Bienvenue ! Ce site a été réalisé spécialement pour les enfants, les adolescents et les jeunes. Il est là pour présenter l’évangile et vous aider à grandir dans votre vie avec le Seigneur. N’hésitez pas à poser des questions ou à nous suggérer des sujets qui vous intéressent, par l’intermédiaire de l’espace questions. Nous essayerons d’y répondre !
De même, vous, maris, vivez avec elles selon la connaissance, ayant égard à leur nature plus délicate, féminine, leur portant honneur, comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues (1 Pierre 3. 7).
Renoncez… à tout ce qui est colère, emportement, méchanceté, injures, paroles honteuses… ne mentez pas l’un à l’autre… Revêtez-vous… d’une profonde miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant… Par-dessus tout cela, revêtez-vous de l’amour… Et que la paix du Christ… préside dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants (Col. 3. 8, 9, 12 à 15).
Ayez le même amour, soyez d’un même sentiment, pensez à une seule et même chose. Que rien ne se fasse… par vaine gloire ; mais que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres (Phil. 2. 2 à 4).
Un début d’après-midi, je rentrais chez moi après une réunion dans la jungle. En passant dans l’allée derrière la maison, j’ai dû m’arrêter : au milieu de l’allée se trouvaient un vieux frère et sa femme. Assis côte à côte sur un petit banc de bois rudimentaire, ils prenaient le frais, profitant de la brise de l’océan, sous le grand manguier. Ils parlaient et riaient ensemble comme de jeunes amoureux. C’était un joli spectacle. Lui avait 90 ans ; elle, à peu près 80.
On peut citer un autre couple dont l’épouse, après 60 ans de mariage, a eu des problèmes de santé qui ont nécessité des soins qu’elle ne pouvait pas recevoir à la maison. Loin l’un de l’autre, ils ne se voyaient pas très souvent mais se parlaient tous les jours au téléphone. Lors d’une conversation, le mari a dit à sa femme qu’elle lui manquait et qu’il se sentait très solitaire. Elle lui a répondu avec tristesse qu’elle-même se sentait seule depuis plus de 60 ans. Quelle différence entre ces deux couples !
Dieu avait dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen. 2. 18) ; alors, il lui a donné une épouse pour qu’ils soient d’intimes amis, pouvant vivre à côté l’un de l’autre et ayant ensemble une heureuse relation avec Lui. Cela demande des efforts de part et d’autre, mais le mari devrait être le premier à prendre la responsabilité de maintenir la fraîcheur de leur relation. Nous récolterons ce que nous semons (voir Gal. 6. 7) : si nous souhaitons être heureux ensemble dès maintenant et quand nous serons âgés, nous devons investir dans nos relations en nous servant l’un l’autre. C’est important, en particulier pour le mari, de prendre soin de sa femme en la servant. « Maris, vivez avec [vos femmes] selon la connaissance, ayant égard à leur nature plus délicate, féminine, leur portant honneur, comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues ». Et la femme a aussi besoin de demander au Seigneur de l’aider à faire des progrès afin d’être pour son mari une « aide qui lui corresponde » (Gen. 2. 18) vraiment.
Une question vient tout de suite à l’esprit : comment vivre durablement une relation de couple heureuse ? Certes, les versets ci-dessus nous sont adressés à tous, frères et sœurs en Christ, mais ne pouvons-nous pas les relire en les appliquant spécialement à notre relation de couple ? Ils parlent à nos consciences et à nos cœurs et sont peut-être la clé pour répondre à cette question.
Le premier passage montre qu’il y a des choses auxquelles nous devons renoncer : « colère, emportement, méchanceté, injures, paroles honteuses… », et d’autres que nous devons rechercher : « miséricorde, bonté, humilité, douceur, patience… ». Prenons-nous ces exhortations vraiment au sérieux ? Ne sont-elles pas des points concrets sur lesquels nous ne devons pas transiger ? Nous pouvons bien reconnaître que « nous faillissons » souvent (voir Jac. 3. 2), et il nous faut alors le confesser ensemble – l’un à l’autre si nécessaire, et rechercher ensemble, instamment, le secours du Seigneur. N’est-ce pas une prière selon sa volonté qu’il voudra exaucer ?
Le deuxième passage nous invite à rechercher une pensée commune, nourrie de ce que chacun peut apporter, en vue du bien commun ; il s’agit surtout de discerner ce que le Seigneur lui-même a préparé devantnos pas. Vivre ensemble pour Lui, s’aider pour réaliser les services qu’Il nous confie à chacun, s’épauler dans la réalisation d’un service en commun, combien tout cela lie les cœurs ensemble et avec Lui ! Ensemble nous n’aurons alors plus le temps de penser à ce qui est à nous-mêmes, mais plutôt « à ce qui est aux autres », ceux vers qui le Seigneur nous envoie…
(L’Éternel dit à Élie : ) Tu boiras du torrent, et j’ai commandé aux corbeaux de te nourrir là (1 Rois 17. 4).
Le ruisseau de Dieu est plein d’eau (Ps. 65. 10).
Alors que la sécheresse sévit dans le pays d’Israël, Dieu envoie son prophète Élie vivre au bord d’un torrent (Lire 1 Rois 17. 2 à 16). Là, Élie peut se désaltérer, et Dieu lui envoie des corbeaux pour le nourrir. Mais le débit de l’eau faiblit de jour en jour, et le torrent finit par être à sec. Que va devenir Élie ? Dieu ne lui a-t-il pas commandé de venir là ?
L’eau a tari, mais le Dieu d’Élie est toujours présent. Il envoie alors Élie chez une femme veuve et pauvre, et la charge de nourrir le prophète. Et Dieu lui-même pourvoit aux besoins de la maisonnée.
Chrétiens, il arrive que Dieu nous envoie clairement à un endroit, comme Élie. Dieu y a tout préparé. Mais tout à coup, les choses se gâtent, « le torrent sèche ». Alors nous sommes perplexes : Dieu ne nous avait-il pas envoyés ? Il veut nous faire réaliser qu’il domine les situations. Certes, il nous dirige à travers elles, et s’occupe de nous là où il nous conduit. Mais les circonstances sont changeantes, et il faut nous appuyer sur Celui qui en est le Maître, et qui demeure le Même. Nos « temps », c’est-à-dire les différentes périodes de nos vies, sont « en sa main », et « toutes choses le servent » (Ps. 31. 16 ; 119. 91).
Souvenons-nous que Dieu nous a pris en charge comme ses enfants bien-aimés. Ne remettons pas enquestion les décisions qu’il nous avait conduits à prendre. Alors, le « torrent à sec » ne nous troublera pas ! Car Dieu a préparé la suite. Et il prendra soin de nous avec la même fidélité dans les nouvelles situations : ses ressources sont infinies.
Ce récit qui nous transporte au Canada, dans la première moitié du 19ème siècle, est authentique dans tous ses détails.
Ch. 1er
C’était un dimanche soir, à la fin d’une radieuse journée de printemps. Nous étions assis, mes frères et moi, non loin de notre demeure, jouissant beaucoup du retour des beaux jours. Nos parents étaient allés visiter une famille qui se trouvait dans la peine, et je lisais à mes frères l’histoire de Moïse devant le buisson ardent. Tout à coup Colin, le plus jeune, me dit :
– Regarde derrière toi, Jeannette.
Je tournai aussitôt la tête et je vis, à quelques pas, une fille à peu près de mon âge (j’avais alors treize ans). Elle me parut plus grande et plus mince que moi ; son teint était légèrement bronzé et son visage nous sembla étrange ; pourtant il était singulièrement beau, mais évidemment n’appartenait pas à la race blanche.
La nouvelle arrivante semblait intimidée, comme un oiseau de la forêt. Ses longs cheveux noirs étaient attachés par des cordons écarlates et ornés de plumes brillantes. Elle portait des chaussures comme nous n’en avions jamais vu, ornées de perles et de boutons ; une blouse d’étoffe rouge, et une pèlerine de fourrure aussi fine que le velours complétaient son costume. À son cou pendait un large collier fait de coquillages et de pierres brillantes, entremêlés de pièces d’argent et d’or.
Nous l’avons regardée avec stupéfaction pendant une ou deux minutes. Elle nous regardait aussi comme pour voir quelles seraient nos intentions à son égard, puis elle parla. Sa voix était douce, quoique légèrement gutturale :
– La fille indienne désire entendre ce que le Livre dit.
Le ton nous parut étrange, mais la signification de cette phrase était très claire. Nous avons compris que nous avions devant nous une fille de la race des Indiens Peaux-Rouges. Nous n’en avions jamais vus auparavant, mais nous avions entendu raconter toutes sortes de choses à leur sujet.
Autrefois, les tribus indigènes qui habitaient ces régions avaient pris part à la guerre d’Amérique ; mais on disait que, sous le couvert des intérêts anglais ou américains, ils avaient exercé leurs propres vengeances. Ils s’étaient volontiers engagés dans la guerre, du côté des États-Unis, parce que les Iroquois combattaient avec les armées anglaises, et ils espéraient ainsi se venger d’eux. Des deux côtés ils commirent des actes d’une cruauté inouïe.
Quand enfin la paix fut signée entre l’Angleterre et l’Amérique, la tribu des Hurons fut comprise dans le traité. On leur concéda le territoire de la rivière St-Clair, et on leur donna des armes et des couvertures. Mais ils se retirèrent peu à peu afin de s’éloigner des blancs et de ne pas être soumis à leurs lois, car ils ne voulaient pas abandonner leurs habitudes.
Tout cela, et bien d’autres choses encore, nous portait à redouter plutôt qu’à désirer la compagnie des indiens. Mais cette petite fille était seule, et elle avait l’air si modeste et si douce que, tout en étant fort étonnés de la voir, nous n’avons éprouvé aucune crainte.
– Viens t’asseoir ici à côté de nous, lui dis-je, en lui faisant place sur le tronc d’arbre, et tu pourras entendre ce que dit le Livre.
Elle nous regarda un moment comme pour s’assurer que nous parlions sincèrement, puis, marchant aussi légèrement qu’une biche, elle s’approcha et s’assit à côté de moi.
Je cherchai à expliquer à la jeune Indienne quel était le Livre que nous lisions, puis je recommençai l’histoire de Moïse afin qu’elle puisse l’entendre tout entière.
Tant que dura la lecture, elle resta immobile, prêtant la plus sérieuse attention à mes paroles, et quand j’eus fini, il fut évident qu’elle avait suivi l’histoire beaucoup mieux qu’elle ne pouvait l’exprimer, car elle ne savait que quelques mots de notre langue.
Elle nous fit comprendre pourtant qu’elle savait que ce Livre était le grand Livre de l’homme blanc. Elle en avait entendu parler par des anciens de sa tribu qui avaient rencontré un missionnaire dans leurs courses errantes, ainsi que par des marchands de fourrures qui venaient trafiquer avec son peuple.
Puis elle avait accompagné son père à la frontière des États-Unis lorsqu’il s’y était rendu pour acheter des fusils et de la poudre, et là elle avait appris quelques mots de la langue des blancs. Nous avons compris aussi que son père était le chef de sa tribu, qu’elle était sa fille unique, qu’elle avait six frères plus âgés qu’elle, que sa mère était morte depuis longtemps et que son nom était Lanoma. Nous avons appris plus tard que ce nom signifiait : Aimable Colombe.
Ch. 2
Nous causions encore avec la jeune Indienne lorsque nos parents arrivèrent. Ils furent extrêmement étonnés, et s’approchèrent pour demander à Lanoma comment elle était venue jusqu’à nous. Mais ils n’obtinrent pour toute réponse qu’un geste de sa main du côté de la rivière.
Maman l’invita à entrer et à souper avec nous, mais elle secoua la tête en disant :
– La fille indienne retourne chez elle, la nuit vient !
– J’irai l’accompagner, dit mon père, car il commence à faire bien sombre dans la forêt.
– Laisse-nous aller avec toi ! criâmes-nous tous à la fois.
– Eh bien, venez !
Et nous partîmes en corps. Lanoma marchait la première, si rapidement que mon père pouvait à peine la suivre et que nous étions laissés bien loin en arrière. Elle prit un sentier qui semblait conduire au cœur de la forêt ; alors mon père l’arrêta pour lui dire qu’elle ne pourrait jamais atteindre la rivière en marchant dans cette direction.
Tout à coup, d’un fourré qui paraissait inextricable, sortirent six grands Indiens Peaux-Rouges, vêtus d’amples robes de peau de buffle ; leurs cheveux se tenaient droits sur leurs têtes parce qu’ils étaient raidis par de la gomme, et beaucoup de plumes d’aigle complétaient leur coiffure. Chacun de ces Indiens était armé d’un fusil, d’une hache et d’un énorme coutelas.
Mon père, quoique des plus braves, recula à cette vue ; mais Lanoma courut aux Indiens comme si elle était enchantée de les retrouver, et quand elle leur eut parlé, tous les six s’inclinèrent devant nous et, entourant la jeune fille, ils l’emmenèrent, tandis que nous retournions plus lentement chez nous.
Nous étions tranquilles au sujet de Lanoma, sachant qu’elle était sous bonne garde, mais il ne nous était pas du tout agréable de penser que des Indiens armés jusqu’aux dents restaient dans notre voisinage.
Le lendemain matin nous étions à déjeuner, portes et fenêtres ouvertes, lorsqu’un vieil Indien se trouva tout à coup auprès de nous. Il déposa aux pieds de mon père un panier fait avec un mélange de piquants de porc-épic et d’osiers peints de diverses couleurs, tressés ensemble d’une façon admirable. Le panier était rempli de fourrures d’une grande valeur.
Le porteur, après s’être incliné, se releva et prononça un discours très bien dit. Je ne saurais me rappeler ses paroles, mais en voici le sens. Ce panier rempli de fourrures était envoyé en signe de paix par le grand chef de la tribu des Hurons, qui portait le nom de Grand-Ours. Il avait combattu dans sa première jeunesse sous les ordres de Washington, mais ensuite il s’était retiré bien loin dans l’intérieur des terres.
Devenant vieux, il avait désiré revoir les territoires où ses ancêtres avaient chassé, et pour cela il était revenu du pays où le soleil se couche ; il campait maintenant avec ses gens à quelques lieues plus loin sur la rivière, du côté américain ; mais il avait l’intention de vivre en paix avec les colons de St-Clair, pourvu que ceux-ci s’engagent à faire de même. Il envoyait ce présent à mon père parce que lui et ses enfants avaient été bons pour sa fille unique, la joie et la gloire de sa demeure.
Cependant il ne manqua pas de montrer qu’il serait un ennemi terrible, si on l’offensait en quoi que ce soit. Il déclarait qu’il avait six fils, guerriers fameux, portant des noms comme ceux de Loup-Ravisseur, Vautour-Déchirant, etc., et ses guerriers étaient aussi nombreux que les arbres de la forêt. Il avait fait de grands sacrifices aux esprits de la montagne pour qu’aucun mal n’arrive ni à lui ni aux siens.
Mon père répondit en remerciant le chef pour ses présents, assurant le messager qu’il ne méritait rien de pareil et n’attendait aucune récompense ; que la fille du chef ou quelque Huron que ce soit seraient bien reçus dans nos stations.
Comme il était un serviteur du Dieu des chrétiens qui est un Dieu de paix, mon père s’engageait à user de toute son influence pour conserver la bonne entente entre les colons et la tribu indienne. Ces paroles ayant été échangées, l’Indien alluma le calumet de la paix, et, après en avoir tiré quelques bouffées lui-même, il le présenta à mon père comme ratification de la paix conclue.
Ma mère lui fit accepter un bon déjeuner, et mes parents auraient voulu lui donner un présent, mais le messager leur assura que le Grand-Ours était bien trop élevé en dignité pour recevoir des cadeaux de qui que ce soit. Il condescendit pourtant à accepter pour lui-même un grand mouchoir rouge et un beau couteau de chasse ; puis, ayant prononcé solennellement ces mots : « Qu’aucun ennemi ne s’approche jamais de cette maison ! », il s’éloigna rapidement.
Dès qu’il fut parti, mon père se mit en route pour aller de ferme en ferme, chez tous ses paroissiens, leur raconter ce qui venait de se passer et leur dire qu’il avait pris l’engagement pour eux tous qu’ils traiteraient en frères les Indiens qui s’approcheraient de leurs habitations.
Naturellement les colons, comme à l’ordinaire, suivirent les conseils de leur pasteur, et le chef Huron tint admirablement ses promesses : ni lui ni les siens ne vinrent jamais sur les terres défrichées par les blancs.
Notre demeure était la plus rapprochée du camp indien. En montant une colline, non loin de chez nous, nous pouvions apercevoir la fumée de leurs feux. Naturellement ils chassaient dans les forêts, mais aucun d’eux ne vint sur nos terres.
Quant à la fille du chef, nous la trouvions régulièrement, jour après jour, assise sous le chêne qui avait été témoin de notre première entrevue, ou bien elle nous attendait à la lisière du bois et s’avançait dès que nous sortions de chez nous. Fort timide, l’Aimable Colombe des Hurons semblait ne trouver dans sa tribu aucun esprit conforme au sien, et elle prenait évidemment un grand plaisir à être avec nos enfants.
Elle jouait avec nous, nous aidait à cueillir des fleurs et des fougères dans les bois pour les transplanter dans nos jardins et au cimetière. Si nous apprenions nos leçons, elle restait assise très tranquillement et écoutait de toutes ses oreilles pour comprendre quelque chose. Chacun, chez nous, l’aimait beaucoup, et nous mettions tout en œuvre pour lui faire du bien.
Lanoma n’apprenait pas vite ; ce qu’elle comprenait était bien compris, mais il fallait un certain temps pour en arriver là. Comme tous ceux de sa race, elle était très sérieuse et très tranquille ; elle pensait bien plus qu’elle ne parlait. Arrivée auprès de nous au moment où nous lisions la Bible, elle avait manifesté le désir de savoir ce que contenait le Livre, et à mesure qu’elle nous connaissait mieux, elle désirait toujours en savoir davantage.
Elle nous demanda s’il était vrai que le Livre des hommes blancs enseignait la route pour aller dans ce beau pays de chasse dont son père et les anciens de la tribu parlaient parfois dans leurs conseils. On lui avait dit que sa mère y était arrivée depuis longtemps ; mais elle nous disait : « La route pour y parvenir doit être très longue et très pénible, car pendant neuf jours de suite on a fait de grands feux autour de la tombe de ma mère pour l’éclairer dans le voyage ! »
Ces récits nous montraient dans quelles épaisses ténèbres vivait son peuple, et nous essayions de lui enseigner ce que nous avions appris nous-mêmes dans le volume sacré sur « le chemin, la vérité et la vie ». Nous lui parlions de l’amour de Jésus qui est venu sur la terre pour chercher et sauver ce qui était perdu ; nous lui racontions comment Jésus a vécu et comment à la fin Il est mort sur la croix, afin que par la foi en Lui nos péchés puissent être pardonnés, et nous l’assurions que le Saint Esprit peut renouveler et sanctifier le cœur humain.
Les personnes les plus âgées de la famille s’intéressaient encore plus à l’instruction religieuse de Lanoma. Elle avait gagné tous les cœurs par ses manières douces, tranquilles et réfléchies ; aussi, profitant des premières notions qu’elle avait reçues sur un lieu de bonheur après la mort, nos parents tâchaient de diriger son esprit vers la vraie lumière qui seule peut conduire au pays promis, dont toutes les nations rêvent, malgré l’obscurité dans laquelle elles sont plongées.
Mon père, en particulier, saisissait toutes les occasions pour instruire notre jeune visiteuse en lui enseignant les vérités révélées dans la Bible. Elle avait, en commun avec tous les indigènes de l’Amérique, une foi naturelle dans le Grand-Esprit, et une peur épouvantable du mauvais esprit ; mais elle ne savait rien du Sauveur ni de la foi chrétienne. C’était vers ces vérités que mon père cherchait à diriger l’esprit de la fille du chef, car il se disait que Dieu lui avait sans doute envoyé cette enfant d’une tribu indienne, afin qu’elle puisse apporter aux siens la lumière de la foi en Jésus Christ.
Lanoma allait et venait entre notre maison et le camp indien sans que personne ne pense jamais à la retenir. La fille bien-aimée du chef, qui avait pour frères six fameux guerriers, avait toujours assez de gens pour surveiller ses allées et venues de manière qu’il ne lui arrive aucun mal. Si l’on s’éloignait un peu de notre station, surtout vers le soir, on apercevait généralement quelque chasseur indigène ou quelque vieille Indienne qui se tenait dans l’ombre, surveillant l’endroit où devait passer la jeune fille.
Ils voyaient que Lanoma était heureuse avec nous, et ils n’auraient pas voulu la priver de ce plaisir.
Enfin, un jour, le chef fit dire par sa fille que si cela pouvait convenir à mon père, le Grand-Ours viendrait fumer avec lui le lendemain, ce qui signifiait lui faire une visite amicale. Mon père répondit qu’il serait bien aise de le recevoir, et tout fut préparé en conséquence.
Le Grand-Ours vint en effet le lendemain, accompagné de six colosses, ses fils, et conduisant sa fille par la main. Le vieillard était un bel exemple de la race indienne, grand, fort et droit comme un sapin, quoiqu’il eût près de soixante-dix ans. Il y avait de la majesté dans son maintien et nous savions que, selon les idées de son pays, il était juste et généreux.
Ses fils étaient de beaux hommes aussi mais, d’après la coutume indienne, ils restèrent parfaitement silencieux en présence de leur père. Ils n’étaient pas peints comme lorsqu’ils allaient à la guerre, mais leurs tuniques portaient des ornements de toute sorte, depuis des dents de panthères jusqu’à des pièces d’or ! Chacun des fils portait, en forme de manteau, une grande couverture de laine et, retenu autour de leur ceinture par une courroie, on voyait scintiller tout un assortiment de couteaux et de haches.
Le plus âgé, le chef futur, portait un manteau magnifique fait avec des peaux d’ours noirs ; à sa ceinture étaient suspendus des pistolets montés en argent. Mes parents allèrent à leur rencontre quand ils les virent arriver, et les reçurent avec tous les témoignages d’honneur qu’ils purent imaginer, car ils savaient que ces indiens tiennent beaucoup aux cérémonies et qu’ils pourraient facilement croire qu’on ne les avait pas traités avec assez de respect.
Le chef parlait notre langue plus correctement que nous ne nous y attendions ; il exprima ses meilleurs vœux pour notre famille, et nous dit ses remerciements pour la bonté témoignée à sa fille et son espoir que la paix et l’amitié qui existaient entre la tribu et les colons de St-Clair dureraient aussi longtemps que le cours du fleuve.
Mon père répondit dans le même sens, et le chef en témoigna sa profonde satisfaction. C’était un homme d’une grande intelligence naturelle, et sa vie errante lui avait donné une expérience profonde des hommes et des choses ; mais quand mon père voulut lui parler de Dieu, il lui déclara froidement que jamais les Hurons ne changeraient leur manière de voir à cet égard, qu’ils voulaient pouvoir continuer leur vie comme par le passé…
Pendant que toutes ces choses se passaient, le temps s’écoulait rapidement et l’été tirait à sa fin. Bientôt nous vîmes du mouvement dans le camp des Hurons, les feux s’éteignirent, les tentes se replièrent, et un matin Lanoma arriva chez nous de bonne heure, apportant un grand paquet contenant des présents pour chaque personne de la maison : pour les hommes, il y avait des pipes et des tabatières curieusement sculptées et ornées d’après l’art indien ; pour les femmes, des corbeilles à ouvrage et des poches artistiquement travaillées ; pour les enfants, toute espèce de jouets confectionnés ingénieusement.
Elle présenta tout cela en disant qu’elle apportait ces choses pour que ses amis se souviennent de la jeune Indienne, puis elle ajouta que sa tribu s’éloignait pour aller vers les terres de chasse du côté du soleil couchant. Lanoma était bien triste de partir, de ne plus nous voir et de ne plus entendre parler le Livre. Mais elle nous supplia de ne pas oublier l’Aimable Colombe et de prier le Seigneur de l’homme blanc de ne pas l’oublier non plus !
Elle nous quitta en pleurant, et aucun de nous ne la vit partir les yeux secs. Après s’être éloignée, elle revint en arrière nous dire encore une fois adieu. Il semblait qu’elle ne pouvait s’arracher d’auprès de nous.
Ch. 3
Des semaines s’écoulèrent après ces choses ; nous n’oubliions pas Lanoma, mais nous n’avions rien appris d’elle. Mon père se reprochait parfois de ne l’avoir pas mieux instruite, car il craignait que les connaissances qu’elle avait reçues soient encore trop vagues pour porter les fruits désirés.
Sur ces entrefaites éclata la seconde guerre américaine. Ce fut terrible pour nous qui nous trouvions sur la limite des terres de l’ennemi, car nous risquions de souffrir des deux côtés. Mon grand-père, ma grand-mère et mes plus jeunes frères étaient tombés malades, de sorte qu’il ne pouvait être question pour nous de nous enfuir, mais mon père conseilla à ses paroissiens de le faire.
– Nous ne vous abandonnerons pas, dirent-ils tous d’une seule voix : puisque vous devez rester, nous resterons aussi ; nous sommes venus dans ce pays avec vous, nous ne le quitterons pas sans vous.
Rien ne put ébranler leur décision, malgré tout ce que mon père leur dit, et ils firent leurs préparatifs pour s’entendre soit avec les Indiens, soit avec les Américains.
Je ne puis m’étendre sur ce temps-là, il fut terrible et j’en ai gardé un affreux souvenir. De l’épreuve sortit pourtant de la bénédiction : le danger commun resserra fortement les liens qui unissaient déjà les colons entre eux. Ils avaient été jusque-là de très bons voisins ; mais les craintes et les obligations de ces temps difficiles les obligèrent à se voir plus fréquemment et ils sentirent le besoin de prier bien souvent ensemble.
Il y eut un véritable réveil dans la colonie pour ce qui regardait les choses de Dieu ; non pas un réveil bruyant et démonstratif, mais un renouvellement des cœurs, qui se tournèrent vers Celui de qui seul on pouvait attendre la délivrance. Nous fûmes admirablement gardés pendant ce long hiver, quoique au milieu des plus grands dangers. Enfin nos malades se rétablirent, et ce fut avec joie que nous vîmes arriver le printemps, où tout serait certainement plus facile.
Un jour, nous allions prendre notre repas du soir, lorsque nous entendîmes des clameurs étranges et inaccoutumées. Notre domestique Robert, étant sorti pour voir ce qui se passait, rentra en courant :
– Que Dieu aie pitié de nous ! s’écria-t-il, ce sont les Indiens ! ils arrivent tout droit chez nous !
– Ne vous effrayez pas, ce sont des Hurons, et je ne crois pas qu’ils nous veulent du mal. Ils arrivent très calmement et leurs clameurs sont bien plutôt des lamentations que des cris de guerre. Ce n’est peut-être que quelque cérémonie superstitieuse qu’ils viennent accomplir dans le pays de leurs ancêtres ; nous ferons mieux de ne pas leur prêter attention.
Il parlait encore lorsqu’on entendit heurter à la porte d’entrée. Mon père se hâta d’aller ouvrir et, à notre grand étonnement, nous reconnûmes le visage du père de Lanoma, le chef si redouté des Hurons. Il avait énormément changé : sa grande taille s’était courbée, son pas n’avait plus la même élasticité et ses traits étaient altérés par la douleur.
– Visage pâle, toi qui es sage, dit-il en s’adressant à mon père, je suis venu te demander un tombeau dans lequel je puisse ensevelir ma fille ! Mon Aimable Colombe m’a quitté et la lumière de mes yeux s’est éteinte avec elle ! Je ne sais pas si c’est Lui qui l’a voulu malgré tous nos docteurs.
Elle croyait au Dieu dont vous lui avez parlé et au Seigneur Jésus qui, vous le lui avez dit, était mort sur la croix pour son peuple. Elle nous a dit qu’elle aimerait être ensevelie près des tombeaux couverts de fleurs, là où l’on va souvent se reposer. C’est la dernière demande qu’elle m’a faite ; aussi j’amène son corps de bien loin d’ici afin d’accomplir son désir. Homme sage, au visage pâle, veux-tu me donner une tombe pour ma fille ?
Mon père prit le vieillard par la main et le fit asseoir ; ses yeux étaient pleins de larmes et nous pleurions tous. Ébranlés par la peur que nous avions éprouvée, nous avions passé sans transition de cet effroi à la nouvelle qui ne pouvait que nous affliger profondément.
Tous nos cœurs étaient brisés en apprenant que notre chère Lanoma n’était plus. L’Indien vit notre émotion et sa nature rigide en fut touchée : il se détourna pour qu’on ne voie pas son visage et, le cachant dans ses mains, il se balança à droite et à gauche comme un arbre secoué par la tempête, tandis que toute la tribu, restée devant la porte, entourait le cercueil en poussant de grandes lamentations.
– Bienheureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur, dit mon père dès qu’il put raffermir sa voix. Lanoma a cru en Celui dont elle a entendu parler, et Dieu veut sauver tous ceux qui s’adressent à Lui, de quelque langue ou de quelque peuple qu’ils soient !
Nous placerons le corps de votre chère fille à côté des corps de nos proches, dans le lieu qu’elle a bien souvent orné elle-même des plus belles fleurs.
– Homme sage, merci ! reprit le vieux chef. Oui, dès que le jour nouveau se lèvera, nous ensevelirons ma fille à la manière des chrétiens. Elle me l’a demandé et je le lui ai promis.
Mes hommes ont taillé un cercueil de bois de cèdre afin qu’elle soit enterrée comme ceux de votre peuple. Voulez-vous demander à vos gens de venir rendre les derniers devoirs à ma fille comme vous le faites pour les vôtres ?
Mon père se hâta d’envoyer Robert avertir les colons de ce qui était arrivé, et les inviter à venir le lendemain matin assister aux funérailles de notre chère petite Lanoma.
Le chef et ses fils refusèrent absolument de passer la nuit sous notre toit. Ils firent installer une grande tente sous laquelle on porta la bière de Lanoma ; ils s’y rassemblèrent, et mon père et ma mère restèrent avec eux.
Le lendemain, de bonne heure, tous les paroissiens de mon père se réunirent autour de nous et la cérémonie commença. Mon père lut quelques passages de la Bible, pria pour les affligés, et dit quelques mots sur l’incertitude de la vie et la nécessité pour tous de se tenir prêts.
Ensuite les six frères se levèrent tous ensemble, portant le cercueil de leur chère jeune sœur. Ils le déposèrent dans la fosse qui avait été creusée pendant la nuit ; ils prononcèrent chacun quelques paroles d’adieu dans leur propre langue, et la plupart des autres Indiens s’approchèrent et firent de même.
Le vieux chef s’avança le dernier ; nous ne comprîmes pas ce qu’il dit, mais au son de sa voix, on sentait que ses paroles étaient l’expression d’un cœur brisé. Les femmes firent alors éclater de nouvelles lamentations, puis la fosse fut recouverte et on planta sur le tertre les fleurs que Lanoma aimait le mieux.
Quand tout fut terminé, le vieux chef annonça son intention de camper sur l’emplacement qu’il avait occupé jadis au bord de la rivière, afin de nous protéger contre ceux qui pourraient nous faire du mal pendant la guerre.
Il dit que son cœur était enseveli maintenant dans les terres de l’homme blanc et qu’il ne permettrait à aucun ennemi de s’en approcher. Il campa donc avec toute sa tribu dans notre voisinage, et il est bien probable que c’est à leur présence que nous avons dû de n’être jamais inquiétés par personne.
Tous les jours et par tous les temps, le Grand-Ours venait s’asseoir près de la tombe de sa fille, et là nous allions nous entretenir avec lui comme nous le faisions jadis avec Lanoma.
Mais le souvenir de sa fille lui parlait plus éloquemment que nous ne pouvions le faire ; la chère enfant, que nous estimions instruite si imparfaitement de l’Évangile, avait pu, pendant les derniers jours de sa vie, enseigner à son père les grandes vérités du christianisme sur lesquelles reposait sa foi.
Le terrible chagrin qu’avait éprouvé le vieux chef en perdant sa fille chérie avait fait tomber ses préjugés ; les paroles de l’enfant mourante avaient préparé son cœur à recevoir le salut et le pardon ; l’orgueilleux indien courba enfin la tête et devint un humble croyant, mettant toute sa confiance dans le sacrifice du Seigneur Jésus.
La victoire sur Jabin, roi de Canaan et sur le chef de son armée, Sisera, a été complète. « Debora chanta, en ce jour-là, avec Barak, fils d’Abinoam » un cantique, un précieux cantique ! Il évoque la puissance du Dieu d’Israël qui agit en discipline, écoute et pardonne quand il y a repentance, et agit en délivrance. Le cantique démontre l’état de cœur de diverses classes de personnes parmi les fils d’Israël. Il y a ceux qui s’engagent et ceux qui restent occupés de leurs affaires. Pendant vingt ans, Jabin, un roi ennemi, vivant en Canaan, a opprimé le peuple. Il possédait « neuf cents chars de fer » et une armée estimée à « une multitude ». Le peu qui nous est donné à connaître sur la bataille fait valoir que c’est l’Éternel qui a combattu et donné la victoire. Barak a reçu de sa part un commandement : « Prends avec toi dix mille hommes des fils de Nephthali et des fils de Zabulon et j’attirerai vers toi, vers le torrent de Kison, Sisera, chef de l’armée de Jabin, et ses chars, et sa multitude, et je le livrerai en ta main » ; « en ce jour-là, Dieu abattit Jabin, roi de Canaan, devant les fils d’Israël » (Jug. 4. 7 et 23).
Deux tribus sont nommées pour aller au combat. L’Éternel connaissait ceux qui étaient de bonne volonté. Aujourd’hui comme hier, notre Seigneur utilise ceux qui ont fait le choix de Le servir volontairement et sans restriction. L’apôtre Paul déplore ceux qui cherchaient « leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ » (Phil. 2. 21). Qu’en est-il aujourd’hui ?
« Parce que des chefs se sont mis en avant en Israël, parce que le peuple a été porté de bonne volonté, bénissez l’Éternel ! Rois, écoutez ! princes, prêtez l’oreille ! Moi, moi, je chanterai à l’Éternel ; je chanterai un hymne à l’Éternel, le Dieu d’Israël » (Jug. 5. 2 et 3). À la lecture de ce récit, nous constatons que tous n’ont pas été dans l’exercice, mais le cantique nomme le peuple en entier et ceci est très beau. C’est comme lorsque Balaam, acheté par Balak, pour maudire les fils d’Israël, a dû les bénir malgré leurs cœurs si souvent rebelles. L’Esprit de Dieu l’obligera à dire : « l’Éternel n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni n’a vu d’injustice en Israël ; l’Éternel, son Dieu, est avec lui, et un chant de triomphe royal est au milieu de lui » (Nomb. 23. 21).
Le cantique de Debora rappelle les grandes difficultés vécues sous la domination d’un roi ennemi et païen : « les villes ouvertes étaient délaissées en Israël, elles étaient délaissées, – jusqu’à ce que je me sois levée, moi Debora, jusqu’à ce que je me sois levée, une mère en Israël. On choisissait de nouveaux dieux, alors la guerre était aux portes ! On ne voyait ni bouclier ni pique chez quarante milliers en Israël » (Jug. 5. 7 et 8).
Spirituellement, ils revenaient de loin, et Debora chante : « Mon cœur est aux gouverneurs d’Israël qui ont été portés de bonne volonté parmi le peuple. Bénissez l’Éternel ! » (v. 9) Tous sont invités : « vous qui montez sur des ânesses blanches, vous qui êtes assis sur des tapis, et vous qui allez par les chemins, méditez ! » (v. 10) La délivrance était un fait incontestable !
« À cause de la voix de ceux qui partagent le butin, au milieu des lieux où l’on puise l’eau : là, ils racontent les justes actes de l’Éternel, ses justes actes envers ses villes ouvertes en Israël. Alors le peuple de l’Éternel est descendu aux portes » (v. 11). La liberté d’action et de direction est retrouvée, car c’est aux portes que l’on jugeait, qu’on établissait les lois, les budgets, etc.
« Réveille-toi, réveille-toi, Debora ! Réveille-toi, réveille-toi, dis un cantique ! Lève-toi, Barak, et emmène captifs tes captifs, fils d’Abinoam ! » (v. 12) Nous retrouvons cette expression au Psaume 68 et en Éphésiens 4. 8 quand elle fait référence à la victoire de notre Seigneur sur Satan et sur la mort. Christ, ressuscité, emmène avec Lui ceux qui étaient captifs de Satan. Ils sont délivrés de son joug et de la condamnation à mort pour appartenir à Celui qui était, qui est et qui sera à toujours. Quel bonheur d’être les captifs du Seigneur ! Sur nous, croyants, plus de condamnation ! Nous sommes délivrés et rendus libres pour le servir (Rom. 8. 1 ; 12. 11).
« D’Éphraïm sont venus ceux dont la racine est en Amalek ; derrière toi vient Benjamin, au milieu de tes peuples. De Makir sont descendus les gouverneurs, et de Zabulon sont venus ceux qui tiennent le bâton du commandant. Et les princes d’Issacar ont été avec Debora, et Issacar, comme Barak ; il a été envoyé sur ses pas dans la vallée » (Jug. 5. 14). Voilà ceux qui sont allés le cœur engagé, pour participer à la fin de la bataille, pour rapporter du butin.
« Aux divisions de Ruben, grandes considérations de cœur ! Pourquoi es-tu resté entre les barres des étables, à écouter le bêlement des troupeaux ? Aux divisions de Ruben, grandes délibérations de cœur ! Galaad est demeuré au-delà du Jourdain ; et Dan, pourquoi a-t-il séjourné sur les navires ? Aser est resté au bord de la mer, et il est demeuré dans ses ports » (v. 15 à 17). Voilà ceux qui ont préféré leurs intérêts à ceux de l’Éternel ; ils n’ont pas joui de la victoire, ils n’ont pas chanté le cantique. Soyons de ceux qui chantent et louent le Seigneur !
« Zabulon est un peuple qui a exposé son âme à la mort, Nephthali aussi, sur les hauteurs des champs » (v. 18). Dans un temps à venir, et qui s’approche à grand pas, d’autres vaincront « à cause du sang de l’Agneau et à cause de la parole de leur témoignage ; et ils n’ont pas aimé leur vie, même jusqu’à la mort » (Apoc. 2. 10 ; 12. 11) ; quel engagement ! Quelle récompense par la suite ! Ils vivront et régneront « avec le Christ mille ans » (Apoc. 20. 6).
« Maudissez Méroz, dit l’Ange de l’Éternel ; … car ses habitants ne sont pas venus au secours de l’Éternel, au secours de l’Éternel, avec les hommes forts » (Jug. 5. 23). Malheureusement, il y en a beaucoup qui « seront jugés chacun selon ses œuvres » et jetés « dans l’étang de feu » (Apoc. 20. 13 et 14). En contraste, chaque saint recevra une récompense « selon qu’est son œuvre » (22. 12). « Bénie soit, au-dessus des femmes, Jaël…, elle a frappé Sisera… ». Et le cantique se clôt dans une envolée : « ô Éternel !… que ceux qui t’aiment soient comme le soleil quand il sort dans sa force ! » Nous, qui aimons le Seigneur, Lui serons associés quand Il apparaîtra en gloire et que « son visage sera comme le soleil quand il brille dans sa force ! » (Apoc. 1. 16). Amen !
« Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création » » 2 Corinthiens 5. 17.
« Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » Galates 2. 20.
« Né de nouveau » (Jean 3. 3) : c’est ainsi que la Bible définit le chrétien, celui qui a cru au Seigneur Jésus. « Les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles ; et toutes viennent du Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ » (2 Cor. 5. 17 et 18). La nouvelle nature du croyant vit dans un corps qui fait encore partie de ce qui est « vieux ». Ce corps, avec ses facultés, était au service du « moi », du péché. Maintenant, le croyant a le privilège de l’employer au service de Dieu, mais sa « vieille nature » est encore en lui.
La vie de notre « nouvel homme », que nous avons comme « revêtu », ayant « rejeté le vieil homme » (Éph. 4. 24 et 22), c’est celle de Christ. Cette nouvelle nature doit se développer afin de manifester les caractères de Jésus. Cela implique deux choses :
1. Pour croître normalement, il faut bien se nourrir. Il y a plusieurs façons de se « nourrir » de Christ. Lire la Bible, Lui parler par la prière, l’écouter, le servir, le louer… Dans de tels moments, notre esprit, nos pensées, sont occupés de ce qui le concerne, Lui. Il se produit alors une transformation en nous. Notre intelligence, notre conception de la vie, sont orientées d’une manière nouvelle afin de plaire au Seigneur.
2. Nous ne devons pas suivre les inclinations de notre « vieille nature », qui nous conduit à vivre sans Dieu, sans nous intéresser aux réalités spirituelles. Quand cette nature se manifeste, nous sommes invités à ne pas céder à ses désirs, mais à savoir dire « non » par la prière ; alors, le Saint Esprit que Dieu nous a donné lorsque nous avons cru au Seigneur Jésus, sera libre d’agir en nous. C’est Lui qui donne sa puissance à la nouvelle vie du croyant, dans ses motivations et ses désirs nouveaux (lire Éph. 4. 30 à 32).
« Même maintenant, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te le donnera » Jean 11. 22.
Jean 11 nous rapporte l’histoire de Lazare. Lorsqu’il est tombé malade, ses deux sœurs, Marthe et Marie, ont envoyé un message au Seigneur Jésus, disant : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade » (v. 3). Elles espéraient qu’Il viendrait tout de suite à Béthanie, afin de guérir leur frère. Mais Lazare est mort avant que Jésus n’arrive.
Marthe vient à sa rencontre et Lui fait part immédiatement de sa déception : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Mais les mots qu’elle ajoute montrent sa foi : « Mais même maintenant, je sais… ». Quoique les choses ne se soient pas passées comme Marthe l’imaginait, toutefois elle continue à croire dans le Seigneur.
C’est très beau, quand la foi ne défaille pas dans les situations difficiles de la vie. Que cela est heureux quand, au milieu de la tempête, la flamme de notre confiance en Dieu continue à briller, même si elle peut ressembler parfois à un lumignon près de s’éteindre. C’est le Seigneur qui soutient notre foi dans les moments les plus sombres. Il nous donne du courage, de sorte que nous pouvons dire avec confiance : « Mais même maintenant, je sais… ».
Le Seigneur Jésus a soutenu la foi de Marthe en lui donnant une promesse qu’elle pouvait à peine croire : « Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas, à jamais » (v. 25 et 26).
Aujourd’hui encore, cette espérance glorieuse fortifie la foi de ceux qui croient au Fils de Dieu.
Une foule dense se pressait à la gare de L. Les vacances venaient de commencer et nombreuses étaient les familles qui quittaient la ville pour aller chercher repos et bon air sur les hauteurs.
On remarquait parmi les voyageurs qui attendaient le train du Simplon un groupe animé, environné de bagages. Une femme, jeune encore, au profil pur et énergique, la mère des cinq enfants qui l’entouraient, fixait tantôt l’horloge, tantôt l’escalier d’un air inquiet.
« Pourquoi ne viennent-ils pas ?… murmurait-elle. Papa et Luc auront oublié l’heure en achetant leur piolet ». Soudain, deux têtes émergeant de la foule la rassurèrent. Le train arrivait. Nos voyageurs se précipitèrent alors sur leur attirail et s’engouffrèrent dans le train. Lorsque enfants et bagages furent dûment installés, le père redescendit sur le quai.
– Quel dommage de ne pas t’emmener avec nous, s’écrièrent les enfants penchés à la fenêtre.
– Viens nous rejoindre dès que possible ! ajouta la mère. Ce sera si beau là-haut dans notre vieux chalet, et tu as grand besoin de repos.
– Certes, j’ai hâte de vous retrouver, mais je dois encore terminer quelques affaires. Ce soir à huit heures, je prendrai l’avion pour Casablanca et Dieu voulant, dans dix jours je serai des vôtres. Au revoir, mes enfants ! Soyez sages et complaisants ! Luc, rappelle-toi que tu es le chef de famille en mon absence ! Que le Seigneur vous protège !
Déjà la palette s’était levée ; lentement le train se mit en marche, emportant la vision de six joyeux enfants agitant leurs bras en criant :
– À bientôt, papa, et bon voyage.
Tandis que le train roule à vive allure, faisons la connaissance de nos amis.
Luc, solide garçon de quinze ans, bien bâti, à l’air sportif, fixe son regard sur le piolet juché sur le porte-bagages et rêve aux ascensions merveilleuses qu’il va tenter avec son père.
Liliane, grande fillette d’une année plus jeune, aux longues tresses blondes, au regard pensif, s’isole dans un coin du compartiment et se plonge dans un livre.
Jeune naturaliste de dix ans, portant en bandoulière un herbier flambant neuf, Gérard, le nez collé à la vitre, songe au bonheur qui l’attend. Là-haut, il n’y aura plus de maître pour lui crier en pleine classe : « Où es-tu, rêveur ? », ni de camarades pour le houspiller. Finies les longues journées d’école ! La grammaire et tous ses acolytes ont été enfermés à double tour au plus profond d’un tiroir. Dès aujourd’hui, c’est la liberté, les pâturages, les bois, on jouera à Robinson, aux Indiens… La vraie vie va commencer…
Jeannette et Jeannot, deux jumeaux de sept ans, savourent aussi les délices des vacances, bien que leur sac d’école n’ait pas encore pesé lourd sur leurs épaules.
Miette, la cadette, au petit visage futé, à la taille menue, sautille sur les genoux de sa maman, qui contemple rêveusement le paysage. Que leur réservent ces vacances ? se demande-t-elle. Apporteront-elles aux enfants le bonheur qu’ils attendent ?… Et sauront-ils découvrir ce bonheur dans le don d’eux-mêmes et dans l’obéissance à Celui qui a dit : « Mon joug est aisé et mon fardeau léger » ?
Bientôt, on quitte le train noir pour un petit train rouge qui serpente à travers champs. La pente devient abrupte, et la crémaillère se met à grincer si fort qu’il faut crier pour se faire comprendre. Ravis, les garçons se penchent à la fenêtre pour observer la manœuvre.
Les jumeaux, tenus en respect par un Anglais très intimidant, examinent avec curiosité les lorgnons cerclés d’or qu’il a posés par-dessus ses lunettes pour lire son journal. Le jour baisse.
Soudain, le gentleman se lève d’un bond en poussant un cri rauque. Épouvantés, les enfants voient des flammes sortir de la banquette. Mme Henry, éperdue, se suspend à la sonnette d’alarme puis, voyant que le train ne s’arrête pas, sort du wagon sur la plate-forme, son tricot à la main, pour appeler au secours.
Le contrôleur arrive enfin ; il est temps, car les flammes crépitent et une fumée noire s’échappe du brasier. Le petit train fait halte, quelques voyageurs font la chaîne pour apporter l’eau d’un ruisseau tout proche. Bientôt, le danger est écarté et les enfants en sont quittes pour la peur.
Alors Mme Henry s’aperçoit que son peloton a disparu. Elle ressort précipitamment du train et voit le contrôleur en train de se débattre, entortillé qu’il est des deux pieds par la laine grise. Le train s’ébranle. « Mon peloton ! » crie Mme Henry, ne pouvant retenir un accès de gaîté, mais l’employé, de fort méchante humeur, n’a que le temps de casser la laine pour sauter sur le marchepied, et le peloton roule dans le ruisseau en se dévidant toujours.
Voici enfin Champfleury, le but du voyage !
« Comment allons-nous transporter tout cela ce soir ? » se demande Mme Henry, en examinant d’un air perplexe ses multiples colis.
À ce moment un monsieur souriant s’avance au-devant d’elle.
– Madame, permettez-moi de vous conduire chez vous avec votre famille. Je suis venu attendre un ami qui arrivera sans doute par le train suivant. Ainsi ma voiture est libre, profitez-en. Je suis le docteur Martel ; il paraît que nous allons être voisins. N’allez-vous pas au chalet « Gai-Soleil » ?
– En effet, répond Mme Henry, et nous étions précisément en train de nous demander comment transporter tous nos bagages. Que c’est aimable de votre part !
Bientôt, l’auto file, conduite d’une main sûre. Voici la silhouette familière du vieux chalet. Sur le seuil, la figure réjouie et rougeaude de Trudi, la fidèle bonne, accueille la petite bande heureuse d’arriver au bercail.
Le docteur s’éclipse sans vouloir entendre de remerciements :
– Si vous avez besoin d’un service, n’oubliez pas que j’habite tout près, crie-t-il en démarrant.
Au chalet
Le lendemain matin, un gai rayon de soleil vient se poser sur le nez de Miette, et aussitôt la maisonnée est réveillée. Les enfants ne se plaignent pas de se lever tôt. Il y avait mille choses à découvrir et tout avait un petit air de vacances qui réchauffait le cœur et vous donnait des ailes.
« Vacances » chantait l’alouette ; « Vacances » crissait le grillon ; même le sifflet de la bouilloire vous avait un petit ton de gaieté tout à fait inusité.
– Moi je ne me lave pas, crie, Jeannot, puisque c’est les vacances.
– Moi, je me démêlerai les cheveux une autre fois, ça fait trop mal, dit Jeannette en tressant à la hâte ses nattes ébouriffées.
– Je lirai tant que je veux, fait Liliane d’un ton décidé.
– Moi, clame Luc, je veux aller explorer des grottes. Gérard, viens-tu avec moi ?
Mais Gérard avait disparu.
Soudain la voix de maman appela :
– Enfants, venez vite déjeuner ! Êtes-vous prêts ?
Mme Henry, tout à l’heure, avait surpris la conversation de ses enfants. Elle ne dit rien toutefois, ne voulant pas assombrir ce premier jour de vacances par des remontrances. Après le petit déjeuner, elle pria Luc de lui apporter la Bible.
– Mes enfants, dit-elle, je vais vous donner le secret pour que ces vacances soient les plus belles que vous ayez jamais passées. Écoutez ces paroles : « Car Christ n’a point cherché à plaire à lui-même. Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain en vue du bien ».
Luc les copiera en gros caractères et nous les suspendrons ici. Si vous essayez de les mettre en pratique, vous serez tous des semeurs de bonheur. Luc sèmera du bonheur pour Trudi en l’aidant à ranger l’attirail de pique-nique, les tentes et les jeux. Liliane réjouira Miette en la promenant pendant que je m’occupe du déballage des malles. Gérard sèmera du bonheur en jouant avec les jumeaux au lieu de s’esquiver ; toi, Jeannette, tu essayeras de te coiffer un peu mieux pour que je n’aie pas honte de ma petite fille, et toi, Jeannot, tu te laveras dans le ruisseau pour que maman ose embrasser son petit garçon sans se salir.
Au début, les enfants avaient baissé la tête et l’on sentait un petit vent de révolte. Mais leur mère avait si bien su leur parler que la joie réapparut sur les visages renfrognés : « Des semeurs de bonheur, quelle jolie image ! » pensait Gérard, et il imaginait une armée de petits jardiniers semant à pleines mains des graines dorées qui se transformaient en fleurs exquises aux vives couleurs.
Chacun s’éclipsa, et la mère se mit à la besogne, le cœur léger, remerciant Dieu de l’avoir aidée une fois de plus à ramener joyeusement ses enfants au devoir.
Du balcon elle aperçut les jumeaux qui batifolaient dans le pré. Elle les appela :
– Où est Gérard ? cria-t-elle.
– Il est parti, répondit Jeannot. Il a suivi un lézard, et nous ne l’avons plus revu.
« Incorrigible petit solitaire, ami des bêtes plus qu’ami des hommes » ; pensa la mère. Bien rares étaient les occasions où elle avait pu lire dans le cœur de son fils, et pourtant de brèves éclaircies avaient mis un rayon d’espoir dans son cœur.
Elle se souvint d’un jour où elle l’avait vu saisir à pleins bras les grands delphiniums du jardin, et après avoir jeté un coup d’œil circulaire pour s’assurer de ne point être observé, déposer un baiser tendre et passionné sur les corolles fraîches. Quel soin il avait eu un jour, d’un moineau tombé du nid !
Et quand elle était revenue de l’hôpital, quelle inexprimable tendresse n’avait-elle pas lu dans les yeux de son petit garçon dont on n’avait cessé de lui rapporter les sottises et les mauvais points. Une instante prière monta de son cœur pour que le bon Berger prenne un soin particulier de son petit mouton noir.
Le lézard
C’était la faute du lézard, en fin de compte, se disait Gérard, s’il était arrivé une heure en retard à dîner, s’il était tombé dans la mare et si maman l’avait emmené dans sa chambre avec un air de reproche qui lui fendait le cœur. On l’avait privé de la promenade aux grottes dont il s’était bien réjoui, et cet après-midi de soleil qu’il devait passer au lit lui semblait interminable.
Qu’il était gracieux, le petit lézard ! Il avait voulu l’attraper par la queue, mais il s’était dérobé et avait disparu dans l’anfractuosité d’un vieux mur. De là au ruisseau il n’y avait eu qu’un pas et Gérard, oubliant les recommandations de sa mère, s’était éloigné. Que l’eau était tentante, si claire, si bleue…
Pas de jeu plus amusant que de sauter de pierre en pierre pour pêcher de petits têtards et les déposer dans une boîte de conserve ! Il fallait les voir tournoyer comme des possédés dans leur cage. Soudain il avait eu la pensée de jeter un coup d’œil à sa montre. Horreur ! il était une heure. En un tournemain, les têtards furent rejetés à l’eau. Dans sa hâte son pied glissa et il tomba de tout son long dans l’eau glacée. D’un bond il se releva, prit ses jambes à son cou… mais son état pitoyable et le retard lui avaient valu cette dure pénitence.
À six heures, les promeneurs revinrent enchantés de leurs découvertes. Jeannette et Jeannot avaient plein leurs gobelets de fraises parfumées, Liliane apportait une gerbe d’aspérules et d’épilobes, et les poches de Luc se gonflaient de pierres.
Mme Henry monta quatre à quatre l’escalier pour rejoindre son fils. Que se dirent-ils ? Nul ne l’entendit, mais quand les enfants apportèrent à Gérard sa part de fraises, ils trouvèrent leur frère sur les genoux de leur mère, et l’un et l’autre avaient un regard paisible, confiant.
Mille projets furent élaborés au repas du soir qui fut plein d’entrain.
Moi, dit Luc, je vais collectionner toutes sortes de pierres et j’en ferai un musée comme celui d’oncle Tom avec les vieilles pierres du temps des Romains.
— Moi, dit Gérard, je ferai un herbier. Liliane, tu m’aideras à cueillir beaucoup de fleurs ! Nous les sécherons et les collerons sur un cahier en inscrivant leur nom et l’endroit où nous les aurons trouvées.
Liliane s’enthousiasma à son tour et promit de collaborer à cette œuvre passionnante.
– Nous irons chercher des fraises, n’est-ce pas Jeannette ? dit Jeannot, et ainsi nous aurons chaque soir un bon dessert.
– Hourra ! s’écria Luc, quelles belles vacances nous allons passer et, quand papa viendra, ce sera le comble du bonheur !
Mme Henry aimait finir la journée par un cantique, et chaque soir c’était un des enfants qui l’indiquait.
– C’est ton tour, Gérard, dit la mère, que choisis-tu ?
– « Oh ! Je possède un ami merveilleux », dit l’enfant sans hésiter.
Les voies fraîches entonnèrent avec entrain l’hymne bien connu :
Oh ! Je possède un Ami merveilleux,
Prêt toujours
À me donner à toute heure, en tous lieux,
Son secours.
Refrain :
Cet Ami, c’est Jésus. Oh ! Quel nom suave et doux
Oui, son nom, c’est Jésus, Nom qu’il faut dire à genoux.
Ce grand Ami pour moi voulut mourir !
Quel amour !
Oh je voudrais l’aimer et le servir
En retour
Mme Henry se demandait en les écoutant si son fils avait répondu à l’amour de Celui qui donna sa vie pour ses amis.
Quand Miette, la petite souris, fut enroulée dans ses couvertures, Mme Henry fit le tour des chambres et commença par Jeannette, presque assoupie, qui put à peine lui rendre son baiser. Puis s’asseyant sur le lit de Liliane :
– Ma grande fille, lui dit-elle, merci de m’avoir aidée si gentiment aujourd’hui.
– Oh ! dit la fillette en rougissant, j’ai essayé de me souvenir du verset de ce matin, mais c’est difficile. Un jour tout va bien, et le lendemain je me sens de nouveau mal disposée et égoïste. Que faire ? Tu n’as jamais besoin de lutter comme moi, maman !
– Comme tu te trompes, ma pauvre enfant, dit la mère ; nous avons tous un combat à livrer, mais si nous sommes faibles, il en est Un qui peut nous donner la victoire.
Jeannot serra sa maman bien fort, puis il s’endormit en faisant sa prière, tant il était las d’avoir gambadé du matin au soir.
Gérard attendait sa mère. Il ne dormait pas, lui.
– Maman, demanda-t-il en enfouissant sa tête dans ses bras, n’étais-tu jamais désobéissante quand tu étais petite ?
.- Oui, mon chéri, je faisais des sottises et j’étais aussi étourdie que toi, j’en fus cruellement punie. C’est pourquoi j’ai sévi aujourd’hui, mon chéri, bien qu’il m’en ait beaucoup coûté et que, sans toi, la promenade perdît les trois-quarts de son charme. Il faut désormais que je puisse compter sur toi. Que puis-je exiger de Jeannette et de Jeannot si tu fais fi de mes avertissements ? Comprends-tu ?
– Oui, s’écria Gérard, je te promets de mieux faire.
– N’oublie pas que tu as un Ami merveilleux pour t’aider.
C’était le tour de Luc d’avoir sa mère tout à lui.
– Comment parviens-tu à ne pas te mettre en colère ? s’écria-t-il tout à coup en fixant le sol d’un air sombre. Gérard m’impatiente et j’en ai assez d’avoir toujours des plus petits que moi.
– Mais tu as Liliane, plaida Mme Henry.
– Bah ! C’est une fille, et encore éternellement plongée dans ses livres ! Ah ! que je me réjouis que papa soit là ! J’ai bien pensé au verset de ce matin, mais c’est terriblement dur de le mettre en pratique. Faire toujours ce qui plaît aux autres, c’est impossible…
– Mais non, mon grand, ce matin j’ai vu ton effort pour aider Trudi, et l’ouvrage s’est fait deux fois plus vite grâce à toi. J’aimerais précisément te recommander Gérard, il t’admire, tu peux avoir beaucoup d’influence sur lui, essaye de le comprendre, intéresse-toi à ses projets et tu verras que tout ira mieux. C’est le plus grand service que tu puisses me rendre, mon fils.
Luc, fier d’être le confident de sa mère, promit de veiller sur son frère, et son visage rasséréné reprit sa clarté coutumière.
Une mauvaise nouvelle
Toute la maisonnée dormait. Seule la mère veillait, écrivant à l’absent. Soudain, la sonnerie du téléphone retentit. Une voix lointaine déclarait : « C’est un téléphone pour Madame Henry ».
– C’est pour moi, dit Mme Henry d’une voix rauque.
– Alfred Henry blessé par accident, grave commotion, venez immédiatement. Hôpital de Casablanca. signé : Docteur Guy.
Le récepteur tomba des mains glacées de Mme Henry. Anéantie par cette nouvelle, elle se laissa choir toute tremblante sur une chaise. Certes, elle ne pouvait résister à l’appel de son mari, malade sur une terre étrangère !…
Mais les enfants pourraient-ils se passer d’elle ? À qui les confier ? Oserait-elle les laisser à Trudi, honnête et dévouée, mais affolée dès qu’une responsabilité nouvelle la menaçait ?
Alors un verset se grava en lettres de feu devant son esprit « Votre Père céleste sait ». Le Seigneur qui lui envoyait cette dure épreuve connaissait toutes choses, elle ne devait pas douter de son amour. Sa décision était prise. Elle partirait immédiatement vers le pauvre blessé qui, plus que ses enfants, avait besoin d’elle.
Comme une automate, elle se dirigea vers le secrétaire pour consulter un horaire. Elle prendrait le premier train du matin et calcula qu’elle arriverait à Genève à 8 heures. Puis elle téléphona à Cointrin et s’enquit du départ de l’avion pour Casablanca. Il partait à 10 heures le lendemain et il restait une place vacante. A 18 heures, elle atterrirait à Casablanca. « Dieu veuille que ce soit assez tôt », murmura-t-elle.
Après avoir préparé ses bagages, Mme Henry se rendit dans la chambre de Trudi. Dès qu’elle fut suffisamment réveillée pour comprendre ce qui se passait, la bonne fille se mit à pleurer à chaudes larmes.
– Calmez-vous, ma bonne Trudi ! Écoutez-moi ! Vous avez besoin de tout votre courage pour la tâche que je dois vous confier. Je vais écrire à une amie qui, sans doute, pourra venir passer quelques jours avec les enfants et vous soulager. En attendant, j’espère que Luc et Liliane vous aideront, et je vous confie à la garde de Celui qui ne nous a jamais fait défaut.
Mme Henry ne ferma guère l’œil de la nuit. À l’aube, elle se leva et après avoir pris des forces dans la prière, elle éveilla Luc et Liliane et leur fit signe de la rejoindre dans la cuisine. Encore tout endormis, ils trouvèrent leur mère en train de manger un petit déjeuner que Trudi avait préparé avec une rapidité inusitée.
Doucement elle les attira à elle, leur raconta la triste nouvelle et dit comment elle pouvait s’en aller tranquillement en comptant sur ses deux aînés qui, avec le secours du Seigneur, veilleraient sur les cadets. Les enfants promirent de prendre leur tâche à cœur.
Soudain une petite ombre en chemise de nuit se glissa furtivement dans la cuisine. Gérard, éveillé par le bruit insolite, s’était glissé hors du lit. Les yeux agrandis d’étonnement, il s’élança vers sa mère.
– Tu pars ? dit-il en désignant la valise et le chapeau.
– Oui, mon chéri, je vais vers papa qui a eu un accident. Il faut que j’aille le soigner pour le ramener bientôt. Puis-je croire que tu seras sage en mon absence ?
– Oh ! maman, ne pars pas ! s’écria l’enfant en se cramponnant à sa mère. Je ne ferai que des bêtises si tu es loin. Tout va mal quand tu t’en vas !
– Pense à papa I dit Luc un peu rudement.
Mais Liliane entoura le cou de son frère avec affection.
– J’essayerai d’être ta petite maman, dit-elle d’une voix douce.
Un dernier baiser sur la joue fraîche des trois cadets endormis et ce fut la triste marche à la gare entre deux garçons qui portaient ses bagages. Les enfants se taisaient. Mme Henry leur faisait ses dernières recommandations.
– Luc, n’entraîne pas tes frères et sœurs dans de longues excursions ! Gérard, ne va pas tout seul aux grottes, c’est dangereux ! Dites à Liliane de veiller sur Miette, elle est si vive !
Du train elle cria encore soudain à Luc :
– Appelez le docteur si quelque chose vous inquiète, il a offert son aide et il a l’air si bon !
Ces dernières paroles se perdirent dans l’espace, car déjà le train inexorable l’emmenait bien loin de ceux qu’elle aimait. Dans un brouillard de larmes, elle vit deux enfants blonds qui s’efforçaient de sourire en agitant un mouchoir, et ce fut tout.
Seule dans le compartiment, à cette heure matinale, Mme Henry put à loisir jouir du lever du soleil qui, pareil à une boule de feu, faisait jaillir la lumière, chassant l’ombre de la nuit. Les crêtes des grands rochers se découpaient sur le ciel clair où flottaient de légers nuages. Un berger menait ses chèvres au pâturage.
L’air frais du matin faisait frissonner les fines branches de mélèzes et les longues graminées dansaient une ronde dans la prairie. Mme Henry sentit renaître son courage et une paix infinie inonda son cœur tandis qu’une voix murmurait à ses oreilles :
« Moi, le Créateur de la beauté, Moi, le Dieu puissant, le Dieu d’amour, je serai avec toi ».
Où est maman ?
Jamais les enfants n’avaient trouvé journée plus longue que celle qui suivit le départ de leur mère. Miette ne cessait de la réclamer.
Les jumeaux avaient éclaté en pleurs lorsqu’on leur avait dit la cause de ce changement inattendu puis, avec l’insouciance de leur âge, ils s’étaient remis à jouer gaîment.
Gérard avait cherché refuge dans la nature, comme de coutume, mais il ne s’était pas trop éloigné et avait paru aux heures des repas sans se faire appeler plus de trois fois. L’après-midi, Trudi suggéra une promenade au village pour changer les idées des enfants et leur acheta à chacun une sucette dans laquelle les trois cadets puisèrent un trésor de consolation.
Le soir, à l’heure du cantique, Liliane interrogea tristement Luc du regard. Celui-ci se leva, alla chercher sa Bible et dit :
Ce soir, nous ne chanterons pas, mais nous lirons un passage de l’Évangile de Matthieu.
Et d’une voix ferme, il lut :
« Regardez aux oiseaux du ciel, ils ne sèment ni moissonnent, ni n’assemblent dans des greniers et notre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup mieux qu’eux ? Et qui d’entre vous, par le souci qu’il se donne, peut ajouter une coudée à sa taille ? Pourquoi êtes-vous en souci du vêtement ?
Étudiez les lis des champs, comment ils croissent, ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous dis que, même Salomon dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Et si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs qui est aujourd’hui, et qui demain est jetée dans le feu, ne vous vêtira-t-il pas beaucoup plutôt, gens de petite foi ? Ne soyez donc pas en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine ».
Les paroles d’espérance et de foi ne furent jamais écoutées avec plus d’attention que par nos petits lecteurs. Les jumeaux s’endormirent en rêvant aux oiseaux du ciel, Gérard aux lis des champs que Dieu revêt d’une si belle robe, et Trudi, Luc et Liliane déposèrent leur fardeau aux pieds de Celui qui a dit : « Ne soyez donc pas en souci du lendemain ».
Une lettre
Venez vite ! Une lettre de maman ! Le cri, lancé par la voix de stentor de Luc, eut tôt fait de rassembler petits et grands. Alors, au milieu de la troupe haletante, l’aîné déchira l’enveloppe d’une main ferme et lut :
Mes chéris,
Votre papa dort, j’en profite pour vous écrire. Dieu soit loué ! Son état ne s’est pas aggravé. Le docteur remarque que depuis mon arrivée, son malade est moins agité.
Hier soir, lorsque je me suis penchée sur son lit, il a semblé me reconnaître, car un léger sourire a paru sur ses lèvres, puis il est retombé dans l’inconscience. D’autre part, il n’a pas cessé de m’appeler dans son délire. Il paraît que votre père a été tamponné par une auto qu’il n’avait pas aperçue, alors qu’il traversait la chaussée. Comme je suis reconnaissante de pouvoir le soigner.
Continuez à prier, mes petits, afin que, si c’est la volonté de Dieu, il soit bientôt remis de ce terrible choc. J’ai fait bon voyage. C’est merveilleux de s’envoler en avion et de jouer à l’oiseau. Lorsqu’il a décollé, s’élevant dans les airs, j’ai pensé à ce cantique que nous avons chanté bien souvent :
Porté sur des ailes d’aigle
Au-dessus des temps agités,
Tranquille et protégé par elles,
Jusqu’au sein de l’éternité.
En me rappelant ces paroles, j’ai repris courage.
Mes pensées s’envolent souvent vers vous, et je vous vois jouer dans le pré, partir à la recherche de fleurs, de fraises, de papillons, de pierres.
J’espère que vous n’oubliez pas de lire le verset que nous avons épinglé à la salle à manger. Écrivez-bientôt ! Je vous embrasse chacun tendrement.
Maman
P. S. Papa se réveille à l’instant. J’ai prononcé chacun de vos noms et il a souri. Avez-vous des nouvelles de tante Gertrude ? Pourra-t-elle me remplacer quelque temps auprès de vous ?
Une lettre de tante Gertrude était arrivée la veille, indiquant qu’il lui était impossible de venir au secours de ses neveux d’adoption, sa vieille mère étant tombée malade, mais qu’une de ses amies irait les rejoindre un peu plus tard.
– Il faut répondre à maman, suggéra Liliane. Écrivons tous une petite lettre.
Il fait trop beau pour écrire, grogna Jeannot en faisant la moue.
– Quel paresseux ! s’écria Luc indigné.
– Viens, souffla Jeannette en prenant son frère par la main, nous écrirons à deux sur le vieux sapin, ce sera si amusant.
Et elle entraîna son frère dans une course folle. L’un et l’autre trébuchèrent et roulèrent au bas du pré en riant à perdre haleine. Une fois installés sur leur perchoir, le laborieux travail commença.
– Que faut-il mettre ? demanda Jeannette.
– Chère maman, rétorqua Jeannot, c’est ainsi qu’on commence toujours, je pense.
– Oui, bien sûr, mais après ?
– Il fait beau temps aujourd’hui, répondit Jeannot après avoir réfléchi profondément.
– Je crois qu’il faudrait commencer par dire : Merci pour ta lettre et nous sommes contents que papa aille mieux.
– Si tu veux, dit Jeannot conciliant. Mais ensuite tu mettras : hier nous avons vu un hérisson dans le taillis, il avait l’air très gentil, mais il piquait horriblement. Écris encore : tu as de la chance d’avoir été en avion. As-tu été dans la… la « catofère » (stratosphère), je crois.
– Quel mot difficile ! s’écria Jeannette, je ne sais pas l’écrire.
– Qu’importe ! maman comprendra bien. Maintenant, je ne sais plus que dire.
Jeannette rajouta encore : deux énormes baisers de Jeannot et Jeannette.
– Ouf ! s’écria Jeannot, quel travail ! Et tous deux dégringolèrent de l’arbre pour se dégourdir et porter leur chef-d’œuvre au chalet.
Gérard joignit un pli cacheté pour que nul n’ose y porter un regard indiscret. Les quatre messages furent glissés dans une grande enveloppe sur laquelle Luc écrivit l’adresse de sa plus belle écriture.
Les méfaits de la pluie
Tant que le soleil avait été de la partie, tout s’était bien passé, mais un certain jour, il avait jugé bon de prendre lui aussi des vacances, et dame pluie s’était installée à sa place, et alors elle refusa de s’arrêter.
Plus de joyeux ébats sur le pré, plus de promenades à la découverte. On sortait bien une fois par jour pour aller au village, d’où les enfants revenaient trempés mais du moins plus calmes et prêts à se remettre au puzzle ou au dessin inachevé.
C’était le cinquième jour de pluie, les plus beaux jeux perdaient de leur charme. Luc s’était plongé dans ses livres d’étude, poussant le zèle jusqu’à faire un thème latin. Les jumeaux avaient colorié la provision d’albums. Gérard arrivait au bout d’un puzzle de quatre cents pièces, et Liliane avait épuisé ses ressources pour distraire Miette, que la réclusion rendait insupportable.
Ce matin-là, sous une pluie battante, les deux garçons s’étaient rendus au village avec Trudi ; les jumeaux préférant jouer dedans, Liliane, lasse et maussade, leur avait signifié de prendre soin de Miette, tandis qu’elle raccommoderait leurs chaussettes dans une chambre contiguë. À vrai dire, elle avait commencé l’histoire captivante du « Mouton rouge » et elle brûlait d’en savoir davantage sur ce héros merveilleux.
Au commencement, tout alla bien. Jeannette et Jeannot essayèrent d’initier Miette au jeu magique qu’ils avaient inventé. Jeannot jouait au marchand et Jeannette allait chez lui faire ses emplettes.
Mais Miette, qui n’y comprenait rien, voulut s’emparer d’un cornet de bonbons des plus alléchant qui trônait dans la boutique. L’épicier la gronda vertement puis, pris de pitié en voyant deux grosses larmes rouler sur les joues de la petite, il lui en octroya un pour la consoler.
– Tenez, Mademoiselle, en voilà un, mais c’est tout, dit-il d’une voix ferme.
– Encore, dit Miette, d’un ton de commandement, en voulant se saisir du sachet. Celui-ci, tiraillé par deux mains décidées à ne pas lâcher prise, se déchira, et tous les bonbons se dispersèrent dans la chambre, à la grande joie de la coquine qui dans un éclat de rire, se mit aussitôt à les ramasser pour les porter à sa bouche.
Petite gourmande, s’écrièrent les jumeaux indignés. Va vers Liliane, nous ne voulons plus jouer avec toi !
Et ils la mirent à la porte sans pitié.
Miette se rabattit alors sur Liliane. Celle-ci, plongée dans sa lecture, lui dit avec impatience :
– Laisse-moi tranquille, Miette, va jouer, je suis occupée.
Puis Liliane se remit à lire. Le récit devenait si passionnant que tout ce qui l’entourait disparut et qu’elle n’entendit même pas Miette ouvrir la porte et s’échapper.
Celle-ci trottina à travers la cuisine, grignotant ici une noisette, là une miette de pain, et soudain une idée germa dans sa petite tête : elle irait dehors vers la fontaine jouer avec l’eau. Sans prendre garde à la pluie qui tombait drue, la coquine courut au but. Qu’elle était fraîche l’eau de la fontaine, et quel joli bruit elle faisait en clapotant dans le bassin !
Miette fit naviguer des bateaux improvisés : une tasse, un mouchoir, puis ce fut le tour de sa poupée. Soudain l’enfant la vit avec horreur s’enfoncer dans l’eau pour ne plus reparaître. Alors, elle se pencha de toutes ses forces pour la rattraper. Inutile, il fallait grimper sur le rebord du bassin. Arc-boutant ses petites jambes, Miette essaya de se hisser sur la margelle glissante.
À ce moment Liliane leva les yeux : une voix a vibré à son oreille plus forte que le récit palpitant : « Où est ta petite sœur ? »
D’un bond elle se leva, parcourut le chalet en l’appelant et se dirigea vers la porte d’entrée. Pétrifiée par le spectacle qui s’offrait à ses yeux, elle poussa un cri de terreur. Miette effrayée perdit l’équilibre et tomba la tête la première dans l’eau glacée.
Avant que Liliane se soit élancée, quelqu’un s’était interposé. Deux bras solides avaient rattrapé par la petite robe la fillette ruisselante. Quand il se retourna s’avançant vers Liliane, son précieux fardeau dans bras, celle-ci le reconnut. C’était le docteur.
Ombre et lumière
Depuis deux jours, Miette, la petite imprudente, est en proie au délire. Le thermomètre marque 40°. Elle se tourne et se retourne sur sa couchette et ne trouve pas de repos. D’une voix gémissante elle appelle : « Maman » et ne semble même plus reconnaître sa sœur, qui reste inlassable à son chevet.
Le soleil est revenu, mais il fait bien noir dans le cœur de Liliane. La nuit elle veille à tour de rôle avec Trudi. Le bon docteur vient trois fois par jour. Aujourd’hui, Liliane est seule près du lit de sa sœur qui gémit doucement dans son sommeil agité. La maison est vide. Luc a emmené de bonne heure ses frères et sœurs dans une longue excursion pour que la petite malade puisse se reposer.
Liliane sent la lassitude l’envahir. Quand donc sera-t-elle mieux ? Le docteur à un air grave, il ne répond pas à ses questions pressantes. Maman a écrit, elle demande des nouvelles, mais personne n’a le courage de lui dire la vérité…
La pauvre enfant sent une terrible angoisse s’emparer d’elle. Si Miette allait mourir, ce serait sa faute. Mais qui aurait prévu des conséquences si terribles pour un seul moment d’égoïsme et de distraction Dans sa détresse, la malheureuse fillette sanglote désespérément.
Soudain, ses yeux baignés de larmes sont attirés par un texte gravé en lettres d’or sur la paroi : « Crie vers moi et je te répondrai ! » Liliane se sent frappée comme si une voix venait de lui parler. Le Dieu qu’elle a appris à connaître dès sa plus tendre enfance, lui envoie-t-Il un message du ciel, à elle, qui jusqu’alors n’a pas senti vraiment le besoin d’aller à Lui ?
« Crie vers moi et je te répondrai ! »
Ces paroles descendent comme une rosée dans le cœur de la fillette. L’amour du Sauveur ne lui est point inconnu, mais jusqu’ici Liliane n’a jamais expérimenté pour elle-même la tendresse du Berger pour sa brebis. Elle a toujours cru au Seigneur. Elle sait que ses péchés sont pardonnés, mais elle s’est contentée d’une vie d’indifférence envers le Sauveur qui a donné sa vie pour elle.
Le Seigneur vient de lui parler maintenant, elle l’a compris. Sans bruit, elle s’agenouille et répand toute son angoisse dans le cœur de Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés ».
« Sauve Miette, guéris-la ! Je t’en prie, Seigneur Jésus ! murmure-t-elle. Pardonne-moi de t’avoir oublié si souvent, et aide-moi à ne plus vivre pour moi-même ».
Un calme tout nouveau envahit son cœur. Le Berger a recueilli la prière de son faible agneau.
Doucement, Liliane se relève et se rassied dans le fauteuil près de Miette qui ne gémit plus. Brisée d’angoisse et d’émotion, la fillette sent le sommeil la gagner. Nul bruit dans la maison, seule la chanson monotone de la fontaine vient rompre le silence.
Mais qui donc a franchi le seuil du chalet ? Un pas insolite résonne dans l’escalier. Liliane se réveille en sursaut. Miette dort toujours et paraît bien tranquille. À pas furtifs, Liliane inquiète sort de la pièce et se trouve nez à nez avec une inconnue.
– Je suis la personne dont vous a parlé votre tante Gertrude, dit la mystérieuse visiteuse. J’espère vous aider un peu pendant l’absence de votre mère. Ai-je bien fait de venir ?
Il y a tant de bonté dans ce sourire et dans ces yeux pétillants de gaîté, que Liliane sent fondre sa réserve.
– Merci d’être venue, dit la fillette. Je crois que c’est Jésus qui vous envoie. Miette est très malade. J’ai beaucoup de soucis et je suis fatiguée. Voulez-vous voir ?
Elle entraîne sa compagne auprès de la petite malade. Mais, ô surprise ! l’enfant est réveillée. Elle n’a plus de délire. Elle sourit à sa sœur et dit faiblement : « l’eau, l’eau, Miette a soif ». Ce sont ses premières paroles depuis trois jours. Liliane sent la joie et la reconnaissance inonder son cœur. Le Seigneur a répondu comme Il l’avait promis.
Discrètement, la nouvelle venue se retire et revient aussitôt avec un jus d’orange. Sa douce présence n’effraye pas l’enfant malade qui, confiante, s’abandonne à ses soins et se rendort.
Des voix assourdies par un « chut ! » impératif.
C’est la bande des alpinistes qui rentre au logis. Crottés, affamés, rougis par le soleil des hauteurs, ils gardent dans leurs yeux brillants le reflet des merveilles qu’ils ont contemplées.
– Bonsoir les montagnards ! leur dit une voix rieuse. Vous ne me connaissez pas ; qu’importe. Venez vite vous restaurer ! Je vous ai préparé, avec l’aide de Trudi, un bon petit souper qui vous fera oublier les fatigues du chemin.
Conquis par cette entrée en matière, les garçons s’humanisent. Au bout d’un quart d’heure, ils ont bien fait connaissance avec la sympathique visiteuse comme de vieux amis. Les jumeaux ont grimpés sur ses genoux, le farouche Gérard s’est apprivoisé. Luc lui-même ne pense pas déchoir en écoutant de passionnantes histoires d’animaux.
C’est ainsi que les trouvent le docteur et Liliane venant leur annoncer le merveilleux changement survenu dans l’état de leur petite sœur.
Les jumeaux s’accrochent au docteur et ne veulent à aucun prix le laisser partir. « Soupez avec nous s’écrient-ils, vous remplacerez notre papa ». Le bon docteur doit céder bon gré mal gré et c’est une joyeuse tablée qui célèbre, ce soir-là, le commencement de guérison de Miette et l’arrivée d’une messagère de bonté, bientôt baptisée « Tante Joyeuse ».
Mais nulle joie n’est comparable à celle qui remplit le cœur de Liliane dont la prière a été exaucée d’une si admirable manière.
Un beau projet
Quelle gaieté au chalet depuis l’apparition de Tante Joyeuse ! Elle a le don de semer la bonne humeur partout où elle va, et c’est à celui qui peut l’accaparer. Cette nouvelle tante n’est pas une personne ennuyeuse comme le sont certains adultes. Avec elle, on peut faire du bruit, rire, s’amuser, et même on travaille sans s’en rendre compte.
Elle sait éveiller l’intérêt de Gérard par ses connaissances en histoire naturelle et imite tous les cris d’animaux. Les garçons sont enthousiasmés, rivalisent d’exercices et l’on croirait le chalet habité par une ménagerie fort hétéroclite.
Liliane, soulagée de sa lourde tâche, a repris son entrain, tout en gardant un sérieux et une douceur inconnus jusque-là. Quant à Miette, plus vif argent que jamais, sa sœur ne la quitte plus, sauf si Tante Joyeuse lui offre de la remplacer.
De Casablanca, les nouvelles sont meilleures. « Papa commence à se lever, encore un peu de patience, mes petits, et nous serons tous réunis », écrit Mme Henry.
Gérard soupire en secret après sa mère, et Luc livre un rude combat pour garder sa sérénité en voyant les jours passer sans pouvoir faire une des ascensions rêvées.
Un beau matin, le docteur passa devant le chalet, Les jumeaux se précipitèrent à sa rencontre et lui firent fête.
– Personne n’est malade, disaient-ils, mais venez nous faire visite, on s’ennuie de vous.
Il dut céder à l’élan de leurs petites mains pressantes et arriva sur le pré où le reste de la famille l’accueillit avec joie.
Luc étudiait sous un arbre, Gérard collait des fleurs séchées, aidé de Tante Joyeuse. Miette cueillait des pâquerettes dont Liliane tressait une couronne. Dans ce charmant cercle, le docteur ne put résister à l’attrait de s’asseoir à son tour sur une souche.
Avec intérêt il examina la collection de Gérard.
– Si seulement je pouvais trouver des edelweiss ! s’écria l’enfant. Croyez-vous qu’il y en ait quelques-unes dans cette région ?
Le docteur sourit d’un air mystérieux.
– Je sais un endroit, dit-il, un vrai petit jardin où tu pourrais compléter ta collection en quelques heures. D’un bond, Gérard fut sur pieds.
– Où ? s’écria-t-il. Dites-le moi vite, je vous en prie. Liliane, jetant sa couronne à terre, proposa :
– Docteur, si vous veniez faire une excursion avec nous, et nous montrer ce petit paradis ?
Aussitôt Luc fit chorus, et le docteur, imploré par cinq voix suppliantes, émit en vain des arguments fort pauvres.
– Et mes malades, y pensez-vous ?
– On n’a pas l’idée d’être malade par un temps pareil, grogna Luc.
– Ils peuvent bien vous accorder un jour de congé déclarèrent les jumeaux.
– Et si j’avais pris congé quand Miette était malade ? fit le docteur d’un air malin.
Les enfants baissèrent la tête.
– Écoutez, leur dit-il. La semaine prochaine, un de mes confrères montera me remplacer un jour. Alors, si vous êtes sages, je vous prendrai avec moi et nous irons au « Lac Vert ».
Cinq hourra répondirent à sa proposition, et les jumeaux pirouettèrent et culbutèrent de leur mieux en signe de joie.
– Seulement, il faudra marcher longtemps, serez-vous assez endurants ?
– Bien sûr, répondirent-ils. Nous sommes habitués à de longues excursions, car papa nous a entraînés.
Se relevant d’un bond, le bon docteur s’enfuit en leur criant :
– Préparez vos jambes, vos sacs et vos herbiers ! Je commanderai le soleil !
Le Lac Vert
On n’aurait pu trouver une matinée plus limpide que celle que choisirent nos amis pour découvrir le mystère du Lac Vert.
Dès l’aurore, Luc avait sonné le réveil, et à sept heures, nos cinq enfants, équipés de pied en cap, sac au dos et légers comme des écureuils, attendaient le docteur devant son chalet.
Le docteur prit le chemin du télésiège et bientôt nos petits amis, dûment installés sur les chaises volantes, s’élancèrent dans l’espace, ravis et le cœur battant.
L’air du matin fouettait le visage, fraîchissant à mesure qu’on s’élevait. Le village se ramassait là-bas dans la vallée, et le ciel venait à leur rencontre. Tantôt ils effleuraient du pied les hautes fougères, les épilobes roses, tantôt ils planaient au-dessus des grands mélèzes, à une hauteur vertigineuse.
Ils redescendirent sur terre et les enfants gambadèrent à la suite du docteur sur le sentier qui serpente dans le pâturage. Gérard se mettait déjà en quête de fleurs.
Bientôt, le sentier disparut et il fallut grimper à flanc de coteau à travers les pâturages. Le soleil dardait ses rayons brûlants sur la petite troupe qui montait bravement à l’assaut de la montagne. Le bon docteur suait à grosses gouttes et criait de temps en temps :
– Halte, mes amis ! Laissez-moi souffler, je n’ai plus votre âge.
Alors ils s’asseyaient sur quelque tertre pour admirer le paysage, fiers du chemin parcouru, subjugués par l’éclat des arêtes tachetées de neige étincelante.
Vers onze heures, enfin, nos alpinistes atteignirent le haut de la pente qui surplombait le Lac Vert. Ce fut Gérard qui le découvrit.
– Le voilà, le voilà, cria-t-il en agitant sa casquette blanche, et sans attendre le reste de la bande, il se mit à dégringoler le sentier rocailleux. Quelle fête de courir libre et seul sur cette alpe parfumée !
J’aimerais vivre toujours ici, pensait-il, comme le petit chevrier que nous avons vu en montant. Quelle belle vie que la sienne, au milieu des fleurs et des troupeaux ».
Bientôt l’arrière-garde le rattrapa et tous se réunirent autour du petit lac émeraude. Tandis que Liliane et le docteur préparaient la soupe et disposaient les provisions sur l’herbe, les garçons revêtirent leurs costumes de bain et s’élancèrent bravement dans l’eau fraîche. Les jumeaux barbotaient sur la rive, en quête de têtards.
Un coup de sifflet du docteur ramena la troupe qui s’installa autour du chef pour le repas en commun. Lorsqu’ils eurent calmé leur faim et que les trois quarts des provisions eurent été englouties, le docteur tira de sa poche un petit livre noir.
– Mes enfants, dit-il, accordons quelques instants a la lecture de la Parole de Dieu ! Écoutez ce que nous David, le psalmiste :
« L’Éternel est mon Berger, je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages,
Il me mène à des eaux paisibles.
Il restaure mon âme ;
Il me conduit dans des sentiers de justice à cause de son Nom.
Même quand je marcherais par la vallée de l’ombre de la mort,
Je ne craindrai aucun mal, car Tu es avec moi ».
Ce psaume leur était bien connu, mais jamais ils n’en avaient compris si bien la beauté. Les verts pâturages s’étendaient à leurs pieds. Ils en savouraient la paix et la douceur. Dans le silence de la montagne que rompait la voix profonde du torrent, ces paroles prenaient un sens tout nouveau.
– Que cette journée vous rappelle toujours les richesses que le bon Berger a en réserve pour ses brebis ! dit le docteur d’une voix pénétrante. Qu’aucun de vous ne s’égare comme la brebis désobéissante, en s’éloignant du Berger, qui ne trouva que le sol aride, des eaux boueuses et d’amères déceptions.
Le Seigneur Jésus nous conduit à de verts pâturages, à des eaux tranquilles et près de Lui, on ne manque de rien.
Luc et Liliane, frappés du ton sérieux de leur grand ami, écoutaient avec attention. Gérard semblait plongé dans des pensées indéchiffrables ; quant aux jumeaux, ils étaient beaucoup plus intéressés par les faits et gestes d’un crapaud qui bondissait tout près d’eux.
– Maintenant, en avant ! s’exclama le docteur. Les sacs endossés, ils se dirigèrent vers le pays des fleurs.
Après avoir longé le lac et remonté une pente raide nos amis découvrirent un vallon baigné de frais ruisseaux bleus. Sur leurs rives, un parterre de fleurs, des potentilles d’un jaune doré mêlaient leurs teintes lumineuses au bleu intense des gentianes. Des buissons de rhododendrons à l’odeur âcre et saine s’accrochaient aux pentes. Orchis vanille parfumés, arnicas éclatants, délicates pensées des alpes aux yeux mauves, soldanelles écloses près d’une tache de neige s’offraient au regard ravi des enfants.
– Ne cueillez pas tout, leur criait le docteur, riant de leur émerveillement.
Mais les jumeaux n’écoutaient guère ses conseils. C’était à celui qui brandirait le plus gros bouquet. Luc et Liliane sélectionnaient les espèces ; quant à Gérard, ébahi de tant de richesses, il ne savait pas par quoi commencer. Le docteur lui offrit son aide et à deux, ils choisirent les espèces rares destinées à enrichir la collection du jeune naturaliste.
Courbés sur les pentes, inlassables, les enfants cueillent toujours. Soudain le docteur consulte sa montre. Quatre heures déjà ! Il fallait songer à redescendre, car le télésiège n’attendait pas. D’un coup de sifflet il héla la bande dispersée.
– En route, cria-t-il, vous avez assez cueilli !
Des « oh » de déception lui répondirent. Luc, Gérard s’écrièrent qu’il était bien tôt pour rentrer. En une heure nous serons en bas, nous avons de bonnes jambes, dirent-ils.
– Eh bien ! dit le docteur, je pars en avant avec Liliane et les jumeaux, mais promettez-moi de ne pas vous attarder. Luc, tu veilleras sur ton frère I N’allez pas trop haut, ces rochers sont dangereux. Puis-je compter sur vous ?
– Oui, oui, crièrent les garçons, enchantés de la permission.
Tandis que le docteur s’éloignait, ils continuèrent à grimper. Luc mourait d’envie d’escalader un rocher qui le provoquait de loin. Sans s’occuper de Gérard, il gravit lestement la pente et, se cramponnant des deux mains, il parvint à se hisser au sommet. Savourant le plaisir de sa conquête, il fit jaillir un cri de victoire qui résonna dans la montagne.
En contrebas s’étendait la vallée et Luc, du haut de sa crête, semblait dominer le monde. Ivre d’air pur, brûlant d’un désir passionné d’aventures, il ne pouvait s’arracher au spectacle qui l’entourait.
Hélas, il fallait redescendre s’il ne voulait pas faillir à sa promesse. En quelques bonds, il eut rejoint le pâturage et appela Gérard. Mais où donc se cachait-il ? Luc eut beau appeler de toutes ses forces, Aucune voix ne lui répondit. Sans doute, Gérard ne l’avait pas attendu. Après avoir jeté un coup d’œil circulaire et lancé maints appels restés sans réponse, Luc un peu inquiet se mit en marche.
Tout en avançant, il ne cessait de regarder autour de lui. Soudain, il n’eut plus qu’une idée : rattraper le docteur et s’assurer que Gérard l’accompagnait. Dévalant par des raccourcis, il rejoignit enfin l’avant-garde. Gérard n’était pas là. Alors, la gorge serrée, il s’approcha du docteur et lui raconta la disparition du garçonnet. Le visage de M. Martel prit une expression grave et l’aîné sentit peser sur lui un reproche que les lèvres n’osaient formuler.
Le docteur ordonna brièvement à Liliane de prend le télésiège avec les jumeaux.
– Luc et moi nous remonterons, dit-il, et nous ramènerons Gérard.
Lorsque les trois enfants se furent envolés, il se rendit dans un chalet dont il connaissait le propriétaire, un ancien patient.
En quelques mots, M. Martel lui exposa la situation. Le guide sortit, appela son fils, un grand gaillard de vingt ans.
– On va accompagner Monsieur le docteur au Lac Vert, dit-il d’une voix rude. Il y a un enfant perdu là-haut. Prends la corde et le brancard, on ne sait jamais.
Ces mots firent pâlir Luc. Une crainte terrible envahit son cœur.
Après avoir avalé rapidement une tasse de café, les quatre hommes se mirent en marche. Quel contraste avec la joyeuse montée du matin ! Nul ne causait si ce n’est par monosyllabes pour indiquer un raccourci. Les montagnes passant du rouge au rose, du jaune au violet, avaient pris une couleur livide, et un froid piquant enveloppait les voyageurs.
Bientôt la nuit tomba et la montée se continua à la lueur des lanternes.
Une nuit terrible
Profitant de l’escalade de Luc, Gérard s’était juché sur le rocher défendu par le docteur, et là, à quelques mètres sur la pente en déclinaison, il avait aperçu les plus beaux, les plus énormes edelweiss qu’il ait jamais vus. La tentation était trop forte. S’agrippant d’une main à une touffe d’herbe, il étendit le bras dans la direction des fleurs.
Soudain, la touffe céda et sans avoir le temps de se retenir, il culbuta sur la pente et roula comme un bolide vers l’abîme. Sa tête heurta contre une grosse pierre et il s’évanouit. Tout à coup sa course folle fut arrêtée par un buisson qui lui barrait le passage et le retint à mi-chemin de l’effroyable pente.
Deux heures après sa chute, lorsqu’il rouvrit les yeux, Gérard ne comprit pas où il se trouvait ; avec un gémissement, il chercha à se toucher la tête ; elle le faisait cruellement souffrir, tout son corps était meurtri. « Maman, gémit-il, où suis-je ? »
Peu à peu il se rendit compte de sa terrible position : seul dans la nuit, sur la pente d’un précipice. L’enfant, agrippé au buisson, fit entendre une plainte déchirante. Seul l’écho de la montagne lui répondit. Incapable de faire un mouvement, que pouvait-il attendre si ce n’est la mort ? A cette pensée, il frissonna. Mourir, à son âge ? Ses fautes et ses désobéissances se dressaient devant lui. Comment paraîtrait-il devant le Seigneur dont il avait si souvent fui la voix ?
Mais le bon Berger cherchait son agneau égaré. Dans cette solitude profonde, une voix murmura à son oreille : « Même quand je marcherais par la vallée de l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ». Quelqu’un était donc avec lui. C’était Jésus. Il le savait. Dans le ciel qui s’allumait, l’enfant remarqua une étoile brillante qui semblait veiller sur lui, et il se sentit rassuré par cette petite lueur amie.
« Seigneur Jésus, murmura-t-il faiblement, pardonne tous mes péchés ! Lave mon cœur ! J’ai désobéi, tu le vois. Peut-être vais-je mourir sans revoir papa et maman ! Console-les ! Prends-moi dans ton beau ciel, ou envoie un ange pour me sauver ! » L’étoile scintillait comme pour l’encourager et une paix inconnue remplit le cœur de l’enfant abandonné.
Revenons à nos quatre voyageurs qui errent dans la nuit à la recherche du petit fugitif. Luc les dirigeait, retraçant les événements de l’après-midi. Il essaya de repérer l’endroit où il avait aperçu Gérard pour la dernière fois. Le docteur braqua la lanterne sur les pentes sombres où les enfants cueillaient des fleurs avec tant d’ardeur.
– Je crains qu’il n’ait voulu grimper jusqu’à ces rochers, dit-il en désignant du doigt une forme sombre, qui se découpait sur le ciel étoilé.
Le guide poussa une exclamation sourde.
– S’il est tombé de là, docteur, nous ferons bien de revenir demain matin.
Luc ne veut rien entendre. Quelque chose lui dit : il faut chercher encore. Mais comment trouver Gérard parmi ces ténèbres, où à chaque instant la forme d’un tertre fait battre le cœur d’un espoir bientôt déçu ? À la file indienne, ils grimpent, s’accrochant aux buissons, et atteignent enfin l’endroit où Gérard s’est penché pour cueillir les edelweiss. Luc élève sa lanterne et frémit en apercevant le précipice. Soudain, il tressaille ; un appel a retenti. Est-ce une hallucination ? Il n’ose en parler. De nouveau, il se penche en avant, braquant la lumière vers l’abîme et sondant la pente.
Un nouveau cri se fait entendre plus précis et, cette fois, les quatre hommes l’ont perçu. Luc, galvanisé par cette voix, veut s’élancer au secours de son frère, mais le docteur le retient.
– Laisse-moi faire, mon enfant, tu l’as découvert, moi j’irai le chercher. Passez-moi la corde, dit le docteur d’une voix brève. Les deux montagnards l’attachent solidement, l’assurent et le voilà qui descend prudemment de l’autre côté du rocher. Éclairant ses pas de sa lampe de poche, agrippé d’une main au sol, il rampe et bientôt il aperçoit en contrebas une forme allongée qui remue légèrement.
– Gérard, crie-t-il, courage, ne bouge pas ! Je viens te délivrer.
Comme le Berger prit l’agneau sur ses épaules et le rapporta tout joyeux à la maison, ainsi le docteur enleva Gérard dans ses bras et avec une muette prière de reconnaissance envers Celui qui l’avait si merveilleusement exaucé, puis il se mit en devoir de remonter la pente avec son fardeau.
Ce n’était pas chose facile, car l’enfant pesait lourd sur son bras. Heureusement, les braves montagnards l’aidèrent en tirant la corde et en le guidant de leurs conseils. Enfin, leurs efforts furent couronnés de succès. Le docteur, hissé au haut du rocher, déposa Gérard auprès de Luc si ému qu’il ne pouvait prononcer une parole.
Il banda rapidement la blessure de Gérard, l’attacha au brancard, et la colonne redescendit avec précaution pour ne pas trop secouer le petit blessé, qui sombra dans un demi sommeil.
Jamais Luc n’oubliera cette nuit, au cœur de la montagne. Bien qu’une lassitude extrême envahisse tous ses membres, son cœur est rempli d’une joie infinie.
Il vient de vivre une aventure telle qu’il n’aurait jamais rêvée : alors qu’il cherchait Gérard perdu dans la montagne, le bon Berger s’est révélé à lui ; au long de ces heures d’angoisse, il a compris comme jamais jusqu’ici, l’amour de Celui qui a donné sa vie pour ses brebis.
Une surprise
Gérard dort dans le chalet du docteur, et Liliane veille à son chevet. Elle ne peut se lasser de contempler le visage pâle de son frère. Certes, cette nuit d’attente a été terrible pour elle aussi. Vers minuit seulement, elle a su que Gérard était retrouvé, et le lendemain, on l’a ramené au chalet du docteur pour qu’il soit plus tranquille.
À part une foulure et une légère commotion, Gérard ne souffre pas, mais il aime voir quelqu’un à son chevet ; la nuit surtout, il se revoit au bord du précipice dans des cauchemars terrifiants. Le docteur le soigne comme son fils. N’est-il pas un peu à lui depuis cette terrible nuit ? Et Gérard ose lui ouvrir son cœur comme il n’a jamais pu le faire avec personne. Il jouit des soirées en tête à tête avec son grand ami, qui a toujours une histoire intéressante à raconter, quelque friandise dans sa poche ou un nouveau jeu pour son petit malade.
– Docteur, dit Gérard un soir qu’ils étaient seuls, j’aimerais bien être comme vous lorsque je serai grand.
– Veux-tu dire que tu aimerais devenir médecin ? dit le docteur en souriant.
– Oui, dit Gérard, le visage tout rose d’émotion. J’ai pensé que, puisque le Seigneur Jésus avait placé un buisson pour arrêter ma chute, il voulait que je vive et j’aimerais faire quelque chose pour Le remercier.
Soigner les malades, c’est la plus belle chose que l’on puisse faire. Croyez-vous que je puisse y arriver ? Tout honteux d’en avoir trop dit, Gérard se tait, mais ses yeux fixés sur son protecteur l’interrogent avidement.
– Sans doute, mon enfant, répond le docteur d’une voix grave. Rien ne t’empêche de réussir. C’est en effet un moyen de servir ton Maître, dit-il pensivement, puisses-tu ne pas l’oublier comme tant d’autres.
Aujourd’hui pour la première fois, Gérard a réapparu au chalet « Gai Soleil ».
Trudi avait nettoyé la maison de la cave au grenier en son honneur. Des bouquets multicolores, œuvre des jumeaux, fleurissaient les chambres, et Tante Joyeuse avait fabriqué une tourte au chocolat, haute de quinze centimètres, portant en lettres d’or l’inscription : « Bienvenue à Gai Soleil ».
Le docteur comptait au nombre des invités et Liliane avait disposé la table sur la galerie afin que chacun pût jouir du coucher du soleil.
La fête battait son plein et les rires joyeux fusaient si bien que nul n’entendit le ronflement d’une auto qui stoppa derrière le chalet. Tout à coup, deux silhouettes apparurent au coin de la maison et un même cri jaillit de toutes les bouches : « Papa, maman ! »
Puis ce fut une bousculade effrénée et les jumeaux risquèrent de renverser la table dans leur précipitation. Tante Joyeuse n’eut que le temps de rattraper la tourte qui s’en allait à leur suite souhaiter la bienvenue.
Après les premières effusions, M. et Mme Henry essayèrent de se dégager des étreintes passionnées des jumeaux et s’avancèrent souriants vers Tante Joyeuse et le docteur. Jeannette et Jeannot se chargèrent des présentations et, pressés de tout raconter à la fois, ils débitèrent les deux ensembles :
– Voilà le docteur Martel.
– Et voilà Tante Joyeuse.
– Il a guéri Miette qui allait mourir.
– Elle raconte des histoires merveilleuses.
– Il a été cherché Gérard dans le précipice.
– Et c’est elle qui a fait la tourte.
Ahuris par un tel flot de paroles, les parents ne purent que serrer la main du docteur et de Tante Joyeuse, mais leurs yeux disaient : « Merci d’avoir tant fait pour nos enfants ! »
L’effervescence calmée, chacun s’assit autour de la table.
Peu à peu les enfants apprirent à leurs parents toutes leurs aventures. M. et Mme Henry tremblèrent en écoutant le récit de la chute de Gérard et de la maladie de Miette. Maman attira près d’elle son fils encore un peu pâle, et papa serra bien fort dans ses bras sa précieuse benjamine.
Le docteur allait s’esquiver lorsque Gérard le rattrapa vers la porte et le força à se rasseoir dans le cercle en grimpant familièrement sur ses genoux.
– Ce n’est pas avec des mots que nous pouvons vous dire notre reconnaissance, s’écria M. Henry très ému. Que Dieu vous rende ce que vous avez fait pour nos enfants ! Puissiez-vous vous sentir de la famille et rester le meilleur ami de notre Gérard !
Le docteur articula un son rauque et se moucha bruyamment. Quant à Tante Joyeuse, Mme Henry n’oublia pas non plus de la remercier d’avoir contribué avec tant de bienveillance à la joie de ses cadets.
Jeannette, installée familièrement sur ses genoux, lui montra qu’elle aussi appartenait au foyer heureux qu’ils formaient tous ensemble, liés par les joies et les peines qu’ils avaient partagées en une commune foi.
La nuit tombait. De légers nuages roses flottaient dans le ciel et la lune apparaissait derrière un grand rocher. Les yeux des jumeaux clignotaient tandis que Miette s’était endormie dans les bras paternels.
– Avant de nous séparer, n’oublions pas de remercier Celui à qui nous devons le bonheur d’être tous réunis ce soir ! dit M. Henry.
Et d’une voix émue, le père rendit grâces à Dieu qui avait veillé sur ses enfants et qui, au travers de tant de dangers et d’épreuves, leur avait appris à connaître mieux son merveilleux amour.
Sur les rives de la rivière Amstel, à une certaine distance de la ville commerçante d’Amsterdam en Hollande, on pouvait voir il y a cinquante ans une ferme dont les bâtiments attestaient l’importance ; mais toutes ces constructions, négligées depuis longtemps, menaçaient ruine. L’avenue qui conduisait à la maison n’était plus qu’un fouillis de vieux chênes et de tilleuls rabougris ; les allées étaient envahies par les mauvaises herbes et se confondaient avec les prairies ; les parterres de fleurs n’existaient plus et la maison elle-même disparaissait sous le lierre et les plantes grimpantes qui avaient gagné le toit même de l’habitation.
Les fenêtres avaient été bouchées au moyen de planches et, en bien des endroits, des pierres déchaussées donnaient aux murailles l’aspect d’antiques ruines. Mais si la façade de la maison offrait un aspect désolé, le côté opposé était tout autre. Derrière l’habitation on pouvait voir, en effet, un verger et un potager des mieux tenus, mais celui qui s’en occupait ne se montrait que très rarement.
Derrière la ferme et séparée de celle-ci par une haie vive, on pouvait voir une maisonnette fort négligée, elle aussi. Cette petite maison devait être inhabitée, car le jardin attenant était complètement abandonné ; les orties y prospéraient et la grille qui y donnait accès était si rouillée qu’elle semblait défier les efforts de tous ceux qui chercheraient à la faire tourner sur ses gonds.
Un écriteau visible annonçait que la chaumière était à louer et il faut bien dire que sa situation agréable avait déjà tenté bien des personnes. Mais, chose étrange, aucun locataire ne restait plus de trois mois dans la maison et peu à peu la chaumière fut si mal cotée dans le voisinage, que la planche elle-même qui annonçait qu’elle était à louer avait fini par être recouverte elle aussi de lierre et de mousse.
À quoi cela tenait-il ? La maisonnette n’était ni humide ni malsaine ; elle était située en pleine campagne, et pourtant encore assez près de la grande ville pour attirer maint citadin fatigué du brouhaha des rues encombrées de trafic.
Vous vous demandez sans doute pourquoi la maisonnette était ainsi abandonnée et votre étonnement ne diminuera pas, j’en suis sûr, si je vous dis que la faute en était au propriétaire du domaine : cet homme, quoique désirant louer sa maison, en chassait bien vite ses locataires par l’étrangeté de ses allures. « Alors, dites-vous, il fallait qu’il ait la tête un peu dérangée ! »
Et cela n’était que trop vrai. Le pauvre homme était connu partout sous le nom de l’Ours de l’Amstel – et ce sobriquet, il ne le méritait que trop par les accès de fureur auxquels il se livrait fréquemment dès que quelqu’un l’approchait. On l’entendait quelquefois rugir presque comme l’aurait fait une bête féroce, et chacun fuyait le malheureux, bien que ces crises de folie n’aient jamais été que passagères.
Personne ne pénétrait dans sa demeure ; personne ne voulait même vivre dans son voisinage ; aussi le pauvre homme était-il abandonné de tous, à l’exception d’une fidèle vieille domestique qui ne l’avait pas quitté depuis près de cinquante ans.
De temps en temps les passants apercevaient cet homme étrange qui arpentait son verger d’un pas agité ; il gesticulait avec frénésie ou portait ses deux mains à sa tête d’un mouvement désespéré. Puis soudain il s’arrêtait, regardait fixement un pommier si vieux, si rabougri, si couvert de lichen qu’il menaçait ruine, et alors le malheureux poussait un cri de douleur et s’enfuyait vers la maison comme s’il était poursuivi par une troupe d’ennemis.
Il était clair que le pauvre homme était hanté par quelque terrible souvenir et que, par moments, l’angoisse et les remords obscurcissaient sa raison. Quoi d’étonnant si personne ne voulait habiter dans son voisinage ?
On disait même qu’il avait chassé à coups de pierres des enfants assez imprudents pour s’approcher de la haie, et l’on assurait encore que si un être vivant, que ce soit un chien, un chat ou un poulet, pénétrait dans le verger, il était tué sans pitié. Ainsi le pauvre « Ours de l’Amstel » était honni par chacun, et la maisonnette attenante à la ferme resta inoccupée pendant nombre d’années.
Mais un matin, un fait extraordinaire se produisit. L’écriteau « à louer » fut enlevé, des maçons, des menuisiers, des jardiniers envahirent le petit domaine et deux chariots remplis de meubles arrivèrent d’Amsterdam.
Puis enfin, un soir, une voiture s’arrêta devant la grille conduisant à la maisonnette et on en vit descendre un monsieur, une dame et quatre enfants qui prirent possession de l’habitation. On vit des lumières briller à travers les fentes des volets, et des voix joyeuses animèrent le logement délaissé depuis si longtemps.
« Mais », me demanderez-vous, « le nouveau venu savait-il à qui il avait à faire ? se doutait-il du caractère étrange de son propriétaire ? » Certainement ; il était au courant de tout ce qui se racontait au sujet de « l’Ours de l’Amstel ».
Mais depuis longtemps il cherchait à s’établir à la campagne à cause de l’état de santé de sa femme, et il désirait habiter non loin d’Amsterdam où il devait se rendre chaque jour pour ses affaires.
La maisonnette convenait donc parfaitement à M. Mollenberg par sa situation – et quant au revers de la médaille… eh bien ! notre nouvel ami était un enfant de Dieu, un vrai disciple du Seigneur Jésus, et il espérait, avec la force qui vient d’en haut, surmonter le mal par le bien.
– En tout cas, avait-il dit à sa femme, nous ferons un essai avec l’aide du Seigneur, et nous verrons ce qu’il en résultera.
C’est ainsi que cette famille chrétienne s’installa dans la maisonnette.
Chaque matin, le bon père partait pour Amsterdam accompagné de ses deux aînés qui suivaient les écoles de la ville, et chaque soir on les voyait revenir heureux et satisfaits de retrouver le calme de la campagne après l’agitation de la ville.
Matin et soir, parents et enfants lisaient ensemble la Parole de Dieu puis, après la prière, ils chantaient un cantique dont les doux accents arrivaient peut-être aux oreilles du pauvre solitaire qui errait, comme une âme en peine, parmi les arbres du verger. Mais il n’y prêtait nulle attention et semblait ignorer la présence de ses voisins.
La location de la maison ayant été conclue par correspondance, M. Mollenberg n’avait pas eu de rapports personnels avec son étrange propriétaire et ainsi, pendant les premiers mois de leur séjour, rien ne vint interrompre la paix du négociant et de son heureuse famille.
Un matin, M. Mollenberg alla seul en ville ; les vacances avaient commencé et les enfants étaient tout heureux de rester à la maison. Richard, le seul garçon, avait un caractère tranquille et paisible ; il n’avait que douze ans, mais sa manière d’être tout entière prouvait que les prières et l’enseignement de ses parents n’avaient pas été sans fruits.
La Parole de Dieu ne nous dit-elle pas : « Même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » ? (Prov. 20. 11.)
Le Seigneur, dans sa grâce, avait attiré Richard à Lui « par des cordeaux d’amour » et l’on ne pouvait que se réjouir en constatant son obéissance et l’intérêt qu’il portait aux choses de Dieu. La Bible était son livre préféré, et chaque fois que son père en parlait, Richard l’écoutait avec une attention soutenue.
Richard avait reçu de ses parents un superbe lapin blanc qui ne tarda pas à devenir le favori de tous les enfants. Ils rivalisaient de zèle pour lui chercher de la nourriture et passaient beaucoup de temps à regarder la jolie bête gambader et jouer autour de la grange ; et si parfois « Boule de neige » s’échappait et allait prendre ses ébats dans les allées ou parmi les carreaux du jardin potager, alors quelles courses folles, quels efforts désespérés pour rattraper le fugitif !
Tous ceux d’entre vous qui avez possédé des lapins aurez fait les mêmes expériences.
Or il arriva qu’un jour, Richard s’amusait seul aux alentours de la grange. Le lapin passa devant lui, courant de toute la vitesse de ses quatre petites pattes blanches, et avant que l’enfant pût le rattraper, il avait franchi la haie et se trouvait dans le verger du voisin.
Richard le rappela, lui tendit des feuilles de chou, du trèfle jeune et tendre, mais tout fut en vain. Bientôt « Boule de neige » disparut parmi les arbres, et Richard n’osa le suivre, ses parents lui ayant sévèrement défendu de s’introduire dans la propriété voisine.
L’enfant ne savait que faire ; par les trous de la haie, il cherchait à suivre des yeux les traces de son favori, mais au lieu de Boule de neige, il aperçut bientôt un homme étrange qui, les bras croisés sur sa poitrine, se tenait appuyé contre un arbre.
Richard était si inquiet de la perte de son lapin, qu’il en oublia sa timidité naturelle et résolut de parler à son redoutable voisin. S’approchant de la haie, il l’interrogea poliment :
– Monsieur, auriez-vous peut-être aperçu mon petit lapin blanc ?
Mais il n’avait pas fini sa phrase que déjà il reculait épouvanté. Les yeux de l’homme jetaient des éclairs, il serrait les poings et se mit à rugir presque comme un fauve qui se jetterait sur sa proie.
Le premier mouvement de Richard fut de s’enfuir au plus vite, mais réfléchissant qu’il perdrait ainsi la dernière chance qui lui restait de retrouver la petite bête qu’il aimait, il prit son courage à deux mains et répéta sa question :
– M. Vilers, auriez-vous peut-être vu Boule de neige ?
– Regarde ici, répondit l’homme avec un rire cruel ; et sa main qui tremblait de rage contenue, montrait un arbre voisin. Le pauvre garçon tourna les yeux dans cette direction et que vit-il ? Son petit favori pendu à une branche par une cordelette passée autour de son cou.
– Vois-tu, garçon, poursuivit le vieillard d’une voix sourde ; c’est là mon ouvrage. Et maintenant, file, un peu plus vite que ça, et il se baissa pour ramasser une pierre. Richard terrifié n’en attendit pas davantage. Il s’enfuit en courant et vint se jeter au cou de sa mère en sanglotant :
– Qu’est-il donc arrivé ? interrogea la mère, effrayée à son tour par la pâleur de l’enfant et sa surexcitation évidente. Les sanglots l’étouffaient ; il tremblait de tous ses membres.
Enfin, à force de peine, Richard put faire comprendre à sa mère ce qui s’était passé.
– N’est-ce pas honteux, abominable, maman ?
– Je comprends ton chagrin, mon chéri, et pourtant je t’assure que M. Vilers est plus à plaindre que toi.
– Quoi ? cet homme odieux, cruel, impie ? s’écria Richard.
– Oui, précisément parce qu’il est cruel et impie, répondit la mère. Compare-le pour un instant à ton père.
– Oh ! papa est exactement le contraire de M. Vilers, qui a toujours l’air sombre et effrayé. Je suis sûr que ce vieux n’aime pas le Seigneur Jésus ; il doit être très malheureux.
– C’est vrai, continua la maman ; il n’aime personne et semble être en guerre avec tout le monde. Il a dû avoir quelque grand chagrin qui lui a troublé l’esprit, car il a traité tout le monde qui a habité ici comme il t’a traité, mon pauvre petit.
– Mais alors, pourquoi sommes-nous venus dans cette maison ? interrogea Richard.
– Ton père a eu ses raisons pour cela. Peut-être espère-t-il gagner le cœur de notre pauvre voisin.
– Alors, je te garantis qu’il n’y réussira pas, répliqua vivement l’enfant. Tu aurais dû voir ses yeux pendant qu’il me parlait.
– Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, répondit la mère. Prions souvent pour ce malheureux, car le Seigneur aura pitié de lui. Ou bien, préférerais-tu que Dieu ne lui pardonne pas ses péchés et ne l’amène pas à la conversion ?
– Oh ! maman, s’écria Richard, je donnerais bien dix lapins blancs, si par ce moyen M. Vilers pouvait devenir comme papa !
C’est ainsi que cette mère chrétienne, par ses raisonnements pleins de sagesse, réussit à calmer l’excitation de son enfant et à l’amener à exercer un véritable esprit de pardon.
Le soir, lorsque le père rentra, il fut décidé qu’il irait chercher le corps du pauvre lapin, afin que Richard pût du moins enterrer le cadavre de son favori.
Il semblait tout à fait inutile de demander une autorisation au voisin, aussi M. Mollenberg, très tard dans la soirée, franchit-il simplement la haie et se glissa-t-il jusqu’à l’arbre où la petite bête était pendue. Il coupa la corde et se retirait à pas de loup lorsqu’un cri perçant troubla le silence de la nuit.
Mme Mollenberg qui, du porche de la maison, suivait anxieusement les mouvements de son mari, put voir Vilers se précipiter furieusement sur lui et le saisir par le bras. La pauvre femme, faible de santé et terrifiée par les gestes désordonnés de l’homme, s’évanouit.
Lorsqu’elle reprit ses sens, elle se retrouva couchée sur un canapé dans sa propre chambre ; son mari était penché sur elle et ses traits décomposés montraient assez quelle avait été sa douloureuse émotion.
Voici ce qu’il raconta à sa femme dès qu’elle fut en état de l’écouter :
– Après avoir détaché le cadavre du lapin, je tardai quelques instants à franchir de nouveau la haie ; tout était si calme et si paisible autour de moi. La maison du voisin paraissait complètement fermée ; aucune lumière ne s’y voyait nulle part. La lune éclairait le paysage et projetait sur le gazon l’ombre des vieux arbres ; le murmure de la rivière troublait seul le silence de la nuit et je jouissais de cette tranquillité délicieuse après le tumulte de la ville. J’en jouis même un peu trop, car j’oubliai que je me trouvais sur la propriété d’autrui, et m’absorbai dans ma méditation.
Mais tout à coup, je me retournai et ce que je vis me fit oublier bien vite la paix de cette nuit d’été. Tout près de la haie, au pied du vieux pommier noueux, j’aperçus un homme de haute taille, aux traits d’une pâleur livide, tandis que ses yeux semblaient des charbons ardents. C’était l’Ours de l’Amstel ! Il paraissait absolument inconscient de ma présence, mais semblait être dévoré par une angoisse inexprimable. Son visage hagard dénotait le plus profond désespoir.
Je restais comme cloué sur place par l’étonnement ; tout à coup, le vieillard leva son long bras maigre et, montrant le pommier qu’il avait regardé si fixement, il s’écria d’une voix sourde : « Là, là… c’est là qu’il se tenait !… c’est là qu’il est mort… oh ! mon fils, mon fils ! »
Il y avait une telle expression de désespoir dans le son de cette voix que ma première pensée fut de courir auprès du pauvre homme et de chercher à le consoler. Mais je me souvins à temps que je n’avais pas le droit d’être dans le verger, et que du reste mon apparition subite, à une heure aussi indue, ne pourrait qu’effrayer ou exaspérer notre étrange voisin ; je me mis donc en devoir de battre en retraite aussi doucement que possible.
Mais malgré toutes mes précautions, le craquement d’une branche sèche trahit ma présence, et le malheureux, comme tu le sais, bondit sur moi avec un cri sauvage. Il saisit mes deux bras et fixa sur moi des yeux où la folie ne se lisait que trop clairement.
Après un instant, son étreinte se relâcha. Il se mit à trembler, puis de nouveau il prononça ces paroles étranges : « Ne le voyez-vous pas ? là-bas, près du pommier ? son petit ami est avec lui ! » Alors couvrant son visage de ses deux mains, le pauvre homme se mit à gémir désespérément. Je cherchai à le consoler, à le ramener au sentiment de la réalité.
Il me laissa parler pendant quelques minutes, puis tout à coup, il parut reprendre conscience de lui-même. Il se tourna vers moi avec furie, me demanda ce que je faisais dans son domaine et menaça de mettre la police à mes trousses. Puis, sa colère grandissant toujours, il perdit tout empire sur lui-même et levant le poing contre moi, il rugit : « Allez-vous-en, espion que vous êtes ! »
« M. Vilers », répondis-je tranquillement, « je n’ai pas les mauvaises intentions dont vous m’accusez, mais je désirerais de tout mon cœur vous aider et vous consoler, si la chose était en mon pouvoir.
Le Seigneur Jésus Christ offre le pardon au plus grand des pécheurs et, quel que soit le crime qui oppresse votre conscience, Il ne vous repoussera pas. D’après ce que vous venez de dire, il me semble comprendre que vous avez perdu votre fils ? »
A peine eus-je prononcé ce dernier mot que la furie du pauvre insensé tomba comme par enchantement. Il tendit une fois de plus ses deux bras dans la direction du vieux pommier en criant encore : « Mon fils ! mon fils ! », puis ses forces l’abandonnèrent et il s’affaissa sur le sol dans un état d’épuisement complet.
M. Mollenberg était trop épuisé lui-même par la lutte qu’il venait de soutenir contre le pauvre fou pour pouvoir lui porter secours. Il courut donc à la ferme et réveilla la vieille domestique. Lorsque, à grand peine, il eut réussi à lui faire comprendre ce qui s’était passé, elle s’habilla à la hâte et le suivit dans le verger, en donnant libre cours à de violentes expressions de douleur.
À eux deux, ils réussirent, non sans peine, à transporter le vieillard jusque dans son lit, où il finit par reprendre connaissance. Mais lorsqu’il aperçut un étranger à ses côtés, sa fureur sembla se ranimer et M. Mollenberg jugea plus prudent de se retirer.
– Je crains beaucoup, dit-il à sa femme, que nous ne puissions rien faire pour aider ce malheureux. Son esprit semble avoir été obscurci par quelque événement terrible et c’est là que nous devons chercher la cause de ses accès de fureur.
– Pour Dieu, rien n’est impossible, répondit-elle doucement ; dans sa bonté infinie, Il nous montrera sans doute comment nous devons agir pour accomplir ce qu’Il veut que nous fassions pour Lui ici.
– J’ai découvert, continua M. Mollenberg, en parlant à la domestique, qu’ils n’ont pas même une Bible dans la maison. Ne pourrions-nous pas lui en envoyer une ?
Aussitôt dit, aussitôt fait, et le lendemain matin le petit Richard fut l’heureux messager tout désigné pour porter le précieux volume. En frappant à la porte, il apprit que M. Vilers était sérieusement malade et en proie à une fièvre ardente, conséquence toute naturelle de son accès de furie de la nuit.
La pauvre vieille domestique était si désolée que la sympathie de l’enfant lui fut douce ; elle l’accueillit avec bienveillance et reçut la Bible avec plaisir. Richard avait complètement pardonné au vieillard son acte de cruauté et son seul désir était maintenant de lui rendre le bien pour le mal.
Cet après-midi-là, le père revint d’Amsterdam plus tôt que d’habitude ; il proposa à sa famille d’aller rendre visite à des amis qui demeuraient à quelque distance. Richard demanda et obtint la permission de rester à la maison. Son école recommençait le lendemain et il désirait revoir ses leçons avant de rentrer en classe.
Dans sa solitude, et tout en travaillant, la pensée de M. Vilers le poursuivait. Son bon père lui avait rapporté de la ville quelques belles oranges et Richard comptait s’en régaler dès qu’il aurait terminé sa besogne. Mais tout à coup il se dit que les fruits savoureux seraient précisément ce qu’il faudrait pour le pauvre malade enfiévré et altéré.
« Si j’allais les lui porter, se dit-il ; je me demande s’il les accepterait ? En tout cas, je puis essayer ! »
Aussitôt, plantant là livres et cahiers, Richard plaça ses oranges dans un petit panier et se mit en devoir de traverser le verger. Par hasard, la vieille domestique se trouva sur son chemin ; l’enfant lui communiqua son projet et elle consentit à aller demander à son maître s’il voudrait recevoir le jeune garçon.
En pénétrant dans la chambre du vieillard, la vieille femme fut très surprise de le trouver occupé à lire la Bible qu’elle avait laissée à sa portée. Il était si absorbé par cette occupation qu’il ne s’aperçut pas de sa présence. Enfin il leva les yeux et voyant la domestique, il dit :
– Écoute, Marguerite, la lecture de ce livre me bouleverse. Il me semble me retrouver tout petit enfant sur les genoux de ma mère qui, bien souvent, me lisait la Bible. Je rencontre des passages qui autrefois m’étaient familiers. Que c’est donc étrange !
Je voudrais pleurer, et pourtant il me semble qu’un poids bien lourd a été enlevé de dessus mon cœur. Notre voisin m’a dit hier au soir des paroles que je ne puis oublier. Ce sont là des gens extraordinaires !
– En cela vous avez raison, répliqua la vieille femme, ces gens sont excellents, les meilleures gens du monde, à ce qu’il me semble. Là-dessus elle raconta à son maître que les Mollenberg avaient envoyé ce matin même un messager pour s’enquérir de sa santé et que dans ce moment leur petit garçon se trouvait dans le vestibule, apportant des oranges et craignant seulement de se voir repousser.
– Le repousser ! s’écria le vieillard d’une voix tremblante d’émotion, comment le pourrais-je ? Fais-le entrer !
La servante, toute joyeuse, ouvrit la porte au petit Richard qui, s’approchant timidement, demanda au malade de bien vouloir accepter les fruits qui lui feraient peut-être du bien.
– Penses-tu donc quelquefois à moi, petit garçon ? demanda le vieux.
– J’ai pensé deux fois à vous aujourd’hui, répondit Richard.
– Mais pourquoi précisément deux fois ?
L’enfant hésita un instant, puis dit tout bas en rougissant beaucoup :
– J’ai prié pour vous ce matin et cet après-midi. Oui, Monsieur, continua-t-il plus distinctement, j’ai demandé au Seigneur de vous guérir et de vous donner la paix du cœur.
– Mais pourquoi ? insista le vieillard. Pourquoi pries-tu pour moi qui ai tué ton lapin ?
– Le Seigneur Jésus priait pour ses ennemis, expliqua Richard ; et Il a dit à ses disciples : Aimez vos ennemis. J’ai essayé de le faire et Il m’a appris à vous pardonner et à prier pour vous comme le font aussi papa et maman.
Le vieillard écoutait, stupéfait. Peu à peu l’enfant, oubliant sa timidité, se mit à parler avec animation de l’amour de Jésus Christ pour de pauvres pécheurs perdus. Alors, cachant son visage dans ses mains, le malade se prit à pleurer silencieusement ; les larmes inondaient ses joues ridées, puis, ne parvenant plus à maîtriser son émotion, il éclata en sanglots convulsifs qui le secouaient tout entier.
Son cœur de pierre était brisé ; le démon de la haine en avait été chassé ; le seul remède qui pouvait guérir le malheureux avait été trouvé, car le Seigneur avait entendu les prières de ses enfants.
Une heure plus tard, Richard rentrait à la maison. Il y trouva ses sœurs, toutes à la joie de leur visite à Ondekirk, mais le cœur du petit garçon était plein d’une autre joie, plus profonde et plus vraie, et lorsque ses parents surent ce qui s’était passé, ils rendirent grâces au Seigneur pour sa merveilleuse bonté.
Depuis ce moment-là, Richard se rendit fréquemment chez son vieux voisin. Bien que celui-ci ait encore de temps en temps des accès de tristesse, il paraissait beaucoup plus paisible que par le passé. Son antipathie pour l’enfant s’était changée en une chaude affection et, lorsque le découragement le gagnait de nouveau, la vue seule de son petit ami suffisait pour chasser les nuages.
Mais un jour, vers midi, la vieille gouvernante s’approcha de la haie et appela Richard.
– Venez vite, mon petit, criait-elle d’une voix angoissée. Mon maître veut à toutes forces retourner près du pommier ; il parle de nouveau d’une façon si étrange. Peut-être que cela le calmerait de vous voir.
D’un bond Richard franchit la haie et courut vers la maison. Il entra dans la chambre où il trouva le vieillard marchant de long en large d’un pas agité. Des gémissements et des paroles entrecoupées s’échappaient de ses lèvres ; il croyait évidemment se trouver en face du fatal pommier et y voir quelque chose d’extraordinaire. Son visage exprimait la terreur, et bien qu’il ait prêté l’oreille, par instants, aux paroles consolantes de Richard, l’effet n’en était que momentané.
Enfin le petit garçon ouvrit la Bible qui se trouvait à sa portée et ses yeux tombèrent sur les paroles suivantes qu’il lut à haute voix : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger » (Mat. 11. 28 à 30).
Le vieillard s’arrêta dans sa course enfiévrée. Les paroles divines avaient pénétré dans son âme comme un trait de lumière ; il fixa les yeux sur son petit ami, puis s’écria :
– Garçon, dis-le-moi, comment pourrais-je trouver le repos de mon âme ? Une telle chose serait-elle possible ? Où se trouvent ces paroles ?
Richard lui montra le passage, tout en répétant lentement et distinctement : « Et vous trouverez le repos de vos âmes ».
– Hélas ! gémit le pauvre homme, que dois-je faire pour trouver ce repos ?
– Vous devez aller à Jésus, répondit M. Mollenberg qui était entré dans la chambre et avait assisté, inaperçu, à tout ce qui venait de se passer. Jésus seul peut vous donner ce repos. C’est Lui qui vous appelle, qui vous dit : viens à Moi. Il peut et veut donner le repos à ceux qui sont travaillés et chargés.
– Mais cet appel s’adresse-t-il vraiment à moi ? demanda anxieusement le vieillard.
– N’êtes-vous pas chargé ? répliqua M. Mollenberg. Tous ceux qui le sont, Il les invite sans exception. Si vous êtes perdu, si vous succombez sous le poids du péché, alors c’est vous qu’Il appelle. Allez à Lui, et par sa grâce vous recevrez le pardon, la paix, la justification et la vie éternelle.
– Mais si j’étais… si j’étais… même… un meurtrier ? interrogea-t-il d’une voix étranglée par l’émotion.
– Même si tel était le cas, vous n’avez pas le droit de douter de la grâce de Dieu, ni de son amour. Plus le fardeau du péché est lourd et plus aussi l’appel est pressant.
Ne savez-vous pas l’histoire du brigand sur la croix ? Cet homme dut subir sur la terre le juste châtiment des fautes qu’il avait commises, et cependant il hérita d’un salut éternel. Pourquoi cela ? Parce qu’il se reconnut comme pécheur perdu et chercha un refuge auprès de Jésus.
Vous aussi, vous êtes un grand pécheur et, comme tel, vous ne méritez que la mort et la condamnation ; mais le Seigneur Jésus s’est offert Lui-même à Dieu pour vous. Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché.
M. Mollenberg s’arrêta et fit signe à Richard de quitter la chambre. Les deux hommes se trouvèrent alors en tête à tête. Le moment était venu pour le malheureux vieillard où il ne pourrait plus cacher le secret qui l’accablait. Il en fit une confession entière. La conversation dura plus de deux heures et, lorsque M. Mollenberg regagna sa demeure, il y arriva tout joyeux… Il dit à sa femme :
– Notre voisin a enfin trouvé la paix, que le Seigneur en soit béni. Pour la première fois de sa vie, m’a-t-il dit, il a pu raconter à un être humain le drame qui assombrissait son existence. Comme il m’a autorisé à t’en parler, ma chère femme, je te dirai ce qui est arrivé.
Il y a bien des années, la petite maison que nous habitons était occupée par une famille qui voulait y passer les mois d’été. Cette famille se composait de plusieurs enfants, entre autres d’un garçon de l’âge de notre Richard.
M. Vilers, qui avait déjà perdu sa femme à ce moment-là, avait un fils qu’il chérissait comme la prunelle de ses yeux ; il ne pouvait se séparer de lui pour une heure, aussi avait-il renoncé à envoyer le petit garçon à l’école et le faisait instruire à la maison par un maître qui venait de la ville.
Or l’enfant avait une vive affection pour le fils du voisin et recherchait constamment sa compagnie, bien que M. Vilers eût absolument défendu tous rapports entre eux. Les caresses et les punitions étaient également impuissantes à séparer les deux petits garçons. Plus M. Vilers cherchait à empêcher leur amitié, et plus leur attachement mutuel semblait augmenter.
Revenant un jour d’une promenade, M. Vilers aperçut les deux enfants qui jouaient sous le pommier dans notre jardin. Dominé par la colère, il franchit la haie d’un bond avec l’intention d’administrer une sévère correction à son fils. L’enfant du voisin, épouvanté par ses yeux flamboyants et ses gestes menaçants, voulut prendre la fuite mais, aveuglé par la terreur, il alla heurter son front contre le tronc du pommier avec une violence telle qu’il tomba à terre privé de connaissance. Sans prêter la moindre attention à cet accident, l’homme furieux et ne se dominant plus, saisit son propre enfant, le frappa violemment et s’en alla l’enfermer dans la cave pour le reste de la journée.
Une demi-heure après on pouvait entendre des cris et des pleurs dans le jardin du voisin et bientôt M. Vilers apprit que le petit garçon avait été trouvé mort au pied du pommier sans que personne comprît la cause du terrible événement.
Les pauvres parents furent inconsolables, mais personne n’ayant été témoin de la scène affreuse que nous avons décrite, le vrai coupable ne fut pas découvert. Depuis ce moment-là il y eut ici deux êtres excessivement malheureux. M. Vilers ne pouvait faire taire la voix accusatrice de sa conscience et était tenaillé par des remords cuisants, et son fils ne pouvait ni oublier le drame auquel il avait assisté, ni pardonner à son père la mort de son petit ami.
Lorsque, quelques jours plus tard, le corps du pauvre petit voisin fut porté au cimetière, il semblait qu’on ensevelissait avec lui tout le bonheur de l’autre enfant. Il soupirait constamment après son camarade ; il dépérissait à vue d’œil ; on le voyait constamment appuyé contre la haie et regardant fixement le fatal pommier. Tous les efforts tentés par son père pour le distraire demeurèrent infructueux. Sa détresse grandissait constamment et enfin le docteur déclara qu’il était impuissant à combattre cette faiblesse.
Qui décrira l’amère douleur du père ? Chaque jour il avait devant les yeux le résultat de sa violence. Ainsi s’écoulèrent plusieurs mois.
L’hiver avait passé ; le printemps renaissait. Un beau matin de mai, le petit garçon supplia son père de le porter au jardin et de le placer sur un fauteuil tout près de la haie. Alors ses yeux se portèrent une fois de plus sur l’arbre sous lequel il avait joué avec son petit ami, et un pâle sourire illumina ses traits amaigris.
Mais ce fut là son dernier signe de vie. Quelques instants plus tard la tête lassée de l’enfant tombait sur sa poitrine et il expirait, laissant son père dans le désespoir le plus affreux.
Et maintenant, ma chère femme, conclut M. Mollenberg, tu comprendras l’état d’esprit dans lequel se trouvait notre voisin. Sa conscience bourrelée de remords le tenaillait à tel point qu’il en perdait parfois la raison.
Ah ! que le Seigneur est bon d’avoir eu pitié de ce malheureux et de lui avoir donné maintenant cette paix précieuse qui surpasse toute connaissance. L’Évangile était le seul remède qui puisse répondre à son état, et maintenant il place toute sa confiance en Celui par le sang duquel nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes, selon les richesses de sa grâce (Éph. 1. 7).
M. Mollenberg termina son récit par une prière et de ferventes actions de grâces adressées au Seigneur pour les grandes choses qu’Il avait accomplies.
L’affection de M. Vilers pour Richard ne fit que croître. L’été se passa ainsi dans la paix et la joie, et lorsque la famille retourna en ville pour l’hiver, l’un ou l’autre de ses membres revenait presque chaque semaine à la ferme où ils étaient reçus à bras ouverts par le vieillard heureux et reconnaissant.
Le dernier jour des vacances ! Hubert Sullivan était très occupé à trier ses livres, qu’il fallait mettre en ordre ce soir-là, car le lendemain les malles devaient partir. Ses deux sœurs, Agnès et Jeanne, lui tenaient compagnie, chacune un ouvrage à la main.
– Dis-donc, Hubert, es-tu content de rentrer au collège demain ?
– Que veux-tu dire ? J’ai toujours aimé aller à l’école. Pourquoi cela devrait-il m’ennuyer maintenant ?
Les sœurs se regardèrent et se mirent à rire.
– Eh bien, dit Agnès, Jeanne veut dire que tu ne vas pas seul maintenant. Tu vas en voyage, avec un monsieur Carlos Fernandes ! Quel beau nom ! C’est vrai que le Monsieur est encore bien petit, mais il est pédant pour deux. N’es-tu pas content que le petit espagnol aille avec toi ?
Agnès avait dit cela à voix basse, car dans l’embrasure de la fenêtre un garçon de treize ans lisait ; c’était un garçonnet maigre et délicat, aux yeux foncés, aux cheveux noirs comme du jais.
Il n’était pas assez pris par sa lecture pour ne pas saisir ce que disait sa cousine. Une lueur méchante passa dans ses yeux et il parut sur le point de répliquer vivement. Mais il baissa la tête et ses lèvres minces se serrèrent encore davantage.
– Chut, pense à lui, dit Jeanne en regardant le jeune garçon.
– Mais Hubert, dis donc, cela ne t’ennuie-t-il pas qu’il vienne avec toi ?
– Si, je préférerais mille fois faire le voyage seul dans la plus détestable carriole que d’avoir tout le temps cette figure devant moi. Mais quand je me représente comment les garçons du collège le guériront de sa pédanterie, je m’en réjouis d’avance.
– C’est que tu penses sûrement à ta défaite, quand il t’a vaincu l’autre jour. Ce n’était pas très agréable, ou bien ?
Hubert devint rouge de colère et de honte, quand sa sœur lui rappela sa défaite ; lui, Hubert, avait été vaincu par ce « petit espagnol » méprisé. Ah ! mais il prendrait une fois sa revanche !
– Voyons, nous n’allons pas nous quereller le dernier soir, dit Jeanne qui sentait que Hubert se fâchait. Allons un peu dans la forêt.
Et les trois enfants quittèrent la chambre sans plus s’occuper de leur cousin. Carlos resta tout triste. Pourquoi ? Parce qu’il n’avait pas été invité à se joindre à la joyeuse bande ? Non, mais il avait honte de lui-même.
Agnès avait rappelé une querelle entre lui et Hubert, une querelle qui avait fini par un combat, duquel il était sorti vainqueur. Au premier moment il s’était réjoui de sa victoire, mais plus tard il en avait eu du regret, et chaque fois qu’il y pensait, il rougissait de honte. Triste de sa conduite, il ferma son livre et monta dans sa petite chambre, où il resta longtemps à réfléchir devant sa fenêtre. Il se sentait si seul, si misérablement seul.
Le pauvre garçon avait perdu ses parents de très bonne heure. Sa mère, une sœur de Madame Sullivan, avait épousé un espagnol ; lui-même était né en Espagne et il y avait vécu de bien heureuses années, jusqu’à la mort de son père. Mais sa mère, sa chère mère, lui était restée encore et elle était son grand trésor.
Il se rappelait si bien qu’elle lui parlait toujours de ce grand Ami, le plus grand de tous, qui avait donné sa vie pour rendre vraiment heureux tous les hommes, les petits et les grands. Il savait que sa mère avait aimé le Seigneur Jésus, qu’Il avait été non seulement son Sauveur, mais son Ami, qu’Il l’avait fortifiée et secourue dans les jours de tristesse et de souffrance. Carlos n’avait pas oublié les enseignements de sa mère et il désirait aussi ardemment appartenir à Jésus.
La semence répandue par elle était tombée dans un bon terrain et promettait de porter beaucoup de fruit.
Puis était survenu le plus triste événement de sa vie. Sa mère s’en était allée auprès du Seigneur et l’avait laissé seul ; il se sentait tout à fait abandonné. En mourant elle lui avait encore dit :
– Tu ne restes pas seul, mon enfant. Jésus reste avec toi et ne t’abandonnera jamais. Aime-le et n’oublie jamais qu’Il t’aime plus que ta propre mère. Oh ! je le verrai bientôt, Jésus, mon Sauveur.
Ce furent les dernières paroles qu’il entendit d’elle, mais Carlos n’en comprit pas tout le sens. Il ne savait qu’une chose, c’était que sa mère était partie pour toujours.
Jour après jour il errait dans la campagne, solitaire et inconsolable, jusqu’au moment où, en feuilletant sa Bible, ses yeux furent arrêtés par les paroles suivantes, soigneusement soulignées : « Quand mon père et ma mère m’auraient abandonné, l’Éternel me recueillera » (Ps. 27. 10). Ce fût comme si ce verset lui disait : Ta mère a souligné cela pour toi, Carlos. Il se jeta en sanglotant sur le livre et s’écria : « Oh, maman, je l’avais oublié, j’avais tout oublié ! »
Il se souvint alors aussi de ses dernières paroles et il commença à comprendre quelque chose de la consolation qu’elles renfermaient. Depuis ce moment-là il eut encore bien des instants de tristesse, mais il ne se sentait plus abandonné. Son âme s’était tournée vers la lumière.
Son oncle et sa tante l’avaient ensuite reçu à bras ouverts en Angleterre, son cousin et ses cousines s’étaient également montrés très aimables envers lui ; tous avaient profondément pitié de l’orphelin. Mais Carlos ne se donnait pas facilement ; il se tenait à l’écart, se montrait très réservé, ce qui fit que ses cousins le trouvaient fier. Leur pitié diminua et, quand ils étaient entre eux, ils tourmentaient le « petit espagnol », comme ils l’appelaient par dérision.
Ce n’était pas facile à supporter et, comme Carlos était colérique de nature, et avait la répartie prompte, il éprouvait beaucoup de peine à rester calme et doux. Quelquefois il se laissait aller à rendre injure pour injure, moquerie pour moquerie. Une fois même, la querelle finit par une bataille et il avait terrassé Hubert, qui l’avait tourmenté plus que de coutume. Mais il regrettait toujours son comportement, car il désirait en toute sincérité faire la volonté du Seigneur.
C’était pour lui un grand chagrin de réussir si mal à se maîtriser. Et maintenant de nouveau, dans sa chambre, ses larmes coulaient en appelant sa mère. « Maman, maman, comment pourrais-je y tenir sans toi ? Si maman était ici, elle me dirait que le Seigneur veut m’aider, puisque je suis son enfant. Mais, je suis si méchant ! » Il resta longtemps à réfléchir ; pauvre petit ! Où trouver du secours ?
Plus tard, son oncle le fit appeler au jardin. Lui et sa femme étaient bons et affectueux envers Carlos et le traitaient comme un de leurs enfants, aussi personne ne se hasardait à le tourmenter en leur présence. Cette fois aussi l’oncle se montra très affectueux avec le jeune garçon ; il lui parla de l’école où il irait, de la nouvelle vie qui l’attendait et de son instituteur, M. Irvin.
– Ce n’est pas une grande école, il n’y a que dix-huit garçons et tu y seras très bien. Sois obéissant et appliqué et tu verras que M. Irvin t’aimera beaucoup. Si tu as besoin de quelque chose, tu nous le diras ; tu auras de l’argent de poche, comme Hubert, et n’oublie pas, mon garçon, de nous écrire de temps en temps.
– Certes non, mon oncle, répondit Carlos, je n’oublierai jamais combien vous avez toujours été bons avec moi.
Et d’un cœur heureux, il serra dans sa bourse l’argent que son oncle venait de lui remettre.
Le lendemain, toute la famille accompagna les deux cousins à la gare et Carlos se trouva bientôt dans un tout autre monde.
Par un beau jour de septembre, Jeanne et Agnès se promenaient dans le jardin. Jeanne avait à la main une lettre d’Hubert qu’elle venait de recevoir.
– Eh bien, que dit-il ? demanda Agnès.
– Il parle surtout de Carlos.
– Du petit espagnol ? Que c’est ridicule !
– Tu sais qu’Irvin a deux filles. L’aînée a quinze ans et elle est toujours souffrante ; la cadette n’a que quatre ans. Il paraît que Carlos passe tout son temps libre avec elles et qu’elles ont beaucoup de plaisir à le voir.
– Est-ce possible, qui aurait pensé que le petit espagnol si fier puisse jamais se faire aimer de quelqu’un ?
Agnès trouvait cette idée tellement ridicule qu’elle en rit aux éclats.
– Non, Agnès, reprit Jeanne, ne ris donc pas ainsi. Je crois que nous avons été très peu aimables pour Carlos. Si nous avions eu plus de patience, il se serait peut-être attaché à nous.
– Es-tu sotte, Jeanne ? N’avons-nous pas fait de notre mieux pour commencer ? Plus tard, oui, cela a changé, c’est vrai. Mais à qui la faute ? N’était-il pas froid et dur comme un morceau de glace ? Et fier comme un paon !
– Oui, il paraissait l’être, mais peut-être nous sommes-nous trompées. Si nous avions eu plus de patience, nous aurions découvert ses qualités. Je l’ai regretté plus d’une fois.
– Eh bien, pas moi !
Et Agnès s’en alla en riant rejoindre sa mère qui entrait dans le jardin.
La vie d’écolier était toute nouvelle pour Carlos. D’abord il s’était senti très solitaire au milieu de ces garçons étrangers. Cela allait très bien pendant les leçons, car ses pensées étaient suffisamment occupées.
Mais pendant les récréations, au milieu de ses camarades qui jouaient dans la grande cour, il se sentait délaissé. Tranquille et triste, il ne prenait aucune part aux joyeuses parties des écoliers.
Quelques jours après son arrivée, M. Irvin et sa fille malade suivaient depuis la fenêtre, avec intérêt, les jeux des élèves.
– Est-ce là le nouveau garçon, papa ? Il est tout seul, il ne doit pas encore se sentir bien à l’aise ici.
– Pauvre garçon, répondit M. Irvin ; il est très seul, en effet ; je crois que Carlos a besoin d’amitié et de sympathie.
Et il raconta à sa fille quelque chose de la vie de leur nouvel élève.
– Sais-tu, papa ? Envoie-le ce soir chez moi ; j’aimerais faire sa connaissance.
– Très bien, mon enfant. Parle-lui, tâche de gagner sa confiance. Ce ne serait pas la première fois que ma petite malade réussirait à consoler un autre petit malade.
Carlos reçut l’invitation et, ce même soir, monta chez la jeune fille. Il frappa doucement à la porte et entendit aussitôt un cordial « Entrez ».
– M. Irvin m’a dit de venir ici jusqu’à l’heure du coucher.
– Très bien, je suis très heureuse de te voir. Donne-moi la main et assieds-toi, nous causerons. Je suis souvent seule et je trouve très agréable d’avoir quelqu’un pour me tenir compagnie.
– Es-tu malade ? Es-tu couchée depuis longtemps ?
– Oui, je suis souvent malade, et quelquefois je souffre beaucoup. Mais le Seigneur m’aide, dit Marie en montrant au mur vis-à-vis d’elle une gravure représentant le Bon Berger avec un agneau dans ses bras. Veux-tu un peu arranger mes coussins ? Je puis bien sonner pour faire venir la bonne, mais alors elle doit quitter son travail, ce qui ne lui arrive que trop souvent. Essaie donc.
Et elle l’encourageait avec un aimable sourire.
Carlos obéit aussitôt ; il s’acquitta si bien de sa tâche que Marie lui dit :
– Je pense que tu as déjà souvent fait cela.
– Oui, répondit Carlos. Je le faisais toujours pour… pour…
Il ne put continuer.
Marie mit sa main sur celle de Carlos et lui dit :
– Je comprends tout cela ; j’ai aussi perdu ma chère mère, il y a quatre ans, après la naissance de la petite Éva. Ce coup fut trop grand pour moi, je ne m’en suis jamais remise et depuis lors je ne peux plus quitter cette chambre. Mes jambes sont paralysées et le docteur prétend que je ne pourrai jamais marcher, à moins que je n’aie de nouveau un grand choc.
Cela n’arrivera probablement jamais ; on me soigne si bien et on écarte si bien tout ce qui peut me nuire, que toute guérison paraît impossible.
Après un moment de silence, Marie dit :
– Demain tu verras ma petite sœur, c’est un amour.
Le temps s’envola trop rapidement ; de longtemps Carlos n’avait passé de si agréables moments, et l’heure du coucher arriva sans qu’il s’en aperçoive.
– Si je puis faire quelque chose pour toi, Carlos, tu me le diras n’est-ce pas ? Nous deviendrons de très bons amis, je crois.
Quelle heureuse soirée pour Carlos ! Il avait trouvé quelqu’un qui le comprenait ; il avait pu s’entretenir de sa mère. À partir de ce moment, il confia à Marie tout ce que sa mère lui avait dit, ainsi que ses propres combats, ses tentations. Marie priait pour lui, lui parlait du Sauveur et de l’œuvre de la croix.
Un soir Carlos vint vers elle, tout heureux et rayonnant, et lui dit : Tout va bien, le Bon Berger m’a trouvé, moi aussi.
Quelle joie pour lui et pour Marie ! De jour en jour l’amour de Carlos pour son Sauveur, pour le meilleur des amis, grandissait.
Dans la salle d’école aussi, il était bien changé. Ses yeux brillaient de vie, de courage, et son visage, éclairé par la joie de son cœur, était le plus souvent souriant.
Hubert écrivait à Agnès :
Je ne sais pas que dire du petit espagnol, il est complètement changé. Il est de plus en plus lié avec les filles de M. Irvin. Je crois qu’il dépense la moitié de son argent de poche en joujoux et en bonbons pour la petite Éva et le reste, il le donne à Marie pour un pauvre boiteux auquel elle s’intéresse particulièrement.
Je trouve cela assez ridicule. Mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que tous les garçons l’aiment, excepté un seul naturellement.
Et tu ne t’imagines pas comme il travaille bien. Si je n’y prends pas garde, il me dépassera, mais cela n’arrivera pas, crois-moi ! »
Hubert disait cela très sérieusement ; mais hélas, il devait bien vite regretter ses méchantes paroles.
C’était un beau soir de dimanche. Tous les élèves étaient allés assister au service du soir avec M. Irvin, excepté Carlos, qui tenait compagnie à Marie, et son cousin Hubert qui était resté à la maison, étant enrhumé.
– Quelle magnifique soirée, dit Carlos en levant les yeux de dessus sa Bible. Regarde, quel beau ciel ! Cela me fait penser à la ville aux rues d’or et aux portes de perles, à la maison du Père avec toutes ses demeures.
Parfois je pense que je ne resterai plus longtemps ici et que je serai bientôt là-haut. Je n’ai jamais été très fort, et je suis parfois si fatigué ! Quand j’ai porté Éva un moment, j’ai eu si mal au côté que je n’en puis plus. Mais peu importe ce qui m’arrivera ; je sais que je puis me confier en Jésus, Il est toujours près de moi.
Marie s’étonna de ces paroles et le regarda attentivement. Ses yeux brillaient comme s’il voyait quelque chose de splendide et un doux sourire illuminait son visage. À ce moment-là une domestique entra et posa une lampe sur la table. Carlos se leva en disant :
– J’ai oublié qu’Hubert est seul en bas. Puis-je lui demander de venir ici ?
Et comme Marie approuvait, il descendit. Le corridor était sombre et la porte de la salle d’étude ouverte. Carlos se dirigea de ce côté et vit son cousin qui quittait précipitamment la cheminée où brûlait un bon feu en disant à mi-voix :
– Voyons, petit monsieur, ce qui en adviendra. Petit hypocrite, tu crois être pour toujours le favori. Eh bien, on verra.
Carlos fut blessé par ces paroles, mais aussitôt il pria d’être gardé de la tentation. Il entra et demanda à son cousin de vouloir bien monter chez Marie. Effrayé, Hubert hésita une seconde, mais il ne put qu’obéir sans dire un mot. Carlos resta un moment appuyé contre la cheminée. Il avait bien besoin du secours de son Seigneur, maintenant plus que jamais.
En se baissant, il vit par terre un morceau de papier à moitié brûlé ; il le saisit et s’approcha de la fenêtre pour l’examiner. Hélas ! c’était bien son écriture ; c’était le devoir qu’il devait présenter le lundi matin ; ouvrant son pupitre, il constata que cette feuille manquait dans son cahier. Carlos comprit tout, et un grand combat se livra dans ce jeune cœur.
Une voix lui disait : « Quelle méchanceté de Hubert, quelle bassesse ! mais tu peux te venger. Tu n’as qu’à montrer cette page à demi brûlée à M. Irvin et lui raconter ce que tu as vu et entendu. Hubert recevra une punition bien méritée, ce n’est que juste.
Le pauvre garçon tremblait d’émotion ; il savait très bien qu’il allait être grondé, s’il ne pouvait montrer son travail et ce serait difficile à supporter, puisqu’il ne le mériterait pas.
Mais une autre voix lui dit : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Carlos se mit à genoux et dit à Dieu tout ce qui le tourmentait. Après un long moment il se releva et l’on aurait pu voir la victoire écrite sur son visage, quoique ses joues fussent mouillées de larmes. Le combat avait été dur, mais celui qui s’appuie sur Christ est plus que vainqueur en Celui qui l’a aimé.
Le lundi matin Carlos ne put pas donner son devoir, et, pire que cela, il ne put répondre à aucune question de M. Irvin, ce qui lui donna l’air têtu et revêche.
Le maître n’y comprenait rien ; la conduite de Carlos l’attristait ; il en était mécontent. Pendant la semaine, le pauvre garçon eut mille ennuis, ses livres et cahiers se trouvaient déchirés et pleins de taches d’encre, ses plumes disparaissaient ou étaient cassées. Chaque matin survenait un nouvel accroc. Quelles affreuses journées !
Le silence continu du jeune garçon confirmait l’impression du premier jour. Et pourtant, comme il souffrait ! M. Irvin ne cachait pas son mécontentement et son approbation manquait douloureusement à Carlos.
La petite Éva devait se passer de son camarade de jeux ; Marie ne savait pas ce qu’elle devait en penser ; pourtant elle ne perdait pas confiance en son petit ami et priait son père de l’excuser. C’est à son intercession qu’il dût de n’être pas puni plus sévèrement.
Et Carlos ? Tout triste qu’il fut, il resta aimable et serviable envers tous ses camarades. Il allait tranquillement son chemin au milieu des difficultés, heureux s’il pouvait rendre un service à quelqu’un. Il resta le même vis-à-vis de Hubert, qui en fut si touché qu’il commença à avoir honte de sa vilaine conduite et résolut de cesser de tourmenter son cousin.
Sais-tu, cher lecteur, ce que c’est que d’avoir confiance en Jésus ? Non seulement quand tout va bien, mais aussi dans les jours d’épreuves, de combats, de tentations ? Partout et toujours, Il est un puissant secours et toujours Celui qui sauve et qui délivre.
Les élèves avaient une demi-journée de congé ; après le goûter, Carlos prit ses livres et sortit. Tout près de l’école il y avait un petit bois, où l’on trouvait des myrtilles. Carlos savait que Marie les aimait et il se mit à en chercher. Marie était couchée devant la fenêtre ouverte et jouissait de la belle soirée d’automne.
Elle s’était endormie et ne se réveilla que quand les garçons rentrèrent de leurs jeux. Carlos était parmi eux avec quelques branches chargées de myrtilles dans la main.
La bonne d’enfants entra chez Marie et demanda si Éva était là. Éva ? Non, elle n’était pas venue de tout l’après-midi.
– J’étais avec elle au jardin, mademoiselle, à deux heures environ. Elle a vu Carlos de loin et a dit qu’elle allait se promener avec lui. Plus tard je suis allée à la salle d’étude et comme Éva n’y était pas, je pensais qu’elle était peut-être chez vous.
Marie pâlit.
– Non, répondit-elle, j’ai vu les garçons rentrer ; Carlos était avec eux, mais pas Éva.
En ce moment M. Irvin entra et Marie lui raconta ce qu’elle avait entendu. Le père, consterné, dit à la bonne de rester auprès de Marie. Lui-même se rendit à la salle d’étude où tous les garçons étaient occupés à lire ou à jouer. Il les appela et leur dit ce qui était arrivé ; puis il se tourna vers Carlos et demanda si c’était vrai qu’il s’était promené avec Éva.
Carlos se trouvait justement près d’Hubert et il remarqua que celui-ci changeait de couleur et se cramponnait à son pupitre. Les deux garçons se regardèrent et Carlos comprit tout de suite ce qui s’était passé. La bonne avait pris Hubert pour Carlos et Éva était allée avec son cousin.
Les garçons avaient joué dans la prairie près de la ligne du chemin de fer et Hubert avait oublié Éva. Carlos s’était promené plus d’une fois avec la petite fille dans ce pré et ils s’étaient amusés à regarder passer les trains.
Quelle horrible pensée ! Éva aurait-elle traversé la barrière et serait-elle peut-être sur les rails ? L’enfant était trop petite pour se rendre compte du danger qui la menaçait. Carlos s’imaginait déjà la voir jouant sur la voie pendant que le train arrivait à grande vitesse.
Il jeta un cri de détresse et s’élança hors de la chambre, sans répondre à la question de M. Irvin. Tous pensaient qu’il était en faute, ce qui était naturel.
Carlos courut aussi vite qu’il le put. Il savait qu’un train passait à peu près à ce moment de la journée et qu’il n’y avait pas une seconde à perdre. Son cœur battait si fort, à lui couper la respiration ; la douleur dans son côté se faisait sentir aiguë, presque insupportable, mais il courait toujours.
La nuit tombait ; il pouvait tout juste encore discerner la barrière qui fermait la ligne et entendait déjà le bruit du train dans le tunnel. Heureusement, Carlos arrivait près de la barrière, mais le train se rapprochait aussi. Avec un dernier effort désespéré il franchit l’obstacle et sauta sur la voie.
L’enfant, comme il l’avait pensé, jouait entre les rails. Carlos la saisit et la mit hors de danger Ce n’était pas un instant trop tôt ; une seconde encore et la fillette aurait été écrasée.
Elle était sauvée mais à quel prix ! Carlos était couché par terre, la petite dans ses bras. Pourquoi le garçon était-il si pâle et pourquoi ce filet de sang qui coulait de ses lèvres et tachait la robe blanche d’Éva ? Pourquoi fermait-il les yeux ?
Éva, très effrayée d’avoir été si rudement prise et emportée, le fut encore davantage lorsque le train fila à toute vapeur à côté d’elle. Elle poussa un cri d’angoisse qui réveilla Carlos de son évanouissement. Doucement il lui dit de ne pas avoir peur, qu’il serait bientôt mieux et la petite se tranquillisa et appuya sa petite tête sur l’épaule de son ami.
Pendant ce temps, M. Irvin, les garçons et les domestiques cherchaient l’enfant de tous les côtés. Tous s’agitaient, excepté Hubert, qui resta en arrière. Quand ils furent partis, il se mit à courir vers la ligne du chemin de fer. Ils avaient joué là, lui et les autres garçons, là où lui, Hubert avait emmené Éva et l’avait oubliée.
La petite s’était amusée à chercher des fleurs et était venue ainsi jusqu’à la barrière. Elle avait regardé un moment, puis avait trouvé le chemin à travers la palissade et s’était mise à jouer avec les pierres entre les rails, jusqu’à ce que la nuit tombe ; ensuite elle était restée tranquillement assise où elle se trouvait.
Hubert pensa d’abord qu’elle était restée dans la prairie, mais ne la voyant pas, il lui vint à l’idée qu’elle avait pu traverser la barrière et une peur effroyable le saisit. Il courut dans cette direction et trouva son cousin couché dans l’herbe humide, l’enfant dans ses bras.
Ils étaient si absolument immobiles que Hubert ne pouvait voir s’ils étaient morts ou vivants ; puis il aperçut le sang et s’en retourna en toute hâte dans une transe mortelle chercher M. Irvin qu’il conduisit vers les enfants. En chemin il confessa ses fautes en sanglotant, ainsi que sa méchante conduite envers Carlos pendant les dernières semaines.
Deux heures s’étaient passées et Marie attendait encore, toujours à la fenêtre. La soirée était belle et la lune éclairait le jardin, comme si c’était le jour. Enfin elle entendit des voix et des pas et elle reconnut distinctement deux figures : l’une était celle du maître adjoint portant Carlos, l’autre celle de son père avec Éva dans ses bras. Mais qu’était cette tache sur la robe d’Éva ? Sa petite sœur serait-elle morte ?
Un cri de détresse s’échappa de ses lèvres et sans qu’elle sût ce qu’elle faisait, Marie sauta de sa chaise-longue. Ses genoux tremblaient, mais elle était debout et toute chancelante, elle se mit à marcher. Sans savoir comment elle y arriva, elle se trouva au milieu de la salle d’étude et un grand calme s’empara d’elle. Elle réalisait qu’ils étaient tous dans la main de Dieu et que personne ne pouvait mieux les garder que Lui. C’est ainsi que son père la trouva.
Marie fut vite rassurée quant à Éva ; elle s’était endormie dans les bras de son père. Le cas de Carlos était plus grave. Le grand effort qu’il avait fait avait causé une hémorragie qui n’était pas arrêtée. Le médecin fut appelé en toute hâte ; malgré tous ses soins il dut constater que le cher garçon ne vivrait plus vingt-quatre heures. Carlos avait repris connaissance et, souriant faiblement, il regarda Marie et demanda M. Irvin.
Marie comprit très bien pourquoi Carlos désirait voir son maître.
– Il a été toujours auprès de toi ; il vient de sortir, je vais l’appeler.
Carlos ferma les yeux et attendit apparemment avec inquiétude l’arrivée de son maître. À peine la porte s’ouvrit-elle que Carlos fixa celui qui entrait. Il ne vit plus de sévérité sur ce visage, mais de la pitié et de la tristesse.
– Cher monsieur, voulez-vous me pardonner tout le chagrin que je vous ai causé ces derniers temps ? Je n’y pouvais vraiment rien !
– Mon cher garçon, dit M. Irvin en s’agenouillant près du lit et en mettant son bras autour de Carlos, ce n’est pas à toi de demander pardon ; c’est bien moi qui dois le faire. Je croyais bien agir et je t’ai beaucoup fait souffrir.
Hubert m’a tout raconté et maintenant je regrette de ne pas avoir eu plus de confiance en toi. Ah ! Carlos, pardonne à ton maître. Et maintenant, tu as sauvé notre chère petite ; tu t’es sacrifié pour elle ! Comment puis-je te remercier ?
Un sourire de joie passa sur le visage du garçon. II ferma les yeux, comme s’il voulait jouir de cette belle pensée. Mais il regarda bien vite son maître.
– Non, non, dit-il, ce n’est pas bien. Vous ne devez pas me demander pardon. Vous avez toujours été si bon pour moi. Mais, Monsieur, voulez-vous aussi pardonner à Hubert ?
Le visage du maître prit une expression douloureuse, mais les larmes aux yeux il répondit :
– Oui, mon garçon, ce n’est pas à moi d’être dur envers Hubert, quand toi, tu lui pardonnes. Mais j’aimerais tant faire quelque chose pour toi, et je ne le puis pas. Tu es très malade, Carlos, très sérieusement, dit le docteur.
– Oui, monsieur, je le sais ; je ne serai plus longtemps ici. Jadis je pensais quelquefois que je ne vivrai pas longtemps, et j’avais peur. Mais maintenant je sais que je vais mourir et je n’ai aucune crainte. Je sais que Jésus m’aime et qu’Il est avec moi. Oh ! Je serai bientôt avec Lui, dans la maison du Père, où il y a beaucoup de demeures.
Marie entra en ce moment et Carlos la pria d’appeler Hubert. Marie le trouva dans sa chambre, la tête enfouie dans les coussins. Elle posa sa main doucement sur son épaule en lui disant :
– Va vers Carlos, il désire te voir.
Hubert la regarda avec de grands yeux éperdus.
– Est-il très malade ? Est-ce qu’il va mourir ?
Marie lui dit aussi doucement que possible que l’état de son cousin était très grave. Hubert éclata en sanglots désespérés et Marie put voir comme le remords déchirait son cœur.
– Oh ! Carlos, Carlos qu’ai-je fait ? qu’ai-je fait ?
Mes enfants, n’agissez pas à la légère. Croyez-vous avoir raison de vous fâcher contre quelqu’un ? Une voix dans votre cœur vous excite-t-elle à vous venger ? Pensez à ce que vous faites, à ce que vous dites. Une parole amère, un mot méchant est si vite prononcé, mais quelle blessure il peut causer !
Un jour viendra peut-être, où vous désirerez pouvoir redresser le mal que vous avez commis ainsi, et ce ne sera plus possible. Une méchante action est si vite faite, mais savez-vous ce qu’elle vous coûtera en remords, en reproches, parce que vous n’êtes plus en état de réparer le mal causé ? Tournez-vous vers Jésus à l’heure de la tentation et recherchez en Lui votre force, car Il nous a appris à nous aimer l’un l’autre ; Il veut que nous pardonnions, si nous espérons être pardonnés.
Jésus a aimé ses ennemis, et Il a prié pour eux. Il veut aussi vous pardonner et vous purifier de tout péché. Mais allez maintenant à Lui, Il vous attend maintenant ; Il est prêt à vous recevoir en ce moment même.
Le pauvre Hubert se repentit franchement et sérieusement. Carlos lui pardonna de tout cœur, mais son cousin n’eut plus l’occasion de montrer sa repentance dans sa conduite.
Personne ne sut de quoi ces deux amis s’entretinrent, mais ce fut un autre Hubert qui quitta Carlos, que celui que Marie avait appelé. Il retourna dans sa petite chambre, profondément triste, mais plus désespéré. Une nouvelle et précieuse espérance avait pénétré dans son cœur brisé.
Et maintenant, les écoliers vinrent deux à deux prendre congé de leur compagnon d’études ; les larmes aux yeux, très émus, ils dirent au revoir à leur camarade mourant.
Marie ne le quitta pas. Son père craignait qu’elle ne se fatigue trop mais il ne pouvait pas se résoudre à la renvoyer. Les enfants ne parlaient pas beaucoup. Marie, assise à côté de Carlos, sa main dans la sienne, répétait de temps en temps un texte, un verset de cantique. Carlos s’assoupit un peu, mais il se réveillait aussitôt et ses yeux cherchaient Marie puis, l’ayant aperçue, il était tranquille. Une fois pourtant, il parla.
– Oh ! Marie, dit-il, que je suis content que tu puisses de nouveau marcher. N’est-ce pas un miracle ! Dieu n’est-il pas bon pour nous ? Et veux-tu être aussi bonne pour Hubert que tu l’as été pour moi ?
– Oui, Carlos, je te le promets.
Au milieu de la nuit, M. et Mme Sullivan arrivèrent. M. Irvin les avait avertis par télégramme. Agnès et Jeanne les accompagnaient. Elles désiraient beaucoup revoir leur cousin et lui demander pardon de leur manque de cœur et de leur méchante conduite.
Toutes ces émotions fatiguaient beaucoup Carlos, mais c’était si bon de voir que tous l’aimaient.
Quand se leva le matin, le ciel était tout illuminé d’or et de pourpre.
– Que c’est beau, murmura-t-il, mais je verrai bientôt ce qui est encore plus beau : un jour sans soir, sans nuit.
Et puis il continua :
Lieu de repos, sainte patrie,
Séjour heureux des rachetés,
Ville d’or, cité chérie,
J’aspire à tes félicités.
Repos, repos ! près de Jésus,
Peines, douleurs, ne seront plus.
Éva se réveilla comme de coutume et demanda à voir Carlos.
– Bonjour, bonjour, dit-elle en apercevant son ami ; tu vas mieux ?
– Oui, Éva, je suis presque guéri. Si tu deviens un agneau du Bon Berger, nous nous reverrons au ciel, dans la maison du Père où il y a plusieurs demeures.
Tout le monde était calme, excepté Hubert qui sanglotait. Carlos lui tendit la main et lui dit :
– Ne sois pas triste, Hubert, ne m’oublie pas.
Puis il resta immobile pendant quelques instants, les yeux fermés. Soudain il se redressa, les yeux grand ouverts, un beau sourire sur son visage, et d’une voix faible, mais distincte, le garçon mourant répéta ces paroles :
« Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures. Je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi ».
Puis il tendit les bras, sa tête tomba de côté et Carlos était entré dans le repos éternel.
– Il est mort, s’écria Hubert dans un sanglot.
– Non, dit Marie, il vit pour toujours.
« Je suis la résurrection et la vie, dit Jésus, celui qui croit en Moi, encore qu’il soit mort, vivra.
« Mais tout ce qui est réprouvé par la lumière est manifesté ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière » Éphésiens 5. 13 et 14.
LE CARACTÈRE DE LA LUMIÈRE
Sans lumière, pas de vie ! Nous connaissons tous cette loi du monde végétal. Cela s’applique également à nous, les humains : nous dépendons de la lumière pour vivre.
Mais lorsqu’il s’agit du caractère moral de la lumière, nombreux sont ceux qui préfèrent rester dans l’obscurité. Le Fils de Dieu a dû expliquer cela clairement au religieux rabbin Nicodème : « Quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient réprouvées » (Jean 3. 20). Beaucoup ont peur d’entrer dans la lumière divine car alors leur vie sera exposée avec tous les péchés qu’ils ont commis. Ils veulent éviter cela à tout prix.
La solution à ce problème se trouve dans le caractère de lumière révélé dans le Fils de Dieu incarné : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1. 4). Jésus-Christ a non seulement révélé que nous sommes coupables devant Dieu, mais il a également montré clairement comment nos vies peuvent devenir justes devant Dieu. Il s’est sacrifié sur la croix pour que tous ceux qui croient en Lui reçoivent le pardon des péchés et la vie éternelle.
Quiconque accepte le jugement clair de Dieu sur lui-même et croit au Sauveur sort des ténèbres et vit désormais dans la lumière de Dieu. Il suit le Seigneur Jésus, qui éclaire son chemin de vie. Les rayons d’amour de son Dieu et Père réchauffent son cœur.
D’après der Herr ist nahe juin 2024
« Qui est un Dieu comme toi, pardonnant l’iniquité ? » Michée 7. 18.
PARDON DES PÉCHÉS
Quatre points nous aident à mieux comprendre ce merveilleux sujet :
La grâce divine offre le pardon. Dieu ne veut pas que les gens périssent pour toujours à cause de leurs péchés. Il est dit de Lui : « Mais toi, tu es un Dieu de pardons, faisant grâce, et miséricordieux, lent à la colère, et grand en bonté » (Néh. 9. 17). Dieu aime les gens et est heureux de pardonner leurs péchés s’ils sont repentants.
Le sang du Seigneur Jésus garantit le pardon. Peu avant sa mort, il déclara : « Ceci est mon sang… qui est versé pour un grand nombre en rémission des péchés » (Mat. 26. 28). Jésus-Christ a donné sa vie pour que le Dieu saint puisse pardonner sur une base juste.
L’Esprit de Dieu proclame le pardon. Pour ce faire, il utilise des personnes sauvées qui, au nom du Sauveur, transmettent cette bonne nouvelle : « que la repentance et la rémission des péchés soient prêchées en son nom à toutes les nations » (Luc 24. 47). Dieu pardonne à tous ceux qui reconnaissent le mal qu’ils ont commis et le Lui confessent.
La foi s’empare du pardon. L’offre de Dieu existe. Le prix a été payé. Maintenant, cela dépend si le pardon divin est accepté par la foi au Sauveur Jésus-Christ. Il s’agit d’une démarche personnelle : « par son nom, quiconque croit en lui reçoit le pardon des péchés » (Act. 10. 43).
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Il fallait que soit accompli tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes » Luc 24. 44.
PROPHÉTIE ACCOMPLIE
L’Ancien Testament contient de nombreuses prédictions sur le Seigneur Jésus qui se sont réalisées :
Sa naissance : « Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils » (És. 7. 14 ; Mat. 1. 18 à 25).
Son ministère : « Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds seront ouvertes ; alors le boiteux sautera comme le cerf, et la langue du muet criera chantera de joie » (És. 35. 5 et 6 ; Mat. 2. 23 à 25).
Ses souffrances envers le peuple : « J’ai donné mon dos à ceux qui frappaient et mes joues à ceux qui arrachaient le poil ; je n’ai pas caché ma face à l’opprobre et aux crachats » (És. 50. 6 : Mat. 27. 26 à 31).
Ses souffrances dans le jugement divin : « Te tenant loin de mon salut, des paroles de mon rugissement ? » (Ps. 22. 2 ; Mat. 27. 45 et 46).
Sa mort : « Il a livré son âme à la mort » (És. 53. 12 ; Jean 19. 30).
Son enterrement : « Et on lui donna son sépulcre avec les méchants ; mais il a été avec le riche dans sa mort » (És. 53. 9 ; Mat. 27. 57 à 60).
Sa résurrection : « Tu n’abandonneras pas mon âme au shéol ; tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (Ps. 16. 10 ; Marc 16. 6).
Sa glorification : « L’Éternel a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds » (Ps. 110. 1 ; Marc 16. 19).
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Il a fait toute chose belle en son temps ; et il a mis l’éternité dans leur cœur » Ecclésiaste 3. 11.
EST-CE QUE CELA CONTINUE APRÈS LA MORT ?
Il y a des religieux qui pensent que Dieu a créé l’homme pour qu’il soit mortel. Par conséquent, tout est fini après la mort. Façonnés par notre mentalité du jetable, de nombreuses personnes sont ouvertes à de telles idées. Cependant, ce point de vue n’est pas vrai.
Dieu a placé l’éternité dans nos cœurs, comme le sage Salomon l’a dit en Ecclésiaste 3. 11. La Bible nous montre clairement que le Créateur ne nous a pas rendus mortels dès le début. Cependant, lorsque le premier homme a péché, les choses ont changé. En n’atteignant pas notre objectif, nous nous sommes séparés de Dieu, qui dans son essence est lumière, amour et vie. La séparation de la lumière signifie les ténèbres, l’absence d’amour provoque la haine et se détourner de la vie conduit à la mort.
Ressentons-nous encore quelque chose du désir de Dieu pour nous qui sommes perdus ? Il s’adresse à nous avec des paroles pressantes : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction ! Choisis la vie, afin que tu vives » (Deut. 30. 19).
Comment pouvons-nous choisir la vie ? Pour ce faire, Dieu a envoyé son fils Jésus-Christ dans le monde. Sur la croix, le Sauveur a subi le châtiment de nos péchés. Quiconque admet ouvertement sa culpabilité devant Dieu et se confie au Seigneur Jésus reçoit la vie éternelle. Il a maintenant une relation ordonnée avec Dieu et sait qu’il sera un jour au paradis.
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Car ducœur on croit pour la justice, et de la bouche on le déclare pour le salut » Romains 10. 10.
APPRENEZ DES VERSETS BIBLIQUES
Un missionnaire a visité les écoles et a encouragé les enfants à mémoriser des versets bibliques. S’ils pouvaient réciter dix versets, il leur donnait un Nouveau Testament. Ce travail a été une semence d’espoir d’une année. Il ne savait pas si cela produirait du fruit pour Dieu.
Ensuite, le Seigneur a encouragé l’évangéliste avec une expérience : « Je voyageais dans un bus bondé. En conduisant, j’ai remarqué que le chauffeur du bus me regardait dans le rétroviseur. Soudain, le chauffeur a crié à pleine voix : « Hé, homme de la Bible ! » J’ai levé les yeux avec surprise. « N’êtes-vous pas l’homme de la Bible ? » cria-t-il encore. Maintenant, tous les passagers me regardaient.
Alors que j’acquiesçais, le chauffeur du bus m’a expliqué qu’il y a dix ans, je l’avais persuadé de mémoriser dix versets bibliques pour un Nouveau Testament. Maintenant, j’ai demandé à l’homme s’il pouvait encore se souvenir d’un verset.
Oui, sur les plus difficiles. – Lequel était-ce ? Puis il a cité Romains 10. 9 et 10 devant tous les passagers ! Pendant un moment, il y eut un silence dans le bus. J’ai demandé au chauffeur : Croyez-vous en ce verset biblique ? – Oui, je suis devenu un fervent chrétien.
Avant de descendre du bus, il m’a remercié d’avoir fréquenté son école. Puis il a ajouté : « Si nous ne nous voyons plus sur terre, nous nous reverrons au ciel ». Maintenant, je savais que travailler dans l’œuvre du Seigneur en valait vraiment la peine.
D’après Näher zu Dir mai 2024
« Nous avons cru au Christ Jésus afin que nous soyons justifiés sur la base de la foi en Christ » Galates 2. 16.
PARDON ET JUSTIFICATION
Lorsque Dieu nous pardonne en réponse à notre confession de péché, il agit avec grâce et gentillesse. Il nous accorde son pardon et dans sa bonté ne revient jamais sur nos torts. Nous lisons ceci en Hébreux 10. 17 : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités ».
La justification, en revanche, signifie que Dieu ne nous blâme plus et nous libère de toute accusation. La culpabilité était là, mais nous n’en sommes plus responsables. En tant que plus haute autorité judiciaire, Dieu nous déclare justes afin que nous nous tenions devant Lui comme si nous n’avions jamais péché.
Dieu agit de manière absolument juste lorsqu’Il nous justifie sur la base de notre foi au Sauveur, car Il ne permet pas que la dette soit payée deux fois. Le Seigneur Jésus a pris notre défense devant le jugement de Dieu et a enduré le châtiment que nous méritions éternellement pour nos péchés. Ce faisant, Il a payé le prix fort pour annuler notre dette. Il est donc juste que Dieu nous acquitte.
Le pardon découle de la bonté de Dieu et nous rend heureux : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert ! (Ps. 32. 1)
La justification suit le juste jugement de Dieu et nous apporte la paix : « Ayant donc été justifiés sur la base de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Rom. 5. 1).
Näher zu Dir mai 2024
« Ho ! quiconque a soif , venez aux eaux et vous qui n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ! Oui, venez, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait ! » Ésaïe 55. 1.
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Durant la guerre hispano-américaine (1898), le futur président Théodore Roosevelt commandait un régiment de soldats. La nourriture était mauvaise et de nombreux hommes tombèrent malades. C’est alors que Roosevelt a appris que la Croix-Rouge avait reçu des fruits et des légumes frais.
Il a demandé s’ils pouvaient lui en vendre une partie. Il était même prêt à payer de sa poche. Mais ils ne voulaient rien lui vendre. Lorsqu’il s’est plaint, on lui a dit : Demandez-le ! Alors Roosevelt a compris : C’est aussi simple que cela ? Alors, je vous demande ces fruits et légumes ! Et tout lui a été livré gratuitement.
Beaucoup de gens font la même erreur lorsqu’il s’agit de la vie éternelle, qui est un « don de grâce de Dieu » (Rom. 6. 23). Ils veulent le payer : l’un vient avec sa charité, un autre avec sa vie décente et un troisième avec son appartenance à une communauté religieuse.
Mais le salut ne peut être reçu que comme un don. Notre orgueil se rebelle contre cela parce que nous préférons payer. Mais Dieu est trop riche en grâce pour devoir la vendre, et nous sommes trop pauvres pour l’acheter. Moralement parlant, nous sommes en faillite.
Dieu est riche en miséricorde et en pardon : Il rencontre le pécheur perdu les mains pleines ! Et le pécheur ? Il doit aller vers Dieu les mains vides et être prêt à accepter le salut comme un don !
D’après Näher zu Dir mai 2024
« En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit » Jean 15. 8.
BANANES
Un bananier commence généralement à pousser en tant que stolon à partir de la plante mère. Il produit quelques fleurs à partir desquelles se forment les grappes de bananiers. Selon la variété, la quantité de pluie et la fertilité du sol, ces régimes peuvent contenir beaucoup ou peu de bananes, grandes ou petites. Dès que les fruits mûrissent, la tige de la plante est coupée pour les récolter.
Quiconque cultive des bananes a deux choses en tête : la plante doit produire de belles grappes de bananes pleines et faire germer quelques pousses qui se transformeront plus tard en bananiers fruitiers.
Le Seigneur Jésus a une intention similaire pour nous, chrétiens. Il veut que nous portions du fruit pour Dieu dans nos vies. Comme notre Père céleste est heureux lorsqu’il voit en nous quelque chose qui parle de Jésus-Christ ! C’est le fruit qui le glorifie.
Peut-être que le Seigneur peut aussi nous utiliser pour gagner d’autres personnes à Lui. Elles ressemblent alors à des pousses qui porteront leurs fruits ultérieurement. C’est pourquoi nous voulons témoigner pour Christ et transmettre l’Évangile comme il nous le demande.
Lors de la récolte, le bananier est coupé. Cela n’a pas d’importance en soi. Le but de notre vie en tant que chrétiens est simplement de servir le Seigneur et pour sa gloire. Est-ce notre désir ou vivons-nous simplement pour nos propres intérêts ?
D’après die gute Saat mai 2024
« Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle… car le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien… Ce pas en vain qu’il porte l’épée » Romains 13. 1 à 4.
LA SOUMISSION AU GOUVERNEMENT
L’expression « l’épée » employée ici indique exactement la peine capitale, car l’épée est pour la mort et rien d’autre.
La croix de Christ l’établit elle-même car, c’est l’endroit où le pécheur repentant trouve le salut, là où la juste punition du péché a été exécutée sur notre bien-aimé Sauveur. Le juste jugement de Dieu est parfaitement revendiqué par la croix, et en conséquence la grâce est donnée à tous ceux qui se repentent et croient à l’évangile.
Mais chercher à mettre de côté le pouvoir et le droit du gouvernement à exécuter les meurtriers, ce qu’on fait maintenant souvent sous le prétexte du christianisme, c’est confondre complètement les caractères et les buts différents du gouvernement et de la chrétienté, et les détruire tous deux.
Que le gouvernement exécute fidèlement tous les meurtriers et qu’il effraie tous les malfaiteurs, et que les chrétiens, avec l’amour de Christ, recherchent les âmes de tous les hommes pour les amener aux pieds de Jésus, et tout sera à sa place normale.
Le gouvernement ne tire pas plus son origine du Nouveau Testament que la création, le mariage, le péché, la mort… bien que le Nouveau Testament les affirme tous. Son origine est en Genèse 9. 5 et 6, où la peine capitale est clairement ordonnée par Dieu. Nous ne trouvons pas dans l’Écriture que cela ait jamais été révoqué.
Quelle grâce de Dieu, en conséquence, est le gouvernement, même dans ses formes les plus basses ! Sa signification pousse le chrétien à prier pour tous ceux qui le composent, comme nous le recommande le Nouveau Testament.
D’après the Lord is near mai 1985
« André, le frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » Jean 6. 8 et 9.
LA PUISSANCE ET L’AMOUR DE JÉSUS CHRIST
Philippe est mis à l’épreuve, le Seigneur lui avait demandé où ils pourraient acheter de la nourriture pour les besoins de cinq mille hommes, plus les femmes et les enfants. Philippe n’avait pas bien compris : sa foi ne reposait pas simplement, comme elle l’aurait dû, sur la grandeur de son Seigneur. Il ne voyait que la pauvreté de leurs ressources pour parer à cela. Comme il nous arrive souvent de lui ressembler en cela !…
Mais André mentionne un petit garçon qui, évidemment, ne s’est apparemment pas préoccupé (comme Philippe et André) de ce que c’était si peu de chose. Il est certain que le Seigneur aurait pu, par un miracle, amener de la nourriture à l’existence, sans avoir besoin du repas du petit garçon pour faire cela ; mais la grâce est illustrée ici par la manière dont elle peut se servir du plus petit sacrifice d’affection pour le Seigneur, pour multiplier la bénédiction.
Les cinq pains d’orge – sans doute de petits pains – parlent de Christ comme le Pain de la vie, dans l’humiliation et les souffrances. Les deux petits poissons nous rappellent que le Seigneur est passé pour nous par les eaux du jugement. Quelque limitée et insignifiante qu’en soit notre compréhension, qu’il est précieux de donner le peu que nous avons qui rappellera au Seigneur Jésus la réalité de Sa grande œuvre sur le Calvaire. Et Il multiplie grandement ! Un peu fait pour Lui et en son nom, sera multiplié par son propre pouvoir et sa grâce merveilleuse, et apportera une plus grande bénédiction que nous n’aurions pu l’imaginer.
D’après the Lord is near mai 1985 (L.M.G.)
« La mer se soulevait, parce qu’un grand vent soufflait. Ils avaient ramé environ vingt-cinq ou trente stades, lorsqu’ils voient Jésus marcher sur la mer et s’approcher de la barque ; et ils furent saisis de peur. Mais il leur dit : C’est moi, n’ayez pas peur » Jean 6. 18 à 20.
LE MIRACLE ACCOMPLI PAR LE SEIGNEUR, PRÉLUDE AUX TEMPS DE LA FIN
Le grand miracle accompli par le Seigneur en multipliant les pains et les poissons, type merveilleux de la grâce de Dieu, n’avait pas apporté la paix dans un monde troublé, car l’évangile n’est pas destiné à cela, mais à sauver des âmes hors du monde. Aussi, immédiatement après, la mer est agitée par un grand vent, image de l’instabilité du monde, qui ne fera qu’augmenter pendant les heures sombres de la période de la grande tribulation. Le Seigneur ne pouvait-Il pas retenir le vent et la mer d’une telle agitation ? Certainement, mais Il ne le fit qu’au moment moralement approprié.
Cependant Il marchait sur la mer malgré l’orage, Lui, le Seigneur de gloire, contrôlant parfaitement les éléments. Les disciples avaient besoin de cette manifestation, puisque, en Le voyant, ils furent effrayés, au lieu simplement de L’adorer. Ils devaient apprendre par l’expérience qu’Il est réellement le Seigneur au-dessus de tout.
Il régnera comme Roi à la fin. Cependant, maintenant c’est le temps, pour nous, d’apprendre que, au milieu de toutes les épreuves et les besoins, le pouvoir moral et spirituel de son autorité est un lieu de repos précieux pour la foi. La tribulation enseignera cela à Israël comme ils ne l’ont jamais connu. Et les croyants, aujourd’hui, devraient l’apprendre soigneusement, comme ceux qui sont identifiés à Christ dans le jour de son rejet.
D’après the Lord is near mai 1985 (L.M.G.)
« Le juste périt, et personne ne le prend à cœur ; et les hommes de bonté sont recueillis sans que personne comprenne que le juste est recueilli de devant le mal » Ésaïe 57. 1.
LA MORT, POUR LES CROYANTS, A PERDU SA TERREUR
Il en était ainsi en Juda, il y a 2700 ans – et il en est ainsi aujourd’hui – : les gens sont endurcis contre la réalité de la mort. La psychologie moderne leur enseigne d’être tels. Les hommes disent : Vivons pour aujourd’hui, demain nous mourrons. L’aiguillon de la mort est adouci par les assurances-vie, par des services funèbres pompeux, et des cartes de condoléances. Le suicide devient courant comme si l’homme n’était plus tenu comme responsable de ses actions. Plus personne ne prend à cœur le fait que, après la mort vient le jugement, et on ne pense plus non plus que la mort, c’est le salaire du péché.
Ceux qui croient au Seigneur Jésus Christ, d’autre part, peuvent dire avec assurance et reconnaissance : « Où est, ô mort, ton aiguillon ? Où est, ô mort, ta victoire ? ». Pour eux, la mort signifie s’en aller vers leur Seigneur, Le voir, et se réjouir avec Lui pour toujours. Il leur a dit : « Parce que moi je vis, vous aussi, vous vivrez » ; « Je suis la résurrection et la vie ». Par la mort les croyants entrent dans un état infiniment meilleur que quoi que ce soit que cette vie puisse offrir. La mort est déjà la délivrance pour eux – être enlevés de devant le mal qui est répandu partout aujourd’hui.
D’après the Lord is near mai 1985
« Recevez-le (Épaphrodite) dans le Seigneur avec une pleine joie, et honorez de tels hommes, car c’est pour l’œuvre qu’il a été tout près de la mort : il a risqué sa vie pour compléter ce qui manquait à votre service envers moi » Philippiens 2. 29 et 30.
LES ACTIONS SANS ÉCLAT QUI PLAISENT À DIEU
Cet Épaphrodite, qui était ce ? Était-ce un grand prédicateur – un conférencier très éloquent ? Un frère particulièrement doué ? Cela ne nous est pas dit. Mais il nous est dit avec insistance et de manière touchante qu’il était quelqu’un qui montrait un bel esprit de dévouement. Cela a plus de valeur que tous les autres dons et l’éloquence, la puissance et la connaissance, qui puissent être concentrés dans un seul croyant. Épaphrodite était l’un de ceux qui ne pensent rien d’eux-mêmes, et en conséquence, l’apôtre n’épargne pas sa peine pour le mettre en valeur. Voyez comme il s’étend sur les actions de ce personnage particulièrement attirant. « Mais j’ai estimé nécessaire de vous renvoyer Épaphrodite, mon frère, mon compagnon d’œuvre et mon compagnon d’armes, lui qui est venu de votre part pour subvenir à mes besoins ».
Quelle quantité de dignités ! Quelle belle série de titres ! Que ce cher et modeste serviteur de Christ imaginait peu qu’un monument serait érigé à sa mémoire ! Mais le Seigneur ne permettra jamais que les résultats du sacrifice de soi-même soient effacés, ni qu’on oublie le nom d’un serviteur sans prétentions. Aussi c’est le nom d’Épaphrodite qui brille sur les pages inspirées, comme le frère, le compagnon et le frère d’armes du grand apôtre des nations.
Mais que fit cet homme remarquable ? Dépensa-t-il une fortune princière pour la cause de Christ ? Cela ne nous est pas dit, mais il nous est dit quelque chose de beaucoup mieux – il se dépensa lui-même. C’est sur cela que nous avons à méditer.
D’après the Lord is near mai 1985 (C.H.M.)
« Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est facile à porter et mon fardeau est léger » Matthieu 11. 28 à 30.
VENIR À CHRIST
Dans ce passage si précieux et bien connu, nous avons deux points très distincts et cependant intimement liés – Christ, et son joug. Nous avons, d’abord : venir à Christ et quels en sont les résultats – et ensuite, prendre son joug, et les résultats. « Venez à moi… et je vous donnerai du repos ».
« Prenez mon joug… et vous trouverez le repos ». Ces choses, étant distinctes, ne doivent jamais être confondues – et étant intimement rapprochées, ne doivent jamais être séparées. Les confondre, c’est obscurcir le lustre de la grâce divine ; les séparer, c’est empiéter sur les droits de la sainteté divine. Il faut se garder soigneusement de ces deux maux.
Il y en a beaucoup qui mettent, devant les yeux du pécheur chargé, le joug de Christ comme quelque chose qu’il doit prendre avant que son cœur accablé puisse jouir de ce précieux repos que Christ donne à tous ceux qui viennent simplement à Lui tels qu’ils sont. Ce passage met en premier Christ devant nous, et le joug ensuite. Il ne cache pas Christ derrière son joug, mais Le place plutôt devant le cœur comme Celui qui peut répondre à tous les besoins, ôter tout fardeau, effacer toute peur de culpabilité, remplir tout vide, satisfaire les désirs ; en un mot, Celui qui est capable de faire ce qu’Il dit qu’Il fera, même de donner du repos.
Il n’y a pas de conditions, d’exigences ou de barrières. Le mot simple, d’invitation, c’est « Venez ». Ce n’est pas : Allez, donnez, apportez, ressentez, réalisez. Non, c’est : Venez. Et comment devons-nous venir ? Tels que nous sommes. Vers qui devons-nous aller ? À Jésus. Quand devons-nous « venir » ? Maintenant.
D’après the Lord is near mai 1985 (C.H.M.)
« Suis-je un Dieu de près, dit l’Éternel, et non un Dieu de loin ? Un homme se cachera-t-il dans quelque cachette où je ne le voie pas ? » Jérémie 23. 23 et 24.
CROYEZ EN JÉSUS CHRIST AUJOURD’HUI
Dieu s’adresse ici aux faux prophètes, qui essayaient de plaire à leurs auditeurs par des paroles lisses de fausse sécurité. Jérémie, le fidèle prophète de Dieu, annonçait le jugement proche sur Juda infidèle. Mais ces faux prophètes berçaient la nation dans une indifférence insouciante en se moquant de lui et en le contredisant.
Nombreux sont les prédicateurs modernes qui font l’erreur fatale de dire à leur congrégation que la Bible, comme beaucoup d’autres livres, n’est donnée que pour une instruction éthique, en vue de l’avancement de l’humanité. Mais au contraire, elle annonce à l’avance le juste jugement de Dieu contre toute impiété et incrédulité. Les moqueurs peuvent dire que rien de particulier ne s’est produit depuis des siècles, et que les évènements catastrophiques comme le déluge et la destruction de Sodome et Gomorrhe n’étaient que des phénomènes naturels. Ils disent donc : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (1 Cor. 15. 32). Et : Après nous, le déluge ! Tels sont les pensées et le langage des hommes aujourd’hui. Que le jugement tombe sur d’autres, signifie : Nous voulons jouir de la vie pendant que nous vivons !
Ils oublient que, s’ils meurent avant que le jugement tombe sur ce monde, ils devront, chacun d’eux, répondre devant Dieu au grand trône blanc. Si leur nom n’est pas écrit dans le livre de vie, ils seront jetés dans l’étang de feu.
Mais Dieu est un Dieu de près ! Aujourd’hui est le temps favorable, nous dit-Il, le temps pour les pécheurs d’être sauvés du jugement certain. Acceptez le salut gratuit de Dieu en Christ pendant qu’Il vous donne encore l’occasion de le faire.
D’après the Lord is near mai 1985
« Ce que vous avez appris, reçu, entendu, vu en moi, faites-le, et le Dieu de paix sera avec vous » Philippiens 4. 9.
EXHORTATIONS D’UN CHRÉTIEN ÂGÉ À DES PLUS JEUNES
– Ne négligez jamais la prière privée journalière ; et quand vous priez, souvenez-vous que Dieu est présent, et qu’Il entend vos prières.
– Ne négligez jamais la lecture journalière personnelle de la Bible, et quand vous lisez, souvenez-vous que Dieu vous parle, et que vous devez croire ce qu’Il dit et agir en conséquence. Toute chute commence par la négligence de la prière et de la lecture de la Bible quotidiennes.
– Ne laissez jamais se passer un jour sans essayer de faire quelque chose pour le Seigneur. Chaque soir, réfléchissez sur ce qu’Il a fait pour vous, puis demandez-vous : Qu’est-ce que je fais pour Lui ?
– Ne prenez pas votre christianisme d’autres chrétiens, ou ne dites pas que, parce que certaines personnes font ceci ou cela, vous pouvez agir de même (2 Cor. 10. 12). Demandez-vous : Comment Christ agirait-Il à ma place ? Et efforcez-vous de Le suivre (Jean 10. 27).
– Ne tenez jamais pour vrai ce que vous ressentez, si c’est en contradiction avec la Parole de Dieu. Demandez-vous : Ce que je ressens peut-il être exact si cela contredit la Parole de Dieu ? Et si votre sentiment est contraire, croyez Dieu, et jugez votre propre cœur comme étant menteur (Rom. 3. 4 ; 1 Jean 5. 10 et 11).
– Ne vous laissez jamais décourager par ceux qui enseignent que la maladie, les épreuves et les difficultés dans votre vie doivent être le signe que vous avez tort. Le Seigneur Jésus a dit que, dans le monde, vous auriez de la tribulation (Jean 16. 33). Souvenez-vous aussi de l’apôtre Paul, dont la vie a été pleine d’épreuves, de troubles et de maladie, et qui a écrit : « Nous qui sommes dans les tribulations de toute manière, mais non pas dans la détresse ; dans la perplexité, mais non pas sans ressource ; persécutés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais ne périssant pas » (2 Cor. 4. 8 et 9).
D’après the Lord is near juin 1985
« Notre exhortation, en effet, n’a eu pour motif ni séduction, ni impureté, et elle n’a pas employé la ruse ; mais, comme nous avons été approuvés de Dieu pour que l’évangile nous soit confié, c’est ainsi que nous parlons, non pas de manière à plaire aux hommes, mais à Dieu qui éprouve nos cœurs » 1 Thessaloniciens 2. 3 et 4.
AVOIR LES BONS MOTIFS
Dans les versets 3 à 6, il nous est donné un aperçu de ce que Paul et ses aides n’étaient pas.Nous pouvons apprendre par là quelles sont les choses qui doivent être soigneusement évitées par tout serviteur de Dieu. Tout d’abord, tout élément de tromperie et d’irréalité doit être écarté. On a dit avec justesse : tu dois être vrai toi-même si tu veux enseigner la vérité.
Non seulement cela, mais toute pensée de plaire aux hommes doit être bannie. Quelque service que nous ayons reçu, si petit soit-il, nous a été donné de Dieu et non par l’homme. Nous sommes donc responsables devant Dieu, et Il éprouve non seulement nos paroles et nos actes, mais aussi nos cœurs. L’évangile avait été confié à Paul dans une mesure exceptionnelle, mais ces mots : à été confié, peuvent être écrits sur tous nos cœurs. Nous ne devons jamais oublier notre responsabilité.
Si nous gardons cela à l’esprit, nous éviterons, bien sûr, d’employer des mots flatteurs, la convoitise et la recherche de la gloire de la part des hommes, dont parlent les versets 5 et 6. Ces trois choses sont tout à fait communes dans le monde. Les hommes, par nature, recherchent leurs propres objets et sont poussés par l’avidité, même s’ils le cachent. La gloire de la part de l’homme est aussi très appréciée par le cœur humain ; et, qu’ils poursuivent les possessions ou la gloire, ils trouvent que les mots flatteurs sont une arme utile pour obtenir la faveur des gens influents. Toutes ces choses étaient complètement refusées par l‘apôtre Paul. Comme étant un serviteur de Dieu ayant Dieu comme son Juge et Dieu comme son Témoin, il les voyait comme étant en-dessous de lui.
D’après the Lord is near juin 1985 (F.B. Hole)
« C’est pourquoi je vous dis : ne soyez pas en souci pour la vie, de ce que vous mangerez ; ni pour le corps, de quoi vous serez vêtus : car la vie est plus que la nourriture, le corps plus que le vêtement » Luc 12. 22 et 23.
POURQUOI SE FAIRE DU SOUCI ?
Il y a trois choses que Jésus ne fit jamais. Il ne se fit jamais de souci ; Il ne se pressa jamais ; et Il ne douta jamais du résultat. Un médecin de renom a dit : le souci affecte la circulation, le cœur, les glandes, tout le système nerveux, et influe profondément sur la santé. Je n’ai jamais connu un homme qui soit mort de surmenage, mais beaucoup qui sont morts de douter.
Cela nous rappelle ce que Jésus a dit dans les versets ci-dessus.
– Le souci est inutile. « Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont pas de cellier ni de grenier ; et Dieu les nourrit. Combien valez-vous plus que les oiseaux ! » (v. 24)
« Vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ou ce que vous boirez, et n’en soyez pas en peine ; car tout cela, les nations du monde le recherchent ; mais votre Père sait que vous en avez besoin » (v. 29 et 30).
– Le souci ne donne pas d’espoir. « Qui d’entre vous, par le souci qu’il se donne, peut ajouter une coudée à sa taille ? » (v. 25 et 26).
– Le souci est un manque de foi. « Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui aux champs et qui demain est jetée au four, à plus forte raison le fera-t-il pour vous, gens de petite foi » (v. 28).
La crainte est centrée sur soi ; la foi est centrée sur Dieu.
D’après the Lord is near juin 1985
« Et les prophètes, Aggée le prophète, et Zacharie, fils d’Iddo, prophétisèrent aux Juifs qui étaient en Juda et à Jérusalem… Alors Zorobabel, fils de Shealthiel, et Jéshua, fils de Jotsadak, se levèrent et commencèrent à bâtir la maison de Dieu qui est à Jérusalem, et avec eux les prophètes de Dieu qui les assistaient » Esdras 5. 1 et 2.
LES PROPHÈTES ET LES BÂTISSEURS
Il est important de remarquer ces deux classes de serviteurs : les constructeurs et les prophètes.
Un constructeur ne peut pas assumer les fonctions de prophète, et un prophète ne peut pas échanger son manteau de prophète pour une truelle de maçon. C’est pourquoi l’apôtre dit : « Puisque nous avons des dons de grâce différents, selon la grâce qui nous a été donnée – est-ce la prophétie ? prophétisons selon la proportion de la foi ; le service ? soyons occupés du service » (Rom. 12. 6 et 7).
Un constructeur est celui dont le travail est de poser des pierres sur le fondement – c’est-à-dire quelqu’un qui est employé par Dieu à rassembler des âmes.
Un prophète, à la fois encourage les gens dans leur travail en leur communiquant la pensée de Dieu, et de plus vérifie tout par sa Parole. Il met la conscience dans la présence de Dieu, et par suite maintient le sens de la responsabilité, et donne des conseils, de la répréhension ou de l’exhortation suivant le besoin du moment, guidé par l’Esprit pour dire la parole à propos.
Les Israélites prospéraient quand ils écoutaient la voix de leurs prophètes. D’autre part, beaucoup de conséquences funestes découlaient du mépris de ces avertissements et de ces mises en garde donnés par Dieu. Il n’en est pas autrement dans l’Église de Dieu. Toutes les fois que les constructeurs sont attentifs à la voix des prophètes qui expliquent et appliquent la pensée de Dieu telle qu’elle est révélée dans sa Parole, ils prospèrent, leur œuvre est durable, et eux-mêmes reçoivent de la bénédiction. Mais s’ils ne tiennent pas compte de la direction divine, et travaillent selon leurs pensées propres, ils ne font que corrompre l’œuvre dans laquelle ils sont engagés. Leur œuvre peut paraître plus grande et même plus prospère aux yeux des hommes, mais le Seigneur seul est le Juge de la véritable prospérité du service.