Bienvenue ! Ce site a été réalisé spécialement pour les enfants, les adolescents et les jeunes. Il est là pour présenter l’évangile et vous aider à grandir dans votre vie avec le Seigneur. N’hésitez pas à poser des questions ou à nous suggérer des sujets qui vous intéressent, par l’intermédiaire de l’espace questions. Nous essayerons d’y répondre !
« (Jésus dit : ) Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai » Jean 14. 21.
« Ne nous lassons pas de faire le bien » Galates 6. 9.
UN TÉMOIGNAGE CRÉDIBLE
Lecture proposée : 2 Rois 5
La jeune Israélite dont nous parle le récit de 2 Rois 5 avait de bonnes raisons pour rester discrète et silencieuse. Enlevée à sa famille, déportée, faite prisonnière et devenue esclave, elle aurait pu ressentir de la colère et de la rancune. Au contraire, elle n’a pas laissé passer l’occasion de faire du bien.
Cette jeune captive donne la preuve d’une piété sincère. Elle est au service de la femme de Naaman, le chef de l’armée du roi de Syrie, un homme puissant mais atteint de lèpre. Elle montre de la compassion envers son maître, sans se demander s’il était juste ou non de faire du bien à celui qui l’avait rendue esclave : loin de se refermer sur elle-même et de se plaindre de son triste sort, la jeune fille se montre sensible à la souffrance d’autrui et cherche à être en aide. Elle dit à sa maîtresse : « Oh, si mon seigneur était devant le prophète qui est à Samarie ! alors il le délivrerait de sa lèpre » (v. 3) La femme de Naaman écoute les paroles de la jeune fille.
Par sa foi, la jeune fille a montré un autre bon côté de son caractère : elle n’a absolument pas douté de la puissance de Dieu pour guérir Naaman. Sa simplicité aussi est exemplaire : en peu de paroles, elle a exprimé tout ce qui était nécessaire pour que son maître puisse être guéri.
Simplicité, précision, foi, amour, dévouement, sont tous des éléments fondamentaux pour qu’un témoignage soit crédible, et Dieu honore la foi de cette jeune fille. Son histoire peut se résumer en deux expressions : ce qu’elle faisait et ce qu’elle disait.
Ami lecteur, jeune ou âgé, pour que notre témoignage soit crédible, il faut que nos actes précèdent nos paroles et que notre vie s’efforce de refléter les caractères de notre Seigneur Jésus Christ.
« Moi, je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’enseigne pour ton profit, qui te dirige dans le chemin par lequel tu dois marcher » És. 48. 17.
« Je t’instruirai, et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher ; je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » Ps. 32. 8.
SELON LE PLAN DE DIEU
Dieu désire le meilleur pour notre vie. Le désirez-vous aussi ? Méditez alors sur les points suivants :
1. Dieu a un plan pour votre vie. En Éphésiens 2. 10, Paul écrit : « Nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles ». Dieu vous a sauvés par sa grâce. Il veut maintenant que vous L’honoriez en vivant selon ses pensées. Il a tout planifié à l’avance afin que cela puisse se faire. Le laisserez-vous mener à bien son plan ?
2. Dieu veut vous montrer le plan qu’Il a pour votre vie. L’apôtre Paul confirme cela en Colossiens 1. 9 : « Que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté ». Vous pouvez vraiment connaître la volonté de Dieu dans votre marche, un pas après l’autre. Cependant, il y a quelque chose qui peut vous empêcher de la faire, c’est votre propre volonté. Dieu ne vous permettra d’entrer dans la compréhension de son plan à votre égard que si vous acceptez vraiment de mettre de côté vos propres désirs, pour Lui obéir.
3. Commencez à mettre en œuvre le plan de Dieu pour votre vie. Quand Dieu vous montre quelle est sa volonté, obéissez immédiatement. En Jean 7. 17, le Seigneur Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut faire la volonté de celui qui m’a envoyé, il connaîtra, au sujet de cette doctrine, si elle vient de Dieu ». Cette déclaration montre clairement que, si vous obéissez à la volonté de Dieu, vous recevrez plus de lumière pour poursuivre votre vie.
Ainsi, un pas après l’autre, vous pouvez avancer dans le chemin dans lequel Dieu veut vous conduire, afin que son plan à votre égard s’accomplisse.
« Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ?… Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Mat. 16. 13 et 15.
En lisant les Évangiles, nous remarquons que Jésus pose souvent des questions. Il interroge les personnes qu’Il rencontre ou qui viennent à Lui, ou encore les chefs religieux du peuple qui s’opposent constamment à Lui, et aussi ses disciples.
Dans l’évangile selon Jean, nous découvrons de nombreuses occasions où Jésus interroge ses interlocuteurs, que ce soit les disciples ou d’autres personnes. Son but est de les amener à réfléchir sur ce qu’ils désirent réellement, de mettre à découvert les hypocrisies cachées et de faire apparaître la vérité.
Aujourd’hui encore, les questions de Jésus déchirent le voile de nos préjugés, jettent une lumière inattendue sur les motivations et les désirs qui nous animent. Nous allons considérer ensemble quelques-unes de ces questions. Laissons-nous nous-mêmes interroger comme si elles s’adressaient directement à nous.
QUE CHERCHEZ-VOUS ?
« Les deux disciples l’entendirent parler et ils suivirent Jésus. Jésus se retourna et vit qu’ils le suivaient ; il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui dirent : Rabbi (ce qui se traduit par : maître), où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et voyez » Jean 1. 37 à 39.
La première question posée par Jésus se trouve dans l’évangile de Jean : « Que cherchez-vous ? ».Il s’agit peut-être de la question la plus fondamentale en ce qui nous concerne. Deux disciples de Jean le Baptiseur avaient entendu le témoignage de Jean au sujet de Jésus et aussitôt ils s’étaient mis à suivre ce « maître ». Jésus se tourne vers eux et leur pose cette question, afin qu’ils expriment ce qu’il y avait dans leur esprit, qui les avait conduits à marcher après Lui. Cela nous amène à nous interroger nous-mêmes sur ce que nous désirons vraiment obtenir en suivant Jésus.
Les deux disciples voulaient savoir où Jésus habitait, peut-être afin de pouvoir revenir l’interroger et d’apprendre ainsi à mieux Le connaître. Jésus les accueille : « Venez et voyez » (ou : Venez, et vous verrez »). Venir à Jésus signifie croire en Lui, croire qu’Il nous aime. La conséquence, c’est que nous Le voyons. Quand nous venons à Jésus, tout devient clair, car la foi nous ouvre des perspectives merveilleuses. Et c’est justement ce qu’ont trouvé André, Simon, Pierre, Philippe et Nathanaël : en venant à Jésus, ils ont vu en Lui le Fils de Dieu (Jean 1. 40 à 50).
VEUX-TU ÊTRE GUÉRI ?
« Or il y avait là un homme, infirme depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant couché, et sachant qu’il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit : Veux-tu être guéri ? … Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton brancard et marche » Jean 5. 5 à 8.
À Jérusalem, il y avait un grand réservoir d’eau appelé en hébreu Béthesda. Sous ses portiques étaient couchés « une multitude d’infirmes… [qui] attendaient le mouvement de l’eau. Car, à certaines époques, un ange descendait dans le réservoir et agitait l’eau ; et le premier qui entrait après que l’eau ait été agitée était guéri, quel que soit le mal dont il était atteint » (Jean 5. 2 à 4).
Jésus, qui était là, apercevant parmi la foule un homme qui se tient là en silence, paralysé depuis trente-huit ans, incapable d’accéder à l’eau qui pourrait le guérir, lui demande : « Veux-tu être guéri ? ». Question surprenante à première vue ! Ne voudrions-nous pas être guéri de ce qui nous paralyse ? Si, cependant, nous nous laissons sonder par la question de Jésus, peut-être prendrons-nous conscience d’habitudes ou de comportements qui nous paralysent mais auxquels nous avons du mal à renoncer.
La question posée par Jésus nous invite à nous examiner intérieurement. La réponse émouvante de l’infirme résonne comme une plainte désespérée : « Je n’ai personne… ». Obtenir la guérison en plongeant le premier dans la piscine lui était totalement impossible. Jésus, qui a la puissance de répondre directement à sa foi, lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard et marche ». Il n’a pas besoin de plonger dans l’eau. Cet homme a cru en Jésus. Tel qu’il était, couché sans pouvoir bouger, il se redresse alors et soulève son brancard, témoignant ainsi de sa guérison.
La foi obéit à la parole de Jésus, même si tout paraît impossible.
Si aujourd’hui nous sommes accablés, sans force, plongés dans le désespoir – que ce soit de notre faute ou pas – Jésus nous touche au plus profond de notre cœur en nous demandant : « Veux-tu être guéri ? ». Si nous Le laissons agir, le lieu de notre souffrance deviendra alors, grâce à sa présence et à son amour, le lieu de notre libération. Accueillons avec foi Jésus et son message : nous serons guéris !
OÙ ACHÈTERONS-NOUS DU PAIN ?
« Jésus leva les yeux et vit qu’une grande foule venait à lui. Il dit à Philippe : Où pourrons-nous acheter des pains, afin qu’ils mangent ? » Jean 6. 5
Jésus lève les yeux et voit une grande foule. Il la regarde avec une profonde compassion. Il demande alors à son disciple Philippe : « Où pourrons-nous acheter des pains, afin qu’ils mangent ? ». Philippe répond : « Des pains, pour deux cents deniers, ne leur suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu ». André, un autre disciple, fait remarquer qu’il y a là un petit garçon qui a avec lui cinq pains et deux poissons, « mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? ».
Trop souvent, nous sous-évaluons l’amour et la puissance de Jésus dans des situations que nous ne sommes pas capables de gérer. Dieu permet de telles circonstances afin de nous apprendre à avoir confiance en Lui. Et, à partir du peu qu’Il a à sa disposition et qui se trouve dans les mains d’un enfant, Il accomplit ce grand miracle de la multiplication des pains, qui est narré dans les quatre évangiles.
Le Seigneur souhaite que les siens collaborent avec Lui. Il apprécie que nous mettions à sa disposition le peu que nous possédons, et alors Il agit. Ici, Il multiplie ce qui a été donné pour nourrir la foule. Jésus veut transformer nos situations de disette en expériences de sa grâce surabondante… Nous le voyons dans les douze paniers remplis de restes. Soulignons l’attention du Seigneur qui veille à ce que rien ne soit perdu (v. 12).
Jésus peut rassasier notre faim, combler tous les besoins de notre vie : amour, dignité, pardon, respect, bonheur, et même la faim de Dieu que nous pouvons ressentir. Et cela, au-delà de nos attentes si nous nous confions en Lui dans l’obéissance à sa Parole.
Peu après ce miracle, Jésus déclarera : « Moi, je suis le pain de vie » (v. 35).
VOULEZ-VOUS, VOUS AUSSI, VOUS EN ALLER ?
« Jésus dit aux douze : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? Simon Pierre répondit : Seigneur, auprès de qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que toi, tu es le Saint de Dieu » Jean 6. 67 à 69.
Au commencement du ch. 6 de l’évangile selon Jean, nous voyons que la foule, enthousiaste, veut couronner Jésus et le faire roi (v. 15). Mais à la fin, après avoir entendu son enseignement, beaucoup d’entre ceux qui Le suivaient L’abandonnent.
Jésus se retrouve seul avec ses douze disciples les plus proches ; Il leur demande alors : « Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? ». Nous pouvons comprendre sa douleur devant cette défection de plusieurs.
Mais Pierre Lui donne cette belle réponse : « Seigneur, auprès de qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ? ». Plusieurs s’étaient retirés à cause des paroles de Jésus, mais Pierre reste, car il a reconnu dans ce que Jésus a dit « les paroles de la vie éternelle ». Il a compris que Jésus n’est pas seulement Celui qui peut multiplier les pains, mais qu’Il est Lui-même « le pain vivant… descendu du ciel », qui donne la vie (v. 51).
Nous pouvons connaître des moments de crise dans notre propre vie, et être tentés d’abandonner Jésus. Les disciples qui s’étaient retirés de Lui ne Lui avaient pas parlé directement, mais ils avaient murmuré entre eux (v. 60, 61) et ils avaient cessé de suivre Jésus.
Pierre, au contraire, s’est laissé interroger par Jésus et il est resté avec Lui, de même que les onze autres disciples. Le Seigneur les rassurera en leur disant : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les douze ? » (v. 70)
Prenons-nous le temps nécessaire pour écouter avec foi les paroles de Jésus, et pour rester près de Lui ? En restant dans sa présence, Lui le saint Fils de Dieu, nous pourrons Lui rendre hommage, parce que c’est Lui qui nous a choisis.
PERSONNE NE T’A CONDAMNÉE ?
« Jésus se releva et, ne voyant personne que la femme, lui dit : Femme… personne ne t’a condamnée ? Elle dit : Personne, Seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, dorénavant ne pèche plus » Jean 8. 10 et 11.
C’est le matin. Jésus est assis dans la cour du temple et Il enseigne le peuple. Un groupe de religieux vient l’interroger, espérant faire apparaître des incohérences dans son enseignement et avoir ainsi un motif pour l’accuser. Ils amènent devant Lui une femme surprise en adultère. Jésus la condamnera-t-Il à mort, comme le prévoit la Loi de Moïse ? Afin de pouvoir L’accuser, ils le provoquent en Lui demandant : « Toi donc, que dis-tu ? »
Jésus ne leur répond pas, mais Il se baisse et, en silence, Il écrit avec le doigt sur la terre. Interrogé à nouveau avec insistance, Il se relève et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il jette le premier la pierre contre elle ». Puis Il se baisse à nouveau et écrit sur la terre. L’un après l’autre, les accusateurs de la femme s’en vont. Il ne reste plus que Jésus et la femme adultère qui se tient devant Lui.
Un regard entièrement nouveau s’est posé sur elle, lui donnant une lueur d’espoir. Jésus se tourne vers elle et lui demande : « Personne ne t’a condamnée ? » « Personne, Seigneur », répond la femme (à voix basse). « Moi non plus, je ne te condamne pas », lui dit Jésus. Avec la force du pardon, la femme s’en va, libre de toute condamnation.
Le principe moteur de sa libération, comme il l’est pour nous aujourd’hui dans notre vie, c’est le souvenir de l’amour du Seigneur Jésus. « Va, dorénavant ne pèche plus ». La merveilleuse grâce de Dieu ne se laisse pas arrêter par notre péché car Jésus en a porté toute la peine sur la croix.
Si vous vous sentez encore loin de Jésus, sachez qu’Il vous aime. Approchez-vous de Lui et recevez pour vous-même les paroles du Seigneur : « Je ne te condamne pas ; va, dorénavant ne pèche plus ».
POURQUOI NE ME CROYEZ-VOUS PAS ?
« Si je dis la vérité, vous, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Celui qui est de Dieu entend les paroles de Dieu ; c’est pourquoi vous n’entendez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu » Jean 8. 46 et 47.
« Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples » Jean 8. 31.
Cette question, Jésus la pose à quelques Juifs qui prétendaient L’écouter. Mais leur foi était-elle réelle ou superficielle ? Ils pensaient connaître la vérité : ils avaient reçu la Loi de Dieu par Moïse, ils étaient des descendants d’Abraham, ils croyaient avoir Dieu pour Père. Et pourtant, lorsqu’on lit le ch. 8 de l’évangile selon Jean, on constate qu’ils réagissent avec toujours plus de violence aux paroles de Jésus ; ils vont jusqu’à prendre des pierres pour le lapider (v. 59).
Jésus leur parle de vérité, de liberté, de la relation filiale qu’ils devraient avoir avec le Père et le Fils, mais ils restent irrémédiablement figés sur leur interprétation de la Loi. Lorsqu’Il les exhorte à persévérer dans sa parole pour être libérés, ils répondent qu’ils n’ont pas besoin d’être libérés, affirmant qu’ils n’ont jamais été esclaves de quiconque (v.33) – ce qui était démenti par le fait qu’ils étaient sous l’occupation des Romains. Ce refus radical montrait clairement qu’ils ne voulaient pas écouter. Six fois dans ce chapitre, Jésus parle de la vérité, puis Il leur pose la question : « Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? », ajoutant aussitôt la réponse : « Parce que vous n’êtes pas de Dieu ».
La vérité dont parle Jésus n’est pas une vérité conçue par l’esprit humain, c’est la révélation de Dieu.
Quel écho ont les paroles de Jésus dans notre cœur et dans notre vie ? Sommes-nous prisonniers de nos convictions et pratiques religieuses, ou vivons-nous dans la liberté que connaissent les enfants de Dieu ? Laissons agir en nous les paroles et les questions de Jésus. Ouvrons nos cœurs à son amour pour vivre en pleine liberté, miséricorde et vérité – dans la liberté des enfants de Dieu.
« Jésus… lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ? Il répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit : Et tu l’as vu, et celui qui parle avec toi, c’est lui. Il dit : Je crois, Seigneur ! Et il lui rendit hommage » Jean 9. 35 à 38.
Jésus rencontre un homme aveugle dès sa naissance. Il lui met de la boue sur les yeux et lui dit : « Va, lave-toi au réservoir de Siloé » (v. 7). L’aveugle obéit et revient guéri !
Étrangement, personne ne semble se réjouir de cette guérison, qui était un signe évident d’une intervention divine : les parents de celui qui a été guéri ont peur des pharisiens, les voisins sont stupéfaits et les chefs religieux cherchent à l’obliger à dire que Jésus est un homme pécheur.
Mais l’aveugle guéri, seul contre tous, résiste et fait des progrès dans son chemin de foi. Au début, il parle d’un homme appelé Jésus, puis d’un prophète, puis d’un homme de Dieu. En tout cas, il est certain d’une chose : il était aveugle, et maintenant il voit. Enfin, le Seigneur se révèle à lui et lui pose cette question :
– « Crois-tu au Fils de Dieu ? »
– « Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? »
– « Tu l’as vu », lui dit Jésus. Et celui qui était aveugle lui donne cette belle réponse :
– « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterne devant Jésus.
Cette question : « Crois-tu au Fils de Dieu ? », est vitale. C’est une question à laquelle nous devons répondre devant Dieu. Comme pour ce témoin courageux, notre foi doit être « testée » dans la présence de ceux qui s’opposent, purifiée par l’épreuve, renforcée par le témoignage que nous rendons. Confions-nous fermement et définitivement en Jésus notre Sauveur : « Je crois, Seigneur ! »
C’est par les yeux de la foi que nous Le contemplons. Ouvrons nos cœurs afin de croire en Lui !
CROIS-TU CELA ?
« Jésus (déclare à Marthe) : Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas, à jamais. Crois-tu cela ? » Jean 11. 25 et 26
Le plus extraordinaire des miracles de Jésus que l’Écriture nous ait conservé, de par la puissance qui a été démontrée, c’est la résurrection de Lazare. Ce miracle, qui se trouve au centre de l’évangile de Jean, constitue une étape fondamentale dans la révélation de la Personne du Seigneur.
Un homme du nom de Lazare est malade. Malgré l’affection qu’Il a pour lui et ses sœurs, Marthe et Marie, Jésus ne vient pas vers l’ami qui est en train de mourir. Le récit met en évidence la douleur des sœurs, mais aussi leur foi en Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (v. 21). Le dialogue qui suit, entre Marthe et Jésus, culmine dans son affirmation, à la suite d’une question : « Moi, je suis la résurrection et la vie… Crois-tu cela ? ». Marthe croyait en une résurrection générale des morts à la fin des temps. Jésus la conduit à une foi personnelle en Lui.
« Crois-tu cela ? » À cette brève question, Marthe répond : « Oui, Seigneur ! » Mais la situation de Marthe n’est pas changée : le corps de son frère est toujours dans la tombe. Sa douleur est encore intense, et pourtant elle ose saisir cette main tendue qui l’aidera à vivre son épreuve différemment. Elle peut affirmer, malgré sa douleur, sa foi en Jésus qu’elle reconnaît comme le Christ, le Fils de Dieu. Jésus va encore parler avec sa sœur, Marie, puis Il se rend au tombeau de Lazare et le ressuscite.
Jésus est venu dans notre monde de souffrance et de mort pour nous apporter la vie éternelle par son sacrifice sur la croix. Celui qui croit cela, même s’il meurt, ressuscitera à l’appel du Fils de Dieu.
« Crois-tu cela ? » Une question qui s’adresse à chacun de nous.
QUI CHERCHEZ-VOUS ?
« Alors Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s’avança et leur dit : Qui cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Jésus le Nazaréen. Jésus leur dit : C’est moi » Jean 18. 4 et 5.
Il fait nuit dans le jardin des Oliviers, le lieu qui a souvent vu se rassembler Jésus et ses disciples. Tout est calme lorsque arrive une troupe de soldats, équipés de lanternes, de torches et d’armes, pour arrêter Jésus. Ce n’est pas Judas, l’un des douze disciples, ce ne sont pas les soldats, qui identifient Jésus. C’est Lui-même qui s’avance et leur demande :
– Qui cherchez-vous ?
– Jésus le Nazaréen, répondent les soldats.
– C’est moi.
Devant cette affirmation, les soldats reculent et tombent par terre : ils se trouvent devant le Seigneur Tout-puissant et ils ne le savaient pas !
Jésus leur demande encore :
– Qui cherchez-vous ?
– Jésus le Nazaréen. Et Jésus répond :
– Je vous ai dit que c’est moi, et Il demande que ses disciples soient laissés libres, sans que l’épée dont Pierre voulait se servir pour Le défendre, soit nécessaire.
Dans l’histoire de la chrétienté, on a essayé « d’arrêter Jésus » de différentes façons. Certains ont nié son existence ; d’autres ont rejeté sa parole ou ce qu’Il a dit de Lui-même ; d’autres encore ne veulent pas croire à sa résurrection.
Mais plusieurs, par contre, ont fait la rencontre qui les a amenés à prendre conscience de la véritable identité de Jésus et à croire en Lui comme leur Sauveur. Pour les hommes, Il est « Jésus de Nazareth », mais pour les chrétiens Il est le Fils de Dieu. Un jour, devant Lui, l’Agneau de Dieu, tous se prosterneront et Lui rendront la louange, l’honneur, la gloire et la puissance qui Lui sont dus (Apoc. 5. 13).
POURQUOI PLEURES-TU ?
« Femme, pourquoi pleures-tu ? » Jean 20. 15
« Je changerai leur deuil en allégresse, et je les consolerai et je les réjouirai [en les délivrant] de leur douleur » Jérémie 31. 13.
Marie de Magdala se tient près du tombeau de Jésus, comme elle s’était tenue près de sa croix. Elle est seule, et elle pleure. Submergée par la tristesse, elle ne réagit pas à la vue des deux anges qui veillent sur le lieu où le corps de Jésus avait reposé. Cette présence céleste ne produit aucune réaction sur elle, et elle leur répond comme elle l’aurait fait à n’importe qui. Marie n’interprète pas la question des anges comme un appel à sortir de sa douleur : profondément attachée à son Seigneur, elle veut savoir où son corps a été déposé, mais elle est comme prisonnière de son propre chagrin.
Jésus, ressuscité, s’approche, mais Marie ne sait pas que c’est vraiment Lui. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? ». Jésus lui pose la même question que les anges : « Pourquoi pleures-tu ? », mais Il ajoute : « Qui cherches-tu ? », parce qu’Il sait de qui son cœur est rempli. Elle, pensant qu’Il est le jardinier, lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi je l’enlèverai ». Jésus ne prononce qu’un mot, Il l’appelle par son nom : « Marie ». Alors, elle se retourne et Lui dit en hébreu : « Rabboni ! » (ce qui veut dire : maître).
Ainsi, Jésus se révèle à ceux qui L’aiment et Le cherchent de tout leur cœur. Marie le cherchait en vain parmi les morts. Mais Jésus lui fait entendre sa voix, la voix du bon Berger qui connaît ses brebis et les appelle par leur nom. Immédiatement, elle reconnaît la voix de Celui qui l’avait guérie, qu’elle avait suivi, servi, puis qu’elle avait vu mourir sur une croix… Et Il était là, juste devant elle, son Seigneur, vivant, ressuscité ! Sa foi lui fait faire l’expérience de la joie immense promise aux disciples : « Votre tristesse sera changée en joie » (Jean 16. 20).
DIS-TU CELA DE TOI-MÊME ?
« Pilate… appela Jésus et lui dit : Toi, tu es le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Suis-je juif, moi ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? » Jean 18. 33 à 35
C’est la Pâque ; Jérusalem accueille de grandes foules mais, cette année, il y a un nouvel évènement qui excite la curiosité. Un homme nommé Jésus fait naître une immense espérance. Serait-Il le Messie tant attendu ? Et pourtant, Il a été arrêté par les chefs des Juifs et les occupants romains.
Pilate, le gouverneur romain, l’interroge : « Es-tu le roi des Juifs ? » Il veut conduire l’interrogatoire lui-même, assuré de son pouvoir ; et voici que, étonnamment, l’accusé qui est devant lui, lui répond : « Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Jésus l’invite à réfléchir, comme s’Il lui disait : Est-ce vraiment cela qui te préoccupe ?
L’interrogatoire se poursuit, mais Jésus affirme : « C’est pour ceci que je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité ». Pilate évite à nouveau ce qui touche sa conscience et il dit : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Puis il sort, sans attendre la réponse de Celui qui se tient devant lui comme étant la vérité en chair : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14. 6). Pilate a manqué l’occasion de la découvrir.
Et nous qui, au 21ème siècle, lisons ces choses, ferons-nous comme Pilate en évitant d’avoir la réponse aux questions essentielles, nous contentant d’une connaissance superficielle de la Personne du Seigneur Jésus ? Faisons sérieusement l’effort de chercher à connaître Celui qui a été humilié et condamné injustement, endurant la croix pour sauver l’homme perdu ; c’est ainsi que nous serons capables de Le suivre, non pas comme on se soumet à un roi, mais en réponse à son amour victorieux.
M’AIMES-TU ?
« Jésus… lui dit une deuxième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Sois berger de mes brebis » Jean 21. 15 et 16.
Jésus ressuscité dit à ses disciples : « Venez, mangez », et Il leur sert le repas qu’Il a Lui-même préparé : du pain et du poisson cuit sur la braise. Juste après avoir supporté les souffrances du reniement, de la croix, de la solitude, de l’abandon, du reniement, Jésus les rassemble. Ils n’osent pas Lui poser de questions, mais c’est Lui qui parle et leur donne à manger. La communion et l’intimité sont retrouvées.
Ensuite, après le repas, Jésus se tourne vers Simon Pierre et, par trois fois, Il lui demande s’il L’aime, ce qui lui rappelle son triple reniement. Jésus connaît bien l’amour qui est dans le cœur de son disciple et, la première fois, Il lui demande : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ceux-ci m’aiment ? », parce que Pierre avait soutenu que, même si tous les disciples venaient à Le renier, lui, resterait fidèle.
La réponse de Pierre montre qu’il a été transformé après avoir renié son Seigneur : le pardon du Seigneur a fait croître son amour pour Lui, et il peut alors répondre : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime ».
Quoique attristé par l’insistance de Jésus, Pierre répond de la même manière aux deux autres questions qui suivent, se confiant dans le fait que Jésus connaît l’affection qu’il a pour Lui. Jésus sonde le cœur de son disciple et lui confie une mission à accomplir. Pierre a perdu sa confiance en lui-même mais, plein d’amour pour son Seigneur, il est chargé de prendre soin des brebis de Jésus, c’est-à-dire des chrétiens qu’il rencontrera.
Et moi, que répondrai-je à la question du Seigneur : « M’aimes-tu ? ». Apprends-moi, Seigneur, à t’aimer de tout mon cœur et sans prétention, pour Te suivre et prendre soin de ceux que je rencontrerai sur mon chemin.
Le mot Genèse (du Grec : Genesis), signifie naissance.
La révélation de Dieu commence par ce livre. C’est le récit de la création du monde matériel et vivant ; mais, à travers ce livre, Dieu nous révèle ses conseils éternels dont le but final est la manifestation de sa gloire en amour et en grâce, révélée en son Fils, le Seigneur Jésus.
À partir du chapitre 3, on trouve les voies de Dieu, les moyens qu’Il emploie, en vue de réaliser ses conseils éternels, malgré le péché du premier homme.
Ce livre contient en germe toutes les vérités de la Parole, bien que toutes les doctrines n’y soient pas révélées en détail. On y trouve : la création, la loi – ou le commandement (ch. 2. 16 et 17) et le Fils de Dieu.
La création en elle-même est déjà un motif d’adoration (Job 38. 7). Dans ce verset, « les étoiles du matin » et « les fils de Dieu » sont les anges qui existaient avant la création de l’univers matériel, donc avant le v. 10 de la Genèse. La foi anime le croyant et ne raisonne pas (Ps. 33. 6) : créer, c’est amener à l’existence des choses qui n’existaient pas auparavant. Dieu seul en a la puissance et il est dit cinq fois, dans ce premier chapitre que « Dieu créa ». Dieu a « pensé » à créer ; le Fils – la Parole – l’a dit, et l’Esprit l’a produit (Prov. 8. 27 à 31).
Le v. 1 : Élohim : pluriel d’Éloah, le Dieu suprême – et : « Faisons … » (v. 26), montrent le conseil de l’unité des trois Personnes divines qui décide de créer.
Le « commencement » de Jean 1 précède éternellement le « commencement » de Genèse 1 (Jean 1. 1 à 3).
On voit aussi « l’Esprit de Dieu qui planait, l’original dit : couvait sur la face des eaux » (v. 2). C’est l’Esprit de vie qui va communiquer la vie sur la terre, d’abord inanimée. Dieu sépare d’abord les éléments chaotiques, prépare la scène sur laquelle II va donner la vie végétale, puis animale et enfin, humaine.
Tout est mis en place pour l’arrivée de l’homme (Ps. 104. 5 à 15), couronnement de la création, qui sera chargé d’administrer avec sagesse l’univers terrestre qui lui est confié. Les plantes, les poissons, les oiseaux, les animaux terrestres, l’homme, enfin, sont créés, séparés dans leur espèce : la fausse théorie de « l’évolution » à laquelle beaucoup croient encore, est mise à néant par la Parole.
Des sélections végétales et animales ont pu « améliorer » les races, mais les espèces restent séparées. Après chaque étape de la création, Dieu déclare que « cela était bon ». Mais après la création de l’homme, alors que tout était ordonné selon la sagesse divine, « Dieu vit tout ce qu’Il avait fait, et voici, cela était très bon » (v. 31). Malgré cette gradation, la perfection ne sera atteinte sur la terre que par la venue du Fils de Dieu en gloire.
Ces premiers versets nous montrent deux cieux différents : les cieux cosmiques (v. 1), et les cieux atmosphériques (v. 7). Paul parlera du « troisième ciel » où il avait été « ravi » (2 Cor. 12. 2) : c’est le ciel de la présence de Dieu où seront les saints avec le Seigneur.
Si petite que soit la terre dans l’incommensurable espace sidéral, elle est infiniment précieuse aux yeux de Dieu, car elle a été créée pour être habitée (És. 45. 18) ; et pour son Fils (Col. 1. 15 et 16), et c’est là qu’Il est venu et là qu’Il régnera comme Roi des rois. Adam n’était qu’une pâle « image de Celui qui devait venir » (Rom. 5. 14), car il s’est montré incapable d’une sage gestion du domaine qui lui était confié. Le Seigneur Jésus est le glorieux couronnement de la création comme Fils de l’homme, homme parfait selon le cœur de Dieu, et toute la création se prosternera devant Lui (Phil. 2. 10 et 11).
Au v. 1er, on assiste donc à la création de l’univers matériel. Entre les v. 1 et 2, on a pu insérer tous les temps géologiques, avant l’apparition de la vie. Symboliquement, on peut peut-être voir des similitudes entre la création de la matière et le corps de l’homme ; la vie animale avec l’âme vivante que l’homme est devenu (Gen. 2. 7). Puis, la création de l’homme à la ressemblance de Dieu, à la vie spirituelle : seul, l’homme possède un esprit capable d’être en relation avec son Créateur, tandis que les animaux n’ont que leur âme, la vie (v. 30).
La création matérielle est le premier témoignage de ce qu’est Dieu, en puissance et en gloire (Ps. 19. 4). Et cela est encore vrai et, les incrédules sont « inexcusables » (Rom. 1. 20).
« Que la lumière soit… » C’est la première parole de Dieu que la Bible nous rapporte, et c’est pour commander l’apparition de la lumière qu’Il sépare des ténèbres du v. 2. La source de la lumière existait depuis le v. 1er – la création des cieux cosmiques avec les étoiles et le soleil, mais d’épaisses nuées devaient couvrir la surface de la mer universelle, de sorte qu’« il y avait des ténèbres sur la face de l’abîme ». Cette création « physique » nous conduit à un enseignement moral : « Dieu est lumière » (1 Jean 1. 5) et, pour ôter le moindre doute, il est ajouté : « et il n’y a en Lui aucunes ténèbres ».
En Jean 8. 12, Le Seigneur dit : « Moi, je suis la lumière du monde ». Et, en Jean 1. 4 : « En elle – la Parole – était la vie, et la vie était la lumière des hommes ».
Physiquement, dans la création, la vie n’a été possible qu’après l’apparition de la lumière. De même, moralement, un homme ne peut recevoir la vie éternelle qu’après que la lumière divine ait éclairé son âme et sa conscience, quant à la sainteté de Dieu, et quant à son propre état. Les ténèbres morales font obstacle à ce que nous voyions clairement ce qu’il en est de nous devant Dieu. Dans le sobre récit de la création, Dieu poursuit donc un but moral pour nous. Aussi, la Parole ne donne aucun détail sur les bouleversements géologiques du v. 2. Dieu met tout en place pour que, d’abord désolée et vide, la terre devienne habitable. D’ailleurs, au v. 1er, Dieu parle des cieux et de la terre. Mais à partir du v. 2, Dieu n’a plus en vue que la terre.
« … Et la lumière fut » : « La lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise » (Jean 1. 5). Le monde incrédule refuse la lumière morale divine et demeure dans ses ténèbres, car elle nous pousse à la repentance pour être sauvés – et aussi, tous les jours de notre vie.
Tout au long de ce chapitre, « Dieu dit ». Mais, dans toute la Parole, Dieu parle à nos âmes et dit : « Que la lumière soit » (2 Cor. 4. 6).
Les croyants sont mis comme luminaires dans ce monde. Lorsque le Seigneur enlèvera son Église, d’épaisses ténèbres morales lui succéderont : « Le soleil deviendra noir comme un sac de poil… Le ciel se retirera comme un livre qui s’enroule » (Apoc. 6. 12 à 14). Plus de lumière morale, mais des ténèbres ! Satan dominera sans frein sur les hommes, et les jugements divins s’abattront sur eux.
La Bible oppose souvent la lumière aux ténèbres ; le jour à la nuit ; la vie à la mort, etc… Il y a sur la terre « les enfants de lumière » qui étaient autrefois ténèbres » (Éph. 5. 8). L’Église reflète quelque peu la lumière du Seigneur, comme la lune celle du soleil. Ainsi, nous devons vivre de manière à refléter la lumière du Seigneur (1 Thess. 5. 4 à 8), en nous séparant, moralement, de ce monde de ténèbres (2 Cor. 6. 14 à 16). Les ténèbres morales sont entrées dans le cœur de l’homme par l’introduction du péché, et le croyant reçoit la lumière divine en lui ; mais s’il marche de manière ténébreuse, conformément à celle du monde, il vit en opposition à la nature divine car : « Dieu est lumière ».
« Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne » (v. 4). Dieu avait en vue son propre Fils, la Lumière venue dans ce monde, et de qui Il a pu dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Mat. 3. 17 ; 17. 5). À un niveau plus modeste, Abraham, en son temps, retiré d’Ur, en Chaldée plongée dans l’idolâtrie, a été « un luminaire » au milieu des Cananéens : « Tu es un prince de Dieu au milieu de nous » (Gen. 23. 6). Quel témoignage !
Dieu donne des noms : « jour », « nuit » ; « soir », « matin ». Sont-ce des jours de vingt-quatre heures ? Dieu n’a pas la même notion du temps que nous : « … mille ans, à tes yeux, sont comme le jour d’hier quand il est passé, comme une veille dans la nuit » (Ps. 90. 4). Et Pierre reprend : « … un jour est devant le Seigneur comme mille ans, et mille ans comme un jour » (2 Pier. 3. 8). Et : « Le jour où tu en mangeras (du fruit défendu) tu mourras certainement » (Gen. 2. 15 à 17). Et la vie d’Adam a duré 930 ans : elle n’a pas atteint la limite d’un jour de mille ans.
Dans la création, Dieu procède par étapes, avec ordre. Contrairement aux hommes, Il commence par le soir et finit par le matin, plaçant ainsi, devant nous, l’espérance toujours renouvelée.
Dieu sépare les eaux de la mer des épaisses nuées qui devaient la recouvrir en entier, pour permettre à la lumière du soleil d’y parvenir, afin que la vie puisse apparaître et s’y développer (v. 6 à 8). Cet espace nouveau entre « les eaux » et « les eaux » forme désormais l’atmosphère respirable indispensable à la vie terrestre, les cieux. C’est une des actions créatrices de Dieu (Job 37. 14 à 18 ; Jér. 51. 15). Cette mise en ordre des éléments terrestres prépare, pour plus tard, les éléments du déluge « les fontaines du grand abîme » « les écluses des cieux » qui rompirent leurs barrières (Gen. 7. 11). Mais cela montre aussi avec quels soins Dieu prépare le lieu où II appellera l’homme à vivre.
Ces versets ont aussi une portée spirituelle : Dieu doit travailler à séparer, dans notre conscience, le bien du mal, afin que la lumière divine nous parvienne et que nous apprenions à connaître Dieu, et qu’ainsi nous recevions la vie éternelle par la conversion. Ces scènes nous rejettent dans notre néant, pour que nous en saisissions la portée grandiose. Mais ce que Dieu veut placer devant nos cœurs, c’est l’Artisan de cette création, son Fils bien-aimé (Prov. 8. 22 à 31).
Dieu assigne soigneusement une place pour chaque élément créé, et place des bornes fermes qu’aucun ne peut dépasser (Ps. 104. 5 à 9 ; Job 26. 8 à 10 ; 38. 8 à 11). Sur le plan moral, Dieu nous parle des limites que le mal ne pourra dépasser tant que l’Église se trouve encore sur la terre : Il y a « celui qui retient » le Saint Esprit ; et « ce qui retient » la présence des croyants ici-bas (2 Thess. 2. 6 et 7). « La mer » symbolise l’agitation du monde qui manifeste sa corruption, comme la mer qui « jette dehors la vase et la boue » (És. 57. 20) ; mais aussi, les nations par opposition à « la terre », image d’Israël (Apoc. 13. 1 ; 11).
Ces scènes nous invitent à adorer ce Dieu créateur, en contemplant sa grandeur et sa puissance ; mais aussi à tirer des instructions : dans cette séparation établie de Dieu, quant aux différents éléments de la terre (Ps. 33. 6 et 7), on peut voir aussi les limites freinant la méchanceté et surtout celle de Satan (Job 1. 12 ; 2. 4 ; Jér. 5. 21 à 25). C’est une consolation, pour nous, de savoir qu’une épreuve ne peut aller plus loin que Dieu ne le permet.
Les plantes (v. 11), comme les animaux (v. 21 à 25), sont créés, dès l’origine, « selon leur espèce » : la fausse théorie de « l’évolution des espèces » n’a donc aucun fondement et n’entre pas dans la pensée de Dieu. Les plantes, ici, sont toutes des plantes « utiles » (Héb. 6. 7). Il faudra la chute de l’homme pour que le sol fasse « germer des épines et des ronces » (ch. 3. 18). Ces plantes produisent des « fruits portant leur semence en soi » (v. 11 et 12). Non seulement elles sont vivantes, mais elles peuvent se reproduire à l’infini ; c’est là, la marque du Dieu vivant qui communique la vie pouvant se perpétuer d’elle-même.
Mais si Dieu prend tant d’intérêt à la terre et la prépare si soigneusement, c’est qu’Il l’a établie pour être habitée par l’homme, et que ce sera la scène bénie où le saint Fils de Dieu prendra la forme d’un homme pour y souffrir et y mourir. Mais, et surtout, parce que c’est sur la terre qu’Il établira, plus tard, en puissance, son royaume de paix, de justice et de gloire.
La mer, dont on a vu quel symbole elle représente après la chute de l’homme, l’agitation incessante des nations, n’a, ici, que le caractère indispensable à la vie. Dans la nouvelle création d’Apocalypse 21. 1, cette signification symbolique d’agitation des nations disparaîtra, car le péché n’entrera pas là.
Au troisième jour, Dieu rassemble les « eaux qui sont au-dessous des cieux » et fait apparaître « le sec » ainsi, les mers et la terre ferme sont nettement séparées. Dieu, désormais, va pouvoir faire croître « l’herbe, la plante portant de la semence, l’arbre fruitier produisant du fruit selon son espèce, ayant sa semence en soi sur la terre » (v. 9 à 11). Dieu revêt la terre de beauté en y introduisant la vie. Le premier jour et le quatrième s’occupent de la lumière. Le deuxième et le cinquième, des eaux. Le troisième et le sixième de la terre.
Au v. 3 et 4, le Créateur sépare d’une manière générale, la lumière des ténèbres. Aux v. 14 à 18, Il sépare ce qui touche au jour et à la nuit ; mais Il assure aussi la pérennité des cycles des jours, des saisons, et des années. Et c’est Lui qui « soutient toutes choses par la parole de sa puissance » : cela est vrai pour la création, mais pour nous également (Héb. 1. 3). Tout porte la marque de « Celui qui ne change pas ».
Au v. 17 et 18, nous avons le principe de domination sur le jour et la nuit. Cela nous ramène au Seigneur : « l’Orient d’en haut » qui, pendant le millénium, illuminera et dominera sur Israël et sur le monde, tandis qu’Il brille déjà dans le cœur des croyants. Durant la nuit de ce monde, l’Église – la lune reflétant la lumière du soleil – reflète quelque chose de la lumière morale de Christ. Les étoiles symbolisent les croyants individuellement, qui « reluisent comme des luminaires » (Phil. 2. 15). « Vous êtes lumière dans le Seigneur » (Éph. 5. 8). Dans la nuit de ce monde, nous sommes exhortés à « revêtir les armes de la lumière » (Rom. 13. 12). À l’aube du Millénium, les « sages brilleront comme la splendeur de l’étendue, et ceux qui ont enseigné la justice à la multitude, comme les étoiles, à toujours et à perpétuité » (Dan. 12. 3).
Déjà créés au v. 1er, le soleil et les astres sont manifestés pour assurer la vie. La lune est placée pour « les saisons » (Ps. 104. 19) ; et le Psaume 136. 4 à 9, rappelle les merveilles de la création, et la puissance divine en Ésaïe 40. 26. Dieu est le Maître de Sa Création, et Il le montre en 2 Rois 20. 8 à 11, où Il fait « retourner l’ombre de dix degrés en arrière ». À la prière de Josué, Dieu retient le soleil de se coucher durant presque tout un jour (Jos. 10. 13) !
Dans l’univers, la terre minuscule est cependant le centre d’intérêt de Dieu, car c’est là que l’homme est créé, et de là que le Seigneur régnera. Il est ce « Soleil » glorieux de 1 Corinthiens 15. 40 et 41. Il est aussi « le Soleil de justice » de Malachie 4. 2. Dieu prend soin de son peuple, les Juifs, qu’Il aime d’un amour indéfectible, et ne les abandonnera jamais, comme II l’affirme en Jérémie 31. 35 à 37. Israël est représenté par la terre ferme, par opposition à la mer – les nations agitées. Aussi, les promesses de Dieu pour Israël sont sans repentir.
À l’issue de chacun des jours au cours desquels Dieu met la terre en condition de recevoir l’homme, Il déclare : « cela était bon ». Après la création de l’homme, Il déclarera : « Cela était très bon » (v. 31). À la parole de Dieu, les eaux se remplissent « d’êtres vivants » (v. 20) ; et : « Que la terre produise des êtres vivants » (v. 24). Une parole a suffi pour créer. « Il appelle les choses qui ne sont pas comme si elles étaient » (Rom. 4. 17 ; 1 Tim. 6. 13 ; Héb. 11. 3). Les v. 20 et 21 prouvent qu’il ne s’agit aucunement d’évolution, mais que chaque être vivant, plante ou animal, est spécialement déterminé dès la création « selon son espèce » (1 Cor. 15. 37 à 39).
Pour l’homme, Dieu tient conseil avec Lui-même, et prend cette décision : « Faisons ». Rien de commun avec la création des animaux. Avant de créer les animaux et l’homme, la sagesse de Dieu a créé les plantes nourricières ; car à l’origine, aucun être vivant ne se nourrissait de chair (v. 29 et 30). Ce n’est qu’après le déluge, que certains animaux et l’homme se nourrirent de chair, autre conséquence du péché. Le règne de Christ assurera ce respect total de la vie des êtres vivants (És. 11). Mais ici, tout sort en perfection des mains puissantes de Dieu.
Ch. 2
Les deux premiers chapitres relatent uniquement l’œuvre du Créateur, et ses soins pour préparer le cadre de vie des animaux et de l’homme. Celui-ci est le couronnement de la création, le gérant du domaine que Dieu lui confie : alors, « cela était très bon » (ch. 1. 31).
Le ch. 2 montre que l’homme est placé par Dieu, dans un jardin, « pour le cultiver et pour le garder » (v. 15). Mais « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » était placé là, comme mise à l’épreuve de l’obéissance de l’homme : garderait-il la communion avec son Créateur ? Le troisième chapitre nous parlera de ce que l’homme a fait… Et là, tout se détériore !
Quand la création est sortie de ses mains, Dieu y met son sceau : « cela était très bon ». On peut voir toutes les merveilles et les perfections de l’œuvre de Dieu qui « racontent sa gloire » (Ps. 19. 1 à 6 ; 104. 5 à 9 ; Job 38. 4 à 11) : « Que tes œuvres sont nombreuses, ô Éternel tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est pleine de tes richesses » (Ps. 104. 24). Ayant constaté que « cela était très bon », alors, Dieu se repose le septième jour (Gen. 2. 2). Le repos de Dieu – qui « ne se fatigue pas » (És. 40. 28), est un repos de satisfaction : Il se repose sur la valeur de son œuvre achevée. Il « a été rafraîchi » (Ex. 31. 16 et 17). Ce septième jour de repos se projettera dans la loi mosaïque, en relation avec son peuple aux bénédictions terrestres (Lév. 23. 3).
Les Hébreux devaient obligatoirement observer le repos du sabbat, eux, leurs serviteurs, leurs bêtes et leur étranger (Ex. 20. 10). Dieu, dans sa bonté, sachant que l’homme pécherait, a voulu qu’après une semaine de dur travail, il puisse goûter un jour de repos, comme Lui-même s’est reposé le septième jour (Héb. 4. 10), jour qu’Il a « béni et sanctifié ». Avant la chute, l’activité de l’homme n’était pas pénible. Le péché introduit la fatigue du travail et les « épines et les ronces » (ch. 3. 17). Pour nous, chrétiens, c’est le dimanche que, dans le repos, nous célébrons la résurrection du Seigneur, repos en rapport avec le ciel. C’est un privilège et une joie d’entourer le Seigneur et de L’adorer.
Cependant, le péché a obligé Dieu à se remettre au travail, mais pour l’œuvre de la rédemption (Jean 5. 17). Le règne de mille ans de Christ sera « un repos sabbatique » pour le peuple juif, en relation avec ses bénédictions terrestres (Héb. 4. 9). Le septième jour est une figure du repos éternel de Dieu et des rachetés, lorsque « Dieu sera tout en tous » (1 Cor. 15. 28). Dans la succession des sept fêtes de l’Éternel, cette période, venant après le règne de mille ans, est vue en type par « le huitième jour », jour éternel, la nouvelle création étant fondée sur le repos de Dieu (Lév. 23. 36), « où la justice habite » (2 Pier. 3. 13), et où toute peine est bannie.
Sept personnages de la Genèse présentent en type ces sept jours de la création. Le dernier de tous, Joseph, type de Christ souffrant pour la justice, obtient la domination universelle et, en Lui, toutes les promesses se réalisent dans la plénitude des bénédictions.
« Les cieux ont été faits par la Parole de l’Éternel, et toute leur armée par l’esprit de sa bouche » (Ps. 33. 6). Dans l’Apocalypse, toutes les créatures se prosternent devant le Créateur (ch. 4. 11), avant que le Dieu rédempteur soit adoré (ch. 5. 11 à 14). Dans l’adoration, ne négligeons pas le Dieu Créateur. La création est, en elle-même, un témoignage puissant pour tous les hommes « à la puissance éternelle et à la divinité » de son Auteur (Rom. 1. 19 et 20).
Tout est sorti des mains divines, même si les incrédules s’acharnent à le nier. Bien que l’homme ait ruiné le merveilleux domaine que le Créateur lui avait confié, Dieu aura le dernier mot : c’est le repos encore à venir… « Dieu se reposera dans son amour » (Soph. 3. 17), durant le Millénium. Les v. 4 et 5 résument les choses accomplies au ch. 1, et ajoutent des détails, en particulier sur la manière dont Dieu a formé l’homme (v. 7). « Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre », mais Il pourvoit à la bénédiction en assurant l’arrosage des plantes, en faisant sourdre une vapeur de la terre qui arrosait le sol. Ce ch. 2 montre que Dieu centre plus spécialement ses activités sur l’homme qu’Il a créé. Et c’est en relation avec l’homme, qu’Il prend le nom de « l’Éternel Dieu » (v. 4 et jusqu’à la fin du ch. 3).
Le ch. 2 introduit les relations entre Dieu et l’homme dont Il s’occupe, après lui avoir aménagé un cadre de vie où tout était pour son bonheur ; puis, entre l’homme et les animaux qu’il nomme ; enfin entre Adam et sa femme.
Dans la Genèse, Dieu prend plusieurs noms, en relation avec les divers caractères de sa révélation : Élohim (pluriel d’Éloah), le Dieu suprême (ch. 1). L’Éternel Dieu, en relation avec Adam (ch. 2 et 3). L’Éternel (ch. 4. 1). Le Dieu Très-Haut (ch. 14. 18). Le Dieu Tout-puissant (ch. 17. 1). Pour les chrétiens, Dieu prend le nom de Père (Jean 20. 17).
Avant la création de l’homme, Dieu avait dit : « Que la terre produise l’herbe, la plante… » (ch. 1. 11). Au ch. 2. 8 et 9, Dieu « planta un jardin en Éden – en faveur de l’homme, l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Dieu pourvoit aux nécessités de sa créature, mais aussi à son agrément : il y avait des « arbres agréables à voir ». L’homme est capable d’apprécier la beauté ou la laideur de son environnement, dont il est responsable : Éden veut dire : délice, plaisir.
Créé à l’image et à la ressemblance morale de Dieu, l’homme a été formé « poussière du sol, et Dieu souffla dans ses narines une respiration de vie, et l’homme devint une âme vivante » (v. 7). L’âme humaine est donc éternelle. « Le premier homme Adam devint une âme vivante, le dernier Adam – Christ – un esprit vivifiant » – qui communique la vie (1 Cor 15. 45). Si Adam était tiré de la terre, Christ est venu du ciel (v. 47). L’homme a été formé par Dieu comme un vase par le potier.
Le vase a été gâté par le péché. Alors Dieu a formé un autre vase – Christ – qui est parfait (Jér. 18. 4), mais qui est allé jusqu’à la mort de la croix. Après sa résurrection, le Seigneur « souffla en eux » – les disciples – préparant la place pour la réception du Saint Esprit (Jean 20. 7). « Je suis fait d’argile moi aussi… » (Job 33. 6). Adam qui signifie : rouge, semble désigner la couleur de la terre d’où il a été tiré. Le corps humain contient tous les minéraux terrestres. Que nous soyons tirés de la poussière doit nous garder dans l’humilité. C’est à cette créature – poussière du sol – que Satan a suggéré qu’elle serait « comme Dieu » (ch. 3. 5). À la fin, l’Antichrist se fera adorer lui-même comme étant Dieu (2 Thess. 2. 3 et 4), mais sera jeté dans l’étang de feu (Apoc. 19. 20 ; 20. 10).
Deutéronome 11. 14 rappelle que la pluie vient des cieux. Mais ici, « une vapeur montait de la terre et arrosait toute la surface du sol » (v. 6). De plus, Dieu n’habitait pas sur la terre, mais se promenait dans le jardin (ch. 3. 8). Si les animaux ont un corps et une âme, l’homme a, en plus, un esprit le mettant en relation avec Dieu ; l’esprit ne peut périr.
Les fleuves (v. 10 à 14), prouvent que le jardin d’Éden n’est pas une légende : les deux premiers : Pishon et Guihon, ne sont plus identifiables. Mais le Tigre et l’Euphrate coulent toujours en Irak. Le fleuve sortant d’Éden, parle du Saint Esprit apportant la grâce à toute la terre. On retrouve la pensée du fleuve de la grâce apportant la vie à la mer Morte, en Ézéchiel 47 ; ainsi qu’en Apocalypse 22.
« Le ruisseau de Dieu est plein d’eau » (Ps. 65. 9). « … des fleuves d’eau vive » couleront des croyants vers d’autres (Jean 7. 37 et 38). La grâce était là, avant que le péché ne se manifeste. La grâce repose sur la justice divine, typifiée par l’or (Gen. 2. 12). L’homme a fait une idole de l’or, au lieu de s’attacher à la justice divine qu’il représente (Job 22. 23 à 26). Ici, rien n’était encore gâté : « L’or de ce pays-là est bon » (v. 12), comme tout ce que Dieu fait.
À la chute, Dieu a fermé l’accès de l’arbre de vie, afin que l’homme ne vive pas à toujours avec les souffrances dues au péché. Mais on retrouve cet arbre en Ézéchiel 47 et en Apocalypse 22. 2. Ce que l’homme n’a pu réaliser à cause du péché, Christ le réalisera parfaitement durant son règne. En Genèse 2. 9, les deux arbres mentionnés parlent de bénédiction et de responsabilité. Dieu a créé l’homme, libre de ses actes, et non enchaîné par le simple instinct comme les animaux. L’homme a cette obligation morale d’obéir à Dieu, parce qu’il possède cette faculté de choisir entre « la mort et la vie » (Deut. 30. 19 et 20).
Les ch. 1 et 2 mettent en évidence l’œuvre parfaite de Dieu pour le bonheur de l’homme, pour qui Il avait « planté » un jardin de délices au milieu duquel Il le visitait « au frais du jour » (ch. 3. 8). Et l’homme pouvait jouir librement de la présence de son Créateur et de tous ses bienfaits.
Dieu avait donné une activité à Adam, en relation avec le jardin : « le cultiver et le garder ». C’était un service de l’homme, au même sens que dans Nombres 3. 7 et 8. Dans le ciel, le Seigneur « servira » ses esclaves fidèles (Luc 12. 37), où ils jouiront de délices bien plus excellents que ceux d’Éden. Mais Adam a mal gardé son domaine : il a laissé entrer une bête qui n’avait pas sa place, là. Le serpent dans lequel Satan s’est incarné, était un animal « des champs » (3. 1), et non du jardin… 1 Timothée 6. 20 nous dit : « … garde ce qui t’a été confié ».
Les ch. 3 à 11 racontent la chute de l’homme par sa désobéissance, et jusqu’où le péché l’a entraîné. L’homme n’a pas mangé de l’arbre de vie, mais de celui « de la connaissance du bien et du mal », par lequel Dieu le mettait à l’épreuve.
Administrateur de la création terrestre, Adam devait s’occuper fidèlement du domaine que Dieu lui avait confié. Ce « travail » n’avait pas encore ce caractère pénible qu’il revêtira après la chute (ch. 3. 17 à 19). Et, au v. 23, l’homme est chassé du jardin de délices, pour « labourer le sol », travail pénible, désormais !
Dans l’original, l’expression du ch. 2. 17 est très forte : « en mourant, tu mourras »… C’était une chose certaine : « Tu mourras certainement ». Mais Ève traduit cette certitude en simple éventualité (v. 3).
La Genèse pose les grands principes que l’on retrouve dans toute la Parole ; et, dans le jardin, Dieu avait donné la première ébauche d’une loi : Adam devait s’abstenir de manger d’un certain arbre. L’homme devait obéir, mais Satan a semé le doute dans son esprit. Il y a un contraste entre le jardin d’Éden où tout était vie et où Dieu parle de mort (v. 17), et la terre actuelle où tout parle de mort, et où Dieu parle de vie éternelle pour celui qui croit. La chute est une conséquence de la séduction de la femme par Satan (1 Tim. 2. 14). Par amour pour elle, Adam a voulu la suivre dans la mort. Il est là, une pâle image du Seigneur Jésus qui a accepté la mort pour Lui-même, afin d’en arracher son épouse : l’Assemblée.
Les évangiles nous parlent d’un autre « jardin » : Gethsémané. Mais c’est un lieu qui parle de l’agonie morale du Seigneur, où sa parfaite sainteté et son obéissance sans faille ont été évidentes !
Le v. 19 rend compte de l’autorité et de l’intelligence d’Adam qui donne des noms aux créatures inférieures. Et Dieu déclare : « Et tout nom que l’homme donnait à un être vivant fut son nom ». Cependant, il n’y avait pas « d’aide qui correspondît » à Adam. Formée d’une côte d’Adam, Ève devait être une aide pour son mari, lui ayant l’autorité. C’est avec joie qu’Adam reçoit sa femme de la main de Dieu (v. 23). Mais après la chute, il accuse sa femme de l’avoir entraîné dans la désobéissance, et même, il en rend Dieu responsable (v. 12) ! « La femme que tu m’as donnée… ». Il cherche à se disculper en accusant celle avec qui il est « une seule chair » (v. 24).
Être « une seule chair » est un beau type de l’union indissoluble de Christ et de l’Assemblée (Éph. 5. 25-33), et exclut la perspective du divorce (Mat. 5. 31 et 32 ; 19. 8). Ce « profond sommeil » que Dieu fait tomber sur Adam, typifie la mort de Christ pour acquérir son épouse : l’Église. Dès l’origine du mariage, Dieu montre que l’homme ne doit épouser qu’une seule femme. Dieu a supporté la polygamie, même au sein d’Israël. Mais le christianisme l’exclut absolument. L’homme et sa femme sont égaux devant Dieu (Gal. 3. 27), mais une responsabilité spécifique est attribuée au mari, tandis que sa femme doit se tenir à sa place bénie « d’aide qui lui corresponde ». Le jugement qui tombe sur Adam se répercute sur le sol lui-même (ch. 3. 17). Quant à Ève, elle ne s’est pas tenue à sa place ; Dieu lui dit : « … ton désir sera tourné vers ton mari, et lui dominera sur toi » (v. 16).
Par ailleurs, la formation de la cellule familiale est selon Dieu : « … l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils seront une seule chair » (v. 24).
Ch. 3
Dieu avait clairement averti Adam des conséquences de la désobéissance : « Tu mourras certainement » (ch. 2. 17). Dans le jardin, Dieu avait tout préparé pour le bien et le plaisir de l’homme et, par ailleurs, il pouvait manger « librement de tout arbre du jardin » (v. 16).
Au ch. 3, le diable s’introduit dans le jardin en s’incarnant dans l’animal des champs, le plus rusé : le serpent (v. 1). Il était parmi les « animaux des champs » que Dieu avait fait passer devant Adam pour qu’il les nomme (2. 19). Le diable garde ce caractère de « serpent ancien » « qui séduit la terre habitée tout entière » (Apoc. 12. 9). Il est toujours ce séducteur, en hébreu : l’être brillant. Il s’adresse à Ève, plus faible, pour introduire le doute dans son esprit, et elle parle avec lui sans crainte, ne s’étonnant même pas de ce qu’un serpent parle ! Il est vrai qu’Adam et Ève étaient encore dans la simplicité de l’innocence, et « Satan lui-même se transforme en ange de lumière » (2 Cor. 11. 14) ; et il « séduisit Ève » (2 Cor. 11. 3). Alors, Dieu le condamne à « marcher sur son ventre » (3. 14).
Dieu n’avait pas dit de ne pas manger de « l’arbre de vie qui est au milieu du jardin » (2. 9) ; mais Satan introduit le sujet des arbres d’une manière générale pour amorcer la conversation : « … vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ? » (3. 1) Il introduit la défiance envers Dieu, provoque la convoitise qui entraînera la désobéissance. Alors, la conscience du « bien et du mal » apparaît chez l’homme et la femme et, désormais, la peur de Dieu dans la connaissance de leur nudité.
Satan « est meurtrier dès le commencement », « menteur et le père du mensonge » (Jean 8. 44). Sa propre chute a précédé celle de l’homme (Éz. 28. 13 à 17). L’orgueil est la « faute du diable » (1 Tim. 3. 6). Dans le jugement d’Adam et Ève, Dieu introduit une espérance : la « semence » de la femme devait briser « la tête » du serpent (3. 15).
Satan avait dit : « … vous serez comme Dieu » Il allume dans leur cœur « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie » (1 Jean 2. 16 ; Jac. 1. 13 à 15). À l’opposé, le Seigneur Jésus « s’est abaissé lui-même » jusqu’à prendre la dernière place (Phil. 2. 6 à 8), après qu’il ait été tenté quarante jours dans le désert. Mais Ève, dans le jardin de délices, cédera sur tous les points, et Adam ne résistera pas. Ève répond à Satan en déformant la Parole de Dieu (comp. 2. 17 et 3. 2 et 3), et en l’affaiblissant : « … de peur que vous ne mouriez », alors que Dieu avait dit : « tu mourras certainement ».
Paul nous met en garde contre ceux qui falsifient la Parole. Dans les tentations, faisons comme le Seigneur : répondons par la Parole : « il est écrit… ». Toute la Parole est la vérité et doit « habiter en nous richement » (Col. 3. 16). N’y ajoutons et n’en retranchons rien (Deut. 4. 2 ; 12. 32 ; Prov. 30. 6 ; Apoc. 22. 18 et 19). Satan renverse la pensée de Dieu, et Ève « voit »… « prend » et « mange » – et en donne à « son mari pour qu’il en mangeât avec elle, et il en mangea » (v. 6).
Les conséquences sont : la maladie, le désordre et la mort pour les hommes et pour la création tout entière (Rom. 8. 19 à 23). Satan avait dit : « vous ne mourrez point… » (v. 4). Mais la terre, depuis, est un vaste cimetière. Et : « vous serez comme Dieu ». Mais Dieu dit : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (v. 19). Puis : « Vous connaîtrez le bien et le mal ». Mais l’homme est incapable de faire le bien.
« Adam a été formé le premier et puis Ève ». Mais « Ève a été séduite et est tombée dans la transgression » (1 Tim. 2. 13). Reconnaissons et confessons notre propre faiblesse et soyons sur nos gardes. Usons de la Parole « pour éteindre tous les dards enflammés du méchant » (Éph. 6. 16). Ève aurait dû en appeler à son mari ; et Adam, s’appuyer sur le commandement de Dieu. « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1Cor. 15. 33).
La nudité convenait alors à l’innocence ; mais après le péché, ce n’est plus le cas. Comme Daniel, « arrêtons dans notre cœur » d’obéir à Dieu en toutes choses.
Le v. 7 montre la première réaction d’Adam et Ève, sitôt le péché consommé : la conscience apparaît en eux et, si Satan leur a suggéré qu’ils seraient « comme Dieu », leur première découverte est leur nudité morale, qu’ils cherchent à recouvrir en cachant leur nudité physique. Mais les ceintures de feuilles de figuier sont une couverture dérisoire. Ces feuilles nous renvoient aux efforts humains pour « couvrir » le péché par des formes religieuses sans valeur devant Dieu.
C’est, au contraire, Dieu Lui-même qui revêtira l’homme pécheur, de Christ sacrifié sur la croix ; sacrifice typifié par les « vêtements de peau » (v. 21). Ainsi revêtus, nous pouvons nous tenir devant Dieu. Désormais, Adam et sa femme ont acquis la connaissance « du bien et du mal » et font de vains efforts pour cacher leur état, mais Dieu connaît à fond les choses les plus secrètes de chacun de nous, et nous ne pouvons lui échapper (Ps. 139. 7 à 12 ; Job 31. 33 ; Jér. 23. 24 ; Héb. 4. 12 et 13). Dieu découvre ce que nous couvrons et il couvre ce que nous découvrons.
Si, avant la chute, Adam et Ève jouissaient de la présence de Dieu dans une heureuse communion avec Lui, maintenant ils se cachent « au milieu des arbres du jardin », ayant peur de Lui dans la connaissance de sa sainteté. Le péché a rompu la communion.
Alors, Dieu va sonder à fond leurs cœurs : « Où es-tu ? » Où en es-tu, maintenant que tu as désobéi ? Mais cette question divine traduit deux choses essentielles : l’homme est perdu, et Dieu le cherche (Luc 15. 1 à 7).
Devant la justice divine, Christ est notre substitut. Mais Dieu va plus loin : « Qui t’a montré que tu étais nu ? As-tu mangé de l’arbre… ? » Sondé jusqu’au fond de lui-même, Adam ne peut nier les faits, mais il tente de se disculper en mettant sa femme en cause, et même en accusant Dieu : « La femme que tu m’as donnée… ». La sentence sera plus sévère pour lui.
Sans sa bonté, Dieu aurait pu retirer le souffle d’Adam et il aurait expiré (Amos 9. 2 à 4). Sitôt l’innocence perdue, Dieu a fermé l’accès au jardin à tout jamais. Mais, plus tard, Dieu, dans sa grâce, viendra habiter au milieu de son peuple (Ex. 29. 46).
Le cœur d’Adam et Ève les « condamne » (1 Jean 3. 20) ; mais Dieu est plus grand, et le cœur du croyant doit être à l’aise devant Dieu, car il est en règle, en vertu de l’œuvre de Christ (1 Jean 3. 21). Les hommes doivent sentir leur état de mort morale devant Dieu, avant que Dieu « couvre » leur péché. La connaissance du bien et du mal est terrible pour l’homme, car il est incapable de faire le bien (Rom. 7. 15 à 19). C’est la conscience qui nous fait discerner le bien du mal ; mais elle peut être altérée et même cautérisée, cuirassée (Apoc. 9. 17). L’homme doit voir, dans la création, la divinité et la puissance du Créateur (Rom. 1. 20), et sa conscience naturelle, l’écarter du mal (Rom. 2. 14 et 15). La conscience du chrétien ne doit être ni endurcie ni maladive, mais délicate pour ne plus marcher comme le monde (Éph. 4. 17), car il a le Saint Esprit en lui et la Parole pour lui montrer la volonté de Dieu (Éph. 5. 17).
Livré à sa seule conscience, sans les directions divines, la situation de l’homme est terrible, il vit comme les bêtes alors qu’il a été « créé à l’image de Dieu ». Si nous péchons sans confesser nos péchés, la conscience s’endurcit, la crainte de Dieu disparaît et nous nous éloignons de Lui, car sa présence nous gêne : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde » (Prov. 28. 13).
Après avoir accueilli Ève avec des transports de joie (ch. 2. 23), Adam rejette sa propre faute sur elle. C’est un réflexe qui nous est naturel. Pourtant, la responsabilité d’Adam était plus grande que celle de sa femme : elle a été séduite car elle n’est pas restée à sa place dans le couple : elle aurait dû en référer à son mari. Mais Adam n’a pas été trompé ; on peut dire qu’il est « tombé les yeux ouverts ».
Notre conscience qui nous met si souvent mal à l’aise, doit pourtant être écoutée soigneusement. Considérons-la comme une amie précieuse nous avertissant quand nous avons mal agi.
Adam, chef du couple, était le plus responsable, car il avait reçu personnellement le commandement de ne pas manger de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (ch. 2. 17). Sondé à fond par Dieu, il met sa femme en cause (3. 12). Celle-ci, ayant « discuté » avec le serpent, est séduite et, ayant mangé du fruit avec son mari, est tombée dans le péché avec lui (v. 13).
Dans ces interrogations adressées à Adam et à Ève et qui marquent la rupture de communion, ce n’est plus le Créateur mais le Dieu Sauveur qui cherche le bien de ses créatures tombées dans le péché. Quant au serpent, Dieu le condamne (v. 14). La malédiction tombe sur lui directement : il marchera sur son ventre et mangera la poussière. Le serpent rampe sur son ventre et, durant le millénium, il mangera la poussière (És. 65. 25).
Quant à Satan : la semence de la femme « te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon » (v. 15). Le jugement de Satan est total et définitif, mais une espérance, pour les hommes pécheurs, brille désormais : le Seigneur, la semence de la femme, devait briser la tête de Satan, à la croix.
Dieu ne maudit pas l’homme car Il veut le délivrer en grâce ; mais la malédiction tombe sur Satan et sur le sol (v. 17). Au ch. 4, Caïn, assassin de son frère, sera « maudit de la terre » (v. 11). Si Adam s’est déchargé sur sa femme, Ève se décharge sur le serpent tout en disant la vérité. Tous deux auraient dû dire : « J’ai désobéi… ».
Quand nous péchons, Satan nous tente en utilisant nos convoitises qui nous sont naturelles (Jac. 1. 13 à 15). Confessons nos péchés personnels sans en accuser d’autres que nous-mêmes : il en résultera de l’humilité.
Face au péché de l’homme, Dieu apporte la grâce et le croyant peut dire en vérité : « Qu’est-ce que Dieu a fait ? » (Nomb. 23. 23). Dans cette scène, Dieu fait tomber son jugement sur le serpent d’abord, puis sur Ève, et enfin sur Adam. Le Psaume 7. 14 à 16 dévoile le travail souterrain de méchanceté de Satan, et le résultat pour lui à la fin : « Il a creusé une fosse, et il l’a rendue profonde ; et il est tombé dans la fosse qu’il a faite. Le trouble qu’il avait préparé retombera sur sa tête, et sa violence retombera sur son crâne ». Son œuvre de destruction donne à Dieu l’occasion de faire une œuvre de grâce, de lumière et d’amour.
Durant le millénium, ni le serpent ne pourra nuire à personne, il mangera la poussière, ni Satan qui s’était incarné dans le serpent ne pourra plus faire de mal, car il sera lié et jeté dans l’étang de feu (Apoc. 20. 1 à 3). Cela est le résultat de la crucifixion du Seigneur ayant expié nos péchés. Il a brisé la tête du serpent, siège de sa méchanceté. D’une certaine manière, Christ, à la croix, a eu le talon brisé, en ce qu’Il ne marche plus sur la terre (Act. 8. 33) : Il est remonté au ciel. « Le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous vos pieds » (Rom. 16. 20).
Dès le premier chapitre de l’Exode, Satan cherche à empêcher la naissance, alors encore lointaine, du Seigneur au milieu d’Israël : « Le Pharaon commanda disant : Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve » (v. 22). Puis, à la naissance du Sauveur, Hérode commanda qu’on tue « tous les enfants… depuis l’âge de deux ans et en dessous » (Mat. 2. 16). C’est « la semence » Christ – et non les semences – qui devait briser la tête du serpent (Gen. 3. 15 ; Gal. 3. 16). Par contre, « la semence du serpent », ce sont tous les enfants du diable (Éph. 2. 2 ; 1 Jean 3. 10 ; Jean 8. 44). Satan vaincu, sera jeté dans l’étang de feu et de soufre : il récoltera le fruit de sa méchanceté…
Le Seigneur, Lui, s’est abaissé Lui-même et a vaincu le mal. Et Dieu L’a « haut élevé » (Phil. 2. 6 à 11). Désormais, Il est glorieux de sa gloire éternelle de Fils de Dieu, et de sa gloire nouvelle de Fils de l’homme qu’Il s’est acquise à la croix.
Dans les souffrances de l’enfantement auxquelles la femme, en général, est assujettie comme fruit du péché, les femmes chrétiennes fidèles, seront gardées de conséquences dangereuses (1 Tim. 2. 13 à 15).
Ayant agi dans l’indépendance de son mari, le désir d’Ève, dès lors, est tourné vers lui (v. 16), et elle doit rester dépendante, sous sa protection. Cependant, il faut que le mari, lui, reste dépendant de Dieu. « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Cor. 14. 33). L’Église, elle, est tournée vers son céleste Époux, et dit : « Viens ! » (Apoc. 22. 17)
L’origine de la condamnation d’Adam est qu’il a écouté la voix de sa femme au lieu d’écouter Dieu. Le v. 15 n’a pas de promesses directement applicables à Adam et Ève : la promesse concerne « la semence » de la femme : Christ, le second Homme. Comme pour Adam qui a fait passer sa femme avant Dieu, de même nous aussi nous risquons de donner plus d’importance aux relations familiales qu’à nos relations avec Dieu. Que la Parole ait toute son importance dans notre vie. Adam avait été averti des conséquences de la désobéissance (2. 16 et 17) ; il était le plus responsable du couple, et Dieu lui rappelle qu’il aurait dû obéir et ne pas être « rebelle à la voix de l’Éternel » (1 Rois 13. 18 et 26). Ne pas écouter Dieu est qualifié de rébellion.
Le jugement divin tombe sur la terre, mais l’homme en subit les conséquences. En Éden, tout était facile. Hors du jardin, le sol produit désormais « des épines et des ronces » (v. 18), apportant leurs difficultés. Dès lors, « toute la Création ensemble soupire et est en travail jusqu’à maintenant » (Rom. 8. 22), à cause de l’entrée du péché. Épines et ronces sont les fruits d’un sol maudit, et le Seigneur, couronné d’épines, a pris sur Lui les conséquences de cette malédiction. Mais, pour l’existence de l’homme sur la terre, désormais, le travail est devenu pénible et, pour subvenir à ses besoins, il devra lutter sans répit (2 Thess. 3. 8). Ce verset montre que nous devons tous travailler, afin de subvenir à nos besoins.
Certains Thessaloniciens ne travaillaient plus, volontairement, et se mêlaient de tout (v. 11). La pensée de Dieu, c’est que chacun mange « son propre pain en travaillant paisiblement » (v. 12). Le travail, tout en restant pénible, peut, pour le croyant, être effectué « paisiblement », pour le Seigneur. Dieu humilie les hommes par le travail (Ps. 107. 12), et ils peuvent en ressentir toute la vanité s’il est effectué sans Dieu (Éccl. 1. 2 et 3). Cependant, s’il est fait avec et pour le Seigneur, il en résulte la paix (2 Thess. 3. 16). Quant à la paresse, elle est condamnée par la Parole (Proverbes).
L’encouragement à travailler ne doit pas conduire à se surcharger volontairement : il faut travailler pour vivre ; mais, vivre pour le travail ne laisse pas de place au Seigneur (Mat. 6. 21). Paul disait : « Pour moi, vivre c’est Christ » (Phil. 1. 21). Le Seigneur, avant son ministère, a travaillé comme charpentier. Mais, prophétiquement, Il peut dire « J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain » (És. 49. 4). Puis, par son œuvre, Il pouvait dire : « Je suis un homme qui laboure la terre » (Zach. 13. 5). Exempt de péché Lui-même, le Seigneur s’est soumis à toutes ses conséquences par amour pour nous, ayant eu faim, soif, sommeil ; connaissant la fatigue et la lassitude.
La fin du v. 19 de Genèse 3, confirme l’avertissement de Dieu (2. 17). Et le ch. 5 creuse le premier cimetière de l’humanité. Ecclésiaste 3. 20 et 21 et 12. 7, rappellent que la mort est inéluctable et que l’esprit de l’homme retourne à Dieu. Mais pour l’incrédule, il s’ensuit la mort éternelle, séparation éternelle de Dieu. Le Psaume 144. 4 et Jacques 4. 13 et 14 constate la brièveté de notre vie. Le jugement qui suit, pour le croyant, est déjà tombé sur le Seigneur à la croix. À la fin, la mort, salaire du péché, sera annulée (Apoc. 21. 4 et 5). Devant la puissance de la mort sur les hommes, le Seigneur, ayant le cœur sensible, pleure (Jean 11. 33 à 35). On peut saisir quelque peu la souffrance du Seigneur qui a été « mis dans la poussière de la mort » (Ps. 22. 15). Mais le Seigneur « se souvient que nous sommes poussière » (Ps. 13. 17).
La liste des hommes de foi d’Hébreux 11, ne fait pas mention d’Adam et Ève, et ne commence qu’avec Abel. Cependant la foi d’Adam se montre en ce qu’il nomme sa femme : « Ève… la mère de tous les vivants » (v. 20) ; il s’est emparé de la promesse du v. 15. Si Adam et Ève s’étaient fait des ceintures de feuilles de figuier, Dieu les revêt de la peau d’une bête sacrifiée, victime de substitution. Le croyant est revêtu de « salut » et de « justice » en Christ (És. 61. 10), car son sang a coulé pour nous laver de nos péchés. « Sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission » (Héb. 9. 22). C’est bien ce qu’Abel avait compris, mais non Caïn. Avec compassion, Dieu ne laisse pas les hommes devenus pécheurs, nus, mais les revêt selon sa sagesse divine. Le v. 21 est une belle image de ce qu’Il a fait pour nous, par le sacrifice de son Fils.
Au v. 3, le serpent avait dit : « Vous ne mourrez point certainement ; car Dieu sait qu’au jour où vous en mangerez vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal ». Ces paroles recèlent une vérité et un mensonge : la vérité, c’est que l’homme connaît désormais le bien et le mal. Mais le mensonge, c’est qu’il est devenu mortel. Dieu, dans sa grâce, n’a pas voulu que l’homme pécheur vive éternellement au milieu des difficultés et des douleurs.
C’est pourquoi Il l’a chassé d’Éden et en a définitivement fermé l’accès (v. 22 à 24). Cependant, II le place « à l’Orient du jardin d’Éden », vers le soleil levant « l’Orient d’en Haut » (Luc 1. 78), du côté d’où vient la lumière et l’espérance ; et cela parle déjà du Seigneur Jésus. Les chérubins, exécuteurs du gouvernement divin que l’on retrouve au Psaume 99. 1 et en Ézéchiel 10. 18 et 19, interdisent l’accès du jardin, et c’est en vain que les hommes veulent en retrouver les douceurs perdues. Lot cherchera, lui aussi, à retrouver les richesses du « jardin de Dieu » (Gen. 13. 10 et 11), dans les plaines du Jourdain, jusqu’à Sodome. Mais l’Éternel jugera les méchants habitants de cette ville ; et Lot s’est trompé.
Cependant, le Seigneur, Lui, est « le chemin, la vérité et la vie » : il est le vrai « arbre de vie » donnant la vie éternelle aux croyants (Apoc. 2. 7 ; 22. 2). La mort de l’homme n’entrait pas dans les conseils éternels divins. Il a dû l’introduire dans ses voies gouvernementales, à cause du péché et de ses conséquences. Bien que la réalité du paradis nous soit réservée dans l’avenir, nous pouvons déjà en goûter les bénédictions, spirituellement, par le sacrifice de Christ, en entrant librement dans la présence de Dieu (Héb. 10. 19).
Désormais, l’homme devra manger en « travaillant péniblement » ; en labourant la terre vouée aux ronces et aux épines : labeur long, pénible et ingrat. Le Seigneur a dit prophétiquement : « Je suis un homme qui laboure la terre » (Zach. 13. 5). Par son œuvre, Il préparait les cœurs à recevoir le pardon et le salut. Depuis la chute, les hommes cherchent à atténuer la dureté du travail ; à escamoter les douleurs de l’enfantement pour les femmes. L’homme par la médecine peut faire des progrès mais s’il ne peut supprimer la mort, détruit la cellule familiale.
En Éden, l’Éternel visitait sa créature chaque jour (ch. 3. 8), jouissant de la communion avec elle. Hors du jardin, il n’y a plus de communion, plus de visites.
Ch. 4
Le développement du péché se traduit par le meurtre (v. 8 et 23), et la corruption : « Lémec prit deux femmes » (v. 19).
Ève pense que Caïn, son premier-né, est cette « semence » devant écraser la tête du serpent. Son erreur ne durera pas ! Caïn va tuer son frère ; et ce meurtre est prophétique : plus tard, le peuple juif mettra à mort le Seigneur, son frère en la chair. La vraie semence, c’est Christ qui vaincra Satan à la croix.
Abel, berger humble, comme Moïse et David, conscient d’être pécheur (Ps. 51. 5), avait la foi qui lui donne l’intelligence des exigences de Dieu : il offre les premiers-nés de ses troupeaux, sacrifices de substitution, et Dieu a égard à « ses dons » (Héb. 11. 4). Caïn, homme religieux mais sans la vraie foi, offre les meilleurs fruits d’un sol que Dieu a maudit (ch. 3. 17).
L’humanité connaît toujours ces différences : certains hommes, conscients du péché, attendent le salut du sacrifice du Seigneur. D’autres, veulent offrir à Dieu leurs propres œuvres qu’ils jugent « méritoires » ! mais Ésaïe dit : « Toutes nos justices sont comme un vêtement souillé » (ch. 64. 6).
Malgré l’offre divine de « relèvement » (v. 6 et 7), Caïn, sourd à la grâce offerte, se fait de Dieu une image selon sa propre perception d’incrédulité humaine. Mais la sainteté de Dieu a ses exigences, et il faut que tout homme s’y soumette pour être sauvé.
« Par la foi, Abel offrit à Dieu un plus excellent sacrifice que Caïn, et par ce sacrifice il a reçu le témoignage d’être juste, Dieu rendant témoignage à ses dons » (Héb. 11. 4). Le Seigneur Lui-même rappelle qu’il était le premier dans la lignée des justes persécutés (Mat. 23. 34 et 35). Abel n’était pas meilleur que Caïn ; mais, conscient d’être pécheur, il offre un holocauste à Dieu, un sacrifice sanglant : « les premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse » (v. 4). Par anticipation, la graisse parle de la puissance des affections de Christ pour son Dieu, offensé par le péché de l’homme.
Caïn le premier, éprouve le besoin de s’approcher de Dieu avec une offrande. Mais il lui apporte les fruits d’un sol que Dieu a maudit (ch. 3. 17) et qu’Il ne peut accepter. Cependant, Caïn lui-même n’est pas rejeté et Dieu lui montre les ressources pour être agréé (v. 7) : s’il ne faisait pas bien, il y avait un sacrifice pour le péché, « couché à la porte », comme un animal couché par terre (note g). Dieu voulait l’amener à avoir une vraie relation avec Lui : le salut lui est offert comme à tous les hommes. Le Seigneur, véritable agneau du sacrifice, est aussi l’« avocat… qui se tient auprès du Père » et qui intercède pour les croyants, lorsqu’ils ont péché (1 Jean 2. 1 et 2). Satan « rôde… cherchant qui il pourra dévorer » (1 Pier. 5. 8). Mais, « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tim. 2. 4).
Ève, en nommant son premier-né : Caïn (acquisition), se repose sur l’homme. Mais l’homme ne transmet à sa descendance que la vieille nature : Adam, le premier homme, est pécheur. Le Seigneur Jésus, le second homme, est sans péché. Ève, désabusée, nomme son second fils Abel (vanité, qui ne mène à rien). Mais Abel est un type de Christ mis à mort par le peuple juif. On pense à cette parole de Nathanaël : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » (Jean 1. 47) Mais à « celui que la nation abhorre » Dieu va tout donner.
Caïn est irrité de voir que son frère (vanité), est agréé de Dieu. De même, l’approbation divine sur le Seigneur que le peuple méprisait, l’a poussé à la haine et au meurtre, comme Caïn. Et pour quelle raison le tua-t-il ? Parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes » (1 Jean 3. 11 et 12). Caïn, fier de son travail et plein de lui-même, pensait être « méritant ». Abel a l’intelligence des pensées de Dieu quant à la rédemption, et s’y soumet humblement. Peut-être est-ce une habitude, chez lui, d’apporter des holocaustes : Dieu rend témoignage à « ses dons » (Héb. 11. 4). Chez Caïn, la jalousie devient très vite de la haine et le pousse au meurtre. C’est dans les champs, marqués par le travail de l’homme, qu’Abel est tué. Joseph errait dans les champs, cherchant ses frères (Gen. 37. 16). Aceldama est ce champ acheté avec le prix du sang du Seigneur. Haïr, c’est déjà être « meurtrier » (1 Jean 3. 15).
Dieu sait ce que Caïn vient de faire (Héb. 4. 12 et 13), mais il le pousse à la confession : « Où est Abel, ton frère ? », puis à la repentance : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi ». Le péché offense toujours Dieu. Mais Caïn rejette tout en bloc : la grâce offerte au v. 7 ; son châtiment (v. 13) et, finalement, Dieu lui-même (v. 16). À Adam tombé dans le péché, Dieu avait dit : « maudit est le sol à cause de toi ». À Caïn, il dit : « Tu es maudit de la terre ». L’homme amène toujours la chute, le déclin « et il y eut soir ». Mais Dieu amène toujours l’espérance : « Et il y eut matin » (ch. 1).
Il y avait un vague espoir dans le cœur des femmes qui vinrent au sépulcre « de très grand matin ». Le Dieu de grâce aura toujours le dernier mot et, à la fin, il y aura le matin du jour éternel.
Caïn, loin de Dieu, et le sol ne lui donnant « plus sa force » (v. 12), devient « errant et vagabond » ; et voulant échapper au jugement de Dieu, il se bâtit une ville qu’il nomme du nom de son fils : Hénoc. Si quelqu’un tuait Caïn, il serait « puni sept fois » (v. 15), et Dieu met sur lui un signe pour qu’on ne le tuât point. Il est le type du peuple juif meurtrier du Seigneur, et que Dieu a conservé malgré d’innombrables persécutions meurtrières dont il a été l’objet, durant des siècles.
Au v. 9, Caïn ment à Dieu et dévoile son égoïsme : « Suis-je, moi, le gardien de mon frère ? ». La pensée de Dieu est que nous ayons « un égal soin les uns des autres » (1 Cor. 12. 25), spirituellement et matériellement. Caïn, meurtrier et menteur, répond aux caractères de Satan. Le Seigneur dit à Israël, méditant le meurtre envers son Messie et s’enorgueillissant d’être la postérité d’Abraham : « Vous, vous avez pour père le diable » (Jean 8. 33 à 42). Désormais « vagabond sur la terre », Caïn serait vengé si on le tuait. La chute d’Adam a rompu la communion avec Dieu et il est chassé d’Éden ; le meurtre de Caïn fait de lui un errant, un vagabond. Il peut bien s’installer « à l’orient d’Éden » (v. 16), l’accès du jardin est définitivement fermé par l’épée des chérubins, et Caïn n’y entrera pas.
Deux lignées humaines se séparent dès lors : la lignée de Caïn, incrédule et fuyant Dieu, s’installe dans le monde en le façonnant selon ses propres goûts, l’agrémentant pour se passer de Dieu (v. 17 à 24). Et la lignée de la foi, petit nombre d’hommes humbles mais attachés à Dieu.
Déjà, Adam, après sa chute, s’appuyant sur la promesse divine (ch. 3. 15), a appelé sa femme : « Ève… la mère de tous les vivants » (v. 20). Puis Abel, type de Christ mis à mort. Enfin, « Seth… assigné au lieu d’Abel », prend symboliquement la figure de Christ ressuscité. Et avec Énosh, « on commença à invoquer le nom de l’Éternel » (ch. 4. 26), répondant à la pensée de grâce divine : « Quiconque invoquera le nom de l’Éternel sera sauvé » (Joël 2. 32). La lignée de la foi a vécu sous des tentes, comme on le voit encore avec Abraham (Héb. 11. 9), malgré sa grande prospérité. Cependant, certains de la lignée de Caïn ont aussi vécu sous des tentes, mais sans Dieu et attachés aux choses terrestres (v. 20).
Caïn a bâti la première ville de l’histoire, en opposition avec la pensée de Dieu, et il l’appela du nom de son fils : « Hénoc » (Ps. 49. 11). Un homme de grande foi porta ce même nom, et « marcha avec Dieu trois cents ans » (ch. 5. 21 à 24). La ville est un fruit de l’orgueil humain qui veut se perpétuer à travers son œuvre : Babel en est une illustration (Gen. 11. 4). Le cantique des cantiques 3. 2 à 4, et 5. 6 et 7, montre que le Bien-Aimé, le Seigneur, ne se trouve jamais dans ce qui fait la gloire de l’homme sans Dieu. La Bien-aimée qui s’y égare, n’y rencontre que blessures et humiliations. Jacob lui-même, attiré par le confort, « s’en alla à Succoth, et bâtit une maison pour lui… » (Gen. 33. 17). Il s’ensuivra de grandes misères dans sa famille.
Le monde sans Dieu a travaillé pour le progrès social, mais cela ne change pas son caractère pervers : « Lémec prit deux femmes » (v. 19). Au lieu de repentance, on s’enfonce toujours plus dans la rébellion (Amos 6. 3 à 6). Caïn a tué son frère par jalousie, comme le peuple juif, plus tard, mettra son Messie à mort. Lémec, profondément corrompu, prémédite la mort d’un homme pour être « vengé soixante-dix-sept fois » (v. 23 et 24). Les chefs du peuple ont longuement prémédité la mort du Seigneur. Cependant, Dieu avait mis un « signe sur Caïn afin que quiconque le trouverait ne le tuât point » (v. 15). En ce qui concerne le pardon que nous nous devons entre frères, le Seigneur parle de : « soixante-dix fois sept fois… » (Mat. 18. 21).
La lignée de la foi, par opposition, est marquée par l’humilité dont le Seigneur est le divin modèle : « il n’a ni forme ni éclat… » (És. 53. 2). Mais Il est « le rejeton » ; « le Germe » ; « qui a la vie en Lui-même » (Jean 5. 26), et Il la donne à ceux qui croient.
Adam a engendré Seth « à sa ressemblance » (ch. 5. 3). Par la foi, l’homme pécheur est l’objet de la grâce de Dieu, car Dieu n’est jamais surmonté par le mal. Mais : « … là où le péché abondait, la grâce a surabondé » (Rom. 5. 20).
Ch. 5
Dieu en a fini avec la lignée de Caïn, installée dans le monde, sans Dieu.
Le ch. 5, reprend l’histoire de l’homme à ses débuts : Adam, créé à la ressemblance de Dieu, « créés mâle et femelle », montrant ainsi la pérennité des propos divins, quant à ce qui était « très bon » (ch. 1. 31). À cent trente ans, à son tour, Adam engendre un fils « à sa ressemblance… et appela son nom Seth » (v. 3). Seth remplace Abel car Dieu veut établir pour Lui la lignée de la foi, et l’on trouve Seth dans la généalogie du Seigneur Jésus (Luc 3. 23 à 36). C’est le départ du fil d’or de la foi à travers les âges.
Cependant, les conséquences de la chute se transmettent de père en fils : tous nés dans le péché, nous ajoutons nos propres péchés (Ps. 51. 5). Mais la grâce divine opère déjà en revêtant Adam et Ève de « peau », ayant sacrifié un animal, type du sacrifice de Christ. Avec Énosh, « on commença à invoquer le nom de l’Éternel » (v. 26), foi en Dieu qui conduit au salut (Joël 2. 32), dans la conscience de la perdition, mais de la grâce divine.
Énosh veut dire : homme mortel. Et c’est avec la lignée de la foi que Dieu rappelle son solennel avertissement à Adam : « … au jour que tu en mangeras, tu mourras certainement » (ch. 2. 17). Et c’est Adam lui-même qui passe le premier par la mort : « … tous les jours qu’Adam vécut furent neuf cent trente ans ; et il mourut » (v. 4 et 5). « Le jour que tu en mangeras… » ne désigne pas un jour de vingt-quatre heures, puisque Adam a vécu neuf cent trente ans, mais un jour de mille ans (Ps. 90. 4 ; 2 Pier. 3. 9). Peut-être ces mille ans font-ils référence au futur règne du Seigneur qui durera mille années complètes (Apoc. 20. 3).
Et la longue liste des morts commence… (v. 5 à 31). Hénoc qui, après avoir engendré Methushélah, à l’âge de soixante-cinq ans, « marcha trois cents ans avec Dieu », ne passa pas par la mort : « et il ne fut plus car Dieu le prit » (v. 21 à 24). Il a reçu le témoignage « d’avoir plu à Dieu » (Héb. 11. 5) ; son nom signifie : « instruit », et il a prophétisé du jugement sur les impies (Jude 14). Sa vie sur la terre fut courte par rapport à la longévité des hommes de l’époque, mais elle se prolonge dans l’éternité. Élie sera, lui aussi, enlevé vivant au ciel. Élie et Moïse apparaissant sur la sainte montagne (Mat. 17), typifient les croyants enlevés au ciel à la venue du Seigneur, les uns ayant passé par la mort, les autres non. Deux hommes diaboliques ne passeront pas par la mort : « la bête et le faux prophète » seront jetés « vifs dans l’étang de feu » (Apoc. 19. 20). Comme Hénoc, marchons avec Dieu, « comme des enfants de lumière ». Contrairement à la lignée de Caïn, celle de la foi a vécu de manière simple, mais laborieuse (v. 29). Ces hommes eurent beaucoup d’enfants, mais Dieu met son sceau sur un seul à chaque génération.
Ayant vécu neuf cent trente ans, Adam a connu sept générations de ses descendants. On peut comprendre qu’il leur a parlé du passé : la création, la chute et la grâce divine. Aux parents, grands-parents et arrière-grands-parents d’instruire leurs descendants des choses de Dieu et de les conduire à la foi. Une vie de foi est essentielle.
Méthushélah (cela va arriver), est mort juste avant le déluge. Si « la patience de Dieu attendait dans les jours de Noé » (1 Pier. 3. 20), avant le déluge, image des croyants sauvés à travers le jugement du monde, Dieu attend toujours, voulant « que tous les hommes soient sauvés » (1 Tim. 2. 4), car le monde de maintenant est réservé pour le feu (2 Pier. 3. 7).
Personne n’est « prédestiné » au salut ; mais Dieu « pré connaît » ceux qui acceptent le salut par grâce (Rom. 8. 29). « Élus – en Christ – dès avant la fondation du monde » (Éph. 1. 4). Lémec appelle son fils : Noé (consolation), voyant d’avance ce qui allait arriver. Puis Dieu nous parle de trois fils de Noé : Sem, Cham et Japheth, ancêtres de toutes les nations de la terre. Et la grâce de Dieu est ouverte à toutes : dans les Actes, Pierre ouvre la porte de la grâce, d’abord à l’eunuque de la reine Candace, un Éthiopien, la race de Cham qui est maudite (ch. 8) – puis, à Saul de Tarse, futur apôtre Paul, de la race de Sem (ch. 9) – enfin à Corneille, centurion romain, de la race de Japheth (ch. 10).
Ch. 6
Le ch. 4 montre la ruine de la lignée de Caïn, criminel et sorti de devant la face de Dieu. Le ch. 5 confirme que l’homme, même croyant, est mortel. Le ch. 6 révèle l’apostasie de la lignée de Seth qui s’est mêlée au monde, et qui a basculé dans la violence et la corruption : « Et Dieu regarda la terre, et voici, elle était corrompue, car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre » (v. 12). Cela est une première interprétation. Une autre interprétation, s’appuyant sur Job 1. 6 ; 2. 1 ; 38. 7 ; 1 Pierre 3. 19 et Jude 6 et 7, fait de l’expression « fils de Dieu » (v. 2 et 4) des anges ayant pris des « filles des hommes ». Ceci est profondément mystérieux… « Les choses cachées sont à l’Éternel… et les choses révélées sont à nous… » (Deut. 29. 29). « Par la foi, nous comprenons… » (Héb. 11. 3).
Au ciel, les croyants ne se marieront plus, mais seront « comme les anges de Dieu dans le ciel » (Mat. 22. 30). « Les géants » ces « hommes de renom » sont les fruits de la corruption et de la violence des hommes, et c’est souvent le cas, encore aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, l’important est la conclusion que Dieu Lui-même en tire (v. 5 à 7).
Devant la méchanceté permanente des hommes, Dieu prend encore patience. Il décrète d’abréger la vie humaine à cent vingt ans (v. 3). Ces cent vingt ans parlent aussi du laps de temps que Dieu laisse aux hommes pour se repentir, durant la construction de l’arche, véritable témoignage de « Noé lui, huitième, prédicateur de justice » (2 Pier. 2. 4 et 5), au milieu « d’un monde impie ». Nous sommes, en tant que rachetés du Seigneur, nous aussi, prédicateurs de justice. Quelles sont nos relations avec le monde ? Méfions-nous des innombrables applications de la technique de plus en plus envahissante, aux arts, aux sports : ce sont, pour certains d’entre nous, de vraies idoles qui tendent à nous détourner de Dieu. À la cour de Pharaon, Moïse a découvert la violence dans le cœur d’un Égyptien battant un Israélite ; la violence dans le cœur d’un Israélite pour son frère ; et enfin, la violence dans son propre cœur quand il a tué lui-même l’Égyptien (Ex. 2. 11 à 14). Il a dû fuir, au désert, la cour de Pharaon, image du monde qui a rejeté Christ. Nous sommes appelés à nous séparer moralement du monde (2 Cor. 6. 14 à 18).
Dieu, du temps de Noé, se « repent », change ses voies gouvernementales, devant le déchaînement du mal confirmé en Ecclésiaste 9. 3 ; Jérémie 17. 9 et 10. Seul, Noé trouva grâce devant Dieu, avec sa famille, et cela est encourageant pour les croyants ayant des enfants : amenons-les à Christ, la seule vraie arche du salut. Quel contraste avec l’histoire de Lot qui, seul de sa famille, a été sauvé comme à travers le feu, lui dont le témoignage était ruiné !
Dans ce monde de plus en plus corrompu et violent, attachons-nous au Seigneur avec amour, pour Le suivre dans l’obéissance à sa Parole et dans l’humilité. Noé, en son temps, n’a pas essayé d’améliorer le monde. Il s’est contenté d’obéir à Dieu. Il n’a pas parlé, mais il a agi. Comme lui, vivons et tenons ferme le témoignage jusqu’à son terme.
Dieu nous montre les caractères heureux de Noé : « Noé était un homme juste ; il était parfait parmi ceux de son temps ; Noé marchait avec Dieu » (v. 9). Mais ce n’est pas à cause de ses mérites qu’il a été sauvé. « Parfait » ne signifie pas : irréprochable. La perfection reconnue de Job n’a pas empêché Dieu de travailler dans son cœur, de sorte qu’à la fin il s’écria : « J’ai horreur de moi… » (Job 42. 6).
Noé est un type du résidu juif appelé à peupler la terre milléniale, après avoir été préservé par Dieu, en traversant la grande tribulation. Par la foi, il obéit au commandement de Dieu de se bâtir une « arche pour la conservation de sa maison ; et par cette arche il condamna le monde et devint héritier de la justice qui est selon la foi » (Héb. 11. 7). Noé a passé cent ans à la construction de l’arche (comp. ch. 5. 32 et ch. 7. 6) ; et chaque pièce de bois ajoutée rappelait à ses contemporains l’approche du jugement.
Et pendant tout ce temps, Dieu patientait. Dieu est un Dieu de grâce et ne juge pas arbitrairement : le juste Lot ne périt pas avec les méchants de Sodome et de Gomorrhe : « le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18. 25) Encore de nos jours, Dieu regarde toute la terre ; et il y a « de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent » (Luc 15. 7). En bâtissant l’arche, Noé devint « prédicateur de justice » (2 Pier. 2. 5). Sa prédication ne fut pas en paroles mais en actions d’obéissance : « Et Noé le fit ; selon tout ce que Dieu lui avait commandé, ainsi il fit » (v. 22).
La différence de Noé avec ceux qui l’entouraient, c’est que lui seul marchait par la foi, alors que « tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu » (Rom. 3. 23). Le témoignage qui nous est confié sera heureux si nous sommes empressés à obéir, par amour pour le Seigneur, en contraste avec le monde : « vous reluisez comme des luminaires dans le monde » (Phil. 2. 14 et 15). L’obéissance est le fruit de la crainte de déplaire à Dieu. La violence et la corruption sont toujours d’actualité ; bien qu’adoucies pour un temps par le christianisme, ces caractères ressortent de nouveau avec la déchristianisation de l’occident.
Noé a dû être considéré comme un insensé de bâtir un immense bateau au milieu des terres. Mais il a agi par la foi en la Parole de Dieu, qui l’avait convaincu de l’imminence du déluge ! Notre conduite, si elle est fidèle, humble et pieuse, est beaucoup plus convaincante que de longs et savants discours.
Sem, Cham et Japheth sont les points de départ de toutes les nations réparties sur la terre.
La foi s’alimente de la Parole de Dieu que nous devons connaître pour lui obéir. La plus grande difficulté d’une marche de foi, c’est la patience qu’elle requiert : « Mon maître tarde à venir… ». Mais le Seigneur nous exhorte : « Possédez vos âmes par votre patience » (Luc 21. 19). « Il faut que la patience ait son œuvre parfaite » (Jac. 1. 4).
« Les secrets de l’Éternel sont pour ceux qui le craignent » (Ps. 25. 14). Noé craignait Dieu, et Il lui a confié le terrible secret de la venue du déluge. Abraham, lui aussi, craignait Dieu et Dieu dit : « Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire… ? Car je le connais, et je sais qu’il commandera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel » (Gen. 18. 17 à 19). Dieu nous communiquera ses pensées si nous vivons dans la crainte de Lui déplaire, ce qui nous donnera la force d’obéir de cœur à sa Parole, dans sa communion.
Dieu donne à Noé des indications précises quoique succinctes, concernant la fabrication de l’arche : presque cent cinquante mètres de long ; vingt-cinq mètres de large et quinze de hauteur, avec trois étages ! … Les grandes dimensions de l’arche nous rappellent que la grâce de Dieu est suffisante pour tous les hommes. Une énorme quantité d’animaux y a trouvé place et a été sauvée.
L’arche devait être enduite de poix, dedans et dehors. La poix est, dans l’original, le même mot que : propitiatoire. Elle empêchait les eaux de pénétrer dans l’arche, mettant ses occupants à l’abri du jugement (Ps. 32. 1). De même, la mère de Moïse a construit un coffret qu’elle a enduit de poix, mettant son enfant à l’abri de l’eau du fleuve et de la mort. L’arche est un encouragement pour les parents : Ils doivent la « bâtir », c’est-à-dire créer une atmosphère de piété qui, peu à peu, amènera les enfants au Seigneur. L’enduire de poix dedans et dehors, c’est les mettre en garde contre le vieil homme qui est en eux, et contre l’influence dangereuse du monde. Timothée avait été amené au Seigneur par la foi de sa grand-mère et de sa mère, et était devenu un serviteur utile, dans l’Assemblée (2 Tim. 1. 5). Notre propitiatoire, c’est le Seigneur Jésus, mort sur la croix pour nous, et ressuscité.
La construction de l’arche ne suffisait pas à Noé pour être sauvé : il fallait qu’il obéisse à l’injonction divine : « entre dans l’arche, toi et toute ta maison » (ch. 7. 1). Mais l’obéissance de Noé a manifesté sa foi : seule, la foi obéit à Dieu.
Le péché de l’homme a souillé la création, qui souffre et attend la délivrance (Rom. 8. 19 à 23). Lorsque l’œuvre du Seigneur sera manifestée dans la plénitude de ses effets, toutes choses seront « réconciliées » avec Dieu.
L’arche devait avoir une fenêtre ouverte sur le ciel, empêchant ses occupants de regarder au déchaînement des eaux du jugement. Nous sommes invités à manifester notre foi en « fixant les yeux sur Jésus » (Héb. 12. 2), et non sur les évènements extérieurs qui pourraient nous troubler. Puis, elle devait avoir une porte permettant d’y entrer. Il n’y a qu’une seule porte pour le salut des hommes : Jésus Christ, mort et ressuscité : « Moi, je suis la porte » (Jean 10. 9). Mais pour être sauvé, il faut « entrer dans l’arche ».
En Luc 17. 26 et 27, le Seigneur montre que beaucoup de gens sont occupés de jouir des choses de la vie, légitimes en elles-mêmes, mais qui les détournent de l’essentiel : leur salut !… Invités au grand souper de la grâce offert à tous, beaucoup, indifférents, courent à leurs occupations et… à la perdition (Luc 14. 16 à 24). Vivons toutes choses avec le Seigneur, et toutes nos circonstances seront sanctifiées. L’incrédulité des hommes les conduit à l’ignorance volontaire du jugement divin sur le monde impie (2 Pier. 3. 3 à 7) : C’est ainsi que raisonnaient les contemporains de Noé (Mat. 24. 38 et 39) qui, lui, avait été « averti divinement » (Héb. 11. 6). Ne marchons « plus comme le reste des nations » (Éph. 4. 17 à 19).
L’arche n’était pas destinée à naviguer mais simplement à flotter. Aussi Dieu n’avait donné aucune instruction pour installer un gouvernail ; Lui-même prenait en main la direction de l’arche. De même, nous n’avons pas la direction de notre vie : c’est Dieu qui dirige tout ce qui concerne nos circonstances.
Dieu donne aussi à Noé des informations sur ce qu’Il va faire : « J’établis mon alliance avec toi » (v. 18). Il dévoile aussi qu’Il va conserver en vie les espèces animales. On voit que ces instructions et informations ont produit un effet salutaire sur Noé : « Il craignit et bâtit une arche… » (Héb. 11. 7). Les informations prophétiques que la Parole nous donne doivent établir une communion pratique entre Dieu et nous.
Les « loges » du v. 14 montrent l’ordre établi de Dieu dans l’arche : « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures… je vais vous préparer une place » (Jean 14. 2). Notre vie chrétienne doit être en ordre. Il devait aussi y avoir de la nourriture en abondance pour tous : le déluge a duré presque un an ! Nous avons la Parole, nourriture suffisante pour alimenter notre âme toute notre vie. Prenons donc « de tout aliment qui se mange » (v. 21).
Ch. 7
Les ch. 6 et 7 mettent en évidence l’obéissance de Noé (ch. 6. 22 ; 7. 5 et 16). La foi obéit : Dieu avait dit, Noé a cru et a exécuté ses ordres. Obéir à Dieu est la sécurité du croyant (Ps. 32. 6 ; 33. 18 et 19). Noé et sa famille avaient été mis à part pour Dieu. Hébreux 11. 7 montre trois caractères chez Noé, caractères qui plaisent à Dieu : La foi : « sans la foi il est impossible de Lui plaire » ; la crainte de Dieu : « il craignit » ; et l’obéissance : « il bâtit une arche ».
Dieu agit selon ce qu’il apprécie : « Noé était un homme juste » (ch. 6. 9). Il avait une marche identique à celle d’Énoch (ch. 5. 21 et 22). Il a obéi jusque dans les moindres détails, en ce qui concerne les animaux. Notre obéissance va-t-elle jusqu’au bout ? La foi de Noé s’est soutenue durant les cent ans qu’a duré la construction de l’arche ; mais Dieu va la mettre à l’épreuve « sept jours » de plus (v. 4), alors que tout était prêt. « La patience de Dieu attendait dans les jours de Noé » (1 Pier. 3. 20), mais elle a eu sa fin.
Tant que la porte de la grâce est encore ouverte, associons-nous à sa patience. C’est Dieu qui fermera la porte de la grâce à son moment à Lui (Mat. 25. 10). La porte est étroite et peu d’hommes la trouvent (Luc 13. 24 et 25). Au début du déluge, quelle angoisse pour ceux qui n’étaient pas dans l’arche, alors qu’elle était encore là ! mais la porte était fermée… Dans ce récit, lorsqu’il s’agit des plans du Créateur pour conserver en vie les espèces animales, le nom : « Dieu » est employé (ch. 6. 13 ; 22 ; ch. 7. 16) ; mais lorsqu’il s’agit de relations morales avec Noé, c’est le nom d’Éternel qu’on lit (ch. 7. 1 et 16 fin du verset).
Noé devait s’assurer que les animaux entrent dans l’arche « mâle et femelle » (ch. 6. 19). Mais au ch. 7. 2 et 3, il devait y avoir sept couples des « bêtes pures », et un couple des bêtes non « pures ». L’Esprit de Dieu donnait à Noé le discernement des bêtes « pures », comme il avait donné à Abel de discerner que « les premiers-nés de ses troupeaux » seuls devaient être offerts à Dieu (ch. 4. 4). Dieu révèle ses pensées à ceux qui Le craignent (Ps. 25. 14). Ces bêtes pures étaient destinées aux sacrifices pour Dieu (ch. 8. 20 ; Lév. 11). Mais aussi, les animaux sont des créatures de Dieu, et Il en prend soin (Ps. 8. 4 à 8).
Noé était reconnu « juste » par Dieu, et « sa maison » a été sauvée du déluge. Josué pouvait prendre soin de sa maison (sa famille) : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Jos. 24. 15). Au geôlier d’Actes 16, Paul et Silas disent : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta maison » (v. 31). La maison d’un croyant est une petite sphère de bénédictions pour tous ceux qui y demeurent, même inconvertis (1 Cor. 7. 12 à 16).
Et, de nos jours, les croyants sont revêtus de la justice de Christ. Abraham fut « l’ami » de Dieu, qui savait qu’il prenait fidèlement soin de sa famille (Gen. 18. 19). Cependant, la conversion est individuelle. Dieu rend toujours témoignage à la fidélité de ses enfants (Act. 16. 14 et 15). Dieu accorde le plus grand prix à « la maison » de ses enfants. Aussi privilégiés que soient les enfants de parents chrétiens, ils devront se tourner vers le Seigneur pour leur salut personnel. Un enfant qui obéit à ses parents obéit à Dieu. La lumière morale luit dans un foyer chrétien fidèle (Ex. 10. 23).
La pluie est tombée durant quarante jours et quarante nuits ; quarante représente un temps complet d’épreuve. Il semble qu’il y eut également un cataclysme marin : « toutes les fontaines du grand abîme se rompirent et les écluses des cieux s’ouvrirent » (v. 11). Cette épreuve extraordinaire ne se répétera pas (ch. 9. 11), car la création de maintenant est réservée pour le feu (2 Pier. 3. 10). Le Tout-puissant tient tout dans sa main.
Si Noé était à l’abri des eaux du déluge, en contraste, le Seigneur a été pleinement exposé aux eaux de la colère de Dieu contre notre péché (Ps. 42 ; 69. 1 et 2 ; Jonas 2. 4). Noé et sa famille, protégés du déluge, préfigurent le résidu juif traversant la grande tribulation de la fin, mais gardé du jugement des ennemis (És. 56. 9 à 12 ; 1 Thess. 5. 3), et qui recevra le Seigneur Jésus comme son Messie, dans la repentance (Zach. 12. 8 à 14).
Au ch. 1. 9 et 10, Dieu a séparé les eaux au-dessous des cieux afin de faire apparaître la terre sèche entourée par les mers. Il a préparé un domaine propice à la vie des animaux terrestres et de l’homme, « soutenant toutes choses par la parole de sa puissance » (Héb. 1. 3). Mais devant la corruption et la méchanceté de l’homme, Dieu retire sa main protectrice, et la mer et les eaux des cieux recouvrent la terre, et toute vie terrestre périt (ch. 7), à l’exception des occupants de l’arche. Dieu manifeste ainsi sa toute-puissance et sa souveraineté sur la création tout entière.
Son autorité se montre aussi au v. 16 : « Et l’Éternel ferma l’arche sur lui », Noé. Ce sera Lui encore qui fermera la porte de la grâce (Mat. 25. 10), sur ceux qui seront sauvés (dedans), et ceux qui seront perdus (dehors), car le salut est individuel (v. 9). « Un homme ne pourra en aucune manière racheter son frère » (Ps. 49. 7). Luc 16. 26 démontre qu’entre les « sauvés » et les « perdus », une séparation absolue et définitive est établie. Et aussi (2 Cor. 2. 15), Dieu appelle : « Sauvez-vous de cette génération perverse » (Act. 2. 40). C’est encore le temps de la grâce : on peut encore entrer.
L’arche typifie le Sauveur dont le sacrifice met les croyants à l’abri du jugement, comme l’arche « flottait sur la face des eaux » (v. 18), protégeant parfaitement Noé et sa famille du déluge. « Dieu n’a pas épargné l’ancien monde mais a préservé Noé » (2 Pier. 2. 5). Il épargne aussi « un fils qui le sert » (Mal. 3. 17). Mais « Il n’a pas épargné son propre Fils », le Seigneur Jésus, qui a subi notre jugement (Rom. 8. 32). Comme « les eaux se renforcèrent », les jugements apocalyptiques se renforceront aussi : les sept sceaux, les sept trompettes et les sept coupes. Mais à travers ces jugements, comme Noé a été préservé du déluge, un résidu juif et des nations sera sauvé (Apoc. 7. 4, 7 à 9). Énoch a été enlevé au ciel peu de temps avant le déluge (ch. 5. 21 à 24), préfigurant l’enlèvement de l’Église qui précédera les jugements du monde ennemi de Dieu.
« Et toute chair… expira » (ch. 7. 21). Expirer, ici, est synonyme d’être effacé, comme : être effacé du « livre de vie » (Ps. 69. 28), forme négative. Dieu « efface » aussi nos transgressions (És. 43. 25), forme positive. Dieu est souverain en toutes choses. Il a permis que les eaux se renforcent durant cent cinquante jours ; mais le jugement est « son œuvre inaccoutumée », et Il a permis aussi qu’elles baissent et que la vie puisse reprendre son cours, par grâce. En construisant son arche, Noé « condamna le monde » (Héb. 11. 7). Dieu avait annoncé les conséquences du déluge (ch. 7. 4), et les réalise (v. 22). « Et Dieu se souvint de Noé » (ch. 1. 8), comme Il se souviendra d’Abraham, en rapport avec Lot (ch. 19. 29).
Le renforcement du déluge rappelle aussi « les eaux » du jugement de Dieu sur son Fils (Ps. 42 ; 69. 1 ; 88. 7, 16 et 17 ; Jonas 2. 6), lorsqu’Il a « été fait péché pour nous » (2 Cor. 5. 21). Quant au jugement du monde, Dieu dit en Aggée 2. 6 : « Encore une fois, j’ébranlerai les cieux et la terre ». Ce verset est repris plusieurs fois en Hébreux 12. 25 à 29. C’est un temps d’épreuve intense en jugement sur le monde. Pour Noé aussi c’était une épreuve ayant duré un an et dix jours (ch. 7. 11 ; ch. 8. 13 et 14).
D’une manière générale, l’épreuve, pour un croyant, doit être reçue de la main du Père c’est Lui qui fait l’épreuve et qui en fait l’issue (1 Cor. 10. 13). Mais le jugement de Dieu ne peut plus atteindre le croyant qui est à l’abri du sacrifice du Seigneur « C’est pourquoi tout homme pieux te priera au temps où l’on te trouve ; certainement, en un déluge de grandes eaux, celles-ci ne l’atteindront pas » (Ps. 32. 6).
À la fin, le jugement sur le monde impie prendra le caractère « d’un feu consumant » (Héb. 12. 25 à 29).
Ch. 8 à 11 : la terre habitée à nouveau.
Ch. 8
« Dieu se souvint de Noé » (v. 1), comme plus tard Il se souviendra « d’Abraham et renvoya Lot hors de la destruction » (ch. 19. 29). En Exode 2. 24, « Dieu se souvint de son alliance avec Abraham », et délivrera son peuple de l’esclavage de l’Égypte.
Au ch. 7 de la Genèse, Dieu juge et purifie la terre corrompue. Au ch. 8, la terre étant purifiée, la grâce de Dieu peut se donner libre cours : les eaux qui avaient crû jusqu’à sept mètres « par-dessus les hautes montagnes » (ch. 7. 20), commencent à baisser (ch. 8. 1). Noé et sa famille vont pouvoir vivre sur une terre renouvelée. Dans un jour encore à venir, les jugements apocalyptiques purifieront la terre pour préparer le règne millénial du Seigneur.
Au ch. 7. 11, « toutes les fontaines du grand abîme se rompirent et les écluses des cieux s’ouvrirent ». Mais au ch. 8, un vent passe et : « les fontaines de l’abîme et les écluses des cieux furent fermées » (v. 2). Dieu seul dirige toutes choses : les puissances naturelles ne sont pas livrées à elles-mêmes. On retrouve la haute main de Dieu lorsque les eaux de la Mer Rouge se fendent pour livrer passage au peuple racheté de l’Égypte (Ex. 14. 21). Les « lois de la nature » n’expliquent pas tout (Job 38. 28, 33 à 37).
Noé et sa famille ont été délivrés à travers l’épreuve (Ps. 107. 29 et 30). « Noé » signifie : consolation, repos : « Et l’arche reposa sur les montagnes d’Ararat » (v. 4). Ce verset suggère la communion de Noé avec son Dieu, fruit d’une foi mise à l’épreuve durant les cent ans de la construction de l’arche, et l’année qu’a duré le déluge. Ce repos de l’arche sur les montagnes, près du ciel, nous renvoie au Seigneur qui, après avoir subi toute l’ardeur de la colère de Dieu contre notre péché, « fut élevé en haut dans le ciel, et s’assit à la droite de Dieu » (Marc 16. 19). La pensée de Dieu était de prendre soin de Noé, car à travers lui, l’homme reste, de par la volonté divine, le chef de la création. Comme Créateur, Dieu se souvint aussi des animaux qu’Il a préservés du déluge, afin de repeupler la terre. Romains 8. 22 révèle les « soupirs » de la création qui souffre à cause du péché de l’homme.
Dans ces chapitres, tout est divinement réglé, et Noé agit paisiblement, sans hâte. Arraché avec sa famille à la corruption d’une terre souillée par le péché, ils sont gardés purs sur la montagne d’Ararat. Durant les jugements de l’Apocalypse, le résidu d’Israël sera gardé de la destruction (Rom. 11. 26). Ces deux chiffres : Quarante et sept parlent d’un temps complet d’épreuve (40), et de la perfection de Dieu dans ses conseils (7).
Noé avait été instruit de Dieu pour faire « un jour à l’arche » (ch. 6. 16), et c’est dans la dépendance de Dieu qu’il « ouvrit la fenêtre de l’arche » (ch. 8. 6). Cette fenêtre ouvrant sur le ciel rappelle que nous devons regarder vers en haut (Ps. 121 ; Luc 21. 27 et 28). Aussi, Noé ne pouvant regarder autour de l’arche, lâche le corbeau qui va et vient jusqu’à ce que les eaux aient séché, mais, semble-t-il, ne rentre pas dans l’arche. C’est un oiseau impur (Lév. 11. 15), faisant penser à Satan qui « se promène sur la terre » (Job 2. 2).
Il fait penser à l’impureté de la chair en nous, par opposition à la colombe symbolisant la pureté du nouvel homme. Elle est aussi un symbole du Saint Esprit descendant sur le Seigneur, à son baptême (Mat. 3. 16), comme Jean le baptiseur en avait été averti (Jean 1. 33). La colombe, lâchée à son tour, ne s’accommode pas de la souillure d’une terre où les eaux du jugement n’ont pas encore séché. Elle revient vers Noé et « il étendit sa main, et la prit, et la fit entrer auprès de lui dans l’arche » (v. 9). Lâchée trois fois, elle renseigne Noé sur l’état de la terre ; et c’est elle, et non le corbeau, qui lui rapporte « une feuille d’olivier arrachée », signe d’espérance d’une vie qui reprend sur une terre renouvelée. La foi de Noé s’est nourrie de cette espérance, et a sa récompense. Nous aussi, nous avons l’espérance d’une vie entièrement nouvelle dans le ciel, auprès de notre Seigneur ; espérance révélée et entretenue par le Saint Esprit, éclairant pour nous la Parole de Dieu.
Noé reste dépendant de Dieu, depuis l’ordre de construire l’arche, jusqu’après le déluge : sa foi et son obéissance n’ont pas failli. Au ch. 7. 1, Dieu lui avait dit : « Entre dans l’arche… » ; ici, Il lui dit : « Sors de l’arche… » (v. 16). Entre ces deux ordres divins, la foi de Noé lui faisait lever les yeux vers le ciel qu’il voyait par la fenêtre, ouverte au-dessus de l’arche. « J’élève mes yeux… L’Éternel gardera ta sortie et ton entrée » (Ps. 121. 1 à 8).
La simplicité de ce récit montre la simplicité de la foi qui obéit : « Noé marchait avec Dieu » (ch. 6. 9), et Dieu dirige toutes choses pour son salut. Au sujet des animaux préservés, Dieu donne les mêmes instructions qu’au moment de leur création : « Fructifiez et multipliez » (ch. 1. 22). Au ch. 8. 17, Il dit : « qu’ils fructifient et multiplient ». C’est un monde nouveau qui commence, mais les traces indélébiles du péché sont là : il y a des bêtes pures et des bêtes impures ! Avec les bêtes pures, Dieu avait pourvu aux sacrifices qui lui seraient offerts. Et Noé bâtit le premier autel mentionné dans l’Écriture, et offre des animaux « purs » en holocauste qui préfigurent l’offrande du Seigneur à son Dieu et Père. « Et l’Éternel flaira une odeur agréable » de repos (note c). Dieu se reposait dans sa satisfaction de ce qui Lui était offert.
Au ch. 4. 4, Abel avait offert des holocaustes, avec les graisses réservées à Dieu seul. Au v. 7 de ce chapitre, il est proposé à Caïn un sacrifice pour le péché, s’il « ne faisait pas bien ». Dieu a dû détruire la terre à cause de la corruption de l’homme, comme Il la purifiera de nouveau par les jugements apocalyptiques ; c’est « son œuvre inaccoutumée » (És. 28. 21). Mais sa grâce suit le jugement (Jug. 10. 14 à 16 ; Os. 11. 8). Il ne renonce jamais à ses conseils éternels, car Il a en vue de manifester et de proposer à l’adoration de tout l’univers créé, la gloire de son Fils. Plus tard, le peuple adorera « le serpent d’airain » que Moïse avait fait (2 Rois 18. 4) : c’était l’idolâtrie.
Mais Noé, reconnaissant d’avoir été préservé de la destruction avec sa famille, adore Dieu à sa pleine satisfaction. Dieu alors, décide de ne plus détruire la terre ainsi (v. 21 et 22). Cependant, le cœur de l’homme n’a pas changé, car il est mauvais « en tout temps » et « dès sa jeunesse » (ch. 6. 5 ; 8. 21 ; Ps. 51. 5). « La folie est liée au cœur du jeune enfant. La verge de la correction l’éloignera de lui » (Prov. 22. 15). Il est « incurable » (Jér. 17. 9). Et les hommes sont « haïssables et se haïssant l’un l’autre ». « Tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu… ».
Mais nous sommes « justifiés gratuitement par sa grâce » (Rom. 3. 23 et 24). Le vieil homme a été cloué à la croix, mais Dieu nous a aimés inconditionnellement (1 Jean 4. 10), de toute éternité : « Je t’ai aimé d’un amour éternel » (Jér. 31. 3). Si Dieu nous a aimés et sauvés, c’est pour que nous L’aimions à notre tour de « l’amour qu’Il a versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qu’Il nous a donné » (Rom. 5. 5) et qui remonte jusqu’à Lui, le Donateur.
Dieu, dans sa sainteté, a dû abandonner son peuple, « pour un petit moment », à cause de son infidélité, mais « avec de grandes compassions » Il le rassemblera (És. 54. 7 à 10). Notre chapitre montre la patience et la bonté de Dieu qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes » (Mat. 5. 45). Mais les incrédules se moquent de cette patience divine : « … aux derniers jours des moqueurs viendront… disant : où est la promesse de sa venue ? car, depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état dès le commencement de la création » (2 Pier. 3. 3 et 4). Ce sont les mêmes qui se séduisent en disant : « … demain sera comme aujourd’hui, et encore bien supérieur » (És. 56. 12).
Ch. 9
Dans ce chapitre, la vie recommence sur une terre renouvelée. Cela est rendu possible par la purification, les eaux du déluge, et par les holocaustes offerts par Noé, et dans lesquels Dieu a flairé « une odeur agréable » de repos. Ces holocaustes annoncent le sacrifice du Seigneur ayant pleinement glorifié Dieu : sa mort, sa résurrection et sa séance à la droite de Dieu sont les bases de la vie nouvelle donnée aux croyants, vie éternelle qu’ils possèdent déjà spirituellement, et qui se prolongera dans le millénium et jusque dans l’état éternel. La vie nouvelle reprend pour Noé et sa famille sur ces deux bases : les sacrifices (ch. 8. 20) ; et l’alliance que Dieu fait avec eux (ch. 9. 8 à 17).
Les deux premiers versets contrastent avec le ch. 1. 28 et 29 : désormais, les hommes seront pour les animaux « un sujet de crainte et de frayeur ». La nature entière est assujettie aux hommes, et ils devaient en prendre soin, en particulier, des bêtes (Prov. 12. 10), mais ils en ont abusé. Depuis, toute la création souffre et soupire après la délivrance (Rom. 8. 23). Si les animaux sont notre nourriture, nous ne devons pas les faire souffrir volontairement. Dieu distingue entre le chasseur qui tue pour son plaisir et le berger. Le Seigneur, Lui est « le bon Berger ».
Dieu parle à Noé et à ses fils (v. 1 et 8), car la bénédiction et l’alliance reposent sur toute la lignée de Noé (v. 9). Pour Dieu, le jugement est son « œuvre inaccoutumée » (És. 28. 21).
Cependant, Dieu fait la distinction entre les animaux et l’homme qui, seul, a été fait « à l’image de Dieu, selon sa ressemblance ». Avant le déluge, il semble qu’aucun être vivant ne se nourrissait de chair (ch. 1. 29 et 30). Après le déluge, les animaux vont se dévorer entre eux, mais désormais, l’homme devra se nourrir de ce qui est mis à mort, image de la vie éternelle que Dieu donne à quiconque se « nourrit de Christ mis à mort » (Jean 6. 54).
La loi distinguait entre les animaux purs que l’on pouvait manger, et les animaux impurs dont il fallait impérativement s’abstenir (Lév. 11). Sous la grâce, tout est changé : toute créature est bonne si elle est prise avec actions de grâces (1 Tim. 4. 1 à 5). Cependant, une restriction demeure pour tous les temps : le sang ne doit pas être consommé, car en lui est la vie (Gen. 9. 4 ; Deut. 12. 23 et 24 ; Act. 15. 19 ; 28. 29). « C’est le sang qui fait propitiation pour l’âme » et Dieu l’a « donné sur l’autel » (Lév. 17. 10 et 11). Dieu avait en vue le sang de son Fils versé à la croix. La vie appartient à Dieu et nous sommes vivants par pure grâce. Si l’interdiction de manger le sang traverse toute l’Écriture, l’interdiction de manger la graisse, réservée à Dieu, dans l’Ancien Testament, ne se retrouve nullement dans le Nouveau Testament.
Dieu déclare qu’Il « redemandera le sang » d’un homme tué, de tout meurtrier : homme ou bête (v. 5 et 6). Il y a là le principe du gouvernement rétributif de l’homme responsable devant Dieu, principe nouveau établi après le déluge. Et cela est toujours valable, même si les hommes de notre époque croient bon de supprimer la peine de mort (Rom. 13. 1 à 4). La marche du monde nous habitue au meurtre et le banalise. En Israël, Dieu avait établi des villes de refuge pour le meurtrier involontaire ; mais pour le meurtrier volontaire, il n’y avait pas de pardon (Ex. 21. 12 à 14). Le meurtre d’Abel n’a pas été vengé par la mise à mort de Caïn, bien qu’il l’ait craint (ch. 4. 14), mais Dieu a dû le châtier (v. 11 à 13).
Dieu prend soin de toute sa Création (Ps. 104. 27 à 30) ; mais aussi, des hommes en particulier (Gen. 9. 1 et 7). Toute la création est dépendante de l’amour de Dieu.
En désobéissance à la Parole de Dieu de se répandre sur toute la terre (v. 1 et 7), les hommes ont voulu se rassembler et rester ensemble (ch. 11) ; et Dieu a dû les disperser en confondant leur langage.
Aux v. 1 et 8, Dieu établit son alliance avec Noé et ses fils et leur descendance (v. 9). Cette alliance, Il l’étend à tous les êtres vivants sur la terre : c’est une alliance universelle traversant désormais toute l’histoire de l’homme dans ses relations avec Dieu. L’Éternel montre à Ézéchiel, lorsque sa gloire va quitter le temple, le signe de l’alliance, l’arc-en-ciel, lui rappelant que l’alliance demeure, même si le temple, désormais, sera désert (Éz. 1. 28). En Apocalypse 4. 2 et 3, Dieu apparaît à Jean, dans son caractère de Créateur, entouré de l’arc-en-ciel. Puis, au ch. 10 de ce même livre, l’ange apparaît avec l’arc-en-ciel sur sa tête, montrant ainsi que, au sein des plus terribles jugements divins sur les hommes impies, l’alliance est toujours là : la fidélité de Dieu est manifestée.
L’alliance dispose les conditions par lesquelles l’homme peut s’approcher de Dieu, dans le cas d’alliance « bilatérale » engageant la responsabilité de l’homme : avec Adam (ch. 2. 16 et 17) ; avec Abraham (ch. 17. 7 à 14) ; avec le peuple, plus tard (Ex. 19. 3 à 5). Mais Genèse 9 établit une alliance inconditionnelle, sous la seule responsabilité de Dieu : sur cette terre renouvelée, Dieu établit son alliance avec Noé, avant que ce dernier ait péché, montrant ainsi que cette alliance, dictée par son amour et sa fidélité, est au-dessus des tristes conditions de l’homme pécheur. Ésaïe 54. 10 confirme cette fidélité inconditionnelle « Car les montagnes se retireraient et les collines seraient ébranlées, que ma bonté ne se retirerait pas d’avec toi, et que mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, dit l’Éternel, qui a compassion de toi ». Dieu ne dépend pas de l’état de l’homme, et ce qu’Il promet, Il l’accomplit.
Cependant, bien que Dieu ne renonce pas à ses desseins éternels, Il peut modifier ses voies, afin d’y parvenir malgré les défaillances de l’homme. L’ancienne alliance était scellée par le sang des animaux sacrifiés : c’était une alliance conditionnelle. La nouvelle alliance, scellée par le sang du Seigneur Jésus (Luc 22. 20), est inconditionnelle pour la maison d’Israël (Héb. 8. 10 à 12). L’Église n’entre pas dans la nouvelle alliance, car elle est l’épouse de Christ ; mais elle n’en jouit pas moins des bénédictions.
Les nuages du v. 14, parlent des difficultés que les croyants rencontrent . Mais là encore, ils discernent la présence du Seigneur ; et, à travers l’irisation de la lumière fragmentée de l’arc-en-ciel, nous sont rappelées les différentes gloires du Fils de Dieu.
Dieu s’intéresse à la terre et « voit » ce qui s’y passe : Il voit l’arc-en-ciel ; Il voit le sang de la victime ; Il voit l’état de Sodome et Gomorrhe etc…
Du v. 18 du ch. 9, jusqu’au ch. 11, Dieu nous montre la répartition des nations, à partir de Noé et ses fils. Canaan, le fils de Cham, est cité avant la généalogie du ch. 10, car l’impiété filiale de Cham va donner occasion à Noé de maudire sa descendance : Canaan, qui sera l’ancêtre des Cananéens, ennemis d’Israël, qu’il devra combattre pour s’emparer de leur pays, quand leur iniquité aura atteint son comble.
Noé nomme Dieu : « le Dieu de Sem » (v. 26). Dieu a en vue son futur peuple juif descendant de Sem, d’où naîtra le Seigneur Jésus.
Noé, chargé d’administrer la terre purifiée, tombe dans le péché en s’enivrant et en se dénudant dans la tente : Adam, Noé, le peuple juif, l’Église, enfin, ont démontré leur incapacité a garder fidèlement ce que Dieu leur avait confié. Même le millénium s’achèvera dans la ruine de l’homme ayant rejeté Dieu. « En moi, il n’habite point de bien » (Rom. 7. 18). Restons sobres (Éph. 5. 18).
Cham a vu la nudité de son père et s’en est gaussé devant ses frères, « dehors » (v. 22). Profane et dépourvu de piété filiale, il contraste avec Sem et Japheth qui couvrent leur père sans voir sa nudité (v. 23), et ont « honoré leur père », avant la loi, car c’est une disposition morale de tous les temps (Éph. 6. 2). D’autre part, la nudité ne doit pas être exposée, et les croyants doivent être vêtus correctement (1 Tim. 2. 9).
Le Seigneur veut couvrir la nudité spirituelle aussi (Apoc. 3. 18). Couvrir le péché, c’est en parler à Dieu et à celui qui a péché, dans un esprit de douceur (Gal. 6. 1 ; Prov. 11. 13 ; 1 Pier. 4. 7 et 8), et à personne d’autre. Un châtiment sévère tombe sur qui se moque de ses parents (Prov. 30. 17).
Noé, après s’être laissé surprendre par le péché, a certainement été restauré par la repentance, car il peut, instruit par l’Éternel, maudire Canaan, fils de Cham, et bénir Sem et Japheth. En communion habituelle avec Dieu qui l’a déclaré juste (ch. 6. 9), il est conduit par l’Esprit de Dieu pour prophétiser de l’avenir de ses trois fils. La malédiction qui pèse sur Canaan se retrouve en Josué 9. 22 et 23 et Juges 1. 28 Les Gabaonites et les Cananéens furent rendus tributaires (esclaves) d’Israël.
Les africains sont les descendants de Cush, fils de Cham ainsi que d’autres descendants de Cham, les Égyptiens, les Libyens (Mitsraïm et Puth).
Noé bénit l’Éternel, et sa bénédiction retombe sur Sem qui sera « le père de tous les fils d’Héber » (v. 21), ancêtre des Hébreux, peuple d’où naîtra le Seigneur Jésus, en tant qu’homme. À travers la bénédiction de Sem et des Hébreux (Israël), c’est Christ qui est béni. Pour bénir Sem, Noé parle de l’Éternel, nom que Dieu prend en relation avec son peuple ; pour Japheth, il parle de Dieu. Japheth qui hérite de la bénédiction divine à travers Sem, est l’ancêtre des nations d’occident ayant acquis la connaissance du vrai Dieu, d’abord révélé aux Juifs : « Le salut vient des Juifs » (Jean 4. 27). Le salut ayant été prêché aux Juifs premièrement, mais ayant été rejeté par eux, il est parvenu aux nations qui l’ont reçu (Rom. 11. 17 à 25). En ce sens, Japheth « demeure dans les tentes de Sem » (ch. 9. 27). Le Seigneur a étendu son salut par-dessus la muraille qui séparait Israël des nations (Gen. 49. 22), et a même renversé le « mur mitoyen de clôture » (Éph. 2. 11 à 16).
Noé glorifie Dieu en reconnaissant qu’il a inspiré à Sem et Japheth une conduite pleine de sagesse. Une conscience délicate est conduite à agir selon Dieu (Gal. 6. 1), tandis qu’un homme profane se moque du péché d’autrui.
Noé a vécu neuf cent cinquante ans, comme les premiers patriarches du ch. 5. Par la suite, Dieu écourtera considérablement la vie des hommes (ch. 11. 10, 21, 23 et 25).
Ch. 10
Le ch. 10 qui, chronologiquement, se situe après le ch. 11, procède à la répartition des nations selon la volonté de Dieu, tandis que le ch. 11 montre la dispersion des nations après le jugement de Babel (v. 9). Le v. 10 du ch. 11, montre que tous les hommes parlaient une seule langue, alors que le ch. 10. 5, 20 et 31 révèle que désormais, les peuples parlaient des langues différentes, donc, après la dispersion des hommes (ch. 11. 9).
La pensée de Dieu était que les hommes soient répartis par familles, mais la rébellion des hommes L’a conduit à les classer par peuples parlant des langues différentes. Dans cette répartition, Israël occupe la place centrale (Deut. 32. 8 et 9) ; place qui sera la sienne de manière plus marquée durant le règne de mille ans du Seigneur Jésus.
C’est donc Dieu qui a établi les frontières des nations, mais les hommes se sont acharnés à les violer et à les modifier au gré de leurs ambitions, car la volonté de l’homme se dresse toujours contre la volonté de Dieu.
Les v. 2 à 5 montrent la répartition des nations occidentales (Japheth). Madaï : la Médie ; Javan : la Grèce ; Kittim : l’île de Chypre ; Tarsis : « Les îles des nations » du v. 5, désignent les nations lointaines par rapport à Israël, mais auxquelles la grâce de Dieu a fait parvenir le salut (És. 49. 1, 4 et 6).
Les descendants de Japheth ont peuplé les nations occidentales. Les îles des nations désignent les pays éloignés d’Israël. Les fils de Cham ont peuplé l’orient et une partie de l’Afrique : Éthiopie, Égypte, Libye, Canaan (Palestine). Cush, fils de Cham, père des Éthiopiens, a donné les africains, ainsi que Mitsraïm (les Égyptiens), Puth (Libyens) et Canaan. La Parole confirme que l’Égypte a bien été peuplée par les descendants de Cham : elle est appelée « le pays de Cham » (Ps. 105. 23 à 27) ; et le Psaume 106. 21 confirme qu’il s’agit bien de l’Égypte.
Nimrod (Rebelle), était descendant de Cush. Outre qu’il chassait pour son plaisir, sans crainte devant l’Éternel, il fut surtout le premier homme qui s’établit un royaume à partir de Babel, et s’étendit dans la plaine de Shinhar jusqu’à Ninive, sa capitale (ch. 10. 8 à 12). Les hommes furent dispersés au loin par la volonté divine (ch. 11).
Nimrod les rassemble autour de lui, et fonde cette nation appelée plus tard l’Assyrie. L’Assyrien se révélera un ennemi irréductible d’Israël, tout au long de l’Écriture. L’Irak actuel en fait partie.
Nimrod et ceux qui l’ont suivi ont oublié la grâce divine qui a épargné Noé de la destruction. Dans leur folie orgueilleuse, les hommes veulent bâtir « une ville et une tour dont le sommet atteigne jusqu’au cieux » (ch. 11. 4). On retrouve l’ambition de Caïn qui « bâtit une ville » et la nomma du « nom de son fils Hénoc » (ch. 4. 17). Cette tour profane, est la marque d’une religion prétentieuse et sans Dieu.
Les briques (argile cuite), et le bitume leur servent de matériaux de construction. Lorsque, plus tard, l’Éternel commanda à Moïse de bâtir un autel, il dut le bâtir en pierres brutes (non taillées), car l’usage du ciseau (le travail de l’homme) profanerait l’autel (Ex. 20. 25). De plus, le bitume est le produit de la décomposition des végétaux dans la terre. Les hommes cimentent leurs œuvres par la corruption. Tenons-nous à l’écart des associations du monde : nous serions entraînés de force dans cette même corruption. En relation avec les briques, Job 33. 6 nous rappelle que nous sommes faits « d’argile », et les œuvres humaines portent la marque de notre nature. Israël devenu idolâtre, faisait des autels de briques (És. 65. 2 et 3).
La rébellion des hommes a contraint Dieu à confondre les langues afin de les obliger à se répartir par nations. Seul, le royaume millénaire de Christ satisfera entièrement Dieu, et n’aura pas de fin, sinon lorsqu’Il le remettra à son Père afin que « Dieu soit tout en tous » (1 Cor. 15. 28). Dieu rassemble aussi, mais autour de Christ. Le pays de Shinhar aura une mauvaise influence sur Israël en Josué 7. 21 : Acan a pris de l’anathème qu’il a caché dans sa tente « J’ai vu… j’ai convoité… j’ai pris… ».
Babylone, opposée à Israël, a dominé sur lui lorsqu’il a abandonné son Dieu. La future Babylone (Apoc. 17 et 18), portera le caractère de la fausse Église, lorsque la vraie Église sera enlevée avec le Seigneur. Babylone sera alors un système à la fois politique et religieux, unifiant toutes les religions, mais sans Christ, et donc, opposé à Dieu. C’est l’apostasie !
Les descendants de Canaan (v. 15 à 19), peuplèrent la Palestine (Israël), de Sidon au nord, à Gaza au sud. Mais leur iniquité étant parvenue à son comble, Dieu les chassera de ce pays pour le donner à Israël, descendant de Sem, père de Héber, ancêtre des Hébreux.
Japheth, père des nations occidentales, a étendu ses limites en conquérant presque tous les peuples du monde. Ces nations d’occident ont reçu l’évangile, et Dieu a permis leur extension dans le monde afin qu’elles répandent la « bonne nouvelle ». Elles rendront compte de la manière dont elles l’ont fait.
C’est durant la vie de Péleg (division, partage) que Dieu partagea la terre, environ cent trente ans après le déluge (ch. 11. 10 à 17).
Les hommes oublient Dieu, mais Il est présent et prend connaissance de leurs œuvres, et les détruit sans qu’ils puissent s’y opposer (v. 7 à 9).
Ch. 11
En bâtissant une ville et une tour (v. 4), on peut relever deux démarches dans le projet des hommes : se rassembler pour « se faire un nom » au lieu de se disperser sur toute la terre comme Dieu le voulait, s’élever « jusqu’aux cieux » jusqu’à Dieu. Cela a toujours été la convoitise de Satan qu’il a communiquée aux hommes qui, de tous temps, ont cherché à s’élever pour être « comme Dieu », eux qui ne sont que « poussière » (ch. 3. 19). On peut y reconnaître aussi la volonté humaine de s’élever toujours plus haut. Par opposition, le Seigneur qui est Dieu « s’est abaissé Lui-même » (Phil. 2. 5 à 8).
Mais l’Éternel ne reste pas indifférent quant au comportement des hommes : « Et l’Éternel descendit pour voir la ville et la tour… » (v. 5) qu’ils bâtissaient en complète désobéissance à la pensée de Dieu. Il confond alors leur langage de façon qu’ils se dispersent afin de peupler la terre (v. 7 et 8). « Et ils cessèrent de bâtir la ville » (v. 8). Lorsque Dieu Lui-même s’oppose directement aux projets des hommes, ceux-ci sont impuissants (1 Thess. 5. 1 à 3). À l’insu des hommes, Dieu « descend » et voit leurs œuvres : en Jonas 3, à la prédication du prophète, Ninive se repent de ses péchés et, au v. 10, « Dieu voit leurs œuvres » et suspend son jugement sur la ville. De même, pour l’état de souillure de Sodome et Gomorrhe, Dieu dit : « Je descendrai et je verrai… » (Gen. 18. 21). Quand les hommes veulent s’élever orgueilleusement, Dieu les abaisse : « Si tu t’élèves… je te ferai redescendre » (Abdias 4). « Associez-vous, peuples, et vous serez brisés » (És. 8. 9 et 10). « Celui qui n’assemble pas avec moi, disperse » (Mat. 12. 30). Dieu seul « réunit en un les enfants de Dieu dispersés » pour les former en un seul corps.
Aujourd’hui plus que jamais, les hommes politiques travaillent à unir les peuples en une seule « nation » mondiale ; et cela, sans Dieu. À travers ce « langage » unique que parlaient les hommes, on perçoit leur entente unanime pour agir en contradiction à la volonté divine (v. 6). La confusion des langues est un jugement qui ne sera pas ôté. En Actes 2, l’Esprit Saint agit en puissance, et apparaît sur les disciples « en langues divisées » (v. 4 à 11). Mais là, si la division des langues subsiste, Dieu s’en sert en grâce, afin de proclamer l’évangile aux nombreux Juifs et prosélytes venus de différents pays à Jérusalem pour y adorer : ces Juifs parlaient les langues des pays où ils vivaient et ne comprenaient pas l’hébreu. Aussi, l’Esprit Saint fait-Il proclamer dans leurs différentes langues, « les choses magnifiques de Dieu » (v. 11).
On retrouve ce jugement divin sur les langues en Apocalypse 5. 9 ; 7. 9, où, même dans le ciel, peut-être les rachetés s’exprimeront-ils en différentes langues, mais les comprendront toutes dans une intelligence universelle et parfaite. C’est un principe permanent : Dieu n’ôte jamais les effets de ses jugements, mais Il donne toujours, alors, quelque chose de meilleur dans sa grâce. Si Dieu a confondu les langages des hommes, c’est afin qu’ils se dispersent pour peupler la terre. Quand des hommes ne se comprennent plus, ils se séparent. Aujourd’hui encore, on parle des barrières des langues différenciant les hommes en nations et en cultures différentes. Malgré tous les efforts humains pour unir ce que Dieu a dispersé, Dieu aura le dernier mot. Christ seul, dans son royaume millénaire, unira les hommes et remettra, à la fin, le royaume à son Père, dans l’état éternel.
La généalogie de Sem est redonnée en rapport avec l’origine d’Israël par Abraham, pour aboutir à Christ. Mais, désormais, la vie humaine est très abrégée (v. 10, 25 et 32). C’est du temps de Péleg que la dispersion s’est réalisée, peut-être cent trente ans après le déluge (ch. 10. 25 ; 11. 10 à 16). On voit encore là la patience de Dieu ! Dans le ch. 11. 10 à 26, il n’est rien dit des relations des hommes avec Dieu ; mais on lit ailleurs : « Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor… ont servi d’autres dieux » (Jos. 24. 2). Et nous savons que « sacrifier aux idoles, c’est sacrifier aux démons » (1 Cor. 10. 20). Mais Dieu a choisi Abraham pour être le « tronc de l’olivier franc » d’où sortira Israël, peuple choisi de Dieu.
Ce paragraphe donne la généalogie d’Abraham et son appel à sortir d’Ur des Chaldéens, et l’origine de Lot, son neveu. L’appel de Dieu était uniquement pour Abram (ch. 12. 1), mais Térakh, son père, avec l’autorité caractérisant les chefs de familles de l’époque, a entraîné toute sa famille à Charan, avec l’intention d’aller en Canaan (v. 31), où Dieu voulait conduire Abram. Mais Térakh n’était pas un homme de foi et s’arrête là, très loin de Canaan. Sans la foi, l’obéissance ne va jamais jusqu’au bout. La foi n’est pas de famille, mais individuelle.
Dieu se choisit une lignée de témoins en Abram, qu’Il retire du milieu des Chaldéens, peuple idolâtre. Avant le déluge, Dieu avait des témoins individuels ; maintenant, Il met à part une famille d’où sortira le peuple de Dieu. Dieu avait dit à Abram : « Va-t’en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai » (ch. 12. 1). Mais Abram est sorti de son pays, sans s’être séparé de sa parenté (Lot a suivi), et il a fallu la mort de son père en Charan, pour qu’il s’en aille réellement en Canaan (ch. 11. 32 ; 12. 4 ; Act. 7. 3 et 4).
Néanmoins, il emmène avec lui, Lot, son neveu dont il devra se séparer par la suite (ch. 13). Matthieu 10. 37 ne commande pas de ne pas aimer ses proches, mais de donner la première place au Seigneur. Comme Abram, nous pouvons perdre du temps en n’obéissant pas entièrement. Nous retardons les bénédictions de Dieu. Mais dans sa miséricorde, Dieu veut nous bénir malgré tout, comme Il le promet à son peuple en Joël 2. 25 : « Je vous rendrai les années qu’a mangées la sauterelle… ». Par contre, Caleb avait « pleinement suivi l’Éternel » (Jos. 14. 6 à 9). Dieu nous avertit en nous révélant les fautes de ses serviteurs d’autrefois. Les promesses divines pouvaient faire avancer Abram (ch. 12. 2 et 3 ; 13. 16 et 17 ; 22. 18), et Dieu est fidèle pour accomplir pleinement ce qu’Il dit (Néh. 9. 7 et 8).
La foi est un don de Dieu et s’appuie sur ses promesses : « Abraham crut l’Éternel ; et Il lui compta cela à justice » (ch. 15. 6) : c’est déjà la justification par la foi, et il est le « père » de tous les croyants. Abraham tient une grande place dans l’épître aux Hébreux (ch. 11), et son obéissance est relevée (v. 8) : appelé à offrir son fils en holocauste, il obéit, s’appuyant sur les promesses divines, pleinement persuadé « que Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts » (v. 17 à 19). La foi d’Abram a fait des progrès depuis son appel à sortir d’Ur. Dieu est comme le potier qui forme patiemment un vase, une main à l’intérieur et l’autre à l’extérieur. Dieu travaille à nous rendre peu à peu semblables à son Fils. De nous, il n’entrera dans le ciel que ce que Christ aura produit en nous (Phil. 4. 6). Abram en est un exemple. Cela produit force, joie, louange.
C’est en rapport avec Christ « la semence » d’Abraham, que les bénédictions divines parviennent aux nations (Gal. 3. 14 à 16). Mais la « grande nation » (Gen. 12. 2), parle d’Israël, le peuple de Dieu, dont Abram est la souche. Dieu accomplit toujours ses promesses en Son temps ; nous-mêmes, appuyons-nous sur elles, « car autant il y a de promesses de Dieu, en Lui est le oui et en Lui l’amen » (2 Cor. 1. 20). Galates 3. 8 nous dit : « En toi (Abraham) toutes les nations seront bénies » ; et le v. 29 : « Si vous êtes de Christ, vous êtes donc la semence d’Abraham, héritiers selon la promesse ».
Ch. 12 à 24 : Abraham.
Ch. 12
Abram semble n’avoir pas eu la liberté d’obéir à Dieu durant la vie de son père, Térakh, qui conduisit toute sa famille à Charan au lieu d’aller en Canaan, selon leur première intention. Les idoles de Charan étaient les mêmes qu’à Ur, en Chaldée : et Dieu voulait qu’Abram s’en sépare. Dieu permet que Térakh meure, libérant Abram de l’autorité paternelle. Alors il obéit. La foi personnelle doit être libre d’agir. L’obéissance de Térakh était légale et s’arrête en chemin. Abram obéit par la foi et va jusqu’au bout, entre en Canaan avec Lot, son neveu.
La vraie obéissance est le fruit de la foi, et tient ferme. Il se produit, dès lors, un changement complet chez Abram (1 Thess. 1. 9 et 10), bien qu’il ait eu les mêmes passions que nous. Et il est devenu le père de la foi. Dieu prend soin de lui, même dans ses chutes. Rejetons les idoles qu’offre le monde, et qui peuvent encombrer notre cœur, afin qu’il y ait de la fidélité dans notre vie (2 Cor. 6. 17 et 18 ; 7. 1).
Sans doute, Abram, conscient, de sa responsabilité envers Lot, son neveu n’ayant plus de père, se charge de lui et l’emmène. Abram n’aura pas toujours une bonne influence sur son neveu, en particulier lorsqu’ils descendent en Égypte (v. 9 à 20). Ils en reviennent, chargés de troupeaux et de richesses. Mais en Égypte, Abram n’avait plus d’autel ! Bien que la Parole ne nous révèle pas quelles étaient les relations des deux hommes, Dieu fait comprendre à Abram que la séparation était indispensable, car Lot, à son tour était devenu une entrave pour la marche de foi d’Abram (ch. 13. 5 à 11). Dès lors, Dieu bénit Abram (ch. 13.14 à 18). Néanmoins, Abram se souviendra de sa responsabilité envers Lot, qu’il délivrera de sa captivité, au ch. 14.
Abram s’arrête à Sichem, près des chênes de Mamré (ch. 12. 6) et y bâtit un autel à l’Éternel, qui lui révèle qu’Il donnera ce pays à sa semence (v. 7). Plus tard, Jacob, abandonnant son caractère de voyageur, bâtira une maison à Succoth et achètera un champ à Sichem, contre la volonté de Dieu. Abram a compris la pensée divine : il restera un voyageur et un adorateur de l’Éternel avec, pour seules possessions, une tente et un autel. Dans le pays de Canaan promis à sa semence, Abram n’a rien possédé ; mais, riche des choses promises, il « les a vues de loin et saluées » (Héb. 11. 13). Nous-mêmes avons des promesses célestes, mais n’en jouissons maintenant que par la foi.
Arrivé en Canaan, Abram est au milieu des ennemis (v. 7). Cela nous rappelle que dans le ciel, le diable et ses anges occupent encore les lieux célestes (Éph. 6. 12). Lors de l’appel d’Abram, « Le Dieu de gloire apparut à… Abraham » (Act. 7. 2 et 3). Dans la communion avec Dieu, il était devenu un adorateur (v. 7). C’est au ch. 4. 26 que l’on a commencé « à invoquer le nom de l’Éternel ». Les ch. 12 et 13 parlent de trois autels d’Abram (ch. 12. 7) : l’autel de l’obéissance. Au v. 8 : l’autel du pèlerin. Ch. 13. 18 : l’autel du renoncement, bâti à Hébron. Il n’y aura pas autant d’autels dans la vie de Jacob !
Hébron est important dans la vie d’Abram, où il jouit de la communion avec son Dieu, dans l’énergie de la foi. Partout où va Abram, il bâtit un autel.
Le ch. 15. 13 à 16 est typique de notre époque : « l’iniquité des Amoréens n’est pas encore venue à son comble ». Dans les ténèbres morales de ce monde, nous devons y maintenir la lumière céleste, comme Abraham au ch. 23. 6, où les « fils de Heth » lui disent : « Tu es un prince de Dieu au milieu de nous ».
« La montagne, à l’orient de Béthel » (v. 8), caractérise la proximité de Dieu (la montagne), et la lumière morale céleste (l’orient) nous rappelle « l’Orient d’en haut » (Luc 1. 78). Dans la communion avec Dieu, Abram bâtit un autel et dresse sa tente à Béthel, la maison de Dieu. Jacob, dans la mauvaise conscience qui était la sienne, trouvera ce lieu « terrible » (Gen. 28. 17). Mais en Genèse 35. 1, Dieu lui dit : « Monte à Béthel ». Dans l’Ancien Testament, les richesses signifiaient la bénédiction de Dieu. Pour nous, elles peuvent être un piège, étouffant la vie spirituelle, nous ôtant notre caractère d’adorateurs.
Dans ce récit d’une défaillance d’Abram, Dieu nous instruit des dangers qui nous menacent, si nous nous éloignons de Lui. « Abram partit, marchant… vers le midi » (v. 9). Il s’éloigne de Béthel, la maison de Dieu. Alors Dieu permet une famine (v. 10), mettant à l’épreuve la foi d’Abram qui descend en Égypte, cherchant à échapper à la famine, oubliant les ressources infinies de Dieu.
Plus tard, au cours d’une autre famine, Élimélec partira de Bethléhem, la maison du pain, pour les champs de Moab… (Ruth 1. 1 et 2). Une difficulté peut n’être qu’une épreuve de la foi, et ne signifie pas forcément qu’on n’a plus la communion de Dieu. Abram s’engage dans un chemin qui descend (v. 10). Lorsqu’il reviendra, il montera pour revenir au lieu où il avait son autel au commencement (ch. 13. 1 à 4). Si nous nous éloignons de Dieu, nous perdons notre caractère d’adorateurs. Béthel (la maison de Dieu) est importante ; Dieu dira à Jacob : « Monte à Béthel… » (ch. 35. 1) ; il a obéi sans y rester. Au ch. 28. 17, il avait trouvé ce lieu : « terrible », conscient que Dieu était là.
Ce chapitre parle de la première famine relatée par les Écritures. Au ch. 26. 1, au cours d’une autre famine, « Isaac s’en alla vers Abimélec, roi de Guérar ». Ici, la famine ne semble pas avoir un rapport direct avec l’état d’Isaac : c’est simplement : « une famine ». Un croyant s’appuyant sur Dieu surmontera une épreuve sans faillir (Hab. 3. 17 à 19). Comment réagissons-nous dans une épreuve ? Comme Abram qui n’était pas un mondain mais qui cherchait des ressources en Égypte ? Comme Jonas qui s’enfuit, désobéissant à Dieu ? Ou comme Paul, en prison, mais qui est en bénédiction au geôlier de Philippes (Act. 16. 29 à 34) ?
Après ce retour d’Abram (ch. 13), Dieu lui fait des promesses merveilleuses, fortifiant sa foi (v. 14 à 17).
C’est le Pharaon lui-même qui chasse Abram : « Va-t’en » (ch. 12. 19) : C’est le même mot qui a chassé Adam du jardin d’Éden. Pourtant, Abram n’a pas tout à fait compris la leçon, ou l’a oubliée, car il commettra la même faute au ch. 20. Nous avons souvent besoin de réapprendre les mêmes leçons ! Abram pèche contre sa femme qu’il oblige à mentir et qu’il « vend », moralement, pour assurer sa propre sécurité : « La crainte des hommes tend un piège » (Prov. 29. 25). En Égypte comme à Guérar (ch. 20), sa vie était un contre-témoignage. Si nous perdons la communion avec le Seigneur, nous connaîtrons des difficultés. Élie ayant tenu ferme devant Achab, s’enfuit devant Jésabel.
On peut penser qu’Abram a été restauré, mais il y a eu des conséquences de son séjour en Égypte : de grands troupeaux qui ont occasionné des difficultés avec Lot qui, lui-même, a convoité la plaine de Sodome et ses terribles conséquences ; et une servante égyptienne, Agar, et les désordres qui s’ensuivirent dans la vie d’Abram. Au ch. 20, il devra confesser publiquement sa faute (v. 11 à 13). Dieu prend toujours les choses en main, pour le bien de ses enfants (1 Chron. 16. 21, 22 ; Zach. 3. 2). Pierre, dans le palais du souverain sacrificateur, n’était pas à sa place, et il y aura pour lui de terribles conséquences. David, en son temps, réfugié à l’étranger, prend peur et « fait l’insensé » pour échapper aux conséquences de sa faute (1 Sam. 21. 11 à 13), mais revient de belle manière au ch. 22. Abram, pris dans ses difficultés, ne sait plus que faire : alors Dieu intervient et le délivre (v. 17 à 20).
Ces chapitres nous mettent en garde contre les défaillances de notre foi qui produisent toujours des conséquences désastreuses dans notre vie et dans le témoignage. Tenons ferme en restant bien près du Seigneur ; Alors : « Par toi, je courrai au travers d’une troupe ; par mon Dieu, je franchirai une muraille » (2 Sam. 22. 30 ; Ps. 18. 29).
Ch. 13
Ce chapitre nous instruit sur les caractères opposés de deux croyants : l’un (Abram), marchait par la foi ; l’autre (Lot), avait le monde dans son cœur, et en a trouvé le chemin.
Un croyant qui fait une chute spirituelle a besoin d’une restauration : Dieu travaille en lui pour le faire revenir au point où il a abandonné le bon chemin : en Égypte, Abram n’avait plus son autel, et ne pouvait plus adorer ; mais il revient « au lieu où était l’autel qu’il y avait fait auparavant » (ch. 13. 4). Une chute n’arrive pas du jour au lendemain ; mais le relèvement est quelquefois long et difficile ! Au ch. 12, l’Éternel délivre Abram du piège où il était tombé. Mais, au ch. 13, Abram revient au point où il retrouve son autel et la communion avec son Dieu. Malgré sa faiblesse, Abram est un juste, pieux et fidèle : « le juste tombe sept fois et se relève » (Prov. 24. 16). « Est-ce qu’on tombe et qu’on ne se relève pas ? Est-ce qu’on se détourne et qu’on ne revient pas ? » (Jér. 8. 4). « Revenez à moi, et je reviendrai à vous » (Mal. 3. 7). « Si tu reviens… dit l’Éternel, reviens à moi » (Jér. 4. 1). « Reviens… l’infidèle… je ne ferai pas peser sur vous un visage irrité, car je suis bon » (Jér. 3. 12).
Cette restauration même partielle (car au ch. 20, il retombera de la même manière), lui montre qu’il convient de prendre une décision quant à ses relations avec Lot : la séparation d’avec son neveu, dont il a eu le temps de jauger l’état d’esprit, devient indispensable : « Deux hommes peuvent-ils marcher ensemble s’ils ne sont pas d’accord ? » (Amos 3. 3). La communion retrouvée, Dieu « dit à Abram… » (ch. 13. 14), et l’invite à lever ses yeux vers ce qu’Il veut lui donner (v. 14 à 16). Les richesses, dans l’Ancien Testament, résultaient de la bénédiction de Dieu ; mais ici, elles ont engendré de grandes difficultés (v. 7 et 8).
La même situation se retrouvera entre Jacob et Ésaü (Gen. 36. 6 et 7). « Ne me donne ni pauvreté ni richesse… » (Prov. 30. 8). Bien qu’Abram reconnaisse que Lot et lui sont frères, il constate que « le pays ne pouvait les porter… et ils ne pouvaient habiter ensemble ». Ils étaient dans un pays où « le Cananéen et le Phérésien habitaient » : les querelles entre leurs bergers respectifs risquaient de s’étendre à eux-mêmes, et à porter un mauvais témoignage auprès des « Cananéens et des Phérésiens qui habitaient alors le pays » (v. 7). 1 Corinthiens 6. 1 à 8 nous met en garde contre les disputes entre frères, et les procès.
Abram réalise, avant la lettre, les exhortations de Philippiens 2. 3 et 4. 5. Les bergers de Guérar et ceux d’Isaac, se disputeront aussi (Gen. 26. 20). On voit, à cette occasion, la douceur d’Isaac. « Avant que la dispute s’échauffe, va-t’en » (Prov. 17. 14). La bénédiction d’Abram valait mieux que l’herbe riche pour les troupeaux de Lot. Celui-ci lève un regard de convoitise vers les riches pâturages des plaines de Sodome lui rappelant les richesses de l’Égypte d’où il venait. C’est Dieu qui dit à Abram : « lève tes yeux et regarde… » (v. 13 et 14). Abram s’attache aux bénédictions divines. Lot marchait jusqu’ici avec la foi d’Abram. Mais il s’éloigne vers le monde, progressivement : d’abord « dans la plaine ; puis, jusqu’à Sodome » (v. 12) ; et « dans Sodome » (14. 12) ; enfin « à la porte de Sodome », comme un juge (ch. 19. 9). « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mat. 6. 21). Les enfants doivent marcher dans la foi de leurs parents d’abord, mais ensuite, s’attacher personnellement à suivre le Seigneur.
Les habitants de Sodome étaient connus « grands pécheurs devant l’Éternel » (v. 13). Lot n’ayant pas consulté l’Éternel, pensait pouvoir se garder de leur influence, mais cela était impossible. La propre volonté entraîne toujours loin de Dieu et crée des difficultés : Abram descend en Égypte (12. 10) ; Lot choisit pour lui (ch. 13. 11). Deux tribus d’Israël, plus tard, feront leur choix personnel, contre la volonté divine (Nomb. 32. 1 à 5). Ce sont les œuvres de la chair (Gal. 5. 19 à 21). Renonçons à nos choix personnels sans Dieu. « Lève tes yeux… » (v. 14) ; « Lève-toi » (v. 17), nous invitent à prendre connaissance de nos bénédictions célestes en Christ, et de nous en emparer (Jos. 1. 3), en nous y promenant « en long et en large » en étudiant la Parole.
Ch. 14
Le choix de Lot, fruit de ses convoitises, se révéla désastreux : la convoitise entretenue dans le cœur aveugle et enfante le péché (Jac. 1. 14 et 15). Le premier choix que tout homme est invité à faire, c’est : « choisis la vie afin que tu vives » (Deut. 30. 19). Abram a laissé Dieu choisir pour lui, car il ne convoitait pas, et a obtenu le pays tout entier. « Nos pères se sont confiés en toi… tu les as délivrés » (Ps. 22. 4). « Les cordeaux sont tombés pour moi en des lieux agréables » (Ps. 16. 6). Pouvons-nous dire la même chose ? Levons les yeux vers Christ en qui nous avons un héritage céleste, afin de nous y « promener en long et en large » (v. 17). Et comme Abram, qui ne possédait rien dans le pays promis (Héb. 11. 13), prenons possession par la foi de ce qui nous est réservé pour plus tard.
Le Cantique des Cantiques nous exhorte à discerner, au milieu des attraits du monde, « les tanières des lions, les montagnes des léopards », les terribles pièges cachés derrière ses séductions (ch. 4. 8). Bien que croyant, Lot, dont le cœur est rempli de convoitises, a une vue bornée et ne voit pas plus loin que ses intérêts immédiats (2 Pier. 1. 8 et 9).
Abram doit lever ses yeux » et considère tout le pays qui lui est promis (ch. 13. 14 à 17). Dieu l’invite à se « promener » dans son futur héritage, ainsi qu’il le fera pour Josué : « Tout lieu que foulera la plante de votre pied, je vous l’ai donné » (Jos. 1. 3). « Cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu ; pensez aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre » (Col. 3. 1 et 2). Revenu à son point de départ après s’en être éloigné, Abram, à la fin du ch. 13, a fait des progrès, et il bâtit un nouvel autel à l’Éternel (v. 18). Le croyant fidèle et pieux s’élève vers la lumière « jusqu’à ce que le plein jour soit établi » (Prov. 4. 18). Abram « habita auprès des chênes de Mamré (vigueur), qui sont à Hébron » (ville de la communion) (v. 18). Le croyant obtient la vigueur spirituelle dans la communion habituelle avec Dieu. Alors, il peut adorer.
Abram était caractérisé par ses autels ; Isaac par ses puits (ch. 26. 17 à 22) ; et Jacob par ses stèles (Gen. 28. 18 ; 31. 45 ; 35. 14 ; 35. 20). Ce troisième autel d’Abram caractérise son renoncement aux intérêts terrestres, pour s’attacher aux célestes. C’est un modèle pour nous aussi, afin de répondre à l’amour divin.
Le ch. 14 montre le premier conflit relaté dans la Parole. Lot vit au milieu d’un monde déchiré par la guerre et en sera la victime : S’il a été libre jusque-là, le voilà prisonnier (v. 12) ! Abram, par contraste, vit à l’écart, sur les hauteurs de la communion avec son Dieu : « Qu’un tesson conteste contre des tessons de la terre » (És. 45. 9). Et, apprenant que « son frère » est captif, il entre en campagne avec trois cent dix-huit hommes exercés, et infligera une défaite aux rois précédemment vainqueurs (v. 13 à 16). Ne nous mêlons pas des querelles du monde, fruits des convoitises des hommes (Jac. 4. 1 à 4), car nous en serions bientôt les prisonniers.
C’est la foi d’Abram qui a délivré Lot, un croyant aux aspirations terrestres. C’est par la prière de la foi que nous pouvons contribuer à la délivrance d’un frère qui s’égare dans le monde. « N’entre pas dans le sentier des méchants, et ne marche pas dans la voie des iniques, éloigne-t’en, et passe outre » (Prov. 4. 14). Au contraire : « Fils, écoutez l’instruction d’un père et soyez attentifs pour connaître l’intelligence ; car je vous donne une bonne doctrine : n’abandonnez pas mon enseignement » (v. 1 et 2). L’action d’Abram est le fruit de sa force spirituelle puisée dans sa communion avec l’Éternel. L’amour d’Abram pour son frère venait de son grand amour pour Dieu (1 Jean 4. 20 et 21). « L’ami aime en tout temps, et un frère est né pour la détresse » (Prov. 17. 17). Aimons nos frères en pratique, manifestant ainsi que nous aimons Dieu.
La foi d’Abram présente trois aspects : elle purifie le cœur, donnant le salut par grâce, par la foi (Act. 15. 11) ; elle opère par l’amour : il délivre Lot (Gal. 5. 13 et 14) ; elle triomphe du monde : enseigné par Melchisédec, Abram rejette les offres du roi de Sodome (1 Jean 2. 13 et 14).
Quatre rois luttant contre cinq autres mettent en jeu des forces considérables, représentant Babylone, la Perse, la Cappadoce et l’Asie mineure, contre Sodome, Gomorrhe, Adma, Tséboïm et Béla. Ces dernières villes seront détruites par Dieu Lui-même. Parmi elles, Tsoar où Lot se réfugiera, sera épargnée. Dieu permet qu’un homme réchappé rapporte l’affaire à Abram, qui se met en campagne avec trois cent dix-huit hommes « exercés » et tous « nés dans sa maison » (v. 13 et 14), et poursuit les rois jusque vers Damas, très au nord du pays. Les enfants nés dans la maison de parents croyants sont-ils exercés et prêts à combattre pour leur foi ? Sont-ils forts parce qu’ils ont vaincu le méchant » (1 Jean 2. 13 et 14) ? Abram, par la foi, combat ces rois et les défait. Gédéon, plus tard, vaincra avec trois cents hommes, et sans armes ! Si Dieu est avec nous, l’ennemi ne peut rien faire. Abram ramène tout le peuple et tous les biens, ainsi que Lot et tout ce qui est à lui : sa foi n’a pas défailli, il est victorieux. Dieu a combattu pour Abram (l’ami de Dieu), et lui a donné la victoire.
Ces combats des rois n’intéressent Abram que lorsqu’il apprend que Lot, son frère est prisonnier. Dans nos combats, deux faits interviennent : le côté de Dieu qui est puissant pour notre délivrance et pour nous donner la victoire ; et de notre côté, nous devons être prêts à combattre avec foi, étant exercés et revêtus de « l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister et, après avoir tout surmonté, tenir ferme » (Éph, 6. 13). L’armure ne doit jamais être quittée. Ce récit nous est rapporté en rapport avec Lot qui est un enfant de Dieu. Dieu prend soin des siens. Comme Abram, soyons « zélés pour les bonnes œuvres » (Tite 2. 14) ; et « prêts à toute bonne œuvre » (3. 1). Soyons prêts en tout temps.
« Toi donc, mon enfant… prends ta part des souffrances comme un bon soldat de Jésus Christ » (2 Tim. 2. 1 à 4), et « ne nous embarrassons pas des affaires de la vie ». « Combat le bon combat de la foi » (1 Tim. 6. 12). « Quand un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor. 12. 26). L’action d’Abram envers Lot en est une illustration.
Dieu a donné à Lot l’occasion de repartir de façon heureuse, en rejetant ce qui avait caractérisé sa vie passée. Mais Lot n’en a rien fait ! Dieu doit nous garder avant, pendant et après la bataille. C’est pourquoi Il envoie à Abram, après sa victoire, Melchisédec, « sans père, sans mère, sans généalogie… » (Héb. 7. 1 à 3), merveilleux type du Seigneur Jésus. Il bénit Abram en sa qualité de « roi de justice » et de « roi de paix ». Melchisédec élève les pensées d’Abram vers le « Dieu Très-haut » (nouveau titre de Dieu), pour qu’il ne s’attribue pas la victoire. C’est Dieu qui combat et qui nous rend victorieux.
Ce personnage mystérieux, « sacrificateur du Dieu Très-haut » (Gen. 14. 18), montre qu’au temps d’Abram, seul héritier des promesses divines, d’autres personnes étaient attachées au vrai Dieu. C’est un personnage prophétique, car actuellement, le Seigneur exerce la sacrificature selon l’ordre d’Aaron, pour nous qui sommes encore sur terre. Durant le millénium, Il l’exercera « à perpétuité, selon l’ordre de Melchisédec » (Ps. 110. 4 ; Héb. 7. 1 à 10). La victoire d’Abram sur le monde (21 à 24), est prophétique des victoires que nous sommes appelés à remporter avec le Seigneur, ainsi que de celles que connaîtra le résidu fidèle des Juifs, avant le millénium.
Melchisédec encourage et réconforte Abram, en apportant le pain et le vin, signe de sa communion avec Dieu, dans sa vie habituelle et dans son combat. Fortifié et instruit par Melchisédec, Abram repoussera les offres du roi de Sodome. D’ailleurs, Genèse 15. 1 se relie au ch. 14. 18 à 24 : Abram, ayant rejeté énergiquement les richesses immenses que le roi de Sodome lui offrait, Dieu peut lui dire avec bonheur : « Moi je suis ton bouclier et ta très grande récompense » (15. 1).
Fortifié par sa rencontre avec Melchisédec qui a élevé ses yeux vers « le Dieu Très-haut », Abram refuse de se laisser lier par les dons du roi de Sodome : il rejette « depuis un fil jusqu’à une courroie de sandale » (v. 23). Après une victoire spirituelle, nous sommes en danger de nous laisser circonvenir par le diable qui est prêt à nous enrichir des biens terrestres, pourvu qu’on lui laisse les âmes ! Mais « que donnera un homme en échange de son âme ? » (Mat. 16. 26) Dans l’Apocalypse, on trouve des marchands « d’âmes des hommes » (ch. 18. 11 à 13).
La Parole nous exhorte à nous séparer moralement du monde (2 Cor. 6. 14 à 17). Liés par les faveurs du monde, nous serions irrésistiblement entraînés et plongés dans sa propre corruption ! Prenons garde aux « petites compromissions », le diable s’en sert pour nous prendre dans ses filets. Il ne devait y avoir aucun levain dans les habitations des Israélites, durant les sept jours de la pâque (Ex. 12. 19 et 20). La pensée développée tout au long de l’histoire de Samson, était de le « lier » ; et, à la fin, il est réellement lié et impuissant à se libérer comme il croyait pouvoir le faire. On lui a crevé les yeux et il n’a jamais retrouvé sa liberté (Jug. 16).
Dieu veut nous « enrichir » de Christ et des bénédictions célestes. Ayant refusé les récompenses du roi de Sodome, désormais, Abram a Dieu Lui-même pour sa « très grande récompense » (ch. 15. 1).
L’outrecuidance du roi de Sodome, vaincu et dépouillé de tous ses biens, le pousse à réclamer d’Abram, le grand vainqueur, ce qui ne lui appartient plus ! Mais, comme un « homme fait », Abram a « par le fait de l’habitude, les sens exercés pour discerner le bien et le mal » (Héb. 5. 14). S’il s’était laissé séduire, il serait devenu « ami du monde et ennemi de Dieu » (Jac. 4. 4). Satan n’agit pas autrement lorsqu’il enrichit quelqu’un avec ce qui appartient à Dieu, « possesseur des cieux et de la terre » (v. 19 à 22). II voulait donner au Seigneur « tous les royaumes » de la terre qu’il lui montrait du haut d’une montagne (Mat. 4. 8 et 9) ; royaumes dont le Seigneur est le dominateur. Tout ce qui appartient à Dieu appartient aussi à ses enfants.
Envoyé spécialement par Dieu pour cette circonstance particulière, Melchisédec apparaît brusquement et disparaît de la même manière abrupte. Il en sera de même pour Philippe auprès de l’eunuque (Act. 8. 26 à 39), et pour Ananias auprès de Paul (Act. 9. 10 à18).
Aner, Eshcol et Mamré, hommes du pays des Amoréens et alliés d’Abram (Gen. 14. 13 et 24) ont accompagné Abram dans son combat contre les rois du monde. Qu’Abram se soit allié à ces hommes, ne doit pas nous étonner, car le ch. 15. 16 nous apprend que « l’iniquité des Amoréens n’était pas encore venue à son comble ». Abram s’engage dans ce combat avec sa seule foi en Dieu. Ses alliés le suivent mais la foi est individuelle et ne se partage pas: il faut une relation personnelle avec Dieu. Il ne semble pas qu’Abram ait sollicité l’aide de ces hommes qui l’ont suivi de leur propre chef.
Abram, lui, prend clairement position envers Dieu : « J’ai levé ma main vers l’Éternel… » (v. 22). Son engagement ferme lui a donné la force de résister victorieusement aux tentations du roi de Sodome. Daniel, plus tard, a « arrêté dans son cœur de ne pas se souiller avec les mets délicats du roi » (Dan. 1. 8). De même, lorsque Belshatsar veut le récompenser pour avoir déchiffré l’inscription sur le mur, il lui répond sans ambages : « Que tes présents te demeurent et donne tes récompenses à un autre » (Dan. 5. 17).
A l’exemple de ces grands hommes de foi du passé, soyons fermes pour rejeter les offres perfides du monde et pour nous attacher aux biens de l’héritage céleste que nous avons en Christ, notre Seigneur.
Ch. 15
Ce chapitre montre la grâce de Dieu envers Abram, en confirmant sa promesse au sujet de sa semence, et en s’engageant : selon la coutume de ce temps-là, Abram doit partager en deux parties des animaux, au milieu desquelles Dieu passe, Lui seul, sous forme d’un « brandon de feu » (v. 17) : c’est une promesse inconditionnelle n’engageant que Dieu. La foi d’Abram s’est manifestée dans son combat victorieux contre les rois, et dans son refus des richesses du roi de Sodome. Dieu se fait alors connaître comme Celui qui donne bien davantage.
Au ch. 22, Il se fera connaître de manière encore plus précieuse : « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25. 14). Le « bouclier » d’Abram, ce ne sont pas ses trois cent dix-huit hommes avec lesquels il a combattu, ni sa stratégie : « Il divisa sa troupe, et se jeta sur eux de nuit » (v. 15), mais c’est Dieu Lui-même ; cela évoque le grand bouclier protégeant les combattants de tous côtés. L’Éternel lui dit : « Ne crains point ». Daniel, Paul par exemple, entendront cet encouragement. Dieu se révèle aussi comme « sa très grande récompense » (v. 1), et non les biens du monde. « L’Éternel est la portion de mon héritage » (Ps. 16). Tirons des conséquences pratiques des grandes promesses que nous avons reçues. Abram a dû être affecté de voir Lot qu’il avait délivré, retourner à Sodome ! Si Dieu nous délivre d’une situation fâcheuse due à notre propre volonté, n’y retombons pas.
Abram est le premier qui s’adresse à Dieu en ces termes : « Seigneur Éternel… » (v. 2). Puis, il y aura Moïse (Deut. 3. 24 et 25 ; 9. 26) à qui Dieu refuse l’entrée dans le pays promis ; Josué, après la défaite d’Aï (Jos. 7. 7) ; Gédéon recevant les ordres de Dieu (Jug. 6. 22) ; Samson à la fin de sa vie (Jug. 16. 28) ; David, dans le sentiment de la grâce de Dieu envers lui (2 Sam. 7. 18, 19, 20 et 29) ; Salomon terminant sa prière (1 Rois 8. 53) ; Jérémie lors de l’appel de Dieu (Jér. 1. 6) ; Amos, à l’évocation des jugements divins sur le peuple (Amos 7. 2 à 5). Cette expression révèle une profonde émotion. Dieu parle avec Abram et non avec Lot, dont Il a pourtant pris soin.
Ce chapitre parle de l’héritage et de l’héritier. Mais Abram n’avait encore ni l’un ni l’autre (Étienne le rappellera en Actes 7. 5). D’où la question d’Abram : « que me donneras-tu ? » (v. 2). Dieu veut tourner Abram, non sur la possession immédiate des choses promises, mais sur la promesse elle-même. Il lui est même promis une semence céleste (ch. 12. 3 ; 15. 5). Levons nos yeux en haut, car nous avons des promesses célestes en Christ. Les biens terrestres sont de la poussière (2 Cor. 4. 18). La foi d’Abram et de Saraï est mise à l’épreuve (Héb. 11. 11 et 12) : quand l’homme se reconnaît impuissant, Dieu se plaît à agir : tout doit venir de Dieu et non de l’homme. Le peuple, plus tard, voudra marcher par la vue : « fais-nous un dieu qui aille devant nous » (Ex. 32. 1). Avant que Dieu fasse les promesses du ch. 15, il fallait qu’intervienne Melchisédec, type de Christ de qui découlent toutes les bénédictions célestes. Sarah enfantant un fils alors que son sein était « en état de mort » (Rom. 4. 19), évoque la vie après la résurrection du Seigneur, vie qui est aussi celle de tous les croyants. L’héritier promis est placé sur le terrain de la résurrection.
Les oiseaux de proie rappellent ce qui nous empêche de jouir des promesses célestes (Jér. 12. 9). Au moment où Dieu s’engage, Abram dort, comme mis de côté ; cela rappelle aussi, que Dieu ne peut engager sa grâce que dans la mort de Christ. On pense également au « profond sommeil » d’Adam, d’où Ève est sortie ! En Exode 19 et 24. 7, le peuple s’engagera aussi, vis à vis de Dieu. Cependant, il révélera son incapacité à assumer sa responsabilité. Nous, nous recevons ces bénédictions célestes par pure grâce, car nul ne peut s’engager devant Dieu à une vie sans faiblesse. Seul Dieu compte les étoiles (Ps. 147. 3 et 4), ni Abram ni personne n’en est capable. La foi s’empare sans discussion des déclarations divines et prend Dieu au mot, car Il ne peut ni se tromper ni mentir : Dieu parle, je le crois…
En Genèse 12. 2 et 3, Dieu révèle à Abram qu’il sera une bénédiction pour toutes les familles de la terre. « Je te bénirai et je multiplierai abondamment ta semence » (Gen. 22. 16 et 17). « Et toutes les nations de la terre se béniront en ta semence » (v. 18). Le ch. 15 parle essentiellement de bénédictions terrestres de la descendance d’Abram. Le v. 5 qui parle des « étoiles » (objets célestes pouvant faire penser à la semence céleste d’Abram), met simplement Abram au défi de compter les bénédictions de Dieu, concernant sa descendance. Comme il est impossible de compter les étoiles, Abram ne pouvait pas mesurer l’étendue de sa semence.
Cependant, Genèse 22. 18 parle spécialement du Seigneur Jésus, vraie semence d’Abram (Gal. 3. 16), seule source de toutes bénédictions. Il y a pourtant deux semences d’Abram : la terrestre (Israël), et la céleste, (les chrétiens dont les bénédictions sont essentiellement célestes). La promesse faite à Abram est donc plus élevée que si elle se rattachait uniquement au peuple terrestre. Abram reçoit ces promesses par la foi, en toute simplicité. La vie d’Abram est basée tout entière, malgré des défaillances, sur la foi aux promesses divines. L’offrande de son fils Isaac sur qui reposaient les promesses (ch. 22), en est l’expression la plus élevée : il a « estimé que Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts, d’où aussi, en figure, il le reçut » (Héb. 11. 19).
« Je suis l’Éternel qui t’ai fait sortir d’Ur des Chaldéens » (v. 7), est là comme une « signature » de Dieu pour authentifier la promesse. Abram se nourrit de la Parole de Dieu, comme nous y sommes tous appelés (Ps. 105. 42). La réalisation des promesses peut se faire attendre pour exercer notre patience jusqu’à ce qu’elle ait « son œuvre parfaite » (Jac. 1. 4) – et notre foi, mais elle se produira sûrement.
L’Éternel va s’engager pour prouver à Abram, la fermeté de sa promesse : il demande à Abram de sacrifier et de partager les animaux en deux afin de passer au milieu, coutume qui établissait la validité de tout serment (Jér. 34. 18). Seuls, tourterelle et jeune pigeon (animaux de caractère céleste), ne sont pas partagés. Mais Dieu seul s’engage, là, car Lui seul passe au milieu, sous la forme d’un brandon de feu (v. 17). La responsabilité d’Abram, qui dort à ce moment-là, est mise de côté, quant au serment. Oiseaux de proie du v. 11, profond sommeil, frayeur, suggèrent l’action de l’ennemi voulant nous ôter toute jouissance des promesses divines (Job 4. 12 à 14). Ici, Abram chasse ces oiseaux, ce qui nous rappelle qu’il nous appartient de tenir l’ennemi en échec, en ce qui concerne notre communion avec Dieu.
La fournaise (v. 17), rappelle que le peuple devait souffrir en Égypte, durant quatre cents ans. C’est aussi le sort de l’Église sur la terre. Ces sacrifices rappellent celui de Christ, grâce auquel les promesses faites à Abram, l’alliance unilatérale (v. 18), sont rendues possibles. Toutes les alliances voulues par l’Éternel ont toujours été scellées par des sacrifices rappelant celui du Seigneur Jésus (Héb. 9. 18). Ici, ces sacrifices dévoilent l’efficace du sang de Christ, pour établir l’alliance avec Abram. Contrairement à la signification du mot : alliance (deux parties qui s’unissent), Dieu seul s’engage inconditionnellement, sans rien exiger d’Abram.
Dieu lui fait des révélations extraordinaires en ce qui attend le peuple futur : sa longue captivité et sa délivrance, au moment où « l’iniquité des Amoréens sera venue à son comble » (v. 16). La précision des prophéties des Écritures, va toujours croissant. L’Église elle-même sera enlevée au ciel lorsque l’iniquité du monde arrivera à son paroxysme. Au temps où le Seigneur était sur la terre, l’iniquité des pharisiens a atteint son comble (Mat. 23. 30 à 32) : se croyant meilleurs que leurs pères qui avaient mis à mort les prophètes, eux allaient crucifier le Seigneur de gloire !…
Le peuple fut jugé, déporté, dispersé. Quant aux limites du pays assignées à Abram (v. 18 à 21), elles n’ont jamais été atteintes par le peuple, qui n’a pas dépossédé entièrement les ennemis et s’est mélangé à eux. Avons-nous conquis tout le « territoire » spirituel qui nous est dévolu ?
Ch. 16
Les ch. 15 et 16 sont liés. Au ch. 15, Abram reçoit la promesse d’une « semence ». Au ch. 16, une action est entreprise pour réaliser cette promesse de manière charnelle, dans l’impatience de l’homme. Dieu demande de la patience en ce qui concerne les promesses « Soyez imitateurs de ceux qui, par la foi et par la patience, héritent ce qui avait été promis » (Héb. 6. 12). Dieu accomplit ses propres promesses en Son temps à Lui, mais l’homme montre toujours son impatience, même dans les choses de Dieu, surtout si la réalisation de la promesse se fait attendre.
Lorsque Saraï donne sa servante à son mari, cela faisait dix ans qu’Abram vivait en Canaan (v. 3), et qu’il avait reçu la première promesse d’une descendance (ch. 12. 2). La foi vacille, car l’épreuve est longue et… s’allongera encore ! Cette défaillance aura des conséquences jusqu’à nos jours : Ismaël est l’ancêtre des Arabes, toujours ennemis d’Israël. Saraï a conscience que « l’Éternel l’a empêchée d’avoir des enfants » (v. 2). Mais elle aurait dû prier au lieu de se révolter, et d’employer des moyens charnels pour avoir un enfant avant le temps assigné par Dieu. Car Dieu attend souvent que les hommes atteignent le fond de leur impuissance pour se glorifier dans sa toute-puissance.
La foi d’Abram et de Saraï était mise à l’épreuve jusqu’à ce que, humainement, il leur devint impossible d’avoir des enfants (Héb. 11. 11 et 12). Que Dieu nous garde dans l’épreuve de notre foi. Naomi aussi dit « La main de l’Éternel s’est étendue contre moi » (Ruth 1. 13) ; et Jacob dira : « Toutes ces choses sont contre moi » (Gen. 42. 36), ignorant, l’un et l’autre, que la grâce divine préparait pour eux des bénédictions bien meilleures. En contraste, Anne « répandait son âme devant l’Éternel » (1 Sam. 1. 15), et Dieu l’exauça (v. 20).
Au ch. 43 de la Genèse, Jacob a appris la leçon et les bénédictions de Dieu se déploient. « Notre légère tribulation d’un moment opère pour nous, en mesure surabondante, un poids éternel de gloire » (2 Cor. 4. 17). D’un autre côté, Satan a toujours une solution toute prête pour satisfaire notre propre volonté : Jonas trouve un bateau pour s’enfuir à Tarsis, au lieu d’aller à Ninive selon la volonté de Dieu. Pour satisfaire la volonté de Saraï, sa servante Agar est là. Dieu avait dit à Abram : « Celui qui sortira de tes entrailles, lui sera ton héritier » (ch. 15. 4) ; mais il n’avait pas encore précisé que ce serait avec Saraï (ch. 17. 15), « et Abram écouta la voix de Saraï » et est tombé, comme avant lui, Adam écouta la voix d’Ève.
Au ch. 21, Dieu exhorte Abraham à écouter la voix de Sara, car là, elle conseille son mari avec la sagesse de Dieu. Mais au ch. 16, c’est la chair qui conseille. Les épouses doivent aider leurs maris à bien diriger leur foyer : Abram aurait dû prier et non écouter les mauvais conseils de Saraï. Rebecca était stérile et Isaac pria et l’Éternel l’exauça (Gen. 25. 21). « La femme vertueuse de Proverbes 31 fait du bien à son mari, et non du mal » ; « Elle ouvre sa bouche avec sagesse » (v. 11, 12 et 26). Les motifs de Saraï semblent légitimes (v. 2 fin), mais ses moyens sont mauvais. Ensuite, Saraï dit : « Le tort qui m’est fait est sur toi » (v. 5) ; elle oublie sa responsabilité et Abram semble se désintéresser du sort d’Agar (v. 6).
Agar, servante ramenée d’Égypte, s’enfuit, car Saraï la maltraite, à présent, et plus rien n’est en ordre dans ce foyer où la servante méprise sa maîtresse (Prov. 30. 21 à 23). Dieu amène Agar à s’humilier et prend soin d’elle, dans sa grâce (v. 9 et 10). La faute d’Abram, d’être allé en Égypte, était pardonnée ; mais il y a des conséquences. Le crime de David aussi était pardonné, mais les conséquences ne lui furent pas épargnées : « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7).
Saraï et Agar représentent deux alliances : « l’une enfantant pour la servitude, et c’est Agar ». C’est Israël sous la loi. Saraï enfantant dans sa vieillesse est le type d’Israël sous la grâce, durant le millénium, portant du fruit pour Dieu ; elle est aussi un type de l’Église : « la Jérusalem d’en haut » (Gal. 4. 19 à 31). Tolérée dans l’Ancien Testament, la polygamie n’est pas selon Dieu. C’est un facteur de désordre que l’on retrouve avec Anne et Pénina (1 Sam. 1. 5 et 6) et avec les épouses de Jacob et leurs servantes (Gen. 30). Prenons garde à nos foyers et élevons nos enfants dans la crainte du Seigneur.
Dieu prend soin d’Agar, une étrangère, car Ismaël, son fils, est le fils d’Abram. Cependant, l’Ange de l’Éternel agit de deux manières envers Agar : Il lui révèle qu’Il la connaît en l’appelant par son nom et en lui rappelant qu’elle est « servante de Saraï » (v. 8). Puis, il fouille sa conscience : « D’où viens-tu, et où vas-tu ? ». Dieu savait d’où elle venait et où elle allait, mais il fallait qu’elle le reconnaisse ; Agar dit la vérité, comme une confession, et l’Éternel la pousse à revenir et à s’humilier sous la main de Saraï.
Sous la loi, il ne fallait pas renvoyer un esclave qui s’enfuyait de chez son maître (Deut. 23. 15 et 16). Sous la grâce, Paul renvoie Onésime chez son maître Philémon. Ici, la loi n’était pas encore donnée, et l’Éternel prépare Agar à revenir chez Saraï. Si nous péchons contre Dieu, nous devons le Lui confesser. Si nous péchons contre quelqu’un, nous devons aussi le confesser à Dieu, mais aussi à la personne intéressée. Alors, l’Ange de l’Éternel parle maintenant à son cœur, en l’encourageant au sujet de l’enfant que son sein porte : « Je multiplierai beaucoup ta semence, et elle ne pourra se nombrer à cause de sa multitude » (v. 10). Le Seigneur agit souvent ainsi : Il touche la conscience d’abord, puis le cœur pour nous fortifier. D’autres fois, il touche le cœur d’abord, puis la conscience ensuite (Jean 4).
Le désert de Shur est sur le chemin qui va d’Israël jusqu’en Égypte (Ex. 15. 22). Agar, s’enfuyant de chez Saraï, s’en retournait sans doute en Égypte, son pays. On peut y voir une âme dans le désert aride de ce monde, et qui a soif d’amour. Dieu le sait et va pourvoir à ses besoins : il montre là, à Agar, un puits qui va la rafraîchir. Agar, une étrangère, a tout à apprendre, ce qui explique sa conduite. Elle a affaire à l’Ange de l’Éternel (c’est la première mention de l’Ange de l’Éternel, avec un A majuscule), figure du Seigneur dans l’Ancien Testament.
L’histoire d’Agar est révélatrice des soins d’amour de Dieu pour ses créatures ; au ch. 16, il lui est dit : « l’Éternel a entendu ton affliction » (v. 11). Au ch. 21 : « Dieu entendit la voix de l’enfant » (v. 17). Rien n’échappe à la sollicitude du Dieu de grâce qui entend même la faible voix d’un enfant ! S’il faut de la patience, aucun cri qui monte vers Dieu ne restera sans réponse de sa part. Exhortée à revenir vers sa maîtresse, Agar obéit sans murmures, chose toujours difficile… Seul, le Seigneur peut nous en donner la force, et c’est le chemin de la bénédiction. Le Seigneur Jésus, le Maître, nous a donné l’exemple en se faisant l’esclave de l’homme pour le racheter. Nous sommes exhortés à la soumission (1 Pier. 2. 18 et 19).
Quant à Sara, malgré ses défauts (elle rejette la faute sur son mari (v. 5) et elle montre de l’incrédulité (ch. 18. 12), elle est une des deux femmes de foi citée en Hébreux. 11.
Dieu donne à l’enfant d’Agar le nom d’Ismaël (El a entendu). Même si le comportement de Saraï et d’Agar a eu des conséquences par la suite, désormais la vie d’Agar, l’étrangère méprisée, est changée : elle connaît le Seigneur ! Chacun connaît-il Celui qui nous voit et qui se révèle ? Les promesses divines se réaliseront pour Ismaël : sa semence sera nombreuse et, « âne sauvage… il habitera à la vue de tous ses frères » (ch 16. 10 à 12 ; 25. 12 à 18). Cependant, l’alliance de Dieu sera établie avec Isaac (ch. 17. 19 et 21). Au ch. 21. 12, l’attachement d’Abram transparaît pour Ismaël âgé de quatorze ans, son seul fils alors.
À Beër-Lakaï-roï, le puits du vivant qui se révèle, Isaac a rencontré Rebecca et y a habité (ch. 24. 62 à 67 ; 25. 11). Isaac a creusé ou recreusé plusieurs puits (ch. 26. 17 à 22). C’est près d’un puits d’eau rafraîchissante que Dieu se révèle à Agar. De même, après que le Seigneur s’est révélé à une âme, Il donne l’eau qui procure la vie, mais aussi qui rafraîchit dans le chemin aride du monde : c’est la Parole qui nous révèle Jésus Christ comme Sauveur et comme Celui qui redonne une vigueur spirituelle toujours nouvelle. Moïse a dû frapper le rocher afin qu’il en découle les eaux de la vie pour le peuple (Ex. 17. 6). Mais ensuite, il fallait parler au rocher, pour qu’il donne les eaux rafraîchissantes (Nomb. 20. 7 et 8). Le puits de Beër (peut-être Beër-Shéba) est un type du Seigneur qui donne la vie (Nomb. 21. 16 à 18).
Ch. 17
Le ch. 16 est une parenthèse lourde de conséquences dans la vie d’Abram : il lui a fallu du temps pour apprendre la leçon. Entre la première annonce d’un fils et sa confirmation au ch. 17, il s’est écoulé vingt-cinq ans, durant lesquels sa foi a été éprouvée. Au ch. 16, Abram a succombé à la proposition de Saraï, et sa foi a momentanément défailli, retardant l’accomplissement de la promesse. « L’attente différée rend le cœur malade » (Prov. 13. 12).
Mais au ch. 17, Dieu renouvelle la foi d’Abram, et lui annonce la naissance prochaine du fils promis (v. 15 à 21), malgré les impossibilités physiques d’Abram et de Saraï (v. 17). Si Dieu s’est révélé comme le Dieu qui protège et qui donne (ch. 15. 1 à 6), ici, Il révèle ce qu’Il est en Lui-même : « Le Dieu Tout-puissant » (v. 1), prévenant ainsi toute incrédulité possible d’Abram. C’est sous ce titre qu’Il se révélera à tous les patriarches : Isaac et Jacob (Gen. 28. 3 ; 35. 11 ; Ex. 6. 2). C’est le même Dieu pour nous. C’est ici la première mention du Dieu Tout-puissant, de Celui pour qui rien n’est impossible.
Dieu dit à Abram : « Marche devant ma face et soit parfait ». Avant le déluge déjà, Hénoc et Noé marchaient « avec » Dieu. Dieu demande à Abram de marcher « devant » Lui ; cela nous fait penser à Élie qui disait « L’Éternel devant qui je me tiens ». Au ch. 48. 15, Jacob n’ose pas dire qu’il a marché devant Dieu, mais dit : « Le Dieu devant qui ont marché mes pères », et il reconnaît, devant le Pharaon, que ses « jours… ont été courts et mauvais » (ch. 47. 9). Cependant, il reconnaît que Dieu à été son « berger ». Dans le Nouveau Testament, Paul disait : « Pour moi, vivre, c’est Christ » (Phil. 1. 31). Le Seigneur lui-même, le parfait modèle, a toujours marché à la gloire de Dieu.
« … sois parfait » ne signifie pas sans reproches (chose impossible) ; mais marcher d’un cœur droit, ce qui n’avait pas toujours caractérisé Abram. Examinons-nous nous-mêmes en cela ! Le Saint Esprit en nous nous rend plus responsables que ne l’était Abram. Paul dit : « Nous tous donc qui sommes parfaits… » (Phil. 3. 15) : c’est vrai quant à notre position devant Dieu, dans la nouvelle nature qu’Il a formée en nous ; mais nous devons vivre la Parole.
Vous avez marché, autrefois (dans vos péchés) (Éph. 2. 1) ; nous devons marcher : « dans les bonnes œuvres préparées à l’avance » (v. 10) ; « d’une manière digne de l’appel » (ch. 4. 1) ; « dans l’amour » (5. 1) ; « soigneusement » (v. 15). « Marcher devant Dieu », c’est craindre de Lui déplaire, conscients d’être sous son regard. « Marcher avec Dieu », c’est vivre dans sa communion.
Au v. 3 et 17, « Abram tomba sur sa face » ; c’est une habitude chez lui, en humilité et en adoration devant Dieu. Au ch. 15. 18, Dieu établit une alliance concernant le pays qu’Il donne à Abram et à sa descendance. Au ch. 17. 2, l’alliance est établie avec cette descendance (Israël), mais aussi avec tous les croyants des nations. Il établit sa prééminence sur les hommes : « entre moi et toi » (v. 2) ; et : « entre moi et vous » (v. 10). « Et Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté à justice » (Rom. 4. 3 ; 16. 18).
Abraham est appelé trois fois dans les Écritures : l’ami de Dieu, et Dieu a, avec lui, de douces communications : « Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? » (ch. 18. 17) ; et Abraham fait d’instantes intercessions au ch. 18. C’est dans sa Parole que Dieu nous parle, aujourd’hui, et dans la prière.
Mis en tête de la lignée de la foi, Abraham devient « père d’une multitude de nations » (ch. 17. 4) et, en relation avec cette alliance, Dieu change son nom d’Abram en Abraham, manifestant un changement de position.
Dieu institue la circoncision comme signe de cette alliance (v. 10 à 13), et fait trois promesses : Il lui donne une semence. Il sera son Dieu, et Il lui donne le pays. Dieu s’engage Lui-même : « Je t’ai établi père d’une multitude de nations… Je te ferai fructifier… Je te ferai devenir des nations… Je te donne… » (v. 5, 6 et 8).
Dans le ch. 15, Dieu avait passé entre les pièces des animaux sacrifiés, scellant ainsi son alliance inconditionnelle avec Abraham. Mais au ch. 17. 9 à 14, Il scelle cette alliance dans la chair d’Abraham et de sa descendance. La foi d’Abraham lui étant comptée à justice, est scellée par la circoncision (Rom. 4. 9 à 12). Ce signe extérieur avait, dans la pensée divine, une signification morale, spirituelle, déjà sous-jacente en Deutéronome 10. 16 : « Circoncisez donc votre cœur ». La vraie signification a été rapidement perdue et la circoncision est devenue un simple rite auquel se soumettaient les Israélites par crainte des conséquences : la mort ! L’oubli de la pensée de Dieu conduit à n’observer qu’une simple forme.
Les chrétiens sont dans la circoncision spirituelle du Christ, liée à l’œuvre du Sauveur à la croix (Rom. 2. 29 ; Gal. 5. 24 ; Col. 2. 11 et 12), contrastant avec la circoncision corporelle dans l’Ancien Testament. Elle est opposée à « la concision » de Philippiens 3. 2 et 3, désignant une mise partielle de côté de la chair du croyant. Nous sommes identifiés à un Sauveur mort, étant moralement morts avec Lui. Le baptême, signe de la mort et de la résurrection avec Christ (on se plonge dans l’eau mais on ressort), est différent de la circoncision, signe de la mise de côté de la chair, pour une marche « en nouveauté de vie ».
« Nous tous qui avons été baptisés pour le christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême, pour la mort, afin que comme Christ a été ressuscité d’entre les morts… ainsi nous aussi nous marchions en nouveauté de vie » (Rom. 6. 3, « Ensevelis avec Christ » montre que tout ce qui rappelle la chair ne doit plus se manifester, comme un mort enseveli n’est plus vu.
Pour manger la pâque, l’Israélite de naissance ou l’étranger devaient être circoncis (Ex. 12. 43 à 49). Même Moïse, législateur choisi de Dieu pour le peuple, n’échappait pas à cette exigence, et Séphora, sa femme, circoncit son fils pour obéir à Dieu, mais en manifestant l’état de son cœur (Ex. 4. 24 à 26). Dieu permet des circonstances qui mettent à l’épreuve notre obéissance. Quant à Abraham, il obéit immédiatement : pour lui, c’était aussi la mise de côté d’Ismaël, le fils de la chair, au profit d’Isaac, le fils de la promesse. Abraham et sa descendance, n’ayant pour eux que des signes extérieurs, ne pouvaient comprendre complètement leurs significations ; cependant, ils devaient obéir. D’autres peuples pratiquaient la circoncision formelle ; mais pour les Hébreux, c’était le signe de l’alliance avec leur Dieu. Tout mâle, dans la maison d’Abraham, devait être marqué de ce signe d’alliance : nul ne pouvait y échapper sous peine de mort (ch. 17. 10 à 14) !
Dans nos foyers chrétiens, aucun membre converti de la famille ne doit se soustraire à ce que sa chair soit tenue dans la mort. Même le Seigneur Jésus, âgé de huit jours, fut circoncis (Luc 2. 21) : Joseph et Marie ont obéi de cœur à la loi sous laquelle le Seigneur était né (Gal. 4. 4). Dieu regarde au cœur : « Circoncisez-vous pour l’Éternel, et ôtez le prépuce de votre cœur » (Jér. 4. 4).
Ismaël est mis de côté : c’est le fils de la chair qui, bien que circoncis lui aussi (v. 25), a toujours été un homme profane. Le fruit de la chair étant mis de côté, Dieu introduit ici, Isaac, le fils de la promesse selon son cœur ; et c’est avec lui qu’Il établira son alliance (v. 21).
Une pensée importante ressort de ces passages : la foi a été comptée à justice pour Abraham avant qu’il reçoive le signe de la circoncision (Rom. 4. 9 à 12). Cela nous montre que, pour Dieu, ce qui compte en premier lieu, c’est de croire, et ensuite d’obéir, car Dieu regarde au cœur. Mais pour nous, chrétiens, la circoncision physique n’a plus aucune signification et serait moralement dangereuse : les Galates étaient poussés, par des Juifs, à se faire circoncire après avoir cru. Paul les reprend vertement et leur dit : « vous êtes déchus de la grâce » (Gal. 5. 4).
Comme Dieu a élevé Abraham au-dessus de sa condition première (v. 1 à 5), maintenant, Il élève Sara de la même manière (v. 15). Un changement de nom impliquait une situation changée par rapport à Dieu Lui-même : Jacob devint Israël (ch. 32. 27 et 28 ; 35. 10). Simon, fils de Jonas, devint Céphas (l’apôtre Pierre). Saraï changée en Sara devient une princesse selon Dieu. De même qu’à Abraham, la promesse lui est faite qu’elle deviendra mère de « nations, et des rois de peuples sortiront d’elle » (v. 16). Dès notre conversion, notre nom primitif de « fils de ténèbres » est changé en « fils de la lumière » cela implique un changement d’orientation dans notre vie.
La promesse d’avoir un fils se précise : « … en cette saison, l’année qui vient » (v. 21). Cet enfant, ils le recevront sur la base de la puissante grâce de Dieu. Abraham rit de joie malgré l’incrédulité se rattachant à son incapacité physique et à celle de Sara, à cause de leur grand âge. Mais la puissance de Dieu s’accomplit lorsque l’homme est parvenu à reconnaître sa propre impuissance. D’abord stérile, Sara va devenir la mère du futur peuple hébreu et la mère « spirituelle » de tous les croyants des nations : « Exulte, stérile, qui n’enfantais pas ; éclate en chant de triomphe, et pousse des cris de joie, toi qui n’as pas été en travail, car les fils de la désolée sont plus nombreux que les fils de la femme mariée, dit l’Éternel » (És. 54. 1).
Cette prophétie est rappelée en Galates 4. 24 à 27, en rapport avec ce que représente Sara pour les croyants des nations : « la femme libre, la Jérusalem d’en haut ». Cependant, Sara représente avant tout la nation juive durant le millénium, nation longtemps stérile mais qui, alors, portera de nombreux fruits pour son Dieu. Dieu se plaît à bénir richement ceux qui Le suivent avec foi.
Abraham et Sara, durant treize ans (fin du ch. 16 et début du ch. 17), semblent avoir suivi Dieu fidèlement : leur foi a été encouragée et Dieu peut, désormais, accomplir sa promesse d’une postérité selon sa pensée. Dans sa joie, Abraham, encore incrédule quant à sa propre capacité, intercède pour Ismaël, le fils de la chair, et Dieu l’exauce : il aura douze fils (ch. 25. 13 à 16). Cependant, les peuples issus d’Ismaël seront toujours ennemis de Dieu et du peuple Juif.
Mais son alliance, Il l’établira avec Isaac (v. 19 et 21). Il ne s’agit pas d’une transmission d’alliance par l’intermédiaire d’Abraham : « mais mon alliance, je l’établirai avec Isaac ». La même incrédulité se retrouve en Sara dans l’âge avancé : « Et Sara rit en elle-même, disant : étant vieille, aurai-je du plaisir ? … mon seigneur aussi est âgé » (ch. 18. 12). Pourtant, l’épître aux Hébreux affirme qu’elle ne mit pas en doute la parole du Seigneur (Héb. 11. 11). Dans sa miséricorde, Dieu ne s’arrête pas à la faiblesse de ses serviteurs. En Luc 1. 13 et 20, Zacharie, incrédule à l’annonce faite par l’ange, subit la discipline. Au contraire, lorsque Marie visite sa cousine Élisabeth, celle-ci est remplie de joie en croyant.
Comme au v. 3, Abraham « tomba sur sa face » (v. 17), tandis que Dieu parle avec lui. Abraham est un habitué du contact direct avec son Dieu : au ch. 18. 2, « il se prosterna en terre » devant les « trois hommes ». Avons-nous l’habitude d’avoir des entretiens avec Dieu ?
Isaac (rire) est un type de Christ, le véritable héritier de l’alliance, en qui et pour qui se réaliseront toutes les promesses faites par Dieu : « Autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen » (2 Cor. 1. 20). Abraham a obéi de cœur à Dieu, pour la circoncision, le jour-même où Il lui a parlé (v. 23 à 27). Le peuple, plus tard, obéira légalement, mais non de cœur. Obéissons, nous-mêmes, non pour des récompenses ou par crainte d’une punition, mais par amour pour le Seigneur (Jean 14. 21). Le Seigneur Jésus, enfant (Luc 2. 49), était « soumis » à ses parents parce qu’Il les aimait. Se soumettre suppose que l’on aime.
Ch. 18
Les ch. 18 et 19 relatent la rencontre de personnages célestes avec deux hommes : Abraham (ch. 18) ; et Lot (ch. 19). Mais de grandes différences sont observées lors de ces rencontres : Abraham est en bon état spirituel et jouit d’une profonde communion avec l’Éternel. Durant treize ans, Dieu n’a pas relevé de défaillance chez lui et Sara. Sa communion lui fait discerner très vite que, des « trois hommes qui se tenaient près de lui », l’un était une manifestation de l’Éternel Lui-même ; et c’est à Lui qu’il s’adresse directement (v. 3). « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14. 23). Les deux autres, qui sont des anges, ne sont que « des esprits administrateurs… » (Héb. 1. 14). L’Éternel peut avoir un entretien paisible avec Abraham.
Lot, quant à lui, bien qu’étant un croyant « qui tourmentait son âme juste » (2 Pier. 2. 7 et 8), étant dans le monde, ne jouit d’aucune communion avec son Dieu. Dès le départ, leur position respective est très différente : Abraham « était assis à l’entrée de la tente » : n’importe qui n’y serait pas entré ! Et puis : « il leva les yeux et regarda… », et « l’Éternel lui apparut » (v. 1) ; et : les « trois hommes se tenaient près de lui ». Levons les yeux, nous aussi, afin de voir le Seigneur. Lot, lui, « était assis à la porte de Sodome » (ch. 19. 1), et l’Éternel ne descendra pas à Sodome. Si l’Éternel accepte tout de suite l’hospitalité d’Abraham (v. 5), les anges seront réticents pour accepter celle de Lot (ch. 19. 2).
Abraham veille à la porte de la tente et Sara y est à l’abri. La paix règne dans le foyer où chacun se tient à sa place. Lot invite les visiteurs à se « détourner vers sa maison » (ch. 19. 2). Enfin, Abraham, malgré la communion dont il jouit, en appelle à la grâce (v. 3), se prosterne (attitude de profond respect), et se montre humble : « je prendrai un morceau de pain… » (v. 5) ; mais il manifestera une hospitalité généreuse (v. 6 à 8). Nous avons des exhortations en Hébreux 13. 2 ; Romains 12. 13 ; 1 Pierre 4. 9. Même si nous connaissons Dieu comme notre Père, le même respect Lui est dû. Si Le Seigneur Jésus nous nomme « ses frères », nous devons être devant Lui comme devant notre Dieu Sauveur. Abraham discerne même la raison pour laquelle l’Éternel est passé près de sa tente (v. 5 fin), et est prêt à faire ce qu’il doit faire, et le fait.
Abraham offre ce qui est agréable à Dieu (v. 6 à 8) ; Dans sa communion avec Dieu, Dieu lui fait des confidences (v. 16 à 21) ; enfin il intercède pour les pécheurs (v. 23 à 32). Pendant que « les trois hommes » mangent, Abraham se tient « auprès d’eux sous l’arbre… » (v. 8) : il jouit de la présence de l’Éternel à qui il a offert « des gâteaux de fleur de farine » et « un veau tendre et bon ». (Cela nous parle peut-être de l’humanité de Christ et de l’holocauste) ; puis, il ajouta de la crème et du lait : tout ce qu’il avait de meilleur. Réjouissons-nous dans la présence du Seigneur (Mat. 28. 20 ; Jean 20. 20), et offrons-lui le meilleur de notre reconnaissance.
Enfin, l’Éternel renouvelle sa promesse d’une « semence » que Sara lui donnera. On voit alors un mélange de joie et d’incrédulité à cause de leur grand âge, car ils rient tous les deux (ch. 17. 17 ; ch. 18. 12) : (Isaac signifie : rire, joie). Pourtant, ils ont eu foi en Dieu, même s’Il a dû insister pour Abraham (ch. 17. 19), et reprendre Sara (ch. 18. 13 à 15). Celle-ci témoigne, même intérieurement, d’un profond respect pour Abraham qu’elle appelle : « mon seigneur… » (v. 12). Ce fait est rappelé en 1 Pierre 3. 5 et 6, en rapport avec les épouses chrétiennes, devenues « enfants » de Sara, « étant soumises à leurs propres maris ».
Le v. 14 qui a encouragé Abraham et Sara, nous encourage nous aussi : « Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l’Éternel ? » (Marc 10. 26)
Malgré le paragraphe 9 à 15, Dieu nous rappelle, en Hébreux 11. 11, la foi de Sara. Le grand âge d’Abraham et de Sara, ne pouvait empêcher la puissance divine du Créateur, quant à la réalisation de ses promesses, car rien ne Lui est impossible (v. 14). Il est aussi le Rédempteur pour l’homme créé à son image, à qui Il fait des promesses. Il peut différer leur réalisation, mais Il les accomplit en son temps, dans leur plénitude, soit pour chacun, soit pour l’Église, soit en ce qui concerne le monde, en jugement.
La promesse faite à Abraham et Sara se réalise au ch. 21. 1 et 2. Sara ayant ri, est mal à l’aise à cause de son incrédulité, et elle ment ; mais on ne trompe pas Dieu (v. 15). Si un croyant ment, il obéit au diable qui est appelé « menteur et le père du mensonge » (Jean 8. 44). Soyons vrais et droits devant Dieu et les hommes. Marchant dans la vérité, nous assurerons nos cœurs devant Dieu (1 Jean 3. 19 et 21). Pourtant, au ch. 21, elle reconnaîtra sa faiblesse et la puissance de l’Éternel (v. 6 et 7).
Dieu nous ayant donné son Fils Bien-aimé, nous a tout donné avec Lui. Tout ce qu’Il nous donne ensuite n’est rien, pour Lui, comparé à ce sacrifice suprême (Rom. 8. 32). Nous sommes donc assurés que ses promesses s’accompliront au pied de la lettre, au temps voulu de Dieu. Cependant, malgré sa toute-puissance, Dieu, dans sa miséricorde, ne passe pas outre aux lois naturelles : « Quand son terme sera là, Sara aura un fils » (v. 14).
Dans sa communion avec Abraham, Dieu lui avait fait des communications le concernant directement, dans les chapitres qui précèdent. Maintenant, Il lui communique ses pensées quant au monde qu’Il va juger. Abraham « fait la conduite » à l’Éternel. C’est une manifestation de communion (1 Cor. 16 ; 3 Jean 5 et 6), au cours de laquelle de douces communications se font. Les v. 20 et 21, révèlent que Dieu ne frappe jamais avant d’avoir mesuré l’ampleur du mal. De même qu’Abraham était averti de ce qui allait advenir à ce monde corrompu, nous le sommes, nous aussi, par les révélations des prophéties (l’Apocalypse en particulier). Cela nous incite à une double attitude : nous séparer moralement du monde en refusant de porter ses caractères afin d’être de vrais témoins, et intercéder pour tous les hommes.
L’Éternel montre à Abraham pourquoi il lui fait de telles confidences : « Je le connais… je sais… ». Il connaît son obéissance pour lui-même et pour sa descendance (v. 17 à 19). Avertissons nos enfants avec douceur, mais fermeté, que le monde est un ennemi (2 Cor. 6. 14 à 18) ; et que nous devons obéir de cœur, par amour, à Celui qui « nous a aimés le premier ». Et appliquons-nous à instruire nos enfants, dans nos maisons moralement en ordre, et à leur « inculquer » les enseignements de la Parole (Deut. 6. 6 et 7), les préparant ainsi à ce que Dieu puisse, d’abord, leur communiquer la vie, puis les entraîner dans une marche soigneuse. Le Seigneur nous appelle « ses amis » comme autrefois Abraham a été « l’ami de Dieu » mais il y a une condition : « … si vous faites tout ce que moi je vous commande » (Jean 15. 14). De grandes bénédictions se rattachent à l’obéissance de cœur, en famille.
Dans les péchés de Sodome et Gomorrhe, résumés en Ézéchiel 16. 49 et 50 : « Orgueil, abondance de pain et insouciant repos, elle les a possédés… mais elle n’a pas fortifié la main de l’affligé et du pauvre. Elles se sont élevées et ont commis des abominations devant moi ; et je les ai ôtées lorsque je l’ai vu ». On retrouve les caractères de notre monde actuel : surabondance, société de loisirs, orgueil et égoïsme, et les abominations mondialement répandues. Abraham n’avait rien à voir pour lui-même, avec les péchés de Sodome et Gomorrhe. Mais, conscient de l’honneur qui lui est fait de la part de Dieu, il intercède longuement. Nous aussi, avertis du jugement suspendu sur le monde, intercédons pour tous les hommes dans nos prières.
L’Éternel fait des confidences à Abraham parce qu’Il connaît son cœur fidèle et pieux : Il l’avertit de ce qui va arriver à ce monde corrompu. Abraham habite à Hébron (ch. 13. 18), avec une vie de foi, et dans l’amour pour son Dieu, loin des villes de la plaine qui sont sous le jugement. C’est pourquoi il peut intercéder pour les pécheurs de Sodome et Gomorrhe : « méchants et grands pécheurs devant l’Éternel » (ch. 13. 13). Le ch. 19. 13 montre que Dieu connaissait l’état de ces hommes ; cependant, Il s’en enquiert soigneusement, car Dieu ne punit jamais le mal avant qu’il ne soit commis, et Il le châtie selon la mesure de sa gravité. « Les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre » (2 Chron. 16. 9). Ici, le mal est si odieux aux yeux du Dieu saint, qu’il n’y a plus de retour possible : Sodome et Gomorrhe seront détruites selon la justice divine !
Dieu nous avertit que si nous péchons, il y aura toujours des conséquences, bien qu’Il soit un Dieu de grâce. Dieu s’intéresse à la terre et aux siens (ch. 18. 21). Plus tard, l’Éternel prendra connaissance des conditions de vie faites aux Hébreux, en Égypte : « Et Dieu ouï… regarda… connut leur état » (Ex. 2. 23 à 25). « J’ai vu… j’ai entendu… je connais… » (Ex. 3. 7). « Certainement je vous ai visités, et j’ai vu ce qu’on vous fait en Égypte » (Ex. 3. 16). C’est toujours ce même Dieu que nous connaissons comme notre Père, qui nous visite : Recevons-le.
A partir du v. 22, les anges se dirigent vers Sodome, tandis que l’Éternel reste avec Abraham qui se « tenait encore devant l’Éternel ». Et « il s’approcha » et lui parla. Abraham ne s’est pas contenté de recevoir les confidences divines : il intercède, maintenant, pour les éventuels « justes » qui pourraient se trouver dans Sodome. La prophétie nous avertit de ce qui va arriver au monde : dans une marche de sainteté pratique, intercédons pour les pécheurs. L’intercession d’Abraham est limitée (il s’arrête à dix) ; mais, plus il intercède dans la lumière de la présence divine, plus il discerne l’ampleur du mal : sa première pensée est qu’il y a peut-être « cinquante justes dans la ville », puis quarante-cinq, puis trente, enfin, vingt, et pour finir : dix ! Dans notre vie, dans la communion habituelle avec le Seigneur, notre discernement s’affinera.
Dans Sodome, il n’y avait qu’un seul juste : Lot… « que Dieu renvoya hors de la destruction » sauvé « comme à travers le feu » (1 Cor. 3. 15), l’Éternel s’étant souvenu de l’intercession d’Abraham (ch. 19. 29). Notons que cet homme de grande foi parle à l’Éternel avec humilité (v. 27), et hardiesse, dans ce paragraphe : il fait appel à la justice de la grâce (v. 25), car son cœur ne le condamnait pas (1 Jean 3. 21 et 22). Apprenons, nous aussi la leçon. Par contraste, Lot ne pouvait pas intercéder pour d’autres que lui-même : sa conscience n’était pas à l’aise devant Dieu. Si nous-mêmes sommes revêtus de « l’armure complète de Dieu » (Éph. 6. 11 et 18), nous pourrons intercéder pour les autres. Abraham intercesseur, s’est arrêté à dix justes ; peut-être un seul était-il suffisant pour sauver toute la ville.
Dans Jérémie 5. 1, l’Éternel invite à chercher à Jérusalem, la ville bien-aimée de Dieu, s’il y avait encore un seul juste, et Il pardonnerait à la ville. Mais c’était dire qu’il n’y en avait plus aucun ! Dans ses voies, Dieu est souverain pour pardonner ou non. Mais l’Intercesseur divin, « Jésus », grand souverain sacrificateur se tenant devant Dieu, est toujours vivant pour intercéder pour nous et nous sauver entièrement (Héb. 4. 14 à 16 ; 7. 25). « Approchons-nous donc avec confiance du trône de la grâce », avec des demandes selon les pensées du Seigneur : « La fervente supplication du juste peut beaucoup » (Jac. 5. 16). David, en son temps, « s’assit devant l’Éternel ». Au contraire d’Abraham intercédant pour des coupables, Jonas refuse d’en appeler à la grâce divine pour Ninive…
Quant à l’exaucement de nos prières, Dieu le limite à la profondeur de notre foi. En 2 Rois 4. 3 à 6, l’huile s’est arrêtée de couler quand il n’y a plus eu de vase pour la recevoir. Guérissant les malades et les infirmes, le Seigneur leur dit : « Qu’il te soit fait selon ta foi » ou : comme tu as cru.
Ch. 19
L’atmosphère de ce chapitre s’oppose à celle du précédent : si Dieu Lui-même s’est approché d’Abraham, Il n’est pas allé jusqu’à Sodome. Lot n’a aucune communion avec Dieu, et n’a même pas un bon témoignage dans sa propre famille : « il sembla aux yeux de ses gendres qu’il se moquait » (v. 14) ! Averti du jugement pesant sur la ville, « il tardait » à s’en retirer (v. 16). De plus, il ne peut supporter la pensée de se réfugier sur la montagne : il se retirera plutôt dans « la petite ville » de Tsoar (v. 22). Les raisons qu’il invoque pour esquiver la montagne n’ont aucune valeur : les anges ne pouvaient rien faire tant qu’il n’était pas à l’abri. Dieu veut nous instruire : de nos jours, le monde entier a repris ces caractères de corruption de Sodome et, si nous sommes dans le monde, nous ne sommes pas du monde et Dieu nous garde du monde (Jean 17. 9 à 17). Parcourons la terre avec le cœur dans le ciel.
Lot a glissé peu à peu en établissant ses tentes à proximité de Sodome (ch. 13. 12 et 13) ; puis, il habita dans Sodome (ch. 14. 12). Enfin, il avait acquis assez de notoriété pour « juger » à la porte de la ville (ch. 19. 1). C’est là que les choses se réglaient (Deut. 21. 19). Il avait perdu son caractère de « voyageur et étranger » sur la terre. Jacob, plus tard, se bâtira une maison à Succoth, et il s’ensuivra des évènements graves dans sa famille. Le monde peut apprécier les caractères propres aux chrétiens : honnêteté, sens de la justice, mais il n’accepte pas les critiques de leur part (v. 9) ; restons ces voyageurs, moralement étrangers au monde.
Lot ressent que ces hommes qui arrivent à Sodome, sont envoyés de Dieu : il prononce les mêmes paroles qu’Abraham et, lui aussi, il leur prépare un repas. Mais l’accueil fait à son invitation aurait dû toucher sa conscience. Il avait marché au milieu des méchants (Ps. 1. 1). Et si les anges entrent chez lui, ce sera pour le sauver. Pour entrer chez Lot, les anges ont dû se « détourner » de leur chemin (v. 2 et 3) ; alors que l’Éternel a pu aller droit à Abraham, « assis à l’entrée de sa tente » (ch. 18. 1).
Lot n’a aucun discernement quant à la mission des anges venus pour détruire la ville : « … vous vous lèverez le matin, et vous irez votre chemin » (v. 2). Certains croyants pensent pouvoir changer le monde par leurs efforts ; mais le monde est jugé. Ne nous laissons pas conduire par notre propre volonté (1 Cor. 7. 29 à 31). Lot ose appeler les hommes de Sodome : « mes frères » (v. 7)… et au v. 8, il leur fait une offre abjecte : ses propres filles ! Mais, bien qu’il leur fasse la morale (v. 7), il est disqualifié, et ces hommes méchants le méprisent (v. 9). Il est devenu ce « sel qui a perdu sa saveur et qui est foulé aux pieds par les hommes » (Mat. 5. 13), après s’être laissé aller aux « convoitises de la chair, à la convoitise des yeux et à l’orgueil de la vie » (1 Jean 2. 15 à 17). Ne soyons pas séduits par le monde : « Le monde s’en va et sa convoitise ».
Tous les hommes de Sodome étaient là, unis dans la corruption (v. 4) et Lot ne peut faire face à ce déchaînement du mal. Alors, la grâce de Dieu le sauve de leur haine (v. 10). Les anges ouvrent miraculeusement la porte que Lot avait fermée, et frappent ces hommes pervers de cécité, « de sorte qu’ils se lassèrent à chercher l’entrée » (v. 11). La cécité morale frappe les hommes du monde qui aimeraient ouvrir d’autres portes, pour faire encore plus de mal qu’ils n’en font ; mais Dieu retient. En 2 Rois 6. 14 à 17, Dieu avait aveuglé les Syriens et ouvert les yeux du serviteur d’Élisée pour répondre à sa prière.
Le mal s’affiche sans honte, de nos jours, comme du temps de Lot, où les hommes de Sodome ne se cachaient pas (v. 5 ; Rom. 1. 32). Les péchés de certains hommes sont jugés d’avance ; d’autres le seront après, mais tous le seront (1 Tim. 5. 24). Prenons garde de ne pas nous habituer au spectacle du mal banalisé par l’esprit actuel du monde : ce serait « s’égarer du droit chemin » (2 Pier. 2. 15), comme avait fait Lot en son temps. Nous avons un antidote : passer du temps avec le Seigneur, dans la prière, la lecture de la Parole, et en ayant des cœurs occupés des choses édifiantes (Phil. 4. 8 et 9).
Lot avait assez d’autorité dans la ville pour être assis à la porte avec les anciens, mais dans sa propre famille, il n’en avait aucune. Avait-il l’habitude de plaisanter ? En tout cas, lorsqu’il les avertit sérieusement, « il sembla aux yeux de ses gendres qu’il se moquait » (v. 14). Les plaisanteries, en ce qu’elles ont de mauvais, sont condamnées par la Parole (Éph. 5. 3 et 4). On trouve une similitude entre l’action divine concernant Noé « entre dans l’arche toi et ta maison » (ch. 7. 1), et celle concernant Lot (v. 12 et 13). Bien qu’ayant une vie pratique affligeante, Lot n’en était pas moins un juste (2 Pier. 2. 6 à 9) ; réalité importante pour Dieu. Purifiés par le sang du Seigneur, les justes sont sauvés de façon irréversible.
Comme Lot, on peut perdre sa course tout en étant « sauvés toutefois, comme à travers le feu » (1 Cor. 3. 15). Si nous péchons, Satan cherche à nous faire douter de notre salut ; ne l’écoutons surtout pas, car Dieu voit les croyants à travers l’œuvre parfaite de son Fils : c’est une justice de position intangible. La justice pratique de Lot était ruinée. On est effaré de sa proposition du v. 8 où il offre ses filles ; de son attachement à cette ville perverse : « il tardait » à en sortir (v. 16) ; peut-être avait-il l’habitude de s’enivrer (v. 32, 33 et 35). Et enfin, de la ruine qui s’ensuivit pour sa famille ! Malgré cela, ses avertissements sérieux de la part de Dieu auraient dû être écoutés (Luc 17. 28 à 30 ; Ex. 9. 19 à 22).
Le témoignage de Noé, bien que lui ait été fidèle, n’a pas non plus eu beaucoup d’effet. Si notre vie est dépourvue de justice pratique, notre témoignage au monde ne sera pas crédible. La séparation du monde nous communiquera l’autorité morale pour un témoignage béni. La pensée de la venue du Seigneur est-elle bienvenue pour nous ? Nous sommes enclins à ne pas croire ce qui sort de l’ordinaire : les disciples ne crurent pas les femmes qui avaient reçu le témoignage des anges affirmant la résurrection du Seigneur (Luc 24. 9 à 11). Le serviteur que Dieu envoie peut être faible, insignifiant, mais recevons ce qu’il annonce de la part de Dieu.
Abdias, qui craignait Dieu, servait un roi impie : dans sa rencontre avec Élie, il se montre conciliant ; mais le prophète reste distant, car la position d’Abdias n’était pas bonne et Élie n’est pas à l’aise devant lui (1 Rois 18. 3, 7 à 9).
« L’Éternel ayant pitié de lui » sauva Lot, sa femme et ses filles (v. 16), grâce à l’intercession d’Abraham jouissant de la communion avec Dieu ! Quant aux filles de Lot, imprégnées de l’esprit corrompu de Sodome, aucune crainte de Dieu ne les retiendra (v. 31 à 36) !
Il nous arrive, comme Lot (v. 18), comme Pierre, plusieurs fois, de dire non au Seigneur, lorsque nous ne sommes pas prêts à Le laisser diriger notre vie. Il s’ensuit toujours des douleurs. Jacob, le calculateur, a eu une vie tourmentée. Bien près d’être détruit avec la ville, dans une situation dramatique, Lot s’oppose à Dieu, malgré des instructions précises qui auraient dû mettre un terme à toute hésitation ! Mais c’est un Dieu de miséricorde (Rom. 9. 15 et 16). Laissons le Seigneur gouverner nos circonstances ; il s’ensuivra des bénédictions.
Le v. 17 invite Lot à abandonner ses biens pour sauver sa vie ; à ne rien regretter de sa vie passée ; à ne pas s’arrêter aux facilités du monde (la plaine), et à s’élever dans la communion avec Dieu (se réfugier dans la montagne). Ces exhortations sont aussi pour nous. Lot a dû apprendre que les dangers étaient les mêmes dans « une petite ville » que dans une grande : c’est toujours le monde.
Il a dû quitter Tsoar pour la montagne (v. 30). Longtemps séduit par le monde, Lot, à la fin de sa vie, a tout perdu : il se retrouve dans une caverne, dépouillé de tous ses biens… La grâce divine agit en faveur de Lot, comme plus tard, en faveur d’Éphraïm que Dieu aurait pu détruire, comme « Adma et Tséboïm », villes de la plaine détruites avec Sodome. Mais : « Toutes ensemble, mes compassions se sont émues. Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère, je ne détruirai pas de nouveau Éphraïm » (Osée 11. 8 et 9).
Le jugement de ces villes corrompues est un type du jugement divin, sur le monde ayant retrouvé ces mêmes caractères, à l’échelon planétaire (Jude 7) : 2 Pierre 3. 10 dévoile la destruction des cieux et de la terre actuels, par le feu, à la fin. Sachant ces choses, « quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété, attendant et hâtant la venue du jour de Dieu » (v. 11). Mais ce qui attend le monde, dans un premier temps, c’est « le feu » du jugement moral de Dieu (Deut. 29. 23). Le renversement de Sodome et Gomorrhe est rappelé en Jérémie 20. 16. Dieu est patient mais « sa colère est révélée du ciel contre toute impiété et toute iniquité » (Rom. 1. 18 ; És. 13. 15). Ces jugements du passé n’étaient que des préludes, car la Genèse contient en germe tout ce que Dieu fera ensuite (2 Thess. 1. 6 à 9).
Au v. 29, Dieu, se souvenant de l’intercession respectueuse d’Abraham, « renvoya Lot hors de la destruction ». Au milieu de ce monde corrompu, Dieu distingue ceux qui lui appartiennent (Éz. 29. 2 à 6 ; Apoc. 7. 1 à 3). Ceux qu’Il marque ainsi au front, sont épargnés. Lot était un juste, et Dieu le sauve. Il ne devait pas se retourner ni s’arrêter ; et il obéira, contrairement à sa femme qui s’est retournée, et est devenue « une statue de sel » (v. 26). Sa femme n’appartenait sûrement pas à Dieu, et sa faute est rappelée comme avertissement en Luc 17. 28 à 32 : une statue est une représentation humaine sans vie ; et le sel parle, ici, de stérilité. Regarder en arrière fait perdre de vue le but assigné par Dieu : « Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière n’est propre pour le royaume de Dieu » (Luc 9. 62).
Regardons en haut et en avant, et non en arrière, comme le peuple qui regrettait la nourriture de l’Égypte (Ex. 16. 2 et 3), et voulait se donner d’autres chefs pour y retourner (Nomb. 14. 2 à 4). Tout ce à quoi Lot avait mis son cœur est détruit ! Par contraste, la fidélité d’Abraham est relevée au v. 27 : « Abraham se leva de bon matin, et vint au lieu où il s’était tenu devant l’Éternel ». Il désire garder la communion avec son Dieu avec qui il s’était entretenu la veille. La triste fin de vie de Lot (son histoire s’arrête là), contraste avec celle de Jacob qui fut heureuse et bénie. Lot a été comme « un tison sauvé du feu » (Zach. 3. 2).
Israël aussi, désobéissant à son Dieu, connaîtra des « renversements » (Amos 4. 11). Mais Dieu lui reprochera de n’être pas revenu à Lui.
Refusant d’abord de se sauver dans la montagne, Lot s’y rendra malgré tout, après s’être réfugié dans Tsoar. Avons-nous l’habitude de monter sur la montagne, de cultiver la communion avec Dieu ? Des relations heureuses avec Dieu assureront la paix, la joie et une marche de justice pratique, où nos enfants s’épanouiront dans une vie en contraste avec le monde. Lot avait une lourde responsabilité vis à vis de ses filles, imprégnées de l’esprit de Sodome : de leurs relations coupables avec leur père, naîtront deux peuples, proches parents d’Israël, mais ennemis irréductibles ! En Deutéronome 2. 9 et 19, Dieu rappelle la souillure de Lot, et Israël ne devait rien posséder de ce qui appartenait à Ammon et à Moab, peuples issus de cette souillure. Cela nous ramène à nous-mêmes, à 2 Corinthiens 6. 17, où nous sommes exhortés à nous séparer du monde et à ne pas toucher « à ce qui est impur ». « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7). Lot a moissonné ce qu’il avait semé en vivant à Sodome.
Tournons-nous vers le ciel qui est devant nous : « Souviens-toi de Jésus Christ… » (2 Tim. 2. 8). « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ».
Dieu avait interdit que les Moabites et les Ammonites entrent dans la congrégation d’Israël (Deut. 23. 3). Cependant, Dieu usera de grâce envers Ruth, la Moabite, à cause de sa foi personnelle, et de son attachement à l’Éternel « Ton Dieu sera mon Dieu » (Ruth 1. 16).
Ch. 20
Au ch. 19, la conduite d’Abraham contraste avec celle de Lot : Abraham, sur la montagne (la communion avec Dieu), voit ce qui se passe dans la plaine (le monde où se trouve Lot). Mais au ch. 20, Abraham retombe dans la même faute qu’au ch. 12, comme fera Isaac son fils (ch. 26).
Ainsi, notre propre volonté interrompt la communion. Aussi bien au ch. 12. 8 et 9 qu’au ch. 20. 1, quitter la montagne (le lieu de la communion), et s’en aller dans le désert, entraîne la chute. Au ch. 12, Abraham était confronté à une famine (v. 9 et 10). Mais au ch. 20, la Parole n’évoque aucune raison de partir à Guérar. Comme en Égypte, la première fois, il sera repris et humilié par le monde : ici, par Abimélec (titre des rois des Philistins). N’ayant aucune force, prenons garde. Chacune des deux chutes d’Abraham et de Sara, se produit après que Dieu ait promis et confirmé sa promesse d’une « semence » (ch. 12. 2 ; ch. 17. 15 à 21 ; 18. 10). Quant à Abimélec, Dieu reconnaît « l’intégrité de son cœur », mais pas « l’innocence de ses mains » (v. 6).
Avant que la foi d’Abraham soit éprouvée au ch. 22, Dieu « forme » son serviteur et l’amène à abandonner ce qui faisait obstacle dans son cœur. Le pharaon du ch. 12 avait chassé Abraham. Abimélec, moins violent, ouvre tout son pays devant lui (ch. 20. 15). Même aimable, le monde reste le monde et la terre est peuplée des enfants de Dieu et des enfants du diable (1 Jean 3. 9 et 10). Le ch. 19 montre la corruption dans les relations naturelles. Même des croyants peuvent renier la sainteté des liens du mariage (ch. 20).
L’enseignement de la première épître aux Corinthiens, est un avertissement pour nous : « Notre corps est le temple du Saint Esprit » (ch. 6. 13) ; « Achetés à prix », nous devons « glorifier Dieu dans notre corps » (v. 19 et 20) ; nous devons donc avoir « chacun sa propre femme et que chaque femme ait son mari à elle » (ch. 7. 2). Abraham n’avait pas porté honneur à sa femme selon 1 Pierre 3. 7.
Par ailleurs, Genèse 20. 6, dévoile l’intervention divine cachée, dans nos circonstances, pour nous protéger de nous-mêmes. Mais notre responsabilité reste entière : « Si quelqu’un renverse une clôture, un serpent le mord » (Éccl. 10. 8).
Devant Abimélec, l’homme du monde, Dieu reconnaît la suprématie morale d’Abraham : « il est prophète, et il priera pour toi » (v. 7). Ce chapitre montre la dégradation morale d’Abraham ; et ce qu’est un croyant aux yeux de Dieu. Appelé à maudire le peuple, Balaam devra, malgré lui, le bénir : « Que tes tentes sont belles, ô Jacob » (Nomb. 24. 5). Ensuite, Dieu dut châtier les rébellions de son peuple. « Celui qui vous touche, touche la prunelle de son œil ». (Zach. 2. 8). Quand Joshua est accusé par Satan, Dieu réagit : « Que l’Éternel te tance, Satan… » (Zach. 3. 2). Devant Dieu qui nous voit à travers son Fils, nous sommes « saints et irréprochables » (Éph. 1. 4) ; et le Seigneur voit l’Assemblée « glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride… » (ch 5. 26 et 27).
Mais le travail en bénédiction de Dieu se poursuit, comme pour Job, jusqu’à ce qu’il s’écrie : « J’ai horreur de moi et je me repens » (Job 42. 6). Alors, après avoir prié pour ses amis, il fut doublement béni (v. 10 à 12). Pour se justifier, Abraham dit des demi-vérités et prétend que Dieu l’avait fait « errer » (v. 13) ! En fait, il déshonore sa femme pour protéger sa propre vie. Christ, Lui, donnera sa vie pour son Assemblée.
Au ch. 23, Abraham revenu à Hébron (lieu de la communion), les hommes du monde lui diront : « Tu es un prince de Dieu au milieu de nous » (v. 1 à 6). La communion entretenue confère une noblesse spirituelle. Abimélec a eu, envers Abraham et Sara, une conduite remarquable (v. 14 à 16). Mais son royaume n’était certainement pas « une nation juste » (v. 4). Proverbes 16. 2 et 21. 2, avertissent de se méfier de notre propre estimation des circonstances. Une femme mariée devait couvrir son visage ; et Sara s’étant moralement « découverte », Abimélec lui dit : « J’ai donné mille pièces d’argent à ton frère » (c’est ainsi qu’Abraham s’était désigné), « pour couverture des yeux » (v. 16).
Abraham a obéi à Dieu, en priant pour Abimélec et lui et les siens ont été guéris (v. 17 et 18). Prions pour les incrédules pour que Dieu les sauve. Quoique fautifs, Abraham et Sara ont été protégés par Dieu : « Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes prophètes » (1 Chron. 16. 22).
Ch. 21
Les v. 1 et 2 démontrent la fidélité de Dieu accomplissant ses promesses, « au temps fixé », « comme Il avait dit ». Le temps fixé (ou assigné Ps. 102. 13), désigne le moment choisi de Dieu, en rapport avec une préparation dans nos cœurs, afin que nous acceptions ce qu’Il veut nous donner. Notre incrédulité retarde souvent « le temps fixé ». « Et l’Éternel visita Sara… » (v. 1) : c’est une visitation en grâce, pour accomplir Ses promesses. « L’Orient d’en haut nous a visités » (Luc 1. 78). Mais ce mot peut signifier le jugement.
Les v. 3 et 4 montrent la fidélité d’Abraham manifestée dans son obéissance : il appelle son fils Isaac (ch. 17. 19), et le circoncit « comme Dieu le lui avait commandé » (ch. 17. 14 à 16). Dieu prend peut-être occasion du rire entaché d’incrédulité d’Abraham et de Sara (ch. 17. 17 ; 18. 12), pour commander d’appeler ce fils « Isaac » : rire. Mais, selon la pensée divine, ce fils était un sujet de rire de joie pour ses parents, car il représentait, pour eux, l’accomplissement de la promesse. Ismaël rira, aussi, mais du rire moqueur de la vieille nature envers la nouvelle, à la conversion ; car il y a inimitié entre les deux (Rom. 8. 7). « Mais, comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, il en est de même aussi maintenant » (Gal. 4. 29). Et : « Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3. 6). Nourrissons la nouvelle nature et non l’ancienne. Sur un autre plan, l’arrivée de l’héritier déclenche le rire jaloux de celui qui n’héritera pas des promesses divines.
Le premier fils, Ismaël, est le type de la chair ; Isaac représente la promesse. Allégoriquement, il s’agit de deux alliances : la première parle de servitude sous la loi du mont Sina : c’est Agar, la servante ; la seconde, de liberté : Sara, la femme libre (Gal. 4. 24 à 26). Ces types ont un rapport, en premier lieu, avec Israël qui est dans la « servitude » (sous la loi), à cause de son incrédulité au sujet du Seigneur Jésus crucifié. Lorsque le résidu du peuple, à l’aube du millénium, se convertira, le peuple passera sous l’alliance de « la femme libre ».
D’un autre côté, la femme libre représente, d’ores et déjà, les vrais croyants : « Or vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de promesse » (Gal. 4. 28). La réaction négative d’Abraham qui semblait attaché à Ismaël et à Agar (v. 12), provoque l’intervention de Dieu pour l’encourager à écouter la voix de Sara, et à les chasser. Ismaël représente, par certains côtés, l’homme religieux, sans la vraie foi, et qui a manifesté son inimitié contre Dieu en crucifiant le Seigneur Jésus. Cependant, parce qu’Ismaël est le fils d’Abraham, il deviendra « une nation » (v. 13). Dieu ne renonce jamais à ses plans ; et Ismaël, contrairement à Isaac, ne faisait pas partie des plans divins, étant un fruit de la chair : aussi, c’est Isaac, le fils de la promesse, qui était l’héritier des promesses faites à Abraham, son père.
La foi d’Abraham et de Sara avait été mise à rude épreuve durant de nombreuses années : Dieu veut toujours que « la patience ait son œuvre parfaite » (Jac. 1. 4). Mais Dieu ne nous soumet pas à des épreuves qui iraient « au-delà de ce que nous pouvons supporter » (1 Cor. 10. 13). Le fils de la promesse, Isaac, devait être le fruit de la puissance de Dieu, agissant dans l’incapacité d’Abraham et de Sara, tous deux trop âgés. Dieu agit merveilleusement lorsque nous reconnaissons notre incapacité. Le ch. 22 parle d’une mise à l’épreuve « après ces choses » (v. 1), après la formation des chapitres précédents.
« En Isaac te sera appelée une semence » (fin du v. 12), rappelle la promesse déjà faite au ch. 17. 19 à 21, et projette la prophétie divine jusqu’au Seigneur Jésus, la vraie semence, en qui « toutes les nations de la terre se béniront » (ch. 22. 18 ; Gal. 3. 16). Cependant, dans sa souveraineté, Dieu a tiré une « semence » d’Abraham dans ses descendants spirituels, c’est-à-dire, dans tous ceux qui ont la foi (Rom. 9. 6 à 9).
Abraham était attaché à Agar et à Ismaël (v. 12) ; et, d’abord troublé par la demande de Sara de les chasser, il obéit aussitôt que Dieu l’encourage à écouter la voix de sa femme (v. 14). « Et Abraham se leva de bon matin… » (v. 14 ; ch. 19. 27 ; 22. 3) : c’est l’empressement dans l’obéissance de la foi. Dieu permet une épreuve pour Agar et Ismaël, mais Il va prendre soin d’eux, et leur faire découvrir le puits où ils pourront s’abreuver. Dans sa détresse, Agar prend soin de son enfant jusqu’au bout, le mettant à l’ombre d’un arbrisseau (v. 15). Et là, Dieu va la consoler en lui rappelant sa promesse du ch. 16. 12, plus précise, ici (v. 18). Ismaël devait devenir un « âne sauvage… habitant dans le désert… à la vue de tous ses frères » : homme indompté ne se pliant pas à la volonté de Dieu et s’opposant à ses semblables (ch. 16. 10 à 12 ; ch. 25. 12 à 18).
Au ch. 16, Agar s’enfuyait d’elle-même ; et Dieu lui dit de revenir et de s’humilier devant sa maîtresse. Mais ici, c’est Dieu Lui-même qui la chasse. Dieu est souverain dans ses voies, mais aussi, entre ces deux chapitres, Isaac, l’héritier est né, et Ismaël n’a plus sa place dans la maison d’Abraham : « En Isaac te sera appelée une semence » (v. 12). Agar pleure, mais c’est la « voix de l’enfant » que Dieu entend (v. 16 et 17). Ismaël, d’une certaine façon, est orphelin, et Dieu est « le secours » et « le Père des orphelins » (Ps. 10. 14 ; 68. 5). Il prend soin des enfants : le Seigneur a pris des enfants dans ses bras et les a bénis. Mais pour Ismaël, Dieu a une raison supplémentaire de prendre soin de lui : il est le fils d’Abraham. Au ch. 16. 13, Agar nomme Dieu « le Dieu qui te révèles » et reconnaît qu’Il la voit (note f). Mais ici, elle n’en dit rien, bien qu’Il renouvelle sa promesse de faire d’Ismaël « une grande nation » (v. 18). Dieu réalise toujours ses promesses, et cela nous encourage.
Rien n’échappe à l’œil de Dieu ni à son oreille, Il entend « la voix de l’enfant, là où il est » (v. 17) c’est lui dire : là où tu l’as mis… c’est un reproche pour l’incrédulité d’Agar. Ne mettons jamais nos enfants où il ne faudrait pas. Le Seigneur peut nous dire, souvent : « Homme de petite foi, pourquoi as-tu douté ? ». Pour nous, nous ne savons pas toujours voir la main de Dieu : en 2 Rois 6. 15 à 18, Élisée pria Dieu pour qu’Il ouvre les yeux de son jeune homme, et Dieu « lui ouvrit les yeux ». Puis il pria pour qu’Il frappe de cécité les Syriens, et « Il les frappa de cécité ». « Et Dieu fut avec l’enfant » (v. 20). Il est au-dessus de tout et conduit toutes choses.
Au ch. 20, Abraham avait menti à Abimélec en déclarant Sara comme étant sa sœur. Et il s’était fait reprendre sévèrement. Mais ici, l’autorité morale d’Abraham est mise en relief : « Dieu est avec toi en tout ce que tu fais » (v. 22), et c’est Abraham qui reprend Abimélec (v. 25). Les progrès d’Abraham iront jusqu’au sommet du ch. 22. Cependant, il semble qu’une certaine méfiance se manifeste en Abimélec à l’égard d’Abraham, car il se souvient que ce dernier avait usé de dissimulation envers lui ; alors, il prend des mesures de sécurité, car Abraham habitait toujours dans le pays des Philistins (v. 34). Abraham ne reviendra à Hébron, le lieu de la communion, qu’au ch. 23. 1, à la mort de Sara.
À Beër-Shéba, Abraham et Abimélec « jurèrent, les deux » (v. 31). Dans ce double serment reposant sur la constatation que Dieu était avec Abraham (v. 22), l’esprit prophétique nous projette dans le règne millénial de Christ, lorsque les nations de la terre diront à Israël : « Nous avons ouï dire que Dieu est avec vous » (Zach. 8. 20 à 23). Et les nations se joindront à Israël pour rechercher l’Éternel.
Isaac, l’héritier des promesses faites à Abraham, étant né, cela donne à ce dernier une autorité d’origine divine, dans une vie de communion avec Dieu : il prend, en figure, possession de la terre qu’héritera sa descendance, en creusant un puits et en plantant un tamaris (v. 25 à 33), bien que lui-même ne possédât qu’une tente et un autel. Au chapitre 23, il achètera un sépulcre pour y enterrer Sara. Ce tamaris, symbolisant la prise de possession du pays, montre la foi d’Abraham qui se projette dans l’avenir, lorsque ses descendants posséderont cette terre, et il invoque-là, « le Dieu d’éternité » (v. 33).
Nous-mêmes, par la foi, nous possédons déjà les biens célestes que le Seigneur nous a préparés. Cette autorité se retrouve en Jacob, le berger, qui peut bénir le Pharaon devant la puissance duquel il aurait pu trembler (ch. 47. 7 et 10) : « Le moindre est béni par le plus excellent » (Héb. 7. 7). Notre foi nous confère de la part de Dieu, une noblesse de cœur qui doit se manifester dans l’humilité, et dans l’amour pour tous les hommes : « L’homme noble se propose des choses nobles, et il se maintiendra par des choses nobles » (És. 32. 8). Et : « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi » (Ps. 16. 8).
Ce puits qu’Abraham avait creusé (v. 30), les serviteurs d’Abimélec s’en étaient emparés de force (v. 25) ; aussi, Abraham reprend Abimélec avec autorité. Au chapitre 26, cela se répétera avec Isaac, jusqu’à ce qu’il trouve « l’espace » pour une vie de foi tranquille. Ces puits creusés par Abraham, les Philistins les avaient bouchés avec de la terre (26. 15). L’ennemi veut toujours nous priver, par tous les moyens, de rafraîchir nos âmes de l’eau pure de la Parole. Il s’efforce aussi de la remplacer dans nos vies, par des préoccupations purement terrestres. Ne laissons pas faire l’ennemi. Le Seigneur nous invite : « Buvez, buvez abondamment, bien-aimés ». La Parole est représentée par l’eau qui rafraîchit et qui purifie (Éph. 5. 25 et 26). Prenons-y garde pour nous en nourrir aussi : « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Ps. 119. 9).
Au ch. 26, Abimélec reconnaît qu’Isaac est « maintenant, le béni de l’Éternel » (v. 23 à 33), et contracte une alliance avec lui, préfigurant l’alliance que les nations, durant le millénium, contracteront avec Israël.
Ch. 22
Aux ch. 20 et 21, Dieu a préparé Abraham. « Après ces choses » (ch. 22. 1), il est prêt pour l’épreuve suprême. Les épreuves peuvent être provoquées par Satan (Job) ; par les circonstances ordinaires de la vie ; ou bien par Dieu Lui-même : c’est l’épreuve de la foi par excellence (1 Pier. 1. 6 et 7), pour la gloire et l’honneur de Dieu. La foi ne peut se manifester dans sa plénitude que lorsque nous avons réglé nos voies devant Dieu. Pour Abraham ayant espéré ce fils pendant de longues années, cette épreuve a dû se traduire par un exercice douloureux. Mais sa foi exercée lui a donné la force d’obéir sans murmures. Notre obéissance est-elle toujours aussi prompte ?
Lorsque Dieu l’interpelle, il répond : « Me voici » : Il est disponible ! Il prépare tout pour offrir cet holocauste (v. 3). Sa foi vigoureuse lui faisait entrevoir que « Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts, d’où aussi, en figure, il le reçut » (Héb. 11. 19). La voix de « l’Ange de l’Éternel », seule, a arrêté sa main d’aller jusqu’au bout de sa détermination.
Cette scène nous rappelle le Père qui a donné son Fils unique, son bien-aimé. Abraham et Isaac « allaient les deux ensemble » (v. 6 et 8), manifestant ainsi la communion entre eux dans l’épreuve (Jac. 1. 2) ; mais cela nous parle bien plus de la communion parfaite entre Dieu et son Fils, pour l’œuvre de la croix. Dieu n’a jamais éprouvé Lot tenté par le monde auquel il a succombé. Dieu connaissait la foi d’Abraham, et il l’a manifestée. Dans les épreuves, ayons le Dieu des promesses devant nous. Dieu voulait un holocauste, sacrifice tout entier pour Lui, et non un sacrifice pour le péché. C’est sur le mont Morija que David a offert un holocauste (2 Sam. 24) et que, plus tard, fut construit le temple de Jérusalem.
Plusieurs aspects se dégagent de ce chapitre : la foi d’Abraham qui a brillé, puis, à travers le sacrifice d’Isaac, (avec des similitudes et des différences), on voit celui du Seigneur. Le vrai caractère de la foi, c’est l’obéissance. Dieu avait dit à Abraham : « Offre-le… » (v. 2) ; « Et Abraham se leva de bon matin… » (v. 3). Sa foi reflète la paix du cœur, et il agit tranquillement. À la foi, il ajoute la vertu (2 Pier. 1. 5). Abraham voulait offrir son fils en la seule présence de Dieu, sans témoins (v. 5) ; de même que durant les trois heures de ténèbres, lors de la crucifixion du Seigneur, nul œil n’a vu ce qui se passait entre Dieu et la sainte Victime.
Abraham et Isaac durent marcher trois jours pour atteindre Morija, avant le sacrifice. Quant au Seigneur, Il pouvait dire en Luc 13. 32 : « Je chasse des démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour je suis consommé ». Si Isaac ignorait ce qui l’attendait, le Seigneur connaissait de toute éternité l’œuvre qu’Il devrait accomplir (Jean 12. 27). À Gethsémané, Il a accepté la coupe des souffrances de la main du Père ; et c’est en vainqueur qu’Il est allé à Golgotha.
Le silence d’Isaac lorsque son père le lie sur l’autel, nous parle de l’acceptation par le Seigneur Jésus, des souffrances et de l’abandon de son Dieu, dans son sacrifice pour le péché (Ps. 22. 1 ; Mat. 27. 46 ; Marc. 15. 34). Mais ses relations de communion avec son Père restent parfaites, dans son offrande volontaire à Dieu (Héb. 9. 14) – ainsi que dans sa détermination de faire la volonté de Dieu (Ps. 40. 6 à 8). Ésaïe 6. 8, dévoile le conseil intime entre le Père et le Fils, dans l’éternité. Bien que la Parole ne rapporte aucune réaction d’Isaac, on peut peut-être trouver une similitude entre les sentiments du Seigneur sur la croix et la parole de Jacob qui appelle le Dieu de ses pères : « la frayeur d’Isaac » (ch. 31. 42).
La fermeté de la foi d’Abraham se manifeste au v. 5 : « … nous irons nous adorerons… nous reviendrons ». Il était assuré que Dieu ressusciterait son fils ; et il nomme ce lieu-là : « Jéhovah-Jiré » (v. 14) : l’Éternel y pourvoira, et Il y a pourvu aussitôt (v. 13), Abraham recouvrant son fils comme ressuscité. Bien avant la Loi (Lév. 1), les hommes pieux avaient cette pensée d’honorer Dieu en offrant des holocaustes (ch. 4. 4), bien qu’ici, ce soit Dieu Lui-même qui le demande.
Isaac chargé du bois du sacrifice (v. 6), nous rappelle le Seigneur qui « sortit portant sa croix » (Jean 19. 17), tandis que Lui et le Père « allaient les deux ensemble » pour l’œuvre de la rédemption, comme ce qui est dit d’Abraham et Isaac (v. 6 et 8). Le Seigneur pouvait dire : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10. 30) et : « le Père est en moi et moi en Lui » (v. 38)
Isaac pose une question à son père : « Où est l’agneau pour l’holocauste ? » (v. 7). Abraham répond avec la ferme certitude que Dieu y pourvoira Lui-même. Mais la vraie réponse sort de la bouche de Jean le baptiseur : « Voilà l’agneau de Dieu », en voyant Jésus qui passait devant lui (Jean 1. 29). La fin du v. 3 et le début du v. 9 montrent encore l’obéissance d’Abraham : il va « au lieu que Dieu lui avait dit » ; le lieu choisi de Dieu. Plus tard, le peuple désobéira ouvertement à Dieu, en offrant des sacrifices ailleurs qu’au temple de Jérusalem. Le Seigneur savait quel chemin Il devrait suivre (Luc 18. 31 à 33). « Or il arriva, comme les jours de son assomption s’accomplissaient, qu’il dressa sa face résolument pour aller à Jérusalem » (Luc 9. 51).
À Gethsémané, son angoisse est telle qu’Il supplie son Père de faire passer cette coupe loin de lui. Mais Il se soumet pleinement (Marc 14. 36), sachant que Dieu ne L’épargnera pas, lorsqu’Il sera crucifié. Alors, un ange descend du ciel pour Le fortifier (Luc 22. 43). Quel mystère !
Abraham montre qu’il est prêt à aller jusqu’au bout de l’obéissance (v. 10). Pour Dieu qui connaissait à fond le cœur d’Abraham, la preuve pratique est faite : « Je sais que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils… » (v. 12). Dans ce « Je sais », la joie divine transparaît. La disposition à l’obéissance se traduit par la promptitude à répondre à Dieu : « Me voici » (v. 1 et 11). L’obéissance des siens a un grand prix pour Dieu (1 Sam. 15. 22). Déjà au ch. 15. 6, Abraham avait été justifié par sa foi. La justification du croyant comporte un côté intérieur : il est justifié par sa foi en l’œuvre de Christ sur la croix – et un côté extérieur : il doit montrer sa foi par ses œuvres (Jac. 2. 21 et 22).
Même si Dieu a arrêté sa main, à ses yeux, Abraham avait réellement offert son fils (Héb. 11. 17). En type, c’est l’œuvre de Dieu offrant son propre Fils : « livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu ». « Les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites » (Act. 2. 23 ; 4. 27 et 28). Personne n’a retenu la main de Dieu « qui n’a pas épargné son propre Fils » (Rom. 8. 32). Dieu avait tout préparé à l’avance. Durant les trois heures de ténèbres, prophétiquement, le Seigneur avait dit : « Même quand je crie… Il ferme l’accès à ma prière » (Lam. 3. 8).
En Isaac, se résumaient toutes les promesses faites à Abraham ; et voilà qu’il lui fallait l’offrir en holocauste ! Et il le fait (És. 53. 6 et 10). Outre ce précieux type de l’Ancien Testament qui nous parle de l’œuvre de Christ pour notre salut, Dieu, par ce moyen, a éprouvé la foi d’Abraham. Mais Il a arrêté sa main, car la mort d’Isaac n’aurait servi à rien : c’eût été simplement un meurtre. Dieu n’avait en vue que le sacrifice de son Fils sur la croix ; seul sacrifice ayant une valeur pour Lui.
Le Seigneur savait, Lui, le Prince de la vie, qu’Il serait abandonné de Dieu, et passerait par la mort. Il était « l’agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde » (1 Pier. 1. 19). Nous pouvons adorer, car si Dieu n’a pas épargné le Seigneur, Il a fait de nous « ce trésor particulier » de Dieu qu’il épargne « comme un homme épargne son fils qui le sert » (Mal. 3. 17).
Le bélier qu’Abraham n’avait pas vu jusque là (Dieu retenait ses yeux car il fallait qu’Abraham aille jusqu’au bout), est sacrifié à la place d’Isaac. Le bélier est une figure du dévouement de Christ pour son Dieu, de sa consécration jusqu’à la mort ; c’est le sacrifice de prospérité, de communion, entre Dieu et l’adorateur. Mais ici, Abraham l’offre « en holocauste » (v. 13). Si le bélier était « retenu à un buisson par les cornes », le Seigneur, Lui, s’est avancé volontairement, portant sa croix : « s’est offert lui-même » (Héb. 9. 14). C’est au moment où « l’Ange de l’Éternel » arrête la main d’Abraham, qu’il reçoit son fils « en résurrection ». On peut penser à sa joie ! Mais pour le Seigneur, si la mort a été réelle, sa résurrection triomphante aussi. Il est ressuscité « par la gloire du Père » (Rom. 6. 4) ; par sa propre puissance et par l’Esprit Saint. Comme Abraham l’avait dit par la foi, l’Éternel a pourvu à l’agneau de l’holocauste, pour son serviteur ; mais bien plus en donnant le véritable Agneau pour notre salut. Cela doit produire la louange dans nos cœurs.
Cette épreuve à donné à Abraham une connaissance de Dieu, bien plus riche et profonde que celle qu’il avait auparavant. Sa foi ne pouvait qu’en être affermie. C’est souvent le but des épreuves que Dieu permet pour chacun. En Ésaïe 38. 19, Ézéchias, lors de sa maladie et de sa guérison, apprend à mieux connaître son Dieu, et la louange est produite. Que la louange jaillisse de nos cœurs et de nos bouches, pour toutes les bontés dont Dieu nous enrichit.
L’obéissance d’Abraham appelle la récompense de Dieu (v. 16). Abraham n’avait pas en vue cette récompense, mais il a obéi par amour pour son Dieu, soutenu par sa foi. N’agissons jamais pour être récompensés, mais pour plaire au Seigneur, qui récompensera selon sa sagesse, et à Son moment ; peut-être la récompense ne sera-t-elle donnée que dans le ciel, mais elle sera pleine et entière, tout étant manifesté au tribunal de Christ : « Quand il aura été manifesté fidèle par l’épreuve il recevra la couronne de vie, qu’Il a promise à ceux qui l’aiment » (Jac. 1. 12).
Au v. 16 et 17, Dieu intervient par un serment, donnant ainsi la pleine certitude de la fermeté de sa promesse : « Le serment qu’Il a juré à Abraham » (Luc 1. 68 à 73), et confirmé en Hébreux 6. 13 à 20. Ce serment divin, commencé au ch. 12. 1 et 2, se précise en se renforçant au fur et à mesure qu’Abraham apprend à mieux connaître Dieu. Dieu a promis que sa semence serait : « comme la poussière de la terre » (ch. 13. 16) ; « comme les étoiles » (ch. 15. 5) ; « comme le sable qui est sur le bord de la mer » (ch. 22. 17). « Et Abraham crut Dieu et cela lui fut compté à justice ».
Dieu promet aussi la victoire des descendants de cet homme de foi sur ses ennemis futurs, et la bénédiction finale des nations (v. 17 et 18 ; ch. 24. 60) : « parce que tu as écouté ma voix ». Déjà, au ch. 9. 26 et 27, Japheth devait demeurer « dans les tentes de Sem » pour être béni. Mais quant au peuple de Dieu, « Juda et Israël étaient nombreux comme le sable qui est près de la mer, en multitude » (1 Rois 4. 20). Tous les vrais croyants forment cette semence que l’on ne peut compter. En son temps, Salomon a partiellement réalisé la promesse divine : durant son règne de quarante ans, ce « roi de paix » a dominé sur les nations qui entouraient Israël, et il n’y a eu aucun ennemi déclaré (1 Rois 4. 21). Mais cette promesse divine de domination sur les ennemis et de bénédiction pour les nations se réalisera pleinement durant le règne millénial du Seigneur, manifesté aux yeux de tous les hommes, dans la plénitude de sa glorieuse puissance. La pensée de Dieu, dans ces chapitres de l’Ancien Testament, c’est de nous entretenir de la gloire de son Fils.
Au ch. 22. 21 à 24, au travers des fils de Nakhor, frère d’Abraham qui n’en a eu que deux, la Parole introduit Rebecca, à la fois type de l’Église et de l’Israël futur. C’est après la résurrection, en figure d’Isaac (type de Christ ressuscité), et la mort de Sara (figurant l’ancien Israël), que Rebecca est introduite : elle représente le futur Israël, le résidu croyant du peuple, à l’aube et durant le règne de Christ. Ce sera, alors, l’Israël selon le cœur de Dieu, ayant compris que le peuple a crucifié son Messie (Zach. 12. 10), et ayant la loi divine écrite dans son cœur et non plus sur des tables de pierre. Avant et durant le règne de Christ, ce peuple missionnaire, proclamera l’évangile du royaume. Ces faits constitueront un nouveau départ du peuple de Dieu sur la terre, et le vrai Isaac (le Seigneur Jésus), sera « consolé quant à sa mère » (l’ancienne nation juive).
Au v. 19 de Genèse 22, il n’est plus parlé d’Isaac ; mais le père et le fils « allaient les deux ensemble », et Abraham avait dit à ses jeunes hommes : « moi et l’enfant nous irons jusque-là, et nous adorerons ; et nous reviendrons vers vous » (v. 4). Les jeunes hommes ne pouvaient aller au-delà d’un certain point. Mais, après que l’œuvre, en figure, a été accomplie, les relations peuvent reprendre, et Abraham leur a peut-être raconté ce qui venait de se produire. Dans l’œuvre de la croix, ce qui s’est passé entre le Dieu saint et le Seigneur qui était « fait péché pour nous », il y a ce qui échappe à notre entendement. Le Fils était seul avec le Père, et tout était voilé aux yeux des hommes. Comment y verrions-nous clair là où le Seigneur avait dit prophétiquement : « Il m’a conduit et amené dans les ténèbres… » ? (Lam. 3. 2)
Ch. 23
Ce chapitre est tout entier consacré à la mort et à l’ensevelissement de Sara. Il est important de noter que cela se passe dans le pays de Canaan, et non chez les Philistins où Abraham avait longtemps séjourné (ch. 21. 34). Canaan est le pays que Dieu a promis à Abraham (ch. 17. 8). Cet homme de foi a compris que ce pays « ruisselant de lait et de miel », appartiendra dans l’avenir à sa descendance ; mais aussi, sa foi lui donne l’assurance de la résurrection. La résurrection du Seigneur après sa mort en est le garant. Trois enseignements se dégagent de ce chapitre :
– La manière délicate, humble et pleine de respect d’Abraham envers les fils de Heth : il se prosterne par deux fois devant eux (v. 7 et 12). Ils l’ont appelé : « prince de Dieu » (v. 6). Bien que flatteur, ce nom n’enlève rien à l’humilité d’Abraham, et en cela, il est un modèle pour nous. Le Seigneur lui-même n’a jamais revendiqué ses droits. Nous régnerons avec Lui, mais cela ne nous autorise pas à afficher une attitude supérieure vis à vis du monde. Plusieurs passages nous montrent comment un chrétien doit se comporter (1 Thess. 4. 12 ; Rom. 13. 8 ; 2 Cor. 8. 20 et 21). Et toute la gloire en revient au Seigneur (Mat. 5. 16).
– L’espérance d’Abraham en la résurrection.
– Il a foi dans les promesses divines de donner ce pays à sa semence. C’est dans ces circonstances extrêmes que notre foi se montre clairement. Ce tournant douloureux pour Abraham montre son caractère de « prince de Dieu », bien différent de l’esprit du monde. Sa position d’étranger qu’il reconnaît au v. 4, présentait pour lui des difficultés se traduisant par des tractations laborieuses avec les fils de Heth. La mort de Sara, bien douloureuse pour lui, lui fait verser des larmes : c’est la première fois, dans la Parole, que l’on voit un homme pleurer. C’est aussi la première fois qu’il nous est donné l’âge d’une femme. Si Abraham pleure, sa foi lui donne la force de se lever « de devant son mort » (v. 3) ; car il n’est pas « affligé comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Thess. 4. 13). David fera de même (2 Sam. 12. 23). Job, lui-même avait foi en la résurrection : « Je sais que mon rédempteur est vivant » (Job 19. 25 à 27). Marthe aussi croyait en la résurrection (Jean 11. 24). Les croyants de tous les temps ont cette consolation.
Dieu a voulu que Sara meure à Hébron, en Canaan, haut-lieu de la foi pour les anciens. Et cette caverne deviendra le sépulcre des patriarches hébreux, descendants d’Abraham. Jacob, à son tour, réclamera d’être enterré dans cette caverne, après qu’il ait béni ses fils (Gen. 49. 28 à 32). Abraham n’accepte pas que cette caverne lui soit donnée gratuitement : il veut la payer afin qu’elle lui appartienne en propre. Déjà au ch. 14, il avait refusé quoi que ce soit du roi de Sodome. Cependant, si Abraham ne désire que la caverne qui parle de la mort, Dieu permet que lui soient vendus aussi, le champ et les arbres qui s’y trouvent (v. 17), et qui parlent de vie, de résurrection.
Le meilleur des sépulcres des fils de Heth n’intéressait pas Abraham (v. 6) : Sara ne devait pas être enterrée n’importe où. Le Seigneur a été enseveli dans « un sépulcre neuf, dans lequel personne n’avait jamais été mis » (Jean 19. 41). Dieu a conduit les choses ainsi pour son Fils mort. Déjà au ch. 22, le « brisement » d’Abraham se révèle, et porte ses fruits, ici, en montrant qu’il est instruit par la sagesse d’en haut. Pour les fils de Heth, enterrer un mort peut aisément se faire dans n’importe quel sépulcre. Mais pour Abraham, Sara doit être enterrée dans un sépulcre qui deviendra la possession de ses descendants, avec le pays tout entier. Pour nous, la mort n’est qu’un passage, mais cela ne nous autorise pas à faire n’importe quoi du corps d’un croyant mort : son corps a été, durant sa vie, le temple du Saint Esprit, et il ressuscitera.Il ne convient pas de l’incinérer, mais de le confier à la terre. Quand un croyant meurt, son corps retourne à la poussière, mais « son esprit retourne à Dieu qui l’a donné » (Éccl. 12. 7).
Ch. 24
Trois parties, dans ce chapitre, nous entretiennent : du serment du serviteur à Abraham (v. 1 à 31) ; du témoignage du serviteur à la famille de son maître (v. 32 à 49) ; et de la réalisation de son service (v. 50 à 67). Les dispositions de cœur des différentes personnes sont mises en relief. Le ch. 22 parle, en figure, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Le ch. 23, de la mise de côté de l’Israël ancien (mort de Sara).
Enfin, le ch. 24 fait apparaître Rebecca, figure de l’Église préparée pour le Seigneur. Ce chapitre montre aussi la piété d’Abraham, et du serviteur qui est une belle figure du Saint Esprit : il avait le gouvernement de tout le bien d’Abraham (v. 2 et 10). Abraham sent sa responsabilité vis à vis de son fils, héritier des promesses de Dieu, et qui ne doit pas épouser une fille des Cananéens, ni retourner dans le pays de sa parenté, à Charan. La Loi, plus tard, interdira au peuple d’épouser des femmes étrangères (Ex. 34. 11 et 16).
Sa foi en Dieu donne à Abraham l’assurance de l’intervention divine favorable (v. 7). Comme Isaac devait se marier dans la famille de son père, les chrétiens doivent prendre un conjoint dans la famille de la foi (2 Cor. 6. 14 à 16), et avec quelqu’un avec qui ils sont en heureuse communion. Sinon il n’y a pas de vie spirituelle heureuse. La Parole ne reconnaît que deux familles sur la terre : les enfants de Dieu et les enfants du diable (1 Jean 3. 10). En Nombres 27. 4 et 7, les filles de Tsélophkad étaient attachées à l’héritage familial. Elles durent se marier dans la famille de leur père (ch. 36. 6 à 8).
Dans le ch. 24 de la Genèse, Abraham dit : « mon fils », aux v. 3, 4, 6, 7 et 8. On comprend le prix qu’Isaac avait pour son père. Combien plus le Fils de Dieu a-t-il du prix pour le Père ! Abraham fait jurer son serviteur, et celui-ci va s’acquitter fidèlement de sa mission. Sa foi se montre lorsqu’il prie Dieu de faire prospérer son voyage. Laissons, nous aussi, le Seigneur nous conduire dans nos choix, Les croyants, aujourd’hui, n’ont plus à jurer, car le Seigneur nous dit : « Que votre parole soit : oui, oui ; non, non ; car ce qui est de plus vient du mal » (Mat. 5. 37).
Dans les conseils de Dieu, la femme est la gloire de l’homme (1 Cor. 11. 7), comme l’Église est la gloire de Christ. La parabole de Matthieu 22. 2 dit : « Le roi fit des noces pour son fils ». Le Fils de Dieu est : « La plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (Éph. 1. 23). Le Seigneur attend son épouse comme Isaac attendait Rebecca (v. 62 et 63). Durant le temps de son absence, le Saint Esprit, sur la terre, forme l’Épouse de Christ, et l’amène à travers le désert de ce monde, jusqu’au moment de la rencontre et jusqu’aux noces de l’Agneau. Alors, le Seigneur éprouvera la joie d’avoir son Épouse à ses côtés.
Enfin, Rebecca, prise dans la parenté d’Abraham, devait encore être « retirée de ce présent siècle mauvais » (Gal. 1. 4) : du pays idolâtre où elle vivait, afin de goûter aux bénédictions. Par sa décision de cœur, elle entrera dans la lignée de la foi. Il faut la manifestation de la foi pour entrer là où Dieu veut bénir.
Les v. 2 et 10 nous renvoient à ce que le Seigneur dit en Jean 16, parlant du Saint Esprit : « Il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera ». Ainsi, le serviteur parlera de son maître et de tout ce qu’il possède (v. 35). Le service actuel du Saint Esprit sur la terre, est d’amener des hommes, d’abord incrédules, à la foi au Sauveur. Ensuite, Il vient habiter en eux et les entretient des gloires actuelles et futures du Fils de Dieu, gloires qu’Il s’est acquises dans son abaissement, ses souffrances, sa mort et sa résurrection. Lorsque l’Épouse sera enlevée dans le ciel, le Saint Esprit quittera la terre. Mais déjà, avec l’Esprit, nous disons : « Viens, Seigneur Jésus » (Apoc. 22. 20).
Le serviteur d’Abraham est une figure du Saint Esprit, mais en tant que serviteur il peut être un modèle pour nous. Il a un service que lui a donné son maître, de même nous sommes chacun au service du Seigneur. Que nous puissions avoir les mêmes dispositions de cœur qu’Éliézer ! Au v. 10, il obéit, au v. 12, il est dépendant, il s’attend à Dieu, au v. 37 il a le souci d’obéir dans les moindres détails à la volonté de son maître, au v. 33 il est diligent dans l’exécution de sa tâche, puis au v. 52, il se prosterne et rend grâces.
Le service d’Éliézer a été béni car il a écouté soigneusement ce que son maître lui a dit. La manière dont il retrace tout son chemin (v. 34 à 49) montre qu’il a une disposition de cœur à obéir fidèlement. Avertissement pour chacun, car nous pouvons être prompts à agir comme nous pensons ! Nous avons à nous tenir près du Seigneur, à L’écouter et Le suivre. En Jean 12. 26, nous avons le résumé du service selon Dieu. C’est Dieu qui fait prospérer son voyage. v. 2 et 10. Le serviteur avait les biens de son maître sous sa main, ainsi que dix chameaux, ce qui montre au passage la prospérité d’Abraham. Il va vers le pays d’Abraham, qui lui avait donné des directives mais il a besoin d’être conduit. Dieu nous donne des directives dans sa Parole. Et nous ne pouvons prétendre faire la volonté de Dieu si c’est en contradiction avec elle. Elle est notre guide pour les petites et les grandes décisions.
v. 12. La première pensée du serviteur est de prier. Nous pouvons souvent faire monter cette prière devant le Seigneur afin que notre journée ne soit pas gaspillée.
v. 13 et 14. Ce n’était pas rien que de demander que la jeune fille dise qu’elle abreuverait les chameaux, car c’était un travail important. Cela montre son désir de servir, d’être hospitalière, son dévouement.
v. 14. « Celle que tu as destinée ». Expression remarquable ! Il s’en remet entièrement à Dieu. Que penser d’un signe demandé à Dieu ? C’est quelquefois, comme Gédéon, une faiblesse de la foi. Mais la grâce de Dieu a répondu. Ce n’est pas toujours la voie idéale pour la foi. Le croyant possède le Saint Esprit et la Parole pour discerner ce qu’il doit faire.
En Actes 1. 26, nous avons le dernier signe donné dans la Parole car le Saint Esprit n’était pas descendu. Dieu peut faire concourir des circonstances pour montrer si ceci ou cela doit se faire ou non. Nous pouvons demander à Dieu de montrer son chemin.
En Actes 16. 6 à 9. Dieu a montré par des empêchements et une vision où Paul devait aller.
Les v. 12 à14 sont repris aux v. 42 à 44.
v. 45. « Parler en mon cœur » : il priait en lui-même.
Nous avons un enseignement pour nous : nous pouvons prier sans être dans notre chambre : où que nous soyons nous pouvons prier. Que nous y soyons habitués ! En son cœur : ton Père qui voit dans le secret te récompensera (Mat. 6. 6). Et dans notre chambre, prenons l’habitude de prier à haute voix, car on réalise mieux que nous nous adressons à une Personne.
Dans cette prière, il a les intérêts de son maître à cœur « Use de grâce envers mon seigneur ». Le Seigneur nous encourage beaucoup à prier pour les autres, à demander la bénédiction de nos frères et sœurs.
Au v. 15, les choses se hâtent, et dans notre vie il peut en être ainsi : il y a des moments d’attente qui peuvent sembler longs puis brusquement tout s’accélère.
v. 17. Le serviteur court et Rebecca va se hâter (v. 20). Il y a des moments où, connaissant la volonté du Seigneur, il ne faut pas tergiverser. Dieu répond toujours à nos prières, Il peut nous dire : oui, non ou attends.
Ésaïe 65. 24 : « II arrivera que, avant qu’ils crient, je répondrai et pendant qu’ils parlent, j’exaucerai ». Ceci est arrivé à Éliézer.
« Très belle de visage » (v. 16). Ce qui est à rechercher c’est la beauté intérieure, la piété. Moïse était beau à Dieu. 1 Pierre 3. 3 à 5 est à méditer par chacun. Un esprit doux et paisible est d’un grand prix devant Dieu.
Si Rebecca a eu un beau commencement, il n’en a pas été ainsi à la fin de sa vie.
Le serviteur regarde avec étonnement pour savoir si l’Éternel a fait prospérer son voyage (v. 21). Puis quand il apprend que Rebecca est de la famille d’Abraham (v. 24), il est certain de la réponse de l’Éternel. Demandons la direction au Seigneur, et quand Il répond, n’oublions pas de Lui rendre grâces. En Luc 17. 11 à 19, les dix lépreux sont tous guéris, mais un seul est revenu se jeter sur sa face aux pieds du Seigneur en Lui rendant grâces.
Le chrétien n’est pas conduit par les circonstances, mais à travers les circonstances. Nous avons l’exemple de l’apôtre Paul à Corinthe où « une porte grande et efficace » lui est ouverte, mais il y a beaucoup d’adversaires. Cela ne l’a pas fait quitter Corinthe, il y est resté, s’attendant au Seigneur, et une Assemblée a été formée. Dans le cas de Genèse 24, il semble que c’est plus simple, mais on remarque que le serviteur ne se hâte pas, on voit même de l’étonnement (v. 21).
Le Seigneur répond à cette attitude paisible de foi, et dans le cœur du serviteur se forme la conviction que le Seigneur a tout dirigé. Il ne perd pas de vue que tout vient du Seigneur, on le voit attendre et prier avant d’agir, rendre grâces à plusieurs reprises. Arrivé à la maison, il raconte en détail son cheminement. Dieu met l’accent sur l’importance de cette démarche où Isaac va recevoir de Dieu celle qui lui est destinée. De façon générale, nous n’avons pas à raconter en détail ce qui se passe entre le Seigneur et nous.
Aux v. 26, 48 et 52, l’homme se prosterne devant l’Éternel à trois reprises. Au v. 51 on ne le voit pas remercier Laban, mais il voit plus haut, il voit la réponse de l’Éternel : c’est un exemple pour nous. « En toutes choses rendez grâces, car telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard » (1 Thess. 5. 17 et 18). Aux v. 27 et 49, on voit la grâce et la vérité, la grâce de Dieu envers Abraham et Isaac. Dans ce chapitre on trouve des types du Seigneur, mais tout ne peut pas lui être appliqué.
Être guidé par les circonstances ? Soyons très prudents ! L’Ennemi peut placer des circonstances favorables ou non. Exemple de Jonas qui avait son chemin ouvert pour aller à Tarsis, ce qui était contraire à la volonté de Dieu. Exemple de Paul à Corinthe où il y avait des obstacles – ce qui était la volonté de Dieu. Donc il faut le discernement de l’Esprit. Dieu peut ouvrir ou fermer le chemin. Restons près du Seigneur pour discerner sa volonté.
Au v. 10, nous avons vu le serviteur s’engager dans la bonne voie, après avoir reçu l’ordre de son maître. Au v. 23, on le voit poser la question principale, toujours selon l’ordre d’Abraham. Dans ce chapitre on voit souvent la main de l’Éternel : c’est Lui qui agit. Regardons ce que le Seigneur fait et non pas ce que nous disons ou faisons. En 1 Thessaloniciens 2. 17 et 18, Paul avait un désir compréhensible et bon pour l’édification mutuelle, mais Satan l’en a empêché par deux fois. Il faut la communion avec le Seigneur pour discerner ce qu’il en est dans les circonstances.
Les anneaux d’or, les bracelets étaient des preuves d’attachement, en usage en ce temps là. En Exode 32. 3 et 4, ces choses ont été en piège car elles ont servi à faire le veau de fonte. D’autre part elles mettent l’apparence en évidence pour attirer (És. 3. 16 à 23). Ce qui a de l’importance, c’est l’homme caché du cœur. La première chose que voit Laban ce sont les objets d’or – et on verra les fruits de la convoitise dans la suite de sa vie.
Au v. 25, la Parole nous engage à l’hospitalité. Au v. 27, Dieu a usé de grâce et de vérité envers Abraham car Il a répondu à sa foi par sa fidélité et l’a conduit droit au but. Au v. 27, le serviteur s’efface derrière son seigneur. C’est beau de voir son humilité et son grand respect pour Abraham. Au v. 35, il rend témoignage à son seigneur. Cherchons de même à mettre en valeur la gloire du Seigneur. Amenons les âmes à Christ, comme Jean le Baptiseur qui, voyant le Seigneur, a pu dire « Voilà l’Agneau de Dieu » et alors ses deux disciples suivirent Jésus.
Dans les versets suivants Rebecca court à la maison de sa mère. Il est peu parlé de son père, Bethuel. C’est son frère Laban qui prend l’affaire en main. Il est attiré par l’anneau et les bracelets (v. 30). Il y a de la convoitise dans son cœur. Toute sa conduite le démontre, en particulier avec Jacob.
v. 31 : « Entre, béni de l’Éternel ». Pourtant Laban ne connaissait pas cet étranger. C’était une parole flatteuse. Au contraire, les Philistins avaient pu se faire une opinion au sujet d’Isaac (Gen. 26. 29). Laban voulait à tout prix que l’homme vienne chez lui, et par ses paroles il affirme à tort avoir préparé sa maison.
En tout cas ce sera une bénédiction pour Rebecca de partir et de vivre désormais dans un milieu où il y a la crainte de Dieu. Veillons à ne pas prendre le nom de Dieu en vain.
v. 28 et 29. Courir ici a deux buts : Rebecca s’est déjà hâtée, maintenant elle court raconter à sa mère ce qui se passe. Son but est bon, celui de Laban ne l’est pas : ne nous trompons pas de course ! Laban est un professant sans vie. Il a seulement le nom de Dieu sur les lèvres (v. 50). Matthieu 7. 21 nous met en garde : Laban ressemble sans doute à ceux qui disent : « Seigneur, Seigneur… ». 2 Timothée 3. 5 parle de « ceux qui ont la forme de la piété ». Laban est marqué par la convoitise des yeux. L’Église, comme Rebecca, sort du monde pour aller à la rencontre de l’époux.
L’hospitalité n’est pas un vain mot dans cette maison : le serviteur d’Abraham reçoit de l’eau pour ses pieds, ses gens sont bien traités, ses animaux reçoivent du fourrage. Maintenant le moment est venu de prendre le repas (v. 33). Mais le caractère de ce serviteur se montre : il ne cherche pas d’abord ses aises. Il a un message à délivrer (v. 33) et il ne prendra pas de repos avant de faire part du but de son voyage. En Jean 4. 30 à 32 et 34, les motifs du Seigneur échappent à ses disciples. Sa priorité était d’être aux affaires de son Père.
En Marc 6. 31, le soleil était déjà couché, on lui apporte des malades et Il n’a pas le temps de prendre sa nourriture. Il est venu avant tout servir son Père et répondre à la misère de sa créature. On voit son amour : il se préoccupe des foules et pense à les nourrir (v. 36).
Ce serviteur nous rappelle un peu le Seigneur, son exemple doit nous parler. Discernons la volonté de Dieu et soyons diligents pour être à son service. Sommes-nous prompts à agir quand nous avons saisi les directives de Dieu ? Galates 1. 16 : « Aussitôt » : L’apôtre Paul a été très diligent pour servir et accomplir la volonté du Seigneur.
Laban déclare : « Parle ». Le serviteur décrit avec beaucoup de détails tout ce qui concerne Abraham (v. 34 et suivants). Tous les biens terrestres étaient des signes de bénédiction dans l’Ancien Testament. v. 36 à la fin : Jean 3. 35 et 16. 15. Toutes choses ont été données au Fils par le Père. Qu’est-ce qui a attiré Rebecca pour suivre le serviteur ? Surtout la manière dont le serviteur parle de son maître et du fils de son maître. Être occupés de notre Dieu et du Seigneur nous détachera des joies passagères de ce monde.
Jean 15. 26 ; 16. 13 et 14. C’est le travail du Saint Esprit dans nos cœurs de nous occuper du Père et du Fils. Dans la chrétienté, on parle beaucoup de témoignage, d’expérience personnelle, mais ce qui est important, c’est d’être occupés du Seigneur et du Père. Dans les réunions d’édification, on doit présenter le Seigneur avant tout en lisant la Parole. C’est ce que fait ici le serviteur (v. 37 à 41). Le cœur du père est tout occupé du fils unique bien-aimé et en même temps on voit que le cœur d’Abraham était rempli de foi (v. 40).
On voit la certitude de la foi : « l’Éternel devant qui je marche ». C’est ce que l’Éternel lui avait dit au commencement : « Marche devant ma face, et sois parfait » (ch. 17. 1).
Le serviteur cherche à s’effacer et il met Abraham en évidence. Il raconte comment son maître a demandé le secours d’En Haut et quelle a été la réponse de Dieu. Souvent nous manquons de foi. Le serviteur savait que sa prière était selon Dieu (1 Jean 5. 14). Tout s’est déroulé comme il l’avait demandé à Dieu. Énoch et Noé aussi ont marché avec Dieu. Nous sommes invités à marcher constamment avec le Seigneur. Abraham a marché avec Dieu, son serviteur aussi (v. 27 et 48 : « l’Éternel m’a conduit ». Au début de ce chapitre, le serviteur avait fait part de ses inquiétudes (v. 5 et 6) mais ne juge pas utile de rappeler ce qu’avait dit Abraham au sujet d’Isaac. Rebecca n’a pas su tirer tout le profit pour sa vie d’être venue vivre dans un lieu où l’Éternel était craint et servi. C’est elle qui renvoie Jacob dans le pays qu’elle avait quitté.
Les v. 32 à 49 rendent compte du témoignage du serviteur dont les résultats se voient dans l’attitude de Rebecca (v. 50 et suivants), qui est attirée vers Isaac qui deviendra son époux, et dont le serviteur a parlé. Même Bethuel et Laban, quelles que soient leurs relations habituelles avec l’Éternel, ont été influencés par ce témoignage clair du serviteur. Bethuel et Laban, son fils, sont d’accord pour reconnaître que « la chose procède de l’Éternel » (v. 50).
La demande du v. 49 trouve sa réponse claire : « Prends-la et t’en va ; et qu’elle soit la femme du fils de ton seigneur, comme l’Éternel l’a dit » (v. 51). Même « le cœur d’un roi, dans la main de l’Éternel, est comme des ruisseaux d’eau ; Il l’incline à tout ce qui lui plaît » (Prov. 21. 1). Bien qu’ici, Laban et Bethuel parlent de l’Éternel, il semble que se soit superficiel, car au ch. 31. 30 et 34, Laban réclame ses « dieux » que Rachel sa fille avait dérobés à l’insu de Jacob. L’ennemi s’acharne à retarder notre avancement spirituel, mais Dieu a toujours le dernier mot. Si, parfois, la réponse divine se fait attendre, ne perdons pas courage et prions. Si Dieu voit cette attente fervente dans nos cœurs, Il y répondra en son temps. Recherchons « la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite » (Rom. 12. 2).
On a vu le serviteur en prière, demandant le secours de Dieu (v. 12 à 14) ; on l’a vu se prosterner et rendre grâces (v. 26 et 27) ; ici, il rend grâces et se prosterne (v. 52). Prions et rendons grâces. Devant la réponse favorable de Laban et Bethuel, le serviteur « se prosterne devant l’Éternel », conscient que c’est Lui qui a incliné le cœur des deux hommes. Savons-nous voir l’intervention de Dieu dans les réponses que nous recevons à nos prières ?
Bien qu’on voie dans le serviteur, le type de la fidélité dans le service, il est aussi une image du Saint Esprit venu sur la terre pour chercher et former l’Église, future épouse de Christ, et la conduire à travers le désert de ce monde jusqu’au moment de la rencontre. Et, durant ce « voyage », il nous apprend à connaître notre Seigneur, à L’aimer (1 Pier. 1. 8), et à nous réjouir « d’une joie ineffable et glorieuse », car c’est à travers ce qu’Il nous en dit que le Seigneur nous est révélé (Jean 16. 12 à 14) ; et le Seigneur nous déclare « bienheureux » (Jean 20. 29) ; de même que le serviteur a dû parler d’Isaac à Rebecca.
Au v. 53, le serviteur « sortit des objets d’argent et des objets d’or, et des vêtements, et les donna à Rebecca », tandis qu’elle est encore dans son pays idolâtre : pour nous, c’est déjà dans ce monde ci que le Saint Esprit nous donne toutes les bénédictions se rattachant à Christ, et nous en jouissons par la foi. Le Saint Esprit est « les arrhes de notre héritage » (Éph. 1. 14).
Rebecca prouve sa foi dans sa décision : « J’irai ». « Que votre parole soit : oui, oui ; non, non » (Mat. 5. 37). Dès lors, le serviteur a hâte de revenir vers son seigneur, avec Rebecca (v. 55 et 56), qui seule compte, à ses yeux (v. 61 fin). Le Saint Esprit a hâte de remonter au ciel avec l’Église (Apoc. 22. 17). Que notre comportement n’attriste pas le Saint Esprit, en retardant son action. « … hâtant… le jour de Dieu » (2 Pier. 3. 12). « Écoute, fille ! et vois, et incline ton oreille ; et oublie ton peuple et la maison de ton père ; et le roi désirera ta beauté, car il est ton seigneur : adore-le » (Ps. 45. 10 et 11).
Le Seigneur a-t-il la première place dans nos cœurs ? Ce que l’on voit et entend dans ce monde peut nous retenir (Éccl. 1. 8). Ce monde offre des choses agréables, mais il y a aussi « les tanières des lions et les montagnes des léopards » (Cant. 4. 8). Faisons comme Paul (Gal. 1. 15 à 17 ; Phil. 3. 13 et 14). C’est après que sa famille l’a bénie, que Rebecca se lève et part. Cette bénédiction prophétique nous projette au temps du millénium où, par la puissance du Seigneur, Israël « possédera la porte de ses ennemis ». Balaam bénira le peuple malgré lui (Nomb. 23 et 24). Le Saint Esprit, le Consolateur, rend témoignage de Christ en nous (Jean 15. 26). Sachant quel est le but du « voyage » de l’Épouse (l’Église), avons-nous hâte de rencontrer l’Époux que Dieu lui destine ?
Le long voyage pour Rebecca et le serviteur s’achève. Rebecca a sûrement hâte de voir l’époux que Dieu lui destine, et Isaac vient à sa rencontre. De même l’Église touche à la fin de son pèlerinage sur la terre, et le Seigneur viendra la chercher. Le Saint Esprit nous parle, dans le chemin, des gloires du Seigneur, renouvelant et fortifiant nos affections pour Lui, afin de nous faire désirer Le voir et être avec Lui.
Comme le Seigneur est en haut, auprès de Dieu, Isaac vient du « puits du vivant qui se révèle » : c’est comme s’il venait d’auprès de Dieu pour chercher son épouse. Cette rencontre a lieu « à l’approche du soir » (v. 63). De même, le Seigneur enlèvera son Assemblée alors que la lumière morale sera très faible, assimilant ce moment au soir du monde incrédule, alors que ce sera le matin sans nuages pour les croyants. Ces pensées touchent-elles nos cœurs ?
Isaac méditant « à l’approche du soir » est un exemple pour nous : le soir du monde est proche : est-ce que nous méditons sur ce que nous lisons dans la Parole ? Le puits de Lakaï-Roï est une source rafraîchissante auprès de laquelle il habitait (v. 62 ; ch. 25. 11). La Parole est, pour nous, l’eau rafraîchissante : lisons-la fidèlement (Ps. 119. 97 à 99).
Isaac « leva ses yeux, et regarda, et voici des chameaux qui venaient ». Cette caravane importante (dix chameaux, v. 10), est la première chose que voit Isaac. Il semble qu’il ne distingue Rebecca que lorsqu’elle descend de sa monture et qu’elle a pris son voile. Dans le grand train de l’Église cheminant sur la terre, il faut l’œil du Seigneur pour discerner ceux qui lui appartiennent réellement, formant la vraie Église qui sera son Épouse.
Comme Rebecca descendue de chameau et marchant humblement avec ses propres jambes, mais aussi couvrant son visage, chaque croyant doit se revêtir d’humilité et de sainteté pratique, tenant la chair dans la mort et marchant « d’une manière digne de l’appel » (Éph. 4. 1 à 3). Mais le voile parle aussi de soumission (1 Cor. 11. 10 et 15). Également, le voile dont Rebecca se couvre, montre que, désormais, elle réserve sa beauté pour Isaac. Le Seigneur est seul à voir la beauté de son Assemblée (Éph. 5. 27). Dans le millénium, le Seigneur verra aussi la beauté d’Israël selon son cœur (Cant. 4. 1 à 3).
Comme le serviteur instruit Rebecca jusqu’au moment de la rencontre avec Isaac (v. 65), le Saint Esprit nous parlera de Christ, étoile du matin levée dans nos cœurs, jusqu’au moment de l’enlèvement de l’Église. À la question de Rebecca, le serviteur répond : « c’est mon seigneur ». Jusque là, son seigneur, c’était Abraham. Mais, maintenant qu’il a amené Rebecca à Isaac, il a conscience que, désormais, Abraham, le dépositaire des promesses de Dieu, doit s’effacer devant Isaac, l’héritier des promesses. Maintenant, le serviteur reconnaît en Isaac, « son » seigneur. D’ailleurs, Abraham avait tout donné à Isaac (v. 36 ; ch. 25. 5), comme Dieu a tout donné à son Fils (Mat. 11. 27 ; Jean 3. 35). Il est « l’héritier de toutes choses » (Héb. 1. 1 et 2). Mais Abraham, contre la pensée de Dieu, prit une autre femme et des concubines et en eut des enfants qu’il éloigna d’Isaac, en leur faisant des dons : ils représentent peut-être les nations entourant Israël, et qui seront bénies durant le millénium.
Isaac et Rebecca forment un couple qui est un modèle pour les couples chrétiens : Isaac aime Rebecca, et Rebecca, en se voilant, montre sa soumission à son époux (Éph. 5. 22, 23 et 25). La mort de Sara (type de l’Israël dans son ancien état disparu lors du millénium), laisse la place à Rebecca, qui représente l’Église dans laquelle Christ se consolera en l’épousant. Dans le couple d’Isaac et de Rebecca, il y a place pour la prière (ch. 25. 21) ; et Rebecca « alla consulter l’Éternel » (v. 22). Isaac pria durant 20 ans (comp. v. 20 et 26). Prions, nous aussi sans nous lasser, jusqu’à ce que Dieu nous exauce. Cependant, par la suite, Isaac et Rebecca eurent, vis à vis de leurs enfants, un comportement à proscrire absolument (v. 27 et 28).
Ch. 25 à 27 : Isaac.
Ch. 25
Abraham chemina cent ans avec Dieu, entre son appel (Gen. 12. 4), et sa mort (ch. 25. 8). Pèlerin et adorateur dans la terre de la promesse, il n’y possédait que sa tente et son autel. Sa vie a été une vie croissante avec Dieu, malgré quelques défaillances ; il est un exemple pour nous : pèlerins comme lui, emparons-nous par la foi des promesses se rattachant à notre vraie patrie, le ciel. Hébreux 11. 8 à 10, 13 à 16 résume sa vie de foi. Abraham était le dépositaire des promesses de Dieu, concernant sa descendance. Mais la vraie « semence » d’Abraham, c’est Christ en qui se réalisera la plénitude des pensées divines, en bénédiction pour son peuple et pour les nations, durant le règne du Seigneur.
L’histoire d’Abraham commence au ch. 11. 27, et se termine au ch. 25. 10. Formée par Dieu, sa foi lui a donné la force de réaliser les desseins divins ; et Dieu l’avait béni (ch. 24. 1). L’histoire d’Isaac commence ici, et se poursuit jusqu’au ch. 35 où ses deux fils l’enterrent, comme Abraham a été enterré par Isaac et Ismaël. Avant la lettre de la loi, la piété filiale agissait : « Honore ton père et ta mère » (Ex. 20. 12). Mais ce commandement se répète pour les chrétiens : en Éphésiens 6. 1 et 2, il est commandé aux jeunes enfants : « Enfants, obéissez à vos parents ». Puis : « Honore ton père et ta mère » ; ce v. 2 s’adresse à nous tous, quel que soit notre âge, en rapport avec nos parents tant qu’ils vivent : nous devons leur rendre honneur en les assistant et en ayant soin d’eux, mais aussi, en vivant nous-mêmes pieusement selon les enseignements qu’ils nous ont inculqués.
La mort d’un croyant nous rappelle que la vie est courte : « votre vie n’est qu’une vapeur paraissant et disparaissant » (Jac. 4. 14) ; et David a conscience que Dieu lui a donné « des jours comme la largeur d’une main » (Ps. 39. 5) ; et le chagrin ne manque pas, mais aussi la consolation ! (24. 67). Tout de suite après l’épreuve de la mort d’Abraham, Dieu bénit Isaac (v. 11). À travers les épreuves Dieu veut nous bénir.
Mourir « en bonne vieillesse » (v. 8), rappelle une longue vie de foi et de fidélité avec Dieu. Une telle vieillesse goûte la paix d’une longue communion avec le Seigneur. Être « rassasié de jours » évoque ce moment de la vieillesse du croyant qui, les yeux fixés sur le Seigneur, n’aspire plus aux choses de la terre, mais aux choses d’en haut. On ne lit rien de tel pour Ismaël, l’homme profane : « il expira et mourut » (v. 17).
Il y a opposition entre Isaac, le « béni de l’Éternel » qui vit paisiblement avec son Dieu, près du puits de Lakaï-Roï (v. 11), et Ismaël incrédule qui « s’établit à la vue de tous ses frères » (v. 18 fin) : C’est là qu’il mourut ou tomba (note f). Il voulait être vu et a vécu opposé à tous (ch. 16. 12). Bien que fils d’Abraham, ses descendants ne font pas partie d’Israël. Plus tard, Ésaü, frère de Jacob (ch. 25. 24 à 26), prendra pour femme une Ismaélite (ch. 28. 6 à 9), et ses descendants seront ennemis d’Israël (Ps. 83. 2 à 9). Dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, on n’entre dans la vie éternelle que par la foi.
Isaac pria pour sa femme stérile durant vingt ans (comp. les v. 20 et 26) et Rebecca consulta l’Éternel. La piété familiale était exercée et Dieu exauça leurs prières (Jac. 5. 16). Il y a un contraste avec le comportement de Jacob et Rachel (ch. 30. 1 et 2). Les époux doivent partager les exercices familiaux (1 Pier. 3. 7). Dieu se laisse souvent fléchir par la prière de la foi (1 Chron. 5. 10 et 20) ; mais il faut discerner sa volonté. Nous sommes invités à présenter nos « requêtes avec des supplications et des actions de grâces » (Phil. 4. 6). C’est dans les épreuves vécues avec le Seigneur que la foi pratique se fortifie et que Dieu nous forme. Alors, on apprend à ne pas douter et nos prières s’expriment avec foi, « ne doutant nullement » (Jac. 1. 5 à 8). Après un long exercice avec des prières instantes, lorsque le Seigneur nous exauce, il en résulte de la bénédiction pour le croyant éprouvé. Le Seigneur Lui-même nous encourage à ne pas douter (Mat. 17. 20).
L’élection de la grâce de Dieu repose sur sa souveraineté (Rom. 9. 9 à 25). Jacob et Ésaü sont l’objet d’une élection gouvernementale de la part de Dieu, pour le temps de la terre : « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü » (Mal. 1. 3). C’est par son mépris de son droit d’aînesse que Ésaü s’attire cette « haine » de Dieu, qu’il a d’ailleurs déclarée quatorze siècles plus tard, manifestant qu’il ne s’agissait pas de prédestination. Cependant, Dieu n’a jamais « prédestiné » un homme arbitrairement, à être sauvé ou perdu, mais Dieu « préconnaît » ceux qui se laisseront attirer à la grâce et ceux qui s’y refuseront. « … toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos. Car ceux qu’Il a préconnus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, pour qu’il soit premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Rom. 8. 29 et 30).
Dieu ne prépare personne pour la destruction ce sont les hommes incrédules qui se préparent eux-mêmes pour la colère de Dieu. Si nous sommes élus, c’est parce que Dieu voit la foi en Christ dans nos cœurs (Éph. 1. 3 à 6). Le Seigneur déclare, en Jean 6. 44 : « Nul ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire ». Mais par ailleurs, Il dit : « Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même » (Jean 12. 32). Il y a donc le travail du Père et du Fils pour sauver les hommes. Mais chacun est responsable de se laisser façonner par la main divine.
Contrairement à son frère qui lui vend son droit d’aînesse pour quelques lentilles, Jacob est attaché de cœur aux promesses divines se rattachant à ce droit. Seulement, au lieu de laisser Dieu conduire les circonstances jusqu’à ce qu’Il le bénisse Lui-même, il s’en empare par ses propres machinations. Au lieu de les recevoir de Dieu, il les « achète » de la main de son frère ! Jacob est un homme simple, tranquille, « habitant les tentes » (v. 27).
Ésaü, au contraire, est un homme des champs ; un chasseur habile. Sa passion pour la chasse devient un piège pour son père, qui, à la fin de sa vie, se détourne des bénédictions d’en haut dont il est l’héritier, pour s’attacher aux plaisirs de la terre : « Isaac aimait Ésaü, car le gibier était sa viande » (v. 28). Il désirera bénir ce fils parce qu’il lui apporte du gibier (ch. 27) !… « Prenez garde… de peur que vos cœurs ne soient appesantis par la gourmandise » (Luc 21. 34).
Jacob s’occupe habituellement des travaux domestiques : on le voit « cuire un potage » (v. 29) ; un mets tout à fait ordinaire, probablement dans la compagnie de sa mère qui s’est attachée à lui : « Rebecca aimait Jacob » (v. 28 fin). Le désordre s’est installé dans ce foyer qui avait pourtant commencé dans l’harmonie. Rebecca aura une influence néfaste sur Jacob, ce qui provoquera bien des douleurs par la suite. Quelles que soient les différences caractérisant nos enfants, nous devons les aimer de la même manière.
La chasse peut être utile pour se procurer de la nourriture, s’il n’y a pas d’autres ressources, mais, tuer des animaux pour son plaisir est réprouvé de Dieu.
Jacob fut berger : le berger rassemble ses troupeaux. Le chasseur les disperse. L’assemblée a besoin de bergers et non de chasseurs. Malgré sa vie jalonnée de chutes, se laissant conduire par sa propre volonté, Jacob a, de la part de Dieu, une position heureuse, car il est nommé avec Abraham et Isaac, comme « héritier de la même promesse » (Héb. 11. 9).
En Hébreux 12. 16, Ésaü est reconnu comme étant profane ; il est attaché aux choses de la terre et méprise les bénédictions se rattachant au droit d’aînesse (v. 34) qui est un don de Dieu. Et c’est Dieu qu’il méprise ! On comprend pourquoi, longtemps après ces faits, l’Éternel déclare : « J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü » (Mal. 1. 3). Jacob est attaché à ces bénédictions dont, sans aucun doute, sa mère l’a entretenu, tandis qu’il restait dans les tentes en sa compagnie (v. 27) : Dieu l’avait annoncé à Rebecca : « le plus grand sera asservi au plus petit » (v. 23).
Cette scène nous avertit de ne pas nous attacher aux biens terrestres, mais d’élever nos cœurs vers les bénédictions célestes promises. Ésaü n’a pas la vie ni aucune espérance : « Voici, je m’en vais mourir ; et de quoi me sert le droit d’aînesse ? » (v. 32). « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (1 Cor. 15. 32). Jacob est le type d’un croyant ayant une espérance.
Dieu nous a acquis comme de bien-aimés enfants ayant des promesses et des bénédictions célestes : marchons par la foi et non par la vue des choses matérielles (2 Cor. 5. 7), et gardons précieusement les enseignements de la Parole trop souvent remis en question par des « enseignements nouveaux ». Ce potage de lentilles est un mets tout à fait simple et banal, mais il est nourrissant. La Parole dont nous devons nourrir nos âmes peut nous paraître, à la longue, peu attrayante, comme pour les Israélites à la fin du voyage au désert ; mais elle est une nourriture spirituelle puissante et vitale. Ne la falsifions pas.
Homme des champs (v. 27), Ésaü était « las » en en revenant (v. 29). Les activités terrestres n’apportent que la lassitude. Ésaü se nourrit sans distinction, de gibier, nourriture sauvage, et de potage de lentilles. Prenons garde à nos lectures : il en est de bonnes qui fortifient le croyant, et d’autres qui sont un poison…
« Jacob habitait les tentes » : cela suggère la pensée de proximité, de communion avec Dieu (Ps. 27. 4), dans laquelle il a appris à apprécier les promesses divines. Ésaü, par contre, agit avec légèreté : « Il mangea et but, et se leva, et s’en alla » (v. 34), ne se rendant pas compte de la gravité de son acte. Plus tard, il voudra en vain une bénédiction (ch. 27. 38). Comme Ésaü, le peuple juif méprisera « le pays désirable » (Ps. 106. 24), et la venue du Messie (Mat. 22. 2 à 6).
Jacob « achète » le droit d’aînesse avec un plat de lentilles, au lieu de laisser Dieu conduire les circonstances pour le lui donner avec ses moyens à Lui. Il avait des dispositions d’esprit propres à marchander, même avec Dieu (Gen. 28. 20 et 21). Ne cherchons pas à nous emparer de ce que Dieu nous donnera bien mieux, si nous le laissons faire. Confions-nous en Dieu avec foi afin de ne pas chanceler (Ps. 125. 1). Aujourd’hui, on peut « mépriser un si grand salut » (Héb. 2. 3) ; les conséquences en sont terribles !
Ch. 26
Le ch. 26 parle d’Isaac commettant la même faute que son père (Gen. 12. 9 et 10). Dieu l’empêche de descendre en Égypte, et réitère sa promesse d’être avec lui et de le bénir (ch. 22. 15 à 18) ; Dieu ne renonce jamais à ses promesses. Mais Isaac se réfugie à Guérar, chez les Philistins, parce qu’il y a une famine en Canaan. Chassé par Abimélec, il quitte la ville mais reste à proximité, où les Philistins lui créeront des difficultés (v. 16 à 21). La famine n’aurait pas dû lui faire fuir le pays. S’il y a peu de nourriture dans un rassemblement, restons-y et prions. Quitter un rassemblement doit être le fruit d’un profond exercice. Souvenons-nous des promesses de Dieu pour le temps présent et pour l’avenir au ciel.
L’obéissance d’Abraham et sa foi assurent les bénédictions pour Isaac (v. 2 à 5). La piété des parents assure souvent la bénédiction aux enfants en leur montrant le chemin de l’obéissance et de la foi. Mais ils ont, à leur tour, leur responsabilité, tandis que Dieu agit en grâce. En Deutéronome 7. 7, Dieu donne sa raison d’avoir choisi Israël pour Lui : il était le plus petit des peuples. Cela aurait dû les conduire à l’humilité. Au ch. 12 et 20, Abraham avait menti au sujet de sa femme. Isaac répète la même faute à Guérar. Peut-être les mœurs de ces peuples laissaient-ils quelques craintes à Isaac comme à son père. Néanmoins, ils auraient dû s’appuyer sur les promesses divines pour être rassurés quant à leur sort. Dans les circonstances difficiles, souvenons-nous de la promesse du Seigneur : « Je suis avec vous tous les jours… » (Mat. 28. 20).
Dieu est apparu à Isaac dès qu’il fut revenu où Dieu le voulait : à Beër-Shéba, loin des Philistins, et lui dit : « Ne crains pas » (v. 24). « Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance » (1 Jean 3. 18 à 21). Si Dieu nous parle des manquements de ces hommes de foi, c’est pour nous avertir des dangers qui nous guettent dans un monde dont les pensées sont étrangères à la pensée de Dieu. Les filles de Lot vivaient selon les coutumes du monde où elles avaient vécu. Cependant, chaque génération doit faire ses expériences avec le Seigneur.
Jusqu’au v. 22, Isaac est en butte aux difficultés dues à sa fausse position. Il est matériellement béni au v. 12, Mais les bénédictions qu’il reçoit à Beër-Shéba sont d’une tout autre élévation : il est béni lui-même avec sa descendance, et toutes les nations plus tard bénéficieront de ses bénédictions. Dieu se sert des circonstances pour qu’Abimélec découvre le mensonge d’Isaac et, par ce moyen, le faire revenir au lieu où il peut lui apparaître et le bénir (v. 23 et 24). « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8. 28).
Alors, Isaac dresse un autel et adore (v. 25). Bien qu’Abimélec n’ait pas été sur le même terrain qu’Isaac, il manifeste de la crainte et affiche une certaine moralité (v. 10). Isaac ne pouvait vivre dans ce pays sans eau. C’est au puits de Lakhaï-roï qu’il rencontre Rebecca et qu’il fait l’expérience du « Dieu qui se révèle ». C’est ensuite à Beër-Shéba que Dieu lui apparaît. Il ne pouvait jouir librement des puits qu’il avait chez les Philistins, car ceux-ci les avaient bouchés avec de la terre ; ce qui nous fait penser aux choses purement terrestres. Les Philistins sont l’image du monde religieux mais étranger pour Dieu, et qui s’efforce de nous empêcher de jouir de la Parole, qui seule est la vérité.
Isaac les recreuse et les nomme selon les noms qu’Abraham leur avait déjà donnés. Il n’y a rien de changé pour nous, dans la Parole : elle est la vérité pour toutes les générations (Jér. 6. 16 ; 31. 21). Nos prédécesseurs ont recreusé les « puits » de la Parole. Lisons la Parole avec sérieux, afin d’en nourrir nos âmes solidement et de jouir de ses richesses. A Réhoboth, le puits qu’Isaac avait creusé loin des Philistins, ne lui fut pas contesté (v. 22) : il a pu en jouir en toute paix. Éloignons-nous de ceux qui frelatent la Parole et, « au large » des ennemis de la vérité, nous serons en paix et bénis.
Ayant quitté Guérar, Isaac demeura quelque temps aux abords de la ville ; là, il eut beaucoup de difficultés avec les Philistins qui contestaient avec lui au sujet des puits qu’il recreusait. Ce n’est qu’en revenant à Beër-Shéba que Dieu peut lui apparaître et le bénir. Il lui renouvelle les promesses déjà faites à Abraham (ch. 22. 16 et 17). Dieu « n’est pas un homme pour mentir, ni un fils d’homme pour se repentir ». Ses promesses sont sans repentir (ch. 17. 1 à 7 et 9). Isaac était le fils de la promesse ; mais son rappel exigeait qu’il revienne au pays de la bénédiction.
Sans retard, Dieu lui apparaît « cette nuit-là », dès son retour à Beër-Shéba. Pour nous non plus, les promesses nous concernant ne sauraient être abrogées ; mais il faut nous maintenir sur un terrain d’obéissance et de dépendance. Ces promesses reposent tout entières sur l’œuvre du Seigneur à la croix. Avoir des parents croyants est une bénédiction pour les enfants, à condition qu’ils s’engagent eux-mêmes dans le chemin de la foi. Timothée avait été amené à la même foi que sa grand-mère et sa mère (2 Tim. 1. 5).
C’est pendant la nuit que l’Éternel apparaît à Isaac ; dans les moments tranquilles, Dieu peut nous parler par sa Parole et son Esprit : « Durant les nuits même mes reins m’enseignent » (Ps. 16. 7). Le Seigneur a passé toute une nuit en prière, avant de choisir ses disciples (Luc 6. 12). A Guérar, Isaac ne se sentait pas en sécurité (v. 9). Mais à Beër-Shéba, Dieu lui dit : « Ne crains pas, car je suis avec toi » (v. 24). Si nous nous éloignons du Seigneur, nous sommes en danger, car l’ennemi rode avec sa méchanceté. C’est aussi à Beër-Shéba qu’il devient un adorateur en bâtissant un autel où il invoque l’Éternel (v. 25). On ne peut être des adorateurs que dans la communion avec Dieu. Dans l’assemblée, les sœurs, bien que devant rester silencieuses, adorent dans leur cœur : l’adoration qui monte vers Dieu doit être l’expression de l’adoration de tous ceux qui sont là.
Dès qu’Isaac est revenu au lieu de la bénédiction, tout change pour lui, car il est de nouveau où Dieu le veut. Avant de demander à Dieu de nous bénir, il faut qu’Il lise dans nos cœurs le désir d’obéir à sa Parole. Les patriarches se caractérisaient par leur tente et leur autel : ils étaient pèlerins et adorateurs. Partout où Abraham répondait au désir de Dieu, il pouvait bâtir un autel : l’adoration le préparait aux différentes rencontres qu’il faisait : avant sa rencontre avec Melchisédec et ensuite, avec le roi de Sodome (ch. 14), il avait bâti un autel à Hébron (ch. 13. 18).
Abimélec lui dit : « Tu es… le béni de l’Éternel » (v. 29). Prenons garde aux flatteries du monde qui ne peuvent qu’exciter notre orgueil. Si Isaac est « le béni de l’Éternel », il fallait qu’il prenne conscience – comme nous-mêmes – que c’était pure grâce de la part de Dieu. Cependant, Isaac présentait un caractère selon Dieu : la douceur de celui « qui n’insiste pas sur ses droits » (Phil. 4. 5 note). Abraham, avec la force et la dignité d’un patriarche, avait repris Abimélec au sujet d’un puits (ch. 21. 25).
Au v. 22, Isaac voit que Dieu lui a donné « de l’espace » : c’est le chemin de la bénédiction, lorsque nous mettons de l’espace (moral), entre le monde et nous. Cependant, il convient « autant que cela dépend de nous, de vivre en paix avec tous les hommes » (Rom. 12. 18). On peut trouver une différence entre ce qu’Abimélec réclame d’Abraham qu’il : « n’agira pas faussement avec lui » (ch. 21. 23), et ce qu’il demande à Isaac dont il craint la puissance (v. 16) : qu’il ne « lui fera pas de mal » (v. 28 et 29), bien que son témoignage ait été imprégné de douceur et de paix. Bien que tout n’ait pas été à la gloire de Dieu dans la vie d’Isaac, on ne voit pas de repentance chez Abimélec, qui déclare n’avoir fait « que du bien » à Isaac, en oubliant toutes les misères que les Philistins lui avaient fait subir (v. 15 à 21). Le Seigneur ne peut toucher un cœur aussi plein de prétention ! Enfin, « Isaac les renvoya, et ils s’en allèrent d’avec lui en paix » (v. 31). C’est une chose heureuse qu’Isaac n’ait pas cherché à rétablir des relations qui auraient rappelé des expériences malheureuses et humiliantes.
Ayant mis de la distance entre les Philistins et lui-même, Isaac trouve de l’eau, image de la Parole appliquée à nos âmes par le Saint Esprit. Dans la communion avec Dieu, on peut jouir pleinement de la richesse qu’offre la Parole, et en être rafraîchis, lorsque nous avons résolument rompu avec le monde. Beër Shéba se trouve à la limite de la terre de la promesse : après, c’est le désert. Prophétiquement, on peut voir, dans ce serment échangé entre Isaac et Abimélec, roi des Philistins, la vérité qu’une nation ne peut être bénie que dans la mesure où elle est « associée » à Israël, le peuple béni de Dieu. Genèse 9. 27 prophétise que Japheth, ancêtre des nations, doit « demeurer dans les tentes de Sem », ancêtre des Juifs. Dans une autre perspective, du fait de la naissance du Sauveur dans le peuple juif, « le salut vient des Juifs » (Jean 4. 22). Cependant, jusque là, Isaac garde ses distances, moralement, d’avec les Philistins : « Et Isaac les renvoya, et ils s’en allèrent… » (v. 31).
Ch. 27
Le ch. 27, nous montre le déclin de la vie spirituelle d’Isaac dans sa vieillesse. Dans sa maison, Ésaü, son fils aîné, vend son droit d’aînesse ; il prend deux femmes des fils de Heth, fils de Canaan (ch. 10. 15 et 16), maudit de Noé, en opposition avec l’attitude d’Abraham pour Isaac. Rebecca s’oppose ouvertement à ce que Jacob, son plus jeune fils, suive le même chemin (v. 46). Isaac et Rebecca ont recherché la pensée de Dieu pour Jacob ; et celui-ci, ayant obéi, a, malgré tout, pris son mariage en main, avec toutes sortes d’arrangements humains avec Laban (ch. 29 et 30). Ésaü, homme profane, agit en opposition à Dieu.
L’obéissance à Dieu, dans sa dépendance, sont les conditions d’un mariage chrétien heureux. Jacob n’a pas vraiment cherché la pensée de Dieu. Plus tard, Juda prend, pour lui et son fils, des femmes incrédules. Cette tendance se développe de génération en génération. Sachant bien qu’Ésaü était un homme profane (Héb. 12. 16 et 17), Isaac veut bénir ce fils rejeté de Dieu, parce qu’il lui apporte du gibier qu’il aime ! Il s’apprête à provoquer une terrible catastrophe vis à vis de Dieu qui réservait cette magnifique bénédiction du v. 29 à Jacob : c’était un véritable sacrilège.
Du côté de Rebecca, les choses n’allaient pas mieux : bien que consciente de l’énormité qu’Isaac s’apprête à commettre, au lieu de lui parler sérieusement, elle use d’un stratagème misérable : elle est loin d’être une aide pour son mari ! Il semble qu’il n’y avait plus guère de communications entre eux. Gardons une heureuse communion entre époux ; etgardons-nous d’avoir des préférences en ce qui concerne nos enfants.
Le début du ch. 27, précise que, devenu vieux, Isaac était aveugle physiquement ; mais il l’est devenu, spirituellement aussi. Jacob lui apporte même du vin, ce qui achève de l’étourdir. On voit qu’en comprenant ce qui s’est passé, il est pris « d’un tremblement très grand » (v. 33) ; mais trop tard. Il y avait, dans sa vie, des racines non jugées qui produisirent de mauvais fruits (Job. 12. 14). Jugeons-nous soigneusement : « Purifie-moi de mes fautes cachées » (Ps. 19. 12). Comme à l’homme malade du réservoir de Siloé, le Seigneur nous dit : « Veux-tu être guéri » ? Appliquons à nous-mêmes le Psaume 139. 23 et 24).
Cependant, Dieu se sert des fautes de cette famille pour accomplir ses buts : bénir Jacob. Malgré son caractère, Jacob, ici, éprouve des scrupules à mettre en action le plan de sa mère, par crainte de passer pour un trompeur, et d’être maudit et non béni (v. 11 et 12). Et la réponse de sa mère est bien triste ! Elle pensera que la séparation d’avec Jacob sera « pour quelques jours » (v. 44 et 45) ; mais elle ne le reverra pas.
Quant à Isaac, il mourut longtemps après ces évènements, mais il n’est plus parlé de lui, sinon à son enterrement (ch. 35. 28 et 29). Le mensonge était toléré chez Abraham et chez Isaac. Chez Laban, frère de Rebecca, la tromperie était courante. Rebecca et Jacob ont trompé Isaac et Ésaü. Et Jacob sera, à son tour, trompé par Laban et, plus tard, par ses propres fils au sujet de Joseph. Isaac aimait manger. Le serviteur d’Abraham ne s’était pas mis à table avant de s’être occupé des affaires de Dieu. Ne tolérons, chez nous, rien qui pourrait nous conduire à une terrible chute. « Ne soyez pas séduits ; on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7).
Une grande différence oppose la vie d’Isaac et celle de Jacob : tous deux sont aveugles dans leur vieillesse ; cependant, ayant bien commencé jusqu’à être un type de Christ offert en sacrifice et ayant eu des chutes suivies de restaurations, Isaac décline jusqu’à agir selon ses convoitises, et n’a plus aucun discernement. Rien n’est définitivement acquis dans la vie chrétienne. Si nous nous relâchons, nous glisserons jusqu’à la chute. Il nous faut « revêtir l’armure complète de Dieu » pour résister au diable, et « après avoir tout surmonté, tenir terme » (Éph. 6. 10 à 13).
Au contraire, Jacob ayant très mal commencé sa vie, la finira avec un grand discernement pour bénir les fils de Joseph (ch. 48). L’importance de la communion entretenue avec Dieu est mise en évidence. Malgré un commencement déplorable, Jacob, de retour de Paddan-Aram, a eu cette heureuse rencontre avec Dieu, au torrent de Jabbok (ch. 32. 22 à 32), puis à Béthel où il s’est séparé des idoles qu’il y avait dans sa maison (ch. 35. 1 à 5). À la fin de sa vie, il adorait « appuyé sur le bout de son bâton » (Héb. 11. 21).
Isaac, lui, dans sa vieillesse est occupé à manger et à boire. Le Seigneur nous met en garde contre « la gourmandise et l’ivrognerie » (Luc 21. 34). Dieu nous a donné une place « dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 2. 4 à 6), et Il nous avertit contre nos tendances naturelles. Dans ce ch. 27, le mensonge règne dans la maison d’Isaac et de Rebecca. Celle-ci veut que son fils préféré soit béni à la place d’Ésaü, tandis qu’Isaac, lui, veut bénir ce dernier qu’il préfère à Jacob. Dieu voulait bénir Jacob ; mais Rebecca n’agit pas selon la pensée divine. De plus, Isaac veut bénir Ésaü en l’absence de Jacob ; Jacob, lui, bénira Éphraïm en la présence de Manassé, son frère. Ici, pour tout scrupule, Jacob craint d’être reconnu de son père, et d’être maudit et non béni. Rebecca, elle, encourage la gourmandise d’Isaac en lui préparant « un mets savoureux comme il aime ». Puis, elle affuble Jacob des dépouilles des chevreaux pour mieux tromper la vigilance d’Isaac.
Ce chapitre met en scène les cinq sens de l’homme : la vue, le goût, l’ouïe, le toucher, et l’odorat (v. 1, 4, 9, 25 et 27). Ses sens sont trompés, sauf l’ouïe : il reconnaît la voix de Jacob, mais… ne le reconnaît pas, à cause de ses mains « velus comme les mains d’Ésaü » (v. 23). La voix du Seigneur doit être la seule que nous écoutions pour Le suivre (Jean 10). Enfin, comble de l’inconvenance : Isaac bénit Jacob qui vient de le tromper !
Pourtant. Isaac montre une méfiance insistante : « Qui es-tu ? » ; « Comment en as-tu trouvé si tôt ? » ; « Es-tu vraiment mon fils Ésaü ? » ; « Approche-toi » ; « Et il sentit l’odeur de ses vêtements » (v. 18 à 27). Et il prononce une bénédiction magnifique sur Jacob, en croyant bénir Ésaü. Cependant, revenu de son erreur, Isaac tient ferme, sachant que la bénédiction prononcée était irréversible « Je l’ai béni : aussi il sera béni » (v. 33). Plus tard, à Balaam, prié de maudire le peuple, Dieu dit : « Tu ne maudiras pas le peuple car il est béni » (Nomb. 22. 12). Et Balaam dit au ch. 23. 20 : « J’ai reçu mission de bénir ; il a béni et je ne le révoquerai pas ».
Isaac est pris « d’un tremblement très grand » (v. 33), et Ésaü « jeta un cri très grand et amer » (v. 34). Mais, s’il désira avec larmes d’être béni à son tour, il ne se repentit pas d’avoir méprisé son droit d’aînesse, et comprit trop tard ce qu’il avait perdu (Héb. 12. 16 et 17). Sous le jugement de Dieu, les incrédules comprendront trop tard ce qu’ils auront perdu en rejetant le Fils de Dieu, et les « très grandes et précieuses promesses » (2 Pier. 1. 3 et 4) rattachées au salut pour les croyants. La bénédiction terrestre de Jacob, comporte un niveau matériel (v. 28), et la promesse de domination sur ses frères et sur les nations (v. 29). Et, par-dessus tout, la protection divine contre tout ennemi qui voudrait le maudire (fin du v. 29). Ésaü recevra, lui, une bénédiction purement matérielle, sans plus (v. 39 et 40). « Et comme Isaac avait achevé de bénir… et que Jacob était à peine sorti… Ésaü… revint » (v. 30). Dans leurs combinaisons humaines, Dieu a tout dirigé malgré leurs fautes. Dans le livre d’Esther. Dieu déjoue les plans de destruction ourdis contre le peuple, et détruit ses ennemis.
Le Seigneur maudit les villes qui L’ont rejeté et dit : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Mat. 11. 20 à 27). Tout est préparé par Dieu et rien ne Le détourne.
Ésaü ayant méprisé son droit d’aînesse, réclame une bénédiction de la part de son père avec véhémence (v. 34 à 40). Il voulait être béni sans avoir la moindre relation avec Dieu. Des tendances religieuses ne remplacent pas la piété des vrais croyants. Les désordres affectifs de cette famille « Isaac aimait Ésaü mais Rebecca aimait Jacob » (ch. 25. 28), se traduisent par la tromperie pour que Jacob supplante son frère. Il en résulte la haine et le désir de meurtre chez Ésaü (v. 41). Des animosités, chez les croyants, peuvent se transformer en sentiments haineux. Prenons-y garde en nous laissant avertir par les exhortations de 1 Jean 3. 15. et ch. 4. 7, 20 et 21. L’amour, le support et le pardon doivent conduire nos relations fraternelles.
De nouveau, Rebecca dit à Jacob « Écoute ma voix » et lui conseille de partir à Charan quelques jours » (v. 43 à 45). Mais elle ne reverra plus son fils bien-aimé.
Dieu, pourtant, va se servir de ces initiatives humaines pour parvenir à ses fins, car « toutes choses le servent ». Rebecca n’a pas consulté l’Éternel comme elle l’avait fait au ch. 25. 22. Mais elle va faire part à son mari de son « aversion » (aversion justifiée) pour les filles de Canaan et de Heth (v. 46). Sans doute est-ce une heureuse réaction de Rebecca envers Jacob et il est heureux que les parents chrétiens désirent marier leurs enfants dans l’assemblée et dans la communion. Mais Rebecca n’est pas droite devant Dieu ni devant son mari, qu’elle pousse à agir selon sa pensée à elle.
Il semble, pourtant, qu’Isaac se réveille après sa faute ; car, non seulement il accède à la demande de Rebecca, mais il bénit Jacob d’une bénédiction qui rappelle celle dont Dieu avait béni Abraham (ch. 15. 18 à 21 ; 22. 15 à 18). Et l’Éternel confirme cette bénédiction au v. 13 et 14. Ce que sa bouche à dit, sa main l’accomplira. C’est sous ce nom de « Dieu tout puissant » que Dieu s’est révélé aux patriarches (ch. 35. 11). À Moïse, il se révélera comme « l’Éternel » (Ex. 6. 2). Nous, nous le connaissons comme « notre Père » (Jean 20. 17).
Rebecca et Jacob agissent selon leur propre volonté, et Jacob aura à souffrir des conséquences durant vingt ans, il devra servir durement son beau-père. Mais Dieu, dans sa bonté le ramènera dans le pays de la promesse ; et, à la fin de sa vie, il adorera « appuyé sur le bout de son bâton ».
Ch. 28 à 35 : Jacob.
Ch. 28
On voit une différence fondamentale entre le comportement d’Abraham, qui envoie son serviteur chercher une femme pour Isaac à Charan, et lui dit « Garde-toi d’y faire retourner mon fils » (ch. 24. 2 à 6) – et le comportement d’Isaac qui « fit partir Jacob à Padan-Aram » (ou Charan), pour y chercher une épouse.
Les v. 6 à 9 nous montrent qu’Ésaü cherche à plaire à son père en prenant une fille d’Ismaël. Ésaü s’appuie, pour cela, sur le fait qu’Ismaël est un descendant d’Abraham. Mais il se trompe, car c’est aussi un ennemi (ch. 16. 11 et 12).
Le mariage engage les conjoints pour toute leur vie. Les croyants doivent se marier dans l’assemblée et dans la communion entre eux, afin que leur vie soit heureuse dans le Seigneur. Gardons-nous d’envoyer nos enfants dans le monde pour y chercher un conjoint. Ils n’y trouveraient que des douleurs. En cela comme en toutes choses, Dieu doit avoir l’initiative.
Jacob s’enfuit de devant la colère de son frère, la conscience chargée par le mensonge et la tromperie par lesquels il s’est emparé frauduleusement de sa bénédiction. Dans sa fuite, il est dépouillé de tout. Pour dormir, il prend des pierres et s’en fait un chevet. Nos péchés engendrent toujours des conséquences, dont Dieu se sert pour notre discipline, afin de nous restaurer. La conscience de Jacob n’est pas encore touchée ; sa vie va connaître beaucoup de vicissitudes au cours desquelles il sera maintes fois trompé, lui, le trompeur ! II est là, au plus bas, dans la nuit morale (v. 11). Lorsqu’il reviendra de Padan-Aram, vingt ans plus tard, après avoir lutté avec l’ange durant toute une nuit, un détail touchant nous est donné . Le soleil se levait sur lui, comme il passait Péniel » (ch. 32. 31).
Dans ces circonstances difficiles et dangereuses, Dieu va se révéler à lui comme le Dieu de grâce, car Jacob doit apprendre, comme nous-mêmes, qu’il n’a rien à donner à Dieu, mais tout à recevoir. Dieu ne l’abandonne pas. Au contraire, Il lui apparaît et lui fait des promesses qui surpassent celles de son père (ch. 27. 28 et 29). Malgré ces certitudes, il est saisi de peur. Dans nos défaillances, Dieu ne nous abandonne pas, mais II peut commencer un travail dans nos cœurs quand nous sommes dépouillés de nos prétentions. On lit, en Osée 12. 13 : « Et Jacob s’enfuit dans la plaine de Syrie »: il quitte sa famille dans la crainte de Dieu, conscient qu’on ne peut se tenir devant Dieu en mauvais état spirituel. Adam et Ève, déjà, ont eu peur après leur péché (ch. 3. 8 à 10). Confessons nos péchés rapidement.
L’échelle dressée est le trait d’union entre le ciel et la terre. Le Dieu de grâce va s’occuper de Jacob, le garder et le ramener, par le moyen des anges de Dieu qui montaient et descendaient sur elle ». En Jean 1. 50 à 52, on ne voit pas d’échelle, mais le ciel est ouvert aux yeux de Nathanaël qui voit en Jésus le Fils de Dieu, le roi d’Israël sur la terre. Mais le Seigneur lui montre qu’il est à la fois sur la terre et dans le ciel. De retour de Padan-Aram, Jacob, rencontrant des anges, dit : « C’est l’armée de Dieu » (ch. 32. 2). Les anges sont des serviteurs de Dieu « en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14). Ils servaient aussi le Seigneur Jésus dans les moments solennels de sa vie : à sa naissance, au baptême au Jourdain, durant la tentation au désert, et à Gethsémané.
Jacob appelle ce lieu-là « Béthel » (maison de Dieu). Ce n’est pas fortuit si Dieu amène Jacob à cet endroit précis, c’est là qu’Il lui apparaît, et où II peut le bénir ; et c’est là qu’Il le ramènera en lui disant : « Monte à Béthel » (ch. 35. 1). Jacob avait dressé une stèle ointe d’huile, offerte à Dieu (v. 18) ; et Dieu lui montrera qu’Il a accepté cette offrande faite même dans une piété craintive (ch. 31. 13). Dans toutes nos incertitudes, Dieu nous conduit à notre insu. Le Seigneur avait prié pour Pierre avant même que celui-ci le renie (Luc 22. 32).
Jacob se souviendra toute sa vie des soins d’amour de son Dieu « Je ferai là un autel à Dieu qui m’a répondu au jour de ma détresse » (ch. 35. 3). Souvenons-nous aussi de toutes ses bontés pour nous et de ses promesses.
Au ch. 46. 2, Jacob apprend que Joseph, toujours vivant, l’appelle en Égypte, mais il attend que Dieu lui dise d’y aller sans crainte. Déjà au ch. 31. 3, c’est Dieu qui lui dit de partir de Charan et de retourner « au pays de ses pères ». Il a appris la dépendance de Dieu, alors que pendant longtemps, il agissait selon sa propre volonté. Sa propre volonté l’amène, d’ailleurs, à faire un « marchandage » avec Dieu (ch. 28. 20 à 22). Il n’avait pas compris qu’il était l’objet de grandes bénédictions, ce qui aurait dû le remplir de joie et d’adoration, au lieu de peur.
Dieu veut nous faire saisir toutes les bénédictions qu’Il s’est proposé de nous donner, sur la terre, certes, mais surtout dans le ciel. Sachons les recevoir de sa main.
L’Éternel rappelle à Jacob ses relations avec ses pères (v. 13), et dit : « l’Éternel, le Dieu d’Abraham, ton père, et le Dieu d’Isaac ». Dieu place Abraham devant Jacob, comme étant son père, un modèle de foi et de piété que Jacob mettra longtemps à imiter ; d’Isaac, il n’est rien ajouté car, à ce moment-là, Isaac n’était plus un modèle pour Jacob. Dieu s’entretenait directement avec Abraham avec qui Il avait de vraies conversations. Mais Il parle en songe avec Jacob, car celui-ci est en mauvais état spirituel. Abraham se prosterne devant Dieu (ch. 18. 3) ; Jacob, lui, a peur dans la présence du Dieu saint. Si nous sommes en bon état spirituel devant Dieu, nous craignons de Lui déplaire, mais cela n’est pas la peur, et nous recherchons sa présence. « Éternel ! j’ai aimé l’habitation de ta maison, et le lieu de la demeure de ta gloire » (Ps. 26. 8). « Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées » (Ps. 84. 1 et 2).
Dieu fait à Jacob des promesses un peu différentes de celles faites à Abraham, mais qui, reposant sur la grâce, portent le caractère terrestre et se réaliseront dans leur plénitude durant les mille ans du règne du Seigneur. Au ch. 18. 22, « la semence » fait référence à Christ en bénédiction à toutes les nations. Mais ici, « ta semence » désigne plutôt les descendants de Jacob.
Devant ces bénédictions de haut niveau de la part de Dieu, Jacob manifeste une foi des plus faibles, demandant que Dieu s’occupe de ses besoins quotidiens (v. 20 à 22) ; moyennant quoi l’Éternel sera son Dieu. « Si Dieu est avec moi et me garde… et que je retourne en paix à la maison de mon père ». Mais c’est exactement ce que Dieu venait de lui dire (v. 15) ! Jacob s’acharne à mettre des conditions là où le Dieu de grâce n’en mettait aucune. Il ne connaissait pas Dieu comme il aurait dû le connaître s’il avait été en bon état spirituel.
À l’insu de Jacob, l’Éternel était déjà son Dieu et était décidé à l’accompagner partout, à le garder et à le ramener, tout en pourvoyant à ses besoins personnels. Sans cela il aurait été sans ressources. Jacob veut donner la dîme de tout ce que l’Éternel lui donnerait ! S’il avait connu le Dieu qui donne gratuitement, il n’aurait pas fait un tel vœu. La Parole ne dit pas que Jacob ait donné la dîme de ses biens à Dieu. Ne cherchons jamais les ressources en nous-mêmes. Si nous sommes en mauvais état spirituel, Dieu veut toujours nous restaurer et nous réintroduire dans sa communion. « Je ne t’abandonnerai pas jusqu’à ce que j’aie fait ce que je t’ai dit » (v. 15 ; Mat. 28. 20). Paul, en prison avait goûté la présence consolante du Seigneur (2 Tim. 4. 17). Ce v. 15, met en relief l’autorité divine : « Je te garderai, je te ramènerai, je ne t’abandonnerai pas ». C’est Dieu seul qui agit dans sa souveraineté. Élargissons nos cœurs et mettons notre foi en Dieu pour rechercher les promesses célestes et nous les approprier : Dieu pourvoira aussi à nos besoins quotidiens (Mat. 6. 31 à 34).
Jacob s’enfuit de devant les hommes (il fuit la colère de son frère) ; mais, bien qu’il ait peur de Dieu, ce n’est pas devant Lui qu’il s’enfuit : sa peur est mêlée de quelque piété, car il dresse une pierre en stèle, qu’il oint d’huile (v. 18). Malgré tout, sa peur résulte de ce qu’il ne connaissait pas vraiment ce Dieu d’amour auquel il avait affaire « L’amour parfait chasse la crainte » (1 Jean 4. 18). Il est vrai que son entourage ne lui était d’aucune aide. Isaac ne l’invite pas à se repentir, mais l’envoie à Padan-Aram (v. 2) ; et Jacob se retrouve en présence de Dieu et s’écrie « Que ce lieu-ci est terrible » (v. 17) – pensée qu’il gardera dans son cœur. Au ch. 35. 2 et 3, il prendra conscience qu’il fallait se séparer des idoles et se purifier.
La stèle qu’il dressa était une offrande modeste car, à ce moment-là, il ne possédait rien, mais Dieu a accepté cette offrande et la rappellera à Jacob (ch. 31. 13). Elle marquait un moment important dans la vie de Jacob : la révélation, sans qu’il l’ait recherchée, que « la maison de Dieu » serait là. Le Dieu de grâce s’engageait à protéger Jacob et n’attendait rien en échange. Vouloir donner à Dieu est une pensée légale (Deut. 26). Dieu, dans la communion avec nous, nous appelle à discerner sa pensée. « Le plaisir de l’Éternel est en ceux qui le craignent, en ceux qui s’attendent à sa bonté » (Ps. 147. 11).
Ch. 29
Malgré son indigence, Jacob a eu à cœur d’oindre d’huile la stèle qu’il avait dressée C’est une image du Saint Esprit, et Dieu a accepté cette offrande au ch. 31. 13, il dit à Jacob : « Je suis le Dieu de Béthel où tu oignis une stèle ». Au ch. 31. 45, « Jacob prit une pierre et la dressa en stèle ». Ces stèles rappelaient les évènements marquants de sa vie. Pourtant, durant les vingt années qui suivront, ni Jacob ni Laban ne parleront de Dieu ! Dieu devra longuement discipliner Jacob afin qu’il fasse des progrès décisifs.
Et Jacob se mit en marche, et s’en alla au « pays des fils de l’orient » (ch. 29. 1), là où Abraham avait défendu que son fils Isaac séjourne (ch. 24. 6) ! Mais Dieu le dirige vers ce puits qui rappelle les difficultés d’Isaac avec les Philistins ; il ne prie pas comme avait fait le serviteur d’Abraham. Mais, c’est là qu’il rencontre Rachel. Au ch. 25. 27, Jacob est décrit comme un homme simple ; ici, on voit qu’il connaissait le travail de berger, dans sa conversation avec les bergers de Charan (ch 29. 7).
Et Laban se servira de lui durant vingt ans, comme d’un esclave, en le trompant plusieurs fois ; Jacob le lui reprochera amèrement (ch. 31. 38 à 42). Même ses filles le stigmatiseront comme les ayant « vendues » comme des « étrangères » au v. 15. Laban n’avait pas de relations avec Dieu. Cependant, Dieu se sert de ses tromperies pour discipliner Jacob qui avait trompé son père et son frère, en achetant son droit d’aînesse. « Ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7, És. 31. 1 ; Jug. 1. 7). Le Seigneur nous soumet aux conséquences de nos fautes envers nos semblables. Mais sa fin sera plus brillante, la discipline ayant eu son œuvre parfaite (ch. 35. 2 et 3).
On attendait que tous les troupeaux soient rassemblés devant le puits, pour abreuver le bétail (ch. 29. 8). Mais Jacob, sans attendre, dès que Rachel est là avec son troupeau, prend l’initiative de l’abreuver lui-même. Plus tard, dans ses circonstances propres, Moïse fera de même pour le bétail de son beau père (Ex. 2. 15 à 17). Et Dieu ne pouvait qu’approuver, mème si, dans ces moments là, ni Jacob ni Moïse ne parlaient de Dieu. Même fuyard, Jacob est un homme sensible : il pleure en se faisant connaître à Rachel (v. 11), qu’il aimera toute sa vie. Le v. 18 nous parle de son amour pour elle et les sept années qu’il servit pour Rachel, furent à ses yeux comme peu de jours, parce qu’il l’aimait » (v. 20). Ici, Jacob est un type de Christ qui nous a aimés jusqu’à la mort de la croix. Jacob a en lui ce puissant ressort de l’amour qui le soutiendra durant toutes ces années.
Dès que Jacob se fait connaître, Rachel court l’annoncer à son père et celui-ci accourt, se souvenant, sans doute, des richesses apportées par le serviteur d’Abraham, pour Rebecca (ch. 24), et auquel il s’était empressé de dire « Entre, béni de l’Éternel » (v. 31). L’attitude de Laban est tout d’abord amicale avec Jacob ; mais un mois plus tard (ch. 29. 15), tout change dans leurs relations, et sa cupidité se fait jour. Là commence la discipline pour Jacob.
Malgré cela, la grâce divine fait de lui un type de Christ s’occupant de la nation juive en premier, ayant reçu la Parole avant les nations (Mat. 10. 1 à 7). Jacob abreuve le bétail de Rachel en premier (v. 10). Puis, Léa, sa sœur, lui sera donnée la première, tandis que Jacob devra travailler sept ans de plus pour épouser Rachel : Israël, incrédule quant à Christ, est mis de côté provisoirement, ne portant pas de fruits pour Dieu, tandis que, dans un premier temps, c’est l’Église chrétienne qui prend sa place, formée de beaucoup de croyants. Rachel, stérile, puis ayant un fils, est l’image d’Israël qui, à l’aube et durant le millénium, recevra Christ et Le servira (ch. 30. 22). Christ régnera sur Israël et sur les nations (És. 49. 5 et 6).
Que la Parole soit parvenue aux nations après Israël, c’est par pure grâce, à cause de l’incrédulité des Juifs. Paul et Barnabas annoncèrent la Parole, d’abord aux Juifs mais, ceux-ci la rejetant, ils l’annoncèrent aux nations qui s’en réjouirent (Act. 13. 45 à 48). Jacob, proposant de travailler pour avoir Rachel, représente le Seigneur qui, vrai Serviteur aimant « son maître, sa femme et ses enfants », n’a pas voulu « sortir libre » (Ex. 21. 5 et 6).
À l’issue des sept premières années où Jacob a travaillé pour acquérir Rachel, Laban organise les festivités du mariage, et, en même temps, trompe Jacob, en lui donnant Léa. Si Jacob ne s’aperçoit de rien, c’est que les femmes étaient voilées et étaient amenées à leur époux une fois la nuit tombée. Jacob, le trompeur, apprend ce que c’est que d’être soi-même trompé. « De la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré en retour » (Luc 6. 38).
Par ce subterfuge, Laban a obligé Jacob à le servir sept ans de plus. Jacob a montré de la fidélité en ce qu’il a servi avec patience ; il est une figure de Christ qui a travaillé pour acquérir Israël, mais n’a pu l’avoir à cause de l’incrédulité du peuple. Il a dû travailler pour former l’Église et, de nouveau pour Israël qu’Il obtiendra à l’aube de son règne. Pour le moment, Israël est mis de côté (Mat. 23. 38 et 39 ; Luc 13. 35). De même, en Ézéchiel, prophétiquement, la gloire se retire du temple. Comparer les v. 18 et 19 avec le v. 26, montre que Laban a menti à Jacob, au sujet des coutumes du pays. Jacob se soumet sans murmures (v. 28), peut-être conscient que l’Éternel lui impose cette discipline, conséquence de ses propres fautes. Il a dû accomplir « la semaine de celle-là » (v. 27 et 28). Rachel lui fut-elle donnée peu de temps après Léa ? Il n’en continua pas moins à servir Laban sept ans de plus (v. 30).
Durant toutes ces années, Dieu use de bonté envers Léa et lui donne tous ses enfants. Jacob est devenu polygame sans l’avoir voulu, car il n’aimait que Rachel, tandis qu’il haïssait Léa (v. 31). Lémec (Gen. 4. 19), a été le premier polygame. Au v. 21 ; Jacob dit à Laban « Donne-moi ma femme ». Les chrétiens ont supprimés la polygamie, car le mariage est une image de l’union de Christ avec l’Assemblée (Éph. 5. 31). « Que chacun ait sa propre femme » (1 Cor. 7. 2 ; Tite 1. 6). Tolérée dans l’Ancien Testament, la polygamie, source de jalousie, de haine et de désordre, était étrangère à la pensée de Dieu (Gen. 2. 24).
Léa semble s’être tournée vers Dieu, dans son affliction, et Il a eu pitié d’elle (v. 31 à 35). Seulement au ch. 30. 22, Rachel, à son tour, semble avoir prié Dieu, « et Dieu l’écouta et ouvrit sa matrice ».
Ch. 30
Le ch. 30 s’ouvre sur un entretien houleux entre Jacob et Rachel, on ne les voit pas apporter leur peine à Dieu comme avaient fait Isaac et Rebecca (ch. 25. 21 et 22). Et Rachel va user des mêmes moyens misérables dont Sara avait usés avec Abraham, en lui donnant sa servante. Durant ces quatorze ans, Jacob eut onze fils : six de Léa, deux de Bilha, deux de Zilpa et un de Rachel. Un douzième naîtra de Rachel, plus tard. Dans le compte des douze tribus d’Israël, Joseph sera remplacé par ses deux fils Éphraïm et Manassé et, Lévi, dispersé dans les autres tribus, comme tribu sacerdotale, ne sera pas compté.
Dans tout ce désordre, Dieu est mis en cause au v. 2, en ce qui concerne la stérilité de Rachel. Le monde n’agit pas autrement, et le croyant doit se soumettre à la volonté de Dieu qui est bonne pour lui. Jacob, Rachel et Laban ont le même comportement, bien que Laban soit un homme du monde et Jacob un croyant. Demandons au Seigneur que nous portions ses caractères à Lui, et non ceux du monde.
Les mandragores servaient de remèdes et, peut-être de drogues aphrodisiaques, et Rachel les convoite et fait un marché affligeant avec sa sœur pour les obtenir ! Et si, à la fin de cette épreuve pour Jacob et pour Rachel, Dieu ouvre enfin sa matrice (v. 22), c’est aussi pour accomplir ses desseins et, avec la naissance de Joseph, il donne à Jacob l’héritier des promesses dont il était le dépositaire à ce moment-là. Et, dès la naissance de ce fils tant désiré, Jacob comprend que le moment est venu de revenir au pays de la promesse. Il servira à Charan six ans de plus pour acquérir un troupeau à lui mais désormais, il sait qu’il doit en partir.
Joseph est un type du Seigneur, mis à part de ses frères, mais dont la grâce passera d’Israël aux nations, comme cette « branche qui porte du fruit… et dont les rameaux poussent par-dessus la muraille » (ch. 49. 22).
Le v. 25 commence une autre période de la vie de Jacob. Il y a eu la période de Léa puis celle de Rachel. Le séjour de quatorze ans à Charan aurait pu s’arrêter là. Jacob semble décidé à en partir sans salaire (v. 25 et 26). Mais Laban, malgré ses bonnes intentions apparentes (v. 27 et 28), semble lui tendre un piège qui excite la cupidité de Jacob. Et il le servira six ans de plus pour son bétail ! Mais ce sera six ans de perdus. Jacob fait valoir ses services, signifiant ainsi, que Laban lui doit beaucoup mais la fourberie de son beau-père est flagrante et justifie la méfiance de Jacob en ses promesses (v. 31 à 35). Laban lui dit : « Qu’il en soit selon ta parole. Et il ôta ce jour-là les boucs rayés et tachetés », manifestant ainsi son intention de ne rien donner à Jacob, malgré ses bonnes paroles du v. 28.
Jacob, à cause de ses péchés, a connu une vie douloureuse. Après quatorze ans de durs services chez Laban, il est trompé de nouveau, et les six années qu’il a servi pour acquérir un troupeau à lui, seront plus pénibles encore (ch. 31. 38 à 42). Au ch. 30 et 31, Laban et Jacob règlent leurs comptes. Au ch. 32, c’est Dieu qui règle ses comptes avec Jacob. Et au ch. 33, c’est enfin avec Ésaü.
Jacob a eu beaucoup de difficulté à apprendre les leçons que Dieu lui donnait. Qu’en est-il de nous-mêmes ? Jacob aurait dû se confier à Dieu pour son « salaire », mais il préfère employer ses propres moyens pour obtenir plus encore ! Le stratagème que Jacob emploie était superflu et malhonnête (ch. 30. 42), car Dieu, dans une vision (ch. 31. 8, 9, 11 et 12), lui avait montré qu’Il lui donnerait le bétail marqueté, picoté et tacheté. C’était donc un don direct de Dieu. Nous sommes exhortés à vivre, dans ce monde, sans chercher à acquérir de grands biens (1 Tim. 2. 2 ; Tite 2. 11 et 12 ; 1 Tim. 6. 6), et à vivre confiants en Dieu et paisibles « Tenez-vous là et voyez la délivrance de l’Éternel » (Ex. 14. 13 et 14). Les paroles de Jacob à ses femmes, au ch. 31, semblent sincères, mais sa conscience n’est pas touchée. Cependant, après que l’Éternel lui ait parlé, Jacob est décidé à remonter au pays de ses pères, ce qui est positif.
Au ch. 30. 26. Laban reconnaît que Dieu l’a béni à cause de Jacob, mais ses actes démentent ses paroles du ch. 30. 27 et 28. Mais, de son côté. Jacob fait appel à sa propre volonté et à ses propres forces malgré les promesses divines. Il y a toujours le côté de Dieu et de sa grâce – et Jacob la reconnaît (ch. 31. 9) – et le côté de la responsabilité de l’homme. Plus tard. Israël, ayant rejeté la loi de Dieu, sera châtié ; mais les nations que Dieu avait utilisées pour cela, et qui avaient agi durement, ont subi, à leur tour, la colère de Dieu (Zach. 1. 2, 13 à 15). Ce qui est vrai pour Jacob et pour Israël, l’est aussi pour nous. Dieu a discipliné Jacob car c’est un croyant, mais il le protège contre les agissements de Laban, l’homme du monde.
Lorsque Jacob a trompé son père et son frère, il s’est enfui du pays de la bénédiction, et s’est réfugié dans le monde. Maintenant, il trompe Laban en s’enfuyant sans l’avertir (v. 20) mais ici, il fuit le monde pour revenir au pays de la bénédiction.
« Et Rachel vola les théraphim qui étaient à son père » (v. 19). Rebecca, en son temps, n’avait pas fait cela. Et Jacob devra dire à sa maison « Ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous » (ch. 35. 1 et 2). Et ils firent ainsi (v. 4).
Ch. 31
Élevée dans une maison où, occasionnellement, on prenait le nom de Dieu dans la bouche mais où, en réalité, on adorait des idoles, Rachel restait sans doute attachée aux théraphim appartenant à son père. Aussi, en partant de sa maison, elle les vola à l’insu de Jacob. Rachel est un type de la nation juive arrachée de l’Égypte par la puissance de l’Éternel, mais qui a emporté dans son cœur les idoles de cette nation (Act. 7. 41 à 43).
Toutes les épreuves des vingt années passées chez Laban auraient dû apprendre beaucoup plus à Jacob sur ce que Dieu se proposait à son égard ; mais, spirituellement, il avait encore un grand chemin à parcourir pour atteindre à une vie de vraie communion avec son Dieu. Pourtant, le Dieu de grâce l’encourage à partir de chez Laban qu’il trompe en s’enfuyant en secret (v. 20).
Mais Dieu prend occasion de cela pour se révéler plein de grâce envers Jacob, qu’Il protège contre les intentions vengeresses de son beau-père (v. 24) Le Dieu d’amour ne veut pas que l’on fasse du mal à ses oints (Nomb. 23. 21 ; 24. 5), même si, en privé, Il doit régler ses comptes avec eux. Joshua sera protégé de Dieu même s’il est justement accusé par Satan (Zach. 3. 1 à 5). Nous sommes également des protégés de Dieu, car II ne voit plus nos iniquités que le Seigneur a expiées pour nous, même s’Il doit nous discipliner, car nous devons avoir une attitude sanctifiée. Dieu limite toujours l’action de Satan qui veut toujours nous faire le plus de mal possible : le livre de Job nous le montre clairement. C’est à travers les épreuves que Dieu nous forme.
À partir du v. 27, le caractère fourbe de Laban se révèle sans voile : ce qu’il dit à Jacob ne reflète en rien sa vraie pensée. Il avait l’intention de faire du mal à Jacob, mais Dieu l’a arrêté dans un songe solennel (v. 24), qu’il est obligé de reconnaître (v. 29), l’obligeant ainsi à un changement d’attitude malgré lui. Il feint d’aimer ses filles (v. 28), mais les v. 14 à 16 prouvent le contraire ; et il est beaucoup plus attaché à ses idoles qu’il recherche avec véhémence dans toutes les tentes (v. 33 à 35). Dieu nous montre ce qui peut se cacher dans les cœurs naturels ! Veillons bien sur l’état de nos propres cœurs.
Toutes nos relations familiales doivent être placées dans la lumière divine, dans l’obéissance à la Parole, qui exhorte les pères à ne pas irriter leurs enfants afin de ne pas les décourager – les enfants à obéir a leurs parents comme au Seigneur – les maris à aimer leurs femmes qui doivent leur être soumises. Dieu ne regarde pas aux sentiments affichés, mais au cœur ; car, si nous pouvons nous tromper ou tromper les autres, nous ne pouvons tromper Dieu. Rachel ment effrontément à son père (v. 35). Pour nous, le mensonge doit être banni de nos vies : « Ayant dépouillé le mensonge, parlez la vérité chacun à son prochain » (Éph. 4. 25).
De même, si nous commettons une erreur, reconnaissons-le sans obstination. Sans doute, Rachel était attachée à ces idoles familiales. Prenons garde qu’il n’y ait des choses, dans notre vie, qui prennent la place du Seigneur. Ce sont aussi des idoles « Enfants, gardez-vous des idoles » (1 Jean 5. 21). Jacob se rendra compte au ch. 35. 2 et 4, qu’il faut purifier sa maison pour s’approcher de Dieu. Le résultat de cette purification, c’est la puissance de Dieu qui se déploie devant lui et qui le protège (v. 5). Le Seigneur n’agit pas différemment avec nous, si nous nous purifions de ce qui trouble la communion avec Lui. Au v. 32, Jacob parle de façon sérieuse : « Qu’il ne vive pas, celui auprès de qui tu trouveras les dieux ». Les frères de Joseph, plus tard diront la même chose (ch. 44. 9). Cela montre, ici, que Jacob ignorait ce que Rachel avait fait. La vérité doit présider à toutes nos relations familiales.
La rancœur de Jacob accumulée durant vingt ans contre son beau-père éclate soudain contre sa dureté et sa cupidité (v. 36 à 42). Conscient de la discipline de Dieu à son égard, à cause de ses fautes graves commises dans la maison de son père, Jacob avait subi la dureté de Laban sans un murmure. Et la discipline de Dieu sur Jacob n’ôte rien à la responsabilité de Laban. La Parole établit les rapports qui doivent présider entre les maîtres et les serviteurs ou les esclaves (Éph. 6. 5 à 9 ; Col. 3. 22 ; 4. 1). Boaz saluait courtoisement ses serviteurs, et ceux-ci lui rendaient crainte et respect (Ruth 2. 4). Mais Laban est à l’opposé de Boaz, et sa dure cupidité le rendait détestable.
Maintenant, la fouille sans retenue de tous ses effets par Laban, déclenche la colère de Jacob et il lui rappelle toutes les pertes qu’il avait prises sur lui, dans le troupeau de son beau-père (v. 38 et 39). Cette répréhension violente de Laban rappelle un peu celle qu’Abraham avait adressée à Abimélec au sujet d’un puits d’eau, au ch. 21. 25. Le v. 39 : « Ce qui a été déchiré, je ne te l’ai pas rapporté moi j’ai dû en subir la perle », fait penser à ce que le Seigneur dit, prophétiquement, dans le Ps. 69. 4 « Ce que je n’avais pas ravi, je l’ai alors rendu ». Quoique imparfait, Jacob est un type du Seigneur Jésus qui a rendu à Dieu la gloire que les hommes avaient ternie.
« Quelle est ma faute, quel est mon péché… ? » (v. 36). Cette parole de Jacob révèle qu’il est conscient du pardon de Dieu pour ses fautes anciennes, et que Dieu est avec lui (v. 42). Plus tard, Pierre, conscient de sa restauration après son reniement du Seigneur, pourra dire aux Juifs : « Vous, vous avez renié le saint et le juste » (Act. 3. 14). Nos péchés rompent la communion avec Dieu mais la confession nous restaure pleinement, et souvenons-nous que tous nos péchés ont été pardonnés définitivement, par le sacrifice de Christ.
Dieu avait fait de grandes promesses à Jacob. De son côté, Laban s’était montré extrêmement dur avec lui, mais Dieu délivre son serviteur de l’esclavage de cet homme. Sous la discipline, Jacob n’avait pu parler de Dieu. Mais maintenant, Dieu s’est révélé à lui (ch. 31. 3 à 5, 42). Et aux v. 42 et 53, il peut parler de Dieu, comme de « la frayeur de son père, Isaac » Cette expression souligne la crainte d’Isaac de déplaire à Dieu, mais elle rappelle aussi ce qu’ont été ses sentiments lorsque Abraham s’apprêtait à le sacrifier (ch. 22). Cette frayeur que Dieu a pu lui inspirer fait penser à la terrible angoisse du Seigneur, à Gethsémané (Luc 22. 39 à 44).
Sur le chemin du retour vers le pays de la promesse, Jacob reste sur le terrain de la certitude que Dieu est pour lui, malgré des défaillances qui se manifesteront encore. « Dieu a vu mon affliction et le labeur de mes mains, et il t’a repris la nuit passée » (v. 42). C’est un encouragement pour nous aussi, car Dieu voit nos peines cachées, et Il intervient en grâce en notre faveur, selon sa sagesse.
« L’alliance » que Laban prétend instituer (v. 44 à 52), n’est qu’un acte de séparation qu’il veut définitif. Le monde ne veut aucun contact avec les croyants dont il rejette la manière de vivre. De notre côté, souvenons-nous que, pour nous, ce n’est pas une stèle qui nous sépare du monde, mais la croix du Seigneur Jésus (Gal. 6. 14). Tout en aimant tous les hommes, soyons moralement séparés du monde (.2 Cor. 6. 14 à 18 ch. 7. 1).
Laban invoque « le Dieu d’Abraham, de Nakhor et… de leur père, sans se rendre compte que Térakh était un idolâtre (Josué 24. 2). Il invoque le monceau du témoignage. Jacob a devant lui le Témoin Lui-même. Et la stèle érigée par Jacob (v. 45), et revendiquée par Laban (v. 51), n’a pas la même signification pour ces deux hommes, D’ailleurs, Laban s’exprime en araméen tandis que Jacob parle en hébreu (v. 47). Jacob, conscient de sa supériorité devant Dieu, offre un sacrifice (v. 54). En fuite de chez lui, Jacob avait été rattrapé par Dieu Lui-même, et il dressa une stèle (ch. 28. 13 à 18). Maintenant, en fuite de chez Laban, et rattrapé par lui, il dresse de nouveau une stèle. Laban, quant à lui, invoque la protection de Dieu, sans se douter que Dieu est contre lui, mais pour Jacob ! On n’en entendra plus parler.
Ch. 32
Deux choses principales ressortent de ce chapitre : les précautions de Jacob pour se concilier la faveur de son frère et, dans le dernier paragraphe, sa rencontre avec Dieu.
Au v. 1er, les anges accueillent Jacob de retour vers le pays de la promesse après vingt ans passés dans le monde ; cela rappelle le retour du fils prodigue vers son père, qui court à lui et le couvre de baisers (Luc 15. 11 à 32) mais les anges sont là aussi, pour le protéger. Au ch. 28. 12 déjà, des anges, dans un songe, montaient et descendaient sur une échelle dressée jusqu’aux cieux. Les anges sont tous « des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1. 14).
Malgré la protection évidente de Dieu, Jacob se confie dans ses propres calculs. Lorsqu’il s’enfuyait de devant Ésaü, Dieu lui avait promis de le garder et de le ramener. Et Dieu a été fidèle à sa promesse, car Il l’a gardé et maintenant, Il le ramène. Et Jacob reconnaît toute la bonté dont Dieu a usé à son égard (v. 9 à 12). Laban retourne dans le monde (ch. 31. 55). Quant à Jacob, « il alla son chemin » (ch. 32. 1). On peut penser qu’il est restauré dans sa communion avec Dieu. Après vingt ans de discipline, il se sépare du monde. « C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés et je vous serai pour Père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles » (2 Cor. 6. 17 et 18).
C’est bien plus que d’être simplement des enfants de Dieu. Nous sommes bénis de Dieu dans le Christ Jésus et rendus agréables dans le Bien-aimé, et Dieu prend soin de nous, mais nous nous comportons souvent comme Jacob ! Au v. 12, Jacob se souvient des promesses divines, et il reconnaît, dans les anges venus à sa rencontre, « l’armée de Dieu ». Cela aurait dû chasser la crainte ; mais il « craignit beaucoup et fut dans l’angoisse » (v. 7).
Le Psaume 91 a trouvé sa pleine application dans le Seigneur Jésus, sur la terre. Il devrait se réaliser dans notre vie aussi et bannir la crainte. Notre confiance honore Dieu. Mais, comme Jacob, nous faisons souvent des calculs charnels malgré nos prières. D’un autre côté, la crainte nous pousse à sentir notre faiblesse et à nous rejeter sur Dieu : c’est ce que fait Jacob, dans l’angoisse, il prie. Dieu travaille, et l’épreuve conduit à la bénédiction. Malgré ses richesses, Jacob devait sentir son dénuement devant le danger.
De retour de leur visite à Ésaü, les nouvelles qu’apportent les messagers sont inquiétantes ; Ésaü vient lui-même, avec quatre cents hommes ! Mais, au lieu d’échafauder tous ces plans, Jacob, dont la conscience n’est pas à l’aise devant son frère, aurait dû lui confesser sa faute : il aurait alors glorifié Dieu, et peut-être gagné son frère. Spirituellement, leur rencontre sera un échec et consacrera leur séparation (ch. 33. 16 et 17). Jacob sort de la place que Dieu lui a assignée : il appelle Ésaü : « mon seigneur », et se dit son « serviteur », oubliant que Dieu l’avait désigné pour dominer sur son frère (ch. 25. 23 ; ch. 27. 29).
Jacob, voyant les anges, nomme ce lieu « Mahanaïm » (deux armées, note d). Et, aux v. 7 et 8, il partage sa famille en deux bandes » pour en protéger au moins une. C’est une erreur, car les croyants ne sont pas destinés à la division, mais à l’unité. Le présent qu’il prépare pour apaiser son frère (Prov. 21. 14), était inutile, car Dieu a travaillé dans le cœur d’Ésaü et, au lieu de faire du mal à Jacob (il venait vers lui avec quatre cents hommes), « il courut à sa rencontre, l’embrassa, se jeta à son cou, et le baisa, et ils pleurèrent » (ch. 33).
Cependant, ce moment d’émotion passé, la méfiance réciproque reprend vie, surtout de la part de Jacob craignant toujours la présence de son frère (v. 12 à 16). La mauvaise conscience de Jacob lui fait perdre la dignité que Dieu lui avait conférée, notamment vis à vis d’Ésaü : il ne pense pas aux merveilleuses promesses que Dieu lui a faites à Béthel. « Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu » (Jean 3. 21). Nous prions et, souvent, nous agissons selon nos propres plans. C’est peut-être le sens du Psaume 90. 17 : le début du verset parle de confiance, mais à la fin, le croyant demande à Dieu : « établis sur nous l’œuvre de nos mains » ! C’est durant la nuit que Jacob a échafaudé ses plans. À quoi passons-nous les veilles de la nuit ? Une autre nuit, à l’issue bénie, attend Jacob à Péniel (v. 30 et 31).
Faire un présent obscurcit le sens de celui qui le reçoit mais c’est une habitude chez Jacob (v. 13 et 20 ; ch. 43. 11) ; lorsqu’il enverra un présent à Joseph, gouverneur de l’Égypte, que ses frères n’ont pas reconnu, il a beaucoup de choses à offrir, mais il lui manque l’essentiel : le froment (qui symbolise Christ dans son humanité), et la famine sévit dans le pays. Au v. 20, le mot « présent » est le même, dans l’original, que « sacrifice de prospérité ». Il veut apaiser son frère, au lieu de régler ses voies devant Dieu avec Lequel il n’a pas de vraie communion. « Après cela je verrai sa face » mais il ne recherche pas la face de Dieu.
Cependant, Dieu va intervenir dans une lutte mystérieuse, et Jacob, brisé dans sa chair dira : J’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée » (v. 30). Dieu voulait briser la volonté de Jacob qui fait des plans, calcule, avant sa rencontre avec son frère. Si nous voulons faire notre propre volonté, Dieu nous prend toujours à contre-pied pour nous obliger à faire sa volonté à lui. Durant toute la nuit (nuit spirituelle), « Jacob resta seul » et s’opposa à Dieu. Mais Dieu va briser le support de sa volonté et, alors : « le soleil se levait sur lui comme il passait Péniel » (v. 31). La lumière divine s’est enfin levée sur lui. Dieu n’a pas permis qu’il entre dans le pays promis avant de L’avoir rencontré. Il nous faut souvent de ces rencontres intimes avec le Seigneur pour nous remettre dans son chemin. Jacob a bien prié Dieu (v. 9 à 12) ; mais il ne confesse pas sa faute envers Ésaü.
« Un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Et lorsqu’il vit qu’il ne prévalait pas sur lui, il toucha l’emboîture de sa hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob fut luxée comme il luttait avec lui » (v. 24 et 25). Ce combat fait penser à celui que Dieu livre contre la chair irréductible du croyant : Dieu n’a pu que la mettre dans la mort.
Jacob, désormais, boitera ; et toute sa vie, il se souviendra de ce combat avec Dieu ! De même, le paralytique guéri par le Seigneur Jésus, portera son petit lit, se souvenant de son ancien état (Jean 5. 8). Paul a reçu « une écharde pour la chair » et l’a gardée malgré ses supplications, afin que la puissance manifestée par ce grand apôtre, soit de Dieu et non de lui (2 Cor. 12. 7 à 9). Dieu ne peut rien faire d’un croyant charnel. La chair prééminente est une entrave pour la vie spirituelle, la lumière ne peut briller que lorsque le vase est brisé (Jug. 7).
Avant que Jacob ait prévalu (v. 28), il a fallu qu’il confesse son nom de Jacob (supplanteur). Il avait menti par deux fois à son père, en prétendant être Ésaü. Devant Dieu, il reconnaît son vrai nom ! Après cette confession, Dieu change son nom en celui d’« Israël », comme il avait changé celui d’Abram et de Saraï, en Abraham et Sara. Contrairement à Abraham qui sera, ensuite, toujours appelé ainsi, Jacob est appelé, tantôt Israël, tantôt Jacob. Ces changements de noms indiquent toujours une nouvelle relation avec Dieu.
Si nous nous obstinons à lutter contre Dieu, Il finit toujours par nous briser ; mais c’est toujours pour faire quelque chose de bon (És. 28. 28 et 29). Jacob a prévalu sur Dieu, non en ce qu’il a soutenu un long combat contre Lui, mais parce qu’il a pleuré et supplié (Osée 12. 4 et 5). Au v. 26, il réclame une bénédiction : c’est de cette façon qu’il a incliné le cœur de Dieu à le bénir (v. 29 fin).
C’est après que Dieu ait lutté avec Job qui se justifiait, que celui-ci est délivré de lui-même, et qu’il dit : « J’ai horreur de moi… » (Job 42. 5 et 6). Avons-nous horreur de notre vieille nature ? Quand Dieu nous discipline, c’est pour que nous confessions ce qui ne convient pas dans notre vie et c’est « pour te faire du bien à la fin » (Deut. 8. 16). À la fin de sa vie, Jacob adorera « appuyé sur son bâton ». Au v. 26, Jacob était incapable, malgré ce qu’il dit à l’ange, de l’empêcher de partir ; mais l’ange n’attendait que cette demande de bénédiction : « il le bénit là » (v. 29). Les disciples d’Emmaüs forcèrent le Seigneur à rester avec eux (Luc 24. 29). La foi hardie selon Dieu est toujours victorieuse (1 Jean 5. 4).
Au v. 28 fin, Jacob a « lutté avec les hommes et a prévalu » : sans doute, a-t-il prévalu sur Ésaü en s’emparant de son droit d’aînesse et de sa bénédiction (ch. 25 et 27).
Face à face avec cet « homme » qui a lutté avec lui, Jacob demande son nom : Dieu n’a pas jugé bon de le lui donner, car l’état de Jacob n’était pas tel qu’Il puisse se révéler à lui sous son nom de Tout-puissant ainsi qu’Il l’avait fait pour Abraham dès le début, car Abraham vivait en communion avec Dieu (ch. 17. 1). II le lui révélera au ch. 35. 9 à 11, lorsque Jacob sera revenu au lieu où il avait eu cette révélation que là serait « la maison de Dieu » (Béthel) (ch. 28. 16 et 17). Dieu lui avait déjà dit qu’Il était « l’Éternel » (ch. 28. 13), mais il faudra que Jacob retrouve la communion avec Dieu, en revenant à son point de départ, à Béthel, pour reconnaître en Lui, le « Tout-puissant ». Si nous nous sommes éloignés de Dieu, il faut une restauration pour retrouver la communion avec Lui.
Ce n’est qu’après le combat avec l’ange que Jacob reconnaît qu’il a eu affaire à Dieu Lui-même. « J’ai vu Dieu face à face et mon âme a été délivrée » (v. 30) alors qu’avant cette lutte de toute une nuit, il n’avait vu « qu’un homme » luttant avec lui (v. 24) ! C’est alors que la lumière se lève pour Jacob. « Et le soleil se levait sur lui comme il passait Péniel » (v. 31). Lorsqu’il fuyait Ésaü, il était nuit (ch. 28. 10 et 11). Mais ce combat avec Dieu Lui-même a délivré son âme et « l’Orient d’en haut » s’est levé sur lui (Luc 1. 78 et 79). Dieu n’a pas répondu à la question de Jacob (v. 29), car c’était à Jacob de discerner qu’il avait affaire à Dieu.
Cette nuit morale qui tenait son âme loin de Dieu, a duré vingt ans, jusqu’à ce qu’il passe à Péniel, et il retrouvera une pleine communion à Béthel (ch. 35). Cette lutte a eu deux résultats : Dieu le bénit, et son âme est délivrée (v. 29 et 30). Mais la bénédiction et la délivrance de Jacob n’ont été possibles que lorsque sa hanche a été luxée, symbole du brisement de la chair qui le tenait éloigné de Dieu. D’ailleurs, le combat avec Dieu s’est arrêté dès que la hanche de Jacob a été luxée. Dieu ne peut rien faire du vieil homme en nous : il a fallu qu’Il le mette à mort a la croix. Dieu seul peut nous en délivrer quant à ses effets (Rom. 7. 24 et 25) et nous donner une vie conduite par l’Esprit Saint (Rom. 8).
Le v. 32 montre que les Israélites ont gardé le souvenir de ce combat de Jacob. Mais ce souvenir semble tourner en superstition. Les fils d’Israël ne mangent point du tendon qui est sur l’emboîture de la hanche ». D’autre part, ce verset nous exhorte à ne pas nous « nourrir » des faux-pas de nos frères. Si la hanche de Jacob a été luxée, c’est une preuve qu’il ne marchait pas selon Dieu.
Au ch. 33 Jacob, étant béni, rencontre son frère. Il ne semble pas qu’il ait confessé sa faute envers lui. Aussi est-il rempli de crainte. Cependant, il a changé d’attitude maintenant, il dispose sa famille dans l’ordre croissant de son attachement aux personnes : d’abord les servantes et leurs enfants : puis, Léa et ses enfants et, en dernier, Rachel et Joseph qu’il veut protéger plus que les autres, car Jacob sait que Joseph est le seul héritier des promesses. Et Jacob, devant le danger immédiat (car Ésaü est tout proche), passe devant eux.
Et lui, le béni de l’Éternel, se prosterne sept fois devant son frère qu’il appelle « mon seigneur », se nommant lui-même « son serviteur ». Jacob perd, là, toute sa dignité ! Il changera plus tard, lorsque Joseph le présentera au Pharaon : plein de la dignité que lui confère sa place de béni de l’Éternel, il ne se prosterne pas, lui, le berger, devant le roi le plus puissant du moment (ch. 47. 7 à 10) ! La rencontre avec Ésaü va se passer bien différemment. Venu pour détruire Jacob et sa famille avec quatre cents hommes, Ésaü, en qui Dieu a travaillé, se jette au cou de son frère… et, émus, « ils pleurèrent » (v. 4). Jacob espérait apaiser son frère avec le présent qu’il lui avait envoyé (ch. 32. 20).
Mais c’est Dieu qui a permis qu’Ésaü l’accueille favorablement. Néanmoins, il trompe encore son frère, en prétendant le rejoindre à Séhir, alors qu’il sait qu’il revient au pays de la promesse. Il prétend que tout le troupeau mourrait s’il le pressait un seul jour ; mais il n’avait pas craint de le presser dans sa fuite de chez Laban. Le vieux Jacob se manifeste encore. L’action de Dieu a été longue en Jacob mais à la fin « il adora, appuyé sur le bout de son bâton » (Héb. 11. 21).
Ch. 33 et 34
Jacob se rend difficilement compte qu’il doit se rendre à Béthel où Dieu l’appelle. Il s’arrête à Succoth, à l’est du Jourdain, et y bâtit une maison pour lui et des cabanes pour son bétail. Cependant, la conscience mal à l’aise sans doute, il décide d’entrer en Canaan et installe sa tente aux portes de Sichem, y achète un champ et y bâtit un autel (v. 17 et 18). Dans ces différentes étapes, il perd son caractère de pèlerin en s’installant au milieu des incirconcis. Ce n’était pas là que Dieu le voulait, mais à Béthel, la maison de Dieu où Il s’était révélé à lui, et où Il l’appelait « Je suis le Dieu de Béthel… » (ch. 31. 13), et non de Sichem.
Jacob semble vouloir sanctifier sa possession en y bâtissant un autel qu’il nomme : « le Dieu d’Israël », allusion au nouveau nom que Dieu lui a donné. Plus tard, ce champ recevra les os de Joseph (Jos. 24. 32). Il est toujours dangereux d’être, moralement, près du monde, et les difficultés ne tardent pas à se manifester (ch. 34) ; pensons à Lot qui s’était installé jusqu’à Sodome (ch. 13. 12) ; puis dans Sodome (ch. 14. 12) et enfin à la porte de la ville, avec les notables du lieu (ch. 19. 1). Si nous sommes « amis du monde », nous devenons « ennemis de Dieu » (Jac. 4. 4).
Abraham aussi avait acheté un champ (ch. 23. 17 à 19) : mais ce patriarche pensait à la résurrection et à la possession future du pays. Et, là il a enterré sa femme. Ces croyants de l’Ancien Testament étaient détachés des choses de la terre où ils se considéraient comme étrangers (Héb. 11. 9 à 16). Jacob, sur le moment, a acheté ce champ pour y fixer sa tente au milieu des étrangers. Gardons nos distances vis à vis du monde, toutefois sans mépriser les hommes du monde.
Mais, dans sa grâce, Dieu ne l’abandonne pas là : « Lève-toi, monte à Béthel, et habite là et fais-y un autel au Dieu qui t’apparut » (ch. 35. 1). C’est là que Jacob devait habiter et adorer. Et au v. 7, il bâtit un autel et le nomme : « Béthel » (Dieu de la maison de Dieu note a). Nos cultes doivent nous occuper de Dieu plus que de nous-mêmes. Notons que l’autel de Béthel a été dressé après que Jacob eut ôté les idoles qui étaient dans sa maison ! Cela aussi est une leçon pour nous.
Si près de la ville, Dina décide d’aller « voir les filles du pays » (ch. 34. 1). Mais c’est Sichem, fils de Hamor prince du pays » qui « la vit, et la prit, et coucha avec elle » (v. 2). Dina entre dans un monde corrompu et y rencontre la souillure, le déshonneur pour elle et sa famille. Outre la faute de Dina, peut-être due à son inexpérience, il y a la responsabilité de son père qui s’est installé à proximité de Sichem. Les conséquences en seront la violence et le meurtre. Les enfants aussi ont leur part de responsabilité quant à leur comportement. Car, s’ils s’égarent dans de mauvais chemins, ce n’est pas toujours la faute des parents. Chacun pour lui-même a affaire au Seigneur : « N’entre pas dans le sentier des méchants… » (Prov. 4. 14 à 16).
C’est pour le bien de leurs enfants que les parents doivent veiller sur leurs relations. « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15. 33). Hamor et Sichem, son fils poussent Jacob et sa famille à s’allier avec eux (ch. 34. 9) : le monde tend toujours ce même piège aux croyants. Aimons tous les hommes, comme le fait le Seigneur, mais sans nous allier à eux. « Et habitez avec nous », c’est la suite logique du piège, alors que les croyants doivent garder leur caractère d’étrangers et de pèlerins.
L’exemple de Joseph est édifiant : au ch. 39, « il refusa » les avances de la femme de Potiphar (v.8). « il n’écouta pas… » (v. 10). « il s’enfuit… » (v. 12). Les gens du monde « trouvent étrange que vous ne courriez pas avec eux dans le même bourbier de corruption… » (1 Pier. 4. 4) ; mais le chrétien a affaire avec son Seigneur.
Sichem semble être sincère quant à ses sentiments pour Dina ; mais Dina elle-même a été séduite. « Et son âme s’attacha à Dina fille de Jacob, et il aima la jeune fille, et parla au cœur de la jeune fille » (ch. 34. 3). Si nous laissons agir le vieil homme en nous, il nous mènera dans le monde et à ses séductions dangereuses car, ensuite, il est très difficile de s’en arracher.
Ch. 35
Le comportement violent de Siméon et Levi est indigne de ceux qui font partie du peuple de Dieu. Les fils de Jacob ont parlé avec ruse aux hommes de Sichem, selon le caractère même de leur père. La fin cruelle des hommes de Sichem (ch. 34. 25) plonge Jacob dans la crainte des représailles (ch. 34. 30), car il n’avait avec lui qu’un petit nombre d’hommes, et il pense à lui-même plus qu’à Dina. Mais la protection de Dieu ne manquera pas.
« La frayeur de Dieu fut sur les villes qui les entouraient, et on ne poursuivit pas les fils de Jacob » (ch. 35. 5). Jacob se souviendra, à la fin de sa vie, de cette colère meurtrière de ses deux fils, et divisera Siméon et Lévi : en Canaan, la tribu de Siméon sera mêlée à celle de Juda ; et Lévi sera dispersé dans les autres tribus, comme tribu sacerdotale. Ce privilège, Lévi le devra à l’énergique décision qu’il prit à l’appel de Moïse (Ex. 32. 26 à 29 ; Deut. 33. 8 à 11). Une chute grave est suivie de restauration si le coupable confesse ses fautes et les abandonne : c’est ce que fit Lévi.
Si, dans sa crainte du moment, Jacob oublie les promesses divines, à la fin de sa vie il aura acquis le discernement de ce qu’il adviendra à ses douze fils (ch. 49). De même, devant le Pharaon, il reconnaîtra que ses jours ont été « courts et mauvais ».
Au ch. 35, pour la première fois de sa vie, Jacob goûte une vraie communion avec Dieu, étant revenu à la maison de Dieu (Béthel). Mais aussi, Dieu a touché sa conscience en lui rappelant sa faute envers son frère (v. 1). Alors, aussitôt, Jacob comprend que les dieux étrangers qu’il conserve dans sa maison sont incompatibles avec la présence de Dieu (v. 2) ; et il reconnaît la fidélité de Dieu envers lui (v. 3). Cet autel qu’il dresse, cette fois, c’est Dieu qui le lui a commandé, et il a obéi : il peut adorer dans un état convenable. Puis, sur la stèle qu’il érige, il verse de l’huile pour la sanctifier comme au ch. 28 ; mais ici, il peut y ajouter une libation, image de la joie goûtée dans la communion. Notre communion ne peut être réelle que dans le jugement de nous-mêmes (1 Cor. 11. 28).
Prenons garde, également, à tout ce qui prend la place du Seigneur dans nos vies, ce sont des idoles. La famille de Jacob s’est dépouillée de « tous les dieux étrangers » (v. 4) et des « anneaux qui étaient à leurs oreilles ». Outre que ce sont des ornements nourrissant la vanité humaine, c’est souvent la « voix » de Satan qui nous entraîne à satisfaire nos convoitises et nous conduit à la chute. Jacob, cependant, « les cacha sous le térébinthe » au lieu de les détruire. Ils durent changer « leurs vêtements ». Pour nous, cela signifie que l’on laisse la vie de Christ transparaître dans nos comportements (Gal. 3. 27 ; Éph. 4. 22 à 24 ; Col. 3. 12 et 13).
En érigeant son autel, Jacob ne pense plus à lui-même comme au ch. 33. 20 ; mais il a Dieu seul en vue, car il l’appelle « El Béthel » Dieu de la maison de Dieu. Il marche dans un chemin spirituel plus élevé qu’au ch. 33. Dans l’adoration, pensons d’avantage à Dieu et au Seigneur Jésus qu’à nous-mêmes, afin que nos cultes s’élèvent et soient plus heureux. Mais cela ne sera possible que si nous sommes occupés du Seigneur dans notre vie quotidienne. « Ce que ta main nous a donné, nous te le rendons ».
Dans ce ch. 35, on trouve à la fois la joie de la communion et la mort ayant frappé la famille de Jacob trois fois, « Débora, la nourrice de Rebecca mourut » (v. 8). « Et Rachel mourut » (v. 19). « Et Isaac expira et mourut… » (v. 29). La mort est la conséquence du péché ; mais la grâce de Dieu se déploie au milieu des tristesses qui jalonnent la vie du croyant qui peut, malgré tout, jouir de la communion avec son Sauveur.
Jacob, attaché aux bénédictions depuis toujours (ce qui l’avait incité à usurper celle que son père réservait à tort à Ésaü), l’avait réclamée de Dieu au ch. 32. 26. Mais maintenant, c’est Dieu Lui-même qui le bénit (ch. 35. 9). C’est la joie de Dieu de bénir les siens qui marchent dans la foi et goûtent sa communion. C’est notre marche défectueuse qui limite les bénédictions que Dieu voudrait nous donner (Mal. 3. 10).
Au v. 28, Dieu lui rappelle son nouveau nom « Israël ». C’est un tournant dans la vie de Jacob, car il jouit, maintenant, d’une heureuse communion avec son Dieu, après plus de vingt ans de discipline (que Dieu lui rappelle, d’ailleurs, au v. 1er). Il porte, désormais, le caractère d’Israël (vainqueur de Dieu) ; c’est comme une nouvelle naissance faisant intervenir la gloire de Dieu. Certes, Jacob, comme tout croyant, aura, par la suite, des hauts et des bas dans sa vie. Il sera encore désigné sous son ancien nom plusieurs fois ; mais c’est, désormais un nouvel homme, revenu à Béthel. Comme au ch. 28. 19, Il appelle de nouveau le lieu « Béthel » (v. 15). C’est une nouvelle étape qui l’amène plus près de Dieu.
Au v. 11, Dieu se révèle à lui sous le même nom sous lequel Il s’était révélé à Abraham « le Dieu tout-puissant », et II élargit les promesses, non plus à ses seuls descendants, mais étendues à toutes les nations ; et lui révèle que des rois sortiront de lui. Malgré ses nombreuses faiblesses, Jacob est béni, selon la requête d’Isaac à son égard (ch. 28. 3 et 4). Jacob se rappellera cette étape de sa vie devant Joseph (ch. 48. 3 et 4) : « Le Dieu tout-puissant m’est apparu à Luz » (Béthel).
Dieu, en tant que tel, est esprit, et ne peut être vu. « L’homme ne peut me voir et vivre » (Ex. 33. 20). On ne sait sous quelle forme Il s’est révélé à Jacob. À Abraham, il s’était révélé sous la forme d’un homme (ch 18. 1). Au ch. 32, Il se manifeste sous la forme des anges (v. 10). Nous-mêmes, nous verrons Dieu en Christ « Celui qui m’a vu a vu le Père (Jean 14. 9). Christ a pleinement révélé la gloire de Dieu : il « est l’empreinte de sa substance » (Héb. 1. 3). L’autel que Jacob bâtit au v. 7 lui a été commandé par Dieu Lui-même ; et il a obéi.
Une belle manifestation de la communion dont Jacob jouit avec Dieu, c’est que, contrairement au ch. 15 où Dieu était resté sur le sommet de l’échelle pour parler à Jacob, ici, « Dieu monta d’auprès de lui dans le lieu où II avait parlé avec lui » (v. 13). Le contact direct avait été établi. De même, au ch. 28, Jacob avait versé de l’huile sur la stèle qu’il avait dressée. Mais au ch. 35, outre l’huile de l’onction, il y verse une « libation » (probablement du vin), symbole de la joie de la communion établie avec Dieu. Ces différentes stèles jalonnant son chemin sont des souvenirs des étapes marquantes de sa vie. Au v. 14, c’est une stèle d’adoration ; et au v. 20, une stèle de deuil ! Souvenons-nous, nous aussi, des différentes étapes de notre vie de chrétiens.
La mort de Rachel est douloureuse pour Jacob. Il la rappellera avec larmes au ch. 48. 7 : « Et moi… comme je venais de Padan, Rachel mourut auprès de moi » Ces points de suspension rappellent un sanglot de Jacob ! À la fin de sa vie, son chagrin restait le même pour son épouse bien-aimée. Mais la mort de Rachel en donnant naissance à Benjamin est prophétique. Et l’on retrouve la même pensée en Apocalypse 12 1 et 5. La femme « en grand tourment pour enfanter » est un type de la nation juive qui est jusqu’à ce jour dans les souffrances, n’ayant pas reconnu Christ comme son Messie. Dans l’esprit des Juifs, « le fils mâle qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer » n’est pas encore né. Mais, lorsque le résidu croyant recevra cette vérité que le Messie, c’est Jésus, il se repentira. Alors, l’ancien état d’Israël disparaîtra (c’est Rachel qui meurt) ; et le Seigneur prendra sa vraie place dans l’esprit des Juifs : « fils de la droite » du Père (Ps. 110. 1).
Comme le Seigneur, Benjamin est né à Bethléem qui est Éphrata (Mich. 5. 2). Si Joseph est un type du Seigneur souffrant et rejeté de ses frères, Benjamin représente Christ triomphant de ses ennemis (Apoc. 19. 11 à 16). Rachel appelle son fils « fils de ma peine » c’est le côté de la nation souffrante. Jacob l’appelle « fils de ma droite » c’est le côté de Dieu. Au ch. 35. 19, se trouve la première mention de Bethléem en relation avec la mort de Rachel. En Michée 5. 2, on en a la dernière mention de l’Ancien Testament, annonçant la naissance du Messie. Le Seigneur naîtra à Bethléhem (Mat. 2. 3 à 6). Benjamin est un type du Seigneur triomphant de ses ennemis (fils de la droite, de la force, du Père).
Le v. 22 dévoile le caractère indigne de Ruben vis à vis de son père. Jacob ne semble pas réagir, mais il ne l’oubliera pas, et ôtera à Ruben son droit de premier-né auquel se rattachaient des bénédictions spécifiques ; et longtemps après il en est toujours outré (ch. 49. 3 et 4). Son droit d’aînesse fut attribué aux fils de Joseph, qui reçut une double part en Éphraïm et Manassé qui devinrent deux tribus, tandis que Joseph ne sera pas nommé dans la généalogie d’Israël, pas plus que Lévi qui sera répandu dans les autres tribus-pour y exercer la sacrificature (Ex. 32. 26 à 28 ; Deut. 33. 8 à 11). Il y aura donc, malgré ces changements, douze tribus. Cependant, la primogéniture fut donnée à Juda, car c’est de lui que devait naître le Seigneur (1 Chr. 5. 1 et 2 ; Mat. 1. 2).
Le péché de Ruben a eu des conséquences définitives pour lui et sa descendance. Un péché, même confessé a toujours des conséquences prolongées. Ruben ne s’est pas purifié de sa faute, et ses frères sont restés muets. De tous les fils de Jacob, seul Benjamin est né dans le pays de Canaan (sur le chemin d’Éphrath (ch. 35. 16 à 19). Jacob revient à Hébron où avait vécu Abraham, dans une heureuse communion avec Dieu, et où vivait encore Isaac (v. 27). Ayant retrouvé la communion, il revient au lieu où il pourra lui-même en jouir avec son Dieu. Enfin, Isaac, dont on n’entendait plus parler depuis le ch. 28, meurt et est enterré dans le même tombeau qu’Abraham et Sara. Rebecca y sera enterrée aussi, et Jacob y ensevelira également Léa. A son tour, Jacob y sera enterré (ch. 49. 29 à 31 ; 50. 13). Quant à Joseph, les fils d’Israël, à leur retour d’Égypte, y enterreront ses os à Sichem (Josué 24. 32). C’est à l’occasion de la mort d’Isaac que Jacob et Ésaü, se retrouvent pour la dernière fois, avant de se séparer définitivement (ch. 36. 6 à 8).
Ch. 36 et 37 : Ésaü.
Ch. 36
Le ch. 36 est tout entier consacré à Ésaü. En prenant des femmes étrangères (ch. 26. 34 et 35, ch. 36. 2 à 5), il a provoqué l’amertume d’esprit de ses parents. C’est un homme profane et ses descendants deviendront des ennemis d’Israël. Ésaü se retire dans le monde, manifestant qu’il ne saurait marcher avec le croyant, Jacob son frère. Les incrédules n’ont aucun désir de fréquenter des croyants fidèles. Mais Ésaü, en quittant volontairement Canaan, s’enfonce dans un désert où il n’y a pas de rafraîchissement pour l’âme, car les sources qu’on y trouve sont chaudes » (v. 24). Le monde n’offre aucun rafraîchissement pour nos âmes. En Canaan, au contraire, on s’abreuve à des sources fraîches et à des torrents (Deut. 8. 7) Le Seigneur est pour nous la source des eaux vives dont nos âmes ont besoin chaque jour.
Très tôt dans leur histoire, les descendants d’Ésaü se sont donné des rois car ils étaient sans Dieu (v. 31 à 39). À plusieurs reprises dans ce chapitre, il est rappelé qu’« Ésaü, c’est Édom » (v. 8, 9 19 et 43).
Si Jacob a reçu son nom d’Israël de la part de Dieu Lui-même, Édom, surnom d’Ésaü qui signifie roux, rappelle son péché d’avoir vendu son droit d’aînesse pour un potage de lentilles (un roux).
En ce qui concerne la mort des hommes de foi, il est dit « il fut recueilli vers ses peuples » : Abraham (ch. 25. 8) ; Isaac (ch. 35. 29 ; et Jacob (ch. 49. 33). Mais pour les descendants d’Ésaü ; il est dit simplement : « il mourut » (ch. 36. 31 à 39).
Ch. 37
Dès qu’Isaac expire, le vrai visage le Jacob et d’Ésaü se révèle. Jacob, pèlerin habita dans le pays où son père avait séjourné » (ch. 37. 1). Ésaü, lui, quitte le pays de la promesse et « s’en alla dans un pays loin de Jacob » (ch. 36. 6). Il s’en va dans le monde. La Parole montre un grand contraste entre la généalogie d’Ésaü (ch. 36), où sa grande prospérité est montrée : de grands troupeaux, des richesses, de nombreux chefs et, enfin, des rois ! et celle, très brève de Jacob au ch. 37, qui se ramène à Joseph, l’héritier des promesses de Dieu. La parole présente souvent de grands contrastes entre les familles pieuses et les profanes. Gardons-nous de convoiter les choses du monde, pour nous attacher à l’héritage céleste.
Parmi les descendants d’Ésaü, on trouve Amalek (ch. 36. 12 à 16) qui devint ennemi d’Israël (Ex. 17. 8 à 16). C’est une figure de l’ennemi agissant sur la chair et cherchant à nous empêcher de jouir par la foi, des bénédictions divines. « Amalek… tomba en queue sur toi, sur tous les faibles qui se traînaient après toi » (Deut. 25. 17 à 19). Ceux qui se tenaient près de l’arche étaient gardés. Si nous nous écartons du Seigneur, Satan nous fera tomber. Cet Amalek est probablement un descendant d’Ésaü, même si Israël ne devait pas avoir « en abomination l’Édomite » (Deut. 23. 7). Plus tard, Dieu permettra qu’Israël détruise Édom (en Abdias). Pour nous, c’est Dieu qui combat la chair par l’Esprit : « J’effacerai entièrement la mémoire d’Amalek de dessous les cieux » (Nomb. 17. 14). Et : « L’Éternel aura la guerre contre Amalek de génération en génération » (cf. v. 16).
Le ch. 37 commence l’histoire de Joseph, type remarquable du Seigneur, aimé de son Père (v. 3), haï et rejeté de ses frères (v. 4) ; enfin glorifié (v. 7 et 9). En type, on y voit les souffrances du Seigneur, son rejet, sa mort, sa résurrection et sa gloire. Sensible à « la mauvaise renommée » de ses frères (leurs mauvais propos, note b) (v. 2), il en souffre et le rapporte à son père, et ils le haïssent parce que son père l’aime (Jean 3. 36). Le Seigneur était haï du monde car Il rendait témoignage que « ses œuvres étaient mauvaises » (Jean 7. 7).
Mais ses songes le font paraître plus haïssable encore aux yeux de ses frères (v. 8). De même que ses frères ne pouvaient parler paisiblement à Joseph (v. 4), de même, les Juifs se sont montrés durs envers le Seigneur, cherchant à « l’enlacer dans ses paroles ». Cependant, les songes de Joseph se réaliseront, car au ch. 42. 6, ses frères se prosterneront devant Joseph, devenu le gouverneur de l’Égypte. Notre cœur naturel répugne à l’idée de se prosterner devant un homme. Mais ses songes sont prophétiques, car ils annoncent la gloire future du Seigneur (Mat. 26. 64) qui régnera sur Israël qui L’a rejeté : « il faut qu’il règne » (1 Cor. 15. 25).
« Joseph paissait le menu bétail » (v. 2). Trois grands personnages de l’Ancien Testament étaient bergers : Joseph, « le conservateur de la vie » (sauveur) (ch. 45. 7) ; Moïse, le conducteur du peuple au désert ; et David, le roi d’Israël. Dans l’Assemblée, Dieu cherche des bergers qui rassemblent, et non des chasseursqui dispersent. Joseph, comme Daniel plus tard ou Timothée dans le Nouveau Testament, était jeune (v. 2). Le récit de ses songes à ses frères nous ramène aux paroles du Seigneur parlant au peuple de son royaume et de sa gloire futurs (Mat. 25. 31 à 46).
« La tunique bigarrée » (à manches, note c) de Joseph le distinguait de ses frères. En 2 Samuel 13. 17 et 18, Tamar, fille du roi David, portait une tunique bigarrée, apanage des filles du roi qui étaient vierges. Avait-elle un rapport avec la royauté, prophétisant ainsi, de la future royauté de Christ ? Peut-être, pour Joseph, distinguait-elle celui qui avait reçu « le droit d’aînesse », bien qu’il ne fût pas le premier-né. La tunique du Seigneur « sans couture, tissée tout d’une pièce depuis le haut jusqu’en bas » (Jean 19. 23), parle de la perfection de Christ dans son caractère céleste et terrestre, parfaitement Dieu et parfaitement homme.
Les deux songes de Joseph représentent le triomphe final du Seigneur Jésus, dans Philippiens 2. 9 à 11, lorsque « les êtres terrestres » (les gerbes), et les « célestes » (le soleil, la lune et les étoiles) se prosterneront devant Lui. Ces types du Seigneur sont très riches d’enseignements. Bien que Joseph reste incompris de son père (v. 10), Jacob a gardé cette parole dans son cœur jusqu’à ce qu’il voie le songe se réaliser. Cela nous ramène à Marie, la mère du Seigneur, qui gardait précieusement les paroles de son Fils dans son cœur (Luc 2. 51).
« Tes frères ne paissent-ils pas le troupeau à Sichem ? Viens, et je t’enverrai vers eux. Et il dit : Me voici. Et il lui dit : Va… » (v. 13 et 14). Le Seigneur Jésus, Lui aussi, a été envoyé par son Père vers ses frères : « Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? Et je dis : Me voici, envoie-moi. Et Il dit : Va… » (És. 6. 8 et 9 ; Ps. 40. 6 à 8). Comme type du Seigneur, à sa mesure, Joseph a obéi de cœur à son père.
Quant aux frères de Joseph, ils s’éloignent toujours plus d’Hébron, le lieu où Abraham avait joui de la communion avec Dieu. Ils étaient d’abord à Sichem ; mais lorsque Joseph y arrive, ils sont partis plus loin, à Dothan (environ une centaine de kilomètres d’Hébron).
À celui qui l’interroge, il répond : « Je cherche mes frères » (v. 16). Ils ne sont pas où ils auraient dû être. Lorsque le Seigneur est venu visiter ses frères, Il ne les a pas trouvés dans l’état moral où ils auraient dû être. Lorsque Joseph trouve enfin ses frères, à Dothan, il trouve des ennemis qui pensent tout d’abord à le tuer (v. 20). À une bien plus grande mesure, le Seigneur, Lui aussi, aura affaire à des ennemis qui réussiront à Le mettre à mort.
De même que Joseph est reconnu de loin par ses frères (v. 18), le Seigneur sera reconnu comme étant « l’héritier », et ils décident de le supprimer afin de s’emparer de l’héritage (Mat. 21. 37 et 38).
Joseph, jeté dans une citerne, entre symboliquement dans la mort. Le Seigneur, Lui, y entrera réellement. Dieu, qui a des plans pour Joseph, l’héritier des promesses en son temps, utilise Ruben, puis Juda, pour préserver sa vie. Et, lorsqu’on le ressort de la citerne, il est comme ressuscité. Le Seigneur est, Lui, réellement ressuscité ainsi que le Psaume 40. 2 le prophétise.
Les frères de Joseph le dépouillent de sa tunique qui faisait sa distinction, sa noblesse – encore un type du Seigneur qui, à la croix, sera dépouillé de sa robe, « tissée tout d’une pièce » symbole de sa perfection. Moralement, les Juifs L’ont dépouillé de sa royauté en le rejetant. « Nous n’avons pas d’autre roi que César » (Jean 19. 15).
La citerne sans eau dans laquelle Joseph fut jeté nous parle de la sécheresse et de l’aridité des cœurs sans Dieu. Le monde offre beaucoup de citernes où l’âme se dessèche.
Longtemps après ces faits, Joseph (conservateur de la vie, ch. 45. 5), sauvera sa famille de la famine. Nos circonstances, que nous ne comprenons pas toujours, sont toutes conduites par Dieu, qui nous aime et sait utiliser même nos ennemis pour notre bénédiction finale. Sans la mort du Seigneur Jésus, la grâce n’aurait jamais pu nous parvenir. Joseph est vendu pour vingt pièces d’argent à des Ismaélites. Le Seigneur, Lui, a été vendu pour trente pièces d’argent (Zach. 11. 12 et 13).
Ruben ne trouve plus Joseph dans la citerne (v. 29) ; de même que les Juifs, après la mort du Seigneur, ne le verront plus jusqu’à ce qu’ils disent : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Mat. 23. 38 et 39), à l’aube du millénium.
Les Ismaélites poursuivent leur route, occupés à leur commerce ; comme, à la crucifixion du Seigneur, le monde est resté indifférent. Mais Joseph, vendu en Égypte, est un type de Christ reçu par les nations devenues chrétiennes. La sécheresse de cœur des frères de Joseph envers leur père (v. 31 et 32), se retrouvera dans le rejet du Seigneur par les Juifs. Mais le père de Joseph « voit le sang » de Joseph ; de même, Dieu voit le sang de son Fils bien-aimé, « le sang qui nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7). La douleur de Jacob nous rappelle celle de Dieu, lorsqu’on a mis son Fils à mort ! La duplicité des fils de Jacob se révèle au v. 35, lorsqu’ils prétendent consoler leur père ! Mais Jacob ne se consolera que lorsqu’il aura retrouvé Joseph, son fils bien-aimé (ch. 45. 28 ; ch. 46. 30).
Ch. 38 à 50.
Ch. 38
Rejeté par ses frères (ch. 37), Joseph est vendu aux nations dont l’Égypte est un type. Prophétiquement, l’état misérable d’Israël ayant rejeté son Messie, est mis en évidence par la conduite de Juda qui, « dans ce temps-là descendit d’auprès de ses frères » (ch. 38. 1) s’éloignant d’Hébron, le lieu de la communion avec Dieu (ch. 37. 14). Il se lie avec un Adulamite et se marie avec une Cananéenne. Dans ce chapitre, Dieu veut nous mettre en garde contre tout éloignement de notre cœur du chemin de la foi obéissante, qui ne peut que descendre toujours plus. Mais Dieu met aussi en évidence sa grâce, car c’est malgré tout de la tribu de Juda qu’est né le Seigneur, le Sauveur ! De plus, la même grâce se déploie envers Tamar, sa belle-fille, une étrangère qui, ainsi que Rahab, Bath-Shéba et Ruth, se retrouveront dans la généalogie du Seigneur.
Hira, cet Adulamite, ami de Juda (v. 1, 12 et 20), montre beaucoup d’indifférence envers la conduite de Juda, lorsqu’il se détourne vers Tamar qu’il prend pour une prostituée. Cela nous met en garde contre les amitiés mondaines. Le monde n’a pas les mêmes critères moraux que les croyants. La communion avec Dieu ne peut aller de pair avec une marche mondaine.
Seuls, deux croyants fidèles à la Parole peuvent goûter la communion entre eux. « Je suis le compagnon de ceux qui le craignent » (Ps. 119. 63).
Onan montre tout l’égoïsme du cœur naturel qui conduit à la désobéissance. Ayant refusé de donner une descendance à son frère défunt, il déplut à Dieu qui le fit mourir (v. 10). Quant à Shéla, son dernier fils, Juda le promet à Tamar, mais se dérobe à sa propre promesse de peur qu’il ne meure lui aussi… » (v. 11). Plus tard, Dieu fera entrer le lévirat dans la loi (Deut. 25. 5 à 10), afin que le nom du défunt ne soit pas effacé d’Israël. Fidèle, Boaz lui, rachètera Ruth « pour relever le nom du défunt sur son héritage » (Ruth 4. 5). Au temps du Seigneur, les sadducéens tenteront de le surprendre dans ses paroles, à l’aide de la loi du lévirat.
Si Juda passe légèrement sur sa propre faute, il se montre très dur pour sa belle-fille :« qu’elle soit brûlée » (v. 24). Plus tard, David ayant gravement péché, réagit par une parole dure envers « l’homme » de l’histoire que Nathan le prophète lui raconte. Et Nathan doit lui dire : « tu es cet homme ». Touché dans sa conscience, David s’est repenti de sa faute. La Parole nous enseigne à nous juger nous-mêmes d’abord, avant de juger les autres.
Le Seigneur nous le montre dans l’histoire de la femme adultère de Jean 8. 1 à 11. De plus, la loi exigera plus tard, que l’homme et la femme adultères soient mis à mort tous les deux (Lév. 20. 10). Dieu va user de grâce envers Tamar, car il voit, dans son cœur le profond désir d’avoir une postérité qui la ferait entrer dans le peuple de Dieu ; ce qui explique son stratagème envers son beau-père ; ainsi, elle aura un fils de Juda lui-même et, non seulement, par ce fils, elle entrera dans le peuple d’Israël, mais, surtout, dans la généalogie du Seigneur. Dieu ne pouvait que bénir un tel désir, au-delà de la faiblesse de la foi de Tamar (Ruth 4. 18 ; Mat. 1. 3 ; Luc 3. 33).
Joseph, l’héritier des promesses de Dieu, ayant été vendu en Égypte sur la proposition de Juda (ch. 37. 27), celui-ci ne peut que connaître un chemin descendant, manifestant un état de cœur déplorable. C’est aussi, prophétiquement, l’état d’Israël qui a rejeté son Messie et l’a « vendu » aux nations. De même que Juda marche comme les gens du monde, loin de Dieu, de même, Israël, loin de Dieu, marche comme les nations profanes.
Ch. 39
La fidélité et la pureté des mœurs de Joseph se dévoilent dans son service dans la maison de Potiphar, tout particulièrement dans les avances adultères de la femme de ce dernier, auxquelles Joseph ne cède à aucun moment. « Il refusa » (v. 8), « il ne l’écouta pas » (v. 10), « il s’enfuit » (v. 12). Dès le premier jour, Joseph avait décidé devant Dieu de ne point céder à ces tentations pour être fidèle envers son maître mais surtout envers son Dieu. « Comment ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu ? » (v. 9).
L’ennemi sait répéter les tentations pour nous pousser à y céder mais « résistez au diable et il s’enfuira de vous » (1 Pier. 4. 7). En premier lieu, le péché déshonore Dieu (Ps. 51. 4) et l’adultère est particulièrement grave (Prov. 6. 32 à 34), car : « votre corps est le temple du Saint-Esprit » (1 Cor. 6. 18 à 20). Cette vérité s’oppose à l’enseignement du monde. L’exemple négatif de Samson (Jug. 16), est l’exemple d’un croyant cédant aux tentations de la chair car, dès le début, il était déterminé à y céder : « car elle plaît à mes yeux ». Tourmenté de jour en jour, il finit par lâcher sa fermeté, il est tombé et y a perdu, d’abord sa force, puis sa vie ! Les pièges tendus par l’ennemi dans la vie du croyant doivent faire ressortir sa fidélité. C’est dans la communion avec Dieu que le Seigneur nous prépare à résister victorieusement aux tentations. Les desseins divins vont s’accomplir, même à travers l’adversité que Joseph traverse pour un temps, car « l’Éternel était avec lui » (v. 2, 3, 21 et 23 ; Act. 7. 9) « Jésus qui était de Nazareth. Dieu était avec lui (Act. 10 38 et 39). C’est le modèle inimitable.
De même, Il sera avec David (1 Sam. 16. 18). Même dans la prison, Joseph reste fidèle. Dieu l’avait envoyé devant ses frères pour accomplir ses plans envers Israël (Ps. 105. 17 et suivants). Et Joseph, malgré ce chemin douloureux, restera un instrument docile dans la main de Dieu. Le Tout-puissant avait promis à Abraham qu’il serait une bénédiction à sa descendance et aux nations (ch 12. 1 à 3). Déjà, la maison de Potiphar et, après lui, celle du garde de la prison en Égypte, sont bénies par la présence fidèle de Joseph. Prophétiquement, la bénédiction des nations est directement liée à celle d’Israël. Le Pharaon a accueilli favorablement Israël, à cause de Joseph. La fidélité est le chemin de la prospérité (Jos. 1. 7), prospérité matérielle ici.
« Je souhaite qu’à tous égards tu prospères, comme ton âme prospère » (3 Jean 2). Prospérité spirituelle indépendante des circonstances.
En servant son maître, Joseph sert son Dieu sans gémir (Col. 3. 22 à 24 ; Éph. 6. 5 à 8). La petite fille israélite, servante dans la maison de Naaman, montre la même disposition d’un cœur humble et fidèle et est en bénédiction à son maître (2 Rois 5. 1 à 19).
Aimé de son père mais vendu par ses frères pour être esclave en Égypte, puis calomnié et jeté en prison, Joseph aurait pu dire comme Jacob, plus tard « toutes ces choses sont contre moi » (ch. 42. 36). Prenons garde au témoignage que nous rendons car, même sans paroles, le monde observe nos œuvres. « Que votre lumière brille ainsi devant les hommes » (Mat. 5. 16). « Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit » ; « En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit » (Jean 15. 5 à 8). La vie de Joseph, malgré sa fidélité, a connu de grandes épreuves, de même qu’Ézéchias, plus tard. Il en est de même pour nous. C’est à travers les épreuves que nous apprenons à mieux connaître le Seigneur, et nos âmes en sont fortifiées.
Le v. 6 nous avertit de veiller sur la nourriture spirituelle que nous prenons (le pain). Car de cela découle la communion avec le Seigneur et notre bénédiction : la maison d’Obed-Édom était bénie par la présence de l’arche chez lui. La communion avec le Seigneur nous confère une ressemblance spirituelle avec Celui duquel le Psaume 45 dit : « Tu es plus beau que les fils des hommes ». Il s’agit de beauté morale, de l’homme caché du cœur.
La femme de Potiphar est un instrument entre les mains de Satan, l’ennemi, pour essayer de faire tomber Joseph. Mais, si ses faux témoignages conduiront Joseph en prison, on ne le voit à aucun moment protester du sort qui lui est fait. Conduit à la mort de la croix, le Seigneur « n’a pas ouvert sa bouche » (És. 53. 7). Le Seigneur a été confronté à de faux-témoins (Mat. 26. 59 et 60) et ses ennemis ont crié « Il mérite la mort » (v. 66) ; mais « Il garda le silence » (v. 63). Maltraités, attendons-nous au Seigneur.
Exode 23. 1 dit : « Tu ne feras pas courir de faux bruits ». Potiphar ne s’est pas enquis soigneusement de la véracité des paroles de sa femme, et a agi légèrement. Cependant, Dieu protège son serviteur et limite l’initiative malheureuse de Potiphar qui aurait pu mettre Joseph à mort, car Dieu avait un plan et ce chemin de douleurs menait Joseph à la gloire. Il en sera de même pour David. À son insu, la femme de Potiphar faisait avancer les plans divins. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8. 28).
Quant à Joseph : « On lui serra les pieds dans les ceps, son âme entra dans les fers » (Ps. 105. 18). « Ta voie est dans la mer, et tes sentiers dans les grandes eaux ; et tes traces ne sont pas connues » (Ps. 77. 19). Moralement, Joseph était « dans la mer » ; mais en même temps, dans le sanctuaire de Dieu. Cependant, Dieu n’est jamais insensible aux circonstances douloureuses de ses bien-aimés (Lam. 3. 34 à 39), et le v. 36 nous le montre tout particulièrement. Par deux fois il est écrit : « l’Éternel était avec lui » (v. 21 et 23) ; et il a eu un rôle heureux dans la prison, bien que subissant une longue épreuve car, si les autres prisonniers étaient coupables, lui ne l’était pas. Pourtant, il reste égal à lui-même. 1 Pierre 2. 18 à 23 montre la bonne attitude du croyant persécuté, attitude qui fut celle du Seigneur Lui-même. Qu’en est-il de nous ?
Joseph avait eu des songes lui révélant une gloire future. Aussi, Dieu l’éprouva en le faisant passer par la prison : « L’abaissement va devant la gloire » (Prov. 15. 33). Essayons de regarder nos circonstances avec le regard de Dieu, un regard « d’en- haut ». C’est depuis sa prison que Paul a écrit ses épîtres. Et il affirme que ses circonstances adverses « sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile » (Phil. 1. 12 à 14). Sa communion avec Dieu lui montre les voies divines. Joseph ne comprend pas les voies de Dieu à son égard, et dit à l’échanson « Souviens-toi de moi… » (v. 14). Mais Dieu le délivrera d’une manière toute différente. Dieu révèle toujours ses voies en Son temps. À peine Joseph est-il en prison, Dieu lui montre sa bonté (v. 20 à 23). Le Seigneur agit toujours en notre faveur dans nos épreuves.
Comme Joseph prenait soin des prisonniers, le Seigneur est venu « pour publier aux captifs la délivrance » (Luc 4. 18 et 19). Le Seigneur a été crucifié entre deux malfaiteurs, « mis au rang des iniques » et Joseph a été mis au milieu des prisonniers, et il en a pris soin avec bonté.
Ch. 40
Des deux hommes en prison avec Joseph, l’un a été restauré, l’autre condamné ; de même, l’un des brigands, repentant, a été sauvé – l’autre, sans repentance, perdu. Notre responsabilité est de témoigner auprès des incrédules. Dans notre attitude nous devons « reluire comme des luminaires, présentant la parole de vie » (Phil. 2. 15 et 16). Joseph a regardé les deux prisonniers et a compris leur tristesse (v. 6). « Pierre, ayant avec Jean, arrêté ses yeux sur lui (le boiteux) » (Act. 3. 1 à 6), attire son attention (v. 4). Cet homme les regarde d’abord d’un œil peu attentif (v. 3). Mais, au v. 5, « il les regardait attentivement » car Pierre et Jean s’intéressaient à lui. C’est le regard de l’incrédule voyant la marche du croyant.
En Luc 10. 32 et 33, le lévite voit le blessé sur la route, et passe outre. Le Samaritain, lui, « est ému de compassion » et prend soin de lui. Demandons à Dieu de nous délivrer de notre égoïsme naturel afin que nous ne gardions pas notre trésor pour nous-mêmes. Les proches du Seigneur estimaient qu’Il avait perdu la raison parce qu’Il était toujours disponible pour les malheureux : les réponses à toutes les circonstances dont la signification nous est cachée, sont à Dieu (ch. 40. 8 ; 41. 15 et 16).
Si Joseph peut interpréter les songes, c’est que sa vie habituelle se déroule dans une profonde communion avec Dieu, mais c’est Dieu Lui-même qui donne les réponses (ch. 41. 16 ; Dan. 2. 27 et 28). « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25. 14). C’est dans notre communion avec le Seigneur que le Saint Esprit nous fait comprendre la pensée divine dans nos circonstances.
Aux v. 9 et 10, l’échanson raconte son songe à Joseph : « un cep était devant moi… » puis il voit des sarments, des fruits. Sans le comprendre, c’est comme s’il avait devant lui « le vrai cep », le Seigneur Lui-même de Jean 15. 1 à 5, où l’on retrouve les sarments (les croyants), attachés au cep et qui portent des fruits pour Dieu. Aussi, Dieu va-t-il délivrer cet homme. L’échanson n’a rien fait pour faire pousser le cep, développer les sarments, mûrir les fruits : c’est le travail de Dieu : « vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éph. 2. 8). Mais il est fidèle à son service : « Et la coupe du pharaon était dans ma main, et je pris les raisins et les pressai dans la coupe du pharaon, et je mis la coupe dans la main du pharaon » (v. 11).
Le panetier semble d’abord craindre la signification de son songe mais, devant l’interprétation favorable de Joseph à l’échanson, il se rassure et raconte, lui aussi, son propre songe. Mais ce qu’il dit montre qu’il s’élève dans son cœur, en comptant sur son dur labeur de panetier. Il faut un long et dur travail pour faire du pain ; en outre, sur la « panière la plus élevée » il a mis toutes sortes de mets, spécialement préparés pour le pharaon. Il compte sur ses mérites pour être agréé de lui. Dieu ne peut accepter nos « mérites » pour nous sauver. Aussi, le panetier sera pendu. De plus, si l’échanson met la coupe pleine de vin dans la main du pharaon, ce sont les oiseaux qui mangent le pain de dessus la tête du panetier, et non le pharaon, et les oiseaux du ciel, dans la Parole, désignent souvent les démons. Ne nous élevons pas dans nos propres pensées (Rom. 12. 3).
Joseph (v. 14 et 15), semble compter sur la reconnaissance de l’échanson pour le délivrer de la prison. Dieu permettra que l’échanson l’oublie durant deux ans (ch. 41. 1), car Il avait un plan qui devait conduire Joseph à la gloire (v. 41 et suivants) « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8. 28). Le brigand, sur la croix, a fait appel au Seigneur Lui-même ; et il a reçu la réponse immédiatement (Luc 23. 42). Nous devons compter sur Dieu seul dans toute notre vie. Les circonstances étaient défavorables pour Joseph, mais Dieu était avec lui.
Joseph est un type de Christ souffrant de la haine des hommes. Mais, ensuite, les songes d’autrefois de Joseph se réaliseront, et il connaîtra la gloire. De même, le Seigneur, bientôt, établira son royaume glorieux. Les circonstances injustes qui accablent Joseph lui font dire à l’échanson, mais en vain : « souviens-toi de moi… ». Le Seigneur aussi peut dire : « Ils m’ont haï sans cause » (Jean 15. 25) ; mais Il dit à ses rachetés : « faites ceci en mémoire de moi… ». Que Dieu nous mette à cœur, à tous, que ce ne soit pas en vain.
Dans cette double interprétation des songes des deux hommes, Joseph est une image du Seigneur qui, lorsqu’II viendra pour juger les hommes vivant sur la terre, séparera les élus d’avec les méchants (Mat. 25. 31). C’est le même Joseph qui prononce un oracle de salut pour l’un et un de perdition pour l’autre. Dans ces révélations, il y avait la responsabilité de Joseph qui devait se tenir devant Dieu, mais seul Dieu pouvait conduire les évènements pour la réalisation de ses plans.
Dans l’adversité, Joseph a été oublié de l’échanson. « Le pauvre » par excellence, Celui qui a été oublié, c’est le Seigneur qui a sauvé « la ville » (Éccl. 9. 13 et 14), Lui le Sauveur, mais que les hommes méprisent et oublient ! Lorsqu’Il était sur la terre, parmi les hommes, Il en a particulièrement souffert.
Ch. 41
Dieu élève Joseph selon sa manière à Lui car Il a un plan précis pour son serviteur et tout se déroule selon ce plan : Dieu va se servir du songe du Pharaon que les devins ne pouvaient interpréter. Si l’échanson a oublié Joseph durant deux ans (v. 1), il se souvient de lui au moment choisi de Dieu. Si le Seigneur a été oublié des hommes en général, Il nous a laissé un « souvenir » de ses souffrances (Luc 22. 19 et 20).
Dieu donne à Joseph une sagesse beaucoup plus grande que celle des devins, de même que, plus tard, Il donnera à Salomon une sagesse supérieure à celle des autres rois (1 Rois 4. 29 et 30). « Je détruirai la sagesse des sages » (1 Cor. 1. 19 à 27). Entièrement fermée à l’intelligence humaine naturelle, la Parole ne peut être comprise que par l’action du Saint Esprit dans le croyant, « car l’Esprit sonde toutes choses » (1 Cor. 2. 10 à 15). Instruit de Dieu dans la communion avec Lui, Joseph a pu révéler au Pharaon la signification cachée de ses songes. « La prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint » (2 Pier. 1. 21). L’homme naturel est incapable d’interpréter les songes venant de Dieu (Dan. 2. 10 ; ch. 5. 8). C’est Dieu qui révèle les secrets à Daniel (v. 18 à 22) ; alors Daniel rend gloire à Dieu (v. 27 et 28). Enfin, la gloire de Dieu est reconnue (v. 47). Et Dieu élèvera Daniel comme il a élevé Joseph. Pour nous : « Vous avez l’onction de la part du Saint » (Jean 2. 20). La révélation, pour nous, c’est la Parole de Dieu. Et « Il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable » (ch. 5. 20). C’est l’Esprit qui nous communique la connaissance de Christ et « les choses qui doivent arriver » (Jean 16. 13).
Joseph avait dit que « les interprétations sont à Dieu » (ch. 40. 8) ; et, au Pharaon, il parle de Dieu qu’il met en avant ; mais le Pharaon ne semble voir que Joseph (ch. 41. 38 et 39). Joseph interprète les songes du Pharaon en ramenant les choses à Dieu (v. 25 à 32) : sept années d’abondance suivies de sept années de famine. De nos jours, la Parole de Dieu, répandue dans le monde entier et dans des milliers de langues, répond au caractère de surabondance pour tous. Mais, après l’enlèvement de l’Église, il y aura sur la terre, une profonde « faim » de la Parole de Dieu, mais elle ne se trouvera pas (Amos 8. 11 et 12) : ce sera la famine, car Dieu jugera le monde ayant rejeté la vérité tandis qu’elle était encore sur la terre.
« Dieu va faire ». Cela est dit plusieurs fois dans ce chapitre (v. 25, 28 et 32) : c’est la preuve que la chose est « arrêtée de la part de Dieu, et que Dieu se hâte de la faire ». Dieu exécute ses desseins arrêtés. Dieu se sert des calamités pour réveiller l’esprit et le cœur des hommes : soit pour convertir, soit pour avertir d’avance de ce qu’Il va faire (les songes). « Dieu parle une fois et deux fois, et l’on n’y prend pas garde » (Job 33. 14 à 16). Dieu est patient et ne veut pas la perte des hommes, c’est pourquoi Il emploie tous les moyens pour nous parler. Il fait de nous aussi, ses témoins.
La famine a été en malédiction à Élimélec, et en bénédiction pour Ruth, la Moabite. Cette famine devait conduire les frères de Joseph à rencontrer celui-ci. Tout d’abord, ils ne le reconnurent pas ; mais par la suite, cette rencontre provoqua leur repentance, et conduisit Jacob en Égypte où il retrouva son fils bien-aimé qu’il croyait mort.
Joseph a mis en réserve beaucoup de nourriture, et il y en aura pour les nations alentour. C’est un témoignage clair : avons-nous mis de côté beaucoup de nourriture spirituelle pour en faire profiter nos semblables ? C’est durant la jeunesse que l’on « emmagasine » le mieux, comme la fourmi qui accumule la nourriture, l’été pour l’hiver (Prov. 6. 6 à 11) ; ensuite la mémoire n’est plus aussi efficace. Sans se mettre en avant, Joseph donne un conseil de sagesse au Pharaon (v. 33 à 36). Il préconise de « rassembler », « d’amasser » et de « garder » (v. 35) un cinquième de toutes les récoltes, durant les sept années d’abondance. C’est plus que « glaner » il s’agit de se pourvoir d’abondance dans la Parole de Dieu, pour plus tard, s’en nourrir en laissant le Saint Esprit nous enseigner. Cela demande un effort journalier : « Considère ce que je dis ; car le Seigneur le donnera de l’intelligence en toutes choses » (2 Tim. 2. 7).
Que ce soit chez Potiphar ou en prison, l’intelligence et la sagesse dans le service de Joseph sont appréciées par ses maîtres (ch. 39. 3, 4, 21 à 23). À son tour, le Pharaon va apprécier ces mêmes qualités, et agir en conséquence avec Joseph (v. 37 à 39). C’est en vivant près du Seigneur, dans sa communion, que nous pourrons faire notre travail à la satisfaction du monde qui, éventuellement nous emploie. Les croyants fidèles savent qu’ils ne servent pas seulement sous le regard des hommes, mais sous l’autorité du Seigneur (Éph. 6. 5 à 7).
La sagesse de Joseph s’exerce pour interpréter les songes, mais aussi pour donner un conseil judicieux au Pharaon (v. 34 à 36), et celui-ci reconnaît que le conseil vient de Dieu (v. 39). L’intelligence spirituelle et la crainte de Dieu conduisent Joseph à discerner la pensée divine (Ex. 31. 1 à 3 ; Prov. 2. 2 à 5 ; Dan. 1. 17). Les voies divines ont conduit Joseph à traverser de douloureuses difficultés ; mais désormais le plan de Dieu va s’accomplir. Joseph a été envoyé devant la famille de son père, pour la conserver en vie au temps de la famine. Et Joseph en aura pleinement conscience, lorsqu’il dira à ses frères : « Ne voyez pas d’un œil chagrin que vous m’ayez vendu ici, car c’est pour la conservation de la vie que Dieu m’a envoyé devant vous… Et Dieu m’a envoyé devant vous pour vous conserver de reste sur la terre, et pour vous conserver la vie par une grande délivrance. Et maintenant, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu » (ch. 45. 5 à 8).
En donnant ce sage conseil, Joseph ne pensait pas à lui-même, mais le Pharaon discerne en lui la sagesse divine, et va très loin en élevant Joseph à la seconde place après lui-même (v. 40 à 43). Cela nous parle du Seigneur Jésus qui, après les souffrances et l’abaissement, connaîtra la gloire (Luc 24. 26 et 27), et devant qui toutes les créatures se prosterneront (Phil. 2. 6 à 11). Joseph élevé, on criait « Abrec » (v. 43). « L’abaissement va devant la gloire » (Prov. 15. 33). Cependant, en idolâtre qu’il est, le Pharaon place Dieu au milieu d’autres dieux (v. 38 et 39) ! Comme Joseph avait été chef sur la maison du Pharaon, le Seigneur est « chef sur sa maison » sur la terre (Héb. 3. 5 et 6).
Quant au Pharaon, dans ce paragraphe, il représente, non pas Dieu en tant que tel, mais l’autorité divine, souveraine et s’exerçant dans sa plénitude, sur son trône (v. 40). Joseph, quant à lui, avait toute autorité sur l’administration du pays, avec l’entière confiance du Pharaon qui lui donne son anneau, sceau de son autorité (v. 42). Le Seigneur dira, en Matthieu 28. 18 : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre ». Toutes choses Lui sont assujetties, même si nous ne le voyons pas encore (Héb. 2. 7 et 8), et il en sera ainsi durant tout le millénium. Ensuite, le Seigneur remettra le royaume à Dieu Lui-même, « afin que Dieu soit tout en tous » (1 Cor 15. 25 à 28).
Le nom que le Pharaon donne à Joseph est inspiré de Dieu « conservateur de la vie, sauveur du monde », il nous ramène au vrai Sauveur, notre Seigneur Jésus (Luc 2. 11).
Enfin, le Pharaon donne une épouse à Joseph : c’est une étrangère au futur peuple de Dieu. Mais elle est un type de l’Église, épouse de Christ glorifié. Et comme Asnath, elle est tirée du monde étranger aux alliances d’Israël (Éph. 2. 11 à 13). Contrairement à l’épouse de Joseph, l’épouse étrangère de Moïse (Ex. 2. 21) est une image de l’épouse de Christ dans le rejet actuel. Enfin, l’âge de Joseph nous est donné : trente ans… l’âge qu’avait le Seigneur lorsqu’Il commença son ministère. De même que « Joseph parcourut le pays d’Égypte » (v. 45), et qu’il rassembla les provisions durant les sept années d’abondance, le Seigneur « allait de lieu en lieu faisant du bien » (Act. 10. 38).
Les sept années de surabondance évoquent l’époque s’étendant de la croix du Seigneur jusqu’à l’enlèvement de l’Église. Période bénie durant laquelle la Parole est répandue richement dans le monde entier, de sorte que chacun peut s’en nourrir et profiter de la surabondance spirituelle actuelle.
Les sept années de famine nous projettent vers la période située après l’enlèvement de l’Église. La Parole de Dieu sera fermée à l’intelligence humaine « le ciel se relira comme un livre qui s’enroule » (Apoc. 6. 14). Plus rien, concernant le ciel, ne sera intelligible aux hommes demeurés sur la terre et sur qui s’abattront les terribles jugements divins ! Époque ténébreuse durant laquelle « Dieu envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité » (2 Thess. 2. 11 et 12). Les hommes connaîtront « une famine d’entendre les paroles de l’Éternel, ils courront çà et là pour chercher la Parole de l’Éternel, et ils ne la trouveront pas » (Amos 8. 11 et 12). Ce sera l’époque de « la grande tribulation », « la détresse de Jacob » (Mat. 24. 21).
Dans notre période de surabondance spirituelle, nourrissons nos âmes fidèlement, et amassons pour un avenir encore incertain. S’étant éloigné de la maison de son père où il profitait de l’abondance, le fils prodigue a connu la famine (Luc 15). De même Élimélec en Ruth ch. 1.
« Revêtez-vous de l’armure complète de Dieu » : en vue des mauvais jours. Apprenons à « manier l’épée de l’Esprit » (Éph. 6. 11 à 13). La vraie nourriture du croyant c’est Christ connu par les Écritures. « Moi je suis le pain de vie ». « Manger sa chair », c’est s’imprégner de Lui et trouver en Lui la force spirituelle dont nous avons besoin chaque jour (Jean 6. 32 à 35, 54 à 56).
Joseph a amassé, avec soin et sagesse, dans chaque ville, la récolte des champs alentour (Gen. 41. 48). « La Parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur » (Rom 10. 8). « Il y a un temps pour amasser » (Éccl. 3. 1 à 5), et Joseph y a été attentif. Amassons, nous aussi, dans ce temps d’abondance.
Dans les noms de ses deux fils. Joseph rappelle ce double don de Dieu : « Dieu m’a fait oublier » et « Dieu m’a fait fructifier », Manassé » (oubli de ses tristes circonstances passées dues à la haine de ses frères) : Dieu se sert de tout pour notre bien (Rom. 8. 28). Et Éphraïm » (double fertilité), évoquant les bénédictions divines, non seulement sur Israël, mais aussi sur les nations qui ont reçu la Parole de Dieu (És. 49. 6). « Me voici, moi et les enfants que Dieu m’a donnés » (Héb. 2. 13).
De toute la terre on venait en Égypte, vers Joseph, pour acheter du blé » (ch. 41. 57). C’était l’ordre du Pharaon « Allez à Joseph ; faites ce qu’il vous dira » (v. 55). Nous devons aller au Seigneur dans toutes nos circonstances. « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés » (Mat. 11. 28). C’est vrai pour le salut de l’âme mais aussi pour tous nos besoins. « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2. 5). Durant la « grande tribulation », le résidu juif devra aller vers « Celui qu’ils ont percé » (Zach. 12. 8 à 14), pour être délivré de ses ennemis.
Si Joseph a été prévoyant pour tous, les Égyptiens, individuellement, ont profité sans souci de l’abondance : quand vient la famine, ils sont démunis du nécessaire, et crient au Pharaon. Accumulons la nourriture spirituelle, durant la période d’abondance : l’avenir nous est voilé.
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jean 7. 37). Soyons animés de cette même précieuse pensée qui animait les disciples quant au Seigneur Jésus : « Auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6. 67 et 68).
Ch. 42
Avec la réalisation de ses songes du ch. 37, dans lesquels il avait vu ses parents et ses frères se prosterner devant lui, une nouvelle période de la vie de Joseph s’ouvre maintenant (v. 6). Si Joseph reconnaît ses frères, ceux-ci ne le reconnaissent pas. Ils semblent avoir oublié leurs péchés contre Joseph : ils ont voulu le mettre à mort ; puis ils l’ont vendu pour quelques pièces d’argent. Enfin, leur péché contre leur père qu’ils ont horriblement tourmenté en lui faisant croire que Joseph était mort, semble oublié aussi.
Joseph qui n’a rien oublié, va s’attacher avec amour à la restauration complète de ses frères. Ce n’est qu’au ch. 50, qu’elle sera complète et définitive. Nous-mêmes, nous pouvons « oublier » un péché non confessé, mais le Seigneur, Lui, ne l’oubliera pas, et nous poussera à la confession en vue de notre restauration. Israël, autrefois, a crucifié son Messie. Dans l’avenir, la discipline divine le poussera à la repentance et à une pleine restauration, lorsqu’il recevra son Seigneur.
Vingt ans s’étaient écoulés depuis que Joseph avait été vendu par ses frères. Lorsque Joseph les reconnaît, il leur parle durement, alors que son cœur s’émeut. Mais, cette dureté apparente produira son plein effet dans leur conscience : ils vont se souvenir de leur propre dureté envers leur frère, dont ils n’avaient pas écouté les supplications (v. 21 et 22). Mais aussi, leur argent qui leur est rendu, leur remet en mémoire leur propre cupidité lorsqu’ils ont vendu leur frère. Enfin, ils devront reconnaître leur péché devant leur père, lorsqu’ils devront lui dire que Joseph vit encore ! Jusque-là, la violence et la corruption caractérisaient leur vie (ch. 34. 25 à 29).
Quel contraste avec la vie de Joseph ! Dieu, n’ayant rien oublié de leurs péchés, voulait les restaurer en leur faisant prendre conscience de leur misère morale, en utilisant l’action sévère de Joseph envers eux : tout d’abord, Dieu permet cette famine sur toute la terre, afin d’amener les frères de Joseph à aller en Égypte pour acheter du blé (ch. 41. 57 ; 42. 1 et 2). Et là, Il les conduit, à leur insu, devant Joseph lui-même qui, aussitôt, commence ce travail de restauration.
Mais l’épreuve dure, et au ch. 43, ils doivent retourner en Égypte pour s’y ravitailler de nouveau ; et cette épreuve pénible les atteint tous, car cette fois, Benjamin va avec eux, comme Joseph l’exigeait. Dieu a toujours des raisons pour nous discipliner (Job 36. 5 à 10). Et dans notre chapitre, au v. 28, ces hommes ont pleinement conscience que Dieu agit envers eux : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? ». C’est toujours Dieu qui nous discipline pour notre bien. Le Seigneur agissait parfois avec une dureté apparente : lors de la maladie de Lazare, il n’intervient qu’après sa mort. La femme cananéenne reçoit une réponse dure, avant d’être exaucée (Mat. 15. 22 à 27). Au puits de Sichar, le Seigneur parle sans détour à la conscience de la femme à la vie dissolue (Jean 4. 10 5. 44 à 47 ; 7. 6 à 8). Mais Dieu veut la vérité et nous devons nous y attacher (2 Jean 1 ; 3 Jean 1).
Joseph, conduit par l’Esprit de Dieu, use de bonté en donnant des vivres à ses frères, mais affiche de la dureté pour les amener à la repentance. Quel contraste entre l’inconscience de ses frères quant à leur état, et la communion de Joseph avec Dieu, qui lui fait discerner ce qu’il doit faire ! Il les amènera à une pleine restauration, contrairement à Jérémie 8. 11 où « la plaie » du peuple était « pansée légèrement ».
Ils se prétendaient d’honnêtes gens (v. 11). En apparence, peut-être ; mais Dieu sonde les cœurs. Paul se disait être le premier des pécheurs. La restauration d’un croyant peut être lente et demande de la patience. Rétablir la communion précipitamment, peut arrêter sa restauration.
Accusés d’être des espions, ils sont plongés dans la détresse, et se défendent de cette accusation en se disant membres d’une seule famille. Mais cette détresse va, peu à peu, les conduire à la confession : le travail de Dieu commence. « Ce n’est pas volontiers que Dieu afflige et contriste le cœur des hommes » (Lam. 3. 31 à 33). Ils vont, enfin, subir trois jours de prison (v. 17), durant lesquels leurs consciences vont être labourées (v. 21 à 24). Se servant de leur propre assertion, Joseph leur dit : « Si vous êtes d’honnêtes gens » faites-en la preuve (v. 19).
Joseph va amener ses frères qui ont très mal agi envers lui, à se trouver devant Dieu. Le résultat de son travail progressif est évident dans les paroles successives qu’ils prononcent : « Nous sommes d’honnêtes gens » (v. 11). « Nous sommes coupables » (v. 21). « Son sang est redemandé » (v. 22). « Qu’est-ce que Dieu nous a fait » (v. 28). « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » (ch. 44. 16).
Joseph n’agit pas ainsi par vengeance, mais pour ramener ses frères à la communion avec Dieu et avec lui, dans la repentance et la confession. Seule la discipline pouvait produire ce fruit. Ils sont mis à l’épreuve, ainsi que leurs paroles (v. 15 et 16). C’est le travail secret et béni dans une âme ayant bonne opinion d’elle-même (v. 21). Brusquement, l’épreuve fait remonter à la surface de la conscience tout ce qui était enfoui dans les cœurs : leur péché commun.
Ruben, absent lorsque Joseph a été vendu aux Ismaélites, proteste de son « innocence » ; mais il omet de dire qu’il était présent et consentant, pour tremper la tunique de Joseph dans le sang et l’envoyer à leur père, avec ses mots durs. « Reconnais si c’est la tunique de ton fils ou non » (ch. 37. 32). « Ton fils » disent-ils et non pas « notre frère ». Quelle cruauté ! Ce n’est pas cette fausse innocence de Ruben qui lui conférera une quelconque autorité morale : son père ne l’écoutera pas (ch. 42. 37 et 38). C’est Juda qui prendra la prépondérance sur ses frères, et qui emportera le consentement de Jacob (ch. 43. 8 à 11). Nous sommes exhortés à aimer tous les frères, même si l’un d’eux nous a fait du tort : « quiconque hait son frère est un meurtrier » (1 Jean 3. 15).
Ses frères étaient loin de penser que Joseph comprenait ce qu’ils se disaient entre eux. Cela nous rappelle que le Seigneur connaît tout de nous, jusqu’aux pensées les plus secrètes (Ps. 139). Bien qu’il ait beaucoup souffert de la part de ses frères, Joseph verse sur eux des pleurs d’affection. Il est un type de Christ qui, Lui aussi, pleure sur les hommes, devant les ravages du péché (Jean 11. 35), ainsi que sur Jérusalem (Luc 19. 41 à 44).
Au ch. 42. 24, Joseph lie Siméon devant ses frères ; et cela leur rappelle qu’ils l’avaient lié, lui, autrefois (ch. 37. 28). Puis il leur rend leur argent, leur rappelant qu’ils l’avaient vendu pour de l’argent. « Certainement, vous êtes des espions » (ch. 42. 16). Joseph sait que cette accusation est injuste, mais le fruit attendu est produit : ils comprendront leur culpabilité. Les injustices que nous pouvons subir sont permises par Dieu qui nous aime, et qui veut, de toutes manières, nous faire du bien : « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé » (Ps. 51. 17). Pourtant, le brisement du cœur ne se produira pas tout de suite. À leur père, ils diront : « L’homme nous a parlé durement, et nous a traités comme des espions » (v. 29 à 31). Dans le caravansérail, ils comprennent l’intervention de Dieu, en discipline : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » (v 28). Plus tard, pour son peuple, Dieu donnera des instructions précises quant au comportement qu’il devait observer pour un frère pauvre (Lév. 25. 39 à 41).
Joseph semble agir à l’encontre de cela : il lie l’un de ses frères et, d’un autre côté, il leur donne des provisions et leur rend leur argent. Mais Dieu poursuit son travail dans leurs cœurs. Jacob, accablé par les épreuves, dit, amèrement : « Toutes ces choses sont contre moi » (v. 36). Mais, le Dieu de bonté s’apprête à lui rendre son fils Joseph.
En contraste, on voit une grande foi dans le cœur de la femme de 2 Rois 4. 23 à 26. Son fils est mort, et pourtant elle dit : « tout va bien », sachant que l’homme de Dieu le ressuscitera. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8. 28).
Sans la communion avec Dieu, « le cœur leur manqua » (v. 28). La grâce divine est, soit repoussée, et la peur en résulte – soit acceptée, et l’on désire, dès lors, se trouver dans la lumière de Dieu (Ps. 139. 1 à 24). Sans conscience de péché », approchons-nous librement du Dieu de grâce : telle doit être notre attitude de croyants. Si nous avons péché, confessons-le tout de suite afin de rétablir la communion.
Jésus, notre « avocat », plaide pour nous devant Dieu (1 Jean 2. 1 et 2). « Le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7). Mais gardons-nous de pécher volontairement « afin que la grâce abonde » (Rom. 6. 1).
Ch. 43
C’est la peur qui domine les frères de Joseph (v. 18), car leur conscience n’est pas à l’aise parce qu’ils n’ont guère de communion avec Dieu. Seul, celui qui peut se confier entièrement en Dieu peut jouir de la paix. Le préposé sur la maison de Joseph, figure du Saint Esprit, leur dit : « Paix vous soit, ne craignez pas » (v. 23). Le Saint Esprit nous dit : « Ne craignez pas leur crainte, et ne soyez pas troublés » (1 Pier. 3. 14). Lavés dans le sang du Seigneur, ne craignons pas.
Quant à Jacob, accusateur et troublé, il est malheureux : « Toutes ces choses sont contre moi » (ch. 42. 36), et Dieu doit poursuivre son travail en lui afin que sa foi devienne paisible. Paul peut parler de sa « légère tribulation d’un moment ». Ces circonstances restent incompréhensibles pour les frères de Joseph ; mais Dieu travaille dans leur cœur pour leur « faire du bien à la fin ». Jacob, de son côté, montre la différence qu’il fait entre les enfants de Rachel et les enfants de Léa : Joseph et Benjamin occupaient une place spéciale dans son cœur.
La famine continue, et Dieu s’en sert pour amener les frères de Joseph à la repentance ; mais aussi pour produire en Jacob une foi paisible qu’il connaîtra à la fin « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8. 28). La vie tourmentée de Jacob a conduit Dieu à lui envoyer des épreuves. Mais Dieu les mesure toujours pour les siens. Au ch. 42. 38, Jacob refuse fermement la proposition de Ruben ; il acceptera pourtant celle de Juda, plus sobre dans ses paroles (ch. 43. 11 à 14). C’est lui qui avait proposé de vendre Joseph aux Ismaélites ; mais le travail de Dieu en lui l’amènera à protéger Benjamin (ch. 43. 18 à 34), innocent de leur crime passé : c’était le fruit de la repentance (Luc 15. 17 à 19).
Jacob cède enfin à Dieu, car c’était Sa volonté que Benjamin paraisse devant Joseph : il sera un jalon dans le travail de repentance dans les cœurs coupables de ses frères (ch. 44. 16 et 17). Déjà privé de Joseph, Jacob connaîtrait une douleur incurable, s’il perdait aussi Benjamin, mais que la volonté de Dieu se fasse ! « Un cœur brisé et humilié » a toujours la faveur de Dieu (Ps. 51. 17). Quand l’homme atteint ses limites, Dieu peut agir. N’ayant pas reconnu Joseph, ses frères doivent répondre aux questions pertinentes qui leur sont posées ; mais eux ne savaient pas ce qui allait se passer (v. 6 et 7).
Le vieux Jacob est toujours là : il veut, maintenant qu’il a cédé, se concilier la faveur de l’homme (v. 11 à 13) ; comme il avait fait lors de sa rencontre avec Ésaü (ch. 32. 20). L’homme veut toujours donner quelque chose pour obtenir la faveur de Dieu, alors qu’il n’a rien. On manque de la nourriture essentielle, et l’on offre un présent qui ne nourrit pas. Que sera ce pauvre présent pour le puissant seigneur du pays ? L’argent qu’ils avaient retrouvé à l’entrée de leur sac (ch. 42. 27 et 37), c’est Joseph qui le leur avait rendu ; et c’est lui qui avait payé le blé qu’ils avaient emporté pour leur nourriture. C’était Joseph le donateur auquel il fallait aller pour être nourri. Il était « le soutien de la vie » (41. 45), beau type du Seigneur donnant la vie éternelle que nous ne pouvons acheter (És. 55. 1 ; Éph. 2. 8 et 9).
Au v. 14. Jacob introduit Dieu dans ses circonstances : « Le Dieu Tout-puissant », reprenant le caractère sous lequel Il s’était révélé à Abraham (ch. 17. 1), et connu sous ce nom par les patriarches. À Moïse et au peuple, Il se révélera sous le nom d’Éternel ». À nous, le Seigneur nous l’a révélé comme « Père » (Jean 20. 17). Après les avoir traités d’espions, Joseph, maintenant les traite comme des hôtes qu’il comble d’honneur (v. 16 et 17). Quant à eux, c’est la peur qui les domine (v. 18 à 22). Dieu poursuit son travail en vue de leur bénédiction. La réponse du préposé (v. 23) les déconcerte, mais l’homme (figure du Saint Esprit, comme « l’hôtelier » et « l’esclave » de Luc 10. 35 ; Luc 14. 23), connaît bien la pensée de Joseph et parle en son nom. L’invitation de ses frères à manger avec lui était incompréhensible pour ces hommes durs et habitués aux affaires. Mais le travail de Dieu achevé, Il pourra leur révéler que c’était « pour la conservation de leur vie » que tout cela était arrivé (ch. 45. 5 à 8).
L’homme préposé sur la maison de Joseph est un type du Saint Esprit, et l’on retrouve en plusieurs endroits de la Parole un personnage anonyme jouant ce rôle. En Jean 16. 13 à 15, le Saint Esprit est appelé « l’Esprit de vérité » ; le Seigneur dit de lui « Il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera » (v. 14). Le Père et le Fils sont les objets de notre adoration, mais c’est le Saint Esprit qui produit cette faculté d’adorer ; et il agit en pleine communion avec les deux autres Personnes de la divinité.
En Luc 14. 16, 17 et 21, Il est assimilé à un esclave devant amener les gens au « grand souper » de Dieu, et à les contraindre d’entrer. C’est bien le rôle du Saint Esprit de contraindre les âmes d’accepter le salut par grâce. Dans la parabole du bon samaritain (le Seigneur Jésus), Il est comparé à un « hôtelier » prenant soin de l’homme blessé. Dans notre chapitre, le « préposé » prend soin, avec l’empressement de l’amour, des voyageurs : ils lavent leurs pieds, et du fourrage est fourni à leurs ânes. Ses soins parlent aux cœurs des frères de Joseph. Au ch. 44, Il parlera à leur conscience. À la Samaritaine, le Seigneur parle d’abord à son cœur, puis à sa conscience et, ainsi, l’amène à Lui.
Le serviteur de Joseph agit de trois manières : Il leur donne la paix (v. 23) ; le Saint Esprit nous amène à nous confier au Seigneur et nous jouissons de sa paix. Il lave leurs pieds (v. 24) ; Le Saint Esprit applique la Parole à nos cœurs et nous lave de nos iniquités. Enfin, Il parle à leur conscience (ch. 44. 4 à 6) ; le Saint Esprit convainc de péché (Jean 16).
Les frères de Joseph se prosternent encore devant lui (v. 26) et lui offrent le présent qu’ils avaient apporté. Mais Joseph poursuit son but : la restauration de ses frères. Quelle folie de vouloir donner quelque chose à Dieu pour « s’assurer » le salut ! C’est Lui qui donne gratuitement. S’il y avait eu une parcelle de « bon » en nous, le Seigneur n’aurait pas eu à souffrir la mort.
Ils se prosternent (se jettent à terre note b). « L’orgueil va devant la ruine » ; Mais là, ils sont humiliés et en proie à la peur. Joseph s’enquiert de leur bien-être et de son père, montrant ainsi son affection pour lui (v. 27). Il pouvait craindre que ce vieillard meure entre-temps ; mais il jouira de sa présence dix-sept ans encore. Il n’a jamais cherché la vengeance, mais le bien de ses frères, patiemment : « Ne rendant à personne mal pour mal » « ne vous vengeant pas vous-mêmes, bien-aimés » (Rom. 12. 17 et 19). Les affections de Joseph pour Benjamin, ce jeune frère, fils de sa propre mère, âgé d’une dizaine d’années lorsqu’il l’avait quitté, et maintenant un homme, sont profondes ; son cœur est touché en le revoyant, et il se cache pour pleurer (v. 29 et 30). « … mes entrailles se sont émues pour lui » (Jér. 31. 20). « Les entrailles et les compassions » de Dieu sont souvent associées dans la Parole (És. 63. 15).
Revêtez-vous donc d’entrailles de miséricorde » (Col. 3. 12). « … les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (Luc 1. 76 et 77). Il lui a dit « Dieu te fasse grâce, mon fils ».
Entendre Joseph parler de Dieu aurait dû le faire reconnaître de ses frères. Mais « leurs yeux étaient retenus, de manière qu’ils ne le reconnurent pas » (Luc 24. 16). À table avec Joseph, ils doivent manger « à part », car le péché fait séparation tant qu’il n’est pas confessé. Joseph les a fait asseoir selon leur âge qu’il connaissait bien, et leur fait porter les mets de devant lui ; de plus, il octroie une part à Benjamin cinq fois plus grande.
Ch. 44
Au ch. 44, on assiste au dénouement : Benjamin, innocent de leur ancien crime et du vol supposé de la coupe de Joseph, est accusé et menacé d’être retenu comme serviteur. Mais les frères de Joseph, sans pitié pour lui, autrefois, plaident ardemment pour Benjamin et pour leur père. Le travail divin dans leurs cœurs s’achève (v. 16 à 34). Ils ont dépouillé tout égoïsme ; et Juda, autrefois l’instigateur de leur péché contre Joseph (ch. 37. 26 et 27), plaide maintenant avec beaucoup de chaleur pour leur père et Benjamin.
Dieu se sert des circonstances difficiles ou injustes pour nous ramener à Lui (Jér. 3. 31 à 33). « L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni » (Job 1. 21).
Joseph a attendu que Dieu achève son travail dans le cœur et la conscience de ses frères ; et il ne leur adresse aucun reproche.
Ch. 45
Au ch. 44, on ne voit pas les frères de Joseph confesser leurs péchés envers lui et leur père Pourtant, au v. 16, ils ont pris conscience que « Dieu a trouvé leur iniquité ». Puis ils plaident pour Benjamin et Juda, évoquent de façon pathétique la peine de leur père s’il perdait son plus jeune fils. On ne peut que voir le travail profond de Dieu dans leurs cœurs. Devant ce retour sans ambiguïté de ses frères, « Joseph ne put plus se contenir » (ch. 45. 1) « il laissa éclater sa voix en pleurs » (v. 2). Ses entrailles se sont émues, nous rappelant la parabole du berger se réjouissant de retrouver sa brebis perdue (Luc 15. 4 à 6). Le père, retrouvant son fils prodigue revenant avec repentance, « courant à lui se jeta à son cou » (v. 20).
Au ch. 43. 30, Joseph, ému en reconnaissant ses frères, avait dû se retirer pour pleurer. Mais maintenant, la restauration de ses frères est parvenue à son terme il se manifeste ouvertement à eux, mais il n’y aura pas de témoins (v. 1) ; et nul n’entendra ce que ses frères ont fait, autrefois (v. 4 à 8). Il y a, dans la vie du croyant, des moments de stricte intimité avec son Seigneur : des confessions qui doivent rester secrètes.
Joseph pleure huit fois dans ces chapitres (ch. 42. 24 ; 43. 30 ; 45. 2, 14 et 15 ; 46. 29 ; 50. 1 et 17). Dans ce dernier verset, Joseph pleure de tristesse en voyant le manque de confiance de ses frères qui craignent sa vengeance. Mais l’amour de Joseph a pardonné. De même, « Dieu est fidèle et juste pour pardonner nos péchés » (1 Jean 1. 9). Mais la confession et la repentance sont indispensables pour rétablir la communion avec Lui. Il est impossible que nous perdions notre salut acquis définitivement à la croix du Seigneur Jésus ; mais, sans la communion, nous pouvons perdre la joie du salut.
Ses frères sont « troublés » devant Joseph lorsqu’il se fait reconnaître, car il est devenu un grand personnage. Mais il les rassure, comme plus tard, le Seigneur rassurera les disciples qui croyaient voir un esprit « Paix vous soit » (Luc 24. 37). Ici, Joseph, sitôt après s’être fait reconnaître, s’enquiert de son père « Je suis Joseph. Mon père vit-il encore ? » (v. 3). Il manifeste son intérêt pour son père âgé, et leur dit « Hâtez-vous ». Il veut que son père sache rapidement qu’il vit encore, et qu’il apprenne à quelle gloire Dieu l’a élevé (v. 13). Qu’en est-il de nous pour nos parents, surtout dans leur âge avancé ? Et puis, dans son amour pour ses frères, il désire qu’il n’y ait plus de distance : « Approchez-vous de moi ». Enfin Joseph ne leur cache pas leur responsabilité (v. 4), mais il discerne le plan divin derrière les faits (v. 5 à 8).
Il en est toujours ainsi : derrière les circonstances, il y a toujours les plans de Dieu en bien, et c’est une consolation pour nous (Jér. 3. 38 ; Rom. 8. 28). Tous les hommes sont responsables de la crucifixion du Seigneur ; mais c’était le plan de Dieu pour la rédemption des hommes qui s’accomplissait (Act. 2. 22 et 23). « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses ? » (Luc 24. 16 et 46). Joseph, dans les plans divins, était « le conservateur de la vie » pour l’Israël futur, descendance de Jacob (v. 5 et 7). Le Seigneur est le « conservateur » de la vie éternelle pour tous ceux qui croient en Lui.
Joseph veut entretenir sa famille dans le « pays de Goshen », le meilleur de l’Égypte, près de lui (v. 10). De même, la volonté du Seigneur, pour chacun de nous, c’est que nous soyons « bien près » de Lui (1 Sam. 22. 1 et 2, 20 à 23), afin de nous protéger et de nous bénir. « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, Je vous donnerai du repos » (Mat. 11. 28).
Si les frères de Joseph devaient raconter sa gloire à leur père, combien plus, nous-mêmes, devons-nous raconter la gloire du Seigneur à son Père et notre Père (Marc 5. 19) ! Sachons apporter à Dieu « le parfum du nom de Jésus ». Enfin, « ses frères parlèrent avec lui » (v. 15).
Que Dieu nous aide à voir les gloires variées du Seigneur, ses gloires passées, présentes pour les yeux de la foi, et futures qui nous sont révélées dans la Parole.
Joseph veut que sa famille soit auprès de lui et jouisse du meilleur du pays d’Égypte. Mais Dieu se sert du Pharaon comme d’un « canal » pour la bénédiction de Jacob et de sa maison. Des dispositions sont prises pour faciliter le voyage (v. 16 à 19). Le Seigneur veut nous avoir auprès de Lui pour nous combler de ses meilleures bénédictions. Ni le Pharaon ni ses serviteurs n’apprendront jamais ce qu’ont fait les frères de Joseph, ni ce que celui-ci leur a dit. Cependant, la « rumeur » de la venue des frères de Joseph en est parvenue jusqu’au grand roi d’Égypte, et il s’en réjouit (v. 16) !
Au ch. 43, Jacob avait envoyé au « gouverneur » de l’Égypte, ce qu’il y avait de meilleur au pays de Canaan : des choses attrayantes, mais qui ne nourrissaient pas. Joseph, lui, envoie « dix ânes chargés de ce qu’il y avait de meilleur en Égypte, et dix ânesses chargées de blé, et de pain, et de vivres pour son père » (v. 23). Et « le pays de Goshen », la partie la plus riche d’Égypte, leur est réservée. Dans le Seigneur Jésus, nous avons « une meilleure espérance… une meilleure alliance… des biens meilleurs et permanents » (Héb. 7. 19 ; 8. 6 ; 10. 34). « Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières » (Jac. 1. 16 et 17). Nos propres ressources ne peuvent nourrir personne ; le Seigneur seul suffit pour la nourriture spirituelle de tous.
La repentance des frères de Joseph envers lui, prophétise la repentance encore future d’Israël, vis à vis du Seigneur qu’il a crucifié autrefois, et dont il ne s’est jamais repenti. Il devra connaître « la détresse de Jacob » juste avant l’établissement du règne du Seigneur, qui apparaîtra alors sur la montagne des Oliviers au résidu fidèle d’alors, qui reconnaîtra son Messie en voyant « celui qu’ils ont percé », et se repentira (Zach. 12). Jacob lui, dans ces versets où il ne crut pas ses fils qui lui disaient que Joseph vivait encore et qu’il gouvernait l’Égypte, est le type d’Israël qui, ayant vu le Seigneur mort sur la croix, le croit toujours mort, n’ayant pas cru en Lui. Jacob avait vu la tunique de son fils couverte de sang. Enfin, sur l’insistance de ses fils, et voyant les chariots, les yeux de la foi s’ouvrent.
De même, Israël, à l’aube du millénium, s’ouvrira à la foi pour son Messie. Comme les frères de Joseph avaient reçu des vêtements de rechange pour la route, les croyants sont en route pour voir la gloire du Seigneur (Jean 17. 24) À leur conversion, moralement, ils changent de comportement : c’est le témoignage extérieur (les vêtements de rechange). « Que vos yeux ne regrettent pas vos meubles » (v. 20).
Sur quoi ou sur qui les yeux de notre cœur sont-ils fixés ? Pensons à nos biens spirituels dont nous pouvons déjà jouir, dans une mesure, mais bientôt, à la perfection dans le ciel, dans la vie éternelle (Marc 10. 28 à 30).
« Prenez votre père et vos familles » (v. 18). Que nos prières montent constamment vers Dieu, pour toute notre famille, afin que nul ne reste en arrière. Les frères de Joseph sont exhortés à ne pas se quereller en chemin. Ils devaient être occupés de Joseph et de son amour, ainsi que de la promesse de jouir du meilleur de l’Égypte. Quant à nous, soyons occupés du Seigneur et de sa promesse de nous introduire bientôt dans le ciel avec Lui, afin d’être en paix entre nous. Et gardons-nous des querelles (Col. 3. 12 Gal. 5. 15 et 19 ; Jac. 3. 14). « Celui qui sème des querelles entre des frères est en abomination à l’Éternel » (Prov. 6. 16 à 19). L’amour doit régner entre les frères (Philadelphie : amour des frères).
La pensée de retrouver Joseph vivant pousse, seule, Jacob à se lever et à partir : c’est l’énergie de la foi. « Joignez à votre foi la vertu » (2 Pier. 1. 5). L’énergie de la foi (la vertu), doit aussi nous caractériser, pour marcher avec le Seigneur. En pensant à toutes les promesses spirituelles qui sont les nôtres, disons comme le psalmiste « ma coupe est comble » (Ps. 23. 5). En retrouvant Joseph vivant, Jacob retrouve « l’héritier » des promesses divines. Comme tout à nouveau, l’avenir s’ouvre devant ses yeux !
Quant à nous, réunis autour du Seigneur, nous jouissons déjà de sa promesse : « Là où deux ou trois sont réunis à mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Mat. 18. 20).
Ch. 46
Avant de descendre en Égypte, Jacob a à cœur de monter à Beër-Shéba, (le puits du serment). Dieu y avait fait la promesse à Abraham, de multiplier sa semence et de le bénir (ch. 22. 15 à 19). Il renouvelle sa promesse à Jacob qui offre un sacrifice (v. 1er).
Beër-Shéba est aussi le lieu où Abraham, et ensuite Isaac, avaient fait un serment avec Abimélec, roi des Philistins (ch. 21. 31 ; 26. 23). C’est là que l’Éternel apparaît à Jacob et l’encourage à descendre en Égypte. Abraham avait commis la faute de descendre en Égypte, et il s’en était suivi de lourdes conséquences. Isaac, lui, en avait été empêché par Dieu Lui-même. Mais, pour Jacob, c’est en Égypte, en effet, que Dieu va multiplier sa descendance. Dieu n’use pas des mêmes voies pour tous. Prophétiquement, on peut y voir le futur peuple de Dieu qui, exilé dans les nations après avoir crucifié son Messie, s’y est multiplié au point d’y devenir « un grand peuple ». C’est en Égypte que Jacob et les siens vont jouir sans restriction du meilleur du pays, tandis que Joseph gouverne et administre l’Égypte.
On peut y voir une autre prophétie, nous amenant au règne de Christ et à son administration parfaite, où Israël jouira du meilleur des bénédictions terrestres caractérisant le millénium, pour toutes les nations, certes, mais surtout pour le peuple de Dieu.
Rien de ce qui appartient à Jacob ne reste en arrière (v. 5 à 7). Prions beaucoup le Seigneur, pour ceux de nos familles encore étrangers à la grâce. Lorsque Jacob prend conscience que Joseph est vivant, il n’hésite plus. « Israël partit » (v. 1). C’est un élan de son cœur ! Peut-être, Jacob a-t-il eu quelque hésitation pour partir en Égypte. Aussi, va-t-il d’abord à Beër-Shéba pour y adorer. Mais Dieu l’invite à partir sans crainte (v. 3).
Au ch. 28. 13, l’Éternel apparaît à Jacob, au sommet d’une échelle il lui avait fait la promesse d’être avec lui et de le ramener ; mais il reste sur l’échelle. Jacob, en mauvais état spirituel, Dieu n’avait pas de contact direct avec lui. Mais ici, l’Éternel lui dit : « Je descendrai avec toi en Égypte » (v. 4). Dieu n’est plus « sur l’échelle » mais, dans une heureuse communion, Dieu peut « descendre ». Le Seigneur encourage les siens en disant : « Je suis avec vous tous les jours » (Mat. 28. 20). Dieu accomplit toujours ses promesses.
Jacob montrera sa foi lorsqu’il fera promettre à Joseph de l’enterrer dans le pays de la promesse, et non en Égypte (ch. 47. 30). Fidèle à Lui-même, l’Éternel fera remonter le peuple d’Égypte, en Canaan (Ex. 12. 51). Souvent, dans la Parole, comme ici (au v. 2), Dieu appelle deux fois « Jacob, Jacob ». Cela marque un appel solennel, à des moments décisifs de la vie d’Abraham, de Moïse, de Samuel, de Marthe, de Saul… Le Seigneur nous connaît personnellement. Ici, il appelle Jacob par son nom significatif : « Usurpateur ». Mais en même temps, Il lui montre son amour et ses soins. Et cela est encourageant pour nous. Il connaît tout de nous, et Il nous aime.
Il se présente à Jacob comme « le Dieu de son père » : Il ne change pas. Autrefois indépendant, Jacob est devenu dépendant, obéissant, et ne veut pas partir sans connaître la volonté de Dieu. Les cinq premiers versets révèlent la communion, l’obéissance et l’adoration. Puis, tous partent, en utilisant les moyens envoyés par le Pharaon. Dieu a noté par ordre tous les fils de Jacob, désignés avec leurs mères respectives. Mais, c’est seulement pour Rachel, la bien-aimée de Jacob, qu’il est dit : « Rachel, femme de Jacob » (v. 19). Les trois autres, imposées à Jacob par la fourberie de Laban, n’avaient pas la même position, ni devant Dieu, ni devant Jacob.
Aux soixante-six personnes nommées, il faut ajouter les femmes de ses fils (v. 26), Jacob lui-même, Joseph et ses deux fils ; en tout, soixante-quinze (Act. 7. 14). Dieu utilise un Juda restauré, pour préparer le chemin, et l’envoie au-devant de Joseph qu’il avait vendu autrefois. La tribu de Juda est responsable de la mort du Seigneur. C’est cette tribu qui Le recevra et préparera le terrain aux autres tribus, pour le millénium. Un amour ardent lie Jacob et Joseph (v. 29 et 30). L’épreuve est terminée pour Jacob. Comblé d’avoir recouvré Joseph, il estime pouvoir quitter la scène (v. 30) ; mais il vivra encore dix-sept ans en Égypte (47. 28). Israël, recevant son Messie, dira plus tard « ma coupe est comble » (Ps. 23. 5).
C’est après la pleine restauration de ses frères, que Joseph les appelle « mes frères » (v. 31 ; ch. 47.1). Il a fallu la rédemption accomplie par la mort du Seigneur et sa résurrection, pour qu’Il puisse appeler les siens « mes frères » (Jean 20. 17 ; Héb. 2. 11 et 12). Ce dernier verset cite le Psaume 22. 22, concernant tout d’abord Israël : toute la semence de Jacob.
Joseph a pleinement pardonné à ses frères coupables. De même, le sang du Seigneur versé sur la croix a une pleine efficacité pour « nous purifier de tout péché » (1 Jean 1. 7). Le Pharaon du temps de Joseph n’est pas celui que l’on trouve dans l’Exode où il prendra un caractère satanique. Ici, il représente Dieu, au-dessus de tous, exerçant l’autorité suprême (ch. 47. 6).
Joseph met sa famille à part des Égyptiens, dans le pays de Goshen, la meilleure partie de l’Égypte, et il dit au Pharaon : « mes frères… sont venus vers moi » (v. 31). Égaré loin de son Dieu, Israël entendra, plus tard, l’exhortation de l’Éternel « Si tu reviens, Israël, reviens à moi » (Jér. 4. 1). C’est ce que les frères de Joseph avaient fait, de cœur. Lorsque le Seigneur était au milieu de son peuple, il a été méprisé, bafoué, haï et rejeté.
Mais, dans l’avenir, un petit nombre de Juifs Le reconnaîtra comme étant le Messie promis, et Le recevra de cœur. Israël en Égypte, mis à part du peuple du pays, n’a pas tardé à se détourner de son Dieu pour adorer les dieux égyptiens. Josué devra lui dire : « Ôtez les dieux que vos pères ont servis de l’autre côté du .fleuve et en Égypte, et servez l’Éternel » (Jos. 24. 14). Le Pharaon invite Joseph à faire habiter sa famille dans la « meilleure partie du pays » (47. 6 et 11). Nous qui sommes dans le monde sans Dieu où règne la « famine » spirituelle, la « meilleure partie du pays » représente sans aucun doute l’Assemblée lors des rassemblements, où l’on trouve de la nourriture spirituelle (47. 11 et 12).
Joseph ne cache pas à sa famille le mépris des Égyptiens pour tous les bergers ; mais il ne les incite pas à abandonner cette occupation qui est la leur, afin de les garder de l’opprobre, au contraire : « Sortons vers lui (Christ) hors du camp, portant son opprobre » (Héb. 13. 13). D’abord adressée aux Juifs devenus chrétiens qui devaient sortir du judaïsme, cette exhortation est pour tous les croyants qui doivent se séparer moralement du monde, et même du monde religieux qui ne reconnaît pas la saine doctrine, même si nous y avons de chers frères.
Il semble qu’un roi possédant de nombreux troupeaux avait conquis l’Égypte, ce qui aurait provoqué la haine des Égyptiens pour les bergers. Quelle que soit notre occupation, ne l’abandonnons pas à notre conversion, dans la mesure où elle est compatible avec le témoignage ; mais, exerçons-la avec fidélité devant nos supérieurs, tout en gardant l’obéissance au Seigneur (1 Cor. 7. 18 à 24). Fidèle devant le roi de Babylone qu’il servait, Néhémie était en faveur auprès de lui, et a été exaucé. Le Seigneur Lui-même se nomme « le bon Berger », et Il a été haï du monde et de son peuple. Abel, le premier, était berger, et son frère, homme du monde, qui le haïssait, l’a tué. David, type du Seigneur, était berger. L’Assemblée a besoin de « bergers » rassembleurs, et non de chasseurs qui dispersent.
En Goshen, Dieu a pris soin de son peuple, particulièrement lors de l’exode il a été protégé des plaies que Dieu a suscitées en Égypte : les mouches venimeuses, les ténèbres etc… (Ex. 8. 20 à 23 ; 10. 21 à 23). Lorsque les Égyptiens ont voulu les poursuivre, la colonne de nuée s’est interposée entre Israël et les Égyptiens : « et elle fut pour les uns, une nuée et des ténèbres, et pour les autres elle éclairait la nuit » (Ex. 14. 19 et 20). Dieu nous garde toujours à travers les difficultés. Soyons occupés des choses d’en haut, même si le monde ne comprend pas nos motifs : le Seigneur, Lui, les apprécie et nous garde : « Je suis avec vous tous les jours » (Mat. 28. 20).
Ch. 47
Au ch. 46. 31, Joseph avertit ses frères de ce qu’il dira au Pharaon : « Mes frères et la maison de mon père… sont venus vers moi ». Mais devant le Pharaon, il ne dit pas « vers moi », Il s’efface humblement, devant celui qui est au-dessus de lui (ch. 47. 1). Cependant le Pharaon, clairvoyant, lui dit lui-même au ch. 47. 5 : « Ton père et tes frères sont venus vers toi ».
Prophétiquement, le Seigneur dira « Me voici, moi et les enfants que Dieu m’a donnés » (Héb. 2. 13). Joseph est un médiateur entre le Pharaon, représentant l’autorité de Dieu, et le Seigneur Jésus qui « n’a pas honte de les appeler (les croyants) ses frères » (Héb. 2. 11 et 12). Et, comme le Seigneur nous enseigne ce que nous devons dire au Père de sa part (Jean 16. 23), Joseph met dans la bouche de ses frères, ce qu’ils doivent demander au Pharaon (ch. 46. 33 et 34).
Très jeunes, les enfants adressent leurs prières au Seigneur, apprenons-leur aussi à prendre conscience de notre position bénie d’enfants devant notre Père céleste : le Saint Esprit nous fait dire : « Abba, Père ». « Il prend de ce qui est à Christ et nous le communique » (Jean 16. 14). Mais si le Seigneur nous aide « merveilleusement », prenons garde à ne pas nous « élever dans nos cœurs » jusqu’à nous perdre (2 Chron. 26. 15 et 16). Joseph, très beau type de Christ, d’abord maltraité et éprouvé, a été élevé en dignité par le Pharaon, et l’on criait devant lui : « Abrec » (qu’on s’agenouille) (ch. 41. 43).
Mais il reste humble et déférent devant celui qui est plus haut placé que lui. Il ne prend pas sur lui d’installer sa famille dans la meilleure partie du pays sans l’ordre du Pharaon. Prenons garde à l’orgueil spirituel, le pire de tous. L’humilité de Joseph se manifeste en présentant au Pharaon, cinq de ses frères seulement : le chiffre cinq représente la faiblesse humaine. Dans son amour pour eux, il a mangé avec ses frères, alors qu’ils n’étaient pas encore restaurés (ch. 43. 32 à 34). Bien que les bergers soient en abomination pour les Égyptiens, le Pharaon établit ces Hébreux dans la partie la plus riche de l’Égypte. Bien que haïs du monde à cause de Christ (Jean 15. 18 et 19), nous devons aimer, non le monde ennemi du Seigneur, mais tous les hommes. À Israël, l’Éternel dit : « Tu n’auras pas en abomination l’Égyptien, car lu as séjourné comme étranger dans son pays » (Deut. 23. 7), bien qu’il y ait servi durement ! Dans l’avenir, l’Égypte sera étroitement liée à Israël, car elle a accueilli la famille de Joseph ; puis, la famille terrestre du Seigneur, le préservant ainsi des intentions criminelles d’Hérode. Autant pour Israël que pour le Seigneur, Dieu dit « J’ai appelé mon fils hors d’Égypte » (Osée 11. 1 ; Mat. 2. 15).
Selon l’attitude de ce monde vis à vis de son peuple, Dieu tient compte de ces choses dans son gouvernement. « Le cœur d’un roi, dans la main de l’Éternel, est des ruisseaux d’eau ; II l’incline à tout ce qui lui plaît » (Prov. 21. 1). Le Pharaon, ignorant du comportement antérieur des frères de Joseph, pense qu’ils en sont le reflet moral, et leur fait confiance. Nous savons quel profond travail Dieu a dû opérer en eux !
Le travail de Dieu en nous, nous fait-il reconnaître comme ayant « été avec Jésus » ? Sommes-nous « la bonne odeur de Christ » au milieu de ce monde ? Pour nous, la meilleure partie du pays, c’est là où se trouve le Seigneur, lorsque nous sommes réunis en son nom, là où Il nous nourrit de sa Parole. Répondons à toutes ses invitations. Si les frères de Joseph jouissaient de l’abondance du pays, ils devaient servir le Pharaon, selon leurs capacités (v. 6). Nous aussi, nourris abondamment de la Parole de Dieu, nous devons servir le Seigneur, selon ce qu’Il place devant nous, avec les capacités qu’Il nous donne.
La vie de Jacob manifeste le Dieu de la grâce qui est le même pour nous. Au ch. 33. 3, Jacob se prosterne « par sept fois » devant son frère, son égal. Mais ici, présenté au plus puissant monarque de l’époque, il ne se prosterne pas ; mais dans la conscience de sa dignité d’homme de Dieu et objet de sa grâce, il entre, bénit le Pharaon, et le bénit de nouveau en sortant (v. 7 à 10). Mais Jacob n’est qu’un canal d’où coule la bénédiction de Dieu vers le Pharaon : c’est le prince de Dieu qui bénit un prince de ce monde… sans orgueil ni prétention, mais humblement « Le moindre est béni par le plus excellent » (Héb. 7. 7).
Contrairement au ch. 43. 11, Jacob n’offre pas de présent au Pharaon mais il le bénit deux fois. Jacob est là, la bouche de Dieu qui bénit le monarque. Dans son humilité, il a conscience de sa dignité d’homme de Dieu en communion avec Lui. Cette double bénédiction enrichit moralement ce grand roi bien plus que n’aurait pu le faire un « présent » : « La bénédiction de l’Éternel est ce qui enrichit » (Prov. 10. 22). Le Pharaon, conscient de la grandeur morale de ce simple berger qui le bénit, tout de suite en entrant et en sortant, sans autre forme de déférence, ne s’en offusque pas. « Le moindre est béni par celui qui est plus excellent » (Héb. 7. 7).
C’est avec respect qu’il demande à ce vieillard : « Combien sont les jours des années de ta vie ? » (v. 8). Pour le Pharaon, homme du monde, seul compte le nombre des années passées sur la terre. Mais Jacob, homme de Dieu, fait la différence entre les années de son « séjournement » sur la terre, et le nombre des années vécu en communion avec Dieu Ces jours-là ont été « courts et mauvais » (v. 9). Jacob, longtemps occupé à s’enrichir sur la terre par toutes sortes de moyens, a enfin pris conscience que Dieu a préparé à tous les croyants, « une cité qui a les fondements » céleste, et que les patriarches étaient « étrangers et forains » (Héb. 11. 9 à 16) : Ils cherchaient « une patrie meilleure ».
Ne soyons pas, nous non plus de « ceux qui habitent sur la terre » (Apoc. 13. 8). La brièveté de notre vie nous fait attendre l’entrée dans notre vraie patrie céleste, quand la trompette de Dieu nous appellera en haut (1 Cor. 15. 51 et 52). Cela doit se voir dans notre conduite. Nous y avons un « héritage incorruptible… immarcescible » que Dieu nous y a préparé. Le Psaume 39. 4 à 6 nous fait mesurer la brièveté de notre vie et la vanité d’amasser des biens matériels, et que nos projets peuvent se révéler illusoires (Jac. 4. 13 et 14). Dieu ne retiendra, à la fin, que ce qui aura été fait pour Lui, dans sa communion.
Au « tribunal de Christ », où nous ne serons pas jugés nous-mêmes, mais nos actions, nous recevrons les récompenses selon ce que nous aurons fait « soit bien, soit mal » (2 Cor. 5. 10). Ce qui apparaîtra, ce sera sa gloire pour Lui, et sa grâce pour nous. Notre corps n’est qu’une « tente » temporaire (2 Cor. 5. 1), montrant la fragilité de notre vie physique. Mais Dieu attend de nous que notre vie serve « au conseil de Dieu », comme David en son temps (Act. 13. 36). La « course » de Jean le Baptiseur a été courte (trente et un ans environ) ; mais sa vie a été riche au service de Dieu.
Isaac, lui, a vécu longtemps (cent quatre-vingts ans). Mais, après sa faute pour avoir voulu donner à Ésaü la bénédiction que Dieu réservait à Jacob, Dieu se tait sur la fin de sa vie. Si notre vie est courte (Job 14. 1 et 2), apprenons à bien « compter nos jours afin que nous en acquérions un cœur sage » (Ps. 90. 12). Mettre sa confiance en Dieu pour « être riches en bonnes œuvres, prompts à donner, libéraux », etc… c’est saisir « ce qui est vraiment la vie » (1 Tim. 6. 17 à 19). Paul est un exemple pour nous « J’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Tim. 4. 7 et 8).
Au ch. 45. 27 ; 46. 30, Jacob, dans la joie de retrouver Joseph vivant, estime que, désormais, il peut mourir. Mais Dieu lui accordera de jouir de l’amour de son fils bien-aimé dix-sept ans de plus (47. 28). Cet amour se manifeste en assurant à son père et à ses frères le pain dont ils avaient besoin, sans restriction, gratuitement et pour tous (ch. 47. 12). Le Seigneur est Celui qui rassasie les siens lorsque la famine sévit dans le monde (Ps. 37. 18 et 19). Dans les jours de sa chair, il a nourri le peuple en multipliant les pains (Mat. 14. 14 à 21) ; et, durant son règne « Il rassasiera de pain ses pauvres » (Ps. 132. 15).
David dit : « Je n’ai pas vu le juste abandonné ni sa semence cherchant du pain » (Ps. 37. 25). « L’Éternel… leur donne la nourriture… les rassasie » (Ps. 145. 14 à 16). L’amour du Seigneur pour nous, nous assure la nourriture spirituelle librement et gratuitement. Il est « le pain de vie » (Jean 6. 33 à 35). Il donne la vie éternelle (ch. 6. 51) et, au v. 56, nous devons nous nourrir de Lui chaque jour, pour entretenir la communion. Durant le millénium, Il nourrira abondamment son peuple et les nations de ses riches bénédictions. Nous, les chrétiens, nous serons rassasiés de joie dans la contemplation de sa face, car : « Ta face est un rassasiement de joie » (Ps. 16. 11).
Au début des années de famine (ch. 41. 54 et 55), les Égyptiens pensent qu’ils doivent aller au Pharaon, le roi puissant, pour avoir du pain, mais il les envoie à Joseph. C’est lui qui va les nourrir et c’est à lui qu’ils s’adressent, au ch. 47. 13 à 26. Le Pharaon représente la puissance et la domination divine. Joseph est un type de Christ auquel il faut aller, d’abord pour être sauvé, mais aussi pour avoir la nourriture spirituelle qui entretient la communion avec Dieu. Le Seigneur dit, en Jean 14. 6 « Moi, je suis le chemin, et la vérité, et la vie ; nul ne vient au Père que par moi ».
Aux v. 13 et 15, le pays de Canaan est étroitement associé à l’Égypte dans la disette qui avait épuisé ces deux pays. L’accent est mis sur l’intensité de la famine qui sévissait. Plus le temps passait et plus l’épreuve réduisait les hommes à recourir à l’ultime ressource : aller à Joseph. La prospérité les avait maintenus loin de lui (Prov. 18. 11) mais l’épreuve les rejette sur lui. Le croyant ne s’appartient plus à lui-même, mais à Christ, et doit avoir recours à Lui dans toutes ses circonstances qu’il est incapable de contrôler.
Prophétiquement, l’Égypte représente les nations ; Canaan, le futur pays d’Israël. Jusqu’à ce jour, tant Israël que le monde incrédule en général, rejettent Dieu et le Sauveur. La famine spirituelle intense sévit parmi les hommes. Se tenir loin de Christ, c’est se vouer à la disette. Une deuxième partie de la prophétie concerne la période immédiatement située avant le millénium : on retrouve Israël apostat et le monde, rejetant toujours le Seigneur, en proie à une famine spirituelle encore plus douloureuse : « Et le ciel se retira comme un livre qui s’enroule » (Apoc. 6. 14).
Les hommes, après l’enlèvement de l’Église auprès de son Seigneur dans le ciel, n’auront plus aucune lumière : le ciel sera fermé pour eux. « Des jours viennent, dit le Seigneur, l’Éternel, où j’enverrai une famine dans le pays ; non une famine de pain mais d’entendre les paroles de l’Éternel. Et ils courront d’une mer à l’autre et du nord au levant pour chercher la parole de l’Éternel, et ils ne la trouveront pas » (Amos 8. 11 et 12).
Joseph agit avec sagesse, et il ne garde rien pour lui-même, comme le Seigneur fera toujours tout pour la gloire de son Père : à la fin, tout appartient au Pharaon. Cependant, dans les récoltes futures, les Égyptiens ne devaient donner qu’« un cinquième » (v. 24). Durant le règne du Seigneur, tout, dans le monde Lui sera assujetti et, à l’issue du règne, Lui-même remettra son royaume entre les mains de Dieu le Père. Alors : « Dieu sera tout en tous » (1 Cor. 15. 25 à 28 ; Héb. 2. 8). « Ton peuple sera un peuple de franche volonté, au jour de la puissance, en sainte magnificence » (Ps. 110. 3).
Avons-nous tout donné au Seigneur ? (Marc 10. 28 à 30). Les apôtres réalisaient qu’ils étaient « esclaves de Dieu et du Seigneur Jésus Christ » (Jac. 1. 1). Nous sommes esclaves de Celui à qui nous appartenons » (2 Cor. 5. 14 et 15). Les Macédoniens s’étaient donnés « premièrement au Seigneur » (2 Cor. 8. 5).
Cherchons-nous nos propres intérêts, ou ceux de Jésus Christ ? (Phil. 2. 21). Joseph est comme cet économe fidèle de Luc 12. 42 à 44, donnant à tous leur ration de blé au temps convenable. Et, comme dans Matthieu 24. 47, Il est conscient d’avoir un maître au-dessus de lui. Sa fidélité trouve un écho dans le cœur des Égyptiens reconnaissants (v. 25).
Quant aux terres des sacrificateurs (v. 22 et 26), on peut retenir la pensée générale que, occupés des choses de leur religion (idolâtre), le Pharaon se devait de leur donner ce qui leur était nécessaire. En Israël, plus tard, les lévites vivront des dîmes apportées par le peuple. Joseph, dans sa sagesse, donne aux Égyptiens la nourriture quotidienne, mais il leur donne aussi de quoi semer, en vue des besoins futurs (v. 23). Nourrissons nos âmes chaque jour, mais pensons aussi à semer en nous-mêmes, en pensant à l’avenir qui nous est inconnu.
Contrairement aux v. 13 à 26, où les Égyptiens ont été dépouillés de tout contre leur nourriture, « Israël habita dans le pays d’Égypte et ils y acquirent des possessions, et fructifièrent et multiplièrent extrêmement » (v. 27). Et Joseph les fournit de pain, sans le leur faire payer (v. 12). Dieu permet cet enrichissement auquel les fils de Jacob s’attachent peut-être. Mais Jacob est détaché des choses de la terre, en contraste avec sa vie d’autrefois. Dieu nous donne ce qui nous est nécessaire, mais gardons-nous de remplir nos cœurs des biens terrestres, au détriment des bénédictions spirituelles.
Au ch. 46. 2 à 4, Dieu avait parlé à Jacob à Beër-Shéba, où II était venu adorer au lieu de la bénédiction. Avant de partir pour l’Égypte, il désire s’enquérir de la pensée de Dieu, contrairement à sa manière d’agir passée, selon sa propre volonté. Il a toujours désiré ardemment les bénédictions divines, et est attaché de cœur à l’héritage promis, contrairement à Ésaü, son frère, homme profane.
Selon sa promesse, Dieu commence à bénir le peuple en Goshen où il vit séparé des Égyptiens. Dans tout l’Ancien Testament, les bénédictions de Dieu se traduisaient par la multiplication des biens matériels. C’est en Égypte qu’Israël devient une grande nation selon la promesse de Dieu ; mais Jacob n’est nullement attaché à l’Égypte : « étranger et forain » (Héb. 11. 13), il veut être enterré en Canaan, pays de la promesse (fin du ch. 47), avec tous ceux de la lignée de la foi qui a commencé avec Seth et se poursuit toujours (ch. 49. 29 et 30).
Au ch. 50. 5, la Parole révèle qu’il s’était taillé lui-même un sépulcre en Canaan. La foi de Jacob se manifeste dans son espérance de la résurrection. Canaan est une image du ciel, pour les croyants, dont ils jouiront après être ressuscités. Il est « étranger et forain » en Égypte, qui est une image du monde où vivent encore les croyants en marche vers le ciel, leur vraie patrie. Puis, il s’empresse de bénir les deux fils de Joseph, discernant, par la foi, qu’Éphraïm sera plus grand que Manassé. Enfin, au v. 31, il adore, prosterné sur le chevet du lit. La fin de la vie de Jacob honore Dieu. Notre vie pratique doit être vécue en pensant à la résurrection qui nous introduira dans notre vraie patrie, le ciel.
Au v. 28, le fruit de la grâce de Dieu envers lui est affirmée, en ce que la Parole dit : « Et les jours de Jacob, les années de sa vie, furent cent quarante sept ans ». Aux v. 7 à 9, humblement, Jacob avait distingué entre « les années de son séjournement » et sa vie (de communion avec Dieu). Mais ici, Dieu ne fait plus la distinction, et attribue à Jacob une vie entière de communion avec Lui. Dieu a pardonné et ne se souvient plus de ses péchés (És. 43. 25 et 26).
Joseph, à la fin de sa vie, désirera, lui aussi, être enterré en Canaan, et les fils d’Israël emporteront ses os en partant d’Égypte (Jos. 24. 32). Que notre comportement soit en rapport avec notre héritage céleste, malgré nos occupations terrestres indispensables. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mat. 6. 21). « … marchez d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés » (Éph. 4. 1).
Au v. 31, il use de la manière de jurer de cette époque, déjà révélée au ch. 24. 3. Ayant obtenu le serment de la part de Joseph, il « se prosterna sur le chevet du lit ». Quelle différence avec sa fuite de Canaan, où il n’avait qu’une pierre pour chevet et où il s’écriait, saisi de peur : « Que ce lieu-ci est terrible. Ce n’est autre chose que la maison de Dieu » (ch. 28. 17).
Joseph a trois entrevues avec son père au ch. 47 (fin), où il lui fait le serment demandé.
Au ch. 48, où Jacob bénit les deux fils de Joseph, et où celui-ci reçoit une double bénédiction « une double part » en Éphraïm et Manassé.
Et, au ch. 49, où Jacob, avait convoqué tous ses fils, il leur délivre leur prophétie individuelle, avec un grand discernement. Mais avant de convoquer ses autres fils, Jacob appelle Joseph (v. 29) ; car c’est lui, l’héritier qui, à la mort de son père, deviendra la tête de file de la lignée de la foi ; le dépositaire des promesses faites, d’abord à Abraham, puis à Isaac, ensuite à Jacob, avant que lui-même ne les recueille. Car c’est lui que Dieu a choisi, lui « qui a été mis à part de ses frères ».
Ch. 48
Joseph, ayant appris que son père était malade, se rendit à son chevet avec « ses deux fils, Manassé et Éphraïm ». Jacob, apprenant à son tour que son fils venait vers lui, rassemble ses dernières forces pour s’asseoir sur le lit (v. 1 et 2).
Dans une heureuse communion avec Dieu, Israël discerne qu’il a une mission à accomplir avant sa mort : bénir Joseph dans ses deux fils en les adoptant. « Et maintenant, tes deux fils qui te sont nés dans le pays d’Égypte, avant que je vinsse vers toi en Égypte, sont à moi : Éphraïm et Manassé sont à moi » (v. 5).
Il convenait sans doute que cette adoption ait lieu, car Éphraïm et Manassé étaient nés d’une femme étrangère, type de l’Église, elle aussi étrangère à l’alliance avec Israël, adoptée par Dieu (Éph 1. 1 à 5). Dans certaines généalogies des tribus d’Israël, on ne mentionne pas Joseph, mais Éphraïm et Manassé. C’est une « double part » attribuée à Joseph, une double bénédiction ; car, après la mort de Jacob, c’est Joseph qui devient la tête de file de la lignée de la foi.
Puis, au ch. 49, Israël prononcera une prophétie concernant le passé et l’avenir de ses douze fils et, ainsi, des douze tribus d’Israël. C’était la pensée de Dieu que Joseph hérite du droit d’aînesse, et qu’il soit l’héritier des promesses divines (1 Chron. 5. 1 et 2). « Joseph aura deux parts » (Éz. 47. 13), jusque dans le millénium, comme s’il était le premier-né de Jacob (Deut. 21. 17).
Enfin, ayant accompli cette double mission, « Jacob… retira ses pieds dans le lit, et expira, et fut recueilli vers ses peuples » (ch. 49. 33). Mais, avant de bénir, Jacob rappelle les promesses de Dieu et les épreuves qu’il a traversées (v. 3 à 7). « Le Dieu Tout-puissant m’est apparu à Luz » (v. 3). « Lève-toi, monte à Béthel ». « Ôtez les dieux étrangers. Je suis le Dieu Tout-puissant : fructifie et multiplie… » (ch. 35. 1, 2 et 11). Les patriarches connaissaient Dieu comme étant « le Tout-puissant ». Les chrétiens le connaissent comme Père (Jean 20. 17). Sur la fin de la vie d’Abraham et d’Isaac, on ne voit presque rien dans la Parole. En contraste, la fin de la vie de Jacob est riche en détails.
Au v. 7 de notre chapitre, Jacob rappelle douloureusement la mort de Rachel, sa femme bien-aimée, et son émotion est encore profonde en l’évoquant. Cette scène montre le côté précieux pour nous, mais aussi pour Dieu, des liens familiaux qui sont bénis de Dieu. Les liens entre les époux sont une image vivante des liens qui unissent, pour l’éternité, le Seigneur et l’Assemblée (Éph. 5. 18). Ainsi, les liens unissant les membres de l’Assemblée sont précieux pour Dieu (il n’y a qu’une seule assemblée), et doivent l’être pour nous. Et puis, Joseph était l’aîné des deux fils de Rachel. D’un autre côté, Israël a retenu les leçons de ses épreuves. Certaines épreuves proviennent de nos inconséquences mais aussi des désordres introduits dans le monde par la présence du péché.
Après le rappel des souvenirs, Jacob revient à ce qui l’occupait à ce moment-là (v. 8) « Et Israël vit les fils de Joseph, et il dit : Qui sont ceux-ci ? Et Joseph dit à son père : ce sont mes fils, que Dieu m’a donnés ici » (v. 8 et 9). La profonde piété de Joseph lui faisait discerner que ses fils étaient un don de Dieu. Il en est de même pour nos enfants et nous devons les élever pour le Seigneur, en vue du ciel, car nous aurons des comptes à Lui rendre. La mère de Samuel avait compris cela et avait « prêté » son fils à l’Éternel » (1 Sam. 1. 28). Il restait sous sa responsabilité, et elle lui faisait une robe à sa mesure « d’année en année ».
Jacob bénit ses deux fils adoptés, en mettant Éphraïm, le plus jeune avant Manassé, le premier-né. Il fait cela selon la pensée divine qu’il discerne. Bien qu’aveugle physiquement, sa vue « spirituelle » est très claire. Son père Isaac, aveugle à la fin de sa vie et occupé de jouir des bonnes choses terrestres, n’avait plus aucun discernement spirituel. Éli était spirituellement aveugle (1 Sam. 1. 12 à 15). C’est à dessein qu’Israël croise ses mains pour octroyer à Éphraïm la première place. Son grand âge et sa cécité ne gênaient en rien son discernement spirituel, démontrant ainsi sa profonde communion avec son Dieu.
Si la vie de Jacob, faite de propre volonté, a été tourmentée, la fin de sa carrière terrestre honore Dieu. Sa profonde piété lui donne le discernement de la pensée divine. Loin maintenant de rechercher ses propres intérêts comme autrefois, il ne pense plus qu’à la terre promise, et il bénit Joseph et ses deux fils aînés. Il comprend la pensée de Dieu et bénit Éphraïm en premier, alors que, selon la coutume, il aurait dû donner la prééminence à Manassé. Au ch. 27, Isaac n’avait pas discerné la volonté de Dieu lorsqu’il avait voulu bénir Ésaü alors que Dieu voulait bénir Jacob. Ce dernier devait se souvenir qu’il avait usurpé la bénédiction de manière frauduleuse : Dieu l’aurait béni malgré tout, mais d’une manière bien différente.
Étant aveugle, Jacob s’enquiert diligemment de l’identité des deux fils que Joseph lui présente (v. 8 et 9) : ce sont les deux aînés de Joseph qu’il veut bénir, et non les autres, car il comprend que ces deux-là ont été choisis de Dieu ; et il bénit Joseph en bénissant ses fils (v. 15). Tout aveugle qu’il soit physiquement, il discerne que Joseph a placé ses deux fils de manière qu’il bénisse Manassé avant Éphraïm ; mais Jacob obéit à la pensée de Dieu de bénir Éphraïm en premier. Joseph, à ce moment-là, peut-être pour la première fois de son histoire, ne comprend pas la pensée divine ; et il proteste auprès de son père, mais Jacob ne se laisse pas détourner du chemin de Dieu.
Jacob rend un magnifique témoignage à l’Éternel, en se souvenant que ses pères, Abraham et Isaac ont marché devant Dieu (ch. 17. 1, 24 et 40). Pour lui, il reconnaît que Dieu a été son « berger » et qu’Il l’a gardé dans sa vie. Chacun de nous peut dire « L’Éternel est mon berger » (Ps. 23. 1). Le Seigneur se nomme Lui-même « le bon berger » (Jean 10). Comme Jacob, nous sommes les objets de la miséricorde divine. Le Seigneur est Celui qui nous nourrit spirituellement par sa Parole (Jean 6). Comme Abraham avait l’Éternel devant les yeux, marchons, nous-mêmes, « fixant les yeux sur Jésus » (Héb. 12. 2). L’apôtre Paul disait de lui-même « Je cours droit au but » (Phil. 3. 14). Comme Jacob qui avait de la déférence envers ses pères, nous devons nous-mêmes manifester de l’amour et du respect pour nos parents, d’autant plus qu’ils nous ont montré le chemin de la foi. Pensons aussi à nos conducteurs, afin d’imiter leur foi (Héb. 13. 7).
Jacob bénit les fils de Joseph afin « qu’ils croissent pour être une multitude… » (v. 16 fin). Jacob a vu, longtemps avant les faits, que Manassé deviendrait une tribu nombreuse (Nomb. 26. 34 à 37) ; mais Éphraïm désignera, par la suite, les dix tribus du royaume d’Israël, séparé du royaume de Juda. Il est remarquable que lorsque Jacob bénit les fils de Joseph, il est appelé « Israël » (v. 8, 10, 11, 13, 14 et 21). Mais il s’efface devant ses pères, ces anciens témoins de la foi (v 16).
Nous avons, nous-mêmes, besoin de discernement personnel, dans la communion avec Dieu. Mais, de façon générale, Dieu donne à certains frères ou sœurs, un don de discernement, dans les assemblées. La tribu d’« Issacar savait discerner les temps pour savoir ce qu’Israël devait faire » (1 Chron. 12. 32). Joseph a eu, tout au long de sa vie, un grand discernement mais ici, il n’a pas « vu » la pensée de Dieu, quant à ses fils.
Éphraïm et Manassé devaient avoir une vingtaine d’années lorsque Israël les bénit. Nos jeunes gens et jeunes filles recherchent-ils la bénédiction de Dieu ? Que les parents prient pour cela « Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus » (2 Pier. 3. 18).
La prophétie de Jacob sur les fils de Joseph répond pleinement à la volonté divine. Il mit Éphraïm avant Manassé » (ch. 48. 2). Le nom d’Éphraïm désignera, plus tard, les dix tribus formant le royaume d’Israël, séparé du royaume de Juda. Dans le millénium. Éphraïm sera également compté comme le « premier-né » de l’Éternel (Jér. 31. 9). La prophétie de Jacob va donc très loin.
Israël était étranger et savait que ses descendants ne resteraient pas toujours en Égypte, et il donne des ordres pour être enterré en Canaan (ch. 49. 29 à 31). Il exprime sa certitude en disant « Dieu sera avec vous, et vous fera retourner dans le pays de vos pères » (ch. 48. 21). Sa foi vigoureuse s’empare d’avance des promesses et des bénédictions de Dieu (Héb. 11. 13). Pour nous, le Seigneur dit : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle » (Mat. 28. 20). Le pays de la promesse qui nous est préparé, c’est le ciel ; même si, jusque là, nous sommes sur la terre, la foi nous donne la hardiesse de jouir, déjà, des promesses du Seigneur de revenir nous chercher (Jean 14). Et cette promesse nous est d’un grand secours dans nos épreuves.
Jacob était attaché à la terre de Canaan, pays de la promesse. Au ch. 33. 18 et 19, il avait acheté une portion de champ où il avait dressé sa tente ; et Il dressa là un autel et l’appela « El-Elohé-Israël » : Dieu, le Dieu d’Israël. Il y possédait aussi une « fontaine » (Jean 4. 6 et 12). Ces faits montrent que Jacob avait l’assurance que ce pays serait, plus tard, partagé entre toutes les tribus d’Israël. Quant à nous, sommes-nous attachés aux promesses et à l’héritage célestes ?
Ch. 49
Le ch. 49 contient les prophéties et les bénédictions qu’Israël prononce sur ses douze fils, pour la fin des jours » (v. 10). Les prophéties d’Israël commencent par s’occuper des fils de Léa, et s’achèvent par les fils de Rachel. Il semble qu’Israël prononce quatre prophéties, chacune concernant trois de ses fils : Ruben, Siméon et Lévi. Ruben montre la corruption pour avoir profané « la couche » de son père (ch. 35. 22). Et, à cause de son infamie, il a perdu son droit d’aînesse (1 Chron. 5. 1 et 2).
Les deux suivants, Siméon et Lévi, ont montré une grande violence en tuant les hommes de Sichem (v. 5). Israël dit : « Je les diviserai en Jacob, je les disperserai en Israël » (v. 7 fin). Lors de la conquête de Canaan, Siméon a eu une portion dans le lot de Juda ; et Lévi, devenu la tribu sacerdotale, pour sa réponse spontanée à l’appel de Moïse (Ex. 32. 26 ; Deut. 33. 8 à 11), a été dispersé dans toutes les tribus, pour y servir l’Éternel. Cette tribu a eu en partage quarante-huit villes, dont les villes de refuge. Cependant, ici, Dieu maudit leur colère (v. 7), lorsqu’ils ont passé les hommes de Sichem au fil de l’épée. Ils n’ont certainement pas confessé leur péché. Dieu ne veut, en aucune manière, la violence, de la part des siens ; ni la violence contre d’autres hommes, ni celle qui peut s’exercer sans cause, sur des animaux (v. 6 fin) : « Le juste regarde à la vie de sa bête, mais les entrailles des méchants sont cruelles » (Prov. 12. 10). Cependant, cette expression : « pour leur plaisir ils ont coupé les jarrets du taureau » (v. 6 fin), montre le plaisir qu’ils ont éprouvé dans ce meurtre, perpétré avec colère, contre des hommes. « La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu » (Jac. 1. 20). Jacob peut voir que certains de ses fils ont marché dans un chemin de propre volonté, comme lui-même avait marché pendant longtemps.
D’autres, par contre, avaient suivi un tout autre chemin, dans lequel Dieu pouvait prendre plaisir. À travers Israël qui est, là, la bouche de Dieu, c’est Dieu Lui-même qui juge le passé des fils de Jacob et qui prophétise sur eux.
Dans les v. 1 à 7, Israël prophétise sur ses trois premiers fils : Ruben, Siméon et Lévi, stigmatisant la corruption et la violence naturelles, ayant, autrefois, motivé la destruction de presque toute l’humanité par le déluge. Dans ces prophéties, l’histoire d’Israël nous est présentée, en même temps que le Seigneur Lui-même.
En Juda (v. 8 à 12), la royauté du Seigneur Jésus est évoquée, dans son caractère de roi combattant pour purifier son royaume de ses ennemis. Il sera « loué » par ses frères (Israël qui autrefois l’a rejeté). Le Seigneur, d’abord souffrant, haï, mais ensuite, Roi établi et glorifié, est représenté par Joseph (v. 22 à 26). Enfin, Benjamin présente un troisième caractère du Seigneur, comme le roi triomphant de tous ses ennemis (v. 27).
Juda (louange : Gen. 29. 35), la tribu royale d’où sortira David, le roi selon le cœur de Dieu, évoque aussi le Seigneur Roi (Mat. 1. 2 à 6, Luc 3. 34), combattant pour l’établissement de son royaume ; Il sera loué de son peuple (ses frères, v. 8). Et, en même temps, ses ennemis ne pourront tenir devant Lui et « se prosterneront » (fin du v. 8). Son royaume glorieux ne sera pas transmis à d’autres ; Il est aussi le « législateur » (v. 10). C’est le Seigneur qui a donné la loi à son peuple, au Sinaï.
Il est également « souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec » il y a un changement de tribu : de Lévi, la sacrificature passe à Juda, d’où est issu le Seigneur (Héb. 7. 12 à 14) – une sacrificature qui ne se transmet pas. « Juda est un jeune lion. Tu es monté d’auprès de la proie, mon fils. Il se courbe, il se couche comme un lion, et comme une lionne ; qui le fera lever ? » (v. 9). Lorsque le Seigneur combattra pour établir son royaume, qui pourra Lui résister en face ? (Apoc. 14. 17 à 20) Il combattra avec « l’assurance » et avec la « force du lion » (Prov. 28. 1 ; Prov. 30. 30). En même temps, la prophétie similaire de Nomb. 23. 24, montre le triomphe du peuple de Dieu – dans l’avenir les ennemis d’Israël ne tiendront pas contre lui. Souvent, dans les Psaumes en particulier, le Seigneur s’identifie à son peuple, souffrant ou triomphant des ennemis.
Cette prophétie sur les fils de Jacob, trace l’histoire d’Israël : Ruben, Lévi et Siméon dévoilent la corruption future du peuple. Juda, la venue du Messie. Zabulon et Issacar, sa dispersion parmi les nations, la vie facile (v. 14 et 15) mais aussi le commerce, « la côte des navires » (v. 13). Dan préfigure la nation apostate d’où, peut-être, viendra l’antichrist. « J’ai attendu ton salut, ô Éternel » (v. 18). Ce cri de détresse et d’espérance, échappé du cœur de Jacob en prévoyant la détresse future de ses descendants, sera aussi l’espérance du résidu souffrant de la fin.
Avec Gad, Aser et Nephtali, il y a un retour du peuple (le résidu fidèle encore futur) : Gad, le peuple persécuté durant « la détresse de Jacob », se retournera et triomphera des ennemis. Et, avec Aser, durant le millénium, le peuple, restauré, jouira de l’abondance dans les bénédictions de Dieu (Lév. 26. 3 à 10).
En Nephthali, la « biche lâchée proférant de bonnes paroles », nous avons la liberté du peuple, auparavant dans la servitude, et louant son Dieu. Joseph évoque la gloire du millénium pour le peuple, ainsi que pour les nations, après les jugements (Benjamin). La venue de « Shilo » (v. 10), nous parle du Seigneur comme pacificateur : le prince de paix » (És. 9. 6 ; Héb. 7. 1 et 2), établissant la paix sur la terre ; non seulement entre les hommes, mais entre tous les êtres vivants (És. 11. 5 à 9). Le Seigneur réalisera ce qu’Adam, en Éden, n’avait pu faire. Les peuples, alors, se soumettront à Christ, certains « en dissimulant » (Deut. 33. 29 ; 2 Sam. 22. 45) : les rebelles seront détruits par le « feu du ciel » (Apoc. 20. 7 à 10).
Mais, dans le royaume, Israël portera, pour la première fois, le caractère du « cep excellent » (v. 11). Alors, le Seigneur, débonnaire, s’« attachera », dans la joie de son cœur aimant (v. 12), à son peuple, jouissant enfin d’une profonde communion avec lui (début du v. 11 ; Mat. 21. 5), après avoir détruit le peuple apostat, par un jugement définitif (fin du verset 11). Le « vrai cep », le cep excellent, désigne aussi le Seigneur (Jean 15). Le « fruit » (fin du v. 12), parle de nourriture spirituelle (1 Pier. 2. 2). Mais, souvenons-nous que la venue du Seigneur comme juge, fait partie de sa gloire (Act. 17. 31).
Zabulon et Issacar sont, ici, un type d’Israël dispersé dans les nations (la mer), dans lesquelles il est occupé à s’enrichir par le commerce. Issacar, comparé à un « âne ossu (gras) « couché entre deux parcs », « incline son épaule pour porter, et s’assujettit au tribut du serviteur », jouit ainsi de la prospérité matérielle et de la tranquillité ; mais il est esclave du monde. Tyr et Sidon étaient deux centres de prospérité commerciale. Toutefois, la tribu de Zabulon ne se situait pas sur le bord de la mer, mais sa frontière touchait à la tribu d’Aser où se situaient ces deux villes ; sans doute, ces deux tribus commerçaient ensemble et s’enrichissaient par le commerce maritime. Cependant, cette très grande prospérité matérielle devait être jugée par Dieu et détruite (És. 23. 2 et suivants). Cette surabondance, cette prospérité outrancière se retrouve déjà à notre époque, et s’amplifiera dans la « Babylone prophétique » d’Apocalypse 17 et 18 ; elle sera détruite soudainement (Apoc. 18. 2 à 19).
Cependant, ces tribus : Zabulon, Issacar et même Dan, par la suite, s’engageront de cœur pour aider le roi David, pourchassé par Saül (1 Chron. 12. 32 à 35) ; et Dieu se plaît à nous rappeler leur fidélité et leur attachement à David : ils « n’étaient point doubles de cœur » ; « ils savaient discerner les temps ». Que Dieu voie en nous l’attachement et la fidélité pour le Seigneur Jésus, encore rejeté de ce monde ! Mais aussi, gardons-nous de toute compromission qui se retournerait fatalement contre nous ; et soyons à l’écoute de frères ou de sœurs que le Seigneur aurait doués pour discerner ce que nous devons faire, dans les circonstances qui seraient embarrassantes pour nous.
Quant au repos, il est bon que nous en jouissions sans en abuser. À une certaine occasion, le Seigneur a dit à ses disciples qui avaient été actifs à son service : « Venez à l’écart… et reposez-vous un peu » (Marc 6. 31). Le monde offre des attraits séduisants qui peuvent accaparer notre temps, que nous ne pouvons plus, dès lors, consacrer au Seigneur. Nous sommes capables d’avoir « un pied dans le monde et un pied dans l’Assemblée ». Mais le Seigneur nous met en garde contre « le cœur double ».
Nul ne peut servir deux maîtres… » (Mat. 6. 24). Nos loisirs ne doivent pas escamoter notre disponibilité pour servir le Seigneur, dans les petits ou les grands services qu’Il place devant nous. La Parole nous dit « Vous avez été achetés à prix, ne devenez pas esclaves des hommes » (1 Cor. 7. 23). Souvenons-nous que Satan fait payer très cher ce qu’il semble donner. Nous vivons dans le monde et à son contact permanent ; mais nous devons rejeter tout compromis avec l’esprit du monde (2 Cor. 6. 14 à 18), car le Seigneur dit de nous, les croyants : « ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde » (Jean 17. 14).
Ce que dit Israël au sujet de Dan, ce « serpent » cette « vipère » qui mord par derrière « les talons du cheval » (v. 17), semble désigner la tribu de Dan comme celle d’où devrait apparaître l’antichrist. Dans le ch. 18 des Juges, la tribu de Dan, se cherchant tardivement un héritage, trouve une idole et un sacrificateur idolâtre, et s’en empare de force. Après quoi : « … ils vinrent à Laïs, vers un peuple tranquille et confiant, et ils les frappèrent par le tranchant de l’épée, et brûlèrent au feu leur ville » (Jug. 18. 27). Plus tard, juste avant l’établissement du royaume du Seigneur, l’antichrist, « l’homme de péché », « l’inique » qui « s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu s’assiéra au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu » (2 Thess. 2. 4).
« J’ai attendu ton salut, ô Éternel » (v. 18), sera le cri d’espérance du résidu souffrant d’Israël, de ceux qui sont scellés pour le salut (Apoc. 7. 9), mais persécutés sous la domination de l’antichrist.
Quant à nous, les chrétiens, nous sommes déjà « sauvés en espérance », mais nous attendons le salut de nos corps (1 Thess. 4. 13 à 18).
Dan porte le caractère perfide et dangereux d’une vipère (v. 17). Il le manifestera particulièrement en Juges 18. C’est la première tribu à avoir adopté l’idolâtrie, et c’est, probablement de Dan que, avant le millénium, l’antichrist surgira alors ; ce cri du cœur de Jacob (v. 18), reflétera la détresse du résidu fidèle juif dans les souffrances, durant « la grande tribulation » ; moment terrible pour le peuple de Dieu, où toute délivrance semblera impossible, jusqu’au moment où le Seigneur apparaîtra pour le délivrer.
Gad connaît le trouble qui découle du mauvais choix initial qu’il a fait, en s’établissant en deçà du Jourdain car là, il pouvait nourrir à l’aise ses nombreux troupeaux. De ce fait, il a été constamment la cible des ennemis, et a été le premier à partir en captivité. La connaissance de ces choses doit nous mettre en garde contre les mauvais choix que nous pouvons faire, si nous ne recherchons pas la pensée divine pour la direction de nos vies : il y aura toujours des conséquences difficiles se prolongeant toute notre existence. Le choix d’une solution mondaine à nos problèmes nous place en position de faiblesse, sur le terrain de l’ennemi.
Prophétiquement, Gad, Aser et Nephtali, représentent le peuple qui, après avoir connu les douleurs de la persécution, conséquences de sa désobéissance, connaîtra la joie de la délivrance par l’intervention du Seigneur, lorsqu’il comprendra que « Celui qu’ils ont percé », autrefois, était réellement leur Messie (Zach. 12). Gad, d’abord traqué et chassé, recevra de Dieu, la puissance de se retourner contre ses ennemis, et les pourchassera à son tour (il leur tombera sur les talons, v. 19). Aser représente le résidu fidèle de la fin, dans le cœur duquel Dieu écrira sa loi – et non plus sur des tables de pierre.
« D’Aser viendra le pain excellent, et lui, il fournira les délices royales » (v. 20). Dans le millénium, le peuple, mais aussi les nations, jouiront de l’abondance des bénédictions de Dieu. « Les délices royales » parlent de l’amour dans le cœur du peuple restauré, pour son Seigneur, réjouissant le Roi, durant son règne millénaire.
Quant à Nephtali, il est une figure du peuple de Dieu qui, de retour dans le pays de la promesse, après avoir vécu longtemps dispersé dans les nations étrangères, retrouve une entière liberté (« la biche lâchée »). La louange jaillit sans retenue de son cœur (v. 21), car il a retrouvé son pays, son Dieu et son Messie. « Il profère de belles paroles », montre la louange à la gloire de Dieu, dans la bouche d’Israël restauré, mais aussi « une épée à deux tranchants dans leur main, pour exécuter la vengeance contre les nations », à l’aube du règne du Seigneur (Ps. 149. 6 à 9) – puis, après la victoire définitive sur les ennemis, la louange sans retenue et universelle dans le millénium (Ps. 150).
Dans l’histoire d’Israël, Aser et Nephtali se sont manifestés d’heureuse façon. Débora la prophétesse (Jug. 4 et 5) appartenait à la tribu d’Aser ; elle a encouragé Barak qui était de Nephtali (v. 6). Les disciples du Seigneur étaient de Nephtali, sauf Judas, le traître (Mat. 4. 13 à 22) ; et c’est de Galilée que le Seigneur a commencé à prêcher et à manifester son amour.
Ces tribus en 1 Chroniques 12. 34 à 36, ont aidé David, type du Seigneur. Dans les Juges, ch. 5. 17, on retrouve ces tribus : les unes ont combattu, les autres non. Ce chapitre montre deux pôles de bénédictions : pour Juda et pour Joseph, tous deux types du Seigneur Roi. Éphésiens 2. 11 à 14, reprend ces mêmes caractères du v. 22 : la muraille de séparation du peuple juif et des nations, n’existe plus, car le sacrifice de Christ l’a détruite. La vie de Joseph haï de ses frères (ch. 37. 4), évoque celle du Seigneur. Mais l’amour de Joseph pour eux a travaillé dans leurs cœurs et les a restaurés.
Jacob évoque les souffrances de Joseph (v. 23), mais aussi, sa constance. De même, le Seigneur a été haï de son peuple qui L’a mis à mort, mais le Seigneur a tenu ferme, dans son œuvre. L’arc parle de combat : à la fin, le Seigneur combattra ses ennemis en triomphateur (Apoc. 19. 11 à 16 ; Ps. 37. 14 et 15). Les bénédictions du peuple, durant le règne de Christ, sont annoncées en Deutéronome 28. 1 à 14 ; car, alors, Dieu écrira sa loi sur leurs cœurs (Héb. 8. 10). Le peuple sera pleinement converti et obéira à son Dieu.
Joseph représente le berger d’Israël (v. 25), mais aussi, le bon berger qui « met sa vie pour les brebis », juives et celles de « l’autre bergerie » (Jean 10. 11 à 16), désignant les chrétiens.
Joseph ne se venge pas de ses ennemis, ni de ses frères qui lui ont fait beaucoup de mal ; il est une figure de Christ apportant la grâce dans ce monde ennemi. Par son sacrifice, Il nous a fait connaître Dieu comme notre Père. Il est le berger fidèle qui prend soin de son troupeau (És. 40. 10 et 11). Il s’opposera aussi aux mauvais bergers d’Israël qui ne prennent pas soin des brebis du Seigneur, mais se « paissent eux-mêmes », et « mangent les brebis grasses ». Lui, au contraire, prendra soin d’elles, comme un berger qui aime ses brebis (Éz. 34. 2 à 22).
En Zacharie 13. 7, le sacrifice du Seigneur est évoqué, et la dispersion des brebis juives, afin que les croyants des nations puissent bénéficier du salut. Joseph est également le type du Seigneur vu comme « la maîtresse pierre du coin » de l’assemblée d’Israël mais aussi de l’Assemblée chrétienne, vue comme étant la maison de Dieu (Mat. 21. 42), l’habitation de Dieu par l’Esprit : la pierre qui soutient tout l’édifice, « la pierre vivante » (1 Pier. 2. 1 à 4). Il prend aussi ce caractère redoutable de « pierre d’achoppement » et d’un « rocher de chute » pour les incrédules d’Israël et des nations. Mais pour les croyants, Il est cette « pierre choisie et précieuse aux yeux de Dieu ».
Le Seigneur est également la « pierre de faîte » sur laquelle on proclamera : « grâce, grâce sur elle » (Zach. 4. 7), lorsque l’Assemblée sera complète et enlevée au ciel. Le Seigneur se compare Lui-même, à un « Roc », sur lequel est fondée l’Assemblée (Mat. 16. 18). Il est le seul fondement sur lequel nous devons édifier de bons matériaux (1 Cor. 3. 11). C’est sur Lui que l’assemblée d’Israël sera fondée, lorsque le résidu juif fidèle Le recevra.
Dans le millénium, Israël sera l’objet des bénédictions que Dieu mettra dans la bouche de tous les êtres créés (v. 25 ; Phil. 2. 9 à 11 ; Apoc. 5. 13). Il viendra un moment où même les êtres infernaux reconnaîtront qu’Israël est l’objet de l’amour du Seigneur. Même les nations, autrefois ennemies, loueront Israël en relation avec son Dieu. Tous les bouts de la terre se souviendront, et ils se tourneront vers l’Éternel, et toutes les familles des nations se prosterneront devant toi » (Ps. 22. 27).
Jacob, dans ces moments-là, était la bouche de Dieu, car les bénédictions qu’il prononçait venaient d’en haut. Ces bénédictions, supérieures à celles d’Abraham et d’Isaac qui s’appliquaient à la sphère terrestre, se prolongent jusque dans l’éternité (« les collines éternelles » v. 26). Elles sont prononcées pour Israël d’abord, mais aussi pour les croyants de l’Église. Ces promesses de bénédictions éternelles, sont les résultats de l’œuvre de grâce du Seigneur Jésus, dont les effets se prolongent jusque dans l’état éternel.
Le sacrifice du Rédempteur ne se limite pas au salut des âmes, mais se projette aussi sur la création tout entière (Rom. 8. 18 à 23). Durant le règne de Christ, la terre elle-même, régénérée, connaîtra une paix générale et de riches bénédictions. Mais, après cette période de mille ans, la terre et le ciel actuels s’enfuiront devant le jugement de Dieu (Apoc. 20. 11), et seront remplacés par « un nouveau ciel et une nouvelle terre » (Apoc. 21. 1). Ce sera la nouvelle création, dont Christ ressuscité est les prémices.
Joseph qui a été « mis à part de ses frères » (v. 26 fin), nous rappelle que le Seigneur était le « nazaréen » par excellence. Israël s’adresse directement à Ruben, son premier-né, mais qui, par son péché, a perdu son droit d’aînesse ; à Juda, car de lui sortira le Seigneur, le Roi ; enfin, à Joseph, qui reçoit de riches bénédictions. Quant aux autres, il parle d’eux, sans s’adresser à eux directement.
Benjamin est l’ancêtre de la tribu d’Israël qui, en Juges 20, après un affreux péché, refuse de livrer les coupables à la justice de Dieu, et à la fin se fait massacrer par les autres tribus d’Israël. Mais Benjamin a surtout, là, une portée prophétique (v. 27) : il est un type du Seigneur qui, avant l’établissement de son règne, combattra et triomphera de ses ennemis (Act. 17. 31 ; Apoc. 19. 11 à 16) – et cela, en relation avec son œuvre à la croix (És. 53. 12).
Le v. 28 fait référence, par prophétie, aux futures tribus d’Israël. C’était la volonté divine d’avoir, sur la terre, un peuple de témoins de sa bonté, de sa miséricorde et de sa gloire. L’infidélité d’Israël ne Lui a pas permis de remplir sa mission. Mais, durant le règne de Christ, il y aura un résidu du peuple qui se répandra dans les nations, pour prêcher l’évangile du royaume. Israël est, ici, la bouche de Dieu pour bénir ses fils, chacun selon sa bénédiction.
Les commandements que Jacob donne à ses fils, dénotent sa foi en la résurrection, et sa fidélité. Il veut être enterré avec « ses pères » à Hébron, le lieu de la communion avec Dieu, dans la terre promise (v. 29 à 32) : Dieu avait déclaré à Abraham que ce peuple d’Israël serait asservi, durant quatre cents ans », dans un pays étranger ; mais qu’ensuite, Dieu le ferait retourner dans le pays promis (ch. 15. 13 à 16). Le « pays promis », pour nous, c’est le ciel. Sommes-nous attachés, de cœur, à la résurrection et à notre introduction dans les lieux célestes avec le Seigneur ? La résurrection a été rendue possible par l’œuvre du Seigneur sur la croix et par sa propre résurrection : Dieu a annulé la mort qui a été engloutie en victoire » (1 Cor. 15. 51 à 54).
Lorsque l’un de nos bien-aimés « s’endort » (Jean 11. 11 à 14), pensons, malgré le chagrin de la séparation, à son « réveil », la résurrection (1 Thess. 4. 16 et 17). Nous avons déjà, nous, les croyants, le principe même de la résurrection du Seigneur en nous, même si notre corps est encore mortel. Les croyants de l’Ancien Testament avaient déjà cette assurance de la résurrection, ils « l’ont vue de loin et saluée » (Héb. 11. 13), comme toutes les promesses de Dieu qui ne s’étaient pas encore réalisées. Chaque chrétien est un « membre » de l’Assemblée, à la fois corps de Christ et son épouse. Quant aux croyants de l’Ancien Testament, ils représentent « les amis de l’époux ».
Le Seigneur confirme la vérité de la résurrection en Luc 20. 37 et 38 : « Or, que les morts ressuscitent, Moïse même l’a montré, au titre : « du buisson », quand il appelle le Seigneur : le Dieu d’Abraham, et le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. Or il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; car pour lui, tous vivent ». Jacob voulait être enterré avec ses ancêtres, et avec Léa. Quant à Rachel, elle mourut avant d’arriver à Éphrath, qui est Bethléhem, la maison du pain. Rachel est sans doute une figure de la nation juive sous l’ancienne relation avec Dieu, où elle a montré son incrédulité : Rachel meurt avant d’avoir connu la maison du pain. Infidèle, Israël n’a jamais goûté la vraie nourriture spirituelle.
Le Seigneur dit, en Jean 6. 35 et 48 : « Moi, je suis le pain de vie » et : « Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (v. 51). Israël ayant rejeté son Messie et l’ayant mis à mort, ne s’est jamais nourri du vrai pain du ciel : il est mort en chemin, sans avoir atteint le « lieu de la communion » : Rachel n’a pas été enterrée à Hébron. Seul, le résidu croyant de la fin croira en son Sauveur et Seigneur, mais dans une relation toute nouvelle avec son Dieu.
Ch. 50
Au chapitre 50, on assiste au chagrin profond de Joseph pour son père mort, mais avec lequel il avait toujours joui d’une profonde affection. Joseph a un cœur sensible, on le voit pleurer plusieurs fois. Ses frères, dont le cœur a été longtemps endurci, ne semblent pas pleurer à la mort de leur père. Le chrétien, malgré la promesse de la résurrection, n’est pas insensible à la séparation d’avec un bien-aimé : il pleure, bien que n’étant pas « affligé comme aussi les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Thess. 4. 13). Un croyant qui meurt, entre auprès de son Seigneur : c’est une précieuse consolation pour nous, malgré la peine ressentie : « Son esprit retourne à Dieu qui l’a donné » (Éccl. 12. 7).
Israël a été enterré comme l’étaient les personnages importants de l’Égypte ; d’une part, par référence avec Joseph, le second après le Pharaon, mais aussi, parce qu’il était « Israël » prince de Dieu (ch. 32. 28). Il a été embaumé selon la coutume des Égyptiens. On ne voit pas qu’Abraham ni Isaac aient été embaumés, car ils ne sont pas morts en Égypte (ch. 25 ; 35. 28 et 29). Dans les évangiles, les saintes femmes avaient voulu embaumer le corps du Seigneur Jésus, mais cela ne pouvait pas se faire : le Seigneur, Lui, ne pouvait rester dans la mort : le Saint de Dieu ne pouvait « voir la corruption ».
Pour Israël, il y a eu un deuil de sept jours : un deuil princier. Israël, à la fin de sa vie, pensait à la terre de Canaan que Dieu avait promise à Abraham, à Isaac et à lui-même. Il aurait pu avoir un ensevelissement grandiose en Égypte. Mais il ne recherche pas les honneurs des hommes, mais est attaché aux promesses de Dieu, et il pense à la résurrection. Ne recherchons pas les honneurs de ce monde, comme le font les hommes qui « habitent sur la terre » (Apoc. 13. 8). Mais, au contraire : « … frères, étudiez-vous… à affermir votre appel et votre élection, car en faisant ces choses vous ne faillirez jamais ; car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement donnée » (2 Pier. 1. 10 et 11).
Malgré sa haute position en Égypte, Joseph garde sa place devant le Pharaon qui est au-dessus de lui. C’est humblement qu’il présente sa demande d’ensevelir son père en Canaan ; et il ne demande pas directement lui-même, mais s’adresse « à la maison du Pharaon » (v. 4). Malgré sa propre importance – « on venait de toute la terre vers Joseph » – (ch. 41. 57), il a gardé une réelle crainte pour celui qui est au-dessus de lui.
Son père lui avait fait jurer de l’ensevelir en Canaan (ch. 47. 29 à 31), et il veut s’acquitter fidèlement de son serment. L’ensevelissement d’Israël a provoqué le déplacement d’un « très gros camp » (v. 9), jusqu’à « l’aire d’Atad qui est au-delà du Jourdain », où il y eut « de grandes et profondes lamentations ». Cependant, pour l’ensevelissement même, il semble que seule la famille était présente (v. 12 et 13). Les Égyptiens ne pouvaient comprendre l’importance de cet enterrement, qui devait avoir lieu uniquement en Canaan, la terre promise par Dieu aux patriarches.
Joseph avait promis au Pharaon de revenir (v. 5). Placé là par Dieu Lui-même, il a conscience que son service en Égypte n’est pas terminé, et il est un administrateur fidèle (1 Cor. 4. 2). Il est un type du Seigneur qui n’a pas quitté ce monde avant d’avoir terminé son œuvre. Toute la maison de son père, et la propre maison de Joseph montèrent en Canaan. « Seulement ils laissèrent leurs petits enfants, et leur menu et leur gros bétail dans le pays de Goshen » (v. 8). Sans doute était-ce une assurance donnée au Pharaon, que tous reviendraient. La délivrance de l’Égypte de ce peuple devenu esclave, bien plus tard, n’était pas réservée à Joseph, mais à Moïse qui ne devait, lui, ne laisser personne en Égypte. « Et Moïse dit : Nous irons avec nos jeunes gens et avec nos vieillards, nous irons avec nos fils et avec nos filles, et avec notre menu bétail et avec notre gros bétail » (Ex. 10. 9).
De retour en Égypte, les frères de Joseph prennent peur : leur père mort, Joseph ne va-t-il pas se venger d’eux, pour tout le mal qu’ils lui ont fait autrefois ? Ils inventent un mensonge pour inciter Joseph à leur pardonner leur ancienne méchanceté (v. 15 à 17). Jacob n’avait jamais demandé de dire cela à Joseph ! Mais ses frères n’ont pas compris que Joseph leur a pardonné depuis longtemps. Ce n’est qu’en voyant Joseph pleurer devant leur incrédulité, qu’ils comprennent, enfin, toute l’affection que Joseph leur porte, à eux et à leurs petits enfants (v. 19 à 21). « Il les consola et parla à leur cœur ». Cette scène représente Israël qui a crucifié son Messie, autrefois. Mais, l’Éternel « reviendra à Jérusalem », et l’entourera d’« une muraille de feu, la protégeant en amour » (Zach. 1. 16 ; 2. 4 et 5), lorsque ce peuple se repentira, dans la crainte de son Dieu (Zach. 12. 10 à 14).
Les frères de Joseph n’ont pas compris qu’il leur a pardonné depuis longtemps. Joseph est un type du Seigneur qui pardonne pour toujours ; nous nous ne devons jamais douter de son pardon irrévocable, quant à tous les péchés que nous avons commis ou que nous commettrons encore : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités ». C’est un affront, pour le Seigneur, que de douter de Lui : « Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7).
Lorsque nous sommes sauvés, si nous péchons, il s’agit de confesser notre péché, non pour être pardonnés (car nous le sommes déjà), mais pour rétablir la communion avec Dieu, en reconnaissant que nous avons péché. Notre relation filiale n’est jamais interrompue avec notre Père céleste : « Il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1. 9).
Après la mort de leur père, des difficultés surgissent entre Joseph et ses frères : leur manque de foi provoque la crainte que celui-ci ne se venge du mal qu’ils lui ont fait dans le passé. Le manque de foi peut détruire la paix entre les frères. Les frères de Joseph vont jusqu’à inventer un mensonge, mettant, dans la bouche de Jacob, des paroles qu’il n’avait jamais dites. Colossiens 3. 9 nous exhorte : « Ne mentez point l’un à l’autre ». Et « parlez la vérité chacun à son prochain » (Zach. 8. 16). Satan, le « père du mensonge », nous pousse à le suivre, en mentant.
Joseph discerne leur mensonge, leurs craintes, et comprend l’absence de confiance de ses frères ; son cœur sensible se brise, et il pleure pour la huitième et dernière fois. Il pleure, aussi, par respect envers leur père mort, dont ils se servent sans scrupules pour mentir ! Soyons soigneux, en rapportant les paroles d’un défunt. Joseph va les rassurer par une parole douce, et ses larmes touchent enfin leurs cœurs : ils s’approchent de lui et se jettent à ses pieds avec émotion (v. 18). Puis : « il les consola et parla à leur cœur » (v. 21).
Il leur rappelle les paroles qu’il leur avait dites, déjà au ch. 45. 5. Faisons un effort pour voir les choses comme Dieu les voit, et pas seulement comme nous, nous les ressentons. Cela nous donnera une vue juste des choses. Comme les frères de Joseph, en nous souvenant d’où notre Sauveur nous a tirés, soyons prêts à lui dire : « nous voici, nous sommes tes serviteurs ».
Ce que ses frères avaient pensé en mal contre lui, Dieu l’avait pensé en bien pour eux (v. 20), bien que leur responsabilité demeure entière. Quoi que Dieu fasse, dans notre vie, c’est toujours pour nous « faire du bien à la fin ». Dieu a toujours « une pensée de paix » à notre égard, pour nous « donner un avenir et une espérance » (Jér. 29. 11). Joseph, comme le Seigneur pour ses brebis qu’Il attire au désert, parle à leur cœur (Os. 2. 14), et les apaise. Dans les difficultés entre frères, une parole douce apaise les querelles (Jug. 8. 1 à 3), tandis qu’une parole dure provoque la guerre entre eux (Jug. 12. 1 à 6). « Le fruit de l’Esprit est l’amour, la joie, la paix » (Gal. 5. 22). Évitons les contestations (Mat. 5. 9 ; 2 Tim. 2. 24). Dans son grand âge, Joseph, le second après le Pharaon, jouit d’une paisible vie familiale avec ses petits-enfants, jusqu’à la troisième génération (v. 23). Que le Seigneur nous accorde une vie de famille paisible et heureuse !
Si Jacob avait donné beaucoup de précisions quant à sa sépulture (ch. 49. 29 à 32), Joseph demande simplement à être enterré en Canaan. Fil d’or de la foi, les patriarches ont été enterrés à Hébron ; Joseph à Sichem, qui devint l’héritage de ses descendants (Jos. 24. 32). Mais tous, en Canaan, espéraient en la résurrection. Aussi, Moïse emportera les os de Joseph à la sortie d’Égypte.
La Genèse contient les germes des principes des relations de Dieu avec les hommes. Ce livre commence sur une scène de vie, lorsque Dieu donne la vie sur la terre ; il se termine sur une scène de mort, avec la mort des patriarches. Mais, là où l’homme a introduit le péché, donc la mort, Dieu, Lui, a introduit la grâce avec l’espérance de la résurrection. La Bible se termine par la grâce « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec tous les saints » (Apoc. 22. 21)
Que de leçons nous pouvons tirer du livre de Josué ! Au terme de trente-huit années passées dans un « désert grand et terrible, désert de serpents brûlants et de scorpions, une terre aride où il n’y a point d’eau », les fils d’Israël sont arrivés aux frontières du pays promis. Marie puis Aaron moururent, ensuite Moïse. Avant de quitter le peuple pour être recueilli auprès de son Dieu, Moïse donna des ordres à Josué pour introduire les fils d’Israël dans leur héritage. En Horeb, l’Éternel a fait sortir pour eux « de l’eau du roc dur » ; il leur a fait manger, comme il est écrit, « la manne que tes pères n’ont pas connue », « afin de t’humilier et afin de t’éprouver, pour te faire du bien à la fin ». Il ne fallait pas qu’aucun d’eux puisse dire : « Ma puissance et la force de ma main m’ont acquis ces richesses ». Ils ne devraient pas s’élever dans leurs cœurs, pour oublier l’Éternel, qui les avait fait « sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ». « … Mais tu te souviendras de l’Éternel, ton Dieu, que c’est lui qui te donne de la force pour acquérir ces richesses, afin de ratifier son alliance, qu’il a jurée à tes pères, comme il paraît aujourd’hui » (lire : Deut. 8. 7 à 20).
L’arche de l’alliance, type incontestable de notre Seigneur, témoignage de la présence de l’Éternel au milieu de son peuple, leur ouvrit un passage au travers des eaux du Jourdain, et les accompagna pour la prise de Jéricho. Elle fut avec ce peuple jusqu’aux jours d’Éli, quand Samuel était encore jeune. En ce temps-là, elle fut prise par les Philistins et sept mois après, restituée (lire : 1 Sam. ch. 4, 5 et 6). Elle sera amenée définitivement à Jérusalem par le roi David. La dernière mention de l’arche est au cours du règne de Josias, un roi pieux (2 Chron. 35. 3).
Josué avait quarante ans lorsqu’il quitta l’Égypte. Avec Caleb, ils furent les seuls de cette génération à entrer dans le pays en vertu de leur foi, de leur fidélité et de la miséricorde de Dieu. Les autres périrent dans le désert « à cause de leur incrédulité » (Héb. 3. 11). À quatre-vingts ans, Josué reçoit la charge de conduire le peuple pour la conquête du pays. Il est recueilli, trente ans plus tard, à cent-dix ans.
« Et Josué était vieux, avancé en âge, et l’Éternel lui dit : Tu es devenu vieux, tu avances en âge, et il reste un très-grand pays à posséder » (Jos. 13. 1). « Vos frontières seront depuis le désert et ce Liban jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate, tout le pays des Héthiens, et jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant » (Jos. 1. 4). Pour bien se représenter les limites, nous avons : le désert d’Arabie au sud, et au nord, une montagne « ce Liban » ; à l’est, le grand fleuve Euphrate et à l’ouest, au soleil couchant, la grande mer, la mer Méditerranée. Pour nous chrétiens, notre pays est « en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu » (Col. 3. 1). Nous aussi, nous avons des frontières, et selon J.K. « ce sont celles du monde tel qu’il se présente pour nous : aride, sans fruit pour Dieu (le désert) – plein d’orgueil et de vanité (la montagne) – prospère et affairé (le fleuve) – impétueux, sans cesse agité (la mer – Jude 13 ; És. 57. 20). Gardons-nous, chers enfants de Dieu, de franchir ces frontières.
Beaucoup l’ont fait par entraînement ou simple curiosité, et la plupart n’en sont jamais revenus. Par contre, il reste à l’intérieur des limites « un très grand pays à posséder ». Les trésors inépuisables de la Parole, les richesses insondables de Christ attendent que nous nous en emparions, « afin que – selon la prière de l’apôtre – nous soyons capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur… et de connaître l’amour du Christ… » (Éph. 3. 18 et 19). Chrétiens, voilà les dimensions infinies de notre héritage en Lui !
Les fils de Ruben, de Gad et la demi-tribu de Manassé ont reçu leur part d’héritage avant tous leurs frères. Cette part, ils l’ont eux-mêmes choisie, sans attendre que Dieu la leur attribue (Nomb. 32). Leçon importante pour chacun de nous ! Que de fois, comme eux, nous n’avons pas su attendre. Nous nous sommes laissés conduire par les circonstances. Pour eux, la région de Basan et de Galaad convenait à l’élevage et ces tribus avaient des troupeaux. Nous avons choisi la solution la plus facile ou bien, par prudence, la première qui se présentait, alors qu’avec un peu de patience nous aurions obtenu une part meilleure : celle que Dieu avait préparée pour nous. Ces tribus nous apprennent encore une autre leçon : En choisissant les premiers ce qui leur paraissait le meilleur (comme Lot avec Abraham – Gen. 13), les Rubénites et les Gadites montrent leur égoïsme vis-à-vis de leurs frères : Moi d’abord ! … Mais ce choix est loin d’être le meilleur comme ils l’avaient pensé. Les premiers deviendront les derniers. Ainsi, le meilleur c’est toujours ce que Dieu nous donne, même s’il nous faut l’attendre un peu » (J.K.).
Caleb a droit à son héritage : « cette montagne dont l’Éternel a parlé » (Jos. 14. 12). Il avait fait front avec Josué, face aux dix autres espions, pour plaider, afin que le peuple prenne, sans tarder, possession du pays. Quarante ans plus tard, il peut dire avec reconnaissance : « Je suis encore aujourd’hui fort comme le jour où Moïse m’envoya ; telle que ma force était alors, telle ma force est maintenant, … pour sortir et entrer » (v. 11). « Ceux qui s’attendent à l’Éternel renouvelleront leur force ; … ils marcheront et ne se lasseront pas » (És. 40. 31).
Josué, son service terminé, et le jour de sa mort approchant, « appela tout Israël, ses anciens, et ses chefs, et ses juges, et ses magistrats, et leur dit : Je suis vieux, je suis avancé en âge ; et vous avez vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait… ; car l’Éternel, votre Dieu, est celui qui a combattu pour vous. Voyez, je vous ai distribué par le sort, en héritage, selon vos tribus… » (Jos. 23. 1 à 4). Il donne des avertissements au peuple, les plaçant devant leurs responsabilités. Avec la force que Dieu lui a fournie, il a fait sa part, lui et sa maison ont choisi de servir l’Éternel. Il dresse « une grande pierre », elle sera un témoin pour les fils d’Israël, qui se sont engagés à suivre l’Éternel. L’apôtre Paul, avant de quitter les anciens d’Éphèse, leur dira : « Je n’ai mis aucune réserve à vous annoncer tout le conseil de Dieu », … je vous « recommande à Dieu, et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés » (Act. 20). Ils ont l’un et l’autre « combattu le bon combat » (2 Tim. 4. 7).
« Et Melchisédec, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin (or il était sacrificateur du Dieu Très-haut) et il le bénit, et dit : Béni soit Abram de par le Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre ! Et béni soit le Dieu Très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. Et Abram lui donna la dîme de tout » Genèse 14. 18 à 20.
DIEU RÉVÈLE CE QU’IL VEUT DANS SA PAROLE
Cela vous arrive-t-il ? Vous lisez un texte de la Bible, et une personne éveille en vous un intérêt particulier. Vous aimeriez bien en apprendre plus que ce que dit ce texte. C’est ce qui arrive, quand on lit ces versets au sujet de Melchisédec. Dieu ne nous en dit pas long sur cette personne historique. Qui étaient ses ancêtres ? Eut-il encore d’autres contacts avec Abraham ? Mais, tout d’abord, comment connaissait-il le Dieu Très-haut ? De manière qu’il puisse Le servir comme sacrificateur ? Avait-il reçu pour cela une révélation particulière de Dieu – comme l’avait eue Abraham ?
Dans le Nouveau Testament, j’apprends que je dois faire passer mon intérêt après les plans que Dieu accomplit par sa Parole ! On lit en Hébreux 7. 1 : « Ce Melchisédec, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-haut, qui alla à la rencontre d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, et qui le bénit, à qui aussi Abraham donna pour part la dîme de tout, ce Melchisédec… sans père ni mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours ni fin de vie, mais assimilé au Fils de Dieu… demeure à perpétuité ».
Le but de Dieu était donc de nous donner, au sujet de Melchisédec, exactement autant (ou aussi peu) de détails pour qu’il puisse être comparé au Fils de Dieu. Dans la Bible, il est toujours selon les desseins de Dieu, qui sont spirituels, de se révéler Lui-même, de nous présenter la grandeur et l’honneur de son Fils, et de nous communiquer tout ce qui est nécessaire pour notre salut et pour notre vie avec Lui et pour Lui.
Le Seigneur veut tout d’abord nous montrer « ce qui Le concerne ». Cela ne devrait pas nous empêcher d’avoir de l’intérêt pour les biographies, les détails d’histoire et d’histoire naturelle.
D’après der Herr ist nahe mai 2024
« Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » Hébreux 2. 3.
ASSUREZ-VOUS QUE LA LUMIÈRE EST BLANCHE
Cela fait soixante-dix ans maintenant – mais je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais en train, une nuit, comme responsable de la locomotive. Le train avançait rapidement, bien que le temps ait été orageux et qu’il fît très sombre. Dans une longue courbe, je vis soudain des lumières rouges devant moi. Je hurlai : Freine, Jean, freine !, ou ce sera trop tard. Mon collègue appuya sur la pédale et fit s’arrêter le train. Ce n’était pas une seconde trop tôt : les débris d’un train de marchandises qui avait déraillé étaient amoncelés devant nous. Je ne peux pas me représenter ce qui serait arrivé si nous n’avions pas freiné.
J’étais reconnaissant d’avoir vu le signal rouge à temps. Quelque temps plus tard, je m’en souvins de nouveau. Un visiteur vint chez moi et me demanda : Avez-vous déjà pensé à ce qui arrivera après la mort ? Vous êtes-vous demandé si Dieu vous montrera une lanterne blanche pour poursuivre – ou si ce sera une lanterne rouge ?
Il était clair pour moi que Dieu ne pouvait pas me montrer une lanterne blanche. Il m’avait mis devant la lanterne rouge pour réveiller ma conscience et m’avertir. Je pris conscience que j’étais un pécheur aux yeux de Dieu, et je lui demandai de me sauver. Maintenant je sais que j’ai « la rédemption par son sang, le pardon des fautes selon les richesses de sa grâce » (Éph. 1. 7).
Chacun de nous est sur son chemin personnel à travers la vie. Et pour chacun de nous, le chemin se termine dans l’éternité. Si vous avez la vie de Dieu, une lumière blanche brille devant vous. Sinon, elle est rouge. Dans ce cas, Dieu vous avertit encore aujourd’hui. Allez-vous vraiment « négliger » son grand salut, le mépriser ?
D’après the good Seed mai 2024
« Jusqu’à ce que je vienne, attache-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement ». 1 Timothée 4. 13.
« Priez par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit, et veillez à cela avec toute persévérance ; faites des supplications en faveur de tous les saints ». Éphésiens 6. 18.
LES CONDITIONS POUR UN BON ÉQUILIBRE SPIRITUEL CHEZ LE CHRÉTIEN
Deux choses sont essentielles pour la nourriture et l’entretien d’un état d’âme actif et sain – la lecture de la Parole et la prière. Et nous ne pouvons pas nous permettre de négliger ni l’un ni l’autre, si nous désirons que notre cœur et notre vie répondent à la grâce que nous avons reçue. Si la lecture de la Parole est négligée, il y aura le danger que nos prières deviennent l’expression de nos seuls désirs naturels au lieu de l’intercession selon la volonté de Dieu. Nous avons besoin que nos désirs, même pour les bénédictions spirituelles, soient formés dans l’atmosphère de la Parole, en communion avec le Seigneur, et par la puissance de son Esprit. Quand cela manque, plus l’âme est engagée, plus grand est le danger que le zèle ne soit pas selon la connaissance.
Un danger contraire, d’autre part, c’est que la lecture de la Parole sans la prière tende à un esprit d’intellectualisme, se terminant dans un état d’âme froid et aride, où il n’y a ni puissance ni joie, mais beaucoup d’orgueil spirituel. Il n’y a rien de plus mauvais pour la vitalité spirituelle que d’avoir l’esprit occupé de la vérité divine alors que le cœur et la conscience restent étrangers à sa puissance ; et ce sera certainement le cas dans la proportion où la prière est négligée.
Il ne peut pas y avoir de signe plus certain d’un état spirituel bas et malsain que l’absence de prière, et il n’y a pas de meilleure preuve qu’un homme est rempli de l’Esprit que de savoir qu’il s’adonne à la prière.
D’après the Lord is near octobre 1984
« Il en établit douze pour être avec lui, pour les envoyer prêcher ». Marc 3. 14
LA COMMUNION AVANT LE SERVICE
De nos jours, il est généralement insisté sur le travail et le service pour le Seigneur, plus que sur la nourriture de la vie spirituelle. Nous voyons là un exemple de la manière dont nos pensées sont souvent au contraire des principes et des illustrations trouvées dans l’Écriture. Il est intéressant d’observer que le Seigneur Jésus, quand Il donne aux douze disciples la mission pour le service, Il ne les envoie pas d’abord prêcher. Il désire d’abord qu’ils soient avec Lui.Souvent dans la vie, des jeunes en particulier, il y a un empressement pour savoir dans quel service ou dans quel ministère ils sont appelés à entrer. Un jeune chrétien dira : Je suis appelé à partir en mission, ou je suis appelé à prêcher.
Le principe que le Seigneur montrait, cependant, c’est que, avant qu’il y ait un service, cette personne soit avec Lui. Le verset en-tête le montre bien.
Il se passe toujours quelque chose quand nous sommes avec le Seigneur, quand nous Le contemplons, quand nous regardons à Lui, quand nous avons communion avec Lui. La question de l’endroit et du genre de service devient presque secondaire quand nous sommes spirituellement en accord et sensibles à son désir.
Notre service serait beaucoup plus efficient et porterait plus de fruit si nous nous souvenions que le Seigneur a d’abord désiré que nous soyons avec Lui.
Luc nous parle de Marthe qui était « distraite par beaucoup de service », tandis que Marie avait choisi « la bonne part » (ch. 10. 42) Cette bonne part, c’était d’être avec Lui, de s’asseoir à ses pieds, d’entendre sa voix, de Le voir, de Lui ressembler – et ensuite d’être employé par Lui.
D’après the Lord is near octobre 1984
« Afin que nous soyons à la louange de sa gloire, nous qui avons espéré à l’avance dans le Christ, et en qui vous aussi, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut – en qui aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse ». Éphésiens 1. 12 et 13.
L’ŒUVRE ENTIÈRE DE DIEU DANS LE CROYANT
Parce que l’Évangile était d’abord pour les Juifs, il est parlé d’abord des Juifs comme ayant cru en Christ. Au v. 13, le « vous » distingue les Gentils, qui eux aussi, ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de leur salut, se sont confiés en Christ. Remarquez l’importance des mots « en qui », trouvés deux fois dans ce passage. Leur confiance n’était pas simplement dans l’évangile, mais dans la Personne de Christ, dont parle l’évangile. Et il y est insisté, la deuxième fois, en rapport avec leur sceau de l’Esprit. « Ayant cru », ils ont été scellés. Ce n’est pas la question d’avoir plus d’expérience, ou d’être entrés davantage dans la vérité de l’œuvre de Christ en rédemption, mais simplement d’avoir cru en Lui personnellement. Le croyant le plus simple participe donc au sceau de l’Esprit. Comme sceau, l’Esprit de Dieu est la marque elle-même sur le croyant d’être la propriété de Dieu, donc absolu et éternel.
L’expression « le Saint Esprit de la promesse » peut nous rappeler Jean 7. 37 à 39. Là, le Seigneur Jésus, quand Il était sur la terre, a promis le Saint Esprit à ceux qui croyaient en Lui, une promesse qui serait réalisée après qu’Il soit glorifié. Cela s’est accompli dans le livre des Actes. Notez encore que la citation ci-dessus insiste deux fois sur le fait que la foi est en Lui personnellement, non pas seulement en ce qu’Il a accompli, et ne dépend pas de notre compréhension de ce qu’Il a accompli. Elle est pour tous ceux qui croient en Lui. Rien ne dépend de ce que nous pouvons faire : tout dépend de sa grâce.
D’après the Lord is near octobre 1984 (L.M. Grant)
« Or le but de cette injonction, c’est l’amour qui procède d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère ; pour s’en être écartés, certains se sont égarés… que… tu combattes le bon combat, en gardant la foi et une bonne conscience. Certains, qui l’ont rejetée, ont fait naufrage quant à la foi ». 1 Timothée 1. 5 et 6, 18 et 19.
LA CONSCIENCE IGNORÉE
Le navire avait été torpillé ! Dans l’obscurité les chaloupes furent descendues et, par protection, un petit canon fut placé dans le bateau du capitaine. Ce bateau transportait aussi la boussole du navire, et le capitaine dirigea la course vers la rive, donnant l’ordre aux autres navires de le suivre.
Mais vers midi, le capitaine ne fut pas tranquille et s’inquiéta de leur position. Il craignait que la boussole ne donne pas d’indications fiables. Après quelques minutes de réflexion, il se rendit compte que le canon influençait l’aiguille. Comme il n’y avait pas de place pour lui dans les autres bateaux, il le laissa tomber avec regrets dans la mer. Immédiatement l’aiguille de la boussole, libérée de l’attraction du canon, se dirigea vers le nord et le navire put poursuivre sa course en sécurité.
Comme il arrive souvent dans la vie, qu’un chrétien prenne à ses côtés quelque chose qu’il considère comme utile, pour s’apercevoir ensuite que cela affecte l’aiguille délicate de sa conscience – qui ne fonctionne plus normalement ! Prenez garde aux séductions subtiles de la chair qui nous détournent du droit chemin. L’aiguille de la conscience, attirée par l’amour de l’argent, l’amour du monde, le désir de la popularité, ne se dirige plus vers Christ, et le croyant peu exercé échoue sur la rive de la mondanité. Car, lorsque l’esprit et la conscience sont corrompus, les hommes « font profession de connaître Dieu, mais par leurs œuvres ils le renient : ils sont abominables, désobéissants et, pour toute bonne œuvre, disqualifiés » (Tite 1. 15 et 16).
D’après the Lord is near octobre 1984
« Je n’ai pas honte de l’Évangile, car il est la puissance de Dieu pour sauver quiconque croit ». Romains 1. 16.
ÉVANGILE CONTRE LOI
Depuis que Jésus-Christ a accompli l’œuvre de la rédemption sur la croix, l’évangile de la grâce a été proclamé aux hommes. Ce message contraste clairement avec la Loi des dix commandements.
L’Évangile n’est pas simplement une doctrine ou une règle qui traite du comportement des gens, comme le faisait la Loi. Non, c’est la puissance de Dieu parce qu’elle peut changer fondamentalement les gens pour le mieux.
L’Évangile n’impose pas aux gens des exigences qu’ils ne peuvent pas satisfaire, comme le faisait la Loi. Il n’exige pas, mais donne gratuitement un salut parfait et éternel.
L’Évangile ne se limite pas à un groupe spécifique de personnes, comme la Loi, qui a été donnée uniquement au peuple d’Israël. La bonne nouvelle de la grâce s’adresse à tous, dans tous les pays.
L’Évangile n’est pas appliqué, mais cru. La Loi disait : Faites cela et vous vivrez. La bonne nouvelle, cependant, c’est : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31).
Aujourd’hui encore, l’évangile de la grâce est annoncé afin que les gens puissent recevoir le pardon de leurs péchés et trouver la paix avec Dieu. Malheureusement, de nombreuses personnes réagissent avec indifférence ou négativement. Cependant, quiconque accepte ce merveilleux message avec foi et se tourne vers Dieu en confessant ses péchés trouvera le vrai bonheur.
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » Romains 7. 24.
« L’homme est justifié par la foi, sans œuvres de loi ». Romains 3. 28.
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ». Éphésiens 2. 8 et 9.
MARTIN BOOS – UN PRÊTRE TROUVE GRÂCE
Martin Boos (1762-1825) est le fils d’une riche famille d’agriculteurs de l’Allgäu (Allemagne). Déjà tout jeune, il a un fort sentiment de péché. Il a un très bon caractère et mène une vie juste. Étudiant assidu, il achève avec succès ses études de théologie. En 1781, il est ordonné prêtre de l’Église catholique romaine. Il remplit consciencieusement ses fonctions. Plus tard, il a raconté les « efforts énormes » qu’il déployait pour devenir une personne bonne et juste et obtenir le salut éternel :
« Pendant des années, même en hiver, je dormais sur le sol froid à côté de mon lit ; je me suis flagellé jusqu’au sang ; je jeûnais et donnais mon pain aux pauvres ; je passais chaque heure libre à l’église ou au cimetière ; je priais pendant des heures ; j’allais à la confession et à la communion presque chaque semaine ; bref, j’avais acquis une telle piété que j’ai été nommé chef d’une communauté religieuse. Mais quelle vie je menais ! Malgré toute ma sainteté, je m’enfonçais de plus en plus en moi-même, devenant mélancolique, agité et taciturne. Je savais dans mon cœur que j’étais une personne misérable et pécheresse. Qui pourrait me racheter ? Personne ne m’avait dit que nous recevions la grâce de Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, ou que « le juste vivra par la foi » (Rom. 1. 17). Et si j’avais acquis la foi, le monde entier, avec tout son savoir et son autorité spirituelle, m’aurait persuadé que j’avais avalé du poison et que j’empoisonnais tout le monde autour de moi ; que je méritais d’être pendu, noyé, emprisonné, banni ou brûlé.
Martin Boos poursuivit ses efforts pour devenir pieux et obtenir le salut, pendant environ sept années, jusqu’à ce que Dieu lui ouvre les yeux d’une manière inattendue.
Il raconte : « Vers 1788, je rendis visite à la femme mourante d’un fermier, très respectée pour sa profonde humilité et sa piété exemplaire. Je lui ai dit : – Vous mourrez heureuse et en paix. – Ah ! pourquoi ? – Parce que vous avez vécu si pieusement et si saintement, ai-je répondu. La malade sourit à mes paroles et dit : – Si je devais mourir en ayant confiance en ma piété, je saurais avec certitude que je serai damnée. Mais en faisant confiance à Jésus, mon Sauveur, je peux mourir en toute confiance et en paix. Quel genre de prêtre vous êtes ! Quelle consolation ! Que m’arriverait-il si je vous écoutais ? Comment pourrais-je me tenir devant Dieu, devant lequel chacun doit rendre compte ? Laquelle de nos bonnes œuvres et de nos qualités ne se révélerait pas trop légère lorsqu’elle serait placée dans la balance divine ? Non, si Jésus-Christ n’était pas mort pour moi, je serais perdue à jamais, malgré toutes mes bonnes œuvres et ma piété. Jésus est mon espérance, mon salut et mon bonheur éternel !
Le jeune prêtre est étonné. Il était venu au chevet de cette mourante pour la réconforter, si possible, même s’il ne sait pas lui-même que le véritable réconfort ne se trouve qu’en Christ et non dans les rites et cérémonies religieuses. Il a trouvé l’instruction même sans l’avoir cherchée, et son étonnement se transforme en honte lorsqu’il se rend compte que, malgré tout son savoir, il ne sait rien de ce que cette femme simple sait si bien.
Heureusement pour lui, Martin Boos se laissa instruire par cette femme simple. Le témoignage de la fermière mourante lui laissa une impression indélébile. Il rejeta enfin la doctrine selon laquelle nous sommes sauvés « par les œuvres accomplies en justice que nous, nous aurions faites ». Il eut désormais pleinement confiance en ce que « Jésus-Christ, le Juste » a accompli par ses souffrances et sa mort sur la croix (Tite 3. 5 ; 1 Jean 2. 1).
Peu importent les efforts déployés par l’homme pour obtenir le salut spirituel, tout cela est en vain ! Sa justice, dont il se vante tant, n’est que « comme un vêtement souillé », et sa sagesse, dont il se vante, est « folie devant Dieu » (És. 64. 6 ; 1 Cor. 3. 19).
Œuvres, justice et sagesse – Martin Boos possédait dans une large mesure toutes ces qualités. Mais devant le lit de mort de cette femme, il apprend, comme l’apôtre Paul, à considérer toutes ses bonnes œuvres et vertus comme des « ordures » » afin de pouvoir un jour se tenir devant le tribunal de Dieu (Phil. 3. 8). Faire confiance à l’œuvre de Christ et au salut, non par les œuvres mais par la grâce seule – cela devient désormais le thème central de ses sermons.
Rien de ce que vous pourriez faire ne vous aidera à régler le grand compte entre votre âme et Dieu. Pour être sauvé, vous devez cesser de compter sur vos propres œuvres, et vous appuyer uniquement sur l’œuvre de Christ. Dieu a accepté cette œuvre, et Il vous accepte uniquement à cause de ce que Christ a accompli une fois pour toutes, et non à cause de bonnes œuvres que vous auriez faites. Faites entièrement confiance à Jésus-Christ le Sauveur et à son œuvre, et vous serez sauvé et pardonné pour l’éternité.
D’après die gute Saat mai 2024
« Ils rendront compte à celui qui est prêt à juger vivants et morts ». 1 Pierre 4. 5.
LE PÉCHÉ PEUT-IL ÊTRE COUVERT ?
En 1799, des pêcheurs anglais prirent un grand requin. Dans son estomac ils trouvèrent une série de papiers ficelés ensemble. Ceux-ci montraient qu’un bateau nommé Nancy faisait de la contrebande. La trouvaille fut immédiatement transmise à l’autorité compétente.
À ce moment-là, le procès du personnel du Nancy était en cours d’examen. On les suspectait d’avoir transporté des biens de contrebande pendant la guerre entre l’Angleterre et la France. Jusqu’à cette découverte, cependant, il n’y en avait pas de preuve fondée, parce que le capitaine avait jeté à la mer tous les papiers suspects. Comme il fut consterné quand, sur le fondement de ces documents revenus au jour, il fut convaincu de sa culpabilité !
Cet homme avait espéré échapper à la punition en faisant disparaître toutes les preuves. Mais cela ne pouvait pas faire disparaître sa faute – ni non plus, de même, notre culpabilité devant Dieu.
Dans les dernières pages de la Bible, Dieu montre, en langage figuré, que le mal et les fautes sont enregistrés dans ses livres. En conséquence, personne ne pourra échapper au jugement divin. C’est seulement par Jésus Christ qu’il y a le salut. Il a promis : « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5. 24)
D’après the good Seed mai 2024
« Un Éthiopien… lisait le prophète Ésaïe… L’eunuque prit la parole et dit… De qui le prophète dit-il cela ? De lui-même, ou de quelque autre ? Alors Philippe ouvrit la bouche et, commençant par cette Écriture, lui annonça Jésus ». Actes 8. 27, 34 et 35
UNE MERVEILLEUSE DÉCOUVERTE
D’origine hébraïque, il avait été élevé selon la tradition. Puis il avait voulu se rendre compte de ce qui était écrit dans ce qu’on appelait la Bible des chrétiens. Depuis l’enfance il savait que les Juifs avaient leur Bible, et que les non-juifs avaient aussi le Nouveau Testament.
On nous avait enseigné que ces deux livres n’avaient rien en commun. Les grand-mères nous disaient que le Nouveau Testament était un manuel pour persécuter les Juifs, mais j’étais curieux et je voulais le vérifier moi-même.
– Quand j’ai ouvert le Nouveau Testament, je m’attendais à trouver un guide pour persécuter les Hébreux… au lieu de cela, j’y ai lu l’histoire des Juifs, écrite par des Juifs ! Cela commençait ainsi : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham ».
Trois personnes citées dans cette première phrase de l’évangile, et tous, des Juifs ! J’ai poursuivi ma lecture, effrayé. C’était l’histoire d’un homme juif, né dans un village d’un pays juif, qui un jour entre dans la synagogue et annonce qu’il est le Messie. Plus je lisais, plus j’étais attiré vers Lui. Le Nouveau Testament était beau comme la Bible que je connaissais déjà. Quand j’ai commencé à croire que Yoshua, Jésus, était le Messie… quelle découverte merveilleuse ! Ce n’était pas un imposteur, mais Celui qui était annoncé par les Écritures.
Jésus Lui-même a dit : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi » (Jean 5. 39).
D’après il buon Seme mai 2024
« Comme Paul discourait sur la justice, la maîtrise de soi et le jugement à venir, Félix tout effrayé répondit : Pour le présent, retire-toi ; quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». Actes 24. 25.
« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs ». Hébreux 4. 7.
DIEU SEUL EST GRAND, MES FRÈRES !
Piqué par la curiosité, le roi Louis XIV voulut entendre le célèbre prédicateur et évêque Massillon, dont les prêches attiraient toujours plus d’auditeurs. La prédication de Massillon fit une forte impression sur le roi, qui le fit venir à Versailles et lui dit : – J’ai déjà entendu un bon nombre d’orateurs, et en général je suis content d’eux. Mais, après vous avoir entendu, je suis mécontent de moi-même comme je ne l’ai jamais été !
Ainsi, ce roi bigot, et en même temps tellement coupable, était remué dans sa conscience par le tranchant de « l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu » (Éph. 6. 17). Elle ne flatte personne, mais elle montre à l’homme, quelle que soit sa position sociale, ce qu’il est dans la lumière de Dieu : un pécheur destiné à la condamnation, mais qui peut être sauvé seulement par le moyen du sang de Jésus Christ. Louis XIV, touché par ce qu’il avait entendu, exprima son intention de vouloir écouter Massillon au moins une fois par an. Mais le prédicateur ne reçut jamais une autre invitation de sa part.
Cependant, Massillon put prendre la parole devant le roi une dernière fois. Son discours, dont le texte a été conservé, commence ainsi : Dieu seul est grand, mes frères… Mais cette-fois-là, le roi Louis XIV, dit le grand, ne pouvait plus l’entendre : il était porté dans son cercueil. C’était son oraison funèbre.
« C’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6. 2).
D’après il buon Seme mai 2024
« Il donne une grâce plus grande ! » Jacques 4. 6.
LES RÉSERVES DE DIEU POUR LES SIENS NE SONT JAMAIS ÉPUISÉES
L’autre soir, je rentrais chez moi après une dure journée de travail. Je me sentais chargé et déprimé, quand tout à coup, comme un éclair, ce texte me vint à l’esprit : « Ma grâce te suffit » (2 Cor. 12. 9).
En arrivant à la maison, je relus ce verset, et je priai : Je dois m’en souvenir, Seigneur.
Il me sembla que l’incrédulité était absurde. C’est comme si un petit poisson, très assoiffé, avait peur, en buvant, de mettre la rivière à sec, et que la rivière lui dise : Tu peux boire ton content, mon courant est suffisant pour toi.
Ou comme une petite souris dans les greniers d’Égypte, après sept années d’abondance, qui craindrait de mourir de faim. Joseph pourrait lui dire : Prends courage, petite souris, mes greniers sont suffisants pour toi.
J’imaginai aussi un homme sur une haute montagne, se faisant cette réflexion : J’inspire tant de mètres cubes d’air chaque année ; j’ai peur d’épuiser l’oxygène de l’atmosphère. Mais la terre lui répondrait : Respire bien, homme, et remplis tes poumons ; mon atmosphère est suffisante pour toi.
Soyez de vrais croyants ! Une petite foi amènera votre âme au ciel, mais une grande foi amènera le ciel à votre âme.
D’après The Lord is near octobre 1984
« Le fruit du juste est un arbre de vie, et le sage gagne les âmes ». Proverbes 11. 30.
GAGNER DES ÂMES POUR CHRIST
Un frère pieux et de grande maturité disait récemment : J’ai rencontré des chrétiens partout dans cet hémisphère, pendant vingt ans. Je les ai étudiés, j’ai écouté leurs conversations, et je conclus avec tristesse que peu d’entre eux cherchent réellement à gagner des âmes pour Jésus.
Que font les autres ? Ils croient la Bible de la première à la dernière page, mais ils ne rendent pas témoignage du Seigneur Jésus aux autres gens. Ils sont toujours passionnés des choses subtiles et douces de ce vingtième siècle matérialiste, et ils ne veulent rien en perdre pour le Seigneur. Ils peuvent réciter comme un perroquet une pieuse terminologie, mais ils ne se rangent pas du côté de Christ pour amener des pécheurs. Ils ne font que parler.
Ils ont commencé de nouveaux groupes, organisé de nouveaux comités, installé l’équipement le plus récent, fait de la promotion pour les sports pour gagner des garçons, des clubs pour les filles, dirigé des rallyes, offert des repas – ils ont tout essayé, sauf ce que Jésus Christ avait recommandé : aller visiter une maison après l’autre, et parler aux hommes et aux femmes de la grande question de la croix et de Christ, avertissant du malheur éternel de tous ceux qui ne sont pas sauvés.
Chacun s’occupe de ses propres plans et de ses projets, et le Seigneur Jésus est négligé, ce qui est bien triste. Combien ont déjà envisagé de faire des visites, de donner des traités, et de gagner des âmes ? Nous devons nous demander constamment : Pourquoi est-ce que je fais cela ? Est-ce que Dieu me le demande ? Est-ce qu’il m’importe que des âmes soient sauvées ? Nous sommes appelés à gagner des amis inconvertis, des voisins, des parents, des collègues de travail. Demandez-vous, comme les quatre lépreux à la porte de Samarie : « Pourquoi sommes-nous assis ici jusqu’à ce que nous mourions ? » (2 Rois 7. 3)
D’après The Lord is near octobre 1984
(L’apôtre Paul écrit aux croyants d’Éphèse) : « Je vous ai enseigné, publiquement et dans les maisons, en insistant auprès des Juifs comme des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Actes 20. 20 et 21.
LA VRAIE REPENTANCE
Une prédication creuse, qui ne mentionne pas le fait terrible de la nature pécheresse de l’homme et de sa culpabilité envers Dieu, en appelant tous en tous lieux à se repentir, a pour résultat des conversions creuses ; et ainsi nous avons des milliers de chrétiens de nom aujourd’hui, chez qui il n’y a pas de preuve d’une vraie conversion. Discourant sur le salut par la grâce, ils ne montrent aucune grâce dans leur vie. Déclarant à grands cris qu’ils sont justifiés par la foi seulement, ils manquent de se souvenir que « la foi sans les œuvres est morte », et qu’on ne doit pas nier la justification par les œuvres devant les hommes, comme si c’était en contradiction avec la justification par la foi devant Dieu. Nous avons besoin de lire à nouveau Jacques 3, et de laisser son message sérieux pénétrer profondément dans notre cœur afin qu’il gouverne notre vie. « Si j’avais regardé l’iniquité dans mon cœur, le Seigneur ne m’aurait pas écouté » (Ps. 66. 18).
Aucun homme ne peut réellement croire en Christ s’il ne s’est pas repenti. Et sa repentance ne s’arrête pas quand il a la foi qui sauve, mais plus il connaît Dieu au cours des années, plus profonde devient sa repentance. Un serviteur de Christ a dit une fois : Je me suis repenti avant de connaître le sens du mot. Je me suis repenti beaucoup plus ensuite.
Sans aucun doute, une des grandes raisons pour laquelle de sincères prédicateurs de l’évangile ont presque peur, et souvent négligent les termes repentir et repentance quand ils prêchent l’évangile, c’est qu’ils craignent que leurs auditeurs comprennent mal ces termes, et qu’ils pensent qu’ils impliquent quelque chose de méritoire de la part du pécheur. Mais rien ne pourrait être plus loin de la vérité. Il n’y a pas de mérite à être sauvé en reconnaissant ma vraie condition. Il n’y a pas de guérison dans le fait de reconnaître la nature de ma maladie. Et la repentance, comme nous l’avons vu, c’est exactement cela.
D’après The Lord is near novembre 1984
« Vous aussi, prenez patience ; affermissez vos cœurs, car la venue du Seigneur est proche ». Jacques 5. 8.
L’ASPECT PRATIQUE DES VÉRITÉS DE LA PAROLE DE DIEU
C’est une bonne chose, de comprendre la prophétie. C’en est une meilleure de savoir dans quelle intention elle a été donnée. Le retour du Seigneur Jésus Christ est plus ou moins bien compris maintenant par un plus grand nombre de chrétiens qu’il y a deux siècles en arrière. Mais cela ne signifie pas que le cœur des chrétiens désire le Seigneur plus qu’avant.
Chaque fois que la venue du Seigneur Jésus Christ et son apparition sont mentionnées, il y a une importance dans la pratique qui lui est liée. En Jean 14, c’est afin que le cœur des disciples ne soit pas troublé par le départ proche du Seigneur Jésus. En Romains 13. 12, c’est pour que nous rejetions les œuvres des ténèbres et marchions comme il convient. En 1 Corinthiens 15. 51 à 58, pour que nous soyons fermes, inébranlables, et abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur. En 1Thessaloniciens 4. 13 à 18, pour savoir que la mort d’un croyant, c’est être « endormi par Jésus », et qu’ainsi nous ne soyons pas affligés comme les autres qui n’ont pas d’espérance. En 2 Timothée 4. 6 à 9, le côté pratique est que nous puissions combattre le bon combat, achever la course, et garder la foi. En Tite 2. 12, pour que nous vivions sobrement, justement, et pieusement. En 1 Jean 3. 2 et 3, nous avons cette si précieuse promesse que « Nous savons que, quand il sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est » – une assurance qui ne devrait jamais cesser de remplir notre cœur de joie, et nous pousser à toujours L’adorer. Et il est ajouté : « Quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui est pur ».
Et enfin, en Apocalypse 22. 20, que nos cœurs puissent répondre au Sien, en disant : « Amen ; viens, Seigneur Jésus ».
D’après the Lord is near novembre 1984 (A.M. Behnam)
« En ce qui concerne ce qui a été sacrifié aux idoles, nous savons (car nous avons tous de la connaissance ; la connaissance enfle, mais l’amour édifie ». 1 Corinthiens 8. 1.
LE CHAPITRE DE L’AMOUR
Le chapitre 13 de 1 Corinthiens est très connu. Sa puissance extraordinaire est reconnue, non seulement par les chrétiens, mais par une multitude d’autres personnes. Des hommes en vue l’acclament comme étant merveilleux, l’un des chefs-d’œuvre littéraires du monde, sans apprécier les vérités qu’il nous enseigne. Que dit-il réellement ? Le verset ci-dessus nous dit que c’est l’amour qui édifie. Le chapitre 13 développe cela et nous montre en premier lieu que les dons les plus brillants, s’ils n’ont pas l’amour, n’ont pas de valeur ; et ensuite, que l’amour est la force, même quand il y a des dons, et qu’il accomplit réellement tout.
Les trois premiers versets montrent les dons qu’on peut posséder et exercer sans l’amour. Dans ce cas, tout ce qu’ils effectuent et produisent sont réduits à rien. Parler en langues est mentionné en premier, car c’était le don particulier qui était devenu une embûche pour les Corinthiens. Mais ensuite il y a la prophétie, qui plus tard est louée par l’apôtre comme la première en importance ; et la prophétie par la connaissance et la foi, et par la bonté pratique qu’on appelle maintenant charité ; et celles-ci, à nouveau, par le sacrifice de soi d’un genre remarquable. Que ces affirmations que fait Paul sont fortes !
Un frère se lève dans l’assemblée et exprime des mots d’une douceur et d’une acuité particulières. Il a fait une communication divine dans ce qui, pour nous est la langue du ciel. Que c’est merveilleux ! Comme nous pouvons l’admirer ! Oui. Mais s’il a fait cela sans amour, il aurait aussi bien pu apporter une vieille casserole en cuivre à la réunion, et avoir frappé dessus – pour le bien qu’il en a fait, en ce qui concerne les intérêts du Seigneur dans l’assemblée.
D’après the Lord is near novembre 1984 (F.B. Hole)
« Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes ». Matthieu 11. 29.
LE REPOS
Dans un monde de trouble, de confusion et de frustration, le repos pour l’âme apparaît à beaucoup comme un rêve. Le repos serait bon, mais il n’est jamais là. Et en fait, bien des circonstances peuvent empêcher de vrais croyants de jouir du repos :
1. Des évènements terribles que nous ne pouvons maîtriser nous tournent dans la tête. Nous ne pouvons pas les influencer, ce qui nous frustre.
2. Des situations dans lesquelles nous n’avons pas agi comme il le fallait peuvent nous troubler et nous donner un sentiment de culpabilité.
3. Des situations où nous ne sommes pas certains de savoir quoi faire nous fatiguent et troublent notre esprit.
Et pourtant, notre Seigneur Jésus Christ nous a dit clairement : « Vous trouverez le repos de vos âmes ». Comment trouvons-nous ce repos ?
Tout d’abord, en apprenant chaque jour, par sa Parole, que Dieu domine sur tous les évènements. Rien ne Le prend par surprise. Et aucun évènement ne peut nous toucher sans qu’Il le permette.
Deuxièmement, en profitant de son pardon et de la restauration chaque fois que nous manquons. Satan aimerait nous garder dans la fondrière de la désolation à cause de nos manquements. Mais Celui qui a restauré Pierre après sa chute aime à nous restaurer aussi. Nous avons besoin d’apprendre à nouveau le sens de ces précieuses paroles : « Il restaure mon âme » (Ps. 23. 3).
Troisièmement, nous trouvons du repos hors de notre confusion et de notre incertitude en reconnaissant qu’Il nous guide dans notre vie quotidienne. La confusion dans notre vie peut provenir de bien des sources, mais non pas de Dieu. Lorsque notre propre volonté et notre satisfaction de nous-même font place à sa douceur et son humilité, le sentier devient simple et évident. Nous commençons à faire écho à la prière du roi Asa : « Aide-nous, Éternel, notre Dieu ! car nous nous appuyons sur toi » (2 Chron. 14. 11).
D’après the Lord is near novembre 1984 (G.W. Steidl)
« Dans les derniers jours… les hommes seront égoïstes ». 2 Tim. 3. 1 et 2.
« Le Fils de l’homme (Jésus), n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour un grand nombre ». Marc 10. 45.
LE « MOI » ET SES EXIGENCES
« Moi » est un mot très court ! – mais ce qu’il représente est d’une immense portée et repose solidement sur trois piliers : l’égoïsme, l’orgueil et la propre volonté. Que ce soit dans le langage de la philosophie et de la psychologie, ou dans l’usage courant, « moi » désigne la personnalité humaine, l’homme conscient de lui-même. Nous identifions facilement le « moi » dans les autres et nous sommes prompts à le condamner.
Amis lecteurs, apprenons tout d’abord à reconnaître notre « moi » chaque fois qu’il se manifeste en nous : dans nos pensées, notre cœur, dans les relations familiales, dans l’environnement professionnel, dans nos rapports avec les autres. Refusons ses exigences qui nous poussent à l’égocentrisme, et laissons plutôt la première place de notre vie à Jésus Christ, à son amour et à ses droits.
Le portrait moral de l’homme des derniers temps qui nous est présenté dans 2 Timothée 3. 2 à 7 est d’une vérité absolue. Le premier caractère mentionné est l’égoïsme, source de toutes les tendances négatives qui sont énoncées ensuite : avarice, vantardise, ingratitude, cruauté…
Qu’il est déprimant de voir le chrétien manifester l’égoïsme au lieu de l’amour divin ! un amour qui ne pense pas à soi, qui n’attend ni réponse ni contrepartie de la part des autres. La Bible ne laisse jamais supposer que je doive attendre une manifestation d’amour de la part de mon prochain. Par contre, elle m’exhorte à en témoigner moi-même. L’amour se met au service des autres, alors que l’égoïsme exige d’être servi.
En Jésus, notre parfait modèle, nous ne trouvons aucun acte ni aucune parole qui soient dictés par l’égoïsme. Le « moi » n’avait aucune place en Lui.
Le seul remède efficace à notre égoïsme, c’est de contempler la vie de Jésus et de nous efforcer de l’imiter.
« Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi ». 1 Pierre 5. 8.
UNE GUERRE SANS MERCI
Dans le Nouveau Testament, la vie chrétienne est comparée à un combat qui se terminera seulement lorsque le croyant entrera dans le ciel auprès de son Sauveur.
Tout combattant doit connaître qui est son adversaire, être informé de son armement et de ses stratégies, afin de pouvoir lui résister et contrecarrer ses attaques. Mais est-ce suffisant ?
Notre grand ennemi est évidemment celui que la Bible appelle « l’adversaire », le diable, qui rôde autour de nous ; c’est Satan, avec sa ruse et sa force. Il attaque nos pensées et nous pousse à nous éloigner des enseignements de la Parole de Dieu. Il sollicite nos convoitises et, pour nous tenter, il nous présente tout ce qui peut nous attirer. Il stimule notre égoïsme et notre orgueil, fait miroiter devant nous le bonheur dans les choses éphémères de ce monde : le bien-être, les richesses, la gloire.
Parfois, il attaque avec violence. Dans certains pays, il se sert de la misère et de la persécution, allant jusqu’à la torture et à la mort.
Ce n’est qu’en restant près du Seigneur que nous pouvons sortir vainqueurs de tous les combats quotidiens. Si nous ne demeurons pas fermement attachés à Christ, par la prière et la lecture de la Parole, le combat est perdu d’avance. Mais si nous restons tout près de Jésus, Celui qui a vaincu, nous entendrons sa voix nous dire : « Ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde » (Jean 16. 33). Il désire nous associer à sa victoire, renforcer notre foi en Lui, le puissant Vainqueur, et nous maintenir en même temps dans l’humilité, la vigilance et la confiance.
On était en mai, un riant mois de mai, tout en fleurs. Une brise tiède soufflant du sud ridait la surface des rivières et des étangs enfin débarrassés de leur couche de glace ; elle murmurait doucement dans le feuillage naissant des arbres et des buissons et faisait légèrement onduler les jeunes pousses des champs de blé. Comme une fusée, l’alouette partait en jubilant et les hirondelles infatigables gazouillaient, traçant dans l’espace lumineux leurs capricieuses arabesques ; le chant du coucou, qu’on est convenu de trouver joyeux, résonnait dans les forêts, tandis que, dans les bosquets mystérieux, au bord des sources ou des étangs, se faisait entendre la voix du rossignol, tantôt mélancolique, tantôt joyeuse et toujours touchante. Partout abondance de vie, abondance de fleurs. Les fleurs poussaient le long des fossés ; elles perçaient les dures mottes de terre que le sabot du cheval ou la roue du lourd chariot n’avait pas encore écrasées ; elles s’ouvraient à la lumière dans les interstices des murs, sur l’arête des pierres moussues, partout où un vestige de terre permettait à un grain de germer ; même sur la corniche du vieux clocher quelques brins d’herbe se balançaient fièrement. Encore une fois s’était réalisée cette promesse immuable : « Tant que seront les jours de la terre, les semailles et la moisson, et le froid et le chaud, et l’été et l’hiver, et le jour et la nuit, ne cesseront pas » (Gen. 8.22). Et les hommes, remplis d’une nouvelle ardeur, d’un nouvel espoir, voyaient dans la végétation naissante, dans l’abondance de fleurs, le gage de la moisson future.
Une succession de villages cachés dans la verdure s’allongeait au nord, dans une large plaine fermée au sud par une grande forêt. Des routes carrossables sillonnaient cette forêt dans toutes les directions. De nombreux chemins, ouverts par les bûcherons, s’y croisaient en tous sens – sans parler des sentiers sinueux et effacés qui n’étaient connus que des forestiers, des enfants amateurs de fraises et de myrtilles, et des braconniers en quête de gibier ou guettant le vigilant garde-chasse…
Sur un de ces chemins solitaires, une femme en deuil, d’une trentaine d’années, s’avançait à pas rapides. Le visage échauffé par la marche, l’œil fiévreux, elle regardait au loin, respirant d’un souffle court et oppressé.
« Ce chemin doit aboutir à la maison forestière de la Chênaie, murmurait-elle d’une voix entrecoupée ; on m’a dit que c’était le plus court… »
Elle s’arrêta un instant pour suivre des yeux un sentier qui, non loin de là, tournait brusquement à l’ouest.
« Si ce n’était pas le bon ! s’écria-t-elle avec angoisse. Je suis à bout de forces. Qui prendra soin de mon enfant, si ce n’est toi, Seigneur ? Oh ! Dieu, mon Dieu, à l’aide ! gémit-elle en pressant sa poitrine de ses deux mains. Viens, Frédéric, viens ! » dit-elle en se penchant vers un enfant qui, accroché à sa robe, trottinait à côté d’elle.
Frédéric était un garçonnet de cinq ans, très courageux. Jusqu’ici, il avait bien fait travailler ses petites jambes, mais « à l’impossible nul n’est tenu », elles commençaient à refuser leur service.
– Tu vois, maman, dit-il d’un ton de reproche, si tu avais voulu m’acheter le petit cheval, les pieds ne me feraient pas mal à présent.
Sans répondre, la mère prit dans ses bras l’enfant fatigué et, accélérant sa marche, elle continua à courir devant elle comme au hasard. Sa figure, de rouge qu’elle était, devint violette, puis, tout à coup, en poussant un soupir, elle s’affaissa.
Frédéric tomba à terre un peu rudement, mais, se remettant promptement sur ses pieds, il répéta du même ton : – Si tu m’avais acheté le petit cheval…
Finalement, il était heureux de faire une halte. Il s’assit à côté de sa mère étendue sans mouvement. Elle dort, pensa-t-il. Bientôt, reposé, il se leva et regarda autour de lui. Que c’était beau ! Il n’avait jamais vu tant de fleurs. Il allait en faire un beau bouquet pour sa maman. Et le voilà, fauchant de ses petites mains, à droite et à gauche, dans ce luxuriant jardin où foisonnaient les anémones, le muguet, les lychnis roses, les renoncules dorées. Tout fier de sa cueillette, il revint auprès de sa mère. Elle était toujours là, couchée au bord du chemin.
– Regarde donc, maman, dit-il triomphant, ton bouquet d’anniversaire n’était pas aussi beau. Mais, réveille-toi à présent, j’irai encore t’en chercher. Il lui caressait le visage de sa main : ce visage était froid. « Comme tu dors ! », fit-il, étonné.
– Oui, pauvre Frédéric, ta mère dort d’un profond sommeil. Les fleurs que tu viens de lui apporter sont ton dernier témoignage d’affection. Bienheureux es-tu de ne pas comprendre encore quel affreux malheur vient de te frapper ! Le cœur tourmenté, torturé, de ta mère a cessé de battre. Elle t’a remis aux soins fidèles du Seigneur qui veillera sur toi, mieux qu’une mère sur son enfant.
Le petit garçon piqua quelques fleurs dans les cheveux de sa mère.
« Comme elle va rire quand elle se réveillera ! » pensa-t-il tout joyeux. Je vais aller me cacher ; elle ne saura pas qui c’est ».
Il enjamba péniblement un arbre renversé au-delà du sentier et s’accroupit derrière, si bien qu’on voyait à peine quelques boucles de ses cheveux blonds. De hautes tiges d’herbe lui chatouillaient le nez ; des rameaux et des feuilles lui caressaient les oreilles, se mêlaient à ses cheveux, s’accrochaient à sa petite blouse. Quelques lézards glissèrent sur ses pieds : Frédéric ne bougeait pas. Enfin, l’attente lui paraissant longue, il appuya ses bras sur le tronc d’arbre et, se penchant en avant tant qu’il put : « Coucou ! », cria-t-il doucement. Sa mère ne bougeait pas. « Coucou ! » répéta-t-il plus haut. « Coucou ! » fit une voix derrière lui.
Qui était-ce ? Quelqu’un s’était-il caché là ? « Je vais le chercher », pensa Frédéric, en se dirigeant du côté d’où venait la voix. « Coucou ! » répétait-elle toujours aux appels de l’enfant. C’est là-bas, au fond de la forêt, je le trouverai bien. Encore un grand tronc à escalader. Ce n’était pas si facile ; un tronc gros et lisse ! Ses petits bras ne trouvaient pas d’appui et il ne parvenait pas à se mettre en selle. Il s’arc-bouta contre l’obstacle pour le faire rouler : peine inutile !
« Coucou, coucou ! »
« Je ne peux pas sauter par-dessus cet arbre ! » cria-t-il. Puis, ayant réfléchi un instant, il longea le tronc qui diminuait peu à peu d’épaisseur et cette fois, s’élançant de son mieux, il passa une de ses jambes par-dessus, l’autre suivit, et le petit aventurier tomba de l’autre côté.
« Coucou ! coucou ! » répétait l’écho.
– Me voici, répondit Frédéric, attends que je t’attrape !
Et sa course continua. Il regardait de tous côtés… Rien. Ce mystérieux personnage s’était vraiment bien caché. Mais il le trouverait ! Il franchit un fossé bourbeux, traversa tout un champ de myosotis. Des papillons dansaient devant lui ; une grenouille le regarda de ses yeux ronds, et disparut dans une mare ; un pic martelait un tronc d’arbre au-dessus de sa tête ; des tourterelles roucoulaient doucement, et, à ses pieds, les scarabées et les fourmis, sans se soucier du petit intrus, couraient à leurs affaires.
– « Coucou !… Coucou ! » À présent, je ne joue plus, dit Frédéric à bout de patience, je retourne auprès de maman.
Il revint alors sur ses pas. Mais ses jambes s’embarrassaient dans les ramilles desséchées, dans l’enchevêtrement de racines. Il tomba deux fois sur son nez, et se piqua les mains à des ronces. Oh ! Comme cela faisait mal ! « Maman ! maman ! » Point de réponse. « Maman ! viens me chercher ! petite maman !… chère petite maman ! »
Le vent bruissait dans les cimes des arbres et le cri strident d’un milan fut la seule réponse.
Cette fois Frédéric n’avait plus ni force, ni courage. Il s’assit sur une racine d’arbre ; de grosses larmes commencèrent à rouler sur ses joues. D’habitude, sa mère répondait à ses appels. Que faire maintenant ? Fallait-il encore chercher ? Ses pieds lui faisaient mal, les piqûres de ronces lui brûlaient les mains. Ne devrait-il pas prier ? Maman lui avait expliqué, hier encore, que si un jour il était en peine, il devait tout raconter au Seigneur Jésus qui aimait tendrement les petits enfants.
– Seigneur Jésus, dit-il en s’agenouillant, je me suis perdu ; aide-moi à retrouver le bon chemin. Maman me l’a dit : « Je sais que Tu peux tout ». Merci, Seigneur. Amen. Il se remit à marcher.
La forêt s’épaississait. Des broussailles entravaient ses pas, des branches s’accrochaient à ses habits, lui tiraient les cheveux. – « Quel vilain jardin ! » pensait Frédéric. Enfin, un fourré de jeunes sapins lui barra le chemin… « Maman, viens me chercher ! » cria-t-il encore en pleurant. Sa mère ne venant pas, il se glissa à quatre pattes à travers les branches piquantes des sapins, qui lui écorchaient la figure et les mains, et pénétraient même à travers ses chaussettes. Il ne criait ni ne pleurait plus, mais, avec l’obstination de son naturel, il avançait toujours. Enfin, le jour se fit et il se trouva sur un chemin. Sa mère ne devait plus être loin. Il regarda à droite et à gauche sans rien découvrir.
« Maintenant, elle viendra sûrement me chercher », pensa Frédéric en se couchant par terre, tout épuisé. Alors ses paupières s’appesantirent : il s’endormit.
Les rayons dorés du soleil couchant jouaient à travers le feuillage, effleurant le visage du pauvre petit qui n’avait plus ni mère, ni foyer ; les fleurs à haute tige s’inclinaient sur sa tête comme pour une caresse.
Le maître tisserand, Michel Ledou, qu’on nommait en général maître Michel, ne manquait jamais d’aller, tous les jeudis, avec son cheval, au marché de la ville voisine, distante d’environ 4 kilomètres. À vrai dire, l’un et l’autre n’avaient que peu de choses à y faire – le plus souvent, rien du tout, mais pour la Grise, et surtout pour son maître, une demi-journée passée hors de la portée de la maîtresse de maison était un vrai soulagement et un réel plaisir. D’ailleurs, la maîtresse elle-même avait, pour ce jour-là, quelques commissions urgentes : cinq cent grammes de sel, un paquet de chicorée pour le café de l’après-midi, quelques poissons, des allumettes, de l’huile et des aiguilles. La Grise, comme une jument raisonnable, se contentait de peu de travail et de peu de fourrage et, sous ce rapport, son maître lui ressemblait d’une manière frappante. Il faisait, en plus, toutes sortes de réflexions dont seul le résultat final s’exprimait par ces sages paroles : « Pourvu que cela ne finisse pas mal ! »
Au matin des jours de marché, une vivacité inaccoutumée s’emparait des deux amis. La Grise saluait le maître par un joyeux hennissement et maître Michel se trémoussait dans la petite cour, faisant autant de préparatifs que s’il s’était agi d’un voyage à la capitale.
La vieille petite calèche à ridelles, aux rais disjoints et grinçants, subissait l’opération « rajeunissement ». Il fallait graisser les essieux, rajuster les banquettes, étendre de la paille au fond, remplir d’avoine le sac qui servait de siège, rattacher les courroies usées ou les remplacer par de la ficelle. En même temps, par la fenêtre ouverte, la maîtresse lui criait :
– N’oublie pas de rapporter mes souliers de chez Loserait. Seront-ils seulement prêts ? C’est un paresseux négligeant, de même trempe que toi…
Le maître souriait dans sa barbe, ne répliquait rien, continuait à ajuster, à attacher, et la Grise hennissait.
…Quant au marchand de poissons Ramplé, tu lui jetteras ses poissons pourris à la tête. En voilà un voleur ! Mais toi, naturellement, tu n’y as rien vu !
Le maître, impassible, arrangeait le sac sur la banquette.
…Ne va pas oublier de faire boire la Grise ! poursuivait sa femme, vous faites joliment bien la paire, toi et cette vieille jument, mais la pauvre créature, il lui faut des soins. Et si je ne pensais pas à tout…
La Grise montra sa tête à la porte de l’écurie et, voyant que la voiture n’attendait plus qu’elle, elle vint d’un pas mesuré se mettre docilement dans les brancards.
… Et si tu aperçois ce flâneur de Jean Croll, passe par une autre rue, sinon vous irez encore ensemble perdre votre temps et votre argent au café.
Le maître s’installa sur son siège en souriant silencieusement. Passe encore pour le temps, mais l’argent ? Quelle pitié ! Ses achats faits, que lui resterait-il ? Peut-être trois sous pour sa dépense ! Il n’y avait pas besoin pour cela de tirer souvent son porte-monnaie de sa poche.
…Tu m’apporteras encore pour deux sous de savon et un sou de poivre, lui cria sa femme au moment du départ.
Le maître prit les rênes et la Grise se mit en marche.
… Attends, cria encore la ménagère, il vaut mieux que j’aille avec toi !
Mais, cette fois, la Grise eut des envies de galop, et le « hue ! » du paysan se perdit dans les bruyants cahotements du véhicule. Il n’aurait plus manqué que cela ! La Grise se surpassa jusqu’à ce que, arrivée au tournant de la forêt, elle reprit son allure lente et réfléchie… Maître Michel releva la tête, aspirant l’air avec délice. Quel plaisir, quelle paix ! murmura-t-il. Les oiseaux chantaient comme ils n’avaient jamais chanté et les fleurs embaumaient et souriaient. C’était la récréation hebdomadaire de Michel, cette course au marché. Au retour, l’après-midi, on aurait pu le voir la tête baissée, absorbé par des pensées peu gaies et laissant la Grise marcher à son gré.
– Où est maman ? fit une petite voix claire.
La Grise s’arrêta. Michel, étonné, releva la tête. Un petit bout d’homme, à la chevelure blonde ébouriffée était là, devant lui. Sa blouse de velours était couverte d’aiguilles de sapin ; ses yeux, gonflés de larmes, se fixaient, anxieux, sur l’étranger.
– Que Dieu me soit en aide ! s’exclama Michel en regardant l’enfant comme s’il n’avait pas compris.
– N’as-tu pas vu maman ? répéta la petite voix que des pleurs contenus faisaient trembler.
– Mais non, petit rôdeur, répondit le maître en descendant de son char, d’où viens-tu ?
– De là-bas, répondit l’enfant en montrant la forêt d’un geste vague.
– Quelles gens, quelles gens ! fit maître Ledou en secouant la tête, laisser ainsi un petit être s’en aller à l’aventure, comme si les landes de La Chênaie n’étaient qu’un jardin. Pourvu que cela ne finisse pas mal ! Es-tu tout seul ? Comment es-tu venu ici ?
– Maman dort, et puis je jouais à cache-cache ; il y avait un très gros tronc… Je ne me suis pas battu, mais ces vilaines ronces piquent, et je ne vois plus maman.
Ce récit incohérent n’expliquait rien à Michel.
– Où est-ce que ta mère dort ? poursuivit le vieil homme.
– Ici, ici, assura l’enfant. Peut-être qu’elle s’est aussi cachée ; essaie de crier « coucou ! »
– Quelle bêtise ! reprit Michel. Comment s’appelle ta mère ?
Frédéric le regarda avec étonnement.
– Tu es bien nigaud, fit-il d’un ton dédaigneux, comment veux-tu qu’elle s’appelle ? Elle s’appelle maman. Mais crie seulement « coucou ! » bien fort, alors elle viendra.
Qu’est-ce que maître Michel pouvait faire de mieux que d’obéir ? Il cria « coucou ! » de toutes ses forces mais d’une voix enrouée. La Grise tourna la tête, n’y comprenant plus rien. Elle avait déjà fait différentes expériences durant sa vie, mais cela était tout nouveau. Le petit rôdeur non plus n’était pas content.
– Quelle voix as-tu ! Voilà comment il faut crier. Et sa voix claire et argentine retentit dans le taillis.
Maître Ledou se remit à crier : il sortit de sa gorge une sorte d’aboiement rauque… mais personne ne répondit.
Alors, s’éloignant du chemin, ils entrèrent dans la forêt, criant et appelant, sans obtenir de réponse. Leurs recherches restant sans résultat, ils revinrent près de la Grise qui attendait patiemment. Maître Michel sentait le fardeau d’un nouveau souci. Il allait rentrer tard. Que dirait sa femme ? Il fallait aussi lui amener l’enfant… Comment le laisser seul dans la forêt ! Quelle réception orageuse il allait devoir affronter ! Cela lui faisait froid dans le dos.
– Veux-tu venir avec moi ? demanda-t-il enfin au petit qui, en toute confiance, avait mis sa main dans la sienne. Ta maman viendra te chercher chez nous.
Frédéric accepta sans hésiter. Ils montèrent sur le char ; l’un poussa de gros soupirs, l’autre, profondément soulagé, étendit ses pieds dans la paille fraîche et odorante. Soudain, il se souvint qu’une autre souffrance le tourmentait depuis longtemps :
– J’ai bien faim ! s’exclama-t-il, en se tournant vers son protecteur, donne-moi quelque chose à manger.
Le pauvre Michel se trouva en présence d’un nouveau dilemme : que faire ? Les poissons que le vieux Ramplé avait dû échanger, il ne pouvait pourtant pas les offrir à l’enfant. Il fallait donc sacrifier ce qui avait calmé ses craintes, ce qui devait servir de dérivatif aux foudres de son épouse. Les trois sous qui, en d’autres occasions semblables, s’étaient transformés en verre de vin, avaient servi à acheter des petits pains blancs tout frais, dorés et parfumés, destinés à adoucir l’humeur de la maîtresse du logis. Mais les yeux bleus de l’enfant avaient un regard si suppliant, et un éclat si joyeux les remplit à l’apparition du petit pain tiré du panier, que le bon Michel éprouva un véritable plaisir à contempler l’enfant y mordre à belles dents. Bientôt la dernière miette de la brioche eut disparu.
– Sais-tu ? dit encore le garçonnet, je n’aime pas beaucoup le pain tout sec, mais celui-ci a un goût de gâteau. Tu peux m’en donner encore un.
Le deuxième fut dévoré du même appétit, puis le troisième.
– Voilà, dit alors Frédéric avec satisfaction, le dernier n’était pas aussi bon que les autres. Puis sa tête se pencha sur la veste rugueuse de son protecteur, ses yeux suivirent quelques instants les mouvements de la Grise, ses paupières se fermèrent doucement, et il s’endormit.
Maître Michel entoura l’enfant de son bras et ne bougea plus pour ne pas troubler son sommeil. Il n’avait pas besoin de surveiller la Grise qui connaissait le chemin par cœur et trottinait sans hâte, secouant de temps en temps les oreilles ou agitant sa queue quand les mouches la dérangeaient trop.
Avec une admiration croissante, maître Michel contemplait l’enfant endormi, l’élégante blouse de velours et la collerette finement brodée qui entourait son cou délicat.
« Ça doit être un enfant de gens riches, pensait Michel Ledou en secouant la tête, comment est-il venu dans cette forêt ? »
La Grise ralentissant de plus en plus son allure, finit par s’arrêter et tourna la tête. Le maître soupira. S’il n’en avait tenu qu’à lui, il eût volontiers continué à suivre, longtemps encore, le chemin de la forêt, mais il fallait rentrer au logis. Il fit signe à la jument, qui, la tête baissée, s’engagea dans un chemin de traverse le long d’une clairière.
Chapitre 2
La maisonnette de Michel Ledou était basse, faite de troncs superposés, grossièrement équarris et couverte de chaume moussu. Quelques taches jaunes trahissaient de récentes réparations. En ce moment, on aurait pu la trouver jolie sous sa voûte de cerisiers et de pommiers fleuris.
Une herbe courte et drue poussait dans le petit enclos. À l’abri du toit de l’étable délabrée, les hirondelles faisaient leurs nids. On aurait pu se croire bien loin du monde civilisé. Il était rare, en effet, qu’un piéton dirige ses pas de ce côté. D’ailleurs, la maîtresse du logis ne faisait pas grand cas des lois de l’hospitalité, et mal en prenait à quiconque osait mettre le pied sur ses terres. Seuls, des bûcherons s’arrêtaient en passant pour demander de l’eau. Maintes fois ce breuvage fut assaisonné des propos mordants de Catherine Ledou. Du reste, c’était une femme énergique, avisée, qui faisait régner l’ordre le plus parfait dans sa petite propriété. Quand son regard sévère tombait sur son trop apathique mari, celui-ci, instinctivement, rentrait la tête entre les épaules. Même les jambes paresseuses de la jument avaient des envies de souplesse quand elles sentaient la maîtresse redoutée dans le voisinage.
Depuis une heure au moins, aujourd’hui, elle apparaissait sur le seuil de sa porte et sondait du regard le chemin débouchant de la forêt. Un grand silence l’environnait. Les abeilles bourdonnaient dans les arbres. Le sureau exhalait son parfum. Plus loin, dans les prairies, on entendait le chant monotone du grillon. Cependant Mme Ledou n’était pas femme à se laisser toucher par les charmes de la nature.
– Quel homme ! murmurait-elle, quel homme ! Il s’attarde jusqu’à la nuit noire, tandis que le travail presse à la maison !
Enfin elle vit le véhicule approcher lentement, beaucoup trop lentement au gré de son impatience croissante. Sa main droite saisit derrière elle une perche de haricots.
– Je m’en vais vous donner des jambes ! cria-t-elle, lorsque la calèche fut à portée de voix, à cette paresseuse de jument et à toi, fainéant, qui gaspilles le temps et l’argent à faire la fête en ville.
Maître Michel se contenta de répondre :
– As-tu quelque chose à manger, j’ai faim.
– Du matin au soir on se « carriole » sur les grands chemins ! On court d’un café à l’autre ! Attendez seulement, je m’en vais vous en faire passer le goût. Et elle brandissait sa longue perche qui, heureusement, ne pouvait encore atteindre personne… La prochaine fois, c’est moi qui irai à la ville ; je me ferai un bon fouet et on verra si elle sait encore trotter, cette vieille jument !
La Grise, humblement, baissait la tête et Michel d’une voix sourde intervint :
– Femme, dit-il, ne crie pas si haut, tu vas réveiller ce petit !
– Un enfant ! Tu m’amènes un enfant ! La voix de Catherine s’étranglait de colère et d’indignation ;… Dépêche-toi de descendre avec ce garnement. Si, à l’instant, tu ne l’éloignes de ma vue, tu… tu auras affaire à moi !
Frédéric n’avait plus envie de dormir. Les yeux grands ouverts, il regardait craintivement cette femme rouge de colère.
– Est-ce une sorcière ? demanda-t-il à voix basse à son protecteur qui s’apprêtait à descendre du chariot. Ledou soupira.
– Oui, mon garçon, répondit-il en inclinant la tête, comme tu vois clair !
Lui aussi avait parlé à voix basse, car si ses paroles étaient parvenues aux oreilles de sa femme, peut-être bien que la perche ne serait pas restée inactive.
– Je l’ai trouvé dans la forêt, expliqua-t-il à sa femme, il se sera égaré ; on viendra sûrement bientôt le chercher.
Cette explication, si vraisemblable pourtant, ne fit qu’augmenter la colère de Catherine.
– Trouvé dans la forêt ! s’écria-t-elle, et la perche prit une direction inquiétante ; d’autres trouvent de l’argent, ou un beau châle ; toi, tu trouves un enfant, qu’il nous faudra entretenir, comme si nous n’étions pas assez pauvres sans cela.
– Ce doit être un enfant de gens riches, insinua Michel, dans l’espoir d’apaiser son irascible moitié ; ils nous donneront une bonne récompense quand ils le trouveront chez nous.
Catherine sembla saisir la justesse de cette observation ; sa colère s’apaisa et sa figure perdit son expression rébarbative.
– Viens avec moi, dit-elle au petit dont elle voulut prendre la main, mais Frédéric s’y refusa énergiquement.
– Je ne veux pas rester avec toi, répondit-il d’un ton résolu, tu fais une méchante figure et tu as un long bâton à la main ; j’aime mieux rester dans la voiture ; le cheval me traînera et je pourrai dormir.
– Certainement pas ! répliqua durement la femme. Le cheval ira à l’écurie et ce n’est pas là que tu dormiras.
Et s’emparant du petit récalcitrant, malgré sa résistance, elle le tira de la calèche.
– Tu pourrais bien m’aider, s’écria l’enfant en s’adressant à Michel ; retournons à la forêt chercher maman.
– Entre seulement, répondit le placide Michel, on te donnera quelque chose, quelque chose de bon : du pain et du miel. N’aimes-tu pas ça ?
Frédéric apprécia ce conseil, car il aimait les douceurs ; il suivit donc docilement le maître du logis.
Un grand vestibule, tenant lieu de cuisine, occupait tout le milieu de la maison. Par une porte ouverte à gauche, on apercevait une pièce servant d’atelier. Un métier à tisser, un grand dévidoir, un cadre pour tendre le fil et d’autres outils de tisserand la remplissaient presque. À droite, la chambre de ménage et une petite chambre à coucher, toutes deux pauvrement meublées, mais reluisantes de propreté ; les carreaux des fenêtres étaient transparents comme du cristal et le sol de terre durcie poudrée de sable fin et parsemé de feuilles odorantes. Quelques ustensiles de terre occupaient un rayon bruni par la fumée et, au milieu du vaste foyer, sous un trépied en fer, brûlaient quelques tisons. Derrière le foyer, un grand four hébergeait une provision de menu bois et servait de reposoir au vieux chat gris.
C’était précisément ce four qui captivait l’attention de Frédéric. Il se campa devant et le considéra d’un œil curieux.
Puis il tourna autour en jetant de temps à autre un coup d’œil à Catherine qui venait de mettre sur le trépied une casserole pleine de lait et s’apprêtait à faire cuire des nouilles. Le bambin sembla satisfait de ses découvertes. Il revint, s’arrêta devant l’ouverture béante du four et mit ses mains dans ses poches.
– Nous te pousserons là-dedans, dit-il sans autre préambule à la cuisinière absorbée par la préparation de la pâte qu’elle roulait vivement et jetait dans le lait bouillant.
– Me pousser dans le four ! s’écria-t-elle stupéfaite, en appuyant sur ses hanches ses mains enfarinées et prêtes au combat, et pourquoi donc ?
– Tu es une sorcière, répondit Frédéric avec conviction ; c’est pourquoi on te poussera là-dedans… N’est-ce pas, c’est bien une sorcière ! Tu me l’as dit.
Ces dernières paroles s’adressaient à maître Michel qui, sans rien soupçonner, entrait silencieusement.
Cette révélation soudaine de ses pensées les plus secrètes fit trembler le pauvre tisserand.
– Petit bavard, articula-t-il avec peine ; comment peux-tu trouver pareille chose ? Pourvu que cela ne finisse pas mal !
– Mais tu me l’as dit, insista Frédéric, comme offensé ; moi, je la pousserai dans le four.
Le souffle coupé par la fureur, Catherine s’exclama :
– Me pousser dans le four ! Moi, une sorcière ! Attends, il lui faut un manche à balai à la sorcière !
Et, parlant ainsi, elle alla tirer d’un coin un vieux balai de branches, hérissé, attestant une existence laborieuse. Il s’en fallut de peu que le grand et le petit homme ne fissent connaissance plus intime avec lui, mais la casserole de lait vint à temps à leur secours. La soupe écumante, bouillonnante, en soulevait le couvercle. Une partie du précieux liquide se répandait dans les braises crépitantes. Bon gré, mal gré, la maîtresse du logis dut dominer son explosion de colère. À l’ombre de la fumée et de la vapeur qui remplirent bientôt la cuisine, le maître s’esquiva, abandonnant le petit imprudent à son malheureux sort.
Il était debout, tranquille, à la même place, devant le four, regardant Catherine aller et venir.
– Vois-tu, si tu avais fait attention, le bon lait ne serait pas tombé dans le feu, dit-il, d’un ton de reproche.
– Si je n’avais pas peur de commettre un péché, petit garnement ! s’écria la femme toujours furieuse, tandis qu’elle remplaçait par un peu d’eau le lait si malheureusement répandu. Voyez-vous ça ! À peine sait-on se tenir sur ses jambes qu’on vient mettre en colère les grandes personnes ! Va chercher le vieux fainéant pour souper !
– Qui faut-il aller chercher ? demanda Frédéric étonné.
– Ce vieux fainéant qui t’a amené avec lui et qui ne sait que flâner jusqu’à ce qu’il fasse nuit.
Frédéric comprit de qui il s’agissait. Il alla dans la cour, où maître Michel puisait un seau d’eau pour la Grise.
– Vieux fainéant, viens souper ! lui dit-il.
Le maître stupéfait posa son seau à terre. « À peine un quart d’heure qu’il est seul avec elle, murmura-t-il, et le voilà qui me nomme ainsi ! Quelle croix qu’une si méchante femme ! »
Frédéric ne comprit pas ces paroles dites en aparté, il prit la main de Michel qui le fit passer devant lui, non sans jeter un coup d’œil furtif vers le coin du balai. Il respira en voyant cet objet redouté à sa place habituelle.
La soupe fumait sur la table. La maîtresse en remplit trois assiettes et mit un morceau de pain noir à côté de chacune. Frédéric considérait cette tranche brune d’un œil curieux, puis, la poussant de côté :
– Je ne mange pas ça, déclara-t-il résolument, c’est de la terre. Tu peux me donner un des petits pains que tu as dans ta poche, continua-t-il en s’adressant à Michel.
Mais Michel s’étranglait. Les pâtes ne glissaient plus normalement dans son gosier. Une quinte le secouait violemment. La colère de Catherine éclata de plus belle.
– C’est ça, petit gourmand, cria-t-elle aux oreilles de Frédéric, qui n’y comprenait rien, de la terre !… de la terre, le pain que Dieu nous donne ! Je t’affamerai trois jours durant, petit polisson ! Mais pourquoi en vouloir à ce petit, quand un vieux fainéant gaspille ainsi l’argent ? C’est un pain blanc qu’il achète avec mes sous péniblement gagnés. Des petits pains, quand moi je compte les bouchées que je mange. Attends seulement : on t’en donnera des petits pains !
– Je les avais achetés pour toi, hasarda timidement le maître qui jetait ainsi de l’huile sur le feu.
– Achetés pour moi, reprit-elle fulminante. Et il n’a pas honte de mentir, ce coquin ? Où sont-ils donc… Où les as-tu mis ? Ah ! Tu as raison de baisser la tête !
Le maître, impassible, mangeait sa soupe assaisonnée d’amertume. C’était un homme silencieux, aimant la paix. Les criailleries de sa femme empoisonnaient presque toutes ses journées.
– J’ai sommeil, reprit Frédéric, je veux dormir.
– Et que faut-il faire de ce marmot, dis, veux-tu qu’on le mette sur le four, avec le chat ?
– Mets-le dans mon lit, dit Michel ; je coucherai dans la grange, sur le foin.
– C’est ça ! Tu iras y fumer, tu mettras le feu à la grange et nous serons tous grillés comme des rats ! Pas de ça !… Tu coucheras ici, sur le banc ! A-t-on autre chose que des peines et des soucis avec ces hommes ? Mais c’est bien fini : tu ne quitteras plus la maison. Tu jettes par la fenêtre le peu que nous avons ; tu parles mal de moi, et…
« – Je m’endors dans mon petit lit.
Ô Dieu, garde-moi cette nuit !
Que chaque jour Ta main fidèle
Me tienne à l’ombre de Ton aile. Amen »
La voix claire de Frédéric avait imposé silence au flux de paroles de la ménagère. Après s’être glissé dans le lit, il avait joint les mains et répété sa prière habituelle. Puis il avait fermé les yeux, en murmurant, à moitié endormi :
– Bonne nuit, maman !
Catherine s’était assise sur le banc et avait écouté respectueusement les paroles de l’enfant. C’était une honnête femme, que les soucis, les chagrins et les petites contrariétés de la vie avaient endurcie ; elle s’était peu à peu habituée à récriminer à tout propos. La prière enfantine de Frédéric avait éveillé en elle des souvenirs effacés depuis longtemps. Oui, jadis – il y avait bien quarante ans de cela – elle avait aussi présenté à Dieu de courtes requêtes et, comme Frédéric, elle s’était ensuite endormie paisiblement. Sa mère lui avait alors appris à aimer le Seigneur Jésus, mais – tels les grains tombant dans les épines, comme le dit la parabole – les difficultés de la vie avaient étouffé sa foi d’enfant. Une tristesse d’un nouveau genre s’empara d’elle en songeant que presque chacune de ses journées commençait et finissait par des invectives.
Immobile et silencieuse, elle resta absorbée par les images du passé. Puis elle se leva, monta au grenier, en redescendit portant un vieux manteau qu’elle étendit soigneusement sur le large banc destiné à son mari. Elle tira même un des oreillers de son lit pour compléter cette couche peu moelleuse.
– Tu seras mieux ainsi, dit-elle, en se tournant vers lui. Muet d’étonnement, il la suivait des yeux. Elle s’approcha ensuite du lit où reposait le petit étranger, contempla longuement sa douce figure, puis alla se coucher.
Un parfum inhabituel remplissait la chaumière lorsque maître Michel se réveilla, le lendemain. Il l’aspira avec délice, se leva, étira ses membres engourdis et, passant sa tête par la porte entr’ouverte, il jeta un regard curieux dans la cuisine. Il y vit sa femme en train de faire couler par un entonnoir, dans la graisse bouillante, une pâte liquide et dorée. Savamment, elle en traçait des arabesques fantaisistes qui bientôt, se transformeraient en beignets des plus appétissants.
– Des beignets ! murmura le maître dans sa joyeuse surprise. Mais dame Catherine l’avait entendu et, se tournant vivement :
– Curieux que tu es ! cria-t-elle, viens-tu déjà fourrer ton nez…
Subitement elle s’interrompit comme si elle regrettait ses paroles, puis elle continua en changeant de ton :
– Je ne peux pourtant pas laisser ce petit avoir faim. Il ne mange pas notre pain noir, et je n’ai rien d’autre à lui donner.
– C’est bien, répondit Michel tout réjoui.
Frédéric arriva bientôt, tout reposé, et s’installa à table. Un instant il sembla hésiter, puis inclinant la tête, il dit de sa voix claire : « Merci, Seigneur Jésus, pour le bon déjeuner que Tu nous donnes ! Amen ». Les beignets savoureux et dorés ne furent que mieux goûtés et croqués à belles dents.
– Tu n’as plus besoin de me donner tes petits pains ; ceci est bien meilleur, dit le petit ingrat à maître Michel, en croquant un nouveau beignet.
Cette ingratitude n’alla pas au cœur du brave homme, dont toute la face exprimait une douce satisfaction. Mais soudain la figure du petit prit une expression angoissée.
– Faudra-t-il que j’aille à l’étable ? demanda-t-il en regardant Catherine.
Tout d’abord, celle-ci ne put se transporter dans le monde de fées et de sorcières où vivait Frédéric en ce moment. Elle ne répondit pas tout de suite, n’ayant pas compris le sens de la question. Enfin, quand elle se rendit compte de la nature des craintes de l’enfant, elle voulut se fâcher. Mais l’anxiété peinte sur le petit visage la désarma et la pitié fut plus forte que le dépit.
– Tu n’es qu’un petit bêta, dit-elle, et si tu as encore de si mauvaises pensées, je ne te donnerai plus de ces bons beignets.
Alors Frédéric respira. Ses craintes évanouies, il se remit à faire honneur à la rustique friandise.
– Michel, tu conduiras la Grise au pâturage et tu prendras le petit avec toi ; le grand air lui fera du bien, poursuivit la ménagère.
Docilement, le maître sortit de la chambre, suivi de Frédéric.
– Veux-tu monter à cheval ? lui demanda le maître.
S’il le voulait ! Il poussait des cris de joie sur le dos de la sage jument qui, toute fière, tourna la tête et se mit à hennir.
– Y comprenne quelque chose qui pourra ! murmurait maître Michel qui allait de surprise en surprise ; pourvu que cela ne finisse pas mal !
Chapitre 3
Ainsi, à trois, ils sortirent de la cour. La Grise se gonflait, sûrement pour effacer les angles aigus de ses os qui auraient pu blesser le petit cavalier. Voyait-elle une pierre sur le chemin, elle l’évitait prudemment, et si un fossé s’ouvrait devant ses pas, elle le franchissait sans secousse, comme si elle avait porté un fardeau fragile et précieux. Seulement, de temps en temps, elle tournait la tête pour regarder la petite jambe de Frédéric.
C’était une matinée de printemps lumineuse, telle qu’on en rêve les jours d’hiver auprès des tisons flambants, alors que les frimas couvrent la terre et que la bise siffle sur les campagnes nues.
L’air tiède et calme étendait un voile vaporeux sur la terre verdoyante, et les rayons de soleil, comme des flèches divines, perçaient le tendre feuillage et faisaient scintiller des milliers de gouttes de rosée. Les voix des champs, celles des airs et de la forêt, vibraient à l’unisson dans un hymne mélodieux. La vie palpitait sous les dômes de feuillage, faisant éclater de toutes parts des bourgeons attardés.
Maître Michel regardait autour de lui d’un air radieux. La prière de Frédéric avait fait naître en lui une joie encore inconnue. Son cœur s’élevait vers Dieu, Créateur de toutes ces merveilles qui l’entouraient, et faisaient vivre en lui une certitude d’espérance. Un autre printemps succéderait aux peines de la terre et cette pensée lui faisait supporter sa misérable existence riche en chagrins, en amertumes, en humiliations de toute sorte. Quelqu’un pourrait-il lui parler un jour de ce Dieu qu’il connaissait de si loin ?
Dans la jeune âme de Frédéric, et à son insu, l’image de ce matin-là se grava en traits ineffaçables en ce début de vie si nouvelle pour lui.
La jument cheminait lentement sur un étroit sentier serpentant entre les noisetiers en fleurs. On arriva à la clairière humide de rosée, enceinte de grands arbres à l’abri desquels s’épanouissaient les muguets, les anémones et les fraisiers.
Le maître lâcha la bride, descendit Frédéric, et se mit en devoir de choisir un lieu de repos. Un vieux chêne aux racines noueuses couvertes de mousse formait un lit moelleux, bien propre à dédommager le pauvre tisserand de la dure couche de la nuit. De cet endroit, il embrassait toute la prairie d’un coup d’œil.
– Frédéric, cria-t-il au petit, tu n’iras pas courir dans la forêt !
– Oh ! non, plus jamais, promit l’enfant ; il y a de grosses grenouilles, et des aiguilles de sapin qui piquent bien fort, les méchantes.
Rassuré, maître Michel s’étendit de tout son long et plongea ses regards dans le feuillage naissant qui se détachait sur l’azur du ciel. Un léger bourdonnement, de furtifs battements d’ailes trahissaient la présence d’innombrables êtres minuscules se délectant, eux aussi, de ce festin de soleil et de parfums.
Que Michel se sentait bien ainsi ! Quelle heure délicieuse au sein de ce calme, de cette paix profonde ! Comment les hommes pouvaient-ils, de gaieté de cœur, assombrir les plus beaux jours par des discordes et des querelles ? Les coups de dents de la Grise qui se régalait, accompagnaient en cadence les réflexions du tisserand.
Peu à peu la coupole dentelée s’assombrit aux yeux de notre rêveur. Elle s’abaissa lentement, et bientôt un son régulier et monotone se mêla, profond et sonore, aux voix de la nature : c’était le ronflement sonore de maître Michel.
Frédéric n’avait pas quitté la Grise. Quand elle faisait un pas, lui, en faisait deux pour rester à ses côtés. Quand elle agitait la queue pour chasser une mouche importune, Frédéric de la main cherchait à l’éloigner ; mais, si elle s’approchait de la lisière du bois, où s’épanouissaient mille fleurs, il l’en détournait pour qu’elle ne les broute pas, car il voulait en faire un bouquet.
– Coucou, coucou ! cria tout à coup une voix dans le buisson. Les yeux de Frédéric brillèrent. Son cœur palpita d’émotion.
– Maman, maman ! Me voici avec la Grise, cria-t-il en courant vers la forêt. Mais bientôt son pas se ralentit et il s’arrêta. Il se rappelait les expériences de la veille, et le gros tronc d’arbre, et les aiguilles piquantes.
– Viens me chercher, maman ! Je n’entrerai pas dans la forêt ; l’homme – c’était maître Michel – l’a défendu.
Les yeux avides de l’enfant plongeaient dans le mystérieux dédale.
Puis, le cri du coucou se faisait entendre dans une autre direction et l’espoir de Frédéric se trouvait trompé de plus belle. Son regard s’attrista en pensant que c’était sans doute le même méchant garçon qui l’avait attiré loin de sa mère.
À pas lents, il revint près de la Grise qui, la tête levée, tout en mâchant, suivait des yeux son petit compagnon. L’enfant se mit à cueillir à pleines mains les fleurs odorantes. Ce bouquet, il l’offrirait à sa mère quand elle viendrait. Il en avait une vraie gerbe lorsqu’il se rapprocha de son amie qui venait de se coucher. Il s’assit tout près d’elle, appuya sa tête sur son large dos et regarda ses fleurs.
Soudain, Michel se mit sur son séant : un gros scarabée lui tombant sur le nez l’avait brusquement tiré de son sommeil. Et lorsqu’il vit que la clairière n’avait plus d’ombre, il s’écria :
– Hop, la Grise, hop ! Tu restes là à te chauffer au soleil, comme s’il n’y avait ni maîtresse, ni ouvrage qui nous attendent. Il faudra planter les pommes de terre cet après-midi.
La jument se leva péniblement. Frédéric reprit sa place sur son dos et le trio regagna lentement le logis. Dès que la maisonnette fut en vue, Michel, anxieux, observa les abords. La maîtresse n’y était pas pour lui faire un accueil à sa façon. La figure du brave homme s’apaisa.
– Eh bien ! Frédéric, dit-il joyeusement à l’enfant qui, d’une main tenait son bouquet serré contre sa poitrine, et de l’autre se cramponnait à la crinière du cheval, tout semble bien aller. Pourvu que cela ne finisse pas mal !
La tête de dame Catherine parut à la porte entrebâillée.
– Vous arrivez au bon moment, dit-elle, d’un ton aimable, le dîner est prêt.
Maître Michel ne savait que penser de ce revirement. Pareille chose ne s’était jamais vue.
– Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! pensa-t-il. Peut-être a-t-elle pris trop à cœur le nom de sorcière.
– Tiens ! dit Frédéric en lui tendant le bouquet, maman n’est pas venue !
Catherine accepta les fleurs avec ravissement, même avec une pointe d’orgueil : elle les mit dans un pot plein d’eau fraîche.
– Je t’ai fait un bon dîner, lui dit-elle, d’un ton mystérieux.
Le dépit que le qualificatif de la veille lui avait causé était oublié. En regardant les yeux candides de l’enfant, elle sentit qu’un rayon de soleil avait pénétré dans sa chaumière et dans son cœur.
L’étonnement de Michel ne fit que grandir lorsqu’il vit le couvert déjà posé sur la table, un plat de purée de pommes de terre accompagné d’une tranche de lard fumé, son plat préféré.
– Mangez-en autant que vous voulez, dit la maîtresse d’un ton encourageant ; cet après-midi, il faudra planter les pommes de terre.
– Mais, femme, ne put s’empêcher de dire Michel, c’est un repas de fête que tu nous donnes en semaine ! Pourvu que cela ne finisse pas mal !
– Pourquoi m’avoir amené un enfant de grand seigneur ? Il faut bien se déranger un peu.
Mais l’enfant de grand seigneur ne paraissait pas apprécier la bonne volonté de Catherine. D’un œil méfiant, il considérait curieusement la purée reluisante de graisse. Prudemment, il en porta une pointe de fourchette à sa bouche et fit une grimace. Il s’étranglait, s’étouffait, devenait tout rouge et ne pouvait avaler. Lorsqu’il put parler, il déclara nettement :
– C’est pour les petits cochons.
Le maître, interloqué, posa sa fourchette.
– Quel petit gourmand ! C’est un dîner de roi, de quoi rendre la santé aux malades !…
Mais sa femme l’interrompit.
– Le petit, dit-elle, ne sait pas ce que c’est. Laisse-le tranquille, Michel.
Une nouvelle stupeur pétrifia le pauvre homme : Michel ! Elle avait dit Michel ! Pourvu qu’elle n’aille pas mourir bientôt ! pensait-il tristement.
Entre temps, la maîtresse était allée chercher un pot de lait et quelques-uns des beignets restés du matin, et Frédéric eut un dîner à son goût.
Certes, depuis longtemps, Michel ne s’était senti aussi heureux. Toutefois, ce bonheur était incomplet. Il fallait, hélas, aller planter les pommes de terre, alors qu’il eût été si agréable de faire la sieste sur la mousse, à l’ombre du grand chêne !
– Ne vaudrait-il pas mieux que j’aille dans la forêt avec ce petit abandonné ? Peut-être pourrais-je découvrir quelque chose, hasarda-t-il timidement.
– Certainement pas, décida dame Catherine ; les pommes de terre doivent se planter. D’ailleurs, nous sommes les derniers, et si la pluie allait venir, ce serait fini pour cette année.
Il fallut se résigner. On attela la Grise à la charrue qui traça de profonds sillons dans lesquels la maîtresse posait les tubercules à intervalles réguliers. Pour Frédéric, il y eut aussi du travail. Muni d’un petit panier que lui avait donné Catherine, il allait et venait, du sac à la paysanne, versant les tubercules dans son grand tablier, retenu à la ceinture par les coins. Quel plaisir que de trottiner ainsi ! Les joues en feu, ses cheveux bouclés tombant en désordre sur son front, il ne pensait ni à la chaleur, ni à la fatigue. Enfin, ses petites jambes ralentirent leur allure, et Catherine lui dit :
– Va demander au maître qu’il te mette sur la Grise, veux-tu ?
Frédéric applaudit.
– Chez vous, c’est presque plus beau qu’à la maison. Je pense que maman ne viendra pas encore me chercher aujourd’hui.
Et maître Michel, en entendant le joyeux rire et le babil du petit, oublia complètement qu’il avait chaud, et qu’il faisait un travail pénible.
Le soir, au lit, Frédéric ne put dire sa prière jusqu’au bout :
– Je m’endors dans mon petit lit, articula-t-il encore clairement. Ô Dieu – garde-moi… garde-moi…
Et il dormait déjà profondément. Comme la veille, Catherine lui caressa le front et posa ses petites mains jointes sur la couverture.
– C’est une vraie bénédiction qu’un semblable marmot, ne put s’empêcher de dire Michel en sortant de la chambre. Pourvu que cela ne finisse pas mal !
Le lendemain, un vent froid amena de légères averses sur les campagnes verdoyantes. Le brouillard flottait sur la forêt et les gouttes de pluie, fouettant les vitres embuées, y formaient de petits ruisseaux. Impossible d’aller promener à cheval sur la Grise.
– Tu pourras enfin terminer les essuie-mains pour la femme du maire, dit la maîtresse à Michel qui se tenait près de la fenêtre et regardait d’un air d’intime satisfaction le paysage gris et humide.
Cette recommandation lui arrivait bien mal à propos.
– Il me semble, fit-il en hésitant, que cela ne vaut pas la peine de s’y mettre. Tu connais le proverbe : « Faveur des grands et pluie de printemps ne sont pas de durée ». Et ensuite, pour être aussitôt dérangé…
– Tu n’as pas à te laisser déranger, interrompit aigrement la maîtresse, il faut que ce travail se finisse une fois. La femme du maire l’a déjà envoyé chercher trois fois et j’ai toujours dû lui demander de patienter. Elle ne nous donnera plus de travail si rien n’est jamais fini.
Il fallut, coûte que coûte, se mettre au métier. « Pourvu que cela ne finisse pas mal ! », soupirait le tisserand en prenant sa navette. Sa femme déploya le dévidoir, y mit le fil, prépara les bobines et bientôt bourdonnement et cliquetis remplirent la chambre de leur laborieuse harmonie.
Frédéric aussi eut sa part de travail. Il portait au maître les bobines pleines et rapportait les vides à la maîtresse ; mais il manquait d’entrain. Ses yeux limpides avaient perdu leur éclat. Aux questions du vieux couple il ne répondait que d’un ton triste et ses petits pieds semblaient être de plomb. Souvent, il montait sur le petit banc et aplatissait son nez contre les vitres ruisselantes. De temps à autre, il poussait un profond soupir, et chaque fois qu’il revenait près de Catherine, son charmant minois avait l’air aussi désolé que le temps.
– Qu’y a-t-il, mon petit ? demanda enfin la maîtresse en arrêtant son dévidoir.
Elle venait de remarquer sur ses joues deux grosses larmes qui roulaient lentement et tombèrent sur sa main rude de paysanne. Pleut-il aussi dans la chambre, ou a-t-on le cœur gros ?
– Je ne sais pas, répondit le petit en hésitant, tandis que deux nouvelles larmes suivaient les premières ; il me semble toujours que… qu’il me faut pleurer… et… maman… qui ne revient pas !
En disant ces mots, il cacha sa tête dans les jupes de la maîtresse et éclata en sanglots convulsifs. Tout son corps tremblait. Sa douleur inconsciente, l’émotion des derniers jours, l’attente anxieuse et l’espoir déçu s’exprimaient par un torrent de larmes.
– Je savais que cela finirait mal, dit Michel tout ému en arrêtant sa navette, c’est ce malheureux tissage qui en est cause.
La maîtresse ne répondit rien. Ces chaudes larmes d’enfant, tombant sur son cœur, amollissaient la dure enveloppe qui le recouvrait depuis des années, et en faisaient jaillir la pitié et l’amour. Catherine entoura de ses bras l’enfant éploré, tandis que ses paupières desséchées s’humectaient de larmes, de vraies larmes. Et sa voix altérée prit de douces et consolantes inflexions semblables à celles d’une mère :
– Frédéric, mon mignon, ne pleure pas ainsi. Écoute, quand il fera du soleil, nous irons à la forêt et nous la retrouverons.
– Et elle ne viendra pas ! J’ai appelé… toujours appelé… et elle ne vient pas !
Les sanglots redoublaient de violence ; la petite poitrine se soulevait, se gonflait comme prête à éclater.
– Frédéric, veux-tu que je te donne un des petits gâteaux que tu aimes tant ?
Sans répondre, l’enfant secoua la tête.
– Veux-tu aller à cheval sur la Grise ?
Nouveau signe négatif.
– Je voudrais maman.
– Frédéric, veux-tu que je te raconte une histoire ? Celle du petit chaperon rouge ou celle du loup et des sept chevreaux ?
– Non, le loup a mangé le petit chaperon rouge, et la grand-mère, et les chevreaux… peut-être qu’il y aussi trouvé maman.
– Non, Frédéric, dans cette forêt il n’y a pas de loup… ou la Belle au bois dormant ?
Les larmes de Frédéric coulaient encore abondamment, de gros soupirs s’échappaient de sa poitrine, mais il restait tranquille sur les genoux de la narratrice. À mesure qu’elle parlait des fées et des beaux cadeaux, qu’elle racontait comment la jeune femme était montée dans la tour et avait trouvé la vieille fileuse, les larmes du petit auditeur cessèrent peu à peu.
– Les pigeons s’endormirent ; et aussi les moutons, les chiens, les chevaux.
– Est-ce que le cocher s’est aussi endormi ? demanda tout à coup Frédéric dont l’intérêt s’était éveillé.
Dame Catherine l’affirma positivement.
– Est-ce que le coq s’est aussi endormi ?
Nouvelle affirmation.
– Est-ce que la sorcière s’est aussi endormie ?
La maîtresse, d’abord un peu incertaine, se décida à faire dormir aussi la sorcière.
– Est-ce que Dieu dans le ciel s’est aussi endormi ?
Cette question embarrassa vraiment la conteuse. Elle n’avait jamais pensé à cela. Mais du fond de ses souvenirs lui revint ce verset souvent répété par sa mère : « Celui qui te garde ne sommeillera pas » (Ps. 121) et elle répondit :
– Dieu ne dort jamais.
– Jamais ? répéta Frédéric.
Mme Ledou se contenta de répéter que Dieu ne dormait jamais et continua son récit. Frédéric oublia sa peine et, quand on arriva au moment où le cuisinier donne au marmiton une gifle qui le fait crier, Frédéric poussa un tel éclat de rire que le maître se retourna tout étonné. Frédéric, sur les genoux de sa femme ! Il en croyait à peine ses yeux. L’enfant entourait de ses bras le cou flétri de Catherine et la regardait avec affection.
– Qui l’aurait cru ? murmura Michel en secouant la tête. Pourvu que cela ne finisse pas mal !
Chapitre 4
Cette crainte semblait ne pas devoir se réaliser. Le chagrin s’était évanoui du cœur de Frédéric. La maîtresse y avait pris place ; la méchante sorcière, maintenant maman Catherine, s’était transformée en fée bienfaisante et avait changé les larmes en rires joyeux.
Le bon Michel, par contre, ne récoltait qu’ingratitude. Désormais Frédéric ne quittait plus sa mère adoptive ; il la suivait partout, allait chercher du bois et des copeaux dans la cour, autant que ses petits bras en pouvaient contenir ; il lui aidait à sarcler le jardin et n’avait pas de plus grand plaisir que de dénicher les œufs pondus par les poules dans des endroits cachés.
En échange, et quand elle n’était pas occupée à sermonner son insouciant mari ou à aiguillonner le cheval paresseux, elle racontait à Frédéric les exploits du petit Poucet, le pouvoir merveilleux des fées. Ces récits enfouis depuis longtemps, mais non perdus dans sa mémoire, revoyaient la lumière pour le plus grand enchantement de Frédéric.
Michel, voyant l’affection croissante de l’enfant pour la maîtresse, en éprouvait une secrète jalousie. Cependant, il ne considérait pas encore sa cause comme perdue et comptait regagner la faveur changeante du petit.
« Je l’ai trouvé dans la forêt, ruminait-il, il a mangé mes petits pains, il m’a fait prendre ma femme pour une sorcière, il couche dans mon lit, il faut que mes vieux os s’étendent sur le banc, et voilà qu’à présent il me regarde à peine ! »
Telles étaient les pensées mélancoliques du maître, exprimées à mi-voix à sa compagne de douleur, à sa confidente, la jument grise.
– Frédéric, veux-tu aller à cheval dans la forêt ? demanda-t-il un matin au petit orphelin.
Les yeux de l’enfant brillèrent. Aller à cheval dans la forêt, où il y a tant de belles fleurs. Déjà, il allait dire oui, quand il se souvint que maman Catherine lui avait promis un conte tout nouveau. Il hésita. Que faire ? L’un était aussi alléchant que l’autre, et comme sa petite tête de cinq ans était très ingénieuse, il lui vint une bonne idée :
– Sais-tu aussi raconter des histoires ? demanda-t-il.
Michel, ahuri de cette question inattendue, répondit inconsidérément que oui, puis sortit en toute hâte. « Pourvu que cela ne finisse pas mal ! », marmonnait-il en harnachant la Grise.
Je le crains bien, pauvre Michel ! Bien des choses, il est vrai, te trottent dans la tête ; de graves énigmes agitent ton esprit, mais ce qui est certain, c’est que tu ne sais pas raconter.
« Peut-être n’y pensera-t-il plus », se dit-il en manière de consolation, tout en conduisant son cheval hors de l’écurie.
Frédéric, satisfait de la promesse reçue, courut à Catherine :
– Il sait aussi raconter des histoires, lui dit-il, tout essoufflé.
Il fut hissé sur le dos de la Grise et l’on se mit en route.
Frédéric semblait avoir oublié sa question intempestive et le maître se sentait soulagé. Mais, lorsqu’ils s’engagèrent dans le sentier sinueux, l’enfant dit brièvement :
– Eh bien, maintenant, raconte !
Le maître tressaillit.
– Que veux-tu que je te raconte ? demanda-t-il d’un ton dégagé.
– Tu sais bien, un conte.
– Ne penses-tu pas qu’il faudra prendre la calèche une autre fois ? reprit le maître, espérant faire diversion.
– Non, j’aime mieux être à cheval, répondit Frédéric sans hésiter. Quelle histoire veux-tu me raconter ?
– Aujourd’hui, je te montrerai un beau nid d’oiseau, dit Michel.
– Si tu veux. Puis, tu sais, tu pourrais me raconter comment ils se sont tous endormis.
– Mais non… je ne sais pas cette histoire, confessa simplement le bon Michel.
– Tu ne la sais pas ! s’écria l’enfant tout étonné, comment le gros cuisinier lui en a appliqué une – comme ça ! Et pour démontrer énergiquement la vigueur de la giffle attendue cent ans, Frédéric se pencha et, de sa petite main potelée, fit claquer la joue de maître Michel.
– Aïe ! petit fripon ! s’écria le bonhomme interdit en reculant d’un pas, ça fait mal !
– Oui, affirma l’enfant, c’est ainsi qu’il l’a giflé. Alors le marmiton a crié et tout le monde s’est réveillé. Raconte-moi cette histoire !
– Je ne la sais pas, répéta le maître, tout confus, en ayant soin de se tenir hors de portée de la main de Frédéric.
– Eh bien ! Racontes-en une autre, dit le petit, promptement résigné.
Michel, bon gré, mal gré, dut s’exécuter. Ses pensées confuses s’accrochèrent aux quelques mots qui se trouvent toujours dans un conte et il commença :
– Il y avait une fois…
– Oui, c’est bien cela, qu’est-ce qu’il y avait une fois ?
– Il y avait une fois, répétait-il, cherchant la suite… il y avait une fois…
– Un roi et une reine, compléta Frédéric, avec quelque impatience.
– C’est juste, un roi et une reine, répéta Michel aussitôt. Sans aucun doute, il avait su cela, comment avait-il pu l’oublier ?
Ce commencement lui plut tellement qu’il répéta encore : « Il y avait une fois un roi et une reine ». Jusque-là, pas d’accroc, mais ce fut tout : le pauvre Michel était au bout de son latin. Le léger souffle de vent qui avait enflé sa voile était tombé : son pauvre navire restait en panne.
– … Une reine, redit encore machinalement le tisserand… Ce devait être la rose… Le refrain d’une vieille chanson s’était réveillé dans sa mémoire :
« De mon jardin la reine
Est la rose embaumée ».
Il s’en serait tenu là, si Frédéric ne l’avait renseigné.
– Ce n’est pas du tout cela, interrompit-il, mécontent ; ils n’avaient pas…
– Ils n’avaient pas… d’argent, acheva le maître vivement, car, à son point de vue, cette négation s’appliquait en premier lieu à l’argent.
– Tu es trop stupide ! s’écria aussitôt Frédéric, étonné du mauvais état de fortune d’un roi et d’une reine. Bien sûr qu’ils avaient de l’argent. Ils avaient tous un écu et peut-être encore davantage, mais ils n’avaient pas d’enfant.
– Pas d’enfants ? répéta Michel ; ah ! non, pas d’enfant. Il y avait une fois un roi et une reine qui n’avaient pas d’enfant, dit-il d’un coup ; et la confiance lui revenant, il continua, sans plus s’inquiéter des interruptions de Frédéric : Alors ils eurent Blanche-Neige – et comme ils n’avaient rien à manger… rien à manger… ils l’envoyèrent dans la forêt… dans la forêt… et quand elle revint, les petits oiseaux avaient mangé toutes les pierres… les bonnes dans le bol, les mauvaises dans le garrot… puis ils s’endormirent tous… s’endormirent tous… et quand le chasseur entendit le loup ronfler si fort, il pensa : « Il a sûrement dévoré la grand-mère ». Il lui fendit le ventre et tous les petits chevreaux en sortirent… le plus jeune le premier… et quand la grand-mère arriva devant la porte… devant la porte… il prit une grande meule de moulin et la jeta sur la tête de la grand-mère… de la grand-mère… et chanta : « Qui vitt, qui vitt ! Voyez quel bel oiseau je suis… quel bel oiseau je suis ! »
Michel essuyait la sueur qui perlait sur son front. Tous les personnages des contes avaient repris vie dans sa mémoire et y dansaient une danse fantastique. Il y avait puisé au hasard et composé un récit auquel Frédéric ne comprenait plus rien. De temps en temps, la Grise tournait la tête de son côté, puis l’inclinait toujours plus bas, comme si elle avait honte de son maître.
Tout à coup, Frédéric tomba de sa monture. Avait-il été saisi par le pêle-mêle de l’histoire, ou la Grise, moins surveillée, avait-elle fait un faux pas ? Bref, le petit gisait dans le fossé et le maître, s’arrêtant au milieu de sa phrase, s’exclama :
– Frédéric, ne t’es-tu pas fait mal ?
Le petit s’était relevé, l’air un peu effarouché :
– Non, dit-il d’une voix tremblante, mais je ne veux pas remonter sur la Grise et tu ne me raconteras plus d’histoires.
– Je ne le ferai plus, c’est certain ; mais laisse-moi donc te remettre à cheval.
Mais Frédéric n’ayant plus confiance, ni en la Grise, ni en son maître, déclara carrément :
– Je veux aller chez maman Catherine ; elle n’est pas du tout une sorcière, comme tu l’as dit.
– Mon petit Frédéric, répliqua Michel, pour remettre les choses au point, c’est toi qui l’as dit.
– Mais elle n’en est pas une ; et je veux aller près d’elle.
Et sans vouloir plus rien entendre, il fit volte-face et se mit à courir de toute la vitesse de ses petites jambes, laissant le pauvre Michel et sa vieille compagne continuer leur chemin.
La maîtresse fut bien surprise de voir revenir le bambin. Elle leva les bras au ciel en s’écriant : Est-ce que la Grise a des lubies ? A-t-elle pris le mors aux dents ?
Mais pour Frédéric, l’exactitude des contes de fées était bien plus importante.
– Est-ce vrai, demanda-t-il, hors d’haleine, que le roi et la reine n’ont rien à manger ?
– Mais, Frédéric, répliqua la maîtresse indignée, qui est-ce qui a pu inventer cela ? Tous les jours ils peuvent cuire du riz avec des pruneaux, et même y ajouter un morceau de jambon.
– Est-ce vrai, continua Frédéric, déjà un peu rassuré, que le plus petit des chevreaux a jeté une meule sur la tête de la grand-mère et a ensuite chanté : « Qui vitt ! Qui vitt ! Quel bel oiseau je suis » ?
– Pas le moins du monde. Qui est-ce qui t’a conté ces balivernes ?
– Oui, il m’a raconté cela, et je suis tombé de la Grise ; maintenant j’aime mieux rester avec toi ; tes histoires sont bien plus belles.
– Quelle pitié que cet homme, soupira Catherine, il gâte le plaisir, même à ce pauvre enfant !
Pauvre Michel ! Il avait de si bonnes intentions ; il aurait voulu n’affliger personne, et voilà à quoi il aboutissait.
Maman Catherine n’eut rien de mieux à faire qu’à remettre de l’ordre dans le pêle-mêle des contes, et, lorsqu’enfin chaque personne eut réintégré son domicile respectif, le soleil se remit à briller dans le cœur et les yeux de Frédéric.
Quand, à midi, la Grise et son maître rentrèrent timidement – car ils ne savaient pas quel accueil leur serait fait – Frédéric tout joyeux, courut au-devant d’eux en criant :
– Je veux remonter sur la Grise, mais tu ne me raconteras plus rien, sans quoi je tomberai de nouveau.
La Grise releva la tête et se mit à hennir. Michel, soulagé d’un grand poids, répondit :
– C’est bon, Frédéric, sois tranquille, je ne m’aventurerai plus dans ce domaine.
Chapitre 5
Les jours s’écoulaient. Personne ne venait réclamer le petit garçon et, dans le cœur des vieux époux, une pensée prenait tout doucement racine, une pensée qui devenait une espérance, un désir ardent qu’ils avaient soin de se cacher l’un à l’autre… de crainte aussi que ceux qui avaient des droits sur l’enfant ne trouvent le chemin de leur chaumière.
Cependant, un jour, un homme apparut au détour du sentier qui conduisait de la maisonnette à la grande route. Il était de petite taille, rougeaud et replet. À peine voyait-on son nez et ses yeux entre ses joues bouffies. On pressentait en lui l’homme d’importance. Ses courtes jambes avaient de la peine à porter la lourde masse de son corps, ce qui ne l’empêchait pas de poser le pied avec assurance et d’écraser tout ce qu’il rencontrait. Il avait ôté sa casquette et s’épongeait le front.
« Hum, grommelait-il en fixant ses petits yeux clignotants sur le champ grossièrement labouré, ils n’ont rien à se mettre sous la dent et procurent encore des embarras au maire. Quelles gens que cette sorte de propriétaires ! Braconniers, voleurs de bois, mauvais cultivateurs et, par-dessus le marché, ils procurent des ennuis à l’autorité. Je le ferai bien sentir à ce fripon de Michel Ledou. Si seulement sa femme n’avait pas une langue si pointue ! »
Quand le tisserand vit entrer le monsieur trapu dans la cour, il s’avança sur le seuil et ôta son bonnet. Mais l’arrivant, sans prendre garde à cet humble salut, entra dans la chambre basse, et, tout essoufflé, s’assit sur une chaise dont les joints grincèrent sous ce poids inaccoutumé. D’un coup d’œil circulaire, il parcourut l’intérieur de la chambre. Catherine n’y était pas ; l’instant était propice. Appuyant ses deux mains sur le pommeau de sa canne, il arrêta un regard sévère sur Michel, debout devant lui.
– Il vous faut venir avec moi au bureau de police, dit-il enfin.
– Moi !… à la police ! s’écria Michel terrifié ; pourvu que cela ne finisse pas mal !
– Sans doute, que cela finira mal, riposta le visiteur en fronçant les sourcils. N’avez-vous pas ici un petit garçon ? Avez-vous fait rapport à l’autorité, comme cela se doit ?
– Oui… non… bégaya Michel, je pensais… je voulais…
– Vous n’avez rien à penser ni à vouloir, interrompit le petit homme, c’est mon affaire, à moi, Adam Bille… Ne lisez-vous pas les journaux ?
Michel répondit négativement et Adam Bille le lui reprocha comme un crime.
– Eh bien ! Ouvrez les oreilles, continua le maire d’un ton rogue ; vous avez commis là une faute grave !
En tirant de sa poche une feuille d’annonces, il lut d’une voix solennelle :
Avis
Le quinze de ce mois, on a trouvé dans la forêt de la Chênaie le corps d’une femme semblant appartenir à la classe aisée… Elle portait un costume de drap bleu foncé et un chapeau de même couleur… L’examen médical a démontré qu’elle a succombé à une crise cardiaque… Une courroie coupée fait supposer qu’on lui a enlevé une sacoche… Un chapeau de petit garçon trouvé non loin de là semble indiquer qu’elle était accompagnée d’un enfant, dont on n’a pas encore pu retrouver la trace… Toute personne susceptible de donner quelques renseignements est priée de s’adresser à la préfecture de police de notre ville.
Valines, le 28 mai 19..
Préfecture de police ».
Après chaque phrase, le maire fixait sur le tisserand un regard perçant, comme s’il s’attendait à le voir tomber à genoux et crier grâce. Le fait ne se produisant pas, il ajouta au bout d’un instant :
– Il pourra vous en coûter cher.
La lecture de l’avis n’avait pas fait grande impression sur Michel. Son cerveau, travaillant lentement, n’avait pas encore saisi la relation existant entre Frédéric et la femme morte dans la forêt. La dernière remarque du magistrat lui suggéra une pensée qu’il traduisit ainsi :
– Peut-être bien qu’on nous offrira quelques francs, mais je pense que nous ne les accepterons pas.
– Vous offrir quelques francs ! s’exclama le maire ironiquement. Dites-moi d’abord comment vous vous êtes appropriés cet enfant ?
– Il est venu à moi, répondit Michel. Comme je traversais le bois avec la Grise…
– Je vais vous dire quelque chose, interrompit l’irritable Adam Bille. Vous avez trouvé la femme morte dans la forêt ; vous avez coupé la courroie de la sacoche qui contenait son argent, et vous avez emmené l’enfant avec vous…
– J’ignore tout de cela, observa Michel avec hésitation en regardant autour de lui pour trouver du secours.
Heureusement, la maîtresse arrivait.
– Vos mensonges et vos dénégations ne vous serviront à rien, cria le maire. La police finira par tout mettre en lumière et vous n’en serez pas quitte à moins de quelques années de prison.
– Qui ira en prison ?
Ce n’était pas la voix timide du maître, mais un cri retentissant telle une trompette guerrière qui vint frapper l’oreille du visiteur. Dame Catherine, l’œil flamboyant, se dressa devant lui. Allait-il se laisser intimider par cette mégère ? Il éleva la voix et cria encore plus fort :
– Qui ? Sinon votre mari et peut-être vous-même aussi !
Pour la première fois, la maîtresse resta muette, elle dont la bouche était d’ordinaire un carquois rempli de flèches acérées. Mais à quoi des paroles auraient-elles servi, quand son cœur était dans la balance ? Il fallait recourir à d’autres moyens.
– Vous avez pris la sacoche et l’argent, puis volé l’enfant et…
Il n’en put dire davantage. Une bouillie épaisse et collante l’inonda, lui ferma les yeux, lui boucha les oreilles et le nez.
– Au secours ! Au secours ! criait monsieur le maire. Lui qui, tout à l’heure, avait glacé d’épouvante le pauvre Michel, était devenu subitement aveugle et sourd. Catherine s’était emparée de la grande écuelle pleine d’amidon préparé pour humecter le fil du tisserand et en avait coiffé le magistrat. Épuisée, elle s’assit sur une chaise et, le premier accès de colère passé, elle retrouva l’usage de la parole :
– Une pareille infamie ! s’écria-t-elle en respirant profondément, nous traiter de la sorte ! Oui, nous sommes pauvres et nous peinons tout le long de l’année, mais, dans notre grange, il n’y a pas une tige d’avoine, pas un brin de paille, qui ne soit à nous, et voilà qu’un orgueilleux, qui étouffe presque dans sa graisse, vient flétrir notre honneur !…
Sa fureur se ranimant à ses propres paroles :
– Michel, dit-elle, prends le bâton !
Cependant, le maire s’étant levé, étendait les bras comme un enfant sans défense. Michel ne put supporter plus longtemps la vue de ce tableau lamentable.
– Je vais l’aider, dit-il, pour excuser son intervention. Vois-tu, quand la bouillie sera sèche, il restera planté là comme la femme de Lot.
Alors il plongea un linge dans l’eau et se mit à débarbouiller la figure du malheureux et à le débarrasser de la masse gluante. Mais le maire n’attendit pas le résultat des efforts de Michel. Aussitôt qu’il put rouvrir les yeux, il prit son bonnet, jeta à Catherine un regard mi-craintif, mi-menaçant et s’en alla aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient.
Et Michel, dans son for intérieur, prit la résolution de ne plus jamais contrarier sa femme. Il était pénétré d’étonnement et d’admiration de ce qu’elle avait si courageusement mis en fuite le fonctionnaire le plus redouté de la ville.
Catherine ne se réjouissait qu’en partie de sa victoire. La chaumière n’était plus ignorée et l’on savait que Frédéric s’y trouvait.
– Il faudra que tu ailles à la préfecture, dit-elle enfin, je ne veux pas que le gendarme vienne chez nous.
Cette perspective ne plaisait guère à Michel.
– Ne vaudrait-il pas mieux que ce soit toi ? chercha-t-il à suggérer. On attellerait la Grise, et… si tu prenais le pot d’amidon…
– Quelle stupidité dis-tu là ? interrompit-elle brusquement. C’est toi qui es homme à donner les renseignements ; c’est toi qui as trouvé Frédéric. Je ne veux rien avoir à faire avec la police.
Le tisserand soupira. La police lui inspirait une vraie terreur car, lors de ses courses au marché, il avait vu qu’elle ne plaisantait pas. Mais si la maîtresse l’ordonnait, il faudrait bien se soumettre.
Le lendemain, dame Catherine se tenait de nouveau à la porte de la petite cour, les yeux fixés obstinément sur la lisière du bois. Tout était silencieux. On n’entendait que le bourdonnement des abeilles butinant dans les arbres en fleurs. Ce n’était ni la colère, ni le dépit qui oppressait son cœur, mais une pénible anxiété, tandis que, pour ne pas perdre tout espoir, elle se répétait : « Il reviendra ! » Alors elle se surprenait à prier, ce qui était bien nouveau pour elle. Suppliante, elle ajoutait : « Quoi qu’il arrive, Seigneur, garde-le comme il Te l’a chaque soir demandé ! » Puis elle rentrait dans la cuisine, remuait les braises pour que le café ne refroidisse pas, soulevait le couvercle d’un plat d’où s’échappait une odeur appétissante. Il aurait un bon repas à son retour.
Le temps s’écoulait, s’écoulait lentement, et personne ne venait. Était-ce bon signe ? Déjà les ombres du pommier s’allongeaient sur le vert tendre du blé naissant et, sur la pelouse, le levier de la pompe dessinait un immense triangle.
Enfin le véhicule parut à la lisière de la forêt, mais, à l’allure lente et monotone de la Grise, Catherine devina qu’il manquait quelqu’un. Lorsque, le matin, Frédéric était monté dans la carriole, la jument avait henni si joyeusement ! Des larmes brûlantes montèrent aux yeux de la maîtresse ; elle serra son front dans ses mains et rentra dans la maison. Elle ne voulait rien demander, rien entendre ; elle avait compris qu’elle ne reverrait plus les yeux bleus de l’enfant. Elle voulait être seule, toute seule. Elle monta l’échelle du grenier et, là, dans la demi-obscurité, elle s’assit sur le bord d’une poutre et cacha sa figure dans ses mains. Elle avait le cœur si lourd qu’elle aurait voulu crier ses plaintes et sangloter sur sa douleur. Les larmes coulaient et glissaient entre ses doigts. Oh ! Qu’elle était lasse ! Elle connaissait les soucis et les peines de l’existence ; les privations ne lui avaient pas laissé le loisir de prendre garde aux fleurs du sentier, ni d’écouter le chant des oiseaux. Son cœur s’était endurci comme ses mains, comme son langage. Puis, alors qu’elle était déjà âgée, un rayon de soleil était tombé dans la chaumière ; il en avait illuminé la pauvreté et l’étroitesse ; il y avait éveillé l’amour et réchauffé les cœurs, toujours plus, toujours mieux. Et tout était fini ! Elle éprouvait la souffrance de celui à qui la mort a ravi un être chéri.
Mais elle ne pouvait pas rester là. Elle essuya ses yeux brûlants avec son tablier et redescendit. Michel entrait au même instant. Il ne dit pas un mot, s’assit sur le banc et y resta comme figé, les yeux fixes. Sa femme lui servit du café chaud et une assiette de gâteaux frais, puis elle se détourna ; elle cherchait la petite figure souriante de Frédéric. Le tisserand prit à peine garde au régal qu’on lui offrait ; il soupira profondément et dit enfin :
– Il n’y a pas eu moyen. Toi non plus, tu n’aurais pas réussi. Le pot d’amidon n’aurait rien fait non plus. Ils étaient trop nombreux. Ils m’ont interrogé ; ils ont tellement crié que la tête m’en tourne encore… Et puis, tu ne sais pas, ils m’auraient mis en prison si le petit n’avait pas été là ; mais lui ! En voilà un garçon ! Il n’y en a pas deux comme lui !
– Ça c’est vrai, dit Catherine qui, pour la première fois de sa vie donna raison à son mari.
– Il a répondu à haute voix, courageusement. À les voir, on aurait cru qu’ils avaient avalé du vinaigre, mais ils n’ont pas pu s’empêcher de rire de notre Frédéric, et le plus mauvais a dit : « Ce gamin en sait plus long que cette vieille bourrique ! » On lui a rendu son chapeau et il y avait encore d’autres habits. En les voyant, Frédéric a dit : « C’est la robe de promenade de maman ». La femme morte dans la forêt était donc bien sa mère. On l’a enterrée, mais personne ne sait d’où elle est venue, ni comment elle s’appelait. Quand j’ai cru que tout était fini, je lui ai dit : « Viens, Frédéric, nous allons retourner à la maison et tu auras quelque chose de bon ». Alors, un des messieurs s’est mis à crier : « Retournez seul à la maison, le petit reste ici ! Soyez bien content de vous en tirer à si bon compte ; d’après la loi, vous mériteriez une sévère punition ».
Quand j’ai été assis sur la carriole, tout seul, la Grise n’a pas voulu tirer ; elle regardait toujours de côté et secouait la tête. Croirait-on cela d’une créature privée de raison ?
Jamais de sa vie le tisserand n’avait prononcé un si long discours, mais son cœur était plein, et la maîtresse le laissait dire tranquillement, chose toute nouvelle aussi, pour entendre parler de « son enfant ».
– Ne crois-tu pas, reprit le maître après une courte pause, qu’il reviendra un jour ?
La maîtresse sortit de sa torpeur. Une lueur d’espoir brillait dans son cœur.
– Comment crois-tu que ce soit possible ?
-Eh bien ! Je le retrouverai peut-être au bord du chemin, et alors, bien sûr, je ne l’y laisserai pas.
En d’autres temps, la maîtresse aurait répondu. Aujourd’hui, elle se cramponnait à cette ultime ressource.
– Michel, dit-elle d’une voix émue, je me suis souvent fâchée contre toi et je t’ai dit de méchantes paroles, mais je te remercierais à genoux si tu me rapportais l’enfant.
Bien que très étonné, Michel entendit ces paroles avec une intime satisfaction.
– À toi aussi, il te faisait plaisir. Vois-tu, femme, je m’en suis bien aperçu aux gâteaux. Attends seulement ! Les montagnes ne sauraient se rencontrer, mais bien les hommes. Et alors… oui, j’essayerai de lui dire le conte où tout le monde s’est endormi.
Cette résolution le consola et donna une autre direction à ses pensées. La maîtresse, elle, eut plus de peine à dominer sa tristesse. La nuit venue, elle se coucha, mais le sommeil réparateur ne vint pas fermer ses paupières. Alors elle se mit à genoux et répéta la prière du soir de Frédéric :
« Ô Dieu, garde-moi cette nuit.
Que chaque jour Ta main fidèle
Me tienne à l’ombre de Ton aile. Amen »
Tout d’abord des larmes abondantes coulèrent en pensant à Frédéric, le rayon de soleil de leur morne foyer. Mais peu à peu Catherine ressentit pour elle-même le besoin intérieur de cette protection divine, de ce secours apporté par une main fidèle, de l’abri des ailes d’un Dieu tout-puissant. Quelques vers retenus de sa mère lui revinrent à la mémoire :
« Ô Dieu ! Pour être Ton enfant
Je viens à Toi.
Tu connais mon cœur repentant,
Tout vient de Toi.
En veille, en lutte à tout instant,
Mais avec Toi,
Ton enfant marche confiant
Jusques à Toi ».
Elle répéta ces vers plusieurs fois, le cœur assoiffé de cette divine présence. Enfin elle regagna son lit et finit par s’endormir. Tout à coup, réveillée en sursaut, elle pensa avoir entendu la voix de Frédéric appeler « maman, maman ! » Elle courut à la porte de la maison. Personne n’était là. Elle se recoucha en soupirant.
Le lendemain, elle était lasse, mais paisible. Ses mains d’ordinaire si actives travaillaient tranquillement. Ces longues heures de veille avaient marqué la vie de Catherine. Le chagrin et les larmes, ravivant un passé si longtemps oublié, avaient tourné son cœur vers le Seigneur Jésus. Une vie nouvelle commençait sous le vieux toit de la chaumière empreinte d’amour et de paix.
Catherine, sans le savoir, avait répondu au cri de détresse de la mère de Frédéric : « Qui prendra soin de mon enfant… si ce n’est Toi, Seigneur ! » Par cet enfant, le Seigneur avait transformé ses peines en joie, en réveillant son cœur et ses affections pour Lui. Une première page de la vie solitaire de Frédéric se terminait donc, laissant derrière elle un des effets de la grâce insondable de Dieu.
Chapitre 6
On avait donc gardé Frédéric en ville. L’étrangère avait été trouvée sur le territoire communal et, l’enfant ne pouvant être qu’à elle, la ville avait le devoir de le placer et de le faire élever. Il se pourrait que la parenté fasse des recherches ; on serait alors en mesure de donner les renseignements désirés.
– Qu’allons-nous faire de ce gamin ? dit M. le maire d’un ton bourru à l’inspecteur de police.
– Quelques veuves se sont offertes à prendre des orphelins pour une faible pension, répondit l’inspecteur.
– Oui, mais cela coûtera toujours quelque chose, reprit le parcimonieux magistrat. Si la femme avait pu marcher un quart d’heure encore, elle serait morte dans la forêt de Chênaie, et l’État aurait dû s’occuper de l’affaire… Quelles sont ces veuves ?
– C’est la veuve Séchaud qui s’est présentée en dernier lieu. Elle me paraît propre et active.
– Faites-la venir, ordonna le maire, en prenant son chapeau, car l’heure de l’apéritif allait sonner. Arrangez cette affaire. La ville paiera dix francs par mois, tout au plus. On conservera les quelques bijoux que portait la défunte. Si l’enquête n’aboutit à aucun résultat, on pourra les vendre plus tard.
En disant ces mots, le magistrat sortit.
Déjà, derrière la porte, on entendait la respiration haletante et précipitée de la veuve Séchaud.
Elle entra dans la salle, comme si on l’eût poursuivie. Oui, ce devait être une femme active, car elle fit plusieurs salutations, faisant à ceux-ci une révérence, à ceux-là un signe de tête, et, après s’être courbée trois fois devant le commissaire de police, elle commença :
– Bonjour, messieurs ; bonjour Monsieur le commissaire. Quelle peur j’ai eue ! J’ai cru que la foudre me frappait toute vivante ! Tout à coup, le vieux Leppert ouvre la porte toute grande et me dit qu’il faut que j’aille au bureau de police. Mon cœur s’arrête de battre ; je ne me connaissais pas de crime, tout au plus d’avoir traversé la rue avec ma corbeille de linge… vous comprenez qu’on a mal aux pieds à force de marcher et d’être sur ses jambes. Alors que faire ? Mettre une autre robe – j’en ai une noire, toute bonne encore… Non, que je me dis, la police ne plaisante pas ; je mets vite un tablier et me voilà partie… tellement que j’en ai perdu le souffle. Et, à présent, Messieurs, ne soyez pas trop sévère avec une pauvre veuve. Ici, Mme Séchaud porta son tablier à ses yeux pour y essuyer deux larmes absentes – mes quatre pauvres marmots…
– Tâchez donc de vous taire ! s’écria enfin le commissaire, et laissez-moi parler. Vous vous êtes offerte à prendre en pension des enfants de la commune ?
– De tout mon cœur, Monsieur le commissaire. Quel poids vous m’enlevez de la poitrine… et j’en aurai soin, que cela vous fera plaisir. Vous savez, la Pierrette prend aussi de ces malheureux, mais quand on voit comment elle les traite…
– Laissons cela, interrompit le commissaire. Il s’agit d’un enfant qui nous vient on ne sait d’où. Sa mère a été trouvée dans la forêt et l’enfant est à notre charge. Le voilà !
Frédéric, tout intimidé maintenant qu’on lui avait pris Michel, se tenait immobile dans un coin de la salle. Que d’évènements pour lui dans une seule journée ! Sa petite tête, si lucide d’habitude, ne comprenait rien à tout ce qui lui arrivait. Pourquoi n’avait-il pas pu retourner avec la Grise, auprès de sa nouvelle maman ? Pourquoi devait-il rester dans cette vilaine salle, où il venait tant de monde, et où les gens criaient comme s’ils étaient en colère ?
Mme Séchaud se tourna vivement vers l’endroit indiqué.
– Eh, mais c’est un enfant de gens riches ! s’écria-t-elle étonnée. Bonjour mon petit monsieur ! Donne-moi ta menotte, mon bijou.
Mais Frédéric ne voulut pas. Il mit ses deux mains derrière son dos, et fixa sur la grosse femme un regard peu confiant.
– Ne veux-tu pas venir avec moi, mon petit cœur ? demanda-t-elle de sa voix la plus douce.
– Non ! répondit Frédéric d’un ton résolu, presque hostile.
– Mais pourquoi pas, orgueilleux petit monsieur ?
– Tu es trop sale, répondit-il avec sincérité.
Il avait raison. Le tablier propre de cette femme ne cachait pas sa jupe déchirée et sa veste crasseuse. Si Frédéric avait été diplomate, il se serait gardé de dire toute sa pensée. Mme Séchaud prit très mal sa réponse. Elle ne s’y était pas attendue. Elle tressauta et s’écria :
– Voyez-vous ce petit crapaud ? Ça n’est pas plus haut que trois pommes et ça vous a déjà une langue pointue ! C’est vrai que j’aurais dû mettre ma robe noire. Qu’en pensez-vous, Monsieur le commissaire ? Si je retournais à la maison.
– Laissons cela, interrompit le fonctionnaire. On vous offre dix francs par mois. Prenez l’enfant et retirez-vous.
– Mais, Monsieur le commissaire, c’est trop peu. Sûrement que c’est un enfant gâté qui voudra avoir son lit pour lui tout seul. Ajoutez au moins deux ou trois francs.
– On vous paiera dix francs et pas un sou de plus ; c’est à prendre ou à laisser. Si vous ne le voulez pas, je l’enverrai à la Pierrette.
– Il faut bien me soumettre, reprit la femme d’un ton larmoyant. Quand est-ce qu’on me donnera l’argent ?
– Le quinze de chaque mois. Vous pourrez venir le toucher à la caisse communale.
Pour le commissaire, cette affaire était réglée. Il se tourna vers d’autres personnes qui attendaient en silence.
Dès cet instant, pour Mme Séchaud, il ne fut plus question de « petit monsieur », ni de « bijou ». À quoi bon prodiguer les beaux qualificatifs s’ils ne rapportent que dix francs ?
– Viens, petit, dit-elle, en le prenant rudement par la main.
Le pauvre Frédéric fut pris d’une grande angoisse. Cette grosse femme ne lui plaisait pas. Il ne voulait pas la suivre. Il aurait voulu pleurer, mais la honte le retenait. Pour protester, il appuya fermement ses pieds sur le plancher ; ce fut inutile ; Mme Séchaud avait un bras vigoureux : elle l’entraîna hors de la salle.
– Faut-il que j’aille avec toi ? demanda-t-il, désespéré, en cherchant à dégager sa main.
– C’est bien sûr qu’il le faut, fut la réponse brève et sèche.
– Alors tu n’as pas besoin de me tirer ainsi le bras, dit Frédéric, qui commençait à sentir que toute résistance était vaine. Il se mit à trottiner à côté de la blanchisseuse. Quelques passants jetèrent un regard étonné sur cette femme négligée et sur ce bel enfant à l’expression si triste, mais Mme Séchaud n’y prit pas garde et quitta bientôt les grandes rues qui aboutissaient au marché.
À l’ouest et au nord de la ville, il y avait un large fossé rempli d’eau stagnante et décoré du nom pompeux d’étang du château. Les citadins ne l’aimaient que gelé, alors qu’il pouvait servir de patinoire à la jeunesse. Plusieurs ruelles, partant du haut de la ville y aboutissaient par différents détours ; elles étaient étroites et sales, et les maisons qui les bordaient, basses et humides, puaient la moisissure.
Les portes de ces habitations repoussantes, s’ouvrant souvent plus bas que le pavé – nom qu’on donnait à des aspérités irrégulières et pointues – donnaient accès à des trous noirs, sortes de caves sombres et humides, élevées au rang d’habitations humaines, où l’air était infect et lourd, même dans les plus beaux jours d’été.
C’était dans l’une des cours les plus sales de ce quartier que Mme Séchaud avait son logement : une petite chambre d’un accès très facile, vu que la porte disjointe semblait être là pour la forme, plutôt que pour répondre à un besoin. Rien donc ne mettait obstacle aux invasions de l’eau charriant des immondices ou s’étalant en flaques bourbeuses. Les rats et les souris pouvaient, à leur aise, entrer dans le logis par la porte ou par les nombreux trous qu’ils avaient pratiqués dans la muraille et le plancher.
Frédéric avait fait de son mieux pour allonger le pas à côté de Mme Séchaud, mais, lorsqu’elle tourna l’angle de la rue et entra dans la pénombre de l’infecte ruelle, il s’arrêta. Il aimait la lumière, la verdure, le soleil, et ne se sentait à l’aise que lorsqu’il pouvait chanter avec les oiseaux. Au contraire, le ciel gris, la pluie, les chemins boueux sur lesquels il ne posait son pied qu’à regret, l’attristaient et le plongeaient dans une humeur chagrine, dont il était trop jeune pour se rendre compte.
Il refusa donc d’avancer et dit d’un ton plaintif :
– Il n’y a pas de soleil ici !
– Tu en auras encore assez pour te brûler le crâne, petit nigaud, dit la femme en le tirant par la main.
Inutile de résister : il fallut obéir. Mais l’angoisse commençait à l’oppresser. Il glissait sur les pavés gluants, plongeait ses pieds dans les flaques et salissait ses jolies bottines bleues que Michel avait encore si bien nettoyées le matin.
Mais lorsque, par un sombre passage, la blanchisseuse le conduisit dans la cour sale, et de là dans son logis non moins dégoûtant, Frédéric s’arrêta et déclara positivement qu’il n’y entrerait pas.
– C’est bon pour y mettre des cochons, dit-il.
La bonne femme fut si surprise par cette appréciation qu’elle lâcha le bras de Frédéric et resta quelques instants bouche bée. Puis, les poings sur les hanches, elle donna libre cours à son indignation :
– Entendez-vous cet impertinent… Pour les cochons ! Moi qui l’habite déjà depuis tant d’années ! Et même que j’ai un fauteuil et trois tasses en porcelaine où on lit en lettres d’or « Souvenir et amitié ». La troisième n’a encore que l’anse de cassée… c’est ce garnement de Richard… Ma chambre est si grande que mes quatre gosses y peuvent bel et bien jouer… et toi petit gamin…
Des cris, un vacarme épouvantable retentissant dans la chambre en question, interrompirent les paroles indignées de Mme Séchaud.
– Ces vauriens ! Qu’auront-ils fait encore ? s’écria-t-elle en se précipitant vers la porte. Mais celle-ci qui, en d’autres temps s’ouvrait toute grande au premier coup de vent, resta fermée. Probablement que les quatre rejetons de Mme Séchaud en avaient poussé le verrou pour se préserver de toute intrusion.
Les cris redoublèrent, une chute s’ensuivit puis, un silence inquiétant… Soudain, un triple cri retentit.
– Que faire, que faire ?… Richard, Louis, ouvrez donc ! Ouvrez !
Elle secoua énergiquement la porte ; cette fois, le verrou céda. La blanchisseuse se précipita dans la chambre. Elle ne put aller bien loin. Comme si les flots troubles de l’étang avaient pénétré dans la chambre par un canal souterrain, une masse d’eau grisâtre inondait le plancher et les garçons cherchaient à se soustraire à ce bain involontaire. Le regard scrutateur de la mère ne découvrit que trois enfants.
– Où est le petit ?
– Là, là ! crièrent en même temps Richard, Victor et Louis en indiquant la grande cuve renversée, dont le contenu avait causé la catastrophe. Comme un lourd éteignoir, elle avait recouvert l’enfant qui faisait entendre quelques gémissements étouffés.
D’une main vigoureuse, Mme Séchaud releva la cuve et retira celui qu’elle appelait son Poucet de dessous le linge trempé. Puis, voyant que son dernier était intact, elle donna libre cours à sa colère. Elle tordit un drap mouillé et appliqua alternativement une bonne gifle à chacun des coupables. Un quatuor de cris s’ensuivit, tout en fortissimo avec points d’orgue. Alors, épuisée, elle retomba dans son vieux fauteuil.
– Oh, ces garnements ! Ces garnements ! Ma belle lessive ! Voilà tout à recommencer ! Comment avez-vous fait, mauvais garçons ?
– Oui, c’est Richard.
– Pas vrai, c’est Victor.
– Non, c’est Louis.
– Non, c’est Poucet.
Et la langue de Poucet étant la moins habile à se défendre, tout le méfait resta à son compte. Ils avaient joué à l’église. Poucet avait voulu être le curé. Pour bien dominer son auditoire, il s’était perché sur la traverse du trépied en bois qui soutenait la cuve, avait perdu l’équilibre et fait un plongeon dans le linge humide. Richard, Victor et Louis, voulant sauver leur curé, s’étaient accrochés au bord de la cuve et leurs efforts réunis avaient réussi à la faire basculer avec tout son contenu.
Remise de son émoi, Mme Séchaud se souvint tout à coup de son nouveau protégé et sortit à sa recherche.
Pendant ce temps, Frédéric s’était tenu tout tremblant dans la cour boueuse.
Qu’est-ce que c’était que tout ce vacarme ? Est-ce que peut-être un ogre demeurait dans cette maison ? Il s’agissait de s’enfuir au plus vite.
– Entre, petit crapaud, criait la blanchisseuse. Misère des misères ! Encore une peste de plus avec mes garnements ! Pauvre de moi ! Pauvre de moi !
Le courage de Frédéric était anéanti. Il n’osait plus dire : c’est pour des cochons. Les claques et les cris avaient été trop affreux. Il s’avança donc timidement, à petits pas. Arrivé à la porte de la chambre, il s’arrêta. Pourtant, grâce aux trous de souris, l’eau s’était écoulée ; mais le plancher était couvert d’un limon gluant et une odeur écœurante remplissait la pièce basse. Il ferma les yeux : la tête lui faisait mal, et son cœur palpitait bien fort.
– Voyez, dit la femme à ses garçons, ce joli petit restera avec vous. Tâchez de bien vous entendre ! Toi, Richard, ne fais plus de mauvais tours ; tu sais que si tu recommences, le fouet t’attend.
En disant cela, elle montrait une forte lanière de cuir qui portait les traces d’un usage fréquent.
– Entre, Frédéric.
Il fallut se résigner. Le seuil franchi, Frédéric se trouva au milieu des garçonnets, dont Victor, âgé de dix ans, était l’aîné.
Mme Séchaud se mit en devoir de préparer le souper de la famille, enrichie dès lors d’un nouveau membre.
Chapitre 7
– Vois-tu, disait Victor, il a un chapeau. Et Louis aussi poussa son frère du coude.
– Et il a des bottines vernies ! Peut-être qu’il a aussi un couteau, ajouta-t-il après quelques secondes.
Petit Poucet s’était approché et, élevant la manche trempée de sa veste jusqu’à la figure de Frédéric :
– Vois-tu ? fit-il en regardant le nouveau venu d’un œil scrutateur.
Frédéric se sentit mal à l’aise ; il recula, mais les Séchaud le suivaient pas à pas et Louis, à son tour, leva le bras en répétant : Vois-tu ?
Frédéric se trouva bientôt acculé dans un coin, à la merci des petits curieux.
– As-tu un couteau ? demanda Victor. Frédéric secoua la tête ; il avait la gorge trop serrée pour pouvoir parler.
– Sais-tu déjà chiquenauder ? dit Richard ; vois-tu ? – comme ça. Et il appuya si fortement sur la tête de Victor son pouce et son index fortement pressés l’un contre l’autre que l’enfant tressauta en criant : aïe ! et riposta par un bon coup de poing. Une interpellation menaçante de la mère et un mouvement vers la lanière redoutée mirent fin à la querelle.
– Sais-tu claquer des doigts ? reprit Louis en accompagnant la parole du geste.
Tout surpris par cette sorte de détonation inconnue, Frédéric tressaillit et fit un signe négatif.
– Tu ne sais rien de rien, fit dédaigneusement Richard.
– Et moi, je saurai bientôt faire la colonne, dit à son tour le petit Poucet. Appuyant ses deux mains et sa tête sur le plancher, il se tordit, tantôt à droite, tantôt à gauche, leva ses petites jambes l’une après l’autre jusqu’à ce qu’enfin il réussit tant bien que mal à faire la culbute et à aller s’étendre sur le plancher. Il répéta ce tour d’adresse trois ou quatre fois et toujours avec le même résultat. Il se releva enfin, la figure cramoisie, hors d’haleine.
– Vois-tu, dit-il triomphalement, et je sais sauter sur un pied.
Puis, le nouveau venu n’ayant rien de semblable à son actif, les Séchaud s’éloignèrent de lui avec dédain.
– En voilà un qui est bête ! vint dire Richard à sa mère ; crois-tu qu’il ne sait pas claquer des doigts – il se tut prudemment sur la chiquenaude – ou faire la colonne, ou sauter sur un pied ? Et il n’a pas même un couteau !
– Taisez-vous seulement ! dit la mère pour calmer sa marmaille. Il apprendra tout ça assez tôt… Nous allons souper.
Cette invitation provoqua un hurlement de joie à quatre voix. Les enfants s’élancèrent vers la table, tirèrent le tiroir pour y prendre chacun une cuillère de bois avec laquelle ils tambourinèrent sur la table jusqu’à ce que la mère apporte une terrine fumante de soupe à la farine. Les quatre cuillères s’y plongèrent avec avidité : « Soufflez, enfants, soufflez ! » cria la mère. Mais la recommandation arriva trop tard. Poucet, qui venait de se brûler les lèvres, se mit à pousser des cris lamentables. La douleur, cependant, fut moins forte que la faim et bientôt, il se remit à puiser à qui mieux mieux avec ses frères plus prudents.
– Malheur ! s’écria tout à coup la mère, j’oubliais le nouveau petit. Arrêtez, garçons, qu’il lui reste au moins quelque chose.
– Viens, Frédéric, fit Mme Séchaud, voici une cuillère pour toi.
Mais Frédéric ne venait pas. Il avait trop d’aversion pour les quatre frères et ne se souciait pas de partager leur souper autour d’une table aussi malpropre.
– Aujourd’hui, tu seras gâté, reprit la femme d’un ton persuasif ; je te permets de t’asseoir dans le fauteuil et je vais te donner une cuillère propre.
En dépit de ces paroles engageantes, Frédéric ne bougeait pas. Alors Mme Séchaud le prit dans ses bras, l’assit dans le fauteuil et lui mit en main une cuillère de bois qu’il lâcha aussitôt. Elle était si rude au toucher, cette cuillère, et toute noire !
– Sers-toi seulement, reprit la femme avec bienveillance, pendant que le quatuor se remettait à l’œuvre. Ces marmots sont bien capables de vider toute la soupière.
– Il n’y a pas de nappe, dit Frédéric.
– Il ne manquerait plus que cela ! s’écria la ménagère ; pour que Poucet y verse sa soupe et que Victor y essuie ses mains sales ! Mange seulement sans nappe.
– Je n’ai pas d’assiette !
Cette réclamation inouïe donna le coup de grâce à la bonne humeur de Mme Séchaud.
– Ne voudrais-tu pas aussi de la brioche et du beurre ? demande-t-elle aigrement.
– Oh ! oui, madame, affirma Frédéric, que la perspective de ces bonnes choses ranimait un peu.
– Moi aussi, je veux du rôti, s’écria Poucet.
Ce fut le comble.
– Quelle sorte de gamin est-ce que j’ai amené là ? C’est haut comme une botte, mais d’un sans-gêne, d’un impertinent ! Il excite encore les enfants contre leur mère, et tout cela pour dix francs par mois, que je ne tiens pas encore…
Frédéric qui n’avait pas compris, demanda :
– Est-ce que vous me donnez la brioche et du rôti ?
À cette nouvelle question, posée naïvement, la femme reconnut que le petit n’avait pas voulu la chagriner.
– Après tout, ce pauvre oiselet n’y peut rien, décida-t-elle charitablement. Mais quels parents dénaturés, de gâter pareillement un enfant innocent ? Merci ! Mes garçons sont autrement bien élevés.
En cela, elle avait parfaitement raison. Pourvu qu’ils aient assez à manger, les Séchaud se souciaient peu de la qualité des mets et de la propreté des ustensiles. Pendant que leur mère exprimait ses sentiments, la terrine avait été vidée complètement et la bonne femme eut un nouveau motif d’indignation.
– Quels loups voraces ! s’écria-t-elle en levant les mains au ciel, pensent-ils seulement au petit étranger ? Mais je te donnerai un morceau de pain, Frédéric, c’est aussi quelque chose de bon.
Frédéric qui avait vu disparaître la soupe avec indifférence, secoua la tête.
– Merci, dit-il tout bas.
Oh, non ! Il ne voulait rien manger. Il voulait s’en aller de cette maison où tout était si noir et si sale, où on ne voyait pas un arbre, pas un coin de ciel bleu, et où il n’y avait pas de cheval.
– Eh bien, reprit la femme exaspérée, celui qui méprise les dons de Dieu peut aussi aller se coucher sans souper.
Elle prit la cuillère, l’essuya, la jeta dans le tiroir et replaça la terrine vide sur une planche au-dessus du fourneau. Puis, elle tira de dessous son lit une caisse basse remplie de paille hachée et brisée qui avait été autrefois de la belle paille ; maintenant ce n’était plus que de la balle poudreuse, d’où la poussière s’élevait au moindre choc que recevait la couchette. C’était le lit des quatre Séchaud. Leur mère l’avait arrangé de façon qu’ils y soient deux à deux et pieds contre pieds. Tant que les enfants étaient petits, ce fut supportable, ils ne pouvaient pas tomber. Mais maintenant il ne se passait pas un soir sans de violents combats à coups de pieds. Seul Poucet était encore obligé de se glisser un peu quand il voulait frapper du pied son vis-à-vis. Sur cette couche moelleuse, Mme Séchaud étendait un drap qui ne semblait guère appartenir à une blanchisseuse ; un édredon de plumes de poules recouvrait le tout.
– Allez, au lit ! commanda la mère. Richard et Victor, vous garderez vos places ; Louis et le nouveau seront de l’autre côté, je mettrai Poucet dans mon lit.
En un clin d’œil, les trois gosses furent sous le duvet attendant l’arrivée du petit étranger.
– Voulons-nous le cogner ? demanda tout bas Richard à Victor. Celui-ci se déclara d’accord et prépara ses jambes à donner une bourrade.
Mais Frédéric restait encore immobile. Enfin il se leva. Sa résolution était prise : il ne resterait pas dans cette maison.
– Je veux aller vers la Grise et vers maman Catherine, dit-il enfin énergiquement.
Mme Séchaud joignit les mains.
– Quelles lubies déjà dans une si petite tête ! Cela donnera un homme peu commode, s’écria-t-elle ; il n’y a point de Grise ici, et il faut te coucher maintenant. Viens que je te déshabille.
– Je veux aller vers la Grise et vers maman Catherine ; je ne veux pas rester ici, répéta l’enfant d’un ton décidé en se dirigeant vers la porte.
Mme Séchaud poussa le verrou et dit :
– Dehors, il y a le loup qui te mangera.
– Je veux m’en aller ! Je veux retourner dans la forêt, chez le maître, et vers la Grise ! cria Frédéric de toutes ses forces. Une angoisse horrible s’emparait de lui à la pensée d’aller se coucher dans la vilaine caisse.
– Regarde seulement comme Louis est tranquille. Tu vas bien dormir là-dedans.
Tout ce qui avait oppressé le cœur de Frédéric dans cette terrible journée, éclata enfin :
– Je ne veux pas dormir là ! Je veux m’en aller. Tout est si mauvais et si laid ici, et la tête me fait tellement mal !
La femme, ne sachant comment apaiser l’enfant, en vint au moyen qui ne manquait jamais son effet : la lanière. Elle la brandit d’un air menaçant, en disant :
– Si tu veux encore partir, je t’en donnerai jusqu’à ce que tu te taises. Allons, vite au lit ! Vas-tu obéir, oui ou non ?
Frédéric se souvint des claques et des cris qu’il avait entendus peu de temps avant. Il réprima ses désirs de liberté, mais était bien décidé à ne pas se coucher au côté de ces enfants sales.
– Je ne veux pas aller dans la caisse, dit-il, encore à voix basse ; et ses yeux pleins de larmes regardaient bien en face la femme irritée.
Mme Séchaud, déjà contente que le petit entêté ait renoncé à la Grise et à la forêt, ne voulut pas en venir aux coups.
– Peu m’importe, après tout, couche où tu voudras, mais si tu n’es pas très sage demain, tu tâteras de ceci… Tiens : mets-toi dans le fauteuil.
La femme poussa le meuble tout près de la table, afin que l’enfant ne tombe pas ; elle le couvrit d’un châle, puis alla se coucher. Bientôt sa respiration profonde et régulière démontra que les agitations et les déboires de la journée ne pouvaient troubler son sommeil de femme fatiguée. Un concert de ronflements partait aussi de la couchette. Le trio s’était endormi dans la paix, sous la même couverture.
L’obscurité était complète. De temps en temps, on entendait, dans le lointain, le roulement d’une voiture ou le sifflet d’un garde de nuit. Frédéric était seul, triste, misérable, accablé. Il avait appuyé sa tête contre le dossier et gardait les yeux grands ouverts. Il ne pouvait se rendre compte du pourquoi ni du comment de tout ce qui lui arrivait. Il sentait seulement que quelque chose lui faisait mal. Était-ce la tête, ou était-ce dans la poitrine, où son cœur battait si fort qu’il l’entendait comme le tic-tac d’une pendule ? Devait-il crier ? Alors, sans doute, la méchante femme viendrait avec la grande lanière. Il avait froid : il tira le châle jusqu’à sa figure, et, soudain, pensa qu’il n’avait pas fait sa prière. Il joignit les mains et commença : « Je m’endors dans mon petit lit…», puis il s’arrêta. Il ne pouvait pas prier ; il n’avait pas de petit lit, plus rien à manger, plus de mère, plus rien… Alors les larmes se mirent à couler le long de ses joues, rapides, toujours plus rapides ! Personne ne le vit. Pas une douce main ne vint caresser son visage. Il se mit à sangloter et cette plainte douloureuse, dans le silence de la nuit, fut comme une grave accusation, comme un reproche déchirant que personne n’entendit. Peu à peu ses larmes tarirent, ses sanglots s’apaisèrent. Le sommeil était venu. Il avait transporté l’enfant loin de la cruelle réalité, dans le beau pays des rêves où il y avait une verte forêt parsemée de fleurs, toutes plus belles les unes que les autres. Elles brillaient comme de l’or et de l’argent. Puis une jolie petite fille, coiffée d’un bonnet rouge, vint lui dire : « Donne-moi la main, je vais te conduire chez ta maman ! » Et ils traversèrent un grand fourré de sapins dont les branches s’écartaient pour leur livrer passage ; et ils n’avaient pas besoin de remuer les pieds ; ils glissaient comme sur la glace. En sortant de la forêt, ils virent une maisonnette, et quand ils y entrèrent, ils trouvèrent la ménagère qui préparait de la pâte près du foyer. « Maman ! Maman ! » cria-t-il tout joyeux. Et elle se tourna vers lui et lui sourit comme elle l’avait toujours fait quand elle se penchait sur son lit, le matin, et elle lui donna un gâteau gros comme la tête et qui sentait très bon ; il était couvert d’une épaisse couche de sucre, si épaisse qu’elle cachait la croûte brune. Mais, au moment où il allait y mordre, Poucet se trouva devant lui. « C’est mon gâteau ! » criait-il en voulant l’arracher des mains de Frédéric. « Maman ! Maman ! » cria celui-ci encore une fois. Elle avait disparu ; la méchante femme avait pris sa place et frappait un grand drap mouillé qui claquait à chaque coup.
Frédéric ouvrit les yeux. En effet, Mme Séchaud était devant sa cuve et battait le linge sur sa planche. Une pâle clarté éclairait la pièce. Frédéric referma tout de suite les yeux et se rendormit, mais le beau rêve ne revint pas.
Quand il se réveilla pour la seconde fois, il faisait grand jour. Les quatre enfants étaient lavés, c’est-à-dire que la mère leur avait frotté la figure avec un linge mouillé. Ils avaient déjà déjeuné et, du même coup, bu le lait destiné à Frédéric. Alors, toujours grondant, la mère s’en était allée chercher quelque aliment pour son petit protégé. Les trois aînés s’amusaient à creuser le plancher, à un endroit où les planches étaient disjointes, pour y établir un beau canal d’écoulement des eaux échappées à la cuve et au linge qui dégouttait sous les vigoureux coups de battoir. Poucet avait découvert le chapeau de Frédéric : ce joli chapeau blanc, garni d’un ruban de soie rouge, avait tout particulièrement excité l’envie du petit crasseux. Il le prit avec précaution et, voyant qu’il ne se brisait pas dans ses doigts, il le mit de telle façon que les rubans flottaient sur son nez. Les mains dans les poches de son petit pantalon, il se pavanait d’un bout de la chambre à l’autre, en essayant de chanter.
Mais il fut troublé dans son plaisir.
Frédéric, dont les regards erraient dans la chambre avec indifférence, eut à peine constaté la présence de son chapeau sur la tête de Poucet, qu’il sauta à bas du fauteuil et barra le chemin au petit promeneur.
– C’est mon chapeau, dit-il aigrement en avançant la main pour le saisir.
Poucet n’en disconvenait pas, mais se croyait un certain droit sur lui pour l’avoir eu le premier. Il jugea à propos de ne pas lui répondre, mais, tenant le chapeau de la main droite, il repoussa Frédéric du coude gauche pour qu’il le laisse passer.
Frédéric ne savait pas trop quelle conduite tenir dans de si graves circonstances ; pourtant une chose était claire et nette : le chapeau lui appartenait et il ne le laisserait pas prendre. Par conséquent, il répondit au coup de coude par un coup de poing vigoureux qui fut le prélude d’une bataille en règle. Cette fois, la justice triompha. Frédéric reconquit son chapeau et sans s’inquiéter davantage, le mit sur sa tête. Enhardi par ce succès et sans dire un mot de plus, il franchit le seuil de la chambre et s’en alla.
Chapitre 8
Cette fois, il voulait sérieusement chercher sa mère. Il l’avait vue en rêve, et puisqu’elle ne venait pas, il partirait à sa recherche. Il traversa la cour, et trouva facilement la porte cochère de la maison. Il remonta la ruelle et arriva à une belle avenue pavée, bordée de larges trottoirs. Malgré l’heure matinale, la circulation y était déjà très animée. Petits et grands, des livres sous le bras ou dans une sacoche sur le dos, s’acheminaient vers l’école à pas pressés. On s’appelait, on riait, on causait, et le pavé résonnait du piétinement des bottes et des souliers de toutes tailles. Notre petit ami se mêla à la foule ; il s’y sentit presque à l’aise. Tout était propre et il pouvait aussi voir le ciel.
Un petit monsieur trapu, à la démarche lente et digne, passait. Il portait un haut chapeau noir, des lunettes cerclées d’or et un gros livre sous le bras. Quand les enfants l’apercevaient, ils accéléraient le pas ; les petites filles lui faisaient la révérence et les garçons ôtaient leur casquette ; mais lui ne détachait pas ses yeux du sol et répétait de temps en temps : « Bonjour, bonjour ! » C’était la réponse aux nombreuses salutations venant de gauche et de droite ; seulement ces paroles dites machinalement arrivaient parfois au moment où personne ne le saluait, ce qui provoquait naturellement les petits rires étouffés des enfants qui marchaient derrière lui.
C’était Monsieur le directeur Martin. Il savait tout : par exemple, combien d’années, de jours et d’heures le soleil brillerait encore ; combien de grains de sable il y a au désert et de gouttes d’eau dans la mer. Et, ce qu’il ne savait pas, était écrit en grandes lettres dans le gros livre qui ne le quittait jamais. « Je m’en vais chercher », avait-il l’habitude de dire, quand, par exception, sa mémoire lui faisait défaut.
Frédéric regardait avec étonnement cette quantité de gens. Est-ce que peut-être l’un d’eux saurait quelque chose de sa mère… Était-ce la démarche grave de M. Martin qui lui inspira confiance, ou avait-il lu sur son visage qu’il devait savoir bien des choses ? Bref, il se plaça devant lui :
– Sais-tu où est maman ?
– Bonjour, bonjour ! fut la réponse du savant.
– Sais-tu où est maman ?
Ah ! C’était une question. Et comme M. le directeur ne trouvait pas tout de suite de réponse dans sa tête, il se dit : « Je m’en vais chercher ». Mais, comprenant enfin sa méprise, il redevint maître de la situation.
– Comment t’appelles-tu, petit ? demanda-t-il à son tour à l’enfant qui le regardait avec confiance.
– Je m’appelle Frédéric.
– C’est un joli nom, observa le monsieur, mais je voudrais savoir tes prénom et nom de famille, état et domicile de tes parents. Comment t’appelles-tu donc ?
– Je m’appelle Frédéric, répéta plus timidement l’enfant.
Il n’avait pas compris tout ce que le monsieur avait dit, mais, la veille aussi, on avait voulu en savoir davantage et il n’avait pas pu répondre.
– Tu as encore un nom, mon petit, reprit M. Martin, je le sais.
– Oh ! Alors, dis-le moi, s’écria Frédéric tout joyeux ; hier, on me l’a aussi demandé.
Le petit monsieur était bien embarrassé. Il ne savait pas le nom de l’enfant et le gros livre ne pouvait pas non plus le lui dire. L’amour-propre du savant était blessé. Sa bonne humeur s’en ressentit.
– Si tu ne sais pas ton nom, petit galopin, dit-il d’un ton de reproche, ne rôde pas ainsi dans les rues.
Et, laissant Frédéric au milieu du trottoir, il continua son chemin. Son conseil était bon, mais bien mal placé.
Mais, Frédéric, trottinant derrière le savant, lui tira timidement le bord de son habit :
– Ne sais-tu pas où est maman ? répéta-t-il.
– Bonjour, bonjour, répondit M. Martin, et il marcha plus vite. Ce gamin y met de la malice. Il va peut-être me demander des choses qu’il n’y a ni dans ma tête, ni dans mon livre.
Il était bien savant, M. le directeur, mais il n’avait pas observé le rayon d’espoir qui brillait dans les yeux de l’enfant, ni perçu l’anxiété de sa voix tremblante.
Frédéric, de nouveau seul au milieu de la foule, suivit des yeux M. Martin.
« Il aurait pourtant pu me le dire », pensa-t-il avec tristesse. « Un de ces nombreux passants pourrait peut-être me le dire… »
– Sais-tu où est maman ? Cette fois il s’adressait à un jeune garçon boulanger, blanc de farine, qui revenait de sa tournée, la corbeille vide sur le dos.
Les yeux à moitié endormis du garçon brillèrent. « Voilà quelque chose d’amusant » pensa-t-il.
– Entre là, dit-il, en montrant une maison de belle apparence, un peu retirée de la rue, dans un jardin entouré d’une grille.
Avec un peu de peine, les petites mains de l’enfant réussirent à ouvrir la porte en fer forgé. Un sentier bien sablé contournait un massif couvert des plus belles fleurs printanières. Frédéric s’arrêta, se demandant s’il en cueillerait quelques-unes pour les donner à sa mère. Cependant, abandonnant cette idée, il courut vers la porte d’entrée qui s’ouvrit facilement sous la pression. Il se trouva dans un large hall d’entrée. Une porte était entrebâillée. Frédéric la poussa et entra dans une salle à manger. Personne n’y était, mais que c’était beau ! Tout de suite l’enfant s’y plut. Le soleil y pénétrait gaiement. Il y avait un tapis et un grand miroir. Et voilà quelque chose de connu… la table à ouvrage de maman ; un morceau de tissu blanc qu’elle cousait était aussi là, et, juste à côté, le bien-aimé fauteuil à bascule ; et la table à droite ! Il y avait dessus un pot d’où s’échappait un délicieux parfum de chocolat ; des brioches et des tranches de pain remplissaient une corbeille.
Frédéric jeta un regard de convoitise sur ces bonnes choses. Mais avant que maman vienne, il ne fallait toucher à rien. Il se hissa dans le fauteuil, comme il l’avait fait de nombreuses fois à la maison, et le mit aussitôt en mouvement en chantonnant un petit refrain : « Hop, hop, partons au galop ! » Il se sentait heureux.
Une porte latérale s’ouvrit vivement. Une dame entra et, le regard étonné, regarda ce petit intrus qui savait si bien s’installer. Elle était grande et svelte, portait une robe de couleur foncée ; des cheveux bruns encadraient son visage pâle et ses grands yeux bleus avaient une expression amicale.
Frédéric s’arrêta au milieu de son refrain et regarda la dame étrangère avec non moins d’étonnement. Ce n’était pas sa mère. Il se glissa vite à bas de son fauteuil et fit une révérence.
– Bonjour, madame, ma mère n’est-elle pas ici ?
L’étonnement de la dame allait croissant.
– Non, petit réveille-matin. Comment ta mère serait-elle ici ? T’es-tu échappé de la maison ?
– Je ne sais pas, répondit l’enfant avec quelque hésitation. Je la cherche justement. Est-ce qu’elle ne viendra pas bientôt ?
– Mais je ne la connais pas, et elle ne me connaît pas non plus, je pense. Comment t’appelles-tu ?
C’était de nouveau la même question embarrassante à laquelle il ne pouvait répondre.
– Toi aussi, tu veux le savoir, fit-il d’un ton impatienté, et après, tu ne seras pas contente si je te dis que je m’appelle Frédéric.
– Ne te fâche pas, mon petit homme, dit la dame en riant. Mais pourquoi crois-tu que ta mère est ici ?
– Un garçon blanc qui portait une corbeille me l’a dit, et voilà aussi sa table à ouvrage et son fauteuil à bascule.
– La table et le fauteuil sont à moi.
– Mais je m’y suis balancé juste comme chez maman.
– Où est donc ta mère ?
– Je ne sais pas. Elle s’est endormie dans la forêt, puis elle n’y était plus, et alors un homme est venu avec un cheval. Sa femme était sorcière ; mais elle n’en est pas une ; elle sait faire des gâteaux et dire des contes. Est-ce que tu veux manger tout ça ? continua Frédéric, interrompant son rapport confus, car il s’était souvenu qu’il avait faim. La dame se mit à rire.
– Oh, non, dit-elle en s’approchant de la table, aimerais-tu manger quelque chose ?
– Oh ! Oui, j’aimerais bien. Crois-tu que j’aurais pu manger où est Poucet ? Ils n’avaient pas même une nappe.
Ces paroles étaient une énigme pour Mme de Brandes, mais, avant d’interroger davantage, elle fit asseoir l’enfant à table et lui donna une tartine beurrée.
– Merci, madame, dit Frédéric, mais maman me les a toujours coupées en petits morceaux.
Ainsi fut fait ; Frédéric mangea avec un tel plaisir que la dame ne pouvait se lasser de le regarder.
– Elle me permettait aussi de boire du chocolat, dit Frédéric entre deux bouchées.
Un rire joyeux éclaira la figure de Mme de Brandes.
– Excuse ma négligence, dit-elle avec une prévenance officieuse.
Et aussitôt une tasse de chocolat fut placée devant le petit.
La dame, renversée dans son fauteuil, observait avec intérêt et une visible sympathie le petit garçon qui, sans se gêner, mais avec les manières d’un enfant bien élevé, faisait honneur à son déjeuner. Involontairement, elle se sentait attirée vers lui ; ses yeux bleus l’avaient regardée avant tant de confiance, et l’innocente assurance de son maintien disait que rien n’avait encore flétri sa candeur et son ingénuité. D’où venait-il et quelle était sa famille ?
Son extérieur était un peu négligé. Ses cheveux blonds n’avaient pas été peignés aujourd’hui, ni son visage lavé. Sa petite blouse de beau velours était sale ; ses bottines étaient crottées ; un bout de ruban manquait à son chapeau de paille déformé.
Qu’avait-il raconté de sa mère ? Elle s’était endormie dans la forêt ? Il lui revint à l’esprit une annonce parue peu de temps auparavant dans le journal officiel. Serait-ce l’enfant qu’on avait dû recueillir ? Ce devait être lui. Une profonde pitié pour le petit orphelin remplit son cœur charitable. Puis, une autre pensée s’éveilla dans son esprit. Ne serait-il pas possible que sa solitude, souvent si pesante, fût comblée par un joyeux babil d’enfant ? Mais, que dirait son mari ? M. le procureur général, l’avocat de Brandes, était un homme sévère ; on l’accusait même de dureté ; on prétendait qu’il n’avait pas de cœur ; qu’à la place, il n’avait qu’un code de lois en 1759 articles ; on disait encore que les hommes n’avaient pour lui de valeur qu’autant qu’il pût les classer dans la catégorie des innocents ou dans celle des coupables.
Mme de Brandes, cependant, s’abandonnait à ses pensées, aux perspectives riantes que son imagination évoquait. Elle voyait se dessiner toujours plus nettement la silhouette de l’enfant aux boucles blondes et aux yeux bleus dont elle ferait l’éducation, auquel elle se dévouerait corps et âme.
Frédéric, ayant terminé son déjeuner, s’appuya au dossier de sa chaise et examina attentivement son entourage.
– Je me plais ici, s’écria-t-il, il y a ici du soleil et un tapis et un grand miroir et pas de cuve d’eau sale. Puis regardant Mme de Brandes :
– Toi, tu me plais aussi, tu as une figure blanche comme maman, et tu es très belle !
Le jugement du petit garçon la fit sourire. Elle passa sa main caressante dans les cheveux ébouriffés de Frédéric et dit d’un ton taquin :
– Je ne peux pas en dire autant de toi, je crois que tu ne t’es pas lavé aujourd’hui. Va te regarder dans le miroir.
Frédéric y alla et ce qu’il vit sembla l’effrayer subitement.
– Ce n’est pas moi, fit-il stupéfait ; ce doit être Poucet. Tu sais, il avait aussi la figure sale et les cheveux mal peignés, mais il n’avait pas mis de bottines.
Mme de Brandes, amusée, lui demanda :
– Qui est ce Poucet toujours sale ?
– Tu ne connais pas Poucet ? s’écria Frédéric, étonné que ce personnage qui lui avait fait une si vive impression, ne fût pas connu de chacun. Sais-tu ? C’est Poucet qui était tombé dans la cuve ; il sait déjà presque faire l’arbre droit, et, ce matin, il avait mis mon chapeau, mais comme ça ! Et Frédéric mit son chapeau à l’envers, fourra ses deux mains dans ses poches et arpenta la chambre. Puis il se mit à rire de si bon cœur que Mme de Brandes fit chorus. C’était quelque chose de tout nouveau dans cette maison que ces rires d’enfant. Ce jour-là, rien ne les étouffait. M. le procureur était absent et ne reviendrait que dans plusieurs jours.
Au milieu de sa promenade, le petit s’arrêta d’un coup. Se plaçant devant la dame, il s’expliqua :
– Tu peux me laver, bien fort, je ne crie pas ; maman dit qu’il n’y a que les petites filles qui crient.
Mme de Brandes appuya sur un bouton : une domestique parut.
– Menez, dit-elle, ce petit dans la salle de bains, Caroline, et faites nettoyer ses habits et ses bottines. Frédéric, va avec Caroline ! Elle te fera beau et tu ne seras plus comme Poucet.
Frédéric hésita :
– Est-ce que tu seras encore ici après ? demanda-t-il un peu inquiet. Les tristes expériences qu’il avait faites commençaient à éveiller sa méfiance. Il n’avait pas retrouvé sa mère, ni maman Catherine qui racontait de si belles histoires, ni Michel, ni la Grise. Tous étaient loin, tous avaient disparu comme dans un conte de fée.
– Oui, je reste ici, et quand tu reviendras, quand tu seras bien propre, nous irons au jardin.
Rassuré, l’enfant suivit Caroline.
Mme de Brandes avait l’habitude de lire quelques versets après son déjeuner. Elle profita de l’absence de Frédéric pour prendre sa Bible et l’ouvrit au chapitre commencé, le chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu. Ses yeux s’arrêtèrent sur le verset 40 : « En vérité, je vous dis : En tant que vous l’avez fait à l’un des plus petits… vous me l’avez fait à Moi ».
Pourquoi devait-elle lire justement ce verset aujourd’hui ? Serait-ce donc un désir du Maître ? Ne devrait-elle pas prendre cet enfant sous sa protection ?
« Seigneur ! implora-t-elle, Tu connais ma solitude, mais plus encore mon besoin d’aimer un enfant. Accorde-moi cette joie ! N’as-Tu pas promis de veiller sur les orphelins ? C’est sans doute Toi-même qui me l’envoies ce matin pour que j’en prenne soin… Seigneur, Tu connais le cœur de l’homme, cœur dur et sans pitié, mais Tu disposes de toutes choses, et je m’en remets à Toi ! Merci Seigneur ! Amen ».
Au bout d’une heure environ, Frédéric, le regard anxieux, reparut. Lorsqu’il vit Mme de Brandes, assise devant sa table à ouvrage, un rayon de joie illumina son visage. Les bras ouverts, il courut à elle en criant :
– Tu n’es pas loin ! Tu n’es pas loin ! Ah ! J’ai eu tellement peur !
Attendrie, Mme de Brandes souleva l’enfant et, de nouveau, éprouva le désir d’être une mère pour le petit abandonné qui se donnait si complètement à elle.
Ils allèrent au jardin qu’un haut mur isolait des cours et des jardins voisins. Des sentiers bien entretenus le traversaient ; des pelouses verdoyaient ; le lilas et l’épine rose embaumaient l’air. Frédéric était ravi.
– Vois-tu, dit-il, nous avions aussi un jardin comme cela et quand je m’y cachais, maman me cherchait. Mais, dans le grand jardin où elle s’est endormie, elle me cherche peut-être encore. Je resterai chez toi jusqu’à ce qu’elle me trouve et, en attendant, tu peux être ma maman.
Mme de Brandes n’osa pas détruire cet espoir enfantin. Devait-elle lui dire que sa mère était morte, qu’il ne la reverrait plus ? Il ne l’aurait pas comprise.
Ensuite ils jouèrent au cheval. Mme de Brandes dut être le cheval, trotter et obéir docilement aux mouvements des guides ; puis à la maman, et Mme de Brandes était l’enfant. Il fallait qu’elle pleure pour que Frédéric l’apaise en lui fourrant un morceau de gâteau dans la bouche, et ce gâteau était tantôt un morceau de brique, tantôt un caillou, ou n’importe quoi. Un éclat de bois noirci par le temps jouait le rôle de chocolat et, en guise de lait, il apporta dans un débris de bouteille un liquide suspect puisé sous la gouttière…
Pour finir, il voulut jouer à Poucet, mais Mme de Brandes lui fit comprendre qu’elle ne pouvait pas inonder le jardin et le jeu en resta là.
En rentrant à la maison, Frédéric déclara sérieusement qu’il resterait.
– Tu es si bonne, et tu sais jouer comme une maman ; quand elle viendra, il faudra qu’elle reste aussi, n’est-ce pas ?
La pensée de garder cet enfant s’enracinait toujours davantage dans l’esprit de Mme de Brandes, aussi répondit-elle avec assurance :
– Oui, mon Frédéric, mais il ne faudra plus jouer à Poucet.
La bonne protectrice avait fait préparer un lit. Lorsque le soir vint, notre petit ami s’étendit avec délices sous un moelleux duvet. Puis il joignit les mains et récita sa prière :
« Je m’endors dans mon petit lit ;
Ô Dieu, garde-moi cette nuit :
Que chaque jour, Ta main fidèle
Me tienne à l’ombre de Ton aile. Amen »
Qu’il se sentait heureux ! Il était de nouveau près de sa mère – non, ce n’était pas sa mère, mais elle était bonne comme sa mère – et il avait un beau petit lit, et… et… – ses paupières se fermèrent. « Bonne nuit, maman ». En effet, maman se penchait sur lui et l’embrassait au front comme elle l’avait toujours fait. Il leva les bras pour les passer autour du cou de sa bienfaitrice, mais ils retombèrent aussitôt : il s’était endormi.
Mme de Brandes, debout près du lit, regardait, les yeux humides, le petit orphelin. Elle caressa ses joues rosées et dit à voix basse : « Je serai ta mère ». Puis, joignant les mains, elle ajouta : « Seigneur, veuille dans Ta grâce m’accorder cette joie ! »
Chapitre 9
M. de Brandes, procureur général, était un homme grand et maigre, invariablement raide et froid comme les articles du code pénal. Hiver comme été, il portait une veste noire boutonnée jusqu’au col. Ni boue, ni poussière n’osaient s’attacher à ses bottes toujours luisantes. Son visage rasé portait toujours l’expression d’un calme imperturbable ; ses lèvres serrées ne s’entrouvraient jamais pour rire de bon cœur, et, s’il arrivait par hasard qu’un évènement joyeux ébranle l’équilibre de son âme, cela ne se témoignait que par un léger frémissement des narines, ce qui faisait dire que M. le procureur riait par le nez. Sa voix aussi avait un ton unique, mais lorsque, pour clore un réquisitoire il disait : « Je demande le maximum de la peine » – c’était toujours ce qu’il demandait – elle s’élevait d’un ton et les mots, fortement articulés, allaient, comme des coups de fouet, frapper l’oreille du pauvre accusé.
Lorsque, quelques jours après l’arrivée de Frédéric, M. le procureur rentra chez lui, il n’y trouva pas sa femme. La domestique accourue lui dit que madame était au jardin avec l’enfant. Pas un muscle ne trahit la moindre surprise chez M. de Brandes. Il traversa la cour tranquillement, et entra dans le jardin. Un tableau singulier, un cas qu’il aurait cherché en vain à classer dans les 1759 articles, s’offrit à ses yeux.
Sa femme était accroupie sur le gazon, la tête baissée et ses bras croisés. Des fleurs émaillaient sa coiffure et étaient semées autour d’elle, puis une voix d’enfant cria : « Coucou, coucou ! »
Frédéric avait voulu montrer à Mme de Brandes comment sa mère s’était endormie dans la forêt, après qu’il lui eut piqué du muguet et des renoncules dans les cheveux, et il attendait la réponse à son appel.
– Agnès ! fit le magistrat en prenant le ton sévère de ses réquisitoires, comme s’il eût articulé : « Je demande – dix ans – de travaux forcés ».
Effrayée, Mme de Brandes se releva vivement et alla au-devant de son mari :
– Je ne croyais pas que tu reviendrais déjà aujourd’hui, dit-elle avec quelque hésitation ; tu me trouves à une occupation inhabituelle avec ce petit garçon.
– J’attends une explication, mais je trouve ta conduite sinon inconvenante, du moins singulière.
Mme de Brandes rougit.
– Peut-être me jugeras-tu moins sévèrement quand tu sauras comment cela s’est passé.
– Cela ne changera rien à mon jugement, mais le salon serait mieux choisi que ce jardin pour ta communication.
Cependant, Frédéric était sorti de sa cachette, derrière le buisson de sureau. Ce grand monsieur noir qui se tenait à côté de la gentille dame, lui fit une impression défavorable.
– Qu’est-ce que cet homme veut ici ? Chasse-le, il ne me plaît pas. Tu ne devais pas te lever, mais attendre que je vienne te chercher, dit-il en faisant une mine mécontente.
Pas trace d’étonnement non plus sur la figure de M. de Brandes. Il dit seulement : « Il me fait l’effet d’un vrai petit drôle ». Puis il offrit cérémonieusement son bras à sa femme et la ramena dans la maison.
Frédéric ne savait s’il devait les suivre ; il faisait si beau au jardin, et le monsieur en noir avait l’air si méchant. Il resta dehors.
Mme de Brandes raconta à son mari de quelle façon étrange l’enfant était tombé entre ses mains et comment elle supposait qu’il était l’enfant de la femme trouvée dans la forêt.
– Pourquoi n’as-tu pas tout de suite prévenu la police ? interrompit le procureur.
– J’y ai pensé d’abord, et puis… elle hésitait… j’ai eu une autre pensée ; je désire et j’espère que tu l’approuveras.
M. de Brandes écrivit rapidement quelques lignes, sonna et dit à la domestique :
– Allez porter ceci au commissariat de police.
– Ne veux-tu pas d’abord entendre ma proposition ? demanda timidement sa femme.
– Je serai à toi à l’instant, répondit-il poliment ; puis il ajouta : Dites au commissaire que je désire qu’on vienne chercher l’enfant sur le champ.
La domestique sortit et M. de Brandes se retourna vers sa femme :
– Que voulais-tu me communiquer ?
– Cet enfant est arrivé chez nous d’une façon si providentielle, commença-t-elle avec hésitation ; il fait une agréable impression ; il est sûrement de bonne famille…et… le désir m’est venu de le garder.
Mme de Brandes regardait son mari avec anxiété. Pas un trait de son visage ne trahit l’impression produite par les paroles de sa femme. Il répondit simplement mais froidement.
– J’ai tout de suite deviné ton intention, mais j’espérais que tu n’exprimerais pas ce désir insensé. Puisque tu l’as fait, je te répondrai qu’il ne peut pas en être question.
Ces paroles décidèrent du sort de Frédéric, car M. le procureur était de ces hommes qui ne reviennent jamais sur une résolution prise. Mme de Brandes avait eu bien raison d’être en souci en pensant à son mari.
– Oh ! dit-elle tristement, pourquoi nommes-tu ce désir « insensé » ? N’est-ce pas une bonne œuvre que de chercher à épargner un triste sort à ce pauvre petit abandonné qui ne peut pas encore comprendre son malheur, et à vouloir lui tenir lieu de mère ?
– Je ne tolérerai dans ma maison rien qui puisse, cas échéant, me causer des désagréments. C’est probablement l’enfant de saltimbanques ou de vagabonds ; du reste, il ne nous appartient pas de jouer le rôle de la Providence. L’assistance publique prendra soin de cet enfant, comme bien d’autres, et cela suffira.
– Tu n’as pas observé ce petit comme je l’ai fait, reprit Mme de Brandes avec chaleur ; il a un caractère à part ; il lui faut de l’air et de la lumière ; il lui faut de l’affection.
– C’est beaucoup et peu, reprit le procureur. De l’air et de la lumière, il en aura partout ; l’autorité veillera à ce qu’il ait à manger et à boire et, pour le moment, il saura se passer d’affection.
– Ne plaisante pas, s’écria la jeune femme très émue. Il s’étiolera, il se perdra s’il est en contact avec des gens durs et insensibles. Oh ! Je t’en prie, permets qu’il reste chez nous. Je… je… l’ai pris en affection et je me suis proposée d’être sa mère.
Elle s’était arrêtée devant son mari, lui tendant des mains suppliantes, tandis que, dans ses yeux, se reflétait l’angoisse de son cœur.
– Je regrette de ne pouvoir céder à ton désir, mais mes actes ne sauraient être guidés par un vague sentimentalisme. Je fais ce qui est juste et ce à quoi m’obligent mes fonctions. Cela dit tout ; je ne connais rien au-delà. De plus, je dois t’informer que je suis nommé président du tribunal départemental et que nous irons demeurer à L. Nous partirons demain matin pour prendre les mesures que nécessite notre déménagement.
Sur ce, M. de Brandes quitta la chambre et sa femme tomba sur une chaise où elle resta quelque temps immobile, les yeux clos. Une profonde douleur remplissait son cœur et des pensées confuses traversaient son esprit. Elle ne pouvait rien contre la froide résolution de son mari, et les riantes images d’avenir se perdaient dans le gris.
Pendant ce temps, Frédéric s’amusait à découvrir au jardin une très bonne cachette où sa nouvelle maman ne le trouverait pas de sitôt. Tout à coup, il entendit une voix qui disait :
– Voilà l’enfant !
Il se retourna et vit le monsieur en habit noir qui ne lui avait pas plu, puis un autre en tunique bleue avec des boutons brillants, comme il en avait déjà remarqué dans la grande maison où on lui avait demandé tant de choses.
– Petit, lui dit celui-ci, tu t’es sauvé de chez Mme Séchaud. On t’a déjà cherché de tous côtés.
D’abord Frédéric ne comprit pas ce que l’homme voulait dire.
– Est-ce la femme qui a Poucet et la chambre sale ?
– Ce sera ça, reprit l’agent et je vais t’y conduire.
– Je n’y veux pas aller, dit Frédéric résolument ; il n’y a pas de lit, pas d’assiettes et pas de jardin ; je resterai ici ; je m’y plais bien mieux.
– Tu ne resteras pas ici, dit le procureur ; tu iras avec ce monsieur, et si tu refuses d’obéir, nous avons encore un moyen de punir sévèrement les enfants désobéissants.
Frédéric regarda l’homme qui parlait si durement et répondit avec une sincérité naïve :
– Ce n’est pas toi qui décides. La gentille dame qui ressemble à maman me l’a permis. Elle veut toujours jouer avec moi et me raconter des histoires. Je vais le lui demander.
Avant que les deux hommes eussent le temps de le retenir, il courait vers la maison.
Il entra dans la salle à manger ; elle était vide. Une peur terrible s’empara de lui : sa nouvelle mère aurait-elle aussi disparu ? Il poussa la porte de la chambre à côté, Mme de Brandes y était assise, triste et découragée.
– Quel bonheur que tu sois là ! s’écria Frédéric. N’est-ce pas, je peux rester ici ? Sais-tu, il est venu un homme en habit bleu à gros boutons ; il veut me ramener dans la chambre sale de Poucet, et le méchant homme noir dit aussi qu’il faut que j’aille, mais tu ne le permettras pas. Je ne jouerai plus au Poucet… N’est-ce pas que tu me gardes ici ?
Les yeux pleins de confiance enfantine étaient levés sur elle. Elle voulait parler et ne pouvait articuler un mot. Elle posa ses mains tremblantes sur la tête de l’enfant : « Dieu te protégera » voulait-elle dire, mais ce souhait resta inexprimé.
D’un pas plus rapide que d’habitude, M. de Brandes entra dans la chambre, et, de sa voix toujours froide et calme :
– J’ai permis à cet enfant, dit-il, de te faire ses adieux. C’est fait je pense, et il va suivre l’agent !
– Oh, Jean, je t’en prie ! Je veillerai à ce que la présence de ce petit ne t’ennuie pas ; j’espère que tu t’y habitueras, que tu finiras même par l’aimer.
– Emmenez ce garçon ! dit le procureur à l’agent qui attendait dans l’entrée, et recommandez à ces gens de mieux le surveiller.
– Viens, mon petit, dit l’employé d’un ton conciliant, Mme Séchaud te donnera du pain d’épice.
– Je veux rester ici ! répéta l’enfant dans sa détresse… je veux…
M. de Brandes leur fit passer le seuil et referma la porte sur eux.
– J’ai de la peine à comprendre, dit-il à sa femme, comment cet incident, en somme très banal, peut t’émouvoir de la sorte. Des centaines d’enfants deviennent orphelins ; on les place et ils grandissent. On prendra soin de ce petit, et voilà tout. Comment peux-tu t’agiter à ce point pour une sorte de joujou perdu ? Tu es comme une fillette dont on aurait brisé la poupée. Pense plutôt que tu as encore des préparatifs à faire pour le voyage de demain.
Cette affaire étant réglée, M. le procureur quitta la chambre, très content d’avoir stoppé les intentions sentimentales de son épouse. Dans aucun des 1759 articles du code civil on aurait pu trouver sa manière d’agir répréhensible et il s’endormit du sommeil du juste. Il était heureux, M. le procureur. Son chemin était tracé bien droit et uni, pavé de belles pierres plates ; à droite et à gauche, les paragraphes du code lui tenaient lieu de bornes kilométriques : impossible de s’égarer.
Mais celui qui se souvient des recueillements paisibles et silencieux où l’on croit entendre la voix de Dieu, qui revoit en pensée le foyer paternel et sent la douce main d’une mère caresser son front, celui-là le nommera pauvre et misérable.
Les promesses de Dieu à l’égard des orphelins se réaliseront tôt ou tard, mais malheur à celui qui aura méprisé l’un de ces petits.
Mme de Brandes ne put dormir. La petite figure de l’enfant et son regard plein de reproches la poursuivaient. Le matin venu, elle se leva et prépara sans entrain ce qu’il fallait pour le voyage projeté. À sept heures, une voiture s’arrêta devant la porte et l’on partit pour la gare.
Deux heures plus tard, un petit garçon était à la grille du jardin et s’efforçait de l’ouvrir, mais en vain. Alors, il colla sa figure aux barreaux et regarda obstinément la maison. Tout y était silencieux ; les fenêtres restaient closes et les rideaux baissés. Il essaya d’escalader la grille, mais elle était trop haute.
En ce moment, un agent de police vint à passer et le vit.
– Que fais-tu là, gamin ? lui dit-il en le prenant pour le déposer à terre.
Mais Frédéric ne lâcha pas.
– Je veux aller chez la gentille dame, répondit-il aussitôt. Ne veux-tu pas me mettre de l’autre côté ? Cette vilaine porte ne s’ouvre pas.
Alors l’agent le reconnut.
– C’est encore toi, petit vagabond ? Hier je t’ai emmené et te revoilà. T’es-tu aussi sauvé de chez Mme Pauthey ?
– Oui ! Je ne m’y plaisais pas non plus. Elle a tant d’habits ! La chambre toute pleine ; je ne pouvais pas souffler. Et tous ces petits oiseaux gris ! Elle m’a donné du lait où ils nageaient, et la tête me fait mal. Mets-moi de l’autre côté. Peut-être que le méchant homme n’y est pas ; je pourrai jouer dans le beau jardin et la gentille dame me donnera du chocolat.
– Il n’en est pas question, mon petit, répondit l’agent à qui le pauvre enfant faisait pitié. Je vais te reconduire chez Mme Pauthey et je lui dirai qu’elle ne te donne plus de mauvais lait.
C’est ainsi que Frédéric dut s’éloigner du paradis entrevu.
Chapitre 10
C’était donc chez Mme Pauthey qu’on l’avait conduit, car, lorsque Mme Séchaud était rentrée avec son lait et n’avait plus trouvé Frédéric, elle était allée au commissariat annoncer sa disparition et avait ajouté : « Si vous le retrouvez, M. le Commissaire, ne le ramenez pas. C’est un petit prince trop gâté : il lui faut une cuillère d’argent, du rôti tous les jours, du riz et des pruneaux. Il ne sait pas obéir. On ne peut pas non plus maltraiter et battre ce pauvre enfant. J’aime encore mieux mes garnements, qui mangent ce que je leur donne ; pourvu qu’il y en ait assez, ils sont contents. Conduisez-le chez Mme Pauthey ; je lui accorde ce plaisir ».
Et voilà comment on avait confié Frédéric à Mme Pauthey. Elle possédait une petite boutique à la rue Torse et y réparait de vieux habits. C’était une personne corpulente qui aimait deux choses : le repos et le café. Au saut du lit, elle préparait sa ration journalière : un quart de livre de chicorée et quelques grains de café dans une cafetière de cinq litres.
Cela fait, elle s’asseyait à la porte de sa boutique, sa cafetière à sa gauche sur une petite table, et à sa droite, une chaise couverte d’habits qu’elle réparait ou « remettait à neuf ».
– Voyez-vous, avait-elle l’habitude de dire, ces gens pressés, je ne saurais les supporter. Ils vont, viennent et s’essoufflent comme si l’année n’avait pas trois cent soixante-cinq jours.
Oui, elle avait sa philosophie, Madame la fripière, et des prix fixes. Il ne fallait pas marchander. Celui qui voulait avoir quelque chose devait venir chez elle ; elle donnait dix sous pour un vieil habit et le revendait un écu. C’est ce que chacun savait. Quand un acheteur lui disait :
– Mais Mme Pauthey, cette jaquette est bien vieille ! elle répondait :
– Vous auriez pu prendre quelque chose de meilleur, il y a là une robe de soie et un habit de cérémonie. Il faut pourtant que je gagne ma vie et les mites rongent ma marchandise.
– Pourquoi ne mettez-vous pas de la poudre pour détruire ces vilaines bêtes ?
– Elles veulent vivre aussi, répondait-elle tranquillement ; d’ailleurs, elles n’attaquent que le dessus.
C’est dans ce paradis des mites que l’agent avait conduit Frédéric.
– Je vous apporte quelque chose, Mme Pauthey, dit le commissaire à la bonne femme en train de prendre sa troisième tasse de café.
La fripière porta la main à sa poche pour en tirer dix sous.
– Tenez, dit-elle, et jetez votre vieillerie dans la chambre.
– Ce ne sera guère possible, fit l’homme en riant, c’est un petit garçon. Ne vouliez-vous pas l’avoir en pension ?
La femme porta le regard de ses yeux ternes sur Frédéric, qui, lui aussi, la regardait fixement. Elle ne lui plaisait pas, cette grosse femme, et la maison non plus, et l’air non plus, mais il était intimidé et n’osait rien dire.
– Franchement, j’aurais voulu en avoir un plus grand, capable de faire les commissions, dit-elle ; enfin, puisqu’il est là, je le prends.
Elle retira un peu sa chaise :
– Entre seulement, petit, dit-elle.
Le commissaire fit entrer Frédéric dans la boutique, communiqua à la femme ce qu’il savait de l’enfant et s’en alla.
– Assieds-toi, petit, cria Mme Pauthey ; après, je te donnerai un pot de café.
Frédéric s’assit sur une chaise, puis, tout à coup, se mit à crier.
– Qu’as-tu, petit ?
– Oh ! Il y a tant de vilains papillons gris !
– Ils ne te feront pas de mal ; n’aie pas peur ; ils ne mangent que la laine et les fourrures.
Frédéric regardait avec terreur ces insectes qui voltigeaient sans bruit autour de lui, se posaient sur ses habits, sur sa tête, sur ses bras.
Il tremblait, la tête lui faisait mal, ses yeux brûlaient ; il les ferma. Au moins, il ne verrait plus toute cette saleté et ce désordre autour de lui.
Le soir, Mme Pauthey jeta un tas de vieux habits sur le plancher, étendit un drap par-dessus, y ajouta une couverture et c’est là que Frédéric dut se coucher. Il joignit les mains, mais de nouveau il ne put pas prier : il n’avait pas de lit. Le cœur en plein désarroi, il s’empressa de continuer : « Ô Dieu, garde-moi cette nuit ! » Oui, maman l’avait souvent répétée avec lui, cette prière, mais ce soir il s’accrochait à ces paroles, à cette protection dont il avait tant besoin. Quelque chose lui vola sur la figure ; il voulut l’attraper, mais en vain. Il essaya de crier ; sa voix s’étrangla dans sa gorge, les larmes jaillirent puis, vaincu par le sommeil, il s’endormit.
Le lendemain, comme Mme Pauthey s’installait à son poste habituel, quelqu’un la frôla et dévala la rue. C’était Frédéric. La fripière le suivit des yeux avec étonnement.
– Où peut-il bien aller ? … Tant pis ! S’il s’égare, on me le ramènera. Et, sans plus s’inquiéter, elle s’assit, but son café, et se mit à rapiécer un vieil habit auquel elle s’étonnait chaque jour de découvrir de nouveaux trous.
Ses suppositions ne l’avaient pas trompée ; environ deux heures plus tard, le commissaire reparut avec Frédéric.
– Écoutez, Mme Pauthey, il vous faut mieux surveiller le petit, sans quoi il disparaîtra un beau jour et nous en aurons le reproche.
– Que voulez-vous ? répondit placidement la bonne femme ; pendant que je tourne le dos, ses petits pieds ont déjà fait cent pas. Il ne saurait se perdre, et s’il n’est pas ici, c’est qu’il est ailleurs.
– Et donnez-lui du lait convenable, pas de celui où nagent les mites en guise de pain !
Cette observation fut accueillie sans irritation.
– Il n’y a pas de quoi jaser, fit-elle, en retirant de sa tasse deux de ces insectes ailés ; le lait n’en est pas diminué, et s’ils y meurent, ce n’est pas du poison.
L’agent de police, voyant bien que ses remontrances faisaient peu d’impression, s’en alla, en recommandant encore à la femme de mieux surveiller le petit.
Le matin suivant, comme la veille, Frédéric s’enfuit.
– Quel enfant ! murmura la femme. Comment donc garder un pareil galopin ?
Cette fois, on ne le lui ramena pas. Dans l’après-midi, le pharmacien Ribet fut arrêté par un bambin qui lui demanda :
– Ne sais-tu pas où est la gentille dame, qui a une figure si blanche, comme maman, et un beau jardin ?
M. Ribet n’aurait pu répondre à cette question, mais, à son tour, il interrogea l’enfant et comprit que le bambin était égaré. Il le conduisit au commissariat où Frédéric fut accueilli par des exclamations de colère à l’adresse de sa gardienne.
– On va changer le système, dit le commissaire ; ce petit bout d’homme nous donne plus à faire qu’un vagabond de profession. Il faut le remettre entre des mains fermes.
Dans la rue des Valts, une des plus étroites de la ville, demeurait le tailleur Chafoin avec sa sœur Aglaé. Comme toutes celles de cette rue, leur maison était basse, déformée, grise de moisissure et contenait deux logements. On parvenait à celui qui était sous les toits par un escalier extérieur en bois vermoulu, au haut duquel une porte basse donnait accès à une sombre petite entrée que M. Chafoin honorait du nom de vestibule. M. Chafoin avait l’habitude de tenir sa porte fermée à clé. Quiconque désirait lui parler devait montrer sa figure à un judas pratiqué dans la porte. C’était là que le maître tailleur travaillait du matin au soir, et, parfois, tard dans la nuit. Il ne faisait guère que des raccommodages, et l’occupation ne lui manquait pas. Il savait rajeunir les vestes les plus malades, remettre en état le siège des pantalons qui avaient fait le désespoir des mères les plus habiles à manier l’aiguille. L’assiduité était la vertu maîtresse du frère et de la sœur. Tous deux avaient l’oreille dure, bien qu’ils n’aient pas encore atteint la cinquantaine ; leur visage était ridé et parcheminé et leur cœur racorni autant que leurs mains. Ils comptaient les bouchées qu’ils s’accordaient, et leurs vêtements étaient une preuve de l’art de Chafoin à faire survivre une vieille défroque.
L’argent faisait briller leurs yeux éteints. Leur seule joie était de pouvoir mettre de temps en temps un écu dans le vieux coffre couvert de chiffons, caché sous le lit.
Oui, M. Chafoin était disposé à accueillir Frédéric. Aglaé se persuada que la soupe au lait du dîner supporterait une plus forte addition d’eau et qu’on ferait au pain de trois sous – la ration quotidienne – des tranches un peu plus minces. De son côté M. Chafoin calcula qu’on trouverait bien quelque vieux morceau d’étoffe assez grand pour un petit pantalon et une blouse, quand ce serait nécessaire. Dix francs par mois, c’était peu, mais cela faisait pourtant 120 francs par an et si l’enfant restait dix ans chez lui, ce serait mille deux cents francs ; plus tard on lui paierait davantage, de sorte qu’il pourrait bien, en fin de compte, mettre de côté 1000 ou 1200 francs.
L’agent de police frappa de nouveau à la porte ; le maître ouvrit et l’employé entra avec Frédéric.
– Il s’agit, cette fois, de le tenir ferme, cria l’agent dans l’oreille du maître. C’est un vagabond, un rôdeur, qui nous a déjà donné autant de fil à retordre, à lui tout seul, que tous les enfants de la commune ensemble. Vous feriez bien de vous munir d’une bonne corde à nœuds.
– À quoi pensez-vous ? s’écria Chafoin effrayé. Une corde à nœuds ? Quelques branches d’un vieux balai feront bien l’affaire. Mais vous avez encore à payer pour le demi-mois de juin.
– Ça ne me regarde pas, répondit l’agent en haussant les épaules. Toi, continua-t-il d’un ton menaçant en s’adressant à l’enfant, si tu te sauves encore une fois, on te mettra dans une cave toute noire.
Frédéric, intimidé, le suivit des yeux. S’était-il vraiment sauvé ? Il avait seulement voulu chercher sa mère et la gentille dame. Pourquoi ce monsieur était-il si fâché ?
Maître Chafoin, cependant, examinait les habits de Frédéric. Son œil exercé eut bientôt reconnu qu’ils étaient d’un velours de première qualité. Il se dit, après réflexion, qu’on en pourrait tirer bon parti pour des cols d’habit ou de jaquette, qui se paieraient comme neufs. Il alla chercher un vieux veston qu’on lui avait laissé parce que, en réalité, il ne valait plus rien et le tint suspendu près de Frédéric pour en mesurer les proportions. Les manches étaient trop longues ; y remédier était facile. En reculant les boutons, cela plaquerait ; il ne fallait pas y regarder de si près. Il se mit aussitôt à l’œuvre et, tout en travaillant, il lui vint à l’esprit de dire quelque chose au petit.
– Je suis ton oncle, lui cria-t-il, – à cause de sa surdité, il s’était habitué à donner de toute sa voix – et Aglaé est ta tante ; elle est allée chercher un petit lit, mais il te faut crier en lui parlant, elle entend mal. Puis il continua à coudre.
Frédéric avait à peine compris ce qu’il disait, mais l’idée d’un petit lit le réjouit. Quel bonheur, un petit lit ! Il était si fatigué et il avait terriblement faim. Il n’avait pu boire le café où nageaient des papillons, il n’avait donc rien mangé de toute la journée. Il examina la chambre. Elle était mieux que celle des gosses et que celle où les habits traînaient partout. Là, près du poêle, sur une petite table, il y avait du lait et du pain. Il s’approcha avec un regard d’envie… comme ce devait être bon !
– Est-ce que je peux en manger ? demanda-t-il au tailleur si absorbé par son travail qu’il n’entendit pas. Il venait de calculer que, de la blouse de velours, il pourrait tirer sept ou huit cols, ce qui lui rapporterait bien une douzaine de francs. Satisfait, il fit un signe de tête que Frédéric prit pour un consentement. Alors l’enfant se mit à manger. Que c’était bon ! D’abord, sa petite bouche put à peine suffire au va et vient de ses mains empressées à y porter tour à tour le pain et le lait, puis, peu à peu, le mouvement se ralentit, il émietta le pain dans le lait et, avec la cuillère, il travailla si bien que tout eut bientôt disparu.
À ce moment, Aglaé entra. Elle avait réussi à obtenir en prêt d’une complaisante voisine un petit lit ; mais sa satisfaction fit place à l’horreur lorsqu’elle découvrit le désastre. Elle se précipita sur Frédéric et lui arracha la cuillère des mains, mais c’était trop tard ; le bol était vide et le pain englouti.
– Aglaé, cria Chafoin, on pourra y prendre huit cols. C’est une bonne aubaine !
– Misérable gamin ! s’écria la femme furieuse. Est-ce que tes cols m’intéressent ? Tu aurais dû surveiller ce gamin. C’est tout notre souper qu’il vient de manger, et je n’avais pas encore mis l’eau dans le lait ! Eh bien, tu pourras te coucher sans souper !
Le tailleur descendit de sa table et s’avança vers Frédéric effrayé.
– Qui t’a permis de manger ça ? demanda-t-il en colère.
– Toi, répondit Frédéric aussi haut qu’il put.
– C’est ça, toujours le même, s’écria la femme indignée, tu nous ruines ! Nous pourrons bientôt aller mendier. Tout le pain et tout le lait pour ce misérable gosse !
La figure osseuse du tailleur s’était enflammée de colère. Il ne dit rien, mais il alla droit à la cuisine, d’où il revint avec quelques branches de saule.
– Qui t’a permis de tout manger ? demanda-t-il encore une fois en fixant sur Frédéric un œil perçant.
– Toi ! répéta Frédéric. Je t’ai demandé et tu as fait signe que oui.
Alors la baguette de bois siffla sur le pauvre garçonnet qui ne savait que penser, car jusqu’alors il n’avait jamais reçu de coups.
– Pourquoi me fais-tu mal ? cria-t-il en voulant saisir la baguette de bois. Mais il retira sa main et vit sur la peau, une barre rouge lui prouvant que le maître ne plaisantait pas. Alors, fixant sur son bourreau ses grands yeux remplis de larmes :
– Tu es méchant, cria-t-il de toute sa force ; je ne t’aimerai pas du tout.
Le regard de reproche de l’enfant et ses paroles augmentèrent encore la colère de Chafoin.
– Voilà pour le mensonge, crapaud ! cria-t-il, et voilà pour la gourmandise, et voilà pour l’insolence. Et les coups pleuvaient. Enfin la baguette se brisa. Frédéric tomba en gémissant.
– Voilà, reprit Chafoin en jetant les débris de la baguette. Tu ne mangeras plus le lait et le pain tout seul… et ne t’avise pas de vouloir décamper.
Lorsque, le soir, Frédéric fut dans son lit, il voulut de nouveau joindre les mains, mais il ne put pas. La main qui avait reçu le coup était enflée. Il essaya de prier, et ne sut que répéter : « Dans mon petit lit… ô Dieu, garde-moi ! Garde-moi ! » Il ne put trouver la suite, sa tête était lourde et tous ses membres lui faisaient mal.
Pauvre Frédéric ! Tu es tombé entre des mains plus fermes. La blanchisseuse et la fripière auraient eu le cœur moins dur ; mais le Dieu de ta mère veille sur toi et tu peux compter sur l’abri de Ses ailes.
Le lendemain, Chafoin avait repris sa place sur la table, près de la fenêtre. Frédéric, encore abattu, était assis devant un bol d’eau blanchie d’un peu de lait. Il n’avait aucune envie d’en goûter. Il jetait de temps en temps un regard timide au maître qui tirait activement l’aiguille. Allait-il le battre encore une fois ? Quelle peur il lui faisait ! Il vaudrait mieux se sauver… Il s’approcha de la porte : elle était entr’ouverte. Il sortit, s’avança dans la rue, arriva sur la place du marché et s’engagea dans une autre rue… Oui, c’était là… La grille de fer, les belles fleurs derrière, et la belle maison. Il colla son visage aux barreaux et regarda. Rien ne remuait, les rideaux étaient baissés et la porte fermée. Une heure environ s’écoula puis, las d’attendre, Frédéric se mit à marcher lentement, passant d’une rue à l’autre, jusqu’à ce qu’enfin il n’y eut plus de maisons régulièrement alignées. Seulement encore de loin en loin quelques demeures modestes, puis un joli chemin en pente, du haut duquel Frédéric vit une grande étendue de pays bordée, à l’horizon, d’une ligne bleuâtre. C’était sans doute le grand jardin où demeurait Michel avec la Grise et maman Catherine qui faisait de si bons gâteaux et racontait de si jolies histoires. C’était là qu’il voulait aller. Il se mit à courir.
Soudain, il entendit un pas rapide derrière lui, et, quand il se retourna, il vit le méchant maître Chafoin. Celui-ci s’était proposé de guérir le garnement une fois pour toutes du désir de s’évader. Il avait retrouvé sa piste et le rattrapait au moment où le petit espérait trouver ce dont son cœur avait soif : affection et liberté.
Quelle terreur s’empara de lui ! Ses petites jambes redoublèrent d’agilité, mais les enjambées du méchant homme étaient quatre fois plus longues. Bientôt il sentit la main du tailleur à son cou.
– Cette fois encore, mais ce sera la dernière, dit Chafoin en secouant le petit si rudement que son chapeau tomba à terre.
– Je ne veux pas retourner chez toi ! s’écria Frédéric avec angoisse en cherchant à se dégager. Tu es si méchant et tu me fais mal.
– Il semble que tu n’en aies pas encore assez reçu, se moqua le maître. Tu verras ce qui t’attend.
Il traîna Frédéric qui résistait de toutes ses forces. Quoique le tailleur ne fût pas un hercule, il n’eut pas grand-peine à le ramener à la maison. De loin déjà, Frédéric vit Aglaé debout sur le seuil, attendant la baguette à la main.
– Je l’ai rattrapé, le petit brigand ! s’écria Chafoin glorieux. On entra, on ferma la porte. De nouveau la baguette cingla le petit délinquant. Personne n’entendit ses pleurs, ses cris désespérés.
– En voilà assez pour cette fois, dit enfin le tailleur en jetant les tronçons de la baguette. S’il te reprend l’envie d’aller encore te promener, tu en auras trois fois autant.
Frédéric n’entendait plus rien. Lorsque son bourreau le lâcha, il trébucha et se traîna jusqu’au coin où était son lit. Là, il appuya la tête contre le bois dur et ferma les yeux. Pourquoi ce méchant homme le battait-il ainsi ?… Pourquoi ne devait-il pas chercher sa mère et la si bonne dame et Michel et la Grise ?… Pourquoi devait-il rester dans cette vilaine chambre ?… Pourquoi ?…
Pauvre garçon ! Aurais-tu été consolé si tu avais appris, alors, qu’il y a beaucoup d’autres pourquoi angoissants auxquels personne ne répondra jamais dans ce monde ? Mais dans la forêt, ta mère t’a remis aux soins du Seigneur. Tu apprendras plus tard que Ses promesses sont fidèles et que toutes choses concourent à ton bien.
Le lendemain, Frédéric s’approcha de nouveau furtivement de la porte. D’une main tremblante, il pressa sur le loquet, car il pensait à la baguette. Mais, peut-être qu’aujourd’hui il retrouverait la gentille dame et tout irait bien… Hélas !… la porte était fermée à clef.
Chapitre 11
Un jour de novembre épanchait sa morne lumière sur la ville et la campagne. Le ciel était gris, la terre était grise, gris aussi le brouillard qui pesait sur les rues et les habitations, humectait les murs et les toits, et assourdissait les bruits du dehors. Les pas des piétons, le trépignement des chevaux, le roulement des voitures semblaient venir d’une route éloignée. Même le croassement des corbeaux et des corneilles, qui se balançaient au sommet des arbres dénudés, perdait son acuité, de même que le cri des grues et des oiseaux sauvages cinglant vers des contrées plus clémentes. Si ce brouillard couvrait maintes choses agréables à l’œil, il cachait aussi charitablement l’école du château. Elle était située au nord de la ville, au pied d’une colline que couronnait un château assez bien conservé, datant du Moyen-Âge.
En ce moment, l’horloge du château sonnait dix heures. La porte de l’école s’ouvrit. Une foule de garçons d’âges différents se précipita en criant sur la place ouverte qui remontait en pente douce jusqu’au chemin du château.
Autrefois, cette place avait été une verte pelouse, mais depuis que des centaines de sabots la piétinaient, on aurait eu peine à y découvrir quelques brins d’herbe, même dans les coins les moins piétinés. En temps de pluie, la terre humide et glissante occasionnait des chutes fréquentes.
Cette foule d’enfants criant et se bousculant offrait un spectacle lamentable. Leurs visages étaient pâles, leurs vêtements négligés. Ni déchirures, ni accrocs n’étaient réparés. Bien des élèves auraient voulu se soustraire à la loi de l’instruction obligatoire pour gagner quelque argent par leur travail ou même en mendiant. Cela n’étant pas possible, ils se vengeaient sur l’instituteur en lui rendant la vie amère.
Un jeune homme allait et venait d’un pas rapide sur le trottoir étroit qui séparait la place de la rue. Il était grand et svelte, avait la poitrine étroite et la tête toujours penchée en avant. Une pâleur maladive, qui laissait transparaître des veines bleuâtres, couvrait son large front. Un psychologue eût bien vite reconnu que ce front n’abritait pas des pensées banales, et un physiologiste, après un examen attentif, eût secoué tristement la tête.
C’était Georges Barbier, jeune instituteur, sorti frais émoulu de l’école normale, et faisant ses premières armes à l’école du château. Vu son zèle et son amour de la science, ses supérieurs lui avaient donné ce poste, plutôt que de le confiner dans un village. Ce jeune homme, au cœur ardent pour son Maître, se trouvait en présence de la rude réalité qui menaçait d’ébranler ses convictions et de détruire son idéal de pédagogue. Il s’était représenté sa tâche toute différente. Il aurait voulu se vouer à la jeunesse, se vouer à elle tout entier, l’élever, la tirer de la misère morale, et rendre son esprit accessible aux valeurs spirituelles.
Et maintenant, ce qu’il entendait et voyait le révoltait et le navrait. Des paroles grossières venaient de frapper son oreille ; un éclat de rire retentissant lui avait fait tourner la tête : un des plus grands garçons marchait derrière lui, imitant le maître, au grand divertissement de ses camarades.
Au moment où Georges Barbier le vit, l’écolier se fit petit et leva le bras pour parer la gifle qu’il attendait. Une légère rougeur monta au front de l’instituteur, mais il ne fit aucun mouvement pour châtier l’insolent.
– C’est très mal à toi, Séchaud, dit-il seulement d’une voix qui tremblait un peu.
Séchaud se redressa et s’éloigna en courant.
– Tu en aurais mérité une bonne ! lui dit un grand et vigoureux garçon, celui qui avait ri le plus fort et dont la figure était encore épanouie.
– Tu sais, répondit Séchaud, il n’a pas assez de poigne. Nous allons bientôt recommencer et rigoler à ses dépens.
Georges Barbier se reprochait d’avoir provoqué cet incident désagréable. Il aurait dû occuper cette jeunesse bruyante d’une façon convenable. Il appela donc les enfants pour organiser un jeu ; mais personne ne voulut l’entendre.
– C’est pour les petits gosses, dit Loup en se détournant d’un air de mépris ; et il se retira avec d’autres polissons en regardant le maître d’un œil railleur.
Pourtant, un certain nombre de plus jeunes avait finalement répondu à l’appel. Alors, le maître fit un nœud à son mouchoir, le mit dans la main d’un élève qui, une fois le cercle formé, en frappa le dos d’un camarade. Surpris, l’enfant se mit à le poursuivre et chercha à l’atteindre avant qu’il ait pris sa place. Georges Barbier se plaça parmi les joueurs et le jeu continua au milieu des rires et des cris joyeux.
Alors Loup souffla deux mots à l’oreille de Séchaud. Tous deux s’approchèrent du cercle.
– Je joue aussi, dit Loup en se plaçant à la gauche de l’instituteur, tandis que Séchaud prenait place un peu plus loin.
– C’est bien, dit le maître en reculant d’un pas.
Loup était aussi grand que son professeur, mais il avait la poitrine plus large et les bras plus vigoureux car, pendant la plus grande partie de l’été, il travaillait comme ouvrier dans un chantier de construction. Séchaud eut bientôt le mouchoir. Sous prétexte que le nœud était défait, il le refit dur comme pierre et le donna à son ami Loup. Tout à coup, Georges Barbier sentit une forte douleur dans le dos, et avant qu’il eût le temps de se remettre, un second coup le frappa. Il se mit à courir comme le jeu le voulait, mais Loup courait aussi vite et le frappait sans cesse. Au moment où Barbier allait regagner sa place, il trébucha – c’était le pied de Séchaud qui lui tendait un croche-pied, et il tomba.
Une douleur aiguë lui perça la poitrine et l’empêcha de se relever tout de suite. Les coups de Loup tombaient sur lui, accompagnés des éclats de dire de la bande cruelle. Mais, au moment où Loup levait de nouveau le bras, le mouchoir lui fut arraché des mains et lui-même fut poussé de côté. Un garçon pâle et pauvrement vêtu se pencha sur l’instituteur pour l’aider à se relever, ramassa son chapeau et essaya de nettoyer ses habits.
La sonnerie se fit entendre. Tous les écoliers se précipitèrent vers la porte en criant.
– Crois-tu qu’on lui a salé son jeu ! dit Loup triomphalement ; mais l’autre aura aussi son tour.
L’ « autre » était aussi rentré et le maître, lentement, fermait la marche. Il ressentait encore la douleur dans le dos, mais autre chose l’oppressait. Réussirait-il jamais à gagner le cœur de ses grossiers élèves ?
Il entra dans la salle réservée aux instituteurs.
– Malheur ! La récréation est déjà passée ! s’écria un petit monsieur trapu qui avait écrit tout le temps et jetait vite encore quelques lignes sur le papier. Il faut que mon rapport soit prêt à onze heures. Grandet, surveillez donc ma classe quelques minutes.
En disant cela, il prit son chapeau et sortit en hâte pour que son article parût dans le journal du soir.
L’interpellé se versa encore une tasse de café et la but à petites gorgées.
– Vous vous occupez trop des garçons, dit-il à Georges Barbier. C’est de la canaille qu’il faut tenir à distance.
– En effet, ils me semblent bien grossiers, répondit le jeune homme, mais je pense qu’il doit y avoir moyen de gagner leur affection…
Un éclat de rire de Grandet l’interrompit :
– Gagner leur affection ! Il est vrai que vous êtes encore inexpérimenté ; mais, notez bien ce que je vous dis : si vous voulez arriver à quoi que ce soit de bien, prenez le bâton et faites-le travailler ! Si vous rêvez encore d’affection et d’attachement, renoncez-y une fois pour toutes.
– Ce serait triste ! s’écria Barbier. Ces enfants misérables sont privés d’affection ; sans doute qu’à beaucoup d’entre eux la maison paternelle ne donne pas ce dont leur cœur a besoin ; si, à l’école, ils ne trouvent qu’un maître dur et impitoyable, rien d’heureux ne peut se développer en eux.
Grandet lui jeta un coup d’œil de pitié et quitta la salle en haussant les épaules.
Barbier avait oublié sa défaite ; pénétré d’une bienveillante ardeur, il entra dans sa classe. Il voulait, en donnant son cœur, gagner celui de ses élèves.
Les cours du matin étaient terminés. Professeurs et élèves retournaient chez eux. Georges Barbier, une pile de cahiers sous le bras, sortit à son tour, le visage soucieux. « Oui, se disait-il, ce sera difficile, mais je le tenterai. Avec l’aide du Seigneur, je trouverai le chemin de ces cœurs fermés, mais… ». Il porta la main à sa poitrine : une angoisse le saisit : « …en aurai-je la force ? »
Un garçon de treize ans environ, qui semblait l’avoir attendu, s’approcha et lui dit doucement :
– Me permettez-vous de porter vos cahiers ?
Georges Barbier, surpris, leva les yeux.
– C’est toi, dit-il d’un ton joyeux, car il avait reconnu le garçon qui l’avait secouru pendant la récréation. Veux-tu encore me rendre service ? Merci. C’est bien, cela.
Il remit les cahiers à son élève et sembla soudain plus réjoui ; il marcha d’un pas allègre et rapide.
– Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il après un court silence.
– Frédéric Forêt.
– Que fait ton père ?
– Je n’ai pas de père.
– Vis-tu avec ta mère ?
– Je n’ai pas de mère.
– Pauvre garçon ! Es-tu chez des parents ?
– Je n’ai pas de parents ; je suis chez des étrangers.
Alors l’instituteur, ému, entoura de son bras le cou du jeune orphelin :
– C’est bien triste, dit-il, n’as-tu donc pas connu tes parents ?
– Je ne sais pas, répondit Frédéric, j’ai un vague souvenir d’avoir traversé la forêt avec ma mère. Elle y est tombée. Puis, je me souviens d’un homme avec un cheval et d’une femme qui me racontait des histoires. Ensuite, c’est une belle dame qui a été très bonne pour moi. Après cela, je me suis trouvé chez le tailleur Chafoin où je suis encore.
– Les gens chez qui tu es sont-ils bons pour toi ?… L’enfant ne répondant pas, il ajouta : Les aimes-tu ?
– Non ! répondit vivement Frédéric d’un ton dur. Ce « non » accusateur montrait que l’enfant avait pleine conscience de sa situation.
Ils étaient arrivés au logement du maître. Dans la cour spacieuse d’une maison située rue de la Gare, on avait construit un large bâtiment destiné à plusieurs usages : entrepôts, écurie, bûcher, remise. À l’extrémité ouest, le propriétaire avait aménagé une chambre qu’il donnait gratuitement à qui s’engageait à nettoyer la cour et la rue et à faire différents travaux domestiques. Les locataires changeaient souvent ; il était rare qu’on y restât plus d’une année.
Depuis quelque temps, une pauvre veuve s’y était installée et avait trouvé moyen d’en retirer un gain accessoire. Elle avait obtenu du propriétaire une mansarde au-dessus de sa chambre ; c’était là qu’elle supportait la froidure en hiver, la chaleur en été, tandis qu’elle sous-louait la chambre à des jeunes gens, à qui leurs modiques ressources ne permettaient pas d’habiter des maisons plus opulentes. La bonne vieille se faisait payer huit francs pour la chambre ; pour quatre francs de plus, elle servait encore, le matin et l’après-midi, un café dont la chaleur était la principale qualité. Georges Barbier avait été reconnaissant envers un de ses collègues qui lui avait recommandé la chambre.
Frédéric posa les livres sur une vieille table branlante et se prépara à sortir.
– Attends encore un instant, dit Georges Barbier, en arpentant sa chambre d’un air pensif. As-tu le temps de passer cet après-midi une heure chez moi ? J’ai encore quantité de papiers que je voudrais mettre en ordre. Peux-tu m’aider à le faire ?
Le pâle visage de l’enfant se colora ; ses yeux brillèrent d’une joie qui réconforta l’instituteur.
– Oh ! oui, avec plaisir ! s’écria Frédéric.
– C’est bien. Viens vers les cinq heures, dit Georges Barbier en congédiant l’écolier qui s’en alla tout heureux. La sympathie de son maître l’avait réconforté. Enfin quelqu’un qui se souciait de lui !
La porte s’étant refermée, l’instituteur se laissa tomber à genoux. « Seigneur, murmura-t-il, Tu connais mon désir de Te servir. Merci de me donner un encouragement par le moyen de Frédéric ! Son cœur d’enfant a aussi besoin d’un appui. Aide-moi à lui enseigner l’amour de Ton cœur et la force de Ton bras ! Amen ».
Chapitre 12
Voilà ce qu’était devenu notre Frédéric. Le bel enfant qui ouvrait des yeux si joyeux sur le monde est maintenant un garçon maigre et pâle. Le jour dont nous nous souvenons, alors qu’il avait voulu ouvrir la porte pour voir briller le soleil et chercher des cœurs charitables, ce jour avait été le début d’années tristes et douloureuses. D’abord, il avait pleuré, crié, frappé à la porte et cherché à se glisser dehors quand, par mégarde, la clé n’était pas tournée. Chaque fois, le méchant homme était descendu de sa table, avait pris la baguette et l’avait brisée sur le dos de l’enfant. Alors Frédéric s’était tu et, blotti dans un coin, y passait la plus grande partie de la journée.
Puis il tomba malade, non pas d’une maladie déterminée avec accès de fièvre, ce qui l’aurait retenu au lit, mais il avait mal à la tête, pouvait à peine lever les pieds, remuer les bras et ouvrir les yeux. Il ne mangeait presque plus, ce qui n’affligeait guère le tailleur… Enfin, il alla mieux : il avala le maigre potage qu’Aglaé lui avait préparé, et revêtit une vieille veste, tant bien que mal taillée à sa mesure.
Sur sa mémoire aussi, il semblait qu’un voile se fût étendu. Les visages souriants vus dans sa tendre enfance avaient fait place à des monstres malveillants et grimaçants.
Au bout de deux ans, il fallut l’envoyer à l’école. Les autorités n’ayant pu découvrir sa famille lui donnèrent le nom de Frédéric Forêt. Au milieu des nombreux camarades qui criaient, babillaient, se bousculaient et se battaient même, il s’était tout d’abord senti très intimidé. L’un d’eux s’était approché de lui et lui avait crié au visage : « Vagabond ! ». Vagabond ! avaient répété les autres ; Victor l’a dit, c’est un vagabond.
Ce nom lui resta et l’accompagna de classe en classe. Ses condisciples l’appelaient ainsi ; les instituteurs y ajoutaient l’épithète de « rêveur ». Grandet le surnommait « l’endormi ». Lui, supportait tout et écoutait attentivement les leçons. Chaque année, il avait été récompensé. Il avait parfois posé des questions ou donné des réponses qui avaient étonné ses maîtres.
Quand il eut grandi, Chafoin commença à le charger de diverses occupations. Il devait porter les habits raccommodés ou aller chercher l’ouvrage chez les clients. Alors, il lui arrivait de recevoir deux ou trois sous, ou quelque friandise. Les sous, il les donnait au tailleur qui les acceptait sans scrupules ; mais lorsqu’il avait avoué qu’il avait mangé des brioches, le tailleur s’était écrié furieux :
– Aglaé, ce garçon nous trompe ; il nous mettra sur la paille.
Et la baguette qui avait longtemps reposé, reparut. Au premier coup, Frédéric tressauta et fit mine de vouloir s’en emparer, puis il se résigna et ne dit mot. Dès lors, il eut soin de manger en route le pain blanc ou les brioches qu’on lui donnait.
Six mois auparavant, le tailleur l’avait envoyé chez une cliente dont la propriété était entourée d’une clôture en fer forgé. Un sentier proprement sablé, bordé de plates-bandes couvertes de fleurs, entourait une pelouse. Il lui sembla avoir déjà vu tout cela. Quand était-ce ?… N’entrerait-il pas dans une chambre confortable, où il y aurait une table à ouvrage et un fauteuil à bascule ?… et une dame au visage aimable ? La chambre était là mais bien différente ! Il n’y vit, ni fauteuil, ni table à ouvrage, ni dame souriante. Une domestique vint lui prendre l’ouvrage, et il s’en alla hésitant et pensif. Des images confuses se présentèrent à son esprit ; un coin de voile se déchira et il revit, sous un ciel de printemps, dans la forêt, un vieux paysan avec son vieux cheval, et sa femme, la bonne sorcière aux bons beignets. Tout en marchant sans but, il sortit de la ville et arriva sur une colline. De là, il vit dans le lointain les arbres dans leur fraîche verdure printanière. Un besoin de s’en approcher s’empara de lui avec une telle force que des larmes jaillirent de ses yeux et qu’il pressa sa poitrine des deux mains, tant son cœur battait à grands coups.
Mais il fallait rentrer. Plus il approchait de la maison, plus sa marche se ralentissait. Ce fut avec répugnance qu’il entra dans la chambre basse. Chafoin ayant fait mine de prendre la baguette pour le punir de sa longue absence, Frédéric la saisit, la brisa et la jeta dans un coin.
– Vous ne devez pas me battre, je n’ai rien fait de mal, s’écria-t-il indigné.
Chafoin, remarquant un éclair étrange dans les yeux de l’enfant, déjà plus grand et peut-être plus fort que lui, grommela quelques imprécations, mais, dès lors, n’osa plus le toucher.
Une vieille nostalgie s’était réveillée dans le cœur de Frédéric. « Si seulement je pouvais parler à quelqu’un, se disait-il, M. Barbier aurait-il la patience de m’écouter et le désir de m’aider ? Il m’a parlé si amicalement, l’autre jour ! » À cette pensée, Frédéric se sentit le cœur plus léger, comme si un grand bonheur allait lui arriver.
Il ne prit pas garde à la figure revêche du maître, et ne remarqua même pas qu’Aglaé avait emporté les restes du dîner sans rien lui offrir.
– À cinq heures, je dois aller chez M. Barbier, dit Frédéric, sans autre préambule, au tailleur qui avait déjà repris sa place et cousait activement.
– Tu as sans doute fait quelque polissonnerie et tu vas être puni ! Cela te fera du bien. Si seulement je pouvais lui parler une fois ! Il saurait quel gamin entêté et impertinent tu es.
Frédéric ne répondit rien à cette injuste accusation et se contenta de dire :
– Je dois l’aider à mettre en ordre ses livres et ses cahiers.
– Il ne manquait plus que ça ! s’écria Chafoin. Il nous faut te nourrir pour que tu travailles chez les autres ?… Ôte-toi ça de l’esprit. J’ai besoin de toi ici, moi.
– Je pourrais faire vos commissions un peu plus tard, répliqua Frédéric. Permettez-le-moi seulement.
– Non, cria Chafoin. J’ai déjà assez de soucis et d’embêtements avec toi ; ton vagabondage ne recommencera pas tant que j’aurai mon mot à dire.
– Mais il faut pourtant que j’aille, puisque M. Barbier le veut, riposta Frédéric.
– C’est à moi qu’il faut obéir, entends-tu ? reprit le maître d’un ton aigre. Je vois bien que le bâton a chômé trop longtemps. Nous allons le reprendre.
– Vous pouvez laisser chômer le bâton, dit Frédéric en regardant le tailleur bien en face, je ne me laisserai plus battre. Il faut que j’aille chez M. Barbier.
Chafoin sauta de sa table, s’avança vers Frédéric, le bras levé, mais comme si le regard de l’enfant obstinément fixé sur lui avait eu le pouvoir de le paralyser, il le laissa retomber et, d’une voix étranglée par la colère, il cria :
– Toi… toi… vilain gamin ! Tu n’as qu’à rester sur le pavé.
Frédéric se demanda s’il devait braver les menaces de cet homme, mais la perspective d’être mis à la porte le retint à la maison.
Quatre heures sonnaient. La classe était finie. Le claquement des sabots se fit entendre dans les escaliers et sur les dalles du corridor. La porte s’ouvrit à deux battants pour livrer passage au torrent des écoliers. Des casquettes volaient dans l’air, des ardoises tombaient avec fracas. Frédéric se tenait près de la sortie, attendant son maître pour lui dire qu’il ne pourrait pas tenir sa promesse. Un long temps s’écoula. Enfin Georges Barbier parut, la tête baissée, l’air oppressé. Il s’arrêta un moment pour reprendre haleine, puis continua son chemin. Sa dernière leçon avait été pénible. Il avait eu affaire aux grands garçons. Lorsque, à son entrée dans la classe, plusieurs se levèrent poliment, une voix cria :
– Pour celui-ci, on reste assis !
C’était le garçon qui lui avait joué un méchant tour pendant la récréation. Réprimandé par le maître, il riposta :
– Ce n’était pas moi, vous pouvez demander à Loup.
Loup, renchérissant avec impertinence, ajouta :
– Et nous deux, vous savez, il ne faut pas nous embêter !
Déjà Georges Barbier levait la main pour appliquer à l’insolent une gifle bien méritée, mais il se rappela son principe directeur : discipliner, éduquer par l’exemple et par l’affection. Sa main retomba inerte.
– Vous n’auriez eu qu’à me battre ! s’écria Loup, qui avait remarqué le mouvement du maître, je l’aurais dit à mon père et alors vous auriez vu à qui vous avez affaire !
Au lieu d’obéir à un sentiment de colère, le jeune instituteur éprouva de la pitié pour cette jeunesse semblable à une terre dure et stérile que pas une goutte de pluie n’est venue amollir.
– Oui, tes principes sont fort beaux, Georges Barbier, si tu parviens à les appliquer, tu auras mieux réussi que tant d’autres qui font trembler leurs élèves. Mais il te faudra des années, de longues années de patience. Ton cœur a été émerveillé par l’amour de Christ. Tu espères tout, supportes tout parce qu’Il est devenu ton Seigneur et ton Maître. Mais aujourd’hui Satan va essayer d’ébranler ta foi.
En effet, à mesure qu’avançait la leçon, le bruit dans la classe allait en augmentant et lorsque l’instituteur se tourna pour dessiner sur le tableau noir, les boulettes de papier volèrent dans la classe. Enfin, il se décida à noter les plus coupables, ce qui provoqua de vives protestations. L’un des écoliers frappa du pied, d’autres l’imitèrent et le vacarme devint terrible. Soudain le directeur entra, un bâton à la main. Sans rien dire, il saisit le nommé Loup, et lui administra une volée de coups. Puis ce fut le tour de Séchaud et d’un troisième vaurien, et la tranquillité fut rétablie.
– N’avez-vous pas de bâton ? demanda le directeur à M. Barbier qui se sentait aussi mal à l’aise que s’il avait mérité le châtiment.
– L’effet du bâton ne dure pas, et il durcit les caractères, répondit-il.
– Ce sont des phrases, répliqua le pédagogue. Écoutez seulement ce que je vous dis. Le bâton est le bras droit du maître d’école ; vous serez débordé si vous ne savez pas vous en servir au bon moment.
L’heure étant passée, les garçons sortirent comme nous l’avons vu. Le directeur, après quelques recommandations, s’en alla aussi et le jeune homme, tourmenté, inquiet, malade, ne prit pas garde à Frédéric qui stationnait à la porte et qui n’osait pas l’aborder.
Il rentra chez lui, s’assit, découragé. Ses regards tombèrent sur le tableau du Bon Berger conduisant son troupeau.
« Oui, Seigneur, murmura-t-il, Tu as tout surmonté ; la méchanceté et le mépris, la moquerie et la grossièreté, la pauvreté et le mensonge ; Ton amour a eu raison de tout, a attendri les cœurs, changé la misère en joie. Devrais-je perdre courage pour un insuccès et parce qu’un polisson m’a insulté ? Qu’ils se moquent de moi ! Seigneur, éveille leur cœur à Ton amour et rends-les capable de combattre la misère et le mal, et de gagner à leur tour quelques-uns de leurs camarades au bonheur de Te connaître ! Seigneur, viens en aide à mon incapacité. Prépare Toi-même une occasion où je pourrai leur parler de Toi »
Réconforté par ce moment de prière, Georges Barbier se mit au travail.
Frédéric aussi était rentré à la maison, le cœur serré. Les méchantes paroles du tailleur résonnaient encore à ses oreilles et son instituteur l’avait oublié.
Le lendemain, un rayon de lumière brilla à nouveau dans son cœur. À la récréation, Georges Barbier lui demanda pourquoi il n’était pas venu chez lui la veille ; Frédéric le lui raconta et dit combien il en était triste.
– Je le regrette, dit le jeune maître, mais ne désespère pas. J’irai parler à M. Chafoin. Et puis, j’ai une autre proposition à te faire. Nous avons encore quelques beaux jours d’automne ; demain après-midi, j’irai faire une promenade dans la forêt. Veux-tu m’accompagner ?
– J’aimerais bien, s’empressa de répondre Frédéric, mais on ne me le permettra pas.
– Eh bien, dit Barbier après un instant de réflexion, j’irai moi-même en demander la permission à maître Chafoin.
Frédéric doutait du succès de cette démarche. Aussi fut-il très surpris lorsque, le soir, le tailleur lui dit qu’il pourrait faire une promenade le lendemain avec son instituteur.
Chapitre 13
Quelques beaux jours d’arrière-saison avaient succédé aux brouillards. L’air était frais, les chemins sans poussière ; un léger hâle s’étendait sur les prairies ; le blé levait et montrait ses pousses vertes, et la terre exhalait une odeur pénétrante.
Comme convenu, une trentaine d’écoliers attendaient près du pont. Certains portaient leurs habits de semaine, d’autres s’étaient endimanchés ; la plupart d’entre eux portaient une boîte plus ou moins bosselée sur laquelle ils tambourinaient à qui mieux mieux, fiers d’y avoir le menu d’une petite collation.
Frédéric aussi était du nombre des excursionnistes. Aglaé, inutile de le dire, ne lui avait pas même donné un morceau de pain sec. Mais que lui importait ! Il était aussi joyeux que s’il avait eu en perspective un Noël riche en cadeaux. D’un œil avide, il regardait la colline qui fermait l’horizon.
Le joyeux bourdonnement des enfants fut interrompu par deux nouveaux arrivants : c’était Séchaud et Loup.
– Que se passe-t-il donc ? Vous voilà comme un troupeau de moutons, cria Loup en bousculant deux ou trois camarades. Quand il sut de quoi il s’agissait, il éclata d’un rire moqueur.
– Tas de nigauds ! C’est avec celui-là que vous voulez aller promener ? Il faudrait quelqu’un d’un peu mieux bâti. Ses épaules sont de travers et son esprit aussi.
Plusieurs se mirent à rire. Les joues pâles de Frédéric s’empourprèrent, et s’adressant d’un ton indigné au trouble-fête :
– Ce n’est pas assez de vouloir gâter notre plaisir, tu oses encore mal parler de M. Barbier ! Si tu ne veux pas être de la partie, passe ton chemin, mais je ne veux pas que tu parles en mal de notre maître.
– Tiens ! Le vagabond est aussi là ! reprit Loup du même ton. Voilà qui m’arrange ; tu auras tout de suite ce que je te dois depuis avant-hier. Et pour que tu saches que je n’ai pas peur de toi, je dis : « Barbier n’est qu’un poltron ! »
Au même instant, Frédéric lui appliquait une gifle si vigoureuse qu’il recula, étonné. Loup, furieux, se précipita sur celui qui, en un clin d’œil, l’avait giflé de si belle manière.
– La première pour M. Barbier, s’écria Frédéric d’une voix tremblante de colère, la seconde pour…
Il ne put achever. Les longs bras de Loup venaient de l’enlacer. Frédéric se défendit de son mieux, mais bien que la colère et l’indignation aient doublé ses forces, il n’était pas de taille à se mesurer avec un si grand gaillard. Loup le terrassa et lui mit un genou sur la poitrine pour le frapper plus commodément.
Tout à coup, une main énergique sépara les deux combattants. Le jeune instituteur, penché sur Frédéric, le releva avec un bon sourire et lui demanda s’il était blessé.
– Ce n’est rien, dit-il tout bas, j’ai seulement la tête un peu lourde, cela passera.
Georges Barbier se tourna alors vers Loup qui le regardait d’un œil haineux.
– Qu’est-ce qu’il t’a fait pour le battre ainsi ? demanda l’instituteur d’un ton où perçait plus de tristesse que de colère.
– Il m’a embêté, répondit Loup grossièrement.
– Loup vous a insulté, dirent alors quelques-uns des élèves ; Frédéric lui a donné une gifle, et Loup lui est tombé dessus…
Le visage de l’instituteur prit une expression encore plus triste.
– Alors il y a eu aussi un peu de ta faute, Frédéric, dit-il. Mais toi, Loup, dis-moi ce que tu as contre moi.
Loup regarda son maître effrontément et répondit :
– Vous ne me plaisez pas !
M. Barbier sourit tristement :
– Veux-tu aussi me dire pour quelle raison je ne te plais pas ?
Avant de répondre, Loup jeta un rapide coup d’œil autour de lui pour s’assurer une rapide retraite, puis il cria :
– Vous êtes bossu et vous êtes lâche… Viens Séchaud ! En quelques bonds, il fut hors de portée, s’arrêta et se remit à ricaner. Frédéric, qui faisait mine de le poursuivre, fut retenu in extremis.
– Laisse-le, Frédéric, dit-il tranquillement, sans pouvoir toutefois réprimer un tremblement de sa voix ; les coups qu’on lui donnerait ne le corrigeront pas. Si tu te sens assez bien, mettons-nous en route.
On s’achemina donc d’un pas joyeux à travers la prairie. Loup, qui s’était attendu à une explosion de colère de la part du maître, était déçu. Il suivait de loin en sifflant, accompagné de son ami Séchaud. Enfin, voyant que personne ne faisait attention à eux, ils se lassèrent et retournèrent en ville.
Dans la forêt retentirent bientôt les chants joyeux des élèves. La journée fut superbe. Quand ils rentrèrent chez eux, les yeux brillants et le teint doré, la plupart des enfants sentirent s’éveiller en eux un sentiment de reconnaissance envers leur jeune instituteur.
Georges Barbier avait trouvé en Frédéric un cœur aimant et une intelligence éveillée. Dès le lendemain, il se rendit chez maître Chafoin.
Celui-ci ne comprit pas d’abord ce que le jeune homme lui voulait. Mais dès qu’il eut saisi que M. Barbier désirait prendre chez lui Frédéric Forêt, il jeta un coup d’œil scrutateur sur le visage bienveillant de son interlocuteur. Ce qu’il vit le remplit d’une joie secrète : il se promit d’en tirer avantage. Il répondit qu’il ne pouvait se passer du garçon ; que, jusqu’à ce jour il avait mis du sien pour l’élever, mais que l’enfant était arrivé à un âge où il pouvait lui être utile en faisant les courses.
– Je regretterais de vous faire du tort… ; si vous n’exigez pas une trop forte somme je pourrais bien payer quelque chose…
Chafoin triomphait intérieurement, mais son visage ne trahit pas la moindre joie.
– Oui, dit-il, c’est bien ainsi que je vois la chose. Mais… il y a les repas. Voyez-vous, avec le temps, cela ne pourrait pas continuer…
Chafoin toussotait, ne sachant comment faire comprendre habilement qu’il ne donnerait plus les repas à Frédéric.
– Oh, cela ne fait rien, interrompit vivement le jeune homme, il pourra manger chez moi ; il y aura assez pour nous deux.
La joie de Chafoin augmentait. Il en était déjà à se demander ce qu’il pourrait bien encore tirer du bienveillant instituteur, mais rien de plus ne lui vint à l’esprit.
– Nous voilà donc d’accord, dit M. Barbier. Combien dois-je vous payer par mois ?
Le rusé tailleur toussa de nouveau en jetant un coup d’œil à l’habit râpé du jeune homme. Il n’avait pas l’air riche. Si seulement quelqu’un avait pu lui souffler jusqu’où pouvaient monter ses prétentions !… S’il exigeait trop, l’affaire pourrait rater.
– Dix francs, dit-il enfin, après s’être gratté longuement l’oreille.
– C’est entendu, je vous les donnerai, répondit Georges Barbier, impatient de sortir de cette chambre malsaine où il se sentait défaillir.
Chafoin aurait pu se gifler… Pourquoi n’avait-il pas demandé douze ou quinze francs ?
– Mais il faut que Frédéric continue à loger chez vous ; je n’ai pas de lit à son service, ajouta Barbier, déjà près de la porte.
– Alors, vous me donnerez cinq francs de plus, se hâta de répliquer le tailleur, heureux d’avoir trouvé l’occasion d’exiger davantage. Et puis, de temps en temps, il me fera bien une ou deux courses ; sans cela il me faudrait un apprenti qui me coûterait plus que les quelques sous que vous me donnerez.
Georges Barbier consentit et sortit au plus vite. La vue de ce petit vieux tout racorni, aux yeux cupides et aux lèvres pincées, lui répugnait. « Pauvre garçon ! murmurait-il, quel supplice de vivre dans un tel milieu ! » Il se mit alors à réfléchir par quel moyen il arriverait lui, pauvre instituteur, à économiser quinze francs par mois.
Maître Chafoin descendu de sa table, s’était mis à arpenter la chambre et à calculer. « Dix francs d’indemnité, cinq francs pour le lit, vingt francs de la commune – on avait graduellement augmenté la pension – cinq francs qu’il me coûtait pour la nourriture, et qu’on peut décompter, cela fait quarante francs de bénéfice net. Quarante francs ! répétait-il tandis que ses lèvres se pinçaient en un sourire grimaçant et que ses doigts s’ouvraient et se refermaient comme des griffes.
Aglaé, étonnée de l’entendre parler tout seul, ouvrit la porte.
– Daniel, dit-elle, qu’as-tu donc ?
– Aglaé, lui dit-il d’un ton mystérieux, tandis que sa voix chevrotait d’émotion, le garçon ne mangera plus chez nous, et on nous donnera quinze francs.
Cette fois, Aglaé fut prise d’une crainte subite.
– Daniel, dit-elle un peu hésitante, il faut te mettre au lit.
Mais lorsque son frère l’eut mise au courant des évènements, elle leva les bras au ciel en s’écriant :
– Non, je ne croyais pas qu’il y avait encore des gens aussi naïfs.
Entretemps, le « naïf » avait calculé de quelle manière il économiserait les quinze francs. Frédéric, mis au courant par le tailleur de ce qui le concernait, n’avait pas perdu un instant ; il avait fait irruption dans la chambre de son instituteur, les joues en feu, le regard rayonnant. Il lui avait saisi la main pour la porter à ses lèvres.
– Monsieur ! s’était écrié l’enfant, en grande agitation, est-ce vrai ? Ai-je la permission de venir chez vous ?
– Oui, mon ami, et j’espère que nous nous entendrons bien.
Frédéric, après un silence, reprit doucement :
– Qu’est-ce qui me vaut ce grand bonheur ? Est-ce Dieu qui me délivre de cette prison ? Il est vrai que je ne prie plus depuis longtemps… je me sentais trop malheureux !
– Quant à moi, je suis bien content que cet arrangement te rende heureux, dit le maître en caressant le front de l’enfant. Peut-être trouverons-nous tous les deux ce qui nous a manqué, à moi pendant les heures de solitude, à toi pendant ton enfance. Mais sais-tu ? Dieu est au-dessus de toutes choses et Il veille sur chacun de nous. Dans Ses plans d’amour, Il a envoyé Son Fils bien-aimé pour nous délivrer du péché. Pour nous, Jésus est mort sur la croix, « le Juste pour les injustes ». Si nous croyons en Son œuvre parfaite, nous serons sauvés pour toujours !
Que ce langage était nouveau pour Frédéric ! Son maître avait parlé de « Jésus », d’une croix où Il était mort. Mais pour qui ? Ah ! oui, « le Juste pour les injustes ». Tout en rentrant, Frédéric repassait ces paroles dans son cœur et se surprenait à pleurer. Ne connaissait-il pas lui-même l’amertume de l’injustice ? Et Jésus était mort pour des méchants ! Que j’aimerais apprendre à Le connaître mieux ! J’essaierai de prier ce soir.
Lorsque Georges Barbier se coucha ce soir-là, il remercia le Seigneur de l’avoir conduit à cette école de village pour y rencontrer Frédéric. Prépare Toi-même ce jeune cœur, Seigneur ! Que dans sa misère Tu deviennes son trésor, le but de sa vie !
Dans Ses plans d’amour, Dieu répondait à la prière de la mère de Frédéric qui, dans la grande forêt, huit ans auparavant, s’était écriée : « Qui prendra soin de mon enfant si ce n’est Toi, Seigneur ! » Aujourd’hui, le cœur de Frédéric était mûr pour recevoir la divine semence et Georges Barbier était envoyé pour la semer.
Deux solitaires s’étaient rencontrés et se trouvaient enrichis et réchauffés l’un par l’autre. Le maître avait gagné le cœur de cet élève, qui sait si d’autres encore n’allaient pas lui succéder. Georges Barbier consacrait presque tout son temps libre à son protégé. Les connaissances qu’il avait reçues et développées, il voulait que Frédéric les possède aussi et, chose étrange, Frédéric qui, jusque-là n’avait été qu’un élève médiocre, dévoila tout à coup des capacités surprenantes.
Cette fois, Georges Barbier eut raison : l’affection fit des miracles ; tombées sur un bon terrain, les semences avaient rapidement germé et fructifié.
Frédéric cherchait de son mieux à se montrer reconnaissant. Il venait de bonne heure, chauffait le poêle, mettait sans bruit tout en ordre pour ne pas réveiller son maître que sa maladie avait tenu éveillé une grande partie de la nuit. Il brossait ses habits, cirait ses chaussures, préparait un café bien chaud. Quand le jeune homme se réveillait, Frédéric approchait une petite table de son lit et lui servait son déjeuner.
– Vous pouvez encore rester une bonne heure au lit, disait-il, il vient de sonner six heures.
L’instituteur savourait son café tout en écoutant le feu pétiller, et un sentiment de doux bien-être l’enveloppait. Ses pensées se reportaient loin de la ville, dans un village rustique aux toits de chaume abrités par des arbres fruitiers. Un essaim de joyeux enfants l’entourait. Ils aimaient et respectaient leur instituteur ; ils voyaient en lui un ami et l’écoutaient attentivement.
Ces rêveries matinales lui inspiraient une douce assurance et il reprenait sa tâche avec une confiance nouvelle. Quelques jours plus tard, Georges Barbier dut constater que son état de santé se dégradait. Les battements de son cœur étaient irréguliers. La poitrine lui faisait mal. Avec peine il achevait ses cours. Enfin, il eut recours à un médecin qui l’ausculta et secoua la tête.
– Combien d’élèves avez-vous ? demanda le docteur Henry.
– Soixante-dix.
– Soixante-dix, s’écria le docteur ; et tous à la fois dans une même salle ? L’air doit y être empesté… Les cours vous fatiguent-ils beaucoup ?
– J’aime donner les cours ; seulement je me fatigue quand il faut parler longtemps et la discipline n’est pas exemplaire.
– Ce n’est pas étonnant, reprit le docteur. Du reste, un bâtiment tel qu’est l’école du château devrait être fermé par ordre de la police sanitaire. L’homme le mieux portant pourrait y trouver la mort… Dites-moi, continua-t-il en examinant l’instituteur plus attentivement, ne pourriez-vous pas obtenir une place à la campagne ? Vous seriez beaucoup mieux près d’une forêt de sapins, et avec moins d’élèves.
– Postulez sans tarder à un poste à la campagne ; je vous donnerai une attestation. Pour le moment, vous resterez un mois loin de l’école.
– Oh, monsieur ! s’écria Georges Barbier effrayé, je ne le peux pas ; mes élèves oublieraient tout, et je crois que je tomberais malade si je n’enseignais pas.
– Tomber malade ! dit le médecin durement. Vous êtes malade, et si vous ne vous reposez pas, la maladie prendra une mauvaise tournure.
– Je me reposerai tant que je le pourrai, assura le jeune homme, mais ne me chassez pas de l’école.
– Inutile de donner des conseils à quelqu’un qui ne veut rien entendre, grommela le docteur, en écrivant l’attestation ; puis il prescrivit un nouveau médicament.
Chapitre 14
Georges Barbier eut bientôt oublié les recommandations du médecin et la pensée de retourner à la campagne ne le quitta plus. Il postula aussitôt pour une place vacante et, lorsqu’un soir Frédéric, après avoir fait les courses du tailleur, vint lui souhaiter une bonne nuit, l’instituteur lui dit joyeusement :
– Frédéric ! Je dois partir à la campagne.
Frédéric pâlit d’émotion. Qu’allait-il devenir ? Mais Georges Barbier continua :
– Sais-tu que depuis que je suis ici je l’ai souvent souhaité, mais je n’osais pas le dire, de crainte de rendre ma tâche encore plus difficile à l’école du château. Maintenant le médecin me l’ordonne. Au printemps, je déménagerai. L’air pur et tonique des sapins me guérira complètement.
Et le malade respirait profondément comme s’il goûtait par avance les douces essences printanières, quand une vive douleur le ramena à la réalité.
– Te rends-tu compte, reprit-il, lorsque la crise fut passée, que je pourrai chanter avec mes élèves ! Frédéric, tu te réjouis aussi, n’est-ce pas ?
Frédéric s’était tourné vers la fenêtre ; des larmes coulaient sur ses joues. Il serait donc de nouveau seul, seul avec des gens qui ne l’aimaient pas.
M. Barbier s’approcha de lui, et, lui passant son bras autour du cou :
– Tu te réjouis, n’est-ce pas ?
Frédéric, sans parler, fit un signe de tête affirmatif. L’instituteur se pencha pour voir son visage.
– Qu’as-tu ? poursuivit-il surpris, tu pleures ? Qu’as-tu donc ?
– Alors… je… ne pourrai plus être avec vous, balbutia enfin le garçon, mais si vous guérissez, je serai bien content, c’est l’essentiel.
– Frédéric, mon garçon, dit le maître ému en attirant l’enfant tout près de lui, pour qui me prends-tu ? Tu viendras avec moi, tu me prépareras mon café, tu mettras mes livres en ordre comme maintenant. Sans toi, je ne saurais plus me tirer d’affaire.
Alors toute la tristesse de l’enfant se changea en joie. Entourant de ses bras le cou de son maître, il s’écria, transporté :
– Monsieur Barbier, Monsieur Barbier, c’est un trop grand bonheur ! Je crains qu’il n’arrive jamais !
– Certainement, si Dieu le veut, il arrivera, mon garçon. Mais tu ne sais peut-être pas comme c’est beau de demeurer à la campagne. Y as-tu déjà été ?
– Oui, dit Frédéric. Et, dans ses souvenirs, reparut la silhouette du tisserand et du cheval sous les grands arbres. « Il y a là-bas, murmurait-il, une belle et grande forêt, un ciel bleu, des oiseaux qui chantent ; une dame fait des gâteaux et raconte des histoires ». Machinalement il se reportait huit ans en arrière, aux jours heureux que sa mémoire avait gardés fidèlement.
Georges Barbier l’examinait avec étonnement, puis se mettant à rire :
– Tu rêves les yeux ouverts, dit-il… Que racontes-tu là ?
– Je ne sais pas comment cela se fait, dit Frédéric en riant aussi. Chaque fois que je pense à la campagne, je vois cela devant mes yeux. J’étais encore très petit, j’avais perdu ma mère dans la forêt et cet homme se nommait Michel.
– Il faut que ces circonstances t’aient bien frappé pour que tu t’en souviennes encore. Eh bien, moi, je vois une école aux fenêtres encadrées de vigne vierge, à l’ombre de grands tilleuls. C’est là que nous demeurerons, Frédéric. Mais la tâche ne sera pas si facile. Il te faudra m’aider ; pendant que je m’occuperai des grands, tu feras lire ou épeler les petits, tu leur apprendras à écrire.
Les yeux de Frédéric brillèrent :
– Je le ferai avec plaisir. Comme ce sera intéressant !
– Puis, quand nous aurons bien travaillé, nous irons au jardin.
– Y aura-t-il aussi un jardin ?
– Certainement, un grand et beau jardin. Et s’il n’y en a pas, nous en ferons un.
L’instituteur prit une feuille de papier. Voilà la maison, dit-il en dessinant un carré. Ici, nous aurons le jardin. Tout autour, nous planterons des sapins qui nous protégeront contre les vents froids. Près de la maison, nous aurons des buissons de lilas. Représente-toi, quand ils fleuriront au mois de mai, quel parfum ! Nous en mettrons des bouquets dans la classe, et devant la maison nous arrangerons un parterre de rosiers ; j’en connais de magnifiques espèces qui, si nous les soignons bien, fleuriront jusqu’à l’automne. De chaque côté des sentiers, il y aura des plates-bandes de fleurs variées, nous en aurons du printemps jusqu’en octobre. Mais, Frédéric, nous ne parlons que de fleurs ; il faut aussi penser à l’utile. Nous aurons des arbres fruitiers, des cerises pour l’été, des prunes et des pommes pour l’automne. Il y en aura de l’ouvrage à tailler, émonder ces arbres… Et n’oublions pas les enfants : nous aurons une fête pour la cueillette des cerises et une pour celle des prunes et des pommes.
Frédéric ne savait que dire, tant ces perspectives l’éblouissaient.
– Oh ! s’écria-t-il enfin, il me semble que j’ai déjà rêvé de toutes ces belles choses. Et j’y serai aussi ?
– Naturellement, Frédéric, on ne fera rien sans toi. Qui est-ce qui grimperait sur les arbres quand…
– C’est moi, moi ! Vous verrez comme je saurai m’en tirer !
– J’en suis sûr. Mais n’oublions pas que les élèves sont le principal. Demandons à Dieu de nous aider à accomplir le service si important qu’Il nous a confié. J’aime à répéter ce verset écrit par l’apôtre Jean : « C’est ici la confiance que nous avons en Lui, que si nous demandons quelque chose selon Sa volonté, Il nous écoute ». Il en sera selon ce que le Seigneur voudra, ajouta-t-il avec un soupir. Pour le moment, retourne à la maison, sinon maître Chafoin aura fermé la porte à clé.
Avant de sortir, Frédéric demanda à son maître la permission d’emporter la feuille de papier sur laquelle le plan de la maison était dessiné.
L’instituteur resta seul et prit aussitôt sa Bible. Le verset 5 du Psaume 39 retint son attention : « Voici tu m’as donné des jours comme la largeur d’une main ». Oui, Seigneur, murmura-t-il, ma vie sera courte. J’aurais aimé Te servir avec Frédéric… dans Ta grâce, fais de lui Ton enfant et, plus tard, un serviteur fidèle. Poursuivant sa lecture, il lut à haute voix le verset 7 : « Et maintenant, qu’est-ce que j’attends, Seigneur ? Mon attente est en Toi ». Rempli de cette plénitude d’assurance, Georges Barbier alla se reposer.
De toute la nuit, Frédéric ne put dormir. Un monde nouveau s’était ouvert à lui et l’espoir remplissait son cœur. Dès qu’il fit jour, il prit la feuille de papier, et, dans les faibles traits de crayon, il vit un jardin verdoyant, des lilas et des rosiers en fleur, des arbres chargés de fruits. Les gronderies habituelles du tailleur frappèrent à peine son oreille. Il monta et descendit gaiement les escaliers, porta et rapporta des habits, le visage rayonnant des belles perspectives. Son air heureux lui fit recevoir de nombreuses friandises qu’il rapporta triomphant à son instituteur.
Georges Barbier, en dépit des avertissements du médecin, voulut rester à son poste aussi longtemps que possible. Sa parole chaude et persuasive, son enseignement captivant, son regard affectueux, avaient déjà touché plus d’un cœur. À son entrée en classe, les yeux de plusieurs brillaient de plaisir ; ils s’efforçaient d’être attentifs et d’alléger la tâche de leur maître. Mais bientôt, les forces lui manquèrent. Par un jour glacial de décembre, Georges Barbier tint sa classe pour la dernière fois. Pour rentrer à la maison, il dut s’appuyer sur Frédéric.
– Aide-moi à me mettre au lit, dit-il d’une voix brisée.
Frédéric courut chercher le médecin. Celui-ci fut effrayé du changement qui s’était opéré dans l’état de son patient.
– Vous avez travaillé plus vite que je ne l’aurais supposé, dit-il d’un ton qui se voulait enjoué. Je crains que, maintenant, l’air de la campagne n’y puisse plus rien.
Georges Barbier secoua la tête et ne put articuler un mot.
– Qui restera près du malade ? demanda le médecin.
– Moi ! dit Frédéric.
– N’a-t-il pas de mère ou de sœur qui puisse le soigner ?
– Je crois qu’il n’a pas de parents.
– Dans ce cas, nous le mettrons à l’hôpital.
– Oh ! Docteur, s’écria Frédéric, les larmes aux yeux, laissez-le ici ; je resterai auprès de lui jour et nuit ; je l’aime tant ! Je saurai le soigner.
– Ton intention est bonne, dit amicalement le médecin, mais il faut quelqu’un d’expérimenté. Il ne peut pas rester ici.
Ce n’était pas encore le temps des ambulances. Quatre hommes vinrent donc avec un grand brancard où l’on coucha le malade. Frédéric marchait derrière essuyant des larmes versées en silence. Il suivit le malade jusqu’à la porte de l’hôpital, puis il fallut aller à l’école. La classe finie, il courut à cette grande maison qui, sous un extérieur engageant, cache tant de souffrances et de misères.
Les garde-malades, surprises à la vue de ce garçon pauvrement vêtu qui désirait voir l’instituteur, lui dirent que celui-ci ne pouvait recevoir de visites.
– S’il vous plaît, permettez-moi de voir mon maître, demanda-t-il avec tant d’insistance qu’on finit par le laisser entrer. On le conduisit dans une chambre, petite, où Georges Barbier était couché. Une infirmière se tenait près de son lit. Le malade ouvrait de grands yeux fixes et murmurait des paroles incohérentes. Frédéric s’avança et pris sa main sèche et brûlante. Alors les yeux du malade se tournèrent vers l’enfant. « Frédéric », dit-il doucement, et un faible sourire erra sur ses lèvres. Frédéric ne lâcha pas la main que la douleur faisait, par moment, tressaillir dans la sienne.
Un moment, le malade se calma et s’assoupit. Puis il se mit à parler. Il était à l’école, parlait aux élèves d’un ton amical, ensuite se plaignait de fatigue. Des larmes remplirent les yeux de Frédéric. Cet homme si bon allait-il mourir ?
Le médecin entra. Frédéric lâcha la main du malade. Soudain M. Barbier se mit sur son séant : « Frédéric, s’écria-t-il avec angoisse, Frédéric, où es-tu ? » Il voulut se lever, le médecin le retint avec peine, et ce ne fut que lorsque Frédéric lui eut repris la main qu’il se recoucha. Frédéric raconta comment le jeune maître s’était intéressé à lui et termina en disant :
– Oh ! Docteur, laissez-moi rester près de lui !
Après avoir pris conseil auprès de la supérieure, le médecin conclut :
– C’est contre la règle, mais puisque Monsieur Barbier n’a que toi, nous ferons une exception.
Quelle joie pour Frédéric ! Quant au malade, il n’aurait pu avoir un meilleur infirmier. Il humectait ses lèvres sèches et brûlantes, rafraîchissait son front enfiévré, arrangeait ses coussins, lui faisait prendre ponctuellement ses médicaments, et son cœur aimant lui inspirait une quantité de petites attentions délicates. Le sommeil avait fui de ses yeux et il touchait à peine aux aliments qu’on lui servait. Sa figure pâlit encore, ses yeux perdirent leur éclat, mais il ne souffrait pas de son extrême épuisement.
Même dans les divagations de la fièvre, Georges Barbier semblait avoir conscience de la présence de son jeune ami.
Cependant l’état du malade empirait. Sa respiration devint pénible ; les suffocations se répétaient à intervalles toujours plus rapprochés et le visage du médecin était de plus en plus soucieux. Les jours se succédaient dans une anxieuse attente ; enfin, le médecin dit :
– Cette nuit sera décisive ; seul un corps vigoureux pourrait supporter cette pneumonie.
Frédéric s’assit tout tremblant. Il avait perdu force et courage et pleurait si amèrement que le médecin lui dit :
– Ne pleure pas ; peut-être qu’il se remettra.
Le soir vint, puis la nuit. Une garde s’assit au chevet du malade. La fièvre redoublait. Le pouls était si rapide que Frédéric n’en pouvait presque plus compter les battements. Georges Barbier gémissait en pressant sa poitrine convulsivement. Vers les deux heures du matin, il fut plus calme, ses yeux se fermèrent et Frédéric remarqua que le cœur battait plus régulièrement. Les mains devinrent moites et la respiration plus égale. Le sommeil était venu. Frédéric, tenant de nouveau la main de son cher maître n’osait remuer et se demandait : « Se réveillera-t-il ? »
« Seigneur Jésus, murmura Frédéric dans une prière, Toi qui as souffert pour moi l’injustice et même la mort terrible de la croix, je viens à Toi avec toute ma misère. J’ai compris que Tu m’aimes et que Tu m’aimeras toujours. Quoi qu’il arrive, garde-moi bien près de Toi, Seigneur ! »
Chapitre 15
Deux à trois heures pouvaient s’être écoulées, lorsque Georges Barbier se réveilla. Il regarda l’enfant avec étonnement.
– Frédéric, dit-il, ai-je été bien malade ?
Ces paroles lucides remplirent de joie le cœur de son ami.
– Oh oui ! répondit-il, mais vous allez mieux, n’est-ce pas ?
– Depuis quand suis-je ici ?
– Depuis huit jours.
Le malade secoua la tête.
– As-tu toujours été auprès de moi ?
– Oui, monsieur, et je suis bien content que l’on me l’ait permis.
Georges Barbier lui pressa doucement la main :
– Tu es un brave garçon, murmura-t-il… et ses yeux se refermèrent.
Quand il se réveilla, il faisait grand jour et la fièvre était tombée, mais il était si faible qu’il pouvait à peine remuer ses membres.
– Frédéric, dit-il, je me sens si bien. La fièvre a emporté les douleurs, mais je ne m’en relèverai pas.
– Oh, monsieur, s’écria Frédéric effrayé, vous allez guérir. Oubliez-vous que nous devons partir à la campagne au printemps ?
– Oui, ce serait beau… très beau pour toi et moi… J’aimerais voir encore une fois le printemps, entendre chanter les grives et les alouettes… mais j’attends mieux encore…
Il se tut et tourna son regard rêveur vers la fenêtre par où n’entrait que la lumière grise de décembre. Il remua les lèvres et Frédéric, prêtant l’oreille, saisit ces paroles :
« Ta carrière a fini,
Dieu t’ouvre une demeure,
Où le printemps fleurit,
Où jamais on ne pleure ».
Frédéric joignit les mains. Une paix intérieure dominait la douleur de la séparation redoutée depuis si longtemps. Son cœur se reposait plein d’assurance en Celui que son cher maître lui avait appris à connaître. Oui, il s’attacherait à suivre le Seigneur comme l’avait fait celui qui allait le quitter.
Le docteur vint, examina le malade, l’ausculta soigneusement :
– Eh ! Eh ! dit-il d’un ton réjoui, le mal paraît vaincu !
– C’est vrai, répondit le jeune homme, il ne me peut plus rien.
Le docteur lui serra la main et dit à la garde :
– Donnez-lui du vin, du vin fort ; les forces diminuent rapidement.
Georges Barbier se tourna vers Frédéric :
– Je ne sais pas si c’est juste, mais je voudrais que tu me fasses une promesse… ou plutôt, non… c’est une prière que je t’adresse. J’aimerais que tu te prépares à être instituteur. Tu feras ce que je n’ai pas pu faire. Tu deviendras grand, fort et actif. Peut-être ne comprendras-tu que plus tard ce que je te dis. On manque d’hommes désintéressés qui se dévouent à l’éducation des enfants pauvres. Nous en avons beaucoup qui instruisent et remplissent les têtes de toutes sortes de science, mais ils oublient le cœur ; l’amour manque. N’en sachant pas donner, ils n’en peuvent recevoir, et tout leur travail est vain.
Pense au Seigneur Jésus, Frédéric ! Partout où Il intervenait, les malades guérissaient, les pauvres se sentaient riches. Il se donnait aux foules… Il les aimait…
La garde apporta un verre de vin.
– Merci, dit-il, posez-le sur la table, je le boirai un peu plus tard. Puis il continua : … J’ai désiré marcher sur Ses traces. Ils se sont moqués de moi. Je n’ai peut-être pas su m’y prendre. Mais toi, Frédéric, tu l’as compris, et cela me rend heureux. Je te donne ma Bible… Attache-toi à la lecture de la Parole de Dieu comme nous aimions à le faire ensemble. Puis, si le Seigneur le permet, fais-toi instituteur. Donne ton cœur à tes élèves… et tu gagneras le leur… enseigne-leur à suivre… la bonne Voie… et ils seront… tous heureux.
Il se tut. Chaque parole lui coûtait un effort. Les larmes de Frédéric tombaient sur la couverture et sur la main flétrie du mourant.
– Je le ferai, avec l’aide du Seigneur, dit-il d’un ton solennel, je vous le promets !
– Ta promesse ne doit pas te lier… Si tes goûts changent, si l’enfance et l’école ne t’intéressent pas, renonces-y. Nous avons assez de fonctionnaires, mais bien peu de vocations… J’ai aussi eu une triste enfance… mais Dieu connaît toutes choses et Il pèse les cœurs.
La garde entra.
– Voici, dit-elle, une lettre pour vous, M. Barbier ; voulez-vous la lire plus tard ?
– Donnez, donnez ! dit le malade en rassemblant ses dernières forces. D’une main tremblante, il l’ouvrit ; ses yeux en parcoururent le contenu, puis un rayon de joie illumina ses traits.
– Frédéric – nous irons à la campagne… au printemps… à Valombre…
Sa tête retomba en arrière ; il n’était plus.
Oui, Georges Barbier, ta vie fut pénible, tes sentiers furent ardus ; pourtant tu as été plus heureux que ceux qui marchent sur les routes unies et bordées de fleurs, car tu n’as pas vécu pour toi seulement : tu as aimé et servi le Seigneur.
Il faisait froid ; le vent du nord soufflait par rafales sur la plaine enneigée ; un pâle rayon de soleil éclairait les brumes grisâtres. Quelques personnes accompagnaient le jeune instituteur à sa dernière demeure.
La cérémonie terminée, les mottes de terre durcies par le gel tombèrent sur le cercueil. Frédéric s’approcha du tertre fraîchement remué et essaya de prier. Ses larmes tombaient sur la terre froide. Sa tête et son cœur étaient lourds. « Seigneur ! soupira-t-il, angoissé, me voilà de nouveau seul. Tu m’as fait marcher dans la vallée de l’ombre de la mort, mais je sais que Tu es avec moi. Garde-moi et conduis-moi, Seigneur ! » Il serra tendrement la Bible de son maître et la mit dans sa poche.
Chacun, dans les rues, s’empressait de regagner son logis. Frédéric, arrivé chez le tailleur, trouva la porte ouverte. Le maître, assis sur sa table, absorbé par son travail, tirait l’aiguille d’un mouvement saccadé en marmonnant des mots inintelligibles. Il devait être singulièrement agité. Il n’entendit même pas Frédéric qui le saluait. Alors celui-ci dit à haute voix : « Me voici ! »
Le maître leva les yeux ; son visage pâle et ridé rougit de colère et ses petits yeux s’arrêtèrent sur Frédéric avec une expression si méchante que l’enfant recula d’un pas.
– Apportes-tu de l’argent ? cria-t-il.
– Je n’ai pas d’argent, répondit Frédéric étonné, car il ne savait rien des engagements pris par Georges Barbier.
– Ah non ? cria Chafoin, et tu reviens effrontément, maudit garnement. C’est quinze francs que le maître d’école me doit. Pourquoi n’es-tu pas allé à l’école ? Il m’a fallu payer deux francs d’amende, parce que tu as manqué sans motif valable. Il faudra bien que ton maître me les rembourse.
– Mon maître a été malade… et il est mort. J’ai été auprès de lui tout le temps, mais il ne m’a pas donné d’argent.
– Sûrement qu’il t’en a donné, cria Chafoin toujours plus furieux. Tu veux me tromper comme ton maître ! Les mains osseuses fouillèrent les poches de Frédéric. Il n’y trouva que la Bible qu’il jeta par terre. Il me faut cet argent, cria-t-il exaspéré : quinze francs, plus les deux francs d’amende, total dix-sept, il me les payera, ce voleur.
L’accablement de Frédéric se changea en indignation. Il repoussa les mains du tailleur et ramassa sa Bible.
– M. Barbier, dit-il, ne vous doit rien du tout ; c’est une honte d’insulter un mort qui fut le meilleur des hommes.
Chafoin ne savait plus ni ce qu’il faisait, ni ce qu’il disait. Il prit Frédéric par les épaules et le secoua violemment.
– Procure-toi cet argent comme tu pourras ; vole-le si tu veux, mais je veux mon argent !
Il était horrible à voir ; ses cheveux gris lui tombaient sur le visage, ses yeux étincelaient et ses mains tremblaient. Frédéric recula ; il n’avait jamais rien vu de si repoussant. Chafoin ouvrit la porte et le poussa dehors en criant : « Si tu reviens sans argent, gare à toi ! »
Le jour baissait. Les lampadaires s’allumaient l’un après l’autre et vacillaient au souffle d’un vent glacé. Frédéric n’avait pas eu le temps de bien comprendre la situation. Pourquoi Chafoin le chassait-il ? Où l’envoyait-il chercher de l’argent ? Tout en marchant sans but, inconsciemment, il évitait les grandes rues. Enfin il s’arrêta devant une maison de petite apparence.
Il s’y tint quelque temps immobile. Qu’allait-il devenir ? Dans cette maison, une fenêtre était éclairée. Sur une planche étaient étalés des petits pains et quelques gâteaux saupoudrés de sucre. Une vitre était entrouverte et une bonne odeur de pâtisserie chaude s’en échappait. Frédéric, dans l’excitation causée par les derniers évènements, avait à peine touché aux aliments qu’il aurait pu avoir en abondance à l’hôpital. Le matin même, il n’avait pris qu’une tasse de lait et un morceau de pain. Involontairement, il s’approcha de la devanture parfumée. La croûte dorée du pain ne lui avait jamais paru si appétissante. Dans l’intérieur, une boulangère replète buvait tranquillement une tasse de café dont l’odeur, mêlée à celle du pain, aiguisa encore l’appétit de Frédéric. Il porta la main à sa poche, mais n’y trouva pas la plus petite pièce de monnaie. Peut-être que la grosse dame lui donnerait un morceau de pain s’il entrait lui en demander. Mais quoi ? Mendier ? Non ! Plutôt mourir de faim.
Il se souvint d’un chant qu’il avait appris à l’école :
« Il a pitié de l’orphelin,
Son cœur s’émeut de sa misère,
Sur lui Il étendra Sa main
Et le portera comme un Père ».
Quelqu’un viendra-t-il lui donner le pain et le foyer qui lui manquent ?
Tout à coup, une main s’avança par-dessus son épaule, s’introduisit par le guichet ouvert, s’empara lestement d’un petit pain et, avant que Frédéric se fût rendu compte de ce qui s’était passé, la boulangère se précipitait dehors en criant et en le prenant par le bras.
– Je pensais bien, s’exclama-t-elle, furieuse, que ce garnement méditait un mauvais coup. On se glisse et on guette pour attendre le moment favorable. Mais j’ai de bons yeux et de bonnes jambes. Rends-moi le pain que tu m’as pris et marche à la police ! En prison tu pourras réfléchir sur le huitième commandement.
– Vous vous trompez, dit Frédéric. Oui, j’étais près de la devanture et j’avais faim, c’est vrai, mais je n’ai pas pris votre pain. Je n’ai pas beaucoup mangé ces derniers jours, mais je ne prendrai jamais ce qui ne m’appartient pas.
– Ne le croyez pas, dit une troisième voix. Je l’ai vu prendre un petit pain, j’étais derrière lui ; voyez, il l’a jeté par terre.
C’était Loup qui parlait en regardant Frédéric d’un air narquois.
– Tu mens ! cria Frédéric d’une voix vibrante d’indignation. Si tu étais derrière moi, tu dois savoir à quoi t’en tenir. Maintenant, je comprends : c’est ton bras qui a passé par-dessus mon épaule et tu dis que c’est moi qui l’ai pris ; tu es un menteur !
La boulangère, sans écouter Frédéric, gémissait :
– Quelle honte ! Si jeune, et déjà perverti ! Un air innocent à faire croire qu’il ne saurait pas troubler l’eau, et il veut nier ce que j’ai vu de mes propres yeux ! Je t’aurais peut-être laissé courir, mais puisque tu n’as pas honte de mentir si effrontément, tu seras enfermé comme tu le mérites.
Un agent de police passait. La femme le mit au courant du délit.
– C’est heureux, monsieur le commissaire, qu’il y ait un second témoin puisqu’il a l’audace de nier quand le petit pain est encore là, à terre, où il l’a jeté.
Mais Loup, le témoin en question, venait de s’esquiver. Il n’aimait pas avoir affaire à la police qui le connaissait. Frédéric eut beau protester de son innocence, l’agent ne le crut pas.
– Viens seulement, jeune homme, dit-il tranquillement, la nuit porte conseil : demain tu te souviendras mieux.
Une angoisse terrible s’empara de Frédéric. On allait donc le conduire en prison, avec les voleurs et les criminels.
– Je n’ai rien fait de mal, dit-il d’une voix étouffée, je n’y veux pas aller.
– Oui, oui, tous ceux qu’on enferme sont innocents, dit l’homme en riant ; mais pourtant il faut qu’ils marchent. En avant ! mon garçon !
Et comme Frédéric reculait d’un pas, le commissaire le prit au collet et le poussa devant lui. La boulangère regrettait presque de l’avoir fait arrêter, mais ses regrets se changèrent en dépit lorsqu’elle trouva son café refroidi.
– Un gamin de cette sorte, qui me gâte mon goûter ! Et que je vais peut-être m’enrhumer par-dessus le marché. Si on le tient quelques jours sous les verrous, ce sera bien fait.
Le commissaire continuait à pousser Frédéric dont les jambes étaient de plomb. Soudain, il lui sembla que, de toutes les fenêtres, on le regardait passer en disant : « Voyez, ce garçon a volé, on le mène en prison ». Puis il se vit couvert de l’uniforme des détenus. La chaleur de la honte courut dans ses veines. Ses jambes retrouvèrent leur souplesse ; il se prépara à s’enfuir.
– Enfin, tu sais encore marcher, dit l’agent d’un ton bourru ; j’allais justement te stimuler un peu.
Frédéric ne dit rien. Il sentait que la main de l’agent se relâchait. Au moment où ils tournaient le coin d’une rue, le vent leur souffla si fort au visage que l’homme recula d’un pas et voulut relever le col de son manteau. D’un bond, Frédéric le distança et se mit à courir de toutes ses jambes.
– Au voleur ! Arrêtez ! criait le commissaire en le poursuivant. Frédéric courait plus vite, toujours plus vite, il se sentait emporté comme s’il avait eu des ailes, d’abord dans les rues éclairées, puis dans des ruelles sombres.
Enfin, les becs de gaz, de plus en plus espacés, le guidèrent hors de ville. Les pas de son persécuteur distancé ne retentissaient plus à ses oreilles mais, quoique hors d’haleine, l’angoisse l’empêchait de s’arrêter, il courait toujours. Il courait, le visage cinglé par le vent du nord qui faisait voltiger dans l’air des atomes glacés, courbait les branches nues des vieux saules et entassait de lourds nuages de neige, prêts à couvrir la terre gelée de leurs masses tourbillonnantes.
Le moindre bruit insolite augmentait l’affolement de Frédéric. Il croyait entendre toute une bande à ses trousses. « Au voleur ! » criait le vent de tempête ; « au voleur ! » répétaient le cliquetis des branches, le bruissement des feuilles mortes et le grincement de la neige sous ses pieds.
Soudain, il poussa un cri : quelqu’un l’avait saisi ! Mais non, ce n’était qu’une branche qu’avait effleurée son épaule. Il avait perdu le chemin, il trébuchait maintenant dans les sillons d’un champ labouré. Tombé dans un fossé rempli de neige fraîche, il se releva aussitôt ; il en sortit, continua sa course. Il lui semblait qu’avant la bourrasque, il avait aperçu au loin une ligne sombre se détachant sur le fond blanchâtre et il s’était dit : « Si tu peux arriver jusque-là, tu seras sauvé ! Maintenant il ne voyait plus rien, mais il courait toujours, ici sur la surface unie d’une prairie, plus loin, à travers des broussailles où ses pieds s’embarrassaient. Son cœur battait si fort qu’il pouvait l’entendre en dépit de la tempête. Plusieurs fois il tomba épuisé. Combien de temps avait-il couru ? Un quart d’heure ? Une heure ? Deux heures ? Il sentait une douleur cuisante dans la gorge ; ses joues étaient enfiévrées ; des étincelles dansaient devant ses yeux. Encore une fois, il heurta de la tête quelque chose de mou et de sec ; c’était une meule de foin, dans laquelle il s’enfonça. À bout de forces, il s’y laissa choir et s’y blottit instinctivement. Tout devint silencieux. Il se dit que la tempête s’était apaisée. Les bruits du vent ne lui arrivaient que de très loin. Un sentiment de bien-être succéda à son angoisse ; il se sentit en sûreté. Il s’endormit…
Chapitre 16
Une des plus belles forêts des Vosges fermait l’horizon au sud de la ville. Elle était plantée de hêtres et de chênes magnifiques ; par endroits, les conifères dominaient. Très giboyeuse, elle était le rendez-vous des chasseurs de renom. L’uniformité de cette forêt n’était interrompue que par un ravin où serpentait un clair ruisseau. De larges chemins la traversaient dans tous les sens. Çà et là s’en détachaient des sentiers aboutissant, soit à la maison solitaire d’un garde-forestier, soit aux endroits où se rassemblait le gibier pour manger le fourrage qu’on y déposait l’hiver.
À la lisière de la forêt, on voyait plusieurs villages pauvres et quelques hameaux. En été, leurs habitants devaient leur subsistance au maigre produit de leurs champs et, en hiver, au métier de bûcheron. Pour les braconniers et les voleurs de bois, l’endroit était propice. Maint fonctionnaire consciencieux avait payé de sa vie sa fidélité au devoir.
Sur une éminence, du côté de l’est, s’élevait la maison forestière de la Chênaie. C’était le point culminant de la contrée. Un seul chemin carrossable y conduisait, bordé de hêtres de haute futaie. Des trois autres côtés, la pente était si abrupte que les enfants se faisaient le plaisir d’y grimper à quatre pattes. Un amphithéâtre de chênes gigantesques couronnait le sommet d’où, sans transition ni barrière, on passait dans le parc de l’inspecteur forestier, parc sillonné de superbes allées. Quelqu’un de non-initié aurait pu se croire en pleine forêt, si des sentiers bien sablés n’avaient annoncé le voisinage d’une habitation humaine.
Cette maison frappait par la singularité de son architecture. C’était un mélange bizarre de constructions dont un bâtiment principal avec tourelles, échauguettes et appentis. Un expert aurait reconnu sans peine que l’édifice central avec sa haute tour ronde avait été, au 16ème siècle, un pavillon de chasse. On l’avait surnommé « le grand-père ». L’aile nord était d’un siècle plus récente et avait servi d’habitation à un garde-chasse. Une échauguette couverte d’ardoise en ornait l’angle.
En retrait de cette aile, à laquelle elle était reliée par un berceau de verdure, s’élevait la maison de l’inspecteur forestier. Avec son badigeon jaunâtre, ses fenêtres basses encadrées de vigne vierge, son haut toit de tuiles, elle ressemblait à une villa aristocratique, telle qu’on en voit dans les grandes propriétés rurales. Une serre en ornait le côté sud, faisant jardin d’hiver. Des écuries, des granges et d’autres constructions avaient été ajoutés successivement et l’on pouvait admirer l’ingéniosité des constructeurs qui avaient su tirer profit des moindres recoins. La girouette, quant à elle, représentait un chasseur sonnant du cor, mais le vent avait arraché l’instrument des bras tordus du musicien.
Habiter là l’été, quel plaisir ! Mais en hiver, brr, quelle neige ! Quand tout se calmait dans la forêt, que le soleil brillait et réchauffait la plaine, on trouvait encore là les frimas ! Le vent y balayait la neige, l’entassait dans la cour jusqu’aux fenêtres du premier étage et l’emportait tourbillonnante sur le toit du « grand-père ».
Le soir où nous avons suivi Frédéric dans sa course affolée, la tempête s’en donnait à cœur joie. La neige emportée fouettait les vitres et pénétrait par toutes les fissures jusque dans le vestibule et même dans les chambres.
Mais, d’autant plus confortable était l’habitation de M. l’inspecteur : les contrevents fermés, les rideaux baissés, un bon feu pétillant dans la cheminée. La famille était réunie autour de la table, tous d’humeur joyeuse. Le chef de famille venait de rentrer de sa tournée forestière. La petite Camille, bambine de huit ans, lui apportait ses pantoufles, pendant que Paul, vigoureux garçon de treize ans, aux cheveux bruns bouclés, lui retirait ses lourdes chaussures.
M. l’inspecteur s’assit sur le sofa et alluma un cigare. La mère de famille entra, gracieuse et souriante. C’était une petite dame rondelette à l’expression bienveillante. Elle tenait un carafon rempli d’une liqueur brunâtre.
– Vois-tu, Charles, dit-elle à son mari qui lui souriait d’un air satisfait, toute bonne action trouve sa récompense. Si tu étais retourné dans la forêt, je ne t’aurais donné qu’une soupe au lait.
Elle versa de l’eau chaude dans un verre, y mit du sucre et ajouta une bonne portion de rhum. L’inspecteur dégusta son grog avec satisfaction.
– Oui, c’est bon comme ça ! Mais je t’accuserai auprès du gouvernement pour m’avoir détourné de mes devoirs.
– Dans ce cas, je vais tout de suite y remédier, répliqua sa femme en retirant le verre.
Et le père amusé, feignit un regret comique qui les fit tous rire.
– Papa, dit la petite Camille, en essayant de tousser, j’ai quelque chose qui me pique dans la gorge.
– Ah ! Petite rusée, dit le père, nous allons guérir ça ! Et il lui donna une cuillerée du breuvage chaud, qui fit cesser à l’instant la toux et le chatouillement.
Pendant ce temps, Mme Eynard avait préparé un second verre pour l’offrir à un petit monsieur, assis dans un fauteuil entre la table et le poêle. Maigre, ridé, chauve, sa barbe clairsemée faisait penser à un champ ravagé par la grêle. Et pourtant, ce visage éveillait la sympathie, parce qu’il reflétait une âme sereine et un cœur aimant. Ses yeux, en dépit de ses soixante années, avaient conservé une expression de candeur enfantine.
« Cela passera » avait coutume de dire le docteur Carnésius quand une contrariété ou un souci menaçait d’assombrir son âme ; il était sensible à tous les petits bonheurs que la plupart ne remarquent pas, tant ils sont à la recherche d’une grande félicité capable de remplir leur existence. Ils se plaignent alors de l’injustice du sort, des misères de leur existence, et regardent d’un œil d’envie tous ceux qui les côtoient.
– Ah ! se répétait Monsieur Carnésius, « les misères de ceux qui courent après un autre seront multipliées » (Ps. 16. 4). Pour ma part, je connais le Seigneur et suis aimé de Lui, c’est là tout mon bonheur.
Après le café du matin, les leçons de Paul commençaient. Là, tout n’était pas rose. « La guerre des Gaules » n’était pas facile à comprendre. L’étude des verbes latins faisait transpirer l’élève et soupirer le maître. Mais alors quel plaisir que l’histoire ! Surtout l’histoire naturelle ! Dans cette discipline, l’élève en remontrait presque au maître…
Les cours terminés, le docteur Carnésius se mettait à sa fenêtre. Il habitait l’unique pièce de la tour. Sa myopie ne lui permettait pas de distinguer beaucoup de choses, mais au moins jouissait-il du ciel bleu et de la forêt. Il reconnaissait pourtant M. l’inspecteur et le vieux Brunel. Parfois, il ouvrait la fenêtre et criait à ce dernier :
– Eh bien, mon vieux, qu’avez-vous découvert aujourd’hui ? Sur quoi, Minka et Duski, de chaque côté de leur maître, aboyaient d’un air menaçant.
– Attendez seulement, vieux hibou de la tour, grommelait le garde !…
Les colères impuissantes du trio faisaient la joie du petit précepteur.
– Mme Eynard, dit-il, lorsqu’elle posa devant lui le verre de grog, ce n’est pas bon de soigner ainsi son monde. Tant de gâteries rendent exigeant ; mais enfin, je me résigne, je vais boire à votre santé ! Puis, la regardant avec une certaine anxiété : Que diriez-vous d’une pipe ? – Paul s’approchait déjà, la pipe bourrée dans une main, l’allumette enflammée dans l’autre. – Voilà qui est élégant ! C’est ce que j’appelle être prévenant. Remplir un désir exprimé, c’est bien ; mais aller au-devant de celui qu’on n’a pas encore formulé cause une satisfaction encore plus profonde. Lorsqu’il s’agira de choses plus importantes, sois toujours là au bon moment avec la pipe chargée. Tu me comprends, n’est-ce pas ?
– Oui, monsieur, répondit Paul en rougissant. Je pensais… je voulais… je… Il s’interrompit, les yeux fixés sur le plancher.
– Qu’est-ce, demanda le père ; que veux-tu dire ? Paul prit courage.
– Je n’ai pas mérité les éloges de mon professeur. C’est un motif intéressé qui m’a fait charger la pipe. D’habitude, quand il a sa pipe, M. Carnésius m’offre une partie d’échecs et j’espérais qu’il le ferait aussi ce soir.
Le professeur se mit à rire.
– Je retire mes éloges quant à la pipe, mais la qualité que tu viens de montrer me plaît encore davantage. Être sincère avec soi-même comme avec les autres, c’est difficile, très difficile. Approche donc que je te félicite. Dans une demi-heure tu apporteras l’échiquier. Mais cette fois je ne te rendrai qu’un fou ; tu joues déjà trop bien pour que j’ose t’offrir deux pièces.
Un nuage de fumée l’enveloppait. Le bien-être lui déliait la langue. Il se mit à penser tout haut :
– En vérité, je suis un enfant gâté. Dieu m’a placé sur un si beau coin de terre ! Certains prétendent qu’il n’y a rien de plus ennuyeux et monotone que ces vastes plaines où alternent sans fin, les champs, les prairies et les villages, avec, par-ci par-là, quelques fermes habitées par de braves gens. Oui, Mme Eynard, moi, vieux garçon, j’y ai trouvé un foyer et de l’affection tant que j’en ai voulu… Mon cher Charles, c’était un beau temps, lorsque toi et Agnès, chargés de vos livres, vous montiez mon escalier casse-cou. Et maintenant, quand j’entre dans ma chambre de la tour et que j’y trouve une si bonne chaleur…
Le docteur Carnésius ne put achever sa phrase. La porte de la maison s’ouvrit bruyamment. On entendit quelqu’un secouer la neige de ses bottes. Un pas lourd s’approcha et on frappa à la porte.
– Ce ne peut être que le vieux Brunel, dit M. Eynard. Que veut-il à cette heure indue ?
C’était Brunel, en effet. Brunel qui, depuis un temps immémorial, remplissait les fonctions de garde-forestier en chef. Personne ne savait son âge. D’aucuns prétendaient qu’il était aussi vieux que la forêt. Un fait certain, c’est que l’inspecteur, M. Charles Eynard, l’avait toujours connu tel qu’il était. Sa figure rasée ressemblait à l’écorce d’un vieux chêne. Été comme hiver, il portait une veste et des pantalons d’un drap inusable, filé et tissé dans le pays. Seul, son vieux chapeau de feutre changeait de couleur chaque année. Il avait été noir, puis bleuâtre ; ensuite une teinte verte y avait succédé pour faire place à la couleur feuille morte ; enfin il s’était fixé à un jaune fané assorti à ses cheveux et à sa barbe hirsute.
Il connaissait la forêt aussi bien qu’une ménagère son appartement. On disait en plaisantant qu’il aurait pu distinguer, en voyant une feuille sur le sol, de quelle branche elle était tombée. Il savait aussi à quelle famille appartenaient les jeunes levrauts ; à quel endroit le grand cerf posait son bois chaque année et quel renard avait enlevé tel ou tel jeune chevreuil.
Toutes ces choses lui tenaient à cœur. Quand il parcourait les futaies, sa démarche était ferme, élastique comme celle d’un jeune homme, ses mouvements étaient souples et rapides, son œil perçant comme celui d’un lynx. A la maison, il était lourd et maladroit. Il avait en horreur tout ce qui sentait le renfermé ; un homme qui passait une bonne partie de sa vie dans sa maison n’avait, à ses yeux, que des droits contestables à l’existence…
Le vieillard qui arrivait à une heure aussi inattendue s’efforçait d’entrer sur la pointe des pieds, ce qui lui donnait l’air d’un ours esquissant un pas de danse.
– Brunel, qu’y a-t-il ? demanda M. Eynard, un peu inquiet.
La réponse se fit attendre quelques secondes. M. Carnésius, profitant de l’occasion, dit en riant :
– Il a probablement tué un de ses chiens !
– Que dites-vous, vieil hibou ?
– Sans rancune, mon cher, et maintenant, buvez à ma santé !
La figure de Brunel s’éclaira :
– Je préfère boire à la mienne, dit-il en vidant le verre d’un trait. Puis, se tournant vers son chef : « Il ne revient pas ! » fit-il tranquillement.
– Que voulez-vous dire ? demanda M. Eynard.
– Le garçon couché sous la meule de foin à la frontière de Valines. Duski flairait, flairait… alors, j’ai pensé que c’était un chevreuil. Et puis j’ai trouvé un gamin de l’âge de votre Paul, qui vivait encore mais qui serait bientôt gelé.
Tous s’étaient levés, effrayés.
– Mais Brunel, dit Mme Eynard, pourquoi ne pas le dire tout de suite ? Il faut courir à son secours.
– C’est la faute du vieux maître d’école, grommela le garde.
L’inspecteur sortit en hâte pour appeler ses gens ; guidé par Brunel, avec Minka et Duski, le convoi se mit en route. Pendant ce temps, Mme Eynard préparait le lit du malheureux. Tous attendaient anxieusement le retour des sauveteurs. Paul aurait bien voulu se joindre à eux, mais son père le lui avait défendu.
Le docteur Carnésius avait mis sa pipe de côté. Il n’y avait plus goût. Sa voix avait perdu son joyeux timbre quand il dit :
– Qu’est-ce qui peut avoir poussé cet enfant jusque-là ? La misère ou l’étourderie ? Nous sommes ici bien confortablement installés, pendant que ce pauvre enfant lutte contre la tempête et appelle en vain au secours.
Le docteur avait commencé des études de médecine et avait assisté avec une insurmontable répugnance aux opérations chirurgicales ; quand il lui fallut opérer lui-même, il avait tremblé plus que le patient. Il avait donc tourné le dos à cette science qu’il qualifiait de cruelle, pour se tourner vers l’inoffensive philologie.
Une heure environ s’était écoulée. Enfin on entendit des voix. Les chiens aboyèrent. Paul se précipita dehors et revint suivi des hommes qui portaient l’enfant inanimé. On le coucha dans le lit qui avait été préparé et le docteur Carnésius se mit à l’œuvre. Il frictionna, massa, ausculta, mit l’oreille sur le cœur du malheureux qui ne donnait plus signe de vie.
Mais le docteur ne perdait pas courage. Paul et un des chasseurs devaient simultanément lever et baisser les bras de Frédéric, pendant que le docteur lui frictionnait les tempes avec de l’eau-de-vie et lui en humectait les lèvres. Enfin, l’oreille collée sur la poitrine de l’enfant, il crut entendre une légère palpitation, ce qui redoubla le zèle des infirmiers. La poitrine se souleva en une faible respiration. Le docteur se releva en poussant un gros soupir de soulagement. Sa voix reprit sa jovialité quand il s’écria:
– Dieu soit béni ! il n’est pas mort !
Alors la méfiance de Brunel se changea en admiration et il s’exclama :
– Si jamais la mort voulait me surprendre, il faudrait aussi pomper, mais rappelez-vous que mon bras gauche me fait horriblement mal quand je le lève ; il faudra le laisser au repos. On pourra me donner un peu plus d’eau-de-vie : une demi-chopine ne sera pas de trop, je pense.
Carnésius le lui promit en riant.
– C’est singulier, dit-il, ce garçon doit avoir passé un temps assez long en plein air, et pourtant, aucun de ses membres n’est gelé.
– Le grand cerf lui a jeté tout son fourrage sur le corps, dit Brunel, c’est ce qui l’a sauvé.
Frédéric, les yeux grand ouverts regardait son entourage avec étonnement :
– J’étais parti… je pensais être parti… ne l’ai-je pas fait ? murmura-t-il en se soulevant. Puis il retomba sur ses oreillers et s’endormit paisiblement.
Chapitre 17
Ce garçon paraît sortir d’une famille pauvre, dit le précepteur. Qu’est-ce qui peut bien l’avoir amené dans nos forêts par un temps pareil ? Quelle énigme ! Il est épuisé ; ses poumons ont été mis à rude épreuve. Demain nous saurons s’il peut en réchapper.
– Peut-être n’est-ce pas un garçon pauvre, dit la petite Louise, mais un prince. Quand nous entrerons demain dans sa chambre, il aura une couronne d’or sur la tête. En ce cas, maman, tu me permettras de mettre ma robe de velours et mes souliers neufs pour me présenter convenablement devant son altesse.
– Tu dis des bêtises, interrompit Paul d’un ton de supériorité. Il a plutôt été poursuivi par des brigands ou des bohémiens. N’est-ce pas, père, nous ne le livrerons pas ? S’ils viennent ici, nous nous retrancherons dans la tour. Nous pourrons nous y défendre longtemps. On dit qu’il y a un souterrain qui conduit de là dans la forêt. Nous le trouverons et nous irons chercher des soldats, et nous ferons prisonniers tous les brigands.
Les parents rirent des suppositions romanesques des enfants et le vieux précepteur, tout en caressant les cheveux de la fillette, dit :
– Bien, bien ! J’ai du plaisir à vous voir entourer ces tristes événements d’un charme poétique ; le temps viendra déjà trop tôt d’envisager la froide réalité telle qu’elle est.
Le lendemain, ils n’apprirent encore rien qui pût les renseigner sur celui qu’ils avaient sauvé et soigné. Frédéric, les yeux fermés, restait immobile dans son lit. Entendait-il les questions qu’on lui adressait ou était-il trop faible pour y répondre ? On ne savait. Ce n’était qu’avec peine qu’on pouvait lui faire avaler quelque nourriture. Mme Eynard craignait une grave maladie. Carnésius assurait que le pauvre enfant était si épuisé qu’il lui faudrait longtemps pour reprendre des forces, qu’il semblait n’avoir pas mangé depuis plusieurs jours, qu’il devait avoir éprouvé un grand malheur pour rester dans une telle prostration.
Le troisième jour enfin apporta des nouvelles fort peu réjouissantes qui mirent l’inspecteur dans tous ses états.
– Ainsi, c’est un voleur que nous avons accueilli, dit-il en arpentant la chambre, C’est pour un vagabond que nous nous sommes donné tant de peine, un vagabond à qui la crainte d’une punition avait donné des jambes. Mais il n’y échappera pas. Aujourd’hui même, il sera conduit à la ville et remis entre les mains de la police.
Toute la famille écoutait avec étonnement les paroles irritées de M. Eynard et sa femme lui en demanda l’explication.
– Écoute ce que je viens de lire, répondit-il : « Frédéric Forêt, placé par la commune en pension chez le maître tailleur Chafoin, s’est échappé des mains d’un agent de police qui l’avait arrêté pour vol. Les personnes qui pourraient donner de ses nouvelles sont priées de les communiquer au bureau de police de notre ville. Frédéric Forêt est un garçon de douze à treize ans, grand pour son âge, cheveux châtains, teint pâle. Il portait des habits rapiécés en plusieurs endroits ».
« Valines, le 12 décembre 18… Police locale ».
Tous se turent. M. Eynard, l’air mécontent s’était approché de la fenêtre et sa femme le regardait tristement. Des larmes brillaient dans les yeux de Camille, mais elle ne savait pas bien pourquoi elle pleurait. Elle n’avait plus parlé d’un prince, il est vrai, mais pourtant conservé le secret espoir qu’il ferait un jour son entrée dans la chambre de famille avec un chapeau à plumes et une brillante épée au côté. Cela non plus ne serait pas et son petit cœur souffrait. Paul sortit : il avait honte. Il avait voulu défendre un garçon poursuivi injustement et voilà que c’était un misérable voleur. Quelle déception !
– Ce que nous avons fait pour sauver cette vie humaine, dit enfin le précepteur, était notre devoir. Je regrette que la joie d’avoir fait cette bonne action soit troublée par cette triste découverte. Mais, ne jugeons pas trop durement. Qui sait si ce n’est pas la faim et les privations qui l’ont conduit au mal ? Sans vouloir l’excuser, sa faute peut être atténuée. Mme Eynard fit un signe approbateur, mais son mari déclara sèchement :
– Il faut qu’il quitte la maison, et cela tout de suite. Il feint peut-être la faiblesse pour que l’on continue à l’héberger. Peut-être n’attend-il qu’un moment favorable pour disparaître en emportant quelque objet précieux… Prévenons-le.
Il entra dans la chambre où Frédéric était couché. Sa femme et le vieux docteur le suivirent. Frédéric ne s’aperçut pas de leur entrée. Il était immobile, les mains jointes sur la couverture. Involontairement, Mme Eynard saisit le bras de son mari pour l’empêcher de parler.
La lumière matinale tombait sur le visage de l’enfant endormi. Ses cheveux, tombant de chaque côté du front, faisaient encore ressortir sa pâleur. Ses traits étaient empreints de tristesse et d’innocence, et l’on n’eût jamais supposé que ces mains jointes comme pour la prière, s’étaient emparées du bien d’autrui.
Mme Eynard et le docteur avaient peine à cacher leur émotion. L’inspecteur aussi s’adoucit peu à peu en contemplant celui qu’il croyait un malfaiteur.
– Il se pourrait que celui-ci ne fût pas l’enfant recherché, mais un beau vase peut aussi renfermer du poison, dit-il.
– Votre première pensée est la bonne, dit Carnésius. Dieu ne saurait donner cette apparence au menteur. La Bible ne dit-elle pas : « Les lèvres menteuses sont en abomination à l’Éternel » ? Toutefois ce même verset ajoute : « mais ceux qui pratiquent la fidélité Lui sont agréables » ! (Prov. 12. 22).
– J’en aurai le cœur net, dit M. Eynard.
– Oh ! ne brusque rien, dit sa femme, tu pourrais le regretter plus tard.
L’inspecteur secoua le bras de Frédéric qui ouvrit les yeux. En voyant des étrangers autour de lui, il se souleva en rougissant et, les regardant l’un après l’autre, dit doucement :
– Où est-ce que je suis ?
– Entre de bonnes mains, répondit le forestier d’un ton dont la douceur l’étonna lui-même. Te sens-tu assez fort pour répondre à quelques questions ?
– Oui, monsieur.
– Comment t’appelles-tu ?
– Frédéric Forêt.
M. Eynard sentit la colère lui monter au visage. C’était donc lui ! Dire qu’il avait failli se laisser tromper par la physionomie candide du garçon. Ce fut donc d’un tout autre ton qu’il reprit :
– Pourquoi courais-tu si tard dans la forêt ?
– On voulait me conduire en prison, et j’avais tellement peur que je me suis enfui.
M. Eynard se tut un instant. Ce garçon avait tout l’air de ne pas savoir mentir.
– Pourquoi voulait-on te mettre en prison ? poursuivit-il.
– On m’accusait d’avoir volé du pain. Il dit cela très bas en rougissant jusqu’aux oreilles.
– Mais, tu n’étais pas coupable ? s’écria le docteur !
– Oh non ! Et, si ce « non » n’avait pas suffi, le regard qui l’accompagnait était doublement éloquent. Ces yeux limpides, ce regard franc étaient le reflet d’une âme innocente. Maintenant tous pourraient venir dire : « C’est un voleur ! » lui, Carnésius, savait qu’il n’en était rien et cela le rendait tout joyeux !
– Je te crois, je te crois, mon garçon, dit-il en passant sa main sur le front de Frédéric.
Cependant, M. Eynard était loin d’être persuadé de l’innocence de l’enfant. Mécontent de la crédulité du précepteur, il reprit son interrogatoire d’un ton sévère.
– Si tu étais innocent, pourquoi t’es-tu enfui ?
Comme la réponse se faisait attendre, le « juge d’instruction » interpréta défavorablement ce silence.
– Je ne le sais pas, fit enfin Frédéric en hésitant, j’avais tellement peur de la prison !
– Ne pouvais-tu pas tout de suite prouver ton innocence ?
Frédéric raconta comment les choses s’étaient passées, comment la boulangère et un méchant garnement l’avaient accusé. Tout ce qu’il disait était si convaincant que l’inspecteur le crut enfin.
– Mais, conclut-il, c’est une mauvaise affaire. On ne te croira pas. La déposition de la boulangère suffira pour te faire condamner.
– Je le pensais bien, dit Frédéric tristement, c’est pourquoi je cherchais à m’échapper.
– N’as-tu pas pensé, dit à son tour Mme Eynard, que tu pouvais mourir et que ta famille aurait du chagrin ?
– Je n’ai pas pensé à la mort, et personne n’aurait été triste puisque je n’ai point de parents.
– N’as-tu ni père, ni mère ?
– Non, madame.
Cette réponse fut donnée d’un ton si triste et si las que Carnésius lui prit la main en murmurant :
– Pauvre garçon !
– Mais il y a pourtant quelqu’un qui t’aime, qui prend soin de toi, reprit Mme Eynard.
– Une seule personne m’a aimé, et on l’a enterrée avant-hier…
Frédéric ne put continuer ; sa gorge se serra, des larmes montèrent à ses yeux et il détourna la tête. Le docteur s’approcha vivement de la fenêtre et se mit à essuyer ses lunettes avec énergie. La voix de M. Eynard se fit aussi plus douce quand il dit :
– J’en suis bien peiné, mon garçon, mais, quand tu te sentiras mieux, je te conduirai à la ville.
Effrayé, Frédéric s’écria avec angoisse :
– S’il vous plaît, monsieur, ne le faites pas. Je m’en irai loin, bien loin, où personne ne me trouvera, mais pas à la ville !
– La police l’exige et je ne puis me soustraire à sa sommation. Si tu es innocent, comme j’aime à le croire, la preuve sera faite par l’enquête.
Là-dessus il sortit, craignant que sa résolution ne fût ébranlée. Sa femme le suivit.
– Charles, dit-elle, tu ne le feras pas. C’est trop cruel…
– Il le faut, répondit-il en évitant le regard suppliant de sa femme. Tu dois comprendre qu’un inspecteur forestier ne saurait prendre sous sa protection un vagabond soupçonné de vol. Bien que ce qu’il dit ait un cachet de vérité, il y a encore des détails à éclaircir. La pitié est une bonne chose, encore faut-il qu’elle repose sur une base solide. La police n’arrête ni ne juge inconsidérément ; elle doit être sûre de son fait avant de se prononcer, et ce ne sont pas quelques lamentations et un visage candide qui l’empêcheront de faire son devoir. Mais toi, que penses-tu faire ?
– Moi… je…, répondit Mme Eynard en hésitant, car elle craignait l’opposition de son mari, j’aurais voulu le voir se rétablir, se fortifier et…
– Et après, il devrait malgré tout retourner à Valines, interrompit le forestier. Maintenant, il serait peut-être encore possible à ce garçon de prouver son innocence. Plus tard, ce sera plus difficile et on le condamnera purement et simplement. Ainsi, n’en parlons plus.
Il prit son fusil et siffla Pluton, son vieux chien de chasse. Il était mécontent de lui-même et des autres, mais bien résolu à ne pas céder.
Le vieux précepteur était resté auprès de Frédéric.
– Ne perds pas courage, lui dit-il tendrement. On arrangera ça, je parlerai à l’inspecteur. Pour le moment, tu resteras ici et c’est moi qui te soignerai.
– Vous êtes bien bon, dit Frédéric, je ne sais comment vous montrer ma reconnaissance.
– Sois tranquille maintenant et rendors-toi vite. Je me réjouis de lire un peu de joie dans tes yeux.
Frédéric referma les yeux. Il aurait voulu ne jamais les rouvrir. Les paroles de l’inspecteur retentissaient à ses oreilles comme une sentence de mort. Toutefois, en dépit de sa faiblesse, il repensait à sa Bible, se demandant s’il ne l’avait pas perdue dans sa course. Personne ne semblait l’avoir remarquée dans la poche intérieure de sa veste. Y était-elle encore ? Une chose restait sûre pour Frédéric : le Seigneur veillait sur lui et ne l’abandonnerait pas.
Le docteur resta encore longtemps assis près du lit, les yeux fixés sur le visage pâle du malade. « Pauvre petite plante, pensait-il, tu étais faite pour grandir et te développer, mais aucun rayon de soleil n’est tombé sur toi. Tu as été transplantée dans un sol aride, au milieu des ronces et de l’ivraie. Qu’aurais-tu pu devenir dans un sol fertile et chaud ? »
Soudain une expression de satisfaction éclaira sa physionomie : « Cela ira, murmura-t-il, il faut que cela aille… » Et il quitta la chambre.
À midi, Frédéric prit quelque nourriture mais ne put se lever. Maintenant, il faisait presque nuit. Il était seul. Obsédé par la nécessité de la fuite, il se leva. Il s’habilla tant bien que mal, prit sa veste en tremblant, tâta les poches… oui, sa Bible était là ! Cela ranima son courage. Les promesses du Seigneur sont fermes, se dit-il, Il ne me laissera pas. Il écouta : personne n’était dans la chambre voisine. Il la traversa et fut bientôt dans la cour. Un chien se mit à aboyer. Effrayé, il s’engagea dans le premier sentier venu et courut longtemps, regardant de temps en temps derrière lui pour s’assurer qu’il n’était pas suivi. Puis, haletant, il dut bientôt ralentir son allure. Il n’y avait pas de vent, mais le froid était vif ; la neige craquait sous ses pieds et les branches des arbres étaient d’une blancheur mate à la lueur du crépuscule. Quelques étoiles brillaient déjà dans le ciel. Leur clarté vacillante annonçait une recrudescence de froid pour la nuit. Le fugitif s’arrêtait pour s’appuyer à un arbre, puis, dans l’obscurité croissante, se remettait à marcher d’un pas de plus en plus lent.
Pendant l’après-midi, le docteur Carnésius avait eu un long entretien avec Mme Eynard et lui avait fait part de son projet. Il voulait prendre soin de l’orphelin, ne pas le renvoyer à la ville et persuader M. Eynard de renoncer à son projet. Ce soir, il y aurait un assaut général. Les deux conjurés espéraient que leurs prières réunies viendraient à bout de l’obstination du forestier. Entre temps, on ferait les démarches nécessaires pour prouver l’innocence de l’accusé.
Lorsque, le soir, tous furent réunis autour de la table familiale, le docteur entra dans la chambre de Frédéric. Le pâle reflet de la neige permettait de distinguer vaguement les objets rapprochés de la fenêtre, mais le lit était dans l’ombre. Le docteur s’avança à tâtons, sans bruit, se pencha sur le lit, écouta et ne perçut pas un souffle ! Une crainte le saisit. Vite il alluma une bougie : le lit était vide.
Consterné, il rejoignit la famille.
– Il est parti, dit-il lentement, d’une voix éteinte. La peur l’a de nouveau chassé…
– Ou la mauvaise conscience, continua M. Eynard avec précipitation. Les paroles du précepteur frappaient son oreille comme un reproche.
– Il est innocent, dit M. Carnésius. Son cœur est pur, mais son esprit est troublé. Pour échapper à la honte, il ne craint plus aucun danger.
– Oh ! Charles, dit Mme Eynard d’une voix altérée, il neige et le froid augmente. Le malheureux est encore trop faible pour atteindre un gîte. Il tombera sur le chemin. Nous aurons sa mort sur la conscience.
L’inspecteur se leva, enfila son veston de chasse et son bonnet de loutre. Il était généreux et charitable quand la pauvreté lui tendait la main, mais le mensonge et la dissimulation lui étaient odieux.
Était-il allé trop loin, cette fois ? Sa dureté avait-elle poussé un malheureux au désespoir ?… À la mort, peut-être… Même si ce garçon était coupable, cette pensée lui était insupportable.
– Je vais aller voir dans la forêt, dit-il. Si je retrouve sa trace, je ferai le nécessaire. De toute façon, je voulais aller jusqu’au pré des canards. Le temps est favorable à l’affût.
– Papa, prends-moi avec toi, s’écria Paul, tu sais que j’ai de très bons yeux.
– Bon, prépare-toi vite ! Pluton t’accompagnera sur le sentier du pré, et nous nous retrouverons dans une heure, près du grand chêne.
En un instant, Paul fut équipé. Comme le docteur voulait lui aussi être de la partie, le forestier lui dit :
– Tenez plutôt compagnie à ma femme et tâchez de chasser ses noirs pressentiments.
Ce n’est qu’au bout de deux heures qu’ils revinrent, glacés et abattus. Ils n’avaient rien découvert, quoique le forestier eût pris avec lui Unkas, le meilleur de ses limiers. M. Eynard cherchait à déguiser son inquiétude.
– Il aura gagné la grande route, dit-il. Au fond, je suis bien aise de ne plus avoir à m’occuper de ce jeune vagabond ; un autre se chargera de le livrer à la police.
Malgré cette assurance, il ne se sentait pas à l’aise. De temps à autre, il prêtait l’oreille croyant entendre un chien aboyer ou des pas s’approcher de la maison. Mme Eynard, penchée sur sa couture, travaillait en silence, le cœur oppressé. Le vieux précepteur se leva pour sortir.
– Restez donc, lui cria Mme Eynard, on va servir le souper.
Il s’excusa, prétextant qu’il n’avait pas faim, ne se sentant pas très bien et se coucherait de bonne heure. Il monta donc lentement à la tour. Sa chambre était chaude et bien éclairée, mais il ne se sentit pas réconforté. « Cela passera » se disait-il, mais les mots expirèrent sur ses lèvres. Il s’approcha de la fenêtre. La forêt s’étendait devant lui à perte de vue. Sous la blanche clarté de la lune qui venait de se lever, les cimes noires des sapins se hérissaient, sombres et menaçantes ; les branches dénudées des autres arbres faisaient penser aux bras d’innombrables fantômes… Ce grand silence pesait sur le cœur compatissant du vieux savant.
Marianne entra, portant un plateau chargé de mets appétissants.
– Mangez, monsieur, dit-elle d’un ton engageant, mangez de bon appétit !
– C’est juste, Marianne, mais quand on a le cœur lourd, les meilleurs mets n’ont plus de saveur.
– Quel enfantillage ! répliqua-t-elle. Jamais l’appétit ne m’a manqué à moi. Prenez quelques gouttes de ce bon rouge, cela vous redonnera du cœur au ventre.
Après le départ de la domestique, le docteur s’assit dans son fauteuil et se mit à réfléchir. Il avait toujours devant les yeux le visage pâle de Frédéric. Il prit sa pipe, mais elle brûla mal ; deux ou trois légères bouffées s’élevèrent dans la chambre et ce fut tout. Le sentiment de bien-être faisait place au remords.
Tout cet après-midi, tu ne t’es pas occupé de lui, se disait-il. Pourquoi ne lui avoir pas dit que tu prendrais soin de lui ?
Peut-être que le conseil de Marianne serait bon à suivre… S’il n’a pas rejoint la grande route, il se sera perdu. Demain on le trouvera mort, gelé, et ce sera ma faute ». Il essaya de boire, avala une gorgée, puis encore une, sans se sentir réconforté. La voix de sa conscience ne se taisait pas. Ne devrait-il pas engager le forestier à envoyer des gens à la recherche de l’enfant ?
Des pas lourds se firent entendre dans l’escalier. On frappa rudement à la porte. Le vieux Brunel entra, flanqué de ses deux chiens. Il se campa devant le docteur surpris et inquiet. Sans doute, il allait lui dire qu’on avait trouvé le cadavre de Frédéric.
– Venez avec moi dans la forêt, docteur. J’ai retrouvé le chevreuil. Il faut de nouveau pomper des bras et des jambes pour qu’il ouvre les yeux.
M. Carnésius secoua la tête.
– Mais, Brunel, pourquoi plaisanter ainsi ? Je voudrais que vous eussiez retrouvé ce jeune garçon que la peur a chassé et qui mourra sûrement de froid.
Un sourire de satisfaction illumina le visage ridé de Brunel :
– Je l’ai aussi retrouvé, docteur, je plaisantais en parlant du chevreuil. Je marchais tout doucement entre les sapins ; je voulais voir si Didier, ce terrible contrebandier, n’était pas à l’affût du grand cerf. Et voilà quelqu’un qui avance sur le sentier, qui chancelle d’arbre en arbre, et tout à coup, tombe comme si une balle l’avait frappé !… Et voilà que je retrouve le garçon qui était sous la meule de foin. Comme ce n’était pas loin de la cabane du Cerf, je l’ai traîné jusque-là ; en chemin, il ronchonnait mais à présent il est comme mort.
Carnésius s’était levé d’un bond.
– Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! s’écria-t-il. Dieu est encore le protecteur des orphelins. Il ne peut manquer à Ses promesses. Si nous faillissons Lui demeure fidèle ! Venez, conduisez-moi auprès de ce pauvre enfant, mais ne dites à personne où il est caché ; la police le recherche… et il est innocent.
– C’est bon, c’est bon, dit Brunel en hésitant, seulement… il n’a que du foin, il lui faut autre chose à manger !
– Nous lui porterons des vivres, s’écria le docteur qui se mit à emballer son repas ; tenez, Brunel, buvez mon grog.
– Ce n’est pas un grog, fit celui-ci, ce n’est que de l’eau sucrée !
– Mais c’est vrai, j’ai oublié d’y verser le rhum. Voilà pourquoi il était si fade. Eh bien, préparez-le comme vous l’aimez.
Le docteur avait fait un paquet de divers objets indispensables : literie, vin et vivres.
– Si M. l’inspecteur me rencontre, il croira que je me suis fait contrebandier, dit Brunel en chargeant le paquet sur son dos.
Puis, tous deux descendirent l’escalier sans bruit et se glissèrent à travers buissons et futaies pour arriver plus rapidement à la cabane.
Chapitre 18
Lorsque le lendemain, le docteur Carnésius entra dans la salle à manger, il trouva le garde-forestier déjeunant avec sa femme. Ni l’un ni l’autre ne semblaient reposés. Inquiets au sujet du pauvre garçon, ils n’avaient pu s’endormir. A la pointe du jour, M. Eynard était retourné dans la forêt et avait chargé des bûcherons de s’enquérir du fugitif, mais personne n’avait pu découvrir sa trace. M. Eynard était arrivé à la conclusion que Frédéric avait réussi à gagner un des villages environnants. Tranquillisé, il s’efforçait de rassurer sa femme.
– Si seulement tu avais raison, disait celle-ci, mais notre manière d’agir a été dure, impitoyable. Je vois encore le regard de reproche de ce pauvre enfant.
Le docteur Carnésius appuya les suppositions de M. Eynard. Il lui importait de tenir secret le séjour de Frédéric dans la cabane.
– Vous avez raison, dit-il, une paysanne compatissante en aura sûrement eu pitié. Comme ces gens-là ne lisent guère les journaux, il sera à l’abri des poursuites. Quel bonheur pour lui et pour nous !
– Vous avez bien vite changé d’opinion, dit Mme Eynard ; hier encore vous parliez de la joie que vous auriez éprouvée à vous charger de son éducation ; aujourd’hui, vous vous félicitez d’être délivré de ce souci.
– Ces velléités ont passé après mûre réflexion, répondit-il avec quelque embarras. Ce qui nous paraît triste et sombre le soir prend un autre aspect à la lumière du jour.
Marianne entra dans la chambre, jeta un regard étonné au précepteur, puis parla à voix basse à sa maîtresse. Celle-ci secoua la tête :
– Vous devez, dit-elle, vous tromper, mais je vais le lui demander.
– M. Carnésius, Marianne me dit qu’il vous manque quelques objets de literie…
Carnésius pâlit d’effroi. En vérité, il n’avait pas prévu cela.
– De mon lit, bégaya-t-il, consterné. Oui, naturellement… il me semble qu’il y manque… quelques petites choses.
Que devait-il dire ? Pris au dépourvu, il jetait autour de lui des regards désespérés. Comment expliquer sans se trahir ?
– Vous êtes sans doute en train de vous aguerrir contre le froid ? fit M. Eynard, en riant.
Carnésius comprit qu’on lui tendait la perche et se sentit soulagé.
– Naturellement, fit-il, naturellement, je veux m’endurcir. Vous auriez dû y penser, Marianne. Pourquoi m’habituerais-je à coucher dans les plumes ? C’est absolument malsain. Un édredon sur soi, passe encore, mais dessous c’est malsain, ça vous amollit, ça vous prend les forces et vous prédispose à toutes sortes de maladies.
Le docteur aurait énuméré bien d’autres motifs, si Mme Eynard ne l’avait interrompu :
– Enfin, dites-nous donc, où avez-vous mis cette literie ? Marianne prétend qu’elle n’est pas dans votre chambre. Nouvel embarras du pauvre homme.
– Elle n’est pas dans ma chambre, répétait-il ; non c’est vrai qu’elle n’y est pas.
Son regard errait, éperdu…
– L’avez-vous cachée, pour que Marianne ne la remette pas dans votre lit ? demanda le forestier que l’embarras du vieux précepteur amusait et surprenait.
– Naturellement je l’ai cachée… C’est évident que je l’ai cachée… que je devais la cacher…, Marianne est si déraisonnable… elle l’aurait remise… et peut-être encore d’autres choses avec, de quoi me rendre malade. Quand j’aurai de l’asthme… une hypertrophie du cœur… une congestion… que sais-je moi ? elle l’aura sur la conscience !
Marianne était devenue pourpre. Ses petits yeux gris étincelaient de fureur. Elle grommela quelques mots entre ses dents puis, s’adressant directement au précepteur :
– Et l’assiette de porcelaine et la bouteille de vin que j’ai apportées hier soir, les avez-vous avalées ?
– Vous oubliez à qui vous parlez, Marianne, intervint Mme Eynard.
Marianne quitta la chambre. Quant au docteur, il était rouge, très embarrassé et ne savait que dire.
Le forestier, dont les questions l’avaient si heureusement tiré d’embarras était sorti, mais la pensée de saisir l’occasion pour tout confier à Mme Eynard ne lui vint pas à l’esprit.
– Voyez-vous, madame, dit-il d’un ton rassurant, ne vous inquiétez pas, on retrouvera tout ça. Si mon appétit augmente avec mon nouveau régime, vous ne vous étonnerez pas. J’aimerais bien avoir encore une tranche de rôti de lièvre et quelque peu de pain grillé ; j’ai l’intention de faire une promenade dans la forêt ; une petite collation en route me fera du bien… Cela fait partie de la cure que j’ai entreprise.
Le docteur essuyait la sueur de son front. Il savait à peine ce qu’il disait ; une seule chose lui paraissait évidente : il se rendait ridicule.
Mme Eynard enveloppa les vivres et les mit dans la poche de son vieil ami en disant :
– Pourquoi faire tant de cérémonie ? Vous savez bien que c’est un plaisir pour nous de satisfaire le moindre de vos caprices. Vous en avez si rarement.
M. Carnésius sortit, le cœur un peu oppressé : « J’ai la conscience tranquille, se disait-il, et c’est une œuvre bonne que je fais, mais j’ai quand même le sentiment d’avoir tué quelqu’un et de porter le signe de Caïn sur mon front… Cela passera… combien ce doit être terrible de porter en soi le poids d’une faute cachée !
Le lendemain, Marianne rapporta à sa maîtresse avec une joie maligne que l’édredon avait aussi disparu du lit du docteur, et, le surlendemain, que la belle descente de lit, cadeau du Noël précédent, n’était plus à sa place.
– Madame verra, poursuivit Marianne, que si cela continue jusqu’au nouvel-an, la chambre sera vide. Moi, je crois qu’il se prépare à décamper. Mais auparavant, il faudra bien qu’il me donne mes cinq francs d’étrennes.
Mme Eynard réprimanda la vieille domestique au sujet de son vilain soupçon. Pourtant, ce n’était pas sans inquiétude qu’elle et son mari observaient le changement qui s’était produit chez leur vieil ami : ils n’en auguraient rien de bon pour son équilibre mental.
Cependant, Noël approchait. La joyeuse atmosphère qu’on respirait d’ordinaire à ce moment de l’année dans la maison forestière semblait manquer. On renvoyait de jour en jour la préparation des gâteaux, des pains d’épice et du massepain. La petite Camille en avait le cœur gros. Paul commençait à en vouloir à son maître, dont la cure était cause de tout. L’intimité des soirées en famille n’existait plus. Le docteur s’isolait, négligeait sa pipe, son régime l’amaigrissait et multipliait les rides sur son visage émacié. Quelque temps qu’il fît, il s’en allait promener dans la forêt et en rapportait ou un rhume ou un catarrhe. A quand la bronchite ?
Mme Eynard lui recommandait instamment de se ménager, de ne rien exagérer. Alors, il la regardait avec une certaine hésitation et disait :
– Cela passera, mais c’est nécessaire ; je vous certifie que je me trouve très bien de ce nouveau régime.
Et une violente quinte de toux venait confirmer ses paroles !
Huit jours environ avant les fêtes, un traîneau s’arrêta devant la Chênaie. Une dame élancée, vêtue de noir, en descendit. Elle pouvait avoir une quarantaine d’années. Ses cheveux commençaient à grisonner ; toute sa physionomie était empreinte d’une douce tristesse. Pourtant un sourire l’éclaira, lorsque Paul et Camille accoururent au-devant d’elle et se jetèrent dans ses bras en criant :
– Quel bonheur que vous arriviez, tante Agnès ! Maintenant, maman fera des pains d’épice, dit la fillette et c’est nous qui les mettrons sur les feuilles ; dix à la fois, pas plus ; vous ferez bien attention !
Tante Agnès le promit et la fillette l’embrassa une fois encore.
Tante Agnès était la sœur de M. Eynard. Son mari, haut fonctionnaire, était mort depuis peu de temps. C’est ainsi qu’elle avait répondu à l’invitation de son frère de venir passer quelques mois à la Chênaie.
Lorsqu’elle revit la maison paternelle qui lui rappelait tant de beaux souvenirs de jeunesse, les larmes lui montèrent aux yeux. Involontairement, elle se souvint des paroles de Naomi : « Ne me nommez pas Naomi la joyeuse, mais Mara l’affligée. Je m’en suis allée comblée et le Seigneur me ramène triste et le cœur vide ».
– Sois la bienvenue, chère Agnès, lui dit son frère, tandis que Mme Eynard l’embrassait en murmurant :
– Ne pleure pas, puisque tu retrouves un foyer au milieu de nous.
– Je suis ingrate, c’est vrai, dit tante Agnès en s’essuyant les yeux, je réponds mal à votre affectueuse bienvenue. Mais, après la perte cruelle que j’ai subie, l’avenir me semble bien triste.
– Ne pleurez pas, tante Agnès, disait Camille de sa voix câline. Comment fêterons-nous Noël si tout le monde est triste ? Voudrez-vous aussi vous endurcir comme le docteur ?
Son père se mit à rire et tante Agnès oublia un moment son chagrin en apprenant le sens de ces paroles. Le docteur Carnésius avait aussi été son précepteur.
– Mais pourquoi tolères-tu cette manie ? demanda-t-elle à son frère. À son âge, ce traitement pourrait lui être fatal.
– Essaie de l’en dissuader, répondit le forestier. Il a toujours fait grand cas de tes conseils.
Un rayon de joie parut sur le visage du vieux docteur lorsqu’il aperçut son ancienne et gentille élève qui lui avait apporté jadis tant de bouquets cueillis dans les bois.
– Cela passera, Agnès, dit-il en lui caressant affectueusement la main. Attends seulement que les merles et les pinsons retrouvent leurs chansons, et que la forêt reverdisse, tu reprendras alors goût à l’existence… tu m’apporteras de nouveau des fleurs. Oui, oui, Carminette, les tiennes sont bien jolies, mais ta tante pourra te montrer quelques coins où s’épanouissent les plus belles anémones et les plus beaux muguets.
– Oui, répondit-elle, j’espère que le printemps me rendra la joie de vivre, mais il y aura aussi bien à faire pour fortifier votre santé, cher ami, vous avez l’air souffrant.
– À quoi penses-tu ? répliqua-t-il vivement. Il faut s’endurcir, tout est là ! Tu ne saurais croire le bien que je tire de mon nouveau régime ! C’est vrai que, aujourd’hui, je me sens un peu fatigué, mais ce n’est que momentané ; cela passe déjà. Attendez-vous à me revoir bientôt fort et vigoureux comme à vingt ans.
– Gare à toi, mon cher Paul, s’il me prend fantaisie de revenir aux arguments frappants de la vieille pédagogie, c’est sur toi que je m’y exercerai.
Paul ne sembla point effrayé à cette perspective.
– J’irai, dit-il, couper moi-même les verges. Je prendrai du sureau, ajouta-t-il dans l’oreille de sa sœur ; au premier coup, la verge se brisera.
Comme l’heure du dîner avait sonné, on se mit à table.
– Nous t’attendions déjà depuis quelques jours, reprit M. Eynard. Pourquoi n’es-tu pas venue plus tôt ?
– J’ai été retenue à L. pour mettre tout en ordre avant mon départ définitif. Ensuite, j’ai passé deux jours à Valines, pour une affaire qui me préoccupe singulièrement. Pour vous la raconter, il faut que je retourne un peu en arrière.
Il y aura bientôt huit ans, que par un matin de printemps, en entrant dans la salle à manger, je trouvai, assis sur ma chaise, un enfant de cinq ans environ ; un enfant beau comme un ange, à l’expression si particulière, que je n’en avais jamais vu de pareille. Ses grands yeux bleus me regardaient avec étonnement, et il me dit : « Où est maman ? » Il me dit ensuite qu’il s’appelait Frédéric – il ne savait pas son autre nom – que sa mère s’était endormie dans la forêt et qu’il la cherchait. Vous vous souvenez peut-être qu’à cette époque on avait trouvé une femme morte, non loin d’ici. L’enfant qui se trouvait chez moi devait être son fils ; mais on n’a jamais pu savoir, ni d’où elle venait, ni où elle allait. Les questions et les réponses enfantines du petit orphelin me touchèrent jusqu’aux larmes. Je résolus de m’occuper de lui et même de l’adopter. Mon mari, rentrant de voyage, n’approuva pas mon dessein. Malgré mes prières, il fit conduire l’enfant au bureau de police. Il déjoua les recherches que je tentai de faire, m’interdit de m’en occuper et sa nomination dans le chef-lieu du département nous éloigna de Valines. Je n’ai jamais oublié cet enfant, ni son regard de reproche quand on l’emmena. Souvent, la nuit, je croyais l’entendre appeler sa mère. J’espérais que le temps attendrirait le cœur de mon mari. Enfin, pendant sa dernière maladie, il me promit de faire des recherches. La mort l’en a empêché, mais moi j’étais décidée de retrouver cet enfant. Je suis donc allée à Valines et je me suis adressée au bureau de police. Ce que j’y ai appris m’a profondément chagrinée : on me dit que Frédéric, à qui on a donné le nom de Frédéric Forêt, était placé chez un tailleur, d’où il s’est enfui, soupçonné d’un vol chez un boulanger.
– Je le savais bien ; je le savais bien ! s’écria le vieux docteur en se levant brusquement.
Tante Agnès le regarda avec étonnement. Il se rassit et elle continua : Était-ce possible ? Cet enfant si candide dont le cœur ne semblait accessible qu’au bien, serait-il devenu un voleur ? Quelles influences devait-il avoir subies, en quelles mains devait-il être tombé pour en arriver là ?
Mme de Brandes, ou si vous préférez, tante Agnès, n’avait pas remarqué une ombre de tristesse sur le visage de Mme Eynard et un froncement de sourcils chez son mari. Alors M. Carnésius, d’un ton qu’on ne lui connaissait plus, s’écria :
– Paul, tu me prépareras une bonne pipe, après dîner !
– Pour en avoir le cœur net, continua Mme de Brandes, j’allai chez le tailleur. Le pauvre enfant ! Quand je vis la mine dure et les yeux cupides de cet homme, je compris qu’il était impossible à une âme d’enfant de se développer dans une telle atmosphère. Je lui dis que je désirais avoir quelques renseignements sur Frédéric Forêt. Alors, furieux, il s’écria : « Il m’a trompé, ce garçon ; il m’a trompé de quinze francs, et il m’a fallu encore payer une amende pour lui : mais on le rattrapera ! il sera mis en prison ! parce qu’il en a volé d’autres que moi. Quand je lui eus mis l’argent sur la table, son regard d’avare me fit frémir. C’était horrible à voir ! Je lui demandai quelques détails sur ce soi-disant vol. Alors, il me raconta une histoire singulière d’un instituteur qui avait pris le garçon chez lui, en lui promettant, à lui Chafoin, quinze francs par mois ; puis, cet instituteur serait mort et Frédéric serait revenu chez lui sans lui apporter la somme convenue. Ce récit me soulagea. Si le vol n’est pas plus grave que la tromperie, pensai-je, rien n’est compromis. Ensuite, j’allai me renseigner auprès du directeur de l’école pour en savoir davantage sur le jeune instituteur. D’après ce qu’il me dit, c’était un de ces hommes au cœur noble et généreux, utopistes dont le monde se rit. Il avait eu pitié du pauvre orphelin, s’était même imposé des privations pour pouvoir l’héberger. Le directeur assurait que, sous son influence, l’enfant était devenu un excellent élève ; son ancienne apathie, ses distractions rêveuses avaient fait place au zèle et à l’assiduité. Plus tard, lui, le directeur, avait appris que Forêt avait soigné tendrement son maître à l’hôpital, jusqu’à sa mort. Là-dessus, je suis allée à cet établissement. Le médecin, que je connaissais, ainsi que les gardes, me parlèrent de Frédéric avec affection : il avait entouré son maître de soins touchants, veillant sur lui jour et nuit, et aucun d’eux ne pouvait croire au vol dont on l’accusait. La boulangère elle-même s’était rappelée qu’il lui avait rapporté un jour une pièce de vingt francs qu’elle lui avait donnée par erreur, que le voleur était plutôt un grand polisson qui avait accusé Frédéric, son camarade d’école. Si j’avais pu me mettre en route quelques jours plus tôt, je l’aurais trouvé à Valines avant sa disparition de cette ville.
Tante Agnès se tut. Tous les assistants l’avaient écoutée avec une vive émotion. Après un court silence, M. Eynard dit gravement :
– Je vais continuer ton récit, ma chère Agnès, mais il n’a rien de réjouissant et me charge d’une lourde responsabilité. J’ai voulu obéir à la voix de la raison, alors que j’aurais dû écouter celle du cœur.
Mme de Brandes apprit ce que nous savons déjà. Mme Eynard se taisait pour ne rien ajouter aux reproches que son mari se faisait. Quant au vieux précepteur, il avait pris un air indifférent, comme si toute cette affaire ne l’intéressait nullement. De sa pipe, qu’il avait allumée, il tirait des bouffées de fumée qui montaient au plafond en légers nuages. Jamais cette pipe ne lui avait fait si plaisir et pourtant le tabac qu’il fumait en ce moment était d’une qualité qu’il jugeait bonne pour des rabatteurs. Mais son cœur nageait dans la joie ; une joie telle qu’il n’en avait pas éprouvé de pareille depuis des années. Il savait maintenant que les misères de Frédéric allaient finir, et sa cure à lui également.
Mme de Brandes fut bouleversée par le récit de son frère.
– C’est trop triste, s’écria-t-elle ! Chaque fois que cet enfant a vu le ciel s’éclaircir, une dure fatalité s’est acharnée contre lui. Que son cœur doit être endurci ! D’ailleurs, qui nous dit qu’il n’a pas péri, exposé à la faim et aux intempéries de l’hiver rigoureux que nous subissons ? Qui sait dans quel fourré on retrouvera son cadavre ?
– Je ne crois pas qu’il soit resté dans la forêt, dit M. Eynard. J’ai fait chercher partout : on n’a rien découvert. Il aura été recueilli dans un des villages voisins ; c’est là-bas que nous devrons faire nos perquisitions.
Cette fois, le docteur crut le moment venu de parler.
– Mme Eynard, fit-il tout à coup, que pensez-vous de ma cure ?
Chacun le regarda, étonné d’une question si peu en rapport avec ce qui préoccupait tous les esprits.
– Je vous ai déjà engagé à l’abandonner, répondit Mme Eynard, heureuse d’être appelée à donner un bon conseil ; elle ne vous fait aucun bien.
– J’en ai aussi acquis la conviction, c’est pourquoi Marianne pourra remettre la literie à son ancienne place. J’ai eu vraiment froid cette nuit.
– Je le lui ordonnerai. Seulement, il vous faudra me dire où vous l’avez cachée.
– Brunel l’a portée à la cabane du Cerf.
Un silence de stupeur générale suivit cette déclaration. Mais Paul, qui avait regardé son maître avec attention, découvrit un éclat spécial dans ses yeux.
– M. Carnésius, M. Carnésius ! cria-t-il en lui saisissant le bras, Frédéric y est aussi, j’en suis sûr ! Voilà pourquoi vous preniez toujours le sentier qui y mène !
Le vieux précepteur se leva. Toutes les rides de son visage semblaient s’être effacées et la joie illuminait son regard. Il saisit Paul par les épaules, comme pour le soulever en signe de triomphe.
– Tu as raison ! s’écria-t-il, Frédéric y est ! Les soucis de tante Agnès, et ma toux, et les remords de ton père, tout cela va prendre fin !
Quand il eut fini de parler, tous l’entourèrent. Il y eut de telles démonstrations, une telle explosion de joie que le brave homme fut sur le point de s’évanouir.
– Enfants, laissez-moi, dit-il d’une voix tremblante. La fumée m’est entrée dans les yeux et ce tabac est si fort qu’il me fait pleurer. Croyez que moi aussi, je suis heureux.
Il est certain que si Dieu n’avait pas veillé sur Frédéric, il n’aurait pas survécu à cette vie si dure. Dieu soit béni ! ce temps est passé.
Chapitre 19
C’est ainsi que l’heureuse nouvelle, arrivée inopinément, répandait la joie dans les cœurs. Le plus heureux de tous était M. Eynard. La pensée d’avoir été impitoyable envers un enfant abandonné, d’avoir peut-être causé sa mort, l’avait hanté jour et nuit. « Je réparerai le tort que je lui ai causé, se disait-il en s’apprêtant à monter dans le traîneau qui devait le mener auprès de Frédéric… ».
Une heure plus tard – car le chemin carrossable faisait un grand détour – tante Agnès, le docteur et Paul arrivaient à une cabane construite de troncs bruts dont les interstices étaient garnis de mousse.
Le docteur ouvrit une porte mal jointe, souleva une couverture suspendue en guise de portière et entra dans la hutte qu’éclairait une seule fenêtre assez large. Au-dessus du plafond, une soupente était remplie de foin destiné à nourrir le gibier dans la saison froide. Dans un coin, quelques planches recouvertes de la literie du vieux docteur servaient de couche à Frédéric. Le pauvre enfant était pâle, mais ses yeux avaient retrouvé leur éclat.
Lorsque son bienfaiteur ouvrit la porte, il se souleva vivement et une teinte rosée parut sur ses joues.
– Que vous êtes bon ! dit-il en lui tendant les deux mains. M. Brunel vient de me quitter et maintenant vous venez aussi…
– Eh bien, dit le docteur en souriant, que fait notre coureur des bois ? Il a sans doute oublié de manger, voyons un peu !
– Il ne reste rien. Le vieux Brunel n’a pas voulu s’en aller que je n’aie tout englouti. J’ai mangé en un jour autant qu’autrefois en une semaine.
– Brunel a eu raison. Tu vas bientôt recouvrer tes forces…
– Je me sens déjà beaucoup mieux ; je pourrai bientôt quitter cet abri – une nuance de perplexité était dans sa voix – et vous serez débarrassé d’un gros souci.
– Cela arrivera plus tôt que tu ne penses. On te cherche. Effrayé, Frédéric regarda le docteur.
– Si c’est la police qui me cherche, je vais partir immédiatement. Je ne veux pas aller en prison. Et comme il essayait de se lever, le docteur Carnésius le retint et lui dit paternellement :
– Non, mon garçon, rassure-toi. C’est quelqu’un qui t’aime, qui veut se charger d’assurer ton avenir.
– Le Seigneur seul connaît mon avenir, et j’ai mis ma confiance en Lui. Peut-être ne vivrais-je plus très longtemps… Personne ne m’aime sur cette terre, dit Frédéric tristement. Il n’y a que vous qui vous intéressez à mon sort. Ceux qui m’aimaient sont tous morts.
– Ce n’est pas bien de parler ainsi. Crois-tu donc que le vieux Brunel et moi nous soyons disposés à t’abandonner ?
– Pardonnez-moi, dit Frédéric en prenant la main du docteur. Pourrais-je jamais oublier ce que vous avez fait pour moi ?
– Eh bien, tu penseras ce que tu voudras, mais nous ne sommes pas les seuls. Dehors se tient une dame qui t’a cherché partout et n’attend plus que le moment de te serrer dans ses bras.
Tout à coup un souvenir lointain émergea du fond de la mémoire de Frédéric. Le jeune garçon se souvint du jour de printemps où il avait pénétré dans une maison et y avait trouvé une belle dame. Ne lui avait-elle pas dit : « Je serai ta mère ! » … Au moment où ce souvenir envahissait son cœur, une dame vêtue de noir se pencha sur lui et lui caressa le front.
– Oui, Frédéric, c’est ta mère qui te retrouve. Ce n’est pas celle que tu as perdue dans la forêt, mais celle pour qui tu cueillais des fleurs dans un beau jardin.
Frédéric n’avait entendu que ces mots : « C’est ta mère ! » Il leva les bras, entoura le cou de Mme de Brandes et répéta :
– Maman, maman !…
Le soir même, Frédéric fut installé dans la maison forestière. Au coin du feu, Mme de Brandes lui fit en détail le récit de ses recherches à Valines. Ces personnages si connus de Frédéric le firent sourire et pleurer tour à tour, mais la vive sympathie de sa mère étendait un baume sur son cœur.
Frédéric éprouvait un tel sentiment de paix et de sécurité dans ce tête-à-tête que sa prière enfantine lui revint sur les lèvres. Il la murmura en regardant Mme de Brandes :
« Je m’endors dans mon petit lit,
Dieu, garde-moi cette nuit.
Que chaque jour ta main fidèle
Me tienne à l’ombre de ton aile. Amen ».
– Ô maman, t’en souviens-tu ? dit-il à celle qui lui souriait à travers ses larmes. « Ô Dieu ! continua Frédéric en fermant les yeux, tes pensées sont merveilleuses. Dans ton amour, Tu as envoyé ton Fils unique et bien-aimé pour nous laver de nos péchés, et maintenant par Lui nous possédons la vie éternelle. Nous savons que Tu es au fait de toutes nos voies et, aujourd’hui, Tu as répondu à notre grande détresse. Dieu ! par Ta main puissante, garde-nous du mal et aide-nous à Te servir avec fidélité. Amen ».
– Amen ! répéta Mme de Brandes. Frédéric, ajouta-t-elle, il m’a fallu aussi l’épreuve pour apprendre à connaître le Seigneur Jésus. Ton maître, M. Barbier, a été le moyen employé par Dieu pour t’amener à la foi en Jésus. Et maintenant, le Seigneur nous envoie ensemble vers ceux de La Chênaie. Soyons pour eux tous des canaux de bénédiction.
Toute la maisonnée dormit d’un sommeil profond et réparateur. Seul, le bon précepteur, dans sa tour, ne pouvait calmer la joie qui remplissait son cœur, et qui rayonnait dans toute sa chambre regarnie. « Oui, oui, pensait le docteur en souriant, vous m’avez bien manqué, moelleux coussins ! Ma vieille robe de chambre et ce matelas dur ne pouvaient guère vous remplacer, mais vous avez rempli votre devoir. Continuez ! je tousse encore ; il faudra aussi que ça passe… ».
Que les voies de Dieu sont merveilleuses ! toutes mènent à la lumière !
En quelques heures, le miracle s’était opéré ; et la joie de Noël remplissait la Chênaie. Après le déjeuner, Mme Eynard et tante Agnès avaient dressé leur plan d’activité : Marianne préparerait tout une variété de biscuits dont le parfum si apprécié des enfants envahirait toute la maison. Il existe pour eux bien des parfums exquis, ceux des fleurs, du foin fraîchement fauché, des sapins, si toniques et fortifiants, mais rien n’égale ceux de Noël. Ils se composent d’une infinité de choses indéfinissables, insignifiantes prises isolément, mais qui flattent l’odorat le plus délicat et mettent l’eau à la bouche des moins gourmands.
Paul, qui devait suivre encore deux cours ce jour-là, en fut dispensé. Le laboratoire des bonbons réclamait son assistance. Il fallait piler la cannelle, couper l’écorce d’oranges en tranches, trier les raisins secs. Le docteur, descendu de sa tour, attiré par le bruit du pilon, le grincement des râpes et l’odeur des épices, s’écria :
– Vacances jusqu’au six janvier ! Plus de thèmes latins ! Paul, permets-moi d’admirer ton zèle. Je constate qu’ici tu n’auras plus besoin de ma surveillance. Et pourtant voilà une tranche qui sort de son rang ; tu n’as pas le compas dans l’œil ! Attention, mon garçon !
– C’est qu’il faut faire vite, répliqua Paul, je ne serais pas prêt… maman veut les avoir dans une demi-heure.
Le docteur s’assit en riant et se plut à critiquer la joyeuse bande de pâtissiers dont les mains actives, mais souvent maladroites, puisaient dans les sacs, vidaient les pots, pétrissaient et mélangeaient la farine et le beurre.
– Comment ! Vous travaillez ainsi sans méthode et sans mesure ! Vous jetez tout pêle-mêle, au petit bonheur. Mais c’est le chaos ! Et vous vous figurez qu’il en sortira un gâteau de Noël ! Tant pis, faites comme vous l’entendez, moi je vais voir ce que devient Frédéric et lui demander si la bonne odeur a pénétré jusque dans sa chambre.
Le regard du malade était joyeux. Son âme s’ouvrait au bonheur. Son vieil ami y lut comme dans un livre des sentiments purs et un esprit lucide. La misère et le chagrin en ont noirci les premières pages, se dit-il, mais, nous allons couvrir les autres de beaux caractères et dorer ce précieux missel.
La veille de Noël arriva. Jamais le sapin n’avait exhalé un parfum plus délicieux ; jamais les lumières n’avaient brillé d’un tel éclat ! Le docteur Carnésius l’affirmait et, à son âge, il devait s’y connaître.
– Agnès, dit-il, en s’adressant à Mme de Brandes, n’est-ce pas ici, au milieu de ces bois, qu’il fait bon vivre ? Frédéric, mon garçon, as-tu jamais rien vu de si magnifique ?
– Non, jamais, jamais ! répondit avec conviction Frédéric, plongé dans une extase muette. Il me semble que je fais un beau rêve. Je me dis : « Quand tu te réveilleras, tu te retrouveras chez maître Chafoin ». Et je frissonne à cette idée. C’est plus fort que moi…
Pendant ce temps, Paul et Camille, installés chacun à une table de cadeaux, oubliaient d’admirer le sapin.
– Regardez tous ! Il brûle, il brûle mon charbon, s’exclama Paul tout fier de parvenir à faire fonctionner une machine à vapeur actionnant une scierie.
À son tour, sa sœur fit admirer une petite cuisine garnie de tous les ustensiles. « Demain, dit-elle, je compte faire une grande invitation pour inaugurer ma cuisinette. Mais que dites-vous de ma nouvelle poupée ? Tante Agnès aura l’honneur de lui donner un nom.
Sur ce, Paul et Camille conduisirent Frédéric à « sa table ». Que de belles et bonnes choses ! Était-il possible que tout cela soit pour lui ? Il courut à Mme de Brandes, lui prit les mains et les baisa. Il ne pouvait parler. Lorsqu’il releva la tête et qu’elle lut dans son regard humide la joie et la reconnaissance, elle l’entoura de ses bras et lui dit doucement :
– Mon cher enfant, tu es maintenant entouré de personnes qui t’aiment. Cette maison est la tienne. Tu as maintenant un foyer. Que Dieu y fasse reposer Sa bénédiction !
Frédéric alla ensuite embrasser M. Eynard et sa femme, puis le bon docteur. Tous eurent pour lui de bonnes paroles réconfortantes. Le vieux Brunel était aussi là avec son air goguenard et mécontent. Il se sentait étouffer dans un appartement. D’ailleurs, une chose désagréable le préoccupait. Enfin, s’adressant à M. Eynard :
– M. l’inspecteur, dit-il d’un ton de reproche en montrant l’arbre illuminé, n’est-ce pas le jeune sapin qui était près de la borne de Neuville ?
– Mais oui, mon cher, n’est-il pas superbe ?
– On aurait pu en prendre un autre. Il y en a des tas de défectueux qu’il faudra enlever. Une si belle plante ; c’est dommage, bien dommage !
– Il en poussera d’autres, consolez-vous. Réjouissez-vous plutôt d’avoir reçu de Mme de Brandes ce si beau fusil.
Brunel secoua la tête.
– Ce n’est pas un vrai fusil ; il n’a pas de baguette.
– À quoi bon une baguette ? répliqua M. Eynard en prenant l’arme. Voyez ! cela s’ouvre ici, on y met les cartouches, on referme et l’on tire, cela va beaucoup plus vite.
– Ce n’est qu’une arbalète, reprit le vieux Brunel d’un ton dédaigneux, j’ai les mains trop raides pour ces nouveautés. C’est bon pour les messieurs qui tirent sur les rabatteurs. J’aime mieux garder mon vieux mousquet. Votre sœur pourrait me donner une livre de tabac hollandais ; cela me ferait plus plaisir que ce joujou.
Peine perdue de vouloir persuader un homme dont le parti pris est irréductible. Il reçut donc sa livre de tabac avec promesse que, tous les huit jours, la provision serait renouvelée. Alors il s’en alla satisfait.
– Voyez-vous, docteur, dit-il en sortant, je fumerai à l’avenir un aussi bon tabac que le vôtre.
– Mêlez-y seulement un peu de romarin sauvage, répliqua en riant le docteur, sinon les lièvres et les chevreuils se moqueront de vous et vous prendront pour un simple amateur.
Le vieux garde n’entendit pas ces derniers mots. Il marchait déjà dans la forêt silencieuse et respirait à l’aise en murmurant : « Ces jeunes sapins qui sont si beaux ! Faut-il que les hommes les vilipendent et les attifent et les défigurent ! Peuvent-ils mieux faire que le Créateur ? »
Les fêtes prirent fin. La nouvelle année commença et, avec elle, le travail sérieux. Le précepteur avait examiné Frédéric et avait trouvé en lui bien des connaissances insuffisantes, bien des lacunes, mais un vif désir d’apprendre et une endurance au travail peu commune. Il pourrait partager la plupart des cours avec Paul ; seules, les langues étrangères lui étaient absolument nouvelles.
– Eh bien, Paul, dit le précepteur au bout de quelque temps, Frédéric t’aura bientôt rattrapé. C’est ce qui arrive quand on sème dans un champ qui a été presque en friche. La semence germe avec plus de vigueur. Maintenant, tu le surpasses encore ; bientôt, c’est lui qui te devancera. Applique-toi, mon garçon !
Un autre changement se produisit. Le visage pâle de Frédéric se couvrit d’un incarnat de santé ; sa poitrine s’élargit ; sa tête, habituellement penchée, se redressa.
– Vois-tu, Agnès, disait le docteur, fier comme si cette transformation eût été son œuvre, c’est la lumière et la chaleur qui lui ont manqué… Tu m’entends, n’est-ce pas ?
– Oui, elle le comprenait et elle était heureuse.
Mais, ce qui réjouissait le plus chacun, c’était l’amitié que les deux garçons avaient conçue l’un pour l’autre. Le caractère vif, un peu léger de Paul, peu disposé à la réflexion et à un travail soutenu, s’attacha avec toute l’ardeur d’un enthousiasme juvénile à son camarade plus sérieux, pensif et réfléchi. En effet, Frédéric n’était content que lorsqu’il avait parfaitement compris le sujet traité et pouvait rendre sa pensée en paroles claires et intelligibles.
Paul passait avec insouciance d’heureuses années dans la maison paternelle. Il pensait peu à l’avenir, et quand, par hasard, cela lui arrivait, il se voyait toujours à la Chênaie, au milieu des grands arbres, loin desquels il pensait ne pas pouvoir vivre.
Quant à Frédéric, les tristes expériences de son enfance et les principes que Georges Barbier lui avait inculqués réglaient toute sa manière d’agir et de penser. Ce jeune maître, si tôt enlevé à son affection, avait su lui montrer le chemin du bonheur. Chacune de ses paroles s’était gravée dans son cœur d’enfant. Chaque fois qu’il parlait de lui, ses yeux brillaient et sa voix était émue.
– Pauvre jeune homme ! disait alors M. Carnésius, il avait le cœur trop tendre pour ce monde. On y trouve trop de ronces et d’épines pour une constitution si délicate.
Cependant, des pensées sérieuses mûrissaient dans l’esprit de Frédéric, ce qui ne l’empêchait pas de faire, avec Paul, de longues promenades dans la forêt. Ils étaient inséparables. Souvent ils allaient trouver le vieux Brunel, qui les rendait attentifs aux mœurs des animaux. Ici, les cerfs venaient brouter ; là les oiseaux trouvaient des grains ou des insectes ; ailleurs, c’était un oiseau rapace qui mettait en fuite un vol d’innocents volatiles. Plus expert en histoire naturelle, Paul se plaisait à initier son ami aux mystères de la vie des animaux et des plantes, si nouvelle, si incompréhensible au premier abord pour celui qui n’a jamais quitté la ville.
– Vraiment, Paul, si quelqu’un me l’avait raconté, je n’aurais jamais cru ce que je vois, s’écriait Frédéric charmé. Les gens de la ville ont une vie par trop étroite et bornée, eux qui s’imaginent tout savoir. Les lièvres et les chevreuils ne sont pour eux que de bons rôtis ; les oiseaux, que des chanteurs plus ou moins agréables à leurs oreilles, et ils ignorent avec quelle sagesse ces créatures se comportent. Que je suis content de pouvoir observer cela avec toi !
Paul était fier de sa supériorité dans ce domaine, aussi n’était-il pas jaloux que Frédéric le surpasse dans maints autres.
Chapitre 20
L’hiver avait fui. Les zéphirs printaniers, entre deux tempêtes balançaient la couronne verdoyante des arbres. La neige fondue s’écoulait en mille ruisseaux et ruisselets et allait grossir la rivière dont on apercevait les sinuosités dans la plaine. Les bourgeons se gonflaient ; les chatons satinés brisaient leur enveloppe brune et les pointes vertes du gazon perçaient entre les mottes humides. L’alouette tirelirait joyeusement, les pinsons et les sansonnets formaient un chœur mélodieux ; les pics, ces étonnants chefs d’orchestre, battaient la mesure. Les bouquets que tante Agnès rapportait à son cher vieux maître étaient de jour en jour plus grands et plus parfumés. Ce ne fut que lorsque la douce senteur du muguet embauma sa chambre que M. Carnésius dit :
– Mes enfants, le sol doit être sec maintenant. J’irai avec vous sous les grands arbres puisqu’il n’y a plus de rhume à craindre.
Il s’accorda donc de longues promenades, en ayant soin toutefois de choisir les sentiers unis où il pouvait marcher sans peine. En vain, ses élèves tentaient-ils de l’engager à faire plus intime connaissance avec les taillis touffus.
– Monsieur Carnésius, disait Paul, vous ne goûterez jamais la forêt si vous vous contentez des chemins battus. Venez donc avec nous dans ce ravin ; il n’y a pas beaucoup d’eau ; si vous ôtez vos souliers, vous pourrez le traverser ; il y a aussi des gués, on peut sauter d’une pierre à l’autre sans se mouiller les pieds.
– Prenez Brunel pour vos escapades, répondait le docteur, ce vieux renard vaut mieux que moi pour cela.
Le jour de l’Ascension, Paul et Frédéric résolurent de faire une longue excursion. Mme Eynard les munit de vivres et de rafraîchissements. Ils partirent tôt après un déjeuner matinal.
– Quand nous aurons marché deux heures, dit Paul, nous arriverons à un bel endroit. Nous nous y reposerons. Il y a là un grand chêne avec d’énormes racines entre lesquelles on peut s’asseoir comme dans des fauteuils.
Tout en s’entretenant de choses et d’autres, les deux amis avançaient d’un bon pas. Mais à quelques pas du but, ils entendirent comme un bruit de scie grinçant avec régularité, et quand le chêne se dressa devant leurs yeux, Paul s’écria, déçu : « La place est prise. Michel le tisserand y fait sa sieste ».
À ce nom, Frédéric s’arrêta brusquement. N’avait-il pas déjà entendu ce nom ?… Il fit encore quelques pas et vit une clairière qu’il crut reconnaître. La rosée brillait encore sur les brins d’herbe qu’elle couvrait de diamants. A l’ombre des haies et des grands arbres fleurissaient des anémones, du muguet et des fraises. Au milieu de la prairie, un vieux cheval blanc broutait paisiblement. Les yeux de Frédéric s’ouvrirent toujours plus grands ; cet endroit, l’avait-il déjà vu, ou n’était-ce qu’un rêve ? Tout ému, il saisit le bras de son ami :
– Paul, je dois déjà être venu ici… J’ai monté ce cheval… c’est la Grise.
Au même instant, la Grise relevant la tête, vit les deux garçons, s’approcha d’eux, s’arrêta et se mit à hennir. Le dormeur s’éveilla en sursaut. Oui, c’était bien Michel. Il avait encore maigri ; sa poitrine s’était affaissée et son nez, en s’amincissant, avait gagné en longueur.
– Qu’a-t-elle, ma vieille Grise ? Il y a des années que cela ne lui est pas venu à l’esprit. Pourvu que cela ne finisse pas mal ! marmottait le vieillard.
– Bonjour, maître Michel, lui cria Paul. Ne soyez pas fâché si nous vous avons dérangé. Nous voulions nous reposer sous le grand chêne pour manger un morceau ; nous ne savions pas que vous y étiez justement.
– Approchez seulement, mes jeunes messieurs ; il y a assez de place pour trois, d’ailleurs, il faut que je m’en aille bientôt… Mais, voyez donc, on dirait que la Grise est ensorcelée, elle hennit de nouveau.
– Pensez donc, maître Michel, j’amène ici mon ami pour la première fois et il prétend qu’il y a déjà été. Le connaissez-vous ?
Le tisserand regarda attentivement Frédéric, puis secoua la tête :
– Il me semble, fit-il, que je l’ai vu quelque part, mais je ne le situe pas.
– Il dit qu’il a monté la Grise.
De nouveau, les yeux du bon vieux se fixèrent sur Frédéric qui, lui, maintenant sûr de son fait, souriait.
Le tisserand baissa la tête :
– Monté la Grise… répétait-il. Puis, saisi d’une émotion extrême, il s’écria : Ce n’est pas possible ! C’est Frédéric qui a été sur la Grise, mais il y a longtemps de cela. C’était un garçon de cinq ans ; un enfant si beau, si intelligent, un enfant comme je n’en ai plus revu depuis. Et il a fallu que je le mène au bureau de police… et ma pauvre femme… a pleuré de toutes ses larmes…
Frédéric lui prit le bras.
– Maître Michel, je suis ce Frédéric que vous avez conduit au bureau de police. J’ai été bien malheureux en ville, mais maintenant je suis chez M. Eynard, considéré comme l’enfant de la famille.
– Vous êtes… tu es… c’est vous… c’est toi Frédéric ? Pourvu que… Mais, que va dire ma bonne Catherine ?… Pourvu que ça ne finisse pas mal !
– Oui, oui, vous souvenez-vous ? Maman Catherine me faisait des beignets et me racontait des histoires… et vous aussi vous m’en aviez raconté une… et j’étais tombé de la Grise.
Tout le corps du vieillard fut pris d’un tremblement.
– Frédéric, Frédéric, bégayait-il. Frédéric, c’est toi ! Que va dire ma vieille ?
La Grise hennit une troisième fois.
– Maintenant, je comprends, reprit Michel avec vivacité, cette bête est plus savante que moi ; elle t’a reconnu. Ma Grise aura un boisseau d’avoine pour cela. Pourvu que cela ne finisse pas mal ! Frédéric, il faut venir tout de suite vers Catherine. En route, mes petits messieurs, il n’y a pas une minute à perdre ! Frédéric, ne veux-tu pas monter la Grise ? Il faut qu’elle aussi ait son plaisir.
Sans cérémonies, Frédéric prit son élan. La Grise redressa la tête et tendit le jarret comme si elle allait porter un fils de roi.
– Maintenant, je sais raconter un conte. Je l’ai appris avec Catherine. Veux-tu que je vous en raconte un ?
– Non, pas maintenant, répondit Frédéric en riant, je pourrais encore tomber de cheval.
– C’est juste, d’ailleurs Catherine saura bien mieux que moi. Mais comment viens-tu par la forêt avec ce jeune monsieur ? J’ai toujours dit que tu étais un fils de grande famille.
– C’est mon frère, dit alors Paul, et en même temps mon ami, quand même il parade à cheval et que je le suis modestement à pied.
– C’est vrai, mon jeune monsieur, mais faut pas que ça vous fâche. Frédéric a des droits sur la Grise. Vous aurez votre tour la prochaine fois. Mais, on ne peut pas toujours se fier à elle ; elle a ses caprices.
– N’en parlons plus, maître Michel, répondit Paul, c’était une plaisanterie. Je suis ravi que Frédéric ait trouvé d’anciens amis.
Comme la chaumière était en vue, Michel dit tout à coup :
– Il me faut courir en avant pour prévenir ma femme, sans quoi elle aura trop d’émotion, et elle n’est plus bien forte, la pauvre.
Il prit les devants. Mais, à peine la Grise eut-elle remarqué la marche accélérée de son maître, qu’elle aussi pressa le pas. Cela ne fit pas le compte de Michel. Aussi, aspirant l’air fortement et pressant les flancs de ses coudes comme il l’avait pratiqué dans sa jeunesse, il s’élança en avant, laissant glisser sa casquette sur sa nuque et les pans de son habit voler comme deux ailes.
Dans la poitrine desséchée de la Grise s’éveilla aussi un courage juvénile. Elle fit un grand moulinet avec sa queue, tendit les jambes et partit au galop. Les deux coureurs avaient les muscles raides et la respiration courte. Qui aurait la victoire ? Peu à peu le cheval gagna du terrain et, quand il arriva dans la cour, il avait une avance considérable. La défaite de Michel aurait été complète si sa rivale avait su parler. Elle se contenta de hennir fièrement, sur quoi la maîtresse parut sur le seuil. Voyant son mari courir, elle leva les bras au ciel, mais avant qu’elle ait pu parler, il disait tout essoufflé :
– Frédéric… Frédéric …
Celui-ci avait quitté son siège incommode. Il s’approchait de la vieille femme qui serrait convulsivement le dossier du banc pour se soutenir.
– Ne me reconnaissez-vous pas ? demanda-t-il.
Elle regardait ce beau grand garçon sans comprendre. Dans son souvenir était restée l’image d’un bambin aux boucles blondes, vêtu d’une blouse de velours, lui parlant avec une petite voix douce comme une musique, et à présent… Elle le regarda plus attentivement et, sentant ses genoux fléchir, s’assit sur le banc :
– Frédéric, Frédéric, dit-elle enfin en joignant les mains.
Elle était bien changée, la vigoureuse maîtresse de maison d’alors : cheveux blanchis, visage ridé, mains racornies… Mais à la vue du jeune garçon qui avait été pendant quelque temps leur rayon de soleil, ses yeux se remplirent de larmes de joie. Frédéric, dit-elle, encore en passant ses mains sur ses cheveux, d’où viens-tu ?
– C’est moi qui l’ai amené, s’écria Michel qui revenait d’avoir conduit le cheval à l’écurie. Ne t’ai-je pas toujours dit qu’il reviendrait une fois ? Tu ne voulais pas le croire et… comme toujours j’ai raison… quand même tu n’en veux pas convenir.
Le fait est que le court passage de Frédéric avait depuis longtemps ranimé en Catherine la foi de son enfance et avait fait d’elle une femme plus réfléchie et soumise. Maître Michel, lui, s’enhardissait parfois à riposter, mais, faute d’habitude, il le faisait maladroitement.
Paul arrivait enfin :
– Je sais courir, moi aussi, maître Michel, mais je ne vous choisirais pas pour concurrent, dit-il en riant, ce qui consola Michel de sa défaite.
Frédéric raconta ses années passées à la ville : beaucoup de peines, peu de joie, mais une radieuse conclusion.
– J’ai souvent désiré mourir, ajouta Frédéric, mais le Seigneur a veillé sur moi. Mon maître, M. Barbier, m’a appris à connaître Celui qui est mort pour mes péchés. Comment ne pas aimer Celui qui vous délivre d’un tel poids ? Dans ma solitude, Sa parole a pris un grand prix pour mon cœur. Vous voyez, aujourd’hui, combien Il m’a comblé !
– Femme, dit enfin Michel, je tisserai une douzaine de serviettes pour Mmes de Brandes et Eynard, tu sais, avec le joli dessin, celui des sapins… et une demi-douzaine de mouchoirs au vieux Monsieur Caro – il voulait dire Carnésius.
Cette résolution ne trouva pas d’opposition chez la bonne vieille. Rien n’était de trop pour récompenser ceux qui veillaient sur Frédéric.
– Mais, acheva Michel, quant à ce brigand de tailleur, la première fois que j’irai en ville, je le rouerai de coups. Il aura son compte !
– Et moi qui reste là, les bras croisés ! Frédéric doit avoir faim, et le jeune monsieur aussi, s’écria soudain Catherine.
Elle se leva vivement et s’en fut à la cuisine. Bientôt on entendit le feu pétiller.
La farine, le beurre, les œufs, le sucre formèrent bientôt un délicieux mélange. La vieille ménagère se dit n’avoir jamais confectionné de pâte plus parfaite. Lorsqu’elle prit la cuillère pour mettre la masse dans la friture bouillante, son mari cassa encore deux œufs en disant :
– Femme, il faut que ce soit extra bon.
– Oh ! s’écria-t-elle, une douzaine d’œufs suffisent, ce n’est plus le moment d’en ajouter ! A présent il faut que j’augmente toutes les quantités. C’est une pitié, ces hommes qui veulent se mêler de la cuisine !
Alors Michel retourna auprès de Frédéric, le visage rayonnant.
– Frédéric, dit-il, tout va bien, elle m’a rudoyé comme autrefois. Vois-tu, pendant ces dernières années, je n’étais pas dans mon assiette ; elle était trop calme. Maintenant, quel bonheur, l’ancienne vie va recommencer.
Finalement, la maîtresse remercia intérieurement son mari, car il n’y eut rien de trop.
Dès ce jour, les deux garçons vinrent chaque dimanche passer quelques heures dans la chaumière du tisserand. Leur présence rajeunissait le vieux couple.
Frédéric apportait avec lui sa précieuse Bible et en lisait à tous quelques versets. Il commença par l’évangile selon Marc, où le Seigneur guérissait, enseignait et bénissait ceux qui s’approchaient de Lui. Dame Catherine n’en manquait pas un mot et ses yeux reflétaient la joie de son cœur. Quant à maître Michel, il approuvait sans tout comprendre et disait un « amen » retentissant à la prière qui achevait cette lecture. Paul lui-même, habitué à observer la nature, découvrait enfin le Créateur. Les lectures de Frédéric allaient trouver bientôt le chemin de son cœur.
Chapitre 21
C’était le dimanche des Rameaux. Que de merveilles dans la nature renouvelée chaque année ! Le cœur se dilate, le corps jouit de sa vigueur. Le campagnard parcourt la campagne d’un pas mesuré, taxe de l’œil ce que ses champs lui rapporteront et dit à sa femme : « Encore un peu de pluie et tout ira bien ». Le cocher se donne un dernier coup de brosse… et contemple avec plaisir les deux beaux chevaux qu’il vient d’atteler pour conduire la famille à l’église proche.
Le docteur Carnésius, de sa fenêtre, admirait les jeunes frondaisons s’étendant à perte de vue. Le soleil matinal faisait transparaître le tendre feuillage et briller les gouttes de rosée. Plus près, dans le jardin, les lilas embaumaient ; leur parfum pénétrait dans la chambre avec celui des essences forestières. Le ciel bleu, la terre dans sa plus belle parure saluaient le retour du printemps. Mais cette contemplation méditative n’était que l’aspiration de son âme à s’élever au-delà du ciel bleu. Oui, se disait-il à lui-même :
C’est le pays de la lumière
Du vrai repos et de la paix ;
C’est là dans la maison du Père
Que le bonheur règne à jamais.
Puis, levant les yeux comme s’il le voyait déjà, il ajouta :
C’est le pays de la promesse
Où Jésus nous introduira,
Où notre cœur, plein d’allégresse,
Avec amour Le bénira.
Une cloche lointaine se fit entendre. Plusieurs autres répondirent de différents côtés. Camille frappa à la porte :
– Monsieur Carnésius, on attelle ; tout le monde est prêt.
Le précepteur descendit lentement l’escalier et trouva la famille réunie en habits de fête. Deux ans s’étaient écoulés depuis les heureux événements que nous avons racontés. Paul et Frédéric avaient grandi. Paul, empreint d’une joyeuse sérénité, laissait voir jusqu’au fond de son âme. Le visage de Frédéric aussi exprimait la joie, mais ses yeux pensifs étaient voilés par une douce mélancolie, souvenir des jours d’épreuve et de labeur ingrat.
On monta en voiture. Au bout d’une demi-heure on arriva à l’église. Le pasteur était un homme âgé, au dos voûté, aux cheveux gris ; ses mains tremblaient en soulevant la lourde Bible, mais ses yeux étaient limpides et sa voix encore forte pénétrait jusqu’aux coins les plus retirés de l’église. En voyant cette jeunesse devant lui, des souvenirs assaillirent son esprit. Quarante fois, il avait présidé une semblable cérémonie ; il avait vu briller les yeux des jeunes et entendu ceux-ci prononcer la promesse de vivre en chrétiens, selon les commandements de Dieu.
En avait-il été ainsi ? Que de bonnes résolutions avaient tari avec les larmes, que de semence tombée parmi les épines, combien peu en bonne terre ! Mais il ne s’était pas lassé de jeter son pain à la surface des eaux.
– Jeunes amis, dit-il en terminant son discours, ayez toujours la crainte de déshonorer votre Dieu. Gardez vos cœurs et vos corps purs ; que l’amour soit le mobile de toutes vos actions, le pur amour divin qui s’oublie pour autrui. Que cet amour témoigne de votre foi en Jésus qui s’est livré à la croix pour vos péchés. Soyez de ceux qui, attachés à leur Maître, Le servent avec fidélité.
M. Eynard et sa famille retournèrent à pied à la maison. Une paix profonde régnait dans la forêt. Les hauts troncs lisses des hêtres s’élevaient comme des fûts de colonnes gigantesques terminés par une couronne de fraîche verdure, abritant un peuple d’oiseaux chanteurs et des myriades d’insectes bourdonnants.
– Je ne puis imaginer, dit Paul, que je puisse jamais oublier cette matinée des Rameaux. Les paroles du pasteur resteront gravées dans mon souvenir.
– Nous sommes tellement privilégiés, répondit Frédéric. Nous sommes entourés d’affection, nous avons tout à souhait. Ce n’est pas difficile de rester honnête quand on a la vie facile. Notre route, à nous, est tout unie. Tant d’autres ont à lutter contre les difficultés et les privations. Faut-il leur jeter la pierre ? Je crois que rien n’aigrit et n’endurcit autant ceux qui peinent et qui luttent contre la misère, que le spectacle de l’orgueil et du luxe des riches égoïstes.
– Ne parle pas ainsi, s’écria Frédéric vivement. Nous ne pouvons pas éloigner toutes les misères, ni prévenir tous les maux, mais que dit Jésus ? « Venez à Moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et Moi je vous donnerai du repos ». C’est Jésus qui nous aide à lutter contre les tentations et à porter le lourd fardeau de la misère. En lisant Sa Parole nous sommes émerveillés de Son humilité, de Sa douceur, de Son amour pour tous les pauvres.
– Je t’assure Frédéric, que lorsque je serai inspecteur forestier, mes ouvriers seront bien traités. Je réaliserai les plans de mon père. Nous construirons des maisonnettes confortables, entourées d’un lopin de terre qui leur appartiendra. Mais si j’en surprends à couper de jeunes chênes, à tendre des pièges au gibier, ou à blesser un chevreuil, je serai impitoyable.
– Il y a encore autre chose à faire, dit Frédéric, il faut éclairer les esprits et les cœurs. Il faut qu’ils apprennent non seulement à comprendre ce que les lois ont de sacré, à respecter les institutions de l’État, sauvegarder la nature, mais à aimer Dieu et à connaître Jésus, le Sauveur de tous les hommes. C’est la tâche de l’instituteur chrétien et je veux être cet instituteur.
L’après-midi de ce même jour, une modeste voiture s’arrêtait devant la maison forestière. Les nouveaux venus furent reçus avec joie. Le vieux pasteur Chandal et sa femme étaient des amis de la famille Eynard.
Contre son habitude, le pasteur semblait préoccupé. Il demanda au garde-forestier quelques minutes d’entretien particulier.
Lorsqu’ils furent seuls dans le cabinet de travail de M. Eynard, il dit :
– Vous souvenez-vous de Frédéric de Sandau ?
– Certainement, répondit M. Eynard, surpris et ému, c’était un de mes meilleurs amis. Je n’oublierai jamais le triste événement qui l’a forcé à émigrer.
– N’a-t-il pas causé la mort d’un homme ?
– Oui, malheureusement. Il possédait de nombreux avantages physiques et intellectuels, mais aussi un défaut qui lui faisait parfois perdre la raison : il était très colérique. Un jour, en parcourant les forêts de son domaine, il franchit la frontière à son insu, et tua un chevreuil. Un garde-frontière arriva, voulut lui prendre son arme. Sandau tua le fonctionnaire. La même nuit, il s’enfuit, il y a une vingtaine d’années de cela… et l’on n’entendit plus parler de lui.
– Écoutez ce que je viens d’apprendre, reprit le pasteur. Aujourd’hui, j’ai été appelé auprès du vieux Didier, le fameux braconnier, qui vous a causé tant de dommages. Il est à son lit de mort, et, à ce moment suprême, sa conscience se réveille. Il m’a avoué bien des méfaits, entre autres un qui nous éclairera sur la famille de Frédéric. Il y a onze ans, m’a-t-il dit, que, dans une de ses courses en forêt, il trouva le cadavre d’une femme. Il lui prit son sac qu’il supposait contenir des valeurs. Il y trouva, outre de l’argent et quelques bijoux, divers papiers qu’il ne put déchiffrer et qu’il détruisit. Mais il garda une lettre sur laquelle il réussit à épeler votre nom. Il me l’a donnée en me priant de vous la remettre.
Le pasteur tendit à M. Eynard un pli jauni et froissé. Très ému, celui-ci y lut :
« Mon cher Charles,
Quand tu liras ces lignes, ma femme et mon enfant seront chez toi, et moi, je ne serai plus, car ma fin approche. Je te prie d’être le tuteur de mon fils et de faire valoir ses droits sur la propriété de Sandau. Ma femme te remettra les papiers nécessaires et te fera part des vicissitudes de notre existence. Accueille-la en amie ; elle est maladive, à ce qu’elle m’écrit. Depuis mon départ de V., il y a quatre ans, je n’ai revu, ni elle, ni mon fils. Réponds, je t’en supplie, au désir d’un mourant.
Ton Frédéric de Sandau
Guanajuato (Mexique) le 12 février 18.. »
Le garde-forestier posa la lettre.
– Quelle étrange coïncidence ! dit-il, sans pouvoir réprimer son émotion. Frédéric, l’orphelin sans asile qui nous est arrivé providentiellement au milieu des tempêtes de neige, serait le fils de mon ami, l’héritier de son beau domaine… Il sera malaisé de fournir les preuves de son identité. Si la pauvre femme avait pu arriver jusqu’ici, j’aurais eu tous les papiers nécessaires.
– Il faudra beaucoup de prudence, dit le pasteur, et les conseils d’un homme de loi. Mais quelle joie pour vous d’avoir déjà, sans le savoir, réalisé le vœu de votre ami.
Un silence s’ensuivit. Il fallait un temps de réflexion à M. Eynard pour s’orienter dans cette situation nouvelle.
– Je pense, dit-il enfin, que nous n’en parlerons pas aujourd’hui. Dans le courant de la semaine ; je viendrai chez vous et nous tiendrons conseil.
On frappa à la porte. C’était Camille qui venait annoncer le thé.
Les deux amis s’avancèrent sur le perron dominant le jardin. Leurs yeux furent frappés par un tableau enchanteur. Devant eux, le grand marronnier aux larges ramures ornées de fleurs ; à droite et à gauche, des buissons de lilas qui montaient jusqu’au pignon ; à leur ombre, la table à thé couverte d’une nappe en dentelle et chargée d’un gâteau à la croûte dorée, piquée de ces raisins secs que le docteur Carnésius affectionnait tout particulièrement.
M. Eynard ne laissa rien paraître de ses préoccupations. Les esprits et les cœurs furent à l’unisson avec les harmonies de la nature. Les abeilles bourdonnaient dans le feuillage que des rayons furtifs perçaient pour jouer sur les têtes blondes ou grises des heureux habitants de la Chênaie.
– Pour faire honneur à ce gâteau, Madame, je prendrai une troisième tasse de thé ; j’espère, Mme Chandal, que vous me tiendrez compagnie, dit le vieux docteur en riant.
– Et pourquoi pas ? Je vais vous tenir compagnie d’autant plus volontiers que j’aime les friandises autant que vous. Les messieurs allumèrent leurs cigares ; la conversation s’engagea, tantôt sérieuse, tantôt badine. De fil en aiguille on en vint à parler de l’avenir des jeunes gens qui avaient quitté la table avec l’intention d’aller faire leur visite habituelle au vieux couple de la chaumière.
– Leur avez-vous déjà demandé quelle profession serait la leur ? demanda le pasteur à M. Eynard.
– Pas encore. Aujourd’hui, je crois le moment favorable. Ils reviendront encore avant leur promenade et nous allons les attendre. Je connais les goûts de Paul ; Frédéric est plus difficile à pénétrer. Mais peut-être que notre ami Carnésius est mieux instruit ?
– Non pas, répondit celui-ci en tirant quelques bouffées de son cigare, mais je suis persuadé qu’il fera un bon choix. Peut-être se tournera-t-il vers la médecine pour être mieux à même de venir en aide aux malheureux.
– C’est un triste signe des temps, reprit le pasteur, que les jeunes gens dans l’aisance montrent tant d’indifférence quant au choix d’une profession. Quand on les interroge là-dessus, la plupart répondent qu’ils ne savent pas, ou que cela leur est égal. Qu’arrive ensuite le moment décisif, on prend en considération exclusive l’avantage pécuniaire. En est-il un sur mille qui se demande comment il emploiera au mieux ses facultés au service du Maître et au bien de son prochain ? Nous devrions lui faire comprendre que son propre bien-être n’est pas le but de la vie, mais, au contraire, le devoir d’être un témoin fidèle de Jésus.
Il fut interrompu par Paul et Frédéric qui venaient prendre congé de leurs hôtes.
– Quelle profession choisiras-tu ? demanda M. Eynard, à brûle pourpoint à son fils.
– La sylviculture, répondit Paul sans hésiter.
– Bien, mon garçon, dit le garde-forestier, souriant de plaisir. Et toi, Frédéric ?
Frédéric hésita un moment puis, relevant la tête, dit en regardant M. Eynard bien en face.
– Je veux être instituteur.
M. Eynard fut si surpris qu’il ne trouva pas tout de suite réponse à cette déclaration. Mme de Brandes s’écria d’un ton déçu :
– Comment cette idée t’est-elle venue en tête ? Tu ne m’en as jamais parlé…
– Non, maman, répondit Frédéric, mais il y a longtemps que j’y suis résolu et j’espère que vous m’approuverez.
– Je ne le savais pas… dit Mme de Brandes qui avait de tout autres projets d’avenir pour son fils, va maintenant, nous en reparlerons plus tard.
Le docteur Carnésius avait laissé son cigare s’éteindre, la résolution de Frédéric l’étonnait. Un éclair de joie brilla dans les yeux du pasteur qui s’écria :
– Une exception ! Il est bien décidé, celui-là, il sait ce qu’il veut ; – ici le pasteur jeta un coup d’œil significatif au garde-forestier – qui sait ce qui pourra survenir contre ses bonnes intentions ?
– C’est mon espoir, dit tante Agnès ; avec ses capacités, il pourrait faire une brillante carrière.
– Chère Mme de Brandes, dit le pasteur avec une nuance de tristesse dans la voix, seriez-vous à ce point enchaînée par vos prétentions ? Je regretterais beaucoup que Frédéric change de résolution.
– Trouvez-vous la profession d’instituteur si belle ?
– Je la crois la plus noble et la plus importante qui soit. C’est d’elle que dépendent l’enfance et la jeunesse. Il est facile d’administrer une fortune, de la faire fructifier, d’apprendre à distinguer, d’après nos lois, le bien du mal ; mais, prendre soin d’un jeune cœur, y semer le bon grain que le Seigneur fera germer, voilà ce qui est beau ! Aucune profession ne demande autant de dévouement, de tact, d’abnégation que celle de l’éducateur. C’est pourquoi, il y faut des hommes pleins d’enthousiasme, au cœur débordant d’amour pour la jeunesse. Il nous manque de ces hommes-là. Frédéric en sera un.
Le visage du pasteur rayonnait. Ses paroles avaient quelque chose de prophétique. Tous l’écoutaient avec émotion. Mme de Brandes lui tendit la main.
– Si Frédéric maintient son choix, je consentirai, dit-elle. Mais il est encore bien jeune, et son goût peut changer. D’abord, il ira au collège avec Paul et, quand il aura passé son baccalauréat, il décidera de son avenir.
– Je vous remercie, madame, dit le pasteur. S’il change d’avis, l’école n’aura rien perdu.
La conversation reprit un tour plus gai. Le docteur Camésius déploya un art et des connaissances de gourmet qu’on ne lui avait pas soupçonnés. Il prépara un bol de vin de mai. Brunel lui avait apporté l’aspérule parfumée, cueillie dans l’endroit le plus frais de la forêt. Quand le breuvage au doux arôme brilla dans les verres, Carnésius se leva et dit :
– Meilleurs vœux à nos deux garçons ! Puissent-ils grandir et prospérer de corps et d’esprit ! Que leurs cœurs restent toujours ouverts à tout ce qui est bon et beau ! Qu’ils haïssent le mensonge et l’hypocrisie, défendent le droit et la vérité, et que leur travail soit en bénédiction à leur prochain et à la gloire du Seigneur ! Que Dieu les bénisse !
Conclusion
Le lendemain, M. Eynard fit part à sa femme, à sa sœur et au docteur Carnésius de ce qu’il avait appris par la bouche du pasteur et leur lut la lettre de son ami. Leur étonnement fut extrême. Ils se souvenaient tous du beau jeune homme. Ils déplorèrent son triste sort, et se félicitèrent d’avoir, par une direction providentielle, offert un foyer à son fils.
Avec l’aide du pasteur, on fit une perquisition dans la cabane de Didier. On n’y découvrit pas le moindre chiffon de papier qui pût confirmer ou appuyer les prétentions de Frédéric. M. Eynard s’adressa aux autorités départementales et à un avocat de talent. Celui-ci secoua la tête en disant qu’on n’arriverait à aucun résultat, que le contenu de la lettre n’était pas suffisant. « Si vous le désirez, dit-il, je ferai des recherches. Il faudra s’adresser d’abord au Mexique, aux autorités de la ville qu’a habitée l’auteur de la lettre. Cela coûtera beaucoup de temps, beaucoup d’argent et ne servira probablement à rien ».
Malgré ces paroles décourageantes, M. Eynard pria l’avocat de prendre l’affaire en main. Au bout d’une année, on reçut la nouvelle que le nommé Frédéric de Sandau n’avait jamais demeuré à Guanajuato, ce qui fit supposer qu’il y avait pris un autre nom, que, par conséquent, on ne retrouverait jamais ses traces.
Alors M. Eynard communiqua à Frédéric ce qu’on avait découvert et les démarches qui avaient été faites. Le jeune homme accueillit le tout sans émotion apparente.
– Je vous remercie de tout mon cœur, dit-il, d’avoir voulu me procurer des biens matériels et un nom retentissant. Mais, vous le savez, votre affection pour moi, ma reconnaissance et mon affection pour vous n’en sauraient être plus grands. Je regrette que vous ayez eu tant de peine et de soucis pour moi.
– À mes yeux, tu es le fils de mon ami, et j’aurais été heureux de pouvoir te rendre le nom de ton père. Seulement, les preuves manquent, et la loi n’accorde rien sans preuves.
Mme de Brandes embrassa Frédéric.
– Qu’importe, dit-elle, qu’on te refuse ton nom et ta fortune ! Tu es mon fils. Personne ne pourra te chasser de mon cœur et je ne te laisserai pas non plus manquer du nécessaire.
– Oh ! mère chérie, répondit Frédéric tout ému, tu m’as tiré de la misère, tu m’as comblé de bienfaits, mais ton affection est mon plus grand trésor. J’espère toujours en être digne.
C’est ainsi que Frédéric garda son nom roturier et ses goûts simples. Dans l’automne qui avait suivi leur confirmation, les deux jeunes gens étaient entrés en seconde classe du lycée de R.
Paul était un bon élève, quoique l’étude des langues ne fût pas son fort. Frédéric lui aidait à en surmonter les difficultés. Quant à ce dernier, son zèle, ses talents et sa modestie le faisaient aimer de ses professeurs aussi bien que de ses camarades.
Puis vint l’examen, dont tous deux sortirent en bonnes places.
Quelle joie ce fut à La Chênaie ! M. Eynard et le docteur Carnésius se sentaient rajeunis. En pensée, ils revivaient le jour de leur propre réussite où eux aussi avaient vu briller des larmes de joie dans les yeux de leurs parents.
Frédéric se rendit sans tarder chez le directeur de l’instruction publique. C’était un petit monsieur au regard vif et pénétrant. Il observa le beau jeune homme qui se tenait modestement devant lui.
– Vous avez choisi la carrière de l’enseignement, dit-il, mais je crois devoir vous avertir que nous avons surabondance de philologues.
– Je veux être instituteur dans une école primaire.
– Comment ? vous ai-je bien compris ?… Avec vos capacités, vous pourriez aspirer à un poste élevé dans les sciences ou les lettres. Êtes-vous pauvre ? Je vous ferai allouer une bourse pour vos études universitaires.
– Ce n’est pas la pauvreté, dit Frédéric, qui est ma raison déterminante, c’est le désir de travailler au bien des enfants pauvres, de cultiver leur esprit et leur cœur, de leur inspirer le goût des choses nobles et élevées.
Un sourire d’ironie et de pitié passa sur les lèvres du directeur.
– Voilà qui est bel et bon, dit-il, mais le cercle de votre activité sera bien restreint et ignoré. Si vous aviez un emploi dans l’enseignement supérieur, vous pourriez agir tout aussi efficacement. Un simple maître d’école ne peut rien faire d’important.
– Ce n’est pas mon opinion, répondit Frédéric. Moi, j’aspire à réchauffer les cœurs. Je désire travailler parmi les pauvres, leur donner mon affection et gagner la leur.
L’ironie disparut du visage du directeur. Ainsi, chez ce jeune homme habitait un idéal, et cet idéal le plaçait dans une classe poudreuse, au milieu d’enfants souvent négligés et vicieux, à un poste maigrement salarié et peu estimé des gens du monde. Devait-il le plaindre ? Devait-il l’envier ?
« Oh, pensa-t-il, que n’avons-nous une centaine de jeunes gens animés du même zèle, peu soucieux des richesses et des honneurs ».
Il saisit la main de Frédéric et la serra chaleureusement.
– De nombreuses déceptions vous attendent, dit-il, vous ferez des expériences amères. Dieu veuille que vous ne perdiez pas courage ! En tout cas, je crois que vos efforts ne seront pas vains…
Paul entra à l’académie forestière et Frédéric à l’école normale, d’où il sortit pour faire ses premières armes dans un village pauvre et solitaire. Il y trouva des chaumières branlantes, des cours sales, des cultures négligées, des hommes adonnés à l’ivrognerie, habiles à tromper, à tourner la loi, et même à la violer. Ce village, nommé Fugère, était tristement renommé dans toute la contrée. Nulle part on ne trouvait autant de braconniers et de voleurs de bois. Les femmes ne valaient guère mieux : elles se montraient négligentes, indifférentes ou trop faibles pour rien améliorer ; les enfants, sales et déguenillés, apprenaient tôt déjà à participer aux méfaits de leurs pères.
Ce poste redouté de chacun, Frédéric l’accepta. Le traitement était peu élevé, la maison d’école mal entretenue. Le jeune instituteur eut à lutter contre la malveillance sous toutes ses formes. Les enfants regardaient avec méfiance ce beau jeune homme qui leur souriait amicalement ; les adultes, sans le saluer, lui jetaient des regards d’une sombre hostilité. Il me faudrait écrire un gros livre si je voulais dépeindre ses luttes, ses victoires, ses défaites.
S’inspirant de son divin Modèle, Frédéric gagna lentement le cœur des enfants ; non pas en un jour, ni en un mois : il fallut des années de persévérance et de patience. Avec le secours du Seigneur, il lutta contre la méchanceté, le mensonge, l’intempérance ; de belles victoires furent remportées. Si parfois son courage défaillait, il repensait à son bienfaiteur, Georges Barbier, qui avait eu tant à souffrir. Mais il se rappelait surtout les paroles du Seigneur : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point ». Alors plein de confiance il se disait à lui-même : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 6).
Rempli d’un nouvel espoir, le jeune instituteur reprenait son fardeau. Depuis qu’il tenait l’école, il commençait la matinée en lisant un récit de la Parole de Dieu, puis chantait un cantique avec ses élèves. L’habitude avait été longue à prendre, mais maintenant les enfants le réclamaient.
Peu à peu, il devint l’éducateur des petits, le conseiller des grands. Il savait secourir où il fallait et, de plus, Mme de Brandes lui ouvrait largement sa bourse.
Dix ans plus tard, la gentille Camille Eynard unit sa vie à celle de Frédéric, joignant sa foi ardente au service du Maître. Elle aidait son mari, le consolait, l’encourageait et savait faire briller un rayon de joie sur ce visage souvent grave et soucieux. Elle s’occupait des jeunes filles, visitait les mères, se donnait, elle aussi, entièrement à sa tâche.
Vingt ans après l’arrivée de Frédéric dans ce pauvre village, on aurait à peine cru que ce fût le même endroit. Les maisons et les habitants étaient propres et souriants ; le blé ondoyait dans les champs bien cultivés ; de pieuses pensées avaient germé dans bien des cœurs. Les habitants avaient appris à connaître et à aimer Jésus et à Le servir en travaillant joyeusement.
Quant à la maison d’école, embellie et restaurée, les villageois en faisaient un but de promenade pour en admirer les fleurs et son verger prospère.
Plusieurs enfants de Fugère, remplis de l’ardeur que leur avait communiquée leur maître, désirèrent l’imiter et se formèrent dans le même esprit et la même foi. On offrit à Frédéric des postes en vue, mais il les refusa. Le Seigneur l’avait envoyé dans ce village pour semer l’Évangile et l’avait comblé de bénédictions. Frédéric resta donc à Fugère. L’approbation des parents, les regards reconnaissants de leurs enfants étaient sa plus belle récompense.
Pendant les vacances la maison d’école se fermait. Ses habitants allaient à la Chênaie où leur arrivée était toujours impatiemment attendue. Ils y retrouvaient la famille réunie, les lieux aimés où Frédéric avait pu oublier ses souffrances. Aujourd’hui, il y avait mieux encore, ils servaient ensemble le divin Maître et ouvraient leur cœur à tout ce qui donne à la vie sa vraie valeur.
« Je n’ai pas honte de l’évangile, car il est la puissance de Dieu pour sauver quiconque croit » Romains 1. 16.
ÉVANGILE CONTRE LOI
Depuis que Jésus-Christ a accompli l’œuvre de rédemption sur la croix, l’évangile de la grâce a été proclamé aux hommes. Ce message est clairement en contraste avec la Loi des dix commandements.
L’Évangile n’est pas simplement une doctrine ou une règle qui traite du comportement des gens, comme le faisait la Loi. Non, c’est la puissance de Dieu parce qu’il peut changer fondamentalement les gens pour leur salut éternel.
L’Évangile n’impose pas aux gens des exigences qu’ils ne peuvent pas satisfaire, comme le faisait la Loi. Il n’exige pas, mais donne gratuitement, un salut parfait et éternel.
L’Évangile ne se limite pas à un groupe spécifique de personnes, comme la Loi, qui a été donnée uniquement au peuple d’Israël. La bonne nouvelle de la grâce s’adresse à tous, dans tous les pays.
L’Évangile n’est pas pratiqué, mais cru. La Loi disait : Faites ceci et vous vivrez. La bonne nouvelle, cependant, c’est : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31).
Aujourd’hui encore, l’évangile de la grâce est annoncé afin que les gens puissent recevoir le pardon de leurs péchés et trouver la paix avec Dieu. Malheureusement, de nombreuses personnes réagissent avec indifférence ou le refusent. Cependant, quiconque accepte ce merveilleux message avec foi, et se tourne vers Dieu en confessant ses péchés, trouvera le vrai bonheur.
D’après Näher su Dir mars 2024
« Il (le Fils de Dieu) soutient tout par la parole de sa puissance » Hébreux 1. 3.
Il PORTE TOUTES CHOSES
C’est lourd comme du plomb ! Ça colle littéralement au sol ! Lorsque nous devons porter ou soulever des objets lourds, nous atteignons facilement nos limites et avons besoin d’aide. Cela commence par l’ascenseur ou le cric, et se termine par la grue spéciale pour les charges pesant des tonnes. Peut-être avons-nous déjà assisté au déchargement d’un porte-conteneurs et avons-nous été émerveillés par les immenses grues de chargement du port. Qu’ont inventé les gens pour porter des fardeaux !
Ce qui est bien plus admirable, c’est que le Fils de Dieu « soutient tout par la parole de sa puissance ». La Bible présente Dieu non seulement comme le Dieu Créateur, mais aussi comme le soutien de toute la création. Dieu a créé les lois de la nature et veille continuellement à ce que « toutes choses » soient maintenues : « Tout subsiste par lui » (Col. 1. 17).
Quand nous pensons à cette puissance divine de soutien, nous pensons aux mouvements des corps célestes dans l’espace. Le Créateur les a si parfaitement coordonnés que nous pouvons vivre sur notre planète. Mais la préservation divine englobe bien plus. Nos vies elles-mêmes sont une preuve constante que Dieu nous soutient en permanence. Chaque processus dans notre organisme dépend de la puissance de Dieu, que nous en soyons conscients ou non.
Quel puissant soutien que notre Dieu au ciel ! Et comme il est bon de savoir que je n’ai pas besoin de faire confiance à ma faible force, mais que je peux faire confiance à la force et à la puissance infinies de Dieu.
« Confie-toi de tout ton cœur à l’Éternel, et ne t’appuie pas sur ton intelligence ; dans toutes voies connais-le, et il dirigera tes sentiers » (Prov. 3. 5).
D’après die gute Saat avril 2024
« Tournez-vous vers moi et soyez sauvés… car moi, je suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre » Ésaïe 45. 22.
« Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » Romains 8. 32.
JE PENSAIS QU’IL N’Y AVAIT PAS DE DIEU
Il y a 12 ans, j’étais encore athée. Je pensais que Dieu n’existait pas. J’étais prêt à travailler dur pour atteindre tous les objectifs que je m’étais fixés : je voulais un bon travail et une maison confortable. À 30 ans, j’avais réalisé tout cela. Mais je ne me sentais pas satisfait, la vie m’ennuyait.
C’est à cette époque que j’ai rencontré pour la première fois des amis différents. Ils avaient une paix intérieure et une joie dont j’ignorais l’existence. Cela m’a bouleversé. Et quand ils m’ont dit que cela venait de Dieu, j’ai été encore plus étonné. J’avais toujours considéré comme une folie la croyance en un Dieu qui intervient dans nos vies. Mais la différence entre la vie de mes amis et la mienne était trop grande, et mon ancienne conviction s’est effondrée. J’ai également remarqué un changement étonnant chez ma femme : son amertume et son inquiétude avaient fait place à une paix et une confiance que je voyais également chez mes amis. Finalement, elle a eu le courage de me dire qu’elle avait accepté Jésus-Christ comme Sauveur. Puis mes pensées précédentes me parurent soudain creuses et fausses. Et alors j’ai également confié ma vie au Seigneur Jésus-Christ.
Maintenant, je sais que Dieu existe. Cela est révélé dans la Bible, à laquelle je n’avais jamais voulu croire, dans la vie de mes amis et dans les changements que j’avais observés chez ma femme. Cela a été la clé de mon cœur.
D’après die gute Saat avril (C.J.W.)
« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » Hébreux 4. 7.
« Voici, c’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » 2 Corinthiens 6. 2.
AUJOURD’HUI, PAS DEMAIN !
Alex, le fils d’une connaissance, a 23 ans et il espère hériter d’un domaine de 80 hectares. Il est sympathique et amical. Sa passion, ce sont les voitures rapides. Il montre peu d’intérêt pour la bonne nouvelle de Jésus-Christ.
Je lui dis, une fois de plus : « Alex, il faut que tu croies au Seigneur Jésus ! Si tu vas dans l’éternité avec tes péchés, tu es perdu. » Il essaie de me rassurer : « Je suis jeune, j’ai encore beaucoup de temps. » Il rejette aussi poliment, en souriant, ma suggestion de lire la Bible : « Je n’en ai pas encore besoin. » J’essaie à nouveau d’éveiller sa conscience : Les jeunes peuvent aussi mourir subitement. Et alors, c’est fixé pour toujours – toujours, trop tard. » Nous nous quittons en nous disant au revoir.
Nous ne nous sommes jamais revus. Peu de temps après, l’appel de son père, désespéré, me parvient : « Alex a eu un accident avec la voiture… dans un virage verglacé… collision frontale. Il est mort sur le coup ».
J’ai encore beaucoup de temps – les mots du jeune homme me reviennent à l’esprit. De combien de temps disposent les humains ? – Tout au plus, d’aujourd’hui. C’est pourquoi Dieu dit dans Sa Parole : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur » et : « C’est maintenant le jour du salut ». Nous ne savons pas si nous aurons encore, demain, la possibilité de répondre à l’appel de Dieu. C’est pourquoi « nous supplions pour Christ : Soyez réconciliés avec Dieu ! » (2 Cor. 5. 20)
D’après die gute Saat avril 2024
« Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois » Jean 9. 25.
SEULEMENT LA VÉRITÉ
La réunion était terminée et les auditeurs quittaient la salle. Alors un homme s’est approché de l’orateur. Souriant d’un air suffisant, il a déclaré : Je suis surpris qu’un homme comme vous, un homme de culture et d’éducation, croie encore à la Bible. Si un petit enfant, qui ne connaît rien, ou bien une vieille femme qui n’a rien d’autre en quoi croire … mais vous ? J’ai moi-même renoncé à croire en la Bible depuis longtemps.
Je ne veux pas discuter avec vous, a répondu le prédicateur, je veux juste vous lire ce que dit la Bible à ce sujet. Et il lut : « Quoi donc ! Si certains n’ont pas cru, leur incrédulité pourra-t-elle annuler la fidélité de Dieu ? Absolument pas ! mais que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme menteur ». L’homme haleta : Êtes-vous en train de dire que je suis un menteur ? Vous parlez de Dieu, mais je ne crois pas qu’il existe un Dieu. Cela ne m’étonne pas, a déclaré le prédicateur, car la Bible dit aussi que : « L’insensé a dit en son cœur : Il n’y a point de Dieu » Et il ajouta : Ici, quelqu’un le dit seulement dans son cœur, mais vous, vous le dites publiquement (Rom. 3. 3 et 4 ; Ps. 14. 1).
L’homme s’éloigna en colère. Mais à chaque pas, il croyait entendre : Espèce de menteur – imbécile – menteur – imbécile.
Le lendemain, il se rendit très tôt chez le prédicateur, qui le reçut par ces paroles : « Vous êtes-vous enfin abandonné à Dieu ? J’ai prié pour qu’Il ne vous laisse pas partir ». L’homme a répondu : Je n’ai pas pu dormir de la nuit, je n’arrêtais pas de penser aux paroles de la Bible.
Plus tard, les deux hommes se sont agenouillés – et le ciel s’est réjoui de ce qu’un pécheur s’était repenti (Luc 15. 7). Celui qui était autrefois aveugle a désormais la vue, et la foi en Jésus Christ.
D’après die gute Saat avril 2024
« Pilate prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste » Matthieu 27. 24.
L’APAISEMENT APRÈS LE LAVAGE
C’est le titre d’un article scientifique. Des études ont montré que les gens ont inconsciemment tendance à se laver les mains afin de se purifier des derniers doutes ou sentiments de culpabilité après des décisions difficiles ou des manquements moraux.
Le gouverneur romain Pilate croyait que Jésus était innocent et aurait aimé le libérer. Mais les chefs religieux de Jérusalem ont fait pression sur lui et l’ont menacé de conséquences politiques s’il ne les écoutait pas (Jean 19. 12). Pilate devait désormais choisir entre ce qu’il croyait être juste, et son propre avenir politique. Finalement, il a pris sa décision : contre la Loi et donc contre Jésus-Christ.
En Israël, il y avait une coutume : se laver les mains pour montrer son innocence dans un crime.
Pilate y a-t-il pensé lorsqu’il s’est lavé les mains pour assurer de son innocence ? Ou voulait-il se débarrasser de tous doutes et sentiments de culpabilité ?
Quoi qu’il en soit, se laver les mains ne pouvait pas effacer son injustice et sa culpabilité devant Dieu.
Ceux qui agissent ainsi ne nous seront pas non plus d’une grande utilité aujourd’hui. Se purifier est en effet la bonne chose à faire – mais ce ne sont pas vos mains qui doivent être propres à l’extérieur, mais votre cœur, la partie intime de vous-même, qui doit être purifié. Avec le lavage symbolique des mains, on peut peut-être apaiser les sentiments de culpabilité pendant un certain temps, mais la véritable purification ne vient que par la foi en Christ et dans la puissance expiatoire de Son sang. Seul « le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché » (Rom. 3. 25 ; 1 Jean 1. 7).
D’après Die gute Saat avril 2024
« Et l’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder » Genèse 2. 15.
« Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes » Colossiens 3. 23.
FÊTE DU TRAVAIL
Qui a réellement inventé le travail ? En fait, c’est Dieu. Dieu, dans Sa puissance, a créé l’univers. Quelque part là, Il a placé la terre relativement petite, qu’Il a aménagée de manière merveilleuse et propre pour la vie pour Ses créatures, les nombreux animaux et l’homme qu’il a créé. Puis Dieu, le septième jour, s’est reposé. Tout était très bien.
Depuis le début, le travail fait partie du programme de vie de l’homme. Il était censé « cultiver » le jardin d’Éden, être autorisé à poursuivre l’œuvre créatrice de Dieu dans un certain sens, mais il était également censé « garder » le jardin. Et tout cela, dans des conditions climatiques idéales : il n’y avait pas de parasites, pas de mauvaises herbes – donc un aménagement de jardin de luxe. Quel passionné de jardinage ne se sent pas réconforté à cette idée ?
Ce n’est que lorsque les premiers hommes se sont détournés de Dieu par méfiance, et ont dû quitter le paradis, que les conditions de travail se sont détériorées. Depuis lors, en plus des fruits encore riches, la terre produit également des épines, des chardons et des mauvaises herbes. Depuis lors, la vie professionnelle est, dans une certaine mesure, faite d’efforts et de sueur, d’un sentiment d’insignifiance, mais aussi d’injustice et d’exploitation. Tout le monde n’a pas la possibilité de faire le travail qu’il aime le plus, sans parler de ceux qui n’ont pas de travail ou qui ne gagnent pas le strict nécessaire pour vivre grâce à leur travail.
Le travail apporte-t-il de la joie et du sens à quelques privilégiés seulement, et des difficultés et un fardeau pour tous les autres ? Non, Dieu en soit béni ! Dieu nous montre une voie différente dans la Bible : nous pouvons retrouver la communion avec Lui par la foi, et ensuite accomplir n’importe quel travail – même le moins attrayant – pour Lui chaque jour. Dieu bénira cela et nous donnera en retour Sa bénédiction !
D’après die gute Saat mai 2024
« L’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? » Genèse 3. 9.
« Après que Jésus fut né à Bethléem en Judée… des mages arrivèrent de l’Orient à Jérusalem et dirent : Où est le roi des Juifs qui a été mis ou monde ? » Matthieu 2. 1 et 2.
DEUX QUESTIONS IMPORTANTES
La première question de l’Ancien Testament, c’est : « Où es-tu ? » Dieu adresse ces paroles à l’homme après qu’il a péché et s’est ensuite caché de devant son Créateur. Le péché a provoqué une distance et un éloignement de Dieu, mais Dieu recherche la personne perdue et coupable afin de retrouver la communion. Le péché a non seulement fait de l’homme un pécheur perdu, mais il a aussi fait de Dieu un Dieu qui recherche le pécheur pour le sauver.
La première question du Nouveau Testament, c’est : « Où est le roi des Juifs qui a été mis ou monde ? Les érudits d’Orient demandent aux scribes de Jérusalem où ils peuvent trouver le roi dont ils ont vu l’étoile. Il s’agit de Jésus, que Dieu a envoyé comme Sauveur et qui est né à Bethléem. Nous aussi devons tous partir et Le « chercher », Le rencontrer par la foi. Tout dépend de cette rencontre.
Dieu demande : « Où es-tu ? » Et si nous, les humains, arrêtons de jouer un jeu et sortons de derrière les arbres de notre propre volonté, en répondant honnêtement : « Dieu, où es-tu, donne-moi de Te trouver » alors la réconciliation aura lieu. Dieu aime le pécheur et pour cela Il nous a envoyé Jésus comme Sauveur. Avez-vous déjà reconnu que vous êtes perdu et avez-vous laissé Dieu vous trouver afin que vous puissiez Le rencontrer et être sauvé par la foi en Son Fils, Jésus-Christ, mort pour vous sur la croix ?
« Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » (Act. 16. 31)
D’après die gute Saat mai 2024
« Inclinez votre oreille et venez à moi ; écoutez, et votre âme vivra » Ésaïe 55. 3.
« Écoute, mon peuple, et je parlerai » Psaume 50. 7.
« Tenez-vous tranquilles, et sachez que je suis Dieu » Psaume 46. 10.
ÉCOUTER ET VIVRE
A Green Bank, en Virginie occidentale, il n’est pas permis d’employer des tablettes, des Wifi, des GPS… C’est le village le plus silencieux d’Amérique, parce qu’il s’y trouve l’Observatoire qui contient le radiotélescope orientable le plus grand du monde. Cet appareillage, qui occupe une superficie immense, a besoin de silence pour écouter les ondes émises naturellement par le mouvement des galaxies. Étant extrêmement sensible, le télescope a donc été construit au centre d’une zone de « silence-radio » de 33 000 km2, pour empêcher qu’il soit perturbé par quelque interférence électronique.
Nous vivons dans un monde digital dans lequel les annonces et les haut-parleurs nous sollicitent continuellement. Serons-nous capables de préserver des moments de silence pour écouter le Créateur de l’univers ? Dieu nous parle. Il le fait en particulier par la Bible, qui déclare de nombreuses fois être la Parole de Dieu. Dieu nous y révèle qui Il est, et qui nous sommes. Écoutons la voix de Dieu en lisant Sa Parole, ce qui demande du temps, de l’attention, de l’intérêt, et surtout un état d’humilité de la créature devant son Créateur – de l’être humain devant Dieu.
Il y a aussi en nous un courant de pensées qui agitent notre esprit. Demandons à Dieu de nous rendre capables de distinguer Sa voix et d’écouter Son message.
« Dans la multitude des pensées qui étaient au-dedans de moi, tes consolations ont fait les délices de mon âme » (Ps. 94. 19).
D’après il buon Seme avril 2024
(L’un des malfaiteurs sur la croix, à Jésus) : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume » Luc 23. 42.
« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » Hébreux 3. 7 et 8.
AU DERNIER MOMENT
Ma vieille grand-mère vivait à une époque où, à la campagne, il n’y avait pas encore d’automobiles ni de téléphone. J’ai trouvé dans son journal le récit suivant :
Mon frère Roger était un homme actif et diligent, mais il n’avait aucun intérêt pour la Bible ni pour les réunions chrétiennes. Un matin, alors qu’il avait dix-sept ans, il est parti, tout joyeux, pour aller à son travail. Il devait aider son chef à guider le char avec les hottes dans les vignes. Roger pensait pourvoir guider tout seul jusqu’en bas de la pente. Entraîné par le poids de la remorque, il reçut un coup en pleine poitrine et tomba par terre. Avant qu’il puisse l’éviter, une roue lui passa dessus, et il perdit connaissance.
Il fut rapporté à la maison, et Dieu, dans Sa miséricorde, permit qu’il reprenne connaissance.
Oh, maman, je vais mourir, et j’ai tellement péché contre toi et contre Dieu. Prie pour moi !
Ma mère et ma sœur lui parlèrent du Sauveur qui était mort sur la croix aussi pour lui. Avant que l’hémorragie interne l’emporte, il put encore recevoir et accepter la grâce de Dieu pour ses péchés, par la foi au sacrifice de Christ mort pour lui.
Comme le brigand sur la croix, ce jeune homme accepta au dernier moment l’offre de salut de notre Sauveur. Aujourd’hui Dieu vous appelle aussi par ce message. Ne remettez pas votre décision à plus tard. Aucun de nous ne sait s’il aura encore une autre occasion pour accepter le pardon offert par Jésus Christ !
D’après il buon Seme avril 2024
« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » 2 Timothée 3. 16.
LA BIBLE, PAROLE DE DIEU
Ce verset affirme de manière absolue et indiscutable l’origine de la Parole de Dieu. Si elle n’était pas fiable, alors Paul et ses écrits seraient méprisables ; mais vu qu’elle est digne de toute confiance, les écrits de Paul, et toute l’Écriture, exigent le plus grand respect et la plus grande soumission : ils sont donnés par inspiration de la part de Dieu.
Il n’est pas dit que toute l’Écriture soit une révélation ; mais plutôt qu’elle est donnée par l’inspiration directe de Dieu – Dieu Lui-même inspirant les paroles de chaque auteur. L’Ecclésiaste, par exemple, n’est pas du tout la révélation de Dieu, mais l’inspiration de Dieu pour que Salomon écrive juste ce qu’il avait expérimenté en mettant à l’épreuve « tout ce qui est sous le soleil », et en trouvant que « tout est vanité et poursuite du vent ». Le dessein et le point de vue du livre entier doivent être considérés dans l’étude de chaque livre de l’Écriture ; mais l’Écriture est un tout, chaque partie étant parfaite à sa place, pure dans sa vérité, sans opposition entre ses parties, telle qu’elle a été donnée dans les langues originales.
Elle est tout entière profitable, même les généalogies, les noms de villes etc. Si je n’en ai pas trouvé du profit, cela est dû à mon manque de discernement spirituel. Mais il y a dans la Parole un enseignement de valeur vitale et éternelle. Elle apporte aussi la conviction en ce qui regarde toute pratique qui ne supporterait pas sa lumière précieuse, et la conviction qui nous sonde – et avec cela, la capacité de corriger, qui devrait être bienvenue, et l’instruction dans la justice. Nulle part ailleurs nous ne pouvons trouver ce qu’est réellement la justice ; mais l’Écriture ne laisse pas de doutes. Que ce trésor que nous avons dans les mains est magnifique !
D’après the Lord is near octobre 1984 (L.M. Grant)