TRADUCTION DE FEUILLETS (17)

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TRADUCTIONS DE FEUILLETS (17)

Tourne-toi vers moi et use de grâce envers moi, car je suis seul et affligé. Les détresses de mon cœur se sont agrandies ; fais-moi sortir de mes angoisses. Ps. 25. 16 et 17

SORTIR DE LA DÉPRESSION

Louis était un chrétien convaincu, connu et actif. Et soudain il tomba malade : burnout lié à une profonde dépression durant indéfiniment. Son épouse lui donna alors un livre dont le titre était : Demeurer en Christ et continuer à Lui faire confiance. Louis, de mauvaise humeur, mit le livre de côté. Il expliqua plus tard :
– Je dois reconnaître que, dans mon vocabulaire de chrétien, demeurer et rester tranquille n’avaient pas de place. C’était pour moi des synonymes de : ne rien faire, ne pas bouger. Et c’était contraire à mes habitudes de nature. Pourtant j’étais maintenant couché, sans forces, sans réactions. La seule chose que je pouvais faire, c’était de rester tranquille – près de Jésus, mon Seigneur.
Il se passa des semaines avant que mon esprit épuisé et mon corps fatigué se remettent. Je fus surpris et heureux quand je me rendis compte que Dieu me parlait à nouveau. Oui, Il avait toujours été là. Il ne m’avait pas retiré Son Esprit ; et Sa puissance n’avait pas changé. C’était moi qui devais devenir paisible et tranquille, et non pas Dieu !
Il devint clair pour moi que Dieu aime aussi ceux qui ne sont pas actifs, qui ne peuvent plus rien faire ! Je reconnus avec reconnaissance : – Je ne suis pas obligé de m’astreindre, d’être actif, mais seulement de demeurer près du Seigneur. Quel soulagement et quelle joie ! Et non seulement Dieu m’aimait alors que j’étais inactif, Il m’encourageait même.
Le Seigneur Jésus, mon Sauveur, ne m’a pas abandonné. Dans mon burnout et ma dépression, je L’ai connu d’une nouvelle manière : Il a pris du temps, Il a été à mes côtés, Il m’a enseigné avec amour.
« Dans la tranquillité et dans la confiance sera votre force » (És. 30. 15).

D’après Der Herr ist nahe Mai 2020

 

Voici des hommes portant sur un lit un homme qui était paralysé : ils cherchaient à l’introduire et à le mettre devant lui (Jésus). Luc 5. 18.

PERDRE ET GAGNER

La jeune fille avait été déçue : un jeune homme lui avait dit qu’il l’aimait, mais il n’avait désiré que son corps et son argent. Puis il l’avait délaissée.
Elle était désespérée – et elle se jeta devant un train. Quand elle revint à elle à l’hôpital et qu’elle voulut se lever, elle ne le put pas : elle avait perdu les deux jambes ! Un cri déchirant retentit dans la chambre…
Les jours suivants, c’était le désespoir, l’apathie et les reproches : – Pourquoi suis-je encore en vie ? Je ne pourrai plus jamais marcher, plus jamais faire ce que je veux. Je suis pour toujours clouée sur un lit !
Alors qu’elle était à nouveau complètement désespérée, une infirmière vint s’asseoir près d’elle et la questionna sur sa vie jusque-là. La jeune fille raconta : – Le matin j’allais au travail. Quand je rentrais à la maison, le soir, mon ami et moi allions à une soirée ou l’autre. Il y avait toujours quelque chose. Et maintenant je ne pourrai plus jamais aller nulle part – plus jamais !
L’infirmière resta un moment silencieuse, puis elle lui dit : – Il y a pourtant un chemin où vous pourrez marcher encore et toujours. Vous n’y avez pas pensé quand vous étiez en bonne santé – mais il est encore ouvert. Et elle lui raconta le récit des quatre hommes qui, ensemble, avaient amené à Jésus l’homme paralysé – et comment Jésus avait dit au paralytique : « Tes péchés sont pardonnés » (Luc 5. 18 à 26).
La jeune fille écouta, elle posa des questions, elle crut au message et fit l’expérience du pardon de ses péchés. Plus tard, elle disait souvent : – Le chemin avec Jésus est meilleur que tous les chemins sur lesquels j’étais autrefois.
« Éternel ! Enseigne-moi ton chemin, et conduis-moi dans le sentier uni » (Ps. 27. 11).

D’après Die gute Saat mai 2020

 

Jésus leur dit… je suis la porte des brebis… je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance. Jean 10. 7 et 10.

AVOIR LA VIE ÉTERNELLE DÈS MAINTENANT

Un jeune garçon avait entendu le message de la bonne nouvelle concernant le Seigneur Jésus Christ. Il était conscient que ce message était la vérité, que lui-même, bien qu’encore jeune, ne pouvait pas se tenir devant Dieu à cause de ses péchés. Mais la question était-elle urgente ? Devait-il se convertir tout de suite ?
Il demanda au prédicateur à quel âge on devait se convertir. – Au moins une heure avant de mourir, fut la réponse, brève mais interpellante. Le garçon réfléchit un moment, puis il dit : – Cela veut dire que je dois me convertir tout de suite ! Il avait compris quelle était la seule conclusion possible, et il agit en conséquence.
Il est clair que personne ne sait quand viendra sa dernière heure, ni non plus s’il aura alors la possibilité de se mettre en ordre avec Dieu. Aussi, quand Dieu appelle, nous devons obéir à Sa voix qui nous interpelle. Nous ne pouvons pas Le faire attendre jusqu’à ce que cela nous convienne.
Quelqu’un pourra toutefois demander : – Dans le cas où un jeune se convertit et décide de vivre conformément aux enseignements de la Bible, est-ce qu’il ne perd pas les meilleures années de sa vie ? – Sans doute, il ne vit pas certaines expériences excitantes qui sont souvent très attirantes. Mais de telles expériences, vécues loin de Dieu et dans des plaisirs impurs, laissent cependant toujours un mauvais arrière-goût, ou même un sentiment de culpabilité et d’implication dans le mal. Un jeune chrétien renoncera à de telles choses ; il se rend compte que celui qui désire vivre pleinement sa vie n’y trouvera pas réellement de la joie. Le chrétien a trouvé Christ, et par Lui, une vie accomplie, qui vaut la peine d’être vécue, et où il ne lui manque rien.

D’après The good Seed Avril 2020

 

Arrête-toi maintenant, et je te ferai entendre la parole de Dieu. 1 Sam. 9. 27.

ARRÊTÉE PAR LA TERREUR

Au milieu des grandes forêts d’Amérique vivait une famille travailleuse de petits propriétaires.
Un soir, après que le père et les enfants soient allés se coucher, la mère était encore occupée à des préparatifs pour le lendemain.
Jusque-là, elle n’avait jamais pensé à se préparer aussi pour l’éternité. Elle savait qu’elle avait besoin d’avoir Jésus Christ comme son Sauveur, mais elle avait toujours repoussé cette décision, de Le recevoir dans sa vie.
Elle alla dans la grange chercher du bois de chauffage pour la cheminée. En traversant la cour pour revenir à la cuisine, elle aperçut un énorme jaguar qui, sortant de la forêt, se dirigeait sur elle en bondissant. Elle laissa tomber son panier et courut à la porte d’entrée de la maison, qui par miracle était encore ouverte. Elle entra de justesse en fermant la porte au verrou derrière elle, et le jaguar heurta violemment la porte, retombant inconscient à cause du choc.
Réveillé par le bruit, le mari accourut, et trouva sa femme gisant sur le sol. Par la fenêtre il aperçut le jaguar qui se relevait. Il releva rapidement sa femme, puis tira sur le prédateur. Entre-temps, sa femme s’était un peu remise de son choc, mais elle ne se sentait pas du tout tranquille. Elle savait qu’elle n’était pas prête pour paraître devant le jugement de Dieu. Elle se retira à l’écart, s’agenouilla et confessa sa vie vécue sans Dieu.
Cette occasion terrible l’avait amenée à s’arrêter pour écouter la Parole de Dieu et lui obéir.

D’après The good Seed Mai 2020

 

C’est une chose terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant ! Héb. 10. 31.

ÊTES-VOUS EN ORDRE AVEC DIEU ?

Une infirmière chrétienne nous raconta le fait suivant.
Il y a bien des années, il y avait, dans le service de l’hôpital où je travaillais, une femme très gravement malade. Elle me demanda un jour : – Ma sœur, est-ce que je vais mourir ? Je lui répondis : – Je ne le sais pas, mais vous-même savez que votre état est très grave. Êtes-vous prête à mourir ? Est-ce que tout est en règle entre Dieu et vous ?
Elle a alors fait part de ses problèmes : – Rien n’est en ordre. Je ne peux pas mourir maintenant. Nous avons juste réussi à relever notre entreprise qui était au bord de la faillite – et à mettre un peu d’argent de côté pour nos vieux jours. Jusqu’à maintenant je n’ai fait que travailler. Et puis, il y a mon compagnon. Nous vivons ensemble, mais il nous faut nous marier. Ma sœur, je ne dois pas mourir déjà !
Sa fin approchait. Est-ce que je pouvais rester muette ? – Je devais lui parler du Seigneur Jésus, de Son amour et de Son œuvre de la croix. Je priai avec elle, en la recommandant à Dieu.
Alors elle me prit la main et me dit : – Ma sœur, priez pour ma chatte aussi, pour qu’on puisse trouver quelqu’un qui s’en occupe. Je fus prise par surprise, mais elle me suppliait : – Priez pour ma chatte ! Aussi j’ai prié pour sa chatte. Quand, plus tard, je retournai près de son lit, elle était dans le coma. Elle mourut peu après.
Pour quoi que ce soit qu’elle ait eu à mettre en ordre, c’était trop tard ! Il était clair qu’elle n’était plus capable, dans ses derniers moments, de distinguer ce qui était important ou non. Est-ce qu’elle put s’approcher de Dieu ? – Je ne le sais pas. J’ai rarement vécu un choc tel que celui-là. Comme il est impératif de mettre en ordre à temps ses relations avec Dieu !
« Voici, c’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut ». (2 Cor. 6. 2).

D’après The good Seed Mai 2020

 

Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs et sachant que c’est que la langueur, et comme quelqu’un de qui on cache sa face… et nous n’avons eu pour lui aucune estime. És. 53. 3.

DÉFIGURÉ POUR SAUVER UNE AUTRE PERSONNE

Dans une maison d’un village, un incendie s’était déclaré. Les voisins accoururent. Tout à coup on entendit un cri désespéré… C’était un petit garçon qui était resté prisonnier des flammes ! Sa maman, sortie faire quelques courses, arrive, affolée. Elle se précipite vers la maison, mais un bras la retient et un homme se jette dans le feu à sa place. Il réussit à grimper dans l’escalier, retire sa veste et en entoure le petit garçon avant de redescendre à travers le feu. L’enfant est sauvé ! Mais l’homme est gravement brûlé, et ses souffrances intenses dureront longtemps.
Lorsqu’il est enfin guéri, son visage est défiguré et méconnaissable. Le petit garçon sauvé grandit, le souvenir de l’incendie s’estompe. L’homme défiguré fait peur aux enfants, qui s’enfuient quand ils le voient. Quelquefois ils se moquent de lui, et le petit garçon sauvé, se joint inconsciemment à eux pour le chicaner… Mais ses parents, eux, n’ont pas oublié ! Et un jour, quand leur enfant est en âge de comprendre, ils lui expliquent ce qui a défiguré à jamais le visage de cet homme courageux et charitable.
L’enfant éclate en pleurs. Comment a-t-il pu se moquer de celui qui a risqué sa propre vie pour le sauver ? Tout honteux et plein de remords, il court pour chercher cet homme et se jette dans ses bras. Comme il l’aime maintenant !
Cela nous fait bien penser aux souffrances de Jésus Christ par amour pour nous : c’est à Lui que nous devons la vie éternelle. Il est bien digne de toute notre reconnaissance, de notre amour et de notre obéissance. Il est digne que nous nous souvenions de Lui.

D’après Il buon Seme Avril 2020

CORONA 9

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CORONA 9

 

Le mois de mai est le temps des semailles au Canada. Lorsque le cultivateur ensemence ses champs, il le fait dans l’espérance d’une abondante récolte.

Il doit déployer beaucoup d’efforts jusqu’à ce que la semence soit en terre et parfois bien de la patience.

Plusieurs embûches déstabilisent le semeur : des pierres à enlever, un outil qui se brise, ou la pluie qui vient retarder le moment idéal pour la réussite. Si le temps pour semer est dépassé, si les graines ne peuvent profiter des pluies de la première saison, il y aura échec.

Ensuite, comme montré dans les Écritures, il faut de la vigilance : « le matin, sème ta semence, et, le soir, ne laisse pas reposer ta main ; car tu ne sais pas ce qui réussira, ceci ou cela » (Éccl. 11. 6). Il faut aussi de la patience : « voici, le laboureur attend le fruit précieux de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il reçoive les pluies de la première et de la dernière saison » (Jac. 5. 7).
On dit dans le métier de cultivateur : « c’est en hiver que l’on se prépare pour la prochaine saison ». Ainsi, le printemps arrivé, les outils seront réparés, les semences achetées.
Semblablement, dans le champ du Seigneur, que ce soit pour l’évangélisation, pour l’édification des saints ou pour tout ministère pastoral, il faut un temps de préparation. Il y a l’appel du Seigneur, comme ce fut le cas pour Élisée quand Élie posa son manteau sur le laboureur, ensuite la décision et la formation.

Après le départ d’Élie pour le ciel, Élisée était reconnu comme celui qui « versait l’eau sur les mains d’Élie » (2 Rois 3. 11), ce qui laisse à penser qu’il a été quelques années à son service.

Lorsqu’un sacrificateur ou un prophète offrait un sacrifice, il devait se laver les mains ; en cela, Élisée assistait son maître ! Humble service pour celui qui remplacerait le prophète d’Israël. La communion avec Élie devait lui être hautement profitable.
Si ce temps d’attente peut se comparer à la préparation hivernale du paysan, il est aussi le temps pour tout serviteur de Dieu, d’apprendre à connaître la volonté de son Maître.
Lorsque l’Évangile est apporté, le semeur de la Parole de Dieu rencontre beaucoup d’embûches. Ce ne sera pas des pierres à enlever, mais des raisonnements, des doutes, des craintes, enfin tout ce que l’adversaire essaye de « semer » pour contrecarrer l’œuvre de Dieu.
Mais le champ n’est pas seulement le monde (Mat. 13. 38), c’est aussi notre cœur !

Pour que le Seigneur puisse s’en servir il faut qu’il soit labouré. Au reste, l’apôtre Paul, en écrivant aux Corinthiens, doit leur dire : « vous êtes le labourage de Dieu » (1 Cor. 3. 9).

Ce travail de l’Esprit de Dieu dans le croyant passe souvent par des tribulations, « sachant que la tribulation produit la patience, et la patience l’expérience, et l’expérience l’espérance » (Rom. 5. 3). C’est aussi une question de foi pratique qui fera écrire à l’apôtre Jacques : « l’épreuve de votre foi produit la patience. Mais que la patience ait son œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis » (Jac. 1. 3 et 4).
Nous devons savoir discerner le moment propice pour entrer en conversation avec ceux que le Seigneur place sur notre chemin, savoir employer les mots qui dirigeront les regards vers le ciel, semer la Parole et attendre patiemment que « Dieu produise l’accroissement » (1 Cor 3. 7).
En méditant sur le thème de la patience, nous pensons aux bien-aimés du Seigneur qui traversent la persécution, la famine, les deuils ou les maladies éprouvantes. Écoutons l’Écriture sainte : « Voici, nous disons bienheureux ceux qui endurent l’épreuve avec patience. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin du Seigneur, savoir que le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux » (Jac. 5. 11).
Combien nous aimerions tous être épargnés des souffrances physiques ou même morales. Nombreux sont ceux et celles qui traversent de telles circonstances ; leur témoignage de foi, de confiance et de patience devient, pour plusieurs, source d’inspiration.

Paul et Silvain, et Timothée se glorifiaient des Thessaloniciens dans les assemblées de Dieu au sujet de leur patience et de leur foi, « dans toutes vos persécutions et dans les tribulations que vous supportez » (2 Thess. 1. 4).
Trois assemblées (églises) d’Asie sont caractérisées par la patience : Éphèse, Thyatire et Philadelphie. Cette dernière touche particulièrement nos cœurs : puisqu’elle a « gardé la parole de ma patience (celle de Jésus) », elle sera gardée par Lui « de l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre » Apoc. 3. 10).
Gardée « hors de » l’épreuve, l’Église unie à son Seigneur dans le ciel, entrera en sympathie et en prières pour ceux qui, sur la terre, refuseront la marque de la bête.

Au cours de cette grande tribulation, les saints éprouvés seront témoins de la chute définitive de Babylone. Après avoir été persécutés par elle, ils auront cette récompense : la délivrance anticipée qui sera donnée entièrement par le Seigneur ; « Ici est la patience des saints ; ici, ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus (Apoc. 14. 12).
Pour nous aujourd’hui, soyons « fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire, pour toute patience et constance, avec joie » (Col. 1. 11).
« Le ministère de la justice » (2 Cor. 3. 9), lié à la « connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ » est un trésor placé dans nos cœurs, qui sont des vases de terre.

Le service de la proclamation de la bonne nouvelle du salut fait aussi partie de ce trésor (voir : 2 Cor. 3. 18 à 4. 6). La gloire promise, dans laquelle nous entrerons et qui nous est encore voilée, « nous l’attendons avec patience » (Rom. 8. 25).
En ce temps particulier, que nous vivons présentement : Usons de patience, affermissons nos cœurs, « car la venue du Seigneur est proche » (Jac. 5. 8).

 

SAUVÉS PAR GRÂCE, PAR LA FOI

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Comment un homme sera-t-il juste devant Dieu ? Job 9. 2.
Étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le christ Jésus. Rom. 3. 24.

SAUVÉS PAR GRÂCE, PAR LA FOI

 

« Il n’y a pas de juste, non pas même un seul » déclare la Bible (Rom. 3. 10). Cependant, Dieu dit : « Justes, réjouissez-vous en l’Éternel » (Ps. 97. 12). D’où viennent alors ces justes ? Est-il possible qu’une personne injuste puisse devenir juste devant Dieu ? Eh bien, oui ! – par la vertu du sang de Christ mort pour nos péchés.
Que devons-nous faire pour devenir justes devant Dieu ? Simplement croire en Jésus Christ, que Dieu a envoyé dans le monde pour être notre Rédempteur (voir Rom. 5. 8 et 9 ; 1 Cor. 15. 3).
« Vous êtes sauvés par la grâce » (Éph. 2. 8). C’est la main tendue de Dieu, qui offre au pécheur un salut entièrement gratuit. Mais le verset ajoute : « par la foi » et cela, c’est la main de celui qui saisit l’offre faite.
Ai-je besoin de la grâce ? – Oui, certainement ! Car Dieu dit : « Il n’y a pas de différence, car tous ont péché » (Rom. 3. 22). Dieu a ouvert le chemin afin que le pécheur soit pardonné et entièrement purifié : Jésus Christ, le Fils de Dieu sans péché, a porté le jugement sur les péchés, à la place de quiconque croit en Lui, afin que celui qui accepte cette œuvre expiatoire pour lui-même, soit déclaré sauvé.
« Ayant été justifié sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre seigneur Jésus Christ » (Rom. 5. 1).
« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1. 9).

D’après « The Good Seed » mai 2018

 

QUI PEUT LIRE LA BIBLE ?

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L’homme naturel ne reçoit pas les choses qui sont de l’esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître parce qu’elles se discernent spirituellement. Mais celui qui est spirituel discerne tout ; et lui-même n’est discerné par personne. 1 Cor. 2. 14 à 15.

QUI PEUT LIRE LA BIBLE ?

De quelle manière peut-on lire et interpréter la Bible, Qui peut le faire ? Faut-il être expert, historien, exégète, théologien, ou archéologue ?
La Bible a-t-elle un message pour chacun de nous ? Est-ce un message personnel ? Oui, car la Bible est la Parole de Dieu, adressée à chacune de Ses créatures. Elle ne fait pas appel à nos connaissances, mais à notre cœur et à notre conscience. C’est pour cela que tous sont concernés, petits et grands. Il faut prendre la place de celui qui, reconnaissant sa petitesse devant Dieu, désire être instruit. Jésus Christ a dit à Dieu, Son Père : « Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et tu les as révélées aux petits enfants » (Mat. 11. 25). Un prophète d’autrefois avait déjà écrit : « Écoutez, cieux, et prête l’oreille, terre ! car l’Éternel a parlé » (És. 1. 2). Bien qu’elle ait été composée de textes vieux de plusieurs millénaires, la Bible est toujours actuelle. Elle est la révélation que Dieu donne de Lui-même et de Ses plans concernant les hommes. Le texte n’est ni historique, ni scientifique. La Bible nous explique pourquoi nous sommes des pécheurs condamnés à la mort éternelle, et elle nous présente le seul moyen d’être réconciliés avec Dieu : la foi en Jésus-Christ, mort sur la croix et ressuscité.
La Parole de Dieu est vivante et a la puissance d’agir en nous si nous la croyons. Soyons bien certains que, qui que nous soyons, si nous lisons la Bible avec un cœur sincère, Dieu se fera connaître à nous.

D’après « Il Buon seme » avril 2020

 

LES RELATIONS PRATIQUES ENTRE LES CROYANTS

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LES RELATIONS PRATIQUES ENTRE LES CROYANTS

« LES UNS… LES AUTRES »

 

Nous allons nous référer à un certain nombre de passages dans les épîtres. Je pense que chacun s’est remis au Seigneur pour demander Son aide, pour que nous soyons encouragés par Sa Parole, que Son Esprit nous dirige et que chaque membre du corps puisse être fortifié dans sa vie spirituelle.

Pour introduire le sujet, je voudrais d’abord lire un verset dans les Actes des apôtres au chapitre 28 :
« et ainsi nous allâmes à Rome. Et de là, les frères, ayant appris les choses qui nous étaient arrivées, vinrent au-devant de nous jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes ; et Paul, les voyant, rendit grâces à Dieu et prit courage » (v. 14 et 15).
Là, Paul était à la fin de son dernier voyage. Il y avait rencontré beaucoup de difficultés, beaucoup de dangers.
On peut bien imaginer son état d’esprit quand il était oppressé par tout ce qui l’attendait, la prison, l’empereur. Il débarque, et il voit des frères qui arrivaient vers lui. Ils avaient fait plusieurs dizaines de kilomètres pour le voir. Et alors il est dit : « Paul, les voyant, rendit grâces à Dieu et prit courage ». Il a vu leur affection, il a vu leur foi, il avait désiré les voir. Il le dit dans le 1er chapitre de l’épître aux Romains au v. 11 : « Je désire ardemment de vous voir ». Il voulait être consolé « ensemble au milieu de vous, vous et moi, chacun par la foi qui est dans l’autre ».
Ce n’est pas comme apôtre, dans son ministère d’apôtre, qu’il était venu là, mais comme prisonnier. Et là, il a été encouragé par la foi de ces frères humbles qui sont venus chercher le grand apôtre des nations pour l’escorter jusqu’à Rome. On voit que le fait de voir les frères a encouragé Paul – c’est l’affection fraternelle.

Le Seigneur Jésus bâtit Son assemblée, Il l’édifie jusqu’à Son retour.
Notre message ce soir, c’est de voir ensemble ce que la Parole nous enseigne sur les relations pratiques entre les croyants, à partir des passages du Nouveau Testament qui contiennent l’expression : « les uns… les autres ». On a : les uns les autres, les uns pour les autres, les uns envers les autres, les uns des autres. J’ai compté à peu près 70 versets qui contiennent cette expression dans le Nouveau Testament.
La majorité, plus de 50, ont des exhortations positives : aimez-vous les uns les autres, encouragez-vous, consolez-vous.
Quelques-unes aussi sont négatives : « ne murmurez pas les uns contre les autres » (Jac. 5. 9), « ne parlez pas l’un contre l’autre, frères » (Jac. 4. 11), « vous vous… dévorez l’un l’autre » (Gal. 5. 15) etc. On ne va pas citer tous ces versets, bien sûr. On va en lire quelques-uns et en citer quelques-uns de mémoire. Chacun pourra faire une recherche chez lui, dans le particulier, et approfondir ce sujet.

Le premier point que je désire que nous voyions ensemble, c’est sur quoi sont fondées nos relations pratiques, nos relations entre nous – horizontales, on pourrait dire.
Elles sont fondées sur notre relation verticale avec le Seigneur Jésus.
Et comment cela ? C’est tout le chemin de la grâce de Dieu. Dieu nous a pris là où nous étions. Ésaïe 53 nous dit : « nous nous sommes tournés chacun vers son propre chemin » (v. 6). Nous étions haïssables, nous haïssant l’un l’autre. Voilà ce que nous étions. Et alors, pour ces êtres misérables, il a fallu que Christ vienne, il a fallu Son œuvre à la croix pour que Dieu nous pardonne, pour que Dieu nous sauve, pour que Dieu nous donne la vie, la vie de Son Fils et pour qu’Il nous rassemble.

La Parole utilise plusieurs images pour nous parler de cette unité, de ce rassemblement. Nous savons que l’assemblée, corps de Christ dont Lui est la tête, est aussi la maison de Dieu.
Le Seigneur Lui-même a dit : « sur ce roc je bâtirai mon assemblée » (Mat. 16. 18) – sur ce roc qui est Lui-même, la maîtresse pierre de coin.
Et puis aussi, nous sommes l’épouse de Christ.
Et dans les épîtres de Jean, c’est plutôt le côté de la famille de Dieu. Nous avons tous la même vie divine.
Dans toutes ces images, on voit qu’il y a une relation certaine et vitale avec le Seigneur Jésus. Pour le corps, c’est Lui, la tête du corps, qui donne l’influx nerveux à chacun.
Dans l’image de la maison, il est dit que c’est la maison de Christ: « Nous sommes sa maison » (Héb. 3. 6).
Et puis Il est notre Époux. Nous sommes soumis à Lui à ce titre-là, dans l’affection. Bien sûr.
Il est important aussi de voir qu’en position, nous sommes tous égaux devant Dieu. Nous bénéficions tous de la même grâce, Il nous a tous pardonnés. Si l’on fait référence aux paraboles de l’évangile, qu’on ait eu 50 deniers de dette ou 500, ou plutôt 10.000 talents, une dette énorme ! – Dieu nous a pardonnés, Il a remis nos péchés, Il nous a donnés la même vie à tous. L’apôtre Jean dit que « nous avons communion les uns avec les autres » (1. 7) et que « notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1. 3). Quelle chose merveilleuse !

Pierre nous dit que nous avons « en partage une foi de pareil prix » (2 Pier. 1. 1). Nous avons le même salut. Et ce qui est important, c’est que nous avons tous le même prix aux yeux de Dieu, c’est le prix du sang de Son Fils. Et nous, nous étions si chers à Dieu, Il nous a estimés à un tel prix, « une perle de très-grand prix » dans la parabole (Mat. 13. 46) – que l’on pourrait dire que Dieu a aligné ce qu’il fallait, la rançon qu’il fallait – et c’était un prix infini, c’était la vie de son Fils. Donc nous avons tous un grand prix devant Dieu.
Il y a une belle image dans les Rois. On voit que le temple de Salomon était fait de pierres de prix, que ce soit les fondations ou les murs.
Mon frère, ma sœur, ont un grand prix devant Dieu. C’est ce qui donne aussi la force à l’expression : « le frère pour lequel Christ est mort » (1 Cor. 8. 11), ce frère dont il faut prendre soin, qu’il ne faut pas blesser.

Si nous avons conscience de ces choses, nous allons agir les uns envers les autres avec amour et dans l’humilité, sans nous placer au-dessus de nos frères. Si nous sommes humbles, nous sommes aussi divers. Chacun a sa personnalité, son caractère, et surtout chacun a reçu du Seigneur Jésus un don différent, un service différent, un ministère différent – pas forcément des services publics, comme pasteurs ou docteurs. Mais la Parole nous parle de dons d’aide, un ou deux services en Romains 12, des services simplement, des services matériels peut-être : celui qui distribue, celui qui exerce la miséricorde, tant de choses.
Et puis, nous avons tous une fonction différente, comme les membres d’un seul corps.
Par exemple, dans les Éphésiens il est parlé de jointures. Les jointures, ce sont les articulations du corps, des services peut-être très discrets, mais qui font que le corps fonctionne, que les rouages fonctionnent, des liens entre nous. Si chaque membre dépend de la tête, nous sommes aussi membres les uns des autres.

Je voudrais lire un verset dans l’épître aux Éphésiens au chapitre 4 :
« C’est pourquoi, ayant dépouillé le mensonge, parlez la vérité chacun à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres » (v. 25).
Dans un certain sens, l’autre, le frère, est une partie de nous-même comme dans un corps. C’est pour cela que, dans ce verset, si nous mentons à notre frère, c’est comme si nous nous trompions nous-même. Si nous sentons quelque chose qu’a notre frère, nous sentons quelque chose qui nous appartient, et à réaliser ces liens entre eux.
C’est important de se rappeler, au début de ce message, qu’avant de parler de relations horizontales, nous avons une relation verticale, et si nous nous déconnectons de cette relation, tout ce que nous pouvons dire sur nos relations entre nous, c’est de la bonne morale, de la morale chrétienne peut-être, mais Dieu veut que nous puissions dans nos relations reproduire Christ, l’image de Christ.

Le deuxième point que je voulais voir, c’est l’amour les uns pour les autres. On trouve une quinzaine de versets qui parlent de l’amour « aimez-vous les uns les autres » ou sous d’autres formes.
Le premier c’est, bien sûr, ce que le Seigneur Jésus Lui-même dit en Jean 13 :
« Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez l’un l’autre ; comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre » (v. 34).
Là le Seigneur Jésus parle d’un commandement nouveau parce qu’il y a aussi des commandements anciens que donnait la loi : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lév. 19. 18).
Mais d’une part, la loi ne donnait pas la force pour accomplir cela. D’autre part, la référence c’était l’amour pour soi, un amour égoïste. Et le Seigneur Jésus dit : « comme je vous ai aimés ».
Ce n’est peut-être pas tellement une question de mesure, elle est infinie, mais il est question de la manière d’aimer.
Les disciples ont eu un exemple merveilleux, très parlant, dans cette soirée même, quand le Seigneur Jésus s’est d’abord abaissé pour laver les pieds de Ses disciples, pour enlever leurs souillures, donc ils ne voulaient pas le faire eux-mêmes. Il s’est ensuite occupé encore en amour de Judas. Le Seigneur Jésus n’a jamais laissé transparaître la moindre chose sur l’état de Judas, à tel point que les disciples ne s’en doutaient pas du tout. « Est-ce moi Seigneur qui vais te trahir ? »
Et à la fin du chapitre, le Seigneur Jésus, dans Son amour, prévient son apôtre Pierre.
En Jean 13, bien sûr, les disciples ne connaissaient pas encore l’œuvre de la croix. Nous la connaissons, nous savons que c’est à la croix que s’est montré l’amour de Jésus d’une manière merveilleuse lorsqu’Il est mort. Il a laissé Sa vie pour Ses amis.
Et maintenant, nous avons reçu une nouvelle nature animée par le Saint Esprit. L’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit, nous dit Romains 5. 5, et ainsi nous pouvons aimer comme le Seigneur Jésus.

L’amour dont nous parlons, c’est l’amour divin, c’est l’amour qui se donne, qui donne, qui ne dépend pas de l’objet qui est aimé.
Le Seigneur Jésus nous a aimés alors que nous étions haïssables, nous haïssant l’un l’autre. C’est cet amour que nous devons manifester.
Cela va plus loin que l’affection fraternelle qui est mentionnée aussi dans les épîtres, l’affection fraternelle les uns pour les autres. L’apôtre Pierre nous dit : « joignez… à l’affection fraternelle, l’amour » (2 Pier. 1. 7). Donc ce n’est pas la même chose.

L’affection fraternelle, c’est la manifestation extérieure de l’amour, par des gestes, des paroles, des attitudes. Mais cela peut dégénérer en une affection peut-être partiale. Nous préférons peut-être avoir de l’affection pour ceux qui sont sympathiques, ceux qui pensent peut-être comme nous, par exemple, sur la doctrine.

Nous devons aimer tous les croyants. Cet amour, c’est un amour qui va avec la vérité. L’amour « se réjouit avec la vérité » (1 Cor. 13. 6).
Ce n’est pas un amour-pommade qui laisse tout passer. Si par exemple, mon frère ou ma sœur pèche, j’en suis affecté à double titre. D’abord sa relation avec Dieu est affectée, Dieu est déshonoré, le Seigneur est déshonoré. Et puis, comme on est membre l’un de l’autre, moi aussi je souffre de cette situation.
On a l’enseignement de la Parole, dans les épîtres et les évangiles, d’aller voir notre frère. L’amour nous pousse, dans ces cas-là, à aller vers notre frère, même si c’est difficile.
C’est le service du lavage des pieds, que le Seigneur Jésus a lui-même enseigné et Il a dit : « vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné un exemple, afin que, comme je vous ai fait, moi, vous aussi vous fassiez » (Jean 13. 14 et 15), c’est-à-dire qu’il y ait l’eau de la Parole, non pas faire de longs discours, peut-être pas faire des remontrances, mais peut-être simplement lire un verset de la Parole, un verset dans la situation de notre frère.
Le but de l’amour, c’est de gagner notre frère, comme on le voit en Matthieu 18 : « si ton frère pèche contre toi, va, reprends-le, entre toi et lui seul ; s’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (v. 15). Ce sont des soins pastoraux qui nous manquent dans beaucoup de ces services de dévouement les uns pour les autres.

Je voulais aussi lire un verset dans la 1e épître de Pierre au chapitre 1 : « Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie [on est souvent hypocrites entre nous], aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur » (v. 22). On voit là l’importance de la relation entre notre état intérieur et l’exercice de l’amour.
Si mon âme n’est pas purifiée par l’obéissance à la vérité, c’est-à-dire à la Parole de Dieu, si ma conscience n’est pas à l’aise devant Dieu, s’il y a quelque chose entre Dieu et moi, le Saint Esprit est plutôt occupé à me ramener à Dieu, à travailler en moi, et je serai moins enclin à m’occuper des autres et à aimer les autres.
C’est important. On peut bien demander comme dans le cantique 104 : « Donne-nous d’aimer comme toi », avec la grâce et la vérité qui sont parfaitement liées.

Le point suivant c’est la soumission les uns aux autres.
On va lire deux versets, d’abord en Philippiens au chapitre 2 :
« Que rien ne se fasse par esprit de parti, ou par vaine gloire ; mais que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres » (v. 3 et 4).
Et dans les Éphésiens au chapitre 5 :
« étant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ » (v. 21).
« Soumis les uns aux autres », « estimer l’autre supérieur à lui-même » : c’est réciproque.
D’un point de vue humain, d’un point de vue logique, il y a un problème parce que, si un croyant A est supérieur au croyant B, le croyant B ne pourra pas être supérieur au croyant A. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de voir comment je vois mon frère.
En fait, quand je me place dans la lumière de Dieu, en moi-même je ne vois que des manquements, la chair qui agit en moi, qui m’empêche peut-être d’accomplir ce que Dieu veut. Alors que si je regarde à mon frère, celui pour lequel Christ est mort, je vois ce que Christ a produit en lui, la grâce qui l’a produit.
En résumé, je vois Christ en lui, le service que Christ lui a confié.
Voilà l’état d’esprit que nous devrions avoir, et cela demande de l’humilité, c’est : « que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même ». L’humilité, ce n’est pas de l’automutilation, ce n’est pas se flageller tout le temps, mais c’est considérer qu’on n’est rien, que cela ne fait rien si on ne parle pas de nous, c’est en avoir fini avec notre moi.
Il faudrait avoir « cette pensée qui a été aussi dans le christ Jésus » (Phil. 2. 5), la pensée de l’abaissement. Christ, de la gloire à la croix, n’a fait que descendre. Il a été obéissant jusque-là. Ensuite Dieu L’a ressuscité. Que ce soit aussi notre état d’esprit ! Quand il est dit : « Soumis les uns aux autres », c’est une soumission, on peut dire, réciproque et générale.

Il y a, bien sûr, des cas particuliers que la Bible évoque, par exemple soumis aux autorités, soumis aux anciens, soumis aux conducteurs, les femmes soumises à leur mari, juste après. Mais ici, c’est une soumission générale parce que mon frère peut m’apporter ce quelque chose dont j’ai besoin et dont je dois tenir compte.
Un frère ancien par exemple peut tenir compte et écouter ce qu’un plus jeune peut lui dire, peut l’exhorter.
Dans le couple c’est pareil. Le mari doit écouter sa femme qui lui parle de la part du Seigneur.
On a un exemple avec Abraham et Sara. Sara appelait son mari seigneur, mais dans l’affaire d’Agar, en Genèse 21, Dieu dit à Abraham : « Dans tout ce que Sara t’a dit, écoute sa voix » (Gen. 21. 12).
Bien sûr il y a une limitation : c’est « étant soumis les uns aux autres dans la crainte de Christ ». Si on m’entraîne à faire le mal, je ne peux pas être soumis. Le contraire de cet état d’esprit, c’est l’orgueil, et on a aussi ces avertissements : Ne vous enflez pas l’un contre l’autre (1 Cor. 4), « ne pas avoir une haute pensée de lui-même, au-dessus de celle qu’il convient d’avoir » (Rom. 12. 3). Écoutons ce que la Parole dit : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles » (1 Pier. 5. 5).

Le point suivant, le quatrième point, c’est se servir les uns les autres. Lisons deux versets dans les Galates. Au chapitre 5 : « par amour, servez-vous l’un l’autre » (v. 13) et au chapitre 6 : « Portez les charges les uns des autres, et ainsi accomplissez la loi du Christ » (v. 2).
Dans le verset 13 de Galates 5 le terme « servir » c’est littéralement être esclave, asservi. C’est bien l’état d’esprit que nous devrions avoir.
On a un exemple de service justement au chapitre 6 : « Portez les charges les uns des autres ». Les Galates voulaient retourner à la loi. Alors Paul, pour ainsi dire, leur dit : Si vous voulez une loi, je vous en donne une : la loi du Christ, la conduite, la manière de penser. « Portez les charges », ce terme « charges » signifie quelque chose d’oppressant, des détresses, des peines, des soucis.

Il faut faire attention de ne pas, comme les pharisiens, mettre des fardeaux sur les épaules des autres. Ce n’est pas ce que dit le passage. Mais au contraire, imiter le Seigneur Jésus.
Quand le Seigneur Jésus guérissait les malades, quand Il chassait les démons, quand Il faisait du bien, Matthieu 8 qui rappelle Ésaïe 53 nous dit : « Lui-même a pris nos langueurs, et a porté nos maladies » (v. 17).
Quand Christ guérissait, Il portait sur Lui, dans Son âme, le poids de ces malheurs, les conséquences du péché.
On voit par exemple, quand Il guérit le sourd en Marc 7, Il lui met les doigts dans les oreilles, Il lui touche la langue, Il soupire et dit : « Éphphatha ». Quand Il est au tombeau de Lazare, Il pleure, Il frémit dans Son esprit, en voyant les conséquences du péché. Voilà notre modèle.
Est-ce que c’est dans cet état d’esprit que nous allons les uns vers les autres, que nous portons les charges, quand on prie les uns pour les autres lorsqu’on entend telle et telle nouvelle pas bonne, est-ce qu’on prend sur soi aussi, est-ce qu’on souffre avec ?
On peut le faire aussi entre générations. Il y a peut-être un temps où les frères et sœurs réunis portent les charges des plus jeunes, des moins affermis. Et puis quelques décennies plus tard, ces personnes, ces frères âgés qui sont alors très âgés avec des infirmités dans le corps, dans l’esprit peut-être, ont besoin que d’autres prennent la charge. Voilà la vie du corps.

J’aimerais lire encore un verset quant au service dans 1 Pierre 4 :
« ayant entre vous un amour fervent, car l’amour couvre une multitude de péchés ; étant hospitaliers les uns envers les autres, sans murmures. Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu » (v. 8 à 10).
On voit dans ces passages que c’est l’amour fervent qui sous-tend tout ce qui vient après. « Hospitaliers les uns envers les autres ». Si on ne peut exercer l’hospitalité, on peut quand même consacrer du temps par exemple par des appels téléphoniques, par des messages, de diverses manières, et il est dit : « sans murmures ».
Ne pas se plaindre quand on est peut-être dérangé, et considérer que ces appels téléphoniques, c’est le Seigneur Jésus qui nous les envoie. Et puis alors au v. 10, faire participer le corps aux dons de grâce que nous avons reçus, soit un don de parole de la part de Dieu, soit tous les autres services, des services humbles aussi, les faire avec la force que Dieu donne. Cela, chers frères et sœurs, c’est valable pour les frères et pour les sœurs.

Je voudrais m’adresser à vous, chères sœurs. Vous avez un rôle important dans le corps de Christ, vous avez reçu chacune un ou plusieurs services, souvent discrets, cachés, mais Dieu les voit.
On voit que des femmes ont eu le privilège d’assister le Seigneur Jésus de leurs biens. On pense à Évodie et Syntyche qui servaient le Seigneur dans l’évangile avec Paul.
On pense à Dorcas, à Lydie, dans les Actes et à la merveilleuse série de salutations de Romains 16, où les femmes ont une place d’honneur. Elles sont citées en premier.
On voit au moins sept ou huit femmes qui sont citées, qui ont servi l’assemblée.
On aura des surprises au tribunal de Christ. Le Seigneur nous montrera ce qui a été fait pour lui, tous ces fils qui vont tisser la robe de fin lin au jour des noces de l’Agneau.
On peut prier et les sœurs peuvent le faire.

Le cinquième point, c’est s’exhorter, s’édifier et parler l’un à l’autre. J’aimerais lire un verset dans 1 Thess. 5 :
« C’est pourquoi exhortez-vous l’un l’autre et édifiez-vous l’un l’autre, chacun en particulier, comme aussi vous le faites » (v. 11).
Dans ce verset on a deux termes : exhortez-vous, et édifiez-vous. Exhorter, c’est le même terme en grec que consoler, encourager, et aussi appelez auprès de soi comme un avocat, comme une aide, comme un conseil.
C’est la même racine que le Consolateur dont parle le Seigneur Jésus dans l’évangile de Jean, qui est le Saint Esprit. Pour ainsi dire, ce que le Saint Esprit est et fait pour moi, je peux le faire pour mon frère. S’édifier, c’est bâtir, désirer la croissance de l’autre. Bien sûr, c’est le Seigneur qui bâtit Son assemblée par Ses dons aussi, mais chacun peut contribuer à cette édification. Nous sommes collaborateurs de Dieu (1 Cor. 3).

On peut s’édifier et plutôt ici dans le particulier, ce n’est pas dans les réunions d’assemblée, mais chacun en particulier. Comment ? Par des téléphones peut-être, des messages, des réunions aussi par Internet avec les moyens que nous avons.
Nous pouvons nous exhorter, à quoi ? Dans le v. 18 du chapitre 4 il est dit : « Consolez-vous donc l’un l’autre par ces paroles ». Le Seigneur vient. On peut s’encourager à suivre le Seigneur et s’encourager à L’attendre. L’épître aux Hébreux au chapitre 3 nous dit : « exhortez-vous l’un l’autre chaque jour, aussi longtemps qu’il est dit : « Aujourd’hui », afin qu’aucun d’entre vous ne s’endurcisse par la séduction du péché » (v. 13). Veiller à ce que le lien pratique ne soit pas rompu entre nos frères et nous.
Au chapitre 10 il est dit de « nous exciter à l’amour et aux bonnes œuvres, n’abandonnant pas le rassemblement de nous-mêmes » (v. 24 et 25). Pensons peut-être à ceux ou celles qui s’isolent en ce moment. Et puis en Colossiens 3, on est enseigné à s’exhorter « l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels » (v. 16). On peut le faire aujourd’hui ici. On peut s’envoyer peut-être des versets de cantiques.
Nous avons reçu chez nous il y a quelques jours un beau poème chrétien d’une sœur âgée, de sa main tremblotante, qui nous l’a envoyé par courrier. Voilà des encouragements.
Toutes ces actions sont des actions de la langue. Nous nous parlons l’un à l’autre comme dans Malachie 3 où « ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre » (v. 16). Ils attendaient le Messie, ils attendaient la venue du Seigneur. Malheureusement, notre langue peut faire aussi beaucoup de mal. Jacques nous dit que c’est un feu, et cet apôtre nous exhorte : « Ne parlez pas l’un contre l’autre » (4. 11).
D’une manière indirecte, parler l’un contre l’autre, c’est parler l’un de l’autre. J’ai un grief envers un frère. Au lieu d’aller le voir, j’en parle à une troisième personne qui va le rapporter, etc. Et voilà l’incendie dans le peuple de Dieu.
« Ne murmurez pas les uns contre les autres » (Jac. 5. 9). Il ne faut pas se plaindre de ce qu’on n’a pas, et si on nous fait du tort, faire comme le Seigneur, ne pas réagir. Et puis pire peut-être, se mentir l’un à l’autre (Col. 3. 9), qui est vraiment une action de la chair. Que le Seigneur nous garde de cela.

Le sixième point, c’est se supporter, se pardonner. Lisons un verset dans les Colossiens : « Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité, vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l’un a un sujet de plainte contre un autre ; comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même » (3. 12 et 13).
On a des versets un peu équivalents dans Éphésiens 2. On pourrait se demander : qu’est-ce qu’on doit supporter ?- Bien sûr, pas le mal, ni le péché. Mais on est appelé à se supporter l’un l’autre dans nos différences de caractère, différences de connaissance peut-être, d’âge spirituel, des questions de conscience qui touchent à la liberté chrétienne.
On veut souvent imposer notre point de vue. Supportons nos différences.
Il peut y avoir à ce moment-là des sujets de plainte l’un contre l’autre, des sujets de plaintes peut-être réelles ou qu’on s’imagine. Et alors il y a le pardon qui intervient et la mesure du pardon, c’est : comme Christ nous a pardonné, ou dans les Éphésiens « comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné » (4. 32), une mesure immense à cause de l’immense dette qu’Il nous a pardonnée, qu’Il nous a remise.
Le pardon est une décision. On décide de pardonner. C’est un acte de volonté qui ne doit jamais être dissocié de nos vies.
On ne peut peut-être pas oublier dans nos mémoires ce qui a été fait. Cela reste inscrit. Mais on peut oublier l’amertume qui est liée à ce fait.
Un point important aussi c’est que le pardon selon la Parole, exprimé à quelqu’un, suit toujours la confession et la repentance. En Luc 17 on lit « Si ton frère pèche, reprends-le, et s’il se repent, pardonne-lui ; et si sept fois le jour il pèche contre toi, et que sept fois il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras » (v. 3 et 4). Même si le repentir n’est pas tout à fait sincère, pardonne-lui quand même, signifie-lui le pardon. Il faut pardonner dans son cœur.
Et si on ne se dit pas ce pardon, il y a des choses qui restent. Elles peuvent rester longtemps, et engendrer une fausse paix entre nous. C’est valable aussi dans nos relations dans le couple.

Le point suivant, l’avant-dernier point, c’est se saluer les uns les autres. A la fin des épîtres il est parfois dit : Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser ou par un baiser d’amour. C’est une manière de manifester l’affection fraternelle dans la pureté, « un saint baiser », dans l’amour.
Il y a des coutumes différentes, certains se serrent la main, d’autres se font l’accolade, d’autres des embrassades. On peut se regarder et beaucoup de choses passent dans nos regards.

Je voudrais là ouvrir une petite parenthèse. Est-ce qu’on a toujours été scrupuleux pour fuir le mal, pour s’éloigner du mal, dans ce qu’on a regardé, dans ce qu’on a écouté, dans les fréquentations dans ce monde ?
Le monde est dans nos téléphones, dans nos ordinateurs. Alors est-ce qu’on met de la distance par rapport à telle musique, à tel film, à tel site ? La Parole dit qu’il faut fuir le mal, fuir les convoitises.
Et puis l’air moral qu’on respire dans ce monde qui est sous la domination de Satan, le chef de l’autorité de l’air.
On peut penser à toutes les attaques contre Dieu et contre les enseignements bibliques. On peut penser aux manières de penser du monde. Cela nous imprègne. Quant à cela, nous devons résister à l’ennemi, et revêtir l’armure de Dieu avec les armes défensives, par exemple la ceinture de la vérité : la Parole de Dieu, le bouclier de la foi contre les doutes, le casque du salut qui nous donne l’assurance du salut.

L’un des points, et peut-être le plus important, c’est la prière, prier les uns pour les autres. On a cette expression, littéralement, dans l’épître de Jacques au chapitre 5 : « Confessez donc vos fautes l’un à l’autre, et priez l’un pour l’autre, en sorte que vous soyez guéris » (v. 16).
Prier l’un pour l’autre, on peut constater que cela est lié à des torts entre les personnes qui ont entraîné peut-être des maladies ou des langueurs. On voit que la confession et la prière permettent d’arrêter cet état. D’une manière générale, la Parole nous enseigne beaucoup cela par ailleurs.

Je voudrais simplement évoquer la prière d’intercession les uns pour les autres. Lisons deux versets en Colossiens pour terminer :
« Persévérez dans la prière, veillant en elle avec des actions de grâces ; priant en même temps aussi pour nous, afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, pour annoncer le mystère du Christ, mystère pour lequel aussi je suis lié, afin que je le manifeste comme je dois parler » (4. 2 à 4) et au v. 12 :
« Épaphras qui est des vôtres, esclave du christ Jésus, vous salue, combattant toujours pour vous par des prières, afin que vous demeuriez parfaits et bien assurés dans toute la volonté de Dieu ; car je lui rends témoignage qu’il est dans un grand travail de cœur pour vous, et pour ceux qui sont à Laodicée, et pour ceux qui sont à Hiérapolis » (v. 12 et 13).
On voit, dans ses épîtres, que Paul prie très souvent pour ses destinataires, y compris dans les dernières épîtres où il est en prison, à cause de sa foi. Et même il prie jour et nuit, nuit et jour, dit-il à Timothée.
Ce qu’il est intéressant de voir c’est qu’il prie toujours pour le bien spirituel des autres, pour qu’ils croissent dans la connaissance de Jésus, qu’ils soient fondés, enracinés dans l’amour.
Nous pensons souvent aux besoins matériels de nos frères et sœurs et c’est important, Dieu en tient compte. Il répond à ces prières. Mais est-ce que nous prions assez aussi pour leur bien spirituel, pour leur croissance spirituelle.
Épaphras en est un bon exemple. Pour lui la prière était un combat. Il intercédait pour ces Colossiens. Il sentait peut-être le danger qu’ils couraient d’écouter les fausses doctrines qui sont précisées dans cette épître aux Colossiens. C’était peut-être un service caché que personne ne connaissait, mais Dieu honore Son serviteur. Paul demande aussi de prier pour lui. « Priez pour nous », pourquoi ? – Pour que l’évangile soit annoncé, même en prison. Quel exemple pour nous ! L’exemple suprême, c’est le Seigneur Jésus, qui a été cet Homme parfaitement dépendant, Homme de prière, si souvent en prière. Et je pense à la prière d’intercession qu’Il a faite à la fin de Sa vie pour Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » (Luc 22. 32).
Le Seigneur Jésus continue Son service d’intercession aujourd’hui pour nous, dans le ciel. Il intercède pour nous comme souverain sacrificateur et comme avocat. Quel service d’amour pour nous !

Alors, pour nous, est-ce que nous allons nous mettre davantage à genoux ? Il ne faut pas beaucoup de matériel pour prier. Le Seigneur dit : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père » (Mat. 6. 6). Une chambre suffit, peut-être même moins.
Pensons à Daniel. Il priait trois fois le jour, et même quand Darius a interdit de prier, il a continué à le faire. La fenêtre ouverte vers Jérusalem, il priait. Il est dit : « comme il avait fait auparavant » (6. 10). C’était son habitude.
Si nous n’avons pas pris l’habitude avant, trop occupés peut-être, nous avons peut-être trop négligé ce service, nous avons maintenant l’occasion de nous rattraper et de nous engager dans ce service de la prière, si utile, si nécessaire, parce qu’il y a tellement de sujets de prière.
Nous pouvons prier pour nos familles, pour nos couples, pour nos enfants, petits-enfants, pour nos parents âgés, pour nos frères et sœurs, localement et dans tout le corps de Christ, pour tous les croyants, les croyants persécutés, prier aussi pour l’évangile. Que de sujets ! Et si nous oublions certains sujets, on peut faire une liste de prières.

D’après Message donné sur : https://edification.bible/
Mai 2020

 

MÉDITER NOTRE LECTURE

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Bienheureux l’homme… qui a son plaisir en la loi de l’Éternel, et médite dans sa loi jour et nuit !… Tout ce qu’il fait prospère. Ps. 1. 1 à 3.

MÉDITER NOTRE LECTURE

Selon la Loi donnée autrefois au peuple d’Israël par le moyen de Moïse, il y avait une distinction à faire entre les animaux : les animaux « purs » étaient ceux que l’on pouvait manger et offrir à Dieu, les animaux « impurs » étaient ceux qu’il fallait absolument éviter (Lév. 11. 2 à 23). Parmi les caractéristiques qui rendaient purs les mammifères herbivores (v. 3), le fait qu’ils ruminent était la plus importante. Ruminer, c’est comme accomplir une seconde digestion, c’est remâcher les aliments déjà utilisés afin d’en retirer une nourriture supplémentaire.
C’est ce que nous devons faire avec la Parole de Dieu : la « manger » et l’assimiler, comme l’a fait le prophète Jérémie, qui dit : « Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur » (Jér. 15. 16). Et puis la méditer, y revenir, en approfondir les aspects qui ont pu passer inaperçus, pour en retirer le plus de bénédiction possible. Cela nous aide aussi à mémoriser les textes bibliques, ce qui est important – pour nous-mêmes, ou quand nous parlons du Seigneur à d’autres. Si nous vivons des périodes de tristesse, comme la maladie ou le deuil, ce que nous aurons emmagasiné de la Parole de Dieu sera en nous une source de sérénité et de force.
« C’est ici ma consolation dans mon affliction, que ta parole m’a fait vivre » (Ps. 119. 50).

D’après « Il Buon seme » mars 2013

 

LA MANNE QUOTIDIENNE

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L’Éternel dit à Moïse : Voici, je vais vous faire pleuvoir des cieux du pain, et le peuple sortira, et en recueillera chaque jour la portion d’un jour. Ex. 16. 4.

 

LA MANNE QUOTIDIENNE

 

Pendant les 40 années du voyage dans le désert, Dieu a donné la manne comme nourriture aux fils d’Israël. Ce pain venant du ciel parle de Jésus Christ, qui est la nourriture spirituelle du croyant (voir Jean 6. 35). Lorsque nous lisons la Bible, et particulièrement les Évangiles, nous apprenons à mieux Le connaître : comment Il est venu du ciel sur la terre, comment Il a vécu une vie parfaite ici-bas, et est mort pour nous sur la croix. Être occupé du Seigneur Jésus et de Son œuvre, à la lumière de la Parole de Dieu, nous édifie dans notre vie nouvelle.
Nous pouvons donc appliquer les instructions divines à recueillir la manne, à notre lecture de la Bible.
Un Israélite devait sortir pour recueillir la manne chaque jour, sauf le jour du sabbat. Cela signifie que nous devrions lire un passage de la Bible chaque jour. Nous avons besoin de cette ration quotidienne de la Parole de Dieu afin que notre vie puisse être à Sa gloire.
Chaque Israélite devait recueillir la manne selon son besoin personnel. Cela aussi s’applique à nous. La prédication du dimanche ne se substitue pas à notre lecture personnelle des Écritures. Chaque croyant a besoin d’examiner la Parole de Dieu pour lui-même et d’en retirer la direction pour la journée présente.
L’Israélite devait recueillir la manne tôt le matin, car dès que le soleil se levait, elle fondait. Nous savons bien que notre esprit est plus disponible le matin, pas encore encombré. C’est à ce moment-là que nos cœurs sont les plus réceptifs et peuvent assimiler le mieux la Parole de Dieu.

D’après « The Good Seed » Janvier 2016

CORONA 8

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CORONA 8

Huitième semaine et la patience est de mise !

 

 

Peu de passages dans l’Ancien Testament nous parlent de patience.
Job, dans sa souffrance, répond à ses trois amis, devenus des consolateurs fâcheux en évoquant ses limites : « Pourquoi mon esprit ne serait-il pas à bout de patience ? » (Job 21. 4). Il leur montre que sa plainte et ses nombreuses questions s’adressent à l’Éternel.
Le roi David, pourchassé par Saül, a connu bien des situations difficiles. Inspiré par l’Esprit de Dieu, il exprima à l’avance, à travers plusieurs psaumes, les sentiments d’un Messie souffrant et d’un résidu (reste) fidèle traversant les tribulations. Il est probable que David a connu un moment dans sa vie où il a dû dire : « J’ai attendu patiemment l’Éternel ; et il s’est penché vers moi, et a entendu mon cri » (Ps. 40. 1).
Les apôtres inspirés ont souvent parlé de la patience. Nous pourrions avec profit développer ce thème sur deux semaines : – Premièrement, la patience de Dieu et la patience de notre Seigneur Jésus. – Dans un second temps, considérer la patience des saints de tous les temps, traversant les difficultés liées aux épreuves rencontrées sur leur chemin, et bien sûr pour nous aussi.

La patience de Dieu

C’est par le ministère de Paul que la patience de Dieu est mise en évidence ; Saul de Tarse, le persécuteur des disciples du Seigneur, a été un objet de patience avant de devenir apôtre. Jetant un regard en arrière, il écrit : « Mais miséricorde m’a été faite… afin qu’en moi, le premier, Jésus Christ montrât toute sa patience… » (1 Tim. 1. 16).

En lisant ce témoignage, le lecteur de la Bible doit comprendre que si Saul, le persécuteur rempli de haine, a été changé en un Paul employé par Dieu pour écrire le plus grand hymne à l’amour (1 Cor. 13), Dieu peut aussi changer notre cœur, même s’il est de pierre. Cet apôtre évangélisant mettra les hommes au défi de reconnaître Dieu : «Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, et de sa patience, et de sa longue attente, ne connaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ? » (Rom. 2. 4).
Dans la même épître, on apprend quelque chose sur la patience et sur la justice de Dieu, en ce qu’Il a supporté les péchés des croyants ayant vécu depuis Adam jusqu’à la mort de Christ, « lequel Dieu a présenté pour propitiatoire, par la foi en son sang » (Rom. 3. 25). Les sacrifices d’animaux offerts avant la venue de Christ faisaient office de couverture à l’égard des péchés. Concernant le peuple d’Israël : le sang était apporté une fois l’an dans le lieu très-saint, et placé sur le couvercle de l’arche de l’alliance, appelé « le propitiatoire » (Lév. 16. 15) ; le sang des animaux n’ôtait pas les péchés, mais Dieu pouvait être propice envers le peuple, car Sa justice était satisfaite en vertu des sacrifices offerts sur l’autel, qui étaient l’anticipation de l’œuvre de la croix. Seul Christ est « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29).

Déjà avant le déluge, « la patience de Dieu attendait dans les jours de Noé, tandis que l’arche se construisait » (1 Pier. 3. 20). Noé, huitième prédicateur de justice, a, pendant un siècle, averti ses contemporains. Dieu patientait envers des hommes impies, mais un jour Il ferma la porte de l’arche et « le déluge vint et les emporta tous » (Mat. 24. 39). À l’abri dans l’arche, seuls Noé et les siens furent sauvés, en tout, huit personnes !

Dieu est aussi présenté comme le « Dieu de patience et de consolation » (Rom. 15. 5).

Dans les évangiles, le Seigneur Jésus a évoqué la patience à quatre reprises :

1) Pour montrer les principes du royaume des cieux et les relations des disciples entre eux pendant Son absence. Un jour, Il fera Ses comptes avec Ses esclaves et leur rappellera qu’Il a usé de patience (Mat. 18. 21 à 35).
2) Dans la parabole du semeur, en parlant des grains semés dans la bonne terre. Ils sont comparés à « ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience » (Luc 8.15).
3) En regard du temps d’attente qui précédera Sa venue en gloire, Jésus dit : « Dieu ne ferait-il point justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et il use de patience [avant d’intervenir] pour eux ? » (Luc 18. 7).
4) Pour préparer Ses disciples en vue des persécutions qu’ils allaient connaître à la suite de Son rejet et des épreuves qu’allait traverser Jérusalem lorsqu’elle serait détruite par Titus – chef des armées romaines en 70 – Il leur dit : « Possédez vos âmes par votre patience » (Luc 21. 19).
Jésus a quitté ce monde pour aller au Père, Il siège sur Son trône (Apoc. 3. 21). Il est là, attendant de venir à notre rencontre pour nous amener dans Sa gloire. Serions-nous ébranlés par l’opposition des incrédules, ou par les épreuves vécues, mais permises ?
« Le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse,… mais il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance… » ; « … estimez que la patience de notre Seigneur est salut (2 Pier. 3. 9 ; 15).

L’apôtre Jean, âgé et confiné sur une île, probablement à cause de la persécution, écrit : « Moi, Jean, qui suis votre frère et qui ai part avec vous à la tribulation et au royaume et à la patience en Jésus, j’étais dans l’île appelée Patmos, pour la parole de Dieu et pour le témoignage de Jésus Christ » (Apoc. 1. 9).
Notre Seigneur attend pour ressusciter les saints endormis et venir à notre rencontre « dans les nuées » (1 Thess. 4. 17). Oui ! Il nous attend patiemment. « Or que le Seigneur incline nos cœurs à l’amour de Dieu et à la patience du Christ ! » (2 Thess. 3. 5).

 

LA CROIX DE CHRIST

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LA CROIX DE CHRIST

Le sujet aujourd’hui, c’est la croix de Christ, sujet bien élevé, et nous sentons notre faiblesse pour dire quelque chose sur un tel sujet. Mais avec l’aide du Seigneur, nous désirons considérer quelques portions de la Parole en rapport avec ce sujet.

J’aimerais commencer en lisant une strophe de cantique que nous chantons parfois :

Quand je contemple, ô mon Sauveur,
La croix où tu donnas ta vie,
Devant ta mort et tes douleurs,
Mon âme adore et s’humilie.

L’œuvre du Seigneur Jésus qu’Il a accomplie à Golgotha nous est présentée dans la Parole de Dieu sous différents aspects. Tout d’abord j’aimerais lire deux versets dans les Actes au chapitre 2 au v. 22 : « Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à une croix et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (v. 22 et 23). Juste ces deux versets, notamment le deuxième verset, qui place devant nous très clairement ces deux côtés en rapport avec l’œuvre et la mort du Seigneur Jésus : d’une part le conseil divin de Dieu, et d’autre part la responsabilité de l’homme, du peuple, qui a crucifié le Seigneur Jésus. Donc deux aspects bien différents et fondamentaux en rapport avec l’œuvre que le Seigneur Jésus a accomplie sur la croix.

J’aimerais aussi mentionner, directement au début, que lorsque nous pensons à l’œuvre du Seigneur Jésus, à Sa mort, il y a des versets qui soulignent plus le côté du sang de Christ, du sang qui a été versé. Quand la Parole souligne ce côté-là, elle évoque le fait que le Seigneur a fait la propitiation, c’est-à-dire qu’Il a rendu Dieu propice. Un verset dans l’Ancien Testament, dans le Lévitique au chapitre 17 nous dit : « c’est le sang qui fait propitiation pour l’âme » (v. 11). Dans le Nouveau Testament, nous lisons que nous sommes rachetés par le sang précieux de Christ. Là, on a le côté du rachat, de la rédemption et donc quand cela est évoqué, la Parole parle du sang de Christ.

D’autres versets évoquent le côté de la croix, et notamment un verset dans l’épître aux Hébreux, que nous désirons lire et considérer plus en détail tout à l’heure, qui nous parle de la honte de la croix. Cela nous montre que la croix était quelque chose d’infâme, c’était quelque chose qui était lié avec le déshonneur, avec la honte, et le Seigneur Jésus l’a enduré. Là nous voyons aussi davantage le côté des souffrances que le Seigneur a endurées de la main de l’homme.
Je voudrais juste mentionner tout au début ces deux aspects bien importants : la croix d’une part et le sang d’autre part. Nous allons considérer aussi le verset où nous trouvons les deux ensemble : « le sang de la croix ». Donc on ne peut jamais les séparer. On peut juste distinguer ces différents aspects que la Parole de Dieu évoque.

Quand nous pensons à la croix, c’est en effet quelque chose qui est lié à la honte, quelque chose d’infâme. C’est un supplice pratiqué dans l’Antiquité, qui était terrible. Il y avait aussi des effets profonds pour tous ceux qui ont vu cela.

J’aimerais juste faire une citation, si vous permettez, de l’écrivain romain Cicéron qui a dit : « Ce que signifie la croix ne doit pas seulement rester à l’écart du corps des citoyens de Rome mais aussi de leur perception, de leurs yeux et de leurs oreilles ». Donc, on a très clairement cette connotation de honte qui était liée à la croix, et cela nous le trouvons dans la littérature – mais aussi la Parole de Dieu, bien sûr, parle de cela.

On trouve cela dans l’Ancien Testament, nous connaissons bien ce verset de Deutéronome où nous n’avons pas directement le mot croix ou crucifixion, mais où nous lisons : « celui qui est pendu est malédiction de Dieu » (21. 23). Donc pendu à un bois, c’était une malédiction. La Parole évoque cela très clairement. C’était quelque chose de bien solennel.

Aujourd’hui la croix est devenue un symbole dans le christianisme et le côté de la honte n’est plus là. Mais il est important d’avoir conscience de cela.

La Parole de Dieu en parle et c’est important, pour bien comprendre le sujet, de vraiment penser à ce côté de la honte. C’est juste au quatrième siècle, sous l’empereur Constantin, que le caractère de la croix a changé, parce que pour lui c’était un symbole pour vaincre, et ainsi il a introduit le christianisme dans son empire, même en utilisant la croix.

Peut-être pouvons-nous lire comme portion de la Parole quelques versets en Jean 19 qui nous parlent de la crucifixion du Seigneur Jésus. « Et il sortit portant sa croix, et s’en alla au lieu appelé lieu du crâne, qui est appelé en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Et Pilate fit aussi un écriteau, et le plaça sur la croix ; et il y était écrit : Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs. Plusieurs des Juifs donc lurent cet écriteau, parce que le lieu où Jésus fut crucifié était près de la ville ; et il était écrit en hébreu, en grec, en latin. Les principaux sacrificateurs des Juifs donc dirent à Pilate : N’écris pas : Le roi des Juifs ; mais que lui a dit : Je suis le roi des Juifs. Pilate répondit : Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit » (v. 17 à 22).

Juste ces versets en rapport avec la crucifixion du Seigneur Jésus.

Il a été crucifié avec deux malfaiteurs, comme s’Il était l’un d’eux – et Il ne l’était pas. Mais ils ont placé la croix du Seigneur Jésus au milieu.

C’est la place que l’homme pécheur a donnée à Celui qui était venu ici-bas pour être son Sauveur. Quelle honte en effet ! Mais c’est ce que l’homme a fait. On voit que Pilate a préparé cet écriteau, qui a été placé sur la croix comme c’était fait habituellement, et sur l’écriteau était écrit : « Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs ». On trouve dans les autres évangiles aussi ce qui était écrit sur la croix, mais l’évangile selon Jean est peut-être le plus complet.

Chacun de nous qui a déjà vu un crucifix a vu que souvent les catholiques y placent les quatre lettres INRI, du latin pour indiquer Iesus Nazarenus Rex Iudaerum, ce qui signifie Jésus le Nazaréen roi des Juifs. Dans l’Antiquité aussi et dans la Bible nous trouvons ces acrostiches, c’est-à-dire qu’on a seulement les premières lettres des mots. C’est pourquoi je le dis aussi pour les enfants : INRI est du latin.

Il est intéressant de regarder cela aussi en hébreu.

En hébreu on trouve les lettres IHVH de nouveau. Ces quatre lettres sont juste les quatre lettres du tétragramme du nom de Dieu dans l’Ancien Testament. Nous lisons parfois dans certaine traduction: Yahvé, dans notre Bible: Jéhovah ou l’Éternel, CELUI QUI SUIS.« JE SUIS CELUI QUI SUIS ».

C’est tellement frappant que probablement cela était écrit sur la croix. Comme je le formulais tout à l’heure, c’était : Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs. Donc il y a une petite incertitude, mais on n’a pas vraiment le texte original. Le Nouveau Testament a été écrit en grec. En hébreu probablement le texte était ainsi et c’est frappant. Pourquoi ? Parce que nous lisons dans l’évangile selon Jean au chapitre 8 : « Quand vous aurez élevé le fils de l’homme, alors vous connaîtrez que c’est moi, et que je ne fais rien de moi-même, mais que, selon que le Père m’a enseigné, je dis ces choses » (v. 28).

« Quand vous aurez élevé le fils de l’homme, alors vous connaîtrez que c’est moi » – on pourrait dire aussi « JE SUIS ». Le Seigneur emploie aussi ce nom de Dieu. Il est CELUI QUI SUIS. Donc on comprend bien que les Juifs étaient profondément offensés quand ils ont lu ces mots, qu’Il est le roi des Juifs.

Cela, ils ne l’ont pas aimé. Effectivement, ils ne voulaient absolument rien avoir à faire avec quelqu’un de crucifié.

Lire ce que Pilate a exprimé : « le roi des Juifs », était pour eux entièrement inacceptable. Mais plus encore que cela, ils ont crucifié leur Messie, ils ont crucifié leur Dieu. C’était cela qui était exprimé là sur la croix. Quelle chose solennelle ! Mais c’est exactement ce que l’homme a fait : il a rejeté son Sauveur.

J’aimerais lire maintenant quelques versets dans le Nouveau Testament.

Le premier, dans l’épître aux Hébreux au chapitre 12. 2 : « Jésus, le chef et le consommateur de la foi, lequel, à cause de la joie qui était devant lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu ». Nous lisons ici la honte de la croix. On commence par ce verset parce qu’il souligne vraiment très clairement la honte liée à la croix.

Le Seigneur Jésus n’a pas méprisé la croix, mais Il a méprisé la honte de la croix. Pourquoi cela ? La Parole nous dit : « à cause de la joie qui était devant lui ». Oui, le Seigneur Jésus regardait au-delà de la croix. Il a eu devant lui la joie dans laquelle Il est entré après que Son œuvre ait été achevée.

Le verset commence en parlant de la joie et il termine en parlant de la droite du trône de Dieu, et là le Seigneur Jésus a pris place. Il est entré dans la joie. Dans le psaume 16 nous lisons au verset 11 : « Tu me feras connaître le chemin de la vie ; ta face est un rassasiement de joie, il y a des plaisirs à ta droite pour toujours ». Voilà un verset de l’Ancien Testament qui évoque aussi déjà la joie. A cause de la joie, le Seigneur Jésus a méprisé la honte.

Lisons maintenant un verset dans la 1ère épître aux Corinthiens au chapitre 1 où nous trouvons l’expression « la parole de la croix ». « Car la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais à nous qui obtenons le salut elle est la puissance de Dieu » (v. 18). Et aussi le verset 23 : « nous prêchons Christ crucifié, aux Juifs occasion de chute, aux nations folie, mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (v. 23 et 24).

Donc l’apôtre Paul, quand il était à Corinthe et dans bien d’autres endroits, a prêché la croix de Christ. C’était le sujet central de sa prédication. Nous avons lu au v. 18 que c’est une folie pour ceux qui périssent, et avant tout une folie pour ces personnes des nations parce que, être crucifié, quelle expression de la faiblesse !

2 Cor. 13. 4 nous dit que le Seigneur Jésus a été crucifié en infirmité. C’est une expression d’infirmité, de faiblesse. Mais pour les Grecs ou les Romains, c’était impensable.

C’est aussi vrai pour l’homme d’aujourd’hui. C’est impensable que quelqu’un de crucifié puisse être Celui par qui le salut est obtenu. C’est pourquoi nous lisons ici dans ces versets que c’est de la folie.

Les Grecs ou les Romains avaient leurs nombreuses divinités, et pour eux il était clair que quelqu’un qui parle de lui-même comme étant Dieu ou qui a l’approbation de Dieu, ne va jamais mourir sur une croix.

Et voilà : c’est juste le centre du message de l’évangile parce que l’évangile nous présente Christ crucifié. Et que voyons-nous là ? – La croix manifeste toute la méchanceté du cœur de l’homme. Pensons à cela.

Le Seigneur Jésus est venu dans ce monde, Il a fait du bien, Il a guéri ceux qui étaient malades, et pourtant qu’est-ce qu’on a fait ? L’homme a crié : Crucifie-le. Il n’a pas voulu du Seigneur Jésus, du Sauveur. Quelle chose solennelle ! Rien d’autre ne manifeste aussi clairement l’état de perdition de l’homme.

C’est bien solennel. C’est cela que la Parole nous présente. Nous voyons qu’il fallait que l’état du cœur de l’homme se manifeste clairement. Et là, quand nous regardons vers la croix, nous voyons vraiment ce qui est dans le cœur de l’homme.

Dans l’évangile selon Luc, au chapitre 9, juste un verset que j’aimerais lire, qui m’a frappé il y a quelque temps déjà. Le Seigneur Jésus dit : « Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il soit mis à mort, et qu’il soit ressuscité le troisième jour » (v. 22). Le Seigneur a donc annoncé Ses souffrances, mais remarquons bien que ce verset parle vraiment des souffrances que le Seigneur a endurées de la main du monde : « Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes ». Ce n’est pas, ici, que le Seigneur Jésus parle du côté de Son œuvre, des souffrances qu’Il a endurées de la main de Dieu, non, mais de ce qu’Il a enduré de la main de l’homme.

Mais aussi cela devait arriver. Il fallait que se manifeste ce qui est dans le cœur de l’homme. C’est pourquoi, quand nous regardons vers la croix, on a ces différents côtés : ce que le Seigneur a enduré de la main de l’homme, et également ce qui s’est passé pendant les heures ténébreuses.

Nous ne pouvons pas séparer ces choses. Nous le disons avec révérence, mais Dieu n’a pas voulu que Son Fils endure les souffrances expiatoires quelque part, tout seul. Non, Dieu a voulu que cela ait lieu sur la croix, où l’homme a manifesté ce qui est dans son cœur, où également devient manifeste ce qu’il y a dans le cœur du Seigneur Jésus, Sa perfection.

Et nous voyons Dieu Lui-même parfaitement révélé comme le Dieu d’amour qui a donné Son Fils, Son Fils unique, et le Dieu-lumière qui a jugé le péché. Donc cela va ensemble. Paul a prêché la parole de la croix, quelque chose que l’homme (animé par sa seule nature, pécheresse)  met de côté.

Dieu a jugé le péché dans la chair, là, en Son Fils. C’est pourquoi la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent. L’homme naturel est jugé. Le Seigneur Jésus a pris notre place.

Ceux qui sont sauvés savent que là c’est notre Sauveur, Il a payé le prix aussi de nos péchés. Pour les Juifs c’était, comme nous l’avons lu, une occasion de chute, donc un scandale pour eux, parce que, eux, attendaient en effet un Messie glorieux, qui allait établir Son règne, qui allait vaincre leurs ennemis. Et de voir un Messie comme l’homme de douleur, pour eux c’était impensable. Donc cela, c’était leur attitude vis-à-vis du Seigneur Jésus. Mais pour ceux qui croient, Celui qui a été crucifié est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu.

J’aimerais lire un verset dans l’épître aux Philippiens au chapitre 3 : « Plusieurs marchent, dont je vous ai dit souvent et dont maintenant je le dis même en pleurant, qu’ils sont ennemis de la croix du Christ, dont la fin est la perdition » (v. 18) : expression bien solennelle.

Nous lisons ici : « ceux qui sont ennemis de la croix de Christ ». La honte de la croix est quelque chose qui manifeste leur attitude. Donc ils deviennent ennemis de la croix de Christ. Ce sont des personnes qui ont une profession chrétienne, des personnes pour qui Christ était un homme de bien, un homme admirable qui a laissé un exemple remarquable à suivre, mais ils sont ennemis de la croix. Il faut faire attention : ce n’est pas ennemis de Christ ici, mais ennemis de la croix de Christ. La croix n’est pas désirée. Je répète : des personnes qui ont une profession, mais qui n’ont pas la vie, et dont la fin est la perdition. C’est bien solennel !

Au chapitre 2 de cette même épître nous avons ces versets connus : « Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le christ Jésus, lequel, étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (v. 5 à 8).

Ici on a « la mort de la croix ». Ces versets placent devant nous le Seigneur Jésus, Homme, comme notre exemple. Ici, nous n’avons pas le caractère expiatoire de Son œuvre devant nous. La Parole nous parle du Seigneur Jésus, du fait qu’Il s’est anéanti comme Personne divine, comme Celui qui est Dieu.

Il s’est anéanti, Il est devenu homme. Et comme homme, encore, Il s’est abaissé, Il a été obéissant. L’obéissance a caractérisé l’humanité parfaite du Seigneur Jésus, toujours obéissant. Quel contraste avec le premier homme ! Le Seigneur Jésus n’a pas été comme Adam, désobéissant. Il a été toujours obéissant depuis Son entrée dans ce monde : « Je viens pour faire ta volonté » lisons-nous prophétiquement de lui. Et « obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » – et pas seulement dans le temps, mais cela nous montre jusqu’où l’obéissance du Seigneur Jésus est allée, jusqu’à ce point extrême. Il y a ces souffrances extrêmes. Jusque-là le Seigneur Jésus a été obéissant.

Et donc Il nous a laissé cet exemple afin que cette même pensée soit en nous, cette même attitude que nous voyons chez Lui. Quelle Personne que notre Seigneur et Sauveur ! Quelle expression « la mort de la croix » !

Tournons la page dans l’épître aux Colossiens au chapitre 1. Nous lisons au v. 19 : « car, en lui, toute la plénitude s’est plu à habiter, et, par lui, à réconcilier toutes choses avec elle-même, ayant fait la paix par le sang de sa croix, par lui, soit les choses qui sont sur la terre, soit les choses qui sont dans les cieux ».

Ici il nous est parlé de la réconciliation. L’homme est ennemi de Dieu. Nous lisons notamment dans les versets qui suivent que, sur la base de l’œuvre du Seigneur Jésus, la réconciliation avec Dieu est possible et que le croyant peut jouir de cela. Il est parlé également dans le v. 20 de la réconciliation des choses parce qu’à cause de la chute de Satan, tout l’univers est touché par le péché. Et donc, sur la base de l’œuvre du Seigneur Jésus, le péché sera ôté du monde. Il est « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29).

Sur la base de Son œuvre, le péché sera ôté de l’univers. Cela est encore futur. Nous comprenons bien cela. La base est posée, mais le péché est encore là dans la création. Mais déjà aujourd’hui, ceux qui se sont tournés vers le Seigneur Jésus peuvent être réconciliés avec Dieu. Nous pouvons jouir de la paix avec Dieu, et cela sur la base de l’œuvre que le Seigneur a accomplie.

La base, c’est « le sang de sa croix ». Là en effet, nous avons le côté de la satisfaction de Dieu. Le sang du Seigneur Jésus a été versé sur la croix, Il a donné sa vie.

Le caractère expiatoire de Sa mort est clairement montré, et nous voyons ce témoignage du sang qui est sorti de Son côté. Notre Dieu est satisfait. Et maintenant nous pouvons goûter la paix avec Dieu sur la base de l’œuvre que le Seigneur Jésus a accomplie. Je donne juste quelques pensées, mais j’aimerais que nous retenions surtout cette expression : « le sang de sa croix ».

Au chapitre 2 j’aimerais lire aussi deux versets en rapport avec l’œuvre que le Seigneur a accomplie : « ayant effacé l’obligation qui était contre nous, laquelle consistait en ordonnances et qui nous était contraire, et il l’a ôtée en la clouant à la croix : ayant dépouillé les principautés et les autorités, il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix » (v. 14 et 15).

On voit là de nouveau quelques aspects de l’œuvre que le Seigneur a accomplie. Ce n’est pas très facile. Je donne juste quelques pensées.

Il faut bien comprendre d’abord, dans le v. 14 : « l’obligation qui était contre nous ». Donc en rapport avec cela, il faut penser à ce que le peuple d’Israël avait dit, cet engagement qu’ils avaient pris à la montagne de Sinaï où ils ont dit : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons ». C’était leur engagement, leur obligation, et ils étaient incapables de le faire.

Trois fois nous lisons cela en Exode 19 et 24. Et voilà, sur la croix, le Seigneur Jésus a effacé cette obligation. Il est lui-même devenu malédiction. Il a pris la place de ceux qui étaient coupables.

Nous lisons aussi qu’Il a ôté cette obligation en la clouant à la croix. C’est juste pour indiquer qu’elle a été effacée. Le Seigneur Jésus a remporté là un triomphe merveilleux. L’ennemi était dépouillé de ses armes.

Ainsi le Seigneur, par Sa mort, a vaincu l’ennemi sur la croix. La Parole nous dit ici : « il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix ». C’est une allusion à ces entrées des généraux romains. Après une victoire remportée, ils rentraient à Rome et montraient ceux qu’ils avaient vaincus, tous ces soldats qui étaient maintenant prisonniers. Ils démontraient donc leur victoire.

La Parole fait allusion à cela. Elle nous parle de ce triomphe de la croix, le triomphe que le Seigneur Jésus a remporté sur l’ennemi. Ici c’est devant le monde invisible, c’est le triomphe sur Satan et tous ses anges. Le Seigneur a remporté cette victoire. C’est pour dire que ce qui semble être une défaite, en réalité est une victoire merveilleuse, cette victoire que le Seigneur Jésus a remportée.

J’aimerais lire encore deux versets dans l’épître aux Galates. « Mais moi, frères, si je prêche encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? — alors le scandale de la croix est anéanti » (5. 11).

Paul parle du scandale de la croix. Nous avons déjà ceci dans la 1ere épître aux Corinthiens, un verset en rapport avec une pierre d’achoppement (ou « occasion de chute », « scandale » – 1. 23).

En effet, pour les Juifs, c’était quelque chose contre quoi ils ont trébuché quand ils pensaient à la croix. Ici, nous voyons de nouveau que la croix était vraiment l’endroit où le péché a été jugé. L’homme est mis de côté par cette œuvre, l’œuvre que le Seigneur a accomplie : il n’y a rien de l’homme, absolument rien. C’est par la grâce que nous sommes sauvés. Dès le début, l’homme a essayé d’ajouter quelque chose, et à ne pas rendre le salut dépendre seulement de l’œuvre du Seigneur Jésus, mais aussi des œuvres.

Il y avait là des docteurs qui disaient : Voilà, il faut également, maintenant, suivre la loi comme règle de vie. Paul a dit : Non, ce n’est pas comme cela. Ni la circoncision ni la loi, pour le croyant. Le modèle à suivre, c’est Christ. Le croyant vit pour Christ. Ce qui était dit par les Juifs, les docteurs de la loi : il faut suivre, obéir à la loi, était complètement mis de côté. Alors cela était pour eux une pierre d’achoppement, un scandale, « le scandale de la croix », quelque chose qui était contraire à leurs pensées. L’apôtre Paul continuait donc à prêcher la croix de Christ. Il était prêt aussi à souffrir pour cela.

Dernier verset que j’aimerais lire encore, c’est dans le chapitre 6 de cette même épître. « Mais qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde » (v. 14).

Paul se glorifiait de la croix. On a quelque chose de bien touchant ici : on pourrait parler ainsi de la gloire de la croix.

Avant sa conversion, Paul avait une grande renommée, il y avait des choses desquelles il se glorifiait. Et en Philippiens 3 nous avons certains détails en rapport avec cela. Il a mis tout cela de côté. Il parle même des ordures en Philippiens 3. Cela ne veut pas dire qu’il n’avait plus rien pour se glorifier. Mais maintenant il se glorifiait en la croix. Il ne voulait pas une autre gloire, rien qui fut indépendant du Seigneur Jésus. Et ce qui est associé avec Lui et avec Son œuvre, c’étaient les choses dont Paul se glorifiait.

Et il dit ici qu’il se glorifie dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ. Au chapitre 2 il parle d’une manière très personnelle quand il dit au v. 20 : le « Fils de Dieu… m’a aimé et… s’est livré lui-même pour moi ». C’est quelque chose de très personnel. Ici il parle de « la croix de notre seigneur Jésus Christ ». Il inclut donc aussi les Galates quand il parle de la croix de notre Seigneur Jésus Christ.

Nous trouvons ici qu’il exprime tout d’abord « par laquelle le monde m’est crucifié ». C’est vraiment ce qui séparait complètement l’apôtre du monde : la croix.

Le monde est crucifié pour lui, pour indiquer que le monde a mérité le jugement là sur la croix.

C’est vraiment quelqu’un qui a réalisé qu’il n’a pas une part en commun avec le monde. Non, le monde est crucifié pour lui, et il ajoute à la fin : et lui aussi au monde, lui-même aussi pour indiquer, comme on l’a lu au chapitre 6, qu’il est crucifié avec le Seigneur Jésus. Et c’est bien solennel.

Nous remarquons ici que le langage que l’apôtre emploie est très personnel. Il n’exprime pas une vérité générale, même si c’est vrai en principe que, pour le croyant, le monde est crucifié et que le croyant est crucifié au monde, mais la manière dont cela est dit est très personnelle.

Cela s’adresse aussi à moi, et à chacun de nous. Quelle bonne attitude à l’égard du monde ! Est-ce que c’est une réalité pour nous comme pour l’apôtre Paul, qui a pu dire : Pour moi le monde est crucifié ? Je n’ai rien à faire avec lui, je suis crucifié au monde.

C’est quelque chose qui parle à nos cœurs. Nous voyons que la croix de Christ est vraiment la pierre de touche. Si nous regardons vers la croix – le croyant le fait – il voit Celui qui est là, et son Sauveur qui a payé le prix pour ses péchés.

Et notre désir c’est aussi que chacun de ceux qui écoutent le message connaisse le Seigneur Jésus comme son Sauveur personnel. C’est pour lui-même, oui, Celui qui était là sur la croix, c’est mon Sauveur.

Récemment encore j’ai écouté une interview avec un politicien allemand. Il parlait de la croix. C’était pour lui un symbole plein de signification. Il parlait avec respect. Il y a une chose que j’ai regrettée. Il n’a pas dit : la croix pour moi c’est l’endroit où mon Sauveur a payé le prix pour mes péchés. C’est cela qui est fondamental, savoir que Christ a payé le prix pour nos péchés, là sur la croix.

Par la suite, il y a des conséquences pour notre vie ici-bas. La croix de Christ définit notre attitude aussi à l’égard de ce monde. N’oublions pas cela. C’est vraiment la pierre de touche, c’est vraiment ce qui est la ligne de séparation. Aux États-Unis il y a un endroit qui est la séparation des eaux. D’un côté elles coulent vers l’océan Pacifique, de l’autre côté vers l’Atlantique et le golfe du Mexique. C’est une ligne de séparation. Ainsi en effet la croix est vraiment ce qui nous sépare du monde.

Que le Seigneur nous aide à être de ceux qui sont des disciples du Seigneur Jésus, qui Le suivent, qui sont prêts aussi à endurer la honte et à vivre encore pour Lui ! Glorifions-nous aussi de la croix. Il y a le côté de la honte, mais aussi ce côté qui est appelé la gloire. Nous savons que le Seigneur a triomphé sur l’ennemi. C’est pourquoi nous sommes avec joie et reconnaissance, comme rachetés du Seigneur, vraiment de Son côté. Que le Seigneur nous donne aussi de vivre avec toutes les conséquences que cela implique !

D’après Message donné sur : https://edification.bible/
Mai 2020

 

LA FORTUNE D’ALBERT

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LA FORTUNE D’ALBERT

Ou les meilleures richesses

 

Chapitre 1

Par un magnifique après-midi d’automne, deux jeunes garçons étaient allés cueillir des noisettes dans les bois voisins de leur village. Leurs paniers furent bientôt à moitié pleins, mais ce n’était pas assez pour eux et ils continuèrent leurs recherches.
Le plus jeune des deux, Albert Hardouin, beau garçon fort, intelligent et gai, dit à son camarade, tout en cueillant rapidement des noisettes, qu’il avait la ferme intention de faire une grande fortune.
– Et tu veux commencer, je pense, avec la vente de ces noisettes !
– Allons, ne te moque pas de moi. Tu peux me croire, j’ai l’intention de faire rapidement fortune et d’être un jour un homme très riche.
– Comme le monsieur du château ?
– Peut-être, je ne dis pas non !
– Tu m’amuses ! C’est bien probable, alors que ton père n’est qu’un petit maître d’école primaire dans un village !
– Je te prie de ne pas parler ainsi de mon père, il n’y a pas un homme qui arrive à sa cheville, et, quand je serai riche, il aura tout ce qu’il pourra désirer !
– Enfin, comment veux-tu y arriver ?
– Je n’en sais rien, dit Albert d’un ton moins excité.
Car il sentait qu’après l’avoir entendu parler avec tant d’assurance, Sylvain devait s’attendre à apprendre qu’il avait un plan tout prêt pour réaliser ses désirs. Il n’aurait pas voulu lui laisser croire que c’était un simple château en Espagne.
Alors il reprit courageusement :
– Il y a mille moyens de faire fortune et je saurai bien trouver le meilleur. J’ai entendu dire à mon père que le propriétaire actuel du château a fait la sienne en inventant une nouvelle couleur, et maintenant il nage dans l’or ! Je suis certain que je trouverai aussi quelque bon moyen de gagner beaucoup d’argent, tu peux en être sûr !
– Quand tu l’auras trouvé, fais-le-moi savoir et je viendrai m’associer avec toi ! dit Sylvain en riant.
Sylvain était un garçon, qui ne pensait qu’au moment présent, quoiqu’il fût plus âgé qu’Albert et qu’il dût déjà travailler dans la ferme de son père.
Cette conversation fut interrompue par le passage d’un écureuil qui sautait de branche en branche. Albert voulut attraper la charmante bête, mais elle était plus agile que lui et il la perdit bientôt de vue. Cependant elle lui avait rendu service, car en la poursuivant il arriva près d’un noisetier bien plus couvert de fruits qu’aucun de ceux qu’il avait vus précédemment.
– Hourra ! s’écria-t-il, voici une vraie fortune !
Naturellement Sylvain s’empressa d’arriver pour aider à cueillir ces belles noisettes, et les garçons furent tellement occupés qu’ils ne pensèrent plus à causer.
Lorsqu’il commença à faire sombre, ils se dirigèrent vers le village, portant leurs paniers tout pleins et fort contents du résultat de leur après-midi.
La maison d’école et le logement de l’instituteur se trouvaient un peu en dehors du village. Le petit jardin devant l’habitation était parfaitement tenu et tout paraissait très paisible lorsque les garçons y pénétrèrent.
La mère d’Albert était morte à sa naissance, mais son père le soignait avec tant de tendresse, que le garçon n’avait jamais ressenti cette grande perte. Ce père était donc tout pour son enfant qui le lui rendait bien ; ils n’auraient pu être plus étroitement liés. Ils vivaient seuls dans cette maison isolée, mais une voisine venait deux fois par semaine nettoyer la maison bien à fond et laver le linge. Elle était justement dans la cuisine, occupée à repasser, lorsqu’Albert entra, et le premier mot de celui-ci fut :
– Où est mon père ?
– Il est allé à Allières.
– À Allières ? Il ne m’en avait rien dit ! s’écria le jeune garçon.
Car son père lui disait en général tout ce qu’il avait l’intention de faire.
– Il reviendra de bonne heure, m’a-t-il dit, mais il était absolument nécessaire qu’il y aille.
Albert la regarda avec anxiété, mais il ne questionna pas plus et retourna très attristé dans la chambre à côté. Il se souvenait que, depuis quelques jours, son père n’était pas comme d’habitude, et il craignait quelque malheur. Ce n’était pas naturel qu’il fût allé à Allières sans l’en prévenir.
Sylvain triait les noisettes ; cette occupation fît bientôt oublier à Albert son anxiété ; et il se mit à plaisanter avec son camarade comme s’il n’y avait rien de pénible dans ce monde.
– Eh bien, dit enfin Sylvain, il faut que je m’en aille ! Je dois faire rentrer les vaches et c’est bien le moment ! Mon père est très sévère pour cela ! C’est agréable d’être comme toi et de n’avoir rien à faire !
– Rien à faire ! Mais je t’assure que je n’ai pas un moment à perdre. Il faut que je scie du bois, que je cultive le jardin, car autrement nous n’aurions point de légumes, et papa entend que tout soit parfaitement bien fait !
– Mais tu vas encore à l’école ! Il y a bien longtemps que je l’ai quittée, moi ! Vas-tu continuer jusqu’à ta majorité ?
Albert se mit à rire, et il répondit :
– Mon père désire que j’apprenne tout ce qu’il peut m’enseigner. Il dit qu’on ne peut pas en savoir trop et, tu comprends, si je veux faire fortune, il faut que je m’instruise le plus possible !
– Je ne vois pas à quoi te serviront, pour cela, la géographie, l’histoire et les mathématiques ?
– Je ne sais pas, mais il paraît que tout cela est utile. Tu comprends, si je ne connaissais pas la géographie, je ne pourrais pas faire du commerce avec les pays étrangers, ni savoir d’où il faut faire venir les marchandises qui me seraient nécessaires ! Et si je n’étais pas bien au courant de la comptabilité, comment pourrais-je m’assurer qu’on ne me trompe pas ? Ce que je voudrais, ce serait de connaître les langues étrangères, mais mon père ne peut pas me les enseigner, ne les parlant pas lui-même.
Sylvain regarda avec étonnement son compagnon, qui mettait beaucoup d’ardeur à lui exposer cela. Quant à lui, il n’avait aucun désir d’en savoir davantage, et ne pouvait comprendre Albert qu’à moitié. Il était allé à l’école et y avait appris tout ce qu’on l’obligeait à apprendre, mais rien de plus ! Il savait, naturellement, lire et écrire, mais jamais il n’aurait eu envie de prendre un livre, de sorte que, dans ses moments de loisirs, il flânait autour de la maison de son père ou allait plus loin dans la campagne. C’était ce qu’on appelle « un bon garçon », un aimable compagnon, mais qui ne partageait en rien les aspirations d’Albert.

 

Chapitre 2

Dès qu’il fut parti, Albert se mit à préparer ses leçons pour le lendemain ; mais la nuit arrivait si rapidement qu’il alla s’installer à la cuisine pour profiter de la lumière qui y était allumée. Mme Michel, la voisine, était encore occupée à repasser, et Albert admira le linge qui devenait lisse sous le fer.
– Ce doit être bien amusant de repasser, lui dit-il, et c’est charmant de voir ces objets froissés devenir lisses sous votre fer.
– Cela les change bien, en effet, et il est toujours agréable d’avoir tout propre et en ordre autour de nous ; d’ailleurs c’est une manière de glorifier Dieu.
– Vous pensez donc que Dieu désire que nous fassions tout avec soin et avec goût ?
– Certainement. Crois-tu que Dieu aurait mis tant de beauté dans ce monde s’Il n’avait pas eu l’intention que nous aimions le beau et que nous en jouissions ? Vois toutes les belles fleurs que Dieu a créées et toutes les belles couleurs qui ornent même les feuilles ! Et, quand la neige tombe, comme elle est belle avant que l’homme la salisse ! Même la glace forme des dessins charmants sur nos fenêtres !
– Oui ! Hier encore papa me disait que chaque flocon de neige est un cristal en lui-même.
– Ah ! Je suis sûre que plus on étudie les œuvres de Dieu, plus on les trouve belles !
La brave femme continua à repasser un moment en silence, puis elle reprit :
– Je suis convaincue que tous les enfants de Dieu devraient s’arranger pour avoir tout, autour d’eux, aussi joli et agréable que possible ! Je sais bien qu’une pauvre femme, chargée de beaucoup d’enfants, ne peut jamais avoir les choses aussi belles qu’elle le voudrait. Mais on peut au moins être propre et en ordre, et la Parole de Dieu nous dit : « Quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ».
– Eh bien, madame Michel, moi j’ai l’intention de faire tout de la meilleure manière possible, car je veux devenir riche.
– J’en suis bien contente, et j’espère que tu réussiras.
– Vraiment ? C’est bien aimable de votre part. Quand j’ai dit la même chose à Sylvain Nicolas, il s’est mis à rire et a eu l’air de penser que cela n’arriverait jamais.
– Je crois que tu pourras réussir, si tu t’y prends de la bonne manière. Mais il y a deux sortes de richesses, Albert, et j’espère que tu auras les meilleures.
– Deux sortes ? Que voulez-vous dire ?
– Il y a des richesses qui peuvent disparaître, et il y a aussi des richesses durables.
– Oh ! Je veux avoir une fortune qui me restera ! Des richesses qui risquent de disparaître ont bien peu de valeur, je veux mieux que ça !
– Je l’espère, je l’espère vraiment, dit la femme en changeant de fer.
Albert ne répliqua pas tout de suite. Il sentait qu’il y avait une signification cachée dans les paroles de Mme Michel, mais il ne comprenait pas bien ce qu’elle voulait dire.
Il se tut et reprit ses leçons, de sorte que le silence ne fut plus interrompu que par le bruit du fer sur le linge.
Bientôt Albert leva la tête et, se tournant vers Mme Michel :
– Mon père a-t-il dit quand il rentrerait ?
– Non, il a dit qu’il n’en était pas sûr, mais qu’il tâcherait de ne pas rentrer trop tard.
– Connaissiez-vous ma mère ? Oh ! Que je voudrais qu’elle soit encore en vie !
– Ah ! Oui, je la connaissais et je l’ai soignée jusqu’à sa mort. Je n’ai jamais vu une femme meilleure et plus charmante. C’est elle qui était riche !
– Elle était riche ! Que voulez-vous dire ?
– Elle était riche en foi et en bonnes œuvres. Ce sont là les richesses qui durent éternellement. Tu ne seras jamais riche éternellement, à moins que tu n’obtiennes ces richesses-là.
– Le monsieur du château est bien riche, et pourtant il n’est pas… vous savez ce que je veux dire, il ne semble pas être un croyant.
– Oui, je crains bien, en effet, qu’il ne soit pas un enfant de Dieu, et alors je le considère comme un très pauvre homme. Il est riche en biens terrestres, mais cette terre ne durera pas toujours. Il est donc bien important de posséder des richesses qui ne nous quitteront pas. Il vaut mieux être pauvre ici-bas et riche dans le monde à venir, que riche sur cette terre et pauvre à toujours.
– Mais est-ce que tous les gens riches ici-bas seront pauvres pour l’éternité ?
– Oh ! Non, Dieu donne quelquefois à ses enfants des richesses dans ce monde, comme des talents qu’ils doivent faire valoir à Son honneur et à Sa gloire. Ceux des enfants de Dieu qui ont des richesses sur cette terre, se considèrent comme des économes, et ils estiment leur argent comme la partie la plus infime de leur fortune. Un chrétien fort riche perdit tout ce qu’il avait par la faute de banquiers infidèles. Un de ses amis, le rencontrant peu après, lui dit : « J’ai appris avec grand chagrin que vous aviez perdu tout ce que vous possédiez ». « Vous vous trompez, répondit-il, je n’ai pas tout perdu. Je n’ai perdu ni mon Sauveur, ni la paix que me donne mon Dieu, ni mon espérance céleste ; et, sur la terre, je n’ai perdu ni ma femme, ni mes enfants, ni ma santé, ni ma raison, ni mes meilleurs amis ». Tu vois donc qu’on peut avoir bien des richesses tout en possédant peu d’argent.
– Cependant l’argent est une bonne chose, on ne peut pas s’en passer !
– Oui, l’argent est une bonne chose quand on sait bien s’en servir. Mais il n’est bon à rien si l’on veut seulement l’amasser ou mal l’employer. Au contraire, l’argent est une vraie bénédiction, si on le dépense convenablement sous le regard du Seigneur. Cependant je crois que les gens les plus heureux sont ceux qui ont juste ce qu’il leur faut pour vivre.
– Quant à moi, madame Michel, je voudrais avoir plus que cela !
– Dieu veuille qu’il n’en soit pas ainsi, Albert, cela pourrait te ruiner l’âme et le corps. Recherche les richesses durables et laisse à Dieu le soin de te donner ce qu’Il jugera le meilleur pour toi ici-bas. Tiens, prends cette Bible, et lis les versets 17 à 21 du chapitre 8 des Proverbes.
Albert obéit et lut à haute voix : « J’aime ceux qui m’aiment ; et ceux qui me recherchent me trouveront. Avec moi sont les richesses et les honneurs, les biens éclatants et la justice. Mon fruit est meilleur que l’or fin, même que l’or pur ; et mon revenu meilleur que l’argent choisi. Je marche dans le chemin de la justice, au milieu des sentiers de juste jugement, pour faire hériter les biens réels à ceux qui m’aiment, et pour remplir leurs trésors ».
Voilà la vraie fortune, ajouta Mme Michel, puisses-tu la rechercher et l’obtenir.
Albert ne répondit rien. Il resta assis, avec ses livres sur les genoux et les yeux fixés sur le feu, jusqu’à ce que, tout à coup, il entendît un pas bien connu sur le chemin, et, se levant, il courut au-devant de son père.

 

Chapitre 3

M. Hardouin était un homme grand, maigre et à l’expression très anxieuse, fort différente de celle de son fils. Il entra lentement et s’assit dans son fauteuil, comme s’il était à bout de forces.
– N’es-tu pas bien, papa ? lui demanda affectueusement Albert.
– J’ai fait une grande course, mon enfant, et je serai mieux après avoir soupé.
Albert, qui avait l’habitude de servir son père, eut vite fait le café au lait qui composait, avec du pain et du fromage, leur repas du soir.
Mme Michel mit son fer à repasser de côté et plia soigneusement le linge qui restait encore, sans prononcer un seul mot. Seulement, au moment où elle mettait son chapeau, elle dit :
– Je suppose, M. Hardouin, que vous avez pu terminer votre affaire ? Cela paraît vous avoir terriblement fatigué.
– Oui. Le résultat a été justement ce que j’attendais ; mais cela m’afflige davantage pour les autres que pour moi-même.
Dieu peut prendre soin des autres encore mieux que vous ne pouvez le faire vous-même, répondit-elle. Il sait mieux que nous ce qui nous convient.
– Sans doute, mais il est souvent bien difficile de le réaliser.
Mme Michel n’ajouta rien, car elle remarqua qu’Albert prêtait l’oreille, mais elle soupira en pensant : « Pauvres gens ! »
En rentrant chez elle, elle dit à son mari :
– Je crains que M. Hardouin ne soit fort mal. Depuis longtemps il se sentait peu bien, mais il ne voulait pas l’avouer. Aujourd’hui il est allé à la ville consulter le docteur Fourrier ; il vient de rentrer et, d’après son expression, il doit avoir appris de bien mauvaises choses sur sa santé, car il avait l’air tout à fait écrasé en arrivant, mais Albert était là et je n’ai pu le questionner.
– Ce sera un coup terrible pour ce garçon, si son père est sérieusement atteint, répondit M. Michel. Je n’ai jamais vu une intimité pareille entre un père et son fils.
Pendant ce temps Albert et son père causaient ensemble. Le pauvre garçon avait très bien compris qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, et il se sentait fort mal à l’aise ; aussi, dès qu’il eût débarrassé la table du souper, il vint s’asseoir tout près de son père et lui demanda :
– Qu’y a-t-il, papa ? Quelque chose ne va pas, je le sens.
M. Hardouin posa sa main sur la tête de son fils et lui dit :
– Tu as souvent parlé de faire fortune, aimerais-tu aller chez ton oncle Jacques et faire un apprentissage de commerce ?
– Je serais très content de faire un apprentissage de commerce, papa, mais je ne voudrais pas te quitter. As-tu la pensée de m’envoyer loin de toi ?
– Non, mon enfant, mais il se pourrait que ce soit moi qui te quitte ; en effet, il faut que je te le dise, le docteur trouve que j’ai une maladie de cœur fort avancée.
M. Hardouin ne put en dire davantage, car il fut effrayé de l’expression de son fils.
Albert fit un effort surhumain pour se contenir et ne pas éclater en sanglots, et il parla seulement quand il sentit qu’il pourrait le faire d’une voix tranquille. Alors il dit :
– Le docteur peut se tromper, papa, et avec des soins tu te remettras. Les médecins se trompent souvent.
– Peut-être, dit M. Hardouin, afin de ne pas trop accabler son enfant.
Dès qu’il le put, Albert se hâta de s’échapper un moment pour donner libre cours à sa douleur. Ce fut terrible, car son père était tout pour lui ; mais il se reprit à espérer, et, quand il rentra dans la cuisine, il était bien plus calme que son père n’aurait osé l’attendre.
Les jours et les semaines s’écoulèrent sans amener de changements dans leur vie. M. Hardouin continuait de tenir son école, et son fils faisait tout ce qui était en son pouvoir pour lui éviter de la peine, soit en classe, soit à la maison. Il se réveillait longtemps avant son père, pour que tout fût prêt au moment où celui-ci se levait ; et ils ne parlèrent plus jamais ensemble de sa santé. M. Hardouin en parlait certainement avec Mme Michel ; mais ils ne le faisaient jamais devant Albert, et le jeune garçon en vint à espérer que ce que lui avait dit son père n’avait été qu’une fausse alerte.
L’hiver fut précoce ; il y eut abondance de neige et de gel, aussi Albert et son ami Sylvain allaient, dès qu’ils en avaient le temps, glisser ou patiner sur l’étang.
Un soir, comme il rentrait rempli de joie après cet exercice, son père lui demanda :
– Que diras-tu de vivre en ville ? Ce sera une grande différence pour toi, habitué comme tu l’es à la campagne ?
– Je suis sûr que je ne l’aimerai pas du tout ; la seule consolation, c’est qu’on peut y gagner beaucoup d’argent.
– Peut-être. Ton oncle passe pour un homme qui a fait de bonnes affaires ; il m’en a voulu autrefois, parce que je n’ai pas voulu entrer comme lui dans le commerce ; mais mes goûts ne me portaient pas du tout de ce côté-là. La vie à la campagne a toujours eu bien plus d’attrait pour moi. Je crois que toi, tu sauras te tirer d’affaire, car tu as plus d’initiative que moi. Seulement, mon enfant, je t’en prie, ne permets pas aux richesses de ce monde de t’aveugler. J’ai trop négligé moi-même de chercher mon trésor dans le ciel. Toi, mon fils bien-aimé, fais mieux que ton père dans ce sens-là et cherche premièrement le royaume de Dieu et Sa justice, sachant que toutes les choses qui te sont nécessaires te seront données par-dessus.
Ce furent les dernières paroles qu’Albert entendit sortir de la bouche de son père. Il n’avait pas paru plus mal ce soir-là, mais le lendemain matin il était mort !
Au premier moment, Albert fut inconsolable, mais tous les voisins l’entourèrent amicalement et, dès le même soir, son oncle arriva, appelé par télégramme, d’après les instructions que le père, sachant que sa fin arriverait subitement, avait données à Mme Michel.
M. Jacques Hardouin formait un grand contraste avec son frère. Il était fort, actif, énergique, tout à fait un homme d’affaires, et savait exactement tous les arrangements qu’il fallait prendre. Il ne pouvait guère s’arrêter, parce que ses affaires l’attendaient, mais il avait promis à son frère de s’occuper d’Albert et il entendait le ramener avec lui.
Il décida que l’on vendrait tout ce qui restait. Albert demanda à garder le fauteuil où son père s’asseyait ordinairement, une petite armoire dans laquelle il rangeait des collections de botanique, les livres de sa mère et un certain nombre d’autres choses qui étaient pour lui comme des trésors. Mais son oncle trancha la question en disant :
– Pas de ça ! Ce sont des vieilleries et je ne puis en remplir ma maison ! Tu prendras tes habits et quelques livres, si tu veux, mais il faut vendre tout le reste ! L’argent te sera utile jusqu’à ce que tu puisses en gagner. Moi, j’ai commencé la vie avec rien, et, à force de travail, j’ai obtenu une bonne position. Tu auras plus que moi pour commencer et tu dois réussir d’autant mieux.
Albert n’insista pas ; mais, en allant dire adieu à Mme Michel, il lui confia combien il était chagriné de ne pouvoir conserver aucun des souvenirs de la maison paternelle. Mme Michel l’écouta avec sympathie ; elle savait que ces choses n’avaient pas seulement une valeur matérielle, mais que de tels souvenirs pourraient être utiles au jeune garçon pour le préserver des tentations de la ville.
Cet aperçu du caractère de l’oncle Hardouin lui faisait craindre que le jeune garçon ne fût désormais influencé de manière bien différente qu’il ne l’avait été jusqu’ici. Ne voulant pas le décourager, elle lui dit affectueusement :
– Je suis fâchée que ton oncle n’ait pas la place chez lui pour que tu puisses garder ces souvenirs de ton père ; mais je crois que je pourrai t’aider en cela. Tu me diras quels sont les objets que tu aimerais garder ; j’en dirai un mot aux voisins qui ont aimé ton père et qui lui sont reconnaissants de la peine qu’il a prise pour instruire leurs enfants ; nous nous mettrons d’accord pour acheter ces objets et, quand tu auras la place de les loger, tu pourras venir les reprendre.
– Merci, madame ! dit Albert avec reconnaissance. Je vous les paierai dès que je le pourrai, car j’espère faire bientôt fortune, et je vais beaucoup travailler pour cela.
– J’espère que tu réussiras, mon ami ; fais toujours le mieux possible tout ce que tu entreprendras ; mais quant à faire fortune, c’est une autre chose, et je ne crois pas que je puisse te souhaiter d’en arriver là. Cherche avant tout les richesses célestes, et, au milieu des tentations du monde, conserve ton cœur pur en te donnant entièrement au Sauveur.

Le jour suivant, Albert et son oncle se mirent en route. Le voyage était assez long et nouveau pour Albert, qui ne s’était guère éloigné de son village jusqu’alors. Au départ, il était extrêmement triste, car il quittait tout ce qu’il avait aimé depuis sa naissance, et il sentait qu’aucun lieu ne pourrait jamais être pour lui comme son village natal. Il souffrait surtout en pensant qu’il ne reverrait plus son bien-aimé père, mais il était content de faire ce que celui-ci avait lui-même décidé.
Plus tard il se trouva seul dans le compartiment avec son oncle, et il aurait aimé que M. Hardouin lui parlât de sa famille et le mît au courant de ses intentions à son égard. Il sentait que, si c’était avec son père qu’il avait voyagé, celui-ci lui aurait indiqué les divers endroits que l’on traversait et lui aurait expliqué une quantité de choses ; mais son oncle était enfoncé dans ses propres pensées et ne faisait aucune attention à lui.
Pour rompre ce silence qui l’oppressait, il s’aventura enfin à dire :
– Est-ce encore très loin ?
– Nous en avons encore pour une bonne heure, répondit l’oncle en se tournant brusquement, comme s’il s’était tout à coup rendu compte de la présence de son neveu.
Puis il reprit au bout d’un moment :
– Que sais-tu faire ? As-tu été habitué au travail ?
– Je m’occupais du ménage à la maison, mais je n’ai jamais travaillé au dehors. Mon père tenait surtout à ce que j’apprenne tout ce qui était possible.
– Ah ! Il voulait faire de toi un savant ?
– Oh ! Non. Mais il disait que l’instruction est toujours une bonne chose, et il m’en a donné autant qu’il a pu.
– Oh ! Ton père n’a jamais été pratique. Si l’on t’avait mis plus tôt au travail, tu aurais déjà gagné une bonne somme.
– Mais peut-être que je pourrai mieux travailler maintenant, grâce à ce que mon père m’a enseigné, dit timidement Albert.
M. Hardouin regarda attentivement son neveu et lui dit plus affectueusement :
– Cela se peut. Ton père était le meilleur homme que j’aie connu, quoiqu’il n’eût aucune idée de la manière de gagner de l’argent. Connais-tu l’arithmétique ?
– Oh ! Oui, et je l’aime beaucoup.
– C’est bien ; je pense que tu as compris que tu devras maintenant travailler ferme, et, si tu sais bien calculer, cela te sera utile.
– Est-ce que ma cousine Clarisse travaille aussi dans le magasin ?
– Oui, elle a une dizaine d’années de plus que toi, et c’est elle qui tient la comptabilité. C’est une bonne femme d’affaires. Mon opinion est que, jeune ou vieux, il faut s’attacher à son travail. Si chacun faisait cela, il n’y aurait pas autant de pauvres ! Chacun, en y mettant de la bonne volonté, doit pouvoir gagner sa vie, et ceux qui ne travaillent pas n’ont pas le droit de manger.
Albert ne répondit rien ; il trouvait que son oncle avait une manière de juger les choses bien différente de celle de son père. Heureusement, la fin du voyage approchait. On vit bientôt au loin de longues rangées de maisons et une quantité de cheminées, d’où s’échappait une fumée noire, et bientôt ils se trouvèrent dans l’atmosphère brumeuse qui entoure toujours les grandes villes industrielles.
Le train s’arrêta dans une gare immense, et alors tout fut pour Albert bruit et confusion, car les voyageurs s’empressaient de rassembler leurs bagages et de s’éloigner.
L’oncle pensa qu’Albert pouvait bien porter sa valise et, marchant le premier, il s’engagea d’abord dans une rue étroite, puis passa sur un pont au-dessus d’une rivière sillonnée de bateaux. Albert aurait bien aimé s’arrêter pour regarder, car c’était le soir, et les lumières des diverses embarcations se reflétant dans l’eau faisaient un effet charmant. Mais son oncle continuait à marcher rapidement devant lui, et le jeune garçon était presque obligé de courir pour ne pas le perdre de vue. Enfin ils arrivèrent à une grande place et entrèrent dans un beau magasin d’épicerie, sur la porte duquel Albert eut juste le temps de lire en lettres dorées : HARDOUIN.
Son oncle traversa le magasin, se dirigeant tout droit vers le bureau qui était au fond. Il se mit tout de suite à causer avec animation avec un homme qui était là, mais personne ne fit attention à l’orphelin, qui s’était assis à l’entrée du magasin avec sa valise, jusqu’à ce qu’une voix agréable lui dît enfin :
– Es-tu mon cousin Albert ?
Albert tressaillit, se leva bien vite et répondit qu’il était en effet Albert. Sa cousine lui dit de la suivre et, le faisant passer derrière le magasin, elle le mena au premier étage, dans une jolie pièce où le souper était servi.
– Mon père est occupé avec l’employé pendant un moment encore, mais je crois que maman pourra bientôt venir. Ah ! La voici ! – Maman, voici Albert qui est arrivé. Dans quelle chambre doit-il aller ?
– Dans la petite mansarde tout en haut des escaliers, répondit la nouvelle arrivante, qui considérait Albert sans lui dire une seule parole de bienvenue.
Et, le regardant d’un œil scrutateur :
– Tu as l’air capable. Es-tu décidé à bien travailler ?
– Oh ! Oui, certainement. Je ferai tout mon possible.
– C’est cela ! dit Clarisse affectueusement. Viens, je te montrerai ta chambre pour que tu puisses te rafraîchir avant le souper ; tu dois en avoir besoin après ce long voyage.
Albert prit sa valise et suivit sa cousine, sentant son cœur plein de reconnaissance pour les manières affectueuses de celle-ci.
La petite mansarde dans laquelle elle le conduisit était bien triste en comparaison de la jolie chambre qu’il avait eue chez son père. Mais Albert était décidé à ne pas considérer le mauvais côté des choses. Il regarda dehors et ne vit qu’une ruelle étroite, des toits et des cheminées à perte de vue ; il se demandait à quelle distance il était maintenant de la campagne, des prés et des bois. Il trouvait que sa tante avait été bien froide à son égard, et il était prêt à pleurer lorsque, se souvenant du conseil de sa cousine, il se mit à se laver la figure et les mains.
Cela lui fit du bien. Il redescendit à la salle à manger, et n’y trouva que Clarisse.
– Nous allons prendre notre souper tous les deux, lui dit-elle, mon père n’est pas encore prêt et ma mère est redescendue vers lui. Voici une bonne tasse de café. Veux-tu une tranche de jambon ? Prends du pain et du beurre.
Et Clarisse causait gaiement, cherchant à mettre son cousin à l’aise. Le café lui fit du bien, il sentit qu’il avait faim, et il mangea de bon appétit. Sa cousine lui disait :
– Je suis si contente que tu sois venu, car je n’ai ni frère, ni sœur, et tu es mon seul cousin. Nous serons bons amis ; tu le veux bien, n’est-ce pas ?
Albert, enchanté, répondit :
– De tout mon cœur, car je n’ai non plus aucun proche parent, excepté vous !
– Je suis bien plus âgée que toi, reprit Clarisse, et je travaille depuis si longtemps dans le magasin que je pourrai te mettre au courant de bien des choses. Je dois beaucoup travailler, car mon père et ma mère ne peuvent supporter qu’on soit paresseux. Ils veulent arriver bientôt à la fortune !
Elle dit cela d’un ton passablement amer, et Albert ne savait que lui répondre. Pourtant il lui dit :
– N’as-tu pas envie aussi de faire fortune ?
– J’aimerais mieux jouir de l’argent que nous possédons. À quoi sert-il d’amasser toujours de l’argent et de ne jamais jouir des choses qu’il pourrait nous procurer ?
– Voilà un peu ce que me disait Mme Michel.
– Qui est Mme Michel ?
– Une de nos voisines. Elle me parlait toujours de la nécessité d’obtenir plutôt des richesses durables.
– Quelles sont ces richesses ?
– Je ne sais pas très bien, mais je crois qu’il en est parlé dans la Bible.
– Oh ! dit Clarisse, je ne sais pas grand-chose de la Bible. Ce serait peut-être mieux si je la connaissais davantage ; mais mon père ne serait pas content si je perdais mon temps à lire ! Veux-tu une autre tasse de café ? Non ? Alors nous ferons bien de descendre, et mes parents pourront monter. Papa ne quitte jamais le bureau sans que l’un d’entre nous ne l’y remplace.
Albert suivit sa cousine en bas. Le magasin était brillamment éclairé et rempli d’une bonne odeur de café grillé. Par les grandes portes du magasin on voyait aussi la rue étincelante de lumière, ce qui était tout nouveau pour le petit provincial.
– À quelle heure se couche-t-on ici ? demanda-t-il à sa cousine.
– Ah ! Pas de longtemps encore, répondit-elle en riant.
– C’est étrange. On va et on vient comme si c’était au milieu du jour !
Clarisse rit en disant :
– Ah ! Tu verras bien des choses auxquelles tu n’es pas habitué !

Le lendemain matin, M. Hardouin dit à son neveu de se mettre tout de suite au travail et il lui montra ce qu’il devait faire, à la grande joie d’Albert, qui détestait rester inactif. C’était tout nouveau pour lui d’être ainsi occupé dans un magasin ; mais cela lui plaisait. Il avait été convenu que, pendant les trois premiers mois, il ne recevrait rien, mais qu’ensuite, s’il se donnait de la peine, il aurait un petit salaire.
– Naturellement, lui avait dit son oncle, tu devras acheter tes habits et tout ce dont tu auras besoin, à part la nourriture et le logement. Mais, si tu désires réellement faire fortune, suis mon conseil : n’achète jamais rien dont tu puisses te passer, évite toute dépense inutile et épargne tout ce que tu peux !
Albert promit de suivre ce conseil, et il mit à son travail tout son cœur et son énergie.
Pauvre garçon ! Dans son désir de devenir riche, il était en grand danger d’oublier les leçons de son père. Personne dans la maison de son oncle ne semblait se préoccuper de quoi que ce soit en dehors de la vie présente. Son oncle, quoique assez sévère avec lui, le traitait pourtant avec une certaine amitié, mais sa tante était toujours froide et rude. Quant à Clarisse, elle était la bonté même avec son petit cousin et, chaque fois qu’elle pouvait en obtenir la permission de son père, elle le faisait sortir un moment et le conduisait le long de la rivière ou dans un jardin public.
Albert fut attiré vers un des jeunes garçons qui servaient de commissionnaires, David, qui devint bientôt son ami. Il était très complaisant et toujours prêt à aider Albert de toutes manières. Il n’en était pas de même de Dutoit, l’employé principal, qui semblait mettre tout son plaisir à le contrarier et à le trouver en faute.
Un jour que David avait un grand nombre de paquets à porter, on dit à Albert de l’accompagner pour lui aider. Comme ils marchaient ensemble, Albert lui demanda quel était son nom de famille.
– Je m’appelle David Nicolas, répondit-il.
– Tu as dit Nicolas ?
– Eh oui, pourquoi pas ?
– C’est que mon meilleur ami dans mon village s’appelait Sylvain Nicolas, et je suis étonné d’entendre que tu as le même nom.
– Comment s’appelle ton village ?
– C’est Villany par Allières, bien loin d’ici.
– Villany ! Ah ! J’ai bien souvent entendu mon père en parler, et je sais que son frère y habite. Ce Sylvain doit être mon cousin. Je le demanderai à mon père.
– Oh oui ! s’il te plaît. Est-ce que ton père habite près d’ici ?
– Oui, pas très loin ; mais nous ne pouvons pas y aller maintenant.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est maintenant le temps qui appartient au patron. Et mon père dit que c’est un vol d’employer pour soi le temps qui appartient au patron. Mais ce soir, je l’interrogerai sur mon oncle de Villany et je pourrai te dire ce qui en est.
– Ton père doit ressembler au mien… Si tu savais comme il était bon ! Ce n’est pas lui qui aurait voulu faire tort à qui que ce soit !
– Est-ce qu’il est mort ?
– Oui, malheureusement. S’il vivait encore, je ne l’aurais jamais quitté.
Lorsque les garçons rentrèrent au magasin, il y avait tellement de travail qu’ils ne purent plus rien se dire ce jour-là. Mais le lendemain, en arrivant, David se trouva un moment seul avec Albert.
– C’est bien ce que j’avais supposé, dit David. Sylvain est mon cousin, et mon père m’a chargé de te dire qu’il espère que tu pourras venir un jour chez nous. Il aimerait bien avoir des nouvelles de Villany.
Albert se mettait rapidement au courant des habitudes du commerce ; il était vif et intelligent, et il n’était pas nécessaire de lui dire deux fois la même chose. Son oncle le regardait donc favorablement et lui permettait souvent d’aider Clarisse dans le bureau, quand celle-ci avait trop à faire.
Quant à lui, cette vie si absorbante lui paraissait parfois assez dure après la grande liberté dont il avait joui à la campagne. Il aurait bien aimé avoir de temps en temps une journée de congé, mais il n’en dit rien à son oncle et continua à travailler ferme, depuis tôt le matin jusque bien tard dans la soirée. Il était alors si fatigué qu’il se jetait sur son lit et s’endormait profondément.
Le dimanche, tous les gens de la maison étaient tellement épuisés, après avoir veillé tard le samedi, qu’ils se reposaient avec satisfaction toute la matinée. L’après-midi, lorsqu’il faisait beau, M. Hardouin et sa fille allaient faire une petite promenade, mais, si le temps était mauvais, ils restaient à la maison, somnolant près du feu.
Les premiers dimanches qu’Albert passa chez son oncle, il fut très malheureux, car jusqu’alors le dimanche avait été pour lui le plus beau jour de la semaine. Le matin, tout était si propre et paisible chez lui, rien ne pressait, et après avoir déjeuné tranquillement avec son père, ils se rendaient ensemble au culte. L’après-midi, Albert suivait une classe biblique pour les jeunes garçons de son âge et, quoiqu’il ne fût pas toujours très attentif aux explications qu’il entendait, il aimait à s’y rendre.
Un dimanche, après avoir appris que David était le cousin de son ami de Villany, Albert s’enhardit jusqu’à demander à son oncle s’il pourrait aller, pendant l’après-midi, voir le jeune commissionnaire. Son oncle le lui permit car, pourvu qu’Albert fît bien son travail pendant la semaine, il ne s’inquiétait pas de ce qu’il faisait le dimanche.
Albert partit donc très joyeux et, au tournant de la rue, il rencontra David qui lui avait promis de venir le chercher.
Ils marchèrent ensemble jusqu’à une rue étroite et sombre ; enfin David s’arrêta devant une maison plus convenable que les autres, et fit entrer son ami dans une pièce tenue fort proprement.
– Voici Albert Hardouin ! dit David en le présentant à son père.
– Je suis heureux de vous voir, dit M. Nicolas, mais excusez-moi si je ne me lève pas, je suis perclus de rhumatismes et ne peux pas bouger. David, donne une chaise à ton ami.
Albert, ne sachant que dire, s’assit tranquillement.
– Vous venez de Villany, reprit M. Nicolas, je connais très bien ce village, car autrefois j’y allais bien souvent.
– Vraiment ! Monsieur. Avez-vous connu mon père ?
– Je l’ai certainement vu, mais je ne crois pas lui avoir jamais parlé. Les visites que je faisais à mon frère étaient toujours très courtes, de sorte que je n’avais pas le temps de faire la connaissance de ses amis. Ainsi votre cher père est maintenant parti pour les demeures célestes ? C’est un heureux changement pour lui, même si pour vous la perte est grande.
– Oui, il était heureux de partir pour le ciel, quoiqu’il eût bien du chagrin de me laisser. Ma mère est morte à ma naissance, de sorte que maintenant je suis seul au monde.
– Est-ce que Jésus n’est pas votre Ami ?
Albert leva la tête d’un air étonné. Il ne comprenait pas exactement ce que M. Nicolas voulait dire.
Le Sauveur vous aime, mon cher garçon, et vous, n’avez-vous rien dans votre cœur pour Lui ? N’êtes-vous pas un enfant de Dieu ?
Cette question était faite avec tendresse, et Albert, regardant le visage qui le considérait avec intérêt, répondit :
– Je ne crois pas.
– Alors, mon cher ami, vous êtes en effet pauvre et seul au monde !
– Oh ! oui, je suis pauvre, car mon père avait très peu à me laisser, mais je suis venu ici pour faire fortune.
– J’espère que vous trouverez les vraies richesses. Elles vous sont offertes, vous n’avez qu’à les accepter.
– Qu’appelez-vous les vraies richesses ?
C’est d’appartenir à Christ. La paix et la joie qu’Il donne à ceux qui Lui appartiennent sont des richesses d’un prix infini, des richesses qui dureront à toujours.
– Comment peut-on les obtenir ?
– D’abord, en comprenant combien on est pauvre. Vous et moi, nous ne sommes que de misérables pécheurs, et nous ne pouvons rien faire par nous-mêmes pour être sauvés. Alors Dieu nous dit d’aller à Lui tels que nous sommes, et de croire en Son Fils qui est mort sur la croix pour nous sauver.
Albert écoutait très sérieusement. Il avait certainement entendu dire cela bien souvent ; mais il n’y avait pas, jusqu’alors, prêté attention. Il lui semblait maintenant que c’était tout nouveau pour lui, et au bout d’un moment il dit :
– Une des dernières recommandations de mon père a été de m’engager à rechercher les richesses célestes.
– Et les avez-vous recherchées ?
– Pas jusqu’à présent. Je n’en ai vraiment pas le temps. Du matin au soir, je n’ai pas un moment de relâche ; il est souvent plus de dix heures avant que je puisse remonter dans ma chambre, et alors je suis si fatigué que je m’endors immédiatement.
– Pauvre enfant !… Mais souvenez-vous de ceci : Dieu ne permet pas que vous soyez jamais dans une position où il ne vous soit pas possible de Le rechercher. Ne priez-vous donc pas ?
– Pas maintenant. J’espère que plus tard j’aurai davantage de temps.
– Ah ! Ne croyez pas cela ! C’est aujourd’hui le jour du salut, vous ne savez pas jusqu’à quand vous vivrez…
La conversation fut interrompue par Mme Nicolas qui apportait le goûter, et ensuite les deux garçons allèrent ensemble dans une salle du voisinage où le père de David savait qu’ils entendraient annoncer l’Évangile d’une manière claire et simple.
Quant à lui, incapable de bouger, il resta à prier pour ces chers garçons, demandant à Dieu d’ouvrir leurs cœurs à la vérité et de les bénir abondamment.

 

Chapitre 4

David Nicolas conduisit Albert dans une petite salle, bien éclairée, et déjà presque pleine. Ils trouvèrent pourtant deux places et, dès qu’ils se furent assis, le service commença. Le chant d’un beau cantique et la parole vive et simple du prédicateur gagnèrent tout de suite l’attention d’Albert.
Le passage de la Parole de Dieu qui fut lu était celui-ci : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8. 9).
– « Vous voyez », disait le prédicateur, « Lui qui était riche, Il a tout quitté, afin que vous, hommes, femmes et enfants, vous puissiez devenir riches ! C’est merveilleux, car Il a fait cela pour nous qui étions Ses ennemis. Et Il l’a fait parce qu’Il avait le cœur rempli d’amour. Qui est Celui qui a fait cela ? C’est le Seigneur Jésus Christ, le Roi de gloire.
« Si c’était un homme qui avait accompli de telles choses, nous trouverions qu’il est admirablement bon ; mais quand nous pensons que c’est Dieu, le Seigneur du ciel et de la terre, qui S’est abaissé jusqu’à nous, nous pouvons bien être remplis d’étonnement et d’admiration ! Il aurait pu rester dans le ciel, entouré des anges qui se prosternaient devant Lui, et nous laisser dans notre misérable état de pauvreté et de mort éternelle ! Mais non, à cause de Sa miséricorde sans bornes, Il est venu sur la terre pour nous faire connaître l’amour de Dieu, et pour mourir à notre place !
« Oui, Il a fait tout cela pour nous, parce qu’Il a vu que nous étions de pauvres misérables pécheurs. Il a donc quitté le ciel, Il a vécu sur la terre comme un homme pauvre et Il a subi la mort d’un criminel pour nous racheter. Ne voudrions-nous donc pas profiter de ce salut qui nous est offert gratuitement et avec tant d’amour ? Vous pouvez le refuser, Dieu ne vous force en rien, mais « comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » (Héb. 2. 3).
« Vous êtes pour la plupart d’entre vous ce qu’on appelle des pauvres de ce monde, et vous aimeriez tous probablement devenir riches. Écoutez ce que dit la Bible : « La bénédiction de l’Éternel est ce qui enrichit, et il n’y ajoute aucune peine » (Prov. 10. 22). Les richesses célestes ne déçoivent jamais, personne ne peut les voler, elles durent toujours, et elles augmentent de jour en jour jusque dans l’éternité. Chers auditeurs, lesquels d’entre vous veulent venir à Christ et connaître ces richesses insondables ?… »
Ces paroles, dites tout simplement et sans prétention, allèrent à bien des cœurs.
Albert ne parla pas avec son ami en s’en allant, car il était très préoccupé de ce qu’il avait entendu. Il était très frappé de ce que le sujet de la prédication avait été précisément en rapport avec ses préoccupations secrètes, et il lui semblait avoir reçu un message direct de Dieu. Ce soir-là, il chercha sa Bible et ne se coucha pas sans avoir prié.
Pendant toute la semaine il fut fort préoccupé, attendant impatiemment le dimanche suivant, espérant en apprendre davantage. Pourtant il ne négligea pas son ouvrage ; au contraire, il fut encore plus diligent qu’à l’ordinaire, bien que fatigué par ses longues journées de travail.
« Il n’y ajoute aucune peine », répétait-il un jour, tandis qu’il copiait quelque chose dans le bureau.
– Que dis-tu, Albert ? lui demanda sa cousine.
– Pardon ! Je ne savais pas que j’avais parlé à haute voix.
– Mais que disais-tu de peine ?
– C’est quelque chose que j’ai entendu dimanche soir : « La bénédiction de l’Éternel est ce qui enrichit, et il n’y ajoute aucune peine ».
De telles richesses méritent qu’on les recherche, dit Clarisse sérieusement.
– Oui, c’est ce que je pense aussi, dit Albert.
Et il continua à travailler activement.
Quelques jours plus tard, M. Hardouin appela son neveu et lui dit :
– Il faut que Clarisse aille faire une commission de l’autre côté de la rivière, et elle me demande de te laisser aller avec elle. Va vite te préparer pour ne pas la faire attendre !
– Merci, oncle Jacques, dit le jeune garçon en se dépêchant d’obéir.
Cette expédition, qui lui donna l’occasion de sortir de la ville et de marcher en pleine campagne, lui fit grand plaisir. Il ne se lassait pas de regarder autour de lui et il posait à sa cousine toutes sortes de questions auxquelles elle répondait avec plaisir.
Tout à coup Clarisse lui dit :
– Sais-tu pourquoi j’ai demandé à mon père de te laisser venir avec moi ?
– Parce que tu es bonne et que tu voulais me faire plaisir.
– Ce n’est pas seulement cela ; je voulais avoir l’occasion de parler tranquillement avec toi sur le sujet que tu as abordé l’autre soir.
– Je n’ai rien de plus à t’en dire, je t’ai dit tout ce que je savais.
– Mais comment pouvons-nous obtenir cette bénédiction de l’Éternel qui seule enrichit ?
Albert hésita puis il dit :
– Tu devrais venir dimanche soir avec moi à la réunion d’évangélisation, tu apprendrais ce que tu désires savoir.
-Je ne peux pas, maman ne me le permettrait pas, ni papa non plus, je crois.
– Ils ne m’ont pourtant rien dit.
– Non, mais je sais qu’ils en ont parlé ensemble. Maman trouvait qu’on ne devrait pas t’y laisser aller, mais papa a dit qu’aussi longtemps que tu ferais bien ton travail pendant la semaine, on ne devait pas t’empêcher d’aller où tu voudrais le dimanche. Tu peux donc y aller, toi, et tu me répéteras ce que tu y apprends.
– Je ne saurais pas trop que te dire. Je ne comprends pas encore très bien moi-même. Le prédicateur a parlé d’accepter le salut que Dieu nous offre, grâce à l’œuvre de Jésus Christ, qui est mort sur la croix afin que nous puissions être sauvés. Il a recommandé de lire soigneusement la Bible et de prier. Il a dit que le Seigneur Jésus nous aime et désire que nous devenions les enfants de Dieu.
– Es-tu un enfant de Dieu ?
– Je ne sais pas… Je le voudrais bien… Je sais que mon père et ma mère étaient des enfants de Dieu, et…
– Je veux absolument en savoir davantage, dit Clarisse. Il faut que tu écoutes, quand tu retourneras à la réunion, non seulement pour toi, mais pour moi, et que tu tâches de bien te souvenir de ce que tu entendras, afin de me le rapporter fidèlement.
Quand ils rentrèrent, ils virent tout de suite que M. Hardouin n’était pas de bonne humeur. Il parlait très haut d’un air fort ennuyé et, dès qu’il aperçut Albert, il l’appela vivement et lui dit :
– N’as-tu pas fait préparer la commande pour M. Duport ? J’avais mis la liste entre tes mains.
– Certainement, je l’ai préparée tout de suite, j’ai pesé les marchandises, j’ai ficelé les paquets et je les ai mis à l’endroit où David les prend pour les emporter.
– Voilà comment on peut se fier aux garçons ! reprit l’oncle amèrement. Mais je croyais que tu étais différent des autres. M. Duport est venu ce matin et il dit qu’il n’a rien reçu !
– En tout cas j’ai tout préparé d’après la commande, reprit Albert poliment, mais fermement.
– Qui est-ce qui devait l’emporter ?
– C’est David.
– Ainsi l’affaire reste entre David et toi ! Qui est-ce qui me trompe ? Dutoit m’a souvent dit qu’on ne devait pas se fier à vous deux ; il me répète que vous vous entendez trop bien et que cela ne vaut rien !
– Nous trouverons sans doute que c’est Dutoit qui est au fond de cette affaire ! dit Clarisse.
– Bêtise ! Dutoit est dans le magasin depuis des années, et j’ai plus de confiance en lui qu’en qui que ce soit d’autre ! – Albert, va dans ta chambre jusqu’à ce que j’aie décidé ce que je dois faire.
Pauvre Albert, c’était une triste fin de cet après-midi qui lui avait procuré tant de plaisir ! Qu’allait-il se passer ? Il était sûr d’avoir parfaitement préparé la commande et de l’avoir posée toute prête à l’endroit où l’on venait les prendre pour les expédier. Mais comment le prouver ? Dutoit était là tandis qu’il pesait les diverses marchandises et il aurait pu le dire ; mais non, il ne le voulait pas, et il n’y avait aucun autre témoin. Que fallait-il faire ? Que déciderait son oncle ? Aurait-il perdu toute confiance en lui ?
Pendant ce temps on questionnait David ; il dit qu’il n’y avait eu aucun paquet pour M. Duport, et que, naturellement, il n’avait pas pu le porter. Il montra son carnet sur lequel étaient inscrites toutes les maisons où il avait dû se présenter, et il put faire cela si clairement qu’il n’y avait pas moyen de jeter aucun blâme sur lui.
– C’est certainement ton neveu qui ment, dit Mme Hardouin à son mari. C’est un rusé qui cherche à se faire valoir devant toi par son activité, mais qui ne vaut pas grand-chose.
– On peut avoir confiance en Albert, j’en suis sûre, dit Clarisse ; il ne ment certainement pas.
– Oh ! Je sais bien que tu es entichée de lui. Ton père et toi vous auriez dû me croire et ne pas l’introduire dans la maison. Maintenant nous aurons toutes sortes d’ennuis !
M. Hardouin avait grande confiance en sa fille et, quand ils furent seuls, il lui demanda :
– Tu crois ce que dit Albert ?
– Parfaitement. Je suis convaincue qu’il dit la vérité. Ce n’est certes pas la première fois que des paquets ont disparu ! Si j’étais toi, c’est d’un autre côté que se porteraient mes recherches.
Elle n’ajouta rien. Les affaires continuèrent comme si de rien n’était jusqu’au moment de la fermeture du magasin. On avait été d’autant plus occupé qu’Albert manquait, et personne ne s’était inquiété de lui !
Enfin Clarisse se souvint qu’il n’avait rien mangé et, prenant du pain et du fromage, elle monta à sa mansarde.
Il s’était endormi, la tête appuyée contre son lit, et on voyait qu’il avait beaucoup pleuré. Elle lui toucha le bras, ce qui le réveilla en sursaut.
– Je t’ai apporté quelque chose à manger, lui dit-elle, je suis bien fâchée de n’y avoir pas pensé plus tôt.
– Cela ne fait rien, je n’y ai pas pensé non plus… Que dois-je faire ?
– En tout cas rien pour ce soir ; il te faut manger et puis te coucher. Je sais que mon père veut aller au fond des choses, et je suis sûre que la vérité se découvrira. Demandons à Dieu de nous montrer ce qui en est, et je crois qu’Il le fera.
M. Hardouin ne put rien trouver contre Albert, et il lui permit de reprendre son travail, mais tant que cette affaire ne s’éclaircirait pas, Albert sentait qu’il ne serait pas considéré comme auparavant.
Le dimanche suivant, Albert fut très heureux d’aller passer un moment chez les Nicolas ; le père, ayant appris par David ce qui avait eu lieu, questionna Albert qui ne put lui donner aucun éclaircissement. Il était parfaitement certain d’avoir fait les paquets, mais ne pouvait imaginer comment ils avaient disparu.
– C’est étonnant, dit Albert, que cette épreuve m’arrive justement quand je désirais plus que jamais marcher droit. Cette semaine, j’ai lu ma Bible et prié régulièrement, et voilà que j’ai un terrible ennui, tandis qu’avant tout allait bien.
– Ah ! Mon enfant, tandis que tu te contentais de vivre dans l’indifférence, l’ennemi de ton âme ne s’inquiétait pas de toi ; mais du moment que tu as voulu rechercher Dieu, le diable a fait tout son possible pour t’en empêcher. Il a probablement poussé l’un de ses serviteurs à te susciter ces difficultés ; mais, sois-en sûr, Dieu viendra à ton aide et te délivrera.

En général, Clarisse et Albert déjeunaient les premiers pour se rendre tout de suite au magasin. La jeune fille était très peinée de constater que Dutoit ne cessait d’accuser son cousin devant son père, rendant ainsi la vie très difficile au jeune garçon ; aussi fut-elle bien étonnée de voir Albert entrer un matin dans la salle à manger avec un visage très heureux.
– Qu’as-tu ? lui dit-elle. Est-ce que mon père a découvert la vérité ?
– Ah ! Non, je le voudrais bien.
– Qu’est-ce donc qui te donne un air si joyeux ?
– Clarisse… je sais maintenant que Jésus Christ est mort pour me sauver et que je suis un enfant de Dieu.
– Oh ! que je voudrais pouvoir en dire autant !
Tu le peux. Prie et tu l’obtiendras.
Le reste du déjeuner se passa en silence. Clarisse réfléchissait et Albert ne savait que dire de plus ; son cœur était plein, mais il lui était difficile d’exprimer le bonheur qu’il ressentait.
Une quinzaine de jours s’écoulèrent après ces choses, mais rien ne venait prouver l’innocence d’Albert. Dutoit était toujours avec lui aussi désagréable que possible, cherchant toujours à le trouver en faute mais Albert, grâce à sa droiture constante, ne se laissa pas prendre aux pièges qui lui étaient constamment tendus. Cela fâchait toujours plus Dutoit. Mme Hardouin aussi continuait à le traiter avec plus de froideur encore, car elle était vexée de voir un changement chez Clarisse, ce qu’elle attribuait à l’influence de son cousin.
– Je ne sais pas ce qu’a cette fille, disait-elle un jour à son mari. Ton neveu a apporté ici des idées qui ne me conviennent pas ! Je me suis donné une peine infinie pour tenir ma fille éloignée des mômiers, craignant qu’ils ne lui remplissent la tête d’imaginations folles, et malgré cela elle a la tendance à devenir aussi religieuse que les plus sérieux d’entre eux. J’aurais bien pu m’épargner la peine que j’ai prise !
– Certainement, répondit froidement son mari.
– On dirait vraiment que tu as envie d’en faire autant !
– Je pourrais faire plus mal.
– Et après toute la peine que nous nous sommes donnée pour faire marcher notre commerce !
– Le commerce n’en subira pas de dommages…
Pendant ce temps, Dutoit dirigeait le magasin ; il avait chargé Albert de transporter des marchandises dans la cave en dessous, où l’on gardait les réserves. Pour cela il fallait lever une trappe et descendre par une échelle très raide.
Albert se préparait à descendre, les deux bras chargés de paquets, mais Dutoit trouvait qu’il n’allait pas assez vite et, soit par méchanceté, soit autrement, il le poussa ; chargé comme il l’était, il ne put se retenir et tomba lourdement jusqu’en bas !
– Qu’il est maladroit ! s’écria Dutoit, il n’est pas fait pour le commerce, cet endormi !
– Dutoit ! s’écria Clarisse en sortant rapidement du bureau, j’ai vu ce que vous avez fait ! Vous l’avez poussé ! Mon père le saura !
– Vous vous trompez, mademoiselle, je n’ai rien fait du tout, mais c’est le garçon le plus maladroit que j’aie jamais vu !
Un des employés se dépêcha de descendre et de relever Albert qui ne bougeait pas ; mais peu après il se mit à gémir.
M. Hardouin, entré à ce moment, demanda ce qui était arrivé, et chacun lui raconta l’histoire à sa manière.
– Quoi qu’il en soit, dit-il en examinant son neveu, il s’est blessé ! David, cours chercher le Dr Charlier, et demande-lui de venir tout de suite. Est-ce que deux d’entre vous pourraient le porter sur son lit sans lui faire mal ? ajouta-t-il en s’adressant aux employés.
Quand Mme Hardouin apprit ce qui s’était passé, elle dit qu’il fallait vite envoyer ce garçon à l’hôpital. Mais son mari lui répondit que, de jour en jour, Albert lui rappelait davantage son frère, et qu’il avait bien l’intention qu’il fût soigné dans sa maison.
L’avis du docteur trancha la question. Il n’était pas question de faire voyager le jeune garçon, car il s’était cassé la jambe, et l’immobilité complète était nécessaire.
Quand l’os eut été remis en place, le pauvre garçon se sentit un peu mieux, quoique encore bien faible et bien souffrant.
Clarisse monta vers lui et ne put retenir ses larmes en le voyant si pâle.
– Est-ce toi, Clarisse ? dit-il.
– Oui, comment te sens-tu maintenant ?
– Je pense que c’est une bien bonne chose que j’aie fait ma paix avec Dieu avant ceci, car maintenant j’ai trop mal pour y penser calmement, mais ce mal est tout extérieur, mon cœur est heureux, je sens que le Seigneur Jésus me dit : « Je te donne Ma paix ! »
Clarisse resta auprès de lui un moment et lui dit :
– Je connais aussi cette paix, à présent, Albert, et c’est toi qui m’a enseigné où je pourrais la trouver.
Un sourire heureux brilla sur le pâle visage et Albert répondit :
– Il vaut la peine de souffrir pour apprendre une si bonne nouvelle.
– J’ai aidé mon père à faire fortune, reprit-elle, et toi tu es venu ici pour essayer de faire fortune, mais Dieu nous a donné les véritables richesses.
– Voudrais-tu me lire quelque chose ? J’ai si mal à la tête qu’il me semble que cela me ferait du bien et me donnerait des pensées apaisantes.
Elle prit la Bible et lut lentement le Psaume 23 ; puis, sans rien ajouter, voyant comme son cousin paraissait fatigué, elle sortit doucement de la chambre.

Dès que M. Hardouin en eut le temps, il monta aussi à la chambre de son neveu pour voir comment il était et l’assurer qu’il le ferait bien soigner. Il ajouta qu’il ne devait plus se mettre en peine de l’accusation lancée contre lui, car il l’avait constamment observé depuis lors, et il s’était convaincu qu’il était innocent, car on voyait clairement qu’il ne mentait pas. Il termina en disant :
– David te veillera cette nuit, et demain nous nous procurerons une bonne garde-malade qui pourra te donner tous les soins nécessaires.
Albert fut très surpris des paroles affectueuses de son oncle, car jusque-là celui-ci était si absorbé par ses affaires qu’il ne semblait pas avoir le temps de parler amicalement à son neveu.
Le pauvre garçon souffrait énormément car, en plus de sa jambe cassée, il était meurtri un peu partout. Clarisse entrait dans sa chambre aussi souvent qu’elle le pouvait, cherchant toujours à lui apporter quelque rafraîchissement ; c’est encore la dernière chose qu’elle fît avant de se coucher.
David arriva alors, il regarda son ami avec douleur et lui dit :
– Tu as bien mal ?
– Bien assez !
– Quel affreux lâche que ce Dutoit ! Le patron devrait le renvoyer tout de suite.
– Mon oncle sait-il que c’est lui qui m’a poussé ?
– Je ne sais pas, j’ai vu qu’il parlait au patron avec son air tout gentil, et je pense qu’il cherchait à le persuader qu’il n’avait absolument rien fait ; mais je voudrais le dire moi-même à M. Hardouin !
– Il ne faut pas faire cela.
– Pourquoi pas ?
– Parce que nous ne devons pas nous accuser les uns les autres.
– Mais c’est parfaitement vrai qu’il t’a poussé !
– Oui, et si mon oncle te questionne, tu ne peux pas mentir, mais tu ne dois pas aller le lui dire s’il ne te demande rien.
– C’est que M. Hardouin n’était pas là, il ne sait pas ce qui s’est passé, et il peut croire que c’est une maladresse de ta part.
Dieu sait ce qu’il en est, et cela doit me suffire. Il sait pourquoi Dutoit cherche constamment à me faire du tort et j’ai confiance qu’Il arrangera les choses Lui-même
Mais c’était déjà trop parler. Il souffrait tellement qu’il ne pouvait le supporter qu’en restant complètement tranquille.
Deux heures s’écoulèrent ainsi, puis Albert fut étonné d’entendre la voix de son oncle qui disait doucement derrière la porte :
– David !
– Oui, monsieur.
– Est-ce qu’Albert dort ?
– Non, monsieur, il souffre trop pour pouvoir dormir.
– Eh bien, viens un moment avec moi, tu retourneras bientôt auprès de lui.
David sortit, la porte fut refermée doucement et Albert n’entendit plus rien pendant longtemps.
Une chose extraordinaire était arrivée. L’accident d’Albert avait beaucoup ébranlé M. Hardouin et, juste au moment où il allait enfin se mettre au lit, bien plus tard que d’habitude, il se souvint qu’il avait laissé dans le bureau la caisse contenant son argent, qu’il emportait chaque soir avec lui. C’était une chose qui ne lui était encore jamais arrivée et il fut très contrarié en se le rappelant.
Mettant vite sa robe de chambre et ses pantoufles, il descendit bien doucement pour ne pas déranger Albert. Il n’alluma pas la lumière, car il savait si exactement où se trouvait la caisse qu’il lui était facile de mettre la main dessus. Il avait atteint ainsi la porte vitrée qui donnait dans le magasin et il allait l’ouvrir, quand il lui sembla voir la faible lumière d’une lampe tenue par quelqu’un. Tout d’abord il se sentit comme paralysé d’effroi ; mais il ne fit aucun bruit et se contenta de regarder. Alors il vit très bien le visage masqué d’un homme qui ouvrait des tiroirs, des caisses métalliques, et qui prenait une partie de leur contenu.
C’était sans doute peu dans chaque endroit, mais il y avait un grand panier à terre dans lequel il déposait ce qu’il prenait, et le tout représentait une grande quantité. Après avoir observé un moment, M. Hardouin monta rapidement et appela David. Il lui ouvrit doucement à l’arrière de la maison et l’envoya chercher la police, tandis qu’il resterait à surveiller son voleur.
Le temps lui parut long tandis qu’il voyait le voleur aller et venir dans le magasin, prenant du thé, du sucre, des épices, des fruits secs et d’autres denrées, comme quelqu’un qui savait parfaitement où mettre la main. Qui cela pouvait-il être ?
M. Hardouin se sentit bien soulagé quand David revint avec deux agents de police qui ne dirent pas un mot mais qui, après avoir regardé à leur tour par la porte vitrée, l’ouvrirent.
Ce bruit fit tourner la tête au voleur, il éteignit aussitôt sa lumière, traversa en courant le magasin et se dirigea vers une petite fenêtre tout au fond, par laquelle il était entré évidemment, en ayant eu bien soin, le soir, qu’elle ne fût pas fermée solidement.
Les agents eurent de la peine à s’emparer du voleur, mais ils y réussirent pourtant, et David se hâta d’allumer une lampe qui se trouvait sur le bureau.
M. Hardouin se rapprocha pour voir qui c’était, et quelle ne fût pas sa surprise et son indignation en reconnaissant Dutoit !
– Est-ce possible ? lui dit-il, à quoi avez-vous pensé ?
– Laissez-moi aller, monsieur Hardouin, je vous en prie, dit-il d’un ton pleureur, laissez-moi aller pour cette fois !
– Par exemple ! Nous voudrions bien voir cela ! dirent les agents en l’entraînant dehors.
Quand ils furent partis, M. Hardouin fit une nouvelle tournée dans la maison pour bien fermer portes et fenêtres, David le suivant partout avec la lampe, puis ils remontèrent.
– Où avez-vous été ? dit Albert très intrigué. Veux-tu avoir la gentillesse d’arranger un peu mon oreiller, je suis si mal !
David fit ce que son ami lui demandait ; mais il avait l’air si agité qu’Albert lui dit de nouveau :
– Où avez-vous été ?
– M. Hardouin avait besoin de moi au magasin.
– Pendant la nuit ! Quelle heure est-il ?
– Deux heures.
– Comment mon oncle pouvait-il avoir besoin de toi à ces heures ?
– Nous avons surpris un voleur qui prenait des marchandises dans le magasin. J’ai dû aller chercher des agents de police et on l’a attrapé.
– Que c’est affreux pour ce malheureux !
– Je crois bien.
David n’en dit pas davantage, car M. Hardouin lui avait expressément recommandé de ne rien raconter à Albert, de peur de l’exciter davantage. Il eut bien de la peine à garder le secret du nom du voleur, mais il y parvint tout de même, parce qu’il était obéissant.

Au grand soulagement des deux garçons, dès cinq heures du matin, Clarisse ouvrit doucement la porte. Elle envoya vite David se coucher sur le divan d’une chambre à côté, puis elle se dépêcha de préparer une bonne tasse de chocolat qu’elle apporta à Albert.
– Pauvre enfant ! lui dit-elle en lui caressant la main, tu souffres beaucoup ? Je voudrais bien pouvoir te soulager, mais Dieu le fera, j’en ai la ferme confiance.
– Oh ! Il le fait. Il me donne des pensées qui me consolent. Pendant que j’étais seul, je pensais que je serais bientôt réuni dans le ciel avec mon cher père.
– Je crois que ce ne sera pas encore. Mais que dis-tu d’être seul ? Je croyais que David était resté tout le temps avec toi ?
– Oh ! Oui, la plus grande partie de la nuit. Mais mon oncle l’a appelé pour lui aider à prendre un voleur.
– Un voleur !
– Oui, c’est ce que m’a dit David.
Clarisse était sûre qu’Albert délirait, aussi elle ne lui posa plus de questions, mais lui parla de manière à le calmer, puis lut de nouveau le Psaume 23.
Albert restait si tranquille pendant cette lecture que sa cousine espérait qu’il s’était enfin endormi et que cela lui ferait du bien.
Quand elle se rendit à la salle à manger, elle y trouva ses parents levés plus tôt que d’habitude ; ils étaient très agités et ennuyés par les événements de la nuit. On lui raconta ce qui s’était passé, à quoi elle répondit qu’elle n’en était pas du tout étonnée, car elle n’avait jamais pensé que Dutoit fût un homme de confiance.
– Je sais bien que tu ne l’aimais pas, lui dit son père, mais je pensais que ce n’était qu’une imagination de jeune fille. Comment se trouve Albert ce matin ?
– Il souffre énormément, et ce malheureux accident n’aurait jamais eu lieu sans Dutoit ! J’ai parfaitement vu qu’il l’a poussé et, comme Albert avait les deux bras chargés, il n’a pas pu se retenir. Évidemment il était jaloux d’Albert et il aurait voulu s’en débarrasser.
M. Hardouin monta pour voir son neveu et resta un moment auprès de lui.
Albert demanda à être envoyé à Villany, où il espérait que sa voisine, en souvenir de son père, voudrait bien le soigner. Ce qui le poussait à dire cela, c’est qu’il n’avait jamais oublié la parole que son oncle lui avait dite dans le train, « que ceux qui ne travaillaient pas n’avaient pas le droit de vivre ».
– Mon cher enfant, il est impossible de te transporter dans l’état où tu es ! Pourquoi voudrais-tu t’en aller ?
– Parce que je ne peux pas travailler maintenant, et qu’il se passera probablement longtemps avant que je puisse le faire, dit-il tristement.
– Ne t’inquiète pas de cela, mon enfant. Il faut que je te dise que, depuis que tu es ici, j’ai beaucoup réfléchi et j’en viens à comprendre que l’argent n’est pas tout ! Je vois que l’honnêteté, la droiture et la fidélité ont plus de valeur que beaucoup d’argent, et je te le montrerai en n’économisant rien pour te soigner, pour que tu puisses te remettre complètement. Ne t’inquiète pas, quand tu seras guéri, tu gagneras bien vite tout ce que tu voudras.
– Merci, merci, oncle Jacques, dit Albert réconforté. Je ferai tout mon possible pour être bientôt sur pied.
Mais les journées paraissaient bien longues à ce garçon, si actif jusque-là ; et souvent découragé en sentant sa faiblesse, il se demandait s’il pourrait être un jour comme auparavant.
Il ne craignait aucun travail et avait espéré faire rapidement son chemin, gagner beaucoup d’argent et s’en servir pour faire beaucoup de bien autour de lui ! Et le voilà couché sur le dos, incapable de quoi que ce soit et se demandant s’il ne serait pas handicapé toute sa vie !
C’était une véritable épreuve pour ce jeune chrétien, au moment où il désirait avancer dans le chemin étroit. Mais il se montrait très patient, supportait courageusement son mal, et témoignait beaucoup de reconnaissance pour tout ce qu’on faisait pour lui.
Son oncle venait souvent passer un moment auprès de lui, et leurs conversations étaient fort intéressantes pour tous les deux, car Albert avait ainsi l’occasion de montrer à M. Hardouin la paix et la joie qui remplissaient son cœur, même au milieu de cette dure épreuve.
Un jour M. Hardouin lui dit en arrivant :
– Mon brave garçon, tout est découvert à propos de cette commande qui n’avait pas été remise à M. Duport. Je viens d’assister au jugement de Dutoit et voici ce qu’il a révélé. Il paraît qu’il était associé avec sa sœur pour une petite boutique d’épicerie dans une partie de la ville très éloignée de chez nous. Or, depuis longtemps, il la fournissait de marchandises prises peu à peu dans nos magasins. Il voulait te faire trouver en faute, de peur que tu ne découvres ses combines. C’est lui qui avait pris cette commande qu’il t’accusait de n’avoir pas préparée. Quand il n’a plus pu faire autrement, il a tout avoué. Il a été condamné à deux ans de prison.
– Oh ! Que c’est triste !
– Il l’a bien mérité !
– Oui, mais c’est d’autant plus triste !… C’est extraordinaire qu’on ne se rende pas compte qu’on sera découvert un jour ou l’autre. Mon père disait toujours que, en fin de compte, on réussissait mieux en étant juste et honnête en tout. Quand on n’agit pas avec droiture, on doit être dans la crainte perpétuelle d’être découvert…
– Ton père était un brave homme, et je suis bien heureux d’avoir son fils pour m’aider ! Dépêche-toi de te rétablir, et tu verras que je te traiterai comme mon fils.
– Merci, oncle Jacques, je suis si content d’avoir retrouvé ton estime. J’ai été bien malheureux quand j’ai vu que tu n’avais pas confiance en ma parole.
– Tu as été malheureux ? dit M. Hardouin d’un ton de regret.
– Oh ! Oui, extrêmement. Ma seule consolation était que Dieu voit toutes choses et qu’Il savait bien que je disais la vérité.
-Cela te console, de savoir que Dieu voit tout ce que tu fais ?
– Oh ! Oui, et aussi cela me préserve du mal.
M. Hardouin se tut. Ces paroles lui ouvraient de nouveaux horizons ; il n’avait pas pensé jusque-là que Dieu voit tout ce que nous faisons et sait tout ce que nous pensons. C’était effrayant peut-être, mais, en considérant l’expression heureuse de ce garçon pâle et souffrant, il sentit que cette présence de Dieu pouvait aussi donner le bonheur.
Dès lors il passait de plus longs moments avec Albert et se montrait toujours tendre et affectueux pour lui.
M. Nicolas lui avait aussi envoyé des messages aimables par David, lui faisant dire combien il regrettait de ne pouvoir aller le voir lui-même. Cela lui était impossible à cause de ses rhumatismes, mais il parvint pourtant à lui écrire quelques lignes qui réjouirent beaucoup Albert, car c’était une chose toute nouvelle pour lui de recevoir une lettre !
Enfin le docteur lui permit de se lever et il l’assura que, dans quelques jours, il pourrait essayer de marcher à l’aide de béquilles. Ce fut déjà un grand plaisir que de sortir du lit, quoique le mouvement lui causât d’abord des vertiges.
Il se levait depuis quelques jours lorsque Clarisse monta vers lui et lui dit :
– Te sens-tu assez bien pour recevoir une visite ?
– Une visite ? Pour moi ! Qui cela peut-il bien être ?
– Une de tes anciennes amies, répondit Clarisse en souriant.
Et quelques minutes après, elle introduisait Mme Michel.
– Oh ! Madame Michel ! Est-ce bien vous ? Je suis si content de vous voir !
– Comment vas-tu, mon pauvre enfant ? Je viens d’apprendre ton accident par ton oncle dit-elle en s’asseyant près d’Albert. J’ai dû venir en ville pour aider ma fille mariée qui déménage, et je m’étais dit que je ne manquerais pas de te voir… Tu as bien changé, on voit que tu as beaucoup souffert, mais souffres-tu encore ?
– Oh ! Cela va beaucoup mieux… J’ai eu de la peine à le supporter au commencement, mais Dieu est venu à mon secours.
– Je suis si heureuse de t’entendre dire cela. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31). Nous ne pouvons qu’être heureux si nous réalisons Sa présence.
– Oh ! Oui, même au milieu de mes plus grandes souffrances, je peux dire que j’ai été heureux… Mais racontez-moi ce qu’on fait à Villany, j’ai soif de nouvelles du pays. Il me semble qu’il y a si longtemps que je l’ai quitté.
– Je n’en doute pas. Mais pour nous qui y sommes restés, il nous semble que le temps a passé bien vite et que rien n’est changé. Cependant je dois te dire que ton cher père nous manque beaucoup. Il ne parlait guère, mais sa bonne influence se faisait sentir autour de lui et surtout sur les enfants du village… Tu sais, nous avons gardé le meilleur de son mobilier et, quand tu le voudras, nous te le remettrons.
– Je crains, madame, dit tristement Albert, qu’il s’écoule bien du temps avant que j’aie la place de le loger, et il se passera sans doute des années avant que j’aie l’argent nécessaire pour vous payer ce que vous avez eu la bonté de donner pour cela. Je ne m’attends plus à faire fortune, je crains même de rester estropié.
– Je ne le crois pas. À ton âge les membres se raccommodent fort bien, et je pense qu’avec le temps tu seras aussi fort que si cet accident ne t’était pas arrivé, mais il faut prendre patience et ne faire aucune imprudence. Quant à la fortune, je vois avec joie que tu as commencé à avoir les meilleures richesses, continua Mme Michel en regardant le jeune garçon.
Un sourire brillant illumina le pâle visage d’Albert et il répondit :
– Oui, madame, c’est vrai. J’ai réellement les meilleures richesses, car je sais que Dieu m’a reçu comme Son enfant, et que, quoiqu’il m’arrive, je ne risque plus rien. Et, maintenant que j’ai le temps de lire beaucoup ma Bible, j’y découvre tous les jours de nouveaux trésors.
Mme Michel ne put rester longtemps auprès d’Albert, mais, lorsqu’elle le quitta, elle était remplie de reconnaissance envers Dieu pour l’œuvre qu’Il avait accomplie dans ce jeune cœur.
Quelques semaines plus tard, Albert fut en état d’accepter l’affectueuse invitation que lui fit le fermier Nicolas de venir passer un mois à Villany, dans son pays natal.
L’air de la campagne et la liberté dans ce lieu si rempli pour lui de souvenirs, lui firent un bien extraordinaire, même s’il n’avait pas encore la force de faire, avec son ami Sylvain, ces longues excursions dans les bois qu’ils aimaient tant.
Mais ils eurent pourtant beaucoup de plaisir à se retrouver ensemble et le joyeux Sylvain apprit de son ami à goûter des plaisirs supérieurs à ceux de la terre.
Avant son départ, Albert put visiter toutes ses anciennes connaissances ; et, quand enfin il retourna chez son oncle, ce fut le cœur plein de reconnaissance, et déterminé à se rendre le plus utile possible, tout en conservant continuellement devant lui la pensée que les richesses célestes sont les meilleures. Il désirait, selon la recommandation de l’apôtre, n’être « pas paresseux », mais rester en même temps « fervent en esprit » et « servant le Seigneur » (Rom. 12. 11).

D’après la Bonne Nouvelle 1953