amour pour les Siens.

Après le départ du Seigneur, et selon Ses prédictions, les Juifs, pleins de haine pour les chrétiens, les ont persécutés. Paul a été battu, lapidé, traduit devant les autorités du monde. Au v. 17, ce sont les Juifs que le Seigneur assimile aux hommes méchants du monde. Cependant, des chrétiens professants, durant l’inquisition, ont montré encore plus de cruauté pour des chrétiens fidèles.

Dès le début des Actes, des croyants, traduits devant les sanhédrins, fouettés dans les synagogues (Act. 5. 40), ont dû comparaître devant des gouverneurs et des rois (Act. 24. 1 ; 25. 2 ; 26. 1) ; cela : « À cause de moi » ; « À cause de mon nom » (v. 18 et 22) ; ce Nom suscite la haine contre les disciples. Le nom de Jésus – l’Éternel Sauveur – est la pierre de touche : ou on Le reçoit et l’on est sauvé, ou on Le rejette et l’on est perdu.

En Matthieu 10, ces versets intéressent la période avant et après la parenthèse de l’Église. Avant Actes 7, c’est le résidu juif croyant qui est persécuté ; après, c’est l’assemblée chrétienne, objet des soins du Seigneur. Après l’enlèvement de l’Église, le résidu juif sera de nouveau persécuté selon ces prophéties. Quant à nous, si nous ne sommes pas persécutés, c’est peut-être que notre témoignage n’est pas clair. Laissons-nous exhorter par la Parole. Si nous souffrons pour le « nom de Jésus », la Parole nous déclare : « bienheureux ».

Les persécutions ont été le moyen de propager l’évangile (Act. 8. 1 à 4). Le Seigneur s’est servi d’un Paul persécuteur pour en faire un ardent propagateur de l’Évangile, lui-même persécuté (Act. 9. 15). Ces chrétiens apportaient l’Évangile aux puissances de ce monde, non comme plaisant au monde, mais en étant fidèles dans les souffrances. Les chrétiens ne peuvent participer aux activités sociales et politiques sans déshonorer le Seigneur : soyons séparés et fidèles (2 Cor. 6. 14 à 18). En Apocalypse 2. 13, le Seigneur désapprouve Pergame qui, après les persécutions de Smyrne, s’est réfugiée sous la protection du monde : « Là où est le trône de Satan ». Le Seigneur a connu toutes ces méchancetés des hommes ennemis (1 Pier. 2. 20 et 21). Ces souffrances sont pour le témoignage et l’accroissement de notre foi, alors que nous marchons sur les traces du Seigneur (1 Pier. 4. 13 et 14). Prenons notre part des souffrances « comme un bon soldat de Jésus Christ » (2 Tim. 2. 3).

La hardiesse des apôtres, dans les Actes, montre l’accomplissement des promesses du Seigneur (Act. 4. 19 ; 5. 41) : la puissance de l’Esprit du Père agissait en Mat. 10. 20 ; – de l’Esprit Saint en Marc 13. 11, et du Seigneur – le Fils – en Luc 21. 14 et 15, pour leur défense. Le même Esprit de puissance se manifestait dans Étienne (Act. 6. 10). Seule, la soumission à l’Esprit Saint nous donnera un témoignage clair. L’Évangile de Matthieu nous parle beaucoup du « Père » (le sermon sur la montagne). C’est après la croix, que Dieu nous est révélé comme « notre Père » (Jean 20. 17). Les disciples sont invités à la persévérance dans l’épreuve (Mat. 10. 23). On trouve déjà cette exhortation en Daniel 12. 12, où le résidu est appelé à attendre 1335 jours, peut-être jusqu’à la fête des tabernacles : la délivrance du Millénium. Notre persévérance se mesure à notre amour pour le Seigneur.

Les v. 21 à 23 nous projettent au moment où le Seigneur apparaîtra, après l’enlèvement de l’Église, pour établir Son royaume universel. Sous le joug de l’antichrist qui dominera durant sept ans, le résidu fidèle juif sera mortellement persécuté ; au cours des trois dernières années et demi de la domination de « l’inique » (dernière demi-semaine d’années de Daniel) : ce sera : « la détresse de Jacob ». Durant cette terrible période, le résidu, chassé de ville en ville par la persécution (v. 23), prêchera le même évangile du royaume prêché par le Seigneur. Mais ce sera aussi, pour Dieu, l’occasion de le mettre à l’abri, et le Seigneur le délivrera avant qu’il ait fini de parcourir les villes d’Israël : « à cause des élus, ces jours-là seront abrégés » (Mat. 24. 22). Daniel 12. 11 montre que cette épreuve durera « mille deux cent soixante jours » – trois ans et demi. Cette phase de la venue du Seigneur pour régner surviendra soudainement, alors qu’il n’y aura plus d’espoir pour le résidu persécuté (Mat. 24. 25 à 28 ; Apoc. 12. 6). Le Seigneur séparera, alors, les fidèles des apostats (Mat. 25. 34 à 45).

Bien qu’une partie d’Israël soit revenue dans son pays – sans qu’on observe de réveil spirituel – l’heure du grand retour annoncée par les Écritures sonnera après l’enlèvement de l’Église. Dieu veille sur lui (Rom. 11).

L’expression : « le fils de l’homme » (Mat. 24. 27), va plus loin que le « Messie », uniquement destiné aux Juifs : Sa réjection par les hommes en général, Lui a fait prendre ce caractère universel de « fils de l’homme » (Dan. 7. 13 et 14 ; Héb. 2. 6 et 7) : Il est l’héritier des conseils de Dieu pour l’homme. Second Adam, Il régnera sur la terre.

Si nous n’avons pas de date indiquant que le Seigneur vient, Il nous donne des signes avant-coureurs de Sa venue (Mat. 14. 32 à 34). C’est pourquoi les exhortations des v. 24 et 25 de Matthieu 10 sont aussi pour nous. Elles ont une portée pratique : la Parole montre que les « disciples » doivent être enseignés du « Maître », avant de servir comme « esclaves », de Celui qui est notre « Seigneur ». Un témoin fidèle sera persécuté comme l’a été le Seigneur (Luc 6. 40).

Les Juifs l’ont appelé : « Béelzébul » – une idole. Combien plus Ses serviteurs seront-ils méprisés et rejetés ! Mais c’est un encouragement pour nous, d’être rendus semblables à notre Seigneur (Jean 15. 19 et 20) : « Il suffit au disciple qu’il soit comme son Maître » (v. 25). Celui qui fut « l’homme de douleur » est notre modèle. Prendre notre croix – savoir que l’on est voué à la mort – est notre part normale de chrétiens. Bien qu’encore sur la terre, II nous a placés sur le même « terrain » céleste que Lui (Jean 17. 16), et nous confie Son témoignage.

Ces versets sont un appel général, mais il y a un appel individuel : « Toi, suis-moi » (Jean 21. 23). Nous devons aussi servir nos frères, comme le Seigneur l’a fait (Jean 13. 16 et 17), encouragés à ne pas craindre les hommes. Le Seigneur parle du moment où tout ce qui est caché sera mis en lumière (v. 26 ; Héb. 4. 12 et 13). Si les frères sont persécutés, il est consolant de savoir que le Seigneur voit tout et n’oubliera rien (Luc 12. 2 et 3). À la fin, le Seigneur révélera au grand jour les secrets cachés des hommes (Rom. 2. 6).

Le Seigneur donne Ses instructions aux disciples pour qu’ils prêchent, publiquement, les paroles qu’Il leur a dites dans l’intimité. Ce qu’Il leur dit de façon cachée au monde, ils devront le répéter ouvertement (v. 27). C’est une préparation secrète avec Lui. Moïse lui-même a été préparé durant quarante ans au désert.

En Luc 17. 20 et 21, le Seigneur dit aux pharisiens : « le royaume de Dieu ne vient pas de manière à attirer l’attention… il est au milieu de vous ». Le Seigneur rejeté a institué « le royaume des cieux », étant Lui-même remonté aux cieux. Le Seigneur ressuscité envoya les disciples prêcher à « toute la création » (Marc 16. 15). Ésaïe 42. 1 et 2 prophétisait : « Il ne criera pas, et il n’élèvera pas sa voix, et il ne la fera pas entendre dans la rue ». Au peuple incrédule, Il parlait en paraboles (Mat. 13. 34 et 35) ; mais aux disciples, Il expliquait tout (v. 36 à 50). Ils ne devaient annoncer que ce qu’Il leur disait : « ce que je vous dis… dites-le… » (v. 27). Et c’étaient des paroles d’amour !

La hardiesse caractérise les apôtres dans les Actes, malgré les persécutions et les menaces ; et l’Esprit Saint vient les fortifier (Act. 4. 29 à 31). Le royaume de Dieu sera de nouveau prêché après l’enlèvement de l’Église. Le Seigneur exhorte à ne pas craindre (v. 26 et 28), dans les dangers liés à la prédication de l’évangile : ceux qui tuent le corps ne peuvent tuer l’âme, et pour le croyant, « être avec Christ est de beaucoup meilleur ». Si le corps est momentanément détruit, « l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné » (Éccl. 12. 7). Les incrédules « subiront le châtiment d’une destruction éternelle » (2 Thess. 1. 8 et 9), parce que l’âme est indestructible. Matthieu 25. 46 parle de « la vie éternelle »… et des « tourments éternels ».

Étienne, lapidé par les Juifs, confiant en son Dieu sauveur, priait comme le Seigneur sur la croix : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché » (Act. 7. 59 et 60). Bienheureux, « si vous souffrez pour la justice » (1 Pier. 3. 14). Ces versets de Matthieu 10 nous encouragent à ne pas craindre (v. 28). Le disciple est précieux pour Dieu (v. 29 à 31). Enfin, il y a une rétribution au ciel (v. 32 et 33).

La « géhenne », évoque la vallée de Hinnom où l’on brûlait les sacrifices offerts aux idoles. Luc 12. 3 à 5 est différent : Matthieu nous encourage à ne pas craindre ; Luc parle à la conscience. Le résidu, dépositaire de l’évangile du royaume, devra persévérer pour être sauvé (v. 22). Notre salut ne dépend pas de notre persévérance, mais nous devons propager l’évangile de la grâce, car au ciel, il y aura une récompense ou une perte (v. 32 et 33). Ne craignons pas le témoignage (Ps. 118. 6, 8 et 9).

Au milieu de la ruine, la fidélité aura sa récompense (Apoc. 3. 5). « Confessons le Seigneur » (Rom. 10. 9 ; 1 Tim. 6. 12), comme « le Seigneur a fait sa belle confession devant Pilate » (v. 13). Les timides d’Apocalypse 21. 8 n’ont pas la vie : ils refusent le Seigneur. Le Seigneur les reniera devant Dieu (2 Pier. 2. 18 à 22). Après son reniement, Pierre, repenti, a été restauré, et il dira aux Juifs : « Vous avez renié le Saint et le Juste » (Act. 3. 14). « Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec Lui » (2 Tim. 2. 12).

A partir du verset 34, le Seigneur éclaire la situation qui va prévaloir désormais : son rejet (ch. 11. 20). Le v. 34 peut surprendre, alors qu’en Luc 2. 13, la paix est envoyée du ciel sur la terre, par la venue du Seigneur : « c’est lui qui est notre paix » (Éph. 2. 14 et 15) : on reçoit la paix avec Dieu par l’œuvre de la rédemption. Luc 2. 13 parle de la paix du royaume millénial. Mais en Matthieu 10. 34, le Seigneur étant rejeté, la paix envoyée du ciel sur la terre, est remontée au ciel (Luc 19. 38), selon la pensée de Matthieu 10. 13.

Le verset 34 de Matthieu 10 dévoile la guerre – l’épée – dans une même famille, où croyants et incrédules sont mêlés, n’étant plus sur le même « terrain » : de grandes difficultés surgissent (Luc 12. 49 à 53) ! Dans ces circonstances, le croyant doit s’appuyer avec foi sur Dieu (Michée 7. 6 et 7 ; Ps. 27. 10). Le Seigneur est venu chez les Siens (Luc 4. 16), annoncer la délivrance en accomplissant la loi et en apportant la grâce. À cause de Son rejet, la paix extérieure est pour plus tard ; mais nous sommes après la croix, de sorte que nous jouissons déjà de la paix intérieure, personnelle et familiale. Que le Seigneur nous aide, avec nos jeunes, à affermir cette paix ! Cependant, évitons ces deux pièges : les liens familiaux qui peuvent entraver l’obéissance au Seigneur (v. 37), lorsqu’Il n’a pas la première place – le premier amour – (Apoc. 2. 4). Alors, on n’est pas prêt à « prendre notre croix » pour suivre le Seigneur (v. 38). Enfin, empêtrés dans la recherche de nos propres satisfactions, notre vie s’avère inutile pour Dieu : nous « perdons » notre vie.

Si, au contraire, nous abandonnons nos propres intérêts par amour pour le Seigneur, nous « trouvons » la vraie vie selon Dieu (v. 39). « Mon fils, donne-moi ton cœur » (Prov. 23. 26). C’est une parole forte du Seigneur. « Prendre sa croix », c’est se renoncer soi-même. Les condamnés portant leur croix, en avaient fini avec leur vie ; et nous, nous sommes « morts avec Christ ». Nos relations familiales sont d’autant plus bénies que nous donnons la première place au Seigneur, par amour ; car l’amour pour Lui élargit nos cœurs et sanctifie notre amour pour nos proches. Le Seigneur saura, alors, multiplier Ses bénédictions pour nous (Marc 10. 28 à 30).

Le Seigneur Lui-même donne l’exemple, en Matthieu 12. 48 à 50, où sa famille, peut-être venue pour entraver Son ministère, se voit reléguée après ceux qui obéissent à la volonté de « son Père ». Luc 2. 48 à 51 nous le montre soumis à Ses parents terrestres, mais faisant passer « les affaires de son Père » céleste, avant eux. D’un autre côté, introduisons Christ dans nos relations familiales afin de dépasser l’amour selon la nature : « nous ne connaîtrons plus personne selon la chair » (2 Cor. 5. 14 à 17), mais nous aimerons les nôtres d’un amour bien plus excellent et béni ! Le Seigneur dit au paralytique : « lève-toi… va dans ta maison » (Mat. 9. 6). En Exode 32. 25 à 29, les Lévites obéirent à un ordre de Moïse où leur amour pour Dieu fut durement éprouvé. Mais leur obéissance leur fit hériter de la sacrificature (Deut. 33. 8 à 10).

Le Seigneur a connu « un intime ami » qui a « levé son talon contre Lui » (Ps. 41. 9 ; 55. 12 à 14 ; Jean 13. 18). Les croyants peuvent connaître de telles souffrances, par fidélité au Seigneur, si c’est le chemin par lequel Il les conduit.

Le verset 39 montre que la vraie vie est vécue avec le Seigneur et pour Lui (1 Tim. 6. 18 et 19). L’apôtre disait : « Pour moi, vivre, c’est Christ » (Phil. 1. 21) ; et il ne tenait pas sa vie pour précieuse, pourvu qu’il achève sa course. C’est moi, ou Christ. Cette vérité est rappelée en Jean 12. 25. En contraste, Salomon avait recherché tout ce que sa puissance lui permettait d’acquérir (Éccl. 1. 16 ; 2. 1 à 4). Mais à la fin, sa conclusion révèle sa sagesse : « Écoutons la fin de tout ce qui a été dit : crains Dieu, et garde ses commandements ; car c’est là le tout de l’homme, car Dieu amènera toute œuvre en jugement, avec tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (Éccl. 12. 13 et 14).

Au verset 40, le Seigneur révèle le lien vital qui existe avec Ses disciples, les ayant unis à Lui-même et à Dieu qui L’a envoyé (Mat. 18. 4 et 5). De même qu’Il était envoyé de Dieu, Il nous envoie aussi (Jean 20. 21). C’est Lui seul qui nous appelle et nous forme. Nous n’entrons à Son service que parce qu’Il nous y envoie. Mais avant de Le servir, il faut Le recevoir comme Sauveur : « choisis la vie afin que tu vives » (Deut. 30. 19).

Les v. 40 à 42 montrent les motifs du cœur de celui qui reçoit un envoyé de Dieu : il est identifié au service de l’envoyé, soit comme prophète, soit comme juste, soit comme disciple. Les disciples allaient suivre le chemin de réjection du Seigneur, haï du monde. Tout ce qui se ferait pour eux, en tant que disciples, serait récompensé. C’est aussi prophétique de ce qui se passera pour le résidu, durant la grande tribulation, où quiconque n’aura pas la « marque de la bête sur la main ou sur le front », ne pourra ni acheter ni vendre (Apoc. 13. 16) : alors, une simple coupe d’eau froide « parce que vous êtes de Christ » (Marc 9. 41), prendra toute sa valeur. Soyons attentifs à la manière d’accueillir notre frère qui est toujours « celui pour qui Christ est mort ».

Rejeté, le Seigneur restait plein de grâce. Il envoie Ses disciples deux à deux, et il fallait les recevoir comme Lui-même. Il prend connaissance de tout, même d’une coupe d’eau froide ! Il est sérieux de voir que le Seigneur examine nos motifs. Si la Parole ne soumet pas nos cœurs, elle les endurcit.

En Marc 12. 41 à 44, le Seigneur regarde les Juifs mettre de l’argent au trésor. Mais Il ne s’attarde pas à compter combien chacun y met, mais plutôt, dans quelle disposition de cœur ils donnent. Regardons à ce que le Saint Esprit produit dans nos frères, et recevons-le du Seigneur. Si le Seigneur parle de « récompense », ce n’est pas ce qui doit nous motiver pour agir, mais l’amour pour Lui (1 Cor. 3. 6 à 8).

Ch. 11

Après avoir donné Ses instructions aux disciples (ch. 10), Il les envoie, maintenant, tandis que Lui-même continue son propre service d’amour, prêchant de ville en ville, au milieu du peuple qui Le rejette. S’Il envoie Ses disciples, Il ne délègue à personne Son propre travail. Le Seigneur veut aussi nous envoyer comme témoins au milieu de ce monde ennemi. Comme Lui, nous devons « travailler tant qu’il est jour » (Jean 9. 4). Il pouvait dire prophétiquement : « Le zèle de ta maison m’a dévoré » (Ps. 69. 9).

Jean avait dit de Jésus : « Voilà l’agneau de Dieu ». « C’est de celui-ci que moi je disais : après moi vient un homme qui prend place avant moi, car il était avant moi » « J’ai vu l’Esprit descendant du ciel… et il demeura sur lui ». « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre, et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise de l’Esprit Saint. Et moi… j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu » (Jean 1. 29 à 34).

Mais en Matthieu 11, Jean le Baptiseur est en prison depuis longtemps ; et il semble que ses magnifiques certitudes du début aient quelque peu vacillé. Le Seigneur annonçait Son royaume mais ne l’établissait pas, et l’attente des Juifs était insatisfaite. C’est l’assemblée qui fut établie. Jean, le dernier des prophètes de l’ancienne alliance, n’avait pas saisi cela, ni même Apollos en Actes 18. 24 à 26). Le résidu attendait Celui qui délivrerait Israël. Devant la puissance des miracles du Seigneur, Jean s’étonnait qu’il ne le délivre pas de sa prison.

Suivant les circonstances, Dieu délivre un croyant et pas l’autre : Jacques a été mis à mort ; Pierre a été délivré (Act. 12. 2 à 11). De même en Hébreux 11. 34 à 37 : martyrs ou délivrés, ces croyants comptaient sur Dieu. L’exemple de Joseph montre la volonté divine, non de délivrer le prisonnier, mais de préparer celui devant qui on s’agenouillerait. Les pensées divines ne sont pas les nôtres (És. 55. 8). Jean questionne le Seigneur et Sa réponse le renvoie aux Écritures : « Je suis l’Éternel qui te guérit » (Ex. 15. 26) ; « … les sourds entendront… les yeux des aveugles… verront ; les débonnaires augmenteront leur joie en l’Éternel, et les pauvres… s’égayeront dans le Saint d’Israël » (És. 29. 18 et 19 ; 35. 5 et 6) ; 61. 1 et 2).

Jean, longtemps au désert – figure du monde – avait eu un ministère fidèle et clair : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché » (Mat. 3. 2). Son service dura à peu près six mois avant la prison – un vent de tempête – où il fut décapité. Sa foi fut donc mise à rude épreuve mais il tint ferme jusqu’au bout. En Jean 1. 37, deux de ses disciples le quittent et suivent le Seigneur. Il dira de Jésus : « Il faut que lui croisse et que moi je diminue » (v. 30). Il fallait que tous les regards convergent vers le Seigneur seul. Le verset 5 de Matthieu 11 va au-delà de la prophétie, car la résurrection n’était pas annoncée. Le Seigneur répond à Jean avec douceur : « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi » (v. 6).

L’incrédulité du peuple (Rom. 9. 31 à 33) achoppe contre le Seigneur. Mais le Seigneur présente Jean, non comme un homme défaillant, ni comme revêtu de magnificence, mais vêtu comme un prophète (Mat. 3. 4) ; comme un roseau humble et fragile, mais le plus grand des prophètes car objet lui-même de prophétie (Mal. 3. 1). Bien qu’étant « une lampe ardente », il se présentait lui-même comme « une voix qui crie dans le désert », et le Seigneur dut l’encourager avec grâce et en vérité (Jean 1. 17). La même grâce qui opérait en Paul (2 Cor. 12. 9), dont « l’apparence était chétive et la parole méprisable » (2 Cor. 10. 10) : mais, comme Jean, il annonçait Christ (Gal. 4. 14). Dieu choisit les faibles pour annoncer l’évangile de la grâce (1 Cor. 1. 27 et 28). Jean, précurseur de Christ, était « l’ami de l’époux » (Jean 3. 29).

Le verset 11 nous place à la croisée des chemins entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et en montre la différence : le résidu juif attendait le Messie glorieux, sur la terre. Mais étant rejeté de Son peuple, Son royaume prend le caractère de « royaume des cieux » (Mat. 13. 11), où siège, maintenant, le Roi.

Ce changement est frappant en Jean 1. 17. L’église fait partie de ce royaume et attend la venue de son époux. Le roi viendra après pour régner sur la terre, l’épouse à ses côtés. Jean le baptiseur, le plus grand dans l’Ancien Testament – car il précédait le Roi et l’avait présenté au peuple (Jean 1. 29 à 36) – était le plus petit dans le royaume des cieux, car les croyants de la nouvelle économie sont appelés : « enfants de Dieu » (1 Jean 3. 1) : nos relations avec Dieu sont intérieures, vitales, alors qu’avec le peuple juif, elles n’étaient qu’extérieures. Les premiers temps de la nouvelle économie ont été transitoires : le livre des Actes, l’épître de Jacques et les Hébreux, nous montrent ces changements progressifs. Les croyants, alors, ont continué, un certain temps, à se réunir au temple ou à la synagogue, avant de le faire dans les maisons.

Si le Seigneur avait été accepté du peuple, Il aurait pu établir Son royaume. On Le voit encore « debout » dans les cieux (Act. 7. 56), prêt à intervenir. Mais Étienne étant lapidé – ultime rejet de la part du peuple – le royaume est remis à plus tard. Si le peuple avait reçu son Messie, Jean aurait eu le vrai caractère d’Élie (Jean 1. 20). Pourtant Élie doit venir (Apoc. 11. 3 à 6), où, dans ce témoignage, on retrouve le caractère d’Élie (2 Rois 1. 9 à 12), avant le royaume. Élie avait eu ce ministère de jugement et avait travaillé à faire revenir le peuple à Dieu (1 Rois 18). Jean avait exercé ce même ministère (Luc 1. 16 et 17). Mais, Jean mis en prison, la situation s’aggrave pour le peuple (Mat. 17. 10 à 12). Le Seigneur avait dit : « Si vous voulez recevoir ce que je vous dis » (Mat. 11. 14) : c’est ce qui est important : comment recevons-nous ce que le Seigneur nous dit ? Il nous parle de tant de manières !

Le v. 19 dévoile le rejet méprisant du Seigneur par les Juifs. Alors, Il sort près de la mer (Mat. 13. 1) – symbolisant les nations. Cependant, le royaume est annoncé, et c’est par « violence » qu’on y entre, par « la porte étroite » (Mat. 7. 13 et 14) : violence contre soi-même, contre l’ennemi, contre l’attirance du monde. Se convertir est un combat violent contre tout cela (Luc 13. 24). Le contraire de cette violence pour venir au Seigneur, c’est le non-engagement des « timides » d’Apocalypse 21. 8 qui, connaissant l’évangile de la grâce, ne s’y engagent pas.

L’Ancien Testament avait placé le peuple désobéissant sous malédiction (Mal. 4. 6) ; le Nouveau Testament introduit la grâce de Dieu pour quiconque se repent et croit au Seigneur. Le Seigneur avait apporté la grâce – « joué de la flûte » – et le peuple ne s’était pas réjoui. Jean avait prêché la repentance – « chanté des complaintes » – et il ne s’était pas repenti. Le mépris du peuple pour le Seigneur transparaît au v. 19 : … « ami des pécheurs… » Mais c’est là toute la grâce de Dieu ! Les chefs – propres-justes – méprisaient les pécheurs (Mat. 9. 10 à 13). Mais le Seigneur leur dit qu’Il « n’est pas venu appeler des justes, mais des pécheurs », et que « la sagesse de Dieu est justifiée par ses enfants » (v. 19 ; 1 Cor. 1. 24 et 30).

Jean était envoyé pour préparer un peuple bien disposé à recevoir son Messie. Puis le Seigneur a prêché le royaume des cieux et en a établi les règles.

Mais le peuple rejetant son Messie, et ses chefs le mettant au rang des pécheurs (v. 19), le Seigneur prononce la malédiction sur « les villes où Il avait fait le plus grand nombre de ses miracles ». « Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïda ! » Capernaüm, la ville où le Seigneur demeurait (Mat. 9. 1 ; 12. 13 ; Marc 2. 1), avait été « élevée jusqu’au ciel », car son Roi, venu des cieux, habitait en elle ; mais ayant rejeté le Seigneur : elle sera « abaissée jusque dans le hadès » (v. 23). Cependant, à Capernaüm, un centurion bénéficia d’un miracle (Mat. 8. 5 à 13), à cause de sa « grande foi » ; et la belle-mère de Pierre y fut guérie de la fièvre (v. 14 et 15). La responsabilité de ces trois villes surpassait celle des autres contrées d’Israël, car elles avaient vu de nombreux miracles. « Dieu parle une fois et deux fois, et l’on n’y prend pas garde » (Job 33. 14). Tout ce que le Seigneur a fait en Israël n’est pas écrit dans les évangiles (Jean 21. 25).

Tibérias aussi avait été le théâtre des miracles du Seigneur, mais, si Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm ont disparu de la carte, Tibérias demeure. Le Seigneur montre la dureté de cœur des habitants de ces trois villes, en comparant leur sort « au jour de jugement » à Tyr (Éz. 26. 3 à 6), Sidon et Sodome qui, si les miracles du Seigneur avaient eu lieu en elles, seraient demeurées, malgré leur grande culpabilité. Ces villes ont été l’objet d’un jugement gouvernemental de Dieu. Capernaüm vouée au hadès – la mort – connaît un jugement définitif. « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera ».

Par grâce, nous sommes à l’abri du jugement définitif de Dieu, parce que nous avons mis notre confiance en Lui. Mais nos infidélités peuvent amener Son jugement gouvernemental. Pour les incrédules, les souffrances de l’enfer seront proportionnées à leur responsabilité. De même que, pour les croyants, les récompenses seront personnelles (1 Cor. 3. 14 et 15). Désirons « une riche entrée dans le royaume » (2 Pier. 1. 11).

Si le « jugement commence par la maison de Dieu » (1 Pier. 4. 17) – jugement gouvernemental – le jugement du monde est définitif, car il rejette le Seigneur. Laodicée, bien qu’étant dans un triste état, est encore l’assemblée du Seigneur : Il frappe à la porte des cœurs qui peuvent encore s’ouvrir à Lui (Apoc. 3. 14 à 20). Plus tard, « Babylone », la fausse église, subira le jugement éternel. Dieu veut sauver tous les hommes (Jean 3. 17), mais ne peut sauver que ceux qui se soumettent au Seigneur (Jean 3. 36).

Aux croyants est réservée la discipline, comme à des fils, pour leur bien (Héb. 12. 4 à 10). Murmurer, c’est douter de Dieu ; raisonner, c’est faire confiance en soi-même.

Au v. 25, le Seigneur loue son Père parce que ce qu’Il cache à ceux qui se confient en leur intelligence et à leur sagesse humaine, Il l’a révélé aux simples. Dieu est inaccessible à l’intelligence naturelle, mais Il se révèle à la foi qui saisit, par l’Esprit, l’enseignement de la Parole. Le Fils n’est révélé que comme Sauveur et, Seigneur ; comme Christ, « Fils du Dieu vivant » (Mat. 16. 17). Mais Son humanité liée à sa divinité est un mystère : on croit sans comprendre. Mais le Fils révèle le Père en tant que tel (Jean 20. 17).

Les mystères sont des réalités cachées en Dieu quant à leur compréhension, mais dont l’existence est révélée aux hommes (Deut. 29. 29). Éphésiens 3. 3 à 10 révèle les liens vitaux liant le Seigneur à Son assemblée – mystère caché dès les siècles mais révélé à l’apôtre Paul. Dieu révèle Ses desseins mystérieux aux simples de cœur qui Lui font confiance (Mat. 11. 25). Le Dieu tout-puissant, Créateur des mondes, le Très-Haut, l’Éternel. « Le Fils le révèle comme le Père ». « Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père… Jésus lui dit : … celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14. 8 et 9). Cette révélation nous fait jouir de l’intimité paternelle de Dieu.

Les caractères du Dieu invisible ont été vus dans le Fils (Col. 1. 15 et 16). Il est : « Le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance » (Héb. 1. 1 à 3) : une empreinte fait penser à la reproduction d’un objet tout en en étant distincte. Mais le Seigneur a laissé, sur la terre, la glorieuse empreinte divine. Bien que l’humanité et la divinité étroitement mêlées du Fils échappent à notre compréhension, Lui, révèle le Père à ceux qui lui confient leur salut, car II est « la vraie lumière… qui éclaire tout homme » (Jean 1. 9 et 18).

Nous avons ce privilège de nous approcher de Dieu en tout temps pour Le prier et rendre grâces (1 Tim. 2. 1 et 8), contrairement au peuple juif, au milieu duquel seul le souverain sacrificateur pouvait entrer au-dedans du voile.

L’univers, souillé par le péché, est sous la domination de l’ennemi ; mais le Père a « livré » toutes choses entre les mains du Fils (v. 27), car Il est à la fois créateur et Rédempteur : Il a pillé les biens de Satan et Il régnera (Ps. 2. 6 à 8 ; Jean 3. 35).

Les chefs religieux chargeaient des fardeaux difficiles à porter sur les épaules du peuple (Mat. 23. 3 et 4). Aussi, le Seigneur rejeté de la masse des Juifs, appelle un résidu à venir à Lui et à prendre Son joug qui est aisé et Son fardeau léger. Mais, maintenant, cet appel s’adresse à tous ceux qui, Juifs ou hommes des nations, se « fatiguent » pour chercher le salut : « Je te donnerai… pour être mon salut jusqu’au bout de la terre » (És. 49. 6). Déposons, par la prière, les fardeaux de nos circonstances aux pieds du Seigneur et abandonnons-les-lui, car ils sont trop pesants pour nous. Le joug du Seigneur est léger, car Il le porte avec nous et, « débonnaire », Il ne nous charge jamais au-delà de nos forces. Le Seigneur Lui-même a porté le joug de l’obéissance à Son Dieu et s’est chargé du fardeau du service incessant qui a été le sien. Le « joug aisé » et le « fardeau léger » s’accompagnent, pour nous, du « repos » de la conscience, de l’âme – et du cœur.

Dans ces versets 28 à 30, tout vient de Christ : « Venez à moi » ; « moi, je vous donnerai… » ; « Prenez mon joug… » ; « Apprenez de moi » ; « mon fardeau… ». C’est sous le joug, pris volontairement, que l’on apprend à marcher avec le Seigneur et comme Lui, et que l’on goûte le repos ! Dieu veut, à travers cette soumission à Son Fils, nous rendre conformes à Lui. C’est à travers les Écritures que nous voyons le Seigneur marcher sur la terre ; en apprenant de Lui, nous deviendrons débonnaires et humbles de cœur, comme Lui.

Ch. 12

La débonnaireté du Seigneur (11. 29), parle de Sa douce bonté, mais sans faiblesse.

« En ce temps-là » (12. 1). C’est le temps de la réjection du Seigneur : dès lors, « Il s’assit près de la mer » qui symbolise les nations (13. 1), et enseigne ceux qui reçoivent Ses paroles en simplicité de cœur – mais la foi est possible pour tous.

Les pharisiens accusent les disciples de faire « ce qu’il n’est pas permis » : arracher des épis de blé un jour de sabbat. Mais le Seigneur les reprend en les ramenant aux Écritures (v. 3 à 7). Au ch. 23. 1 à 4, le Seigneur stigmatise les fardeaux pesants qu’ils liaient sur le peuple, mettant leur cœur à nu : ils se servaient de la Parole pour ajouter des ordonnances selon l’homme, et asseoir leur propre justice. Il y avait des instructions précises sur le sabbat (Deut. 5. 12 à 15) : c’était un des dix commandements. Dieu, qui s’est reposé, le septième jour de la création, voulait faire entrer Son peuple dans Son propre repos. Mais, à cause de l’état moral de celui-ci, Dieu n’a pu le faire entrer dans Son repos (Héb. 3. 10 et 11). S’il n’était pas permis de travailler ce jour-là sous peine de mort, arracher des poignées de blé ne constituait pas un travail (Deut. 23. 25). Mais les pharisiens avaient fait, de ce jour de repos, un jour d’esclavage ! Le Seigneur leur parle avec patience : il est « seigneur du sabbat », car c’est Lui qui l’a institué. Lui-même était plus grand que le temple.

David, le roi selon le cœur de Dieu, avait mangé les pains de proposition que seuls les sacrificateurs pouvaient manger car, à l’image du Seigneur, il était rejeté : d’une certaine manière, les offrandes perdaient leur signification. De même, les sacrificateurs devaient assurer leur service durant le sabbat et ils n’étaient pas coupables. Dieu est miséricordieux, mais les hommes ont dénaturé Ses pensées.

Cette scène se retrouve dans les trois évangiles synoptiques. Le sabbat représente le repos divin dans la première création pour laquelle Dieu a dû travailler, et où l’homme a été mis à l’épreuve et a failli. À cause du péché, Dieu a dû se remettre au travail pour la rédemption (Jean 5. 17) ; la première création ruinée est mise de côté : mort et ressuscité, le Seigneur Jésus est les prémices de la nouvelle création, où Dieu trouve un repos que rien ne peut plus troubler. Pour nous, le jour du Seigneur remplace le sabbat, et nous entrons, moralement, dans le repos de Dieu. Mettons à part ce jour du Seigneur afin de l’honorer, et ne le profanons pas, en faisant, ce jour-là, notre bon plaisir (És. 58. 13 et 14). Dieu récompense toujours la fidélité. Le sabbat sera rétabli dans le millénium, mais comme souvenir de l’œuvre accomplie à la croix. Cette période verra la dernière épreuve de l’homme. Satan étant lié, l’homme produira encore des mauvais fruits !

Les blés du premier verset représentent, pour nous, l’Homme Christ Jésus, nourriture journalière des croyants – mais plus particulièrement le premier jour de la semaine où, même en parlant de Lui au Père, nous sommes encore nourris de Lui. Il nous a donné Sa vie afin que nous ayons la vie, et que nous l’ayons « en abondance » (Jean 10. 10).

Dieu voulait habiter au milieu de Son peuple, dans le temple bâti à Son nom. Mais le Seigneur – « Dieu manifesté en chair » (1 Tim. 3. 16) – était plus grand que le temple : « Fils de Dieu » (Luc 1. 35) ; « Il sera grand » (Luc 1. 32).

Les chefs imposaient un joug trop lourd sur le peuple, le Seigneur apportait la miséricorde (v. 7 ; ch. 9. 13), la délivrance d’une religion formelle et sans vie ; la méchanceté des chefs religieux condamnait « ceux qui n’étaient pas coupables », alors que le Seigneur pardonne aux coupables ! « Le Seigneur du sabbat » est seul juge de ce que faisaient les disciples. N’allons pas au-delà de la Parole et ne jugeons pas sévèrement nos frères, tout en passant légèrement sur nos propres fautes. Nous avons des instructions formelles, mais dans l’esprit de la Parole, auxquelles nous nous soumettons par amour et non par formalisme.

L’expression : « fils de l’homme » est liée à la réjection du Seigneur, et prend une dimension dépassant la sphère d’Israël, pour le jugement que Dieu a donné « à l’homme Christ Jésus ». Le premier homme, Adam, a fait faillite et sa descendance avec lui. Mais tout a été remis entre les mains de Christ, fils de l’homme pour la domination universelle.

Aux versets 9 à 13, le Seigneur entre dans « leur synagogue », bien que Dieu n’y ait plus eu Sa place, à cause de leur incrédulité. Il y avait là un homme à « la main sèche » – paralysée : l’homme est incapable de servir Dieu. De même, la lèpre était l’image du péché rongeant. Cependant, au ch. 13. 1, le Seigneur va s’asseoir au bord de la mer, symbole des nations. Il dira aux Juifs : « votre maison – le temple – vous est laissée déserte » (Mat. 23. 38). Le Seigneur leur a parlé du sabbat (v. 1 à 8) ; mais, dans la dureté de leur cœur, ils en reparlent (v. 10), « afin de l’accuser ». Mais sa douce réponse (v. 11), était une question : « Que feriez-vous dans ce cas ? » On voit la bonté du Seigneur qui veut guérir, face à la méchanceté des Juifs qui « l’observaient » (Luc 6. 7), et cherchaient à « le faire périr » (Mat. 12. 14).

Le Seigneur les prend en défaut au v. 11 : nul doute qu’ils délivreraient leur brebis tombée dans une fosse, un jour de sabbat, soit par attachement à la brebis, soit par intérêt. Brebis tombées dans la fosse de perdition, le Sauveur nous en a fait remonter en nous donnant Sa propre vie. Pour Dieu, un homme est plus précieux qu’une brebis. Considérons qu’il nous a été beaucoup pardonné afin que nous L’aimions.

Au v. 13, le Seigneur sonde la foi de cet homme : «Étends ta main ». À un paralytique, Il dira : « Lève-toi… marche ». À un autre : « veux-tu être guéri ? » L’homme à la main sèche croit, et étend sa main paralysée… et elle est guérie ! Dieu honore la foi qui l’honore. « C’est Lui qui pardonne… qui guérit… qui rachète… qui couronne de bonté et de compassion » (Ps. 103. 3 et 4). Le Seigneur est accusé de chasser les démons par le chef des démons, blasphème qui ne sera pas pardonné (v. 32), et les chefs cherchent à le faire mourir (v. 14). Le Seigneur ne s’oppose pas, mais se retire selon le ch. 10. 23. Rejeté des chefs, Il guérit les foules ayant des besoins, fuyant toute popularité (v. 16).

Un jour, Il viendra en gloire et « tout œil le verra ». Le royaume de Dieu, bien qu’étant au milieu d’eux, leur était caché (Luc 17. 20 et 21). Plus tard, le Seigneur viendra soudain, pour le jugement (v. 24).

Les versets 18 à 21 citent Ésaïe 42. 1 à 4 que le v. 17 introduit, et que le Seigneur accomplit. Matthieu cite souvent l’Ancien Testament, montrant la continuité des Écritures : « afin que fût accompli » (v. 16) : plein accomplissement de la prophétie ; « en sorte que fût accompli » (Mat. 2. 23) : accomplissement de la pensée générale ; « alors fut accompli » (Mat. 2. 17) : une prophétie s’accomplit. Cela, pour l’instruction des croyants juifs, leur montrant l’unité de la Parole.

Dans le v. 18, le Saint Esprit ajoute : « mon bien-aimé » au verset d’Ésaïe. Matthieu 3. 17 ; 17. 5, confirment l’amour du Père pour Son Fils, présenté, ici, comme serviteur « …mon serviteur que j’ai choisi… » (És. 43. 10) ; « Tu es mon serviteur… » (És. 49. 3 et 4) ; « …Mon serviteur… lumière des nations… mon salut » (És. 49. 6) « … mon serviteur agira sagement… » (És. 52. 13 et 14) et « … mon serviteur juste » (És. 53. 11).

C’est un des titres de gloire du Seigneur, serviteur excellent, pleinement conscient qu’Il accomplissait les Écritures qu’il avait données, car Il est : « Dieu, sur toutes choses, béni éternellement » (Rom. 9. 5). « Il a appris l’obéissance par les choses qu’Il a souffertes » (Héb. 5. 8), ayant pris cette place volontairement. Quel parfum agréable pour Dieu !

Il était venu « pour servir et non pour être servi ». Cependant, « débonnaire et humble », Il désirait rester dans l’ombre (v. 16). Quant à nous, Il nous appelle à devenir humbles. Les pharisiens cherchaient à L’enlacer dans Ses paroles. Il ne contestait pas et ne criait pas, mais les réduisait au silence. Imitons-le (2 Tim. 2. 24). Cependant, on l’a mis à mort (Jac. 5. 6).

En Jean 7. 37, « Il cria » dans le temple, mais c’était pour appeler à venir à Lui. En Lévitique 2. 4 à 6, l’offrande de gâteau était « pétrie à l’huile » et « ointe d’huile » : type de l’humanité de Christ conçu du Saint Esprit (Luc 1. 35), et oint de l’Esprit Saint au baptême de Jean (Mat. 3. 16 ; Act. 10. 38). L’Esprit reposait pleinement sur Lui dans Son activité (És. 11. 2).

Le même Esprit est en nous depuis notre nouvelle naissance (Act. 11. 15 à 18). Venu pour sauver (Jean 3. 17), « tout le jugement lui a été donné » pour l’avenir (Jean 5. 22 ; Act. 17. 30 et 31).

Les v. 18 à 21 désignent différentes phases : le temps de la grâce pour les nations où Il annonce le jugement à venir. La grâce pour le résidu d’Israël – ce « roseau froissé » et ce « lumignon qui fume » (Zach. 12. 10), tandis que le Seigneur accomplit le jugement victorieux (Ps. 110. 1 à 3). Enfin, le « millénium » où « les nations espéreront en son nom », et viendront adorer à Jérusalem. Le Seigneur, doux et puissant, guérissait les cœurs brisés (Ps. 147. 3). Rejeté, Il guérit encore un démoniaque, avant de se tourner vers les nations (ch. 13) – la mer.

Le v. 20 peut désigner les faibles dont le Seigneur s’occupe (Ps. 34. 18 ; 51. 17) ; et aussi, Israël dominé par Rome : le Seigneur l’en aurait délivré s’il L’avait reçu. Sommes-nous des « lumignons qui fument » ou « des luminaires » brillant clairement ? (Phil. 2. 15)

Le Cantique des cantiques 4. 16 évoque les épreuves envoyées du Seigneur, pour produire une foi vigoureuse et un témoignage clair.

La grâce pour les nations élargit la prophétie d’Ésaïe : le salut vient des Juifs, mais les nations sont appelées à montrer que le Seigneur est bon (1 Pier. 2. 3).

Le Seigneur rejeté, guérit, par grâce, un démoniaque aveugle et muet, type d’Israël incrédule et proie des démons, incapable de voir les choses de Dieu et de le louer (Rom. 11. 8). Cela caractérise tout incrédule. Ayant eu affaire au Seigneur, l’homme est délivré. Un nouveau converti voit soudain la lumière et rend grâce à son Sauveur (Col. 1. 12 et 13).

L’aveuglement, quant à Dieu, conduit à l’incapacité pour la louange, car la louange est le fruit de la foi. Ce miracle n’éclaire pas même le cœur endurci des pharisiens ; ils accusent le Seigneur de « chasser les démons par Béelzébul » ! Ce n’était pas la première fois (Mat. 9. 32 à 34). Ce démoniaque, incapable de s’approcher du Seigneur, « lui fut amené » par la foi d’autres personnes. L’amour du Seigneur s’étend à tous. Beaucoup de démoniaques, en Israël, prouvaient son éloignement de Dieu. La présence du Seigneur excitait les démons et on les voit même se précipiter vers lui comme malgré eux (Marc 3. 10 et 11), car ils Le connaissent et ils « frissonnent » (Jac. 2. 19). Les chefs religieux lui demandent « un signe » ; mais les miracles qu’Il faisait accroissaient leur responsabilité (ch. 11. 21 et 23).

Le Seigneur répondait aux besoins, non à la curiosité. Hors d’elles par la vue des miracles, les foules restent malgré tout dans le doute : « Celui-ci serait-il le fils de David ? » Les pharisiens, sentant les foules leur échapper, réagissent (v. 24), empêchant ainsi le peuple de venir vraiment au Seigneur (2 Cor. 4. 4), et Il devra leur dire : « Malheur à vous…! » (ch. 23. 13 ; Luc 11. 52). Leurs attaques déniaient la simple logique, et le Seigneur le leur montre simplement, car « Il connaissait leurs pensées » (v. 25), comme aussi les nôtres. Prenons garde aux attaques de Satan (1 Pier. 5. 8), car éloignés de Lui, nous perdons la lumière. Prenons garde, aussi, aux conducteurs qui « attireraient les disciples après eux » (Act. 20. 29 et 30) et non au Seigneur.

Ces Pharisiens réagissent par rapport aux foules ; de même Pilate et Hérode, dans leurs circonstances respectives ; antérieurement, Saül offrit le sacrifice pour retenir le peuple. Attitude dangereuse, comme aussi un christianisme porté uniquement par les liens de famille, l’affection des frères, au lieu de l’amour vrai pour le Seigneur qui est notre exemple en Jean 7. 3 et 4, où II agit dans la dépendance du Père et non des foules. La division de nos maisons ou de l’assemblée mène à la ruine. Cependant, dans le peuple, « plusieurs crurent en son nom » « mais Jésus ne se fiait pas à eux » car Il regarde au cœur. Cette même foule criera : « Ôte, ôte, crucifie-le ! »

Nourrissons-nous de Christ pour résister au diable.

Le Seigneur ne recherchait pas la publicité : en Marc 1. 37 et 38, les disciples Lui disent : « Tous te cherchent » ; mais II leur dit : « Allons ailleurs ». De même, Philippe est envoyé sur un chemin désert. Dans sa prédication, le Seigneur disait : « Le royaume de Dieu s’est approché » (Mat. 4. 17) – est « parvenu jusqu’à vous » (ch. 12. 28) – « est au milieu de vous » (Luc 17. 21). Leur incrédulité irrémédiable était sans excuse (Jean 15. 22 à 25). Si le Seigneur chassait les démons « par Béelzébul », les exorcistes du peuple, « par qui les chassaient-ils ? » Les disciples, eux, les chassaient par l’Esprit de Dieu (Luc 10. 17).

Le verset 28 dévoile que l’Esprit de Dieu est à l’origine de la puissance du Seigneur, Il montre aux Juifs que le royaume était là (Luc 11. 20) ; mais il fallait la nouvelle naissance pour y entrer (Jean 3. 5 à 7). Cet enseignement du Seigneur est la pierre de touche mettant en relief comme il était grave de refuser le Fils de Dieu et Ses œuvres. Le Seigneur était venu « pour détruire les œuvres du diable » ; « piller les biens de l’homme fort » (Luc 11. 21 et 22). C’était une anticipation du résultat de l’œuvre de la croix, après que, au désert, le Seigneur ait lié Satan (Héb. 2. 14). C’est l’œuvre de grâce de Dieu envers le racheté (Col. 2. 13 et 14), maintenant, du côté du vainqueur (Rom. 8. 37).

Le Seigneur est plus puissant que le diable, mais défions-nous des ruses de l’ennemi ! Goliath (1 Sam. 17), était un type de Satan pour le peuple captif « vous serez nos serviteurs » Les fils d’Israël vont, finalement, piller le camp des Philistins. Les fruits de l’œuvre du Seigneur sont pour tous les rachetés.

Le verset 30 montre l’impossibilité d’une position intermédiaire : ou l’on assemble avec le Seigneur, ou l’on disperse. Dans l’église en ruine, plusieurs cherchent à « assembler » ; mais si c’est sans le Seigneur, on disperse. Appliquons-nous à comprendre ce qu’est le rassemblement des saints, afin de nous réunir vraiment « au nom du Seigneur » (Mat. 18. 20). L’ennemi cherche toujours à unir ce que Dieu sépare et à séparer ce que Dieu unit. La neutralité se révèle impossible encore en Luc 9. 50 ; « Jésus lui dit : celui qui n’est pas contre vous est pour vous ».

Les sentiments égoïstes des disciples peuvent bourgeonner dans nos propres cœurs. Attribuer à Satan la puissance du Saint Esprit est un blasphème contre l’Esprit, et cela caractérisait les Juifs. Ce péché, révélateur de l’état de cœur de ce peuple, ne pouvait être pardonné « ni dans ce siècle – l’économie de la loi – ni dans le siècle à venir – le règne millénial. Il ne concerne pas la période de la grâce : « Père, pardonne- leur ». Par ce blasphème, les Juifs « outrageaient l’Esprit de grâce » (Héb. 10. 29). « Dieu a donné son Fils bien-aimé », ce qu’il a de plus précieux : Le refuser, c’est se condamner. Ce n’est pas un péché ponctuel, mais plutôt un état de refus rendant le salut impossible, Mais il y a la grâce pour celui qui se repent d’avoir « parlé contre le fils de l’homme » (v. 32).

Le blasphème contre l’Esprit ne peut être associé au « péché à la mort » concernant la mort du corps, par discipline (1 Jean 5. 16), mais plutôt à Actes 7. 51 : « vous résistez toujours à l’Esprit Saint ». Dans notre période de la grâce : « Si nous confessons nos péchés, Il est fidèle et juste pour nous pardonner » (1 Jean 1. 7). Le Seigneur a pardonné au brigand repentant.

Jusqu’au ch. 11 de Matthieu, le Seigneur se présente comme le Messie. Mais, rejeté du peuple, à partir du ch. 12, Il se présente comme le « fils de l’homme », n’ayant aucun droit. En Le rejetant, les Juifs montrent un état total de rébellion, Mais cela est dispensationel, particulièrement dans cet évangile. N’ayant pas la vie en eux, les pharisiens ne pouvaient produire de bons fruits, l’arbre était mauvais !

C’est aux fruits que l’on reconnaît un arbre (v. 33 ; ch. 7. 17 à 20). Ils avaient vu du bien produit par le Seigneur, et ils l’attribuaient à Satan ! Le Seigneur leur montre leur méchanceté.

Le Seigneur montre, au verset 34, que la bouche n’est qu’un instrument manifestant ce qui remplit le cœur : de quoi parlons-nous : de sujets profanes, ou du Seigneur ? Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche… mais ce qui en sort, qui souille l’homme (Mat. 15. 11). Pensons à « toutes les choses qui sont vraies… vénérables… justes… pures… aimables… de bonne renommée… ce que vous avez appris… faites ces choses, et le Dieu de paix sera avec vous » (Phil. 4. 8 et 9). Évitons « les paroles folles, les plaisanteries, comme il convient à des saints » ; les paroles vaines prononcées par désœuvrement (Mat. 20. 6). Malgré la vie de Dieu en nous, nous avons encore la chair : ne la laissons pas se manifester, mais plutôt la vie divine, par la justice et l’amour (1 Jean 3. 10).

Scribes et pharisiens « avaient pour père le diable » : ils faisaient « ses convoitises ». Le Seigneur fustige cette filiation diabolique : « Race de vipères » (v. 34 et ch. 23. 32 et 33).

On s’étonnait des « paroles de grâce qui sortaient de sa bouche » (Luc 4. 22) cependant, Il prononçait toujours des paroles vraies, même, parfois, dures à entendre. Pour nous, « le sang de Jésus Christ… nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7) ; « nous avons un avocat » intercédant pour nos péchés (ch. 2. 1 et 2). Cependant, « nous serons tous manifestés au tribunal de Dieu » (Rom. 14. 10). Les apôtres ne l’oubliaient pas. Sans la confession, le Seigneur nous discipline (1 Cor. 10. 1 à 13). Le feu éprouvera ce que nous apportons à l’assemblée (1 Cor. 3. 12 à 15). Le « bon trésor » de la nature divine en nous, « produit de bonnes choses », car : « celui qui est né de Dieu ne pèche pas » (1 Jean 5. 18) ; mais le « mauvais trésor » du vieil homme « produit de mauvaises choses » (v. 35). Du bon trésor, tirons de bonnes choses envers les âmes qui périssent, et entre nous, pour notre bien.

Accuser le Seigneur de « chasser les démons par Béelzébul », c’était attribuer le Saint Esprit à Satan, l’ennemi irréductible de Dieu ! Blasphème impardonnable. Tout ce qui est bon pour l’homme vient de Dieu, car « Dieu seul est bon » (Luc 18. 18 et 19).

« Efforçons-nous de Lui être agréables » (2. Cor. 5. 9), nous souvenant « combien le Seigneur doit être craint » (v. 11). Gardons-nous des « œuvres de la chair » et « marchons par l’Esprit » (Gal. 5. 18 à 22 ; Rom. 6. 12). Notre salut est éternel, mais le Seigneur ne peut accepter ce qui Le déshonore.

Le péché – le mauvais arbre – est mort à la croix, mais nos péchés – les mauvais fruits – confessés, sont pardonnés (1 Jean 1. 8 et 9). Ne nous en occupons plus. La condamnation éternelle (Apoc. 20. 11 à 15), même pour « paroles oiseuses » est pour les incrédules. Nos actes et nos paroles doivent glorifier le Seigneur. Scribes et pharisiens viennent de voir un miracle leur montrant leur propre état : aveugles et muets quant à Dieu ; et ils recherchent « un signe » (v. 38). Seul « le signe de Jonas » leur sera donné et ils le rejetteront. « Cette génération méchante et adultère » s’était détournée de Dieu, et était dominée par « le méchant ». Ninive, loin de Dieu, s’était repentie. Israël, près de Dieu Le rejetait ! La reine de Sheba, loin d’Israël, était venue écouter la sagesse de Salomon. Israël abandonnait « la source des eaux vives » (Jér. 2. 13) !

Jonas, englouti par le cétacé, typifiait le Seigneur resté trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (v. 40), « goûtant la mort pour tout » (Héb. 2. 9). Ce signe annonçait Sa mort aux scribes et pharisiens : la guérison du démoniaque aveugle et muet (v. 22) symbolisant leur état, ne les avait pas convaincus. Jusque sur la croix on lui demandera des signes (Mat. 27. 40) ! Par grâce, Il n’y répondra pas. Jonas, type bien imparfait du Seigneur substitut des pécheurs repentis, leur est tout de même donné comme ayant été le substitut des marins effrayés par la tempête (Jonas 1. 11 et 12). Le Seigneur redonne ce même signe en Matthieu 16. 4.

Cette tempête symbolise la « colère qui est révélée du ciel contre toute impiété » : les souffrances du Seigneur sur la croix ont expié nos péchés. « Tu étais en colère contre moi, et ta colère s’est détournée » (És. 12. 1). Dans le ventre du cétacé, Jonas a composé un beau cantique pouvant s’appliquer au Seigneur sur la croix (ch. 2).

Le signe merveilleux d’Ésaïe 7. 14, leur était donné : Emmanuel était là. Celui qui pardonne et qui guérit (Ps 103. 3 et 4), était au milieu d’eux, et ils L’ont ignoré ! Il dira plus tard : « Je suis le vivant ». « Je suis vivant aux siècles des siècles » (Apoc. 1. 17 et 18). Il avait « la vie en Lui-même », mais devra entrer dans la mort ! Son angoisse, à Gethsémané, est toute là. Jonas a été réintroduit dans son ministère (ch. 3. 1 et 2), comme Pierre après son reniement, et Jean-Marc (2 Tim. 4. 11). Ninive, ville méchante et violente des nations, a cru Dieu et s’est repentie (Jonas 3. 8). Alors Dieu changea Ses voies et fit grâce (v. 10).

Au jugement, les Ninivites condamneront les Juifs incrédules : ils avaient « plus que Jonas » le prophète, et ne se sont pas repentis (Mat. 12. 41). Ils ont rejeté le vrai prophète annoncé par Moïse (Deut. 18. 15 à 19 ; Act. 3. 22 et 23). Venue de loin pour écouter la sagesse de Salomon, la « reine du midi » l’admira (1 Rois 10. 1 à 9) ! Les conducteurs du peuple incrédules avaient « plus que Salomon » et ils L’ont méprisé : « Il vint chez soi et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1. 11). « Fixons les yeux sur Jésus », le vrai Jonas.

S’Il est le fils de Salomon, selon la lignée royale (Mat. 1. 6), Il est le vrai Salomon, le « prince de paix » (És. 9. 6). Sa sagesse surpassait celle de Salomon et aurait dû convaincre les chefs (Luc 4. 22). Encore enfant, Ses réponses les étonnaient (Luc 2. 47 à 52). Salomon était un homme terrestre ; mais le Seigneur venait du ciel et Il incarnait « la sagesse » de Proverbes 8. 27 à 31.

 « Sorti de la maison, Il s’assit près de la mer » (ch. 13), se tournant symboliquement vers les nations ; mais manifestant, aussi, qu’Il se mettait désormais au niveau du petit peuple. Les v. 43 à 45 parlent de l’état démoniaque pouvant caractériser un faux chrétien, instruit dans la Parole de Dieu – sa maison est balayée et ornée. Mais, n’ayant pas la vie, il retournera à sa vie de péché et la fin est pire que le commencement (2 Pier. 2. 20 à 22). Le peuple devenu idolâtre, autrefois, avait abandonné les idoles à Babylone. Du temps du Seigneur, les cérémonies conféraient au peuple une belle apparence, mais le temple était vide ! Dieu n’y était plus. Sous la domination de l’antichrist, une idole sera réintroduite dans le temple et le dernier état de la « maison juive » sera pire que le premier.

Le Seigneur, venu au nom de Son Père, étant rejeté, doit prononcer le jugement sur Son peuple, annonçant qu’il recevra celui qui viendra à son propre nom : l’antichrist (Jean 5. 43 ; 2 Thess. 2. 3 et 4). Cet homme de péché, « l’inique », dans un orgueil démoniaque, régnera sur la terre durant un temps très court, se faisant adorer dans le temple de Dieu jusqu’à ce que le Seigneur intervienne et délivre le résidu des Juifs et des nations (Dan. 7. 25 et 26 ; 9. 25 à 27). Les « sept esprits plus méchants » (v. 45), parlent de plénitude de méchanceté inspirée de Satan. L’état du peuple juif sera, alors, pire que le premier, du temps de la transportation à Babylone. Cet antichrist qui s’élève « au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu » (2 Thess. 2. 4), s’oppose au Seigneur venu en humilité et « s’abaissant lui-même… jusqu’à la mort de la croix » (Phil. 2. 8).

Rejeté, le Seigneur est contraint de dénouer les liens naturels avec Son peuple : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » (v. 48) Cependant, Il tisse de nouveaux liens éternels avec « quiconque fera la volonté de mon Père » (v. 50 ; Luc 8. 21). L’Église sera enlevée avant les terribles jugements réservés à la terre. L’amour du Seigneur pour Sa mère et Ses frères n’est pas en cause. Mais Il ne se laisse pas arrêter dans son ministère par les affections familiales : « Il me faut être aux affaires de mon Père » (Luc 2. 49). Marie, mère du Seigneur, a eu « son âme transpercée par une épée » (Luc 2. 35). À la croix, Il confiera Sa mère à Son disciple (Jean 19. 27). Il dira à Marie de Magdala : « va vers mes frères, et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20. 17).

Ces nouveaux liens reposent sur l’œuvre de la croix (Héb. 2. 9 à 12), et sont en relation avec l’obéissance au Père (Mat. 12. 50). En Marc 3. 34, le Seigneur reconnaît pour Sa vraie famille, tous ceux qui « autour de Lui » feraient la volonté de Son Père : Sa grâce est illimitée.

Obéissant au Père, dans Sa vie d’homme sur la terre, le Seigneur dit : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jean 14. 8 à 10).

Les croyants étant « le corps de Christ », sont appelés à marcher dans l’obéissance au Père, afin de vivre ces relations familiales divines, dans une continuelle communion avec Dieu. Le Seigneur dit encore : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera » (Jean 14. 23). Et au verset 21, Il définit pour nous, Ses critères à Lui, pour juger de qui l’aime ou non : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ». Il est indispensable de connaître la Parole afin de la vivre de cœur, manifestant ainsi notre amour pour Christ (Éph. 6. 5 et 6). Ayant la vie éternelle, ayons à cœur d’être fidèles à Celui qui nous a tant aimés qu’Il s’est donné Lui-même en rançon pour nous. Et ayons le saint désir de nous engager pour Lui, et de Le suivre comme des « enfants d’obéissance » (1 Pier. 1. 14 et 15).

« Nous, nous l’aimons parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19).

Ch. 13

Le Seigneur rejeté (ch. 12), donne les caractères du royaume de Dieu, le Roi étant dans les cieux : c’est « le royaume des cieux » où Il introduit l’Assemblée qu’Il bâtit durant Son absence (ch. 16. 16 à 18). Au chapitre 17, transfiguré aux yeux de trois de Ses disciples, Il leur montre la gloire future du royaume.

Mais avant cela, « Il sortit de la maison – Israël – et s’assit au bord de la mer » – les nations, agitées et en confusion comme la mer (És. 17. 12) : Il s’assit, paisible, et les foules viennent à Lui. Plus tard, cette même foule criera : « Ôte, ôte, crucifie-le ! »

Désormais, Il ne prêche plus les règles morales qui auront cours durant le royaume millénial – le sermon sur la montagne (ch. 5 à 7) – mais « les mystères du royaume des cieux », exposés dans ce ch. 13, en sept paraboles : la première s’adresse à tous. Les trois suivantes aux foules présentes. Les trois dernières aux disciples seuls.

Ces paraboles dévoilent les nouvelles relations entre le Seigneur et les croyants. La première montre que la Parole – la semence – est la même pour tous, mais sa réception dépend de l’état des cœurs : il peut ne pas y avoir de fruit. Et, s’il y en a, il n’est pas le même pour tous (v. 8). Le Seigneur était venu chercher du fruit dans Sa vigne – Israël – (ch. 21. 33 à 39 ; És. 5. 1 et 2), et n’en a pas trouvé. Le Seigneur parle aux foules en paraboles mais Il ne les explique qu’aux disciples (v. 10 à 15, 18 à 23, 34 à 43, 49 et 50). À ceux qui entendent la Parole et ne la reçoivent pas, toute compréhension est ôtée (v. 12). « Recevez avec douceur la Parole implantée » (Jac. 1. 21 à 24).

Les grains tombés « le long du chemin » sont aussitôt dévorés par « les oiseaux » – Satan (Apoc. 18. 2) – et il ne reste rien. Les Juifs, en général, avaient ces cœurs endurcis, et la parole du Seigneur leur était ôtée aussitôt qu’entendue : Il ne la leur expliquera pas. La venue du Seigneur au milieu de Son peuple ôtait tout prétexte à son incrédulité (Jean 15. 22 à 24).

Nous-mêmes, lisons la Parole avec des cœurs simples et réceptifs, sans nous laisser distraire par les occupations de la vie, afin qu’elle ne soit pas « voilée » pour nous comme pour les incrédules (2 Cor. 4. 3 et 4), et que notre cœur ne soit pas endurci et fermé. Il faut « rôtir sa chasse » (Prov. 12. 27). En Matthieu 6. 26, le Père prend soin de toutes Ses créatures ; mais ici, les oiseaux dévorant les grains peuvent représenter nos propres pensées ne laissant aucune place à la Parole. Ménageons, chaque jour, un moment d’intimité avec le Seigneur pour lire Sa Parole avec prière ; car il est important de porter du fruit pour Dieu. Si nous ne lisons pas, le moment vient très vite où l’âme périclite et la lumière disparaît.

Soyons comme les Israélites dans le désert qui recueillaient la manne chaque matin et s’en nourrissaient. La « manne », pour nous, c’est le Seigneur Jésus, nourriture quotidienne du croyant.

Le chemin, piétiné, caractérise les hommes aux cœurs endurcis par les intérêts mondains : Satan s’empresse d’ôter la Parole entendue (v. 4). La rocaille montre les cœurs superficiels : au premier évènement fâcheux, « le soleil » de l’épreuve brûle ce qui était semé (v. 5 et 6 ; Jean 2. 23 à 25). En Jean 6. 60 à 66, « plusieurs de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec Lui ».

En contraste, Pierre dira : « Auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que Toi, tu es le Saint de Dieu » (v. 68 et 69) : la foi d’abord, la connaissance ensuite. Au v. 7 et 22, les grains semés « entre des épines » montrent « les soucis de ce siècle et la tromperie des richesses » étouffant la semence : « Ils ne croient que pour un temps » (Luc 8. 13). Ils ne s’opposent pas forcément à la Parole, mais trop de choses encombrent les cœurs et elle est sans fruit. Chemin, rocaille, épines caractérisent les inconvertis. Pour nous, la manière dont la Parole entendue se manifeste dans notre vie, reflète les dispositions du cœur.

Le Seigneur signale un danger, aux v. 5, 20 et 21 : « Aussitôt ils levèrent » et : il « la reçoit aussitôt avec joie » ; mais il est « aussitôt scandalisé ». La Parole doit agir d’abord sur la conscience et produire la crainte du Dieu saint. Ce travail pénible conduit à la repentance et au pardon. « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur… » (Ps. 139. 23). Alors seulement, il y a de la joie : « J’ai de la joie dans ta Parole comme un homme qui a trouvé un grand butin » (Ps. 119. 162). « … Sois apaisé envers moi, pécheur… celui-ci est retourné dans sa maison, justifié » (Luc 18. 9 à 14).

Recevons la Parole de Dieu avec sérieux, non tristement, mais avec confiance : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel et de qui l’Éternel est la confiance » (Jér. 17. 7). « J’ai caché ta Parole dans mon cœur afin que je ne pèche pas » (Ps. 119. 11). « L’entrée de tes paroles illumine, donnant de l’intelligence aux simples » (Ps. 119. 130). Tous confrontés aux « épines », conséquence du péché, ne laissons pas nos circonstances, même pénibles, prendre la place du Seigneur qui nous dirige et nous console : « Je suis avec vous tous les jours… » (Mat. 28. 20).

La richesse a empêché l’homme de Marc 10. 17 à 22, de suivre le Seigneur. Au contraire, « l’eunuque, homme puissant à la cour de la reine des Éthiopiens », ayant compris la Parole de Dieu, « continua son chemin tout joyeux » (Act. 8. 26 à 39). Dieu permet la richesse pour certains croyants ; Il sait pourquoi. Mais « la piété avec le contentement sont un grand gain ». Mais, « ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège… qui plongent les hommes dans la ruine et dans la perdition » (1 Tim. 6. 6 à 10). « Fuis ces choses » (v. 11).

« Défrichez pour vous un terrain neuf, et ne semez pas au milieu des épines » (Jér. 4. 3). Ne pas confier au Seigneur nos soucis, nos richesses, même (Phil. 4. 6 et 7), c’est « semer au milieu des épines ». En Luc 10. 38 à 42, Marthe, servante zélée, « distraite » par son service, oubliait l’essentiel. Marie, assise aux pieds du Seigneur, l’écoutait avec ferveur : « Elle a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée ». « Ne soyez pas en souci » (Mat. 6. 25 à 34). « Mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus » (Phil. 4. 19}.

Les mauvais terrains ne pouvant être labourés, restent stériles (v. 4 à 7). La bonne terre (v. 8), sûrement labourée, produit du fruit. Une conscience « labourée » par les souffrances, notamment, prépare à la conversion, si le cœur est disposé à chercher Dieu : « Parle, car ton serviteur écoute » (1 Sam. 3. 10) disait le jeune Samuel. Un cœur endurci peut aussi caractériser les croyants n’écoutant plus la Parole. Sa lecture est primordiale.

La différence des fruits portés (v. 8) est due aux capacités et aux dispositions personnelles. En Matthieu 25. 14 à 21, les talents sont distribués « à chacun selon sa propre capacité ». Les deux premiers rapportèrent autant de fruits qu’ils reçurent de talents : ne cherchons pas à faire plus que ce que le Seigneur nous demande. Mais n’enterrons pas le talent que le Seigneur nous a confié. Nous ne serons pas jugés sur ce que nous n’avons pas reçu, mais sur ce que nous n’aurons pas fait fructifier. Le Seigneur donne les talents et évalue les fruits. L’eunuque d’Actes 8. 26 à 39, avait en lui « une bonne terre » car Il reçut la Parole et « continua son chemin tout joyeux » : la joie du converti est un témoignage. L’apôtre Paul, d’abord persécuteur de l’assemblée, porta de nombreux fruits pour Dieu, dans les souffrances : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (Act. 9. 16) ; et les v. 20 à 22, montrent ses premiers fruits.

« Recevez avec douceur la parole implantée… mettez-la en pratique, ne l’écoutant pas seulement » (Jac. 1. 21 et 22). Matthieu 13. 8 montre que seuls, ceux qui sont convertis peuvent porter du fruit (Col. 1. 9 et 10). Dieu, qui a « préparé à l’avance » les bonnes œuvres pour que nous marchions en elles (Éph. 2. 10), les placera devant nous. La Parole était tombée sur une bonne terre lors de la première prédication de Pierre : « Trois mille âmes furent ajoutées » (Act. 2. 37 à 41) ! Pour porter du fruit selon Dieu, recevons toute la Parole (Ps. 119. 160 ; Prov. 4. 20 à 22), avec les « oreilles » du cœur (Mat. 13. 9).

Le peuple ayant endurci son cœur, Dieu l’endurcit encore plus (v. 10 à 15), comme pour le Pharaon (Ex. 8. 32 ; 9. 7 et 12 ; 10. 20). Le Seigneur, désormais, s’entoure d’un résidu croyant en Lui. C’est à ce résidu qu’Il explique les paraboles dont le sens reste célé pour les autres. La prophétie d’Ésaïe 6. 9 et 10 est rappelée ici, et en Actes 28. 24. Le peuple juif mis de côté pour un temps, Dieu fait entrer les nations dans Sa grâce (Rom. 11. 7, 8 et 25). Dieu fait peser Son gouvernement sur Israël ; mais si un Juif se convertit, Dieu lui fait grâce. « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur » (Héb. 3. 7 et 12). « À vous il est donné… à eux, il n’est pas donné » (Mat. 13. 11). Le peuple juif incrédule, ayant promesses et bénédictions, s’en verra dépouillé (v. 12), jusqu’à ce qu’un résidu se repente et croie au Seigneur Jésus (Zach. 12. 10 à 14).

L’Église s’est endurcie quant à la vérité. Mais dans son sein, de nombreuses âmes reçoivent le Sauveur. Les exhortations personnelles adressées à Timothée prennent toute leur valeur (2 Tim. 4. 3 et 4). Après l’enlèvement de l’Église, Dieu enverra sur la terre, « une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge » (2 Thess. 2. 11).

Les justes et les prophètes de l’Ancien Testament ont désiré voir et entendre le Seigneur (Mat. 13. 16 et 17). Seul, Jean le Baptiseur, dernier prophète et le plus grand (Mat. 11. 11), l’a vu et entendu : il a compris qu’Il était « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29). Les anciens croyants ont « vus ces choses de loin et saluées », « ils recherchaient une patrie » (Héb. 11. 13 et 14) : tout, alors, était en germe, car le Seigneur n’était pas encore venu. Mais les disciples virent « la Parole devenue chair » (Jean 1. 14) et sont « bienheureux ». Cependant, Il leur dit : « Il vous est avantageux que moi je m’en aille » (Jean 16. 7), car la foi est supérieure à la vue et Il établit notre béatitude en Jean 20. 29. Thomas, lui, a cru à Sa résurrection après L’avoir vu.

Les relations divines avec les hommes sont nouvelles : de la loi, nous sommes passés au salut par la foi en Jésus Christ (Jean 1. 17) ; ainsi, notre « héritage est conservé dans les cieux » et « nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3. 18). Les anges même, « désirent regarder de près » dans ces choses si précieuses ! (1 Pier. 1. 10 à 12). Le christianisme accepte deux signes visibles seulement : le baptême – témoignage individuel que l’on appartient à Christ – et la cène – témoignage collectif que l’on est membre du seul corps d’un Christ mort.

Des sept paraboles, seule la première n’offre pas de similitude, mais plutôt montre les différents effets de la semence. Des six autres, les trois premières dévoilent les aspects extérieurs du royaume des cieux ; les trois dernières, révèlent sa valeur aux yeux du Seigneur : « Le trésor » (v. 44) ; « la perle de très grand prix » (v. 45 et 46). Enfin, la séparation des justes et des méchants (v. 47 à 50). La misère de l’Église nous humilie d’autant plus que le Seigneur l’estime à une haute valeur !

Aux versets 31, 33, 44, 45 et 47, le Seigneur dit : « le royaume des cieux est semblable » ; tandis qu’au verset 24, Il dit : « Le royaume des cieux a été fait semblable » : cette différence s’explique peut-être par le fait que cette parabole introduit la pensée de l’intervention de l’ennemi corrompant le travail de Dieu dans le royaume. Dans les autres (v. 31 et 33), il est corrompu, et la corruption revêt différents aspects : fausses doctrines et faux chrétiens sont mêlés. Satan a mis à profit notre sommeil spirituel (v. 25 ; Mat. 25 ; Jude 3 et 4). L’ivraie, plante toxique, symbolise « les fils du méchant » (v. 38) : les faux croyants et, peut-être, l’agitation de la chair dans les croyants. Les premiers chrétiens étaient vigilants et l’ennemi ne réussissait pas à introduire le mal au milieu d’eux : les incrédules se tenaient à l’écart par crainte (Act. 5. 11 à 13).

Les hommes se montrent toujours mauvais administrateurs des choses que Dieu leur confie. « Les esclaves » ne sont pas qualifiés, ayant manqué à veiller, pour arracher l’ivraie du milieu du froment. Ce sont les anges qui le feront (v. 41). Pour s’y être essayée, l’inquisition a arraché le blé et laissé prospérer l’ivraie. Le Seigneur connaît la « généalogie » de chacun (Esd. 2. 59 à 63). « Il connaît ceux qui sont siens » (2 Tim. 2. 19).

Dans les versets 28 à 30, le Seigneur dévoile que dans le royaume des cieux, les « fils du méchant » se mêleront aux « fils du royaume ». L’explication de la parabole (v. 37 à 43), montre que le « champ », c’est le monde et non l’Église, dont le rôle n’est pas d’ôter du monde le mal qui s’y développe. Seul, le Seigneur a l’autorité de juger (Act. 17. 30 et 31). « Le fils de l’homme enverra ses anges et ils cueilleront tous les scandales » – occasions de chute. Avant même le jugement réservé aux « fils du méchant » (v. 40), ceux-ci sont « liés en bottes pour être brûlés » (v. 30), regroupés en associations, tandis qu’ils sont encore sur la terre.

Quant à l’assemblée, si elle est incluse, à son niveau céleste, au royaume des cieux, bien qu’étant encore sur la terre (Rom. 14. 17), il faut la distinguer du cercle beaucoup plus vaste du « royaume des cieux » prêché par le Seigneur aux Juifs (ch. 5 à 7), et intéressant Israël et les nations sur la terre milléniale. Cependant, l’Église doit ôter le mal du milieu d’elle-même pour être « une nouvelle pâte » (1 Cor. 5. 1 à 7) ; 2 Tim. 2. 19 ; Jér. 15. 19). Purifions-nous du monde, car nous ne lui appartenons pas (Jean 17. 14), et ne cherchons pas à purifier le monde. Bien des enseignements moraux du royaume des cieux sont, cependant, à retenir.

L’ivraie, c’est avant tout le mal doctrinal sous toutes ses formes, provoqué par l’ennemi, partout où les croyants ne sont pas vigilants. Cette parabole de l’ivraie nous projette au temps de la moisson, où les fils du méchant seront séparés des fils du royaume, pour être jetés au feu. « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (v. 43). A ce moment-là, il se trouvera encore des croyants sur la terre, ne faisant pas partie de l’Église, déjà enlevée au ciel. Ce jugement séparateur se trouve encore en Apocalypse 14. 14 à 16 – la moisson des justes – et versets 17 à 20, la vendange pour les méchants – c’est-à-dire : la colère de Dieu contre les incrédules.

En Matthieu, il n’est question que de la moisson (v. 30), bien que l’ivraie soit explicitement réservée pour le feu. Le jugement est confié au Seigneur en tant que « fils de l’homme », et non comme Messie. Au ch. 24. 40 et 41, on voit ceux qui sont « pris » pour le jugement et, ceux qui sont « laissés » pour le royaume. Durant la grande tribulation précédant le royaume, plusieurs compagnies de croyants se trouveront sur la terre (Apoc. 7. 1 à 17).

L’évangile de Matthieu est dispensationnel et s’adresse avant tout à Israël ; aussi, le Seigneur fait constamment la liaison entre l’Ancien et le Nouveau Testament, manifestant aux Juifs que les Écritures se réalisaient sous leurs yeux : on trouve déjà « les justes » en Daniel 12. 3. Ce prophète annonce la grande tribulation. C’est pourtant l’évangile de Matthieu qui introduit, pour la première fois, la grande pensée de l’Église (ch. 16. 18). Gardant l’Église à sa place céleste, au sein du royaume des cieux, ces paraboles nous avertissent, car 1 Corinthiens 10. 1 à 12, nous montre que nous sommes spirituellement concernés par ce qui arriva au peuple.

Le v. 33 peut, d’une certaine manière, représenter la partie responsable de l’Église qui a « caché » des pensées humaines et même païennes, au milieu de la vérité divine, « jusqu’à ce que tout fût levé ».

On peut considérer le royaume des cieux d’une manière générale, comme sphère du gouvernement du Seigneur – le Roi – depuis les cieux. Puis, comme prêché par le Messie à Israël. Mais, Israël l’ayant rejeté (ch. 12), le Seigneur se tourne vers les nations (ch. 13), et parle du royaume des cieux « en mystère » (v. 11). Mais, Israël et les nations ayant crucifié le Seigneur, Il dit à Pilate : « Maintenant, mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18. 36). Alors, Christ ressuscité et glorifié dans le ciel, établit Son royaume de manière mystérieuse, sous la forme de l’Église, jusqu’à son enlèvement au ciel. Ensuite, Christ établira Son royaume millénial, sur Israël et les nations qui appliqueront les préceptes du « sermon sur la montagne » (ch. 5 à 7). Distinguons ces différentes sphères du « royaume des cieux », sans les séparer. Toutes les dispensations ont connu fausses doctrines et faux croyants, et la chrétienté n’y a pas échappé.

Les versets 31 et 32 montrent comment la « graine de moutarde », la prédication de l’évangile par les apôtres et les premiers chrétiens, est devenue « un grand arbre » : un système puissant et orgueilleux où le mal s’est introduit. L’église professante a été protégée des persécutions sous l’empereur Constantin (Apoc. 2. 12 à 15). Elle s’est réfugiée « là où est le trône de Satan » et est devenue puissante sur les rois de la terre ! Alors l’orgueil a introduit les fausses doctrines des pensées humaines et il s’est instauré un clergé puissant, contrairement à Pierre, ancien parmi d’autres, exhortant ceux qui sont à la tête, à ne pas « dominer sur les héritages » (1 Pier. 5. 1 à 3).

Pour les vrais croyants, le Seigneur dit : « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume » (Luc 12. 32). Le grand nombre, pour souhaitable qu’il soit, présente aussi des dangers. Christ, riche, s’est fait pauvre, pour nous enrichir (2 Cor. 8. 9). Suivons Ses traces morales.

L’arbre (v. 31 et 32), rappelle Ézéchiel 31. 2 à 6 et Daniel 4. 11 et 12, où la beauté s’élève et s’enorgueillit jusqu’à ce que Dieu abatte l’arbre. Pensons aussi à « la grande maison » de 2 Timothée 2. 20, où se trouvent « des vases à honneur et à déshonneur ». Dans la chrétienté en général, on cherche la force dans le regroupement, au lieu de la séparation de tout mal, moral et doctrinal – le levain.

Les Corinthiens ne manquaient d’aucun don de grâce, mais cette double forme du mal se voyait chez eux (1 Cor. 5. 1 à 7). Soyons « une nouvelle pâte » sans levain (v. 8), en tenant notre chair pour morte. La vraie Église enlevée, Dieu abattra la fausse : « Babylone la grande » (Apoc. 18. 2 et 3). Les oiseaux des cieux peuvent prendre une signification heureuse (Éz. 17. 22 à 24), symbolisant les nations, sous le règne de Christ, se réfugiant sous sa protection.

Israël devait se garder « du levain des pharisiens et des sadducéens » (Mat. 16. 6 à 12) : l’hypocrisie. La saine doctrine des apôtres a été mêlée aux fausses doctrines introduites par le diable. Les « trois mesures de farine » parlent de la nature humaine de Christ qui a souffert. Cela peut représenter la trinité de « Dieu manifesté en chair », dans l’homme Christ Jésus (1 Tim. 3. 16). Christ a été rejeté comme Homme parfait vivant sur la terre : offrande de gâteau sans levain (Lév. 2. 11) ; comme Homme mort sur la croix ; comme Homme ressuscité et glorifié au ciel.

Ces paraboles montrent une progression du mal. Au verset 33, « une femme » cache du levain « dans trois mesures de farine ». Des femmes ont pu apporter de fausses doctrines ; celles-ci ne doivent pas enseigner dans l’assemblée. Trois mesures de farine symbolisent l’humanité de Christ. Lorsque Abraham reçoit ces trois hommes, dont l’un était « l’Éternel » Lui-même (Gen 18), il dit à Sara : « prend vite trois mesures de fleur de farine, pétris, et fais des gâteaux ». Il y a là une pensée de plénitude.

Le levain caché représente la corruption progressant, que seul le feu arrête. Lorsque le Seigneur interviendra par le feu du jugement, toute la chrétienté aura « levé ». La deuxième épître à Timothée montre déjà la progression du mal dans l’Assemblée. À Thyatire (Apoc. 2. 20), « la femme Jésabel… enseigne et égare mes esclaves ». À la fin des temps, à l’apogée du mal, il y a « celui qui retient », le Saint Esprit, qui quittera la terre quand l’Église sera enlevée (2 Thess. 2. 6 et 7). Alors « l’inique » sera révélé (v. 8). Tout cela est en germe dans la parabole du levain. On trouve le levain des pharisiens et des sadducéens – mal doctrinal – et le levain d’Hérode – mal moral.

La manière dont le Seigneur parle en paraboles aux foules répond au Psaume 78. 2, psaume qui nous parle encore. En Marc 4. 33 et 34, les choses sont présentées différemment. Le royaume « en mystère » était inconnu dans l’Ancien Testament, où les Juifs attendaient le Messie. Mais le Nouveau Testament révèle que le Roi est dans les cieux et étend Son royaume en mystère sur les nations. Le Seigneur accomplit les Écritures. Ces dernières paraboles montrent l’aspect extérieur, public, dans ce système mélangé.

Au v. 36, dans l’intimité de Ses disciples, le Seigneur montre, dans « le trésor » et « la perle », le côté caché, intime, précieux à Son cœur, du royaume. Il leur ouvre Ses trésors de la connaissance (Ps. 25. 14). Mais, pour l’acquérir, Il « vend tout ce qu’il a, et achète ce champ-là ». Philippiens 2. 7 et 8 montre l’anéantissement, l’abaissement et le don de Sa vie. Il s’est dépouillé de Ses gloires comme fils de l’homme et Messie, et a donné Sa vie pour acheter le monde, et non le racheter : il lui appartient, bien que Satan en soit encore le « prince ». Au jugement, Il reprendra Ses droits sur le monde.

Un jour, Il enlèvera les pierres précieuses, Ses « rachetés » : « les hommes que tu m’as donnés du monde… » (Jean 17. 6), « à cause de la joie qui était devant lui » (Héb. 12. 2). Israël peut être vu, là (Ps. 135. 4), mais la portée de ces paroles dépasse la sphère d’Israël pour englober l’assemblée que le Seigneur s’est acquise à grand prix. Il a acheté le champ pour avoir le trésor. « La joie qu’il en a » (v. 44) touche notre cœur. Il la voit selon sa propre perfection dans laquelle Il « se la présentera à Lui-même » (Éph. 5. 25 à 27). Cela est encourageant. « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens » (2 Tim. 2. 19 ; Mal. 3. 16 et 17).

Le trésor caché rappelle qu’Israël, maintenant, est « caché » dans le monde ; mais cela nous concerne aussi. Le Seigneur prie pour Ses fidèles cachés (Jean 17. 11). Apocalypse 5. 9 dit : « Tu as acheté… de toute tribu etc… » et non racheté qui suppose la rédemption. Dans ce passage, il s’agit du moyen par lequel Dieu a payé : le don de Son Fils. En achetant le monde, Il a acheté – mais non racheté – tous les professants n’ayant pas la vie (2 Pier. 2. 1).

Que ce soit pour « le trésor » – le monde que le Seigneur a « acheté » – ou pour la « perle de très grand prix » – l’assemblée qu’Il a « rachetée » – le Seigneur a « tout vendu ». Dans cette parabole, le « marchand cherche de belles perles », mais il n’en trouve qu’une seule répondant à sa quête ; l’estimant « de très grand prix », il l’achète pour sa beauté. Le Seigneur a acheté le trésor et le champ où Il l’a trouvé : c’est le royaume des cieux en général, dans le monde. Mais pour la perle, Il n’achète pas le champ, parce que l’Église a un caractère céleste reflétant les beautés du Seigneur. Elle est précieuse à Son cœur (Ps. 45. 2, 10 et 11) où, à travers l’épouse juive, on peut voir l’amour du Seigneur pour l’épouse céleste, l’Église. Soit pour acheter le champ ou la perle, le Seigneur « s’en va » (v. 44) et « s’en alla » (v. 46).

Venu du ciel, le chemin du Seigneur sur la terre, montre Son amour : « Le fils de l’homme s’en va » (Mat. 26. 24), montre qu’Il va à la croix, vrai sacrifice pour le péché et vrai « bouc Azazel » (Lév. 16. 3 à 10). « Qui enverrai-je… ? Me voici, envoie-moi » (És. 6. 8) ! Le Seigneur a « acheté » le monde – Il a payé le prix (Apoc. 5. 9) et fera un jour valoir Ses droits en chassant Satan. Mais Il a racheté l’Église, objet de la grâce de Dieu : « De Sion, perfection de la beauté, Dieu a fait luire sa splendeur » (Ps. 50. 2). Sion, à l’orient de Jérusalem, est la montagne de la grâce. Le Seigneur a « donné tous les biens de sa maison pour l’amour, et on l’a méprisé » (Cant. 8. 7).

Le Seigneur « nous a rachetés de la malédiction de la loi » (Gal. 3. 13) ; « rachetés – délivrés – de notre vaine conduite » (1 Pier. 1. 18). Le Seigneur nous a délivrés de notre esclavage et Il « nourrit et chérit » Son assemblée : que notre vie réponde à un tel amour ! Notre responsabilité quant à la ruine de l’Église en général est grande, mais regardons-la avec les yeux et l’amour du Seigneur pour elle, car sa beauté est indestructible. Ne méprisons pas les réunions où le Seigneur a promis Sa présence.

Les ouvriers du Seigneur, rassemblant, par l’annonce de l’évangile, les âmes « pêchées » dans le monde – par les pêcheurs (Mat. 4. 18 et 19) – s’ils sont fidèles, doivent distinguer les vrais croyants dont ils prennent soin, des simples professants dont ils ne s’occupent pas ; de même que les esclaves ne devaient pas s’occuper d’arracher l’ivraie du champ de froment (v. 29). Ce seront les anges qui, au jugement, s’occuperont des faux croyants et les jetteront dans la fournaise (v. 49 et 50). 1 Corinthiens 5. 13 nous invite à « ôter le méchant du milieu de nous-mêmes » : il s’agit d’une purification et non d’un jugement en condamnation. Comment distinguer un vrai croyant d’un faux ? En nous référant à Lévitique 11. 9. Les bons poissons devaient avoir des écailles : les vrais croyants doivent être revêtus de « l’armure complète de Dieu » (Éph. 6. 11 à 18), pour ne pas laisser le monde pénétrer leur vie.

De même, les bons poissons devaient avoir des nageoires : les croyants doivent avoir l’énergie de remonter le courant du monde (Phil. 3. 14). La fidélité conduit à une marche difficile dans ce monde opposé mais, si nous marchons comme le monde, notre marche nous condamne au jugement gouvernemental de Dieu. Cherchons l’approbation du Seigneur, et non celle du monde.

Le royaume a pris deux formes : l’ancienne qui ne concernait que les Juifs et qu’ils connaissaient : le royaume du Messie durera de « génération en génération » (Dan. 4. 34 ; 6. 26), et la nouvelle, qu’ils ignoraient et qui s’étend aussi aux nations. Mais le Seigneur montre qu’il fallait être « disciple » (v. 52), pour recevoir cette nouvelle disposition et la garder comme un « trésor ».

Le Seigneur avait expliqué ces paraboles aux disciples, mais, malgré leur affirmation (v. 51), leur compréhension était faible, ainsi qu’il arrive à nos cœurs oublieux ! « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire… » (Luc 24. 25 à 27) ! L’eunuque d’Actes 8. 30 et 31 est humble : il ne comprend pas ce qu’il lit, mais il déclare son ignorance. Reconnaissons que nous ne comprenons pas toujours et que nous oublions souvent ce que le Seigneur nous enseigne. Disposons notre cœur à rechercher la Parole, à la pratiquer et à l’enseigner (Esd. 7. 10). Nous comprendrons mieux les liens entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et l’Esprit Saint pourra nous donner des « choses nouvelles » qui s’ajouteront à des « choses vieilles » que nous aurons déjà comprises (v. 52). Le Seigneur goûtera, alors, ces « fruits exquis, nouveaux et anciens » (Cant. 7. 13). « Que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous » (1 Jean 2. 24 ; Ps. 119. 129), et rejetons toute nouveauté étrangère à la Parole (2 Jean 9).

En Jean 4. 43 à 45, le Seigneur est reçu en Galilée, tandis qu’Il est rejeté des chefs religieux, en Judée ; pourtant, les v. 53 à 58 de Matthieu 13, montrent l’incrédulité des gens de « son pays », Nazareth en Galilée, où l’on ne voit en Lui que « le fils du charpentier », malgré les miracles qu’Il faisait ! Ils connaissaient ses frères et ses sœurs : le Seigneur était, pour eux, une pierre d’achoppement (1 Pier. 2. 6 à 8). « Ils étaient scandalisés en Lui ». Il y a danger à recevoir le Seigneur extérieurement, sans l’engagement du cœur.

Malgré leur incrédulité, le Seigneur les enseigne, dans Sa grâce, « dans leur synagogue » (v. 54). En Luc 4. 16 à 29, on veut Le précipiter du haut d’une montagne. Ils résistaient à la vérité et la Parole était sans fruit (2 Tim. 3. 6 et 7). Le Seigneur « s’étonnait de leur incrédulité » (Marc 6. 5 et 6). Bien que croyants, si nous laissons nos cœurs s’endurcir, la Parole restera fermée pour nous. La foi seule discerne en Lui le Fils de Dieu, le Messie (Mat. 11. 6). Que nos cœurs soient sensibles, quand le Seigneur nous est présenté par Sa Parole. Christ avait été « dépeint, crucifié » aux Galates, mais ils étaient « déchus de la grâce » en revenant à la loi (Gal. 5. 4).

Dieu se plairait à Se manifester en puissance, dans nos vies et dans l’assemblée, si notre foi était plus vigoureuse ! « Sans la foi, il est impossible de Lui plaire » (Héb. 11. 6). Il se complaît toujours à honorer la foi. L’incrédulité manifestée « dans son pays », se trouvait aussi dans « sa maison » (v. 57) : cela se voit en Marc 3. 21, où « ses proches… disaient : il est hors de sens »; en Jean 7. 1 à 5 : « ses frères non plus ne croyaient pas en Lui ». Mais après Sa résurrection, on trouve « la mère de Jésus, et ses frères » qui « persévéraient… dans la prière » avec les disciples (Act. 1. 14).

Ch. 14

La renommée du Seigneur parvient jusqu’à Hérode le tétrarque, fils d’Hérode, meurtrier des enfants de Bethléem. Cependant, la corruption et la violence se manifestent dans le crime d’Hérode : après qu’il a fait décapiter Jean le baptiseur, sa conscience mal à l’aise lui suggère une pensée superstitieuse : Jésus ne peut être que Jean ressuscité ! Marc 6. 16 à 20 révèle l’influence que Jean exerçait sur Hérode qui le « craignait », et auquel il obéissait lorsqu’il s’était entretenu avec lui.

Mais, la haine d’Hérodias pour le prophète trouve, dans les promesses imprudentes d’Hérode, l’occasion de s’assouvir : enlacé par ses propres paroles, Hérode fera mourir Jean, bien qu’il s’en affligeât (v. 9). Attention à nos propos qui peuvent, dans certaines circonstances, être des pièges se refermant sur nous. La conscience que l’homme a acquise en Éden, après le péché, lui permet de discerner entre le bien et le mal (Gen. 3. 22). Shimhi avait conscience du mal qu’il avait fait à David (1 Rois 2. 44).

La loi a rendu le « péché excessivement pécheur », mais le Saint Esprit en nous, nous aide à distinguer le bien du mal et nous pousse à la repentance. Pour « les incrédules, rien n’est pur, mais leur entendement et leur conscience sont souillés » (Tite 1. 15). Leur conscience peut être « cautérisée » (brûlée) (1 Tim. 4. 2). La conscience doit être éclairée par l’Esprit de Dieu qui, seul, donne l’énergie de juger le mal en nous et de l’abandonner. Il nous faut une conscience sensible, mais non « maladive » qui créerait du tourment.

En Luc 13. 31 à 33, le Seigneur, averti qu’Hérode qui veut le tuer, répond : « Dites à ce renard : voici… il faut que je marche aujourd’hui et demain et le jour suivant… » Dieu a retiré Son serviteur Jean de la scène, mais le Seigneur, Lui, poursuit Son service jusqu’à ce qu’il soit accompli. Il en est ainsi de tout serviteur de Dieu.

Le cœur corrompu d’Hérode l’a poussé au crime (Mat. 14. 4) : le péché en entraîne toujours de plus graves. Jean, serviteur fidèle, reprenait Hérode de son péché – ces « œuvres infructueuses des ténèbres » (Éph. 5. 11). Cependant, celui-ci, même poussé par sa femme, n’aurait pas dû se venger : « … ne vous vengeant pas vous-mêmes » (Rom. 12. 19). Jacques, frère de Jean, a, lui aussi, donné sa vie (Act. 12. 2), et Pierre a été délivré (v. 3 à 12). La foi est éprouvée tantôt par la mort, tantôt par la délivrance (Héb. 11). Le Seigneur Lui-même a été mis à mort « par le conseil défini de Dieu et sa préconnaissance » (Act. 2. 22 et 23), mais les hommes en sont responsables.

La fille d’Hérodias, « enseignée » par sa mère, réclame froidement la tête de Jean. Elle la recevra dans un plat et la portera à sa mère, sans émotion ! Pour elle, le péché est chose banale ! De même que pour Étienne (Act. 8. 1 et 2), des hommes pieux prirent soin du corps de Jean, selon Psaume 116. 15 et Romains 8. 11. On trouve la même piété chez David, pour la mort d’Abner (2 Sam. 3. 31 à 33). Ils étaient fidèles à l’enseignement divin (Deut. 4. 5). Puis ils cherchèrent la consolation auprès de Jésus (v. 12). Jéhoiakim lui, a été enterré « de l’ensevelissement d’un âne » (Jér. 22. 19).

Dieu se sert de la méchanceté d’Hérode pour réaliser Ses plans : s’Il permet la mort de Jean le baptiseur, c’est afin que ses disciples suivent le Seigneur désormais. Le Seigneur, cousin de Jean selon la chair (Luc 1. 36, 39 à 45), est en peine de sa mort, préfigurant déjà la Sienne. Parfaitement Dieu et homme, souffrant dans Son cœur, Il se retire dans un lieu solitaire. Jean avait été « la lampe ardente et brillante » annonçant la venue de « la vraie lumière » (Jean 1. 8 et 9) : le Seigneur avait « un témoignage plus grand » (Jean 5. 35 et 36), mais les hommes L’ont rejeté.

Le Seigneur poursuivait la prédication de Jean (Mat. 3. 2 ; 4. 17) pour la repentance, bien qu’Il y ajoutât la grâce : c’était un lien de plus avec son précurseur. Cependant, Il poursuit Son œuvre (v. 13 à 21), auprès de cette foule qui plus tard, criera : « Ôte, ôte, crucifie-le ! » Ému de compassion, Il les guérit et, préfigurant l’abondance du millénium, Il réalise le Psaume 132. 15, en « rassasiant de pain ses pauvres ». Remarquons qu’Il guérit avant de nourrir : le Seigneur nous « guérit » des conséquences du péché avant de nourrir nos âmes de Sa Parole.

C’est le seul miracle que les quatre évangiles rapportent ; il nous montre, par l’attitude des disciples, que l’incrédulité est l’état naturel de notre cœur : à cette heure tardive, il est raisonnable de « renvoyer les foules » démunies (v. 15). Nous savons rarement utiliser la puissance du Seigneur pour nos besoins, ou nous oublions Ses bienfaits passés (Mat. 15. 32 et 33 ; Marc 8. 13 et 14). Pierre, aux versets 28 et 29, use d’une foi hardie qui nous manque souvent. Déjà, en 2 Rois 4. 42 à 44, Dieu avait multiplié la nourriture pour le peuple qui suivait Élisée. La Parole est la même, quelle que soit la dispensation. La foi honore Dieu qui bénit.

Jean 6. 8 et 9, nous apprend que c’est « un petit garçon » qui possédait ces pains et ces poissons, probablement reçus de ses parents : ceci rappelle la responsabilité des parents de donner à leurs enfants selon leurs besoins. Dans sa simplicité, cet enfant a donné ce qu’il possédait, et ce peu s’est tourné en bénédiction pour beaucoup. Le Seigneur dit : « Apportez-les-moi ici » (v. 18). Si peu que nous ayons, ne le gardons pas pour nous : apportons-le d’abord au Seigneur : il en multipliera les bénédictions et il y en aura de reste.

La petite fille de 2 Rois 5. 1 à 19, adressait son maître, par quelques paroles simples, à « l’homme de Dieu », et le lépreux fut guéri. Matthieu nous fait sentir notre indigence face aux besoins. Dieu peut bénir avec « cinq paroles » spirituelles (1 Cor. 14. 19) si nous donnons ce que le Seigneur donne, et non ce qui viendrait de nous. Les sœurs, à leur place, sont aussi concernées.

Le Seigneur agit avec ordre et bienséance : il fait asseoir hommes femmes et enfants ensemble (v. 19, 15 et 35 ; Luc 9. 14). C’est une leçon pour nos rassemblements. Alors, chacun a été nourri, comme le peuple ramassait la manne et, personne n’en manquait. Ne limitons pas les grâces de Dieu. Le Seigneur a béni en regardant vers le ciel : n’oublions pas de rendre grâces pour la nourriture que Dieu bénit par sa Parole et la prière (1 Tim. 4. 4 et 5). Imitons « Paul qui rendit grâces à Dieu devant tous » (Act. 27. 35). La nourriture prise avec actions de grâces est « sanctifiée » – mise à part par Dieu.

Le Seigneur rassasie les foules, et il reste douze paniers pleins (v. 20 et 21) : le chiffre douze rappelle la perfection de l’administration confiée à l’homme : le Seigneur avait dit à Ses disciples : « vous, donnez-leur à manger » (v. 16). On a les douze tribus ; les douze portes de la Jérusalem céleste (Apoc. 21. 12). Au ch. 15. 37, il y avait « sept corbeilles pleines » : c’est la perfection divine, seule. L’abondance exclut le gaspillage. Du côté du Seigneur, rien ne manque : nourrissons-nous abondamment de Sa Parole. « Douze paniers pleins », « sept corbeilles pleines » : la plénitude de la bonté divine est manifestée. Retenons la nourriture spirituelle reçue (Jean 6. 12 ; 1 Sam. 3. 19), et faisons part aux absents, de ce que nous recueillons (Néh. 8. 3 à 10).

Ayant bénéficié de ce miracle, les foules veulent faire roi le Seigneur (Jean 6. 14). Alors, après avoir renvoyé le peuple, Il désire s’isoler avec Dieu et faire faire une expérience aux Siens : Il « contraint les disciples », peut-être réticents, à s’embarquer sans Lui, « à monter dans la nacelle et à le précéder à l’autre rive » (v. 22). De plus, ils auraient voulu renvoyer les foules à vide (v. 35 et 36). « Mes pensées ne sont pas vos pensées… » (És. 55. 8 et 9).

Le Seigneur était abaissé et, les disciples comme les foules, nourrissaient des pensées d’élévation : « Est-ce en ce temps-ci que tu rétablis le royaume pour Israël ? » (Act. 1. 6 et 7) Ce n’était pas le moment et, Il les envoie « à l’autre rive ». Nous avons là l’histoire d’Israël et de l’Église : Israël, pour le Seigneur, est « désert » et, pour le peuple, « l’heure est passée » (v. 15) : il a rejeté son Messie. Le Seigneur, remonté au ciel, « sur la montagne », prie pour les Siens. Dans la tempête, les disciples représentent le résidu juif durant « la détresse de Jacob ». Puis, Pierre marchant sur les eaux, figure l’Église se séparant des Juifs pour s’avancer seule au-devant du Seigneur. Mais, ayant détourné de Lui ses regards, elle s’est enfoncée. Enfin, le Seigneur reprendra Ses relations avec Son peuple qui, reconnaissant son messie, L’adorera (v. 32 et 33).

Comme le Seigneur au v. 23, ou Paul en Actes 20. 13, nous avons souvent besoin d’être seuls avec Dieu, afin d’être fortifiés et rafraîchis dans Sa communion. Dans les orages, nous faisons l’expérience des soins de Dieu. Seuls dans la tempête, les disciples apprennent à mieux connaître le Seigneur : « Tu es le Fils de Dieu ! » En Marc 6. 50 à 52, « ils n’avaient pas été rendus intelligents par les pains, car leur cœur était endurci ». C’est Dieu qui avait « envoyé la tempête… » (Ps. 107. 23 à 30), afin qu’ils connaissent le Seigneur d’une manière toute nouvelle. C’est de Lui que nous « viennent les maux et les biens » (Lam. 3. 38). Pris dans les difficultés, les disciples crient : « C’est un fantôme ! » Marie de Magdala, dans sa peine, ne reconnaît pas le Seigneur ressuscité.

Par contre, Job avait reçu des maux de la part de Dieu, mais reconnaissait Sa main (Job 2. 10). Même s’Il « crée les ténèbres » (És. 45. 6 et 7 ; Amos 3. 6), Son amour demeure (Rom. 8. 34 à 39). Jean tombe comme mort devant le Juge. Mais II lui dit : « Ne crains point » (Apoc. 1. 17). Il marche sur les eaux parce qu’Il est Dieu (Job 9. 8), et Il nous dit : « C’est moi ». Reconnaissons la voix du Seigneur et recevons-Le (Jean 6. 21).

Malgré un doute, Pierre, animé d’une foi enfantine, est encouragé par la voix du Seigneur, à obéir pour marcher sur les eaux. Il dut avancer ainsi sur une certaine distance, avant que sa foi ne défaille car, lorsqu’il enfonce, Le Seigneur n’a qu’à tendre la main pour le secourir. Il ne se débat pas pour sortir de difficultés, mais crie aussitôt au Seigneur. Voilà un modèle pour nous : écouter la voix du Seigneur, Lui obéir et chercher le secours auprès de Lui, car il nous est impossible d’affronter nos circonstances sans Lui : « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15. 5).

Le Seigneur apprécie ces élans d’une foi simple (Jér. 2. 2 et 3). Pierre avait dit : « commande-moi d’aller à toi ». C’est au Seigneur qu’il voulait aller. Est-ce le but de notre vie quotidienne ? Aller à Jésus évite tout égarement, et la foi dans Sa puissance nous garde de nous enfoncer dans les tourmentes (1 Pier. 1. 3 à 5). À l’image de Pierre marchant sur les eaux tant qu’il « fixait les yeux sur Jésus » (Héb. 12. 2) ; nous nous enfonçons quand nous regardons à la violence du vent. Le Seigneur lui fait un doux reproche, mais lui tend Sa main secourable (v. 31). Dans nos défaillances, la Parole relève notre courage : c’est la main du Seigneur qui se tend vers nous. « …à celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez… gloire, majesté, force et pouvoir… » (Jude 24 et 25 ; Rom. 16. 25). « Que l’épreuve de votre foi… soit trouvée tourner à louange, et à gloire… dans la révélation de Jésus Christ » (1 Pier. 1. 7).

La foi change toutes les perspectives et chasse la crainte. En Nombres 13, la foi des espions défaille car, s’ils reconnaissent que le pays est bon, ils y ont vu des géants. Caleb, lui, déclare : « Montons hardiment » (v. 31). Regardons « aux choses qui ne se voient pas et qui sont éternelles » (2 Cor. 4. 18) car : « le juste vivra de foi ».

Enfin, les disciples prennent conscience que Jésus est le Fils de Dieu et Lui rendent hommage (v. 33 ; Zach. 12. 10 à 14). Le prétexte du rejet du Seigneur par Son peuple était : « il s’est fait Fils de Dieu » (Jean 19. 7). Dans cette épreuve, le Seigneur voulait enseigner quelque chose de Lui-même à Ses disciples (v. 33), car la discipline n’est pas toujours un châtiment, mais une leçon. Le calme se fait quand le Seigneur monte dans la nacelle, car Il contrôle l’épreuve (1 Cor. 10. 13). « En toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu… et la paix de Dieu gardera vos cœurs… » (Phil. 4. 4 à 7). Et : « Ce que vous avez et appris et reçu… faites ces choses, et le Dieu de paix sera avec vous » (v. 9).

À Génésareth, où le démoniaque avait été délivré, les habitants avaient d’abord chassé le Seigneur (Mat. 8. 34). Mais, l’homme guéri avait été renvoyé chez lui pour y témoigner de la bonté de Dieu (Marc 5. 18 à 20). Dès lors, les gens Le reconnaissent et Lui apportent les malades, qu’Il guérit. Le témoignage fidèle du démoniaque délivré portait du fruit pour Christ. Par la prière, portons fidèlement les âmes et ceux qui se portent mal dans l’assemblée, au Seigneur Jésus, afin qu’Il les guérisse de leur état. Prophétiquement, le résidu juif reconnaîtra son Messie. Alors, s’établira le royaume millénial et ses bénédictions se répandront sur les nations.

Ch. 15

Revenu à Jérusalem où Dieu avait mis la mémoire de Son nom, c’est là que le Seigneur va rencontrer l’hypocrisie et l’opposition : après avoir miséricordieusement nourri les foules, le Seigneur a affaire avec la dureté des chefs du peuple qui regardent… à la propreté des mains !

Se laver était une ordonnance de la loi, dans certains cas bien établis et, les sacrificateurs devaient se laver à la cuve d’airain ; mais les chefs en avait fait une « tradition » quotidienne qu’ils ajoutaient à la loi : c’était des « commandements d’hommes » (v. 9) qui asseyaient leur autorité et flattaient leur orgueil. Les pharisiens, redoutés du peuple, tenaient à leur réputation, mais ils détournaient la loi de sa vraie signification.

Paul, pharisien, aurait eu de quoi se glorifier quant à la chair, mais il rejetait tout cela comme des ordures (Phil. 3. 4 à 9).

Ils étaient des « plantes que le Père n’avait pas plantées » et qui seraient « déracinées » (v. 13). Leur piété n’était qu’apparence mais ils n’avaient pas la vie de Dieu. Gardons-nous d’ajouter à la Parole des commandements légalistes (Col. 2. 8, 20 à 23). La simple Parole divine touche le cœur et la conscience. Le Seigneur prononcera, à leur adresse, des « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites » (ch. 23. 13 à 39), car la confession leur était étrangère. Le Seigneur veut la purification intérieure, tandis qu’une religion s’attache à la purification extérieure.

Le secours qu’ils devaient à leurs parents qu’ils abandonnaient à leurs besoins, ils prétendaient en faire un don à Dieu, se donnant bonne apparence. Ils annulaient la loi (Ps. 119. 126) qui dit : « Honore ton père et ta mère » et : « Que celui qui médira de père ou de mère meure de mort » (v. 4). Prenons garde à la manière dont nous parlons de nos parents : si nous en disons du mal, le Seigneur nous disciplinera (Deut. 27. 16 ; Prov. 23. 22). Ce commandement de Matthieu 15. 4, est repris en Éphésiens 6. 1 à 3, s’adressant aux chrétiens : ils doivent obéissance et secours à leurs parents dans le besoin ou dans la vieillesse (1 Tim. 5. 4).

Prenons garde à la chair qui se satisfait d’apparence religieuse en rajoutant à la Parole (Éccl. 7. 16). N’oublions pas le jugement de nous-mêmes. Le Seigneur ramène les pharisiens au cadre de la famille, institution divine et sacrée, où le père et la mère sont des piliers. Le Seigneur a un service à nous confier à chacun, mais pas au point de négliger les liens familiaux. La séparation – pharisiens signifie séparés – doit être du cœur, par amour pour Christ.

Le ch. 15 commence par ce mot : « Alors » : c’est au moment où le Seigneur guérissait les malades que les pharisiens sans repentance, accusent le Seigneur et les Siens de manquer à la tradition ! Quelle souffrance pour Lui, mais aussi, quelle sagesse ! C’est par une question fondamentale qu’il répond à leur superficialité, les accusant à Son tour, d’annuler la loi divine pour sauvegarder leur tradition (Marc 7. 11 à 13). Le Seigneur est bien « la lumière » mettant à nu la dureté de cœur de ces hommes qui devaient conduire le peuple dans la lumière divine, mais l’entraînaient dans leurs propres ténèbres. Les pharisiens empêchaient tout exercice des enfants, en s’emparant des dons qui revenaient aux parents !

Le Seigneur qualifie « d’hypocrites » les pharisiens qui se donnaient bonne apparence, mais dont l’état de cœur ne correspondait en rien à la réalité. En présence de telles personnes trompeuses, la Parole dit : « Détourne-toi de telles gens » (2 Tim. 3. 1 à 5). Le Seigneur dit : « Laissez-les » (v. 14) ; Il les compare à des « aveugles, conducteurs d’aveugles », tous voués à tomber « dans une fosse », car, enseignant sans la vie de Dieu, ils frelataient la Parole. Ces paroles dures étonnent dans la bouche du Seigneur. Il est plein de grâce, mais Il est aussi la lumière mettant tout en évidence. Il marche « au milieu des sept lampes d’or » et « ses yeux sont comme une flamme de feu » (Apoc. 1. 12 à 14).

Déjà, Jean le Baptiseur les avait appelés « race de vipères » (Mat. 3. 7) et avait montré « la cognée mise au pied de l’arbre ». Le Seigneur les fustigera aussi : « Serpents, race de vipères » (Mat. 23. 33), et les voue à être déracinés (Mat. 15. 13). Le Seigneur leur dit : « Malheur à vous… » (Mat. 23. 13). Le Seigneur, désirant, dans Sa grâce, toucher leur conscience, les renvoie à la citation d’Ésaïe qui, déjà, dénonçait l’hypocrisie des cœurs : « Ils m’honorent des lèvres, mais leur cœur est fort éloigné de moi » (v. 6). Les disciples sont offusqués des paroles du Seigneur aux pharisiens (v. 12), mais la répréhension du Seigneur a toujours pour but d’amener les âmes à la grâce ; en ce sens, Ses paroles, parfois dures, sont des paroles de grâce. Au désert, « les serpents brûlants » faisant mourir le peuple, devaient lui faire comprendre que c’était Satan qui les poussait à la révolte. La Parole de Dieu était pour eux « un chant agréable », mais qu’ils ne « pratiquaient nullement » (Éz. 33. 30 à 32).

Où en sommes-nous, nous-mêmes, dans nos manifestations de piété ? Prenons garde aux apparences trompeuses (1 Sam. 16. 6 et 7 ; Mat. 7. 21). Les pharisiens, « sépulcres blanchis remplis d’ossements » (Mat. 23. 27), montrent leur hypocrisie devant Pilate : ils n’entrent pas au prétoire pour ne pas se souiller, mais ils condamnent le Seigneur (Jean 18. 28 à 30). À Thyatire, Jésabel – la fausse prophétie – égare ceux qui la suivent, par des commandements d’hommes. Les pharisiens étaient « des guides aveugles » (Mat. 23. 16). En Jean 9, prenant occasion de la guérison de l’aveugle-né, le Seigneur oppose la cécité physique qu’Il guérit avec amour, et la cécité morale et prétentieuse des pharisiens, dans laquelle le Seigneur les laisse (v. 39 à 41). C’est l’intérieur qu’il faut purifier, la source de tout mal (Marc 7. 8). Le Seigneur appelle la foule et lui enseigne que les mains non lavées ne souillent pas l’homme, mais ce qui vient du cœur.

La loi parlait de souillures extérieures contractées par contact avec des choses souillées – un mort, par exemple. Mais le Seigneur transpose cet enseignement à la souillure du cœur (v. 19 et 20). Seule, la confession purifie de la souillure intérieure. La bouche révèle souvent l’état du cœur : prenons-y garde (Prov. 4. 23) et, surveillons notre bouche (Prov. 13. 3). Soyons « enracinés », « édifiés », « affermis » (Col. 2. 6 et 7 ; Ps. 1. 1 à 3), afin de ne pas être « sans racines » (Mat. 13. 20 et 21). Le Seigneur nous enjoint de « sonder les écritures » et de les garder : « les lèvres du sacrificateur gardent la connaissance » (Mal. 2. 7).

Le verset 15 montre l’erreur des disciples habitués à recevoir l’explication des paraboles. Mais les paroles du Seigneur (v. 11), n’étaient pas une parabole : il fallait les comprendre au premier degré. De nombreux passages de la Parole ont des significations profondes, mais il faut aussi les comprendre simplement : c’était le cas ici. Le cœur du Seigneur est peiné de l’incompréhension des disciples, mais II leur montre que Ses paroles étaient simples et directes : c’est ce qui sort du cœur qui souille l’homme ! et premièrement, les mauvaises pensées, source de tout péché. La Parole est cette arme « puissante par Dieu… amenant toute pensée captive à l’obéissance de Christ » (2 Cor. 10. 3 à 5 ; Phil. 4. 8). Les bonnes pensées amènent de bonnes actions.

Les pharisiens s’attachaient à la purification extérieure, alors que c’est le cœur qui est souillé et peut manifester sa corruption (Gal. 5. 19 à 21). On ne peut empêcher les mauvaises pensées du cœur naturel ; mais nous péchons à les entretenir. Le nouvel homme, lui, ne peut pas pécher, car c’est Christ formé en nous (1 Jean 3. 9). « Le fruit de l’Esprit est l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance » (Gal. 5. 22).

Bien des personnes du monde ont un caractère aimable et peuvent faire des « bonnes œuvres » ; mais Ésaïe dit : « … toutes nos justices sont comme un vêtement souillé » (És. 64. 6). Nous pouvons, nous aussi, faire des œuvres qualifiées de « bonnes », mais seules, « les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, pour que nous marchions en elles » (Éph. 2. 8 à 10) Lui sont agréables. Dieu nous montre ce qu’est l’homme naturel : usons des ressources que nous possédons en Christ, afin que la corruption du cœur ne se manifeste pas. « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le christ Jésus » (Rom. 6. 11). Laissons-nous conduire par l’Esprit (Gal. 5. 24 et 25) et soyons occupés des bonnes choses de Philippiens 4. 8.

L’ennemi cherche à nous persuader que nous parviendrons toujours à « échapper au piège de l’oiseleur ». Ce fut la faute de Samson (Jug. 16. 5 à 21). Il se disait : « Je m’en irai comme les autres fois, et je me dégagerai » (v. 20) ; ce fut sa perte (v. 21) !

Après les mauvaises pensées, les meurtres (v. 19). Chose horrible ! Capables du pire, nous avons besoin d’être gardés, « sages quant au bien et simples quant au mal » (Rom. 16. 19). « Ne prenez pas soin de la chair pour satisfaire à ses convoitises » (Rom. 13. 14).

La venue du Seigneur à Tyr et à Sidon, hors du territoire d’Israël, préfigurait la grâce divine pour les nations (Act. 28. 28), mystère qui était encore caché. Les Cananéens auraient dû être détruits (Deut. 7. 1 et 2). Les disciples auraient voulu chasser durement cette femme qui distinguait le Fils de David. Le Seigneur ne lui répond pas, voulant lui montrer qu’elle n’a aucun droit aux bénédictions réservées à Israël (v. 24). La femme comprend, et L’implore en l’appelant : « Seigneur ». Il éprouve sa foi en lui rappelant son indignité (v. 26). Elle accepte de prendre la dernière place et se contentera des miettes (v. 27). Alors Jésus honore sa foi par Sa puissance. C’est encourageant pour nous : s’Il ne répond pas immédiatement à nos prières, persévérons et attendons Sa réponse.

La réponse du Seigneur à la Cananéenne est conforme au caractère de l’évangile de Matthieu. Il est le Messie venu pour Israël (v. 24). Cette étrangère n’avait aucun droit aux bénédictions du peuple de Dieu (Éph. 2. 11 à 13). Ézéchiel 34. 11 à 16 annonçait que l’Éternel prendrait soin de ses brebis d’Israël. Le Seigneur l’a réalisé ici-bas partiellement à cause de l’incrédulité de la masse du peuple et des chefs : « Il vint chez soi et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1. 11).

Le millénium réalisera pleinement les prophéties et les bénédictions pour Israël. Cependant, Son peuple le rejetant, la grâce atteint les nations : « C’est peu de chose que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob… je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre » (És. 49. 6). La grande foi de cette femme, qui honore Dieu, est exaucée. Dieu répond toujours à la foi, où qu’elle se trouve, et le Seigneur, dans les contrées de Tyr et de Sidon, va à la rencontre de la foi.

En Marc 7. 24 et 25, le Seigneur voulait rester caché dans une maison ; mais la femme, ayant entendu parler des miracles de Jésus, discerne que Celui dont elle a besoin est là, près d’elle, alors elle sort vers Lui. Le travail du Seigneur peut commencer dans cette âme affligée : elle a déjà compris qu’elle n’a aucun droit au Fils de David, elle l’appelle « Seigneur » et Lui rend hommage. Il faut qu’elle prenne conscience de son indignité : elle accepte de prendre la place des chiens et insiste ; elle se contentera des miettes (v. 27). Alors, il n’y a plus d’obstacle à la grâce divine, illimitée : le Seigneur exauce sa prière.

Méphibosheth reconnaîtra son indignité devant David qui, alors, le fera asseoir à sa table (2 Sam. 9. 7 à 13). Le Seigneur « fait lever le misérable… et le fait asseoir avec les nobles » (1 Sam. 2. 8 ; Ps. 113. 7). Pour être les objets de la grâce de Dieu, il nous faut reconnaître notre indignité.

Il est triste que le peuple terrestre ait rejeté son Messie, venu premièrement pour lui. Luc 15. 28 à 32 illustre ce refus obstiné des Juifs, d’entrer dans la maison du Père et de goûter à la joie du salut par grâce. Israël, héritier des promesses, a refusé les bénédictions ! Alors « Dieu, de ces pierres – les nations – a suscité des enfants à Abraham » (Mat. 3. 9).

Le chien, dans l’Ancien Testament, est un animal impur. Dans le Psaume 22. 16, « les chiens » montrent la méchanceté des hommes crucifiant le Seigneur. Ici, « les chiens » (v. 26), démontrent l’indignité des nations devant Dieu.

En Lévitique 13. 13, un lépreux était impur tant qu’il y avait en lui de la chair vive ; mais dès que la lèpre recouvrait son corps tout entier, qu’il n’avait plus aucune illusion sur son état, il était déclaré « pur ». Il est bon que nos prières soient brèves et précises comme celle de cette femme qui insiste pour être exaucée. La veuve de Luc 18. 2 à 8 persévère aussi jusqu’à l’exaucement. Jacob lutte avec Dieu (Gen. 32. 26), et obtient la bénédiction. Le Seigneur a des bénédictions infinies que nous limitons par notre foi faible. Souvent le Seigneur dit : « Qu’il te soit fait comme tu as cru » (Mat. 8. 13) : Il répond à la mesure de la foi, bien qu’Il donne, quelquefois, bien plus à notre insu. Être né dans l’Assemblée ne dispense pas d’une rencontre personnelle avec le Seigneur. Gardons tous « le bon dépôt » (2 Tim. 1. 14).

Près de Tyr et de Sidon, le Seigneur va au-devant d’une âme ayant un besoin exprimé avec foi. Puis, en Galilée, Il guérit de nombreux malades. Qu’une âme seule ou des foules cherchent le secours auprès de Lui, le Seigneur agit en grâce. Les muets font penser à ceux que leur état empêche de rendre grâces ; les aveugles, à ceux qui ne peuvent voir les merveilles divines ; les boiteux, à ceux qui ne peuvent marcher dans les sentiers de Dieu. Le Seigneur les guérit (Ex. 15. 26). Ce verset promettait des bénédictions conditionnelles à Israël, mais Il connaissait toutes les maladies liées à son infidélité. Pour nous, Dieu nous demande d’avoir foi en Jésus Christ.

La montagne parle de communion avec Dieu : « sur la montagne », le Seigneur prononce Son sermon pour Israël (ch. 5, 6 et 7) ; « Il monta sur une montagne… pour prier » (ch. 14. 23) ; Au ch. 15. 29 à 31, Il guérit les foules et multiplie les pains sur la montagne ; c’est sur « une haute montagne » qu’Il est transfiguré devant Ses trois disciples (ch. 17. 1 et 2) ; au ch. 26. 30, « Ayant chanté une hymne… ils s’en allèrent à la montagne des oliviers » ; après sa résurrection, « les onze disciples s’en allèrent… sur la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Et l’ayant vu, ils lui rendirent hommage » (ch. 28. 16 et 17). Le Seigneur goûtait la communion avec Son Père et Ses disciples. C’est du ciel que « nous vient le secours » (Ps. 121. 1). Sur la montagne, le Seigneur s’assit : goûtons, nous aussi, la paix dans la présence de Dieu.

Les foules, impuissantes, jettent de nombreux malades aux pieds du Seigneur qui est leur dernier espoir, et Il les guérit. Pourtant « elles s’étonnèrent » des miracles tout en glorifiant « le Dieu d’Israël » (v. 31) ! La gloire de Dieu doit être le seul but de tout service. La maladie de Lazare avait pour fin la gloire de Dieu (Jean 11. 4 et 40).

Le chiffre cinq : cinq pains, cinq mille hommes, montrait la faiblesse de l’homme. Douze paniers de morceaux de reste, montrent la responsabilité administrative confiée à l’homme (ch. 14. 17 à 21). Au ch. 15, le Seigneur prend l’initiative. Là, tout est parfait : sept pains, sept corbeilles de morceaux de reste : sept indique la perfection. Quatre mille hommes avaient mangé : quatre est un chiffre complet. Malgré les doutes des disciples (v. 33), le Seigneur ne leur fait aucun reproche et se sert de leurs maigres ressources qu’Il multiplie (Ps. 132. 15). Il doit souvent recommencer les mêmes leçons pour nous. En 2 Rois 4. 42 à 44, lors d’une famine, Élisée avait multiplié peu de nourriture et avait nourri cent hommes, et « ils en eurent de reste ».

Aux ch. 14 et 15, le Seigneur guérit avant de nourrir : Il a guéri nos âmes de leurs infirmités quant à Dieu, avant de les nourrir par Sa Parole. C’est dans la proximité avec Dieu sur la montagne, que nous avançons vers « l’état d’hommes faits » (Éph. 4. 12 et 13). Paul préférait édifier avec cinq paroles intelligentes qu’avec dix mille incompréhensibles (1 Cor. 14. 19). Les disciples voulaient « renvoyer les foules » (ch. 14. 15), mais le Seigneur les emploie pour les nourrir. Il rend grâces ou bénit, avant de rompre le pain (ch. 14. 19 ; ch. 15. 36 ; Luc 22. 14 à 20 ; 24. 30). Imitons notre modèle (1 Tim. 4. 4 et 5). Dieu bénit en faisant du bien ; nous bénissons en disant du bien (Éph. 1. 3).

Ch. 16

On trouve trois catégories de personnes : les pharisiens et les sadducéens, incrédules et autoritaires qui rejettent l’enseignement du Seigneur. Les foules, trouvant en Lui un grand homme de bien soulageant leur misère. Enfin, Pierre et ses condisciples : enseigné de Dieu, Pierre reconnaît le Seigneur comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Ces trois catégories de personnes existent encore.

Ce chapitre nomme l’assemblée pour la première fois, en relation avec le royaume des cieux (v. 18 et 19). C’est une conséquence du rejet du Seigneur par Israël. Le Seigneur bâtit Son assemblée et rien ne prévaudra contre elle. Au ch. 17, Il dévoile la gloire future du royaume. Les pharisiens, la secte la plus exacte, et les sadducéens négateurs de la résurrection, s’unissent pour haïr le Seigneur et L’éprouver, en demandant un signe du ciel (v. 1 ; 22. 15). Ils doutaient de l’origine divine des miracles qu’ils voyaient. Tempête apaisée, malades et infirmes guéris, morts ressuscités, qui pouvait faire ces miracles, sinon Dieu ?

En Jean 10. 24 et 25, le Seigneur déclare que Ses œuvres sont de Dieu. « Jésus… puissant en œuvre et en paroles » (Luc 24. 19) Un « signe des temps » flagrant était au milieu d’eux : « Emmanuel » (Dieu avec nous) était là (És. 7. 10 à 14) ; mais ils Le rejetaient, ainsi qu’Achaz, en son temps, voilait son incrédulité sous une fausse piété. Dieu était prêt à lui donner un signe d’en haut ou d’en bas : il n’y a pas de différence pour la puissance divine. L’incrédulité entrave notre progression spirituelle et étonne toujours le Seigneur (Marc 8. 11 et 12 ; 9. 19), toujours prêt à manifester pour nous Sa puissance. Pharisiens et sadducéens, cette « génération méchante et adultère » se caractérisaient par l’hypocrisie (Luc 12. 1) : méchante, car portant les caractères de Satan (le méchant) – adultère, car le peuple béni de Dieu rejetait son Messie. Ne soyons pas « amis du monde » : ce serait de l’adultère vis à vis de Dieu (Jac. 4. 4). Les affections du Dieu jaloux L’ont conduit à choisir Israël : « J’ai aimé Jacob… » (Mal. 1. 3).

Nous avons des signes, aussi : « connaissant le temps que c’est déjà l’heure de nous réveiller du sommeil… la nuit est fort avancée, et le jour s’est approché… » (Rom. 13. 11 et 12) : les circonstances du monde et de l’assemblée montrent le retour du Seigneur proche. Falsifier la Parole, c’est pécher. « Le signe de Jonas » (Mat. 12. 39 à 42) parle de la mort et de la résurrection du Seigneur. Ici, il évoque l’abandon du peuple par son Messie : « Et les laissant, il s’en alla » (v. 4). Si le cœur s’endurcit et poursuit la vanité (Osée 12. 2), Dieu agit en conséquence (Éz. 3. 24 à 26 ; Osée 14. 17). En Luc 11. 29 à 32, il annonce le jugement, « l’œuvre inaccoutumée » de Dieu (És. 28. 21), sur le peuple incrédule qui a lassé Sa patience. Le jugement de Ninive, annoncé par le prophète, a produit la repentance de toute la ville – Israël a dû être jugé et chassé en l’an soixante-dix.

Les hommes distinguent les apparences du ciel pour prédire le temps qu’il fera, mais Il faut la vie divine du croyant et l’action du Saint Esprit pour discerner « les signes des temps » relatifs au Seigneur, sinon, le Seigneur ne se fie pas à l’homme (Jean 2. 23 à 25). Luc 15. 22 relève la responsabilité des Juifs.

Nos œuvres supportent-elles la lumière du sanctuaire ?

Les disciples, animés de pensées terre à terre, ne discernent pas la portée spirituelle de l’exhortation du Seigneur : « Voyez, et soyez en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens ». C’est un avertissement contre les dangers des doctrines hypocrites des pharisiens, présentant une bonne apparence mais sans la vie de Dieu (Luc 12. 1). Quant aux sadducéens, ils niaient la résurrection et la vie éternelle (Mat. 22. 24 à 32, ainsi que l’existence des anges et des esprits (Act. 23. 6 à 8). Ces dangers existent toujours.

Ce n’était pas du levain du pain que le Seigneur parlait. Il était venu pour sauver Son peuple et établir Son royaume. Mais le peuple rejetait son Roi, et c’est le cœur étreint que le Seigneur doit l’abandonner. Il a traversé toute la mer de Galilée en pensant à l’opposition des pharisiens et des sadducéens ; ce n’est qu’en arrivant à l’autre rive (v. 5), qu’Il met les disciples en garde contre l’enseignement pervers, entaché de péché, des chefs religieux, car le Seigneur le compare au levain, image du péché. Le levain a été introduit sur la terre, dans le royaume des cieux (Mat. 13. 33), car l’Église a rajouté et retranché à la vérité, devenant « la grande maison » (2 Tim. 2. 20). Retenons la vérité. Le levain est le mal moral et doctrinal que l’homme religieux mêle à la Parole : c’est le « vieux levain » de 1 Corinthiens 5. 6 : soyons plutôt « une nouvelle pâte, sans levain » (v. 7). Lévitique 2. 4 interdisait le levain dans l’offrande de gâteau : il n’y avait aucun péché en Christ.

La tendance humaine est au raisonnement, preuve du manque ou de l’absence de foi. Les disciples « raisonnaient en eux-mêmes » (v. 7). Peiné, le Seigneur doit les réveiller : « Pourquoi raisonnez-vous… ? » (v. 8), « n’entendez-vous pas et ne vous souvient-il pas… ? » (v. 9). « Comment ne vous souvient-il pas… ? » (v. 11) Laissons le Saint Esprit « amener toutes nos pensées captives à l’obéissance de Christ » (2 Cor. 10. 3). « Faites toutes choses sans murmures et sans raisonnements » (Phil. 2. 14). Les murmures prouvent la méfiance envers Dieu, et les raisonnements, la confiance en soi-même.

Si proches du Seigneur, les disciples ne le comprenaient pas souvent, car ils n’avaient pas encore reçu le Saint Esprit (Jean 16. 7 à 13). En Actes 2, le Saint Esprit ouvrant leur intelligence spirituelle, Pierre, dans une seule prédication amènera trois mille âmes au Seigneur. Le Seigneur a souvent fait des miracles pour nous, mais dès qu’une difficulté surgit, notre foi défaille vite ! Comme aux disciples d’Emmaüs, le Seigneur peut nous dire : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire… » (Luc 24. 25).

Le Seigneur rappelle Sa puissance manifestée par deux fois, en l’occurrence, dans Sa question : « combien de paniers en recueillîtes-vous (des restes) ? « …combien de corbeilles en recueillîtes-vous ? » (v. 9 et 10) « Alors, ils comprirent » (v. 12). « Et leurs yeux furent ouverts » (Luc 24. 31). Le Seigneur voulait leur révéler qu’Il quittait Son peuple (depuis le ch. 13. 1). « Voici, votre maison vous est laissée déserte » (ch. 23. 28), et le remplaçait par l’assemblée (v. 13 à 20).

Le Seigneur insiste souvent, afin que nous comprenions ce qu’Il veut nous révéler de Son amour et de Sa puissance. Alors « nos cœurs brûlent pour Lui » (Luc 24. 32). Les Juifs attendaient bien le royaume pour Israël ; mais l’évangile de Matthieu, évangile du Roi rejeté, ouvre la perspective du « royaume des cieux » et de « l’assemblée » : cette révélation nouvelle était inconnue de l’Ancien Testament. C’est hors du territoire d’Israël, à Césarée de Philippe, montrant ainsi que la grâce, rejetée par les Juifs est offerte aux nations, que le Seigneur interroge Ses disciples (v. 13) : « Qui disent les hommes que je suis, moi, le fils de l’homme ? » Il prend le titre de « fils de l’homme » dans son humilité lorsqu’Il est rejeté, qu’Il exercera des jugements (v. 27), et lorsqu’Il dévoile Sa gloire future (ch. 17. 1 à 9). Rejeté de la terre, c’est Lui qui régnera sur elle (Ps. 8. 3 à 6).

Le Seigneur commence à parler à Ses disciples de Ses souffrances, de Sa mort et de Sa résurrection, alors qu’ils attendaient qu’Il établisse Son royaume (Act. 1. 6 à 8).Et Il les avertit qu’Il va mourir, mais les encourage en leur révélant Sa résurrection.

On a vu les chefs religieux, incrédules et ennemis moqueurs. Ici, on trouve de bonnes opinions sur le Seigneur (v. 14), mais complètement erronées. Ces pensées humaines ont toujours cours dans la chrétienté. Une appréciation juste du Seigneur ne peut venir que de l’action du Saint Esprit dans le cœur (v. 16 et 17). Les Juifs, connaissant les Écritures, auraient dû reconnaître qui Il était (Mat. 1. 23). En Matthieu 3. 17, Dieu déclare publiquement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». La révélation divine, seule, est la vérité.

Les réponses diverses du v. 14, montrent les Juifs tournés vers le passé – les prophètes. Le Seigneur apportait des choses nouvelles dans la connaissance desquelles Il veut entraîner Ses disciples. La réponse de Pierre comporte trois éléments de la vérité : « Tu es le Christ », le Messie, l’héritier des promesses, l’envoyé de Dieu à Son peuple. « Le Fils de Dieu » qui est engendré de Lui (Ps. 2. 2 ; 6. 7). Enfin, le Dieu « vivant », en qui se trouve la vie éternelle et qui la donne à quiconque croit et participe, ainsi, à la vie divine (2 Pier. 1. 3 et 4). La question du Seigneur est toujours actuelle : « Et vous, qui dites-vous que je suis, moi, le fils de l’homme ? » La réponse de Pierre ouvre la porte à une révélation fondamentale, l’assemblée.

D’autres disciples ont reconnu en Jésus le Fils de Dieu : Nathanaël (Jean 1. 50) ; Marthe ; (Jean 11. 27). Cela leur a été révélé par Dieu, car ils se tenaient près du Seigneur avec des cœurs ouverts à la vérité. Le Seigneur peut dire avec bonheur à Pierre : « Tu es bienheureux… car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (v. 17). Ainsi, chaque croyant est un « bienheureux ». Mais ce verset 17 nous montre que nous ne pouvons rien recevoir de Dieu, si ce n’est par le Saint Esprit, dans l’humilité (1 Cor. 2. 13 et 14). « Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire » (Jean 6. 44). Pierre en a fait l’expérience : lorsqu’il se tient près de Dieu, il reçoit Ses communications ; mais lorsqu’il se confie en ses propres pensées, il s’égare et le Seigneur doit le reprendre (v. 23).

« Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, pour faire connaître son alliance » (Ps. 25. 14) « La crainte de l’Éternel est le commencement de la connaissance » (Prov. 1. 7).

Le Seigneur change le nom de Simon en « Pierre », « Céphas » comme étant une petite pierre – pietros – dans l’édifice que construit le Seigneur, verset très mal interprété dans la chrétienté. Le « roc » du verset 18 désigne la vérité concernant la déclaration de Pierre, (v. 16), sur le Seigneur : c’est le roc, la masse : pétra. Nous sommes des petites « pierres vivantes » sur le rocher : C’est Christ, qui bâtit Son assemblée et tout est parfait. Il est le fondement (1 Cor. 3. 11) et nous sommes édifiés « une maison spirituelle » (1 Pier. 2. 4). Le Seigneur est la « maîtresse pierre du coin », sur laquelle Il bâtit Son assemblée. Cette pierre est « précieuse aux yeux de Dieu ; merveilleuse à nos yeux » de croyants ; mais pour les incrédules, elle est « une pierre d’achoppement, un rocher de chute » (1 Pier. 2. 6 à 8). C’est sur cette pierre du coin que « tout l’édifice croît » (Éph. 2. 19 à 22).

Dans l’épître aux Corinthiens, la responsabilité des croyants est mise en avant ; nous pouvons apporter de bons ou de mauvais matériaux (1 Cor. 3. 12 à 15), entraînant une récompense ou une perte.

En Matthieu, c’est le Seigneur qui bâtit Son assemblée qui fait partie du royaume des cieux (v. 18), mais elle n’est pas le royaume. Pierre, quant à lui, se voit confier les clefs du royaume, et non de l’assemblée ; et il a ouvert, fidèle à la mission confiée par le Seigneur, la porte du royaume (Act. 1. 6 à 8), d’abord aux Juifs (Act. 2. 1 à 41) ; et « le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (v. 47) ; ensuite aux Samaritains (Act. 8. 14 à 17) et, enfin, aux nations (Act. 10).

L’action prépondérante de Pierre s’étend jusqu’au ch. 10 et il n’a pas de successeurs ecclésiastiques. Mais dès que l’apôtre Paul révéla les vérités concernant l’assemblée, Pierre s’est effacé et a repris son service comme apôtre des Juifs. De même, il n’a jamais reçu le pouvoir de lier ou délier quoi que ce soit dans le ciel, mais sur la terre seulement. Cependant, ce qu’il liait ou déliait sur la terre, recevait sa sanction dans les cieux (v. 19). Après lui, lier ou délier au nom du Seigneur, est devenu la prérogative de l’assemblée (ch. 18. 18 à 20). En Actes 8, Simon le magicien était lié à son péché ; de même, en Actes 5. 1 à 10, Ananias et Sapphira.

Le hadès (v. 18 et 11. 23), désigne l’empire de la mort, différent de la géhenne, lieux des tourments infernaux. En Matthieu 18. 17 et 28, le Seigneur donne, par anticipation, des instructions pour le temps de l’assemblée. De même, le sermon sur la montagne, bien qu’ayant une valeur morale pour les croyants actuels, prendra toute sa signification durant le millénium. Matthieu seul parle de l’assemblée : le Messie étant rejeté de son peuple, il est trop tard pour lui : il n’est plus question qu’Il soit présenté comme le Christ (v. 20). Désormais, la grâce refusée par les Juifs est offerte aux nations et, c’est l’assemblée chrétienne établie sur la terre, qui a le témoignage en dépôt. Les Juifs recevront le Seigneur lorsqu’Il établira Son royaume : mais entre Son rejet et Sa réception, l’assemblée est établie. Le temple de Jérusalem où Dieu n’était plus, est appelé « votre maison » (Mat. 23. 38 et 39). Pour le moment, la « maison de Dieu », c’est l’Église (1 Cor. 3. 16 ; 1Tim. 3. 14 et 15).

Pour la réalisation des promesses faites autrefois aux Juifs, et pour l’établissement de l’assemblée chrétienne, il fallait la mort de Celui en qui les disciples voyaient le Christ : Ils ne comprenaient pas qu’Il devait mourir pour être d’abord, « un Sauveur » (Luc 2. 8 à 11), pour les Juifs premièrement, les nations, et même pour la création entière (Héb. 2. 9). Il présente lui-même Sa mort comme une nécessité et, Il ira jusqu’au bout, comme un « lion… qui ne se détourne devant qui que ce soit » (Prov. 30. 10).

Juifs et nations sont coupables de la mort du Seigneur (Mat. 20. 17 à 19) : les chefs religieux ont excité le peuple à exiger Sa crucifixion (Jean 19. 15) et nous étions représentés, par anticipation, dans les Romains exécutant la condamnation. Anciens, principaux sacrificateurs et scribes représentent les responsables du peuple, les intermédiaires entre Dieu et lui, et ceux qui l’enseignaient. De toute éternité, Dieu avait établi comme nécessité que son Fils vînt mourir (Ps. 40. 7 et 8 ; Jean 4. 34). Il devait accomplir les Écritures (Luc 24. 26 et 27) ; Il l’avait annoncé avant et après la croix, mais les disciples ne comprennent pas (v. 22). Sa mort les choque, alors qu’ils espéraient l’établissement de Son règne glorieux : ils attendaient la délivrance nationale que le Seigneur apportera au millénium, mais le Seigneur était venu, d’abord, pour la délivrance des âmes.

Les disciples avaient retenu les paroles du Seigneur : les anciens, les sacrificateurs, les scribes devaient Le faire souffrir et Le condamner à mort (ch. 16. 21) et ils reprennent ces mêmes paroles en Luc 24. 20, mais ne comprennent pas ! Ils doutent encore, lorsque la résurrection, pourtant annoncée, est attestée (Luc 24. 21 à 24). Ils ont bien entendu le Seigneur leur annoncer Sa mort, mais ils n’ont pas retenu qu’Il leur parlait aussi de Sa résurrection (v. 21). Cependant, la réaction de Pierre prouve son amour pour le Seigneur (v. 22).

Nous leur ressemblons beaucoup, et ne retenons pas toujours l’enseignement des Écritures : comme Pierre, nous savons dire « non » au Seigneur (Mat. 26. 31 et 35; Jean 13. 6 à 8 ; Act. 10. 13 et 14). Si nous laissons faire la propre volonté qui peut se traduire par de la « bonne volonté », nous ne discernerons pas la pensée de Dieu, et nous sommes en danger de nous laisser conduire par les suggestions de Satan (v. 23). La note du v. 22, indique : « Seigneur, propice pour toi » : comme si le Seigneur avait besoin de propitiation ! alors que, peu avant, Pierre le déclarait « Fils du Dieu vivant ». Prenons garde, quant à nous, à ne pas être en scandale au Seigneur Lui-même. La réponse de Pierre était comme un piège tendu sous les pas du Seigneur.

La réaction de Pierre, lorsque le Seigneur leur annonce Ses souffrances, Sa mort et Sa résurrection, lui attire une réponse cinglante : « Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale » (v. 23). Alors, le Seigneur rappelle la nécessité du renoncement à soi-même pour Le suivre. En Matthieu, Il appelle : « vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés », à venir « à Lui ». Ensuite, il faut faire un pas de plus pour « venir après Lui » (ch. 16. 24) : alors, c’est le renoncement à la propre volonté, pour être disponible pour faire la volonté du Seigneur.

Ce n’est plus le « moi », le centre de nos affections, mais Christ. Si le « moi » est mon centre, Christ est dehors et ma propre volonté me domine. Si Christ est mon centre, le « moi » est dehors, et Christ dirige ma vie. Il doit être notre modèle (Phil. 2. 8). Il disait : « Je fais toujours les choses qui lui plaisent » (à Dieu). Il est important que nous réalisions journellement notre mort avec Christ, pour Le laisser vivre Sa vie sainte en nous (Gal. 2. 20), et pour qu’Il soit le seul but de notre vie (Phil. 1. 21). « Prendre notre croix », c’est appliquer chaque jour la mort de Christ au vieil homme qui est en nous, car Dieu l’a jugé définitivement et en a fini avec lui. « Le vieil homme a été crucifié avec Lui… tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché » (Rom. 6. 6 et 11). « Portant toujours… le mourir de Jésus » (2 Cor. 4. 10). On ne peut suivre le Seigneur sans cela. Le Seigneur avertit que si quelqu’un n’est occupé que de jouir du monde, il perdra sa vie ; mais si quelqu’un renonce à sa vie mondaine, il gagnera la vie éternelle. Un chrétien mondain perdra sa couronne. Une vie avec Christ pour centre et pour but, est une vie abondante, qui L’honore.

L’exemple de Moïse nous enseigne le vrai chemin (Héb. 11. 24 à 26), afin « de saisir ce qui est vraiment la vie » (1 Tim. 6. 17 à 19). Prions pour nous-mêmes et pour les autres, et n’ayons pas les mêmes aspirations que le monde. Luc 12. 16 à 21, montre la vanité d’une vie égoïstement mondaine (1 Tim. 6. 17 à 19). Soyons plutôt « riches quant à Dieu » (v. 21) Nous sommes exhortés à « travailler à notre propre salut avec crainte et tremblement » (Phil. 2. 12). À la fin de sa course, Paul disait : « J’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Tim. 4. 7). Même les liens familiaux les plus précieux ne doivent pas entraver une marche « avec le Seigneur » (Mat. 10. 37 à 39).

Le ch. 16 de Matthieu nous conduit à l’abaissement, comme le Seigneur « s’est abaissé Lui-même » (Phil. 2. 7 et 8). Mais « l’abaissement va devant la gloire » (Prov. 15. 33). C’est vrai pour le Seigneur et Il nous encourage à marcher sur Ses traces.

Le verset. 27 annonce la venue du « fils de l’homme dans la gloire de Son Père avec ses anges », pour le jugement du monde. « Il jugera en justice la terre habitée tout entière » (Act. 17. 30 et 31). Mais il y aura des récompenses pour ceux qui auront suivi. Dans notre chapitre, il est question de « la gloire de Son Père ; au ch. 25. 31, il s’agit de Sa propre gloire. Les disciples attendaient le règne de gloire du Seigneur, et Il leur enseigne à se renoncer eux-mêmes ! On comprend leur déception. Cependant, dans sa miséricorde, le Seigneur va leur donner un encouragement : quelques jours plus tard, Il prendra avec Lui trois disciples auxquels Il dévoilera sa gloire future (ch. 17).

Ch. 17

Pierre, Jacques et Jean sont plusieurs fois choisis par le Seigneur pour être avec Lui (Marc 14. 32 et 33 ; Luc 8. 51) : ils furent considérés, plus tard, comme étant des « colonnes » (Gal. 2. 9).

« Sur une haute montagne », le Seigneur anticipe pour eux, Sa glorieuse domination milléniale. La splendeur de Son visage dévoile Sa pureté intérieure, et Ses vêtements lumineux, la perfection de Ses œuvres dont Il est comme revêtu.

En Luc 9. 28 à 32, les disciples, accablés de sommeil, devront se réveiller « pour voir sa gloire ». Dans la présence du Seigneur, il nous arrive de ne pas voir Sa gloire, parce que nous dormons. Les disciples attendaient un Seigneur glorieux et Il leur parle de Sa mort, et de renoncement à eux-mêmes. Mais la gloire suit la mort. Voir le Seigneur glorieux était un privilège : c’était voir Dieu (Jean 14. 7 et 9 ; 1 Tim. 6. 16) ! Plus tard, Pierre, appréciera pleinement cette scène glorieuse (2 Pier. 1. 16 à 18). Mais Il annonce aussi le jugement (ch. 16. 27). « Son visage, comme le soleil quand il luit dans sa force » (Apoc. 1. 16) : rien ne Lui est caché. Ésaïe 52. 13 à 15 parle de ceux qui verront Sa gloire et Sa puissance dont ils n’auront pas entendu parler. Mais pour le résidu juif et les croyants des nations, après l’enlèvement de l’Église, « le soleil de justice » se lèvera et « la guérison sera dans ses ailes » (Mal. 4. 2 ; Apoc. 7. 4 et 9). Ainsi, un petit nombre de Juifs sera guéri de son incrédulité et des infidélités passées.

C’est déjà notre part, par la foi, de contempler Sa gloire (2 Cor. 3. 18 ; 4. 6). C’est la contemplation de Christ dans Sa vie et dans Sa gloire, qui nous fait croître spirituellement. Efforçons-nous de toujours mieux Le connaître dès maintenant ; notre jouissance de Lui, déjà, mais aussi au ciel, n’en sera que plus grande.

La grâce de Dieu se manifeste en ceci, que ce sont « deux hommes » (Luc 9. 30), qui apparaissent en gloire, et non des anges : Moïse, législateur et médiateur et Élie, le prophète. Cependant ces deux hommes ne parlent pas de Sa gloire, mais de Sa mort, car c’est sur Sa mort seule que repose l’accomplissement de toutes les promesses faites au peuple.

Moïse est un type de Christ ayant passé par la mort (Deut. 34. 1 à 6) ; Élie typifie le Seigneur dans Son élévation au ciel. Comme le Seigneur, ces deux hommes de Dieu ont jeûné, en leur temps, quarante jours et quarante nuits. De même, certains croyants ne connaîtront pas la mort, mais seront enlevés vivants au ciel. La loi et la prophétie conduisent à Christ : elles devront s’effacer pour ne laisser voir que le Seigneur seul. Lorsque la nuée lumineuse couvre les trois disciples, seul, le Seigneur est proposé à leur contemplation (v. 8).

Pierre, connaissant le Seigneur comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (ch. 16. 16), le met ici au même niveau que Moïse et Élie. Il nous arrive, à nous aussi, d’être inconséquents avec ce que nous croyons concernant le Seigneur. Les disciples sont troublés par la vision inattendue de Sa gloire, et Pierre, pensant peut-être à la fête des tabernacles – type de la gloire du millénium, la dernière fête à l’Éternel – propose de faire trois tentes : « une pour toi, et une pour Moïse et une pour Élie » « car il ne savait que dire » et « il ne savait ce qu’il disait » (Marc 9. 6 ; Luc 9. 33). Mais Pierre oublie qu’on n’en était encore qu’à la première fête et que le Seigneur était le véritable Agneau de la pâque. Devant l’erreur des disciples, Dieu revendique la prééminence de Son Fils, corme au baptême de Jean. À la fois Fils de Dieu et fils de l’homme, le Seigneur est le médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tim. 2. 5 et 6). Témoins privilégiés de Sa gloire, les disciples le rabaissent au niveau des autres hommes, mais Dieu ne peut accepter cela.

Moïse représentait la loi de Sinaï – mesure de justice pratique que les hommes auraient dû manifester devant Dieu. Mais elle n’avait d’autre conséquence que de condamner les hommes, incapables d’y satisfaire. Élie incarnait la prophétie ayant pour but de ramener le peuple à l’Éternel. Mais la prophétie avait également échoué. Le Seigneur apportait la grâce divine devant laquelle la loi et la prophétie devaient s’effacer.

Autrefois, dans le désert, lorsque Moïse eut achevé le tabernacle, la nuée – manifestant la présence de Dieu – le remplit et personne ne pouvait s’y tenir (Ex. 40. 34 et 35). De même, pour l’inauguration du temple de Salomon, la nuée le remplit de nouveau, et les sacrificateurs ne pouvaient se tenir dans le temple (2 Chron. 7. 1 et 2). Mais ici, la grâce de Dieu se révèle en ce que les trois disciples sont recouverts par la même nuée et ne sont pas anéantis ! L’économie de la loi s’était terminée au ministère de Jean le Baptiseur (Mat. 11. 13). Dieu ne dit pas au verset 5 : « Celui-ci est mon Fils »…que vous devez aimer; mais Il Le présente corme l’objet des délices du Père. Comme nous devrions L’aimer à notre tour « à la louange de la gloire de sa grâce » (Éph. 1. 6) !

Ce n’est que bien plus tard que Pierre a pleinement apprécié cette scène grandiose dont les trois disciples furent les témoins (2 Pier. 1. 16 à 18). Nous connaissons le Seigneur comme Celui qui est venu dans l’humilité ; mais le jour vient où nous Le contemplerons dans la plénitude de Sa gloire.

D’abord épouvantés par cette vision glorieuse du Seigneur, les disciples Le retrouvent, l’instant d’après, de façon intime « seul avec eux » (Marc 9. 6 à 8). Le Seigneur « s’est abaissé Lui-même » et était dépendant de Son Père (Jean 5. 30 à 40 ; Phil. 2. 6 à 8 ; Héb. 2. 8 ; 12. 2 ; Phil. 2. 9), et « Dieu l’a haut élevé ». Mais en tant que Fils de Dieu, Il est égal à Dieu (Jean 8. 18 et 19).

Le peuple juif connaîtra la gloire du millénium sur la terre, et nous dans le ciel, pour l’éternité. Mais tout repose sur la mort du Seigneur, Sa résurrection et Son exaltation à la droite de Dieu. Les Juifs croyaient à la résurrection des morts à la fin des temps (Jean 11. 23 à 26). Mais la résurrection comporte plusieurs phases dont le Seigneur est les prémices.

L’expression « ressuscité d’entre les morts » se trouve, ici, pour la première fois, en contraste avec la résurrection des morts que les Juifs connaissaient. Job lui-même en parle, ainsi que Marthe, en Jean 11. 23. Mais le Seigneur est « la résurrection et la vie » ; Il a été ressuscité d’entre les morts, Lui « les prémices, puis ceux qui sont du Christ, à sa venue ; ensuite la fin… » (1 Cor. 15. 23 et 24). Les incrédules morts ressusciteront pour le jugement (Apoc. 20. 12 à 15).

Le Seigneur confirme qu’Élie devait venir avant la manifestation du Messie (Mal. 4. 5) mais, tout en faisant allusion à Jean le Baptiseur, déjà venu et mis à mort (v. 12), Il prophétise une nouvelle manifestation de l’esprit d’Élie durant la grande tribulation (v. 11) : les deux témoins d’Apocalypse 11. 1 à 6, portent le caractère d’Élie. Le Seigneur sera rejeté comme le fut le précurseur (v. 12).

Au moment glorieux sur la montagne avec le Seigneur, succède la descente dans la plaine. Désirant comprendre les Écritures, ils posent une question au Seigneur qui ouvre leur intelligence (v. 13). Posons, nous aussi, des questions au Seigneur qui répondra à nos besoins, afin de ne pas être « ballottés… par tout vent de doctrine » (Éph. 4. 14). Les chefs posaient des questions-pièges ; ne les imitons pas.

Aux v. 12 et 22, Il leur annonce encore Ses souffrances ; mais les disciples, attristés de Sa mort, oublient Sa résurrection. « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’il entrât dans sa gloire ? » (Luc 24. 26). Étant « scellés du Saint Esprit de la promesse » gardons toute la Parole. Dans la plaine, ils retrouvent les détresses de l’homme. En Marc 9. 14, le Seigneur, redescendu vers les disciples, voit « une grande foule et des scribes qui disputaient avec eux ». Mais Son amour, Ses compassions et Sa puissance vont tout changer. L’attitude humble et suppliante de ce père affligé amène le Seigneur à délivrer son fils, image de l’homme tombé entre les mains de Satan. Celui-ci ne peut plus retenir prisonnier quiconque veut être sauvé : il a fallu le travail intime, profond, de Dieu pour nous arracher à l’ennemi. Allant « de lieu en lieu, faisant du bien » (Act. 10. 38), le Seigneur a repris Son ministère humble, effacé, pour guérir cet enfant.

Les démons « croient que Dieu est un et ils frissonnent » (Jac. 2. 19). De même que le Seigneur ne touchait jamais les démoniaques pour les délivrer, car Il n’a rien de commun avec eux (Marc 5. 6), gardons-nous soigneusement de « toucher » quoi que ce soit du domaine ténébreux des démons. Les disciples avaient reçu le pouvoir de guérir les démoniaques (Mat. 10. 1), mais leur état les a empêché de guérir l’enfant (v. 19 à 21). Satan « brûle » les âmes – le feu – et submerge ses victimes – l’eau – (v. 14) que seul le Seigneur peut délivrer d’une parole, alors que les disciples furent impuissants. Les recommandations du Seigneur à Tyathire (Apoc. 2. 24 et 25), sont toujours d’actualité.

Nous avons besoin du Seigneur pour tout (Jean 15. 5). Il délivre définitivement de l’ennemi (Marc 9. 25 à 27). Une religion sans le Seigneur amènera les démons à multiplier leurs méfaits (Mat. 12. 43 à 45). Considérons le Seigneur sur la montagne quand nous sommes réunis, et persévérons (Act. 2. 42). Voyons-Le aussi, comme Joseph, errant dans les champs cherchant ses frères (Gen. 37. 12 à 16).

La question des disciples semble révéler leur déception de n’avoir rien pu faire. Mais la réponse du Seigneur manifeste leur manque de foi, l’absence de prière et leur mauvais état de cœur (v. 20 et 21). Le jeûne peut être observé littéralement, mais il nous dit surtout de ne pas nourrir le vieil homme (És. 58), afin que nos prières faites avec une foi ferme soient exaucées (Marc 9. 23 ; 11. 12 à 24 ; Jac. 1. 6 à 8 ; 5. 14 et 15). Mais prenons garde que même des exercices de piété apparente peuvent satisfaire la chair (Col. 2. 20 à 23). Pierre rappelle, dans son épître, que les trois disciples ont été « les témoins oculaires de sa majesté » (2 Pier. 1. 16) ; les autres, restés dans la plaine, auraient dû être utiles selon la puissance sur les démons que le Seigneur leur avait conférée (ch. 10. 1). Mais leur manque de foi les en a rendus incapables, et cela les a visiblement mortifiés (Mat. 21. 21). La prière de la foi doit être exercée pour la gloire de Dieu et non pour « nos voluptés » (Jac. 4. 3). Le Seigneur ne pouvait permettre que les disciples s’approprient la gloire d’un exaucement.

Ayons toujours les droits du Seigneur devant nous. La prière de la foi doit s’accompagner de la recherche de la volonté de Dieu ; alors « nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » (1 Jean 5. 14 et 15), même si Dieu diffère Sa réponse. Daniel 10. 11 à 13 montre que des obstacles extérieurs à Daniel ont empêché, pour un temps, Dieu d’exaucer sa prière. Nous pouvons demander de bonnes choses, mais il faut attendre le moment de Dieu. Même « l’attente différée (qui) rend le cœur malade » peut « tourner à louange, et à gloire, et à honneur dans la révélation de Jésus Christ » (1 Pier. 1. 7).

Les versets 22 et 23 montrent que les disciples, attristés par l’annonce de la mort du Seigneur, ont oublié l’annonce de Sa résurrection et de Sa gloire future. Nous oublions nous-mêmes, très souvent, dans les peines, les enseignements précieux de la Parole, acquis dans des moments de communion avec Dieu. Les disciples d’Emmaüs en sont un exemple.

À Capernaüm, les receveurs des didrachmes sondent Pierre au sujet du Seigneur, concernant l’impôt auquel les Juifs étaient assujettis. Et Pierre, sans réfléchir, se porte garant de la fidélité de son maître. Mais, dans la maison, le Seigneur va réveiller la pure intelligence de Son disciple, en lui posant une question fondamentale. En même temps, la miséricorde du Seigneur associe Pierre à Sa gloire future, – en faisant de lui et de nous, un des fils du Roi – mais aussi à Sa réjection présente – le statère trouvé dans la bouche du poisson devra être donné pour le Seigneur et pour Pierre (fin du v. 27). Dès le baptême de Jean au Jourdain, le Seigneur s’abaisse et s’identifie à Son peuple (Mat. 3. 14 et 15). C’est à Lui, le Seigneur du temple, qu’étaient dus les impôts du peuple ; mais, rejeté, Il s’efface et fait ce qui est juste aux yeux des Juifs.

Néanmoins, cette scène fait briller l’amour de Pierre pour son Maître et, bien plus encore, l’amour du Seigneur pour Son cher disciple qu’Il reprend dans l’intimité de la maison.

Le statère dans la bouche du poisson manifeste la toute-puissance divine du Seigneur. Mais Son humilité s’associe à Pierre pour payer un impôt qu’Il ne devait pas. Les disciples attristent le Seigneur car « ils avaient disputé entre eux » pour savoir « qui serait le plus grand », et ils ont honte quand le Seigneur les interroge (v. 1 ; Marc 9. 34).

Luc 22. 24 montre que cette contestation arrive après l’institution de la cène ! La mère de Jean et de Jacques demandera au Seigneur que ses fils s’assoient à Sa gauche et à Sa droite dans Son royaume (ch. 20. 20). Prenons garde à l’orgueil de nos cœurs. L’enseignement du chapitre 18 exhorte à l’humilité et à la simplicité enfantine quant à la foi, mais non à une attitude infantile : efforçons-nous d’être « des hommes faits dans notre entendement » (1 Cor. 14. 20), tout en croyant simplement ce que Dieu nous dit dans Sa Parole, même si nous ne comprenons pas tout : Il est le Dieu de vérité. Depuis Sa gloire future qu’Il a montrée aux trois disciples, le Seigneur S’est abaissé (Phil. 2. 6 à 8) : Il est notre modèle. En Zacharie 13. 7, Dieu rappelle que Sa faveur va vers « les petits ». Marchons, nous aussi, dans une humilité vraie et gardons-nous de l’hypocrisie.

C’est « un petit enfant » que le Seigneur place au milieu des disciples qui rêvaient de grandeur ; Il demande qu’ils se convertissent et deviennent comme ce petit et enseigne à ne pas les mépriser ni à leur être une occasion de chute ; mais à s’abaisser pour leur ressembler et les recevoir en Son Nom, car c’est Lui-même que l’on reçoit (v. 5). Le plus grand, c’est « celui qui sert » (Luc 22. 27). « Vous associant aux choses humbles » (Rom. 12. 15 et 16). Nicodème, docteur d’Israël, avait perdu la simplicité (Jean 3. 2 et 10 ; Éccl. 7. 29). L’école est dangereuse pour un enfant, non converti, de parents chrétiens : Satan s’en sert pour détourner leurs âmes. Les « petits » – les simples – sont chers à Dieu et sont bénis pour l’éternité (Mat. 25. 35 à 40). Mais malheur à celui qui « fait tomber » un petit enfant ou un croyant (ch. 18. 6 et 7). Ayons toujours à l’esprit Romains 14 car « nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu » (v. 10). « Marchons selon l’amour » (v. 15) et cherchons l’intérêt des autres (1 Cor. 10. 23 et 24).

Les occasions de chutes sont innombrables et inévitables dans ce monde corrompu ; mais Dieu s’en sert pour éprouver notre foi (1 Pier. 1. 7) : les deux maisons, éprouvées par les torrents et les vents, montrent la solidité ou la fragilité des fondements (Mat. 7. 24 à 27). Dieu donne la force de tenir ferme. Il faut juger et « jeter loin de nous » tout ce qui est une occasion de chute, pour nous-mêmes et les autres. Tite nous exhorte à vivre les enseignements de la Parole, devant les hommes, les frères et les anges, « tous des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14). Le mal est dans nos propres cœurs et répandu dans le monde : notre principal ennemi, c’est notre vieil homme pétri de convoitises (Jac. 1. 13) ! Le péché auquel nous cédons laisse des traces, et l’ennemi s’en sert pour ruiner notre course chrétienne.

« Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation » (Mat. 26. 41 ; Marc 14. 38).

Ch. 18

Ces paragraphes désignent les petits enfants que le Seigneur aime et que nous devons aimer aussi, car Il a donné Sa vie pour eux – puis les petits aux yeux du monde, méprisés, mais ayant reçu le Seigneur, et qui Lui sont précieux.

Le v. 10 semble parler des petits enfants lavés par le sacrifice du Seigneur – car ils sont nés pécheurs – sans qu’Il ait besoin de les chercher, contrairement à ceux qui, ayant avancé en âge, sont responsables de leurs péchés (Luc 19. 10). Pour ces derniers, les anges, « esprits administrateurs », servent « en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14). « L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre » (Ps. 24. 1 à 7). Galates 2. 20 s’adresse à tous les rachetés de tous âges, tous « un temple » du Seigneur.

Que les jeunes enfants de parents chrétiens viennent de bonne heure au Seigneur, confessant leurs péchés, sinon Satan réclamera leurs âmes, car leur responsabilité est plus précoce que celle des enfants de familles incrédules. Zachée, adulte et conscient de ses péchés qu’il confesse, est de ceux que le Sauveur a dû chercher pour les sauver (Luc 19. 10). La conscience de notre culpabilité conduit à la confession et nous ouvre la porte des cieux.

En Marc 9. 36, le Seigneur prend un petit enfant entre Ses bras, l’identifiant à Lui-même (v 36 et 37), montrant ainsi Son amour pour eux ! Le v. 11 parle du « fils de l’homme » qui, abaissé et méprisé, est venu sauver les pécheurs repentis. Le Seigneur se met à la recherche d’une seule brebis perdue « jusqu’à ce qu’Il l’ait trouvée » (Luc 15. 4) ; alors II est rempli d’une grande joie s’Il la trouve (v. 13 ; Luc 15. 7, 10, 31 et 32) ! Gardons-nous de la bonne opinion de lui-même du « fils aîné » de Luc 15. 29 et 30. « Ce n’est pas la volonté du Père… qu’un seul de ces petits périsse » (v. 14) ; les disciples auraient voulu chasser les enfants et ceux qui les apportaient, mais le Seigneur leur dit : « Laissez venir à moi les petits enfants… car à de tels est le royaume des cieux » (Mat. 19. 14).

La grâce de Dieu est le grand sujet de ces chapitres : manifestons la même grâce envers tous – et pour un frère qui nous aurait offensé (v. 15 à 35), essayons de le gagner en allant le voir secrètement ; puis accompagné d’un ou deux témoins ; ensuite, le dire à l’assemblée ; et, s’il n’écoute pas encore : « qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain » (v. 17). L’assemblée pourra être amenée à appliquer la discipline publique (1 Cor. 5. 1 à 7). Le caractère chrétien, c’est la sévérité pour soi-même et la miséricorde pour le prochain. L’esprit de grâce doit régner dans l’assemblée qui fait partie du royaume, bien qu’elle en soit distincte. L’autorité de Dieu doit gouverner notre conduite car, pour débonnaire qu’Il soit, le Seigneur n’en est pas moins sévère pour le mal.

Mais, si nous devons reprendre notre frère, nous ne devons pas le haïr, ni porter de péché sous prétexte d’amour (Lév. 19. 17 et 18). S’il se repent, pardonnons-lui (Luc 17. 3). D’autre part, devant la nécessité de reprendre notre frère, éprouvons-nous nous-mêmes et sachons nous pardonner mutuellement, car le tort de l’un peut engendrer le tort de l’autre. Le pardon ne peut avoir lieu que si nous sommes « revêtus d’entrailles de miséricorde (Col. 3. 12 et 13).

Dans ces versets 15 à 20, il n’est pas question de torts partagés, ni de ce que, au moment d’adorer, je me souvienne que mon frère a quelque chose contre moi ; auquel cas je dois régler l’affaire avec mon frère avant d’adorer (Mat. 5. 23 et 24). « Je ne puis supporter l’iniquité avec la fête solennelle » (És. 1. 13) ; mais ici : « ton frère pèche contre toi » (v. 15).

Dans un premier temps, l’affaire reste secrète et se règle « entre toi et lui seul » afin d’essayer de « gagner ton frère » et non de l’amener à adopter nos vues. « Un amour fervent » doit présider à cette entrevue, et le frère offensé doit « couvrir le péché » de l’offenseur (1 Pier. 4. 8) et pardonner comme Dieu nous a pardonné (Éph. 4. 32). Dans le Psaume 32. 1, c’est Dieu qui « couvre le péché » après la repentance. En Jacques 5. 20, il s’agit de ramener un frère qui « s’égare de la vérité »: s’il se laisse ramener, son péché est couvert, oublié. Avant d’entreprendre la démarche auprès de l’offenseur, il faut se préparer soi-même devant Dieu. Ce frère qui a péché, s’est peut-être « laissé surprendre » (Gal. 6. 1), avoir péché sans le vouloir, alors « vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur ». Ce verset se rapporte à l’action de l’assemblée. Ce : « vous qui êtes spirituels » implique l’amour et la douceur, mais la Parole nous impose de reprendre notre frère, de « parler la vérité chacun a son prochain » en vue de sauvegarder la paix (Éph. 4. 25 ; Zach. 8. 16). Souvenons-nous que nous sommes « membres les uns des autres ».

Pierre pense faire le maximum en pardonnant à son frère « jusqu’à sept fois »; mais la réponse du Seigneur implique un pardon illimité (Mat. 18. 21 et 22 ; Luc 17. 4), car il faut écouter avec le cœur le frère qui se repent, et non se contenter de l’entendre. Quelle bénédiction si la chose est réglée « entre toi et lui seul ». Mais si le frère « ne t’écoute pas », il convient de refaire une visite avec deux ou trois témoins (Deut. 19. 15 ; 2 Cor. 13. 1 ; 1 Tim. 5. 19) choisis parmi les frères susceptibles de parler avec douceur et de garder encore la chose secrète. Le différend doit être apprécié sur des certitudes et non des suppositions (v. 16). Si le frère s’obstine à ne pas reconnaître ses fautes, l’assemblée doit alors intervenir, toujours en vue de « gagner » le coupable. Enfin, « s’il ne veut pas écouter l’assemblée non plus, qu’il te soit comme un homme des nations ou comme un publicain » (v. 17).

L’offensé doit toujours aimer ce frère, mais il n’y a plus de communion. Notons que l’assemblée locale est l’instance la plus élevée à laquelle nous devons faire appel, et non les tribunaux (1 Cor. 6). Ce paragraphe n’évoque pas la discipline de l’assemblée, mais ne l’exclut pas si nécessaire. Ces procédures établies par le Seigneur Lui-même évitent les troubles et les désordres graves dont nous avons fait l’expérience. Dans la Parole « l’homme des nations », « un publicain », désignent des inconvertis envers lesquels Dieu agit malgré tout en bonté, et nous devons les aimer aussi. Mais un « frère pour lequel Christ est mort » a la vie divine en lui, et sa responsabilité est plus grande s’il s’obstine dans une faute, car la communion est interrompue : « éloignez-vous d’eux » (Rom. 16. 17), mais continuons à l’aimer.

L’assemblée intervient pour ramener un frère qui a péché. Mais s’il s’obstine, elle peut « lier » le péché sur le fautif (Jean 20. 23 ; Act. 8. 9 à 23 ; Lam. 1. 14). Paul, à Corinthe, semble avoir « livré » le pécheur à Satan, alors « lié » à son péché (1 Cor. 5. 1 à 5). Dans sa deuxième épître, il exhorte les Corinthiens à « ratifier leur amour envers un tel homme », car « la punition infligée par le grand nombre » suffisait : le pécheur était « délié » de son péché. Pierre avait reçu ce pouvoir de « lier » ou « délier sur la terre », dans la sphère du royaume dont le Roi est dans les cieux – royaume qui est pour la terre. Il a ouvert le royaume aux Juifs (Act. 2) et aux nations (Act. 10).

Le royaume n’est pas encore établi sur la terre, car les hommes rejettent encore le Seigneur, qui a dit à Pilate : « Maintenant, mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18. 36). Le royaume, actuellement en mystère, s’établira après la destruction des ennemis (Apoc. 11. 16 et 17). Maintenant, il est « justice et paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17). L’assemblée sur la terre, mais qui est destinée au ciel, toute entière réunie au nom du Seigneur peut, aujourd’hui, « lier » ou « délier » (v. 20) : c’est la seule « succession apostolique » reconnue du Seigneur, car c’est une autorité s’exerçant par l’assemblée, parce qu’Il est au milieu d’elle, et le ciel prend acte de ses décisions ; ce qui est extrêmement solennel !

Si une décision d’assemblée est entachée d’erreur ou de faiblesse, les autres rassemblements ne doivent pas rejeter une telle décision sans un examen soigneux, mais dévoiler l’erreur. Ils peuvent formuler des « remarques » à l’assemblée fautive, mais usent de patience envers elle, avant d’interrompre la communion. Pour lier, délier ou pour toute autre décision, il faut la communion des frères, réunis au nom du Seigneur (v. 19). L’unanimité serait souhaitable mais difficile à réaliser. Peut-être 2 Corinthiens 2. 6 apporte une indication : « Il suffit… de la punition… infligée par le grand nombre ».

Matthieu 18. 19 et 20 a trait plus spécialement à la prière d’assemblée. Les demandes doivent être formulées par les « deux ou trois réunis en Son nom » et selon la volonté du Seigneur, pour que le Père y réponde. Ce paragraphe montre l’existence et le fonctionnement de l’assemblée liés à la présence du Seigneur au milieu d’elle : un encouragement pour les saints, réunis en particulier pour la prière. Le Seigneur savait que les réunions de prières seraient les plus délaissées, et II a lié Sa présence, de façon plus spéciale, à de telles réunions ! Réalisons Sa présence lorsque nous nous réunissons, et recherchons Sa volonté pour prier d’un commun accord. Dans les pensées divergentes connues, abstenons-nous de formuler des prières s’y rapportant. Laissons agir le Saint Esprit qui, seul, produira l’accord (Éph. 6. 18 ; Jude 20). Les frères « d’accord » peuvent prier ensemble au sujet des litiges entre frères, en réunions privées De même, les besoins personnels n’ont pas leur place dans les réunions d’assemblée.

Malgré la solennité de ces réunions et le sentiment des faiblesses, tous les frères sont libres de prendre la parole, et être utiles (Rom. 8. 26 et 27), même dans le culte ou l’édification (1 Cor. 11. 20 ; 14. 26)

Dans l’Ancien Testament Dieu avait mis la gloire de Son nom dans le temple, à Jérusalem (Deut 12. 5 ; 2 Chron. 7. 12 à 16). « Mes yeux et mon cœur seront toujours là ». Là était la bénédiction. Aujourd’hui, le Seigneur se trouve au milieu des saints réunis en Son nom, où que ce soit (Mat. 18. 20). Cela suppose l’acceptation de toute la Parole qui nous parle du Seigneur Lui-même, de Son œuvre ainsi que des enseignements concernant l’assemblée, corps de Christ, séparée du mal moral et doctrinal, et fonctionnant dans la liberté de l’Esprit. Alors le Seigneur y appose le sceau de Sa présence : « Je viendrai à toi et je te bénirai » (Ex. 20. 24).

Cette promesse pour le peuple juif se renouvelle aujourd’hui, en Matthieu 18. 20. C’est un terrain spirituel. De tels rassemblements ne sont pas le fruit d’une concertation entre frères, mais le produit du travail de l’Esprit dans les cœurs. La gloire de Dieu remplit l’assemblée réunie sur ce terrain-là, comme autrefois la glorieuse nuée remplissait la tente, puis le temple (Ex. 40. 34 ; 1 Rois 8. 10 et 11). Enfin, durant le millénium : « La dernière gloire de cette maison sera plus grande que la première » (Aggée 2. 9). Le Seigneur nous appelle et nous attend là où Il met Sa gloire. Il nous sauve (Act. 4. 12 ; et nous rassemble (Mat. 18. 20).

Le Seigneur enseigne que le pardon est illimité : « soixante-dix fois sept fois » (Mat. 8. 22). Objets de la grâce de Dieu, pardonnons chaque fois que quelqu’un pèche contre nous (Luc 17. 1 à 4). Le pardon doit venir d’une disposition permanente du cœur à pardonner (Éph. 4. 32).

Les versets 23 à 34 représentent Israël ayant péché sous la loi et ayant crucifié le Seigneur : sa dette était énorme : « dix mille talents » – quatre cent cinquante tonnes d’or ou d’argent ! Il était insolvable, et Dieu ne pouvait que le châtier. Mais le Seigneur, à la croix, a intercédé pour lui, de sorte que sa dette a été momentanément remise. Mais l’esclave étranglant son compagnon parle d’Israël refusant la grâce aux nations (1 Thess. 2. 14). Alors, le paiement devra être fait entièrement (És. 40. 2) : Israël, condamné, sera dispersé parmi les nations, soixante-dix ans après la mort de Christ. Les « cent deniers » – le salaire de cent jours de travail d’un ouvrier, montrent que les nations étaient redevables à Israël de la connaissance du vrai Dieu.

Sachons pardonner à nos frères leurs fautes envers nous, car Dieu nous a pardonné la crucifixion du Seigneur. L’esclave, propre juste, prétend « payer tout » moyennant un délai. Israël connaissait pourtant cette parole du Psaume 49. 7 : « Un homme ne pourra en aucune manière racheter son frère, ni donner à Dieu sa rançon ». C’est à leur maître seul que les esclaves affligés ont parlé de cette triste action du « méchant esclave » (v. 31). Parlons au Seigneur seul, de ce qui nous afflige chez un frère ou une sœur. Soyons, comme notre divin modèle, touchés de compassion, devant les faiblesses des autres (Mat. 7. 2 ; 18. 34 et 35), tout en restant fermes devant le mal. « Avec celui qui use de grâce tu uses de grâce… et avec le pervers, tu es roide » (Ps. 18. 25 et 26). Dieu nous disciplinera si nous ne savons pas pardonner. Ce paragraphe montre cependant que Dieu hait le péché, mais pardonne au pécheur repentant.

Ch. 19

Le Seigneur quitte cette « Galilée des nations » (Mat. 4. 16), contrée aux peuples mélangés, pour se rendre « vers les confins de la Judée ». « Il dresse Sa face résolument pour aller à Jérusalem » (Luc 9. 51), cette « ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés » (Mat. 23. 37).

Le Seigneur ne recherche pas les foules, mais ce sont elles qui Le suivent. Le Seigneur, s’acheminant vers Sa mort, continue à faire du bien « là » où II se trouve (v. 2). Le Seigneur nous demande d’être, comme Lui, utiles là où Il nous place.

Les pharisiens cherchent à Le prendre en défaut quant à la loi concernant le divorce. Mais le Seigneur replace cette question sérieuse, non sur le terrain de la loi, mais sur ce que Dieu a établi dès le commencement : le mariage unit en « une seule chair » le mari et la femme, indissolublement (Gen. 2. 22 à 24). Il en est ainsi pour d’autres questions : « ne pas manger de sang », commandement de l’Ancien Testament que l’on retrouve en Actes 15. 28 et 29, la peine de mort (Gen. 9. 6).

Au sujet du mariage, « Ce donc que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (v. 6). L’homme s’acharne toujours à détruire les œuvres parfaites de Dieu. Le mariage d’un homme et d’une femme est une image de l’union éternelle de Christ avec Son assemblée, Son épouse (Éph. 5. 24 à 32). Nous sommes « membres de son corps, de sa chair et de ses os ». C’est pourquoi Dieu confère au mariage ce caractère indissoluble et sacré : « Que le mariage soit tenu en honneur » (Héb. 13. 4). C’est un mystère, duquel l’apôtre parle, mais relativement à Christ et à l’assemblée qui Lui est soumise. De même, la femme qui porte l’image de l’assemblée, doit être soumise à son mari. Nous devons nous soumettre à cet enseignement divin, dans chaque pays, où les lois spécifiques au mariage doivent être respectées.

Le verset 8 est une tolérance ajoutée a cause de la dureté de cœur des hommes, mais n’entre pas dans la sphère de la volonté de Dieu. Les liens du mariage ne sont rompus qu’à la mort de l’un des conjoints (Rom. 7. 2). Le verset 9 met en garde solennellement contre le divorce suivi d’un remariage : c’est un adultère ! Une nuance est introduite en Deutéronome 24. 1 et 2 : un divorce provoqué par la dureté d’un mari, donc « non pour cause de fornication, permettait à la femme de se remarier. Quant aux hommes et aux femmes coupables d’adultère, il n’y avait que la mort (Lév. 20. 10). Par ailleurs, pécher par fornication, c’est pécher contre son propre corps (1 Cor. 6. 13 à 18).

Dieu a répudié Son peuple qu’Il a accusé d’adultère, car il s’était détourné de Lui pour adorer de faux dieux (Jér. 3. 8). Cependant, l’Éternel déclare haïr la répudiation (Mal. 2. 16). Pour nous, objets de la grâce divine, même s’il y a adultère, nous pouvons être amenés à patienter et à pardonner. Dans un foyer où un conjoint incrédule s’en va, qu’il s’en aille ; le frère ou la sœur ne sont pas asservis en pareil cas (1 Cor. 7. 15). Le mari n’est en aucune manière supérieur à sa femme : chacun à sa place, ils sont complémentaires.

Le Seigneur montre, dans les versets 11 et 12, trois causes rendant le mariage impossible : la stérilité native, celle provoquée par les hommes ; et la chasteté volontaire pour mieux servir le Seigneur, comme Paul (1 Cor. 7. 7 et 32).

Honorons le mariage, cette institution établie par Dieu.

Les pharisiens cherchant à enlacer le Seigneur dans Ses paroles, Il leur montre qu’il faut être comme un petit enfant dans sa simplicité, pour entrer dans le royaume des cieux. En Marc 10. 13 à 16, le Seigneur s’indigne de ce que les disciples empêchaient les parents d’apporter leurs enfants au Seigneur. Ici, Il répond à la demande des parents reconnaissant que leurs enfants avaient besoin du Seigneur, et Il leur impose les mains pour les bénir. Ailleurs, l’imposition des mains est pour la guérison (Marc 6. 5) ; ou pour la réception du Saint Esprit (Act. 8. 17), ou encore pour la communion dans le service (Act. 13. 3). Prions pour que les enfants aient part à la guérison de l’âme et à la bénédiction.

Le Seigneur rappelle plusieurs fois que les enfants, simples et confiants, sont plus faciles à amener à Lui : « À de tels est le royaume des cieux » ; ils ne sont pas innocents, mais pécheurs par nature. C’est pourquoi : « Laissez venir à moi les petits enfants » (v. 14). L’attitude des parents était donc juste. Même comme disciples du Seigneur, nos pensées sont souvent fort éloignées des Siennes, car Il veut toujours sauver et bénir (Éccl. 7. 29). On empêchait aussi l’aveugle Bartimée d’aller à Celui qu’il reconnaissait comme le Fils de David.

Cherchons la communion de pensées avec notre Seigneur. « Je vous exhorte par la douceur et la débonnaireté du Christ » (2 Cor. 10. 1). La présence du Saint Esprit en nous nous rend responsables de Lui ressembler ; sinon, nous Le faisons souffrir.

En Exode 10. 8 à 11, le pharaon voulait empêcher les enfants de suivre leurs parents pour adorer l’Éternel. Mais tous devaient suivre. Satan aimerait que nos enfants ne viennent pas au Seigneur. Notre attitude devant eux peut les empêcher d’être sauvés ; leur présence aux réunions est bonne, mais ne suffit pas. En 2 Chroniques 20. 4 à 13, les petits enfants sont associés à une réunion de prières pour rechercher l’Éternel (Néh. 8. 3), on voit les femmes présentes pour écouter la Parole avec « tout le peuple » (v. 3, 5 et 9).

Les v. 16 à 26 montrent un homme qui obéit à la loi : « Jésus l’aima » (Marc 10. 21). Il se prévaut de cela pour avoir la vie éternelle. Mais la loi promettait, si on l’observait, une vie heureuse sur la terre mais pas la vie éternelle, qu’on obtient par la foi. « Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ? » (Jean 6. 28) – Rien ! Croire simplement. Le salut est gratuit. Le Seigneur dévoile la plaie cachée de cet homme : l’amour des richesses. Il pensait qu’il y avait du bon en lui : II avait oublié l’appréciation de Dieu sur l’homme (És. 1. 6). « Un seul est bon : Dieu ». Il ne connaît pas non plus le Seigneur qu’il appelle : « Maître ». Le Seigneur est Dieu et connaît nos cœurs. Comme le docteur de la loi de Luc 10. 25, il devait apprendre à connaître son prochain. La loi, parfaite, nous condamne à cause de sa transgression. Elle était transgressée au moment même où Moïse la recevait de Dieu. Le Seigneur cherche à ce que cet homme se rejette sur Lui et soit sauvé.

Zélé pour la loi, l’homme des v. 16 à 26 gardait six commandements extérieurs, mais il lui manquait sans doute le premier de tous : « Tu aimeras ton Dieu » – commandement intérieur duquel dépend tout le reste. Le Seigneur omet aussi : « tu ne convoiteras point » (Ex. 20. 17), alors que c’était la racine secrète de ce qui empêcherait cet homme de suivre le Seigneur, qui va la mettre en évidence (v. 21). Il n’était prêt ni à obéir à toute la loi, ni à suivre le Seigneur dans le dépouillement. Il sentait confusément qu’il lui était impossible d’entrer dans la vie éternelle par ses œuvres, même bonnes.

Le Seigneur va donc travailler dans sa conscience, pour le détacher des richesses terrestres en lui promettant « un trésor dans le ciel ». Le Sauveur adapte toujours Ses enseignements aux besoins de nos âmes : « Vends ce que tu as, donne aux pauvres… viens, suis-moi ». La première place revient à Dieu : « tu aimeras ton Dieu » – et ensuite au prochain (Marc 12. 28 à 31). Un entier dévouement est dû à Celui qui est « la vérité et la vie » (Jean 14. 6), mais qui n’avait « pas un lieu où reposer sa tête ». Cet homme cherchait tout cela, mais supposait la source du bien se trouver en lui-même. C’est un danger universel de mettre sa sécurité dans les richesses terrestres ; mais c’était particulièrement vrai pour les Juifs pour qui les richesses étaient signe de bénédiction : « Les biens du riche sont sa ville forte » (Prov. 10. 15 ; 18. 11).

Les versets 23 et suivants s’adressent à nous aussi. « Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition, car c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent » (1 Tim. 6. 9 et 10). L’argent peut devenir une idole qui sépare les hommes de Dieu. Malgré ses bonnes intentions, cet homme ne pouvait être délivré que par la grâce. Si nous sommes mieux nantis que d’autres, n’en faisons pas un motif de « cupidité qui est de l’idolâtrie » (Col. 3. 5). Soyons économes mais pas avares.

L’évangile est reçu plus facilement dans les pays pauvres que dans nos pays ! « Mais pour Dieu, toutes choses sont possibles » (v. 26). Les soucis de la vie, les richesses sont souvent un obstacle à la réception de l’évangile (Mat. 13. 22). Matthieu, le publicain, avait tout abandonné pour suivre le Seigneur, de même que Pierre et ses compagnons (Mat. 9. 9 et 10 ; 19. 27).

Nous pouvons avoir une bonne apparence, mais quels sont nos motifs secrets ? Le Seigneur voit ce qui est fait de cœur pour Lui, ne serait-ce qu’un verre d’eau froide donné en Son nom. Mais ce jeune homme s’approchant du Seigneur n’était pas prêt à Le suivre : « Il s’en alla tout triste (v. 22). Dans la soumission, la Parole rend le cœur joyeux.

Mais, riche ou pauvre, l’homme nourrissant des illusions quant à lui-même est loin de Dieu, car il lui est impossible d’apporter à Dieu quoi que ce soit qui puisse le sauver : seule la grâce sauve l’homme pécheur.

Les disciples s’étonnent que les bénédictions matérielles soient étrangères au salut (v. 23 et 24). « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi, que nous adviendra-t-il donc ? » (v. 27). Le Seigneur évoque alors le temps du « lavage de la régénération » (Tite 3. 4 et 5), où toutes choses seront nouvelles durant le millénium, selon l’œuvre de la croix, et où les apôtres seront « assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël » (v. 28 ; Luc 22. 29 et 30). Déjà Ésaïe associe le roi et des princes régnant « en justice » et « avec droiture » (És. 32. 1). L’Apocalypse montre aussi les martyrs de la grande tribulation assis sur des trônes, régnant « avec le Christ, mille ans » (ch. 20. 4). Les vingt-quatre anciens sont assis sur des trônes (ch. 4. 2 à 4). Les fidèles de Thyatire auront « autorité sur les nations » (ch. 2. 26). L’Église, enfin, régnera avec le Seigneur comme épouse du Roi.

À la conversion – moralement – on quitte la famille si elle reste incrédule, pour rejoindre la famille de la foi. Les missionnaires, quant à eux, quittent tout pour servir le Seigneur où II les envoie. Les disciples avaient suivi le Seigneur sans hésitation (Mat. 4. 18 à 22), par amour pour Lui, sans chercher de récompenses qu’ils ignoraient. Le Seigneur avait déjà opéré un travail dans leur cœur. On ne suit le Seigneur pour le servir que lorsqu’Il a formé et appelé. Celui qui a tout quitté « pour l’amour de mon nom », dit le Seigneur, reçoit dès ce temps-ci, « cent fois autant et… la vie éternelle » (v. 29), « avec des persécutions » (Marc 10. 30 ; 2 Tim. 2. 12).

Encourageons nos enfants à servir de cœur à la maison, pour l’amour du Seigneur. « Celui qui aura perdu sa vie pour l’amour de moi, la trouvera » (Mat. 10. 39). Ne mettons pas notre cœur aux choses matérielles, mais faisons-Lui confiance s’Il nous appelle à Le suivre. Notre amour, refroidi pour Lui, produit les gémissements dans notre vie personnelle et collective : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14. 23). « Entrer dans la vie » récompensait l’obéissance à la loi (v. 17 et 18). La vie éternelle est une promesse ancienne manifestée par la venue du Seigneur Jésus (Tite 1. 2 et 3). Dieu Lui-même est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5. 20). « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14. 6). C’est la vie divine que Dieu communique à Ses enfants, et « personne ne les ravira de ma main » (Jean 10. 25).

Les Juifs, « les premiers » à connaître le vrai Dieu, mais ayant rejeté leur Messie, entreront « les derniers » dans le royaume. Les nations, dernières venues à la connaissance de Dieu, mais ayant reçu le Sauveur, entreront les premières dans la grâce. Cependant, le résidu juif croyant – les disciples – s’est fondu dans l’assemblée et ainsi, il est le premier entré. Le verset 30 conclut le paragraphe précédent, et introduit la parabole du chapitre 20, où la souveraineté de Dieu est dévoilée, quant au choix des premiers et des derniers et de la rétribution des ouvriers. Matthieu présente le royaume de nombreuses fois en paraboles.

Ch. 20

Dieu est souverain : la rétribution des ouvriers se fera selon Son estimation et Sa justice :

La vigne est un symbole d’Israël (És. 5. 1) qui fait partie du royaume des cieux (Mat. 13), comme l’Église. Mais le royaume est en mystère et dépasse le cadre d’Israël, rejeté momentanément. Dès la première heure, le maître de la vigne – les Juifs dans le royaume – a envoyé des ouvriers, les prophètes. Dieu avait fait un contrat avec Son peuple en l’unissant à Lui par le lien de la loi. Puis, le royaume s’étendant à l’Église, d’autres ouvriers sont envoyés. Il n’y a pas de contrat établi avec ces derniers : ils savaient seulement qu’ils recevraient « ce qui sera juste » (v. 4). Ils vont dans la vigne avec foi et y travaillent. Seuls, les premiers ouvriers manifestent leur mécontentement et leur jalousie, au moment de la rétribution. Israël, quand le Seigneur a établi l’Église, a refusé que la grâce de Dieu s’étende aux nations (Luc 15. 20 à 30 ; Act. 13. 44 à 52 ; 28. 25 à 29).

Et, si les premiers rétribués sont les derniers envoyés, c’est qu’Israël incrédule, premier appelé, est rejeté pour l’instant. La rétribution a lieu à la fin de la journée de la grâce. Israël entrera dans la grâce de Dieu en dernier (ch. 19. 30 ; ch. 20. 16), quand le résidu croyant recevra son Messie qu’ils ont crucifié.

Les ouvriers oisifs sur la place du marché montrent notre état initial, dans le monde, ne faisant rien pour Dieu. Il faut la conversion pour, ensuite, servir Dieu (1 Thess. 1. 9 et 10). Le maître de la vigne sort à toute heure du jour et, chaque fois, envoie des ouvriers travailler. Durant toute la période de la grâce, Dieu envoie et enverra des ouvriers jusqu’au dernier moment. Dieu n’admet pas que des ouvriers qu’Il a formés restent inutilisés. Qu’un ouvrier ait travaillé pour le Seigneur toute sa vie et un autre seulement peu de temps, la récompense sera identique, car c’est le fait d’avoir travaillé pour Lui, et non la quantité de travail, qui sera récompensé (v. 15) ; le brigand sur la croix en est un exemple : converti de la dernière heure, mais quel témoignage ! Quand nous avons fait ce qui nous était commandé, nous devons estimer être « des serviteurs inutiles » (Luc 17. 10).

Les disciples ayant tout quitté et suivi le Seigneur dans Sa réjection au milieu d’Israël seront, dans le millénium, « assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël » (v. 28). Mais ils devront travailler pour Lui, le Maître de la vigne, durant Son absence, avant de s’asseoir sur des trônes de jugement. Les croyants des nations ne jugeront pas Israël, n’appartenant pas à ce peuple. Le v. 15 montre la grâce et la souveraineté de Dieu. Travaillons à notre salut, afin d’obtenir une « riche entrée » dans le royaume (1 Pier. 1. 11), et prenons garde aux « matériaux » que nous apportons (1Cor. 3. 11 à 15). Exerçons la grâce autour de nous, car c’est la grâce de Dieu qui est mise en relief, ici. « Beaucoup d’appelés mais peu d’élus », mais « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2. 4).

Chaque fois que le Seigneur annonce Sa mort, Il parle aussi de Sa résurrection (Mat. 16. 21 ; 7. 22 et 23). Dans le ch. 19, II donne plus de détails et s’associe Ses disciples : « Nous montons à Jérusalem ». Son amour acceptant Ses souffrances qu’Il connaît d’avance, s’exprime dans ces nouvelles révélations intimes. Tout se réalisera au pied de la lettre (Mat. 27. 26 à 37).

Son amour pour Son Père et pour nous Le soutenait dans Son chemin de douleur. Chefs du peuple, nations et nous-mêmes, sommes responsables de la mort du Seigneur.

La tristesse envahit le cœur des disciples (ch. 17. 23) lorsqu’Il annonce Sa mort, mais ils ne comprennent pas la solennité de Ses paroles. La mère des fils de Zébédée voudrait que ses deux fils soient intimement associés à la gloire du. Seigneur (v. 20 à 22 ; Luc 18. 31). Le chemin du croyant, dans le royaume des cieux, c’est l’abaissement, conformément au chemin du Seigneur ici-bas.

Pour comprendre les paroles du Seigneur, il manquait encore aux disciples la réception du Saint Esprit (Jean 16. 13). Le Seigneur ne peut exaucer des demandes formulées « pour nos voluptés » (Jac. 4. 3). Si la communion est réelle : « Vous demanderez ce que vous voudrez et il vous sera fait » (Jean 15. 7). Nos requêtes peuvent reposer sur l’orgueil, l’attitude de Diotrèphe le montre (Jean 3. 9). Luc 9. 51 à 56 dévoile une affligeante prétention de Jacques et Jean ! Quelle tristesse pour le Seigneur ! « L’abaissement va devant la gloire » (Prov. 15. 33). Les disciples, ainsi que nous-mêmes, ne pouvons suivre le Seigneur dans Son œuvre à la croix qu’Il était seul à pouvoir accomplir. Mais ils Le suivront dans Son chemin de souffrances (v. 22 et 23). « Si nous souffrons, nous régnerons avec Lui » (2 Tim. 2. 12). Mais avant la gloire, la foi nous conduit dans l’abaissement et à la souffrance (Phil. 2. 5 ; 3. 10). À ce moment-là, le Seigneur ne pouvait promettre que des souffrances à Ses disciples, et s’en remettait au Père pour leur récompense (fin du v. 23).

Après l’institution du mémorial de Ses souffrances et de Sa mort (Luc 22. 14 à 23), les disciples sont occupés de leur propre grandeur future (v. 24) ! Si nous travaillons pour le Seigneur, sommes-nous désintéressés ? Le Seigneur prend occasion de cet incident pour enseigner que, pour qu’Il puisse se servir de nous, il faut venir à Lui, l’écouter et rechercher Sa pensée pour le service qu’Il nous confie. Les v. 25 à 28 montrent que ce qui est haut estimé dans le monde n’a aucune valeur dans le royaume des cieux.

Le dernier paragraphe s’inscrit dans le droit fil de l’évangile de Matthieu « Fils de David ». Les aveugles voient par le cœur et reconnaissent le Seigneur comme le Messie, le roi promis au peuple.

L’ambition de Jacques et de Jean à être les premiers, indigne leurs condisciples. Le Seigneur, Lui, ne fait pas de reproches mais enseigne à s’abaisser, se renoncer et servir selon Lui comme modèle. Les paroles du Seigneur au v. 28 du chapitre 19 avaient tourné leurs sentiments vers leur propre gloire future, et ils ne voyaient plus que cela. Des contestations s’élèvent entre eux : « lequel d’entre eux serait estimé le plus grand ? » (Luc 22. 24), au moment même où le Seigneur institue le mémorial de Sa mort. Les promesses du Seigneur se réaliseront, mais les souffrances viennent d’abord pour les croyants (Phil. 2. 6 et 7 ; 3. 4 à 8).

Le Seigneur répond avec affection à Ses disciples. Il nous place en position de servir et non d’être servis (v. 28). En Jean 13, Il donne encore une grande leçon d’humilité les uns vis à vis des autres, en prenant Lui-même la place d’un esclave, en lavant les pieds de ceux qui Lui étaient inférieurs. Mais : « Je vous ai laissé un exemple » (v. 15). Soyons Ses imitateurs (1 Cor. 10. 33). Le Seigneur dit : « Quiconque s’abaissera sera élevé ». Alors Il place un petit enfant au milieu d’eux (Marc 9. 34 à 37). Les voies de Dieu sont opposées à celles des hommes.

Au verset 38, Jean rapporte au Seigneur qu’ils ont interdit à un homme qui chassait les démons de le faire, « parce qu’il ne nous suit pas ». En Matthieu 10. 24 et 25, le Seigneur dit : « l’esclave n’est pas plus grand que son maître… s’ils m’ont haï, ils vous haïront aussi ». Ce chemin amène à appliquer la croix à la chair. L’amour que le Seigneur a placé dans nos cœurs se réjouit dans le service. Le v. 28 de Matthieu 20 résume la vie chrétienne. Ne cherchons pas à briller ni à dominer dans le monde, ni parmi les chrétiens. Toute la volonté du Seigneur était soumise à Son Père, et Il s’était fait l’esclave des hommes (Zach. 13. 5). Paul se disait esclave de Jésus Christ. L’esprit chrétien est un esprit de service les uns pour les autres.

Dieu peut nous confier des tâches importantes dans le monde, mais ne les recherchons pas par ambition. Joseph en est un exemple : on se prosternait sur son passage, mais il ne l’avait pas désiré. Ce qui compte, c’est l’état du cœur.

Au v. 28, les « plusieurs » désignent ceux qui sont au bénéfice de l’expiation, tandis que la propitiation est offerte à tous les hommes (Rom. 3. 21 et 22 ; 5. 15 ; 1 Tim. 2. 6 ; 1 Jean 2. 2).

Le « Fils de David » est présenté au peuple une ultime fois, avant la croix (v. 29 à 34). À Jéricho, lieu de la malédiction, le Seigneur manifeste Sa grâce aux aveugles. Ils représentent Israël, d’abord aveugle aux choses de Dieu, mais qui recouvrera la vue spirituelle lorsqu’il reconnaîtra « celui qu’ils ont percé » (Zach. 12. 10 à 14).

La question du Seigneur (v. 32), montre l’importance de formuler clairement nos besoins, et leur réponse nous incite à la brièveté précise (v. 33). Le Seigneur entend les cris de nos cœurs et nous appelle à aller à Lui. Il nous écoute et exaucera nos prières, en Son temps et à Sa manière. On aurait voulu faire taire les aveugles (v. 31), mais ils prennent par « violence » leur place dans le royaume des cieux (Mat. 11. 12).

Ch. 21

Le Seigneur va à Jérusalem, se dirigeant vers la croix. Dès lors, Il donne un signe clair qu’Il est le Messie, le roi promis, en accomplissant une prophétie (Zach. 9. 9), en entrant dans la ville monté sur un ânon. Les Juifs, et les chefs en particulier, connaissaient bien cette prophétie, mais ils Le rejetteront ; et la même foule qui crie : « Hosanna » criera peu de temps après : « Ôte, ôte, crucifie-le ! ». Leur responsabilité est terrible.

Monté sur un ânon, le Seigneur manifeste à la fois Sa dignité (Jug. 10. 4 ; 1 Rois 1. 32 et 33) et Sa débonnaireté. Le cheval, monture de guerre, symbolise la puissance triomphante que le Seigneur revêtira (Apoc. 19. 11 à 16), en jugement sur les ennemis. Matthieu insiste sur l’accomplissement des prophéties. Cependant, les Juifs auraient reçu un Messie triomphant mais, humble et débonnaire, ils Le rejettent tout en proclamant « Hosanna ». Ne se fiant pas aux hommes, le Seigneur accomplit la prophétie.

Il disposait de toutes choses : « Le monde est à moi et tout ce qu’il contient » (Ps. 50. 12), et : « Toutes choses le servent » (Ps. 119. 91). Il dispose aussi de cet ânon et Il fait dire par Ses disciples, au propriétaire de l’animal : « Le Seigneur en a besoin » (v. 3). Il sait que le maître de l’ânon est tout disposé à s’en défaire pour le Seigneur. S’Il appelle quelqu’un à Son service, Il prépare le cœur d’abord. Il n’envoie pas quelqu’un de non préparé.

La dernière semaine avant la croix, Il est reconnu comme le roi (v. 5) – comme le Fils de David (v. 9) – comme le prophète (v. 11). La foule qui a suivi Jésus depuis la Galilée et a vu Ses miracles, reconnaît en Lui le Messie et crie : « Hosanna » – Sauve je te prie. C’est aussi une louange au Fils de Dieu. Ils mettent même leurs vêtements sur le chemin avec des branches d’arbres. Cela nous ramène à ces gestes de soumission et d’humilité observés par ceux qui honorèrent Jéhu lorsqu’il fut fait roi (2 Rois 9. 12 et 13). La foule pensait peut-être à la fête des tabernacles et à la joie qui s’y rattache, préfigurant le millénium (Lév. 23. 40).

Mais devant les habitants de Jérusalem et les chefs du peuple, la même foule rabaisse son propre témoignage : le Seigneur n’est plus que le prophète qui est de Nazareth de Galilée. La foule, emportée par ses sentiments, honore le Seigneur, mais la suite montre que le cœur restait fermé. La conversion n’est pas affaire de sentiments, mais un retournement complet du cœur, douloureux d’abord, avant de goûter la joie. Le Seigneur ne se fie pas à nos émotions (Jean 2. 23 à 25) et pleurera sur Jérusalem.

En Matthieu 2. 3, l’annonce de la naissance du roi d’Israël trouble la quiétude de Jérusalem. On avait déjà Hérode comme roi : c’était bien suffisant ! Ici, la ville est émue et intriguée : « Qui est celui-ci ? ». Émotion, sans doute, devant ce spectacle grandiose et inattendu, mais le rejet s’apprête. Tout en connaissant les Écritures, on ne désirait pas Sa venue. C’est alors que les enfants prennent le relais et continuent à proclamer : « Hosanna au Fils de David », ce qui scandalise les chefs. Quand les adultes sont défaillants, Dieu utilise les enfants pour proclamer la gloire de Son Fils.

Le v. 4 montre que la prophétie est pleinement accomplie à ce moment-là, même si elle se réalisera de nouveau à l’avenir, dans un contexte nouveau (ch. 23. 38 et 39), à l’établissement du millénium. Luc 19. 30 et Marc 11. 2 spécifient que l’ânon n’avait jamais été monté par personne ; de même, le Seigneur sera mis dans un sépulcre neuf, où personne n’avait été mis. Là encore, Dieu revendique la prééminence de Son Fils et, si Luc – l’évangile du fils de l’homme – et Marc – l’évangile du serviteur, précisent ce détail, c’est afin que l’on ne confonde pas Jésus avec les autres hommes. Il est avant tout le Fils de Dieu.

« Il est juste et ayant le salut » (Zach. 9. 9 et 10), se rapproche de Luc 2. 13 et 14 : « Paix sur la terre et bon plaisir dans les hommes ». On ne retrouve pas ces paroles dans Matthieu 21, l’évangile du roi rejeté. Aussi, la paix ne pouvait s’instaurer à ce moment-là. La délivrance serait pour plus tard. Pas après pas, le Seigneur accomplit la loi et les prophéties, mais Son peuple Le rejettera malgré toutes les preuves qu’Il lui donnait qu’Il était le Messie.

C’est à Bethphagé – la maison des figues pas mûres -, que le Seigneur maudira le figuier stérile (v. 19) qui fait penser à Israël n’ayant pas porté les fruits que le Seigneur y était venu chercher. C’est le seul miracle de jugement opéré par le Seigneur sur la terre. Israël passera par la grande tribulation, sous la puissance diabolique de l’antichrist, avant d’accueillir son Messie. Le résidu juif proclamera de cœur, cette fois : « Hosanna » : Sauve, je te prie. Et « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Au v. 17, le Seigneur quitte la ville où Il n’est pas reçu, et s’apprête à abandonner le temple qui n’est plus que : « votre maison » (ch. 23. 38). Ici, Il considère encore le temple comme étant la maison de Dieu. Aussi doit-Il la purifier par le jugement : « Le zèle de ta maison me dévore » (Jean 2. 17). On trouve déjà ce jugement en Jean 2. 14 à 16, où Il est rejeté dès le début de cet évangile. Les Juifs avaient fait de la maison de Dieu « une maison de trafic », en faisant de la piété une source de gain.

Dans cette scène, le Seigneur se départit de Sa douceur habituelle pour exercer un jugement sévère, et souligne le vrai caractère du temple, qui se retrouve dans l’assemblée sur la terre : « une maison de prière », dans laquelle le Seigneur veut nous réjouir (És. 56. 7), là où Il place Ses droits et Sa gloire. Aux v. 13 et 16, le Seigneur utilise deux fois les Écritures, montrant leur unité, et la nécessité de les connaître pour se protéger et les utiliser à bon escient.

Connaissant les prophéties, ce peuple avait une grande responsabilité dans la souillure du temple. Dieu avait édicté des facilités pour ceux qui habitaient loin de Jérusalem (Deut. 14. 22 à 26), mais les Juifs en avaient fait un prétexte pour trafiquer. Et, de nos jours, les chrétiens continuent à tout gâter dans l’assemblée. Les lieux où nous nous réunissons ne sont pas sacrés, mais respectons-les par notre attitude.

Cependant, s’Il chasse les « voleurs » du temple, Il guérit les infirmes qui viennent à Lui en reconnaissant leur misère (v. 14). Quant à nous, soyons fermes dans l’assemblée, mais pleins de grâce. Les aveugles et les boiteux, haïs de l’âme de David (2 Sam. 5. 8), sont reçus en grâce par le Seigneur.

Plus tard, la grande Babylone sera jugée, elle aussi, dans l’intense trafic qui la caractérisera (Apoc. 18. 10 à 13). La masse du peuple peut rejeter le Seigneur jusqu’à l’apostasie, mais Il se garde un résidu, objet de Sa grâce, dans ces infirmes guéris et ces enfants lui rendant hommage. Avant l’établissement du royaume, un résidu recevra le Messie.

Dans ces passages, le Seigneur cite Ésaïe 56. 7 et Jér. 7. 11, et Il dit « Ma maison » : c’est Sa maison, car Il est Dieu, et Il y met de l’ordre en premier lieu. De même, Pierre dit que le jugement commence par la maison de Dieu (1 Pier. 4. 17) et, dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, le Seigneur juge Son assemblée avant de juger le monde.

Les guérisons que le Seigneur opère là, et les enfants criant dans le temple, produisent une triste réaction chez les chefs : indignation, haine et détermination à faire mourir le Seigneur. Cependant, sans se lasser, Il les enseigne par les Écritures qu’ils connaissaient mais ne comprenaient pas. Nos cœurs sont-ils touchés de compassion pour ceux qui périssent selon Romains 9. 3 ? Si nous sommes infidèles, le Seigneur suscitera d’autres ouvriers : « si ceux-ci se taisent, les pierres crieront » (Luc 19. 40). La puissance divine est illimitée et peut même susciter des enfants à Abraham, à partir de pierres (Mat. 3. 9), cette affirmation de Jean le baptiseur ramenait le peuple à la grâce de Dieu envers les nations endurcies par l’idolâtrie, à la place des descendants naturels d’Abraham (Mat. 8. 11). Alors que les chefs rejetaient le Seigneur et que les foules devenaient hésitantes, le Seigneur fait jaillir Sa louange de la bouche des enfants ! Dieu, autrefois, avait ouvert la bouche d’une ânesse pour réprimer la folie de Balaam (Nomb. 22. 28 et 30). Si l’évangile est encore refusé en Israël, les nations l’ont reçu.

La fin du v. 17 nous rappelle une circonstance heureuse où le Seigneur est reçu dans une famille aimée et aimante, à Béthanie, chez Marthe, Marie et Lazare, où Il passa la nuit. Quinze stades séparaient Jérusalem de Béthanie – environ un kilomètre sept cent. Mais quelle différence ! Rejeté à Jérusalem, la ville du grand roi, Il est reçu dans cette petite bourgade où Il peut jouir de l’amour des Siens tandis que la croix était proche : « Il boira de l’eau du torrent dans le chemin, c’est pourquoi il lèvera haut la tête » (Ps 110. 7). Marc signale que « le soir étant venu, il sortit de la ville ». Durant la nuit de ce monde, le Seigneur se plaît à habiter dans les cœurs qui L’aiment, Le connaissent et Le reçoivent.

Au-delà de la faim physique du Seigneur, Il avait faim de voir Son peuple terrestre se tourner vers Son Messie, afin de faire d’Israël un peuple témoin et missionnaire, ce qui se réalisera durant le millénium Cependant, il y a une autre portée de cette faim du Seigneur : parmi les Siens, certains sont dans le besoin. Pourvoir à ces besoins, selon nos moyens, c’est satisfaire le Seigneur identifié totalement avec les Siens (Mat. 25. 31 à 40). Faire du bien ou du mal aux Siens, c’est à Lui qu’on le fait (Act. 9. 5).

« Ce n’était pas la saison des figues » (Marc 11. 12), et le Seigneur le savait. Mais, cette scène se déroulant peu avant la Pâque, le figuier aurait dû présenter une promesse de fruits. Et : « Il n’y trouva rien que des feuilles » (v. 19). La portée symbolique de cette recherche des fruits hors saison, c’est que le Seigneur visitait Son peuple, et n’y trouvait rien sinon la réjection de son Messie ! Dès lors, Israël est stérile pour Dieu. Les feuilles, dans la chrétienté, représentent des chrétiens de nom, mais n’ayant pas la vie de Christ en eux : ils seront trouvés nus tout en étant faussement revêtus du nom de Christ (2 Cor. 5. 2 et 3). Ils ont « le nom de vivre » mais sont « morts » (Apoc. 3. 1). Le figuier duquel le cultivateur prend soin une année de plus en Luc 13. 6 à 9, montre la patience de Dieu, mais une patience qui a une fin. Cette vérité est valable pour nous comme pour Israël.

Le figuier maudit et qui se dessèche, manifeste la divinité du Seigneur. Sa divinité, habituellement voilée sous Son humanité, se révèle à plusieurs reprises dans les évangiles : Il demande à boire à la Samaritaine, mais Il lui dit tout ce qu’elle a fait (Jean 4. 8, 17, 18 et 29). Il lui donne l’eau qui jaillit en vie éternelle (v. 14). En Jean 18. 1 à 13, le Seigneur s’avance vers ceux qui viennent pour L’arrêter et, lorsqu’II leur dit : « C’est moi », ils tombent à terre devant le Fils de Dieu (v. 5 et 6). Puis Il voile de nouveau Sa divinité et, ayant dit une seconde fois : « C’est moi », ils arrêtent le fils de l’homme (v. 8, 12 et 13).

Devant l’étonnement des disciples ayant vu le figuier se dessécher, Il leur parle d’une montagne. Dans la Parole, la montagne est souvent désignée en contraste avec les lieux bas – la plaine : « Qui es-tu, grande montagne devant Zorobabel ? Tu deviendras une plaine » (Zach. 4. 7). C’est la proximité de Dieu : Ararat pour Noé, Morija pour Abraham. La montagne parle aussi d’obstacle infranchissable pour l’homme ; une épreuve qui peut durer longuement : « Vous avez assez demeuré dans cette montagne » (Deut. 1. 6). Le Seigneur parle alors de foi, capable de jeter la montagne dans la mer. En figure, le système religieux d’Israël allait être une montagne, un obstacle pour les disciples qui seraient persécutés après le départ du Seigneur. Mais leur foi devait en triompher. Et, quarante ans après, Titus détruisit la nation juive.

Demandons à Dieu cette foi vigoureuse, car ce qui est possible à Dieu est à la disposition des croyants. Mais demandons selon Sa volonté, ne doutant nullement (Jac. 1. 6), afin d’être exaucés. « Le juste vivra par sa foi » (Hab. 2. 4). Ce qui est vrai pour le salut l’est aussi pour le déroulement de la vie chrétienne (Marc 11. 22). Le Seigneur stigmatise l’incrédulité impuissante en Matthieu 17. 19 et 20 où Il montre que la foi est associée à la prière. Le Seigneur ne se lasse pas d’enseigner les disciples. « Vous redire les mêmes choses n’est pas pénible pour moi, et c’est votre sûreté » (Phil. 3. 1). « Demandez et il vous sera donné » (Mat. 7. 7). Cependant, si nous ne recevons pas ce que nous demandons, même avec foi, examinons si nos requêtes sont selon le Seigneur ou pour « nos voluptés » (Jac. 4. 3). Si nous demandons selon la volonté du Seigneur, « Il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute… nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » (1 Jean 5. 14 et 15).

Le Seigneur peut aussi exercer la foi en ne répondant pas tout de suite à nos prières, mais nous avons déjà, par la foi, les choses demandées. Anne en est un exemple (1 Sam. 1. 17). Dieu donne toujours ce qui est bon, pas toujours ce que nous demandons.

C’est dans le temple, leur domaine ordinaire et où le Seigneur avait agi avec autorité (v. 12 à 16), que les chefs religieux interviennent et L’interrogent sur l’origine de Son autorité qu’ils refusent (v. 23), tandis que leur question cache mal leur jalousie. Ils oubliaient que le temple était la maison de Dieu. Le Seigneur répond par une autre question qui met à nu leur manque de droiture. Sommés de répondre, ils comprennent que, par leur réponse, ou bien ils se condamnaient eux-mêmes, ou bien ils perdaient leur domination sur le peuple, ayant « aimé la gloire des hommes plutôt que la gloire de Dieu » (Jean 12. 43) et ils « s’étaient assis dans la chaire de Moïse » (Mat 23. 2). Le Seigneur avait stigmatisé leur hypocrisie en Matthieu 15. 7 à 9). Alors ils déclarent ne pas savoir (v. 7), car « ils craignaient les foules » (Mat. 21. 46). Le Seigneur va leur faire sentir que le baptême de Jean qu’ils avaient tenu pour chose négligeable, était de toute importance et appelait à la repentance, qui devait disposer les cœurs à recevoir le Messie. Jean avait déjà fustigé leur refus de s’y soumettre (Mat. 3. 7 à 12).

L’autorité du Seigneur s’exerçait dans Ses œuvres et dans Son enseignement (Mat. 7. 28 et 29), mais les pharisiens l’accusaient de chasser les démons par le chef des démons » (ch. 12. 24). Le blasphème remplissait leurs cœurs. Le Seigneur ne conteste pas leur autorité qui, pourtant, leur sera ôtée, mais Il dévoile la fausseté de leurs cœurs. Ils n’ont aucune crainte de Dieu, et ne reconnaissent pas le Messie dans le Seigneur. Ils étaient des « aveugles conducteurs d’aveugles ». Argumenter avec ces hommes fourbes eût été « jeter des perles devant des pourceaux » (Mat. 7. 6).

Pourtant, Jean le Baptiseur, au début de son ministère, voyant marcher Jésus, avait reconnu publiquement en Lui, « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » et le Fils de Dieu » (Jean 1. 29 à 34). Si les chefs avaient reconnu la valeur du baptême de Jean et s’y étaient soumis, comme les publicains et les prostituées (Luc 7. 29), ils auraient aussi reconnu l’autorité du Seigneur, car le baptême de Jean et le Seigneur venaient du ciel. Mais, ayant refusé la repentance qu’apportait ce baptême, ils se sont privés de la grâce divine venue par le Seigneur Jésus (Jean 1. 17)

Au verset 28, le Seigneur prend l’initiative et prend ces « sages dans leur ruse ». Il les amène, malgré eux, à prononcer leur propre jugement. Ce n’est qu’à l’issue de la dernière parabole et à un ultime recours aux Écritures, qu’ils comprennent enfin, que le Seigneur parle d’eux ! Ils sont à ce point inconscients de leur véritable état, qu’ils posent cette question au Seigneur, en Jean 9. 39 à 41 : « Et nous, sommes-nous aussi aveugles ? » Gardons-nous de nous éloigner du Seigneur et des Écritures, sinon nous deviendrons aussi des aveugles qui prétendent voir. « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25. 14). Gardons-nous également de chercher à prendre, dans l’assemblée, une autorité qui ne revient qu’au Seigneur : nous deviendrons aveugles nous aussi.

Dans l’avenir, « l’inique » usurpera l’autorité dans le temple reconstruit et, n’ayant pas « l’amour de la vérité pour être sauvés », lui et ceux qui le suivront, recevront « une énergie d’erreur » (2 Thess. 2. 9 à 12) et ils seront jugés. Ayons donc l’amour de la vérité, mais aussi, soyons vrais devant Dieu et les uns envers les autres, car le manque de droiture a fait de grands ravages parmi nous (2 Cor. 11. 2 à 4). Au v. 32, le Seigneur met à nu leur absence de repentance, contrairement aux publicains et aux prostituées. Ainsi les chefs du peuple se condamnaient eux-mêmes (v. 31 et 41).

La parabole du Seigneur se réfère à la prophétie d’Ésaïe 5. 1 à 7 où l’on retrouve les mêmes détails : la vigne représente Israël. La clôture marque la séparation du peuple d’avec les nations. La tour parle de surveillance afin de voir approcher l’ennemi de loin. Le pressoir, souvent dans la Parole, amène la pensée du jugement de Dieu sur les impies (Apoc. 14. 7) Mais ici, le pressoir parle du moyen de produire le vin qui réjouit le cœur de Dieu et des hommes. Dieu voulait se réjouir dans les fruits que Son peuple terrestre devait produire.

Les cultivateurs n’ont pas veillé sur la « vigne », et ont persécuté et tué les esclaves du maître de la vigne (v. 35 et 36). Puis ils ont jeté hors de la vigne et tué le « fils bien-aimé » Lui-même (Marc 12. 6), trompant ainsi la confiance du maître. « Ils auront du respect pour mon fils ». L’amour du Père est manifesté en ce qu’Il envoie Son propre Fils à ceux qu’Il aime. Il n’y avait pas de repentance dans les cœurs rebelles du peuple (2 Chron. 24. 19 à 22 ; Jér. 2. 19 à 24, 29 et 30), de sorte que le Maître – Dieu Lui-même – n’a recueilli aucun fruit. Dans la parabole, le Seigneur parle surtout de la manière dont les prophètes et le Fils de Dieu ont été rejetés et tués. Mais à travers Israël, c’est toute l’humanité de tous les temps qui a été mise à l’épreuve. Malgré tous les soins que Dieu a prodigués à Son peuple, Il n’a vu que des fruits sauvages (És. 5. 4). Dieu avait transporté un cep d’Égypte dont les sarments étaient comme les cèdres de Dieu (Ps. 80. 8 et 10). En son temps, Il envoie pour chercher Ses fruits, car ils Lui appartiennent. Mais Il a dû juger sévèrement Son peuple (v. 12). Le résidu fidèle seul, s’en remet à la grâce de Dieu (Ps. 80. 3, 7 et 19).

En Matthieu 21, les chefs, dans leur méchanceté inconsciente, prononcent eux-mêmes leur propre condamnation (v. 41). Pourtant, les Écritures qu’ils connaissaient bien étaient en train de s’accomplir sous leurs yeux (Luc 4. 18 à 21). À travers ce peuple rebelle, c’est le cœur humain qui est manifesté ici. La patience de Dieu est impressionnante, mais elle a un terme !

Les chefs, d’une certaine manière, avaient reconnu le Fils de Dieu (v. 38 ; Luc 22. 66) : ils voulaient s’emparer de l’héritage en supprimant l’Héritier ! Mais, si Dieu veut faire jouir les croyants des délices du royaume des cieux, ce sera avec le Seigneur, l’Héritier ; car « nous sommes héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ » (Rom. 8. 17).

Sur la terre, il y aura un temps difficile pour les croyants, car les hommes impies rejettent Dieu (Ps. 2. 2 et 3). Les prophéties s’accomplissaient devant eux, mais les chefs, jaloux de leurs prérogatives, s’apprêtaient à tuer leur Messie. « Il vint chez soi et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1. 11). Alors, « Il fera périr misérablement ces méchants » (v. 41). La loi divine a été donnée à ce peuple afin de faire la preuve que l’homme est incapable de l’accomplir. Dieu le savait, mais a mis l’homme à l’épreuve. Cependant, le Seigneur ne se lasse pas d’enseigner. Dieu ne cherche plus du fruit dans Son peuple de la même manière, mais sème la bonne semence (Mat. 13). Quand elle tombe dans la bonne terre, elle porte du fruit spirituel pour Dieu.

Malgré eux, les chefs prophétisent que le « Maître louera sa vigne à d’autres cultivateurs qui en rapporteront les fruits en leur saison ». Les Juifs ayant rejeté leur Messie, le Seigneur a été reçu par un grand nombre de personnes des nations (Act. 13. 46 et 47). Plus tard, le résidu juif les recevra aussi et en rapportera les fruits. Mais ce seront là, « d’autres cultivateurs » (Rom. 11. 12 et 21). Considérons donc la bonté et la sévérité de Dieu » (v. 22).

Les nations christianisées ont-elles porté du fruit pour Dieu ?

Le Seigneur prend au mot ces méchants hommes qui, à leur insu, prophétisent contre eux-mêmes, et Il les renvoie aux Écritures qu’ils connaissaient et qui auraient dû les convaincre. Mais ce qu’ils disent leur arrivera. Ces chefs étaient ces « bâtisseurs » rejetant « la maîtresse pierre du coin », le Seigneur Jésus Lui-même (És. 28. 16 ; Act. 4. 10 et 11 ; 1 Pier. 2. 4). « N’avez-vous pas même lu cette écriture ? » (Marc 12. 10) La Parole doit être lue, mais aussi reçue dans les cœurs, sinon elle est méprisée et rejetée. Lorsque le roi Hérode les interroge sur le lieu de naissance du Messie, ils savent bien répondre, mais n’en tirent aucune conclusion pour eux-mêmes quant au Seigneur.

À l’heure actuelle, l’édifice que le Seigneur bâtit est spirituel : c’est l’assemblée, et le seul fondement qui est posé, c’est Jésus Christ (1 Cor. 3. 11) qui soutient tout l’édifice. Nous-mêmes sommes « édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur » (Éph. 2. 20 et 21). Rejetée par les Juifs jusque-là, cette pierre du coin est, pour l’instant, « merveilleuse à nos yeux », car Christ est « Dieu manifesté en chair », et étant Lui-même sans péché, Il a fait une œuvre de grâce envers nous, pécheurs ! Plus tard, elle deviendra merveilleuse aux yeux du résidu croyant juif.

Qu’il s’agisse de l’assemblée chrétienne ou du peuple juif restauré dans l’avenir, la grâce de Dieu repose tout entière sur l’œuvre de Christ à la croix, où Son sang a été versé pour les pécheurs repentants. La loi ne sera plus inscrite sue les tables de pierre, mais sur leurs cœurs. Le Seigneur, d’ailleurs, n’est pas que le fondement de l’édifice tout entier de grâce, Il est aussi « la pierre du faite » (Zach. 4. 7), la dernière pierre de l’édifice pour laquelle éclatera la louange finale. En Esdras 3. 10 et 11, c’est au Seigneur que s’adresse la louange (Ps. 118. 26 et 29). Le Seigneur se définit Lui-même comme étant « l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier » (Apoc. 21. 6).

 Lorsque le dernier homme, que Dieu, a préconnu comme devant devenir croyant, aura accepté le Seigneur pour son Sauveur, le Seigneur vendra chercher Son assemblée. Dans la construction de l’édifice – l’Assemblée – nous avons aussi notre responsabilité quant à la manière dont nous y travaillons : quels matériaux y apportons-nous ? (1 Cor. 3. 12 et 13)

Ayant rejeté violemment son Sauveur, le peuple juif a été brisé, selon ce qu’annonce le Seigneur (v. 44). Cela a eu lieu lorsque les Romains ont chassé le peuple du pays, quarante ans après la mort du Seigneur. Mais un jour encore à venir, le Seigneur Lui-même se lèvera pour « broyer » le peuple apostat (v. 45), s’étant mis volontairement sous l’autorité de l’antichrist. Seuls seront sauvés ceux qui recevront le Seigneur Jésus (Mat. 24. 39 à 41). Ce sera vrai pour les hommes incrédules en général, et plus particulièrement pour les Juifs ennemis. Pour ceux-là, le Seigneur aura été « une pierre d’achoppement, un rocher de chute » (1 Pier. 2. 8). Cependant, si la nation juive a failli quant à recevoir son Messie, un résidu sera restauré à la fin. Interpellés en vain une dernière, fois en Actes 13. 45 à 47, les Juifs seront abandonnés à leur incrédulité. Du temps du Seigneur, le peuple Le considérait comme un grand prophète, et même comme le Christ (Luc 7. 16 ; Jean 7. 40 et 41). Mais la foule versatile sera « persuadée » par les chefs religieux de demander Sa mort (Mat. 27. 20 à 23).

Daniel 2. 34, 35 et 44, annonce la fin « du temps des nations » institué par Dieu Lui-même lorsque le peuple fut amené captif par Nebucadnetsar. Le royaume des nations sera définitivement détruit pour avoir failli à son tour, et remplacé par le royaume millénial de Christ, qui ne sera jamais transmis. Les prophéties de Daniel évoquent les quatre royaumes des nations : l’empire babylonien, l’empire médo-perse, l’empire grec et l’empire romain qui sera reconstitué dans un proche avenir.

Dans la parabole de la vigne et des cultivateurs le Fils de Dieu est rejeté. Le peuple incrédule a été « brisé »; plus tard, le peuple devenu apostat, sera « broyé ». La mention des noces pour le fils du roi (ch. 22), élargit la grâce de Dieu envers les nations et dépasse les bénédictions promises à Israël sous la loi. Les ch. 13, 20 et 25 montrent différents caractères que prend le royaume des cieux, plus vaste qu’Israël seul ou que l’Église seule. Le ch. 22 présente encore la grâce au peuple et aux nations ; en Apocalypse 19. 17, la grâce n’est plus de circonstance, et le jugement de Dieu s’abat sur les impies.

La parabole des noces dévoile la place que le Seigneur Jésus occupe dans le cœur du Père. Son but est de glorifier Son Fils tandis que nous sommes encore sur la terre, comme déjà assis au repas de communion, revêtus de « la robe de noce » qui est Christ Lui-même. Refuser l’invitation de Dieu aux noces qu’Il fait pour Son Fils, c’est tout simplement « outrager l’Esprit de grâce » (Héb. 10. 29). On voit que cette parabole n’invoque pas du tout la présence de « l’épouse » : le centre de tout, pour Dieu, c’est Son Fils, et non l’Église, l’épouse céleste, si précieuse qu’elle soit par ailleurs. Certes, les bénédictions terrestres pour le peuple juif et célestes pour l’Église, reposent toutes sur la croix du Seigneur, Sa résurrection et Son ascension.

Trois phases, dans cette parabole, montrent l’action de Dieu. D’abord pour les Juifs, premiers conviés aux noces. Mais « ils ne voulurent pas venir » (v. 3 ; ch. 23. 37). Puis, Dieu envoie de nouveaux esclaves – les apôtres – pour prêcher l’évangile aux Juifs, mais « eux n’en tinrent pas compte » (v. 5). Enfin, les apôtres se tournèrent vers les nations qui, elles, étant « sans droit de cité en Israël » (Éph. 2. 12), s’en réjouirent (Act. 13. 48). Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, « tant mauvais que bons ». Aux yeux de Dieu, « il n’y à point de juste, non pas même un seul » (Rom. 3. 10). Abraham, patriarche honoré même par les païens, et Rahab la prostituée, sont les objets de la grâce divine, parce qu’ils étaient caractérisés par une semblable foi.

Dieu veut que la salle des noces soit remplie de conviés revêtus de robes de noces : pour goûter au repas de communion avec Christ, il faut être revêtu de Sa justice. Celui qui n’avait pas de robe de noces symbolise les professants du christianisme, en particulier, qui n’ont pas revêtu Christ, sinon en apparence, mais ils n’ont pas la vie en eux.

Ils sont « trouvés nus en étant revêtus » (2 Cor. 5. 3). C’est à de tels que Christ répondra à leurs supplications : « Je ne vous connais pas » (Mat. 25. 12). Beaucoup de choses peuvent empêcher de s’asseoir au repas de la grâce, si le travail, la famille, les soucis de la vie ou toute autre chose deviennent des priorités dans nos cœurs (Marc 4. 18). Le travail est nécessaire, mais ne doit jamais devenir une « passion ».

Le refus obstiné des Juifs de répondre aux invites réitérées de Dieu l’a conduit à envoyer Titus, pour brûler Jérusalem et le temple. La colère de Dieu était juste. En Matthieu, les esclaves convient les invités. Les apôtres, comme nous-mêmes, devons appeler sans exercer la moindre contrainte. En Luc 14. 23, l’esclave – le Saint Esprit – doit contraindre les gens d’entrer : Il en a seul le pouvoir et l’autorité. Le Dieu de grâce exerce aussi le jugement sur Son peuple, même en utilisant des païens (Jér. 27. 6 ; Joël 2. 25 ; És. 10. 5). Ce ne sont pas les esclaves qui ont discerné que cet homme n’avait pas de robe de noces, mais le Maître : cette faculté n’appartient qu’à Dieu, car les hommes peuvent se faire illusion. Judas prétendait réserver le prix du parfum aux pauvres, dont il ne se souciait nullement, mais il était voleur. « … l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur » (1 Sam. 16. 7).

Ch. 22

En Orient, au temps du Seigneur, la famille qui invitait à des noces, fournissait les « robes de noces » blanches aux invités. C’est un peu la même pensée exprimée en Luc 15. 20 et 21, où le père revêt son fils, de retour et repentant, de « la plus belle robe » qui parle de la justice de Dieu revêtant l’homme qui vient à Lui dans la repentance. Nous ne pouvons nous tenir devant Dieu que revêtus de Christ et de Sa justice (Phil. 3. 9 ; Éph. 4. 22 à 24), après avoir « dépouillé le vieil homme qui se corrompt ». C’est « dehors » que le fils prodigue reçoit la plus belle robe, avant d’entrer au festin que lui fait son père.

Nous sommes encore sur la terre, mais c’est déjà ici-bas que nous sommes revêtus de Christ et de Sa justice. Déjà en Genèse 3. 21, Dieu revêt Adam et Ève de peaux de bêtes, introduisant la pensée d’une victime innocente pour couvrir, devant Dieu, la nudité de l’homme pécheur. Entrer dans la salle des noces sans être revêtu de la robe adéquate, c’est entrer devant Dieu couvert de ses propres haillons ! C’est paraître devant Sa sainteté avec une justice humaine : Dieu ne peut que rejeter une telle prétention religieuse, et il s’ensuit la condamnation (v. 13).

Nous pouvons faire illusion aux hommes, mais Dieu ne s’y trompe pas. « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (v. 14 ; Rom. 8. 29 et 30). Personne ne peut se tenir devant Dieu dans son état naturel ; mais Dieu a trouvé le moyen de justifier ceux qui croient (Rom. 3. 9 et 10). Dans la parabole de Matthieu, la grâce est offerte à tous, mais tous ne l’acceptent pas. Dieu appelle tous les hommes à la repentance, mais peu acceptent ce chemin pour être sauvés !

En Apocalypse 19. 7 et 8, aux noces de l’Agneau, l’Épouse est revêtue de la « robe de fin lin » représentant les actes justes des saints qu’ils ont tissés sur la terre, mais c’est dans le ciel qu’elle en sera vêtue. Les noces de l’Agneau auront lieu après la destruction définitive de Babylone la Grande, la fausse épouse, afin qu’il n’y ait pas de confusion dans l’univers moral créé. Au temps de Moïse, le peuple sorti d’Égypte était nombreux, mais seuls Josué et Caleb, de cette génération, sont entrés dans le pays de la promesse.

Dans notre parabole, il ne s’agit pas des noces de l’Agneau, mais plutôt de la table de la profession chrétienne. Et là, Dieu voit chacun de nous, et juge s’il y a en nous la vie de Christ. Gardons nos cœurs purs de souillure (Apoc. 3. 4). Même si l’Église aura déjà été enlevée, en Apocalypse 16. 13 à 15, le résidu des hommes devra « garder ses vêtements » non souillés. C’est le côté de notre responsabilité devant la sainteté de Dieu.

D’un certain point de vue selon Matthieu 8. 11 et 12, les Juifs, « les fils du royaume », incrédules, seront jetés dans les ténèbres du dehors, n’étant pas revêtus de Christ. « Là seront les pleurs et les grincements de dents » (v. 13). Pour l’homme formé à l’image de Dieu (Gen. 1. 26), la séparation éternelle d’avec son créateur produira une souffrance intolérable, sans soulagement ! « Bienheureux ceux qui lavent leur robe » (Apoc. 22. 14)

« Ami » (v. 12), signifie dans l’original : celui avec qui on mange le pain, comme pour Judas (Mat. 26. 50). Mais en Jean 15. 13, le Seigneur « laisse sa vie pour ses amis » : Ici, ami parle des affections du cœur.

Dans les v. 15 et 16, les pharisiens, farouchement opposés à l’occupation romaine, s’unissent aux hérodiens, fervents partisans de ces derniers ! C’est que, pour chercher à enlacer le Seigneur dans les pièges de leur haine contre Lui, ils n’hésitent pas à s’unir contre Lui, ainsi qu’avec les sadducéens (v. 23 à 33), négateurs des Écritures fondamentales ! Souvent, la haine unit, au moins momentanément, plus que l’amour. Ils emploient une arme redoutable, toujours efficace dans le monde d’aujourd’hui : la flatterie… malgré leurs Écritures, sans équivoque à ce sujet.

« La bouche flatteuse amène la ruine » (Prov. 26. 28). C’est avec de mauvaises intentions que les pharisiens essaient de flatter le Seigneur avec des paroles vraies (v. 16). Tout autre que le Seigneur serait tombé, mais Il dévoile leurs intentions « pourquoi me tentez-vous… » et leur état de cœur : « hypocrites » (v. 18). C’est avec des cœurs faux qu’ils disent la vérité quant au Seigneur, à leur propre détriment. Gardons-nous de flatter un frère, ce qui le ferait trébucher.

Ayons plutôt la sagesse, la prudence, la connaissance et la réflexion de Proverbes 8. 12. Croissons en sagesse et en stature spirituelle (Luc 2. 40 à 52). Au v. 17, on Lui tend un double piège par une seule question : « Est-il permis de payer le tribut à César ou non ? » Les pharisiens et les hérodiens s’opposent quant à la domination romaine. Que le Seigneur ait répondu oui ou non, et il se conciliait un parti contre l’autre. Mais, dans Sa sagesse divine, Il répond en plaçant les choses sur un tout autre niveau. Il sépare ce qui est dû à César sous la domination duquel Israël se trouvait, de ce qui est dû à Dieu, de l’autorité de qui ils se dérobaient : le profane doit être séparé de ce qui est saint.

La monnaie du tribut portait l’inscription et l’effigie de César, montrant ainsi qu’ils étaient assujettis à la domination des Romains, et que, par conséquent, ils leur devaient le tribut (Rom. 13. 5 à 7), ce qui est toujours vrai pour nous, chrétiens. Dieu, autrefois, avait voulu pour Son peuple qu’il soit placé à la tête des nations, moyennant leur obéissance à la loi (Deut. 28. 1). Sinon, il serait chassé de son pays, au sein de ces mêmes nations (v. 15 et 25). Ayant refusé l’autorité de Dieu, ils ont dû être assujettis à l’autorité des nations, jusqu’à ce qu’ils se repentent et reviennent à l’Éternel. Après le retour partiel de la captivité à Babylone, Néhémie reconnaît qu’ils sont justement serviteurs et que les nations dominent sur eux à cause de leurs péchés – l’idolâtrie, en particulier.

Du temps du Seigneur, les-Juifs rejetaient leur Messie présent au milieu d’eux et s’apprêtaient à Le crucifier. Leur service était donc juste. Le Seigneur n’était pas venu pour délivrer le peuple de la domination romaine ; Lui-même s’y assujettissait, et paiera le tribut qu’il ne devait pas, car c’est le Roi des rois (Mat. 17. 24 à 27).

Pourtant, les Juifs l’accuseront de « défendre de payer le tribut à César » (Luc 23. 1). Nous devons L’imiter, nous conduisant comme les enfants d’un Père parfait.

De riche qu’Il était, car II est le créateur et le possesseur de toutes choses, Christ s’est fait pauvre parmi les pauvres, ne possédant rien sur la terre. Il demande qu’on lui montre la monnaie du tribut, afin de nous enrichir en nous donnant la vie éternelle (2 Cor. 8. 9).

Ce chapitre dévoile la fausseté méchante de trois catégories de personnes en Israël. Les pharisiens, religieux de la secte la plus exacte ; les hérodiens, partisans politiques d’Hérode et favorables aux Romains. Le Seigneur disait à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18. 36) – enfin, les sadducéens, rationalistes niant en bloc la résurrection, les anges et les esprits en général (Act. 23. 8). Le croyant doit se garder de ressembler si peu que ce soit à ces trois catégories de personnes. Tous se révèlent ennemis de Christ et cherchent à l’enlacer dans Ses paroles.

Les sadducéens citent avec justesse le Deutéronome concernant le lévirat (Deut. 25. 5). Mais ensuite ils récitent au Seigneur une histoire aberrante avec laquelle ils se persuadaient entre eux que la résurrection ne pouvait exister ! Le Seigneur n’élude pas le faux problème posé par les sadducéens, mais leur démontre qu’ils sont dans l’erreur quant au mariage après la résurrection, et au sujet de la puissance de Dieu pour ressusciter les morts. Loin de rejeter leur question-piège, Il les enseigne par les Écritures (v. 31 à 33). « Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ». Même si les croyants passent par la mort corporelle, ils sont vivants pour Dieu (1 Cor. 15. 13 à 20). À la résurrection, nous serons rendus semblables à l’Homme Christ Jésus glorifié (1 Jean 3. 2). Les chrétiens font partie de la première résurrection avec les saints de l’Ancien Testament dont le Seigneur est les prémices. Ensuite, viendra la résurrection des morts, à la fin des temps, pour le jugement (1 Cor. 15. 22 à 24).

C’est du Pentateuque, que les sadducéens tirent la citation du v. 24, et que le Seigneur leur répond (v. 32), verset tiré d’Ésaïe 3. 6. Abraham, Isaac et Jacob étaient morts depuis plusieurs siècles, et pourtant Dieu se déclare « leur Dieu » preuve, s’il en fallait, que ces hommes vivent, pour Dieu. L’esprit de vie insufflé de Dieu dans l’homme demeure après la mort : le croyant est avec Christ dans le repos, quoique pas encore dans la gloire. « Être avec Christ est de beaucoup meilleur » (Phil. 1. 23). Et : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23. 43). Mais les hommes morts dans leur incrédulité – les boucs de la terre (És. 14. 9), sont « dans le shéol d’en bas », avec Satan, désigné en Ésaïe 14. 12 à 20, et en Ézéchiel 28, sous l’image du roi de Tyr. La perfidie des sadducéens sert au Seigneur à nous enseigner : après la mort, les liens du mariage, valables sur la terre, changent de caractère.

Quant à la résurrection, le Seigneur montre, par les Écritures, qu’elle existe et que les saints de l’Ancien Testament, ainsi que les croyants de l’Église, auront part à la victoire du Seigneur sur la mort, ayant eu la même foi, recherchant « la cité qui a les fondements » (Héb. 11. 9 et 10). La première résurrection d’entre les morts, dont Christ est les prémices, concerne les croyants seuls, et surviendra avant le millénium (Apoc. 20. 6) ; la résurrection des morts concerne les incrédules qui comparaîtront devant le « trône blanc » (Apoc. 20. 11 à 15 ; Jean 5. 28 et 29 ; 1 Cor. 15. 20 à 24). Christ vivifie qui Il veut ; mais tous n’auront pas la même destinée. « Les gages du péché, c’est la mort » (Rom. 6. 23).

Mais le but de Dieu n’était pas d’en rester là : Dieu ne pouvait échouer. De toute éternité, II avait pourvu à la propitiation nécessaire à l’homme pécheur (1 Pier. 1. 18 et 19). Si Christ est mort, Il est ressuscité et fait participer Ses rachetés à la vie éternelle, qui est en Lui (Rom. 6. 5 à 11). C’est le fondement de la foi chrétienne, et l’enseignement des apôtres (1 Cor. 15. 13 à 19). Il est « le chemin nouveau et vivant » (Héb. 10. 20).

L’étonnement de la foule « qu’il enseignait avec autorité et non pas comme les scribes » (Mat. 7. 28 et 29 ; 22. 33), ne lui servit de rien, car « le laissant, ils s’en allèrent » (v. 21). Mais les pharisiens reviennent à la charge, montrant, par leur question, qu’ils établissaient une hiérarchie dans les différents commandements de la loi. Le Seigneur replace les choses selon leur valeur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… tu aimeras ton prochain… ». « L’amour est la somme de la loi » (Rom. 13. 9 et 10). Aimer ses ennemis (Mat. 5. 6, 7), va bien au-delà de la loi cérémonielle que les Juifs devaient observer. Le Seigneur dévoile l’esprit de la loi. Marc 12. 28 à 34 met en scène un scribe qui, par sa réponse intelligente, s’entend dire par le Seigneur : « Tu n’es pas loin du royaume des cieux ». Mais il n’y était pas, n’ayant pas jugé son propre état devant Dieu.

En Luc 10. 25 à 37, un docteur de la loi désire « hériter de la vie éternelle » mais se justifie lui-même. Le Seigneur l’enseigne à agir comme le bon samaritain de la parabole. Aimer son prochain comme soi-même, c’est prendre notre propre mesure pour aimer les autres. Mais Jean 13. 34 nous donne « un commandement nouveau, que vous vous aimiez l’un l’autre comme je vous ai aimés ». Ici, c’est l’amour du Seigneur pour nous qui est la mesure. Dieu est amour (1 Jean 4. 8, 11 et 12), et « Il a versé son amour dans nos cœurs » (Rom. 5. 5). Les foules et les disciples doivent observer ce que leur enseignent les pharisiens, mais ne pas faire comme eux, car ils disaient mais ne faisaient pas (Mat. 23. 3). Il fallait la vie divine, et ces hommes ne l’avaient pas. Le Seigneur interroge à Son tour, et ils ne savent que répondre. Ils savent que le Messie était fils de David (v. 42 ; Mat. 1. 1). Mais le Seigneur les embarrasse par Sa citation du Psaume 110. 1, où David L’appelle Seigneur : « Le Seigneur a dit à mon seigneur : assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds ». Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ? » (v. 44 et 45).

Pierre se servira de ces versets en Actes 2. 29 à 35, pour convaincre ses auditeurs juifs que Jésus était le Messie. Et ils seront « saisis de componction » (v. 37). Mais dans Matthieu ils sont réduits au silence. Ils avaient pourtant Emmanuel – Dieu avec nous.

Ch. 23

Trois parties principales composent ce chapitre. Les v. 1 à 12 donnent la position des disciples au milieu du peuple et les exhortations pratiques s’y rattachant. Les v. 13 à 36, s’adressent directement aux scribes et aux pharisiens hypocrites. Les v. 37 à 39 montrent l’amour du Seigneur pour Son peuple qui reconnaîtra Son Messie plus tard. Le Seigneur est seul à prendre la parole, dans ce chapitre, après qu’Il a fermé la bouche à tous Ses contradicteurs. Ils étaient de mauvais conducteurs, faisant peser sur le peuple de lourds fardeaux qu’ils ne voulaient pas toucher eux-mêmes. Ici, le Seigneur parle en tant que Fils de Dieu, avec toute l’autorité divine qui Lui appartient : « Moi, je vous envoie des prophètes » (v. 34). Et : « J’ai voulu… » (v. 39).

Le Seigneur s’adresse à Ses disciples et au peuple qu’Il reconnaît encore comme Son peuple (v. 1 à 12), et délivre le même message à tous : les pharisiens qui enseignaient la loi de Moïse, mais ne la mettaient pas en pratique eux-mêmes. Ils aimaient les premières places et les salutations (v. 6 et 7). « Ils ont aimé la gloire des hommes plutôt que la gloire de Dieu » (Jean 12. 43). Les disciples aussi se demandaient « qui serait le plus grand » (Luc 22. 24). Convié à un repas par un pharisien, le Seigneur observe, sans doute depuis la dernière place, que tous les autres conviés cherchaient à occuper la première (Luc 14. 1 et 7 à 11). Ne recherchons pas les honneurs, ni mondains ni ecclésiastiques, car « quiconque s’élèvera sera abaissé ; et quiconque s’abaissera sera élevé » (Mat. 23. 12).

Le Seigneur seul est notre conducteur et nous n’avons qu’un seul Père, Dieu (v. 8 à 10). Nous sommes tous frères, égaux quant au salut, même si, pour le service, certains sont plus en vue que d’autres. À la fête des tabernacles, le Seigneur a refusé de « se montrer au monde » (Jean 7. 2 à 6). Soyons, en cela, Ses imitateurs. Ne nous interposons pas entre Dieu et les âmes, comme le fait le clergé, et soyons exigeants pour nous-mêmes plus que pour les autres. Il fallait donc faire ce qu’ils disaient mais ne pas imiter leur négligence coupable. Soyons attentifs, nous-mêmes, à mettre la Parole en pratique, d’autant plus si nous sommes appelés à l’enseigner « Ne soyez pas beaucoup de docteurs, mes frères, car vous en recevrez un jugement plus sévère » (Jac. 3. 1).

Scribes et pharisiens sont là lorsque le Seigneur fustige publiquement leur hypocrisie, et ils L’entendent. Mais, à partir du v. 13, II se tourne franchement vers eux, et leur adresse une plénitude de malédiction (sept malheur à vous), à cause de leur hypocrisie qui est en abomination au Seigneur. Paul lui-même condamnera tous les Juifs ayant la formule de la connaissance et de la vérité (responsabilité) , mais qui ne la pratiquaient pas (culpabilité) (Rom. 2. 17 à 23) : ils étaient des « conducteurs d’aveugles ». La vraie circoncision est du cœur et non de la chair (v. 29). Encore aujourd’hui, « Dieu veut la vérité dans l’homme intérieur ». L’hypocrisie consiste à se montrer extérieurement sous un jour honorable, mais les apparences ne trompent pas Dieu, qui voit dans le secret. Paul pouvait se présenter comme un modèle à imiter, parce que lui-même imitait Jésus Christ (1 Cor. 11. 1 ; Phil. 4. 9). Le Seigneur était réellement ce qu’Il disait (Jean 8. 25).

Dans ce ch. 23, le Seigneur a abandonné sa débonnaireté habituelle, car l’attitude des scribes et des pharisiens Lui était odieuse, et il en est de même aujourd’hui pour nous si nous sommes hypocrites. Le Seigneur laisse Son peuple sous la loi, car Son sacrifice à la croix n’avait pas encore eu lieu. « Toutes les choses donc qu’ils vous diront, faites-les » (v. 3). Les lourds fardeaux qui pesaient sur le peuple contrastaient avec le « le joug aisé et le fardeau léger » du Seigneur (Mat. 11. 30).

Bien que n’étant plus sous la malédiction de la loi (Act. 15. 6 à 11), nous sommes tenus d’obéir à toute la Parole, car même la loi est bonne et présente des leçons morales que nous devons observer. La loi a rendu le péché « excessivement pécheur » et nous a faits « transgresseurs de la loi », mais nous sommes sauvés par la grâce (Éph. 2. 8). Ne changeons pas « la grâce en dissolution » (Jude 4). « Sois le modèle des fidèles » (1 Tim. 4. 12), « la volonté de Dieu, votre sainteté » (1 Thess. 4. 3).

Au v. 8, le Seigneur ne parle pas pour tous les hommes ; mais rappelle aux Juifs qu’ils sont tous frères et que l’Éternel est leur Père (És. 63. 16). Quant à nous, chrétiens, Dieu est notre Père, comme nous ayant engendrés en Christ (Éph. 4. 6). Ainsi, nous sommes tous frères.

Le début de ce v. 6, montre qu’Il est aussi le Père de tous les hommes, comme Créateur. Le Seigneur ne parle pas ici d’égalité entre les frères, mais de position commune devant leur Père céleste. Romains 8. 15 évoque des relations affectives des croyants avec Dieu, en relation avec l’œuvre de la croix : ils peuvent dire « Abba, Père ».

Les Israélites avaient une certaine connaissance du Père. Mais il fallait la mort et la résurrection du Seigneur pour que les croyants connaissent le Père (Jean 20. 17). Christ seul, comme étant au-dessus de tous, est notre conducteur (Mat. 23. 8 à 10). Cependant, Il donne des frères, doués de Sa part, pour diriger le troupeau dans la vérité et l’y maintenir (Héb. 13. 7, 17 et 24). Nous devons nous souvenir d’eux, leur obéir, les saluer et imiter leur foi. Cela suppose que leur foi est connue depuis longtemps, et certains, morts, sont du passé. Mais « Jésus Christ est le même, hier et aujourd’hui et éternellement » (Héb. 13. 8). Ces conducteurs ne doivent pas « dominer sur des héritages » (1 Pier. 5. 2 et 3), mais être des « modèles du troupeau ».

Les scribes et les pharisiens étaient ces mauvais bergers d’Ézéchiel 34. 1 à 6, qui se paissaient eux-mêmes au lieu de paître le troupeau, et qui le dominaient durement (Mat. 23. 4). Ils déployaient beaucoup d’efforts pour faire des prosélytes – des convertis parmi les nations, mais, mauvais conducteurs, ils les fourvoyaient dans le chemin de la perdition (v. 15). Ces chefs indignes aimaient les honneurs humains (v. 5 à 7), mais ils écrasaient le peuple par un légalisme outrancier et non selon Dieu. Tout ce qui porte le caractère d’un clergé est odieux au cœur du Seigneur.

Pour les chrétiens, les dons de grâce qui nous sont envoyés doivent être employés soigneusement pour le bien de l’assemblée (Rom. 12. 6 à 8) dans l’humilité ; car la Parole nous dit : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4. 7). « Quiconque s’élèvera sera abaissé ; et quiconque s’abaissera sera élevé » (Mat. 23. 12) est un principe divin, Dans l’assemblée, nul n’a le droit de s’imposer aux fidèles, mais chacun doit reconnaître les dons qui se manifestent parmi les frères. Égaux quant au salut, les dons au profit de l’assemblée sont tous différents, et doivent être reconnus et respectés comme venant de Dieu.

Sept malheurs sont prononcés ici ; mais Dieu avait prononcé d’autres « Malheur » (És. 3 et 5). Mais au ch. 6, Ésaïe s’écrie, effrayé : « Malheur à moi » (v. 5), En Matthieu 23, les scribes et les pharisiens étaient loin de dire « malheur à moi ». Le Seigneur nous enseigne que le plus grand d’entre les frères doit être comme celui qui sert (Mat. 23. 11 ; Luc 22. 26), car le Seigneur Lui-même était au milieu des Siens comme Celui qui servait (v. 27).

Le Sermon sur la montagne débute par ces « Bienheureux » (ch. 5) ; mais ici, le Seigneur rejeté prononce ces « Malheur à vous ». Quel contraste et quelle tristesse pour Son cœur ! Le peuple et ses chefs mis en garde, vont, pourtant, Le condamner tous ensemble !

Scribes et pharisiens s’opposaient, par leur hypocrisie, à l’entrée du peuple dans le royaume. Mais n’en est-il pas de même dans une grande partie de la chrétienté ? Ne trouve-t-on pas la même hypocrisie dans le clergé ? Comme les chefs du peuple, au temps du Seigneur, « ils sont des aveugles conducteurs d’aveugles » (Mat. 15. 14). Les vrais conducteurs, parmi les chrétiens, s’effacent, tout en travaillant pour amener des âmes à Dieu. Ces « Malheur » sont prononcés en rapport avec plusieurs manifestations différentes de l’hypocrisie (v. 13, 15, 16, 23, 25, 27 et 29). Dieu veut la vérité dans l’homme intérieur, comme dans le Psaume 51. Le verset 14 cité par le « texte reçu » est supprimé ici, comme appartenant à Marc 11. 40 et Luc 20. 47. La « rapine » du v. 25 caractérise le vol, la cupidité, le gain honteux faits par ces chefs.

En opposition, Tite, fidèle serviteur de Dieu, avait été laissé en Crête, et devait « fermer la bouche » aux insubordonnés (Tite 1. 9 et 10). Soyons humbles et fidèles.

Le verset 15, lu en parallèle avec Galates 6. 12 et 13 est un avertissement pour les croyants, contre une belle apparence – comme la circoncision dans la chair – et le fait d’en tirer une gloire extérieure. Cette attitude superficielle caractérisait les pharisiens, et le Seigneur les qualifie de « sépulcres blanchis ». Ils cherchaient ardemment à faire des prosélytes parmi les nations, mais leur mauvais exemple en faisait « des fils de la géhenne deux fois plus qu’eux ». Ils étaient « des aveugles conducteurs d’aveugles » (Mat. 15. 13 et 14) ; et le Seigneur dit à Ses disciples : « Laissez-les ». N’étant ni fondés ni enracinés en Christ, ils jouaient sur la Parole, lui faisant dire ce qu’ils voulaient. Seule, l’obéissance de cœur a de la valeur pour Dieu. Prenons garde à nous-mêmes à cet égard.

Selon la loi, un vœu prononcé devait être soigneusement acquitté (Nomb. 30) ; seule, une femme pouvait être relevée d’un vœu, si son père ou son mari le désapprouvait explicitement (v. 4 à 9). Les scribes et les pharisiens prononçaient des serments qu’ils estimaient ne pas devoir tenir, pourvu que le nom de Dieu Lui-même n’ait pas été engagé dans le serment. Mais le Seigneur leur montre leur hypocrisie, en leur rappelant que jurer par l’or du temple ou par le don qui était sur l’autel, c’était jurer par le temple lui-même et par Dieu qui y habite : Dieu était donc engagé par leurs serments ! Leur doctrine matérialiste les détournait même de leurs devoirs envers leurs propres parents, qu’ils n’assistaient pas, sous couvert que les dons qu’ils auraient dû leur faire étaient dédiés au temple (Mat. 15. 5) ! Les choses matérielles ont leur importance, mais Dieu doit passer en premier. Se parjurer, c’est ne pas tenir ses serments. Ne promettons rien que l’on ne puisse tenir. D’une certaine manière, ce serait mentir, c’est-à-dire, suivre le diable : « meurtrier… et le père du mensonge » (Jean 8. 44).

« Timides… meurtriers… idolâtres… menteurs… » sont voués à l’étang brûlant de soufre et de feu (Apoc. 21. 8). « Les timides », ici, désignent ceux qui hésitent toute leur vie à venir au Seigneur pour être sauvés. En Actes 5. 1 à 10, Ananias et sa femme ont menti à « l’Esprit Saint et à Dieu » (v. 4), « à l’Esprit du Seigneur » (v. 9). Un jugement mortel et immédiat est tombé sur eux, car ils étaient de connivence. Quant aux serments, le Seigneur avait déjà dit en Matthieu 5. 33 à 37, de ne pas jurer du tout. « Que votre oui soit oui et votre non, non ». Notre parole doit engager notre crédibilité. Jacques 5. 12 exhorte les chrétiens juifs des premiers temps, qui s’attardaient dans le judaïsme, à ne pas jurer, mais que leur parole soit sûre et ferme.

Comparé au don offert sur l’autel, la sainteté du pain de la cène ne doit pas fournir un sujet de débats stériles ; mais ayons un profond respect pour ce symbole du corps de Christ offert sur la croix, et aussi, de Son corps mystique.

Payer la dîme de différentes herbes aromatiques pouvait les faire passer pour plus pieux que les autres, car ces offrandes n’étaient pas demandées par Dieu (Deut. 14. 22 et 23), mais ils négligeaient les choses essentielles de la loi : jugement de soi-même, mais aussi discernement des choses de la loi, miséricorde envers les faibles et fidélité envers Dieu. Ces choses-là engagent toute la vie du croyant. Cependant, Dieu ne méprise pas de menues offrandes si elles viennent du cœur, pourvu que les choses importantes soient respectées (Luc 11. 42).

Le Seigneur stigmatise la propension des scribes et des pharisiens à « couler le moucheron et à avaler le chameau » (v. 24). « Ils filtraient soigneusement les petites choses de peu de valeur aux yeux de Dieu, mais ils se livraient sans retenue à des rapines et des intempérances grossières. Le chameau était l’animal impur le plus gros dont l’Israélite ne devait pas manger (Lév. 11. 4) !

Les pharisiens paraissaient justes aux yeux des hommes mais, n’ayant pas la vie divine en eux, ils étaient morts pour Dieu (v. 28). Une religion extérieure ne sauve pas. La « rapine » du v. 25 nous ramène à 1 Timothée 6. 6 à 10 : « l’amour de l’argent » peut nous conduire à « s’écarter de la foi » et à « se transpercer de beaucoup de douleurs ». L’intempérance est le contraire de la sobriété. Le Seigneur leur montre leur folie en leur rappelant que Dieu, qui a fait « le dehors » a aussi fait « le dedans » (Luc 11. 37 à 40). Soignons le « dedans » comme le « dehors ». Si nous avons manqué à la sainteté pratique, la Parole qui est la vérité est là pour nous sanctifier (Jean 17. 17), et la confession sincère rétablit la communion avec Dieu. C’est là l’antidote de l’hypocrisie.

Contrairement à ce que pensaient les scribes et les pharisiens, c’est « ce qui sort de l’homme » qui le souille (Mat. 15. 1, 2, 11 et 20). C’est du mauvais cœur de l’homme que sortent les mauvaises pensées et les mauvaises actions. Nous ne pouvons empêcher les mauvaises pensées de sourdre dans nos esprits, mais empêchons-les de s’y installer. L’Esprit Saint nous en donne la capacité. Souvenons-nous que Dieu regarde au cœur (1 Sam. 16. 7). Les mauvaises choses venant de notre cœur perdront leur mordant et leur importance, si nous sommes occupés du Seigneur, cherchant à L’imiter dans une marche humble. Ésaïe nous rappelle qu’« il n’y avait aucune apparence en lui pour nous le faire désirer » (ch. 53. 2), et que son « visage était défait plus que celui d’aucun homme, et sa forme plus que celle d’aucun fils d’homme » (ch. 52. 14).

Chercher à attirer l’attention sur nous-mêmes est contraire à la volonté de Dieu, car c’est de l’orgueil. Par contre, tout ce qui rappelle en nous les caractères de Son fils Lui plaît et L’honore. Rejetons toute dissimulation. Chercher à se donner bonne apparence prouve que l’on ne se connaît pas. Luc 11. 44 dévoile qu’un homme religieux peut faire illusion aux hommes, alors qu’il est mort – ils marchent sur des sépulcres et n’en savent rien !

Les « ossements » du v. 27 rappellent que la mort est la conséquence du péché ; et la souillure nous met en contact avec ce qui touche au domaine de la mort. Nous devons nous en purifier (Nomb. 12. 16). La repentance sincère est indispensable (Zach. 7. 4 et 5). Il est vital d’aimer le Seigneur de cœur et non par imitation des autres.

Les pharisiens, témoins contre eux-mêmes qu’ils étaient les fils de ceux qui avaient tué les prophètes, ornaient leurs tombeaux (v. 29 à 31) et allaient « combler la mesure de leurs pères » en tuant le prophète annoncé par Moïse (Deut. 18. 15 à 19) et que les Juifs attendaient (Jean 1. 21). Il était là, mais ils L’ont crucifié, de même qu’ils tueront les autres (Act. 7) ! Ils poursuivront de ville en ville l’apôtre Paul (Act. 17. 1 à 13), car « ils étaient opposés à tous les hommes » (1 Thess. 2. 15 et 16). Paul lui-même avait fait la même chose contre « ceux de la voie », mais la repentance avait opéré à salut en lui. Si nous avions été là, nous aurions aussi crucifié le Seigneur. Nous pouvons, nous aussi, encenser nos frères d’autrefois, alors que, peut-être, nous nous serions détournés de leur piété profonde. Hébreux 13. 7 nous dit : « Considérant l’issue de leur conduite, imitez leur foi ».

La foi, en nous, est une pure grâce, car nous ne sommes pas meilleurs qu’étaient les pharisiens. Ceux-ci avaient su répondre exactement à Hérode les interrogeant sur le lieu de naissance du roi d’Israël, mais ils n’avaient pas suivi les mages se rendant auprès de Lui. Israël est le peuple choisi de Dieu, et le Seigneur a devant Lui l’œuvre de rédemption pour lui. Rien ne L’arrêtera dans Son œuvre de grâce. Mais, pour le moment, « votre maison vous est laissée déserte » (v. 38). L’esprit pharisaïque en nous peut faire tomber nos frères.

Ces paroles dures du Seigneur aux pharisiens étaient dictées par Son amour pour Son peuple. Et « … voyant la ville, il pleura sur elle » (Luc 19. 41). Pour Lui, le jugement est « son travail inaccoutumé » (És. 28. 21), car Il veut toujours bénir (És. 48. 18 et 19) ; encore faut-il l’accepter !

Le millénium sera cette longue période de bénédictions pour ce peuple, comme pour les nations restant sur la terre alors. Le peuple élu dira de tout cœur : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » La loi, alors, sera écrite sur leurs cœurs.

Malgré cette longue malédiction contre les scribes et les pharisiens, le Seigneur apporte une note d’espérance pour l’avenir : « Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (v. 39). Le peuple avait loué ainsi le Seigneur, au ch. 21. 9, dans une émotion passagère. La même foule criera bientôt : « Ôte, ôte ! crucifie-le » (Jean 19. 15). À l’aube du règne du Seigneur, le résidu proclamera cette louange de nouveau, mais de tout cœur, cette fois.

Trois fois, dans cet évangile, les chefs du peuple se font traiter de serpents, race de vipères, soit par Jean le baptiseur, soit par le Seigneur (ch. 3. 7 ; 12. 34 ; 23. 33) Ils étaient avertis qu’avoir Abraham pour père ne les sauvait pas, il fallait une repentance sincère et la conversion. En Jean 6. 60, plusieurs disciples, trouvant les paroles du Seigneur trop dures, s’étaient retirés de Lui. La Parole nous enseigne qu’il n’y a, au monde que les enfants de Dieu et les enfants du diable (1 Jean 3. 10).

La pratique de la justice et l’amour des frères est l’apanage des seuls enfants de Dieu. Abel, par son sacrifice, a montré qu’il était enfant de Dieu, et a été tué par Caïn qui était du diable.

En apostrophant les scribes et les pharisiens, le Seigneur les identifie au « serpent ancien », à Satan. Le Seigneur aurait voulu la conversion de ces hommes auxquels Il avait affaire, et leur montre la géhenne vers laquelle ils allaient. Pour les incrédules, le jugement est bien réel, et ces hommes n’échapperaient pas. La foi seule sauve et en donne l’assurance. « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3. 36). En Jean 9. 32 à 34, les pharisiens montrent leur mépris pour le peuple et leurs illusions quant à eux-mêmes, en disant à l’aveugle guéri : « Tu es entièrement né dans le péché, et tu nous enseignes ! »

Les prophéties du Seigneur, en Matthieu 23. 34, se réaliseront. Les prophètes, les sages, les scribes, que le Seigneur leur enverra sont les apôtres les évangélisant, dans les Actes : Étienne sera lapidé (Act. 7) ; Jacques, le frère de Jean sera mis à mort par Hérode, pour plaire aux Juifs (Act. 12. 1 et 2). Paul lui-même, après avoir persécuté l’assemblée et s’être converti, sera persécuté de ville en ville (Act. 17), battu et même lapidé. Le Seigneur leur montre que la lignée de la foi, persécutée de siècle en siècle par les ennemis de Dieu, sera vengée sur cette génération (v. 35 et 36). Zacharie, envoyé de Dieu pour tenter de ramener le peuple, est mis à mort (2 Chron. 24. 19 à 24).

Mais la méchanceté des hommes atteindra sa plénitude en crucifiant le Seigneur. Ce peuple, ayant rejeté et crucifié son Messie, sera chassé de son pays et persécuté de longs siècles durant. Tout le sang juste versé depuis Abel le juste, sera vengé sur cette génération.

Ézéchiel 14. 14, 18 et 20 montrent que la justice de Noé, Daniel et Job les sauverait, au milieu du peuple apostat. Noé était un homme juste (Gen. 6. 9). Daniel est implicitement compris dans la liste des hommes de foi (Héb. 11. 32 et 33). Job est reconnu de Dieu comme un homme « parfait » (Job 1. 1). Dieu nous encourage, car Il connaît les Siens. De tous temps, Il s’est gardé des justes. Après l’enlèvement de l’Église, « Babylone la grande », la fausse église – référence à la Babylone historique, centre de corruption religieuse – connaîtra de terribles jugements, car en elle sera trouvé le sang des justes de toute l’histoire du christianisme (Apoc. 17. 5 et 6 ; 18. 24 ; 19. 2).

En Matthieu 23. 32 à 34, derrière des paroles dures du Seigneur se cache Sa grâce qui voudrait se manifester envers ces hommes endurcis. Mais Il doit leur dire : « Vous ne l’avez pas voulu ! » « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17). Ces hommes ayant rejeté la grâce, il reste la terrible vérité pour eux : « Race de vipères ! » Jérusalem, où Dieu avait placé la gloire de Son nom, est chère au cœur du Seigneur. Après Sa résurrection, des morts ressuscités « entrèrent dans la ville » (Mat. 27. 50 à 53). Son amour pour Jérusalem s’exprime là, par ces mots attristés : « Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants… » (v. 37).

Le Seigneur veut toujours rassembler les Siens sous Sa protection, dans les bons ou les mauvais jours (Ps 36. 5 et 57. 1).

Ch. 24

En Matthieu 21. 13, le Seigneur avait rappelé Ésaïe 56. 6 à 8 : « Ma maison sera appelée une maison de prière » mais Il ajoutait : « mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs », et Il avait purifié le temple en chassant les marchands. Ici, c’est encore plus solennel : Il quitte le temple après avoir prononcé ces sept « malheur à vous » C’est le drame de beaucoup de gens : « Vous ne l’avez pas voulu ! »

Mais la fin du ch. 23 ouvre une « porte d’espérance » (Osée 2. 14 et 15). La grâce divine s’étendra sur ce peuple et l’épreuve sera « abrégée » (v. 22), afin que tous ne périssent pas ; à l’aube du millénium, le cœur de Dieu est étreint devant la désobéissance de Son peuple (És. 48. 18 et 19), et le Seigneur dit : « votre maison vous est laissée déserte ». Et Il sort du temple définitivement, comme la gloire de l’Éternel avait quitté le temple en Ézéchiel 9. 3 ; 10. 18 et 19 ; 11. 22 et 23). Entre ce moment et le jour où Il régnera, le peuple subira des persécutions, déjà réalisées dans le passé, mais encore plus avant le millénium, l’Église étant déjà avec le Seigneur.

Après avoir châtié Son peuple rebelle, Jérusalem ayant « reçu le double pour ses péchés » (És. 40. 1 et 2), Dieu reprendra Ses relations avec Lui : « tout Israël – le résidu – sera sauvé » (Rom. 11. 25 et 26). Actuellement, certains Juifs pieux attendent encore le Messie, n’ayant pas encore conscience qu’ils L’ont crucifié autrefois. C’est eux qui reconnaîtront le Seigneur et Le recevront (Zach. 12. 10 à 14). Et ce résidu proclamera : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».

Les ch. 24 et 25 forment un tout : le ch. 24, du v. 3 jusqu’au v. 31, donne une prophétie du Seigneur et reprend au v. 31 du ch. 25. Entre ces deux versets, le Seigneur donne des instructions pour la période de l’Église.

Les disciples, attachés au temple qu’Hérode avait construit pour se concilier les Juifs, en font remarquer la beauté extérieure au Seigneur. Mais Dieu n’y étant plus, ce temple sera détruit. Ne nous laissons pas éblouir par les « beautés extérieures du monde, même religieux, qui est sous le jugement (Marc 13. 1 et 2). Luc 19. 42 à 44, rappelle la grâce de Dieu envers Son peuple ; visitation que le peuple n’a pas « connue ».

Tu devrais être « renversé par terre » (v. 44). En l’an soixante-dix, s’accomplit partiellement cette prophétie : les Romains massacrèrent et déportèrent le peuple hors de son pays (Mat. 22. 7). La prise de Jérusalem est vue en Luc 21. 6, 7 et 20. Cependant, le temple que Salomon avait construit et qui avait été détruit et reconstruit à diverses reprises, pour finalement se voir détruire une dernière fois par les Romains, sera rebâti définitivement, pour le millénium. Ce sera le vrai temple, car il y aura « plus que Salomon », le Seigneur Lui-même. « La dernière gloire de cette maison sera plus grande que la première » (Aggée 2. 3 à 9), car pour Dieu, il n’y a jamais eu qu’une seule maison avec des gloires diverses.

Nous attendons la venue du Seigneur pour enlever Son Église, et non Son apparition en gloire pour établir Son règne par des jugements. Cependant Dieu nous avertit de l’avenir, car tout cela touche à la gloire du Seigneur – et pour nous attacher à Lui car « l’esprit de la prophétie est le témoignage de Jésus » (Apoc. 19. 10). L’histoire de l’Église s’insère entre l’époque des disciples – le résidu de ce moment-là – et le résidu de la fin. Elle est comme une vallée invisible entre deux montagnes Dans la prophétie, les disciples et le résidu final comptent pour une seule génération. Le Seigneur montre ce qu’il faudra qu’ils fassent dans le danger : fuir sans perdre de temps (Mat. 24. 15 à 18) !

Le Seigneur revendique un de Ses titres de gloire : « Fils de l’homme » (v. 27, 30 et 39) et affirme que Ses paroles sont éternelles. L’avenir verra apparaître de faux christs qui en séduiront plusieurs, car « Satan se transforme en ange de lumière » (2 Cor. 11. 14 et 15). Déchaîné sur la terre, il séduira le monde « en séduction d’injustice » (2 Thess. 2. 1 à 10).

L’apparition du vrai Christ se fera en un instant aux yeux de tout l’univers (v. 27). Le danger sera d’autant plus grand que l’Esprit Saint – Celui qui retient – et ce qui retient – l’Église, seront remontés au ciel. La consommation du siècle (v. 3), désigne la fin de la période où le peuple était sous la loi. Le siècle à venir (Héb. 6. 5) parle du règne millénial.

Guerres, famines, pestes, tremblements de terre existent depuis toujours, cependant cette époque verra une recrudescence de ces catastrophes. Le résidu juif saura que Dieu commande ces évènements pour toucher la conscience des hommes, et que Sa délivrance est proche par l’intervention du Seigneur. Dieu reprendra pleinement Ses relations avec Son peuple lorsque l’Église sera enlevée ; mais ces choses se préparent déjà : Israël, partiellement revenu dans son pays, est l’objet de la haine des nations environnantes.

Le temps des nations a commencé à la déportation du peuple à Babylone, sous Nebucadnetsar. Un résidu est revenu avec Esdras puis Néhémie, qui ont rebâti le temple et la ville. À partir de cela, Daniel a compris que soixante-neuf semaines d’années seraient comptées jusqu’au Messie qui sera retranché (Dan. 9. 25 à 27), provoquant la destruction de Jérusalem en l’an soixante-dix, par les Romains. Ce décompte prophétique des semaines d’années s’interrompt par la période de l’Église. La soixante-dixième semaine commencera après son enlèvement. Le Seigneur évoque cette dernière semaine dans Matthieu 24. 15 et suivants, où l’antichrist place une idole dans le temple à Jérusalem. En réponse, Dieu fera tomber sur les Juifs les terribles jugements, évoqués symboliquement en Apocalypse 6 aux v. 1 et 2 : une puissance satanique, symbolisée par quelqu’un couronné et assis sur un cheval blanc, agit en vainqueur.

V. 3 et 4 : des guerres militaires et civiles terribles se multiplient. V. 5 et 6 : la famine sévit en divers lieux, sur la terre. V. 7 et 8 : quatre fléaux s’unissent pour détruire les ennemis de Dieu, cherchant à anéantir Israël. Les hommes n’aiment pas les élus de Dieu (Mat. 24. 9 et 10 ; Apoc. 6. 9 à 11).

En Apocalypse 3. 10, Philadelphie sera gardée de « l’heure de l’épreuve ». Nous devons garder la Parole du Seigneur et L’attendre. Dans le ch. 6 de l’Apocalypse v. 9 à 11, les martyrs sont ceux du résidu juif et des nations mis à mort pour « la Parole de Dieu », et non ceux de l’Église ; car il y aura un résidu juif (Apoc. 7. 1 à 8) et des nations (v. 9 et 10). Une grande persévérance conduira les fidèles de ce temps au salut. Daniel parle de persévérer mille deux cent quatre-vingt-dix jours – trois ans et demi, et déclare « bienheureux celui qui attend et qui parvient à mille trois cent trente-cinq jours » (Dan. 12. 8 à 12). Persévérer équivaut, ici, à endurer, à supporter (Jac. 1. 12). C’est l’épreuve de la foi.

Cela nous invite à persévérer dans la piété pratique, au milieu de ce monde se corrompant de plus en plus. Notre amour ne s’en trouve-t-il pas refroidi ? (Mat. 24. 12) L’iniquité, dans ces versets, indique une marche sans loi, sans frein, caractérisant le train de ce monde.

La persécution pour la foi peut engendrer une foi plus vigoureuse, mais aussi le découragement. Cependant, la tolérance religieuse engendre l’endormissement spirituel « Tu as abandonné ton premier amour » (Apoc. 2. 4 et 5).

C’est durant cette période difficile de Matthieu 24. 4 à 14, que le résidu fidèle juif répandra, sur la terre entière, l’évangile du royaume, que Jean le baptiseur et le Seigneur Lui-même avaient déclaré s’être « approché » (Mat. 3. 2 ; 4. 17). Puis, les disciples l’avaient prêché à leur tour (Mat. 10. 5 à 7). Bien que l’Église appartienne au royaume, sa présence en a occulté l’évangile au bénéfice de l’évangile de la grâce. L’Église ayant été enlevée au ciel, l’évangile de la grâce n’aura plus cours. Ce sera le temps de l’évangile du royaume prêché dans le monde entier. Les incrédules de notre temps seront jugés (Apoc. 14. 14 à 16).

La moisson desséchée indique la grande patience de Dieu avant de rassembler les nations pour le jugement. La vendange montre Israël – la vigne – tombé dans l’apostasie, et les nations ennemies, broyés par les terribles jugements divins, car « on ne se moque pas de Dieu » (Gal. 6. 7). « Une énergie d’erreur » les remplira, envoyée de Dieu, car ils auront refusé obstinément « l’amour de la vérité pour être sauvés » (2 Thess. 2. 8 à 12). L’évangile du royaume est appelé : « l’évangile éternel » (Apoc. 14. 6 et 7), et sera prêché à toutes les nations.

Le v. 15 nous projette à la deuxième moitié de la soixante-dixième semaine d’années de Daniel 9. 27. L’antichrist placera ure idole dans le temple : « l’abomination » qui amènera la désolation. Au début de cette période de sept ans, l’antichrist « confirmera une alliance avec la multitude » pour rétablir le culte juif. Mais au bout de trois ans et demi, il supprimera brutalement « le sacrifice et l’offrande » offerts à Dieu, qu’il remplacera par l’idole. Cette idole est liée à la personne de « la bête » d’Apocalypse 13. 1, symbolisant le chef de l’empire romain reconstitué. « La bête qui monte de la terre » (v. 11), l’antichrist, revêtira l’aspect d’un agneau, mais parlera comme un dragon, étant toute entière l’instrument de Satan. Elle séduira par de grands miracles, faisant descendre le feu du ciel, donnant même, « la respiration à l’image de la bête – le chef de l’empire romain, afin que l’image de la bête parlât même » (Apoc. 13. 14 et 15). Et ceux qui n’adoreront pas l’image de la première bête seront mis à mort.

Matthieu 24. 15 à 21, donne des instructions au résidu de ce temps-là, afin qu’il fuie en toute hâte la colère terrifiante de l’antichrist contre ceux qui refuseront d’adorer la bête. On retrouve ces évènements tragiques pour le résidu juif en Apocalypse 12 : la femme enfantant un enfant mâle représente la nation juive d’où est né le Seigneur Jésus, mais qu’Israël n’a pas reconnu et a rejeté. Satan – le dragon – est précipité sur la terre avec ses anges. Il fera de ces deux bêtes d’Apocalypse 13, ses alliées, et derrière l’idole, c’est lui qui sera adoré. Alors Dieu suscitera un désolateur : l’Assyrien, le grand ennemi du nord, le dernier ennemi d’Israël (Dan. 9. 27 ; És. 8. 5 à 8) ! Ce sera le châtiment contre Israël apostat (És. 10. 5 et 6). Cette période est appelée : « le temps de la fin » (Dan. 11. 40) ; et encore : « la détresse pour Jacob », mais il en sera délivré (Jér. 30. 7 ; Dan. 12. 1).

En Matthieu 24. 21, il ne s’agit nullement de la prise de Jérusalem, car cette détresse, unique dans toute l’histoire d’Israël, renvoie aux temps de la fin. Le résidu fidèle devra fuir dans la montagne des Oliviers, qui se fendra en une grande vallée où il sera à l’abri (Zach. 14. 3 à 5). Au son de la trompette, les anges rassembleront les élus dispersés de tous côtés (Joël 2. 1 ; Nomb. 10. 9). Joël parle du jour de jugement que nul ne pourra supporter. Malgré Sa colère, Dieu reste le Dieu de grâce pour les fidèles de ce temps-là et Il prépare leur fuite future ! De plus, « ces jours seront abrégés » (Mat. 24. 22). On peut penser qu’ils seront abrégés en nombre, mais aussi en durée de lumière des jours, afin qu’ils fuient à la faveur de l’obscurité.

Ces enseignements du Seigneur sont à l’usage des élus de la fin. De même, les deux ailes du grand aigle » d’Apocalypse 12. 13 et 14, peuvent faire référence à une intervention miraculeuse de Dieu pour sauver les fidèles. Le résidu devra prier pour que sa fuite n’ait pas lieu un jour de sabbat, car le chemin d’un sabbat ne fait guère plus d’un kilomètre : les fidèles pourraient hésiter à fuir plus loin, et seraient détruits. Il y a eu des précédents dans l’histoire d’Israël. Si Dieu détruira le peuple profane, le comptant comme un ennemi, Il ne veut pas détruire le résidu fidèle (És. 65. 8). Sa colère n’empêche pas Sa miséricorde, qui se glorifie vis à vis du jugement.

En ces temps-là, la séduction de Satan sera à son apogée. Sachant que les fidèles attendront la venue de Christ pour les délivrer, Satan leur suggérera que « le Christ est ici ou il est là », essayant de les entraîner à l’abandon de leur foi. Nourrissons-nous soigneusement de la Parole qui nous avertit des desseins de l’ennemi. L’inique, adoré à Jérusalem, amènera Dieu à envoyer aux hommes, une « énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge » (2 Thess. 2. 8). Le résidu se laissera avertir des séductions de Satan, et sera délivré lorsque le Seigneur viendra et que tout œil Le verra, et « ceux qui l’ont percé » (Zach. 12. 10). Mais la vraie venue du Seigneur apparaîtra aux yeux du monde entier (Mat. 24. 27). Les aigles s’abattront sur le corps mort où qu’il soit (v. 28). Ce verset nous rappelle la vue perçante du Juge et la promptitude de Ses jugements sur les incrédules de Son peuple et des nations. Le v. 27, parle de la venue de Christ pour établir Son royaume, l’Église ayant déjà été enlevée.

L’apparition du Seigneur en gloire se manifestera publiquement, comme un éclair (v. 27 ; Luc 17. 24). Au contraire, l’enlèvement de l’Église aura été un événement ignoré du monde, perplexe en constatant la disparition inexplicable de nombreuses personnes. Mais cette apparition du Seigneur « avec puissance et une grande gloire » (v. 30), terrifiera le monde apostat. Les Juifs ont crucifié leur Messie, et les chrétiens de nom auront rejeté leur Seigneur (1 Jean 2. 22). Seul, un résidu pieux, juif et des nations, recevra te Seigneur, et les autres seront détruits. « L’éclair qui sort de l’Orient », (v. 27), rappelle « l’Orient d’en haut qui nous a visités » de Luc 1. 78 : c’est la venue en grâce du Rédempteur, pour Israël d’abord. Mais, rejeté des apostats, Son jugement s’abattra sur eux comme « les aigles sur le corps mort » (v. 28), figure d’Israël incrédule et de la « Babylone » prophétique, la fausse Église corrompue demeurant après l’enlèvement de la vraie Église.

L’apparition du Seigneur pour le jugement arrivera « comme un voleur dons la nuit » (1 Thess. 5. 1 à 3). Dans un premier temps, seuls Juda et Benjamin seront jugés, car ces deux tribus étaient les seules en Israël, lorsque le Seigneur a été crucifié : elles sont directement responsables de ce crime. Cependant, souvenons-nous que nous en sommes tous coupables. Ensuite, le Seigneur ramènera les dix tribus, encore perdues dans les nations (v. 31). Mais même ceux-là seront épurés en chemin. Un tiers seulement entrera en Israël, et sera épuré à son tour (Éz. 5. 11 à 13). C’est de ce faible reste qu’il est dit en Romains 11. 25 et 26 : « Ainsi, tout Israël sera sauvé », montrant qu’aucun des élus ne périra ! L’esprit de la prophétie caractérise cette période en particulier, et tout se réalisera parfaitement.

Le v. 29 parle d’une commotion générale : le Seigneur se sert du soleil, de la lune et des étoiles dont la lumière est différente (1 Cor. 15. 40), et qui sera obscurcie, pour nous parler de l’obscurcissement moral, politique et religieux (Apoc. 10. 10), symptomatique du règne de Satan (Apoc. 6. 12 à 17) : l’organisation du monde sera renversée avant l’apparition du fils de l’homme. On retrouve ces évènements en Luc 21. 20 à 27, lors de la destruction de Jérusalem, mais la prophétie s’étend jusqu’au temps de la fin. Il y a encore sur la terre « ce qui retient » – les croyants et « Celui qui retient » le Saint Esprit (2 Thess. 2. 6 et 7). Lorsque le Saint Esprit remontera au ciel, Il enlèvera l’Église avec Lui, car Il est en chaque croyant, et dans l’Église pour l’éternité. « L’Esprit et l’épouse disent : viens ! » (Apoc. 22. 17). L’Esprit et l’épouse soupirent, dans ce monde corrompu. Alors, ces évènements terribles décrits ci-dessus s’accompliront sur la terre livrée à Satan !

Le Fils de l’homme, d’abord rejeté et crucifié, apparaîtra en gloire sur les nuées du ciel (Mat. 24. 30 ; Marc 13. 23 à 26). « Il vient avec les nuées et tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront » (Apoc. 1. 7). Les apostats se lamenteront, épouvantés par le jugement qui surviendra sur eux. Le résidu pieux aussi se lamentera, mais dans la repentance (Zach. 12. 10) et sera délivré (Dan. 12. 1). Dieu, alors, ouvrira pour Ses rachetés juifs, une source de grâce pour leur pardon éternel (Zach. 13. 1).

La nuée nous ramène à la gloire de Dieu remplissant le tabernacle au désert, ou le temple en Israël. Le Seigneur est remonté au ciel « et une nuée le reçut », « et il reviendra de la même manière » (Act. 1. 9 à 11). Il a tout pouvoir de juger ceux qui Le rejettent (Jean 5. 26 et 27). Alors Son règne et « sa domination » seront éternels (Dan. 12. 13 et 14). L’amour de Dieu opère, encore maintenant, et « ordonne aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Act. 17. 30 et 31) : c’est un ordre divin ! « Car le fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père, avec ses anges, et il rendra à chacun selon sa conduite » (Mat. 16. 27).

Après l’apparition du Seigneur aux yeux d’Israël et du monde, le verset 31 met en scène les anges qui, « avec un grand son de trompette » rassembleront les dix tribus encore perdues dans les nations. Les trompettes de Nombres 10. 2 à 9 réglaient la vie du peuple dans le désert. Mais, après sa dispersion en Assyrie et en Égypte, les tribus devaient être rassemblées au son de « la grande trompette » (És. 27. 12 et 13). En ce qui concerne l’enlèvement de l’Église, les saints entendront, eux aussi « la trompette de Dieu » (1 Thess. 4. 16), « la dernière trompette » (1 Cor. 15. 52).

Pour les Juifs, cela correspond à la fête des trompettes (Nomb. 29. 1), précédant la fête des propitiations où le peuple devra s’affliger sur ses péchés, à l’aube du millénium. Ce son éclatant des trompettes réveillera Israël, à la fin dont parle Matthieu 24. 31. Les v. 32 et 33 exhortent le résidu juif qui traversera la grande tribulation. Les chrétiens attendent la venue du Seigneur pour enlever l’Église auprès de Lui et, si nous ignorons le jour de son enlèvement, II nous dit, à nous aussi : « Veillez » (v. 32 à 44). L’image du figuier – comme l’olivier et la vigne – désigne Israël (Jug. 9. 8 à 13 ; És. 5. 1 à 3). Déjà, sans doute, une partie du peuple, de retour dans son pays, typifie le printemps d’Israël, après le long hiver de son rejet. Son « rameau » redevenu tendre, et ses feuilles qui poussent annoncent le renouveau pour ce peuple, et que « l’été est proche » (v. 32 et 33 ; Mal. 4. 2).

Le Seigneur avait maudit le figuier, figure d’Israël stérile pour Dieu. D’abord à la queue des nations, il sera à la tête (Deut. 28. 13). Cependant, l’Église étant encore sur la terre, l’horloge prophétique ne s’est pas remise en route, mais le Seigneur peut revenir très vite. Israël est le centre d’attention du monde entier.

Ézéchiel 37 montre une plaine remplie d’ossements qui, peu à peu, reconstituent des hommes vivants. Israël n’est pas encore spirituellement vivant, mais les ossements sont déjà là. Le peuple étant encore incrédule, Dieu place déjà les pions sur l’échiquier du monde !

Au v. 3, les disciples avaient questionné le Seigneur. « Quand ces choses auront-elles lieu…? » Le Seigneur commence par les mettre en garde contre les pièges de Satan (v. 4 à 14). Puis, Il répond, aux v. 15 à 28. « Quel sera le signe de ta venue ? » Il répond, aux v. 29 à 31.

Enfin : « le signe de la consommation du siècle ? » Il répond au v. 32.

Les versets 45 à 51 engagent la responsabilité du serviteur pour l’enseignement – nourriture spirituelle. Le ch. 25. 1 à 13 exhorte à veiller pour faire luire la lumière dans ce monde de ténèbres ; donc, à avoir de l’huile dans nos lampes – le Saint Esprit en nous. Puis, faire fructifier les talents qui nous sont confiés (v. 14 à 30).

Le v. 34 relie la génération vivant au temps du Seigneur à la génération de la fin des temps à laquelle ces paragraphes font allusion : en durée de vie humaine, cela ne dépassera pas la valeur d’une génération. Les paroles du Seigneur ne dépassent pas ce qui pourrait advenir à la génération en place lorsqu’Il était sur la terre. Cette génération est « incrédule et perverse » (Mat. 17. 17).

La parenthèse de l’Église a momentanément arrêté le déroulement des prophéties, jusqu’à ce que le Seigneur l’enlève au ciel. Dieu n’a pas voulu faire connaître ce moment, afin de nous garder dans l’attente permanente de cet événement. Paul attendait cela (1 Thess. 4. 15), et il est mort. Mais le Seigneur veut toucher nos affections pour Lui et nous tenir en éveil. Les vierges, même prudentes, se sont toutes endormies (ch. 25. 5), mais ce sont les mêmes à la fin qu’au commencement.

Cette génération est comparée à celle de Noé, où l’on mangeait et buvait, où on se mariait et où on donnait en mariage. Puis « le déluge vint et les emporta tous » (Mat. 24. 38 et 39).

Gardons-nous de faire des projets à long terme (Jac. 4. 13). Toutes ces prophéties se réaliseront au pied de la lettre (Mat. 24. 35 ; Jean 10. 35).

« Mais, quant à ce jour-là et à l’heure, personne n’en a connaissance, pas même les anges des cieux, si ce n’est mon Père seul » (v. 36). Le Seigneur reste dépendant.

L’époque de Noé, comme la nôtre, était une triste époque ! Dieu dut prendre la décision d’anéantir les hommes, car « Dieu se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre » (Gen. 6. 5 et 6). « La terre était corrompue devant Dieu et la terre était pleine de violence » (v. 11 et 12). « Et Dieu dit à Noé : La fin de toute chair est venue devant moi, car la terre est pleine de violence à cause d’eux ; et voici, je vais les détruire avec la terre » (v. 13). Matthieu met plutôt en évidence l’insouciance coupable des hommes du temps de Noé : « on mangeait et on buvait, on se mariait et on donnait en mariage » (v. 38). Ces choses sont normales et légitimes, mais elles doivent être vécues avec le Seigneur.

L’indifférence des hommes quant à Dieu appelle un jugement subit (v. 39). Il sera trop tard pour se repentir. Noé a cru Dieu et a construit l’arche au moment du déluge, il s’était préparé depuis longtemps. Construire une arche loin de la mer, semblait une folie à ses contemporains ; mais c’était un témoignage de foi qui condamnait le monde resté indifférent (2 Pier. 3. 3 et 4). Dieu dit à Noé : « Encore sept jours, et je fais pleuvoir sur la terre… et j’exterminerai de dessus la face de la terre tout ce qui existe et que j’ai fait » (ch. 7. 4). « Et Noé, averti divinement des choses qui ne se voyaient pas encore… bâtit une arche… et par cette arche il condamna le monde et devint héritier de la justice qui est selon la foi » (Héb. 11. 7).

Nous attendons la venue du Seigneur pour enlever les saints, dont la vie doit être un témoignage au monde, car la foi condamne le monde incrédule. Dieu offre le salut à tous les hommes, mais beaucoup le refusent ! L’arche était un type de Christ, Sauveur du résidu juif préservé durant la grande tribulation ; mais aussi une image des croyants des nations sauvés du jugement par le Seigneur. Les incrédules disent : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons » (1 Cor. 15. 32). Mais « Quand ils diront : paix et, sûreté, alors une subite destruction viendra sur eux… et ils n’échapperont point » (1 Thess. 5. 3). « La patience de Dieu attendait pendant la construction de l’arche » (1 Pier. 3. 19 et 20). C’est aussi le caractère de la période que nous vivons : Dieu attend. « Il est patient envers vous ». Mais attention, car la grâce aura sa fin !

Le v. 37 parle de Son apparition en gloire pour juger les ennemis et établir Son royaume. Paul parle de ce jour-là comme étant, pour les croyants, le jour des récompenses où lui-même et « ceux qui aiment son apparition recevront la couronne de justice » (2 Tim. 4. 8). Le Seigneur « à la puissance de garder ce que je lui ai confié jusqu’à ce jour-là » dit-il (ch. 1. 12). L’apparition du Seigneur est précieuse à nos cœurs ; car c’est en ce jour-là que le monde, qui le méprise toujours, verra enfin Sa gloire : « car il faut qu’Il règne » (1 Cor. 15. 25). C’est alors que : « deux hommes seront aux champs, l’un sera pris – pour le jugement – et l’autre laissé – pour le royaume ; deux femmes moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée » (v. 40 et 41). Ce sera le contraire de ce qui se passera pour l’Église, c’est elle qui sera enlevée au ciel, car sa vocation est céleste, tandis que ceux qui resteront sur la terre y resteront pour le jugement. Sophonie parle du résidu juif de ce moment-là en disant : « Je laisserai au milieu de toi un peuple affligé et abaissé » (ch. 3. 11 et 12).

Tous ceux qui refusent l’évangile de la grâce, actuellement prêché, recevront « une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge » (2 Thess. 2. 11). Mais, à l’apparition du Seigneur, Il établit le jugement en Israël et pour les nations : ce sera le jugement des vivants (Mat. 25. 31 à 46).

« Veillez » dit le Seigneur, dans l’ignorance où nous sommes du moment choisi de Dieu pour l’accomplissement de ces évènements. L’apparition du Seigneur se produira « comme un voleur dans la nuit » (1 Thess. 5. 1). Mais vous, frères, vous êtes… des fils du jour » (v. 4 et 5). « Veillons, et soyons sobres » (v. 6). Soyons prêts en donnant notre cœur au Seigneur – puis, en attendant vraiment Sa venue – enfin, en étant Ses esclaves fidèles. Le Seigneur s’adressant à Sardes dit : « Tu as le nom de vivre et tu es mort… si donc tu ne veilles pas, je viendrai à toi comme un voleur » (Apoc. 3. 1 et 3). Le Seigneur doit parler sévèrement à Son assemblée, mais il en prendra soin jusqu’à son enlèvement.

Ces trois paraboles, touchant nos relations avec le Seigneur, sur la terre, nous exhortent à veiller, en vue du retour du Maître. 1) « Donner la nourriture spirituelle au moment convenable ». 2) Les vierges doivent donner de la lumière quand l’époux vient ; celles qui n’ont pas d’huile dans leurs lampes n’entreront pas aux noces. 3) Les serviteurs à qui le Seigneur a confié des talents, doivent les faire valoir, car le Maître comptera avec eux. Ces trois similitudes placées devant nous, parlent de fidélité en vue de Son retour dont nous ignorons le moment. La fidélité sera récompensée et l’infidélité châtiée. Soyons prêts à rencontrer le Seigneur, car la porte sera fermée. Alors, il nous faut être en règle quant au salut (v. 37).

Être prêts à accueillir le Seigneur quand Il viendra (v. 42), et servir fidèlement en l’attendant (v. 14 à 30 du ch. 25). Il est notre modèle, car Il a Lui-même été fidèle en toutes choses et a l’autorité absolue « sur tous les biens de Dieu », comme fils de l’homme. Les anciens de l’assemblée d’Éphèse étaient invités à veiller sur tout le troupeau qui leur était confié (Act. 20. 27 et 28). Cette injonction est toujours d’actualité pour nous. Pierre réalisait cela pleinement et n’hésitait pas à redire les mêmes choses (2 Pier. 1. 12 à 15), afin qu’elles soient bien comprises et qu’on s’en souvienne.

La fidélité consiste à accomplir son service et à donner ce qui est juste au temps convenable – la prudence, à agir diligemment, à la pensée du retour du Seigneur qui nous demandera des comptes. « Bien, bon et fidèle esclave… entre dans la joie de ton Maître » (ch. 25. 21 et 23). Désirons être pour le Seigneur un sujet de joie afin qu’Il nous récompense, comme l’esclave fidèle (v. 46 et 47). La nourriture excellente pour l’assemblée, c’est la présentation du Seigneur Jésus dans Son humanité, par la Parole. C’est la « ration de blé » (Luc 12. 42 et 43). Nourrissons-nous de ce pain-là, ayant dépouillé le mal – le pain sans levain !

C’est « en peu de chose » que l’esclave prudent a été fidèle, et le Maître l’établit « sur beaucoup », car Il regarde à la fidélité et non à la grandeur du service. Soyons fidèles et humbles dans le service qu’Il nous confie, comme des esclaves conscients de notre inutilité (Luc 17. 10). Le « méchant esclave dit en son cœur : mon maître tarde à venir ». Le Seigneur ne tarde pas, mais Il use de patience envers vous. Pourtant, un jour, la porte sera fermée. C’est toujours mauvais signe quand la Parole nous rapporte ces pensées secrètes.

David, dans un moment de faiblesse, dit dans son cœur : « Je périrai un jour par la main de Saül » (1 Sam. 27. 1) et il se réfugia chez les Philistins, ennemis d’Israël. Mais le méchant esclave, « coupé en deux », révèle l’état permanent de son cœur : l’hypocrisie ! (v. 51). Il avait l’apparence de serviteur, mais il était corrompu (v. 49 et 50).

En l’absence du Seigneur, apportons la vraie Parole, afin de nourrir l’assemblée, Parole que nous ne devons pas remplacer par le récit de témoignages personnels mettant l’homme en avant. Cette nourriture doit être dispensée aussi dans la famille, « au temps convenable ». « Une parole dite en son temps, combien elle est bonne ! » (Prov. 15. 23). Appliquons-nous, dans l’assemblée, à discerner, par l’Esprit, le bon moment pour présenter la Parole qui convient.

Les biens évoqués au v. 47, sont probablement spirituels. Être établi sur ces biens-là, est un fruit de l’amour du Seigneur, car Il ne nous doit rien. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4. 7).

La venue du fils de l’homme est évoquée aux versets 30, 37, 39 et 44. Il est assimilé au maître de la maison des versets 45, 46, 48 et 50, et Il a autorité sur Sa maison, l’assemblée sur la terre, car il est « Fils sur sa maison » (Héb. 3. 6), et Il est prééminent sur tous les serviteurs (Héb. 3. 3). Il distribue les dons pour le bien de l’assemblée et pour Sa propre gloire. Il en demandera compte à tous. Oublier la venue du Seigneur fait négliger de veiller, et le monde religieux se donne un clergé dominant sur le troupeau, contrairement à la Parole (1 Pier. 5. 2 et 3). Le méchant esclave, loin de dormir, est très actif, mais non selon Dieu. Comme pour ces faux serviteurs « renient le Maître qui les a rachetés » (2 Pier. 2. 1), l’enfer sera sa part : « Les ténèbres de dehors » (ch. 25. 30).

Ch. 25

Le ch. 25 contient les deux dernières paraboles ou similitudes du royaume. Les six premières se trouvent au ch. 13 ; une au ch. 20 ; une autre au ch. 22. Celle des dix vierges, est au futur : « Le royaume des cieux sera fait semblable » (v. 1).

Comme toutes les autres, elle s’adressait en premier lieu au résidu juif exhorté à veiller, car le Seigneur doit revenir (Luc 12. 35 à 38, 40). Mais on y voit aussi toute l’histoire de la chrétienté, d’abord formée des disciples juifs et des nations, devenus ensemble l’assemblée chrétienne. D’abord formée de vrais croyants, la chrétienté se partage très vite entre les chrétiens ayant le Saint Esprit et les simples professants ne Le possédant pas, les vierges folles et les prudentes.

« Toutes les vierges sortirent à la rencontre de l’époux » (v. 1). Au début du christianisme, tous les croyants attendaient réellement le retour du Seigneur (1 Thess. 1. 10). Mais très vite, ils perdirent de vue cet évènement qu’ils n’attendirent plus et la lumière de la vérité cessa de briller : « elles s’endormirent toutes » (v. 5). Alors le cri de minuit se fit entendre aux oreilles de toute la chrétienté : « Voici l’époux ; sortez à sa rencontre » (v. 6). C’est au début du dix-neuvième siècle qu’un réveil se produisit, et que la vérité du retour du Seigneur fut clairement retrouvée dans les Écritures. Cette vérité secoua toute la chrétienté : « Toutes les vierges se levèrent et apprêtèrent leur lampes » (v. 7).

Mais c’est alors qu’apparut la différence entre celles qui avaient de l’huile dans leurs vaisseaux et celles qui n’en avaient pas pris avec elles (v. 3) : leur folie se dévoile là, car il est impossible d’éclairer la venue de l’Époux sans huile dans leurs lampes. La profession chrétienne n’éclaire pas sans le Saint Esprit dans ceux qui font profession d’appartenir au Seigneur.

Un sérieux avertissement se lit en Hébreux 6. 4 à 6. Cependant, ces versets n’impliquent nullement que l’on risque de perdre son salut, si l’on est déjà sauvé, mais désigne ceux qui connaissent la vérité du salut sans accepter le Sauveur. « Agrippa dit à Paul : Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien » (Act. 26. 28). Être « presque » sauvé en fait, c’est être complètement perdu ! Veillons afin de garder à l’esprit la venue du Seigneur, car il n’y aura pas d’autre cri de minuit ! « Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Éph. 5. 14). La pensée centrale de cette parabole, c’est la nécessité de veiller en vue de Son retour (v. 13). Lorsque le Seigneur établira Son royaume sur la terre, nous Lui serons associés.

Il est donc indispensable d’avoir de l’huile dans nos lampes – le Saint Esprit. Lorsque les dix vierges dormaient, aucune différence n’apparaissait. C’est seulement à leur réveil qu’elle devient évidente. Le retour du Seigneur est une vérité essentielle du christianisme, et ce moment est proche : plusieurs fois dans le ch. 24, il nous est parlé du retour « du fils de l’homme ».

Dans la parabole des dix vierges, il nous est présenté comme la venue « de l’époux ». Ici, les vierges symbolisent la pureté des affections, mais ne représentent pas l’épouse qui n’est pas vue ; car il est surtout question d’avoir le Saint Esprit pour être prêt à la venue de l’époux et « d’entrer avec Lui aux noces ». Les versets 8 et 9 montrent l’impossibilité de partager le salut qui est individuel : « Un homme ne pourra en aucune manière racheter son frère, ni donner à Dieu sa rançon » (Ps. 49. 7). Les professants sans la vie divine n’entreront pas au ciel (v. 11). Le Seigneur leur dira : « Je ne vous connais pas » (v. 12 ; ch. 7. 21).

Celui qui a cru est scellé du Saint Esprit (Éph. 1. 13). Il doit refléter les caractères de Christ – reluire comme des luminaires (Phil. 2. 15). Pour que notre christianisme reluise, il faut se purifier des manifestations charnelles. Pour que le chandelier brille, dans le tabernacle, il fallait purifier l’huile en faisant usage de mouchettes.

Le salut est gratuit (És. 55. 1). Cependant : « Achète la vérité et ne la vends point » (Prov. 23. 23). En Apocalypse 3. 18, l’assemblée de Laodicée est invitée à acheter du Seigneur de l’or passé au feu, des vêtements blancs et un collyre afin qu’elle y voie. Acheter, signifie faire les efforts nécessaires pour recevoir la vérité et la garder, dans le temps qui nous est imparti.

Entre le cri de minuit et l’arrivée réelle de l’Époux, un certain laps de temps s’écoule durant lequel acquérir de l’huile eût été possible pour les vierges folles. Mais elles ont trop tardé : « Or, comme elles s’en allaient pour en acheter – de l’huile – l’époux vint » (v. 10). La venue de l’époux dévoile que la chrétienté est scindée en deux parties : ceux qui ont la vie divine en eux, et ceux qui ne l’ont pas. Ces derniers n’entreront pas aux noces. Les vierges folles n’ont pu éclairer l’époux et étaient absentes lors de son arrivée ! Elles symbolisent cette partie de la chrétienté qui, n’ayant pas la vie, n’attend pas le retour du Seigneur.

Par contre, les vierges prudentes éclairèrent l’époux lors de sa venue, et entrèrent avec lui aux noces. « Et la porte fut fermée ». Lorsque les vierges folles voudront entrer à leur tour, l’époux leur fera cette déclaration terrible : « Je ne vous connais pas » (v. 12). Elles pensaient avoir les mêmes droits que les prudentes, qu’elles avaient gagné le ciel. Mais elles ne s’étaient pas hâtées pour acheter l’huile indispensable pour éclairer l’époux à sa venue.

Cependant, une multitude de croyants ayant la vie de Dieu en eux, mais mal instruits de toute la vérité, peuvent très bien ne pas attendre le retour du Seigneur. Mais lorsqu’II viendra enlever son Église, ils entreront avec Lui aux noces. La grande question de cette parabole, c’est : avons-nous de l’huile dans nos lampes ou non ?

Lorsque Noé entra dans l’arche avec famille, c’est Dieu qui ferma la porte sur eux (Gen. 7. 16), pour leur salut. Dans notre parabole, c’est encore Dieu qui ferme la porte sur ceux qui seront sauvés, et les professants sans vie n’entreront pas au ciel. Ceux qui s’installent sur la terre, uniquement préoccupés de jouir des biens terrestres, sont qualifiés par Dieu d’insensés (Luc 12. 16 à 20).

Cette parabole ne parle pas spécialement du jugement des incrédules, mais invite à se hâter de venir au Seigneur (v. 13) pour pouvoir entrer au ciel. Plus tard, pourrait se traduire par : trop tard ! Les vierges folles l’appellent pourtant : « Seigneur » (v. 11), mais Il dit en Matthieu 7. 21 : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père ». Il faut donc que l’Esprit de Dieu habite en nous (Rom. 8. 9). Pour recevoir l’Esprit Saint, il suffit de croire que le Seigneur Jésus est le Christ, mon Sauveur (1 Jean 5. 1). Le Seigneur use de patience voulant que « tous viennent à la repentance » (2 Pier. 3. 8 et 9).

La parabole des talents ne correspond pas au royaume des cieux. Elle nous rappelle notre responsabilité de faire fructifier les dons que le Seigneur nous confie (v. 15). Le Seigneur juge nos capacités pour Le servir et donne exactement ce qu’il faut. C’est un « seul Esprit » qui distribue les dons (1 Cor. 12. 4 à 11), et Dieu prépare tout d’avance (Éph. 2. 10).

Le Seigneur ne récompensera pas la grandeur du service accompli, mais la fidélité et le zèle pour l’accomplir. Celui qui reçoit cinq talents n’est pas plus grand que celui qui en reçoit deux : tous deux ont servi fidèlement « en peu de chose » (v. 21 et 23), et l’appréciation du Maître est la même pour les deux. Dieu regarde au cœur et non à l’apparence (1 Sam. 16. 7). Même un enfant peut être utile au Seigneur, comme la petite fille juive dans la maison de Naaman le lépreux, car Il juge selon Ses critères divins. Faisons fructifier ce qu’Il nous donne pour Le servir (Col. 4. 17). Cherchons la suprême récompense : la joie du Seigneur ! De notre fidélité dans le service, le Seigneur retire de la joie et de la gloire.

Les deux premiers esclaves estiment leur Maître bien différemment du troisième. Confiance et amour chez les deux premiers ; mépris et méconnaissance chez le troisième. Comment estimons-nous notre Maître ? Bien qu’il revienne « longtemps après » (v. 19), le maître revient. La longue période de l’Église se terminera par la venue du Seigneur : « Je viens bientôt ». L’esclave cachant le talent dans la terre et que le maître fait jeter dans les ténèbres de dehors (v. 30), symbolise la chrétienté professante sans vie dont les œuvres sont des œuvres mortes. Même si nous sommes sauvés, toutes nos œuvres de chrétiens seront manifestées au tribunal de Christ (2 Cor. 5. 9 et 10).

Cette parabole, parle de fidélité qui est appréciée du Maître (v. 21 et 23). Appréciation précieuse, opposée à la sentence du troisième esclave (v. 26 à 30). Bien qu’étant des esclaves inutiles (Luc 17. 10), le Seigneur nous demande d’être fidèles en peu de chose. Tâchons d’en être approuvés : « Bien, bon et fidèle esclave ». La récompense s’accompagne de la jouissance de la joie du Maître (v. 21 et 23). Entrer dans la joie du Maître, c’est participer à Sa joie qui lui a fait « mépriser la honte et endurer la croix » (Héb. 12. 2). Nous suivons, à notre mesure, le même chemin.

Le serviteur, « administrateur », doit être « trouvé fidèle » (1 Cor. 4. 1 et 2). Soyons disponibles pour servir le Seigneur, mais c’est Lui qui nous confie, nous impose un service (1 Cor. 9. 16 et 17), car II ne nous laissera pas faire ce nous voudrions et nous gardera de nous élever dans nos cœurs. Si c’est le Seigneur qui choisit le service, c’est nous, avec Son aide, qui devons le faire fructifier et nous Lui en rendrons compte : « Il leur remit ses biens » (v. 14). Ce sont Ses biens à Lui, et non les nôtres que nous administrons. Les deux premiers esclaves connaissaient les droits et l’amour du maître et n’éprouvaient pas le besoin d’en parler : leurs œuvres répondaient d’eux. Le troisième disait le connaître, mais se révèle complètement étranger à son maître, en qui il n’a aucune confiance et qu’il méprise en cachant le talent dans la terre. Il qualifie de « dur » Celui qui disait : « Je suis débonnaire et humble de cœur » (Mat. 11. 29). Cacher son talent dans la terre, c’est mettre ses capacités, reçues de Dieu, au service des intérêts terrestres.

« Quoi que vous, fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur… sachant que du Seigneur vous recevrez la récompense de l’héritage » (Col. 3. 23 et 24). « Étant monté en haut… Il a donné des dons aux hommes » (Éph. 4. 8). Les dons du Seigneur venant d’en haut ont un caractère céleste, pour l’assemblée encore sur la terre, mais destinée au ciel, et sont donnés « pour l’édification du corps en amour » (v. 16). Ici, les dons sont comparés à des « talents ». Un talent, du temps du Seigneur, correspondait à la valeur de six mille journées de travail d’un ouvrier. Ce n’est donc pas peu de chose qu’Il nous confie ! Ces dons différents sont des dons de grâce exerçant notre fidélité (Rom. 12. 6 à 8). « Je viens bientôt, et ma récompense est avec moi, pour rendre à chacun ce que sera son œuvre » (Apoc. 22. 12). « Bienheureux sont ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira » (Luc 12. 37). Quel moment précieux nous plongeant dans l’adoration ! Soyons comme Hanania qui était « fidèle et craignant Dieu plus que beaucoup d’autres » (Néh. 7. 2).

L’Église enlevée, Dieu trouvera, sur la terre, des croyants qui seront « avec l’Agneau : ils sont appelés, élus et fidèles ». Nous sommes tous appelés et élus ; soyons aussi fidèles. Par amour pour le Seigneur, faisons valoir les dons qu’Il nous confie et ne méprisons pas la récompense.

Le v. 37 et suivants montrent l’étonnement des justes, recevant la récompense qu’ils n’attendaient pas : « Venez, les bénis de mon Père » (v. 34), car ils avaient servi le Seigneur dans Ses « frères » (v. 40). Au ciel aussi, nous servirons (Luc 19. 16 à 19). Le Seigneur veut se servir de nos facultés : intelligence, mémoire, notre temps, notre argent etc… et veut les développer à Son service. Au début, Élisée versait de l’eau sur les mains d’Élie. Mais quel service béni, par la suite !

« La grâce la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17). « La grâce de notre Seigneur Jésus Christ qui, étant riche, a vécu dans la pauvreté afin que vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8. 9). Il était venu pour servir (Mat. 20. 28). En Romains 12. 6 à 8, la miséricorde couronne l’énumération des différents dons. On trouve aussi des « aides » (1 Cor. 12. 28). Durant Son absence, le Seigneur fait des dons aux Siens, mais l’échéance de Son retour est inéluctable. Servons-le tant qu’il en est encore temps. Plus grande est notre fidélité à Le servir par amour, plus grande sera la récompense (v. 28 et 29). Quant au service, nous pouvons « être trouvés nus, tout en étant vêtus » (2 Cor. 5. 3). Il y aura, alors, une perte éternelle pour nous. Mais pensons, aussi et surtout, à la gloire du Seigneur.

Le ch. 24. 1 à 31 dévoile ce qui adviendra au résidu juif qui attendra le Messie, tandis que l’antichrist le persécutera. La prophétie s’interrompt ensuite, jusqu’au v. 30 du ch. 25, où le Seigneur donne des instructions aux Siens, durant Son absence. On trouve des similitudes morales entre l’attente de l’Église actuelle et celle du résidu juif de la fin : vigilance et fidélité dans le service.

La prophétie reprend au ch. 25. 31. L’Église ayant été enlevée au ciel, les fidèles juifs prêcheront l’évangile du royaume (ch. 24. 14) à ceux qui, en Israël et dans les nations, n’auront peut-être pas entendu l’évangile de la grâce qui ne sera plus prêché. Puis, le Seigneur apparaîtra, comme un éclair, pour un jugement guerrier (Apoc. 19. 11 à 15 ; Joël 3. 11 et 12) sur le monde ennemi, et pour établir Son règne (ch. 24. 27). Enfin, le Seigneur rassemblera Ses élus (ch. 24. 31). Le ch. 25. 31 à 46 montre le jugement des vivants.

Le Seigneur s’assiéra sur Son trône de gloire (ch. 25. 31), pour un jugement public et séparatif des hommes qui, ayant entendu l’évangile du royaume prêché par Ses missionnaires juifs (le résidu), les auront reçus et assistés dans leurs afflictions, ou seront restés indifférents à leurs souffrances. C’est sur ce critère que le Seigneur séparera les brebis d’avec les chèvres. Les brebis sont ceux qui auront assisté les missionnaires du Seigneur, alors que l’antichrist et « la bête » romaine interdiront d’acheter ou de vendre à quiconque n’aura pas la marque de la bête sur son front ou sa main droite » (Apoc. 13. 15 à 17). Les chèvres désignent ceux qui seront restés indifférents et sont voués aux tourments éternels, alors que les brebis entreront dans la vie éternelle (v. 46). C’est comme fils de l’homme rejeté et humilié sur la terre, que le Seigneur a reçu, du Père en gloire, tout le jugement (Jean 5. 21 à 27). C’est Lui qui jugera les vivants et les morts (Act. 10. 42 ; 17. 30 et 31) Le Seigneur présidera le jugement en trois séances séparées :

1) Les croyants comparaitront au tribunal de Christ et leurs actes seront manifestés, mais eux-mêmes ne seront pas jugés (2 Cor. 5 10). 2) Le jugement des vivants (Mat. 25. 31 à 46), juste avant le millénium. 3) Le jugement des morts devant le grand trône blanc, après le règne millénial (Apoc. 20. 11 à 15). Le Seigneur, ayant les « yeux comme une flamme de feu » (Apoc. 1. 14), discernera entre les « bénis de son Père » (v. 34) et les « maudits » (v. 41).

« Brebis » et « chèvres » appellent le Juge : « Seigneur ». Mais les uns ont servi le Seigneur en prenant soin de Ses missionnaires, les autres, indifférents, L’ont méprisé en se détournant de Ses serviteurs. « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux » (Mat. 7. 21). Nous devons prendre soin de Ses serviteurs : Il nous en demandera compte ; les incrédules seront jugés sur les critères de Dieu (Rom. 1). « Ils ne glorifièrent pas Dieu » mais se livrèrent à l’idolâtrie (v. 23).

Ayant alors leur conscience cautérisée, « Dieu les a livrés… à l’impureté » (v. 24). Ayant le témoignage de la création (Ps. 19), les hommes sont responsables d’accomplir la loi morale naturelle (Rom. 2. 12 à 16).

Comme lorsque le Seigneur arrêta Saul sur le chemin de Damas, et lui dit : « Je suis Jésus que tu persécutes » (Act. 9. 5), Il s’identifie aux Siens (Mat. 25. 40 et 45) et Il en prend soin, distinguant entre les brebis faibles, et les fortes qu’il détruira à cause de leur méchanceté (Éz. 34. 11 à 22). Le Seigneur Lui-même est identifié à un agneau. Le royaume est préparé pour Ses bien-aimés « dès la fondation du monde » (Mat. 25. 34). Mais les ennemis seront jetés dans l’étang de feu « préparé pour le diable et ses anges. Pourtant, deux hommes : « la bête et le faux prophète » y seront jetés (Apoc. 19. 19 et 20) mille ans avant le diable (Apoc. 20. 10).

Toute la gloire revient au Fils de Dieu (Héb. 1), et rejaillira sur Son Épouse céleste et sur la Bien-Aimée terrestre, Israël racheté, formées par ceux que le Seigneur appelle : « les brebis » qu’Il met à sa droite, le côté de l’honneur. Que ces vérités nous poussent à la reconnaissance, à la soumission et au service, par amour pour Lui !

« Venez les bénis de mon Père » (v. 34). Les brebis terrestres ne connaissent pas Dieu comme leur Père, contrairement aux croyants de l’Église (Jean 20. 17). Le royaume leur est « préparé dès la fondation du monde », car c’est la partie terrestre du royaume qui leur est donnée. L’Église, à la destinée céleste, est « élue dès avant la fondation du monde » (Éph. 1. 4), de même que l’Agneau de Dieu est « préconnu dès avant la fondation du monde » (1 Pier. 1. 20). Sans doute, la pensée du royaume terrestre préexistait dans la pensée divine, mais ne pouvait être préparé avant que le monde existât. Adam avait reçu la domination sur les êtres vivants de la terre créée (Gen. 1. 26). Il ne s’agit pas, ici, d’élection mais de préparation du royaume.

Ne pas recevoir ceux que le Seigneur appelle « mes frères » conduira à un jugement terrible : ils sont maudits et destinés au feu éternel (v. 41 et 46). L’étang de soufre et de feu est destiné, à l’origine, au diable et à ses anges, mais sera aussi peuplé d’hommes ! Les anges n’ayant pas gardé leur origine et ayant abandonné leur propre demeure sont réservés au feu éternel (Jude 6). De même, les hommes rebelles à Dieu sont ces vases se préparant eux-mêmes pour la destruction, alors que Dieu prépare Lui-même les vases de miséricorde pour Sa gloire (Rom. 9. 22 et 23).

Le v. 46 de Matthieu 25 montre l’éternité du châtiment. Ce que Dieu dit ne peut être révoqué. Encore aujourd’hui, Il appelle pour qu’on se mette « d’accord avec notre partie adverse pendant qu’on est en chemin » (Mat. 5. 25 et 26). Le diable veut toujours faire croire que nous avons le temps et nous occupe de futilités pour nous détourner de Dieu Mais, entrer aux noces sans robe de noce, c’est s’exposer au jugement et à avoir la bouche fermée.

Personne n’est « prédestiné » à être sauvé ou perdu ; mais Dieu préconnaît d’avance ceux qui se convertiront ou non. Dieu est patient et veut notre salut (2 Pier. 3. 9), et c’est Sa joie de faire de nous des vases de miséricorde. Endurcir son cœur, pour un homme, c’est s’exposer à ce qu’un jour, Dieu Lui-même l’endurcisse (Ex. 10. 1). Dès l’origine, Dieu avertit soigneusement les hommes des conséquences de leurs choix (Gen. 2. 17). Leur responsabilité est donc entière devant Dieu. Il donne toujours du temps pour se repentir (Apoc. 2. 21), mais beaucoup ne veulent pas se repentir, car ils ont leurs intérêts sur la terre. C’est pendant notre vie qu’il faut choisir ; après la mort, aucun changement n’est plus possible : « Si un arbre tombe, vers le midi ou vers le nord, à l’endroit où l’arbre sera tombé, là il sera » (Éccl. 11. 3).

À ces « maudits », il est encore accordé d’ouvrir la bouche pour une ultime question (Mat. 25. 44). Mais, devant le grand trône blanc d’Apocalypse 20. 11 à 15, toute bouche sera fermée (Rom. 3. 19). Même « le ciel et la terre s’enfuiront et il ne sera plus trouvé de place pour eux » ! Abraham, en son temps, lui, l’ami de Dieu, pria en faveur des hommes de Sodome et Gomorrhe, mais devant l’inéluctable jugement de Dieu à cause de la méchanceté des habitants de ces villes corrompues, après une dernière intercession, sa bouche fut fermée (Gen. 18. 24 à 33).

La séparation définitive des brebis et des chèvres (Mat. 25), peut surprendre, mais ceux qui se moquent du Seigneur et de Son sacrifice en porteront la peine. Une coupe d’eau froide sera récompensée (Mat. 10. 40 à 42). Le Seigneur va plus loin en Matthieu 25. 45 qu’au v. 40 où Il parle de « ses frères » tandis qu’au v. 45, il parle simplement « des plus petits » L’âme d’un homme est d’un grand prix devant Dieu.

Quelle est notre attitude devant les hommes, et particulièrement devant les miséreux ? « Qui se moque du pauvre outrage celui qui l’a fait » (Prov. 17. 5). Nos motifs sont importants pour Dieu qui lit dans nos cœurs. C’est pourquoi : « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâces par Lui à Dieu le Père » (Col. 3. 17), car Dieu nous avertit : « quel est l’ouvrage de chacun, le feu l’éprouvera » (1 Cor. 3. 12 à 15).

Ch. 26

Avant d’aller à la croix, le Seigneur a pris soin d’avertir le peuple et les hommes en général, des jugements qui pèsent sur eux.

Six jours avant la pâque, le Seigneur se retire à Béthanie avec Ses disciples, dans l’intimité (Jean 12. 1). Deux jours avant cette fête, Il se trouve dans la maison de Simon le lépreux – peut-être un de ceux que le Seigneur avait guéris. Là, Il annonce qu’Il va être crucifié durant la fête de pâque, contrairement au projet des principaux sacrificateurs et des anciens du peuple qui, craignant les hommes plutôt que Dieu, voulaient éviter tout tumulte pendant la fête. Mais le Seigneur est le véritable Agneau de Dieu (1 Pier. 1. 18) qui devait être sacrifié durant la pâque (1 Cor. 5. 7).

Le Seigneur met fin aux ombres de l’Ancien Testament pour réaliser pleinement les Écritures. Du tumulte, il y en aura, cependant, car le peuple, poussé par ses chefs, criera : « Ôte, ôte, crucifie-le », et s’opposera à Pilate qui voulait le relâcher, l’accusant de ne pas être « ami de César » (Jean 19. 12 à 15).

Le Seigneur devait aller à la croix, selon les plans de grâce divins, sinon Il serait remonté dans la gloire mais seul : Il était ce grain de blé tombé en terre et portant beaucoup de fruit (Jean 12. 24). Sa vie parfaite ne pouvait nous racheter : il fallait Sa mort sur la croix, pour que Dieu soit glorifié et qu’Il ait une famille goûtant au bonheur éternel. Il est ce « serviteur hébreu » aimant « son maître, sa femme et ses enfants » et ne voulant pas « sortir libre » (Ex. 21. 5). Mais la responsabilité des hommes reste entière (Act. 2. 23) !

Le Seigneur achève Sa course et passe Ses deniers jours dans des maisons amies : chez Marthe, Marie et Lazare, et chez Simon le lépreux. Il est reçu avec amour, alors qu’II est rejeté par les principaux du peuple tramant des complots contre Lui (Jean 11. 57). Ces responsables, qui devaient conduire le peuple dans les choses saintes de Dieu, foulaient aux pieds le Fils de Dieu, entraînant le peuple dans leur péché !

À Gethsémané, après que le Seigneur eut repris Pierre qui s’était servi de l’épée (Mat. 26. 53), Il déclare : « C’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres » (Luc 22. 53). Le Seigneur se livre Lui-même, mais protège Ses disciples : « Si c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci » (Jean 18. 4 à 9). Dans ce monde, on juge un homme présumé coupable, afin de déterminer sa culpabilité ou son innocence. Mais les principaux sacrificateurs sont décidés d’avance à Le faire mourir (Mat. 26. 3 et 4).

À Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, ami du Seigneur, Il goûte la paix au milieu des Siens : Lazare est là, goûtant la communion avec son Seigneur. Marthe qui, auparavant, était « distraite par beaucoup de service » (Luc 10. 38 et 39), sert maintenant paisiblement (Jean 12. 2).

Marie qui s’était assise aux pieds du Seigneur pour écouter sa Parole, répand un parfum coûteux sur sa tête : c’est l’onction royale. Matthieu présente le Roi. En Marc 14. 3, le vase est brisé. En Jean 12. 3, Marie verse le parfum sur les pieds du Seigneur, elle se tient aux pieds du Fils de Dieu.

Cette scène n’est pas la même que celle de Luc 7. 36 à 45, et les personnages sont différents. Marie de Béthanie donne ce qu’elle a de plus précieux, par amour pour le Seigneur, et parce que, dans une mesure peut-être, elle discerne ce qui va Lui arriver, car elle connaît la haine dont Il est l’objet. Judas et les autres disciples sont indignés (v. 8 ; Jean 12. 5) que ce, parfum, valant trois cents journées de travail d’un ouvrier, soit perdu ! Mais le Seigneur donne la signification de ce geste. C’était une bonne œuvre envers Lui… pour Sa sépulture (v. 10 et 12).

Contemplons souvent le Seigneur allant à la croix, et notre amour pour Lui sera agrandi. Le monde hait toujours le Seigneur et Le crucifierait encore, s’il le pouvait !

Si le Père aime le Fils parce qu’Il a laissé Sa vie (Jean 10. 17), Dieu n’avait pas de plus grand moyen de manifester Son amour pour nous, qu’en nous donnant Son Fils bien-aimé. Et « nous, nous l’aimons car Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19). Marie, attentive aux paroles du Seigneur, a été rendue intelligente quant à Son chemin vers la croix ; et ses affections pour Lui étaient engagées à fond.

Judas était voleur (Jean 12. 6), et les disciples partagent sa pensée concernant l’usage possible de ce parfum. La cupidité est une idolâtrie (Col. 3. 5).

Soyons contents de ce que le Seigneur nous donne. Nous pouvons faire du bien autour de nous, mais ne lésons pas le Seigneur qui doit avoir la première place dans nos activités.

Soyons assidus aux réunions autour du Seigneur, en particulier, connaissant quel prix elles ont pour Lui. Marie a fait une bonne œuvre et le Seigneur, voyant son amour, l’a justifiée, contre la pensée secrète de ses disciples (Marc 14. 4). Marie n’avait peut-être pas saisi la portée de son acte, mais le Seigneur en donne la vraie signification : « Cette femme, en répandant ce parfum sur mon corps, l’a fait pour ma sépulture » (Mat. 26. 12). Il l’a consolée pour toujours en affirmant que son geste serait raconté dans l’évangile, et connu du monde entier. Cette bonne œuvre était faite avec le Seigneur, pour Lui et par la puissance du Saint Esprit. « Ceux qui m’honorent, je les honorerai » (1 Sam. 2. 30).

Marie de Béthanie n’est nommée dans aucun évangile, lorsque plusieurs femmes viennent au tombeau pour embaumer, trop tard, le corps du Seigneur : Il était déjà ressuscité !

Deux fois, on voit le Seigneur à table, dans ce chapitre, dans l’intimité des Siens. Et, deux fois, on a pu faire quelque chose par amour pour Lui : répandre un parfum sur Sa tête et préparer ce qu’il fallait pour célébrer la pâque. Nous devons faire les bonnes œuvres préparées à l’avance par Dieu Lui-même (Éph. 2. 10), et être les premiers, et zélés dans les bonnes œuvres (Tite 2. 14 ; 3. 8 et 14).

Prenons garde aux mauvaises œuvres des ténèbres (Jean 3. 19). Caïn tua son frère parce que ses œuvres étaient mauvaises (1 Jean 3. 12). Gardons-nous des œuvres de la chair qui déshonorent le Seigneur et sont opposées au fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, longanimité, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, tempérance (Gal. 5. 19 à 22). Le Seigneur ne dit pas de ne pas secourir les pauvres. Mais Il doit passer, dans nos cœurs, en premier pour L’honorer, comme l’a fait Marie.

Le reproche fait par les disciples à Marie, rejaillit sur le Seigneur qui s’était toujours occupé des pauvres du peuple. Quant à Marie, mal jugée, elle a remis sa cause à son Seigneur qui l’a défendue comme « l’Ami qui aime en tout temps, et le Frère né pour la détresse » (Prov. 17. 17). Elle s’en est remise au Seigneur qui s’est empressé de « produire sa justice comme la lumière » (Ps. 37. 5 et 6).

Le Seigneur a « été opprimé et affligé et n’a pas ouvert sa bouche » (És. 53. 7). Il a consigné, dans Sa Parole, cette bonne œuvre de Marie, car nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ et recevrons ce que méritent nos actes, soit bien soit mal (2 Cor. 5. 10). La trahison de Judas aussi, est consignée dans la Parole, mais lui sera condamné devant le grand trône blanc (Apoc. 20. 11 à 15).

Le témoignage que le Seigneur rend à Marie est insupportable pour Judas qui, par cupidité livrera le Seigneur qu’il a suivi sans qu’il se soit converti, durant plus de trois ans. Suivre les réunions n’est pas la conversion. Le diable avait mis dans le cœur de Judas de livrer le Seigneur (Jean 13. 2), et il saisit l’occasion où Marie est honorée du Seigneur pour exécuter son projet : possédé, il va être le jouet de Satan. Nous avons la même nature que Judas : prenons garde à nos convoitises qui peuvent nous mener très loin (Jac. 1. 14).

« Mon intime ami… a levé son talon contre moi » (Ps. 41. 9). Le Seigneur avait dit : « l’un d’entre vous est un diable » (Jean 6. 70), et pourtant, Il l’avait choisi ! Dans le jardin de Gethsémané, le Seigneur lui dit : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » L’homme est ennemi de Dieu, mais Dieu n’est pas son ennemi.

Trente pièces d’argent est le prix d’un serviteur tué par accident par un bœuf (Ex. 21. 32). C’est « le prix magnifique auquel le Seigneur a été estimé » (Zach. 11. 12 et 13). C’est le salaire de la trahison de Judas. Mais, si le serviteur était tué accidentellement par un bœuf, le Seigneur a été condamné d’avance par les chefs du peuple pour ce même prix (Mat. 26. 59).

Dans l’Ancien Testament, il y avait sept fêtes à l’Éternel. Mais, pour la fête des pains sans levain, la fête des semaines et la fête des tabernacles, tous les mâles parmi les Israélites devaient se rendre à Jérusalem (Deut. 16. 16). Ici, il s’agit de préparer la pâque, et le Seigneur, qui connaît toutes choses d’avance et en dispose par son autorité divine, ne laisse rien à l’imagination de l’homme.

Les disciples demandent : « Où veux-tu, que nous te préparions ce qu’il faut pour manger la pâque ? » Il désigne alors telle maison, dans la ville, où tout est déjà préparé pour Lui (v. 17 à 19). La fête des pains sans levain, directement liée à la pâque, durait sept jours et nous rappelle que nous devons ôter le mal, moral et doctrinal, dans notre vie quotidienne.

Ces passages de l’évangile marquent la limite des ombres du Lévitique, car le Seigneur, à la croix, est la vraie pâque : Il est l’ante-type de tous les sacrifices de l’Ancien Testament. Mais c’est au moment où ces choses anciennes s’effacent, que le Seigneur institue la cène.

La pâque juive annonçait le sacrifice de Christ, et la cène parle du souvenir de Son sacrifice. La pâque avait lieu le quatorzième jour du premier mois, et la fête des pains sans levain commençait ce même jour jusqu’au vingt et unième jour (Ex. 1. 2). La première pâque s’accompagna de sévères jugements sur l’Égypte où tous les premiers-nés moururent. Le peuple devait perpétuer le souvenir de l’agneau de la pâque sacrifié, type de Christ qui devait mourir (1 Pier. 1. 19). En Matthieu 26, c’est donc la dernière pâque du Lévitique, et le Seigneur a le cœur étreint en pensant qu’Il est, Lui, la vraie pâque et qu’Il sera offert quelques heures plus tard.

Si les disciples s’indignèrent sur le parfum répandu par Marie, ils se montrent, ici, dépendants de l’autorité du Seigneur. Ils vont chercher un ânon préparé pour Lui (ch. 21. 1 à 5), et préparent tout ce qui est nécessaire pour la pâque, dans une maison toute préparée. Le Seigneur, dépouillé de tout sur la terre, usait de ce qui était préparé pour Lui. « Un tel » (v. 18), montre que c’est le Seigneur qui est important, et non le propriétaire de la maison. En Luc 22. 10, un homme portant une cruche d’eau sur la tête – figure du Saint Esprit et de la Parole, guide les disciples vers la maison préparée d’avance. Toutes choses ont été créées par Lui et pour Lui (Col. 1. 16).

Le Seigneur sonde la conscience des disciples en leur révélant que l’un d’entre eux allait Le livrer, mais II leur fait partager Sa peine : ils furent « fort attristés » (v. 22 ; Ps. 41. 1 à 9).

Chacun, alors, demande : « Est-ce moi, Seigneur ? » Ils ne sont pas sûrs d’eux-mêmes. Notre confiance doit être en Dieu seul et dans le Seigneur. Si l’état d’un rassemblement laisse à désirer, posons la question : Est-ce à cause de moi ? Le Seigneur connaît notre cœur et veut que la lumière l’habite. Qu’est le Seigneur pour moi et que suis-je devant lui, une aide ou une entrave pour l’Assemblée ? Posons-nous la question.

Judas questionne hypocritement le Seigneur, alors qu’il a déjà tout préparé pour le livrer, à l’insu de ses condisciples ! C’est pourtant le Seigneur qui l’a choisi (ch. 10. 4). Le Seigneur a été livré, vendu, dénoncé, trahi.

« Il se mit à table avec les douze », occupant la place centrale à Sa table, comme Il l’occupera à la croix, entre deux malfaiteurs, au centre de la honte. « Il a été livré par le conseil défini de Dieu » (Act. 2. 23), et « s’est livré lui-même » (Éph. 5. 1 et 2), mais la culpabilité de Judas reste entière, et le Seigneur souhaitait qu’il ne fût pas « né » (v. 24). De ceux que le Seigneur choisit, seul Judas fut perdu comme « fils de perdition », nom qui qualifie aussi l’antichrist (Jean 17. 12 ; 2 Thess. 2. 3). Dieu s’est servi autrefois de l’Assyrien pour châtier Son peuple rebelle, mais il sera à son tour châtié pour avoir durement éprouvé le peuple de Dieu.

Le Seigneur dit : « le fils de l’homme s’en va » (v. 24), car Il est aussi le vrai « bouc Azazel » du vrai jour des propitiations (Lév. 16. 5 à 10). Il a rendu Dieu propice à tous les hommes, mais ne s’est substitué qu’à ceux qui croient en Lui, pour ôter leurs péchés. Pour eux, Dieu voit le sang et passe par-dessus » (v. 20).

En Luc 22. 14 à 20, le Seigneur dit « J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous avant que je souffre », mais Il en profite pour instituer la cène. La pâque, encore célébrée selon la tradition, une coupe de libation l’accompagne. L’agneau de la pâque préfigurait Christ Lui-même « Notre Pâque, Christ a été sacrifié (1 Cor. 5. 7). Les traditions juives prennent fin ici : nous sommes pleinement délivrés par la mort du Seigneur à la croix.

Il y a une nette distinction entre la pâque et la cène : la première coupe que reçoit le Seigneur, de laquelle Il dit qu’il n’en boira plus jusqu’à ce que soit venu le royaume de Dieu, représente la joie future du Seigneur, durant son règne millénial en relation avec Son peuple restauré.

La deuxième coupe (v. 20), après la fraction du pain représentant Son corps livré pour nous, symbolise Son sang versé pour nous. Mais elle est la base d’une nouvelle alliance pour l’Israël futur durant le règne de Christ. Bien que les chrétiens soient au bénéfice du sang versé de Christ, cette nouvelle alliance ne les concerne pas. L’importance de ce mémorial institué par le Seigneur est souligné par quatre récits de la Parole (Mat. 26. 26 à 29 ; Marc 14. 22 à 25 ; Luc 22. 19 et 20 ; 1 Cor. 11. 23 à 25). C’est « la nuit qu’il fut livré » qu’Il institua ce mémorial. C’est assez dire combien Son cœur tient à ce que Ses rachetés se souviennent de Lui.

La cène, contrairement à ce que certains prétendent aujourd’hui, considérant la ruine de l’Assemblée, ne doit jamais être abandonnée : « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11. 26). Il ne nous appartient pas de dire si nous avons encore la table du Seigneur. Mais notre amour pour Lui doit demeurer assez fort pour garder le mémorial de Sa mort, et désirer le célébrer jusqu’à Sa venue. C’est aussi un témoignage à la face du monde, que nous avons à maintenir jusqu’à Son retour.

Israël n’ayant pas reçu son Messie vivant, c’est un Christ mort que rappelle la cène. « En mémoire de Moi ». C’est de sa Personne même que nous nous souvenons à la cène. « La nouvelle alliance en mon sang » est le résultat de Sa mort. « Jusqu’à sa venue » : nous annonçons Son retour comme ressuscité.

À la demande affectueuse des disciples : « Où veux-tu que nous te préparions… », Son cœur parle, connaissant Ses souffrances toutes proches et leurs cœurs faibles « J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous ». Il touche nos cœurs en nous rappelant Son corps livré pour nous et Son sang versé pour nous. Rien de mystérieux, donc, dans la cène : le pain reste du pain, et le vin, du vin. Seul, le symbole a une signification.

En face de l’ardent désir du Seigneur, que nous nous souvenions de Lui, notre désir d’y répondre est bien faible ! Mais le Seigneur y tient ; et nous, y tenons-nous ? « Le désir de notre âme est après ton nom et après ton souvenir » (És. 26. 8). Et comme II a présidé la première cène, Il préside toujours à sa répétition dominicale ; et c’est la volonté de Son amour que nous nous souvenions de Lui de cette manière-là. Le Seigneur dit en Matthieu 26. 27 : « Buvez-en tous » ; et en Marc 14. 23, « et ils en burent tous ». S’abstenir sans raison de participer au mémorial, c’est nier être un racheté du Seigneur.

La première alliance était contractée par deux parties : l’Éternel et le peuple qui déclara: « Ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (Ex.19. 8 ; 24. 7), et elle était scellée par du sang. L’Éternel avait entendu la voix du peuple (Deut. 27) et dit : « Oh, s’ils avaient toujours ce cœur-là » (v. 29). Mais le peuple a violé l’alliance.

Nous avons les mêmes cœurs, et désobéissons souvent (Os. 8. 1). La nouvelle alliance est aussi scellée par le sang du Seigneur, mais Dieu en est la seule partie contractante : « Je conclurai pour la maison d’Israël… une nouvelle alliance » (Héb. 8. 8), et non plus : « avec leurs pères » (v. 9). Le caractère de cette alliance : « Je leur serai pour Dieu et ils me seront pour peuple ». Le résultat : « Ils me connaîtront tous » (v. 11). Son objet : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés » (v. 12). Le Seigneur est « le garant d’une meilleure alliance, et d’une meilleure promesse » (Héb. 7. 21 et 22 ; 8. 6). Répondons davantage à l’amour du Seigneur.

Les disciples s’étaient indignés à cause du parfum répandu sur le Seigneur, mais Il leur dit malgré tout, au sujet de la coupe : « Buvez-en tous» (v. 27). Ils n’en étaient pas dignes, pas plus que nous ne le sommes. Mais le Seigneur, Lui, est digne que nous répondions à ce que Son amour réclame de nous. « Ceci est mon sang qui est versé pour plusieurs » (v. 28). Tous ceux qui, d’entre les nations, se seront repentis, sont lavés dans Son sang. Israël, plus tard, avec les nations qui Le reconnaîtront comme le Messie, en bénéficieront à leur tour. « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » (v. 29).

Juges 9. 13 nous apprend que le vin « réjouit le cœur de Dieu et des hommes ». Il symbolise la joie du Seigneur et des croyants, joie qui a douloureusement manqué en Israël, à ce moment-là, mais sera réalisée durant le millénium. Cette joie qu’Il avait « devant Lui » (Héb. 12. 2), L’a soutenu durant les terribles heures des ténèbres qu’Il a connues sur la croix.

Le Seigneur, maintenant, va vers la manifestation de Sa gloire et Il Se réjouit de partager Sa joie, bientôt, avec Son peuple (Soph. 3. 14 à 17). La joie qu’II avait devant Lui, c’était de faire l’œuvre que le Père Lui avait donnée à faire, de payer le prix de notre rachat et de rendre possible, par ce moyen, l’établissement de Son royaume.

La coupe est un symbole pour nous, mais Lui y trouve une pensée qui soutient Son cœur étreint : la joie qu’il connaîtra après Son œuvre. Le millénium vers lequel le monde s’achemine, est l’antitype de la fête des tabernacles où l’Éternel réclamait de son peuple qu’il ne soit « que joyeux » (Deut. 16. 13). En Néhémie 8. 9 et 10, après la lecture de la loi, le peuple tout entier pleure et mène deuil. Mais il lui est rappelé : « ce jour est saint à l’Éternel, votre Dieu ; ne menez pas deuil et ne pleurez pas. Allez, mangez ce qui est gras et buvez ce qui est doux… Ne vous affligez pas car la joie de l’Éternel est votre force C’était la fête des tabernacles (v. 13 à 18), symbole du règne millénaire de Christ que la joie caractérisera.

L’amour du Seigneur veut nous faire partager présentement la plénitude de Sa joie (Jean 15. 1). Mais Matthieu parle de la joie future des croyants lorsque le Seigneur régnera. Identifiés au Seigneur, tous Ses propres sentiments liés au, souvenir de Sa mort, ont leur place dans nos cœurs, dans la célébration de la cène. Les herbes amères qui accompagnaient l’agneau de la pâque (Ex. 12. 8), nous ramènent aux souffrances du Seigneur pour nous, et cette pensée étreint nos cœurs, malgré notre joie à la perspective de Son règne proche.

La croix était devant Lui, mais le Seigneur trouve en Lui-même la joie de chanter une hymne avec Ses disciples, après la cène. Le Seigneur connaît d’avance la déception des disciples qui vont tous tomber et s’enfuir. Quelques heures plus tard, Pierre le reniera ; ils Le laisseront seul ! Mais Il les fortifie avec amour, en leur donnant rendez-vous en Galilée, après Sa résurrection (v. 31 et 32). « Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin » (Jean 13. 1).

Que les disciples aient été scandalisés en Lui, était écrit dans les prophéties (Zach. 13. 6 et 7). Le Seigneur était pour eux leur espérance et leur rocher de salut, et Il les avait gardés de l’ennemi. Sa mort était, pour eux, une terrible épreuve qu’ils ne comprenaient pas. Leur Berger allait être frappé et les brebis, sans force et abandonnées, allaient s’enfuir… C’était l’heure du monde gouverné par Satan, et « le pouvoir des ténèbres » (Luc 22. 53) !

Cependant, le Seigneur se livre Lui-même (Jean 18. 4 à 8). Ainsi, mort et ressuscité, Dieu pourra « rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11. 52). Et, dès Sa résurrection, le Seigneur ramène déjà deux disciples qui s’éloignaient de Jérusalem vers Emmaüs (Luc 24. 13). Ne nous éloignons pas de l’assemblée chère au cœur du Seigneur.

Les disciples devaient apprendre, dans ces circonstances, qu’en eux il n’y avait aucune force. Nous faisons souvent cette même expérience douloureuse mais nécessaire. Le Seigneur avait averti Pierre qu’Il avait prié pour que sa foi ne défaille pas (Luc 22. 31 et 32). Pierre ne pouvait suivre le Seigneur à la croix (Jean 13. 36). Mais devant les protestations de Son disciple (Mat. 26. 33 à 35), le Seigneur n’insiste pas : Pierre devait faire l’expérience de son néant.

Impulsif, Pierre dit trois fois non au Seigneur : « Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera pas » (Mat. 16. 22) ; « Tu ne me laveras jamais les pieds » (Jean 13. 8) ; « Non point, Seigneur » (Act. 10. 14). Et ici « Je ne serai jamais scandalisé en toi » (v. 33). Ces paroles étaient gratifiantes pour ce disciple, en le mettant en valeur auprès de ses compagnons et en les influençant (fin du v. 35).

Après la croix, alors que le Seigneur ne s’est pas encore manifesté à eux comme ressuscité, Pierre dira : « Je m’en vais pêcher » et ses compagnons le suivent (Jean 21. 1 à 3). Prenons garde que nos paroles n’influencent pas nos frères pour les égarer, car nous ne sommes pas meilleurs que les disciples. N’ayons pas confiance en nos propres forces, car nous savons où cela a conduit Pierre, qui a suivi le Seigneur un bout de chemin, mais la chute était au bout : « Séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » dit le Seigneur (Jean 15. 5). Mettons notre confiance dans le Seigneur et non en nous-mêmes.

Quelques pas faits sans le Seigneur suffisent pour provoquer notre chute. Pierre en avait déjà fait l’expérience, en voulant marcher sur les eaux, mais en détournant ses regards du Seigneur. La Parole nous rapporte cette conversation du Seigneur avec son disciple « Là où je vais, tu ne peux me suivre maintenant… Pourquoi ne puis-je te suivre maintenant ? Je laisserais ma vie pour toi… En vérité je te dis : Le coq ne chantera point, que tu ne m’aies renié trois fois » (Jean 13. 36 à 38). « L’esprit est prompt mais la chair est faible » (Mat. 26. 41). L’amour de Pierre pour son Seigneur lui met l’épée à la main, dans le jardin où l’on vient pour l’arrêter.

Cette impulsivité a sa source dans sa confiance en lui-même ; mais il se connaît mal et devra faire l’expérience de sa faiblesse, quand le danger se précisera. David, dans sa prospérité, plein de confiance en lui-même, pensait n’être jamais ébranlé et se réjouissait que l’Éternel ait donné stabilité et force à sa montagne (Ps. 30. 6 et 7). Mais il ajoute : « Tu as caché ta face, j’ai été épouvanté… j’ai supplié le Seigneur » (v. 8). Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12. 10). « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Phil. 4. 13). Seule, la communion avec le Seigneur donne la force pour tenir ferme dans les dangers (Éccl. 9. 11). Après son reniement, Pierre repentant sera restauré et pourra dire aux Juifs : « Vous avez renié le Saint et le Juste » (Act. 3. 13).

En Luc 22. 35 à 38, le Seigneur recommande à Ses disciples de se munir d’une épée. Cependant, lorsque Pierre tire l’épée pour défendre le Seigneur, il le reprend sévèrement. Visiblement, l’épée dont le Seigneur parlait représentait la Parole, l’épée de l’Esprit d’Éphésiens 6, dont les disciples devaient user pour se défendre du monde, en l’absence de Celui qui les avait protégés jusque-là. Le Seigneur ne les abandonne pas, mais Il allait être compté parmi les iniques et mourir, puis remonter au ciel. Pierre n’avait pas compris cette allusion à l’épée dont le Seigneur avait parlé. L’homme ne saisit la pensée de Dieu que par le Saint Esprit.

En Jean 11. 33 à 35, les Juifs se méprennent sur la signification des larmes du Seigneur, qu’ils attribuent à son affection pour Lazare, qu’Il aimait vraiment. Mais Il pleure sur les ravages du péché : la mort. Malgré tout, le Seigneur associe Pierre, Jean et Jacques a certaines circonstances le concernant, Lui : ils sont sur la sainte montagne et voient Sa gloire. Ils préparent la pâque. Ils assistent à l’agonie du Seigneur en Gethsémané. Enfin, Pierre et Jean montent ensemble au temple (Act. 3. 1). Le Seigneur avait prié pour Pierre, pour que sa foi ne défaille pas, et Il le restaurera. Après son reniement, Pierre, se souvenant des avertissements du Seigneur, verse les larmes amères de la repentance selon Dieu (v. 75).

La scène des v. 36 à 46 nous prosterne. Le Seigneur, a cherché des consolateurs et n’en a pas trouvé (Ps. 69. 20). Les disciples dorment, alors que le Seigneur est « dans l’angoisse du combat ». Mais un ange fortifie le fils de homme souffrant (Luc 22. 43). Les hommes agonisent au moment de mourir. Le Seigneur est mort en pleine force, à l’issue de l’expiation.

Gethsémané signifie : pressoir à huile. Pressé par Son agonie morale, le Seigneur a manifesté Sa perfection en acceptant la coupe de la malédiction de la main de Son Père.

Le Seigneur cherchait la sympathie de Pierre, Jacques et Jean : « Demeurez ici et veillez avec moi », leur dit-il (v. 38). Il éprouvait le besoin de partager Sa tristesse avec Ses bien-aimés – qui vont s’endormir (v. 40 et 43), ainsi qu’ils le firent sur la sainte montagne (Luc 9. 32). Il faudra qu’ils se réveillent pour voir Sa gloire ! En Luc 22. 45, ils étaient endormis de tristesse. Nous pouvons nous endormir dans la tristesse des choses qui nous entourent dans les assemblées. C’est pourquoi « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil. 4. 4).

Au v. 39, Il devait être seul avec Son Père, de qui Il prit la coupe des souffrances – et non des sacrificateurs. Nul ne pouvait L’aider. Un ange venu du ciel fortifia le Fils de l’homme souffrant (Luc 22. 43). Nous n’entrons pas dans les souffrances de l’abandon de Dieu, à la croix. Le Seigneur savait ce qui Lui était réservé, mais le moment approchait où tout devait arriver. On comprend à peine quelle était Son angoisse, tandis qu’Il suppliait Son Père et s’y soumettait en même temps (v. 39 et 42) ! Aux v. 39 et 42, Il dit : « Mon Père ». La communion est encore là. Sur la croix, il dira : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (ch. 27. 46) À Gethsémané, Il se soumet pleinement à la volonté du Père jusqu’au bout (Jean 4. 34), malgré l’horreur que lui inspirait la pensée d’être identifié au péché et d’entrer dans la mort, Lui qui avait la vie en Lui-même (Jean 5. 26).

Étant Dieu, Il est devenu homme pour souffrir et mourir afin d’expier le péché. Après les trois heures de ténèbres, Il poussera ce cri de victoire : « C’est accompli » (Jean 19. 30). Mais quelle horreur, pour Lui, la mort, salaire du péché (Luc 22. 41).

Le Seigneur s’éloigne des disciples de la distance d’un jet de pierre, distance d’un berger jetant une pierre sur une brebis qui s’éloigne, pour la ramener – et Pierre et ses compagnons allaient Le renier et L’abandonner : le Seigneur leur avait dit de veiller et ils avaient été dans le sein de Jésus (Jean 13. 23) – et ils s’endorment. Quelle que soit notre proximité, nous pouvons tomber : « Réveille-toi, toi qui dors et relève-toi d’entre les morts » (Éph 5. 14).

Peu après, Pierre tirera l’épée et il faudra que le Seigneur s’occupe de lui et le ramène. Les évangiles rapportent peu de paroles du Seigneur en Gethsémané, mais au v. 40, Il dit à Pierre : « Vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ? » Cela faisait donc une heure qu’Il priait, et cela se reproduisit trois fois (v. 44). Peut-être pria-t-il ainsi trois heures ?

À la croix, les évangiles rapportent sept paroles du Seigneur. Mais le Psaume 22. 1, parle « des paroles de mon rugissement ». Les hommes ne surent rien de Ses souffrances secrètes. Au v. 38, Il leur dit « Veillez avec moi ». Au v. 41, Il les exhorte à prier pour eux-mêmes, afin de ne pas tomber. C’est le remède contre la tentation. Appuyé sur lui-même, Pierre succombe.

Le Seigneur, s’appuyant sur le Père, triomphe. Hébreux 5. 6 à 8 dit qu’Il a été « exaucé et sauvé de la mort à cause de sa piété ». Mais c’est par la résurrection qu’Il fut sauvé de la mort. C’est par amour pour Son Père et pour nous qu’Il a accepté la croix. Rompre la communion avec Dieu rend malheureux. Combien plus le Seigneur souffrait-il de l’abandon de son Dieu !

Au v. 45, Il voit au-delà de la croix et dit aux disciples « Dormez dorénavant et reposez-vous ». Rachetés, reposons-nous sur le Seigneur.

Plus tard, Pierre réalisera ce v. 45 : il dormira en paix, en prison (Act. 12. 6). Aux v. 45 et 46, deux choses s’approchent : l’heure où Il allait être livré, et celui qui Le livrait, Judas, dont la traîtrise est toujours rappelée avec son nom. Il ne peut d’ailleurs l’appeler : Seigneur, mais seulement : Rabbi. Le Seigneur l’avait pourtant choisi sachant qu’il était « un diable » (Jean 6. 71). Pourtant le Seigneur lui dit : « Ami » (v. 50). Dieu est l’Ami de l’homme, et le Seigneur est allé jusqu’au bout en grâce.

Mais c’est le moment où le Seigneur va glorifier le Père. Là, le Seigneur devient « l’Agneau mené à la boucherie » (És. 53. 5 à 7). Il ne se dérobe pas, car son heure est venue d’aller à la croix. « La joie qui était devant Lui » (Héb. 12. 2) voyait les résultats futurs de son œuvre d’expiation. Les hommes allaient Le clouer sur la croix, mais Il l’acceptait dans Sa divine perfection : le Créateur allait devenir le Rédempteur.

v. 47 : « Comme il parlait encore ». Le Seigneur est occupé de Ses disciples jusqu’au dernier moment, jusqu’à ce que la foule vienne L’arrêter.

Les Évangiles nous donnent des précisions sur cette foule. Elle était grande, composée de Juifs avec des épées et des bâtons (v. 47), de soldats (Jean 18. 3) et même de principaux sacrificateurs et d’anciens (Luc 22. 52). Elle était conduite par Judas qui les précédait (Luc 22. 47). Les chefs étaient censés conduire le peuple fidèlement, mais au contraire ils le conduisirent à arrêter leur Messie et à Le crucifier.

Le contraste est grand entre cette foule qui vient vers Jésus comme contre un brigand, et le Seigneur qui se livre Lui-même sans défense. Le moment était venu pour Lui d’accomplir l’œuvre que le Père Lui avait donné à faire. Mais c’était aussi « votre heure et le pouvoir des ténèbres » (Luc 22. 53).

Judas est le type du vrai apostat. Il a vécu trois ans et demi avec le Seigneur, a entendu Son enseignement, vu Ses miracles, apprécié Ses soins. Finalement il rejette tout ce qu’il avait professé être. Comme le sarment qui ne porte pas de fruit, il sera coupé et jeté au feu (Jean 15. 6). C’est ainsi qu’apostasieront bientôt les chrétiens professants sans la vie.

Plusieurs passages des Psaumes nous parlent de la souffrance du Seigneur en rapport avec la trahison de Judas, notamment les Psaumes 41. 9 et 55. 12 à 14. Le mot « Ami » du v. 50 signifie « compagnon, celui qui mange le pain avec ».

Toutes choses servent Dieu (Ps 119. 91), même la méchanceté des hommes. Judas (un diable – Jean 6. 70) a été un instrument de Dieu pour l’accomplissement des Écritures. Mais sa responsabilité est entière et il rendra compte au grand trône blanc.

v. 50. Les hommes ont cru poser les mains sur leur Créateur pour le faire prisonnier et le crucifier.

v. 51 et 52. L’amour du Seigneur conduit à guérir l’oreille du serviteur, dernier miracle connu. Il agit en bonté jusqu’au dernier moment, même sur la croix où il dira « Père, pardonne-leur » et « Voilà ta mère ».

v. 53. Les anges auraient pu intervenir, mais le Seigneur ne le voulait pas car nous aurions été perdus à tout jamais et Dieu n’aurait pas été glorifié. Le Seigneur a été plusieurs fois l’objet des soins des anges (Mat. 4. 11, Luc 22. 43). Les croyants sont également l’objet de leurs soins (Héb. 1. 13 et 14). Les anges élus sont soumis à la volonté de Dieu (Apoc. 7. 1). Ils sont retenus ici parce que le Seigneur devait aller à la croix.

v. 54 et 56. Le Seigneur était venu accomplir les Écritures et rien ne L’a arrêté. Si nous voyons la méchanceté de l’homme en action pour prendre le Seigneur et Le crucifier, nous voyons aussi l’accomplissement des conseils divins (Act. 2. 23).

Les disciples Le laissèrent et s’enfuirent tous. La chair ne peut se tenir dans le chemin de la volonté de Dieu.

Dans toute cette scène de ténèbres : trahison de Judas, haine des principaux sacrificateurs, lâcheté des disciples, brille de tout son éclat la gloire morale du Seigneur Jésus.

Nous voyons là, le deuxième des six interrogatoires qu’a subi le Seigneur, la « nuit qu’Il fut livré » (Jean 18. 24). Les décisions du sanhédrin composé de soixante-dix membres, étaient sans appel, et la tradition juive les obligeait à se tenir dans le temple et leur interdisait de se réunir de nuit. Mais ici, ils sont réunis de nuit dans la maison de Caïphe, démontrant leur mauvaise conscience en n’osant pas siéger dans le temple. De plus, ils se réunissent dans le but de Le faire mourir (v. 59), avant même qu’Il fût arrêté !

Après avoir déclaré qu’il ne serait jamais scandalisé en Jésus (v. 33), Pierre « le suivait de loin » (v. 58), et s’assit avec les huissiers, chez Caïphe ! Il n’en fallait pas plus pour tomber (Ps. 1. 1). La sincérité de Pierre ne peut être mise en doute ; mais elle n’est jamais suffisante pour nous garder. Seule, la communion habituelle avec le Seigneur nous met à l’abri de chute.

Il faudra le profond travail du Seigneur dans le cœur de Son disciple, pour le restaurer (Jean 21. 15 à 23). Témoin privilégié de la gloire et des souffrances du Seigneur, lors de Sa transfiguration (ch. 17) et à Gethsémané, il s’en souviendra dans ses épîtres, en bénédiction pour nous. Mais à ces deux occasions, il dormait ! Le Seigneur avait pourtant fait sentir à Pierre sa faiblesse, mais il lui fallait cette triste expérience pour en être convaincu. Le Seigneur a permis cette épreuve mais en a fixé les limites, ainsi qu’Il le fit pour Job dont Il purifie le cœur par un travail profond, dont Satan est un instrument involontaire. Mettons toute notre confiance dans le Seigneur, et non en nous-mêmes.

« Il s’assit avec les huissiers pour voir la fin 4 (v. 58). Au lieu de regarder au Seigneur, Pierre regarde aux circonstances ; non par vaine curiosité, mais peut-être s’attendait-il à ce que son Maître Se délivre Lui-même et délivre Israël du joug des Romains (Luc 24. 21). Mais l’heure de la croix était là et Jésus s’était livré Lui-même.

Un des dix commandements ordonnait « Tu ne rendras pas de faux témoignage » (Ex. 20. 16). Mais les chefs du peuple, voulant sauver les apparences, cherchent de « faux » témoins qui, d’ailleurs, tordent même les paroles qu’avait dites le Seigneur : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » (Jean 2. 19). Mais eux, déclarent qu’Il a dit : « Je puis détruire le temple de Dieu, et en trois jours le bâtir » (v. 61).

Il y a, dans les évangiles, de nombreux passages qui témoignent de l’innocence du Seigneur et même ces faux témoignages ne concordent pas et ne peuvent servir à le condamner. Mais le souverain sacrificateur va le condamner sur la déclaration de la vérité qu’Il est le Fils de Dieu (v. 63 et 64). Dans ces scènes si solennelles, toute la laideur caractéristique du premier homme, sa corruption et sa violence, s’opposent à la gloire du second homme, Jésus, qui manifeste toute la beauté morale du Fils de l’homme. Il garde le silence devant ces hommes pervers « comme un agneau mené à la boucherie et comme une brebis muette devant ceux qui la tondent » (És. 53. 7).

Le Seigneur, au v. 63, répond à la voix d’adjuration par obéissance à la loi (Lév. 5. 1). Mais, au v. 64, Il ajoute une prophétie qui aurait dû faire trembler Ses persécuteurs : Il se présente comme le fils de l’homme venant en puissance pour juger, avec « les nuées du ciel », c’est-à-dire les multitudes d’anges qui exerceront les jugements en Son nom (Apoc. 1. 7 ; 2 Thess. 1. 7 à 10). La dernière vision que le monde a eue de Lui, c’est un Christ mort. Mais il Le reverra, bien vivant et jugeant les incrédules (Mat. 16. 27). Étienne L’a vu debout à la droite de Dieu (Act. 7. 55 et 56). C’est sur la déclaration de la vérité touchant Sa personne et non Son œuvre, que le Seigneur a été condamné. Il ne s’abaisse pas à répondre aux accusations viles ni aux demi-vérités. Mais quelles souffrances, pour Lui, après avoir accompli tant de miracles avec amour !

Dans ces scènes, de la part des hommes, tout est faux : réuni en un lieu et à une heure illicite, le sanhédrin a décidé Sa condamnation avant le jugement ; on choisit de faux témoins qui tordent Ses paroles. Mais rien de tout cela ne sera condamné : c’est la vérité seule qu’ils condamneront, la traitant de blasphème (v. 65). La loi condamnait tous les hommes, car nul n’a la force de la respecter. Le Seigneur seul l’a parfaitement accomplie, et c’est Lui que l’on condamne (Jac. 5. 6) ! Seule, la foi peut recevoir la vérité.

Notre nature ne supporte pas la calomnie ; mais le Seigneur, dans Sa grandeur, l’a endurée patiemment, bien qu’Il eût répondu, durant Son ministère, avec Sa sagesse divine à Ses nombreux contradicteurs cherchant à l’enlacer dans Ses paroles. Mais ici, Il réalise le Psaume 38. 13 et 14 : « Et moi, comme un sourd, je n’entends pas et, comme un muet, je n’ouvre pas la bouche. Je suis devenu comme un homme qui n’entend point et dans la bouche duquel il n’y a pas de réplique ». Il est notre modèle que nous devons nous efforcer d’imiter (És. 50. 6 ; 1 Pier. 2. 21 à 23). Ses souffrances seront bien plus terribles, sur la croix, où Dieu l’abandonnera.

Il est solennel de penser que le Seigneur, bien qu’on lui ait couvert le visage (Marc 14. 65), savait parfaitement qui le frappait, car Il est Dieu et connaît toutes choses (Jean 1. 49 ; Héb. 4. 12 et 13) ; et, plus tard, devant le grand trône blanc, des livres où tout est noté, seront ouverts (Apoc. 20. 12). Ces hommes auraient dû se souvenir qu’à bien des reprises, le Seigneur avait mis à nu leurs pensées les plus secrètes.

Le souverain sacrificateur, s’érigeant en juge, enfreint la loi ouvertement en déchirant ses vêtements (Lév. 21. 10), et le Seigneur, ayant accompli la loi à la satisfaction de Dieu, est l’accusé ! Ésaïe 59. 14 s’accomplit : « La vérité a trébuché sur la place publique ». On Lui crache au visage, Lui qui était soumis à la loi (v. 67). La loi n’autorisait une telle injure qu’à une veuve sans enfant, vis à vis de son beau-frère (son lévir), qui refusait de susciter une descendance à son frère défunt.

En Marc 14. 65, les huissiers qui avaient refusé de L’arrêter (Jean 7. 46), se joignent à Ses persécuteurs ; aucun outrage ne Lui fut épargné ! La cohorte de soldats romains va aussi L’outrager (environ cinq cents hommes) ; mais il est solennel de constater que ce sont les hommes religieux de Son peuple qui le condamneront. Cela nous ramène à Caïn, le premier homme religieux qui, par jalousie, a tué son frère Abel ; ou encore à Jéhu, tuant fanatiquement tous ceux qui avaient déplu à Dieu. Le Seigneur, Lui, avait plu à Dieu durant toute Sa vie sur la terre, mais c’est Lui qui est condamné et qui sera mis à mort.

Pierre n’est pas à sa place dans le palais du souverain sacrificateur. Il se chauffe et s’assied au milieu des ennemis du Seigneur (Mat. 26. 69 ; Marc 14. 67). Il s’est assis « au siège des moqueurs » (Ps. 1. 1). Ce chemin d’éloignement le conduira à la chute, malgré les avertissements du Seigneur. Une chute est toujours le résultat d’un éloignement progressif.

Pierre avait fait cette magnifique confession : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mat. 16. 15 et 16). Mais, presque aussitôt, Pierre voulait détourner son Seigneur du chemin des souffrances : « Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point ! ». Et le Seigneur avait dû le reprendre sévèrement : « Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale » (v. 22 et 23). Sur la montagne de la transfiguration (Luc 9. 22), comme en Gethsémané, Pierre dormait, alors que le Seigneur avait dit de veiller. Lorsqu’on arrête le Seigneur, il tire l’épée (Mat. 26. 51), manifestant ainsi son courage et son amour pour Lui, car outre la foule armée de bâtons et d’épées (v. 47), il y avait aussi des soldats en armes (Jean 18. 3). Mais Pierre utilise une arme charnelle.

Et puis, ultime faute avant la chute, il pénètre dans le palais des ennemis où Jean l’a fait entrer. Prenons garde aux relations mondaines qui sont toujours des pièges, si on y recourt. Les choses se passent plus lentement dans l’évangile de Jean (v. 15 à 18 ; 25 à 27). Cette triste scène est relatée dans les quatre évangiles, montrant ainsi l’importance que Dieu y attache, pour notre avertissement.

Enfin, Satan va utiliser, pour faire tomber Pierre, une arme, a priori bien peu dangereuse : une servante (v. 69 et 71) ! Enfin, une parole de « ceux qui étaient là » : « Ton langage te fait reconnaître » (v. 73). En Actes 4. 13, « on les reconnaissait – les disciples – pour avoir été avec Jésus ». Notre langage nous fait-il reconnaître comme étant les disciples du Seigneur ?

Même reconnu formellement par un parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, il nie encore, lié par la peur (Jean 18. 26). Pierre et Jean ont montré du courage en entrant dans le palais du souverain sacrificateur ; mais dans le danger, bien réel cependant, Pierre a oublié la parole du Seigneur lorsqu’on vient L’arrêter dans le jardin : « Si c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci » (Jean 18. 8). C’était le Fils de Dieu usant de Son autorité divine pour protéger les Siens. De fait, devant l’agressivité de Pierre, même les soldats en armes n’interviennent pas, alors qu’il leur eût été facile d’arrêter tout le monde. Mais nul ne pouvait enfreindre l’ordre du Seigneur.

Nous oublions facilement les mises en garde du Seigneur, comme Pierre, qui ne s’en souvint qu’après être tombé (v. 75). Un événement annoncé d’avance – le chant du coq – le fait revenir à lui ! Sa chute est d’autant plus douloureuse qu’il avait été averti de ce qu’il allait faire. Un regard plein d’amour du Seigneur achève de briser son cœur (Luc 22. 61). Il sort enfin de ce lieu ennemi et pleure amèrement (v. 75). Mais il aura fallu cette épreuve terrible pour qu’il apprenne à se connaître. Ses larmes sont celles de la vraie repentance et il sera restauré (Jean 21. 15 à 23) – et il deviendra, sous la puissante main du Seigneur et par un pur effet de Sa grâce, un précieux et fidèle serviteur. S’est-il souvenu, après cela de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Simon, Simon, voici Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (Luc 22. 31 et 32) ? Ainsi, tout est disposé à l’avance pour notre restauration, si nous sommes tombés.

Judas, quant à lui, malgré des remords, n’eut pas de repentance et ne put être restauré.

On est impressionné en voyant Pierre, dans les Actes, prendre, sous la direction du Saint Esprit, une telle place : il nous y est rapporté sept discours de cet apôtre, lui, un « homme du commun » (Act. 4. 13). Il ne néglige pas de rappeler au peuple : « … vous avez renié le Saint et le Juste » (Act. 3. 13 et 14). Étant pleinement restauré, son message n’est en aucune manière altéré par le souvenir de sa propre chute.

Ch. 27

Après avoir condamné le Seigneur de nuit, illégalement, les principaux sacrificateurs et les anciens entérinent leur propre décision, de jour, « légalement », afin de sauver les apparences. Puis ils présentent le Seigneur à Pilate pour recevoir de lui l’autorisation de Le mettre à mort, en prenant soin de forcer sa décision par des arguments politiquement imparables (Luc 23. 1 et 2).

Devant les tentatives du gouverneur pour Le relâcher, eux qui haïssaient les Romains, proclameront : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19. 12 et 15). Censés être des exemples de justice pour le peuple, ils n’avancent que mensonges et calomnies auprès du gouverneur romain, ayant lié leur prisonnier afin d’accréditer qu’Il était un malfaiteur, alors qu’Il s’était livré Lui-même (Jac. 5. 6). Pilate, représentant des nations, nous entraîne dans la même responsabilité que les Juifs, quant à la crucifixion du Seigneur.

Il est reparlé de Judas qu’on a vu livrer le Seigneur pour de l’argent, et conduire lui-même ceux qui venaient l’arrêter (ch. 26. 14 à 16 ; 47 à 50). Il avait probablement cru qu’il pourrait bénéficier de l’argent et que le Seigneur échapperait à Ses ennemis, comme Il l’avait fait plusieurs fois (Luc 4. 28 à 30).

Ici, devant les conséquences de sa trahison, il reporte l’argent et va se pendre. « J’ai péché en livrant le sang innocent » (v. 4). Le Pharaon et Saül, en leur temps, avaient dit « J’ai péché ». Mais ce dernier, aussitôt, voulait être honoré du peuple ! Le remords n’est pas la repentance, et « toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de Celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4. 13). Le Seigneur tient compte d’une vraie repentance. Les chefs religieux du peuple étaient incapables d’aider Judas à se repentir, endurcis qu’ils étaient dans leur méchanceté.

En 2 Samuel 17. 23, Akhitophel, d’abord ami et conseiller de David, puis l’ayant trahi, s’était étranglé en voyant que son conseil contre David n’était pas écouté. Il est reparlé de la terrible chute morale de Judas en Actes 1. 15 à 20.

Soigneux quant aux formes religieuses, les principaux sacrificateurs, criminels pleins de haine contre le Seigneur, achètent « le champ du potier » (v. 7). Ils réalisent ainsi, à leur insu, une prophétie de Zacharie 11. 12 et 13.

Si la Parole fait référence à Jérémie, c’est qu’à ce moment-là, les Écritures étaient sur des rouleaux, et peut-être que plusieurs prophètes se trouvaient consignés sur le même rouleau. Les potiers jetaient dans un champ les vases défectueux qu’ils cassaient, rendant le champ stérile. Les Juifs en feront un cimetière pour y enterrer les étrangers, qu’ils appelleront : « champ de sang » (v. 8). Tout, dans cette scène, porte la marque de la mort qui est l’état naturel de l’homme. Ainsi, toutes les Écritures se sont accomplies.

Une autre prophétie devait s’accomplir : Jérémie avait été envoyé à Topheth où il devait briser un vase aux yeux des Juifs qui l’accompagnaient. Le peuple, de la même manière, devait être brisé quarante ans après la mort du Seigneur, comme un vase de potier (Jér. 19. 10 à 13). La note concernant le trésor sacré (v. 6), nous ramène à ce que disait le Seigneur au sujet des chefs religieux, qui ôtaient au peuple toute possibilité d’aider leurs parents, en accaparant, pour le temple, les dons qui auraient dû les aider (Mat. 15. 5 et 6). Un peu plus tard, ils retireront soigneusement les corps des brigands crucifiés avec le Seigneur, pour que la journée du sabbat ne soit pas souillée. Mais leur crime demeure !

Cette scène est beaucoup plus détaillée en Jean 18, où l’on voit Pilate faisant des va-et-vient entre le Seigneur et les Juifs qui refusaient d’entrer au prétoire pour ne pas se souiller et pouvoir manger la pâque. Mais ils étaient en train de perpétrer le plus grand crime de l’humanité (Jean 18. 31 et 32) !

Le Seigneur a subi quatre interrogatoires : d’abord devant Anne et Caïphe (Jean 18. 24 ; Mat. 26. 57) ; devant les anciens et les principaux sacrificateurs, puis devant le sanhédrin et, enfin, devant Pilate, le gouverneur romain établi de Dieu, et qui avait la responsabilité de rendre la justice pour ce peuple, selon la pensée divine. Mais Pilate choisit sa propre sécurité politique et sa renommée.

En Matthieu 26. 63, le souverain sacrificateur « adjure » le Seigneur, « par le Dieu vivant » de leur dire s’Il est le Fils de Dieu. Mais devant Pilate ils l’accusent de se dire le roi des Juifs, s’opposant à César (Luc 23. 2 et 3), comprenant habilement que c’est ce côté de la question qui peut seul alarmer Pilate et le pousser à Le condamner. Dans l’évangile de Jean, ils L’accusent simplement d’être un malfaiteur.

Le Seigneur ne répond pas aux accusations, mais répond chaque fois qu’il faut établir ou confirmer la vérité, et Il fait cette « belle confession devant Pilate » (1. Tim. 6. 13) ; confession faite en toute connaissance de cause, sachant qu’elle Le ferait condamner. Ce titre de Roi des Juifs (v. 11), on le retrouve au v. 29 comme une dérision, et au v. 37. Cela correspond au caractère de l’évangile de Matthieu qui est celui du Roi d’Israël. L’Écriture insiste sur ce titre de « roi des Juifs » et Pilate, obéissant à son insu à la volonté de Dieu, le proclame encore au moment le plus solennel de la crucifixion. Un prisonnier ordinaire chercherait à se justifier devant Pilate, mais Lui affirme, devant le gouverneur, sa souveraineté en disant : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jean 18. 37). « Il y a un temps de se taire et un temps de parler » (Éccl. 3. 1 à 7 ; Ps. 37. 8).

Cherchons à ressembler à notre divin Modèle, en privé et en assemblée.

Marc 15. 7 donne des détails sur Barabbas dont le nom signifie : fils du père ! Excités par Satan, les Juifs feront libérer ce faux fils du père pour condamner le vrai Fils. Le Seigneur avait dit aux Juifs incrédules : « Vous, vous avez pour père le diable » (Jean 8. 44). À chaque homme, encore aujourd’hui, est posée cette question vitale : « Barabbas, ou Jésus qui est appelé Christ ? » (Mat. 27. 17) « Tu ne donneras pas la main au méchant, pour être un témoin inique… et tu ne répondras pas dans un procès en penchant du côté de la foule, pour faire fléchir le jugement » (Ex. 23. 1 et 2). Les Juifs et le gouverneur romain ont commis ces iniquités !

Pas une voix ne s’est élevée pour prendre la défense du Seigneur. Où étaient ceux qu’Il avait guéris, ceux qui Le suivaient et L’écoutaient, ceux mêmes qui L’empêchaient de manger Son pain ? Et nous, nous aurions fait la même chose. Ce n’est pas sans motif intentionnel que Dieu nous rapporte le reniement de Pierre, un croyant sincère, avant ces scènes du jugement du Seigneur par les hommes iniques. Si les foules sont coupables de Sa crucifixion, les chefs ont une lourde responsabilité de les avoir entraînées (Marc 15. 11 à 15). Les chefs L’accusent, en Luc 23. 1 et 2, de pervertir leur nation et ils excitent la foule à réclamer Sa mort.

En contraste, en Actes 3. 13, il a fallu beaucoup de courage à Pierre pour dire à ces mêmes Juifs, résumant en quelques mots les terribles charges qui pèsent contre eux : « … Jésus que vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher ». Ces charges pèsent toujours sur ce peuple au milieu duquel le Seigneur Jésus s’est plu à venir.

Au moment où le peuple condamne à mort son Messie, trois personnes le déclarent juste : Judas, la femme de Pilate et Pilate lui-même (v. 14, 19 et 24). Puis, Dieu multiplie les témoignages à la sainteté et à la justice de Son Fils. Pilate déclare : « Je ne trouve aucun crime en cet homme » ; « … Moi je n’ai trouvé aucun crime dans cet homme… ni Hérode non plus… Voici, rien n’a été fait par lui qui soit digne de mort » ; « Mais quel mal celui-ci a-t-il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui soit digne de mort » (Luc 23. 4, 14, 15 et 22). Dieu travaille dans le cœur d’hommes cruels qui témoignent de l’innocence du Seigneur, pour toucher la conscience de Son peuple.

Le Seigneur dévoilera même, brièvement, un rayon de Sa divinité en Jean 18. 4 à 6 : « Qui cherchez-vous ? Jésus le nazaréen. Jésus leur dit : C’est moi… ils reculèrent et tombèrent par terre ». Puis, une certaine crainte plutôt apparentée à la peur superstitieuse, s’empare de Pilate (Jean. 19. 6 à 12). Même le brigand sur la croix proclame Son innocence (Luc 23. 41) et, enfin, le centurion qui veillait sur Jésus s’écria : « Certainement, celui-ci était Fils de Dieu » (Mat. 27. 54). Mais rien n’a pu vaincre l’endurcissement du cœur du peuple !

Alors Pilate, craignant pour sa position politique, Le livre pour être crucifié après L’avoir « châtié » (Luc 23. 16, 22 à 25). Le peuple, aveuglé, prononce lui-même sa propre malédiction (v. 25), et Jérusalem sera détruite et les Juifs dispersés dans les nations. Les hommes doivent prendre garde aux avertissements de Dieu, même en songe (Job 33. 14 à 17), quoique, aujourd’hui, les croyants aient toute la Parole et le Saint Esprit en eux. Dieu travaille toujours dans le cœur des hommes politiques, mais Satan veille afin que ce travail n’aboutisse pas.

Le Seigneur avait dit : « C’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres » (Luc 22. 53), et les principaux sacrificateurs grinçaient des dents contre Étienne, fidèle témoin du Seigneur, dans leur haine pour Lui (en Act. 7. 54). Cependant, si Dieu travaillait pour la conversion du peuple et même des étrangers, à ce moment-là, il fallait que le Seigneur meure : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit ces choses et qu’Il entrât dans sa gloire ? » (Luc 24. 26) Dans la crucifixion du Seigneur, il y a le plan de rédemption de Dieu, et la responsabilité des hommes (Act. 4. 25 à 28).

Et l’on voit les chefs du peuple le persuader « de faire périr Jésus » (Mat. 27. 20). Alors, leurs cris eurent le dessus sur la conscience de Pilate, qui aurait pourtant voulu le relâcher (Luc 23. 20) et leur offrait le choix entre Jésus, le vrai Fils du Père et le faux, Barrabas. Mais ils choisirent de relâcher Barrabas, un meurtrier, et de faire mourir le Prince de la vie ! Pilate a eu beau se laver les mains, il n’en sera pas moins jugé pour ses actes de juge inique.

En Deutéronome 21. 8, lorsqu’un mort était trouvé dans un champ sans qu’on connaisse le meurtrier, les anciens de la ville la plus proche devaient se laver les mains sur une génisse dont ils brisaient la nuque, en déclarant qu’ils étaient innocents de ce meurtre. Mais ici, le meurtre du Seigneur était voulu expressément par les chefs du peuple et Pilate y consentit lui-même.

Dieu veut nous laver dans le sang du Seigneur. Seul, Il régnera en justice, dans Son royaume. Dieu avait établi des villes de refuge en Israël, pour que le meurtrier involontaire s’y mette à l’abri du vengeur du sang (Deut. 19. 9 et 10). Mais le meurtre du Seigneur était prémédité et voulu avec véhémence. Quant à nous, n’oublions pas que nous sommes aussi responsables de Sa mort, cela nous tiendra dans l’humilité.

Si le peuple a rejeté son Messie (1 Sam. 8. 4 à 7), et choisi la domination de César, une source de grâce lui sera pourtant ouverte, plus tard (Zach. 13. 10). Tout homme doit faire ce choix : ou Dieu ou Satan. La crainte de l’Éternel doit nous conduire à rejeter le mal, ce qui est l’intelligence selon Dieu (Job 18. 28). Le Seigneur n’a pas opposé la moindre résistance lorsque les hommes ont déchaîné leur méchanceté contre Lui – et les Romains, hommes des nations, nous représentaient. Les Juifs avaient crié : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Mat. 27. 25) ! Mais en Actes 5. 27 à 29, ils reprochent aux apôtres de remplir la ville de leur doctrine et les accusent de vouloir faire venir le sang du Seigneur sur eux. ! Les apôtres répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Act. 5. 29).

La condamnation du Seigneur est prononcée. Alors, on assemble contre Lui toute la cohorte – cinq cents hommes ! – qui vont déchaîner sur Lui toute leur méchanceté et leur brutalité de soldats. Il aurait pu les anéantir d’une parole, mais Il se laisse faire jusqu’au bout.

Pilate, selon la coutume, l’avait fait fouetter, alors qu’il Le reconnaissait innocent « Des laboureurs ont labouré mon dos, ils y ont tracé leurs longs sillons ». « J’ai donné mon dos à ceux qui frappaient » (Ps. 129. 3 ; És. 50. 6). Il était comme un « agneau mené à la boucherie » (És. 53. 7). Marc rapporte que cela avait lieu « dans la cour, qui est le prétoire », au grand jour. Les Juifs étaient là, et le gouverneur, avec ses soldats aussi, qui représentaient les nations. Là, Il est en proie aux moqueries, aux traitements humiliants, Lui, le Créateur. On l’affuble, par dérision, d’un manteau d’écarlate, et on pose sur Sa tête une couronne d’épines, fruit du sol maudit (Gen. 3. 17 et 18).

Condamné parce qu’Il se disait Roi, c’est comme tel qu’on se moque de Lui. Le roseau qu’on met dans Sa main droite est un sceptre ridicule. Mais un jour, Il brisera les nations « avec un sceptre de fer » (Ps. 2. 9). Hérode L’avait revêtu « d’un vêtement éclatant » (Luc 23. 11). En Marc 15. 17 et Jean 19. 2, on Lui met un manteau de pourpre. Si l’écarlate symbolise la royauté – et Matthieu est l’évangile du Roi – la pourpre symbolise la dignité impériale. Ésaïe dit, au ch. 9. 7 : « il n’y aura pas de fin à son empire », car Il dominera, comme Roi d’Israël et sur tout l’univers.

Si la foule a pu, ce jour-là, déchaîner contre Lui toute la méchanceté humaine, le jour vient où : « Au nom de Jésus se ploiera tout genou, des êtres célestes, terrestres et infernaux » (Phil. 2. 10). L’évangile de Matthieu montre spécialement la responsabilité des Juifs, car il révèle le caractère du Seigneur comme Roi d’Israël. Et, rejetant haineusement leur Roi, ils se sentaient bafoués en ce que les Romains l’appelaient : « Roi des Juifs » (v. 29). Mais toute la beauté morale du Seigneur brille dans ces scènes où les hommes Le tournent en dérision.

II a subi « la contradiction des pécheurs contre Lui-même » (Héb. 12. 2 et 3), et Il a « enduré la croix, ayant méprisé la honte ». Sa communion avec Son Père Le soutenait, mais aussi « la joie qui était devant Lui » (Héb. 12. 2). Joie de glorifier le Père et de racheter Ses créatures.

Restons sobres quant aux souffrances du Seigneur, comme les Écritures le sont. Lui-même détournait la pitié des « filles de Jérusalem » qui pleuraient sur Lui, et les exhortait à pleurer sur elles-mêmes et sur leurs enfants (Luc 23. 27 à 29).

Matthieu 27. 32 met en scène un certain Simon, Cyrénéen, probablement un homme noir de la Cyrénaïque, contrée africaine à l’Ouest de l’Égypte. Les soldats le « contraignirent de porter sa croix ». N’imaginons pas que les forces du Seigneur Lui manquaient à ce moment-là, car après les heures de souffrances sur la croix, Il expira en criant « d’une forte voix » (v. 50), montrant qu’Il possédait toute Sa force. Peut-être Dieu a-t-Il employé ce moyen pour faire sortir Simon de son indifférence : il « revenait des champs » au moment où l’on allait crucifier le Seigneur. Peut-être est-il devenu un disciple du Seigneur à la suite de cela, car son nom et ceux de ses fils sont mentionnés (Marc 15. 21) et peut-être, en Romains 16. 13, ce nommé Rufus est-il un de ses fils.

La présence de l’arche, figure du Seigneur, apportait la bénédiction dans une maison (2 Sam. 6. 12). De plus, Simon n’était pas avec la foule qui demanda la mort du Seigneur. Simon Pierre, prétendant suivre le Seigneur jusqu’à la mort, Le renia ensuite. Simon de Cyrène, lui, a porté Sa croix jusqu’à Golgotha.

Les soldats crachent au visage du Seigneur, comme les Juifs au ch. 26. 67, tous unis par le même mépris. « Ils l’emmenèrent pour le crucifier » (v. 31). Le Seigneur « a souffert hors de la porte » (Héb. 13. 12) : le sacrifice pour le péché, dans le Lévitique, devait être brûlé hors du camp. C’est pourquoi : « Sortons vers Lui hors du camp, portant son opprobre » (v. 13). Le Seigneur refuse le vinaigre mêlé de fiel qui avait un effet insensibilisant. Dans Sa soif, Il but le vinaigre qu’on Lui donna, juste avant d’expirer (Jean 19. 28 et 29 ; Ps. 69. 21). Il voulait conserver toutes Ses facultés humaines, ne s’appuyant que sur Son Dieu. « Il a goûté la mort pour tout » (Héb. 2. 9).

En Matthieu 27. 35, les soldats, sans s’en rendre compte, accomplissent les Écritures en partageant entre eux les vêtements du Seigneur, et en jetant le sort sur Sa robe (Ps. 22. 18 ; Jean 19. 23 et 24). Selon la coutume, le Seigneur a été entièrement dépouillé. La tunique tissée tout d’une pièce, sans couture, parle de la perfection du Seigneur, Agneau « mené à la boucherie ». Sa justice parfaite apparaît là.

Dans certaines crucifixions, on se contentait d’attacher les membres sur la croix. Mais le Seigneur a eu Ses mains et Ses pieds cloués (Ps. 22. 16 ; Jean 20. 25 à 27 ; Luc 24. 40). Ce terrible supplice était réservé aux esclaves de basse condition. Le Psaume 22 révèle quelque chose des souffrances physiques du Seigneur : « Je suis répandu comme de l’eau et tous mes os se disjoignent ; mon cœur est comme de la cire, il est fondu au-dedans de mes entrailles » « et tu m’as mis dans la poussière de la mort » (v. 14 et 15).

La terrible question du péché s’est réglée entre le Dieu saint et le Saint Fils de Dieu qui est « fait péché pour nous » (2 Cor. 5. 21), durant les trois heures de ténèbres qui couvrirent tout le pays. C’est une « terre sainte » que nous devons aborder, les pieds moralement déchaussés.

Tous les caractères du Seigneur dont on se moque, sont rejetés : comme Fils de Dieu (Mat. 27. 40). Comme Roi d’Israël (v. 42). Comme Fils de l’homme toujours dépendant de Dieu (v. 43). Mais l’écriteau placé au-dessus de Lui était rédigé en trois langues : hébreu, grec et latin. Tous pouvaient y lire Sa royauté, malgré l’opposition des Juifs (Jean 19. 20 à 22). C’est en Jean 19 que l’inscription est rapportée dans son intégralité.

En rejetant le Seigneur, c’était Dieu Lui-même que les Juifs rejetaient. Mais en Actes 7. 51, Étienne, avant sa lapidation, les fustige sévèrement « Gens de col roide et incirconcis de cœur et d’oreilles, vous résistez toujours à l’Esprit Saint ». Les trois Personnes divines étaient rejetées.

Étienne lapidé a été cette « ambassade » envoyée au Seigneur, pour Lui signifier qu’ils ne voulaient pas qu’Il règne sur eux (Luc 19. 14). Ils paieront durement ce rejet quarante ans après, le général Titus ravageant Jérusalem et déportant le peuple dans les nations.

Le brigand repenti, après l’avoir insulté comme l’autre, a pris conscience de la royauté de Celui qui est crucifié à son côté, et dit : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume » (Luc 23. 42), et reçoit cette assurance d’être, dès ce jour-là même, avec le Seigneur dans le paradis ! Quelle joie a dû être la sienne lorsque le Seigneur a crié : « C’est accompli ! » (Jean 19. 30). Les hommes l’ont placé au milieu de malfaiteurs. Mais Dieu nous Le montre au milieu du trône (Apoc. 5. 6). « Compté parmi les transgresseurs » (És. 53. 12), Il sera « haut élevé » (Phil. 2. 9). Infiniment sensible à la douleur liée à la moquerie des hommes (Lam. 1. 12), le Seigneur voit « ceux qui passaient par là », L’injurier (Mat. 27. 39 ; Ps. 22. 7) et défier Sa puissance à cinq reprises (v. 39 à 43) pour se sauver Lui-même alors qu’Il avait sauvé les autres.

On met même en doute que Dieu tienne à Lui (v. 43) ! Dieu aurait pu le délivrer (ch. 26. 53), mais le Seigneur est resté sur la croix par amour. La foule reprend la fausse accusation des faux témoins du ch. 26. 61. Mais c’est eux qui ont mis à mort le Seigneur, détruisant le temple de Son corps, et Il est ressuscité le troisième jour, Il a rebâti le temple en trois jours (Jean 2. 19 à 21).

L’incrédulité veut voir pour croire et les Juifs voulaient Le voir descendre de la croix pour croire en Lui (v. 42). Les miracles peuvent subjuguer les foules, mais on ne se convertit que par la repentance, et ils n’auront pas d’autre signe que le signe de Jonas (Mat. 16. 4). Le Seigneur ne se fiait pas à ceux qui, à la suite de Ses miracles, avaient cru en Son Nom (Jean 2. 23 et 24). Ce ch. 27 met sept fois en scène les chefs du peuple, faisant ressortir la plénitude de leur coupable responsabilité. Devant cette haine et ces moqueries impies pour Celui qui apportait la grâce à Son peuple et à tous les hommes, Dieu a différé sa colère quarante ans !

Les deux brigands, au v. 44, « l’insultaient de la même manière ». Mais Luc 23. 39 à 41 rapporte la conversion de l’un d’eux, sa confession publique, sa foi dans la résurrection du Seigneur et même de la sienne (v. 42). Devant ce pécheur repentant, la grâce divine coule aussitôt de la bouche du Seigneur. « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (v. 43).

Le Seigneur est un modèle d’acceptation des souffrances : « Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle » (1 Pier. 2. 21 à 23). Il a porté nos péchés durant les trois heures de ténèbres. Ses souffrances avant les trois heures ténébreuses n’expiaient pas nos péchés, pas plus que ses angoisses en Gethsémané. Les ténèbres figuraient l’absence de communion durant ces trois heures, car « Il était fait péché pour nous afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui » (2 Cor. 5. 21). Il a été identifié au péché même « afin que le corps du péché soit annulé » (Rom. 6. 6). « Il a été manifesté afin qu’Il ôtât nos péchés » (1 Jean 3. 5). Comme Il a souffert pour confesser nos péchés comme étant les Siens, au moment où Dieu a dû détourner Sa face de Lui ! Mais, étant Lui-même sans péché, Il a pu se charger des nôtres.

Les évangiles restent discrets quant à Ses souffrances. Seuls, les Psaumes, ainsi que d’autres passages de l’Ancien Testament, dévoilent ce que le Seigneur a ressenti secrètement, avec Sa sensibilité, à la fois humaine et divine. Le Psaume 22. 1, par exemple, nous montre Sa souffrance lorsque Dieu L’a abandonné.

Les ténèbres avaient déjà été répandues en Égypte, avant la fuite des Hébreux (Ex. 10. 21 à 23). Amos 8. 9 et 10 prophétise des ténèbres futures relatives au jugement de Dieu contre le monde pécheur. Mais ici, ces ténèbres cachent l’expiation aux yeux des hommes. Le Seigneur avait souffert durant Sa vie d’une « génération tortue et perverse » : « Jusques à quand vous supporterai-je ? » (Mat. 17. 17).

Mais quelles souffrances durant ces terribles heures de l’expiation ! « Un abîme appelle un autre abîme à la voix de tes cataractes » (Ps. 42. 7). « Je suis l’homme qui ai vu l’affliction par la verge de sa fureur » (Lam. 3. 1 à 3). « Il m’a placé comme un but pour la flèche » (v. 12). « Mes iniquités m’ont atteint » (Ps. 40. 12). « Même quand je crie… Il ferme l’accès à ma prière » (Lam. 3. 8). « Les eaux me sont entrées jusque dans l’âme » (Ps. 69. 1 et 2). «… Tu m’as mis dans une fosse profonde… Ta fureur s’est appesantie contre moi… » (Ps. 88. 6 et 7). La colère de Dieu s’appesantira sur Son peuple incrédule et sur tous les hommes qui ne se mettent pas à l’abri du sang du Seigneur (Ps. 78. 49 et 50).

Si, dans Sa colère, Dieu n’a pas épargné Son propre Fils lorsqu’Il était fait péché pour nous (Rom. 8. 32), pensons à ce que sera Sa colère contre ceux qui auront méprisé Sa grâce. « La colère de Dieu est révélée du ciel contre toute impiété » (Rom. 1. 18). Dieu retient encore Sa colère car le jour de la grâce dure encore. Sa colère se donnera libre cours quand prendra fin le temps de la grâce. Alors, à la fin, les incrédules seront jetés dans l’étang de feu et de soufre (Apoc. 20. 11 à 15).

Le Seigneur a profondément ressenti la rupture de communion d’avec Son Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est la quatrième des sept paroles du Seigneur sur la croix qui nous sont rapportées, et que l’on trouve en Luc 23. 34 et 43 ; Jean 19. 26 ; Matthieu 27. 46 ; Jean 19. 28 et 30 ; Luc 23. 46. A cette question douloureuse de Matthieu 27. 46, nous pouvons donner une réponse à deux faces : à cause de mes péchés, c’est ma responsabilité, ma culpabilité – et en ma faveur, pour me sauver : c’est la grâce de Dieu en activité.

« Durant les jours de sa chair il a offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort » (Héb. 5. 7), et il « a été exaucé à cause de sa piété ». À la croix, Son âme « rugissait » silencieusement (Ps. 22. 1), devant le Dieu saint (v. 3), et Sa prière ne passait point. Enfin, à la fin de l’expiation, la communion avec Son Dieu a été rétablie : « Tu m’as répondu d’entre les cornes des buffles » (Ps. 22. 21). Lui qui était « la lumière de la vie » (Jean 1. 4), et « la lumière du monde » (Jean 8. 12), Il a été plongé dans les ténèbres.

L’incrédulité ne comprend pas les paroles du Seigneur : dans Sa souffrance, le Seigneur appelle Son Dieu Éloï ; mais ceux qui sont là croient qu’Il appelle Élie. Après les trois heures de ténèbres durant lesquelles les hommes sont restés silencieux, ils reprennent leurs moqueries (v. 49). Dieu a voilé aux yeux des hommes corrompus, durant ces ténèbres, ce qui se passait entre Lui et la Sainte victime : c’est là que la question du péché a été réglée. Les hommes n’ont entendu que ce seul cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Mais prophétiquement, Il avait dit : « Je suis las de crier ; mon gosier est desséché ; mes yeux se consument, pendant que j’attends mon Dieu ». « Ma vigueur est desséchée comme un têt et ma langue est attachée à mon palais » (Ps. 69. 3 ; 22. 15). Une assemblée de méchants entourait la victime (Ps. 22. 16) et, ce qui domine, c’est la moquerie : « Il s’est confié en Dieu, qu’Il le délivre, s’Il tient à Lui » (v. 43).

Alors, on Lui donne à boire du vinaigre. Est-ce un geste de pitié ? Cependant, les Écritures s’accomplissent : « Dans ma soif ils m’ont abreuvé de vinaigre » (Ps. 69. 21). Puis, le Seigneur a « crié d’une forte voix » (v. 50), « et rendit l’esprit ». Les crucifiés mouraient d’épuisement, n’ayant plus la force de crier. Le Seigneur, Lui, remet volontairement Son esprit entre les mains du Père, lorsque l’expiation est achevée, en pleine possession de Ses forces, ayant retrouvé la communion avec Dieu. Trois causes provoquent la mort du Seigneur : les hommes L’ont crucifié ; Il est livré par la préconnaissance de Dieu (Act. 2. 23) ; et Il avait le « pouvoir de laisser sa vie et le pouvoir de la reprendre » (Jean 10. 17 et 18).

L’agonie du Seigneur (agonie morale et non physique), se passe à Gethsémané et non sur la croix. Plusieurs fois, on entend le Seigneur crier : au tombeau de Lazare (Jean 11. 43), à la grande journée de la fête (Jean 7. 37) sur la croix (Mat. 27. 46 ; v. 50). Et dans l’avenir, nous entendrons le cri de commandement du Seigneur, lorsqu’Il viendra chercher Son Église (1 Thess. 4. 16).

Au moment de mourir, Étienne lapidé dit : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Act. 7. 59). Mais le Seigneur dit « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ».

En déchirant le voile du temple, Dieu déchire tout le système judaïque, manifestant que le chemin vers Lui, jusque-là fermé pour les Juifs sous la loi, est ouvert pour les croyants sous la grâce. Dans le temple, les sacrificateurs entraient chaque jour dans le lieu saint, qui restait séparé du lieu très saint par le voile. Seul, le souverain sacrificateur y entrait, une fois l’an, en apportant du sang pour lui-même et pour le peuple. Le voile déchiré, c’est « le chemin nouveau et vivant » par lequel tous les croyants entrent en tout temps, en vertu du sang versé du Seigneur.

Exode 26. 31 à 33 parle du voile séparant les lieux saints des lieux très saints – le saint des saints – (Héb. 9. 1 à 4). Le voile déchiré a dû parler très fort aux nombreux sacrificateurs qui « obéissaient à la foi » (Act. 6. 7).

La sagesse et l’amour divins ont voulu la mort du Seigneur qui s’est substitué aux hommes sous la sentence de mort car : « les gages du péché, c’est la mort » (Rom. 6. 23). Le Seigneur entre dans la mort en vainqueur et, à l’instant même, la terre tremble, les sépulcres s’ouvrent et des saints endormis ressuscitent : la mort est vaincue ! Ces saints ressuscités n’apparaîtront qu’après la résurrection du Seigneur, car Il garde ce caractère de prémices (1 Cor. 15. 20). Mais ces croyants ressuscités sont une préfiguration de ce qui attend tous les croyants (1 Thess. 4. 13 à 18).

Ressuscité trois jours après Sa mort par la puissance des trois Personnes divines, le Seigneur est remonté au ciel : Il a « été exaucé à cause de sa piété » (Héb. 5. 7), mais Il a dû passer trois jours dans le sein de la terre (Éph. 4. 9). Le Prince de la vie est entré dans la mort et l’a vaincue (Job 28. 22). C’était le « signe de Jonas » que Dieu donnait à Son peuple incrédule (Mat. 16. 4). Le Seigneur, la semence de la femme, a eu le talon brisé ; cloué sur la croix, l’Homme Christ Jésus a connu la mort ; mais en même temps, Il a brisé la tête du serpent : Satan est définitivement vaincu ! Jérusalem venant de crucifier son Messie, est quand même appelée : la sainte ville (v. 53). Elle sera purifiée de son terrible péché (És. 1. 25 à 27).

La révélation que cet Homme qu’ils avaient molesté et crucifié était le Fils de Dieu, provoque « une fort grande peur » chez le centurion et chez ceux qui veillaient sur Jésus (v. 54), plus que le tremblement de terre. Ici comme en Marc 15, le centurion proclame qu’Il est « Fils de Dieu ». En Luc 23. 47, que « cet homme était juste ». Il ne Le reconnaît pas comme le Fils unique de Dieu.

En Daniel 3. 25, Nébucadnetsar voit dans la fournaise comme « un fils de Dieu ». Cependant, le centurion comprend que Celui qui vient de mourir de cette manière inusitée est apparenté à Dieu. C’est le premier témoignage d’un Gentil après la mort du Seigneur.

Le peuple L’a renié comme Fils de l’homme, Roi d’Israël, et Fils de Dieu, Il est reconnu par le brigand crucifié comme Roi d’Israël ; comme Fils de Dieu ici, et comme Fils de l’homme en Marc : « Certainement, cet homme était fils de Dieu ». En Luc, le centurion atteste avec force : « En vérité, cet homme était juste ». Un pécheur repentant et un Gentil reconnaissent tous les caractères révélés du Seigneur. La croix a « détruit le mur mitoyen de clôture » dressé entre Juifs et nations (Éph. 2. 14).

Sur la croix, le Seigneur confie Sa mère à Jean. En Matthieu, on ne la voit pas à la croix. Probablement, Jean ayant reçu une telle mission, « dès cette heure-là… la prit chez lui » (Jean 19. 27). Si les foules s’en retournèrent chez elles, les pieuses femmes qui avaient suivi et servi le Seigneur, regardaient de loin (Luc 23. 48 et 49 ; Marc 15. 40 et 41), et leur amour pour Lui leur donne le courage de rester là, alors que les disciples, découragés, sont partis.

Les hommes ont fait tout ce qu’ils ont voulu au Seigneur, jusqu’à Sa mort. Mais, dès lors, Dieu ne permet plus qu’aucune main impie touche Son corps ! Les crucifiés étaient habituellement jetés dans la vallée de Hinnom. Mais Dieu a voulu que Son Bien-Aimé soit mis dans la sépulture d’un disciple : Joseph d’Arimathée, afin d’accomplir Ésaïe 53. 9.

Joseph est riche (v. 57) ; conseiller honorable (Marc 15. 43) ; homme de bien et juste (Luc 23. 50) ; disciple de Jésus en secret (Jean 19. 38). Il ne s’était pas associé au conseil des chefs du peuple (Luc 23. 50 et 51). Joseph, et Nicodème qui avait timidement essayé de défendre le Seigneur de la condamnation des Juifs (Jean 7. 47 à 52), mirent le Seigneur au tombeau. C’est souvent dans les situations les plus dramatiques que se révèle le courage des faibles.

C’était une chose difficile, pour Joseph, de demander le corps de Jésus à Pilate qui s’étonne, d’ailleurs, qu’Il fût déjà mort (Marc 15. 44). Dieu s’est servi d’eux pour prendre soin de Son Fils mort. Les femmes pieuses l’avaient suivi, écouté et servi selon Jean 10. 27 et 1 Thessaloniciens 1. 9 et 10. Suivons-le, nous aussi, afin de L’écouter, de Le servir et de L’attendre des cieux (1 Cor. 15. 3 et 4).

Les disciples avaient montré beaucoup de faiblesses : ils s’étaient indignés du parfum répandu (Mat. 26. 6) ; leur Maître arrêté, ils s’enfuient ; à l’annonce de la résurrection, Pierre et Jean accourus au tombeau vide, perplexes, s’en retournent chez eux. C’est avec chagrin que les disciples croyaient à la fin de leurs espérances quant à la délivrance d’Israël (Luc 24. 21). De leur côté, les femmes fidèles avaient préparé des aromates pour embaumer le corps du Seigneur (Marc 16. 1) et viennent au tombeau (Mat. 28. 1). Si, dans l’assemblée, les femmes n’ont pas de service public, elles ont en partage un service de dévouement et d’amour actif. C’est à Marie de Magdala, revenue plusieurs fois au tombeau, que le Seigneur confie un message béni : « Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20. 17).

Le Seigneur est mort le vendredi de Pâques, le jour de « la Préparation » d’un grand sabbat (Jean 19. 31). La fausse piété des Juifs leur fait demander à Pilate que l’on rompe les jambes des crucifiés et « qu’on les ôtât », afin qu’ils ne passent pas le sabbat sur la croix. Les Juifs comptaient les journées de six heures du soir à six heures du soir le lendemain (Mat. 28. 1). Si les disciples avaient oublié qu’Il devait ressusciter, les principaux sacrificateurs et les pharisiens s’en souvenaient, et l’insultent, même mort, par ce mot : « ce séducteur » en demandant que Son tombeau soit gardé sûrement (v. 63).

Le Seigneur rappellera aux disciples et leur fera comprendre la nécessité de Sa mort et de Sa résurrection (Luc 24. 45 et 46) ; « car ils ne connaissaient pas encore l’écriture, qu’Il devait ressusciter d’entre les morts » (Jean 20. 8 et 9). L’intelligence de cette vérité leur vient en voyant « les linges à terre » (v. 6 et 7). Gardons toute la Parole dans nos cœurs. Les disciples n’avaient pas compris l’enseignement du Seigneur ; mais les chefs ne voulaient pas comprendre ! Leurs cœurs durs refusaient de croire, mais ils prennent des précautions : le tombeau sera « bien » gardé par leur propre garde (une cinquantaine d’hommes) !

Pilate, conduit par Dieu, à son insu, ordonne qu’ils fassent garder le tombeau eux-mêmes et, sans le vouloir, ils se préparent à eux-mêmes, les preuves irréfutables que le Seigneur est bien ressuscité. Ils devront constater que le tombeau est vraiment vide et se serviront d’un mensonge pour justifier leur incrédulité volontaire. Le Seigneur avait dit aux Juifs « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5. 40). C’était une volonté déterminée de s’opposer au Seigneur. L’ennemi cherche à empêcher le témoignage de la résurrection du Seigneur, car c’est le fondement du christianisme. Sans la résurrection du Seigneur, « votre foi est vaine » (1 Cor. 15. 17). Les principaux sacrificateurs vont jusqu’à sceller le sépulcre, le rendant légalement inviolable. Mais ce faisant, ils ne mettent que plus en évidence la puissance de Dieu.

Déjà en Daniel 6. 4, 14, 16 et 17, le roi avait scellé la pierre apposée sur la fosse aux lions, où Daniel avait été jeté ; mais la délivrance de Dieu n’en ressort que plus (v. 20 et 22). Rien ne pouvait empêcher le Seigneur de ressusciter, car Il avait la puissance de donner Sa vie et de la reprendre (Jean 10. 18). Si les femmes trouvèrent le tombeau ouvert, c’était pour que les hommes puissent regarder dedans et constater qu’il était vide. Le Seigneur sortit du tombeau fermé et scellé. Il apparaîtra au milieu des disciples, plus tard, alors que « les portes du lieu où ils étaient, étaient fermées par crainte des Juifs » (Jean 20. 19). La terre tremble, quand le Prince de la vie entre dans la mort, et quand Il en sort victorieux (ch. 27. 51 ; ch. 28. 2) !

Ch. 28

Le v. 2 du ch. 28 relate ce qui s’est passé durant la nuit, quand le Seigneur est sorti du tombeau : alors, un grand tremblement de terre se produisit, lorsqu’un ange roula la pierre, et les gardes en sont effrayés.

Ce n’est qu’ensuite que les femmes vinrent au tombeau, car le v. 2 relate des évènements antérieurs au verset premier. Par amour pour Lui, elles apportent des aromates (Marc 16. 1) pour prendre soin de Son corps. La pierre roulée les étonne, et l’ange leur annonce que le Seigneur est vivant (Mat. 28. 6 ; Luc 24. 3 à 7).

La vérité de la résurrection était difficile à recevoir pour les disciples. Les anges interviennent à la naissance du Seigneur, à Gethsémané pour Le fortifier, et à Sa résurrection pour l’attester. L’ange fortifie les femmes (v. 5), mais ne s’occupe pas des gardes. Chaque évangile apporte des précisions qui se complètent. Les femmes sont venues plusieurs fois au tombeau : le samedi soir (Marc 16. 1 ; Luc 23. 56 ; Mat. 28. 1). Durant la nuit de dimanche, vers le matin (Jean 20. 1 et 2). Au lever du soleil (Marc 16. 2 à 4 ; Luc 24. 1 à 3). Le dimanche matin, où elles voient l’ange (Mat. 28. 5 à 7 ; Marc 16. 5 à 7 ; Luc 24. 4 à 8). Dimanche matin, Marie de Magdala retourne au sépulcre et voit Jésus. Première apparition du Seigneur ressuscité (Jean 20. 11 à 18 ; Marc 16. 9 à 11). Dimanche, les femmes s’en vont vers les disciples et voient Jésus. Deuxième apparition (Mat. 28. 8 à 10 ; Marc 16. 8 ; Luc 24. 9 à 12).

Au ciel, nous verrons l’Agneau de Dieu « comme immolé » (Apoc. 5. 6) et ce sera un sujet éternel d’adoration (v. 14).

L’ange délivre un message d’espoir aux disciples attristés par la mort du Seigneur : l’Héritier des promesses faites à Abraham, et du trône de David, est ressuscité. Rejeté par le peuple en général et par les chefs en particulier, le Seigneur s’est entouré d’un faible résidu de croyants auquel Il donne rendez-vous en Galilée, où Il avait commencé Son ministère (Mat. 4. 11, 12 et 15 ; ch. 28. 7). C’est un message clair et certifié par le Seigneur Lui-même (v. 10).

Le Seigneur reprend Ses relations interrompues par Sa mort, mais d’un portée différente. En Jean 20. 16, Marie de Magdala aurait repris ses relations avec le Seigneur comme si rien ne s’était passé. Alors Il lui dit « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ». Le Seigneur ressuscité va remonter au ciel et s’occupera désormais de Ses disciples depuis là-haut. Pourtant, les femmes, Le rencontrant, « saisirent ses pieds et lui rendirent hommage » (v. 9). De même, en Luc 24. 39, Il invite Ses disciples à Le toucher afin de vaincre leur incrédulité craintive. Il agit toujours selon les besoins. C’est en Galilée, contrée aux peuples mélangés et méprisés des Juifs, que le Seigneur, rejeté Lui-même, a recruté Ses disciples, les pauvres du troupeau.

« Vous cherchez Jésus le crucifié » (v. 5). C’est désormais l’un de Ses titres sous lequel nous le connaîtrons éternellement. L’ange leur montre aussi le lieu « où le Seigneur gisait » (v. 6). Il garde ce titre de « Nazaréen » (Luc 24. 18 et 19) et « le Seigneur est réellement ressuscité » (v. 34).

Il est aussi notre Seigneur, notre Maître qui a tous les droits sur nous, nous ayant rachetés par Sa mort que nous rappelons à la table du Seigneur (1 Cor. 10. 21).

C’est avec une crainte mêlée de joie (v. 8), que les femmes courent annoncer la bonne nouvelle aux disciples, qui ne les ont pas crues (Luc 24. 9 à 11). L’amour de ces femmes pour le Seigneur est comblé par Sa résurrection et, elles qui « cherchaient parmi les morts celui qui est vivant » (Luc 24. 5) comprennent qu’elles n’ont plus rien à faire au tombeau et en sortent promptement, obéissant à l’injonction de l’ange, (v. 6 et 8) joyeusement. De quel cœur obéissons-nous ?

Accourus au sépulcre, Pierre et Jean s’en retournent chez eux. Mais les femmes sont là, et c’est à elles que le Seigneur apparaît en premier. Le Seigneur apprécie leur amour et leur dit : « Je vous salue » (v. 9). Le Seigneur confie toujours Ses messages à ceux qui sont les plus proches de Lui, spirituellement. « Les secrets de l’Éternel sont pour ceux qui le craignent ».

L’ange avait dit : « … dites à ses disciples… » (v. 7). Mais le Seigneur leur dit : « Allez annoncer à mes frères… » (v. 10). Il donne, au même message, une profonde intimité d’amour ! « Il n’a pas honte de les appeler frères » (Héb. 2. 11), malgré leur incrédulité momentanée. Pour le Seigneur, l’annonce de l’ange ne suffisait pas pour Son amour : Il veut se révéler Lui-même et parler directement à leurs cœurs.

« Les anges sont des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14). Mais le Seigneur veut avoir avec nous des relations directes de communion. Rien ne peut remplacer l’amour et les soins du Seigneur, et c’est Lui seul que l’on doit adorer chaque jour. « Les onze disciples s’en allèrent en Galilée ». Et L’ayant vu, ils Lui rendirent hommage » (v. 16). Et « Les disciples se réjouirent donc quand ils virent le Seigneur » (Jean 20. 20).

C’est avec frayeur que les gardes rendent compte aux sacrificateurs de la disparition du corps du Seigneur. Alors, les sacrificateurs dévoilent toute leur corruption et mettent un mensonge dans la bouche des gardes en les soudoyant, faisant accréditer parmi le peuple, jusqu’à ce jour, que les disciples avaient enlevé le corps, durant le sommeil des gardes ! Cinquante gardes auraient-ils pu dormir tous ensemble ? Ces chefs corrompus ne veulent pas accepter l’évidence de la résurrection du Seigneur et ils maintiennent le peuple sous ce mensonge. Prenons garde, car l’assemblée n’est pas à l’abri des mensonges de l’ennemi qui sait utiliser de faux docteurs pour parvenir à ses fins.

L’ange donne rendez-vous aux disciples en Galilée pour y voir le Seigneur, et Lui-même confirme ce rendez-vous (v. 7 et 10). Et, au v. 16, les disciples se rendent dans cette contrée méprisée des Juifs, où ils Le rencontrent, et Lui rendent hommage.

Nous avons, nous aussi, un lieu de rencontre avec le Seigneur : l’assemblée, méprisée du monde religieux en général. Sommes-nous heureux de Le rencontrer là et, dans nos cœurs, Lui rendons-nous hommage ? La montagne du v. 16, parle de communion avec Dieu, loin du peuple apostat ayant crucifié son Messie. « Votre maison vous est laissée déserte » (ch. 23. 38 et 39).

Le Christ crucifié et mort est la dernière vision qu’a eue le monde ; mais les Siens L’ont revu bien vivant et, Il ne s’occupe plus que d’eux. Profondément affligés par Sa mort, ils se réjouirent quand ils Le virent, réalisant ce que le Seigneur leur avait dit : « … vous pleurerez… et vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie » (Jean 16. 20). Leurs espérances déçues décourageaient les disciples, mais Marie de Magdala pleurait parce qu’elle n’avait plus son Seigneur. Elle est l’image du croyant qui ne peut se passer du Seigneur.

« Quelques-uns doutèrent » (v. 17). Si nous doutons de la présence réelle du Seigneur lorsque nous sommes réunis autour de Lui, Il s’occupe alors de nous ; Il s’approche et nous parle, car Il n’est pas un Dieu de loin, mais de près. Il prend toujours soin de ceux qui en ont le plus besoin. Le jour de Sa résurrection, Il travaille dans le cœur des disciples, jusqu’à ce qu’ils soient enfin réunis ensemble : alors Il apparaît au milieu d’eux. Il y a un grand contraste entre ces scènes entachées de faiblesse humaine et le début des Actes où, ayant reçu le Saint Esprit, leur hardiesse éclate sans retenue. S’il y a, chez nous, de l’hésitation, de l’incrédulité, c’est Lui qui s’approche et qui nous parle pour notre progression et pour nous bénir.

Au début de cet évangile, le Seigneur est présenté comme le Roi des Juifs, héritier du trône de David ; mais à la fin, le peuple ayant rejeté son Roi, Il se présente, à Ses disciples, comme le Roi universel (v. 18). Désormais, Son autorité s’exercera, non seulement en Israël, mais dans le ciel et sur la terre entière. Éphésiens 1. 20 et 21 confirme ces paroles et Le présente comme chef sur l’assemblée.

La proximité du Seigneur, à la fois dans le temps – Son retour – et Sa présence à nos côtés, est affirmée en Philippiens 4. 6. Dans les cieux, Son autorité est respectée, mais, sur la terre, seuls les croyants la reconnaissent (Héb. 2. 8). Soumettons-nous-y joyeusement. En Daniel 7. 14, le Seigneur est vu comme un fils d’homme recevant une domination universelle et éternelle.

C’est en relation avec ces vérités que les disciples reçoivent la mission de faire disciples toutes les nations, de baptiser et d’enseigner à garder tout ce que le Seigneur leur a commandé. En opposition avec Matthieu 10. 5, l’évangile du royaume ayant été rejeté par les Juifs, l’évangile de la grâce est annoncé à toutes les nations. C’était la mission spéciale de l’apôtre Paul (Gal. 2. 9). Désormais, les relations du peuple avec son Messie rejeté, sont suspendues, jusqu’à ce qu’il revienne à Lui.

Les apôtres devaient baptiser pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. La relation est nouvelle : ce n’est plus l’Éternel, mais le Père. Cette mission semblait impossible pour des Juifs pieux, d’annoncer l’évangile à toutes les nations. Alors le Seigneur dit : « Voici, moi, je suis avec vous tous les jours… » (v. 20). À ce moment-là, Son royaume n’était pas de ce monde (Jean 18. 36).

Le baptême est présenté, ici, du point de vue de celui qui baptise, et de celui qui est baptisé en Marc 16. 15. Le baptême place le croyant sous l’autorité du Seigneur (1 Cor. 10. 2), mais aussi l’identifie à Sa mort et à Sa résurrection (Rom. 6. 3 à 5).

« Ce siècle », désigne l’histoire de l’homme sous la responsabilité devant Dieu – « le siècle à venir », le règne millénial de Christ (Éph. 1. 14).

Ici, la promesse du Seigneur est collective. Si, dans l’avenir, nous verrons le Seigneur dans la gloire, négligerions-nous Sa présence sur la terre ? (Mat. 18. 20) C’est aussi une promesse individuelle : « Le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié » (2 Tim. 4. 17).

Il est déjà, pour les croyants : « Emmanuel » Dieu avec nous.

D’après Réunion d’études à Bordeaux-Lac