MÉCONTENTEMENT

– Oh ! quelle horrible pluie ! Est-ce qu’elle ne s’arrêtera jamais ? s’écriait Émilie Clardon, fillette de dix ans, en se penchant d’un air malheureux vers la fenêtre.

Le temps avait été fort sec depuis longtemps, et voilà que justement ce samedi, jour où Émilie avait compté faire une belle course en montagne, la pluie était venue et tombait à verse ! Les averses succédaient aux averses, la rue était devenue un véritable ruisseau et il ne pouvait être question de sortir.

– On ne peut rien faire ! dit la fillette d’un ton mécontent.

– Ce n’est pourtant pas tout de sortir, lui dit sa mère en souriant. Tu sais bien qu’on désirait beaucoup la pluie pour la campagne ! Elle fera le plus grand bien, et nous devons être reconnaissantes qu’elle soit enfin venue.

– Moi, je ne la désirais pas du tout, car elle nous empêche de faire la course que tu nous avais promise.

– C’est vrai, mais nous pourrons la faire une autre fois et, certainement, ma fillette peut être heureuse en restant à la maison ! dit Mme Clardon en attirant tendrement Émilie vers elle.

Il n’y a pas beaucoup d’enfants qui aient une maison aussi agréable que celle d’Émilie. Quelques jours auparavant, elle était rentrée de pension, et était arrivée dans une nouvelle maison de campagne que ses parents venaient de louer pour l’été et qui présentait tous les agréments imaginables : Émilie avait pour elle seule une jolie chambre dans laquelle elle avait pu loger tout ce qui lui appartenait ; ses parents lui portaient la plus tendre affection, et pourtant elle était souvent de mauvaise humeur – c’est-à-dire chaque fois que quelque chose la contrariait !

Émilie sentit pourtant qu’elle avait tort, et, donnant un baiser à sa mère qui la serrait affectueusement contre elle, elle lui dit :

– Oh ! oui, maman, je peux bien être heureuse à la maison.

Néanmoins, elle retourna à la fenêtre, et resta là à regarder tomber la pluie d’un air bien malheureux.

Tout à coup, elle dit :

– Je ne comprends pas pourquoi Céline ne m’a pas écrit depuis longtemps ! C’est une paresseuse, n’est-ce pas, maman ?

– Il me semble que c’est plutôt toi qui lui dois une lettre. Si tu la lui écrivais maintenant ?

– Oh ! non, ce n’est pas à moi de le faire ! De toute façon, je n’ai pas envie d’écrire.

Mme Clardon soupira ; elle avait espéré que sa fille aurait profité de cette idée et aurait été ainsi agréablement occupée.

L’après-midi s’écoula donc fort lentement et tristement. Mais vers la fin, la pluie cessa, le vent chassa les nuages, et le soleil brilla sur toute la nature, de manière à la faire resplendir sous les gouttes de pluie qui restaient sur les arbres.

– Oh ! que c’est beau ! dit Émilie.

– Oui, ma chérie, et puisque le temps se lève, nous allons mettre manteaux et bottes, et je te mènerai voir une pauvre petite fille dont j’ai fait récemment la connaissance.

Quelques instants plus tard, mère et fille cheminaient ensemble. Le soleil continuait à briller, et elles pouvaient admirer les champs qui, à droite et à gauche du sentier, étaient remplis de violettes répandant leur parfum.

Elles arrivèrent à une maisonnette précédée d’un tout petit jardin. Une femme était occupée à étendre sur une corde placée entre deux arbres quelques vieux linges qu’elle venait de laver.

Mme Clardon s’approcha d’elle, et lui dit :

– Nous n’avons que quelques minutes à vous donner, madame Grand, car il est déjà tard ; mais voilà, Émilie serait bien aise de voir votre petite fille.

La femme, reconnaissante de cette visite, alla ouvrir la porte de la maisonnette, y fit entrer Émilie puis revint auprès de Mme Clardon.

C’était la première fois qu’Émilie entrait dans une maison de pauvres gens et ce qu’elle vit la remplit d’une pénible surprise. La chambre dans laquelle elle pénétra était presque remplie par un lit, une chaise et une table. Il y avait heureusement une petite fenêtre sur laquelle fleurissait une azalée blanche.

Émilie s’en approcha aussitôt, car elle ne vit d’abord personne dans la chambre ; mais un petit mouvement du côté du lit attira son attention et elle vit qu’il était occupé.

Une enfant de son âge y était couchée ; son visage pâle et maigre était marqué par une profonde souffrance, mais elle sourit en voyant Émilie et la pria de s’asseoir.

– Merci, dit celle-ci en se laissant tomber sur la chaise placée à côté du lit, tout en regardant vers la porte pour voir si sa mère n’arrivait pas.

Il y eut un moment de silence, puis Émilie dit :

– Tu es malade ?

– Oh ! oui, mais il y a deux ans, j’étais aussi bien que toi !

– Comment cela t’est-il arrivé ? demanda Émilie avec intérêt.

La pauvre enfant eut bientôt raconté son histoire.

Son père était mort lorsqu’elle était encore toute petite. Sa mère, depuis lors, avait gagné sa vie comme elle le pouvait, tantôt faisant des ménages, tantôt cueillant des dents-de-lion ou du cresson d’eau pour les vendre au marché. Un jour que Laurette revenait de l’école, elle vit sa mère penchée sur le bord d’un ruisseau profond pour cueillir du cresson qui y croissait en abondance. Celle-ci se pencha trop à un certain moment, perdit l’équilibre et tomba, au grand effroi de sa fillette qui arrivait en courant. Arrivée au bord de l’eau, elle vit sa mère qui, à moitié plongée dans l’eau, ne pouvait reprendre pied. Laurette se glissa jusqu’à elle, lui tendit la main, et grâce à son aide, sa mère parvint à sortir de l’eau. Mais, chose extraordinaire, dès ce moment-là, Laurette n’avait plus pu marcher : elle arrivait de loin, était en grande transpiration et l’eau froide du ruisseau l’avait saisie d’une telle manière qu’elle en était restée paralysée !

– Et n’es-tu pas bien malheureuse ? demanda Émilie, après avoir entendu ce triste récit, et jeté un coup d’œil autour d’elle.

– Oh! non, répondit Laurette, je suis très heureuse au contraire.

– Mais que fais-tu tout le jour ?

– Je suis toujours occupée. Souvent je lis, car j’ai toujours ma Bible à côté de moi. J’aime aussi à apprendre par cœur des versets qui m’encouragent, comme celui-ci : « Rejetant sur Lui tout votre souci, car Il a soin de vous ». Mais j’ai encore d’autres livres qu’on me prête, puis je tricote, car heureusement mes mains ne sont pas paralysées. Quand maman en a le temps, elle reste auprès de moi et nous causons, et quand elle est au travail, j’admire la campagne sous les rayons du soleil.

– Mais quand il pleut comme aujourd’hui ?

– Alors je m’amuse à regarder tomber les gouttes de pluie, et je me réjouis en pensant à tout le bien que fera cette pluie, d’abord à la campagne, puis pour alimenter les fontaines, les rivières et le lac. J’aime mieux le soleil, mais j’aime pourtant aussi la pluie, car je sais qu’« Il fait toutes choses bien ».

Mme Clardon étant entrée, cela mit fin à la conversation des deux fillettes. Elle parla affectueusement à la jeune malade, puis prit congé et partit avec Émilie.

Celle-ci fut silencieuse pendant tout le trajet du retour à la maison. Ce qu’elle avait vu et entendu lui avait fait grande impression et elle poussa un soupir de soulagement en rentrant chez elle. Sa mère l’examinait en silence, espérant que le spectacle qu’elle avait eu sous les yeux lui ferait une impression durable, car Laurette l’avait frappée par sa résignation joyeuse.

Le lendemain soir, la famille se rendit comme à l’ordinaire à la réunion. Émilie avait l’habitude d’écouter – ce que ne font pas tous les enfants – et quand elle entendit : « La piété avec le contentement est un grand gain », elle pensa à Laurette et rougit en pensant à elle-même !

Elle écouta avec encore plus d’attention que de coutume et garda dans son cœur ces paroles. Elle demanda à Dieu d’ôter de son cœur ces désirs égoïstes qui la faisaient souffrir, elle et aussi les autres, et de lui donner cette « piété avec le contentement qui est, en vérité, un grand gain ».

D’après La Bonne Nouvelle 1990

LE COLPORTEUR

« En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5. 24).

Un soleil brûlant dardait ses rayons sur la rue principale de Montalbojero, village espagnol de la Province de Tolède. Rares étaient les passants qui se risquaient dehors à cette heure-là. Pour jouer, les enfants recherchaient l’ombre des maisons ou mieux encore, celle du châtaignier de la petite place, dont l’épais feuillage interceptait le soleil.

Sur la route poudreuse venant du village voisin, un petit homme s’avançait pourtant, l’air bien décidé. La sueur ruisselait sur son visage et le lourd fardeau qu’il portait sur son dos semblait devoir l’épuiser.

– En voilà un qui sait se servir de ses jambes ! chuchotaient certains de derrière leurs volets. À le voir ce n’est certes pas la première fois qu’il porte un baluchon sur son dos.

L’échine courbée, ses cheveux blancs en broussaille, ainsi que sa barbe, le classaient au-delà de la cinquantaine. Ses rides profondes parlaient d’une vie de labeur et de soucis. Il marchait pourtant si allègrement qu’il semblait être en pleine force de l’âge et habitué à courir les chemins. Toutefois un observateur eut tôt fait de reconnaître en lui l’intellectuel penché sur ses livres. Ses yeux intelligents brillaient derrière ses lunettes et ses traits étaient ceux d’un homme instruit, malgré son apparence villageoise.

Comme il approchait de la première maison du village, une jeune femme parut sur le seuil de sa porte.

– Carmen ! appela-t-elle, va me chercher 300 grammes de farine chez le marchand.

En entendant un bruit de pas, elle tourna la tête et aperçut, tout étonnée, le petit homme qui s’avançait vers elle. Il détacha aussitôt le sac de son dos et le déposa sur le perron. Un peu méfiante, la jeune femme répondit à son gracieux bonjour.

– Permettez, gentille dame, qu’à votre porte je me repose un peu. Cette charge est lourde et le soleil brille si fort aujourd’hui qu’elle me semble plus lourde encore, et le chemin plus long.

Sur ces mots, il enleva son chapeau, ses lunettes et s’essuya le front.

– Je viens du village voisin où ils ne m’ont pas pris grand chose. Ces braves gens ne savent pas l’or que ce fardeau contient, et quels précieux trésors ils pourraient obtenir pour peu d’argent.

– Oh là ! Vous transportez de l’or et des choses précieuses avec vous et vous voulez nous les offrir ! Me voilà bien curieuse de voir ce que vous apportez, s’écria la jeune femme.

L’idée d’un nouveau brillant à fixer dans ses cheveux ou à sa robe l’enflammait déjà, et ses yeux fixaient le gros sac noir posé à ses pieds.

– Ce que vous vous attendez à trouver chez moi, vous ne le trouverez pas, dit le colporteur devinant une pensée de coquetterie, pourtant c’est un trésor encore plus grand ! Si vous avez un petit moment pour moi, je vous le montrerai. Pendant que je dénoue mon colis, me feriez-vous le plaisir de m’apporter une gorgée d’eau fraîche ? J’ai vraiment très soif.

– Oh ! bien volontiers. Sur ces mots, la jeune femme disparut dans sa maison, laissant notre petit homme ouvrir son sac.

Attirés par la conversation, quelques enfants assis à l’ombre de la maison finirent par s’approcher. Les volets d’en face s’étaient entrouverts, laissant deviner deux têtes de jeunes filles, puis celle d’une femme âgée. Toutes trois entourèrent bientôt le vendeur.

Lorsque Mme Toveredo – c’est ainsi que se nommait la famille de la première maison du village – arriva avec sa cruche d’eau fraîche, elle trouva toute une rangée de livres étalés sur les marches du perron. La plupart étaient reliés en noir. Plusieurs enfants en feuilletaient déjà, et les jeunes filles y jetaient un coup d’œil par-dessus leurs têtes.

– Voyez, mes enfants, expliquait l’étranger, dans ce livre vous trouverez de belles histoires du Seigneur Jésus, notre Sauveur. Il vous faut le lire ou vous le faire lire par votre papa ou votre maman. Le livre est justement ouvert à la page où il est raconté comment le Sauveur laissait venir à lui les petits enfants pour les bénir.

– Juan et José, cria la petite Carmen à deux garçons aux boucles noires qui descendaient la rue. Venez vite ! Il y a de beaux livres avec des images.

Les deux garçons se mirent à courir et aussitôt s’exclamèrent en voyant les gravures :

– Dis ! Carmen, demande à ta maman d’acheter ce livre. Fais-le, oui… s’il te plaît. La nôtre n’a pas d’argent. Il est plein d’images et tu pourrais nous le prêter.

Le colporteur s’était tu et observait petits et grands qui, tour à tour, prenaient, feuilletaient et lisaient l’un ou l’autre des volumes. Les gens partaient, puis revenaient avec d’autres. Quelle joie pour lui de constater cet intérêt croissant ! Il en oubliait sa fatigue. On parlait déjà de celui qu’on allait choisir…

Quant à Mme Toveredo, elle s’en allait, déçue.

– Est-ce cela que vous appelez de l’or ou des trésors ? Vous avez éveillé ma curiosité tout d’abord, et je croyais que vous alliez m’offrir des merveilles… et voilà que ce ne sont que des livres !

– Mais, dit un vieillard, il me semble que ce sont de bien bons livres. Dans celui-ci, il y a de beaux cantiques et des versets de la Bible. Dans celui-là – et il le tenait près de ses yeux fatigués pour mieux y lire – oh ! si seulement je l’avais eu l’année dernière quand j’ai dû accompagner ma femme et mon fils à leur tombe, il m’aurait certainement encouragé.

– Si vous cherchez de la consolation, mon ami, dit le colporteur, voici le meilleur de tous les livres, la source de toutes consolations, la pure vérité à travers tous les temps jusqu’en l’éternité, par delà la vie et la mort. J’ai aussi ce même livre, plus petit et meilleur marché, mais pour vous celui-ci serait meilleur avec ses gros caractères, et il donnerait moins de fatigue à votre faible vue.

Tandis qu’il sortait une grande Bible du fond de son sac et la tendait au vieillard, il ne remarqua pas qu’une haute silhouette s’avançait vers lui. C’était une autorité de l’endroit que l’on avait averti de l’arrivée du colporteur. Un coup d’œil au grand livre et sa décision fut prise. Furieux, il arracha le livre des mains du vieillard et se mit à les invectiver tous :

– N’avez-vous rien d’autre à faire qu’à flâner sur la rue, à vous laisser endoctriner par un étranger douteux, à regarder sa camelote par laquelle il veut vous tromper ? Que voulez-vous faire avec tous ces livres ? Devez-vous absolument vous encombrer de ce qu’un prédicateur ambulant et mal élevé se plaît à vous vanter ?

– Toi, étranger, veux-tu ensemencer nos paisibles vallées avec le doute et l’incrédulité ? N’as-tu pas honte ? Tu exerces un commerce malhonnête et douteux. On devrait te mettre en prison !

Sur ces mots, tremblant de colère, ses larges mains empoignèrent le grand livre déjà ouvert, en firent sauter la reliure, ce qui partagea le livre en deux parties. Il les lança sur la route et les foula de ses pieds.

Les assistants étaient épouvantés. Aucun d’eux ne risqua une réplique. Lorsque le colporteur essaya de se justifier, l’homme haussa la voix de telle façon que personne ne put se faire entendre. Quelques personnes s’éclipsèrent. Les enfants ramassaient déjà quelques pierres pour les lancer au colporteur.

– Vous repoussez la Parole de Dieu et sa vérité – ces mots furent jetés à la foule en déroute – mais vous ne pourrez pas éteindre l’Esprit ! Le temps viendra où vous languirez après ces trésors, où vous aurez faim de cette Parole que je vous offre aujourd’hui, mais alors vous la chercherez en vain ! Puisse ce livre, foulé à cette heure, vous amener encore tous au salut, vous consoler dans vos peines et vous donner en partage une paix spirituelle. C’est la prière que j’adresse à mon Sauveur pour chacun de vous.

Sur ces mots, il empaqueta ses livres, chargea le ballot sur son dos et, poursuivi par les malédictions des villageois, il quitta les lieux.

Sur ces entrefaites arriva Pedro, le tenancier de la petite échoppe du village. Toujours à l’affût de ce qui pourrait lui être utile, il ramassa le gros livre déchiré et l’emporta dans son magasin. Ce n’était pas pour le lire, oh ! non, les livres ne l’intéressaient pas. Il ne courait pas après ce genre de trésors dont le colporteur avait parlé. Pour lui, seul l’argent avait de la valeur. Il avait la conscience en repos, car il n’était pas plus mauvais que les gens du village, et ne toucherait jamais au fruit défendu. Mieux valait donc trouver une fin utile à ce gros livre. Ces larges feuilles pourraient être pliées en forme de cornets pointus et contenir soit du sel, de la farine, du sucre ou du riz, soit même encore des boutons, des aiguilles et d’autres choses encore. Il n’y avait donc aucun mal à utiliser ce bon papier, pensait le marchand. Après l’avoir débarrassé de la poussière de la route, il l’emporta à la maison.

– Juan et José ! que lisez-vous avec tant d’intérêt sur ce bout de papier déchiré ? demanda Bomarilla, le vieillard qui, deux jours plus tôt, avait été sur le point d’acheter le gros Livre du colporteur.

– Grand-papa, c’est un récit où le Sauveur dit à ses disciples : « Laissez venir à Moi les petits-enfants et ne les empêchez pas ». Ils devaient êtres de vilains hommes ceux qui empêchaient les enfants de s’approcher de Jésus. Lui, pourtant ne demandait qu’à les bénir !

Plus loin, c’est encore l’histoire d’un jeune homme riche auquel Jésus conseille de donner son argent aux pauvres, puis de Le suivre.

De l’autre côté de la page, il est raconté comment Jésus guérit un aveugle. Grand-papa, crois-tu qu’Il pourrait aussi t’aider ? Alors ta vue ne baisserait plus !

– D’où avez-vous donc cette feuille ?

– De Pedro, l’épicier. Il y a emballé le fromage que nous avons acheté pour maman.

– Montrez un peu ! Et grand-papa prit la feuille, la lut et la relut, puis la glissa dans la commode où il gardait ce qu’il avait de plus précieux.

– Quand vous retournerez chez Pedro, demandez-lui s’il a encore des feuilles de ce genre pour qu’il en emballe ce que vous achèterez. Je les lirai volontiers. Mes forces faiblissent et m’obligent à arrêter mon travail de bonne heure.

C’est ainsi que plusieurs pages de la grande Bible arrivèrent dans la maison de Bomarilla. Il apprit par l’épicier lui-même d’où elles venaient, et ce dernier l’engagea vivement à ne pas les lire. Mais ces pages faisaient toute la joie du vieillard. Il lut le passage de Jésus en prière à Gethsémané, récit dont il ne pouvait se détacher. Il apprit aussi par cœur le verset 25 du Psaume 73 : « Qui ai-je dans les cieux ? Je n’ai eu de plaisir sur la terre qu’en Toi ! »

Quant aux deux garçons, la petite Carmen eut l’occasion de leur lire « la résurrection du fils de la veuve de Naïn », récit qui leur fit une forte impression.

– Oh ! s’écrièrent-ils, si Jésus avait été là l’année dernière, Il nous aurait certainement rendu notre père !

La petite Carmen rapporta encore bien des pages à la maison et se mit à les lire soigneusement, maintenant qu’elle savait les trésors qu’elles contenaient.

Mme Toveredo les lisait aussi, ce qui la rendait pensive. Mais tous ces lecteurs se taisaient, de peur d’éveiller l’attention des autres. Seule Mme Toveredo osa se confier à M. Bomarilla. Ils se mirent à échanger leurs feuilles et souvent même à les lire ensemble. Oh ! si seulement le colporteur revenait, se disaient-ils, nous lui achèterions volontiers tout le livre !

J’ai encore quelques économies, pensait le vieillard, cela devrait suffire. Ma belle-fille aurait aussi de la joie à lire et à posséder ce Livre le jour où je fermerai les yeux. Toutefois, j’aimerais bien m’en réjouir avant… Le colporteur, bien sûr, ne veut plus revenir, nous l’avons si mal reçu. Il nous avait avertis qu’un jour nous aurions faim de la Parole de Dieu, une faim que rien ne pourrait apaiser. Et nous y voilà aujourd’hui…

Des semaines s’étaient écoulées, et avec elles, la chaleur de l’été avait disparu. Un soleil d’arrière-automne éclairait maintenant la route conduisant à Montalbojero.

C’est alors que le messager de l’Évangile se remit en route dans la direction du village, son lourd chargement sur le dos.

Dès la première maison, il aperçut les enfants occupés à leurs jeux. Tout à coup, deux jeunes garçons se séparèrent du groupe et s’élancèrent à sa rencontre :

– Te voilà enfin ! Grand-papa t’attend depuis si longtemps ! Il était tout triste en pensant que tu ne reviendrais jamais. Il s’est assis souvent à l’ombre de cet arbre pour t’attendre. Mais maintenant viens, viens vite ! Nous devons te conduire tout de suite chez lui.

Le colporteur ne comprit pas le motif de la salutation exubérante et chaleureuse de Juan et de José. Il avait déjà un long chemin derrière lui, mais malgré sa fatigue, il se laissa entraîner par eux. La rue du village était déserte. Il arriva donc à la maison de Bomarilla sans avoir rencontré personne… bien que suivi par beaucoup d’yeux dissimulés par les persiennes. Il en était encore à s’étonner lorsqu’il fut introduit dans une maison.

– Grand-papa, le voilà ! Nous te l’amenons !

Bomarilla entendit les deux garçons entrer avec un étranger, mais l’obscurité de la chambre basse et ses yeux fatigués ne lui permirent pas de reconnaître le colporteur.

– Qui m’amenez-vous ? demanda-t-il, en s’avançant lentement vers celui qui entrait. Alors un grand sourire éclaira son visage.

– Est-ce vous ? Êtes-vous réellement celui que j’attends depuis si longtemps ? Ah ! que Dieu vous bénisse ! Qu’Il fasse que vous ayez apporté le grand Livre ! Donne-moi ce Livre ! Mes économies suffiront certainement à le payer. Rien ne coûtera trop cher pour ce qui fait la consolation et la joie de ma vieillesse.

– J’ai bien apporté le Livre, si c’est bien de la Bible que vous parlez, celle que je vous ai montrée jadis. Mais expliquez-moi donc ce qui se passe. Vous ne l’avez jamais lue puisque cela vous était défendu. Comment cela se fait-il que vous la désiriez si fort aujourd’hui ?

– Comment cela ? Pas lue ? s’écria Bomarilla. J’en ai lu bien des pages ! Votre livre avait été déchiré, mais ramassé par l’épicier. Il l’a utilisé pour envelopper les marchandises achetées par ses clients. Les enfants d’abord, les adultes ensuite se sont mis à le lire. Regardez ! Voilà toutes les feuilles que j’ai recueillies et gardées avec le plus grand soin. Il y en a un bon nombre, pourtant beaucoup manquent encore.

Tandis qu’ils parlaient, Mme Tovoredo arriva avec sa petite Carmen.

– Il n’est plus question aujourd’hui d’or, d’argent, de pierreries ou d’ornements précieux, s’écria-t-elle. Non ! il s’agit de quelque chose de bien meilleur, et que je suis sûre de trouver chez vous.

À leur plus grande surprise, d’autres habitants du village trouvèrent le chemin de la maison de Bomarilla. Ils avaient vu arriver le colporteur, mais la crainte de leurs voisins les avaient rendus timides et craintifs et ils n’avaient pas osé le recevoir.

Pourtant chacun voulait le « Livre », car des quelques feuilles qu’ils avaient lues, ils désiraient aujourd’hui posséder la Bible entière.

Le cœur du colporteur débordait de reconnaissance. Il n’était qu’un bien modeste serviteur du Dieu fort et de son Évangile, et Dieu dans Sa grâce, lui faisait cueillir des fruits de ses efforts. Il sortit donc de son sac des Bibles, des cantiques, de beaux récits chrétiens pour jeunes et plus âgés et les vendit tous. Enfin Bomarilla l’invita à rester quelques jours chez lui afin de lui lire et de lui expliquer, ainsi qu’à d’autres, les merveilleuses certitudes trouvées dans la Parole de Dieu. Chaque jour les retrouvait attentifs et le cœur ouvert à l’Évangile.

Bien des années se sont écoulées. Bomarilla et le fidèle messager de l’Évangile sont depuis longtemps auprès du Seigneur. Juan a repris le service du colporteur à travers le pays. José et Carmen forment un couple heureux qui vit au village. Dans leur maison plusieurs familles se rassemblent chaque dimanche, ainsi qu’aux jours de fête du village de Montalbojero. Ils lisent alors ensemble l’Écriture Sainte. José la leur explique et, entraînés par la voix de Carmen, ils chantent et exaltent d’un même cœur l’amour de leur Sauveur.

« Tes témoignages… sont la joie de mon cœur » (Ps. 119. 111).

« Tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur » (Jér. 15. 16).

D’après La Bonne Nouvelle 1990

LE BRIGAND SICILIEN

Une brillante journée d’automne touchait à sa fin, et les derniers rayons du soleil éclairaient une route étroite courant à travers une plaine du centre de la Sicile – cette île ressemblant à un ballon de football placé juste au bout de la botte italienne ! Sur ce chemin, un voyageur solitaire, chargé d’un lourd ballot, marchait à grands pas. Il était fatigué, car il avait bien travaillé dans une ville située à quinze kilomètres environ, et il lui en restait encore plusieurs à parcourir pour arriver à sa destination, qu’il n’atteindrait pas avant la nuit.

Soudain, le galop d’un cheval se fit entendre, et bientôt apparut un cavalier au regard farouche, le visage encadré d’une barbe noire, coiffé d’un feutre aux larges ailes et chaussé de longues bottes munies d’éperons ; une longue pèlerine noire flottait autour de lui. En arrivant près du piéton, il arrêta sa monture.

– Bonsoir, Monsieur ! dit le voyageur.

Le cavalier ne répondit pas. Il mit pied à terre et regarda bien en face son compagnon. Enfin il demanda d’un ton impérieux :

– Quel est ton métier ? Que portes-tu dans ce sac ?

– Des livres, Monsieur !

– Ah ! je t’attrape, à la fin ! C’est toi qui parcours le pays, en répandant partout des livres pernicieux qui corrompent les gens simples. Dieu merci, je t’ai enfin rejoint ! Je vais commencer par brûler les livres, puis je te tuerai. En disant cela, il ouvrit son manteau ; deux pistolets étaient fixés à sa ceinture.

Mets ton sac ici, et va chercher des branches pour allumer le feu. Surtout, ne t’avise pas de t’enfuir, car alors je tire sans pitié. En disant cela, il prit un des pistolets et le brandit sous nez du prisonnier.

Le colporteur – car c’en était un – comprit qu’il était tombé dans les mains d’un des nombreux brigands qui détroussent les gens inoffensifs. Pensant qu’il valait mieux se taire pour le moment, il s’éloigna et revint bientôt, chargé d’une brassée de bois mort. Quand le feu fut allumé, il faisait nuit, et le captif estima que le moment était venu de s’expliquer.

– Monsieur, dit-il, je voudrais obtenir une faveur avant que mes livres ne soient brûlés et que je ne soit mis à mort. Permettez-moi de vous lire quelques passages de mes différents volumes !

– Ce n’est que juste, déclara le brigand ; assieds-toi là, et commence !

Il s’assit lui-même près du feu et revolver au poing, il écouta la lecture. Le colporteur prit place en face de lui, puis animé d’une sainte audace et d’une grande foi, il prit un évangile de Luc et commença : « Un homme descendant de Jérusalem à Jéricho, tomba au milieu des voleurs !… » L’attention du brigand fut éveillée, mais il ne manifesta aucun mécontentement ; au contraire, il écouta jusqu’au bout la lecture de la parabole du bon Samaritain.

– J’aime cette histoire, déclara-t-il, nous ne brûlerons pas ce livre, mets-le de côté. Puis vint le tour de l’évangile de Matthieu, chapitre 5. « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne tueras point, mais… » Le lecteur continua jusqu’à ce que son compagnon l’interrompe en disant :

– Cela suffit ! Il n’y a rien de mauvais là-dedans, mets-le de côté !

Le colporteur prit ensuite un Nouveau Testament et il lut le 13ème chapitre de la 1ère épître aux Corinthiens ; ce merveilleux cantique de l’amour chrétien avait une expression plus belle encore, dans cette langue musicale qu’est l’italien. Le brigand était dans l’extase : « Que c’est beau ! s’écria-t-il. Que c’est vrai ! L’amour est plein de bonté,… il n’est pas envieux,… il ne cherche pas son intérêt,… il ne soupçonne pas le mal !… « Eccellentissimo ! » Non, certes, nous n’allons pas brûler ce livre-là ! Mets-le ici et lis autre chose. Le colporteur continua sa lecture, en prenant les livres les uns après les autres et toujours le bandit s’écriait : « Il ne faut pas brûler celui-ci ! » « Je n’ai plus de livres à lire » déclara enfin le serviteur de Dieu.

Alors le brigand s’écria d’un ton tranchant : « Pas de bêtises ! hein ? Livre-moi immédiatement tes mauvais livres. Je veux voir ce que tu vends au villageois pour les corrompre moralement.

– Mais, Monsieur, je vous l’affirme, je n’en ai pas d’autres !

– Mon pauvre ami, reprit le cavalier, ne mens pas, car c’est un jeu dangereux ! Il se leva et prit le sac du colporteur. Il était vide ! Alors il fouilla tous ses vêtements et ne trouva rien. Il finit par rire en concluant :

– Bravo ! Tu peux partir ! Mais prends garde à toi ; si jamais je te prends à vendre de mauvais livres, je t’abats comme un chien !

Là-dessus, il se remit en selle et disparut. Le colporteur rassembla ses volumes et reprit son chemin en remerciant Dieu de l’avoir protégé. En arrivant au village, il se rendit dans une auberge pour y passer la nuit. Le lendemain, après le déjeuner, il alla sur la place du marché, son sac sur le dos. Il avisa un groupe d’hommes entourant un joli baudet qui était à vendre !

– Bonjour, Messieurs ! dit-il, permettez-moi de vous lire quelque chose à propos de notre Seigneur Jésus Christ.

– Avec plaisir, répondirent ces hommes, et ils se tournèrent vers le nouveau venu.

Quelle belle occasion de leur faire connaître l’histoire du Sauveur entrant triomphalement à Jérusalem, assis sur le dos d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Ce récit intéressa vivement les auditeurs et l’un d’entre eux demanda le prix du livre.

– Deux sous ! dit le colporteur.

– C’est bon marché, je le prends !

Mais avant qu’il ait pu tirer son argent de sa poche, une voix s’écria : « Prenez garde ! mes amis, cet homme est un imposteur, il ne faut pas lire ses livres ! »

Ce fut le signal d’une émeute. Immédiatement les avis se partagèrent. Mais le plus grand nombre se mit contre le messager du Seigneur. À bas ! l’hérétique !, criait-on. À mort le blasphémateur ! Lapidez-le ! Hommes et femmes abandonnant leurs affaires, se groupèrent autour de lui, le maudissant et le menaçant. Cela devenait inquiétant !

Tout à coup, un cavalier traversa la place du marché au galop de sa monture et s’arrêta près du groupe en rumeur. Il avait un regard farouche, une barbe noire encadrait son visage, il était coiffé d’un feutre aux larges ailes et chaussé de longues bottes munies d’éperons. Une longue pèlerine noire flottait autour de lui. Tout le monde au village le connaissait, la plupart des habitants en avaient peur.

– Arrêtez ! cria-t-il, et laissez cet homme tranquille !

– Mais Monsieur, hasarda quelqu’un, il essaie de vendre de mauvais livres ; il mérite d’être lapidé.

Alors, le brigand, du haut de sa monture, se mit à haranguer la foule. Il raconta ce qui s’était passé la veille et il dit en manière de conclusion : Ces livres sont bons. Laissez donc cet homme tranquille. Celui qui s’avisera de le toucher, devra régler son compte avec moi !

Plusieurs années après, le colporteur toujours actif et bien vivant, fut surpris de recevoir une lettre venant d’Amérique. Elle contenait ces lignes : « Mon cher ami ! Vous rappelez-vous d’avoir été arrêté, un soir sur la route, par un brigand ? C’était moi, mais je ne suis plus un malfaiteur. Je ne vous ai jamais oublié, non plus que les paroles que vous m’avez lues sur le bord du chemin. Dieu soit loué, elles m’ont arrêté dans ma mauvaise voie et je suis sauvé ! »

« Béni soit le Seigneur… le Dieu qui nous sauve ! » Psaume 68. 20.

D’après La Bonne Nouvelle 1990

LA BIBLE AUX ENCHÈRES

Il y a bien longtemps vivait, dans un petit village de Thuringe, un pauvre sabotier tellement pieux qu’on l’avait nommé « le pieux sabotier ». Il était si pauvre qu’il habitait avec sa femme une chaumière délabrée qui n’avait qu’une pièce et une cuisine. Cette pièce servait tout à la fois d’échoppe, de salle à manger et de chambre à coucher. Le soir, on tirait le lit au milieu de la chambre à cause de la pluie qui entrait par le toit défoncé.

Dans cette pauvre demeure, un petit garçon fit son apparition, puis un autre, si bien que les parents ne savaient plus où faire dormir les enfants. Henri, l’aîné, couchait sur un matelas par terre, et le plus petit, Georges, dans un lit beaucoup trop court et beaucoup trop étroit pour lui ; tantôt ses pieds passaient entre les barreaux, tantôt il se redressait brusquement et se cognait la tête en haut du lit.

Mais malgré leurs nuits agitées, les enfants étaient bien portants et gais, parce qu’ils passaient presque toute leur vie au grand air.

Ils n’avaient pas une profusion de jouets. Un cheval de bois, grossièrement taillé dans une bûche par leur père, un tambour, donné par un voisin… et ils étaient heureux.

Dans la chaumière, il y avait un oiseau chanteur en cage, qui tenait compagnie au savetier pendant ses longues heures de travail où il était immobile. C’était un merle. Et Georges, quand il voyait le merle se percher pour dormir, en mettant sa tête sous son aile, l’enviait bien souvent. « Comme ils ont de la chance, les oiseaux ! », disait-il, « leur lit est toujours assez grand pour eux ».

Lorsque la femme du savetier entendit ce propos, elle résolut d’acheter un lit pour ses enfants. Elle économisa sou par sou.

Enfin un matin, la savetière dit à son mari : « Arnold, voilà l’occasion d’acheter un lit pour les enfants ».

Le savetier eut l’air perplexe.

– Acheter ! dit-il, et comment ? avec quel argent ?

– Eh ! bien !, dit la femme malicieusement, imagine-toi que j’ai mis de côté 17 écus, je pense que cela suffira. J’ai entendu dire qu’on va vendre à la foire de F… tous les meubles de la maison G… Tu iras la semaine prochaine, et tu trouveras certainement un lit avec toute sa literie.

Henri et Georges avaient entendu cette conversation.

Imaginez leur joie ! Un lit ! Ils auraient enfin un lit ! Une fois, Georges avait été malade et on l’avait couché pendant la journée dans le lit de ses parents ; il avait trouvé délicieux de pouvoir étendre ses jambes, de pouvoir se retourner sans se cogner les coudes ou la tête. Oh ! comme il avait bien dormi !

– C’est vrai, Maman ? s’écria-t-il, j’aurai un lit ? un vrai lit ?

– Oui, mon pauvre petit, ton père ira l’acheter la semaine prochaine !

La semaine parut bien longue à Georges et à Henri. Dix fois par jour ils demandaient comment serait leur lit, et quand le père irait l’acheter. Enfin le jour vint, le père partit de bon matin pour la foire. Henri allait dix fois par heure regarder s’il ne voyait pas sur la route son père et son lit.

Pendant ce temps, le pieux savetier était arrivé à la foire de F… Beaucoup de monde, beaucoup de mouvements, des ânes, des charrettes, des bestiaux !

– Bonjour, Maître B…, lui criait-on. Ce n’est pas pour acheter des moutons ou des ânes que vous êtes ici !

– Non, répondait le savetier, c’est un lit qu’il me faut.

– Des lits ? il y en a assez, vous trouverez bien votre affaire !

Le savetier regarde, il voit les objets destinés à la vente : meubles, vaisselle et voici un grand lit. C’est bien le lit qu’il faudrait aux enfants, pas trop grand, car il n’y a pas beaucoup de place pour le mettre mais pourtant assez grand pour y coucher deux enfants. Le lit est en bon état, bien propre. Il a un bon matelas, des couvertures, des édredons.

La vente n’a pas encore commencé. Le savetier s’approche assez gauchement d’un employé du commissaire-priseur.

– À combien pensez-vous que ce lit par là pourra bien être vendu ?

– Oh ! répond l’homme, ça peut bien monter à 15 ou 16 écus. C’est du bon, vous savez, ça vient d’une bonne maison.

Le cœur du savetier saute de joie. Il regarde déjà comment il pourrait emporter sur son dos le lit et toute la literie. Il est pourtant assez fin pour ne pas trop laisser voir son désir d’acheter. Il s’éloigne donc un peu et se mélange à la foule qui commence à s’amasser autour de la vente. Le commissaire-priseur arrive.

Un, deux, trois, la vente commence. C’est d’abord une table, puis un buffet, et puis d’autres objets sans intérêt pour le pauvre savetier.

Enfin l’employé expose à la vue des acheteurs un gros livre.

– Qu’est-ce que c’est que ça ? ricane le voisin du pieux savetier.

– Un livre de messe ! crie quelqu’un.

– Une bible du dix-septième siècle, de quarante et un centimètres de long et toute illustrée, dit le commissaire-priseur, qu’est-ce que vous offrez pour la Bible ? J’ai un demi écu… un demi-écu pour la Bible…

L’épicier Grégoire lève la main. Il a besoin de papier pour faire des sacs et il sait que les vieux livres sont imprimés sur du bon papier.

– J’ai un écu pour la Bible… Un écu pour la Bible… crie le commissaire.

– Ça fera de beaux cornets pour tes pruneaux ! crie un loustic à l’épicier.

Le pieux savetier dresse l’oreille. Va-t-on vraiment déchirer cette Bible ? Une impulsion intérieure lui fait lever la main. Le commissaire, de son regard rapide, l’a vu.

– Un écu et demi… J’ai un écu et demi, Messieurs, vous n’y pensez pas, un beau livre illustré avec une reliure de cuir !

– Pour ce qu’elle contient, c’est encore trop ! crie quelqu’un. Le pieux savetier est indigné. Sa conscience se met de la partie.

– La Bible est la parole de Dieu, déclare-t-il, en haussant le ton.

On aurait dit que la bande de moqueurs n’attendait que cette occasion. Le cabaretier, connu pour son incrédulité, se met à faire monter l’enchère.

– Deux écus pour la Bible ! crie le commissaire-priseur. Le pieux savetier lève la main.

– Trois écus !…

Les enchères montent, accompagnées de quolibets, de moqueries et de blasphèmes. Décidément, le savetier ne peut se résigner à laisser tomber le livre sacré entre ces mains profanes. Les moqueurs ont résolu de le faire monter, ils sont nombreux contre lui… mais lorsqu’ils voient l’enchère approcher de seize écus, ils se regardent. La plaisanterie va leur coûter cher ! Elle a assez duré. Si cet imbécile veut payer un prix pareil, libre à lui. Le dernier enchérisseur, le plus acharné, le cabaretier, pousse jusqu’à seize écus et demi. Le savetier lève la main.

– Dix-sept écus, cria le commissaire-priseur, dix-sept écus… personne ne dit rien ? Personne ne dit plus ? Adjugé ! dix-sept écus.

Le maillet implacable s’abat, le pauvre savetier doit donner ses dix-sept écus, amassés avec tant de peine, en échange du livre, qui lui est remis au milieu des éclats de rire.

C’est le cœur bien triste qu’il reprend le chemin de la maison.

– Voilà papa ! dit tout à coup Henri, distinguant dans la nuit tombante la silhouette bien connue de son père.

– Mais, Maman, il n’a pas de lit !

– C’est sans doute qu’il l’aura fait apporter par un voisin qui a une charrette. Tu comprends bien que c’est lourd à porter à dos d’homme.

La porte s’ouvre, le père entre. Il pose sur la table un paquet.

– Et le lit, quand est-ce qu’il arrivera. Papa ? dit Henri.

– Je n’ai pas acheté de lit, répond le savetier.

– Pas de lit, crie la mère, et pourquoi ?

– C’est à cause de la Bible. Et il se mit à raconter à sa femme, stupéfaite et furieuse, l’histoire de la folle enchère.

– Je ne pouvais pourtant pas, dit-il en guise d’excuse, laisser la Bible aux mains de ces impies.

Le repas du soir fut absorbé dans un silence impressionnant. Tout le monde était triste : le père d’abord, la mère très irritée, et les enfants pleurant de déception. Il fallut que Georges reprît son pauvre petit lit trop court et qu’Henri se remît sur son matelas par terre. Cependant le cœur du pieux savetier était tranquille, il croyait qu’il avait fait son devoir et accompli la volonté de Dieu.

À huit heures, le lendemain matin, un grand coup retentit à la porte. La savetière ouvre, son mari étant déjà depuis longtemps à son établi.

– Bonjour ! Madame, dit une voix joviale, je viens au sujet du lit…

Le savetier lève les yeux de dessus son ouvrage, et regarde attentivement celui qui vient d’entrer dans la pièce. C’est un gros meunier du voisinage, riche et sans enfants.

– Si vous saviez la nuit que j’ai passée ! dit-il en se tournant vers le savetier. J’étais à la vente hier, à F., et j’ai raconté à ma femme ce qui s’est passé à propos de la Bible. Elle m’a fait une scène ! Je ne vous dis que ça ! Elle m’a traité de lâche. Et c’est vrai, Maître B., que j’ai été lâche. C’est moi qui aurais dû acheter la Bible. Alors ma femme m’a dit : « Tu vas aller dans la chambre d’amis, tu prendras un des deux lits qui sont là, avec le matelas, le lit de plumes, l’édredon et tout, et tu le porteras au plus vite chez Maître B. ».

Le savetier et sa femme écoutaient avec stupéfaction la déclaration du meunier. Celui-ci reprit :

– Et voilà, là, sur la route, le domestique qui amène tout ça dans la charrette, et vous nous ferez grand plaisir en acceptant ce cadeau pour vos enfants.

Lorsque Henri rentra de l’école, il trouva un beau lit, bien installé dans un coin de la grande chambre. Ce soir-là, le père lut, dans la grande Bible de dix-sept écus, le Psaume 37 : « Confie-toi en l’Eternel et pratique le bien…. Fais de l’Eternel tes délices, et Il te donnera les demandes de ton cœur ».

D’après La Bonne Nouvelle 1990

d’après M. L. Br. l’arrière petit-fils du « pieux savetier »

UN BEAU PROGRAMME

« Si vous souffrez en faisant le bien et l’endurez, c’est digne de louange devant Dieu, car c’est à cela que vous avez été appelés ; car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces » (1 Pier. 2. 20 et 21).

On a attribué à François d’Assise, croyant du 13ème siècle, la prière suivante :

« Seigneur,

- Fais de moi un instrument de ta paix.

- Là où il y de la haine, que je mette l’amour.

- Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

- Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

- Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

- Là où il y a le doute, que je mette la foi.

- Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

- Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.

- Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

Ô Maître, que je ne cherche pas tant  :

- À être consolé qu’à consoler,

- À être compris qu’à comprendre,

- À être aimé qu’à aimer… »

C’est ce que Jésus Christ a parfaitement accompli, et il nous exhorte à suivre ses traces (1 Pier. 2. 21). Notre difficulté est de mettre en pratique ce qui est énuméré ci-dessus et que beaucoup de chrétiens ont repris à leur compte. En réalité, nous ne pourrons pas le faire par nos propres forces, mais Jésus Christ peut et veut nous aider. Pour cela, bien sûr, il faut le connaître, lui appartenir et le laisser nous transformer.

D’après La Bonne Semence Mars 2025

JÉSUS CHRIST ET NOS PROBLÈMES

« C’est pourquoi il dut, à tous égards, être rendu semblable à ses frères, afin qu’il soit un miséricordieux et fidèle souverain sacrificateur dans les choses qui concernent Dieu, en vue de faire propitiation pour les péchés du peuple » Hébreux 2. 17.

La vie est tellement difficile ! Nous entendons bien souvent les gens se plaindre ainsi. Et quand nous pensons aux nombreuses souffrances et injustices dans le monde, aux difficultés et aux déceptions rencontrées dans les différentes étapes de la vie, et à la mort, nous comprenons pourquoi beaucoup de gens parlent ainsi – et d’autant plus quand il y a tant d’incertitudes dans ce monde, et aucune espérance pour l’au-delà. Alors la vie peut réellement devenir un fardeau.

Mais il y a Quelqu’un qui peut nous comprendre parfaitement : Jésus Christ. Il a vécu comme un homme parmi les hommes sur la terre. Il a Lui-même versé des larmes, à plusieurs reprises, c’est pourquoi Il sait comment vous consoler. Il a été méprisé et haï par le monde, mais Il veut vous montrer son amour. Il a été abandonné de tous, mais Il ne vous abandonnera jamais si vous vous confiez en Lui. Il a dit : « Celui qui vient à moi, je ne le mettrai pas dehors » (Jean 6. 37).

Parce que Lui, le Juste, a porté le jugement de Dieu sur le péché, tous peuvent recevoir le pardon de Dieu par Lui. Il est mort sur la croix pour vous et Il veut vous donner la vie éternelle.

Que devons-nous faire pour posséder Jésus comme notre Sauveur et notre ami ?

Nous pouvons Lui dire toutes nos défaillances, le laisser voir la partie la plus sombre de notre vie, par la prière. Aucune transgression, aucun fardeau, n’est trop lourd pour Lui, pour que nous ayons honte de les Lui confesser. Au contraire, Il se réjouit quand nous venons à Lui dans un esprit de repentance. Il veut nous décharger de notre fardeau et nous donner du repos.

D’après « The Good Seed » octobre 2024

BERACA 53 : SAMUEL, DERNIER JUGE ET PREMIER PROPHÈTE

« Et l’arche de l’Éternel fut sept mois dans le pays des Philistins » (1 Sam. 6. 1).

L’Éternel a permis la défaite d’Israël et la perte de l’arche, mais il a démontré sa puissance aux idolâtres. À bout de forces à cause des épreuves dues à la présence de l’arche au milieu d’eux, les Philistins ont consulté leurs sacrificateurs et leurs devins, en disant : « Que ferons-nous de l’arche de l’Éternel ? Faites-nous savoir comment nous la renverrons chez elle » (v. 2). Avec bien des précautions, ils renvoient l’arche sur un chariot tiré par deux vaches privées de leurs veaux « allant et mugissant » sans se détourner d’un chemin qui les mène à la frontière du pays donné à Israël.

Les Philistins, idolâtres, avaient pensé que si les vaches allaient d’elles-mêmes vers les Israélites, c’était la preuve que le Dieu d’Israël leur avait « fait ce grand mal ; sinon, nous saurons que ce n’est pas sa main qui nous a frappés, mais que c’est une chose accidentelle qui nous est arrivée » (v. 9). Alors, les vaches, sans personne pour les conduire, mais dirigées par Dieu, empruntent la route qui les mène à l’endroit désiré par leurs princes. En les suivant, ces princes furent convaincus de la puissance du Dieu d’Israël. Dans un jour qui est proche, tout genou devra se plier et toute langue confessera « que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 11). Quand le convoi approche de Beth-Shémesh, les moissonneurs « qui moissonnaient les blés dans la vallée ; … levèrent leurs yeux et virent l’arche, et se réjouirent en la voyant » (1 Sam. 6. 11 à 13).

Cette joie nous fait penser :

– À la joie « des mages de l’orient » venus jusqu’à Jérusalem en suivant une étoile et, quand dirigés vers Bethléhem de Judée, ils virent « l’étoile qu’ils avaient vue en orient allait devant eux, jusqu’au moment où elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où était le petit enfant » (Mat. 2. 9 et 10). À la vue de l’étoile au-dessus de l’enfant Jésus, ils se réjouirent d’une fort grande joie. C’était l’entrée du Sauveur dans le monde.

– À la joie des disciples enfermés dans la chambre haute. Par crainte des Juifs, ils avaient fermé les portes, mais « Jésus vint et se tint au milieu d’eux. Il leur dit : Paix à vous ! … Les disciples furent remplis de joie quand ils virent le Seigneur » (Jean 20. 19).

– À la joie future pour le résidu juif, quand il sera délivré par la présence du Messie et que, au lieu de leur honte ils auront une double part et au lieu d’être « dans la confusion, ils célébreront avec joie leur portion : c’est pourquoi, dans leur pays, … ils auront une joie éternelle » (És. 61. 7). Alors, ils entendront dans Jérusalem, à nouveau « la voix de l’allégresse et la voix de la joie, la voix de l’époux et la voix de l’épouse » (Jér. 33. 11).

– À la joie qui éclatera dans le ciel lorsque le Seigneur se présentera à Lui-même l’épouse pour laquelle Il s’est livré à la croix, comme il est écrit : « Réjouissons-nous et tressaillons de joie, et donnons-lui gloire ; car les noces de l’Agneau sont venues ; sa femme s’est préparée ; et il lui a été donné d’être vêtue de fin lin, éclatant et pur » (Apoc. 19. 7 et 8).

Jusqu’à ce moment, à venir mais si proche, sachons nous réjouir du si grand salut qui nous a été offert gratuitement en Jésus-Christ. Et, en dirigeant nos pas fidèlement vers le lieu où le Seigneur a promis sa présence, nous pouvons dire : « Je me suis réjoui quand ils m’ont dit : Allons à la maison de l’Éternel ! » (Ps. 122. 1), parce que d’autres bien-aimés se sont engagés sur le chemin de la foi. « Tire-moi : nous courrons après toi » (Cant. 1. 4).

Les hommes de Beth-Shémesh se sont réjouis à la vue de l’arche. Ils ont offert des holocaustes et des sacrifices à l’Éternel, mais ils ont oublié que c’était une arche sainte et que seuls les sacrificateurs avaient le droit de s’en approcher. Ils ont regardé dans l’arche et l’Éternel les a frappés d’un grand coup : soixante-dix hommes moururent. Nous ne devons jamais oublier quelle est la sainteté de Dieu. Nous sommes exhortés à nous approcher de Lui « avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi » (Héb. 10. 22). Exhortés aussi à « manger le pain et boire la coupe du Seigneur » dignement après nous être éprouvés nous-mêmes à la lumière de sa Parole (voir 1 Cor. 11. 27 à 32).

S’abstenir de regarder dans l’arche nous dit de ne pas entrer dans ce qui n’appartient qu’à Dieu seul. Comment aborder le mystère de l’élection, le mystère de la piété qui est l’incarnation du Fils, le mystère de la justice de Dieu en jugement sur ce monde, sans nous incliner devant sa souveraineté. Satan a essayé et essaie encore d’introduire le doute sur toutes ces questions. Et il n’y réussit que trop bien ! N’a-t-il pas dit à Ève : « Quoi, Dieu a dit ? » (Gen. 3. 1). Il a avec malice insinué que si Ève et son mari désobéissaient, ils seraient « comme Dieu » (v. 5). C’est ainsi que, de nos jours, beaucoup d’âmes sont écartées du salut. On ne croit plus la Parole de Dieu parce qu’on ne la lit pas, et on écoute volontiers un évangile différent qui dit que Dieu est trop bon pour que les désobéissants finissent « dans les tourments éternels » – alors qu’Il l’a dit ! (Mat. 25. 46). Soulèverons-nous le couvercle de l’arche pour voir dedans, en cherchant par les sciences humaines à connaître ce que Dieu a jugé bon de garder pour Lui seul ? Non ! au contraire, avec l’apôtre, entonnons un cantique à la gloire de Dieu ! (Rom. 11. 33 à 36)

« L’Éternel frappa des hommes de Beth-Shémesh, car ils regardèrent dans l’arche de l’Éternel » (1 Sam. 6. 19). Ils dirent : « Qui peut tenir devant l’Éternel, ce Dieu saint ? … Ils envoyèrent des messagers aux habitants de Kiriath-Jéarim, disant : Les Philistins ont ramené l’arche de l’Éternel : descendez, faites-la monter vers vous » (v. 20 et 21). Comme dans la parabole du semeur, ils s’étaient réjouis pour un moment. Ils étaient semblables à ceux qui sont semés sur les endroits rocailleux, qui ayant entendu la parole, la reçoivent aussitôt avec joie mais, « ils n’ont pas de racine en eux-mêmes et ne tiennent qu’un temps… » (Marc 4. 16 et 17). Ils ne s’étaient pas humiliés en cherchant l’arche, ils se sont privés de la joie et de la bénédiction de l’avoir au milieu d’eux.

« Les hommes de Kiriath-Jéarim vinrent et firent monter l’arche de l’Éternel ; ils l’apportèrent dans la maison d’Abinadab, sur la colline ; et ils sanctifièrent Éléazar, son fils, pour garder l’arche de l’Éternel » (1 Sam. 7. 1). Elle sera là pendant vingt ans, temps pendant lequel Dieu travaillerait dans le cœur des fils d’Israël.

EN AVOIR FINI AVEC SOI-MÊME

« Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » Galates 2. 20.

Beaucoup de chrétiens aiment à avoir des pensées négatives sur eux-mêmes et aussi parler d’eux-mêmes dans ce sens. Cependant, ceux qui en ont fini avec eux-mêmes se réjouissent de ce qu’ils n’ont plus du tout à penser à eux-mêmes ou à parler d’eux-mêmes. Ils désirent seulement être remplis de Christ et regarder à Lui avec foi. C’est le désir de leur cœur de penser et de vivre comme le Seigneur Jésus pensait et vivait.

Quand nous avons péché, cependant, il est nécessaire que nous nous occupions de nous-même. Le Saint Esprit doit diriger notre attention sur la faute que nous avons commise, afin que nous la reconnaissions, la condamnions et la confessions. Mais ce n’est pas l’état dans lequel Dieu désire qu’un croyant se trouve.

Aussitôt que la relation obscurcie avec notre Dieu et Père est restaurée par le jugement de nous-même et la confession, le Saint-Esprit veut magnifier Christ en nous. Il désire remplir notre cœur de la gloire du Seigneur Jésus. Dans ce but, Il se sert de la Parole de Dieu qui nous montre de multiples manières combien notre Sauveur et Seigneur est grand et glorieux.

Être occupé ainsi de Christ a un effet positif sur notre attitude et notre comportement : « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3. 18).

D’après « The Good Seed » janvier 2025

DIEU ME CONNAÎT À FOND – PSAUME 139

Dieu est omniscient et Il sait tout de moi

    « Éternel ! … tu sais quand je m’assieds et quand je me lève » Psaume 139. 1 et 2.

    « L’Éternel sonde tous les cœurs et discerne toutes les imaginations des pensées » 1 Chroniques 28. 9.

    Éternel ! tu m’as sondé et tu m’as connu.

    Toi, tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, tu discernes de loin ma pensée ;

    Tu connais mon sentier et mon coucher, et tu es au fait de toutes mes voies.

    Car la parole n’est pas encore sur ma langue, que voilà, ô Éternel ! tu la connais tout entière.

    Tu me tiens serré par derrière et par devant, et tu as mis ta main sur moi…

    Connaissance trop merveilleuse pour moi, si élevée que je ne peux pas l’[atteindre] ! Psaume 139. 1 à 6.

    Dieu est omniscient et Il connaît tout de l’univers et des hommes. Quelle merveille, quand je comprends qu’Il est le seul à me connaître à fond, qu’Il voit toute ma vie et ma conduite, du matin au soir ! Aucun détail ne Lui échappe, même le plus banal. « Quant à vous, les cheveux même de votre tête sont tous comptés » (Mat. 10. 30), disait le Seigneur à ses disciples. Il discerne l’origine de toutes mes pensées et de tous mes motifs. Si j’ouvre la bouche, Il sait ce que je vais dire : « Avant qu’ils crient, je répondrai, et pendant qu’ils parlent, j’exaucerai » (És. 65. 24).

    Cette omniscience de Dieu devrait me rassurer, parce que je peux compter sur sa protection, comme un enfant qui tient la main de son père.

    Comment puis-je vivre ces versets en pratique ? En partageant avec Dieu tous les aspects de mon existence : joie, douleurs, erreurs… Il est impossible de se cacher. Quand le Seigneur parle, écoutons-le : les textes des Saintes Écritures illumineront notre vie et nos pensées. Nous découvrirons ce côté merveilleux de Dieu, et nous ferons monter vers Lui notre louange.

    Inutilité de fuir loin de Dieu

    « Un homme se cachera-t-il dans quelque cachette où je ne le voie pas ? dit l’Éternel. N’est-ce pas moi qui remplis les cieux et la terre ? dit l’Éternel ? » Jérémie 23. 24.

    Où irai-je loin de ton Esprit ? et où fuirai-je loin de ta face ?

    Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche au shéol, t’y voilà.

    Si je prends les ailes de l’aube du jour, si je fais ma demeure au bout de la mer,

    Là aussi ta main me conduira, ta [main] droite me saisira.

    Si je dis : Au moins les ténèbres m’envelopperont, alors la nuit est lumière autour de moi.

    Les ténèbres même ne sont pas obscures pour [me] cacher à toi, et la nuit resplendit comme le jour, l’obscurité est comme la lumière. Psaume 139. 7 à 12

    À partir du premier acte de désobéissance accompli par nos parents, Adam et Ève, dans leur opposition à leur Créateur, l’être humain a désiré vivre d’une façon indépendante de Lui. Il cherche à fuir loin de la présence de Dieu, bien qu’étant conscient de sa propre insubordination et de son désaccord avec Lui. Même l’auteur de ce Psaume, quoiqu’il croie en Dieu, décrit très bien une « tentative de fuite » loin de Dieu. Il imagine pouvoir s’envoler au bout du monde pour fuir sa présence ; mais, où qu’il aille, Dieu est toujours là !

    Le psalmiste pense alors à l’obscurité comme ultime ressource, mais là encore il se trompe. Le regard de Dieu, comme un faisceau lumineux, pénètre et illumine même les recoins les plus reculés et obscurs.

    Quel enseignement retirer de ces versets ? Nous pourrions passer des années à dissimuler les vrais buts de notre vie : vanité, ambition, amour des richesses… mais la fuite est inutile ! Recherchons plutôt une vraie rencontre avec Dieu et, avec prière, ouvrons-nous à sa lumière et à sa grâce.

    EN DEHORS DU SUJET

    En Toi je mets ma confiance,

    Mon Sauveur, mon Ami, mon Soutien.

    Environné de ta présence,

    Mon cœur apaisé ne craint rien.

    Jean-Pierre

    – Qu’est-ce qui lui passe par la tête ? Cet enfant se moque de moi ! Je demande à mes élèves de me faire une poésie sur l’automne et voilà ce que me remet Jean-Pierre… Zéro ! En dehors du sujet. Mais il ne perd rien pour attendre, il va voir demain ! Je n’y comprends rien, d’habitude c’est mon meilleur élève…

    Ainsi raisonnait Mlle Soulignac, professeur de français au collège.

    Le lendemain matin, c’est un élève tout confus qui se présente à son bureau.

    – Mademoiselle, je suis désolé, hier je me suis trompé de feuille. Voici le travail demandé. Je vous prie de m’excuser.

    Le professeur lit les vers suivants :

    Non, tu n’es pas monotone,

    Bel automne !

    Sous ton ciel gris et changeant

    Tu nous donnes

    Le beau raisin et les pommes…

    Trois strophes de vers bien rythmés et d’une orthographe parfaite font suite à ceux-ci. Un sourire éclaire le visage de Mlle Soulignac.

    – J’aime mieux ça, Jean-Pierre !

    – Mais, Mademoiselle, je ne l’ai pas fait exprès, je me suis trompé de feuille. Voudriez-vous me rendre l’autre, s’il vous plaît ?

    – Je… je désire garder encore cette poésie si tu n’y vois pas d’inconvénient.

    – Bien sûr que non ! D’ailleurs, je la sais par cœur.

    – C’est toi qui l’a composée ?

    – Oui, Mademoiselle.

    – Bon, va à ta place.

    Après ses heures de cours, Mlle Soulignac rentre dans son appartement. Elle se verse une tasse de thé et commence la correction des travaux écrits tout en grignotant quelques biscuits. Elle retrouve la poésie qui, hier, l’a tellement agacée :

    En Toi je mets ma confiance,

    Mon Sauveur, mon Ami, mon Soutien.

    Environné de ta présence,

    Mon cœur apaisé ne craint rien.

    « Mon Ami, mon Soutien » ! Il en a de la chance, ce Jean-Pierre, d’avoir un ami, un soutien. Moi, Maryline, je n’ai personne qui puisse m’aider !

    « Environné de ta présence… » Hum, pas fameux ! Comment une présence peut-elle nous environner, je me le demande… mais enfin, il goûte tout au moins la présence de quelqu’un, ce cher enfant, moi je suis seule au monde. Plus de parents, pas d’amis…

    « Mon cœur apaisé ne craint rien ». Comme je voudrais que mon cœur soit apaisé ! Je souffre de la solitude, ma sotte timidité m’empêche de me lier avec mes collègues. Ils ont tous leur famille, donc peu de temps à me consacrer.

    Bien sûr, j’ai mon métier, j’aime mes élèves, mais jamais l’un d’eux, garçon ou fille, ne s’est intéressé à moi. Ils connaissent Mlle Soulignac, professeur de français, mais ils ne savent pas qui est Maryline, seule, pas très sociable bien qu’avide d’affection et de réconfort.

    « Environné de ta présence,

    Mon cœur apaisé ne craint rien ».

    Encore ces vers ! Ça devient une obsession ! Elle secoue la tête comme pour chasser une idée tenace, puis se remet à ses corrections.

    Vers 19 heures, Maryline se détend un peu en prenant un repas léger, puis continue d’annoter ses copies.

    Il se fait tard. La maison se remplit de silence et Maryline sursaute au moindre bruit. Elle pose enfin la dernière feuille et se couche rapidement.

    Dans son sommeil agité, elle rêve à son collège, à ses élèves. Elle voit Jean-Pierre, ce gentil garçon calme, travailleur, qui la regarde avec un sourire plein d’affection.

    Le réveil sonne. Il faut se préparer. Maryline Soulignac pense à son rêve et, à nouveau comme une maxime, le poème vient hanter ses pensées :

    En Toi je mets ma confiance,

    Mon Sauveur, mon Ami, mon Soutien.

    Environné de ta présence,

    Mon cœur apaisé ne craint rien.

    Encore ! Voilà que je le sais par cœur maintenant ! Je n’ai plus que cela en tête… jusqu’à rêver de Jean-Pierre ! À 26 ans, je radote déjà ! La solitude ne me convient pas. Je vais lui rendre son poème, ce sera préférable.

    À la même heure, Jean-Pierre prie pour son professeur. Jamais il n’a songé à le faire auparavant, mais aujourd’hui il s’y sent poussé. À genoux, il supplie le Seigneur pour que sa maîtresse apprenne à Le connaître, Lui, la source du vrai bonheur.

    « Tu sais, Seigneur, Mlle Soulignac a souvent l’air triste. Je ne sais pas pourquoi, mais Toi tu connais toutes choses. Tu es le Dieu de toute consolation, alors console-la, je te prie. Au nom de mon Sauveur, Jésus, Amen ».

    Jean-Pierre se relève et descend prendre son petit déjeuner en compagnie de ses parents. Comme chaque matin, le feuillet du calendrier est suivi de la lecture du chapitre correspondant, puis M. Aubert rend grâces à Dieu et recommande chacun des siens au Seigneur pour la journée. Une atmosphère de paix et de bonheur règne dans ce foyer, où chacun mange avec plaisir le déjeuner préparé par la mère de famille. Enfin le carillon de la pendule annonce l’heure du départ de Papa pour son travail et de celui de Jean-Pierre pour le collège.

    Dix heures ! C’est l’heure de français. Le professeur s’apprête à lire un texte à ses élèves lorsque, levant les yeux de dessus son livre, elle aperçoit Jean-Pierre qui lui sourit. Oui, il lui sourit de ce sourire amical qu’elle a vu cette nuit en rêve. Pourtant cette fois, elle est bien éveillée !

    Elle pousse un soupir et annonce le titre : « Le Barrage ». De sa voix posée et harmonieuse, elle lit quelques pages de l’histoire d’un jeune ouvrier, Michel Legrand, qui, après la lecture d’une annonce, se rend aux Ramèges, village des Alpes, pour se faire embaucher dans le chantier d’un barrage hydro-électrique.

    Les élèves sont attentifs, car ils auront à faire un résumé de ce récit. En terminant, le professeur ajoute : « Cette lecture est tirée du livre de Gilbert Cesbron : Vous verrez le ciel ouvert ».

    Que le visage de Jean-Pierre est heureux ! pense Mlle Soulignac qui vient de poser son livre et s’apprête à distribuer le texte polycopié à ses élèves.

    Jean-Pierre, lui, est bien loin de cette scène. Il pense à Étienne, dans les Actes des Apôtres, qui plein de l’Esprit Saint, voyait les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Et au début de l’évangile de Jean, « Désormais vous verrez le ciel ouvert…».

    Cet enfant sourit encore. Pourquoi ?

    – Jean-Pierre, où es-tu ? Rêves-tu ?

    – Non, Mademoiselle.

    – Tiens, distribue un texte à chaque élève, cela te réveillera. Au fait, après les cours, j’aimerais te parler. Peux-tu rester dix minutes ?

    – Oui, Mademoiselle.

    Dix-sept heures. Tous les élèves sont sortis et Jean-Pierre attend dans la classe.

    Voici Mlle Soulignac qui rentre.

    – Jean-Pierre, je t’ai demandé de rester un instant, tout d’abord pour te rendre ton poème. Excuse le zéro que j’y ai marqué, mais je croyais que c’était ton devoir sur « L’automne ». Pourrais-je te demander ce que signifie pour toi le mot « environné », dans ta poésie ?

    – Être entouré de tous côtés.

    – Ainsi une présence t’entoure de tous côtés. C’est difficile à réaliser.

    – Non, Mademoiselle. Il est écrit dans un psaume : « Tu me tiens serré par derrière et par devant et tu as mis ta main sur moi » (Ps. 139. 5). Et puis la Bible dit aussi: « Au-dessous de toi sont les bras éternels » (Deut. 33. 27). Donc je suis environné de tous côtés par la présence du Seigneur Jésus, Il me protège et me soutient.

    – C’est bien cela. Oui, bien sûr, tu as la foi. À ton âge, c’est normal.

    – Mais, Mademoiselle, mes parents qui sont bien plus âgés que vous l’ont aussi, tout comme mes grands-parents.

    – Cela ne m’étonne pas. Cette foi se transmet sans doute de père en fils. Je n’ai pas été élevée dans une famille chrétienne, par conséquent tes belles paroles ne sont pas pour moi.

    – Mais si, Mademoiselle, vous pouvez venir à Jésus, puisqu’Il a dit : « Venez à Moi vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés ». Il est encore écrit : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à Moi » (Mat. 11. 28 ; Jean 6. 37).

    – Merci, Jean-Pierre, pour ta réponse franche. Mais encore une question : Pourquoi m’as-tu souri ce matin ?

    – Parce que j’ai pensé que vous étiez triste, et qu’aujourd’hui j’ai prié pour vous.

    – Toi… tu as pensé à moi ? J’en suis bien touchée. En effet, je me sens assez isolée ici, loin de ma ville natale. Tu es le premier élève qui me témoigne de la sympathie.

    – Je vous aime beaucoup, Mademoiselle, et il faudra venir à la maison. Papa et Maman seront heureux de vous connaître. Je vais leur en parler.

    – Oui, je viendrai peut-être. Mais dis-moi, Jean-Pierre, à quoi rêvais-tu ce matin pendant la lecture du texte ? Tu me semblais bien loin de la classe avec ton air extasié.

    – Non, Mademoiselle, je pensais au titre du livre de Gilbert Cesbron : Vous verrez le ciel ouvert.

    – Alors ?

    – Alors, j’ai vu le martyr Étienne, qui a été lapidé pour sa foi et qui voyait les cieux ouverts, et Jésus, le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Et puis j’ai pensé à ce passage de l’évangile de Jean : « Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme ».

    – Tu es heureux, mon garçon, de pouvoir croire ces choses. J’aimerais avoir ta foi. Il est vrai que je ne connais pas grand-chose. Qui pourrait m’instruire ?

    – Mademoiselle, le dimanche, nous allons à une réunion où la Parole de Dieu est lue et commentée. Si vous voulez, venez avec nous dimanche. Mes parents se feront une joie de vous y conduire, et ils pourront vous expliquer mieux que moi ce que cela signifie pour eux. Et puis, vous pourriez prendre le repas de midi avec nous chez mes grands-parents comme nous le faisons tous les dimanches. Cela leur fera plaisir.

    – Merci de tout cœur, Jean-Pierre, je crois que je vais accepter.

    Dimanche soir. Maryline Soulignac s’endort heureuse. Non, elle ne sera plus seule dorénavant. Un de ses élèves a prié pour elle. Elle connaît à présent une gentille famille et elle est moins isolée. Mais, par-dessus tout, elle ressent déjà la présence d’un Ami, du Fils de Dieu venu ici-bas chercher et sauver ceux qui sont perdus.

    Pendant le culte et la réunion de cet après-midi, elle a compris que Jésus l’aimait et la cherchait.

    On a chanté un beau cantique « À qui donc irions-nous… » et rappelé cette parole de l’apôtre Pierre : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

    Quelqu’un a parlé ensuite de l’amour du Seigneur, source qui rafraîchit le cœur le plus altéré. Puis la pensée du Dieu de Vérité, de Lumière et d’Amour a donné suite au chant d’un cantique qui acheva cette journée :

    « Source de lumière et de vie,

    Source de grâce pour la foi,

    Repos, bonheur, paix infinie,

    Nous les avons trouvés en Toi ».

    Le soir, Maryline Soulignac eut une conversation avec les parents et les grands-parents de Jean-Pierre. Le grand-père pria pour cette âme qui cherchait sa voie et M. Aubert ajouta une fervente prière.

    Avant de s’endormir, Maryline prie elle aussi. Une prière bien hésitante, sans doute, mais entendue au ciel et reçue avec joie comme un parfum de bonne odeur, par un Père qui nous aime et comprend tout.

    – Ô Dieu et Père, voudrais-tu de moi comme ton enfant ? J’aime Jésus qui est mort pour moi et je mets en Lui ma confiance. Puisse-t-il être chaque jour de ma vie mon Ami, mon Soutien ! Amen.

    Paisible et sereine, Maryline murmure encore, le cœur plein de reconnaissance :

    En Toi je mets ma confiance,

    Mon Sauveur, mon Ami, mon Soutien.

    Environné de ta présence,

    Mon cœur apaisé ne craint rien.

    D’après La Bonne Nouvelle 1982 (A. Rr)