LA GRÂCE DE DIEU

« Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle dans le christ Jésus » 1 Pierre 5. 10.

Dieu s’est révélé lui-même comme le Dieu de toute grâce, mais combien il est difficile de croire qu’Il est plein de grâce ! Notre sentiment naturel est exprimé par l’homme dans la parabole : « Je t’ai craint, parce que tu es un homme sévère » (Luc 19. 21). Il y a en chacun de nous, naturellement, un manque d’intelligence de la grâce de Dieu.

Il y a quelquefois la pensée que la grâce implique que Dieu passe par-dessus le péché. Au contraire ! Pour Dieu, le péché est une chose horriblement mauvaise qu’il ne peut pas tolérer, et rien d’autre que la grâce gratuite ne peut satisfaire les besoins du pécheur. Si c’était au pouvoir du pécheur d’améliorer ses voies, et de s’améliorer lui-même, il n’y aurait pas besoin de la grâce !

Du moment où je comprends que je suis un pécheur et que le Seigneur est venu pour moi parce qu’Il connaissait toute l’étendue et la nature odieuse de mon péché, alors je peux comprendre ce qu’est la grâce. Alors je vois que la grâce de Dieu est plus grande que mon péché.

Il est bon de réaliser que le Seigneur qui a laissé sa vie pour moi est le même Seigneur avec lequel j’ai à faire chaque jour de ma vie. Toutes ses voies envers moi sont sur le même principe de grâce. Combien il est précieux, combien il est fortifiant de savoir que Jésus en ce moment même ressent et exerce le même amour en grâce envers moi que quand Il est mort sur la croix pour moi.

Supposez, par exemple, que j’ai un mauvais caractère que je trouve difficile à surmonter. Si je l’apporte à Jésus, alors la vertu sort de Lui pour satisfaire mon besoin. Mon propre effort ne sera jamais suffisant. Une puissance réelle est le résultat du fait que le Seigneur est plein de grâce.

Si, dans sa présence, nous nous reconnaissons nous-mêmes exactement comme nous sommes, nous constaterons qu’Il ne nous manifestera rien d’autre que la grâce. Nous avons le droit de nous oublier nous-mêmes et notre péché, mais nous n’avons jamais le droit d’oublier Jésus.

« Cette grâce dans laquelle vous êtes est la vraie grâce de Dieu » 1 Pierre 5. 12

Il n’y a rien d’aussi difficile pour nos cœurs que de demeurer dans le sentiment de la grâce et de ne pas permettre certaines actions de nos propres pensées en nous – elles ne peuvent jamais atteindre les pensées de Dieu à notre égard. Tout ce en quoi je pense que j’ai le plus petit droit à espérer ne peut pas être la pure et libre grâce de Dieu.

Un sentiment constant de la grâce dans la présence de Dieu, c’est le secret de toute sainteté, paix, et tranquillité d’esprit. La grâce de Dieu est si infinie, si complète, si parfaite que nous ne pouvons en avoir une vraie conscience hors de sa présence. Si nous essayons de la connaître hors de sa présence, nous ne ferons que la transformer en laisser-aller. La grâce suppose que par Jésus, tout le péché qui est en nous a été mis de côté.

Dans Romains 7 nous trouvons la description d’une personne qui est née de nouveau mais dont les raisonnements arrêtent la grâce. Au lieu de regarder à Dieu par la foi tel qu’Il s’est révélé Lui-même en grâce à nous, c’est tout le temps je, je, je.

La grâce se réfère à ce que Dieu est et non à ce que nous sommes. Si j’ai le plus léger doute sur la position où je me tiens, je dirai : « Je suis malheureux parce que je ne suis pas ce que je devrais être ». Mais ce n’est pas la question. La vraie question est : Est-ce que Jésus est tout ce dont nous avons besoin ? Si la conscience de ce que nous sommes nous pose des problèmes, nous sommes en dehors du terrain de la pure grâce.

Il vaut mieux penser à ce que Dieu est plutôt qu’à ce que nous sommes. Regarder à nous-mêmes est réellement de l’orgueil résultant du manque de conscience qu’en nous-mêmes nous ne sommes bons à rien. La vraie humilité ne consiste pas tellement à penser du mal de nous-mêmes, qu’à ne pas penser du tout à nous. Ce que j’ai besoin de faire alors c’est de m’oublier moi-même et de regarder à Celui qui pensait à moi bien longtemps avant je pense à Lui !

The Lord is near 6 et 7 août 2020 J.N. Darby

MÉFAITS DE LA LANGUE

On raconte qu’un homme, s’en allant mourir, un de ses anciens amis, devenu son détracteur, vint auprès de lui, implorant son pardon pour les calomnies et les insinuations malveillantes qu’il avait colportées sur son compte. Il les regrettait amèrement et ferait n’importe quoi pour réparer le mal accompli.

– Je te pardonne volontiers, lui dit le moribond. Et puisque tu voudrais « réparer », fais-moi, je te prie, un dernier plaisir.

– N’importe quoi, répéta l’autre avec émotion.

– Eh bien ! prends un sac de plumes, monte au clocher de l’église et secoue les plumes à tous les vents.

– Tout de suite, dit l’ami, croyant satisfaire au délire d’un mourant.

Au bout de quelques minutes, il revient annoncer que la chose était faite.

– Mais ce n’est pas fini, dit le malade. Va maintenant, et retrouve chacune des plumes que tu as vu s’envoler.

– Tu sais bien que ce n’est pas possible, protesta l’homme, croyant de plus en plus aux divagations de la fièvre. Elles se sont dispersées dans toutes les directions et hors de ma portée. Il est très peu probable que j’en retrouve une seule.

– Je le sais, fit le mourant, avec le plus grand calme. J’ai seulement voulu te montrer ainsi, que, malgré mon pardon, le mal fait par la calomnie et les insinuations perfides ne se « répare » jamais. Les paroles, comme ce qui est écrit, ne sont plus au pouvoir de celui qui les a lancées à travers l’espace. Dis à tes fils, d’après ta propre expérience, qu’il n’y a rien dans la vie de plus tragique, que l’irréparable.

LE DIVORCE (2)

À l’époque actuelle, de plus en plus de personnes divorcent, que ce soit dans le monde ou, hélas, parmi les chrétiens !

Pour pallier à cela, de nombreuses personnes ne se marient pas et vivent en union libre, oubliant en cela ce que le Seigneur a dit à la femme du puits de Sichar, qui avait eu cinq maris et qui vivait avec un homme : « Celui que tu as maintenant n’est pas ton mari » (Jean 4. 18). Malheureusement, lorsque de tels couples vivants en union libre, se séparent après un certain temps, ils se rendent compte que cela laisse des cicatrices…

La pensée divine au départ est : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et les deux seront une seule chair. Il sera uni à sa femme » (et non pas à ses femmes ! ou à sa femme et à une concubine !)

De nombreux contemporains, qui pourtant ont été heureux avec leur conjoint, parlent après le divorce du père de leurs enfants, ou de la mère de leurs enfants et non plus de leur ancien mari ou de leur ancienne femme !

Que dire face à de tels souffrances ?

Deux situations sont à envisager : celle des incrédules et celle des croyants.

Les incrédules se marient. Ils ont des attirances l’un pour l’autre et s’aiment, souvent profondément. Le jour où une difficulté surgit : le conjoint qui trompe l’autre, l’attirance vers une autre personne, les désillusions de toutes sortes, ils se séparent parfois. L’incrédule ne peut pas s’appuyer sur une personne divine : Dieu ou le Seigneur Jésus.

Il n’a pas la notion que le divorce est un péché contre Dieu et contre son conjoint et s’il le pressent, parfois il le tourne à la plaisanterie : « Je vis dans le péché ! ».

Dieu peut se servir de tout et même de ces circonstances pour que les incrédules réfléchissent au sens de leur vie, à la notion de péché, à ce qui est irréparable et à ce qui est réparable.

Dieu veut le bonheur de sa créature non seulement sur la terre mais aussi pour l’éternité !

Les croyants (c’est-à-dire les enfants de Dieu) se marient dans le Seigneur (c’est-à-dire qu’Il est le Maître de leur vie, qu’Il a des droits sur leurs cœurs).

À la différence des incrédules, ils cherchent à plaire au Seigneur.

Mais ce qui peut entrer en jeu, hélas, c’est leur propre volonté ! Ils peuvent se marier avec un ou une incrédule, ils peuvent se marier sans consulter le Seigneur en suivant leurs penchants naturels. Le temps passe et les désillusions arrivent. Que faire ? Là aussi la situation est soit irréparable, soit réparable mais de toute façon, le croyant (ou la croyante) a la possibilité de confesser cela à Dieu, car tout péché est contre Dieu, et à son conjoint. Les cicatrices seront toujours là mais le Seigneur peut aider à les atténuer, à réparer en partie les dommages subis.

Si le conjoint incrédule abandonne le croyant, celui-ci n’est pas libre de se remarier tant que son conjoint vit. Mais à la mort de celui-ci, il peut se remarier sans pécher. Ceci veut dire aussi que si l’on divorce et que l’on se remarie, alors que l’autre conjoint est vivant, c’est un péché devant Dieu.

Si le croyant s’est marié avec un autre croyant et qu’ils divorcent c’est un péché. La Parole dit clairement que Dieu ne veut pas que l’on soit séparé. Il hait la répudiation (Mal. 2. 16).

Nous voulons dire clairement à tous les jeunes que le diable veut toujours nous rendre malheureux, que ce soit en étant malheureux parce que l’on ne se marie pas, soit parce que l’on se sépare de son conjoint.

Dieu, au contraire, veut que sa créature soit heureuse, soit dans un célibat accepté, soit dans un mariage heureux.

Beaucoup de jeunes ont peur de se tromper, considèrent ceux qui sont « mal » mariés, ceux qui divorcent… Du coup, les années passent et ils n’ont plus l’élan de jeunesse. Ils peuvent se marier à un âge tardif (et il vaut mieux de marier tard et bien se marier) mais peuvent regretter de ne pas s’être mariés plus tôt.

Ne vaut-il pas le coup de faire la volonté de Dieu ? Ne vaut-il pas le coup d’en faire un exercice devant le Seigneur ? Sa réponse sera merveilleuse si nous nous appuyons sur Lui. « Tu garderas dans une paix parfaite, l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi » (És. 26. 3).

J.D.L.

LA SOLITUDE (2)

« Il est tel ami plus attaché qu’un frère » (Prov. 18. 24).

Le gouvernement britannique a nommé, en 2018, un ministre de la solitude pour s’occuper de ce qu’on a appelé l’épidémie de la solitude.

D’après une enquête, on estimait que 200000 personnes n’avaient pas parlé à un ami, ou à un membre de leur famille, depuis au moins deux mois. La moitié des personnes de plus de 75 ans, soit environ 2 millions, vivraient seules  ; 85 % des jeunes adultes handicapés ressentiraient la solitude.

Beaucoup passent des jours, voire des semaines, sans avoir de contact avec d’autres personnes. Depuis longtemps, les médecins ont averti que l’isolement peut avoir des conséquences physiques, psychologiques et affectives.

Dieu nous a conçus pour vivre en société. Quand il a créé Adam, il a dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul  ; je lui ferai une aide qui lui corresponde » (Gen. 2. 18).

Il est aussi allé voir Adam dans le jardin d’Éden. Il savait, en effet, que l’homme avait besoin d’une relation horizontale avec ses semblables mais aussi, et surtout, d’une relation verticale avec Dieu.

Le gouffre qui s’est établi entre l’homme et Dieu, à cause du péché, est la principale raison de la solitude. Le problème n’est pas limité à un pays, il est universel.

Je ne veux pas discuter de ce que le Premier ministre britannique a entrepris pour essayer de faire face à cette épidémie.

J’aimerais simplement diriger nos regards vers Jésus. Il est venu sur cette terre pour régler la question du péché qui nous séparait de Dieu. Il a ainsi rétabli notre relation avec lui.

À tous ceux qui se sont repentis de leurs péchés et l’ont reçu personnellement comme leur Sauveur, il dit  : « Je ne te laisserai pas et je ne t’abandonnerai pas » (Héb. 13. 5).

Le Seigneur Jésus est cet Ami qui « aime en tout temps » (Prov. 17. 17).

L’amitié et l’amour des hommes nous déçoivent souvent, mais Jésus nous aime dans les bons et les mauvais moments. Il est un Ami fidèle : « Les blessures faites par un ami sont fidèles » (Prov. 27. 6). Il ne passera pas sous silence nos péchés et nos fautes. Quand nous avons mal agi, il nous le montre  ; mais si nous nous approchons de lui pour confesser nos péchés, il nous pardonne tout de suite.

R.A. Barnett

Quel ami fidèle et tendre

Nous avons en Jésus Christ,

Toujours prêt à nous entendre,

À répondre à notre cri  !

Il connaît nos défaillances,

Nos luttes de chaque jour,

Parfait dans ses exigences,

Il est riche en son amour.

E. Bonnard

D’après Le Seigneur est proche Octobre 2023

INDEX DU SALUT DE DIEU 1873-2001

PRÉFACE

Il nous est apparu utile de faire un index du « SALUT DE DIEU » afin de permettre une recherche plus aisée et surtout plus rapide des articles qui ont paru dans ce périodique qui, doit-on le préciser, a été diffusé depuis plus d’un siècle (exactement 122 ans !) avec le secours du Seigneur.

Cet index comprendra trois parties distinctes:

1ère partie : Les études sur la Parole de Dieu.

2ème partie : Les poésies.

3ème partie : Les articles traitant de sujets divers.

Nous désirons enfin, en introduction, transcrire quelques conseils pour la lecture de la Parole de Dieu déjà parus à la fin du premier volume (1873-1874) du « Salut de Dieu ». Ces conseils sont toujours actuels – et même plus que jamais au début de ce 21ème siècle !

Avant de conclure nous désirons prier le Seigneur que la lecture des écrits des frères qui nous ont devancés édifie nos âmes. Nous avons une pensée également pour ce pauvre monde perdu dont la fréquentation n’enfante rien que regrets et dégoût, suppliant que le Seigneur touche les âmes et qu’il y ait de la joie au ciel pour un pécheur qui vient à la repentance !

« Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé ! » (Rom. 10. 9)

PAIN QUOTIDIEN

Nous pensons que nous ne pouvons pas mieux terminer notre premier volume qu’en engageant nos amis à une lecture régulière et suivie de la Parole de Dieu. Nous estimons que notre but est manqué si nous ne pouvons pas attirer nos lecteurs aux Écritures mêmes.

Si la vie se trouve en Jésus, c’est lui qui est aussi la nourriture de l’âme. Il est le pain descendu du ciel. Il y a là une provision pour tous les jours. Le Saint Esprit prend les choses de Jésus qui sont renfermées dans la Parole et nous les révèle. C’est Lui qui applique, en puissance, à nos cœurs tout ce que Dieu nous dit.

Toutefois, nous avons notre part à faire : c’est de lire la Parole en y faisant attention pour ne pas nous laisser aller à l’indifférence de l’homme paresseux « qui ne rôtit point sa chasse » (Prov. 12. 27).

Il y a ici deux choses à remarquer :

1) La lecture doit être journalière, comme la manne que Dieu fournit aux enfants d’Israël tous les jours (Ex. 16. 11 à 35), ou comme la poignée de farine et la goutte d’huile qui ne manquaient pas dans la maison de la veuve de Sarepta au temps d’Élie (1 Rois 17. 14). Il y avait assez de quoi faire le gâteau pour un seul jour. Si l’on avait un jour négligé de le faire, il n’y aurait pas eu une double provision pour le lendemain. En faisant chaque jour son gâteau, on épuisait le petit trésor ; mais il y en avait toujours le lendemain; et cela durait pendant tout le temps de l’épreuve. C’est ainsi que notre provision nous est assurée pour tout le temps que Dieu nous laisse ici-bas.

2) La lecture doit être faite en particulier, et, autant que possible, de bonne heure dans la journée, comme il était ordonné aux enfants d’Israël de ramasser la manne chacun pour soi, avant que le soleil se levât. Nous devrions de même nous recueillir dans la présence de Dieu et de sa Parole, avant que le cœur soit préoccupé et distrait par les soucis et les rapports variés de la vie journalière. Un saint calme dans la présence de Dieu se répand ainsi sur tout ce que nous faisons. Cherchons d’abord le royaume de Dieu et sa justice, en faisant notre compte que la chose la plus essentielle dans notre vie journalière, c’est de nous nourrir de Christ.

Que Dieu nous fasse croître dans sa grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ !

Ceux qui sont intéressés par le détail des études sur la Parole de Dieu, les poésies et les sujets divers parus dans le Salut de Dieu, peuvent nous en faire la demande dans l’espace Questions et nous leur enverrons par mail.

J.D.L.

INDEX DE LA BONNE NOUVELLE 1861-2010

PRÉFACE

Nous avons le plaisir de publier cette année un index de la Bonne Nouvelle qui paraît, par la grâce du Seigneur, depuis 1861. Il couvre ainsi les années de 1861 à 2010, soit 150 ans !

Ce petit index comprend :

  • Les études sur la Parole de Dieu.
  • Les poésies.
  • Les sujets divers.

Bien des générations ont eu et ont toujours plaisir à lire les histoires de la Bonne Nouvelle, à répondre aux questions… à recevoir les récompenses ! (En effet qui n’a pas guetté l’arrivée du facteur pour avoir la joie de découvrir son cadeau préparé par des mains dévouées et des frères et sœurs pleins d’affection ?)

Pour ceux qui aiment les énigmes, les versets cachés… : ne manquez pas d’essayer de vous procurer les années concernées ! Dans une ou plusieurs assemblées, on peut reconstituer ce petit trésor qui a paru pendant un siècle et demi !

Ceux qui répondaient aux questions de la Bonne Nouvelle pourront retrouver leur nom et ceux des personnes de leur âge ! Ils pourront retrouver leurs histoires favorites.

Que le Seigneur bénisse la lecture de ces pages pour chacun (e), car on lit la Bonne Nouvelle à tout âge ! Qu’il nous accorde, dans la mesure du possible, de profiter de ce ministère si riche et si béni !

Le Seigneur s’est servi de serviteurs et servantes pour l’édification des jeunes générations qui se sont succédées au fil des temps. Ce travail a été richement béni et beaucoup d’enfants ont pu profiter de maints articles qui leur ont donné le goût de lire et de sonder ce trésor infini de la Parole de Dieu, une Parole qui nous parle avant tout de notre Bien-Aimé !

L’intérêt majeur des études bibliques de la Bonne Nouvelle réside en leur simplicité ; d’où une clarté qui rend ces articles agréables et intéressants à lire, même pour ceux qui ont avancé un peu dans leur vie avec le Seigneur.

Nous avons trouvé utile de transcrire textuellement le premier article paru dans la Bonne Nouvelle en 1861 et un article paru en 1877 qui s’intitule « Que dois-je lire ? »

Question bien sérieuse qui fait appel à notre responsabilité et à notre amour pour le Seigneur. Chacun de nous doit se poser la question et se placer dans la lumière de Dieu.

En conclusion, nous souhaitons de  tout cœur que ce petit fascicule permette une meilleure exploitation des articles trop méconnus renfermés dans la Bonne Nouvelle.

À NOS JEUNES LECTEURS

Nous pensons qu’il peut être édifiant de reproduire textuellement le premier article paru dans la Bonne Nouvelle en janvier 1861 !

Mes chers enfants,

Celui qui écrit ces lignes aime beaucoup les enfants et il est heureux de pouvoir dire qu’il a bien des amis parmi eux. Il désire de tout son cœur le bonheur, non pas seulement de ceux qu’il connaît, mais de tous les enfants et naturellement surtout de ceux qu’il comptera désormais au nombre des lecteurs de ce petit journal. Même sans nous connaître, des relations d’amitié vont se former entre nous : chaque mois, s’il plaît à Dieu, je vous écrirai quelques pages qui vous parviendront imprimées sous la forme de cette brochure que vous tenez entre vos mains, que vous avez sous les yeux et que vous lisez. Mon désir ardent est qu’elle puisse vous intéresser et surtout vous amener à Jésus, si vous n’avez pas encore le bonheur de connaître ce meilleur de tous les amis, qui avait une affection particulière pour les enfants, qui aimait à les prendre dans ses bras et à les bénir ; à ce Jésus qui, par amour pour nous, pour vous aussi, quoiqu’il fût Dieu éternellement béni, est devenu un petit enfant, un enfant comme vous, à part le péché qu’il n’a jamais connu, et a été ainsi le modèle des enfants, comme il est leur Sauveur.

Nous appelons ce recueil : « La Bonne Nouvelle » ; c’est que, en effet, nous aurons beaucoup de bonnes nouvelles à vous faire entendre ou à vous rappeler. Des nouvelles du ciel, des nouvelles sur Dieu qui y habite, des nouvelles sur le chemin qui y conduit et sur le peuple saint et heureux qui doit y habiter éternellement. Grandes nouvelles, merveilleuses nouvelles, heureuses et vraiment bonnes nouvelles ! Si vous les croyez, chers enfants, elles devront nécessairement vous réjouir d’une joie ineffable et glorieuse.

Nous vous parlerons de la naissance de Jésus, de l’enfance de Jésus, de sa vie entière ici-bas, de la mort de Jésus, ainsi que de sa résurrection d’entre les morts. Oui, nous prendrons un plaisir tout particulier à vous entretenir du Seigneur Jésus, qui ne fit jamais une action mauvaise, ne prononça jamais une mauvaise parole, n’eut jamais dans le cœur une mauvaise pensée ; de Jésus qui allait de lieu en lieu faisant du bien, qui guérissait les malades, rassasiait ceux qui avaient faim, faisait marcher les boiteux, entendre les sourds, et voir les aveugles. Oui, nous aurons à vous redire comment il mourut sur la croix – lui juste à la place des pécheurs – afin que vous pussiez être sauvés ; comment il a porté nos péchés en son corps sur le bois ; comment vos mauvaises paroles, vos méchantes actions et pensées peuvent toutes être pardonnées : comment le péché peut être non seulement pardonné mais surmonté ; comment ce terrible ennemi, la Mort, a été vaincu. Nous vous parlerons de grands hommes et d’hommes pieux ; de petits enfants et de personnes âgées ; de bons et, hélas ! de méchants aussi. Nous vous raconterons comment ce monde a été fait, et comment il doit être un jour consumé par le feu. Nous espérons vous dire de petites histoires, vous prêcher de petits sermons que vous pourrez comprendre, vous écrire de petites lettres, vous donner d’utiles conseils, et vous offrir de petits cantiques ou d’autres poésies. Aimerez-vous à lire notre petit livre ? Voulez-vous essayer d’en profiter ? Si vous ne connaissez pas encore Jésus, désirez-vous le connaître ? Et si vous le connaissez, ne voulez-vous pas prier Dieu de bénir votre lecture de ces pages ?

Mais c’est assez, je ne veux pas vous ennuyer en vous en disant davantage aujourd’hui. Chers enfants, que Dieu vous bénisse tous ! Que la paix soit avec tous ceux d’entre vous qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ. Et que dirons-nous à ceux qui ne l’aiment pas encore ? Seulement ceci – pour le moment : Vous ne connaissez pas Jésus – non, certainement, car autrement vous ne pourriez pas ne pas l’aimer. Oh ! que Dieu veuille que vous prêtiez une oreille attentive aux bonnes nouvelles que nous vous dirons de Lui. Adieu. Au mois prochain, si le Seigneur le veut.

Votre bon ami

Charles (Il s’agit de Charles François RECORDON).

« QUE DOIS-JE LIRE ? »

Article paru dans la Bonne Nouvelle de l’année 1877

Chers jeunes amis, c’est particulièrement à ceux d’entre vous qui êtes chrétiens que nous nous adressons maintenant. La question qui se trouve en tête de ces lignes est de toute importance, et mérite d’être prise par chacun de nous en sérieuse considération. « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es » ; tel est le dicton populaire. On pourrait dire avec la même vérité : « Montre-moi ta bibliothèque et je te dirais où tu en es ». Nos lectures peuvent généralement être prises comme un sûr indicateur de notre condition morale, intellectuelle et spirituelle. Nos livres sont les aliments dont notre homme intérieur se nourrit ; il est donc nécessaire que chacun de nous se demande : « Que dois-je lire ? ». Ce sujet, chers lecteurs, nous a beaucoup préoccupé ces derniers temps, et nous nous sentons pressé, par fidélité envers le Seigneur et envers vos âmes, de vous adresser quelques conseils sur ce point que nous envisageons comme étant de la plus haute importance pour chaque chrétien.

C’est avec une profonde tristesse que nous constatons autour de nous, et beaucoup, hélas ! parmi les jeunes chrétiens, un dégoût croissant pour des lectures solides et profitables. Avec quelle avidité ne dévore-t-on pas les romans religieux, les histoires émouvantes ou tragiques, les feuilletons, enfin toute espèce de littérature malsaine, empoisonnée, tandis que des brochures et des volumes, qui contiennent de précieuses et puissantes vérités, sont négligés, sur les rayons de la bibliothèque ? Ces faits ne sont-ils pas des plus alarmants ? Ne montrent-ils pas que le niveau spirituel est bien bas chez la plupart des chrétiens ? On ne conçoit pas comment une âme, qui possède la moindre étincelle de vie divine, peut trouver du plaisir à lire des choses mauvaises, nuisibles et positivement contraire, par conséquent, au développement de cette vie. L’apôtre inspiré exhorte les saints à désirer ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin qu’ils croissent par lui à salut (1 Pier. 2. 2). Comment pourrez-vous croître, chers amis, si vous négligez la Parole de Dieu, et que vous vous nourrissiez d’une littérature futile et légère ? Comment un chrétien peut-il être dans un état d’âme prospère, s’il ne trouve qu’à peine le temps de jeter les yeux sur un ou deux versets de l’Écriture sainte, tout en sacrifiant, des heures entières à des lectures d’une nullité complète, sans fond ?

Soyons certains que par notre lecture nous prouverons, d’une manière évidente, où nous en sommes et ce que nous sommes. Si notre lecture est légère et frivole, l’état de notre âme y correspond. Si, au contraire, notre christianisme est d’un caractère réel et sérieux, il sera manifesté clairement par ce qui fait le sujet de notre lecture habituelle et favorite.

Quelqu’un dira peut-être : « Je ne puis pas toujours lire la Bible et des livres sérieux ». À cela nous répondrons, avec une entière conviction, que la nouvelle nature qu’a reçue l’enfant de Dieu ne désire jamais autre chose. Maintenant il s’agit de savoir si nous désirons servir la vieille nature ou la nouvelle ? Si c’est la nouvelle, nous pouvons être assurés que la littérature mondaine, les feuilletons, etc. ne sont pas les moyens convenables. Il est absolument impossible qu’un chrétien sérieux trouve une jouissance quelconque dans ces choses. On ne trouve ni la manne cachée, ni le blé du pays de Canaan dans les feuilletons ; on ne trouve pas Christ dans les romans à sensation.

Il est fort triste qu’un chrétien puisse dire : « Comment pouvons-nous toujours lire la Bible ? Quel mal peut-il y avoir à lire un livre amusant ? » Faire de telles questions, c’est laisser voir que Christ ne suffit plus au cœur, que l’on s’est éloigné de lui : position des plus alarmantes. Un chrétien qui raisonne ainsi montre qu’il a déjà beaucoup décliné moralement, et qu’il a fait de déplorable progrès dans l’indifférence ; il est inutile alors de discuter avec lui sur le bien ou le mal qu’il peut y avoir dans telle ou telle lecture ; car il a perdu la capacité de juger sainement des choses relatives au témoignage que nous devons à Christ ; le sens spirituel est faussé, « la mort est dans la marmite ». Ce qu’il faut à une âme qui en est là, c’est un changement complet de dispositions et de pensées ; il faut qu’elle renonce à tout ce qui lui est en piège, et qu’elle revienne à Christ avec humiliation et confession ; alors le Saint-Esprit appliquera le remède divin pour la guérison de cette âme, et lui fournira en abondance la nourriture nécessaire pour son affermissement et sa prospérité.

Effectivement, une âme ne peut prospérer, elle ne peut pas faire de vrais progrès dans la vie divine, si elle n’a pas un sincère et véritable attachement pour la Bible, et si elle n’aime pas à profiter des écrits qui en développent le précieux contenu. Est-il possible qu’un chrétien, qui préfère une lecture insignifiante à quelque ouvrage ayant pour but notre réelle édification personnelle, soit dans une bonne condition morale ? Nous ne saurions le croire, étant persuadé que tous les chrétiens pieux, tous ceux qui désirent vraiment avancer dans la connaissance des choses divines, tous ceux qui aiment Christ et soupirent après le ciel et les trésors célestes, sont justement des lecteurs assidus de l’Écriture sainte et de tout livre bon et utile qui se trouve à leur portée. Ils n’auront ni le temps, ni le goût de lire les pernicieuses productions de la littérature mondaine ; ils ne discuteront pas la question de savoir si ces choses sont bonnes ou mauvaises ; ils n’en éprouvent tout simplement ni le besoin, ni le désir ; ils ont quelque chose d’infiniment meilleur. Quel est l’homme qui regretterait d’abandonner un peu de cendres, quand on l’inviterait à se nourrir du pain des anges ?

Ah ! C’est parce que nous sentons tout le sérieux du sujet qui nous occupe, c’est parce que nous en connaissons toute l’importance pour la marche pratique du chrétien, que nous vous avertissons, chers jeunes amis. C’est notre devoir devant Dieu. Nous vous supplions, vous qui débutez dans la carrière chrétienne, d’éviter, de délaisser toutes lectures futiles ; elles ne sauraient qu’être nuisibles à votre âme, parce qu’elles n’apportent pas Christ. Avant de prendre un livre quelconque, demandez-vous : « Est-ce que je voudrais que mon Seigneur vint et me trouvât occupé de cette lecture ? Puis-je la faire dans la présence de Dieu, et réclamer sur elle sa bénédiction ? Puis-je la faire pour la gloire du nom de Jésus ? » Si vous ne pouvez répondre affirmativement, que Dieu vous fasse la grâce de rejeter loin de vous ce que votre conscience condamne, et de consacrer vos loisirs à la lecture de sa sainte Parole et de tout écrit propre à vous faire avancer dans l’intelligence de cette Parole. Ainsi nourris et fortifiés, vous croîtrez dans la grâce, dans la connaissance et dans l’amour de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et des fruits paisibles de justice abonderont en vous à la gloire de Dieu le Père.

Nous voulons aussi vous mettre en garde, chers jeunes lecteurs, contre un autre danger dans lequel des âmes peuvent tomber, lorsque le manque d’équilibre dans leurs appréciations, venant fausser leur jugement spirituel, les empêche de penser de manière à avoir de saines pensées, quelque sincères d’ailleurs que puissent être ces âmes. En effet, l’on rencontre parfois des personnes qui croient bien faire en refusant de lire aucun ouvrage humain, pour ne s’en tenir qu’à la Bible, ce livre incomparable, le livre de tous les livres, dans lequel, disent-elles, elles trouvent tout ce dont elles ont besoin. Aux âmes droites et pieuses, même dans leur ignorance, nous répondrons que chacun doit juger pour soi-même de ce qu’il convient, l’un ne peut résoudre cette question pour un autre. Quand à nous, nous ne saurions prendre une position aussi élevée, ni dire, comme quelques-uns, que les écrits sont un empêchement plutôt qu’une aide, dans la lecture de la Bible. Au contraire, nous rendons grâce à Dieu, chaque jour davantage, pour le secours béni qu’Il nous accorde par le moyen de ses serviteurs bien-aimés, dont les travaux écrits sont comme un précieux courant de rafraîchissement et de bénédiction spirituelle, émanant de notre Chef couronné dans les cieux, auquel revient toute gloire. En n’admettant pas cela, on pourrait tout aussi bien refuser d’entendre un frère parler dans une assemblée, que lire ses écrits, car qu’est-ce que chacune de ces choses, sinon une branche spéciale du service du Seigneur pour notre profit et notre édification ?

Sans nul doute, nous devons avoir un soin particulier qu’il ne nous arrive de faire un cas exagéré du ministère écrit ou parlé ; mais l’abus possible d’une telle chose n’est pas un argument valable contre son emploi. S’attacher à un ministère, au détriment de Celui qui le donne, ou mépriser un ministère suscité de Dieu, sont certainement deux choses aussi dangereuses l’une que l’autre. Personne ne saurait se suffire à soi-même ; l’intention du Seigneur est que nous nous rendions utiles les uns aux autres. « Que les membres (du corps) aient un égal soin les uns des autres » (1 Cor. 12. 25). « Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ, et chacun individuellement membres l’un de l’autre » (Rom. 12. 5).

Combien d’âmes n’y aura-t-il pas dans le ciel, qui rendrons grâces à Dieu pendant toute l’éternité, à cause des bénédictions qu’elles ont reçues par des traités et des livres ? Que de personnes il y a, qui ne reçoivent jamais autre chose du ministère que ce que le Seigneur leur dispense par l’intermédiaire de la presse. On dira peut-être : mais ces personnes ont la Bible. C’est vrai, répondrons-nous, mais toutes n’ont pas la même aptitude pour sonder les vivantes profondeurs et saisir les gloires morales de ce livre merveilleux. Nul doute que si nous étions placés dans des circonstances telles, que nous fussions privés des secours du ministère, soit par écrit, soit de vive voix, l’Esprit de Dieu opérerait pour nous nourrir directement dans les verts pâturages de l’Écriture sainte. Mais qui oserait nier que les écrits des serviteurs de Dieu ne soient employés par le Saint-Esprit comme un moyen puissant de fortifier, d’affermir les enfants de Dieu, et de les édifier sur leur très sainte foi ? C’est notre conviction intime que Dieu s’est servi de ce moyen, durant ces quarante dernières années, d’une manière bien plus bénie que dans aucun autre temps de l’Église. Aussi n’avons-nous pas de quoi bénir le Seigneur ? Certainement ; et nous devrions prier avec des cœurs brûlants de reconnaissance, en Lui demandant toujours plus ardemment de mettre sa bénédiction sur les écrits de ces serviteurs, d’étendre de plus en plus leur circulation, et de donner à ceux qui les rédigent de le faire dans un langage pénétrant et réellement puissant. Un ouvrage humain, s’il n’est pas l’écho vivant du Saint-Esprit, ne sera qu’un airain qui résonne, ou une cymbale retentissante.

Le Saint-Esprit se sert donc de ses deux sortes de ministères pour la bénédiction des âmes et le développement de la vérité ; par conséquent nous estimons que c’est une grave faute de mépriser les moyens, quels qu’ils soient, qu’il plaît à Dieu d’employer. Bien plus, nous pouvons déclarer que nous avons rarement vu que ceux qui méconnaissent l’utilité des instruments de toutes sortes dont Dieu se sert, ne fussent pas très étroits dans leur vues, bornés dans leur spiritualité et partiaux dans leur jugement. Il ne saurait en être autrement, tant il est vrai que c’est un principe divin que nous nous rendions utiles les uns aux autres ; ainsi vouloir être indépendants des autres pour se suffire à soi-même, est un mal dont on ressentira tôt ou tard les graves conséquences.

« Par quel moyen le jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Ps. 119. 9).

Ceux qui sont intéressés par le détail des études sur la Parole de Dieu, les poésies et les sujets divers parus dans la Bonne Nouvelle, peuvent nous en faire la demande dans l’espace Questions et nous leur enverrons par mail.

J.D.L.

OLAF ET ANDRÉ

Aventures de vacances

Le moment des vacances d’été était arrivé. Les deux jeunes Norvégiens dont je vais vous parler s’en réjouissaient, tout comme le font les enfants de leur âge en France et en Suisse.

Nos amis, deux frères, se nommaient Olaf et André ; c’était de vigoureux garçons qui se plaisaient à escalader les rochers escarpés de leur pays natal.

Aussi, cet été-là, ils secouèrent gaiement la poussière de l’école et partirent tout joyeux pour le bord de la mer.

Très vite, l’air salin bronza leurs joues et le temps passa avec une grande rapidité. Bientôt nos deux compagnons durent songer au retour.

Mais avant de revenir à la maison, ils voulurent encore retirer un filet à poissons qu’ils avaient tendu aux abords d’une petite île peu éloignée du rivage. Sans souci aucun, nos deux garçons montèrent dans leur léger canot et débarquèrent dans l’îlot.

À peine avaient-ils mis pied à terre, qu’un coup de vent subit détacha leur nacelle mal assujettie et poussa l’embarcation vers la côte.

La solitude la plus complète régnait autour de nos amis ; pas trace de route dans ces régions sauvages et malheureusement, ni Olaf ni André ne savaient nager.

Ils se trouvaient vraiment dans une situation périlleuse. Sans aucun espoir de secours, ils se voyaient échoués sur un îlot absolument désert et les pauvres garçons ne savaient que décider ou entreprendre.

Pour comble de malheur, ils avaient laissé leurs vestes sur le rivage et se trouvaient ainsi vêtus uniquement de leurs chemises et de leurs pantalons de toile. C’est ainsi que la nuit les surprit.

Afin de se garantir quelque peu contre le vent qui soufflait avec violence, André et Olaf se construisirent une hutte grossière de pierres et de branchages. Une fois ce travail achevé, épuisés par la fatigue et par la faim, ils finirent par trouver dans le sommeil l’oubli momentané de leur triste situation.

Mais hélas ! les premières lueurs du matin vinrent les rendre à leur détresse. Ils avaient beau scruter l’horizon : aucune voile ne s’y profilait.

Pour apaiser la faim qui les tenaillait, l’îlot ne leur fournit qu’un peu d’herbe sèche et dure et cela encore en si petite quantité qu’ils n’en pouvaient recueillir que deux ou trois bouchées chaque jour.

C’est dans l’angoisse que l’on apprend à prier. Nos deux malheureux amis, dans leur extrême détresse, élevèrent leur voix et implorèrent le Seigneur afin qu’Il ait pitié d’eux.

Comme ils étaient reconnaissants de trouver ne fût-ce qu’une poignée d’herbage ! Et chaque fois qu’ils avaient mangé en remerciant Dieu pour sa bonté, ils sentaient la douleur qui leur tiraillait l’estomac se calmer pour un moment, et leurs bras reprenaient un peu de force.

Ainsi se passèrent plusieurs jours. Les enfants avaient laissé leur chien sur le rivage pour veiller sur leurs effets. Dans leur désespoir ils cherchèrent à l’attirer jusqu’à eux ; ils pensaient à le tuer pour apaiser leur faim.

Mais le fidèle gardien ne répondit à leurs appels que par des gémissements lamentables ; pendant trois jours, il attendit sur la plage, puis tristement s’en alla, lui aussi.

Six fois les garçons avaient vu le soleil disparaître et six fois il s’était levé pour éclairer leur misère ; puis, un matin, ô désespoir ! ils constatèrent que la provision d’herbe était épuisée.

De nouveau, ils se jetèrent à genoux et implorèrent le secours de Dieu ; et voilà que, soudain, leurs regards angoissés s’arrêtèrent sur une grosse touffe d’oseille bien juteuse. Comment pareille aubaine avait-elle pu passer inaperçue jusque-là ?

Ils ne le surent jamais, mais ce fut avec des larmes de joie et de reconnaissance qu’ils se partagèrent ce frugal repas.

Lorsqu’au matin du troisième jour les malheureux avaient vu partir leur chien, ils en avaient ressenti une grande tristesse. Et cependant Dieu, dans sa Providence, permit que l’animal devienne l’instrument de leur salut.

Se traînant à peine, réduit à l’état de squelette, la pauvre bête vint gémir devant la porte de la maison paternelle des deux frères. Les parents, déjà âgés, étaient fort angoissés par l’absence prolongée de leurs fils ; ils pressentirent un malheur.

Sans tarder, ils dépêchèrent un homme à la recherche des garçons. Celui-ci trouva bien leurs effets sur le rivage, mais n’apercevant aucune forme humaine aussi loin qu’il pouvait voir, et n’entendant pas le moindre son qui puisse trahir la présence d’un être vivant, il revint à la maison, concluant que les enfants disparus avaient été engloutis par la mer. Figurez-vous la douleur des pauvres parents !

Le sixième jour arriva. Olaf semblait près d’expirer. Il sentait dans tout son corps une douleur cuisante et il était devenu si faible qu’il ne pouvait plus se tenir sur ses pieds.

André, le plus jeune, mais cependant le plus vigoureux des deux frères, se traîna jusqu’à un tronc d’arbre que les flots avaient apporté sur l’îlot et, à l’aide de son couteau, il grava dans le bois un court récit de leur triste sort, il ajouta le vœu que, si leurs cadavres étaient retrouvés et ensevelis, on inscrivît sur la tombe les versets 23 à 26 du Psaume 73 : « Mais je suis toujours avec toi : tu m’as tenu par la main droite ; Tu me conduiras par ton conseil, et, après la gloire, tu me recevras. Qui ai-je dans les cieux ? Et je n’ai eu de plaisir sur la terre qu’en toi. Ma chair et mon cœur sont consumés ; Dieu est le rocher de mon cœur, et mon partage pour toujours », que lui et son frère avaient lus ensemble la veille de leur départ.

Il fallut bien des heures au pauvre enfant, épuisé comme il l’était, pour mener sa tâche à bonne fin. Cependant il en vint à bout, et lentement, le cœur serré et la tête vide, il se traîna de nouveau auprès de son frère dont la vie ne tenait plus qu’à un fil.

Une fois encore, ils prièrent ensemble, recommandant leurs âmes à leur Père céleste. Quel bonheur pour eux que, dès leur enfance, ils aient appris à connaître le chemin du salut !

Maintenant, en face de la mort, des passages des Écritures, entendus dans la maison paternelle, leur revenaient à la mémoire et leur apportaient la consolation dont ils avaient besoin.

Ils étaient tranquilles, malgré la position désespérée dans laquelle ils se trouvaient, parce qu’ils s’appuyaient sur l’œuvre accomplie pour eux par le Seigneur Jésus Christ.

La nuit vint. Les deux frères, étroitement enlacés, étaient couchés dans la hutte. De sommeil, il n’en était pas question. Olaf gémissait continuellement et André se sentait envahir par un engourdissement complet.

Tout à coup, de la côte leur parvint un son apporté par le vent. Ils tendirent l’oreille. Bientôt le doute ne fut plus possible ; ils perçurent distinctement le bruit produit par le galop de plusieurs chevaux.

Les mourants se soulevèrent ; ils unirent leurs faibles voix et jetèrent dans la nuit un appel désespéré. Les nouveaux arrivants devaient être parvenus à l’endroit où le bateau était échoué.

De nouveau, les garçons crièrent et ce qui leur restait de forces s’épuisa dans ce dernier élan… Leur voix fut entendue.

Quelques instants plus tard, le clapotis régulier des rames frappant l’eau parvint à leurs oreilles. Encore quelques minutes et ils se virent entourés par des figures amies, une nouvelle escouade que leurs parents avaient envoyée à leur recherche – ou du moins pour acquérir une certitude quelconque sur leur sort.

Nous renonçons à décrire la joie des deux garçons. Mais leur faiblesse était telle qu’ils perdirent connaissance et restèrent longtemps comme morts.

Leurs sauveteurs les transportèrent avec toutes sortes de précautions jusqu’à la terre ferme.

On réussit à leur faire avaler une gorgée de vin et une bouchée de pain, et ainsi ils furent portés jusqu’à la maison paternelle.

Là, entourés par l’affection, les soins et la tendresse de leurs parents, ils reprirent rapidement leurs forces et bientôt il ne leur resta plus que le souvenir de leur périlleuse aventure et de leur merveilleuse délivrance.

Cette expérience porta des fruits bénis dans les cœurs d’André et d’Olaf. Ils apprirent ainsi que « Dieu est notre refuge et notre force, un secours dans la détresse, toujours facile à trouver » (Ps. 46. 1) et que ceux qui s’attendent à Lui ne sont jamais confus.

UN ÉPISODE DE LA GUERRE D’AMÉRIQUE

Depuis plusieurs années la question de l’abolition de l’esclavage agitait violemment les esprits aux États-Unis. Un des plus ardents adversaires de l’esclavage était Abraham Lincoln.

Or, en 1860, Lincoln ayant été élu président de l’Union, il se fit une profonde scission entre les États du sud, partisans de l’esclavage, et les États du nord, opposés à cette institution inhumaine, cruelle et abominable.

Dix états déclarèrent se détacher successivement de l’Union et se constituèrent en Confédération indépendante. Ils élurent un président, adoptèrent une nouvelle capitale, Richmond, et opposèrent une armée à celle de l’Union.

Pendant quatre ans, les Confédérés livrèrent aux Fédéraux une suite de batailles où les succès et les revers se balancèrent longtemps.

Enfin les Fédéraux l’emportèrent : Richmond fut prise et incendiée en avril 1865, et cette terrible catastrophe amena la capitulation des divers corps d’armée confédérés.

Un riche propriétaire du Nord, M. Owen, ardent patriote, crut de son devoir de pousser son fils unique à prendre les armes pour la défense de l’intégrité de l’Union et contre l’esclavage.

Ce sacrifice lui coûta de grandes angoisses. Chaque jour il se préparait à la douloureuse nouvelle que son fils ait reçu quelque blessure, ou soit compté au nombre des morts.

Mais quelque chose de bien autrement terrible vint le frapper : il reçut la nouvelle que le jeune homme avait été surpris endormi à son poste de sentinelle et qu’il avait été condamné, vu la gravité du cas, à être fusillé dans les vingt-quatre heures…

Consterné, le père était en proie à la plus douloureuse agitation, lorsque sa fille Blanche entra et lui tendit une lettre, disant d’une voix étranglée : « C’est de lui ! »

C’était, semblait-il, un message venu d’outre-tombe. Le père prit la lettre d’une main tremblante, mais n’ayant pas la force de la lire, la porta à un ami. Celui-ci l’ouvrit et lut à haute voix ce qui suit :

« Cher père,

Quand ma lettre vous atteindra, je ne serai plus. Cette pensée me parut terrible, mais maintenant toute terreur est passée. On m’a assuré que je ne serai ni lié, ni bandé ; je pourrai mourir en homme.

J’avais espéré, cher père, que si je devais mourir, ce serait sur le champ de bataille, en combattant pour ma patrie ; mais être fusillé comme un malfaiteur, mourir pour avoir manqué à mon devoir, et presque trahi la patrie, ah ! mon père, cette pensée me fait horreur !

Mais il est nécessaire que tu saches tout, afin que tu ne te sentes pas humilié dans ton cœur ; plus tard tu pourras le faire savoir à nos amis et à mes camarades ; maintenant je ne puis ni ne dois en parler à aucun autre.

Tu sais que j’avais promis à la mère de Jacques Carr de prendre soin de son fils ; ainsi quand il tomba malade, je fis pour lui tout ce que je pus. Il n’avait pas encore repris ses forces quand il reçut l’ordre de reprendre le service.

Presque aussitôt nous avons dû marcher rapidement, et durant toute la journée qui précéda la nuit fatale, je cherchai à le soulager, en portant, outre mon bagage, tout le sien. Vers le soir on nous fit marcher si rapidement que même les plus forts étaient abattus par la fatigue ; Jacques certainement serait tombé le long de la route s’il ne s’était appuyé sur mon bras.

Nous arrivâmes au camp ; là je fus atterré d’entendre que Jacques devait monter la garde ; je lui dis aussitôt que je pouvais très bien prendre sa place ; mais j’étais, paraît-il, moi aussi trop fatigué !

Je m’endormis, et je crois que je ne me serais pas réveillé même à un coup de canon. On m’a dit que, vu les circonstances atténuantes, il m’est accordé un délai pour que j’aie le temps de vous écrire.

Ne gardez aucun ressentiment à mon colonel, cher père ; il est si bon, il aurait voulu me sauver, mais la loi militaire me condamne. Et moins encore vous devez accuser Jacques de ma mort : ce cher Jacques est désespéré et ne cesse de me supplier de le laisser mourir à ma place.

Je puis à peine penser à ma mère et à Blanche. Vous les consolerez, mon père, oh ! vous les consolerez ! Dites-leur que je meurs honnête, et qu’elles n’ont aucun motif d’avoir honte de moi.

C’est une dure épreuve. Que Dieu nous aide ! Il est près de moi, et sa présence m’est bien précieuse. Je sais qu’Il ne veut pas que je périsse ; Il regarde avec compassion le pauvre pécheur humilié, repentant, qui ne cesse de crier à Lui ; oui, Il m’a donné l’assurance qu’Il me prendra auprès de Lui pour vivre avec Lui, mon Sauveur, dans une vie meilleure.

Ce soir, au crépuscule, je vous verrai par la pensée pour la dernière fois, à l’heure où, selon votre habitude, vous rentrez des champs ; je vous vois tous m’attendant, comme il vous arrivait si souvent de le faire, mais je ne reviendrai plus…

Que Dieu vous bénisse tous, mes bien-aimés père et mère et sœur, et pardonnez à votre Benjamin ».

Le même soir, la porte de la maison s’ouvrait tout doucement, sans bruit, et une enfant assez jeune sortait, courant en hâte dans le sentier qui conduit à la ville. Il semblait qu’elle volait plutôt que de courir !

Deux heures après elle était à la station du chemin de fer, juste à temps pour prendre un train de nuit. Pauvre Blanche ! elle allait à Washington implorer pour son frère la grâce du président de la république, Abraham Lincoln.

Elle était partie sans que personne s’en doute, laissant seulement un billet pour expliquer son départ à ses parents. Elle portait avec elle la lettre de Benjamin ; il lui paraissait impossible qu’un cœur tel que celui du président puisse demeurer insensible s’il en entendait la lecture.

À peine arrivée à New York, le compatissant conducteur du train se chargea de la faire entrer aussitôt dans un express qui partait pour Washington, vu que la vie du frère pouvait dépendre de quelques minutes de retard. Aussi, dans un temps incroyablement bref, Blanche arriva au terme de son voyage, et se trouvait à l’entrée de la maison du président.

Lincoln était occupé à examiner des papiers importants qu’il avait à signer, lorsque la porte s’ouvrit doucement et Blanche se trouva devant lui, les yeux baissés et les mains jointes.

– Eh bien! ma fillette, que désires-tu de si bon matin ? dit-il d’un air bienveillant.

– La vie de Benjamin, monsieur, balbutia l’enfant.

– Benjamin ! Qui est Benjamin ?

– Mon frère, monsieur ; ils doivent le fusiller parce qu’il s’est endormi à son poste.

– Ah! je m’en souviens, dit Lincoln, parcourant du regard quelques-uns des papiers qui étaient sur la table. Ce fut un sommeil fatal, mon enfant ; c’était un moment de grave péril, et des milliers de vies auraient pu périr par cette coupable négligence.

– Mon père le dit aussi, suggéra timidement Blanche, mais Benjamin était si fatigué et Jacques si faible ! Il a fait la part de deux. Il incombait à Jacques et non à lui, mais Jacques était épuisé, et Benjamin n’a pas pensé que lui aussi l’était…

– Que dis-tu, ma petite ? je ne te comprends pas, voyons approche-toi, dit l’homme généreux, toujours content lorsqu’il pouvait trouver une excuse valable à une faute commise.

Blanche s’approcha. Lincoln lui prit la main, releva son visage pâle et angoissé, et l’encouragea à parler tranquillement. Alors elle lui raconta la triste histoire, et lui montra la lettre de son frère.

Le président la lut avec soin, puis sonna, écrivit quelques lignes en hâte et dit à un fonctionnaire :

– Expédiez cette dépêche immédiatement !

Se retournant vers Blanche, il ajouta :

– Retourne à la maison, ma chère enfant, et à ton père, qui eut le courage d’approuver la justice de son pays, alors que cette justice frappait son fils unique, tu diras qu’Abraham Lincoln estime une telle vie trop précieuse pour la laisser perdre.

Retourne donc, ou, si tu veux, attends jusqu’à demain : Benjamin aura besoin de quelques jours de congé, et pourra retourner à la maison avec toi.

– Ah ! que Dieu vous bénisse ! dit l’enfant toute tremblante d’émotion.

Deux jours plus tard, le frère et la sœur rentraient, comblés de joie, sous le toit paternel. Le père les étreignant sur son cœur s’écria :

– Seigneur ! tu es bon et miséricordieux !

Lecteur, comme cette simple histoire est belle et émouvante ! Certainement ton cœur fut ému en la lisant ; tes larmes ont coulé sans doute en voyant ce jeune homme gracié.

Il eût paru bien dur, n’est-il pas vrai, qu’il doive payer de sa vie un tel acte de dévouement envers un compagnon faible, maladif, ayant besoin de son aide.

Je pense que Jacques Carr n’aura plus jamais oublié que son ami fut sur le point de perdre la vie par amour pour lui et que, par un effet de la grâce de Dieu, il aura senti croître et se multiplier son amour à son égard.

S’il n’eût pas été reconnaissant pour les bienfaits reçus, il aurait été ingrat et méchant.

Et toi, lecteur, n’as-tu jamais pensé que tu as un Ami, qui t’a aimé d’un amour infini, et a fait pour toi infiniment plus que Benjamin pour Jacques ?

Peut-être me demanderas-tu surpris : « Qui est cet ami dévoué ? Je ne le connais pas et ne sais de quoi je dois lui être reconnaissant ».

Je te dirai qui il est et ce qu’il a fait pour toi. C’est Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui est venu dans ce monde pour souffrir et mourir pour toi : Il est mort sur la croix pour toi, pour moi, pour tous.

« Il a été blessé pour mes transgressions, meurtri pour mes iniquités », peuvent dire tous les pécheurs qui sont venus à Lui et ont accepté son sacrifice : par l’efficace du sang du Fils de Dieu qui à coulé sur la croix, ils sont purifiés de tous leurs péchés.

Hélas ! tous peuvent dire : « Nous avons tous été errants comme des brebis ; nous nous sommes tournés chacun vers son propre chemin ; et l’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous. Il a été opprimé et affligé, et il n’a pas ouvert sa bouche, il a été amené comme un agneau à la boucherie, et a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ; et il n’a pas ouvert sa bouche » (És. 53. 5 à 7).

Lecteur, as-tu accepté Jésus comme ton Sauveur ? as-tu été lavé dans son sang ? L’aimes-tu parce qu’Il t’a aimé le premier ?

Si tu n’as pas encore reçu le don de Dieu, Jésus, le tendre Ami du pécheur, cherche-Le tandis qu’on le trouve ; invoque-Le tandis qu’Il est près. Serait-ce en vain que Jésus serait mort pour toi ?

Pourquoi ne serais-tu pas un de ces bienheureux dont la transgression est pardonnée et dont le péché est couvert ? un de ceux auxquels il a donné le droit d’être enfants de Dieu, qui de tout leur cœur peuvent chanter :

« Je la connais cette joie excellente

Que ton esprit, Jésus, met dans un cœur ;

Je suis heureux, oui, mon âme est contente

Puisque je sais qu’en toi j’ai mon Sauveur ».

D’après La Bonne nouvelle 1912

LE FILS DE DIEU

Jean le baptiseur dit : « Et moi, j’ai vu et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu » Jean 1. 34.

Dans tous les écrits de l’apôtre Jean, le Seigneur Jésus nous est présenté comme le Fils de Dieu.

Dans son évangile, Jean parle du Fils de Dieu en qui nous croyons. Il est devenu Homme afin de nous apporter la grâce divine. Toutes ses paroles et toutes ses œuvres témoignent de Lui comme étant Celui qui est venu de Dieu le Père vers nous. À notre conversion, nous avons cru en son nom et nous l’avons reçu dans notre vie ; et en conséquence, Il nous a donné le droit d’être enfants de Dieu (Jean 1. 12).

Dans les épîtres de l’apôtre Jean, nous venons à la connaissance du Fils de Dieu comme Celui que nous aimons. Cela n’est possible que parce que Dieu « nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4. 10). Nous avons connu l’amour de Dieu pour nous lorsqu’Il a pardonné nos péchés et qu’Il nous a donné la vie éternelle, en conséquence de l’œuvre rédemptrice de son Fils. Nous sommes maintenant capables d’aimer le Fils de Dieu : « Nous, nous aimons, parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19).

Dans l’Apocalypse, où le Seigneur Jésus montre à son serviteur ce qui va arriver bientôt, Il se présente Lui-même comme Celui qui vient. Il est le Fils de Dieu en qui nous espérons. Nous l’attendons comme l’étoile brillante du matin qui nous emmènera au ciel avant qu’arrive le temps annoncé des jugements. Le Fils de Dieu Lui-même nous promet, au début et à la fin de la Bible : « Je viens bientôt » (Apoc. 3. 11 ; 22. 20).

D’après « The Good Seed » avril 2024

SERVEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES

« Maman prétend toujours que je devrais me rendre utile, disait à mi-voix Hélène Milloud, je voudrais bien savoir en vérité ce qu’elle veut que je fasse ! »

Hélène n’avait que douze ans, et elle s’imaginait qu’elle était trop jeune pour s’inquiéter, soit de la perte du temps, soit de l’usage qu’elle aurait dû faire des talents que Dieu lui avait confiés.

Il lui semblait que, pourvu qu’elle apprenne tant bien que mal ses leçons et les fasse, sans trop grogner, le travail de couture qui lui était imposée chaque jour, on ne pouvait rien lui demander de plus.

Elle s’imaginait que tous les soucis, toutes les difficultés, tous les travaux, tout ce qui donnait quelque peine, devaient être la part des grandes personnes, tandis que tous les plaisirs étaient le partage naturel des enfants.

« Il est clair que je travaillerai quand je serai grande, se disait-elle, mais maintenant j’aime mieux m’amuser ».

C’est ainsi qu’Hélène, tout en pensant que, dans l’avenir, elle accomplirait de très grandes choses, ne pratiquait jamais aucun des devoirs qui devaient pourtant devenir un jour les habitudes de sa vie.

Elle se tenait à une fenêtre, regardant dehors, lorsqu’elle prononça à mi-voix les paroles que nous avons citées en commençant ce récit.

Sa mère entrait à cet instant dans la chambre, et l’ayant entendue, elle lui dit :

– Veux-tu que je te montre comment on peut se rendre utile ?

– Si tu veux, maman, répondit-elle avec indifférence.

– Eh bien, va mettre ton chapeau et tu sortiras avec moi.

Hélène remarqua que sa mère portait au bras un panier bien plein, et elle pensa : « Maman veut que je me rende utile en portant son panier ; mais elle devrait bien savoir que je ne puis accepter de porter un panier, surtout dans les rues ! »

Mais sa mère ne lui demanda pas de porter son panier.

La conscience d’Hélène lui reprochait son égoïsme et elle se disait pour se justifier : « Pourquoi est-ce que maman n’a pas pris Anna pour porter ce panier ? Certes elle n’a pas trop de travail à faire !

Mme Milloud vit qu’Hélène détournait les yeux du panier, et elle comprit qu’il y avait une lutte dans son esprit ; mais elle ne lui dit rien, elle voulait que la leçon vienne d’un autre côté.

Bientôt Hélène, très paresseuse, se trouva fatiguée de marcher, et dit :

– Est-ce encore loin, maman ? Tu seras fatiguée. Ne vaudrait-il pas mieux prendre une voiture ?

– Je ne suis pas le moins du monde fatiguée, mon enfant. Je crains que tu ne parles pour toi plutôt que pour moi, ajouta-t-elle en souriant.

La fillette sentit que si elle avait pensé à la fatigue de sa mère, elle aurait offert de porter son panier.

Elles marchèrent encore un moment, puis Mme Milloud s’engagea dans une ruelle, et arriva devant une maison de pauvre apparence.

Après être montées trois étages, elles s’arrêtèrent devant une porte ; Mme Milloud heurta.

Une douce voix répondit : Entrez !

La mère et la fille se trouvèrent bientôt dans une chambre qui pouvait aussi servir de cuisine.

Hélène regarda autour d’elle avec surprise ; elle n’avait jamais pensé qu’on puisse vivre ainsi et tout faire dans une seule pièce.

La voix qu’elle avait entendue était celle d’une personne jeune encore, quoique ses cheveux soient déjà tout gris.

Elle était assise dans son lit, soutenue par des oreillers, et tricotait très rapidement. Elle posa son ouvrage pour tendre la main à Mme Milloud, et le brillant sourire qui illumina sa figure montra clairement la joie que lui faisait cette visite.

– Je vous ai enfin amené ma fille Hélène dont je vous ai souvent parlé.

Hélène, mon amie que tu vois ici s’appelle Olivia Grin.

Hélène s’avança et tendit la main à la malade ; puis, lorsqu’elle la vit si heureuse de recevoir le contenu du panier, elle regretta presque de n’avoir pas aidé à le porter.

– Oh ! Madame, que vous êtes bonne, dit la malade. Que Dieu est bon de me susciter de si gentils amis ! Je ne puis être assez reconnaissante envers Lui…

Je suis toujours couchée et je n’ai pas besoin de grand-chose, mais ma mère a besoin, à son âge, d’une nourriture fortifiante.

– Vous êtes toujours couchée ? s’écria Hélène. Est-ce que vous ne vous levez jamais ?

– Non. On me soulève seulement de temps en temps pour arranger mon lit. Je suis sûre qu’il y a plus d’années que je suis couchée ici, que vous n’en avez.

– J’ai douze ans.

– Eh bien, il y a quinze ans que j’ai eu l’accident qui m’a privée de l’usage de mes jambes.

– Racontez cela à ma fille, dit Mme Milloud.

– Depuis que je suis toute petite, j’ai dû travailler dans une usine, de sorte que je n’ai pas eu le temps d’apprendre à lire, ni à écrire, ni à coudre, ni rien en un mot.

Mon père et ma mère travaillaient aussi à la fabrique, et quand mon père mourut, il me fallut travailler d’autant plus.

Je ne vous raconterai pas mon accident ; il y eut sans doute de ma faute, je m’approchai trop des machines, et la conséquence fut qu’après beaucoup de souffrances, on me rendit enfin à ma mère en me déclarant complètement incurable !

Je n’avais alors que dix-sept ans ; aussi, vous pouvez vous imaginer combien cette sentence me parut épouvantable ! Je dis à ma mère :

– Si je suis incurable, les docteurs ne pourront me faire aucun bien, de sorte que je puis facilement me passer d’eux ; je crois qu’il faut prendre patience jusqu’à ce que je puisse aider de nouveau.

Ma mère éclata en pleurs et me dit :

– Ma pauvre enfant, tu ne pourras jamais plus travailler.

– Non, lui dis-je, et j’ai pris mon parti d’avoir mes jambes inutiles. Ce qui m’afflige surtout, c’est que mes doigts soient aussi inutiles.

– Mais vous pouviez pourtant remuer vos mains ? s’écria Hélène qui avait suivi ce récit avec le plus grand intérêt.

– Oui, j’ai toujours eu l’usage de mes mains mais, malgré cela, elles n’en étaient pas moins inutiles.

– Est-ce que vous n’aviez jamais eu l’occasion d’apprendre à travailler de vos mains ? dit Hélène.

– J’aurais pu apprendre si je l’avais voulu ; mais j’étais jeune et il me semblait qu’après mes heures de travail, j’avais bien assez fait.

Je ne savais donc ni bien coudre, ni tricoter ; je ne savais faire que l’ouvrage de l’usine et, jusque-là, j’étais toujours sûre de gagner ma vie.

J’aimais beaucoup courir et m’amuser, je ne voulais pas aller à l’école du soir, et j’étais ainsi arrivée à l’âge de dix-sept ans sans rien savoir de ce qu’une femme devrait toujours connaître.

Je pensais que j’aurais toujours le temps d’apprendre ; mais je compris maintenant et je regrette le temps et les occasions que j’avais perdus ! Mais cela m’appris que je devais plus prier.

– Est-ce que votre mère ne vous avait pas enseigné à prier ?

– Oui, sans doute, elle me disait de prier le matin et le soir, mais ce n’est que lorsque j’ai senti un pressant besoin du secours de Dieu et de son pardon, que j’ai appris à prier réellement.

Ce dont j’avais besoin, c’était de trouver un moyen d’utiliser mes mains, et Dieu m’a accordé ma demande.

– Comment cela ?

– J’étais ainsi préoccupée, lorsque votre mère venait chez nous. Elle avait appris ce qui m’était arrivé, et elle venait pour me consoler, et surtout pour m’enseigner où je trouverais la vraie consolation.

Elle me parla de Jésus, de sa vie, de sa mort et de sa gloire auprès du Père où Il intercède en notre faveur.

En l’entendant, mon cœur fut d’abord rempli de douleur à la pensée de mes péchés, puis de reconnaissance en apprenant que j’avais un tel Sauveur.

– Votre mère me témoigna tant de bonté que je lui confiai le grand chagrin que j’avais de ne pouvoir rien faire pour gagner ma vie. Alors elle me lut la parabole des talents et me montra que ce que Dieu demandait, c’était seulement de faire valoir le talent qu’Il nous avait confié.

Puis elle continua :

– Vous avez encore vos mains, ma chère Olivia et, si vous le voulez, je me chargerai bien volontiers à vous enseigner à vous en servir avec profit.

La malade s’arrêta, et prenant son travail, elle le montra à Hélène en lui demandant comment elle le trouvait.

– Magnifique ! Je voudrais bien savoir travailler comme cela… mais je pense que je le pourrai tout naturellement quand je serai grande.

– Savez-vous qui m’a enseigné à travailler ainsi ; à faire encore beaucoup d’autres ouvrages et, bien mieux, à lire et à écrire ?

Oui, mademoiselle, vous avez raison de regarder votre mère, c’est elle qui est l’amie que Dieu m’a envoyée en réponse à mes prières.

Personne ne saura jamais quel temps elle m’a consacré et quelle patience elle a eue avec moi. Maintenant, on a la bonté de me fournir du travail, et je gagne assez pour les premiers besoins de notre vie.

Nous avons aussi de bonnes voisines qui viennent volontiers nous donner un coup de main, et ainsi il ne nous manque rien et nous sommes très heureuses !

Olivia se tut.

Mme Milloud regarda sa montre et dit :

– Il nous faut partir ; mais j’espère que ma fillette n’oubliera pas ce qu’elle vient d’entendre.

– Oh ! non, maman, dit Hélène d’un ton convaincu.

Et, se levant, elle serra affectueusement la main de la malade.

– Ma mère sera triste de ne pas avoir été ici pour vous voir, madame, mais je l’ai engagée à sortir un peu par ce bel après-midi.

Si vous désirez reprendre le panier, j’appellerai notre voisine, Mme Martin, pour qu’elle le débarrasse.

– Non, ma chère Olivia, nous laisserons le panier, car je pense que votre mère préférera le vider elle-même.

Viens, Hélène, ma chérie, je crains que nous ne soyons en retard.

Et après avoir dit affectueusement adieu à la malade, Mme Milloud partit avec sa fille.

Tandis que Mme Milloud et Hélène retournaient chez elles, celle-ci était très silencieuse, et sa mère se garda bien de la distraire de ses pensées.

Ce fut Hélène qui rompit enfin le silence, en disant :

– Maman, me permettras-tu d’aller demain chercher le panier ?

– Certainement, ma chérie, si cela te fait plaisir de faire cette course.

– Cela me fera plaisir de revoir Olivia… Dis-moi, quel bonheur que tu lui aies enseigné tant de choses !

– Cela a aussi été un bonheur pour moi, car si j’ai pu lui enseigner quelques petites choses, elle m’en a enseigné de bien plus grandes.

– Comment cela, maman ?

– Je ne puis te l’expliquer maintenant ; mais je crois que si tu vois souvent Olivia, tu comprendras bientôt par toi-même ce que je veux dire.

– J’irai demain, maman, puisque tu me le permets.

Le jour suivant, Hélène n’oublia pas d’aller chercher le panier ; mais avant de partir, elle dit à sa mère :

– Si Olivia est toute seule, puis-je rester un moment avec elle ?

– Oui, ma chérie, si cela te fait plaisir.

Hélène marcha beaucoup plus vite que la veille, de sorte que la distance lui parut bien moins longue.

Elle frappa à la porte de la chambre habitée par Olivia et sa mère, et entendit la voix paisible d’Olivia l’invitant à entrer.

– Hélène ! dit la malade. Quelle surprise de te voir déjà aujourd’hui ! Prends une chaise.

Hélène prit une chaise en disant :

– Maman m’a permis de rester un moment, si vous étiez seule et que cela ne vous dérange pas.

– Cela me fera le plus grand plaisir, car il y a bien longtemps que je désirais faire ta connaissance. Je me demandais toujours si tu ressemblais à ta gentille mère.

– On dit que je ressemble surtout à papa, au moins le visage.

– Eh bien, si tu ressembles à ta mère pour le reste, tu amèneras la joie partout où tu te présenteras.

La fillette sentait fort bien qu’elle ressemblait encore moins à sa mère par son cœur et son âme que par son apparence extérieure ; mais comme cette pensée ne lui était pas agréable, elle détourna la conversation en disant :

– Je ne sais pas ; j’espère que cela viendra, en grandissant, mais je n’ai pas encore essayé.

Cependant, quand je vous vois travailler, j’ai presque envie d’apprendre aussi à tricoter et à crocheter.

– Je te l’enseignerai volontiers, si tu veux.

Hélène se laissa facilement persuader, et Olivia, prenant aussitôt des aiguilles et de la laine, se mit patiemment à donner sa première leçon.

Cela n’alla pas très bien au commencement, et Hélène fut plus vite fatiguée qu’Olivia ; cependant elle avait appris à tenir les aiguilles et à faire une maille, lorsqu’une jeune femme ouvrit la porte et entra dans la chambre avec un gros poupon dans ses bras.

Celui-ci se mit à pousser des cris de joie en apercevant Olivia, et il lui tendit ses petits bras.

– Ah ! petit malin ! s’écria la mère, tu connais ceux qui te gâtent !

Je suis venue, continua-t-elle, pour voir si vous pourriez me garder un peu ce petit ; j’ai plusieurs commissions à faire, et je les ferai infiniment plus vite si je puis y aller sans lui.

– Oui, sans doute, madame Martin ; je le garderai volontiers. Viens vers moi, Jeannot.

Mme Martin donna un bon baiser à son poupon, le mit dans les bras d’Olivia et partit pour aller faire ses commissions.

– Comment pouvez-vous vous charger de ce gros garçon ? dit Hélène. C’est si fatigant de garder les enfants ! Chaque fois que je veux soigner un moment mon petit frère, je n’en peux plus après.

– J’aime tellement ce cher petit ! Tu ne peux comprendre comme cela m’égaie de le voir rire, de l’entendre gazouiller et de sentir ses chères petites mains dodues me caresser le visage !

Mais c’est aussi un grand bonheur pour moi de pouvoir rendre un petit service à sa mère. Tu n’as aucune idée des services qu’elle nous rend. Elle ne trouve jamais rien de trop difficile quand c’est pour nous aider.

Cette conversation ne continua pas sans interruption, car Jeannot n’entendait pas être laissé de côté, et il fallait constamment s’occuper de lui.

Hélène ne faisait pas mine de s’en aller, car elle était intéressée par tout ce qu’elle voyait.

Ce fut Olivia qui lui dit enfin :

– J’aime beaucoup vous garder ici, ma chère enfant, mais ne craignez-vous pas que votre mère ne soit en peine à votre sujet ?

Hélène se leva, prit le panier et promit de revenir. Elle remercia Olivia de la peine qu’elle s’était donnée pour elle, secoua le bras potelé du petit bout d’homme, et se hâta de reprendre le chemin de la maison.

Elle ne raconta pas à sa mère ce qui était arrivé, mais Mme Milloud reconnut, à divers petits indices, qu’il y avait une différence dans les actions de sa fille.

Elle se mit à accomplir, sans qu’on le lui dise, certains petits devoirs qu’elle cherchait auparavant à esquiver. Elle consolait son petit frère, cherchait les joujoux qu’il avait perdus et passait de bons moments à l’amuser.

Le soir de ce premier jour, quand Hélène fut dans sa chambre, elle se mit à genoux pour prier, au lieu de répéter nonchalamment des phrases sans y mettre son cœur, elle pensa à une parole que lui avait dite Olivia et qui l’avait beaucoup frappée : « J’ai demandé à Dieu de tout mon cœur ce dont j’avais besoin » et elle se dit : « J’ai grand besoin, moi, de devenir sage, afin d’être la joie et la consolation de ma mère, aussi je vais le demander à Dieu de tout mon cœur ».

La première fois qu’Hélène put retourner chez Olivia, elle trouva Mme Grin qui introduisait un vieillard dans la chambre, et elle reconnut bientôt qu’il était aveugle.

– Vous arrivez au bon moment pour voir ma mère et un de nos meilleurs amis, lui dit la malade.

Il demeure à quelques pas et, comme il n’y voit pas pour lire, maman va le chercher et je lis pour tous trois. Quel bonheur que j’aie une si bonne vue !

– Ah ! je le crois bien, dit le vieillard. Personne ne peut savoir quelle épreuve c’est de ne plus voir la lumière bénie du soleil, de ne plus voir les belles fleurs, de ne plus voir un visage aimé !

Olivia demanda à Hélène de faire la lecture à sa place, mais elle répondit qu’elle préférait écouter.

Bien des fois, soit à la maison, soit à l’école du dimanche, elle avait déjà entendu les paroles qui furent lues, elle les savait même par cœur, et pourtant elles lui parurent toutes nouvelles ce jour-là, quand elle entendit Olivia les lire d’une voix claire et expressive.

La lecture finie, la leçon de tricot commença. Les progrès d’Hélène, cette fois-ci, furent bien plus marqués, car elle commençait à ressentir le désir de devenir utile.

Pendant les six mois qui suivirent, les visites d’Hélène à Olivia devinrent de plus en plus fréquentes, et, à mesure que les semaines se succédaient, Mme Milloud voyait, avec joie et reconnaissance, que le caractère de sa fille s’améliorait considérablement.

Hélène ne parlait plus, comme autrefois, de tout ce qu’elle ferait quand elle serait grande ; mais, avec le secours du Seigneur qu’elle implorait constamment, elle essayait de se rendre utile au moment même.

Elle gagnait ainsi l’affection de tous ceux qui l’entouraient et, de jour en jour, elle comprenait mieux qu’il valait bien la peine d’obtenir cet amour même au prix de quelques sacrifices.

Le jour d’anniversaire de Mme Milloud, Hélène entra de bonne heure dans la chambre de sa mère et lui apporta quelques petits ouvrages qu’elle avait eu le plaisir de faire pour elle.

– C’est Olivia qui t’a enseigné à travailler ainsi ? lui dit sa mère en l’embrassant. Mais tu n’as jamais pu avoir le temps de faire tout ce travail pendant les visites que tu lui as faites ?

– Oh ! non, maman, mais je me suis levée de bonne heure pour travailler, quand j’ai su le faire toute seule. Mais je n’aurais jamais persévéré sans les encouragements d’Olivia, et sans son exemple.

Je me disais qu’elle faisait tellement avec si peu de forces ; et j’avais honte de faire si peu, moi qui ai tous mes membres et toutes mes facultés.

– Tu te rappelles, ma chérie, que lorsque je t’ai emmenée pour la première fois voir Olivia, je t’avais dit que je te montrerais comment on peut se rendre utile.

– Oh ! oui maman, et je n’oublierai jamais ce que j’éprouvai quand j’entendis cette pauvre infirme, couchée constamment dans cette misérable chambre, parler avec tant de cœur de la miséricorde de Dieu en sa faveur ! Je ne pouvais comprendre de quoi elle pouvait être reconnaissante.

Puis, c’est si touchant de voir faire tout ce qu’elle peut pour les autres, en travaillant sans se lasser et toujours joyeusement, pour procurer le nécessaire à sa mère.

Mme Milloud écoutait sa fille, les yeux rayonnants de joie. Hélène reprit :

– Je lui ai demandé une fois si elle ne pensait pas avec un grand regret à son accident, et si elle ne préférait pas que ce ne lui soit pas arrivé.

Elle me répondit : Non, je ne voudrais pas qu’il en soit autrement. Quand j’étais forte et bien portante, je ne pensais pas à Dieu, je ne L’aimais pas, et je n’étais jamais reconnaissante de ses bienfaits envers moi.

Je ne savais ni lire ni prier. Je ne savais pas même que j’étais une pécheresse ! Mais, par cette épreuve, Dieu m’a enseigné à Le connaître et à L’aimer. Jésus est mon Sauveur et je ne me sens jamais seule, car Il est toujours auprès de moi ! »

– Je ne pourrais jamais te répéter, maman, tout ce qu’elle m’a raconté, mais j’ai bientôt compris ce que tu m’avais dit, qu’Olivia t’avait enseigné encore plus de choses que tu n’avais pu lui en apprendre.

Pour moi, j’ai vu comme j’étais égoïste, inutile, ingrate ! Je suis encore bien loin de ce que je devrais être, mais je désire faire toujours mieux, je prie Dieu de m’aider, et il me semble qu’Il le fait.

Enfin Mme Milloud dit :

– Ma récompense est magnifique ! Dieu m’a aidée à venir au secours d’une de ses brebis affligées, et Il a accompli sa promesse en me rendant au centuple ce que j’avais fait pour Lui !