Bienvenue ! Ce site a été réalisé spécialement pour les enfants, les adolescents et les jeunes. Il est là pour présenter l’évangile et vous aider à grandir dans votre vie avec le Seigneur. N’hésitez pas à poser des questions ou à nous suggérer des sujets qui vous intéressent, par l’intermédiaire de l’espace questions. Nous essayerons d’y répondre !
« Afin que vous soyez capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur et la profondeur et la hauteur ». Éphésiens 3. 18.
TOUTE L’ÉTENDUE DE LA BÉNÉDICTION
Lorsque nous nous sommes tournés vers Dieu et avons été sauvés par la foi au Seigneur Jésus, nous étions comme des prisonniers libérés et invités à une fête : nous avons été conduits hors d’une cellule de prison étroite et sombre dans une grande salle de banquet bien éclairée.
Nous risquons désormais de rester dans un coin au lieu de regarder la salle décorée pour les fêtes. Nous sommes satisfaits du pardon des péchés et ne pensons pas que Dieu nous ait donné beaucoup plus. Nous n’avons donc aucune idée de l’ampleur du plan divin dans lequel nous sommes impliqués. Cependant, dans le verset du jour, l’apôtre Paul veut que nous connaissions toutes les dimensions de ce plan :
– La largeur : le plan de salut de Dieu inclut tous les hommes. Aucune ethnie ou classe sociale n’en est exclue. Tous ceux qui croient à l’Évangile seront richement bénis.
– La longueur : le plan de Dieu existait déjà lorsqu’Il a créé le ciel et la terre. Cela a également un impact éternel : les rachetés entretiendront pour toujours une relation heureuse avec Dieu.
– La profondeur : sur la croix du Calvaire, le Seigneur Jésus a dû souffrir de manière terrible, puis mourir, pour que le plan divin puisse s’accomplir.
– La hauteur : Dieu ne voulait pas seulement des croyants sur la terre. Son objectif était de remplir le ciel de rachetés, qui forment son assemblée.
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Que votre conduite soit sans avarice, étant satisfaits de ce que vous avez présentement, car lui-même a dit : Je ne te laisserai pas et je ne t’abandonnerai pas ». Hébreux 13. 5.
LE SEIGNEUR JÉSUS NE VOUS QUITTE PAS
Lorsque David trouva refuge dans une grotte alors qu’il fuyait Saül, il pria Dieu : « Il n’y a personne qui me reconnaisse ; tout refuge est perdu pour moi ; il n’y a personne qui s’enquière de mon âme » (Ps. 142. 4). Il était seul et abandonné. Cela peut arriver à chacun d’entre nous aujourd’hui. Nous nous retrouvons dans une situation où nous sommes seuls et où personne ne nous comprend.
Si vous connaissez Jésus-Christ comme votre Sauveur et Seigneur, Il vous promet : « Me voici, moi, et je rechercherai mes brebis, et j’en prendrai soin » (Éz. 34. 11). Peut-être que tout le monde vous laissera tomber. Mais une chose reste vraie : le Seigneur est là ! Il vit au ciel, mais vient à vous dans votre situation pour vous faire ressentir sa proximité. Il a un véritable intérêt pour vous et votre vie parce qu’Il vous a racheté et que vous Lui appartenez. Il se soucie de vous et veut répondre à vos questions.
Lorsque le Seigneur vivait sur terre, il était également seul et abandonné. C’est pourquoi Il vous comprend lorsque personne ne vous aide dans vos ennuis, ou que personne ne vous réconforte dans votre chagrin. Il veut être votre aide et votre consolateur. En Ésaïe 41. 10, Il promet : « Je te fortifierai ; oui, je t’aiderai ; oui, je te soutiendrai par la droite de ma justice ». En Ésaïe 51. 12, Il vous assure : « C’est moi, c’est moi qui vous console ».
D’après die gute Saat juin 2024
« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal ; je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs ». Marc 2. 17.
AVEZ-VOUS BESOIN D’UN MÉDECIN ?
Les médecins ne sont pas pour tout le monde. Nous n’allons pas chez le médecin quand nous nous sentons bien et sommes en bonne santé. Mais il est bien connu que certaines personnes vont chez le médecin quand ils croient qu’ils ne sont pas bien, alors que tout ce qu’ils désirent, et dont ils ont peut-être besoin, c’est que quelqu’un leur prête un peu d’attention.
Sur le même principe, nous pouvons dire que la Bible n’est pas pour tout le monde. La Bible n’est pas pour les gens justes, mais pour les pécheurs. La Bible n’est pas pour les gens qui pensent qu’ils peuvent se débrouiller tout seuls. La Bible n’est pas pour ceux qui sont parfaitement satisfaits de la manière dont vont les choses et pensent que leur vie va continuer ainsi. Êtes-vous l’un de ceux-là ? Cependant, la Bible est pour ceux qui voient clair. Elle dit les choses comme elles sont. La Bible montre à l’humanité la réalité du péché et de notre nature pécheresse. « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom. 3. 23). « Il n’y a pas de juste, non pas même un seul » (Rom. 3. 10). Mais, Dieu en soit béni, la Bible ne s’arrête pas là ; elle nous parle de l’amour de Dieu, et nous dit qu’Il a donné son Fils, le Seigneur Jésus Christ, comme moyen d’échapper à la colère de Dieu.
Et ce n’est pas tout. La Bible parle de l’assurance de la vie éternelle, de la paix qui surpasse toute compréhension, et de beaucoup plus. Bref, pour le réaliste, la Bible a un message qui donne la vie et la transforme.
Qu’êtes-vous ? Quelqu’un de juste qui pense qu’il n’a pas besoin du message de la Bible ? Ou bien êtes-vous réaliste, reconnaissant votre condition de perdition devant Dieu, et acceptant par la foi l’œuvre accomplie par le Seigneur Jésus sur la croix comme votre espoir de salut ?
D’après the Lord is near mars 1985
« Alors leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent ; mais lui devint invisible et disparut de devant eux ». Luc 24. 31.
PRENDRE CONSCIENCE DE LA PRÉSENCE DU SEIGNEUR JÉSUS AVEC NOUS
Les ombres s’allongeaient derrière les deux silhouettes avançant le long de la route poussiéreuse de Jérusalem à Emmaüs. La mélancolie du soir approchant se reflétait dans leur conversation. Ils étaient tristes et découragés. La vie avait perdu son charme. Le Prophète puissant de Galilée était mort d’une mort ignoble, ce qui anéantissait leurs espoirs d’un rédempteur pour Israël.
Ils ne remarquèrent peut-être pas l’étranger qui s’approchait, jusqu’à ce qu’il ait commencé à marcher avec eux. Il écouta patiemment le triste compte-rendu des faits, puis les étonna en leur disant : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endure ces souffrances et qu’il entre dans sa gloire ? » (Luc 24. 25 et 26).
L’Étranger pouvait-Il avoir raison ? Étaient-ils donc peu intelligents ? La mort de Christ était-elle vraiment la réalisation des Écritures, l’accomplissement du propos de Dieu – un triomphe et non pas une tragédie ? Était-Il réellement ressuscité d’entre les morts comme quelques femmes l’avaient rapporté ? L’Étranger poursuivit, exposant dans toutes les Écritures de l’Ancien Testament les prophéties concernant le Christ. Le trajet vers leur habitation passa rapidement. Ils invitèrent l’Étranger à entrer. Au moment de se mettre à table, Il pria et rompit le pain. Soudain leurs yeux furent ouverts : l’Étranger était le Seigneur Jésus Christ !
Cette expérience peut aussi être la nôtre. Jésus Christ désire venir remplir notre vide et notre découragement. Il se peut que nous ne Le reconnaissions pas tout de suite, mais lorsqu’Il sympathise avec nos peines, redresse nos pensées insensées, et nous ouvre les Écritures, nos yeux aussi seront ouverts. Comme ces disciples, nous nous dirons l’un à l’autre « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin, et qu’il nous ouvrait les Écritures ? »
D’après the Lord is near mars 1985
« Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus : il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car les premières choses sont passées ». Apocalypse 21. 4.
POUR LE CHRÉTIEN, LA MORT N’EST PAS UNE TERREUR
Après avoir présenté l’évangile, le prédicateur fut interpellé par un athée qui lui dit :
– Vous avez dit ce que vous croyez, mais je ne crois pas ce que prêchez. Le chrétien répondit :
– Dites-moi ce que vous, vous croyez.
– Je crois que tout se termine avec la mort, dit l’athée.
– Je crois presque comme vous, dit le prédicateur.
– Comment ? Vous croyez que tout se termine avec la mort ? répondit l’athée vivement.
– Presque tout, pour vous, répondit le croyant. La mort vous ferme toute possibilité de faire quoi que ce soit de mal, met fin à tous vos rêves, à tous vos espoirs, à toutes vos amitiés, à toutes vos ambitions, à tous vos efforts, à tous vos progrès : tout cela se terminera avec votre mort. Vous irez dans les ténèbres où vous aurez devant vous la seule chose qui ne se terminera pas : la colère éternelle et le jugement en enfer devant un Dieu saint qui ne peut passer par-dessus le péché. Quant à moi, la mort sera la fin de mon pèlerinage, de toutes mes larmes, de mes déceptions, de mes peines et de mes chagrins. La mort me fera entrer dans la présence de mon Seigneur et Sauveur qui m’aime – Celui qui est la résurrection et la vie.
– Je n’avais pas considéré cela auparavant, dit l’athée tremblant. Il accepta la bonne nouvelle du salut éternel de Dieu par la foi dans le Seigneur Jésus Christ. Sa vie précédente se termina et une vie nouvelle, une vie de foi commença. Il n’eut plus besoin de se convaincre que la mort n’était pas une terreur. Il apprit bientôt que, pour le croyant, être « absent du corps, c’est être présent avec le Seigneur » (2 Cor. 5. 8). En réalité, pour le chrétien, la mort est un grand évènement dans sa vie.
D’après the Lord is near mars 1985
« Mais les mains de Moïse étaient pesantes ; et ils prirent une pierre, et la mirent sous lui, et il s’assit dessus ; et Aaron et Hur soutenaient ses mains, l’un deçà, et l’autre delà ; et ses mains furent fermes jusqu’au coucher du soleil ». Exode 17. 12.
CHRIST DANS SON RÔLE D’INTERCESSEUR ET D’AVOCAT EN FAVEUR DES CROYANTS
Moïse, tout homme de Dieu qu’il ait été, et un médiateur, était un bien faible type de Christ. Deux autres sont également nécessaires pour montrer ce type de manière complète. Car le rôle de médiateur et d’intercesseur a deux aspects précieux qu’il est important de considérer.
Aaron était le souverain sacrificateur, un type de Christ dans ce caractère. Comme tel, Il secourt, protège, soutient ses rachetés, les garde de succomber aux nombreuses tentations qui les assaillent. Amalek parle des convoitises de la chair ; et la sacrificature de Christ est indispensable pour que nous soyons gardés de succomber aux attaques de ce méchant ennemi.
Mais Hur signifie blanc, et correspond à cette même Personne bénie, qui est un Avocat auprès du Père, Jésus Christ, le Juste (1 Jean 2. 1). Son rôle d’Avocat, c’est son ministère d’Intercesseur pour nous restaurer quand nous avons péché. Parfaitement juste Lui-même, Il a une entière influence sur le Père en faveur de ses rachetés quand ils ont agi de manière injuste. Grâce précieuse en vérité !
Et Josué est un autre type de Christ, mais « Christ en vous », qui par la puissance de l’Esprit de Dieu, annule les mauvais assauts des convoitises de la chair – de notre propre chair. Ce n’est pas notre combat, mais le sien, et Lui seul remporte la victoire. Mais cela nous profite lorsque nous avons le regard complètement détourné de nous-mêmes et de notre propre condition. Nos yeux doivent être dirigés sur Lui, dans toute la suffisance et la beauté de ses divers caractères et offices. Dans la simplicité de la foi nous devons dépendre uniquement de sa grâce abondante. Que cela est merveilleusement simple ! – mais simple seulement pour la foi, car l’incrédulité et l’énergie de la chair ne peuvent jamais le discerner.
D’après the Lord is near mars 1985 (L.M. Grant)
« Mais j’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour ». Apocalypse 2. 4.
LA DÉCADENCE DANS LA VIE CHRÉTIENNE
Il est clair, pour tous ceux qui ont des yeux pour voir, qu’il y a une tendance, chez les croyants, à être superficiels. Cela se montre, non seulement dans le fait que nous adoptons les modes de notre apparence extérieure, mais aussi dans beaucoup d’autres habitudes de notre vie quotidienne. Certains d’entre nous sont impliqués dans des activités commerciales ambitieuses qui obligent à emprunter de grandes sommes d’argent et nous amènent des soucis financiers. Bien souvent, nous pouvons à peine être distingués du monde autour de nous.
Nous ne savons plus ce que cela signifie, de dire : « Qu’il ne m’arrive pas de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde » (Gal. 6. 14). Nous ne regardons plus le monde comme un ennemi, et le monde ne nous voit plus comme méritant le même traitement qu’il a donné à notre Seigneur Jésus, qu’il a cloué sur la croix.
Et cependant, la place où sa croix nous a amenés est une place de rejet, et nous devrions le ressentir. Que c’est triste si nous en sommes arrivés à nous sentir tout à fait à l’aise dans ce monde !
Peut-être jouissons-nous encore de la conscience du pardon de nos péchés. Veuille le Seigneur nous accorder de ne pas perdre cela ! Mais le Seigneur Lui-même désire être l’objet des affections de notre cœur. Il est profondément peiné s’Il a perdu cette place. Sommes-nous prêts à perdre la popularité et l’estime à cause de cela ? On peut craindre qu’il puisse nous être reprochés à tous : « Mais j’ai contre toi, que tu as abandonné ton premier amour ». Et le Seigneur poursuit : « Souviens-toi donc d’où tu es déchu. ».
Nous nous vantons quelquefois de posséder la vérité. Mais jouissons-nous en pratique de l’amour du Seigneur, et répondons-nous à sa douceur indescriptible ?
D’après the Lord is near mars 1985
« Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait de la Parole ». 1 Pierre 2. 2.
COMMENT LIRE LA PAROLE DE DIEU
Il est très difficile pour quiconque, d’essayer de recommander à quelqu’un d’autre la bonne méthode pour étudier l’Écriture. Les profondeurs infinies de la Sainte Écriture, de même que les ressources inépuisables qui sont en Dieu, et les gloires morales de la Personne de Christ, se découvrent seulement par la foi et le besoin qu’on en a. Cela rend les choses tellement simples. Ce n’est pas d’habileté ou de capacité intellectuelle que nous avons besoin, mais de la simplicité sans prétention du petit enfant. Celui qui a rédigé les Saintes Écritures doit ouvrir notre compréhension pour que nous recevions leur précieux enseignement. Et Il le fera, si nous nous attendons à Lui avec intégrité dans notre cœur.
Mais nous ne devons jamais perdre de vue le fait primordial que c’est quand nous agissons d’après ce que nous savons que notre connaissance s’accroîtra. Rester assis à lire la Bible ne servira à rien. Nous pouvons remplir notre intellect de connaissance biblique, nous pouvons connaître à fond les doctrines bibliques et le texte de l’Écriture, sans avoir la moindre onction ou puissance spirituelle. Nous devons aller à la Parole comme un homme assoiffé va à un puits, comme un homme affamé s’approche d’un repas, comme un marin consulte une carte marine. Il faut que nous y allions parce que nous ne pouvons pas nous en passer. Nous y allons, pas simplement pour l’étudier, mais pour nous en nourrir. L’instinct de la nature divine nous conduit par nature vers la Parole de Dieu, comme l’enfant nouveau-né désire le lait par lequel il doit croître. C’est en se nourrissant de la Parole que le nouvel homme croît.
En conséquence, nous pouvons voir combien cette question : Comment étudier l’Écriture est réelle. Elle est en relation intime avec toute notre condition morale et spirituelle, notre marche journalière, nos habitudes et nos voies. Dieu nous a donné sa parole pour former notre caractère, pour gouverner notre conduite, et pour gérer notre course.
Samuel, après avoir entendu les paroles de l’Éternel qui lui disait d’établir un roi sur Israël, renvoya le peuple et attendit que Dieu lui montre qui Il avait désigné pour occuper cette haute position. Vous voyez, mes enfants, que Samuel n’avait pas la prétention de faire quelque chose sans être conduit par Dieu. Et nous avons à l’imiter. L’Éternel répondit à son attente, et nous allons voir de quelle manière.
Il y avait un jeune homme de la tribu de Benjamin, nommé Saül, qui était d’une beauté remarquable, plus grand de toute la tête qu’aucun autre Israélite. Ce sont des qualités qui frappent les yeux des hommes ; mais quel était le caractère de Saül ? La suite de son histoire vous le montrera, mais je crois pouvoir déjà vous dire qu’il y avait chez lui une grande volonté propre, et si, par la grâce de Dieu, cette volonté n’est pas brisée, il en résulte toujours de tristes conséquences.
Je ne serais pas non plus étonné que Saül ait pensé que ce serait bien beau si lui était nommé roi. Les jeunes gens se laissent facilement aller à de l’imagination ambitieuse. Mais il est plus heureux, mes jeunes amis, de n’avoir d’autre ambition que de connaître et servir Dieu.
Le père de Saül se nommait Kis. Un jour, on vint lui annoncer que ses ânesses s’étaient perdues. C’était un grand dommage pour lui, aussi envoya-t-il immédiatement son fils Saül avec un serviteur pour les chercher. Après trois jours de recherches inutiles, Saül dit à son serviteur : « Retournons-nous-en, de peur que mon père ne soit en peine de nous ».
Mais Dieu mit au cœur du serviteur une bonne pensée. « Il y a, » dit-il, « dans cette ville, un homme de Dieu ; allons le trouver et il nous enseignera le chemin par lequel nous devons aller ». N’était-ce pas une bonne idée ? Nous devrions toujours agir ainsi : consulter Dieu pour savoir ce que nous avons à faire quand nous nous trouvons dans l’embarras.
Mais, direz-vous, il n’y a plus de prophètes. Non, mais nous avons la Parole de Dieu et la prière. Cet homme de Dieu dont parlait le serviteur sans le connaître, était Samuel. Saül approuva le conseil de son serviteur et lui dit : « Tu dis bien, allons » et ils se dirigèrent vers la ville. En y montant, ils rencontrèrent des jeunes filles qui sortaient pour puiser de l’eau.
« Le voyant (c’est-à-dire le prophète) est-il ici ? » leur demandèrent-ils. « Oui » dirent les jeunes filles. « Il est venu, parce que le peuple offre aujourd’hui un sacrifice ». Saül et son serviteur se dirigèrent donc vers la ville, et comme ils y entraient, Samuel en sortait pour se rendre au haut lieu où l’on offrait le sacrifice.
Saül ignorait totalement ce qui allait lui arriver et qui était celui qu’il rencontrait. Il n’en était pas ainsi de Samuel. Le jour avant que Saül vienne, l’Éternel lui avait dit : « Demain, à cette heure, je t’enverrai un homme du pays de Benjamin, et tu l’oindras pour être prince sur mon peuple Israël, et il sauvera mon peuple de la main des Philistins ; car j’ai regardé mon peuple, car son cri est parvenu jusqu’à moi ».
Nous apprenons plusieurs choses dans ces paroles de l’Éternel. En premier lieu, c’est que les Philistins opprimaient de nouveau le peuple de Dieu. Pourquoi ? Vous vous rappelez, n’est-ce pas, qu’aussi longtemps que Samuel avait jugé Israël, la main de l’Éternel avait été sur les Philistins et qu’ils n’avaient rien pu faire contre les Israélites. Mais les fils de Samuel n’avaient pas suivi les traces de leur père, les Israélites aussi avaient cessé de s’attendre à leur Dieu, et la conséquence était que les ennemis du peuple avaient repris le dessus. Ah ! mes enfants, quand nous cédons au mal et que nous cessons d’être soumis à Dieu, le diable en prend occasion pour dominer sur nous (Jac. 4. 1 à 7).
Les Philistins avaient mis des garnisons dans les lieux forts du pays, et si grand était devenu leur pouvoir qu’ils avaient interdit à aucun forgeron de s’établir dans le pays d’Israël, afin que le peuple ne puisse pas se procurer des armes. Même pour faire réparer leurs instruments aratoires, il fallait que les Israélites aillent chez les Philistins. C’était une tyrannie sans pareille et qui nous montre jusqu’où ils étaient tombés.
Les Philistins, maîtres ainsi du pays, envoyaient des bandes d’hommes armés s’emparer des récoltes et ravager les campagnes, et les pauvres Israélites sans armes ne pouvaient se défendre. Dans leur détresse ils avaient crié à l’Éternel, et bien que l’Éternel eût à leur reprocher d’avoir voulu un roi pour les délivrer, et qu’ils n’aient pas mis leur confiance en Lui seul, il eut cependant compassion d’eux, et voulut bien se servir de ce roi lui-même pour qu’il soit l’instrument de leur délivrance : « Il sauvera mon peuple de la main des Philistins » dit Dieu.
Ne voyons-nous pas en cela la merveilleuse miséricorde et la grâce de Dieu envers ceux-là mêmes qui l’ont offensé ? Et cela ne nous rappelle-t-il pas que Dieu, pour une délivrance infiniment plus grande, a donné son Fils bien-aimé ? L’ange dit à Joseph : « Tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Mat. 1. 21).
Les Philistins pouvaient faire souffrir les Israélites sur la terre ; mais les péchés attirent sur le pécheur une condamnation éternelle.
Reprenons notre histoire. Quand Samuel aperçut Saül, l’Éternel lui dit : « Voilà l’homme dont je t’ai parlé ». Au même moment, Saül, s’approchant de Samuel, lui demanda : « Je te prie, montre-moi où est la maison du voyant ». « Je suis le voyant » répondit Samuel ; « monte devant moi au haut lieu, et vous mangerez avec moi aujourd’hui, et le matin je te laisserai aller ». Ne pensez-vous pas que Saül a dû être fort surpris d’une semblable invitation ?
Mais combien plus, sans doute, de ce que Samuel ajouta : « Et je te déclarerai tout ce qui est dans ton cœur ». Je me demande si vous aimeriez que l’on déclare et mette à nu tout ce qui est dans votre cœur ? Il y aurait bien des mauvaises choses, n’est-ce pas ? Et Dieu, qui découvrait à Samuel tout ce qui était dans le cœur de Saül, ne voit-il pas tout ce qui est dans le vôtre ? Lisez le Psaume 139 et Romains 2. 16.
Qu’y avait-il donc dans le cœur de Saül ? Il était sans doute préoccupé par la commission dont son père l’avait chargé et au sujet de laquelle il était venu consulter le prophète. À cet égard, Samuel le rassure : « Les ânesses sont trouvées » lui dit-il. Puis il ajoute quelque chose qui a dû faire tressaillir Saül, en lui montrant que le prophète savait ce qu’il avait peut-être caressé dans son cœur : « Vers qui est tourné tout le désir d’Israël ? N’est-ce pas vers toi et vers toute la maison de ton père ? »
C’est-à-dire tout le désir d’Israël est d’avoir un roi, et tu seras ce roi. Saül répondit avec humilité : « Ne suis-je pas… de la plus petite des tribus d’Israël, et ma famille n’est-elle pas la moindre… de Benjamin ? » Mais ne pensez-vous pas que, au fond de son cœur, Saül ait été flatté d’avoir été choisi pour régner sur Israël ? Je le crois, car notre cœur naturel aime à être au-dessus des autres, et je suis sûr que chacun de vous sait cela.
Samuel donna à Saül la première place au festin et fit mettre devant lui une portion qu’il avait fait réserver pour lui, sachant bien que Dieu accomplirait sa parole. Quel changement déjà ! Saül occupe la première place dans un festin présidé par le prophète ! Samuel emmena ensuite le jeune homme chez lui, et le conduisit sur le toit en terrasse de la maison.
Là, Samuel parla avec Saül. Sur quels sujets ? Ah, ce ne pouvait être que des choses que Samuel avait à cœur : la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple. Ils passèrent la nuit sur le toit, comme c’est souvent la coutume dans ces pays chauds. Le matin, à l’aurore, Samuel appela Saül et ils partirent ensemble. Lorsqu’ils furent au bout de la ville, Samuel, ayant fait passer en avant le serviteur de Saül, dit à celui-ci : « Arrête-toi maintenant, et je te ferai entendre la parole de Dieu ».
C’était pour le jeune homme un moment solennel.
Et n’est-ce pas aussi toujours pour nous bien sérieux quand nous entendons la Parole de Dieu ? Comme nos oreilles devraient y être attentives ! Et quelle était la parole de Dieu pour Saül ? Samuel prit une fiole d’huile, la versa sur la tête de Saül, l’embrassa et lui dit : « L’Éternel t’a oint pour prince sur son héritage ». L’héritage de Dieu, c’est son peuple. Dès ce moment, Saül, le fils de Kis, était, devant Dieu et pour Samuel, le roi d’Israël. Nous verrons une autre fois comment Saül fut présenté au peuple. Dieu l’avait tiré de son obscure condition pour l’élever à la plus haute dignité. Quel honneur n’était-ce pas, en effet, que d’être appelé à gouverner et conduire le peuple de Dieu ?
Dieu ne nous appelle pas, aujourd’hui, à occuper une place élevée dans ce monde. Il nous fait entendre sa parole pour nous tirer de notre misérable condition de péché et nous amener à Jésus, afin que nous soyons sauvés. Et si nous écoutons et croyons sa parole, nous sommes dès à présent enfants de Dieu et cohéritiers de Christ – et le temps viendra où nous régnerons avec Lui. N’est-ce pas un honneur et une gloire infiniment supérieurs à ce que Saül reçut ? Et il en est ainsi pour le plus faible enfant qui croit au Sauveur.
Saül avait donc été oint roi sur Israël, d’après le choix de l’Éternel. Mais, sauf Samuel et lui, personne ne le savait. II devait maintenant être présenté au peuple, et nous allons voir comment cela eut lieu.
Avant que Saül quitte le prophète, celui-ci lui annonça plusieurs choses qui devaient lui arriver ce jour-là. « En t’en allant aujourd’hui d’avec moi » lui dit-il, « tu trouveras deux hommes près du sépulcre de Rachel… et ils te diront : Les ânesses que tu étais allé chercher sont trouvées ; et voici, ton père… est en peine de vous ». C’était la première chose.
Le second signe, c’était « De là tu passeras plus loin » continua Samuel, « et tu viendras au chêne de Thabor. Là te trouveront trois hommes qui montent vers Dieu à Béthel, l’un portant trois chevreaux, l’autre portant trois gâteaux de pain, et l’autre portant une outre de vin. Et ils te demanderont comment tu te portes, et ils te donneront deux pains, et tu les prendras de leurs mains ».
« Après cela » dit le prophète, « tu viendras au coteau de Dieu, où sont des postes des Philistins ; et il arrivera qu’en entrant là, dans la ville, tu rencontreras une troupe de prophètes, descendant du haut lieu, ayant devant eux un luth, un tambourin, une flûte, et une harpe, et eux-mêmes prophétisant. Et l’Esprit de l’Éternel te saisira, et tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme ». C’était le troisième signe.
Maintenant, que pensez-vous que Dieu voulait enseigner à Saül par ces choses ? Je pense que c’était un enseignement très important pour lui et dont il aurait dû toujours se souvenir pour jouir de la bénédiction de Dieu.
C’est près du sépulcre de Rachel que Saül rencontre les hommes qui lui font part de l’inquiétude de son père à son sujet. Saül était un descendant de Benjamin, second fils de Rachel, et dernier enfant de Jacob. Rachel était morte presque aussitôt après la naissance de Benjamin. En mourant, elle avait donné à son fils le nom de Ben-oni, ce qui veut dire « fils de ma douleur ». Mais Jacob avait changé ce nom en celui de Benjamin, c’est-à-dire « fils de ma droite » ou de ma force (Gen. 35. 16 à 20). Le sépulcre de Rachel devait rappeler à Saül, maintenant élevé à la dignité royale et devenu ainsi « fils de la droite », qu’il n’était qu’un homme comme les autres, « un fils de ma douleur ».
Que voulait dire sa rencontre avec les trois hommes qui montaient à Béthel pour adorer Dieu ? D’une part, c’était pour lui remettre en mémoire les scènes merveilleuses qui s’étaient passées à Béthel, la maison de Dieu. Là, l’Éternel avait promis solennellement à Jacob fugitif de lui donner le pays de Canaan, et lui avait dit : « Je te garderai partout où tu iras,… je ne t’abandonnerai pas » (Gen. 28. 10 à 15). Saül avait ainsi devant les yeux la bonté et la fidélité de l’Éternel envers son peuple.
Ces trois hommes qui allaient adorer Dieu à Béthel, l’endroit où Jacob avait dressé un autel (Gen. 35 1 à 7), montraient à Saül que, dans ces jours difficiles où était le peuple, il y avait des cœurs fidèles qui se souvenaient de Dieu. Et c’était d’eux que Saül recevait la nourriture pour le fortifier dans le chemin. Cela devait lui enseigner à rechercher en Israël, pour l’appui de son royaume, ceux qui s’attachaient à l’Éternel. Hélas ! le pauvre Saül, comme nous le verrons plus loin, ne comprit pas, ou oublia les leçons de Dieu.
Mais ensuite vient une autre circonstance, qui devait lui rappeler le triste état du peuple sous la domination de l’ennemi. Il allait passer au coteau de Dieu où étaient les postes des Philistins. Les Philistins, les ennemis d’Israël, possédaient la terre que Dieu lui avait donnée ! C’était bien douloureux et humiliant. Et à quoi était appelé un roi d’Israël ? N’était-ce pas à délivrer le peuple ? Oui, mais par quelle force Saül pourrait-il le faire ? Non point par la sienne, mais par celle de Dieu.
Voilà pourquoi, Samuel annonçait à Saül que l’Esprit de Dieu le saisirait et qu’il serait changé en un autre homme. Sans ce secours tout puissant, quelle que fût la force et la beauté de Saül, ainsi que l’énergie de son caractère, il ne pouvait rien. Et nous, pouvons-nous quelque chose par nous-mêmes pour servir Dieu et combattre Satan ? Non, nous ne sommes vainqueurs que par le Seigneur.
Samuel ajouta : « Et lorsque ces signes te seront arrivés, tu feras ce qui se présentera à toi ; car Dieu est avec toi ». Quelle précieuse assurance pour Saül, n’est-ce pas ? Mais rappelons-nous que Dieu n’est avec nous que dans le chemin de l’obéissance. Saül avait tout ce qu’il fallait pour accomplir sa tâche de roi ; mais il devait rester soumis à la parole du prophète, qui était celle de Dieu et qui devait le diriger.
Et voici ce que Samuel lui commanda : « Tu descendras devant moi à Guilgal ; et voici, je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes et sacrifier des sacrifices de prospérité. Tu attendras sept jours, jusqu’à ce que je vienne vers toi, et je te ferai savoir ce que tu devras faire ». C’était l’épreuve de l’obéissance de Saül ; nous verrons comment il la rencontra.
Tous les signes annoncés par Samuel arrivèrent ce jour-là à Saül. Grand fut l’étonnement de ceux qui le connaissaient quand ils le virent prophétiser. « Qu’est-il donc arrivé au fils de Kis ? » disaient-ils ; « Saül aussi est-il parmi les prophètes ? » Saül ne leur dit rien de ce qui lui était survenu, et même quand son oncle lui demanda : « Que vous a dit Samuel ? » Il ne touche pas un mot de l’affaire du royaume. Il répond simplement : « Il nous a déclaré expressément que les ânesses étaient trouvées ». Jusqu’à ce que Dieu lui-même le fasse connaître, c’était un secret entre Lui, Samuel et Saül. Ce dernier ne se montre-t-il pas ici sous un beau jour ? Combien de jeunes gens, à sa place, qui n’auraient rien eu de plus pressé que de proclamer l’honneur qui leur avait été fait !
Mais le moment était venu de dire au peuple le choix de l’Éternel. Samuel convoqua donc le peuple à Mitspa, lieu qui devait rappeler aux Israélites la grande délivrance que, quelques années auparavant, Dieu leur avait accordée. Mais avant tout, l’Éternel voulut encore une fois faire appel à leur cœur et leur faire sentir leur ingratitude. Écoutez les paroles touchantes qu’il leur adresse par la bouche de Samuel : « Ainsi a dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Moi, j’ai fait monter Israël hors d’Égypte, et je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de la main de, tous les royaumes qui vous opprimaient ». Un roi, un homme, si grand, soit-il, aurait-il pu faire cela ?
L’Éternel avait été pour eux un libérateur et un protecteur. N’aurait-il pas pu leur suffire toujours ? Puis l’Éternel continue : « Et vous, aujourd’hui, vous avez rejeté votre Dieu, Lui qui vous a sauvés de tous vos maux et de toutes vos détresses, et vous lui avez dit : Non, mais établis un roi sur nous ». Ne vous semble-t-il pas que le peuple aurait dû être touché et dire : « Éternel, nous ne voulons pas d’autre Roi que toi ? »
Mais notre pauvre cœur naturel est ingrat. Il oublie les bontés de Dieu, ses délivrances, et cherche plutôt les secours humains. Les Israélites ne répondent rien, et Samuel leur dit : « Tenez-vous devant l’Éternel, selon vos tribus et selon vos milliers » c’est-à-dire que chaque tribu, et chaque famille dans les tribus, se rassemblent à part.
Il fallait que la main de Dieu seule se fasse voir dans cette circonstance si solennelle. Aussi Samuel ne dit-il pas aux Israélites : « C’est Saül, fils de Kis, que L’Éternel a choisi pour roi » mais il fit approcher successivement les tribus d’Israël pour les présenter au choix de l’Éternel. L’Éternel désigna la tribu de Benjamin, puis dans cette tribu la famille de Matri, et enfin, dans cette famille, Saül, fils de Kis. Le choix de Dieu était clairement indiqué. On chercha donc Saül, mais sans le trouver. Ici encore apparaît à nos yeux un beau trait du caractère de Saül : il ne se met pas en avant, bien qu’il ait su que Dieu l’avait élu.
Ne le trouvant pas, on consulta l’Éternel, et l’Éternel dit : « Voici, il s’est caché parmi les bagages ». On courut le chercher, et on l’amena au milieu du peuple. Là, le jeune homme parut avec tous ses avantages de stature et de beauté : « Il était plus grand que tout le peuple, depuis les épaules en haut ». Et Samuel dit : « Voyez-vous celui que l’Éternel a choisi ? Il n’y en a point comme lui dans tout le peuple ». Et le peuple, satisfait d’avoir un roi selon son désir et qui avait tout ce qui plaît aux yeux et au cœur naturels, s’écria : « Vive le roi ! »
Mais croyez-vous qu’en tout cela il y ait eu beaucoup de cœurs pour Dieu ? Le peuple était satisfait pour lui-même, le désir de son cœur était accompli, il pouvait se glorifier dans son roi, mais Dieu était mis de côté. Qu’il est triste que les circonstances extérieures, quand elles plaisent à notre cœur naturel, nous fassent oublier Dieu !
Samuel, toujours occupé du bien du peuple, et conduit par l’Éternel, dit aux Israélites « le droit du royaume » c’est-à-dire les droits et les obligations réciproques du roi et du peuple, ce que nous appellerions une constitution ; et il « l’écrivit dans un livre et le posa devant l’Éternel ». L’Éternel était ainsi le témoin de ce à quoi s’engageaient le roi et le peuple.
Le royaume d’Israël était ainsi fondé. Il avait eu pour origine une faute grave du peuple, qui avait rejeté l’Éternel. Mais la miséricorde et la compassion de Dieu sont au-dessus de toutes ses œuvres, et selon ses pensées et ses desseins de grâce, la bénédiction devait venir plus tard par le moyen du roi. Non point par Saül cependant, celui qui plaisait au peuple par des avantages extérieurs, mais par le roi selon le cœur de Dieu, David, et plus tard par le glorieux Fils de David, Christ, le Seigneur Jésus.
Samuel congédia le peuple, et Saül aussi s’en retourna dans sa maison à Guibha. Il n’y revint pas seul. « La troupe de ceux dont Dieu avait touché le cœur alla avec lui ». Mais en même temps, il commença à faire l’expérience des difficultés de sa position royale. De méchants hommes le méprisèrent et ne le reconnurent pas. Ils dirent : « Comment celui-ci nous sauverait-il ? » Et cela a dû être sensible au cœur du jeune roi. Toutefois, il usa de patience.
SAÜL, SES PREMIERS PAS DANS LA ROYAUTÉ
Saül, élu roi d’Israël, était retourné à l’endroit où il habitait. Il n’y avait point alors de capitale du pays, comme Jérusalem le fut plus tard. Vous pourriez penser que Saül éleva un palais et s’entoura de gardes et de soldats. Mais non ; il était encore simple de cœur ; il reprit ses occupations habituelles et continua à labourer ses terres, comme tout autre Israélite. Il attendait que Dieu lui montre ce qu’il aurait à faire, comme Samuel le lui avait dit : « Tu feras ce qui se présentera à toi, car Dieu est avec toi ».
L’occasion ne tarda pas à survenir. Il y avait deux peuples qui habitaient à l’est du pays que Dieu avait donné aux enfants d’Israël en deçà du Jourdain. C’étaient les Ammonites et les Moabites, descendants de Lot, le neveu d’Abraham, et par conséquent proches parents des Israélites. Mais ceux-ci n’eurent pas de pires ennemis.
Dieu avait défendu aux fils d’Israël, quand ils se dirigeaient vers Canaan, d’attaquer soit les Moabites, soit les Ammonites (Deut. 2. 9, 19 et 20). Mais nous voyons, par le livre des Juges, que ceux-ci ne se firent pas faute, lorsqu’ils en eurent l’occasion, de combattre et d’opprimer Israël (Jug. 11. 12 et 14 ; 10. 6 à 9). Il est vrai que Dieu le permettait pour châtier son peuple, quand celui-ci se détournait de Lui ; mais cela n’excusait pas la haine que ces peuples portaient à Israël.
C’étaient du reste des idolâtres. Les Moabites adoraient Kemosh, et les Ammonites, l’affreuse idole Moloc, à laquelle on offrait des enfants que l’on brûlait vifs (1 Rois 11. 7 ; 2 Rois 23. 10). Les prophètes renferment quantité de prédictions contre ces deux peuples et annoncent leur ruine totale (Soph. 2. 8 à 11 ; Jér. 48 et 49). Leur nom, en effet, a disparu de la terre, car la Parole de Dieu s’accomplit toujours.
Au temps de Saül, comme au temps de Jephthé, les Ammonites voulurent profiter de la faiblesse des Israélites pour les attaquer. Ils vinrent assiéger la ville de Jabès, dans le pays de Galaad, qui s’étendait le long du Jourdain. Ce n’était plus le temps où les Israélites assiégeaient leurs ennemis et voyaient les murailles tomber devant eux (Jos. 6. 1). Ils étaient assiégés à leur tour et sans force pour se défendre. Et d’où cela venait-il ? De leur infidélité envers leur Dieu.
Serrés de près par Nakhash, le chef des Ammonites, les hommes de Jabès lui dirent : « Fais alliance avec nous, et nous te servirons ». Quelle honte pour ceux qui étaient du peuple de l’Éternel, de vouloir faire alliance avec des idolâtres et de devenir leurs serviteurs ! Mais voilà où leur péché les avait réduits. Le péché rend l’homme esclave du diable (1 Jean 3. 8).
Nakhash les traita avec mépris. Dans sa réponse, il joignit l’insulte à la cruauté : « Je traiterai avec vous » dit-il, « à la condition que je vous crève à tous l’œil droit et que j’en mette l’opprobre sur tout Israël ». C’était les rendre impropres à la guerre, et ensuite, c’était dire : Les Israélites ne se sont pas souciés de leurs frères et n’ont pas su les délivrer. On voit que c’était en effet mettre l’opprobre sur tout Israël, car le peuple de Dieu était un, et toucher aux uns, c’était toucher aux autres.
Que devaient faire les habitants de Jabès ? S’adresser à l’Éternel, n’est-ce pas ? Il ne nous est pas dit s’ils le firent, mais l’Éternel eut compassion d’eux, et montra à Nakhash qu’Israël était toujours son peuple et qu’Il ne voulait pas laisser mettre cet opprobre sur Lui. Il mit au cœur des habitants de Jabès d’adresser un appel à l’aide à tout Israël. « Donne-nous un délai de sept jours » dirent-ils à Nakash, « et nous enverrons des messagers dans tous les confins d’Israël ; et s’il n’y a personne qui nous sauve, alors nous sortirons vers toi ».
Les messagers partirent, laissant leurs pauvres concitoyens dans l’angoisse et la crainte. Viendra-t-on ou non à notre secours ? pouvaient-ils se dire. Et n’est-ce pas une image parlante du pécheur qui voit sa misère, mais ne connaît pas la voie du salut ? Rien ne nous est dit du voyage des messagers jusqu’à ce qu’ils vinrent à Guibha où demeurait Saül, et y apportèrent la triste nouvelle du sort qui menaçait Jabès. En les entendant, le peuple de Guibha ne répondit que par des larmes. Point de courage, point de force pour aider leurs pauvres frères ! Hélas, un homme ne peut en sauver un autre ; Dieu seul le peut (Ps. 49. 7 à 9).
Mais Saül, où était-il ? Il était aux champs, et comme il revenait derrière ses bœufs, il entendit les gémissements du peuple. « Qu’a donc le peuple ? » demanda-t-il. Et on lui raconta les paroles des hommes de Jabès. Alors il se souvint qu’il était le roi d’Israël, « un autre homme » que le Saül d’autrefois, qu’il avait à faire ce qui se présentait devant lui, et que « Dieu était avec lui » et l’avait choisi pour délivrer son peuple.
L’Esprit de Dieu le saisit, et une sainte colère s’embrasa en lui contre les ennemis d’Israël. Il prit une paire de bœufs qu’il coupa en morceaux, puis il envoya des messagers partout en Israël pour dire : « Celui qui ne sortira pas après Saül et après Samuel, on fera ainsi à ses bœufs ». L’Éternel agit dans les cœurs des Israélites qui vinrent en foule se rassembler autour de Saül, qui se vit à la tête d’une armée de 330 000 hommes.
Les messagers de Jabès furent renvoyés avec cet heureux message : « Demain vous serez délivrés, quand le soleil sera dans sa force ». Imaginez le soulagement des pauvres habitants de Jabès. Ils se réjouirent, et nous le comprenons bien. Mais quel soulagement plus grand et quelle joie plus vive éprouve le pécheur accablé sous la crainte du jugement, à qui est apportée la bonne nouvelle du salut : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ». Avez-vous connu ce bonheur, lecteur ?
Les habitants de Jabès dirent aux Ammonites : « Demain nous sortirons vers vous, et vous nous ferez selon tout ce qui sera bon à vos yeux ». Voyez-vous le contraste frappant ? Les habitants de Jabès attendent avec confiance la délivrance qui approche ; les Ammonites aussi attendent, se confiant dans leur force, le moment d’assouvir leur cruauté, et ne se doutent pas que c’est la destruction qui va fondre sur eux.
Ainsi le Seigneur Jésus, a « offert une fois pour porter les péchés d’un grand nombre, apparaîtra… à ceux qui l’attendent, pour le salut » tandis que, pour le monde, « quand ils diront : « Paix et sûreté », alors une subite destruction viendra sur eux, … et ils n’échapperont point (Héb. 9. 28). (1 Thess. 5. 3). C’est ce qui arriva aux Ammonites. Dieu était avec Saül et lui donna la sagesse et la vaillance nécessaires d’un général d’armée. Il divisa ses troupes en trois corps, qui enveloppèrent les Ammonites et, de grand matin, inopinément, ils pénétrèrent dans le camp et frappèrent leurs ennemis jusqu’à la chaleur du jour. Ceux qui ne furent pas tués furent dispersés, de sorte qu’il n’en resta pas deux ensemble.
Les habitants de Jabès étaient délivrés, et nous verrons plus tard, dans l’histoire de Saül, comme ils lui restèrent toujours dévoués. De même, un cœur qui connaît le salut opéré par Christ, n’a pas de plus grand désir désormais que de servir le Sauveur. Vous voyez aussi que tout Israël, ainsi, échappa à l’opprobre que le méchant Nakhash voulait lui infliger. Le salut était pour tout le peuple. L’Éternel avait aussi mis aux yeux de tout son approbation sur Saül comme roi, et le peuple le comprit bien. Il dit à Samuel : « Qui est-ce qui a dit : Saül régnera-t-il sur nous ? Livrez ces hommes, et nous les ferons mourir ».
Ils auraient bien mérité la mort pour avoir méprisé l’oint de l’Éternel, mais Saül s’y opposa et, oubliant l’injure et avec une grande générosité de cœur, il dit : « On ne fera mourir personne en ce jour, car l’Éternel a opéré une grande délivrance en Israël ». Nous voyons que Saül ne s’attribue en rien la gloire de la victoire, mais la rapporte à Dieu. En tout cela, il agit selon la pensée de Dieu, et nous donne un bel exemple.
Alors Samuel dit au peuple : « Allons à Guilgal, et nous y renouvellerons la royauté ». C’était un endroit bien choisi, car c’était là que, au temps de Josué, le peuple revenait toujours après ses victoires. Cela rappelait à Israël ce temps heureux et devait l’encourager. L’Éternel avait montré qu’Il n’abandonnait pas son peuple. Les Israélites allèrent donc à Guilgal et, avec de grandes réjouissances et des sacrifices de prospérité offerts à l’Éternel, ils confirmèrent la royauté à Saül devant l’Éternel.
Les premiers pas de Saül avaient été heureux.
SAMUEL SE DÉMET DE SES FONCTIONS DE JUGE
Comme nous l’avons vu, la royauté avait été confirmée à Saül, à Guilgal, après sa victoire sur les Ammonites. Samuel prit occasion de ce rassemblement du peuple pour se démettre publiquement de ses fonctions de juge. Saül, qui avait jusqu’alors agi de concert avec Samuel, devait désormais, comme roi, avoir toute la responsabilité de ses actes. Cependant Samuel restait, au milieu d’Israël, le prophète, la bouche de Dieu.
C’était pour les Israélites un moment très sérieux. Ils allaient vivre sous un nouveau régime, qu’ils avaient choisi, mais où ils ne pourraient pas échapper au devoir d’obéir à l’Éternel, qui conservait tous ses droits sur eux. C’est ce que leur rappela Samuel, en prenant congé d’eux comme juge.
Le discours très touchant qu’il leur adressa nous fait voir comme il avait à cœur la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple, deux choses qui caractérisent tous les vrais serviteurs de Dieu. À ce propos, je vous engage à comparer avec le discours de Samuel, celui que Paul adresse aux anciens de l’église d’Éphèse, en prenant congé d’eux (Act. 20).
Samuel commença en faisant appel aux Israélites, relativement à son service. « J’ai marché » dit-il, « devant vous depuis ma jeunesse, jusqu’à ce jour ». Depuis le moment où « tout Israël sut que l’Éternel avait établi Samuel pour prophète » sa vie n’avait rien eu de caché ; chacun avait pu juger de ses actions. « Me voici » continue-t-il, « témoignez contre moi, devant l’Éternel et devant son oint (Saint). De qui ai-je pris le bœuf ? ou de qui ai-je pris l’âne ? ou à qui ai-je fait tort ? à qui ai-je fait violence ? ou de la main de qui ai-je pris un présent pour que par lui j’eusse fermé mes yeux ? et je vous le rendrai ».
Et que répond le peuple, à qui toute la vie du prophète était bien connue ? « Ils dirent : Tu ne nous as point fait tort, et tu ne nous as point fait violence, et tu n’as rien pris de la main de personne ». Quel beau témoignage, n’est-ce pas ? Quelle vie irréprochable ! C’est là ce qui glorifie Dieu. Si vous vous dites chrétiens, vous avez à marcher de manière à ne jeter aucun blâme sur l’évangile mais, comme Paul le disait même à de pauvres esclaves, à orner « en toutes choses (par votre conduite), l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur » (Tite 1. 6 à 10.) Et c’est ce que ce saint apôtre lui-même faisait. Il jouissait du témoignage de sa conscience, qu’il s’était conduit dans le monde « avec une droiture et une sincérité de Dieu, … mais par la grâce de Dieu ». (2 Cor. 1. 12). Voilà comment nous aussi, nous avons à nous conduire.
Mais revenons à Samuel. Il rappela aux Israélites toute la bonté et la fidélité de l’Éternel envers eux, malgré leurs nombreuses rébellions. « II vous délivra de la main de vos ennemis tout autour » dit-il, « et vous avez habité en sécurité ». Puis il leur fait sentir l’ingratitude et le manque de confiance envers l’Éternel dont témoignait leur demande d’un roi.
« Vous avez vu que Nakhash, roi des fils d’Ammon, venait contre vous, et vous m’avez dit : non, mais un roi régnera sur nous – et l’Éternel, votre Dieu, était votre roi ». Ils avaient plus de confiance en un homme qu’en Dieu. C’est, hélas ! ce que nous sommes tous enclins à faire, et ce que Dieu blâme (Jér. 17. 5.). Samuel en appelle à l’Éternel pour confirmer ses paroles : « Voyez » dit-il, « cette grande chose que l’Éternel va opérer devant vos yeux. N’est-ce pas aujourd’hui la moisson des froments ? Je crierai à l’Éternel, et il enverra des tonnerres et de la pluie, et vous saurez et vous verrez que le mal que vous avez fait est grand aux yeux de l’Éternel, d’avoir demandé un roi pour vous ».
Et l’Éternel confirma la parole de son serviteur en envoyant des tonnerres et de la pluie, de sorte que le cœur des Israélites fut rempli de crainte. Ils dirent donc au prophète « Prie l’Éternel, ton Dieu, pour tes serviteurs, afin que nous ne mourions pas ; car, à tous nos péchés, nous avons ajouté ce mal d’avoir demandé un roi pour nous ». Cette confession, arrachée par la crainte, venait trop tard. Il leur aurait mieux valu ne pas suivre leur propre volonté, et écouter et suivre les conseils de Samuel qui les avait engagés à ne pas vouloir un roi et à rester sous la royauté de l’Éternel.
Rien n’est fatal, sauf de vouloir faire prévaloir sa propre volonté.
Toutefois l’Éternel eut compassion de son peuple. Il consentit à éprouver son obéissance sous ce nouveau régime. Prenez garde : toute l’histoire que la Bible nous présente jusqu’à la venue du Seigneur Jésus, est celle de l’homme pécheur, enfant d’Adam, que Dieu met à l’épreuve, pour voir si de lui peut sortir quelque chose de bon. Avant le déluge, bien qu’ayant la connaissance de Dieu par ses œuvres, les hommes s’étaient corrompus et adonnés à la violence, au point que l’Éternel dut les détruire. Après le déluge, les descendants de Noé se livrèrent à l’idolâtrie.
Alors Dieu se choisit un peuple, dépositaire de sa connaissance et de ses promesses, et Il lui donna une loi. Mais à peine le peuple d’Israël eut-il reçu cette loi, qu’il la transgressa en se faisant une idole. Dieu usa de patience et conduisit les Israélites en Canaan. Tout ce qu’Il leur demandait était d’obéir à ce qu’Il leur prescrivait dans le Deutéronome, leur promettant de les bénir s’ils étaient fidèles. Ils n’étaient pas depuis longtemps dans le bon pays, que déjà ils se livraient à l’idolâtrie. Dieu les châtia à diverses reprises en les livrant à leurs ennemis. Quand ils se repentaient, Il les délivrait par le moyen des Juges.
Mais vous voyez que tous les essais sont vains. Dieu a beau faire en plaçant l’homme dans les meilleures conditions pour qu’il obéisse, il échappe toujours. C’est un cœur rebelle que le sien. Il ne veut pas se soumettre à Dieu. Connaissez-vous ce cœur-là ? C’est le vôtre comme le mien. N’en avez-vous pas fait souvent l’expérience ? Que faire donc de ce mauvais cœur, de cette mauvaise nature ? L’améliorer ? C’est impossible parce que « ce qui est né de la chair, est chair » a dit le Seigneur (Jean 3. 6). On peut la revêtir de beaux dehors, mais cela ne la change pas. Il faut qu’elle prenne fin, et cela ne se peut que par la mort. Faut-il donc que nous attendions de ne plus être dans ce corps, pour en avoir fini avec ce méchant cœur ? Non. Devant Dieu, la mauvaise nature a pris fin à la croix. « Sachant » dit l’apôtre, « que notre vieil homme a été crucifié avec lui » (Rom. 6. 6). Là, elle a été jugée et condamnée, et Dieu ne nous condamne pas à cause d’elle.
Quoi ! direz-vous, ma mauvaise nature est morte ? Oh ! non, nous le savons que trop, qu’il est toujours là, ce méchant cœur. Mais si nous croyons au Seigneur Jésus, non seulement nos péchés nous sont pardonnés, mais nous recevons une nouvelle nature qui, celle-là, n’aime pas le péché, mais qui, au contraire, se plaît aux choses de Dieu. Alors Dieu nous dit : tenez-vous pour morts au péché, ne l’écoutez plus ; mais vivez selon la nouvelle nature dans les choses qui me plaisent. Et comment pouvons-nous faire cela ? Par la grâce de Dieu, par la puissance de son Saint-Esprit en nous.
Dieu fait donc un nouvel essai avec le peuple d’Israël. C’est comme s’Il lui disait : Eh bien, nous verrons si cela ira mieux avec un roi. Mais je ne puis me départir de mes droits. Avec un roi, comme sans roi, il faut que vous obéissiez : « Craignez l’Éternel, et servez-le… de tout votre cœur ». Et cette obéissance, Dieu la demande de tous, chrétiens ou non. Seulement, si l’homme veut obéir en s’appuyant sur ses propres forces, il fera bientôt l’expérience de son impuissance. Mais quand on est à Christ, on obéit par amour et avec joie. Ce n’est plus la loi, mais la grâce. Nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier, et il a dit : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jean 14. 15).
Samuel termine en disant : « Si vous vous adonnez au mal, vous périrez, vous et votre roi ». Les Israélites ont-ils été fidèles, avec un roi à leur tête ? Non. Cette nouvelle épreuve a montré une fois de plus que le cœur naturel de l’homme est incurablement mauvais (Jér. 17. 9). Les enfants d’Israël, leurs rois en tête, sont allés après des faux dieux, comme leur histoire le montre ; et cette même histoire nous fait voir aussi que la menace de l’Éternel a eu son effet : Israël et son roi ont péri. Toute désobéissance attire le châtiment sur le coupable, car Dieu est vrai et juste. N’est-ce pas bien sérieux ?
Cependant, avant de terminer, Samuel adresse aux Israélites deux paroles bien encourageantes et propres à toucher leur cœur, si le cœur naturel pouvait être touché. D’abord il leur dit : « L’Éternel, à cause de son grand nom, n’abandonnera point son peuple, parce que l’Éternel s’est plu à faire de vous son peuple ». Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir (voir Rom. 11. 29). Il s’est plu à choisir un peuple du milieu des nations, pour qu’il soit à Lui ; il maintiendra, à cause de son grand nom, pour sa gloire, ce qu’Il a décidé de faire pour Israël. Maintenant, Israël est abaissé, rejeté, dans la poussière ; mais l’Éternel, le Dieu fidèle, ne l’abandonne pas. Il le rétablira bientôt. (Lisez És. 54. 7 et 8 ; Jér. 31).
Et en second lieu, Samuel promet au peuple de ne pas l’oublier. « Quant à moi aussi, loin de moi que je pèche contre l’Éternel, que je cesse de prier pour vous ; mais je vous enseignerai le bon et le droit chemin ». Que manquait-il aux Israélites ? Ils avaient l’assurance que l’Éternel ne les abandonnerait pas ; ils avaient l’intercession de Samuel que Dieu venait d’exaucer d’une manière si remarquable, et ils avaient l’enseignement du prophète de Dieu pour connaître le bon et le droit chemin. Que leur reste-t-il à faire ? Marcher dans ce chemin. « Craignez l’Éternel, et servez-le en vérité, de tout votre cœur » dit Samuel.
Lecteur, Dieu n’est-Il pas pour nous ? Veut-Il nous abandonner ? Certes non. (Rom. 8. 31; Héb. 13. 5 et 6.) Et ne savons-nous pas que nous avons un grand Intercesseur, qui prie pour nous ? (Héb. 7. 25). Et n’avons-nous pas, pour nous instruire et nous conduire, la parole et la voix du bon Berger ? Que nous reste-t- il à faire ? Marcher d’une manière digne du Seigneur, pour lui plaire à tous égards (Col. 1. 10).
LA PREMIÈRE FAUTE
Nous continuons l’histoire de Saül. Après sa victoire sur les Ammonites, il ne retourna pas chez lui vaquer à ses travaux, comme il l’avait fait quand il avait été élu roi. Il se choisit trois mille hommes d’Israël, dont il garda deux mille auprès de lui, à Micmash et sur la montagne de Béthel. Il laissa les mille autres à Guibha sous le commandement de son fils Jonathan. Le reste de l’armée fut renvoyé, chacun dans sa demeure.
Vous vous demandez pourquoi Saül resta ainsi sous les armes avec une partie des Israélites. C’est que les Philistins, ces ennemis acharnés du peuple de Dieu, dominaient de nouveau sur lui. Leurs garnisons occupaient des lieux forts dans le pays de Benjamin, et ils en descendaient pour ravager le pays. Or Saül se rappelait qu’il avait été choisi par l’Éternel pour délivrer son peuple de la main des Philistins. Pour cette raison, il était sur ses gardes et attendait une occasion d’attaquer les ennemis d’Israël.
Ce ne fut pas lui, mais Jonathan qui commença l’attaque. Jonathan était un jeune homme courageux et rempli de confiance en l’Éternel, ce qui faisait sa force – comme c’est aussi la nôtre. Il frappa le poste des Philistins qui était à Guéba, et la nouvelle en fut portée au pays des Philistins. La guerre était ainsi déclarée, et Saül se hâta d’avertir tout le peuple de se rassembler auprès de lui.
Pour cela, il fit sonner de la trompette dans tout le pays, disant : « Que les Hébreux l’entendent ! » Quelle chose étrange que Saül se serve du nom d’Hébreux pour désigner le peuple de Dieu ! C’était le nom que les autres nations lui donnaient, parce qu’il descendait d’Héber, ancêtre d’Abraham (Gen. 10. 14 à 27). Mais le nom que Dieu donne à son peuple, c’est Israël, le nom qu’il donna à Jacob. Saül avait donc tort de se servir d’un terme qui mettait le peuple de Dieu au rang des nations du monde. Il avait été oint prince, non sur les Hébreux, mais « sur mon peuple Israël, » avait dit l’Éternel. Aussi l’Écriture ajoute-t-elle tout de suite après la proclamation de Saül : « Et tout Israël ouï dire : Saül a frappé le poste des Philistins, et aussi Israël est détesté par les Philistins »
Lorsque Moise parle au Pharaon, il dit : « Voici ce que dit l’Éternel, le Dieu des Hébreux » parce que, pour le Pharaon c’était leur nom. Mais quand il s’agit du peuple, c’est : « Parle aux fils d’Israël ».
Le peuple d’Israël se rassembla à Guilgal auprès de Saül. C’est là qu’était le rendez-vous pour la guerre, comme au temps de Josué. Samuel avait dit à Saül : « Tu descendras devant moi à Guilgal ; et voici, je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes et sacrifier des sacrifices de prospérités ; tu attendras sept jours, jusqu’à ce que je vienne vers toi, et je te ferai savoir ce que tu devra faire » (ch. 10. 8). L’ordre était clair, et Saül l’avait bien compris. C’était le commandement de l’Éternel par la bouche de son prophète. Ce que Dieu nous commande est toujours clair, rappelons-nous-en.
Les Philistins, de leur côté, n’étaient pas restés oisifs. Ils s’assemblèrent pour faire la guerre contre Israël, et mirent sur pied des forces considérables : trente mille chars de guerre, six mille cavaliers ; et un peuple nombreux comme le sable de la mer. Les Israélites, plus d’une fois, avaient eu à faire avec des ennemis aussi nombreux et aussi redoutables, et Dieu leur avait donné la victoire. Guilgal devait le leur rappeler. Au temps de Samuel, ils avaient battu les Philistins. De plus, ils avaient maintenant un roi comme ils l’avaient demandé, et ce roi venait de remporter une grande victoire sur les Ammonites.
Malgré cela, les pauvres Israélites furent saisis de crainte. Les uns se cachèrent dans les cavernes, les rochers, les lieux forts et les fosses ; d’autres, que l’Écriture appelle des Hébreux, parce qu’en quittant le pays, ils n’agissaient pas en vrais fils d’Israël confiants en leur Dieu, passèrent le Jourdain et se réfugièrent au pays de Gad et de Galaad. Même ceux qui restaient avec Saül ne le suivaient qu’en tremblant.
D’où venait cette frayeur ? Simplement de ce que les israélites n’avaient pas confiance en l’Éternel, leur Dieu. Le secret pour être fort contre nos ennemis, c’est de se « fortifier dans le Seigneur ». Mais pour cela, il faut avoir une bonne conscience, et c’est ce qui manquait à ces pauvres Israélites. Ils avaient fait leur propre volonté en demandant un roi, au lieu d’être heureux d’avoir l’Éternel pour Roi, et maintenant, dans le danger, ils ne voient en Saül qu’un homme faible comme eux, qui, malgré sa beauté et sa haute stature, ne peut les délivrer. David dit : « L’homme puissant n’est pas délivré par sa grande force… L’œil de l’Éternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui s’attendent à sa bonté, pour délivrer leur âme de la mort » (Ps. 33. 17 à 19). Les Israélites auraient été bienheureux s’ils avaient pu dire : « Notre âme s’attend à l’Éternel ; il est notre aide et notre bouclier. Car notre cœur se réjouira en lui, puisqu’en son saint nom nous avons mis notre confiance » (v. 20 et 21). Puissions-nous le dire pour nous-mêmes.
Jusqu’ici, Saül avait agi comme il le devait. Il était resté à son poste, ferme et sans crainte. Mais maintenant vient l’épreuve de son obéissance. Il devait attendre Samuel sept jours à Guilgal, et un jour, puis deux jours se sont écoulés, et Samuel n’est pas venu ! Le septième jour est arrivé ; et le prophète n’est pas là ! La petite troupe autour de Saül diminuait de plus en plus. C’était bien éprouvant. Mais le prophète avait dit : « Je descendrai vers toi » ; la chose était positive, et Saül aurait dû attendre jusqu’à la dernière minute de la dernière heure du septième jour. Cela aussi aurait été de la confiance en Dieu.
Hélas ! Saül ne sut pas attendre. Voyant que ses hommes se dispersaient, il suivit sa propre pensée et transgressa l’ordre de Dieu, tout en se figurant qu’il faisait bien. Il dit : « Amenez-moi l’holocauste et les sacrifices de prospérité ». Et il offrit l’holocauste, ce qui ne lui appartenait nullement, car Samuel avait dit : « Je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes ». La désobéissance de Saül était consommée, et le châtiment ne se fit pas attendre.
Comme il achevait d’offrir l’holocauste, Samuel arriva. « Qu’as-tu fait ? » demanda le prophète au roi qui s’avançait pour le saluer. Cette question aurait dû faire rentrer Saül en lui-même, et ce qu’il aurait eu à faire, c’était de s’humilier en reconnaissant sa faute. Au lieu de cela, comme Adam autrefois, il cherche à s’excuser. Le cœur de l’homme se montre toujours le même. N’avons-nous pas souvent agi comme Adam et Saül ?
Je voudrais placer devant nous les excuses de Saül, en cherchant à nous en montrer la faiblesse. « Parce que je voyais que le peuple se dispersait d’auprès de moi » – qu’importait cela, si Dieu restait près de lui, et lui près de Dieu ? « et que tu ne venais pas au jour assigné » – ce jour n’était pas encore terminé ; « et que les Philistins étaient assemblés à Micmash » – qu’avait-il à craindre, le bras de Dieu était-il raccourci pour les retenir ? « J’ai dit… » – voilà le moi : « j’ai dit », et non pas : Dieu a dit. « Maintenant les Philistins descendront contre moi à Guilgal » – qu’en savait-il ? C’était une crainte humaine ; « et je n’ai pas supplié l’Éternel » – l’acte religieux sans l’obéissance a-t-il aucune valeur aux yeux de Dieu ? « Et je me suis fait violence et j’ai offert l’holocauste » – c’est-à-dire, finalement : j’ai désobéi.
Mais rien ne peut excuser la désobéissance. Rappelez-vous bien cela, et ne vous laissez jamais entraîner, sous aucun prétexte, quelque plausible qu’il paraisse, à enfreindre le commandement de Dieu, et celui de vos aînés, parents et maîtres. Saül doit maintenant écouter sa sentence, car Dieu ne peut laisser l’homme enfreindre impunément ce qu’Il a prescrit. Et cela est vrai de l’homme converti comme de l’inconverti. Le Seigneur Jésus a été l’homme parfaitement obéissant, et nous avons à marcher sur ses traces.
Samuel fait entendre à Saül ces paroles sévères : « Tu as agi follement, tu n’as pas gardé le commandement de l’Éternel, ton Dieu ». Nous voyons ainsi comment Dieu envisage la désobéissance ; c’est pour Lui une folie. Quelquefois un enfant, en désobéissant à son père ou à sa mère, pour goûter un plaisir défendu, croit qu’il sera heureux, mais il a commis une folie, et il en sentira l’amertume tôt ou tard.
Samuel continue et dénonce le jugement que Dieu prononce sur Saül : « Maintenant, l’Éternel aurait établi pour toujours ton règne sur Israël ; et maintenant ton règne ne subsistera pas ». Cela ne veut pas dire encore que Saül cesserait d’être roi, mais qu’il ne laisserait pas son trône à quelqu’un de ses enfants, et cela dut lui être très douloureux. Puis Samuel ajoute : « L’Éternel s’est cherché un homme selon son cœur, et l’Éternel l’a établi prince sur son peuple, car tu n’as pas gardé ce que l’Éternel t’avait commandé ». Qui est cet homme selon le cœur de Dieu ? Nous apprendrons à le connaître plus tard ; c’est David, le type du Seigneur Jésus qui fut parfaitement selon le cœur de Dieu.
Telle fut la première faute du premier roi d’Israël. Oh ! Ces terribles conséquences. Que Dieu nous donne un cœur soumis et obéissant, ce qui est selon son cœur.
JONATHAN DÉLIVRE ISRAËL
Les malheureux Israélites, bien qu’ayant maintenant un roi, étaient dans un très triste état. Les Philistins étaient campés dans leur pays, occupant des lieux forts d’où descendaient des bandes de pillards qui ravageaient le pays. Saül n’avait auprès de lui que six cents hommes, et encore sans armes de guerre. Saül et Jonathan seuls en avaient. Les Philistins dominaient avec une telle tyrannie qu’ils ne permettaient pas qu’un seul forgeron s’établisse chez les Israélites, de peur que ceux-ci se fassent fabriquer des armes. Quelle faiblesse, et quelle honte pour le peuple de Dieu d’en être réduit à cela !
Mais c’est dans la faiblesse, l’impuissance et la misère de son peuple, que Dieu montre sa miséricorde envers lui et déploie sa force en sa faveur. Il suscite des hommes de foi pour le délivrer. Il y avait alors un de ces hommes en Israël. Ce n’était pas Saül, dont nous avons vu la première faute, c’était un jeune homme, Jonathan, qui mettait sa confiance en l’Éternel, le Dieu d’Israël.
Le poste avancé des Philistins se trouvait dans un endroit élevé, où l’on n’avait accès que par un chemin très escarpé entre deux pointes de rochers. Mes lecteurs des montagnes se représenteront facilement une telle position. Sans faire connaître son dessein à personne d’autre qu’à celui qui portait ses armes, Jonathan lui dit un jour : « Passons jusqu’au poste de ces incirconcis ». Il donnait ce nom aux Philistins, en Israélites, le peuple de Dieu. Les incirconcis étaient les ennemis du peuple de Dieu.
« Peut-être » dit ensuite Jonathan, « que l’Éternel opérera pour nous, car rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup, ou avec peu de gens ». Jonathan ne comptait pas sur sa force et sur son courage, mais uniquement sur l’Éternel qui peut opérer des merveilles avec les instruments les plus faibles. Jonathan se souvenait peut-être de Shamgar qui, avec un aiguillon à bœufs, tua six cents Philistins, et de Samson qui en tua mille avec une mâchoire d’âne. Pourquoi l’Éternel ne lui donnerait-il pas la même force ? Le Dieu d’Israël n’avait pas changé. Et en effet, Dieu est toujours le même pour celui qui se confie en Lui.
Le jeune serviteur de Jonathan était animé des mêmes sentiments que son maître : « Fais tout ce qui est dans ton cœur » lui dit-il ; « va où tu voudras, voici, je suis avec toi selon ton cœur ». Ne trouvons-nous pas bien belle la décision de ce serviteur ? Eh bien, c’est celle que nous pourrions avoir pour Christ ; être toujours selon le cœur de ce précieux Sauveur, pour Le suivre partout.
Et Jonathan avait aussi de la sagesse. Il ne fait pas un pas sans être bien sûr que ce soit selon Dieu. Au lieu de se lancer aveuglément dans son entreprise, il dit à son serviteur : « Montrons-nous aux Philistins. S’ils nous disent de les attendre où nous sommes, nous resterons ; mais s’ils nous disent de monter vers eux, nous irons. Ce sera le signe que l’Éternel les aura livrés en nos mains ». Et c’est ce qui arriva.
En voyant ces deux Israélites, les Philistins, avec un souverain mépris, dirent : « Voici les Hébreux qui sortent des trous où ils se sont cachés » et comme pour se moquer d’eux, confiants dans leur nombre et leur force, et ne pensant pas que ces deux hommes oseraient bouger, ils ajoutent : « Montez vers nous, et nous vous ferons savoir quelque chose ». Ils ne se doutaient pas que leurs paroles attiraient sur eux le jugement de l’Éternel.
Jonathan avait maintenant l’assurance que Dieu ouvrait le chemin. Plein de courage et de confiance, il dit à son serviteur : « Monte après moi, car l’Éternel les a livrés en la main d’Israël ». Jonathan ne cherchait pas sa propre gloire, mais le bien d’Israël. Il s’oubliait lui-même pour ne penser qu’à son peuple. Et c’est ce qui plaît à Dieu qui a donné à Jonathan une place glorieuse dans son livre.
Les deux vaillants jeunes hommes se mirent donc à grimper avec les mains et les pieds. C’était bien difficile et dangereux. Une seule pierre lancée par l’ennemi aurait suffi pour les briser. Mais l’Éternel était leur bouclier ; les ennemis étaient frappés d’aveuglement et bientôt ils le furent de stupeur. Quand Jonathan fut arrivé en haut, sa seule présence glaça d’épouvante les Philistins qui tombèrent devant lui. Son serviteur n’avait qu’à les tuer. L’Éternel avait répondu à la confiance que Jonathan avait en Lui. Oh ! que bienheureux est l’homme qui se confie en toi, Éternel des armées » (Ps. 84. 12).
Mais le résultat fut bien plus grand encore. Ce que l’Éternel avait commencé par Jonathan pour délivrer son peuple, Il l’acheva. À l’ouïe de l’exploit de Jonathan, l’épouvante se répandit dans le camp des fiers Philistins. Eux aussi se souvinrent peut-être des défaites qu’autrefois un seul homme leur avait infligées, et dans leur effroi virent dans Jonathan un autre Samson. Ils se mirent à fuir dans le plus grand désordre, et hors de sens, se prenant les uns les autres pour des ennemis, ils s’entre-tuaient.
Les sentinelles de Saül, à Guibha, s’aperçurent de cette déroute et Saül, sans en connaître la cause, assembla le peuple et se mit à la poursuite des Philistins. Le désordre et la confusion augmentaient chez ceux-ci. Des Hébreux, infidèles à leur Dieu et à leur pays s’étaient joints à eux quand ils semblaient les plus forts, mais maintenant, les voyant fuir, ils se tournèrent contre eux, et ceux des Israélites qui s’étaient cachés dans la montagne, apprenant la défaite de leurs ennemis, accoururent prêter leur concours à Saül et Jonathan.
Ce fut une grande victoire que l’Éternel accorda à la foi de Jonathan. Nous verrons ensuite le grand danger que courut Jonathan, non de la part des Philistins, mais de la part de son propre père, et comment Dieu le délivra.
Nous voyons donc comment nous aussi, nous pouvons vaincre. Nous n’avons pas à combattre des ennemis de chair et de sang, mais Satan et le monde avec leurs pièges et leurs tentations. Comment serons-nous vainqueurs ? Le chemin peut paraître bien escarpé, les ennemis bien puissants, mais l’apôtre a dit : « Je puis tout par celui qui me fortifie », et « nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés ». C’est Christ, Celui qui fortifie et qui aime. Que ce soit donc sur Lui que nous nous appuyons. Prenons courage, le Chef de notre salut a vaincu le monde et le diable. Devant Lui, l’ennemi s’enfuira ; si nous sommes avec Lui, nous serons vainqueurs.
JONATHAN EN DANGER DE MORT
« Comment Jonathan qui reçoit les secours préparés de Dieu pour la fatigue de la lutte et s’en prévaut, ne blâmerait-il pas ce qui paralyse le peuple, cette ordonnance néfaste, même sortie de la bouche de son père : « Mon père a troublé le pays ». Oui, l’intervention de la chair n’est qu’un trouble et une entrave à la victoire…
Dieu permet que tout, dans cette aventure, porte ses conséquences extrêmes et soit conduit pour l’humiliation de Saül. Il demande « un sort parfait » (v. 41) ; il le reçoit enfin, mais la réponse condamne toute l’action du roi. Saül, lui, n’y voit que la condamnation de Jonathan !
C’est ainsi que la chair interprète la parole de Dieu. L’Éternel garde son serviteur fidèle, tandis que le roi selon la chair est jugé. Le peuple délivre Jonathan parce qu’il reconnaît qu’il a opéré avec Dieu » (H.R.).
SAÜL EST REJETÉ (1 Sam. 15)
C’est une triste histoire que celle de Saül. Commencée brillamment, elle se termine de la manière la plus lamentable. Nous avons vu que la propre volonté caractérisait ce premier roi d’Israël ; c’est aussi ce qui nous caractérise tous comme enfants d’Adam. « La chair » dit l’apôtre Paul, « ne se soumet pas à la loi de Dieu… elle ne le peut pas » (Rom. 8. 7). Seules la grâce et la puissance de l’Esprit de Dieu en nous peuvent la dompter.
Nous voyons maintenant une dernière désobéissance formelle de Saül qui fit que l’Éternel le rejeta définitivement.
Au chapitre 17 de l’Exode, nous trouvons que, tandis que les Israélites cheminaient tranquillement dans le désert, ils furent attaqués traîtreusement par les Amalékites, peuple très ancien qui habitait au sud du pays de Canaan. Josué, à la tête d’une troupe d’hommes d’élite, et soutenu par l’intercession de Moïse, repoussa cette agression, et l’Éternel prononça cette sentence contre les Amalékites : « J’effacerai entièrement la mémoire d’Amalek de dessous les cieux ». Cette menace fut réitérée dans la prophétie de Balaam et dans les ordres que Moïse donna aux Israélites avant qu’ils entrent en Canaan (Nomb. 24. 20 ; Deut. 25. 17 à 19.)
Près de quatre cents ans s’étaient écoulés depuis ce moment-là ; les Amalékites étaient toujours un peuple nombreux, et avaient même été, au temps des Juges, parmi les oppresseurs d’Israël (Jug. 6. 3 et 33). On aurait pu croire que les menaces de Dieu ne s’exécuteraient pas.
Mais nous savons ce que le Seigneur Jésus a dit en annonçant les jugements qui doivent un jour frapper le monde : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Mat. 24. 35). Dieu n’oublie ni ses promesses, ni ses menaces. Il est patient, mais le temps vient où la sentence contre les méchants doit s’exécuter (2 Pier. 3. 9 et 10). Ce temps était arrivé pour les Amalékites, comme il arrivera aussi certainement pour le monde incrédule (1 Thess. 5. 3).
Un jour, donc, Samuel vint trouver Saül et lui dit : « Écoute la voix des paroles de l’Éternel… J’ai considéré ce qu’Amalek a fait à Israël, comment il se plaça contre lui sur le chemin quand il montait d’Égypte. Va maintenant et frappe Amalek, et vous détruirez entièrement tout ce qui est à lui, et tu ne l’épargneras pas, mais tu feras mourir les hommes et les femmes, les enfants et ceux qui tètent, les bœufs et les moutons, les chameaux et les ânes ». Jugement terrible, image de celui qui est réservé aux hommes impies, quand la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement !
Remarquons comme l’ordre donné à Saül était positif et complet. Nous verrons comment Saül l’exécuta, mais auparavant il se passa un fait montrant que, si Dieu se souvient de ses menaces contre les méchants, Il se rappelle aussi le bien fait à son peuple ; et qu’Il épargne et bénit ceux qui l’ont aidé et secouru (Lisez sur ce sujet Mat. 25. 31 à 46).
Parmi les Amalékites étaient les Kéniens. C’étaient les descendants d’Hobab, beau-père de Moïse, qui avait accompagné les Israélites quand ils sortirent d’Égypte, et leur avait servi de guide dans le désert (Nomb. 10. 29 à 32 ; Jug. 1. 16). L’Éternel ne voulait pas qu’ils soient frappés avec les Amalékites. Aussi, quand Saül eut rassemblé l’armée des Israélites, il fit dire aux Kéniens de se retirer du milieu des Amalékites, de peur d’être détruits avec eux. Ainsi Dieu épargnera aux derniers jours le résidu fidèle qui devra se tenir séparé des méchants (voyez Apoc. 18. 4).
Ensuite Saül, à la tête de son armée, marcha contre les Amalékites et les frappa dans toute l’étendue de leur territoire, et détruisit tout le peuple au tranchant de l’épée. Mais là s’arrêta son obéissance à la parole de Dieu. Lui et le peuple épargnèrent Agag, roi d’Amalek, ainsi que le meilleur du menu et du gros bétail ; ils ne détruisirent entièrement que ce qui était misérable, chétif et de peu de valeur. Était-ce là obéir à la parole de Dieu ?
Non : Dieu veut une obéissance complète ; de la loi il est dit que, si quelqu’un manque en un seul point, eût-il gardé tout le reste, il est coupable comme s’il l’avait violée tout entière (Jac. 2. 10). Saül et le peuple désobéirent de concert. Le peuple estimait sans doute dommage de détruire tous ces beaux troupeaux et d’être privé de butin, et Saül les laissa faire. Saül voulait orner son triomphe en emmenant vivant le roi vaincu, et le peuple ne s’y opposa pas.
Mais, en tout cela, Saül était responsable comme chef du peuple : il n’aurait pas dû permettre la désobéissance, ni la favoriser par son exemple ; mais, comme il le dit lui-même : « J’ai craint le peuple et j’ai écouté leur voix ». Il craignit les hommes plus que Dieu, c’était de l’incrédulité, et une désobéissance flagrante en fut la conséquence. Prenons garde à cet égard. Si l’on veut nous entraîner à mal faire, résistons sans craindre ni railleries, ni menaces ; regardons à Dieu.
Dieu ne pouvait laisser à la tête de son peuple un roi qui ne donnait pas l’exemple de l’obéissance, et Il le fit savoir à Samuel. « Je me repens » dit l’Éternel, « d’avoir établi Saül pour roi ; car il s’est détourné de moi et n’a point exécuté mes paroles ». Comme c’est sérieux : se détourner de Dieu pour suivre sa propre volonté ! Peut-on être heureux dans ce chemin-là ? Non, certainement, et Saül en fit l’amère expérience.
Samuel aimait Saül et fut très affligé d’apprendre qu’il avait désobéi à l’Éternel. Toute la nuit, il pria Dieu pour ce malheureux roi ; puis, de bon matin, il se leva pour aller le trouver. Saül s’était rendu à Guilgal. C’était là, nous nous en souvenons, qu’après sa victoire sur les Ammonites, le peuple l’avait acclamé une seconde fois comme roi, au milieu de grandes réjouissances, et c’est là que Samuel va lui apporter les paroles sévères et la sentence de l’Éternel.
Samuel vient donc vers Saül qui lui dit : « Béni sois-tu de l’Éternel ! J’ai exécuté la parole de l’Éternel ». Il se hâte de parler, comme pour excuser d’avance sa désobéissance ; mais comment pouvait-il mentir ainsi à lui-même, quand les preuves de sa faute étaient là, sous ses yeux ? Samuel ne s’y laissa pas prendre, mais il voulut d’abord réveiller la conscience de Saül : « Quel est donc » dit-il, « ce bêlement de brebis à mes oreilles et ce beuglement de bœufs que j’entends ? »
Devant ces paroles, Saül aurait pu et dû confesser son péché ; au lieu de le faire, il répond : « Ils les ont amenés des Amalékites, car le peuple a épargné le meilleur du menu et du gros bétail, pour sacrifier à l’Éternel, ton Dieu ». Ainsi il rejette la faute sur le peuple et. cherche à la couvrir sous un prétexte religieux. N’est-ce pas ainsi que même les enfants (et les adultes) font souvent, en cherchant à s’excuser d’une désobéissance ? On dit : un tel m’a entraîné, ou je croyais bien faire, quand on devrait dire simplement : Oui, j’ai mal agi.
En voyant que Saül cherchait à échapper, Samuel fait une dernière tentative pour atteindre sa conscience : « Arrête » lui dit-il, « et je te déclarerai ce que l’Éternel m’a dit cette nuit… Quand tu étais petit à tes propres yeux, l’Éternel t’a oint pour roi sur Israël. Et l’Éternel… t’avait dit : Va et détruis entièrement ces pécheurs, les Amalékites… Pourquoi n’as-tu pas écouté la voix de l’Éternel, et t’es-tu jeté sur le butin, et as-tu fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel ? » Ainsi la porte était encore ouverte à la confession et à la repentance, mais Saül s’obstine, comme le font, hélas ! tant d’hommes et d’enfants. Il veut absolument se justifier. Samuel lui avait dit : « Pourquoi as-tu fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel ? »
Saül répond : « J’ai écouté la voix de l’Éternel, et je suis allé par le chemin par lequel l’Éternel m’a envoyé ; et j’ai amené Agag, roi d’Amalek, et j’ai entièrement détruit Amalek. Et le peuple a pris, dans le butin, du menu et du gros bétail, comme prémices de ce qui était voué à l’exécration pour sacrifier à l’Éternel, ton Dieu, à Guilgal. » Ainsi Saül affirme de nouveau qu’il a bien fait, qu’il a obéi quand ses propres paroles le condamnent et montrent qu’il a suivi sa propre volonté.
Il devait tuer tous les hommes, sans distinction, mais il a épargné Agag ; il devait détruire entièrement toutes les bêtes, mais il a laissé le peuple emmener du gros et du menu bétail, soi-disant pour sacrifier à l’Éternel. Toute sa conduite porte ainsi le cachet de la désobéissance, et il dit : « J’ai écouté la voix de l’Éternel ». N’est-ce pas profondément triste de voir une conscience aussi endurcie ? Oh ! prenons garde de ne pas entrer dans un semblable chemin.
Que restait-il à faire ? Rien, sinon de prononcer la sentence sur le roi coupable. C’est ce que fit Samuel. Saül avait donné comme prétexte, pour épargner le menu et le gros bétail, d’avoir voulu sacrifier à l’Éternel. Samuel lui dit : « L’Éternel prend-il plaisir aux holocaustes et aux sacrifices, comme à ce qu’on écoute la voix de l’Éternel ? Voici écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers ; car la rébellion est comme le péché de divination, et l’obstination comme une idolâtrie ».
Et Saül avait commis ces deux fautes ; la rébellion en désobéissant, l’obstination en persistant à dire qu’il avait bien fait. Nul sacrifice ne pouvait compenser cela aux yeux de Dieu. Ce qu’il demande de nous, c’est une obéissance entière, le renoncement complet à notre volonté propre. Sans cela, tout le service religieux que nous pourrions accomplir n’est rien. Que dirait-on d’un enfant qui prodiguerait à ses parents toutes les marques de respect, mais qui désobéirait à leurs ordres, ou ne les observerait qu’en partie, ou n’en ferait qu’à sa tête dans la manière de les accomplir ? Serait-ce un enfant obéissant ?
C’est ainsi que Saül avait agi ; or, un roi désobéissant à Dieu ne pouvait que conduire le peuple dans la désobéissance. Il avait perdu tout droit à régner, et Samuel lui déclare avec douleur : « Parce que tu as rejeté la parole de l’Éternel, il t’a aussi rejeté comme roi ».
Mais la terrible vérité se fit jour chez Saül. Il vit que l’on ne se moque pas de Dieu, et que Dieu ne se satisfait point par des apparences de piété, mais qu’Il veut la réalité dans le cœur, l’obéissance dans la vie. Saül se repent, mais, hélas ! c’est à cause du châtiment, et non parce qu’il est humilié d’avoir offensé Dieu. Il espère qu’en s’humiliant, il échappera à la peine : « J’ai péché » dit-il, « j’ai craint le peuple et j’ai écouté leur voix… Pardonne mon péché… et retourne-t-en avec moi, et je me prosternerai devant l’Éternel ».
Mais la sentence était irrévocable ; Samuel ne peut que répéter les terribles paroles : « Je ne retournerai point avec toi ; car tu as rejeté la parole de l’Éternel, et l’Éternel t’a rejeté pour que tu ne sois plus roi sur Israël ». Et comme Samuel s’éloignait, Saül tenta de le retenir par le pan de sa robe qui se déchira. Ce fut une nouvelle occasion pour le prophète de répéter la sentence divine : « L’Éternel a déchiré aujourd’hui la royauté d’Israël de dessus toi, et l’a donnée à ton prochain, qui est meilleur que toi. Et aussi, la sûre Confiance d’Israël ne ment point et ne se repent pas, car il n’est pas un homme pour se repentir ».
Saül craignait qu’en voyant s’éloigner Samuel, le peuple perde son respect pour lui ; il insista donc encore pour que le prophète vienne avec lui quand il se prosternerait devant l’Éternel. Samuel y consentit mais pour montrer qu’il ne tolérait pas le mal, et que la parole de l’Éternel contre Amalek devait être pleinement exécutée, il dit : « Amenez-moi Agag, roi d’Amalek ».
Malheureux Agag ! il croyait avoir échappé à la mort et vint gaîment vers Samuel. Mais d’un mot, celui-ci lui rappela ses crimes, et lui en fit subir le châtiment. Il mit Agag en pièces devant l’Éternel. Ainsi, au temps déterminé, les méchants seront punis par une destruction éternelle, par la présence du Seigneur et par la gloire de sa force (2 Thess.1. 9).
Après cela, le vieux prophète se sépara pour toujours du roi qu’il avait aimé. Il retourna dans sa maison à Rama, où il mena deuil sur Saül. Celui-ci, de son côté, s’en alla à Guibha, roi encore de nom, roi pour ceux qui lui restèrent associés, mais non plus roi devant Dieu. À cet égard, son histoire est finie. Elle s’est terminée sur une désobéissance ; Dieu n’est plus avec lui ; il n’y aura plus désormais pour Saül que douleur et trouble.
DAVID, LE SECOND ROI – DIEU CHOISIT DAVID (1 Sam. 16)
Saül ayant été rejeté de Dieu, nous commençons l’histoire du second roi d’Israël. Y eut-il donc deux rois, puisque Saül vivait encore ? me demanderez-vous. Dans un sens, oui. Saül continue à exercer la royauté, extérieurement du moins, et d’une manière misérable, comme nous le verrons.
Mais aux yeux de Dieu, il n’était plus roi. Le vrai roi fut celui que l’Éternel choisit, mais qui resta, pour ainsi dire, caché pendant un certain temps où il eut à souffrir de la part du roi rejeté, Saül.
Cela ne nous fait-il pas souvenir de quelqu’un qui était aussi venu pour être roi sur Israël, mais qui ne fut pas reconnu comme tel, et demeura caché, méprisé, persécuté, et enfin mis à mort ? Oui, c’est le Seigneur Jésus, Lui dont David était un type.
Il était né dans le monde pour être roi, et les mages venus de l’Orient L’adorèrent comme tel, quand Il était un petit enfant. Il entra aussi dans Jérusalem comme un roi humble et débonnaire, et les foules criaient : « Hosanna au fils de David ! » Mais les principaux du peuple ne voulurent pas Le recevoir, et Le firent prendre comme un malfaiteur. On Lui donna pour couronne des épines, pour sceptre un roseau, et pour trône, la croix. Mais là encore, le gouverneur romain, sans savoir ce qu’il faisait, rendit hommage à sa royauté en plaçant au-dessus de sa tête ces mots : « Celui-ci est le roi des, Juifs ! »
Son royaume n’était pas alors de ce monde : d’autres rois régnaient, et Lui passa ici-bas inaperçu, méconnu, méprisé et haï, jusqu’à ce qu’Il eût donné sa vie sur la croix. Et maintenant, Il est caché dans le ciel. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. Jésus reviendra couronné de gloire, mettra ses ennemis sous ses pieds, et régnera sur l’univers. Son règne sera un règne de paix et de justice. Nous verrons comment David et Salomon son fils, le troisième roi d’Israël, ont été des figures de Jésus, à ces différents égards. Mais maintenant nous commençons l’histoire si intéressante de David.
Samuel était toujours très affligé de ce que Saül avait été rejeté. Mais l’Éternel voulait consoler son vieux serviteur et lui faire connaître enfin « l’homme selon son cœur » qui devait remplacer Saül. II lui dit donc : « Jusques à quand mèneras-tu deuil sur Saül, vu que moi je l’ai rejeté ?… Remplis ta corne d’huile, et va : je t’enverrai vers Isaï, le Bethléhémite, car j’ai vu parmi ses fils un roi pour moi ». Vous comprenez que c’était pour oindre le fils d’Isaï qui serait choisi, que Samuel devait prendre avec lui corne remplie d’huile.
Mais que signifiait cette onction ? C’était la marque que la personne ointe était mise à part pour remplir une charge, et l’huile représentait le Saint-Esprit donnant la sagesse et l’énergie nécessaires pour l’accomplir. Les sacrificateurs étaient oints (Ex. 28. 41 ; Lév. 8. 12), les prophètes aussi (1 Rois 19. 16), de même que les rois, comme nous l’avons vu pour Saül, et maintenant pour le fils d’Isaï. Et du Seigneur Jésus, qui était à la fois, Roi, Prophète et Sacrificateur, il est dit : « Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance » (Act. 10. 38).
Tout ce qui servait au culte israélite, le tabernacle, les autels, les vases et ustensiles, étaient aussi oints d’huile pour indiquer qu’ils étaient sanctifiés, c’est-à-dire consacrés à l’Éternel.
Il faut vous rappeler que cet Isaï de Bethléhem était de la tribu de Juda, et petit-fils de Boaz, qui avait épousé Ruth la Moabite dont vous savez l’histoire. Et si vous lisez dans le livre de la Genèse, au chapitre 49 (v. 8 à 12), vous verrez que le patriarche Jacob, dans ses bénédictions prophétiques, avait assigné à Juda un rang royal parmi les tribus : « Toi, Juda, tes frères te loueront… Les fils de ton père se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion… Le sceptre ne se retirera point de Juda, ni un législateur d’entre ses pieds jusqu’à ce que Shilo vienne ; et à lui sera l’obéissance des peuples ».
Ainsi Juda devait être à la tête des tribus, et dans cette tribu devait être placée l’autorité royale. Aussi voyons-nous que, dans l’ordre de marche au désert, la bannière du camp de Juda marchait la première (Nomb. 2. 3), et dans les dénombrements elle apparaît la plus nombreuse. (Nomb. 2 et 26). Caleb, un des espions fidèles, était de cette tribu, ainsi qu’Othniel, le premier juge.
Dieu n’oubliait pas ses desseins et ses promesses, et en choisissant le fils d’Isaï, il les accomplissait plus entièrement. Mais ils ne l’ont été dans leur plénitude que quand le grand fils de David, Shilo, l’Envoyé, le Seigneur Jésus, est venu, Lui duquel l’ange disait à Marie sa mère : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1. 32 et 33).
C’est ce qui aura lieu bientôt, mes enfants ; à Jésus appartiendra « l’obéissance des peuples » quand tout genou ploiera devant Lui (Phil. 2). En même temps qu’il est l’Agneau qui a été immolé, il est aussi « le Lion de la tribu de Juda » (Apoc. 5). Quelles choses glorieuses, n’est-ce pas, mes jeunes amis ? Bien plus que tout ce que les histoires des grands hommes de la terre peuvent nous dire. Comme il est beau de voir Dieu poursuivant ses desseins et accomplissant ses paroles. « Le ciel et la terre passeront, mais ses paroles ne passeront point ».
Maintenant que nous avons vu qui était Isaï, revenons à notre récit. Il semblerait que Samuel dut s’empresser d’exécuter la parole de l’Éternel ; mais non, il a peur ! Et de quoi ? Il a peur de Saül. « Saül l’entendra » dit-il, « et il me tuera ». Samuel devait avoir une triste idée de l’état du cœur de Saül pour dire cela, mais la suite, hélas ! nous montrera qu’il n’avait pas tort, et que Saül était bien capable de vouloir tuer celui qui attenterait à la royauté qu’il prétendait posséder encore, en dépit de la déclaration de l’Éternel. Voilà où peuvent conduire l’orgueil et la volonté propre.
L’Éternel eut compassion de son vieux serviteur, dont la confiance semblait défaillir, et il lui dit : « Tu prendras avec toi une génisse, et tu diras : Je suis venu pour sacrifier à l’Éternel ; et tu appelleras Isaï au sacrifice, et moi je te ferai savoir ce que tu auras à faire, et tu oindras pour moi celui que je te dirai ». Quel repos pour l’âme de n’avoir à faire que ce que Dieu nous dit ! Samuel pouvait aller tranquillement.
Il partit donc pour Bethléhem. Mais si lui avait craint en recevant l’ordre de l’Éternel, les anciens de Bethléhem n’eurent pas moins peur en voyant arriver le prophète. « Ils allèrent tremblants à sa rencontre, et dirent : ta venue est-elle la paix ? » N’est-ce pas une chose étrange, mes enfants ! Ah ! ce malaise devant Dieu, ou devant un de ses envoyés porteurs de sa parole, montre qu’au fond on se sent coupable, sans peut-être se rendre compte de quoi. Et je serais bien étonné s’il ne vous est pas arrivé parfois quelque chose de semblable, quand votre père ou votre maître, ou quelqu’un que vous respectez, s’est trouvé inopinément près de vous.
D’un mot Samuel rassura les anciens : « La paix » dit-il. « Je suis venu pour sacrifier à l’Éternel ; sanctifiez-vous, et venez avec moi au sacrifice ». C’était en effet un gage de paix que d’aller avec le serviteur de Dieu participer à un sacrifice. Mais je ne puis m’empêcher, à ce sujet, de penser à une autre scène qui se passa aussi à Bethléhem plus de mille ans plus tard. Des hommes de Bethléhem furent alors aussi bien effrayés par l’apparition soudaine d’un messager de Dieu auprès d’eux. Vous savez de qui je parle. Quand l’ange se présenta aux bergers, ils eurent peur.
Mais que leur dit-il ? « N’ayez point de peur ; je vous annonce un grand sujet de joie » et il leur dit la naissance du Sauveur, du descendant de David ; puis d’autres anges vinrent qui chantaient : « Paix sur la terre ! » Et vous savez que, plus tard, il y eut aussi un sacrifice pour fonder cette paix que Dieu envoyait aux hommes ; ce fut le sacrifice de Jésus. Dieu vous invite aussi, mes jeunes amis, à jouir de ce sacrifice ; c’est celui qui ôte les péchés et qui donne la paix.
DAVID, LE SECOND ROI – DIEU CHOISIT DAVID (1 Sam. 16)
Samuel, venu dans la ville de Bethléhem pour oindre un autre roi, avait dit aux anciens de la ville d’aller se préparer pour assister au sacrifice qu’il voulait offrir à l’Éternel. Pour lui, il se rendit chez Isaï, afin d’accomplir la partie importante de sa mission, celle de choisir un roi parmi les fils de ce descendant des princes de Juda. Isaï était, vous vous le rappelez, le petit-fils de Boaz et de Ruth, et au temps de Saül, c’était un homme très avancé en âge qui avait huit fils. Samuel en allant chez lui, lui avait sans doute dit le but de sa visite, car Isaï fit appeler ses fils pour les présenter au prophète par ordre de naissance.
Quand Samuel vit l’aîné, il fut frappé de sa haute taille et de sa belle apparence, et dit : « Certainement, c’est celui que l’Éternel a choisi ». Il se souvenait, sans doute, de la beauté du premier roi dont il disait au peuple : « Il n’y en a point de tel » et il aurait aimé le remplacer par quelqu’un de semblable. Mais qu’est-ce que la beauté extérieure seule ? Saül avait bien montré que tous les avantages qui frappent la vue des hommes ne suffisent pas.
L’Éternel qui avait dit à Samuel : « Je te ferai savoir ce que tu auras à faire » ne lui laissa pas suivre la première impulsion de son cœur. Il lui dit « Ne regarde pas son apparence, ni la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté ; car l’Éternel ne regarde pas à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur ».
C’est une grande parole, celle-là mes enfants, et vous ferez bien de la garder dans vos cœurs. Ce ne sont pas les avantages extérieurs, beauté, force, savoir, intelligence, richesses, qui comptent pour Dieu. Il peut nous donner toutes ces choses, et c’est à nous d’en faire bon usage ; mais ce que Dieu recherche, ce qui Lui plaît, c’est un cœur obéissant, dévoué, dépendant de Lui, et qui l’aime. Si on a un tel cœur, on peut être pauvre, faible, laid, difforme, sans savoir et sans intelligence – l’Éternel prend plaisir en vous. Ah ! David avait ce cœur, lui qui disait : « Je t’aimerai, ô Éternel, ma force » (Ps. 18. 1).
Les six fils suivants d’Isaï passèrent successivement devant Samuel, mais pour chacun le prophète dit : « L’Éternel n’a pas choisi celui-ci ». Alors il dit à Isaï : « Sont-ce là tous tes fils ? » « Non » répondit le père ; « il reste encore le plus jeune, et voici, il paît le menu bétail ». Humble occupation, n’est-ce pas ? C’était ce dont on l’avait trouvé digne dans la famille. Il était un berger et le dernier de tous les fils, bien plus petit, sans doute, qu’Éliab, et c’était celui-là que Dieu choisissait. C’est ainsi, mes enfants, que nous voyons se réaliser toujours cette parole de l’apôtre : « Dieu a choisi les choses faibles du monde » (1 Cor. 1. 27).
« Envoie » dit Samuel à Isaï, « fais-le amener, car nous ne nous placerons point autour de la table jusqu’à ce qu’il soit venu ici ». Comme autrefois le serviteur d’Abraham, Samuel voulait avant tout accomplir sa mission. On fit donc chercher David. Combien le jeune berger dut être surpris en entendant le message : « Ton père te demande et Samuel, le prophète, est avec lui ! » Il vint, et si l’Écriture nous dit que Saül et Éliab étaient d’une belle stature, elle ne se tait pas non plus sur les avantages extérieurs de David. « Il avait le teint rosé, avec de beaux yeux, et était beau de visage » nous est-il dit. Tel était le jeune homme de Juda, choisi de Dieu pour devenir le conducteur de son peuple.
Mais il avait une autre beauté encore que celle qui frappe les yeux ; il avait celle qui plaît à Dieu, la beauté d’une âme qui craint, qui honore et qui sert Dieu. Celle-là, mes enfants, ne se flétrit point.
Le jeune berger était aussi un poète et un musicien habile à jouer de la harpe. Plus tard, il est nommé « le doux psalmiste d’Israël ». Nous pouvons nous représenter qu’en gardant ses troupeaux durant les veilles de la nuit, il élevait ses yeux vers le ciel étoilé, et qu’en le contemplant, rempli de l’Esprit Saint, il célébrait les merveilles de la création dans les cieux et sur la terre.
Puis allant plus loin, il prophétisait touchant ce Fils de l’homme qui, un jour, s’assujettira toutes choses (Ps. 8). Il voyait aussi le soleil se lever le matin, et il chantait sa splendeur ; mais aussitôt son âme se tournait vers une autre lumière, celle de l’âme, la parole de Dieu (Ps. 19). C’est ainsi, dans les diverses circonstances de sa vie, plus tard si agitée, que David composa ses Psaumes.
En même temps, ce beau jeune homme, au teint rosé, était loin d’être dépourvu d’énergie. C’était un courageux berger, qui savait exposer sa vie pour ses brebis et qui accomplissait des exploits ignorés des autres. Et c’était un jeune homme dont l’intelligence était connue. Mais nous verrons ces choses plus loin dans sa vie.
Lorsqu’il entra devant le prophète, l’Éternel dit à celui-ci : « Lève-toi, oins-le ; car c’est celui-là ». Et il oignit le jeune David au milieu de ses frères. Que pensèrent ceux-ci en voyant leur frère cadet choisi de préférence à eux-mêmes ? D’après quelques paroles rapportées plus loin, il semble qu’ils n’eussent pas des sentiments bienveillants envers lui. Mais vous vous rappelez que Joseph fut aussi haï de ses frères, et que Jésus, dont Joseph et David étaient les types, fut méconnu de ses frères (Jean 7. 5). C’est à quoi doivent s’attendre de la part du monde ceux qui sont de Dieu : « Le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3. 1). Le monde ne connaît pas les enfants de Dieu, parce qu’il ne connaît pas Dieu.
C’est un doux nom que celui de David, mes enfants. Savez-vous ce qu’il signifie ? Il veut dire « bien-aimé » et désigne bien l’homme selon le cœur de Dieu, n’est-ce pas ? Oh ! puissiez-vous tous être des David, mes chers jeunes amis : des « bien-aimés de Dieu ».
Une fois oint pour roi sur Israël, l’Esprit de l’Éternel saisit David depuis ce jour-là et dans la suite, afin de le conduire et de lui donner d’agir en roi. Il faut nous rappeler, mes enfants, relativement à l’Esprit Saint, qu’il n’en était pas alors comme maintenant. L’Esprit de Dieu venait sur un homme revêtu d’une charge spéciale pour la lui faire remplir, pour accomplir des actions de valeur ou pour prophétiser (voyez Jug. 6. 34 ; 11. 29 ; 14. 6 et 19 ; 15. 14 ; 1 Sam. 10. 10), mais il ne restait pas toujours sur cette personne. Maintenant, l’Esprit Saint est donné à tous ceux qui croient au Seigneur Jésus, à tous les enfants de Dieu pour demeurer toujours en eux.
S’il plaît au Seigneur, nous continuerons une autre fois l’histoire de David. Mais quel changement pour ce jeune berger ! C’était la réalisation de cette parole que, bien des siècles après, la descendante de David, Marie, la mère de Jésus, prononçait dans son cantique de louange : « Il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles » (Luc 1. 52). Et l’Éternel le rappelle une fois à David, quand il fut monté sur son trône : « Je t’ai pris des parcs, d’auprès du menu bétail, pour que tu fusses prince sur mon peuple, sur Israël » (2 Sam. 7. 8), et David lui-même ne l’oublia jamais.
DAVID COMMENCE A DÉLIVRER ISRAËL (1 Sam. 17)
David était maintenant oint roi sur Israël, et l’Esprit de l’Éternel était venu sur lui ; mais il devait encore attendre avant que sa royauté fût publiquement reconnue. Et le pauvre Saül, que devenait-il ? Ce qu’il devenait est triste à dire, mes jeunes amis : « L’Esprit de l’Éternel se retira d’avec Saül, et un mauvais esprit envoyé par l’Éternel le troublait ». Voilà la conséquence de sa rébellion aux ordres de Dieu et de son manque de repentance. Il n’avait plus l’Esprit de l’Éternel pour être sa lumière et sa force, et, au lieu de cela, c’était un mauvais esprit qui venait le tourmenter. Il était malheureux. Il ne peut jamais en être autrement, mes jeunes amis. Ou bien Dieu est avec nous, et alors nous sommes heureux, ou bien le péché nous tient, éloignés de Lui et nous sommes misérables.
Saül ne connaissait pas encore le jeune David ; nous allons voir comment ils se rencontrèrent.
Les serviteurs de Saül étaient affligés de voir leur maître ainsi tourmenté et misérable. Ils comprenaient bien que cela venait de Dieu ; et, en effet, tout ce qui arrive à l’homme vient de Lui, soit en bénédiction, en avertissement ou en châtiment, et nous ne devrions jamais l’oublier. Et ils cherchaient comment soulager Saül dans ces tristes moments de mélancolie, où de sombres pensées remplissaient son cœur. Ils pensèrent que les sons harmonieux de la harpe pourraient le calmer, et ils lui dirent : « Tes serviteurs chercheront un homme qui sache jouer de la harpe, … et quand le mauvais esprit envoyé de Dieu sera sur toi, il jouera… et tu t’en trouveras bien ». Saül répondit : « Trouvez-moi un homme qui sache bien jouer, et amenez-le-moi ».
Vous vous rappelez que je vous ai dit que David était un habile joueur de harpe. Un des serviteurs de Saül le connaissait et dit : « J’ai vu un fils d’Isaï, le Bethléhémite, qui sait jouer, un homme fort et vaillant, et un homme de guerre, et qui a l’intelligence des choses, et un bel homme, et l’Éternel est avec lui ». Quel magnifique éloge, n’est-ce pas ? Mais surtout cette dernière parole qui vient couronner le tout : « L’Éternel est avec lui ! »
Cela frappait ceux qui connaissaient David, non moins que sa vaillance, son intelligence et sa beauté. Pourquoi l’Éternel était-il avec David ? C’est que David l’aimait et le servait. Ne désirez-vous pas, mes enfants, que l’on voie, non que vous êtes beau et bien doué, mais que Dieu est avec vous ?
Saül fit donc demander à Isaï de lui envoyer son fils, et David vint auprès du roi, en lui apportant un présent de la part de son père. N’est-ce pas une réunion frappante que celle du pauvre roi Saül, tourmenté par un mauvais esprit, et de l’heureux berger David avec qui l’Éternel était ? Dieu conduisait tout cela. Saül d’abord aima beaucoup David. Lorsque son esprit était troublé et agité, David prenait sa harpe et en jouait, et Saül, peu à peu, était soulagé, et le mauvais esprit le quittait. Voilà comment David et Saül se trouvèrent pour la première fois en présence l’un de l’autre, et comment le premier fut employé à faire du bien au second.
David resta toujours fidèle et attaché au roi. David cependant ne demeurait pas toujours auprès de Saül. Il continuait à remplir ses humbles occupations de berger, et allait et revenait d’auprès de Saül pour paître les brebis de son père. Son élévation n’avait pas enorgueilli son cœur ; il ne méprisait pas sa condition première, et restait soumis à son père. Il vous donne, mes enfants, un bel exemple à suivre.
Mais nous arrivons maintenant à un événement important destiné à montrer quel était le vrai roi d’Israël. Les ennemis constants des Israélites, les Philistins, assemblèrent de nouveau leurs armées pour faire la guerre à Israël. Ils voulaient prendre leur revanche et espéraient bien réussir. Saül, de son côté, assembla aussi les hommes d’Israël et, sans se demander si Dieu était avec lui, marcha à la rencontre des ennemis. Il pensait, sans doute, que les ayant vaincu une fois, il remporterait encore la victoire. Il ignorait l’obstacle qui allait l’arrêter, et qu’un autre que lui vaincrait les Philistins. Les deux armées étaient campées chacune sur les pentes d’une montagne, et entre elles, s’étendait la vallée d’Éla, au fond de laquelle coulait un torrent.
Mais d’où vient que les Israélites, ayant à leur tête leur roi autrefois si vaillant, et Jonathan, le jeune héros, se tiennent à leur place au lieu de marcher contre l’ennemi ? Pourquoi ont-ils l’air abattus et effrayés ? Ah ! mes enfants, quand Dieu n’est pas avec nous, nous sommes sans force devant l’ennemi. C’est ce qui arrivait aux Israélites, et cette fois l’ennemi venait avec une puissance qu’ils n’avaient pas connue jusqu’alors.
Les Philistins restaient aussi à leur poste ; mais de leur camp était sorti celui qui glaçait de terreur le cœur des pauvres Israélites. C’était un géant nommé Goliath, c’est-à-dire le grand ou l’illustre. C’était sur sa taille, sa force et sa renommée, que se confiaient les Philistins. Et on peut comprendre la frayeur des Israélites devant un tel ennemi, et l’assurance des Philistins avec un semblable champion.
Goliath avait six coudées et un empan de hauteur, c’est-à-dire environ trois mètres et un tiers, presque le double de la taille d’un homme ordinaire. Et il était aussi fort que grand, comme nous le voyons par le poids de son armure. La cotte de mailles d’airain dont il était couvert pesait plus de cinquante-huit kilos, et le fer de sa lance, dont le bois était épais comme l’ensouple des tisserands, avait un poids de sept kilos. Outre cela, un casque d’airain défendait sa tête et des jambières d’airain lui couvraient les jambes. Comme armes offensives, il avait sa lance, un javelot et une épée proportionnés à sa taille. La vue d’un tel colosse, armé d’une manière si complète, pouvait bien effrayer les pauvres Israélites. Comme les espions d’autrefois, ils devaient se dire : « Nous ne paraissons à côté de lui que comme des sauterelles.
Et le géant avait bien la même idée de sa propre force et de la faiblesse de ses adversaires. Plein de son importance et de l’orgueil que lui inspiraient sa taille et sa vigueur, pensant bien que personne n’oserait se mesurer avec lui, il s’avançait entre les deux armées et portait un défi aux troupes d’Israël : « Choisissez-vous un homme » disait-il, « et qu’il descende contre moi. S’il est capable de combattre avec moi et qu’il me tue, nous serons vos serviteurs; et si moi j’ai l’avantage sur lui et que je le tue, c’est vous qui serez nos serviteurs ».
Mais tous ceux d’Israël tremblaient, pas un n’osait s’avancer, de sorte que le fier Philistin disait : « Moi, j’ai outragé aujourd’hui les troupes rangées d’Israël ! ». Et en outrageant le peuple de Dieu, il outrageait Dieu lui-même. Et c’était là une triste conséquence du péché de Saül.
Mais, direz-vous, Saül, le roi d’Israël, homme de guerre, qui dépassait de toute la tête tous les autres hommes de son peuple, ne pouvait-il pas, ne devait-il pas combattre et exposer sa vie pour son peuple ? Sans doute, mes enfants, c’était sa place et son devoir, mais Dieu n’était pas avec lui, l’Esprit de l’Éternel s’était retiré de lui, et dès lors que pouvait-il faire ? Rien que trembler comme les autres.
Et ici, mes enfants, je voudrais que nous tirions de ces faits une grande leçon. Que représente Goliath ? Le grand ennemi, Satan, qui tient l’homme sous sa puissance, à cause du péché. Qui peut lutter contre Satan et le vaincre ? Personne ; il est trop fort pour l’homme livré à ses propres ressources, trop fort pour l’homme pécheur. Prenez l’homme le plus intelligent, le plus sage, le plus pieux, le plus religieux, il sera toujours vaincu par Satan, s’il lutte avec ses propres forces.
Voyez le démoniaque dont l’histoire nous est racontée dans l’évangile. On essayait de le lier avec des chaînes et de lui mettre des fers aux pieds, mais il brisait tout. Et comme Goliath était armé de sa redoutable épée avec laquelle il donnait la mort, ainsi Satan a aussi le pouvoir de la mort. C’est son domaine où il règne par le péché. Vous ne pouvez tuer Satan, ni briser son pouvoir, mais lui a le pouvoir de vous tuer. Il vous tient déjà. Il faut pour être délivré que Dieu intervienne, et c’est ce qu’il a fait, comme nous le verrons.
Pendant quarante jours, matin et soir, le géant se présenta, renouvelant son défi. Les quarante jours, mes enfants, désignent le temps d’une épreuve complète. Les quarante jours durant lesquels Moïse fut sur le Sinaï ; les quarante ans dans le désert ; les quarante jours de la tentation du Seigneur.
Après ces quarante jours, l’impuissance de Saül et d’Israël contre les ennemis était complètement démontrée. Mais où les hommes avaient montré leur faiblesse, Dieu allait montrer sa puissance. Avant de voir de quelle manière, je voudrais encore répondre à une question qui pourrait monter dans votre esprit. Où était Jonathan, le jeune et vaillant guerrier, qui autrefois seul, plein de foi et de confiance en l’Éternel, avait frappé les avant-postes des Philistins et jeté l’effroi dans leur armée ? Avait-il peur comme les autres ?
Jonathan était là, mes jeunes amis, la suite le montre, et je ne crois pas qu’il eût peur. L’Écriture ne nous dit rien de lui, mais je pense qu’il aurait été heureux de délivrer Israël au péril de sa vie, d’après ce que nous savons de lui ; mais Dieu ne lui avait pas dit de le faire. Or l’homme de foi est aussi l’homme obéissant.
Dieu réservait la gloire de la délivrance de son peuple à « l’homme selon son cœur ». Saül était rejeté, et le véritable roi n’était pas le fils de Saül, ainsi Jonathan ne pouvait être en avant dans cette occasion. Mais nous verrons quand la délivrance a eu lieu, avec quelle ardeur Jonathan s’attache à David, le vrai roi, qui met sa vie pour ses brebis. Nous en reparlerons une autre fois, si Dieu le permet.
DAVID DÉLIVRE ISRAËL (1 Sam. 17)
Nous avons vu l’impuissance d’Israël et de son roi Saül pour se défaire du terrible Goliath. Aujourd’hui, nous parlerons du libérateur d’Israël et de la manière dont il remporta la victoire.
Les trois frères aînés de David avaient suivi Saül à la guerre. C’étaient Éliab, Abinadab et Shamma, ceux-là mêmes qui avaient passé les premiers devant Samuel et que l’Éternel n’avait pas choisis. Ils n’étaient pas capables, en effet, de sauver le peuple, et nous les voyons confondus ici avec tous les autres qui tremblaient devant Goliath.
Le vieil Isaï désirait avoir des nouvelles de ses trois fils absents et exposés aux périls de la guerre. Il leur envoya donc David pour s’informer d’eux et leur porter en même temps des provisions. Isaï lui dit aussi de prendre pour le capitaine de leur millier dix fromages de lait, un mets délicat, désirant ainsi lui témoigner de l’honneur (voyez Rom. 13. 7).
Comme autrefois Joseph envoyé à ses frères, David s’empressa d’obéir aux ordres de son père. Il arriva au camp au moment où les deux armées se rangeaient en bataille l’une contre l’autre. David s’empressa de courir vers ses frères pour s’enquérir de leur bien-être. Et c’est alors qu’il fut témoin d’un spectacle qui dut le remplir à la fois d’étonnement et de douleur. Le géant Goliath s’avançait hors des rangs des Philistins et portait aux guerriers d’Israël un défi outrageant.
Et ni Saül, ni aucun homme de guerre ne répondait à cette insulte, mais tremblants, ils s’enfuyaient. Pour David, ces troupes effrayées étaient celles de l’Éternel et leur frayeur jetait le déshonneur sur le nom du Dieu d’Israël. C’est ainsi que, lorsque nous faisons profession d’être chrétiens et que nous cédons à Satan et au péché, nous déshonorons le Seigneur.
Que fera notre jeune berger, qui se savait oint roi sur Israël ? Il entend des hommes d’Israël se dire entre eux : « Avez-vous vu cet homme-là qui monte ? Car c’est pour outrager Israël qu’il est monté. Et il arrivera que l’homme qui le frappera, le roi l’enrichira de grandes richesses, et il lui donnera sa fille, et affranchira la maison de son père en Israël ». Mais si grande que fût la récompense offerte, personne n’avait le courage, ni ne se sentait la force de se mettre en avant et d’exposer sa vie. Pour faire l’œuvre de Dieu, il faut d’autres motifs que l’appât d’une haute position ou de richesses terrestres. Il faut avoir à cœur la gloire de Dieu et le bien de son peuple. C’était là ce que David éprouvait.
Cependant, il ne se met pas en avant avec présomption, il attend que Dieu l’envoie. Il se contente de demander : « Que fera-t-on à l’homme qui aura frappé ce Philistin-là, et qui aura ôté l’opprobre de dessus Israël ? Car qui est ce Philistin, cet incirconcis, pour outrager les troupes rangées du Dieu vivant ? » Vous le voyez, pour David, Goliath n’est pas un géant ; sa force, sa haute stature, sa puissante armure, ne sont pas ce qui frappe ses yeux. C’est un Philistin, un incirconcis, un ennemi du peuple de Dieu, quelqu’un qui jette l’opprobre et l’outrage sur Israël et sur l’Éternel.
David ne voit pas autre chose ; son cœur s’enflamme, et sa foi lui montre la puissance du Dieu vivant qui saura bien abattre la puissance du géant. Cela ne nous rappelle-t-il pas Josué et Caleb disant au peuple effrayé par les discours des espions : « Montons hardiment et ne les craignez pas ? » C’est que la foi est toujours la même ; elle voit Dieu et alors, avec Lui, il n’y a rien qui ne soit impossible (Marc 9. 23).
Tandis que David s’entretenait avec le peuple, Éliab, son frère aîné, l’entendit. Aussitôt il s’irrita de ce que son jeune frère, le berger, parlait de ces grandes choses, comme s’il avait eu la pensée d’accomplir cet exploit, ou comme s’il blâmait les autres de leur lâcheté. Il lui dit : « Pourquoi donc es-tu descendu ? et à qui as-tu laissé ce peu de brebis dans le désert ? Je connais, moi, ton orgueil et la méchanceté de ton cœur ; car c’est pour voir la bataille que tu es descendu ». C’était témoigner son mépris pour David, comme s’il lui avait dit « Mêle-toi de tes brebis, et non de ce qui ne te regarde pas et de ce qui est au-dessus de toi ».
Et pourtant Éliab savait que Samuel avait oint David pour roi, mais c’était l’envie et la jalousie qui le faisaient parler ainsi. Il avait dans le cœur les mêmes sentiments que les frères de Joseph envers ce dernier (Gen. 37). Et cela nous rappelle Quelqu’un de plus grand que David et Joseph. Les frères même de Jésus « ne croyaient pas en lui », nous est-il dit (Jean 7). Comme Jésus à ses frères, David, au lieu de se fâcher, fit à Éliab une réponse pleine de douceur. Nous aussi, si nous désirons obéir à Dieu, si nous nous efforçons de vivre chrétiennement, on vous accusera peut-être d’être orgueilleux, de prétendre être meilleurs que les autres ; ne vous irritez pas alors, mais soyez heureux d’être comme David dans le sentier de l’obéissance.
David ayant encore parlé à d’autres Israélites dans les mêmes termes, le bruit en vint aux oreilles de Saül, qui fit chercher le jeune berger. C’est alors que David vit le moment venu de découvrir ouvertement la pensée que Dieu lui mettait au cœur, celle de délivrer Israël. « Que le cœur ne défaille à personne à cause de lui ! » dit-il. « Ton serviteur ira et combattra avec ce Philistin ».
Grand dut être l’étonnement de Saül et de ses vieux guerriers. Un jeune berger, sans expérience de la guerre, veut aller combattre celui qu’eux n’osent affronter ! Aussi Saül lui dit-il : « Tu n’es pas capable d’aller contre ce Philistin pour combattre avec lui ; car tu es un jeune homme, et lui, il est homme de guerre dès sa jeunesse ». Saül et ses guerriers ne voyaient la chose qu’avec les yeux de la chair, mais David avait l’assurance que donne la foi qui, dit le Seigneur, transporte les montagnes, c’est-à-dire surmonte toutes les difficultés.
David alors découvre à Saül le secret de sa force, en lui racontant une chose dont il n’avait encore jamais parlé à personne : « Ton serviteur », dit-il, « paissait le menu bétail de son père, et un lion vint, et un ours : et il enleva un mouton du troupeau. Et je sortis après lui et le frappai, et je délivrai le mouton de sa gueule ; et il se leva contre moi, et je le saisis par sa barbe, et le frappai et le tuai. Ton serviteur a frappé et le lion et l’ours ; et ce Philistin, cet incirconcis, sera comme l’un d’eux, car il a outragé les troupes rangées du Dieu vivant ». Il dit encore : « L’Éternel qui m’a délivré de la patte du lion et de la patte de l’ours, lui me délivrera de la main de ce Philistin ».
Quelle histoire simple et touchante ! David ne veut pas qu’une seule des brebis que son père lui a confiées périsse. Pour elles il expose sa vie. Mais il ne s’avance pas avec sa propre force ; c’est en se confiant en l’Éternel, et il est vainqueur de ces deux fiers animaux. Qu’est-ce que cela nous rappelle ? Ah ! n’est-ce pas Jésus qui ne veut pas laisser périr une seule des brebis que son Père Lui a données, qui est allé les arracher de la gueule et des griffes de Satan, ce lion rugissant, qui pour cela a donné sa propre vie, et qui donne à ses brebis la vie éternelle ? (Jean 10) Béni soit Celui qui nous a aimés d’un tel amour !
En entendant les simples paroles de foi de David, en voyant sa confiance inébranlable en l’Éternel, le cœur de Saül est saisi, et il ne peut dire que ceci : « Va, et que l’Éternel soit avec toi ».
Mais Saül a toujours des pensées humaines. Il ne se confie pas simplement en Dieu, puissant pour délivrer. Il estime que, pour combattre, il faut à David l’armure d’un guerrier, et il le revêt de ses propres vêtements, lui fait endosser une cotte de mailles, place sur sa tête un casque et lui ceint son épée. David se soumet au désir de Saül, mais il reconnaît bientôt que ce n’est pas l’équipement qu’il lui faut. Là-dedans, il n’a pas de liberté, cette armure ne fait que l’entraver. Les secours humains, la sagesse humaine, les précautions humaines, ne font que gêner l’enfant de Dieu dans sa lutte contre Satan.
Et puis, si David remporte la victoire, ne l’attribuera-t-on pas en partie aux armes de Saül, et n’en diminuera-t-on pas d’autant la gloire de l’Éternel ? Ce ne sont pas là les armes avec lesquelles il a vaincu le lion et l’ours. Aussi David dit-il résolument à Saül : « Je ne puis marcher avec ces choses ; car je ne l’ai jamais essayé ». Et il ôte ces armes embarrassantes pour en prendre d’autres bien méprisables, bien faibles, et même ridicules aux yeux du monde, mais qui seront puissantes par la foi.
Que sont-elles ? Un bâton, peut-être celui dont il a frappé le lion et l’ours, cinq pierres lisses prises du torrent, et sa fronde, l’arme dont il se servait pour écarter les oiseaux et les bêtes de proie. C’était comme l’aiguillon à bœufs de Shamgar, les cruches de Gédéon et la mâchoire d’âne de Samson, les armes de l’arsenal de Dieu, un néant aux yeux des hommes ; mais Dieu se sert des choses qui ne sont pas pour annuler celles qui sont (1 Cor. 1). David, comme les autres fidèles, avait d’autres armes que Saül ne connaissait pas. C’était le casque du salut et la cuirasse de la foi, qui sont invulnérables. Puissions-nous les revêtir pour résister à Satan !
C’est dans cet équipement de berger que le « jeune homme » comme le nommait Saül, s’avance contre le redoutable champion des Philistins. C’est ainsi que, dans une apparente faiblesse, en infirmité, méprisé du monde, Jésus, le grand Berger des brebis, s’est avancé contre Satan (2 Cor. 13. 3 et 4 ; Héb. 13. 20).
Le Philistin, voyant un homme d’Israël s’avancer enfin contre lui, en ressentit, sans doute, de la joie. L’orgueil gonfla son cœur ; il allait donc faire sentir la force de son bras. Il pensait assurément : « On aura envoyé contre moi le plus fameux des guerriers d’Israël, le seul qui soit digne de moi ». Et quel dut être sa déception lorsque, sortant des rangs des Philistins et s’approchant, il vit à qui il avait à faire ! Ce n’était pas un guerrier au teint bronzé, endurci à la guerre, muni d’armes bien trempées, mais un jeune homme au teint rosé, beau de visage, délicat d’apparence, en habits de berger, un bâton et une fronde à la main ! Quel misérable ennemi !
Est-ce pour se moquer de lui, Goliath ? Il n’y aura aucune gloire à le vaincre, mais n’importe, le succès n’en sera que plus facile. Plein de mépris, le Philistin s’adresse à David, et lui dit : « Suis-je un chien, moi, que tu viennes à moi avec des bâtons ? » Et le Philistin maudit David par ses dieux. Puis il dit : « Viens vers moi, et je donnerai ta chair aux oiseaux des cieux et aux bêtes des champs ».
Comme il se doutait peu, dans son orgueil et sa confiance en lui-même, du sort qui l’attendait ce jour même ! David ne défaille pas en entendant ces paroles. Il connaît l’Éternel qui est avec lui, et dont il pouvait dire : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je peur ? L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ? »
Il répond donc au Philistin : « Toi, tu viens à moi avec une épée, et avec une lance, et avec un javelot ; et moi, je viens à toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu des troupes rangées d’Israël, que tu as outragé. En ce jour, l’Éternel te livrera en ma main ; et je te frapperai, et j’ôterai ta tête de dessus toi, et je donnerai en ce jour les cadavres du camp des Philistins aux oiseaux des cieux et aux animaux de la terre ; et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël ; et toute cette congrégation saura que ce n’est ni par l’épée, ni par la lance, que l’Éternel sauve ; car la bataille est à l’Éternel, et il vous livrera entre nos mains ».
Quelle différence entre ce langage et celui du Philistin ! David ne parle ni de lui-même, ni de ses armes. Il ne vient ni en son nom, ni en sa force ; c’est au nom de l’Éternel, c’est l’Éternel qui combattra, c’est l’Éternel qui sauve, c’est Lui qui livrera Goliath au faible berger. Et de plus la délivrance aura lieu, non pour la gloire de David, mais pour la gloire de l’Éternel qui sera ainsi connu de toute la terre. Puissions-nous mettre ainsi notre confiance en notre Dieu et rechercher avant tout sa gloire.
Le moment suprême était arrivé. Représentez-vous les deux armées assistant à cette lutte qui paraissait si inégale. Les Philistins se reposaient sur la force et la vaillance de leur homme de guerre ; les Israélites étonnés avaient-ils la même confiance dans le pauvre et humble berger ? Le monde encore maintenant a confiance dans ses ressources; et nous, regardons-nous à Jésus, nous appuyons-nous sur Lui ?
Le Philistin s’avança dans sa force, sûr de vaincre sans peine le faible adversaire qu’il méprisait. Mais David ne lui laisse pas le temps de le rejoindre. Il se hâte, court vers lui, met une pierre dans sa fronde, et la lance d’un bras fortifié par la force toute-puissante de Dieu ; la pierre conduite par l’œil infaillible de Dieu va droit à son but, atteint le Philistin à la tête, s’enfonce dans son front, et le géant tombe la face contre terre. « David, avec une fronde et une pierre, fut plus fort que le Philistin » parce que l’Éternel combattait avec lui. De même, nous serons plus forts que le diable et le monde, et les tentations de notre mauvais cœur, si nous nous attendons à Christ ; « nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés ».
David avait dit : « J’ôterai ta tête de dessus toi » mais il n’avait pas d’épée en sa main. Le Philistin impuissant était étendu par terre ; David tire du fourreau la forte épée de son adversaire, lui tranche la tête, et met fin à sa vie.
Et que représente pour nous cette scène ? Une autre bien plus solennelle. C’est celle où notre bien-aimé Sauveur s’avança seul à la rencontre d’un ennemi mille fois plus redoutable que Goliath, d’un ennemi invincible pour nous, de Satan, et remporta sur lui une complète victoire. Mais comment ? Par un instrument encore plus étrange et plus méprisable qu’une fronde et une pierre ; par la croix, où la tête de Satan fut brisée, où sa puissance fut annulée.
Pour achever sa victoire, Jésus descendit dans la mort. « Par la mort, il a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et délivra tous ceux qui… étaient… tenus en esclavage » (Héb. 2. 14 et 15). L’épée de Goliath donnait la mort ; pour ceux qu’elle atteignait, elle était la mort. David la lui enlève, et le tue avec sa propre arme. Ainsi, le Seigneur, à la croix, a vaincu Satan, et lui a pris son arme, la mort, en la subissant Lui-même. Il a arraché à Satan l’arme que cet ennemi maniait contre nous, de sorte que, pour ceux qui croient en Jésus, la mort a perdu ses terreurs et Satan son pouvoir. La mort du Seigneur nous arrache à nos ennemis et nous acquiert la vie, une vie que la mort ne peut plus toucher. Que le nom de Jésus soit béni !
Quel fut le résultat de la victoire de David ? Les Philistins, frappés de terreur, s’enfuirent. Les Israélites, dont le courage est relevé et qu’une force nouvelle anime, s’élancent à la poursuite de leurs ennemis, et les refoulent dans leur pays, jusqu’à Gath et Ékron. Les Philistins apprennent quelle est la puissance du Dieu d’Israël. Les Israélites reviennent de leur poursuite, pillent leur camp et s’enrichissent de leurs dépouilles. Quelle reconnaissance devait remplir leur cœur envers l’Éternel et envers David, leur libérateur !
Celui-ci s’était montré le vrai roi, en mettant sa vie pour les siens et en les délivrant. C’était le sceau mis à son onction. Ainsi Jésus, par sa mort, a scellé son amour pour nous, et nous a sauvés, de sorte que maintenant, délivrés de l’esclavage du diable, nous sommes enrichis des bénédictions célestes et pouvons en jouir. Oh ! Quelle reconnaissance devrait remplir nos cœurs pour cet adorable Sauveur ! Que nos cœurs et notre vie soient tout à Lui !
DAVID ET JONATHAN (1 Sam. 18)
– Maman, ce que j’ai lu de la victoire du jeune berger David sur le géant Goliath m’a paru bien intéressant. J’aimerais beaucoup m’entretenir avec toi de ce qui arriva ensuite.
– Je le ferai volontiers. Tu te rappelles que les Philistins, privés de leur homme fort, perdirent courage et s’enfuirent. Ils sentirent bien qu’il y avait dans le camp d’Israël une puissance à laquelle ils ne pourraient résister.
– Oui, maman ; c’était celle de l’Éternel, n’est-ce pas ?
– En effet. L’Éternel avait opéré par le moyen de David une délivrance complète. Les Israélites n’eurent plus qu’à poursuivre leurs ennemis et à prendre leurs dépouilles. Mais il y a une délivrance bien plus grande, plus complète et plus glorieuse, que celle que Dieu accorda alors aux Israélites.
– Je sais, maman. C’est la délivrance que nous avons par le Seigneur Jésus. Il a remporté la victoire sur Satan, sur le péché et sur la mort. Tu m’as dit cela.
– Je suis bien contente que tu t’en souviennes. Satan, le grand ennemi de Dieu et des hommes, est comparé à un homme fort. Mais Jésus l’a lié et l’a dépouillé de ses biens (Mat. 12. 29). Nous étions devenus ses prisonniers à cause du péché ; mais Christ « étant monté en haut, a emmené captive la captivité, et a fait des dons aux hommes » (Éph. 4. 8). » Et sais-tu par quel moyen notre adorable Sauveur a ainsi triomphé de nos ennemis et nous a délivrés ?
– Oh ! oui, maman. C’est en mourant pour nous sur la croix (Col. 2. 14 et 15). Et cela me rappelle ce beau verset de cantique :
Célébrons du Sauveur l’amour et la puissance,
L’abaissement profond, l’entière obéissance ;
Il vint et triompha de tous nos ennemis ;
Il les a, par sa croix, pour toujours asservis.
Après sa victoire, David dépouilla le Philistin de ses armes et les porta dans sa tente. Mais plus tard il les consacra, sans doute, à l’Éternel des armées, car l’épée du géant se trouve sous la garde du sacrificateur (1 Sam. 21. 8 et 9). Saül avait contemplé avec étonnement le jeune berger, armé seulement d’un bâton et d’une fronde, s’avançant contre le puissant Goliath. Sa surprise fut encore bien plus grande, lorsqu’il vit ce redoutable champion renversé et mis à mort par son faible adversaire.
Frappé de ce spectacle, il dit à Abner, le chef de l’armée : « Abner, de qui ce jeune homme est-il fils ? » Et Abner avait dit : « Ton âme est vivante, ô roi ! je n’en sais rien. » Et le roi dit : « Enquiers-toi de qui ce jeune homme est fils ».
– Mais, maman, ce que tu me dis m’étonne beaucoup. Saül devait bien connaître David, puisque celui-ci était venu jouer de la harpe auprès du roi pour chasser le mauvais esprit.
– C’est vrai. Mais avant la guerre, David n’était venu auprès de Saül qu’à de rares intervalles, je pense. Et c’était quand le mauvais esprit agitait Saül. David, la plus grande partie du temps, continuait de garder les troupeaux de son père (v. 15). Il se pouvait donc très bien que Saül ait oublié qui il était, d’autant plus que l’esprit de ce pauvre roi était bien troublé. Quant à Abner, rien d’étonnant à ce qu’il n’ait pas connu David, occupé comme il était de ses fonctions de général de l’armée.
– Je comprends, maman. Il me semble que nous voyons en cela un exemple de ce qui arrive souvent. C’est que l’on oublie ceux qui nous ont fait du bien.
– En effet. C’est ainsi que le monde, que Dieu supporte à cause de Christ, ne reconnaît pas cet adorable Sauveur. Abner prit David qui portait dans ses mains la tête du Philistin et l’amena à Saül : « Jeune homme, de qui es-tu fils ? » dit le roi. Et David dit : « Je suis fils de ton serviteur Isaï, le Bethléhémite ». Dès ce jour-là, Saül voulut que David reste auprès de lui et il ne lui permit pas de retourner chez son père.
– Saül était bien content d’avoir auprès de lui un si vaillant guerrier, je pense.
– Oui, il regardait à son avantage et à son intérêt particulier. Mais à côté de Saül, il y avait quelqu’un qui avait d’autres sentiments et appréciait bien autrement David. C’était Jonathan, le fils de Saül.
– Celui qui avait aussi remporté une grande victoire sur les Philistins, n’est-ce pas ? N’était-il pas jaloux de David ?
– Non, bien au contraire. Comme David achevait de parler à Saül, « l’âme de Jonathan se lia à l’âme de David, et il l’aima comme son âme ». Jonathan était sans doute heureux, comme tous les autres Israélites, de profiter de la victoire remportée par David, mais ce qui attirait son cœur, c’était la personne même de David. En voyant son humilité, en même temps que sa grâce et sa grandeur, son âme fut entièrement gagnée à David. Il oublia ses propres exploits et ne vit plus que ceux de celui qu’il aimait. En cela il y a pour nous une grande leçon et un bel exemple à suivre.
– Je crois te comprendre, maman. Tu veux dire que nous ne devons pas seulement nous réjouir du salut que Jésus nous a acquis en remportant la victoire sur nos ennemis, mais qu’il nous faut Le connaître.
– Oui, mon enfant. La Parole de Dieu a placé devant nous l’excellence et la beauté parfaite du Sauveur, le Fils de Dieu, en qui le Père a mis toute son affection. Elle nous dit sa gloire avant qu’Il soit venu sur la terre : Il est le Créateur de toutes choses. Elle nous raconte son humiliation, son abaissement, quand Il devint un homme. Elle nous Le montre humble, doux, débonnaire, plein de compassion, de tendresse, d’amour, de patience, tout en restant toujours le puissant Fils de Dieu qui commandait aux éléments, aux maladies, aux démons et à la mort.
Nous Le voyons encore, le même, sur la croix. Jamais son support, sa bonté, sa patience ne se démentent. Puis la Parole Le présente à nos cœurs vainqueur, ressuscité, glorifié, assis sur le trône du Père, à la droite de la Majesté, mais toujours le même Jésus aimant les siens jusqu’à la fin. Comme David pour Jonathan, nous avons sa Personne et ses paroles. Et qu’attend-Il de nous ?
– Ah ! maman, c’est que nous L’aimions comme Jonathan aima David ; bien plus encore. Que tout notre cœur soit à Lui, et que nous ne pensions plus à nous-mêmes. Oui. Demandons à Dieu que nous sachions ainsi apprécier son Fils bien-aimé et que notre cœur soit lié au sien. De son amour à Lui, nous ne saurions douter ; que nos cœurs puissent aussi dire : « Nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier ». Que Jésus ait à nos yeux tout son prix, comme il est précieux pour Dieu son Père.
C’est ainsi que Jésus était tout pour Marie de Magdala, qu’Il avait délivrée de sept démons ; pour Marie, sœur de Lazare, dont Il avait ressuscité le frère ; pour la pauvre pécheresse dont Il avait ôté les nombreux péchés. C’est le vrai et seul bonheur, de connaître et d’aimer Jésus.
– Merci, maman, de ce que tu viens de me dire. Cela me fait penser à cet autre cantique :
De l’amour dont Il nous aime,
Rien ne peut rompre le cours ;
Il nous acquit pour Lui-même,
Il est à nous pour toujours.
S’Il veut que notre cœur l’aime
Sans partage, ni détour,
C’est qu’Il est d’abord Lui-même
Immuable en son amour.
Je vois, maman, comme Jésus est digne d’être aimé. Que nous serons heureux dans le ciel, où nous Le verrons comme Il est et L’aimerons parfaitement !
– Ce temps approche, mon enfant. Mais Jonathan montra aussi son amour à David. Il voulut qu’un lien indestructible l’unisse à son ami. « Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme son âme ». En faisant ainsi alliance, ils se promettaient mutuellement de rester toujours unis, de se soutenir l’un l’autre, et de ne rien faire l’un contre l’autre. Et nous verrons par la suite de l’histoire, que Jonathan et David furent fidèles à cette alliance. Leur amour l’un pour l’autre dura jusqu’à la mort.
– Et il en est ainsi de l’amour de Jésus, n’est-ce pas, maman ?
– Oui, mon enfant, car il est écrit : « Qui nous séparera de l’amour de Christ ? » (Rom. 8. 35) Il surpasse toute intelligence, et c’est pour cela que notre amour pour Lui subsiste aussi. Il nous dit : « Je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour » Jean 15. 9 et 10). Hors de Lui, nous ne pouvons rien faire.
Mais l’amour de Jonathan se montra encore autrement. Il avait donné son cœur et sa vie entière à David. Il lui donne en même temps tout ce qu’il avait de précieux. « Jonathan se dépouilla de la robe qui était sur lui, et la donna à David, ainsi que ses vêtements, jusqu’à son épée, et à son arc, et à sa ceinture ». Tu vois, mon enfant, qu’il se dépouille de tout ce qui faisait sa gloire et sa force comme homme, comme prince, et comme guerrier. Il s’était donné lui-même, et avec lui tout ce qu’il possédait. N’est-ce pas là aussi ce que fait un cœur qui aime Jésus ?
– J’en suis sûre, maman. Quand nous aimons vraiment quelqu’un, tout ce que nous avons, nous sommes prêts à le lui donner.
– Et ne te souviens-tu pas d’avoir lu dans les évangiles l’histoire d’une personne qui aimait ainsi le Seigneur ?
– Oh ! oui, maman. C’est celle de la pécheresse avec ses nombreux péchés. Elle apporta un beau vase d’albâtre plein de parfum, et elle en oignait les pieds de Jésus, les arrosait de ses larmes, et les essuyait avec ses cheveux. Et le Seigneur dit qu’elle avait beaucoup aimé, et que ses nombreux péchés étaient pardonnés. Que c’est beau de voir l’amour de Jésus pour une si misérable femme, mais elle y répondait bien. Elle Le connaissait.
– Oui. Si elle n’avait pas connu le cœur de Jésus, elle n’aurait pas osé entrer dans la maison du pharisien. Mais son amour pouvait tout braver, car « l’amour est fort comme la mort » (Cant. 8. 6). Rien ne lui résiste. Ainsi cette femme vient donner à Jésus ce qu’elle a de plus précieux, et ce qui ornait sa personne, lui sert à essuyer les pieds du Sauveur. C’est ainsi que fit aussi Marie, sœur de Lazare.
– Celle qui était assise aux pieds de Jésus et qui écoutait sa parole, n’est-ce pas ? Je sais ce qu’elle fit. Elle avait un vase d’albâtre plein d’un parfum pur de grand prix. Et elle brisa le vase et en oignit la tête et les pieds du Seigneur. Elle aussi essuya les pieds de Jésus avec ses cheveux.
– C’était leur amour pour Jésus qui les faisait agir ainsi. D’autres femmes l’assistaient de leurs biens. Mais l’apôtre Paul est aussi un bel exemple d’un cœur dévoué pour Christ et qui, pour Lui, abandonne tout ce qui faisait sa gloire devant le monde, tout ce à quoi il tenait. « Les choses qui pour moi étaient un gain » dit-il, « je les ai considérées, à cause du Christ, comme une perte. Plus encore, je considère toutes choses comme une perte à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur, à cause de qui j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ» (Phil. 3. 7 et 8).
Ainsi Paul ne désirait connaître qu’une chose, ne voulait jouir que d’une chose, et c’était Christ, de même que Jonathan ne voyait plus autre chose que David. Et Jonathan et David restèrent toujours unis, n’est-ce pas ?
– Oui, mon enfant, nous le verrons dans la suite. Que le Seigneur fasse que nous soyons des Jonathan pour le Seigneur, et que le Seigneur soit pour nous ce que David était pour Jonathan.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAUL (1 Sam. 18 et suivants)
– Nous allons continuer l’histoire de David, n’est-ce pas, maman ? Veux-tu me dire ce qu’il fit après que Jonathan soit devenu son ami ?
– Saül ne voulut pas le laisser retourner chez son père. David resta donc au service du roi, qui l’établit sur les hommes de guerre. Le jeune berger était ainsi devenu comme un général d’armée. C’était une haute position dans le monde ; mais David ne s’en enorgueillissait pas : il restait humble et dépendant. De même qu’il obéissait autrefois à son père en gardant les troupeaux, de même il était soumis à Saül en commandant ses troupes ; « il allait partout où Saül l’envoyait ».
C’est ainsi que nous voyons Jésus être soumis à ses parents et faisant en tout la volonté de Dieu (Jean 8. 29), et ce sont des exemples que Dieu nous donne à suivre. « Que toute âme » dit sa parole, « se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle » (Rom. 13. 1). David, en tout ce qu’il faisait ainsi pour le service du roi, prospérait et « il était agréable aux yeux de tout le peuple, et même des serviteurs de Saül ».
– Cela me rappelle Joseph quand il était en Égypte. Tout ce qu’il faisait prospérait (Gen. 39. 5, 21 à 23).
– Oui, et nous pouvons aussi nous souvenir qu’il est dit du Seigneur qu’il avançait en sagesse et en faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2. 40 et 52). L’Écriture ajoute, quant à David, qu’il était « sage dans toutes ses voies » ce qui est bien beau pour un jeune homme comme il l’était. Mais d’où venait à David cette sagesse, cette prudence, la prospérité qui l’accompagnait, la bienveillance dont il jouissait de la part de tous ?
– Cela venait de Dieu, maman.
– En effet, mon enfant. Le grand secret est que « l’Éternel était avec lui ». C’est l’Éternel qui était avec lui et lui avait donné le courage et la force pour combattre et vaincre Goliath, et c’est l’Éternel qui était avec lui et lui donnait le tact et la prudence nécessaires pour bien se conduire dans sa nouvelle position. C’est le secret pour nous aussi. Pour vaincre Satan et pour nous conduire sagement et saintement, nous avons besoin que Dieu soit avec nous.
– Est-ce que la guerre continua contre les Philistins ?
– Oui. C’était un peuple belliqueux et ennemi acharné du peuple de Dieu. Durant toute la vie de Saül, il fallut les combattre. Cependant, après la mort de Goliath, ils furent découragés pendant quelque temps, de sorte que l’armée des Israélites revint dans ses foyers. Et sur leur passage les femmes sortaient des villes au-devant des vainqueurs avec des instruments de musique, chantant et dansant et disant : « Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille ». Elles donnaient ainsi la première place à David.
– Et c’était bien juste, maman. Sans lui, Goliath n’aurait pas été tué, et les Philistins auraient battu les Israélites, puisque l’Éternel avait abandonné Saül, et que ce pauvre roi n’avait plus ni force, ni courage.
– Sans doute, mais ce fut un coup très douloureux pour Saül, qui cherchait sa propre gloire et ses propres intérêts, plus que la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple. Le fond de son méchant cœur fut dévoilé ; il conçut à l’égard de David une amère jalousie qui se changea bientôt en une haine violente. Il avait pensé rehausser son mérite et sa dignité royale en approchant de sa personne un homme aussi vaillant que David, et maintenant David l’éclipsait, il passait avant lui.
« Il fut très irrité » en entendant les femmes, et dit : « On en a donné à David dix mille, et à moi, on m’a donné les mille : il n’y a plus pour lui que la royauté ». Et depuis ce moment Saül eut l’œil sur David, mais un œil défiant et envieux, cet « œil méchant » dont le Seigneur parle comme étant une des choses qui proviennent du cœur corrompu de l’homme (Jean 12. 6), cet œil qui recherche toutes les occasions de faire du mal, et se réjouit du mal qui arrive à celui envers qui l’on ressent de l’envie.
– Pauvre Saül ! Il devait être bien malheureux.
– En effet ; rien ne rend misérable comme la jalousie. Elle conduit à la haine, qui à son tour conduit même au meurtre. Ne te rappelles-tu pas des exemples de cet affreux sentiment ?
– Tu veux parler de Caïn, n’est-ce pas ? Il fut jaloux d’Abel et le tua. Ah ! je me rappelle aussi les méchants frères de Joseph qui eurent de l’envie contre lui, parce que son père l’aimait plus qu’eux (Gen. 37. 4).
– Oui, « les patriarches étant remplis d’envie, vendirent Joseph (Act. 7. 8). » Combien nous avons à veiller pour que ce mauvais fruit de notre mauvais cœur – la jalousie – ne se produise pas. Bien des enfants s’y laissent aller.
Mais revenons à Saül. La jalousie qu’il avait laissée entrer dans son cœur, se montra bientôt par des effets. Le lendemain du jour où les femmes d’Israël avaient célébré la gloire du jeune vainqueur, le « mauvais esprit » saisit Saül. Comme les autres jours, David vint pour calmer le pauvre roi en jouant de la harpe. Mais cette fois le mauvais esprit ne céda point. Saül ne fut pas apaisé. Pourquoi ? Parce qu’il y avait de la haine dans son cœur. Quand on laisse un mauvais sentiment entrer en soi, au lieu de le repousser, le diable s’en sert pour nous dominer. Judas aimait l’argent ; il ne résista pas à ce penchant ; il devint voleur ; puis Satan entra dans son cœur, et il vendit Jésus (Jean 13. 27).
C’est ainsi que Saül, dominé par sa jalousie et par le mauvais esprit, saisit sa lance et la jeta contre David pour le clouer à la paroi et ainsi le tuer. Deux fois il renouvela sa tentative ; mais David se détourna de devant le coup. L’Éternel ne permit pas que Saül consomme son crime. Mais depuis ce moment-là, Saül n’eut qu’une pensée, celle de se débarrasser de David. « Il eut peur de David ; car l’Éternel était avec lui, et il s’était retiré de Saül ». Sais-tu qui cela nous rappelle ?
– C’est le Seigneur Jésus n’est-ce pas ?
– Oui. Les méchants Juifs haïssaient le Seigneur, ils cherchèrent plus d’une fois à Le faire mourir et enfin Le tuèrent. Pourquoi cela ? Parce que leurs œuvres étaient mauvaises et que la présence de Jésus, qui était saint et juste, le leur faisait sentir. Les méchants sont toujours mal à l’aise devant ceux qui aiment Dieu et Le servent. C’est pourquoi le monde a toujours haï les vrais chrétiens.
– Est-ce que David ne quitta pas le méchant Saül, qui voulait le tuer ?
– Non, mon enfant. David était un serviteur fidèle qui restait à la place que Dieu lui avait assignée. Mais ce fut Saül qui l’éloigna d’auprès de lui, l’envoya combattre les Philistins, en lui promettant de lui donner en mariage sa fille aînée Mérab. Ce fut avec de belles paroles qu’il le congédia : « Voici ma fille aînée, Mérab » dit-il ; « je te la donnerai pour femme ; seulement, sois-moi un homme vaillant, et combats les combats de l’Éternel ». Mais c’étaient des paroles trompeuses ; au fond de son cœur Saül se disait : « Je ne veux pas le tuer moi-même, mais il perdra la vie dans quelque combat contre les Philistins ».
Ainsi Saül n’en était pas moins un meurtrier, car la Parole dit : « Quiconque hait son frère est un meurtrier ». Et il oubliait que l’Éternel était avec David et que par conséquent celui-ci n’avait rien à craindre. David pouvait dire : « L’Éternel est ma lumière et mon salut ; de qui aurai-je peur ? Quand une armée camperait contre moi, mon cœur ne craindrait pas ». Celui qui marche avec Dieu est dans une parfaite sécurité.
– David était bien heureux.
– Certainement, mais ce bonheur d’être avec Dieu, gardé par Lui, nous appartient aussi, si nous sommes humbles et obéissants.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAÜL (1 Sam. 18 et suivants)
– Nous allons continuer l’histoire de David et des persécutions qu’il éprouva de la part de Saül. Si ce méchant roi avait peur de David, s’il était jaloux de lui au point de vouloir le faire mourir, sa famille ne partageait point ses sentiments. Jonathan aimait tendrement David, et sa sœur Mical, la seconde fille de Saül, l’aimait aussi. Saül l’apprit et en fut bien aise.
– Je ne comprends pas cela, maman. Puisque Saül haïssait David, comment pouvait-il être content que sa fille l’aime ?
– Saül espérait faire servir cette affection à ses désirs de vengeance. C’est ainsi, mon enfant, que quand nous avons laissé un mauvais sentiment contre quelqu’un s’emparer de nos cœurs, nous voulons faire tout servir à lui nuire. Saül imagina ceci pour faire périr David. D’abord, il lui fit dire par ses serviteurs : « Le roi prend plaisir en toi ». Ce qui était une horrible fausseté, « et tous ses serviteurs t’aiment ; maintenant donc sois gendre du roi ».
– Ainsi il voulait lui faire épouser sa seconde fille après l’avoir trompé en ne lui donnant pas l’aînée. David ne devait plus avoir confiance en Saül.
– David ne se plaint point d’avoir été trompé. Il pensait que ce n’était pas à lui de juger la conduite du roi, son maître. Et quand les serviteurs de Saül viennent lui insinuer qu’il pourrait cependant devenir gendre du roi en épousant Mical, il ne pense pas à s’enorgueillir, mais reste dans l’humilité en disant : « Est-ce peu de chose à vos yeux que de devenir gendre du roi ? et moi je suis un homme pauvre et peu considérable ». Il ne pense point aux grands services qu’il a rendus au roi et au peuple d’Israël. C’est un caractère généreux et désintéressé.
– Mais pourquoi le roi lui fait-il dire cela ?
– Saül pensait : « Ce sera un piège pour lui, il périra de la main des Philistins ». Pour cela il fit dire à David par ses serviteurs : « Le roi ne demande point de dot pour sa fille, mais seulement que tu tues cent Philistins ». Saül couvrait son méchant dessein du prétexte de combattre les ennemis de Dieu. Mais il ignorait, comme je te l’ai dit, que l’Éternel gardait David et qu’il l’entourait de sa puissance comme d’un bouclier. David consentit à devenir gendre du roi et à épouser la sœur de son ami Jonathan. Il accepta aussi la condition que Saül avait mise à son mariage, et comme l’on était toujours en guerre contre les Philistins, il se mit en campagne avec ses guerriers, et leur tua deux cents hommes. Alors Saül lui donna sa fille Mical pour femme, et il devint gendre du roi.
– Ainsi Dieu élevait David toujours plus haut, malgré les méchants desseins de Saül.
– Oui. L’Éternel montrait aux yeux de tous qu’Il était avec l’homme selon son cœur, celui qu’Il avait choisi pour être le roi de son peuple. Comme on est heureux quand on a Dieu pour soi ! Quand même le monde entier serait contre nous, avec Dieu, nous n’avons rien à craindre.
– Est-ce que Saül ne cessa pas de chercher à tuer David maintenant qu’il était le mari de sa fille ?
– Non, il voyait que Mical l’aimait, et il eut encore plus peur de lui et fut son ennemi tous ses jours. David cependant se montrait un fidèle serviteur, ne craignant pas d’exposer sa vie en combattant les Philistins qui avaient recommencé leurs attaques contre le peuple d’Israël. Et toujours Dieu donnait à David la victoire.
– Est-ce que cela ne touchait pas le cœur de Saül, et ne voyait-il pas là bien clairement que l’Éternel protégeait David ? Il aurait dû craindre de s’opposer à Dieu.
– Comme je te l’ai dit, mon enfant, quand on a laissé le péché s’emparer de son cœur, qu’on a nourri un mauvais sentiment, qu’on ne s’est pas humilié devant Dieu, le diable conserve son empire. Saül n’avait jamais reconnu véritablement son péché de désobéissance qui l’avait fait rejeter de Dieu. Et lorsque Dieu l’eut délivré de la main des Philistins par le moyen de David, il ne montra pas de reconnaissance envers l’Éternel, mais fut jaloux du serviteur de Dieu ; et son cœur devint ainsi la proie de ses passions et du mauvais esprit. Voyant que David était sorti sain et sauf et vainqueur dans ses combats contre les Philistins, il parla à ses serviteurs, et même à Jonathan son fils, de faire mourir David.
– Oh ! mais Jonathan aimait trop David pour faire ce que Saül demandait, n’est-ce pas ?
– Sans doute. Il lui était très affectionné et il avertit David des desseins de son père.
– Pauvre David ! Il devait regretter le temps où il était un berger, gardant paisiblement les troupeaux de son père. Il était alors bien plus heureux.
– David connaissait Dieu et il était heureux d’accomplir la volonté de Dieu, soit en gardant les troupeaux, soit en combattant les Philistins, soit en étant exposé au mauvais vouloir et à la haine de Saül. Le Seigneur Jésus fut aussi exposé à la haine de ceux qu’Il venait sauver, et ses serviteurs le furent également.
L’un d’eux, l’apôtre Paul, disait dans sa prison, qu’il avait appris à être content dans les circonstances où il se trouvait (Phil. 4. 11). Nous aussi, nous devons apprendre cela. L’important n’est pas d’avoir une vie tranquille où l’on à toutes ses aises, point de luttes, ni de combats, mais c’est d’être dans le chemin de Dieu. Et le Seigneur Jésus a dit à ses disciples : « Vous aurez de la tribulation dans le monde, mais ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde » (Jean 16. 33).
– Et que fit Jonathan pour son ami David ? Il lui dit : « Mon père cherche à te faire mourir ; … cache-toi. Et moi je sortirai… dans la campagne où tu seras ; et je parlerai de toi à mon père, et je verrai ce qu’il en est, et je te le ferai savoir ». C’est ce qu’il fit, en effet. Il rappela à Saül les services que David avait rendus à Saül et à Israël, comment il avait exposé sa vie en combattant les Philistins. « Il n’a point péché contre toi » dit Jonathan au roi ; « pourquoi donc pécherais-tu contre le sang innocent, en faisant mourir David sans cause ? » Cette fois, pour un moment, Saül fut touché et il jura, en disant : « L’Éternel est vivant, si on le fait mourir ! »
– Je suis bien heureuse de voir la belle conduite de Jonathan. Je l’aime ; il ne craint pas de dire la vérité pour défendre son ami.
– C’était un cœur dévoué ; nous avons aussi à avoir un cœur dévoué pour Jésus, et ne pas craindre de le confesser devant le monde (1 Pier. 3. 14 et 15 ; Luc 9. 23 à 26).
– Jonathan fut tout heureux, je pense, de voir son père bien disposé en faveur de David.
– Certainement. Il s’empressa d’aller annoncer cette bonne nouvelle à son ami, et l’amena à Saül. Et David fut auprès du roi comme auparavant. Mais ce bon sentiment du cœur de Saül ne fut que « comme la rosée qui s’en va de bonne heure » (Osée 6. 4). David remporta de nouveaux succès sur les Philistins, et, étant revenu auprès du roi, celui-ci était de nouveau troublé par le mauvais esprit.
Alors David prit sa harpe, afin de dissiper par ses accords les souffrances du roi. Mais Saül, qui n’avait pas cessé d’être jaloux de David, et sur qui, par conséquent, le mauvais esprit avait tout son empire, prit sa lance et voulut en percer David. Nos bons sentiments, nos bonnes résolutions, ne tiennent pas, si nous ne cherchons pas le secours de Dieu. Sans Lui, Satan est toujours plus fort que nous.
– David ne devait plus savoir que faire.
– En effet. Mais c’était un homme qui le poursuivait, et Dieu le défendait, qu’avait-il à craindre? Mais qui poussait ainsi Saül ?
– C’était Satan, n’est-ce pas ?
– Tu as raison. Satan est l’adversaire de Dieu et des serviteurs de Dieu. Il s’efforce toujours de traverser les desseins de Dieu. L’Éternel voulait opérer le bien de son peuple Israël par le moyen de son serviteur David, et Satan voulait l’empêcher en se servant du pauvre Saül. N’est-ce pas terrible d’être un instrument de Satan ? Eh bien, mon enfant, il n’y a pas de milieu. Ou bien on est un enfant de Dieu, et Dieu veut employer ses enfants pour son service ; ou bien on est un enfant du diable qui se sert aussi des siens pour faire le mal.
Et l’Évangile est annoncé, pour faire passer ceux qui le reçoivent, des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu. Pauvre Saül, il restait dans les liens de l’ennemi et continua à persécuter David, comme nous le verrons une autre fois.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAÜL (1 Sam. 18 et suivants)
– Nous avons vu comment Saül, malgré le serment qu’il avait fait à Jonathan de ne point faire mourir David, essaya encore de le percer de sa lance. C’est que le malheureux roi était sans force contre le mauvais esprit qui le dominait par la passion de la jalousie. Quelle terrible chose d’être dans les liens de Satan ! Après la tentative de Saül, David s’enfuit chez lui. C’était le soir ; et Saül envoya aussitôt des hommes pour surveiller la maison et saisir David dès le lendemain afin de le faire mourir.
– Pauvre David ! Il n’avait ni trêve, ni repos.
– C’est vrai, mais il avait l’Éternel avec lui pour le délivrer. Il dit dans un Psaume : « Les maux du juste sont en grand nombre ; mais l’Éternel le délivre de tous » (Ps. 34. 19). Et il en fit la précieuse expérience. Tu te rappelles qu’il avait pour femme Mical, la fille de Saül, et qu’elle aimait David.
Elle avait appris le méchant dessein de son père, et s’était aperçue qu’il y avait des hommes qui surveillaient la maison. Elle en avertit David et lui dit :
« Si tu ne sauves pas ta vie cette nuit, demain tu seras mis à mort ». Et ayant sans doute vu que les hommes de Saül gardaient seulement la porte, elle aida David à descendre par la fenêtre. C’était le moyen de salut que Dieu laissait à David.
– Oh ! maman, cela me rappelle un autre serviteur de Dieu qui échappa de la même manière à ses ennemis. C’est l’apôtre Paul. Les méchants Juifs voulaient le tuer et on gardait les portes de la ville afin qu’il ne sorte pas. Alors les disciples le firent descendre, dans une corbeille, par une fenêtre qui donnait sur la muraille de la ville (Act. 9. 24).
– Oui ; et l’apôtre dit à ce sujet : « Je me glorifierai dans ce qui est de mon infirmité » (2 Cor. 11. 30 et 33).
Ce n’était pas bien glorieux, en effet, pour un grand apôtre, ni pour le vainqueur de Goliath, d’échapper à leurs ennemis par un moyen aussi humiliant. Mais Dieu veut que nous restions humbles et petits. Voilà pourquoi il fait passer ses serviteurs par des circonstances humiliantes aux yeux des hommes, même pour les délivrer. Il n’emploie pas toujours des moyens éclatants, comme lorsqu’Il ébranla les murailles et ouvrit les portes de la prison où Paul et Silas étaient enfermés (Act. 16. 25 et 26). Mais nous pouvons toujours compter sur Lui pour nous faire sortir de l’épreuve (2 Pier. 2. 9), par un moyen ou par un autre.
Il y a, à cet égard, un grand contraste entre le Seigneur Jésus quand Il était sur la terre et les plus éminents serviteurs de Dieu. Jésus se délivrait par sa vertu divine. Quand les hommes de Nazareth Le conduisent hors de la ville pour Le précipiter du haut de la colline escarpée, Il passe au milieu d’eux, dans sa calme majesté, sans que personne ne Le touche (Luc 4. 29 et 30).
C’est bien beau, maman. Et cela me rappelle que, dans le jardin de Gethsémané, quand on vient pour Le prendre et qu’Il dit : « C’est moi » tous tombent par terre (Jean 18. 4 à 6).
– Oui. Personne ne pouvait Le saisir, personne ne pouvait Lui ôter la vie, à moins qu’Il ne se livre Lui-même. Et c’est ce qu’Il a fait pour nous sauver et glorifier son Père. « À cause de ceci, le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie » (Jean 10. 17). Quel précieux Sauveur nous avons !
– Saül fut sans doute très fâché de voir que David s’était sauvé.
– Il ne le sut pas tout de suite ; Mical voulait donner à David le temps de s’enfuir aussi loin que possible, et voici ce qu’elle imagina. Elle prit le théraphim et le mit dans le lit, et plaça à son chevet un tissu de poils de chèvre, et le couvrit d’un tapis ». Et quand Saül envoya des hommes pour prendre David, Mical, en leur montrant le lit, leur dit : « Il est malade ».
– C’était bien imaginé, en effet ; mais il y a là plusieurs choses qui m’étonnent et que je ne comprends pas. Voudrais-tu d’abord me dire ce que c’est qu’un théraphim ?
– Plusieurs passages de l’Ancien Testament nous l’apprennent. Ainsi, lorsque Jacob quitta Laban, Rachel emporta les théraphim de son père. Et quand Laban a rattrapé Jacob, il lui dit, entre autres reproches : « Pourquoi m’as-tu volé mes dieux ? » (Gen. 31. 19 et 30). Dans le livre des Juges, nous lisons qu’un certain Mica ou Michée fit une image taillée et une image de fonte, et ainsi il eut, est-il dit, « une maison de dieux, et il fit un éphod et des théraphim » (Jug. 17. 4 et 5). Lis à ce sujet Juges 17. 1 à 5, où le nom de l’Éternel est employé par la mère de Michée, en même temps qu’elle parle de son dessein de faire des idoles.
– C’étaient donc des idoles ?
– Oui, c’étaient des images représentant des divinités qui étaient censées protéger la maison, la famille. Mais c’était une idolâtrie que Dieu condamnait (1 Sam. 15. 23), d’autant plus si on voulait l’associer à son culte. On donnait une certaine place à Dieu mais on gardait tout de même des idoles.
C’est comme de nos jours les chrétiens qui veulent servir en même temps Dieu et le monde (2 Cor. 6. 16 ; Jac. 4. 4 ; 1 Jean 2. 15), ce qui n’est pas possible.
– Comment donc David pouvait-il avoir une idole dans sa maison, lui un fidèle serviteur de l’Éternel ?
– Je pense, mon enfant, que c’était Mical qui avait apporté et vénérait cette idole. David, au milieu de ses préoccupations et de ses épreuves sans nombre, n’en avait pas eu connaissance quand Mical lui fut donnée pour femme, ou n’avait pas encore pu y mettre ordre. Il y a plus tard, dans la vie de David, un fait qui montre que Mical n’avait guère la connaissance de ce qui est dû à l’Éternel (2 Sam. 6. 16 et 20). Mais, de nos jours et au milieu de la chrétienté, on trouve une idolâtrie semblable à celle des théraphim ou dieux domestiques.
– Que veux-tu dire, maman ?
– Certains chrétiens n’ont-ils pas leurs saints patrons, qu’ils croient pouvoir les protéger, eux et leur maison, et dont ils ont les images ? N’est-il pas bien meilleur d’avoir l’Éternel comme Celui qui nous garde ? (Lisez le Ps. 121)
– Certainement, maman. Une autre chose qui m’a frappée, c’est que Mical dit un mensonge en faisant croire que David était malade.
– Sans doute, et nous ne pouvons l’excuser, bien qu’elle ait pu donner, selon le monde, de bonnes raisons. On peut dire que Mical n’avait pas la connaissance que nous avons. Mais pour nous, l’Écriture dit : « Ayant renoncé au mensonge, parlez la vérité chacun à son prochain » (Éph. 4. 25). Et dans l’Ancien Testament même, nous lisons : « Le juste hait la parole mensongère » (Prov. 13. 5). Le diable est le « père du mensonge » (Jean 8. 44).
– Mais si Mical n’avait pas dit cela, peut-être que l’on aurait rattrapé David ?
– L’Éternel était là pour le délivrer. Devons-nous faire du mal pour qu’il en arrive du bien ? Non, jamais, mon enfant. Nous avons à agir droitement en tout, et laisser le reste à Dieu. L’Éternel aurait délivré David, sans les mensonges de Mical.
– Oui, je comprends bien, maman. Mais que dit Saül, quand on lui rapporta que David était malade ?
– Il dit : « Apportez-le-moi dans le lit, pour le mettre à mort ».
– Quelle horrible méchanceté !
– Tel est le mauvais cœur de l’homme livré à ses passions. Dieu dit de lui qu’il est « sans miséricorde » avec des « pieds rapides pour verser le sang » (Rom. 1. 32 ; 3. 15), comme le diable « qui est meurtrier dès le commencement » (Jean 8. 44) ». De même que Saül poursuivit David jusqu’à la mort, ainsi le Seigneur Jésus fut aussi poursuivi par ses ennemis.
Quand les messagers de Saül vinrent pour prendre David, ils furent bien surpris de ne trouver dans le lit que le théraphim, et Saül fut irrité contre Mical. « Pourquoi » lui dit-il, « as-tu laissé aller mon ennemi ? »
– Mais David n’était pas l’ennemi de Saül. Il l’avait servi fidèlement.
– Tu as bien raison ; mais les méchants considèrent comme leurs ennemis ceux dont la conduite les condamne. Ainsi Caïn regardait sans doute Abel comme son ennemi. Mical répondit à son père par un nouveau mensonge. Elle prétendit que David l’avait menacée de la tuer, si elle ne le laissait pas aller. Elle eut tort. Elle aurait dû avoir le courage de dire : « Comment aurais-je exposé à la mort celui que j’aime ? » Quand nous faisons le bien, nous devons avoir le courage de ce que nous faisons. Mais nous nous sommes longtemps arrêtés sur cette partie de l’histoire de David. Nous verrons une autre fois où il s’enfuit et ce qui lui arriva.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAÜL (1 Samuel 18 et suivants)
– Veux-tu me dire, maman, où David s’enfuit quand il fut descendu par la fenêtre pour se sauver ?
– Il se réfugia auprès du vieux prophète Samuel qui demeurait toujours à Rama.
– Je pense, maman, que David ne pouvait pas mieux choisir sa retraite.
– En effet. Il croyait, sans doute, que Saül n’oserait pas le faire prendre auprès de l’homme de Dieu, et il avait bien besoin des consolations et des encouragements du prophète. Ils allèrent ensemble dans un endroit nommé Naïoth, près de Rama. Là se trouvait une assemblée de prophètes que Samuel présidait. Comme David, après ces épreuves devait être heureux au milieu de ces serviteurs de Dieu ! C’est ce qu’il exprime en disant : « Qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble » (Ps. 133. 1). Mais Saül apprit que David était là.
– Est-ce qu’il osa le faire prendre ?
– Il l’essaya au moins, car « il ne connaît pas la honte » (Soph. 3. 5) et en vient à ne plus rien respecter. Saül envoya des hommes pour prendre David. Mais la puissance de Dieu était là pour le protéger et montrer à Saül sa folie. Et cette puissance se manifesta d’une manière bien étrange et merveilleuse. Ce ne fut pas en consumant les messagers de Saül, comme plus tard ceux que le roi Achazia avait envoyés à Élie (2 Rois 1).
Non, quand les hommes qui devaient prendre David arrivèrent à Naïoth, l’Esprit de Dieu se saisit d’eux, et ils se mirent à prophétiser. On le rapporta à Saül qui, insensible aux manifestations divines, poursuivit son méchant dessein en envoyant une seconde et une troisième fois d’autres messagers qui, les uns et les autres, prophétisèrent.
– Saül aurait pourtant dû voir que Dieu ne voulait pas qu’il fasse du mal à David.
– Sans doute, mon enfant. Mais son cœur était tellement possédé par sa haine contre David, qu’il partit lui-même pour Rama.
– Pauvre Saül ! Il croyait donc être plus fort que Dieu ?
– Dieu lui montra le contraire. Il n’était pas encore arrivé que l’Esprit de Dieu le saisit en chemin, et il fut contraint de prophétiser jusqu’à ce qu’il fût arrivé à Naïoth. Et là, se dépouillant de ses vêtements devant Samuel, il continua à prophétiser et tomba nu par terre, et resta là tout un jour et toute une nuit.
– Quelle chose extraordinaire, maman ! Ainsi il ne put rien faire à David ?
– Non, le bras de l’Éternel protégeait « l’homme selon son cœur ». Et son adversaire gisait à terre, abattu, humilié, dépouillé, sous la puissante main de Dieu qu’il avait bravé. Qu’il est bon d’être sous la garde de Dieu ! L’étonnement de tous ceux qui virent Saül dans cet état fut grand, et l’on disait : « Saül aussi est-il parmi les prophètes ? »
– Je me rappelle, maman, qu’au commencement, il avait déjà prophétisé, et on avait dit de lui la même chose (1 Sam. 10. 11).
– C’est vrai, mais alors la puissance de Dieu était en lui pour l’encourager au début de son règne, tandis que maintenant c’était pour arrêter sa méchanceté.
– Il prophétisait comme le méchant prophète Balaam qui voulait maudire le peuple de Dieu, et qui fut forcé de le bénir (Nomb. 23).
– En effet. Et comme Balaam aussi, Saül ne fut pas détourné de sa mauvaise voie et continua à persécuter David.
– Et David, que fit-il ensuite ?
– II comprit que sa place n’était plus auprès de Saül qui n’avait pas craint de chercher sa vie même auprès du prophète de Dieu, et chez lequel il n’y avait plus de crainte de Dieu. Son cœur en était sans doute bien affligé, et il alla trouver son ami Jonathan pour lui confier ses peines, et lui raconta comment Saül cherchait à le faire mourir. Jonathan ne pouvait pas croire cela de son père, puisqu’il lui avait juré de ne pas faire mourir David. Mais David insista et dit : « Certes, il n’y a qu’un pas entre moi et la mort ».
– Je trouve très beau de Jonathan de ne pas vouloir croire du mal de son père.
– Tu as raison, mon enfant. Il l’aimait et l’honorait, et il agissait comme Sem et Japheth qui refusaient de voir la honte de leur père (Gen. 9. 23). Alors David voulut éprouver si, en effet, Saül était peut-être revenu à d’autres sentiments à son égard après avoir été sous la main de Dieu. Il dit donc à Jonathan : « C’est demain la fête de la nouvelle lune (voyez Nomb. 28. 11), et je devrai m’asseoir auprès du roi pour manger. Laisse-moi donc aller, et je me cacherai dans les champs jusqu’au troisième soir. Si ton père s’aperçoit de mon absence, tu diras : David m’a demandé instamment de courir à Bethléhem, sa ville, car il y a là un sacrifice annuel pour toute la famille. S’il dit ainsi : « C’est bon ! » il y a paix pour ton serviteur. Mais s’il se met dans une grande colère, sache que le mal est décidé de sa part ».
– C’était un bon moyen de connaître les sentiments de Saül, mais David n’engageait-il pas Jonathan à dire un mensonge ?
– Nous ne savons pas si, à l’occasion de cette fête de la nouvelle lune, la famille de David ne se réunissait pas à Bethléhem pour offrir un sacrifice. David pouvait donc dire vrai. Quoiqu’il en soit, David supplia Jonathan d’user de bonté envers lui, de se rappeler l’alliance qu’ils avaient faite ensemble et de le faire mourir lui-même, plutôt que de le conduire à Saül.
– Oh ! Jonathan n’aurait jamais voulu faire du mal à David.
– Certainement, non. Mais pour que tu voies la tendre affection de tes deux amis, je veux te dire le touchant entretien qu’ils eurent ensemble. Jonathan dit à son ami : « Loin de toi une telle pensée ; car si je savais certainement que mon père fût décidé à faire venir le mal sur toi, ne t’en informerais-je pas ? Et David dit à Jonathan : qui m’en informera ? Et si ton père te fait une réponse dure… ? Et Jonathan dit à David : Viens et sortons aux champs ».
– Pourquoi lui dit-il cela ?
– Je pense que c’était afin d’être plus tranquilles. Ils sortirent donc aux champs. « Et Jonathan dit à David : Éternel, Dieu d’Israël ! quand j’aurai sondé mon père demain à cette heure, ou après-demain, s’il y a quelque chose de bon pour David, et qu’alors je n’envoie pas vers toi et ne te le découvre pas, que l’Éternel fasse ainsi à Jonathan, et ainsi y ajoute ! »
– Que voulait dire Jonathan, maman, par ces dernières paroles ?
– C’était la forme d’un serment solennel. Il appelait sur soi la colère et le châtiment de Dieu que si l’on n’accomplissait pas ce que l’on avait dit (voyez 1 Sam. 14. 44 ; 2 Sam. 3. 9). Jonathan prenait ainsi l’Éternel à témoin de sa fidélité envers David. Il continua ainsi : « S’il semble bon à mon père de te faire du mal, je te le ferai savoir, et je te laisserai aller, et tu t’en iras en paix. Et que l’Éternel soit avec toi, comme il a été avec mon père ».
– II me semble, maman, que Jonathan devait beaucoup souffrir de voir son père rejeté de Dieu, et son ami David persécuté par Saül.
– Oui, sans doute. C’était un cœur fidèle et aimant, rempli de tendresse. Mais en même temps, il avait la foi dans la parole de Dieu, et savait que l’Éternel accomplirait ce qu’Il avait dit touchant David, et que David régnerait. Aussi, prévoyant ce moment, ajoute-t-il ces paroles touchantes : « Et n’est-ce pas ? si je suis encore vivant, n’est-ce pas, tu useras envers moi de la bonté de l’Éternel, et je ne mourrai point ; et tu ne retireras point ta bonté de ma maison, à jamais, non pas même lorsque l’Éternel retranchera chacun des ennemis de David de dessus la face de la terre ? » Tu vois, il ne nomme pas son père, mais il sait que Dieu qui aime David le délivrera de tous ses ennemis. Et David se souvint plus tard de l’amour de Jonathan.
– Je suis bien contente, maman, d’entendre toutes ces belles paroles de Jonathan. En t’écoutant, j’ai les larmes aux yeux. Quelle tendre et fidèle amitié. C’est bien doux de trouver un ami tel que Jonathan ou David.
– En effet, c’est un vrai trésor qu’un véritable ami. Le roi Salomon le dit : « L’ami aime en tout temps, et un frère est né pour la détresse ». Et aussi : « Il est tel ami plus attaché qu’un frère » (Prov. 17. 17 ; 18. 24). Voyez l’histoire de Mephibosheth (2 Sam. 9).
Mais les plus solides amitiés de la terre peuvent manquer, tandis qu’il existe un Ami qui ne manque jamais et qui nous aime plus tendrement que David et Jonathan ne s’aimaient l’un l’autre.
– Je sais qui tu veux dire. C’est Jésus ; comme le dit notre beau cantique :
Jésus est notre Ami suprême ;
Oh ! quel amour !
– Oui, que ton cœur s’attache à cet Ami qui a donné sa vie pour nous, car ainsi que dit un autre cantique :
Jamais son amour fidèle
À nos vœux ne manquera ;
C’est une source éternelle
Qui jamais ne tarira.
Continuons l’histoire de nos deux amis. « Jonathan fit alliance avec la maison de David », et dit : « Que l’Éternel le redemande de la main des ennemis de David ! Et Jonathan fit encore jurer David par l’amour qu’il lui portait ; car il l’aimait comme il aimait son âme » (1 Sam. 20). Il n’y a pas d’expression plus forte pour exprimer l’affection de ces deux amis, mais l’amour de Jésus est plus grand encore ; Il nous a aimés quand nous étions ses ennemis et s’est alors donné pour nous.
Après ce que je t’ai raconté, Jonathan convint avec David de le rencontrer, le troisième jour, en un certain endroit. David se tiendrait caché, et ils se séparèrent.
– Je me demande ce que fit Saül en voyant que David était absent. Il me semble qu’il devait s’y attendre. Il pouvait bien penser que David aurait peur de venir en sa présence.
– Il croyait, sans doute, que David n’oserait pas manquer à ce que Saül regardait comme un devoir envers lui. Le premier jour, il ne dit rien en voyant que la place de David était vide. Il se dit : « Il n’est pas pur ». Il y avait diverses circonstances selon la loi de Moïse qui rendaient un homme impur pendant un jour (Nomb. 19. 22 ; Lév. 11. 31) et il devait rester à part. Mais le second jour, voyant que David n’était encore pas là, il dit à Jonathan : « Pourquoi le fils d’Isaï n’est-il pas venu au repas ni hier, ni aujourd’hui ? » Jonathan répondit comme il en était convenu avec David.
Mais Saül entra dans une violente colère et dit en effet à Jonathan les paroles les plus dures : « Ne sais-je pas que tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte et à la honte… de ta mère ? Car tous les jours que le fils d’Isaï sera vivant sur la terre , tu ne seras pas établi, ni toi ni ton règne ; … Amène-le-moi; car il mourra certainement ».
– Pauvre Jonathan ! Comme il a dû être affligé !
– Sans doute, mais il se montra fidèle envers David, comme nous devons l’être à Christ. Il répondit courageusement : « Pourquoi serait-il mis à mort ? Qu’a-t-il fait ? » Dans une autre occasion, Saül avait écouté son fils ; mais comme il ne s’était jamais humilié réellement devant Dieu, son cœur s’était toujours plus endurci, et dans sa colère, il jeta sa lance contre Jonathan pour le frapper. Celui-ci vit bien alors que c’était chez Saül une chose décidée de faire mourir David.
Rempli de douleur, il quitta la table du roi, et le lendemain matin, se rendit au lieu convenu avec David. Il lui avait donné pour signe qu’il lancerait trois flèches et enverrait son serviteur les chercher. S’il criait au serviteur :« Les flèches sont en deçà de toi » c’était un signe favorable à David ; s’il criait : « Les flèches sont au-delà de toi » c’était la marque des dispositions meurtrières de Saül. C’est, hélas cette dernière chose qu’il eut à faire ; Jonathan renvoya son serviteur, David sortit du lieu où il se tenait, et Jonathan et lui s’embrassèrent l’un l’autre et pleurèrent l’un avec l’autre, jusqu’à ce que les pleurs de David devinrent excessifs.
Ils devaient se séparer. « Va en paix » dit Jonathan, « selon que nous avons juré, nous deux, au nom de l’Éternel, disant : « L’Éternel sera entre moi et toi, et entre ma descendance et ta descendance, à toujours ! ». Et David commença sa vie errante, devant les poursuites acharnées de Saül, et Jonathan retourna auprès de son père, mais toujours attaché à son ami.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAÜL (1 Sam. 18 et suivants)
– Nous allons maintenant suivre David dans le cours de sa vie errante, poursuivi avec acharnement par Saül. Il nous offre ainsi une figure du Seigneur Jésus dans son humiliation ici-bas, persécuté par les Juifs, ses ennemis. Nous voyons aussi en David un type de ce que sera plus tard le résidu juif fidèle, en butte aux violences du faux roi, l’Antichrist. C’est pourquoi nombre de psaumes écrits par David et qui rappellent les incidents de sa vie errante, ont été inspirés par l’Esprit de Christ en vue des souffrances de ce résidu (Ps. 11, 35, 52, 54, 57, 59, 142 etc).
Mais tandis que Christ, le divin Modèle, endurant à la contradiction des pécheurs (Héb. 12. 3), n’a jamais manqué, nous voyons plus d’une fois David, dans les circonstances éprouvantes où il se trouvait, montrer qu’il n’était qu’un homme faillible comme nous. Toutefois, il était toujours le bien-aimé de Dieu, et dans ses manquements même, nous trouvons des leçons pour nous.
– Il y a une chose qui m’étonne. Pourquoi David, qui était pourtant le vrai roi, et qui était aimé du peuple, ne se met-il pas à la tête des guerriers d’Israël pour résister à Saül, qui n’était plus roi ? Cela aurait été plus beau que de fuir toujours.
– Aux yeux des hommes, peut-être ; mais il y a une raison toute simple à la conduite de David, mon enfant, et elle fait ressortir la beauté de son caractère : L’Éternel ne lui avait pas dit de prendre les armes contre Saül. Le moment n’était pas venu de manifester ouvertement sa royauté. Elle n’existait que pour ceux qui avaient la foi, comme Jonathan et quelques autres. Et cela ne nous rappelle-t-il pas le Seigneur Jésus ? Lorsque la multitude vient pour Le prendre et Le faire roi, Il se retire sur la montagne (Jean 6. 15). Pourquoi ? C’est que, bien qu’il fût roi, le moment n’était pas venu pour que sa royauté soit reconnue publiquement. Il devait d’abord souffrir.
Quand Pilate lui dit : « Toi, tu es le roi des Juifs ? » Jésus répond : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu afin que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18. 31 à 37). Plus tard, la royauté de Jésus, comme le fut celle de David, sera proclamée à la face de l’univers (Ps. 2. 6 à 9 ; Apoc. 11. 15). David, de même que le Seigneur Jésus, devait aller à la gloire par les souffrances, et il en est de même de nous, si nous sommes fidèles (1 Pier. 1. 11 ; 2 Tim. 2. 3 et 11).
– Je comprends maintenant pourquoi David, qui avait vaincu Goliath, et avait été le libérateur d’Israël, consent à n’être qu’un pauvre fugitif. Elle est bien belle, cette ressemblance entre David et le Seigneur.
– Continuons maintenant notre histoire. Te rappelles-tu où nous avions laissé David ?
– C’est quand lui et son ami Jonathan se sont séparés l’un de l’autre. Où alla le pauvre David ?
– Il se rendit à Nob, ville de la tribu de Benjamin, où se trouvaient le tabernacle et le souverain sacrificateur Akhimélec.
– Mais je croyais que le tabernacle était à Silo (1 Sam. 1. 3 ; Jos. 18. 1).
– En effet, il y avait été. Mais à une époque qui ne nous est pas indiquée, il fut transféré à Nob. Peut-être Saül avait-il voulu l’avoir sur le territoire de sa tribu ? Plus tard, sans doute après la destruction de la ville de Nob, dont nous parlerons, il fut transporté à Gabaon (2 Chron. 1. 3 ; 1 Chron. 16. 39 et 40). Gabaon était une des villes données aux sacrificateurs (Jos. 9. 17). Mais l’arche de l’alliance n’était pas dans le tabernacle. Elle était restée dans la maison d’Abinadab, depuis qu’elle était revenue du pays des Philistins (1 Sam. 7. 1). David vint donc à Nob, peut-être pour consulter l’Éternel. Mais quand Akhimélec le vit, il fut tout effrayé.
– Pourquoi eut-il peur ? Il savait bien que David était un serviteur de Dieu et ne voulait point lui faire de mal.
– Akhimélec avait sans doute entendu parler des mauvais desseins de Saül contre David, et en le voyant venir seul, sans escorte, il pensa que David s’enfuyait pour échapper à son ennemi. « Pourquoi es-tu seul » lui dit-il, « et n’y a-t-il personne avec toi ? » David, pour rassurer le sacrificateur, et en même temps ne rien dire qui puisse attirer sur lui la colère de Saül, répondit : « Le roi m’a commandé quelque chose, et m’a dit : que personne ne sache rien de l’affaire pour laquelle je t’envoie, ni de ce que je t’ai commandé. Et j’ai indiqué à mes jeunes hommes (« Mes jeunes hommes » signifie « mes gens » « mes serviteurs ») un certain lieu ».
– Mais, maman, ces paroles de David me semblent encore un affreux mensonge.
– Pour ce qui est des jeunes hommes, David disait vrai, car le Seigneur Jésus, rappelant ce fait de la vie de David, dit : « Lui et ceux qui étaient avec lui » (Marc 2. 25) ». Mais pour ne point attirer l’attention, David était venu seul auprès du sacrificateur. Quant au reste, tu as raison : c’était un mensonge. Pourquoi David le proféra-t-il ? En voici, je pense, la raison. David avait vu auprès d’Akhimélec un serviteur de Saül, Doëg, et il craignait que cet homme n’aille rapporter à son maître qu’il était venu chez le sacrificateur, et que cela ne nuise à Akhimélec. C’est pourquoi, pour que l’on n’ait rien à reprocher à ce dernier, il feint d’être envoyé par le roi. Mais, mon enfant, rien n’excuse le mensonge.
La loi le défendait ; Dieu le hait ; le diable est menteur et le père du mensonge, et l’Esprit Saint, dans le Nouveau Testament, l’interdit aux chrétiens (Lév. 19. 11 ; Prov. 12. 22 ; Jean 8. 44 ; Éph. 4. 25 ; Col. 3. 9). Et, comme nous le verrons plus loin, cette triste précaution de David ne servit à rien.
– Mais pour quelle raison David s’était-il rendu auprès d’Akhimélec ?
– Je t’ai dit que c’était peut-être pour consulter l’Éternel. Mais, outre cela, David, dans sa fuite précipitée, n’avait pas eu le temps de prendre des armes, ni des vivres. Puisqu’il faisait semblant d’être venu de la part du roi, il pouvait demander à Akhimélec de lui donner ce qui lui manquait. Il lui dit donc : « Et maintenant, qu’as-tu sous la main ? Donne-moi dans ta main cinq pains, ou ce qui se trouvera ». Mais le sacrificateur lui répondit : « Je n’ai point sous la main de pain commun, il n’y a que du pain sacré ».
– Qu’est-ce que c’était que ce pain sacré, maman ?
– Tu devrais t’en souvenir. On appelait ainsi les pains de proposition, au nombre de douze, cuits sans levain et placés sur la table d’or dans le lieu saint. On les remplaçait tous les jours de sabbat. Ceux que l’on ôtait ne pouvaient être mangés que par les sacrificateurs dans un lieu saint (Lév. 24. 6 à 9 ; Marc 2. 23 à 27).
– Le sacrificateur ne pouvait donc pas les donner à David ?
– Il le fit cependant ; Dieu le permettait dans cette occasion, car c’était pour le roi qu’il avait oint et que les méchants rejetaient, et la grâce de Dieu envers ce roi s’élevait au-dessus des ordonnances de la loi. La vie de David était plus précieuse que le pain. Le Seigneur Jésus nous enseigne que c’était bien la pensée de Dieu, lorsqu’il cite cet exemple pour défendre ses disciples contre les pharisiens, et qu’il dit à ceux-ci « Le Fils de l’homme est seigneur du sabbat » (Mat. 12. 8). David dit aussi à Akhimélec : « N’as-tu pas ici sous la main une lance ou une épée ? car je n’ai pris dans ma main ni mon épée ni mes armes, parce que l’affaire du roi était pressante ».
– Je me figure qu’il ne devait point y en avoir. Les sacrificateurs ne faisaient pas la guerre.
– En effet. Akhimélec n’avait point d’armes dont il se soit servi. Mais il dit à David : « L’épée de Goliath, le Philistin, que tu as frappé dans la vallée d’Éla, la voilà, enveloppée dans un manteau derrière l’éphod ; si tu veux la prendre, prends-la ; car il n’y en a point d’autre ici que celle-là ».
– Sais-tu comment elle se trouvait-là ?
– Non ; il ne nous en est rien dit. Nous savons seulement que les anciens peuples consacraient souvent dans leurs temples les armes de leurs ennemis vaincus (1 Sam. 31. 10). Nous pouvons supposer que David en avait fait de même de l’épée qui avait ôté la vie à l’ennemi d’Israël. Et maintenant, elle va servir à défendre le roi fugitif contre Israël devenu son ennemi. Quelle chose étrange ! « Il n’y en a point de pareille » dit David ; Il en avait éprouvé la puissance ; mais nous ne voyons nulle part qu’il s’en soit servi ni contre Saül, ni contre les Israélites. Seulement, errant çà et là, il pouvait avoir à tirer l’épée contre d’autres que ceux de sa nation, et nous verrons que cela arriva (1 Sam. 23. 1 à 5).
Ainsi David était nourri du pain du sanctuaire et armé de l’épée qui avait été consacrée à Dieu après avoir détruit l’ennemi. Nous aussi, en traversant la terre, nous sommes nourris dans nos âmes du pain de Dieu, de Christ (Jean 6. 32 à 35 ; 48 à 51), et nous sommes armés, pour la lutte contre Satan, de l’épée de la Parole de Dieu (Éph. 6. 17).
– Tu m’as parlé d’un serviteur de Saül qui se trouvait auprès d’Akhimélec. Qui était-il et que faisait-il là ?
– Doëg était un Édomite, c’est-à-dire un descendant d’Ésaü, frère de Jacob. Bien qu’ils aient été ainsi proches parents des Israélites, les Édomites s’étaient toujours montrés leurs pires ennemis (Nomb. 20. 14 à 21 ; Abdias 7 à 14). Et c’est une chose tristement frappante de voir Saül, devenu ennemi de David, être associé à un homme de cette race, qui se montra, comme nous le verrons, l’adversaire impitoyable des amis de David.
Doëg était le chef des bergers de Saül ; car Saül était devenu riche. Ce n’était plus comme au temps où il labourait lui-même ses terres (1 Sam. 11. 5). Il avait prospéré extérieurement, sans doute, par le butin pris sur ses ennemis. Il était un roi entouré de ses gardes, distribuant des honneurs, des champs et des vignes, à ceux qui s’attachaient à lui (1 Samuel 22. 7). Il n’en était pas plus heureux ; car comment pourrait-on l’être quand on est loin de Dieu ? Saül avait peut-être envoyé Doëg porter un message à Akhimélec, et c’est ainsi qu’il se trouvait « retenu devant l’Éternel » c’est-à-dire devant le tabernacle. Nous verrons, une autre fois, le triste résultat de la présence de Doëg à l’entrevue de David et d’Akhimélec.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAÜL (1 Sam. 18 et suivants)
– Te rappelles-tu où nous en étions restées de l’histoire de David ?
– Oui, maman ; c’est lorsqu’il quitte le sacrificateur Akhimélec, après avoir pris l’épée de Goliath. J’aimerais bien savoir où il alla ensuite.
– Tu aurais de la peine à le deviner. Il se réfugia auprès d’Akish, roi de Gath.
– Mais ce n’était pas du tout sa place d’aller chez les ennemis de son peuple.
– Non, mon enfant, et Dieu le lui fit bientôt sentir. Ce fut de la part de David un manque de confiance en son Dieu. Il agit comme autrefois Abraham qui, craignant la famine, descendit en Égypte (Gen. 12. 9 à 20). Nous ne devons jamais, pour éviter un danger, ou pour sortir d’une difficulté, faire quelque chose que Dieu n’approuve pas.
– Comment Akish reçut-il David ?
– Akish aurait peut-être bien accueilli le pauvre fugitif, mais ses serviteurs ne furent pas de cet avis. Ils se souvenaient trop bien des défaites réitérées que David avait infligées aux Philistins. « N’est-ce pas là David, le roi du pays ? » dirent-ils. « N’est-ce pas au sujet de celui-ci qu’on s’entre-répondait dans les danses, en disant : Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille ? » Et ils auraient sans doute été tout disposés à faire payer cher à David ses exploits, comme ils l’avaient fait à Samson (Jug. 16. 21 à 24).
En entendant cela, David eut peur. Il n’avait échappé à Saül que pour tomber entre les mains d’autres ennemis. Comment sortir de ce mauvais pas ? Ce ne fut pas d’une manière bien honorable. Il contrefit l’insensé. Et il avait été bien insensé, en effet, d’aller chez les Philistins. Mais quelle humiliation pour le roi d’Israël d’être réduit à faire le fou devant les ennemis du peuple de Dieu !
– Qu’est-ce que lui fit Akish, en le voyant dans cet état ?
– David, au fond de son cœur, dans l’opprobre et l’angoisse où il se trouvait, cria à son Dieu, comme nous le montre le Psaume 56. Nous y lisons ces paroles touchantes : « Use de grâce envers moi, ô Dieu, car l’homme voudrait m’engloutir… Tu comptes mes allées et mes venues ; mets mes larmes dans tes vaisseaux… Mes ennemis retourneront en arrière, au jour où je crierai ; je sais cela, car Dieu est pour moi ». Dieu, en effet, le délivra. Akish le chassa de devant lui et David échappa. Il put dire alors : « Tu as délivré mon âme de la mort ».
C’est alors aussi qu’il exprima par le beau Psaume 34 les sentiments de reconnaissance, de confiance et d’adoration qui remplissaient son cœur après sa délivrance : « J’ai cherché l’Éternel » dit-il « et il m’a répondu, et m’a délivré de toutes mes frayeurs… Cet affligé a crié ; et l’Éternel l’a entendu, et l’a sauvé de toutes ses détresses. L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre. Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ! Bienheureux l’homme qui se confie en lui ! »
– C’est bien beau, maman… et on le comprend surtout en pensant aux circonstances où David se trouvait quand il disait ces paroles. Pauvre David ! Il était chassé de partout. Il me fait penser au Seigneur Jésus, qui n’avait pas un lieu pour reposer sa tête (Mat. 8. 20).
– Oui, comme je te l’ai dit, à part ses manquements, David persécuté est un type du Seigneur « qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même » (Héb. 12. 3). David quitta le pays des Philistins et vint chercher un refuge dans la caverne d’Adullam.
– Où est cet endroit, maman ?
– C’est dans une gorge très sauvage, à environ deux heures au sud-est de Bethléhem. Un voyageur la décrit ainsi : « Nous partîmes pour la caverne, ayant au-dessous de nous une terrible gorge, et au-dessus des rochers gigantesques. Le sentier court en serpentant le long d’une corniche de rochers, et il est étroit à faire frissonner ceux d’entre nous dont la tête n’aurait pas été solide. À la fin, depuis un quartier de roc suspendu au bord de la corniche, nous fîmes un grand saut, pour entrer sous une porte basse s’ouvrant dans la face perpendiculaire du rocher. Nous étions dans le lieu fort de David.
Après avoir rampé, courbés en deux, à travers un étroit couloir de quelques mètres de longueur, nous nous trouvâmes sous la sombre voûte de la première chambre de cette mystérieuse caverne, dans un air étouffant. Toutes nos lumières ne faisaient guère que rendre plus visible l’humide obscurité.
Nous revînmes à la lumière du jour pleinement convaincus que Saül, à la tête de toutes les troupes d’Israël, n’aurait jamais pu se frayer un passage dans un tel lieu défendu par David et ses guerriers au cœur de lion… David, quand il était berger et qu’il conduisait ses troupeaux sur ces collines, avait sans doute appris à connaître, dès son enfance tous les recoins de cette caverne, familière aussi aux bergers d’aujourd’hui (voyez ch. 30. 2, 3, 6, 18, 19 et 22).
Un autre voyageur dit : « La caverne a cent-vingt pieds de long et quarante de large, mais elle est d’une forme irrégulière. Elle pourrait facilement donner asile à sept cents hommes… »
Ces détails te feront mieux comprendre pourquoi David choisit cet endroit pour s’y réfugier. Ses frères et toute la maison de son père, ayant appris qu’il était là, se rendirent auprès de lui. Ils craignaient peut-être que le méchant Saül ne veuille aussi se venger sur eux. Comme la caverne d’Adullam n’était pas loin de Bethléhem, il leur fut facile de s’y rendre. Même son vieux père et sa mère y vinrent.
– Ce devait être une grande consolation pour David d’avoir sa famille avec lui. Mais cette caverne d’Adullam me fait penser à un passage du beau chapitre 11 de l’épître aux Hébreux. Veux-tu que je te le lise ?
– Volontiers, mon enfant.
– C’est le verset 38 : « Eux (desquels le monde n’était pas digne), ils ont été errants dans les déserts et les montagnes, et les cavernes et les trous de la terre ». Ne penses-tu pas que cela s’applique bien à David ?
– Certainement, et depuis David à beaucoup d’autres qui, parce qu’ils étaient fidèles au Seigneur, ont dû fuir et se cacher de devant leurs persécuteurs. Outre la famille de David, d’autres hommes d’Israël se joignirent à David dans la caverne d’Adullam. Ils vinrent là, sans doute, avec leurs familles.
– Qui étaient ces hommes, maman ? Ils aimaient David sans doute et voulaient le défendre, n’est-ce pas ?
– Je pense bien qu’ils étaient attachés à David, mais ce qui les conduisit d’abord auprès de lui, ce fut leur condition misérable. C’étaient « tout homme qui était dans la détresse, et tout homme qui était dans les dettes, et tout homme qui avait de l’amertume dans l’âme s’assembla vers lui, et il fut leur chef ; et il y eut avec lui environ quatre cents hommes ».
– Il me semble d’après cela, maman, que ce n’étaient peut-être pas des gens très estimables.
– Ceux qui soutenaient Saül, le roi rejeté de Dieu, pouvaient penser ainsi et les traiter de vagabonds et de gens de rien, mais rien ne dit qu’on eût quelque chose à leur reprocher, au contraire (v. 15). Mais Saül faisait peser sa tyrannie sur le pays, comme Samuel l’avait annoncé aux Israélites (Comparez 1 Sam. 8. 14 à 16, et 22. 7), et rien d’étonnant à ce que, pour satisfaire aux exigences du roi, aux impôts qu’il levait, il y eût des hommes ruinés, dans les dettes, la détresse et l’amertume.
Ils se réfugiaient donc vers David pour échapper à l’oppression qui pesait sur eux, et leur cœur s’attacha au vrai roi persécuté. Nous voyons par un exemple, quel était leur dévouement à sa personne. Lis au chapitre 23 du second livre de Samuel, les v. 13 à 17.
– « Et trois des trente chefs descendirent et vinrent au temps de la moisson vers David, dans la caverne d’Adullam, comme une troupe de Philistins était campée dans la vallée des Rephaïm. Et David était alors dans le lieu fort, et il y avait alors un poste des Philistins à Bethléhem. Et David convoita, et dit : qui me fera boire de l’eau du puits de Bethléhem, qui est près de la porte ? Et les trois hommes forts forcèrent le passage à travers le camp des Philistins, et puisèrent de l’eau du puits de Bethléhem, qui est près de la porte, et la prirent et l’apportèrent à David ; et il ne voulut pas la boire, mais il en fit une libation à l’Éternel. Et il dit : loin de moi, Éternel, que je fasse cela ! N’est-ce pas le sang des hommes qui sont allés au péril de leur vie ? Et il ne voulut pas la boire ».
– Je vois, maman, comme ils devaient aimer David. Mais, sais-tu, maman, à quoi tout cela me fait penser ? C’est à Jésus, auprès duquel venaient les pauvres pécheurs et les affligés, et Il les sauvait, les délivrait et les consolait. Et alors, ils L’aimaient de tout leur cœur.
– Tu as raison, mon enfant. C’est ainsi que la grande pécheresse qui vint à Lui dans la maison de Simon, reçut le pardon de ses péchés et aima beaucoup le Seigneur. Marie de Magdala aussi, ayant été délivrée par Lui de la puissance de sept démons, s’attacha à Lui de tout son cœur (Luc 7. 47 à 50 ; 8. 2). Et maintenant encore, c’est auprès de Lui seul que les cœurs brisés à la vue de leurs péchés, que les âmes troublées et affligées, peuvent trouver le repos et le pardon. Et ce précieux Sauveur, dont le cœur est rempli d’amour, leur dit : « Venez à moi, et je vous donnerai du repos » (Mat. 11. 28). Et lorsque, une fois, on a trouvé le repos près de Lui, comment ne l’aimerait-on pas ? « Nous l’aimons, parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19).
Mais comme au temps de David, ceux qui se réfugiaient auprès de lui, qui se rangeaient sous sa bannière, étaient méprisés, ainsi de nos jours, les fidèles serviteurs de Jésus ne sont pas bien vus du monde. « Le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3. 1). Mais que valait-il mieux, être avec Saül ou avec David ? Que vaut-il mieux, être avec le monde qui passe, ainsi que sa vanité, ou avec Jésus qui demeure éternellement ?
– Oh ! avec Jésus, maman. Jésus nous aime et nous a ouvert le ciel, et Il nous y conduit. Il vaut bien mieux que le monde ne nous connaisse pas et être une des brebis de Jésus.
– Nous verrons une autre fois la suite de l’histoire de David.
DAVID EST PERSÉCUTÉ PAR SAÜL (1 Sam. 18 et suivants)
– Est-ce que David resta longtemps dans la caverne d’Adullam ?
– Nous ne savons pas ; mais pendant qu’il y était, voulant mettre en sûreté ses vieux parents et leur épargner les privations inhérentes à sa position, il les conduisit chez le roi de Moab auquel il dit : « Je te prie, que mon père et ma mère se retirent chez vous jusqu’à ce que je sache ce que Dieu fera de moi ». Ils demeurèrent là tout le temps que David fut dans la caverne.
– J’aime bien voir David prendre ainsi soin de son père et de sa mère au milieu de ses propres épreuves. En t’entendant, maman, je ne puis m’empêcher de me rappeler le Seigneur Jésus qui, sur la croix, pensait à sa mère (Jean 19. 25 à 27).
– Tu as raison. Et il est aussi très touchant de voir la confiance que David a en Dieu. Il ne dit pas : « Jusqu’à ce que j’aie échappé à Saül ; » mais « jusqu’à ce que je sache ce que Dieu fera de moi ». Il attend tout de Dieu, à Qui il disait : « Garde ma vie de la crainte de l’ennemi » (Ps 64). Après un certain temps, Gad, le prophète, dit à David : « Ne demeure pas dans le lieu fort ; va et entre dans le pays de Juda ».
Pourquoi, maman, Gad dit-il cela à David ? N’était-il pas beaucoup plus en sûreté dans cette caverne ? Est-ce que David lui obéit ?
– Sans doute, mon enfant. Gad était prophète. L’Éternel parlait à David par sa bouche, et David ne devait-il pas obéir sans raisonner ?
– Oh ! certainement, maman ; je n’y avais pas pensé. Il faut toujours faire ce que Dieu nous dit. Il sait mieux que nous où il est bon que nous allions, et ce qu’il est utile que nous fassions. David était bien heureux d’avoir quelqu’un qui lui parle de la part de Dieu pour lui dire ce qu’il devait faire.
– Nous avons aussi un guide divin. C’est la Parole de Dieu, dont David disait : « Ta parole est une lampe à mon pied, et une lumière à mon sentier (Ps. 119. 105).
Mais David était, en effet, très heureux, tout fugitif qu’il ait été, d’avoir près de lui le prophète Gad. Le pauvre Saül, désobéissant à Dieu, n’avait pas cet avantage. Pour se diriger, il n’avait que les pensées de son méchant cœur conduit par Satan, aussi nous allons voir jusqu’où il se laissa entraîner.
– Dans quel endroit David se rendit-il en quittant la caverne d’Adullam ?
– Il alla dans la forêt de Héreth ; et Saül apprit que David et ses hommes étaient sortis de leur lieu fort. Cela réveilla, pour ainsi dire, les mauvais sentiments de Saül à l’égard de David. Il pensa qu’il pourrait aisément se saisir de lui. Mais l’Éternel veillait sur David et toute la haine de Saül ne pouvait empêcher Dieu d’accomplir ses desseins envers l’homme qu’Il avait choisi, « l’homme selon son cœur ».
Mais, aux yeux du monde, quelle différence entre le vrai roi et le roi rejeté ! Tandis que David était obligé de fuir et de se cacher comme un malheureux, Saül était assis à Guibha sous un tamarisc, sur la hauteur, la lance à la main, comme un prince puissant entouré de tous ses serviteurs. Mais qui était le plus heureux ?
– David, à coup sûr, maman ; car Dieu était avec lui.
– Oui. David pouvait dire, malgré la haine de son ennemi : « Sur Dieu seul mon âme se repose paisiblement ; de lui vient mon salut. Lui seul est mon rocher et mon salut, ma haute retraite ; je ne serai pas beaucoup ébranlé… Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui (Ps. 62. 1 à 7).
– Tandis que le malheureux Saül agité, inquiet, ne trouvait aucun repos – car « il n’y a point de paix pour les méchants (És. 57. 21). Son esprit était toujours possédé du désir de saisir David et de le faire mourir, comme plus tard les méchants Juifs complotaient sans cesse contre le Seigneur Jésus (Jean 5. 16 et 11. 53 ; Mat. 27. 1 et 12. 14). Plein de ces pensées, il disait, avec reproche, à ses serviteurs : « … que personne ne m’avertis quand mon fils fait alliance avec le fils d’Isaï… , et que mon fils a soulevé contre moi mon serviteur pour me dresser des embûches, comme il le fait aujourd’hui ? » (ch. 22. 8)
– Mais c’était très injuste, maman. Jonathan n’avait pas excité David contre son père, et David ne voulait point faire de mal à Saül.
– Tu as bien raison ; mais la jalousie et la haine sont toujours injustes, et accusent les autres de ce qu’elles désirent faire elles-mêmes. Les paroles insensées de Saül tombèrent dans des oreilles trop bien disposées à saisir l’occasion de faire du mal afin d’en tirer quelque avantage. Doëg, l’Édomite, dont tu te souviens bien, n’est-ce pas, était là, parmi les serviteurs de Saül ; le premier d’entre eux. Voulant sans doute se faire bien voir de Saül, il lui dit : « J’ai vu le fils d’Isaï venir à Nob vers Akhimélec, fils d’Akhitub ; et il a interrogé l’Éternel pour lui, et il lui a donné des provisions, et il lui a donné l’épée de Goliath, le Philistin ».
– Ah ! pauvre Akhimélec, j’ai bien peur pour lui. Et cependant il n’avait voulu rien faire contre Saül, puisque David lui avait dit qu’il était envoyé par le roi.
– Je t’ai dit que la haine rend aveugle et injuste. Saül fut bien aise de décharger sa colère sur quelqu’un, à défaut de David. Il fit donc venir Akhimélec et toute sa famille, et tous les sacrificateurs qui étaient à Nob. « Pourquoi, Akhimélec, avez-vous conspiré contre moi, toi et le fils d’Isaï, que tu lui aies donné du pain et une épée, et que tu aies interrogé Dieu pour lui, afin qu’il s’élevât contre moi pour me dresser des embûches ? »
– C’était vrai que David avait reçu du sacrificateur du pain et une épée ; mais non pas qu’il ait conspiré contre Saül, n’est-ce pas ?
– Non sans doute ; mais c’est ainsi que font toujours les méchants pour nuire aux justes. Ils mêlent la vérité avec le mensonge. Quand les sacrificateurs et les anciens accusent Jésus devant Pilate, ils disent : « Il soulève le peuple en enseignant par toute la Judée, ayant commencé depuis la Galilée jusqu’ici » (Luc 23. 5). Jésus enseignait, c’était vrai, mais il ne soulevait pas le peuple.
– Et que répondit Akhimélec à Saül ?
– La vérité : Qui est fidèle au roi comme David, gendre du roi et honoré dans ta maison ? Ce n’est pas la première fois que j’ai interrogé Dieu pour lui. Et s’il y a autre chose, je l’ignore. Mais Saül ne voulut rien écouter et, poussé par Satan qui est « meurtrier dès le commencement » (Jean 8. 44), il donna ordre à ses serviteurs de tuer les sacrificateurs.
– Quelle affreuse méchanceté ! J’espère bien, maman, qu’on ne lui obéit pas.
– Les serviteurs de Saül refusèrent, en effet, de mettre les mains sur les sacrificateurs de l’Éternel, ayant sans doute horreur d’un tel sacrilège. Ce refus aurait dû faire rentrer Saül en lui-même. Mais son cœur s’endurcissait toujours plus, et il commanda à Doëg, l’Édomite, d’exécuter son ordre cruel. Doëg, d’une race ennemie du peuple de Dieu, comme nous le lisons en plusieurs endroits, obéit sans scrupule à Saül, et tua quatre-vingt-cinq sacrificateurs.
– C’est affreux ! Comment un homme peut-il commettre un tel crime ?
– Saül fit plus, tant est vraie cette parole que Dieu a dite en traçant le portrait du cœur de l’homme : « Leurs pieds sont rapides pour verser le sang » (Rom. 3. 15). Il ordonna, dans sa rage, de mettre à mort tous ceux qui étaient dans la ville de Nob, hommes, femmes, enfants, et même les tout petits enfants. Il fit même tuer les bêtes.
– Il ne resta donc plus de sacrificateurs ?
– Si. D’abord, il y avait les descendants d’Eléazar, le fils aîné d’Aaron ; Akhimélec, lui, descendait d’Ithamar, son second fils. Mais, outre cela, un fils d’Akhimélec, nommé Abiathar, échappa au massacre, et s’enfuit auprès de David. Il fut souverain sacrificateur jusqu’au commencement du règne de Salomon. Abiathar rapporta à David le crime de Saül. David en fut bien attristé et dit à Abiathar : « Je savais que Doëg ne manquerait pas de rapporter à Saül ce qu’il avait vu, et je suis cause de la mort de ceux de ta famille. Demeure avec moi, ne crains point ; car celui qui cherche ma vie, cherche ta vie, et près de moi tu seras bien gardé ».
– Cela me rappelle, maman, le Seigneur Jésus et ceux qui Lui appartiennent. Quand on s’est réfugié auprès de Lui on est bien gardé, car Il a dit de ses brebis qu’elles ne périraient pas (Jean 10. 28).
– Tu as raison, et tu vois aussi quelle étroite union il y avait entre David et ceux qui venaient auprès de lui. Ils partageaient les mêmes dangers et les mêmes travaux que lui, pour avoir ensuite part à la gloire de son royaume. Et il en est de même des chrétiens. Ils sont si étroitement unis à Christ que, quand Saul de Tarse les persécutait, Jésus disait : « Pourquoi me persécutes-tu ? » (Act. 9. 4 et 5). Et après avoir souffert ils régneront plus tard avec Lui (2 Tim. 2. 12).
– Sait-on ce que devint le méchant Doëg ?
– Il n’est plus parlé de lui dans l’histoire de David, mais à cette occasion celui-ci prononça les paroles du Psaume 52 : « Pourquoi te glorifies-tu du mal, homme fort ? La bonté de Dieu subsiste de jour en jour. Ta langue trame des malheurs, pratiquant la fausseté, comme un rasoir affilé. Tu as aimé le mal plus que le bien, le mensonge plus que la parole de justice. Tu as aimé toutes les paroles de destruction, langue trompeuse ! »
Comme cela s’applique bien aux sentiments méchants de Doëg, mis en contraste avec la bonté constante de Dieu. Et comme on voit dans ces paroles le mal que fait une langue trompeuse, qui répand des calomnies contre l’innocent. Mais ce que David ajoute est bien terrible, et nous apprend quel a dû être, tôt ou tard, le sort du malheureux Doëg : « Aussi Dieu te détruira pour toujours ; il te saisira et t’arrachera de ta tente ; et te déracinera de la terre des vivants. … Et les justes verront, et craindront, et ils se riront de lui : Voilà l’homme qui n’a pas pris Dieu pour sa force, mais qui s’est confié en la multitude de ses richesses, et qui se fortifiait dans son avidité ! »
Doëg a pu recevoir de Saül de grandes récompenses pour sa méchante action. Il se confiait dans sa puissance et dans ses richesses ; son cœur s’y était attaché, y avait pris racine, et ne pensant pas à Dieu, dont la crainte n’était pas devant ses yeux. Et voilà que la puissance irrésistible de Dieu l’arrache de sa tente et le précipite dans la mort. À quoi lui auront servi ses grands biens ? Quelle différence avec le fidèle qui, bien que persécuté comme David, peut dire avec lui : « Mais moi, je suis dans la maison de Dieu comme un olivier vert. Je me confierai en la bonté de Dieu pour toujours, et à perpétuité ».
– Cela me rappelle, maman, d’autres paroles d’un beau psaume qui montrent le bonheur de ceux qui aiment Dieu. Veux-tu que je te les récite ?
– Certainement, mon enfant.
C’est dans le Psaume 84 : « L’Éternel Dieu est un soleil et un bouclier ; l’Éternel donnera la grâce et la gloire ; il ne refusera aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité. Éternel des armées ! bienheureux l’homme qui se confie en toi ! »
– Bien que David fut poursuivi avec tant d’acharnement par Saül, il n’oubliait pas qu’il était le vrai roi d’Israël et qu’il devait défendre son peuple.
Il apprit que les Philistins avaient attaqué une ville nommée Kehila et pillaient les aires où se trouvaient les blés, et il voulut aller délivrer cette ville. Mais avant tout, il consulta l’Éternel, il ne voulait rien faire sans l’ordre de Dieu. L’Éternel lui répondit : « Va, et tu frapperas les Philistins, et tu sauveras Kehila ».
– C’était bien beau de la part de David d’oublier ainsi ses propres souffrances pour aider son peuple. Mais c’est ce que Jésus a fait, n’est-ce pas ? Bien qu’il fût haï et persécuté par les sacrificateurs et les chefs du peuple, Il ne cessait pas de faire du bien en guérissant les malades et en délivrant ceux qui étaient opprimés par le diable (Act. 10. 38).
– Tu as raison. David était bien un type du Seigneur. Mais il rencontra un obstacle à son dessein de délivrer Kehila. Cela ne vint pas des Philistins, mais de ceux qui étaient avec lui. Les hommes de David lui dirent : « Voici, même ici en Juda, nous avons peur, et comment irions-nous à Kehila, contre les troupes rangées des Philistins ? »
Le Seigneur Jésus aussi rencontra plus d’une fois chez ses disciples de l’opposition à son dessein de sauver les hommes. Par exemple, quand Pierre l’entendit parler de ses souffrances et de sa mort, il se mit à Le reprendre et dit : « Seigneur, Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point » (Mat. 16. 22). Que devait faire David ?
– Obéir à l’Éternel, maman, et ne pas tenir compte de ce que ses hommes disaient.
– C’est vrai. Pour lui-même il était bien persuadé, mais il voulait que ses hommes soient pleinement rassurés, c’est pourquoi il consulta encore une fois l’Éternel qui répondit d’une manière encore plus affirmative. Le Seigneur Jésus a aussi supporté ses pauvres disciples, et après être ressuscité d’entre les morts, il leur a fait comprendre la nécessité de ses souffrances et de sa mort : « Le chef de notre salut devait être consommé par les souffrances (Héb. 2. 10).
– Je pense qu’après la réponse de l’Éternel, les hommes de David le suivirent.
– Oui, et comme ils obéissaient au commandement de l’Éternel, ils remportèrent une victoire complète sur les Philistins et s’emparèrent de leurs troupeaux. David sauva Kehila. Il entra alors dans cette ville et y demeura. On est toujours vainqueur quand on marche avec le Seigneur (Rom. 8. 37).
– Est ce que Saül pensa encore à poursuivre David ? Il aurait dû voir que Dieu était avec lui.
– Le méchant cœur de Saül ne vit en cela qu’un moyen de satisfaire sa haine. Il se dit : « David s’est enfermé dans une ville ; j’irai l’assiéger et il ne pourra pas s’échapper, cette fois ». Il convoqua donc tout le peuple pour marcher contre David. Celui-ci apprit le méchant dessein de Saül, et n’ayant pas une entière confiance en ceux qui étaient chefs à Kehila, il consulta l’Éternel. Remarque comme David dépendait de l’Éternel ! C’est une heureuse disposition du cœur quand l’on s’attend ainsi constamment à Dieu. Quel bonheur pour David, dans tous ses maux, d’avoir avec lui le sacrificateur qui interrogeait l’Éternel. David supplia donc l’Éternel de lui faire savoir si les gens de Kehila le livreraient à Saül. Dieu ne répondit pas immédiatement à son serviteur. Il se contenta de lui dire : « Saül descendra ». Mais David désirait une réponse à sa requête concernant les gens de Kehila. Il pria donc encore à ce sujet. Il persévérait dans la prière, sans se lasser (Luc 18. 1). Et l’Éternel lui répondit que les gens de Kehila le livreraient.
– C’était bien méchant à eux. Quelle ingratitude envers celui qui avait exposé sa vie pour les sauver !
– Il ne faut pas nous en étonner, mon enfant. C’est encore là le fond du cœur de l’homme. Le Seigneur Jésus est venu du ciel pour sauver les pécheurs, et Il n’a rencontré aussi qu’ingratitude et haine. Les Juifs, son peuple, Le livrèrent pour être crucifié (Jean 1. 11 ; 15. 24 ; Act. 2. 23). Et maintenant encore, combien ne voyons-nous pas de personnes ingrates envers le Sauveur ?
– C’est vrai, maman. Nous ne valons pas mieux ; mais Jésus a eu pitié de nous et, malgré notre méchanceté, Il nous a sauvés dans sa grâce. Que fit David après cela ? – Il quitta Kehila avec ses hommes, et s’en alla où il put. Il errait dans le désert de Ziph, cherchant des lieux forts dans la montagne, afin de s’abriter.
– Pauvre David ! Il était bien comme le Seigneur, sans un lieu pour reposer sa tête.
– Saül cependant le cherchait tous les jours. Alors l’Éternel envoya à son serviteur une douce consolation. Comme il se tenait caché dans un bois, son ami Jonathan vint le trouver, le consola, et fortifia sa main en Dieu ». Il lui dit : « Ne crains pas, car la main de Saül, mon père ne te trouvera pas, et tu régneras sur Israël ». Jonathan rappela ainsi à David que, puisqu’il était de Dieu, il ne pouvait pas périr. C’est aussi notre consolation quand nous sommes les brebis du Seigneur Jésus ; nous ne pouvons pas périr ; nous n’avons rien à craindre.
– Je pense aussi à une autre chose, c’est que le Seigneur Jésus, au milieu de ses peines, avait des amis qui l’accueillaient avec amour. C’étaient Marthe et Marie et Lazare. N’est-ce pas que c’était une consolation pour son cœur ?
– Je n’en doute pas. Le tendre cœur du Sauveur était sensible à l’affection que Lui témoignaient ceux qui L’aimaient. Plus d’un passage le montre. Quant à David, après ce rafraîchissement que l’Éternel lui accorda, il se trouva de nouveau en présence de la haine de ses ennemis. Les Ziphiens vinrent trouver Saül et lui proposèrent de lui livrer David.
– C’est comme Judas, quand il proposa aux sacrificateurs (Mat. 26. 14 et 15) de leur livrer Jésus.
– David apprit que Saül, conduit par les Ziphiens, était venu pour s’emparer de lui. Que faire dans cette détresse ? Il éleva son cœur à Dieu, Celui qui jusqu’alors l’avait délivré. « Ô Dieu ! » dit-il, « sauve-moi par ton nom, et fais-moi justice par ta puissance. Ô Dieu ! écoute ma prière, prête l’oreille aux paroles de ma bouche. Car des étrangers se sont levés contre moi, et des hommes violents cherchent ma vie ; ils n’ont pas mis Dieu devant eux. Voici, Dieu est mon secours ; le Seigneur est entre ceux qui soutiennent mon âme » (Ps 54. 1 à 4).
Et Dieu qui tient toutes choses dans ses mains, l’exauça d’une manière remarquable. Saül et ses hommes allaient d’un côté de la montagne qui les séparait de David, cherchant à l’envelopper, et David fuyait de devant Saül lorsqu’un messager arriva, annonçant à Saül que les Philistins avaient fait irruption dans le pays. Saül cessa alors de poursuivre David, et marcha à la rencontre des Philistins. Alors David put dire avec reconnaissance « Je célébrerai ton nom, ô Éternel ! car tu es bon. Car il m’a délivré de toute détresse ». Ainsi Dieu fait travailler toutes choses pour le bien de ceux qui l’aiment (Rom. 8. 28). Une autre fois, si Dieu le permet, nous verrons comment David rendit à Saül le bien pour le mal, et épargna sa vie.
DAVID PERSÉCUTÉ PAR SAUL ÉPARGNE LA VIE DE SON ENNEMI (1 Sam. 24 et 26)
-Tu m’as dit, maman, que David se montra généreux envers le méchant Saül, et ne lui fit aucun mal quand il l’aurait pu. Je serai contente que nous nous entretenions de cette conduite de David, que je trouve bien belle.
– C’est en deux occasions que David épargna la vie de Saül, et cela nous est rapporté aux chapitres 24 et 26 du premier livre de Samuel. David s’était réfugié dans les lieux forts d’En-Guédi.
C’est une localité non loin des bords de la mer Morte où se trouvait une petite vallée étroite et fertile arrosée par de nombreuses sources, et renommée pour les arbres odoriférants qui y croissaient ; nous y avons une allusion dans le Cantique de Salomon « Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné (Le henné est un arbrisseau qui porte des fleurs en grappe, très odoriférantes) dans les vignes d’En-Guédi » (Cant. 1. 14). De chaque côté de la vallée s’élèvent des rochers dans lesquels il y a de nombreuses et profondes cavernes, propres à servir de refuge. Devant ces cavernes, les bergers construisent avec des pierres sèches des enclos pour les brebis. Si le mauvais temps survient, et durant la nuit, on les fait mettre à l’abri dans les cavernes. Les choses se passaient sans doute ainsi du temps de David, car il nous est dit que Saül, ayant pris 3000 hommes d’élite d’Israël, « alla chercher David sur les rochers des bouquetins. Et il vint aux parcs du menu bétail, sur le chemin ; et là il y avait une caverne où Saül entra pour se couvrir les pieds ». David et ses hommes étaient au fond de la caverne.
– Est-ce que Saül ne les vit pas en entrant ?
– Non, évidemment. Dans ces cavernes, dit un voyageur, il fait aussi sombre que dans la nuit la plus obscure. En y entrant, les yeux accoutumés au jour ne peuvent voir à cinq pas devant eux, tandis que ceux qui sont dedans depuis quelque temps voient distinctement ce qui se passe à l’entrée. Tu comprends donc que, tandis que Saül n’apercevait rien, David et ses hommes pouvaient observer tous ses mouvements.
– Saül se trouvait dans un grand danger. Il était pris comme dans un piège, et David aurait pu le tuer.
– Oui, sans doute, et les hommes de David l’y encourageaient. Ils lui dirent : « Voici le jour dont l’Éternel t’a dit : voici, je livre ton ennemi en ta main ». Alors David se leva et vint tout doucement couper le pan du vêtement de Saül. Mais aussitôt il se sentit repris en son cœur et dit à ses hommes : Loin de moi que j’étende ma main sur lui, car il est l’oint de l’Éternel. Il ne permit pas à ses gens de rien faire à Saül.
– C’est bien beau de la part de David, chère maman. Il n’avait point de haine pour Saül, ni de sentiment de vengeance.
– Non et durant toute la vie de Saül, et même après sa mort, David le respecta comme l’oint de l’Éternel. Il laissait à Dieu le soin d’agir à l’égard de Saül, et quant à lui, il mettait en pratique ce que l’apôtre recommandait plus tard : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère, car il est écrit : À moi la vengeance ; moi je rendrai, dit le Seigneur. Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger s’il a soif, donne-lui à boire ; car en faisant cela tu entasseras des charbons de feu sur sa tête » (Rom. 12. 19 et 20).
– Que veulent dire ces dernières paroles, maman ?
– Je pense qu’elles signifient, qu’en rendant le bien pour le mal, on vainc les mauvais sentiments de celui qui nous veut du mal, et c’est ce que nous montre la suite de notre histoire. Saül, réveillé, sortit de la caverne sans se douter du péril de mort auquel il avait été exposé. Lorsqu’il fut à une certaine distance, David sortit aussi et l’appela : « Ô roi, mon seigneur ! » Saül se retourna, et David se prosterna pour lui rendre honneur. Puis il lui dit : « Que le roi n’écoute pas ceux qui lui disent : David cherche à te faire du mal. L’Éternel t’a livré aujourd’hui en ma main, dans la caverne, et on m’a dit de te tuer, mais je t’ai épargné. Regarde le pan de ta robe que j’ai coupé, et je ne t’ai pas tué. L’Éternel juge entre moi et toi, mais ma main ne sera pas sur toi ».
– Saül dut être bien profondément surprit en entendant cela.
– Il le fut en effet. Cette générosité de David remua son cœur et sa conscience. « Est-ce là ta voix, mon fils David ? » et son émotion fut si grande qu’il pleura. Et il dit à David : « Tu es plus juste que moi, car tu m’as rendu le bien, et je t’ai rendu le mal. Que l’Éternel te fasse du bien en récompense de ce que tu as fait à mon égard. Et maintenant je sais que certainement tu régneras. Jure-moi par l’Éternel que tu ne feras pas périr mes descendants ». Et David le jura à Saül, qui, pour le moment, cessa de le poursuivre et s’en retourna chez lui. Quant à David et ses hommes, ils remontèrent au lieu fort.
– Tu as dit, Maman, que Saül cessa pour le moment de poursuivre David. Il me semble qu’il n’aurait jamais dû recommencer.
– C’est vrai, mais l’exemple de Saül nous montre, d’une manière bien frappante, que l’homme n’a en lui-même aucune force pour exécuter les bonnes résolutions qu’il prend. Saül ne s’était jamais vraiment repenti d’avoir désobéi à l’Éternel. Dieu l’avait abandonné à sa propre volonté ; l’homme ne peut rien sans Dieu. Et Dieu n’est qu’avec ceux qui ont un cœur humble, brisé et obéissant (És. 66. 2). Ce n’était pas le cas pour le pauvre Saül. Il pouvait être touché un moment, mais le mauvais esprit prenait bientôt le dessus et ses bons sentiments étaient comme « la nuée du matin et comme la rosée qui s’en va de bonne heure » (Osée 6. 4)
– Est-ce que Saül poursuivit encore David ?
– Oui, les Ziphiens, qui semblent avoir été des ennemis acharnés de David, vinrent de nouveau dire à Saül que David était caché dans le désert. Saül rassembla ses trois mille hommes et se mit à la recherche de David. Celui-ci apprit par des espions que Saül était près de lui, et il se leva et vint à l’endroit où Saül était campé.
La nuit était venue ; Saül dormait au milieu d’une enceinte formée avec les chars, et Abner, le chef de son armée, était auprès de lui, tandis qu’à l’entour le reste du peuple était couché. Au chevet de Saül, sa lance était fichée en terre. Il est intéressant de savoir que, de nos jours encore, quand un parti d’Arabes est en campagne, l’endroit où se trouve le chef est distingué par une grande lance fichée en terre. David retourna vers ses hommes sur la colline et dit à Akhimélec et à Abishaï, deux de ses compagnons : « Qui descendra avec nous vers Saül, au camp ? » Et Abishaï, parent de David, répondit « J’irai avec toi ».
– Il fallait bien du courage à David pour aller ainsi au milieu de tous ces gens armés et près de son ennemi. Saül pouvait se réveiller, et David été perdu. Et Abishaï courait le même danger.
– C’est vrai, mais l’Éternel était avec eux. David ne voulait pas faire de mal à Saül, mais pour montrer une fois de plus qu’il n’avait à son égard que des sentiments de bienveillance. Et l’Éternel l’approuvait. Quant à Abishaï, c’était un homme vaillant, d’un courage éprouvé, et d’un cœur tout dévoué à David, l’un de ceux qui persévérèrent avec lui dans toutes ses épreuves, un type d’un fidèle disciple de Christ. Ils se rendirent donc au camp de Saül.
– Que firent-ils là ? Est-ce que David fit comme dans la caverne ; coupa-t-il encore un pan du vêtement de Saül ?
– Non ; mais de nouveau la générosité de David se montra. Abishaï lui dit : « Dieu a livré ton ennemi en ta main ; que je frappe avec la lance, et je le clouerai à terre [une seule fois], et je ne le referai pas ».
– Sais-tu, maman, à quoi cela me fait penser ? C’est à Jean et Jacques qui voulaient faire descendre le feu du ciel sur les Samaritains qui ne voulaient pas recevoir Jésus (Luc. 9. 51 à 56).
– C’est bien le même esprit qui animait Abishaï, un vrai zèle pour son maître, mais pas de connaissance des pensées de Dieu. Comme le Seigneur censura ses deux disciples, ainsi David reprit Abishaï. « Ne le détruis pas » dit-il, « car qui étendra sa main sur l’oint de l’Éternel et sera innocent ? Loin de moi que j’étende ma main sur l’oint de l’Éternel ». Puis il commanda à Abishaï de prendre, la lance et la cruche à eau qui étaient au chevet du roi, et ils s’en allèrent.
La cruche à eau au chevet de Saül s’accorde exactement avec les coutumes existantes encore de nos jours dans ces pays. Personne ne s’aventure à traverser ces déserts sans sa cruche à eau, et sa place ordinaire est au chevet du lit, afin que l’on n’ait qu’à étendre la main pour la trouver, la nuit.
Et personne ne les vit et personne ne le sut, et personne ne s’éveilla.
– C’est ce qui m’étonne, maman, que d’entre tant de gens, personne ne se soit éveillé.
– L’Écriture nous en donne la raison, mon enfant : « Un profond sommeil envoyé par l’Éternel était tombé sur eux ». Dieu gardait David et son compagnon, et voulait par leur moyen donner encore un avertissement à Saül.
David passa de l’autre côté de la vallée et se tint sur la montagne, de loin, et appela Abner. « N’es-tu pas un homme ? » lui cria-t-il. « Pourquoi n’as-tu pas gardé le roi, ton seigneur ? car quelqu’un est venu pour tuer le roi, ton seigneur… L’Éternel est vivant, que vous êtes dignes de mort, vous qui n’avez pas gardé votre seigneur, l’oint de l’Éternel ! Regarde où est la lance du roi, et la cruche à eau qui était à son chevet ».
– Comment David pouvait-il se faire entendre de si loin, et ne craignait-il pas que les gens de Saül ne s’emparent de lui ?
– Les vallées, dans ces lieux déserts, sont étroites ; ce sont plutôt des ravines aux flancs escarpés. David était donc en sûreté, et au milieu des solitudes, la voix porte loin. Saül reconnut celle de David, et encore une fois son cœur fut touché.
« Est-ce là ta voix, mon fils David ? » « C’est ma voix, ô roi, mon seigneur ! » répondit David.
– « Pourquoi mon seigneur poursuit-il son serviteur ? Qu’ai-je fait, et quel mal y-a-t-il dans ma main ? » Alors Saül dit : « J’ai péché ; reviens, mon fils David ; car je ne te ferai plus de mal, puisque aujourd’hui mon âme a été précieuse à tes yeux. Voici, j’ai agi follement et j’ai commis une très grande erreur ».
– Ce sont des paroles bien bonnes de la part de Saül. J’espère que désormais il laissa David tranquille.
– Nous ne savons pas ce qu’il aurait encore fait. Mais il allait avoir à faire directement avec Dieu, et il ne tenta plus rien contre David. Le moment du jugement arrivait pour lui. David lui répondit : « Voici la lance du roi ; qu’un des jeunes hommes passe ici, et la prenne. L’Éternel t’avait livré aujourd’hui en ma main et je n’ai pas voulu étendre ma main sur l’oint de l’Éternel. Et voici, comme ton âme a été aujourd’hui précieuse à mes yeux, que de même aussi mon âme soit précieuse aux yeux de l’Éternel, et qu’II me délivre de toute détresse ! » Alors Saül dit : « Béni sois-tu, mon fils David ! Certainement tu feras de grandes choses et tu en viendras à bout ».
Telle fut la dernière entrevue du pauvre Saül avec David. David, type du Seigneur, avait usé de grâce envers son ennemi, comme Jésus qui disait : « Père, pardonne-leur » (Luc 23. 34). David alla son chemin, mais ne retourna pas avec Saül qui s’en alla chez lui.
HISTOIRE D’ABIGAÏL (1 Samuel 25)
– Tu te rappelles les deux occasions dans lesquelles David épargna la vie de Saül ?
– Oui. En y repensant, j’ai été bien touchée et me suis souvenu des paroles du Seigneur Jésus : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent » (Mat. 5. 44). J’aimerais avoir ces sentiments-là, ne jamais en vouloir à ceux qui m’ont ennuyée ou fait du chagrin, et au contraire être aimable et bonne envers eux, et leur rendre service quand je le puis.
– Le Seigneur qui met ce désir dans ton cœur, mon enfant, te donnera aussi la force de l’accomplir, si tu le Lui demandes (Phil. 2. 13 ; 1 Jean 5. 14). Nous allons maintenant continuer l’histoire de David. Ce que j’ai à te raconter est un événement très intéressant dans sa vie, et qui eut lieu avant sa dernière rencontre avec Saül. Mais d’abord, il faut que je te dise qu’à cette époque le vieux prophète Samuel mourut, « et tout Israël s’assembla et se lamenta sur lui ; et on l’enterra dans sa maison à Rama ».
– David dut être bien affligé de cette mort.
– Sans doute, et d’autant plus qu’il n’avait pu se joindre à ce deuil public autrement que de cœur, puisqu’il était errant dans les déserts. Samuel, après Moïse, avait été le premier et le plus grand des prophètes. Il avait rétabli en Israël l’autorité et le culte de l’Éternel ; aussi est-il cité parmi les hommes de foi qui ont accompli de grandes choses (Héb. 11. 32 et 33).
Quant à David, il avait quitté les lieux forts d’En-Guédi et était allé avec ses hommes dans le désert de Paran, au sud de la tribu de Juda. Non loin de là, au nord, se trouvaient deux villes de cette tribu, voisines l’une de l’autre, Maon et Carmel (voir Jos. 15. 55). À Maon vivait un homme nommé Nabal, qui avait ses affaires à Carmel. Il était très riche et possédait trois mille moutons et mille chèvres. Sa femme, qui s’appelait Abigaïl, était belle et pleine de bon sens ; mais lui était un homme dur de cœur et méchant dans sa manière d’agir. Il était, dit l’Écriture, de la race de Caleb.
– Mais, chère maman, Caleb n’était pas un méchant homme, n’est-ce pas ? Il s’était montré plein de foi et de courage, quand les autres espions décourageaient le peuple (voyez Nomb. 13. 31).
– Tu as raison. Caleb joignait à une grande énergie de caractère la foi qui le faisait agir pour l’Éternel. Ses descendants, comme Nabal, pouvaient avoir hérité de son énergie naturelle, mais non de sa foi. Et alors cette énergie, n’étant pas dirigée par l’Esprit de Dieu, avait dégénéré en rudesse et dureté. Comme nous le verrons, Nabal ne croyait pas les déclarations de l’Éternel et ne pensait qu’à ses jouissances et à ses intérêts matériels.
– Est-ce que Nabal connaissait David ?
– Sans doute, mais il n’avait que du mépris pour lui, comme le montre la suite de son histoire. Et pourtant, pendant que ses bergers paissaient ses troupeaux au désert, ils avaient été avec David et ses gens. Et non seulement David n’avait pas permis que ses hommes touchent à ce qui appartenait à Nabal, mais il avait protégé les bergers et les troupeaux contre les voleurs et les bêtes féroces. Avec ses bergers, il avait été autour d’eux, disait un serviteur de Nabal, « une muraille de nuit et de jour ».
– C’était bien beau de la part de David, ne trouves-tu pas ?
– Certainement. Bien que fugitif, il se montrait vrai roi d’Israël, en défendant et protégeant son peuple. Il apprit que Nabal était venu à Carmel pour la tonte des brebis. C’était une occasion de réjouissances (voyez 2 Sam. 13. 23), et David pensait qu’en un jour semblable le riche Nabal aurait le cœur incliné à faire part d’un peu de son bien à lui et à ses hommes toujours errants dans les déserts et les rochers.
Il lui envoya donc dix de ses serviteurs pour le saluer en son nom et lui dire « Vis longtemps ! paix te soit, et paix à ta maison, et paix à tout ce qui t’appartient. J’ai entendu dire que tu as les tondeurs ; or tes bergers ont été avec nous, et nous ne les avons pas molestés, et nous ne leur avons rien pris. Que nous trouvions donc grâce à tes yeux, car nous sommes venus dans un bon jour. Donne, je te prie, à tes serviteurs et à ton fils David, ce que ta main trouvera ». Les serviteurs de David firent part à Nabal de leur message et se tinrent tranquilles en attendant sa réponse.
– David demandait bien humblement, lui qui était le roi d’Israël et qui avait avec lui une troupe d’hommes aguerris et courageux.
– C’est vrai ; mais David n’était roi que pour ceux qui croyaient ce que l’Éternel avait dit à son égard. Pour le moment, il passait par l’humiliation. Il en était ainsi, pour Jésus ici-bas. La foi seule Le reconnaissait pour ce qu’Il était réellement (voyez Jean 1. 50).
– Sais-tu, maman, à quoi cette demande de David à Nabal me faisait penser ? C’est à Jésus quand il demandait à boire à la femme samaritaine (Jean 4. 6 et 7). C’était encore plus beau et plus touchant. Lui, Jésus, le Seigneur de gloire, qui avait tout créé et qui possédait toutes choses, s’abaisse jusqu’à demander un peu d’eau à une pauvre femme pécheresse ! Mais que fit Nabal ?
– Sa réponse montra toute sa méchanceté. « Qui est David ? Et qui est le fils d’Isaï ? » dit-il. C’était jeter le mépris sur David, car Nabal, comme tout le monde en Israël, savait très bien que Saül avait été rejeté de Dieu, et que David, le vainqueur de Goliath, avait été oint comme roi par Samuel. S’il était un pauvre fugitif, c’était à cause de la haine que Saül lui avait vouée. David était en cela le type du Seigneur Jésus.
Comme je te l’ai dit, tous les Juifs pouvaient savoir qu’en Jésus s’accomplissaient les prophéties. Le Seigneur leur disait : « Sondez les Écritures… ce sont elles qui rendent témoignage de moi » (Jean 5. 39), mais sauf le petit nombre de ses disciples, ils ne voulaient pas croire et Le haïssaient (Jean 15. 22). Nabal continua à parler de David avec le plus profond mépris. « Aujourd’hui ils sont nombreux » disait-il, « les serviteurs qui se sauvent chacun de son maître. Donnerai-je mon pain, ma viande et mon eau, que j’ai préparés pour mes tondeurs, à des hommes dont je ne sais d’où ils sont ? »
– Pauvre David ! Il avait bien été forcé de s’enfuir pour sauver sa vie. Mais ne trouves-tu pas, maman, que ce mépris de Nabal pour David ressemble à celui des Juifs pour Jésus, lorsqu’ils disaient : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? » (Mat. 13. 55)
– Oui, certainement. En tout temps, les impies ont à l’égard des justes les mêmes sentiments.
– Que fit David quand ses serviteurs lui rapportèrent la réponse de Nabal ? Je suis sure qu’il en fut bien fâché.
– Oui. Il se sentit très blessé, et céda à ce que le monde aurait appelé juste colère. « Mais la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu » (Jac. 1. 20). David, dans cette occasion, ne ressembla pas à Christ « qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (1 Pier. 2. 23). David agit en homme offensé qui veut venger une insulte personnelle. Il oublia que Dieu a dit : « À moi la vengeance ; moi je rendrai » (Rom. 12. 19). Il ne consulta pas l’Éternel, mais son propre cœur.
Oh ! comme nous avons besoin que Dieu nous donne un cœur humble et débonnaire, comme celui de Jésus, l’amour qui « supporte tout » (1 Cor. 13. 7). Car nous sommes aussi enclins à nous irriter contre ceux qui nous ont fait quelque tort, au lieu de leur pardonner. David donc dit à ses hommes : « Ceignez chacun votre épée » ; lui aussi prit ses armes, laissa deux cents hommes à la garde du bagage, et se mit en route contre Nabal avec environ quatre cents autres, en disant : « Certainement c’est en vain que j’ai gardé tout ce que cet homme avait au désert, et que rien n’a manqué de tout ce qui était à lui : il m’a rendu le mal pour le bien. Que Dieu fasse ainsi aux ennemis de David, et ainsi y ajoute si, de tout ce qui est à lui, je laisse jusqu’à la lumière du matin un seul homme de reste ».
– Mais maman, Nabal seul était coupable ; ses serviteurs n’avaient rien fait à David. Pourquoi voulait-il les tuer ?
– C’est que la colère est aveugle ; elle ne raisonne pas, et c’est ce qui nous montre le danger de s’y livrer. Et remarque que David donnait en cela un bien mauvais exemple à ses hommes. Il les entraînait au meurtre et au pillage pour satisfaire sa vengeance. David avait autrefois épargné Saül, son persécuteur acharné, et maintenant, il voulait tuer les serviteurs de Nabal et prendre son bien, parce que celui-ci lui avait répondu grossièrement. Ce n’était pas du tout selon Dieu. Mais Dieu eut compassion de lui et l’arrêta dans son mauvais dessein. Il se servit pour cela d’Abigaïl, la femme sensée et vertueuse du méchant Nabal.
– Je serai bien contente, maman, d’apprendre ce que fit Abigaïl pour arrêter David.
– S’il plaît au Seigneur, nous le verrons une autre fois. Mais ne te rappelles-tu pas une circonstance où le Seigneur Jésus empêcha ses disciples de Le venger lorsqu’on lui avait fait injure ?
– Oui, maman. C’est quand des Samaritains refusèrent de le recevoir, et que Jean et Jacques voulaient faire descendre sur eux le feu du ciel (Luc 9. 54).
– C’est bien cela, mon enfant. Le Seigneur n’était pas venu pour juger et faire périr les hommes. Dans sa douceur, sa patience et son amour, comme en toutes choses, Il nous a laissé un modèle pour que nous suivions ses traces (1 Pier. 2. 21).
HISTOIRE D’ABIGAÏL (1 Samuel 25)
– Maman, tu as promis de me dire aujourd’hui comment Abigaïl empêcha David de se venger de Nabal.
– Le serviteur de Nabal qui avait entendu la manière grossière dont celui-ci avait répondu aux envoyés de David, vint le rapporter à Abigaïl. En même temps, il lui dit comme les hommes de David avaient été bons pour eux. Ce serviteur de Nabal craignait que David ne puisse souffrir une telle injure et, connaissant la sagesse d’Abigaïl, il espérait qu’elle trouverait un moyen de détourner l’orage qui les menaçait. « Sache et vois », lui dit-il, « ce que tu as à faire, car le mal est décidé contre notre maître et contre toute sa maison ; mais il est trop fils de Bélial (trop méchant) pour qu’on parle avec lui ».
– Abigaïl devait être bien embarrassée.
– Je le pense, mais Dieu lui mit au cœur ce qu’elle devait faire pour écarter le danger et empêcher David de commettre un péché. Elle se hâta de faire mettre sur des ânes deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons tout apprêtés, cinq mesures de grain rôti, cent gâteaux de raisins secs et deux cents gâteaux de figues sèches. Puis elle monta sur son âne, fit passer ses serviteurs avec les provisions devant elle, et alla avec eux à la rencontre de David.
– N’avait-elle pas peur de se trouver devant cette troupe de gens armés ?
– Non. Il ne faut jamais avoir peur quand on fait le bien. D’ailleurs Abigaïl avait confiance en David. Dès qu’elle le vit, elle descendit de son âne, se prosterna devant lui, et dit : « À moi l’iniquité, mon seigneur ! Écoute les paroles de ta servante ».
– Pourquoi parle-t-elle ainsi, maman ? Elle n’avait fait aucun mal. Mais je vois, elle prend sur elle la faute de son mari, n’est-ce pas ? Oui c’est beau de sa part. Jésus a ainsi pris nos fautes sur Lui. C’est du dévouement cela, n’est-ce pas ?
– Oui, et je suis bien contente que tu voies cela. Abigaïl continua en disant : « Que mon seigneur ne fasse pas attention à cet homme de Bélial, à Nabal ; car il est tel que son nom. Son nom est Nabal, et la folie est avec lui ».
– Mais, maman, ce n’était pas bien à Abigaïl de parler ainsi de son mari.
– Elle ne voulait certainement pas l’injurier, mon enfant. C’est comme si elle avait dit à David qu’il ne devait pas s’irriter des paroles d’un homme qui n’était pas dans son bon sens. « Je n’ai pas vu » dit-elle, « les jeunes hommes que tu as envoyés ». Sa pensée était que, si elle les avait vus, elle ne les aurait pas renvoyés à vide, et elle le regrette. Puis elle ajoute ces belles paroles. « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que l’Éternel t’a empêché d’en venir au sang et de te faire justice par ta main ».
– Vois, qu’Abigaïl ne s’attribue pas la gloire d’avoir arrêté David ; non, c’est l’Éternel qui l’a fait. Elle n’a été que l’instrument dont l’Éternel s’est servi. C’est à cela que l’on reconnaît le vrai serviteur et la vraie servante de Dieu : ils sont humbles.
– Je comprends maintenant mieux, maman, la louange qui est donnée à Abigaïl. Mais je suis bien contente que tu continues à me montrer son beau caractère. J’aimerais être comme elle.
– En effet. La Parole de Dieu, dans ses divers récits, nous retrace des exemples à imiter et d’autres à éviter. Abigaïl n’était pas seulement une personne de bon sens, dévouée, humble, mais elle avait aussi foi dans ce que Dieu avait dit à l’égard de David. Nous allons voir comment elle l’exprime. D’abord elle offre son présent, puis elle dit en s’humiliant de nouveau : « Pardonne, je te prie, la transgression de ta servante ».
Mais ensuite elle ajoute : « L’Éternel fera certainement une maison stable à mon seigneur, car mon seigneur combat les combats de l’Éternel, et la méchanceté n’a jamais été trouvée en toi. Et un homme s’est levé pour te poursuivre et pour chercher ta vie, mais la vie de mon seigneur est liée dans le faisceau des vivants par devers l’Éternel ton Dieu ; et l’âme de tes ennemis, il la lancera du creux de la fronde ». Tu vois qu’Abigaïl reconnaissait David pour le vrai roi d’Israël, dont Saül, un homme, dit-elle, était le persécuteur ; elle avait la certitude que Dieu l’établirait d’une manière stable comme roi, que l’Éternel gardait soigneusement la vie de son serviteur et que, quant aux méchants, ses ennemis, ils périraient.
La foi d’Abigaïl était bien grande, car David était alors pauvre et persécuté, mais elle croyait Dieu, et apportait à « l’homme selon le cœur de Dieu » l’hommage de ses biens et de sa personne.
– Je comprends ce que tu me dis, maman, et il me semble que telle était la foi des disciples du Seigneur Jésus. Il était pauvre, méprisé, et cependant ils croyaient pas qu’Il était le Christ, le Fils de Dieu, et qu’Il régnerait un jour. Et c’est aussi notre foi, n’est-ce pas ? La parole de Dieu nous dit que, après avoir souffert et être mort pour nos péchés, Jésus à été ressuscité et est maintenant au ciel dans la gloire d’où nous L’attendons. Nous croyons cela, parce que Dieu le dit dans sa Parole, et nous en sommes heureux. Mais dans ce que tu m’as dit, il y a une chose qui m’a frappée, c’est qu’Abigaïl dise : « Et la méchanceté n’a jamais été trouvée en toi ». David avait pourtant commis bien des fautes.
– C’est vrai ; il a commis de grandes fautes, et nous ne devons ni ne pouvons les excuser. Mais son cœur a toujours été pour l’Éternel, et c’est dans ce sens que la méchanceté n’était pas trouvée en lui. S’il avait commis une faute, il s’en humiliait et la confessait (Ps. 32 et 51 ; 2 Sam. 12. 13).
C’est comme l’apôtre Pierre, qui aimait certes le Seigneur Jésus, et pourtant il le renia. Mais il pleura amèrement, et Jésus le restaura (Mat. 26. 69 à 75). Il faut bien nous souvenir que, quand même nous sommes des enfants de Dieu si, comme David et Pierre, nous écoutons notre propre cœur, nous tomberons. Il n’y a de force pour nous qu’en restant attachés au Seigneur.
– Je crois bien comprendre, maman. David n’était pas un homme comme Nabal. Il ne vivait pas dans la méchanceté ; il ne suivait pas habituellement les pensées, les désirs et les convoitises de son cœur.
– Abigaïl continua à exprimer sa confiance dans l’accomplissement des promesses de Dieu à l’égard de David : « Il arrivera » dit-elle, « que, lorsque l’Éternel aura fait à mon seigneur selon tout le bien dont il a parlé à ton sujet, et qu’il t’aura établi prince sur Israël, ceci ne sera point pour toi une occasion de chute, ni un achoppement pour le cœur de mon seigneur, d’avoir sans cause versé le sang, et que mon seigneur se soit fait justice à lui-même ».
Abigaïl était bien certaine que David régnerait, mais elle ne voulait pas qu’il ait alors ce grand remords d’avoir versé le sang et de n’avoir pas remis sa cause à Dieu. Dieu se servait ainsi d’Abigaïl pour parler à la conscience de David. Elle était fidèle pour accomplir sa mission. Elle le faisait humblement, mais courageusement.
– Cela me rappelle, maman, que Paul parlait aussi fidèlement et courageusement à Félix (Act. 24. 24 et 25).
– C’est vrai. Le serviteur de Dieu ne fait pas acception de personnes. Écoute maintenant les dernières paroles d’Abigaïl à David : « Et quand l’Éternel aura fait du bien à mon seigneur, souviens-toi de ta servante ».
– Oh ! maman, c’est comme les paroles du brigand crucifié avec Jésus. Il disait : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume » (Luc 23. 42). Il avait la même foi et la même espérance qu’Abigaïl. Bien que Jésus ait été crucifié, il croyait en Lui comme au Roi à venir. Que c’est beau !
– Oui. Toute la parole de Dieu est instructive et remplie de beauté. David eut son cœur touché et dit : « Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui en ce jour t’a envoyée à ma rencontre ! Et bénie soit ta sagesse, et bénie sois-tu, toi qui en ce jour m’as empêché d’en venir au sang et de me faire justice par ma main ! » Puis il accepta le présent d’Abigaïl, et comme un roi lui dit : « Monte en paix dans ta maison ; regarde, j’ai écouté ta voix, et je t’ai accueillie avec faveur.
– Comme Abigaïl devait être heureuse ! Et cela encore me fait souvenir de la pauvre femme pécheresse qui était venue apporter à Jésus son offrande, un vase de parfum, et à qui Jésus dit avec tant d’amour : « Tes péchés sont pardonnés ; ta foi t’a sauvée, va-t’en en paix » (Luc 7. 48 et 50). N’est-ce pas, maman, David agit ici comme le Seigneur ?
– Il était, en effet, le type du Seigneur, mais David était un homme pécheur, et Jésus était le Fils de Dieu. David épargne à Nabal et Abigaïl la mort du corps, mais Jésus, en pardonnant, donne la vie éternelle.
– Est-ce qu’Abigaïl a dit à Nabal ce qu’elle avait fait ?
– Elle ne le lui dit pas tout de suite, car lorsqu’elle rentra, elle trouva Nabal faisant un festin de roi et ivre à l’excès. Mais le lendemain matin, quand il fut sobre, elle lui raconta tout.
– La bonté de David ne toucha-t-elle pas son cœur ?
– Non. Ni la pensée du grand danger qu’il avait couru, ni le dévouement de sa femme, ni la générosité de David ne parlèrent à sa conscience et à son cœur, et ne l’amenèrent à reconnaître le roi choisi de Dieu. « Son cœur mourut au-dedans de lui et devint comme une pierre » dit l’Écriture, c’est-à-dire qu’il s’endurcit dans ses mauvais sentiments.
Alors, comme il était arrivé autrefois au Pharaon, l’Éternel lui-même frappa Nabal, dix jours après ces événements, et il mourut. Tel sera le sort de tous les pécheurs qui s’endurcissent et ne veulent pas recevoir Jésus : ils tomberont sous le coup du jugement divin (2 Thess.1. 8 et 9). Comme Dieu prit en main la cause de David, ainsi Dieu vengera aussi un jour son Fils des injures et du mépris des hommes.
– Ce sera terrible, maman. Abigaïl était bien heureuse d’avoir échappé. Mais que devint-elle ?
– David, qui avait été touché de sa sagesse, de son dévouement et de sa foi, envoya des serviteurs pour lui demander d’être sa femme. Et bien que David fût encore pauvre et fugitif, Abigaïl n’hésita pas un moment à accepter la proposition de David. Elle se prosterna et dit : « Voici, ta servante sera une esclave pour laver les pieds des serviteurs de mon seigneur ». Elle préféra, comme Moïse (Héb. 11. 26), l’opprobre avec David, aux aises et aux richesses du monde. Elle se donna tout entière à son seigneur pour lui être soumise en tout, même dans les choses les plus humbles.
Et c’est ainsi qu’Abigaïl est un type de l’Église du Seigneur, de « l’Assemblée » qui est soumise au Christ (Éph. 5. 24). Et elle nous est en exemple, afin que nous préférions Christ à tout et que nous aimions à Le servir dans les plus petites et les plus humbles circonstances de la vie.
– Maman, c’est une très belle histoire que celle d’Abigaïl. Je te remercie beaucoup de me l’avoir racontée et expliquée. Je désire être comme elle, sage, dévouée, humble et fidèle au Seigneur Jésus.
– Dieu t’en fera la grâce, mon enfant.
DAVID CHEZ LES PHILISTINS (1 Sam. 27)
– J’ai beaucoup pensé à David et à Abigaïl, et j’ai été bien contente que David ait trouvé une femme aussi sage et aussi dévouée, mais il y a une chose qui m’a étonnée et que je voudrais te dire. David n’avait-il pas déjà pour femme Mical, la fille de Saül ?
– Oui, mais Saül avait ôté sa fille à David et l’avait donnée à un autre mari. C’était une grande injure qu’il lui avait faite.
– Et cela avait dû faire beaucoup de peine à Mical, qui aimait David.
– Sans doute, mais le méchant Saül ne regardait à rien, pourvu qu’il fasse du mal à David. Rien n’est terrible comme d’avoir de la haine dans le cœur. Maintenant, je dois te dire que David avait pris une autre femme nommée Akhinoam. Abigaïl était ainsi sa seconde femme.
– Mais crois-tu que c’était bien ?
– Non. Ce n’était certainement pas selon l’ordre établi de Dieu qui n’a donné à Adam qu’une seule femme. Aussi voyons-nous que ce désordre a commencé dans la race de Caïn (Gen. 4. 19). La loi de Moïse tolérait cette chose, mais comme le Seigneur le dit à propos d’une autre question, c’était à cause de la dureté de cœur du peuple d’Israël. (Mat. 19. 8).
C’est vrai que nous voyons des hommes de Dieu comme Abraham, Jacob, Elkana, avoir plus d’une femme, mais nous pouvons remarquer que ce fut toujours une source de chagrins dans les familles.
– Que fit David après sa dernière rencontre avec Saül ? Il ne devait plus avoir aussi peur de lui.
– David ne se fiait pas à Saül, et resta d’abord dans son lieu fort. Mais ce que j’ai à te dire maintenant de lui est très triste. David tomba dans une grande faute. Sais-tu d’où cela vint ?
– Oh ! cela vint de son méchant cœur. C’est notre cœur qui nous fait toujours faire de mauvaises choses quand nous l’écoutons (Mat. 15. 19 ; Jér. 17. 9).
– Tu as raison. David avait fait l’expérience que l’Éternel l’avait toujours merveilleusement gardé contre tous les efforts du méchant Saül, et il aurait dû avoir la confiance que Dieu le protégerait jusqu’au bout. Mais tout d’un coup il oublie ce que Dieu avait fait pour lui et il dit en son cœur : « Maintenant, je périrai un jour par la main de Saül ; il n’y a rien de bon pour moi que de me sauver dans le pays des Philistins ». Tu vois, qu’il perd confiance en Dieu et dans ses promesses.
Pouvait-il périr, lui, l’oint de Dieu ? Pas plus que les disciples, quand ils étaient dans la barque avec le Seigneur et qu’ils eurent peur (Mat. 8. 23 à 27 ; Gen. 12. 10). Et ce manque de foi et de confiance en Dieu l’entraîne tout de suite dans une autre faute, celle de chercher du secours et une retraite chez les ennemis de Dieu, comme autrefois Abraham quand il descendit en Égypte (Gen.12. 10).
« Saül », dit encore David « renoncera à me chercher dans tous les confins d’Israël, et j’échapperai à sa main ». Pauvre David ! Il agit comme si le bras de l’Éternel avait perdu sa puissance et n’était pas plus fort que Saül. Il a plus de confiance dans les Philistins. Quand on cesse de regarder au Seigneur, il vous arrive comme à Pierre qui se mit à penser aux vents et aux vagues, perdit de vue Jésus et commença à enfoncer (Mat. 14. 30).
– Est-ce que David se sauva tout seul chez les Philistins, comme il l’avait fait la première fois ? (1 Samuel 21. 10 à 15)
– Non et ce qu’il fit fut une nouvelle faute. Il emmena avec lui ses deux femmes, et tous ses gens, six cents hommes avec leurs familles. Ils vinrent tous à Gath, auprès d’Akish, roi des Philistins. Et ainsi David, le vrai roi d’Israël, l’homme choisi de Dieu, oublie sa dignité, ses privilèges, et s’abaisse jusqu’à se placer avec tous les siens dans la dépendance d’un roi païen. Quelle honte et quel exemple funeste David donna à ses gens !
Oui, c’est une bien triste chose de voir un enfant de Dieu manquer de confiance envers son Père céleste, se placer dans la servitude du monde et y entraîner les siens. Et tu peux remarquer, mon enfant, que quand une fois on est entré dans une voie de péché, on va toujours plus loin, si Dieu ne nous arrête. Voilà pourquoi il faut bien prendre garde à ne pas entrer dans le chemin des pécheurs (Prov. 4. 14, 26 et 27).
Un premier pas mène au-delà de ce qu’on aurait pensé. Dieu agit pour délivrer les siens du piège mais c’est souvent par des châtiments sévères. Il les traite comme un père qui fouette son enfant pour le corriger (Héb. 12. 6).
David en fit l’expérience, comme nous le verrons plus tard.
– David devait se trouver bien malheureux au milieu des Philistins. Comment pouvait-il y servir Dieu ?
– Je pense, mon enfant, que David faisait comme font souvent des enfants désobéissants qui cherchent à s’étourdir et à se tromper eux-mêmes. Il sentait bien que sa place n’était pas auprès d’un roi philistin. Mais au lieu de retourner au pays d’Israël, il demanda à Akish de lui assigner une demeure dans une autre ville que Gath ; « car pourquoi » dit-il, « ton serviteur habiterait-il dans la ville royale avec toi ? »
David prenait une apparence d’humilité, comme s’il n’était pas digne d’être auprès d’Akish, et il se met en même temps, pour ainsi dire, à son service. Comme cela convenait peu au roi d’Israël ! Mais c’est ainsi que le péché nous dégrade. Quand le fils prodigue eut quitté son père et la maison paternelle, il descendit toujours plus bas jusqu’à devenir un misérable gardien de pourceaux (Luc 15. 15).
– Pauvre David ! Mais est-ce que le roi lui accorda sa demande ?
– Il lui donna pour demeure la ville de Tsiklag, loin au sud de Gath. C’est là que David, ses hommes et leurs familles, allèrent habiter. Mais David revenait de temps à autre auprès d’Akish qui le considérait, semble-t-il, comme un de ses capitaines (1 Sam. 27. 12).
– Et David resta-t-il longtemps dans cette mauvaise position ?
– « Un an et quatre mois », nous dit la Parole de Dieu, comme pour nous faire sentir la longue durée du péché de David et la patience de Dieu. La fausse position où il était lui fit commettre de nouvelles fautes. Il se mit à faire avec ses hommes des incursions chez des peuples voisins et amis des Philistins, les Gueshuriens, les Guirziens et les Amalékites. Peut-être voulait-il tranquilliser sa conscience, en se disant qu’il faisait la guerre à des ennemis d’Israël. Cela arrive souvent, même à des enfants, de chercher à s’excuser d’une faute, en faisant une chose qu’ils estiment bonne. Mais Dieu veut d’abord que l’on confesse ses péchés, et qu’on les abandonne.
Dans ces incursions, David n’était pas tranquille, et cela le conduisit à être cruel. Il ne se contentait pas de piller les biens et les troupeaux de ces peuples qu’il combattait. Il faisait mettre à mort tous les habitants, hommes et femmes, « de peur, disait-il, qu’ils ne rapportent quelque chose contre nous ».
– Tout cela était bien mal, maman, Dieu ne lui ordonnait pas d’agir ainsi.
– Certainement non. À tout cela, David ajouta un péché encore plus grave, le mensonge. Lorsqu’il allait voir Akish, et que le roi lui demandait : « N’avez-vous pas fait d’incursions aujourd’hui ? » David répondait « Vers le midi de Juda, et vers le midi des Jerakhmeëlites, et vers le midi des Kéniens ». Il faisait ainsi croire à Akish qu’il avait fait ses incursions chez les Israélites.
Voilà pourquoi il ne laissait vivre ni homme, ni femme. Être cruel et menteur, c’était agir comme Satan, et David ne voyait pas qu’il s’enfonçait toujours plus dans le mal. Oh ! comme nous devons être sur nos gardes contre cet ennemi rusé, et demander à Dieu de nous préserver du mal en nous tenant près de Lui. Akish croyait David ; il était tout satisfait et disait : « Il s’est mis en mauvaise odeur auprès de son peuple, auprès d’Israël, et il sera mon serviteur à toujours ».
– Tout cela est bien affligeant, maman. On a peine à penser que ce soit le même David, le vainqueur de Goliath.
– En effet. Nous avons là un sérieux exemple qui nous fait voir où l’on peut arriver si l’on écoute son propre cœur et que l’on manque de confiance en Dieu. David alla encore plus loin dans cette triste voie. Il en vint jusqu’à être prêt à combattre pour un roi philistin contre son propre peuple.
Car « en ces jours-là, les Philistins rassemblèrent leurs armées pour combattre contre Israël. Et Akish dit à David : Sache bien que tu sortiras avec moi pour aller au camp, toi et tes hommes. Et David dit à Akish : aussi tu sauras ce que ton serviteur fera. Et Akish dit à David : aussi je t’établirai pour toujours gardien de ma personne ».
– Mais maman, David avait peut-être la pensée que, dans la bataille, il se mettrait tout d’un coup contre les Philistins, et ainsi procurerait la victoire aux Israélites.
– Et crois-tu qu’un tel acte de trahison aurait été une bonne chose aux yeux de Dieu ? Non, mon enfant. Dieu hait la tromperie et aime la droiture. Il ne veut pas que l’on fasse du mal pour produire du bien. David s’était placé dans une position telle que Dieu seul pouvait le délivrer. Il le fit, comme nous le verrons, mais ce fut en le faisant passer par une terrible épreuve.
Dieu était sur le point de le délivrer aussi de son cruel ennemi Saül. Mais il eût mieux valu que David attende paisiblement et humblement cette délivrance, sur la terre d’Israël. Mais Dieu accomplit ses desseins malgré nos fautes. Il se montre toujours fidèle (2 Tim. 2. 13).
DAVID CHEZ LES PHILISTINS (1 Sam. 29 et 30)
– De qui me parleras-tu aujourd’hui, maman ? Est-ce de David ou de Saül ?
– Nous continuerons la triste histoire de David chez les Philistins, et nous verrons comment la bonté de Dieu le tira du piège où il s’était laissé prendre. Tu te rappelles que les Philistins s’étaient assemblés pour faire la guerre à Israël, dont jusqu’à la fin ils restèrent les ennemis irréconciliables. Ils avaient réuni toutes leurs armées, c’est-à-dire tous les princes qui commandaient dans les principales villes des Philistins.
Il y avait cinq villes principales gouvernées par cinq princes. C’étaient Asdod, Askalon, Gaza, Gath et Ékron (voyez 1 Sam. 6. 16 à 18), qui avaient amené leurs guerriers. Akish, roi de Gath, était aussi venu, et avait pris avec lui David et ses hommes, qui devaient être ses gardes du corps et occuper un poste de confiance.
– Quelle triste chose, maman, de voir le vainqueur de Goliath marcher avec les ennemis du peuple de Dieu ! Comment David n’en avait-il pas honte ?
– David, sans doute, n’était pas heureux. Quelqu’un qui connaît Dieu ne saurait être à l’aise dans un état de désobéissance. Tu le sais bien, n’est-ce-pas ?
– Oh ! oui maman. Il m’est arrivé plus d’une fois d’avoir fait quelque chose de mal, et je n’étais pas heureuse jusqu’à ce que je te l’aie dit.
– David avait manqué de confiance en Dieu, il avait cherché du secours auprès du monde, et maintenant il est obligé de marcher avec le monde. Dieu seul pouvait le délivrer de cette fâcheuse position, et il le fit par le moyen des princes des Philistins. Lorsqu’ils virent David et ses hommes avec Akish, ils furent tout surpris. « Que sont ces Hébreux ? » dirent-ils au roi de Gath. « C’est David, le serviteur de Saül », répondit Akish, « Voilà longtemps qu’il est avec moi, et je n’ai rien trouvé de mal en lui ».
Mais les princes philistins n’eurent pas une aussi grande confiance en celui qui avait si souvent défait leurs armées. Ils se mirent en colère contre Akish et lui dirent : « Renvoie cet homme et qu’il retourne en son lieu, de peur qu’il ne se tourne contre nous dans la bataille. Comment pourrait-il se rendre agréable à son seigneur, sinon par la mort de nos hommes ? »
– Ne penses-tu pas qu’ils avaient raison ?
– En tout cas, ils raisonnaient en hommes prudents. David n’était pas fidèle à son peuple, pourquoi le serait-il envers des étrangers ? Et c’est ainsi, mon enfant, que si un chrétien ne se conduit pas en chrétien, mais veut marcher avec le monde, le monde n’a pas une grande confiance en lui.
– Et que fit Akish ?
– Il dit à David : « L’Éternel est vivant que tu es un homme droit, mais tu n’es pas agréable aux yeux des princes. Retourne-t’en et va en paix ».
– Oh ! maman, David devait rougir d’entendre Akish dire de lui qu’il était un homme droit, car il l’avait toujours trompé.
– La conscience et le cœur de David n’étaient pas encore atteints. Aussi insista-t-il auprès d’Akish pour rester et « combattre les ennemis du roi, mon seigneur ». Mais c’était assez : Dieu, ne voulait pas que son pauvre serviteur aille plus loin dans cette terrible voie de péché, et qu’il parte sur le champ de bataille, uni aux Philistins contre Israël. Akish refusa de consentir à la demande de David. « Les chefs des Philistins ont dit : Il ne montera pas avec nous à la bataille » fut la raison qu’il donna, et David dut retourner à Tsiklag. C’est là que Dieu l’attendait.
– Je suis bien contente, maman, de voir David obligé de se séparer des Philistins.
– Oui, c’était une grande marque de la bonté de Dieu. Mais David n’était pas encore rentré en lui-même pour voir sa faute. Il fallait qu’il sente combien il est amer de quitter le chemin de Dieu pour s’associer au monde. S’il était resté en Juda, Dieu n’aurait pas cessé de l’entourer, lui et les siens, de sa protection comme d’une muraille de feu. Il n’en était pas de même au pays des Philistins où son cœur l’avait conduit. Loin de Dieu, l’ennemi est plus fort que nous. Lorsque David et ses hommes arrivèrent à Tsiklag, ils ne trouvèrent de la ville que des ruines fumantes.
– Oh ! maman, qu’était-il arrivé ? Et les femmes et les enfants, qu’étaient-ils devenus ?
– David et ses guerriers avaient été absents trois jours. Pendant ce temps les Amalékites avaient fait une incursion et, ayant trouvé Tsiklag sans défenseurs, ils s’en étaient emparé, avaient pillé les biens, brûlé la ville, et emmené captifs les femmes et les enfants, mais sans faire mourir personne – Dieu ne l’avait pas permis.
– Comme David et ses hommes durent être désolés ! Et comme David surtout dut regretter de s’être mis dans la dépendance d’Akish !
– La douleur la plus vive saisit les cœurs de ces fiers guerriers. « David et le peuple qui était avec lui élevèrent leurs voix et pleurèrent jusqu’à ce qu’il n’y eut plus en eux de force pour pleurer ». Et ce ne fut pas tout. Le peuple se mit à accuser David et parla de le lapider, de sorte qu’il fut dans une grande détresse.
– Mais, maman, était-ce juste ? David avait aussi tout perdu. Ses deux femmes étaient captives comme les autres.
– C’est vrai, mon enfant. Mais David, comme chef, était responsable, et c’est ce que Dieu voulait lui faire sentir. Ses hommes l’avaient suivi avec confiance, et maintenant ils avaient tout perdu par sa folie. Rien d’étonnant qu’ils s’en prennent à lui. C’est une grande leçon pour ceux qui ont une place d’autorité.
– Pauvre David ! De quel côté se tourner ?
– Dieu seul pouvait le délivrer, et la détresse où se trouvait David lui fit tourner les yeux vers Lui. C’est à cela que Dieu voulait l’amener. Quand Dieu nous châtie, c’est pour notre profit, afin que nous nous rapprochions de Lui (voyez Héb. 12. 10). David, voyant que toute ressource du côté des hommes lui faisait défaut, « se fortifia en l’Éternel son Dieu ».
– Et Dieu l’exauça, n’est-ce pas ?
– Oui, mon enfant. Dieu est plein de miséricorde, et si nous nous sommes égarés et que nous revenions à Lui, Il pardonne, nous reçoit et nous délivre. « Cet affligé a crié ; et l’Éternel l’a entendu, et l’a sauvé de toutes ses détresses » (Ps. 34. 6). C’est David qui a écrit cela, et il en fit l’expérience. Il ne voulut plus suivre ce que son cœur lui disait, mais il chercha auprès de Dieu ce qu’il avait à faire.
Le sacrificateur Abiathar était venu avec lui. Par son moyen, David interrogea l’Éternel. « Poursuivrai-je cette troupe ? L’atteindrai-je ? » demanda-t-il. C’était bien naturel, n’est-ce pas, de se mettre à la poursuite des ravisseurs ? Mais David ne veut plus rien faire de lui-même ; il veut savoir ce qui est la volonté de Dieu. Et l’Éternel lui répond : « Poursuis, car tu l’atteindras certainement » Et pour leur encouragement et leur consolation, Dieu ajoute : « Tu recouvreras tout ».
– David et ses hommes durent être bien heureux d’aller ainsi avec l’assurance que Dieu était avec eux.
– Certainement, si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? (Rom. 8. 31) Ils se mirent donc courageusement en route, bien qu’en petit nombre, et ce nombre fut encore diminué. Deux cents hommes trop fatigués pour continuer une marche si rapide et incessante, s’arrêtèrent au torrent de Besçor qui est près de la frontière sud du pays de Canaan. On leur laissa la garde des bagages, et David et les quatre cents hommes qui lui restaient continuèrent à poursuivre une armée victorieuse.
– Sais-tu ce que cela me rappelle ? C’est quand Abraham avec trois cent dix-huit de ses serviteurs va délivrer Lot (Gen. 14).
– En effet, dans les deux cas, nous voyons une poignée d’hommes attaquer et vaincre des ennemis nombreux. Nous voyons la même chose quand Gédéon défait les Madianites. L’Éternel est un vaillant guerrier quand il combat pour les siens, qui tiendra contre Lui ?
– Je me demande, maman, comment David put savoir quel chemin suivre pour trouver les Amalékites, car il ne savait pas même que c’était eux qui avaient brûlé Tsiklag.
– Dieu y pourvut aussi, mon enfant. Les hommes de David trouvèrent dans les champs un homme égyptien presque mort de faim, de soif et de fatigue. Durant trois jours et trois nuits, il était resté sans boire, ni manger. On lui donna de l’eau à boire, et à manger, du pain, des figues et des raisins secs, et quand il eut repris des forces, on le conduisit à David, qui lui demanda : « À qui es-tu ? et d’où es-tu ? » – « Je suis un garçon égyptien, serviteur d’un homme Amalékite. Mon maître m’a abandonné, il y a trois jours, car j’étais malade ».
– Quelle cruauté !
– Cela arrive encore de nos jours. Les marchands d’esclaves abandonnent ainsi ceux qui sont malades et qui entraveraient leur marche. Ils les laissent mourir de faim et de soif dans le désert. La route qu’ils ont suivie se reconnaît aux ossements dont elle est semée. Le cœur naturel de l’homme est sans pitié (Luc 10. 30 à 37). Les Amalékites avaient hâte de rentrer avec leur butin dans leurs déserts. Un malade à soigner les aurait embarrassés. Ils laissent donc là ce pauvre garçon.
Mais dans les voies de Dieu, ce fut pour leur perte. Il continua ainsi son histoire : « Nous avons fait une incursion sur ce qui est à Juda… et nous avons brûlé Tsiklag ». David a trouvé un guide : c’est Dieu qui le lui a envoyé. « Me ferais-tu descendre vers cette troupe ? » demanda-t-il au garçon. « Jure-moi par Dieu que tu ne me feras pas mourir, et que tu ne me livreras pas en la main de mon maître, et je te ferai descendre vers cette troupe » répondit le jeune homme.
– C’est une très belle histoire, maman, que celle de ce pauvre garçon égyptien. Il me semble que l’on y voit comme une image de ce que Jésus a fait pour nous. Cela me rappelle l’histoire du Samaritain et de l’homme tombé entre les mains des voleurs (Luc 10. 30 à 37).
– Tu as raison. Et une fois que Jésus nous a sauvés de la mort, Il ne nous laisse ni périr, ni redevenir la proie de Satan, notre ancien maître (Jean 10. 28). Nous sommes dès ce moment affranchis du péché et serviteurs de Dieu (Rom. 6. 14 et 18). L’homme égyptien conduisit David et ses guerriers à l’endroit où étaient les Amalékites. Ceux-ci, se croyant à l’abri de tout danger, joyeux du butin qu’ils avaient fait, s’étaient répandus çà et là, mangeant, buvant et dansant. C’était le soir, David tomba sur eux à l’improviste et les tailla en pièces. Quatre cents jeunes hommes seuls échappèrent.
Comme l’Éternel l’avait dit, David recouvra tout ce qui avait été enlevé, de plus il prit le butin que les Amalékites avaient fait en d’autres endroits que Tsiklag.
– Comme David et ses hommes durent être heureux de retrouver leurs femmes et leurs petits enfants, et quelle joie pour tous ces captifs et captives d’échapper à l’esclavage.
– Dieu, comme toujours, s’était montré fidèle. Du moment que David marchait avec Lui, tout allait bien. Mais bientôt nous avons un nouvel exemple de ce qu’est le méchant cœur de l’homme, dur et égoïste. Comme David et ses quatre cents hommes revenaient triomphants, les deux cents restés à la garde du bagage vinrent à leur rencontre pour partager leur joie. Alors quelques hommes de ceux qui étaient allés avec David, hommes méchants et sans pitié, dirent : « Puisque ceux-ci ne sont pas venus avec nous, nous ne leur donnerons pas du butin que nous avons recouvré, sauf à chacun sa femme et ses fils. Qu’ils les emmènent et qu’ils s’en aillent ».
– C’était en effet bien méchant, maman.
– Ils oubliaient que leur délivrance venait de Dieu seul et que ceux qui étaient restés étaient leurs frères. Si Dieu nous accorde quelque bien, ne devons-nous pas être heureux de le partager avec nos frères ? David, qui maintenant vivait près de Dieu, sentit cela et leur dit : « Vous ne ferez pas ainsi, mes frères, avec ce que nous a donné l’Éternel, qui nous a gardés et a livré entre nos mains la troupe qui était venue contre nous… Car telle qu’est la part de celui qui descend à la bataille, telle sera la part de celui qui demeure auprès du bagage : ils partageront ensemble ». Et ce fut dès lors une loi en Israël. David se montra ainsi un roi juste et équitable.
– On voit, maman, comme tout va bien, maintenant que son cœur est à l’aise avec Dieu.
– Il se montra aussi généreux envers ses amis, et reconnaissant envers ceux qui l’avaient secouru pendant les jours où il avait été fugitif au pays de Juda. Il leur envoya une part du butin, avec ces paroles : « Voici un présent pour vous, sur le butin des ennemis de l’Éternel ». Il allait bientôt revenir au milieu d’eux, non plus comme fugitif, mais comme roi. Ses jours d’épreuve étaient passés, et Saül allait terminer misérablement sa vie.
MORT DE SAÜL ET DE SES FILS (1 Sam. 28 et 31)
– Tu te rappelles que les Philistins avaient rassemblé leurs armées pour faire la guerre à Israël.
– Oui maman, et ils ne voulurent pas que David vienne avec eux, et ce fut très heureux pour David.
– Les Philistins campèrent à Sunem et Saül, ayant rassemblé tout Israël, vint camper en face d’eux à Guilboa. Ces deux endroits sont loin au nord de Jérusalem, près du torrent de Kison et de la plaine de Jizreël. C’est aussi près de là qu’autrefois Barak et Debora vainquirent Sisera (Jug. 4). Mais quand « Saül vit le camp des Philistins, il eut peur, son cœur trembla très fort ».
– C’est qu’il sentait que Dieu n’était pas avec lui, n’est-ce pas, maman ?
– Sans doute, il ne s’était jamais repenti de sa désobéissance. Il avait déjà eu très peur quand Goliath s’était présenté à la tête des Philistins (1 Sam. 17. 11). Mais alors, l’Éternel avait envoyé David pour délivrer son peuple. Mais maintenant Saül avait ajouté à son péché. Il avait chassé et persécuté David, et Israël l’avait suivi dans cette mauvaise voie ; l’Éternel ne pouvait pas être avec eux et le jugement allait les atteindre. Saül en acquit bientôt la certitude. Dans son angoisse, il voulut interroger l’Éternel, mais « l’Éternel ne lui répondit pas, ni par les songes ni par l’urim, ni par les prophètes ».
– Qu’est-ce que cela veut dire, maman ?
– C’étaient les trois moyens par lesquels l’Éternel faisait connaître sa pensée. Ou bien il envoyait des songes à quelqu’un, comme nous en avons bien des exemples ; ou bien il parlait en vision à des prophètes et mettait sa parole en leur bouche (Gen. 15. 1; Ex. 3. 3 ; Nomb. 12. 6 ; És. 1. 1 ; Éz. 1. 1 ; Act. 18. 9) ; ou bien c’était par les lumières qu’il donnait au sacrificateur, quand celui-ci l’interrogeait, après avoir revêtu l’éphod (« Urim » veut dire lumières (Ex. 28. 30). Par aucune de ces choses, l’Éternel ne répondit à Saül. Que pouvait-il faire ?
– N’est-ce pas qu’il aurait dû s’humilier et reconnaître son péché ? Alors l’Éternel aurait eu pitié de lui.
– C’est bien sûr, mais son cœur était endurci et, au lieu de cela, il ajouta encore un péché a tant d’autres. Autrefois, on ne sait à quelle époque de son règne, il avait montré un grand zèle pour Dieu, bien que parfois un zèle sans connaissance (2 Sam. 21. 1 et 2). Selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse (Deut. 18. 10 et 11), « Saül avait ôté du pays les évocateurs d’esprits et les diseurs de bonne aventure », tous ceux qui prétendaient, par des moyens diaboliques, connaître l’avenir.
Et maintenant Saül oublie la parole de Dieu et ce qu’il a fait selon cette parole. Dans son trouble, il dit à ses serviteurs : « Cherchez-moi une femme qui évoque les esprits, j’irai vers elle et je la consulterai. Et ses serviteurs lui disent : « Voici, il y a à En-Dor une femme qui évoque les esprits ». Tu vois par là que ces mauvaises pratiques étaient répandues parmi le peuple d’Israël, puisque les serviteurs de Saül savent tout de suite lui indiquer « une femme qui évoque les esprits ».
– Mais qu’est-ce que cela veut dire « évoquer les esprits ? »
– C’était rappeler sur la terre et faire paraître et parler l’esprit d’une personne décédée.
– Crois-tu que ce soit une chose possible ?
– Ces évocateurs d’esprits le prétendaient, comme de nos jours il y en a aussi qui le disent. Mais du moment que l’Éternel défendait sévèrement cette chose, nous devons juger que c’était une œuvre de mensonge et de tromperie, et certainement en rapport avec les puissances diaboliques, ainsi que nous le voyons dans l’histoire de la fille possédée d’un esprit de python (Act. 16. 16 à 18). Les évocateurs d’esprit, les sorciers et autres personnes de cette sorte, sont abusés par Satan, qui se sert d’eux pour tromper d’autres personnes.
– Où était En-Dor ?
– Un peu au nord de Sunem. C’est un endroit où il y a beaucoup de cavernes creusées dans les rochers. Cette femme qui évoquait les esprits se cachait peut-être dans une de ces cavernes pour exercer son métier coupable. Saül se déguisa et se rendit de nuit avec deux de ses serviteurs auprès de cette femme. « Devine pour moi par un esprit » lui dit-il, « et fais-moi monter celui que je te dirai ».
– Pourquoi Saül dit-il de faire monter ?
– Parce que l’on supposait que l’esprit sortait de la terre, hors du sépulcre. La femme répondit à Saül : « Tu sais que Saül à retranché du pays les évocateurs d’esprits et les diseurs de bonne aventure ; pourquoi me dresses-tu un piège pour me faire mourir ? » Cette misérable femme craignait que ce ne fût quelque espion envoyé pour la surprendre. On n’est jamais tranquille, lorsqu’on a une mauvaise conscience.
– Il me semble, maman, que Saül aurait dû aussi rentrer en lui-même en entendant cette femme et se dire : « Oh ! je commets un péché contre Dieu, en consultant une telle femme ».
– Saül s’était endurci, mon enfant. Il errait maintenant en aveugle, malheureux et angoissé. C’est le sort affreux de ceux que Dieu abandonne. Pour rassurer la femme, Saül ne craignit pas de prendre l’Éternel à témoin qu’il ne lui arriverait aucun mal. « L’Éternel est vivant », dit-il, « s’il t’arrive aucun mal pour cette affaire ! » Jusqu’à présent, nous n’avons vu sur la scène que le roi désobéissant, et celle qui évoquait les esprits, les deux esclaves de Satan, mais maintenant l’Éternel va se manifester aussi pour la confusion et la terreur de tous deux. Ce fut une nuit solennelle et terrible dans la triste demeure de cette femme.
– « Qui te ferai-je te fasse monter ? » et il dit : « Fais-moi monter Samuel » répondit-il. Et l’Éternel, et non pas la femme, fit monter Samuel. La femme cherchait à faire croire à ses dupes qu’elle voyait et entendait celui qu’on lui avait demandé. Mais cette fois, par la puissance de l’Éternel, et non la sienne, celui qu’elle a évoqué paraît. Elle voit Samuel et, terrifiée, elle pousse un grand cri. En même temps, Dieu lui ouvre les yeux et elle reconnaît que celui qui est venu la consulter est Saül, le roi d’Israël. « Pourquoi m’as-tu trompée ? Tu es Saül ! » s’écrie-t-elle.
– Oh ! maman, comme Saül et ceux qui étaient là devaient être frappés !
– Dieu montrait sa présence. Mais le roi, au lieu de s’humilier, continue dans sa voie de péché : « Ne crains point » dit-il à la femme, « mais que vois-tu ? » Et elle répondit : « Je vois un dieu qui monte de la terre ». Elle exprimait ainsi l’apparence majestueuse de la vision. « Quelle est sa forme ? » demanda Saül. Et elle dit : « C’est un vieillard qui monte, et il est enveloppé d’un manteau ». Le manteau était le vêtement spécial des prophètes (Zach. 13. 4; 1 Rois 19. 13 ; 2 Rois 2. 8 et 13). Saül à ses traits, reconnaît Samuel qu’il n’avait jamais revu depuis le jour où le prophète lui avait annoncé sa déchéance comme roi d’Israël à cause de sa désobéissance (1 Sam. 15. 28 à 35). « Et Saül se baissa le visage contre terre et se prosterna ».
– C’était bien effrayant pour Saül, n’est-ce pas ?
– Ce fut encore bien plus solennel lorsque Saül entendit la voix de Samuel lui dire : « Pourquoi as-tu troublé mon repos en me faisant monter ? » Dieu avait donné du repos à son serviteur après tout le labeur et les peines de sa longue vie, après le deuil qu’il avait mené sur Saül, et maintenant, par Saül encore, ce repos était troublé ; mais Dieu le permettait pour que, du sein des morts, son fidèle prophète vînt apporter un dernier message au roi désobéissant.
Saül dit à Samuel : « Je suis dans une grande détresse ; car les Philistins me font la guerre, et Dieu s’est retiré de moi, et ne me répond plus, ni par les prophètes, ni par les songes ; et je t’ai appelé pour me faire savoir ce que j’ai à faire ».
Samuel lui répondit : « Pourquoi, m’interroges-tu, quand l’Éternel s’est retiré de toi et qu’il est devenu ton ennemi ? L’Éternel a fait pour lui-même comme il l’a dit par moi ; l’Éternel a déchiré le royaume d’entre tes mains et l’a donné à ton prochain, à David ; parce que tu n’as pas écouté la voix de l’Éternel et que tu n’as pas exécuté l’ardeur de sa colère contre Amalek : à cause de cela, l’Éternel t’a fait ceci aujourd’hui ». Tu vois, Samuel remonte à la source du mal : la désobéissance première, dont jamais Saül ne s’était humilié et repenti, et qui l’avait conduit de péché en péché, de misère en misère, en le séparant de Dieu.
– Je comprends cela, maman. Je désire bien, si j’ai été désobéissante, le confesser tout de suite, car c’est terrible d’avoir Dieu contre soi. J’ai été frappée de ce que Samuel dit : « L’Éternel est devenu ton ennemi ».
– Ce qui suit est aussi bien terrible. Samuel prononce la sentence de l’Éternel contre le malheureux Saül, ses fils, et le peuple qui l’a suivi : « L’Éternel livrera aussi Israël avec toi en la main des Philistins ; demain, toi et tes fils, vous serez avec moi ; l’Éternel livrera aussi l’armée d’Israël en la main des Philistins ». Ainsi, il n’y avait point d’espoir de délivrance. Saül ne s’était pas repenti de son péché, et ses fils, Jonathan lui-même, étaient restés avec lui ; ils tombent tous sous le même jugement. « Demain, toi et tes fils, vous serez avec moi », vous serez dans le séjour des morts.
– Maman, cela me semble bien étrange pour Jonathan qui avait toujours aimé David.
– C’est vrai, mais il avait préféré rester avec Saül plutôt que de se joindre à David persécuté, et il partage le sort de Saül. Il savait que David était le vrai roi ; sa place était avec lui. Il en est de même pour le chrétien, il doit renoncer à tout pour Christ, quand il y est appelé. Le Seigneur, dont David était le type, a dit : « Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi » (Prov. 1. 24 à 33, Mat. 25. 10 à 12, Mat. 10. 37). Israël aussi subit le châtiment pour être resté attaché au roi que Dieu avait rejeté.
– Saül dut être profondément frappé en entendant ces paroles.
– Ah ! sans doute. Il en fut extrêmement effrayé. Lui, l’homme fort, l’homme de guerre, tomba à terre de toute sa hauteur. Il était déjà très affaibli car, dans son angoisse, il n’avait rien mangé de tout le jour précédent, et cette terrible sentence acheva de le briser.
– Je suis toujours étonnée, maman, de voir que Saül, ainsi frappé, ne se tourne pas vers Dieu. Dieu l’aurait reçu, n’est-ce pas ?
– Ma chère enfant, il y a plus d’un exemple qui nous montre que, quand un pécheur s’est obstiné dans son péché, il y a un moment où il est trop tard pour se tourner vers Dieu. La Parole de Dieu nous le dit en plus d’un endroit, et c’est bien sérieux. Aussi est-il écrit : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » (Héb. 3. 7 et 8).
Pour reprendre notre récit, « la femme vint à Saül, et elle vit qu’il était très troublé ». Elle lui dit :« Ta servante a écouté ta voix et j’ai mis ma vie dans ma main. Maintenant, je te prie, écoute la voix de ta servante, et je mettrai devant toi une bouchée de pain, et mange, et tu auras de la force pour aller ton chemin ». Mais Saül refusa, disant : « Je ne mangerai point ».
Cependant, sur les instances de la femme et de ses serviteurs, il prit avec ceux-ci la nourriture que la femme leur apprêta, et ils s’en retournèrent cette même nuit. Si le Seigneur le permet, nous verrons une autre fois l’événement qui suivit.
MORT DE SAÜL ET DE SES FILS (1 Samuel 31)
– Je serai bien contente, maman, que tu me dises ce qui arriva au malheureux Saül après sa visite à la femme qui évoquait les morts.
– Il lui arriva ce que Samuel lui avait annoncé. Le lendemain, le combat s’engagea. Mais l’Éternel n’était pas avec Saül et son peuple, et les Israélites furent défaits, un grand nombre furent tués et les autres s’enfuirent. Saül combattit sans doute vaillamment, ainsi que ses trois fils et les gens de sa maison ; mais tous ceux-là furent tués.
– Et Jonathan, était-il là ?
– Oui, Sophie ; il périt avec les autres.
– Pauvre Jonathan ! Il avait espéré voir son ami David régner sur Israël et être le second après lui (1 Samuel 23. 7), et maintenant le voilà tué par les Philistins. Que c’est triste !
– Bien triste, en effet. Les hommes estimeraient, sans doute, que Jonathan mourut avec gloire, sacrifiant sa vie pour son père et pour son peuple. Mais si nous jugeons au point de vue de Dieu, nous verrons que Jonathan en restant avec Saül, au lieu de suivre David qui était le vrai roi d’Israël, s’associait à la désobéissance de son père, et c’est pourquoi il est enveloppé dans sa ruine.
– Je comprends bien. Il faut aimer le Seigneur plus même que ses parents ; je me souviens que tu me l’as dit. L’homme que Jésus appelait à le suivre, ne devait pas même aller ensevelir son père (Luc 9. 59 et 60). Que je suis heureuse, chère maman, de n’avoir pas à faire un tel choix. Je puis rester avec toi et t’aimer sans désobéir à Dieu. Dieu est bien bon de m’avoir donné de chers parents qui le servent et qui m’apprennent à le connaître. Maintenant j’aimerais que tu me dises encore quelque chose de Saül.
– La fin de sa vie est aussi très triste. Il ne mourut pas comme ses fils, en combattant. Les Philistins voulaient peut-être le prendre vivant et l’emmener captif, comme autrefois Samson (Jug. 16. 21 à 24). Quoi qu’il en soit, la bataille se renforça contre lui après la mort de ses fils. Il se vit serré de près, et lui, autrefois si vaillant guerrier (1 Sam. 11), eut une très grande peur.
Et, en effet, lorsqu’on est abandonné de Dieu, on peut bien avoir peur de tout, et c’est une chose remarquable de voir Saül, après sa désobéissance, être si souvent dans la crainte (1 Sam. 17. 11 ; 18. 12 ; 28. 5). Mais si l’on a Dieu avec soi, rien ne saurait effrayer. Redoutant de tomber vivant entre les mains des Philistins, Saül dit à celui qui portait ses armes : « Tire ton épée et perce-m’en, de peur que ces incirconcis ne viennent et ne me percent, et ne m’outragent ». Oh ! si Saül avait eu recours à l’Éternel, comme plus tard le roi Josaphat qui, pressé aussi par des ennemis, cria à l’Éternel et fut secouru (2 Chron. 18. 31) Mais Saül ne voyait de refuge que dans la mort.
– Et que fit celui qui portait ses armes ?
– Il refusa de porter les mains sur son roi. Alors Saül tira son épée et se jeta dessus. Il périt ainsi de sa propre main, et l’homme qui portait ses armes suivit son exemple.
– Mais cela était aussi un grand péché.
– Sans doute, mon enfant. Dieu, qui a donné la vie, a aussi seul le droit de la reprendre. Dieu a dit : « Tu ne tueras point (Ex. 20. 13) ; » et celui qui s’ôte la vie désobéit à ce commandement tout autant que celui qui tue un autre homme.
Nous ne trouvons dans la Bible que trois exemples de suicide ; tu sais que c’est ainsi qu’on nomme le meurtre de soi-même. Le premier est celui de Saül, le roi désobéissant ; le second, celui d’Akhitophel, le conseiller perfide ; et le troisième, celui du traître Judas (2 Sam. 17. 23 ; Mat. 27. 5). Ces trois exemples nous montrent clairement qu’un tel acte ne peut être commis que par ceux qui sont loin de Dieu, qui n’ont point « la vie éternelle demeurant en eux » (1 Jean 3. 15).
De nos jours, hélas ! dans les pays qui se disent chrétiens, les suicides sont nombreux. Les uns s’ôtent la vie parce qu’ils ne peuvent supporter, disent-ils, la perte de leur fortune ou de quelqu’un qu’ils aiment ; d’autres pour échapper à des souffrances, ou à ce qu’ils appellent la perte de leur honneur ; d’autres encore, pour une simple contrariété. On a vu même des enfants irrités par un reproche mérité ou non, se donner la mort. Et tous ceux-là ne pensent pas qu’ils se précipitent au-devant d’un jugement terrible ! Quelle folie, quelle lâcheté et quel oubli de Dieu !
– Est-ce que David apprit ces tristes nouvelles ?
– Oui, et je te dirai plus tard de quelle manière. Pour le moment, terminons ce qui a rapport à Saül. Le lendemain de la bataille, les Philistins vinrent pour dépouiller les tués, et ils trouvèrent Saül et ses trois fils morts sur la montagne de Guilboa. Ils dépouillèrent Saül de ses armes, lui coupèrent la tête, et les envoyèrent partout dans le pays des Philistins pour annoncer la nouvelle de leur victoire dans les maisons de leurs idoles et au peuple.
Puis, comme trophée, ils placèrent ses armes dans un de leurs temples, et clouèrent sa tête dans la maison de leur grand dieu Dagon (1 Chron. 11. 10). Tu vois qu’ils attribuaient leur victoire à leurs dieux et pensaient que ceux-ci avaient triomphé de l’Éternel, le Dieu d’Israël. Ainsi la désobéissance de ceux qui professent être le peuple de Dieu, jette du déshonneur sur le nom du Seigneur.
– Et il n’est plus rien dit de Jonathan ?
– Une seule chose que je te dirai. Quant à leur esprit, lui, ses frères et son père étaient avec Samuel, comme le prophète l’avait dit. Ils étaient retranchés de la terre des vivants. Mais quant à leurs corps, les Philistins les prirent et les clouèrent à la muraille de Beth-Shan.
– Pourquoi firent-ils cela ?
– C’était une dernière insulte faite à leurs ennemis vaincus. Beth-Shan, dont les ruines subsistent encore et que les Arabes nomment Beisan, était une ville située entre Guilboa et le Jourdain. Elle était bâtie sur une sorte de plateau rocheux qui s’élève au-dessus de la plaine et est coupé de profondes ravines au fond desquelles coulent des ruisseaux rapides. La ville se trouvait ainsi coupée en plusieurs quartiers. Sur le plateau se trouve une éminence escarpée dont le flanc qui regarde le Jourdain tombe presque à pic. Sur cette hauteur était bâtie la forteresse entourée d’une muraille. C’est là sans doute que furent attachés les corps du malheureux roi et de ses fils, de sorte qu’on pût les voir de loin, comme pour annoncer à Israël le triomphe des Philistins et lui jeter un défi.
– Mais comment les Philistins se trouvaient-ils dans cette ville si bien fortifiée ?
– C’est que quand la déroute des Israélites et la mort de Saül et de ses fils fut connue, les hommes d’Israël abandonnèrent leurs villes et s’enfuirent. Ils portèrent ainsi la nouvelle de ce désastre de l’autre côté du Jourdain, et cela donna lieu aux hommes de Jabès de Galaad d’accomplir une bien belle action.
– Où est cette ville dont tu parles ?
– De l’autre côté du Jourdain, juste en face de Beth-Shan. Tu dois te souvenir qu’au commencement du règne de Saül, les habitants de Jabès étaient assiégés par le roi des Ammonites. La ville était près de succomber quand elle fut délivrée par l’énergique intervention de Saül à la tête des Israélites (1 Sam. 11. 1 à 11). Les habitants de Jabès conservèrent dans leurs cœurs une profonde reconnaissance envers leur libérateur.
Lorsqu’ils eurent appris la manière indigne dont les Philistins avaient traité les restes de Saül et de ses fils, les vaillants hommes de Jabès, sans craindre le péril auquel ils s’exposaient, se levèrent, marchèrent toute la nuit vers Beth-Shan, détachèrent les corps et les rapportèrent à Jabès.
– Je suis étonnée que les Philistins ne les aient point empêchés de faire cela.
– Ils ne s’en aperçurent point. Ils ne pensaient sans doute pas, à cause de la terreur produite par leur victoire, qu’aucun Israélite osât s’aventurer près d’eux. Ensuite, il faut remarquer que les hommes de Jabès arrivèrent de nuit et qu’abrités par l’escarpement du rocher, ils purent monter sans être vus, et qu’enfin le bruit du torrent qui coulait au pied du rocher empêchait de les entendre.
– C’était bien courageux et bien beau de leur part, chère maman, et montrait en effet un cœur reconnaissant.
– Oui, Sophie, et c’est un sentiment qui plaît à Dieu. Mais si les habitants de Jabès avaient lieu d’être reconnaissants envers Saül qui les avait délivrés seulement d’une affliction terrestre, combien n’avons-nous pas plus lieu d’être reconnaissants envers Jésus qui nous a sauvés de la colère qui vient ! (1 Thess. 1. 10)
– C’est bien vrai, chère maman, et je sens que nous devrions chaque jour le remercier et être tout dévoués pour le servir. Je voudrais te faire encore une question. Que firent les habitants de Jabès des corps de Saül et de ses fils ?
– Ils les brûlèrent, puis ils enterrèrent les os qui restaient sous un tamarisc près de leur ville, et jeûnèrent sept jours en signe de deuil.
– Je suis surprise de ce que tu me dis qu’ils brûlèrent les corps. Je croyais que les Israélites enterraient leurs morts.
– Tu as raison, Sophie. Ils rendaient à la terre ce qui a été tiré de la terre, et en cela ils agissaient selon la pensée de Dieu dans sa parole (Gen. 3. 19). Brûler les corps est une coutume païenne. Ce que font les habitants de Jabès est un fait exceptionnel, motivé peut-être par la mutilation exercée sur les corps de Saül et de ses fils, peut-être aussi par leur état de décomposition. Brûler les corps semble se rattacher à un temps de calamité, comme on le voit par un passage du prophète Amos annonçant la destruction de la capitale du royaume d’Israël, à cause des péchés du peuple. « Il arrivera, » dit-il, « que s’il reste dix hommes dans une maison, ils mourront ; et le parent de l’un d’eux qui doit le brûler, le prendra pour sortir de la maison les os » (Amos 6. 9 et 10).
– Maintenant, j’aimerais que tu me dises comment David apprit ce qui était arrivé à Saül et à ses fils.
– Je le ferai volontiers, mon enfant, mais ce sera une autre fois, s’il plaît à Dieu.
Les dernières paroles de Josué aux fils d’Israël sont comme son testament :
« Et maintenant, craignez l’Éternel, et servez-le en intégrité et en vérité ; et ôtez les dieux que vos pères ont servis de l’autre côté du fleuve et en Égypte, et servez l’Éternel. Et s’il est mauvais à vos yeux de servir l’Éternel, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, soit les dieux que vos pères qui étaient de l’autre côté du fleuve ont servis, soit les dieux de l’Amoréen, dans le pays duquel vous habitez. Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Jos. 24. 14 et 15).
« Et le peuple dit à Josué : nous servirons l’Éternel, notre Dieu, et nous écouterons sa voix » (v. 24). « Et Israël servit l’Éternel tous les jours de Josué, et tous les jours des anciens dont les jours se prolongèrent après Josué et qui avaient connu toute l’œuvre de l’Éternel, qu’il avait faite pour Israël » (v. 31).
L’Éternel laissa subsister plusieurs nations : « elles étaient laissées pour éprouver par elles Israël, pour savoir s’ils écouteraient les commandements de l’Éternel, qu’il avait commandés à leurs pères par Moïse. Et les fils d’Israël habitèrent au milieu des Cananéens, des Héthiens, et des Amoréens, et des Phéréziens, et des Héviens, et des Jébusiens. Et ils prirent leurs filles pour femmes, et donnèrent leurs filles à leurs fils, et servirent leurs dieux. Et les fils d’Israël firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, et ils oublièrent l’Éternel, leur Dieu, et servirent les Baals et les ashères (idoles, divinités féminines) » (Jug. 3. 4 à 7).
Ce qui arriva aux fils d’Israël nous apprend trois choses fondamentales :
1) La désobéissance entraîne l’abandon d’une relation avec le seul vrai Dieu : « ils oublièrent l’Éternel, leur Dieu ». C’est pourquoi, le Seigneur nous dit, par la plume de l’apôtre Paul : « … marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair » (Gal. 5. 16).
2) Le Seigneur n’oublie pas les siens même si parfois Il doit frapper fort : « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ; car celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée. Vous endurez des peines comme discipline : Dieu agit envers vous comme envers des fils, car quel est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils » (Héb. 12. 5 à 8 ; Prov. 3. 11 et 12). « Et la colère de l’Éternel s’embrasa contre Israël, et il les vendit en la main de Cushan-Rishhathaïm, roi d’Aram-Naharaïm (Mésopotamie). Et les fils d’Israël servirent Cushan-Rishhathaïm huit ans » (Jug. 3. 8).
3) Le Seigneur intervient en grâce et au moment opportun : « Et les fils d’Israël crièrent à l’Éternel ; et l’Éternel suscita aux fils d’Israël un sauveur qui les délivra, Othniel, fils de Kenaz, frère puîné de Caleb » (v. 9).
C’est à lui que Caleb donna sa fille Acsa, en mariage, pour avoir pris une ville. Caleb, Othniel et Acsa sont tous les trois marqués par la foi.
Caleb, jeune homme, avec Josué, resta ferme devant la contradiction engendrée par les représentants de dix tribus lorsqu’ils revenaient d’explorer le bon pays que l’Éternel leur donnait : « Caleb fit taire le peuple devant Moïse, et dit : Montons hardiment et prenons possession du pays, car nous sommes bien capables de le faire » (Nomb. 13. 31). Avec Josué, il est le seul de sa génération à être entré dans le pays, quarante ans plus tard, « parce qu’il a pleinement suivi l’Éternel » (Deut. 1. 36).
Othniel, son neveu, combat les combats de l’Éternel et s’empare d’une ville. Son oncle, Caleb, avait dit : « À qui frappera Kiriath-Sépher et la prendra, je lui donnerai ma fille Acsa pour femme. Et Othniel, fils de Kenaz, frère de Caleb, la prit ; et Caleb lui donna sa fille Acsa pour femme » (Jos. 15. 16 à 18).
Acsa, attache beaucoup d’importance à recevoir, elle aussi, une portion du pays. « Et il arriva que, comme elle entrait, elle l’incita (donc, son mari) à demander à son père (Caleb) un champ. Et elle descendit de dessus l’âne ; et Caleb lui dit : Qu’as-tu ? Et elle dit : Donne-moi une bénédiction ; car tu m’as donné une terre du midi, donne-moi aussi des sources d’eau. Et il lui donna les sources du haut et les sources du bas ». Quel enseignement pour nous ! Ces sources nous parlent des bénédictions qui découlent de la mort et de la résurrection de Christ.
Les sources du bas : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; – et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2. 20).
Les sources du haut : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu » ; « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3. 1 à 4). Nous pouvons dire avec joie : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1. 3).
Caleb avait dit à Josué : « Donne-moi cette montagne dont l’Éternel a parlé » (Jos. 14. 12) et plus tard, quelle joie pour lui, d’entendre sa fille lui réclamer : « des sources » (15. 19). Avec un tel engagement et une femme digne de lui, Othniel se qualifia pour exercer les fonctions de juge en Israël. Othniel est donné par l’Éternel à son peuple, comme sauveur. « Et l’Esprit de l’Éternel fut sur lui, et il jugea Israël ; … et le pays fut en repos quarante ans » (Jug. 3. 9 à 11).
Inspirons-nous de la foi de cette famille qui estima à sa juste valeur le pays donné par l’Éternel. Que nos bénédictions spirituelles et notre part d’héritage en Christ nous motivent pour que nous Le suivions fidèlement. Si Dieu pourvoit, notre engagement Lui est dû, et notre bonheur en découle.
« Où irai-je loin de ton Esprit ? et où fuirai-je loin de ta face ? » Psaume 139. 7.
Dieu n’est pas limité par le temps et l’espace, c’est en accord avec sa nature. Nous, nous ne pouvons être qu’à un seul endroit à la fois. Et nous avons besoin de temps pour passer d’un endroit à un autre. Il n’en est pas ainsi de Dieu. C’est pourquoi il nous est impossible de Lui échapper. Où que nous soyons, Dieu nous voit. Que nous soyons sous un ciel dégagé ou au plus profond d’une mine, que nous soyons sous la pleine lumière du soleil ou dans une obscurité aussi noire qu’un four, cela ne fait aucune différence pour Dieu.
L’omniprésence de Dieu peut être une consolation pour nous lorsque nous nous sentons isolés. Nous n’arriverions à rien si nous essayions de nous enfuir de devant Lui ou de nous cacher.
En tant qu’Homme sur la terre, le Seigneur Jésus s’est soumis aux conditions de la nature humaine. Il était comme nous, jamais à plus d’un endroit à la fois. Il disait à ses disciples : « Je vous dis la vérité : Il vous est avantageux que moi je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jean 16. 7). Le Consolateur, l’Esprit Saint, n’est pas devenu un être humain ; quoi qu’Il soit sur la terre, Il n’est pas limité à un seul endroit. Il habite dans chaque croyant personnellement, ainsi que dans l’Église de Dieu. Tout croyant, où qu’il se trouve sur la terre, possède le Saint Esprit habitant en lui.
Le Saint Esprit désire nous guider, nous conduire dans toute la vérité. Il nous présente la Personne du Seigneur Jésus afin que nous Le glorifiions. Mais c’est à nous de vivre d’une manière telle que nous fassions l’expérience des effets bénis de la présence du saint Esprit en nous.
Cette petite série de messages concerne les versets du Psaume 22 cités dans le Nouveau Testament.
L’ABANDON DE JÉSUS ET LA SAINTETÉ DE DIEU
« Mais, depuis la sixième heure, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu’à la neuvième heure. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Éli, Éli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Matthieu 27. 45 et 46.
Christ « a porté nos péchés en son corps sur le bois (de la croix) » 1 Pierre 2. 24.
Le Psaume 22, écrit par le roi David, parle des souffrances et des prières de Jésus sur la croix, commence par ce cri : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? » David a-t-il vécu des situations dans lesquelles il a souffert de la manière évoquée dans ce Psaume ? Comme prophète (Act. 2. 30), il a annoncé, plusieurs siècles en avance, ce cri déchirant de Jésus sur la croix, rapporté dans l’Évangile dans sa langue natale.
Jésus parlait habituellement à Dieu en l’appelant Père ; Il s’était toujours confié en Lui. À la neuvième heure (trois heures de l’après-midi), Il l’invoque comme Dieu et Lui pose cette terrible question : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». On trouve une réponse deux versets plus bas : « Et toi, tu es saint… ». Jésus a connu l’abandon de Dieu car la sainteté de Dieu demandait qu’Il subisse sa colère, Jésus étant venu pour prendre la place que nous méritions, et pour mourir pour nos péchés.
Le prophète Ésaïe affirme : « L’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous » (És. 53. 6). Il est écrit ailleurs : « Celui qui n’a pas connu le péché, (Dieu) l’a fait péché pour nous » (2 Cor. 5. 21).
Ainsi, Jésus a été frappé à la place de l’homme pécheur, et maintenant Dieu peut pardonner avec justice. C’est le message de l’Évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3. 16).
MÉPRIS ET PAROLES DE DÉFI
« Mais moi, je suis un ver, et non pas un homme, l’opprobre des hommes, et le méprisé du peuple. Tous ceux qui me voient se moquent de moi ; ils ouvrent la bouche, ils hochent la tête : Il se confie à l’Éternel : qu’il le fasse échapper, qu’il le délivre, car il prend son plaisir en lui ! » Psaume 22. 6 à 8.
Que de moqueries a supporté Celui qui souffre sur la croix ! Sans défense, Il subit la honte publique et le mépris. Ceux qui Le voient se moquent de Lui et hochent la tête en signe de moquerie. En même temps, ils provoquent Dieu, le défiant de Le libérer, « s’il prend son plaisir en lui ! »
Sur la croix, il y a plusieurs siècles, Jésus a été victime des insultes et du mépris des passants. Hérode, avec ses soldats, L’a traité avec mépris et s’est moqué de Lui (Luc 23. 11, 35, 36). « Les brigands aussi qui avaient été crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière » (Mat. 27. 44). Les outrages, le déshonneur public qu’Il a ainsi connu lui ont brisé le cœur (Ps. 69. 19 et 20).
Ces moqueurs accomplissaient sans le savoir ce que les prophètes avaient annoncé, alors que notre Seigneur priait en leur faveur : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23. 34).
Aux paroles de défi lancées à Dieu – « qu’il le fasse échapper, qu’il le délivre, car il prend son plaisir en lui ! », la réponse du Seigneur nous parvient comme un écho provenant d’au-delà de la résurrection : « Il me délivra, parce qu’il prenait son plaisir en moi » (Ps. 18. 19). Christ n’a pas été délivré de l’heure de la mort ; au contraire, Il y est entré, Il a « goûté la mort pour tout » (Héb. 2. 9), Il a été « mis dans la poussière de la mort » (Ps. 22. 15). Mais Il en est sorti vainqueur, Il a été « ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père » (Rom. 6. 4).
PARTAGE DES VÊTEMENTS
« Les soldats, quand ils eurent crucifié Jésus, prirent ses vêtements… Ils prirent aussi la tunique. Or la tunique était sans couture, tissée tout d’une pièce depuis le haut. Ils dirent donc entre eux : ne la déchirons pas, mais tirons au sort pour savoir à qui elle sera – afin que soit accomplie l’Écriture… » Jean 19. 23 et 24.
Le Psaume 22 exprime les pensées et les prières de Celui qui est persécuté par des hommes sanguinaires. Il fait aussi référence aux souffrances causées par la honte d’être dépouillé de ses propres vêtements et d’être exposé à la vue de tous : « Ils me contemplent, ils me regardent » (v. 17). Une chose particulière est mentionnée : « Il partagent entre eux mes vêtements, et sur ma robe, ils jettent le sort » (v. 18).
Bien des siècles après la rédaction de ce psaume, lorsque Jésus a été crucifié, les soldats Lui ont pris ses vêtements et L’ont cloué sur la croix, puis ils ont tiré au sort pour sa tunique. Ces soldats romains, qui ne connaissaient pas les écrits juifs, ont accompli très précisément la prophétie du Psaume 22. Cette répartition des vêtements de Jésus est citée dans les quatre évangiles, et Jean donne beaucoup de détails à ce sujet.
Jean, le seul disciple présent près de la croix, dit ce qu’il a vu et entendu (Jean 19. 35 ; 1 Jean 1. 3). Il précise que les soldats ont partagé en quatre parts les vêtements du Seigneur, puis, constatant que la tunique (un vêtement porté sous les habits) était « sans couture, tissée tout d’une pièce depuis le haut », ils n’ont pas voulu la déchirer. Ils ont alors tiré au sort pour savoir à qui elle reviendrait. La prophétie du Psaume 22 s’accomplissait ainsi à la lettre. La tunique du Seigneur, symbole de sa nature parfaite, divine, devait être respectée.
LES MAINS ET LES PIEDS PERCÉS
« Je suis répandu comme de l’eau, et tous mes os se déjoignent… ma langue est attachée à mon palais ; et tu m’as mis dans la poussière de la mort. Car des chiens m’ont environné, une assemblée de méchants m’a entouré ; ils ont percé mes mains et mes pieds ; je compterai tous mes os. Ils me contemplent, ils me regardent… » Psaume 22. 14 à 17.
Quelles souffrances atroces doit affronter Celui dont parle ce Psaume ! Son corps est comme disloqué – « tous mes os se disjoignent » – et Il éprouve une soif intense : « ma langue est attachée à mon palais ». Ses mains et ses pieds sont meurtris, transpercés… Tout cela se passe devant des hommes féroces comme des lions ouvrant leur gueule et rugissant…
Dans un autre psaume, on trouve cette prophétie : « dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre » (Ps. 69. 21 ; voir Jean 19. 29). Le prophète Zacharie annonce lui aussi que le Messie serait percé : « ils regarderont vers moi, celui qu’ils auront percé » (Zach. 12. 10 ; voir Luc 24. 39 ; Jean 19. 37).
Ces versets ont trouvé leur signification réelle beaucoup plus tard, quand Jésus a été crucifié : ses pieds et ses mains ont été fixés à la croix par des clous et aucune souffrance physique ne Lui a été épargnée. Dans cette position cruelle, Il a été soumis à toutes les formes de supplice, dans une douleur extrême : l’étirement douloureux des membres, la nudité, la soif, l’épuisement…
Sur la croix, Jésus a subi de la part des hommes toutes les souffrances annoncées dans le Psaume 22 : la méchanceté de l’homme : « la patte du chien » (v. 20) ; mais aussi les attaques du diable : « la gueule du lion » (v. 21). Et enfin, le jugement de Dieu contre le péché : « l’épée » (v. 20). « Celui qui n’a pas connu le péché, [Dieu] l’a fait péché pour nous » (2 Cor. 5. 21).
Il a été aussi « mis dans la poussière » (v. 15). Le Seigneur a connu la mort, mais son corps ne pouvait subir la « corruption » (Ps. 16. 10 ; Act. 2. 27 ; 13. 37) : Il est sorti victorieux du tombeau, ressuscité !
5. RÉSURRECTION ET LOUANGES
Jésus dit à Marie de Magdala : « Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » Jean 20. 17.
« (Jésus) n’a pas honte de les appeler frères quand il dit : « J’annoncerai ton nom à mes frères ; au milieu de l’assemblée, je chanterai tes louanges » Hébreux 2. 11 et 12.
Après les souffrances mentionnées dans la première partie du Psaume, le ton change complètement dans la seconde partie, où les paroles : « Tu m’as répondu… » sont suivies par des expressions de joie et de louange. Les souffrances du Messie crucifié font place maintenant à un Messie victorieux et aux conséquences de sa mort salvatrice pour le monde entier.
La venue de Jésus Christ ouvre une nouvelle perspective pour tous les peuples. Ce psaume est cité ensuite dans l’épître aux Hébreux, mais en rapport avec l’Église.
Au matin de la résurrection, Jésus apparaît à Marie de Magdala et la charge de porter un message aux disciples ; Il les appelle ses frères et leur fait connaître Dieu sous un nouvel aspect : comme son Père et leur Père, comme son Dieu et leur Dieu.
Le Psaume 22 ne signale aucune confession de péché ou la reconnaissance d’une quelconque culpabilité. La vie de Jésus était « sans défaut et sans tache » (1 Pier. 1. 19). Il était « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29). Jusqu’à la fin du psaume, nous ne trouvons que des expressions de grâce et de bénédiction, qui concernent symboliquement l’Église : « Ses frères » (v. 22) ; puis, dans un temps à venir, la nation d’Israël reconstituée : « la grande congrégation (ou : assemblée) » (v. 25) ; et encore, pendant le règne millénaire, « toutes les familles des nations » (v. 27).
Le Psaume commence par le cri de Jésus sur la croix : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » et se termine par ces paroles : « Il a fait [ces choses] », écho des paroles que Jésus a prononcées avant de remettre son esprit à Dieu : « C’est accompli » (Jean 19. 30).
(Dieu) « fait ses anges des esprits, et ses serviteurs une flamme de feu » Héb. 1. 7.
« Nous voyons Jésus, qui a été fait un peu moindre que les anges à cause de la souffrance de la mort, couronné de gloire et d’honneur, en sorte que, par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tout » Héb. 2. 9.
1. LES ANGES, DE LA NAISSANCE AU DÉBUT DU SERVICE DE JÉSUS
« Incontestablement, le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair, a été justifié en Esprit, a été vu des anges, a été prêché parmi les nations, a été cru dans le monde, a été élevé dans la gloire » 1 Tim. 3. 16.
(L’ange dit aux bergers : ) « Vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche. Soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu » Luc 2. 12 et 13.
Dieu est invisible, car Il est Esprit (Jean 4. 24), et les anges Le servent. Le jour où Jésus naquit à Bethléem, les anges étaient présents. Jésus vient au monde dans l’humble condition d’un nouveau-né couché dans une mangeoire pour animaux, bien qu’Il soit le Fils de Dieu, le Créateur. Dès lors, Dieu sera visible en Jésus, « l’image du Dieu invisible » (Col. 1. 15). Les anges contemplent ce grand mystère et adorent. Nous les retrouvons présents à plusieurs occasions qui nous rapportent des faits touchant Jésus.
– C’est à l’ange Gabriel que Dieu accorde l’honneur d’annoncer à la vierge Marie qu’elle deviendra la mère d’un enfant qui « sera appelé Fils du Très-Haut » et que cet Être saint qui naîtra d’elle sera appelé « Fils de Dieu » (Luc 1. 32 et 35).
– Un ange est envoyé à Joseph, le futur mari de Marie, pour le rassurer et l’informer au sujet de cet enfant (Mat. 1. 20 à 24).
– Après la naissance de Jésus, c’est un ange qui proclame à quelques bergers la grande nouvelle de la naissance d’un Sauveur, « qui est le Christ, le Seigneur ». ; l’ange était accompagné « d’une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu » (Luc. 2. 11 et 13).
– Dieu envoie un ange pour avertir Joseph, afin qu’il s’enfuie en Égypte pour mettre à l’abri l’enfant et sa mère ; le roi Hérode, dans sa folie homicide, voulait éliminer le vrai Roi d’Israël. Une fois le danger passé, Dieu envoie de nouveau un ange à Joseph pour lui donner de nouvelles instructions (Mat. 2. 13 à 19).
– Avant de commencer son service public, Jésus est tenté pendant 40 jours par Satan dans le désert. À la fin de ce temps, « des anges s’approchèrent, et ils Le servaient » (Mat. 4. 11).
2. LES ANGES, DE LA FIN DU SERVICE DE JÉSUS À SA RÉSURRECTION
(Jésus) « s’étant mis à genoux, Il priait, disant : Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite. Alors lui apparut un ange du ciel, qui le fortifiait » Luc 22. 41 à 43.
« Gardez-vous de mépriser un de ces petits ; car je vous dis que dans les cieux, leurs anges voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux » Mat. 18. 10.
Les quatre évangélistes nous racontent onze interventions des anges. Jésus parle des anges en huit occasions et, dans les Actes des apôtres, ils sont mentionnés vingt fois. Encore à la fin du chemin de Jésus sur la terre, nous voyons que des anges interviennent.
– Peu avant la croix, au jardin de Gethsémané, Jésus est dans l’angoisse à la perspective de ce qui L’attend. Dieu envoie un ange qui Le fortifie (Luc 22. 43).
– Jésus est mort, et son corps est déposé dans un tombeau dont une énorme pierre vient fermer l’entrée. Les anges sont les premiers témoins de sa résurrection. C’est un ange qui roule la pierre et s’assied dessus. Il annonce aux femmes affligées que Jésus n’est plus là, mais qu’Il est ressuscité (Mat. 28. 2 à 7). Plus tard, Marie de Magdala, restée seule au tombeau, se penche pour regarder à l’intérieur et elle voit « deux anges vêtus de blanc, assis, l’un à la tête et l’autre aux pieds, là où le corps de Jésus avait été couché » (Jean 20. 12). Le corps n’est plus dans le tombeau.
– Jésus vient de monter au ciel, une nuée L’a caché aux yeux des disciples. Des anges, sous la forme de deux hommes en vêtements blancs, leur annoncent que Jésus reviendra « de la même manière que vous l’avez vu s’en aller au ciel » (Act. 1. 10 et 11).
Avant et après le service public de Jésus, les anges sont donc présents, comme des témoins venus du ciel.
L’apôtre Pierre nous révèle que les anges désirent se pencher pour regarder de près les choses merveilleuses qui concernent « les souffrances qui devaient être la part de Christ et les gloires qui suivraient » (1 Pier. 1. 11 et 12). Mais c’est nous-mêmes, et non les anges, qui bénéficions de la venue sur la terre du Fils de Dieu et de son œuvre de salut. Comprenons-nous quelque chose de cet immense amour ?
« … le Fils… étant devenu d’autant plus excellent que les anges qu’il a hérité d’un nom plus excellent qu’eux. Car auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré ?… et que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui » (Héb. 1. 5 et 6).
« Auquel des anges (Dieu) a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds ? » (Héb. 1. 13)
Discours de Paul devant le peuple de Jérusalem (Act. 22. 1 à 22)
Debout sur les plus hautes marches par lesquelles on accédait à la forteresse, Paul demande au peuple d’écouter son apologie, c’est-à-dire un discours pour sa justification. En s’adressant ainsi à ses compatriotes, il fait un bref récit de sa vie en cherchant à les convaincre que c’est Dieu qui a opéré sa conversion et lui a confié sa mission.
Il confirme qu’il est Juif et précise que, s’il est né dans une ville éloignée, à Tarse de Cilicie, il a été élevé à Jérusalem et y a reçu l’enseignement d’un docteur de la loi nommé Gamaliel, pharisien honoré de tout le peuple, dont les avis faisaient autorité comme on le voit au chapitre 5. 34 à 40.
Paul rappelle que son zèle pour Dieu, le même zèle aveugle qui anime maintenant ses contradicteurs, l’a conduit dans sa jeunesse à faire jeter les chrétiens en prison et à les persécuter jusqu’à la mort. Ces faits qui ne dataient guère que d’une vingtaine d’années ne devaient pas être oubliés de tous. C’est avec l’approbation du souverain sacrificateur et du corps des anciens que Saul de Tarse, ainsi qu’il s’appelait alors, s’était rendu à Damas afin d’amener les chrétiens de cette ville prisonniers à Jérusalem pour les y faire châtier.
Paul en arrive à sa conversion et montre commentle changement complet opéré en lui résultait de l’intervention manifeste de Dieu. La grande lumière venant du ciel, brillant comme un éclair autour de Saul, à la terreur de ses compagnons, la voix qui l’interpellait et que lui seul entendit, tout cela ne pouvait être qu’une manifestation divine. Aussi, à la question : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? », Saul terrassé, convaincu de la majesté de Celui qui lui parlait, répondit aussitôt : « Qui es-tu, Seigneur ? » Et il entendit cette voix, dont l’autorité l’emplissait de crainte, lui répondre : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes ».
Ainsi celui qui parlait du haut de la gloire, c’était le Jésus méprisé, contre le nom de qui Saul déchaînait ses efforts. Les persécutions qu’il faisait subir aux chrétiens, ce Jésus dans la gloire les ressentait comme le touchant Lui-même. Le Seigneur révélait ainsi tout à la fois à Saul sa résurrection, son élévation dans la gloire et son union avec les siens sur la terre.
Vaincu, le persécuteur orgueilleux ne put que demander humblement : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Et le Seigneur – c’est le titre que lui donne Paul dans son récit – répondit : « Lève-toi et va à Damas et là on te parlera de toutes les choses qu’il t’est ordonné de faire ».
Saul restait aveuglé par la vision ; c’est conduit par la main, en tâtonnant, qu’il fit à Damas une entrée humiliante. C’est là qu’il reçut la visite d’Ananias. Dans son discours, Paul passe sous silence la vision de ce serviteur de Dieu et son propre jeûne pendant trois jours, qui nous sont rapportés au chapitre 9, mais il insiste sur les caractères qui devaient recommander Ananias à l’estime de ses auditeurs : « C’était un homme pieux selon la loi et qui avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là ». Ananias s’adresse à Saul : « Saul, frère, recouvre la vue », et aussitôt Saul le vit. Le rappel de ce miracle affirme encore à la foule l’intervention de Dieu dans tout ce qui était survenu à Saul à Damas.
Paul continue en rapportant ce qu’Ananias lui a communiqué : « Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues ». C’est la gloire même du Seigneur qui a resplendi quand Saul a été arrêté sur le chemin. C’est sa voix qu’il a entendue. Il pourrait désormais témoigner devant tous de la résurrection et de la glorification de Christ, appelé le Juste – le seul Juste. C’est le Dieu des pères, le Dieu des Juifs, qui a choisi à l’avance Saul pour ce glorieux service.
« Et maintenant que tardes-tu ? Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom » ajouta Ananias. Saul pouvait être accablé sous le poids de ses péchés, au souvenir de sa lutte ouverte contre le Seigneur, mais celui-ci lui faisait annoncer le salut par la foi en son nom. Il convenait que, sans plus attendre, Saul reçoive le baptême, marquant ainsi qu’il était désormais un chrétien.
S’attachant à ne présenter aux Juifs que ce qui a trait à sa conversion et à son appel d’apôtre des nations, Paul ne relate pas son séjour à Damas et en Arabie, mais en vient immédiatement à son premier voyage à Jérusalem et il rapporte la vision qu’il a eue alors dans le temple. Il vit le Seigneur qui lui dit : « Hâte-toi et sors au plus tôt de Jérusalem, parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard ».
Saul pensait au contraire que sa conversion surprenante ne manquerait pas de toucher ses compatriotes, et il rappela au Seigneur que les Juifs le connaissaient bien comme le persécuteur des chrétiens, l’un des instigateurs du meurtre d’Étienne. Le voir maintenant disciple de Christ serait bien auprès d’eux un témoignage saisissant ! Mais le Seigneur lui répondit : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations ».
Cette dernière phrase rapportée par Paul, provoque aussitôt la colère de la foule. Ces Juifs ressentent comme une offense à leur dignité nationale qu’un message de Dieu puisse être adressé aux Gentils. Et d’une même voix ils s’écrient : « Ôte de la terre un pareil homme, car il n’aurait pas dû vivre ».
Paul devant le sanhédrin (Act. 22. 23 à 30 ; 23. 1 à 10)
Pour mettre fin à l’excitation de la foule, le commandant romain, nommé Lysias, fit introduire Paul dans la forteresse. Ne comprenant rien à ce qui se passait, il donna l’ordre de le soumettre à la question par le fouet. On maltraitait les prisonniers que l’on interrogeait, dans la pensée que la souffrance leur arracherait des aveux. Les Romains traitaient ainsi sans ménagement les autres peuples, mais ils observaient les règles de leur droit qui interdisaient de frapper un citoyen romain tant qu’il n’était pas condamné.
Paul, étendu et lié, près de subir le fouet, dit au centurion qui se trouvait là : « Vous est-il permis de fouetter un homme qui est Romain et qui n’est pas condamné ? » Le centurion alla aussitôt avertir le commandant qui vint lui-même auprès de Paul et lui demanda :
– Es-tu Romain ?
– Oui, répondit Paul.
– Moi, reprit Lysias, j’ai acquis cette bourgeoisie pour une grande somme.
– Mais moi, répondit Paul, je l’ai par naissance.
Dieu permit ainsi que son serviteur échappe à la flagellation. Jésus ne s’y était pas soustrait ; il avait souffert sans ouvrir la bouche. Il est le modèle inimitable. Remarquons cependant que Paul, qui n’insistait pas sur ses droits, ne fit état de son titre qu’à la dernière extrémité.
Le commandant romain ayant charge de maintenir l’ordre voulut savoir enfin de quoi les Juifs accusaient Paul. Le lendemain de son arrestation il fit délier l’apôtre et le fit comparaître devant les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin. On appelait ainsi le tribunal suprême des Juifs, composé des chefs religieux du peuple. C’est le sanhédrin qui a condamné à mort le Seigneur Jésus. C’est aussi devant le sanhédrin qu’ont comparu les apôtres, puis Étienne au début de l’histoire de l’Assemblée (Act. 4, 5 et 6).
Paul, introduit devant cette assemblée nombreuse et imposante, la regarda avec assurance, puis commença ainsi : « Je me suis toujours conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour ». C’était vrai. Il s’était toujours appliqué à bien agir, c’est-à-dire à rechercher la volonté de Dieu et à l’accomplir. Le souverain sacrificateur, Ananias, qui présidait le sanhédrin, considérait au contraire que Paul avait renié la religion de ses pères et, offusqué par l’affirmation de l’apôtre, ordonna de le frapper sur la bouche pour le punir de cette parole.
Paul répliqua : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! Es-tu assis là pour me juger selon la loi ; et, contrairement à la loi, tu ordonnes que je sois frappé ? » La loi en effet ne condamnait pas un homme sans l’avoir entendu. Dans le sentiment de son bon droit, Paul en appelait à Dieu, le souverain juge. Mais il avait tort d’injurier celui devant qui il comparaissait en le traitant de « paroi blanchie », c’est-à-dire d’hypocrite chez qui la dignité apparente masquait le mal secret. Quand les assistants reprochèrent à Paul d’injurier le souverain sacrificateur, il dut s’excuser en disant : « Je ne savais pas que ce fût le souverain sacrificateur ; car il est écrit : Tu ne diras pas de mal du chef de ton peuple ».
Cet incident marque à nouveau qu’il arrivait même à Paul, ce fidèle imitateur de Christ, de laisser parfois agir sa vieille nature. Dans son indignation compréhensible, il n’avait pas su retenir sa réplique impulsive. Nous sommes loin du calme parfait du Seigneur devant ses accusateurs, de son silence en face des faux témoignages, de la dignité avec laquelle « lorsqu’on l’outrageait II ne rendait pas d’outrage » (1 Pier. 2. 23).
Comme aux jours du Seigneur, les chefs du peuple étaient des sadducéens et des pharisiens, et ces deux sectes étaient représentées dans le sanhédrin devant lequel comparaissait Paul. Les sadducéens étaient des incrédules matérialistes ; ils ne retenaient de la loi que ses règles pratiques ; ils niaient la résurrection, les anges, les esprits. Les pharisiens croyaient à une résurrection générale au dernier jour ; ils affirmaient l’existence des anges et des esprits. L’apôtre était au courant de ces tendances opposées et il pensa se rendre favorable le parti des pharisiens en s’écriant : « Je suis pharisien, fils de pharisien ; je suis mis en jugement pour l’espérance et la résurrection des morts ».
Effectivement ces paroles provoquèrent une dissension au sein du tribunal. Quelques scribes parmi les pharisiens prirent parti pour Paul en disant : « Nous ne voyons aucun mal en cet homme ; mais si un esprit ou un ange lui a parlé… ». La dispute devint de plus en plus vive, si bien que le commandant Lysias craignit que Paul ne fût tué et fit descendre des soldats pour l’enlever et le conduire à la forteresse.
Paul, dans cette circonstance, usa d’un artifice humain pour diviser ses adversaires et amener la confusion dans le tribunal. Pharisien, il l’avait été autrefois, mais ce titre ne lui convenait plus depuis qu’il était chrétien. L’espérance et la résurrection des morts pour lesquelles il souffrait n’étaient pas celles que retenaient les pharisiens. Comme il eût mieux valu qu’il s’en tienne à une confession simple et fidèle de sa foi en laissant à Dieu seul le soin de le délivrer ! De notre Seigneur, modèle parfait en toutes circonstances, Paul lui-même a pu dire : « le Christ qui a fait la belle confession devant Ponce Pilate » (1 Tim. 6. 13).
Nous qui manquons si souvent, nous osons à peine relever ces faiblesses chez un serviteur par ailleurs aussi fidèle que le grand apôtre. Mais nous constatons une fois de plus combien il importe d’être bien à la place où Dieu nous veut. À Jérusalem, où il était monté de son propre chef, Paul a eu des défaillances dont nous ne trouvons pas d’exemple dans le reste de sa carrière. Heureusement, nous constaterons aussi comment Dieu, non seulement délivre son serviteur, même défaillant, mais fait tourner les circonstances par lesquelles il passait à « l’avancement de l’évangile », comme Paul l’écrira plus tard (Phil. 1. 12).
Paul conduit à Césarée (Act. 23. 11 à 35)
De nouveau seul, en prison, Paul devait repenser avec affliction aux scènes qui venaient de se dérouler. Mais le Seigneur, toujours plein de sollicitude, ne l’abandonna pas à son accablement. Il connaissait bien les sentiments d’amour pour ses frères qui avaient conduit l’apôtre à Jérusalem, et aussi, malgré ses défaillances, son désir de suivre et de glorifier son Maître. Au cours de la nuit, Il se tint près de lui et lui dit : « Aie bon courage, car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome ». Sans reproches, Il enregistrait à l’actif de l’apôtre le témoignage, si imparfait fût-il, rendu par celui-ci dans la capitale juive et Il l’assurait que serait accompli son souhait souvent exprimé d’annoncer l’évangile dans la capitale de l’empire.
C’est ce que Paul fit deux ans plus tard, comme prisonnier sans doute, mais « prisonnier de Jésus Christ ». Même chargé de chaînes, il allait vers les Romains, « dans la plénitude de la bénédiction de Christ » selon la certitude qu’il avait exprimée en leur écrivant (Rom. 15. 23).
Le commandant Lysias avait mis Paul à l’abri de la violence de ses adversaires. Ceux-ci se concertèrent et décidèrent de mettre à mort l’apôtre malgré la protection que lui valait son titre de citoyen romain. Quarante d’entre eux s’engagèrent par serment à ne pas manger ni boire jusqu’à ce qu’ils aient tué Paul. Ils vinrent trouver les principaux sacrificateurs et les anciens, leur firent part de leur farouche détermination et leur demandèrent de prier le commandant de faire à nouveau comparaître Paul devant le sanhédrin. Eux-mêmes étaient prêts à le tuer pendant le trajet.
Il y avait à Jérusalem le fils d’une sœur de Paul, dont la Parole ne fait mention que dans cette occasion. Ce jeune homme entendit parler du complot des Juifs et alla dans la forteresse en informer Paul. Ce dernier demanda à l’un des centurions de conduire vers le commandant son neveu, qui avait des révélations à lui faire.
Dieu inclina le cœur de Lysias à accueillir ce jeune homme avec bienveillance et à l’écouter avec attention. « Les Juifs, dit le neveu de l’apôtre, se sont entendus pour te prier que demain tu fasses descendre Paul devant le sanhédrin, comme si tu voulais t’enquérir plus exactement à son sujet. Toi donc, n’y consens pas, car plus de quarante hommes d’entre eux lui dressent un guet-apens, lesquels se sont obligés par un serment d’exécration de ne manger ni boire jusqu’à ce qu’ils l’aient tué ; et ils sont maintenant prêts, attendant de toi la promesse ».
Le commandant voulut bien ajouter foi au récit du neveu de Paul et le congédia après lui avoir recommandé de ne parler à personne de cette entrevue. Il désirait en effet déjouer le complot des Juifs sans que ceux-ci pussent soupçonner qu’il avait été mis au courant de leur dessein meurtrier.
On voit dans toutes ces circonstances la main de Dieu protégeant Paul et faisant échouer les projets des méchants Juifs. « Le désir des méchants périra » (Ps. 112. 10). Lysias aurait fort bien pu laisser les évènements suivre leurs cours et s’épargner le souci de toutes ses interventions. Mais Dieu lui mit à cœur de s’occuper de l’apôtre. C’est Lui qui incline le cœur des rois à faire tout ce qui Lui plaît (Prov. 21. 1).
Le commandant décida d’éloigner Paul et de l’envoyer auprès du gouverneur romain à Césarée. Il prit les précautions utiles pour assurer la sécurité de son prisonnier pendant ce transfert. La première partie du trajet jusqu’à Antipatris, soit une soixantaine de kilomètres, fut faite de nuit. Les soixante-dix cavaliers qui avaient la charge de Paul étaient escortés par deux cents soldats et deux cents porte-lance, ce qui devait décourager toute tentative des Juifs de s’emparer de Paul par la force.
D’Antipatris les soldats retournèrent à Jérusalem, laissant aux cavaliers seuls le soin de conduire l’apôtre à destination. Par une prévenance de Lysias, Paul lui-même ne cheminait pas à pied mais était porté par des montures. Les cavaliers avaient pour mission d’amener Paul sain et sauf au gouverneur romain nommé Félix ; ils étaient porteurs, à l’adresse de ce dernier, d’une lettre ainsi rédigée :
« Claude Lysias au très-excellent gouverneur Félix, salut ! Cet homme ayant été saisi par les Juifs et étant sur le point d’être tué par eux, je suis survenu avec la troupe et je l’ai délivré, ayant appris qu’il est Romain. Et voulant connaître le motif pour lequel ils l’accusaient, je l’ai fait descendre devant leur sanhédrin ; et j’ai trouvé qu’il était accusé touchant des questions de leur loi, mais qu’il n’était sous le coup d’aucune accusation qui méritât la mort ou les liens. Et ayant été averti des embûches que les Juifs allaient dresser contre cet homme, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant donné l’ordre à ses accusateurs aussi de dire devant toi les choses qu’ils ont contre lui. Porte toi bien ».
Cette lettre est un modèle de rapport clair et bref. Lysias, comme cela est naturel au cœur humain, s’y attribue le beau rôle dans le secours apporté à un citoyen romain, et passe habilement sous silence l’interrogation par le fouet qu’il a failli affliger à l’apôtre.
Arrivés à Césarée, les cavaliers remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent Paul. Félix se contenta de demander de quelle province était le prisonnier et remit à plus tard un interrogatoire détaillé : « Je t’entendrai à fond, dit-il, quand tes accusateurs aussi seront arrivés ». Et il donna l’ordre que Paul fût gardé au prétoire d’Hérode.
Le prétoire était le siège des troupes romaines dans la résidence du gouverneur. Le nom d’Hérode rappelait le fondateur de la ville. Césarée avait été bâtie en effet sur ordre d’Hérode le Grand, le roi qui régnait à Jérusalem lors de la naissance de Jésus.
Paul se retrouvait, prisonnier, dans cette ville même de Césarée où, peu de temps auparavant, il avait été averti par le prophète Agabus de la captivité qui l’attendait s’il montait à Jérusalem (ch. 21. 10 et 11).
Cinq jours après le transfert de Paul à Césarée, le souverain sacrificateur Ananias lui-même, et quelques anciens des Juifs descendirent de Jérusalem pour porter plainte contre l’apôtre devant le gouverneur romain. Ils se faisaient accompagner d’un orateur nommé Tertulle, car ils éprouvaient le besoin de faire soutenir avec habileté, par un Romain, leur cause peu justifiable.
Dès que Paul eut comparu, Tertulle prit la parole. Pour se rendre Félix favorable il commença par faire un éloge bassement flatteur de ce gouverneur dont en réalité les Juifs supportaient impatiemment l’autorité, et que l’histoire profane présente comme moralement méprisable, un affranchi cupide et despotique. Puis il se mit à accabler Paul en termes violents et l’accusa de susciter des désordres parmi les Juifs du monde entier. Il le présenta comme un meneur de la secte des Nazaréens, terme de mépris sous lequel il désignait les chrétiens, et il lui reprocha d’avoir tenté de profaner le temple.
Il se plaignit enfin de l’intervention de Lysias, qui avait empêché les chefs du peuple de juger eux-mêmes Paul, en l’arrachant de leurs mains avec beaucoup de violence. Les autres Juifs ne manquèrent pas de confirmer les accusations de Tertulle.
Paul, invité par Félix à présenter sa défense, établit simplement les faits : il y avait douze jours seulement qu’il était monté à Jérusalem ; il s’était abstenu de toute discussion publique, aussi bien dans le temple et la synagogue qu’en ville, et les Juifs n’apportaient aucune preuve de leurs accusations. Il confessa bien qu’il servait le Dieu de ses pères en suivant la doctrine chrétienne et il affirma sa foi dans toutes les Écritures de l’Ancien Testament, ainsi que son espérance de la résurrection ; dans cette attente il s’appliquait à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.
Il n’y avait en tout cela rien qui pût motiver l’hostilité des Juifs. Mais dans la loi et dans les prophètes, Paul discernait et croyait le témoignage rendu à l’avance à Christ rejeté par son peuple ; quand il attendait la résurrection, il distinguait de la résurrection finale des injustes, des incrédules – la résurrection d’entre les morts réservée aux croyants, et il prêchait la résurrection de Christ que niaient les Juifs.
Paul poursuivit son exposé en rappelant qu’il était resté plusieurs années loin de Jérusalem. S’il y était revenu à la fête récente de la Pentecôte, c’était pour apporter des aumônes à sa nation, les dons envoyés par les assemblées de Macédoine et d’Achaïe aux chrétiens de la Judée. On ne pouvait pas l’accuser d’avoir profané le temple puisqu’il s’était purifié selon les ordonnances de la loi. Sa présence-là n’avait causé ni attroupement, ni tumulte jusqu’à l’intervention des Juifs d’Asie qui avaient injustement provoqué son arrestation devant le sanhédrin. Il n’avait pu être convaincu d’aucune faute et le tumulte qui s’était élevé au cours des débats résultait de sa seule affirmation : « C’est pour la résurrection des morts que je suis aujourd’hui mis en jugement par vous ! »
Félix était gouverneur de la Judée depuis plusieurs années. Il était marié à une Juive, Drusille, fille du roi Hérode, celui-là même qui avait persécuté les premiers chrétiens et dont la mort subite à Césarée, en châtiment de son orgueil, nous est rapportée à la fin du chapitre 12 des Actes. Félix était donc assez bien informé sur le christianisme ; il connaissait aussi l’orgueil intolérant des Juifs et il pouvait discerner que l’accusation des chefs du peuple contre Paul était sans fondement.
Mais, ne voulant pas leur donner tort ouvertement, il préféra gagner du temps et remit sa décision à plus tard en prétextant qu’il lui fallait entendre à ce sujet le commandant Lysias. En attendant il maintint Paul en prison tout en lui laissant quelque liberté.
Quelques jours plus tard, Félix, accompagné de sa femme Drusille, fit appeler Paul pour l’entendre sur la foi en Christ. Paul qui savait toujours adapter ses discours à l’état d’âme de ses auditeurs se mit à parler de la justice, de la tempérance et du jugement à venir. Ces paroles troublèrent la conscience de Félix, homme violent et corrompu, et le remplirent d’effroi. Il arrêta Paul dans son discours et le renvoya à sa prison : « Pour le présent, dit-il, va-t’en : quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». C’était à cette heure là-même, le moment convenable.
Dieu lui adressait par le moyen de Paul un appel direct, personnel, Félix l’a repoussé, préférant continuer à « jouir des délices du péché » plutôt que d’abandonner ses mauvaises voies. Il a négligé cette occasion de repentance et de salut et on peut craindre qu’il ne l’ait jamais retrouvée. C’est le sort éternel de son âme qui était en jeu. Quel exemple solennel ! Quand Dieu s’adresse à notre conscience, il importe d’être aussitôt attentif et de ne pas remettre à plus tard. « Voici c’est maintenant le temps agréable ; voici c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6). Aujourd’hui encore le Sauveur appelle à croire maintenant en Lui pour être sauvé.
Félix eut de nouvelles conversations avec Paul mais dans un tout autre but que de se laisser instruire dans la foi chrétienne. Ce gouverneur cupide espérait que l’apôtre lui donnerait quelque argent pour obtenir sa mise en liberté, et pour l’y engager il multipliait les entretiens avec lui. Cette façon d’agir nous rappelle un cas plus grave encore. Le roi Hérode maintenait en prison Jean Baptiste parce que ce dernier lui avait reproché son inconduite. Cela ne l’empêchait pas de convoquer souvent son prisonnier qu’il savait homme juste et saint, et de l’écouter volontiers, jusqu’au jour où il fut entraîné par ses paroles légères et par son amour-propre à faire décapiter Jean.
Quand le contact répété avec la parole de Dieu ne produit pas la foi et la repentance, la conscience s’endurcit et on va toujours plus loin dans le chemin de l’impiété. Enfants de chrétiens, il ne suffit pas de trouver quelque intérêt à la lecture de la Bible et de chercher plus ou moins à se conformer à ses enseignements ; il faut reconnaître, comme elle vous le dit, que vous êtes un pécheur perdu et saisir pour vous-même le salut qu’elle vous présente par la foi en Jésus.
Deux ans s’écoulèrent ainsi pour Paul. Aucune charge n’ayant pu être retenue contre lui, il aurait dû être relâché ; mais pour plaire aux Juifs, Félix maintint l’apôtre captif et le laissa en prison lorsqu’il fut rappelé de son poste de gouverneur de la Judée.
Paul et Festus (Act. 25)
Félix fut remplacé comme gouverneur de la Judée par Porcius Festus, dont l’histoire parle comme d’un magistrat de valeur, issu d’une famille romaine noble et d’un caractère moral élevé. Trois jours après son arrivée à Césarée, Festus monta à Jérusalem.
Dans leur animosité tenace envers Paul, les chefs des Juifs portèrent aussitôt plainte contre lui auprès du nouveau gouverneur et sollicitèrent comme une faveur qu’il fût ramené à Jérusalem. Ils comptaient profiter de ce déplacement pour tuer l’apôtre en chemin. Festus répondit prudemment mais fermement que Paul devait rester en prison à Césarée, que lui-même allait repartir de Jérusalem et que les principaux des Juifs n’avaient qu’à descendre avec lui pour venir soutenir leur accusation au siège du gouverneur romain.
Huit ou dix jours plus tard Festus redescendit en effet à Césarée, et dès le lendemain il fit comparaître Paul devant son tribunal. Les Juifs venus de Jérusalem entourèrent l’apôtre et portèrent contre lui de nombreuses accusations graves, sans preuves à l’appui, tandis que Paul se défendait, disant : « Je n’ai péché en rien, ni contre la loi des Juifs, ni contre le temple, ni contre César ».
– Veux-tu monter à Jérusalem pour y être jugé sur ces choses devant moi ? lui demanda Festin qui, tout en ayant le désir d’être équitable, désirait plaire aux Juifs.
– Je suis ici devant le tribunal de César où je dois être jugé, répondit Paul. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais toi-même très bien. Si donc je leur ai fait tort, ou que j’aie fait quelque chose qui soit digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais si rien n’est vrai de ce dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux : j’en appelle à César.
– Tu en as appelé à César, tu iras à César, conclut Festus après avoir délibéré avec ses conseillers.
Paul usait cette fois encore de ses droits de citoyen romain. Il refusait d’être jugé comme Juif par le sanhédrin qui lui était violemment hostile et demandait que son cas fût soumis au tribunal impérial, plus impartial, semblait-il, dans les questions religieuses pour lesquelles il était mis en accusation. Le Seigneur avait affirmé à Paul qu’il irait à Rome (ch. 23. 11) ; Il avait la puissance de le délivrer et de le conduire libre dans la capitale de l’empire. Mais si même Paul a manqué de dépendance en faisant valoir ses droits terrestres, le Seigneur dirigeait tout pour accomplir ses desseins : libre ou prisonnier, Paul irait à Rome.
Quelques jours plus tard le gouverneur Festus eut la visite du roi Agrippa et de sa sœur Bérénice qui vivait alors avec lui. Tous deux étaient, ainsi que Drusille leur cadette, des enfants du roi Hérode dont nous parle le chapitre 12 des Actes. Agrippa (Hérode-Agrippa II) régnait sur des territoires du nord et de l’est de la Palestine que lui avait concédés l’empereur romain ; à la vérité celui-ci lui permettait un faste royal, mais ne lui laissait guère exercer de véritable pouvoir. Il professait le judaïsme et était parfaitement au courant de toutes les questions religieuses juives.
Comme il séjournait plusieurs jours à Césarée, Festus lui soumit l’affaire de Paul. Ce dernier n’était pour le gouverneur qu’un prisonnier laissé là par son prédécesseur. Festus avait été frappé toutefois par l’insistance des Juifs à demander sa condamnation, alors que les accusations portées contre lui ne reposaient, à son avis, sur aucun fondement sérieux. Il avait d’abord supposé que, pour être aussi vivement attaqué, Paul avait dû commettre quelque grave forfait ; mais les arguments des Juifs se bornaient à des contestations touchant leur culte et « touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant ».
On voit l’indifférence du gouverneur romain à l’égard des vérités divines. Pour Festus, notre Seigneur, le Fils de Dieu, n’était qu’un « certain Jésus » et peu importait qu’il fût mort ou vivant. Pourvu que l’ordre politique et social ne fût pas troublé, les autorités de l’empire ne désiraient pas intervenir dans les questions religieuses des peuples qu’ils avaient soumis. C’est l’attitude que nous avons vu adopter par le proconsul Gallion à Corinthe au chapitre 18. Aujourd’hui encore, les chefs de ce monde s’affairent à leur administration, prétendent au progrès, s’efforcent d’établir ou de maintenir la paix, sans nul souci des droits de Jésus Christ, le Seigneur de tous.
Festus ajouta que pour en finir avec cette affaire il avait proposé à Paul d’être jugé à Jérusalem en lui offrant la garantie de sa présence, mais que celui-ci avait refusé et en avait appelé au jugement de l’empereur. Agrippa, beaucoup plus intéressé que Festus par ce qui touchait à la religion juive, manifesta le désir d’entendre lui-même Paul, et dès le lendemain Agrippa et sa sœur Bérénice vinrent en grande pompe à la salle d’audience.
Nous retrouvons chez ces princes le goût du faste que manifestait leur père Hérode quand, revêtu d’une robe royale, il haranguait les Tyriens et les Sidoniens du haut de l’estrade sur laquelle il siégeait et se faisait acclamer comme un dieu (Act. 12. 21). Toute une assistance formée des officiers supérieurs romains et des notables de la ville était convoquée. En comparaissant devant cette compagnie imposante, Paul voyait se réaliser ce que lui avait annoncé Ananias à Damas : il avait été choisi pour porter le nom du Seigneur devant les nations et les rois (Act. 9. 15).
En quelques mots Festus présenta le prisonnier, l’homme dont la multitude des Juifs avaient demandé instamment la mort, tant à Jérusalem qu’à Césarée, et en qui il n’avait trouvé lui-même aucun crime. Il se disposait à l’envoyer à Rome pour accéder à sa requête ; mais, fort embarrassé pour préciser les charges qui pesaient sur cet étrange accusé, il désirait le soumettre à un interrogatoire en présence de tous les assistants, pour recueillir leur avis et tout spécialement celui du roi Agrippa.
Paul devant Agrippa (Act. 26)
Le roi Agrippa était le plus élevé des dignitaires devant lesquels comparaissait Paul. C’est lui qui invita l’apôtre prisonnier à présenter sa défense.
Nous avons déjà vu Paul prononcer son apologie, c’est-à-dire un discours pour se justifier, au chapitre 22 quand, à Jérusalem, debout sur les dernières marches qui donnaient accès à la forteresse romaine, il haranguait le peuple. L’histoire de sa conversion occupe une grande place dans ces deux plaidoyers. Avec le récit initial du chapitre 9 nous trouvons ainsi relatée trois fois, dans le livre des Actes, la scène du chemin de Damas.
L’insistance avec laquelle la Parole place devant nous cet évènement en montre l’importance : Dieu arrêtait l’ennemi le plus acharné de l’Assemblée pour en faire son dévoué serviteur, et cette conversion reste un exemple de la miséricorde et de la patience de Dieu (1 Tim. 1. 12 à 16).
Paul, s’adressant à Agrippa, commença par s’estimer heureux d’être entendu par quelqu’un qui soit au courant des coutumes et des débats religieux de la nation juive et qui puisse, de ce fait, bien le comprendre. Il rappela que, comme beaucoup pouvaient s’en souvenir, il avait, dès sa jeunesse, vécu à Jérusalem en suivant la secte qui observait le plus fidèlement la loi de Moïse, celle des pharisiens. Maintenant, bien des années plus tard, s’il comparaissait en jugement, c’était, dit-il, « pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères ».
Cette promesse était la venue du Messie qui devait apporter la bénédiction à l’ensemble du peuple, aux douze tribus. « De la semence de David, Dieu, selon sa promesse, a amené à Israël un sauveur, Jésus », comme l’avait déjà annoncé Paul aux Juifs d’Antioche de Pisidie (Act. 13. 23). Ce Jésus a été rejeté par son peuple et mis à mort, Dieu L’a ressuscité, mais les Juifs nient cette résurrection et s’obstinent à ne pas reconnaître Jésus comme le Christ. Leur haine contre le Seigneur se retournait contre son apôtre.
Paul lui-même, dans sa jeunesse, avait partagé cette opposition à Jésus, qui n’était alors pour lui que le Nazaréen méprisé. Il avait pensé servir Dieu en employant tous les moyens pour combattre ce nom. Maintenant, devant Agrippa, comme en bien d’autres circonstances, il ne cachait rien de ce qu’avait été sa conduite avant sa conversion ; il rappelait sa fureur contre les chrétiens, les persécutions qu’il leur avait fait subir en les mettant en prison, les maltraitant, approuvant leur mort et les poursuivant jusque dans les villes étrangères.
Il en arriva ainsi à l’épisode de son voyage à Damas : il se rendait dans cette ville avec pleins pouvoirs de la part des principaux sacrificateurs pour sévir contre les chrétiens quand, sur le chemin, en plein midi, une lumière plus éclatante que le soleil avait resplendi autour de lui et de ses compagnons et une voix du ciel s’était fait entendre : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » (autrement dit : il est vain et périlleux de vouloir me résister).
À sa question « Qui es-tu, Seigneur ? » la voix avait répondu : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi et tiens-toi sur tes pieds : car je te suis apparu afin de te désigner pour serviteur et témoin, et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai, en te retirant du milieu du peuple et des nations vers lesquelles moi je t’envoie pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en moi ».
Paul avait suivi l’injonction du Seigneur qui lui confiait un service et un témoignage parmi les nations. C’est ce qu’il pouvait affirmer à Agrippa : « Je n’ai pas été désobéissant à la vision céleste ; mais j’ai annoncé premièrement à ceux de Damas, et à Jérusalem, et à tout le pays de la Judée, et aux nations, de se repentir et de se tourner vers Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance ».
En rappelant ces paroles et ces faits, l’apôtre présentait devant son auditoire les grandes vérités du christianisme : la puissance libératrice de la vérité ; le passage des ténèbres à la lumière, du pouvoir de Satan à Dieu, par la conversion ; la rémission des péchés par la foi en Jésus ; la part de ceux qui sont sanctifiés ; la sainte conduite qui doit manifester les fruits de la vie nouvelle.
Parce qu’il répandait l’évangile parmi les nations, les Juifs en voulaient à la vie de l’apôtre. Mais avec le secours de Dieu il se trouvait encore debout pour rendre devant tous le témoignage qui lui avait été confié et qui concordait pleinement avec ce qu’avaient annoncé Moise et les prophètes : les souffrances, la mort et la résurrection de Christ ; le salut apporté au peuple juif et aux nations.
Cette affirmation de la résurrection de Christ provoqua une vive réaction de la part de Festus. Pour lui, comme pour les sages d’Athènes, la résurrection était chose inconcevable (Act. 17. 32). « Tu es hors de sens, dit-il ; ton grand savoir te met hors de sens ». Il pensait que Paul, avec toutes ses connaissances, se laissait entraîner par une imagination extravagante. La prédication de Christ crucifié et ressuscité est une folie aux yeux du monde (1 Cor. 1. 21 à 23).
« Je ne suis point hors de sens, très excellent Festus, répartit Paul avec calme et respect, mais je prononce des paroles de vérité et de bon sens » et il prit à témoin Agrippa à qui les diverses doctrines juives étaient familières : « Ô roi Agrippa ! crois-tu aux prophètes ? Je sais que tu y crois ».
Il y avait là un engagement pressant à reconnaître la vérité des Écritures ; Agrippa, qui avait adhéré aux formes extérieures du judaïsme mais à qui la foi faisait défaut, gêné par l’insistance de Paul, voulut s’en tirer par une réponse ironique : « Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien ! – Plût à Dieu, répartit Paul, que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens ».
En face de tous ces personnages de haut rang, Paul, qui n’apparaissait que comme un prisonnier digne de pitié, était en réalité seul à posséder les vraies richesses et le vrai bonheur. Il estimait à leur prix ses privilèges et sa dignité. Étreint par les compassions de Dieu, il ne pouvait rien souhaiter de meilleur pour tous ses auditeurs que d’être comme lui des sauvés, des enfants de Dieu, de bienheureux rachetés de Jésus jouissant déjà de son amour sur la terre en attendant de passer l’éternité avec Lui.
Sur ces paroles auxquelles il ne pouvait rien répondre, Agrippa leva l’audience et sortit, suivi de Festus, de Bérénice et de toute l’assistance. Examinant le cas de Paul ils ne purent que reconnaître ensemble son innocence. « Cet homme ne fait rien qui mérite la mort ou les liens ». De façon plus précise Agrippa dit à Festus : « Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en pas avait appelé à César ».
Le naufrage (Act. 27)
Paul devait être transféré de Césarée à Rome pour comparaître devant le tribunal de l’empereur auquel il en avait appelé. Avec quelques autres prisonniers il fut remis, pour ce voyage, à la garde d’un centurion nommé Jules.
Luc, toujours inséparable de l’apôtre, et Aristarque de Thessalonique, furent admis à l’accompagner. Nous nous souvenons qu’Aristarque se trouvait déjà avec lui à Éphèse (ch. 19) et dans le voyage de Grèce à Jérusalem (ch. 20). Il devait rester auprès de lui à Rome puisque Paul l’appelle, dans l’épître aux Colossiens (4. 10), son « compagnon de captivité ». Dieu se plaît à consigner dans les Écritures l’attachement de ces croyants à son grand serviteur.
À défaut de navire allant directement en Italie, la troupe prit place pour une première étape sur un bateau qui retournait, en desservant au passage les côtes d’Asie, à son port d’attache, Adramytte, situé au nord-ouest de l’Asie Mineure. Dès le lendemain ils firent escale à Sidon à cinquante kilomètres environ au nord de Césarée. L’évangile avait été annoncé dans ce pays, la Phénicie, plus de vingt ans auparavant par des chrétiens que la persécution avait chassés de Jérusalem après la mort d’Étienne (ch. 11. 19). Le centurion Jules, traitant Paul avec bienveillance, lui permit de profiter de l’arrêt à Sidon pour visiter les chrétiens de cette ville et jouir de leur hospitalité.
Le navire, rencontrant des vents qui s’opposaient à sa marche, poursuivit sa route en serrant de près l’île de Chypre qu’il contourna par le nord, et parvint à un port situé près de la ville de Myra en Lycie, à l’extrémité méridionale de l’Asie Mineure. Là le centurion trouva, pour continuer le voyage, un bateau d’Alexandrie qui se rendait en Italie, probablement chargé de blé (v. 38) pour l’approvisionnement de Rome, et sur lequel ils embarquèrent.
La navigation se poursuivit péniblement pendant plusieurs jours, par suite du vent du nord-ouest défavorable. Parvenus au voisinage du port de Cnide, et rejetés vers le sud, les voyageurs réussirent, non sans peine, à gagner la Crête par l’est, pour venir longer la côte sud de cette île et s’abriter dans une rade nommée Beaux-Ports, près de la ville de Lasée.
On avait perdu du temps. L’hiver approchait et les marins de l’antiquité, mal équipés pour résister aux tempêtes, évitaient de naviguer pendant la mauvaise saison. Luc situe la date en disant que « le jeûne était déjà passé ». Il désigne par-là la fête des propitiations qui avait lieu au septième mois de l’année juive, c’est-à-dire sensiblement en octobre de notre calendrier.
Paul, avec la sagesse qui lui venait de Dieu, avertissait ses compagnons de voyage que la navigation serait accompagnée de revers, que le navire risquait d’être perdu avec son chargement et que leurs vies même étaient en danger. Mais le centurion se fiait davantage au pilote et au patron du navire qu’aux dires de Paul. « Écoute les paroles des sages » nous dit le livre des Proverbes (22. 17). Et vous, enfants, à quels conseils vous fiez-vous : à ceux que dicte la prétention humaine ou à ceux qui sont empreints de la prudence et de la sagesse d’en haut, paisible, modérée, traitable (Jac. 3. 17) ? Relisez l’histoire de Roboam au chapitre 12 du premier livre des Rois (v. 1 à 24).
La plupart des occupants du navire, négligeant les avertissements de Paul, furent d’avis de partir pour tâcher d’atteindre plus à l’ouest, Phénice, autre port de l’île, plus commode que Beaux-Ports pour y passer l’hiver. Le vent du midi s’était mis à souffler doucement et ils pensaient faire ce parcours sans danger en longeant de près la côte sud de la Crête.
Mais peu après leur départ un vent orageux venant au contraire de l’île se leva et les entraîna violemment au large, vers le sud-ouest. Au passage, près d’une île nommée Clauda, ils eurent un court répit qui leur permit de prendre quelques mesures de sécurité : ils retirèrent la chaloupe à bord et consolidèrent le navire en le ceinturant avec des câbles. Ils craignaient d’être emportés à la dérive jusque sur les bancs de sable voisins de l’Afrique, et pour donner moins de prise au vent ils descendirent toutes les voiles.
Violemment battus par l’ouragan, ils jetèrent successivement à la mer une partie de la charge et du matériel pour se maintenir à flot. Durant plusieurs jours les nuages ne permirent d’apercevoir ni soleil ni étoiles. Dans l’antiquité on ne connaissait pas la boussole et les pauvres navigateurs ne savaient ni où ils avaient été entraînés, ni même dans quelle direction les chassait encore la tempête. Ils se voyaient perdus, sans espoir d’en réchapper.
Seuls au milieu de toute cette détresse, l’apôtre et ses deux amis pouvaient s’en remettre au Seigneur avec confiance. Une nuit, un ange de Dieu apparut à Paul et lui dit : « Ne crains point, Paul ; il faut que tu comparaisses devant César ; et voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi ». Ce qui compte ici-bas pour Dieu, ce sont ceux qui l’aiment ; Il fait concourir toutes choses pour leur bien (Rom. 8. 28).
Le jour venu, Paul fit part à tous de la vision que lui avait accordée Dieu, « le Dieu, dit-il, à qui je suis et que je sers ». Il rappela les avertissements qu’il avait donnés en vain à Beaux-Ports, mais conclut en affirmant que tous auraient la vie sauve et que le bâtiment seul serait perdu. « C’est pourquoi, ajouta-t-il, ayez bon courage ; car je crois Dieu et je sais que la chose arrivera comme il m’a été dit ».
Jusque-là Paul n’était pour ceux qui l’entouraient qu’un prisonnier dont on méprisait les avis. Il apparaissait tout à coup comme un homme en relation étroite avec Dieu, appartenant à Dieu comme son serviteur, un homme dont Dieu faisait dépendre le sort des deux cent soixante-seize personnes qui se trouvaient à bord. L’apôtre affirmait non seulement qu’il croyait en Dieu, c’est-à-dire en son existence, mais qu’il croyait Dieu, c’est-à-dire qu’il recevait les paroles de Dieu avec certitude. Sa foi lui donnait assurance et autorité au milieu de tous ces hommes désemparés.
Le navire était ballotté sur la mer en furie depuis quatorze jours quand, au milieu de la nuit, les matelots pressentirent qu’ils approchaient d’une côte. Ils jetèrent la sonde et trouvèrent successivement vingt puis quinze brasses, soit environ trente-cinq et vingt-sept mètres : la profondeur de la mer allait en décroissant. Craignant de heurter un écueil dans l’obscurité, ils jetèrent quatre ancres à l’arrière pour immobiliser le bateau et attendirent impatiemment le lever du jour.
Cependant, les matelots cherchaient à se sauver seuls et ils mirent la chaloupe à la mer sous prétexte d’aller jeter d’autres ancres à l’avant. Mais Paul déjoua leur manœuvre et dit au centurion et aux soldats : « Si les matelots ne demeurent pas sur le navire, vous ne pouvez être sauvés ». Les soldats coupèrent alors les cordes de la chaloupe et la laissèrent tomber et se perdre en mer.
Tous devaient être sauvés de la même manière, par l’intervention miséricordieuse de Dieu, sans que quelques-uns puissent s’attribuer le mérite de leur sauvetage. De plus, l’entière confiance que l’apôtre avait en Dieu ne l’empêchait pas de mettre à profit les moyens qui étaient normalement à leur disposition : c’est aux matelots qu’incombaient les manœuvres qui seraient encore à faire.
En attendant qu’il fasse jour, Paul engageait tous ces hommes exténués par quatorze jours de jeûne à prendre quelque nourriture en leur affirmant : « pas un cheveu de la tête d’aucun de vous ne périra ». Lui-même prit du pain, rendit grâces à Dieu devant tous et se mit à manger. Plein d’une calme assurance dans ce péril extrême, il ne manquait pas d’exprimer publiquement et pour tous sa reconnaissance. N’oublions jamais, avant chaque repas, de rendre grâces à Dieu pour la nourriture qu’Il nous accorde.
Tous, ayant pris courage, mangèrent aussi, puis, afin d’alléger le navire, jetèrent à la mer le blé qu’ils transportaient.
Quand le jour parut, les marins aperçurent devant eux une baie avec une plage, mais ce paysage leur était inconnu. Pour essayer d’amener le navire à terre ils coupèrent les câbles des ancres qu’ils abandonnèrent à la mer, hissèrent la voile d’artimon (la voile arrière) et se laissèrent porter par le vent vers le rivage. L’avant du bateau se trouva bientôt engagé sur le fond et immobilisé tandis que l’arrière encore libre se disloquait sous la violence des vagues.
Les soldats étaient d’avis de tuer les prisonniers, de peur que certains ne s’enfuient, mais le centurion, voulant sauver Paul, les en empêcha et il ordonna à tous de gagner le rivage, soit à la nage, soit sur des débris du navire. Tous parvinrent ainsi à terre sains et saufs.
Séjour à Malte – Arrivée à Rome (Act. 28. 1 à 15)
C’est sur l’île de Malte que le navire avait échoué. Dieu avait préservé Paul et ses compagnons d’être entraînés jusque sur les côtes d’Afrique. Ils ne se trouvaient qu’à une centaine de kilomètres au sud de la Sicile. Malte est une petite île, au relief accidenté, d’environ trente kilomètres de long sur quinze de large. C’est une terre fertile qui jouit d’un climat généralement doux, mais pluvieux en hiver.
Luc appelle ses habitants des « barbares », nom sous lequel les Grecs désignaient tous les peuples étrangers à leur civilisation et à leur langue. Mais il ne faut pas en conclure que les Maltais fussent alors des sauvages incultes. Ils se rattachaient à la civilisation latine et étaient depuis près de trois siècles sous la domination romaine. Ils voyaient parfois des navires faire escale dans leur petite île et restaient en relation avec le continent.
Les Maltais accueillirent les naufragés avec beaucoup de bienveillance. Ils allumèrent un grand feu pour remédier à la pluie et au froid. Paul, toujours prêt à se rendre utile, jetait au feu une brassée de bois sec qu’il venait de ramasser, quand une vipère, cachée dans les branches, et tirée de son engourdissement par le feu, s’accrocha à sa main. Quand les Maltais païens virent le serpent suspendu à la main de Paul, ils se dirent entre eux : « Assurément cet homme est un meurtrier, puisque après avoir été sauvé de la mer, Némésis (la déesse de la justice et de la vengeance) n’a pas permis qu’il vécût ».
Mais Paul secoua la vipère dans le feu et n’en ressentit aucun mal. Les assistants s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort. Voyant que le temps passait sans qu’il ne lui arrivât rien d’anormal, ils changèrent d’avis et dirent que c’était un dieu. Les Maltais nous rappellent les païens de Lystre qui, après la guérison de l’homme impotent, acclamaient comme des dieux Paul et Barnabas, et qui, quelques instants après, les laissaient lapider par les Juifs d’Antioche et d’Iconium (ch. 14).
Pour Paul se réalisait l’un des signes par lesquels le Seigneur avait promis d’accompagner le témoignage des siens : « ils prendront des serpents et quand ils auront bu quelque chose de mortel cela ne leur nuira point » (Marc 16. 18). Dieu dirigeait toutes ces circonstances pour montrer que Paul, bien différent des autres prisonniers, était son serviteur.
Le serpent représente Satan. Quand le Seigneur disait aux soixante-dix : « Je vous donne l’autorité de marcher sur les serpents… et sur toute la puissance de l’ennemi et rien ne vous nuira » (Luc 10. 19) Il leur assujettissait les démons. La vipère rejetée dans le feu sans dommage pour Paul est une image de Satan vaincu.
Il y avait dans les environs un domaine appartenant au principal personnage de l’île, nommé Publius. Celui-ci reçut chez lui les naufragés et les hébergea pendant trois jours avec beaucoup de bonté. Le père de Publius était alité, très malade. Paul alla le voir, pria, lui imposa les mains et le guérit. Ayant appris ce miracle, les autres malades de l’île vinrent trouver Paul qui les guérit aussi. Le Seigneur continuait à accomplir les promesses faites aux siens après sa résurrection : « ils imposeront les mains aux infirmes, et ceux-ci se porteront bien » (Marc 16. 18).
Dieu ne reste le débiteur de personne. Par toutes ces guérisons Il récompensa Publius et les autres habitants de l’île pour leur sollicitude et leur généreuse hospitalité envers Paul et tous ces malheureux voyageurs. Et nous espérons que beaucoup trouvèrent dans cette rencontre, non seulement la santé du corps, mais, ce qui a infiniment plus de prix, le salut de leur âme. Les naufragés séjournèrent en effet trois mois dans l’île ; pendant ce temps Paul et ses deux compagnons ne manquèrent certainement pas d’annoncer l’évangile autour d’eux. Les habitants les comblèrent d’honneurs, et à leur départ, les pourvurent de tout le nécessaire.
Au printemps, les rescapés purent trouver place sur un autre navire d’Alexandrie qui avait passé l’hiver dans l’île et qui se rendait en Italie. Ils firent escale pendant trois jours à Syracuse, ville célèbre de l’antiquité sur la côte est de la Sicile. Longeant cette île, ils continuèrent leur route vers le nord et abordèrent à la pointe extrême de l’Italie à Rhegium, aujourd’hui Reggio sur le détroit de Messine. Enfin le vent du midi se leva et favorisa la fin de leur voyage en les faisant avancer rapidement le long de la côte italienne jusqu’au port de Pouzzoles dans le golfe de Naples.
L’évangile s’était déjà répandu non seulement à Rome mais en divers points de l’Italie. Les chrétiens de Pouzzoles, les premiers que rencontraient Paul et ses compagnons depuis plusieurs mois, s’empressèrent de leur offrir l’hospitalité pendant les sept jours que la troupe passa dans cette ville.
La fin du voyage se fit à pied. Les frères de Rome, ayant appris l’arrivée de Paul, vinrent à sa rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois Tavernes, soit à environ soixante et cinquante kilomètres de la capitale. En voyant les frères, Paul rendit grâces à Dieu et prit courage. Après bien des dangers et des fatigues il arrivait enfin à Rome, mais c’était pour y trouver la captivité et attendre le jugement de l’empereur. Lui, qui avait si souvent fortifié la foi des autres, avait besoin à son tour d’être encouragé. Dieu, dans sa sollicitude, lui accordait au moment opportun le réconfort nécessaire.
Que pouvait-il y avoir de plus consolant pour l’apôtre que cet empressement des frères de Rome à venir l’accueillir ? Il avait tant désiré cette rencontre. Trois ans plus tôt il leur écrivait de Corinthe : « Sans cesse je fais mention de vous, demandant toujours dans mes prières si en quelque manière, maintenant une fois, il me sera accordé par la volonté de Dieu d’aller vers vous, car je désire ardemment de vous voir » (Rom. 1. 9 à 11), et « j’ai été souvent empêché d’aller vers vous… ayant depuis plusieurs années un grand désir d’aller vers vous » (Rom. 15. 22 et 23).
N’ayant alors plus rien qui le retînt en Asie, en Macédoine ou en Grèce, il comptait être enfin prochainement auprès des frères de Rome, désirant seulement faire auparavant, à l’assemblée de Jérusalem, une visite de courte durée. Dieu en avait disposé autrement. Il avait permis que le crochet par Jérusalem entrepris et poursuivi contrairement aux avertissements de l’Esprit eût pour conséquences deux années de captivité à Césarée et les péripéties de ce long voyage. Mais toujours fidèle Il accomplissait la promesse renouvelée à plusieurs reprises. Et Paul goûtait avec reconnaissance le rafraîchissement des affections fraternelles.
Paul prisonnier à Rome (Act. 28. 16 à 31)
C’est bien toujours « dans la plénitude de la bénédiction du Christ » (Rom. 15. 22) que Paul arrivait auprès de ses chers frères de Rome ; mais c’était aussi dans des conditions matérielles bien différentes de celles qu’il avait pu espérer autrefois : il était prisonnier des Romains.
Le centurion Jules qui, tout au long de ce grand voyage lui avait témoigné beaucoup de bienveillance, s’acquitta de sa mission en remettant au préfet du prétoire, chef de la garde de l’empereur, les prisonniers dont il avait la charge. Jules figure au rang des hommes de bonne volonté animés de sentiments favorables envers les enfants de Dieu. Si louable que soit cette attitude, elle ne suffit pas pour être sauvé. Combien il est désirable pour Jules que la compagnie de Paul pendant plusieurs mois l’ait amené à la foi au Seigneur Jésus, et ainsi à la vie éternelle.
Paul ne fut pas enfermé dans une prison ; mais, selon le régime militaire romain, il eut la liberté de prendre un logement en ville. Seulement il était gardé continuellement par un soldat, auquel il était lié par une chaîne.
Cette captivité dura deux ans. Combien de soldats se sont succédé à la surveillance de l’apôtre et ont été mis ainsi en contact avec ce grand messager de l’évangile ? Les fruits de son témoignage auprès d’eux seront manifestés au jour des récompenses, avec tous les autres résultats de son travail. Vers la fin de ces deux années, Paul écrivait aux Philippiens : « Les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile ; en sorte que mes liens sont devenus manifestes comme étant en Christ, dans tout le prétoire » (c’est-à-dire dans la maison militaire de l’empereur) (Phil. 1. 12 et 13).
À la fin de cette même épître il transmet les salutations de tous les saints et principalement de « ceux de la maison de César » (4. 22).
Paul restait toujours plein de sollicitude pour les Juifs, ses frères selon la chair. Trois jours après son arrivée, il convoqua les principaux de ceux qui étaient à Rome et leur exposa les circonstances de sa captivité. Il leur résuma son procès avec exactitude en évitant d’accuser les Juifs de Jérusalem et il conclut : « C’est pour l’espérance d’Israël que je suis chargé de cette chaîne ». Il avait déclaré de la même manière devant Agrippa : « Je comparais en jugement pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères » (26. 6). L’espérance d’Israël était la venue du Messie, et Paul annonçait que la promesse faite aux pères, Dieu l’avait accomplie envers leurs enfants en leur envoyant Jésus (13. 33).
Les Juifs répondirent qu’ils n’avaient reçu verbalement ou par écrit aucun rapport défavorable à son sujet et qu’ils ne demandaient qu’à l’entendre. Ils savaient seulement que le christianisme – que, comme Tertulle (24. 5), ils appelaient une secte – était partout contredit. La contradiction du monde est bien en effet la part constante des chrétiens comme elle a été celle de leur Maître.
À un jour convenu les Juifs revinrent en plus grand nombre. Du matin jusqu’au soir Paul leur exposa la vérité. Il leur annonçait le royaume de Dieu et, partant de la loi de Moise et des prophètes, il cherchait à les persuader de ce qui concerne Jésus. Certains furent convaincus ; d’autres restaient incrédules. Avant de les laisser partir l’apôtre leur cita comme un sérieux avertissement ce passage du prophète Ésaïe : « Va vers ce peuple et dis : en entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n’apercevrez point ; car le cœur de ce peuple s’est épaissi, et ils ont entendu dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles et qu’ils ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse » (És. 6. 9 et 10).
Et Paul conclut en disant : « Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux nations ; et eux écouteront ». Sur ces paroles les Juifs se retirèrent en discutant vivement entre eux.
Cette scène de la fin du livre des Actes nous reporte au premier grand discours que nous avons de Paul au chapitre 13, et aux paroles solennelles qu’il dut adresser alors aux Juifs contredisants d’Antioche de Pisidie : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ».
Pendant les dix-sept années écoulées depuis, Paul, sans se laisser rebuter par l’opposition toujours renouvelée de ses compatriotes, s’était appliqué à s’adresser d’abord à eux pour leur annoncer Jésus dès son arrivée dans chaque ville. Il ne manqua pas de le faire une dernière fois à Rome, et là comme partout l’incrédulité des fils de son peuple le contraignit à les abandonner à leur responsabilité et à présenter l’évangile aux gentils.
Paul, prisonnier, ne pouvait plus aller porter aux autres la vérité, mais Dieu amenait vers lui bien des âmes. Durant les deux années de sa captivité il put ainsi parler à ses nombreux visiteurs du « Seigneur Jésus Christ, avec toute hardiesse et sans empêchement ». Ce séjour de l’apôtre à Rome dut être un encouragement et une source d’instruction pour les croyants de cette ville, en même temps que l’occasion de bien des appels individuels adressés à des inconvertis. C’est au cours de cette captivité que Paul écrivit les épîtres aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon.
À l’expiration des deux ans Paul a dû être relâché, aucune preuve n’ayant pu être apportée par ses adversaires. Nous aimerions bien connaître la suite de sa vie et de son service. Mais Dieu ne nous rapporte dans la Bible que ce qui est nécessaire à la vie de nos âmes et ne se préoccupe pas de satisfaire notre curiosité.
La tradition rapporte avec beaucoup de vraisemblance que Paul fut décapité quatre ans plus tard à Rome au terme d’une seconde captivité lors des persécutions déchaînées par le cruel empereur Néron. C’est donc de cette seconde captivité que daterait la seconde épître à Timothée, la dernière que l’apôtre ait écrite.
Les détails que nous y trouvons, joints à ceux de la première épître à Timothée et de l’épître à Tite écrites entre-temps, nous permettent de penser qu’avant son martyre Paul est retourné dans les régions d’Asie et d’Europe orientale où s’était déroulée la plus grande partie de son ministère, Milet, l’île de Crête, la Troade, la Macédoine.
Paul a une place unique dans l’histoire de l’Église. Il a travaillé à la formation de l’assemblée beaucoup plus qu’aucun apôtre (1 Cor. 15. 10 ; Col. 1. 24). Le Saint Esprit nous a révélé par son moyen les plus grands mystères. Il nous apparaît dans sa vie comme un chrétien, faillible sans doute, sujet aux mêmes infirmités que nous, mais attaché au Seigneur de tout son cœur ; un chrétien qui vivait vraiment de la vie de Jésus et qui nous dit à tous : « Soyez mes imitateurs comme moi aussi je le suis de Christ ».
« J’ai effacé comme un nuage épais tes transgressions, et comme une nuée tes péchés : reviens à moi, car je t‘ai racheté ». Ésaïe 44. 22.
« Vous avez été rachetés… par le sang précieux de Christ ». 1 Pierre 1. 18 et 19.
LA TACHE TENACE
Les gens passent une partie de leur vie à faire des travaux de nettoyage : balayer les rues, passer l’aspirateur, faire la lessive, entretenir les voitures – chacun lutte à sa manière contre la saleté. Mais il est une tache que l’homme ne peut enlever, malgré tous ses efforts : c’est la tache du péché ! Il essaie en vain de la recouvrir du vernis de la civilisation ou du manteau des bonnes œuvres. Le péché demeure dans le cœur humain, là où Dieu le voit dans toute sa laideur. Personne ne peut l’effacer. Dieu a dit : « Quand tu te laverais avec de la soude, et que tu emploierais beaucoup de potasse, ton iniquité restera marquée devant moi » (Jérémie 2. 22).
Dieu seul peut enlever le péché, et Il le fait à celui qui s’écrie : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! » (Luc 18. 13). Il n’y a rien que les humains puissent faire sur ce point. Dieu a tout fait. Mais à quel prix ! Seul le sang du Fils de Dieu pouvait ôter nos péchés, et Dieu « n’a pas épargné son propre Fils, mais Il L’a livré pour nous tous » (Rom. 8. 32).
Tous ceux qui croient en Lui peuvent maintenant dire : Il a pris sur Lui mes péchés et les a effacés, car « le sang de Jésus-Christ, son Fils (le Fils de Dieu), nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7). Sur la croix, Christ a porté le jugement de mes péchés comme s’ils étaient les siens. Il m’a donné une vie nouvelle, et grâce à la foi en Lui, j’ai reçu le pardon et la paix.
D’après die gute Saat juin 2024
« Vous savez discerner l’apparence du ciel ; et les signes des temps, vous ne le pouvez pas ? » Matthieu 16. 3.
PRÉVISIONS MÉTÉO
L’invasion alliée pendant la Seconde Guerre mondiale s’appelait Opération Overlord et est entrée dans l’histoire sous le nom de Jour J. Le commandant suprême des puissances occidentales était le général Dwight D. Eisenhower, qui commandait environ 2 millions de soldats, 7 000 navires de guerre, 11 000 avions et 24 000 parachutistes. La seule chose qu’il ne pouvait pas contrôler, c’était la météo.
Après que deux dates d’invasion possibles se soient écoulées, il fixa Overlord au 5 juin 1944. La météo, cependant, était maussade et totalement inadaptée au débarquement en Normandie. Mais ensuite, la météo s’est légèrement améliorée et le débarquement a pu avoir lieu dans la nuit du 5 au 6 juin. Mais les Allemands n’en savaient rien. Ils n’avaient pas accès aux données météorologiques et ne s’attendaient à aucun changement dans le temps orageux de l’été. Le débarquement allié fut un succès. L’apaisement du temps orageux et la capacité de le prédire avec précision ont été une bénédiction pour l’Europe, sans quoi la carte européenne d’après-guerre aurait certainement été différente.
80 ans plus tard, nous pouvons prévoir le temps mieux et plus précisément, mais nous ne comprenons pas, en grande partie, « les signes des temps » ! Dieu nous a dit spécifiquement dans sa Parole ce que signifient ces signes des temps. Si l’égoïsme, l’amour de l’argent, l’ingratitude, le manque d’amour naturel caractérisent les gens, et s’ils aiment le plaisir plus que Dieu, alors ils vivent dans les « derniers jours » (2 Tim. 3. 1 à 5). Et qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Jésus dit : « Soyez prêts ! Car le Fils de l’homme vient, à l’heure que vous ne pensez pas » (Luc 12. 40). Préparez-vous pour ne pas être surpris par le jugement de Dieu sur l’humanité ! Pour cela, mettez-vous en règle avec Dieu en acceptant, par la foi, de mettre votre confiance dans le sacrifice expiatoire de Son Fils Jésus Christ sur la croix.
D’après die gute Saat juin 2024
« Et Saül et le peuple épargnèrent Agag, et le meilleur du menu et du gros bétail… et tout ce qui était bon, et ils ne voulurent pas les détruire entièrement ; mais tout ce qui était misérable et chétif, cela ils le détruisirent entièrement ». 1 Samuel 15. 9.
« Il disait aussi à tous : si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et me suive ». Luc 9. 23.
SE RENONCER À SOI-MÊME
La Parole de Dieu ne dit pas : Qu’il renonce à certaines choses qui lui appartiennent. Non, il doit se renoncer à lui-même, et cela chaque jour. Chaque matin, quand nous entrons dans le sentier de la vie quotidienne, nous avons cette même œuvre si importante devant nous : nous renoncer à nous-même. Ce moi haïssable nous rencontre à chaque pas ; car, bien que nous sachions, par grâce, que « notre vieil homme a été crucifié » – qu’il est mort et enseveli hors de la vue de Dieu, cela n’est que pour ce qui concerne notre position en Christ, selon la manière dont Dieu nous voit. Nous savons que le moi doit être renié, jugé, et dominé, chaque jour, à chaque heure, et en tout temps. Le principe de notre position doit être appliqué en pratique. Dieu nous voit parfaits en Christ. Nous ne sommes pas dans la chair, mais la chair est en nous, et elle doit être reniée et tenue en échec par la puissance de l’Esprit.
Et ce n’est pas seulement dans ses grandes lignes que le moi doit être renié, mais dans ses détails, non seulement dans ses habitudes grossières, mais dans ses goûts cultivés. Ce n’est pas toujours visible. Il arrive trop souvent que, comme Saül, nous épargnions ce que nous considérons comme étant « le meilleur », et ne portions la lame de l’épée que sur ce qui est vil et chétif. Cela ne réussira pas. C’est le moi qui doit être renié. C’est assez facile de renier certaines choses pendant que le moi est choyé et gratifié pendant tout ce temps. Je peux renier mon appétit de me nourrir d’orgueil religieux. Je peux me priver moi-même en faveur de mon amour de l’argent. D’où la nécessité qu’il nous soit rappelé de nous renier nous-même.
D’après the Lord is near janvier 1985 (C.H.M.)
« Le sage craint et se retire du mal ; mais le sot est arrogant et a de l’assurance ». Proverbes 14. 16.
BIEN PLACER SA CONFIANCE
Nous apprenons de ce proverbe que la crainte n’est pas toujours un signe de faiblesse, ni la confiance toujours louable. Tout dépend qui nous craignons et en qui nous nous confions. La crainte de Dieu et la méfiance à l’égard de soi-même vont toujours ensemble ; elles sont le début de toute sagesse réelle et véritable. La Parole de Dieu nous les enseigne toutes les deux.
Avez-vous déjà remarqué quelle large portion de la Bible est remplie de mises en garde annonçant des jugements à venir ? C’est le contenu des messages des livres prophétiques et de l’Apocalypse. Et comme il est insisté, dans les livres historiques de 1 et 2 Rois et 1 et 2 Chroniques sur le fait que les jugements que les prophètes annonçaient s’accompliraient littéralement ! Devant cela, dire « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » n’est que la folie et la confiance en soi aveugle dont parle notre verset. Au sujet de ceux qui pensent et parlent ainsi, Dieu met en garde : « Celui qui demeure dans les cieux s’en moquera, le Seigneur les méprisera ».
Pierre, le disciple du Seigneur, est l’exemple de ce qu’il est absolument insensé d’avoir confiance en soi-même. Quand l’heure de l’épreuve survint, il manqua misérablement de confesser le nom du Seigneur.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut détruire et l’âme et le corps, dans la géhenne » (Mat. 10. 28). La véritable crainte de Dieu délivre de la peur de l’homme. On le voit dans l’exemple des amis de Daniel dans la fournaise de feu. Puisse cela se voir aussi en nous !
D’après the Lord is near janvier 1985
« Car la Loi, ayant l’ombre des biens à venir, non l’image même des réalités, ne peut jamais, par les mêmes sacrifices que l’on offre continuellement chaque année, rendre parfaits ceux qui s’approchent ». Hébreux 10. 1.
JOUIR D’UNE PAIX PARFAITE
Des milliers d’âmes précieuses sont gardées dans les ténèbres et la servitude, alors qu’elles devraient marcher dans la lumière et la liberté qui résultent d’une conscience parfaitement purifiée. Il y a tellement de choses qui sont mélangées avec le simple témoignage de la Parole et de l’Esprit de Dieu quant à la valeur de l’œuvre de Christ, qu’il est impossible que le cœur en soit délivré. Vous aurez un peu de Christ, et un peu de vous-même ; un peu de grâce, et un peu de Loi ; un peu de foi, et un peu d’œuvres. Ainsi l’âme est maintenue en alternance entre la confiance et le doute, l’espérance et la crainte, selon que l’un ou l’autre des composants prédomine dans le mélange, ou est goûté à ce moment-là.
Si j’essaie de prendre la profession de christianisme dans le but d’améliorer ma nature propre, ou de remédier à ma condition dans la première création – je serai complètement étranger à la bénédiction d’avoir une conscience parfaite. « Toute chair est comme l’herbe » (1 Pierre 1. 24).
La première création est sous l’influence desséchante du péché et de sa malédiction. Christ ressuscité est la Tête de la nouvelle création – « le Commencement de la création de Dieu » (Apoc. 3. 14).
Là, en vérité, se trouve la perfection pour la conscience. Qu’est-ce que je désire de plus ? Je vois Celui qui était cloué sur la croix, chargé du poids entier de mes péchés, maintenant couronné de gloire et d’honneur, à la droite de Dieu, dans la splendeur de la majesté céleste. Que peut-on ajouter à cela ? Ai-je besoin d’ordonnances, de rites, de cérémonies, ou de sacrements ? – Certainement pas. Je n’oserais pas ajouter quoi que ce soit à la mort et à la résurrection du Fils éternel de Dieu.
D’après the Lord is near février 1985 (C.H. M.)
« Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui ne se voyait pas encore, craignit et construisit une arche… par cette arche il condamna le monde ». Hébreux 11. 7.
UNE FOI ACTIVE
« Par la foi, Noé… construisit une arche ». La foi de Noé, pourrions-nous dire, était une foi active, qui lui permit de travailler pendant 120 ans à la construction de l’arche.
Jusque-là personne n’avait vu un bateau ou n’avait fait l’expérience d’un déluge d’eau : Noé fut averti de « ce qui ne se voyait pas encore ». Cela, cependant, n’empêcha pas Noé d’y attacher foi, et ainsi, avec crainte, il prit Dieu au mot et prépara donc l’arche. Il ne fait pas de doute que Noé, dans de telles circonstances, aura été l’objet de beaucoup de ridicule de la part de ses contemporains. Bien que Noé ait été un « prédicateur de justice » (2 Pier. 2. 5), et ait construit l’arche pendant 120 ans, sa prédication et ses actions n’eurent aucun effet sur la population, sauf sur sa proche famille.
Qu’en est-il de vous, ami incrédule ? N’avez-vous pas été témoin de la marche et des actions de foi de quelques-uns ? N’avez-vous pas entendu prêcher l’évangile de la grâce de Dieu, et ainsi avoir été condamné ? Comment y avez-vous répondu ? Voulez-vous, comme ceux du temps de Noé, ne pas tenir compte des avertissements de Dieu concernant le jugement proche : « Il est réservé aux hommes de mourir une fois – et après cela le jugement » (Héb. 9. 27) ? Ou bien accepterez-vous l’offre de salut de Dieu : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3. 16) ?
Et vous, cher croyant, que faites-vous ? Montrez-vous au monde une foi active ? Nous devons mettre la Parole en pratique, et ne pas nous contenter de l’écouter (cf. Jac. 1. 22). C’est par nos œuvres de foi que nous rendons témoignage devant les hommes, afin qu’ils glorifient notre Père qui est dans les cieux (Mat. 5. 16).
« Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire ? » (Mat. 20. 6)
« Mon enfant, va aujourd’hui travailler » (Mat. 21. 28).
« Il… leur donna dix mines et leur dit : Faites-les fructifier jusqu’à ce que je revienne » (Luc 19. 13)
D’après the Lord is near février 1985
« Jésus répondit : en vérité, en vérité, je te dis : si quelqu’un n’est pas né d’eau et de l’Esprit, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu ». Jean 3. 5.
LE SENS RÉEL DE LA NOUVELLE NAISSANCE
Il est d’une immense importance, aujourd’hui, de savoir ce qui est impliqué dans la nouvelle naissance, car le terme « né de nouveau » est employé de manière imprécise par beaucoup de gens qui connaissent peu ce qu’il signifie. Ce n’est pas simplement un changement dans la conduite, ou un changement dans les pensées. C’est quelque chose qui est complètement en dehors de la capacité de l’homme à l’accomplir, quelque religieux qu’il puisse être. Le Seigneur Jésus dit qu’il faut naître d’eau et de l’Esprit.
La naissance naturelle est « du sang », non pas de l’eau : la vie de la chair est dans le sang. Mais la nouvelle naissance, en même temps qu’elle est de l’Esprit de Dieu, est « d’eau ». Ce n’est pas, certainement, de l’eau naturelle, mais cela nous est expliqué en Éphésiens 5. 26, où l’eau est le symbole de la Parole de Dieu. C’est pourquoi nous pouvons dire que la vie de l’Esprit est dans la Parole. « Vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pier. 1. 23).
La Parole de Dieu et l’Esprit de Dieu agissent en parfait accord dans le merveilleux miracle de la nouvelle naissance : c’est une œuvre absolument divine, car aucune volonté ni action de l’homme n’y participent : c’est de Dieu. De manière mystérieuse, cependant avec puissance, comme le vent invisible, quand la parole vivante de Dieu est acceptée dans le cœur par la foi, il y a immédiatement communication d’une vie nouvelle, inexplicable et cependant réelle, une vie qui réclame sa source avec dépendance, dans le Dieu vivant, une vie qui trouve son chez-soi, sa force, son réconfort, sa joie, dans le Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu.
D’après the Lord is near février 1985 (L.M. Grant)
« Pour le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort ». Philippiens 3. 10.
LE CHRÉTIEN AUTHENTIQUE
C’est une chose, d’être un homme religieux. C’en est une tout autre, d’être un chrétien. L’apôtre Paul était un homme religieux avant sa conversion, mais ensuite, un chrétien. Il est bon de voir cela. Il y a beaucoup de religion dans le monde ; mais, hélas ! bien peu de christianisme. Pourquoi cela ? Simplement parce que Christ n’est pas connu, pas aimé, ne reçoit pas d’attention, n’est pas recherché. Et même où on regarde à son œuvre pour le salut – quand on fait confiance en son sang pour le pardon et la paix, et combien on sait peu de choses et combien peu on pense à Lui ! Comme Il reçoit peu sa réelle place dans nos cœurs ! C’est une grande perte.
La lumière pâle et vacillante de la profession moderne est, à n’en pas douter, le résultat de la grande distance entre l’âme et Christ, le soleil et le centre du christianisme. Comment est-il possible qu’il y ait de la lumière, de la chaleur, ou du fruit, si nous errons au milieu des endroits ténébreux des plaisirs de ce monde, de sa politique ou de sa religion ? Et même quand nous faisons du salut notre objectif, nous sommes occupés de notre condition spirituelle, nous nourrissant de nos expériences et regardant à notre condition.
Que cela est différent du vrai chrétien ! Lui se tient, la conscience tranquille et le cœur calme, fixant le regard sur un Objet qui absorbe toute son âme. Il n’a pas besoin de plus. Lui parlez-vous des plaisirs du monde ? Quelle est sa réponse calme et digne ? Ne nous parlera-t-il que du péché, du mal de telles choses ? Non. De quoi alors ?
– J’ai tout trouvé en Christ. Je n’ai besoin de rien d’autre. Cela est la réponse du chrétien.
D’après the Lord is near février 1985 (C.H.M.)
« Méprises-tu les richesses de sa bonté (celle de Dieu), de sa patience et de sa longue attente, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ? » Romains 2. 4
LA REPENTANCE, PRÉLUDE À LA GRÂCE
Personne n’a jamais été sauvé, dans aucune dispensation, autrement que par la grâce. Ni l’observation de sacrifices, ni un service rituel, ni des œuvres de loi, n’ont jamais participé à justifier l’impie. Et aucun pécheur n’a jamais été sauvé par la grâce avant de s’être repenti. Il faut reconnaître le besoin de la grâce. La repentance n’est pas l’opposé de la grâce ; c’est identifier la nécessité de la grâce. « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin d’un médecin, mais ceux qui se portent mal » (Mat. 9. 12), « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance » (Luc 5. 32).
L’un des grands problèmes, c’est que nous avons perdu le sens des mots. Nous les tordons jusqu’à ce que l’on puisse rarement être certain de la manière dont ils sont employés.
Deux pasteurs passaient devant une boutique où étaient visibles trois grands paniers. Sur le premier, on lisait : Œufs frais, 24 euros la douzaine. Sur le deuxième panier, c’était : Œufs très frais, 29 euros la douzaine. Alors que sur le troisième panier : Œufs garantis de première fraîcheur, la douzaine, 34 euros. L’un des pasteurs s’est exclamé : Qu’est-ce que ce commerçant appelle frais ? Il en est ainsi de nombreux termes de l’Écriture dont le sens était fixé, mais dont la valeur a été perdue aujourd’hui.
La grâce, c’est la faveur imméritée de Dieu envers ceux ceux qui n’avaient mérité que le jugement. La repentance, c’est le fait, pour le pécheur, de reconnaître et d’avouer son état entièrement perdu, et donc son besoin de la grâce. Et cependant il ne manque pas de prédicateurs de la grâce qui décrient la nécessité de la repentance, de crainte que cela contredise la liberté de la grâce. On pourrait aussi bien objecter, quand un homme se reconnaît malade et cherche de l’aide d’un médecin, que tout ce dont il a besoin, c’est d’une ordonnance du médecin.
D’après the Lord is near mars 1985
« Que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres ». Philippiens 2. 3.
VANITÉ OU HUMILITÉ ?
Deux familles vivaient dans un certain village. L’une était prospère et riche, mais bien connue comme étant malheureuse avec beaucoup de disputes. L’autre avait peine à joindre les deux bouts, mais était également connue pour être paisible et heureuse.
Les choses ont continué comme cela jusqu’à ce que l’homme fortuné ne puisse plus le supporter. Il alla chez son humble ami, et lui demanda d’où il pensait que venaient leurs problèmes.
L’homme pauvre répondit après réflexion : C’est peut-être parce que vous êtes des gens très bien chez vous.
– Mais alors, nous devrions certainement être heureux ensemble.
L’homme pauvre ne voulut pas en démordre. Non, vous êtes tous bons. Chez moi, nous sommes tous pleins de défauts, et nous le savons. Par exemple, supposez que ma fille en passant, renverse ma tasse de thé. Je lui dis tout de suite : Je regrette. C’était bête de ma part de laisser une tasse à l’endroit où quelqu’un pouvait la renverser. Tant pis pour moi.
Mais ma fille ne veut pas accepter cela. Elle se baisse pour essuyer le thé, en disant : Oh, comme je suis maladroite ! Toujours à trébucher et causer des ennuis. Je regrette tellement !
Vous voyez comme c’est, nous sommes tellement maladroits, et nous le savons si bien qu’il n’y a pas de chance que nous nous fâchions ou nous disputions.
Et l’homme riche, après avoir réfléchi un moment, dit lentement : Je vois bien. Ce serait bien différents chez nous : je me tournerais vers ma fille en lui disant : Tu es stupide, qu’est-ce que tu fais ? Ne peux-tu pas faire attention, idiote ? Et elle marmonnerait : Un homme paresseux ne doit pas rester au milieu du passage et déranger les gens occupés.
Je crois que vous avez raison : nous sommes trop bons ou du moins nous le croyons.
Première épître aux Corinthiens chapitres 1, 2 et 3
Avant de suivre Paul dans les voyages qu’il allait encore entreprendre, examinons ce que la Parole nous rapporte sur l’assemblée formée à Corinthe par son ministère. Deux lettres de l’apôtre, la première et la deuxième épître aux Corinthiens nous donnent des détails intéressants sur cette jeune assemblée, et contiennent des enseignements importants sur ce que doit être, dans la pratique, la vie d’une assemblée de Dieu.
Si nous voulions entrer dans tous les sujets traités dans ces deux longues épîtres, nous nous écarterions trop longtemps de notre récit ; nous nous en tiendrons à quelques points essentiels.
Les Corinthiens convertis formaient une assemblée nombreuse. Dieu l’avait bénie ; aussi l’apôtre commence-t-il sa première épître en rendant grâces « de ce qu’ils avaient été enrichis en toute parole et en toute connaissance » et « de ce qu’ils ne manquaient d’aucun don de grâce ». Ils avaient eu le grand privilège d’être pendant dix-huit mois enseignés par l’apôtre Paul. Ils avaient ensuite bénéficié du ministère d’Apollos.
Dieu leur avait accordé à eux-mêmes les différents dons de l’Esprit et avait ainsi pourvu à tout pour la prospérité de cette assemblée. Mais au lieu de jouir humblement de tant de faveurs, les Corinthiens en tiraient vanité. Leur conduite était loin de correspondre aux connaissances dont ils se vantaient ; ils étaient en défaut sur bien des points, et l’apôtre est obligé de les reprendre. Ne sommes-nous pas souvent enclins, nous aussi, à étaler nos petites connaissances plutôt qu’à mettre en pratique la Parole du Seigneur ?
Après leur conversion les Corinthiens avaient conservé beaucoup de leurs anciennes et fâcheuses habitudes. Les Grecs, qui recherchaient la sagesse et les connaissances humaines, prétendaient suivre tel ou tel maître. Cette tendance à discuter, à soutenir et confronter des doctrines différentes, à se prévaloir d’un chef, les Corinthiens l’avaient introduite dans le christianisme. Beaucoup, se souvenant des enseignements de Paul, voulaient s’en tenir à ce seul conducteur et disaient : « Moi, je suis de Paul ». Certains, enthousiasmés par l’éloquence d’Apollos, disaient : « Moi, je suis d’Apollos ». D’autres considéraient comme chef des croyants l’apôtre Pierre (ou Céphas dans la langue parlée alors en Palestine) et ils proclamaient : « Moi, je suis de Céphas ». D’autres enfin prétendaient ne suivre que Christ seul ; mais en disant à leur tour : « Moi, je suis de Christ », ils en faisaient un chef de secte opposé à Pierre, Apollos ou Paul.
« Le Christ est-il divisé ? » doit leur demander l’apôtre. Et il les exhorte à être parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis (ch. 1. 10). Cette exhortation, il devra la leur répéter tout à la fin de sa deuxième épître : « Ayez un même sentiment » (2 Cor. 13. 11). Pourtant Paul et Apollos, serviteurs fidèles, s’étaient appliqués à manifester une entière communion dans leur service. La liberté avec laquelle Paul parle d’Apollos dans toute l’épître montre combien ils étaient liés. Ne nous arrive-t-il pas, pour des motifs personnels, sans valeur, d’avoir chacun nos préférences entre les frères qui présentent la Parole de Dieu ? Il y a là un grave danger pour l’unité pratique des croyants.
Dans sa prédication, Paul se gardait bien d’emprunter aux Grecs l’élégance de leur langage et leur argumentation persuasive. Avec simplicité, mais avec la puissance de l’Esprit, il prêchait Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Tout raisonnement, tout développement, qui auraient donné peut-être quelque importance au prédicateur, n’auraient, en revanche, qu’affaibli la puissance du divin message de la croix. Les incrédules, dans leur prétendue sagesse, taxent de folie cette prédication d’un Christ crucifié, alors que c’est la parole de salut pour ceux qui croient. Ce Christ-là est « la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (ch. 1. 24).
Paul avait prêché la Parole aux Corinthiens « dans la crainte et dans un grand tremblement » (ch. 2. 3). Il n’avait aucune confiance en lui-même et se rejetait sur le Seigneur. Mais dans sa prédication, la puissance de Dieu opérait par l’action du Saint Esprit. L’Esprit de Dieu avait révélé à Paul « les choses profondes de Dieu ». Ce même Esprit, opérant en lui, lui permettait de les communiquer aux autres et il fallait encore le travail de l’Esprit dans le cœur des Corinthiens pour recevoir ces vérités (ch. 2. 12 à 14).
« Moi, j’ai planté, dit l’apôtre, Apollos a arrosé, mais Dieu a donné l’accroissement » (ch. 3. 6). Dans cette ville de Corinthe, Paul avait amené bien des âmes au Sauveur. Apollos avait beaucoup contribué à l’avancement de ceux qui avaient cru, mais c’est Dieu qui avait opéré dans les cœurs pour les amener à croire en Jésus et pour les faire croître dans sa connaissance. Paul, qui ne se lasse pas d’enseigner aux Corinthiens l’humilité, conclut : « Celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement… Nous sommes collaborateurs de Dieu ».
Après avoir comparé la formation de l’assemblée à la culture d’un champ, l’apôtre l’assimile à la construction d’un édifice : « Vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » (ch. 3. 9). Plusieurs fois dans d’autres épîtres, l’Assemblée nous est présentée comme la maison de Dieu. Paul, comme un sage architecte, avait posé le fondement. Toute la stabilité d’un bâtiment dépend du fondement sur lequel il repose. Quand il s’agit de l’Assemblée, le fondement, c’est Jésus Christ (ch. 3. 11).
À la suite de l’apôtre, les ouvriers de Dieu sont appelés à apporter leur contribution à l’édifice. S’ils présentent fidèlement la vérité et amènent des âmes à la connaissance réelle du Sauveur pour la vie éternelle, leur ouvrage est semblable aux matériaux de construction durables, or, argent, pierres de prix, qui sortent sans dommage de l’épreuve du feu, du jugement. Si, en répandant des doctrines vagues ou fausses, ils n’amènent les hommes qu’à la profession d’une religion sans vie, leur ouvrage est semblable à des matériaux sans consistance, bois, foin, chaume, que le feu consumera entièrement ; eux-mêmes seront sauvés s’ils ont cru au Seigneur Jésus, mais leur travail est vain ; quelle perte !
Première épître aux Corinthiens chapitres 4 à 8
Les Corinthiens étaient prompts à porter des appréciations sur les serviteurs de Dieu. L’apôtre lui-même n’échappait pas à leurs critiques. Ayant conscience du service qui lui était confié, Paul s’appliquait à l’accomplir fidèlement sans rechercher l’approbation des hommes. Il ne se fiait pas à son propre jugement, mais dépendait du Seigneur et se laissait juger par Lui.
Il dit aux Corinthiens : « Ne jugez rien avant le temps. Le Seigneur, à sa venue, mettra en lumière les choses cachées et manifestera les conseils des cœurs, et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (ch. 4. 5). Souvent nous aussi nous nous permettons de louer ou de critiquer sans discernement en oubliant la parole du Seigneur : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés », et l’avertissement de l’apôtre aux Romains : « Chacun de nous rendra compte pour lui-même à Dieu » (Rom. 14. 2).
Cette tendance à la critique était une manifestation de l’orgueil des Corinthiens et de la haute opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes. L’apôtre leur fait remarquer : « Qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (ch. 4. 7). Parce que nous nous croyons plus intelligents, plus habiles, plus sages même qu’un autre, nous en éprouvons bien vite quelque fierté, alors que toutes nos facultés, toutes nos qualités, nous ont été données sans que nous en ayons aucun mérite.
Il semble que les Corinthiens pratiquaient un christianisme facile. On ne voit pas qu’ils aient été persécutés. Leurs concitoyens devaient les traiter avec indifférence. Eux-mêmes se complaisaient dans tout ce qui flattait leurs prétentions. Dans le même temps, l’apôtre poursuivait son service dans l’opprobre et la persécution. Lui et ses compagnons étaient « devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous » (ch. 4. 13). Qui suivait de près le Seigneur, les Corinthiens orgueilleux qui cherchaient leurs aises, ou l’apôtre humble et persécuté ? Sentant le danger que couraient ces Corinthiens auxquels il était tellement attaché, Paul leur dit : « Je vous avertis comme mes enfants bien-aimés… Je vous supplie d’être mes imitateurs » (ch. 4. 14 et 16).
L’apôtre projetait d’aller à Corinthe si le Seigneur le lui permettait. Il désirait bien que sa lettre amène les Corinthiens à reconnaître et à abandonner leurs manquements pour qu’il n’ait pas à devoir les reprendre sévèrement de vive voix. En attendant, il leur envoyait Timothée qu’il appelle « son enfant bien-aimé ». Ce collaborateur fidèle avait pleinement compris la doctrine et la conduite de l’apôtre et pouvait utilement les rappeler à d’autres.
L’apôtre est obligé de relever un cas d’inconduite grave que les Corinthiens toléraient sans s’en préoccuper. Dans leur orgueil ils préféraient fermer les yeux sur ce scandale plutôt que de reconnaître le mal qui était parmi eux. L’apôtre leur enseigne à cette occasion, dans le chapitre 5, comment l’Assemblée doit se séparer du mal et exclure ceux qui le pratiquent.
Non seulement les Corinthiens étaient divisés sur des questions de doctrine chrétienne, mais dans les affaires courantes de la vie ils se querellaient et avaient entre eux des procès devant les tribunaux de la ville, où siégeaient comme magistrats des incrédules.
Quelle honte pour des enfants de Dieu, eux qui seront associés au Seigneur quand Il jugera le monde ! Le chrétien doit être prêt à supporter le tort qu’on lui fait et, tout au contraire, voilà des croyants qui faisaient tort à leurs frères ! Le Seigneur, enseignait à ses disciples : « Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue, droite, présente-lui aussi l’autre ; et à celui, qui veut plaider contre toi et t’ôter la tunique, laisse-lui encore le manteau » (Mat. 5. 39 et 40). Notre caractère naturel ne se prête pas à l’abandon de nos droits. Nous aimons au contraire réclamer vivement ce qui nous appartient. Pour nous encourager à une telle douceur, nous avons non seulement l’enseignement, mais l’exemple du Seigneur Jésus, l’homme humble et débonnaire, qui « lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait ne menaçait pas » (1 Pier. 2. 23).
Les Corinthiens avaient écrit à l’apôtre en lui posant bien des questions sur divers sujets, sur le mariage, sur les viandes sacrifiées aux idoles. Il existait parmi eux des situations difficiles : des hommes avaient été convertis sans que leur femme le soit, et inversement. L’apôtre donne à toutes ces questions des réponses détaillées. À cette occasion il fait ressortir que les circonstances de la vie, même celles qui paraissent de la plus grande importance, sont passagères et que ce qui compte par-dessus tout c’est l’attachement au Seigneur. Il rappelle que le Seigneur est « le sel » et que les siens ont à se séparer du mal, « glorifiant Dieu dans leur corps ».
Il souligne aussi le danger de s’occuper des vérités divines pour la satisfaction d’accroître ses connaissances. C’est une manifestation de l’orgueil. « La connaissance enfle ». La prétention de savoir montre qu’en réalité on est loin des pensées de Dieu qui nous inclinent à l’humilité ; « Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître ». Par contre, « l’amour édifie ». « Si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui » (ch. 8. 1 à 3).
L’amour doit régler toute notre conduite. Par amour pour les autres chrétiens, nous devons éviter tout ce qui risque de les scandaliser ou de les entraîner à une chute. « Prenez garde que cette liberté que vous avez ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles » (ch. 8. 9). Un grand garçon peut être autorisé à pratiquer des jeux ou à lire des livres qui seraient dangereux pour ses jeunes frères. En la présence des petits et par amour pour eux, l’aîné renoncera à ces jeux ou à ces lectures.
C’est le grand amour de l’apôtre pour les Corinthiens qui le portait à les enseigner, à les exhorter avec tant d’insistance et même, quand il le fallait, à les reprendre sévèrement.
Première épître aux Corinthiens chapitres 9 à 14
Paul cherchait à gagner à Christ le plus grand nombre d’âmes, et pour cela il s’appliquait à entrer dans les circonstances de chacun. Il faisait « toutes choses à cause de l’évangile » (ch. 9. 23).
Les Grecs étaient de fervents amateurs de tous les spectacles sportifs. Pour employer une image familière à ses lecteurs, Paul compare le croyant à un athlète qui, soit dans la course, soit dans le combat, n’a en vue que le prix et qui, pour le remporter, renonce à tout. L’apôtre exhorte les Corinthiens à poursuivre avec une ardeur semblable la course et le combat chrétiens, pour la récompense incorruptible que le Seigneur accordera au vainqueur. Paul s’y appliquait lui-même et veillait à mettre personnellement en pratique ce qu’il enseignait.
Dans ses épîtres, l’apôtre donne plusieurs exemples tirés de l’histoire du peuple d’Israël, comme ici chapitre 10. 1 à 10. Il fait ressortir que ces récits « ont été écrits pour nous servir d’avertissement » (v. 11). Dans l’épître aux. Romains (ch. 15. 4) il dit que « toutes les choses qui ont été écrites auparavant l’ont été pour notre instruction ». Pour comprendre ces leçons des Écritures, nous avons le secours du Saint Esprit. Nous sommes heureux aussi que Paul et les autres auteurs des épîtres nous aient montré l’application à notre temps de bien des passages de l’Ancien Testament et nous aient donné la signification des types que nous y trouvons.
Plusieurs pratiques fâcheuses étaient à déplorer dans les réunions des Corinthiens. L’apôtre reprend ceux-ci et les enseigne. C’est ainsi qu’il explique que l’homme doit avoir la tête découverte quand il prie ou quand il parle au nom du Seigneur. Dans les mêmes circonstances il faut au contraire que la femme ait la tête couverte. Les cheveux ne doivent pas être coupés (ch. 11. 4 à 6). Il convient d’observer ces tenues à la réunion, comme nous avons coutume de le faire. À la maison aussi chaque enfant doit avoir une tenue respectueuse et être attentif pendant la lecture de la Bible et la prière.
Au sujet des réunions, l’apôtre traite deux sujets très importants :
– Le premier est la cène dominicale (ou repas du Seigneur) où les rachetés, réunis, « mangent le pain et boivent la coupe du Seigneur ».
Au chapitre 10. 14 à 22, il en parle en rapport avec la communion, c’est-à-dire la jouissance en commun de leurs bénédictions. Prendre un repas ensemble, être à table ensemble, exprime cette communion bénie à laquelle ils sont appelés, communion des uns avec les autres, communion au sang et au corps de Christ. En participant à « un seul pain » ils proclament que tous les croyants font partie d’« un seul corps », le corps de Christ. Beaucoup, sans doute, sont dispersés ; certains ignorent cette unité ; mais ceux qui « rompent le pain » sont heureux de ressentir et de publier, en le faisant, qu’ils sont unis à tous les vrais chrétiens, en ce seul corps dont Christ est la tête.
Mais ils ne sont pas seulement à table ensemble ; réunis au nom du Seigneur, ils sont à table avec Lui, à « la table du Seigneur ». Or le Seigneur est saint, ses droits doivent être reconnus là ; le mal ne peut y être toléré, il faut s’en séparer. Les chrétiens de Corinthe risquaient de ne pas avoir rompu avec leurs anciennes habitudes et, à l’occasion, de prendre place à une table de sacrifices offerts à une idole. Ils se seraient ainsi associés au culte païen, le culte des démons. L’apôtre leur montre qu’il est impossible d’avoir part à la fois à un tel culte et à la communion exprimée à la table du Seigneur.
– Ensuite, au chapitre 11. 20 à 34, l’apôtre parle de la manière de célébrer la cène. Les Corinthiens se réunissaient pour un repas fraternel, à la suite duquel ils prenaient la cène. Mais ces rencontres se déroulaient de façon regrettable. Chacun apportait son propre repas ; les uns mangeaient et buvaient à l’excès ; d’autres, pauvres, n’avaient pas de quoi satisfaire leur faim. L’apôtre les blâme et leur rappelle ce qu’il leur avait déjà enseigné.
La façon dont la cène a été instituée est d’une telle importance qu’il l’avait reçue-par révélation directe du Seigneur, indépendamment de la relation que pouvaient lui en avoir fait les disciples qui y avaient assisté : « Le Seigneur Jésus, la nuit qu’il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». De même il prit la coupe aussi, après le souper, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain, et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ».
C’est la nuit même où il fut livré que le Seigneur. Jésus a institué, pour le temps de son absence, ces signes visibles qui placent devant nous sa mort, son corps offert en sacrifice, son sang versé. Lui-même a demandé que les siens mangent le pain, boivent à la coupe en mémoire de Lui. En répondant à son invitation ses rachetés se souviennent ainsi avec adoration de leur Sauveur mourant pour eux sur la croix et ils annoncent publiquement cette mort, « la mort du Seigneur ».
Ce service infiniment précieux se renouvelle jusqu’au retour du Seigneur : dès lors nous n’aurons plus besoin de ce souvenir de Lui, car nous l’aurons Lui-même devant nous pour toujours. Le second point est l’édification de l’assemblée. En effet, de graves désordres se produisaient aussi parmi les Corinthiens quand ils se réunissaient pour s’édifier mutuellement.
Ils avaient reçu les divers dons de l’Esprit, et entre autres la puissance miraculeuse de guérir les malades, au nom du Seigneur Jésus, ainsi que le don des langues, qui permettait de s’exprimer en langues étrangères sans les avoir apprises, comme cela s’était produit à la Pentecôte à Jérusalem quand le Saint Esprit était descendu sur l’Assemblée (Act. 2) et sans même les comprendre. Toujours préoccupés de leur propre importance, les Corinthiens rivalisaient pour se mettre en relief dans l’exercice de ces dons, accordés pour montrer aux incrédules la puissance de Dieu accompagnant la prédication de l’évangile ; par contre ils négligeaient des dons moins visibles mais de plus grande utilité pour l’édification ou la conduite de l’assemblée.
L’apôtre met tout à sa place : les manifestations de l’Esprit sont accordées à chacun « en vue de l’utilité » (ch. 12. 7).
Comme chaque membre du corps humain a sa fonction propre, qu’un autre membre ne peut remplir à sa place, chaque membre du corps du Christ a son don de grâce particulier et doit remplir le service pour lequel Dieu l’a qualifié, à la place que Dieu lui a assignée. Les membres du corps sont solidaires les uns des autres. Le corps tout entier profite de l’activité de chacun de ses membres ou souffre de ses défaillances ; tout entier il ressent les joies ou les peines qui affectent chacun.
Parmi les dons de grâce que Dieu a placés dans l’Assemblée, l’apôtre cite en premier lieu le don des apôtres qui ont posé le fondement et dont le ministère subsiste par les épîtres du Nouveau Testament, celui des prophètes qui parlent de la part de Dieu « pour l’édification, l’exhortation et la consolation » (ch. 14. 3), puis celui des docteurs qui enseignent la vérité (ch. 12. 28). Nous avons déjà vu le don de prophète exercé par Judas et Silas dans l’assemblée à Antioche (Act. 15. 32). Au début et à la fin du chapitre 14, l’apôtre exhorte les Corinthiens à désirer ce don (v. 1 et 39).
Mais Paul insiste sur ce que les dons les plus grands ne peuvent s’exercer utilement que dans l’amour. Relisez avec attention le chapitre 13, ce chapitre bien court où l’apôtre nous montre que toute capacité, toute activité, tout renoncement même, sont vains s’ils ne sont pas inspirés par l’amour. C’est l’amour qui donne sa valeur à tout dans notre vie. Nous avons vu comment, chez les Thessaloniciens, la vie de Christ se manifestait par la foi, l’amour et l’espérance. Bientôt la foi sera changée en vue, l’espérance sera comblée, mais « l’amour ne périt jamais ».
Dans le chapitre 14 l’apôtre donne des instructions détaillées, motivées sans doute par les manquements des Corinthiens : les prophètes qui ont quelque chose à dire de la part du Seigneur doivent parler à tour de rôle et non en même temps ; à chaque réunion il suffit que deux ou trois frères seulement prennent la parole ; il faut que ce qui est dit puisse être compris de tous ; les femmes doivent se taire dans l’assemblée. Deux exhortations résument cet enseignement : « Que tout se fasse pour l’édification » (v. 26) ; « Que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre » (v. 40).
Première épître aux Corinthiens chapitres 15 et 16
Les Corinthiens s’étaient écartés de l’enseignement de l’apôtre au point que certains en étaient arrivés à nier la résurrection. Nous avons vu la surprise et les moqueries qu’avait provoquées Paul à l’Aréopage d’Athènes en parlant de la résurrection des morts. C’était là une notion tout à fait étrangère aux païens. Tout en professant le christianisme, certains Corinthiens se laissaient influencer par leurs anciens préjugés. Au chapitre 15 l’apôtre établit les témoignages de la résurrection de Christ, développe l’importance de la résurrection, et révèle comment celle-ci aura lieu.
Christ est mort pour nos péchés. Il a été enseveli. Les hommes pensaient en avoir fini avec Lui. Mais le troisième jour Il a été ressuscité. Sa mort et sa résurrection ont accompli ce qu’avaient annoncé les Écritures de l’Ancien Testament.
Sa résurrection est affirmée par de nombreux témoins. Dès le matin où Il est sorti du tombeau, et pendant quarante jours, Il s’est présenté lui-même vivant aux siens. Il a mangé en leur présence. Il été vu par plus de cinq cents frères à la fois. Paul apporte lui-même son propre témoignage. C’est le Seigneur ressuscité qui lui est apparu sur le chemin de Damas.
Paul et les apôtres prêchaient la résurrection de Christ, et les Corinthiens y avaient cru. Comment certains, maintenant, pouvaient-ils prétendre que les morts ne ressuscitent pas ? Ces incrédules n’osaient peut-être pas appliquer leur négation à Christ lui-même, mais Paul montre comment tout est lié dans cette vérité de la résurrection : « Si les morts ne ressuscitent pas, Christ n’a pas été ressuscité non plus, vous êtes dans vos péchés, votre foi est vaine » (1 Cor. 15. 17).
« Mais maintenant Christ a été ressuscité d’entre les morts » (v. 20). C’est l’affirmation victorieuse que Paul est pressé de lancer en réponse aux objections des incrédules, et il développe les conséquences de ce fait d’une portée infinie. Il n’y a pas seulement une résurrection finale des morts au dernier jour, à laquelle croyaient les Juifs, mais dès maintenant le pouvoir de la mort est brisé. Dieu a appelé son Fils hors du sépulcre, hors du séjour des morts. Cette même délivrance est acquise à tous ceux qui ont en eux, par la foi, la vie de Jésus.
La puissance de Dieu qui ressuscite les morts s’était déjà déployée en d’autres occasions. Dans l’Ancien Testament nous trouvons plusieurs exemples de résurrection (1 Rois 17. 22, 2 Rois 4. 35, 2 Rois 13. 21), Le Seigneur Jésus, sur la terre, avait ramené à la vie le fils de la veuve de Naïn, la fille de Jaïrus, Lazare. Seulement c’étaient là des résurrections pour la terre, un sursis accordé par la miséricorde de Dieu, et ceux qui en ont bénéficié ont dû de nouveau passer par la mort. Tandis que Jésus, par sa résurrection, a ouvert un chemin entièrement nouveau : Il a été ressuscité pour le ciel où Il fut élevé après les quarante jours de sa manifestation aux disciples.
Les siens sont associés à Lui, participent à sa vie, et ceux qui se sont endormis en Lui ressuscitent d’entre les morts, comme Lui, pour le ciel. Mais Lui est appelé à deux reprises « les prémices » (v. 20 et 23), c’est-à-dire à la fois le premier de cette résurrection pour le ciel de Christ, et celle des siens à sa venue est appelée la première résurrection. « Bienheureux et saint celui qui a part à la première résurrection » (Apoc. 20. 6). Y ont part les saints de l’Ancien Testament et les croyants de l’Église, ressuscités ensemble quand Jésus viendra nous prendre, et aussi les martyrs qui auront été mis à mort après l’enlèvement de l’Église et qui seront ressuscités au début du règne de Christ de mille ans.
Puis, à la fin, quand cette terre disparaîtra, entièrement consumée, les incrédules ressusciteront tous pour comparaître en jugement devant le grand trône blanc et pour être « jetés dans l’étang de feu et de soufre » (Apoc. 20).
Mais comment les morts ressuscitent-ils ?
À la mort, l’âme est séparée du corps ; l’âme des rachetés va auprès du Seigneur et jouit de sa présence ; le corps retourne à la poussière d’où il a été tiré.
À la résurrection, l’âme retrouve le corps. Mais le corps de notre vie terrestre ne pourrait entrer dans la gloire du ciel. « La chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu » (v. 50). Aussi, de notre corps corruptible tombé en poussière, Dieu tirera un corps glorieux, comme d’une graine mise en terre tombée en pourriture sort une plante qui porte feuilles, fleurs et fruits.
Ainsi, à la venue du Seigneur, les morts en Christ ressusciteront avec des corps semblables au corps de notre Seigneur ; les corps des croyants vivant encore sur la terre seront de même transformés et, comme nous l’avons déjà vu au chapitre 4 de la première épître aux Thessaloniciens, tous ensemble, croyants endormis ressuscités, croyants encore vivants transmués, nous serons ravis ensemble dans le ciel pour être toujours avec le Seigneur.
« En un instant, en un clin d’œil, les morts seront ressuscités incorruptibles et nous, nous serons changés… La mort sera engloutie en victoire… Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (v. 52, 54 et 57).
Que de riches enseignements dans cette première épître aux Corinthiens ! L’apôtre écrivait cette lettre avant d’aller lui-même à Corinthe. Timothée devait l’y précéder et Paul le recommande comme un ouvrier qui s’employait à l’œuvre du Seigneur comme lui-même (ch. 16. 10).
Paul avait vivement engagé Apollos à se rendre à Corinthe. Il était loin de prendre ombrage de l’estime portée à cet éloquent prédicateur. Mais Apollos n’avait pas cru devoir faire alors ce voyage (ch. 16. 12). Il estimait sans doute avec sagesse, que ce n’était pas le moment de visiter une assemblée où certains se réclamaient de son nom dans un esprit de parti. Ainsi Paul et Apollos opposaient la même humilité et la même recherche de la paix aux dissensions orgueilleuses des Corinthiens.
L’apôtre formule encore quelques exhortations pressantes : « Veillez, tenez ferme dans la foi ; soyez hommes, affermissez-vous. Que toutes choses parmi vous se fassent dans l’amour » (ch. 16. 13 et 14).
Cette lettre de reproches, écrite « dans une grande affliction, avec un serrement de cœur et beaucoup de larmes » (2 Cor. 2. 4), Paul la termine par d’affectueuses salutations et par cette expression si touchante : « Mon amour est avec vous tous dans le Christ Jésus ».
Seconde épître aux Corinthiens chapitres 1 à 7
L’apôtre, ne pouvant aller lui-même à Corinthe, y avait envoyé l’un de ses compagnons, Tite. Celui-ci était un croyant d’origine grecque que Paul avait déjà pris avec lui quand il était monté à Jérusalem avec Barnabas pour la rencontre relatée au chapitre 15 des Actes (Gal. 2. 1). Paul l’appelle « mon frère » (2 Cor. 2. 13), « mon associé et mon compagnon d’œuvre » (2 Cor. 8. 23) et plus tard « mon véritable enfant dans la commune foi » (Tite 1. 4). Tite était plein d’affection et de zèle pour les Corinthiens (2 Cor. 7. 15 ; 8. 16), et par suite bien qualifié pour la mission que l’apôtre lui confiait.
Paul était anxieux de savoir l’effet qu’auraient produit sur les Corinthiens les remontrances de sa première lettre, et il lui tardait de revoir Tite pour en être informé. Il comptait que celui-ci le rejoindrait dans la Troade où il était venu annoncer l’évangile et où le Seigneur bénissait sa prédication. Comme Tite tardait, l’apôtre, pressé de le retrouver, passa en Macédoine où ils se rencontrèrent enfin.
Tite apportait à Paul de bonnes nouvelles. Les Corinthiens avaient été sensibles aux reproches mérités de la première épître et en avaient été attristés jusqu’aux larmes ; la plupart d’entre eux s’étaient repentis et avaient témoigné une affection ardente pour l’apôtre. Ayant retrouvé plus de liberté avec cette assemblée pour laquelle il avait tant de sollicitude, Paul lui adresse une nouvelle lettre, la seconde épître aux Corinthiens.
Toute la période qui venait de s’écouler avait été pour l’apôtre un temps de grande affliction. À son anxiété touchant les Corinthiens s’ajoutaient des persécutions si intenses qu’il est amené à écrire : « Nous avons été excessivement chargés, au-delà de nos forces, de sorte que nous avons désespéré même de vivre » (ch. 1. 8).
Mais ces épreuves portaient leur fruit. Dans ses profondes détresses Paul avait abondamment éprouvé les consolations de Dieu qui faisaient jaillir de son cœur de ferventes louanges : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (ch. 1. 31). Ces expériences l’avaient formé, pour qu’il puisse à son tour apporter les consolations de Dieu aux autres affligés (ch. 1. 4).
Les dangers qu’il traversait stimulaient sa foi : « afin que nous n’eussions pas confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts, qui nous a délivrés d’une si grande mort et qui nous délivre ; en qui nous espérons qu’il nous délivrera aussi encore » (ch. 1. 9 et 10). Le risque continuel d’être mis à mort pour le Seigneur le détachait de la terre et contribuait à le faire vivre uniquement de la vie de Christ : « Nous avions en nous-mêmes la sentence de mort » (ch. 1. 9). « Nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle » (ch. 4. 11).
Paul s’était d’abord proposé de passer à Corinthe en allant en Macédoine. Mais n’ayant pas encore appris l’effet produit par sa première lettre, et craignant d’avoir à user de sévérité envers les Corinthiens, il avait différé cette visite pour les épargner (ch. 1. 23). Ces changements de programme ne résultaient pas de décisions prises à la légère mais montraient que tout en lui se faisait dans l’amour. En tout cas, s’il risquait d’y avoir dans sa conduite une apparence d’inquiétude, il s’empresse d’affirmer la certitude absolue de l’évangile qu’il prêchait et la fermeté de toutes les promesses de Dieu en Christ (ch. 1. 19 et 20).
Paul est amené à parler longuement aux Corinthiens de son service, et donne à cette occasion les caractères d’un vrai ministère pour Dieu. Les Corinthiens étaient eux-mêmes la preuve que la puissance du Saint Esprit opérait par le moyen de l’apôtre. Cette assemblée nombreuse, fruit de son travail de dix-huit mois dans une grande ville païenne, était comme une lettre vivante attestant que Paul était un fidèle ouvrier du Seigneur.
Mais Paul ne s’attribue aucun mérite : « Notre capacité vient de Dieu » (ch. 3. 5). « Nous avons ce ministère comme ayant obtenu miséricorde » (ch. 4. 1). Il persévérait dans le service du Seigneur sans se lasser. Il s’appliquait à mettre en lumière devant les hommes toute la vérité telle qu’elle lui avait été révélée. Sa prédication faisait ressortir la gloire du Seigneur Jésus (ch. 4. 1 à 6).
II ne pouvait pas garder pour lui-même ce que sa foi avait saisi. Il déclare : « Nous croyons, c’est pourquoi aussi nous parlons » (ch. 4. 3). Dans sa première épître il avait déjà écrit : « Malheur à moi si je n’évangélise pas » (ch. 9. 16). Le Seigneur avait bien dit : « De l’abondance du cœur la bouche parle » (Mat. 12 et Luc 6). Notre cœur est-il assez occupé du Seigneur pour nous pousser à parler de Lui à ceux qui nous entourent ?
Paul ne se laissait pas décourager par les difficultés. Les souffrances pouvaient ruiner son corps – son âme était fortifiée de jour en jour (ch. 4. 16). Les grandes afflictions qu’il traversait, il les appelle « notre légère tribulation d’un moment », parce qu’il met en regard le « poids éternel de gloire » qui en était la conséquence. Il met en contraste les circonstances extérieures de la vie présente, « les choses qui se voient et ne sont que pour un temps » et les réalités divines qu’avait saisies sa foi, « les choses éternelles qui ne se voient pas » (ch. 4. 17 et 18). « Nous marchons par la foi, non par la vue » dit-il plus loin (ch. 5. 7).
Notre corps terrestre n’est qu’une « tente », que la demeure passagère, fragile de l’âme. Mais l’apôtre affirme comme une certitude absolue pour le croyant que si ce corps périssable est détruit, nous revêtirons à la résurrection un corps glorieux appelé : « un édifice, une maison éternelle dans les cieux » (ch. 5. 1). Paul désirait avec ardeur d’avoir revêtu ce corps céleste pour jouir sans entraves de la vie divine dans la gloire (v. 2 et 4) – mais en attendant il s’appliquait avec ardeur à être agréable au Seigneur (v. 9). Quel beau programme, pour tout racheté de Jésus, si jeune soit-il : s’appliquer avec ardeur à Lui être agréable ! C’est dans les actes de la vie que nous pouvons chercher à plaire au Seigneur, si vraiment nous L’aimons.
Paul persuadait les hommes de croire à l’évangile, stimulé par la pensée du jugement qui les attend, comme il connaissait combien le Seigneur doit être craint. En même temps, il était étreint par l’amour du Christ qui est mort pour tous (ch. 5. 12 et 14).
Dieu lui-même, dans la Personne du Seigneur Jésus sur la terre, était venu offrir la paix aux hommes, ses ennemis. Les hommes n’en ont pas voulu ; Christ a été rejeté et est remonté auprès du Père. Mais maintenant Dieu envoie ses serviteurs, comme des ambassadeurs pour apporter encore un message de paix. L’apôtre suppliait les hommes au nom de Christ : « Soyez réconciliés avec Dieu » (ch. 5. 19 et 20). La paix a été faite par Christ à la croix quand Dieu a fait tomber sur Lui, le Juste, le châtiment dû à notre péché (ch. 5. 21).
Seconde épître aux Corinthiens chapitres 8 à 13
Les chrétiens qui habitaient en Judée, c’est-à-dire à Jérusalem et dans le pays environnant, étaient généralement pauvres. Dès les débuts de l’Assemblée, il avait fallu secourir les veuves (Act. 6). Au cours des persécutions, les biens des croyants hébreux leur avaient été enlevés (Héb. 10. 34). Nous avons déjà vu au chapitre 11 des Actes, que les chrétiens d’Antioche avaient envoyé de l’argent aux frères de Judée par le moyen de Barnabas et de Saul. Quelques années plus tard, au moment où il écrivait la seconde épître aux Corinthiens, Paul se proposait de retourner à Jérusalem et il engageait les assemblées qu’il visitait à préparer un secours, que lui et ses compagnons porteraient en Judée pour les besoins des pauvres.
Il avait fait part de ce projet aux Corinthiens depuis quelque temps et le leur avait rappelé à la fin de sa première épître (ch. 16. 1 à 4). Eux s’étaient montrés bien disposés, à participer à cette œuvre ; si bien qu’au cours de ses voyages l’apôtre avait pu annoncer aux autres assemblées, et en particulier à celles de la Macédoine, que les Corinthiens étaient prêts pour cet envoi depuis l’année précédente. Cette nouvelle avait stimulé la libéralité de l’ensemble des frères.
Au moment où il allait se rendre à Corinthe et prendre en charge ce qui avait été recueilli, Paul, qui connaissait l’inconstance des Corinthiens, prompts à vouloir, mais vite lassés, craignait qu’en fait leur contribution ne soit faible, et dans sa seconde lettre, il juge nécessaire de ranimer leur zèle.
Il cite en exemple le dévouement que les assemblées de Macédoine avaient apporté à ce service. Ces chrétiens traversaient de lourdes épreuves, et leur pauvreté était grande. Malgré cela ils avaient tenu spontanément à participer à cette collecte de fonds et avaient donné, dit l’apôtre, « au-delà même de leur pouvoir » (ch. 8. 3). Pour bien montrer l’importance qu’ils attachaient à cette entraide fraternelle, ils avaient insisté pour que l’apôtre veuille bien se charger de leurs dons. Ce que Paul aimait à discerner dans cet élan de charité, c’est que ces Macédoniens s’étaient donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur par la volonté de Dieu » (ch. 8. 5).
Et en effet, il faut premièrement nous donner nous-mêmes au Seigneur. « Mon fils, donne-moi ton cœur » nous demande-t-Il (Prov. 23. 26). Et ensuite nous pourrons mettre à son service, au service des siens ce que nous possédons.
Si quelques-uns de ces Macédoniens qui avaient montré une telle générosité, avaient accompagné Paul à Corinthe et n’avaient pas trouvé les Corinthiens prêts, quelle confusion pour les Corinthiens et pour l’apôtre lui-même ! Aussi n’hésite-t-il pas à réveiller leur intérêt pour cette collecte. Il ne veut pas imposer une charge aux Corinthiens au profit des croyants de Judée ; mais il désire que l’amour s’exerce entre tous les enfants de Dieu et que, sans distinction de pays ou d’origine, les riches viennent en aide aux pauvres afin que personne ne soit dans le besoin.
Et il savait bien que dans la riche cité de Corinthe, même si les croyants n’appartenaient pas aux classes élevées de la société, il y avait beaucoup plus de ressources que chez les pauvres Macédoniens pour secourir les frères de Judée plus pauvres encore.
Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous habitons dans des pays où la vie est facile ; il nous appartient d’apporter quelque aide aux chrétiens qui vivent dans des pays moins favorisés, et de pourvoir aux besoins des ouvriers du Seigneur qui y travaillent. Les plus grands d’entre vous peuvent lire avec profit les « Lettres sur l’Œuvre du Seigneur ». Ils y trouveront la manifestation pratique de la communion et de l’amour qui nous lient à tant de frères et sœurs en Christ éloignés, et sans doute aussi quelques sujets de prières.
Tite qui venait de rejoindre l’apôtre, tout heureux de la visite qu’il avait faite à Corinthe, était prêt à retourner pour encourager les croyants à la générosité. Tout en consentant, dans son amour pour les frères de Judée, à se charger de ce service matériel, lui, le grand apôtre des nations, Paul tenait à partager cette mission avec des envoyés des assemblées pour réaliser une pleine communion avec les donateurs et pour éviter toute critique. Il nous est difficile d’imaginer le poids que représentait alors le transport de sommes importantes sur d’aussi longues distances et à quels dangers supplémentaires l’apôtre s’exposait ainsi. Mais rien ne l’arrêtait quand il s’agissait du bien de ses frères.
Comme toujours dans ses exhortations, l’apôtre place devant les fidèles le modèle parfait, le Seigneur Jésus : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus. Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que, par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (ch. 8. 9). Quel exemple nous a donné notre Seigneur !
Lui, le Créateur des mondes, le possesseur de toutes choses, a voulu être ici-bas « le pauvre ». À sa naissance Il n’eut pour berceau qu’une crèche ; Il n’avait pas un lieu où reposer sa tête ; des femmes devaient l’assister de leurs biens. Dans cette pauvreté volontaire, Il est venu nous apporter les immenses richesses de la grâce de Dieu.
Oui, pour nous enrichir
Du ciel, de toi-même,
Tu daignas t’appauvrir,
Toi le Dieu suprême.
N’est-il pas digne qu’en, retour nous mettions à son service « nos jours, nos biens, nos corps, nos cœurs » ? Nous pouvons Le servir en servant les siens. Ainsi que les Macédoniens, estimons comme un privilège de pouvoir faire part de nos biens. Nous donnerons alors, non par contrainte, mais promptement et de bon gré, « car Dieu aime celui qui donne joyeusement » (ch. 9. 7). Le Seigneur Jésus lui-même a dit : « Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Act. 20. 35).
Dieu ne reste d’ailleurs le débiteur de personne. « Celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement » (ch. 9. 6). « Qui use de grâce envers le pauvre, prête à l’Éternel et il lui rendra son bienfait » (Prov. 19. 17). « Qui donne au pauvre ne manquera de rien » (Prov. 28. 27). Nous ne saurions nous habituer trop jeunes à donner joyeusement pour l’amour du Seigneur.
Non seulement la bienfaisance comble les besoins matériels d’enfants de Dieu dans la disette, mais elle produit dans leurs cœurs des actions de grâces et des prières pour ceux qui les ont secourus et elle raffermit les liens de l’amour fraternel (ch. 9. 12 à 14).
Par-dessus tous les sujets de reconnaissance que notre Dieu nous accorde, pensons toujours au don suprême qu’Il nous a fait en nous donnant Jésus, son propre Fils (ch. 9. 15).
Parmi les Corinthiens, quelques-uns osaient encore critiquer Paul et discuter son autorité. Avant de terminer cette seconde épître, l’apôtre se voit ainsi dans la pénible obligation de justifier son ministère. Il ne le fait pas pour sa propre réputation mais parce que, dans l’intérêt même des Corinthiens, il était nécessaire que tout soit mis au point et que ses détracteurs soient démasqués comme « de faux apôtres et des ouvriers trompeurs » (ch. 11. 13). Il était pénible à l’apôtre de parler de lui-même. Contraint de le faire, il traite un tel sujet de « folie ».
Mais c’est une occasion pour le Saint Esprit de nous donner, au chapitre 11 versets 23 à 27, un résumé saisissant des souffrances que Paul a endurées pour l’Évangile. Elles dépassent de beaucoup ce que nous rapporte le livre des Actes. Aux persécutions successives que subissait l’apôtre s’ajoutaient continuellement « sa sollicitude pour toutes les assemblées » et la part qu’il prenait aux exercices de chaque croyant (ch. 11. 28 et 29).
Paul avait eu des révélations extraordinaires. Il était, comme nous tous, en danger de s’enorgueillir de ce que Dieu lui avait accordé. Pour le garder dans l’humilité, Dieu l’avait affligé d’une infirmité dont nous ne connaissons pas la nature. Paul avait supplié trois fois le Seigneur pour que cette infirmité, cette « écharde », lui soit enlevée. Le Seigneur lui a répondu, non en ôtant l’écharde, mais en lui adressant ces paroles si précieuses : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ». Depuis lors, combien de croyants ont été consolés et affermis en relisant, et en s’appropriant la réponse du Seigneur à Paul : « Ma grâce te suffit » !
Paul termine cette seconde lettre aux Corinthiens par le souhait le plus complet de toutes ses épîtres : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, et l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit, soient avec vous tous » (ch. 13. 13).
Paul à Éphèse
Après nous être arrêtés sur les deux épîtres de Paul aux Corinthiens, nous allons reprendre dans le livre des Actes le récit du service de l’apôtre.
Nous avons vu qu’au retour de son deuxième grand voyage missionnaire, il avait visité l’assemblée de Jérusalem et était revenu ensuite à son point de départ, Antioche de Syrie. Il séjourna là quelque temps puis repartit pour un troisième grand voyage (Act. 18. 22 et 23).
Il retourna d’abord dans les contrées d’Asie Mineure où il avait déjà beaucoup travaillé pour le Seigneur. Il traversa successivement la Galatie et la Phrygie, visitant les assemblées et fortifiant les disciples. Il parcourut ainsi de nouveau ces régions de l’intérieur de l’Asie Mineure appelées au début du chapitre 19 : « les contrées supérieures », parce qu’elles constituent un plateau accidenté d’une altitude souvent voisine de 1000 mètres. Il parvint enfin à Éphèse près de la côte ouest.
Éphèse était alors l’une des belles villes de l’Empire romain. Dotée d’un port très actif sur la mer Égée, elle était la capitale de la province appelée l’« Asie » qui occupait le sud-ouest de l’Asie Mineure. De cette importante cité antique il ne reste plus maintenant qu’un amas de ruines.
Paul n’avait fait auparavant qu’une courte halte à Éphèse quand il y avait laissé Aquilas et Priscilla, et il avait lui-même poursuivi son voyage vers Jérusalem (Act. 18. 19 à 21). Environ trois ans plus tard, lorsqu’il avait traversé pour la première fois la Phrygie et la Galatie, l’Esprit Saint ne lui avait pas permis d’annoncer la parole en Asie (Act. 16. 6). Maintenant il allait passer à Éphèse trois années consécutives consacrées à servir continuellement le Seigneur et les siens (Act. 20. 31) ; et il allait prêcher l’évangile avec une continuité telle que « tous ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la parole du Seigneur » (Act. 19. 10). En se laissant diriger par le Saint Esprit, l’apôtre accomplissait ainsi sa tâche de serviteur docile, au moment et au lieu choisis par la sagesse de Dieu.
Paul trouva à Éphèse une douzaine de disciples, à qui il fut amené à poser cette question : « Avez-vous reçu l’Esprit Saint après avoir cru ? » Ces hommes avaient été baptisés du baptême de Jean et ne connaissaient que son enseignement. Ils attendaient encore Christ sur la terre, et le Saint Esprit que Christ devait communiquer. Paul les enseigna et leur dit : « Jean a baptisé du baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus ».
Jean appelait les hommes à se repentir pour avoir part au royaume que le Messie allait établir. Il disait « Moi je vous baptise d’eau pour la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi… lui vous baptisera de l’Esprit Saint » (Mat. 3. 11). Or Jésus, le roi annoncé par Jean, a été rejeté et son règne glorieux n’a pas pu être établi ; Lui-même a été mis à mort. Mais, par sa mort sur la croix, Il a expié les péchés de ceux qui croient en Lui.
Maintenant la repentance et la foi en Jésus ne nous ouvrent pas l’accès à un royaume sur la terre, mais nous donnent le salut éternel et nous introduisent dans l’Assemblée constituée par tous les rachetés. Et le Saint Esprit a été non pas donné par Christ vivant sur terre, mais envoyé par Christ glorifié dans le ciel (Act. 2. 32 et 33).
Ces hommes d’Éphèse, ayant reçu les paroles de l’apôtre, furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains. Comme nous l’avons déjà vu, ce geste est une marque d’association ; dans le cas présent il marquait aussi l’autorité de l’apôtre. L’Esprit Saint vint aussitôt sur ces croyants, et sa présence se manifesta de façon visible : ils parlèrent en langues et prophétisèrent.
Nous n’assistons plus maintenant aux déploiements miraculeux de puissance du Saint Esprit qui accompagnaient la prédication de la Parole au début du christianisme (Héb. 2. 3 et 4). Mais, comme alors, le Saint Esprit habite dans l’Assemblée et dans chaque croyant individuellement ; il est le sceau que Dieu met sur ceux qui Lui appartiennent.
Paul, selon la coutume qui lui était chère, entra dans la synagogue d’Éphèse pour annoncer Jésus aux Juifs. Il parlait avec hardiesse du royaume de Dieu et s’appliquait à persuader ses auditeurs. Il put continuer cette prédication pendant trois mois puis fut en butte à l’opposition de Juifs endurcis et rebelles. Il dut alors marquer la séparation du christianisme d’avec le judaïsme. Il quitta la synagogue, prit à part ceux qui avaient cru et poursuivit pendant deux ans son enseignement dans l’école appartenant à un Grec nommé Tyrannus.
L’évangile se répandit de là dans toute la province de l’Asie. Dieu confirmait la prédication de l’apôtre par des miracles extraordinaires : il suffisait d’appliquer aux malades et aux démoniaques des mouchoirs ou des tabliers que Paul avait touchés, pour les guérir de leurs maladies ou les délivrer des mauvais esprits. La puissance de l’Esprit Saint se déployait en signes et en prodiges pour appuyer la Parole de Dieu et préparer les hommes à la recevoir. Par ces miracles de grâce, les malades étaient délivrés des conséquences corporelles du péché. Mais c’est la Parole agissant sur la conscience, reçue avec foi dans le cœur, qui apporte à l’âme le salut. C’est ainsi que nous voyons dans les évangiles le Seigneur dire à ceux qu’Il avait guéris : « Ta foi t’a sauvé… tes péchés sont pardonnés ».
Certains Juifs qui parcouraient le pays prétendaient chasser les démons par des pratiques ou des formules magiques. Voyant les miracles opérés par Paul au nom du Seigneur Jésus, ils essayèrent eux aussi d’user de ce nom et ils s’adressaient aux hommes possédés par un esprit malin, en disant : « Je vous adjure par Jésus que Paul prêche ». Un des principaux sacrificateurs nommé Scéva avait sept fils qui agissaient ainsi.
Mais si le Seigneur est prêt à répondre avec puissance à la foi des croyants qui l’invoquent en vérité, Il ne laisse pas les hommes impies user à la légère de son nom pour affirmer leurs prétentions. Le démon que les fils de Scéva tentaient de chasser leur répondit : « Je connais Jésus et je sais qui est Paul, mais vous qui êtes-vous ? » L’homme possédé par le démon se jeta sur eux, les maltraita et ils durent s’enfuir nus et blessés. Ce fait fut bientôt connu dans toute la ville. Il montrait combien grand est le nom du Seigneur Jésus, et tous en furent saisis de crainte.
Plusieurs de ceux qui avaient cru s’étaient adonnés, avant leur conversion, à des sciences occultes qui faisaient intervenir les puissances surnaturelles. Ils apportèrent leurs livres de magie et les brûlèrent devant tous. À cette époque, tous les écrits devaient être recopiés à la main, et ces livres représentaient une grande fortune, cinquante mille pièces d’argent. Mais ceux qui les brûlaient en faisaient volontiers la perte en détruisant sans retour ce qui les avait égarés autrefois et pouvait être en piège à d’autres. C’est ainsi qu’il faut abandonner résolument tout ce qui risque de nous détourner du Seigneur.
Le tumulte d’Éphèse
Le service que Paul devait accomplir à Éphèse touchait à sa fin et l’apôtre se proposait de passer en Macédoine et en Grèce. C’est vers cette époque qu’il écrivit la première épître aux Corinthiens et nous avons vu que l’état de l’assemblée de Corinthe le préoccupait beaucoup. Paul formait d’autres projets pour la suite : il désirait retourner une fois de plus à Jérusalem et espérait se rendre ensuite à Rome et même en Espagne. Mais Dieu, dans sa sagesse, préparait le chemin de son serviteur.
Paul avait déjà envoyé en Macédoine deux de ses compagnons, Timothée et Éraste. Lui-même resta quelque temps encore en Asie. Il ne pouvait quitter qu’à regret ce champ de travail où il avait été richement béni. Dieu allait permettre de graves événements qui devaient hâter son départ d’Éphèse.
Le séjour de Paul dans cette ville semble avoir été jusque-là exempt de grandes persécutions, mais avant son départ l’ennemi allait provoquer une violente opposition à l’évangile.
Il existait à Éphèse un temple célèbre dédié à l’une des nombreuses fausses divinités de l’Antiquité, la déesse Diane ou Artémis. À son sujet comme sur tous les autres faux dieux, des récits fabuleux avaient été imaginés. On racontait que sa statue était autrefois tombée du ciel. Ces croyances grossières, le culte rendu aux idoles, les superstitions entretenues par les prêtres étaient une offense permanente au vrai Dieu.
Satan maintenait les peuples païens dans l’aveuglement, en liant la pratique de ces religions à des intérêts matériels. Le culte de Diane attirait de nombreux pèlerins de l’Asie Mineure et de la Grèce, et cette affluence de visiteurs était pour la ville d’Éphèse une source de prospérité.
Un orfèvre nommé Démétrius fabriquait de petites reproductions en argent du temple de Diane, et ce travail procurait un grand profit à tous les artisans qui y étaient occupés. Les progrès du christianisme, non seulement à Éphèse mais dans les pays voisins, détournaient une clientèle importante du commerce des objets. Démétrius rassembla tous ceux qui travaillaient à des ouvrages semblables et leur exposa le danger que faisait courir à leur industrie la prédication de Paul.
« Non seulement à Éphèse, dit-il, mais presque dans toute l’Asie, ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule, disant que ceux-là ne sont pas des dieux qui sont faits de main ». Et c’était bien là l’enseignement de l’apôtre que nous avons déjà entendu proclamer à Athènes : « Nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent ou à de la pierre, à une œuvre sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme » (Act. 17. 29). Démétrius était obligé de reconnaître l’influence grandissante de la prédication de Paul ; c’était la puissance même de la Parole de Dieu qui amenait un grand nombre d’âmes à se tourner des idoles muettes vers le Dieu vivant et vrai.
Démétrius poursuivit sa harangue aux artisans, non seulement en exposant le préjudice subi par leur corporation, mais en faisant appel à leur zèle religieux pour leur déesse dont le prestige était menacé. Son discours attisa la colère de ses auditeurs qui se mirent à crier ensemble : Grande est la Diane des Éphésiens. Ils se répandirent en tumulte dans la ville et toute la ville, à leur suite, se précipita vers le théâtre en entraînant deux compagnons de voyage de Paul, Gaïus et Aristarque.
Paul, toujours plein d’ardeur, voulait se présenter devant le peuple. Peut-être pensait-il qu’il ne fallait pas manquer cette occasion de rendre témoignage à la vérité devant une nombreuse assistance. Mais la foule en délire ne l’aurait pas écouté. Démétrius et ses partisans risquaient d’attenter à sa vie. Les disciples le retinrent. Quelques Asiarques, magistrats qui présidaient aux fêtes publiques, favorables à Paul, le dissuadèrent aussi d’entrer au théâtre. Dieu protégeait son serviteur et l’empêchait de s’exposer inutilement.
La multitude était en pleine confusion ; les uns criaient une chose, les autres, une autre ; la plupart ne savaient même pas pourquoi toute la population était ainsi réunie. Les Juifs voulurent intervenir, et l’un d’eux nommé Alexandre entreprit d’haranguer le peuple pour expliquer probablement qu’ils se désolidarisaient entièrement de Paul et pour l’accabler. Mais dès que la foule fanatisée eut reconnu qu’il était Juif, elle refusa de l’entendre et se mit à crier tout ensemble pendant près de deux heures : « Grande est la Diane des Éphésiens ! »
Finalement, le secrétaire de la ville parvint à rétablir un peu de calme. Il apaisa les Éphésiens irrités en affirmant que le culte de leur déesse était au-dessus de toute contestation et il les invita à se tenir tranquilles. Il fit ressortir que Gaïus et Aristarque ne pouvaient être accusés de sacrilège ou de blasphème, que la manifestation qui venait d’avoir lieu ne pouvait se justifier devant l’autorité romaine et risquait d’être réprimée comme une émeute. Il invita Démétrius et ses compagnons à s’adresser aux tribunaux s’ils avaient à porter plainte contre quelqu’un, et finalement il persuada au peuple de se disperser.
Quand le tumulte eut cessé, Paul rassembla les disciples pour leur faire ses adieux. Il les embrassa et partit pour la Macédoine.
Paul en Troade
Pour aller d’Éphèse en Macédoine (Act. 20. 1), Paul passa par la Troade, contrée à l’extrémité nord-ouest de l’Asie Mineure. C’est là que, six ou sept ans auparavant, il avait eu la vision d’un homme macédonien qui lui demandait : « Passe en Macédoine et aide-nous » et c’est de là qu’il s’était embarqué alors, afin de venir pour la première fois en Europe (Act. 16. 8 à 12). Le livre des Actes ne fait pas mention de la nouvelle visite que fit Paul en Troade sur le trajet d’Éphèse en Macédoine. Mais ce fait nous est signalé par la seconde épître aux Corinthiens où l’apôtre écrivait : « Arrivé en Macédoine pour l’évangile du Christ, une porte m’y était ouverte » (2 Cor. 2. 12).
Bien que le Seigneur ait béni ainsi là son travail, Paul ne s’y attarda pas ; pressé de voir Tite, il partit à sa rencontre en Macédoine. Il traversa ce dernier pays en exhortant les disciples dans les différentes villes où il passait. Nous n’avons pas le détail des étapes de ce voyage mais nous nous souvenons de l’accueil qu’il avait reçu la première fois à Philippes, à Thessalonique, à Bérée. Comme nous l’avons vu, six ou sept ans s’étaient écoulés avant que Paul ait pu revenir visiter ces assemblées, qui lui étaient chères. Quelle joie dans ces rencontres pour lui et pour les chrétiens qui le recevaient !
Dans la seconde épître aux Corinthiens, il se plaît à parler de ces Macédoniens qui « s’étaient donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur et puis à nous » (c’est-à-dire à Paul et à ses compagnons), et il loue leur dévouement fraternel toujours prêt à se manifester.
De Macédoine, l’apôtre vint en Grèce, en particulier à Corinthe, et y séjourna trois mois. C’est de là qu’il écrivit aux chrétiens de Rome, l’épître aux Romains. Il leur faisait part de son ardent désir d’aller les voir, et envisageait même de se rendre ensuite en Espagne. Il devait auparavant porter à Jérusalem les dons envoyés par les assemblées de Macédoine et de l’Achaïe (Rom. 15. 22 à 28).
Au moment où Paul allait quitter la région de Corinthe et s’embarquer pour la Syrie, les Juifs formèrent contre lui un complot qui le contraignit à modifier son itinéraire et à repasser par la Macédoine. Il était accompagné par quelques amis dévoués, Sopater de Bérée, Second de Thessalonique, Aristarque et Gaïus que nous avons vus menacés par la foule dans le temple d’Éphèse, Timothée, Tychique, Trophime, qui sont cités dans différentes épîtres. Ces disciples prirent les devants et allèrent attendre l’apôtre en Troade. Paul lui-même s’embarqua à Philippes en compagnie de Luc qui devait être dès lors son compagnon inséparable ; cinq jours plus tard, il rejoignit le petit groupe qui l’avait précédé en Troade.
Ils séjournèrent ensemble là sept jours. La veille du départ de Paul, le premier jour de la semaine, les chrétiens se trouvèrent « assemblés pour rompre pain ». Cette indication donnée en cours de récit est très importante, car elle nous confirme que la cène du Seigneur doit se célébrer le premier jour de la semaine, le dimanche. C’est le jour du Seigneur, le jour de la résurrection, le jour où Il s’est trouvé, pour la première fois après sa mort, au milieu des siens rassemblés (Jean 20. 19). C’est encore le dimanche suivant qu’il s’est trouvé de nouveau au milieu d’eux, Thomas cette fois étant présent (Jean 20. 16).
Dans le christianisme, il n’y a plus lieu d’observer le sabbat, le samedi, qui était le jour de repos prescrit par la loi de Moïse. Le Seigneur a passé le jour du sabbat dans le sépulcre ; sa mort a mis fin à tout le système légal auquel le sabbat se rattachait. Maintenant le jour du Seigneur est le jour de son triomphe en résurrection, le premier jour de la semaine. Les siens sont heureux de Lui consacrer cette journée pour se rassembler autour de Lui et se souvenir de Lui à sa table, de ses souffrances et de sa mort.
Il permet que, dans nos pays christianisés, le dimanche soit généralement le jour du repos hebdomadaire, ce qui nous donne toute facilité pour jouir ensemble de nos privilèges spirituels sans être distraits par nos occupations habituelles. Ne manquons pas d’être reconnaissants pour cette faveur que ne connaissent pas les chrétiens de tous les pays, et gardons-nous de gaspiller pour de vains plaisirs le temps libre qu’Il nous ménage ce jour-là dans sa bonté.
L’apôtre assistait à cette réunion en Troade pour la célébration de la cène. Les premiers chrétiens rompaient le pain le soir, probablement parce que c’est au repas du soir que le Seigneur avait institué le mémorial de sa mort. Paul profita de cette réunion pour adresser à l’assemblée un discours qui se prolongea jusqu’à minuit. L’assistance devait être nombreuse car la salle, nous est-il dit, était éclairée par beaucoup de lampes. Quelle précieuse occasion de recevoir l’enseignement et les exhortations du grand apôtre ! Comme chacun, semble-t-il, devait être attentif !
Un jeune homme nommé Eutyche, était assis sur le bord de la fenêtre. Comme le discours de Paul se prolongeait, Eutyche s’endormit si profondément qu’il perdit l’équilibre et tomba du troisième étage. On le releva mort.
Peut-être pensons-nous que si l’apôtre se trouvait dans l’une de nos réunions et y prenait la parole, cette présence extraordinaire nous tiendrait bien éveillés et attentifs. Mais n’est-ce pas lui qui nous parle quand on lit dans une de ses épîtres, et n’arrive-t-il jamais à aucun de nous d’être alors assoupi ou distrait ? Ce qu’il nous faut, c’est un intérêt véritable pour la Parole de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de ne pas dormir à la réunion. Nous sommes souvent mis en garde par la Parole contre le sommeil spirituel. Quand l’apôtre écrit : « Ne dormons pas… mais veillons » (1 Thess. 5), il nous exhorte à ne pas cesser de vivre activement avec le Seigneur et pour Lui.
Paul descendit de la chambre haute, se pencha sur Eutyche, l’embrassa et dit : « Ne soyez pas troublés, son âme est en lui ». La miséricorde de Dieu, par la puissance qu’Il accordait à l’apôtre, portait remède à la fatale défaillance de ce jeune homme, en le ramenant à la vie.
La réunion interrompue reprit son cours. Paul, serviteur infatigable, poursuivit jusqu’à la fin de la nuit ses entretiens avec les disciples. Au matin il partit, laissant les croyants consolés par la résurrection d’Eutyche.
Adieux aux anciens d’Éphèse (Act. 20. 13 à 38)
En partant de la Troade, Paul poursuivit par étapes son voyage vers Jérusalem.
Luc et les autres compagnons de l’apôtre prirent les devants par mer jusqu’à Assos. Paul lui-même fit à pied ce trajet d’une trentaine de kilomètres. Après une semaine d’activité dans la Troade, il éprouvait sans doute le besoin de se trouver seul avec le Seigneur dans le calme de la nature.
À Assos il prit place à bord du navire sur lequel l’attendaient ses compagnons, et ils voguèrent tous ensemble vers le sud en passant entre le rivage de l’Asie et les îles voisines. Mitylène dans l’île de Lesbos, les îles de Chios et de Samos furent les escales successives de cette traversée qui les amena enfin à Milet, ville importante du sud-ouest de l’Asie Mineure, à cinquante kilomètres au sud d’Éphèse. En trois jours de navigation ils avaient parcouru deux cent cinquante kilomètres, ce qui donne une idée de la lenteur des voyages en ce temps-là.
Ils étaient passés au large d’Éphèse sans s’y arrêter. Paul était pressé d’avancer vers Jérusalem, où il désirait arriver pour le jour de la Pentecôte et il craignait qu’une halte chez les Éphésiens ne le retînt trop longtemps. Il fit donc venir à Milet les anciens de l’assemblée d’Éphèse pour leur faire ses recommandations.
Nous avons déjà vu que Paul choisissait des anciens dans les nouvelles assemblées qui étaient formées (Act. 14. 23). Il le faisait en vertu de son autorité d’apôtre et selon les directions du Saint Esprit ; aussi il peut dire à ceux d’Éphèse : « L’Esprit Saint vous a établis surveillants au milieu du troupeau pour paître l’assemblée de Dieu ».
Paul quittait ces contrées sans espoir d’y revenir. Les Éphésiens parmi lesquels il avait travaillé pendant trois ans ne bénéficieraient plus de son ministère. Il voulait exhorter les anciens à s’acquitter de la charge qui allait maintenant leur incomber avec la sollicitude qu’il avait lui-même déployée.
Il pouvait leur rappeler le service que, sans se lasser, il avait accompli au milieu d’eux dans l’humilité et dans la souffrance. L’hostilité des Juifs lui avait attiré bien des persécutions, mais rien ne l’avait détourné de son travail d’amour. Il avait enseigné les Éphésiens aussi bien en public que chez eux en particulier. Il avait insisté « auprès des Juifs et auprès des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Ce sont là les bases de l’évangile. Il faut d’abord reconnaître notre culpabilité devant Dieu, notre état de perdition irrémédiable, pour trouver ensuite le salut, par la foi en Jésus, mort pour nos péchés.
Maintenant Paul montait vers Jérusalem sans savoir ce qui l’y attendait. Il avait été seulement averti maintes fois par l’Esprit Saint qu’il y rencontrerait la tribulation et la captivité. Mais il ne se laissait pas arrêter par la crainte de la souffrance, de la prison ou même de la mort. Il avait fait à l’avance le sacrifice de sa vie. Tout ce qu’il désirait, c’était d’accomplir entièrement le service que le Seigneur Jésus lui avait confié.
Il pensait ne jamais revoir tous ces croyants d’Éphèse à qui il avait prêché le royaume de Dieu. Il leur avait annoncé « tout le conseil de Dieu », leur avait fait part de toutes les révélations qui lui avaient été confiées. Aussi pouvait-il affirmer qu’il était « net du sang de tous ». Si quelqu’un restait étranger à la vérité, ce n’était pas faute de l’avoir entendue de la bouche de l’apôtre.
Durant son séjour au milieu des Éphésiens, Paul avait pris soin d’eux de toutes manières. Il ne s’était pas borné à annoncer le salut aux inconvertis, mais il s’était occupé de chaque croyant en particulier, les avertissant nuit et jour dans un grand exercice de cœur qui le portait souvent à pleurer même pour eux. Maintenant les anciens auxquels il s’adressait auraient, sans son secours, à veiller sur eux-mêmes et sur l’assemblée comme un berger veille sur le troupeau qui lui est confié.
Cette assemblée, si chère à l’apôtre, ce n’était pas seulement le fruit de ses travaux, l’ensemble des croyants pour lesquels il s’était dépensé sans compter, mais c’est « l’assemblée de Dieu qu’il a acquise par le sang de son propre fils ». Quel prix elle a donc pour Dieu Lui-même ! En considérant ce qu’elle a coûté à Dieu et à son Fils, les anciens d’Éphèse se trouvaient engagés à se dévouer sans réserve pour elle.
Ils devraient veiller avec d’autant plus de zèle que de nouveaux dangers allaient surgir. Aussi longtemps qu’il avait été là, l’apôtre avait fait face aux attaques de l’ennemi. Après son départ, des hommes redoutables, poussés par Satan, allaient entrer dans l’assemblée, y propager de graves erreurs et la dévaster comme des loups ravagent un troupeau ; du milieu même de l’assemblée allaient se lever des hommes ambitieux qui annonceraient des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux, et par suite les détourner de Christ. Ces enseignements pernicieux se sont répandus toujours davantage jusqu’à aboutir à l’état actuel de la chrétienté : un ensemble de religions dites chrétiennes où les vérités de la Parole de Dieu ont été abandonnées et où bien peu d’âmes appartiennent vraiment à Christ.
« C’est pourquoi, veillez », dit Paul avec insistance aux anciens d’Éphèse. Ils pourraient se rappeler l’enseignement et l’exemple de l’apôtre, mais celui-ci ne les abandonnait pas à eux-mêmes, avec pour seule ressource le souvenir qu’il leur laissait, si précieux fût-il. « Maintenant, ajoutait-il, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce ». Ce sont les mêmes ressources dont nous disposons jusqu’à la venue du Seigneur : Dieu Lui-même, dont les soins d’amour ne font jamais défaut ; la Parole, guide sûr pour nos âmes, arme puissante contre l’ennemi.
L’un des caractères de Paul que les anciens auraient à imiter, c’était le désintéressement. Il n’avait recherché les biens de personne, mais au contraire, tout en se consacrant à l’évangélisation et au service de la Parole parmi les croyants, il travaillait de ses propres mains, non seulement pour subvenir à ses besoins, mais à ceux de ses compagnons. Il montrait ainsi le pouvoir qu’a le travail comme moyen d’exercer la bienfaisance.
« Il est plus heureux de donner que de recevoir ». C’est là une parole du Seigneur Jésus que nous ne trouvons pas dans les évangiles, car ils ne rapportent pas tout ce que le Seigneur a dit, mais que les Écritures nous ont conservées dans ce discours de l’apôtre.
Avant de quitter les anciens d’Éphèse, Paul « se mit à genoux et pria avec eux ». Tous pleuraient à la pensée de ne plus le revoir ; « ils se jetaient à son cou et le couvraient de baisers ». Ils l’accompagnèrent ensuite au navire et se séparèrent de lui à grand-peine, comme nous le fait comprendre cette expression poignante : « Nous étant arrachés d’auprès d’eux ».
Voyage de Milet à Jérusalem (Act. 21. 1 à 16)
Après avoir quitté Milet, Paul et ses compagnons continuèrent leur voyage vers Jérusalem à bord du navire qui avançait lentement d’une île à l’autre. Ils arrivèrent ainsi à la petite île de Cos, puis à celle plus modeste de Rhodes et enfin à Patara sur la côte sud de l’Asie Mineure.
Ils trouvèrent là un autre navire qui se dirigeait vers la Syrie et qui les amena directement à Tyr en passant au sud de la grande île de Chypre sans s’y arrêter. Tyr se situait en dehors des frontières nord de la Palestine. Elle avait été autrefois le centre de commerce maritime le plus important de l’Orient. Il nous en est parlé dans l’Ancien Testament comme d’une cité immensément riche (Éz. 27). Elle était bâtie sur une île séparée de la terre ferme par un détroit et cette situation favorisait la défense contre les assauts de ses adversaires. Après le déclin de Sidon, elle était devenue la capitale des Phéniciens, ces hardis navigateurs qui avaient fondé des colonies dans toute la Méditerranée et qui étendaient leur trafic jusqu’aux côtes de l’Atlantique.
Au temps de l’apôtre, c’est-à-dire vers le milieu du premier siècle de l’empire romain, Tyr était déjà bien déchue de sa splendeur passée, mais restait encore une ville commerçante et riche. Le navire qui transportait Paul devait décharger là sa cargaison et y fit escale pendant sept jours.
L’évangile avait été annoncé en Phénicie en même temps qu’à Antioche par les chrétiens chassés de Jérusalem après la mort d’Étienne (Act. 11. 19). Il y avait déjà à Tyr des disciples avec lesquels Paul et ses compagnons passèrent les sept jours d’arrêt dans cette ville.
Ces chrétiens dirent à Paul par l’Esprit Saint de ne pas monter à Jérusalem, mais ne parvinrent pas à le faire renoncer à son projet.
Le jour du départ, tous les chrétiens de Tyr, y compris les femmes et les enfants, accompagnèrent Paul jusqu’à la mer. Les enfants avaient leur place autrefois dans la congrégation d’Israël (Deut. 29 ; 2 Chron. 20). C’est un privilège pour eux aujourd’hui d’assister aux réunions avec leurs parents et d’être associés dans la plupart des actes de la vie chrétienne. Ils peuvent eux aussi témoigner leur attachement aux serviteurs du Seigneur.
Ceux qui allaient s’embarquer et ceux qui venaient assister à leur départ se mirent tous ensemble à genoux, sur le rivage pour prier ; puis ils s’embrassèrent avant de se séparer.
De Tyr, le navire gagna Ptolémaïs qui est aujourd’hui la ville d’Acre. Paul et ses compagnons passèrent un jour auprès des frères de cette ville. Enfin leur dernière étape par mer les amena à Césarée, résidence du gouverneur romain.
À Césarée, Paul et ses compagnons séjournèrent quelques jours chez Philippe l’évangéliste. Philippe était l’un des sept frères pleins de l’Esprit Saint qui avaient été choisis aux débuts de l’assemblée à Jérusalem pour distribuer les secours aux veuves (Act. 6. 5). Chassé de Jérusalem après la mort d’Étienne, il avait annoncé l’évangile dans la Samarie ; sa prédication accompagnée de miracles avait éveillé l’attention des uns ; beaucoup avaient cru et avaient été baptisés.
Philippe avait été envoyé de là sur le chemin de Gaza par un ange du Seigneur pour annoncer Jésus à l’intendant de la reine d’Éthiopie. L’Esprit Saint l’avait ensuite enlevé et transporté à Azot d’où il avait évangélisé toutes les villes jusqu’à Césarée (Act. 8). C’est là que nous le retrouvons bien des années après.
Sa famille avait suivi ses traces dans le service du Seigneur. Il avait quatre filles qui prophétisaient, c’est à dire qui annonçaient à d’autres la Parole de Dieu.
Nous avons vu dans la première épître aux Corinthiens quel peut être le service de la femme chrétienne. Elle doit se taire dans l’assemblée (1 Cor. 14. 34) ; il ne lui est pas permis d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme (1 Tim. 2. 12) ; mais elle a l’heureux privilège de parler du Seigneur dans des entretiens.
Pendant le séjour de Paul chez Philippe, un prophète nommé Agabus descendit de Judée à Césarée. Nous avons déjà vu au chapitre 11 un prophète de ce nom descendre de Jérusalem à Antioche, une quinzaine d’années plus tôt, et y annoncer une grande famine (Act. 11. 28). À Césarée Agabus vint trouver l’apôtre et ses compagnons ; il prit la ceinture de Paul, s’en lia les pieds et les mains et dit : « L’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations ». L’action qui accompagnait les paroles de cette prophétie rendait plus saisissante la captivité annoncée. C’est ainsi que souvent, dans l’Ancien Testament, les prophètes, et surtout le prophète Jérémie, joignaient à leurs paroles des gestes ou des actes évocateurs qui auraient dû rendre leurs auditeurs plus attentifs.
Ayant entendu et vu Agabus prophétiser ainsi, les compagnons de l’apôtre et les chrétiens de Césarée supplièrent ensemble Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais il leur répondit : « Que faites-vous en pleurant et en brisant mon cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus ». Devant la décision fermement arrêtée de l’apôtre, les disciples ne purent que dire : « La volonté du Seigneur soit faite ».
Ayant achevé leurs préparatifs, Paul et ses compagnons se mirent donc en route. De Césarée à Jérusalem il restait à parcourir une centaine de kilomètres, qui durent nécessiter plusieurs journées de marche à pied.
Quelques chrétiens de Césarée accompagnèrent Paul, et la petite troupe vint loger à Jérusalem chez un nommé Mnason, originaire de l’île de Chypre, qui était depuis longtemps disciple du Seigneur.
Paul dans le Temple (Act. 21. 17 à 40)
À leur arrivée à Jérusalem, Paul et ses compagnons furent reçus par les frères avec joie. Dès le lendemain, ils se rendirent chez Jacques, dont l’autorité était reconnue par toute l’assemblée comme nous l’avons déjà vu au chapitre 15. Ils se rencontrèrent là avec tous les anciens. Paul leur raconta en détail tout ce que Dieu avait fait parmi les nations par son moyen. À ce récit, tous donnèrent gloire à Dieu.
Les chrétiens juifs de Jérusalem étaient heureux que l’évangile soit reçu par les païens, et ils admettaient bien que les Gentils convertis ne devaient-pas être assujettis à la loi de Moïse. Mais eux-mêmes demeuraient attachés au judaïsme et ils estimaient que les Israélites chrétiens devaient continuer à observer la loi. Ils n’avaient pas compris que toutes les ordonnances de l’Ancien Testament n’étaient que des figures de ce que Jésus a pleinement réalisé et que le sacrifice de Christ, dans sa perfection, a mis un terme à toutes les offrandes prescrites par le Lévitique.
L’expérience était faite, que l’homme est incapable d’accomplir la loi et de satisfaire ainsi aux exigences de la justice de Dieu. Au contraire, par la foi, nous sommes maintenant entièrement justifiés en vertu de la mort et de la résurrection de Christ. Revenir à la loi, c’est méconnaître la valeur pleinement suffisante de l’œuvre de Christ.
Ces vérités, l’apôtre Paul les avait enseignées lui-même dans l’épître aux Romains et dans l’épître aux Galates, écrites peu de temps auparavant. C’était exactement aussi ce qu’il prêchait. Dès son premier voyage, il disait déjà aux Juifs d’Antioche de Pisidie : « Quiconque croit est justifié par Jésus de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse » (Act. 13. 3).
Les chrétiens de Jérusalem avaient entendu parler de cet enseignement de Paul. Les anciens craignaient que sa présence ne cause du trouble parmi la multitude des fidèles, et ils persuadèrent Paul de faire une concession à l’opinion du grand nombre en se montrant lui-même fidèle observateur de la loi. Quatre hommes « avaient fait un vœu » et les anciens engagèrent Paul à s’associer avec eux, à payer leur dépense et à se purifier avec eux selon les prescriptions de la loi.
Mais Paul, sans force pour résister aux anciens de Jérusalem, céda à leurs instances. Si, au lieu de venir à Jérusalem, comme l’y avait poussé son dévouement humain pour son peuple, il avait continué le service au milieu des nations que le Seigneur lui avait confié, il n’aurait pas été exposé à agir ainsi en contradiction avec les vérités qu’il avait reçues et enseignées. Pour être gardé de tout faux pas, il nous faut rester là où le Seigneur nous appelle. Paul, si fidèle, et si ferme dans tant de circonstances difficiles, a eu ses défaillances. Seul le Seigneur Jésus a toujours manifesté une perfection absolue.
Dieu ne permit pas que l’écart de l’apôtre aille jusqu’à offrir un sacrifice dans le temple. Avant que se soient écoulés les sept jours au terme desquels l’offrande devait être présentée, Paul fut privé de sa liberté. Des Juifs d’Asie étaient montés à Jérusalem, probablement pour participer eux aussi à la fête de la Pentecôte.
Quand ils reconnurent dans le temple l’apôtre Paul, auquel ils s’étaient violemment opposés dans leur haine qu’il prêchait l’évangile aux Gentils, ils pensèrent que le moment était venu de se débarrasser de lui. Ils se saisirent et ameutèrent la foule en criant : « Aidez-nous. C’est ici l’homme qui partout enseigne tout le monde contre le peuple, et la loi, et ce lieu ; et qui de plus a aussi amené des Grecs dans le temple et a profané ce saint lieu ».
Paul était bien accompagné à Jérusalem par des croyants d’origine grecque, Trophime d’Éphèse en particulier, mais les accusations que l’on portait contre l’apôtre étaient fausses. On avait pu voir Trophime venir avec lui dans la ville, mais non dans le temple et Paul, dans ses prédications, ne s’en prenait ni à son peuple, ni à la loi, ni au sanctuaire.
À l’appel des Juifs d’Asie, le peuple accourut en foule ; on traîna Paul hors du temple et on cherchait à le tuer.
Des troupes romaines étaient en garnison à Jérusalem pour assurer l’ordre et maintenir l’autorité de l’empire romain. Elles formaient une « cohorte » qui comptait cinq à six cents soldats commandés par un officier supérieur, le tribun ou préfet (en grec le chiliarque). Ce dernier avait sous ses ordres comme officiers subalternes des centurions ou chefs de centaines.
Le commandant de la cohorte ayant appris le tumulte provoqué par les Juifs d’Asie survint aussitôt avec des centurions et des soldats. À la vue de la troupe romaine, les Juifs cessèrent de frapper Paul. Le commandant le saisit, le fit lier de deux chaînes et demanda qui il était et ce qu’il avait fait. Ne pouvant obtenir dans le désordre que des réponses confuses, il donna l’ordre de conduire Paul dans la forteresse, la forteresse Antonia, que les Romains avaient élevée tout à côté du temple et qui en dominait les vastes cours.
Les soldats durent porter leur prisonnier pour le soustraire à la violence de la multitude qui criait : « Ôte-le ! ». C’est le même cri que la foule hostile avait poussé contre le Seigneur : « Ôte, ôte, crucifie-le » (Jean 19. 14). L’apôtre partage le rejet de son maître, livré comme lui par son peuple aux Romains. « L’esclave n’est pas plus grand que son maître, avait dit Jésus. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15. 20).
Sur le point d’être introduit dans la forteresse, Paul s’adressa au commandant. Celui-ci, surpris de s’entendre interpeller en grec, lui demanda s’il n’était pas l’Égyptien qui, quelques jours auparavant, avait provoqué une révolte et entraîné quatre mille rebelles au désert. Paul répondit : « Je suis Juif, de Tarse, citoyen d’une ville qui n’est pas sans renom. Je te prie, permets-moi de parler au peuple ».
Y ayant été autorisé, Paul, debout sur les plus hautes marches, fit signe de la main pour obtenir le silence et s’adresser à la foule en hébreu. La langue courante en Palestine était alors l’araméen ou syriaque. L’hébreu était la langue religieuse traditionnelle. En entendant Paul leur parler en langue hébraïque, tous les assistants redoublèrent d’attention.
Nous nous souvenons qu’en donnant une conclusion à la discussion qui avait eu lieu devant l’assemblée à Jérusalem, Jacques avait proposé d’écrire aux croyants des nations. Un message écrit est un texte définitif auquel on peut toujours se référer, alors que les transmissions orales sont sujettes à variations. Quel privilège de posséder la révélation des pensées de Dieu dans la parole écrite, que Pierre appelle la vivante et permanente Parole de Dieu (1 Pier. 1. 23).
Une lettre fut donc rédigée ; elle était adressée aux apôtres, aux anciens et aux frères des nations à Antioche, en Syrie et en Cilicie. L’autorité spéciale des apôtres s’ajoutait à celle de l’assemblée. Les destinataires n’étaient pas seulement les chrétiens d’Antioche, mais les frères issus des nations dans les provinces voisines. Nous voyons au chapitre 16 que Paul et Silas remettaient ces ordonnances à toutes les assemblées qu’ils visitaient. Les prescriptions que nous trouvons là restent valables pour nous aussi.
La lettre commençait par désapprouver les frères de Judée qui, agissant de leur propre chef, étaient venus troubler l’assemblée d’Antioche par leur enseignement légal ; elle donnait pleine approbation aux « bien-aimés Barnabas et Paul » en reconnaissant comment ils avaient exposé leur vie pour le nom du Seigneur Jésus.
Elle accréditait Judas et Silas comme envoyés de l’assemblée chargés de confirmer de vive voix le message écrit dont ils étaient porteurs.
Ce message était celui-ci : « Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous de ne mettre sur vous aucun autre fardeau que ces choses-ci qui sont nécessaires qu’on s’abstienne des choses sacrifiées aux idoles, du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication. Si vous vous gardez de ces choses vous ferez bien ».
Ces recommandations dépassaient le cadre de la loi donnée aux fils d’Israël, et touchaient aux droits de Dieu sur tous les hommes : la séparation de tout culte idolâtre s’imposait à ceux qui avaient été amenés à la connaissance du vrai Dieu. L’interdiction de manger le sang – qu’il ait été recueilli ou qu’il soit encore dans la bête étouffée – avait été faite à Noé et à ses fils aussitôt après le déluge ; elle s’étend à leurs descendants, donc à toute l’humanité. De tout temps une conduite impure est une offense à Dieu
Les injonctions de cette lettre s’inspiraient donc des principes antérieurs à la loi. Elles ont gardé toute leur valeur et nous devons nous y conformer. À Antioche, la lettre de Jérusalem fut lue devant l’assemblée entière réunie. Tous se réjouirent d’être libérés des difficultés qu’avaient apportées les faux docteurs.
Judas et Silas séjournèrent quelque temps à Antioche. Ils étaient des prophètes au sens que le Nouveau Testament donne généralement à ce terme. L’apôtre précise au chapitre 14 de la première épître aux Corinthiens les caractères du prophète : c’est celui qui parle de la part de Dieu, par un don du Saint Esprit, pour l’édification de l’assemblée : les exhortations de Judas et de Silas eurent pour effet de fortifier les frères qui les renvoyèrent ensuite en paix à Jérusalem.
Paul et Barnabas restèrent à Antioche où ils continuèrent à enseigner l’assemblée et à annoncer la Parole de Dieu avec d’autres ouvriers du Seigneur.
À ce point de notre récit, tout parle de paix et de communion, d’heureux service pour le Seigneur et de prospérité spirituelle. Dieu, dans sa sagesse, avait tout conduit pour amener les assemblées à un plein accord dans la connaissance de sa pensée. Le fait que la décision avait été prise à Jérusalem, sur la proposition des apôtres, réduisait au silence les partisans de la loi. Il avait fallu que le ministère de Paul commence de façon indépendante des apôtres qui étaient à Jérusalem ; mais il convenait maintenant que ces mêmes apôtres soient amenés à reconnaître la doctrine que Paul prêchait, et à admettre que les croyants venus des nations ne devaient pas être assujettis aux obligations de la loi de Moïse.
Des difficultés sur le même sujet devaient resurgir plus tard. L’homme abandonne difficilement la prétention de faire quelque chose pour son salut, et la pratique des œuvres de la loi donne de l’importance à la chair. Paul eut encore beaucoup à lutter contre les docteurs qui prétendaient soumettre les croyants au joug de la loi. L’épître aux Galates est l’exemple le plus marquant de ces débats.
Mais, dans cette rencontre importante à Jérusalem tous avaient été amenés à une même pensée, celle de Dieu ; l’unité de l’Église avait été ainsi sauvegardée. Le principe essentiel du salut par pure grâce, sans les œuvres de loi, avait été fermement établi. C’est ainsi que le Saint Esprit conduit à avoir un même sentiment ceux qui recherchent la paix et s’attendent au Seigneur.
Départ de Paul pour son deuxième voyage
Après quelques jours passés à Antioche, Paul proposa à Barnabas : « Retournons maintenant visiter les frères par toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur, pour voir comment ils vont ».
L’apôtre restait attaché à tous ces chrétiens que, par son moyen, Dieu avait arrachés aux ténèbres du paganisme et amenés à croire en Jésus. Il ne lui suffisait pas de les savoir sauvés ; il se préoccupait de leur état spirituel, de leurs progrès dans la connaissance du Seigneur, de la fidélité de leur marche. Il se sentait pressé de leur apporter de la part de Dieu enseignements et exhortations.
Barnabas, bien disposé à l’accompagner, aurait désiré emmener aussi Jean appelé Marc qui, dans leur premier voyage, les avait suivis jusqu’en Pamphylie, puis les avait abandonnés pour retourner à Jérusalem. Paul, au contraire, n’était pas d’avis de prendre avec eux un homme qui les avait quittés dès leur arrivée en Asie et n’était pas allé à l’œuvre avec eux. Il estimait avec juste raison que Marc n’avait pas fait preuve de la foi et du renoncement nécessaires pour le service qu’ils avaient à poursuivre.
Le dissentiment entre les deux apôtres dégénéra en irritation et ils se séparèrent. C’était là un exemple bien fâcheux pour les croyants d’Antioche, qui avaient longtemps profité de leur ministère commun.
Barnabas persista à s’adjoindre Marc et se rendit avec lui dans l’île de Chypre. Marc était son neveu comme nous le voyons en Colossiens 4. 10 ; Chypre était son pays, puisque la première fois que la Parole nous parle de lui il nous est présenté comme Cypriote de naissance (Act. 4. 36). On peut craindre que des considérations de famille et de pays aient influencé son choix, alors que le chrétien – et surtout le serviteur de Dieu – ne doit se laisser guider que par la volonté du Seigneur.
Dès ce moment, le livre des Actes ne fait plus mention de Barnabas. Toutefois, plus tard, en écrivant aux Corinthiens, Paul parle de lui avec une pleine affection, comme d’un ouvrier du Seigneur animé d’un même désintéressement que lui (1 Cor. 9. 6).
Quant à Marc, bien longtemps après, l’apôtre captif à Rome le recommande aux Colossiens (Col. 4. 10) et le range parmi ses compagnons d’œuvre (Philémon 24). Nous avons déjà remarqué que, plus tard encore, Paul demande à Timothée de l’amener avec lui, « car, dit-il, il m’est utile pour le service » (2 Tim. 4. 11).
Paul choisit pour compagnon Silas, l’un des deux frères envoyés de Jérusalem à Antioche par les apôtres et l’assemblée pour confirmer la décision prise à l’égard des croyants venus des nations. À son départ, les frères d’Antioche recommandèrent Paul à la grâce du Seigneur.
En compagnie de Silas, il parcourut la Syrie et la Cilicie et parvint ainsi par voie de terre à la ville de Derbe, point terminus de son premier voyage où, avec Barnabas, il avait fait beaucoup de disciples. De là il passa à Lystre où il avait opéré la guérison d’un homme impotent, où les foules, prenant les apôtres pour des divinités ; auraient voulu leur offrir des sacrifices, et où les Juifs venus d’Antioche avaient lapidé Paul.
Tout au long de ce voyage de plusieurs centaines de kilomètres, il visitait et fortifiait les assemblées de ces contrées. Il leur remettait, pour les observer, les ordonnances établies par les apôtres et les anciens de Jérusalem. Ces croyants se trouvaient ainsi exhortés à s’abstenir de l’idolâtrie, de la fornication et du sang, et en même temps prémunis contre l’enseignement des faux docteurs qui auraient voulu les assujettir à la loi de Moïse.
Quel encouragement mutuel pour l’apôtre et pour ces chrétiens : Paul voyait les assemblées « affermies dans la foi et croissant en nombre chaque jour ». Eux retrouvaient celui qui leur avait apporté le message du salut et profitaient de ses enseignements.
Paul prend Timothée comme compagnon d’œuvre
Parmi ces croyants se trouvait un jeune disciple nommé Timothée. C’était le fils d’une femme juive et d’un homme grec. La loi de Moïse interdisait de telles unions, mais maintenant la grâce venait apporter le salut indistinctement à tous. La mère de Timothée, nommée Eunice, et sa grand-mère Loïs, étaient des femmes pieuses (2 Tim. 1. 5) et elles l’avaient instruit, tout jeune, dans la Parole de Dieu : « Dès l’enfance, devait lui écrire plus tard l’apôtre, tu connais les saintes lettres qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 3. 15).
Timothée devait avoir été témoin des persécutions subies par l’apôtre à Lystre lors de son premier voyage et il semble, d’après 2 Timothée 3. 10 et 11, que dès ce moment-là il avait pleinement saisi l’enseignement de Paul. Maintenant celui-ci l’engageait avec lui dans le service du Seigneur, et Timothée fut dès lors pour l’apôtre un compagnon fidèle et dévoué jusqu’à la fin.
Nous retrouverons son nom à plusieurs reprises dans la suite des récits des Actes (ch. 17, 18, 19 et 20). Les épîtres de Paul nous le font connaître davantage : Paul s’adjoint Timothée avec Silvain pour écrire deux épîtres aux Thessaloniciens. La première de ces épîtres relate le rôle joué par Timothée comme messager de l’apôtre à Thessalonique (ch. 3).
Dans la première épître aux Corinthiens, Paul le recommande comme son enfant bien-aimé, fidèle dans le Seigneur (ch. 4. 17). « Il s’emploie à l’œuvre comme moi-même », dit-il au chapitre 16.
Timothée se trouve auprès de l’apôtre captif quand celui-ci écrit aux Philippiens. En annonçant qu’il espère l’envoyer bientôt à Philippes, Paul rend à son sujet ce témoignage touchant : « Vous savez qu’il a été connu à l’épreuve, savoir qu’il a servi avec moi dans l’évangile, comme un enfant sert son père » (Phil. 2. 22).
La fin de l’épître aux Hébreux nous signale que Timothée a été lui-même en captivité puisqu’elle parle de sa mise en liberté (Héb. 13. 23).
Enfin les deux épîtres écrites par Paul à Timothée nous montrent tout particulièrement les liens étroits qui unissaient le grand apôtre à celui qu’il appelle son « véritable enfant dans la foi » (1 Tim. 1. 2), son « enfant bien-aimé » (2 Tim 1. 2) et dont il réclame avec insistance le retour auprès de lui. Timothée nous apparaît appelé à un service de gouvernement, d’enseignement et de prédication. L’apôtre lui délègue sa propre autorité ; plusieurs fois il l’invite à « ordonner » (1 Tim. 4. 11 ; 6. 17).
C’est ainsi que, préparé dès l’enfance par la connaissance des Écritures, formé à la piété par l’exemple et les enseignements de l’apôtre, Timothée a pu être à son tour un fidèle serviteur, utile au Maître.
Soyez, vous aussi, dès votre jeune âge, attentifs à l’enseignement de la Parole de Dieu. Recevez-la avec foi. Mettez-la en pratique. « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Ps. 119. 9). Recherchez la compagnie de ceux qui servent le Seigneur. Servez-le vous-mêmes dès maintenant, dans votre mesure.
Paul traverse la Galatie et se rend en Macédoine
Paul et ses compagnons poursuivirent leur voyage vers des contrées où l’évangile n’avait jamais encore été annoncé. Ils traversèrent ainsi la Phrygie et la Galatie. Le livre des Actes ne nous donne aucun détail sur l’activité de l’apôtre à son premier passage dans ces pays, mais nous trouvons au chapitre 18 qu’il y revint pour fortifier tous les disciples.
Il a écrit aussi aux assemblées de la Galatie une lettre, l’épître aux Galates, où il rappelle que c’est lui qui les a évangélisés « au commencement » et qu’eux-mêmes l’ont reçu alors « comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus ». Grands alors étaient leur bonheur et leur attachement à l’apôtre : Ils lui auraient donné « jusqu’à leurs propres yeux » (Gal. 4. 15). Mais cette même épître nous apprend que les Galates, qui avaient beaucoup souffert pour le Seigneur s’étaient laissé séduire par de faux docteurs qui les replaçaient sous la loi juive et leur imposaient la circoncision.
Paul est obligé, en leur écrivant, de leur rappeler les principes fondamentaux de l’évangile, la justification par la foi en Christ. Le sujet essentiel de sa prédication était toujours la croix de Christ : « Vous, devant les yeux de qui Jésus Christ a été dépeint crucifié » (Gal. 3. 1).
Paul, Silas et Timothée poursuivirent leur route au-delà de la Galatie. Ils n’allaient pas au hasard, mais dépendaient de Dieu, et se laissaient conduire par le Saint-Esprit. Nous trouvons ainsi qu’ils furent empêchés par l’Esprit d’annoncer la parole en Asie, et que l’Esprit de Jésus ne leur permit pas de se rendre en Bithynie (Act. 16. 6 et 7). L’Asie désigne dans le Nouveau Testament la province qui occupait l’extrémité sud-ouest de l’Asie Mineure. La Bithynie se situait au nord sur les côtes de la Mer Noire.
Les indications données par les versets 6 et 7 nous montrent que Paul ne put pas s’attarder à évangéliser vers le sud ou vers le nord comme il aurait pu le souhaiter, mais était poussé par les directions de l’Esprit toujours plus vers l’ouest jusqu’à ce qu’il parvînt au rivage de la mer Égée, au point extrême de la presqu’île asiatique du côté de l’occident. La contrée où il aboutit ainsi, la Troade, tirait son nom de la vieille ville de Troie, célèbre dans la littérature antique.
Là, les directions de l’Esprit de Dieu prirent une forme positive : un habitant de la Macédoine apparut à Paul dans une vision de nuit et lui adressa cette prière : « Passe en Macédoine et aide nous ». L’apôtre et ses compagnons n’hésitèrent pas à conclure de cette vision que le Seigneur les appelait à porter l’évangile dans ce nouveau pays et, en serviteurs dociles, ils cherchèrent aussitôt à s’y rendre.
L’obéissance ne consiste pas seulement à exécuter les ordres reçus, mais à le faire promptement. On dit couramment : Ce n’est pas obéir qu’obéir lentement. « Je me suis hâté et je n’ai point différé de garder tes commandements », dit le psalmiste (Ps. 119. 60). Et l’apôtre recommande aux esclaves un « bon et prompt service » (1 Tim. 6. 2). Si la promptitude à obéir est d’un grand prix dans les choses de Dieu, elle a son importance aussi dans la soumission que les enfants doivent témoigner à leurs parents et à tous ceux qui ont autorité sur eux. Avez-vous remarqué l’empressement que met l’enfant Samuel à répondre par trois fois à ce qu’il croit être l’appel d’Éli ? (1 Sam. 3)
La Macédoine est une vaste contrée au nord de la Grèce, donc en Europe. Quelle importance a pour nous cette étape dans les voyages de l’apôtre ! La prédication de Paul n’allait plus désormais être limitée à l’Asie, mais s’étendait à la partie du monde où nous vivons. L’évangile pénétrait en Europe. Dieu soit loué d’avoir, dès les premières années du christianisme, fait porter vers nous le message de sa grâce par l’apôtre des nations.
Le passage de Troade en Macédoine imposait la traversée de la mer Égée. Cette mer est parsemée d’une multitude d’îles, dont beaucoup servaient de relais aux bateaux de l’époque qui évitaient autant que possible de perdre de vue la terre. Une première journée amena Paul et ses compagnons à l’île de Samothrace. De là ils voguèrent le lendemain jusqu’au port de Néapolis, point d’aboutissement d’une importante voie romaine à travers la Macédoine. Franchissant ensuite la montagne qui borde la côte, ils parvinrent bientôt dans une vaste plaine et s’arrêtèrent à Philippes, première ville de la Macédoine sur leur chemin, et poste important de l’administration romaine.
Il est intéressant de remarquer que l’écrivain du livre des Actes, qui jusque-là a fait le récit des voyages de l’apôtre sans y être mêlé lui-même, se joint à partir de la Troade au petit groupe des compagnons de Paul. « Nous cherchâmes, écrit-il ; à partir pour la Macédoine… Nous fîmes voile etc. » Cet auteur des Actes est Luc qui a écrit également l’évangile qui porte son nom. Les premières lignes de chacun des deux livres, dédiés l’un et l’autre à un certain Théophile, nous présentent les Actes comme la suite de l’évangile de Luc. Nous retrouverons désormais presque constamment Luc accompagnant l’apôtre dans tous ses voyages jusqu’à la fin du récit des Actes.
Par la suite il n’abandonne pas l’apôtre captif : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue » écrit Paul aux Colossiens (Col. 4. 14). « Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes compagnons d’œuvre te saluent » écrit-il à la même époque à Philémon (v. 14). L’apôtre était, dit-il lui-même, un vieillard, prisonnier ; les soins affectueux et éclairés du médecin bien-aimé ont dû être pour lui un précieux réconfort accordé par le Seigneur. Tout à fait à la fin de sa course, dans sa dernière captivité, quand il doit enregistrer tant de défections parmi ses anciens compagnons, Paul rend encore témoignage à la fidélité de cet ami dévoué « Luc seul est avec moi » (2 Tim. 4. 11). C’est son amour pour le Seigneur que Luc montrait en s’attachant ainsi à l’apôtre et en le servant.
Conversion de Lydie
Comme il le faisait à son arrivée dans chaque ville, Paul, dès qu’il fut à Philippes, chercha à s’adresser aux Juifs. Ceux-ci étaient probablement peu nombreux dans cette localité. Il n’y avait, semble-t-il, pas de synagogue, et les exercices du culte se déroulaient en dehors de la ville, au bord du fleuve. Cette coutume facilitait les ablutions ou lavages qui avaient une grande place dans les traditions juives. C’est là que Paul et ses compagnons se rendirent le jour du sabbat. Ils n’y trouvèrent que quelques femmes assemblées. Sans se décourager, ils s’assirent eux aussi sur le rivage et leur annoncèrent l’évangile. Tel est le début bien modeste du travail du grand apôtre en Europe.
Sans attendre de pouvoir s’adresser à un grand auditoire, ce serviteur diligent saisissait avec empressement toutes les occasions d’annoncer la bonne nouvelle. Une fois de plus il est là, pour nous, un exemple à suivre : si nous désirons que le Seigneur nous emploie à son service, commençons par nous acquitter avec zèle des tâches les plus humbles qu’Il veut nous confier.
Parmi les femmes assemblées se trouvait une étrangère, nommée Lydie, venue de Thyatire, ville d’Asie Mineure où se forma plus tard une assemblée (Apoc. 2. 18). C’était une marchande de pourpre. On désignait sous ce nom, soit une teinture, rouge violacée, d’un prix élevé, extraite d’un coquillage, soit les étoffes de luxe teintes avec ce produit. La nature du commerce qu’exerçait Lydie, l’extension au loin de son pays semblent indiquer qu’elle était d’une condition aisée. Il nous est dit qu’elle « servait Dieu ».
Ce n’était pas une Juive, mais une femme des nations qui avait abandonné le culte des idoles pour servir le Dieu d’Israël. « Elle écoutait ». Est-ce que nous écoutons toujours quand la Parole de Dieu est annoncée ? Il vaut pourtant bien la peine d’être attentif quand on nous parle de Jésus. Il n’y a pas de sujet au monde qui ait autant de prix.
« Le Seigneur ouvrit le cœur de Lydie pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait ». Il ne suffit pas d’entendre l’évangile, ni de le comprendre par son intelligence, il faut le recevoir dans son cœur. « Du cœur on croit à justice » (Rom. 10. 10). Dans l’explication de la parabole du semeur, Jésus dit de ceux qui portent du fruit dans la bonne terre « ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon » (Luc 8. 15).
Nous voyons que c’est le Seigneur qui ouvrit le cœur de Lydie. Il faut que l’Esprit de Dieu opère en nous pour que nous puissions recevoir les choses de Dieu. Mais le Seigneur ne manque pas de se révéler à celui qui Le recherche. « L’Éternel est avec vous quand vous êtes avec lui ; et si vous le cherchez, vous le trouverez ; et si vous l’abandonnez il vous abandonnera » (2 Chron. 15. 2).
Lydie crut et fut baptisée ainsi que sa famille. La vie de Dieu dans cette croyante se manifesta par son empressement à servir les envoyés du Seigneur. Elle désirait recevoir chez elle l’apôtre, ses compagnons, nouveaux venus à Philippes et peut-être encore sans logis. Elle comprenait que ces serviteurs de Dieu ne pouvaient demeurer chez quelqu’un qui n’aurait pas été fidèle au Seigneur, et avec humilité elle les laissait apprécier si elle était digne d’exercer cette hospitalité. Mais en même temps elle sut vaincre la réserve de l’apôtre qui craignait toujours d’être à charge aux autres.
L’hospitalité est une précieuse manifestation de l’amour fraternel. On trouve dans les épîtres plusieurs exhortations à accomplir ce service (Rom. 12. 13 ; Héb. 13. 2 ; 1 Pier. 4. 9). C’est en particulier un privilège de recevoir chez soi des serviteurs du Seigneur.
Ruse et violence de Satan
Les jours suivants, Paul et ses compagnons continuèrent à se rendre au bord du fleuve pour la prière. Sur le trajet, ils firent la rencontre d’une servante qui était sous la puissance d’un esprit satanique. Les évangiles nous présentent beaucoup d’exemples de personnes qui se trouvaient ainsi sous la domination de démons, et que Jésus a délivrées. Notre récit appelle ce démon un esprit de python, ce qui signifie qu’il rendait des oracles et prétendait révéler l’avenir et les choses inconnues. Les maîtres de cette servante exploitaient sa condition misérable et retiraient un grand gain des prédictions qu’elle faisait à ceux qui venaient la consulter. Cette femme se mit à suivre Paul et ses compagnons en criant : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-Haut, qui vous annoncent la voie du salut ».
On peut être surpris que Satan ait fait rendre un tel témoignage à l’apôtre. Mais nous retrouvons là une de ses ruses. Il affectait de reconnaître l’œuvre de Dieu et tâchait de s’y mêler pour la compromettre. Il flattait Paul et ses compagnons pour les amener, si possible, à accepter son intervention dans leur service. Mais s’il parlait du Dieu Très-Haut et de la voie du salut, il se gardait bien de faire mention de Celui qui l’avait vaincu à la croix, Jésus, le Sauveur, le Seigneur.
Or c’est Jésus crucifié et ressuscité que Paul prêchait. Le ministère des serviteurs de Christ ne pouvait être accrédité par un agent de Satan. Il en était de même du Seigneur Jésus sur la terre, défendant expressément aux démons de faire connaître qu’Il était le Fils de Dieu (Marc 3. 12 ; Luc 4. 41).
La même scène se renouvela plusieurs jours. Après avoir usé de patience, Paul, affligé à la longue de cette insistance, pour mettre fin à cette confusion, se tourna et dit à l’esprit : « Je te commande au nom de Jésus Christ de sortir d’elle ». Le Seigneur avait donné aux siens le pouvoir de chasser les démons en son nom (Luc 10. 17 ; Marc 16. 17). C’est au nom de Jésus que, par la suite, les apôtres opéraient les miracles de guérison. Telle est la puissance de ce nom de Jésus que, à l’heure même l’esprit sortit.
Tous auraient dû se réjouir de la délivrance de cette pauvre femme. Mais ses maîtres virent seulement que la source de leur gain était tarie, et ils s’en prirent avec violence à Paul et à Silas. C’est ainsi que, aux jours du Seigneur, les Gadaréniens furent plus sensibles à la perte de leurs pourceaux qu’à la délivrance du démoniaque et, effrayés, prièrent Jésus de quitter leur territoire. Quel empire Satan exerce sur le cœur des hommes par l’amour de l’argent !
Les maîtres de la servante délivrée traînèrent Paul et Silas sur la place publique devant les préteurs, magistrats romains chargés de rendre la justice, et les accusèrent de troubler la ville en annonçant des coutumes que les Romains ne pouvaient ni recevoir, ni pratiquer. La foule, toujours docile aux suggestions de l’ennemi, s’ameuta contre ces deux serviteurs du Seigneur et, sans autre jugement, les préteurs, après avoir fait arracher leurs vêtements, leur firent donner un grand nombre de coups de verges et les jetèrent en prison.
Dieu permettait cette victoire apparente de Satan. Mais si le service de Paul semblait interrompu, le Seigneur lui préparait une occasion d’amener à Lui des âmes qui semblaient ne pas pouvoir être atteintes par l’évangile.
Conversion du geôlier
Après avoir fait battre de verges Paul et Silas, les préteurs de Philippes les remirent entre les mains du gardien de la prison et lui ordonnèrent de les garder sûrement.
Le geôlier était habitué à traiter sans ménagement les malfaiteurs à qui il avait affaire. L’ordre rigoureux qu’il avait reçu concernant Paul et Silas devait lui faire penser que c’étaient là deux hommes particulièrement dangereux. Aussi il les jeta dans la prison intérieure et immobilisa solidement leurs pieds.
Quelle situation douloureuse pour Paul et son compagnon, souffrant encore des coups qu’ils avaient reçus, retenus par les liens qui leur meurtrissaient les pieds. Ils étaient au milieu des prisonniers, traités comme les plus criminels de tous. C’était leur fidélité au Seigneur qui avait déchaîné la rage de leurs ennemis et les avait amenés là. Ils avaient la même part que leur Maître, Celui qui n’avait pas commis de péché (1 Pier. 2. 22) et qui pourtant a été lié, souffleté, frappé de verges, compté parmi les iniques (Marc 15. 28).
Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas, « en priant, chantaient les louanges de Dieu ». Ni les souffrances, ni la honte de leur condition ne pouvaient altérer leur confiance et leur joie dans le Seigneur. Bien des années après, Paul, de nouveau en prison, écrivait de Rome aux chrétiens de cette ville de Philippes « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois je vous le dirai : réjouissez-vous ». En lisant cette exhortation, les Philippiens pouvaient se souvenir de l’exemple de joie dans le Seigneur que Paul avait donné quand, dans le sombre cachot, meurtri, il entonnait avec Silas les louanges de Dieu.
« Les prisonniers les écoutaient ». Quel étonnement pour eux ! Quelle impression pouvaient faire sur l’esprit perverti la confiance, la soumission qu’exprimaient ces prières et ces chants !
Mais, du haut des cieux, Dieu aussi écoutait les prières et les louanges de ses deux serviteurs. Et Il donna sans tarder une réponse selon sa puissance « Tout à coup il se fit un grand tremblement de terre, de sorte que les fondements de la prison furent ébranlés ; et à l’instant toutes les portes s’ouvrirent et les liens de tous furent détachés ».
Cependant aucun prisonnier ne s’enfuit. Dieu n’intervenait pas pour faire évader les malfaiteurs justement captifs. Et la même puissance – qui secouait les murs de la prison, ouvrait les portes et rompait les liens – retenait aussi chacun à sa place.
Le geôlier réveillé en sursaut vit les portes de la prison ouvertes. Il crut que les prisonniers confiés à sa garde s’étaient enfuis et pensa qu’il n’avait plus qu’à se tuer pour échapper au déshonneur et au châtiment rigoureux qui l’attendait. Il tirait déjà son épée pour s’en frapper quand Paul lui cria : « Ne te fais point de mal, car nous sommes tous ici ».
Ainsi l’homme qu’il avait si durement maltraité quelques heures auparavant prenait souci de sa vie, s’empressait de le rassurer. Troublé dans sa conscience par l’intervention visible de Dieu dans ces événements miraculeux et par la supériorité morale de Paul et de Silas, le geôlier fut amené subitement à une profonde conviction de péché. Il comprenait que ces hommes extraordinaires étaient les messagers du Dieu tout puissant qui intervenait en leur faveur, et déclara que lui-même se sentait perdu.
Ayant demandé de la lumière il se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Leur place n’était plus dans la prison. Il les mena lui-même dehors et leur adressa cette question angoissée : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » Le repentir remplissait son âme jusque-là endurcie. Il se mettait humblement sous la dépendance de ceux qu’il avait méprisés et maltraités. C’était un changement complet d’attitude, une conversion.
La réponse fut immédiate : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison ».
C’est l’évangile dans toute sa simplicité, toute sa richesse. Dieu n’exige rien. Il a tout fait. Le pécheur, incapable de rien faire lui-même pour son salut, n’a qu’à croire. La bonne nouvelle n’est pas limitée. Comme dans le cas de Lydie, elle s’adressait non seulement à un individu, mais à toute sa famille.
Toujours prêts à accomplir leur service, Paul, et Silas annoncèrent la Parole du Seigneur au geôlier et à tous ceux qui étaient dans sa maison.
Là encore les fruits de la vie divine furent aussitôt manifestés par la tendre sollicitude pour Paul et son compagnon éveillée dans le cœur du geôlier comme précédemment dans celui de Lydie. Rien ne fut remis au matin : à cette heure-là de la nuit, il lava leurs plaies. Sur le champ lui et tous les siens furent baptisés. Il fit monter Paul et Silas dans sa maison. Ensemble ils se mirent à table et tous, croyant Dieu, se réjouirent.
Ils ne se contentaient pas de croire en Dieu, c’est-à-dire d’admettre son existence, mais ils croyaient Dieu, ils croyaient ce que Dieu dit. Leur foi saisissait la Parole de Dieu annoncée par Paul et Silas, comme étant la vérité.
Le lendemain les préteurs envoyèrent à la prison des agents, des licteurs, avec l’ordre de remettre en liberté Paul et Silas. Mais Paul refusa de partir ainsi. Voulant faire constater l’injustice avec laquelle avaient été traités les porteurs de l’Évangile, il dit : « Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mettent dehors ! »
Les préteurs eurent peur en entendant cette réponse. Il était formellement interdit par la loi romaine de frapper de verges un citoyen romain. Nous nous souvenons que Paul, bien que Juif, avait ce titre par droit de naissance. Les préteurs avaient outrepassé leurs droits ; ils vinrent eux-mêmes s’excuser auprès de Paul et de Silas, les libérèrent, mais les prièrent de quitter la ville.
Sans hâte, Paul et Silas prirent le temps d’entrer chez Lydie. « Ils revirent les frères et les exhortèrent ». Plusieurs avaient donc été convertis pendant leur séjour dans la ville. Ils quittèrent Philippes laissant un groupe de chrétiens, la première assemblée d’Europe. Leurs souffrances et leur travail pour le Seigneur n’avaient pas été vains.
Paul à Thessalonique
En quittant Philippes, Paul et ses compagnons s’engagèrent à nouveau sur la grande voie romaine qui traversait la Macédoine. Ils passèrent par Amphipolis qui était alors une ville importante et par une autre cité nommée Apollonie, mais il ne nous est pas dit qu’ils se soient arrêtés dans ces deux localités. Paul avait hâte, semble-t-il, d’arriver à Thessalonique où séjournaient beaucoup de Juifs et où se trouvait une synagogue.
La ville de Thessalonique était l’ancienne capitale de la Macédoine. Elle s’appelle aujourd’hui Salonique. C’est un port de mer bien situé au fond d’une grande baie, non loin de l’embouchure d’un cours d’eau important. Après cinq siècles de domination turque elle est maintenant la deuxième ville de la Grèce. Les Juifs y ont toujours été nombreux.
Fidèle à sa coutume, Paul se rendit d’abord vers les Juifs, et pendant trois sabbats il prêcha au milieu d’eux, s’appuyant sur les Écritures. Il exposait comment les livres de l’Ancien Testament annonçaient à l’avance que le Christ devait souffrir et ressusciter d’entre les morts et il affirmait que les prophéties s’étaient accomplies en Jésus qui était le Christ.
Les prophètes avaient « rendu par avance témoignage des souffrances qui devaient être là part de Christ et des gloires qui suivaient » (1 Pier. 1. 11). Mais les Juifs n’avaient retenu que les promesses concernant la gloire terrestre du Messie. Ils négligeaient l’annonce d’un Christ souffrant et humilié, qui heurtait leur orgueil national. Quand Jésus vint, humble et débonnaire, au milieu de son peuple, Il fut méconnu, rejeté et finalement crucifié. Mais « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire » (1 Pier. 1. 21). Tout cela était annoncé dans l’Ancien Testament, et c’est par leurs propres Écritures que Paul expliquait aux Juifs de Thessalonique l’abaissement, la mort, la résurrection du Messie, et qu’il leur annonça Jésus.
Un petit nombre seulement de Juifs, une multitude de Grecs, et parmi eux bon nombre de femmes de premier rang, crurent et se joignirent à Paul et à Silas. Les autres Juifs, jaloux comme toujours de voir l’évangile annoncé aux nations, cherchèrent à s’opposer à Paul. Ils ne craignirent pas de prendre quelques méchants hommes pour ameuter le peuple et troubler la ville, puis finirent par assaillir la maison de Jason, chez qui logeaient l’apôtre et ses compagnons. Cherchant Paul et Silas, et n’ayant pu les trouver, ils s’en prirent à Jason et à quelques frères qu’ils traînèrent devant les magistrats de la ville en criant « Ces gens, qui ont bouleversé la terre habitée, sont aussi venus ici, et Jason les a reçus chez lui ; et ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus ».
Ces paroles troublèrent la foule et les magistrats. C’était là une accusation grave : Paul et ceux qui le recevaient se voyaient reprocher de porter atteinte au pouvoir impérial. Les magistrats cependant libérèrent Jason et les autres frères après leur avoir fait verser une somme d’argent.
Paul annonçant Jésus comme le Christ avait dut parler de sa royauté. C’était l’une des gloires du Seigneur qu’il devait proclamer. Jésus Lui-même, dans sa belle confession devant Ponce Pilate, avait affirmé qu’Il était roi mais avait bien précisé : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18. 36). C’était le principal argument des Juifs devant le gouverneur romain : « Si tu relâches celui-ci, tu n’es pas ami de César ; quiconque se fait roi s’oppose à César ». Et reniant toute dignité les principaux sacrificateurs s’étaient écriés : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19. 12 à 15).
Les accusations des Juifs devant Ponce Pilate, comme devant les magistrats de Thessalonique, étaient sans fondement. Ni Jésus, ni les apôtres ne venaient renverser le pouvoir établi. Jésus reste aujourd’hui encore le Roi rejeté. Mais un jour viendra où Il établira sur la terre, pour la bénédiction de son peuple et de toutes les nations, son règne qui durera mille ans.
Paul à Bérée
Pour faire échapper Paul et Silas à leurs adversaires, les frères les envoyèrent de nuit à Bérée. Ce n’était pas une grande ville sur la route impériale, mais une cité à l’écart dans le massif montagneux voisin.
Arrivés là, Paul et Silas entrèrent dans la synagogue et annoncèrent l’évangile aux Juifs. Ceux-ci avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique, et ils reçurent avec de bonnes dispositions la Parole que Paul prêchait. Chaque jour ils examinaient dans l’Ancien Testament si ce qui leur était annoncé était bien conforme aux Écritures. C’est ainsi qu’il faut toujours s’en référer à la Parole de Dieu.
Le Nouveau Testament n’avait pas encore été écrit, mais avec droiture, sans parti-pris, les Juifs de Bérée vérifiaient que l’enseignement de Paul concordait avec les écrits qu’ils possédaient. Ils montraient l’importance qu’avait pour eux l’évangile, en s’en occupant chaque jour. Plus privilégiés qu’eux, nous possédons la Bible entière comme guide certain, comme pierre de touche, comme la vérité. La lisons-nous avec intérêt chaque jour ?
Convaincus par le rapprochement du message de Paul et des Écritures, plusieurs Juifs crurent, et avec eux des Grecs, femmes et hommes en assez grand nombre. Mais quand les Juifs de Thessalonique apprirent que la Parole de Dieu était annoncée à Bérée, ils y vinrent aussi et agitèrent les foules contre l’apôtre. C’est ainsi que Satan avait déjà opéré quand, à Lystre, les Juifs étaient venus d’Antioche et d’Iconium pour s’opposer à Paul et à Barnabas.
Pour soustraire Paul à ce nouveau danger, les frères les firent partir de Bérée dans la direction de la mer. Ils les firent conduire, probablement par bateau, jusqu’à Athènes, la capitale de la Grèce, où Silas et Timothée devaient aller le rejoindre.
La première épître aux Thessaloniciens (ch. 2 et 3)
L’apôtre Paul avait dû quitter Thessalonique précipitamment quand les frères l’avaient éloigné de cette ville pour le soustraire aux violences des adversaires de l’évangile. Mais il continuait à penser avec sollicitude à la multitude de croyants qu’il avait laissés là. Dans la suite de son voyage, il avait appris que son départ n’avait pas mis fin à la persécution contre les chrétiens.
Aussi, à deux reprises, il avait cherché à retourner à Thessalonique pour soutenir leur foi ; mais Satan l’en avait empêché, sans que nous sachions par quel moyen. Ne pouvant aller les voir lui-même, il renonça, à Athènes, à la compagnie de Timothée, et l’envoya à Thessalonique pour y affermir et encourager ces croyants (1 Thess. 3. 1 et 2).
Après avoir rempli ce service, Timothée rejoignit Paul à Corinthe (Act. 18. 5). L’apôtre, rassuré par les nouvelles que lui apportait Timothée adressa une lettre aux chrétiens de Thessalonique. C’est la plus ancienne épître du Nouveau Testament écrite par l’apôtre Paul. Elle nous a été conservée sous le titre de « Première Épître aux Thessaloniciens ».
Cette lettre nous donne sur l’apôtre et sur les croyants auxquels il écrivait, bien des détails qui complètent le récit des Actes.
Paul y rappelle les caractères de son service : sa prédication était accompagnée, de la puissance de l’Esprit Saint et il annonçait l’évangile « dans une grande plénitude d’assurance » (1. 5). La vérité proclamée était pour lui une certitude absolue et il la présentait avec autorité.
Avant même la journée de tumulte au cours de laquelle la maison de Jason fut assaillie, et Jason traîné devant le tribunal, Paul avait eu à supporter « beaucoup de combats » pour annoncer l’évangile de Dieu aux Thessaloniciens ; mais il y avait fait face avec « toute hardiesse en Dieu » (2. 2). C’était un « bon soldat de Jésus Christ » qui savait ce que c’était que de prendre sa part des souffrances de l’Évangile (2 Tim. 1. 8 ; 2. 3).
Il ne cherchait pas à plaire aux hommes, mais à Dieu. Il lui suffisait d’être approuvé de Dieu (2. 4).
Il accomplissait son service avec un entier désintéressement. Il aurait pu, comme apôtre de Christ, être à la charge des croyants. Le Seigneur avait dit en effet : « L’ouvrier est digne de son salaire » (Luc 10. 7). Mais, pour subvenir lui-même à ses propres besoins, l’apôtre avait travaillé nuit et jour, partagé son temps entre la prédication de la Parole et le travail manuel. Nous nous souvenons que son métier était de faire des tentes.
Il était tendrement affectionné aux Thessaloniciens « comme une nourrice chérit ses propres enfants » dit-il. Et il ajoute : « Nous aurions été tout disposés à vous communiquer non seulement l’évangile de Dieu mais aussi nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers ». Il s’occupait de chacun d’eux en particulier, comme un père, pour les exhorter, pour les consoler et pour les enseigner par son propre exemple à marcher d’une manière digne de Dieu. Il joignait ainsi, à l’égard de ses enfants dans la foi, la tendresse d’une mère à la ferme affection paternelle.
Son amour s’alliait à un attachement constant à la vérité. Il ne berçait pas d’illusions ces nouveaux convertis mais, comme il avait averti déjà les disciples d’Antioche que « c’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Act. 14. 22), de même il avait annoncé à l’avance aux Thessaloniciens les tribulations qui allaient surgir. « Nous sommes destinés à cela », leur rappelle-t-il (3. 3 et 4).
Maintenant qu’il était séparé d’eux, son souci constant était que leur foi ne défaille pas. « Maintenant nous vivons, si vous tenez ferme dans le Seigneur » leur écrivait-il. Sa vie était comme suspendue aux nouvelles qu’il recevait des Thessaloniciens, et nuit et jour il priait très instamment pour qu’il lui soit accordé de les revoir afin de fortifier leur foi.
Comme Paul, en tout cela, suivait de près les traces de son Maître, le Bon Berger qui met sa vie pour les brebis, le Sauveur qui nous a aimés et s’est livré Lui-même pour nous, l’Ami qui aime en tout temps, Celui qui, maintenant auprès du Père, intercède pour nous sans se lasser et dont le désir est de nous avoir bientôt auprès de Lui !
Les Thessaloniciens, de leur côté, étaient devenus les imitateurs de l’apôtre et de ses compagnons, et par là les imitateurs du Seigneur. Leurs progrès avaient été rapides. Ils avaient reçu l’enseignement de Paul pendant trois sabbats seulement, donc trois semaines, et déjà ils étaient devenus eux-mêmes des modèles pour tous les croyants de la Macédoine et de l’Achaïe, c’est-à-dire de la Grèce actuelle. Leur témoignage dépassait même les limites de leur pays : « La Parole du Seigneur a retenti de chez vous non seulement dans la Macédoine et dans l’Achaïe, mais, en tous lieux, votre foi envers Dieu s’est répandue » peut leur écrire l’apôtre (1. 8).
La conversion des Thessaloniciens avait produit en eux des fruits qui attiraient l’attention de tous. L’accueil qu’ils avaient fait à l’apôtre, le changement complet qu’avait opéré la Parole dans toute leur existence, étaient colportés, commentés au loin. C’était là le retentissement de la Parole du Seigneur.
La plupart de ces chrétiens étaient des Grecs qui autrefois adoraient de faux dieux. Ils avaient abandonné le culte des idoles et s’étaient tournés vers Dieu, le Dieu vivant et vrai, pour Le servir. Ils avaient accepté le message que Paul apportait ; non pas comme une parole des hommes, mais ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la Parole de Dieu (2. 13). Ils avaient appris à connaître Dieu comme leur Père, manifestaient pratiquement la réalité de cette relation avec Lui ; leur vie nouvelle d’enfants de Dieu était en contraste absolu avec leur ancienne conduite.
Les fruits visibles de cette vie nouvelle étaient la foi, l’amour et l’espérance. La foi animait toute leur activité. L’amour était le mobile de leur travail pour le Seigneur et pour les siens. Leur espérance était Jésus, le Fils de Dieu, qu’ils attendaient du ciel.
1 Thessaloniciens 4 et 5
Les Thessaloniciens attendaient du ciel Jésus, le Fils de Dieu. Cette venue du Seigneur était leur espérance constante et ils pensaient bien ne pas mourir avant qu’elle se réalise. Or, depuis que Paul les avait quittés, plusieurs d’entre eux étaient morts, et les Thessaloniciens étaient dans une grande perplexité et une profonde affliction à leur sujet !
Qu’en serait-il d’eux à la venue du Seigneur ? N’éprouveraient-ils pas une perte ? Au chapitre 4 de son épître, l’apôtre répond à leurs incertitudes et c’est une occasion pour le Saint Esprit de nous préciser les détails de l’enlèvement prochain des croyants auprès du Seigneur.
Paul dit de ces chrétiens morts qu’ils « dorment » (v. 13) ou qu’ils « se sont endormis » (v. 15) ou même qu’ils « se sont endormis par Jésus » (v. 14). Le Seigneur disait de même à ses disciples : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais pour l’éveiller » (Jean 11. 11). Lazare était mort ; le Seigneur allait le ressusciter.
Quand Étienne mourut sous les pierres de ceux qui le lapidaient, il nous est dit qu’« il s’endormit » (Act. 7. 60). Nous trouverions d’autres exemples dans la Parole, mais il faut remarquer que c’est à propos des croyants seulement que la mort est comparée au sommeil.
Le chrétien, au terme de sa vie sur la terre, quitte ce monde pour entrer dans le repos : le corps retourne à la poussière et l’âme est recueillie auprès du Seigneur.
Jésus lui-même est passé par la mort. Sur la croix Il a remis son esprit entre les mains de Dieu son Père (Luc 23. 46) ; son corps a été déposé dans le sépulcre, mais au matin du premier jour de la semaine Il est sorti du tombeau et, après avoir été vu par ses disciples pendant quarante jours sur la terre, Il a été élevé dans le ciel. Le sort de ses rachetés endormis est semblable au sien. Comme Lui, ils ressusciteront, leur âme sera de nouveau réunie à leur corps qui reprendra vie, qui sera rendu semblable au corps glorieux du Seigneur, et ils seront enlevés au ciel.
C’est le Seigneur Lui-même qui va opérer cet enlèvement des siens. Bientôt Il sortira du ciel, et de sa voix puissante Il nous appellera. Les croyants endormis, y compris ceux de l’Ancien Testament, seront d’abord ressuscités, comme nous venons de le voir. Puis les croyants qui vivront encore sur la terre seront changés ; leurs corps seront transformés et rendus semblables aussi au corps glorieux du Seigneur. Tous ensemble, les croyants endormis ressuscités, et les croyants encore vivants transformés, nous tous qui appartenons au Seigneur, nous serons ravis à sa rencontre et Il nous introduira avec Lui dans la gloire du ciel.
Tout cela s’opérera en un instant, en un clin d’œil. Nous qui avons cru, nous serons ainsi toujours avec le Seigneur ! Quand Il viendra plus tard en gloire pour établir son royaume sur la terre, nous serons avec Lui. Quand, à la fin des temps de cette terre, Il fera comparaître devant son trône de jugement tous les morts incrédules, nous serons avec Lui. Pour l’éternité dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre, nous serons toujours avec Lui. Être avec Lui, c’est le bonheur parfait.
Quand va-t-Il venir pour prendre ainsi les siens ? Nous ne savons ni le jour ni l’heure. Il a dit : « Je viens bientôt » (Apoc. 22). L’apôtre Paul et les Thessaloniciens l’attendaient déjà. Nous l’attendons encore. Il peut venir d’un instant à l’autre. Pas un de ceux qui Lui appartiennent ne sera oublié. Quel bonheur : être avec Lui pour toujours !
Mais aussi quel évènement effrayant pour ceux qui ne sont pas sauvés ! Ils seront laissés sur la terre n’ayant devant eux que l’attente terrible du jugement. Parmi tous mes jeunes amis qui lisent ces lignes, y aurait-il quelqu’un qui ne soit pas sûr d’être enlevé auprès du Seigneur à sa venue ?
Après l’enlèvement des croyants le monde poursuivra sa vie loin de Dieu. Les hommes continueront à satisfaire leurs convoitises et chercheront à assurer leur avenir sur la terre. Quand ils penseront avec orgueil avoir établi eux-mêmes la paix et la sécurité, soudain le Seigneur apparaîtra pour revendiquer ses droits et exercer le jugement. Ce sera sa venue en gloire appelée « le jour du Seigneur », bien distincte de sa venue pour nous prendre avec Lui. Pour les hommes impies restés sur la terre, ce sera une destruction subite : ils n’échapperont point.
Quel contraste avec la part des rachetés qui seront alors avec le Seigneur pour toujours ! Quel contraste devrait exister, dès maintenant, entre notre conduite et celle des hommes incrédules ! Ils appartiennent aux ténèbres, dont Satan est le prince. Nous, croyants, nous sommes appelés des fils de la lumière et des fils du jour. Toute notre vie doit se dérouler en conséquence.
Aussi, à la fin de son épître, l’apôtre encourage les Thessaloniciens à persévérer dans la pratique des vertus qui les distinguaient du monde : la foi, l’amour et l’espérance.
Il leur adresse bien des exhortations pratiques pour la réalisation de la vie chrétienne. Nous pouvons en relever quelques-unes faciles à comprendre, qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux grandes personnes :
– Soyez sobres, c’est-à-dire usez de toutes choses avec modération ;
– Estimez avec beaucoup d’amour les ouvriers Seigneur ;
– Soyez en paix entre vous ;
– Venez en aide aux faibles ;
– Usez de patience envers tous ;
– Ne rendez à personne mal pour mal ;
– Poursuivez toujours le bien ;
– Réjouissez-vous toujours ;
– Priez sans cesse ;
– En toutes choses rendez grâces ;
– Abstenez-vous de toute forme de mal.
Quel programme ! Comment pourrons-nous le remplir ? Oh ! seulement avec le secours constant de Dieu. C’est Lui qui nous a appelés, qui nous a mis à part pour Lui. Il est fidèle pour nous garder jusqu’à la venue de notre Seigneur Jésus Christ.
Quand Jésus viendra pour nous prendre avec Lui, voudrions-nous qu’Il nous trouve faisant autre chose que ce qui Lui plaît ?
La seconde épître aux Thessaloniciens
Dans la première lettre que l’apôtre Paul a écrite aux croyants de Thessalonique, il leur a enseigné de quelle manière le Seigneur va venir pour enlever les siens et les introduire avec Lui dans la gloire du ciel. Il leur a rappelé aussi que le Seigneur doit ensuite revenir pour exercer le jugement sur les incrédules. C’est ce second événement qui est appelé « le jour du Seigneur ».
Les chrétiens de Thessalonique continuaient à souffrir de cruelles persécutions de la part des adversaires de l’Évangile. De faux docteurs les avaient bouleversés et troublés en prétendant que ces tribulations montraient que « le jour du Seigneur », qui sera un jour de jugement, était arrivé. Satan cherchait ainsi à décourager ces croyants et à leur faire perdre l’espérance de la venue du Seigneur pour l’enlèvement des siens.
L’apôtre, qui continuait à suivre avec sollicitude les circonstances et l’état spirituel de ces chers chrétiens, leur écrivit une nouvelle lettre, la seconde épître aux Thessaloniciens, pour les mettre en garde contre ce faux enseignement, en leur précisant les événements qui doivent suivre l’enlèvement au ciel des rachetés de Christ.
Il établit d’abord que le jugement du Seigneur ne pourra s’exercer que contre les incrédules, ennemis de l’évangile et des fidèles, mais nullement contre ceux qui auront cru. Ces derniers seront au contraire avec Lui en gloire quand Il apparaîtra pour tirer vengeance de ses ennemis. En persécutant les chrétiens, les méchants persécutaient le Seigneur, qui lie intensément les siens à Lui-même. Le Seigneur. Jésus s’associe les siens quand Il reviendra pour juger les impies.
Aucun événement n’est indiqué dans la Parole comme signe annonçant l’enlèvement des saints : nous devons attendre le Seigneur à chaque instant. Mais une fois les croyants enlevés, des événements terribles se dérouleront sur la terre et l’apôtre en donne un aperçu.
Toute croyance en Dieu sera alors reniée. C’est ce qui est appelé l’apostasie. Un homme, animé par Satan, exercera un grand pouvoir. Il s’opposera à toute religion, se prétendra lui-même être Dieu et se présentera comme tel dans le temple de Jérusalem. Il est appelé dans cette épître l’homme de péché, l’inique, le fils de perdition. Dans la première épître de Jean, il est appelé l’antichrist et dans l’Apocalypse, le faux prophète.
Les hommes rejetteront toute règle morale et se livreront au mal. Les signes de cette triste condition de l’humanité apparaissent déjà. Nous voyons des hommes méchants prêts à s’affranchir de toute contrainte pour satisfaire leurs passions. Mais Dieu laisse encore subsister dans la plupart des pays une autorité qui freine le mal et maintient l’ordre. Par ailleurs la présence du Saint Esprit dans l’Assemblée sur la terre s’oppose à l’influence de Satan. C’est le Saint Esprit que Paul appelle « celui qui retient maintenant » (ch. 2. 7).
Mais quand l’Assemblée aura été ravie dans le ciel et que le Saint Esprit sera donc loin de la terre, toute barrière sera ôtée ; rien ne mettra plus obstacle au développement du mal. Bien plus, Dieu enverra comme châtiment, sur tous les hommes qui n’ont pas cru la vérité de l’évangile, une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge.
Avant que vienne « le jour du Seigneur », il faut que se soient déroulés tous ces événements nettement annoncés par la Parole et qui remplissent en particulier une grande partie de l’Apocalypse.
Que sera terrible le sort de ceux qui seront laissés sur la terre quand le Seigneur Jésus viendra chercher les siens ! Tous mes jeunes lecteurs sont-ils bien prêts et sûrs d’être enlevés au ciel avec tous les croyants ?
À ces révélations sur l’avenir, l’apôtre lie des exhortations pour le présent. Il reconnaissait que la foi des Thessaloniciens augmentait beaucoup, que leur amour abondait, et il en rendait grâces à Dieu (ch. 1. 3). Mais leur espérance avait faibli. Il leur rappelle que c’est notre Seigneur Jésus Christ Lui-même et notre Dieu et Père qui, dans leur amour, nous ont donné une consolation éternelle et une bonne espérance par grâce et il prie pour que les Thessaloniciens soient consolés et affermis « en toute bonne œuvre et en toute bonne parole » (ch. 2. 16 et 17).
En pensant que le Seigneur allait venir, et plus encore en acceptant l’idée fausse que le jour du Seigneur était déjà arrivé, plusieurs des Thessaloniciens avaient cessé de travailler. « À quoi bon, disaient-ils, poursuivre nos occupations journalières ? » L’apôtre doit leur rappeler l’exemple qu’il leur avait donné lui-même en travaillant nuit et jour pour n’être à charge à personne. Il qualifie sévèrement de « désordre » la conduite de ceux qui ne travaillaient pas et que leur oisiveté entraînait à se mêler de tout.
Il y a sans doute chez certains un penchant naturel à la paresse. Paul avait dû réagir déjà contre cette tendance lors de son séjour à Thessalonique et leur avait dit nettement alors : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Il y avait fait allusion dans sa première épître, en les exhortant à faire leurs propres affaires et à travailler de leurs propres mains (ch. 4. 11). Il est obligé d’y revenir avec plus d’insistance dans cette seconde épître et leur enjoint de manger leur propre pain en travaillant paisiblement.
Cet enseignement de l’apôtre ne s’adresse pas seulement aux grandes personnes qui ont à pourvoir aux besoins de leur famille. Vous aussi, souvenez-vous de l’exhortation que nous trouvons au chapitre 12 des Romains : « Quant à l’activité, pas paresseux ». Dans l’aide à donner à vos parents comme dans vos études, accomplissez chaque tâche paisiblement. Il ne faut pas exécuter précipitamment, pour vous en débarrasser au plus vite, les travaux qui vous plaisent le moins et consacrer vos soins uniquement à ceux qui vous intéressent.
Vers la fin du chapitre 3 l’apôtre résume ses enseignements pratiques par cette exhortation très importante, que nous retrouvons sous une forme très voisine au chapitre 6 des Galates : « Ne vous lassez pas en faisant le bien ». Faire le bien c’est en toute chose accomplir la volonté de Dieu. Nous devons nous y appliquer, non pas par moments seulement, mais toujours et sans nous lasser.
Puni à Athènes
Nous avons laissé l’apôtre Paul à Athènes où les frères de Bérée l’avaient conduit pour le soustraire à la violence des Juifs venus de Thessalonique. Silas et Timothée ne l’avaient pas accompagné et Paul parcourait seul la ville.
Athènes, qui est aujourd’hui encore la capitale de la Grèce, était déjà à cette époque une vieille cité au passé célèbre. Elle avait été longtemps le centre de la civilisation grecque. Cinq siècles avant ce passage de Paul, les sciences et les arts y avaient atteint le degré le plus élevé peut-être de l’Antiquité. Bien que déchue de sa grandeur passée et tombée sous la domination étrangère, Athènes gardait, au temps de l’apôtre, le prestige de sa culture ancienne et les jeunes Romains de la haute société venaient y parfaire leurs études.
Les arts et la littérature antiques empruntaient souvent leurs sujets à la mythologie, ce vaste système de divinités imaginé par les Grecs. Nous avons vu comment, lors de leur passage à Lystre, Paul et Barnabas avaient été pris pour Mercure et pour Jupiter. Les Athéniens avaient édifié des temples et des autels en l’honneur d’un grand nombre de ces faux dieux. Passés maîtres dans l’art de la sculpture, ils avaient élevé beaucoup de statues représentant ces divinités. Paul découvrait ainsi une ville remplie d’idoles et s’indignait à la vue de tout cet étalage de paganisme qui était une offense au vrai Dieu.
Aussi, non content d’annoncer l’évangile aux Juifs et aux prosélytes dans la synagogue, il parlait de Jésus et de la résurrection à tous ceux qu’il pouvait aborder sur la place publique.
Les habitants de la ville, et les étrangers qui y séjournaient, passaient une grande partie de leur temps dans les rues ou sur les places. Cette population à la curiosité toujours en éveil ne se lassait pas de bavarder, de discuter et de s’intéresser à toutes les nouvelles. La prédication de Paul ne manqua pas de présenter l’attrait d’une nouveauté pour tous ces oisifs.
Parmi eux se trouvaient des philosophes, hommes instruits qui professaient rechercher ou avoir trouvé la sagesse, c’est-à-dire une règle de vie qui apportait le bonheur. Ils se réclamaient de divers chefs d’école, s’attachaient à diverses théories : les Épicuriens fuyaient la souffrance et poursuivaient les plaisirs nobles de l’esprit ; les Stoïciens vantaient l’effort de la volonté, la maîtrise de soi-même, le mépris des circonstances matérielles. Mais toute cette recherche d’une sagesse humaine ne faisait qu’éloigner les hommes de la vérité et du vrai bonheur que nous apporte la foi au Seigneur Jésus. « Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu » (1 Cor. 1. 21).
Ces philosophes, surpris d’entendre Paul parler de Jésus et de la résurrection, ne pouvaient comprendre ces choses toutes nouvelles pour eux. Certains le tournèrent en dérision ; d’autres, supposant que Jésus et la résurrection étaient des divinités étrangères que Paul annonçait, voulurent l’entendre plus à fond, et le menèrent à l’Aréopage. C’était une plateforme rocheuse consacrée au dieu Mars et où siégeait autrefois en plein air le tribunal de la cité.
Là, Paul saisit avec empressement l’occasion d’annoncer Christ à la foule qui l’entourait. Nous pouvons admirer la sagesse, donnée par le Saint Esprit, avec laquelle il sut intéresser ses auditeurs en reliant la présentation de l’évangile avec leur condition idolâtre et avec les circonstances qui l’avaient amené là. On supposait qu’il annonçait des divinités étrangères ; tout ému encore par le spectacle de l’idolâtrie qui remplissait la ville, Paul rappela qu’il avait vu un autel dédié « au dieu inconnu ». Le zèle païen des Athéniens était tel que, par crainte d’offenser une divinité qu’ils auraient oubliée ou méconnue, ils l’honoraient sous ce titre.
Paul se présente comme le messager du Dieu que les Athéniens craignaient sans le connaître. Il fait appel au sentiment d’un Être Suprême, auteur de toute chose, d’un Dieu unique et tout-puissant. Il annonce ce Dieu créateur des mondes, Seigneur du ciel et de la terre, qui ne saurait habiter dans des temples faits de main car « les cieux et les cieux des cieux ne peuvent le contenir » (1 Rois 8. 27), qui ne saurait dépendre de ses créatures, Lui qui donne la vie à tous.
C’est Lui qui a fait toutes les races humaines, issues d’une origine commune, et qui a tracé les limites des peuples pour que les hommes le recherchent et le glorifient comme Dieu. Paul, instruit dans la littérature des Grecs, cite même un de leurs poètes : « Car aussi nous sommes sa race », pour affirmer l’étroite dépendance que l’homme aurait dû retenir vis-à-vis de Dieu, source et maintien de notre vie. Cette connaissance de Dieu condamnait l’idolâtrie. Comment pouvait-on changer la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de la matière inerte façonnée par la main des hommes ?
Paul poursuit en révélant que Dieu ne veut pas que dure plus longtemps l’ignorance des hommes à son égard. Dieu fait valoir ses droits. Il ordonne à tous les hommes de se repentir, car Il a fixé un jour où Il doit juger toute la terre. Ce jugement, Dieu l’a confié à un Homme qu’Il a destiné à cela et Il en a donné une preuve certaine à tous en Le ressuscitant d’entre les morts. Cet Homme des conseils de Dieu, nous le savons, c’est « Jésus Christ, le Seigneur de tous, que Dieu a ressuscité et qu’il a établi juge des vivants et des morts » (Act. 10. 36 à 43).
Jésus avait déclaré Lui-même aux Juifs : « Le Père ne juge personne, mais il a donné tout le jugement au Fils » (Jean 5. 22) et « Le Père a donné au Fils autorité de juger » (Jean 5. 27). Sa résurrection apportait la confirmation publique de ses paroles.
Ainsi, il y a au ciel un Homme, Jésus, le Fils du Dieu, autrefois mis à mort, maintenant ressuscité, glorifié, qui bientôt jugera et condamnera tous ceux qui auront refusé de se repentir. Le même Jésus est aujourd’hui, par grâce, le Sauveur qui met à l’abri du jugement ceux qui se repentent et qui croient en Lui.
Paul, dans sa prédication, posait le fondement de la foi chrétienne en annonçant la résurrection de Christ, et Il cherchait à réveiller la conscience de ses auditeurs par l’annonce du jugement.
La résurrection des morts provoqua la moquerie des uns, la curiosité des autres, qui remirent à plus tard le soin de s’enquérir exactement à ce sujet, et perdirent sans doute pour toujours l’occasion de croire et d’être sauvés. De cette foule cultivée mais prétentieuse et insouciante, quelques hommes seulement et une femme reçurent par la foi le message de Paul et se joignirent à Lui.
Il semble qu’il n’y eut à Athènes qu’un petit nombre de croyants. Ainsi se vérifiait la parole du Seigneur : « Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents » (Mat. 11 et Luc 10), et la constatation de Paul écrivant aux Corinthiens : parmi nous « il n’y pas beaucoup de sages selon la chair » (1 Cor. 1. 26).
Aquilas et Priscilla
Sans prolonger son séjour à Athènes, Paul se rendit à Corinthe, ville située au sud-ouest, à quatre-vingts kilomètres environ. L’apôtre qui recherchait toujours la compagnie de ses compatriotes rencontra là un couple juif, Aquilas et sa femme Priscilla. Ceux-ci venaient d’arriver de Rome, d’où l’empereur Claude avait chassé les Juifs. Cette mesure ne fut d’ailleurs pas longtemps observée, et peu de temps après, les Juifs recommencèrent à affluer dans la capitale de l’empire.
Aquilas était originaire du Pont, une province de l’Asie mineure. Nous nous souvenons que Paul était né à Tarse, ville de la Cilicie, autre province de l’Asie. Comme l’apôtre, Aquilas avait pour métier de faire des tentes. Ils demeurèrent et travaillèrent ensemble. Nous avons déjà remarqué l’humilité et le désintéressement de Paul, ce grand serviteur de Dieu, qui travaillait de ses propres mains, non seulement pour pourvoir à sa subsistance, mais aussi pour venir en aide aux autres.
Quelles bénédictions pour Aquilas et Priscilla que cette rencontre, ce séjour, ce travail avec l’apôtre ! Paul devait profiter de tous les moments disponibles pour parler à ses hôtes du Seigneur Jésus et pour leur enseigner les grandes vérités qui lui avaient été révélées. Eux, de leur côté, l’écoutaient avec empressement et retenaient ses paroles dans leur cœur. Ainsi s’affermissaient entre eux les doux liens des affections chrétiennes ; ainsi aussi Aquilas et Priscilla, instruits dans la saine doctrine, étaient formés pour le service du Seigneur.
Il est parlé plusieurs fois de ce couple chrétien dans la suite du livre des Actes et dans les épîtres de Paul.
Quand, après dix-huit mois de séjour à Corinthe, Paul en partit pour se rendre à Éphèse, Aquilas et Priscilla l’y accompagnèrent et s’y fixèrent pour quelque temps, alors que Paul poursuivait sa route vers la Judée.
En ce temps-là il vint à Éphèse un Juif nommé Apollos. C’était un homme éloquent qui connaissait bien les livres de l’Ancien Testament et en s’appuyant sur ces Écritures, annonçait Jésus avec ferveur. Mais lui-même ne connaissait que le baptême de repentance prêché par Jean au Jourdain, comme nous le trouvons au début des évangiles. Aquilas et Priscilla, l’ayant entendu, le prirent à part et lui communiquèrent les enseignements précieux qu’ils avaient reçus de Paul, la révélation d’un Christ ressuscité et glorifié, les résultats de sa mort. Apollos, ce savant qui parlait avec puissance et hardiesse devant des foules, avait beaucoup à apprendre de cet humble ménage d’artisans. Instruit par eux, il put continuer son service avec l’entière communion de l’Assemblée et en exposant pleinement la vérité.
Quand, peu de temps après, Aquilas quitta Éphèse pour se rendre dans l’Achaïe, province à laquelle appartenait les Corinthiens, les frères lui donnèrent une lettre de recommandation pour les chrétiens de cette contrée. Dans son nouveau champ de travail il fut très utile, par la grâce de Dieu, pour édifier les croyants et réfuter publiquement avec toute force les Juifs, en démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ. Le service discret et fidèle d’Aquilas et de Priscilla avait ainsi d’importantes conséquences à la gloire de Dieu.
À Éphèse, leur maison était le lieu de réunion pour une assemblée, comme nous le voyons en 1 Corinthiens 16. Ce passage nous montre qu’ils n’oubliaient pas les chrétiens de Corinthe et ils chargent l’apôtre de les saluer affectueusement.
Plus tard, Aquilas et Priscilla (appelée aussi Prisca) retournèrent à Rome. Paul les fait saluer à la fin de l’épître aux Romains (ch. 16), et nous apprenons que là encore une assemblée se réunissait dans leur maison. Nous trouvons aussi dans ce passage un témoignage touchant de Paul à leur sujet. Il les nomme « ses compagnons d’œuvre dans le Christ Jésus », et il rappelle que, dans des circonstances que nous ignorons, ces amis dévoués avaient exposé leur propre vie pour sauver celle de l’apôtre. Toutes les assemblées des nations, ajoute Paul, avaient quelque sujet de reconnaissance envers eux.
Dans la dernière épître qu’il a écrite, tout à la fin de sa vie, alors que beaucoup l’avaient abandonné, Paul charge encore Timothée de ses salutations pour Prisca et Aquilas qui restaient fidèles dans leur attachement à l’apôtre prisonnier (2 Tim. 4).
Quelle vie de dévouement au service du Seigneur que celle de ces deux époux chrétiens que l’Écriture nomme toujours ensemble ! Ils étaient les imitateurs de l’apôtre, comme lui-même l’était de Christ. Tel est le fruit du premier travail de Paul à Corinthe.
Séjour de Paul à Corinthe
La ville de Corinthe, où Paul s’était rendu en venant d’Athènes, jouissait d’une situation privilégiée au fond du golfe qui porte son nom. Le sud de la Grèce, le Péloponnèse, est séparé du continent par ce golfe très allongé. Une étroite bande de terre, large de cinq à six kilomètres, l’isthme de Corinthe, reliait seule le Péloponnèse au reste de la Grèce. À la fin du siècle dernier l’isthme a été percé par un canal qui permet la navigation directe de la mer Ionienne à la mer Égée. Sous l’Empire romain, un trafic très important se faisait par voie de terre à travers l’isthme, entre le fond du golfe et le port de Cenchrée sur la mer Égée. C’était là, pour la ville de Corinthe, la source d’un commerce florissant, mais cette prospérité avait entraîné ses habitants à la poursuite des plaisirs et à des mœurs corrompues.
Dans cette ville riche et luxueuse, Paul arrivait comme un simple artisan. Silas et Timothée qui étaient restés en Macédoine vinrent bientôt l’y rejoindre. Ils lui apportaient de bonnes nouvelles des Thessaloniciens qui, à travers la persécution, tenaient ferme dans le Seigneur. Cette arrivée de Silas et de Timothée fut pour l’apôtre un grand encouragement et stimula son zèle à prêcher la Parole de Dieu. Chaque sabbat, dans la synagogue, Paul s’adressait aux Juifs et aux Grecs pour les persuader. Il affirmait en particulier aux Juifs que Jésus est le Christ.
Comme partout, il rencontrait une vive opposition de la part de ses compatriotes qui prononçaient même des paroles impies. Devant leur obstination à rejeter la vérité Paul secoua ses vêtements et leur dit : « Que votre sang soit sur votre tête, moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations ». Par le geste de secouer ses vêtements il marquait une rupture avec son auditoire, comme quand, avec Barnabas, ils avaient secoué la poussière de leurs pieds contre les Juifs d’Antioche de Pisidie (Act. 13. 51). Ces Juifs incrédules qui refusaient le salut annoncé par Paul étaient entièrement responsables de leur propre perdition : « leur sang était sur leur tête ». Paul était net de leur sang : il avait mis toute l’insistance possible à les engager à recevoir Jésus comme Sauveur ; il ne pouvait rien de plus pour eux et il ne lui restait qu’à se tourner vers les nations plus accessibles à l’évangile. C’est ainsi que l’Éternel avait dit autrefois au prophète Ézéchiel : « Si tu avertis le méchant et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté ni de sa méchante voie, il mourra, lui, dans son iniquité ; mais toi tu as délivré ton âme » (Éz. 3. 19).
Pour mettre ses paroles à exécution, Paul sortit de la synagogue et entra chez un homme des nations, nommé Juste, qui servait Dieu et dont la maison était attenante à la synagogue. Cependant son sévère avertissement ne fut pas sans résultat pour tous. Le chef même de la synagogue, Crispus, crut au Seigneur avec sa famille. Plusieurs Corinthiens crurent aussi et furent baptisés.
Paul pouvait se demander si son travail à Corinthe était terminé et s’il avait à porter l’évangile ailleurs. Mais le Seigneur ne le laissa point dans l’incertitude et s’adressa à lui dans une vision de nuit. Nous nous souvenons que c’est déjà de cette manière, dans une vision de nuit, qu’Il l’avait conduit à passer d’Asie Mineure en Macédoine (Act. 16. 9). Paul était dans une intimité assez grande avec le Seigneur pour recevoir ainsi des communications directes de sa part. Il ne nous sera sans doute pas accordé comme à l’apôtre d’avoir des visions, mais le Seigneur se plaît toujours à conduire les siens et à leur montrer le chemin à suivre. Si nous lisons assidûment la Parole de Dieu, nous discernerons sa volonté dans les circonstances de notre vie ; si, par la prière, nous Lui demandons humblement et instamment de nous diriger, Il ne nous laissera pas nous égarer.
Le Seigneur dit donc à Paul : « Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi et personne ne mettra les mains sur toi, pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville ».
Le Seigneur voyait à l’avance le grand nombre d’âmes que, par la prédication de l’apôtre, Il allait arracher aux ténèbres du paganisme et amener à Dieu. Il encouragea Paul à poursuivre la prédication en lui donnant une assurance bien précieuse : « Je suis avec toi ». Que pourraient les adversaires de l’évangile contre le Seigneur Lui-même coopérant avec son serviteur ?
Paul demeura dix-huit mois à Corinthe. L’assemblée formée par son ministère croissait en nombre. Sous son enseignement ces nouveaux convertis étaient affermis et progressaient dans la connaissance de la vérité. Paul pouvait leur écrire plus tard : « Vous avez été enrichis dans le Christ Jésus en toute parole et toute connaissance » (1 Cor. 1. 5).
Mais l’hostilité des Juifs se manifesta de nouveau. Ils s’élevèrent ensemble contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal où siégeait le proconsul Gallion représentant l’autorité romaine. Là, ils l’accusèrent d’entraîner les hommes à servir Dieu contrairement à la Loi.
Avant même que Paul eût répondu à ces accusations, Gallion déclara aux Juifs qu’il refusait de s’occuper de questions de ce genre qui ne touchaient pas à l’ordre public et il les chassa du tribunal. Les assistants se saisirent de Sosthène, le chef de la synagogue, qui était sans doute le porte-parole des Juifs, et se mirent à le battre devant le tribunal sans que Gallion, indifférent, daigne intervenir.
L’opposition des Juifs avait tourné à leur confusion. La promesse du Seigneur, « Personne ne mettra les mains sur toi », s’était réalisée. Paul put continuer son séjour à Corinthe.
Mais l’apôtre avait le désir de retourner à Jérusalem et à Antioche, capitale de la Syrie, point de départ de son ministère. Il prit congé des frères et alla s’embarquer au port de Cenchrée. Il était accompagné, comme nous l’avons vu, d’Aquilas et de Priscilla. Ils débarquèrent ensemble à Éphèse, ville importante d’Asie Mineure. Là Paul se rendit à la synagogue où il s’adressa aux Juifs.
Mais il ne s’attarda pas dans cette ville, malgré l’invitation de ceux qui voulaient le retenir. Il ajoutait toutefois, comme nous devons le faire pour tous nos projets : « si le Seigneur le permet ».
Laissant là Aquilas et Priscilla, il poursuivit son voyage par mer, débarqua à Césarée, monta à Jérusalem comme il se l’était proposé et revint à Antioche.