LE COUCOU

Le coucou appelle

Ceux qui étudient l’histoire des Pays-Bas savent ce que la période de 1555 à 1648 entraîna de troubles et de malheurs – période cruelle de guerres civiles, de meurtres et de famine, que ne pouvaient racheter un grand nombre d’actions d’éclat et de faits héroïques.

On connaît la cause de cette guerre de quatre-vingts ans. Charles-Quint, qui avait cédé ses provinces à son fils Philippe II avec le titre de comte, avait vu avec dépit le terrain gagné par la Réforme dans les Pays-Bas. Trop faible pour s’opposer à cette œuvre de Dieu, il crut devoir confier ces intérêts à des bras plus jeunes et plus vigoureux. Philippe II marcha sur les traces de son père.

L’hérésie – c’est ainsi qu’il nommait la Réforme – fut poursuivie, et lorsque les Hollandais se soulevèrent en 1566, arrachant des églises les statues et les images, il envoya le duc d’Albe, son général, à la tête d’une armée, pour punir les rebelles.

C’est de cette année que date la guerre de quatre-vingts ans, et que commencèrent les scènes de carnage. On livra au pillage et au massacre les villes et les hameaux, et comme, tantôt les soldats espagnols, tantôt les armées des États s’emparaient alternativement des mêmes lieux, les malheureux habitants ne savaient souvent à quel chef obéir.

De plus, ceux qui avaient accepté la Réforme souffraient pour leur foi. Partout régnaient la superstition et des idées fausses sur le salut éternel. Toute personne possédant une Bible ou soupçonnée de ne pas appartenir à l’Église devenait la victime du bûcher ou mourait dans d’affreuses tortures.

Toutefois, malgré les sanglantes persécutions, la lumière se fit jour ; Dieu prit soin du peuple hollandais, qui connut enfin le joyeux message du salut en Jésus Christ.

Le récit que nous offrons au lecteur est un épisode de ces temps malheureux, un exemple des voies merveilleuses par lesquelles l’Évangile de Dieu pénétra par la Réforme au sein de ces provinces.

Transportons-nous par la pensée dans la partie orientale de la province d’Over-Yssel, près des frontières de Bentheim, à deux lieues de la petite ville d’Oldenzaal, tant de fois prise et reprise par les deux partis. Là se voyait encore, au, commencement du dix-huitième siècle, le manoir des seigneurs d’Evenlo, dont les possessions s’étendaient jusqu’au château de Borch-Bœningen, et au-delà de la rivière Dinkel.

En 1578, le château d’Evenlo était habité par le seigneur Adolph d’Evenlo, neveu du seigneur Hermann, de Borch-Bœningen. Ce dernier avait, avec toute sa maison, embrassé le parti espagnol et avait vu avec envie le prince Maurice s’emparer de la ville, circonstance qui l’obligea à se soumettre à l’autorité du détesté stathouder.

Adolphe d’Evenlo, au contraire, était du parti des États et s’était réjoui en voyant pour la première fois, depuis bien des années, afficher sur les portes de la ville le bien-aimé drapeau hollandais. S’il ne l’attacha pas immédiatement à la tourelle de son manoir, ce fut par égard pour son oncle, dont l’esprit de parti était hautement surexcité.

Evenlo était marié, et il attendait sous peu le premier rejeton d’une heureuse union. C’était une cause de mécontentement pour Hermann de Borch-Bœningen. Outre ses rancunes de partisan, il avait espéré que l’union d’Evenlo resterait stérile : dans ce cas, il héritait, après l’extinction de la famille, de ses immenses domaines. Toutefois, il cacha soigneusement son dépit quand un messager lui apporta l’importante nouvelle : Evenlo avait un fils.

Tout était joie au château. On fit de grands préparatifs de fêtes, car le chapelain, assisté d’un prêtre de la ville, devait baptiser le nouveau-né. Bien qu’appartenant au parti hollandais, Adolphe d’Evenlo et son épouse étaient attachés aux usages et aux statuts de l’Église ; et au moment où le prêtre versait l’eau sur le front de l’enfant, lui donnant, en l’honneur du stathouder, le nom de Maurice, l’intendant du château hissa le drapeau hollandais au faîte de la tourelle, aux acclamations des convives.

Seul Hermann de Borch-Bœningen frémissait de colère. La vue de l’étendard détesté brûlait son regard, le nom de Maurice excitait sa haine ; et quant à l’enfant, il le considérait comme un spoliateur lui ravissant la possession des domaines convoités.

Les fêtes terminées ; le manoir rentra dans le repos. Le petit Maurice fut élevé avec soin ; sa mère le chérissait ; souvent elle allait avec lui à la petite chapelle le placer sous la protection de la vierge Marie. Elle ignorait, hélas ! que Marie ne pouvait protéger son enfant et si, par la prière, elle l’avait recommandé à l’unique Sauveur des pécheurs, qui sait si de nombreuses douleurs n’auraient pas été épargnées à son cœur maternel ?

Ainsi s’écoulèrent deux années. Adolphe d’Evenlo, qui faisait partie des troupes du stathouder, avait dû s’éloigner, le cœur serré, abandonnant pour un délai inconnu sa femme et son enfant, et confiant ses deux trésors à la garde de l’intendant de sa maison.

L’enfant commençait à marcher et à prononcer ses premiers mots, si pleins de douceur pour une mère. Quelle joie de suivre ses progrès ! quel bonheur, chaque jour, de développer cette intelligence naissante ! Aussi, jalouse d’un regard, d’un sourire, ne confiait-elle jamais à personne la garde de l’enfant bien-aimé, et, l’intendant lui-même, vieilli dans la confiance de la famille, avait rarement, ce privilège.

Le soleil se levait au matin d’une radieuse journée de printemps sur les bois d’Evenlo ; l’air était doux. Les oiseaux gazouillaient dans le feuillage ; le pinson et le rouge-gorge bâtissaient leurs nids soyeux, et de tous côtés le chant du coucou semblait appeler vers les bois.

Mme d’Evenlo contemplait ce réveil de la nature, mais ne pouvait en jouir, retenue chez elle par une indisposition passagère. En ce moment le coucou appelait si fort dans le bocage voisin que Maurice en fut frappé.

– Qu’est cela, maman ? demanda-t-il en abandonnant son jouet pour courir vers la fenêtre.

– C’est un oiseau, mon enfant.

– Un oiseau ? répéta-t-il ; mais on appelle.

– Non, mon chéri, personne n’appelle ; c’est le cri particulier d’un oiseau perché sur quelque branche, son nom est le coucou.

– Je veux voir l’oiseau ! dit aussitôt l’enfant en grimpant contre la fenêtre.

Le coucou répétait son cri en s’éloignant, quand Maurice, l’apercevant, s’écria :

– Le voilà ! le voilà ! il s’en va.

Et il désignait de ses petites mains la direction prise par l’oiseau, frappant contre la-vitre, comme pour le rappeler vers lui.

En ce moment, Walter, l’intendant gardien du château, passait sous la fenêtre. Son attention fut attirée par les petits coups frappés contre la vitre, et le vieillard, levant les yeux, sourit amicalement devant l’agitation de son jeune maître.

– Walter, le coucou est parti, je veux voir le coucou !

-Tu ne peux pas maintenant courir vers l’oiseau, mon enfant, dit la mère. Walter a autre chose à faire que de t’accompagner au bois ; attends, mon chéri, que je sois rétablie.

– Non, non, je veux voir l’oiseau, insista Maurice en frappant vivement contre la vitre et appelant Walter.

La fenêtre était basse, la tête du bon gardien atteignait aux premiers carreaux, et à la voix de l’enfant qu’il chérissait, il s’approcha.

Maurice frappa des mains avec joie.

– Que désire le jeune monsieur ? demanda-il d’un ton affectueux et doux.

– Voir le coucou, Walter ! répéta la petite voix avec animation. Là-bas, là-bas ! il s’est envolé.

La petite main indiquait toujours la même direction.

– Vraiment, dit le gardien, alors allons-y bien vite, si votre maman le permet. Demandez-le-lui.

Maurice courut vers sa mère. Il la caressa et la flatta si bien qu’elle donna son assentiment, et lorsque le gardien parut à la porte de l’appartement, Maurice était prêt.

– Je rapporterai des fleurs à maman, cria le petit garçon en courant vers Walter, qui sortit de la chambre pendant que Mme Evenlo lui recommandait encore son jeune trésor.

Dans la cour du château, Caro, le grand chien de garde, était attaché devant sa niche. Dès qu’il aperçut l’enfant, il gémit en remuant la queue et s’élança, raidissant sa chaîne, comme pour dire : Emmenez-moi.

– Et Caro ? demanda Maurice.

– Non, dit Walter ; si le chien venait avec nous, il chasserait les petits oiseaux.

– Caro, sois sage ! cria le petit garçon ; Caro, dans ta niche !

Puis, prenant la main de Walter, Maurice courut en trottinant auprès de lui sans écouter davantage les plaintes de Caro, qui gémissait dans son esclavage.

Comme la nature était belle ! Quel air délicieux et fortifiant ! Tout était nouveau pour le petit Maurice. Le papillon aux couleurs éclatantes voltigeait si gaiement ! L’enfant courait après lui aussi vite que ses petites jambes pouvaient le permettre ; mais le papillon s’envolait au loin. Puis voici un pinson. Il voulait l’avoir aussi, mais le pinson courait vers son nid rejoindre sa petite compagne.

– Tout s’en va, dit l’enfant d’un ton fâché ; je n’ai rien.

– Cueillez des fleurs, dit Walter ; en voici des rouges, des blanches, des bleues.

– Oui, dit l’enfant ; je les apporterai à maman.

Les deux amis suivaient le sentier se dirigeant vers les bois. Tout à coup le coucou fit entendre de nouveau son cri d’appel. Maurice leva la tête.

– Où est-il, le coucou ?

– Le voilà, répondit Walter en indiquant l’arbre sur lequel l’oiseau était perché.

– Je veux le voir, répéta l’enfant avec animation. Ils suivirent l’oiseau qui voltigeait de branche en branche, mais lorsqu’ils furent près de lui, il s’envola, leste.

– Suivons, suivons, s’écriait l’enfant en chancelant sur ses petits pieds.

Ils étaient ainsi conduits dans l’intérieur du petit bois, quand tout à coup, et pendant que Walter court suivant l’enfant, plusieurs hommes, s’élançant sans laisser le temps de la défense, le saisissent et le garrottent, liant ses mains et ses, pieds, et le bâillonnant violemment pour étouffer ses cris.

Ce fut l’œuvre de quelques secondes puis, l’entraînant au loin dans la forêt, les uns le lièrent étroitement au tronc d’un arbre pendant que d’autres hommes s’emparaient de l’enfant et l’emportaient en toute hâte dans leurs bras.

À l’époque où se passent les faits de ce récit, les provinces frontières de l’Allemagne étaient souvent infestées de bandes de bandits. Ils allaient d’une contrée à l’autre, rôdant de village en village sous prétexte de réparer des ustensiles de ménage, et faisant, les jours de marché, leur bruyante parade sur la grande place.

Acrobates, escamoteurs et musiciens composaient généralement ces troupes nomades, et de malheureux enfants étaient déjà exercés par eux à sauter et cabrioler, à la joie des spectateurs.

Bien des mères gémissaient pourtant sur le sort de ces pauvres petits êtres voués dès leur plus bas âge à cette vie cruelle et périlleuse.

Un peu plus de deux ans après les événements que nous venons de rapporter, une de ces tribus errantes était venue camper près de l’un des villages qui avoisinent la petite ville d’Osnabrikk, et se disposait à y donner des représentations.

Dans un dédale de charrettes, de toiles déchirées et d’ustensiles de tout genre, une vieille femme habillait quatre enfants qui devaient remplir leurs rôles divers. Trois d’entre eux portaient le caractère indélébile et la teinte bronzée de la race ; mais la vieille, depuis longtemps, s’efforçait en vain de couvrir grossièrement d’enduit brunâtre le visage et les mains du quatrième.

La blancheur d’un teint éclatant et délicat perçait malgré ses efforts.

– Bien, bien, dit la voix d’un homme qui, debout derrière elle, contemplait le travail ingrat de la vieille ; le petit Wolfram se transforme ; à la bonne heure !

Et se penchant à son oreille, il ajouta dans une langue étrangère :

– Qui se douterait que c’est là l’enfant de M. d’Evenlo ? Le vieil Hermann de Borch-Bœningen ne le reconnaîtrait pas lui-même.

– Pourquoi, demanda un autre, occupé auprès d’eux à tirer d’une caisse la grosse corde sur laquelle il allait bientôt danser : pourquoi ce vieillard nous a-t-il donc chargé d’enlever cet enfant ?

– Je l’ignore, répondit le premier ; que t’importe d’ailleurs, puisque nous avons été largement payés ?

En outre, la capture n’est pas mauvaise : le petit connaît déjà bien des tours. Hé ! da, Wolfram, dit-il s’adressant au petit garçon qu’on venait de revêtir de sa jaquette rouge et d’un pantalon bleu. Voyons, trois cabrioles par-dessus la tête !

L’enfant n’en avait nulle envie, mais voyant l’homme tirer de sa poche un bout de corde, il se mit à culbuter trois fois sur lui-même aux applaudissements de la tribu.

– Bien. Fais à présent vingt pas en avant sur tes mains, les deux pieds en l’air.

L’enfant jeta d’abord un regard sur le bout de corde et obéit.

– Très bien ! Encore un tour. Passe tes deux pieds sous ton corps, pose-les sur ton cou et saute comme une grenouille.

– Je ne sais pas encore, répondit en pleurant le pauvre petit.

– Ah ! oui da ! je te l’apprendrai bien, continua l’homme en le frappant rudement.

Que pouvait faire le pauvre enfant ? Ne voulant pas subir une nouvelle correction, il se soumit en versant des larmes. Bientôt il réussit à passer ses petits pieds sous son corps et à les glisser sur son cou. Il sauta alors sur ses mains en poussant des cris plaintifs.

– C’est en effet une grenouille qui chante, répéta en ricanant l’un des hommes.

– Quel dommage, observa un second, que son teint n’ait pas la teinte brune du nôtre !

– Cela viendra, reprit la vieille ; laissez-moi durant deux années travailler sa peau à ma volonté ; je le rendrai plus brun que vous-mêmes.

En ce moment le son d’une petite trompette mit toute la tribu sur pied. Chacun prit son instrument ou ses attributs. La vieille chargea sur son dos le grand tambour, les hommes, des cordes, des chaises et ce qui était nécessaire pour leurs exercices.

Une demi-heure après, ce n’était que bruit et animation sur la grande place : une bande de six hommes, deux femmes et quatre enfants se disposaient pour le spectacle.

C’était jour de foire au village et les habitants de la contrée s’étaient groupés curieux autour des bohémiens. Il y avait foule autour de leurs tréteaux. La vieille battait du tambour avec énergie ; l’homme qui avait frappé Wolfram sonnait de la trompette et les autres commençaient leurs tours de baladins.

– En voilà un qui a du muscle et du nerf, disait le boulanger à son voisin forgeron. Vit-on jamais chose pareille ?

– Non, répondait le forgeron, comment un homme peut-il ainsi courir sur une corde mieux que moi sur le pavé de ma boutique ? Il danse et saute comme une chèvre.

– Je n’ose en vérité lever les yeux, disait la femme du charron.

– Et moi, ajoutait la femme du régent, je tremble de la tête aux pieds.

– Voyez donc ces quatre chérubins debout près de cette vieille, observa la femme du charron en poussant du coude la femme du régent.

– Pauvrette, taisez-vous ! répondit celle-ci. Mon cœur se serre en pensant que ces pauvres chéris vont peut-être se rompre le cou dans un instant, malheureuses créatures !

– Malheureuses créatures ! en effet, j’aurais tellement envie d’un enfant de cet âge ; mais le bon Dieu me l’a toujours refusé ; je lui aurais rendu la vie douce !

– Lequel des quatre préféreriez-vous donc ? demanda la femme du régent.

– Celui-là ! répondit-elle en montrant Wolfram.

– En effet, quel gentil petit mignon ! s’écrièrent toutes les femmes en avançant la tête pour le mieux voir.

– Je ne croirai jamais que ce soit là un petit bohémien, dit la femme du régent ; certainement cela ne peut être.

Durant ces propos de mères de famille, les trois petits à peau brune s’étaient mis à danser à leur tour et à épuiser leur répertoire. Wolfram, l’air triste d’un petit oiseau qui a perdu sa mère, se tenait aux côtés de la vieille.

De temps à autre il essuyait une larme et jetait sur la foule un regard craintif comme pour dire : « Vous voyez bien que je ne suis pas ici à ma place ».

En ce moment, le cri d’un coucou réveilla l’enfant de sa torpeur, un éclair brilla dans ses yeux, un sourire sur ses lèvres, comme si quelque gracieux souvenir lui faisait un moment tout oublier ; mais ses traits reprirent bientôt leur empreinte de tristesse et de découragement.

Le danseur de corde avait terminé ses exercices ; un nouvel acrobate lui succéda, escaladant d’un saut une table et deux chaises aussi légèrement qu’un oiseau qui vole. Puis revinrent les trois petits bohémiens qu’il lança en l’air l’un après l’autre, jonglant avec leurs corps comme avec une boule sans qu’ils en reçoivent le moindre mal.

– Pourvu qu’il ne joue pas ainsi avec l’autre, s’écria la femme du régent.

– J’espère bien que non, répondit la boulangère ; si cet homme lance cet enfant de-cette façon je veux appeler à l’aide.

– S’il ose le faire, dit la femme du forgeron, je le lui arrache.

Au même instant l’un des bohémiens cria, en présentant Wolfram aux spectateurs :

– Regardez, voici notre petite merveille. Cet enfant n’a pas cinq ans et fait déjà des tours surprenants.

– Le permettras-tu ? dit la femme du régent à son mari.

– Je ne veux pas le voir, s’écria une autre.

– Qu’il ose ! reprit une troisième ; et en même temps elle glissait quelques mots à l’oreille de son mari.

– Viens, petit, dit le bohémien à Wolfram ; saute comme une grenouille.

L’enfant, l’air triste et des pleurs dans le regard, se coucha par terre tordant son petit corps dans tous les sens. De nouveau le coucou chanta ; l’enfant souleva un instant sa tête bouclée comme pour écouter l’oiseau si connu.

– Attention ! cria l’homme, pendant que la vieille redoublait d’entrain sur son tambour et que la trompette résonnait plus bruyante que jamais.

– Tu as raison, dit le régent à sa femme ; cet enfant n’est pas un bohémien. Regarde le bas de son cou ; il est blanc comme la neige !

– Ce sera quelque enfant volé ! remarqua une voix.

– Volé ! s’écrièrent les femmes.

Le mot courut bientôt de bouche en bouche et chacun de murmurer : « c’est un enfant volé ! »

Cinq minutes plus tard la foule en était persuadée.

– Attendez, dit le forgeron en se rapprochant des tréteaux, attendez, nous allons bien voir.

– À qui est cet enfant ? demanda-t-il au bohémien d’un ton bourru.

– Mais c’est notre enfant, répondit l’artiste.

– Ce n’est pas vrai ! non, ce n’est pas vrai ! crièrent les femmes. L’enfant n’a pas la couleur brune des trois autres. Il est volé !

– Oui, volé ! répéta la foule ; il est volé !

– C’est notre enfant ! protesta la vieille se joignant aux autres bohémiens pour entourer le petit Wolfram.

– Impossible ! s’exclama le charron en élevant les bras.

Et, se tournant vers la foule, il cria de toutes ses forces :

– Cet enfant est volé ! qui m’aide à l’arracher aux mains de ces voleurs ?

– Moi, moi ! crièrent une multitude de voix.

En un clin d’œil, cent mains se présentèrent. Le charron, soulevant le petit Wolfram, le prit entre ses bras et cherchait à s’enfuir ; mais la chose n’était pas facile, les bohémiens retenaient l’enfant par les pieds, et un malheur réel allait arriver quand le charron s’écria de nouveau :

– À moi donc, vous autres, aidez-moi !

– Au secours ! criaient les femmes. C’est un enfant volé ! C’est un enfant volé !

Vingt hommes s’élancèrent, et, avant que les bohémiens aient eu le temps de réunir toutes leurs forces, le charron avait disparu emportant le petit garçon.

Il y eut un grand tumulte dans la foule, une rixe était imminente, mais les bohémiens, jugeant plus prudent de se taire et d’abandonner la place, se retirèrent en silence, plièrent rapidement bagage et, avant le soir toute la bande avait disparu.

Quelle vie nouvelle pour le petit Wolfram ! Des mains des rudes bohémiens il passait dans la maison du boulanger, dont la femme l’avait adopté comme son propre enfant et lui prodiguait des soins tout maternels.

Du consentement, de son mari, elle envoya le petit favori à l’école, où son application et son intelligence lui acquirent de rapides progrès. Nul écolier n’était aussi assidu. Si bien que lorsqu’il eut quatorze ans, le régent déclara n’avoir plus rien à lui apprendre.

Il ne s’agissait donc plus que de lui choisir une carrière. Le boulanger aurait désiré lui léguer son état et sa clientèle ; mais le régent s’y opposa.

– Ce serait grand dommage, dit-il, le garçon est instruit, studieux ; il faut qu’il voie le monde.

– Mais je n’aimerais pas à le voir partir, disait la femme.

– Moi non plus, ajoutait le mari, je l’aime comme mon propre enfant.

– Que faire alors ? demanda le régent. Laissons-le juge de la question.

On appela Wolfram, qui lisait dans un coin de la boutique. Il leva sur sa mère adoptive ses grands yeux bleus et la regarda d’un air affectueux.

– N’aimerais-tu pas devenir boulanger, mon enfant, lui demanda-t-elle.

– Non, répondit Wolfram.

– Pourquoi pas ?

– J’aimerais mieux voyager, voir des villes, du pays. Je tirerai ainsi meilleur parti de ce que j’ai appris.

– Bravo ! dit le régent en le frappant amicalement sur l’épaule. Un garçon doit voir le monde.

– Je n’ose y penser, dit la boulangère ; je ne puis songer à le perdre si longtemps !

– Mais il n’est pas perdu pour cela, répliqua le maître ; Wolfram n’oubliera jamais ses bons parents adoptifs.

– Oh non ! jamais ! jamais ! s’écria le jeune garçon en se jetant dans les bras de la digne femme et la couvrant de baisers.

– Un de mes frères, continua le régent, habite Nuremberg ; il est imprimeur, et sera certainement content de le garder près de lui. Qu’en penses-tu, Wolfram ?

Le garçon sourit d’un air radieux. Imprimeur, c’était son affaire : de cette manière, il pourrait, bien mieux qu’au village, satisfaire ses goûts pour l’étude.

– Mais c’est bien loin ! observa la boulangère, il sera perdu pour nous, ajouta-t-elle en l’attirant contre son cœur.

Un violent combat se livrait dans le cœur de Wolfram. D’un côté, la reconnaissance jointe à une tendre affection pour ses parents adoptifs le retenait chez eux ; de l’autre, l’amour des sciences, l’envie d’acquérir des connaissances nouvelles le poussaient à voyager.

– Chers parents, répondit-il, faites de moi ce que vous voudrez.

– Bien parlé, fit le régent ; oui, on te mettra dans le bon chemin, mon cher enfant.

Et la chose arriva plus vite qu’on ne l’aurait supposé. Quelques jours après cet entretien, le régent reçut inopinément une visite de son frère qu’il n’avait pas revu depuis des années. Quelle joie pour lui et pour Wolfram qui écoutait, bouche bée, ce que racontait l’imprimeur !

Celui-ci repartit quinze jours plus tard, emmenant le jeune garçon qui marchait à côté de lui, le sac au dos, mais triste et rêveur, car les adieux avaient été pénibles et la séparation déchirante.

M. Holthaus était un homme sérieux et plein de cœur. Une vraie piété avait développé chez lui les dons de la nature. Il raconta à son compagnon sa vie et ses épreuves. En ce moment il n’imprimait guère que des Bibles. Des Bibles ! C’était là un mot tout nouveau pour son jeune compagnon.

Durant les années passées au village, il ne l’avait jamais entendu prononcer. Ses parents adoptifs étant catholiques, il les accompagnait régulièrement au service religieux.

Là il avait appris peu de choses. Il connaissait les noms des saints ; récitait une quantité de prières ; connaissait à fond les usages de l’Église ; mais, hélas ! son cœur savait peu de chose du Sauveur venu au monde pour racheter le pécheur.

M. Holthaus lui expliqua ce qu’est la Bible ; le jeune homme écoutait avidement, et il n’eut de repos qu’après que M. Holthaus lui eut promis de mettre entre ses mains le saint Livre dès qu’ils auraient atteint le terme du voyage.

Établi à Nuremberg Wolfram, se mit sérieusement au travail. Deux années s’écoulèrent, durant lesquelles il fut pour son patron un auxiliaire sérieux. Il avait rapidement acquis la connaissance du métier.

De bonnes leçons de langues étrangères lui permettaient de corriger lui-même toute espèce d’épreuves. Il avait ainsi acquis un trésor de science, que la vraie piété de son hôte compléta d’un trésor bien plus précieux encore.

M. Holthaus était un chrétien dans le vrai sens du mot. Entouré de sa famille, lisant matin et soir la Parole de Dieu, ajoutant à l’occasion une petite explication, il montrait à toute sa maison le chemin du salut. Wolfram était son favori.

N’ayant point d’enfant, il avait rendu le jeune homme capable de s’acquitter des plus difficiles travaux, en les sanctifiant par la prière, si bien qu’à dix-huit-ans Wolfram était devenu un garçon robuste, vigoureux, très intelligent, et animé surtout de la crainte de Dieu.

Vers cette époque, M. Holthaus fut prié par divers libraires du nord de l’Allemagne, et du pays de Bentheim, de leur envoyer des Bibles en grand nombre. Il y consentit volontiers, tout heureux que le Seigneur dispose le cœur des hommes à recevoir la vérité. Mais comment les expédier ? En ce temps-là, on ne connaissait point les postes régulières.

Après en avoir conféré avec son jeune auxiliaire et avoir imploré le secours de Dieu, ils décidèrent que Wolfram se chargerait lui-même du transport. M. Holthaus fit construire dans ce but une caisse légère et solide, laquelle, remplie de Bibles, pouvait se porter sur le dos en forme de havresac. Il pourrait ainsi satisfaire aux demandes et s’entendre avec les intéressés sur les modes de transport à venir.

Wolfram partit donc, accompagné par les prières et les vœux de la famille. Le Seigneur bénit le voyage, et après quelques semaines de marche il rentrait au village où ses parents adoptifs le reçurent à bras ouverts.

Chacun des habitants s’élançait pour saisir sa main et la serrer cordialement. Tous l’accueillaient comme un enfant qui leur devait une vie nouvelle.

La boulangère, heureuse et tremblante d’émotion, ne pouvait prononcer une parole. Wolfram dut reprendre sa place auprès d’elle, et les premiers jours s’écoulèrent comme un songe : ils avaient tant à se dire !

Sa conscience ne lui permettant pas de taire le but de son voyage, ni de laisser la lumière sous le boisseau, il profitait des épanchements de l’amitié pour annoncer la Parole de Dieu.

Heureusement, pendant les années de son absence, un esprit nouveau avait pénétré les cœurs des bons villageois. La lumière de la Réforme avait ouvert la voie à l’Évangile et commencé à dissiper bien des ténèbres.

Aussi, durant son séjour, Wolfram ne fit que seconder les efforts d’un jeune pasteur établi à Osnabrück, et qui, à travers mille difficultés, avait déjà répandu la bonne semence dans la contrée.

Le boulanger et sa femme, surtout, étaient disposés à la recevoir, et quand, bientôt après, Wolfram dut les quitter de nouveau ; il bénissait en son cœur cette influence divine et féconde, qui pénètre et transforme les âmes.

Il avait promis un nouveau séjour au retour de Bentheim, s’acquittant avec zèle de sa mission, il réussit à ouvrir en ce lieu une véritable voie au commerce de son maître.

L’intérêt de M. Holthaus, autant que le désir de répandre la Parole de Dieu, l’engagèrent même à prolonger sa course jusqu’aux Pays-Bas ; une journée de marche le séparait à peine de la frontière. Et, bien qu’on lui ait fait remarquer qu’Oldenzaal était de nouveau au pouvoir du roi d’Espagne, il savait qu’un grande nombre de villages environnants étaient sincèrement hollandais, et ne lui fermeraient pas leurs portes.

Il traversa donc gaiement le Dinkel, portant sur son dos les deux seules Bibles qui restaient dans sa caisse et, se dirigeant vers la petite ville d’Almelo, où il était chaudement recommandé à de pieux amis, il passa devant le château de Borch-Bœningen, et se trouvait, quelques heures plus tard, dans les forêts d’Evenlo.

C’était par une délicieuse journée de printemps ; tout semblait lui sourire, et il s’acheminait gaiement en écoutant le chant des oiseaux. Tout à coup la voix du coucou éveilla chez lui une étrange émotion.

Chaque fois que ce cri frappait son oreille, il semblait lui rappeler des souvenirs confus et perdus dans une ombre lointaine. Il leva la tête, cherchant à découvrir l’oiseau ; mais dès qu’il s’approchait de l’arbre sur lequel il le croyait perché, l’animal léger s’éloignait soudain pour reprendre plus loin son chant monotone.

En le suivant ainsi, il était parvenu sans s’en douter au cœur d’un bois épais. Inquiet et craignant d’avoir perdu sa route, il cherchait à sortir de ce dédale de futaies quand une haute pierre, érigée au pied d’un arbre, frappa son regard ; une inscription était encore parfaitement lisible ; et il était facile de juger qu’une main attentive prenait soin de l’entretenir.

IL Y A DEUX ANS, À CETTE PLACE,

NOTRE UNIQUE ENFANT,

MAURICE D’EVENLO

NOUS FUT RAVI PAR DES MALFAITEURS.

ÉTERNELS REGRETS !

1er MAI 1583.

Wolfram se sentit étrangement ému. Sans s’en rendre compte, des larmes roulaient dans ses yeux. Était-ce pitié pour des parents dans l’épreuve ?

Plus il relisait l’inscription, plus son cœur battait comme à la veille de quelque événement inattendu. Il s’assit et, la tête appuyée dans ses mains, les faits de sa jeunesse se déroulaient comme malgré lui dans ses souvenirs.

Il se rappelait très bien avoir suivi de village en village une bande de gens vagabonds et grossiers ; et avoir été violemment arraché à leur tyrannie.

Ses parents adoptifs lui avaient maintes fois d’ailleurs raconté ces circonstances ; il y avait alors treize ans de cela, mais ses souvenirs n’allaient pas au-delà. Il conservait une vague idée d’avoir habité autrefois une grande et riche maison ; mais tout cela était confus et rien ne déchirait le voile devant sa première enfance.

La voix du coucou le réveilla de sa rêverie.

– Oui, je te connais, oiseau séducteur, dit-il en levant la tête vers l’arbre d’où descendait le son. Tu m’as fait perdre mon chemin. Si seulement tu m’aidais à sortir de cette forêt.

– Coucou ! répéta l’oiseau en s’envolant.

– Bon, dit Wolfram, je te suis, petit oiseau.

Et il se levait de son siège de verdure lorsque ses regards tombèrent sur un étranger, qui s’avançait lentement vers lui.

C’était un homme aux cheveux blancs comme la neige ; il marchait péniblement, un grand chien, à moitié aveugle, était à ses côtés.

– Silence, Caro ! lui cria-t-il lorsqu’ils se furent rapprochés, silence, vieux grognard !

Wolfram salua respectueusement le vieillard, surpris lui-même de cette rencontre.

– J’ai été conduit ici, dit le jeune homme, comme par une main invisible, et suis singulièrement frappé de l’inscription gravée sur cette pierre.

– Vous n’êtes pas de ces contrées ? demanda le vieillard.

– Non ! .répondit Wolfram en lui racontant le but de son voyage.

– Vraiment ! dit le vieillard. Et vous dites qu’une main invisible vous a conduit ici. M’est-il permis de savoir quelle en a été la cause ?

– Le coucou, répliqua Wolfram.

– Un coucou ? demanda le vieillard étonné.

– Oui, cet oiseau m’a entraîné jusqu’au cœur de ce bois ; je l’ai suivi, plongé dans mes rêveries, et je suis fort aise de vous avoir rencontré, car je craignais de m’être égaré parmi ces futaies.

– Mais c’est étrange ! dit le vieillard comme se parlant à lui-même, et regardant le jeune homme d’un air troublé.

– Vous paraissez surpris, observa Wolfram.

Le vieillard ne répondit pas. Il cacha sa figure dans ses mains, comme pour se rappeler le passé. Caro s’était couché à côté de Wolfram. Il n’avait cessé de flairer et de lever la tête, comme si lui-même cherchait aussi un souvenir.

Wolfram repoussa le chien et répéta sa question.

– Oui, continua le vieillard, c’est étrange. Justement, le coucou fut cause de la douloureuse perte que raconte cette pierre. Écoutez, jeune homme, cette triste histoire.

Ils s’assirent sur un tertre de gazon, et le vieillard répéta tout ému ce que les lecteurs savent déjà, ajoutant que deux jours après la disparition de l’enfant on l’avait trouvé lui-même à moitié mort, affaissé, mais toujours garrotté au pied de l’arbre.

Wolfram se récria à son tour :

– Tout cela est étrange, en effet.

– Vous êtes comme moi surpris de ce rapprochement, observa le vieillard, en attirant à lui le chien, qui ne quittait pas Wolfram et flairait toujours.

– Certes, répondit le jeune homme, je ne sais quel trouble se dissipe, vous me parlez de l’oiseau qui vous attira avec le petit enfant au fond de ce bois, de ces hommes au teint bruni qui l’enlevèrent après vous avoir lié, plus le voile qui couvre mes premières années se soulève.

Wolfram raconta tout ce qu’il savait de son histoire, l’impression involontaire que lui avait de tout temps causée la voix du coucou, puis ses souvenirs confus ; et à mesure que le récit se déroulait, la figure du vieillard s’éclairait en reposant son regard sur le jeune voyageur jusqu’à ce qu’enfin, entraîné par un invincible mouvement, il s’écria :

– Regardez-moi ! jeune homme. Ne vous souvient-il pas d’une dame aux doux yeux ? d’un vieillard…

– Oui !… Oui !… s’écria à son tour Wolfram, en comprimant son front dont les artères battaient violemment.

Au même instant le coucou chanta de nouveau.

– Venez ! jeune homme !… venez ! s’écria le vieillard, suivez-moi ! que je sois enfin délivré de cette angoisse cruelle. L’œil d’une mère saura bien découvrir ce que le vieux Walter ne peut que soupçonner.

Et il entraînait le jeune homme autant que le permettaient ses forces épuisées, tandis que Caro, cherchant à témoigner sa joie, paraissait à son tour rajeuni de dix ans.

– Mais quoi ! s’écria tout à coup le vieillard, c’est Mme d’Evenlo elle-même ! Elle se dirige vers nous ! Ah ! oui, ajouta-t-il, il y a aujourd’hui seize ans que l’enfant nous fut enlevé ! Elle vient prier auprès de la pierre du souvenir ! Regardez-la bien, jeune homme, et écoutez la voix du cœur.

C’était, en effet, Mme d’Evenlo : mais changée, vieillie, bien plus par la douleur que par les années. Revêtue d’un deuil sévère, elle s’avançait lentement. À une faible distance du vieillard, elle s’aperçut seulement de sa présence.

– Ah ! c’est vous, Walter ! dit-elle en levant la tête. Vous êtes venu comme moi verser des larmes au souvenir du bien-aimé ? Mais quoi ! vous semblez sourire ?… Walter, le sourire, disiez-vous, n’effleurerait plus vos lèvres ; et dans la tristesse de ce jour, je ne saurais le comprendre.

Walter voulait parler, son cœur était trop plein. Il ne put qu’indiquer Wolfram du doigt.

Wolfram sentait son cœur bondir en entendant cette voix, qui lui semblait comme un doux son, écho d’accents lointains entendus autrefois, et, instinctivement, il fit quelques pas en avant.

– Qui est ce jeune homme ? demanda Mme d’Evenlo.

– Un vagabond ! noble dame ; répondit Wolfram, enlevé jadis par des bohémiens, délivré plus tard par de braves gens, et qui, par la grâce de Dieu, pourra peut-être vous donner quelques indications sur…

L’émotion arrêta ses paroles ; des larmes roulaient sur ses joues L’attention de Mme d’Evenlo était éveillée. Une vive rougeur couvrait sur son visage. Elle répéta doucement, en jetant un regard sur le jeune homme :

– Enlevé par des bohémiens, des indications ? Serait-ce mon fils !

Sa figure s’illuminait. Pour elle c’était un soleil de printemps, se levant après un long hiver. Puis, comme éclairée d’une lueur subite, entraînée contre sa propre volonté, oubliant tout autour d’elle, elle s’approcha de Wolfram, le regarda attentivement et s’écria :

– Serait-il possible ? Maurice ! mon fils !

– Oui, noble dame, dit Walter, la nature ne pouvait mentir ! Regardez ! ce sont bien ses yeux bleus, si doux.

– Non ! mon cœur ne se trompe pas, répéta Mme d’Evenlo. Oui ! mon cœur dit la vérité…

Et, poussant un cri, elle s’élança vers le jeune homme, l’enlaçant convulsivement dans ses bras.

Quelle joie ! quel revoir ! on se dirigea vers la maison. Le bras passé sous celui de son enfant, l’heureuse mère sentait l’étreinte d’une main bien-aimée répondre tendrement à la sienne, tandis que sa tête penchée vers lui se sentait couvert de baisers.

Le vieux gardien suivait, portant le fardeau qui avait si longtemps chargé les épaules de Maurice.

Coucou ! entendit-on encore au fond du bocage.

Oui ! cher oiseau béni, dit Maurice osant lever la tête qui, jusque-là, restait penchée vers celle de sa mère, chante maintenant, chante toujours. Tu m’avais entraîné au chemin du malheur, tu me ramènes vers les jours bienheureux ! Que les voies de Dieu sont miraculeuses ! Oui, dirigées par Lui toutes choses concourent à notre plus grand bien.

M. d’Evenlo était absent. Quand il rentra le soir au château, des cris de joie l’avertirent de loin de quelque événement extraordinaire.

Il l’apprit bientôt et son cœur paternel discerna bientôt au manoir ce fils chéri si longtemps perdu.

On envoya un messager à Hermann de Borch-Bœningen ; il devait simplement prier ce seigneur de se rendre en hâte à Evenlo. Hermann ne perdit pas un instant. Il s’attendait à quelque importante nouvelle.

« Qui sait, pensait-il, Adolphe d’Evenlo se meurt peut-être, je serai certainement nommé son exécuteur testamentaire, et je m’en acquitterai à coup sûr.

D’un autre côté, une terreur secrète naissait de ses remords. « Aurait-on » ; se disait-il, découvert quelque trace de l’enfant ? quelque preuve de mes démarches pour le perdre ?»

Son cœur battait en montant à cheval.

– Qu’est-il arrivé ? demanda-t-il à Walter en franchissant le seuil de la grande porte.

Le vieillard ne répondit pas, mais il montra, d’un air ravi, M. et Mme d’Evenlo qui s’avançaient au bras de leur fils.

– Nous avons retrouvé notre enfant ! notre Maurice ! s’écrièrent-ils. Venez prendre part à notre joie.

Hermann recula. Il ouvrit la bouche, sans pouvoir articuler un son ; puis, s’affaissant subitement sur lui-même, il tomba privé de sentiment : une congestion soudaine l’avait foudroyé.

Lorsque le médecin arriva, la pâleur de la mort couvrait déjà son visage, et expirant entre les bras d’Evenlo, il balbutia :

– Pardon ! Je suis le… ravisseur de Mau..

Ce triste événement arrêta les fêtes préparées pour le fils unique ; mais la plus douce félicité n’en régnait pas moins dans les cœurs. Il va sans dire que Maurice ne retourna pas à Nuremberg.

Son père promit de régler l’affaire, à la satisfaction de tous. Il envoya un messager au village où résidaient les parents adoptifs de son fils, les invitant, ainsi que le bon imprimeur, à se rendre à Evenlo.

Mme d’Evenlo dut bientôt s’apercevoir que son fils ne suivait plus les rites de l’Église. Lorsqu’elle en fit la remarque, le jeune homme saisit l’occasion pour lui annoncer l’Évangile.

Il apporta les deux Bibles qui restaient au fond de sa caisse de voyageur et commença à expliquer à sa mère les Saintes Écritures.

Le Seigneur bénit son œuvre. Maurice eut bientôt la joie d’apprendre de la bouche de ses parents qu’ils ne cherchaient plus leur salut qu’en Jésus et lorsque, peu de temps après, arrivèrent M. Holthaus et les parents adoptifs de Maurice, la fête de famille fut sanctifiée dans l’union d’une commune foi.

En l’année 1626 l’étendard bien-aimé de la Hollande flottait de nouveau sur la tour du vieux manoir, et Maurice ajoutait aux emblèmes de son écusson un coucou en souvenir des événements de sa jeunesse ; car l’oiseau, sous la direction de la Providence, l’avait attiré, réveillé, et rendu à la maison paternelle.

Au cœur du bois, la pierre du souvenir fit place à un simple monument sur la tombe du fidèle Walter, qui, lui aussi, avait trouvé dans ses vieux jours ce trésor que ni les vers ni la rouille ne sauraient ronger, et que les voleurs ne percent ni ne dérobent.

SAUVÉS – ET APRÈS ?

« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » Éphésiens 2. 8.

Ceux qui ont été sauvés par la grâce de Dieu peuvent se réjouir de plusieurs faits merveilleux :

Le pardon des péchés : « Je vous écris, enfants, parce que les péchés vous sont pardonnés par son nom » (1 Jean 2. 12).

La paix avec Dieu : « Ayant donc été justifiés sur la base de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ » (Rom. 5. 1).

Le fait d’être des enfants de Dieu : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, c’est-à-dire à ceux qui croient en son nom » (Jean 1. 12).

L’assurance du salut : « Moi, je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10. 28).

Ceux qui ont été sauvés par la grâce peuvent maintenant entretenir une relation personnelle avec Dieu, par :

La prière : ceux qui ont foi en Dieu Lui parlent. Ils le remercient pour toutes les bonnes choses dont ils font l’expérience chaque jour. Ils s’adressent à Dieu pour obtenir de l’aide et des forces, pour être guidés dans leur vie quotidienne. Ils ont à cœur de prier pour les personnes de leurs connaissances qui ne sont pas encore réconciliées avec Dieu.

La lecture de la Bible : c’est une grande bénédiction pour les rachetés de lire la Bible chaque jour. Par ce Livre, Dieu leur parle et leur montre comment vivre à sa gloire. Par la Parole de Dieu, ils apprennent à mieux connaître le Seigneur Jésus, Celui qui vient bientôt pour emmener ses rachetés au ciel.

D’après « The Good Seed » février 2024

DEMEURE DANS LES CHOSES QUE TU AS APPRISES

« Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu » 2 Timothée 3. 14.

Dans ce verset de la Bible, il est recommandé à tous les chrétiens de demeurer dans ce qu’ils ont appris de la Bible, spécialement du Nouveau Testament. Deux exemples vont nous permettre de montrer ce que cela signifie concrètement.

1. Vous avez appris de la Parole de Dieu qu’aucun racheté ne peut être perdu, car le Seigneur a promis : « Moi, je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais, et personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10. 28). Cependant, des personnes qui font profession d’être chrétiennes prétendent qu’on ne peut pas être assuré de son salut. Si vous êtes confronté à de telles affirmations, il est important que vous teniez ferme et que vous attachiez au fait que vous êtes accepté par Dieu pour l’éternité.

2. Vous avez compris que, dans la Bible, le fait que Dieu sépare le mal du bien est un prérequis pour que les croyants soient en communion avec Lui. « Sortez du milieu d’eux et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai » (2 Cor. 6. 18). Malheureusement, de nombreux chrétiens ne veulent pas de cela aujourd’hui et s’engagent dans des associations inappropriées avec le monde. Ne les suivez pas, mais continuez à vivre dans la séparation du mal ! Vous ferez alors l’expérience de la joie que donne la communion avec Dieu.

Ces deux exemples montrent que, aussi bien dans la doctrine que dans la pratique, il s’agit pour nous de s’attacher à la Parole de Dieu. Cela implique souvent de nager à contre-courant de la majorité des gens, car l’apôtre Paul dit : Il vous faut demeurer ferme dans ces choses !

D’après « The Good Seed » – janvier 2024

CONFIANCE

J’ai tout remis entre tes mains… Dis tout à Jésus… Un jour à la fois… Confiez-vous en moi…

Chers rachetés du Seigneur, voici la suite du sujet du mois précédent. Continuons à considérer des croyants qui se sont confiés en Dieu, et imitons leur foi.

S’il y a un homme qui s’est toujours exprimé en toute franchise devant l’Éternel, qui lui disait tout, c’est bien David. Ses Psaumes sont là pour nous le prouver. Apprenons de lui.

Lisons le Psaume 142 : « De ma voix, je crie à l’Éternel ; de ma voix, je supplie l’Éternel. Je répands devant lui ma plainte, je déclare ma détresse devant lui. Quand mon esprit était accablé en moi, toi tu as connu mon sentier… Regarde… et vois… tout refuge est perdu pour moi ; il n’y a personne qui s’enquière de mon âme. J’ai crié vers toi, Éternel ! j’ai dit : Tu es mon refuge, ma part dans la terre des vivants. Sois attentif à mon cri, car je suis très-misérable ; délivre-moi de mes persécuteurs, car ils sont plus forts que moi. Fais sortir mon âme de la prison, pour célébrer ton nom. Les justes m’environneront, parce que tu m’auras fait du bien ». Pourquoi les justes environnent David ? Parce qu’ils auront été témoins des soins de Dieu pendant et après ses épreuves. Ils sont rassurés et réjouis de savoir que Dieu n’abandonne pas les siens. Soyons, nous aussi, des encouragements pour les autres, plutôt que de mauvais exemples !

Arrêtons-nous au Psaume 55 : « Prête l’oreille, ô Dieu, à ma prière, et ne te cache pas de ma supplication. Écoute-moi, et réponds-moi ; je m’agite dans ma plainte et je me lamente… Mon cœur est dans l’angoisse au-dedans de moi… Moi, je crie à Dieu ; et l’Éternel me sauvera… et il entendra ma voix. Il a mis en paix mon âme… Dieu a entendu… Rejette ton fardeau sur l’Éternel, et il te soutiendra ; il ne permettra jamais que le juste soit ébranlé ». Si nous restons encore un peu ébranlés, soucieux, stressés après avoir rejeté notre fardeau sur lui, c’est que nous avons encore gardé quelque chose sur nos épaules plutôt que de tout déposer sur les siennes !

A chaque fois qu’il expose ses états d’âme, ses peurs, ses doutes, la présence du danger, il sait que Dieu l’écoute et qu’il répondra, il en est persuadé. Dans le Psaume 142, il termine par « tu m’auras fait du bien », dans le Psaume 55, il dit : « Il a mis en paix mon âme… Dieu a entendu… v. 18 » et il est à même d’encourager les autres, de t’encourager, toi aussi : « Rejette ton fardeau… »

Au Psaume 62, nous entendons David dire au v 1 : « Sur Dieu seul mon âme se repose paisiblement ; de lui vient mon salut. Lui seul est mon rocher et mon salut, ma haute retraite ; je ne serai pas beaucoup ébranlé ». Mais au v 6, il a fait des progrès : « je ne serai pas (du tout) ébranlé… ». Le « beaucoup » a disparu !

Apprenons à nous confier entièrement et en tout temps en Celui qui nous a fait cette belle promesse : « Je ne te laisserai pas et je ne t’abandonnerai pas » (Héb 13. 5).

Encore quelques versets exprimés par David :

– « Dieu… est un bouclier à tous ceux qui se confient en lui » (Ps. 18. 30)

– « Et tous ceux qui se confient en toi se réjouiront, ils chanteront de joie à toujours, et tu les protégeras ; et ceux qui aiment ton nom s’égayeront en toi » (Ps. 5. 11).

– « Oh ! que ta bonté est grande, que tu as mise en réserve pour ceux qui te craignent, [et] dont tu uses devant les fils des hommes envers ceux qui se confient en toi ! » (Ps. 31. 19).

Remarquons l’intitulé du Psaume 102 : « Prière de l’affligé, quand il est accablé et répand sa plainte devant l’Éternel ». Ensuite v. 1 et suivants : « Éternel, entends ma prière, et que mon cri vienne jusqu’à toi ! … car mes jours s’évanouissent comme la fumée, et mes os sont brûlés comme un foyer. Mon cœur est frappé, et est desséché comme l’herbe… je suis comme un passereau solitaire sur un toit… ». Il s’agit ici de quelqu’un qui souffre dans sa chair et dans son âme, qui souffre de la solitude. C’est ton cas ? Fais comme David, dis tout à Jésus !

David disait tout à l’Eternel, même ses fautes ! Il ne cache rien et confesse avec sincérité ses péchés, dans un esprit de contrition et de repentance.

« Use de grâce envers moi, guéris mon âme, car j’ai péché contre toi… relève-moi » (Ps 41. 4 et 10).

« Use de grâce envers moi, ô Dieu ! selon ta bonté ; selon la grandeur de tes compassions, efface mes transgressions. Lave-moi pleinement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché. Car je connais mes transgressions, et mon péché est continuellement devant moi. Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mauvais à tes yeux… Purifie-moi du péché avec de l’hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige… efface toutes mes iniquités. Crée-moi un cœur pur, ô Dieu ! … Rends-moi la joie de ton salut… Ô Dieu ! tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (Ps. 51).

« Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert mon iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (Ps. 32. 5).

Et David… dit : « Voici, moi j’ai péché, et moi j’ai commis l’iniquité… » (2 Sam. 24. 17).

Dis tout à Jésus… aussi tes péchés ! Ne cache rien, dévoile tout, et tu retrouveras une pleine communion avec ton Dieu, dans la paix et la joie !

Voici maintenant quelques versets spécialement pour les veuves :

« Que tes veuves se confient en moi » (Jér. 49. 11) ; « L’Éternel… affermit l’orphelin et la veuve  (Ps. 146. 9) ; Il fait droit à l’orphelin et à la veuve » (Deut. 10. 18).

Pour avoir cette confiance, « Dis tout à Jésus, remets-lui tout entre les mains, avance un jour à la fois ». « Or celle qui est vraiment veuve, et qui est laissée seule, a mis son espérance en Dieu et persévère dans les supplications et dans les prières nuit et jour » (1 Tim. 5. 5).

« Ne soyez donc pas en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même : à chaque jour suffit sa peine » (Mat. 6. 34). « Père… donne-nous chaque jour le pain (les soins, les forces, la patience, la foi, la joie, ta paix etc.) qu’il nous faut » (Luc 11. 3). « Ses compassions ne cessent pas ; elles sont nouvelles chaque matin ; grande est ta fidélité ! » (Lam. 3. 22 et 23). => « Exhortez-vous l’un l’autre chaque jour » (Héb. 3. 13), « Examinant chaque jour les écritures » (Act. 17. 11). « Je te bénirai chaque jour, et je louerai ton nom à toujours et à perpétuité » (Ps. 145. 2).

« Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas de lui-même porter du fruit, à moins qu’il ne demeure dans le cep, de même vous non plus [vous ne le pouvez pas], à moins que vous ne demeuriez en moi » (Jean 15. 4). « Demeurer » est une attitude permanente, mais qui ne coule pas de source, et qui demande de veiller, de lutter pour rester dans cette dépendance. Satan fera tout pour nous déloger de cette place : « Quoi, Dieu a dit ? » (Gen. 3. 1).

Le roi Ézéchias est aussi l’exemple d’un croyant qui a tout dit à Dieu, et qui Lui a tout remis entre les mains. Le roi d’Assyrie a voulu le déstabiliser, le faire douter de sa confiance en l’Eternel, lui faire peur en lui disant : « Que ton Dieu, en qui tu te confies, ne te trompe point, disant : Jérusalem ne sera pas livrée en la main du roi d’Assyrie. Voici, tu as entendu ce que les rois d’Assyrie ont fait à tous les pays, les détruisant entièrement ; et toi, tu serais délivré ! » (2 Rois 19. 10/És. 37. 10). Il veut le faire douter en lui disant : « Nous n’avons eu que des victoires, et toi, tu serais le seul à échapper ? » Il est instructif de voir ce qu’a fait Ézéchias : « Et Ézéchias prit la lettre de la main des messagers, et la lut, et monta dans la maison de l’Éternel ; et Ézéchias la déploya devant l’Éternel. Et Ézéchias pria l’Éternel… » ( v 14 à 20). Et dans sa grâce, Dieu l’a secouru. Ézéchias a littéralement mit la lettre devant Dieu pour qu’il la lise !

Sachons étaler devant lui des factures difficiles à payer, des lettres méchantes ou angoissantes ou attristantes, tout le courrier qui nous perturbe et nous décourage ! Et attendons en paix qu’Il intervienne ! => « Quand je crie, réponds-moi… ! Dans la détresse tu m’as mis au large ; use de grâce envers moi, et écoute ma prière… L’Éternel écoutera quand je crierai à lui… soyez tranquilles… confiez-vous en l’Éternel=> Tu as mis de la joie dans mon cœur… Je me coucherai… je dormirai en paix ; car toi seul, ô Éternel, tu me fais habiter en sécurité (Ps. 4). Confiez-vous en lui en tout temps, répandez votre cœur devant lui… notre refuge ». (Ps. 62. 8).

Job aussi, dans ses grandes tribulations, s’est adressé à Dieu, ne comprenant pas ce qui lui arrivait, pourquoi toutes ces épreuves tombaient sur lui alors qu’il craignait Dieu et faisait du bien autour de lui. Écoutons-le : « Mon âme est dégoûtée de ma vie ; je laisserai libre cours à ma plainte, je parlerai dans l’amertume de mon âme, Je dirai à Dieu… fais-moi savoir pourquoi tu contestes avec moi. Prends-tu plaisir à opprimer… ? Puisque tu sais que je ne suis pas un méchant… Souviens-toi, je te prie, que tu m’as façonné comme de l’argile, et que tu me feras retourner à la poussière… tu multiplies ton indignation contre moi. Une succession [de maux] et un temps de misère sont avec moi. Et pourquoi m’as-tu fait sortir du sein [de ma mère] » ? (Job 10). Et au ch. 23 : « ma plainte est amère, la main qui s’appesantit sur moi est plus pesante que mon gémissement ! Oh ! si je savais le trouver… J’exposerais [ma] juste cause devant lui, et je remplirais ma bouche d’arguments => il m’éprouve, je sortirai comme de l’or… Car il achèvera ce qui est déterminé pour moi… ». Dieu l’a éprouvé, mais ne l’a pas abandonné. Job dira à la fin de son livre (ch. 42) : « J’ai donc parlé, et sans comprendre, de choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas… instruis-moi… maintenant mon œil t’a vu : c’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre ».

Peut-être que, au fin fond de toi-même et sans même oser te l’avouer, tu penses aussi 1) que le Seigneur est indifférent à ton sort, ou tout du moins pas empressé de te soulager ? Et tu pourrais, en fait, lui poser les mêmes questions – les mêmes reproches – que ses disciples « Seigneur, ne te soucies-tu pas… ? » (Luc 10. 40) ou « Maître, ne te soucies-tu pas que nous périssions ? » (Marc 4. 38) ;

2) … que ses commandements sont (trop) durs ? « Beaucoup de ses disciples… dirent : Cette parole est dure ; qui peut l’entendre ?… ses disciples murmuraient à ce sujet… Dès lors beaucoup de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec lui » (Jean 6. 60 à 68) ;

3) … que Dieu est injuste envers toi ? Tu te dis : pourquoi moi, je souffre, alors que tant de non-croyants ou de chrétiens moins pieux que moi ont une meilleure vie que moi ? Psaume 73 : « J’ai porté envie aux arrogants, en voyant la prospérité des méchants. Jusqu’à ce que je sois entré dans les sanctuaires de Dieu… : j’ai compris leur fin… Quand mon cœur s’aigrissait, et que je me tourmentais dans mes reins, J’étais alors stupide et je n’avais pas de connaissance… => tu m’as tenu par la main droite ; Tu me conduiras par ton conseil, et, après la gloire, tu me recevras… Dieu est le rocher de mon cœur, et mon partage pour toujours ».

Dieu a toujours raison, et son but est de te faire du bien à la fin : « Prends garde à toi, de peur que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu… de peur que… ton cœur ne s’élève, et que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu… qui t’a fait marcher dans le désert grand et terrible… afin de t’humilier et afin de t’éprouver, pour te faire du bien à la fin » (Deut. 8).

Le Seigneur nous pose deux questions importantes :

1) « Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? » (Jean 6. 60 à 69). Ne pense pas que cette question est inutile, et que bien sûr, tu ne vas pas quitter le Seigneur… Regarde autour de toi tous les chrétiens qui n’ont pas suivi l’exhortation d’Hébreux 10. 25 « N’abandonnant pas le rassemblement de nous-mêmes », et qui ont, en fin de compte, mis Dieu de côté dans leur vie ! C’est donc un danger qui nous guette tous. « M’aimes-tu ? » (Jean 21). Il s’adresse directement à nos cœurs. Nous allons répondre par l’affirmative. Mais est-ce que nous nous appliquons avec ardeur à lui être agréables (2 Cor. 5. 9), ou le Seigneur doit-il nous dire « tu es tiède… ni froid ni bouillant » (Apoc 3. 16) ?

Non, bien-aimés, ne doutons pas de l’amour de Dieu pour nous, car « celui qui doute est semblable au flot de la mer, que le vent agite et soulève… il est double dans ses pensées, inconstant dans toutes ses actions » (Jac. 1. 6).

Par contre, « ceux qui se confient en l’Éternel sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle pas, qui demeure à toujours » (Ps. 125. 1). => Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! (Jér. 17. 7).

Le jour, je suis sous ta lumière ;

La nuit, je repose en ta main.

Au matin, ton regard m’éclaire

Et me guide dans mon chemin ;

Et chaque soir, ô tendre Père,

Tu prépares mon lendemain.

Hymnes et Cantiques 141

Ta voix pleine de charmes

Nous dit : Ne craignez pas,

Confiez-vous en moi !

Tu consoles nos cœurs

et tu taris nos larmes :

À qui donc irions-nous,

 si ce n’était à toi ?

Hymnes et Cantiques 195

Par toi, Jésus, mon cœur s’approche

sans crainte et joyeux, de mon Dieu

En toi, Seigneur, je suis tranquille ;

Je connais ton cœur tendre et bon.

Ce cœur fidèle est mon asile…

Hymnes et Cantiques 80

Recevez mes salutations chaleureuses, Marco. Juillet 2024.

TRADUCTION DE FEUILLETS (71)

« À celui qui, sans faire des œuvres, croit en Celui qui justifie l’impie, sa foi est comptée à justice » Romains 4. 5.

L’ASSURANCE DU SALUT

Avant de poursuivre, j’aimerais vous demander : Dans quelle relation êtes-vous avec ces choses ? Vous êtes-vous vu comme un pécheur perdu, et comme tel, avez-vous recherché la présence de Dieu, confessant vos péchés et vous reposant, pour être pardonné, seulement sur le terrain de ce que le Sauveur a souffert ?

Nous posons cette question d’autant plus sérieusement que, de toutes parts, il y a ceux qui sont prêts à affirmer les vérités de l’Écriture, mais qui ne vont pas plus loin. Il n’est que trop évident que, avec toute leur connaissance, ils ne sont jamais tombés sur leur face devant Dieu, le cœur brisé, en confessant leurs péchés et leur culpabilité. S’ils ont vu qu’une telle attitude est la seule convenable pour eux, leur cœur a été trop orgueilleux pour s’incliner, et ils restent ainsi sans être pardonnés et sauvés. Êtes-vous l’un d’eux ? Dans ce cas, croyez-moi, on ne saurait décrire dans quel danger vous êtes, et si vous aurez encore le temps de vous repentir.

Il se peut, toutefois, que vous ayez fui vers Christ, mais que, comme beaucoup d’autres, vous n’avez pas un repos complet quant au salut de votre âme. Des doutes vous assaillent, et par moments vous vous demandez si la profession que vous avez faite était bien la réalité. Est-ce parce que vous trouvez tellement d’imperfection en vous, et parce que vos efforts pour vous amener dans un meilleur état ont été vains ? Ah ! Vous avez cherché la paix d’où elle ne vient jamais. Si grande que soit votre amélioration, si vous vous appuyez sur cela, vous vous appuyez sur un roseau brisé. Christ seul doit être votre repos, Lui qui est mort pour les impies et pour ceux qui n’ont point de forces (Rom. 5. 6).

D’après the Lord is near juillet 1985

« Nous avons un autel dont ceux qui font le service du tabernacle n’ont pas le droit de manger » Hébreux 13. 10.

L’OPPOSITION ENTRE LE JUDAÏSME ET LE CHRISTIANISME – EN PRATIQUE

L’épître aux Hébreux, comme son nom le suggère, montre le contraste entre le judaïsme et le christianisme. Un aperçu des différents sujets le montrera. Les prophètes, les anges, Moïse, la sacrificature aaronique, les sacrifices de chair, la loi, sont tous mis en contraste et laissent la place au Seigneur Jésus Christ qui, par sa mort et son ascension à la droite de Dieu, a déplacé le sanctuaire terrestre et une religion terrestre, pour introduire son peuple dans la présence de Dieu dans la joie et la liberté d’une adoration spirituelle, et pour faire des chrétiens des étrangers et des pèlerins ici-bas.

Toute l’épître montre que le Judaïsme et le Christianisme s’excluent l’un l’autre. C’est ce que nous enseigne ce verset. L’autel est l’image de tout le christianisme fondé sur l’œuvre expiatoire de Christ. Ceux qui sont en liaison avec le judaïsme – une anticipation terrestre – n’ont pas le droit de se réclamer d’aucun lien avec la réalité spirituelle céleste.

Le principe peut s’appliquer, évidemment, à tout système de religion terrestre, qui n’est qu’une faible copie du Judaïsme. Il faut prendre garde, toutefois, à ne pas insister sur cela de manière violente, et se souvenir que le Seigneur a de nombreux rachetés qui n’ont pas la connaissance et la foi pour sortir du système où ils sont « vers lui hors du camp, portant son opprobre » (Héb. 13. 13).

D’après the Lord is near juillet 1985

« Confie-toi de tout ton cœur à l’Éternel, et ne t’appuie pas sur ton intelligence ; dans toutes tes voies connais-le, et il dirigera tes sentiers » Proverbes 3. 5 et 6.

VIVRE DANS LA DÉPENDANCE DU SEIGNEUR

Notre Seigneur bien-aimé aime qu’on Lui fasse confiance, qu’on Lui demande de l’aide, qu’on fasse appel à Lui. Nous ne pouvons jamais Lui demander trop, de l’amour de son cœur ou de la force de son bras. Il n’y a rien de trop petit ou de trop grand pour Lui ; Il a tout pouvoir au ciel et sur la terre ; Il est le Chef sur toutes choses à son assemblée ; Il maintient l’univers ; Il soutient toutes choses par la parole de sa puissance. Les philosophes parlent des forces et des lois de la nature – le chrétien pense avec délices à Christ, à sa main, à sa parole, à sa grande puissance. Par Lui toutes choses ont été créées, et par Lui elles subsistent.

Pourquoi donc, alors, nous tourner vers un autre ? Pourquoi, toujours, directement ou indirectement, faire connaître nos besoins à un pauvre compagnon mortel ? Pourquoi ne pas aller directement à Jésus ? Avons-nous besoin de sympathie ? Qui peut sympathiser avec nous comme notre Souverain Sacrificateur plein de grâce ? Qui est sensible à nos sensations d’infirmité ? Avons-nous besoin d’une aide quelconque ? Qui peut nous aider comme notre tout-puissant Ami, qui possède des richesses infinies ? Avons-nous besoin de conseils ou de direction ? Qui peut nous les donner comme Celui qui est la sagesse même de Dieu, et qui nous est fait sagesse de la part de Dieu ?

Oh ! N’attristons pas son cœur plein d’amour, et ne déshonorons pas son nom glorieux en nous détournant de Lui. Prenons jalousement garde contre la tendance qui nous est si naturelle de poursuivre des espoirs humains, de la confiance dans la créature, et des attentes terrestres. Restons proches de la fontaine, et nous n’aurons jamais à nous plaindre des courants. En un mot, cherchons à vivre par la foi, et ainsi à glorifier Dieu dans notre jour et notre génération.

D’après the Lord is near juillet 1985 (C.H.M.)

« Ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés. Ouvre ta bouche, juge avec justice, et fais droit à l’affligé et au pauvre » Proverbes 31. 8 et 9.

COMMENT AIDER LES FAIBLES

Ce sage conseil de valeur est donné par une mère sage à son fils qui est préparé à occuper le trône comme roi. Comme c’est souvent le cas dans la Parole de Dieu, elle commence ses conseils par la mise en garde de résister à la tentation de jouir du monde. Dans le désir de réveiller encore l’affection de son fils pour ce qui est bon, elle termine son enseignement par le cantique de la femme vertueuse, qui est encore aujourd’hui une source spirituelle d’inspiration.

Nous ne devrions pas limiter la recommandation de cette reine au fait d’ouvrir sa bouche pour aider ceux qui ont de la difficulté à s’exprimer. Le monde est plein de jeunes et de plus âgés, savants ou ignorants, qui cachent leurs sentiments, craignant d’ouvrir leur bouche pour exprimer leur peine. Ils peuvent être timides ou ignorants, ou même oppressés, mais peut-être, dans de nombreux cas, c’est seulement leur sentiment de honte qui les maintient désespérément muets.

Quand le Seigneur Jésus est venu sur cette scène de misère, Il pouvait lire dans ces cœurs brisés sans que personne doive le Lui dire. Que cela est précieux ! Il était accessible à tous, disant : « et celui qui vient à moi, je ne le mettrai pas dehors » (Jean 6. 37). Une femme pécheresse méprisée vint à Lui en pleurant, sans dire un mot, mais Il l’a comprise. En vérité, Il ne jugeait pas selon la vue de ses yeux, et ne réprouvait pas selon ce qu’Il entendait. Le remède qu’Il appliquait à un cœur brisé, c’était le pardon des péchés.

Mais Il faisait plus que cela ! Il déliait la langue bégayante et remplissait le cœur de reconnaissance, à le faire déborder, de sorte que de telles langues étaient changées en la plume d’un écrivain habile.

D’après the Lord is near juillet 1985

« Là où le péché abondait, la grâce a surabondé » Romains 5. 20.

LA GRÂCE DE DIEU EST ENCORE OFFERTE AUJOURD’HUI

Aussi profond que soit le besoin, pour un homme, de la grâce de Dieu, il y en a toujours une ressource sans défaut et inépuisable. Le remède de Dieu, c’est la grâce, et Il en est Lui-même la source. Dieu est lumière et Dieu est amour. L’homme, dans les ténèbres et le péché, non seulement n’est pas convenable pour sa présence, mais il craint et hait la lumière, et aime les ténèbres dans lesquelles il se trouve : « Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3. 19 et 20). De son propre choix, l’homme resterait dans les ténèbres, et cela, éternellement, si ce n’était pas ce qu’est Dieu – qui est amour aussi bien que lumière ; et tandis que la lumière révèle le péché et déplaît au pécheur, l’amour, au temps propre, est devenu actif en manifestant la grâce. Le Fils de Dieu, Jésus Christ, était plein de grâce et de vérité. Mais l’homme, en général, n’était pas prêt à Le recevoir.

La grâce aurait plu à l’homme, séparée de la vérité. Nous avons un exemple frappant de cela dans l’évangile (Luc 4. 16 à 30) ; la grâce et la vérité, dans la Personne de Jésus Christ – le don de l’amour de Dieu – ont été refusées. Le cas de l’homme est devenu désespérément mauvais dans le rejet et la mise à mort de Christ.

Mais la grâce a surabondé. Celui qui a été rejeté, étant remonté dans la gloire, a amené une grâce surabondante à l’homme de la part du cœur même de Dieu. L’acte suprême de méchanceté de l’homme a servi à Dieu pour qu’Il agisse comme le Dieu de toute grâce. La pire chose qu’ait faite l’homme contre le Seigneur Jésus a amené vingt siècles de grâce et de patience du cœur de Dieu, et elle coule encore aujourd’hui.

Quelle terrible condamnation tombera sur tous ceux qui méprisent ou négligent la grâce ! L’homme, dans ses ténèbres et son incrédulité, pèche hardiment, et suit la convoitise et les désirs de son propre cœur. Il est la proie de Satan, avec indifférence quant à ce qui est dans le cœur de Dieu envers lui.

D’après the Lord is near juillet 1985

« Ne crains point, car je suis avec toi ; ne sois pas inquiet, car moi je suis ton Dieu. Je te fortifierai, oui, je t’aiderai ; oui, je te soutiendrai par la droite de ma justice » Ésaïe 41. 10.

FAIRE CONFIANCE À DIEU EN TOUTES CHOSES

Nous sommes, pour la plupart, de bons marins quand il fait beau temps et que le bateau avance doucement sur les vagues. Mais quand les vents sont contraires et que les vagues s’élèvent, nos cœurs, souvent, défaillent. Il est possible de croire en Dieu pour le salut de son âme, et de perdre confiance quand les circonstances changent, que la santé se dégrade, que l’âge avancé nous fait perdre les forces – ou que nous perdons des êtres chers et sommes laissés seuls.

Ce sont des choses qui nous éprouvent tous. Or Dieu aimerait que nous soyons parfaitement en paix quand tous ces changements se produisent autour de nous, bien que nous puissions, et devions, les ressentir profondément. Et nous serons en paix si nous ne faisons que suivre son conseil sage et plein d’amour. Et quel est son conseil ? « Ne vous inquiétez de rien mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par la prière et la supplication avec des actions de grâce ». Faisons-nous cela ? Pensez que Dieu a toujours l’oreille ouverte et vous dit : Dites-moi tout, vos soucis, vos peines, vos craintes, vos chagrins, dites-moi tout. Remarquez que ces choses ne nous seront peut-être pas enlevées, Il ne l’a pas promis. Mais vous trouverez que la paix de Dieu gardera votre cœur et vos pensées dans le Christ Jésus. Dieu est tout-puissant, et ses richesses sont inépuisables.

D’après the Lord is near juillet 1985

« Pierre dit : homme, je ne sais pas ce que tu dis. Et, à l’instant, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, regarda Pierre ; et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur, qui lui avait dit : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Étant sorti dehors, il pleura amèrement » Luc 22. 60 à 62.

ÊTRE RESTAURÉ

Êtes-vous tombé ? Avez-vous erré ? Avez-vous fait une chute ? Avez-vous perdu la conscience heureuse de la faveur divine ? S’il en est ainsi, que devez-vous faire ? Simplement ceci : Revenez ! C’est là la Parole de Dieu à celui qui s’est écarté. Revenez, en vous jugeant vous-même, et dans la pleine confiance dans l’amour sans faille et sans changement du cœur de Christ.

Ne restez pas loin, nous vous en prions, dans votre incrédulité. Ne jugez pas le cœur de Jésus par vos pensées propres. Qu’il vous dise ce qui est dans son cœur pour vous. Vous avez péché, vous avez failli, vous vous êtes détourné, et maintenant, peut-être, vous avez peur ou honte de tourner votre regard vers Celui que vous avez peiné et déshonoré.

Satan, aussi, vous suggère les pensées les plus sombres, car il aimerait bien vous maintenir loin de ce précieux Sauveur qui vous aime d’un amour éternel. Mais vous n’avez qu’à fixer votre regard sur le sang, sur le plaidoyer, sur le cœur de Jésus, pour obtenir une réponse triomphante à toutes les terribles suggestions de l’ennemi, et de tous les raisonnements infidèles de votre propre cœur.

Ne restez donc pas une heure de plus sans chercher une réponse complète à la question entre votre âme et Christ. Rappelez-vous que son amour ne change pas, qu’il est gratuit et fidèle, fort comme la mort. Souvenez-vous aussi de ses propres paroles : « Revenez à moi ». Enfin, souvenez-vous que Jésus aime qu’on Lui fasse confiance.

D’après the Lord is near juillet 1985 (C.H.M.)

« On lui fit donc là un souper ; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui. Alors Marie, qui avait pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux : et la maison fut remplie de l’odeur du parfum » Jean 12. 2 et 3.

LE PLUS ÉLEVÉ DES SERVICES : L’ADORATION

Au cours du dernier trajet de Jésus vers Jérusalem, un souper est préparé spécialement pour Lui à Béthanie, car beaucoup d’affection pour Lui avait été éveillée dans ce village – affection qui s’était approfondie lorsqu’Il avait ressuscité Lazare. Sachant bien l’angoisse qu’Il devrait traverser, peu de jours après, en étant fait un sacrifice pour les péchés, que cela devait Lui être précieux de goûter l’affection de ces quelques disciples fidèles !

Et il est insisté sur Marthe, Lazare, et Marie. Marthe servait, n’étant pas embarrassée par beaucoup de service comme en Luc 10. 40, mais avec reconnaissance et dévouement. Lazare, en communion avec le Seigneur, était assis à table, se réjouissant sans aucun doute de la douceur de toutes les paroles de son Maître. Et Marie, dans une muette adoration, oignit les pieds de Jésus de son nard de grand prix, essuyant ses pieds avec ses cheveux.

Ne voyons-nous pas ici les caractères qui conviennent exactement à tout croyant ? Car, bien que l’un puisse avoir plus de capacités qu’un autre pour le service, un autre peut-être plus attiré par les joies de la communion – un autre jouissant particulièrement d’adorer le bien-aimé Fils de Dieu – chacun de ces caractères devrait être vrai, au moins en partie, de tout enfant de Dieu. Mais le plus élevé de ces caractères, c’est l’adoration, car la maison fut « remplie de l’odeur du parfum », ce qui figure pour nous ce qui devrait être vrai en tout temps de la maison de Dieu, l’Assemblée.

D’après the Lord is near juillet 1985 (L.M.G.)

« Remets tout cela en mémoire, avertissant solennellement devant le Seigneur qu’on n’ait pas de disputes de mots, ce qui est sans aucun profit, mais pour la ruine des auditeurs… évite les discours vains et profanes, car ceux qui s’y livrent iront plus loin dans l’impiété, et leur parole rongera comme une gangrène » 2 Timothée 2. 14, 16 et 17.

ÉVITER LES DISPUTES DE MOTS

Timothée est chargé devant le Seigneur d’avertir concernant les disputes de mots, qui ne sont d’aucun profit. C’est une mise en garde des plus utiles, largement et en tout temps. Ceux qui apprécient la vérité sont particulièrement en danger de tomber dans des discussions sans profit. Un tel zèle en fait de vaillants combattants de la Parole. Il est bien vrai que cela ne sert à rien, mais que cela peut facilement perturber ceux qui écoutent. Il y a beaucoup de vanité, et bien peu de sincérité dans de telles disputes ; elles n’apportent pas d’édification, mais du mal réel et très grave.

Mais il peut y avoir un autre devoir quant aux babillages profanes d’hommes prétentieux. Timothée n’était pas appelé à s’en occuper, et encore moins à entrer en controverse avec eux. L’apôtre lui dit de les éviter. Certains, conscients de leur capacité à reconnaître le mal et à s’y opposer, se mêlent volontiers de ces vains discours profanes. Cela n’est pas sain pour eux-mêmes, mais peut faire du mal à des croyants qui remplissent leur esprit de ces tristes efforts, ceux-ci, en général, enflant les coupables plutôt qu’ils ne les convainquent. Le temps est trop précieux et doit être conservé pour ce qui édifie. Il n’est pas bon de s’occuper du mal, à moins que cela soit le devoir le plus nécessaire.

D’après the Lord is near juillet 1985 (W.K.)

« Et Dieu dit à Noé : … Fais-toi une arche… Tu feras un jour à l’arche. Et l’Éternel dit à Noé : entre dans l’arche, toi et toute ta maison, car je t’ai vu juste devant moi en cette génération » Genèse 6. 13, 14 et 16 ; 7. 1.

LA FENÊTRE DE L’ARCHE

Quand nous entrons dans l’arche, nous avons la lumière divine : il y a là une fenêtre. Le mot traduit par fenêtre, ou jour, est employé 24 fois dans l’Ancien Testament, Cela implique que dans l’arche nous venons à l’endroit où l’on trouve la lumière divine, la lumière de ce que Dieu est, en grâce et en amour pour l’homme.

L’arche représente l’endroit que Christ a préparé pour le salut de sa maison, la place où les croyants et leurs familles sont trouvés, reconnaissant la seigneurie de Christ, et sont sous la protection de sa mort ; l’endroit où le monde est vu comme condamné, et où la fin de la chair est connue. Christ, comme le véritable Noé, est honoré, l’alliance est connue et appréciée – c’est-à-dire, l’amour de Dieu rendu connu en Christ qui est l’alliance.

Les enfants de Dieu, amenés dans la conscience d’être liés à Christ, et connaissant Dieu, trouvent leur place à l’abri de la mort de Christ dans ce monde. Ils sont sortis du monde, publiquement, pour ainsi dire, par le baptême, et en appliquant la vérité du baptême dans leurs voies et dans leur esprit, ils connaissent ce qu’est l’arche, et jouissent du salut. La lumière divine et la sécurité sont trouvées au milieu des enfants de Dieu, et dans la séparation du monde.

D’après the Lord is near juillet 1985

CONSERVER LA FRAÎCHEUR DES RELATIONS DU MARIAGE

De même, vous, maris, vivez avec elles selon la connaissance, ayant égard à leur nature plus délicate, féminine, leur portant honneur, comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues (1 Pierre 3. 7).

Renoncez… à tout ce qui est colère, emportement, méchanceté, injures, paroles honteuses… ne mentez pas l’un à l’autre… Revêtez-vous… d’une profonde miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant… Par-dessus tout cela, revêtez-vous de l’amour… Et que la paix du Christ… préside dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants (Col. 3. 8, 9, 12 à 15).

Ayez le même amour, soyez d’un même sentiment, pensez à une seule et même chose. Que rien ne se fasse… par vaine gloire ; mais que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres (Phil. 2. 2 à 4).

Un début d’après-midi, je rentrais chez moi après une réunion dans la jungle. En passant dans l’allée derrière la maison, j’ai dû m’arrêter : au milieu de l’allée se trouvaient un vieux frère et sa femme. Assis côte à côte sur un petit banc de bois rudimentaire, ils prenaient le frais, profitant de la brise de l’océan, sous le grand manguier. Ils parlaient et riaient ensemble comme de jeunes amoureux. C’était un joli spectacle. Lui avait 90 ans  ; elle, à peu près 80.

On peut citer un autre couple dont l’épouse, après 60 ans de mariage, a eu des problèmes de santé qui ont nécessité des soins qu’elle ne pouvait pas recevoir à la maison. Loin l’un de l’autre, ils ne se voyaient pas très souvent mais se parlaient tous les jours au téléphone. Lors d’une conversation, le mari a dit à sa femme qu’elle lui manquait et qu’il se sentait très solitaire. Elle lui a répondu avec tristesse qu’elle-même se sentait seule depuis plus de 60 ans. Quelle différence entre ces deux couples  !

Dieu avait dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen. 2. 18)  ; alors, il lui a donné une épouse pour qu’ils soient d’intimes amis, pouvant vivre à côté l’un de l’autre et ayant ensemble une heureuse relation avec Lui. Cela demande des efforts de part et d’autre, mais le mari devrait être le premier à prendre la responsabilité de maintenir la fraîcheur de leur relation. Nous récolterons ce que nous semons (voir Gal. 6. 7)  : si nous souhaitons être heureux ensemble dès maintenant et quand nous serons âgés, nous devons investir dans nos relations en nous servant l’un l’autre. C’est important, en particulier pour le mari, de prendre soin de sa femme en la servant. « Maris, vivez avec [vos femmes] selon la connaissance, ayant égard à leur nature plus délicate, féminine, leur portant honneur, comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues ». Et la femme a aussi besoin de demander au Seigneur de l’aider à faire des progrès afin d’être pour son mari une « aide qui lui corresponde » (Gen. 2. 18) vraiment.

Une question vient tout de suite à l’esprit  : comment vivre durablement une relation de couple heureuse  ? Certes, les versets ci-dessus nous sont adressés à tous, frères et sœurs en Christ, mais ne pouvons-nous pas les relire en les appliquant spécialement à notre relation de couple  ? Ils parlent à nos consciences et à nos cœurs et sont peut-être la clé pour répondre à cette question.

Le premier passage montre qu’il y a des choses auxquelles nous devons renoncer  : « colère, emportement, méchanceté, injures, paroles honteuses… », et d’autres que nous devons rechercher : « miséricorde, bonté, humilité, douceur, patience… ». Prenons-nous ces exhortations vraiment au sérieux  ? Ne sont-elles pas des points concrets sur lesquels nous ne devons pas transiger  ? Nous pouvons bien reconnaître que « nous faillissons » souvent (voir Jac. 3. 2), et il nous faut alors le confesser ensemble – l’un à l’autre si nécessaire, et rechercher ensemble, instamment, le secours du Seigneur. N’est-ce pas une prière selon sa volonté qu’il voudra exaucer  ?

Le deuxième passage nous invite à rechercher une pensée commune, nourrie de ce que chacun peut apporter, en vue du bien commun ; il s’agit surtout de discerner ce que le Seigneur lui-même a préparé devant nos pas. Vivre ensemble pour Lui, s’aider pour réaliser les services qu’Il nous confie à chacun, s’épauler dans la réalisation d’un service en commun, combien tout cela lie les cœurs ensemble et avec Lui  ! Ensemble nous n’aurons alors plus le temps de penser à ce qui est à nous-mêmes, mais plutôt « à ce qui est aux autres », ceux vers qui le Seigneur nous envoie…

D’après Le Seigneur est proche Juillet 2024

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LES LEÇONS DU TORRENT

(L’Éternel dit à Élie : ) Tu boiras du torrent, et j’ai commandé aux corbeaux de te nourrir là (1 Rois 17. 4).

Le ruisseau de Dieu est plein d’eau (Ps. 65. 10).

Alors que la sécheresse sévit dans le pays d’Israël, Dieu envoie son prophète Élie vivre au bord d’un torrent (Lire 1 Rois 17. 2 à 16). Là, Élie peut se désaltérer, et Dieu lui envoie des corbeaux pour le nourrir. Mais le débit de l’eau faiblit de jour en jour, et le torrent finit par être à sec. Que va devenir Élie ? Dieu ne lui a-t-il pas commandé de venir là  ?

L’eau a tari, mais le Dieu d’Élie est toujours présent. Il envoie alors Élie chez une femme veuve et pauvre, et la charge de nourrir le prophète. Et Dieu lui-même pourvoit aux besoins de la maisonnée.

Chrétiens, il arrive que Dieu nous envoie clairement à un endroit, comme Élie. Dieu y a tout préparé. Mais tout à coup, les choses se gâtent, « le torrent sèche ». Alors nous sommes perplexes : Dieu ne nous avait-il pas envoyés ? Il veut nous faire réaliser qu’il domine les situations. Certes, il nous dirige à travers elles, et s’occupe de nous là où il nous conduit. Mais les circonstances sont changeantes, et il faut nous appuyer sur Celui qui en est le Maître, et qui demeure le Même. Nos « temps », c’est-à-dire les différentes périodes de nos vies, sont « en sa main », et « toutes choses le servent » (Ps. 31. 16 ; 119. 91).

Souvenons-nous que Dieu nous a pris en charge comme ses enfants bien-aimés. Ne remettons pas en question les décisions qu’il nous avait conduits à prendre. Alors, le « torrent à sec » ne nous troublera pas ! Car Dieu a préparé la suite. Et il prendra soin de nous avec la même fidélité dans les nouvelles situations : ses ressources sont infinies.

D’après La Bonne Semence Juillet 2024

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L’AIMABLE COLOMBE DES HURONS

Ce récit qui nous transporte au Canada, dans la première moitié du 19ème siècle, est authentique dans tous ses détails.

Ch. 1er

C’était un dimanche soir, à la fin d’une radieuse journée de printemps. Nous étions assis, mes frères et moi, non loin de notre demeure, jouissant beaucoup du retour des beaux jours. Nos parents étaient allés visiter une famille qui se trouvait dans la peine, et je lisais à mes frères l’histoire de Moïse devant le buisson ardent. Tout à coup Colin, le plus jeune, me dit :

– Regarde derrière toi, Jeannette.

Je tournai aussitôt la tête et je vis, à quelques pas, une fille à peu près de mon âge (j’avais alors treize ans). Elle me parut plus grande et plus mince que moi ; son teint était légèrement bronzé et son visage nous sembla étrange ; pourtant il était singulièrement beau, mais évidemment n’appartenait pas à la race blanche.

La nouvelle arrivante semblait intimidée, comme un oiseau de la forêt. Ses longs cheveux noirs étaient attachés par des cordons écarlates et ornés de plumes brillantes. Elle portait des chaussures comme nous n’en avions jamais vu, ornées de perles et de boutons ; une blouse d’étoffe rouge, et une pèlerine de fourrure aussi fine que le velours complétaient son costume. À son cou pendait un large collier fait de coquillages et de pierres brillantes, entremêlés de pièces d’argent et d’or.

Nous l’avons regardée avec stupéfaction pendant une ou deux minutes. Elle nous regardait aussi comme pour voir quelles seraient nos intentions à son égard, puis elle parla. Sa voix était douce, quoique légèrement gutturale :

La fille indienne désire entendre ce que le Livre dit.

Le ton nous parut étrange, mais la signification de cette phrase était très claire. Nous avons compris que nous avions devant nous une fille de la race des Indiens Peaux-Rouges. Nous n’en avions jamais vus auparavant, mais nous avions entendu raconter toutes sortes de choses à leur sujet.

Autrefois, les tribus indigènes qui habitaient ces régions avaient pris part à la guerre d’Amérique ; mais on disait que, sous le couvert des intérêts anglais ou américains, ils avaient exercé leurs propres vengeances. Ils s’étaient volontiers engagés dans la guerre, du côté des États-Unis, parce que les Iroquois combattaient avec les armées anglaises, et ils espéraient ainsi se venger d’eux. Des deux côtés ils commirent des actes d’une cruauté inouïe.

Quand enfin la paix fut signée entre l’Angleterre et l’Amérique, la tribu des Hurons fut comprise dans le traité. On leur concéda le territoire de la rivière St-Clair, et on leur donna des armes et des couvertures. Mais ils se retirèrent peu à peu afin de s’éloigner des blancs et de ne pas être soumis à leurs lois, car ils ne voulaient pas abandonner leurs habitudes.

Tout cela, et bien d’autres choses encore, nous portait à redouter plutôt qu’à désirer la compagnie des indiens. Mais cette petite fille était seule, et elle avait l’air si modeste et si douce que, tout en étant fort étonnés de la voir, nous n’avons éprouvé aucune crainte.

– Viens t’asseoir ici à côté de nous, lui dis-je, en lui faisant place sur le tronc d’arbre, et tu pourras entendre ce que dit le Livre.

Elle nous regarda un moment comme pour s’assurer que nous parlions sincèrement, puis, marchant aussi légèrement qu’une biche, elle s’approcha et s’assit à côté de moi.

Je cherchai à expliquer à la jeune Indienne quel était le Livre que nous lisions, puis je recommençai l’histoire de Moïse afin qu’elle puisse l’entendre tout entière.

Tant que dura la lecture, elle resta immobile, prêtant la plus sérieuse attention à mes paroles, et quand j’eus fini, il fut évident qu’elle avait suivi l’histoire beaucoup mieux qu’elle ne pouvait l’exprimer, car elle ne savait que quelques mots de notre langue.

Elle nous fit comprendre pourtant qu’elle savait que ce Livre était le grand Livre de l’homme blanc. Elle en avait entendu parler par des anciens de sa tribu qui avaient rencontré un missionnaire dans leurs courses errantes, ainsi que par des marchands de fourrures qui venaient trafiquer avec son peuple.

Puis elle avait accompagné son père à la frontière des États-Unis lorsqu’il s’y était rendu pour acheter des fusils et de la poudre, et là elle avait appris quelques mots de la langue des blancs. Nous avons compris aussi que son père était le chef de sa tribu, qu’elle était sa fille unique, qu’elle avait six frères plus âgés qu’elle, que sa mère était morte depuis longtemps et que son nom était Lanoma. Nous avons appris plus tard que ce nom signifiait : Aimable Colombe.

Ch. 2

Nous causions encore avec la jeune Indienne lorsque nos parents arrivèrent. Ils furent extrêmement étonnés, et s’approchèrent pour demander à Lanoma comment elle était venue jusqu’à nous. Mais ils n’obtinrent pour toute réponse qu’un geste de sa main du côté de la rivière.

Maman l’invita à entrer et à souper avec nous, mais elle secoua la tête en disant :

– La fille indienne retourne chez elle, la nuit vient !

– J’irai l’accompagner, dit mon père, car il commence à faire bien sombre dans la forêt.

– Laisse-nous aller avec toi ! criâmes-nous tous à la fois.

– Eh bien, venez !

Et nous partîmes en corps. Lanoma marchait la première, si rapidement que mon père pouvait à peine la suivre et que nous étions laissés bien loin en arrière. Elle prit un sentier qui semblait conduire au cœur de la forêt ; alors mon père l’arrêta pour lui dire qu’elle ne pourrait jamais atteindre la rivière en marchant dans cette direction.

Tout à coup, d’un fourré qui paraissait inextricable, sortirent six grands Indiens Peaux-Rouges, vêtus d’amples robes de peau de buffle ; leurs cheveux se tenaient droits sur leurs têtes parce qu’ils étaient raidis par de la gomme, et beaucoup de plumes d’aigle complétaient leur coiffure. Chacun de ces Indiens était armé d’un fusil, d’une hache et d’un énorme coutelas.

Mon père, quoique des plus braves, recula à cette vue ; mais Lanoma courut aux Indiens comme si elle était enchantée de les retrouver, et quand elle leur eut parlé, tous les six s’inclinèrent devant nous et, entourant la jeune fille, ils l’emmenèrent, tandis que nous retournions plus lentement chez nous.

Nous étions tranquilles au sujet de Lanoma, sachant qu’elle était sous bonne garde, mais il ne nous était pas du tout agréable de penser que des Indiens armés jusqu’aux dents restaient dans notre voisinage.

Le lendemain matin nous étions à déjeuner, portes et fenêtres ouvertes, lorsqu’un vieil Indien se trouva tout à coup auprès de nous. Il déposa aux pieds de mon père un panier fait avec un mélange de piquants de porc-épic et d’osiers peints de diverses couleurs, tressés ensemble d’une façon admirable. Le panier était rempli de fourrures d’une grande valeur.

Le porteur, après s’être incliné, se releva et prononça un discours très bien dit. Je ne saurais me rappeler ses paroles, mais en voici le sens. Ce panier rempli de fourrures était envoyé en signe de paix par le grand chef de la tribu des Hurons, qui portait le nom de Grand-Ours. Il avait combattu dans sa première jeunesse sous les ordres de Washington, mais ensuite il s’était retiré bien loin dans l’intérieur des terres.

Devenant vieux, il avait désiré revoir les territoires où ses ancêtres avaient chassé, et pour cela il était revenu du pays où le soleil se couche ; il campait maintenant avec ses gens à quelques lieues plus loin sur la rivière, du côté américain ; mais il avait l’intention de vivre en paix avec les colons de St-Clair, pourvu que ceux-ci s’engagent à faire de même. Il envoyait ce présent à mon père parce que lui et ses enfants avaient été bons pour sa fille unique, la joie et la gloire de sa demeure.

Cependant il ne manqua pas de montrer qu’il serait un ennemi terrible, si on l’offensait en quoi que ce soit. Il déclarait qu’il avait six fils, guerriers fameux, portant des noms comme ceux de Loup-Ravisseur, Vautour-Déchirant, etc., et ses guerriers étaient aussi nombreux que les arbres de la forêt. Il avait fait de grands sacrifices aux esprits de la montagne pour qu’aucun mal n’arrive ni à lui ni aux siens.

Mon père répondit en remerciant le chef pour ses présents, assurant le messager qu’il ne méritait rien de pareil et n’attendait aucune récompense ; que la fille du chef ou quelque Huron que ce soit seraient bien reçus dans nos stations.

Comme il était un serviteur du Dieu des chrétiens qui est un Dieu de paix, mon père s’engageait à user de toute son influence pour conserver la bonne entente entre les colons et la tribu indienne. Ces paroles ayant été échangées, l’Indien alluma le calumet de la paix, et, après en avoir tiré quelques bouffées lui-même, il le présenta à mon père comme ratification de la paix conclue.

Ma mère lui fit accepter un bon déjeuner, et mes parents auraient voulu lui donner un présent, mais le messager leur assura que le Grand-Ours était bien trop élevé en dignité pour recevoir des cadeaux de qui que ce soit. Il condescendit pourtant à accepter pour lui-même un grand mouchoir rouge et un beau couteau de chasse ; puis, ayant prononcé solennellement ces mots : « Qu’aucun ennemi ne s’approche jamais de cette maison ! », il s’éloigna rapidement.

Dès qu’il fut parti, mon père se mit en route pour aller de ferme en ferme, chez tous ses paroissiens, leur raconter ce qui venait de se passer et leur dire qu’il avait pris l’engagement pour eux tous qu’ils traiteraient en frères les Indiens qui s’approcheraient de leurs habitations.

Naturellement les colons, comme à l’ordinaire, suivirent les conseils de leur pasteur, et le chef Huron tint admirablement ses promesses : ni lui ni les siens ne vinrent jamais sur les terres défrichées par les blancs.

Notre demeure était la plus rapprochée du camp indien. En montant une colline, non loin de chez nous, nous pouvions apercevoir la fumée de leurs feux. Naturellement ils chassaient dans les forêts, mais aucun d’eux ne vint sur nos terres.

Quant à la fille du chef, nous la trouvions régulièrement, jour après jour, assise sous le chêne qui avait été témoin de notre première entrevue, ou bien elle nous attendait à la lisière du bois et s’avançait dès que nous sortions de chez nous. Fort timide, l’Aimable Colombe des Hurons semblait ne trouver dans sa tribu aucun esprit conforme au sien, et elle prenait évidemment un grand plaisir à être avec nos enfants.

Elle jouait avec nous, nous aidait à cueillir des fleurs et des fougères dans les bois pour les transplanter dans nos jardins et au cimetière. Si nous apprenions nos leçons, elle restait assise très tranquillement et écoutait de toutes ses oreilles pour comprendre quelque chose. Chacun, chez nous, l’aimait beaucoup, et nous mettions tout en œuvre pour lui faire du bien.

Lanoma n’apprenait pas vite ; ce qu’elle comprenait était bien compris, mais il fallait un certain temps pour en arriver là. Comme tous ceux de sa race, elle était très sérieuse et très tranquille ; elle pensait bien plus qu’elle ne parlait. Arrivée auprès de nous au moment où nous lisions la Bible, elle avait manifesté le désir de savoir ce que contenait le Livre, et à mesure qu’elle nous connaissait mieux, elle désirait toujours en savoir davantage.

Elle nous demanda s’il était vrai que le Livre des hommes blancs enseignait la route pour aller dans ce beau pays de chasse dont son père et les anciens de la tribu parlaient parfois dans leurs conseils. On lui avait dit que sa mère y était arrivée depuis longtemps ; mais elle nous disait : « La route pour y parvenir doit être très longue et très pénible, car pendant neuf jours de suite on a fait de grands feux autour de la tombe de ma mère pour l’éclairer dans le voyage ! »

Ces récits nous montraient dans quelles épaisses ténèbres vivait son peuple, et nous essayions de lui enseigner ce que nous avions appris nous-mêmes dans le volume sacré sur « le chemin, la vérité et la vie ». Nous lui parlions de l’amour de Jésus qui est venu sur la terre pour chercher et sauver ce qui était perdu ; nous lui racontions comment Jésus a vécu et comment à la fin Il est mort sur la croix, afin que par la foi en Lui nos péchés puissent être pardonnés, et nous l’assurions que le Saint Esprit peut renouveler et sanctifier le cœur humain.

Les personnes les plus âgées de la famille s’intéressaient encore plus à l’instruction religieuse de Lanoma. Elle avait gagné tous les cœurs par ses manières douces, tranquilles et réfléchies ; aussi, profitant des premières notions qu’elle avait reçues sur un lieu de bonheur après la mort, nos parents tâchaient de diriger son esprit vers la vraie lumière qui seule peut conduire au pays promis, dont toutes les nations rêvent, malgré l’obscurité dans laquelle elles sont plongées.

Mon père, en particulier, saisissait toutes les occasions pour instruire notre jeune visiteuse en lui enseignant les vérités révélées dans la Bible. Elle avait, en commun avec tous les indigènes de l’Amérique, une foi naturelle dans le Grand-Esprit, et une peur épouvantable du mauvais esprit ; mais elle ne savait rien du Sauveur ni de la foi chrétienne. C’était vers ces vérités que mon père cherchait à diriger l’esprit de la fille du chef, car il se disait que Dieu lui avait sans doute envoyé cette enfant d’une tribu indienne, afin qu’elle puisse apporter aux siens la lumière de la foi en Jésus Christ.

Lanoma allait et venait entre notre maison et le camp indien sans que personne ne pense jamais à la retenir. La fille bien-aimée du chef, qui avait pour frères six fameux guerriers, avait toujours assez de gens pour surveiller ses allées et venues de manière qu’il ne lui arrive aucun mal. Si l’on s’éloignait un peu de notre station, surtout vers le soir, on apercevait généralement quelque chasseur indigène ou quelque vieille Indienne qui se tenait dans l’ombre, surveillant l’endroit où devait passer la jeune fille.

Ils voyaient que Lanoma était heureuse avec nous, et ils n’auraient pas voulu la priver de ce plaisir.

Enfin, un jour, le chef fit dire par sa fille que si cela pouvait convenir à mon père, le Grand-Ours viendrait fumer avec lui le lendemain, ce qui signifiait lui faire une visite amicale. Mon père répondit qu’il serait bien aise de le recevoir, et tout fut préparé en conséquence.

Le Grand-Ours vint en effet le lendemain, accompagné de six colosses, ses fils, et conduisant sa fille par la main. Le vieillard était un bel exemple de la race indienne, grand, fort et droit comme un sapin, quoiqu’il eût près de soixante-dix ans. Il y avait de la majesté dans son maintien et nous savions que, selon les idées de son pays, il était juste et généreux.

Ses fils étaient de beaux hommes aussi mais, d’après la coutume indienne, ils restèrent parfaitement silencieux en présence de leur père. Ils n’étaient pas peints comme lorsqu’ils allaient à la guerre, mais leurs tuniques portaient des ornements de toute sorte, depuis des dents de panthères jusqu’à des pièces d’or ! Chacun des fils portait, en forme de manteau, une grande couverture de laine et, retenu autour de leur ceinture par une courroie, on voyait scintiller tout un assortiment de couteaux et de haches.

Le plus âgé, le chef futur, portait un manteau magnifique fait avec des peaux d’ours noirs ; à sa ceinture étaient suspendus des pistolets montés en argent. Mes parents allèrent à leur rencontre quand ils les virent arriver, et les reçurent avec tous les témoignages d’honneur qu’ils purent imaginer, car ils savaient que ces indiens tiennent beaucoup aux cérémonies et qu’ils pourraient facilement croire qu’on ne les avait pas traités avec assez de respect.

Le chef parlait notre langue plus correctement que nous ne nous y attendions ; il exprima ses meilleurs vœux pour notre famille, et nous dit ses remerciements pour la bonté témoignée à sa fille et son espoir que la paix et l’amitié qui existaient entre la tribu et les colons de St-Clair dureraient aussi longtemps que le cours du fleuve.

Mon père répondit dans le même sens, et le chef en témoigna sa profonde satisfaction. C’était un homme d’une grande intelligence naturelle, et sa vie errante lui avait donné une expérience profonde des hommes et des choses ; mais quand mon père voulut lui parler de Dieu, il lui déclara froidement que jamais les Hurons ne changeraient leur manière de voir à cet égard, qu’ils voulaient pouvoir continuer leur vie comme par le passé…

Pendant que toutes ces choses se passaient, le temps s’écoulait rapidement et l’été tirait à sa fin. Bientôt nous vîmes du mouvement dans le camp des Hurons, les feux s’éteignirent, les tentes se replièrent, et un matin Lanoma arriva chez nous de bonne heure, apportant un grand paquet contenant des présents pour chaque personne de la maison : pour les hommes, il y avait des pipes et des tabatières curieusement sculptées et ornées d’après l’art indien ; pour les femmes, des corbeilles à ouvrage et des poches artistiquement travaillées ; pour les enfants, toute espèce de jouets confectionnés ingénieusement.

Elle présenta tout cela en disant qu’elle apportait ces choses pour que ses amis se souviennent de la jeune Indienne, puis elle ajouta que sa tribu s’éloignait pour aller vers les terres de chasse du côté du soleil couchant. Lanoma était bien triste de partir, de ne plus nous voir et de ne plus entendre parler le Livre. Mais elle nous supplia de ne pas oublier l’Aimable Colombe et de prier le Seigneur de l’homme blanc de ne pas l’oublier non plus !

Elle nous quitta en pleurant, et aucun de nous ne la vit partir les yeux secs. Après s’être éloignée, elle revint en arrière nous dire encore une fois adieu. Il semblait qu’elle ne pouvait s’arracher d’auprès de nous.

Ch. 3

Des semaines s’écoulèrent après ces choses ; nous n’oubliions pas Lanoma, mais nous n’avions rien appris d’elle. Mon père se reprochait parfois de ne l’avoir pas mieux instruite, car il craignait que les connaissances qu’elle avait reçues soient encore trop vagues pour porter les fruits désirés.

Sur ces entrefaites éclata la seconde guerre américaine. Ce fut terrible pour nous qui nous trouvions sur la limite des terres de l’ennemi, car nous risquions de souffrir des deux côtés. Mon grand-père, ma grand-mère et mes plus jeunes frères étaient tombés malades, de sorte qu’il ne pouvait être question pour nous de nous enfuir, mais mon père conseilla à ses paroissiens de le faire.

– Nous ne vous abandonnerons pas, dirent-ils tous d’une seule voix : puisque vous devez rester, nous resterons aussi ; nous sommes venus dans ce pays avec vous, nous ne le quitterons pas sans vous.

Rien ne put ébranler leur décision, malgré tout ce que mon père leur dit, et ils firent leurs préparatifs pour s’entendre soit avec les Indiens, soit avec les Américains.

Je ne puis m’étendre sur ce temps-là, il fut terrible et j’en ai gardé un affreux souvenir. De l’épreuve sortit pourtant de la bénédiction : le danger commun resserra fortement les liens qui unissaient déjà les colons entre eux. Ils avaient été jusque-là de très bons voisins ; mais les craintes et les obligations de ces temps difficiles les obligèrent à se voir plus fréquemment et ils sentirent le besoin de prier bien souvent ensemble.

Il y eut un véritable réveil dans la colonie pour ce qui regardait les choses de Dieu ; non pas un réveil bruyant et démonstratif, mais un renouvellement des cœurs, qui se tournèrent vers Celui de qui seul on pouvait attendre la délivrance. Nous fûmes admirablement gardés pendant ce long hiver, quoique au milieu des plus grands dangers. Enfin nos malades se rétablirent, et ce fut avec joie que nous vîmes arriver le printemps, où tout serait certainement plus facile.

Un jour, nous allions prendre notre repas du soir, lorsque nous entendîmes des clameurs étranges et inaccoutumées. Notre domestique Robert, étant sorti pour voir ce qui se passait, rentra en courant :

– Que Dieu aie pitié de nous ! s’écria-t-il, ce sont les Indiens ! ils arrivent tout droit chez nous !

– Ne vous effrayez pas, ce sont des Hurons, et je ne crois pas qu’ils nous veulent du mal. Ils arrivent très calmement et leurs clameurs sont bien plutôt des lamentations que des cris de guerre. Ce n’est peut-être que quelque cérémonie superstitieuse qu’ils viennent accomplir dans le pays de leurs ancêtres ; nous ferons mieux de ne pas leur prêter attention.

Il parlait encore lorsqu’on entendit heurter à la porte d’entrée. Mon père se hâta d’aller ouvrir et, à notre grand étonnement, nous reconnûmes le visage du père de Lanoma, le chef si redouté des Hurons. Il avait énormément changé : sa grande taille s’était courbée, son pas n’avait plus la même élasticité et ses traits étaient altérés par la douleur.

– Visage pâle, toi qui es sage, dit-il en s’adressant à mon père, je suis venu te demander un tombeau dans lequel je puisse ensevelir ma fille ! Mon Aimable Colombe m’a quitté et la lumière de mes yeux s’est éteinte avec elle ! Je ne sais pas si c’est Lui qui l’a voulu malgré tous nos docteurs.

Elle croyait au Dieu dont vous lui avez parlé et au Seigneur Jésus qui, vous le lui avez dit, était mort sur la croix pour son peuple. Elle nous a dit qu’elle aimerait être ensevelie près des tombeaux couverts de fleurs, là où l’on va souvent se reposer. C’est la dernière demande qu’elle m’a faite ; aussi j’amène son corps de bien loin d’ici afin d’accomplir son désir. Homme sage, au visage pâle, veux-tu me donner une tombe pour ma fille ?

Mon père prit le vieillard par la main et le fit asseoir ; ses yeux étaient pleins de larmes et nous pleurions tous. Ébranlés par la peur que nous avions éprouvée, nous avions passé sans transition de cet effroi à la nouvelle qui ne pouvait que nous affliger profondément.

Tous nos cœurs étaient brisés en apprenant que notre chère Lanoma n’était plus. L’Indien vit notre émotion et sa nature rigide en fut touchée : il se détourna pour qu’on ne voie pas son visage et, le cachant dans ses mains, il se balança à droite et à gauche comme un arbre secoué par la tempête, tandis que toute la tribu, restée devant la porte, entourait le cercueil en poussant de grandes lamentations.

Bienheureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur, dit mon père dès qu’il put raffermir sa voix. Lanoma a cru en Celui dont elle a entendu parler, et Dieu veut sauver tous ceux qui s’adressent à Lui, de quelque langue ou de quelque peuple qu’ils soient !

Nous placerons le corps de votre chère fille à côté des corps de nos proches, dans le lieu qu’elle a bien souvent orné elle-même des plus belles fleurs.

– Homme sage, merci ! reprit le vieux chef. Oui, dès que le jour nouveau se lèvera, nous ensevelirons ma fille à la manière des chrétiens. Elle me l’a demandé et je le lui ai promis.

Mes hommes ont taillé un cercueil de bois de cèdre afin qu’elle soit enterrée comme ceux de votre peuple. Voulez-vous demander à vos gens de venir rendre les derniers devoirs à ma fille comme vous le faites pour les vôtres ?

Mon père se hâta d’envoyer Robert avertir les colons de ce qui était arrivé, et les inviter à venir le lendemain matin assister aux funérailles de notre chère petite Lanoma.

Le chef et ses fils refusèrent absolument de passer la nuit sous notre toit. Ils firent installer une grande tente sous laquelle on porta la bière de Lanoma ; ils s’y rassemblèrent, et mon père et ma mère restèrent avec eux.

Le lendemain, de bonne heure, tous les paroissiens de mon père se réunirent autour de nous et la cérémonie commença. Mon père lut quelques passages de la Bible, pria pour les affligés, et dit quelques mots sur l’incertitude de la vie et la nécessité pour tous de se tenir prêts.

Ensuite les six frères se levèrent tous ensemble, portant le cercueil de leur chère jeune sœur. Ils le déposèrent dans la fosse qui avait été creusée pendant la nuit ; ils prononcèrent chacun quelques paroles d’adieu dans leur propre langue, et la plupart des autres Indiens s’approchèrent et firent de même.

Le vieux chef s’avança le dernier ; nous ne comprîmes pas ce qu’il dit, mais au son de sa voix, on sentait que ses paroles étaient l’expression d’un cœur brisé. Les femmes firent alors éclater de nouvelles lamentations, puis la fosse fut recouverte et on planta sur le tertre les fleurs que Lanoma aimait le mieux.

Quand tout fut terminé, le vieux chef annonça son intention de camper sur l’emplacement qu’il avait occupé jadis au bord de la rivière, afin de nous protéger contre ceux qui pourraient nous faire du mal pendant la guerre.

Il dit que son cœur était enseveli maintenant dans les terres de l’homme blanc et qu’il ne permettrait à aucun ennemi de s’en approcher. Il campa donc avec toute sa tribu dans notre voisinage, et il est bien probable que c’est à leur présence que nous avons dû de n’être jamais inquiétés par personne.

Tous les jours et par tous les temps, le Grand-Ours venait s’asseoir près de la tombe de sa fille, et là nous allions nous entretenir avec lui comme nous le faisions jadis avec Lanoma.

Mais le souvenir de sa fille lui parlait plus éloquemment que nous ne pouvions le faire ; la chère enfant, que nous estimions instruite si imparfaitement de l’Évangile, avait pu, pendant les derniers jours de sa vie, enseigner à son père les grandes vérités du christianisme sur lesquelles reposait sa foi.

Le terrible chagrin qu’avait éprouvé le vieux chef en perdant sa fille chérie avait fait tomber ses préjugés ; les paroles de l’enfant mourante avaient préparé son cœur à recevoir le salut et le pardon ; l’orgueilleux indien courba enfin la tête et devint un humble croyant, mettant toute sa confiance dans le sacrifice du Seigneur Jésus.

BERACA 39 : LE CANTIQUE DE DEBORA

La victoire sur Jabin, roi de Canaan et sur le chef de son armée, Sisera, a été complète. « Debora chanta, en ce jour-là, avec Barak, fils d’Abinoam » un cantique, un précieux cantique ! Il évoque la puissance du Dieu d’Israël qui agit en discipline, écoute et pardonne quand il y a repentance, et agit en délivrance. Le cantique démontre l’état de cœur de diverses classes de personnes parmi les fils d’Israël. Il y a ceux qui s’engagent et ceux qui restent occupés de leurs affaires. Pendant vingt ans, Jabin, un roi ennemi, vivant en Canaan, a opprimé le peuple. Il possédait « neuf cents chars de fer » et une armée estimée à « une multitude ». Le peu qui nous est donné à connaître sur la bataille fait valoir que c’est l’Éternel qui a combattu et donné la victoire. Barak a reçu de sa part un commandement : « Prends avec toi dix mille hommes des fils de Nephthali et des fils de Zabulon et j’attirerai vers toi, vers le torrent de Kison, Sisera, chef de l’armée de Jabin, et ses chars, et sa multitude, et je le livrerai en ta main » ; « en ce jour-là, Dieu abattit Jabin, roi de Canaan, devant les fils d’Israël » (Jug. 4. 7 et 23).

Deux tribus sont nommées pour aller au combat. L’Éternel connaissait ceux qui étaient de bonne volonté. Aujourd’hui comme hier, notre Seigneur utilise ceux qui ont fait le choix de Le servir volontairement et sans restriction. L’apôtre Paul déplore ceux qui cherchaient « leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ » (Phil. 2. 21). Qu’en est-il aujourd’hui ?

« Parce que des chefs se sont mis en avant en Israël, parce que le peuple a été porté de bonne volonté, bénissez l’Éternel ! Rois, écoutez ! princes, prêtez l’oreille ! Moi, moi, je chanterai à l’Éternel ; je chanterai un hymne à l’Éternel, le Dieu d’Israël » (Jug. 5. 2 et 3). À la lecture de ce récit, nous constatons que tous n’ont pas été dans l’exercice, mais le cantique nomme le peuple en entier et ceci est très beau. C’est comme lorsque Balaam, acheté par Balak, pour maudire les fils d’Israël, a dû les bénir malgré leurs cœurs si souvent rebelles. L’Esprit de Dieu l’obligera à dire : « l’Éternel n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni n’a vu d’injustice en Israël ; l’Éternel, son Dieu, est avec lui, et un chant de triomphe royal est au milieu de lui » (Nomb. 23. 21).

Le cantique de Debora rappelle les grandes difficultés vécues sous la domination d’un roi ennemi et païen : « les villes ouvertes étaient délaissées en Israël, elles étaient délaissées, – jusqu’à ce que je me sois levée, moi Debora, jusqu’à ce que je me sois levée, une mère en Israël. On choisissait de nouveaux dieux, alors la guerre était aux portes ! On ne voyait ni bouclier ni pique chez quarante milliers en Israël » (Jug. 5. 7 et 8).

Spirituellement, ils revenaient de loin, et Debora chante : « Mon cœur est aux gouverneurs d’Israël qui ont été portés de bonne volonté parmi le peuple. Bénissez l’Éternel ! » (v. 9) Tous sont invités : « vous qui montez sur des ânesses blanches, vous qui êtes assis sur des tapis, et vous qui allez par les chemins, méditez ! » (v. 10) La délivrance était un fait incontestable !

« À cause de la voix de ceux qui partagent le butin, au milieu des lieux où l’on puise l’eau : là, ils racontent les justes actes de l’Éternel, ses justes actes envers ses villes ouvertes en Israël. Alors le peuple de l’Éternel est descendu aux portes » (v. 11). La liberté d’action et de direction est retrouvée, car c’est aux portes que l’on jugeait, qu’on établissait les lois, les budgets, etc.

« Réveille-toi, réveille-toi, Debora ! Réveille-toi, réveille-toi, dis un cantique ! Lève-toi, Barak, et emmène captifs tes captifs, fils d’Abinoam ! » (v. 12) Nous retrouvons cette expression au Psaume 68 et en Éphésiens 4. 8 quand elle fait référence à la victoire de notre Seigneur sur Satan et sur la mort. Christ, ressuscité, emmène avec Lui ceux qui étaient captifs de Satan. Ils sont délivrés de son joug et de la condamnation à mort pour appartenir à Celui qui était, qui est et qui sera à toujours. Quel bonheur d’être les captifs du Seigneur ! Sur nous, croyants, plus de condamnation ! Nous sommes délivrés et rendus libres pour le servir (Rom. 8. 1 ; 12. 11).

« D’Éphraïm sont venus ceux dont la racine est en Amalek ; derrière toi vient Benjamin, au milieu de tes peuples. De Makir sont descendus les gouverneurs, et de Zabulon sont venus ceux qui tiennent le bâton du commandant. Et les princes d’Issacar ont été avec Debora, et Issacar, comme Barak ; il a été envoyé sur ses pas dans la vallée » (Jug. 5. 14). Voilà ceux qui sont allés le cœur engagé, pour participer à la fin de la bataille, pour rapporter du butin.

« Aux divisions de Ruben, grandes considérations de cœur ! Pourquoi es-tu resté entre les barres des étables, à écouter le bêlement des troupeaux ? Aux divisions de Ruben, grandes délibérations de cœur ! Galaad est demeuré au-delà du Jourdain ; et Dan, pourquoi a-t-il séjourné sur les navires ? Aser est resté au bord de la mer, et il est demeuré dans ses ports » (v. 15 à 17). Voilà ceux qui ont préféré leurs intérêts à ceux de l’Éternel ; ils n’ont pas joui de la victoire, ils n’ont pas chanté le cantique. Soyons de ceux qui chantent et louent le Seigneur !

« Zabulon est un peuple qui a exposé son âme à la mort, Nephthali aussi, sur les hauteurs des champs » (v. 18). Dans un temps à venir, et qui s’approche à grand pas, d’autres vaincront « à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage ; et ils n’ont pas aimé leur vie, même jusqu’à la mort » (Apoc. 2. 10 ; 12. 11) ; quel engagement ! Quelle récompense par la suite ! Ils vivront et régneront « avec le Christ mille ans » (Apoc. 20. 6).

« Maudissez Méroz, dit l’Ange de l’Éternel ; … car ses habitants ne sont pas venus au secours de l’Éternel, au secours de l’Éternel, avec les hommes forts » (Jug. 5. 23). Malheureusement, il y en a beaucoup qui « seront jugés chacun selon ses œuvres » et jetés « dans l’étang de feu » (Apoc. 20. 13 et 14). En contraste, chaque saint recevra une récompense « selon qu’est son œuvre » (22. 12). « Bénie soit, au-dessus des femmes, Jaël…, elle a frappé Sisera… ». Et le cantique se clôt dans une envolée : « ô Éternel !… que ceux qui t’aiment soient comme le soleil quand il sort dans sa force ! » Nous, qui aimons le Seigneur, Lui serons associés quand Il apparaîtra en gloire et que « son visage sera comme le soleil quand il brille dans sa force ! » (Apoc. 1. 16). Amen !

TRANSFORMATION

« Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création » » 2 Corinthiens 5. 17.

« Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » Galates 2. 20.

« Né de nouveau » (Jean 3. 3) : c’est ainsi que la Bible définit le chrétien, celui qui a cru au Seigneur Jésus. « Les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles ; et toutes viennent du Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ » (2 Cor. 5. 17 et 18). La nouvelle nature du croyant vit dans un corps qui fait encore partie de ce qui est « vieux ». Ce corps, avec ses facultés, était au service du « moi », du péché. Maintenant, le croyant a le privilège de l’employer au service de Dieu, mais sa « vieille nature » est encore en lui.

La vie de notre « nouvel homme », que nous avons comme « revêtu », ayant « rejeté le vieil homme » (Éph. 4. 24 et 22), c’est celle de Christ. Cette nouvelle nature doit se développer afin de manifester les caractères de Jésus. Cela implique deux choses :

1. Pour croître normalement, il faut bien se nourrir. Il y a plusieurs façons de se « nourrir » de Christ. Lire la Bible, Lui parler par la prière, l’écouter, le servir, le louer… Dans de tels moments, notre esprit, nos pensées, sont occupés de ce qui le concerne, Lui. Il se produit alors une transformation en nous. Notre intelligence, notre conception de la vie, sont orientées d’une manière nouvelle afin de plaire au Seigneur.

2. Nous ne devons pas suivre les inclinations de notre « vieille nature », qui nous conduit à vivre sans Dieu, sans nous intéresser aux réalités spirituelles. Quand cette nature se manifeste, nous sommes invités à ne pas céder à ses désirs, mais à savoir dire « non » par la prière ; alors, le Saint Esprit que Dieu nous a donné lorsque nous avons cru au Seigneur Jésus, sera libre d’agir en nous. C’est Lui qui donne sa puissance à la nouvelle vie du croyant, dans ses motivations et ses désirs nouveaux (lire Éph. 4. 30 à 32).

Voilà le secret d’une vie riche et épanouie !

D’après « Il buon seme » mars 2024