Bienvenue ! Ce site a été réalisé spécialement pour les enfants, les adolescents et les jeunes. Il est là pour présenter l’évangile et vous aider à grandir dans votre vie avec le Seigneur. N’hésitez pas à poser des questions ou à nous suggérer des sujets qui vous intéressent, par l’intermédiaire de l’espace questions. Nous essayerons d’y répondre !
« Même maintenant, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te le donnera » Jean 11. 22.
Jean 11 nous rapporte l’histoire de Lazare. Lorsqu’il est tombé malade, ses deux sœurs, Marthe et Marie, ont envoyé un message au Seigneur Jésus, disant : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade » (v. 3). Elles espéraient qu’Il viendrait tout de suite à Béthanie, afin de guérir leur frère. Mais Lazare est mort avant que Jésus n’arrive.
Marthe vient à sa rencontre et Lui fait part immédiatement de sa déception : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Mais les mots qu’elle ajoute montrent sa foi : « Mais même maintenant, je sais… ». Quoique les choses ne se soient pas passées comme Marthe l’imaginait, toutefois elle continue à croire dans le Seigneur.
C’est très beau, quand la foi ne défaille pas dans les situations difficiles de la vie. Que cela est heureux quand, au milieu de la tempête, la flamme de notre confiance en Dieu continue à briller, même si elle peut ressembler parfois à un lumignon près de s’éteindre. C’est le Seigneur qui soutient notre foi dans les moments les plus sombres. Il nous donne du courage, de sorte que nous pouvons dire avec confiance : « Mais même maintenant, je sais… ».
Le Seigneur Jésus a soutenu la foi de Marthe en lui donnant une promesse qu’elle pouvait à peine croire : « Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas, à jamais » (v. 25 et 26).
Aujourd’hui encore, cette espérance glorieuse fortifie la foi de ceux qui croient au Fils de Dieu.
Une foule dense se pressait à la gare de L. Les vacances venaient de commencer et nombreuses étaient les familles qui quittaient la ville pour aller chercher repos et bon air sur les hauteurs.
On remarquait parmi les voyageurs qui attendaient le train du Simplon un groupe animé, environné de bagages. Une femme, jeune encore, au profil pur et énergique, la mère des cinq enfants qui l’entouraient, fixait tantôt l’horloge, tantôt l’escalier d’un air inquiet.
« Pourquoi ne viennent-ils pas ?… murmurait-elle. Papa et Luc auront oublié l’heure en achetant leur piolet ». Soudain, deux têtes émergeant de la foule la rassurèrent. Le train arrivait. Nos voyageurs se précipitèrent alors sur leur attirail et s’engouffrèrent dans le train. Lorsque enfants et bagages furent dûment installés, le père redescendit sur le quai.
– Quel dommage de ne pas t’emmener avec nous, s’écrièrent les enfants penchés à la fenêtre.
– Viens nous rejoindre dès que possible ! ajouta la mère. Ce sera si beau là-haut dans notre vieux chalet, et tu as grand besoin de repos.
– Certes, j’ai hâte de vous retrouver, mais je dois encore terminer quelques affaires. Ce soir à huit heures, je prendrai l’avion pour Casablanca et Dieu voulant, dans dix jours je serai des vôtres. Au revoir, mes enfants ! Soyez sages et complaisants ! Luc, rappelle-toi que tu es le chef de famille en mon absence ! Que le Seigneur vous protège !
Déjà la palette s’était levée ; lentement le train se mit en marche, emportant la vision de six joyeux enfants agitant leurs bras en criant :
– À bientôt, papa, et bon voyage.
Tandis que le train roule à vive allure, faisons la connaissance de nos amis.
Luc, solide garçon de quinze ans, bien bâti, à l’air sportif, fixe son regard sur le piolet juché sur le porte-bagages et rêve aux ascensions merveilleuses qu’il va tenter avec son père.
Liliane, grande fillette d’une année plus jeune, aux longues tresses blondes, au regard pensif, s’isole dans un coin du compartiment et se plonge dans un livre.
Jeune naturaliste de dix ans, portant en bandoulière un herbier flambant neuf, Gérard, le nez collé à la vitre, songe au bonheur qui l’attend. Là-haut, il n’y aura plus de maître pour lui crier en pleine classe : « Où es-tu, rêveur ? », ni de camarades pour le houspiller. Finies les longues journées d’école ! La grammaire et tous ses acolytes ont été enfermés à double tour au plus profond d’un tiroir. Dès aujourd’hui, c’est la liberté, les pâturages, les bois, on jouera à Robinson, aux Indiens… La vraie vie va commencer…
Jeannette et Jeannot, deux jumeaux de sept ans, savourent aussi les délices des vacances, bien que leur sac d’école n’ait pas encore pesé lourd sur leurs épaules.
Miette, la cadette, au petit visage futé, à la taille menue, sautille sur les genoux de sa maman, qui contemple rêveusement le paysage. Que leur réservent ces vacances ? se demande-t-elle. Apporteront-elles aux enfants le bonheur qu’ils attendent ?… Et sauront-ils découvrir ce bonheur dans le don d’eux-mêmes et dans l’obéissance à Celui qui a dit : « Mon joug est aisé et mon fardeau léger » ?
Bientôt, on quitte le train noir pour un petit train rouge qui serpente à travers champs. La pente devient abrupte, et la crémaillère se met à grincer si fort qu’il faut crier pour se faire comprendre. Ravis, les garçons se penchent à la fenêtre pour observer la manœuvre.
Les jumeaux, tenus en respect par un Anglais très intimidant, examinent avec curiosité les lorgnons cerclés d’or qu’il a posés par-dessus ses lunettes pour lire son journal. Le jour baisse.
Soudain, le gentleman se lève d’un bond en poussant un cri rauque. Épouvantés, les enfants voient des flammes sortir de la banquette. Mme Henry, éperdue, se suspend à la sonnette d’alarme puis, voyant que le train ne s’arrête pas, sort du wagon sur la plate-forme, son tricot à la main, pour appeler au secours.
Le contrôleur arrive enfin ; il est temps, car les flammes crépitent et une fumée noire s’échappe du brasier. Le petit train fait halte, quelques voyageurs font la chaîne pour apporter l’eau d’un ruisseau tout proche. Bientôt, le danger est écarté et les enfants en sont quittes pour la peur.
Alors Mme Henry s’aperçoit que son peloton a disparu. Elle ressort précipitamment du train et voit le contrôleur en train de se débattre, entortillé qu’il est des deux pieds par la laine grise. Le train s’ébranle. « Mon peloton ! » crie Mme Henry, ne pouvant retenir un accès de gaîté, mais l’employé, de fort méchante humeur, n’a que le temps de casser la laine pour sauter sur le marchepied, et le peloton roule dans le ruisseau en se dévidant toujours.
Voici enfin Champfleury, le but du voyage !
« Comment allons-nous transporter tout cela ce soir ? » se demande Mme Henry, en examinant d’un air perplexe ses multiples colis.
À ce moment un monsieur souriant s’avance au-devant d’elle.
– Madame, permettez-moi de vous conduire chez vous avec votre famille. Je suis venu attendre un ami qui arrivera sans doute par le train suivant. Ainsi ma voiture est libre, profitez-en. Je suis le docteur Martel ; il paraît que nous allons être voisins. N’allez-vous pas au chalet « Gai-Soleil » ?
– En effet, répond Mme Henry, et nous étions précisément en train de nous demander comment transporter tous nos bagages. Que c’est aimable de votre part !
Bientôt, l’auto file, conduite d’une main sûre. Voici la silhouette familière du vieux chalet. Sur le seuil, la figure réjouie et rougeaude de Trudi, la fidèle bonne, accueille la petite bande heureuse d’arriver au bercail.
Le docteur s’éclipse sans vouloir entendre de remerciements :
– Si vous avez besoin d’un service, n’oubliez pas que j’habite tout près, crie-t-il en démarrant.
Au chalet
Le lendemain matin, un gai rayon de soleil vient se poser sur le nez de Miette, et aussitôt la maisonnée est réveillée. Les enfants ne se plaignent pas de se lever tôt. Il y avait mille choses à découvrir et tout avait un petit air de vacances qui réchauffait le cœur et vous donnait des ailes.
« Vacances » chantait l’alouette ; « Vacances » crissait le grillon ; même le sifflet de la bouilloire vous avait un petit ton de gaieté tout à fait inusité.
– Moi je ne me lave pas, crie, Jeannot, puisque c’est les vacances.
– Moi, je me démêlerai les cheveux une autre fois, ça fait trop mal, dit Jeannette en tressant à la hâte ses nattes ébouriffées.
– Je lirai tant que je veux, fait Liliane d’un ton décidé.
– Moi, clame Luc, je veux aller explorer des grottes. Gérard, viens-tu avec moi ?
Mais Gérard avait disparu.
Soudain la voix de maman appela :
– Enfants, venez vite déjeuner ! Êtes-vous prêts ?
Mme Henry, tout à l’heure, avait surpris la conversation de ses enfants. Elle ne dit rien toutefois, ne voulant pas assombrir ce premier jour de vacances par des remontrances. Après le petit déjeuner, elle pria Luc de lui apporter la Bible.
– Mes enfants, dit-elle, je vais vous donner le secret pour que ces vacances soient les plus belles que vous ayez jamais passées. Écoutez ces paroles : « Car Christ n’a point cherché à plaire à lui-même. Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien ».
Luc les copiera en gros caractères et nous les suspendrons ici. Si vous essayez de les mettre en pratique, vous serez tous des semeurs de bonheur. Luc sèmera du bonheur pour Trudi en l’aidant à ranger l’attirail de pique-nique, les tentes et les jeux. Liliane réjouira Miette en la promenant pendant que je m’occupe du déballage des malles. Gérard sèmera du bonheur en jouant avec les jumeaux au lieu de s’esquiver ; toi, Jeannette, tu essayeras de te coiffer un peu mieux pour que je n’aie pas honte de ma petite fille, et toi, Jeannot, tu te laveras dans le ruisseau pour que maman ose embrasser son petit garçon sans se salir.
Au début, les enfants avaient baissé la tête et l’on sentait un petit vent de révolte. Mais leur mère avait si bien su leur parler que la joie réapparut sur les visages renfrognés : « Des semeurs de bonheur, quelle jolie image ! » pensait Gérard, et il imaginait une armée de petits jardiniers semant à pleines mains des graines dorées qui se transformaient en fleurs exquises aux vives couleurs.
Chacun s’éclipsa, et la mère se mit à la besogne, le cœur léger, remerciant Dieu de l’avoir aidée une fois de plus à ramener joyeusement ses enfants au devoir.
Du balcon elle aperçut les jumeaux qui batifolaient dans le pré. Elle les appela :
– Où est Gérard ? cria-t-elle.
– Il est parti, répondit Jeannot. Il a suivi un lézard, et nous ne l’avons plus revu.
« Incorrigible petit solitaire, ami des bêtes plus qu’ami des hommes » ; pensa la mère. Bien rares étaient les occasions où elle avait pu lire dans le cœur de son fils, et pourtant de brèves éclaircies avaient mis un rayon d’espoir dans son cœur.
Elle se souvint d’un jour où elle l’avait vu saisir à pleins bras les grands delphiniums du jardin, et après avoir jeté un coup d’œil circulaire pour s’assurer de ne point être observé, déposer un baiser tendre et passionné sur les corolles fraîches. Quel soin il avait eu un jour, d’un moineau tombé du nid !
Et quand elle était revenue de l’hôpital, quelle inexprimable tendresse n’avait-elle pas lu dans les yeux de son petit garçon dont on n’avait cessé de lui rapporter les sottises et les mauvais points. Une instante prière monta de son cœur pour que le bon Berger prenne un soin particulier de son petit mouton noir.
Le lézard
C’était la faute du lézard, en fin de compte, se disait Gérard, s’il était arrivé une heure en retard à dîner, s’il était tombé dans la mare et si maman l’avait emmené dans sa chambre avec un air de reproche qui lui fendait le cœur. On l’avait privé de la promenade aux grottes dont il s’était bien réjoui, et cet après-midi de soleil qu’il devait passer au lit lui semblait interminable.
Qu’il était gracieux, le petit lézard ! Il avait voulu l’attraper par la queue, mais il s’était dérobé et avait disparu dans l’anfractuosité d’un vieux mur. De là au ruisseau il n’y avait eu qu’un pas et Gérard, oubliant les recommandations de sa mère, s’était éloigné. Que l’eau était tentante, si claire, si bleue…
Pas de jeu plus amusant que de sauter de pierre en pierre pour pêcher de petits têtards et les déposer dans une boîte de conserve ! Il fallait les voir tournoyer comme des possédés dans leur cage. Soudain il avait eu la pensée de jeter un coup d’œil à sa montre. Horreur ! il était une heure. En un tournemain, les têtards furent rejetés à l’eau. Dans sa hâte son pied glissa et il tomba de tout son long dans l’eau glacée. D’un bond il se releva, prit ses jambes à son cou… mais son état pitoyable et le retard lui avaient valu cette dure pénitence.
À six heures, les promeneurs revinrent enchantés de leurs découvertes. Jeannette et Jeannot avaient plein leurs gobelets de fraises parfumées, Liliane apportait une gerbe d’aspérules et d’épilobes, et les poches de Luc se gonflaient de pierres.
Mme Henry monta quatre à quatre l’escalier pour rejoindre son fils. Que se dirent-ils ? Nul ne l’entendit, mais quand les enfants apportèrent à Gérard sa part de fraises, ils trouvèrent leur frère sur les genoux de leur mère, et l’un et l’autre avaient un regard paisible, confiant.
Mille projets furent élaborés au repas du soir qui fut plein d’entrain.
Moi, dit Luc, je vais collectionner toutes sortes de pierres et j’en ferai un musée comme celui d’oncle Tom avec les vieilles pierres du temps des Romains.
— Moi, dit Gérard, je ferai un herbier. Liliane, tu m’aideras à cueillir beaucoup de fleurs ! Nous les sécherons et les collerons sur un cahier en inscrivant leur nom et l’endroit où nous les aurons trouvées.
Liliane s’enthousiasma à son tour et promit de collaborer à cette œuvre passionnante.
– Nous irons chercher des fraises, n’est-ce pas Jeannette ? dit Jeannot, et ainsi nous aurons chaque soir un bon dessert.
– Hourra ! s’écria Luc, quelles belles vacances nous allons passer et, quand papa viendra, ce sera le comble du bonheur !
Mme Henry aimait finir la journée par un cantique, et chaque soir c’était un des enfants qui l’indiquait.
– C’est ton tour, Gérard, dit la mère, que choisis-tu ?
– « Oh ! Je possède un ami merveilleux », dit l’enfant sans hésiter.
Les voies fraîches entonnèrent avec entrain l’hymne bien connu :
Oh ! Je possède un Ami merveilleux,
Prêt toujours
À me donner à toute heure, en tous lieux,
Son secours.
Refrain :
Cet Ami, c’est Jésus. Oh ! Quel nom suave et doux
Oui, son nom, c’est Jésus, Nom qu’il faut dire à genoux.
Ce grand Ami pour moi voulut mourir !
Quel amour !
Oh je voudrais l’aimer et le servir
En retour
Mme Henry se demandait en les écoutant si son fils avait répondu à l’amour de Celui qui donna sa vie pour ses amis.
Quand Miette, la petite souris, fut enroulée dans ses couvertures, Mme Henry fit le tour des chambres et commença par Jeannette, presque assoupie, qui put à peine lui rendre son baiser. Puis s’asseyant sur le lit de Liliane :
– Ma grande fille, lui dit-elle, merci de m’avoir aidée si gentiment aujourd’hui.
– Oh ! dit la fillette en rougissant, j’ai essayé de me souvenir du verset de ce matin, mais c’est difficile. Un jour tout va bien, et le lendemain je me sens de nouveau mal disposée et égoïste. Que faire ? Tu n’as jamais besoin de lutter comme moi, maman !
– Comme tu te trompes, ma pauvre enfant, dit la mère ; nous avons tous un combat à livrer, mais si nous sommes faibles, il en est Un qui peut nous donner la victoire.
Jeannot serra sa maman bien fort, puis il s’endormit en faisant sa prière, tant il était las d’avoir gambadé du matin au soir.
Gérard attendait sa mère. Il ne dormait pas, lui.
– Maman, demanda-t-il en enfouissant sa tête dans ses bras, n’étais-tu jamais désobéissante quand tu étais petite ?
.- Oui, mon chéri, je faisais des sottises et j’étais aussi étourdie que toi, j’en fus cruellement punie. C’est pourquoi j’ai sévi aujourd’hui, mon chéri, bien qu’il m’en ait beaucoup coûté et que, sans toi, la promenade perdît les trois-quarts de son charme. Il faut désormais que je puisse compter sur toi. Que puis-je exiger de Jeannette et de Jeannot si tu fais fi de mes avertissements ? Comprends-tu ?
– Oui, s’écria Gérard, je te promets de mieux faire.
– N’oublie pas que tu as un Ami merveilleux pour t’aider.
C’était le tour de Luc d’avoir sa mère tout à lui.
– Comment parviens-tu à ne pas te mettre en colère ? s’écria-t-il tout à coup en fixant le sol d’un air sombre. Gérard m’impatiente et j’en ai assez d’avoir toujours des plus petits que moi.
– Mais tu as Liliane, plaida Mme Henry.
– Bah ! C’est une fille, et encore éternellement plongée dans ses livres ! Ah ! que je me réjouis que papa soit là ! J’ai bien pensé au verset de ce matin, mais c’est terriblement dur de le mettre en pratique. Faire toujours ce qui plaît aux autres, c’est impossible…
– Mais non, mon grand, ce matin j’ai vu ton effort pour aider Trudi, et l’ouvrage s’est fait deux fois plus vite grâce à toi. J’aimerais précisément te recommander Gérard, il t’admire, tu peux avoir beaucoup d’influence sur lui, essaye de le comprendre, intéresse-toi à ses projets et tu verras que tout ira mieux. C’est le plus grand service que tu puisses me rendre, mon fils.
Luc, fier d’être le confident de sa mère, promit de veiller sur son frère, et son visage rasséréné reprit sa clarté coutumière.
Une mauvaise nouvelle
Toute la maisonnée dormait. Seule la mère veillait, écrivant à l’absent. Soudain, la sonnerie du téléphone retentit. Une voix lointaine déclarait : « C’est un téléphone pour Madame Henry ».
– C’est pour moi, dit Mme Henry d’une voix rauque.
– Alfred Henry blessé par accident, grave commotion, venez immédiatement. Hôpital de Casablanca. signé : Docteur Guy.
Le récepteur tomba des mains glacées de Mme Henry. Anéantie par cette nouvelle, elle se laissa choir toute tremblante sur une chaise. Certes, elle ne pouvait résister à l’appel de son mari, malade sur une terre étrangère !…
Mais les enfants pourraient-ils se passer d’elle ? À qui les confier ? Oserait-elle les laisser à Trudi, honnête et dévouée, mais affolée dès qu’une responsabilité nouvelle la menaçait ?
Alors un verset se grava en lettres de feu devant son esprit « Votre Père céleste sait ». Le Seigneur qui lui envoyait cette dure épreuve connaissait toutes choses, elle ne devait pas douter de son amour. Sa décision était prise. Elle partirait immédiatement vers le pauvre blessé qui, plus que ses enfants, avait besoin d’elle.
Comme une automate, elle se dirigea vers le secrétaire pour consulter un horaire. Elle prendrait le premier train du matin et calcula qu’elle arriverait à Genève à 8 heures. Puis elle téléphona à Cointrin et s’enquit du départ de l’avion pour Casablanca. Il partait à 10 heures le lendemain et il restait une place vacante. A 18 heures, elle atterrirait à Casablanca. « Dieu veuille que ce soit assez tôt », murmura-t-elle.
Après avoir préparé ses bagages, Mme Henry se rendit dans la chambre de Trudi. Dès qu’elle fut suffisamment réveillée pour comprendre ce qui se passait, la bonne fille se mit à pleurer à chaudes larmes.
– Calmez-vous, ma bonne Trudi ! Écoutez-moi ! Vous avez besoin de tout votre courage pour la tâche que je dois vous confier. Je vais écrire à une amie qui, sans doute, pourra venir passer quelques jours avec les enfants et vous soulager. En attendant, j’espère que Luc et Liliane vous aideront, et je vous confie à la garde de Celui qui ne nous a jamais fait défaut.
Mme Henry ne ferma guère l’œil de la nuit. À l’aube, elle se leva et après avoir pris des forces dans la prière, elle éveilla Luc et Liliane et leur fit signe de la rejoindre dans la cuisine. Encore tout endormis, ils trouvèrent leur mère en train de manger un petit déjeuner que Trudi avait préparé avec une rapidité inusitée.
Doucement elle les attira à elle, leur raconta la triste nouvelle et dit comment elle pouvait s’en aller tranquillement en comptant sur ses deux aînés qui, avec le secours du Seigneur, veilleraient sur les cadets. Les enfants promirent de prendre leur tâche à cœur.
Soudain une petite ombre en chemise de nuit se glissa furtivement dans la cuisine. Gérard, éveillé par le bruit insolite, s’était glissé hors du lit. Les yeux agrandis d’étonnement, il s’élança vers sa mère.
– Tu pars ? dit-il en désignant la valise et le chapeau.
– Oui, mon chéri, je vais vers papa qui a eu un accident. Il faut que j’aille le soigner pour le ramener bientôt. Puis-je croire que tu seras sage en mon absence ?
– Oh ! maman, ne pars pas ! s’écria l’enfant en se cramponnant à sa mère. Je ne ferai que des bêtises si tu es loin. Tout va mal quand tu t’en vas !
– Pense à papa I dit Luc un peu rudement.
Mais Liliane entoura le cou de son frère avec affection.
– J’essayerai d’être ta petite maman, dit-elle d’une voix douce.
Un dernier baiser sur la joue fraîche des trois cadets endormis et ce fut la triste marche à la gare entre deux garçons qui portaient ses bagages. Les enfants se taisaient. Mme Henry leur faisait ses dernières recommandations.
– Luc, n’entraîne pas tes frères et sœurs dans de longues excursions ! Gérard, ne va pas tout seul aux grottes, c’est dangereux ! Dites à Liliane de veiller sur Miette, elle est si vive !
Du train elle cria encore soudain à Luc :
– Appelez le docteur si quelque chose vous inquiète, il a offert son aide et il a l’air si bon !
Ces dernières paroles se perdirent dans l’espace, car déjà le train inexorable l’emmenait bien loin de ceux qu’elle aimait. Dans un brouillard de larmes, elle vit deux enfants blonds qui s’efforçaient de sourire en agitant un mouchoir, et ce fut tout.
Seule dans le compartiment, à cette heure matinale, Mme Henry put à loisir jouir du lever du soleil qui, pareil à une boule de feu, faisait jaillir la lumière, chassant l’ombre de la nuit. Les crêtes des grands rochers se découpaient sur le ciel clair où flottaient de légers nuages. Un berger menait ses chèvres au pâturage.
L’air frais du matin faisait frissonner les fines branches de mélèzes et les longues graminées dansaient une ronde dans la prairie. Mme Henry sentit renaître son courage et une paix infinie inonda son cœur tandis qu’une voix murmurait à ses oreilles :
« Moi, le Créateur de la beauté, Moi, le Dieu puissant, le Dieu d’amour, je serai avec toi ».
Où est maman ?
Jamais les enfants n’avaient trouvé journée plus longue que celle qui suivit le départ de leur mère. Miette ne cessait de la réclamer.
Les jumeaux avaient éclaté en pleurs lorsqu’on leur avait dit la cause de ce changement inattendu puis, avec l’insouciance de leur âge, ils s’étaient remis à jouer gaîment.
Gérard avait cherché refuge dans la nature, comme de coutume, mais il ne s’était pas trop éloigné et avait paru aux heures des repas sans se faire appeler plus de trois fois. L’après-midi, Trudi suggéra une promenade au village pour changer les idées des enfants et leur acheta à chacun une sucette dans laquelle les trois cadets puisèrent un trésor de consolation.
Le soir, à l’heure du cantique, Liliane interrogea tristement Luc du regard. Celui-ci se leva, alla chercher sa Bible et dit :
Ce soir, nous ne chanterons pas, mais nous lirons un passage de l’Évangile de Matthieu.
Et d’une voix ferme, il lut :
« Regardez aux oiseaux du ciel, ils ne sèment ni moissonnent, ni n’assemblent dans des greniers et notre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup mieux qu’eux ? Et qui d’entre vous, par le souci qu’il se donne, peut ajouter une coudée à sa taille ? Pourquoi êtes-vous en souci du vêtement ?
Étudiez les lis des champs, comment ils croissent, ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous dis que, même Salomon dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Et si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs qui est aujourd’hui, et qui demain est jetée dans le feu, ne vous vêtira-t-il pas beaucoup plutôt, gens de petite foi ? Ne soyez donc pas en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine ».
Les paroles d’espérance et de foi ne furent jamais écoutées avec plus d’attention que par nos petits lecteurs. Les jumeaux s’endormirent en rêvant aux oiseaux du ciel, Gérard aux lis des champs que Dieu revêt d’une si belle robe, et Trudi, Luc et Liliane déposèrent leur fardeau aux pieds de Celui qui a dit : « Ne soyez donc pas en souci du lendemain ».
Une lettre
Venez vite ! Une lettre de maman ! Le cri, lancé par la voix de stentor de Luc, eut tôt fait de rassembler petits et grands. Alors, au milieu de la troupe haletante, l’aîné déchira l’enveloppe d’une main ferme et lut :
Mes chéris,
Votre papa dort, j’en profite pour vous écrire. Dieu soit loué ! Son état ne s’est pas aggravé. Le docteur remarque que depuis mon arrivée, son malade est moins agité.
Hier soir, lorsque je me suis penchée sur son lit, il a semblé me reconnaître, car un léger sourire a paru sur ses lèvres, puis il est retombé dans l’inconscience. D’autre part, il n’a pas cessé de m’appeler dans son délire. Il paraît que votre père a été tamponné par une auto qu’il n’avait pas aperçue, alors qu’il traversait la chaussée. Comme je suis reconnaissante de pouvoir le soigner.
Continuez à prier, mes petits, afin que, si c’est la volonté de Dieu, il soit bientôt remis de ce terrible choc. J’ai fait bon voyage. C’est merveilleux de s’envoler en avion et de jouer à l’oiseau. Lorsqu’il a décollé, s’élevant dans les airs, j’ai pensé à ce cantique que nous avons chanté bien souvent :
Porté sur des ailes d’aigle
Au-dessus des temps agités,
Tranquille et protégé par elles,
Jusqu’au sein de l’éternité.
En me rappelant ces paroles, j’ai repris courage.
Mes pensées s’envolent souvent vers vous, et je vous vois jouer dans le pré, partir à la recherche de fleurs, de fraises, de papillons, de pierres.
J’espère que vous n’oubliez pas de lire le verset que nous avons épinglé à la salle à manger. Écrivez-bientôt ! Je vous embrasse chacun tendrement.
Maman
P. S. Papa se réveille à l’instant. J’ai prononcé chacun de vos noms et il a souri. Avez-vous des nouvelles de tante Gertrude ? Pourra-t-elle me remplacer quelque temps auprès de vous ?
Une lettre de tante Gertrude était arrivée la veille, indiquant qu’il lui était impossible de venir au secours de ses neveux d’adoption, sa vieille mère étant tombée malade, mais qu’une de ses amies irait les rejoindre un peu plus tard.
– Il faut répondre à maman, suggéra Liliane. Écrivons tous une petite lettre.
Il fait trop beau pour écrire, grogna Jeannot en faisant la moue.
– Quel paresseux ! s’écria Luc indigné.
– Viens, souffla Jeannette en prenant son frère par la main, nous écrirons à deux sur le vieux sapin, ce sera si amusant.
Et elle entraîna son frère dans une course folle. L’un et l’autre trébuchèrent et roulèrent au bas du pré en riant à perdre haleine. Une fois installés sur leur perchoir, le laborieux travail commença.
– Que faut-il mettre ? demanda Jeannette.
– Chère maman, rétorqua Jeannot, c’est ainsi qu’on commence toujours, je pense.
– Oui, bien sûr, mais après ?
– Il fait beau temps aujourd’hui, répondit Jeannot après avoir réfléchi profondément.
– Je crois qu’il faudrait commencer par dire : Merci pour ta lettre et nous sommes contents que papa aille mieux.
– Si tu veux, dit Jeannot conciliant. Mais ensuite tu mettras : hier nous avons vu un hérisson dans le taillis, il avait l’air très gentil, mais il piquait horriblement. Écris encore : tu as de la chance d’avoir été en avion. As-tu été dans la… la « catofère » (stratosphère), je crois.
– Quel mot difficile ! s’écria Jeannette, je ne sais pas l’écrire.
– Qu’importe ! maman comprendra bien. Maintenant, je ne sais plus que dire.
Jeannette rajouta encore : deux énormes baisers de Jeannot et Jeannette.
– Ouf ! s’écria Jeannot, quel travail ! Et tous deux dégringolèrent de l’arbre pour se dégourdir et porter leur chef-d’œuvre au chalet.
Gérard joignit un pli cacheté pour que nul n’ose y porter un regard indiscret. Les quatre messages furent glissés dans une grande enveloppe sur laquelle Luc écrivit l’adresse de sa plus belle écriture.
Les méfaits de la pluie
Tant que le soleil avait été de la partie, tout s’était bien passé, mais un certain jour, il avait jugé bon de prendre lui aussi des vacances, et dame pluie s’était installée à sa place, et alors elle refusa de s’arrêter.
Plus de joyeux ébats sur le pré, plus de promenades à la découverte. On sortait bien une fois par jour pour aller au village, d’où les enfants revenaient trempés mais du moins plus calmes et prêts à se remettre au puzzle ou au dessin inachevé.
C’était le cinquième jour de pluie, les plus beaux jeux perdaient de leur charme. Luc s’était plongé dans ses livres d’étude, poussant le zèle jusqu’à faire un thème latin. Les jumeaux avaient colorié la provision d’albums. Gérard arrivait au bout d’un puzzle de quatre cents pièces, et Liliane avait épuisé ses ressources pour distraire Miette, que la réclusion rendait insupportable.
Ce matin-là, sous une pluie battante, les deux garçons s’étaient rendus au village avec Trudi ; les jumeaux préférant jouer dedans, Liliane, lasse et maussade, leur avait signifié de prendre soin de Miette, tandis qu’elle raccommoderait leurs chaussettes dans une chambre contiguë. À vrai dire, elle avait commencé l’histoire captivante du « Mouton rouge » et elle brûlait d’en savoir davantage sur ce héros merveilleux.
Au commencement, tout alla bien. Jeannette et Jeannot essayèrent d’initier Miette au jeu magique qu’ils avaient inventé. Jeannot jouait au marchand et Jeannette allait chez lui faire ses emplettes.
Mais Miette, qui n’y comprenait rien, voulut s’emparer d’un cornet de bonbons des plus alléchant qui trônait dans la boutique. L’épicier la gronda vertement puis, pris de pitié en voyant deux grosses larmes rouler sur les joues de la petite, il lui en octroya un pour la consoler.
– Tenez, Mademoiselle, en voilà un, mais c’est tout, dit-il d’une voix ferme.
– Encore, dit Miette, d’un ton de commandement, en voulant se saisir du sachet. Celui-ci, tiraillé par deux mains décidées à ne pas lâcher prise, se déchira, et tous les bonbons se dispersèrent dans la chambre, à la grande joie de la coquine qui dans un éclat de rire, se mit aussitôt à les ramasser pour les porter à sa bouche.
Petite gourmande, s’écrièrent les jumeaux indignés. Va vers Liliane, nous ne voulons plus jouer avec toi !
Et ils la mirent à la porte sans pitié.
Miette se rabattit alors sur Liliane. Celle-ci, plongée dans sa lecture, lui dit avec impatience :
– Laisse-moi tranquille, Miette, va jouer, je suis occupée.
Puis Liliane se remit à lire. Le récit devenait si passionnant que tout ce qui l’entourait disparut et qu’elle n’entendit même pas Miette ouvrir la porte et s’échapper.
Celle-ci trottina à travers la cuisine, grignotant ici une noisette, là une miette de pain, et soudain une idée germa dans sa petite tête : elle irait dehors vers la fontaine jouer avec l’eau. Sans prendre garde à la pluie qui tombait drue, la coquine courut au but. Qu’elle était fraîche l’eau de la fontaine, et quel joli bruit elle faisait en clapotant dans le bassin !
Miette fit naviguer des bateaux improvisés : une tasse, un mouchoir, puis ce fut le tour de sa poupée. Soudain l’enfant la vit avec horreur s’enfoncer dans l’eau pour ne plus reparaître. Alors, elle se pencha de toutes ses forces pour la rattraper. Inutile, il fallait grimper sur le rebord du bassin. Arc-boutant ses petites jambes, Miette essaya de se hisser sur la margelle glissante.
À ce moment Liliane leva les yeux : une voix a vibré à son oreille plus forte que le récit palpitant : « Où est ta petite sœur ? »
D’un bond elle se leva, parcourut le chalet en l’appelant et se dirigea vers la porte d’entrée. Pétrifiée par le spectacle qui s’offrait à ses yeux, elle poussa un cri de terreur. Miette effrayée perdit l’équilibre et tomba la tête la première dans l’eau glacée.
Avant que Liliane se soit élancée, quelqu’un s’était interposé. Deux bras solides avaient rattrapé par la petite robe la fillette ruisselante. Quand il se retourna s’avançant vers Liliane, son précieux fardeau dans bras, celle-ci le reconnut. C’était le docteur.
Ombre et lumière
Depuis deux jours, Miette, la petite imprudente, est en proie au délire. Le thermomètre marque 40°. Elle se tourne et se retourne sur sa couchette et ne trouve pas de repos. D’une voix gémissante elle appelle : « Maman » et ne semble même plus reconnaître sa sœur, qui reste inlassable à son chevet.
Le soleil est revenu, mais il fait bien noir dans le cœur de Liliane. La nuit elle veille à tour de rôle avec Trudi. Le bon docteur vient trois fois par jour. Aujourd’hui, Liliane est seule près du lit de sa sœur qui gémit doucement dans son sommeil agité. La maison est vide. Luc a emmené de bonne heure ses frères et sœurs dans une longue excursion pour que la petite malade puisse se reposer.
Liliane sent la lassitude l’envahir. Quand donc sera-t-elle mieux ? Le docteur à un air grave, il ne répond pas à ses questions pressantes. Maman a écrit, elle demande des nouvelles, mais personne n’a le courage de lui dire la vérité…
La pauvre enfant sent une terrible angoisse s’emparer d’elle. Si Miette allait mourir, ce serait sa faute. Mais qui aurait prévu des conséquences si terribles pour un seul moment d’égoïsme et de distraction Dans sa détresse, la malheureuse fillette sanglote désespérément.
Soudain, ses yeux baignés de larmes sont attirés par un texte gravé en lettres d’or sur la paroi : « Crie vers moi et je te répondrai ! » Liliane se sent frappée comme si une voix venait de lui parler. Le Dieu qu’elle a appris à connaître dès sa plus tendre enfance, lui envoie-t-Il un message du ciel, à elle, qui jusqu’alors n’a pas senti vraiment le besoin d’aller à Lui ?
« Crie vers moi et je te répondrai ! »
Ces paroles descendent comme une rosée dans le cœur de la fillette. L’amour du Sauveur ne lui est point inconnu, mais jusqu’ici Liliane n’a jamais expérimenté pour elle-même la tendresse du Berger pour sa brebis. Elle a toujours cru au Seigneur. Elle sait que ses péchés sont pardonnés, mais elle s’est contentée d’une vie d’indifférence envers le Sauveur qui a donné sa vie pour elle.
Le Seigneur vient de lui parler maintenant, elle l’a compris. Sans bruit, elle s’agenouille et répand toute son angoisse dans le cœur de Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés ».
« Sauve Miette, guéris-la ! Je t’en prie, Seigneur Jésus ! murmure-t-elle. Pardonne-moi de t’avoir oublié si souvent, et aide-moi à ne plus vivre pour moi-même ».
Un calme tout nouveau envahit son cœur. Le Berger a recueilli la prière de son faible agneau.
Doucement, Liliane se relève et se rassied dans le fauteuil près de Miette qui ne gémit plus. Brisée d’angoisse et d’émotion, la fillette sent le sommeil la gagner. Nul bruit dans la maison, seule la chanson monotone de la fontaine vient rompre le silence.
Mais qui donc a franchi le seuil du chalet ? Un pas insolite résonne dans l’escalier. Liliane se réveille en sursaut. Miette dort toujours et paraît bien tranquille. À pas furtifs, Liliane inquiète sort de la pièce et se trouve nez à nez avec une inconnue.
– Je suis la personne dont vous a parlé votre tante Gertrude, dit la mystérieuse visiteuse. J’espère vous aider un peu pendant l’absence de votre mère. Ai-je bien fait de venir ?
Il y a tant de bonté dans ce sourire et dans ces yeux pétillants de gaîté, que Liliane sent fondre sa réserve.
– Merci d’être venue, dit la fillette. Je crois que c’est Jésus qui vous envoie. Miette est très malade. J’ai beaucoup de soucis et je suis fatiguée. Voulez-vous voir ?
Elle entraîne sa compagne auprès de la petite malade. Mais, ô surprise ! l’enfant est réveillée. Elle n’a plus de délire. Elle sourit à sa sœur et dit faiblement : « l’eau, l’eau, Miette a soif ». Ce sont ses premières paroles depuis trois jours. Liliane sent la joie et la reconnaissance inonder son cœur. Le Seigneur a répondu comme Il l’avait promis.
Discrètement, la nouvelle venue se retire et revient aussitôt avec un jus d’orange. Sa douce présence n’effraye pas l’enfant malade qui, confiante, s’abandonne à ses soins et se rendort.
Des voix assourdies par un « chut ! » impératif.
C’est la bande des alpinistes qui rentre au logis. Crottés, affamés, rougis par le soleil des hauteurs, ils gardent dans leurs yeux brillants le reflet des merveilles qu’ils ont contemplées.
– Bonsoir les montagnards ! leur dit une voix rieuse. Vous ne me connaissez pas ; qu’importe. Venez vite vous restaurer ! Je vous ai préparé, avec l’aide de Trudi, un bon petit souper qui vous fera oublier les fatigues du chemin.
Conquis par cette entrée en matière, les garçons s’humanisent. Au bout d’un quart d’heure, ils ont bien fait connaissance avec la sympathique visiteuse comme de vieux amis. Les jumeaux ont grimpés sur ses genoux, le farouche Gérard s’est apprivoisé. Luc lui-même ne pense pas déchoir en écoutant de passionnantes histoires d’animaux.
C’est ainsi que les trouvent le docteur et Liliane venant leur annoncer le merveilleux changement survenu dans l’état de leur petite sœur.
Les jumeaux s’accrochent au docteur et ne veulent à aucun prix le laisser partir. « Soupez avec nous s’écrient-ils, vous remplacerez notre papa ». Le bon docteur doit céder bon gré mal gré et c’est une joyeuse tablée qui célèbre, ce soir-là, le commencement de guérison de Miette et l’arrivée d’une messagère de bonté, bientôt baptisée « Tante Joyeuse ».
Mais nulle joie n’est comparable à celle qui remplit le cœur de Liliane dont la prière a été exaucée d’une si admirable manière.
Un beau projet
Quelle gaieté au chalet depuis l’apparition de Tante Joyeuse ! Elle a le don de semer la bonne humeur partout où elle va, et c’est à celui qui peut l’accaparer. Cette nouvelle tante n’est pas une personne ennuyeuse comme le sont certains adultes. Avec elle, on peut faire du bruit, rire, s’amuser, et même on travaille sans s’en rendre compte.
Elle sait éveiller l’intérêt de Gérard par ses connaissances en histoire naturelle et imite tous les cris d’animaux. Les garçons sont enthousiasmés, rivalisent d’exercices et l’on croirait le chalet habité par une ménagerie fort hétéroclite.
Liliane, soulagée de sa lourde tâche, a repris son entrain, tout en gardant un sérieux et une douceur inconnus jusque-là. Quant à Miette, plus vif argent que jamais, sa sœur ne la quitte plus, sauf si Tante Joyeuse lui offre de la remplacer.
De Casablanca, les nouvelles sont meilleures. « Papa commence à se lever, encore un peu de patience, mes petits, et nous serons tous réunis », écrit Mme Henry.
Gérard soupire en secret après sa mère, et Luc livre un rude combat pour garder sa sérénité en voyant les jours passer sans pouvoir faire une des ascensions rêvées.
Un beau matin, le docteur passa devant le chalet, Les jumeaux se précipitèrent à sa rencontre et lui firent fête.
– Personne n’est malade, disaient-ils, mais venez nous faire visite, on s’ennuie de vous.
Il dut céder à l’élan de leurs petites mains pressantes et arriva sur le pré où le reste de la famille l’accueillit avec joie.
Luc étudiait sous un arbre, Gérard collait des fleurs séchées, aidé de Tante Joyeuse. Miette cueillait des pâquerettes dont Liliane tressait une couronne. Dans ce charmant cercle, le docteur ne put résister à l’attrait de s’asseoir à son tour sur une souche.
Avec intérêt il examina la collection de Gérard.
– Si seulement je pouvais trouver des edelweiss ! s’écria l’enfant. Croyez-vous qu’il y en ait quelques-unes dans cette région ?
Le docteur sourit d’un air mystérieux.
– Je sais un endroit, dit-il, un vrai petit jardin où tu pourrais compléter ta collection en quelques heures. D’un bond, Gérard fut sur pieds.
– Où ? s’écria-t-il. Dites-le moi vite, je vous en prie. Liliane, jetant sa couronne à terre, proposa :
– Docteur, si vous veniez faire une excursion avec nous, et nous montrer ce petit paradis ?
Aussitôt Luc fit chorus, et le docteur, imploré par cinq voix suppliantes, émit en vain des arguments fort pauvres.
– Et mes malades, y pensez-vous ?
– On n’a pas l’idée d’être malade par un temps pareil, grogna Luc.
– Ils peuvent bien vous accorder un jour de congé déclarèrent les jumeaux.
– Et si j’avais pris congé quand Miette était malade ? fit le docteur d’un air malin.
Les enfants baissèrent la tête.
– Écoutez, leur dit-il. La semaine prochaine, un de mes confrères montera me remplacer un jour. Alors, si vous êtes sages, je vous prendrai avec moi et nous irons au « Lac Vert ».
Cinq hourra répondirent à sa proposition, et les jumeaux pirouettèrent et culbutèrent de leur mieux en signe de joie.
– Seulement, il faudra marcher longtemps, serez-vous assez endurants ?
– Bien sûr, répondirent-ils. Nous sommes habitués à de longues excursions, car papa nous a entraînés.
Se relevant d’un bond, le bon docteur s’enfuit en leur criant :
– Préparez vos jambes, vos sacs et vos herbiers ! Je commanderai le soleil !
Le Lac Vert
On n’aurait pu trouver une matinée plus limpide que celle que choisirent nos amis pour découvrir le mystère du Lac Vert.
Dès l’aurore, Luc avait sonné le réveil, et à sept heures, nos cinq enfants, équipés de pied en cap, sac au dos et légers comme des écureuils, attendaient le docteur devant son chalet.
Le docteur prit le chemin du télésiège et bientôt nos petits amis, dûment installés sur les chaises volantes, s’élancèrent dans l’espace, ravis et le cœur battant.
L’air du matin fouettait le visage, fraîchissant à mesure qu’on s’élevait. Le village se ramassait là-bas dans la vallée, et le ciel venait à leur rencontre. Tantôt ils effleuraient du pied les hautes fougères, les épilobes roses, tantôt ils planaient au-dessus des grands mélèzes, à une hauteur vertigineuse.
Ils redescendirent sur terre et les enfants gambadèrent à la suite du docteur sur le sentier qui serpente dans le pâturage. Gérard se mettait déjà en quête de fleurs.
Bientôt, le sentier disparut et il fallut grimper à flanc de coteau à travers les pâturages. Le soleil dardait ses rayons brûlants sur la petite troupe qui montait bravement à l’assaut de la montagne. Le bon docteur suait à grosses gouttes et criait de temps en temps :
– Halte, mes amis ! Laissez-moi souffler, je n’ai plus votre âge.
Alors ils s’asseyaient sur quelque tertre pour admirer le paysage, fiers du chemin parcouru, subjugués par l’éclat des arêtes tachetées de neige étincelante.
Vers onze heures, enfin, nos alpinistes atteignirent le haut de la pente qui surplombait le Lac Vert. Ce fut Gérard qui le découvrit.
– Le voilà, le voilà, cria-t-il en agitant sa casquette blanche, et sans attendre le reste de la bande, il se mit à dégringoler le sentier rocailleux. Quelle fête de courir libre et seul sur cette alpe parfumée !
J’aimerais vivre toujours ici, pensait-il, comme le petit chevrier que nous avons vu en montant. Quelle belle vie que la sienne, au milieu des fleurs et des troupeaux ».
Bientôt l’arrière-garde le rattrapa et tous se réunirent autour du petit lac émeraude. Tandis que Liliane et le docteur préparaient la soupe et disposaient les provisions sur l’herbe, les garçons revêtirent leurs costumes de bain et s’élancèrent bravement dans l’eau fraîche. Les jumeaux barbotaient sur la rive, en quête de têtards.
Un coup de sifflet du docteur ramena la troupe qui s’installa autour du chef pour le repas en commun. Lorsqu’ils eurent calmé leur faim et que les trois quarts des provisions eurent été englouties, le docteur tira de sa poche un petit livre noir.
– Mes enfants, dit-il, accordons quelques instants a la lecture de la Parole de Dieu ! Écoutez ce que nous David, le psalmiste :
« L’Éternel est mon Berger, je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages,
Il me mène à des eaux paisibles.
Il restaure mon âme ;
Il me conduit dans des sentiers de justice à cause de son Nom.
Même quand je marcherais par la vallée de l’ombre de la mort,
Je ne craindrai aucun mal, car Tu es avec moi ».
Ce psaume leur était bien connu, mais jamais ils n’en avaient compris si bien la beauté. Les verts pâturages s’étendaient à leurs pieds. Ils en savouraient la paix et la douceur. Dans le silence de la montagne que rompait la voix profonde du torrent, ces paroles prenaient un sens tout nouveau.
– Que cette journée vous rappelle toujours les richesses que le bon Berger a en réserve pour ses brebis ! dit le docteur d’une voix pénétrante. Qu’aucun de vous ne s’égare comme la brebis désobéissante, en s’éloignant du Berger, qui ne trouva que le sol aride, des eaux boueuses et d’amères déceptions.
Le Seigneur Jésus nous conduit à de verts pâturages, à des eaux tranquilles et près de Lui, on ne manque de rien.
Luc et Liliane, frappés du ton sérieux de leur grand ami, écoutaient avec attention. Gérard semblait plongé dans des pensées indéchiffrables ; quant aux jumeaux, ils étaient beaucoup plus intéressés par les faits et gestes d’un crapaud qui bondissait tout près d’eux.
– Maintenant, en avant ! s’exclama le docteur. Les sacs endossés, ils se dirigèrent vers le pays des fleurs.
Après avoir longé le lac et remonté une pente raide nos amis découvrirent un vallon baigné de frais ruisseaux bleus. Sur leurs rives, un parterre de fleurs, des potentilles d’un jaune doré mêlaient leurs teintes lumineuses au bleu intense des gentianes. Des buissons de rhododendrons à l’odeur âcre et saine s’accrochaient aux pentes. Orchis vanille parfumés, arnicas éclatants, délicates pensées des alpes aux yeux mauves, soldanelles écloses près d’une tache de neige s’offraient au regard ravi des enfants.
– Ne cueillez pas tout, leur criait le docteur, riant de leur émerveillement.
Mais les jumeaux n’écoutaient guère ses conseils. C’était à celui qui brandirait le plus gros bouquet. Luc et Liliane sélectionnaient les espèces ; quant à Gérard, ébahi de tant de richesses, il ne savait pas par quoi commencer. Le docteur lui offrit son aide et à deux, ils choisirent les espèces rares destinées à enrichir la collection du jeune naturaliste.
Courbés sur les pentes, inlassables, les enfants cueillent toujours. Soudain le docteur consulte sa montre. Quatre heures déjà ! Il fallait songer à redescendre, car le télésiège n’attendait pas. D’un coup de sifflet il héla la bande dispersée.
– En route, cria-t-il, vous avez assez cueilli !
Des « oh » de déception lui répondirent. Luc, Gérard s’écrièrent qu’il était bien tôt pour rentrer. En une heure nous serons en bas, nous avons de bonnes jambes, dirent-ils.
– Eh bien ! dit le docteur, je pars en avant avec Liliane et les jumeaux, mais promettez-moi de ne pas vous attarder. Luc, tu veilleras sur ton frère I N’allez pas trop haut, ces rochers sont dangereux. Puis-je compter sur vous ?
– Oui, oui, crièrent les garçons, enchantés de la permission.
Tandis que le docteur s’éloignait, ils continuèrent à grimper. Luc mourait d’envie d’escalader un rocher qui le provoquait de loin. Sans s’occuper de Gérard, il gravit lestement la pente et, se cramponnant des deux mains, il parvint à se hisser au sommet. Savourant le plaisir de sa conquête, il fit jaillir un cri de victoire qui résonna dans la montagne.
En contrebas s’étendait la vallée et Luc, du haut de sa crête, semblait dominer le monde. Ivre d’air pur, brûlant d’un désir passionné d’aventures, il ne pouvait s’arracher au spectacle qui l’entourait.
Hélas, il fallait redescendre s’il ne voulait pas faillir à sa promesse. En quelques bonds, il eut rejoint le pâturage et appela Gérard. Mais où donc se cachait-il ? Luc eut beau appeler de toutes ses forces, Aucune voix ne lui répondit. Sans doute, Gérard ne l’avait pas attendu. Après avoir jeté un coup d’œil circulaire et lancé maints appels restés sans réponse, Luc un peu inquiet se mit en marche.
Tout en avançant, il ne cessait de regarder autour de lui. Soudain, il n’eut plus qu’une idée : rattraper le docteur et s’assurer que Gérard l’accompagnait. Dévalant par des raccourcis, il rejoignit enfin l’avant-garde. Gérard n’était pas là. Alors, la gorge serrée, il s’approcha du docteur et lui raconta la disparition du garçonnet. Le visage de M. Martel prit une expression grave et l’aîné sentit peser sur lui un reproche que les lèvres n’osaient formuler.
Le docteur ordonna brièvement à Liliane de prend le télésiège avec les jumeaux.
– Luc et moi nous remonterons, dit-il, et nous ramènerons Gérard.
Lorsque les trois enfants se furent envolés, il se rendit dans un chalet dont il connaissait le propriétaire, un ancien patient.
En quelques mots, M. Martel lui exposa la situation. Le guide sortit, appela son fils, un grand gaillard de vingt ans.
– On va accompagner Monsieur le docteur au Lac Vert, dit-il d’une voix rude. Il y a un enfant perdu là-haut. Prends la corde et le brancard, on ne sait jamais.
Ces mots firent pâlir Luc. Une crainte terrible envahit son cœur.
Après avoir avalé rapidement une tasse de café, les quatre hommes se mirent en marche. Quel contraste avec la joyeuse montée du matin ! Nul ne causait si ce n’est par monosyllabes pour indiquer un raccourci. Les montagnes passant du rouge au rose, du jaune au violet, avaient pris une couleur livide, et un froid piquant enveloppait les voyageurs.
Bientôt la nuit tomba et la montée se continua à la lueur des lanternes.
Une nuit terrible
Profitant de l’escalade de Luc, Gérard s’était juché sur le rocher défendu par le docteur, et là, à quelques mètres sur la pente en déclinaison, il avait aperçu les plus beaux, les plus énormes edelweiss qu’il ait jamais vus. La tentation était trop forte. S’agrippant d’une main à une touffe d’herbe, il étendit le bras dans la direction des fleurs.
Soudain, la touffe céda et sans avoir le temps de se retenir, il culbuta sur la pente et roula comme un bolide vers l’abîme. Sa tête heurta contre une grosse pierre et il s’évanouit. Tout à coup sa course folle fut arrêtée par un buisson qui lui barrait le passage et le retint à mi-chemin de l’effroyable pente.
Deux heures après sa chute, lorsqu’il rouvrit les yeux, Gérard ne comprit pas où il se trouvait ; avec un gémissement, il chercha à se toucher la tête ; elle le faisait cruellement souffrir, tout son corps était meurtri. « Maman, gémit-il, où suis-je ? »
Peu à peu il se rendit compte de sa terrible position : seul dans la nuit, sur la pente d’un précipice. L’enfant, agrippé au buisson, fit entendre une plainte déchirante. Seul l’écho de la montagne lui répondit. Incapable de faire un mouvement, que pouvait-il attendre si ce n’est la mort ? A cette pensée, il frissonna. Mourir, à son âge ? Ses fautes et ses désobéissances se dressaient devant lui. Comment paraîtrait-il devant le Seigneur dont il avait si souvent fui la voix ?
Mais le bon Berger cherchait son agneau égaré. Dans cette solitude profonde, une voix murmura à son oreille : « Même quand je marcherais par la vallée de l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ». Quelqu’un était donc avec lui. C’était Jésus. Il le savait. Dans le ciel qui s’allumait, l’enfant remarqua une étoile brillante qui semblait veiller sur lui, et il se sentit rassuré par cette petite lueur amie.
« Seigneur Jésus, murmura-t-il faiblement, pardonne tous mes péchés ! Lave mon cœur ! J’ai désobéi, tu le vois. Peut-être vais-je mourir sans revoir papa et maman ! Console-les ! Prends-moi dans ton beau ciel, ou envoie un ange pour me sauver ! » L’étoile scintillait comme pour l’encourager et une paix inconnue remplit le cœur de l’enfant abandonné.
Revenons à nos quatre voyageurs qui errent dans la nuit à la recherche du petit fugitif. Luc les dirigeait, retraçant les événements de l’après-midi. Il essaya de repérer l’endroit où il avait aperçu Gérard pour la dernière fois. Le docteur braqua la lanterne sur les pentes sombres où les enfants cueillaient des fleurs avec tant d’ardeur.
– Je crains qu’il n’ait voulu grimper jusqu’à ces rochers, dit-il en désignant du doigt une forme sombre, qui se découpait sur le ciel étoilé.
Le guide poussa une exclamation sourde.
– S’il est tombé de là, docteur, nous ferons bien de revenir demain matin.
Luc ne veut rien entendre. Quelque chose lui dit : il faut chercher encore. Mais comment trouver Gérard parmi ces ténèbres, où à chaque instant la forme d’un tertre fait battre le cœur d’un espoir bientôt déçu ? À la file indienne, ils grimpent, s’accrochant aux buissons, et atteignent enfin l’endroit où Gérard s’est penché pour cueillir les edelweiss. Luc élève sa lanterne et frémit en apercevant le précipice. Soudain, il tressaille ; un appel a retenti. Est-ce une hallucination ? Il n’ose en parler. De nouveau, il se penche en avant, braquant la lumière vers l’abîme et sondant la pente.
Un nouveau cri se fait entendre plus précis et, cette fois, les quatre hommes l’ont perçu. Luc, galvanisé par cette voix, veut s’élancer au secours de son frère, mais le docteur le retient.
– Laisse-moi faire, mon enfant, tu l’as découvert, moi j’irai le chercher. Passez-moi la corde, dit le docteur d’une voix brève. Les deux montagnards l’attachent solidement, l’assurent et le voilà qui descend prudemment de l’autre côté du rocher. Éclairant ses pas de sa lampe de poche, agrippé d’une main au sol, il rampe et bientôt il aperçoit en contrebas une forme allongée qui remue légèrement.
– Gérard, crie-t-il, courage, ne bouge pas ! Je viens te délivrer.
Comme le Berger prit l’agneau sur ses épaules et le rapporta tout joyeux à la maison, ainsi le docteur enleva Gérard dans ses bras et avec une muette prière de reconnaissance envers Celui qui l’avait si merveilleusement exaucé, puis il se mit en devoir de remonter la pente avec son fardeau.
Ce n’était pas chose facile, car l’enfant pesait lourd sur son bras. Heureusement, les braves montagnards l’aidèrent en tirant la corde et en le guidant de leurs conseils. Enfin, leurs efforts furent couronnés de succès. Le docteur, hissé au haut du rocher, déposa Gérard auprès de Luc si ému qu’il ne pouvait prononcer une parole.
Il banda rapidement la blessure de Gérard, l’attacha au brancard, et la colonne redescendit avec précaution pour ne pas trop secouer le petit blessé, qui sombra dans un demi sommeil.
Jamais Luc n’oubliera cette nuit, au cœur de la montagne. Bien qu’une lassitude extrême envahisse tous ses membres, son cœur est rempli d’une joie infinie.
Il vient de vivre une aventure telle qu’il n’aurait jamais rêvée : alors qu’il cherchait Gérard perdu dans la montagne, le bon Berger s’est révélé à lui ; au long de ces heures d’angoisse, il a compris comme jamais jusqu’ici, l’amour de Celui qui a donné sa vie pour ses brebis.
Une surprise
Gérard dort dans le chalet du docteur, et Liliane veille à son chevet. Elle ne peut se lasser de contempler le visage pâle de son frère. Certes, cette nuit d’attente a été terrible pour elle aussi. Vers minuit seulement, elle a su que Gérard était retrouvé, et le lendemain, on l’a ramené au chalet du docteur pour qu’il soit plus tranquille.
À part une foulure et une légère commotion, Gérard ne souffre pas, mais il aime voir quelqu’un à son chevet ; la nuit surtout, il se revoit au bord du précipice dans des cauchemars terrifiants. Le docteur le soigne comme son fils. N’est-il pas un peu à lui depuis cette terrible nuit ? Et Gérard ose lui ouvrir son cœur comme il n’a jamais pu le faire avec personne. Il jouit des soirées en tête à tête avec son grand ami, qui a toujours une histoire intéressante à raconter, quelque friandise dans sa poche ou un nouveau jeu pour son petit malade.
– Docteur, dit Gérard un soir qu’ils étaient seuls, j’aimerais bien être comme vous lorsque je serai grand.
– Veux-tu dire que tu aimerais devenir médecin ? dit le docteur en souriant.
– Oui, dit Gérard, le visage tout rose d’émotion. J’ai pensé que, puisque le Seigneur Jésus avait placé un buisson pour arrêter ma chute, il voulait que je vive et j’aimerais faire quelque chose pour Le remercier.
Soigner les malades, c’est la plus belle chose que l’on puisse faire. Croyez-vous que je puisse y arriver ? Tout honteux d’en avoir trop dit, Gérard se tait, mais ses yeux fixés sur son protecteur l’interrogent avidement.
– Sans doute, mon enfant, répond le docteur d’une voix grave. Rien ne t’empêche de réussir. C’est en effet un moyen de servir ton Maître, dit-il pensivement, puisses-tu ne pas l’oublier comme tant d’autres.
Aujourd’hui pour la première fois, Gérard a réapparu au chalet « Gai Soleil ».
Trudi avait nettoyé la maison de la cave au grenier en son honneur. Des bouquets multicolores, œuvre des jumeaux, fleurissaient les chambres, et Tante Joyeuse avait fabriqué une tourte au chocolat, haute de quinze centimètres, portant en lettres d’or l’inscription : « Bienvenue à Gai Soleil ».
Le docteur comptait au nombre des invités et Liliane avait disposé la table sur la galerie afin que chacun pût jouir du coucher du soleil.
La fête battait son plein et les rires joyeux fusaient si bien que nul n’entendit le ronflement d’une auto qui stoppa derrière le chalet. Tout à coup, deux silhouettes apparurent au coin de la maison et un même cri jaillit de toutes les bouches : « Papa, maman ! »
Puis ce fut une bousculade effrénée et les jumeaux risquèrent de renverser la table dans leur précipitation. Tante Joyeuse n’eut que le temps de rattraper la tourte qui s’en allait à leur suite souhaiter la bienvenue.
Après les premières effusions, M. et Mme Henry essayèrent de se dégager des étreintes passionnées des jumeaux et s’avancèrent souriants vers Tante Joyeuse et le docteur. Jeannette et Jeannot se chargèrent des présentations et, pressés de tout raconter à la fois, ils débitèrent les deux ensembles :
– Voilà le docteur Martel.
– Et voilà Tante Joyeuse.
– Il a guéri Miette qui allait mourir.
– Elle raconte des histoires merveilleuses.
– Il a été cherché Gérard dans le précipice.
– Et c’est elle qui a fait la tourte.
Ahuris par un tel flot de paroles, les parents ne purent que serrer la main du docteur et de Tante Joyeuse, mais leurs yeux disaient : « Merci d’avoir tant fait pour nos enfants ! »
L’effervescence calmée, chacun s’assit autour de la table.
Peu à peu les enfants apprirent à leurs parents toutes leurs aventures. M. et Mme Henry tremblèrent en écoutant le récit de la chute de Gérard et de la maladie de Miette. Maman attira près d’elle son fils encore un peu pâle, et papa serra bien fort dans ses bras sa précieuse benjamine.
Le docteur allait s’esquiver lorsque Gérard le rattrapa vers la porte et le força à se rasseoir dans le cercle en grimpant familièrement sur ses genoux.
– Ce n’est pas avec des mots que nous pouvons vous dire notre reconnaissance, s’écria M. Henry très ému. Que Dieu vous rende ce que vous avez fait pour nos enfants ! Puissiez-vous vous sentir de la famille et rester le meilleur ami de notre Gérard !
Le docteur articula un son rauque et se moucha bruyamment. Quant à Tante Joyeuse, Mme Henry n’oublia pas non plus de la remercier d’avoir contribué avec tant de bienveillance à la joie de ses cadets.
Jeannette, installée familièrement sur ses genoux, lui montra qu’elle aussi appartenait au foyer heureux qu’ils formaient tous ensemble, liés par les joies et les peines qu’ils avaient partagées en une commune foi.
La nuit tombait. De légers nuages roses flottaient dans le ciel et la lune apparaissait derrière un grand rocher. Les yeux des jumeaux clignotaient tandis que Miette s’était endormie dans les bras paternels.
– Avant de nous séparer, n’oublions pas de remercier Celui à qui nous devons le bonheur d’être tous réunis ce soir ! dit M. Henry.
Et d’une voix émue, le père rendit grâces à Dieu qui avait veillé sur ses enfants et qui, au travers de tant de dangers et d’épreuves, leur avait appris à connaître mieux son merveilleux amour.
Sur les rives de la rivière Amstel, à une certaine distance de la ville commerçante d’Amsterdam en Hollande, on pouvait voir il y a cinquante ans une ferme dont les bâtiments attestaient l’importance ; mais toutes ces constructions, négligées depuis longtemps, menaçaient ruine. L’avenue qui conduisait à la maison n’était plus qu’un fouillis de vieux chênes et de tilleuls rabougris ; les allées étaient envahies par les mauvaises herbes et se confondaient avec les prairies ; les parterres de fleurs n’existaient plus et la maison elle-même disparaissait sous le lierre et les plantes grimpantes qui avaient gagné le toit même de l’habitation.
Les fenêtres avaient été bouchées au moyen de planches et, en bien des endroits, des pierres déchaussées donnaient aux murailles l’aspect d’antiques ruines. Mais si la façade de la maison offrait un aspect désolé, le côté opposé était tout autre. Derrière l’habitation on pouvait voir, en effet, un verger et un potager des mieux tenus, mais celui qui s’en occupait ne se montrait que très rarement.
Derrière la ferme et séparée de celle-ci par une haie vive, on pouvait voir une maisonnette fort négligée, elle aussi. Cette petite maison devait être inhabitée, car le jardin attenant était complètement abandonné ; les orties y prospéraient et la grille qui y donnait accès était si rouillée qu’elle semblait défier les efforts de tous ceux qui chercheraient à la faire tourner sur ses gonds.
Un écriteau visible annonçait que la chaumière était à louer et il faut bien dire que sa situation agréable avait déjà tenté bien des personnes. Mais, chose étrange, aucun locataire ne restait plus de trois mois dans la maison et peu à peu la chaumière fut si mal cotée dans le voisinage, que la planche elle-même qui annonçait qu’elle était à louer avait fini par être recouverte elle aussi de lierre et de mousse.
À quoi cela tenait-il ? La maisonnette n’était ni humide ni malsaine ; elle était située en pleine campagne, et pourtant encore assez près de la grande ville pour attirer maint citadin fatigué du brouhaha des rues encombrées de trafic.
Vous vous demandez sans doute pourquoi la maisonnette était ainsi abandonnée et votre étonnement ne diminuera pas, j’en suis sûr, si je vous dis que la faute en était au propriétaire du domaine : cet homme, quoique désirant louer sa maison, en chassait bien vite ses locataires par l’étrangeté de ses allures. « Alors, dites-vous, il fallait qu’il ait la tête un peu dérangée ! »
Et cela n’était que trop vrai. Le pauvre homme était connu partout sous le nom de l’Ours de l’Amstel – et ce sobriquet, il ne le méritait que trop par les accès de fureur auxquels il se livrait fréquemment dès que quelqu’un l’approchait. On l’entendait quelquefois rugir presque comme l’aurait fait une bête féroce, et chacun fuyait le malheureux, bien que ces crises de folie n’aient jamais été que passagères.
Personne ne pénétrait dans sa demeure ; personne ne voulait même vivre dans son voisinage ; aussi le pauvre homme était-il abandonné de tous, à l’exception d’une fidèle vieille domestique qui ne l’avait pas quitté depuis près de cinquante ans.
De temps en temps les passants apercevaient cet homme étrange qui arpentait son verger d’un pas agité ; il gesticulait avec frénésie ou portait ses deux mains à sa tête d’un mouvement désespéré. Puis soudain il s’arrêtait, regardait fixement un pommier si vieux, si rabougri, si couvert de lichen qu’il menaçait ruine, et alors le malheureux poussait un cri de douleur et s’enfuyait vers la maison comme s’il était poursuivi par une troupe d’ennemis.
Il était clair que le pauvre homme était hanté par quelque terrible souvenir et que, par moments, l’angoisse et les remords obscurcissaient sa raison. Quoi d’étonnant si personne ne voulait habiter dans son voisinage ?
On disait même qu’il avait chassé à coups de pierres des enfants assez imprudents pour s’approcher de la haie, et l’on assurait encore que si un être vivant, que ce soit un chien, un chat ou un poulet, pénétrait dans le verger, il était tué sans pitié. Ainsi le pauvre « Ours de l’Amstel » était honni par chacun, et la maisonnette attenante à la ferme resta inoccupée pendant nombre d’années.
Mais un matin, un fait extraordinaire se produisit. L’écriteau « à louer » fut enlevé, des maçons, des menuisiers, des jardiniers envahirent le petit domaine et deux chariots remplis de meubles arrivèrent d’Amsterdam.
Puis enfin, un soir, une voiture s’arrêta devant la grille conduisant à la maisonnette et on en vit descendre un monsieur, une dame et quatre enfants qui prirent possession de l’habitation. On vit des lumières briller à travers les fentes des volets, et des voix joyeuses animèrent le logement délaissé depuis si longtemps.
« Mais », me demanderez-vous, « le nouveau venu savait-il à qui il avait à faire ? se doutait-il du caractère étrange de son propriétaire ? » Certainement ; il était au courant de tout ce qui se racontait au sujet de « l’Ours de l’Amstel ».
Mais depuis longtemps il cherchait à s’établir à la campagne à cause de l’état de santé de sa femme, et il désirait habiter non loin d’Amsterdam où il devait se rendre chaque jour pour ses affaires.
La maisonnette convenait donc parfaitement à M. Mollenberg par sa situation – et quant au revers de la médaille… eh bien ! notre nouvel ami était un enfant de Dieu, un vrai disciple du Seigneur Jésus, et il espérait, avec la force qui vient d’en haut, surmonter le mal par le bien.
– En tout cas, avait-il dit à sa femme, nous ferons un essai avec l’aide du Seigneur, et nous verrons ce qu’il en résultera.
C’est ainsi que cette famille chrétienne s’installa dans la maisonnette.
Chaque matin, le bon père partait pour Amsterdam accompagné de ses deux aînés qui suivaient les écoles de la ville, et chaque soir on les voyait revenir heureux et satisfaits de retrouver le calme de la campagne après l’agitation de la ville.
Matin et soir, parents et enfants lisaient ensemble la Parole de Dieu puis, après la prière, ils chantaient un cantique dont les doux accents arrivaient peut-être aux oreilles du pauvre solitaire qui errait, comme une âme en peine, parmi les arbres du verger. Mais il n’y prêtait nulle attention et semblait ignorer la présence de ses voisins.
La location de la maison ayant été conclue par correspondance, M. Mollenberg n’avait pas eu de rapports personnels avec son étrange propriétaire et ainsi, pendant les premiers mois de leur séjour, rien ne vint interrompre la paix du négociant et de son heureuse famille.
Un matin, M. Mollenberg alla seul en ville ; les vacances avaient commencé et les enfants étaient tout heureux de rester à la maison. Richard, le seul garçon, avait un caractère tranquille et paisible ; il n’avait que douze ans, mais sa manière d’être tout entière prouvait que les prières et l’enseignement de ses parents n’avaient pas été sans fruits.
La Parole de Dieu ne nous dit-elle pas : « Même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » ? (Prov. 20. 11.)
Le Seigneur, dans sa grâce, avait attiré Richard à Lui « par des cordeaux d’amour » et l’on ne pouvait que se réjouir en constatant son obéissance et l’intérêt qu’il portait aux choses de Dieu. La Bible était son livre préféré, et chaque fois que son père en parlait, Richard l’écoutait avec une attention soutenue.
Richard avait reçu de ses parents un superbe lapin blanc qui ne tarda pas à devenir le favori de tous les enfants. Ils rivalisaient de zèle pour lui chercher de la nourriture et passaient beaucoup de temps à regarder la jolie bête gambader et jouer autour de la grange ; et si parfois « Boule de neige » s’échappait et allait prendre ses ébats dans les allées ou parmi les carreaux du jardin potager, alors quelles courses folles, quels efforts désespérés pour rattraper le fugitif !
Tous ceux d’entre vous qui avez possédé des lapins aurez fait les mêmes expériences.
Or il arriva qu’un jour, Richard s’amusait seul aux alentours de la grange. Le lapin passa devant lui, courant de toute la vitesse de ses quatre petites pattes blanches, et avant que l’enfant pût le rattraper, il avait franchi la haie et se trouvait dans le verger du voisin.
Richard le rappela, lui tendit des feuilles de chou, du trèfle jeune et tendre, mais tout fut en vain. Bientôt « Boule de neige » disparut parmi les arbres, et Richard n’osa le suivre, ses parents lui ayant sévèrement défendu de s’introduire dans la propriété voisine.
L’enfant ne savait que faire ; par les trous de la haie, il cherchait à suivre des yeux les traces de son favori, mais au lieu de Boule de neige, il aperçut bientôt un homme étrange qui, les bras croisés sur sa poitrine, se tenait appuyé contre un arbre.
Richard était si inquiet de la perte de son lapin, qu’il en oublia sa timidité naturelle et résolut de parler à son redoutable voisin. S’approchant de la haie, il l’interrogea poliment :
– Monsieur, auriez-vous peut-être aperçu mon petit lapin blanc ?
Mais il n’avait pas fini sa phrase que déjà il reculait épouvanté. Les yeux de l’homme jetaient des éclairs, il serrait les poings et se mit à rugir presque comme un fauve qui se jetterait sur sa proie.
Le premier mouvement de Richard fut de s’enfuir au plus vite, mais réfléchissant qu’il perdrait ainsi la dernière chance qui lui restait de retrouver la petite bête qu’il aimait, il prit son courage à deux mains et répéta sa question :
– M. Vilers, auriez-vous peut-être vu Boule de neige ?
– Regarde ici, répondit l’homme avec un rire cruel ; et sa main qui tremblait de rage contenue, montrait un arbre voisin. Le pauvre garçon tourna les yeux dans cette direction et que vit-il ? Son petit favori pendu à une branche par une cordelette passée autour de son cou.
– Vois-tu, garçon, poursuivit le vieillard d’une voix sourde ; c’est là mon ouvrage. Et maintenant, file, un peu plus vite que ça, et il se baissa pour ramasser une pierre. Richard terrifié n’en attendit pas davantage. Il s’enfuit en courant et vint se jeter au cou de sa mère en sanglotant :
– Qu’est-il donc arrivé ? interrogea la mère, effrayée à son tour par la pâleur de l’enfant et sa surexcitation évidente. Les sanglots l’étouffaient ; il tremblait de tous ses membres.
Enfin, à force de peine, Richard put faire comprendre à sa mère ce qui s’était passé.
– N’est-ce pas honteux, abominable, maman ?
– Je comprends ton chagrin, mon chéri, et pourtant je t’assure que M. Vilers est plus à plaindre que toi.
– Quoi ? cet homme odieux, cruel, impie ? s’écria Richard.
– Oui, précisément parce qu’il est cruel et impie, répondit la mère. Compare-le pour un instant à ton père.
– Oh ! papa est exactement le contraire de M. Vilers, qui a toujours l’air sombre et effrayé. Je suis sûr que ce vieux n’aime pas le Seigneur Jésus ; il doit être très malheureux.
– C’est vrai, continua la maman ; il n’aime personne et semble être en guerre avec tout le monde. Il a dû avoir quelque grand chagrin qui lui a troublé l’esprit, car il a traité tout le monde qui a habité ici comme il t’a traité, mon pauvre petit.
– Mais alors, pourquoi sommes-nous venus dans cette maison ? interrogea Richard.
– Ton père a eu ses raisons pour cela. Peut-être espère-t-il gagner le cœur de notre pauvre voisin.
– Alors, je te garantis qu’il n’y réussira pas, répliqua vivement l’enfant. Tu aurais dû voir ses yeux pendant qu’il me parlait.
– Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, répondit la mère. Prions souvent pour ce malheureux, car le Seigneur aura pitié de lui. Ou bien, préférerais-tu que Dieu ne lui pardonne pas ses péchés et ne l’amène pas à la conversion ?
– Oh ! maman, s’écria Richard, je donnerais bien dix lapins blancs, si par ce moyen M. Vilers pouvait devenir comme papa !
C’est ainsi que cette mère chrétienne, par ses raisonnements pleins de sagesse, réussit à calmer l’excitation de son enfant et à l’amener à exercer un véritable esprit de pardon.
Le soir, lorsque le père rentra, il fut décidé qu’il irait chercher le corps du pauvre lapin, afin que Richard pût du moins enterrer le cadavre de son favori.
Il semblait tout à fait inutile de demander une autorisation au voisin, aussi M. Mollenberg, très tard dans la soirée, franchit-il simplement la haie et se glissa-t-il jusqu’à l’arbre où la petite bête était pendue. Il coupa la corde et se retirait à pas de loup lorsqu’un cri perçant troubla le silence de la nuit.
Mme Mollenberg qui, du porche de la maison, suivait anxieusement les mouvements de son mari, put voir Vilers se précipiter furieusement sur lui et le saisir par le bras. La pauvre femme, faible de santé et terrifiée par les gestes désordonnés de l’homme, s’évanouit.
Lorsqu’elle reprit ses sens, elle se retrouva couchée sur un canapé dans sa propre chambre ; son mari était penché sur elle et ses traits décomposés montraient assez quelle avait été sa douloureuse émotion.
Voici ce qu’il raconta à sa femme dès qu’elle fut en état de l’écouter :
– Après avoir détaché le cadavre du lapin, je tardai quelques instants à franchir de nouveau la haie ; tout était si calme et si paisible autour de moi. La maison du voisin paraissait complètement fermée ; aucune lumière ne s’y voyait nulle part. La lune éclairait le paysage et projetait sur le gazon l’ombre des vieux arbres ; le murmure de la rivière troublait seul le silence de la nuit et je jouissais de cette tranquillité délicieuse après le tumulte de la ville. J’en jouis même un peu trop, car j’oubliai que je me trouvais sur la propriété d’autrui, et m’absorbai dans ma méditation.
Mais tout à coup, je me retournai et ce que je vis me fit oublier bien vite la paix de cette nuit d’été. Tout près de la haie, au pied du vieux pommier noueux, j’aperçus un homme de haute taille, aux traits d’une pâleur livide, tandis que ses yeux semblaient des charbons ardents. C’était l’Ours de l’Amstel ! Il paraissait absolument inconscient de ma présence, mais semblait être dévoré par une angoisse inexprimable. Son visage hagard dénotait le plus profond désespoir.
Je restais comme cloué sur place par l’étonnement ; tout à coup, le vieillard leva son long bras maigre et, montrant le pommier qu’il avait regardé si fixement, il s’écria d’une voix sourde : « Là, là… c’est là qu’il se tenait !… c’est là qu’il est mort… oh ! mon fils, mon fils ! »
Il y avait une telle expression de désespoir dans le son de cette voix que ma première pensée fut de courir auprès du pauvre homme et de chercher à le consoler. Mais je me souvins à temps que je n’avais pas le droit d’être dans le verger, et que du reste mon apparition subite, à une heure aussi indue, ne pourrait qu’effrayer ou exaspérer notre étrange voisin ; je me mis donc en devoir de battre en retraite aussi doucement que possible.
Mais malgré toutes mes précautions, le craquement d’une branche sèche trahit ma présence, et le malheureux, comme tu le sais, bondit sur moi avec un cri sauvage. Il saisit mes deux bras et fixa sur moi des yeux où la folie ne se lisait que trop clairement.
Après un instant, son étreinte se relâcha. Il se mit à trembler, puis de nouveau il prononça ces paroles étranges : « Ne le voyez-vous pas ? là-bas, près du pommier ? son petit ami est avec lui ! » Alors couvrant son visage de ses deux mains, le pauvre homme se mit à gémir désespérément. Je cherchai à le consoler, à le ramener au sentiment de la réalité.
Il me laissa parler pendant quelques minutes, puis tout à coup, il parut reprendre conscience de lui-même. Il se tourna vers moi avec furie, me demanda ce que je faisais dans son domaine et menaça de mettre la police à mes trousses. Puis, sa colère grandissant toujours, il perdit tout empire sur lui-même et levant le poing contre moi, il rugit : « Allez-vous-en, espion que vous êtes ! »
« M. Vilers », répondis-je tranquillement, « je n’ai pas les mauvaises intentions dont vous m’accusez, mais je désirerais de tout mon cœur vous aider et vous consoler, si la chose était en mon pouvoir.
Le Seigneur Jésus Christ offre le pardon au plus grand des pécheurs et, quel que soit le crime qui oppresse votre conscience, Il ne vous repoussera pas. D’après ce que vous venez de dire, il me semble comprendre que vous avez perdu votre fils ? »
A peine eus-je prononcé ce dernier mot que la furie du pauvre insensé tomba comme par enchantement. Il tendit une fois de plus ses deux bras dans la direction du vieux pommier en criant encore : « Mon fils ! mon fils ! », puis ses forces l’abandonnèrent et il s’affaissa sur le sol dans un état d’épuisement complet.
M. Mollenberg était trop épuisé lui-même par la lutte qu’il venait de soutenir contre le pauvre fou pour pouvoir lui porter secours. Il courut donc à la ferme et réveilla la vieille domestique. Lorsque, à grand peine, il eut réussi à lui faire comprendre ce qui s’était passé, elle s’habilla à la hâte et le suivit dans le verger, en donnant libre cours à de violentes expressions de douleur.
À eux deux, ils réussirent, non sans peine, à transporter le vieillard jusque dans son lit, où il finit par reprendre connaissance. Mais lorsqu’il aperçut un étranger à ses côtés, sa fureur sembla se ranimer et M. Mollenberg jugea plus prudent de se retirer.
– Je crains beaucoup, dit-il à sa femme, que nous ne puissions rien faire pour aider ce malheureux. Son esprit semble avoir été obscurci par quelque événement terrible et c’est là que nous devons chercher la cause de ses accès de fureur.
– Pour Dieu, rien n’est impossible, répondit-elle doucement ; dans sa bonté infinie, Il nous montrera sans doute comment nous devons agir pour accomplir ce qu’Il veut que nous fassions pour Lui ici.
– J’ai découvert, continua M. Mollenberg, en parlant à la domestique, qu’ils n’ont pas même une Bible dans la maison. Ne pourrions-nous pas lui en envoyer une ?
Aussitôt dit, aussitôt fait, et le lendemain matin le petit Richard fut l’heureux messager tout désigné pour porter le précieux volume. En frappant à la porte, il apprit que M. Vilers était sérieusement malade et en proie à une fièvre ardente, conséquence toute naturelle de son accès de furie de la nuit.
La pauvre vieille domestique était si désolée que la sympathie de l’enfant lui fut douce ; elle l’accueillit avec bienveillance et reçut la Bible avec plaisir. Richard avait complètement pardonné au vieillard son acte de cruauté et son seul désir était maintenant de lui rendre le bien pour le mal.
Cet après-midi-là, le père revint d’Amsterdam plus tôt que d’habitude ; il proposa à sa famille d’aller rendre visite à des amis qui demeuraient à quelque distance. Richard demanda et obtint la permission de rester à la maison. Son école recommençait le lendemain et il désirait revoir ses leçons avant de rentrer en classe.
Dans sa solitude, et tout en travaillant, la pensée de M. Vilers le poursuivait. Son bon père lui avait rapporté de la ville quelques belles oranges et Richard comptait s’en régaler dès qu’il aurait terminé sa besogne. Mais tout à coup il se dit que les fruits savoureux seraient précisément ce qu’il faudrait pour le pauvre malade enfiévré et altéré.
« Si j’allais les lui porter, se dit-il ; je me demande s’il les accepterait ? En tout cas, je puis essayer ! »
Aussitôt, plantant là livres et cahiers, Richard plaça ses oranges dans un petit panier et se mit en devoir de traverser le verger. Par hasard, la vieille domestique se trouva sur son chemin ; l’enfant lui communiqua son projet et elle consentit à aller demander à son maître s’il voudrait recevoir le jeune garçon.
En pénétrant dans la chambre du vieillard, la vieille femme fut très surprise de le trouver occupé à lire la Bible qu’elle avait laissée à sa portée. Il était si absorbé par cette occupation qu’il ne s’aperçut pas de sa présence. Enfin il leva les yeux et voyant la domestique, il dit :
– Écoute, Marguerite, la lecture de ce livre me bouleverse. Il me semble me retrouver tout petit enfant sur les genoux de ma mère qui, bien souvent, me lisait la Bible. Je rencontre des passages qui autrefois m’étaient familiers. Que c’est donc étrange !
Je voudrais pleurer, et pourtant il me semble qu’un poids bien lourd a été enlevé de dessus mon cœur. Notre voisin m’a dit hier au soir des paroles que je ne puis oublier. Ce sont là des gens extraordinaires !
– En cela vous avez raison, répliqua la vieille femme, ces gens sont excellents, les meilleures gens du monde, à ce qu’il me semble. Là-dessus elle raconta à son maître que les Mollenberg avaient envoyé ce matin même un messager pour s’enquérir de sa santé et que dans ce moment leur petit garçon se trouvait dans le vestibule, apportant des oranges et craignant seulement de se voir repousser.
– Le repousser ! s’écria le vieillard d’une voix tremblante d’émotion, comment le pourrais-je ? Fais-le entrer !
La servante, toute joyeuse, ouvrit la porte au petit Richard qui, s’approchant timidement, demanda au malade de bien vouloir accepter les fruits qui lui feraient peut-être du bien.
– Penses-tu donc quelquefois à moi, petit garçon ? demanda le vieux.
– J’ai pensé deux fois à vous aujourd’hui, répondit Richard.
– Mais pourquoi précisément deux fois ?
L’enfant hésita un instant, puis dit tout bas en rougissant beaucoup :
– J’ai prié pour vous ce matin et cet après-midi. Oui, Monsieur, continua-t-il plus distinctement, j’ai demandé au Seigneur de vous guérir et de vous donner la paix du cœur.
– Mais pourquoi ? insista le vieillard. Pourquoi pries-tu pour moi qui ai tué ton lapin ?
– Le Seigneur Jésus priait pour ses ennemis, expliqua Richard ; et Il a dit à ses disciples : Aimez vos ennemis. J’ai essayé de le faire et Il m’a appris à vous pardonner et à prier pour vous comme le font aussi papa et maman.
Le vieillard écoutait, stupéfait. Peu à peu l’enfant, oubliant sa timidité, se mit à parler avec animation de l’amour de Jésus Christ pour de pauvres pécheurs perdus. Alors, cachant son visage dans ses mains, le malade se prit à pleurer silencieusement ; les larmes inondaient ses joues ridées, puis, ne parvenant plus à maîtriser son émotion, il éclata en sanglots convulsifs qui le secouaient tout entier.
Son cœur de pierre était brisé ; le démon de la haine en avait été chassé ; le seul remède qui pouvait guérir le malheureux avait été trouvé, car le Seigneur avait entendu les prières de ses enfants.
Une heure plus tard, Richard rentrait à la maison. Il y trouva ses sœurs, toutes à la joie de leur visite à Ondekirk, mais le cœur du petit garçon était plein d’une autre joie, plus profonde et plus vraie, et lorsque ses parents surent ce qui s’était passé, ils rendirent grâces au Seigneur pour sa merveilleuse bonté.
Depuis ce moment-là, Richard se rendit fréquemment chez son vieux voisin. Bien que celui-ci ait encore de temps en temps des accès de tristesse, il paraissait beaucoup plus paisible que par le passé. Son antipathie pour l’enfant s’était changée en une chaude affection et, lorsque le découragement le gagnait de nouveau, la vue seule de son petit ami suffisait pour chasser les nuages.
Mais un jour, vers midi, la vieille gouvernante s’approcha de la haie et appela Richard.
– Venez vite, mon petit, criait-elle d’une voix angoissée. Mon maître veut à toutes forces retourner près du pommier ; il parle de nouveau d’une façon si étrange. Peut-être que cela le calmerait de vous voir.
D’un bond Richard franchit la haie et courut vers la maison. Il entra dans la chambre où il trouva le vieillard marchant de long en large d’un pas agité. Des gémissements et des paroles entrecoupées s’échappaient de ses lèvres ; il croyait évidemment se trouver en face du fatal pommier et y voir quelque chose d’extraordinaire. Son visage exprimait la terreur, et bien qu’il ait prêté l’oreille, par instants, aux paroles consolantes de Richard, l’effet n’en était que momentané.
Enfin le petit garçon ouvrit la Bible qui se trouvait à sa portée et ses yeux tombèrent sur les paroles suivantes qu’il lut à haute voix : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger » (Mat. 11. 28 à 30).
Le vieillard s’arrêta dans sa course enfiévrée. Les paroles divines avaient pénétré dans son âme comme un trait de lumière ; il fixa les yeux sur son petit ami, puis s’écria :
– Garçon, dis-le-moi, comment pourrais-je trouver le repos de mon âme ? Une telle chose serait-elle possible ? Où se trouvent ces paroles ?
Richard lui montra le passage, tout en répétant lentement et distinctement : « Et vous trouverez le repos de vos âmes ».
– Hélas ! gémit le pauvre homme, que dois-je faire pour trouver ce repos ?
– Vous devez aller à Jésus, répondit M. Mollenberg qui était entré dans la chambre et avait assisté, inaperçu, à tout ce qui venait de se passer. Jésus seul peut vous donner ce repos. C’est Lui qui vous appelle, qui vous dit : viens à Moi. Il peut et veut donner le repos à ceux qui sont travaillés et chargés.
– Mais cet appel s’adresse-t-il vraiment à moi ? demanda anxieusement le vieillard.
– N’êtes-vous pas chargé ? répliqua M. Mollenberg. Tous ceux qui le sont, Il les invite sans exception. Si vous êtes perdu, si vous succombez sous le poids du péché, alors c’est vous qu’Il appelle. Allez à Lui, et par sa grâce vous recevrez le pardon, la paix, la justification et la vie éternelle.
– Mais si j’étais… si j’étais… même… un meurtrier ? interrogea-t-il d’une voix étranglée par l’émotion.
– Même si tel était le cas, vous n’avez pas le droit de douter de la grâce de Dieu, ni de son amour. Plus le fardeau du péché est lourd et plus aussi l’appel est pressant.
Ne savez-vous pas l’histoire du brigand sur la croix ? Cet homme dut subir sur la terre le juste châtiment des fautes qu’il avait commises, et cependant il hérita d’un salut éternel. Pourquoi cela ? Parce qu’il se reconnut comme pécheur perdu et chercha un refuge auprès de Jésus.
Vous aussi, vous êtes un grand pécheur et, comme tel, vous ne méritez que la mort et la condamnation ; mais le Seigneur Jésus s’est offert Lui-même à Dieu pour vous. Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché.
M. Mollenberg s’arrêta et fit signe à Richard de quitter la chambre. Les deux hommes se trouvèrent alors en tête à tête. Le moment était venu pour le malheureux vieillard où il ne pourrait plus cacher le secret qui l’accablait. Il en fit une confession entière. La conversation dura plus de deux heures et, lorsque M. Mollenberg regagna sa demeure, il y arriva tout joyeux… Il dit à sa femme :
– Notre voisin a enfin trouvé la paix, que le Seigneur en soit béni. Pour la première fois de sa vie, m’a-t-il dit, il a pu raconter à un être humain le drame qui assombrissait son existence. Comme il m’a autorisé à t’en parler, ma chère femme, je te dirai ce qui est arrivé.
Il y a bien des années, la petite maison que nous habitons était occupée par une famille qui voulait y passer les mois d’été. Cette famille se composait de plusieurs enfants, entre autres d’un garçon de l’âge de notre Richard.
M. Vilers, qui avait déjà perdu sa femme à ce moment-là, avait un fils qu’il chérissait comme la prunelle de ses yeux ; il ne pouvait se séparer de lui pour une heure, aussi avait-il renoncé à envoyer le petit garçon à l’école et le faisait instruire à la maison par un maître qui venait de la ville.
Or l’enfant avait une vive affection pour le fils du voisin et recherchait constamment sa compagnie, bien que M. Vilers eût absolument défendu tous rapports entre eux. Les caresses et les punitions étaient également impuissantes à séparer les deux petits garçons. Plus M. Vilers cherchait à empêcher leur amitié, et plus leur attachement mutuel semblait augmenter.
Revenant un jour d’une promenade, M. Vilers aperçut les deux enfants qui jouaient sous le pommier dans notre jardin. Dominé par la colère, il franchit la haie d’un bond avec l’intention d’administrer une sévère correction à son fils. L’enfant du voisin, épouvanté par ses yeux flamboyants et ses gestes menaçants, voulut prendre la fuite mais, aveuglé par la terreur, il alla heurter son front contre le tronc du pommier avec une violence telle qu’il tomba à terre privé de connaissance. Sans prêter la moindre attention à cet accident, l’homme furieux et ne se dominant plus, saisit son propre enfant, le frappa violemment et s’en alla l’enfermer dans la cave pour le reste de la journée.
Une demi-heure après on pouvait entendre des cris et des pleurs dans le jardin du voisin et bientôt M. Vilers apprit que le petit garçon avait été trouvé mort au pied du pommier sans que personne comprît la cause du terrible événement.
Les pauvres parents furent inconsolables, mais personne n’ayant été témoin de la scène affreuse que nous avons décrite, le vrai coupable ne fut pas découvert. Depuis ce moment-là il y eut ici deux êtres excessivement malheureux. M. Vilers ne pouvait faire taire la voix accusatrice de sa conscience et était tenaillé par des remords cuisants, et son fils ne pouvait ni oublier le drame auquel il avait assisté, ni pardonner à son père la mort de son petit ami.
Lorsque, quelques jours plus tard, le corps du pauvre petit voisin fut porté au cimetière, il semblait qu’on ensevelissait avec lui tout le bonheur de l’autre enfant. Il soupirait constamment après son camarade ; il dépérissait à vue d’œil ; on le voyait constamment appuyé contre la haie et regardant fixement le fatal pommier. Tous les efforts tentés par son père pour le distraire demeurèrent infructueux. Sa détresse grandissait constamment et enfin le docteur déclara qu’il était impuissant à combattre cette faiblesse.
Qui décrira l’amère douleur du père ? Chaque jour il avait devant les yeux le résultat de sa violence. Ainsi s’écoulèrent plusieurs mois.
L’hiver avait passé ; le printemps renaissait. Un beau matin de mai, le petit garçon supplia son père de le porter au jardin et de le placer sur un fauteuil tout près de la haie. Alors ses yeux se portèrent une fois de plus sur l’arbre sous lequel il avait joué avec son petit ami, et un pâle sourire illumina ses traits amaigris.
Mais ce fut là son dernier signe de vie. Quelques instants plus tard la tête lassée de l’enfant tombait sur sa poitrine et il expirait, laissant son père dans le désespoir le plus affreux.
Et maintenant, ma chère femme, conclut M. Mollenberg, tu comprendras l’état d’esprit dans lequel se trouvait notre voisin. Sa conscience bourrelée de remords le tenaillait à tel point qu’il en perdait parfois la raison.
Ah ! que le Seigneur est bon d’avoir eu pitié de ce malheureux et de lui avoir donné maintenant cette paix précieuse qui surpasse toute connaissance. L’Évangile était le seul remède qui puisse répondre à son état, et maintenant il place toute sa confiance en Celui par le sang duquel nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes, selon les richesses de sa grâce (Éph. 1. 7).
M. Mollenberg termina son récit par une prière et de ferventes actions de grâces adressées au Seigneur pour les grandes choses qu’Il avait accomplies.
L’affection de M. Vilers pour Richard ne fit que croître. L’été se passa ainsi dans la paix et la joie, et lorsque la famille retourna en ville pour l’hiver, l’un ou l’autre de ses membres revenait presque chaque semaine à la ferme où ils étaient reçus à bras ouverts par le vieillard heureux et reconnaissant.
Le dernier jour des vacances ! Hubert Sullivan était très occupé à trier ses livres, qu’il fallait mettre en ordre ce soir-là, car le lendemain les malles devaient partir. Ses deux sœurs, Agnès et Jeanne, lui tenaient compagnie, chacune un ouvrage à la main.
– Dis-donc, Hubert, es-tu content de rentrer au collège demain ?
– Que veux-tu dire ? J’ai toujours aimé aller à l’école. Pourquoi cela devrait-il m’ennuyer maintenant ?
Les sœurs se regardèrent et se mirent à rire.
– Eh bien, dit Agnès, Jeanne veut dire que tu ne vas pas seul maintenant. Tu vas en voyage, avec un monsieur Carlos Fernandes ! Quel beau nom ! C’est vrai que le Monsieur est encore bien petit, mais il est pédant pour deux. N’es-tu pas content que le petit espagnol aille avec toi ?
Agnès avait dit cela à voix basse, car dans l’embrasure de la fenêtre un garçon de treize ans lisait ; c’était un garçonnet maigre et délicat, aux yeux foncés, aux cheveux noirs comme du jais.
Il n’était pas assez pris par sa lecture pour ne pas saisir ce que disait sa cousine. Une lueur méchante passa dans ses yeux et il parut sur le point de répliquer vivement. Mais il baissa la tête et ses lèvres minces se serrèrent encore davantage.
– Chut, pense à lui, dit Jeanne en regardant le jeune garçon.
– Mais Hubert, dis donc, cela ne t’ennuie-t-il pas qu’il vienne avec toi ?
– Si, je préférerais mille fois faire le voyage seul dans la plus détestable carriole que d’avoir tout le temps cette figure devant moi. Mais quand je me représente comment les garçons du collège le guériront de sa pédanterie, je m’en réjouis d’avance.
– C’est que tu penses sûrement à ta défaite, quand il t’a vaincu l’autre jour. Ce n’était pas très agréable, ou bien ?
Hubert devint rouge de colère et de honte, quand sa sœur lui rappela sa défaite ; lui, Hubert, avait été vaincu par ce « petit espagnol » méprisé. Ah ! mais il prendrait une fois sa revanche !
– Voyons, nous n’allons pas nous quereller le dernier soir, dit Jeanne qui sentait que Hubert se fâchait. Allons un peu dans la forêt.
Et les trois enfants quittèrent la chambre sans plus s’occuper de leur cousin. Carlos resta tout triste. Pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas été invité à se joindre à la joyeuse bande ? Non, mais il avait honte de lui-même.
Agnès avait rappelé une querelle entre lui et Hubert, une querelle qui avait fini par un combat, duquel il était sorti vainqueur. Au premier moment il s’était réjoui de sa victoire, mais plus tard il en avait eu du regret, et chaque fois qu’il y pensait, il rougissait de honte. Triste de sa conduite, il ferma son livre et monta dans sa petite chambre, où il resta longtemps à réfléchir devant sa fenêtre. Il se sentait si seul, si misérablement seul.
Le pauvre garçon avait perdu ses parents de très bonne heure. Sa mère, une sœur de Madame Sullivan, avait épousé un espagnol ; lui-même était né en Espagne et il y avait vécu de bien heureuses années, jusqu’à la mort de son père. Mais sa mère, sa chère mère, lui était restée encore et elle était son grand trésor.
Il se rappelait si bien qu’elle lui parlait toujours de ce grand Ami, le plus grand de tous, qui avait donné sa vie pour rendre vraiment heureux tous les hommes, les petits et les grands. Il savait que sa mère avait aimé le Seigneur Jésus, qu’Il avait été non seulement son Sauveur, mais son Ami, qu’Il l’avait fortifiée et secourue dans les jours de tristesse et de souffrance. Carlos n’avait pas oublié les enseignements de sa mère et il désirait aussi ardemment appartenir à Jésus.
La semence répandue par elle était tombée dans un bon terrain et promettait de porter beaucoup de fruit.
Puis était survenu le plus triste événement de sa vie. Sa mère s’en était allée auprès du Seigneur et l’avait laissé seul ; il se sentait tout à fait abandonné. En mourant elle lui avait encore dit :
– Tu ne restes pas seul, mon enfant. Jésus reste avec toi et ne t’abandonnera jamais. Aime-le et n’oublie jamais qu’Il t’aime plus que ta propre mère. Oh ! je le verrai bientôt, Jésus, mon Sauveur.
Ce furent les dernières paroles qu’il entendit d’elle, mais Carlos n’en comprit pas tout le sens. Il ne savait qu’une chose, c’était que sa mère était partie pour toujours.
Jour après jour il errait dans la campagne, solitaire et inconsolable, jusqu’au moment où, en feuilletant sa Bible, ses yeux furent arrêtés par les paroles suivantes, soigneusement soulignées : « Quand mon père et ma mère m’auraient abandonné, l’Éternel me recueillera » (Ps. 27. 10). Ce fût comme si ce verset lui disait : Ta mère a souligné cela pour toi, Carlos. Il se jeta en sanglotant sur le livre et s’écria : « Oh, maman, je l’avais oublié, j’avais tout oublié ! »
Il se souvint alors aussi de ses dernières paroles et il commença à comprendre quelque chose de la consolation qu’elles renfermaient. Depuis ce moment-là il eut encore bien des instants de tristesse, mais il ne se sentait plus abandonné. Son âme s’était tournée vers la lumière.
Son oncle et sa tante l’avaient ensuite reçu à bras ouverts en Angleterre, son cousin et ses cousines s’étaient également montrés très aimables envers lui ; tous avaient profondément pitié de l’orphelin. Mais Carlos ne se donnait pas facilement ; il se tenait à l’écart, se montrait très réservé, ce qui fit que ses cousins le trouvaient fier. Leur pitié diminua et, quand ils étaient entre eux, ils tourmentaient le « petit espagnol », comme ils l’appelaient par dérision.
Ce n’était pas facile à supporter et, comme Carlos était colérique de nature, et avait la répartie prompte, il éprouvait beaucoup de peine à rester calme et doux. Quelquefois il se laissait aller à rendre injure pour injure, moquerie pour moquerie. Une fois même, la querelle finit par une bataille et il avait terrassé Hubert, qui l’avait tourmenté plus que de coutume. Mais il regrettait toujours son comportement, car il désirait en toute sincérité faire la volonté du Seigneur.
C’était pour lui un grand chagrin de réussir si mal à se maîtriser. Et maintenant de nouveau, dans sa chambre, ses larmes coulaient en appelant sa mère. « Maman, maman, comment pourrais-je y tenir sans toi ? Si maman était ici, elle me dirait que le Seigneur veut m’aider, puisque je suis son enfant. Mais, je suis si méchant ! » Il resta longtemps à réfléchir ; pauvre petit ! Où trouver du secours ?
Plus tard, son oncle le fit appeler au jardin. Lui et sa femme étaient bons et affectueux envers Carlos et le traitaient comme un de leurs enfants, aussi personne ne se hasardait à le tourmenter en leur présence. Cette fois aussi l’oncle se montra très affectueux avec le jeune garçon ; il lui parla de l’école où il irait, de la nouvelle vie qui l’attendait et de son instituteur, M. Irvin.
– Ce n’est pas une grande école, il n’y a que dix-huit garçons et tu y seras très bien. Sois obéissant et appliqué et tu verras que M. Irvin t’aimera beaucoup. Si tu as besoin de quelque chose, tu nous le diras ; tu auras de l’argent de poche, comme Hubert, et n’oublie pas, mon garçon, de nous écrire de temps en temps.
– Certes non, mon oncle, répondit Carlos, je n’oublierai jamais combien vous avez toujours été bons avec moi.
Et d’un cœur heureux, il serra dans sa bourse l’argent que son oncle venait de lui remettre.
Le lendemain, toute la famille accompagna les deux cousins à la gare et Carlos se trouva bientôt dans un tout autre monde.
Par un beau jour de septembre, Jeanne et Agnès se promenaient dans le jardin. Jeanne avait à la main une lettre d’Hubert qu’elle venait de recevoir.
– Eh bien, que dit-il ? demanda Agnès.
– Il parle surtout de Carlos.
– Du petit espagnol ? Que c’est ridicule !
– Tu sais qu’Irvin a deux filles. L’aînée a quinze ans et elle est toujours souffrante ; la cadette n’a que quatre ans. Il paraît que Carlos passe tout son temps libre avec elles et qu’elles ont beaucoup de plaisir à le voir.
– Est-ce possible, qui aurait pensé que le petit espagnol si fier puisse jamais se faire aimer de quelqu’un ?
Agnès trouvait cette idée tellement ridicule qu’elle en rit aux éclats.
– Non, Agnès, reprit Jeanne, ne ris donc pas ainsi. Je crois que nous avons été très peu aimables pour Carlos. Si nous avions eu plus de patience, il se serait peut-être attaché à nous.
– Es-tu sotte, Jeanne ? N’avons-nous pas fait de notre mieux pour commencer ? Plus tard, oui, cela a changé, c’est vrai. Mais à qui la faute ? N’était-il pas froid et dur comme un morceau de glace ? Et fier comme un paon !
– Oui, il paraissait l’être, mais peut-être nous sommes-nous trompées. Si nous avions eu plus de patience, nous aurions découvert ses qualités. Je l’ai regretté plus d’une fois.
– Eh bien, pas moi !
Et Agnès s’en alla en riant rejoindre sa mère qui entrait dans le jardin.
La vie d’écolier était toute nouvelle pour Carlos. D’abord il s’était senti très solitaire au milieu de ces garçons étrangers. Cela allait très bien pendant les leçons, car ses pensées étaient suffisamment occupées.
Mais pendant les récréations, au milieu de ses camarades qui jouaient dans la grande cour, il se sentait délaissé. Tranquille et triste, il ne prenait aucune part aux joyeuses parties des écoliers.
Quelques jours après son arrivée, M. Irvin et sa fille malade suivaient depuis la fenêtre, avec intérêt, les jeux des élèves.
– Est-ce là le nouveau garçon, papa ? Il est tout seul, il ne doit pas encore se sentir bien à l’aise ici.
– Pauvre garçon, répondit M. Irvin ; il est très seul, en effet ; je crois que Carlos a besoin d’amitié et de sympathie.
Et il raconta à sa fille quelque chose de la vie de leur nouvel élève.
– Sais-tu, papa ? Envoie-le ce soir chez moi ; j’aimerais faire sa connaissance.
– Très bien, mon enfant. Parle-lui, tâche de gagner sa confiance. Ce ne serait pas la première fois que ma petite malade réussirait à consoler un autre petit malade.
Carlos reçut l’invitation et, ce même soir, monta chez la jeune fille. Il frappa doucement à la porte et entendit aussitôt un cordial « Entrez ».
– M. Irvin m’a dit de venir ici jusqu’à l’heure du coucher.
– Très bien, je suis très heureuse de te voir. Donne-moi la main et assieds-toi, nous causerons. Je suis souvent seule et je trouve très agréable d’avoir quelqu’un pour me tenir compagnie.
– Es-tu malade ? Es-tu couchée depuis longtemps ?
– Oui, je suis souvent malade, et quelquefois je souffre beaucoup. Mais le Seigneur m’aide, dit Marie en montrant au mur vis-à-vis d’elle une gravure représentant le Bon Berger avec un agneau dans ses bras. Veux-tu un peu arranger mes coussins ? Je puis bien sonner pour faire venir la bonne, mais alors elle doit quitter son travail, ce qui ne lui arrive que trop souvent. Essaie donc.
Et elle l’encourageait avec un aimable sourire.
Carlos obéit aussitôt ; il s’acquitta si bien de sa tâche que Marie lui dit :
– Je pense que tu as déjà souvent fait cela.
– Oui, répondit Carlos. Je le faisais toujours pour… pour…
Il ne put continuer.
Marie mit sa main sur celle de Carlos et lui dit :
– Je comprends tout cela ; j’ai aussi perdu ma chère mère, il y a quatre ans, après la naissance de la petite Éva. Ce coup fut trop grand pour moi, je ne m’en suis jamais remise et depuis lors je ne peux plus quitter cette chambre. Mes jambes sont paralysées et le docteur prétend que je ne pourrai jamais marcher, à moins que je n’aie de nouveau un grand choc.
Cela n’arrivera probablement jamais ; on me soigne si bien et on écarte si bien tout ce qui peut me nuire, que toute guérison paraît impossible.
Après un moment de silence, Marie dit :
– Demain tu verras ma petite sœur, c’est un amour.
Le temps s’envola trop rapidement ; de longtemps Carlos n’avait passé de si agréables moments, et l’heure du coucher arriva sans qu’il s’en aperçoive.
– Si je puis faire quelque chose pour toi, Carlos, tu me le diras n’est-ce pas ? Nous deviendrons de très bons amis, je crois.
Quelle heureuse soirée pour Carlos ! Il avait trouvé quelqu’un qui le comprenait ; il avait pu s’entretenir de sa mère. À partir de ce moment, il confia à Marie tout ce que sa mère lui avait dit, ainsi que ses propres combats, ses tentations. Marie priait pour lui, lui parlait du Sauveur et de l’œuvre de la croix.
Un soir Carlos vint vers elle, tout heureux et rayonnant, et lui dit : Tout va bien, le Bon Berger m’a trouvé, moi aussi.
Quelle joie pour lui et pour Marie ! De jour en jour l’amour de Carlos pour son Sauveur, pour le meilleur des amis, grandissait.
Dans la salle d’école aussi, il était bien changé. Ses yeux brillaient de vie, de courage, et son visage, éclairé par la joie de son cœur, était le plus souvent souriant.
Hubert écrivait à Agnès :
Je ne sais pas que dire du petit espagnol, il est complètement changé. Il est de plus en plus lié avec les filles de M. Irvin. Je crois qu’il dépense la moitié de son argent de poche en joujoux et en bonbons pour la petite Éva et le reste, il le donne à Marie pour un pauvre boiteux auquel elle s’intéresse particulièrement.
Je trouve cela assez ridicule. Mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que tous les garçons l’aiment, excepté un seul naturellement.
Et tu ne t’imagines pas comme il travaille bien. Si je n’y prends pas garde, il me dépassera, mais cela n’arrivera pas, crois-moi ! »
Hubert disait cela très sérieusement ; mais hélas, il devait bien vite regretter ses méchantes paroles.
C’était un beau soir de dimanche. Tous les élèves étaient allés assister au service du soir avec M. Irvin, excepté Carlos, qui tenait compagnie à Marie, et son cousin Hubert qui était resté à la maison, étant enrhumé.
– Quelle magnifique soirée, dit Carlos en levant les yeux de dessus sa Bible. Regarde, quel beau ciel ! Cela me fait penser à la ville aux rues d’or et aux portes de perles, à la maison du Père avec toutes ses demeures.
Parfois je pense que je ne resterai plus longtemps ici et que je serai bientôt là-haut. Je n’ai jamais été très fort, et je suis parfois si fatigué ! Quand j’ai porté Éva un moment, j’ai eu si mal au côté que je n’en puis plus. Mais peu importe ce qui m’arrivera ; je sais que je puis me confier en Jésus, Il est toujours près de moi.
Marie s’étonna de ces paroles et le regarda attentivement. Ses yeux brillaient comme s’il voyait quelque chose de splendide et un doux sourire illuminait son visage. À ce moment-là une domestique entra et posa une lampe sur la table. Carlos se leva en disant :
– J’ai oublié qu’Hubert est seul en bas. Puis-je lui demander de venir ici ?
Et comme Marie approuvait, il descendit. Le corridor était sombre et la porte de la salle d’étude ouverte. Carlos se dirigea de ce côté et vit son cousin qui quittait précipitamment la cheminée où brûlait un bon feu en disant à mi-voix :
– Voyons, petit monsieur, ce qui en adviendra. Petit hypocrite, tu crois être pour toujours le favori. Eh bien, on verra.
Carlos fut blessé par ces paroles, mais aussitôt il pria d’être gardé de la tentation. Il entra et demanda à son cousin de vouloir bien monter chez Marie. Effrayé, Hubert hésita une seconde, mais il ne put qu’obéir sans dire un mot. Carlos resta un moment appuyé contre la cheminée. Il avait bien besoin du secours de son Seigneur, maintenant plus que jamais.
En se baissant, il vit par terre un morceau de papier à moitié brûlé ; il le saisit et s’approcha de la fenêtre pour l’examiner. Hélas ! c’était bien son écriture ; c’était le devoir qu’il devait présenter le lundi matin ; ouvrant son pupitre, il constata que cette feuille manquait dans son cahier. Carlos comprit tout, et un grand combat se livra dans ce jeune cœur.
Une voix lui disait : « Quelle méchanceté de Hubert, quelle bassesse ! mais tu peux te venger. Tu n’as qu’à montrer cette page à demi brûlée à M. Irvin et lui raconter ce que tu as vu et entendu. Hubert recevra une punition bien méritée, ce n’est que juste.
Le pauvre garçon tremblait d’émotion ; il savait très bien qu’il allait être grondé, s’il ne pouvait montrer son travail et ce serait difficile à supporter, puisqu’il ne le mériterait pas.
Mais une autre voix lui dit : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Carlos se mit à genoux et dit à Dieu tout ce qui le tourmentait. Après un long moment il se releva et l’on aurait pu voir la victoire écrite sur son visage, quoique ses joues fussent mouillées de larmes. Le combat avait été dur, mais celui qui s’appuie sur Christ est plus que vainqueur en Celui qui l’a aimé.
Le lundi matin Carlos ne put pas donner son devoir, et, pire que cela, il ne put répondre à aucune question de M. Irvin, ce qui lui donna l’air têtu et revêche.
Le maître n’y comprenait rien ; la conduite de Carlos l’attristait ; il en était mécontent. Pendant la semaine, le pauvre garçon eut mille ennuis, ses livres et cahiers se trouvaient déchirés et pleins de taches d’encre, ses plumes disparaissaient ou étaient cassées. Chaque matin survenait un nouvel accroc. Quelles affreuses journées !
Le silence continu du jeune garçon confirmait l’impression du premier jour. Et pourtant, comme il souffrait ! M. Irvin ne cachait pas son mécontentement et son approbation manquait douloureusement à Carlos.
La petite Éva devait se passer de son camarade de jeux ; Marie ne savait pas ce qu’elle devait en penser ; pourtant elle ne perdait pas confiance en son petit ami et priait son père de l’excuser. C’est à son intercession qu’il dût de n’être pas puni plus sévèrement.
Et Carlos ? Tout triste qu’il fut, il resta aimable et serviable envers tous ses camarades. Il allait tranquillement son chemin au milieu des difficultés, heureux s’il pouvait rendre un service à quelqu’un. Il resta le même vis-à-vis de Hubert, qui en fut si touché qu’il commença à avoir honte de sa vilaine conduite et résolut de cesser de tourmenter son cousin.
Sais-tu, cher lecteur, ce que c’est que d’avoir confiance en Jésus ? Non seulement quand tout va bien, mais aussi dans les jours d’épreuves, de combats, de tentations ? Partout et toujours, Il est un puissant secours et toujours Celui qui sauve et qui délivre.
Les élèves avaient une demi-journée de congé ; après le goûter, Carlos prit ses livres et sortit. Tout près de l’école il y avait un petit bois, où l’on trouvait des myrtilles. Carlos savait que Marie les aimait et il se mit à en chercher. Marie était couchée devant la fenêtre ouverte et jouissait de la belle soirée d’automne.
Elle s’était endormie et ne se réveilla que quand les garçons rentrèrent de leurs jeux. Carlos était parmi eux avec quelques branches chargées de myrtilles dans la main.
La bonne d’enfants entra chez Marie et demanda si Éva était là. Éva ? Non, elle n’était pas venue de tout l’après-midi.
– J’étais avec elle au jardin, mademoiselle, à deux heures environ. Elle a vu Carlos de loin et a dit qu’elle allait se promener avec lui. Plus tard je suis allée à la salle d’étude et comme Éva n’y était pas, je pensais qu’elle était peut-être chez vous.
Marie pâlit.
– Non, répondit-elle, j’ai vu les garçons rentrer ; Carlos était avec eux, mais pas Éva.
En ce moment M. Irvin entra et Marie lui raconta ce qu’elle avait entendu. Le père, consterné, dit à la bonne de rester auprès de Marie. Lui-même se rendit à la salle d’étude où tous les garçons étaient occupés à lire ou à jouer. Il les appela et leur dit ce qui était arrivé ; puis il se tourna vers Carlos et demanda si c’était vrai qu’il s’était promené avec Éva.
Carlos se trouvait justement près d’Hubert et il remarqua que celui-ci changeait de couleur et se cramponnait à son pupitre. Les deux garçons se regardèrent et Carlos comprit tout de suite ce qui s’était passé. La bonne avait pris Hubert pour Carlos et Éva était allée avec son cousin.
Les garçons avaient joué dans la prairie près de la ligne du chemin de fer et Hubert avait oublié Éva. Carlos s’était promené plus d’une fois avec la petite fille dans ce pré et ils s’étaient amusés à regarder passer les trains.
Quelle horrible pensée ! Éva aurait-elle traversé la barrière et serait-elle peut-être sur les rails ? L’enfant était trop petite pour se rendre compte du danger qui la menaçait. Carlos s’imaginait déjà la voir jouant sur la voie pendant que le train arrivait à grande vitesse.
Il jeta un cri de détresse et s’élança hors de la chambre, sans répondre à la question de M. Irvin. Tous pensaient qu’il était en faute, ce qui était naturel.
Carlos courut aussi vite qu’il le put. Il savait qu’un train passait à peu près à ce moment de la journée et qu’il n’y avait pas une seconde à perdre. Son cœur battait si fort, à lui couper la respiration ; la douleur dans son côté se faisait sentir aiguë, presque insupportable, mais il courait toujours.
La nuit tombait ; il pouvait tout juste encore discerner la barrière qui fermait la ligne et entendait déjà le bruit du train dans le tunnel. Heureusement, Carlos arrivait près de la barrière, mais le train se rapprochait aussi. Avec un dernier effort désespéré il franchit l’obstacle et sauta sur la voie.
L’enfant, comme il l’avait pensé, jouait entre les rails. Carlos la saisit et la mit hors de danger Ce n’était pas un instant trop tôt ; une seconde encore et la fillette aurait été écrasée.
Elle était sauvée mais à quel prix ! Carlos était couché par terre, la petite dans ses bras. Pourquoi le garçon était-il si pâle et pourquoi ce filet de sang qui coulait de ses lèvres et tachait la robe blanche d’Éva ? Pourquoi fermait-il les yeux ?
Éva, très effrayée d’avoir été si rudement prise et emportée, le fut encore davantage lorsque le train fila à toute vapeur à côté d’elle. Elle poussa un cri d’angoisse qui réveilla Carlos de son évanouissement. Doucement il lui dit de ne pas avoir peur, qu’il serait bientôt mieux et la petite se tranquillisa et appuya sa petite tête sur l’épaule de son ami.
Pendant ce temps, M. Irvin, les garçons et les domestiques cherchaient l’enfant de tous les côtés. Tous s’agitaient, excepté Hubert, qui resta en arrière. Quand ils furent partis, il se mit à courir vers la ligne du chemin de fer. Ils avaient joué là, lui et les autres garçons, là où lui, Hubert avait emmené Éva et l’avait oubliée.
La petite s’était amusée à chercher des fleurs et était venue ainsi jusqu’à la barrière. Elle avait regardé un moment, puis avait trouvé le chemin à travers la palissade et s’était mise à jouer avec les pierres entre les rails, jusqu’à ce que la nuit tombe ; ensuite elle était restée tranquillement assise où elle se trouvait.
Hubert pensa d’abord qu’elle était restée dans la prairie, mais ne la voyant pas, il lui vint à l’idée qu’elle avait pu traverser la barrière et une peur effroyable le saisit. Il courut dans cette direction et trouva son cousin couché dans l’herbe humide, l’enfant dans ses bras.
Ils étaient si absolument immobiles que Hubert ne pouvait voir s’ils étaient morts ou vivants ; puis il aperçut le sang et s’en retourna en toute hâte dans une transe mortelle chercher M. Irvin qu’il conduisit vers les enfants. En chemin il confessa ses fautes en sanglotant, ainsi que sa méchante conduite envers Carlos pendant les dernières semaines.
Deux heures s’étaient passées et Marie attendait encore, toujours à la fenêtre. La soirée était belle et la lune éclairait le jardin, comme si c’était le jour. Enfin elle entendit des voix et des pas et elle reconnut distinctement deux figures : l’une était celle du maître adjoint portant Carlos, l’autre celle de son père avec Éva dans ses bras. Mais qu’était cette tache sur la robe d’Éva ? Sa petite sœur serait-elle morte ?
Un cri de détresse s’échappa de ses lèvres et sans qu’elle sût ce qu’elle faisait, Marie sauta de sa chaise-longue. Ses genoux tremblaient, mais elle était debout et toute chancelante, elle se mit à marcher. Sans savoir comment elle y arriva, elle se trouva au milieu de la salle d’étude et un grand calme s’empara d’elle. Elle réalisait qu’ils étaient tous dans la main de Dieu et que personne ne pouvait mieux les garder que Lui. C’est ainsi que son père la trouva.
Marie fut vite rassurée quant à Éva ; elle s’était endormie dans les bras de son père. Le cas de Carlos était plus grave. Le grand effort qu’il avait fait avait causé une hémorragie qui n’était pas arrêtée. Le médecin fut appelé en toute hâte ; malgré tous ses soins il dut constater que le cher garçon ne vivrait plus vingt-quatre heures. Carlos avait repris connaissance et, souriant faiblement, il regarda Marie et demanda M. Irvin.
Marie comprit très bien pourquoi Carlos désirait voir son maître.
– Il a été toujours auprès de toi ; il vient de sortir, je vais l’appeler.
Carlos ferma les yeux et attendit apparemment avec inquiétude l’arrivée de son maître. À peine la porte s’ouvrit-elle que Carlos fixa celui qui entrait. Il ne vit plus de sévérité sur ce visage, mais de la pitié et de la tristesse.
– Cher monsieur, voulez-vous me pardonner tout le chagrin que je vous ai causé ces derniers temps ? Je n’y pouvais vraiment rien !
– Mon cher garçon, dit M. Irvin en s’agenouillant près du lit et en mettant son bras autour de Carlos, ce n’est pas à toi de demander pardon ; c’est bien moi qui dois le faire. Je croyais bien agir et je t’ai beaucoup fait souffrir.
Hubert m’a tout raconté et maintenant je regrette de ne pas avoir eu plus de confiance en toi. Ah ! Carlos, pardonne à ton maître. Et maintenant, tu as sauvé notre chère petite ; tu t’es sacrifié pour elle ! Comment puis-je te remercier ?
Un sourire de joie passa sur le visage du garçon. II ferma les yeux, comme s’il voulait jouir de cette belle pensée. Mais il regarda bien vite son maître.
– Non, non, dit-il, ce n’est pas bien. Vous ne devez pas me demander pardon. Vous avez toujours été si bon pour moi. Mais, Monsieur, voulez-vous aussi pardonner à Hubert ?
Le visage du maître prit une expression douloureuse, mais les larmes aux yeux il répondit :
– Oui, mon garçon, ce n’est pas à moi d’être dur envers Hubert, quand toi, tu lui pardonnes. Mais j’aimerais tant faire quelque chose pour toi, et je ne le puis pas. Tu es très malade, Carlos, très sérieusement, dit le docteur.
– Oui, monsieur, je le sais ; je ne serai plus longtemps ici. Jadis je pensais quelquefois que je ne vivrai pas longtemps, et j’avais peur. Mais maintenant je sais que je vais mourir et je n’ai aucune crainte. Je sais que Jésus m’aime et qu’Il est avec moi. Oh ! Je serai bientôt avec Lui, dans la maison du Père, où il y a beaucoup de demeures.
Marie entra en ce moment et Carlos la pria d’appeler Hubert. Marie le trouva dans sa chambre, la tête enfouie dans les coussins. Elle posa sa main doucement sur son épaule en lui disant :
– Va vers Carlos, il désire te voir.
Hubert la regarda avec de grands yeux éperdus.
– Est-il très malade ? Est-ce qu’il va mourir ?
Marie lui dit aussi doucement que possible que l’état de son cousin était très grave. Hubert éclata en sanglots désespérés et Marie put voir comme le remords déchirait son cœur.
– Oh ! Carlos, Carlos qu’ai-je fait ? qu’ai-je fait ?
Mes enfants, n’agissez pas à la légère. Croyez-vous avoir raison de vous fâcher contre quelqu’un ? Une voix dans votre cœur vous excite-t-elle à vous venger ? Pensez à ce que vous faites, à ce que vous dites. Une parole amère, un mot méchant est si vite prononcé, mais quelle blessure il peut causer !
Un jour viendra peut-être, où vous désirerez pouvoir redresser le mal que vous avez commis ainsi, et ce ne sera plus possible. Une méchante action est si vite faite, mais savez-vous ce qu’elle vous coûtera en remords, en reproches, parce que vous n’êtes plus en état de réparer le mal causé ? Tournez-vous vers Jésus à l’heure de la tentation et recherchez en Lui votre force, car Il nous a appris à nous aimer l’un l’autre ; Il veut que nous pardonnions, si nous espérons être pardonnés.
Jésus a aimé ses ennemis, et Il a prié pour eux. Il veut aussi vous pardonner et vous purifier de tout péché. Mais allez maintenant à Lui, Il vous attend maintenant ; Il est prêt à vous recevoir en ce moment même.
Le pauvre Hubert se repentit franchement et sérieusement. Carlos lui pardonna de tout cœur, mais son cousin n’eut plus l’occasion de montrer sa repentance dans sa conduite.
Personne ne sut de quoi ces deux amis s’entretinrent, mais ce fut un autre Hubert qui quitta Carlos, que celui que Marie avait appelé. Il retourna dans sa petite chambre, profondément triste, mais plus désespéré. Une nouvelle et précieuse espérance avait pénétré dans son cœur brisé.
Et maintenant, les écoliers vinrent deux à deux prendre congé de leur compagnon d’études ; les larmes aux yeux, très émus, ils dirent au revoir à leur camarade mourant.
Marie ne le quitta pas. Son père craignait qu’elle ne se fatigue trop mais il ne pouvait pas se résoudre à la renvoyer. Les enfants ne parlaient pas beaucoup. Marie, assise à côté de Carlos, sa main dans la sienne, répétait de temps en temps un texte, un verset de cantique. Carlos s’assoupit un peu, mais il se réveillait aussitôt et ses yeux cherchaient Marie puis, l’ayant aperçue, il était tranquille. Une fois pourtant, il parla.
– Oh ! Marie, dit-il, que je suis content que tu puisses de nouveau marcher. N’est-ce pas un miracle ! Dieu n’est-il pas bon pour nous ? Et veux-tu être aussi bonne pour Hubert que tu l’as été pour moi ?
– Oui, Carlos, je te le promets.
Au milieu de la nuit, M. et Mme Sullivan arrivèrent. M. Irvin les avait avertis par télégramme. Agnès et Jeanne les accompagnaient. Elles désiraient beaucoup revoir leur cousin et lui demander pardon de leur manque de cœur et de leur méchante conduite.
Toutes ces émotions fatiguaient beaucoup Carlos, mais c’était si bon de voir que tous l’aimaient.
Quand se leva le matin, le ciel était tout illuminé d’or et de pourpre.
– Que c’est beau, murmura-t-il, mais je verrai bientôt ce qui est encore plus beau : un jour sans soir, sans nuit.
Et puis il continua :
Lieu de repos, sainte patrie,
Séjour heureux des rachetés,
Ville d’or, cité chérie,
J’aspire à tes félicités.
Repos, repos ! près de Jésus,
Peines, douleurs, ne seront plus.
Éva se réveilla comme de coutume et demanda à voir Carlos.
– Bonjour, bonjour, dit-elle en apercevant son ami ; tu vas mieux ?
– Oui, Éva, je suis presque guéri. Si tu deviens un agneau du Bon Berger, nous nous reverrons au ciel, dans la maison du Père où il y a plusieurs demeures.
Tout le monde était calme, excepté Hubert qui sanglotait. Carlos lui tendit la main et lui dit :
– Ne sois pas triste, Hubert, ne m’oublie pas.
Puis il resta immobile pendant quelques instants, les yeux fermés. Soudain il se redressa, les yeux grand ouverts, un beau sourire sur son visage, et d’une voix faible, mais distincte, le garçon mourant répéta ces paroles :
« Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures. Je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi ».
Puis il tendit les bras, sa tête tomba de côté et Carlos était entré dans le repos éternel.
– Il est mort, s’écria Hubert dans un sanglot.
– Non, dit Marie, il vit pour toujours.
« Je suis la résurrection et la vie, dit Jésus, celui qui croit en Moi, encore qu’il soit mort, vivra.
« Mais tout ce qui est réprouvé par la lumière est manifesté ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière » Éphésiens 5. 13 et 14.
LE CARACTÈRE DE LA LUMIÈRE
Sans lumière, pas de vie ! Nous connaissons tous cette loi du monde végétal. Cela s’applique également à nous, les humains : nous dépendons de la lumière pour vivre.
Mais lorsqu’il s’agit du caractère moral de la lumière, nombreux sont ceux qui préfèrent rester dans l’obscurité. Le Fils de Dieu a dû expliquer cela clairement au religieux rabbin Nicodème : « Quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient réprouvées » (Jean 3. 20). Beaucoup ont peur d’entrer dans la lumière divine car alors leur vie sera exposée avec tous les péchés qu’ils ont commis. Ils veulent éviter cela à tout prix.
La solution à ce problème se trouve dans le caractère de lumière révélé dans le Fils de Dieu incarné : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1. 4). Jésus-Christ a non seulement révélé que nous sommes coupables devant Dieu, mais il a également montré clairement comment nos vies peuvent devenir justes devant Dieu. Il s’est sacrifié sur la croix pour que tous ceux qui croient en Lui reçoivent le pardon des péchés et la vie éternelle.
Quiconque accepte le jugement clair de Dieu sur lui-même et croit au Sauveur sort des ténèbres et vit désormais dans la lumière de Dieu. Il suit le Seigneur Jésus, qui éclaire son chemin de vie. Les rayons d’amour de son Dieu et Père réchauffent son cœur.
D’après der Herr ist nahe juin 2024
« Qui est un Dieu comme toi, pardonnant l’iniquité ? » Michée 7. 18.
PARDON DES PÉCHÉS
Quatre points nous aident à mieux comprendre ce merveilleux sujet :
La grâce divine offre le pardon. Dieu ne veut pas que les gens périssent pour toujours à cause de leurs péchés. Il est dit de Lui : « Mais toi, tu es un Dieu de pardons, faisant grâce, et miséricordieux, lent à la colère, et grand en bonté » (Néh. 9. 17). Dieu aime les gens et est heureux de pardonner leurs péchés s’ils sont repentants.
Le sang du Seigneur Jésus garantit le pardon. Peu avant sa mort, il déclara : « Ceci est mon sang… qui est versé pour un grand nombre en rémission des péchés » (Mat. 26. 28). Jésus-Christ a donné sa vie pour que le Dieu saint puisse pardonner sur une base juste.
L’Esprit de Dieu proclame le pardon. Pour ce faire, il utilise des personnes sauvées qui, au nom du Sauveur, transmettent cette bonne nouvelle : « que la repentance et la rémission des péchés soient prêchées en son nom à toutes les nations » (Luc 24. 47). Dieu pardonne à tous ceux qui reconnaissent le mal qu’ils ont commis et le Lui confessent.
La foi s’empare du pardon. L’offre de Dieu existe. Le prix a été payé. Maintenant, cela dépend si le pardon divin est accepté par la foi au Sauveur Jésus-Christ. Il s’agit d’une démarche personnelle : « par son nom, quiconque croit en lui reçoit le pardon des péchés » (Act. 10. 43).
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Il fallait que soit accompli tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes » Luc 24. 44.
PROPHÉTIE ACCOMPLIE
L’Ancien Testament contient de nombreuses prédictions sur le Seigneur Jésus qui se sont réalisées :
Sa naissance : « Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils » (És. 7. 14 ; Mat. 1. 18 à 25).
Son ministère : « Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds seront ouvertes ; alors le boiteux sautera comme le cerf, et la langue du muet criera chantera de joie » (És. 35. 5 et 6 ; Mat. 2. 23 à 25).
Ses souffrances envers le peuple : « J’ai donné mon dos à ceux qui frappaient et mes joues à ceux qui arrachaient le poil ; je n’ai pas caché ma face à l’opprobre et aux crachats » (És. 50. 6 : Mat. 27. 26 à 31).
Ses souffrances dans le jugement divin : « Te tenant loin de mon salut, des paroles de mon rugissement ? » (Ps. 22. 2 ; Mat. 27. 45 et 46).
Sa mort : « Il a livré son âme à la mort » (És. 53. 12 ; Jean 19. 30).
Son enterrement : « Et on lui donna son sépulcre avec les méchants ; mais il a été avec le riche dans sa mort » (És. 53. 9 ; Mat. 27. 57 à 60).
Sa résurrection : « Tu n’abandonneras pas mon âme au shéol ; tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (Ps. 16. 10 ; Marc 16. 6).
Sa glorification : « L’Éternel a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds » (Ps. 110. 1 ; Marc 16. 19).
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Il a fait toute chose belle en son temps ; et il a mis l’éternité dans leur cœur » Ecclésiaste 3. 11.
EST-CE QUE CELA CONTINUE APRÈS LA MORT ?
Il y a des religieux qui pensent que Dieu a créé l’homme pour qu’il soit mortel. Par conséquent, tout est fini après la mort. Façonnés par notre mentalité du jetable, de nombreuses personnes sont ouvertes à de telles idées. Cependant, ce point de vue n’est pas vrai.
Dieu a placé l’éternité dans nos cœurs, comme le sage Salomon l’a dit en Ecclésiaste 3. 11. La Bible nous montre clairement que le Créateur ne nous a pas rendus mortels dès le début. Cependant, lorsque le premier homme a péché, les choses ont changé. En n’atteignant pas notre objectif, nous nous sommes séparés de Dieu, qui dans son essence est lumière, amour et vie. La séparation de la lumière signifie les ténèbres, l’absence d’amour provoque la haine et se détourner de la vie conduit à la mort.
Ressentons-nous encore quelque chose du désir de Dieu pour nous qui sommes perdus ? Il s’adresse à nous avec des paroles pressantes : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction ! Choisis la vie, afin que tu vives » (Deut. 30. 19).
Comment pouvons-nous choisir la vie ? Pour ce faire, Dieu a envoyé son fils Jésus-Christ dans le monde. Sur la croix, le Sauveur a subi le châtiment de nos péchés. Quiconque admet ouvertement sa culpabilité devant Dieu et se confie au Seigneur Jésus reçoit la vie éternelle. Il a maintenant une relation ordonnée avec Dieu et sait qu’il sera un jour au paradis.
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Car ducœur on croit pour la justice, et de la bouche on le déclare pour le salut » Romains 10. 10.
APPRENEZ DES VERSETS BIBLIQUES
Un missionnaire a visité les écoles et a encouragé les enfants à mémoriser des versets bibliques. S’ils pouvaient réciter dix versets, il leur donnait un Nouveau Testament. Ce travail a été une semence d’espoir d’une année. Il ne savait pas si cela produirait du fruit pour Dieu.
Ensuite, le Seigneur a encouragé l’évangéliste avec une expérience : « Je voyageais dans un bus bondé. En conduisant, j’ai remarqué que le chauffeur du bus me regardait dans le rétroviseur. Soudain, le chauffeur a crié à pleine voix : « Hé, homme de la Bible ! » J’ai levé les yeux avec surprise. « N’êtes-vous pas l’homme de la Bible ? » cria-t-il encore. Maintenant, tous les passagers me regardaient.
Alors que j’acquiesçais, le chauffeur du bus m’a expliqué qu’il y a dix ans, je l’avais persuadé de mémoriser dix versets bibliques pour un Nouveau Testament. Maintenant, j’ai demandé à l’homme s’il pouvait encore se souvenir d’un verset.
Oui, sur les plus difficiles. – Lequel était-ce ? Puis il a cité Romains 10. 9 et 10 devant tous les passagers ! Pendant un moment, il y eut un silence dans le bus. J’ai demandé au chauffeur : Croyez-vous en ce verset biblique ? – Oui, je suis devenu un fervent chrétien.
Avant de descendre du bus, il m’a remercié d’avoir fréquenté son école. Puis il a ajouté : « Si nous ne nous voyons plus sur terre, nous nous reverrons au ciel ». Maintenant, je savais que travailler dans l’œuvre du Seigneur en valait vraiment la peine.
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Nous avons cru au Christ Jésus afin que nous soyons justifiés sur la base de la foi en Christ » Galates 2. 16.
PARDON ET JUSTIFICATION
Lorsque Dieu nous pardonne en réponse à notre confession de péché, il agit avec grâce et gentillesse. Il nous accorde son pardon et dans sa bonté ne revient jamais sur nos torts. Nous lisons ceci en Hébreux 10. 17 : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités ».
La justification, en revanche, signifie que Dieu ne nous blâme plus et nous libère de toute accusation. La culpabilité était là, mais nous n’en sommes plus responsables. En tant que plus haute autorité judiciaire, Dieu nous déclare justes afin que nous nous tenions devant Lui comme si nous n’avions jamais péché.
Dieu agit de manière absolument juste lorsqu’Il nous justifie sur la base de notre foi au Sauveur, car Il ne permet pas que la dette soit payée deux fois. Le Seigneur Jésus a pris notre défense devant le jugement de Dieu et a enduré le châtiment que nous méritions éternellement pour nos péchés. Ce faisant, Il a payé le prix fort pour annuler notre dette. Il est donc juste que Dieu nous acquitte.
Le pardon découle de la bonté de Dieu et nous rend heureux : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert ! (Ps. 32. 1)
La justification suit le juste jugement de Dieu et nous apporte la paix : « Ayant donc été justifiés sur la base de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Rom. 5. 1).
Näher zu Dir mai 2024
« Ho ! quiconque a soif , venez aux eaux et vous qui n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ! Oui, venez, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait ! » Ésaïe 55. 1.
GRATUITEMENT
Durant la guerre hispano-américaine (1898), le futur président Théodore Roosevelt commandait un régiment de soldats. La nourriture était mauvaise et de nombreux hommes tombèrent malades. C’est alors que Roosevelt a appris que la Croix-Rouge avait reçu des fruits et des légumes frais.
Il a demandé s’ils pouvaient lui en vendre une partie. Il était même prêt à payer de sa poche. Mais ils ne voulaient rien lui vendre. Lorsqu’il s’est plaint, on lui a dit : Demandez-le ! Alors Roosevelt a compris : C’est aussi simple que cela ? Alors, je vous demande ces fruits et légumes ! Et tout lui a été livré gratuitement.
Beaucoup de gens font la même erreur lorsqu’il s’agit de la vie éternelle, qui est un « don de grâce de Dieu » (Rom. 6. 23). Ils veulent le payer : l’un vient avec sa charité, un autre avec sa vie décente et un troisième avec son appartenance à une communauté religieuse.
Mais le salut ne peut être reçu que comme un don. Notre orgueil se rebelle contre cela parce que nous préférons payer. Mais Dieu est trop riche en grâce pour devoir la vendre, et nous sommes trop pauvres pour l’acheter. Moralement parlant, nous sommes en faillite.
Dieu est riche en miséricorde et en pardon : Il rencontre le pécheur perdu les mains pleines ! Et le pécheur ? Il doit aller vers Dieu les mains vides et être prêt à accepter le salut comme un don !
D’après Näher zu Dir mai 2024
« En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit » Jean 15. 8.
BANANES
Un bananier commence généralement à pousser en tant que stolon à partir de la plante mère. Il produit quelques fleurs à partir desquelles se forment les grappes de bananiers. Selon la variété, la quantité de pluie et la fertilité du sol, ces régimes peuvent contenir beaucoup ou peu de bananes, grandes ou petites. Dès que les fruits mûrissent, la tige de la plante est coupée pour les récolter.
Quiconque cultive des bananes a deux choses en tête : la plante doit produire de belles grappes de bananes pleines et faire germer quelques pousses qui se transformeront plus tard en bananiers fruitiers.
Le Seigneur Jésus a une intention similaire pour nous, chrétiens. Il veut que nous portions du fruit pour Dieu dans nos vies. Comme notre Père céleste est heureux lorsqu’il voit en nous quelque chose qui parle de Jésus-Christ ! C’est le fruit qui le glorifie.
Peut-être que le Seigneur peut aussi nous utiliser pour gagner d’autres personnes à Lui. Elles ressemblent alors à des pousses qui porteront leurs fruits ultérieurement. C’est pourquoi nous voulons témoigner pour Christ et transmettre l’Évangile comme il nous le demande.
Lors de la récolte, le bananier est coupé. Cela n’a pas d’importance en soi. Le but de notre vie en tant que chrétiens est simplement de servir le Seigneur et pour sa gloire. Est-ce notre désir ou vivons-nous simplement pour nos propres intérêts ?
D’après die gute Saat mai 2024
« Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle… car le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien… Ce pas en vain qu’il porte l’épée » Romains 13. 1 à 4.
LA SOUMISSION AU GOUVERNEMENT
L’expression « l’épée » employée ici indique exactement la peine capitale, car l’épée est pour la mort et rien d’autre.
La croix de Christ l’établit elle-même car, c’est l’endroit où le pécheur repentant trouve le salut, là où la juste punition du péché a été exécutée sur notre bien-aimé Sauveur. Le juste jugement de Dieu est parfaitement revendiqué par la croix, et en conséquence la grâce est donnée à tous ceux qui se repentent et croient à l’évangile.
Mais chercher à mettre de côté le pouvoir et le droit du gouvernement à exécuter les meurtriers, ce qu’on fait maintenant souvent sous le prétexte du christianisme, c’est confondre complètement les caractères et les buts différents du gouvernement et de la chrétienté, et les détruire tous deux.
Que le gouvernement exécute fidèlement tous les meurtriers et qu’il effraie tous les malfaiteurs, et que les chrétiens, avec l’amour de Christ, recherchent les âmes de tous les hommes pour les amener aux pieds de Jésus, et tout sera à sa place normale.
Le gouvernement ne tire pas plus son origine du Nouveau Testament que la création, le mariage, le péché, la mort… bien que le Nouveau Testament les affirme tous. Son origine est en Genèse 9. 5 et 6, où la peine capitale est clairement ordonnée par Dieu. Nous ne trouvons pas dans l’Écriture que cela ait jamais été révoqué.
Quelle grâce de Dieu, en conséquence, est le gouvernement, même dans ses formes les plus basses ! Sa signification pousse le chrétien à prier pour tous ceux qui le composent, comme nous le recommande le Nouveau Testament.
D’après the Lord is near mai 1985
« André, le frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » Jean 6. 8 et 9.
LA PUISSANCE ET L’AMOUR DE JÉSUS CHRIST
Philippe est mis à l’épreuve, le Seigneur lui avait demandé où ils pourraient acheter de la nourriture pour les besoins de cinq mille hommes, plus les femmes et les enfants. Philippe n’avait pas bien compris : sa foi ne reposait pas simplement, comme elle l’aurait dû, sur la grandeur de son Seigneur. Il ne voyait que la pauvreté de leurs ressources pour parer à cela. Comme il nous arrive souvent de lui ressembler en cela !…
Mais André mentionne un petit garçon qui, évidemment, ne s’est apparemment pas préoccupé (comme Philippe et André) de ce que c’était si peu de chose. Il est certain que le Seigneur aurait pu, par un miracle, amener de la nourriture à l’existence, sans avoir besoin du repas du petit garçon pour faire cela ; mais la grâce est illustrée ici par la manière dont elle peut se servir du plus petit sacrifice d’affection pour le Seigneur, pour multiplier la bénédiction.
Les cinq pains d’orge – sans doute de petits pains – parlent de Christ comme le Pain de la vie, dans l’humiliation et les souffrances. Les deux petits poissons nous rappellent que le Seigneur est passé pour nous par les eaux du jugement. Quelque limitée et insignifiante qu’en soit notre compréhension, qu’il est précieux de donner le peu que nous avons qui rappellera au Seigneur Jésus la réalité de Sa grande œuvre sur le Calvaire. Et Il multiplie grandement ! Un peu fait pour Lui et en son nom, sera multiplié par son propre pouvoir et sa grâce merveilleuse, et apportera une plus grande bénédiction que nous n’aurions pu l’imaginer.
D’après the Lord is near mai 1985 (L.M.G.)
« La mer se soulevait, parce qu’un grand vent soufflait. Ils avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, lorsqu’ils voient Jésus marcher sur la mer et s’approcher de la barque ; et ils furent saisis de peur. Mais il leur dit : C’est moi, n’ayez pas peur » Jean 6. 18 à 20.
LE MIRACLE ACCOMPLI PAR LE SEIGNEUR, PRÉLUDE AUX TEMPS DE LA FIN
Le grand miracle accompli par le Seigneur en multipliant les pains et les poissons, type merveilleux de la grâce de Dieu, n’avait pas apporté la paix dans un monde troublé, car l’évangile n’est pas destiné à cela, mais à sauver des âmes hors du monde. Aussi, immédiatement après, la mer est agitée par un grand vent, image de l’instabilité du monde, qui ne fera qu’augmenter pendant les heures sombres de la période de la grande tribulation. Le Seigneur ne pouvait-Il pas retenir le vent et la mer d’une telle agitation ? Certainement, mais Il ne le fit qu’au moment moralement approprié.
Cependant Il marchait sur la mer malgré l’orage, Lui, le Seigneur de gloire, contrôlant parfaitement les éléments. Les disciples avaient besoin de cette manifestation, puisque, en Le voyant, ils furent effrayés, au lieu simplement de L’adorer. Ils devaient apprendre par l’expérience qu’Il est réellement le Seigneur au-dessus de tout.
Il régnera comme Roi à la fin. Cependant, maintenant c’est le temps, pour nous, d’apprendre que, au milieu de toutes les épreuves et les besoins, le pouvoir moral et spirituel de son autorité est un lieu de repos précieux pour la foi. La tribulation enseignera cela à Israël comme ils ne l’ont jamais connu. Et les croyants, aujourd’hui, devraient l’apprendre soigneusement, comme ceux qui sont identifiés à Christ dans le jour de son rejet.
D’après the Lord is near mai 1985 (L.M.G.)
« Le juste périt, et personne ne le prend à cœur ; et les hommes de bonté sont recueillis sans que personne comprenne que le juste est recueilli de devant le mal » Ésaïe 57. 1.
LA MORT, POUR LES CROYANTS, A PERDU SA TERREUR
Il en était ainsi en Juda, il y a 2700 ans – et il en est ainsi aujourd’hui – : les gens sont endurcis contre la réalité de la mort. La psychologie moderne leur enseigne d’être tels. Les hommes disent : Vivons pour aujourd’hui, demain nous mourrons. L’aiguillon de la mort est adouci par les assurances-vie, par des services funèbres pompeux, et des cartes de condoléances. Le suicide devient courant comme si l’homme n’était plus tenu comme responsable de ses actions. Plus personne ne prend à cœur le fait que, après la mort vient le jugement, et on ne pense plus non plus que la mort, c’est le salaire du péché.
Ceux qui croient au Seigneur Jésus Christ, d’autre part, peuvent dire avec assurance et reconnaissance : « Où est, ô mort, ton aiguillon ? Où est, ô mort, ta victoire ? ». Pour eux, la mort signifie s’en aller vers leur Seigneur, Le voir, et se réjouir avec Lui pour toujours. Il leur a dit : « Parce que moi je vis, vous aussi, vous vivrez » ; « Je suis la résurrection et la vie ». Par la mort les croyants entrent dans un état infiniment meilleur que quoi que ce soit que cette vie puisse offrir. La mort est déjà la délivrance pour eux – être enlevés de devant le mal qui est répandu partout aujourd’hui.
D’après the Lord is near mai 1985
« Recevez-le (Épaphrodite) dans le Seigneur avec une pleine joie, et honorez de tels hommes, car c’est pour l’œuvre qu’il a été tout près de la mort : il a risqué sa vie pour compléter ce qui manquait à votre service envers moi » Philippiens 2. 29 et 30.
LES ACTIONS SANS ÉCLAT QUI PLAISENT À DIEU
Cet Épaphrodite, qui était ce ? Était-ce un grand prédicateur – un conférencier très éloquent ? Un frère particulièrement doué ? Cela ne nous est pas dit. Mais il nous est dit avec insistance et de manière touchante qu’il était quelqu’un qui montrait un bel esprit de dévouement. Cela a plus de valeur que tous les autres dons et l’éloquence, la puissance et la connaissance, qui puissent être concentrés dans un seul croyant. Épaphrodite était l’un de ceux qui ne pensent rien d’eux-mêmes, et en conséquence, l’apôtre n’épargne pas sa peine pour le mettre en valeur. Voyez comme il s’étend sur les actions de ce personnage particulièrement attirant. « Mais j’ai estimé nécessaire de vous renvoyer Épaphrodite, mon frère, mon compagnon d’œuvre et mon compagnon d’armes, lui qui est venu de votre part pour subvenir à mes besoins ».
Quelle quantité de dignités ! Quelle belle série de titres ! Que ce cher et modeste serviteur de Christ imaginait peu qu’un monument serait érigé à sa mémoire ! Mais le Seigneur ne permettra jamais que les résultats du sacrifice de soi-même soient effacés, ni qu’on oublie le nom d’un serviteur sans prétentions. Aussi c’est le nom d’Épaphrodite qui brille sur les pages inspirées, comme le frère, le compagnon et le frère d’armes du grand apôtre des nations.
Mais que fit cet homme remarquable ? Dépensa-t-il une fortune princière pour la cause de Christ ? Cela ne nous est pas dit, mais il nous est dit quelque chose de beaucoup mieux – il se dépensa lui-même. C’est sur cela que nous avons à méditer.
D’après the Lord is near mai 1985 (C.H.M.)
« Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est facile à porter et mon fardeau est léger » Matthieu 11. 28 à 30.
VENIR À CHRIST
Dans ce passage si précieux et bien connu, nous avons deux points très distincts et cependant intimement liés – Christ, et son joug. Nous avons, d’abord : venir à Christ et quels en sont les résultats – et ensuite, prendre son joug, et les résultats. « Venez à moi… et je vous donnerai du repos ».
« Prenez mon joug… et vous trouverez le repos ». Ces choses, étant distinctes, ne doivent jamais être confondues – et étant intimement rapprochées, ne doivent jamais être séparées. Les confondre, c’est obscurcir le lustre de la grâce divine ; les séparer, c’est empiéter sur les droits de la sainteté divine. Il faut se garder soigneusement de ces deux maux.
Il y en a beaucoup qui mettent, devant les yeux du pécheur chargé, le joug de Christ comme quelque chose qu’il doit prendre avant que son cœur accablé puisse jouir de ce précieux repos que Christ donne à tous ceux qui viennent simplement à Lui tels qu’ils sont. Ce passage met en premier Christ devant nous, et le joug ensuite. Il ne cache pas Christ derrière son joug, mais Le place plutôt devant le cœur comme Celui qui peut répondre à tous les besoins, ôter tout fardeau, effacer toute peur de culpabilité, remplir tout vide, satisfaire les désirs ; en un mot, Celui qui est capable de faire ce qu’Il dit qu’Il fera, même de donner du repos.
Il n’y a pas de conditions, d’exigences ou de barrières. Le mot simple, d’invitation, c’est « Venez ». Ce n’est pas : Allez, donnez, apportez, ressentez, réalisez. Non, c’est : Venez. Et comment devons-nous venir ? Tels que nous sommes. Vers qui devons-nous aller ? À Jésus. Quand devons-nous « venir » ? Maintenant.
D’après the Lord is near mai 1985 (C.H.M.)
« Suis-je un Dieu de près, dit l’Éternel, et non un Dieu de loin ? Un homme se cachera-t-il dans quelque cachette où je ne le voie pas ? » Jérémie 23. 23 et 24.
CROYEZ EN JÉSUS CHRIST AUJOURD’HUI
Dieu s’adresse ici aux faux prophètes, qui essayaient de plaire à leurs auditeurs par des paroles lisses de fausse sécurité. Jérémie, le fidèle prophète de Dieu, annonçait le jugement proche sur Juda infidèle. Mais ces faux prophètes berçaient la nation dans une indifférence insouciante en se moquant de lui et en le contredisant.
Nombreux sont les prédicateurs modernes qui font l’erreur fatale de dire à leur congrégation que la Bible, comme beaucoup d’autres livres, n’est donnée que pour une instruction éthique, en vue de l’avancement de l’humanité. Mais au contraire, elle annonce à l’avance le juste jugement de Dieu contre toute impiété et incrédulité. Les moqueurs peuvent dire que rien de particulier ne s’est produit depuis des siècles, et que les évènements catastrophiques comme le déluge et la destruction de Sodome et Gomorrhe n’étaient que des phénomènes naturels. Ils disent donc : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (1 Cor. 15. 32). Et : Après nous, le déluge ! Tels sont les pensées et le langage des hommes aujourd’hui. Que le jugement tombe sur d’autres, signifie : Nous voulons jouir de la vie pendant que nous vivons !
Ils oublient que, s’ils meurent avant que le jugement tombe sur ce monde, ils devront, chacun d’eux, répondre devant Dieu au grand trône blanc. Si leur nom n’est pas écrit dans le livre de vie, ils seront jetés dans l’étang de feu.
Mais Dieu est un Dieu de près ! Aujourd’hui est le temps favorable, nous dit-Il, le temps pour les pécheurs d’être sauvés du jugement certain. Acceptez le salut gratuit de Dieu en Christ pendant qu’Il vous donne encore l’occasion de le faire.
D’après the Lord is near mai 1985
« Ce que vous avez appris, reçu, entendu, vu en moi, faites-le, et le Dieu de paix sera avec vous » Philippiens 4. 9.
EXHORTATIONS D’UN CHRÉTIEN ÂGÉ À DES PLUS JEUNES
– Ne négligez jamais la prière privée journalière ; et quand vous priez, souvenez-vous que Dieu est présent, et qu’Il entend vos prières.
– Ne négligez jamais la lecture journalière personnelle de la Bible, et quand vous lisez, souvenez-vous que Dieu vous parle, et que vous devez croire ce qu’Il dit et agir en conséquence. Toute chute commence par la négligence de la prière et de la lecture de la Bible quotidiennes.
– Ne laissez jamais se passer un jour sans essayer de faire quelque chose pour le Seigneur. Chaque soir, réfléchissez sur ce qu’Il a fait pour vous, puis demandez-vous : Qu’est-ce que je fais pour Lui ?
– Ne prenez pas votre christianisme d’autres chrétiens, ou ne dites pas que, parce que certaines personnes font ceci ou cela, vous pouvez agir de même (2 Cor. 10. 12). Demandez-vous : Comment Christ agirait-Il à ma place ? Et efforcez-vous de Le suivre (Jean 10. 27).
– Ne tenez jamais pour vrai ce que vous ressentez, si c’est en contradiction avec la Parole de Dieu. Demandez-vous : Ce que je ressens peut-il être exact si cela contredit la Parole de Dieu ? Et si votre sentiment est contraire, croyez Dieu, et jugez votre propre cœur comme étant menteur (Rom. 3. 4 ; 1 Jean 5. 10 et 11).
– Ne vous laissez jamais décourager par ceux qui enseignent que la maladie, les épreuves et les difficultés dans votre vie doivent être le signe que vous avez tort. Le Seigneur Jésus a dit que, dans le monde, vous auriez de la tribulation (Jean 16. 33). Souvenez-vous aussi de l’apôtre Paul, dont la vie a été pleine d’épreuves, de troubles et de maladie, et qui a écrit : « Nous qui sommes dans les tribulations de toute manière, mais non pas dans la détresse ; dans la perplexité, mais non pas sans ressource ; persécutés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais ne périssant pas » (2 Cor. 4. 8 et 9).
D’après the Lord is near juin 1985
« Notre exhortation, en effet, n’a eu pour motif ni séduction, ni impureté, et elle n’a pas employé la ruse ; mais, comme nous avons été approuvés de Dieu pour que l’évangile nous soit confié, c’est ainsi que nous parlons, non pas de manière à plaire aux hommes, mais à Dieu qui éprouve nos cœurs » 1 Thessaloniciens 2. 3 et 4.
AVOIR LES BONS MOTIFS
Dans les versets 3 à 6, il nous est donné un aperçu de ce que Paul et ses aides n’étaient pas.Nous pouvons apprendre par là quelles sont les choses qui doivent être soigneusement évitées par tout serviteur de Dieu. Tout d’abord, tout élément de tromperie et d’irréalité doit être écarté. On a dit avec justesse : tu dois être vrai toi-même si tu veux enseigner la vérité.
Non seulement cela, mais toute pensée de plaire aux hommes doit être bannie. Quelque service que nous ayons reçu, si petit soit-il, nous a été donné de Dieu et non par l’homme. Nous sommes donc responsables devant Dieu, et Il éprouve non seulement nos paroles et nos actes, mais aussi nos cœurs. L’évangile avait été confié à Paul dans une mesure exceptionnelle, mais ces mots : à été confié, peuvent être écrits sur tous nos cœurs. Nous ne devons jamais oublier notre responsabilité.
Si nous gardons cela à l’esprit, nous éviterons, bien sûr, d’employer des mots flatteurs, la convoitise et la recherche de la gloire de la part des hommes, dont parlent les versets 5 et 6. Ces trois choses sont tout à fait communes dans le monde. Les hommes, par nature, recherchent leurs propres objets et sont poussés par l’avidité, même s’ils le cachent. La gloire de la part de l’homme est aussi très appréciée par le cœur humain ; et, qu’ils poursuivent les possessions ou la gloire, ils trouvent que les mots flatteurs sont une arme utile pour obtenir la faveur des gens influents. Toutes ces choses étaient complètement refusées par l‘apôtre Paul. Comme étant un serviteur de Dieu ayant Dieu comme son Juge et Dieu comme son Témoin, il les voyait comme étant en-dessous de lui.
D’après the Lord is near juin 1985 (F.B. Hole)
« C’est pourquoi je vous dis : ne soyez pas en souci pour la vie, de ce que vous mangerez ; ni pour le corps, de quoi vous serez vêtus : car la vie est plus que la nourriture, le corps plus que le vêtement » Luc 12. 22 et 23.
POURQUOI SE FAIRE DU SOUCI ?
Il y a trois choses que Jésus ne fit jamais. Il ne se fit jamais de souci ; Il ne se pressa jamais ; et Il ne douta jamais du résultat. Un médecin de renom a dit : le souci affecte la circulation, le cœur, les glandes, tout le système nerveux, et influe profondément sur la santé. Je n’ai jamais connu un homme qui soit mort de surmenage, mais beaucoup qui sont morts de douter.
Cela nous rappelle ce que Jésus a dit dans les versets ci-dessus.
– Le souci est inutile. « Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont pas de cellier ni de grenier ; et Dieu les nourrit. Combien valez-vous plus que les oiseaux ! » (v. 24)
« Vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ou ce que vous boirez, et n’en soyez pas en peine ; car tout cela, les nations du monde le recherchent ; mais votre Père sait que vous en avez besoin » (v. 29 et 30).
– Le souci ne donne pas d’espoir. « Qui d’entre vous, par le souci qu’il se donne, peut ajouter une coudée à sa taille ? » (v. 25 et 26).
– Le souci est un manque de foi. « Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui aux champs et qui demain est jetée au four, à plus forte raison le fera-t-il pour vous, gens de petite foi » (v. 28).
La crainte est centrée sur soi ; la foi est centrée sur Dieu.
D’après the Lord is near juin 1985
« Et les prophètes, Aggée le prophète, et Zacharie, fils d’Iddo, prophétisèrent aux Juifs qui étaient en Juda et à Jérusalem… Alors Zorobabel, fils de Shealthiel, et Jéshua, fils de Jotsadak, se levèrent et commencèrent à bâtir la maison de Dieu qui est à Jérusalem, et avec eux les prophètes de Dieu qui les assistaient » Esdras 5. 1 et 2.
LES PROPHÈTES ET LES BÂTISSEURS
Il est important de remarquer ces deux classes de serviteurs : les constructeurs et les prophètes.
Un constructeur ne peut pas assumer les fonctions de prophète, et un prophète ne peut pas échanger son manteau de prophète pour une truelle de maçon. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Puisque nous avons des dons de grâce différents, selon la grâce qui nous a été donnée – est-ce la prophétie ? prophétisons selon la proportion de la foi ; le service ? soyons occupés du service » (Rom. 12. 6 et 7).
Un constructeur est celui dont le travail est de poser des pierres sur le fondement – c’est-à-dire quelqu’un qui est employé par Dieu à rassembler des âmes.
Un prophète, à la fois encourage les gens dans leur travail en leur communiquant la pensée de Dieu, et de plus vérifie tout par sa Parole. Il met la conscience dans la présence de Dieu, et par suite maintient le sens de la responsabilité, et donne des conseils, de la répréhension ou de l’exhortation suivant le besoin du moment, guidé par l’Esprit pour dire la parole à propos.
Les Israélites prospéraient quand ils écoutaient la voix de leurs prophètes. D’autre part, beaucoup de conséquences funestes découlaient du mépris de ces avertissements et de ces mises en garde donnés par Dieu. Il n’en est pas autrement dans l’Église de Dieu. Toutes les fois que les constructeurs sont attentifs à la voix des prophètes qui expliquent et appliquent la pensée de Dieu telle qu’elle est révélée dans sa Parole, ils prospèrent, leur œuvre est durable, et eux-mêmes reçoivent de la bénédiction. Mais s’ils ne tiennent pas compte de la direction divine, et travaillent selon leurs pensées propres, ils ne font que corrompre l’œuvre dans laquelle ils sont engagés. Leur œuvre peut paraître plus grande et même plus prospère aux yeux des hommes, mais le Seigneur seul est le Juge de la véritable prospérité du service.
À Bâle, non loin de la terrasse qui longe le Rhin, s’élève une grande maison en pierre. Là, par une belle matinée de juillet, M. Féland, bien installé dans son fauteuil, tenait, déployé devant lui, un immense journal derrière lequel son visage disparaissait. En face de lui était assise Mme Féland.
De temps en temps elle versait de l’eau qui chantait dans la bouilloire sur le café parfumé. Le déjeuner allait commencer. Bientôt la porte s’ouvrit et deux petites filles entrèrent. Elles étaient suivies par une grande jeune fille qui manifesta une certaine inquiétude en voyant la petite Rita traverser la chambre en trois sauts, prendre son élan, et d’un bond, venir se percher sur le genou de son papa. Puis, fourrant sous le grand journal sa petite tête bouclée, elle dit d’un ton espiègle :
– Oh ! papa, je te trouverai bien ! Quand partirons-nous pour la Gemmi ?
Le papa mit de côté son journal et embrassa la fillette.
– Commence par dire bonjour, petite sauterelle, et après nous verrons les projets de voyage.
À présent que le grand journal ne lui cachait plus son papa, Rita lui passa ses deux bras autour du cou et lui dit tendrement bonjour. Pendant ce temps, sa sœur Hélène se tenait tranquillement debout à côté du fauteuil de son père. Il se tourna pour donner à sa fille aînée le baiser qu’elle attendait, après quoi elle s’assit sagement à table.
– Si tu allais aussi à ta place ? dit le papa à Rita qui ne faisait pas encore mine d’abandonner son perchoir.
– J’y vais tout de suite, papa, déclara Rita en s’affermissant sur son genou. Je voulais seulement attendre que tu aies dit quand nous irons à la Gemmi.
– Dès que maman aura fait les malles.
Rita se laissa glisser à terre et se précipita vers sa maman.
– Oh ! alors maman, nous ferons les malles aujourd’hui ! S’il te plaît, maman, fais-les tout de suite, dit Rita en cajolant sa mère. Je t’aiderai, et Hélène t’aidera aussi, et Mademoiselle Hohlweg aussi, et nous pourrons partir demain.
L’été précédent, M. et Mme Féland, au cours d’un voyage, avaient passé par le chemin de la Gemmi, qui les avait conduits du Valais dans le canton de Berne. Cette course leur ayant plu d’une façon toute particulière, ils avaient résolu d’y revenir l’année suivante avec les enfants et Mlle Hohlweg.
Ils avaient fait la connaissance du guide Gaspard à qui ils communiquèrent leur projet, ainsi que leur désir de louer un logement de vacances plutôt que d’aller à l’hôtel. Gaspard leur avait alors offert son chalet, situé à une petite distance de la route de la Gemmi, sur une pente verdoyante où passait le sentier. Il lui était facile de louer son chalet pour quelques mois, car il passait presque tout l’été en courses avec les étrangers, tandis que ses deux fils gardaient les troupeaux sur l’alpe ; quant à sa femme, elle pouvait occuper la petite chambre sous le toit et rendre des services à la famille Féland.
On arrangerait pour les hôtes la grande salle et les deux chambres à coucher. Cette proposition venait à point pour M. et Mme Féland. Après avoir donné un coup d’œil au chalet, ils décidèrent de le retenir pour l’été de l’année suivante. Cette nouvelle, ainsi que les descriptions des belles prairies, des hautes montagnes couvertes de neige, des verts alpages et des troupeaux de vaches bien haut dans les pâturages, avaient fait sur les enfants une très grande impression.
Depuis longtemps Rita ne pouvait plus attendre le jour du départ. Déjà pendant l’hiver, elle avait répété tous les jours la même question : « Maman, est-ce que l’été va bientôt venir ? » L’été était venu, et il ne se passait pas de jour sans que Rita ne fît entendre ses paroles impatientes : « Quand partirons-nous pour la Gemmi ? »
Le jour vint enfin où la maison Féland prit l’air d’un champ de foire. Des vêtements de tous genres étaient étalés dans les chambres, en si grande quantité qu’on ne pouvait plus s’asseoir nulle part. Petit à petit, tout cela alla s’engouffrer dans trois grandes malles, et deux jours après la famille Féland prit place dans la voiture. Hélène, rayonnante d’une joie silencieuse, s’assit entre sa maman et Mlle Hohlweg, Rita à côté de son papa. On partait pour le grand voyage, on allait à la Gemmi !
Sur la route de la Gemmi
Non loin de la route qui mène au col de la Gemmi, un chemin plus étroit s’engage dans la forêt et aboutit bientôt à un endroit d’où le regard plonge, en frissonnant, vers le fond d’un précipice que forment d’abruptes parois de rochers. Par une belle soirée d’été, un petit garçon s’en venait le long de ce chemin. Il tenait à la main une grosse fleur rouge qu’il avait sans doute cueillie dans la forêt et la contemplait de temps à autre avec admiration.
Parvenu à la lisière du bois, il s’engagea dans le petit sentier qui monte à gauche par les prairies au flanc verdoyant de la montagne. Sur cette pente s’élevaient deux chalets peu éloignés l’un de l’autre et ayant chacun, par derrière, une petite dépendance, évidemment destinée à abriter le bétail. L’une de ces étables était plus grande que l’autre ; le chalet lui-même, muni d’une porte battante neuve, avait l’air plus vaste et mieux construit.
C’était celui du guide Gaspard qui l’habitait avec sa femme et ses deux garçons. Le plus petit des deux chalets, avec sa vieille porte vermoulue et son toit en bardeaux, appartenait au porteur Martin, un homme de haute taille qu’on appelait partout, à cause de sa carrure, « le solide Martin ». Il avait une femme et quatre petits enfants, et dans l’étable, deux chèvres, dont le lait servait à nourrir toute la famille.
Durant l’été, surtout quand le temps était beau, le solide Martin faisait une recette raisonnable. Il servait de porteur aux voyageurs qui passaient la Gemmi.
Ce soir-là, les deux fils de Gaspard se tenaient devant leur porte, visiblement occupés par une affaire importante. Ils examinaient, palpaient, comparaient avec le plus grand sérieux deux objets qu’ils tenaient à la main. Le petit garçon qui s’approchait s’arrêta court et se mit à considérer ce qui se passait devant chez Gaspard.
– Studli ! viens voir ! lui cria l’un des deux frères.
Studli s’approcha et demeura frappé de stupeur à la vue de l’objet qu’on lui présentait.
– Regarde ce que le père nous a rapporté de la foire de Berne ! continua l’aîné des garçons. Et tous deux élevèrent bien haut leur cadeau pour mieux le faire voir. Quelle merveille s’offrit aux regards de Studli !
Chœppi et Joerg brandissaient chacun un grand fouet dont le manche, à la fois solide et flexible, était orné de bandelettes de peau rouge enroulées ; le fouet lui-même était fait de longues lanières de cuir tressées ; il se terminait par un cordon rond et serré, en soie jaune, avec un mouchet au bout. Cette mèche était destinée à produire des claquements merveilleux. Studli regardait les fouets sans mot dire ; il n’avait jamais rien vu de si magnifique.
– À présent, écoute ça ! dit Chœppi en cinglant l’air de son fouet.
Joerg l’imita aussitôt et des claquements formidables résonnèrent dans toute la vallée, répercutés par les échos de la montagne. Il semblait à Studli qu’on ne pouvait rien imaginer de plus grand et de plus beau au monde.
– Oh ! si j’avais aussi un fouet avec une mèche jaune, fit-il en poussant un profond soupir lorsque les claquements cessèrent enfin.
– Oui, tu pourras attendre longtemps ! lui répondit fièrement Chœppi.
Puis il s’en alla avec un dernier et formidable claquement pour faire admirer son fouet à d’autres gens. Joerg lui courut après. Mais Studli demeura immobile en les regardant s’éloigner. Un poids bien lourd pesait maintenant sur son cœur insouciant.
Rien au monde ne lui faisait envie comme un fouet. Qui sait combien de temps il serait resté à la même place, si la porte de la maison ne s’était ouverte derrière lui pour livrer passage à une femme tenant un gros balai à la main.
– Où sont les garçons, Studli ? demanda-t-elle aussitôt.
– Ils sont partis avec les fouets, répondit Studli qui pensait encore à la même chose.
– Cours leur dire de rentrer, mais vite ! lui ordonna la femme. Il faut qu’ils partent de grand matin pour l’alpe. C’est demain soir que les étrangers doivent arriver et il y a encore beaucoup à faire. Dépêche-toi d’aller le leur dire, Studli.
Le petit garçon obéit et courut de toutes ses forces dans la direction où il avait vu partir les deux autres. La femme se mit à nettoyer et à frotter dans tous les coins avec son balai. C’était la femme de Gaspard, la mère de Chœppi et de Joerg.
Le matin même était arrivée une lettre de M. Féland annonçant son arrivée avec sa famille pour le lendemain soir.
Devant la vieille porte de l’autre chalet, à l’endroit où le sol avait été foulé et durci comme une aire, le père Martin s’efforçait, à l’aide d’une lourde hache, de fendre en petits morceaux une grosse souche noueuse pour que la mère eût de quoi faire une flambée.
En face de lui se tenaient en rang d’oignons Martheli, Friedli et Betheli qui le regardaient travailler en ouvrant tout grands leurs yeux graves. Studli, l’aîné, arriva à son tour, prit place à côté des autres et écarquilla aussi les yeux, car il ne manquait pas une occasion de regarder là où il y avait quelque chose à voir. Cependant le père, désignant du doigt des bûchettes entassées à terre, dit d’une voix remarquablement douce et affectueuse pour un homme de cette stature :
– Tiens, Studli, prends-les deux par deux sur ton bras et porte-les à la cuisine pour que ta mère puisse cuire les pommes de terre.
Studli fit tout de suite ce qui lui était commandé, et grâce à ce travail il put oublier un peu sa déception. Mais plus tard, lorsqu’il fut étendu dans le lit étroit où il couchait côte à côte avec son petit frère Friedli, il ne s’endormit pas tout de suite comme d’habitude. Son grand chagrin lui revenait toujours à l’esprit, et avec de grands soupirs il se disait encore :
– Oh ! si seulement j’avais un fouet avec une mèche jaune !
On fait connaissance
Dès l’aube, le jour suivant, de furieux claquements de fouet se firent entendre. Depuis quatre heures, Chœppi et Joerg étaient debout devant leur porte, attendant les vaches que l’on devait amener de plusieurs côtés pour les conduire à l’alpe où se rassemblait le grand troupeau. Tous deux devaient y passer l’été en qualité de bovairons et ils s’en réjouissaient si fort, qu’ils ne pouvaient faire assez de bruit pour témoigner leur satisfaction.
La mère leur boucla à chacun un havresac sur le dos en leur recommandant de se bien conduire, puis ils se mirent en route avec les vaches, tandis qu’elle rentrait dans le chalet. Alors recommença le grand balayage de la veille, suivi d’un époussetage minutieux dans tous les coins et recoins de la maison. La journée entière y passa. Elle s’arrêta enfin pour faire du regard une dernière inspection générale.
Cette fois tout reluisait : les fenêtres, du haut en bas ; la table, dont le dessus était une large plaque d’ardoise ; les bancs placés le long des murs ; enfin tout, jusqu’au plancher.
À ce moment-là,, la femme aperçut un groupe de gens qui montaient le chemin de la vallée. Elle grimpa en toute hâte le petit escalier conduisant à la mansarde, attacha sur sa robe un tablier propre et redescendit se placer sur le seuil de la porte pour recevoir ses hôtes. En tête venait un mulet chargé de trois malles. Gaspard aida le muletier à les décharger et à les porter à la maison.
Puis ce fut le tour de M. et Mme Féland d’entrer dans le chalet, suivis des deux enfants qu’accompagnait leur institutrice. À peine entrée, Rita courut de côté et d’autre, absolument ravie de tout ce qu’elle voyait : la maisonnette en bois avec le petit banc à côté de la porte, les prairies pleines de fleurs, les ruisseaux dans l’herbe, et surtout le reflet d’or du couchant sur les hauts rochers et les sapins. Tout était si nouveau et lui paraissait si beau I Hélène aussi, plongée dans l’admiration, regardait autour d’elle dans une muette extase.
– Oh ! regarde, regarde ! On peut s’asseoir contre le mur tout le tour de la chambre. Oh ! viens voir où l’on monte par ici !
Et Rita grimpa d’un pied agile les marches qui montaient derrière le poêle et aboutissaient à une ouverture au plafond par où l’on pénétrait dans la chambre à coucher. Quelle charmante découverte ! De cette chambre on passait dans la suivante, où il y avait aussi deux lits.
Cette deuxième pièce ouvrait sur un petit palier d’où un escalier de bois ramenait du côté opposé à la salle d’en bas. On pouvait ainsi faire le tour de la maison aussi souvent qu’on voulait. Rita n’aurait pu dire ce qui l’enchantait le plus. Plus tard, lorsqu’elle fut dans son grand lit, Hélène près d’elle dans l’autre, et que maman eut prié avec ses fillettes et leur eut dit bonsoir, Rita dit avec un soupir de contentement intime :
– Cette fois nous sommes à la Gemmi !
De belles journées d’été se succédèrent. Au bout de très peu de jours, Hélène et Rita avaient déjà découvert dans les environs toutes les jolis endroits où l’on pouvait s’établir pour passer agréablement les heures de l’après-midi ; vers le soir seulement on faisait une promenade avec papa et maman.
Rita, il est vrai, tenait beaucoup plus à aller à la découverte de nouveaux endroits qu’à s’installer quelque part. Généralement Hélène s’asseyait sur la mousse tendre au pied des sapins ou sur le vert tapis du pâturage en pente, en se réjouissant de voir venir Mlle Hohlweg pour leur lire ou leur raconter une belle histoire ; tandis que Rita, prise subitement de quelque nouvelle idée, éprouvait tout de suite le besoin de s’en aller.
Maman, pendant ce temps, restait au chalet avec M. Féland, car le mauvais état de sa santé l’obligeait à se reposer souvent. Dès que Rita voyait Mlle Hohlweg sortir de la maison avec la corbeille de tricotages, il lui venait à l’esprit toutes sortes de jolis endroits où il ferait si beau se rendre, et avant même que Mlle Hohlweg ait eu le temps de s’asseoir, la petite déclarait qu’elle avait beaucoup de choses pressantes à dire à son papa. En un clin d’œil elle rentrait à la maison, prenait place sur les genoux de son père et lui faisait part de ses projets.
– Oh ! papa, s’il te plaît, pose ton livre un tout petit moment ! Je veux seulement te dire quelque chose.
Le papa acquiesça à sa demande et se disposa à écouter attentivement.
– Vois-tu, papa, continua Rita, déjà hier et aujourd’hui encore, j’ai vu un petit garçon qui se tient devant le chalet là-bas, et il ouvre de grands yeux en regardant toujours de notre côté. Il faut absolument que j’aille une fois lui demander pourquoi il fait comme ça et comment il s’appelle.
Le papa convint que cette course était obligatoire et sur le champ Rita la mit à exécution.
Devant la porte d’en face, Studli, debout à la même place qu’une heure auparavant, regardait toujours vers la maison du voisin Gaspard ; car depuis l’arrivée des étrangers il y avait sans cesse quelque chose de nouveau et d’intéressant à voir. Lorsque Rita arriva, elle se planta droit devant lui, les mains derrière le dos.
– Qu’est-ce que tu veux voir, depuis le temps que tu regardes de l’autre côté ? demanda-t-elle.
– Rien, répliqua Studli.
– Comment t’appelles-tu ?
– Studli.
– Quel âge as-tu ?
– Sais pas.
– On doit savoir son âge. Viens te mettre à côté de moi, comme ça.
Rita s’approcha de Studli et regarda par-dessus son épaule. Il était un peu moins grand qu’elle, mais bien plus solidement campé.
– Tu n’es pas aussi grand que moi, dit Rita ; tu es encore assez petit. Moi, je vais avoir sept ans. Toi, tu as peut-être six ans, puisque tu es encore si petit.
Studli accepta de bonne foi cette démonstration ; il ne savait pas qu’il avait sept ans passés et qu’il s’était développé en large plus qu’en long.
Rita reprit son interrogatoire :
– Que fais-tu toute la journée, Studli ?
Studli réfléchit très longuement. Il dit enfin :
– Je sais où il y a des fleurs rouges !
Cette parole tomba comme une étincelle sur le cœur de Rita. Instantanément elle se représenta un buisson de fleurs flamboyantes quelque part dans la forêt, et de toute son âme elle convoita ces fleurs miraculeuses.
– Où, Studli, dis ? Où sont-elles, ces fleurs ? Viens, nous irons vite les chercher.
Rita avait déjà saisi Studli par la main et l’entraînait avec elle. Studli la suivit, mais avec lenteur.
– Là-bas, dit-il enfin en désignant du doigt la forêt qui tapissait l’autre versant.
– Oh ! il faut aller dans la grande forêt ? s’écria Rita, impatiente de s’y rendre et tirant Studli de toutes ses forces.
– Oui, et ensuite toujours plus loin, ajouta Studli d’un ton réfléchi et sans presser le pas.
Mais Rita le tirait de plus en plus fort. Dans son imagination elle voyait déjà un chemin à travers le bois sombre, et derrière les arbres de grosses fleurs rouges brillant d’un éclat extraordinaire.
– Allons, Studli, viens donc, criait-elle en le pressant toujours plus vivement.
Il fallait passer devant la maison de Gaspard. Le papa de Rita était sur le pas de la porte ; il venait voir où sa petite fille restait si longtemps, Rita faisant tous ses efforts pour tirer Studli.
– Hé ! Hé ! n’allons pas si vite, petite sauterelle ! s’écria le papa. Viens ici. Où voulais-tu entraîner ton nouvel ami ?
– Oh ! papa, lui expliqua Rita avec volubilité, il sait où il y a de si belles fleurs rouges dans la forêt, et nous allons en chercher !
– Non, non, pas de ça, dit le papa en prenant Rita par la main. Nous allons maintenant promener avec maman. Pour cette fois ton petit ami ira tout seul chercher les fleurs ; il te les apportera et il aura une grosse beurrée.
En disant ces mots, M. Féland rentra dans le chalet avec sa fillette ; puis quelques instants après toute la famille ressortit, le père, la mère, Mlle Hohlweg, Hélène et Rita, et l’on se mit en route pour une promenade le long du chemin ensoleillé de la vallée. Quant à Studli, il resta planté à la même place jusqu’à ce qu’on ne distingue plus rien de la société ; alors seulement il fit volte-face et s’en retourna du côté de sa maison.
Une nuit terrible
Le lendemain, à l’heure où Mme Féland avait coutume de se reposer, Mlle Hohlweg s’achemina vers une place ombragée près du chalet pour y passer une bonne heure à lire et à tricoter avec les enfants. Hélène était déjà tranquillement installée sur son siège de mousse. Rita, debout devant elle, lui décrivait avec feu un buisson couvert de fleurs rouges comme des flammes qui étincelaient au milieu des arbres de la forêt.
– Assieds-toi maintenant, Rita, et tiens-toi tranquille. J’ai une belle histoire à vous lire, dit Mlle Hohlweg.
Mais Rita était trop remplie de ses fleurs, de la forêt, et de toutes les choses qu’elle voyait en imagination. L’exhortation de Mlle Hohlweg resta sans effet.
– Il faut que j’aille vite vers papa, j’ai une quantité de choses à lui dire, déclara Rita en prenant sa course du côté du chalet.
Lorsqu’un temps assez long se fut écoulé, comme l’enfant ne reparaissait pas, Mlle Hohlweg dit, un peu inquiète :
– Va vite à la maison, Hélène, et appelle Rita, afin qu’elle ne réveille pas maman. Votre père doit être déjà parti ; il a dit à dîner qu’il avait une longue course en vue.
Hélène courut au chalet ; mais elle aussi demeura si longtemps sans revenir, que Mlle Hohlweg prit le parti d’entrer elle-même voir ce qui se passait. Le silence régnait partout. Personne dans la grande salle, personne à la cuisine. Mlle Hohlweg monta le petit escalier et entra doucement dans la chambre des enfants ; elle était vide.
Par la porte entrouverte on pouvait regarder dans la chambre à coucher des parents. Mme Féland était seule, étendue sur son lit, les yeux fermés, Mlle Hohlweg ressortit. Elle rencontra Hélène qui descendait du grenier. Elle avait cherché sa sœur dans tous les coins de la maison, derrière le tas de bois et dans la mansarde de la femme de Gaspard ; Rita n’était nulle part.
Mlle Hohlweg descendit en courant jusqu’à l’étable où l’on entendait quelque bruit. La femme de Gaspard y était occupée à faire la litière des chèvres. Quand on s’informa auprès d’elle de la petite Rita, elle dit l’avoir vue peu de temps auparavant entrer au chalet. Mais où pouvait-elle être allée ensuite ?
Mlle Hohlweg et Hélène recommencèrent leurs recherches de chambre en chambre, puis tout autour de la maison. La femme aidait activement ; elle voyait bien que l’institutrice était en grand souci ; mais nulle part on ne trouva trace de l’enfant.
La femme courut au chalet des voisins ; peut-être les gens avaient-ils aperçu Rita. La porte était fermée, elle ne vit personne autour du chalet silencieux. Il lui revint alors à l’esprit que ce jour-là Martin faisait les foins en haut sous les rochers, et que toute la maisonnée l’avait accompagné ; elle revint avec cette nouvelle.
Mlle Hohlweg, déjà craintive de nature, s’inquiétait toujours davantage.
– Oh ! que n’ai-je couru tout de suite après la petite, répétait-elle en soupirant.
Mais cela ne servait à rien. Que fallait-il faire ? Où devait-on chercher Rita ? Ne se serait-elle pas échappée pour courir jusqu’au pied des rochers où travaillaient Martin et sa famille ? Qui sait si elle n’avait pas voulu suivre le petit gamin avec lequel on l’avait vue la veille.
Plus Mlle Hohlweg y réfléchissait, plus cela lui paraissait probable. Il faudrait envoyer tout de suite quelqu’un aux foins avant qu’on soit obligé d’en parler à Mme Féland.
La femme de Gaspard, toujours complaisante, s’offrit à y aller et à redescendre le plus vite possible, tout en faisant observer que le chemin était long et pénible, et qu’elle mettrait plus de temps qu’on ne le croyait en mesurant la distance à l’œil. Le chemin était beaucoup plus long, en effet, que Mlle Hohlweg ne se le représentait, et longtemps avant que la brave femme pût être de retour, Mme Féland descendit pour faire une promenade avec les enfants. Il fallut tout lui avouer.
Dans le premier moment de terreur, elle voulait partir, aller elle-même n’importe où à la recherche de son enfant. Cependant Mlle Hohlweg était si persuadée que Rita s’était enfuie avec le petit garçon et que la femme allait la ramener, que Mme Féland finit par se calmer en attendant le retour de la fugitive.
Enfin, au bout de deux longues heures, la femme arriva, échauffée, hors d’haleine, mais elle était seule, sans Rita. Martin et toute sa famille étaient montés aux rochers de grand matin pour faire les foins. Depuis la veille, personne de chez eux n’avait vu la fillette.
Le désespoir de la pauvre mère éclata alors.
– Oh ! si au moins mon mari était ici ! s’écria-t-elle. Où prendre des gens pour chercher mon enfant ?
La femme proposa d’aller dans les chalets environnants chercher du monde pour commencer des recherches avant la tombée de la nuit.
– Le malheur c’est qu’ils sont tous aux foins ! ajouta-t-elle.
Cependant elle se mit tout de suite en route.
Hélène, qui commençait à comprendre ce qui pouvait être arrivé, se mit à pleurer amèrement :
– Oh ! maman, si Rita était tombée dans le torrent qui fait un si terrible fracas ! Ou si elle était dans la forêt sans pouvoir retrouver son chemin ! sanglotait-elle. Allons-y tout de suite, maman, elle a horriblement peur, j’en suis sûre.
C’était aussi l’idée de sa mère. Elle prit Hélène par la main et se dirigea du côté de la forêt avec une rapidité dont elle n’aurait pas été capable en temps ordinaire. Mlle Hohlweg courait derrière elles sans trop savoir ce qu’elle faisait.
Les heures s’écoulèrent l’une après l’autre. Des femmes, des enfants, s’étaient répandus dans toutes les directions à la recherche de Rita, sans que personne n’ait retrouvé sa trace. La nuit tombait.
Enfin M. Féland rentra. Sa femme, bouleversée, le mit au courant de ce qui s’était passé. Il la tranquillisa, lui conseillant de prendre quelque repos, pendant que lui-même organiserait des recherches. Mlle Hohlweg et Hélène reçurent aussi l’ordre d’aller dans leur chambre ; on les avertirait aussitôt qu’on aurait des nouvelles de Rita.
M. Féland se rendit ensuite chez Martin. Lui aussi avait d’emblée fait la supposition que Rita était partie avec son petit camarade de la veille. Martin sortait justement de chez lui ; il savait déjà qu’un enfant s’était perdu et il se disposait à se joindre aux autres pour aller à sa recherche.
Aux questions de M. Féland, il expliqua qu’il avait été toute la journée aux foins, avec sa femme et ses enfants et que, par conséquent, personne de chez lui n’avait vu la petite fille.
M. Féland eut alors l’idée que Rita avait pu s’éloigner seule, soit, comme elle lui en avait fait elle-même la proposition, pour grimper quelque part sur les rochers, soit pour s’enfoncer plus avant dans la grande forêt. Il décida aussitôt que Martin rassemblerait tous les hommes du voisinage qui, munis chacun d’une lanterne, se diviseraient en deux escouades.
Les uns monteraient explorer les rochers et les hauteurs voisines, tandis que les autres parcourraient la forêt en tous sens. Lui-même voulut se joindre à ces derniers, bien résolu à poursuivre les recherches jusqu’à ce qu’on eût retrouvé l’enfant. Et les hommes s’éloignèrent dans l’obscurité.
Mme Féland entendit les heures sonner l’une après l’autre à la vieille horloge de la salle d’en bas. Jamais de sa vie une veille ne lui avait paru si longue, ni la nuit se traîner si lentement. Elle ne put fermer l’œil. Au moindre bruit dans le voisinage, elle se relevait en sursaut en se disant : « Les voilà qui ramènent l’enfant ? Mais dans quel état ? Morte ou vivante ? »
Dans son angoisse, elle ne pouvait même plus prier et ne faisait que murmurer : « Seigneur, protège mon enfant, Seigneur, rends-moi mon enfant ! »
Cependant personne ne reparaissait. De temps en temps, Hélène, qui ne pouvait pas dormir non plus, se glissait dans la chambre sur la pointe des pieds pour voir si sa maman reposait. Trouvant chaque fois Mme Féland tout éveillée, elle lui demandait :
– Oh ! maman, prions encore Dieu de garder Rita et de la ramener bientôt !
La mère y consentait de tout son cœur ; Hélène s’agenouillait près du lit et suppliait Dieu de préserver Rita de tout malheur et de conduire son papa jusqu’à elle. Puis elle se retirait doucement dans sa chambre et regagnait son lit.
Ainsi s’écoula cette longue nuit. Le soleil parut au-dessus des montagnes, rayonnant sur les alpages et les forêts comme s’il n’avait que de la joie à annoncer à la terre entière. Mme Féland s’affaissa épuisée sur ses oreillers. La lassitude l’emporta enfin sur le chagrin ; un léger assoupissement arracha pour quelques instants la pauvre mère aux angoisses de l’incertitude et de l’attente.
Le lendemain matin
M. Féland, pâle et défait, s’acheminait vers sa demeure aux rayons d’or du soleil levant. Ses vêtements portaient les traces visibles des fourrés et des épines au travers desquels il avait passé. Mme Féland entendit tout de suite son pas.
Il s’approcha, s’assit au chevet de sa femme et courbant la tête dans ses deux mains, il dit :
– Je reviens seul. Je n’ose plus espérer, je ne sais plus que penser. Après cette longue nuit, dans quel état sera-t-elle ? La trouverons-nous encore vivante ?
– Oh, papa, fit alors Hélène qui venait d’entrer sans bruit, Dieu a sûrement gardé notre Rita. Maman et moi nous l’avons tant prié cette nuit !
Le père se leva.
– Nous avons battu la forêt dans toutes les directions, dit-il, il est impossible que l’enfant y soit. À présent nous allons descendre dans les gorges du torrent.
Ce fut d’une voix tremblante que M. Féland prononça ces derniers mots. Pour lui, la supposition que l’enfant avait pu tomber au fond des gorges devenait de plus en plus une certitude. Il avait recommandé à Martin de faire servir aux hommes un bon déjeuner, afin qu’ils soient, sitôt après, en état de recommencer les recherches ; de grand jour il serait plus facile d’explorer le lit encaissé du torrent.
Quand M. Féland entra chez Martin, les hommes étaient encore à table, discutant vivement entre eux des tentatives qui restaient à faire. Studli, debout à côté de son père, était tous yeux et toutes oreilles.
M. Féland s’assit près de Martin. Le silence se fit aussitôt ; tous voyaient bien quelle angoisse il avait au cœur. Tout à coup Studli fit sans s’émouvoir :
– Je sais bien où elle est, moi.
– Il ne faut pas parler pour ne rien dire, Studli, dit son père avec sa douceur habituelle. Tu n’en peux rien savoir, puisque tu étais là-haut aux foins quand elle s’est égarée.
M. Féland s’informa où l’on trouverait des cordes et autres choses nécessaires. Pendant qu’on agitait cette question, Studli répéta à mi-voix mais très distinctement :
– Je sais bien où elle est, moi.
M. Féland se leva, prit Studli par la main, et lui dit avec bonté :
– Regarde-moi, mon garçon, et réponds bien à ce que je vais te demander. Sais-tu quelque chose de ma petite fille ?
– Oui, fut la réponse laconique.
– Alors, parle, mon garçon ! As-tu vu l’enfant ? Où est-elle allée ? continua M. Féland dans une agitation croissante.
– Je ferai voir, répondit Studli en se dirigeant vers la porte.
Tous se levèrent en échangeant des regards interrogateurs. Ils ne savaient s’ils devaient prendre au sérieux cette démarche probablement inutile. Cependant M. Féland suivait le petit garçon sans aucune hésitation.
– Studli, Studli ! fit alors Martin comme pour l’avertir à temps, il me semble presque que tu promets une chose que tu ne pourras pas tenir !
Mais Studli trottait toujours d’un pas délibéré ; M. Féland marchait derrière lui. Les hommes suivirent, non sans hésitation. Lorsqu’ils virent le petit garçon se diriger droit sur la forêt, ils s’arrêtèrent et l’un dit :
– C’est tout à fait inutile de retourner là-bas. Nous avons fouillé partout et nous n’avons rien trouvé. Nous n’y allons pas.
Martin rapporta ces paroles à M. Féland, en ajoutant que lui-même ne se fiait pas au dire de son garçon. Cependant, comme Studli continuait imperturbablement son chemin, M. Féland et Martin se décidèrent à le suivre. Studli entra tout droit dans la forêt ; puis il tourna brusquement à gauche dans la direction des vieux sapins, entre lesquels on distingua quelque chose de rouge.
Studli dirigea ses pas de ce côté, sans se laisser arrêter par les broussailles et les épines. Il arriva à une petite clairière où s’épanouissaient plusieurs grosses touffes de fleurs écarlates. Là, il s’arrêta et regarda autour de lui d’un air déconcerté. Il s’était évidemment attendu à trouver Rita à cette place.
Toutefois il se remit en marche du même pas assuré. Les buissons fleuris se faisaient plus rares, mais de plus en plus beaux. Devant chacun Studli s’arrêtait un instant, regardait autour de lui et reprenait son chemin toujours sur la gauche.
– Non, Studli, ne va pas plus loin, lui cria enfin son père. Par ici nous arrivons tout droit à la grande paroi de rochers.
Au même moment on aperçut entre les arbres comme un buisson ardent ; c’était le soleil qui éclairait d’énormes touffes de fleurs d’un rouge resplendissant. Studli y courut et arriva droit au bord des rochers qui tombaient à pic au fond du précipice.
Il promena son regard tout alentour, puis se pencha par-dessus le buisson pour voir jusque tout au bas des rochers. M. Féland s’était arrêté derrière lui. Il n’y avait plus d’espoir ; le sentier cessait brusquement et l’enfant n’avait pas été retrouvée.
Martin saisit son garçon par le bras pour le retirer de cette place dangereuse.
Alors Studli, de son ton sec :
– Elle est là en bas.
M. Féland s’élança en avant et s’inclina au-dessus de l’abîme ; une pâleur mortelle se répandit sur ses traits. Il recula de quelques pas et dut s’appuyer contre un arbre tant ses genoux tremblaient. Il fit signe à Martin qui n’avait pas lâché Studli.
Martin s’approcha du bord et plongea son regard dans le précipice. Quelques buissons pendaient ici et là dans le vide ; à une grande profondeur, seule une saillie de rocher formait comme une étroite corniche sur laquelle gisait une petite créature immobile.
– Mais oui, la voilà ! murmura Martin bouleversé par cette vue. Mais vit-elle encore, ou bien… ?
Il n’acheva pas. Un regard jeté sur M. Féland lui ferma les lèvres. Celui-ci semblait près de succomber ; il se contint cependant.
– Martin, fit-il d’une voix étranglée, il n’y a pas de temps à perdre. Que l’enfant fasse le moindre mouvement, et elle roule dans l’abîme. Qui veut descendre ? Qui va la chercher ?
Les autres hommes s’approchèrent à leur tour. Sans espoir, mais poussés par la curiosité, ils avaient fini par suivre de loin leur petit guide. L’un après l’autre ils se penchèrent au-dessus de la paroi verticale.
– Écoutez, vous tous, dit M. Féland dont la voix tremblait, il n’y a pas un instant à perdre. Lequel veut descendre, lequel veut essayer ?
Les hommes se regardèrent, mais tous demeurèrent sans répondre. L’un d’eux s’avança une seconde fois, jeta un coup d’œil dans le vide, puis haussant les épaules, il s’éloigna.
– Si l’on était sûr qu’elle vit encore ! fit un autre. Mais on risque sa propre vie pour ne trouver peut-être qu’un cadavre.
– Qui vous dit que l’enfant n’est pas vivante ? s’écria M. Féland hors de lui. Et si elle vient à remuer, elle est irrévocablement perdue. Oh ! n’est-il donc pas possible de la sauver ?
– Si elle vivait encore, il y a longtemps qu’elle serait au fond du précipice, fit observer l’un des hommes ; on ne peut pas rester comme ça sans bouger. Et puis, monsieur, à quoi servirait la meilleure récompense à celui qui roulerait au fond ?
Ils se retirèrent l’un après l’autre avec des haussements d’épaules significatifs. M. Féland regarda autour de lui d’un air désespéré. Tout secours l’abandonnait.
– J’irai moi-même ! s’écria-t-il comme fou. Dites-moi seulement comment je dois m’y prendre.
Alors Martin s’approcha de lui.
– Non, monsieur, dit-il avec calme, cela ne se peut pas, il y aurait deux vies perdues au lieu d’une, c’est certain. Mais moi j’irai, avec l’aide de Dieu. Moi aussi j’ai des petits enfants, et je sais ce que monsieur doit ressentir.
Avant même d’avoir tout dit, Martin s’était mis en devoir de nouer solidement la grosse corde autour d’un tronc d’arbre, car il était résolu à rapporter au père son enfant, morte ou vive. Il ôta sa casquette, pria tout bas, s’attacha à la corde, l’empoigna d’une main sûre et se laissa glisser le long du rocher.
Il toucha bientôt à l’étroite corniche. De la main gauche il se cramponna solidement à la corde et chercha le long du rocher un point d’appui pour ses pieds nus, afin de pouvoir du bras droit saisir l’enfant et l’enlever. Il s’en approcha tout doucement de crainte que, si elle vivait encore, elle n’aie pas peur ; or, il suffirait d’un mouvement trop brusque pour tout perdre au dernier moment. Rita gisait immobile.
Martin s’inclina en avant et étendit sur elle la large paume de sa main. À l’instant même, Rita fit un rapide mouvement pour se retourner et elle serait inévitablement tombée dans l’abîme, si la main de Martin ne l’eût retenue à temps. Elle tourna seulement la tête et fixa sur l’homme deux grands yeux étonnés.
– Dieu soit loué et béni ! fit Martin en poussant un soupir de soulagement. Répète-le aussi, petite, si toutefois tu peux encore parler.
– Oh ! oui, je peux très bien parler. Dieu soit loué et béni ! répéta Rita d’une voix claire et fraîche.
Martin regardait avec stupéfaction l’enfant qu’il retrouvait absolument intacte.
– Il faut que tu sois particulièrement chère à notre Seigneur, car il a fait pour toi un miracle. Ne l’oublie pas tant que tu vivras, ma petite ! dit-il avec ferveur.
Puis, de son poignet vigoureux il souleva l’enfant.
– Voilà ! À présent passe tes deux bras autour de mon cou et serre fort, comme si j’étais ton papa. Moi, je ne peux pas te tenir, tu vois ; je n’ai pas trop de mes deux mains pour remonter.
– Oui, oui, je me tiendrai bien, certifia Rita en étreignant Martin si fort, qu’il pouvait à peine respirer. Mais comme il était content !
Il entreprit alors de se hisser le long de la paroi de rochers. Ce fut une rude besogne ; le sang lui coulait des mains et des pieds ; de temps à autre il s’arrêtait pour reprendre des forces.
En haut, M. Féland et les hommes, penchés par-dessus le rebord, ne respiraient plus en suivant les mouvements de Martin qui se balançait sur l’abîme. Tiendra-t-il bon ? Atteindra-t-il le bord ? Ou bien les forces vont-elles lui manquer au dernier moment ? S’il allait glisser et disparaître avec l’enfant dans le noir précipice !…
Il montait, montait toujours… Encore le dernier bout, contre un effrayant rocher à pic… Enfin !…
– Dieu soit loué ! fit Martin à bout de respiration en posant le pied sur la terre ferme. Il écarta de son cou les bras de l’enfant et la déposa dans ceux du père qui tremblait d’émotion.
M. Féland ne put rester debout. Il s’assit, et tenant sa petite fille sur ses genoux, il la regarda sans parler, comme s’il pouvait à peine croire à son bonheur.
– Oh ! papa, je suis si contente ! dit Rita en passant ses deux bras autour du cou de son père. Mais je savais bien, ajouta-t-elle, que tu viendrais me chercher ce matin.
Martin s’était retiré à l’écart. Les mains jointes, il contemplait le père et l’enfant et des larmes de joie coulaient le long de son visage hâlé. Studli se serrait contre lui en le tenant bien fort par la main ; il avait compris que son père venait de courir un terrible danger.
M. Féland, prenant sa petite fille sur son bras, s’avança alors vers Martin. Il dit d’une voix émue en tendant la main au sauveteur de Rita :
– Vous comprendrez, Martin, que je ne vous aie pas exprimé tout de suite ce qui remplit mon cœur. Je vous remercie comme peut le faire celui à qui l’on vient de rendre la vie. Jamais je n’oublierai que vous avez mis vos jours en danger pour sauver mon enfant.
Ils se donnèrent une bonne poignée de main et Martin répondit :
– C’est pour moi une bien belle récompense d’avoir pu vous rapporter la fillette saine et sauve.
– Je vous reverrai plus tard, Martin. Pour le moment il faut que nous retournions auprès de ma femme, dit M. Féland en se mettant en route avec sa fillette sur dans les bras. À sa suite marchaient les autres hommes, et Martin tenant Studli par la main.
– À présent, Studli, dis-moi comment tu savais que la petite fille s’était égarée là-bas ?
– Elle voulait aller voir les fleurs rouges, répliqua Studli.
– Ah ! Mais qu’est-ce qui t’a donné l’idée de marcher droit aux rochers pour la trouver ?
– Puisqu’elle n’était pas vers le premier buisson, c’est qu’elle avait été plus loin, parce qu’à mesure qu’on avance, les fleurs sont toujours plus belles, et à la fin le plus beau buisson est au bord du rocher. Mais je ne savais pas qu’elle était tombée, expliqua Studli.
M. Féland avait atteint le seuil de sa demeure. Il entra et ouvrit la porte de la chambre à coucher. Hélène, toujours assise près du lit, serrait dans les siennes la main de sa mère. Celle-ci, épuisée de fatigue, demeurait immobile, les paupières closes. M. Féland s’approcha et déposa Rita au beau milieu du lit.
– Bonjour maman ! As-tu bien dormi ? fit Rita de la même voix joyeuse avec laquelle chaque matin elle venait souhaiter le bonjour à sa maman.
Celle-ci ouvrit les yeux et regarda l’enfant avec stupeur. Puis soudain, la saisissant des deux mains, elle la pressa avec transports contre elle, tandis que des larmes de joie, d’une indicible joie, inondaient son visage. Elle ne pouvait prononcer une parole, mais dans son cœur elle ne cessait de remercier Dieu.
Hélène serrait de toutes ses forces la main de sa petite sœur et ne se lassait pas de répéter :
– Est-ce bien toi, Rita ? Où étais-tu toute seule, cette nuit ? Petit à petit le père raconta où l’on avait retrouvé Rita et comment Martin avait exposé sa vie pour sauver celle de l’enfant.
Mme Féland frissonna d’horreur à cette description. En se représentant le terrible danger dans lequel sa petite fille avait passé la nuit dernière, elle la pressa contre elle avec un redoublement de tendresse.
– Oh Rita, n’es-tu pas à moitié morte de frayeur ? lui demanda Hélène qui refoulait à grand-peine des larmes de pitié.
– Oh ! non, je n’ai pas du tout eu peur, répliqua gaiement Rita. À présent je vais vous raconter comment tout s’est passé.
Premièrement j’ai voulu entrer vers papa lui demander si je pouvais aller avec Studli chercher les belles fleurs rouges. Mais papa était déjà parti. Alors j’ai pensé qu’il me permettrait bien, puisque la première fois je n’avais pas pu. Ensuite je suis allée chez Studli, et lui aussi était parti. Alors je me suis dit : « Je trouverai bien les fleurs toute seule, Studli m’a expliqué par où il fallait passer ».
Je suis montée dans le bois et pendant bien longtemps j’ai cherché, cherché, sans rien découvrir. Tout à coup j’ai vu quelque chose de rouge à travers les arbres et j’ai couru de ce côté. D’abord il n’y avait pas beaucoup de fleurs et elles n’étaient pas belles. Comme Studli avait dit qu’on traversait des broussailles et qu’on allait toujours plus loin, j’ai continué à marcher, et il y avait toujours plus de fleurs, et à la fin il y en avait des masses sur un immense buisson tout rouge.
Elles brillaient tellement ! J’ai voulu les prendre toutes, toutes, et voilà que tout à coup je suis tombée ! Et après, j’étais étendue sur une pierre. Mais c’était très étroit, alors je me suis bien serrée contre le rocher et je me suis dit : « Je vais me tenir bien tranquille, papa viendra me chercher ». Seulement j’étais fatiguée, il faisait déjà un peu nuit, et j’ai pensé qu’il fallait dormir en attendant que papa vienne me chercher le matin. J’ai pensé aussi qu’il fallait faire ma prière et demander à Dieu d’envoyer des anges pour me garder pendant que je dormirai. Alors j’ai fait ma prière :
– Seigneur Jésus, garde papa, maman et Hélène. Rends-moi sage et obéissante. Garde-moi de tout mal, et fais que je ne tombe pas plus bas, et je te prie envoie papa me chercher. Amen.
– Après cela j’ai très bien dormi jusqu’à ce que l’homme soit venu. J’ai tout de suite pensé que c’était papa qui l’envoyait.
En entendant ce récit, la mère palpitait d’émotion. M. Féland, lui, ne pouvait cacher son contentement.
– À partir d’aujourd’hui, ma petite sauterelle ne fera plus un pas seule hors de la maison, déclara-t-il en dissimulant sa joie sous le ton le plus grave qu’il pût trouver.
Cependant maman voulait savoir tout, bien exactement, et son mari ne lui avait pas encore raconté par qui la petite troupe des explorateurs avait été mise sur la bonne voie.
À cette question M. Féland pensa tout à coup à Studli et se rappela que c’était lui, au fond, qui avait le premier découvert Rita.
– Ce brave garçon ! Il nous faut le récompenser tout particulièrement, dit-il.
Rita s’empara aussitôt de l’idée avec enthousiasme et se laissa glisser à bas du lit afin de la mettre plus vite à exécution.
Mais quelle récompense donner à Studli ? Que pouvait-elle bien lui porter sur l’heure ?
– Il faut qu’il dise lui-même de quoi il aurait envie, déclara M. Féland. Nous saurons ainsi ce qui peut lui réjouir le cœur.
– Est-ce que je peux aller tout de suite vers lui ? demanda Rita avec empressement.
Papa voulut l’accompagner, afin de s’entendre avec Martin au sujet de la gratification à donner aux hommes.
Rita sauta de joie tout autour de la chambre. Elle était remplie de grands projets pour Studli.
– Mais papa, demanda-t-elle, s’il avait envie d’une ménagerie avec les plus grands animaux qu’on puisse trouver ?
– Il l’aura, lui fut-il répondu.
– Mais papa, recommença-t-elle aussitôt, s’il dit qu’il voudrait un costume turc avec un sabre recourbé, comme celui de cousin Charles ?
– Il l’aura également.
– Oh ! mais papa, pense ! s’il demandait une immense forteresse et douze boîtes de soldats comme ceux qu’on a donnés à Charles ?
– Il les aura.
Alors Rita s’élança comme une flèche vers le chalet de Martin.
Studli se tenait devant la porte.
– Viens Studli ! lui cria-t-elle, tu peux demander tout ce qu’il y a de plus beau au monde !
– Ça ne sert à rien, fit-il d’un air abattu.
– Mais oui, ça sert à quelque chose, répliqua vivement Rita. Papa a dit que, puisque c’est toi qui m’as trouvée, tu n’as qu’à souhaiter ce que tu veux et tu l’auras. À présent, réfléchis bien et après tu me diras.
Petit à petit Studli parut comprendre de quoi il s’agissait. Il jeta encore sur Rita un regard scrutateur comme pour s’assurer que tout cela était bien sérieux, puis avec un grand soupir :
– Un fouet avec une mèche jaune, dit-il enfin.
– Mais non, Studli, ce n’est rien du tout ! répartit aussitôt Rita toute fâchée. Il ne faut pas demander des choses comme ça. Réfléchis encore une fois à ce qu’il y a de plus beau au monde ; c’est ça qu’il faut souhaiter !
Studli se remit docilement à réfléchir. Il soupira de nouveau profondément et répéta :
– Un fouet avec une mèche jaune.
Au même instant M. Féland sortait du chalet avec les hommes. Ceux-ci s’éloignèrent en exprimant force remerciements. Martin resta debout sur le pas de porte.
– Je ne vous ai encore rien offert, Martin, lui dit M. Féland. C’est à vous avant tous les autres que je voudrais témoigner ma gratitude, mais de manière à vous faire un grand plaisir. Dites, y a-t-il quelque chose que vous désirez particulièrement ?
Martin tourna plusieurs fois son bonnet entre ses mains. Il dit enfin en hésitant un peu :
– Il y a longtemps que j’ai une envie, une grande envie, mais je n’ose pas dire ce que c’est. Non, non, cette idée n’aurait pas dû me venir.
– Exprimez-la en toute liberté, reprit M. Féland d’un ton encourageant, peut-être pourrais-je contribuer à la réalisation de votre vœu.
– J’ai toujours pensé, continua Martin encore hésitant, que le tout serait d’arriver une fois, comme le voisin, à pouvoir acheter une vache. Il y a assez de foin pour la nourrir et je n’aurais plus alors de souci pour l’entretien du ménage.
– C’est bon, Martin, nous nous reverrons, dit simplement M. Féland.
Puis, prenant Rita par la main, il s’en retourna avec elle à la maison.
– Et ton ami Studli, de quoi a-t-il envie ? demanda-t-il chemin faisant.
– Oh ! ce n’est qu’un nigaud ! s’écria vivement Rita. Il veut absolument un fouet avec une mèche jaune ! Ce n’est rien du tout.
– Mais si, c’est bien quelque chose, affirma le père. Vois-tu, chaque enfant a ses joies à lui. Un fouet tel qu’il le désire fera tout autant plaisir à Studli, qu’à toi la plus belle chambre de poupées.
Rita se rendit à ce raisonnement et, une fois convaincue, elle attendit avec la plus vive impatience l’arrivée de l’objet tant désiré.
Dès le lendemain, M. Féland s’en alla en expédition jusqu’au bourg du bas de la vallée. Rita, qui savait pourquoi, en dansa de joie tout le matin.
Avant de partir, papa avait eu bien soin d’enjoindre à sa petite sauterelle de ne pas sortir seule de la maison. Mlle Hohlweg avait aussi reçu de sévères instructions à cet égard.
Du reste, après le bouleversement et les terreurs par lesquels elle avait passé durant la nuit précédente, elle n’avait besoin d’aucune recommandation. Elle s’était même promis de ne plus perdre Rita de vue un seul instant, ce qui, en pratique, n’allait pas manquer de lui paraître un peu difficile.
Deux jours plus tard, Martin et sa famille venaient de prendre place autour d’un plat de pommes de terre fumantes, lorsqu’un fort beuglement se fit entendre devant le chalet ; il se répéta une seconde, puis une troisième fois.
– Il paraît que la vache de Gaspard s’est détachée, fit Martin en se levant pour aller la rattacher.
Studli voulait naturellement voir de ses propres yeux ce qui se passait. Il courut après son père. Derrière lui vinrent aussitôt Martheli, Friedli et Betheli, et la mère suivit pour les ramener tous.
En sortant de sa maison, le père Martin s’arrêta saisi d’étonnement ; autour de lui les enfants ouvraient des yeux démesurés. La maman, arrivant à son tour, joignit les mains dans une muette extase.
À l’angle du chalet était attachée une vache rousse au poil reluisant, aussi grosse et aussi belle que si elle sortait de l’étable du plus riche paysan.
Elle portait, attaché à l’une de ses cornes, un grand fouet avec une solide lanière blanche, terminée par une épaisse mèche en soie jaune qui étincelait comme de l’or au soleil.
Au manche du fouet était fixé un papier sur lequel on pouvait lire en grosses lettres : « Pour Studli ».
Martin détacha le fouet et le tendit à son garçon.
– Tiens, voilà pour toi, dit-il.
Studli tenait dans la main son fouet ! Ce qu’il y avait, à ses yeux, de plus beau, de plus enviable au monde était maintenant en sa possession. Outre le fouet il y avait aussi une vache, qu’on pourrait mener à l’alpe en faisant claquer la mèche comme Joerg et comme Chœppi !
Studli, enveloppant son fouet d’un long regard rayonnant, le serra avec force contre sa poitrine comme pour dire : « Aucune puissance sur terre ne saurait m’en séparer ! »
Martin et sa femme ne se lassaient pas de contempler le superbe animal. Cette vache était-elle vraiment à eux ? Cela leur paraissait un miracle.
Enfin Martin prit la parole :
– Elle beugle parce qu’elle voudrait être débarrassée de son lait. Studli, va chercher les bols. Pour aujourd’hui, nous allons nous régaler.
On remplit deux grands bols d’un lait frais et écumant qu’on posa sur la table à côté des pommes de terre. Puis toute la famille accompagna en triomphe la Rousse à son étable.
De l’autre côté, devant le chalet du voisin Gaspard, se tenaient M. Féland et ses enfants. Ils avaient voulu assister de loin à la réception qu’on ferait à la vache ; Rita tenait absolument à savoir l’effet que produirait le fouet sur Studli, dont elle avait elle-même écrit le nom en gros caractères.
Dès que Mme Féland fut remise de ses grandes émotions, toute la famille se rendit par la forêt jusqu’au bord du précipice, afin de rendre grâce à Dieu d’une manière spéciale au lieu même où Il avait si visiblement étendu sa puissante main sur l’enfant.
C’était vers la fin juin, à Nain, au pays des Esquimaux, dans la froide contrée du Labrador. (Les frères Moraves se sont établis dès 1770 au Labrador, où ils ont fondé cinq stations : Nain, Lloffenthal, Okkak, Hébron et Tsohar).
Le temps était beau, le vent très frais. Arnasouk dit adieu à sa mère, à son vieux père infirme, et part une heure après le lever du soleil.
Arnasouk est un jeune homme de quinze ans. Un fort harpon sur l’épaule, il s’avance sur la mer terriblement gelée. Ici, que lecteur reporte les yeux sur la première ligne de ce récit s’il y a bien le mot juin, et si ce n’est pas janvier qu’il faut lire. Non, c’est bien juin, le beau mois de juin, si doux, si fleuri chez nous, mais qui, au Labrador, est encore l’hiver.
De temps en temps Arnasouk s’arrête. Il se couche sur la surface unie, et prête l’oreille. Que veut-il ? Que cherche-t-il ? Ce qu’il cherche, ce qu’il désire ardemment, c’est un phoque ; un phoque qui ramènerait quelque abondance dans sa pauvre demeure et pourrait fournir pour longtemps de la nourriture à sa famille, composée de quatre personnes : Arnasouk, son père Boas, Ylikik, sa mère, et Lydia, sa jeune sœur.
Les phoques, qui se nomment aussi veaux marins, sont en effet d’assez gros animaux. Ils ont, au lieu d’écailles de poissons, des poils comme les veaux. Ils ont de grands yeux très doux et de courtes pattes faites pour nager plutôt que pour marcher, mais avec lesquelles ils se traînent tant bien que mal sur le sol.
En avez-vous déjà vu ? On en montre quelquefois dans les zoos. C’est à Palerme, en Sicile, que j’ai vu pour la première fois un phoque vivant. J’ai, au Labrador, de bons amis qui m’avaient souvent parlé des phoques lorsqu’ils m’écrivaient, et quand je lus sur une affiche en italien : « On montre un phoque vivant, à telle rue, tel numéro, de dix heures du matin à six heures du soir », je m’empressai de m’y rendre.
Le pauvre animal faisait pitié. Dieu l’a créé pour les mers glaciales, et la chaude Sicile l’étouffait. On avait beau le tenir dans une espèce de cave dallée, et l’asperger sans cesse d’eau aussi fraîche que possible, cette eau pour lui était tiède. Son regard tendre semblait implorer la sympathie, et il poussait de petits cris pareils à ceux d’un nouveau-né. Peu s’en fallut que les larmes ne me viennent !
Vous avez entendu parler du chameau, si précieux aux Arabes du désert, qui s’abreuvent de son lait, se nourrissent de sa chair, et de ses poils tissent leurs vêtements. Eh bien, Dieu, qui n’oublie personne, a pourvu de même, avec le phoque, à tous les besoins des Esquimaux. Sa chair et son huile sont leurs mets de prédilection.
Cette huile sert également à éclairer leurs habitations, et à cuire les aliments. De ses os ils fabriquent leurs armes, leurs ustensiles. Sa peau imperméable est un vêtement très chaud ; elle forme aussi leurs tentes et la couverture de leurs lits. Chacun connaît les peaux de phoque utilisées par les skieurs.
Aux approches de l’hiver, les phoques se réunissent dans l’extrême Nord et s’avancent en troupe serrée vers des contrées un peu plus méridionales, telles que le Groenland et le Labrador. C’est une migration semblable à celle des oiseaux. Les habitants des mers ont reçu comme ceux de l’air cet instinct de changer de climat à l’automne et au printemps. Vous trouverez là-dessus dans les livres d’histoire naturelle des détails intéressants aux articles « Morue, Sardine, Hareng ».
C’est au moment de cette migration que les Esquimaux, dressant aux places favorables des engins particuliers de pêche, font leur provision de phoques pour l’hiver. Si, à cette époque-là, l’Esquimau est malade, ou si, par suite de quelque circonstance, la pêche a manqué en partie, l’hiver sera, pour lui, bien difficile à passer.
Pourtant il y a encore une ressource. Bien que la mer soit pendant plusieurs mois cachée sous une glace épaisse de trois mètres soixante, il ne se passe guère de jour en hiver, au Labrador, où l’on ne prenne un ou deux phoques. Ce n’est plus précisément une pêche. Il n’est pas question de filets ; c’est plutôt une chasse.
Le phoque, comme la baleine, est amphibie. Il vit habituellement dans l’eau ; mais il ne pond pas d’œufs : ses petits naissent vivants et se nourrissent du lait de leur mère. Pour respirer, il a besoin de venir de temps en temps à l’air libre.
L’été, l’on voit souvent apparaître à la surface de l’eau le museau d’un phoque. Mais l’hiver, avec les quatre mètres de glace ? Dieu y a pourvu. Avec une merveilleuse promptitude, le phoque, tournant sur lui-même, perce cette croûte et vient humer une provision d’air qui lui servira pour quelques heures.
Le bruit particulier que font alors les phoques est bien connu des Esquimaux. Ils le discernent à une grande distance. C’est pourquoi notre ami Arnasouk appliquait par intervalles son oreille sur la glace, et écoutait. Il avait déjà marché pendant plus d’une heure sur la mer, quand enfin il crut distinguer quelque chose.
Il fait encore cent pas, écoute de nouveau ; c’est bien cela. Il s’avance alors avec précaution et finit par se traîner à plat ventre sur la glace. Le bruit cesse parfois et recommence. Évidemment le phoque n’a rien qui le presse. Peut-être aussi est-il fatigué ou capricieux, qui sait ?
J’ai un bon moment à attendre, se dit Arnasouk et il ramène son capuchon sur ses oreilles car le vent est vif et piquant. Il amoncelle en hâte la neige tombée la veille et, s’en faisant comme un mur du côté du vent, il se couche contre cet abri. Le harpon détaché, il le mit dans la main droite. Aussitôt que le son, devenant plus clair, l’avertirait qu’il ne resterait plus qu’une couche très mince à percer, Arnasouk se lèvera, lancera fortement le fer aigu et, s’il a le bonheur d’atteindre l’animal, il agrandira le trou de son mieux, pour l’amener à lui.
Il espère aussi qu’en faisant sur la glace un certain signal qui s’entend de fort loin, quelque autre pêcheur viendra l’assister dans cette opération difficile.
En attendant, Arnasouk est couché au pied de son mur de neige. Il pense à son père, à sa mère, à sa bonne petite Lydia qui avait encore si faim hier en se couchant, et il dit : « Mon Dieu tout-puissant, permets, s’il te plaît, que je puisse atteindre le phoque, le rapporter à Nain, et réjouir le cœur de mes pauvres parents. Toutefois, que ta volonté se fasse et non la mienne ! »
Le temps s’écoule. Voilà plus d’une demi-heure que le phoque n’a pas bougé. Arnasouk comprend qu’il faut renoncer. Le soleil a paru derrière des nuages ; l’ombre du pêcheur et du mur de neige se sera projetée sur la glace. Il n’en faut pas plus pour effaroucher un phoque « Allons ! courage ! Reprenons notre course ! Dieu permettra bien que j’en trouve un autre ; ou bien ce même phoque ira faire son trou plus loin ».
Le jeune esquimau se relève. Il regarde du côté de la maison paternelle. Il lui semble que les montagnes qui dominent Nain sont extrêmement éloignées, il n’a guère marché qu’une heure et elles paraissent à plusieurs kilomètres. Un soupçon lui traverse l’esprit. Une histoire que lui a raconté Boas se dresse devant son souvenir. Il court du côté de la terre. L’idée se concrétise bientôt.
Voici ce qui s’est passé : à la fin juin, dans ces contrées, la grande mer est dégelée, mais les baies, les golfes demeurent encore prisonniers. Quelquefois une seule nuit suffit pour les dégager. C’est lorsque Dieu envoie un violent orage. Alors l’agitation de la mer libre se communique à l’eau des golfes. Cette eau frémit, opprimée comme un esclave dans ses chaînes. On entend un mugissement sourd, solennel ; puis tout à coup un fracas épouvantable.
La glace se fend de tous côtés, et par ces fissures les vagues s’élancent, blanches et écumeuses, à une hauteur effrayante. C’est un spectacle saisissant, m’ont dit mes amis du Labrador, et devant lequel l’homme se sent bien petit. Le vent pousse vers la haute mer cette glace brisée.
En quelques heures il n’en reste plus trace ; la vie reprend dans le golfe, et l’on entend de nouveau le doux clapotement des vagues sur les cailloux du rivage, véritable musique pour l’oreille qui en a été privée pendant huit mois. D’autres fois, c’est lentement que la chose s’opère. De larges fragments de glace se séparent peu à peu sans bruit, sans effort, pendant des semaines, et le déblaiement n’est pas toujours terminé au mois de juillet.
C’est précisément ce qui venait de se passer dans ce jour. La glace sur laquelle se trouvait Arnasouk s’était doucement détachée de la masse, et le vent de la terre poussait au loin ce fragment qui pouvait être grand comme l’une de nos places publiques. C’est là aussi ce qui avait fait abandonner au phoque son entreprise, puisqu’il atteignait la surface et l’air sans se donner trop de peine.
En quelques pas notre ami s’est trouvé au bord de son glaçon. Une immense distance le sépare de la glace solide. Il pâlit. Arnasouk ne sait pas nager. Boas aurait dû le lui enseigner, car les kayaks, ou les canots des Esquimaux sont sujets à chavirer. Boas a renvoyé de jour en jour : nous ferons cela le mois prochain, la semaine prochaine… Et cela ne s’est pas fait du tout.
« Oh, si pourtant mon père m’avait appris à nager ! » s’écrie le pauvre garçon. Mais aussitôt il se repent de cette espèce de reproche. Lui-même y a aussi apporté de la négligence ; il pouvait apprendre avec ses camarades. D’ailleurs à quoi servent ces regrets du passé ? Arnasouk se tourne vers Celui qui est notre ressource dans toutes nos détresses. « Mon Dieu, tu peux me ramener à Nain quand même je ne sais pas nager. Sauve-moi, si c’est Ta volonté ! Ramène-moi vers mon père et vers ma mère ! »
Rassemblant alors toutes ses forces, Arnasouk pousse trois cris prolongés. C’est le cri de détresse des Esquimaux. Il écoute. Personne ne répond. Le vent qui vient de terre emporte au loin sa voix. Il se remet à genoux : « Mon Dieu ! Si personne ne m’entend, toi tu m’entends. Je t’en prie, au nom de Jésus, ramène-moi vers mon père et ma mère ! » Il se relève.
Le vent fraîchit, le glaçon s’éloigne toujours plus rapidement. Arnasouk est triste, transi. Il fait plusieurs fois en courant, pour se réchauffer, le tour de son domaine. Le soleil baisse à l’horizon, et dore les montagnes de glace, de teintes si splendides que, même en ce moment, il ne peut s’empêcher de s’écrier : « Que c’est beau ! »
Puis ce passage de l’Évangile lui revient à l’esprit : « Et il s’en alla encore, et pria pour la troisième fois, disant les mêmes paroles » (Mat. 26. 44). Arnasouk s’agenouille de nouveau. « Mon Dieu, je te prie, au nom de Jésus-Christ, de me ramener auprès de ma sœur, de mon père et de ma mère ».
Et plus bas il ajoute : « J’ai bien faim ! » Et il demeure à genoux sur son glaçon flottant, séparé du monde entier mais sûr que son Père céleste le suivait du regard, et qu’il ne lui arriverait rien sans Sa volonté. Les yeux fermés, il repassait dans son esprit tous les récits de prières exaucées qu’il avait entendu faire aux missionnaires.
Arnasouk se relève avec le secret espoir que le vent aurait changé de direction, et le pousserait maintenant vers la terre. Il ouvre les yeux… Non ! Les montagnes de Nain se sont encore éloignées. Il soupire et, en se retournant, il aperçoit un rocher qui s’élève au-dessus des eaux.
Ce rocher, c’est une île, une île souvent abordée en été, une île bien connue pour la quantité de canards qui y viennent pondre leurs œufs et élever leur jeune famille. Arnasouk sourit en son cœur. « Merci, mon Dieu », dit-il. II comprend que la fin de sa prière va être exaucée.
Quelques minutes après, il touche au rivage. Quelque chose lui dit qu’il ne doit pas abandonner aux vagues ce glaçon où il a été béni. Il le fixe, je ne saurais vous dire comment. Puis, aux dernières lueurs du crépuscule, il se met en quête, répétant tout bas : « Mon Dieu, aide-moi à trouver, aide-moi à trouver »…
Notre pauvre affamé n’a pas longtemps à languir. Au détour d’un rocher, dans une petite anse bien abritée, il reconnaît des nids de canards ; il en compte une douzaine et ces nids contiennent chacun plusieurs œufs. Voilà sa subsistance assurée ! « Merci, merci, mon bon Père céleste ! » Il prend un œuf, puis un second; puis un troisième, et se sent restauré.
Un œuf tout cru vous paraît peut-être un triste régal. D’abord, je vous dirai que c’est meilleur que vous ne pensez. Si vous étiez restés tout le jour sans manger, vous le trouveriez excellent. Puis les Esquimaux ne sont pas aussi difficiles que nous car, pendant tout l’hiver, ils ne mangent guère que du poisson sec et du gras de phoque. Avec la nuit cependant le froid devenait insupportable. Vous et moi nous aurions été fort embarrassés pour trouver un abri.
Arnasouk n’eut pas un instant d’embarras. Prenant le coutelas qu’un Esquimau porte toujours à sa ceinture, il se mit à tailler de gros quartiers de neige qu’il posait en rond les uns sur les autres. Il avait soin de ne pas les tailler carrés ; un des côtés était plus petit, en sorte qu’en s’élevant, ces quartiers figuraient non pas une tour, mais une ruche haute à peu près comme un homme.
Arnasouk la termina avec un quartier d’une forme particulière, et qui formait la clef de voûte. L’ouvrage terminé, il fit sa prière du soir. Il se sentait plus que jamais près de son Père céleste, et il Lui recommanda ses parents, Le suppliant de permettre qu’ils ne soient pas trop inquiets pour lui. Il le fit avec tant d’insistance qu’il ne douta pas d’être exaucé. Il se glissa ensuite dans l’igloo, attira à lui un bloc réservé pour fermer l’entrée et s’endormit d’un sommeil paisible.
Bientôt il rêva que le temps était subitement revenu au grand froid, la mer de nouveau gelée, et qu’il s’acheminait sans obstacle depuis son île à Nain. Peut-être pensez-vous que ce rêve lui vint naturellement, parce que, tout en dormant, il sentait le froid pénétrer ses membres. Détrompez-vous ! Arnasouk n’avait pas plus froid que vous dans votre lit sous une couverture de laine.
Certaines tribus d’Esquimaux demeurent, l’hiver entier, dans des abris de neige, et il y fait si chaud qu’ils s’y tiennent à demi vêtus. Souvent, à la chasse, Arnasouk avait passé quelques nuits sous ce précieux abri que Dieu a réservé à ses enfants du nord, et si Boas avait négligé de lui apprendre à nager, il l’avait, en revanche, rendu habile à se construire en un clin d’œil une petite maison de neige.
Notre ami se réveilla ; sa première pensée est pour son Dieu et ses parents. Sa toilette n’est pas longue. Il pousse le bloc qui sert de porte et, en sortant, effarouche un vol d’oiseaux aquatiques qui s’enfuie bruyamment. Il jette avec émotion les yeux sur la mer ; son rêve se serait-il réalisé ?
Arnasouk mettait peut-être à ses rêves un peu trop d’importance. Il tenait cela, je pense, de sa bonne vieille mère, quelque peu superstitieuse. Le temps était plus doux que la veille, et l’eau bleue légèrement ridée par une brise de printemps. Le glaçon amarré était demeuré à son poste.
Arnasouk ne perd pas courage. « Eh bien, se dit-il, c’est la volonté de Dieu ; il pourvoira. Encore trois semaines, et la baie de Nain sera libre de glaces ; nos pêcheurs reprendront leurs kayaks et mon Dieu en dirigera bien un vers mon île ! »
Il déjeune comme il avait soupé la veille ; puis il veut faire le tour de son domaine. C’est le moment, paraît-il, de la ponte d’une foule d’oiseaux de mer ; partout il aperçoit des nids et dans ces nids quatre, cinq, jusqu’à dix et douze œufs. « Allons, je ne mourrai pas de faim ». Et il croit se rappeler qu’il a lu dans la Bible un passage en ces termes : « Tu dresses devant moi une table» (voir Ps. 23. 5).
Une chaîne de rochers qui traverse l’île dans sa largeur arrête ses pas. Ces rochers ne sont ni très hauts, ni très abrupts ; il en entreprend l’escalade. Arrivé au sommet, il s’assied pour jouir d’une vue magnifique. À une petite distance, au midi, se dressent deux immenses montagnes de glace. Portées par les flots, poussées par la brise, elles oscillent légèrement. L’une est animée par des oiseaux au plumage varié qui se poursuivent en chantant. L’autre, plus grande que toutes nos églises et aussi élevée que leur clocher, était couverte de neige.
Fondue par le soleil déjà chaud, cette neige retombait sur la glace azurée et dans la mer d’un bleu plus profond, en cascades d’une éclatante blancheur. C’était un spectacle saisissant. Cependant, au pied même du rocher, Arnasouk croit distinguer quelque chose qui lui donne une vive émotion. Il descend à la hâte la pente escarpée. Il est en bas, il approche, ses yeux ne l’ont pas trompé. Il a devant lui une longue pièce de bois, débris de quelque naufrage, et que les courants ont poussée dans cette anse. Une pièce de bois ! Vous vous attendiez peut-être à autre chose. Quelle joie peut donc lui causer cette pièce de bois ?
Vous avez pu déjà vous apercevoir que notre jeune Esquimau ne manquait pas d’intelligence. Il avait ce qu’on appelle le coup d’œil prompt, et saisissait immédiatement les avantages à tirer de telle ou telle situation. Cela est chez ses compatriotes, moins rare que nous ne serions portés à le penser.
Eh bien, dans cette pièce de bois Arnasouk vit une rame, dans un glaçon un radeau, et Dieu l’aidant, il embrassait déjà sa mère. Avec son coutelas, la pièce fut façonnée en une forte rame, travail long et bien autrement difficile que n’avait été la maison de neige. Il prenait des forces dans les nids de canards et de mouettes ; il en prenait dans la prière, l’action de grâce. Jamais Arnasouk n’avait autant prié, autant rendu grâces qu’il ne l’avait fait jusqu’à présent !
Ce ne fut pas sans peine qu’il gravit la chaîne rocheuse, traînant après lui sa rame. Il était déjà presque en haut quand elle lui échappe, glisse, bondit, et en trois sauts vient retomber sur la grève. Arnasouk ne murmura pas, ne s’impatienta pas. Il redescendit, recueillit en quantité une espèce de jonc marin, fort et souple, abondant au Labrador ; en tressa une corde suffisamment longue, la lia à sa rame ; de l’autre extrémité il se fit une ceinture autour du corps, et recommença son ascension.
Lorsque, bien fatigué, il atteignit son abri de glace, le soleil allait se coucher. Il aurait été imprudent d’entreprendre de nuit une navigation aussi hasardeuse. Pourtant Arnasouk avait bien envie de partir pour rejoindre, ce soir même, ses pauvres parents et les rassurer !
Il hésita, s’agenouilla pour chercher conseil, et sentit que son devoir était d’attendre au lendemain. Il renouvela avec insistance sa demande : que Dieu veuille bien calmer l’anxiété de son père, et, puisque sa mère tenait tant à ses rêves, lui en envoyer un qui lui montre son Arnasouk vivant et bien portant. Puis, après le repas du soir, il se blottit dans l’igloo et ne tarda pas à oublier les fatigues de la journée.
Le lendemain, le soleil trouva Arnasouk occupé à remplir délicatement son capuchon de peau de phoque des plus beaux œufs qu’il pût trouver. Le capuchon fut bientôt plein. Il aurait aimé en rapporter davantage à sa mère. Un moment il eut l’idée de ramasser de ces mêmes joncs dont il s’était fait une corde et d’en tresser un grand panier. Avec un peu de peine il y serait parvenu. N’avait-il pas vu souvent Mikak et même Lydia faire de ces paniers ?
Mais l’ouvrage serait long. Savait-il, ensuite le temps qu’il mettrait à diriger son radeau de glace ? Sa mère n’aimerait-elle pas mieux recevoir quelques œufs de moins, même n’en point recevoir du tout, et revoir son fils aujourd’hui même ? Après avoir rendu grâces à Dieu pour tout ce qu’Il avait fait pour lui dans cette île, qu’Arnasouk n’allait pas quitter sans émotion, il détacha le glaçon, monta dessus, y déposa délicatement son capuchon avec sa charge et, appuyant la rame contre le rocher, s’éloigna du bord.
Vous ne serez pas surpris si je vous disais que, sans soulever de vagues, le vent, assez fort, le poussait tout droit sur Nain. Vous le croirez facilement, parce que vous êtes persuadés que c’était la volonté de Dieu de le ramener chez lui sain et sauf.
La navigation fut donc facile, mais dura plus de quatre heures. Les phoques venaient se jouer autour du glaçon ; on eût dit qu’ils comprenaient n’avoir, ce jour-là, rien à craindre du jeune pêcheur. L’un d’eux sembla s’attacher à sa fortune et le suivit jusqu’au terme du voyage. Était-ce le même qu’il avait épié naguère, son harpon à la main, tandis que l’animal faisait son trou dans la glace ?
Le terme du voyage, ce n’était pas encore Nain. Nain ne pourrait pas, de bien des semaines, être abordé en bateau. Depuis l’endroit où le golfe se resserrait brusquement, la glace s’étendait toujours plus loin. C’est contre cette masse solide que le glaçon d’Arnasouk vint heurter. Ce petit coup sec fit tressaillir son cœur. Il dit adieu à ce glaçon, instrument pour lui des bontés de Dieu et, portant à la main le capuchon plein d’œufs et sur l’épaule la rame qu’il voulait garder en souvenir, il s’achemina le cœur léger.
Je ne vous décrirai pas l’arrivée d’Arnasouk, le bonheur de ses parents, les cris de joie de Lydia. Vous pouvez aisément vous les représenter. J’ajouterai seulement que Boas et Mikak n’avaient pas été sérieusement inquiets. Ils avaient toujours cru au fond du cœur que leur fils leur serait rendu. Encore en cela, son Père céleste, en qui il s’était confié, avait exaucé la prière d’Arnasouk.
M. B. assistait un jour aux examens que l’on faisait passer aux élèves d’une école. Mais ce n’était pas une école ordinaire comme celles que vous connaissez ; car elle était uniquement destinée aux sourds-muets.
Vous comprendrez donc sans peine que les examens s’y faisaient d’une tout autre manière que dans les autres écoles. Chaque écolier avait une ardoise sur laquelle le professeur inscrivait une question, et l’enfant devait écrire sa réponse au-dessous.
Un petit garçon à la physionomie heureuse et expressive attira spécialement l’attention de M. B. qui éprouva le désir de lui poser quelques questions. Il écrivit donc sur l’ardoise :
– Mon cher enfant, vous voyez le soleil et la terre autour de vous ; la nuit vous avez pu voir la lune et les étoiles ; pouvez-vous me dire comment tout cela a été fait ?
Le petit garçon n’eut pas plutôt lu ces lignes qu’il donna immédiatement sa réponse écrite :
« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ».
M. B., satisfait de cette réponse, écrivit une nouvelle question plus difficile que la première :
– Mais d’où viennent toutes les souffrances, les peines, et la mort que vous voyez autour de vous ?
A cela l’enfant répliqua :
« Le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ».
M. B. fut surpris d’avoir obtenu une réponse aussi correcte, et jugea utile de poursuivre son interrogatoire en posant une troisième question : « Pouvez-vous m’indiquer un moyen par lequel l’homme peut être délivré de tout ce péché et de ses conséquences ? »
La réponse ne se fit pas attendre :
« Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché ».
De plus en plus étonné et satisfait, M. B. écrivit encore :
– Je ne vous poserai plus qu’une question. Pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes incapable d’entendre et de parler, alors que tant d’autres enfants autour de vous peuvent le faire ?
C’était là une question délicate, car cela devait rappeler au petit garçon son infirmité et par suite l’attrister. Pourtant il ne parut pas troublé le moins du monde, et avec un heureux sourire inscrivit sa réponse :
« Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi ».
C’est là une parole de l’Écriture, bien plus, une parole prononcée par le Seigneur Jésus Lui-même.
Il n’est pas étonnant que M. B. ait été surpris : ce petit garçon était sourd et muet, et pourtant il avait été capable de répondre à quatre questions difficiles mieux que n’auraient pu le faire tous les philosophes du monde. En outre, malgré son infirmité, il était heureux et content, parce qu’il avait ajouté foi aux grandes vérités qu’il avait apprises dans la Bible.
La Bible est pleine d’instruction pour tous, grands et petits, et les enfants auraient bien tort de penser qu’elle est trop difficile pour eux. S’ils la lisent attentivement, en demandant à Dieu de les enseigner, Il les instruira par Son Esprit, en sorte qu’ils puissent réellement devenir « sages à salut ».
Les petits garçons et les petites filles posent souvent des centaines de questions au sujet de choses qu’ils ne peuvent pas tout à fait comprendre, et nous sommes heureux de voir qu’ils sont avides de s’instruire ; mais qu’il est plus important de devenir sages quant aux choses éternelles.
« Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné » (Jac. 1. 5).
Notre petit sourd-muet avait fait bon usage de ses yeux et avait lu soigneusement les Écritures, car c’est là qu’il avait puisé toutes ses réponses. Son exemple ne devrait-il pas nous remplir de confusion, nous qui sommes en possession de tous nos sens et qui ne connaissons pourtant pas la Parole de Dieu aussi bien que lui ?
La Bible est vraiment un livre merveilleux, car elle contient des réponses à toutes les questions que nous pourrions poser. Vous vous souvenez que la reine de Sheba, lorsqu’elle vint visiter Salomon, lui posa toutes sortes de questions difficiles, et qu’il sut répondre à chacune de ces questions.
Nous n’avons plus un Salomon, mais nous possédons « la vivante et permanente Parole de Dieu » (1 Pier. 1. 23). Tous les autres livres passeront, le ciel et la terre même passeront, mais « la Parole duSeigneur demeure éternellement.. Or c’est cette Parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1. 25).
« Bienheureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie et qui gardent les choses qui y sont écrites, car le temps est proche ! » Apocalypse 1. 3.
Par cet article, nous désirons donner un court aperçu des événements essentiels que les écrits prophétiques de la Parole de Dieu nous révèlent sur « les choses qui vont arriver » (Apoc. 1. 19). La prophétie occupe une grande partie de la Parole de Dieu, de la Genèse à l’Apocalypse. Il n’est donc pas possible dans le cadre de ce petit travail d’être exhaustif et d’examiner ou même de citer tous les passages qui traitent des choses à venir. Pour compléter et approfondir ce grand sujet, chacun est invité à consulter les nombreux ouvrages qui ont été écrits, depuis le « Réveil » produit par la grâce de Dieu il y a environ 200 ans, jusqu’à nos jours.
Il y a aussi « des choses… difficiles à comprendre » (2 Pier. 3. 16), et nous ne sommes pas capables de tout expliquer. Il y a des choses que Dieu nous fait connaître – et elles sont nombreuses – mais il y en a d’autres qui nous demeurent cachées et qui sont connues de Dieu seul (Deut. 29. 29). Ainsi, « nous connaissons en partie » seulement (1 Cor. 13. 9), et cela doit nous garder dans l’humilité lorsque nous abordons la Parole de Dieu et le grand sujet des évènements qui vont se produire dans un temps qui approche rapidement.
Nous désirons simplement que ces quelques lignes nous conduisent à nous intéresser toujours plus à la Parole de Dieu dans son ensemble, et à la prophétie en particulier. Et cela, parce que Christ en est l’objet. Que nos yeux soient dirigés sur la Personne de notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ qui vient bientôt ! Dans cette attente :
« Nous avons la parole prophétique rendue plus ferme, et vous faites bien d’y être attentifs (comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur), jusqu’à ce que le jour commence à luire et que l’Étoile du matin se soit levée dans vos cœurs ; sachant tout d’abord qu’aucune prophétie de l’écriture ne s’interprète elle-même. Car la prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint » (2 Pier. 1. 19 à 21).
LES ÉVÈNEMENTS DE LA FIN DES TEMPS
à la lumière de la Parole de Dieu
« L’esprit de prophétie est le témoignage de Jésus » Apocalypse 19. 10.
Le verset d’Apocalypse 19 cité en tête de ces lignes est de toute importance lorsqu’on a le désir d’étudier la prophétie dans la Parole de Dieu.
Ce verset dirige nos regards et nos pensées sur la Personne du Seigneur Jésus. Le livre de l’Apocalypse est particulièrement un livre de prophétie, de révélation d’évènements à venir : « Écris… les choses qui doivent arriver » (Apoc. 1. 19), mais nous ne devons jamais perdre de vue Celui que Dieu et l’Esprit veulent toujours mettre en évidence : le Seigneur Jésus.
Il est bon de s’intéresser à la prophétie (Apoc. 1. 3), mais nous ne devons pas voir seulement les évènements à venir qu’elle nous décrit ; nous devons voir la Personne de Jésus et ses gloires, actuelles et futures.
La prophétie est ainsi un témoignage qui est rendu à Jésus Lui-même, car tout, dans la Parole de Dieu, nous Le présente. Le témoignage est au sujet de Jésus, il est l’esprit même de toute prophétie.
Les choses qui doivent arriver
« Écris donc… les choses qui doivent arriver après celles-ci ». Apocalypse 1. 19.
L’évènement que tous les vrais croyants attendent, c’est le retour du Seigneur Jésus pour les emmener au ciel. Il a promis à ses disciples, avant d’aller à la croix, qu’Il reviendrait pour les prendre auprès de Lui, « afin que là où moi, je suis, vous, vous soyez aussi » (Jean 14. 3). Dans le dernier chapitre de la Bible, Il rappelle encore par trois fois cette promesse aux siens, sûre et certaine : « Je viens bientôt » (Apoc. 22. 7, 12 et 20 ; voir encore Apoc. 3. 11). Il n’y aura pas d’évènement particulier annonçant sa venue, Il peut venir d’un instant à l’autre, sans préavis. Qu’Il nous trouve prêts pour ce moment, attendant et veillant, priant et servant !
Mais que se passera-t-il sur la terre, après que les croyants auront été enlevés « à la rencontre du Seigneur, en l’air » ? (1 Thess. 4. 16 et 17) Que vont devenir la terre et les hommes qui y resteront alors que tous les croyants (morts et vivants) l’auront quittée, lorsque « ce qui retient » (la présence de l’Assemblée) et « celui qui retient » (le Saint Esprit), ne seront plus présents ici-bas ?
Dieu, dans sa Parole, et en particulier dans le livre de l’Apocalypse, nous révèle « les choses qui doivent arriver », c’est-à-dire ce qui va se produire sur la terre après que l’Église aura été enlevée et introduite au ciel dans la présence du Seigneur Jésus. Mais les écrits prophétiques, Daniel, Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel et ceux que l’on appelle « les petits prophètes », ainsi que les Psaumes, nous instruisent eux aussi sur ce qui va se passer alors sur la terre, pour Israël tout d’abord – ce peuple qui appartient à Dieu et qui Lui est cher – et aussi pour les nations en rapport avec le peuple terrestre de Dieu.
La fin du temps de la grâce de Dieu
Le temps de la grâce
« Voici, c’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6. 2).
Le chapitre 9 du livre de Daniel comporte, dans les versets 24 à 27, un passage très important concernant les évènements prophétiques passés et à venir. Nous apprenons par le prophète que, depuis le retour des Juifs de Babylone pour rebâtir Jérusalem, jusqu’à la venue du Seigneur Jésus sur la terre, il s’est écoulé 69 « semaines d’années », soit 483 ans. (Voir Compléments :1.La 70ème semaine – Daniel 9. 24 à 27).
À la fin de cette période, Christ est crucifié : « le Messie sera retranché et n’aura rien » (ou : n’aura pas de successeur) (Dan. 9. 25 et 26).
Avec la venue du Fils de Dieu sur la terre, la grâce vient – avec la vérité – au milieu des hommes (Jean 1. 14 et 17). C’est « l’an agréable du Seigneur » qui commence, comme Jésus l’annonce Lui-même (Luc 4. 18). Après la mort, la résurrection et la glorification au ciel du Seigneur Jésus, le Saint Esprit vient habiter dans l’Église et dans les saints (Act. 2). La période de « la Loi » (qui a duré environ 1500 ans) est définitivement close et celle de la grâce se prolonge depuis environ 2000 ans.
Le temps de la grâce se situe entre les deux moitiés du verset 26 : « le messie sera retranché et n’aura rien », c’est le rejet et la crucifixion du Messie d’Israël ; « … le … prince qui viendra », c’est le chef de l’Empire romain reconstitué après l’enlèvement de l’Église (Voir plus bas : Le chef de l’Empire romain).
À la clôture de la « parenthèse » de la grâce, qui peut se produire d’un instant à l’autre, le Seigneur viendra pour les siens (c’est la Parousie) : tous les justes morts depuis Adam seront enlevés au ciel, avec les croyants « morts en Christ » et les vivants qui composeront l’Assemblée de Dieu alors sur la terre. Ce sera la fin de la période de l’Église (ou : Assemblée) sur la terre, qui a commencé au jour de la Pentecôte, 50 jours après la résurrection du Seigneur Jésus (voir Act. 2. 1 à 4).
Après le temps de la grâce
« Mais, au sujet des temps et des saisons, frères… vous savez vous-mêmes parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit… » (1 Thess. 5. 1 et 2).
Alors, à partir du moment où l’Église et le Saint Esprit auront quitté la terre, « l’année de la faveur de l’Éternel » sera suivie du « jour de la vengeance de notre Dieu » (És. 61. 2) pour les nations de la terre. (Signalons que pour les Juifs, « l’année de la faveur » signifie le Millénium, période qui suivra les jugements du jour de la colère de Dieu).
Si les descendants des 10 tribus sont dispersés à ce jour parmi toutes les nations, le retour des Juifs issus des 2 tribus de Juda et Benjamin en Palestine (commencé en 1948 avec la création de l’État d’Israël) s’accentue actuellement. Ils reviennent petit à petit dans leur pays, avec des richesses mais dans l’incrédulité. Au milieu de ces apostats (ceux qui auront abandonné Dieu), il y aura un résidu de « craignant Dieu » qui attendront le Messie et son royaume. Les « maskillim » (sages) les enseigneront (Dan. 12. 3 et 10).
Le temple (détruit par les Romains en l’an 70) sera rebâti, avec « le sacrifice et l’offrande » (Dan. 9. 27), selon les anciens rites mosaïques. Cela ne signifie pas que le temple doive être reconstruit avant l’enlèvement de l’Église. L’Écriture ne le dit pas et nous n’avons pas à attendre cela. Cependant, il est possible que la construction débute avant l’enlèvement de l’Église. Le temple sera achevé dans la courte période dont nous ne connaissons pas la longueur, qui se déroulera entre l’enlèvement de l’Église et le début de la 70ème semaine. Les Juifs offriront des sacrifices, observeront fêtes et sabbats – mais tout cela dans l’incrédulité.
La 70ème semaine de Daniel 9
« Comprends donc la parole, et sois intelligent dans la vision : Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville… » Daniel 9. 23 et 24.
Lorsque Gabriel vient vers lui pour lui parler, le prophète Daniel confesse, dans une prière remarquable, le péché d’Israël envers son Dieu (Dan. 9. 20 à 23). Par le moyen d’une vision, l’ange va lui faire connaître des évènements importants, à venir encore au temps de Daniel, mais pour certains, accomplis à notre époque, et pour d’autres encore futurs. Nous allons essayer de donner quelques explications des paroles de l’ange à Daniel.
Les évènements décrits du verset 24 jusqu’au milieu du verset 26 sont ceux qui se sont accomplis dans le passé pour nous (les 69 semaines). Les évènements qui sont dévoilés à partir de la seconde moitié du verset 26 et au verset 27, se dérouleront dans un avenir qui est aujourd’hui très proche (la 70ème semaine), qui suivra l’enlèvement de l’Église dans le ciel.
Nous allons détailler maintenant quelque peu ce que seront les évènements qui vont se produire pendant cette période de temps, durant laquelle de nombreux jugements vont tomber sur la terre et sur ceux qui l’habitent, et spécialement sur les Juifs des deux tribus de Juda et Benjamin, qui sont celles qui ont rejeté et mis à mort leur Messie, et qui seront alors en Palestine et à Jérusalem. (pour plus de détails sur ce que signifie la 70ème semaine et ce que sont les 69 précédentes, voir Compléments : 1. La 70ème semaine – Daniel 9. 24 à 27).
Le chef de l’Empire romain
« Et il [le prince qui viendra – v. 26] confirmera une alliance avec la multitude [pour] une semaine ; et au milieu de la semaine [litt. : à la demi-semaine] il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; et à cause de la protection des abominations [il y aura] un désolateur, et jusqu’à ce que la consomption et [ce qui est] décrété soient versés sur la désolée (la [ville] dévastée) » Daniel 9. 27.
Ce passage du prophète Daniel présente un personnage qui jouera un rôle très important dans les évènements des 7 années qui suivront l’enlèvement de l’Église. « Le prince qui viendra » désigne le chef de l’Empire romain reconstitué. Il nous est décrit en Apocalypse 13. 1 à 8. (Voir plus bas : Les instruments de Satan).
« La multitude », ce sont les Juifs apostats qui concluront une alliance avec lui, pour une durée de 7 ans, afin d’être protégés contre l’Assyrien – qui est « le Roi du Nord », le « désolateur » ; « la désolée » étant la ville de Jérusalem. Le Psaume 83, par exemple, nous montre l’objectif de plusieurs nations ennemies d’Israël, qui est de le détruire : « Ils ont dit : Venez, et exterminons-les du milieu des nations, et qu’on ne se souvienne plus du nom d’Israël » (Ps. 84. 2 à 7). C’est d’ailleurs déjà aujourd’hui, le désir proclamé de plusieurs nations du Proche-Orient.
Le peuple juif apostat s’alliera donc avec le chef politique de l’Empire romain reconstitué et sa puissance militaire. Cette alliance est décrite comme étant « une alliance avec la mort », « un pacte avec le shéol » (És. 28. 15) car, d’une part elle sera rompue brutalement par le chef de l’Empire romain au bout de trois ans et demi, et d’autre part elle n’empêchera pas l’Assyrie – le « bâton de la colère » de Dieu contre son peuple (És. 10. 5) – d’envahir Israël et de dévaster Jérusalem (És. 28. 18 et 19). Cette alliance scelle le début de la dernière semaine d’années avant la fin du temps. (Au sujet de l’Assyrie, voir Compléments : 6.Notes sur l’Assyrien).
Jugements et persécutions
« L’Éternel a un débat avec les nations, il entre en jugement avec toute chair. » Jérémie 25. 31.
La « 70ème semaine » s’ouvrira par des jugements, lorsque le Seigneur Jésus, « le lion qui est de la tribu de Juda », « l’agneau qui se tenait là, comme immolé », prendra le livre de la main de Dieu et en rompra les sceaux l’un après l’autre. (Apoc. 5. 1 à 10). Le 7ème sceau introduira les 7 trompettes, puis suivront les 7 coupes qui seront les 7 dernières plaies (Apoc. 8 à 16). Les séries de jugements successifs sont donc typifiés par : 7 sceaux, le dernier introduisant 7 trompettes, la dernière introduisant 7 coupes. Le découpage de ces différents jugements successifs entre les deux parties de la semaine n’est pas toujours présenté exactement de la même manière par les commentateurs qui ont écrit sur l’Apocalypse. (Voir Compléments : 3. Les jugements de l’Apocalypse).
« L’évangile du royaume » sera prêché pendant la durée de cette semaine d’années (soit 7 ans, partagée en deux parties de 3 ans ½ chacune). Cet évangile sera différent de l’évangile de la grâce annoncé aujourd’hui afin d’amener des âmes au salut par la foi au Seigneur Jésus. Le temps de la grâce étant terminé, Dieu donnera aux hommes une possibilité d’entrer dans le royaume terrestre de Christ. Ainsi l’évangile du royaume annoncera la venue du Roi, qui viendra du ciel pour établir son royaume millénaire sur la terre. Les témoins juifs qui annonceront cette bonne nouvelle seront persécutés pendant tout le temps de leur témoignage.
– Durant la 1ère partie de la semaine, les jugements tomberont sur une partie de la terre, essentiellement l’empire romain occidental. Ces jugements semblent correspondre aux sept sceaux et aux six premières trompettes (Apoc. 6 à 9).
– Le milieu de la semaine sera marqué par plusieurs évènements importants, dont la venue de Satan sur la terre, car il sera alors chassé du ciel où il se trouve jusque-là. Le règne de Christ est annoncé à la septième trompette (Apoc. 11. 15 à 19). Elle annonce « la fin du mystère de Dieu » (Apoc. 10. 7) et introduit les derniers jugements de la fin de la colère de Dieu (Apoc. 15. 1 à 8) ;
– Au cours de la 2nde demi-semaine, des jugements de forte intensité tomberont sur toute la terre habitée. Ces jugements aggravés correspondent aux « sept coupes » de la colère de Dieu, les sept dernières plaies des derniers jugements (Apoc. 15 et 16).
– La fin de la semaine de 7 ans verra le terme des souffrances et la délivrance pour le peuple de Dieu, ainsi que les derniers jugements sur ses ennemis et les ennemis du Seigneur. (Voir Compléments : 3. Les jugements de l’Apocalypse).
Nous allons maintenant essayer de donner davantage de détails sur les évènements qui se produiront pendant cette « semaine d’années ».
A. 1ère demi-semaine – « un commencement de douleurs »
« Toutes ces choses sont un commencement de douleurs… » Matthieu 24. 8.
L’Église gardée « hors de l’épreuve »
« Je te garderai [hors] de l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière… » Apocalypse 3. 10.
C’est le Seigneur Jésus Lui-même qui appelle cette période de temps : « un commencement de douleurs » (Mat. 24. 8). Il y aura alors sur la terre des guerres, « des famines, des pestes, des tremblements de terre en divers lieux » (v. 6 et 7). Dans le livre de l’Apocalypse, ce temps est désigné comme étant « l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre » (Apoc. 3. 10).
Précisons tout de suite que la 70ème semaine d’années commencera un peu de temps après l’enlèvement de l’Église. Il ne fait aucun doute que l’Église ne traversera pas ce temps d’épreuve. Le Seigneur lui a promis : « Je te garderai [hors] de l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre » (Apoc. 3. 10 – voir 1 Thess. 1. 10). Après le départ pour le ciel de tous les croyants, morts et vivants, et du Saint Esprit, (qui est actuellement dans l’Assemblée et dans chaque croyant) (1 Thess. 4. 16 et 17), les choses se mettront rapidement en place. Dieu reprendra ses relations avec son peuple terrestre, mais par le moyen des jugements. La signature de l’alliance entre l’empire de Rome et les Juifs marquera le début de la « semaine ».
Après l’enlèvement de l’Église, il y aura une courte période de temps dont la durée ne nous est pas connue. Puis commenceront les jugements finaux de la « semaine d’années ». La fin de la semaine sera suivie d’une autre courte période de jugements complémentaires.
Les instruments de Satan
Deux personnages, instruments de Satan, apparaîtront au grand jour à ce moment-là. Ce seront les deux formes que prendra le pouvoir du mal. Ils sont tous les deux appelés des « bêtes », car ils n’auront aucune relation avec Dieu. Ils auront tout pouvoir sur les habitants de la terre. Le premier aura le pouvoir politique, le second, le pouvoir religieux.
La 1re bête : elle est décrite en Apocalypse 13. 1 à 10. C’est à la fois un homme, qui viendra d’entre les nations (la mer, qui représente les nations – Apoc. 13. 1) et qui sera le chef de l’Empire romain reconstitué à ce moment-là, et en même temps la confédération de 10 nations (Apoc. 17. 11 à 13), avec la « petite corne » à sa tête (voir Dan. 7. 7 et 8 ; 19 à 21 ; 24 et 25). Les 10 rois (chefs de gouvernement), donneront leur pouvoir au chef de l’Empire romain (Apoc. 17. 13). Celui-ci tiendra son pouvoir de Satan lui-même : la bête « monte de l’abîme » (Apoc. 17. 8), et « le Dragon (Satan) lui donna sa puissance et son trône, et un grand pouvoir » (Apoc. 13. 2). La « bête » exercera ce pouvoir sur « tous ceux qui habitent sur la terre » (Apoc. 13. 7 et 8). Tous les hommes seront contraints de lui rendre hommage, ainsi qu’à son image que l’Antichrist dressera dans le temple de Jérusalem (Apoc. 13. 4, 8, 14 et 15 ; 19. 20).
Plusieurs autres passages de la Parole nous donnent des informations concernant cette 1ère « bête ». Voir : Apocalypse 17. 10 à 18 ; 19. 19 et 20 ; Daniel 9. 7 à 11 ; 19 à 21 ; 23 à 26. Elle est appelée « le roi de Babylone » en Ésaïe 14. 4.
« L’autre bête » : elle est décrite en Apocalypse 13. 11 à 18. C’est l’Antichrist, qui sera le chef religieux adjoint au chef politique (la 1re bête). Voir 2 Thessaloniciens 2. 9 ; Daniel 11. 37 ; Genèse 49. 16 et 17 ; Daniel 11. 36 ; Ésaïe 8. 21 ; 30. 33 ; 57. 9. Cet homme sera un Juif, probablement issu de la tribu de Dan. Il exercera tout le pouvoir du chef de l’Empire romain qu’il soutiendra et secondera. Il s’opposera violemment tout ce qui est appelé Dieu et se présentera lui-même comme étant Dieu (2 Thess. 2. 4) !
L’Antichrist est typifié par : Abimélec (Jug. 9) ; Saül (1 Sam. 8 à 31) ; Absalom (2 Sam. 15 à 19) ; Achab (1 Rois 16 à 18) ; Achaz (2 Rois 16) ; Shebna (És. 22. 15) ; Sédécias (Jér. 39 et 52) ; Haman (Esther 3 à 7) ; Hérode (Mat. 2) ; le voleur (Jean 10. 10 à 13).
L’Antichrist est appelé par plusieurs noms différents : l’Antichrist (1 Jean 2. 18 à 22) ; l’homme de péché ; le fils de perdition (2 Thess. 2. 3) ; l’inique (2 Thess. 2. 8) ; une autre bête (Apoc. 13. 11 à 16) ; le faux prophète (Apoc. 16. 13 ; 19. 20 ; 20. 10) ; le berger insensé et le pasteur de néant (Zach. 11. 15 à 17) ; l’homme de sang et de tromperie (Ps. 5. 6) ; le roi (Dan. 11. 36 ; És. 8. 21 ; 30. 33 ; 57. 9) ; le méchant (Ps. 10 ; 109. 2 ; 112. 10) ; celui qui vient en son propre nom (Jean 5. 43).
B. « À la demi-semaine »
« Au milieu de la semaine, il [le chef de l’Empire romain] fera cesser le sacrifice et l’offrande » Daniel 9. 27.
C’est le moment où commencera « le jour de la colère » de Dieu (Soph. 2. 2 et 3 ; Rom. 2. 5). Les jugements de cette période seront plus rigoureux et implacables que ceux de la 1ère demi semaine (« l’heure de l’épreuve ») et s’étendront à toute la terre. Ce sera alors le temps de « la grande tribulation », qui comprendra les jugements décrits en Apoc. 10 à 19.
Le milieu de la semaine sera marqué par plusieurs évènements :
– Satan sera précipité du ciel sur la terre (Apoc. 12. 7 à 9). « Malheur à la terre et à la mer, car le diable est descendu vers vous, étant en grande fureur, sachant qu’il a peu de temps » (Apoc. 12. 12) – il ne lui reste que 3 ans ½ avant d’être lié dans l’abîme où il sera hors d’état de nuire pendant 1000 ans (Apoc. 20. 1 à 3). Il va se servir de ses deux instruments, politique et religieux, le chef de l’Empire romain et l’Antichrist. Nous aurons donc là une « triade » du mal. Le « dragon » (Satan) donnera un grand pouvoir à la première « bête » (le chef politique) qui pourra agir pendant « quarante-deux mois ». Elle blasphémera contre Dieu, fera la guerre aux saints (sur la terre) et les vaincra (voir Apoc. 13. 1 à 10). « L’autre bête » (le chef religieux) se donnera l’apparence d’un agneau mais parlera « comme un dragon » (Satan) (Apoc. 13. 11) et exercera « tout le pouvoir » de la 1re bête devant les hommes, qu’elle séduira par des miracles (Apoc. 13. 12 à 14).
– L’alliance sera rompue (Dan. 9. 27 ; És. 28. 18) – cela afin que les fausses religions de la chrétienté apostate et du judaïsme fassent place à l’adoration de la bête et de son image établie dans le temple. Tout service religieux sera supprimé. Ceux qui refuseront la marque de la bête (Apoc. 13. 16 à 18) seront le résidu juif croyant et les Gentils qui auront accepté l’évangile du royaume (Mat. 10. 13) prêché par quelques-uns du résidu juif dans les villes d’Israël.
– l’Antichrist se présentera aux Juifs comme leur Messie et sera reçu par eux comme leur roi. Il s’établira à Jérusalem, s’assiéra au temple de Dieu et se présentera lui-même comme étant Dieu (2 Thess. 2. 4) ! Antiochus Épiphane avait autrefois placé une image de Jupiter dans le temple (170 av. J.C) ; il était alors un type de l’Antichrist qui établira « l’abomination de la désolation » dans le temple de Jérusalem (Mat. 24. 15 ; Marc 13. 14 ; Dan. 9. 27 ; Apoc. 13. 14 et 15). « L’abomination de la désolation », ou « l’idole qui désole », « ce qui dévaste », qui entraînera la ruine, sera la représentation (statue, image 3D, holographe… ?) de la bête romaine placée dans le temple de Jérusalem pour y être adorée.
– La Bête romaine et l’Antichrist (la puissance politique et la puissance religieuse), se ligueront pour persécuter les saints et tenter de les anéantir (Apoc. 13. 5).
– Le résidu juif refusera d’adorer la bête et n’acceptera pas sa marque. Il sera terriblement persécuté. Ces Juifs seront des témoins pour Dieu face à l’idolâtrie, sous la protection de Dieu. Plusieurs subiront le martyre. Certains d’entre eux – le « résidu » (ou : reste) fidèle – s’enfuiront de Jérusalem, vers les montagnes de Judée, en Moab, au Liban et vers d’autres villes de la Palestine. Ils y annonceront « l’évangile du royaume », qui sera ainsi « prêché dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations » (Mat. 24. 14). Cependant certains d’entre eux resteront dans Jérusalem où ils seront des témoins de Dieu qui les protégera (voir plus bas : Les témoins).
– La fausse église sera détruite, le système religieux sans vie de la chrétienté professante, appelé symboliquement « la grande Babylone » (Babylone signifie confusion). Ce système rassemblera toutes les personnes non sauvées issues du catholicisme, du protestantisme et aussi des orthodoxes et de toutes les nombreuses religions qui se disent chrétiennes. Tous seront unifiés sous l’autorité de Rome après que tous les vrais croyants auront été enlevés et qu’il ne restera plus sur la terre que des incrédules – même s’ils professeront peut-être encore être chrétiens, aucun n’aura la vie de Dieu.
Ce système terrestre opposé à Dieu et à son peuple dans tous les âges, est symbolisé par :
– Une femme (Jésabel), « la grande prostituée », vue ainsi comme une grande puissance religieuse ;
– Une ville, « Babylone la grande », « la grande ville », vue ainsi comme puissance politique (Rome), économique et culturelle.
Ce système religieux sans la vie de Dieu aura dominé au début de la semaine sur l’Empire romain et sur le monde (voir l’image de Apoc. 17. 3 et 18). Il y aura, pendant un temps, une association entre la fausse église (Babylone) et l’anti-église (Empire Romain). Mais cette association prendra fin brutalement lorsque les 10 rois (gouvernements) qui se seront placés sous l’autorité de la Bête et lui auront donné leur pouvoir (Apoc. 17. 12 et 13), se retourneront contre la fausse église pour la détruire (Apoc. 17. 16 et 17). Elle sera dépouillée de ses immenses richesses, ses crimes et ses mensonges seront dévoilés. Il est probable que la chrétienté apostate prendra ainsi fin en même temps que l’abolition du service juif dans le temple. Il n’y aura alors plus aucune religion dans le monde, sinon celle de l’adoration de la bête romaine.
La destruction de la fausse église est décrite en Apocalypse 17. 1 à 7 et 18. 1 à 24.
Au chapitre 17, nous trouvons un premier jugement, exercé par « les dix cornes » (v. 12), c’est-à-dire les dix rois ou chefs de gouvernement qui régneront ensemble. La fausse église aura dominé sur l’Empire romain qui l’a soutenue (v. 7) et sur « les rois de la terre » (v. 18). Elle aura eu une influence mondiale sur les hommes (v. 15). Mais, d’un seul coup, la situation est totalement renversée et les rois, qui auront donné leur pouvoir à la Bête romaine, se tourneront alors contre la fausse église, « haïront la prostituée et la rendront déserte et nue » et tout pouvoir sera désormais entre les mains de l’empire romain (v. 16, 17). Ces événements auront probablement lieu à la fin de la première demi-semaine. Le champ sera libre pour l’Antichrist et la « bête » romaine, qui se présenteront comme étant Dieu (ou : comme un dieu), et auxquels tous devront rendre hommage ainsi qu’à Satan (le « dragon ») (2 Thess. 2. 4 ; Apoc. 13. 4, 8 et 15).
Au chapitre 18, nous voyons un second jugement, exercé par Dieu Lui-même. Il jugera définitivement « la grande prostituée qui corrompait la terre par sa fornication » (Apoc. 19. 2). Et « Babylone la grande ville… ne sera plus trouvée » (18. 21). La fausse église, qui aura persécuté et mis à mort les saints (v. 24), ses abus et les horreurs qu’elle aura commis, ses péchés « amoncelés jusqu’au ciel » (v. 5), ses orgueilleuses prétentions (v. 7), ses immenses richesses (v. 16), ses liaisons impures avec les puissants de la terre (v. 3, 9), ses trafics avec les grands, ou les « marchands de la terre » (v. 11 à 14, 23), tout cela sera entièrement détruit.
Ce second jugement sera quelque peu postérieur au premier, car il arrivera avec la 7ème coupe de colère, qui sera versée à la fin de la grande tribulation (voir 16. 17 à 19). Il se situera donc chronologiquement à la fin de :
C. La 2nde demi-semaine
« Ce sera un temps de détresse tel, qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là. Et en ce temps-là ton peuple sera délivré » Daniel 12. 1.
« Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant et qu’il n’y en aura jamais. Et si ces jours-là n’avaient été abrégés, nulle chair n’aurait été sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours-là seront abrégés » Matthieu 24. 21 et 22.
« Hélas ! que cette journée est grande ! Il n’y en a pas de semblable ; et c’est le temps de la détresse pour Jacob, mais il en sera sauvé » Jérémie 30. 7.
Trois ans et demi d’épreuve
« … le parvis… a été donné aux nations, et elles fouleront aux pieds la cité sainte quarante-deux mois » Apocalypse 11. 2.
Dans cette 2nde et dernière partie de la « semaine », les évènements se précipiteront. Les jugements sur la terre se feront plus intenses. Ils n’atteindront plus uniquement l’Empire romain, mais ils s’étendront à toute la terre. La persécution et la souffrance des Juifs atteindra son comble.
Les jugements de Dieu seront :
Contre Israël, et ce sera pour eux un temps de tribulation (ou : d’affliction) (Mat. 24. 21 et 22), appelé aussi dans la Parole « la détresse de Jacob » (Jér. 30. 7) ;
Contre les nations et ce sera pour elles « le jour de la colère » (Apoc. 6. 17 ; Soph. 2. 2 et 3).
À plusieurs reprises la Parole mentionne la durée précise de cette période de temps : une demi-semaine, 42 mois, 1260 jours, « un temps, des temps, et la moitié d’un temps ». La grande tribulation sera l’épreuve du reste pieux du peuple Juif par ces derniers jugements, afin de l’amener à se repentir et à reconnaître son Messie.
La « bête » romaine, revêtue d’une énergie donnée par Satan, persécutera et fera la guerre contre les saints pendant toute cette période, par l’intermédiaire de son allié, l’Antichrist, qui sera à Jérusalem, et les habitants du monde lui rendront hommage (Apoc. 13. 5 à 7). Les habitants de la terre seront séduits par les miracles et les signes que « l’autre bête » (l’Antichrist) accomplira. Il dressera une image de la 1ère bête, qui parlera et possédera la respiration (mais elle n’aura pas la vie, car seul Dieu peut la donner). Tous les hommes rendront hommage à cette représentation du chef de l’Empire romain. Quant à l’Antichrist, « l’homme de péché », il « s’assiéra lui-même au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu » (2 Thess. 2. 4) !
Les hommes sur la terre devront aussi recevoir une marque de leur appartenance à la bête par « une marque sur leur main droite ou leur front ». Ceux qui refuseront d’adorer la bête romaine et son image, ou la marque de leur dépendance entière à sa domination, seront persécutés et mis à mort (Apoc. 13. 13 à 18). Cependant, tous ne mourront pas : Dieu protégera les Juifs opprimés dans Jérusalem (Dan. 12. 1) et maintiendra en vie des Gentils qui auront accepté l’évangile du royaume. Nous avons déjà vu aussi que plusieurs se seront enfuis, au début de cette 2nde période d’épreuve, dans les montagnes et le désert (Mat. 24. 15 à 21 ; Apoc. 12. 6, 13 à 17 – voir És. 26. 20). (Voir plus haut : Le résidu Juif).
« À cause des élus », le Seigneur abrégera dans sa grâce ce temps de terribles tribulations (voir Mat. 24. 22 ; Rom. 9. 27 et 28). Ces « élus » seront le « résidu » (ou : reste) du peuple juif qui sera épargné par le Seigneur et sauvé à travers la grande tribulation. Il les rassemblera tous ensemble par le moyen de ses anges, en vue de la bénédiction millénaire sur la terre (Mat. 24. 31).
Les témoins
« Et je donnerai puissance à mes deux témoins, et ils prophétiseront mille deux cent soixante jours… » Apocalypse 11. 3.
Ils seront suscités juste avant la moitié de la semaine, au moment de la sixième trompette (voir 9. 13 puis 11. 2 à 13, après la parenthèse du ch. 10). Leur mission est annoncée en rapport avec le fait que « les nations fouleront aux pieds la cité sainte » (Apoc. 11. 2 ; Luc 21. 24 – Jérusalem sera la proie de l’Assyrien et de l’empire romain). Ainsi, pendant 1260 jours, c’est-à-dire pendant toute la durée de cette 2nde demi-semaine, deux témoins puissants envoyés par Dieu prêcheront le royaume de Dieu et annonceront la venue de Christ (2 est le chiffre du plus petit témoignage recevable (Nomb. 35. 30 ; Deut. 17. 6 ; Mat. 18. 16 ; 2 Cor. 13. 1) – plusieurs commentateurs pensent qu’il est possible que 2 soit ici un chiffre symbolique ; ces témoins seront donc peut-être plus nombreux).
Une fois qu’ils auront accompli leur mission de témoignage, Dieu permettra que « la bête qui monte de l’abîme » – l’empire romain et son chef – fassent la guerre aux deux témoins. Ils les vaincront, et les mettront à mort (Apoc. 11. 7 ; 13. 7 ; Dan. 7. 21). Leurs corps seront exposés à la vue du monde entier pendant 3 jours et demi. Mais ensuite, ils ressusciteront et monteront au ciel devant les yeux stupéfaits du monde entier (Apoc. 11. 11 et 12).
Ainsi, de nombreux témoins fidèles seront mis à mort pendant cette période d’épreuve terrible, mais ceux qui seront préservés à travers la grande tribulation entreront dans le royaume millénaire.
D. Fin de la semaine
L’apparition
« … L’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ » Tite 2. 13.
« Toutes les tribus de la terre… verront le fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire » Matthieu 24. 30.
« … l’apparition de sa venue » 2 Thessaloniciens 2. 8.
La fin de cette semaine de jugements sera marquée par la venue du Seigneur sur la terre, en puissance et en gloire. C’est son apparition, ou « épiphanie ». Personne ne l’aura vu lorsqu’Il sera venu chercher les siens à sa première venue (« parousie »), par laquelle Il aura enlevé au ciel les siens, morts et vivants, sans venir Lui-même sur la terre. Mais lors de son apparition pour délivrer son peuple Israël et établir son règne de 1000 ans sur la terre, tout le monde Le verra – et particulièrement les Juifs qui reconnaîtront alors leur Messie, Celui qu’ils avaient « percé », mis à mort autrefois sur une croix (Apoc. 1. 7). (Voir Compléments : 4. Les 3 phases de l’apparition du Seigneur).
L’indignation
« Encore très peu de temps, et l’indignation sera accomplie et ma colère dans leur destruction » Ésaïe 10. 25.
« Tu parcourus le pays avec indignation, tu foulas les nations avec colère » Habakuk 3. 12.
Les 7 années de jugement et d’épreuve se termineront à l’apparition du Seigneur en gloire – c’est la fin du « temps de détresse » pour Israël (És. 40. 2 ; Jér. 30. 7 ; Dan. 12. 1) – et par les jugements finaux qui précéderont immédiatement l’établissement du royaume millénaire. Les ennemis d’Israël et du Seigneur seront tous détruits. Les évènements préparatoires à l’établissement du Millénium ne se dérouleront pas en un seul instant. C’est pourquoi une période de temps supplémentaire sera nécessaire pour que le Seigneur soumette tous ses adversaires et ceux de son peuple terrestre.
Ces évènements importants suivront donc la fin de la dernière demi-semaine et prépareront l’établissement d’Israël en paix dans son pays, et le trône du Messie en Sion. Le fait qu’ils se succéderont les uns aux autres est probablement la raison des 30 et 45 jours dont nous parle le prophète Daniel (Dan. 12. 11 et 12). Cette période permettra le plein établissement de la bénédiction de l’ordonnance du royaume. Elle est appelée dans l’Écriture « l’indignation » (És. 10. 5 et 25) et durera donc 75 jours, à la suite immédiate des trois ans et demi de la 2nde demi-semaine. Daniel 12. 11 et 12 nous permet d’effectuer le calcul suivant : depuis le milieu de la 70ème semaine, on a 1260 + 30 + 45 = 1335 jours.
« L’indignation » (colère intense, fureur – voir És. 26. 20 ; 30. 27), c’est d’abord l’indignation de Dieu contre Israël, pécheur et idolâtre. Dieu emploiera comme instruments l’Assyrie et les nations qui entourent Israël (Ps. 83. 4 et 5). Puis ce sera l’indignation contre ces nations, en jugement (És. 10. 24 et 25 ; Dan. 8. 19 ; 11. 36 ; Nah. 1. 5 et 6 ; Soph. 3. 8).
Les ennemis de Dieu et de son peuple qui seront détruits pendant cette période précédant immédiatement le règne de Christ seront :
– L’Empire romain : son chef, l’antichrist, et toutes leurs armées (Apoc. 19. 19 à 21) ;
– Le roi du Nord – ou « Assyrien » – ses alliés et toutes leurs armées (Dan. 8. 23 à 25 ; 11. 40 à 45) ;
– La Russie et ses alliés – « Gog » (Éz. 38 et 39) ;
– Édom et les nations voisines d’Israël (Zach. 9. 13 à 16).
(Voir Compléments : 5. Les batailles de la fin).
À la fin des 1335 jours, « l’affaire » sera « achevée et abrégée en justice » (Rom. 9. 28) par le Seigneur. Ce sera alors enfin la pleine bénédiction du millénium.
Nous allons détailler un peu les différents jugements de cette courte période de temps sur les ennemis du Seigneur et d’Israël.
Les jugements de l’indignation : 1. La coalition occidentale – la « Bête » et l’Antichrist
« … la Bête fut capturée, et avec elle, le faux prophètes… Ils furent tous deux jetés vivants dans l’étang de feu embrasé par le soufre » Apocalypse 19. 20.
Ce premier événement se produira chronologiquement entre le 1er et le 2nd siège de Jérusalem par le roi du Nord, l’Assyrien.
Pendant que le roi du Nord, après avoir pris Jérusalem, poursuit ses conquêtes jusqu’en Égypte, Satan, accompagné de ses deux instruments (le chef de l’Empire romain et l’Antichrist), assemblera une immense armée parmi tous les hommes de la terre, et ils viendront dans le pays d’Israël. Toutes ces puissances de méchanceté, c’est-à-dire la bête, les rois de la terre et leurs armées, seront alors assemblées « pour livrer combat à celui qui était assis sur le cheval et à son armée » – c’est-à-dire le Seigneur et ses saints (Apoc. 19. 11 à 16 ; 17. 14). Ce peuple immense remplira la vallée de Meguiddo (lieu des multitudes), « au lieu appelé en hébreu Armaguédon (colline de Meguiddo) » (Apoc. 16. 16). Mais il n’y aura pas de combat, car le chef de l’Empire romain et l’Antichrist seront pris et jetés dans l’étang de feu par le Seigneur Lui-même, et les armées de l’Empire romain seront détruites par le feu qui descendra du ciel (voir Apoc. 19. 19 à 21). Comme annoncé par le prophète Daniel, « la pierre » tombera alors sur « les pieds d’argile et de fer » de la statue du rêve de Nebucadnetsar (Dan. 2. 34 et 35, 45).
C’est le commencement du « jour du Seigneur » qui prendra publiquement pouvoir et autorité sur le ciel et la terre. Ce « jour » se terminera après le Millénium, le jugement des morts et la dissolution de la terre actuelle.
Les jugements de l’indignation : 2. L’Assyrien
« Et il arrivera que, quand le Seigneur aura achevé toute son œuvre contre la montagne de Sion et contre Jérusalem, je visiterai le fruit de l’arrogance du cœur du roi d’Assyrie et la gloire de la fierté de ses yeux » Ésaïe 10. 12.
Lorsque la mission de l’Assyrien sera terminée, le courroux de Dieu contre Israël cessera. « Quand le Seigneur aura achevé toute son œuvre contre la montagne de Sion et contre Israël », quand sa colère contre son peuple apostat et idolâtre sera apaisée (voir És. 40. 2), alors Il anéantira l’instrument dont Il s’était servi, et qui aura montré une fierté et un orgueil indescriptibles (És. 10. 12). La « colère de l’Éternel » prendra fin avec l’anéantissement de l’Assyrien, et non pas avec celui de l’Antichrist et de l’empire romain, lesquels auront déjà été jugés préalablement.
Auparavant, tout à la fin de la semaine – « au temps de la fin » -, le « roi du midi » (l’Égypte et ses alliés), attaquera la Palestine dans le but de prendre Jérusalem (Dan. 11. 40 à 45 ; Jér. 46. 3 à 9). Mais en même temps, le « roi du Nord » (l’Assyrie et les nations alliées, toutes vassales de la Russie) lèvera une immense armée terrestre et maritime, et combattra contre l’Égypte. L’Assyrien remportera la victoire, se dirigera ensuite vers Jérusalem en ravageant la Palestine et en détruisant tout sur son passage ; il « inondera et passera outre ; et il viendra dans le pays de beauté » (Dan. 11. 40). L’Antichrist s’enfuira de Jérusalem pour trouver protection auprès du chef de l’Empire romain (Zach. 11. 17).
Le roi du Nord dressera un premier siège contre Jérusalem (ce sera le châtiment de Dieu contre les Juifs apostats – És. 10. 5 et 6). L’alliance que les Juifs avaient faite avec le chef de l’Empire romain ne les protégera pas. L’Assyrien envahit la Palestine (És. 8. 5 à 8 ; 10. 5 et 6) et la ville sera prise (voir És. 28. 15). Le roi du Nord y entrera, la ravagera (És. 28. 18 et 19) et tuera les deux tiers des Juifs qui s’y trouvent ; la masse apostate juive sera détruite ; la moitié de la ville sera emmenée en captivité (Zach. 13. 8 ; 14. 1 et 2 ; És. 64. 10 et 11).
L’Assyrien poursuivra son chemin en dévastant tout le pays jusqu’en Égypte, mais certains pays lui échapperont (Édom, Moab, Ammon (Dan. 11. 41) – leur jugement final aura lieu par le moyen des 12 tribus réunies). À la suite « des nouvelles de l’orient et du nord » (Dan. 11. 44), il reviendra en fureur vers Jérusalem, pour détruire et tuer. Il dressera une seconde fois le siège contre la ville – probablement dans les 30 jours qui suivront les 3 ans ½ de la dernière semaine d’années – mais il sera subitement détruit par le Seigneur qui apparaîtra sur la montagne des Oliviers (Dan. 11. 45 ; És. 14. 24 à 27 ; 30. 31 à 33 ; 31. 8 et 9 ; Michée 5. 5 et 6). Ce sera le châtiment de Dieu contre l’Assyrien (És. 10. 12). Le résidu qui demeurait à Jérusalem sera sauvé par l’intervention du Seigneur.
(Au sujet de « l’Assyrien, voir Compléments : 6.Notes sur l’Assyrien).
Les jugements de l’indignation : 3. La Russie et ses alliés
« Et il arrivera, en ce jour-là, que je donnerai là à Gog un lieu pour sépulcre en Israël » Ézéchiel 39. 11.
Pendant la période de « l’indignation », Gog (la Russie) et ses immenses armées (Perse (Iran), Puth (Libye), etc.) va monter « du fond du Nord » pour attaquer les 12 tribus qui viennent de trouver le repos dans leur pays (Éz. 38 et 39 ; És. 36 et 37). Le Seigneur ne permettra pas que Jérusalem soit prise une fois de plus. Un tremblement de terre soudain et d’autres catastrophes naturelles amèneront la chute de Gog sur les montagnes d’Israël (Éz. 38. 19 à 22). C’est « le jour de la vengeance de l’Éternel ». Ces armées seront tellement nombreuses qu’il faudra 7 mois pour ensevelir Gog et ses multitudes (Éz. 39. 12 à 16) !
La restauration d’Israël
« En ce temps-là ton peuple sera délivré » Daniel 12. 1.
Lorsque le Seigneur descendra du ciel avec ses armées célestes, Il sera vu sur la montagne des Oliviers ; Il se montrera aux Juifs du résidu fidèle de Juda restés à Jérusalem. Ils s’humilieront, mèneront deuil et seront rétablis dans la communion avec leur Messie (Zach. 12. 10 à 14). Ceux qui L’auront vu apporteront aux Juifs cachés dans les montagnes les nouvelles concernant le retour du Seigneur à Jérusalem. Ils sortiront alors de leurs cachettes. Israël sera délivré de ses ennemis et restauré. Ainsi que l’Écriture l’a annoncé, « Tout Israël sera sauvé » – « le Libérateur viendra de Sion ; il détournera de Jacob l’impiété » (Rom. 11. 26 ; És. 59. 20).
La restauration d’Israël aura lieu en deux phases :
1. Les 2 tribus (Juda et Benjamin), coupables de la mort du Seigneur, se repentiront lorsqu’elles verront leur Messie apparaître sur la montagne des Oliviers pour les délivrer, à l’issue de la grande tribulation (voir Zach. 12. 8 à 14). La repentance de Juda et Jérusalem sera l’accomplissement prophétique du grand jour des expiations (Lév. 23. 26 à 32). Il s’agit du « résidu » qui n’aura pas accepté la domination de l’Antichrist et « la marque de son nom » (Apoc. 13. 16 et 17) et qui seront préservés par le Seigneur à travers les grandes souffrances qu’ils endureront à cause de leur fidélité (voir Zach. 13. 8 et 9 ; 12. 10 à 14).
2. Les 10 tribus (appelées Éphraïm) sortiront, par la puissance de Dieu, des pays où elles se trouveront, et seront ramenées en Palestine. Elles seront « épurées » dans le chemin du retour par Dieu qui entrera en jugement avec elles. Les rebelles à Dieu périront dans le chemin, les autres entreront dans la terre d’Israël (voir (Éz. 20. 33 à 38). Ces « tribus perdues » d’Israël, dispersées aujourd’hui dans le monde entier, constitueront « le reste d’Israël » (voir Jér. 32. 37 ; És. 49 ; 54. 7 ; Zach. 6. 6 à 12). Les réchappés entreront dans leur pays dans la joie (És. 49. 12 et 13).
Les 12 tribus seront alors rassemblées et constitueront à nouveau un seul peuple (És. 11. 11 et 12 ; 27. 12 et 13). Ils reconnaîtront le Seigneur comme leur Messie et leur Sauveur. Le Seigneur établira avec elles « une nouvelle alliance » (És. 55. 3 ; Jér. 31 ; 37. 26 ; Héb. 8. 6 à 12 ; 10. 16 et 17 ; Rom. 11. 26). Les épreuves traversées les auront préparées à entrer dans les bénédictions milléniales où ils connaîtront joie, paix, prospérité sous le règne béni du Seigneur.
Le jugement des nations voisines d’Israël
« Qui est celui-ci, qui vient d’Édom, de Botsra, avec des habits teints en rouge, celui-ci qui est magnifique dans ses vêtements, qui marche dans la grandeur de sa force ? » Ésaïe 63. 1.
Édom (Botsra) et les nations voisines d’Israël seront vaincues par Éphraïm (Israël) et Juda retrouvés. Édom sera totalement détruit (És. 11. 14 ; 34. 5 à 15 ; Éz. 35) – en fait, c’est le Seigneur Lui-même qui anéantit Édom à Botsra : voir Ésaïe 63. 1 à 6. Les jugements exécutés par les Juifs (Éphraïm et Juda réunis) sont mentionnés en Zacharie 9. 13 à 16 ; 12. 6 ; 14. 14.
Le jugement des nations, ou « des vivants »
« Et il jugera au milieu des nations, et il prononcera le droit à beaucoup de peuples » (És. 2. 4).
Ce jugement des hommes vivants sur la terre aura lieu à l’apparition en gloire du Seigneur (Matt. 25. 31 et 32 ; 13. 40 et 41) sur la terre, dans la vallée de Josaphat (Joël 3. 1, 2, 12 à 14).
Après que le Seigneur aura délivré le résidu juif des persécutions de la grande tribulation (voir Mat. 24), Il s’assiéra sur son trône comme Roi et Juge et procédera aux jugements des nations auxquelles l’évangile du royaume aura été annoncé (Mat. 24. 14 ; Joël 3. 2 et 12). Il opérera une séparation entre le bien et le mal, et déterminera qui entrera dans le Royaume. Le sort des nations sera prononcé en fonction de l’accueil que chacun aura donné aux envoyés du Seigneur, des Juifs convertis dans la période qui suivra l’enlèvement de l’Église. Jésus les appelle « les plus petits… qui sont mes frères » (Mat. 25. 40 et 45). Dans les persécutions et la souffrance, ils auront répandu l’évangile du royaume. Il s’agira pour les hommes sur la terre, de prendre position par rapport au Fils de l’homme.
Ceux qui auront reçu les représentants de Christ du dernier jour, et auront accepté l’évangile du royaume, auront leur récompense et entreront « dans la vie éternelle » (v. 46), c’est-à-dire dans le règne millénial de Christ. Ces sauvés sont appelés les brebis. Ceux qui ne les auront pas reçus et auront ignoré cet évangile connaîtront les peines et tourments éternels loin de Dieu ; ils sont appelés les chèvres (v. 45 et 46).
Tous les jugements préparatoires au règne de Christ seront alors terminés. Après les 45 jours, ce sera enfin la pleine délivrance, où tous seront heureux et bénis. Le règne de paix de Christ se déploiera sur toute la terre.
Le Millénium – un règne de justice et de paix
« Voici, un roi régnera en justice » (És. 32. 1).
Le Millénium sera la période durant laquelle Christ régnera sur la terre et dans le ciel. Christ régnera sur la terre et dans le ciel (le Royaume a une partie céleste – appelée « le royaume du Père », et une partie terrestre, appelée « le royaume du Fils de l’homme ».Le Millénium est appelé la « plénitude des temps », (Éph. 1. 10), durant lequel la domination universelle du Seigneur remettra tout en ordre. Tous les principes qui auront échoué et se seront effondrés entre les mains des hommes, dans toutes les dispensations précédentes (en Israël aussi bien que dans les nations), seront établis et maintenus dans une grande gloire et une justice sans faille entre les mains du « second homme ». En sa main « le plaisir de l’Éternel prospérera » (És. 53. 10) dans une administration parfaite de toutes choses.
La volonté, le plaisir, le propos de Dieu pour « l’administration de la plénitude des temps », se réaliseront : tout sera « réuni en un, …, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre », sous l’autorité de Christ (Éph. 1. 9 et 10). Christ sera vu par tous comme le Roi de toute la terre, Celui que Dieu avait en vue depuis toujours « J’ai oint mon roi sur Sion » (Ps. 2. 6).
Le règne de Christ sera unique, dans sa durée et dans le fait qu’il sera un règne de justice et de paix, comme jamais le monde n’en a connu. Christ sera le vrai Melchisédec, roi de justice et roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix (Gen. 15. 18 ; Héb. 7. 1 à 3) ; Il sera « sacrificateur sur son trône » (Zach. 6. 13) ; « Et lui sera la paix » (Michée 5. 5). Son sceptre sera « un sceptre de droiture » (ou : de justice) et « de fer » (Ps. 45. 6 ; 2. 9) par lequel Il gouvernera avec une pleine autorité les bons et les méchants (Ps. 101. 6 à 8). Les saints célestes régneront avec Christ. (Voir Compléments : 7. Les saints célestes qui régneront avec Christ).
Pendant les mille ans de son règne, Christ aura tout le gouvernement sous sa main (És. 9. 6). Sa domination sera universelle. Il mettra tout en ordre sous son autorité suprême. Il jugera en justice et droiture (Ps. 72. 1 à 4 ; És. 11. 4 et 5).
Bien que réprimé par le sceptre de la puissance de Christ, il y aura encore du péché pendant cette période, mais il sera jugé chaque matin (Ps. 101. 7 et 8 ; Soph. 3. 5 ; Ps. 34. 16). Il en résultera que, malgré toute la bénédiction de ce temps de règne de paix de Christ, la mort subsistera néanmoins. Ceux qui mourront seront des pécheurs, des méchants (És. 65. 20 ; Ps. 101. 7 et 8), parmi ceux qui naîtront pendant le Millénium et qui n’auront donc pas la « nouvelle naissance ». Les croyants « nés de nouveau », quant à eux, ne connaîtront pas la mort.
La gloire de Dieu se manifestera alors d’une façon visible :
– dans les cieux par la « sainte cité » qui descendra du ciel, « ayant la gloire de Dieu » (Apoc. 21. 10). « La sainte cité, Jérusalem, descendant du ciel d’auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu » (Apoc. 21. 9 à 22. 5). Elle sera vue au-dessus de la Jérusalem terrestre, formant une relation entre le ciel et la terre.
– sur la terre, par une nuée et une fumée sur chaque demeure de Sion (És. 4. 5). Dieu demeurera au milieu de son peuple par cette gloire visible (Zach. 2. 10).
Pendant le Millénium, l’Assemblée sera le saint réceptacle du pouvoir divin pour gouverner la terre.
Pour les Juifs sur la terre, ce sera alors le « temps du rétablissement de toutes choses », les « temps de rafraîchissement » qu’ils avaient autrefois refusé en rejetant définitivement Jésus Christ (début des Actes). Le pays leur sera partagé en héritage selon les 12 tribus. Ils seront en paix, en repos et en sécurité dans une terre agrandie (Ps. 72. 8 ; Éz. 47. 15 à 21 ; És. 54. 2 et 3) selon les promesses faites à Abraham et dans les limites fixées sous Moïse et Josué (Deut. 1. 7 ; 11. 24 ; Jos. 1. 4).
Les nations converties s’attacheront à l’Éternel ; elles seront son peuple, elles L’aimeront et Le serviront (És. 56. 6 ; Zach. 2. 11 ; Ps. 47. 9 ; Dan. 7. 14 ; Soph. 3. 9 ; Ps. 72. 11). Elles s’uniront au peuple « du Dieu d’Abraham » pour une louange commune (Ps. 47. 9). Israël sera alors à la tête des nations qui les honoreront (Soph. 3. 19 et 20) et les serviront.
La ville de Jérusalem sera particulièrement glorieuse et honorée. Elle sera le centre du gouvernement du royaume du Fils, capitale de la terre, centre de toute bénédiction pour Israël mais aussi pour toutes les nations.
Sur la montagne de Sion sera érigé un nouveau temple ; la gloire de l’Éternel le remplira (Éz. 43. 4 et 5). Il sera « une maison de prière pour tous les peuples » (És. 56. 7 – comp. Mat. 21. 13 ; Zach. 8. 20 à 22). Le Prince – descendant de David sera le représentant du Seigneur sur la terre. Il aura une place de prééminence parmi le peuple. Il entrera et sortira devant l’Éternel, il s’assiéra devant l’Éternel et mangera en sa présence (Éz. 44. 3). Il aura une fonction sacerdotale (Éz. 45. 17). Les Lévites, descendants de Tsadok, effectueront leur service dans le sanctuaire de Dieu (Éz. 44. 15 et 16 ; voir 1 Rois 1. 11. Les sacrifices seront en souvenir de celui qui a été offert par Christ à la croix une fois pour toutes (et non pas l’annonce de ce sacrifice comme sous l’ancienne alliance) (Jér. 17. 26 ; Éz. 43. 18 à 27 ; 45. 18 à 20).
La terre – et même toute la création qui, aujourd’hui, « soupire et est en travail », sera affranchie de la servitude de la corruption, et libérée des conséquences de la malédiction (Gen. 3. 17 et 18 ; Rom. 8. 19 à 22 ; Ps. 67 ; Ps. 72). Elle sera exceptionnellement fertile (Amos 9. 13 ; Ps. 72. 16) et connaîtra la prospérité. Elle sera comblée de richesses par le fleuve de Dieu (Ps. 65. 9 à 13). Le désert deviendra un champ fertile, le pays autrefois désolé sera labouré et couvert de végétation (Éz. 36. 34 ; És. 41. 18 et 19).
La création animale participera à la bénédiction milléniale. Les instincts sauvages des animaux seront changés et ils ne présenteront plus de danger pour l’homme ; ils ne se dévoreront plus entre eux (És. 11. 6 à 9 ; 35. 9 ; 65. 25 ; Éz. 34. 25). (Voir Compléments : 8. Qui entrera dans le royaume millénaire ?)
Après le Millénium et avant « l’état éternel »
« Il faut qu’il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds » 1 Corinthiens 15. 25.
Le règne de justice et de paix de Christ a une durée limitée à 1000 ans. Il devra donc se terminer. Que se passera-t-il ensuite ?
Plusieurs évènements auront lieu dans la période qui suivra immédiatement le règne de 1000 ans :
– Satan libéré de sa prison et délié, rassemblera des hommes « des quatre coins de la terre » pour les conduire à une ultime révolte contre Dieu et « rassemblés pour le combat ». Ils seront dévorés par le feu. « Le diable qui les avait égarés » sera jeté pour l’éternité dans « l’étang de feu et soufre » (Apoc. 20. 7 à 10).
– Le ciel et la terre actuels seront détruits et remplacés par « un nouveau ciel et une nouvelle terre. En fait, nous ne savons pas s’ils seront littéralement détruits ou s’ils seront entièrement nettoyés et purifiés, comme cela a eu lieu pour la terre lors du déluge. Hébreux 1. 10 à 12, citant le Psaume 102, dit : « … la terre et les cieux… eux, ils périront… ils vieilliront tous comme un habit, tu les plieras comme un vêtement, et ils seront changés » (voir encore 2 Pier. 3. 10 et 12 ; Apoc. 20. 11 ; 21. 1).
– Le jugement des morts : c’est dans un lieu indéterminé (puisque la terre et le ciel actuels auront disparu), devant « le grand trône blanc » (Apoc. 20. 11), qu’aura lieu le solennel jugement de tous les morts incrédules, chacun selon ses œuvres. La description de leurs caractères se trouve en Apocalypse 21. 8. Des livres seront ouverts devant le Seigneur, dans lesquels toutes leurs œuvres mauvaises seront trouvées écrites. Mais leurs noms ne se trouveront pas dans « le livre de vie ». Les morts seront alors jetés dans « l’étang de feu », c’est « la seconde mort », la séparation éternelle d’avec Dieu (Apoc. 20. 15). (Voir encore Act. 17. 31 ; Apoc. 20. 5 et 7).
L’état éternel
« Ensuite la fin » … « Dieu… tout en tous » (1 Cor. 15. 24 et 28)
L’éternité s’ouvrira alors, dans laquelle le temps aura pris fin. La Parole de Dieu s’ouvre avec la création des cieux et de la terre dans le temps (Gen. 1) qui rompt l’éternité « passée » et elle se clôt avec la fin du temps dans l’état éternel (Apoc. 21. 1 à 8). La parenthèse temporelle qui aura commencé avec Adam et aura vu la venue du Fils de Dieu sur la terre et sa mort sur la croix, se terminera avec la fin du royaume millénaire de Christ sur la terre, pour faire place à nouveau, et définitivement, à l’éternité.
Le Seigneur Jésus remettra le royaume à Dieu le Père (1 Cor. 15. 24). Il l’aura administré en perfection pendant les 1000 ans de son règne, Il aura aboli « tout pouvoir, toute autorité et toute puissance » (1 Cor. 15. 24). Dieu aura mis « tous ses ennemis sous ses pieds » (Ps. 110. 1, rappelé 6 fois dans le Nouveau Testament). Alors le Fils, en tant qu’Homme, sera de nouveau soumis comme Il l’était sur la terre ; mais Il reste « sur toutes choses Dieu béni éternellement » (Rom. 9. 5), un avec le Père (Jean 10. 30).
La mort – le dernier ennemi – aura été abolie (1 Cor. 15. 26) et jetée dans l’étang de feu (Apoc. 20. 14) ; toutes les souffrances liées au péché auront alors disparu : « il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car les premières choses sont passées » (Apoc. 21. 4).
Toutes choses seront faites nouvelles par Dieu (Apoc. 21. 5). Un nouveau ciel (atmosphérique) est créé, ainsi qu’une nouvelle terre (sans mer, donc avec des conditions de vie différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui) sur laquelle les hommes convertis et ainsi nés de nouveau habiteront, et Dieu avec eux.
Les croyants appartenant à l’Assemblée – c’est-à-dire tous les croyants depuis la descente du Saint Esprit sur la terre jusqu’à l’enlèvement de l’Église à la venue du Seigneur – de Actes 2 jusqu’à 1 Thessaloniciens 4. 17 – seront « pour toujours avec le Seigneur », dans le repos, le bonheur et la gloire du ciel.
L’Église, c’est-à-dire les saints de la période de la grâce, constitueront – seront – la sainte cité, l’Épouse éternelle de Christ. Elle descendra désormais du ciel (sa destinée céleste est ainsi soulignée) mais elle ne viendra pas sur la nouvelle terre (comp. Apoc. 21. 2 et 10). Elle demeurera à toujours en relation avec la terre. Dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre (Apoc. 21. 1), la justice habitera (2 Pier. 3. 13). Dieu Lui-même habitera (tabernaclera) avec les hommes. (Apoc. 21. 3) par l’intermédiaire de la sainte cité.
Tous les jugements sont effectués. Des êtres célestes, terrestres et infernaux, tous plient le genou devant Lui, et « toute langue reconnaît que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 10 et 11).
Toutes les paroles de Dieu sont accomplies : « C’est fait » – elles sont achevées, accomplies (Apoc. 21. 5).
Ce sera alors « la fin », c’est-à-dire la fin du temps et le commencement de l’état éternel dans lequel « Dieu (Père, Fils et Saint Esprit) sera tout en tous » (voir 1 Cor. 15. 24 à 28).
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Compléments
La 70ème semaine – Daniel 9. 24 à 27.
v. 24. « Soixante-dix semaines ont été déterminées sur ton peuple et sur ta sainte ville, pour clore la transgression, et pour faire propitiation pour l’iniquité, et pour introduire la justice des siècles, et pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le saint des saints ». v. 25. « Et sache, et comprends : depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem jusqu’au Messie, [le] prince, il y a sept semaines et soixante-deux semaines ; la place et le fossé seront rebâtis, et [cela] en des temps de trouble. v. 26. « Et après les soixante-deux semaines, [le] Messie sera retranché et n’aura rien ; et le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint et la fin en sera avec débordement ; et jusqu’à la fin [il y aura] guerre, un décret de désolations. v. 27. « Et il confirmera une alliance avec la multitude [pour] une semaine ; et au milieu de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; et à cause de la protection des abominations (idoles), [il y aura] un désolateur, et jusqu’à ce que la consomption et [ce qui est] décrété soient versés sur la [ville] dévastée ».
Dans les versets 24 à 27 du chapitre 9 de Daniel, les « semaines » dont il est fait mention à six reprises, sont des « semaines d’années », c’est-à-dire que : 1 semaine = 7 ans. Il s’ensuit donc que les 70 semaines recouvrent une période de : 70 x 7 = 490 ans. Nous comprenons par la prophétie que 69 « semaines » sont passées – soit 483 ans – et que 1 semaine reste à venir pour compléter la période.
Nous vivons actuellement dans un temps intermédiaire, qui dure depuis près de 2000 ans, à l’issue duquel le Seigneur enlèvera son Église au ciel. Dieu reprendra alors ses relations avec Israël sur la terre et le préparera par l’épreuve à recevoir son Messie qui viendra le sauver. Ce peuple est actuellement dans l’endurcissement de cœur envers son Messie, car « la plénitude des nations » n’est pas encore entrée au ciel, ce qui va se produire à la venue du Seigneur Jésus pour les siens lorsque le dernier de ceux que le Seigneur ajoute à son Assemblée sera venu à Jésus (voir Rom. 11. 22 à 32 ; Act. 2. 47).
Les temps des nations
La période de 7 ans encore à venir, appelée la 70ème semaine, complète et termine ce que la Parole de Dieu appelle le – ou les – « temps des nations » (Éz. 30. 3 ; Luc 21. 24), c’est-à-dire le temps où le gouvernement est confié aux Gentils et non pas à Israël. L’infidélité et l’incrédulité du peuple de Dieu étant finalement parvenues à leur comble, Dieu met de côté son peuple pour une période de temps. Le peuple est alors appelé « Lo-ammi » – « pas mon peuple » (Osée 1. 9). Israël est tout d’abord, transporté en Assyrie par Shalmanéser en -721, Juda quelques années plus tard, est transporté à Babylone en -606).
Cette longue période de temps a commencé avec Nebucadnetsar et l’Empire Babylonien (-606 à -538) ; elle a été suivie par l’Empire Médo-Perse (-538 à -331), puis par l’Empire Grec d’Alexandre le Grand (-331 à -168). Puis ce sont les Romains qui ont pris l’ascendant (-168 à 476 – empire romain d’occident – et 1453 – empire romain d’orient). Ces 4 grands empires nous sont décrits en Daniel 2 et 7 :
Daniel 2 nous présente l’histoire générale passée des royaumes successifs des nations représentés par la statue du rêve de Nebucadnetsar.
Daniel 7 nous présente l’histoire de ces 4 empires en rapport avec Israël, le peuple de Dieu, dans les terribles « bêtes » du rêve du prophète.
Le temps de la domination des nations se terminera lorsque le Seigneur Jésus viendra établir son règne sur la terre, par la destruction de l’Empire romain reconstitué à la fin des temps, et qui dominera lors de la 70ème semaine dont nous parle Daniel 9. Le royaume du Seigneur Jésus sera « un royaume qui ne sera jamais détruit » (Dan. 2. 44), c’est-à-dire qu’il se prolongera sans heurt durant 1000 ans, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus le remette à Dieu (1 Cor. 15. 24).
Israël (les 10 tribus) sera alors, dès la venue en gloire de Christ, de nouveau l’objet de la miséricorde de Dieu ; une abondante bénédiction viendra sur lui. Pendant la longue période du temps des nations, il aura été appelé « Lo-Ammi » – pas mon peuple. (Israël d’abord, transporté en Assyrie en -721 ; Juda ensuite, transporté à Babylone en 606). Désormais, Dieu l’appellera « Rukhama » – elle a [obtenu] miséricorde – et « Ammi » – mon peuple (Osée 1. 10 et 11 ; 2. 1).
Le temps de la domination des nations sur la terre se situe de part et d’autre de la parenthèse de la période actuelle de la grâce, qui se situe donc entre la 69ème et la 70ème semaine. Pendant la période de la grâce, le temps n’est pas compté ; il est indépendant de l’ordre prophétique des évènements concernant Israël et de ses rapports avec les 4 monarchies. C’est le temps de la formation de l’Église. Cette période a commencé le jour de la Pentecôte qui a suivi l’œuvre du Seigneur à la croix (probablement en l’an 32 après J.C), et elle se prolonge depuis bientôt 2000 ans… Après l’enlèvement de l’Église, l’Empire romain qui n’existait plus depuis bien longtemps, renaîtra et dominera à nouveau sur les nations.
C’est dans un temps de confusion et de désordre parmi les nations, que plusieurs pays s’associeront pour former une confédération de 10 nations de l’Occident (il est possible que le nombre 10 soit ici symbolique, comme étant le nombre de la responsabilité de l’homme). Cette confédération de nations régnera en association avec le chef de l’Empire romain, à qui les dix rois (ou gouvernants) donneront puissance et pouvoir (Apoc. 17. 12 et 13). Ce sera alors la renaissance de l’ancien empire romain, annoncé par la prophétie. Le chef suprême de l’Empire romain reconstitué et qui dominera à nouveau, est appelé dans l’Apocalypse, la « Bête », – « la bête qui était et qui n’est pas et va monter de l’abîme… » (voir Apoc. 17. 8, 10 et 11). Ce terme désigne en même temps celui qui en sera la tête politique, le chef. Voir Daniel 2. 41 à 43 ; 7. 7, 8, 19 à 25 ; Apocalypse 13. 1 à 9.
Mais le Seigneur Jésus Lui-même, à son apparition, détruira cet empire, ses armées et son chef (Dan. 2. 34, 35, 44, 45 ; 7. 9 à 14). Ce sera la fin du « temps des nations » et l’établissement du glorieux règne de justice et de paix du Seigneur Jésus – « un royaume qui ne sera jamais détruit » (Dan. 2. 44 ; 7. 27).
Les 69 semaines
Depuis l’émission du décret d’Artaxerxès (-445 avant J.C) autorisant la reconstruction de Jérusalem, jusqu’à l’entrée solennelle du Messie à Jérusalem comme Prince et Roi de Juda (Mat. 21. 5, comparez avec Zach. 9. 9 – 32 après J.C) – on compte 483 ans (69 x 7 = 483).
– Début de la période : 7 semaines (49 ans) : reconstruction de Jérusalem et de la muraille (voir Néh. 2 : le décret relatif à la reconstruction de Jérusalem).
– 7 et 62 semaines : « Depuis la sortie de la parole pour rétablir et rebâtir Jérusalem, jusqu’au Messie, le prince, il y a 7 et 62 semaines : « la place et le fossé seront rebâtis, et cela en des temps de trouble » (Dan. 9. 25).
– Après les 62 semaines (donc à la fin de la 69ème) : Christ est rejeté et mis à mort (« le Messie sera retranché et n’aura rien » – ou : n’aura pas de successeur). À la croix, la 69ème semaine de Daniel est accomplie (Dan. 9. 26).
La période qui suit ne fait pas partie de ces semaines mais se trouve comme une parenthèse entre la 69ème et la 70ème semaine. C’est la période de la grâce de Dieu qui dure encore aujourd’hui et se clôturera à la venue du Seigneur Jésus pour prendre les siens auprès de Lui. Après la mort du Messie, la destruction de Jérusalem (70 après J.C.) et toute une série de malheurs devaient avoir lieu, qui ne sont pas inclus dans ces deux semaines (Dan. 9. 26). Les 7 ans qui doivent compléter cette période de 490 ans sont donc encore à venir (483 + 7 = 490).
La 70ème semaine
– Début de la semaine : La 70ème semaine commencera après que Christ sera venu pour prendre l’Église auprès de Lui – et avec elle tous les rachetés des temps antérieurs (Héb. 11. 40). Cette semaine est partagée en 2 demi-semaines d’années de 3 ans et demi chacune.
– 1ère ½ semaine : Elle commencera quand la grande masse du peuple apostat aura conclu une alliance avec le Chef de l’Empire Romain pour 7 ans. Il se déroulera un court laps de temps entre l’enlèvement de l’Église et le début de la semaine. Sa durée exacte n’est pas mentionnée dans la Parole, peut-être du fait que certains événements achèveront de se mettre en place durant cette courte période. Mais le fait qu’il est parlé à plusieurs reprises du milieu de la semaine implique que cette 70ème semaine est partagée en deux parties égales.
– Les Juifs (Juda et Benjamin) rentrés dans leur pays, auront de nouveau une existence politique (c’est le cas depuis 1948) ; le temple sera rebâti (la construction débutera peut-être avant même l’enlèvement de l’Église), les ordonnances rétablies sous la protection de l’Empire Romain.
– 2ème ½ semaine : Elle commence lorsque Satan est précipité du ciel (Apoc. 12. 7 à 9). Le chef de l’Empire romain (1ère Bête) rompt l’alliance avec les Juifs. L’Antichrist (2ème Bête), dresse la statue du Chef de l’Empire romain dans le temple (« l’idole qui désole ») et se fait adorer comme Dieu, étant salué comme Messie par le peuple apostat. Cette période correspond aux 7 coupes d’Apocalypse 16, les derniers jugements de la colère de Dieu (Apoc. 15. 1). Sa durée exacte est précisée à de nombreuses reprises dans l’Apocalypse (Apoc. 11. 2 et 3 ; 12. 6 et 14 ; 13. 5) et en Daniel 7. 25 ; 12. 7.
Chronologie sommaire de l’enlèvement de l’Église à l’éternité à venir
– Le Seigneur Jésus vient d’un instant à l’autre chercher les siens : résurrection des justes endormis, les vivants partent avec eux à la rencontre du Seigneur, en l’air (1 Thess. 4. 16 et 17).
– Le Tribunal de Christ devant lequel paraissent tous les croyants (Rom. 14. 10 à 12 ; 2 Cor. 5. 10).
– Le Jugement et la destruction de la fausse église (Apoc. 17 et 18).
– Les Noces de l’Agneau (Apoc. 19. 7 à 9). Christ se présentera son épouse à Lui-même dans le ciel, « glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable », « vêtue de fin lin, éclatant [et] pur » (Éph. 5. 27 ; Apoc. 19. 7 à 9).
– Les jugements : les 7 sceaux, les 7 trompettes et les 7 coupes (Apoc. 6 à 16).
– Le début de l’heure de l’épreuve: 1ère ½ semaine – un commencement de douleurs.
– Satan jeté sur la terre : à la demi-semaine (Apoc. 12. 7 à 12).
– La grande tribulation : 2nde ½ semaine. (42 mois ; 1260 jours ; un temps, des temps et une moitié de temps).
– À la fin des 3 ans ½ : l’apparition de Christ (Apoc. 19. 11 à 16). Il descend du ciel en puissance et en gloire (Apoc. 19. 11 à 16 ; Jude 14 et 15 ; Mat. 24. 29 et 30), accompagné des saints et des anges (1 Thess. 3. 13 ; 2 Thess. 1. 7). La venue de Christ sur la terre aura pour conséquences :
– Le jugement des nations (les puissances de l’Ouest) à Armaguédon (vallée de Meguiddo) où Satan et ses acolytes ont assemblé « les rois de la terre et leurs armées » – la confédération occidentale ; élimination de la bête et du faux prophète (jetés dans l’étang de feu) et de leurs armées (Apoc. 19. 19 à 21 ; 16. 13 à 16) ; leur jugement aura lieu probablement entre les deux sièges de Jérusalem par l’Assyrien ; Christ les vaincra et anéantira « l’inique… par l’apparition de sa venue » (2 Thess. 2. 8) ;
– Satan lié dans l’abîme pour 1000 ans (Apoc. 20. 1 et 2) ;
– La destruction de « l’Assyrien », le « Roi du Nord » et ses armées, qui monteront contre Jérusalem alors qu’Israël est en sécurité dans son pays, dans la période qui suit la fin de la grande tribulation (És. 29. 1 à 14 ; 14. 24 à 27 ; 30. 31 à 33 ; 31. 8 et 9 ; Dan. 11. 40 à 45), c’est-à-dire les 75 jours de « l’indignation » (Mich. 5. 6 ; Nah. 1. 5 et 6 ; Soph. 3. 8 – voir Dan. 8. 23 à 25 ; 12. 11 et 12). C’est lorsque l’Assyrien revient dresser le siège contre Jérusalem, entre la mer Méditerranée et la sainte ville, qu’il sera détruit. Christ descend sur la montagne des Oliviers qui se fend en deux parties (Zach. 14. 3 et 4) ;
– La destruction de Gog (la Russie) et ses alliés sur les montagnes d’Israël, au « jour de la vengeance de notre Dieu » (Éz. 38 et 39 ; És. 61. 2 ; 63. 1 à 6) pendant la période de « l’indignation » ;
– La délivrance finale d’Israël ;
– Le jugement des nations autour d’Israël (Tyr, Sidon, la Philistie), qui l’avaient autrefois asservi, dans la vallée de Josaphat (Josaphat signifie : l’Éternel juge) – (Joël 3. 2 et 12 ; Jér. 25. 30 à 38). Le peuple d’Israël est rassemblé dans son pays et délivré de tous ses ennemis ;
– Le jugement judiciaire des nations – ou : des vivants – dans la vallée de Josaphat (Joël 3. 1 et 2, 12), en fonction de leur attitude envers les envoyés du Seigneur qui auront prêché « l’évangile du royaume » (Mat. 24. 14) dans la période qui aura précédé la venue de Christ en gloire. Christ est assis sur le trône de sa gloire et les nations sont assemblées devant Lui (Mat. 25. 31 à 46).
– Le Millénium : la période du règne de justice et de paix du Seigneur ; la sainte cité, Jérusalem, descendant d’auprès de Dieu (Apoc. 21. 4 et 5 ; 21. 9 à 27 ; 22. 1 à 5).
– Après les 1000 ans : Satan délié et la dernière révolte des hommes contre Dieu – Gog et Magog -, Satan, la mort et le hadès jetés dans l’étang de feu (la 2nde mort – Apoc. 20. 7 à 10). (Le « hadès » est le lieu où se trouvent les âmes des hommes incrédules après leur mort, appelé le « shéol » dans l’Ancien Testament ; les âmes des justes vont au paradis).
– Le jugement des morts devant le « grand trône blanc » : ils seront jetés dans l’étang de feu – c’est la seconde mort – (Apoc. 20. 11 à 15).
– Les nouveaux cieux et la nouvelle terre selon la promesse de Dieu (2 Pier. 3. 13 ; És. 65. 17 ; Apoc. 21. 1), dans lesquels la justice habitera ; la sainte cité, nouvelle Jérusalem ; Dieu habite avec les hommes ; c’est l’état éternel (Apoc. 21. 2 à 8), « Dieu tout en tous » (1 Cor.15. 28).
Les jugements de l’Apocalypse
Trois fois sept jugements vont tomber sur la terre après l’enlèvement de l’Église et avant l’apparition du Seigneur en gloire. Ils sont symbolisés par 7 sceaux (Apoc. 5. 1) ; 7 trompettes (Apoc. 8. 1) et 7 coupes (Apoc. 16. 1).
On peut proposer la succession des jugements comme suit :
– 1ère ½ semaine : les 7 sceaux et les 6 premières trompettes (jugements sur les Juifs et les nations – sur le monde occidental) – Apoc. 6. 1 à 17 ; 8. 1 à 9, 21.
– À la ½ semaine : la 7ème trompette, « la fin du mystère de Dieu », l’annonce du royaume millénaire – Apoc. 10. 5 à 7 ; 11. 15 à 18.
– 2nde ½ semaine : les 7 coupes (jugements universels finaux – sur toute la terre) – Apoc. 15. 1 à 16, 21.
Les jugements des 7 coupes, les dernières plaies, correspondent au temps de la colère. « En elles le courroux de Dieu est accompli » – ou : achevé, consommé (15. 1).
Les 3 phases de l’apparition du Seigneur
La période qui se situe entre la fin des jugements de « la 70ème semaine » de Daniel (Dan. 9) et le début du règne millénaire de Christ, sera marquée par la venue du Seigneur, sur la terre, en puissance et en gloire. C’est son apparition, ou « épiphanie ». Personne ne l’aura vu lorsqu’Il sera venu chercher les siens à sa première venue (« parousie »), par laquelle Il a enlevé les siens, morts et vivants, au ciel, sans Lui-même venir sur la terre. Tout le monde Le verra (Apoc. 1. 7) lors de son apparition pour délivrer son peuple Israël et établir son règne de 1000 ans sur la terre.
Cette apparition de Christ se déroulera en trois phases :
– Il vient du ciel, accompagné des armées célestes (comme spectateurs des gloires de Christ en ce jour) pour frapper les nations, avec la Bête romaine et le faux prophète, l’Antichrist (Apoc. 19. 19 à 21 ; Zach. 14. 5) ;
– Il apparaît aux fidèles du résidu juif sur la montagne des Oliviers, et les délivre de l’Assyrien (Zach. 14. 3 et 4). C’est alors qu’ils Le reconnaissent comme leur Messie, celui qu’ils auront percé ». Ils sont profondément humiliés et repentants ; ils sont rétablis dans la communion avec Lui. Toutes les conditions sont dès lors réunies, et
– Il vient dans sa gloire avec tous les saints pour établir son règne de justice et de paix (Apoc. 19. 11 à 19 ; Zach. 14. 5).
5. Les batailles de la fin
Le Seigneur remportera quatre batailles successives – trois avant l’établissement du Millénium, la dernière après les 1000 ans de son règne :
– Sur la coalition des puissances de l’Ouest assemblées par Satan, le chef de l’Empire romain et l’Antichrist à Armaguédon (Apoc. 16. 16 ; 19. 19 à 21), la vaste plaine de Jizréel ;
– Sur l’Assyrien – ou : le Roi du Nord (Dan. 8. 25 ; 11. 45) – à « la fin de l’indignation » (Dan. 8. 19) ;
– Sur « Gog du pays de Magog » – Russie, Perse (Iran), Puth (Libye), etc. – les ennemis « du fond du Nord » (Éz. 38. 15) ; cette puissance venue du Nord est appelée « Gog » en Ézéchiel 38 et 39. Le prophète nous décrit les évènements qui se produiront dans la période de « l’indignation », juste à la fin de la 70ème semaine et avant le Millénium ; Israël sera déjà en sécurité dans son pays ;
– Sur « Gog et Magog » – ne pas confondre avec « Gog du pays de Magog ». Cette expression est utilisée pour indiquer le très grand nombre des hommes que Satan rassemblera « des 4 coins de la terre » et poussera à la révolte (Apoc. 20. 7 à 10).
6. Notes sur « l’Assyrien »
L’Assyrien est envoyé par Dieu et utilisé comme « un bâton » (És. 10. 24) contre le peuple juif, en réponse à deux faits :
1. La mise en place de l’image de la bête romaine dans le temple à la demi-semaine – « l’abomination qui cause la désolation », ou l’idole qui désole (Dan. 11. 31) ;
2. … l’apostasie totale et générale de son peuple : le rejet de Dieu et du Seigneur Jésus, l’abandon de tout ce qui s’y rapporte. On voit quelle était déjà autrefois la conduite des Juifs en Ésaïe 2. 8.
« L’Assyrien », ou « le Roi du Nord », est personnifié par celui que l’ange Gabriel appelle « un roi au visage audacieux » en Daniel 8. 23 à 25. Nous voyons qu’une grande puissance lui sera donnée (v. 24) et sa fin nous est décrite au v. 25 : « il sera brisé sans main », c’est-à-dire par une intervention divine (v. 11 et 45). Il sera à la tête d’une immense armée (Dan. 11. 40). Ainsi, le terme « l’Assyrien » désigne en même temps le « roi » et la confédération d’une grande multitude de peuples, soutenue par la puissance de la Russie.
Dans son orgueil et son incrédulité, « l’Assyrien », se croyant invincible, s’élèvera contre « le prince des princes », c’est-à-dire le Seigneur Lui-même ; mais il sera vaincu car le Seigneur le « brisera » (Dan. 8. 25) ; la Russie, qui le soutenait, ne viendra pas à son aide et « il viendra à sa fin » (Dan. 11. 45 – voir encore És. 10. 12 ; 31. 8 et 9).
Le jugement par l’Assyrien est appelé la « consomption » (vient du mot consumer – traduit aussi par destruction, anéantissement). Ce seront des jugements sur les Juifs et les nations environnantes (Dan. 9. 27 ; És. 10. 22 et 23 ; 28. 22). « Ha ! L’Assyrie, bâton de ma colère ! Et le bâton qui est en leur main, c’est mon indignation ! Je l’enverrai contre une nation profane ; et je lui donnerai un mandat contre le peuple de ma fureur, pour [le] butiner et pour [le] piller et pour le fouler aux pieds comme la boue des rues » (És. 10. 5…).
Les « nouvelles » (Dan. 11. 44) qui amèneront l’Assyrien à revenir de l’Égypte en Palestine pourraient être :
– Le retour des 10 tribus à Jérusalem, qui combattent jusque sur son territoire (Joël 3. 11 ; Zach. 9. 11 à 16 ; 10. 3 à 6…) ;
– L’avance des armées des puissances de l’Ouest qui arriveront pour reprendre Jérusalem (Apoc. 16. 13 à 16) ;
– Le jugement dans le pays d’Édom par Israël ; Édom, Moab et les fils d’Ammon (Dan. 11. 41), ceux qui auront échappé à l’Assyrien. Dieu va se servir de son peuple pour exécuter le jugement sur ces peuples (És. 25. 14). Voir Jér. 49. 17 ; Éz. 35. 14.
L’Assyrie sera « ravagée avec l’épée » par ceux de Juda qui étaient demeurés de reste après le 1er passage de l’Assyrien et qui combattront contre les troupes d’occupation laissées par le roi du Nord. Voir Zach. 14. 2 et 14 ; Michée 5. 5.
Ésaïe 30. 33 nous donne le sort final de l’Assyrien. Il sera jeté dans « l’étang de feu », là où sera « le roi », c’est-à-dire l’Antichrist (ainsi que la « Bête » romaine, Satan et ses anges – Apoc. 19. 20 ; 20. 10). « Topheth » – historiquement la vallée des fils de Hinnom, ou la Géhenne – est une image de « l’étang de feu ».
7. Les saints célestes qui régneront avec Christ
On peut distinguer 3 catégories de ces saints :
1. Une compagnie assise sur des trônes ; ceux qui ont été ressuscités ou changés à la venue de Christ (1 Thess. 4. 16 et 17 ; 1 Cor. 15. 51 à 54). Ce sont les « anciens » de l’Apocalypse.
2. Les martyrs morts avant les persécutions de la Bête (Apoc. 6. 9 à 11), durant la 1ère demi-semaine, sous le règne de la fausse église (Babylone).
3. Les martyrs mis à mort par les persécutions de la Bête lors de la 2nde demi-semaine, sous le règne de la Bête et de l’Antichrist (les « deux témoins » en font partie) (Apoc. 13. 15 et 11. 7).
8. Qui entrera dans le royaume millénaire ?
Lorsque Christ établira son royaume sur la terre, tous les croyants encore vivants à la fin des jugements y entreront. Ce seront ceux qui auront cru lorsqu’ils auront entendu l’évangile du royaume prêché pendant la « semaine » de jugements et qui auront survécu à ces terribles épreuves. Ils constitueront trois groupes de personnes :
1. Le résidu de Juda qui aura traversé la grande tribulation Ce sont les 144000 « achetés » d’Apocalypse 14. 1 à 5 ;
2. Un résidu d’Israël. Lors du retour des 10 tribus de tous les lieux de la terre où ils étaient dispersés, ceux qui auront été purifiés en chemin atteindront Jérusalem. Ce sont les 14400 « scellés » d’Apocalypse 7. 4 à 8 ;
3. Une grande foule des nations qui sera constituée de ceux qui auront reçu l’évangile du royaume ; ils viennent de la grande tribulation et auront été conservés en vie jusqu’à la fin de la « semaine ». Nous les voyons en Apocalypse 7. 9.
« Quelqu’un lui dit (à Jésus) : Je te suivrai où que tu ailles. Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas de lieu où reposer sa tête » Luc 9. 57 et 58.
Alors qu’Il est en chemin vers Jérusalem, de retour de la Samarie, Jésus rencontre une personne qui se propose de Le suivre « où qu’Il aille ». Jésus l’écoute, mais Il reconnaît dans son interlocuteur une volonté superficielle, fondée sur une émotion passagère. Devenir un disciple de Jésus, ce n’est pas seulement adhérer à une idéologie ou Le suivre dans ses déplacements : c’est un changement de vie radical, c’est savoir prendre sur soi sa propre croix, se considérer comme étant mort à ce monde.
Jésus a quitté la Maison de son Père pour venir sur cette terre et sa vie a été marquée par la souffrance : Il n’a pas eu un endroit où se reposer, Il a baissé (litt. : reposé) sa tête seulement lorsqu’Il a rendu son esprit en mourant sur la croix (Jean 19. 30). Luc ne nous dit pas quelle a été la décision prise par cette personne, c’est comme s’il laissait devant chacun de nous le choix de décider à quel prix nous sommes disposés à suivre le Seigneur.
Jésus dit « Suis-moi » à une deuxième personne. Si la première était trop précipitée dans son affirmation, celle-ci, par contre, temporise en donnant une réponse apparemment raisonnable : Je dois avant tout ensevelir mon père, puis je te suivrai. Mais Jésus lui montre ce qu’est la priorité du vrai disciple : c’est l’annonce du royaume de Dieu (v. 60). Ses paroles sont solennelles : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ».
Une troisième personne déclare vouloir suivre Jésus, comme la première ; mais, comme la deuxième, elle ignore l’ordre des priorités et elle veut faire quelque chose avant de réaliser ce qu’elle s’est proposé : prendre congé des siens. Jésus lui répond qu’il est impossible de tracer un sillon droit si, après avoir mis la main à la charrue, on regarde en arrière. Regarder en arrière, comme l’a fait la femme de Lot, signifie avoir des regrets, et expose ainsi au risque de ne pas persévérer dans notre service pour le Seigneur.
Il est Dieu : son invitation à Le suivre doit avoir la priorité absolue.