COMPTER NOS JOURS

 

Seigneur, tu as été notre demeure de génération en génération… d’éternité en éternité, tu es Dieu. Ps. 90. 1 et 2.

COMPTER NOS JOURS

Le Dieu qui est entièrement en dehors du temps s’est fait connaître aux hommes dans le temps. Ésaïe 57 dit qu’Il « habite l’éternité » (v. 15) – une expression remarquable ! Mais Il demeure aussi avec celui qui est humble.
Le Psaume 90, qui est une prière de « Moïse, homme de Dieu », médite sur ce thème de plusieurs manières.
Les années des hommes ne sont rien, comparées à Dieu. Lorsque 1000 ans s’écoulent, c’est seulement pour Lui comme le jour d’hier ou quelques heures de la nuit : « Mille ans, à tes yeux, sont comme le jour d’hier quand il est passé, et comme une veille dans la nuit » (v. 4).
Nous ressentons intensément nos péchés dans la présence d’un tel Dieu. « Nous consumons nos années comme une pensée », écrit Moïse (v. 9). Et même si nous vivons 70 ou 80 ans, elles ne sont que peine et vanité « car notre vie s’en va bientôt et nous nous envolons » (v. 10).
Où était Moïse, lorsqu’il avait 80 ans ? Il gardait des moutons dans le désert. À l’âge de 40 ans, homme puissant parmi les Égyptiens, il avait pris la décision de délivrer le peuple de Dieu (Act. 7. 25). Mais il avait agi sans retenue et de sa propre volonté, et non pas selon les voies et le moment fixés par Dieu, et c’est pourquoi il a dû s’enfuir vers un peuple qui n’était pas le sien.
Il est bien possible que Moïse, lorsqu’il écrivait ce psaume, ait eu en vue cette période de sa vie – un moment où il aurait même pu penser que sa vie pourrait prendre fin sans qu’il ait eu l’occasion de servir Dieu selon les grands desseins qu’il avait formés.
Mais le Dieu d’éternité, pour lequel nos années sont comme rien, nous enseigne néanmoins à compter nos jours. Quand nous prenons conscience de la brièveté de la vie, nous pouvons, comme Moïse, demander à Dieu qu’Il nous donne de la sagesse, de la compassion et de la joie, afin que nos vies Lui soient agréables, qu’elles aient un sens et de la valeur pour Lui.
Quel serviteur du Seigneur ne désirerait pas que Sa faveur soit sur nous chaque jour et qu’Il établisse sur nous l’œuvre de nos mains ? (v. 17)
Depuis l’éternité dans le temps, et jusque dans nos jours, notre Dieu vient à nous et se plaît à nous bénir.

D’après « The Lord is near » janvier 2013

JÉSUS, LE PAIN QUI VIENT DU CIEL

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Moi, je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne au désert et sont morts. C’est là le pain qui descend du ciel afin que celui qui en mange ne meure pas : Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; or le pain que moi je donnerai, c’est ma vie, que je donnerai pour la vie du monde. Jean 6. 48 à 51.

JÉSUS, LE PAIN QUI VIENT DU CIEL

Dans le cours de leur entretien avec Jésus, les Juifs avaient fait allusion à la manne dans le désert. À leur avis, ce miracle était beaucoup plus grand que cet évènement unique dont ils avaient fait l’expérience lorsque Jésus avait nourri 5000 hommes (Jean 6. 5 à 14).
Le Seigneur leur répète ce qu’Il leur avait déjà dit, à cause de l’importance de ce fait pour tous les hommes : Il est le pain de vie. Il donne la vie et la maintient.
Mais cette vie est d’un genre et d’une qualité très différents de la vie naturelle. Aussi, Il reprend le sujet de la manne pour établir une comparaison. Les Israélites qui avaient mangé la manne étaient morts, la plupart d’entre eux pendant la traversée du désert. Quoique ce don ait été un miracle quotidien, cela restait une nourriture physique : la manne ne pouvait pas abolir la mort physique.
Mais Jésus Christ, Lui, est le pain qui vient du ciel : « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (v. 51). Les mots « pain », « manger », « vie », ont un sens de symboles. Le pain est une Personne, manger ce Pain, c’est se l’approprier spirituellement, et la vie signifie une sécurité et une joie éternelles – la « seconde mort » n’ayant plus aucun pouvoir sur la personne concernée.
Le Fils de Dieu est venu comme Homme sur la terre afin que personne ne connaisse la « seconde mort », qui est l’étang de feu (Apoc. 20. 14 et 15). Mais la seule incarnation de Jésus ne suffisait pas : Il a dû mourir sur la croix pour que nous puissions recevoir la vie éternelle. Quelle grâce merveilleuse !

 

D’après « The Good Seed » février 2022

 

JÉSUS, CELUI QUI DONNE LA VIE ET LA SOUTIENT

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Jésus… déclara : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui se nourrit de ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est en vérité un aliment, et mon sang un breuvage. Celui qui se nourrit de ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi je vis à cause du Père, de même celui qui se nourrira de moi, celui-là aussi vivra à cause de moi. Voilà le pain qui est descendu du ciel… celui qui se nourrit de ce pain-là vivra éternellement. Jean 6. 53 à 58.

 

JÉSUS, CELUI QUI DONNE LA VIE ET LA SOUTIENT

Lire Jean 6. 41 à 59

 

Dans la synagogue de Capernaüm où Il enseignait, Jésus a d’abord parlé de la manne, la nourriture du peuple d’Israël dans le désert (v. 48), puis Il a poursuivi avec le pain de vie, un type de sa propre Personne, Dieu devenu Homme. Il a ensuite dirigé l’attention de Ses auditeurs sur Sa chair qu’Il donnerait pour la vie du monde (v. 53). Ces paroles ont produit beaucoup d’’irritation et même des disputes entre les Juifs : « Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? ». En posant cette question, ils montraient clairement que leur capacité de conception se limitait aux choses matérielles et visibles.
Le Seigneur n’a pas répondu à leur question, mais a insisté sur Ses affirmations concernant Sa chair, par ces mots : « En vérité, en vérité » (v. 52). Il a aussi ajouté qu’ils devraient « boire son sang » (v. 53). La séparation de la chair d’avec le sang signifie sans aucun doute possible que la mort est intervenue.
L’incarnation de Christ (le pain) et Sa mort (la chair et le sang), sont présentées ici comme une mise à l’épreuve de la foi. Ceux qui, par la foi, acceptent l’incarnation du Fils de Dieu accepteront de la même manière Sa mort expiatoire. Ceux-là ont la vie éternelle (v. 54).
Il ne suffit pas d’admirer la vie parfaite de Jésus et d’essayer d’imiter sa vie, même le plus sincèrement possible. Nous devons premièrement croire que Jésus est le Fils de Dieu venu du ciel, et deuxièmement que la mort de Christ n’a pas été seulement celle d’un martyr, mais le moyen que Dieu a employé pour la propitiation de nos péchés.
Quelques-unes des déclarations suivantes, dans les versets 50 à 58 de ce passage, paraissent se répéter, parce qu’elles se ressemblent. Mais si on les examine plus attentivement, on se rend compte que tel n’est pas le cas. Deux choses sont clairement distinguées :
1. Manger la chair de Christ et boire Son sang permet d’obtenir la vie éternelle (v. 50, 51 et 53) ;
2. Manger la chair de Christ et boire Son sang soutient cette vie (v. 54, 56 et 58). La première chose se produit une seule fois : c’est l’action de la foi lors de la nouvelle naissance. La seconde proposition a en vue une action continue dans la vie du croyant. L’action de manger et la nourriture, doivent toutes deux être comprises symboliquement. L’incarnation du Fils de Dieu et Sa mort expiatoire doivent être acceptées par la foi. Ensuite, le croyant se « nourrira » continuellement de Lui comme de Celui qui est mort.
Avec reconnaissance pour ce que Jésus a fait pour eux, les rachetés ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et a été ressuscité (2 Cor. 5. 15). Comme il a été remarqué, Christ devient alors le chez-soi de l’âme et sa raison de vivre. Cela produit, dans notre vie sur la terre, une joie véritable, qui se poursuivra dans l’éternité.

 

D’après « The Good Seed » février 2022

 

POURQUOI JÉSUS CHRIST EST-IL MORT ?

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Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. Gal. 2. 20.
Lui-même (Jésus) a porté nos péchés en son corps sur le bois, afin qu’étant morts aux péchés nous vivions pour la justice. 1 Pier. 2. 24.
Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu. 1 Pier. 3. 18.

 

POURQUOI JÉSUS CHRIST EST-IL MORT ?

 

Vous êtes-vous jamais posé cette question ? Elle nous concerne tous car, de la réponse que nous donnerons dépend notre avenir, dans cette vie et dans l’au-delà. Pilate, le gouverneur romain, avait compris que les chefs religieux étaient jaloux de Jésus, et il savait « qu’ils l’avaient livré par jalousie » (Mat. 27. 18). Ils L’accusaient de vouloir se faire roi, de se rebeller contre l’autorité de l’empereur et d’avoir blasphémé en se disant être le Fils de Dieu. Et pourtant Pilate, sans doute par peur et par calcul politique, le condamne, même en étant pleinement conscient de Son innocence.
À cause de cela, certains voient en Jésus le symbole de tous les innocents mis à morts injustement. Mais Il est bien plus que cela ! L’apôtre Paul écrit, comme nous l’avons lu dans le premier verset cité : « le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ». Vous ne pouvez avoir aucun doute quant aux motifs de la mort de Jésus : Il est mort sur la croix parce qu’Il vous aime ! Son amour est un amour infini… Il a accepté de sacrifier Sa propre vie pour tous ceux qui auront cru en Lui, même ceux qui ont été ses bourreaux.
Nous avons aussi lu : « Il a porté nos péchés en son corps sur le bois ». Il a fait cela pour nous sauver. Sur la croix, Jésus s’est chargé de nos péchés, qui nous empêchaient tout accès jusqu’à Dieu. Il a été condamné à notre place afin que Dieu puisse nous faire grâce, pour que nous puissions nous tenir sans crainte dans Sa présence, libérés de toute notre culpabilité. « Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu » (1 Pier. 3. 18).
Ainsi, Jésus est mort sur la croix parce qu’Il nous aimait et qu’Il voulait nous conduire jusqu’à Dieu. Sa mort n’est pas seulement la preuve de son amour infini, c’est aussi par elle qu’Il nous a libérés du jugement de Dieu.
Peu avant d’aller à la croix, Jésus avait prié Son Père, en disant : « J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » (Jean 17. 4). Et un instant avant de mourir, Il a dit : « C’est accompli » (Jean 19. 30).
Notre égoïsme, la haine, la méchanceté, l’orgueil, l’immoralité et toutes les autres fautes qui entachent nos vies, sont comme un mur infranchissable entre nous et Dieu. Mais Jésus a souffert sur la croix pour abattre ce mur élevé par nos péchés. Lui, le Juste, a pris notre place, à nous, injustes ; Il a payé notre dette, Il a porté notre fardeau. Il l’a fait afin que nous puissions être entièrement pardonnés par Dieu, sans que Sa justice parfaite soit compromise.
Il est mort, mais Il est maintenant vivant « aux siècles des siècles » (Apoc. 1. 18).
Jésus a accompli cette œuvre par amour. Dans notre monde, il n’y a rien qui puisse être comparé à cet amour, un amour qui se sacrifie, non pas pour des amis, mais pour des ennemis. C’est ce qui le rend absolument et merveilleusement unique.
Cher lecteur, voilà pourquoi vous devez croire en Jésus Christ. Il vous a tant aimé qu’Il a accepté de subir tout cela, et Il l’a fait pour vous, pour que vous soyez sauvé et que vous ayez la certitude que, après la mort, c’est la joie du ciel qui vous attend.
Jésus vous tend Sa main, qui a été percée par les clous de la croix, pour vous accueillir. N’attendez pas plus longtemps, saisissez-là !

 

D’après « Il buon seme » février 2022

 

JONAS

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La parole de l’Éternel [vint] à Jonas une seconde fois, disant : Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie-lui selon le cri que je te dirai. Jonas 3. 1 et 2.

 

JONAS 

 

Tout d’abord, Jonas a refusé de faire ce qu’il savait être la volonté de Dieu. Est-ce que cela n’est pas souvent le cas en ce qui nous concerne ? Mais Dieu a ramené Jonas dans le droit chemin ! Si les gens voulaient bien accepter l’œuvre accomplie par le Seigneur Jésus pour leur salut, ils connaîtraient bientôt la délivrance d’une vie amère.
Jonas s’est finalement souvenu de Dieu et il « pria l’Éternel, son Dieu, des entrailles du poisson » et l’Éternel fit « remonter [sa] vie de la fosse » (Jonas 2. 1 et 7). Après que Jonas eut confessé son péché et se soit confié en Dieu avec humilité, « l’Éternel commanda au poisson, et il vomit Jonas sur la terre » (2. 11).
Dieu, dans Sa grâce, donne souvent une « seconde chance » de Lui obéir, voire une troisième, ou même plus. Cette deuxième fois, Jonas n’a pas posé de questions à Dieu, mais il « se leva et s’en alla à Ninive, selon la parole de l’Éternel » (3. 3). Quel miracle ! Tant de personnes amenées à s’humilier par la prédication d’un seul homme !
Dieu peut, le plus souvent, nous utiliser quand nous sommes là où Il veut que nous soyons et lorsque nous faisons ce qu’Il veut que nous fassions. Il sait où et comment nous pourrons Le servir – que ce soit au bureau, à l’usine, à l’école, à la maison – où que ce soit. Si c’est Sa volonté que nous soyons ici ou là, alors c’est là que nous devons être, afin d’être prêts à être utilisés pour un service. Dieu voulait que Jonas soit à Ninive. Où veut-Il que vous soyez ?
Cependant, même quand nous sommes au bon endroit, au bon moment, nous avons besoin d’être constamment conduits par le Saint Esprit quant à ce que nous aurons à dire ou à faire. Peut-être connaissons-nous cette vérité, mais il est essentiel que nous la mettions en pratique !

 

D’après « The Lord is near » janvier 2013

 

TRENTE VERSETS BIBLIQUES À TROUVER (BÉNIR)

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TRENTE VERSETS BIBLIQUES À TROUVER (BÉNIR)

 

Lien PDF à téléchargé : TRENTE VERSETS À TROUVER (BÉNIR)

 

Où se trouve ce passage ?

1. ils lui dirent : L’Éternel te bénisse ! ……………………………………………. Ruth
2. Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui a fait les cieux et la terre …… 2 Chron.
3. Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui t’a envoyée à ma rencontre ! …..1 Sam.
4. je bénirai ceux qui te béniront …………………………………………………… Gen.
5. Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ! ………………………………. Ps.
6. l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans toute ton œuvre ……………………… Deut.
7. il bénit l’habitation des justes ……………………………………………………. Prov.
8. Béni soit l’Éternel – qui a mis de telles pensées dans le cœur du roi Esd.
9. L’Éternel te bénisse, demeure de justice ……………………………………. Jér.
10. Béni soit le nom de Dieu, d’éternité en éternité !……………………………. Dan.
11. La coupe de bénédiction que nous bénissons …………………………….. 1 Cor.
12. Tu as béni le travail de ses mains ……………………………………………… Job
13. ils sont la semence que l’Éternel a bénie ……………………………………. És.
14. Béni soit l’Éternel, qui vous a délivrés de la main des Égyptiens …… Ex.
15. le Dieu et Père – nous a bénis de toute bénédiction spirituelle ……….. Éph.
16. Que mon père se lève, et qu’il mange – afin que ton âme me bénisse Gen.
17. les ayant pris entre ses bras, il pose les mains sur eux et les bénit … Marc
18. l’enfant grandit, et l’Éternel le bénit …………………………………………….. Jug.
19. Dieu – jura par lui-même, disant : – en bénissant je te bénirai …………. Héb.
20. moi qui suis un peuple nombreux, selon que l’Éternel m’a béni ………. Jos.
21. Je ne te laisserai point aller sans que tu m’aies béni …………………….. Gen.
22. il t’aimera, et te bénira, et te multipliera ……………………………………….. Deut.
23. Bénie soit de son lieu la gloire de l’Éternel ! …………………………………. Éz.
24. Le Dieu et Père du Seigneur Jésus – qui est béni éternellement …….. 2 Cor.
25. Par elle nous bénissons le Seigneur …………………………………………… Jac.
26. L’âme qui bénit sera engraissée, et celui qui arrose sera arrosé ….. Prov.
27. je me suis prosterné devant l’Éternel, et j’ai béni l’Éternel ……………… Gen.
28. le moindre est béni par celui qui est plus excellent ……………………….. Héb.
29. Voici, j’ai reçu mission de bénir …………………………………………………… Nomb.
30. Christ, qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement ………………. Rom.

 

D’après le recueil de 360 passages 2001

CORONA 90

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CORONA 90

 

La traversée du Jourdain : de la mort à la vie

Pour entrer dans le pays promis, les fils d’Israël devaient traverser le Jourdain au moment de l’année où le courant des eaux était le plus fort, quand « le Jourdain regorge par-dessus tous ses bords » (Jos. 3. 15). Considérant la force du courant, entrer dans le fleuve, c’était être emporté et même noyé. En image, le Jourdain se compare à la mort.
L’arche, type de Christ, entre la première dans les eaux et ouvre un passage pour le peuple : « les sacrificateurs qui portaient l’arche de l’alliance étaient devant le peuple. Et comme ceux qui portaient l’arche arrivèrent au Jourdain et que les pieds des sacrificateurs qui portaient l’arche trempèrent au bord de l’eau… les eaux qui descendaient d’en haut s’arrêtèrent : elles s’élevèrent en un monceau très-loin, près d’Adam, ville qui est à côté de Tsarthan. … Et les sacrificateurs qui portaient l’arche de l’alliance de l’Éternel, s’arrêtèrent de pied ferme sur le sec, au milieu du Jourdain ; et tout Israël passa à sec, jusqu’à ce que toute la nation eut achevé de passer le Jourdain » (Jos. 3. 14 à 16).
L’entrée de Christ dans la mort ouvre pour les enfants de Dieu « un chemin nouveau et vivant » (Héb. 10. 20).  Avant la croix, personne n’était définitivement sorti de la mort après y être entré. Mais Christ a fait cela, en sorte qu’à présent nous la traversons avec Lui sans en connaître l’amertume. « Ils passèrent le fleuve à pied : là nous nous réjouîmes en lui » (Ps. 66. 6). « Nous constatons que l’arche est restée dans le lit du fleuve jusqu’à ce que toute la nation ait achevé de passer (Jos. 3. 17). Merveilleuse garantie de la sécurité du peuple ! La mort ne peut nous engloutir. Christ s’y est tenu à notre place. Mais pensons à ce que cela fut pour le Prince de la vie que de livrer Lui-même Son âme à la mort. Le livre de Jonas ch. 2. 4 mentionne toutes les terribles vagues qui ont passé sur Lui dans leur pleine réalité : « Les eaux l’ont environné jusqu’à l’âme… » ; « … toutes tes vagues et tes flots ont passé sur moi » (Ps. 42. 7). Cher Sauveur ! Pour Lui la souffrance et la mort ; pour nous la délivrance, la vie, le bonheur » (J.K.). « Beaucoup d’eaux ne peuvent éteindre l’amour, et des fleuves ne le submergent pas » (Cant. 8. 6 et 7). Par amour, notre Sauveur est entré dans la mort et en est ressorti vivant afin que nous ne la connaissions jamais !
Sur l’ordre de l’Éternel, Josué a fait retirer douze pierres du fond du lit du fleuve pour en faire un monument à Guilgal (Jos. 4. 20). Dans le Jourdain, il en dresse douze autres que les eaux vont recouvrir (v. 9). Cette démarche particulière revêt une signification importante pour le peuple : « Lorsque dans l’avenir vos fils demanderont, disant : Que signifient pour vous ces pierres ? alors vous leur direz que les eaux du Jourdain furent coupées devant l’arche de l’alliance de l’Éternel ; lorsqu’elle passa dans le Jourdain, les eaux du Jourdain furent coupées. Et ces pierres serviront de mémorial aux fils d’Israël pour toujours » (v. 6 et 7). Les douze pierres représentaient les douze tribus d’Israël, elles manifestaient l’unité du peuple de Dieu. Cette unité fut vite perdue. Deux tribus et demie sont restées de l’autre côté du Jourdain (Nomb. 31). Par la suite, il ne resta que deux tribus autour de Jérusalem, dix d’entre elles ayant été déportées en Assyrie (2 Rois 15. 29 ; 17. 6). Malgré toutes les infidélités de ce peuple, Dieu a voulu que cette unité soit toujours rappelée jusqu’au jour où elle sera à nouveau vécue (voir : Ex. 39. 14 ; 1 Rois 18. 31 ; Éz. 47. 13 ; Rom. 11. 2, 25 et 26).
L’aspect spirituel, pour les chrétiens, de ce mémorial formé de douze pierres, est présenté dans l’épître aux Romains. Les pierres laissées au fond du fleuve et celles sur les rives du pays sont une image des croyants, associés à Christ dans Sa mort et dans Sa résurrection. « En effet si nous avons été identifiés avec lui dans la ressemblance de sa mort, nous le serons donc aussi dans la ressemblance de sa résurrection, sachant ceci, que notre vieil homme a été crucifié avec lui… Or si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ, ayant été ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui. Car en ce qu’il est mort, il est mort une fois pour toutes au péché ; mais en ce qu’il vit, il vit à Dieu. De même vous aussi, Considérez-vous vous-mêmes comme morts au péché, mais comme vivants à Dieu dans le christ Jésus » (Rom. 6. 5 à 11). L’apôtre Paul écrit aussi : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Gal. 2. 20).
La traversée du Jourdain correspond à ce qu’on appelle l’affranchissement. C’est la prise de conscience que, étant arrivés sur le rivage, nous n’avons pas à retourner en arrière. Pour les fils d’Israël, l’entrée en Canaan les plaçait devant la responsabilité de prendre possession du pays, un pays rempli d’ennemis qu’ils devraient combattre. À Guilgal, les hommes furent circoncis, ce qui n’avait pas été fait durant la traversée du désert. Cette intervention les démarquait des autres peuples. La circoncision pour le chrétien signifie qu’il appartient à Dieu et non au monde.
« Et nous voici sur cette rive de la résurrection ! Qu’y trouvons-nous ? Pénible découverte ! D’abord les ennemis extérieurs qui ont reparu. Mais courage ! Ils sont sans force (Jos. 5. 1), déjà vaincus par Christ à la croix (Col. 2. 15). L’ennemi intérieur, la chair, est là également. N’a-t-elle donc pas été déclarée morte, ensevelie dans les profondeurs du Jourdain ? Assurément ! Aux yeux de Dieu, c’est là sa place. Mais il faut que nous nous tenions nous-mêmes pour morts au péché (Rom. 6. 11), ne lui reconnaissant aucun droit de se manifester. La circoncision correspond à ce jugement que nous avons à porter sur chaque réapparition de la chair en nous. Quand ce jugement de soi-même est pratiqué, alors nous découvrons les ressources et les joies qui nous attendent sur ce « rivage » des lieux célestes. En premier lieu, le vieux blé du pays, qui vient remplacer la manne : image d’un Christ glorifié dont le racheté se nourrit. Puis vient la Pâque ; elle peut être célébrée sous les murs mêmes de Jéricho. « Tu dresses devant moi une table, en la présence de mes ennemis » (Ps. 23. 5). Enfin voici l’Ange promis par l’Éternel dès les premiers jours de l’Exode : Jésus est pour nous dans le ciel et dirigera nos combats si nous Lui en laissons la direction » (J.K.). « Oubliant les choses qui sont derrière », courons « droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le christ Jésus » (Phil 3. 14).

 

L’HISTOIRE DE TOPSY

L’HISTOIRE DE TOPSY

J’ai eu le plaisir de lire dernièrement un assez gros volume portant le titre ci-dessus. J’aurais aimé le publier tout entier dans la « Bonne Nouvelle », mais il compte tant de pages qu’il faudrait des années pour en arriver à bout. Vous devrez donc vous contenter de prendre connaissance de quelques extraits du livre en question qui, je l’espère, vous intéresseront. Avant de commencer, je vous conseille vivement de vous procurer un atlas de géographie, de chercher une carte de l’Asie et de vous familiariser avec la position de la Chine, du Tibet, des grandes chaînes de montagnes qui séparent ces pays, des fleuves qui les arrosent. Ceci rendra votre lecture beaucoup plus intéressante et instructive.
La ville dont il est question dans cette histoire est située à l’ouest de la Chine ; au nord se trouve la Mongolie, au sud le Tibet. Dans un recoin de cette ville se trouve la demeure de trois dames missionnaires. Dans notre récit, elles sont nommées la Dame Grise, la Dame Bleue et la Dame Brune, d’après la couleur de la robe chinoise qu’elles portent. Et maintenant voici ce qui se passa :

Tap, tap, tap tap, tap, tap, la petite canne frappait les pavés inégaux devant la porte de la cour. Certainement ce devait être un mendiant en quête de nourriture. Les hôtes de ce genre abondaient aux abords de la maison.
Encore tap, tap, tap, mais aucun autre son. Les habitués de cette demeure où il n’y avait pas de chien et où l’on ne refusait jamais d’ouvrir aux affamés, n’étaient pas généralement silencieux, bien au contraire !
Tap, tap, tap, une fois de plus. La Dame Bleue alla ouvrir la porte pour voir de quoi il s’agissait.
– Je n’ai jamais vu cette petite fille, dit-elle à quelqu’un derrière elle, puis s’adressant à l’enfant en chinois
– D’où viens-tu, mon enfant ?
La fillette qui se tenait là pouvait avoir sept ans ; elle était vêtue de quelques haillons retenus sur son corps par une ficelle. Dès qu’elle aperçut la dame, elle montra ses jambes nues ensanglantées par les morsures des chiens ; puis elle tendit un grossier petit sac en coton quêtant un peu de nourriture. Ses lèvres s’ouvrirent pour laisser passer le son étrange que les sourds-muets sont seuls à émettre. Le regard de ses grands yeux errait anxieusement tout à l’entour, cherchant si quelque chien se cachait dans l’ombre. N’en découvrant point, elle s’enhardit et de nouveau montra du doigt les blessures dont ses jambes étaient couvertes.
– L’enfant ne peut-elle pas parler ? fit la Dame Bleue ; puis s’adressant à sa compagne invisible
– Venez donc voir cette pauvre petite. Elle semble être sourde et muette et ses jambes sont couvertes de morsures.
L’appel fut immédiatement entendu. La Dame Grise s’approcha et regarda l’enfant, mais la Dame Brune se rendit directement à la cuisine, d’où elle revint bientôt tenant dans une main un bol de soupe bien chaude et, dans l’autre, un grand morceau de pain.
A la vue de la nourriture, la figure de l’enfant s’illumina ; elle jeta à terre son bâton et son sac pour saisir le bol que lui tendait sa nouvelle amie. Mais avant de lui permettre de s’en emparer, la Dame Bleue prit dans la sienne les deux petites mains sales et montra le ciel pour lui faire comprendre qu’il fallait remercier Dieu. L’enfant parut saisir quelque chose ; elle fit un rapide signe d’assentiment et leva les yeux en haut avant de se mettre à manger.
Lorsqu’elle eut achevé son repas, la Dame Bleue examina ses blessures, les lava tant bien que mal, puis la Dame Brune fit un savant pansement destiné à résister à tous les efforts extérieurs.
Quoique l’enfant ne pût ni entendre, ni parler, elle semblait tout comprendre. Lorsque la Dame Bleue, lui montrant le soleil, lui dit de revenir à la même heure le lendemain pour recevoir un nouveau bol de soupe, elle sourit et fit un signe affirmatif ; puis, ramassant sa canne et son sac, elle sortit de la cour, en jetant derrière elle un regard qui semblait dire : « J’ai trouvé de bonnes amies aujourd’hui ».
Le lendemain l’enfant ne revint pas, mais à sa place surgit une femme échevelée qui s’introduisit dans la cour en proférant les pires injures contre les trois dames.
– Où est ce chien furieux qui, hier, a mordu ma pauvre petite fille ? Ne pouvez-vous donc pas tenir cette brute à la chaîne ? Les jambes de mon enfant sont déchirées. J’irai me plaindre chez le Mandarin et vous aurez à lui répondre.
Celle qui parlait ou plutôt criait ainsi n’était pas une mendiante ; elle était assez bien vêtue. Cependant le but de sa visite sautait aux yeux. Elle voulait de l’argent et pensait en extorquer aux missionnaires en les effrayant. Mais elle trouva à qui parler.
La Dame Grise parut sur le pas de la porte :
– Qu’est-ce donc que ce vacarme ? demanda-t-elle avec calme. Nous n’avons pas de chien et si vous êtes la mère de l’enfant qui est venue ici hier, je vous conseille de vous tenir tranquille. Une femme vêtue comme vous l’êtes et qui envoie son enfant mendier pourrait bien s’attirer des désagréments.
La femme se rendit compte qu’elle avait à faire à plus fort qu’elle et elle se retira en maugréant.
Lorsque le cuisinier eut fermé la porte derrière elle, il dit à la Dame Bleue :
– Maîtresse, ne touchez plus cette petite fille. Laissez ses blessures se guérir toutes seules. La femme est un triste numéro et l’enfant sans doute ne vaut pas mieux que la mère.
En ce moment arriva grand-maman. Fan, une vieille chrétienne chinoise qui, ayant eu vent de l’affaire, venait prendre la défense de ses chères maîtresses. On l’installe sur le kang (Poêle de briques sur lequel on dispose la literie) bien chauffé avec une tasse de thé à côté d’elle. Elle fut vite au courant.
– J’ai vu cette yaba (sourde et muette) en ville, dit-elle, on l’appelle Gwa-Gwa.
– Gwa-Gwa, « Toute seule », quel triste nom pour une enfant, fit la Dame Brune.
Le cuisinier fit entendre un grognement désapprobateur, mais la Dame Bleue déclara avec décision :
– Gwa-Gwa ne trouvera jamais la porte fermée chez nous !
Aussi lorsque le tap, tap retentit le lendemain, elle courut ouvrir à sa petite amie qui arrivait toute souriante et pleine de confiance.

Grand-maman Fan résolut de s’enquérir de l’histoire de Gwa-Gwa. Méritait-elle ou non que les dames s’occupent d’elle ? C’est ce dont il fallait s’assurer.
Grand-maman s’absenta pendant plusieurs heures et revint débordante d’informations diverses. Nous les résumerons ici aussi brièvement que possible.
« C’est bien ce que je pensais, Maîtresse, cette femme n’est pas la mère de Gwa-Gwa. L’enfant n’en sait rien ; elle a été achetée lorsqu’elle n’avait que trois semaines. Elle est bien née et ne s’est jamais habituée à mendier ; si on lui donné quelque chose à manger, elle cherche toujours à rendre un service en retour ».
Grand-maman Fan en était là de son récit lorsqu’un son de cloche retentit dans la rue. C’était un garçon qui courait en agitant une grosse sonnette. A ce signal bien connu, une foule d’enfants de tous les âges surgirent comme par enchantement de toutes les cours et de toutes les ruelles et suivirent le jeune carillonneur jusque dans une salle voisine où les attendait la Dame Bleue, assise devant un petit harmonium, tandis que la Dame Brune distribuait aux amateurs des musiques à bouche, de petites flûtes et des tambourins.
Tous les enfants réclamaient naturellement un instrument, mais ceux-ci étaient réservés aux plus sages parmi eux, qui vraiment ne se tiraient pas trop mal d’affaire. Les missionnaires avaient trouvé ce moyen pour attirer les enfants du quartier auxquels elles désiraient enseigner quelques cantiques très simples. Chacun de ces petits voyait, dans sa demeure, ses parents qui brûlaient de l’encens devant une idole de bois, mais ici ils entendaient parler du Dieu vivant qui les aimait et jamais ils ne se lassaient de chanter les cantiques qui disaient ce que le Seigneur Jésus avait fait pour eux.
Quand la leçon était terminée, ils aimaient rester encore pour parler un peu et ce soir-là ils avaient un sujet qui les intéressait spécialement, car tous savaient que Gwa-Gwa avait été invitée à dîner chez les maîtresses. D’où, grande rumeur parmi la joyeuse bande.
– Sa mère la déteste et voudrait qu’elle meure ! déclara Parfum.
– Est-elle donc si méchante ? demanda la Dame Bleue.
– Non, maîtresse, elle n’est pas méchante du tout, seulement elle crie quand on la bat.
– Alors pourquoi sa mère la déteste-t-elle ?
– Parce qu’elle est une enfant achetée, annonça hardiment un grand garçon décharné. C’est ma belle-sœur qui l’a dit et la femme est furieuse parce qu’elle n’a pas eu ce qu’elle escomptait pour son argent.
– Maîtresse, renchérit Joyeuse, j’habite à côté de la maison de Gwa-Gwa et je l’entends pleurer pendant la nuit. On ne lui permet pas de se coucher sur le kang et tout l’hiver elle a dû dormir par terre, dans la boue.
Pauvre petite Gwa-Gwa ! De fil en aiguille les missionnaires apprirent sa triste histoire.
L’enfant était née bien loin de la ville, parmi les hautes montagnes du Tibet. Sa mère, ne se souciant pas de l’élever, l’avait remise à une parente qui, à son tour, avait vendu le bébé à la femme que nous connaissons. Celle-ci n’avait pas d’enfant et était très fière de la jolie figure et des habits luxueux de sa nouvelle acquisition. Mais lorsqu’elle s’aperçut que la fillette était muette, elle se mit à la maltraiter. Puis, lorsqu’elle eut un fils à elle, elle chassa Gwa-Gwa de la chambre familiale et l’envoya mendier de maison en maison.
Lorsqu’elles surent tout cela, les dames missionnaires, émues de pitié, s’occupèrent chaque jour de la petite malheureuse. La Dame Bleue soigna ses plaies et la Dame Grise avait toujours un bol de bonne soupe chaude à offrir à l’enfant.
Gwa-Gwa était sourde, mais elle comprenait tout et, à part elle, elle se demandait pourquoi ces dames étaient si différentes des autres gens de la ville et pourquoi elles ne la chassaient jamais de leur porte. La fillette ne savait pas encore que ses nouvelles amies aimaient le Seigneur Jésus et que leur plus grand désir était d’amener les enfants à la connaissance du Sauveur.
Si vous vous teniez sur le seuil de la porte d’entrée où Gwa-Gwa avait frappé avec sa petite canne, et que vous leviez les yeux, vous verriez une chaîne de très hautes montagnes, couvertes, été comme hiver, de neige et de glace.
Lorsqu’il faisait très chaud en ville, les citadins pensaient parfois combien l’air devait être frais là-haut, mais tout le monde savait que les habitants de ces régions, les Tibétains, étaient de vrais bandits. Ils détestaient les étrangers et accueillaient par des coups de fusils les voyageurs assez téméraires pour s’aventurer dans leurs parages. Si l’on était invité, alors tout allait bien ; sans invitation il n’y avait rien à faire. Mais comment se faire inviter là-haut ?
C’était ce que se demandaient depuis bien des mois nos trois dames missionnaires. Elles s’étaient munies d’une grande quantité d’évangiles en langue tibétaine et leur ardent désir était de porter la Parole de vie parmi ces populations lointaines. Mais comment parvenir dans ces hautes vallées ? Elles firent de la chose un sujet de prières constantes et le Seigneur répondit comme II le fait toujours.
De très bonne heure, un matin d’été, les trois missionnaires étaient assises dans leur jardin en train de déjeuner. Soudain un homme étrange fit son apparition. Il était très grand, très fort et portait un chapeau pointu en drap jaune ; sur ses épaules, un châle rouge. Ses bottes étaient de cuir pourpre. Lorsque les dames, fort surprises, l’interrogèrent du regard, il tendit vers elles, sa main droite, la paume en l’air ; de sa main gauche, il saisit la peau de son cou qu’il tira en avant. Elles surent immédiatement de quoi il s’agissait : c’était un Tibétain et il avait une requête à formuler. Les dames lui dirent donc :
– Viens t’asseoir, Lama, et bois une tasse de thé. Jamais un Tibétain ne refuse du thé, aussi le Lama s’avança-t-il aussitôt, piétinant sans scrupules deux plates-bandes fleuries. Il ne savait pas ce qu’était un jardin et croyait avoir à faire à une prairie.
La Dame Grise prépara un grand bol de thé fumant dans lequel elle fit fondre un gros morceau de beurre rance ; elle savait que ce breuvage serait un régal pour le visiteur qui s’était assis par terre à la façon des tailleurs.
Tandis qu’il se désaltérait, la conversation s’engagea. Le Lama expliqua que sa mère était très malade et qu’il était venu chercher un remède pour la guérir.
– De quoi souffre-t-elle ?
– Elle a mal par dedans.
– Où se trouve ce mal ?
– Je ne puis le dire ; il change constamment de place.
– Souffre-t-elle davantage après avoir mangé ?
– Précisément ; je vois que vous comprenez son cas. Voulez-vous me donner quelque chose qui lui fasse du bien ?
La Dame Bleue sourit et s’en alla chercher ce qu’il fallait dans la maison. Elle revint bientôt apportant une petite boîte de pilules.
– Lama, dit-elle, prend bien soin de ces grains. Ils sont pour ta mère malade et pour personne d’autre. Elle doit prendre un grain le matin et un grain le soir, en buvant une grande tasse d’eau chaude.
Le Lama ignorait ce qu’est une poche ; il glissa donc la boîte dans la tige de sa botte, et ingurgita encore trois tasses de thé beurré. Après quoi, il se leva, s’inclina avec beaucoup de grâce et prit congé.
– J’habite à trois journées de voyage de la ville, dans ces montagnes, là-haut. Il fait très frais chez moi. Ne voulez-vous pas venir nous voir ? Nos pâturages seraient bons pour vos chevaux.
Sans écouter de réponse, il s’en alla. Cette invitation était ce que les missionnaires attendaient. Le Seigneur avait répondu une fois de plus.

Les missionnaires firent alors appel à l’un de leurs amis, M. Ban, un Chinois converti. Depuis son enfance il avait eu des rapports avec les Tibétains ; chaque année il échangeait les produits de sa ferme contre leurs poulains sauvages qu’il dressait pour en faire d’admirables chevaux de selle.
En réponse au message de ces dames, M. Ban se présenta, plein de complaisance et de bons conseils.
– Vous devriez partir avant le sixième jour de la sixième lune, dit-il, car c’est ce jour-là que tous les chefs de tribus, avec leurs femmes et leurs enfants, se rassemblent dans le temple de Boudha pour célébrer la plus grande fête de l’année. Vous auriez là la meilleure occasion possible pour distribuer vos livres et aussi pour parler aux femmes. Je vous y conduirai moi-même. Si vous venez en voiture jusqu’à ma ferme, je vous promets pour le lendemain autant de chevaux qu’il vous en faudra pour franchir les hauts passages des montagnes.
Avec quelle reconnaissance les trois dames acceptèrent cette proposition ! Le Seigneur ouvrait le chemin ; la première difficulté étant vaincue, Il continuerait à leur venir en aide.
Les préparatifs n’étaient pas peu de chose. Il fallait emporter de la nourriture pour six personnes puisque l’on ne pouvait rien acheter dans les hautes vallées où se rendait l’expédition. Les tentes aussi devaient être en bon état et de nombreuses couvertures étaient indispensables car les nuits sont froides dans les montagnes.
La Dame Grise était très occupée à faire des paquets d’Évangiles, les uns en langue chinoise, d’autres en Tibétain, d’autres encore en dialectes mongols. N’est-il pas merveilleux de penser que Dieu a permis que sa Parole soit traduite et imprimée dans toutes ces langues ?
L’homme qui conduisait les chars mit tous ses soins à faire la révision des véhicules et des harnais des mulets. Les bêtes furent toutes ferrées de neuf et chaque roue, chaque courroie fut inspectée. Le soir, tout était prêt.
Le conducteur savait que la rivière avait débordé et que s’il y avait le moindre défaut dans l’équipement de son attelage, un accident pourrait se produire. Il fallait partir de très bon matin et s’en remettre à la grâce de Dieu pour le voyage.

Le passage de la rivière fut plus mouvementé encore que ne le prévoyait le charretier. A quatre heures du matin la caravane se mit en route, éclairée par les rayons brillants de la lune.
Lorsque le char arriva en vue de l’eau chacun était inquiet, car la rivière avait plus d’un kilomètre de largeur ; on distinguait bien de distance en distance des bancs de sable qui surgissaient au-dessus de l’eau, mais on devinait que le chenal qui les séparait était profond et que le courant était très fort.
Quelques hommes de la rivière s’étaient construit une hutte au bord de l’eau. C’était leur affaire d’aider aux voyageurs et de les empêcher de traverser si le danger s’avérait trop grand. Mais, malgré leur secours, il arrivait fréquemment que des hommes se noyaient dans ce passage difficile.
Cette fois-ci, ils déclarèrent : « Vous pourrez passer », mais tous les occupants du char frissonnèrent lorsque l’attelage plongea dans les eaux bouillonnantes. Tous gardaient le silence, le charretier seul encourageait ses mulets à haute et intelligible voix. Ses bêtes étaient admirablement dressées et Molly, la mule de tête, était si docile et si intelligente qu’on pouvait se fier à elle pour conduire les autres. La rivière offrait un aspect vraiment terrifiant ; l’eau écumait en noirs tourbillons et l’on pouvait entendre le bruit que faisaient en s’entrechoquant les grosses pierres entraînées par le courant.
L’un des riverains allait devant, muni d’une longue et forte perche au moyen de laquelle il s’assurait de chaque pas qu’il fallait faire, car si l’une des mules perdait pied et tombait dans un trou, l’attelage entier suivrait certainement. Le charretier faisait claquer son fouet et tenait ses yeux fixés sur le banc de sable le plus rapproché. Lorsqu’ils l’eurent atteint, ils s’arrêtèrent un instant, puis plongèrent de nouveau dans l’eau tourbillonnante pour atteindre un autre îlot. Ainsi ils avancèrent d’étape en étape et enfin un seul chenal leur restait à traverser pour atteindre l’autre rive. Mais cette fois il s’agissait de franchir un large torrent ; tout alla bien pour commencer lorsque tout à coup Lolly, la troisième mule, fit un faux-pas et faillit tomber. Elle aurait été submergée par le courant si le charretier ne s’était jeté à l’eau pour la saisir par la bride, tout en criant à Molly de tirer de toutes ses forces. Un dernier effort et hommes, femmes, bêtes et char arrivaient sur terre ferme. Ils étaient trempés et harassés, mais quelles actions de grâces s’élevèrent vers Celui qui les avait protégés et gardés de tout mal !
Le soleil brillait maintenant de tout son éclat et la chaleur était terrible. Vers le milieu de l’après-midi seulement ils atteignirent la ferme de M. Ban sur le penchant de la montagne. Les mules exténuées furent contentes de s’arrêter, tandis que leur conducteur s’avançait vers la maison entourée de très hauts murs comme un château fort. Il faisait claquer son fouet tout en marchant pour éloigner les féroces chiens tibétains qui gardaient la propriété.
M. Ban, Mme Ban et tous les petits Bans sortirent pour souhaiter la bienvenue aux dames et les plus jeunes enfants jetèrent leurs bras autour du cou des terribles molosses pour les obliger à rester tranquilles. C’était joli de voir ces énormes bêtes se coucher aux pieds des fillettes. Quelques minutes plus tard les mules étaient dételées et conduites dans l’écurie et les trois dames, assises sur le kang, dégustaient une tasse de thé, tandis que Mme Ban s’affairait pour préparer un repas délicieux.
Chacun se sentait bien fatigué, mais le souper de Mme Ban ne pouvait être ni servi, ni mangé à la hâte. Les dames étaient assises les jambes croisées, à la façon des tailleurs et, devant elles, on dressa une petite table ronde. L’hôtesse y plaça huit soucoupes contenant des légumes et des salades diverses. Ensuite un plat étrange, une plante du désert, qui ressemble à une toison de cheveux noirs, apprêtée avec beaucoup de sel et de vinaigre. Ni couteaux, ni fourchettes, mais, pour chaque convive, deux bâtonnets au moyen desquels il s’agit de porter les aliments jusqu’à sa bouche. Enfin, comme pièce de résistance, un gigot d’antilope, rôti à la broche. Quel festin, n’est-ce pas ?
Lorsque le repas fut achevé, toute la famille, avec les ouvriers de ferme et les petits bergers, se rassemblèrent dans la grand salle ; on chanta plusieurs cantiques, le père fit une courte prière et on lut quelques passages de la Parole de Dieu. Ensuite chacun s’en alla goûter un repos bien gagné, qui sur les kang, qui sur le plancher, qui dans l’écurie et bientôt toute la maisonnée fut plongée dans un sommeil réparateur.
Le lendemain matin, dès l’aube grise, la cour de la ferme retentit du piétinement d’une quantité de chevaux. Le bagage fut solidement assujetti sur le dos des bêtes les plus robustes, tandis que les autres, plus fringantes, servaient de montures aux dames et à leurs compagnons. Quand tout fut prêt, une prière s’éleva encore vers Dieu, réclamant aide et protection et la caravane s’engagea dans une gorge sauvage, l’étroit chemin de montagne dominant de bien haut un torrent tumultueux.
Pendant deux jours entiers nos voyageurs chevauchèrent dans ces hautes solitudes, passant et repassant le torrent à maintes reprises. A un moment donné, au sortir d’un sombre défilé, ils se trouvèrent sur un véritable tapis de gentianes bleues et d’edelweiss. Au-dessus de leurs têtes d’énormes vautours décrivaient dans le ciel de vastes cercles ; sur les arbres perchaient des paons sauvages et, pendant la nuit, loups et panthères erraient autour du campement.
Enfin, le soir du troisième jour, ils atteignirent un vaste plateau herbeux où paissaient des troupeaux de yaks, cet étrange ruminant qui tient du chameau par sa bosse, de la vache par la forme de son corps et du cheval par sa crinière. Le yak est la bête de somme des Tibétains. A l’extrémité du plateau se dressaient les hautes murailles de la Lamaserie ; tout autour du bâtiment des tentes étaient dressées et une foule étrange circulait dans le camp.
Ce fut la vue de ces gens qui fascina les voyageuses. C’était pour eux qu’elles avaient entrepris cette périlleuse expédition et maintenant l’occasion leur était offerte de leur distribuer la Parole de Vie. Les femmes portaient de très larges pantalons et des vestes en peau de mouton teintes en rouge, vert ou bleu ; elles étaient chaussées de hautes bottes et de chapeaux pointus garnis de fourrure. Leurs cheveux étaient tressés en vingt ou trente nattes selon l’âge et le rang.
Lorsque les dames s’approchèrent d’elles et se mirent à leur parler, elles répondirent aimablement et écoutèrent avec plaisir le chant d’un cantique dans la langue du pays.

Ces Tibétains se nourrissaient de lait caillé et de viande de yak qu’ils coupaient en fines lanières ; celles-ci, suspendues autour des tentes, devaient sécher au soleil. Mais si leur manière de s’alimenter était étrange, leur façon de prier l’était bien plus encore. La Lamaserie était entourée de roues à prières ; quelques-unes, les plus grandes, étaient actionné par l’eau du torrent. D’autres se tournaient à la main et quelques-unes de celles que les Lamas portaient avec eux étaient aussi petites que le hochet d’un bébé.
Sur les huit faces de chaque roue, une prière était inscrite et les Lamas disaient au peuple que chaque fois que la roue avait fait un tour complet, les dieux inscrivaient huit prières à l’actif du suppliant.
Aux branches inférieures des arbres, des ossements blanchis étaient suspendus, portant chacun la même prière inscrite. Sur le toit du temple flottaient de petits drapeaux sur lesquels pouvaient se lire une phrase, toujours la même. Quand donc la brise passait, faisant s’entrechoquer les ossements et claquer les drapeaux, les dieux entendaient et répondaient ! Pauvres gens ! ne les plaignez-vous pas d’être ainsi conduits dans l’erreur la plus profonde ?
Je transcris ici pour vous la phrase que les Lamas appellent leur prière : OM MANI PADME HUM.
Cela signifie : « Salut à toi, précieux joyau de la fleur de lotus ! » A quoi peut servir une telle formule ?
Lorsque le Seigneur Jésus était dans ce monde, il dit une fois à ceux qui l’entouraient : « Quand vous priez, n’usez pas de vaines redites, comme ceux des nations (ou les païens), car ils s’imaginent qu’ils seront exaucés en parlant beaucoup ». Combien ces paroles s’appliquent à ces pauvres Tibétains ! Le cœur des missionnaires et des chrétiens qui les accompagnaient se serrait en voyant ces choses et, chaque jour, et bien des fois par jour, ils priaient pour ceux qui les entouraient. Ils désiraient ardemment leur faire connaître l’amour de Dieu, tel qu’il a été révélé dans la personne du Sauveur, mais leurs ressources leur semblaient infiniment faibles en face des besoins de cette foule de malheureux païens.
Au bout de deux jours on célébra une grande fête. Les Lamas, vêtus de châles rouges, marchaient pieds nus. Beaucoup d’entre eux n’étaient que des enfants, car chaque famille doit donner un de ses fils pour le service du temple et la mère l’amène à la Lamaserie lorsqu’il a atteint l’âge de six ans. Dans l’occasion qui nous occupe, le grand prêtre – ou chef des Lamas – portait une robe de soie jaune et un immense chapeau ressemblant à une crête de coq. Ce haut dignitaire était accompagné partout où il allait par une fanfare qui annonçait son approche avec un bruit assourdissant de cuivres, de cymbales et de tambours. Le grand prêtre passait pour l’incarnation vivante du dieu Boudha et chacun se prosternait sur son passage. On le priait comme s’il était un dieu et pourtant il n’était qu’un homme semblable aux autres ; il ne pouvait rien faire pour ôter les péchés des foules qui se pressaient autour de lui, car il ne savait pas même comment il pouvait recevoir le pardon de ses propres péchés.
Les chrétiens étaient venus là pour parler du Dieu d’amour et du Sauveur Jésus Christ. C’était là un message merveilleux et quelques femmes y prêtèrent une oreille attentive. La plupart des Lamas acceptèrent des Évangiles et les emportèrent comme des trésors inestimables dans leurs Lamaseries, bien loin, dans les vallées fermées du Haut Tibet, où jamais un missionnaire n’a pénétré jusqu’ici.
Le jour de Christ fera connaître le fruit de l’effort qui fut tenté à cette occasion. Rappelons-nous que la Parole de Dieu est puissante, opérante et plus pénétrante qu’une épée aiguë à deux tranchants, et Dieu a dit qu’elle ne retournerait pas à Lui sans effet (Héb. 4 et És. 55).

Pendant ce temps, que devenait Gwa-Gwa ? En vérité, elle ne s’en tirait pas trop mal.
Chaque jour elle pouvait compter sur un bol rempli d’une excellente soupe bien chaude. Le cuisinier avait reçu des ordres précis à ce sujet. Lorsque les trois dames furent de retour, il poussa un profond soupir en déclarant : « Ai-ya, quel appétit a cette enfant ! Elle mange plus que moi pour son dîner ! » Mais le brave homme oubliait d’ajouter que lui faisait trois bons repas par jour, tandis que Gwa-Gwa n’en avait qu’un seul.
Les morsures sur les jambes de la fillette s’étaient guéries, mais sur son mollet gauche se voyaient encore des trous profonds produits par le fer rouge de la méchante femme chez laquelle elle habitait. Du reste, celle-ci semblait détester encore davantage Gwa-Gwa depuis que d’autres gens s’occupaient d’elle, aussi la fillette l’évitait-elle autant que faire se pouvait.
Un soir d’été Gwa-Gwa s’était attardée plus que d’habitude à jouer avec d’autres enfants dans le voisinage de la maison de ses amies, si vide maintenant, mais qui lui restait chère quand même. Tout à coup un son bien connu frappa les oreilles de la petite bande : c’était le tintement de la cloche appelant les enfants à l’école du soir. Gwa-Gwa n’entendit rien, mais elle courut comme les autres et là, sur le seuil de la grande salle, elle aperçut la Dame Brune et la Dame Bleue qui venaient de rentrer du Tibet. Ah ! Comme le cœur de la petite Solitaire bondit de joie !
Depuis ce soir-là, il se trouva tout un groupe de garçons et de filles, élèves réguliers de l’école du soir, toujours prêts à prendre le parti de Gwa-Gwa et à la défendre de toutes manières. La vie de l’enfant en fut bien facilitée. Puis il y avait beaucoup plus de personnes compatissantes qui lui donnaient soit un morceau de pain, soit une pièce de menue monnaie. Mais le plus beau de tout c’était de rencontrer ses amies en ville. Celles-ci la faisaient asseoir sur le porte-bagage derrière leur petite voiture et l’emmenaient dîner avec elles. Tous les voisins disaient « Gwa-Gwa a de la chance aujourd’hui I » Peu après à la même époque une nouvelle fillette vint se joindre à la troupe des enfants mendiants. Son père avait été courrier postal et devait se rendre trois fois par mois en Mongolie. Le trajet était dangereux, car il devait forcément traverser une rivière pleine de sables mouvants. Un jour son cheval mit le pied sur ce terrain dangereux et, en instant, la monture et son cavalier furent engloutis. On ne les revit jamais. Sa femme mourut de chagrin et l’enfant en fut réduite à mendier son pain. Gwa Gwa, qui comprenait la peine des autres, eut grand pitié de la fillette qui devait apprendre ainsi à pourvoir à ses propres besoins. Elle la conduisit donc chez ses amies et maintenant il y avait deux enfants pour vider deux bols de soupe fumante. Un jour, les fillettes arrivant à l’heure du dîner, trouvèrent leurs trois amies en train de s’installer dans leur petite voiture.
– Nous allons faire un pique-nique, annonça la Dame Bleue ; si vous voulez venir avec nous, vous n’avez qu’à grimper sur le porte-bagage.
Les fillettes, vous pouvez m’en croire, ne se le firent pas dire deux fois. Elles s’installèrent, les jambes pendantes, auprès d’un grand panier qui semblait devoir contenir d’excellentes provisions et traversèrent ainsi la ville en jetant des regards de triomphe sur tous leurs camarades moins favorisés qu’elles.
Elles atteignirent ainsi un beau lac, au milieu d’un parc merveilleux. Ici la voiture s’arrêta ; on déballa Ie contenu du panier : des gâteaux, des biscuits, un pâté à la viande, du fruit. Que de richesses ! Les enfants en reçurent une large part ; elles allèrent s’asseoir au bord du lac où elles se régalèrent. Pourtant elles n’oublièrent pas de jeter quelques miettes aux poules d’eau et aux cygnes qui nageaient parmi les nénuphars.
Le soleil se couchait quand les promeneuses rentrèrent à la maison, juste à temps pour l’école du soir. Les enfants les accueillirent en criant :
– Maîtresses, vous êtes en retard ! Tout le monde est là excepté vous !
Gwa-Gwa était encore pauvre et bien sale, mais sa vie avait changé. Elle avait trouvé des amies et un sûr refuge auprès d’elles.

Les amies de Gwa-Gwa allaient et venaient beaucoup et elle avait l’habitude de les voir partir, tantôt dans une direction et tantôt dans l’autre. L’enfant savait aussi que partout où les dames s’arrêtaient, une foule s’assemblait autour d’elles ; les gens achetaient des livres et des conversations s’engageaient. Mais de quoi on parlait et la raison pour laquelle les gens voulaient tant de livres, demeurait pour Gwa-Gwa un mystère indéchiffrable. Cependant ce que les dames faisaient était nécessairement juste et comme elles finissaient toujours par revenir de leurs tournées, l’enfant acceptait tout avec calme et sérénité.
L’été suivant cependant un sentiment tout nouveau envahit la maison et Gwa-Gwa, avec l’étrange intuition des sourds-muets, pressentit un désastre imminent. Elle ne pouvait poser aucune question, mais elle releva de multiples détails qui annonçaient l’approche d’une absence prolongée.
Plusieurs fois la Dame Bleue la regarda avec tant de bonté et tant de tristesse à la fois que le cœur de Gwa-Gwa se serra comme si elle avait appris de mauvaises nouvelles. D’autres fois la Dame Grise et grand-maman Fan, assises sur le kang, devaient discuter très sérieusement. Leurs lèvres bougeaient, puis elles regardaient Gwa-Gwa ; ensuite leurs lèvres bougeaient de nouveau et la fillette sentait que c’était d’elle que l’on parlait. Elle devinait que la Dame Grise disait :
– Et Gwa-Gwa ? Que deviendra-t-elle lorsque nous serons parties ?
Un matin, la pauvre enfant, arrivant comme d’habitude dans la chère maison, trouva des chars devant la porte et chacun, animé d’une agitation fébrile. Elle comprit que le moment de la séparation était là. Le cœur lui manqua et les caresses de ses amies, accompagnées d’un petit cadeau, ne lui apportèrent aucune joie.
Elle s’assit sur une pierre et contempla les préparatifs. On apporta d’abord des ballots de livres, puis des sacs de farine, de millet, de pain séché. Des rouleaux de couvertures et des sacs de couchage trouvèrent leur place sous la bâche qui protégeait la voiture ; ensuite ce fut le tour de la poêle à frire et de la marmite de fonte.
Une foule d’amis assistaient à ce grand départ. Ils avaient apporté des gâteaux, du sucre et des feuilles de thé comprimées en forme de briques. Quand le tout fut casé, Gwa-Gwa, soulevant la lourde bâche, se demanda où les trois dames trouveraient encore une petite place au milieu de cet encombrement de marchandises diverses.
Lorsque le chargement fut prêt, il se fit un silence et Gwa-Gwa sut qu’on allait parler à Dieu, aussi dès qu’elle vit que l’on chantait un cantique, elle ouvrit aussi sa bouche et, à sa manière, joignit sa voix étrange à celle des autres.
Alors les dames prirent congé, s’inclinant poliment devant les uns et les autres, mais lorsqu’elles arrivèrent auprès de la petite solitaire, elles lui caressèrent la main avec tendresse et l’enfant réalisa que de longtemps, elle ne les reverrait plus.
Aussitôt, elle prit une grande résolution. Coûte que coûte et où qu’elles aillent, elle suivrait ses amies. Le charretier fit claquer son fouet, les mules tirèrent dans les brancards et le lourd véhicule s’ébranla. Gwa-Gwa, son bâton à la main, suivait par derrière, tant bien que mal, le long de la rue, franchissant les portes de la ville et les faubourgs surpeuplés. Enfin ou atteignit la campagne.
Les mules trottaient toujours ; Gwa-Gwa se sentait presqu’à bout de forces, mais elle ne perdait pas la voiture de vue. Bien souvent déjà l’une ou l’autre (les dames lui avait fait signe de retourner à la ville et lorsqu’enfin on s’engagea dans le chemin raboteux qui s’en allait à travers les rizières, la Dame Bleue sauta du char et revint auprès de Gwa-Gwa.
– Tu dois retourner, mon enfant, tu le dois.
Et, prenant doucement la fillette par les épaules, elle la força à faire volte-face. Les yeux pleins de larmes et le cœur ulcéré, elle rejoignit ses compagnes ; se tournant vers le conducteur, elle lui dit :
– Presse le pas. Elle ne doit pas nous suivre plus loin ; elle pourrait se perdre et alors…
La petite créature, pathétique dans sa solitude, demeura sur place tant que la voiture fut en vue, puis très, très lentement, Gwa-Gwa revint sur ses pas et recommença à s’ingénier à se procurer son pain quotidien.
Chaque jour, et bien des fois par jour, les dames parlaient au Seigneur de la petite abandonnée et Lui, qui est riche en moyens, veilla sur l’enfant qui ne le connaissait pas encore.

Le temps était encore chaud et Gwa-Gwa, assise tristement au bord de la route, regardait passer les véhicules, espérant toujours que le char qu’elle attendait se présenterait bientôt devant la grande porte de la ville.
Quelquefois elle se mêlait aux jeux des autres enfants, mais plus souvent, elle restait tranquille, cherchant à comprendre les étranges événements qui avaient marqué sa courte vie.
Quelquefois un des élèves de l’école du soir partageait un concombre avec elle, et quelquefois aussi, une dame élégante arrêtait sa voiture, l’appelait à ses côtés et lui donnait quelque menue monnaie, car maintenant beaucoup de personnes connaissaient Gwa-Gwa comme la petite protégée des missionnaires.
Elle ne savait plus ce que c’était que d’être positivement affamée, car grand-maman Fan avait promis de lui donner chaque jour son bol de nourriture. Pour éviter les coups, elle ne rentrait que tard dans la soirée chez la méchante femme qui l’hébergeait et quittait ce triste logis dès l’aube.
Mais bien trop tôt, hélas ! l’automne fit son apparition, puis le cruel hiver, si redouté des mendiants, commença de sévir. Les vents glacés perçaient les haillons de Gwa-Gwa et quelquefois sa toux la secouait à tel point qu’elle pouvait à peine se traîner chez grand-maman Fan pour chercher son dîner. Les chiens étaient aussi méchants que jamais et maintenant il n’y avait personne pour laver ses jambes déchirées par leurs crocs. L’enfant pleurait souvent de douleur et la méchante femme chez qui elle habitait ne lui témoignait aucune pitié et la rouait de coups parce que ses tournées étaient si infructueuses maintenant.
Souvent elle demandait par signes quand ses trois amies reviendraient et chaque fois grand-maman Fan répondait par un sourire encourageant qui pouvait signifier : Oui, oui, elles seront bientôt là ! Mais le temps semblait bien long à Gwa-Gwa.
Durant cet hiver, Gwa-Gwa se lia d’amitié avec une autre fillette qu’elle avait rencontrée un jour se traînant dans la ville sur ses mains et ses genoux car elle n’avait plus qu’un pied. Cette petite infirme arrivait beaucoup mieux à se tirer d’affaire que Gwa-Gwa. Elle connaissait les bons coins où l’on pouvait s’asseoir le dos contre le mur, et profiter de la chaleur des kangs bien chauffés dans l’intérieur des maisons. Elle savait aussi gagner les bonnes grâces du restaurateur populaire qui parfois jetait une cuillère de soupe chaude sur le pain sec au fond de son bol. Gwa-Gwa était une mendiante maladroite, elle demandait toujours du travail en échange de sa nourriture et peu de gens lui en offrait. Sa nouvelle associée, par contre, la faisait profiter de son expérience des affaires.
Lorsque le printemps revint, de fréquentes fêtes dans les temples attiraient les villageois qui se montraient généreux envers les mendiants. Pourtant les missionnaires ne revenaient pas et leur demeure restait vide. Gwa-Gwa abandonna tout espoir de les revoir jamais, bien que grand-maman Fan semblât toujours annoncer leur retour. Mais l’expérience de la vie avait appris à Gwa-Gwa que les gens ne disent pas toujours la vérité, et dans son cœur elle pensait : Jamais plus je ne reverrai mes amies !
Bien qu’elle eût perdu fout espoir, cependant l’enfant ne manquait pas de visiter chaque jour la maison qui lui était chère. Elle entrait par la porte de la cour, elle faisait le tour du jardin, contemplait de loin les chambres où ses amies avaient vécu, puis, avant de s’en aller, elle s’asseyait sur le seuil et gémissait doucement comme elle savait qu’on le faisait lorsque quelqu’un était mort.
Tout un été passa, et le second hiver si redouté était arrivé ; les premiers blizzards, ces vents glacés venant du désert du Gobi, balayaient déjà la ville, apportant du nord, cailloux et tourbillons de sable. Les haillons de Gwa-Gwa étaient plus misérables que jamais. Il n’y avait plus de fêtes, les rues étaient vides. L’enfant était si triste que lorsqu’elle revenait à la maison de ses amies, elle ne se contentait plus de gémir, elle pleurait à gros sanglots.
Mais, en un mémorable jour de décembre, lorsqu’elle pénétra dans la cour, elle s’arrêta, médusée. Des ballots gisaient partout et, de la porte de la cuisine, s’échappait une vapeur odorante qui disait qu’un dîner était en cours de préparation. Soudain, l’enfant vit ses trois amies debout sur le seuil de la maison. Avec un cri de joie, elle abandonna sa petite canne et se précipita dans les bras grands ouverts pour la recevoir.

Cet hiver-là fut un des plus rigoureux que le nord-est de la Chine eût jamais connu. Un blizzard près l’autre balayait la plaine et souvent le froid était si intense que personne qui avait un logis ne s’aventurait à mettre le nez dehors. Chaque soir, les mendiants, serrés les uns contre les autres, se tassaient aux alentours des temples dont les hautes murailles offraient quelque protection contre les vents glacés. Mais chaque matin on retrouvait le corps de quelque petit enfant ou de quelque vieillard qui gisait gelé sur le sol durci.
Les chrétiens chinois, réunis chez les trois dames, discutaient de la situation et des moyens de venir en aide à des centaines de malheureux.
– Apportons un bon tas de paille dans une des grandes chambres, proposa quelqu’un, et, une fois la nuit tombée, nous irons à la recherche des petits enfants et nous les mettrons à l’abri.
– Voilà une excellente idée, firent les dames, et chaque matin nous cuirons une grosse marmitée de millet pour le déjeuner des petits.
On répandit donc la paille en couche épaisse sur le plancher, on acheta un grand sac de millet et chaque soir, quelques chrétiens indigènes s’en allaient à la recherche des enfants abandonnés, trop heureux de trouver un refuge contre les frimas.
La petite Solitaire errait du haut en bas de grand’ rue ou s’accroupissait dans un coin abrité mais pour elle, comme pour tous les « sans-famille » c’était une saison terrible. Ses haillons ne se croisaient pas même sur sa poitrine et c’est en frissonnant qu’elle affrontait chaque matin la bise du nord, sans avoir déjeuné. Elle devait quelquefois attendre bien longtemps avant que quelqu’un lui jetât une croûte de pain. Mais dès qu’elle avait ainsi reçu quelque nourriture, elle cherchait en échange à porter un message ou à enlever la neige devant la porte. Elle avait alors le sentiment d’avoir gagné son repas. Cependant elle était toujours heureuse de trouver bon dîner chaud qui l’attendait chez ses amies, ce bienfait était offert et accepté avec l’amour qui n’exige ni ne donne un paiement.
Voyant l’état des vêtements de l’enfant, les missionnaires achetèrent une bonne pièce de drap tissé à la main, et grand-maman Fan eut vite fait de confectionner une paire de ces larges pantalons que portent toutes les petites filles chinoises. Grande fut la joie de Gwa-Gwa lorsqu’elle se para de son nouveau vêtement. Mais, hélas ! cette joie fut de courte durée !
Une fois dans la rue et lorsqu’il s’agit de regagner sa demeure, l’enfant n’avança plus que d’un pas trainant et il se passa du temps avant qu’elle atteigne l’étroite entrée de la cour sur laquelle s’ouvrait cinq chambres, dans l’une desquelles habitait la méchante femme et ses enfants. Quand enfin Gwa-Gwa arriva devant la porte, un garçon du même qu’elle sortit en la bousculant. Voyant le vêtement neuf, le gamin lança une gifle à la fillette en lui adressant de grossières injures.
L’air de la chambre était alourdi par l’opium, l’horrible drogue dont l’emploi n’est que trop répandu en Chine. Sur le kang étaient placés une couverture en lambeaux, des draps sales et un plateau supportant une petite lampe à huile. Un homme, étendu de tout long, était occupé à nettoyer sa pipe à opium. Gwa-Gwa n’avait rien à craindre de sa part ; le poison l’avait abruti et il somnolait à demi, mais la femme, qui était en train de serrer les restes du souper, paraissait être de fort méchante humeur. Elle aussi voulait fumer l’opium et tout retard apporté à l’assouvissement de sa terrible passion l’irritait au plus haut point.
A côté du fourneau on avait posé un bol à moitié rempli d’une masse grise et gluante, un répugnant mélange de farine et d’eau, la part de Gwa-Gwa, qui était resté au fond de la marmite après que chacun avait mangé sa part.
La femme saisit la sacoche de l’enfant et la vida sur la table. Il ne s’y trouvait que quatre piécettes de cuivre, dont il aurait fallu trente pour faire la valeur de deux sous, trois petits morceaux de charbon que Gwa-Gwa avaient ramassés dans la rue et un os qu’un cuisinier lui avait lancé. La femme mit les piécettes dans sa poche, jeta les débris de charbon sur le feu et plaça l’os sur un rayon au-dessus du fourneau. Mais elle se saisit de Gwa-Gwa et examina ses pantalons neufs en s’assurant qu’elle portait encore sa vieille paire en dessous. Chaque fois qu’elle regardait l’enfant, ses yeux étaient pleins de haine et, tout en la tenant, elle lui pinça le bras si fort que Gwa-Gwa cria de douleur. Alors la mégère empoigna le tisonnier et frappa l’enfant sur le dos avec la tige de fer.
Dès que Gwa-Gwa; put lui échapper, elle se réfugia dans un coin de la chambre, près de la porte, et coucha sur la terre battue, sa sacoche et son bâton côté d’elle. Bientôt elle s’endormit profondément alors la femme s’approcha doucement et lui enleva ses pantalons neufs, ne lui laissant que son vieux vêtement en guenilles. Puis elle sortit et se rendit chez un chiffonnier, lui vendit les pantalons pour quelques sous qu’elle échangea bien vite contre une boule d’opium.
En se réveillant, Gwa-Gwa comprit ce qui s’était passé ; elle se mit en colère, sanglota, tapa du pied, brandit son petit bâton, mais tout cela ne lui rendit pas son vêtement volé. Pour la première fois de sa vie, elle avait été l’heureux possesseur de quelque chose qui lui appartenait en propre et maintenant il ne restait plus que ses misérables haillons. Elle courut chez ses amies pour trouver la maison vide. Le cuisinier lui donna à dîner, mais ne parut pas s’intéresser à la perte qui la chagrinait si fort.
Pauvre petite Gwa Gwa ! Si vous comparez son sort au vôtre, n’avez-vous pas lieu d’être reconnaissants de tous les bienfaits dont vous êtes comblés ? En avez-vous jamais remercié votre Père qui est dans le ciel ?
Bien que Gwa-Gwa n’en sût rien du tout, ses trois amies étaient en train d’élaborer un projet qui, mené à bonne fin avec la bénédiction de Dieu, devait changer du tout au tout la vie de la petite mendiante. Mais ce n’était pas chose aisée que d’arracher l’enfant aux griffes de la méchante femme qui prétendait avoir tous les droits sur elle. Le projet devait donc être mûri dans le silence et ne pouvait être mis exécution sans le concours de plusieurs hommes influents de la ville.

– Il faut acheter Gwa-Gwa tout de suite, dit grand-maman Fan, je ne vois pas d’autre moyen.
– Le fait de l’acheter n’est pas tout, émit le mandarin Lin, riche négociant de l’Asie centrale, il faudra dès lors la nourrir et la vêtir.
– C’est nous qui nous en chargerons, dit la dame grise, mais pendant nos longues absences, quand nous voyageons pour notre précieuse mission, qui prendra soin de la petite solitaire ?
– C’est tout simple, dit grand-papa Fan, nous la prendrons chez nous, à moins que nous ne soyons partis avec vous.
– Dans ce cas, c’est ma femme qui s’en occupera, assura le mandarin Lin.
Leur seule crainte était que de dépit, la méchante femme refuse de vendre Gwa-Gwa.
Dans le cercle d’amis, on discuta pendant une heure entière, chacun émettant une idée. Finalement celle du mandarin Lin fut acceptée à l’unisson. Rentrant chez lui, il fit venir dans sa chambre un serviteur sûr auquel il confia la chose. Le serviteur qui savait le genre de femme auquel il aurait affaire se montra plein de ressources.
– Donnez-moi une bonne poignée d’argent dans ma poche, dit-il, je ferai en sorte qu’elle l’entende sonner et, comme elle est une fumeuse d’opium invétérée, cela l’attirera. Elle donnerait n’importe quoi pour une boulette d’opium, combien plus facilement se débarrassera-t-elle d’une sourde-muette qu’elle déteste pour en obtenir !
Avec l’argent tintinnabulant dans sa poche, son tuyau de pipe dans sa ceinture, notre homme prit la rue de l’Ouest. Tout en flânant, échangeant quelques mots ici ou là avec des connaissances, il arriva au bout de la rue où se trouvait la demeure de la mégère.
Devant la misérable porte se tenait un gamin portant un plateau de bois attaché aux épaules. Sur ce plateau étaient empilés des beignets à la viande suintant de graisse. C’était le fils de la méchante femme, qui avait fait ces beignets dans l’espoir d’en retirer quelques sous pour acheter sa dose d’opium journalière.
Quand le serviteur arriva à la porte, il s’accroupit à la mode chinoise et alluma sa pipe, puis il demanda au gamin si le commerce marchait bien.
– Non, lui fut-il répondu, personne ne veut de ma marchandise.
A ce moment on entendit la voix perçante de la femme grondant le gamin, lui reprochant de perdre son temps.
– L’enfant fait ce qu’il peut, dit le serviteur, mais personne ne veut de ses beignets. N’y aurait-il pas chez vous quelque chose d’autre à vendre ?
– J’ai les enfants les plus incapables de toute la ville, dit-elle ; mon garçon est un fainéant, un propre à rien, quant à ma fille, elle est sourde-muette !
Pendant ce temps, quelques spectateurs s’étaient avancés et plaisantaient.
– Qui voudrait acheter une sourde-muette ? s’écria l’un d’eux.
– Qui sait ? Il se peut que quelqu’un le fasse, dit le serviteur qui, tout en parlant, faisait sonner l’argent dans sa poche. Je connais une dame qui a besoin d’une servante et elle ne verrait pas d’objection à ce qu’elle soit sourde-muette. Sur ces paroles, il s’éloigna, mais la graine avait été semée et, quand il revint un peu plus tard dans cette même rue, le gamin qui était aux aguets courut avertir sa mère.
Quelques mots seulement furent échangés, puis le serviteur murmura :
— Venez demain sur le coup de midi chez le mandarin Lin.

Le lendemain, quand Gwa-Gwa se rendit à la maison de ses amies, elle y trouva toutes sortes de petits travaux à faire. Elle balaya la cour, porta des seaux d’eau et ramassa du bois mort au jardin. Elle ne se doutait pas que très près d’elle le mandarin Lin et la méchante femme discutaient de son avenir.
La femme était arrivée exactement sur le coup de midi, on l’avait fait entrer dans le bureau où le mandarin traitait ses affaires. C’était un très joli bureau dans lequel étaient disposés de magnifiques divans rouges et une table drapée de rouge aussi. Sur la table il y avait une théière, deux tasses, une écritoire avec le pinceau pour écrire et le grand cachet carré avec lequel « Grand homme Lin » scellait ses documents.
La femme, à la vue de tant de magnificence, fut saisie de crainte et pensa qu’elle aurait mieux fait d’aller à la cuisine pour discuter de la chose avec la femme du serviteur mais, ce dernier étant déjà là elle dut donc s’avancer.
– A propos de votre sourde-muette, dit-il, combien voulez-vous ?
– Cette enfant m’a coûté beaucoup d’argent, répondit la femme, je ne puis la céder à moins de vingt mille cash (En comptant d’après le dictionnaire, cela fait à peu près 400 francs).
Vingt mille cash ! Qui est-ce qui aurait assez d’argent pour le dépenser de la sorte ? gronda le serviteur.
Ces deux-là étaient de première force pour traiter une affaire et on ne sait jusqu’à quand la discussion aurait duré si le mandarin Lin n’était entré dans le bureau à ce moment.
– Apportez-moi quinze mille cash, dit-il à son employé, et donnez-les à cette femme, puis vous m’amènerez l’enfant.
Quand Gwa-Gwa entra dans la pièce, elle fut terriblement choquée à la vue de la méchante femme, mais le mandarin Lin lui fit voir sur la table un grand papier, ainsi que la grosse pile de pièces de cuivre, que la femme était en train de serrer dans son fichu. La fillette comprit ce que cela signifiait et ses yeux brillèrent quand on apposa le grand sceau sur le document qui déclarait que, dès ce moment, Gwa-Gwa cessait d’être la propriété de la méchante femme et qu’elle devenait l’enfant des missionnaires.
L’heureuse Gwa-Gwa retourna à son dîner chaud, après quoi on lui fit faire encore différents petits travaux dans la maison. Puis la dame Bleue la fit entrer dans une chambre latérale où se trouvaient un baquet de bois rempli d’eau chaude et tout à côté un habillement complet fait à la taille de l’enfant. Vite on la débarrassa de ses haillons et on la plongea dans l’eau. C’était la première fois de sa vie qu’elle prenait un bain ; elle riait et battait des mains quand grand-maman Fan vint pour la frotter et la nettoyer de la tête aux pieds. Quand elle sortit de l’eau on lui rasa la tête et on lui mit ses nouveaux habits. C’était d’abord un pantalon de coton bleu doublé de blanc et douillettement ouaté, une petite jaquette blanche, et enfin un manteau bleu marine. Il y avait aussi une paire de chaussettes blanches. Elle enfila ses petits pieds dans de vieux souliers de la dame Bleue qu’elle attacha solidement avec des cordons. Quand elle fut prête, elle se rendit dans la chambre où étaient trois dames et s’inclina très bas trois fois pour leur montrer combien elle était reconnaissante pour tant de merveilleux cadeaux, puis, se tournant vers grand-maman Fan, elle lui fit une profonde révérence pour la remercier aussi. On lui fit comprendre alors qu’elle ne retournerait plus jamais chez la méchante femme mais qu’elle habiterait la maison de ses amies et partagerait la chambre de grand-maman Fan dans la dépendance. C’est elle qui devrait tenir la chambre bien propre, allumer et entretenir le feu du « kang » avec des épines et les déchets de l’étable, pour que le lit soit toujours chaud et confortable.
Cette nuit-là, au lieu de se recroqueviller sur un sol glacé, Gwa-Gwa s’étendit sur le lit de briques doucement chauffé et entretenu par un petit feu.
Grand-maman Fan se servait d’un oreiller en forme de rouleau dont les deux bouts étaient ornés d’un motif brodé et bien bourré de balle d’avoine. Gwa-Gwa, n’ayant pas d’oreiller, se choisit un petit fagot de branchettes, le glissa derrière sa nuque, tira la couverture jusqu’à son menton et s’endormit profondément. Mais, avant de se coucher côte à côte, elles s’étaient agenouillées et grand-maman Fan avait prié à haute voix. Personne ne peut savoir ce que Gwa-Gwa exprima dans sa prière, mais on peut être sûr qu’elle se montra très reconnaissante à Quelqu’un pour quelque chose.

Une semaine plus tard, la méchante femme apparut soudain dans la cour de la maison des dames missionnaires. Gwa-Gwa fut la première à l’apercevoir et de frayeur courut se cacher derrière la porte.
Le cuisinier, reconnaissant la voix criarde de la femme, sortit, espérant lui dire une bonne fois sa façon de penser, mais la dame Grise était déjà sur le pas de porte avant lui.
– Que désirez-vous ? lui demanda-t-elle sévèrement.
– Oh ! c’est seulement encore une petite affaire dont je veux vous parler, répondit-elle.
– Dites vite ce que c’est, commanda la dame Grise.
– Eh bien, c’est à propos des habits que portait Gwa-Gwa le jour où elle est allée chez le mandarin Lin.
– Alors quoi ?
– On ne m’a point donné d’argent pour cela et le mandarin Lin n’a pas même mentionné qu’on voulait les acheter.
– Est-ce seulement pour cela que vous êtes venue ? et la voix de la dame Grise était très sévère.
– Oui, c’est tout.
– Eh bien, les voilà, et puisque c’est tout ce que vous désirez, prenez-les et partez au plus vite.
En disant ces mots, la dame Grise ouvrit la porte de l’écurie et lui montra dans un coin le paquet de haillons qu’on avait déposé là en attendant de les brûler.
La femme ramassa ces quelques vêtements malpropres ; puis, tournant la tête à gauche et à droite, elle chercha des yeux la petite sourde-muette. Mais celle-ci ne se montra nulle part.
— C’est la toute dernière fois que vous viendrez ici lui dit la dame Grise. Quand vous aurez quelque chose à demander, adressez-vous directement au mandarin Lin.
Mais la méchante femme ne désirait pas du tout aller chez le mandarin Lin, elle en avait plus peur qu’envie.
Au fond, ce qui l’attirait dans ce quartier, c’était de savoir si tout ce qu’on racontait en ville sur Gwa-Gwa était vrai. Les uns disaient que les dames avaient fait venir un remède de leur propre pays dont une petite parcelle vous guérissait de la surdité. D’autres racontaient que non seulement Gwa-Gwa parlait en chinois, mais aussi en anglais. On disait encore qu’elle était habillée de vêtements somptueux, qu’elle était traitée comme l’enfant de la maison et qu’elle mangeait la même nourriture que les dames ; mais la méchante femme dut quitter la maison sans avoir pu satisfaire sa curiosité, car Gwa-Gwa resta blottie dans son coin jusqu’à ce qu’elle fût partie et que le cuisinier eût refermé solidement la porte. Bien entendu, Gwa-Gwa avait surveillé la femme par une fente sans être vue et ce ne fut qu’après son départ qu’elle se sentit vraiment en sécurité. Elle n’avait pas encore compris qu’une fois l’argent donné pour sa rançon, la femme n’avait plus rien à prétendre et n’avait pas même le droit de la toucher.
On avait acheté Gwa-Gwa pour la libérer et personne n’avait d’autre droit sur elle maintenant que celui de lui témoigner de l’affection ; cette affection de ses amies n’allait pas rester sans réponse chez l’enfant et éveilla peu à peu en elle un entier dévouement !
Plus tard, elle apprit que le Sauveur l’avait rachetée non avec de l’argent ou de l’or, mais d’un prix infini avec son précieux sang. Il était mort pour elle et le pouvoir du mal n’aurait plus de prise sur elle si elle se confiait en Lui. Si elle cessait d’aimer ses amies, elles en auraient un immense chagrin, mais si elle fermait son cœur à l’amour de son Rédempteur, ne l’affligerait-elle pas encore beaucoup plus ?
Le nom de Gwa-Gwa qui veut dire « Solitaire » n’’avait plus sa raison d’être dans une maison chrétienne, aussi lui donna-t-on celui de « Ai-Lien » qui veut dire « Lien d’amour ». Tout le monde l’appelait ainsi maintenant, excepté les trois dames qui lui donnèrent le nom de « Topsy ». Ai-Lien était un mot trop difficile à lire sur les lèvres pour la petite sourde-muette, mais bien vite elle apprit à articuler celui de Topsy.
Tout cela se passait aux environs de Noël, ce fut même la veille de ce jour que l’enfant fit son entrée dans sa nouvelle demeure. Le groupe de personnes qui l’aimaient étaient des disciples du Seigneur Jésus, qui était né dans une étable parce qu’il n’y avait point de place pour Lui dans l’hôtellerie. Lui-même les avait enjointes de prendre soin des enfants qui étaient dans la peine et quand elles Lui demandèrent ce qu’il fallait faire quant à Gwa-Gwa voici la réponse qu’Il leur fit : « Laissez-la venir à moi » et c’est ce qu’elles firent. L’arrivée de Gwa-Gwa en cette veille de Noël fut un des plus beaux jours de leur vie. Vraiment elles avaient toutes l’air si heureuses que dès lors, quand on parle de ce Noël, Topsy l’appelle toujours « l’heureux jour ».

Dès sa sixième année, Topsy avait été sa propre maitresse durant toutes les heures du jour. Chaque moment lui apportait tant de nouvelles difficultés à surmonter, c’est ce qui précisément avait développé chez l’enfant de la volonté, de l’assurance et de la confiance en soi. Elle avait dû apprendre à défendre ses droits et à garder férocement ce qu’elle avait gagné. On ne lui avait jamais enseigné à être serviable, aimable ou généreuse, à céder volontiers, ces vertus n’ayant aucun prix dans le monde qu’elle fréquentait. Dans son nouveau genre de vie tout allait changer. On allait lui apprendre à partager avec les autres, à abandonner sa propre volonté et par-dessus, tout à obéir à ses trois mamans et à grand-maman Fan. Elle était traitée avec bonté par toutes ces personnes qui l’aimaient, mais en retour on s’attendait à la voir faire ce qui lui était ordonné ; ce n’était pas une leçon facile à apprendre.

La première cause de sa résistance fut à propos de quelques bouts d’étoffe d’indienne. Quand grand-maman Fan cousait, elle permettait à Topsy de ramasser tout ce qui tombait de son ouvrage et d’en faire ce qu’elle voulait. La petite fille considérait cela comme un trésor précieux et, quand, elle devint l’heureuse propriétaire d’une aiguille, elle se mit tout de suite à assembler quelques morceaux bariolés pour s’en faire un porte-aiguilles. Tout marchait à souhait quand on l’appela pour aller balayer le petit salon des dames. Tranquillement elle leur fit comprendre qu’elle n’irait pas avant d’avoir fini son petit ouvrage. Cela amena une discussion très vive pour voir qui était la maîtresse. Topsy dut convenir, bien à regret, que c’était elle qui devait céder et obéit. Elle le fit, mais avec la ferme intention d’en faire moins possible.
Le deuxième débat survint un jour où l’on attendait des visites. Sur la table étaient disposés des plateaux garnis de gâteaux et de friandises. Topsy ne put résister à la tentation et, profitant de ce que tout le monde était occupé ailleurs, elle se servit de plusieurs bonbons qu’elle cacha dans la ceinture de son pantalon (En Chine le pantalon est le costume féminin, tandis que les hommes portent une large robe). Elle savait bien pourtant qu’après le départ des visites elle en aurait sa part. Quand ses mamans entrèrent dans la chambre, elle rougit si fort que son secret fut dévoilé. Avant même qu’on lui posât une question, elle faisait « non » de la tête, voulant indiquer par-là qu’elle n’avait rien pris.
Elle portait ce jour-là son pantalon du dimanche, à cause des visites qu’on attendait ; il était large autour des chevilles, tandis que celui de tous les jours était serré par une bande ; pendant qu’elle secouait négativement la tête pour bien convaincre ses mamans qu’elle n’avait rien fait de mal, les bonbons dégringolaient tout le long de son pantalon et venaient rouler en cascade à ses pieds ! Elle avait oublié qu’il n’y avait rien pour les retenir. La preuve de son larcin était trop évidente ! La pauvre petite Topsy passa toute une heure à pleurer dans un coin.
Comme elle était vive et intelligente, elle ne fut pas longue à apprendre que, quand elle désirait une chose, il fallait la demander, et que se servir de gâteaux sans permission n’était pas bien ; mais c’était une petite offense comparée au fait d’avoir dit qu’elle n’avait rien pris quand vraiment elle l’avait fait !
Topsy aimait les gravures plus que tout autre chose et les murs de sa chambre devinrent bientôt une vraie galerie de tableaux. D’abord un morceau de papier bariolé ou l’enveloppe d’une boîte d’allumettes satisfaisaient son amour de la couleur, mais graduellement ces bouts de papier furent remplacés par des gravures découpées dans des journaux illustrés qui arrivaient quelquefois à la maison.
Un jour, la dame Bleue la fit venir et lui montra la plus jolie gravure coloriée qu’elle eût jamais vue.
Elle représentait un berger avec un troupeau de moutons. Il portait dans ses bras un petit agneau. Topsy vit tout de suite que l’agneau était bien fatigué et que le berger était très bon.
Elle ne put plus contenir sa joie quand on lui permit de suspendre le tableau au-dessus de son lit. Le soir, agenouillée aux côtés de grand-maman Fan qui priait à haute voix, la fillette fixait tout le temps de ses yeux la belle gravure.
Les dames se demandaient ce qui se passait dans cette petite tête ; il leur semblait qu’un ange lui était envoyé pour lui faire comprendre certaines choses, car, quelque temps après, quand on lui donna une nouvelle gravure du Bon Berger, elle en comprit tout de suite la signification. Sur cette gravure on voyait un rocher élevé, au-dessus duquel planait un aigle immense. Au pied du rocher se tenait un pauvre petit agneau retenu dans les broussailles par des ronces dont il ne pouvait se débarrasser. Un berger se penchait pour délivrer le pauvre petit agneau,
Topsy avait souvent vu un grand aigle descendre et saisir quelque chose sur le sol, elle savait fort bien que, si le berger ne s’était pas trouvé là, l’agneau aurait été emporté dans les serres cruelles de l’oiseau, jusqu’à son aire, où il aurait été dévoré.
Avec des gravures et des signes, la dame Bleue faisait comprendre à Topsy, qu’au-dessus du ciel bleu elle avait un Ami qui l’avait toujours aimée et, quand Il avait vu qu’elle était dans un danger terrible, II avait envoyé Quelqu’un pour la conduire dans une demeure où elle serait en sécurité. Elle saisit la pensée en un instant et, dès lors, se vit toujours elle-même comme l’agneau délivré d’un grand danger par le Bon Berger qui avait dit à ses trois amies de prendre soin d’elle.

Évidemment un grand nombre de personnes savait où et qui était la maman de Topsy, mais comme il avait été convenu entre elle et la méchante femme que personne ne devait savoir que l’enfant été vendue, on n’en parlait qu’à mi-voix. Quant au père de Topsy, c’était un chef mongol et chaque année il allait à cheval à la grande fête tibétaine porter de la part de sa tribu un présent au « Bouddha Vivant » de la Lamasserie. Jamais il ne s’était intéressé au bébé Topsy, étant bien trop occupé avec ses grands troupeaux.
Bien qu’il ne donnât jamais une pensée à sa fille, elle existait cependant et chaque année elle ressemblait davantage à une Mongole. Elle en avait la forte charpente et les manières vives et spontanées qui contrastaient avec celles des jeunes Chinoises de son entourage plutôt calmes et retenues.
Personne, en voyant Topsy à cheval sur son poney, ne pouvait douter de son origine mongole, tant elle montrait de sang-froid et de sûreté.
Dans la nouvelle maison de Topsy on parlait d’un voyage en Mongolie qu’on allait entreprendre sous peu. Pendant qu’on en discutait, grand-maman Fan eut une idée merveilleuse.
– Il y aurait une place dans ma charrette pour Topsy dit-elle, nous pourrions la prendre avec qu’en pensez-vous ? Elle serait des plus utiles pour garder la tente pendant les réunions.
Tout le monde fut enchanté de la proposition. Quand Topsy apprit qu’elle serait du voyage, elle ne sut comment exprimer sa joie. Tout de suite elle rassembla ses petits trésors avec soin pendant que grand-maman Fan emballait tout ce qui était nécessaire pour le voyage.
Grand-papa Fan désirait qu’on commençât le voyage en Mongolie par « le Temple de la Colline Solitaire » où, une fois l’an, il y avait une grande fête en l’honneur d’une idole qui, disait-on, décidait du temps pendant la moisson. Aucun fermier n’aurait osé négliger une idole aussi importante ; tous ceux qui pouvaient lui apportaient une offrande et lui brûlaient de l’encens dans le temple.
– Si nous partons mardi à midi, dit grand-papa Fan, nous pourrons fixer nos tentes sur « la Colline Solitaire » le soir même et passer les journées de mercredi et de jeudi à la foire.
La route qui conduisait à ce temple éloigné était généralement déserte, mais, ce mardi-là, elle était couverte de marchands et de colporteurs se rendant à la foire. Ils portaient leurs marchandises sur les épaules, ainsi que le bois destiné à monter leurs baraques ; les villageois qui viendraient à la foire seraient heureux de trouver à acheter un bonnet à leur bébé, une lampe de cuivre, un tamis à grains, ou encore un joli baquet ; toutes ces choses allaient être bien exposées pour attirer la clientèle.
En haut, près du temple, on pouvait voir quelques hommes occupés à monter des petits fourneaux de boue, d’autres édifiaient des échoppes qu’ils entouraient de grands carrés de toile pour préserver les boutiquiers du soleil brûlant. Des cuisiniers pétrissaient de la pâte, hachaient de la viande et des oignons, raclaient des carottes et faisaient de la farce pour les beignets de mouton dont tout le monde était friand.
Un homme se tenait devant une poêle à frire pleine graisse fumante et y faisait tomber avec adresse la pâte à beignets. Un moment après il sortait les beignets dorés et croustillants. Ces délicatesses étaient du goût de Topsy qui resta une bonne demi-heure à se régaler, grand-papa Fan lui ayant donné trois pièces de cuivre pour en faire ce qui lui plairait.
Dès l’aube on avait pu voir des charrettes attelées de bouvillons, chargées de femmes et d’enfants, arrivant de la plaine, tandis que les hommes, soit à cheval soit à dos d’âne, s’avançaient à toute allure.
A midi, les musiciens commencèrent à jouer en faisant un tintamarre assourdissant et sauvage, avec leurs cymbales, leurs tambours et leurs trompettes tonitruantes. Avant même que la première charrette ne soit arrivée, les missionnaires étaient prêts. Ils avaient dressé une grande tente blanche autour de laquelle ils avaient suspendu des gravures. Dans la tente on avait mis quelques tables sur lesquelles étaient disposés des livres aux reliures de couleurs vives. Il y avait des bancs où l’on pouvait se reposer en écoutant une des dames qui jouait de l’harmonium. Cette musique attirait beaucoup de monde. Ils entendirent, ce jour-là, des choses merveilleuses, car beaucoup d’entre eux ignoraient que Dieu les aimait jusqu’à donner son Fils unique qui était mort sur la croix pour sauver les pécheurs.
Parmi les gravures, il y en avait une série qu’ils aimaient particulièrement.
C’était d’abord l’image d’un jeune garçon qui s’était enfui de la maison et avait dépensé tout l’argent que son père lui avait donné. Finalement il était devenu si pauvre qu’il avait dû se mettre à garder des porcs.
On voyait ensuite comment, au bout d’un ce temps, se repentant de la façon dont il avait quitté son père, il rentra à la maison pour lui demander pardon. Alors le père lui pardonna et même fit une grande fête en son honneur, le revêtant d’habits neufs et de belles sandales.
Les gens pouvaient lire cette histoire eux-mêmes dans le livre relié en jaune appelé « Lu-gia Fuh-yin » (évangile de Luc). Après l’avoir entendu raconter, beaucoup de personnes désirèrent posséder le livre et achetèrent tant d’exemplaires qu’il n’en resta plus un seul sur les tables.
Tout était si merveilleux et surprenant. On avait toujours dit que les dieux étaient terrifiants et voulaient leur faire du mal toutes les fois qu’ils avaient l’occasion ; cependant le prédicateur dit :
– Ce fils prodigue est comme vous et moi, et le Père qui pardonne, c’est Dieu.
Cela pouvait-il être vrai ? Quelques-uns d’entre et s’approchaient de grand-papa Fan et lui posaient la question bien en face.
– Oui, répondait-il, c’est tout à fait vrai, je le sais parce que Dieu m’a pardonné.
– Alors vous ne brûlez pas d’encens dans temple ?
– Non, répondait grand-papa Fan, je ne le fais pas. Dieu nous demande de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre force et de toute notre pensée et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. L’idole, bien qu’elle ait des oreilles, n’entend pas elle a des yeux, mais ne voit pas. Dieu, Lui, vous voit, vous connaît et vous aime.
Quelques-uns rentrèrent à la maison pour réfléchir à ce qu’ils avaient entendu, et presque tous achetèrent des Évangiles, car les dames avaient dit :
Ce Livre vous dira tout ce que vous avez besoin de savoir concernant Dieu.
Ainsi, les gens emportèrent chez eux des portions la Parole aux reliures jaunes, vertes ou roses, se promettant de les lire tranquillement pendant les longues soirées d’hiver.
Au coucher du soleil, Topsy rassembla les livres qui n’avaient pas été vendus et mit tout en ordre pour le lendemain.
Quand la foire fut terminée, que le dernier paysan fut rentré dans sa ferme, pendant que marchands et colporteurs tiraient en bas leurs baraques, que les petits serviteurs du temple balayaient et enlevaient la litière du sol, la grande tente blanche fut pliée et soigneusement fixée à l’arrière de la charrette. Avant le lever du jour tout le monde doit être prêt, car, plus tard, vers midi, le soleil est brûlant et, par amour pour les bêtes, on doit partir de bonne heure. Ainsi la caravane entière s’ébranla et se dirigea du côté du désert de sable vers le Nord, laissant derrière elle le temple déserté avec son dieu de boue.

Après quelques jours de voyage, les charrettes furent abandonnées. On loua des chameaux, qui seuls peuvent transporter les voyageurs à travers les sables mouvants. On en amena toute une rangée qu’on fit s’agenouiller de manière à ce qu’on pût attacher les bagages sur leurs dos. Ce travail accompli, chaque personne enjamba le cou du chameau qui lui était destiné. Les intelligentes bêtes, bien dressées, levèrent alors la tête, soulevant le cavalier pour le placer sur cette selle naturelle qu’a le chameau, entre les deux bosses. Topsy s’agrippa fermement à la touffe de poils du cou de sa monture afin d’éviter de tomber quand celle-ci déplierait ses longues jambes pour se tenir debout.
Quand tout le monde fut prêt, les conducteurs donnèrent une petite secousse à chaque rêne. A ce signal les grandes créatures ayant déplié leurs jambes de derrière, puis celles de devant, se dressèrent et, hop ! voilà le cavalier élevé très haut sur sa bête. La caravane se mit alors en marche d’un pas égal. Topsy aimait beaucoup à être balancée de-ci de-là tout en touchant son chameau d’une branche de saxaul (espèce de tamaris).
On voyagea de cette manière pendant plusieurs jours avant d’arriver à proximité de tentes que les voyageurs n’auraient jamais remarquées s’ils n’avaient connu les signes qui en indiquent la présence. C’est pourquoi ils ouvraient tout grands leurs yeux pour voir s’il y avait peut-être une petite touffe de laine d’agneau attachée à une branche ou un fil écarlate dans un buisson. De tels signes montrent qu’on est près d’un campement et qu’il faut descendre de chameau pour traverser le taillis. Bientôt ils entendirent aboyer les chiens, les chameliers firent alors claquer leurs longs fouets. Quand les chiens virent les fouets, ils se tinrent à distance, grondant et montrant les dents.
Enfin les tentes furent en vue, camouflées avec des branches de tamaris entrelacées.
A la vue d’étrangères, les femmes appelèrent les hommes, car un nouveau venu peut être n’importe qui, du percepteur d’impôts au voyageur en détresse ou encore l’espion d’une bande de brigands. Les hommes ne tardèrent pas à arriver, chacun d’eux portant un fusil en bandoulière et un grand couteau dans la tige de sa botte ; mais quand les voyageurs levèrent les mains pour bien faire voir qu’ils n’étaient pas armés, tout soupçon s’évanouit, plus personne ne fut effrayé. Alors le chef, soulevant la portière de sa tente, invita les dames à entrer.
L’intérieur d’une tente a toujours l’air étonnamment confortable, tout spécialement quand le « blizzard » fait rage dehors.
Au centre, brûle un bon feu de fiente de vache, qu’on alimente avec des racines de tamaris quand on désire une flamme vive. La fumée monte en spirales bleues et s’échappe par une ouverture pratiquée dans le toit de la tente. Tout près du feu il y a un grand coquemar de cuivre où s’infuse le thé dans l’eau bouillante ; à côté, suspendu par une chaîne sur l’âtre, se trouve le chaudron qu’on va remplir de lait de chamelle. Vis-à-vis de la porte d’entrée, on peut voir un siège surélevé, recouvert d’un tapis rouge, derrière lequel se trouve une table garnie de petits bols de laiton remplis jusqu’au bord d’eau fraîche. Le siège est la place d’honneur où seul le maître a le droit de s’asseoir et la table et les bols de laiton sont les offrandes qu’il fait à ses dieux.
Sur les côtés de la tente sont placés des coffres incrustés de métal brillant. C’est là qu’on serre les peaux, le cuir de réserve pour les chaussures et les lourds ornements d’argent dont les femmes aiment à parer.
Quand les voyageurs entrèrent, le maître de céans leur offrit une prise de tabac, manière polie de leur souhaiter la bienvenue. Au bout de quelques minutes, tout le monde était assis par terre autour du feu. Alors le fils de la femme la plus âgée sortit des bols de porcelaine d’un des coffres incrustés. Les dames connaissaient les coutumes des nomades, elles furent bien contentes de voir que les bols avaient été proprement lavés il arrive parfois qu’on les trempe simplement dans un peu de lait et la maîtresse de maison les polit avec sa langue !
Le maître ouvrit alors une belle boîte de laque et offrit à ses hôtes du « zamba » (céréales grillées et moulues). On le mélangea au lait de chamelle dans des bols et le tout fut trouvé excellent.
La tente était de feutre épais, garantissant du froid de l’hiver et maintenant de la fraîcheur en été. Ce feutre avait été foulé par les femmes, du poil de leurs chèvres ; il était disposé sur des treillis de bois habilement travaillés. A l’intérieur, cette carcasse était ornementée de lainages aux couleurs vives, tissés sur l’herbe drue du désert. Le tout avait fort bon air et était admirablement fait.
Les habitants des tentes sont toujours très occupés ; ils doivent faire sécher du fumier de vache pour le combustible, ils tannent les peaux, cousent leurs chaussures, tressent des cordes de poils de vache et tissent des étoffes pour embellir leur tente, en plus des travaux journaliers. Ceux-ci consistent en la traite d’une grande quantité de chèvres, de brebis et de chamelles. Pour faire le beurre c’est tout un travail. La crème doit être battue dans une baratte de cuir avec un grand battoir de bois, puis on serre ce beurre dans de petites poches de peau et on le garde ainsi un temps assez long avant de pouvoir s’en servir. Personne au monde, excepté les Mongols, n’aime le beurre fabriqué de cette manière. On ne lave jamais la baratte, aussi le beurre en acquiert-il un goût très bizarre.
Les petits des chameaux donnent beaucoup de travail. Quand les mères sont envoyées au loin pour pâturer, il faut nourrir les chamelons au biberon : on prend alors une corne de bœuf percée d’un assez grand trou auquel on adapte une embouchure de cuir.
Les hommes mènent leurs troupeaux de pâturage en pâturage et veillent à ce qu’ils ne s’éloignent pas trop. Pour cela, il faut tourner autour des troupeaux, les grouper. Cela se fait à cheval, les distances étant très grandes ; mais les bergers aiment par-dessus tout ces galopades.
Les nomades sont très bons et aimables envers les visiteurs paisibles, mais ils deviennent féroces s’ils sont attaqués. Ils ne sortent jamais sans leur grand couteau caché quelque part sur eux et leur fusil suspendu à l’épaule. En quittant leur tente, ils laissent devant la porte du lait et un peu de « zamba » afin que le voyageur affamé puisse se restaurer, c’est la loi de l’hospitalité mongole. Mais si quelqu’un vole quelque chose dans la tente ou une bête du troupeau, il est traqué et la poursuite durera jusqu’à ce qu’on trouve le voleur qui alors est condamné à une punition très sévère.

Les Mongols s’aperçurent bien vite que Topsy était de leur race, et quand ils apprirent qu’elle était sourde et muette ils l’aimèrent et la choyèrent d’autant plus. Topsy leur rendait bien cette affection.
Elle aimait à s’amuser avec les petits chameaux dans l’étable et à caresser les agneaux et les cabris qu’on gardait dans la tente jusqu’à ce qu’ils fussent assez forts pour sortir.
A la tombée de la nuit, les loups rôdent tout alentour, espérant attraper une bête pour la dévorer. Topsy, voyant l’amour avec lequel les bergers mongols prenaient soin de leurs agneaux, pensait à la gravure du Bon Berger. Elle non plus ne devait pas sortir à la nuit et ne s’y risquait pas, sachant bien que le loup ne ferait d’elle qu’une bouchée.
Les missionnaires allaient d’un campement mongol à un autre, trouvant toujours le dernier visité plus beau que le précédent. Ils arrivèrent un jour à la tente du prince de la tribu. Son siège d’honneur était recouvert de brocart écarlate, et Topsy contempla avec admiration la princesse dont la coiffure était étonnante. Ses longues nattes noires étaient enfermées dans des sacs de satin, brodés de soie, et ornés de jade et de corail. Ils se montrèrent pleins de bonté envers Topsy et ouvrant un magnifique coffret laqué d’or, ils en sortirent du « zamba » (céréales grillées moulues) qu’ils offrirent avec le thé.
Suivant leur habitude, les missionnaires eurent un long entretien avec leurs hôtes au sujet de la Parole de Dieu. Ils leur racontèrent la merveilleuse histoire de l’amour de Jésus, le Sauveur, qui parut faire une profonde impression sur le prince qui posa beaucoup de questions.
Ensuite il leur fit visiter ses pâturages où broutaient des centaines de chevaux, gardés par des pâtres à cheval.
Un matin, les voyageurs partirent de bonne heure, comme à l’accoutumée, mais vers dix heures, une lueur rouge, sinistre, apparut dans le ciel. Les chameaux lèvent la tête, hument le vent et s’entr’appellent. Les chameliers disaient : « Une tempête de sable se prépare ». Soudain, on entendit un hurlement et le sable fut pris dans un puissant tourbillon, tandis que les voyageurs se tenaient cramponnés aux bosses de leurs chameaux, risquant fort d’être précipités à terre. Les conducteurs crièrent un commandement aux bêtes dociles, qui s’agenouillèrent, puis allongèrent leurs longs cous et enfouirent leurs naseaux dans le sable. Tout le monde mit pied à terre et chacun s’abrita derrière son chameau. Topsy resta sur le sien se cacha la figure dans les doux et longs poils de l’animal, car le sable et le gravier l’aveuglaient et elle avait aussi grand peur que le vent ne l’emportât au loin. Mais les chameliers n’étaient pas effrayés, ils savaient qu’au bout de quelques heures le soleil brillerait à nouveau et que le ciel redeviendrait bleu, comme si aucune tempête n’avait eu lieu.
Après avoir cheminé un certain temps, ils arrivèrent à des forêts de peupliers du désert, arbres étranges, dont les branches inférieures portent des feuilles semblables à celles du saule, tandis que les feuilles du haut de l’arbre sont pareilles à celles du peuplier.
Quand le camp était fixé quelque part, Topsy avait l’habitude de recueillir des débris de toutes sortes pour faire le feu, mais ici, dans la forêt, ce furent les hommes qui se chargèrent d’amener de grands troncs d’arbres, et firent une énorme flambée. L’eau se mit à bouillir très vite dans le chaudron, et chacun put avoir autant de thé et de « zamba » qu’il le désirait. Combien tous en jouirent et comme ils mangèrent de bon appétit après cette course au grand air !
De la forêt ils arrivèrent à des collines de sables. C’était un véritable labyrinthe, chaque colline ressemblant tellement à sa voisine, qu’ils n’auraient jamais pu trouver leur chemin sans les chameliers qui, passant leur vie dans le désert, en connaissent tous les passages compliqués et difficiles.
La route ordinaire des caravanes passe au travers de sables mouvants, et pour empêcher les voyageurs de se perdre et peut-être de mourir de soif, les Mongols ont placé au milieu des dunes un grand support de bois, auquel est suspendu une cloche. Quand le temps est beau et calme, la cloche est silencieuse, mais aussitôt que le vent se lève, elle se met à tinter et quand le terrible « buran » (vent de tempête du désert) souffle et que l’air est obscurci par des nuées de sable, elle sonne fort retentit très loin.
En donnant des indications au voyageur, les Mongols lui disent : « À trois heures à l’ouest de la cloche, il y a des puits d’eau ; si le vent souffle et vous ne puissiez rien voir, écoutez attentivement jusqu’à ce que vous entendiez la cloche sonner, et alors comportez-vous d’après elle ».
Il était tard dans l’après-midi quand Topsy et ses amis arrivèrent aux dunes où se trouvait la cloche ; Ils étaient remplis d’anxiété, ne sachant s’ils trouveraient leur chemin. Dans leur détresse ils s’adressèrent à Celui qui veille sur ses enfants, et se mirent dans son entière dépendance. Puis, pleins de confiance, ils continuèrent leur route. Le vent se mit à souffler violemment, dispersant le sable sur la crête des monticules, comme l’écume de la mer. Tous tendaient l’oreille, quand tout à coup on entendit clairement le tintement « ding-dong, ding-dong ». Dès lors, ils surent qu’ils étaient saufs et qu’ils trouveraient à trois lieues de là des puits d’eau.
Reconnaissants, ils se hâtèrent pour arriver avant la nuit et trouvèrent enfin quatre grands trous creusé dans le sol, au fond desquels filtrait de l’eau. Elle était brunâtre et avait un goût horrible, mais nos voyageurs étaient si heureux de la trouver, qu’aucun d’eux n’aurait dit : « Comme le thé est amer ce soir ». On apporta quelques branches de saxaul (Tamaris), combustible excellent, et l’on fit bouillir l’eau pendant un certain temps afin de pouvoir la boire sans danger. Le lendemain ils aperçurent une ferme et un plus loin, ils arrivèrent à « l’oasis des Cils ». Le nom était joli et bien jolie aussi était l’oasis. Juste à cet endroit la rivière est d’un bleu intense et sur ses rives croissent des peupliers qui ondulent et frémissent à la moindre brise, ce qui fait dire aux gens de l’endroit : « Les arbres sont comme des cils voilant des yeux bleus, d’où son nom « l’oasis des Cils ».
Peu de temps après, nos voyageurs reprirent le chemin de la maison. Il fallut dire adieu aux chameaux et reprendre mules et charrettes. La rivière étant trop haute pour qu’on pût la passer à gué, on la traversa en bac, sorte de grand bateau long et plat. Mais l’embarquement fut difficile, les mules refusaient d’entrer, elles ne faisaient que ruer et danser sur leurs jambes de derrière. On tira alors le bateau aussi près du rivage que possible, et l’on fit un pont de planches. Ce n’était point encore du goût des bêtes, mais quand la petite mule brune, Molly, s’élança sur le pont, comprenant bien ce qu’on voulait d’elle, les autres la suivirent courageusement.
Il ne fallut pas moins de douze bateliers avec de longues perches pour lutter contre le courant et amener le bateau à bon port. Arrivés près de la rive, les charretiers firent claquer leur fouet et les bêtes sautèrent une à une sur le rivage. La première débarquée en profita pour faire une folle gambade dans la prairie, foulant et piétinant un champ de jeune avoine, mais Molly, petit modèle, ne commit aucun de ces actes répréhensibles.

Qu’il faisait bon se retrouver à la maison ! Tout paraissait si propre et si confortable. Le jardin était plein de fleurs et les abricotiers tout chargés de fruits encore verts, pour le plus grand bonheur de Topsy, qui, comme toutes les petites filles chinoises, aimait à croquer les abricots avant qu’ils ne soient mûrs. Immédiatement elle secoua une branche, faisant tomber une pluie de fruits dont elle bourra ses poches. On avait préparé un excellent repas pour les voyageurs. En plus de six plats de légumes, il y avait le pot-au-feu, qu’on apporta sur la table tout chantonnant et bouillonnant, dans sa marmite d’étain, munie un réchaud.
C’est tout un art que d’apprêter un pot-au-feu chinois ; on avait fait venir grand-maman Li tout exprès, car elle était renommée pour cela. Personne n’aurait pu dire combien de petites choses et quelles sortes d’aromates elle employait pour assaisonner son bouillon, c’était là son secret, mais elle se sentit très fière quand les Dames, ayant plongé leurs petites cuillers de porcelaine dans la soupe, déclarèrent n’en avoir jamais mangé de meilleure…
On apporta ensuite des petits pâtés à la viande hachée, des haricots et des crêpes dorées et fines comme de la dentelle. Grand-maman Li étendait une farce savoureuse sur chacune d’elles, les recouvrait d’une autre crêpe qu’elle parsemait d’ail haché, ce qui faisait un plat des plus appétissants.
Quand Topsy s’assit à table avec ses « mamans » et ses amis autour d’elle, elle pensa au temps où elle était solitaire, affamée, si triste parfois et, quand elle vit qu’on rendait grâces, de son cœur s’éleva, avec simplicité, l’expression de sa reconnaissance envers ce Dieu si bon qui lui donnait de chers amis et une bonne nourriture.

Topsy était enchantée de retrouver sa chambre. Elle avait maintenant un bon lit, si joli avec son couvre-pieds ouaté recouvert de cretonne fleurie ; trois repas par jour et surtout l’affection de ses trois « mamans » et de grand-maman Fan. Grand-papa Fan aussi lui disait en souriant de gentilles paroles qu’elle pouvait comprendre. Elle allait quelquefois chez la femme du mandarin Lin qui la régalait de pistaches grillées, et elle avait encore bien d’autres amis. De fait, elle se sentait très heureuse, mais elle pensait que son bonheur aurait été parfait, si elle avait pu faire sa volonté dans tous les domaines. Toutefois cela n’était pas possible. Ce que la solitaire petite Gwa-Gwa d’autrefois se permettait, comme mendiante ne cadrait plus avec ses circonstances actuelles, dans sa nouvelle demeure chrétienne.
Comme vous tous chers petits amis, Topsy devait apprendre que l’obéissance est une des premières choses que le Seigneur demande aux enfants.

Une nuit, les missionnaires furent éveillés en sursaut par des coups de fusil et des aboiements de chiens, puis on entendit un grand coup frappé à la porte d’entrée. La Dame Grise alla entrouvrir la porte avec précaution et se trouva en face d’une troupe de femmes portant leurs enfants dans les bras, suivies par de petits garçons qui traînaient de volumineux ballots.
– Permettez-nous d’entrer, disaient-ils à voix basse, les brigands envahissent la ville par la Porte de l’Est, tout le monde se cache et nous n’osons pas rentrer chez nous.
– Entrez, entrez, leur dit la Dame grise, et racontez-nous ce qui se passe.
– Allez tout de suite dans la chambre de grand-maman Fan, c’est moi qui dirai aux dames ce qu’il en est.
Celui qui parlait ainsi, bien qu’étant un important homme d’affaires, qui tremblait de peur. Les femmes et les enfants entrèrent dans la chambre de grand-maman Fan où Topsy dormait d’un profond sommeil. Quand elle s’éveilla, elle fut un peu effrayée de voir tout ce monde et ne savait trop que penser. Pendant ce temps, M. Kung racontait aux dames ce qui se passait en ville.
– C’est le général « Baby », disait-il, qui est arrivé avec plusieurs milliers d’hommes.
Ce nom n’a rien de bien terrifiant, cependant les Dames savaient tout ce qui concernait ce fameux « Baby » et elles comprenaient très bien pourquoi M. Kung tremblait si fort. Bien qu’il ne fût plus un « baby », il était très jeune pour être le général d’un armée de brigands, car il n’avait que dix-neuf ans. Etant enfant, il avait toujours été désobéissant à ses parents, puis à quinze ans s’était enfui de la maison pour se joindre à de mauvais garnements qui, peu à peu formèrent une troupe de brigands. Ils volaient des chevaux dans les fermes, des fusils, des marchandises de toutes sortes dans les boutiques et de l’argent dans les banques. Ils s’en allaient rôder dans la campagne, se faisant une terrible renommée, grâce à leurs agissements sauvages. Quand ils s’emparaient d’une ville, ils ouvraient les portes des prisons, invitant les malfaiteurs à se joindre à eux.
A l’aube, la ville fut prise par les brigands. Le général installa son quartier à la cour de justice où les gens effrayés lui apportaient toutes sortes de présents, dans l’espoir de l’amadouer : les paysans donnaient des moutons, des chèvres, de la volaille et des légumes ; les boulangers, du pain, des gâteaux et des friandises ; les cordonniers s’étaient cotisés pour pouvoir donner à chaque brigand une paire de souliers neufs. Le maire envoya des charretées d’avoine qui ne lui coutèrent rien, car il les prit dans les greniers de la ville.
Le chef d’état-major acceptait tous les présents favorablement en disant : « Hao, hao, hao », ce qui signifie « très bien ».
Les cuisiniers de l’armée se mirent à préparer un festin digne de l’occasion. Quand ils se furent bien régalés, les soldats allèrent en ville à la recherche de logements. Ils s’approprièrent les meilleures maisons et en chassèrent les habitants. Quand ils virent la grande tente devant la maison des missionnaires, ils la prirent, disant que c’était justement ce qu’il leur fallait pour abriter leurs chevaux, mais ils ne chassèrent pas les Dames de leur demeure.
Dans cette ville, les maisons avaient des toits plats, et l’on pouvait, en sautant d’une terrasse à l’autre, la parcourir toute sans descendre une seule fois dans la rue. De là, les brigands pouvaient épier et dépister los gens qui possédaient des chevaux, du bétail ou de la volaille. Les écuries étaient vides, plus d’un habitant avait enfermé ses bêtes dans sa propre chambre, bouchant l’entrée avec une commode. Mais les brigands avaient de bonnes oreilles, le nez fin et la vue perçante. Si quelqu’un cuisait de la viande ou rôtissait un poulet, un brigand le découvrait aussitôt et descendait du toit pour demander sa part, qui naturellement était le tout à l’exception des os.
Ils essayaient aussi de faire des recrues, attirant des gamins, leur faisant faire l’exercice, ce qui leur plaisait beaucoup. Par contre, les mères pleuraient à la maison, parce qu’elles craignaient de voir leurs garçons suivre ce terrible exemple et devenir des brigands.
Aucun fumet ne sortait de la maison des Dames ; cependant une nuit elles entendirent un bruit d’armes sur leur toit et des voix rudes réclamant de l’argent. Certaines que le Seigneur les protégerait, les trois Dames ouvrirent calmement la porte aux brigands et accédèrent à leurs demandes au grand déplaisir de Topsy qui fut bien plus chagrinée encore, quand on aperçut le lendemain, que la jolie mule noire Kara et Boz, la bonne et forte bête de trait, avaient été volées.
Tout le monde murmurait en secret contre le général « Baby », mais, en apportant des cadeaux, on lui faisait des courbettes et on l’appelait : « Votre Excellence ». On pouvait lire sur des affiches de papier rouge, enjolivées d’ornements au pinceau, toutes sortes de compliments à l’adresse du général « Baby » le traitant de Libérateur du Nord-Ouest.
Enfin, on entendit quelques personnes dire tout bas que l’armée allait partir. Les Dames l’apprirent par un ami chrétien qui était ferblantier.
– L’aide de camp, leur dit-il, nous a commandé de faire quatre mille gobelets d’étain devant être livré dans les trois jours ; ils n’ont pas besoin de gobelets ici, donc, cela veut dire qu’ils vont partir. Le jour suivant, tout le monde savait que cinq cents soufflets avaient encore été commandés et l’on s’en réjouit secrètement. Les soufflets servent à attiser les feux de camp ; les feux de camp se font dans les voyages au désert, par conséquent on pouvait en déduire que l’armée, en quittant la ville, se dirigerait vers le désert de Gobi, le traverserait pour se rendre au Turkestan, et tout faisait prévoir qu’elle ne reviendrait plus.
Désireux de voir les brigands partir au plus vite les patrons firent travailler leurs ouvriers comme ils ne l’avaient jamais fait, sachant pourtant bien qu’ils ne recevraient pas de salaire pour leur travail. En trois jours tout fut terminé ; l’ordre fut alors donné aux forgerons d’avoir à ferrer tous les chevaux du régiment.
Le lendemain, à l’aube, l’armée s’éloigna de la ville, ce dont tout le monde se réjouit excessivement. Pendant trois jours on fit des fêtes à l’occasion de ce départ et l’on s’envoya des cadeaux, tant la joie était grande. En déchirant les affiches complimenteuses sur le général, chaque personne disait sa façon de penser sur ce « fléau » du Nord-ouest.

Les grandes chaleurs étaient passées ; bientôt se célébreraient les fêtes d’automne. C’était le temps plus propice pour les voyages missionnaires, car il ne faisait ni trop chaud pour annoncer l’Évangile en plein air, ni trop froid pour camper. En outre, les fermiers avaient du temps de reste pour venir écouter.
Le mandarin Lin fut consulté au sujet d’un nouvel attelage.
— Les routes ont l’air d’être débarrassées des brigands, dit-il, et les gens de la « Cité-des-sables » ont désiré votre visite depuis de longues semaines, mais il y a le problème des mules qui n’est pas facile à résoudre, le général Baby ayant emmené les meilleures d’entre elles. Cependant, je connais un fermier dans un village tout près d’ici, qui a réussi à en cacher deux ; on dit qu’elles sont assez fortes, mais que l’une d’entre elles est la créature la plus laide qui se puisse voir à bien des lieues à la ronde !
On fit venir le fermier avec ses bêtes : la première était une bonne mule blanche, l’autre paraissait assez forte, mais était d’une étrange couleur rose sale.
– Oh ! dit la Dame bleue, de quoi aurons-nous l’air avec cette mule rose ?
– Même si elle était verte, dit la Dame grise, j’en serais satisfaite, pourvu qu’elle puisse tirer la charrette.
– Cette teinte rosâtre se changera en un joli châtain quand la bête aura été bien nourrie, dit le fermier, le général Baby m’ayant volé toute mon avoine, la pauvre bête en a pâti.
La Dame grise s’étant informée du prix, une vive discussion s’engagea entre le charretier et le fermier ; il y eut des serrements d’avant-bras, bien des fois répétés de part et d’autre sous leurs vastes manches, car ici on se comprend par signes, on ne parle pas haut. L’acheteur mécontent s’en va, revient, et tout recommence. Au bout de plus d’une heure de ce manège, on finit par s’entendre et le prix fut fixé à la satisfaction des Dames. Après avoir compté son argent, et fait sonner chaque pièce pour juger si elle était bonne, le vendeur partit en grommelant entre ses dents mais, quand il eut tourné le coin de la rue, il se félicitait de l’excellent marché qu’il venait de conclure, pendant que le charretier, menant ses bêtes à l’écurie, n’était pas moins satisfait de son achat.

L’attelage était au complet, mais il fallut retarder le voyage, grand-papa Fan étant tombé malade, si malade qu’on crut qu’il allait mourir. Après bien des jours, il se remit, mais il n’était pas assez fort pour entreprendre un voyage, aussi fut-il décidé que Topsy partirait en avant avec ses mamans et que grand-papa et grand-maman Fan les rejoindraient plus tard à la Cité-des-sables. Cette ville a été appelée ainsi, à cause des collines de sable qui l’entourent. A la moindre bourrasque, le sable se disperse, changeant constamment la forme de ces collines.
A ce moment, personne ne réalisa la portée que cette décision aurait sur la vie future de Topsy, si on l’avait laissée en arrière, la fillette n’aura probablement jamais été en Angleterre.
Topsy plia soigneusement son manteau neuf, fit un paquet de tous ses trésors, les enveloppa dans couverture et plaça le tout en lieu sûr dans la charrette.
Le premier soir, les voyageurs arrivèrent à la forteresse nord-ouest de la Grande Muraille de Chine. Cette énorme muraille fut construite environ deux cents ans avant la naissance de Jésus Christ, pour arrêter les incursions des Tartares. Elle a plus de trois mille kilomètres de long et, en certains endroit est assez large pour permettre à deux chars d’y passer de front. Elle commence au bord de la mer à un endroit nommé Shanhaïkwan, passe par-dessus des sommets de montagnes, descend dans des vallées pour aboutir à trente-cinq kilomètres environ de la ville où habitaient nos amis.
Les missionnaires campèrent aux abords de la grande forteresse afin de pouvoir parler du Sauveur aux gens qui y vivaient.
Le troisième jour après leur arrivée, un gamin qui allait puiser de l’eau à la source, revint en courant, donnant l’alarme, criant qu’il voyait des cavaliers galopant dans le désert. Les gens, en entendant cela, se mirent à fuir de tous côtés, sachant bien que c’étaient les brigands qui revenaient.
Le charretier ne prononça qu’une parole : « Partons ! » Avec l’aide de son camarade, il attela les mules et chargea la charrette en moins de rien. On entendait déjà les clameurs des soldats et les sabots des chevaux que l’écho répercutait.
La meilleure manière de se mettre hors de la vue des brigands était de longer vers le nord un embranchement de la Grande Muraille qui conduisait à une petite oasis, habitée par quelques familles seulement. Ils allaient y arriver quand l’appel d’un cavalier les arrêta. Le soldat leur demanda d’où ils venaient, ou Ils allaient et de montrer leurs passeports. Voilà qui n’était pas du tout agréable, mais à ce moment arriva un second cavalier qui, après avoir salué, transmit son message :
– Ces gens peuvent continuer leur voyage, ce sont des missionnaires que nous connaissons.
Avant le coucher du soleil les tentes furent fixées au bord de la petite rivière qui arrosait l’oasis et, à la tombée de la nuit, les paysans s’approchèrent furtivement de nos amis.
Le lendemain, à la première heure, les voyageurs se remirent en route par des chemins détournés, et ce ne fut qu’au bout de plus de quinze jours de marche et de campements qu’ils arrivèrent à la Cité-des-sables, ayant été gardés au travers de dangers multiples, dans lesquels ils firent une fois de plus la douce expérience que Dieu est bon et fidèle au-delà de nos pensées.
Dans la première auberge où ils entrèrent, il y avait une foule de gens qui n’étaient ni des Chinois, ni des Mongols, ni des Tibétains, mais des Turcomans. Les femmes portaient un voile blanc sur la tête, surmonté d’un petit bonnet brodé d’or. Ils parlaient un langage que les Chinois ne comprenaient pas.
Pour Topsy qui n’entendait rien, qu’importaient les langages, pourvu qu’elle puisse s’amuser à la course avec les fillettes, et jouer avec les chameaux, venus par-delà le grand désert de Gobi, où était la patrie de ces Turcomans. Ceux-ci étaient arrivés un certain matin où tout paraissait bien calme dans la Cité-des-sables. La ville se trouva envahie par ces gens qui étaient montés sur des centaines de petits ânes, les jeunes femmes portant leurs bébés dans tem bras, les plus âgées ayant de gros ballots d’habits attachés à leur selle. Ils racontaient qu’ils venaient d’une ville du nom de Hami, où tout avait été pillé et brûlé par le général Baby et son armée. En voyant ces pauvres gens affamés et terriblement fatigué chacun, dans la Cité-des-sables, se serra pour pouvoir les héberger.

Chaque jour Topsy espérait voir arriver grand-papa Fan, mais il ne venait toujours pas. Enfin il annonça par une lettre qu’il serait à la Cité-des-Sables la semaine suivante ; mais des jours et des semaines passèrent sans qu’on le vît arriver. L’anxiété augmentait et les Dames étaient en grande peine quand un charretier inconnu se présenta chez elles :
– Je vous apporte un message, dit-il, de la part d’un vieux monsieur du nom de Fan. S’étant mis en route pour vous rejoindre ici, il a été arrêté par des voleurs à la Porte de Jade, dépouillé de tout ce qu’il avait et forcé de rentrer chez lui, bienheureux encore d’avoir la vie sauve. Il vous fait dire de rester où vous êtes, les routes n’étant pas sûres.
– Voilà des nouvelles bien alarmantes, dit la Dame Grise.
– Tranquillisez-vous, maîtresse, dit le messager, pendant les trois derniers jours de notre voyage, nous n’avons pas rencontré un seul brigand.
C’est ce que tout le monde disait et pourtant, peu de jours après, les Dames et Topsy, ayant été faire un tour hors de la ville, furent accostées par un gamin qui leur recommanda de rentrer à la maison aussi vite que possible.
– Le général est défait et son armée est en déroute, dit-il, ils peuvent être ici d’un moment à l’autre, et les portes de la ville vont être fermées dans une heure.
On n’en écouta pas davantage. Le charretier fouetta les mules qui, malgré les chemins défoncés, se mirent à trotter bravement. On arriva juste avant la fermeture des portes. Les rues étaient désertes et le maire plaçait des sentinelles sur le mur de la ville. La brigade était prête devant sa maison.
Avant le coucher du, soleil déjà, des voix menaçantes se firent entendre derrière la grande porte de la ville, criant que, par ordre du général Ma, on eût à ouvrir cette porte tout de suite.
Le maire, pour éviter des malheurs, se décida à obéir tout en disant aux assaillants :
– Mes seigneurs, nous ne sommes ici que quelques pauvres gens, et rien de ce que nous possédons ne peut avoir de valeur pour vous ; cependant nous sommes très heureux de vous recevoir et espérons que vous venez en amis.
– Nous sommes les amis de ceux qui nous traitent bien, ouvrez immédiatement, fut la réponse.

Et voilà la Cité-des-Sables sous le dur gouvernement du général Baby. Lui-même avait établi son quartier général dans une grande ville, à quatre journées de chemin de la Cité-des-Sables, mais il avait des espions partout, et ceux-ci l’avaient renseigné sur les fameux greniers de cette ville ; aussi chaque jour pouvait-on voir défiler des charrettes bien chargées de céréales, d’estagnons d’huile et de monceaux légumes se dirigeant vers le camp du général. Les brigands emmenaient aussi tous les jeunes gens qu’ils pouvaient attraper pour en faire des recrues, mais c’était difficile, car beaucoup d’entre eux se cachaient dans le désert.
Les jeunes gens ne furent pas les seuls à être appelés à partir pour le camp ; un soir, un ordre vint aux Dames, disant qu’elles eussent à se tenir prêtes pour le lendemain avec Topsy et les serviteurs, il fallait obéir.
Et c’est ainsi qu’en ce matin de décembre, par un froid rigoureux, elles quittèrent leur maison de la Cité-des-Sables pour faire ce long trajet de quatre journées de chemin. Tous les amis chrétiens vinrent leur dire adieu et Topsy était désolée de voir pleurer ses mamans.
– Cependant, disaient les amis, pensez souvent à ce beau passage de l’épître aux Hébreux : « En sorte que, pleins de confiance, nous disions : Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 6).
Au camp, la vie était dure, les repas se composaient uniquement de millet, une bouillie de cette même céréale pour le déjeuner et le soir une soupe claire. Le chef de l’intendance militaire leur avait bien donné des cartes de ravitaillement pour du pain et de la farine mais, quand le cuisinier alla chercher la marchandise, on se moqua de lui en disant qu’on n’avait pas une miche de pain et point du tout de farine à vendre, seulement du millet. Chaque jour des soldats venaient chercher deux des Dames et les menaient auprès du général Ma. Quand elles revinrent de leur première visite, elles racontèrent qu’il avait reçu une balle dans la jambe et qu’elles avaient dû panser et soigner ses blessures.
Naturellement Topsy n’avait jamais la permission de sortir ; aussi passait-elle son temps à regarder au travers d’un trou dans la fenêtre de papier de sa chambre. Elle voyait les soldats qui soignaient les chevaux et même un jour elle vit Kara et une autre de leurs mules volées. Elle poussa un petit cri, pensant que c’était peut-être le moment de les reprendre, mais on lui fit comprendre qu’elle ne devait pas montrer qu’elle les reconnaissait.
Les jours passaient et la vie de camp, bruyante et harassante, commençait à peser sur les mamans de Topsy, celle-ci s’en apercevait bien et comprenait leur grand désir de retourner à la Cité-des-Sables.
Un matin, un soldat entra à l’improviste dans la chambre, et tendit un billet à la Dame Bleue. Topsy pensait que c’était encore un de ces bons de ravitaillement, mais, si elle avait su lire, elle aurait compris pourquoi tous les visages s’éclairèrent et devinrent si joyeux. Sur le papier étaient écrits ces mots :
« Les missionnaires et leurs serviteurs sont autorisés à retourner à la Cité-des-Sables ; permission accordée par le général Ma-Chung-Ying, ce cinquième jour de la onzième lune, de la vingt-deuxième année de la République.
Timbré par ordre militaire ».
Ce fut surprenant de voir la rapidité avec laquelle on fut prêt à partir. On se passa même de dîner, mais la Dame Bleue fut encore appelée à faire une dernière visite au général blessé. En recevant cet ordre, elle et la Dame grise ouvrirent quelques paquets de livres et choisirent un volume avec une belle couverture de cuir. Sur cette couverture étaient imprimés de grands idéogrammes d’or. L’écriture chinoise se compose de signes représentant des idées et de choses.
En remarquant le soin que les Dames prirent pour envelopper le livre, Topsy vit bien qu’il s’agissait d’un cadeau destiné au général. Combien il allait être content ! se dit-elle. Ce livre était une Bible en chinois et, quand la Dame Bleue fut de retour, elle se plut à décrire la façon dont le général ravi reçut le cadeau en saluant.

Pendant qu’on chargeait les charrettes, des soldats s’approchaient et tout bas disaient aux Dames :
– Si vous voyez ma vieille mère dites-lui que je suis ici et que je ferai mon possible pour rentrer bien tôt.
On partit enfin ; les charrettes furent arrêtées bien des fois par des hommes grossiers et féroces mais qui, à la vue du laissez-passer muni de son cachet, se mettaient au « garde à vous » et disaient : Passez.
Et l’on se remettait en route pour arriver enfin hors de la zone occupée par les brigands. Puis les voyageurs, cheminant à travers le désert, atteignirent sains et, saufs la Cité-des-Sables.

C’était en février. Une tempête de sable d’avant printemps se déchaînait sur la ville.
Les trois dames étaient dans la pièce qui leur tenait lieu de chambre à manger, de salon et de chambre coucher. Le kang occupait un des coins de la pièce et comme mobilier il n’y avait qu’un banc de bois, une petite table et une malle.
La Dame Grise, assise sur le kang, faisait un choix de petites feuilles pour les enfants de l’école du dimanche ; la Dame Brune comptait et enfilait des pièces de monnaie de cuivre percées pendant que la Dame Bleue allait et venait dans la chambre.
Topsy, assise sur une caisse, observait attentivement les visages de ses mamans. Elle comprenait qu’on parlait de choses très importantes, soit des aliments, qui devenaient de plus en plus rares, soit des brigands qui chaque jour étaient en plus grand nombre.
– Il ne faut en aucun cas entamer notre réserve secrète, disait la Dame Bleue, que ferions-nous si nous n’avions plus rien pour notre voyage ?
– Je ne suis pas aussi inquiète de notre nourriture que de celle des bêtes, disait la Dame Grise, nous pourrions nous contenter de demi-rations pendant longtemps, mais si les mules perdent leurs forces, elles ne pourront jamais nous faire traverser le désert de Gobi. Ce matin, un homme qui vendait du bois, disait que quelques personnes ayant pu fuir par le passage du « Puits des Ânes Sauvages », on y avait beaucoup renforcé la garde.
– Et si nous demandions un laissez-passer ? proposa la Dame Brune.
– Nous pouvons essayer, dit la Dame Grise, mais si on nous le refuse, notre situation sera pire qu’avant, car tout le monde saura que nous avons l’intention de nous enfuir.
Néanmoins, le jour suivant, la Dame Bleue et la Dame Brune allèrent chez le commandant et bravement lui demandèrent un permis pour quitter la Cité-des-Sables. Il parut très surpris et répondit qu’il n’avait pas l’autorisation de signer des laissez-passer. Alors la Dame Bleue, s’enhardissant, le pria de bien vouloir en demander un au général Ma.
– Je le ferai, dit-il en hésitant, puis ayant griffonné quelques mots sur une feuille de papier, il la remit à son secrétaire.
– Votre requête partira avec le courrier d’aujourd’hui, cependant, dit-il, je ne vous garantis pas une réponse favorable.
Dix jours plus tard, la réponse vint, contenant un refus catégorique.
On aurait pu croire que les Dames avaient abandonné leurs projets de fuite tant elles se remirent avec entrain à leur tâche journalière.
Deux ou trois fois par semaine, elles faisaient une tournée dans les fermes du voisinage et les habitants de ces campagnes étaient toujours heureux de les voir arriver. Les sentinelles aux portes de la ville étaient si habituées à leurs allées et venues qu’elles ne les inquiétaient jamais et avaient toujours un mot aimable à leur adresse.
Mais la vie devenait de plus en plus pénible, la situation empirait de jour en jour ; dans les rues de la ville, les gens mouraient de faim et de fièvre.
Le général des brigands avait enjoint aux missionnaires de ne pas partir, mais c’est à Quelqu’un de plus puissant que lui qu’elles remettaient tous leurs soucis.
Chaque matin, avant l’ouverture de la porte d’entrée, toute la maisonnée se réunissait dans la chambre commune. On commençait par chanter une hymne, puis chacun se mettait à genoux pour la prière.
Ce matin-là, dans les paroles du cantique, il était question de pèlerins traversant le désert et demandant au grand Dieu Jéhovah de les guider par la colonne de nuée et la colonne de feu.
Comment cela pourrait-il se réaliser pour nos missionnaires et leur suite ? Sauront-ils discerner le chemin à suivre ? Ils demandèrent alors avec instance à Dieu de les guider, en sorte qu’ils ne commettent pas d’erreurs.
Pendant tout le mois de mars, les Dames allèrent ici et là dans les fermes, accomplissant leur mission bénie, mais toujours attentives, elles espéraient voir la colonne de nuée et la colonne de feu.
Au début d’avril, Dieu parla à leurs cœurs, leur faisant comprendre que le moment de partir était arrivé. Elles étaient sûres que c’était Sa volonté, car Il leur fit savoir séparément, aussi n’osèrent-elles pas tarder.
A la tombée de la nuit, quand la porte d’entrée fut fermée, au lieu d’aller se coucher, on serra dans des sacs toutes les réserves secrètes, puis on les plaça sur les charrettes. Tous les préparatifs se firent sans bruit. A l’aube on fixa encore le reste des bagages à leur place et tout fut prêt.
Au tout dernier moment un léger repas fut servi et l’on partit.
Topsy et deux de ses mamans allèrent à pied jusqu’au fossé en dehors de la muraille de la ville, tandis que la Dame Grise partait en charrette, cachant de son mieux les bagages.
La route à suivre allait directement au nord, mais nos amis, pour plus de sûreté, quittèrent la ville par la porte du sud, firent un grand détour et arrivèrent enfin aux fermes situées tout au nord de l’oasis. Là, devant eux, s’étendait le désert avec le passage du « Puits des Ânes Sauvages » au premier plan. Ils entrèrent dans une ferme et demandèrent de l’eau bouillante pour faire du thé. Tout en le buvant, on échangea quelques paroles.
– Est-ce le « Puits des Ânes Sauvages », là-bas ?
– Oui, répondit le fermier.
– Nous avons entendu dire que la garde y avait été renforcée.
– Oui, jusqu’à aujourd’hui, mais ce matin, ils sont tous partis.
Quelle réponse étonnante ! Plus d’un dans la petite troupe pensa à la colonne de nuée et à la colonne de feu qui les conduiraient.
– Où sont-ils allés ? demanda le cuisinier.
– Du côté de la Cité-des-Sables, répondit le fermier.
– Mon ami, dit le charretier, pouvez-vous affirmer qu’il n’y aura personne cette nuit au « Puits des Ânes Sauvages » ?
– J’en suis parfaitement sûr, dit le fermier.
– Il se fait tard, dit la Dame Grise, finissons notre thé et partons.
Une heure après, tandis que la lumière grise du crépuscule se changeait tout doucement en obscurité, la petite caravane dépassa le « Puits des Ânes Sauvages » et s’effaça dans l’immense nuit.

Ne sera-t-on jamais débarrassé des brigands et de leurs fusils ? C’est sûrement ce que pensait Topsy quand, deux jours plus tard, au milieu du désert, des hommes armés apparurent tout à coup comme s’ils étaient sortis de terre. Les voilà maintenant posant leurs questions :
– Où allez-vous ? Que faites-vous ici ? Nous avons l’ordre d’arrêter tous ceux qui n’ont pas de laissez-passer I
Topsy se blottit derrière la Dame Grise, au fond de la charrette. De là, elle vit la Dame Bleue déplier et tendre aux soldats une grande feuille de papier couverte d’écriture et de cachets rouges. En examinant la feuille, leurs visages devinrent moins féroces et c’est même d’un air aimable que l’un d’eux la rendit à la Dame Bleue en secouant la tête d’un air d’approbation. Puis, sautant sur leurs montures, les brigands repartirent par le désert.
Topsy ne se doutait guère du grand danger auquel la petite troupe venait d’échapper et combien peu s’en était fallu que toute la caravane ne retournât dans l’affreux camp des brigands.
La Dame Bleue avait risqué beaucoup en montrant son passeport aux soldats. Il était tout à fait en règle, délivré par le gouvernement chinois, mais n’avait aucune valeur aux yeux du général Ma qui était en révolte contre ce gouvernement. Il l’aurait jeté au feu s’il l’avait eu entre les mains, et Topsy et ses mamans auraient été ramenées au camp ; leurs projets de voyage seraient alors restés pendant bien longtemps sans exécution. Mais Dieu intervint. Il se trouva que les soldats qui avaient arrêté nos amis n’avaient jamais été à l’école, ils ne savaient pas lire et ne connaissaient même pas l’équivalent chinois de A. B. C. qui est Ren, Ma, Li. Quand ils virent les grands sceaux rouges sur ce passeport du ministère des affaires étrangères, ils pensèrent que c’était leur chef qui les avait apposés et que ce document important était un permis du général lui-même.
Quand les brigands furent hors de vue, la caravane fit halte et les missionnaires rendirent grâces à Dieu pour cette nouvelle marque de sa puissance en leur faveur.
On se remit en route en pressant extrêmement la marche, pendant des jours et des jours, ne se reposant qu’à la nuit tombée et quelques heures seulement. A mesure que l’on avançait, la fatigue et sommeil se faisaient de plus en plus sentir.
Combien ce voyage dura-t-il ? Topsy n’aurait su le dire, elle avait perdu la notion du temps à force de voyager jour et nuit ; elle n’aspirait plus qu’à arriver dans un lieu où elle pût dormir.
Enfin voilà quelques personnes dans le lointain. Pendant un moment le cœur de Topsy se glaça de peur quand elle vit que c’étaient des soldats armés mais l’instant d’après, ayant vu la figure réjouie du charretier, elle comprit que cette fois c’était une troupe amie. Ils entourèrent- la charrette, posant des questions et racontant les durs combats qu’ils avaient eus contre les soldats du général Ma. Leurs visages amaigris et leurs habits fripés en faisaient foi.
C’est parmi les murs calcinés des fermes incendié que nos voyageurs cheminaient maintenant ; partout les arbres étaient coupés et tous les habitants avaient fui, laissant les champs non ensemencés.
Finalement ils arrivèrent devant la grande ville Hami dont ils franchirent les portes.

Il y eut encore tout un mois où l’on fut secoué dans la charrette cahotante avant d’arriver à Umruchi, la capitale du Turkestan. Les Mongols l’appellent Umruchi, mais cette cité a plusieurs autres noms, un des plus faciles à retenir est Hung Miao, qui veut dire le Temple Rouge. Dans cette ville les Dames avaient des amis et une maison où elles pouvaient demeurer ; cependant elles désiraient rentrer dans leur propre pays aussi vite que possible. Mais elles étaient en souci de savoir ce qu’il fallait faire de leur petite Topsy qui n’avait point de passeport. On ne pouvait pas la renvoyer chez grand-papa et grand-maman Fan, la distance était trop grande et les routes infestées de brigands.
« Si Dieu nous l’a donnée pour que nous en prenions soin, dit la Dame Brune, Il exaucera notre désir de la conserver avec nous ».
Tout en cheminant et devisant, nos amis arrivèrent aux portes de la ville du Temple. Rouge. Sur ces entrefaites, ils virent deux cavaliers qui s’approchaient à bride abattue. Les Dames reconnurent un de leurs amis missionnaires, avec son serviteur mongol. Après les souhaits de bienvenue, l’ami les informa qu’elles étaient invitées à une réception ce même soir et que là, elles rencontreraient un des consuls britanniques de Kashgar qui était de passage à la ville du Temple Rouge. Les Dames échangèrent un regard d’intelligence, car elles savaient que, si quelqu’un avait le pouvoir de leur procurer un passeport pour Topsy, c’était justement ce consul.
Le soir venu, les Dames reçurent le plus gracieux accueil de l’hôtesse chinoise qui les avait invitées. Là se trouvaient, en effet, le consul britannique et quelques amis. Tous furent très heureux de les voir saines et sauves après tant de dangers courus.
Le consul se montra plein de bonté ; il voulut savoir tout ce qui concernait Topsy et promit que le lendemain il parlerait d’elle au gouverneur chinois, « mais, dit-il, il faut qu’elle ait un nom et un prénom chrétiens, si elle fait un voyage à travers le monde ».
Topsy n’avait pas de nom de famille, il fallait lui en trouver un. Chacune des Dames avait un surnom, celui de la Dame Bleue était « Gai ». Il fut décidé qu’on l’appellerait ainsi, et qu’on changerait son prénom d’Ai-Lien en « Eileen », Eileen Gai serait un fort joli nom pour elle.
Le lendemain les Dames reçurent le laissez-passer pour Topsy, mais elles ne pouvaient pas partir avant d’avoir reçu une autorisation de Moscou, leur permettant de traverser la Russie. Quand elle arriva au bout de trois mois, Topsy pleura de joie pour la première fois de sa vie.
Après cela on se hâta de préparer les bagages, d’emballer des vêtements chauds, car on allait traverser la Sibérie où il fait très froid.
Quand on quitta la ville du Temple Rouge, la voiture dans laquelle on monta était toute différente du celles que Topsy avait vues jusqu’ici. Elle était tirée par trois chevaux attelés de front. Celui du milieu avait un arceau de bois au-dessus de la tête, auquel était attaché un grelot qui tintait tout le temps. Le conducteur était un Russe haut de taille qui faisait trotter ses chevaux à l’aide d’un long fouet.
Certains parcours étaient effroyables, à cause des profondes rivières qu’il fallait traverser ; malgré cela, ils arrivaient toujours sains et saufs de l’autre côté. « L’Éternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son fils dans tout le chemin » (Deut. 1. 31).
Au bout de trois semaines on arriva à Chuguchak, la Cité des Mouettes, ville pleine de gens extraordinaires et de magnifiques bâtiments.

Jusqu’à présent, Topsy n’avait jamais voyagé si rapidement que dans cette « briska » attelée de ses trois chevaux, mais elle vit bientôt une chose plus merveilleuse encore. Il y avait devant elle un immense véhicule dans lequel les voyageurs placèrent leurs bagages, puis montèrent eux-mêmes. Il n’y avait pas de chevaux devant la voiture, cependant le conducteur grimpa sur son siège, puis la machine s’ébranla et se mit à descendre la rue ! Ce fut le premier contact de Topsy avec un autocar, pas très heureux il est vrai. La route étant fort mauvaise, le car était secoué et les voyageurs avaient toutes les peines du monde à maintenir les bagages en place.
Ce fut par une chaude matinée qu’on monta dans le car ; pendant plusieurs heures les passagers furent brûlés par les rayons d’un soleil ardent, puis vint la fraîcheur du soir et le soleil se coucha. Le car roulait toujours quand la lune se leva, seulement maintenant au lieu d’avoir trop chaud, on était transi de froid. La nuit fit place à l’aurore et vers midi les voyageurs engourdis et endoloris purent descendre de voiture.
Après avoir attendu pendant une heure sur le quai de bois avec les Dames et d’autres voyageurs, Topsy vit arriver un train aussi long qu’une caravane du désert. Ce fut un nouveau sujet d’étonnement pour elle et quand on l’eut installée près de la fenêtre dans le wagon, il lui sembla qu’elle ne se fatiguerait jamais de regarder tout ce qui s’offrait à ses yeux. Le train tantôt passait au travers d’épaisses forêts, tantôt s’arrêtait dans un endroit où il n’y avait que quelques cabanes habitées par des hommes très grands et barbus. Les femmes portaient sur la tête des fichus aux couleurs voyantes et les enfants avaient les cheveux d’un blond si pâle, que cela faisait penser à l’orge quand il est mûr pour la faucille.
Vers la fin de l’après-midi on arriva en gare d’une grande ville. Topsy vit alors la Dame Grise sortir la théière du sac, y mettre quelques pincées de thé et aussitôt que le train s’arrêta, la donner à la Dame Brune ; celle-ci sauta hors du train suivie de la Dame Bleue qui portait une bouilloire. Topsy les vit courir le long du quai avec beaucoup d’autres personnes, emplir leurs récipients d’eau bouillante à un énorme robinet, et revenir avec un thé délicieux. Après en avoir bu quelques tasses, les voyageurs s’étendirent sur les bancs pour dormir.
Après trois jours de voyage on arriva à la capitale de la Sibérie, Novossibirsk, où tout le monde descendit du train. Pendant tout un jour et la moitié de la nuit on resta assis dans une salle d’attente pleine de gens étendus sur le plancher. Le train qu’on prit ensuite était tellement bondé de voyageurs que les Dames eurent beaucoup de peine à trouver de la place. Il n’y avait point de bancs, aussi devait-on s’asseoir ou se coucher par terre.
Après quelques jours de ce trajet difficile, on atteignit Moscou, la capitale de la Russie.
Quel délassement pour chacun de pouvoir enfin baigner son visage dans de l’eau fraîche après en avoir été privé si longtemps ; mais pour Topsy ce fut une sensation inoubliable de voir jaillir de l’eau du mur rien qu’en touchant le bouton de cuivre au-dessus du bassin, dans la salle d’attente.
A partir de Moscou, le voyage fut plus agréable, les voitures étant de plus en plus confortables. Un jour, roulant aisément et sans secousse, le train atteignit enfin Berlin.

Les lecteurs de cette histoire ne peuvent pas se souvenir de la première fois qu’ils ont vu un lit, ils en ont toujours eu, mais si vous demandiez à Topsy, elle vous dirait que c’est à Berlin qu’elle en vit un vrai, à ressorts, pour la première fois. C’était quelque chose de bien différent des lits de sangle que ses mamans employaient en Asie.
En allant se coucher, elle se promit qu’avant de s’endormir, elle sauterait et danserait dessus, pour le plaisir d’être lancée en l’air, mais par malheur, elle posa la tête sur l’oreiller doux et frais et ferma les yeux… pour un instant seulement. Quand elle les rouvrit, voici, c’était le matin, un brillant soleil remplissait la chambre. Alors elle se leva. Un peu plus tard, elle prit son déjeuner devant une table recouverte d’une nappe si blanche qu’elle eut peur – car, qu’arriverait-il si son couteau et sa cuiller déviaient et faisaient sauter quelque chose hors de cette glissante assiette ? Se servir d’un instrument aussi dangereux que le couteau la mettait à une rude épreuve, elle qui depuis sa toute petite enfance prenait sa nourriture à l’aide de bâtonnets qu’elle maniait avec beaucoup de dextérité.
Tout était miracle pour Topsy : l’eau courante, les installations électriques et toutes sortes d’autres choses dont la petite Mongole n’avait jamais soupçonné l’existence.
Topsy allait bientôt arriver au terme de son voyage. Un soir, très tard, elle fut emmenée à la gare et mise dans une couchette clans le train. Le lendemain matin elle descendit sur un quai qui faisait face à la mer. C’était la première fois qu’elle la voyait et elle pensa que cette immense étendue d’eau devait être une rivière très large, plus large que celles qu’elle avait vues jusqu’ici puisqu’on ne pouvait pas voir l’autre bord. Les bateaux à vapeur lui semblaient être d’étranges maisons avec d’énormes cheminées blanches et, bien qu’elle fut habituée maintenant aux choses pouvant se mouvoir sans qu’on les tire ou qu’on les pousse, elle avait de la peine à réaliser que ces maisons flottantes étaient des bateaux. Le seul qu’elle eût vu jusqu’à présent était le bac qu’elle prenait pour traverser la rivière en Mongolie.
On s’embarqua et le navire s’éloigna du rivage avec un léger ballottement. Topsy vit la Dame Grise et la Dame Bleue disparaître au bas d’un escalier, alors elle s’assit auprès de la Dame Brune, sur le pont, se sentant un peu responsable des bagages ; cependant, arrivée à l’autre bord, elle ne fut pas fâchée de sortir de cette maison flottante où elle ne se sentait pas très à son aise. Pour la dernière fois dans ce voyage, les bagages furent exposés et ouverts à la douane. C’était la huitième fois que Topsy assistait, indignée, à l’examen du contenu de sa petite valise, par des hommes inconnus. Avec un sourire ils regardaient sa poupée, ils ouvraient son petit étui à ouvrage et, quand ils le lui rendaient, elle ne manquait pas de recompter ses aiguilles pour être sûre qu’ils n’en avaient point pris. Puis ils fermaient la valise et y faisaient une marque à la craie.
Elle fut bientôt de nouveau installée dans le train, se demandant si ce voyage ne voulait jamais finir, et comme elle s’étonnait encore, le train entra dans la gare de Victoria, à Londres, et ce fut la fin de son long, long voyage.
Topsy avait été mal accueillie en entrant dans la vie. Puis elle tomba entre les mains d’une femme qui l’aurait laissée mourir de froid et de faim, mais depuis le jour du « tap, tap, tap » à la porte des missionnaires, elle ne manqua plus d’amis pour prendre soin d’elle. Il y eut d’abord le bon grand-papa Fan qui l’aimait, la grand-maman Fan qui préparait ses repas, le mandarin Lin qui s’occupa de la délivrer de la méchante femme, madame Lin qui la gâtait, sans parler des trois amies qui l’adoptèrent.
Maintenant qu’elle était en Angleterre, elle se fit de nouveaux amis parmi lesquels se trouvait la dame qui lui apprit à parler, à lire et à écrire. Avec quelle patience elle instruisit la petite sourde-muette ! Topsy aimait beaucoup ses leçons, bientôt elle put lire une histoire et fut capable d’écrire une lettre à une amie, ce dont elle fut très fière. Elle allait maintenant à l’école du dimanche et, quand les enfants chantaient, elle aurait aimé joindre sa voix aux cantiques ; elle faisait alors entendre de drôles de petits cris joyeux à des moments mal choisis, mais personne ne se moquait d’elle.
A l’issue de l’école du dimanche, il se faisait une petite collecte. Topsy demanda aux Dames, à quoi servait cet argent.
– S’il est destiné aux pauvres, dit-elle, je donnerai volontiers ma petite pièce, sinon je la garde.
Un dimanche elle fut baptisée. Sa foi était simple et assurée. Elle savait que le bon Berger l’avait amenée dans ce foyer chrétien, auprès d’amis pleins d’affection qui lui avaient appris à Le connaître et à L’aimer, qu’ainsi Il l’avait délivrée de ses peines et de ses chagrins, et l’avait sauvée en donnant sa vie sur la croix. Par le baptême, elle désirait montrer qu’elle appartenait au bon Berger, et que chacun pût le constater. Voilà Topsy maintenant introduite dans la sphère où le Saint Esprit a son activité.

Quand Topsy et ses mamans résident en Angleterre, elles passent l’hiver à Londres dans un petit appartement, mais elles ne se sentent jamais aussi heureuses qu’à la campagne. Là, loin de la foule de la grande cité, elles passent l’été dans leur petite maison qui s’appelle la « villa des Saules », ainsi nommée à cause de plusieurs de ces arbres qui croissent au bord du ruisseau dans leur prairie.
La maisonnette est entourée d’un jardin où fleurissent à foison les œillets, les pensées, les roses trémières, le chèvrefeuille, les nigelles bleu pâle et le jasmin. Topsy a son petit coin qu’elle cultive avec amour.
La fillette se lève chaque matin avec le soleil. Après avoir fait son lit et mis sa chambre en ordre, elle commence son travail journalier, mais auparavant, elle rend grâces à Dieu pour tous ses bienfaits.
Après le déjeuner, la Dame Grise lui fait faire quelques leçons et l’après-midi elle apprend à coudre et à tricoter.
On demande souvent à Topsy si elle a oublié la tristesse de son enfance. Non, elle n’a rien oublié. Un jour qu’elle était assise au jardin avec ses mamans, elle leur ouvrit son cœur et leur fit comprendre à sa manière, les souffrances qu’elle avait endurées. Elle leur montra les marques sur sa jambe, où la méchante femme l’avait torturée et leva son petit doigt déformé par les mauvais traitements infligés. Personne ne voulait de moi, à toutes les portes on me disait « va-t’en ! » jusqu’au jour où je vins chez vous et où, pour la première fois, on me dit : « viens ». Les trois Dames écoutaient émues ; elles pensaient à toute la multitude d’enfants solitaires, dans tous les pays, auxquels personne n’a jamais dit : viens ! Le bon Berger les invite aussi à venir à Lui. Il désire que nous le priions afin qu’Il envoie des ouvriers dans Sa moisson.

Et maintenant l’histoire de Topsy est terminée : Gwa-Gwa, la petite solitaire, est une heureuse fillette, l’objet des tendres soins de ses trois mamans. Ce qui est mieux encore, elle aime son Sauveur et cherche « à Lui plaire à tous égards ».

D’après La Bonne Nouvelle 1943 et 1944

 

APPRENDRE DU SEIGNEUR JÉSUS : SA JOIE

APPRENDRE DU SEIGNEUR JÉSUS : SA JOIE

Le thème de ce soir est la joie du Seigneur Jésus, et je m’en réjouis beaucoup. Mais laissez-moi d’abord vous poser une question : En tant que chrétien, avez-vous de la joie dans votre vie de foi ? Pouvez-vous dire avec conviction que vous vivez chaque jour avec une joie intérieure profonde dans votre cœur ? Pourquoi est-ce que je pose la question ? Parce que c’est exactement cela que Dieu veut vous offrir ! Dieu veut, non pas que vous ayez un peu de joie, mais que vous ayez une joie parfaite, chaque jour de votre vie ! Le Seigneur Jésus a connu cette joie, ici sur la terre lorsqu’Il a vécu ici-bas en tant qu’Homme, et c’est cette joie qu’Il aimerait partager avec vous. Et aujourd’hui, je voudrais parler de ce en quoi cette joie pouvait consister, et de la façon dont nous pouvons, nous aussi, profiter de cette joie, de façon très pratique, dans notre vie de foi.
Alors pour cela, commençons par lire un passage de l’évangile de Jean, au ch. 15. 9 : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ». Le Seigneur Jésus a eu de la joie parce qu’Il jouissait de l’amour de Son Père. Il existe de toute éternité une relation entre le Père éternel et le Fils éternel, une relation d’amour. Le Seigneur Jésus est dans cette relation, et l’amour que Son Père a pour Lui, Il a pu en jouir chaque jour en toute conscience. Et c’est peut-être la plus grande chose qu’il y ait ici sur terre : une relation intacte, la jouissance d’une relation sans faille. Et cette relation qu’Il avait avec son Père céleste, le Seigneur Jésus l’a vécue et appréciée en parfaite connaissance, ici-bas sur la terre.
Nous lisons sept fois dans l’évangile de Jean que le Père aime le Fils, 7 fois, ce n’est pas par hasard, mais 7 fois, cela nous montre la plénitude de cet amour, cet amour divin, infiniment grand. Nous lisons sept fois ce témoignage dans le Nouveau Testament : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Et cela non sans raison, car Dieu veut nous montrer toujours à nouveau comme l’amour entre le Père et le Fils est grand et parfait. Il est le Fils de l’amour du Père. Nous lisons ceci dans Colossiens 1. 14 « le Fils de son amour ». Il est le bien-aimé, et il existe tellement d’expressions comme « le bien-aimé de son âme ». Toujours à nouveau, Dieu veut nous montrer combien cet amour est grand et unique, cet amour que le Père a pour le Fils de toute éternité.
Et c’est de cet amour-là que le Seigneur Jésus a joui ici-bas chaque jour. C’est cet amour qui Lui a procuré du repos. C’est cet amour qu’Il a vraiment pu apprécier dans Son cœur. C’est de cela que provenait Sa joie. Il en était heureux, on peut dire que c’était la source de Sa joie. Et cette joie, Il voudrait la partager avec nous ! Mais, comment cela ? Comment pouvons-nous le concevoir ? Nous trouvons un passage en 1 Tim. 1. 11, où Paul parle de « l’évangile de la gloire du Dieu bienheureux ». Dieu est le Dieu bienheureux ! Cela signifie que Dieu, parfaitement heureux, n’a besoin de personne pour être heureux, car Il est pleinement suffisant en Lui-même pour trouver Sa joie et Sa satisfaction ! Et pourtant, à travers l’évangile de la gloire, Il veut nous inclure dans Son bonheur et Sa joie ! Que c’est incroyablement grand : des personnes en route vers la perdition éternelle, haïssables, remplies de culpabilité, ce sont elles que Dieu veut prendre, pour les sauver, les justifier, les faire entrer dans Sa joie éternelle ! Cela aussi fait partie de l’évangile.
Mais comment Dieu a-t-il fait cela ? – Dieu a donné Son Fils, qui est mort sur la croix de Golgotha à la place de tous ceux qui croient en Lui. Et Dieu nous a pardonné nos péchés, nous a lavés, nous a rendus aptes, et nous sommes faits « enfants de Dieu ». Le Seigneur Jésus, au jour de Sa résurrection, a dit à Marie de Magdala : « Va vers mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20. 17). Il nous a fait entrer dans la même relation que Lui-même, en tant qu’Homme, avait avec Son Dieu et Père. C’est inconcevablement grand !
Nous pouvons bien comprendre que le Père aime le Fils, parce que le Seigneur Jésus est tellement parfait et tellement unique, mais nous lisons en Jean ch. 17. 23, que le Père nous aime du même amour qu’il aime le Fils ! Comment cela est-il possible ? C’est parce que nous sommes dans le Christ Jésus, parce que c’est notre position devant Dieu, parce que nous sommes enveloppés, pour ainsi dire, dans la perfection, dans la gloire du Seigneur Jésus. Sa position est notre position devant Dieu, et Dieu peut donc maintenant nous aimer du même amour dont Il aime son Fils. C’est tellement grand ! Nous devons simplement laisser cela agir en nous et en jouir, pour pouvoir dire en toute conscience : « Je suis accepté, je suis aimé ! Dieu m’aime tel que je suis, sans que je ne le mérite, parce que je suis en Jésus-Christ » ; c’est vraiment merveilleux !
Dieu nous a donné la vie éternelle. La vie éternelle est caractérisée par le fait que nous pouvons connaître le Père et le Fils, que nous sommes rendus capables d’être en communion avec les Personnes divines. Nous n’en sommes peut-être pas conscients, mais c’est quelque chose que Dieu nous a donné au travers du don de la vie éternelle, et Dieu nous a aussi donné le Saint-Esprit. Le Seigneur Jésus est retourné dans la gloire en tant qu’Homme, et de là, Il a envoyé le Saint-Esprit sur la terre. L’Esprit Saint nous pousse à jouir de la vie éternelle et il en résulte une joie intérieure profonde. C’est la volonté de Dieu pour nous, c’est le désir de Dieu pour nous, que nous vivions cette relation, cette communion, que nous jouissions de cette communion !
L’apôtre Jean avait cela aussi très à cœur. Nous lisons en 1 Jean 1. 3 : « ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et cela, nous vous l’écrivons afin que votre joie soit complète ». C’est la volonté de Dieu pour nous, non pas simplement un peu de joie, mais une joie parfaite dans la jouissance de la communion et de la relation que nous avons avec le Père et avec le Fils. C’est cela, la joie chrétienne. Profitez-vous de cela ? Dieu veut vous inviter à nouveau à en jouir consciemment, à le saisir et à le réaliser par la foi, à vous reposer réellement là-dessus.
Cependant, tout cela est aussi lié à une condition, que nous avons également lue dans le ch. 15 de Jean. Là, le Seigneur Jésus nous dit qu’Il a gardé les commandements de Son Père et qu’il est demeuré dans Son amour, et il nous dit : vous devez faire de même, vous devez garder mes commandements. Si vous le faites, alors vous resterez dans mon amour, alors vous resterez dans la conscience et la jouissance de mon amour. Cela n’est possible que si nous sommes obéissants. Cela n’est possible que lorsque nous sommes prêts à nous placer réellement sous la volonté de Dieu et à la faire.
Dans la première épître de Jean, ch. 2. 15, il est dit : « si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui ». Nous ne pouvons pas avoir les deux. Lorsque nous commençons à nous occuper du monde et des choses du monde, et à flirter avec elles, cela a automatiquement pour conséquence que nous ne pouvons plus nous réjouir de l’amour de Dieu, que nous n’avons pas consciemment l’amour du Père devant nous, et que nous n’y trouvons plus un réel épanouissement. Si nous voulons avoir cela, nous devons être obéissants, nous devons vraiment être prêts à faire la volonté de Dieu. Le Seigneur Jésus a dit cela en Jean ch. 14. 21 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Oui, cela nous montre que la jouissance de l’amour dépend de notre obéissance. Dieu nous aime inconditionnellement, mais si nous voulons en profiter, si nous voulons en être conscients et nous en réjouir vraiment, alors cela ne peut se faire que lorsque nous sommes obéissants. Sinon, la jouissance de l’amour n’est pas possible. Et c’est pour cette raison que beaucoup de chrétiens ne sont peut-être pas très heureux, qu’ils n’ont pas la joie dans le cœur, parce qu’ils n’essaient pas d’être obéissants, de faire la volonté de Dieu, de s’attacher à vivre pieusement, mais cherchent plutôt à trouver quelque chose dans le monde. Mais cela n’arrivera jamais. Prenez courage ! Abandonnez-vous à la volonté de Dieu ! Apprenez l’obéissance et vous pourrez alors à nouveau goûter cette joie en toute conscience. C’est la volonté de Dieu pour vous. Il veut que votre joie soit complète, comme l’était celle du Seigneur Jésus ici, sur la terre.
La joie, on la trouve dans la communion, et Jésus était en communion avec Son Père. Dans le psaume 16, le Seigneur dit, au v. 11 : « ta face est un rassasiement de joie, il y a des plaisirs à ta droite pour toujours » : à ta droite, tout près de toi. Cela signifie que, devant la face de Dieu, lorsque nous venons en présence de Dieu (et nous le faisons lorsque nous prions, lorsque nous restons consciemment dans Sa présence en esprit), alors c’est un endroit où nous pouvons avoir de la joie, parce que la présence du Dieu bienheureux nous donne de la joie. Le Seigneur Jésus, en tant qu’Homme, a toujours pu jouir de cela à chaque instant et le réaliser pleinement. Pensons aux moments de prière si nombreux qui sont mentionnés. Il était sans cesse, de manière ininterrompue, en prière, dans ces moments où Il pouvait apprécier la présence de Dieu, la communion avec Son Père. Et cela, nous le pouvons, nous aussi ! Nous aussi, nous pouvons vraiment nous reposer dans la prière et nous tenir simplement devant Dieu. Pouvoir dire, en le réalisant vraiment : « Père, je suis avec toi maintenant. Je veux juste rester avec toi et être avec toi » et profiter de la communion avec les Personnes divines. C’est le souhait de Dieu et la volonté de Dieu pour nous.
Le Seigneur Jésus éprouvait de la joie à faire la volonté de Dieu. Lisons encore un autre verset à ce sujet, au Psaume 40. 8 :« C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au-dedans de mes entrailles ». Pour le Seigneur Jésus, ce n’était pas un fardeau ou une charge de faire la volonté de Dieu, mais c’était ce qu’Il avait dans Son cœur, c’était ce qui Le réjouissait. Il a dit, en Jean ch. 4. 34 : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». Oui, faire la volonté de Dieu, c’était Sa nourriture, c’était ce qui Lui procurait de la satisfaction. Parce qu’Il était en plein accord avec Dieu Son Père, c’était une joie pour Lui de faire la volonté de Son Père. Qu’en est-il de nous ? Nous aussi, nous avons la nature divine. Nous avons reçu cette vie nouvelle, et cette vie nouvelle que nous possédons trouve sa joie à faire la volonté de Dieu. En fait, c’est cela qui devrait être notre situation normale : nous réjouir de faire la volonté de Dieu, de marcher en plein accord avec lui. Cela devrait nous procurer de la joie ! C’était le cas pour le Seigneur Jésus.
Nous trouvons aussi ce dont le Seigneur Jésus a pu se réjouir ici-bas sur la terre, en Luc 15, où Il donne cette parabole, qu’il explique ; Il dit au v. 4 : « Quel est l’homme parmi vous qui, s’il a cent brebis et en a perdu une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf au désert, pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée ? Quand il l’a trouvée, il la met sur ses épaules, tout joyeux ; puis, de retour à la maison, il assemble les amis et les voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis, celle qui était perdue. Je vous dis, qu’ainsi il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance ». Le Seigneur Jésus est le Bon Berger, et chaque fois qu’une âme a été sauvée lorsqu’Il était ici-bas sur terre, Il a éprouvé une joie profonde. Pensons à Zachée, pensons aux lépreux qui ont été guéris et à beaucoup d’autres qui ont été sauvés. Le Seigneur Jésus avait chaque fois de la joie dans le cœur. Même lorsqu’Il a été cloué sur la croix de Golgotha, alors que le brigand qui avait été crucifié avec Lui s’est converti à la dernière minute, le Seigneur Jésus a éprouvé cette joie en pensant à tous ceux qui allaient venir à la vie éternelle et au salut.
Et nous pouvons nous poser à nouveau la question : est-ce quelque chose qui nous procure une réelle joie lorsque des personnes sont sauvées ? Est-ce quelque chose que nous recherchons, est-ce que nous nous efforçons de gagner des personnes pour le ciel, pour qu’il y ait de la joie dans le ciel ? Cela devrait nous motiver vraiment à gagner des personnes pour l’éternité, parce qu’alors il y aura de la joie au ciel, et c’est quelque chose de tellement grand !
Nous lisons en Matthieu ch. 13. 44, que le Seigneur Jésus s’est encore réjoui d’une autre chose : « Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme après l’avoir trouvé, a caché ; et de joie qu’il en a, il vend tout ce qu’il a et achète ce champ ». Nous voyons ici que le Seigneur Jésus a de la joie dans les croyants, dans ceux qui appartiennent à l’Église, qui constituent Son Épouse. C’est comme un trésor dans un champ, comme le monde autour de nous qui représente ce champ, et nous qui constituons le trésor dans ce monde. Et le Seigneur Jésus se réjouit à cause de nous, se réjouit pour chaque croyant, pour tous ceux qui L’ont accepté et qui vivent maintenant pour Lui, qui sont membres de Son corps et constituent Son épouse. Mais là encore se pose la question : cela nous rend-il également heureux ? nous réjouissons-nous à cause de nos frères et sœurs ? Nous réjouissons-nous parce que nous savons qu’ils sont précieux aux yeux de Dieu, qu’ils sont des bien-aimés de Dieu ?
Cela peut aussi être un grand encouragement à nous aimer les uns les autres, de pouvoir réaliser que cette personne est aimée exactement autant que moi, cette personne est acceptée exactement comme je le suis moi-même. Et nous devrions avoir de la joie lorsque nous nous voyons entre frères et sœurs, lorsque nous savons être avec quelqu’un qui appartient à la famille de Dieu autant que nous. Il appartient à l’Église, l’Épouse du Seigneur Jésus, autant que moi. L’unité entre tous les croyants, c’est aussi quelque chose qui devrait nous réjouir en considérant le fait qu’il y a là une perle ; aux yeux de Dieu il en est ainsi, même si malheureusement cela n’est plus du tout visible dans la pratique. Et c’est ce qui a aussi apporté de la joie au Seigneur Jésus. Il avait devant les yeux cette perle précieuse unique, dont Il pouvait se réjouir.
Le Seigneur Jésus s’est réjoui de ce que la grâce de Dieu a accompli dans les personnes. Il y a beaucoup d’exemples de cela, et chaque fois que Dieu a fait un travail dans une personne, quand Dieu a conduit une personne à faire quelque chose qui était selon Sa volonté, le Seigneur Jésus s’en est réjoui. Pensons à la Samaritaine au puits de Jacob. Le Seigneur Jésus s’est réjoui lorsqu’elle est venue au salut, Il s’est réjoui lorsqu’elle est devenue elle-même un évangéliste qui a pu parler de Lui aux autres. Pensons aussi à Marie de Béthanie, cette femme qui était prête au bon moment à consacrer presque une année entière de salaire, pour oindre le Seigneur Jésus en vue de Ses funérailles. Elle avait du discernement spirituel, et nous pouvons être sûrs que le Seigneur Jésus a éprouvé une joie profonde dans Son cœur de voir cette femme préparée, prête au sacrifice et pleine de discernement spirituel.
Je pense aussi à la veuve, dans Luc 21. 2 – Marc 12. 41 et 42 le Seigneur Jésus s’assied en face de ce coffre du trésor et Il regarde les riches déposer de l’argent. Puis arrive cette veuve qui n’a seulement que deux pièces de monnaie, et le Seigneur voit qu’elle est prête à jeter les deux pièces dans ce coffre au trésor, et certainement le Seigneur a eu de la joie dans le cœur, en voyant l’engagement de cette femme.
Le Seigneur Jésus s’est réjoui lorsque les gens ont montré de la foi. Il y a ce centurion qui a dit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri Mat. 8. 8) ». Le Seigneur Jésus s’en est étonné et a dit : « Je n’ai pas trouvé, même en Israël, une si grande foi », et il y a répondu. Nous pouvons être sûrs qu’Il s’est réjoui de cette requête et de cette foi.
Ou encore, lorsque Pierre a vu son Seigneur marcher sur l’eau, et que ce désir s’est élevé dans le cœur de Pierre : « Je veux m’approcher de mon Seigneur » ; et alors il demande « Seigneur, si c’est toi, commande-moi d’aller vers toi sur les eaux (Mat. 14. 28) », le Seigneur Jésus a certainement dit avec une grande joie : « Viens ». Il s’est réjoui d’un homme qui était prêt à marcher sur l’eau pour s’approcher de Lui. Oui, le Seigneur Jésus s’est réjoui chaque fois qu’Il a vu ce que la grâce de Dieu avait fait dans le cœur des hommes. Et c’est encore le cas aujourd’hui.
Mais posons-nous la question : Est-ce la même chose pour nous, lorsque nous voyons ce que la grâce de Dieu opère dans le cœur de nos frères et sœurs dans la foi ? Nous en réjouissons-nous alors, ou bien est-ce que nous éprouvons de l’envie ou d’autres choses du même genre ? Cela ne devrait pas être le cas. Nous devrions nous réjouir de ce que Dieu produit dans les personnes. Nous devrions avoir les yeux ouverts pour voir cela, nous ne devrions pas nous comparer les uns aux autres en quelque manière que ce soit, mais nous devrions toujours avoir de la joie lorsque nous voyons Dieu faire un travail dans une personne, Dieu utiliser une personne, la grâce de Dieu arriver à son but dans une personne. Nous devrions nous en réjouir, c’est un vrai motif de joie. C’est ainsi que Dieu veut que nous agissions.
Le Seigneur Jésus a eu de la joie dans la Parole de Dieu. Je voudrais vous lire un exemple tiré du psaume 119. 162. « J’ai de la joie en ta parole, comme un homme qui a trouvé un grand butin », dit le psalmiste. Il se réjouit de la Parole de Dieu comme d’un grand butin, comme de quelque chose de précieux, quelque chose de spécial. Et c’était cette joie que le Seigneur Jésus avait dans le cœur. « Ta loi est au-dedans de mes entrailles », c’était quelque chose qui le caractérisait, la Parole de Dieu intériorisée. On le voit dans le désert quand Il est tenté par Satan : là, le Seigneur Jésus a cité la Parole de Dieu. La Parole de Dieu sortait spontanément de son cœur et Il la présentait au peuple.
Le Seigneur Jésus est comme cet homme du Psaume 1. Il s’agit là en fait d’un homme qui nous parle prophétiquement du Seigneur Jésus : c’était l’attitude intérieure que le Seigneur Jésus a eue sur la terre. Il est dit : « Bienheureux l’homme… », puis au v. 2, « qui a son plaisir en la loi de l’Éternel, et médite dans sa loi jour et nuit ! ». Le Seigneur Jésus réalisait déjà cela dans le temple à l’âge de douze ans, alors qu’Il était encore un enfant. Il était là et s’occupait de la Parole de Dieu, Il posait des questions, Il écoutait, Il étudiait. C’était quelque chose qui lui procurait de la joie. C’était, pour ainsi dire, de la nourriture pour Son âme. Et qu’en est-t-il de nous ? Apprécions-nous vraiment la Parole de Dieu ? Est-ce que, lire la Parole de Dieu est quelque chose qui nous procure une réelle satisfaction ? C’était le cas pour Jérémie, dans ce verset de Jérémie 15. 16 : « Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur ». Nous aussi, nous devrions recevoir la Parole de Dieu, si unique et si grande, et nous réjouir dans les pensées de Dieu, être en communion avec ce que Dieu nous dit dans Sa Parole.
Le Seigneur Jésus avait une joie céleste dans le cœur. Cela signifie qu’Il regardait vers l’avenir. Dans le ch. 12 des Hébreux, au v. 2, il est dit qu’Il a enduré la croix à cause de la joie qui était devant Lui. Il connaissait la joie qui l’attendait lorsque la croix serait derrière Lui, II savait exactement ce qui allait Lui arriver, et c’est à cause de cette joie qu’Il a enduré la croix. Ce qui L’attendait là-haut, après la croix, c’est ce vers quoi Ses yeux étaient tournés. Si l’on pense au peuple d’Israël, il y aura un jour (Salomon en parle dans le Cantique des Cantiques ch. 3. 11), le jour de la joie de son cœur, c’est le jour où le Seigneur Jésus sera de nouveau uni à Son peuple terrestre Israël, quand ils se réuniront, lorsqu’Il régnera là comme le Roi des Rois et le Seigneur des Seigneurs. Ce sera un jour de joie pour Lui. Il est parti en pleurant, Il rentrera chez Lui en se réjouissant et Il récoltera la moisson, et cela précisément en rapport avec Son peuple terrestre, Israël.
Mais ce n’est pas tout, nous savons que nous serons un jour avec le Seigneur Jésus dans la Maison du Père. Nous, Son épouse, Son assemblée, qu’Il a aimée et pour laquelle II s’est livré, et ce sera pour Lui une joie indicible de nous avoir avec Lui dans la Maison du Père, d’avoir Son épouse à Ses côtés pour l’éternité. Et c’est quelque chose qui Le rendait heureux, quelque chose qui Le réjouissait quand Il était encore ici-bas sur la terre, quand Il regardait par-delà la croix, ayant cette joie devant les yeux.
En Luc, ch. 15, nous trouvons l’histoire du fils prodigue. C’est une parabole très importante. Quand le fils prodigue rentre à la maison, le père court à sa rencontre, il le prend dans ses bras, l’embrasse, lui met un anneau à la main et des sandales aux pieds, il lui donne les plus beaux vêtements ; puis on lit qu’ils étaient heureux et il est dit ensuite, au v. 24 : « car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » ; puis il est dit qu’ils ont commencé à se réjouir. C’est une image qui nous montre ce qui nous attend dans la maison du Père, dans cette demeure éternelle de Dieu : la joie éternelle, en communion avec le Père et le Fils, la joie éternelle de jouir de la relation avec les Personnes divines. C’est à cela que Dieu veut nous conduire.
En Matthieu 25, le Seigneur Jésus a raconté la parabole des talents, en expliquant que nous devons être fidèles ici-bas avec ce que nous avons reçu. Nous lisons que, lorsqu’il est question de récompense, il est parlé d’entrer dans la joie de notre maître, la joie qu’il connaît maintenant comme un homme glorifié dans le ciel, et à laquelle nous allons participer. Et ce moment est très proche, il se rapproche de plus en plus. C’est à cela que le Seigneur veut nous conduire, ce Dieu bienheureux veut que nous jouissions de Son bonheur, de Sa béatitude, de Sa joie, que nous soyons en communion avec Lui à cet égard. Quelqu’un a dit un jour : si nous essayons de nous rendre heureux, alors nous finirons par être malheureux, mais lorsque nous essayons de plaire à Dieu et de vivre pour Lui, alors se produit quelque chose de très étrange : soudain nous devenons nous-mêmes heureux et c’est quelque chose qui nous procure un plein accomplissement, qui nous donne une vraie joie, parce que c’est ce en quoi la nouvelle vie que Dieu nous a donnée se réjouit.
Le Seigneur Jésus nous a dit que nous devrions avoir Sa joie en nous, que nous devrions jouir de Sa joie – la joie qu’Il avait en tant qu’Homme ici-bas sur la terre. Et nous ne pouvons le faire que si nous vivons en gardant à l’esprit l’amour de Dieu et en en jouissant ; et si nous vivons par la vie nouvelle qu’Il nous a donnée, alors nous nous réjouirons aussi des choses dont Il a joui ici-bas sur terre. Dieu veut avoir des enfants heureux, qui ont une joie profonde dans le cœur. Bien sûr, il y a des choses qui nous rendent tristes, mais Paul écrit, dans la deuxième épître aux Corinthiens ch. 6. 10 : « comme attristés, mais toujours joyeux ». Cela parait paradoxal, mais c’est pourtant possible. On peut être triste à cause des circonstances qui nous entourent, et le Seigneur Jésus l’a été également, et pourtant Il était l’homme le plus heureux qui ait jamais vécu sur terre. Pourquoi cela ? – Parce qu’Il jouissait de l’amour de Son père comme personne d’autre n’a pu le réaliser. Et cela procure une vraie joie, une vraie satisfaction et un vrai épanouissement, et c’est ce que je vous souhaite.

D’après aus Glauben leben (Vivre par la foi)

RÊVER

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Ne soyez pas en souci, en disant : Que mangerons-nous ? ou que boirons-nous ? ou de quoi serons-nous habillés ? … et votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela ; mais cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus. Mat. 6. 31 à 33.

 

RÊVER

 

Au début de l’année, nous prenons souvent de bonnes résolutions, et nous rêvons aussi. Nous voudrions :
– un monde sans violence et sans guerres ;
– une planète moins polluée ;
– la disparition des injustices, de la pauvreté, du fanatisme, des génocides, de la souffrance des enfants ;
– un conjoint et des enfants « sur mesure » ;
– une famille satisfaite ;
– un corps qui ne vieillisse pas…
Tous ces désirs sont humainement irréalisables ! Mais aujourd’hui Dieu nous offre autre chose, parce qu’Il sait ce qui est vraiment essentiel pour nous. Il a envoyé sur la terre son Fils unique, Jésus Christ, pour nous donner :
– le pardon pour toutes nos offenses ;
– la grâce pour nos erreurs ;
– l’espérance devant la mort, la certitude du paradis ;
– la direction et la lumière pour orienter notre vie ;
– la force dans les difficultés ;
– le courage dans le malheur ;
– la paix dans la souffrance ;
– des réponses appropriées à nos questions existentielles ;
– le bonheur, surtout et au-dessus de tout…
En un mot, la vie : une vie abondante et éternelle !
Croyez en Jésus Christ comme votre Sauveur, et vous pourrez connaître tous ces privilèges et sa bénédiction.

D’après « Il buon seme » février 2022