TRADUCTION DE FEUILLETS (60)

Je t’ai cherché de tout mon cœur, ne me laisse pas m’égarer de tes commandements. Ps. 119. 10.

LA PAROLE DE DIEU EST VIVANTE

Dix jours avant sa sortie de prison, Ben est bien conscient des dangers qui l’attendent dehors. Durant son emprisonnement, il a trouvé Dieu et a accepté Jésus comme son Sauveur. Il sait qu’il aura maintenant particulièrement besoin de la protection et de l’aide de Dieu.

Lors de sa dernière réunion biblique avec d’autres prisonniers qui ont également trouvé Jésus, Ben demande des passages bibliques adaptés à sa situation. Et en fait, chacun peut apporter quelques versets qui sont récemment devenus importants pour lui. Léon se souvient du Psaume 136. 1 : « Célébrez l’Éternel ! Car il est bon, car sa bonté demeure à toujours ! »

Un autre cite Nahum 1. 7 : « L’Éternel est bon, un lieu fort au jour de la détresse, et il connaît ceux qui se confient en lui. » Les yeux de Ben brillent. Cela lui donne du courage ! Marc suggère alors de lire le Psaume 139. Il en lit deux fois quelques versets : « Tu connais quand je m’assieds et quand je me lève, tu discernes de loin ma pensée… Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ; éprouve-moi… et conduis-moi dans la voie éternelle » (v. 2, 23 et 24). Ce sont exactement les versets dont Ben a besoin. Il prend un stylo et les souligne dans sa Bible.

Enfin, Bob lit un verset de l’épître aux Romains : « C’est Christ qui est mort, bien plus, qui est aussi ressuscité, qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous ! » (Rom. 8. 34). Ben est heureux quand il entend cela : Christ, au ciel, intercède pour lui ! C’est pour lui la meilleure protection dans sa « nouvelle » vie.

Les versets lus renforcent et encouragent Ben. Oui, la Parole de Dieu est vivante et s’adresse directement aux circonstances de notre vie !

D’après die gute Saat janvier 2024

Jusqu’à votre vieillesse je suis le Même, et jusqu’aux cheveux blancs je vous porterai… moi, je porterai, et moi je chargerai sur moi et je délivrerai. Ésaïe 46. 4.

LA SOLITUDE (PAS SEULEMENT) DANS LA VIEILLESSE

Une journaliste voulait faire l’expérience directe de ce que signifie être vieux. On l’a aidée à se transformer en conséquence. Me voilà, écrit-elle plus tard, retraitée anonyme, légèrement courbée, appuyée sur un bâton. Ni frêle, ni impétueuse…

Et quelles expériences a-t-elle fait ? Elle marche dans les rues. Étant citadine, elle n’a pas d’attentes particulières. Mais la réaction des passants dépasse toutes ses craintes : C’est comme si je n’existais pas. Les gens me regardent comme si j’étais de l’air. Avec difficulté, la femme parvient à trouver une place dans le café bondé pour faire l’expérience de la proximité humaine. Mais personne ne lui prête la moindre attention. Une phrase de poète lui vient à l’esprit : « La vieillesse n’est pas ennuyeuse parce que c’est là que s’arrêtent nos joies, mais parce que c’est là que s’arrêtent nos espoirs ». La journaliste a beaucoup de mal à terminer son expérience.

Et pourtant, il en va de même pour chaque personne, qu’elle soit jeune ou âgée : personne ne supporte d’être seul ou abandonné. Mais même s’il n’y avait plus personne pour vous dans le monde entier, il reste toujours le Dieu grand et miséricordieux, qui veut être très proche de vous. Il veut vous sauver et vous porter. Il veut être avec vous dans la solitude.

De nombreux chrétiens vieillissants, ainsi que des jeunes célibataires, peuvent témoigner que Dieu est réellement proche d’eux et les soutient. Cependant, le chemin qui mène à Dieu ne passe que par Jésus-Christ. Sans Lui, vous êtes séparé de Dieu, désespéré et seul. Jésus-Christ veut sortir les gens de cette situation : Il est l’espoir pour les désespérés.

D’après die gute Saat janvier 2024

Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert ! Psaume 32. 1.

Bienheureux l’homme dont la force est en toi, et ceux dans le cœur desquels sont les chemins frayés. Psaume 84. 5.

RECHERCHER LE BONHEUR ?

Le vrai bonheur dépend de notre relation avec Dieu. Sa Parole, la Bible, nous indique comment l’obtenir :

Pour être heureux, nous devons savoir que nos péchés sont pardonnés : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés » (1 Jean 1. 9). Alors nous sommes réconciliés avec Dieu et avons la paix avec Lui. Il nous déclare justes et fait de nous Ses enfants.

Pour être heureux, nous devons aussi nous libérer de la peur de la mort, qui est la peur de « l’après » : où serai-je après ma mort ? La Bible a également une réponse à cette question. Quiconque croit en Jésus-Christ « a la vie éternelle ». La vie éternelle est plus que l’existence éternelle que chaque personne possède, qu’elle soit libre penseuse ou qu’elle adhère à une religion. Non, la « vie éternelle » est une vie de la plus haute qualité. Elle place une personne dans une relation heureuse avec Dieu et pour toujours.

D’autre part, être heureux ne signifie pas que tout se passera bien dans la vie. Mais quiconque a trouvé le bonheur en Jésus-Christ sait que Jésus est toujours avec lui, même et surtout dans les difficultés quotidiennes.

Lorsque notre relation avec Dieu est clarifiée, lorsque nous savons que nos péchés sont pardonnés par la foi en Jésus-Christ et que nous avons donc la paix, alors nous avons Dieu à nos côtés, et nous pouvons en toute confiance remettre entièrement entre Ses mains notre présent et notre avenir. Avoir l’approbation de Dieu pour notre vie signifie être vraiment heureux, ou bienheureux, comme le disent les versets du jour.

D’après die gute Saat janvier 2024

Afin qu’il (Jésus) délivre tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient, pendant toute leur vie, tenus en esclavage. Hébreux 2. 15.

Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création ; les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles. 2 Corinthiens 5. 17.

LA PEUR DE LA MORT

Quand j’avais 10 ans, j’ai soudain été conscient que la vie avait une fin. C’était au moment de la mort de mon grand-père. En plus d’une grande tristesse, j’étais envahi par un vide complet qui ne me quittait pas. En désespoir de cause, j’ai essayé de le remplir par du tabac, de la drogue et de l’alcool. J’étais malheureux, seul et terrifié par la mort.

J’ai entendu parler de Jésus-Christ dans un camp d’été. Je me suis dit : « C’est Lui qui peut me libérer de mes peurs et de mon vide intérieur ! » Mais comme je ne voulais pas abandonner ma drogue, j’ai vite repoussé cette pensée.

À l’âge de 23 ans, j’ai été mis en prison pour trafic de drogue. Alors j’ai recommencé à prier. J’ai aussi lu la Bible, mais sans en retirer grand chose. Après ma libération, Dieu a fait en sorte que quelqu’un m’invite dans une église chrétienne. Ce que j’y ai entendu dans la Bible a frappé ma conscience. J’ai immédiatement été conscient que j’étais un pécheur et que je méritais un châtiment éternel. Mais alors, j’ai aussi appris comment je pouvais être libéré de cette terrible situation : il me suffisait de croire en Jésus-Christ et de Lui faire confiance parce qu’Il avait payé ma dette sur la croix ! Et c’est ce que j’ai fait !

À partir de ce moment-là, toute ma vie est devenue différente. J’ai abandonné ma consommation d’alcool et de drogues et j’ai trouvé un travail convenable. J’ai également demandé pardon à ceux à qui j’avais fait du tort. Aujourd’hui, je peux appeler Dieu mon Père. Je sais que mes péchés sont pardonnés. Ma vie a pris un sens et je n’ai plus peur de la mort.

Guillaume B.

D’après die gute Saat janvier 2024

Dieu est un, et le médiateur entre Dieu et les hommes est un, l’homme Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. 1 Timothée 2. 5.

UNE CONVERSATION TÉLÉPHONIQUE SUR DES QUESTIONS DE FOI

Quelqu’un m’a téléphoné au sujet de questions de foi. Finalement, il m’a demandé : « Êtes-vous un fondamentaliste ?

– Que voulez-vous dire par là ? ai-je répondu.

– Eh bien, croyez-vous que la Bible soit littéralement inspirée par Dieu ? Puis il a poursuivi : J’ai visité toutes sortes d’églises et de groupes chrétiens et j’ai découvert que tous croient en quelque chose de différent. Cela m’a amené à la conclusion que la croyance en Dieu repose uniquement sur des expériences purement personnelles. Ce que dit la Bible n’est pas si important pour moi. Je crois en Dieu, c’est l’essentiel. Jésus-Christ ne me dit rien.

De nombreuses personnes ont certainement des expériences et des pensées semblables à celles de cet homme. Le problème, c’est qu’une telle croyance repose sur un fondement très fragile. Nous ne pouvons avoir des expériences avec Dieu que lorsque nous Le rencontrons là où Il s’est révélé aux hommes. De simples opinions sur Dieu n’ont pas de valeur. Si chacun pouvait créer son propre dieu, ce dieu ne mériterait même pas d’être appelé « dieu » ; il n’existerait que dans le fantasme.

La Bible est la seule et grande source fiable d’informations sur Dieu. C’est la Parole de Dieu. Quiconque cherchera sérieusement en trouvera la confirmation. Quiconque s’appuie sur ce fondement comprendra bientôt ce qu’est Jésus-Christ : Il est le Médiateur entre Dieu et les hommes. Nous avons besoin de ce Médiateur parce que nous sommes tous pécheurs. Et sans Lui, personne ne peut venir à Dieu (1 Tim. 2. 5 : verset en-tête).

D’après die gute Saat janvier 2024

Personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, qui est Jésus Christ. 1 Corinthiens 3. 11.

LA TOUR LA PLUS PENCHÉE DU MONDE

Pendant longtemps on a pensé que ce titre appartenait à la Tour de Pise. Mais les habitants de la Frise orientale avaient mieux. La tour de l’église dans le village de Suurhusen, en Frise orientale, dans la municipalité de Hinte, est considérée comme étant la tour la plus penchée du monde. À une hauteur de 27.37 mètres, la tour dépasse la verticale de 2. 47 m. ce qui a une inclinaison de 5.19 degrés. En comparaison, la Tour de Pise a seulement une inclinaison de 3.97 degrés.

La construction de l’église de Suurhusen remonte au 13ème siècle. La tour fut ajoutée en 1450. Elle repose sur un fondement de bûches de chêne qui se sont conservées dans l’eau pendant des siècles. Quand les terres voisines furent drainées, au 19ème siècle, le niveau de l’eau baissa et les bûches de chêne commencèrent à pourrir. Le fondement se délita et la tour se pencha.

C’est donc le fondement qui compte ! L’apôtre Paul aussi parle de cela dans le verset ci-dessus. Là aussi, il est question de l’édification de l’Église, non pas de la construction de bâtiments, mais dans le sens figuré, de la construction de l’église de Jésus Christ. Et, pour la vie de l’individu, comme pour celle de l’Église, il n’y a qu’un fondement approprié et solide : Jésus Christ lui-même !

C’est pourquoi il est tellement important que Jésus Christ ne soit pas repoussé à l’arrière-plan dans notre vie personnelle ni dans notre vie de communion dans l’église. Il faut que Christ soit prêché et que nous tenions ferme à tout ce à quoi le Nouveau Testament rend témoignage au sujet du Fils de Dieu. Sinon, les choses se déliteront ! C’est pourquoi : « Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts… selon mon évangile » (2 Tim. 2. 8).

D’après the good Seed janvier 2024

Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, celles qui sont méprisées et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont – afin que personne ne se glorifie devant Dieu. 1 Corinthiens 1. 27 à 29.

LA SAGESSE DE DIEU N’EST PAS CELLE DE L’HOMME

Le Seigneur Jésus est le pivot de tous les conseils de Dieu en grâce. Le signe de l’accomplissement de la promesse, et de Sa présence dans le monde était « un petit enfant … dans une crèche », la chose la plus faible et la plus humble. C’est l’emblème de la faiblesse absolue : un petit enfant qui pleure parfois, la chose la plus faible sur la terre. Pensée infinie, moralement, bien que méprisable aux yeux du monde.

Qu’il est difficile d’accepter que l’œuvre de Dieu et de Son Christ soit toujours dans la faiblesse ! Les chefs du peuple voyaient en Pierre et Jean des hommes illettrés et du commun. La faiblesse de Paul à Corinthe était l’épreuve de ses amis, l’insulte de ses ennemis, sa fierté pour lui-même. La puissance du Seigneur s’accomplit dans la faiblesse. L’épine dans la chair rendait Paul méprisé, et il estimait que ce serait mieux si elle était ôtée. Il avait besoin d’apprendre cette leçon : « Ma grâce te suffit » (2 Cor. 12. 9).

C’est la manière d’agir de Dieu, si nous pouvons dire, de choisir les choses faibles. Tout doit reposer sur la puissance de Dieu, sinon l’œuvre de Dieu ne peut pas s’accomplir selon Sa pensée. On a du mal à croire que l’on doit être faible pour faire l’œuvre de Dieu ; mais Christ a été crucifié en faiblesse, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme. Pour l’œuvre de Dieu, nous devons être faibles, afin que la force soit de Dieu. Cette œuvre demeurera quand toute la terre aura disparu.

D’après the Lord is near août 1984

Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni n’a vu d’injustice en Israël ; l’Éternel, son Dieu, est avec lui, et un chant de triomphe royal est au milieu de lui. Nombres 23. 21.

MISE EN GARDE CONTRE TOUT LE DOMAINE DÉMONIAQUE

Ces déclarations divines au sujet du peuple terrestre de Dieu furent données par la bouche de Balaam un méchant ennemi de Dieu et du peuple de Dieu. Il peut nous être difficile de comprendre son histoire si nous ne lisons que le récit historique dans les Nombres. Mais en 2 Pierre 2. 15 et Jude 11, nous lisons que, tandis que Balaam était motivé par la convoitise d’une réponse en argent, il fut obligé par Dieu d’exprimer les paroles de Dieu. Ce n’est pas le seul exemple dans la Parole, où Dieu emploie un homme méchant pour exprimer, contre sa volonté, de précieuses vérités. Un autre cas semblable est celui de Caïphe, le souverain sacrificateur, un ennemi acharné de Christ, prédisant la nécessité et les résultats de la mort de Christ pour le peuple.

Il est réconfortant pour nous d’apprendre, par le récit au sujet de Balaam, qu’il n’y a pas de pouvoir d’enchantement contre ceux que Dieu a choisi par grâce. Les principautés et les autorités, les pouvoirs des ténèbres, les puissances spirituelles de méchanceté (Col. 2. 15 ; Éph. 6. 12) ont été dépouillés à la croix. Le tombeau vide de Christ est la preuve et le triomphe visibles de Sa victoire. Aucune malédiction ne peut plus nous atteindre.

L’occultisme, les relations avec les démons, les devins, et toute autre forme de relations avec les mauvais esprits se sont infiltrés dans le monde, et spécialement dans la chrétienté. Tout enfant de Dieu devrait être en garde contre des relations même innocentes avec de telles choses et avec leur influence. Résistons au diable quand il tente de nous enserrer dans ces pratiques.

D’après the Lord is near août 1984

Vous m’invoquerez, et vous irez, et me supplierez, et je vous écouterai ; et vous me chercherez, et vous me trouverez, car vous me rechercherez de tout votre cœur. Jérémie 29. 12 et 13.

UN CŒUR PUR POUR RECEVOIR UNE RÉPONSE À NOS PRIÈRES

Quelle promesse précieuse est donnée dans ces versets : « Vous prierez, et je vous écouterai ; vous chercherez, et vous me trouverez ». Mais nous devons remarquer que c’est « de tout votre cœur ».

Les lèvres peuvent souvent parler beaucoup pendant que le cœur est complètement ailleurs. L’Éternel a dit à propos d’Israël autrefois par Ésaïe : « Ce peuple… ils m’honorent de leurs lèvres… et leur cœur est éloigné de moi » (És. 29. 13). La prière véritable doit venir du cœur. L’une des raisons pour lesquelles le Seigneur permet que nous passions par des difficultés, c’est pour que nous apprenions à Le prier du cœur. Nous voyons souvent dans la Parole de Dieu que c’est quand le peuple passe par de graves épreuves qu’il crie à l’Éternel et que l’Éternel les entend : leur cri à l’Éternel est une prière venant vraiment du cœur.

Mais le cœur doit aussi être éprouvé avant qu’il puisse prier. Nous lisons au Psaume 66.18 : « Si j’avais regardé l’iniquité dans mon cœur, le Seigneur ne m’aurait pas écouté ».

Prier du cœur et avoir un cœur pur sont deux choses nécessaires pour que nous puissions nous attendre à avoir des réponses à nos prières. Nous lisons en Hébreux 10 : « Ayant donc, frères, une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints… approchons-nous avec un cœur vrai… purifiés d’une mauvaise conscience » (v. 19 et 22).

Ainsi, nous devons apprendre à prier avec persévérance, et à prier d’un cœur vrai avec un sens réel du besoin. C’est seulement alors que nous pouvons nous attendre à des réponses à nos prières.

D’après the Lord is near août 1984 (A.B.)

Que les vivants sachent que le Très-haut domine sur le royaume des hommes, et qu’il le donne à qui il veut, et y élève le plus vil des hommes. Daniel 4. 17.

En ces jours-là… parut un décret de César Auguste, ordonnant de recenser toute la terre habitée. (Le recensement lui-même se fit seulement pendant que Cyrénius était gouverneur de la Syrie) Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth. Luc 2. 1 à 4.

LES VOIES DE DIEU QUANT À LA TERRE

Quand il plaît à Dieu de s’occuper Lui-même du monde et de ce qui s’y passe, il est merveilleux de voir comment Il agit et l’enseignement qu’Il donne. Il n’y a pas d’accord, mais une opposition entière entre Ses voies et celles des hommes. L’empereur et son décret ne sont que des instruments insignifiants.

César Auguste agit par rapport à ses sujets. Cependant il est, sans le savoir, le moyen d’accomplir la prophétie, que Jésus devrait naître à Bethléhem. Le cours entier du monde est en dehors de l’ordre de pensées de Dieu. Le fait important pour Lui et pour Son royaume ici-bas, c’est la naissance du petit enfant à Bethléhem, mais l’empereur n’y pensait pas. Le décret met le monde en mouvement, et Dieu accomplit Ses pensées ici-bas.

Que c’est merveilleux ! Le monde entier est en mouvement pour faire arriver cet évènement, nécessaire pour l’accomplissement de la prophétie, que le pauvre charpentier, avec sa future épouse, soient dans la cité de David, et que l’héritier de David naisse là et à ce moment-là. Et cela est d’autant plus frappant, que le recensement lui-même ne fut fait que quelques années plus tard, quand Cyrénius était gouverneur de la Syrie. Dieu accomplit Son dessein d’amour, mais l’homme était aveugle devant cela. Qui se souciait de remarquer ce pauvre Juif, bien qu’il fût de la maison et de la lignée de David ? Les choses qui sont totalement indifférentes à l’homme remplissent le cœur et les yeux de Dieu.

D’après the Lord is near août 1984 (J.N.D.)

Et elle (Ruth) glana dans le champ jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané, et il y eut environ un épha d’orge. Ruth 2. 17.

LA NOURRITURE DIVINE

Ruth était travailleuse et active de caractère, car elle désirait profiter de tout ce que la grâce divine avait mis à sa portée. Elle glana jusqu’au soir. Sommes-nous aussi diligents ?

Ruth battit aussi les épis qu’elle avait glanés. Le grain ne pousse pas sans paille. Mais la paille n’est pas une nourriture pour l’être humain. Il doit toujours y avoir de la paille dans les messages et les méditations. Les illustrations sont données pour faire comprendre une vérité ou un principe, et quelquefois il est nécessaire de répéter deux ou trois fois quelque chose afin que ce soit compris et retenu. D’autre part, nous avons tous certaines faiblesses en nous exprimant. Quelquefois celui qui parle essaie de se rendre intéressant et populaire. Il essaie de dire des choses de manière différente de tous les autres, ou bien il présente des choses nouvelles. Il peut y avoir alors tellement de paille que nous devrons faire un effort pour trouver le grain.

Il n’y a qu’un moyen d’apporter beaucoup de grain. « Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu ; si quelqu’un sert, qu’il serve comme par la force que Dieu fournit, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ » (1 Pier. 4. 11). Les termes de celui qui parle doivent être, non seulement en accord avec les paroles de Dieu, mais être dites selon la volonté de Dieu, exprimés au moment et à l’endroit où Dieu veut qu’ils soient prononcés.

Il arrive que nous ne rapportions chez nous que la paille après avoir été à une réunion. Nous nous souvenons des faiblesses et des imperfections de celui qui a parlé, ou peut-être que nous nous rappelons la forme extérieure plaisante du message. Mais Ruth n’était pas intéressée par la paille. Elle battit l’orge parce que c’était cela qu’elle voulait pour le tamiser et l’emporter à la maison. Seul l’orge était une véritable nourriture.

D’après the Lord is near août 1984 (H.L. Heijkoop)

Ils étaient extrêmement étonnés et disaient : Il fait toutes choses bien ; il fait entendre les sourds et parler les muets. Marc 7. 37.

ACCOMPLIR UN SERVICE SELON LA PENSÉE DE CHRIST

Ce magnifique évangile de Marc nous parle de service. Cependant, ni ici, ni dans quelqu’autre partie des Écritures, nous ne trouvons d’activité philanthropique, ni d’œuvres seulement pour le mérite ou de charité aux yeux des hommes. Nous ne trouvons pas non plus quoi que ce soit d’organisé selon la manière que la chair et le monde aiment employer.

Tout, dans l’œuvre du Seigneur, est l’activité de Dieu en grâce, puissance et sagesse. Elle est fournie à l’homme dans les divers besoins de son âme, de son cœur, de sa conscience, de son corps et de ses circonstances, que ce soit pour son salut ou pour le délivrer du péché, ou pour sa consolation et sa formation comme étant une nouvelle créature en Christ. Tout doit être à la propre satisfaction de Dieu. Ce sera alors aussi pour le bien éternel de l’homme, l’admiration des anges, et la confusion de l’adversaire et de tous ses démons.

Partout où ce fidèle Serviteur allait, Dieu était avec Lui. Il « a passé de lieu en lieu, faisant du bien et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance, car Dieu était avec lui » (Act.10. 38). Et il devrait en être de même de tout serviteur fidèle.

Ce que le Seigneur désire de la part de l’homme, c’est la foi pour discerner les choses selon Sa volonté, et ne compter que sur Lui, d’un cœur droit, en agissant toujours dans Sa dépendance. Rien dans ce service ne peut être laissé à notre propre jugement, à notre volonté, nos désirs, nos ressources, nos idées, ou nos principes personnels, comme si chacun de nous, dans Son service, pouvait faire ce qui semble bon à ses yeux. Non, en vérité, dans Son service, « Voici, écouter est meilleur que sacrifice » (1 Sam. 15. 22). « Donne donc à ton serviteur un cœur qui écoute » (1 Rois 3. 9) était la prière de Salomon.

D’après the Lord is near août 1984

Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par la prière et la supplication avec des actions de grâces. Philippiens 4. 6.

COMMENT RESTER EN PAIX

Ne s’inquiéter de rien, prier en toutes choses – presque le contraire de ce que nous nous trouvons quelquefois en train de faire. Dieu ne nous enseigne pas à être indifférents ou insensibles au sujet des problèmes ou des épreuves. Il nous parle d’une chose que nous ne devons jamais faire, et d’une autre que nous devons toujours faire. Nous ne devons jamais nous inquiéter, parce que cela fait toujours du mal, et n’aide jamais. Nous devons toujours prier, parce que Dieu a toujours une solution à notre problème, et peut – et le fait – faire sortir beaucoup de bien de nos épreuves si nous les lui apportons par la prière.

Remarquez les mots « toutes choses ». Nous risquons de penser que ce ne sont que certains problèmes qui doivent être apportés au Seigneur. Quel réconfort quand nous nous attachons à ces mots « toutes choses ». Cela comporte les problèmes spirituels, les problèmes de santé, les problèmes financiers ; les problèmes au travail, à la maison, et dans l’assemblée. Nous aurons moins besoin de batailler avec nos enfants si nous combattons plus avec le Seigneur dans nos prières pour eux. Nous leur devons cela. Un peu d’exhortation avec les frères, avec beaucoup d’intercession pour eux est meilleur que beaucoup de longs sermons.

Le cœur qui est plein d’amour pour le Seigneur court à Lui avec ses besoins, et le Seigneur se réjouit de répondre aux requêtes de celui-là. « Parce qu’il a mis son affection sur moi, je le délivrerai ; je le mettrai en une haute retraite, parce qu’il a connu mon nom. Il m’invoquera, et je lui répondrai ; dans la détresse je serai avec lui : je le délivrerai et le glorifierai » (Ps. 91. 14 et 15)

D’après the Lord is near août 1984

Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de sobre bon sens. 2 Timothée 1. 7.

LE TÉMOIGNAGE COURAGEUX

Personne ne veut être appelé un lâche. Plus d’un jeune prendra une cigarette, ou essaiera même la marijuana pour éviter d’être qualifié de lâche. Et les adultes ne sont pas différents. Combien d’hommes d’affaires boivent en public parce qu’ils ont peur de se faire remarquer.

Malheureusement, toutes les actions de ce genre ne font que prouver que nous sommes réellement des lâches. Ce n’est que quand nous résistons à la pression de nos pairs et au conformisme social, en tenant ferme à nos convictions, quel qu’en soit le prix, que nous nous dépouillons des vilains vêtements de la lâcheté.

Lorsque l’apôtre Paul écrivait à son jeune frère Timothée, il était conscient que Timothée avait devant lui beaucoup de pressions et de difficultés. Il le mettait en garde quant au coût de rester fidèle à Dieu dans les jours mauvais ; il l’encourageait par les ressources infaillibles auxquelles Dieu pourvoit ; et il l’exhortait à tenir ferme pour le témoignage du Seigneur.

Comment faire cela ? En identifiant et en employant ces choses que Dieu nous a données, et qui sont l’opposé même de la lâcheté.

La puissance de Dieu en nous nous rend capables d’agir contre la marée. Elle fait de nous des témoins efficients pour Christ, même au milieu de ceux qui nous ridiculisent ou qui s’opposent à nous.

L’amour. Les lâches n’ont pas d’affection. Ils pensent à eux-mêmes et agissent en conséquence. L’amour de Dieu dans nos cœurs nous permet de penser aux autres et de chercher à les aider quoi que ce soit que cela nous coûte.

Le sobre bon sens. Le bon sens d’un lâche le pousse à se mettre en sûreté et à éviter les ennuis. Le sobre bon sens qui vient de Dieu donne de l’équilibre dans les pensées et de la discipline pour soi-même. Nous appuyant sur cela, nous apprenons à perdre notre vie en Dieu, afin de la trouver véritablement.

D’après the Lord is near août 1984 (G. W. Steidl)

Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Éphésiens 2. 8.

LE SALUT EST UN DON DE DIEU

Un jeune homme apposa une affiche devant une maison vide qu’il possédait :

CETTE MAISON SERA DONNÉE GRATUITEMENT A LA PREMIÈRE PERSONNE QUI SE PRÉSENTERA.

Il se passa plusieurs jours avant que personne ne se présente pour la maison. En fait, les gens croyaient que c’était une plaisanterie, et n’imaginaient pas que le propriétaire ait l’intention d’en faire cadeau à qui que ce soit.

Mais quelques jours plus tard vint un vieux bonhomme. Il salua le propriétaire avec un grand sourire, et lui demanda si quelqu’un était déjà passé avant lui.

– Pourquoi ? demanda le jeune propriétaire. Que voulez-vous dire ?

– Oh, répondit le vieux, à propos de votre maison rue de la Locuste.

– Non, dit le propriétaire. Il n’y a encore eu personne ; mais vous n’imaginez pas que je donnerais ma maison à un vieux comme vous, ou bien ?

Le vieillard se gratta la tête, son visage s’éclaira, et il répondit : Eh bien, je ne suppose pas que vous allez renier votre promesse, même pour un vieux bonhomme comme moi.

Le jeune homme était bien surpris par le vieux bonhomme, et avec un grand éclat de rire il s’exclama : Eh bien, vous méritez d’avoir la maison, et vous l’aurez. Je ne peux pas me permettre de renier ma parole, même avec un vieux bonhomme comme vous.

La foi en Dieu et en Sa Parole est aussi simple que la foi du vieil homme dans la parole du jeune homme. Dieu est trop riche pour vendre le salut, et l’homme, trop pauvre pour l’acheter.

Mais comme nous l’avons vu, la grâce nous apporte le salut, et la foi s’approprie ce qu’offre la grâce.

D’après the Lord is near janvier 1984

BERACA 27 : LES CONFIDENTS DE DIEU

Suite et fin sur Moïse :

Qu’il est touchant de suivre les épreuves de ce serviteur de Dieu dont l’Esprit Saint déclare à la suite de sa mort : « Et il ne s’est plus levé en Israël de prophète tel que Moïse, que l’Éternel ait connu face à face, selon tous les signes et les merveilles que l’Éternel l’envoya faire dans le pays d’Égypte contre le Pharaon et tous ses serviteurs et tout son pays, et selon toute cette main forte, et selon tous les terribles prodiges que fit Moïse aux yeux de tout Israël » ! (Deut. 34. 10 à 12)

Quelle vie de combats ! Non pas un combat comme celui de David contre Goliath, ou tant d’autres avec des épées. Il dut faire face aux murmures des fils d’Israël, ces révoltes du cœur naturel. Alors, quelle arme utilisa-t-il ? Ce fut l’intercession dans la présence de l’Éternel ! Sa guerre n’était pas « contre le sang et la chair » mais contre Satan s’opposant à Dieu (Éph. 6. 12).

À deux reprises, l’Éternel lui dit qu’Il devrait détruire ce peuple et tout recommencer avec lui : à l’occasion du veau d’or, et du rejet d’entrer en Canaan. Que fit Moïse ? Était-il rempli d’orgueil pour dire : je suis là ? Non ! Il est tellement associé de cœur à son peuple qu’il intercède en faveur des rebelles. Deux raisons fondamentales sont évoquées :

1) Comment l’Égypte et les autres nations estimeront-elles un Dieu qui n’a pas pu faire ce qu’Il avait dit qu’Il ferait ? Elles diront : « Parce que l’Éternel ne pouvait pas faire entrer ce peuple dans le pays qu’il leur avait promis par serment, il les a tués dans le désert. Et maintenant, je te prie, que la puissance du Seigneur soit magnifiée » (Nomb. 14. 16 et 17).

2) La seconde raison se trouve en ce que Moïse s’offre à la place du peuple : « Et Moïse retourna vers l’Éternel, et dit : Hélas ! ce peuple a commis un grand péché, et ils se sont fait un dieu d’or. Et maintenant, si tu pardonnes leur péché… ; sinon, efface-moi, je te prie, de ton livre que tu as écrit » (Ex. 32. 31 et 32).

« Et je me prosternai devant l’Éternel, comme au commencement, quarante jours et quarante nuits ; je ne mangeai point de pain et je ne bus point d’eau, à cause de tout votre péché que vous aviez commis, en faisant ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, afin de le provoquer à colère ; car j’eus peur de la colère et de la fureur dont l’Éternel était courroucé contre vous, pour vous détruire ; et l’Éternel m’écouta aussi cette fois-là. Et l’Éternel fut fort irrité contre Aaron, pour le détruire ; et j’intercédai aussi pour Aaron, en ce temps-là » ; et je suppliai l’Éternel, et je dis : Seigneur Éternel ! Ne détruis pas ton peuple, et ton héritage, que tu as racheté par ta grandeur, que tu as fait sortir d’Égypte à main forte ! » (Deut. 9. 18 à 20, 26).

C’est ainsi que Moïse est, par anticipation, un type du Seigneur Jésus qui dira en Son temps : « Moi, je suis le bon berger : le bon berger laisse sa vie pour les brebis… ; à cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie afin que je la reprenne… » (Jean 10. 11 à 18). Sept fois, nous voyons Moïse suppliant afin d’obtenir grâce pour ce peuple infidèle, et en plus, deux autres fois particulières : la première pour délivrer son frère Aaron de la colère de l’Éternel, et la seconde en faveur de sa sœur Marie qui s’était élevée contre lui et qui était devenue lépreuse. Quelle leçon pour nous qui, voyant notre frère ou notre sœur faire une faute, avons trop souvent une pensée de jugement au lieu de nous « prosterner devant l’Éternel » ! (Deut. 9. 25)

Retraçons les nombreuses étapes qui ont marqué ce serviteur de Dieu : Quarante années à la cour de l’Égypte, qu’il a quittée « ayant estimé l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte » (Héb. 11. 26).

Quarante années derrière le désert à garder les moutons de son beau-père, pour apprendre qu’il n’était rien par lui-même et que Dieu peut toutes choses.

Quarante années dans le désert, à cause de l’infidélité d’un peuple pourtant délivré de l’esclavage. De là il montera sur le mont Sinaï pour recevoir la loi et les ordonnances concernant le tabernacle, cette maison d’or, et le culte rendu au seul vrai Dieu.

À la fin de ce long pèlerinage, marqué par tant d’épreuves, il faillira, exaspéré, en frappant le rocher par deux fois alors qu’il devait seulement lui parler, pour que l’eau jaillisse une fois de plus dans le désert. Pour nous, l’image donnée par le rocher frappé en Horeb parle de la mort de Christ, tandis que la seconde occasion nous amène devant le trône de la grâce que Christ occupe comme Homme ressuscité et glorifié. La mort de Christ ne peut être renouvelée ! Son œuvre à la croix est parfaite. (À comparer : Ex. 17. 6 ; Nomb. 20. 8 et Héb. 10. 10 ; 1 Pier. 3. 18).

Au buisson ardent, Moïse avait été seul avec Dieu. Terre sainte, où le grand JE SUIS se révélait, et donnait à Son serviteur la mission de délivrer le peuple de l’esclavage de l’Égypte.

Au Sinaï, le législateur avait été seul avec l’Éternel, deux fois quarante jours.

Dans la fente du rocher, il avait appris à connaître Ses pensées de grâce (Ex. 33. 22).

Dans la tente d’assignation, quand Moïse entrait « pour parler avec Lui, il entendait la voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire qui était sur l’arche du témoignage, d’entre les deux chérubins ; et il Lui parlait » (Nomb. 7. 89). Arrivé au terme de son service, il instruit Israël par un cantique : « Je proclamerai le nom de l’Éternel : attribuez la grandeur à notre Dieu ! Il est le Rocher, son œuvre est parfaite ; car toutes ses voies sont justice. C’est un Dieu fidèle, et il n’y a pas d’iniquité en lui ; il est juste et droit » (Deut. 32. 3 et 4).

Sur le sommet du Pisga, à l’heure du départ, l’Ami fidèle est là, présent aux côtés de Son serviteur : « l’Éternel lui fit voir tout le pays… Je te l’ai fait voir de tes yeux, mais tu n’y passeras pas » (Deut. 34. 1 et 4).

Sur la sainte montagne, il sera vu apparaissant en gloire avec Élie, pour parler avec Lui, Jésus, et s’entretenir « de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Luc 9. 30). Bientôt, face à face, nous verrons Celui qui est mort pour nous et, devant Lui, nous chanterons le cantique nouveau.

SONDEZ LES ÉCRITURES (9)

« Donne-moi ton cœur » (Prov. 23. 26).

Au fil des mois écoulés, nous avons pu examiner les récits bibliques de différents enfants. Comme vous avez pu le remarquer, aucune histoire n’est semblable. Nous avons pu admirer combien souvent le travail de Dieu dans le cœur d’un enfant peut être profond, et avoir des conséquences durables et heureuses sur toute sa vie.

Certains enfants ont pu être employés pour Dieu dans leur faiblesse même. Ce fut le cas de la petite fille d’Israël transportée jusqu’en Syrie pour y proclamer la bonne nouvelle du salut par grâce à son maître Naaman (2 Rois 5).

Nous avons vu aussi ce jeune garçon apportant au Seigneur sa maigre provision de cinq pains d’orge et deux poissons qui, placés entre des mains toutes puissantes, ont permis de nourrir toute une foule d’environ cinq mille hommes (Jean 6).

D’autres enfants ont été ressuscités par un miracle démontrant que Dieu a tout pouvoir pour donner la vie à un mort. Ce fut le cas du fils de la Sunamite, elle qui, dans l’amertume de son âme pouvait dire par une foi invincible : « tout va bien ».

Le Seigneur a ressuscité la fille de Jaïrus, qui, possédant une nouvelle vie, reçoit la nourriture dont elle a besoin (Luc 8. 54 à 56). Dans le cas du fils unique de la veuve de Nain, à la voix puissante du Fils de Dieu, le mort se leva de son séant et commença à parler : Il devint un témoin pour la gloire de Dieu (Luc 7. 11 à 16).

Certains jeunes gens isolés ont pris une ferme décision dans leur cœur pour Dieu. Ce fut le cas de Joseph et de Daniel qui ont été gardés purs de toute souillure de chair et d’esprit. Le premier déclare : « comment pécherais-je contre Dieu ? » alors que le second arrêta dans son cœur de ne pas se souiller par les mets délicats du roi. D’autres enfants ont été mis à part pour Dieu dès avant leur naissance. Nous pensons à Samson, à Samuel, à Jean le baptiseur qui ont été élevés par des parents pieux, loin des influences mondaines.

Quelques enfants ont été formés dans le secret de leur enfance pour régner sur le peuple de Dieu. Nous pouvons citer David dont Dieu déclare qu’il est un homme selon son cœur qui fera toute Sa volonté (Act. 13. 22).

On peut aussi ajouter Joas qui commença à régner étant âgé de sept ans. « Il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, tous les jours que Jehoïda le sacrificateur, l’instruisit » (2 Rois 12. 2).

Quant à Josias, il monta sur le trône dès l’âge de huit ans, et l’Écriture souligne aussitôt qu’il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, et marcha dans toute la voie de David, son père, et ne s’en écarta ni à droite ni à gauche (2 Rois 22. 2).

Citons enfin Ismaël, fils d’Abraham, qui est une figure du vieil homme qui n’est pas changé par la venue d’Isaac. « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne profite de rien » (Jean 6. 63). « Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3. 6). Il n’y a qu’un remède : « chasser le fils de la servante », c’est-à-dire avoir dépouillé le vieil homme qui se corrompt selon les convoitises trompeuses… et avoir revêtu le nouvel homme (Éph. 4, 22 à 24).

Quel est donc aujourd’hui, au seuil d’une nouvelle année, le message de la Sagesse pour tout enfant ? N’est-ce pas : « Mon fils, donne-moi ton cœur » ? (Prov. 23. 26).

Pour la vie de notre corps terrestre, le cœur est un organe essentiel. Pas de vie possible s’il s’arrête. Et sur le plan spirituel, le cœur est le siège des affections et des motifs. S’il est vrai que nous sommes invités à présenter nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu (Rom. 12. 1), une telle consécration ne peut être arrêtée que dans le cœur renouvelé du racheté. Pourquoi Dieu demande-t-il le cœur de ses fils et de ses filles ? N’est-ce pas pour le remplir de son amour ?

Jésus frappe à la porte du cœur en disant : « Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui… » (Apoc. 3. 20). Aurais-tu une part plus excellente que la présence de Jésus dans ton cœur ? Ne déborde-t-il pas alors de bonheur ?

Certes Dieu nous a donné un cœur pour Le connaître (Jér. 24. 7), mais Il désire le posséder pour orienter Lui-même toute notre vie.

Mais notre cœur est perméable à toutes sortes d’influences. Il est vulnérable : une vigilance continuelle est nécessaire, car un objet quel qu’il soit peut prendre la place de Christ. C’est pourquoi Dieu déclare : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4. 23).

Satan, le grand adversaire, est l’ennemi de nos âmes. Il utilise toutes sortes d’artifices et de ruses pour nous faire broncher, et pourtant nous sommes sauvés par la grâce, par la foi en la vertu du sang de Christ. Il ne pourra jamais nous ravir de la main du bon Berger ; mais par ses séductions subtiles, il essaie d’accaparer le cœur en offrant des choses qui paraissent belles et bonnes ; et le Seigneur aura la seconde place et bientôt la dernière.

Savez-vous que nous sommes caractérisés par ce que nous aimons ? Ce qui remplit nos cœurs influence notre conduite, nos pensées, nos paroles et nos actes. Ou bien Christ est vu dans nos vies, ou bien c’est le moi dont les trois piliers sont : l’orgueil, la propre volonté et l’égoïsme.

Les trois clés de Satan pour séduire le cœur des hommes sont : la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil de la vie. Puissions-nous vaincre l’ennemi en nous appuyant, comme le Seigneur, sur la Parole de Dieu, tout en réalisant l’exhortation : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde » (1 Jean 2. 15).

Ève dans le jardin a écouté la voix du tentateur, tout en désobéissant à son Créateur qui l’avait comblée de bienfaits. Le monde est rempli de choses attrayantes pour notre cœur. Si quelque chose m’éloigne du Seigneur Jésus, ne devrais-je pas le rejeter ? Est-il glorifié si je fais ceci ou cela, si je vais dans tel lieu où Lui ne pourrait pas m’accompagner ?

Regardons au Seigneur, fixons les yeux sur Lui. « Toute sa personne est désirable ». Comme Lui, dans la sincérité du cœur, exprimons cette prière : « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi » (Ps. 16. 1). Puissions-nous tout confier au Seigneur dans nos vies, « et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4. 7).

Il n’y a plus de place pour le monde quand Jésus remplit un cœur.

Le baptême de Jésus.

Nous nous proposons, si Dieu le permet, de considérer dorénavant quelques scènes des Évangiles qui présentent la personne glorieuse du Seigneur Jésus, venu en grâce, comme l’Homme-Dieu : au milieu des pécheurs.

Dieu, qui est lumière et amour, a voulu se révéler en Christ. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. Personne ne vit jamais Dieu. Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1. 17).

Celui qui est le Fils de Dieu, l’Envoyé du Père, est aussi le Fils de l’homme, le Prophète, le Serviteur par excellence, le Témoin fidèle. L’homme pécheur l’a rejeté, alors que Jésus se présentait à lui dans son humanité parfaite, humble et débonnaire. Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.

Mais ce rejet a été le moyen par lequel le salut est offert à quiconque. La rédemption était nécessaire, et pour la gloire de Dieu et pour le salut de l’homme.

Jésus a été le glorieux rédempteur au terme d’une vie toute entière consacrée à Dieu et au bien de l’homme. « Le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde » (1 Jean 4. 14). Peux-tu dire avec certitude : Jésus est mon Sauveur, Il est mort pour moi ?

Les quatre évangiles présentent la vie du Seigneur dans ses actes et ses paroles. Au cours de ces quatre récits, Ses gloires variées, en une parfaite harmonie, Le rendent précieux à nos âmes.

Dans l’évangile selon Matthieu Il est présenté comme étant le Messie promis au peuple d’Israël : « Voici, ton roi vient à toi », dit le prophète (Zach. 9. 9).

Marc souligne les traits du Serviteur : « Voici, mon serviteur agira sagement », dit un autre prophète (És. 52. 13).

Quant à Luc, il place devant nous Celui qui a été l’homme parfait (Zach. 6. 12), le second homme, le dernier Adam, remplaçant Adam, l’homme qui avait péché. Il a hérité, sur le fondement de la rédemption, de tout ce qui a été perdu par le premier homme. Par sa mort sur la croix Il est à même de sauver quiconque croit et acquiert le droit de dominer sur tout l’univers, selon que l’annonce le psaume 8.

Jean enfin présente le Fils de Dieu, l’Envoyé du Père, Dieu manifesté en chair, le Créateur de toutes choses (És. 40. 10).

A l’aide de quatre récits inspirés par l’Esprit de Dieu, les évangélistes rapportent la vie parfaite de Jésus en relation avec le caractère propre de chaque évangile. Petit enfant, Il a vécu à Bethléhem. Il a grandi à Nazareth.

Au cours de son ministère, Dieu l’ayant oint de l’Esprit Saint et de puissance, Il a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; car Dieu était avec lui (Act. 10. 38). Puis, pour nous donner la vie éternelle, Il est mort sur la croix, nous rachetant par son précieux sang.

Ayant environ trente ans, Jésus quitte l’atelier de Nazareth où Il exerçait la profession de charpentier (Marc 6. 3). Il se rend auprès du Jourdain, là où Jean le Baptiseur adressait de vibrants appels à la repentance auprès du peuple, pour le préparer à recevoir le Seigneur et lui donner la connaissance du salut.

Jean baptisait ceux qui croyaient ses paroles et confessaient leurs péchés. Mais voici que Jésus demande, lui aussi, à être baptisé. Jean, qui Le reconnaît, dit : « Moi, j’ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! » (Mat. 3. 14).

En accueillant Jésus, il avait dit : « Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29). Jésus n’avait donc aucun péché à confesser, Il n’avait par conséquent nul besoin de se repentir.

Pourquoi donc un tel baptême ? Écoutons Sa réponse : « Laisse faire maintenant, car ainsi il nous est convenable d’accomplir toute justice ».

Cette scène met en relief le mystère ineffable de la grâce. Jésus, s’associant aux pécheurs repentants, donne son approbation à ceux qui s’humiliaient devant Dieu. Il est écrit : « C’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole » (És. 66. 2).

Ainsi Jésus trouve son plaisir en ceux qui se repentent. Au cours de son ministère Il s’occupera de ces petits, de ces pauvres, de ces méprisés de la terre. Il était juste qu’ils fussent baptisés et Jésus les accompagnait en grâce dès leurs premiers pas dans ce chemin nouveau.

Et maintenant nous assistons à un spectacle merveilleux. Il s’est produit pour la première fois sur la terre. « Et Jésus, ayant été baptisé, remonta aussitôt, de l’eau ; et voici, les cieux lui furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe, et venir sur lui. Et voici une voix qui venait des cieux, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Mat. 3. 16 et 17).

Est-il possible, que l’homme parfait soit confondu avec les autres hommes ? Non, Dieu proclame qu’Il Le reconnaît comme étant son Fils. Il déclare son amour pour Lui, car Il est l’homme de ses conseils et les délices de son cœur. Dieu a pu trouver son plaisir dans l’Homme Christ Jésus, ce qu’Il n’avait jamais trouvé en aucun homme.

Dans ce passage sublime, la Trinité est révélée. Le Père envoie le Saint Esprit sur la personne du Fils. Une telle révélation est caractéristique du christianisme. Le Fils révèle le Père, car personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils (Mat. 11. 27).

Le Saint Esprit est le sceau par lequel Dieu rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (Rom. 8. 16). Dans cette intime relation avec Dieu nous avons part aux bénédictions les plus excellentes, les bénédictions célestes.

Quant au Seigneur, scellé du Saint Esprit en vertu de ses propres perfections, Il entreprendra son ministère auprès des hommes souffrant sous les conséquences du péché.

Pour le chrétien le Saint Esprit vient habiter en son corps à la suite de l’œuvre rédemptrice de la croix. Sur Lui, en tout point parfait, l’Esprit de Dieu descend comme une colombe, symbole de pureté, de grâce et d’humilité.

Quel plaisir trouves-tu dans le Seigneur Jésus ? Est-Il ton Sauveur, ton Berger, ton Ami, ton Seigneur ? N’est-Il pas digne que tu l’honores sur cette terre en vivant pour Lui dans l’attente de Son retour ?

Les trois tentations de Jésus (Mat. 4. 1 à 11 ; Marc 1. 12 et 13 ; Luc 4. 1 à 14).

« Or Jésus, plein de l’Esprit Saint, s’en retourna du Jourdain et fut mené par l’Esprit dans le désert, étant tenté par le diable quarante jours » (Luc 4. 1 et 2).

Dans la scène précédente, nous avons contemplé le Seigneur Jésus prenant sa place de serviteur au milieu des pécheurs repentants, ces excellents de la terre qui faisaient toutes ses délices selon l’expression du Psaume 16.

Puis le ciel s’étant ouvert sur Lui, Il avait été reconnu du Père comme son Fils bien-aimé. A la suite de son baptême, il fut scellé du Saint Esprit pour subir comme homme la tentation de Satan.

Adam, placé dans un jardin de délices en Éden, comme chef de la création, jouissait d’un bonheur parfait, dans un état d’innocence. Comme créature de Dieu, il était responsable d’observer la défense de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, mais il pouvait manger librement de tout autre arbre du jardin. Malgré ces heureuses circonstances, il succombe à la tentation de Satan qui a réussi par son mensonge à semer le doute dans son cœur au sujet de l’amour de Dieu.

Par l’intermédiaire de sa femme, il fut tenté de considérer comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, en connaissant le bien et le mal. Il désobéit à Dieu en écoutant le tentateur. Se plaçant follement sous le pouvoir de ce maître dur et cruel, il entraîne toute sa race dans le péché et dans la mort.

Le fruit défendu était bon à manger, un plaisir pour les yeux et désirable pour rendre intelligent. L’homme est vaincu par la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie.

Mais dès la chute de l’homme, Dieu annonce la défaite de Satan car la semence de la femme lui briserait la tête (Gen. 3. 15). C’est pourquoi Christ, le second Homme, envoyé du ciel par son Père, s’est présenté à l’homme pécheur.

Le monde sous les conséquences du péché n’est rien d’autre qu’un désert habité par les bêtes sauvages. En entrant dans un tel monde, Jésus déclare : « Voici, je viens… c’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » (Ps. 40. 7 et 8). Il est prêt à servir son Dieu étant plein de l’Esprit. Mais tout d’abord il doit rencontrer l’Adversaire dans le désert où il est tenté pendant quarante jours de jeûne.

Le nombre quarante dans la Parole est en rapport avec l’épreuve complète de l’homme. Mais Jésus, comme homme parfaitement obéissant, dans la solitude du désert et dans une extrême faiblesse, a vaincu Satan par l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu. Il est notre Modèle parfait pour toutes nos tentations extérieures venant de l’Ennemi.

Nul d’entre vous n’ignore que Satan, le tentateur, cherche continuellement à nous pousser au mal, essayant de nous séduire par ses ruses (2 Cor. 11. 3 ; 1 Thess. 3. 5).

Il sait utiliser habilement le monde attrayant pour nous éloigner de Dieu (1 Jean 2. 15 à 17) et les convoitises de la chair selon ce que déclare Jacques 1. 14 : « Chacun est tenté, étant attiré et amorcé par sa propre convoitise ; puis la convoitise… enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort ». Mais « Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de ce que vous pouvez supporter, mais avec la tentation il fera aussi l’issue afin que vous puissiez la supporter » (1 Cor. 10. 13).

Étant donné notre faiblesse, notre ressource n’est-elle pas de veiller et de prier pour ne pas entrer en tentation ? (Mat. 26. 41).

Devenu homme, Christ a souffert lui-même, étant tenté en toutes choses comme nous à part le péché. Il est à même de secourir ceux qui sont tentés et de sympathiser à leurs infirmités (Héb. 2. 18 et 4. 15).

Participant au sang et à la chair, Jésus a tout ressenti avec un cœur d’homme d’une sensibilité parfaite. Homme de douleurs, Il a connu le trouble, la tristesse, l’angoisse. Outre les souffrances morales, Il a éprouvé nos infirmités, la fatigue, la faim et la soif. Il a rencontré la contradiction des pécheurs contre lui-même et les artifices de l’Ennemi. Tenté par le diable, tenté par les hommes méchants et même par ses disciples, rien ne lui a été épargné.

C’est au moment où Jésus a faim, après quarante jours de jeûne, que Satan essaie de le faire dévier du chemin de l’obéissance à la Parole de Dieu. N’était-il pas venu pour faire la volonté de Dieu et délivrer l’homme pécheur de l’esclavage du diable ?

Alors que Dieu venait de proclamer que Jésus était son Fils bien-aimé, Satan ose lancer son défi : « Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain » (Luc. 4. 3). Vous comprenez certainement que Jésus aurait pu satisfaire sa faim, comme le suggérait Satan, en commandant que la pierre devienne du pain. Mais n’ayant pas une parole de son Père, Il aurait agi selon une volonté propre, indépendante de Dieu. Cela était impossible pour l’Homme parfaitement dépendant, car Il faisait toujours les choses qui plaisent au Père (Jean 8. 29).

Jésus ne pouvait céder à la subtile perfidie du diable et il ne raisonne pas avec lui. Sa réponse s’appuie sur les déclarations de l’Écriture : « Il est écrit que l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu » (Luc 4. 4 ; Deut. 8. 3).

L’obéissance à Dieu est prioritaire par rapport à la satisfaction des besoins légitimes de son corps. La dépendance de Jésus était telle qu’il s’attendait à son Père pour recevoir sa nourriture. Il faisait tout pour la gloire de Dieu (1 Cor. 10. 31).

N’oublions pas que l’homme a une âme précieuse dont la seule nourriture bienfaisante est la Parole de Dieu. Satan est impuissant devant celui qui utilise la Parole écrite et lui obéit. Si elle demeure en nous, nous pourrons vaincre le méchant comme Jésus l’a fait (1 Jean 2. 14). « Celui qui est né de Dieu se conserve lui-même, et le méchant ne le touche pas » (1 Jean 5. 18).

Quelle leçon pour chacun de nous ! Il est possible de réduire Satan au silence par un seul verset cité dans la puissance de l’Esprit.

Vous remarquerez aussi combien il est important de méditer, de connaître et de garder dans son cœur toute la Parole de Dieu.

Lisons et relisons les Saintes Écritures. Apprenons par cœur de précieux versets pour résister au diable, étant fermes dans la foi (Jac. 4. 7 ; 1 Pier. 5. 9).

Cette première citation du Seigneur rappelle que Dieu avait donné à son peuple affamé la manne comme nourriture du désert. La Parole doit être pour nous comme le pain que nous consommons pour les besoins de nos corps. C’est elle qui nourrit notre âme. Elle inspire nos pensées, nos paroles et nos actes, guide toute notre vie.

Jésus a vaincu Satan comme Homme obéissant, avec la seule arme qui est aussi entre nos mains : la Parole écrite. Puissions-nous écouter dans une humble dépendance toute parole qui sort de la bouche de Dieu ! « Bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11. 28).

Les tentations de Jésus (Mat. 4. 1 à 11 ; Marc 1. 12 et 13 ; Luc 4. 1 à 14).

Lors de la première tentation, Jésus a triomphé de l’adversaire par l’obéissance simple et ferme, réalisant que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Il était soutenu par une confiance parfaite dans le sentier de l’obéissance. En toute dépendance, Jésus vit de la Parole et dans sa confiance en Dieu, Il se refuse de le tenter en le mettant à l’épreuve pour s’assurer de sa fidélité.

Vous remarquerez que les deux dernières tentations sont inversées par les deux évangélistes Matthieu et Luc. Le premier donne probablement l’ordre historique. Lorsque Jésus a dit : « Va-t’en Satan », l’ennemi n’a plus rien à répliquer. Par contre, Luc présente les tentations selon un ordre moral. Commençant par la tentation charnelle correspondant à ce qu’exigent les besoins du corps, il continue par la tentation mondaine et achève par la tentation spirituelle, la plus subtile des trois.

Malgré son premier échec, le diable poursuit ses assauts. Il mena Jésus « sur une haute montagne, lui montrant, en un instant, tous les royaumes de la terre habitée. Et le diable lui dit : Je te donnerai toute cette autorité et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi » (Luc 4. 5 à 7).

Le monde et toute sa gloire, objet de la convoitise de l’homme, est bien le domaine de Satan, à la suite de la chute de l’homme qui a transgressé la parole de Dieu en Éden. C’est sur ce terrain que Satan a voulu amener Jésus, le tentant par la gloire du monde.

Mais Jésus aura un jour, comme Fils de l’homme, la domination de tout l’univers ; les royaumes du monde Lui seront assujettis et Il recevra la gloire et l’honneur des nations (Dan. 7. 13 et 14 et Apoc. 21. 26). Ce sera la conséquence de son obéissance jusqu’à la mort de la croix où la victoire sur Satan est définitivement remportée.

Jésus ne pouvait pas recevoir cette gloire du diable, ni lui rendre hommage. Refusant de reconnaître l’autorité de l’adversaire, Il se soumet entièrement à l’autorité de la Parole écrite. Pour la deuxième fois il déclare : « Il est écrit » : « Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Deut. 6. 13).

Que la crainte et l’amour de Dieu demeurent dans nos cœurs avec toute leur puissance sanctifiante pour que toute gloire revienne à Celui qui seul est digne d’être adoré et servi en toute pureté !

En essayant de détourner Jésus de la croix, Satan pensait retenir l’héritier et l’héritage sous son pouvoir. Mais il fallait que le Christ souffrît avant d’entrer dans sa gloire (Luc 24. 26). Pour établir son royaume, il fallait sa mort et sa résurrection.

Pour nous aussi, héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, c’est le temps de l’humiliation : « si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui (2 Tim. 2. 12 ; Rom. 8. 17).

(Note du lecteur : souffrir, d’une manière générale, nous conduit au règne ; souffrir avec lui nous conduit à la gloire avec lui).

L’ennemi essaie de nous tenter en se servant de tout ce qui tend à nous élever dans le monde : honneurs, richesses, pouvoir… Puissions-nous résister à ces séductions, sachant que quand Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors nous aussi nous serons manifestés avec lui en gloire (Col. 3. 4).

Avec quelle énergie de foi Abraham refuse les offres du roi de Sodome ! (Gen. 14. 21).

Que nous gardions le caractère de pèlerins et d’étrangers dans ce monde ! Comment pourrions-nous accepter les avantages mondains, l’amitié du monde que Satan offre si nous devions perdre la communion avec Dieu ? Rappelons-nous sans cesse que notre Modèle a vaincu Satan non par une puissance divine, mais par son obéissance à la Parole de Dieu.

Enfin Satan amena Jésus à Jérusalem, et le plaça sur le faîte du temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : « Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, pour te garder ; et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre » (Ps. 91. 11 et 12).

Remarquons avec quelle audace Satan peut citer l’Écriture. Il n’est jamais plus dangereux que dans ce cas-là. Le psaume évoqué exprime une promesse divine selon laquelle le Messie serait gardé par Dieu, malgré toute la puissance du mal.

Satan se garde bien de citer le verset 13 qui rappelle sa défaite, mais il incite le Seigneur à vouloir obtenir les promesses de Dieu en dehors du chemin de l’obéissance. C’est pourquoi le Seigneur répond aussitôt : « Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu » (Deut. 6. 16).

Certes la confiance de Jésus dans les promesses divines est inébranlable, comme Il l’exprime dans le Psaume 16. 1 : « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi ». Jésus n’avait pas besoin de mettre Dieu à l’épreuve pour savoir si ce qu’Il disait était vrai.

Si j’ai foi en Dieu, je compte sur Lui pour le moment où sa promesse se réalisera sans que ma volonté propre ait à intervenir. Que la grâce nous soit accordée, jour après jour, de marcher avec la hardiesse de la foi dans le chemin de l’obéissance en regardant uniquement à Celui qui a dit : « Moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent » ! (Jean 8. 29).

Nous pouvons toujours compter sur les promesses divines et sur la protection de Dieu tant que nous sommes dans le chemin de sa volonté, c’est-à-dire de l’obéissance à sa Parole. Relisons ce remarquable Psaume 91 dont nous pouvons souligner deux expressions s’appliquant au Messie : « Parce que toi tu as mis l’Éternel, mon refuge, le Très-haut, pour ta demeure, aucun mal ne t’arrivera… parce qu’il a mis son affection sur moi, Je le délivrerai » (v. 9 et 14).

Jésus, homme dépendant, plein de l’Esprit Saint, jouissait intimement de l’amour de Dieu. C’était son secret. Pour nous, l’amour de Dieu s’exprime par la mort de son Fils et il est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint (Rom. 5. 8, 5). Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, ni de l’amour de Christ. Vivons dans cet amour, n’adressant pas à Dieu le défi de la méfiance et de l’incrédulité !

Toutes les ruses de Satan ne font que mettre en relief les perfections morales du Seigneur Jésus : obéissance, dépendance et confiance en Dieu seul. En toutes choses cet homme parfait reste notre modèle. Que nos yeux soient fixés sur Lui seul qui réglait sa conduite d’après la Parole de Dieu, agissait dans la puissance du Saint Esprit et gardait comme seul motif dans son cœur la volonté de Dieu.

Ayant accompli toute tentation, le diable se retira d’avec lui pour un temps. Et Jésus s’en retourna en Galilée, dans la puissance de l’Esprit pour y exercer son ministère de grâce (Luc 4. 13 et 14), tout comme il était plein de l’Esprit Saint en venant dans le désert pour y être tenté.

Puisque Dieu trouvait tout son plaisir en cet homme parfait, comment nos cœurs ne seraient-ils pas touchés par les grâces de Sa personne ?

Jésus, l’Agneau de Dieu (Jean 1. 29 à 40).

Vous devez savoir que l’évangile de Jean révèle Dieu lui-même dans la Personne de son Fils. « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (v. 18). Nous voici devant la Parole qui était auprès de Dieu, et qui était Dieu.

Cette Parole créatrice, source de la vie et de la lumière, est venue dans le monde. C’est le mystère de la piété : « la Parole devint chair… (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père) pleine de grâce et de vérité » (v.14).

Ainsi dès le premier chapitre ses gloires personnelles, éternelles, actuelles et futures sont déployées par le Saint Esprit. Cependant nous lisons avec tristesse que le monde ne l’a pas connu et que les siens ne l’ont pas reçu. Mais tous ceux qui l’ont reçu par la foi, dans leur cœur, sont appelés enfants de Dieu (v. 12).

Par son ministère, Jean Baptiste devait préparer le chemin du Seigneur et le présenter aux hommes. Quand il voit Jésus venant à lui, il dit : « Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (v. 29).

C’est bien l’Agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde (1 Pier. 1. 19 et 20). Il est l’Envoyé du Père, venant accomplir l’œuvre de notre salut, et régler devant Dieu et pour les hommes la terrible question du péché.

Il vint s’offrir à Dieu en sacrifice. Cette figure symbolique de l’« Agneau » évoque la sainte victime, l’innocence sans protection livrée à l’inimitié et au rejet des hommes pécheurs.

Cet Agneau de Dieu ôte le péché du monde : cela implique toute son œuvre à la croix, mais aussi tout ce qu’Il opère par sa mort, la réconciliation de toutes choses avec Dieu pour l’instauration du règne millénaire, et l’établissement des nouveaux cieux et de la nouvelle terre dans lesquels la justice habite. Ainsi le péché est ôté devant Dieu, l’œuvre étant parfaitement accomplie, mais certains résultats sont encore futurs.

En lisant l’Ancien Testament, on peut être frappé par les nombreux sacrifices offerts pour les péchés. Ils ne pouvaient en effacer un seul, mais ils rappelaient constamment que le péché est entré dans le monde et a régné par la mort.

Ni l’agneau pascal qui a préservé les Israélites de la mort en Égypte, ni les différents sacrifices présentés à Dieu ne pouvaient sauver les âmes. C’est pourquoi il fallait que l’Agneau de Dieu soit immolé.

Une sainte victime devait prendre la place des coupables sous le jugement de Dieu pendant les trois heures sombres de l’expiation, alors que Dieu l’avait abandonné.

As-tu vu dans l’Agneau de Dieu, le Fils de Dieu crucifié, ton Sauveur ? En présence de la croix peux-tu déclarer : Christ a pris ma place, Il est mort pour moi, pécheur ?

Dans son témoignage, Jean présente un deuxième aspect de l’œuvre du Seigneur Jésus : il annonce qu’Il baptise de l’Esprit Saint. Plusieurs d’entre vous savent que ce baptême a eu lieu le jour de la Pentecôte (Act. 2. 1 à 4).

Pour que le Saint Esprit, comme Personne soit envoyé sur la terre, dans l’Assemblée et dans le croyant, il fallait que Christ soit glorifié (Jean 7. 39), c’est-à-dire que l’œuvre de la rédemption soit achevée.

Dès qu’un pécheur accepte par la foi l’évangile, le Saint Esprit vient habiter en son corps (Éph. 1. 13) pour lui donner l’assurance, la connaissance et la jouissance des révélations divines (1 Cor. 2. 10 à 16). Car les choses de Dieu sont révélées, communiquées et reçues par l’Esprit.

Nous avons ensuite un autre témoignage de Jean à l’égard de Jésus. « Le lendemain encore, Jean se tint là, et deux de ses disciples ; et regardant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu ! Et les deux disciples l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus » (v. 35 à 37).

Maintenant, c’est Jésus qui est l’objet du cœur de Jean. Il exprime toute sa joie et sa satisfaction en contemplant la marche de l’homme parfait qui est le Fils de Dieu. Le témoignage de Jean est chargé d’amour et de puissance. La dignité et les grâces de Jésus captivent son cœur. Ses paroles produisent un puissant effet : les disciples s’attachent à Jésus et le suivent.

Que votre cœur s’attache à Jésus pour le suivre ! (Ps. 63. 8). Ne désire-t-Il pas gagner nos affections à tel point que nous ne puissions pas rester loin de Lui ?

Il est le Fils bien-aimé du Père, les délices de son cœur. Jean accepte d’être mis de côté pourvu que Jésus soit exalté. L’humilité de ce serviteur ressort du fait qu’il se contentait d’être une voix pour Dieu, et maintenant ses propres disciples suivent Jésus.

Jean pourra dire : « Il faut que lui croisse et que moi je diminue » (Jean 3. 30). Il avait enseigné ses disciples à prier (Luc 11. 1), et maintenant il les amène à Jésus, car son cœur est tout imprégné de Son amour, de Sa grandeur et de Sa beauté. Il rend témoignage à sa Personne et à son œuvre.

Dès lors, l’attrait du Seigneur est irrésistible pour ces deux disciples. A leur tour, ils ont besoin d’une relation personnelle et intime avec Celui qui est l’Agneau de Dieu. Puissions-nous parler l’un à l’autre du Seigneur Jésus et nous encourager à Le suivre, étant animés d’un saint zèle !

« Jésus se retournant, et voyant qu’ils le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? » C’est la première parole de Jésus, une interrogation s’adressant à notre cœur pour que soit précisé le vrai mobile qui l’anime.

La réponse très claire des disciples ne se fait pas attendre : « Rabbi, où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et voyez. Ils allèrent donc et virent, où il demeurait ; et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là : c’était environ la dixième heure » (v. 39 et 40).

Au bénéfice de l’œuvre de Christ, son disciple est uni à Lui. Sa personne adorable produit le désir de demeurer avec Lui. Les disciples quittent tout ce qui leur était précieux auparavant. Ils répondent à l’invitation spontanée du Seigneur : Venez et voyez.

Quel jour béni pour eux au-delà de la neuvième heure, la dernière heure de la croix ! Peu importe le lieu où ils se trouvaient puisqu’ils étaient auprès de Jésus. Ils avaient besoin de sa présence et d’entendre ses paroles. Il leur expliquait sans aucun doute dans toutes les écritures les choses qui le regardent.

Vous qui lisez la Parole de Dieu, n’oubliez pas en la sondant avec le secours du Saint Esprit d’y contempler Celui qui en est la clé : le Seigneur Jésus.

Et pour ceux qui n’auraient pas répondu à son appel, voici encore une cordiale invitation :

Ah ! si tu n’as pas vu la grâce et la puissance

De cet Agneau divin qui mourut sur la croix,

Accours : sa douce voix t’appelle avec instance ;

Regarde et crois !

Suivre Jésus (Jean 1. 41 à 52).

Vous vous souvenez du double témoignage rendu par ce fidèle serviteur, Jean Baptiste, au sujet de l’œuvre du Seigneur Jésus : « Voilà l’Agneau de Dieu » (v. 29 et 36) et « C’est celui-là, qui baptise de l’Esprit Saint » (v. 33). Avec quelle sainte joie et quelle réelle satisfaction il prononce de telles paroles !

A peine l’Agneau de Dieu est-il présenté aux deux disciples de Jean que ceux-ci Le suivent, car Jésus a gagné leur cœur. Quelle énergie de foi et d’amour est nécessaire pour suivre le Seigneur dans son dévouement, son obéissance, sa confiance en Dieu, sa marche, son témoignage et son service ! Mais le disciple qui le suit ne peut que déclarer : « Toute Sa personne est désirable » (Cant. 5. 16).

Jésus exerce une puissance d’attraction irrésistible sur le cœur renouvelé de son racheté qui comprend la nécessité de se séparer du monde et du mal. En regardant Jésus marcher, nous contemplons le parfait modèle faisant toujours les choses qui plaisent à Dieu (Jean 8. 29).

Ayant trouvé en Jésus l’objet de son cœur, André désire faire connaître le bonheur de son âme. Il s’adresse à son propre frère Simon avec ces paroles : « Nous avons trouvé le Messie » (v. 42).

André avait été dans la présence de Celui annoncé par Daniel, le prophète, (9. 25 et 26) comme le Messie, l’Oint. Selon le Psaume 2, le Messie doit être établi dans sa gloire ici-bas et, par la puissance de l’Esprit Saint reposant sur Lui, Il délivrera son peuple afin d’établir son royaume.

Puis André mène son frère à Jésus. Voilà l’exemple de ce que dit et fait un disciple effacé ! Il agit, sans faire de bruit, auprès des siens. Notre première activité pour le Seigneur, quand nous sommes nés de nouveau, peut s’exercer simplement dans le cadre de notre foyer en ayant en vue le bien des âmes que nous approchons chaque jour.

Jésus va maintenant s’occuper de Simon. Il pose son premier regard sur lui, un regard pénétrant qui lit dans le cœur. Et selon l’autorité divine qu’Il détient, Il s’adresse à lui : « Tu es Simon, le fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas (qui est interprété Pierre) » (v. 43). En changeant le nom de ce nouveau disciple, il révèle la position qu’il occuperait comme pierre de l’édifice construit par Christ et fondé sur sa Personne glorieuse (Mat. 16. 18).

Nous venons de souligner quelques aspects essentiels de la vie du croyant actuellement. Il contemple Jésus dans sa marche pour connaître ses perfections, le suit, demeure avec Lui et parle de Lui à ceux qu’il approche.

Avec le verset 44, nous sommes introduits dans une autre période – le second jour – qui suit l’histoire de l’Église, c’est-à-dire l’économie de la grâce envisagée dans les versets précédents. Jésus renoue des relations avec son peuple terrestre à partir d’un petit résidu qui le reconnaît comme le Fils de Dieu, le roi d’Israël.

Lorsque Jésus rencontre Philippe, deux mots suffisent pour engager son cœur : « Suis-moi » (v. 44). « Or Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit : Nous avons trouvé celui duquel Moïse a écrit dans la loi et duquel les prophètes ont écrit, Jésus, le fils de Joseph, qui est de Nazareth » (v. 45 et 46).

Après l’enlèvement de l’Église, Dieu poussera au sein de la nation juive, rentrée dans son pays, des serviteurs qui proclameront l’évangile du royaume. Ils révéleront que le Christ, autrefois rejeté et crucifié à Jérusalem, doit venir établir son règne de justice et de paix.

Philippe représente ces témoins et il va vers Nathanaël, figure du résidu juif, trouvé sous le figuier, arbre symbolisant Israël dans les Écritures. Ces fidèles messagers auront à faire avec l’incrédulité du peuple, comme celle de Nathanaël : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » (v. 47). Mais Philippe lance son appel direct, une parole semblable à celle du Maître à l’égard des disciples de Jean (v. 40) : « Viens et vois » (v. 47).

« Jésus vit Nathanaël venir vers lui, et il dit de lui : Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de fraude. Nathanaël lui dit : D’où me connais-tu ? Jésus lui répondit et lui dit : Avant que Philippe t’eût appelé, quand tu étais sous le figuier, je te voyais. Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu ; tu es le roi d’Israël » (v. 48 à 50).

Quelle révélation pour Nathanaël d’être en présence d’un Dieu qui connaît toutes choses et en particulier sonde le cœur de tout homme ! Le voile de l’incrédulité est levé, car il y a de la droiture dans le cœur de Nathanaël et il peut à son tour contempler la gloire de Jésus. C’est ce que fait aussi Thomas lorsqu’il reconnaît Jésus ressuscité, à la vue de ses blessures, et lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jean 20. 28).

Jésus continue à révéler ses gloires à celui qui croit. C’est pourquoi il ajoute à Nathanaël : « Tu verras de plus grandes choses que celles-ci. Et il lui dit : En vérité, en vérité, je vous dis : Désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le fils de l’homme » (v. 51 et 52).

Durant le millénium, Christ ne sera pas seulement connu comme le roi d’Israël restauré, mais Il apparaîtra aussi comme dominant sur l’univers tout entier dans sa gloire de Fils de l’homme, telle que le proclame le Psaume 8.

Le Fils de l’homme établira une relation entre les cieux et la terre et il sera servi par les anges montant et descendant sur Lui, comme ce fut le cas pour Jacob dans le songe de Genèse 28. Et le gouvernement du règne millénaire sera exercé par le Fils de l’homme et non par les anges aussi glorieux soient-ils, car toute suprématie Lui revient à cause de l’œuvre de la rédemption. Déjà, par la foi, nous voyons Jésus couronné de gloire et d’honneur (Héb. 2. 9).

Ce chapitre nous a occupés de nombreux titres de gloire du Seigneur Jésus. C’est un sujet inépuisable. Il est la Parole, Dieu, Créateur, vie, lumière, Fils unique, Agneau de Dieu, Fils de Dieu, le Messie ou Christ, Jésus, Roi d’Israël, Fils de l’homme.

S’Il est appelé à gouverner le monde entier, comme Fils de l’homme, n’est-il pas précieux à nos cœurs de Le reconnaître aujourd’hui comme notre cher Sauveur et le Seigneur de notre vie. Chacun de nos lecteurs peut-il en toute certitude joindre sa voix à la voix de Jean : « Voilà l’Agneau de Dieu ! » (v. 36)

Puissions-nous Le suivre fidèlement, alors qu’Il est encore méprisé, en attendant d’être autour de Lui pour Le contempler dans toute sa gloire pendant l’éternité.

Les noces de Cana (Jean 2, 1 et 2).

« Et le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là. Et Jésus fut aussi convié à la noce, ainsi que ses disciples » (Jean 2. 1 et 2).

Nous n’avons guère de détails sur cette noce. Rien n’est déclaré au sujet des époux, ni des parents et amis présents, si ce n’est que Jésus et ses disciples y étaient invités.

C’est un privilège de pouvoir tout partager avec le Seigneur dans les différentes circonstances de notre vie. Le Seigneur serait-il libre de dire à chacun de nous comme à Zachée : « Il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison » ? (Luc 19. 5). Et il est ajouté que Zachée le reçut avec joie.

« Et le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont pas de vin. Jésus lui dit : Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : Faites tout ce qu’il vous dira ».

La mère de Jésus évoque Israël d’où Christ est issu. Parmi ce peuple, ceux qui avaient reconnu le Seigneur comme Messie s’attendaient à voir son règne établi. Mais dans son infidélité, cette nation s’était détournée de Dieu au temps où Jésus vint sur la terre. Dans un tel état le vin ne pouvait que manquer. En effet, le vin dans l’Écriture est le symbole de ce qui procure la joie, qu’il s’agisse de Dieu ou des hommes (Jug. 9. 13 ; Ps. 104. 15).

Bien que présenté à son peuple, le Messie n’a pas été reçu des siens. Méprisé, rejeté, Il fut crucifié par ceux auxquels Il venait apporter le bonheur qui leur faisait défaut. C’est seulement au moment de l’établissement du règne millénaire que Dieu procurera à son peuple terrestre la jouissance des bénédictions fondées sur l’œuvre expiatoire de Christ.

Jésus devait livrer son âme à la mort. Il l’exprime dans la réponse à sa mère : « Mon heure n’est pas encore venue ». C’est l’heure de Sa mort fréquemment annoncée dans cet évangile (7. 30 ; 8. 20 ; 12. 23 et 27 ; 13. 1 ; 17. 1).

La mort de Christ était indispensable pour en finir avec l’homme en Adam et résoudre entièrement la terrible question du péché devant la justice et la sainteté de Dieu. Seul l’Agneau de Dieu sans défaut et sans tache pouvait se substituer au pécheur sous le jugement inexorable de Dieu. Alors la grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue à tous les hommes (Tite 2. 11), aussi bien au peuple juif qu’à toutes les nations.

Cher jeune lecteur, as-tu reçu dans ton cœur ce grand salut que Dieu offre aujourd’hui à quiconque croit en la vertu du sang précieux de Christ ? Si ta réponse est positive, une joie accomplie peut inonder ton cœur, selon ce que le Seigneur exprime en Jean 15. 11.

Dans son insistance confiante, la mère de Jésus s’adresse aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira » (v. 5). N’est-ce pas le secret de toute bénédiction dans le chemin de la foi ? Dans une autre circonstance, le Seigneur dira : « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites » (13. 17). « C’est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Phil. 2. 13).

Puissions-nous goûter la joie que procure une prompte obéissance au Seigneur ! Avec quelle sainte énergie devrions-nous garder la parole de Celui qui est le Saint et le Véritable ! (Apoc. 3. 8).

En lisant un chapitre des évangiles chacun ne peut-il pas s’interroger : Qu’est-ce que le Seigneur me dit ? Même si nous ne comprenons pas toujours le but de Jésus, soyons assurés que, dans son amour, Il fait tout concourir pour notre bien.

« Or il y avait là six vaisseaux de pierre, pour tenir de l’eau, placés là selon l’usage de la purification des Juifs, pouvant recevoir chacun deux ou trois mesures. Jésus leur dit : Emplissez d’eau les vaisseaux. Et ils les emplirent jusqu’au haut. Et il leur dit : Puisez maintenant, et portez-en au maître d’hôtel » (v. 6 à 8).

C’était le temps où le cœur du peuple, et surtout de ses chefs orgueilleux remplis de haine pour Jésus, était semblable aux vases de pierre dans leur endurcissement. Si la mort de Christ était indispensable, il fallait aussi une œuvre profonde de repentance et de purification à travers un travail de conscience.

Aux derniers jours, les fils d’Israël regarderont vers Celui qu’ils ont percé et ils se lamenteront comme pour un fils unique (Zach. 12. 10 à 14). Dans l’affliction et la souffrance, ils jugeront toute leur idolâtrie passée et le rejet de leur Messie. Et alors leur détresse sera changée en joie à la venue du Seigneur. L’eau deviendra du vin, un vin bien meilleur que le premier.

Pour nous aussi, nous ne pouvons goûter la joie de l’Esprit qu’en nous jugeant nous-mêmes.

Vous remarquerez l’étonnement du maître d’hôtel qui, à l’image de l’homme naturel, estime qu’il faut servir le bon vin le premier et puis le moindre quand on a bien bu (v. 10). C’est bien ainsi que l’homme, dès sa jeunesse, s’empresse de jouir de tout ce qu’offre la vie sur cette terre : plaisirs, richesses et honneurs. Puis avec l’âge se présenteront les soucis, les déceptions, les tristesses et enfin au déclin de la vie, la mort, toutes les conséquences du péché. Le meilleur vin a été bu le premier.

Mais Dieu opère tout autrement : amenant l’homme à constater son entière incapacité à faire le bien. Il agit en grâce et en puissance pour nous donner la vie qui est en Christ, un salut glorieux, source de joies intarissables et éternelles.

Comme l’exprimait un cher frère : « nous sommes enclins à ne nous réjouir qu’avec parcimonie ». Rien dans ce monde de vanités ne peut être comparé à ce que Dieu donne, un bonheur infini, inaltérable pour l’âme rachetée.

« Jésus fit ce commencement de ses miracles à Cana de Galilée, et il manifesta sa gloire ; et ses disciples crurent en lui » (v. 11). Il apporte la bénédiction et la joie millénaires. Les disciples sont une image du résidu juif accueillant le Seigneur à son apparition pour le règne. C’est le troisième jour que ce miracle a lieu pour introduire la joie que goûtera l’Israël de Dieu.

La purification du temple (Jean 2. 13 à 25).

La scène que décrit le passage proposé à notre lecture et à notre méditation, se déroule au début du ministère du Seigneur Jésus. Seul l’évangéliste Jean la présente, alors que les trois autres évangélistes racontent la purification du temple à la fin de ce ministère, après l’entrée triomphale du Messie à Jérusalem (Mat. 21 ; Marc 11 ; Luc 19).

Nous pouvons être frappés par le déploiement de l’autorité et de la puissance de Christ. Lors de la noce de Cana, Jésus a magnifié la gloire de sa grâce dans le cercle d’une famille, pour y remplir les cœurs d’une sainte joie. Maintenant Il est manifesté publiquement dans le lieu même où Dieu a placé son Nom, le temple où Il désire demeurer au milieu de son peuple.

N’avait-Il pas déclaré lors de la dédicace du temple de Salomon : « Mes yeux et mon cœur seront toujours là » ? (2 Chron. 7. 16) Par un acte d’autorité divine, Celui qui est plus grand que le temple (Mat.12. 6) va faire de l’ordre dans sa maison, en chassant ceux qui faisaient de la religion un trafic. Maintenant, Il est manifesté comme étant la vérité.

C’est au moment où la Pâque des Juifs était proche que Jésus monta à Jérusalem. Ce n’était plus « la Pâque de l’Éternel » (Ex. 12. 11), mais à trois reprises elle est désignée par Jean : « la Pâque des Juifs » (2. 13 ; 6. 4 ; 11. 55). Le caractère de fête à l’Éternel avait été perdu, car le peuple se trouvait avec ses chefs religieux dans une condition morale misérable, et il avait rejeté Celui que l’Éternel lui avait envoyé (Jean 1. 11).

Jésus trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs qui y étaient assis. Ces animaux étaient vendus aux Juifs, venus de régions lointaines pour célébrer la fête, désireux d’offrir des sacrifices (Deut. 14. 24 à 26).

Les changeurs fournissaient la monnaie légale du temple contre des monnaies étrangères et avaient l’occasion de se livrer à un trafic en pratiquant des taux de change abusifs.

Animé d’une sainte indignation en voyant une telle profanation de la maison de Dieu, Jésus fit un fouet de cordes et les chassa tous hors du temple, et les brebis et les bœufs ; et il répandit la monnaie des changeurs et renversa les tables. Et il dit à ceux qui vendaient les colombes : « Ôtez ces choses d’ici ; ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (v. 15 et 16).

Ces paroles rappellent celles qu’Il prononça à l’âge de douze ans à ses parents : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2. 49).

Quelle perfection tout au long de sa vie dans ses sentiments constants à l’égard de Son Père, de Son Nom, de Sa maison, et de Sa gloire ! « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1. 18).

Habituellement le Seigneur exerce, en toute humilité, son ministère de grâce et de dévouement auprès des âmes en détresse : par une parole, un contact ou une main tendue, faisant du bien et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; mais ici, Il fait usage de sa puissance pour purifier le temple. Ainsi est préfigurée une autre purification qu’Il accomplira lors de sa seconde venue pour établir le règne millénaire (Mal. 3. 1 et 2).

Lors de cette venue glorieuse, Il remplira de joie le cœur de son résidu ayant traversé la grande tribulation et, à travers des jugements, Il purifiera le temple souillé par les Juifs apostats, pour que le culte soit rendu à Dieu dans le saint lieu. Ce lieu sera aussi une maison de prière pour tous les peuples selon Ésaïe 56. 6 et 7.

En assistant à cette scène, les disciples se souviennent de ce qui était écrit : « Le zèle de ta maison me dévore » (Ps. 69. 9). Son ardent dévouement pour la maison de son Dieu, pour son service et pour ses intérêts, Le conduira à une obéissance absolue jusqu’à la mort de la croix.

Quelle souffrance étreignait son âme à la vue de ces hommes profanant le temple, ayant le cœur asservi à des idoles, oubliant que Dieu, à travers la repentance, désire faire entendre sa voix dans le recueillement de sa présence !

Que le zèle du Seigneur pour la maison de son Père puisse nous stimuler ! Puissions-nous nous encourager par ces paroles : « Suivons-le tous animés d’un saint zèle ! ».

Vous avez sans doute constaté combien rapidement nos affections pour le Seigneur peuvent s’affaiblir. Retenons ce que le Seigneur déclare à l’assemblée d’Éphèse : « J’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour » (Apoc. 2. 4).

Le corps du racheté du Seigneur est le temple du Saint Esprit. « Vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Cor. 6. 19 et 20). Le Seigneur veut nous délivrer de toute mauvaise habitude, mettre de l’ordre dans nos cœurs afin qu’ils soient gardés de toute idole, et occuper nos pensées de Sa personne et de son œuvre. Le Saint Esprit pourra alors agir en nous avec puissance et nous faire apprécier les richesses insondables du Christ et l’amour du Père.

Surpris de l’autorité du Seigneur en purifiant le temple, les Juifs lui demandent un miracle justifiant son droit à l’exercer. Jésus ne répond pas à leur attente, mais leur donne le signe de sa mort et de sa résurrection par ces paroles : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. Les Juifs donc dirent : on a été quarante-six ans à bâtir ce temple, et toi, tu le relèveras en trois jours ! Mais lui parlait du temple de son corps » (v. 19 et 20).

Jésus était, désormais sur la terre, le vrai temple de Dieu. Par Lui, Dieu habitait au milieu de son peuple, même s’Il reconnaissait le temple comme la maison de son Père.

Cette réponse de Jésus met en évidence la gloire de sa personne divine, ce qui est en accord avec le caractère de l’évangile de Jean. Passant par la mort, c’est Jésus lui-même qui relève le temple de son corps : Il ressuscite le troisième jour. Il laisse sa vie et Il la reprend : Il a le pouvoir de la laisser et de la reprendre (Jean 10. 17 et 18).

Et ses disciples, après sa résurrection, se souvinrent de ses paroles. « Ils crurent à l’écriture et à la parole que Jésus avait dite » (v. 22). Ainsi les paroles de Jésus ont la même valeur que les Écritures.

Les versets 23 à 25 ont un caractère bien solennel, soulignant qu’il est possible de croire superficiellement, par l’intelligence, le cœur et la conscience n’étant pas touchés. Jésus connaît tous les hommes, Il connaît ce qui est dans l’homme. Il connaît la nature morale de l’homme. C’est à ceux qui reconnaissent leur état de perdition, qu’il n’existe pas de bien en eux, qu’Il donne la vie et le pardon. « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5. 24 ; Rom. 10. 17).

Nicodème (Jean 3. 1 à 12).

Le sujet que nous souhaiterions étudier avec vous, vous concerne tous sans exception. Il est traité au cours d’un entretien remarquable entre le Seigneur Jésus et un des chefs des Juifs, nommé Nicodème. Il s’agit de la nouvelle naissance.

« Mais il y avait un homme d’entre les pharisiens, dont le nom était Nicodème, qui était un chef des Juifs. Celui-ci vint à lui de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que toi tu fais, si Dieu n’est avec lui » (v. 1 et 2).

Pourquoi Nicodème vient-il à Jésus qui est la vie et la lumière ? Il y a un vrai besoin dans son cœur qui le pousse à faire cette rencontre. Pourtant Jésus ne se fiait pas aux hommes qui croyaient en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait. Il connaissait à fond ce qui était dans l’homme (2. 23 à 25).

Nicodème désire sans doute recevoir plus de lumière sur ce que Jésus enseignait, car il Le reconnaissait comme un docteur venu de Dieu.

S’il vient à Jésus de nuit, comme le souligne Jean 3. 2 à 7 ; 7. 50 et 19. 39), c’est que son besoin est réel, même s’il redoute l’opprobre du monde et des chefs religieux. Aller à Jésus de nuit pour écouter sa parole est préférable que de ne pas y aller du tout, car Lui-même a dit : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi » (6. 37). Plus tard, Nicodème ne craindra pas d’affirmer la hardiesse de sa foi pour ensevelir le corps de Jésus avec des aromates (19. 39 à 42).

Si Nicodème, tout religieux qu’il fût, ne connaissait encore rien de la vérité, le Seigneur sondait le vrai besoin de son âme : recevoir la vie éternelle, une autre nature que celle de l’homme en Adam. C’est pourquoi Jésus affirme de manière absolue un premier principe de la vérité, propre à heurter les idées juives de Nicodème : « En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (3. 3).

Si on entre dans le royaume des hommes par la naissance naturelle, une nouvelle naissance est nécessaire pour entrer dans le royaume de Dieu. Le Seigneur ne s’adresse pas à l’intelligence de l’homme et Nicodème ne voit qu’avec les yeux de la chair. C’est pourquoi Jésus ajoute une explication : « Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (v. 5 et 6).

La chair, dans ce passage, c’est la nature pécheresse de l’homme qui le caractérise depuis la chute au jardin d’Éden. Elle est inimitié contre Dieu, elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle ne le peut pas (Rom. 8. 7). Dès que nous lui permettons d’agir, nous commettons des péchés. La chair ne peut pas être améliorée, elle reste toujours la chair qui ne peut voir ni entrer dans le royaume de Dieu.

Nicodème est l’exemple de ce que la chair peut produire de meilleur : pharisien, chef des Juifs, docteur d’Israël, saisi d’admiration pour Jésus, croyant à ses miracles. Et cependant il ne comprend rien aux paroles de Jésus : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » (v. 4). Il est étonné (v. 7). « Comment ces choses peuvent-elles se faire ? » (v. 9). Et Jésus lui déclare : « tu ne connais pas ces choses ? » (v. 10)… « vous ne recevez pas notre témoignage » (v. 11).

Nicodème, comme chacun de nous, doit être né d’eau et de l’Esprit pour entrer dans le royaume de Dieu, sphère morale où les droits de Dieu sont reconnus et dans lequel on entre par la nouvelle naissance. « Car le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17).

En Jésus, sur la terre, on voyait le royaume de Dieu moralement et en puissance. Si Christ avait été reçu, le royaume aurait été établi sur la terre. Cela aura lieu quand il reviendra. En attendant, ce royaume existe moralement sur la terre. Tous ceux qui sont nés de nouveau en font partie, en jouissent par la puissance du Saint Esprit, et sont appelés à en manifester les caractères dans leur vie.

Pour la nouvelle naissance, une œuvre divine est indispensable. Comme pour la première création que Dieu sortit du néant, il faut l’opération de la Parole et de l’Esprit pour la nouvelle création.

A cause de son action purificatrice, la Parole est comparée à « l’eau ». L’homme est moralement purifié par l’application de la Parole de Dieu qui juge tout par la puissance du Saint Esprit. De nouvelles pensées et affections sont produites et la conscience est purifiée. Une autre nature toute nouvelle, qui vient de Dieu, est communiquée avec d’autres goûts et d’autres désirs, selon la volonté souveraine de Dieu. Le Saint Esprit est la source de cette vie nouvelle.

Le Seigneur pouvait dire à ses disciples (à l’exclusion de Judas) : « Vous, vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai dite » (Jean 15. 3).

Et à propos de l’assemblée : Il la sanctifie, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole (Éph. 5. 26).

Sur la croix, lorsqu’un des soldats perça le côté du Seigneur avec une lance, aussitôt il en sortit du sang et de l’eau (Jean 19. 34). C’est l’expiation par le sang et la purification par l’eau. « Ce qui est né de l’Esprit est esprit » et participe de la nature divine : Par cette nouvelle vie spirituelle, l’homme entre dans le royaume de Dieu.

Voilà une vérité absolue soulignée par le Seigneur : « Il vous faut être nés de nouveau » (v. 7) ! C’est une nécessité impérative à cause de la nature pécheresse de l’homme en Adam, soit de chacun de nous dès notre naissance.

Maintenant Dieu agit par son Esprit, selon cette expression : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le son ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (v. 8). Remarquons que ce verset concerne tout homme et non pas seulement le Juif. C’est tout le grand mystère de la piété, selon 1 Timothée 3. 16, reçu dans le cœur.

Nicodème ne comprenait pas ces choses, annoncées pourtant par Ézéchiel 36. 24 à 26. Sans la nouvelle naissance, Israël ne pouvait entrer dans le règne millénaire. Il ne suffisait pas d’être enfant d’Abraham, selon la chair, pour être au bénéfice des promesses. Car l’état de péché du Juif, comme de tout homme, offensait le Dieu juste et saint.

Bien que docteur d’Israël, Nicodème était ignorant à l’égard des pensées de Dieu et de son propre état devant Lui.

Ainsi personne ne pouvait recevoir le témoignage de Jésus venu du ciel en parfaite communion avec son Père : « Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu » (v. 11 et 12). La foi était indispensable pour recevoir ce témoignage. « Comment croirez-vous, si je vous parle des choses célestes ? »

Les choses terrestres concernaient le règne de Christ sur la terre, objet de la prophétie. Les choses célestes, non révélées dans l’Ancien Testament, sont relatives à la partie céleste du royaume et à la vie éternelle. Voilà ce que Jésus annonçait tout en venant accomplir l’œuvre de la croix !

Cher jeune lecteur, as-tu répondu, par la foi, à l’appel de Jésus ? Es-tu né de nouveau ?

Nicodème (Jean 3. 13 à 21).

Dans la première partie de l’entretien du Seigneur Jésus avec Nicodème, nous avons vu l’absolue nécessité pour l’homme d’être né de nouveau s’il veut voir le royaume de Dieu ou y entrer.

Cette nouvelle nature, qui diffère entièrement de la vieille nature, est produite par la parole de Dieu appliquée à la conscience par la puissance du Saint Esprit.

Comme vous pouvez le constater par expérience, notre nature adamique est mauvaise, corrompue et incapable de toute amélioration. C’est alors que l’âme regarde à Jésus, croit en Lui et reçoit la vie éternelle. Jésus Lui-même déclare : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean 6. 47).

En venant sur la terre, Jésus, « le Fils de l’homme qui est dans le ciel », apportait la connaissance de ce qui est dans le ciel. Mais comment l’homme pouvait-il en profiter ? Ayant rompu tout lien avec Dieu par sa désobéissance, cet homme pécheur était perdu, coupable et souillé. Il ne pouvait se tenir devant Dieu et par conséquent il n’y avait pour lui aucun accès possible au ciel. Et pourtant, Dieu dans son dessein de grâce voulait y avoir des hommes sauvés et parfaits.

C’est pourquoi Jésus va présenter à Nicodème la nécessité de Son œuvre rédemptrice, empruntant à l’Ancien Testament un symbole remarquable et bien connu de son interlocuteur.

Le signe de sa mort était clairement annoncé en Nombres 21. 5 à 11. Israël, ayant murmuré contre Dieu dans le désert, fut châtié par le terrible fléau de la morsure des serpents brûlants. Il mourut un grand peuple. Alors le peuple se repentit, confessa son péché, et supplia Moïse d’intercéder pour lui. En réponse à cette requête, le serviteur de Dieu reçut l’ordre d’élever sur une perche un serpent d’airain. Et tous ceux qui, ayant été mordus, crurent la promesse de Dieu en regardant le serpent d’airain, furent guéris.

De même, tous les hommes sont mortellement atteints par le péché. Le remède qui procure la guérison est présenté par Jésus : « Il faut que le fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (3. 15).

Il n’y a qu’un moyen pour répondre aux exigences d’un Dieu juste et saint, offensé par le péché de l’homme : il faut que le fils de l’homme soit élevé sur la croix (8. 28 ; 12. 32 et 33). Il faut Sa mort expiatoire pour ôter le déshonneur causé à Dieu par le péché. Jésus, le Fils de l’homme, prend la place des coupables sous le jugement de Dieu. « Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui » (2 Cor. 5. 21).

Ainsi, Jésus est mort afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas dans son péché, comme les Israélites coupables au désert, mais qu’il ait la vie éternelle. Le serpent d’airain est un type de Celui qui a été fait péché pour nous sur la croix.

L’airain est le symbole de la justice de Dieu exigeant le jugement contre le péché. Le serpent d’airain élevé sur une perche ne rappelait-il pas le jugement sur ce qui avait entraîné la mort du peuple ? Il suffisait au mourant de jeter un regard de foi vers lui pour être sauvé. Et tout pécheur repentant obtient par la foi le pardon de Dieu, la délivrance de Son jugement et la vie éternelle.

Sans la foi, le pécheur, sous les conséquences de la morsure du serpent ancien, ne verra pas la vie, et la colère de Dieu demeure sur lui. Il portera les conséquences éternelles de ses péchés.

Avec le verset 16 nous avons le résumé de tout l’évangile ! Que le Saint Esprit l’inscrive en chacun de vos cœurs ! Si vous ne l’avez pas encore fait, apprenez-le par cœur.

Dans le don inexprimable de Jésus sur la croix, il y a la révélation de l’amour éternel de Dieu. Cet amour est la source d’un si grand salut. « Dieu a tant aimé le monde », un monde déchu, révolté contre Lui. C’est à toute l’humanité sous les conséquences du péché qu’un tel amour était destiné.

Dieu, qui est amour, a donné son Fils unique, ce qu’Il avait de plus cher. Il n’a pas épargné son propre Fils, mais L’a livré pour nous tous. Comment ne nous fera-t-Il pas don aussi, librement, de toutes choses avec Lui ? (Rom. 8. 32)

« Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5. 8). Le même chapitre rappelle que Christ est mort pour des impies et des ennemis. C’est pour les délivrer et leur communiquer la vie éternelle, que Dieu a abandonné Son propre Fils.

Pour que tout homme ne périsse pas dans son péché, il lui suffit de croire en Son Fils. Il ne méritait que le jugement éternel, mais pour le sauver, Dieu a fait tomber ce jugement sur son Fils unique. « Grâces à Dieu pour son don inexprimable » (2 Cor. 9. 15).

Chacun de nous ne peut-il pas dire : Dieu a voulu me sauver, me donner la vie éternelle, la paix, le bonheur et la gloire pour l’éternité ? Et le monde ne sera pas jugé sans avoir été aimé.

La vie éternelle implique non seulement le pardon et la réconciliation avec Dieu, mais une participation de la nature divine selon 2 Pierre 1. 4. C’est une vie impérissable, par laquelle il est possible d’être parfaitement heureux dès maintenant par la connaissance du Père révélé dans le Fils et par l’opération du Saint Esprit.

C’est le Seigneur Lui-même qui déclare : « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17. 3).

Remarquons que lorsqu’il s’agit de posséder la vie éternelle, le verbe avoir est au présent (3. 15, 16 et 36 ; 5. 24 ; 6. 40, 47 et 54 ; 1 Jean 5. 13). Nous avons la vie éternelle dès que nous acceptons par la foi Jésus comme notre Sauveur personnel.

Tu peux te demander : Qui me fera savoir si je possède la vie éternelle ? – Personne ne peut te donner cette conviction, personne, sinon Dieu Lui-même par Son Esprit. « L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu » (Rom. 8. 16). Que nos yeux soient ouverts sur les immenses et bienheureuses perspectives de la vie éternelle !

Le verset 17 souligne le dessein de l’amour de Dieu : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde afin qu’il jugeât le monde, mais afin que le monde fût sauvé par lui » (3. 17). Dieu est propice à tous les hommes, mais selon le verset 18, seul « celui qui croit en lui n’est pas jugé ». Et celui qui ne croit pas demeure sous le jugement.

La venue de Jésus dans ce monde a fait ressortir la responsabilité et la culpabilité de l’homme. La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises (3. 19). De plus « quiconque fait des choses mauvaises hait la lumière… mais celui qui pratique la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, qu’elles sont faites en Dieu » (3. 20 et 21).

Qu’en est-il de vous ? Êtes-vous de ceux qui sont venus à la lumière et qui ont cru à l’amour de Dieu pour être sauvés ?

Deux témoignages rendus à Jésus (Jean 3. 22 à 36).

En lisant attentivement les versets proposés à notre méditation, vous discernerez que les deux témoignages sont rendus au Seigneur Jésus par Jean-Baptiste et par Jean, l’écrivain inspiré de l’évangile.

Pour eux, Christ remplit la terre, le ciel, leur propre cœur et l’éternité. Ils connaissent ses titres glorieux : Seigneur, Christ, Prophète, Agneau de Dieu, Fils de Dieu, Époux.

Pour Jean-Baptiste, Jésus vient du ciel. Il est au-dessus de tous. Venant après lui, Il est avant lui. Il ne s’estimait pas digne de délier la courroie de Sa sandale (Jean 1. 27).

Quant à Jean l’évangéliste, il se désigne comme « le disciple que Jésus aimait », étant à table dans son sein pour jouir de son amour (Jean 13. 23).

Nous ne pouvons apprécier les gloires de Jésus que dans la mesure où nous ne sommes rien à nos propres yeux et où nos cœurs sont étreints par son amour.

Les disciples de Jean ne réalisent pas le même renoncement que leur maître et ils paraissent être animés d’une certaine jalousie en voyant Jean perdre son importance au profit de Christ. Mais Jean, en toute humilité et avec une profonde satisfaction, fait ressortir le contraste existant entre son ministère et celui de Jésus.

Il leur répondit : « Un homme ne peut rien recevoir, à moins qu’il ne lui soit donné du ciel. Vous-mêmes, vous me rendez témoignage que j’ai dit : ce n’est pas moi qui suis le Christ, mais je suis envoyé devant lui. Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui assiste et l’entend, est tout réjoui à cause de la voix de l’époux ; cette joie donc, qui est la mienne, est accomplie » (Jean 3. 27 à 29).

Ainsi Dieu se révèle à l’homme qui reçoit la vérité. Jean a rendu son témoignage. Il souligne le contraste de position entre lui et Jésus. Il était simplement le précurseur envoyé devant le Messie. De plus, il existe une différence de relation, car Jean-Baptiste est l’ami de l’époux, alors que Christ était l’époux.

Entendre la voix de l’époux, Le voir, lui procurait une joie complète. Bien que placé dans une relation inférieure, il réalisait une joie parfaite, car le Seigneur était l’objet de son cœur.

Tous les chrétiens véritables font partie de l’Église. Mais la joie de Jean-Baptiste n’était-elle pas plus profonde que celle de beaucoup d’entre nous ?

Tout son bonheur était dans le renoncement de lui-même, ses yeux étant fixés sur l’Époux. « Il faut que lui croisse, et que moi je diminue » (v. 30). Voilà le langage de l’homme de Dieu parvenu au terme de l’économie de la loi ! C’est lui qui introduit Christ sur la scène.

Jean s’efface pour laisser toute la place à Jésus. Ce qui compte pour lui, c’est que toute gloire soit donnée à Jésus. Il a rendu son témoignage, réuni ses propres disciples autour de Christ. Désormais, il cède la place au Seigneur.

Si Jésus remplit nos cœurs et nos pensées, nous connaîtrons quelque chose des sentiments d’humilité et de dévouement qui animaient Jean. Que Christ soit exalté dans nos corps, dans toutes nos voies et nos circonstances !

La part actuelle du croyant, ses bénédictions, ont un caractère céleste, comme conséquence de la mort et de la résurrection du Seigneur. Même pendant le règne millénaire, les croyants ne connaîtront pas des privilèges aussi élevés.

Puis le prophète poursuit en disant : « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est de la terre, et parle comme étant de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous ; et de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend témoignage ; et personne ne reçoit son témoignage » (v. 31 et 32).

Jean était celui qui est de la terre, parlant de la part de Dieu en rapport avec la terre. Mais Jésus était celui qui vient d’en haut, le Fils éternel, au-dessus de tous et de tout. Il était le fidèle témoin des choses célestes, Lui, l’objet de toutes les affections du Père.

Et l’homme, dans son état naturel, créature déchue, ne pouvait pas recevoir son témoignage, à moins que l’œuvre de Dieu ne s’accomplisse dans son cœur. C’est pourquoi il est écrit : « Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai ; car celui que Dieu a envoyé parle les paroles de Dieu, car Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure » (v. 33 et 34).

Jésus exprimait parfaitement ce qu’est Dieu dans un homme, Ses pensées, Son amour, Ses paroles. Celui qui recevait Son témoignage scellait que Dieu était vrai. Voilà ce qui définit la foi en Dieu ! Jésus avait reçu le Saint Esprit dans toute Sa plénitude, non par mesure comme pour les prophètes qui étaient sous Son action momentanée, étant saisis par Lui (Jug. 14. 6). Le prophète Ésaïe, annonçant l’arrivée du Messie, déclare : « L’Esprit de l’Éternel reposera sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel » (És. 11. 2).

Le témoignage de Jean se termine en magnifiant Christ, en Lui laissant toute la place. Jésus n’est-Il pas digne d’occuper chacun de nos cœurs, leur communiquant un bonheur ineffable ?

Maintenant, Jean présente le grand sujet de son évangile : la révélation du Père et du Fils, et la vie éternelle (v. 35 et 36).

Après le baptême au Jourdain, au moment où l’Esprit de Dieu venait de descendre sur Lui, la voix de Dieu s’est fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Mat. 3. 17). « Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains » (v. 35).

Au moment où Jésus se présente pour accomplir Ses conseils éternels, Dieu déclare toute la satisfaction de Son cœur. Et celui qui est le bon Berger peut ajouter : « A cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne » (Jean 10. 17).

Par la venue de Jésus dans ce monde et par Son sacrifice expiatoire, par la révélation du Père dans le Fils, tout homme est soumis à une épreuve définitive. « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit (ou ne croit pas) au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (v. 36).

Le seul moyen de salut, c’est la foi en Jésus. Dieu veut sauver le pécheur et lui donner la vie éternelle dès aujourd’hui. Mais celui qui refuse de croire mourra dans ses péchés, car il demeure sous la colère de Dieu. Solennelle réalité ! Dieu a remis toutes choses entre les mains de son Fils, tout ce qui concerne le salut des pécheurs et l’exercice de Ses jugements. Le sort éternel de l’âme est fixé sur la terre.

Quelle réponse ai-je donnée à la question de Jésus à l’aveugle-né : « Crois-tu au Fils de Dieu » ? (Jean 9. 35)

La femme de Samarie (Jean 4. 1 à 19).

Alors que le ministère de Jean s’achève, Jésus, abandonnant la Judée à cause de la jalousie des Juifs, va commencer Son service public au sein de la Galilée méprisée. Son chemin d’homme dépendant de Dieu devait passer par la Samarie. Il fallait qu’Il traverse ce lieu où Dieu Le conduisait pour Se manifester à de pauvres pécheurs perdus, assoiffés de pardon, de paix et de bonheur.

Depuis le premier chapitre de cet évangile, le Seigneur est rejeté par Son peuple, les brebis perdues de la maison d’Israël. Il s’adresse alors à quiconque a soif, pour qu’il prenne gratuitement de l’eau de la vie (Apoc. 22. 17). Le fleuve de la grâce répand encore ses eaux vivifiantes dans le monde entier et n’arrêtera son cours qu’au retour du Seigneur.

Aujourd’hui, Dieu sollicite le pécheur de se repentir et de recevoir la foi en Jésus mort pour ses péchés. Demain sera peut-être trop tard pour toi qui n’as pas reçu Jésus pour ton Sauveur personnel. Ne veux-tu pas répondre dès maintenant à l’appel pressant de ton Sauveur ?

Jésus vient dans une ville de la Samarie, nommée Sichar, près de la terre que Jacob donna à Joseph, son fils. Ce lieu appartenait à la tribu d’Éphraïm. « Il y avait là une fontaine de Jacob ». Aux environs de midi, Jésus était assis au bord du puits. A ce moment-là, une femme de la Samarie vient pour puiser de l’eau. Le Fils de l’homme, fatigué du chemin, altéré sous la chaleur du jour, n’a d’autre place que le bord de ce puits où Il est assis.

Pour avoir un peu d’eau, il dépend de quiconque se présenterait, d’une pauvre femme de Samarie, isolée, rejetée de la société. Fatiguée de la vie, elle avait choisi cette heure-là pour être à peu près sûre de ne rencontrer personne. Mais Jésus était là, isolé Lui aussi, car personne ne Le comprenait, pas même Ses disciples.

Ne venait-Il pas dans ce monde impie comme l’Envoyé du Père, l’expression parfaite du bien au milieu du mal, l’amour dans un monde d’égoïsme, la lumière au milieu des ténèbres ? Sa grâce seule pouvait découvrir des besoins dans une âme et la satisfaire pleinement.

Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ». Quel étonnement pour cette femme ! Voilà un Juif qui se met à sa portée en lui parlant de ce qu’elle connaît, elle, une Samaritaine ! Il accepte de lui être redevable. C’est la bonté de Dieu qui s’emploie à gagner la confiance de l’homme pécheur, qui est sans relations avec Lui depuis la désobéissance d’Adam, au jardin d’Éden. Quel abaissement, quelle humiliation de la part de celui qui est le Fils de Dieu !

Outre sa propre misère, cette femme sait que les Juifs n’ont point de relations avec les Samaritains et elle exprime sa surprise : « Comment toi qui es Juif, me demandes-tu à boire à moi qui suis une femme Samaritaine ? »

Les Samaritains étaient issus de peuples étrangers que Shalmanéser, roi d’Assyrie, avait amenés à Samarie à la place des Israélites transportés en Assyrie (2 Rois 17. 24). Ils avaient abandonné l’idolâtrie des étrangers, et en se réclamant de Jacob, ils prétendaient suivre la loi de Moïse, s’adonnant à un culte mélangé sur le mont Garizim. Dans leur haine contre Jésus, les Juifs L’accusaient d’être un Samaritain et d’avoir un démon (Jean 8. 48).

Mais Jésus poursuit Son entretien avec une bonté inlassable. « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dis : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive » (v. 10).

Des paroles de grâce sortaient de sa bouche (Luc 4. 22). Dieu se fait connaître désormais comme Celui qui donne, alors que sous la loi II exigeait de l’homme pécheur une vie en accord avec Ses commandements. La loi fit ressortir la transgression de l’homme, sa totale incapacité pour l’accomplir. Sous les justes exigences de la loi, l’homme perdu et coupable est éternellement condamné. Mais maintenant Dieu, qui est amour et lumière, se révèle en Christ comme Celui qui donne le Saint Esprit, la grâce et la vie. Il agit selon la puissance de Son amour, pour sauver des pécheurs et les rendre éternellement heureux dans Sa présence. Dieu donne au pécheur repentant le pardon, la paix, le repos, le bonheur et une joie éternelle.

Celui qui parlait à cette femme était « Dieu manifesté en chair », le Créateur de l’eau qu’Il lui demandait, et pourtant, dans Son suprême abaissement, il dépend de cette femme pour en boire. Elle ignorait qui était cet homme qui pouvait lui procurer de l’eau vive.

Nous pouvons admirer la patience de Jésus pour que pénètrent, dans ce cœur souillé par le péché, la lumière et l’amour divins. Tout occupée de l’eau qu’elle venait chercher, elle réplique à Jésus : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où as-tu donc cette eau vive ? » (v. 11)

Elle ne peut s’empêcher de formuler une comparaison : « Es-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné le puits ; et lui-même en a bu, et ses fils, et son bétail ? »

L’eau du puits de Jacob fait penser à tout ce que le monde offre pour satisfaire les convoitises et les passions des hommes : richesses, plaisirs, honneurs. Loin d’être comblés, ces désirs sont sans cesse accrus. C’est pourquoi Jésus déclare : « Quiconque boit de cette eau-ci aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais ; mais l’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (v. 13 et 14).

Le cœur naturel s’abreuvant aux différents puits de ce monde reste altéré, inassouvi, mais l’eau vive que Jésus donne désaltère à jamais l’âme qui possède une jouissance présente de la vie éternelle par la puissance du Saint Esprit.

« Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie pas soif et que je ne vienne pas ici pour puiser » (v. 15). Elle voudrait s’épargner la peine de venir sans cesse puiser de l’eau à ce puits. Son intérêt est soutenu, son cœur est attiré par Jésus qui ne la méprise pas. Il a gagné sa confiance, même si elle n’a pas compris ce qu’est cette eau vive, car l’homme naturel ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu (1 Cor. 2. 14). C’est ainsi que la grâce ouvre un chemin à la vérité, qui sonde l’état de perdition de tout homme. Sans la grâce, cette vérité ne pourrait être supportée.

Maintenant le Seigneur adresse une flèche à la conscience de cette femme : « Va, appelle ton mari, et viens ici ». La femme répondit et dit : « Je n’ai pas de mari ». Jésus lui dit : « Tu as bien dit : Je n’ai pas de mari ; car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; en cela tu as dit vrai » (v. 16 à 18).

Cette femme est placée dans la lumière de Dieu, qui veut la vérité dans l’homme intérieur. Où fuirait-elle loin de sa face ? Sa seule réponse est : « Seigneur, je vois que tu es un prophète » (v. 19). C’est au moment de la chute de l’homme en Éden que la conscience, la faculté de discerner le bien et le mal, lui a été communiquée. Sous l’effet de la Parole de Dieu, le pécheur réalise sa culpabilité, son état de perdition et accepte la grâce qui lui est offerte (Gen. 3. 22). L’œuvre que le Seigneur opère dans la conscience et le cœur est complète. Ai-je eu cette rencontre avec Jésus qui m’a dit tout ce que j’ai fait ? (v. 29).

D’après La Bonne Nouvelle 1985

SONDEZ LES ÉCRITURES (8)

Jésus, enfant au temple (Luc 2. 21 à 35).

Nous avons évoqué, la dernière fois, le bonheur d’une âme en communion avec Dieu au sujet de Son Fils bien-aimé venant dans ce monde.

Sommes-nous de ceux qui peuvent s’associer de cœur aux louanges des humbles bergers de Bethléhem qui donnent gloire à Dieu en voyant le petit enfant Jésus emmailloté et couché dans une crèche ? Tenons-nous devant cette crèche « pour y lire à genoux l’ineffable mystère de ce suprême abaissement » !

L’enfant reçoit le nom de Jésus le jour de sa circoncision, selon les coutumes juives, mais aussi selon les desseins de Dieu communiqués par l’ange Gabriel. Et il est fait à l’égard de cet enfant tout ce que prescrivait la loi du Seigneur. « Quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi » (Gal. 4. 5).

Au temps fixé, les parents de Jésus le portent au temple à Jérusalem pour le présenter au Seigneur selon ce qui était déclaré en Exode 13. 2, 12 et 15, car tout premier-né en Israël appartenait à l’Éternel (Ex. 22. 29). Les premiers-nés d’Israël n’avaient-ils pas été épargnés lors de la destruction de ceux des Égyptiens ? Jésus était réellement ce premier-né, saint au Seigneur.

Puis, selon Lévitique 12, un sacrifice de purification devait être offert pour Marie. Les deux oiseaux sacrifiés font ressortir dans quelle pauvreté naquit Celui qui est le Fils de Dieu (2 Cor. 8. 9).

Maintenant, c’est à de pieux vieillards que le petit enfant Jésus est présenté dans le temple. Dieu ne choisit pas les principaux du peuple, mais ceux qui, en toute humilité, vivent dans l’attente patiente d’une délivrance pour Israël.

Siméon, homme juste et pieux, attendait la consolation d’Israël (v. 25) c’est-à-dire le Christ. Il veillait sur sa conduite à l’égard de tous les hommes et cultivait d’heureuses relations avec Dieu, étant très attentif à ce que le Saint Esprit lui révélait. C’est ainsi qu’il avait été averti divinement qu’il ne verrait pas la mort, que premièrement il n’eût vu le Christ du Seigneur. L’Esprit parlait à Siméon de Jésus, et Siméon attendait la consolation d’Israël. Sa foi lui faisait embrasser tout le peuple de Dieu, dont une grande partie était en captivité.

« Siméon vint par l’Esprit dans le temple » (v. 27). « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit » (Gal. 5. 25). Cet homme de Dieu entre dans le temple, au moment où les parents de Jésus apportaient le petit enfant. Quelle belle expression de dépendance de l’Esprit ! N’est-il pas écrit aussi : « Soyez remplis de l’Esprit » ? (Éph. 5. 18)

Pour Siméon, l’Esprit Saint était sur lui – quant à nous, Il habite en nous. Car après la mort, la résurrection, l’exaltation de Jésus dans la gloire, le Saint Esprit a été envoyé comme Personne divine ici-bas pour habiter le corps de tout croyant et également l’Assemblée (Jean 15. 26 ; 1 Cor. 6. 19 et 3. 16).

Quelle suprême satisfaction éprouve le vieillard Siméon lorsqu’il étreint dans ses bras le petit enfant ! Il ne voit personne que Jésus seul. Celui qui est le Messie de Son peuple est aussi le Fils de Dieu. Le cœur de Siméon tressaille d’un bonheur ineffable. Il contemple Celui qui est le « salut de Dieu », conscient de toute Sa grandeur et de toute Sa majesté bien qu’apparaissant dans l’extrême faiblesse d’un petit enfant.

Écoutons les paroles de Siméon, qui a le monde entier comme perspective : « mes yeux ont vu ton salut, lequel tu as préparé devant la face de tous les peuples : une lumière pour la révélation des nations, et la gloire de ton peuple Israël » (v. 30 à 32).

Notre Dieu Sauveur… veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2. 4). Ce grand salut est offert à chacun de nos lecteurs aujourd’hui. Christ est la lumière pour tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Et la gloire d’Israël sera manifestée lorsque le Fils de David s’assiéra sur Son trône et que Jérusalem sera le centre de la bénédiction de toute la terre.

Toi qui lis ces lignes, as-tu jeté un regard de foi sur Jésus crucifié, et peux-tu déclarer avec conviction : Jésus est mon Sauveur, Il est mort pour moi, pécheur perdu ? En acceptant ce grand salut que Dieu t’offre gratuitement, tu peux goûter dès aujourd’hui le bonheur qu’Il donne à Ses élus.

Les paroles de Siméon soulignent bien que toutes les nations seraient au bénéfice de la faveur divine. Elles font écho à cette prophétie d’Ésaïe 49. 6 : « Je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre ».

Apprécions-nous assez la grâce de Dieu dans le don de Jésus ? Car tout en assurant la gloire revenant à Israël, objet des promesses et des prophéties, le salut était désormais présenté à toutes les nations qui étaient sans Christ, n’ayant pas d’espérance, et étant sans Dieu dans le monde. « Mais maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois loin, vous avez été approchés par le sang du Christ » (Éph. 2. 13).

Siméon bénit Joseph et Marie, qui s’étonnaient des choses qui étaient dites de Jésus parce qu’ils n’avaient pas encore compris quelles étaient les gloires de cet enfant, ni les conséquences de Sa venue au milieu des hommes.

Puis le vénérable vieillard dit à Marie : « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira » (v. 33 et 34). Ainsi Jésus serait une occasion de chute pour ceux qui le rejetteraient à cause de l’inimitié du cœur humain contre Dieu, de son incrédulité à la Parole de Dieu.

Cependant, pour tous ceux qui le recevront par la foi, Il sera Celui qui les relèvera. Le signe que l’on contredira ne nous fait-il pas penser à la contradiction que Jésus endurera de la part des pécheurs contre Lui-même ? (Héb. 12. 3). N’a-t-Il pas été l’homme de douleurs, et sachant ce que c’est que la langueur ? « Il est méprisé, et nous n’avons eu pour lui aucune estime » (És. 53. 3).

« Une épée transpercera ta propre âme » (v. 35). Quelle souffrance fut celle de Marie, témoin de tout ce que Jésus endura lorsque, rejeté des Siens, Il fut cloué sur la croix au terme d’une vie parfaite.

C’est aussi en face de la croix que les pensées de plusieurs cœurs sont révélées. Il y a toujours ceux qui s’opposent à l’Évangile, et ceux qui acceptent par la foi le salut que Dieu offre en Jésus Christ. Il n’y a pour Dieu que ces deux classes d’hommes : sauvés par grâce ou perdus pour l’éternité. N’oublions jamais qu’en laissant crucifier Son propre Fils, Dieu de son côté, révèle pleinement l’amour infini de Son cœur.

Puissions-nous, comme Siméon, attendre le Seigneur et Le contempler dans toutes Ses gloires ! (2 Cor. 3. 18). Notre souhait, au seuil d’une nouvelle année, c’est que chacun puisse dire dans son cœur en présence de Jésus crucifié : mes yeux ont vu ton salut. « Le Fils de Dieu… m’a aimé et… s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2. 20).

Jésus, enfant au temple (Luc 2. 36 à 38).

Ce sont de pieux et fidèles vieillards qui accueillent le petit enfant Jésus alors que ses parents l’apportent au temple pour faire à Son égard ce qui était prescrit par la loi.

Dieu les fait sortir de leur retraite où ils ont vécu dans une intime communion avec Lui, inconnus des hommes mais bien connus de Lui. Le cœur étreint par la grâce de Dieu, ils rendent un témoignage vivant au Seigneur, qu’ils attendaient comme le Messie promis à Son peuple pour sa délivrance.

Siméon savait ce que Christ était pour son âme. Quel intérêt pieux n’avait-il pas porté aux prophéties proclamant sa venue ! Il avait eu l’inestimable privilège de prendre entre ses bras ce petit enfant en bénissant Dieu. Et enfin, il peut parler des effets de Sa présence dans le monde.

Par la puissance du Saint Esprit, cet Enfant remplissait son cœur de paix, de joie et de reconnaissance. Il pouvait désormais quitter cette terre, ayant vu le Christ du Seigneur.

Maintenant, c’est Anne qui survient au même moment où le petit enfant Jésus est porté dans les bras de Siméon. Prophétesse, elle pouvait communiquer la Parole de Dieu, et son message s’accordait avec ses œuvres et le témoignage des Écritures.

Elle était fort avancée en âge et veuve depuis longtemps. Son cœur avait été brisé par les épreuves douloureuses de la vie. Elle aurait pu aussi être accablée par l’état d’incrédulité et d’infidélité du peuple, qui se contentait de la forme de la piété. Non ! Elle ne sombre pas dans l’amertume, le découragement et la révolte contre Dieu. Sa foi s’est enracinée profondément dans l’amour de Dieu. Elle sait que Dieu, dans Sa fidélité, ne fait pas couler une larme de trop sur le visage de ceux qu’Il aime.

Malgré son grand âge, elle n’avait pas cessé d’espérer. Son affection pour le Seigneur est conservée dans toute sa fraîcheur. C’est pourquoi elle L’attend avec patience. Elle n’est pas triste, car son cœur est tout occupé du Messie venant pour délivrer son peuple. « Elle ne quittait pas le temple » (v. 37).

Son cœur est attiré par la présence du Seigneur, dans Sa maison. N’avait-elle pas passé en ce lieu la plus grande partie de sa vie de jeûnes et de prières ? Tout Israélite pieux n’aspirait-il pas après un tel bonheur, une telle paix ? Relisez l’expression de tels sentiments dans plusieurs Psaumes (23. 6 ; 26. 8 ; 27. 4 ; 84. 1, 2, 4 et 10). Cette vie de communion avec le Seigneur nous permet de discerner Sa beauté et de faire des progrès dans Sa connaissance. La source secrète de l’amour, de la joie et de la paix, pour Anne, c’était le temple.

« Elle servait Dieu en jeûnes et en prières, nuit et jour ». Retenons bien ce que Dieu apprécie dans le service de cette pieuse femme : une vie de prières accompagnée du jeûne qui nous parle de la séparation du monde et de tout ce qui l’anime dans son esprit.

Elle ne prenait pas part aux plaisirs mondains. Elle pouvait, comme le psalmiste, s’adonner à la prière, respiration de son âme (Ps. 109. 4). Connaissez-vous cette parole appliquée à Élie : « la fervente supplication du juste peut beaucoup » (Jac. 5. 16) ? Pour Anne, servir Dieu, c’était prier. Voilà son intense activité dans le secret !

Elle avait besoin de s’approcher de Dieu pour Lui rendre grâces et pour Lui exposer simplement toutes ses requêtes dans une réelle soumission à Sa volonté, avec un esprit de supplications, mais aussi dans la confession de fautes connues.

Pratiquez-vous la prière individuelle dans une relation intime avec Dieu connu comme votre Père ? Assistez-vous de cœur à la réunion de prières de l’assemblée ?

Pensez au jeune Samuel qui, dès sa plus tendre enfance, se prosternait devant l’Éternel. Puissiez-vous parler avec Dieu, Lui ouvrir votre cœur !

C’est enfin la rencontre avec le petit enfant. Sa piété la conduit vers Lui au moment même où Il est porté dans le temple. Quel couronnement de toute une vie de foi : voir Jésus ! Son cœur est rempli de louange envers le Seigneur. Anne appartenait à la tribu d’Aser dont le nom signifie : « heureux ».

La bénédiction de Jacob relative à ce fils est remarquable : « d’Aser viendra le pain excellent ; et lui, il fournira les délices royales » (Gen. 49. 20). « Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison ; ils te loueront sans cesse ! (Ps. 84. 4). Le Seigneur seul est digne d’être loué. C’est la note pure et élevée du cantique d’Anne. Elle goûtait une plénitude dans sa louange qui avait pour thème le Seigneur. Ce sera aussi le thème excellent de la louange céleste des rachetés.

N’est-il pas écrit : « Celui qui sacrifie la louange me glorifie » (Ps. 50. 23) ? Quelle satisfaction pour le cœur du Seigneur ! Voilà une femme très âgée qui, malgré ses infirmités, adore d’un cœur pur par la puissance du Saint Esprit !

Pour nous, Jésus est Celui qui nous a rachetés par Son sang. Il est éternellement digne de toute reconnaissance. Dès maintenant ce cantique nous appartient : « À celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang… à Lui la gloire et la force aux siècles des siècles ! » (Apoc. 1. 5 et 6)

« Elle parlait de Lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance » (v. 38). Remarquez l’ordre divin. Anne louait le Seigneur et ensuite elle parlait de Lui. Ce sont les vrais adorateurs que Dieu qualifie par Sa grâce pour être Ses témoins.

Anne connaît le Seigneur, car Il remplit son cœur et elle parle spontanément de Celui qu’elle aime. N’est-il pas écrit : « De l’abondance du cœur la bouche parle »? (Luc 6. 45).

Elle connaissait aussi tous les cœurs qui, à Jérusalem, aspiraient après la délivrance. Tout son bonheur, c’était de leur parler de Lui. Nous retrouvons l’esprit du résidu pieux de Malachie 3. 16 : « Ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu… Ils seront à moi, mon trésor particulier, dit l’Éternel des armées ». Quel encouragement devait procurer Anne à tous ceux qu’elle rencontrait ! Quelle sainte activité de l’âme : Le connaître, Lui, et parler de Lui au moment où Il allait être manifesté à Son peuple.

Puissions-nous imiter Anne dans l’expression de sa foi ! Que nos cœurs soient remplis de l’amour de Christ. Louons le Seigneur à la veille de son retour !

Ce cantique, c’est Toi qui le remplis,

Toi qui mourus pour moi sur une croix infâme,

Et qui veux m’amener dans le séjour béni

Avec Toi, ô Sauveur de mon âme.

Jésus enfant (Mat. 2).

Comme nous l’avons déjà précisé, c’est dans la ville royale de Bethléhem que Jésus naquit, Lui, l’héritier au trône de David, ainsi que le prouve Sa généalogie du chapitre 1er. Et le chapitre 2 met l’accent sur le contraste entre l’attitude des sages de l’Orient à Son égard et l’indifférence de Son peuple à Sa venue, sauf les quelques âmes pieuses de Luc 2 qui l’attendaient de tout leur cœur.

Dieu a pris soin d’honorer Son Fils par ces mages, qui, ayant observé une étoile dans l’Orient, saisirent, en confirmation de la prophétie de Nombres 24. 17, que le roi des Juifs était né.

Arrivés à Jérusalem, ils posent la première question du Nouveau Testament : « Où est le roi des Juifs qui a été mis au monde ?… nous sommes venus lui rendre hommage » (v. 2). Question bien troublante pour le cruel Hérode, qui occupe le trône injustement selon Deutéronome 17. 15, car c’était un étranger venant d’Édom.

D’ailleurs tout Jérusalem est maintenant troublé avec lui. Il est triste de constater que le peuple juif n’attendait pas son Roi, son Messie.

Mais n’y a-t-il pas aujourd’hui beaucoup de chrétiens qui n’attendent pas vraiment la deuxième venue de Jésus pour enlever Son Église ?

Dès l’annonce de cette nouvelle, Hérode assemble tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple pour s’enquérir du lieu de naissance du Christ.

Remarquons la réponse tirée des Écritures : « À Bethléhem de Judée » ; car il est ainsi écrit par le prophète : « Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es nullement la plus petite parmi les gouverneurs de Juda, car de toi sortira un conducteur qui paîtra mon peuple Israël » (v. 6 ; Michée 5. 2). Cette prophétie et celle de Daniel 9. 25 démontraient que l’heure était venue pour la naissance du vrai roi, le Fils de David. Et au lieu de la joie, c’est le trouble, car la présence de Dieu est insupportable pour l’homme pécheur.

Les scribes à Jérusalem sont capables de citer les Écritures pour indiquer où devait naître le Messie, mais ils ne s’engagent pas eux-mêmes sur le chemin qui y conduit. Quelle leçon solennelle pour nous ! Nous pouvons avoir une connaissance purement intellectuelle de la Parole de Dieu et une vraie sécheresse dans nos cœurs. Nous possédons la Parole de Dieu qui annonce clairement que le Seigneur vient bientôt. Quel effet cette vérité exerce-t-elle dans nos cœurs ?

Informé maintenant par les textes prophétiques, Hérode appelle secrètement les mages pour savoir quand l’étoile leur était apparue. Puis il les envoie à Bethléhem en leur demandant de revenir auprès de lui, lorsqu’ils auraient trouvé le petit enfant pour que lui-même aille lui rendre hommage. Mais son seul souci n’était-il pas de faire périr un tel rival ? Connaissant le pieux désir des mages, Dieu les conduit sûrement jusqu’à Bethléhem.

Alors qu’ils étaient en chemin, l’étoile qu’ils avaient vue dans l’Orient leur apparut, alla devant eux, et se tint au-dessus du lieu où était Jésus. « Et quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une fort grande joie. Et étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie sa mère ; et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; et ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des dons, de l’or, et de l’encens, et de la myrrhe » (v. 10 et 11).

En Luc, ce sont d’humbles bergers qui éprouvent la sainte joie de voir le Seigneur à Sa naissance, car Son peuple ne L’attendait pas. Ici, en Matthieu, ce sont des sages d’entre les nations, venus de loin, qui ont le privilège de rendre hommage au vrai Roi des Juifs en lui offrant les honneurs correspondant à Sa dignité, alors que Son peuple n’était pas en état de le faire.

Quoique méconnu et méprisé de la masse du peuple, notre cher Sauveur est apprécié, recherché et honoré par quelques cœurs qui sont tout réjouis en Le voyant. Remarquons qu’il en est encore ainsi aujourd’hui.

C’est le petit enfant que les nobles visiteurs de l’Orient désirent voir, et non pas le lieu où Il habite, la modeste maison de Joseph. S’ils avaient raisonné, ils auraient pu s’attendre à rencontrer le roi des Juifs dans un palais à Jérusalem. Toute leur joie, c’est de contempler l’objet de leur foi, en se prosternant devant lui pour lui rendre hommage.

Cette scène rappelle celle du règne de Christ où « les nations se béniront en lui, et en lui elles se glorifieront » (Jér. 4. 2). « Oui, tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront » (Ps. 72. 11). Ouvrant leurs trésors, les mages lui offrent de l’or, symbole de la justice divine, de l’encens évoquant toute l’infinie satisfaction que Dieu a éprouvée dans la vie de Son Fils sur la terre, un parfum de bonne odeur, et de la myrrhe, emblème des souffrances de Christ.

Avertis divinement en songe, les mages ne retournent pas vers Hérode, mais ils se retirent dans leur pays par un autre chemin (v. 12). N’y a-t-il pas aussi un nouveau chemin pour celui qui est venu par la foi à son Sauveur ? « Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création : les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles » (2 Cor. 5. 17).

Pour se soustraire aux desseins criminels d’Hérode, Joseph obéit à l’injonction divine de fuir en Égypte avec le petit enfant et sa mère. C’est le moyen de Dieu pour protéger le petit enfant et la foi le saisit. Mais ce voyage correspond à la prophétie d’Osée 11. 1 : « J’ai appelé mon Fils hors d’Égypte ».

Jésus a voulu suivre le même chemin que Son peuple autrefois, mais comme le vrai Israël de Dieu, et tout à Sa gloire.

Voyant que les mages s’étaient joués de lui, Hérode, en colère, fit tuer tous les enfants de Bethléhem et de son territoire, depuis deux ans et au-dessous. Il est l’instrument de Satan qui a toujours essayé d’empêcher que se réalise la prophétie selon laquelle la semence de la femme devait lui briser la tête (Gen. 3. 15). N’avait-il pas utilisé le Pharaon, en Exode 1. 15 à 22 et Athalie, en 2 Rois 11. 1 à 3 ? Pensons à la douleur de ces mères de Bethléhem lors du massacre de leurs enfants ! Dieu les a recueillis auprès de Lui. Ils sont les premiers martyrs pour Christ et seront manifestés comme tels durant l’éternité.

Puis, après la mort d’Hérode, Joseph se retira dans une ville méprisée de Galilée, Nazareth, où Jésus vécut humblement, inconnu des hommes, avant Son ministère public.

Ainsi Jésus a été le vrai Nazaréen, séparé, dans une entière consécration à Dieu (Nomb. 6). Sur le tronc d’Isaï, il a été une branche portant du fruit pour Dieu (És. 11. 1). Contemplons la gloire morale de Jésus de Nazareth : « Toute sa personne est désirable ».

L’enfance de Jésus se déroule à Nazareth de Galilée, où Joseph et Marie habitaient. C’est de cette ville que Nathanaël, un vrai Israélite, pouvait dire à Philippe : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » (Jean 1. 47)

Dans ce monde, sous les conséquences du péché de l’homme, Dieu a choisi les choses faibles, celles qui sont méprisées, pour manifester Sa gloire (1 Cor. 1. 27 à 31). C’est dans ce lieu même que « l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui » (v. 40).

Avec quelle sobriété l’évangéliste Luc nous entretient de l’enfance de Jésus à Nazareth, entre Sa naissance et l’âge de douze ans. Toute la faveur de Dieu reposait sur Lui, car Il est le Fils de Dieu, mais aussi l’Enfant parfait avançant vers la stature de l’homme parfait. Cet enfant grandissait, étant toujours sage, faisant toutes choses bien.

A chaque saison de sa vie, Jésus est pour Son disciple le Modèle incomparable. Petits et grands, nous pouvons fixer sur Lui nos yeux. Il est précieux pour notre cœur de garder ce que l’Esprit de Dieu nous révèle sur l’enfance et la jeunesse du Seigneur. Ce sont quelques rayons de Sa gloire morale qui ne pouvaient être cachés partout où Il se trouvait.

Vous qui êtes à l’aube de votre vie, cette scène unique de l’enfance de Jésus vous donne en quelques traits ce qui est agréable à Dieu à votre âge. Jésus a vécu les années qui vous sont accordées maintenant, depuis la naissance jusqu’à l’adolescence, « vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a pas commis de péché » (1 Pier. 2. 22).

Certes, Il a été fait en toutes choses semblable à nous, à part le péché. Il était absolument saint et pur, parfaitement juste dans toutes Ses relations, tout en cheminant à travers un monde corrompu et plein de violence, une terre où tout est gâté par le péché, dont la conséquence ultime est la mort.

Si nous sommes droits devant Dieu, que constatons-nous, si ce n’est un contraste entre la vie de Jésus et la nôtre ? Nos actes, nos paroles et nos pensées ne démontrent-ils pas à l’évidence que la source du mal est dans notre cœur ? Que d’expériences humiliantes montrant ce que nous sommes dans notre nature pécheresse ! « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Rom. 7. 24).

Il se peut que quelques-uns d’entre vous soient parfois découragés en découvrant que « le cœur est trompeur par-dessus tout et incurable » (Jér. 17. 9). Mais c’est Dieu Lui-même qui nous déclare cela. N’est-ce pas pour que, par la foi, nous acceptions la délivrance qu’Il nous offre en dehors de nous, de nos propres efforts pour essayer de faire le bien ?

L’issue, c’est de regarder au Seigneur Jésus, en jetant ce cri de victoire d’une âme délivrée : « Je rends grâces à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur » (Rom. 7. 25). Je ne puis rien faire de bien sans l’aide du Seigneur Jésus. Rendu conscient qu’il n’habite point de bien en moi, je regarde à Celui qui m’a sauvé et qui me délivre du mal qui est en moi et autour de moi.

C’est là que s’applique une des vertus de la croix de Jésus : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2. 19 et 20). C’est alors que j’ai constamment besoin de me confier en Dieu, de recevoir à chaque instant la force nécessaire pour Le glorifier. Ce besoin de dépendance de Dieu s’exprime dans la prière, et je contemple la vie de Jésus dans la Parole de Dieu.

Une telle vie peut-elle être la part d’un jeune enfant qui sait que ses péchés ont été lavés dans le sang précieux de Jésus ? Oui, car tout croyant reçoit le Saint Esprit, Dieu, venant habiter son corps.

C’est par la puissance de cet Esprit qu’un tel enfant est rendu capable de marcher comme Christ a marché (1 Jean 2. 6). Le Saint Esprit agissant en lui, son âme fait ses délices de la vie de Jésus et peut reproduire quelques traits de Sa sainte humanité. Puissions-nous être conscients, à chaque pas, que c’est Dieu qui « opère en nous et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Phil. 2. 13) !

Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem à la fête de Pâque. Et, à l’âge de douze ans, Jésus y monta avec eux. Puis, ayant accompli les jours de la fête, ils s’en retournèrent, alors que l’enfant Jésus demeura à Jérusalem. Mais Joseph et sa mère ne s’en aperçurent point.

Cependant, après avoir marché le chemin d’un jour, ils ne le trouvèrent pas parmi leurs parents et leurs connaissances. Retournant à Jérusalem, ils le trouvèrent, au bout de trois jours, « dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses » (v. 41 à 46).

Nous admirons la perfection de l’enfant Jésus vis-à-vis des docteurs du temple. Selon ce qu’exprime le Psaume 119. 99, Son intelligence et Sa sagesse étaient infiniment supérieures à celles de tous ces docteurs réunis. Remarquons qu’Il ne les enseigne pas, mais observe le comportement d’un enfant parfait, en les écoutant et les interrogeant.

Voilà le Modèle ! Il y a un âge pour écouter, poser des questions. Méditons cette parole qui s’applique au Serviteur parfait : « Chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne » (És. 50. 4). Jésus ne sort pas de la place qui sied à un enfant de son âge : exemple d’humilité qu’un jeune enfant peut vivre par la foi.

Puis, quand Sa mère qui ne comprend pas ce comportement, dévoilant ainsi ce qu’il en est de la nature humaine, le reprend, Il doit répondre : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (v. 49)

Enfant parfait, il fait toujours la volonté de Son Père qui est dans le ciel. Il a conscience de cette relation avec Lui. Son cœur Lui est totalement dévoué. N’était-il pas écrit de Lui : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » ? (Ps. 40. 8)

Maintenant, Jésus retourne à Nazareth avec Ses parents. Il leur était soumis. Pendant dix-huit ans encore, Il demeure auprès d’eux et accomplit la volonté de Son Père, en Le servant à la maison, dans une obéissance absolue.

Nous ne pouvons faire la volonté de notre Père qu’en aimant le Seigneur Jésus, qui a donné Sa vie pour chacun de nous. Comment apprendre la soumission, l’obéissance, si ce n’est en considérant la vie de Jésus ?

Ce n’est pas en regardant à nous-mêmes ou à ceux qui nous entourent que nous ferons des progrès dans la vie de la foi. Fixons les yeux sur Jésus, apprenant à tout lui confier : nos peines, nos difficultés, nos joies. La clé du vrai bonheur n’est-elle pas de tout vivre avec Jésus ? Pourrait-il être dit de nous par les hommes qui nous observent : « Ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus » ? (Act. 4. 13)

Enfance et adolescence de Jésus (Luc 2. 40 et 52).

Nous souhaitons insister sur les deux versets de l’évangile de Luc mettant en relief les caractères moraux de Jésus pendant Son enfance et son adolescence, pour que nos cœurs en soient imprégnés par le Saint Esprit.

Jusqu’à l’âge de douze ans, il est déclaré que « l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui » (2. 40). Puis, jusqu’à l’âge de trente ans, l’appréciation divine est celle-ci : « Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (2. 52).

Quel spectacle merveilleux pour le ciel et pour la terre de voir la croissance harmonieuse de cet Enfant parfait ! Dès Sa plus tendre enfance, aucune mauvaise pensée n’effleura Son esprit, et Son cœur était le siège de pures et saintes affections pour son Père.

En S’abaissant pour faire la volonté de Dieu ici-bas, Il Se soumit au développement naturel et graduel de tout enfant, semblable à nous en toutes choses à part le péché. Il n’a pas commis de péché (1 Pier. 2. 22), il n’a pas connu le péché (2 Cor. 5. 21), et il n’y a point de péché en Lui (1 Jean 3. 4). Sa vie humaine parfaite avait une origine divine.

Durant Sa vie entière, Jésus était « le Fils unique qui est dans le sein du Père » (Jean 1. 18), et « le fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3. 13). Dans Son amour insondable, Il a consenti à devenir homme au milieu des hommes, leur apportant la grâce et la vérité, et prenant sur Lui-même les terribles conséquences de leur désobéissance, sous le jugement d’un Dieu juste et saint.

Le premier trait que souligne le Saint Esprit, c’est que cet enfant était rempli de sagesse. Cependant il n’était pas encore oint du Saint Esprit pour accomplir Son ministère parmi les hommes. Mais à chaque phase de Son existence ici-bas, tout est marqué par la sagesse d’en-haut : pure, paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits (Jac. 3. 17).

Plusieurs d’entre vous ont dû constater qu’à l’école des hommes « Beaucoup d’étude lasse la chair » (Éccl. 12. 12). L’homme déchu est dévoré par la soif de connaître toutes sortes de matières, bien qu’il ne parvienne pas à la connaissance de la vérité par ses propres efforts.

Mais seule la connaissance que recherchait Jésus était celle qui convenait au sanctuaire dans une relation intime avec Son Père. Connaître Dieu, les hommes et soi-même, discerner la conduite à tenir en toutes circonstances, et comment agir pour la gloire de Dieu en toutes choses, voilà ce qui caractérise la sagesse ! Ne sommes-nous pas enseignés par la grâce de Dieu à vivre dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement ? (Tite 2. 12)

Tel était Jésus enfant, adolescent et homme parfait. Tout en ayant conscience qu’Il était le Fils de Dieu, Il cachait Sa gloire divine sous le voile de Sa chair. Il s’était anéanti pour être dans l’humble condition d’un faible enfant sur la terre. Et, dans ce nouveau mode d’existence, rien ne pouvait rompre l’harmonie de Ses perfections maintenues dans un parfait équilibre. Il était la Sagesse éternelle dont les délices étaient dans les fils des hommes (Prov. 8. 31).

De Jésus seul, il pouvait être affirmé qu’Il était « rempli de sagesse ». Certes le mal se manifestait autour de Lui, mais le méchant ne le touchait pas et le mal ne l’atteignait pas. Accomplir la volonté de Son Père, être occupé de Ses affaires dans Son temple, voilà ce qui faisait le bonheur de Son âme ! Son cœur était gouverné par la Parole de Dieu. La loi n’était-elle pas au-dedans de ses entrailles ? (Ps. 40. 8)

Cet enfant est le Fils unique de Dieu, le Créateur des mondes, Celui qui reçoit l’hommage des anges – et Il a vécu dans la pauvreté, l’humilité, au sein de l’obscure demeure du charpentier de Nazareth.

Et maintenant que Jésus est ressuscité et glorifié dans le ciel, Il peut, en sympathie, partager les sentiments d’un enfant qui se confie en Lui, Il comprend sa faiblesse et ce qui le fait souffrir. Il sait ce que peuvent être tous les exercices liés à cet âge. Nous pouvons compter sur Son intercession, car Il est un fidèle et miséricordieux souverain sacrificateur.

La faveur de Dieu était sur Lui. Il était le bon plaisir de Dieu dans les hommes (Luc 2. 14). Il était toujours agréable à Dieu, vivant en pleine communion avec Lui. Dieu éprouvait une entière satisfaction dans le Fils de Son amour qui Le glorifiait à chaque étape de Sa vie, tout en étant ignoré du monde. Sa parfaite humanité est évoquée dans ce gâteau de fleur de farine pétrie à l’huile, sans levain, avec de l’encens, offert sur l’autel en sacrifice par feu, qui exhalait une odeur agréable à l’Éternel (Lév. 2). N’était-ce pas la consécration de toute Sa vie à Son Dieu ?

Il était aussi en faveur auprès des hommes, car tout était moralement beau en Lui et dans Sa vie. Il attirait l’admiration et la faveur des hommes qui découvraient Sa grâce, Son humilité, Sa justice, Sa pureté, Sa sainteté, Sa douceur, l’absence en Lui de toute trace d’égoïsme, Son cœur était toujours accessible à tous. Il pouvait être dit de Lui : « Même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » (Prov. 20. 11).

Le temps n’était pas encore venu où Jésus, oint de la puissance du Saint Esprit pour Son ministère, allait atteindre la conscience des hommes et mettre en relief l’inimitié de leur cœur (Rom. 8. 7).

Fixons les yeux sur Jésus, en sondant les Écritures qui nous révèlent ses gloires.

Toi seul es notre sagesse

Notre vie et notre paix,

Notre asile en la détresse,

Notre salut à jamais.

L’aveugle-né (Jean 9).

C’est au moment où Jésus passait, après avoir quitté le temple où les Juifs voulaient le lapider, qu’Il voit un homme aveugle dès sa naissance.

Quelle détresse poignante, et pour ses parents, qui avaient pu se réjouir de sa naissance, et pour cet enfant privé de l’usage de ses yeux dès son arrivée dans ce monde ! Dieu ne nous a-t-il pas donné des yeux pour découvrir Sa puissance, Sa sagesse et Sa bonté dans les œuvres de la création, et pour prendre connaissance de Ses pensées et de l’œuvre de la rédemption en lisant les Saintes Écritures ?

Lorsque nous possédons nos cinq sens et un libre usage de nos membres, n’est-ce pas à Dieu que nous le devons ? Écoutons ce que déclare le doux psalmiste d’Israël : « Je te célébrerai de ce que j’ai été fait d’une étrange et admirable manière. Tes œuvres sont merveilleuses, et mon âme le sait très-bien » (Ps. 139. 14).

Ne serions-nous pas ingrats en oubliant de remercier Dieu pour tout ce qu’Il nous a donné ? Beaucoup d’entre nous sont comblés de bénédictions, de bienfaits, de privilèges. Comment employons-nous les facultés, l’intelligence et la mémoire que nous avons reçues de Dieu ?

Puissions-nous joindre notre voix à celle de David : « Mon âme, bénis l’Éternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits » (Ps. 103. 2), ou déclarer comme Paul : « Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4. 7) !

Que nous soyons gardés de penser que tout ce que nous avons reçu soit un dû ou, parfois, le fruit de nos propres efforts ! Pour chacun de nous, il y aura cette parole solennelle en rapport avec tout ce que Dieu nous a confié : « Rends compte de ton administration » (Luc 16. 2). Dieu veuille faire que, étant étreints par l’amour de Christ, nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais pour celui qui pour nous est mort et a été ressuscité (2 Cor. 5. 15).

Ainsi, tout ce que nous avons reçu du Seigneur, nous sommes responsables de l’employer pour Lui, en vue de Le servir toujours mieux. Il est écrit : « Livrez-vous vous-mêmes à Dieu… et vos membres à Dieu, comme instruments de justice » (Rom. 6. 13).

Ainsi, comme vous le savez, il y a des enfants privés de l’usage de certains membres, de certaines facultés. Vous en connaissez qui sont aveugles, ne pouvant jouir de la lumière, de l’éclat du soleil, ni des beautés de la nature. D’autres sont paralysés, d’autres doivent rester alités des mois, même des années. Enfin, d’autres sont sourds ou muets ou ne peuvent pas lire bien des récits intéressants ou s’amuser comme vous le faites en toute liberté. Quelle affliction pour leurs parents à la découverte de telles infirmités !

La seule issue n’est-elle pas de se tourner vers Dieu pour Lui demander la force d’accepter, sans comprendre bien souvent, Ses voies insondables ?

L’aveugle-né de notre récit était assis et mendiait au moment où Jésus le voit. Toute sa vie d’enfant, toute sa vie d’adolescent, toute sa vie d’homme, toute sa vie sans voir… Quelle longue souffrance avant de rencontrer Celui qui est la lumière du monde !

La question des disciples vous surprend-elle ? « Maître, qui a péché : celui-ci, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jean 9. 2). La loi en Exode 20. 5 ne rappelle-t-elle pas ce principe du gouvernement de Dieu, où chacun porte dans ce monde les conséquences de ses fautes ? Mais Jésus répond : « Ni celui-ci n’a péché, ni ses parents ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » (v. 3).

Cet aveugle et ses parents avaient certainement péché comme chacun de nous. Mais cette infirmité rappelait d’une manière saisissante l’aveuglement moral de tout pécheur dès sa naissance. L’homme ne voit pas son véritable état à la lumière de Dieu. Il est perdu, coupable et souillé. « Toute la tête est malade et tout le cœur défaut. Depuis la plante du pied jusqu’à la tête, il n’y a rien en lui qui soit saint » (És. 1. 5 et 6).

Incapable de faire le bien, il est très actif pour faire le mal. « Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3. 19). Mais Jésus est venu « afin que ceux qui ne voient pas, voient » (Jean 9. 39). Dieu a envoyé dans ce monde « son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Jésus cracha en terre et fit de la boue de Son crachat, et mit la boue comme un onguent sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va, et lave-toi au réservoir de Siloé » (nom qui signifie « Envoyé »). Ayant foi en la parole divine, l’aveugle obéit, alla se laver au réservoir, et il revint voyant.

Avec la boue sur ses yeux, cet aveugle a dû prendre conscience d’autant plus de son infirmité. Quand Dieu nous fait sentir toute notre misère morale, notre état de pécheur ; quelle paix et quelle délivrance lorsque les paroles de Jésus pénètrent notre cœur et notre conscience : « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ! » (Jean 5. 24). « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, guérit toutes tes infirmités » (Ps. 103. 3). « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui » (1 Jean 4. 9).

La boue formée par le Seigneur évoque le mystère de l’incarnation de Celui qui est tout à la fois le Fils de Dieu et l’Homme parfait. Seule l’âme obéissante, acceptant Jésus comme l’Envoyé de Dieu, reçoit la lumière et la vie.

Remarquez comment cet homme guéri sait raconter clairement ce que Jésus a fait pour lui. Il rend témoignage à Celui qui l’a délivré. Il connaît son nom, Jésus (v. 11), il sait que c’est un prophète, porteur de la Parole de Dieu (v. 17), et que Dieu L’écoute à cause de Sa piété et de Son obéissance (v. 31). Comme les progrès d’une âme peuvent être rapides lorsqu’elle connaît Jésus et qu’elle l’aime comme son Sauveur et son Seigneur !

Que ton cœur soit sensible au témoignage rendu avec hardiesse par cet aveugle guéri : « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois » (v. 25). Il est passé des ténèbres à la lumière, du pouvoir de Satan à Dieu. Il possède l’assurance du salut. Son langage est sans équivoque. Il a la foi en Jésus.

Cher jeune lecteur, possèdes-tu la même certitude pour ton âme ? Peux-tu l’exprimer sans hésitation et avec bonheur ? Si oui, alors tu peux rendre grâce à Dieu pour son don inexprimable.

Le témoignage personnel de l’aveugle guéri entraîne son expulsion de la synagogue. Il connaît le même rejet que Celui qui l’a guéri, c’est l’opprobre de Christ. Il rencontre l’inimitié d’un monde religieux. C’est alors que Jésus vient à sa rencontre et Se révèle à lui comme étant le Fils de Dieu. Jésus parle à son cœur et il Lui rend hommage. Il est délivré pour adorer.

Si tu connais Jésus comme ton Sauveur, Il est digne que tu L’adores comme ton Seigneur, car tu as été racheté en vertu de Son sang précieux qui a coulé de Son côté percé (1 Jean 1. 7).

Le fils du seigneur de la cour (Jean 4. 46 à 54).

Après avoir séjourné deux jours en Samarie, où plusieurs crurent en lui et le reconnurent comme le Sauveur du monde, Jésus se rend en Galilée où Sa présence est nécessaire.

C’est à Cana où il avait fait Son premier miracle, l’eau changée en vin, qu’Il rencontre un seigneur de la cour (officier du roi) dont le fils était gravement malade. Quelle détresse dans ce cœur de père pour qu’il fasse appel au secours de Celui qui était connu comme le charpentier de Nazareth !

Ce père avait dû constater la totale impuissance de l’homme pour apporter la guérison, car que pouvait faire même l’homme le plus puissant ? Cet officier sait que Jésus est venu en Galilée. Il saisit l’occasion qui lui est offerte d’aller à Jésus et de lui exposer son besoin urgent. Il presse Jésus de descendre à Capernaüm pour guérir son fils, car celui-ci s’en va mourir. Il ne connaît pas la vertu d’une seule parole de Jésus pour guérir à distance un malade.

Quel contraste avec la grande foi du centurion de la même ville (Luc 7. 7), qui ne s’estimait pas digne de recevoir le Seigneur chez lui, et qui se contentait d’une parole de Jésus pour que soit guéri son esclave qui lui était fort cher.

Cet officier s’approche de Jésus avec un saint respect, en toute humilité, conscient de sa propre indignité. Sous l’impulsion d’une foi vivante, il a le sentiment de la puissance de Dieu en amour, il a le sens de l’autorité divine détenue par Jésus. Qu’Il soit grand pour chacun de nos cœurs ! Puissions-nous nous approprier ces paroles de l’Écriture : « Fixant les yeux sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi » ! (Héb. 12. 2).

Malgré la faiblesse de sa foi, le seigneur de la cour va vers Jésus et le prie de guérir son fils. A l’école de la souffrance, conscient de sa totale impuissance, cet homme apprend à prier et même à supplier le Seigneur pour la délivrance de son enfant. Il recherche Celui qui a dit : « Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et il vous sera ouvert » (Mat. 7. 7). Il n’est pas un désir, une perte, un besoin dont nous ne puissions Lui parler, tout en ayant en vue l’accomplissement de Sa volonté.

Avez-vous été arrêtés quelques jours par la maladie, mis à l’écart sur un lit de souffrances sans savoir quelle en serait l’issue ? C’est le moment pour Dieu de nous amener par un travail de cœur et de conscience à scruter nos voies, nos vies, dans Sa sainte présence.

Lorsque notre volonté propre est brisée après bien des révoltes et que, comme l’enfant sevré auprès de sa mère, nous nous soumettons humblement à la volonté parfaite de Dieu, alors Dieu peut intervenir, nous adressant cette parole dans le secret du cœur : « C’est de par moi que cette chose a eu lieu » (1 Rois 12. 24). Certes, nos plans peuvent être contrariés, mais les desseins de Dieu se réalisent, car Il est fidèle et juste dans toutes ses voies. Relisez Psaume 41. 3.

Ce père angoissé avait peut-être été attiré vers Jésus, ayant entendu parler de Ses compassions et de Sa puissance. Maintenant il est en présence de Celui qui guérit tous les maux. Il a devant lui le Fils de Dieu qui pourra déclarer : « Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu » (Jean 11. 4).

Jésus donc lui dit : « Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez point » (v. 48). Il s’agit donc de croire la parole de Dieu et non pas de voir, car « la foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Rom. 10. 17).

« Plusieurs crurent en son nom, contemplant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux, parce qu’il connaissait tous les hommes » (Jean 2. 23 et 24). Retenons ce que le Seigneur dit à Thomas : « parce que tu m’as vu, tu as cru, bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru » (Jean 20. 29). Les Samaritains ont cru la parole de Jésus sans qu’Il n’ait fait aucun miracle parmi eux ; par contre, à Cana de Galilée, le Seigneur est sollicité d’accomplir un deuxième miracle.

Mais le seigneur de la cour insiste pour que Jésus descende avant que son fils ne meure. La mort, « le roi des terreurs », plane sur cette chambre d’enfant. Quelle douleur pour des parents au chevet d’un fils aimé qui se meurt ! Jésus est venu dans ce monde pour rendre impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ; et pour délivrer tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient pendant toute leur vie, assujettis à la servitude (Héb. 2. 14 et 15).

Jésus ne peut pas laisser une telle détresse sans réponse. C’est pourquoi il dit au père : « Va, ton fils vit » (v. 49). « Et l’homme crut la parole que Jésus lui avait dite, et s’en alla » (v. 59). Il apprécie maintenant la puissance de la parole de Jésus qui annonce la guérison de son fils. Il jouit immédiatement de la même bénédiction que les Samaritains.

Avec quelle simplicité la foi s’exprime ! Cet homme reçoit la parole de Jésus, et aussitôt il obéit, s’en retournant chez lui. Certes sur le chemin descendant à Capernaüm, il a pu être parfois en proie au doute, malgré toute la foi qui l’animait. Mais Dieu, dont, les compassions sont grandes, envoie à sa rencontre ses serviteurs chargés de la bonne nouvelle que son fils vivait. Alors sa foi, bien faible au départ, est fortifiée, car il apprend que la fièvre avait quitté son fils à la septième heure, au moment précis où Jésus lui déclarait : « Va, ton fils vit ».

Ainsi Jésus n’est pas descendu avec lui, pour mettre à l’épreuve sa foi naissante. Et maintenant il a la confirmation merveilleuse que Dieu donne toujours à la foi quand elle est engagée tout d’abord sur une parole divine.

Cet homme devient un témoin pour le Seigneur dans son propre foyer. Il est ajouté : « Et il crut, lui et toute sa maison » (v. 53). Ceux qui nous voient vivre, et qui entendent nos paroles, nous reconnaissent-ils pour avoir été avec Jésus ? Pouvons-nous leur communiquer quelques gloires morales de Sa vie ?

« Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils : Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jean 5. 11 et 12). Possèdes-tu la vie éternelle ?

Un enfant démoniaque (Mat. 17. 14 à 21 ; Marc 9. 14 à 29 ; Luc 9. 37 à 43).

Ce récit rapporté dans trois évangiles, concerne un pauvre enfant possédé d’un démon, un esprit muet et sourd, qui le faisait cruellement souffrir. Il était victime de l’effrayante puissance de Satan, notre cruel adversaire. Il était sujet à de violentes crises nerveuses, car cet esprit démoniaque le faisait tomber fréquemment dans le feu et dans l’eau.

Alors que Jésus descendait de la montagne où il avait été transfiguré en gloire aux yeux de ses trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, un homme en détresse avait amené aux autres disciples son fils tourmenté par un démon. Il les avait bien suppliés pour la délivrance de son enfant, mais ils n’avaient pu le guérir. Et pourtant le Seigneur avait déjà donné autorité à Ses disciples sur les esprits immondes pour les chasser (Mat. 10. 1).

Ils étaient entourés d’une grande foule, et des scribes disputaient avec eux. Beaucoup de paroles, beaucoup de bruit, mais point de guérison… l’échec le plus complet !

Sortant de la foule, un homme s’approcha de Jésus et se jeta à genoux devant lui, en disant : « Maître, je t’ai amené mon fils qui a un esprit muet, et, partout où il le saisit, il l’agite violemment ; et il écume, et grince des dents, et il devient sec ; et j’ai dit à tes disciples de le chasser, et ils n’ont pas pu » (Marc 9. 17 et 18).

Dans son angoisse accrue par l’impuissance des disciples, ce père raconte d’une manière bien émouvante toute l’histoire de son enfant, victime de la terrible puissance de l’ennemi. Et c’était son fils unique selon le récit de Luc.

Nous manquons sans doute de sensibilité spirituelle en présence de la puissance que Satan exerce sur l’homme déchu. Dès son jeune âge il est disposé à faire le mal, à trouver son plaisir en ceux qui le commettent, et il est incapable de faire le bien selon Dieu. Muet, il est dans l’impossibilité de prier ou d’adorer Dieu ; sourd, il ne peut écouter la voix de Dieu qui nous a parlé dans le Fils.

Sous l’emprise de Satan, l’homme pécheur est entraîné à la violence et à la folie, et il est placé sous la terreur de la mort, salaire du péché.

Affligé par le manque de foi des disciples, Jésus ne peut que les blâmer : « Ô génération incrédule, jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi ! ». Le Seigneur ne peut jamais approuver notre incrédulité, et en même temps Sa puissance et Son amour font face à notre misère. Il est celui qui seul peut délivrer, sauver notre âme.

Au moment où cet enfant est amené à Jésus, le démon le déchire et, tombant à terre, il se roulait en écumant. – « Combien y a-t-il de temps que ceci lui est arrivé ? » demande Jésus. Le père répond : « dès son enfance ; et souvent il l’a jeté dans le feu et dans les eaux pour le faire périr ; mais si tu peux quelque chose, assiste-nous, étant ému de compassion envers nous » (Marc 9. 19 à 22).

Deux puissances s’affrontent maintenant. Celle de Satan qui, meurtrier dès le commencement, cherche à porter atteinte à la vie de l’enfant. Et il y a la puissance de Dieu, manifestée en amour dans la Personne du Seigneur Jésus venu dans ce monde, pour délivrer ceux que le diable avait asservis à sa puissance.

La question de Jésus amène le père à souligner l’état désespéré de son enfant. Malgré sa faible foi apparaissant dans ses doutes vis-à-vis de la puissance du Seigneur, il s’en remet à Ses compassions. L’homme laissé à lui-même ne peut rien contre la puissance redoutable de Satan. Il ne peut être que sa victime.

Le Seigneur connaissait toute la douleur de ce pauvre père, mais il désire que sa foi s’affermisse en Sa puissance et en Son amour. C’est pourquoi Jésus lui dit : « Le « Si tu peux », c’est : Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit ». Voilà la flèche divine qui transperce ce cœur. Cet homme est touché dans son âme, il fond en larmes et s’écrie : « Je crois, viens en aide à mon incrédulité ».

Le but du Seigneur est atteint. Il va pouvoir opérer la guérison, car cet homme se confie maintenant en la puissance du Sauveur. C’est ce profond travail du Seigneur dans le cœur et la conscience qui importe. Il le produit dans une âme qui a de vrais besoins, à travers quelques questions qui sondent le fond du cœur.

Le Seigneur voulait amener cet homme à croire tout simplement, et alors toute Sa puissance est à la disposition de la foi. Crois-tu au Seigneur Jésus pour être sauvé ? Peux-tu dire : Il est mort sur la croix pour moi, pécheur ?

Jésus peut intervenir. Il reprend le démon avec une autorité divine : « Esprit muet et sourd, je te commande, moi, sors de lui et n’y rentre plus ». Quoique sourd, ce démon doit obéir. Il sort après avoir crié et violemment déchiré l’enfant qui devint comme mort. Mais Jésus, le prince de la vie, le prend par la main, le redresse et il se lève. Ainsi nous avons en Jésus toutes les ressources pour résister avec succès à Satan. Mais n’ayant aucune force en nous-mêmes, nous ne pouvons vaincre qu’en faisant appel, par la foi, à la puissance du Seigneur.

Entrés dans la maison, seuls avec Jésus, Ses disciples lui demandèrent : « Pourquoi n’avons-nous pu le chasser ? » Et il leur répondit : « Cette sorte ne peut sortir en aucune façon, si ce n’est par la prière et par le jeûne » (Marc 9. 28 et 29). L’obstacle n’est jamais du côté du Seigneur, mais dans l’incrédulité des disciples.

Ainsi le Seigneur nous enseigne le secret de la puissance pour un service efficace : la foi qui s’appuie sur Dieu, la prière qui, dans la confiance en Lui, fait mouvoir Son bras, et le jeûne spirituel par lequel, dans le jugement de nous-mêmes, nous nous abstenons de ce que le monde nous offre, de ce qui excite la chair. C’est dans ce climat de piété qu’une communion intime est entretenue avec Dieu.

En priant, nous sommes en contact avec Dieu, qui nous communique la puissance, la grâce, la foi, le discernement de Sa volonté, la patience. Mais aussi nous avons conscience de notre faiblesse et de notre néant, ce qui nous rejette sur Dieu seul, dont les ressources sont à la disposition de la foi. Dieu a-t-il répondu à tes prières ?

Tout enfant converti désire servir le Seigneur. C’est dans la prière et le jeûne qu’un service peut être utile pour Lui. Mais prenons garde à l’influence du monde dans nos vies ! « L’amitié du monde est inimitié contre Dieu » (Jac. 4. 4).

Le vieil homme a tout ce qu’il désire dans le monde. Puissions-nous veiller et prier, étant sobres en toutes choses ! Il n’y aura pas alors d’entraves dans nos vies, qui pourront être consacrées au Seigneur. Seul Dieu peut nous dispenser l’énergie de la foi nécessaire pour marcher dans la séparation du mal, en faisant le bien. Et selon notre mesure de foi, ne pourrons-nous pas dire avec l’apôtre : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » ? (Phil. 4. 13).

La fille de Jaïrus (Mat. 9. 18 à 26 ; Marc 5. 21 à 43 ; Luc 8. 40 à 56).

Le récit proposé à votre lecture, rapporté dans trois évangiles, concerne un miracle accompli par le Seigneur Jésus au sujet de la fille d’un chef de synagogue dénommé Jaïrus. C’était une fille unique, d’environ douze ans et elle était sur le point de mourir.

A cet âge-là nous ne pensons pas volontiers au fait que Dieu puisse redemander notre âme. Et pourtant c’est environ l’âge où l’être humain devient responsable devant Dieu, ayant acquis la connaissance du bien et du mal.

Dieu vous adresse cette parole : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives… en aimant… ton Dieu, en écoutant sa voix, et en t’attachant à lui » (Deut. 30. 19 et 20).

Ainsi chacun peut s’interroger : si Dieu devait aujourd’hui me rappeler à lui, suis-je en règle avec Lui au sujet de mes péchés, ai-je foi au Seigneur Jésus mort pour moi sur la croix ?

Quelle angoisse étreignait le cœur de Jaïrus, lorsqu’il vint à Jésus et se jeta, à ses pieds pour le supplier instamment de venir dans sa maison et de guérir son enfant, une fille unique ! Ne sommes-nous pas invités à rejeter sur lui tout notre souci, car il a soin de nous ? (1 Pier. 5. 7). Le Seigneur sondait cette détresse dans ce cœur de père dont la fille était à l’extrémité. Sans délai, il se rend à la maison du chef de synagogue, accompagné de la foule qui le serrait de tous côtés.

Comme Jésus parlait encore, il vient quelqu’un de chez le chef de synagogue, lui disant : « Ta fille est morte, ne tourmente pas le Maître. Mais Jésus, l’ayant entendu, lui répondit, disant : Ne crains pas, crois seulement, et elle sera sauvée » (Luc 8. 50). C’est ainsi que se réalise la prophétie d’Ésaïe qui, parlant de Jésus plus de sept siècles avant Sa naissance, avait annoncé que Dieu lui donnerait la langue des savants pour qu’il sache soutenir par une parole celui qui est las (ch. 50. 4).

Dans toutes nos détresses, le Seigneur désire que nos cœurs se tournent vers Lui avec foi. Dans une autre circonstance, Il peut dire à Ses disciples : « Ayez foi en Dieu. En vérité, je vous dis que quiconque dira à cette montagne : Ôte-toi, et jette-toi dans la mer, et qui ne doutera pas dans son cœur, mais croira que ce qu’il dit se fait, tout ce qu’il aura dit lui sera fait. C’est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevrez, et il vous sera fait » (Marc 11. 22 à 24).

Tout ce qui apparaît comme une montagne, symbole d’une grande puissance terrestre, ou comme un obstacle quelconque, peut disparaître dans la mer par la foi en Dieu. Cette foi s’exprime dans la prière qui traduit notre besoin de dépendre de Dieu et de nous confier en Lui. C’est ainsi que la foi peut user de la puissance de Dieu pour Le servir avec efficacité.

Et pour pouvoir compter sur Dieu, nous avons à veiller sur l’état de nos âmes de sorte que rien ne vienne faire obstacle dans nos cœurs au déploiement de la puissance divine. Dieu veut en particulier que nous nous pardonnions les uns aux autres, comme Lui-même aussi, en Christ, nous a pardonné (Éph. 4. 32).

Cette parole consolante de Jésus à Jaïrus nous indique un secret de la vie chrétienne, lorsque nous sommes soumis à certaines épreuves. S’il y a sur notre chemin un obstacle, en apparence insurmontable, ayons foi en Dieu qui a la puissance de l’ôter. Sommes-nous prêts à voir les merveilles que la puissance divine peut opérer en réponse à notre confiance en Dieu ?

Arrivé à la maison, Jésus ne permit à personne d’entrer, sinon à Pierre, à Jacques et à Jean, et aux parents de la jeune fille. En même temps il met dehors les joueurs de flûte, et la foule qui faisait un grand bruit.

Pour ceux qui sont dehors, il y a une porte fermée entre le Seigneur et eux. Ils peuvent raisonner, discuter, se disputer, pleurer même, mais ils ne sont pas admis dans la présence du Seigneur.

Lorsque, ressuscité, le Seigneur S’est manifesté à Ses disciples, le premier jour de la semaine, les portes du lieu où ils se trouvaient étaient fermées également. Mais pour ceux qui sont dans la maison, ils seront les témoins d’une scène où le Prince de la vie va déployer en grâce sa puissance infinie. Ils vont Le voir, entendre Sa voix, jouir d’une intime communion avec Lui.

Jésus prit la jeune fille par la main et cria : « Jeune fille, lève-toi. Et son esprit retourna en elle, et elle se leva immédiatement ; et il commanda qu’on lui donnât à manger. Et ses parents étaient hors d’eux ; et il leur enjoignit de ne dire à personne ce qui était arrivé » (Luc 8. 54 à 56).

La voix puissante de Jésus donne la vie. Il a pu dire à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, encore qu’il soit mort, vivra » (Jean 11. 25). La puissance de la résurrection est en Lui. Puis le Seigneur, dans Ses tendres soins, commande aux parents de donner à manger à leur fille. Elle avait besoin de force pour pouvoir marcher.

Ainsi lorsque nous avons reçu, par grâce, la vie qui est en Christ, nous avons besoin de la nourrir chaque jour par la Parole de Dieu. Notre âme est alors fortifiée dans la foi. La lecture en famille des Saintes Écritures, comme aussi l’indispensable lecture personnelle, nous apportent ce pur lait intellectuel par lequel s’effectue notre croissance spirituelle. Dieu, par sa Parole, répond à tous les besoins de nos âmes.

Cette jeune fille est aussi l’image d’Israël qui, quoique mort devant Dieu, dort seulement. Dans un jour très proche maintenant, Jésus viendra établir Son règne de justice et de paix sur la terre.

De la même manière qu’Il éveilla la fille de Jaïrus, Il va tirer Son peuple terrestre de la mort morale dans laquelle il est tombé après avoir rejeté et crucifié son Messie. Mais aujourd’hui tous ceux qui L’invoquent par la foi sont sauvés (Rom. 10. 13).

Un petit garçon (Jean 6. 1 à 15).

Le récit biblique proposé à votre méditation nous rapporte le miracle de la multiplication des pains, le seul qui soit mentionné dans les quatre évangiles (Mat. 14, Marc 6 et Luc 9).

Après avoir guéri des malades, le Seigneur Jésus est de nouveau ému de compassion en voyant une grande foule venant à Lui, alors que le lieu était désert, l’heure déjà fort avancée, et il n’y avait rien à manger.

Quelle situation désespérée ! Mais ce lieu désert dépourvu de toute nourriture n’évoque-t-il pas ce que le monde offre à l’homme déchu ? Rien ne peut l’aider à se dégager de sa misère, rien ne peut nourrir son âme. Le fils prodigue en Luc 15, loin de la maison de son père, sous le coup d’une grande famine, commença à être dans le besoin, et personne ne lui donnait rien. Quelle détresse !

Mais le Seigneur savait ce qu’II allait faire, car l’extrémité de l’homme est l’occasion pour Dieu d’intervenir en grâce et en puissance. N’est-Il pas l’Éternel de l’Ancien Testament déclarant : « Je bénirai abondamment ses vivres, je rassasierai de pain ses pauvres » ? (Ps. 132. 15)

Jésus va sonder le cœur de son disciple par une question : « D’où achèterons-nous des pains, afin que ceux-ci mangent ? » La réponse de Philippe est immédiate : « Pour deux cents deniers de pain ne suffirait pas, pour que chacun en reçût quelque peu » (v. 5 à 7). Ne lui ressemblons-nous pas ? Au lieu de compter sur la puissance divine, nous estimons les ressources humaines. Philippe doit constater qu’une grande somme d’argent ne suffit pas.

Un autre disciple, André, lui dit : « Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » A son tour, André souligne toute l’insuffisance des ressources.

Nous avons ici une leçon capitale à retenir. Dès qu’une difficulté se présente ou qu’une épreuve nous atteint, nous mesurons comme Philippe notre incapacité pour y faire face, ou nous comptons comme André nos maigres ressources qui ne peuvent satisfaire le besoin. Ne devrions-nous pas plutôt dire, comme Josaphat autrefois, dans la détresse : « Il n’y a point de force en nous… nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi ? » (2 Chron. 20. 12).

Job lui-même, au terme de son épreuve, déclare à Dieu : « Je sais que tu peux tout » (42. 2).

Puissions-nous nous appuyer fermement sur le Seigneur seul, jour après jour, sachant qu’Il ne nous abandonnera pas au moment où nous affronterons quelque difficulté que ce soit. Tout ce qui nous amène à Ses pieds pour implorer Son secours est bienfaisant pour notre âme. Vous pouvez rencontrer une difficulté à l’école, être arrêté par la maladie, ou connaître une déception amère, confiez cette peine au Seigneur, vous attendant à Son intervention pour faire travailler toutes choses en vue de votre bien (Rom. 8. 28).

L’évangéliste Jean seul présente ce petit garçon qui détenait sa petite provision d’un jour : cinq pains d’orge, deux poissons. Quel contraste avec ce qui était nécessaire pour nourrir cette grande foule !

Cet enfant aurait pu raisonner en se disant : A quoi bon donner ces piètres ressources totalement insuffisantes ! Ne devrais-je pas plutôt satisfaire ma faim ? Non ! rien de cela n’apparaît, mais il accède volontiers à la demande du Seigneur : « Apportez-les moi ici » (Mat. 14. 18). Il ne garde rien pour lui-même, mais tout est apporté à Jésus. Ainsi, rien de ce que nous possédons ne nous appartient. Cela nous est confié afin que, comme de fidèles administrateurs, nous le fassions valoir pour le Seigneur.

Ne méprisons pas le jour des petites choses (Zach. 4. 10). Le Seigneur commence souvent par nous confier de très petites choses qui, lorsqu’elles sont faites par amour pour Lui, peuvent devenir entre Ses puissantes mains, une source de bénédictions multipliées pour d’autres. « Celui qui est fidèle dans ce qui est très petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand » (Luc 16. 10).

Avons-nous à cœur de commencer notre journée avec le Seigneur Jésus, en Lui confiant tous nos besoins, nos difficultés, nos peines, dans une prière fervente ? Ne désire-t-Il pas diriger chacun de nos pas, ouvrant nos yeux sur ce qu’Il a préparé pour nous à chaque instant du jour ? C’est ainsi que nous pouvons vivre humblement l’aujourd’hui de Dieu. On reconnaissait Pierre et Jean pour avoir été avec Jésus (Act. 4. 13).

A l’école, en relation avec les camarades ou les maîtres, à la maison, en contact avec les membres de la famille, dans nos allées et venues avec ceux que nous côtoyons, n’y a-t-il pas une succession de « bonnes œuvres » préparées par le Seigneur afin que nous marchions en elles ? Un bon exemple à donner, une parole affectueuse, un regard bienveillant, renoncer à quelque chose pour le Seigneur, rendre témoignage à Celui qui est lumière et amour, que d’occasions à saisir par la foi ! Puissions-nous être conscients que nous sommes sauvés pour servir Celui qui nous a aimés le premier !

Que nous soyons encouragés par l’exemple de ce petit garçon ! Les cinq pains et les deux poissons suffirent, entre les mains du Seigneur, à rassasier cinq mille hommes, outre les femmes et les enfants. Rien n’est trop insignifiant aux yeux du Seigneur quand nous le Lui apportons avec foi. Il le fera fructifier. Et avant tout, répondons sans réserve à Celui qui nous dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux se plaisent à mes voies » (Prov. 23. 26).

« Et après qu’ils furent rassasiés, Jésus dit à ses disciples : « Amassez les morceaux qui sont de reste, afin que rien ne soit perdu » (v. 12). Ils remplirent douze paniers des morceaux qui étaient de reste. Ainsi le Seigneur a utilisé ce qu’avait le petit garçon et l’a multiplié miraculeusement de manière à rassasier cette grande foule et à recueillir une abondance de restes.

Sachons nous servir de ce que le Seigneur nous a donné, aussi faible que cela soit. Ne sachant pas comment Il va faire, la foi est exercée, et Il agira en bénédiction pour d’autres. Notons aussi Son désir que rien ne soit perdu. Cette abondance ne justifie pas la prodigalité, pas plus que l’économie n’autorise l’avarice.

Sachons éprouver jusque dans les petits détails ce qui est agréable au Seigneur.

Sachons recueillir les restes et communiquer à d’autres l’enseignement de la Parole qui a édifié nos âmes. Gardons dans nos cœurs cette parole : « Si la promptitude à donner existe, elle est agréable selon ce qu’on a, non selon ce qu’on n’a pas » (2 Cor. 8. 12).

La fille de la Syrophénicienne (Mat. 15. 21 à 28 et Marc 7. 24 à 30).

Dans les passages proposés à votre lecture nous avons le récit bien touchant d’une femme de foi qui vient exposer sa détresse au Seigneur.

Jésus s’était retiré dans les quartiers de Tyr et de Sidon, au nord de la Galilée. Il considérait ces villes, étrangères aux alliances de la promesse (Éph. 2. 12), comme moins coupables que celles de Galilée dans lesquelles le plus grand nombre de Ses miracles avaient été faits (Mat. 11. 22 et 23).

C’est dans ce lieu qu’une femme syrophénicienne, dont la fille avait un esprit immonde, ayant entendu parler de Lui, vint et se jeta à Ses pieds. Consciente de Sa dignité, de Sa puissance et de Son amour, elle s’approche de Lui avec confiance.

N’est-il pas l’homme de douleurs, et sachant ce que c’est que la langueur ? (És. 53. 3). Son cœur n’est-il pas ému de compassion à l’égard de tous les affligés ?

Cette femme appartenait à la race maudite des Cananéens qu’Israël aurait dû exterminer selon Deutéronome 7. 1 et 2. Mais la grâce de Dieu est là en Christ, et elle outrepasse les frontières d’Israël pour répondre aux besoins profonds des âmes en détresse.

Cette femme s’écria, lui disant : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi ; ma fille est cruellement tourmentée d’un démon » (Mat. 15. 22). Comme Fils de David, titre en relation avec les Juifs, Il n’avait rien à faire avec une Cananéenne, Il ne pouvait qu’exercer le jugement à son égard. C’est pourquoi Il ne lui répondit mot. Quelle épreuve pour cette femme affligée ! Point de réponse.

C’est alors que les disciples, ennuyés par l’insistance de cette étrangère, poussés par un certain égoïsme, interviennent auprès de Jésus Lui-même disant : « Renvoie-la, car elle crie après nous ». Le Seigneur aurait-il pu repousser une faible créature, souffrant sous l’oppression de Satan ? Son cœur n’était-il pas rempli d’amour pour tous ceux qui venaient à Lui avec foi ? Quel contraste avec le cœur des disciples manquant de sensibilité et d’intelligence spirituelle !

Le Seigneur leur répond : « Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Cette femme était de Canaan, elle n’était pas une brebis d’Israël. Nouvelle épreuve pour cette étrangère qui doit être amenée à prendre sa vraie place en toute humilité devant Celui qui est Dieu manifesté en chair.

Cette femme ayant entendu le dialogue entre les disciples et le Seigneur, sa foi, loin d’être vaincue, s’enhardit et, dans une expression pleine de ferveur, elle rend hommage au Seigneur, disant : « Seigneur, assiste-moi ».

Voilà une demande courte, précise, déterminée. La foi compte sur l’amour et la puissance du Seigneur. Pour elle, c’est la seule issue pour répondre à sa détresse. Voilà une prière en trois mots que le plus jeune d’entre vous peut prononcer avec foi.

Il plaît au Seigneur que nous Le fassions intervenir dans les circonstances de notre vie. Il peut et veut donner ce qui est bon pour chacun de nous. Puissions-nous éprouver que « les compassions de Dieu ne cessent pas ; elles sont nouvelles chaque matin » (Lam. 3. 23) ! Puissions-nous imiter la foi vivante de cette Cananéenne !

L’appel au secours de cette mère affligée provoque la réponse du Seigneur : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens ». Une dernière fois cette parole affine la foi de cette femme au creuset ardent de l’épreuve. Quand Jésus parle, Sa parole est encore plus éprouvante que Son silence.

La réplique de la Cananéenne met en évidence la pureté et l’intelligence de sa foi. Elle manifeste toute l’adhésion d’un cœur soumis à l’autorité du Seigneur : « Oui, Seigneur ; car même les chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Ainsi elle reconnaît qu’elle n’a aucun droit, aucun mérite.

Le pain des enfants représentait tous les privilèges appartenant à Israël seul, comme peuple de Dieu, et tous les bénéfices que la venue du Messie lui octroyait. Et cette femme, dont la foi est affermie par la nécessité, n’ayant d’autre ressource que le secours du Seigneur, accepte l’humiliation de sa position de Cananéenne.

Ruth elle-même, qui avait trouvé grâce aux yeux de Boaz, doit déclarer : « je suis une étrangère » (Ruth 2. 10). Pour la syrophénicienne, le profond sentiment de la grâce l’amène à la certitude qu’elle peut être rassasiée par les miettes tombant de la table des maîtres.

Comme est admirable la sagesse du Seigneur ! Dans Sa dureté apparente Il amène cette femme à occuper sa vraie place devant Dieu, acceptant toute la vérité quant à elle-même : des chiens qui mangent des miettes sous la table de leurs maîtres.

Que de grâces nous sont accordées lorsque nous pouvons, après peut-être bien des débats intérieurs, prononcer dans une entière soumission de cœur ces paroles : Oui, Seigneur. Cela signifie un plein accord avec les paroles de Jésus. Présenté à Israël comme Messie, Il conserve ce caractère face aux étrangers. Et comme Dieu s’approchant en grâce de Sa créature déchue, Il ne repousse aucun de ceux qui viennent à Lui, conscients de leur indignité, de leur état de perdition, mais aussi attirés par la bonté gratuite de Dieu.

La foi peut triompher de toutes sortes d’obstacles pour rencontrer la grâce de Dieu qui répond à son besoin.

Méphibosheth, confondu par la bonté de Dieu dont David use envers lui, déclare : « Qu’est ton serviteur, que tu aies regardé un chien mort tel que moi ? » (2 Sam. 9. 8). Et David le fait asseoir à sa table avec les fils du roi pour manger le pain continuellement.

Nous avons un Sauveur parfait dont l’œuvre expiatoire, accomplie une fois pour toutes, permet à Dieu de faire grâce à des pécheurs perdus qui se repentent. Puissiez-vous goûter individuellement toute la plénitude de la grâce de Dieu !

Maintenant Jésus peut répondre : « Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux. Et dès cette heure-là sa fille fut guérie ».

Quel bonheur pour cette femme d’obtenir la réponse à sa foi ! De plus Dieu S’est révélé en Christ. Qu’elle est admirable, cette grâce de Dieu qui offre le salut à tous les hommes selon ce qui est écrit : « Car il n’y a pas de différence de Juif et de Grec, car le même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l’invoquent ; car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » ! (Rom. 10. 12 et 13).

Cher jeune lecteur, es-tu venu à Jésus, lui confessant tes péchés pour obtenir un plein pardon ? C’est aujourd’hui que tu peux être délivré de ta culpabilité. Demain pourrait être trop tard !

L’enfant Timothée (2 Tim. 1. 1 à 6 et 3. 14 à 17).

Nous souhaiterions considérer ce que la Bible rapporte de l’enfance de Timothée. L’apôtre Paul l’appelle « mon véritable enfant dans la foi » (1 Tim. 1. 2), « mon enfant bien-aimé » (2 Tim. 1. 2).

Au temps de sa jeunesse, Timothée habitait en Asie-Mineure, à Derbe et à Lystre. Selon Actes 16. 1, sa mère Eunice, juive croyante, s’était mariée avec un Grec, contrairement aux prescriptions de la loi de Moïse (Deut. 7. 3). De plus, le Nouveau Testament nous met en garde contre l’union avec un incrédule (2 Cor. 6. 14).

La grand-mère Loïs et la mère de Timothée, Eunice, étaient toutes deux animées d’une foi sincère et s’étaient appliquées à instruire le jeune Timothée dans la connaissance des écrits de l’Ancien Testament, seule partie des Saintes Écritures que l’on pouvait se procurer en ce temps-là.

Cet enfant avait été élevé sous la discipline et les avertissements du Seigneur, dans une atmosphère de piété, de foi et d’amour. Jeune garçon, il avait été instruit selon la règle de sa voie (Prov. 22. 6).

Comme sont importantes l’éducation et les influences qu’un jeune enfant reçoit dans les premières années de sa vie ! Dès l’enfance Timothée connaissait les « Saintes Lettres », c’est-à-dire la Parole de Dieu. Loin de se laisser peut-être arrêter par son mari, Eunice avait appliqué l’exhortation de Deutéronome 6. 6 à 9 : « Ces paroles, que je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils, et tu en parleras, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras ».

Mais ce pieux enseignement ne suffisait pas. Une œuvre divine dans l’âme de cet enfant devait se produire. Le cœur et la conscience étant atteints, il devait passer par la nouvelle naissance sous l’action de la Parole et du Saint Esprit.

Ce fut probablement lors du premier passage de Paul et de Barnabas dans les villes d’Iconium, de Lystre et de Derbe que ce jeune enfant fut mis en contact avec l’évangile, puissance de Dieu en salut à quiconque croit (Rom. 1. 16). C’est là qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent et, en même temps, que les serviteurs de Dieu furent violemment persécutés (Act. 14. 5 et 19).

Timothée avait pleinement compris les persécutions et les souffrances que Paul avaient endurées (2 Tim. 3. 10 et 11). En persévérant dans la foi, il était averti « que c’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (v. 22).

Ainsi cette foi personnelle au Seigneur Jésus, comme le seul Sauveur, scelle que Dieu est vrai. Et en toute simplicité nous pouvons annoncer ce message aux hommes perdus : « Qui croit au Fils a la vie éternelle, mais qui désobéit (ou ne croit pas) au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3. 36).

Timothée avait été marqué par une conviction personnelle et se laissa former par une méditation régulière de la Parole de Dieu. Quelques années plus tard, lorsque Paul effectua son deuxième voyage à Lystre et à Derbe, il rencontra Timothée, connu comme disciple, ayant un bon témoignage des frères de la localité. C’est alors que Paul, l’ayant pris, l’emmène avec lui pour servir dans l’évangile comme un enfant sert son père (Phil. 2. 22). Les fruits de la vie divine avaient été remarqués par ceux qui approchaient Timothée. Il mettait en pratique les paroles de Jésus : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix, et me suive » (Mat. 16. 24).

Plus tard, Paul à la fin de sa vie pourra déclarer à son enfant dans la foi : « Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises, et que, dès l’enfance, tu connais les Saintes Lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 3. 14 et 15).

Toi qui, comme Timothée, as la connaissance des Saintes Lettres, as-tu la foi personnelle au Seigneur Jésus ? Si ta réponse est affirmative, tu peux croître dans la piété en te séparant du mal et du monde, pour être un vase utile au maître, quel que soit ton âge et le service à remplir.

Le disciple, aussi jeune soit-il, est imprégné de l’enseignement du Maître. « Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître » (Mat. 10. 25). Le secret d’une vie fructueuse pour le Seigneur n’est-il pas de pratiquer ce que l’on a saisi de la Parole de Dieu ?

« Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole » (Ps. 119. 9).

C’est un privilège inestimable pour toute la vie que d’avoir entre les mains, dès le plus jeune âge, la Parole de Dieu pour la lire, la méditer dans son cœur. Éprouves-tu le besoin de la lire chaque jour, avec prière, alors que tes facultés sont encore intactes ?

« Recevez avec douceur la parole implantée, qui a la puissance de sauver vos âmes… mettez la parole en pratique, et ne l’écoutez pas seulement » (Jac. 1. 21 et 22). Il est écrit : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mat. 4. 4).

C’est au moment où Jérémie déclare : « Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur » que Dieu lui répond : « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche » (Jér. 15. 16 et 19). Voilà le vrai témoin pour Dieu formé par Sa parole !

Quelle place tient dans ta vie la Parole du Dieu vivant ? Considérons la manière régulière dont nous prenons nos repas, et chacun de nous mange pour son propre besoin. Il nous arrive parfois d’être tenaillé par une faim intense. Ne devrions-nous pas apporter encore plus de soin à l’égard de notre âme immortelle qu’à l’égard de notre corps ? Notre négligence ne va-t-elle pas parfois jusqu’à laisser périr de faim notre âme, alors que nous sommes accaparés par des choses vaines ? Écoutons les paroles de l’apôtre : « Sois le modèle des fidèles, en parole, en conduite, en amour, en foi, en pureté… attache-toi à la lecture…, occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier » (1 Tim. 4. 12, 13 et 15).

Nourri dès son enfance des Saintes Lettres, Timothée a pu être « un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 2. 21). Il a pu faire « l’œuvre d’un évangéliste », accomplir « pleinement son service » (4. 5), être « un bon soldat de Jésus Christ » (2. 3). Fais-tu partie de ceux qui estiment que la Parole de Dieu est le trésor le plus précieux ?

D’après La Bonne Nouvelle 1984

L’HOMME CHRIST JÉSUS

« Il (Jésus) dut, à tous égards, être rendu semblable à ses frères » Héb. 2. 17.

« Nous n’avons pas un souverain sacrificateur incapable de compatir à nos faiblesses, mais nous en avons un qui a été tenté en toutes choses de façon semblable à nous, à part le péché » Héb. 4. 15.

L’HOMME CHRIST JÉSUS

Le Fils de Dieu est devenu véritablement un Homme, exactement comme nous. Comme un tel fait met en évidence Sa bonté et Sa sympathie ! Il y a cependant des gens qui exploitent cette vérité pour propager de fausses doctrines, disant que Jésus a pris sur Lui notre nature de péché, et qu’ainsi Il pouvait pécher. Il est donc essentiel que nous tenions ferme le clair et sain enseignement des Saintes Écritures à cet égard.

Les apôtres Pierre, Paul et Jean nous donnent tous les trois le même enseignement sur ce sujet. Ils ne diffèrent que sur ce sur quoi ils mettent l’accent, et ces différences sont en harmonie avec le ministère et la propre personnalité de chacun d’entre eux.

– Pierre était un homme d’action : il présente Christ comme un exemple pour la marche du chrétien et Il nous présente Celui « qui n’a pas commis de péché » (1 Pier. 2. 22). Le Seigneur Jésus n’a jamais commis de péché. Tout vrai croyant admet cela comme un fait irréfutable. Même Ses adversaires n’ont pas pu Le convaincre de péché (Jean 8. 46). Et Pilate a dû confirmer Son innocence à trois reprises (Luc 23. 4, 15 et 22).

– Paul était un intellectuel versé dans les Écritures. Son témoignage relativement à Christ est : « Celui qui n’a pas connu le péché » (2 Cor. 5. 21). Cette déclaration va plus loin que celle de Pierre. Elle montre que, sans aucune exception, toutes les pensées et tous les motifs de Christ étaient sans péché.

– Nous avons enfin Jean, celui des douze apôtres qui connaissait le plus intimement le Seigneur Jésus. Il a été conduit à écrire : « il n’y a pas de péché en lui » (1 Jean 3. 5). Cela va encore plus loin que de ne commettre aucun péché ou de ne pas l’avoir connu. Jésus était la véritable offrande de gâteau, dans laquelle il n’y avait aucune trace de levain (voir Lév. 2. 4, 5 ; 6. 9 et 10).

D’après « The Good Seed » août 2023

JÉSUS CHRIST, HAÏ ET MIS À MORT SANS CAUSE

« Ceux qui me haïssent sans cause sont plus nombreux que les cheveux de ma tête » Ps. 69. 4.

« Mes ennemis sont vivants, ils sont forts, et ceux qui me haïssent sans motif sont nombreux » Ps. 38. 19.

JÉSUS CHRIST, HAÏ ET MIS À MORT SANS CAUSE

C’est David, le roi d’Israël, qui a écrit ces paroles du Psaume 69. Malgré sa haute position, il a connu beaucoup de souffrances, y compris la conspiration fomentée contre lui par son propre fils, Absalom. Nous pouvons comprendre les sentiments de David lorsqu’il se plaint de « ceux qui me haïssent sans cause ».

Ces mots, prononcés par David, se réfèrent à Jésus Christ. Lui aussi a été trahi, maltraité, mais aussi mis à mort sans cause.

Les soldats du souverain sacrificateur sont venus avec des épées et des bâtons pour l’arrêter. Les foules rassemblées devant Pilate, le gouverneur romain, ont crié : « Crucifie, crucifie-le ! ». Hérode, qui régnait sur la Galilée, a traité Jésus avec mépris. Les soldats romains se sont moqués de Lui, l’ayant revêtu d’un manteau de pourpre et ayant mis sur Sa tête une couronne d’épines. Les deux criminels qui étaient crucifiés à Ses côtés l’insultaient et l’un d’entre eux l’injuriait en disant : « N’es-tu pas le Christ, toi ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ». Même ceux qui passaient par là, bien que non impliqués dans ces évènements, Le blasphémaient. Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, qui auraient dû savoir par les Écritures qui Il était, se moquaient de Lui.

Aucune de ces personnes n’avait de raison de haïr Jésus Christ. Mais les chefs religieux de la nation juive, remplis de jalousie, usaient de leur influence pour exciter la haine du peuple contre Jésus. Par leurs mauvais traitements et leur mépris, des personnes de toutes les couches sociales de la population ont manifesté que, sans aucune raison valable, ils étaient ennemis de Dieu et de Son Fils.

Aujourd’hui encore, personne ne peut alléguer une raison valable pour justifier son hostilité ou son rejet de Jésus Christ. La prophétie d’Ésaïe est aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était du temps de Jésus : « Il est méprisé et délaissé des hommes… et comme quelqu’un de qui on cache sa face ; il est méprisé, et nous n’avons eu pour lui aucune estime » (És. 53. 3).

D’après « The Good Seed » août 2023

SONDEZ LES ÉCRITURES (7)

Joas (2 Rois 11. 4 à 16 ; 2 Chron. 23. 1 à 15).

Le mois dernier nous avons évoqué comment Dieu a protégé le jeune Joas, qui fut caché auprès de sa tante Jehoshéba, dans le temple de l’Éternel, jusqu’à sa sixième année.

Quelle faveur reposait sur cet enfant, à un âge où l’esprit, le cœur et la conscience sont particulièrement sensibles à une bonne influence et à une atmosphère de piété !

Satan sait bien qu’une source de bénédiction dans le ciel et sur la terre est en relation avec la semence d’Abraham, qui doit briser sa tête selon Genèse 3. 15 et Romains 16. 20. Aussi a-t-il déployé beaucoup d’énergie pour annuler cette Parole divine et anéantir le conseil de Dieu en rédemption. Dans la lignée donnant naissance au Seigneur Jésus, notre Sauveur, se trouvait ce faible enfant. Grâce au dévouement de Jehoshéba, dicté par une foi énergique, sa vie fut épargnée de l’épée de la cruelle Athalie.

Après l’activité secrète de Jehoshéba pour nourrir, élever, entourer de soins et d’amour ce tout jeune enfant, c’est le moment pour Jehoïada, le sacrificateur, d’agir avec sagesse et promptitude pour le bien du peuple de Dieu. Jésus a été l’Envoyé de Dieu pour le salut des hommes pécheurs et pour régner selon ce qui est écrit : Il faut qu’il règne (1 Cor. 15. 25). Et Il sera sacrificateur sur son trône.

Cinq chefs de centaines, nommés en 2 Chroniques 23. 1, sont envoyés en Juda pour rassembler à Jérusalem les lévites de toutes les villes et les chefs des pères d’Israël. Au commandement du fidèle sacrificateur et grâce à l’impulsion des chefs de centaines, il y a tout un déploiement de force. Gardes et coureurs sont réunis, les uns munis de leurs armes défensives, les autres de leurs armes offensives.

Les gardes ne sont-ils pas l’image de la puissance qui maintient et conserve ce que Dieu a confié, et les coureurs de la puissance qui conquiert ou reprend ce que l’ennemi a pu enlever pour un temps ?

Jehoïada les fit entrer vers lui dans la maison de l’Éternel (2 Rois 11. 4). Il faut d’abord entrer dans la présence de Dieu avant de sortir pour rendre témoignage, servir et combattre. Et là, dans le temple, un pacte est établi avec ces hommes, qui doivent s’engager dans leur cœur par une promesse de fidélité et de consécration.

Toute décision que le Seigneur approuve se prend dans le cœur, comme ce fut le cas pour Daniel tout jeune lorsqu’il arrêta dans son cœur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait (Dan. 1. 8).

Dieu nous a appelés d’un saint appel, nous avons été saisis par le Christ. C’est alors que l’obéissance, vertu de la vie divine en nous, est essentielle. Et le cœur étant engagé a besoin d’un objet, c’est pourquoi Jéhoïada leur montra le fils du roi. Combien la foi peut alors être affermie et la consécration à Dieu réalisée !

Maintenant tout dépend de l’obéissance à un plan sagement établi par le sacrificateur. Avec quelles précautions il confie cet enfant, fils de David, à la garde des officiers ! Son cœur est rempli de sollicitude pour celui qui est l’unique espérance du royaume de Juda.

D’après 2 Chroniques 23. 4 à 6, un tiers d’entre les sacrificateurs et les lévites qui entrent le jour du sabbat est chargé de la garde des seuils. Ils entrent, car ils sont saints, et veillent sur la maison du roi.

Il est bien souligné : « Vous veillerez à la garde de la maison ». C’est en veillant que l’on garde avec soin. « Prenez garde, veillez et priez », telle était l’injonction du Seigneur à Ses disciples (Marc 13. 33). N’était-ce pas pour éviter toute surprise de l’ennemi, et pour tenir le mal à distance ?

Timothée était exhorté à se garder pur lui-même et à garder le bon dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous. « Ô Timothée, garde ce qui t’a été confié » (1 Tim. 5. 22 ; 6. 20 et 2 Tim. 1. 14).

Un autre tiers devait se tenir dans la maison du roi. Ils représentent ceux qui ont à cœur les intérêts de Christ dans Sa maison. N’y a-t-il pas là un parfum de grand prix qui peut remplir la maison de son odeur suave ? (Jean 12. 3).

Un autre tiers est à la porte de Jesod, c’est-à-dire la porte de la fondation. Les fondements de la vérité ne doivent pas être minés. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Ps. 11. 3). Ces hommes gardent une porte pour empêcher l’ennemi de s’infiltrer et pour laisser un libre passage au roi et à ses compagnons.

Jehoïada n’est-il pas pour nous le modèle d’un homme pieux qui ne peut tolérer que l’on porte atteinte en quoi que ce soit aux gloires personnelles, officielles et morales du Fils de Dieu ? « Vous entourerez le roi de tous côtés, chacun ses armes à la main… soyez avec le roi quand il sortira et quand il entrera » (2 Rois 11. 8). Ils devaient se tenir auprès du roi. « Où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12. 26).

Que vous sachiez de bonne heure garder dans votre cœur la vérité concernant la Personne glorieuse du Seigneur Jésus, toute la vérité, rien que la vérité ! Le Seigneur a pu dire à Philadelphie : « Tu as gardé ma parole, et tu n’as pas renié mon nom » (Apoc. 3. 8).

Une seule chose était nécessaire : rester auprès du roi, l’entourer de tous côtés, chacun ses armes à la main. Pas de distraction, pas de relâchement, mais une vigilance constante et une fidélité absolue au roi et au sacrificateur. Tout étranger qui serait entré dans les rangs devait être mis à mort.

N’avons-nous pas, nous aussi, une arme invincible entre nos mains, l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu ? Puissions-nous résister à l’ennemi de nos âmes, étant fermes dans la foi, appuyés sur les promesses divines. Tout vrai serviteur de Dieu est appelé à combattre « par la parole de la vérité, par la puissance de Dieu, par les armes de justice de la main droite et de la main gauche » (2 Cor. 6. 7).

Au moment critique, les fidèles sont séparés, consacrés, obéissants et prêts à suivre le roi. « Et le sacrificateur donna aux chefs de centaines les lances et les boucliers qui avaient appartenu au roi David, et qui étaient dans la maison de l’Éternel » (2 Rois 11. 10). Les armes que nos pères ont utilisées sont toujours à nous, avec toute leur efficacité : la Parole et la prière par la puissance du Saint Esprit, le bouclier de la foi.

« On mit sur lui la couronne et le témoignage ; et ils le firent roi, et l’oignirent » (v. 12). La couronne met en relief sa dignité royale et symbolise la soumission du peuple à son roi. Le témoignage est cette loi de Dieu dont tout roi en Israël devait faire une copie, pour la lire et apprendre à craindre l’Éternel, à garder ses statuts et à les pratiquer (Deut. 17. 18 à 20).

Zacharie représente Christ tout à la fois comme roi et sacrificateur. « Il portera la gloire et il s’assiéra et dominera sur son trône, et il sera sacrificateur sur son trône » (Zach. 6. 13).

Athalie, l’ennemie, entend et entre, mais elle sera chassée. Elle est mise à mort. Le diable sera « jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète ; et ils seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles » (Apoc. 20. 10).

Cher enfant, feras-tu partie du cortège qui apparaîtra avec le Seigneur dans Sa gloire ? « Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3. 4).

Josias (2 Rois 22. 1 et 2 ; 2 Chron. 34. 1 à 7).

Le récit rapporté dans les passages cités fixe notre attention sur un tout jeune enfant appelé à régner en Juda. Lorsqu’il monte sur le trône, le petit roi Josias est âgé de huit ans.

Avez-vous remarqué que cet enfant est déjà nommé plus de trois siècles avant sa naissance en 1 Rois 13. 2 ? Un prophète venant de Juda à Béthel parle contre l’autel, devant le roi Jéroboam, et annonce le règne de justice et de jugement de Josias. Après des siècles d’idolâtrie, les pensées de Dieu se concentrent sur cet enfant préfigurant la venue du petit Enfant de Bethléhem, Jésus qui devait sauver Son peuple de leurs péchés (Mat. 1. 21) et être le Sauveur du monde.

Lorsque Dieu résume la vie de Josias, il déclare sans réserve qu’il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, et marcha dans les voies de David son père, et ne s’en écarta ni à droite ni à gauche. Une appréciation semblable est décernée à deux autres rois sur les dix-neuf qui ont régné en Juda. Il s’agit de Josaphat et d’Ézéchias (2 Chron. 17. 2 et 29. 2). La référence pour ces trois rois, ce sont les voies de David, leur père, dont Dieu dit : « J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté (Act. 13. 22 ; 1 Sam. 13. 14). Dieu donne son approbation sur une telle vie marquée par l’obéissance à Sa Parole et la soumission à Son autorité.

A propos du Seigneur Jésus, il est écrit : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » (Ps. 40. 8).

En outre Dieu souligne l’absence d’écart dans la vie de Josias.

N’avez-vous pas éprouvé combien est tenace notre tendance à toujours nous écarter ? Cela ne se voit pas toujours, mais peut se situer au niveau de nos pensées, ou de ce qui accapare notre cœur et pourrait devenir une idole. Chacun de vous pourrait mettre un nom sur ces idoles si nombreuses aujourd’hui. C’est alors que notre intérêt pour la Parole de Dieu et la vie de prière décroît.

Écoutons l’invitation de Dieu : « Enquérez-vous touchant les sentiers anciens, quelle est la bonne voie ; et marchez-y, et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Jér. 6. 16). Ce sont des sentiers de fidélité et de séparation du monde, où l’on doit parfois marcher tout seul. Cette bonne voie ne correspond-elle pas aux sentiers de justice et de vérité dans lesquels le bon Berger conduit Ses brebis, ayant pour seul guide la Parole de Dieu ? On peut penser que le jeune Josias était sous l’influence pieuse de quelqu’un qui veillait sur lui, peut-être s’agissait-il de sa mère dont le nom est consigné en 2 Rois 22. 1 ?

N’oubliez pas de lire et de relire le livre des Proverbes rempli d’instructions morales, pratiques, à l’adresse des fils de la Sagesse. Il est précisé que « le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi » et il est ajouté : « Pèse le chemin de tes pieds, et que toutes tes voies soient bien réglées. N’incline ni à droite ni à gauche ; éloigne ton pied du mal » (4. 18, 26 et 27).

Josias marcha dans les voies de David, comme Josaphat et Ézéchias ses aïeux, bien que son père et son grand-père aient été des rois impies, idolâtres, faisant ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel. Précieuse grâce de Dieu qui fait marcher Josias dans un chemin de droiture que Dieu se plaît à souligner deux fois !

Josias était bien jeune pour régner, à huit ans. A cet âge, en dehors de l’école, ne pense-t-on pas surtout à jouer ? Et pourtant la Parole déclare : « Même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » (Prov. 20. 11). « Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta parole » (Ps. 119. 9).

Un témoignage au Seigneur Jésus peut être rendu dès le plus jeune âge par la conduite et les paroles, dans la séparation du mal. Le jeune garçon Samuel grandissait auprès de l’Éternel, lui étant agréable, et le servant devant Éli le sacrificateur (1 Sam. 2. 21 et 26 ; 3. 1). Josias, comme Samuel, montrait dès sa tendre enfance un attachement réel pour l’Éternel.

Parvenu à sa seizième année, Josias manifeste un désir formé dans son cœur qui s’affirme dans une sainte décision. « Alors qu’il était encore un jeune garçon, il commença de rechercher le Dieu de David, son père » (2 Chron. 34. 3). Il y a un moment précis dans notre vie où Dieu manifeste l’état de notre cœur.

Pour un temps, comme Lot au contact d’Abraham son oncle, on profite d’une influence pieuse, bienfaisante. On acquiert par l’éducation dispensée dans un foyer où est cultivée la crainte de Dieu, de bonnes habitudes, y compris celles de prier, de lire la Parole. Cela pourrait ressembler à une tradition familiale. Mais si un jour vous avez reçu une foi personnelle, alors cela sera mis en évidence pour la gloire du Seigneur. Peut-être une épreuve sera-t-elle nécessaire !

Le cœur ayant une relation personnelle avec Dieu, il y a une croissance spirituelle et un réel besoin de vivre dans Sa dépendance et dans l’obéissance à Sa Parole, pour marcher d’une manière qui Lui soit agréable. Nous ne saurions trop insister sur l’importance d’une vie vécue dans l’intimité avec le Seigneur.

Il ne nous est pas dit comment Josias commença de rechercher le Dieu de David. Mais écoutons ce que dit l’Écriture : « L’Éternel est avec vous quand vous êtes avec lui, et si vous le cherchez vous le trouverez » (2 Chron. 15. 2).

Le Seigneur n’invitait-Il pas Ses disciples à rechercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice ? (Mat. 6. 33). Sachez qu’Il ne demande rien qui soit au-dessus de votre âge et des capacités reçues. Obéissez à la Parole, à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur (Col. 3. 20). « Qu’est-ce que l’Éternel recherche de ta part, sinon que tu fasses ce qui est droit, que tu aimes la bonté, et que tu marches humblement avec ton Dieu ? » (Michée 6. 8). Quelle étape marquante dans la vie d’un enfant lorsqu’il éprouve le besoin de rechercher seul le Seigneur pour L’aimer, Le connaître et Le servir toujours mieux !

Puis Josias, devenu adulte, sera le remarquable instrument d’un dernier réveil en Juda, qui s’exprimera par son dévouement pour la maison de l’Éternel dont il répare les brèches, par un retour au Livre de la loi auquel son cœur est très sensible, et enfin par son besoin de se séparer du mal en purifiant des idoles Juda, Jérusalem et certaines villes d’Israël. Puissiez-vous, en pensant à Josias, croître dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ !

Ésaïe et ses deux fils (És. 6, 7 et 8).

Nous désirons nous entretenir aujourd’hui du prophète Ésaïe, dont le nom signifie « salut de l’Éternel », et de ses deux fils ayant des noms symboliques, caractéristiques de l’esprit de prophétie.

Outre la loi de Moïse et les Psaumes avec les livres poétiques, les Prophètes constituent la troisième partie de l’Ancien Testament.

Ces livres prophétiques, au nombre de dix-sept sur les trente-neuf livres de l’Ancien Testament, constituent une partie importante de l’Écriture rappelée par le Seigneur en Luc 24. 27. En 2 Pierre 1. 19, la parole prophétique est comparée à une lampe qui brille dans un lieu obscur, et à laquelle nous faisons bien d’être attentifs.

Le grand sujet de la prophétie, c’est Christ. Pierre précise que l’Esprit de Christ était dans les prophètes qui rendaient par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient (1 Pier. 1. 11).

La prophétie annonce des événements futurs pour la terre : la puissance de Dieu envoyant son Fils pour juger Ses ennemis et établir Son règne glorieux de justice et de paix.

L’étude de la prophétie a pour effet pratique de réjouir nos cœurs et de les détacher de la terre, car « nous attendons la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ » (Tite 2. 13). « Bienheureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie et qui gardent les choses qui y sont écrites, car le temps est proche ! » (Apoc. 1. 3).

La prophétie annonce le jugement du mal sur ceux qui le commettent et elle les condamne. Elle concerne d’abord le peuple de Dieu, dont elle constate l’état de chute. Par un appel à la repentance, elle encourage un faible résidu du peuple en lui annonçant une restauration. Le moyen d’une telle délivrance, c’est Christ. Et la foi est fortifiée en contemplant la gloire du Messie qui, comme le soleil de justice, apportera la guérison, le remède à tout mal.

Un prophète, comme Ésaïe, est un porte-parole de l’Éternel auprès de son peuple, pour le reprendre, l’avertir, le ramener à son Dieu et le consoler, s’adressant tout à la fois à son cœur et à sa conscience.

Mais tout d’abord, Dieu doit préparer Son serviteur, et travailler en lui avant de s’en servir comme Son instrument. C’est ce qui ressort du chapitre 6 où Ésaïe voit le Seigneur assis sur un trône haut et élevé. Placé dans la présence de Dieu, il entend les séraphins proclamer Sa sainteté.

Dans une profonde conviction de péché, le prophète prononce une parole solennelle : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi je suis un homme aux lèvres impures » (6. 5).

Cher enfant, as-tu prononcé un tel jugement sur toi-même ? Alors la grâce de Dieu peut se déployer, tout en satisfaisant les exigences de Sa sainteté. Un autel est là tout près du trône de gloire. Une victime a été consumée. Le pécheur est purifié par ce qui évoque le sacrifice de Christ. Dieu donne Sa réponse : « ton iniquité est ôtée, et propitiation est faite pour ton péché » (6. 7).

Aussitôt le jeune prophète répond à l’appel du Seigneur : « Me voici, envoie-moi ». Il est disposé à communiquer un message de l’Éternel à Son peuple.

N’oublions pas qu’après la nouvelle naissance, Dieu désire nous employer à Son service pour lequel Il nous a préparés. Cette parole divine est toujours actuelle : « Qui est celui qui engage son cœur pour venir à moi ? » (Jér. 30. 21). Tout se joue dans le cœur pour répondre à l’appel du Maître. Puissions-nous alors Le servir humblement, dans Sa dépendance et en obéissant à Sa Parole !

Au chapitre 7, Ésaïe est envoyé vers Achaz, roi de Juda, impie et incrédule. Il est accompagné de son fils Shear-Jashub dont le nom signifie : « Un résidu reviendra ».

N’est-ce pas un nom porteur d’espérance pour la foi qui est assurée en Dieu, au-delà des jugements qui devront s’exécuter ?

Au moment où Ésaïe rencontre Achaz, le cœur de ce roi est agité aussi bien que le cœur de son peuple, comme les arbres de la forêt sous l’effet du vent. Le petit royaume de Juda est menacé par Retsin, roi de Syrie, et Pékakh, roi d’Israël.

Satan qui pousse ces hommes n’a qu’un but : anéantir le trône de David, et empêcher le règne du Messie annoncé par les prophètes. Mais Dieu déclare que ces mauvais desseins ne s’accompliront pas.

Malgré l’incrédulité et l’hypocrisie d’Achaz un signe glorieux est donné par le prophète : la naissance d’Emmanuel, ce beau nom annonçant la venue du Seigneur Jésus pour offrir le salut à Israël et au monde. Il signifie : « Dieu avec nous » (Mat. 1. 23).

C’est bien à cause de Lui et pour Lui qu’un résidu reviendra après les solennels jugements décrits au chapitre 6. 11 à 13. Ce résidu jouira de la bénédiction promise. Et le fils du prophète, Shear-Jashub, en est une belle figure. Ce que ce fils était pour le cœur de son père évoque ce que le résidu fidèle sera pour l’Éternel. Au milieu d’une scène très sombre, l’amour de Dieu s’exprime dans toute Sa tendresse.

Au début du chapitre 8, un deuxième enfant prophétique annoncé au verset 16 du chapitre 7 est donné à Ésaïe. C’est l’Éternel qui lui donne son nom, le plus long de la Bible : « Maher-Shalal-Hash-Baz » qui signifie : « Qu’on se dépêche de butiner, on hâte le pillage ». Dieu confirme la destruction des deux ennemis de Juda, Israël et la Syrie, par Shalmanéser, roi d’Assyrie (2 Rois 17). Mais l’Assyrien sera la verge de l’Éternel aussi bien contre Israël que contre Juda. Parce que le peuple a rejeté les eaux de la grâce, figurées dans ces eaux de Siloé qui vont doucement et qui rappellent Celui qui est l’envoyé du Père (Jean 9. 7), il ne reste plus pour lui que le jugement par les eaux « fortes et grosses » de son cruel ennemi.

Cependant Dieu détruira ceux qui s’associent pour envahir le pays d’Emmanuel, et seul un résidu sera préservé pendant les jours de la colère de Dieu. Ils portent ce beau titre de disciples, mettant toute leur confiance en l’Éternel.

Au verset 18, Ésaïe se présente avec les enfants que l’Éternel lui a donnés. Ces enfants sont les témoins, d’une part du jugement qui sera exercé sur le peuple apostat, et de l’autre, de la restauration d’un Résidu préservé pour entrer dans le règne millénaire. Attaché au Messie, il tiendra ferme la parole : la loi et le témoignage.

Notez que l’Esprit de Dieu cite ce passage en Hébreux 2. 13 en l’attribuant à Christ se présentant devant Dieu avec Ses disciples, ceux qu’Il n’a pas honte d’appeler Ses frères.

N’oublions pas comment le Seigneur Jésus parle de Ses disciples à son Père : « ils ont gardé ta parole… ils ont cru que toi tu m’as envoyé… ils sont à toi… je suis glorifié en eux » (Jean 17. 6, 8, 10 et 11).

Jérémie 1.

Vous souvenez-vous de ce qui pouvait frapper un cœur sensible à la gloire de Dieu, lorsqu’un prophète de l’Éternel était suscité en Israël ? N’était-ce pas, d’un côté, le mauvais état du peuple que ce prophète dénonçait – de l’autre, une marque renouvelée de la grâce de Dieu qui avertissait les coupables, les appelait à la repentance, tout en présentant le règne du Messie, qui s’ouvrira au terme du « temps de détresse pour Jacob » ? Ces deux thèmes apparaissent clairement dans les prophéties d’Ésaïe et de Jérémie.

Jérémie appartenait à la famille des sacrificateurs qui habitaient à Anathoth, dans le pays de Benjamin. Ce village était situé à environ cinq kilomètres au nord-est de Jérusalem et avait été attribué aux sacrificateurs descendants d’Aaron, de la famille des Kéhathites (Jos. 21. 18).

Le ministère prophétique de Jérémie a duré un peu plus de quarante ans. Il a commencé sous le règne du pieux roi Josias, car malgré le réveil produit sous l’impulsion de ce roi, Juda la perfide n’était pas revenue à l’Éternel de tout son cœur, mais avec mensonge (Jér. 3. 10). C’est alors que Dieu appelle Son jeune prophète.

Voici pour Jérémie la première leçon à l’école de Dieu. L’Éternel s’adresse à lui directement et lui déclare que, bien avant sa naissance, Il l’avait choisi : c’est l’élection selon la préconnaissance de Dieu (1 Pier. 1. 2).

De plus, Il l’avait mis à part pour l’établir prophète (1. 5). Il était chargé de communiquer le message divin au peuple de Dieu et aux nations.

Remarquez tout ce que Dieu fait à l’égard de Jérémie : « je t’ai connu » (v. 5), c’est l’élection de la grâce pour le salut ; « je t’ai sanctifié », c’est la mise à part, la consécration à Dieu, avec l’appel de Dieu pour le service et la formation nécessaire à Son école ; « je t’enverrai », « je te commanderai » (v. 7), « j’ai mis mes paroles dans ta bouche » (v. 9). C’est Dieu qui envoie son serviteur. Tout est de Dieu et pour Sa gloire.

Une telle grâce est offerte à tous. L’as-tu acceptée, jeune lecteur ?

Jérémie oppose une certaine résistance à l’appel divin, peut-être par timidité et dans le sentiment de sa faiblesse, de son indignité : « Ah, Seigneur Éternel ! voici, je ne sais pas parler, car je suis un enfant » (v. 6). Ne fallait-il pas un réel courage pour affronter ses voisins, sa famille, les vieillards, les sacrificateurs, le peuple, et leur parler de leurs péchés ?

Moïse, quoique bien plus âgé que Jérémie, a une réponse semblable en Exode 4. 10 : « Je ne suis pas un homme éloquent… car j’ai la bouche pesante et la langue pesante ». Timothée aussi était jeune et timide, et cependant Paul a voulu qu’il aille avec lui (Act. 16. 3). Même un jeune enfant peut être un serviteur utile au Maître, préparé pour toute bonne œuvre.

Jérémie doit apprendre de la bouche de l’Éternel que sa faiblesse et sa jeunesse ne sont pas un obstacle. Ce qui importe, c’est l’obéissance pour faire et dire strictement ce que Dieu commande. De plus, Dieu n’a-t-il pas choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ? (1 Cor. 1. 27). Ceux qu’Il appelle à son service ne sont-ils pas ceux qui aiment faire Sa volonté ?

Dieu répond à Jérémie : « Ne dis pas : je suis un enfant… Je t’enverrai, tu iras, et tout ce que je te commanderai, tu le diras » (v. 7).

Vous qui possédez la vie de Jésus, n’êtes-vous pas craintifs parfois lorsque le Seigneur vous donne une occasion de rendre témoignage auprès de vos camarades, ou d’une personne qu’Il place sur votre chemin ? Certains d’entre vous n’éprouvent-ils pas une incapacité à parler du Seigneur en sachant qu’elles pourraient en être les conséquences douloureuses : mépris, moqueries, rejet… ? Et pourtant, du côté du Seigneur les ressources sont toutes suffisantes. Ne peut-Il pas vous aider à répondre, parfois en citant un verset de l’Écriture qui, comme une flèche de l’Esprit, pourra atteindre le cœur et la conscience de votre interlocuteur ? Comme André, vous pourrez amener à Jésus une âme précieuse.

Enfin, Dieu ajoute une promesse bien encourageante pour son jeune messager, propre à vaincre la moindre résistance. Elle est même répétée deux fois : « Je suis avec toi, pour te délivrer, dit l’Éternel » (v. 8 et 19). Précieuse assurance pour celui qui s’engagera dans le chemin de l’homme de douleurs, à cause de Son témoignage.

Pensons au Témoin fidèle et véritable, le Seigneur Jésus, à Jean le baptiseur, à Étienne le martyr, qui vont jusqu’au sacrifice de leur vie pour la gloire de Dieu.

L’Éternel étendit sa main et en toucha la bouche du prophète en déclarant : « Voici, j’ai mis mes paroles dans ta bouche » (v. 9). Jérémie n’avait qu’à communiquer les paroles divines sans se préoccuper de l’effet produit. Comme l’Écriture est complète, il nous appartient de transmettre fidèlement toute parole sortant de la bouche de Dieu, par la puissance du Saint-Esprit.

Plus tard, le prophète apprendra quelle condition morale est requise pour parler de la part de Dieu. « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche » (15. 19). C’est en nous tenant devant Dieu, séparés de tout mal, que nous pouvons être Ses témoins, présentant la Parole de vie.

Après avoir entendu le Seigneur Jésus, les huissiers doivent reconnaître : « Jamais homme ne parla comme cet homme » (Jean 7. 46). Jérémie devra avertir le peuple des jugements prêts à fondre sur lui à cause de son orgueil et de sa rébellion contre Dieu. « Regarde, je t’ai établi… pour arracher, et pour démolir, et pour détruire, et pour renverser, pour bâtir et pour planter » (v. 10). Quelle mission douloureuse pour ce jeune prophète sensible aux intérêts de Dieu au milieu de son peuple !

Maintenant, par deux visions remarquables, Dieu veut encourager Jérémie. Le prophète est invité à regarder ce que Dieu lui présente.

C’est d’abord un bâton d’amandier, le premier arbre qui fleurit. Le Dieu fidèle veille sur Sa parole pour l’exécuter (v. 12). Ne sommes-nous pas reportés à la verge d’Aaron, bâton qui en une nuit avait bourgeonné, avait poussé des boutons, et avait produit des fleurs et mûri des amandes ? (Nomb. 17. 8). C’est le type de la puissance de vie en Christ qui le ressuscite d’entre les morts et opère en chaque croyant pour lui communiquer cette vie de Jésus. Jérémie était l’homme que Dieu avait choisi pour Son service.

Quant au pot bouillant dont le devant est du côté du nord, il était tout près de se renverser. L’ennemi des royaumes du nord est sur le point d’exercer le jugement de Dieu contre Son peuple. Le messager de l’Éternel devait se hâter d’avertir le peuple, qui aurait pu se repentir au dernier moment.

Pour qu’il ne s’effraie pas, trois objets sont présentés à Jérémie. N’a-t-il pas besoin de la force d’En haut ? Dieu le rendait fort comme une ville forte, une colonne de fer, des murailles d’airain. Et Dieu ajoute : « Moi je suis avec toi… pour te délivrer » (v. 19).

Voilà les ressources de Dieu pour Ses serviteurs : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31).

Daniel et ses compagnons (Dan. 1).

L’histoire de Daniel est familière à la plupart d’entre vous depuis votre tendre enfance. La lecture qui vous est proposée aujourd’hui relate dans quelles circonstances Daniel et ses trois amis, quatre jeunes gens hébreux, se trouvent à la cour du roi de Babylone.

Ils font partie d’un premier convoi de captifs emmenés par Nébucadnetsar à Babylone à cause de l’idolâtrie d’Israël. Parmi les fils d’Israël, ils étaient de la semence royale ou d’entre les nobles.

En vue de les établir comme gouverneurs dans son royaume, Nebucadnetsar avait demandé qu’on choisisse des jeunes gens beaux de visage, instruits, sages, intelligents et capables de se tenir dans le palais du roi. Mais, auparavant ils devaient, pendant trois ans, apprendre les lettres et la langue des Chaldéens. Au cours de leurs études, ils devaient être nourris des mets délicats du roi et du vin qu’il buvait. Un régime royal leur était prescrit.

Ne doivent-ils pas être formés selon la volonté du monarque, esprit, âme et corps ? Et, pour effacer probablement toute trace du vrai Dieu et faciliter leur insertion parmi les Chaldéens, leurs noms sont changés et remplacés par des noms dérivés des idoles de Babylone.

Quelle aurait été notre attitude à la place de Daniel et de ses trois amis ? Voilà une question pour chacun de nous. Par des raisonnements subtils, aurions-nous trouvé quelques excuses ? Nous sommes de jeunes captifs sur une terre étrangère et ne serait-ce pas de l’ingratitude que de mépriser par un refus la nourriture d’un roi aussi bienveillant ? Ne mettrions-nous pas notre vie en danger ? D’ailleurs que reste-t-il du culte juif, puisqu’une partie des ustensiles du temple a été transportée à Babylone pour servir au dieu de Nébucadnetsar ? Et puis, Jérusalem et son temple sont si loin, et personne ne nous voit ici ! Oui, les pièges sont nombreux pour ces quatre jeunes gens seuls au milieu de cette grande ville !

Mais le verset 8 relève la résolution ferme prise par Daniel : « Il arrêta dans son cœur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait ».

Daniel et ses trois compagnons savent que ces mets sont d’abord présentés aux idoles et que, selon la loi de Moïse, ils peuvent être impurs. La foi opère et les pousse à refuser la nourriture du roi. Ils laissent à Dieu les conséquences de leur obéissance. Ils n’envisagent pas le désavantage qui en résulte par rapport aux autres jeunes gens. Ils savent que tout Israélite pieux ne peut pas s’asseoir à la table d’un païen asservi aux idoles (Ex. 34. 15 ; Lév. 11. 46).

Ce qui ressort de la décision de Daniel, c’est son entière soumission à l’autorité de la Parole de Dieu, c’est sa foi en un Dieu qu’il aime et craint dans son cœur. Retenez comme sont importantes les résolutions prises dans nos cœurs : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4. 23).

On a pu dire que « la foi est le tombeau des soucis ». Daniel et ses amis ont été arrachés de leur foyer, transportés loin de leur pays et du temple. Ils sont placés maintenant dans un milieu corrompu ; vont-ils boire à la coupe des délices du péché ? Non ! leur foi triomphe et Daniel, obéissant à la loi d’un Dieu juste et saint, demande au prince qui avait prescrit leur régime de lui permettre de ne pas se souiller (v. 8).

Le serviteur parfait, le Seigneur Jésus, n’a-t-il pas déclaré : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au dedans de mes entrailles » ? (Ps. 40. 8)

Comme nous sentons notre faiblesse devant la fidélité de Daniel, qui peut compter sur le secours de Dieu, sans crainte de paraître ridicule aux yeux d’un grand dignitaire de ce monde ! Dieu honore doublement la foi de Daniel et de ses compagnons. Il leur fait trouver compassion auprès de ceux qui les avaient emmenés captifs (Ps. 106. 46).

Certes le prince Ashpenaz craint le roi son seigneur qui a prescrit la nourriture et la boisson de ces jeunes gens. Mais les quatre jeunes hébreux craignent le Dieu des cieux qui domine sur le royaume des hommes et le donne à qui Il veut (Dan. 4. 32).

Daniel suggère une mise à l’épreuve de dix jours, au cours desquels ils mangeraient des légumes et boiraient de l’eau (v. 12 et 13). Et voici que, au bout de dix jours, leurs visages avaient meilleure apparence et étaient plus gras que ceux de tous les jeunes gens qui mangeaient les mets délicats du roi (v. 15). Ainsi ceux qui ont reçu de Dieu l’énergie de se conserver purs du monde trouvent une belle réponse à leur foi.

Ainsi Daniel et ses compagnons nous donnent une leçon du plus haut intérêt pour la vie de la foi, que nous pouvons appliquer dès le départ de notre vie chrétienne : arrêter dans son cœur de ne pas se souiller et ne pas craindre de rendre un témoignage clair et ferme au Seigneur Jésus devant les hommes de ce monde.

Ne redoutons-nous pas souvent l’opprobre de la part du monde, ou le ridicule d’une prise de position franche dans une sainte séparation du mal ?

Les deux principes affirmés par la foi de Daniel trouvent leur expression dans ce passage : « Sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos cœurs, et soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pier. 3. 15).

Certes, nous ne sommes pas des captifs ayant à braver la colère d’un monarque tout-puissant, mais le monde entier dans lequel nous sommes gît dans le méchant, et il est ajouté : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 Jean 5. 19 et 2. 15).

Et pour ceux qui s’interrogent au sujet de ce qu’est le monde, le verset suivant de l’Écriture précise : « La convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde » (v. 16).

Vos camarades se permettent bien des choses qui vous sont défendues, lisent des livres ou assistent à des spectacles où des flots de souillure envahissent leurs cœurs. Il y a aussi des compagnies qui vous seraient agréables avec des jeunes gens et des jeunes filles de ce monde, et vous ressentez la désapprobation sur ce point de ceux qui craignent Dieu, parents ou amis. Que faire ? Quel mal y-a-t-il en ceci ou cela ?

Le test pour notre âme n’est-il pas : Le Seigneur Jésus peut-il m’accompagner dans ce lieu, aurait-Il fréquenté tel camarade, aurait-Il fait, dit ou même pensé ceci ou cela ? Voilà des questions qui peuvent nous aider à régler bien des problèmes. Et la Parole, comme toujours, projette sa lumière : « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâce par lui à Dieu le Père » (Col. 3. 17).

« Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta parole » (Ps. 119. 9).

Daniel et ses compagnons (Dan. 2).

Dans le récit de la dernière fois, Daniel, comme Moïse bien avant lui, a estimé l’opprobre du Christ un plus grand trésor que tout ce que le monde lui offrait, attrayant pour le cœur naturel : les mets délicats du roi et le vin qu’il buvait.

Daniel, avec ses trois amis, sont fidèles, séparés du monde. Pas de compromis, pas de concessions, ces quatre jeunes Hébreux ont fait le choix de la foi : Dieu, Sa parole vivante, exerçant toute sa sainte autorité dans leur cœur et sur leur conscience. La réponse de Dieu, signe évident de Son approbation, est immédiate. Dieu leur donne la santé physique, l’intelligence et la sagesse. Le roi les trouve dix fois supérieurs à tous les devins et enchanteurs de tout son royaume.

Par le seul effet de Sa bonté et de Sa grâce, Dieu avait béni ces quatre jeunes captifs. Ils seront soumis à une nouvelle épreuve de leur foi. Retenons bien ce principe divin : « L’épreuve de notre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu » a pour résultat que Dieu soit loué, glorifié, honoré (1 Pier. 1. 7).

Dieu revendique Sa gloire en relation avec ce qu’Il nous a confié. Chacun est concerné par cette parole : « Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4. 7). L’esclave bon et fidèle n’a-t-il pas fait fructifier tout ce que son maître lui a confié ? L’intelligence et la sagesse de ces jeunes gens n’étaient-elles pas données de Dieu ? Ils seront éprouvés sur ce point, pour que toute la gloire revienne à Dieu. De plus, leur séparation du monde, fruit d’une vraie piété cultivée dans la crainte de Dieu, ne les a-t-elle pas préparés pour recevoir la révélation des secrets divins ?

Dieu prépare l’occasion où Daniel sera manifesté comme Son témoin par le songe prophétique de Nébucadnetsar.

Dans une vision de nuit, Dieu parle à ce monarque tout puissant pour lui faire savoir ce qui arrivera à la fin des jours et, en même temps, comme est impuissante la sagesse humaine si recherchée à Babylone ! Impressionné par ce songe dont il ne se souvient plus, ce roi orgueilleux exige que ses devins le lui fassent connaître avec son interprétation. Mais ces Chaldéens doivent dire à l’unanimité : « Il n’existe pas un homme sur la terre qui puisse indiquer la chose que le roi demande… excepté les dieux » (v. 10 et 11). Ils doivent constater que toute leur sagesse si réputée est réduite à néant. Dans sa colère implacable, le roi commande de détruire tous les sages de Babylone.

« Et on chercha Daniel et ses compagnons, pour les tuer » (v. 13). Ils ne pouvaient échapper au décret royal. C’est pourquoi Daniel, faisant preuve de prudence et de bon sens, demande au grand officier du roi que le temps lui soit accordé pour indiquer au roi son interprétation. Le jeune serviteur de Dieu a l’assurance que Dieu peut donner une réponse, car il a confiance en Lui, même si au moment où la difficulté surgit, il reste impuissant pour la résoudre.

Le délai accordé à Daniel par le chef des gardes sera consacré à implorer le Dieu des cieux avec ses trois compagnons. Ce Dieu qu’ils craignaient tous les quatre n’avait-Il pas déclaré : « Il arrivera que, avant qu’ils crient, je répondrai, et pendant qu’ils parlent, j’exaucerai » ? (És. 65. 24)

Vous voyez ces quatre jeunes exilés fléchissant leurs genoux devant le Dieu infiniment sage, faisant appel à Ses compassions au sujet de ce secret. Quelle efficace peut avoir une prière collective exprimant un besoin pressant ! (Mat. 18. 19). N’accède-t-elle pas directement au cœur de Dieu ?

Quel privilège de partager un exercice de foi avec quelques croyants et de le présenter à Dieu avec ferveur ! « Ne vous inquiétez de rien, mais en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces » (Phil. 4. 6).

« Alors le secret fut révélé à Daniel… Alors Daniel bénit le Dieu des cieux » (v. 19). Au lieu de se rendre aussitôt auprès du roi pour communiquer son secret, le cœur de Daniel est rempli de reconnaissance et il adore. Noble attitude de la foi, qui est toujours trop rare dans la chrétienté. Il prend le temps de rendre hommage à son Dieu qu’il sert continuellement (6. 16).

La grâce de Dieu fait alors ressortir l’humilité de Daniel qui s’efface lui-même pour donner toute gloire à Dieu seul lorsqu’il entre auprès du roi. « Ce n’est pas par quelque sagesse qui soit en moi plus qu’en tous les vivants, que ce secret m’a été révélé » (v. 30). « C’est Dieu qui révèle les choses profondes et secrètes ; il sait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure auprès de lui » (v. 22).

Pourrions-nous parler à Dieu comme Daniel ? : « Toi, Dieu de mes pères, je te célèbre et je te loue, parce que tu m’as donné sagesse et puissance, et que maintenant tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé » (v. 23). Voilà la délivrance, la réponse de Dieu qui est digne de toute louange !

Si « le songe vient de beaucoup d’occupations » (Éccl. 5. 3), celui du roi de Babylone avait une tout autre signification. Dieu présente, par l’étrange statue d’un homme, l’histoire des nations à travers quatre empires successifs. Au terme de cette période, Christ, le Fils de l’homme, prendra en main le pouvoir universel dans le glorieux règne millénaire, selon ce qui est exprimé : « Tu as mis toutes choses sous ses pieds » (Ps. 8. 6).

Daniel déclare à Nébucadnetsar qu’Il est « le roi des rois, auquel le Dieu des cieux a donné le royaume, la puissance, et la force, et la gloire ; et partout où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux des cieux, Il les a mis entre tes mains et l’a fait dominer sur eux tous » (v. 37 et 38).

À la suite de l’idolâtrie d’Israël, le siège du gouvernement de Dieu sur la terre quitte Jérusalem, et ce gouvernement est confié à Nébucadnetsar qui reçoit la domination universelle, le pouvoir absolu. Mais tout a été gâté par la tyrannie de cet homme marqué par l’orgueil, l’idolâtrie, l’esprit d’indépendance et l’impiété.

Les empires des nations disparaissent l’un après l’autre, démontrant que l’homme, administrateur infidèle, entraîne à la ruine tout ce qui lui est confié. Seul le royaume de Christ subsistera à toujours (v. 44). Puissent nos cœurs désirer un tel jour de gloire :

Viens, Prince de paix,

Viens, Prince de vie,

Régner à jamais !

Les trois compagnons de Daniel (Dan. 3. 1 à 18).

Nous avons remarqué précédemment comment Daniel et ses trois amis ont été fidèles à leur Dieu, alors qu’ils étaient déportés dans la lointaine Babylone idolâtre.

Leur foi a été éprouvée au sein d’une souffrance découlant de leur captivité.

Tout en se soumettant à l’autorité du roi, ils réalisent la vraie séparation de cœur pour Dieu. Séparés de la souillure et de la corruption d’un milieu impie, ils sont les instruments de Dieu et, par la prière, obtiennent la révélation de Ses secrets et des dispositions de Son gouvernement à l’égard de la terre jusqu’à l’avènement glorieux du règne de justice et de paix de Christ.

Vous avez sans doute appris ou même vécu que l’homme pieux qui craint son Dieu est continuellement éprouvé dans ce monde dont Satan est le prince.

Dieu nous soumet à différents tests pour que nous puissions vaincre par la foi et Le glorifier. Le service des fils de Kéhath, d’entre les fils de Lévi, dans la tente d’assignation (comme la note de nos bibles le souligne en Nombres 4. 3) impliquait tout à la fois labeur, souffrances et guerre. Les tentations et les pièges de l’ennemi de nos âmes sont nombreux et nous avons besoin de nous fortifier dans le Seigneur, prenant l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, nous puissions résister, et, après avoir tout surmonté, tenir ferme (Éph. 6. 10 à 18).

Une épreuve subite va fondre sur les trois jeunes amis de Daniel, confirmant ce que déclare l’Écriture : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés » (2 Tim. 3. 12).

Dieu avait permis que ces jeunes Hébreux fussent établis sur les services de la province de Babylone. Une telle position ne risquait-elle pas de susciter une cruelle jalousie des autres gouverneurs des régions de l’empire ? Tiendraient-ils ferme dans leur foi ?

C’est alors que Nebucadnetsar dressa dans la plaine de Dura une imposante statue d’or, haute de soixante coudées. Il ordonne à tous ses dignitaires de se prosterner devant elle et de l’adorer.

Voilà l’idolâtrie du cœur de l’homme déchu ! Se mettant à la place de Dieu, il tend toujours à s’adorer lui-même. Le Dieu des cieux avait donné à Nebucadnetsar la domination universelle et il avait lui-même confessé que le Dieu de Daniel était « le Dieu des dieux et le Seigneur des rois » (2. 47). Abusant de son pouvoir absolu, il veut avoir un dieu à lui, usurpant l’autorité qui appartient à Dieu seul.

Peut-être pensait-il consolider l’unité de son empire composé de nombreuses nations, en imposant une religion commune ? Avait-il donc si rapidement oublié le songe de la grande statue du chapitre 2, avec l’interprétation divine communiquée par Daniel ? Cependant il avait paru fortement impressionné, se prosternant même devant Daniel, le révélateur des secrets divins.

Les trois jeunes Hébreux Shadrac, Meshac et Abed-Négo sont présents à cette scène. L’ordre royal est impératif. « Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas, sera jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent » (3. 6). Quel profond exercice de conscience pour chacun d’eux ! C’est leur foi individuelle qui est mise à l’épreuve. Que vont-ils faire ? Qu’aurions-nous fait à leur place ? Cette cérémonie de la dédicace de la statue ne durerait que quelques courts instants, s’ils se prosternaient devant elle. Ne savaient-ils pas que l’idolâtrie de Juda avait courroucé l’Éternel, qui avait transporté son peuple à Babylone ?

Remarquez aussi comment la musique d’une grande diversité d’instruments est habilement utilisée pour atteindre les sens de l’homme naturel, afin de produire des sentiments religieux, sans toucher la conscience. Nous ne pouvons pas oublier que les descendants de Caïn ont utilisé la musique pour mener une vie agréable, loin de Dieu, dans un monde impie (Gen. 4. 21).

Dès que le signal fut donné, « tous les peuples, peuplades et langues, se prosternèrent et adorèrent la statue d’or que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée » (3. 7).

Seuls les trois jeunes hommes de Juda restent debout par la foi. C’est le moment d’avoir du courage. Ils connaissent la sainte loi de leur Dieu, selon Exode 20. 3 à 5. Ils ne craignent pas l’ordonnance du roi, car ils estiment qu’il ne serait pas juste d’écouter un homme plutôt que Dieu (Act. 4. 19). Aussi, ne redoutant pas la fureur du roi, ils proclament en public leur attachement au Dieu d’Israël. Ils savent que Nebucadnetsar tue qui il veut (5. 19). Mais l’obéissance de la foi est aussi absolue que la volonté propre du roi.

Cette attitude résolue de la foi excite la jalousie et la haine des accusateurs et déclenche la violente colère du monarque qui, dans son orgueil démesuré, lance un défi à Dieu : « Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main ? » (3. 15).

Vous voyez cette scène : d’un côté le monarque le plus puissant du monde, au faîte de la gloire humaine, entouré de tous les honneurs de son royaume, et de l’autre, les trois jeunes hommes de Juda, appartenant à une race méprisée, apparemment les plus faibles, mais soutenus par une foi inébranlable. Ces trois témoins sont préparés à réaliser cette parole d’Ésaïe 43. 1 et 2 : « Ne crains point, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi… quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras pas brûlé, et la flamme ne te consumera pas ».

Avec le plus grand calme, ils donnent leur réponse : « Nebucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet. S’il en est comme tu dis, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et il nous délivrera de ta main, ô roi ! » (3. 16 et 17). Voilà le langage d’une foi brillant de toute sa pureté ! Il y a un plein accord entre les paroles et la décision arrêtée dans le cœur. Ils savent que Dieu répondra.

Et la foi de ces jeunes gens n’est-elle pas encore rehaussée dans leur dernière parole avant l’épreuve du feu ? « Et sinon, sache ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée » (3. 18).

Le Dieu qu’ils servent est digne qu’ils lui sacrifient leur vie. Ils préfèrent mourir si Dieu ne les délivre pas, plutôt que d’être infidèles. Ils sont décidés, avec la force qui vient de Dieu, à ne pas renier le nom du Saint et du Juste.

Quel effet une telle attitude a-t-elle dans nos cœurs, dans notre vie ? En général nos épreuves n’atteignent pas une telle dimension, mais sachons que « celui qui est fidèle dans ce qui est très petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand » (Luc 16. 10).

Puissions-nous marcher dans le chemin de l’obéissance à Dieu, sans regarder aux conséquences !

Les trois compagnons de Daniel (Dan. 3. 19 à 30).

Vous vous souvenez sans doute du récit saisissant de la dernière fois. Les trois compagnons de Daniel ont arrêté dans leur cœur de rester fidèles au culte du vrai Dieu, même au péril de leur vie. Avec l’énergie de la foi, ils refusent de se prosterner devant l’imposante statue d’or que le roi Nebucadnetsar avait fait élever dans la plaine de Dura. Ce qui compte pour eux, mais aussi pour la foi dans tous les temps, c’est la volonté de Dieu. Ces jeunes hommes rendent témoignage avec une sainte hardiesse, sans se préoccuper des conséquences.

Accomplir un acte d’obéissance, rendre témoignage au Seigneur Jésus, s’engager à donner à Dieu la priorité sur l’autorité de l’homme : voilà qui entraîne une profonde souffrance.

Si nous ne sommes pas exposés à être jetés dans la fournaise de feu, chauffée sept fois plus que d’habitude, ne reculons-nous pas trop souvent devant les moqueries, le mépris, la désapprobation du monde ? N’était-ce pas la première fois que le roi tout-puissant enregistrait un refus d’obéissance aussi déterminé ?

On comprend que Nebucadnetsar soit rempli de fureur devant une telle résolution, et qu’il commande de lier Shadrac, Méshac et Abed-Négo, et de les jeter dans la fournaise de feu ardent (v. 20).

Les ordres terribles du roi sont exécutés. Les trois jeunes Hébreux sont liés tout habillés et jetés au milieu de la fournaise de feu par des hommes qui furent dévorés par la flamme. Voilà comment l’homme cruel parvient à se débarrasser des fidèles témoins de Dieu qui ont tenu ferme jusqu’à la mort !

Mais c’est maintenant l’heure de Dieu à l’égard de ceux qui « ont livré leurs corps, afin de ne servir et n’adorer aucun autre dieu que leur Dieu » (v. 28). Ils ont présenté leur corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu… leur service intelligent (Rom. 12. 1).

Dans un autre temps, l’apôtre Paul, prisonnier, affirme : « Christ sera magnifié dans mon corps, soit par la vie, soit par la mort » (Phil. 1. 20). Et en 1 Corinthiens 6. 19, il déclare : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ?… Vous avez été achetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps ». Que nos âmes soient sensibles à de telles paroles, alors que l’ennemi de nos âmes essaie de nous tenter et d’allumer des convoitises dans nos cœurs (Jac. 1. 14 et 15). Puissions-nous résister à cet adversaire redoutable, étant fermes dans la foi ! (1 Pier. 5. 9).

Ces trois jeunes croyants triomphent par la foi. Pas une plainte ne s’échappe de leurs lèvres. Dieu les soutient. Il est leur secours dans la détresse. Ils réalisent l’exhortation de Philippiens 4. 6 : « Ne vous inquiétez de rien ».

Mais voilà que Nebucadnetsar est consterné et se lève précipitamment en s’adressant à ses conseillers : « Voici, je vois quatre hommes déliés, se promenant au milieu du feu, et ils n’ont aucun mal ; et l’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu » (v. 25).

Qui est-il, ce mystérieux compagnon dans la fournaise ? N’était-ce pas l’Éternel se tenant tout près de Ses fidèles serviteurs pour soutenir leur foi et les garder de tout mal ?

L’apôtre, du fond de sa prison, peut dire : « Le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié » (2 Tim. 4. 17). Notre foi peut être affinée par le feu de l’épreuve. Mais une voix se fait entendre : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point », en sorte que, pleins de confiance, nous disions : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 5 et 6). Cette fournaise n’est-elle pas un lieu de rencontre du Seigneur avec les Siens ?

Après s’être assuré que trois hommes ont été jetés, liés, dans le feu, le roi s’écrie : « Shadrac, Méshac et Abed-Négo, serviteurs du Dieu Très-haut, sortez et venez ! »

Les trois jeunes Hébreux sortirent du milieu du feu, en présence du roi et de tous ses gouverneurs et conseillers, pour qu’il soit constaté que le feu n’avait eu aucune puissance sur leur corps. Les cheveux de leur tête n’avaient pas été brûlés… et l’odeur du feu n’avait pas passé sur eux (v. 27). Seuls les liens dont on les avait enlacés étaient consumés.

N’avons-nous pas en figure l’effet de l’épreuve de la foi « bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu » ? (1 Pier. 1. 7) Les liens par lesquels le monde veut attacher le croyant sont consumés et il peut marcher librement dans la présence du Seigneur Jésus. « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8. 36).

Ainsi ces jeunes témoins nous apprennent à nous confier en Dieu, qui peut éteindre la force du feu (Héb. 11. 33 et 34). La réalité de leur foi est démontrée aux yeux de tous et Dieu est glorifié. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31)

Vaincu par la puissance de Dieu s’exerçant en faveur de ceux qui le craignent, Nebucadnetsar prend la parole et dit : « Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo, qui a envoyé son ange et a sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui » (v. 28). Il donne à Dieu la gloire qui Lui revient et justifie ceux qui avaient refusé de se prosterner devant la statue d’or, par fidélité à Dieu.

Un ordre royal prononce une malédiction sur quiconque parlera mal du Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo, « parce qu’il n’y a pas d’autre Dieu qui puisse sauver ainsi » (v. 29). Par ces paroles, ce roi idolâtre reconnaît devant tous les représentants de son empire que sa statue n’était qu’un faux dieu. Un témoignage puissant est rendu au seul vrai Dieu que servaient les trois jeunes Hébreux. Et le roi éleva ces jeunes gens à un poste d’administrateurs dans la province de Babylone. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ».

Retenons cependant que la part des fidèles, placés dans un milieu idolâtre, c’est la souffrance. Ces trois compagnons de Daniel, dans cette scène, connaissent en figure ce qui attend le résidu juif fidèle dans les temps futurs d’Apocalypse 13. Il sera persécuté atrocement sous le règne du chef de l’empire romain dénommé la « Bête », pour bien marquer l’absence complète de relation avec Dieu.

Puissions-nous saisir les leçons importantes données par Daniel et ses trois compagnons au cours des trois chapitres que nous avons lus : se séparer pour Dieu de tout mal, quelles que soient les conséquences, s’attendre entièrement à Lui dans la prière pour toute difficulté, souffrir avec patience pour l’amour de son Nom.

Jean le Baptiseur (Luc 1. 1 à 25 et 57 à 80).

Nous nous proposons maintenant d’examiner avec le secours du Saint Esprit les récits d’enfants dans le Nouveau Testament.

Après un silence de plus de quatre siècles faisant suite à la révélation de l’Ancien Testament, par des instruments divinement inspirés, Dieu, qui est amour et lumière, Se manifeste pleinement en Christ. « De sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce. Car la loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1. 16 à 18).

Dans l’Évangile de Luc, avant la venue du Seigneur Jésus dans le monde, il est question de Son précurseur qui devait préparer Son chemin selon ce que le prophète Malachie avait annoncé : « Voici, j’envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ton chemin devant toi » (Luc 7. 27). Et le Seigneur, en parlant de lui déclare : « Parmi ceux qui sont nés de femme, il n’y a aucun prophète plus grand que Jean le baptiseur » (7. 28).

La venue de Jean fut divinement proclamée. Pendant que le sacrificateur Zacharie offrait, dans le temple à Jérusalem, l’encens sur l’autel d’or, l’ange Gabriel lui apparut au côté droit de l’autel pour lui annoncer qu’Élisabeth, sa femme, aurait un fils, en réponse à ses supplications (1. 13).

Nous devons noter que la nouvelle de cette naissance correspondait à un véritable miracle, car il est précisé que ce couple pieux n’avait pas d’enfant, parce qu’Élisabeth était stérile ; et qu’ils étaient tous deux fort avancés en âge (v. 7).

N’avons-nous pas en cela une image saisissante de la Loi incapable de produire du fruit pour Dieu ? De plus, le sacrificateur reste incrédule au message de grâce que lui adresse l’ange du Seigneur. Il sera muet jusqu’au moment où la promesse divine se réalisera.

Dieu a choisi un messager céleste pour proclamer cette naissance en raison de toute l’importance qu’il accorde à cette nouvelle.

Nous voyons aussi que Dieu répond aux prières selon Sa sagesse et Son amour envers les Siens. Rappelons-nous cette parole : « Si quelqu’un est pieux envers Dieu et fait sa volonté, celui-là il l’écoute » (Jean 9. 31). Il peut nous faire attendre pour exercer notre foi et notre patience, et développer notre confiance en lui. Mais ceux que Dieu emploie pour l’accomplissement de Ses voies doivent prendre conscience de leur néant.

Au moment où, par la foi, nous reconnaissons que nous sommes sans force, Dieu peut magnifier Sa puissance et Sa grâce. Comme Job à l’issue de son épreuve, nous pouvons affirmer : « Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour toi » (42. 2).

« Et tu appelleras son nom Jean » (v. 13). Ce nom choisi par Dieu signifie : la faveur de Jéhovah. Les requêtes de Zacharie pendant de longues années n’appelaient-elles pas la faveur de Dieu sur Son peuple à travers l’enfant demandé ? Et au moment où la réponse divine est sur le point de s’accomplir, le doute remplit le cœur de Zacharie (v. 18 à 20). Mais cela n’empêche pas Dieu d’exécuter Son dessein à l’égard de Son peuple. Jean, le plus grand des prophètes, allait être le précurseur de Jésus.

Voilà la bonne nouvelle venant du ciel pour exprimer la faveur de Dieu à l’égard des hommes. Comme ce nom était approprié à la mission confiée à ce serviteur en vue d’introduire l’époque de la grâce, et pour Israël et pour le monde !

Les voisins et les parents sont surpris par ce nom qui ne correspond pas aux traditions juives, mais le père confirme par écrit la prescription divine. Il montre sa soumission à la parole de Dieu. Il écrivit sur une tablette : « Jean est son nom ». « Et à l’instant sa bouche fut ouverte et sa langue déliée ; et il parlait, louant Dieu » (v. 58 à 64).

Quelle douce joie pour ces parents âgés de pouvoir exprimer leur gratitude envers le Dieu de toute grâce qui répondait au vœu de leur cœur en leur confiant cet enfant. Et la parole de l’ange se vérifie : « Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance » (v. 14).

« Il sera grand devant le Seigneur » (v. 15). Cette grandeur relative dépend de Celui dont Jean serait le héraut. Selon les paroles de deux prophètes annonçant sa venue, Jean est envoyé pour préparer le chemin devant le Seigneur (És. 40. 3 à 8 et Mal. 3. 1). C’est par un appel incisif à la repentance, en constatant que la ruine de l’homme était irrémédiable, que le prophète préparait les cœurs. Pour de telles âmes, profondément convaincues de péché, confessant leurs fautes, la seule issue était la pure grâce de Dieu.

La grandeur de Jean ressort quand il parle de Celui qui vient d’en haut et qui est au-dessus de tous (Jean 3. 31). Il peut dire : « Après moi vient un homme qui prend place avant moi » (Jean 1. 30). Il se rend compte qu’il n’est rien, pour donner toute gloire au Seigneur. Le secret du bonheur de cet homme se trouvait dans l’oubli de lui-même.

Cette vertu trop rare, c’est l’humilité, que seul le chrétien peut revêtir, par la foi, lorsque Jésus est tout pour son cœur. N’est-il pas écrit : « L’abaissement va devant la gloire » ? (Prov. 15. 33) Jean rend témoignage de la lumière, afin que tous croient par Lui. Mais le monde n’a pas connu Celui qui était la vraie lumière, et les Siens ne l’ont pas reçu (Jean 1. 6 à 12).

Jean a aussi rendu témoignage à la Parole qui devint chair et habita au milieu de nous, apportant la grâce et la vérité et révélant le Père (Jean 1. 14 à 18). En proclamant la vérité il déclare : « Moi, je suis la voix de Celui qui crie dans le désert » (Jean 1. 23). Témoin fidèle, il se contentait d’être une voix pour Dieu.

Et lorsqu’il voit Jésus venant à lui, Jean dit : « Voilà l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1. 29). Il est tout occupé de la valeur de l’œuvre de Christ, la parfaite victime, le Sauveur. Il la contemple dans ses résultats glorieux, le péché étant aboli pour toujours.

De plus il voit en Jésus Celui qui baptise de l’Esprit Saint, le Fils de Dieu (Jean 1. 32 à 34). Puissions-nous parler du Seigneur Jésus et de Son œuvre expiatoire comme Jean l’a fait, nos cœurs et nos pensées étant absorbés par une telle contemplation ! Dès maintenant nous pouvons dire au Seigneur Jésus :

Dans nos cœurs remplis de ta grâce,

Toi seul auras toute la place

A toujours.

Jean le Baptiseur (Luc 1. 15 à 25, 37 à 80).

Comme nous l’avons rappelé la dernière fois, la naissance miraculeuse de Jean le Baptiseur a été annoncée à ses parents, une famille de sacrificateurs, par l’ange Gabriel. Cet enfant était une réponse à leur foi, un exaucement à leurs prières.

Après lui avoir donné son nom, l’ange déclare : « Il sera grand devant le Seigneur » (v. 15). Jean, le plus grand des prophètes, est envoyé pour préparer le chemin devant le Seigneur, par de puissants appels à la repentance, « pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (v. 17).

L’ange ajoute que cet enfant ne boira ni vin, ni cervoise. Cette prescription concernait les nazaréens, ceux qui étaient consacrés à l’Éternel (Nomb. 6). Moralement, ils devaient se séparer de tout ce qui, dans ce monde, excite les sens, les joies naturelles. Pas de vin, pas de boisson forte, pour ceux qui sont mis à part pour le service de Dieu, selon la loi du nazaréat. Et il sera rempli de l’Esprit Saint dès avant sa naissance. Selon Éphésiens 5. 18, le Saint Esprit ne peut agir avec puissance que dans un cœur sevré de tout excitant charnel.

C’est alors que le service de Jean est bien défini. « Il fera retourner plusieurs des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu et Il ira devant lui dans l’esprit et la puissance d’Élie » (v. 16 et 17).

Dans son zèle ardent pour la gloire de Dieu, le prophète Élie avait pour mission de rétablir par la repentance des relations entre Israël et l’Éternel. Animé du même esprit, Jean le Baptiseur prêcherait la repentance envers Dieu pour que les âmes soient amenées à la foi au Seigneur Jésus et en Son œuvre expiatoire.

Tout pénétré de la grandeur de Celui dont il était le précurseur, Jean, vase de la puissance et de la grâce divine, s’emploierait avec ferveur à préparer un peuple bien disposé pour accueillir Jésus, la parfaite expression de la faveur de Dieu à l’égard de tous les hommes. L’un de nos jeunes lecteurs n’aurait-il pas encore apprécié une telle grâce ?

A propos de la naissance de Jean, malgré l’âge avancé d’Élisabeth, sa mère, l’ange prononce ces paroles toujours actuelles pour la foi : « Rien ne sera impossible à Dieu » (v. 37).

Chers enfants, croyons-nous une telle déclaration ? A-t-elle une signification dans notre vie de chaque jour, dans notre marche, dans notre témoignage ? La foi voit bien des difficultés en face d’elle, éprouve le côté pénible des circonstances, mais elle a un secret : elle introduit le Dieu vivant en toutes choses. Elle regarde à Lui, elle se confie en Lui. Le Seigneur ne veut-Il pas nous encourager par cette parole : « Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23).

N’oublions pas cependant notre exercice nécessaire de dépendance vis-à-vis de Dieu : la foi ne veut que ce que Dieu veut. C’est un homme tout dévoué au Seigneur, chargé d’une chaîne, en prison, qui par expérience peut dire : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Phil. 4. 13).

La naissance miraculeuse de Jean, la détermination de son père lui donnant le nom attribué par l’ange Gabriel avant sa naissance, la guérison de l’infirmité de Zacharie ouvrant sa bouche pour louer Dieu, tout cela occupe le cœur des âmes pieuses habitant le pays des montagnes de la Judée. Dieu entend nos conversations et Il connaît même toutes nos pensées (Ps. 139. 2 et 4).

Considérons ce qui est écrit à propos de quelques fidèles, humbles et cachés, dans le dernier prophète de l’Ancien Testament : « Alors ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu… Ils seront à moi, mon trésor particulier, dit l’Éternel des armées » (Mal. 3. 16 et 17).

Vous qui aimez et connaissez le Seigneur Jésus, saisissez l’occasion de parler de Lui entre vous ou avec un camarade qui vous demanderait raison de l’espérance qui est en vous.

Et la main du Seigneur était avec cet enfant (v. 66). La puissance protectrice de l’Esprit de Dieu dont il était rempli (v. 15) reposait sur lui dès son enfance. Heureux enfant formé à l’école de Dieu ! Quelle sainte préparation pour un serviteur !

Esdras ne déclare-t-il pas : « La main de notre Dieu est en bien sur tous ceux qui le cherchent » ? (Esd. 8. 22). Ne pouvons-nous pas être au bénéfice d’une telle grâce ? N’est-ce pas la main de Dieu qui agit avec puissance, qui garde Ses chers rachetés et répand sur eux Ses riches bienfaits ? Sommes-nous assez reconnaissants pour tous les soins fidèles de notre Dieu, qui pourvoit à tous nos besoins ?

Que Dieu inscrive dans nos cœurs ces paroles : « Mon âme, bénis l’Éternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits » (Ps. 103. 2).

« Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il fut dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël » (v. 80).

Quel développement équilibré dans la vie de cet enfant : la croissance physique était accompagnée de progrès graduels sur le plan moral et spirituel par l’opération continue du Saint Esprit en lui. Il vivait dans la solitude des déserts, à l’écart des vains bruits du monde.

C’est ainsi que Dieu prépare ses serviteurs, dès leur jeunesse, pour le ministère auquel Il les destine. Son vêtement même le faisait reconnaître comme le prophète du Très-Haut : un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins ; et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage (Mat. 3. 4). Vrai nazaréen pour Dieu, séparé de tout, il était marqué par l’austérité du prophète Élie.

Son ministère est annoncé dans la prophétie de Zacharie : « Tu iras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour donner la connaissance du salut à son peuple, dans la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (v. 76 à 78).

Ce grand salut nous est offert aujourd’hui encore. Il s’agit de l’accepter dans notre cœur par la foi au Seigneur Jésus.

Jésus enfant (Luc 1. 26 à 38, Mat. 1).

Parmi toutes les naissances d’enfants dans ce monde, depuis celle de Caïn, il n’y en a pas de plus importante pour l’humanité que celle de Jésus, à Bethléhem, selon ce que le prophète Michée avait annoncé (5. 2).

Cette naissance est un élément du grand mystère de la piété : « Dieu a été manifesté en chair » (1 Tim. 3. 16). Et Jean précise : « Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père) pleine de grâce et de vérité » (1. 14). « Dieu ayant autrefois, à plusieurs reprises et en plusieurs manières, parlé aux pères par les prophètes, à la fin de ces jours-là, nous a parlé dans le Fils » (Héb. 1. 1 et 2).

Le Dieu Tout-puissant, créateur des cieux et de la terre, que nul œil n’a vu ni ne peut voir, qui habite la lumière inaccessible, a voulu se révéler à l’homme pécheur pour lui apporter le salut et le pardon des péchés. Dieu nous aima et envoya son Fils unique dans ce monde pour être la propitiation pour nos péchés, car nous étions coupables – pour être le Sauveur du monde, car nous étions perdus – afin que nous vivions par Lui, car nous étions morts (1 Jean 4. 10, 14, 9).

La bonne nouvelle que Dieu proclame par l’évangile, c’est qu’Il se révèle dans le don de Son Fils. « Grâces à Dieu pour son don inexprimable ! » (2 Cor. 9. 15).

Avec quel soin et quelle sobriété les évangélistes Matthieu et Luc relatent la venue de Jésus dans ce monde ! Il y entre par la naissance, comme tous les hommes. Lui, le Fils de Dieu, n’a-t-il pas vécu complètement l’histoire de l’homme, de la naissance à la mort, une parfaite humanité toute à la gloire de Dieu ? Il reste le vrai Modèle pour tout croyant.

Chers jeunes lecteurs, puissiez-vous contempler le Seigneur Jésus par la foi, dès sa naissance, à travers les récits des évangiles !

C’est l’ange Gabriel qui est chargé d’annoncer cette naissance à une vierge d’Israël, nommée Marie, habitant la ville de Nazareth en Galilée. N’est-elle pas le vase que Dieu a choisi pour être la mère du Sauveur ?

Événement inouï, aux conséquences glorieuses et éternelles : « Emmanuel vient jusqu’à nous. Dieu se fait homme : Ô saint mystère ! Que son peuple adore à genoux ! ».

Saisie d’émotion, la jeune fille est troublée à la parole de l’ange. Mais quelle précieuse part est la sienne, car elle a trouvé grâce auprès de Dieu.

L’ange lui dit : « Tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jésus », nom qui signifie : Jéhovah-Sauveur. Et il ajoute : « Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1. 32 et 33).

Il nous appartient de célébrer la grandeur infinie de Celui qui, comme Fils du Très-haut, est le Fils de Dieu de toute éternité. Et il est aussi, comme fils de Marie, fils de David, le Messie, afin de régner à toujours sur Israël. « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit » (Dan. 7. 14).

Comme Fils de l’homme, Il régnera sur l’univers tout entier, jusqu’à ce qu’Il ait remis le royaume à Dieu le Père, et ce sera l’état éternel dans un nouveau ciel et une nouvelle terre.

L’ange précise encore : « La sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (v. 35). Quel mystère inscrutable ! Le Fils de Dieu devint homme par la seule puissance du Saint Esprit, sans l’intervention de la volonté de l’homme. Toutes ces gloires appartenaient à cet enfant absolument saint, qui serait un vrai Nazaréen pour Dieu, séparé de tout mal et de toute souillure.

« Quand l’accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils, né de femme, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l’adoption » (Gal. 4. 4 et 5).

Apprécions-nous assez que le Fils de Dieu soit devenu homme en venant dans ce monde pour nous sauver ? « Voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et appellera son nom Emmanuel ». Dieu avec nous… « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné… on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix » (És. 7. 14 ; 9. 6).

Ainsi la foi reçoit simplement, en adorant, le fait insondable de l’union de l’humanité et de la divinité de Christ. « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père » (Mat. 11. 27). Ce n’est pas notre intelligence naturelle, aussi développée soit-elle, qui peut comprendre ce mystère ; mais c’est par la foi que, ayant reçu la vie de Jésus animée par la puissance du Saint Esprit, nous pouvons saisir ce que Dieu nous révèle à l’égard de Son Fils bien-aimé.

La Parole est absolue : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2. 14).

Dans l’évangile de Matthieu, le Seigneur Jésus est présenté comme le Messie, le roi d’Israël, l’objet des promesses et des prophéties faites à Israël. Une généalogie est ici nécessaire pour démontrer que Jésus était celui qui répondait aux promesses faites à Abraham, et en même temps l’héritier authentique du trône de David. La généalogie est celle de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. En Matthieu 1, c’est la généalogie officielle, reconnue par les Juifs parce que c’est celle de Joseph, le mari de Marie, qui était estimé être le père de Jésus (Luc 3. 23). Les trois séries de quatorze générations chacune correspondent aux trois grandes périodes de l’histoire d’Israël : de l’appel d’Abraham à David (v. 2 à 6), de David à la transportation de Babylone (v. 7 à 11), de la transportation à la naissance de Jésus (v. 12 à 16).

Dans cette longue énumération de noms, il y a certes des hommes pieux dont la mémoire est en bénédiction : Abraham, David, Ézéchias, Josias ; mais il y a aussi des rois impies, Achaz, Manassé, Amon… qui ne sont pas supprimés.

Au moment où le Sauveur est révélé, Dieu se plaît à souligner que le salut offert par grâce dans Son glorieux évangile s’adresse à quiconque (Jean 3. 16). Il y a en particulier quatre femmes dont les noms se rattachent à des faits humiliants, mais leur histoire exalte la grâce infinie de Dieu qui a voulu sauver de viles créatures en leur donnant un Sauveur. Oui ! là où le péché a abondé, la grâce a surabondé (Rom. 5. 20).

Chacun de nos jeunes amis peut-il déclarer avec bonheur : « Jésus est mon Sauveur, il est mort pour moi » ?

La naissance de Jésus et les bergers de Bethléhem (Luc 2. 1 à 20).

Comme nous l’avons précisé le mois dernier, le prophète Michée avait annoncé la naissance de Jésus à Bethléhem (5. 2), alors que Marie, sa mère, habitait Nazareth.

Pour que cette prophétie s’accomplisse, Dieu se sert d’un édit de César Auguste, le premier empereur romain, proclamant le recensement de toute la population de l’empire.

Ainsi chacun devait aller à sa propre ville pour y être enregistré. Soumis à l’autorité de l’empereur, Joseph et Marie, ignorés de tous, se rendent à Bethléhem parce qu’ils appartiennent à la famille royale de David. Ce qui compte pour Dieu, c’est que les Écritures s’accomplissent à l’égard du lieu de naissance de Son propre Fils. N’est-il pas écrit : « Toutes choses te servent » ? (Ps. 119. 91)

Dieu peut préparer un grand poisson pour engloutir Jonas, mais aussi préparer un ver pour ronger le kikajon qui faisait ombre sur sa tête (2. 1 et 4. 7). Il peut aussi faire parler l’ânesse de Balaam (Nomb. 22. 30). Mais dans notre passage de Luc 2, c’est l’empereur Auguste qui est l’instrument choisi, malgré lui, pour faire la volonté de Dieu.

Et il arriva, pendant qu’ils étaient à Bethléhem, que Marie mit au monde son fils premier-né, et l’emmaillota, et le coucha dans la crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie (2. 7).

Arrêtons-nous en ce lieu pour y contempler le saint mystère de la naissance de Jésus, le Messie, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Fils de Dieu.

Le monde ne l’attend pas et ne trouve pas de place pour Lui. Nous ne sommes pas ici à la cour d’un roi ou à Jérusalem. Mais Jésus naît dans une obscure étable, dans l’humiliation la plus profonde. Il vient en grâce pour sauver l’homme pécheur.

Quelle mère accepterait de placer son enfant dans un tel berceau ? La carrière terrestre de Jésus, toute d’amour, commence par une crèche et finit sur une croix. Cela met en évidence tout le désordre moral engendré dans ce monde par le péché, mais aussi l’amour de Dieu qui prend la dernière place pour nous servir.

Jésus descend dans la crèche de Bethléhem et s’abaisse jusqu’à la croix de Golgotha. Nos cœurs ne s’attacheraient-ils pas à un tel Sauveur qui a accepté de prendre une telle place dans ce monde pour le rachat de notre âme ?

Ainsi la grâce de Dieu brille tout au long de la vie de Jésus. Elle est à la portée de chacun qui en éprouve le besoin. Elle est accessible à tous les hommes, car Dieu ne fait pas acception de personnes. Chacun de nous peut alors s’interroger : quelle place Jésus tient-Il dans mon cœur ?

Dans l’histoire des hommes la naissance de Jésus est ignorée. Vos manuels d’histoire ne la signalent pas. Mais pour Dieu, l’événement est d’une importance capitale. La nouvelle doit être proclamée aux fils des hommes.

Quels seront-ils, ceux que Dieu choisit pour leur confier un tel message ? Ce ne sont pas les grands de la terre, mais d’humbles bergers demeurant aux champs, et gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. « Et voici, un ange du Seigneur se trouva avec eux, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux ; et ils furent saisis d’une fort grande peur » (v. 9).

Quand l’homme est tout à coup dans la présence de Dieu, sa conscience parle et il est effrayé. Certes ces hommes ne sont pas plus coupables que leurs semblables. La seule issue pour eux ne peut être que le message de grâce de l’ange du Seigneur : « N’ayez point de peur, dit-il, car voici, je vous annonce un grand sujet de joie qui sera pour tout le peuple ; car aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci en est le signe pour vous, c’est que vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (v. 10 à 12).

Quelle merveilleuse grâce que cette bonne nouvelle ! Quel sujet de joie pour ces hommes simples, pour tout le peuple, pour chacun de nous ! Ce petit enfant, couché dans la crèche, est le Sauveur des hommes. L’intelligence humaine ne peut sonder les pensées de Dieu.

Retenons que « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes… en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 28 et 29). « Et soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes ! » (v. 13 et 14). Les chœurs célestes exaltent le mystère insondable de la piété : « Dieu a été manifesté en chair… a été vu des anges » (1 Tim. 3. 16).

Tout le ciel est en émoi pour ce qui concerne les hommes, car l’amour de Dieu est manifesté par la naissance de Jésus sur la terre. Dieu envoie Son Fils pour être le Sauveur du monde.

La venue de Christ magnifie la gloire de Dieu dans les lieux très hauts, car la victoire du bien sur le mal est assurée, l’amour de Dieu est supérieur au péché de l’homme.

Malgré la chute de l’homme que Satan voulait entraîner sous le jugement divin, Dieu Se glorifie par Sa grâce. « Car la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». C’est le Seigneur Jésus qui a pris notre place sous le jugement de Dieu. « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi… c’est le don de Dieu » (Éph. 2. 8).

Les anges annoncent la paix sur la terre. Les nations déploient beaucoup d’efforts aujourd’hui pour obtenir la paix entre elles, mais jusqu’à ce jour, tout est vain. L’homme est sous les conséquences du péché et « il n’y a pas de paix, dit l’Éternel, pour les méchants » (És. 48. 22). Mais bientôt le Seigneur viendra établir Son règne de justice et de paix sur la terre, après avoir vaincu Ses ennemis, Satan lui-même étant lié pour mille ans.

Enfin l’armée céleste proclame le bon plaisir de Dieu dans les hommes. En effet, lors du baptême de Jésus par Jean, il y eut une voix qui venait du ciel disant : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (Luc 3. 22). Voilà l’appréciation de Dieu à l’égard de Celui dont les délices étaient dans les fils des hommes (Prov. 8. 31) !

Dieu amène plusieurs fils à la gloire, en consommant le chef de leur salut par des souffrances (Héb. 2. 10). Parmi les rachetés, Il sera premier-né entre plusieurs frères (Rom. 8. 29).

Aussitôt la foi est en activité chez ces bergers, car ils désirent voir le petit enfant Jésus. La parole de Dieu fait autorité sur leur cœur et ils se hâtent pour aller à Bethléhem. Selon le signe qui leur a été indiqué, ils trouvent le petit enfant. Leur cœur est tout occupé de ce qu’ils ont entendu et vu, et ils peuvent désormais en rendre témoignage, tout en louant Dieu qui réalise de tels desseins à l’égard de l’homme. Pouvez-vous rendre grâces à Dieu pour Son don inexprimable ?

D’après La Bonne Nouvelle 1983

LAURIE

LAURIE ou les mystères

Chapitre 1. « Que nous allons être heureux ! »

Laurie s’assit sur une malle usée, dans le jardin, et regarda autour d’elle. Grégory (le plus souvent appelé « Greg ») était debout à ses côtés, un doigt dans la bouche, examinant avec beaucoup d’intérêt la vieille voiture inconfortable et son honnête conducteur aux larges épaules. C’était un froid et gris après-midi de février.

En face d’eux, les enfants n’aperçurent aucune maison. Mais sur les bords de la route, des peupliers en longues rangées se balançaient au souffle du vent glacé. Au-delà, les bandes brunes des champs labourés allaient jusqu’à une plantation de sapins qui s’étendait à l’horizon sur une longueur d’environ deux kilomètres.

Ce n’était pas un coup d’œil réjouissant et Laurie, se sentant malheureuse et gelée, se retourna brusquement pour examiner la maisonnette. Le toit était de chaume et il y avait deux fenêtres à la mansarde : un balcon en bois et une fenêtre de chaque côté. Les murs avaient été fraîchement blanchis, et un rosier grimpait jusqu’au toit en s’efforçant de fleurir en dépit des mauvais traitements que les maçons lui avaient fait subir.

Elle considéra le jardin : ce n’était qu’une étendue d’herbe ; cependant, de chaque côté de l’allée de gravier, deux massifs ronds avaient été préparés au milieu de chaque pelouse. Tout paraissait nu, froid et mort. Laurie tourna de nouveau son attention vers la voiture et les bagages. Esther, une grande femme maigre et décharnée, aux larges pommettes et aux joues rouges, essayait de hâter les mouvements du cocher. Elle arrivait dans l’allée avec un panier, une caisse carrée en bois, et un grand sac en tapisserie.

Sa voix s’élevait en protestations aiguës :

– Voilà un gros fainéant, qui a besoin d’être secoué ! Vous nous retiendrez jusqu’à minuit… Je me demande si vous êtes capable de lever votre petit doigt pour aider une femme ! Maintenant, enfants, entrez ; ceci est le dernier chargement. Ouf, c’est fini !

Laurie se leva avec un soupir de soulagement et, prenant Greg par la main, entra dans la petite maison qui allait être leur nouveau foyer.

C’était un chaos de caisses et de meubles ; mais au milieu de tout ce désordre se trouvait la seule personne capable d’y mettre de l’ordre et du confort… leur mère !

Elle était à genoux, soufflant un feu qu’elle venait d’allumer, et comme les flammes s’élevaient, jetant une lueur chaude sur sa mince forme vêtue de noir, elle se retourna pour accueillir les enfants.

– Venez vite, mignons ! Quels visages graves ! Vous mourez de froid ; venez près du feu. N’est-ce pas que voilà une gentille petite maison. Nous allons être heureux ici !

Ces mots joyeux et vifs amenèrent tout de suite des sourires sur les petits visages. Greg accourut et fut aussitôt enlevé sur les genoux de sa mère. Laurie s’agenouilla à ses côtés et étendit ses petites mains vers la flamme accueillante.

– Il fait si froid et triste dehors, maman !

– Oui, mais nous sommes dedans maintenant, ma chérie.

Laurie appuya sa joue sur l’épaule de sa mère, d’un geste caressant qui lui était familier. Elle avait une mignonne petite figure un peu délicate, avec de grands yeux foncés, encadrés d’épaisses boucles brunes ; mais quoiqu’elle fût à cette heure-là pensive et tranquille, elle était d’habitude très vive, avec l’esprit et l’imagination qu’on se serait attendu à trouver en un corps trois fois plus grand qu’elle. Greg était un solide blondin aux yeux bleus, qui suivait passivement la volonté de sa sœur. Il montrait toutefois une facilité surprenante à se faire lui-même un plan d’action et à l’exécuter avec une vitesse étonnante sans s’occuper des conséquences.

Leur mère était encore jeune et charmante dans sa simple robe de veuve. On pouvait voir de qui Laurie tenait ses beaux yeux et ses cheveux soyeux. Mais malgré sa jeunesse, Mme Oliver avait, dans ses traits, une expression de volonté indomptable qui était absente chez l’enfant. C’était une femme qui, sans être belle, avait le don de captiver et d’intéresser tout le monde dès qu’on la voyait. Au cours d’une conversation animée, mille expressions différentes passaient sur son visage grave, qui s’éclairait parfois d’une gaieté franche, et sa physionomie pouvait refléter une sérieuse détermination ou des pensées profondes aussi bien que sourire à des traits d’esprit étincelants.

Son passé avait été triste. Les lignes inquiètes de son front et de ses lèvres le disaient assez. Mais le présent semblait heureux, et l’avenir envisagé avec courage et confiance. Le souvenir de ce premier soir s’imprima dans la mémoire des enfants pour tout le reste de leur vie. Ils arrivaient d’un appartement situé au-dessus d’une laiterie à Londres ; en contraste la tranquillité et le calme de leur nouvelle maison et de tout l’entourage les intriguaient et les émerveillaient. Cependant, ce soir-là, lorsque Laurie fut couchée dans son petit lit dans la chambre de sa mère, elle regarda longtemps la flamme dans la cheminée. Se sentant si bien, après ce long voyage, dans des draps blancs et propres, elle appela sa mère à ses côtés :

– Est-ce que nous allons être riches ici, maman ?

Mme Oliver rit gaiement.

– Riches en santé, j’espère, Laurie, en grand air frais, en soleil, et riches aussi… – ici sa voix s’abaissa doucement – par le puissant secours et la grande bonté de Dieu.

– Je L’aime ! fut l’exclamation enthousiaste de Laurie, puis elle se retourna sur son oreiller, et s’endormit profondément.

Les quelques jours suivants furent bien remplis. Esther et Mme Oliver déballaient, rangeaient, et petit à petit, chaque chambre devenait habitable. Deux jolies petites pièces, une assez grande cuisine, deux chambres à coucher et une vaste mansarde furent meublés aussi simplement que possible.

Mme Oliver posait des tapis, accrochait des tableaux, cousait des bandes de tissu pour faire des rideaux et des coussins, transformait des caisses en divans, suspendait des étagères et des porte-manteaux, le tout avec une rapidité et une gaieté de cœur qui coupait le souffle à sa fidèle servante qui essayait vainement de la suivre.

Laurie et Greg, couverts de chauds manteaux, étaient envoyés dehors pendant une grande partie de la journée. Il ne leur manquait rien. Le jardin n’était qu’une longue et étroite pelouse entourée d’un petit mur de pierres. À son extrémité grandissaient deux pommiers, un cerisier, et un vieux chêne. Par-dessus le mur on voyait une lande couverte d’arbustes et de bruyère fanée ; au loin, à une distance d’environ un demi-kilomètre, quelques maisonnettes se groupaient autour de l’église du village. Mais la grande attraction de ce vieux jardin était un puits. Il avait un vieux couvercle de bois et une grosse poulie où s’enroulait la corde pour faire monter ou descendre le seau.

Esther, voyant quelle fascination tout cela exerçait sur les enfants, avait bâti une barricade au moyen d’un vieux grillage qu’elle avait trouvé dans une cabane, et leur avait défendu de toucher la poulie ou les seaux. Mais elle ne pouvait pas les empêcher d’exercer leurs esprits remuants sur cet intéressant sujet.

Le soleil brillait. Laurie et Greg avaient tous deux grimpé le mur de pierre, s’étaient assis, balançaient leurs petites jambes turbulentes et causaient vite et sérieusement.

– C’est une très belle chose à avoir dans son jardin, parce qu’on ne sait jamais ce qu’il y a au fond, ni qui habite sous l’eau.

– Ce sont des crapauds, dit Greg en faisant l’important.

– Non, pas de vilains crapauds, mais de belles petites dames aux cheveux blonds. Elles remontent et dansent sur l’herbe quand nous sommes couchés.

– Des fées ?

– Des ondines, je crois qu’on les appelle. Elles dorment dans des coquillages, elles ont des robes d’herbe marine rose, et montent à cheval sur des poissons.

– Y a-t-il des poissons là-bas dedans ?

– Tout au fond, il y a tout ce qu’on peut imaginer.

– Des éléphants et des girafes ?

– Eh bien, dit Laurie en hésitant, si on descend assez profond, qu’on nage bien loin, on ressort probablement en Inde ou en Afrique.

– Je pêcherai des poissons pour déjeuner ! dit Greg d’un air décidé. Laurie secoua la tête et fronça les sourcils.

– Tu ferais peur aux ondines.

– Peut-être que j’en pêcherai une aussi, continua Greg, plein d’ardeur. Mais Laurie se hâta de protéger le secret et le charme sacré de son puits merveilleux.

– Un jour, dit-elle, un petit garçon a pêché dans un puits, quoiqu’on le lui ait défendu. Et quelque chose a attrapé sa ligne et l’a tiré dedans jusqu’au fond. Puis il s’est senti saisi entre les pinces d’un de ces gros homards rouges qui vivent dans la mer, qui ont des dents et des griffes comme des pointes de fer, une bouche comme une grande fournaise, et des yeux comme ceux des chats dans le noir ! Et il a crié, mais c’était inutile. Le gros homard l’écrasa lentement, en fit une pâte, et l’avala pour son dîner.

Cette horrible histoire amena un air pensif sur la figure de Greg. Il changea de sujet.

– D’où vient l’eau ? demanda-t-il.

– De la mer, répondit promptement Laurie. Puis elle sauta de son mur et regarda avec regret par-dessus la barrière.

– C’est magnifique d’avoir un puits qui nous appartienne, continua-t-elle. C’est comme dans la Bible. Je crois que Joseph a été mis dans un puits.

– A-t-il vu les dames et le homard rouge ? demanda Greg.

– Je crois que c’était un puits desséché, mais c’était tout de même très sombre et désagréable pour lui. Oh ! Regarde, Greg, as-tu entendu ce petit clapotis ? J’ai vu bouger l’eau. Je crois que c’est une petite ondine ! Elle voulait nous voir, et maintenant elle est partie en courant pour le dire aux autres.

– Comment était-elle ?

– Elle avait une robe rose, et des fleurs dans les cheveux, et de mignons bras blancs, et sa figure était comme celle de l’ange gardien, dont l’image est dans la chambre de maman…

– Peut-être qu’elle en était un, d’ange ! Laurie secoua la tête.

– Non, les anges ne vont jamais dans les puits : ils sont trop sages. Les ondines sont plutôt méchantes.

– Qu’est-ce qu’elles font ?

Mais Laurie avait subitement changé d’idée, et s’élança en courant.

– Escaladons le mur, et sortons sur la lande.

Aussitôt dit, aussitôt fait. C’était une journée délicieuse et bientôt les enfants galopaient sur l’herbe tendre et courte, se sentant libres dans le grand espace qui s’étendait devant eux.

Tout à coup, Laurie s’arrêta net. Une jeune personne vêtue d’un manteau et d’une jupe de lourd tissu brun arrivait vers eux avec cinq ou six chiens bondissant et aboyant autour d’elle. Greg recula aussitôt devant les chiens, mais Laurie tint ferme, et lorsqu’un terrier exubérant s’élança sur elle, elle eut un joyeux éclat de rire. L’étrangère s’arrêta net et rappela le chien.

– Ah, dit-elle, d’un air un peu hautain, vous êtes de nouveaux venus. Je ne vous ai jamais vus. Où habitez-vous ?

Laurie montra du doigt la maison.

– Ah ! dit la jeune fille, paraissant comprendre. Je sais qui vous êtes. J’ai entendu dire qu’une veuve de peu de ressources l’avait louée. Je suppose que vous êtes ses enfants.

Il y avait dans ce ton quelque chose que Laurie n’aimait pas. Elle répondit avec défiance :

– Nous sommes les enfants de maman, voilà ce que nous sommes !

La demoiselle eut un petit rire.

– Savez-vous que cette maison m’appartient ? dit-elle. J’espère que vous êtes de gentils petits enfants, polis et sages, sinon je ne vous voudrais pas.

– Avez-vous bâti le puits ? demanda Greg, les yeux ronds, en s’approchant très intéressé.

– Ce puits est aussi vieux que Mathusalem, je crois ; combien êtes-vous d’enfants ? Êtes-vous les seuls ?

– Greg et moi, c’est bien suffisant, merci, dit Laurie en fronçant de nouveau les sourcils.

– Je viendrai voir votre mère un de ces jours, dites-le lui. Et dites-lui que vous avez vu mademoiselle Monteil et qu’elle espère que la maison est confortable. La jeune fille continua son chemin après un petit signe de tête. Puis elle se retourna vers Laurie en riant.

– Vous êtes une petite vipère, dit-elle et, sifflant ses chiens, elle partit.

« Je ne l’aime pas ! » dit Laurie en frappant du pied.

– Allons le dire à maman, suggéra Greg. Ils partirent en courant pour aller déverser toutes leurs confidences. Mme Oliver, assise par terre pour coudre un tapis, les écouta en riant.

– Elle est la grande dame de l’endroit, mignons ; tout le village lui appartient, et elle habite au Pavillon, une magnifique maison au-delà de ces bois de sapins. J’espère que vous lui avez parlé gentiment. Maintenant, courez vous amuser dehors, Esther et moi sommes très occupées.

En très peu de jours, le cottage fut en ordre. « La chambre de maman », comme disaient les enfants, était pour eux le plus joli coin. Dans un angle était sa grande table à écrire ; tous ses livres étaient rangés sur des étagères contre le mur. Un grand divan recouvert de cretonne, une table à ouvrage, deux fauteuils et un petit piano complétaient l’ameublement. Mais tout cela donnait une étonnante impression de confort et de bien-être. Tous les angles et les espaces vides étaient garnis de gravures, de porcelaines, de curiosités étrangères. La petite salle à manger paraissait au contraire bien nue, mais les enfants y retrouvaient leur caisse de jouets, et tous leurs joujoux favoris.

Tous les matins, pendant deux heures, Mme Oliver se tenait à la salle à manger pour surveiller les leçons. L’après-midi et le soir on la voyait toujours à son petit bureau, à écrire, écrire, écrire. Et Laurie se demandait si elle écrivait des lettres à toutes les personnes de la terre ! Quelquefois elle posait sa plume et appelait les enfants au piano pour chanter ensemble quelques cantiques, ou les menait faire une promenade.

À l’heure du goûter, avant qu’on allume les lampes, elle s’installait avec eux sur le grand divan et leur racontait de merveilleux récits de la Bible, tels que Noé entrant dans l’arche à l’heure du déluge ; ou David, le jeune berger, vainqueur du géant Goliath avec sa fronde et par sa confiance dans le grand Dieu des armées d’Israël ; ou encore Paul et Silas emprisonnés, chantant des cantiques à la gloire du Dieu qui allait les libérer. Et d’autres récits encore que les enfants écoutaient l’âme ravie. Quelquefois – très rarement – elle avait une conversation sérieuse avec sa petite fille. Une de ces conversations demeura longtemps gravée dans la mémoire de Laurie.

Ils étaient installés depuis trois semaines dans leur nouvelle maison, Esther avait emporté Greg pour le coucher, et Laurie, un livre devant elle, était étendue sur le tapis devant le feu, dans la « chambre de maman ». Elle était très tranquille. On n’entendait que le bruit de la plume de sa mère voyageant rapidement sur la feuille de papier, et le tic-tac de la petite pendule sur la cheminée. Enfin Mme Oliver se leva avec un soupir et un bâillement.

– Eh bien, ma chérie, que lis-tu ?

– Ce sont les « Chants de l’ancienne Rome », répondit Laurie en relevant sa figure rouge et excitée.

Sa mère sourit, prit le livre de sa main et, s’asseyant dans un fauteuil, l’installa sur ses genoux.

– Tu marcheras sur mes traces, je crois. Maintenant causons. Je suis si lasse d’écrire !

– Faudra-t-il que j’écrive toujours des lettres aussi, maman, quand je serai grande ?

– Ce ne sont pas exactement des lettres. Non. Je demande à Dieu que ma petite fille ne soit pas obligée de vivre de sa plume. Je lui souhaite un meilleur sort.

– C’est une plume qui fait vivre ?

– Pour moi, oui. C’est elle qui nous donne du pain et du beurre, des vêtements et du charbon, et beaucoup d’autres choses utiles. Du moins, elle gagne l’argent pour acheter tout cela.

Laurie regarda avec beaucoup de respect la plume en argent de sa mère. Toute cette écriture était un grand mystère pour elle. Elle ne pouvait pas comprendre comment cela pouvait leur apporter de l’argent, et elle conclut, dans sa petite tête, que sa mère écrivait des lettres à des personnes pour leur demander de lui en envoyer. Elle exprima vaguement cette idée, et sa mère se fâcha presque.

– Ne sais-tu pas – es-tu trop petite pour comprendre ? – que toute personne ayant le moindre sentiment d’amour propre ou d’honneur ne demande jamais de l’argent ? J’aimerais mieux mourir que de le faire ! Écoute-moi, Laurie, et souviens-toi de ceci toute ta vie : je préférerais te voir dans la tombe que vivant de charité et satisfaite de l’accepter. Il n’y a qu’une chose qui soit pire que de mendier, c’est d’emprunter et d’avoir des dettes. Tu es une petite fille maintenant, et je ne te dirai pas mes soucis et mes peines. Dieu merci, je suis encore jeune et forte. Mais pendant longtemps, toi et Greg et moi avons souffert parce que quelqu’un avait autrefois emprunté de l’argent et j’essaye encore de le rembourser. Je veux que mes enfants aient autant que moi l’horreur des dettes. N’achète jamais rien à moins d’avoir dans ta poche l’argent pour le payer.

La Parole de Dieu, d’ailleurs, nous le recommande quand elle dit : « Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres. L’amour ne fait pas de mal au prochain ». Tu vois donc qu’avoir des dettes, c’est faire du tort à quelqu’un.

Les yeux de Mme Oliver étincelaient de profonde émotion. Laurie écouta, comprenant à peine, sur le moment, l’agitation de sa mère ; mais ces paroles descendirent dans son cœur et y restèrent. Elle jeta ses bras autour du cou de sa mère et s’écria :

– Je ne demanderai jamais de l’argent, maman, et je n’aurai jamais, jamais de dettes ! Redis-moi ce que c’est qu’une dette.

– C’est de l’argent qu’on doit à quelqu’un.

– Et si quelqu’un vous donne de l’argent et que vous le preniez, est-ce une dette ?

– Si l’on n’a pas droit à l’argent, il ne faut pas le prendre. Oh ! Laurie, il faut aider maman autant que tu pourras, car elle s’est donné une lourde tâche !

Il était très rare que Mme Oliver montre à ses enfants le côté pénible de sa vie, aussi Laurie garda-t-elle un souvenir ému de cette conversation, et prit la résolution que, lorsqu’elle serait grande, elle ferait pour sa mère toute son écriture, afin que celle-ci puisse se reposer, être heureuse, et n’avoir rien à faire.

Chapitre 2. « Sois sa petite gardienne ! »

Les jours s’allongeaient : Laurie et Greg passaient presque tout leur temps dehors, libres d’errer à leur guise à travers la lande et les champs. Un après-midi, ils arrivèrent au bois de sapins, et furent impressionnés par l’étrange solennité de l’endroit.

– Suivons ce petit sentier, Greg, et peut-être que nous arriverons à quelque chose de merveilleux.

– Y a-t-il des lions et des ours comme ceux qui attaquèrent les brebis de David ? demanda Greg, reculant devant le chemin sombre.

– S’il y en avait, dit Laurie énergiquement, c’est alors qu’il nous faudrait continuer. Il n’y a que les poltrons qui reculent. Greg ne protesta pas davantage. Le chemin était facile. Des pommes de pins étaient éparses sur l’herbe et les enfants n’avançaient pas vite, car ils ne pouvaient se lasser de remplir leurs poches de tels trésors. Enfin, ils arrivèrent à une pente qui dévalait vers une prairie verte. Laurie s’y élança en courant.

– Je n’aime pas les sapins, dit Greg, levant avec délices sa petite figure vers le soleil.

– Non, dit Laurie, regardant pensivement en arrière. Songes-y, Greg, ils sont tout tristes, fiers et importants. Ils sont d’une grande famille et ne veulent pas connaître leurs voisins ; ils sont très pauvres, et n’ont pas beaucoup à manger, alors ils sont tous bien maigres. Ils se resserrent ensemble pour se tenir chaud, et on ne les entend jamais rire ou chanter, ils sont trop « comme il faut ».

– Et que leur arrivera-t-il, à la fin ? demanda Greg qui se haussait sur les talons, dans le pré ensoleillé. Invente une histoire terriblement affreuse, Laurie ! La figure de Laurie s’illumina ; elle aimait beaucoup à rendre ses histoires épouvantables. La tragédie lui était plus naturelle que la comédie.

– Eh bien, dit-elle, un jour la fée des Bois viendra ; elle étendra sa baguette en disant : « Riez maintenant et remerciez le soleil pour ses rayons et les oiseaux pour leurs chansons ! » Mais les sapins se secouent et murmurent : « Nous voulons être misérables et empêcher le soleil de briller à travers nos branches ». Alors la fée enflamme une allumette et dit : « Vous assombrissez tellement le chemin que vous faites peur aux enfants. Maintenant je vais vous punir en faisant de la lumière ». Et elle allume un arbre ; il s’enflamme et tombe contre son frère qui s’enflamme aussi. Alors ils essayent de se sauver ; mais ils ne peuvent pas. Ils crient et ils tremblent, mais les flammes montent de plus en plus haut. Bientôt ils sont tous embrasés et poussent des cris et des gémissements affreux. Ils deviennent tout rouges et ardents, puis ils craquent ; et le feu rugit et s’élance en flamboyant et ils se cassent et crac ! crac ! crac ! leurs têtes se fracassent et tombent, et leurs grands bras et leurs petites branches tombent et se cassent en craquant, en sifflant, en criant ! Et enfin le feu s’éteint, et les grands sapins fiers et raides restent couchés par terre, tout noirs et morts.

– Ah ! ah ! ah ! fit Greg, les yeux lui sortant presque de la tête. Puis, comme Laurie s’était tue, il avança sur l’herbe verte en se disant à voix basse : « Ils deviennent tout rouges et ardents, ils craquent et le feu rugit et flambe ! puis ils se cassent et tombent, crac ! crac ! crac ! ». Il répétait triomphalement les mots, puis soudain un plan d’action se présenta à son esprit. Il poursuivit son chemin, avec un sourire de sereine satisfaction illuminant sa figure de bébé rose.

Ils traversèrent la prairie, puis arrivèrent à un portail en bois et se trouvèrent près d’une petite rivière. L’eau courante les fascina, et lorsqu’ils virent des poissons qui se faufilaient dans le ruisseau clair, ils s’assirent sur le bord pour les regarder. Bientôt, couchés à plat ventre, leurs petites jambes levées et battant l’air, ils plongeaient leurs bras dans l’eau, en grand danger de perdre l’équilibre et de tomber, la tête en avant. De soudains aboiements de chiens les firent se retourner… Mlle Monteil était à leurs côtés.

– Ah, petits drôles ! Comment donc avez-vous pu venir jusqu’ici ? Savez-vous que ceci est mon étang privé, pour les truites, et que personne ne doit en approcher ? Greg baissa la tête, confus, mais Laurie regarda la jeune fille, bravement, en face :

– Nous marchions seulement, tout droit, et nous sommes arrivés ici, dit-elle.

– Vous pouvez seulement marcher tout droit avec moi, alors, dit Mlle Monteil de sa voix éclatante et claire, jusqu’à ce que je décide ce qu’on doit vous faire. Voyez-vous cet écriteau, là ? Savez-vous lire ?

Laurie leva la tête et épela lentement : « Les intrus seront poursuivis ».

– C’est cela ; et comme vous êtes deux petits intrus qui pénétrez sur ma propriété, je vous emmène chez moi pour vous donner une leçon. Elle avait dans les yeux un air amusé que les enfants ne virent pas. Greg serra la main de sa sœur et mordit ses lèvres pour ne pas pleurer. Laurie tint la tête haute, une expression ferme et résolue sur le visage. Des visions de gendarmes et de prisons passaient dans son esprit. Ils étaient des maraudeurs, et c’était elle qui avait entraîné Greg. Que dira maman si elle ne les voyait pas rentrer à l’heure du thé ? Que dira-t-elle quand elle saura qu’ils sont emprisonnés ? Son petit cœur était prêt à déborder, et sa figure était pâle et fixe.

Mlle Monteil les conduisit en sifflant d’un air insouciant. Ils passèrent par un autre portail et longèrent une plantation d’arbustes, puis ils arrivèrent devant une grande maison de pierre blanche.

– Maintenant, dit-elle, regardant leurs mines terrifiées, je vais vous conduire à une dame et lui demander ce qu’on doit faire de vous.

Elle entra dans un grand vestibule carré, poussa une porte au fond, et les enfants se trouvèrent dans une grande pièce confortable remplie de divans et de fleurs. Là, devant un bon feu, une vieille dame aux cheveux blancs tricotait, tenant sur ses genoux un chat blanc de race persane.

– Voyez donc, mademoiselle Grant ! Regardez ce que je vous apporte ! Deux vilains petits maraudeurs qui barbotaient dans mon étang de pêche, et ils ne sont même pas repentants. Que conseillez-vous ? Les fouetter ?

– Ma chère Iris ! – Mlle Grant regarda la jeune fille d’un air de reproche, puis tendit la main à Grégory.

– Viens ici, mon petit homme, et dis-moi ton nom. Mais, ce ne sont pas des enfants du village, Iris ! Qui sont-ils ?

– Les locataires de la Villa Japonica. Je vous ai déjà parlé d’eux.

Mlle Monteil se jeta dans un fauteuil près du feu, lança son chapeau sur un divan et ajouta :

– Ce sont des maraudeurs et nous allons les punir pour l’exemple. Venez ici, mademoiselle Vipère, et ne prenez pas cet air méfiant. Maintenant comment vais-je vous punir ?

Laurie eut une soudaine inspiration. Elle leva la tête, et, avec une lumière dans les yeux :

– Vous devez nous pardonner ; c’est ce que nous disons tous les matins dans notre prière : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! »

– Eh bien, vous savez donc prêcher ! Que dites-vous de cela, mademoiselle Grant !

Mlle Grant secoua la tête :

– Ma chère Iris, ne les taquinez pas ainsi, ils ne vous comprennent pas.

Iris bondit, et sortit en courant. Alors Laurie sourit pour la première fois :

– Vous ne nous mettrez pas en prison, n’est-ce pas, dit-elle en regardant Mlle Grant en face. Nous ne voulions pas être sots, et Greg n’a pas été sot du tout. C’est moi qui l’ai conduit jusqu’à l’étang.

– Non, ma chérie, certainement nous ne vous mettrons pas en prison, mais parlez-moi de vous. Aimez-vous votre petite maison ?

Dix minutes après, Iris, entrant dans la chambre, trouva les petites langues déliées et Mlle Grant quelque peu ahurie par les « ondines du puits », la « plume magique de maman » et toutes les fantaisies de l’esprit impulsif de Laurie.

Iris portait une assiettée de gâteaux et de raisins.

– Eh bien, voici votre punition, dit-elle. Vous devez manger chacun une tranche de gâteau et une demi-grappe de raisins, puis retourner tout droit chez vous, aussi vite que vos jambes pourront vous porter.

Laurie la regarda, un peu intriguée, mais le gâteau et les raisins étaient bons. Greg et elle se mirent immédiatement à manger. Quand ils eurent fini leur goûter, Iris dit brusquement :

– Eh bien, mademoiselle Vipère, comment m’aimez-vous, et que pensez-vous de moi ?

– Je… je n’ai pas peur de vous, dit Laurie d’un ton résolu, et je suis fâchée d’avoir maraudé. Nous ne reviendrons jamais de ce côté. Greg et moi vous remercions pour les gâteaux et les raisins…

– Et, ajouta Greg, peut-être reviendrons-nous un jour dans cette belle maison.

– Peut-être qu’on ne vous invitera pas, dit Iris en riant. Elle se tenait debout devant le foyer, les pieds écartés et les mains dans les poches de sa jaquette. Grande, les épaules larges, elle inspirait à la plupart des gens une certaine crainte. Laurie la regarda de haut en bas, toute perplexe. Elle ne comprenait pas si la jeune fille était méchante ou bonne.

– Alors vous n’avez pas peur de moi ? dit Iris, se tournant vers Laurie en fronçant ses épais sourcils. Avez-vous peur de quelqu’un ?

– De personne, dit promptement Laurie, en levant bravement la tête.

– Je suis habituée à être traitée avec beaucoup de respect, continua Iris, et désormais, quand je vous rencontrerai, je m’attends à une révérence. Tous les enfants du village me font de jolies petites révérences.

– Je ne sais pas ce que c’est, avoua Laurie.

– Ne la taquinez pas, objecta Mlle Grant à voix basse.

Iris rit encore.

– Je lui apprendrai le respect dû à ses supérieurs, mademoiselle Grant.

– Ce n’est pas une enfant du village.

Laurie ne comprenait pas ces discussions.

– Pouvons-nous partir, s’il vous plaît ? demanda-t-elle.

Mlle Grant les attira à elle et les embrassa. Iris les mena dans le vestibule, puis fit signe à un domestique qui balayait l’allée :

– Tiens, Bobby, reconduis ces enfants. Ils ne savent pas leur chemin. C’est à la villa Japonica qu’ils habitent… Et, petite Vipère, dites à votre mère que j’irai lui faire une visite demain. Et je m’attends à ce que vous me fassiez une gentille petite révérence quand j’arriverai à la porte. Adieu.

Elle rentra, et, sous la conduite de Bobby, Laurie et Greg suivirent la longue avenue.

Mme Oliver fut mécontente du compte rendu que les enfants lui firent de l’emploi de leur après-midi. Elle avait un air sévère en leur servant le thé. Enfin Laurie dit tristement :

– Es-tu fâchée contre nous, maman ?

– Je suis fâchée que vous erriez dans les propriétés privées, répondit Mme Oliver. Je ne crois pas que Mlle Monteil nous connaisse ; elle ne sait rien de nous. Et je ne tiens pas à ce qu’elle vienne ici, après vous avoir parlé comme elle l’a fait. Je préférerais ne pas la voir.

– Je ne l’aime pas, dit Laurie lentement. Elle m’appelle « petite vipère », et je n’en suis pas une.

– J’ai peur que ma petite fille n’ait pas été polie.

– Non, j’ai oublié d’être gentille, confessa Laurie.

Mme Oliver ne dit plus rien sur ce sujet. Grégory fut très excité pendant tout le reste de la soirée, et finit par raconter longuement à Esther les splendeurs de la « belle grande maison », pendant qu’elle le couchait.

– C’est un endroit charmant, dit-il encore, en posant sa tête blonde sur l’oreiller, et j’y retournerai un autre jour, quand je voudrai du gâteau… Mais les sapins qui craquent et qui flambent ! ce sera encore plus beau ! Puis, à voix basse, il murmura avec extase : Ils deviennent tout rouges, et puis ils craquent et le feu rugit et les flammes s’élancent, et ils se cassent et crac ! crac ! crac ! Le sommeil l’emporta avant qu’il pût en dire davantage.

Le lendemain, quand les leçons furent finies, Greg disparut. Laurie alla au jardin et se mit à désherber avec beaucoup d’énergie un massif de fleurs. Elle était tellement absorbée par son travail qu’elle ne s’aperçut pas de l’absence de son frère. Ce ne fut qu’à l’heure du repas de midi que, voyant qu’il ne revenait pas, elle commença à se sentir inquiète et coupable.

– Je suis si fâchée, maman, dit-elle en courant à la chambre de sa mère, mais Greg s’est perdu. Je l’ai tout à fait oublié, et maintenant je ne sais plus où le trouver.

– N’était-il pas au jardin, avec toi ?

– Je ne crois pas qu’il y soit venu du tout. Du moins, depuis longtemps. Mme Oliver se leva de son bureau.

– J’irai le chercher. Je ne suis pas contente de toi, Laurie. Tu sais combien tu peux m’aider en prenant soin de lui, et je veux que tu sentes que je te confie une responsabilité. Greg est un bien petit garçon, et très polisson. J’ai toujours cru que, lorsque je vous envoyais dehors après vos leçons, tu le surveillais. Il faut que tu apprennes à m’aider et ne pas penser uniquement à tes propres plaisirs au point d’en oublier Grégory.

Mme Oliver ne grondait pas souvent ses enfants. De grosses larmes roulèrent sur les joues de Laurie. Elle suivit sa mère, silencieusement, tout autour du jardin, mais Greg n’y était pas. Enfin, elles sortirent sur la route, et là, à son grand soulagement, Mme Oliver vit le solide petit bonhomme, arrivant tranquillement. Il sourit lorsqu’il l’aperçut, et courut vers elle.

– Oh, mon chéri, où étais-tu ?

Greg glissa avec confiance sa petite main dans celle de sa mère. Il avait chaud, ses vêtements étaient en désordre. Sa figure et ses mains étaient très sales.

– J’allais faire quelque chose de magnifique, dit-il, seulement il est venu un vilain vieux qui était en colère et qui a tout gâté.

– Raconte-moi tout.

Grégory se retourna au milieu du chemin et montra du doigt les bois de sapins dans le lointain.

– J’allais les brûler tous, dit-il, fièrement. Tous, tous ! Et alors ils seraient devenus tout rouges et ils auraient craqué et flambé avec un grand fracas ! Cela aurait été épouvantablement terrible ! Mais les allumettes étaient si stupides, elles s’éteignaient toujours ; mais j’ai continué et j’ai essayé et essayé et j’ai pris un tas de papiers et alors j’ai fait une fournaise et les branches mortes et les pommes de pin brûlaient joliment ! Mais la vilaine fumée ! Ça cuisait les yeux et les stupides arbres ne voulaient pas s’enflammer. Mais la fournaise flambait toujours, et puis un vieux monsieur est arrivé en courant et m’a appelé un vilain petit garçon. Et quand je lui ai dit ce que je voulais faire, il m’a grondé terriblement. Alors je me suis sauvé et il a éteint le feu avec ses pieds, et il a été très méchant.

– Il faudra que je te punisse après dîner, dit Mme Oliver, épouvantée en entendant l’emploi du temps de son fils, mais je ne veux pas te dire un mot avant dîner. Nous sommes tellement en retard.

Ce fut un repas silencieux ; puis Mme Oliver fit monter le petit garçon dans sa chambre et lui parla longuement. Elle le laissa assis dans un coin, la figure contre le mur et descendit, une expression de grande lassitude empreinte sur son visage. Appelant Laurie, elle l’emmena dans son petit bureau. Puis elle l’entoura de ses bras et l’approcha d’elle.

– Laurie, je ne veux pas te vieillir avant l’âge, j’aime à te voir gaie et contente, mais il faut que je te parle sérieusement. Aimes-tu maman ?

Laurie inclina la tête. Sa petite figure était devenue toute rouge et elle n’arrivait à parler.

– Tu sais, continua Mme Oliver en l’attirant plus près d’elle, que je n’ai pas le temps de vous soigner comme je le voudrais. J’aimerais vous donner une gouvernante ou une institutrice, mais je ne peux pas. Esther n’a pas beaucoup plus de temps que moi, et Greg et toi êtes très souvent seuls. Tu es assez grande pour comprendre quel mal ton frère aurait pu faire ce matin, et comme c’est étonnant qu’il ne se soit pas brûlé lui-même. Il me dit que tu lui as raconté une histoire où il s’agissait de brûler des sapins. Naturellement tu ne croyais pas lui mettre de telles idées en tête. Je ne te reprends pas pour cela. Mais tu vois comme il a besoin qu’on prenne soin de lui. Je ne veux pas, qu’en grandissant, tu deviennes une enfant égoïste et insouciante. Je veux que tu penses et que tu vives pour les autres comme le Seigneur Jésus nous enseigne à le faire. Essaie d’être pour Grégory ce que moi je voudrais être, si je le pouvais… Sois sa petite gardienne, à tout moment. La prière de mon cœur chaque matin, c’est que le Seigneur vous protège et vous bénisse !

Laurie pleurait très fort.

– Punis-moi au lieu de Greg, je t’en prie, sanglotait-t-elle.

– Non. Il faut que ton frère ait sa leçon. Je crois que tu es assez punie en sachant que tu as fait de la peine à ta maman, et gaspillé deux heures de son temps précieux. Je te donnerai un petit texte à méditer : « Jésus n’a point cherché à plaire à Lui-même » (Romains 15. 3). T’en souviendras-tu ? Allons, je crois que ma fillette essayera vraiment d’être sage.

Laurie cacha sa figure sur l’épaule de sa mère.

– Je tâcherai, murmura-t-elle. Je ne veux pas être égoïste, maman, jamais !

– Demande au Seigneur Jésus de t’aider, ma chérie, et maintenant sauve-toi : maman va être très occupée pour rattraper le temps perdu.

Chapitre 3. Un ange dans les bois

Ce fut par des conversations comme celle-là que le caractère de Laurie se développa petit à petit. Elle sortit de la chambre de sa mère, le cœur brûlant et palpitant du désir de se montrer la fidèle gardienne de son petit frère. Elle s’assit sur le balcon de bois devant la porte, et se mit à inventer, dans son imagination féconde, les merveilleuses histoires des malheurs qui pourraient arriver à Grégory, mais d’où elle le sauverait invariablement. Au point culminant des aventures se trouvait un affreux naufrage et un requin ! – Et puis, disait-elle, parlant tout haut sans s’en douter, je le porterais dans mes bras à travers l’eau ; les éclairs et le tonnerre éclateraient et mugiraient. Et la tempête soulèverait les vagues comme de grandes montagnes et un énorme requin, soufflant, et roulant des yeux de feu fondrait sur moi comme… comme une locomotive ! Et je nagerais aussi vite que je pourrais, mais le souffle me manquerait, et alors des matelots dans une barque viendraient à mon aide. Je serais de plus en plus épuisée et naturellement, si je lâchais Greg, je pourrais me sauver vers la barque facilement… très facilement. Mais je me souviendrais de ce que maman m’a dit, et alors je pourrais tout juste tendre petit frère aux matelots, et ils l’attraperaient, et il serait sauvé. Mais le requin me saisirait et ses dents s’enfonceraient dans mon dos. Oh ! Je ne pourrais vraiment pas le supporter : je serais forcée de laisser tomber Greg ».

La scène était si vivement décrite que Laurie se mit à sangloter passionnément. Puis, se levant, elle frappa le sol du pied, serra les poings et dressa fièrement la tête avec une détermination superbe dans ses yeux bruns :

– Non, je mourrais, bien sûr que je mourrais pour mon frère, et le requin me mangerait par petits morceaux. Mais je ne pleurerais pas, et maman dirait en recevant son fils dans ses bras : « Ma Laurie a été une fidèle gardienne… »

– Comme c’est touchant !

Ces paroles dites d’un ton insouciant et moqueur ramenèrent immédiatement la fillette à la réalité. Elle se retourna, les joues encore humides de larmes et vit Mlle Iris Monteil. L’enfant, toute honteuse, aurait voulu disparaître sous terre. Mlle Monteil avait-elle tout entendu ? Elle avait donc parlé tout haut ?

Iris rit de sa mine confuse et rougissante :

– Pauvre petite héroïne dévorée ! C’est vraiment dommage de vous ramener à la vie, mais je voudrais voir votre mère. Et où est votre révérence ?

Laurie se glissa dans le couloir, et lorsque Esther, entendant des voix, s’avança pour introduire la visiteuse dans la chambre de Mme Oliver, la petite fille monta en courant à sa chambre. Elle n’aurait plus jamais voulu se retrouver en face d’une personne qui prenait tant de plaisir à la taquiner.

Iris entra et salua Mme Oliver de son air direct et protecteur. Elle avait été gâtée par sa position dans le village. Elle régnait sur ses locataires et les menait à la baguette. À part le vieux pasteur et sa femme qui l’affectionnaient, elle n’avait pas d’amis de son monde qu’elle pût voir souvent. Elle comptait trouver en Mme Oliver une timide et modeste veuve de commerçant, mais son maintien fier et libre, sa voix douce et harmonieuse la déconcertait un peu.

– Quelle jolie chambre vous avez, dit Iris, essayant de recouvrer son sang-froid, et comme elle a un aspect érudit avec tous ces livres ! Aimez-vous beaucoup la lecture ?

– Beaucoup. Mes livres ont toujours été mes meilleurs amis.

– Vous avez besoin d’une occupation dans ce petit village. Je ne tiens pas beaucoup à la lecture moi-même, je suis toujours dehors. Connaissez-vous quelqu’un dans le voisinage ?

– Je connais Mlle Bernard et son frère aux Tours Rondes. C’est Mlle Bernard qui m’a parlé de cette villa.

– Oh, vraiment ! Les Bernard ne sont pas ceux que je fréquente, ils mènent une vie si tranquille et retirée que je n’ai jamais eu l’occasion de les rencontrer. Ce sont de vrais bouquinistes. N’est-il pas le directeur de la Revue mensuelle ? Mlle Bernard est une véritable littéraire. La plupart de mes amis, c’est-à-dire le peu que j’en ai, s’occupent plutôt de sport que d’étude. Et naturellement, les Bernard ne s’apercevraient pas de moi. Je suis une simple enfant pour eux.

Elle regarda Mme Oliver ironiquement : « Je ne pensais pas qu’une personne savante viendrait habiter un jour notre petit village. Vous n’avez pas encore vu M. Gay ! »

– C’est le pasteur d’ici ? Je l’ai vu à l’église.

– Oui, sa femme a été malade, sans quoi elle serait venue vous faire une visite. Je ne comprends pas pourquoi je ne vous ai pas vue à l’église. J’ai pourtant bien regardé de tous côtés.

Mme Oliver sourit ; la conversation ne fut pas ennuyeuse, mais lorsque Iris se leva pour partir, elle sentit qu’elle ne connaissait pas mieux les évènements de la vie de sa locataire que lorsqu’elle était entrée dans la maison. On fit allusion aux enfants et Mme Oliver se souvint tout à coup de Grégory.

– Il faut que j’aille chercher mon petit garçon. Il a été très sot, mais je n’avais pas l’intention de le laisser si longtemps en punition.

Elle quitta la chambre et revint quelques minutes après, avec ses deux enfants. Greg gai et radieux, Laurie timide et abattue.

– J’ai été un vilain garçon, déclara-t-il volontairement à Iris, mais je suis sage maintenant. J’ai presque brûlé des milliers et des milliers d’arbres, mais ils ne voulaient pas s’enflammer. Je ne ferai plus jamais du feu dehors, c’est criminel !

– Oh, petit singe, c’est de toi que le jardinier me parlait ce matin ? Tu étais dans mes bois de sapins ?

Greg fit un signe de tête et prit un air important.

– Vous ne croiriez pas qu’un si petit garçon puisse faire de si grandes sottises, dit Mme Oliver, en caressant les boucles blondes. Je crois qu’il ne se rendra plus coupable d’une telle escapade.

– Vous avez une curieuse paire d’enfants, dit Iris, les regardant l’un après l’autre, très amusée…

– Il faut que je parte. Je suis vraiment très contente d’avoir fait votre connaissance et j’espère que nous serons amies.

Elle partit, et, avec un soupir de soulagement, Mme Oliver retourna à sa table pour écrire.

Quelques jours après, Laurie et Grégory partirent en expédition à la recherche de primevères.

Il y avait au village une boutique tenue par une joyeuse bonne femme, Mme Pratt. Esther y menait quelquefois les enfants, lorsqu’elle allait acheter quelque article d’épicerie, et une ou deux fois ils y avaient été envoyés tout seuls pour une commission. C’était Mme Pratt qui, dans une de ces occasions, avait dit à Laurie où se trouvaient les plus belles primevères. Elle partit donc avec son frère avec deux grands paniers qu’ils espéraient remplir pour « maman ». Ils traversèrent la lande, du côté opposé au village, ouvrirent un portail blanc sur un vieux pont qui traversait la rivière, puis il fallut grimper à travers un petit bois pour arriver aux ruines d’une vieille tour. Ils pouvaient l’apercevoir à travers les jeunes pousses vertes des chênes et des hêtres qui les entouraient. En cet endroit, à l’abri des vieux murs de pierre, les primevères poussaient et fleurissaient à foison. Par cet après-midi ensoleillé, l’air frais du printemps, les chants des oiseaux, et le parfum flottant des petites fleurs qu’ils venaient cueillir, tout réjouissait l’âme sensible de Laurie.

Greg babillait et riait, et tous deux remplissaient gaiement les paniers. Tout à coup, quelque chose d’étrange les fit tressaillir : une voix, tout près d’eux, s’éleva et fit entendre un admirable chant. Les enfants s’arrêtèrent. Si douces, si surnaturelles, si merveilleusement mélodieuses étaient ces notes pures, que Laurie, en extase, souffla à son petit frère : « Ce doit être un ange ! »

Ils n’entendirent aucun autre son, et ne virent aucun autre signe qui pût leur faire supposer qu’ils n’étaient pas seuls dans le bois. Les exquises notes cristallines s’élevaient et s’abaissaient, vibrant dans l’air pur du printemps, et les oiseaux paraissaient s’être tus pour écouter :

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil ;

Et c’est moi que la terre envoie

Offrir un salut au soleil.

Je pars des chaumes blancs de brume,

À mes pieds flotte un fil d’argent ;

La rosée emperle ma plume,

Et je la sème en voltigeant.

Je plane et chante la première

Dans l’azur frais où l’aube éclot !

Je me baigne dans la lumière

Et vais me mirer dans un flot.

Ma voix est sans note plaintive,

Je ne dis rien au triste soir !

Je suis la chanson gaie et vive

De la jeunesse et de l’espoir.

Je dis au malade qui veille :

« Bénis Dieu, la nuit va finir ! »

Au laboureur que je réveille :

« Fais ton sillon pour l’avenir ! »

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil,

Et c’est moi que la terre envoie

Offrir un salut au soleil.

Comme les derniers mots s’éteignaient, Grégory retrouva sa voix.

– Je crois, dit-il avec emphase, que ça c’est un oiseau qui a appris à parler…

– C’est un ange ! s’écria Laurie tremblante d’émotion.

Ni l’un ni l’autre des enfants ne pensa à aller vers l’endroit d’où la voix était venue. Ils étaient absolument sûrs qu’aucune créature humaine ne pouvait avoir une telle voix, et lorsqu’elle se tut, aussi soudainement qu’elle avait commencé, Greg retourna, satisfait, à ses primevères. Laurie quant à elle, s’assit sur l’herbe, les mains jointes autour de ses genoux et les yeux pleins de larmes :

– Je voudrais être au ciel, dit-elle enfin. Maman m’a dit qu’il y avait beaucoup d’anges dans le ciel. Dans un livre de la Bible, pas bien loin des Psaumes, je crois, il est même écrit qu’ils éclataient de joie (Job 38. 7)… je suis sûre qu’un ange est descendu dans le bois. Quand nous serons au ciel, Greg, nous chanterons aussi avec de belles voix. Mais nos cantiques seront pour le Seigneur Jésus qui nous a pardonné tous nos péchés. Maman dit que Jésus a beaucoup souffert à cause de nous sur une horrible croix… Oh ! Que j’aimerais Lui chanter un cantique avec une voix du ciel !

Les yeux bleus du petit se levèrent vers le ciel limpide.

– J’aurais le vertige, observa-t-il.

Laurie revint alors sur terre.

– Il faut nous dépêcher et remplir nos paniers, puis nous rentrerons.

Les enfants cueillirent encore beaucoup de fleurs, et lorsque les paniers furent pleins, ils retournèrent doucement sur leurs pas.

– J’espère que nous aurons encore l’occasion d’entendre l’ange, dit Laurie, comme son frère lui demandait pourquoi elle restait immobile.

– Je crois, dit Grégory toujours pratique, qu’il est allé maintenant prendre son thé. Moi, j’ai affreusement soif !

Ils arrivèrent très fatigués. Esther leur servit leur thé, car leur mère était sortie.

– Et je suis bien contente qu’elle ait enfin une petite distraction, dit Esther, énergiquement. Vous n’étiez pas partis depuis plus d’une demi-heure qu’une voiture arriva et Mlle Bernard en descendit. Vous en souvenez-vous ? Elle venait voir votre mère à Londres… Elle s’est reposée un instant puis elle est arrivée vers moi : « Esther, qu’elle me dit, je vais emmener votre maîtresse pour prendre le thé avec moi ; elle est toute pâle et lasse. Vous vous occuperez des enfants quand ils rentreront, n’est-ce pas ? Elle serait inquiète ».

– Bien sûr que je m’en occuperai, que je dis. Comme ça, nous avons décidé votre mère, et elle reviendra tard, parce que les Tours Rondes sont à dix bons kilomètres d’ici, c’est le cocher qui me l’a dit.

– Je n’aime pas que maman s’en aille ! dit Grégory, faisant la moue ; nous lui avons apporté un tas de primevères et mes mains me font mal de les avoir ramassées.

– Après le thé, nous les mettrons dans sa chambre, suggéra Laurie, et maman aura une jolie surprise quand elle reviendra.

L’arrangement des primevères occupa les enfants jusqu’à l’heure du coucher, mais lorsqu’il fallut s’endormir avant le retour de « maman », les petits cœurs étaient bien lourds. Greg refusait toujours de s’endormir sans le baiser de « bonne nuit » de sa mère. Il s’assit donc sur son lit, les yeux ronds et les lèvres contractées.

– Je ne me coucherai pas ! Je veux maman !

Esther le gronda, puis elle le laissa. Elle était toujours trop occupée pour « perdre son temps » comme elle disait, à « dorloter des enfants ». Laurie se glissa jusqu’au jeune rebelle :

– Couche-toi, allons, sois un gentil petit garçon ! Et, si tu veux, je m’habillerai comme maman et je viendrai t’embrasser.

Les déguisements exerçaient une grande fascination sur Grégory.

– Eh bien, fais-le, dit-il, et puis je verrai.

Quelques minutes après, la fillette entra dans la chambre, vêtue d’une longue robe noire, traînante, ses cheveux relevée sous le petit bonnet blanc de veuve de sa mère. Elle se tenait toute raide, très digne et l’air d’important. D’une main, elle tenait la plume d’argent, et sa voix était une imitation presque parfaite de celle de sa mère.

– Bonsoir, mon petit garçon chéri. Maman est très occupée ce soir.

Greg eut un petit grognement approbateur.

– Il faut que mon petit garçon s’endorme tout de suite, dit Laurie, adoptant un ton plus sévère, car j’ai bien à faire en bas, et ma plume ne veut pas s’arrêter.

– Maman ne dit jamais cela, dit Greg, avec conviction et elle ne monte jamais sa plume avec elle… Fais voir !

Laurie la montra fièrement. Alors, dans un élan de malice, son petit frère s’en saisit, et de toute sa force, la lança par la fenêtre qui avait été laissée entr’ouverte. Laurie poussa un cri de colère.

– Tu es un vilain et méchant garçon, et si tu as perdu la plume de maman, nous allons tous mourir de faim. C’est d’elle que nous vient tout notre argent. Maman me l’a dit.

Elle sortit en courant, laissant son frère à ses propres réflexions, quitta rapidement la robe et le bonnet empruntés, et se glissa dans le jardin pour chercher avec inquiétude la fameuse plume. Ce fut une grande joie pour elle de la retrouver dans le massif de fleurs sous la fenêtre. Elle la rapporta et la remit sur la table à écrire de sa mère, toute repentante de l’avoir emportée.

– Qu’aurais-je fait si elle avait été perdue ? Qu’aurait dit maman ?

Elle se coucha lentement. Lorsque Mme Oliver revint, elle trouva son petit garçon profondément endormi, mais sa fillette s’agitait sur son oreiller, les joues ardentes. S’asseyant à son chevet, elle dut écouter l’histoire de la cueillette de primevères et l’accident arrivé à sa plume.

– Je suis très fâchée, maman, je ne la toucherai plus jamais.

– Non. Cela me ferait beaucoup de peine de la perdre, Laurie. C’est le dernier cadeau de ton père, et j’en ai fait ma compagne inséparable.

Mme Oliver souriait un peu tristement.

-Non, je crois qu’il ne savait pas qu’il serait repris si vite.

Puis les pensées de la fillette passèrent à autre chose.

– Maman, ce devait être un ange, dans les bois !

– Je ne le pense pas.

– Mais si, certainement. Tu ne l’as pas entendu. Ça m’a rendue toute… toute drôle. Quelquefois, lorsque tu nous chantes un nouveau cantique accompagné au piano, je me sens un peu ainsi ; mais c’était une voix différente. Elle me faisait frissonner, et pourtant je l’aimais. Veux-tu venir un jour dans le bois pour l’entendre avec nous, maman ?

– Peut-être irai-je, un jour.

Laurie s’en alla dans le pays des songes, ce soir-là, croyant entendre cette voix merveilleuse résonner à ses oreilles et se mêler à tous ses rêves.

Chapitre 4. « N’être qu’un petit garçon ! »

Les enfants se rendirent encore deux fois dans le bois, dans l’espoir d’entendre à nouveau la belle voix, mais furent bien déçus. Oiseaux, primevères, arbres et buissons bourgeonnants en paraissaient être les seuls habitants et, pour Laurie, le bois perdit son charme. Elle errait aux alentours, toute désolée et rentrait lasse et mécontente.

Le souvenir de cette musique étrange et surnaturelle la hantait jour et nuit. Elle entendait encore s’élever, triomphantes, les douces notes du chant :

« Je suis, je suis le cri de joie »

Elle sentait d’une manière vague qu’elle avait été troublée, mais ensuite elle s’était trouvée au comble de la joie quand le chanteur avait fait retentir, en terminant, ses joyeuses notes de victoire. Tous les soirs elle redisait dans son lit cette prière : « Mon Dieu, je T’en prie, envoie l’ange pour nous chanter encore ».

Un après-midi, les deux enfants suivirent la route ; d’habitude ils préféraient les landes et les champs, mais Laurie aimait à explorer et voulait voir où celle-ci menait. Ce n’était pas bien intéressant : les haies qui se trouvaient de chaque côté étaient trop élevées pour qu’on puisse regarder par-dessus, et la route paraissait s’étendre au-devant d’eux, toute droite, sur des kilomètres. Aussi quand ils arrivèrent en vue d’une petite allée verte qui s’en détachait, Laurie y entraîna joyeusement son frère.

Ce n’était guère plus qu’un sentier, et l’herbe poussait dans les ornières. Greg y sautillait, s’arrêtant de temps en temps pour cueillir une fleur ou des fougères fraîches. Tout à coup, ils s’arrêtèrent. Un portail en fer rouillé leur barrait le chemin, et devant eux, une vieille planche annonçait : « Défense de passer ! »

– Est-ce une planche de maraudeurs ? demanda Grégory, l’examinant avec grand intérêt

Laurie hésita. Puis la curiosité l’emporta sur la prudence. Trouvant le portail ouvert, elle le poussa et se glissa derrière ; Greg la suivait doucement. Ils s’avancèrent avec précaution à travers de hautes herbes et d’épais buissons, quand soudain, sans que rien n’eût pu les avertir, la voix qu’ils avaient entendue dans le bois résonna, douce et claire. Des paroles tristes s’élevaient et s’abaissaient au gré de la musique :

« La terre passe, le ciel toujours demeure,

Nos peines s’effacent devant l’éternel bonheur ! »

La main de Greg serrée dans la sienne, Laurie se tenait immobile. Puis, quand les derniers mots s’éteignirent, quand le joyeux carillon de « l’éternel bonheur » ne vibra plus dans l’air, elle entraîna vivement son petit frère.

– Je ne veux pas de nouveau perdre l’ange… trouvons-le, dit-elle, haletante. L’instant d’après, le chemin les mena à un petit portail sur lequel était écrit : « L’Ermitage ». Ils l’ouvrirent et se trouvèrent en face d’une vieille maison de pierre, de style ancien, et presque ensevelie sous le lierre et les plantes grimpantes. Un jardin mal entretenu l’entourait, et par une des fenêtres ouvertes, la même voix se faisait entendre encore. C’était, cette fois, une mélodie bizarre et capricieuse, et Laurie ne put en distinguer les paroles. Sous l’impulsion du moment, elle se glissa à la fenêtre et regarda à l’intérieur. Elle vit une chambre sombre, au plafond bas, un vieillard à barbe blanche, assis devant un piano à queue et, au milieu de la pièce… le chanteur lui-même… Ce n’était pas un ange, c’était seulement un très petit garçon, bizarrement vêtu de velours et de dentelles… D’abondantes boucles noires, longues et soyeuses, entouraient sa petite figure et son cou blanc. Il se tenait droit, les mains jointes et les yeux levés ; sa tête était fièrement rejetée en arrière, et sa voix était aussi limpide que celle d’un rossignol.

Après le premier instant de déception, Laurie fixa sur le petit garçon des yeux émerveillés. Si ce n’était pas un ange, du moins ce n’était pas un petit garçon comme tous les autres. Un coup d’œil à son petit frère, gros et solide blondin, lui suffit pour se rendre compte de la différence qu’il y avait entre eux.

Elle se tenait là, en extase, regardant avec admiration le petit chanteur. Comment pouvait-il chanter si bien et si facilement !

Mais la voix de Grégory la fit tressaillir :

– Oh, regarde, Laurie, ce gros crapaud jaune ! Tu lui as presque marché dessus !

La voix aiguë de Greg s’était élevée en d’ardentes protestations. Le petit chanteur l’entendit. Il se troubla dans son chant, s’arrêta. Laurie, tremblante de honte et de frayeur, saisit la main de son petit frère et courut jusqu’au chemin vert, aussi vite que ses jambes pouvaient la porter.

– Tu es un vilain, méchant petit sot ! s’écria-t-elle, tout essoufflée. Tu as tout gâté, et je regrette de t’avoir amené !

Greg fit la moue :

– C’était seulement quelqu’un dans une maison ; ce n’était pas un ange du tout, et tu as presque marché sur le crapaud, toi !

Les yeux de Laurie étincelèrent :

– C’était un superbe petit garçon, pas un gros lourdaud comme toi ! Il a de magnifiques cheveux et des yeux noirs, et c’est un prince, j’en suis sûre. Je voudrais avoir écrasé et tué le crapaud ! Aimes-tu mieux les crapauds que les anges et les princes ?

De la part de la petite fille au cœur tendre, ce discours montrait quel tumulte bouleversait son cœur. Grégory la regarda fixement, puis s’éloigna en prenant un air de dignité blessée.

– Je ne suis pas un gros lourdaud. J’appartiens à maman, et je lui dirai ce que tu m’as dit. Je déteste ton prince. Il ne sait pas chanter.

Sur ce, la fillette le saisit par les épaules et le secoua énergiquement. Greg éclata en pleurs, et Laurie, reprenant ses esprits, se mit à l’embrasser aussi passionnément qu’elle l’avait secoué.

– Je ne le ferai plus, Greg chéri. J’étais de mauvaise humeur, pardonne-moi, va ! Je suis bien fâchée, et c’était très gentil à toi de m’avertir de la présence du pauvre crapaud. Ne pleure plus. Nous allons retourner à la maison et nous amuser au jardin jusqu’à l’heure du thé.

Grégory sécha ses larmes et se consola. Laurie ne se fâchait pas souvent. Il consentit donc très volontiers à l’embrasser et à faire la paix.

On ne fit plus allusion à l’ « ange prince », mais la tête de Laurie en était remplie. Elle commença à critiquer l’apparence du pauvre Greg et se confia à sa mère :

– N’aimerais-tu pas que Grégory ait de longs cheveux noirs, maman ? Ne crois-tu pas qu’il serait bien plus beau ? J’aimerais avoir un frère qui aurait des boucles et des yeux noirs, et qui serait toujours habillé de velours et de dentelle.

Mme Oliver sourit des idées de sa petite fille.

– Mon pauvre petit garçon ! Je ne voudrais pas qu’un cheveu de sa tête soit différent, ma chérie ; sa chevelure blonde est sa beauté !

Laurie n’insista pas. Mais tous les jours elle menait son frère jusqu’à l’allée verte dans l’espoir d’entendre son « ange ». Elle ne s’aventurait pas dans le jardin, cependant et, à la fin, Greg protesta :

– Je n’irai plus dans cette vilaine allée. Je vais traverser la lande, annonça-t-il un jour.

Laurie consentit à regret. Puis elle le persuada d’aller au bois de primevères. Elle y rôda avec agitation, et finalement appela Greg vers elle.

– Veux-tu que je te chante une chanson ? demanda-t-elle.

– Oui, chante : « Il était une bergère », s’écria aussitôt Greg, s’asseyant à côté d’elle et croisant ses mains d’un air attentif. Laurie avait une voix douce, mais, dans son humeur actuelle, les rondes enfantines n’étaient pas de son goût. Elle aurait voulu chanter comme le petit étranger et s’était exercée plusieurs fois, en secret. Elle éclaircit son gosier et se leva, adoptant l’attitude qu’elle avait vue par la fenêtre et, rejetant la tête, elle ouvrit la bouche en un long cri plaintif. Son frère en fut effrayé, et ses yeux s’arrondirent de plus en plus :

« Nos pei-ei-nes s’effa-a-cent

Devant l’éter-et-nel bonheur ! »

Ce n’était pas un succès. Sa petite voix fluette passa d’un gémissement à un cri, et Grégory, soulagé de ce que le tragique tournait au comique, se roula sur l’herbe en riant follement.

– Encore, Laurie ! C’est si drôle ! Je t’en prie, dis-le encore !

La fillette était fâchée et blessée. Elle allait répondre lorsqu’un bruit de feuillage la fit se retourner : devant elle, s’avançait doucement l’ « ange-prince » avec un sourire illuminant tout son petit visage blanc.

Laurie tressaillit.

– Vous essayiez de chanter ma chanson ? demanda-t-il.

Sa voix était naturelle, peut-être un peu plus basse et plus douce que le ton aigu de Greg.

Les joues de Laurie s’empourprèrent. Elle baissa la tête, confuse.

– Je n’ai pas pu y arriver, dit-elle après un instant de silence, mais j’aurais bien voulu.

Grégory s’avança vivement vers l’étranger. Il examina ses vêtements avec étonnement. Il portait un costume de velours avec un col de dentelle blanche et une écharpe rouge, à franges, était nouée à sa taille. Sur ses boucles noires était posé un grand chapeau orné de plumes de corbeau, piquées gracieusement de côté.

– Vous êtes l’ange-prince dont ma sœur parle, dit Greg, pas du tout gêné. Nous vous avons entendu chanter et Laurie a cru que vous étiez un ange du ciel jusqu’à ce qu’elle vous ait vu. Elle vous a regardé par la fenêtre, mais c’était trop haut pour moi. Êtes-vous un prince ?

– Non, non, dit le petit garçon, qui montrait en souriant deux rangées de dents très blanches. Je suis seulement Angelo Salvadore. C’est mon nom. Qui êtes-vous ? Je ne vous ai jamais vus, et je suis pourtant venu dans ce bois bien souvent.

Laurie retrouva enfin la voix ; elle était soulagée et ravie de voir que son héros était si aimable. Les langues des enfants se délièrent vite, et, avant de se séparer, ils étaient devenus grands amis. Angelo leur parla très franchement de lui-même.

– Je vis avec Ninette et mon gardien. Ninette est française, mais elle parle bien l’anglais. Elle coud tous mes vêtements et fait la cuisine. Son mari, Pierre, est le domestique de mon gardien ; je l’appelle Gardien, mais son vrai nom est comte Alphonse Matalio. Il habitait l’Italie, et était très riche autrefois. Mais il a été obligé de s’en aller. Je ne sais pas pourquoi. Je crois que, s’il y était resté, il aurait risqué d’être tué. Alors, nous sommes venus en Angleterre, et je lui chante. Il dit que je suis la joie de sa vie. Il m’enseigne la musique toute la journée. Il ne sort jamais du jardin. Il lit des livres et compose de la musique, puis il m’apprend les chants. Nous ne connaissons personne en Angleterre, mais Gardien a des amis qui viennent quelquefois le voir et il y en a un qui m’effraye. Il veut m’emmener avec lui chaque fois qu’il vient. Il dit que je pourrais gagner énormément d’argent si j’allais avec lui ; heureusement Gardien dit qu’il ne veut pas que je gagne de l’argent, mais que je reste avec lui.

– Comment gagneriez-vous de l’argent ? demanda Laurie.

– En chantant. On paierait pour venir m’écouter.

– Pas comme font les joueurs d’orgue de Barbarie à Londres ? Oh ! Je n’aime pas cela !

– Non, bien sûr. Je chanterais dans d’immenses salles, et les rois et les reines viendraient m’écouter.

Angelo parlait sur un ton un peu hautain. Laurie le regarda avec étonnement. Puis elle dit naïvement :

– Nous n’avons pas beaucoup de rois et de reines ici en Angleterre, n’est-ce pas ?

– Oh ! Je ne chanterais pas en Angleterre, à moins que la reine ne le désire. M. Capello dit qu’il me mènerait par toute l’Europe. Mais je n’aimerais pas y aller. C’est un cruel et méchant homme. Il a tué un de mes petits chats parce qu’il avait sauté sur son épaule et l’avait effrayé. Gardien est bon et je ne le laisserai jamais, quoique je me fatigue beaucoup lorsqu’il me fait chanter si longtemps.

– Voulez-vous nous chanter maintenant ? demanda Laurie, un peu timidement.

Angelo réfléchit. Un merle entonnait sa mélodie, tout près d’eux. Il leva son petit doigt avec un « chut » d’avertissement, puis il dit à voix basse :

– Quand il aura fini, je vous chanterai comme lui. Je peux imiter le chant de tous les oiseaux.

Le merle s’arrêta, et immédiatement Angelo reprit les notes et les trilles en une imitation tellement exacte que l’oiseau lui-même, d’une branche au-dessus d’eux, pencha sa tête de côté et écouta, émerveillé.

Grégory, ravi, battit des mains.

– Chantez encore, dit-il, chantez comme… comme un aigle !

Mais Laurie n’était pas d’accord.

– J’aime les chansons avec les paroles, dit-elle.

Alors Angelo se redressa et pencha la tête :

Le grand ciel est si bleu,

Les petites feuilles si neuves,

Et les coteaux si jolis, dans la fraîcheur de mai,

Mon cœur est si léger,

Que je ris, joyeux, ravi,

Car elle vient, elle vient, elle vient de ce côté.

J’aime mieux revoir ses yeux

Que le profond azur des cieux,

Elle est plus jolie,

Plus pure que les blanches fleurs de mai ;

Ne me parlez pas de belle nature,

Car mon cœur a vu sa joie,

Elle vient, elle vient, elle vient de ce côté.

Les paroles étaient d’une très vieille chanson, mais la musique était du comte, et les légères notes sautillantes et féeriques enchantèrent l’oreille musicienne de Laurie.

– Oh, c’est délicieux ! s’écria-t-elle ; et qui est-elle ?

Angelo rit :

– C’est seulement une chanson ; on n’a pas de vraies personnes dans les chansons.

– Jamais ?

– Je ne crois pas. Puis il remit son chapeau qui était tombé.

– Je m’en vais, et si vous voulez revenir ici un autre jour, nous jouerons ensemble.

Il partit en sautillant et les enfants l’entendirent siffler gaiement sur le chemin. Tout excités, ils retournèrent à la maison et firent à leur mère le récit confus de leur aventure et de leur nouvel ami.

– N’est-ce pas drôle, maman ? Son nom est Angelo, et je croyais que c’était un ange. Tu l’aimerais si tu le voyais.

– Et il chante comme un merle !

– Et il a dit qu’il voudrait tant quelqu’un pour jouer avec lui !

– Et il a une belle écharpe rouge !

– Et, maman, pouvons-nous l’inviter pour le thé ?

– Doucement, mes chéris. Il faut que je fasse sa connaissance avant de vous laisser jouer avec lui.

Ceci coupa leur enthousiasme. Pendant le reste de l’après-midi, Laurie resta plongée dans ses rêveries, et, sans cesse, revenait le tintement léger de la chanson :

Elle vient, elle vient, elle vient de ce côté !

Chapitre 5. « Dites-moi ce que vous savez »

– Laurie ! appelle Greg, et venez tous les deux dans ma chambre. Notre pasteur est ici, il aimerait vous voir.

Mme Oliver, à la porte du jardin, faisait signe à sa petite fille.

Lorsque les enfants entrèrent dans la chambre de leur mère, ils y virent M. et Mme Gay. C’était un beau couple de vieillards. Tous deux avaient des cheveux très blancs, des visages souriants et pleins de bienveillance. Mme Gay était un peu plus mince que son mari, mais sa taille était très droite pour son âge. M. Gay avait le port et la démarche d’un soldat.

– Je connais de vue ces petites personnes, dit Mme Gay, car je les ai souvent vues sur la lande. Vos enfants n’ont sans doute pas encore commencé l’école ?

– Non, mais nous avons deux heures de travail tous les matins, dit Mme Oliver.

– Vraiment, et ils apprennent ensemble ? Le petit garçon pourra bientôt aller à l’école, je pense.

– Non, nous nous occuperons d’abord de l’éducation de Laurie.

– Oui ! Mais les petites filles peuvent s’instruire à la maison ; elles n’ont pas besoin de la même éducation que les garçons.

– Je tiens à ce que ma fille reçoive une éducation tout aussi bonne que celle de son frère, dit Mme Oliver fermement. Je n’approuve pas que l’esprit des filles reste peu développé.

– Vous aimez ce système moderne, qui bourre la tête des jeunes filles de mathématiques et de latin ? demanda Mme Gay. Dans ma jeunesse, c’était si différent !

– Je pense que l’intelligence a été également partagée entre les deux sexes depuis la création. Une femme, d’autre part, ne perd pas son caractère féminin par le fait qu’elle est instruite. Je crois cependant qu’aujourd’hui tout cela est exagéré. On va toujours d’un extrême à l’autre.

Cette conversation était hors de portée des enfants, et Mme Gay voulut la changer.

– Et quelles leçons préfères-tu ? dit-elle, se tournant vers Laurie.

– Je sais bien ce que j’aimerais le mieux, dit la fillette, les yeux brillants, je voudrais apprendre à chanter.

– Comme un merle, ajouta Grégory.

– Non, comme Angelo.

– Mes enfants sont très intéressés par un petit garçon qu’ils ont rencontré, dit Mme Oliver en souriant. Peut-être pourriez-vous me renseigner à son sujet. Où dis-tu qu’il habite, Laurie ?

– Dans une drôle de vieille maison, cachée sous des arbres, qui s’appelle l’Ermitage, dit vivement la fillette.

– Ah oui ! dit Mme Gay, j’ai entendu parler de lui, mais je ne connais pas personnellement sa famille. Ils sont venus ici il y a environ trois ans, mais le « Comte », comme on l’appelle, ne veut voir personne. On nous a dit d’abord qu’ils étaient Juifs, puis catholiques romains, mais les deux servantes sont protestantes. Je crains que le Comte – et ici Mme Gay baissa la voix pour que les enfants n’entendent pas – ne soit un incrédule, et je crois que l’enfant est un vrai petit païen. Nous avons bien essayé d’aller leur rendre visite, mais on a refusé de nous recevoir. De temps en temps, les domestiques viennent au temple, mais ils n’amènent jamais l’enfant avec eux.

– Sont-ils respectables ? demanda Mme Oliver.

– Oui, dit M. Gay. Je me fais toujours un devoir de connaître mes paroissiens, même lorsqu’ils ne m’admettent pas chez eux. J’ai un ami en Italie qui a pris pour moi tous les renseignements. Le Comte n’est pas un révolutionnaire, ni rien de semblable, mais il a été banni d’Italie pour quelque offense politique. Il est arrivé ici, ayant adopté cet enfant peu auparavant. Ce dernier est orphelin, mais de bonne famille, et le Comte connaissait intimement ses parents. Je crois que sa mère était une grande musicienne. J’ai entendu dire que le Comte avait l’intention de pousser l’enfant aussi dans cette voie.

– Angelo chante merveilleusement ! dit Laurie, se rapprochant un peu du vieux pasteur.

– Vous avez été favorisée, si vous l’avez entendu, ma chérie, dit Mme Gay. Je n’ai jamais eu ce privilège.

Mme Oliver eut l’air un peu inquiet, mais n’ajouta rien. Lorsque les visiteurs furent partis, et les enfants retournés à leurs jeux, elle se remit à écrire, et oublia Angelo et tout ce qui le concernait.

Ce ne fut que quelques jours plus tard que les enfants rencontrèrent de nouveau leur petit ami dans le bois. Il les accueillit gaiement, et ils eurent ensemble une joyeuse partie de cache-cache. Quand ils furent fatigués de leur course, Angelo dit :

– Maintenant, je vais vous montrer où je m’assieds quelquefois pour me reposer. Pouvez-vous grimper ?

Laurie et Greg répondirent que oui. Angelo les conduisit alors derrière la tour, et là ils virent des marches rudes et inégales taillées dans le mur en ruines. Ils montèrent avec précaution jusqu’à une plate-forme carrée, envahie d’herbes et de pierres, à environ dix mètres au-dessus de la terre, et portant maintes traces de mains de touristes qui avaient taillé grossièrement leur nom sur le mur.

– Maintenant, asseyez-vous, ordonna Angelo, et regardez la lande. N’est-ce pas que le village est charmant ?

– L’église paraît toute petite, dit Laurie avec intérêt.

– Pourquoi les églises ont-elles toujours des flèches, comme cela ? demanda pensivement Angelo.

Laurie était si habituée à des questions de ce genre de la part de son frère qu’elle répondit sans hésiter, quoiqu’avec un peu de gravité dans la voix :

– Parce qu’elles pointent vers Dieu.

Angelo la regarda.

– Elles pointent vers le ciel, dit-il.

– Oui, et Dieu est là-haut.

– Je ne sais pas ces choses-là, dit Angelo, un regard inquiet dans ses yeux sombres. Gardien ne m’en parle pas.

– Mais un de tes chants parle du ciel, dit Laurie :

Le temps passe ; le ciel toujours demeure…

– Mais je vous ai dit que rien n’est vrai dans les chansons. C’est tout inventé.

– Le ciel est vrai, déclara Laurie, puisque maman et la Bible le disent. Dieu et Jésus y habitent.

– Tu ne sais donc rien de « Jésus qui règne dans les cieux » ? questionna Grégory avec étonnement.

– Non, dit Angelo. Ninette ne veut pas me parler d’église et de tout cela, parce qu’elle dit que Gardien ne le permettrait pas. Dites-moi ce que vous savez.

– Dieu est très bon et Il m’aime, s’écria Greg d’un trait. Il aime tout le monde sur la terre, et Il nous donne tout ce que nous avons. Je Lui fais ma prière tous les jours. Il me regarde et dit : « Gentil enfant » ; quelquefois, Il secoue la tête et fronce les sourcils, alors j’en suis triste.

– Oh ! Greg, il ne faut pas inventer ! C’est notre conscience qui le dit.

L’enfant protesta fortement contre cette accusation.

Angelo se tourna alors vers Laurie.

– Dis-le moi, toi, tu le comprends mieux que lui.

Alors, d’un ton tranquille, Laurie raconta tout ce qu’elle savait.

Angelo écoutait, ses grands yeux noirs fixés attentivement sur elle.

– Naturellement j’ai entendu les noms de Jésus et de Dieu, mais je n’ai jamais su qu’ils étaient des personnes véritables. Ils doivent être très, très vieux. Quand vont-ils mourir ?

– Ce ne sont pas des gens du tout, dit la fillette, un peu choquée. Ils sont… ils sont Dieu, et ils ne peuvent jamais mourir. Ils sont toujours là, toujours. Jésus est bien mort, une fois, je te l’ai dit. Mais Il est redevenu vivant et maintenant Il ne peut plus jamais mourir.

– Pourquoi est-Il mort ? demanda Angelo. Tu disais qu’Il est mort pour nous. Je ne comprends pas.

– Un de nos cantiques dit :

Petit enfant, Jésus t’appelle ;

Il a donné pour toi Son sang ;

Il veut t’avoir dans Son ciel même,

Viens à Jésus, petit enfant !

– Je ne comprends pas, dit Angelo très perplexe. Tout cela est étrange. C’est une espèce de chanson que tu viens de dire.

– Oh non, c’est un cantique, un des cantiques préférés de Greg. J’en ai un que j’aime beaucoup. Veux-tu que je te le dise ?

– Oui, volontiers.

Laurie croisa ses mains sur ses genoux et récita avec douceur et respect :

Enfant, Le connais-tu, Celui qui, plein de grâce,

Parcourut Son sentier, essuyant tous les pleurs,

Accueillant les petits, laissant partout la trace

D’un amour qui sauvait les plus vils des pécheurs ?

Enfant, Le connais-tu, Celui dont la couronne

Fut d’épines ceignant Son divin front meurtri ;

À qui le monde impie a donné pour seul trône

La croix où s’exhala vers Dieu Son dernier cri ?

Ah ! Connais-tu Jésus et Sa grâce suprême ?

C’est pour toi qu’Il vécut ici-bas en souffrant ;

C’est pour toi qu’Il est mort, ce Fils de Dieu qui t’aime ;

C’est pour te rendre heureux : le crois-tu, mon enfant ?

– Oh ! Que c’est beau ! s’écria Angelo, se levant vivement. Je sens que je pourrais aussi chanter ce cantique. Apprends-moi les paroles. Je chantonne quelquefois des choses en inventant la musique et j’aimerais composer celle-là.

– Je vais t’apprendre les paroles, puis tu les chanteras, dit Laurie.

– Je crois, objecta Grégory qui commençait à trouver le temps long, que vous voulez faire un dimanche d’aujourd’hui… il ne faut pas !

On ne tint pas compte de sa remarque. Angelo retenait vite ce qu’il apprenait ; il était habitué à apprendre par cœur, et Laurie se montra tout aussi vive à lui apprendre que lui à retenir.

Grégory descendit les escaliers de pierre et se mit à jouer sur l’herbe au-dessous d’eux. Un instant après il entendit retentir la voix d’Angelo du haut de la vieille tour. La mélodie était très douce et fascinante, et plus douces encore les paroles.

Laurie écouta, ravie, et poussa un profond soupir lorsqu’il eut fini.

– Que je voudrais pouvoir chanter comme toi ! dit-elle.

– Dis-moi, dit Angelo anxieusement, qu’est-ce que cela signifie « venir à Jésus » ? Tu dis que Jésus est au ciel, nous ne pouvons donc pas aller vers Lui !

Laurie fronça les sourcils :

-Tu rends tout si difficile à expliquer ! Cela veut tout simplement dire s’approcher de Lui et Lui parler, voilà tout.

– Et où peut-on Lui parler ? À l’église ?

– Je crois qu’on peut parler à Jésus n’importe où. Jésus vit dans notre maison avec maman et nous. Il est toujours là, les jours de la semaine aussi bien que le dimanche. Je ne sais pas si Jésus vit aussi chez vous.

– Je suis sûr que non, et Gardien ne me laissera pas aller chez vous, et alors je ne pourrai pas aller vers Lui du tout. La figure d’Angelo s’assombrit. Cependant, dit-il, souriant de nouveau, je chanterai et je ferai comme si je pouvais réaliser ce que dit le cantique. Il est très beau et me rend heureux.

– Oui, approuva Laurie, faire semblant est quelquefois aussi agréable que de faire en réalité. J’imagine des choses délicieuses avec Greg. Il y a un jeu qui s’appelle les « périls ». Je te l’expliquerai un jour ; nous y jouons souvent. Mais, ajouta-t-elle, je crois qu’il ne faut jamais faire semblant pour les cantiques. Ce ne sont pas des jeux.

– Eh bien, si je ne peux pas aller à Jésus, dit Angelo, je peux penser à ce qui arriverait si je le pouvais. C’est ce que dit votre cantique… Et maintenant, au revoir.

– Au revoir, Ange, dit Laurie. Nous pouvons t’appeler « Ange » n’est-ce pas ? Parce que c’est ainsi que je te nommais avant de te connaître.

Angelo consentit d’un signe de tête, puis il reprit le chemin où ils retrouvèrent Grégory qui les attendait impatiemment.

– J’ai vu un lapin, s’écria-t-il, et je l’ai chassé à la course, et nous sommes tombés l’un par-dessus l’autre, et quand je me suis levé, il était parti !

– Moi, je vais courir jusqu’à la maison, dit Angelo, et il partit à toute allure, ses boucles noires au vent. Greg le suivit gravement des yeux.

– C’est un drôle de petit garçon, n’est-ce pas ? dit-il. Quand tu discutes avec lui, c’est trop difficile pour moi. Je voudrais bien un autre petit garçon à qui je pourrais parler.

– Tu peux parler aux lapins et aux oiseaux, dit Laurie.

– Ils ne sont rien.

– Parle-toi à toi-même, alors. C’est comme cela que je fais, moi, quand je veux dire quelque chose.

Grégory marcha silencieusement jusqu’à la maison. Sa sœur lui manifestait vraiment peu de sympathie, mais il avait trop bon caractère pour s’en ressentir.

Mme Oliver, très occupée, ne put écouter les enfants jusqu’au soir. Ce n’est qu’à l’heure du coucher qu’ils lui firent un récit un peu confus de leur conversation, mais ce qu’elle entendit calma son inquiétude. Certainement, jusqu’à maintenant Angelo n’avait pas fait de mal à ses enfants, et peut-être pourraient-ils eux-mêmes lui faire du bien. Elle résolut de ne pas intervenir dans l’affaire.

Les enfants se retrouvèrent ensemble, bientôt après, mais pour peu de temps. Laurie et Greg cueillaient des genêts dorés sur la lande, quand Angelo arriva vers eux.

– Je ne peux pas m’arrêter, dit-il. Je dois apprendre un nouveau chant cet après-midi. Mais je pensais bien vous trouver ici ; je veux vous demander quelque chose.

– Quoi ? demanda Grégory.

Il hésita, puis, baissant la voix :

– Vous souvenez-vous du cantique que vous m’avez appris ? J’y ai réfléchi, et vous avez dit que l’église pointait vers Dieu. Qu’y a-t-il dans l’église ?

– Tu n’es jamais allé à l’église ? demanda Laurie déconcertée.

– Non ; Gardien n’aime pas que j’aille près du village, où les gens me regardent si curieusement, et les petits garçons m’appellent « Le Français ». J’ai demandé à Ninette de m’y conduire, une fois, mais Gardien n’a pas voulu. Il dit qu’il ne veut pas qu’on m’entende chanter, et il a peur que je chante si je me trouve dans l’église. Il aime que je tienne la chose secrète, alors il ne faut pas parler de mes chants, n’est-ce pas ?

– Nous l’avons dit à maman, dit Laurie, nous lui disons tout.

– Ne le dites à aucune autre personne parce que Gardien n’aime pas qu’on en parle. Je ne sais pas pourquoi. Peut-on aller à l’église tous les jours ?

– Nous n’y allons que le dimanche, dit Laurie.

– Et que faites-vous ?

– Nous chantons des cantiques et prions, puis M. Gay monte dans la chaire et prêche.

– Est-ce cela, venir à Jésus ?

– Eh bien, oui, je pense que c’est une manière d’y venir, dit Laurie pensivement.

– Je suppose que Jésus vient à l’église, toujours. Y vient-Il tous les jours ?

– Oui, dit Laurie, sa figure s’illuminant de conviction.

– Alors je pourrais Lui parler, même si je ne Le voyais pas ?

– Oui, je sais que tu le pourrais.

Angelo s’enfuit sans ajouter un mot, et les enfants le regardèrent disparaître dans le lointain.

– C’est un drôle de petit garçon, dit Laurie. Que je voudrais qu’il parle à maman ! Je crois vraiment qu’il va aller à l’église quand il n’y aura personne.

– Il ne sait rien, n’est-ce pas ? dit Greg un peu méprisant.

– Il sait chanter ! fut la riposte enthousiaste de Laurie.

Grégory en fut accablé, et n’essaya plus de le critiquer.

Chapitre 6. « Un jour de congé avec maman »

Le comte paraissait las et irrité. Il était assis au piano, et Angelo, la figure bouleversée, se tenait debout devant lui.

– Ah ! Stupide enfant ! Comme tu tortures mes nerfs et me brises la tête ; tu me fais bondir à chaque note ! Elles sont comme des cris de chouette ! métalliques, discordantes, presque fades !

Être « fade » était un crime affreux et déshonorant. Le sang monta aux joues de l’enfant, et les larmes lui vinrent aux yeux. Ses mains se joignaient et se crispaient nerveusement. Le comte frappait toujours passionnément sur le splendide instrument. Angelo essaya vainement de le suivre. Le comte s’arrêta brusquement, porta ses mains à sa tête, et Angelo éclata en sanglots.

– Je suis effrayé ! sanglota-t-il. Quand vous me faites peur, je ne peux pas chanter !

– Est-ce que je te bats à coup de fouet ? Est-ce que je te secoue par les oreilles et par les cheveux pour t’apprendre la musique ? Tu aurais besoin d’être élève de M. Capello. Il t’apprendrait ce que c’est que la peur ! Vas-tu devenir un pauvre poltron parce que tes notes discordantes m’affolent et me déchirent l’âme ?

Angelo essuya ses yeux et se redressa.

– Je ne serai pas un poltron, dit-il, je veux chanter, mais cette musique est trop violente pour moi.

Le comte se leva du piano et se jeta dans un fauteuil. Ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait incapable de transmettre son état d’âme à son élève.

– C’est la faute de ma tête, aujourd’hui, murmura-t-il comme excuse. J’ai oublié que les aspirations agitées et les passions d’un homme ne peuvent pas trouver une expression dans l’âme d’un bébé. Nous ne ferons plus de musique pour aujourd’hui, petit. Tu n’as pas la voix qu’il me faudrait entendre en ce moment. J’ai de violents maux de tête. Assieds-toi et joue-moi quelque chose de doux.

Angelo s’assit au piano ; ses petits doigts glissèrent doucement sur les notes, avec un peu d’indécision au début, puis frappant un accord, il se mit à chanter. C’était le cantique que Laurie lui avait appris, et qui n’avait cessé de retentir depuis lors dans son cœur et dans son esprit. La joie simple des paroles, le doux appel qui commençait chaque strophe :

Doucement Il nous appelle

Enfant, Le connais-tu…

saisit d’un étrange étonnement l’esprit inquiet et tourmenté du comte. Après sa musique passionnée, cette douce mélodie de cantique éveilla soudain en lui de lointains souvenirs.

Ces paroles le ramenèrent au temps – depuis si longtemps oublié ! – où il balbutiait, à genoux près de sa mère, sa prière enfantine.

Quand la voix d’Angelo s’éteignit, il y eut un profond silence durant quelques instants.

– Où as-tu appris cela ? demanda le comte d’une voix rauque.

– Cette petite fille me l’a appris – celle dont je vous ai parlé et que j’ai rencontrée dans le bois. Elle m’a appris les paroles sur lesquelles j’ai simplement improvisé une musique.

– Laisse-moi, je veux être seul.

Angelo obéit. Il fit une promenade dans le jardin. Les mots mêmes du cantique lui avaient fait ressentir à nouveau le désir de visiter l’église.

– « Enfant, Le connais-tu ? » murmura-t-il, j’irai maintenant et je L’y trouverai.

Il se glissa hors du jardin, longea l’allée verte et déboucha sur la grande route qu’il suivit pendant environ cinq cents mètres, puis, traversant la lande, il se trouva à côté de la petite église du village.

Elle était située juste à l’entrée du groupe de maisons, et comme à cette heure tranquille de l’après-midi la plupart des villageois prenaient leur repas, il put entrer inaperçu dans la cour. En s’approchant de la porte de l’église, il crut un instant qu’elle était fermée. Mais, après qu’il ait fait beaucoup d’efforts, la lourde porte s’ouvrit et il entra timidement dans l’édifice. C’était une église ancienne. L’intérieur en était sombre. Les vitraux magnifiques ne laissaient pas pénétrer les rayons du soleil. Il considéra les bancs et la haute chaire avec étonnement. Si étrange que cela puisse paraître, il ne se souvenait pas d’avoir jamais vu l’intérieur d’une église, et il se sentait timide et apeuré… Où devait-il dire les paroles qui éclataient dans son cœur ?

Il réfléchit un moment, puis se souvint des paroles de Laurie : « L’église a une flèche parce qu’elle pointe vers Dieu ». Jésus et Dieu vivent tout là-haut dans le ciel.

– Je voudrais m’approcher d’eux autant que possible, se dit-il.

Il monta les escaliers de la chaire, y entra et se mit sur l’agenouilloir. Sa petite tête dépassait juste le rebord de la chaire. Il jeta un regard effrayé sur l’église sombre et silencieuse, puis il parla :

– Je suis venu pour Te rencontrer, Seigneur Jésus. Tu m’appelles et je suis venu. Je sais que Tu m’aimes et que tu me prendras par la main. Tu me donneras de la joie quand mon cœur sera triste. Le cantique le dit : « c’est pour te rendre heureux, mon enfant », et Laurie assure que c’est vrai. Je crois, Seigneur, que Tu es mort pour moi. Apprends-moi à mieux Te connaître.Tu vois, je suis venu parce que Tu m’as appelé.

Il ne s’attendait pas à recevoir une réponse. Mais cependant il s’arrêta et le sentiment d’une douceur inconnue se glissa dans son âme. Puis, se rendant compte qu’il devait quitter l’église, il éleva les mains avec un cri passionné :

– Oh, viens avec moi, Jésus ! Viens. Tu vis avec Laurie et son frère. Vis aussi avec moi dès aujourd’hui ! Viens avec moi maintenant !

Doucement il se glissa hors de l’église et franchit la lande, courant lestement avec l’idée confuse d’empêcher l’invisible Présence de le quitter. Il arriva enfin chez lui.

Une fois au jardin, il se dirigea vers une vieille tonnelle délabrée et, certain qu’on ne pouvait l’entendre de la maison, il éleva sa voix pure d’enfant, et chanta de nouveau le cantique avec une assurance triomphante.

Quelques jours après, Laurie et Grégory eurent un grand sujet de joie. Après avoir lu son courrier à déjeuner, leur mère leva la tête en souriant :

– Voici une surprise, mes enfants. Mlle Bernard envoie sa calèche pour nous emmener tous aux Tours Rondes. Aimeriez-vous y aller ? Elle voudrait que nous passions la journée avec elle. Je crois que nous allons prendre un jour de congé et partir.

Les yeux de Laurie étincelèrent. Tout endroit nouveau avait une étrange fascination pour elle. Elle s’imaginait les Tours Rondes comme une espèce de palais enchanté et, dans son excitation, elle saisit son frère par le cou, l’étouffant presque.

– Oh ! Greg, nous allons monter dans une calèche ! Et pas de leçons !

– Y aura-t-il des tartes à la confiture comme dessert ? demanda Grégory, essayant avec peine de se dégager de l’étreinte de sa sœur.

Un jour de congé avec maman était une chose très rare. Lorsque la calèche arriva, les enfants s’y installèrent, vêtus de leurs plus beaux habits. Les deux chevaux partirent alors au trot sur la grande route, tandis que Laurie tournait vers sa mère des yeux brillants :

– Nous pouvons faire semblant que cette calèche est à nous, n’est-ce pas ? dit-elle.

– Nous l’aimerions deux fois moins dans ce cas, dit sa mère en riant. Peut-être qu’un jour nous en aurons une, ma chérie, et alors peut-être que tu ne voudras pas t’en servir.

– Oh si ! bien sûr que je voudrai. Crois-tu que nous serons vraiment riches ?

– Comme la dame qui vit dans une grande maison et qui a des chiens ? ajouta Grégory. J’aimerais une maison comme celle-là, avec des vaches qui me donneraient un verre de lait chaque fois que j’en voudrais, et des poules qui me pondraient un œuf pour déjeuner tous les jours, et quelqu’un pour me lacer mes souliers et ranger mes jouets.

– J’aimerais, dit Laurie rêveusement, des robes de soie blanche et des perles de corail ; une très grande salle de jeu et un poney à monter ; un chien à moi, des lapins, des souris blanches et des canaris ; une belle serre remplie de fleurs et un jet d’eau qui jaillirait et retomberait dans un bassin plein de poissons rouges, et des fraises toujours mûres.

– Tu es plus ambitieuse que ton frère, dit Mme Oliver, en riant. Maintenant, je vais vous dire ce que j’aimerais, moi : une gouvernante qui veillerait aux repas, et dirigerait toute la maison sans que j’aie à m’en inquiéter. J’aimerais un petit salon frais et tranquille rempli de jolies choses. Il serait si calme et apaisant que je pourrais m’y étendre et ne penser à rien si j’en avais envie. Ensuite, je voudrais une splendide bibliothèque et une bourse qui ne se viderait jamais, jamais.

– Oh ! J’aimerais bien cela, interrompit Greg. Alors j’achèterais ces gros gâteaux ronds qui coûtent un sou chacun.

En plaisantant de la sorte, le temps s’écoula rapidement. La calèche roulait près des haies parfumées, passait à travers de petits villages aux toits couverts de chaume, montait et descendait les pentes. Ils longèrent une avenue bordée de tilleuls en fleurs et arrivèrent devant une maison en briques rouges battue des vents, avec une très large entrée précédée d’un escalier de pierre : Les Tours Rondes.

Le hall, tout ensoleillé, était plein de fleurs. On leur ouvrit le salon et Mlle Bernard se leva de son bureau pour les recevoir. Laurie pensa que cet endroit devait être la chambre que maman aimerait avoir pour elle quand elle serait riche. C’était un petit endroit très clair et intime, rempli de vieilles porcelaines magnifiques et de très belles peintures.

Mlle Bernard les embrassa tous chaleureusement. Elle installa Mme Oliver dans un fauteuil, puis se tourna vers les enfants :

– Je me demande ce que vous aimeriez faire… Voici des vieux volumes d’ « Histoires pour les enfants », voulez-vous les porter dans la serre pour les regarder ? Vous y trouverez des chaises.

Laurie accepta joyeusement. Bientôt, assise parmi les fleurs, elle se sentit comme dans un royaume de fées, et pendant un long moment, elle ne put faire autre chose que de les regarder. Quant à Greg, les images étaient plus de son goût et, de temps en temps, sa petite âme avide reprenait le dessus.

– Que penses-tu que nous ayons pour dîner, Laurie ?

La fillette fut d’abord choquée et indignée, puis elle se mit à considérer la chose.

– Peut-être du poulet…

– Et des tartes aux pommes ?

– Peut-être.

Les fleurs, les images et la perspective d’un bon dîner dans cette belle maison étaient plus qu’il n’en fallait pour occuper les pensées des enfants.

Lorsqu’ils entrèrent enfin dans la salle à manger pour le repas de midi, il y avait là plusieurs étrangers. M. Bernard était un homme grand, mince, aux joues bien rasées et aux lèvres rieuses. Il aimait à faire des jeux de mots, et quoique Laurie l’eût déjà rencontré une ou deux fois à Londres, elle en avait un peu peur. Il y avait deux autres messieurs : un jeune homme à la longue moustache blonde qu’il tirait d’un air pensif après chaque phrase. L’autre était un personnage au teint basané, à l’air sévère, qui disait d’une voix douce les choses les plus étranges, ce qui provoquait sourires ou éclats de rire à chacune de ses remarques. Il y avait une grosse dame rieuse, aux doigts pleins de bagues, et une jeune fille blonde qui paraissait s’amuser énormément. Tout le monde discutait et riait, et les yeux graves de Laurie prenaient note de tout. Grégory, lui, était tout absorbé par les bonnes choses servies sur son assiette. Une fois, il s’oublia jusqu’à s’écrier avec ravissement pendant un de ces silences soudains, si fréquents dans toute conversation : « C’est un festin de roi, je veux le manger tout ! ». Il fut rempli de confusion par les rires qui suivirent ces paroles, et quand le jeune homme aux moustaches blondes se mit à lui présenter rapidement tous les plats qu’il pût saisir, Greg glissa de sa chaise et courut enfouir sa tête sur les genoux de sa mère.

Celle-ci fit cesser les rires, et renvoya son fils à sa place.

– Les enfants sont si délicieusement sincères ! dit la grosse dame.

– Et la sincérité est toujours amusante, dit l’homme basané.

Laurie perdit souvent le fil de la conversation qui suivit, mais elle fixait d’un regard admiratif sa mère qui paraissait si parfaitement à son aise dans cette joyeuse compagnie. Et aucune autre personne, pensait la loyale petite enfant, n’est si jolie et si douce qu’elle.

De temps en temps on disait des choses qui intriguaient complètement la petite fille.

– Puisque nous parlons métier, dit l’homme blond, laissez-moi vous donner une idée générale. Ne tuez pas les méchants, ni les mauvaises personnes – laissez-les simplement disparaître.

– Vous voulez dire, faites-les disparaître ?

– Parfaitement. Il y a mystère, et la crainte de les voir reparaître soutient l’intérêt.

– Et quand reparaissent-ils ?

– Jamais ! Fermez le livre, doucement, après leur disparition.

– Je n’aime pas les conclusions vagues, dit la grosse dame, je tue toujours franchement quand je vois que c’est nécessaire.

– Le public aime beaucoup mieux voir les bandits malmenés.

– Et vous, Mme Oliver, qu’en pensez-vous ? Êtes-vous de celles qui pratiquent le meurtre ?

– Je ne tue jamais, dit Mme Oliver en souriant, à moins qu’il n’y ait aucun autre moyen d’en sortir. J’ai tué quelqu’un, une fois, mais ce fut à grand regret.

– Oh, je sais, dit la jeune fille blonde, c’était Flora Gauty. J’ai pleuré sur elle. Je ne pensais pas rencontrer un jour son meurtrier.

La conversation continua, mais Laurie n’en écouta pas davantage. Son cœur battait violemment, et elle se sentait défaillir. Rêvait-elle ? Sa maman, sa douce, sa tendre petite maman avait-elle dit, d’un air calme et indifférent, qu’elle avait tué quelqu’un, une fois… ? L’enfant laissa son repas intact sur son assiette. Lorsque le dîner fut fini, on leur permit d’aller courir et jouer au jardin.

Grégory s’étonna de l’humeur silencieuse de sa sœur.

– Viens donc courir avec moi, Laurie, supplia-t-il. C’est un si grand et beau jardin ! Qu’as-tu ? As-tu mal ?

Elle avait mal, en effet, mais sa douleur était trop profonde pour être épanchée. Le soleil, les fleurs, le beau jardin, tout lui paraissait voilé. Elle s’assit sur la pelouse sous un vieil ormeau.

– Laisse-moi, Greg, et va jouer. Je veux maman… oh, je veux maman !

Chapitre 7. « Tu as dit que tu l’avais tuée ! »

Un moment après, Mme Oliver descendit au jardin, parlant sérieusement avec M. Bernard.

Laurie se leva, accourut, et glissa sa petite main dans celle de sa mère. Mme Oliver lui sourit !

– Fatiguée de courir, ma chérie ?

– Je voudrais rester avec toi ! dit la fillette à voix basse.

Mme Oliver reprit alors sa conversation, Laurie à ses côtés.

– Je ne peux pas entreprendre davantage, M. Bernard. Il ne faut pas me tenter !

– C’est une si belle occasion !

– Je devrais aller à l’étranger pour étudier l’endroit.

– Pourquoi pas ?

– La dépense serait trop forte.

– Mais vous seriez amplement dédommagée ensuite.

– Je n’ai pas sous la main l’argent nécessaire.

– Laissez-moi vous l’avancer.

– Merci ; mais je ne pourrais pas me permettre cela.

– Je vous assure que ce ne serait qu’un arrangement d’affaires. Je connais vos scrupules extrêmes en ce qui concerne les prêts. Vous les considérez donc comme des dettes ? Mais en ce cas vous perdez une occasion magnifique.

– J’ai des enfants, et je me dois à eux, avant tout. J’essaie de ne pas les négliger, et je crois que je fais mon devoir. Je viens de m’installer ici, il ne faut pas m’en distraire.

-Mais il faut être plus ambitieuse ! Donnez une bonne gouvernante à vos enfants, et laissez-les avec elle. Vous devriez être entièrement libre avec le talent que vous possédez. N’ayez pas peur de dépenser. Vous vous faites un très bon revenu.

– M. Bernard, vous êtes mon ami et mon banquier ; vous savez où va mon argent.

M. Bernard sourit tranquillement.

– Votre conscience délicate vous joue des tours, dit-il. Quand le créancier est satisfait, il n’y a pas de dettes.

– Il y en aura jusqu’à ce que j’aie payé le dernier sou !

Mme Oliver parlait avec animation. Puis elle ajouta, plus doucement :

– Je ne crois pas que la gêne résultant d’un revenu très faible puisse nous faire du mal, ni à moi, ni à mes enfants. Cela nous donne des habitudes de soin, d’abnégation et d’indépendance. Je ne voudrais pas qu’il en fût autrement.

Il y eut un silence. Puis M. Bernard dit, d’un ton différent :

– Voulez-vous m’envoyer ces articles dont je vous parlais il y a quelques temps ?

– Oui, je le ferai.

Laurie écouta tout ceci, étonnée d’entendre les grandes personnes parler de sujets aussi peu intéressants que les « revenus », les « circonstances », les « créanciers », etc. Et dans sa petite tête l’horrible pensée la tourmentait toujours : Maman a tué quelqu’un, son nom était Flora Gauty, et elle en a ri ! Mais, elle eut beau essayer, elle ne put prendre sa mère à part un seul instant pour lui en parler. D’ailleurs, elle n’osait même pas se répéter l’affreuse phrase qui lui gâtait sa journée et obscurcissait même le soleil autour d’elle ! Mlle Bernard et les autres invités sortirent bientôt, et Laurie, voyant sa mère entourée, rejoignit Grégory. Celui-ci avait engagé une conversation très animée avec un petit garçon qui arrachait les mauvaises herbes d’une allée. Mlle Bernard et la grosse dame passèrent près d’eux. Elles s’arrêtèrent en voyant les enfants, et cette dernière posa la main sur l’épaule de Laurie.

– Ce sont ses enfants, n’est-ce pas ? Heureux enfants d’avoir pour mère un tel génie. C’est ravissant de la voir ainsi entourée. Sa plume est si étonnante que je m’étais fait d’elle une idée toute différente. C’est un grand plaisir pour moi de l’avoir rencontrée.

Laurie se retourna vivement :

– Savez-vous l’histoire de la plume merveilleuse de maman, qui fait de l’argent ? demanda-t-elle.

– Je crois que toute l’Angleterre connaît la plume de votre mère, dit la grosse dame, éclatant de rire comme elle s’éloignait. Je voudrais seulement pouvoir retenir mon public aussi bien !

Une couleur rose monta aux joues de la fillette. Toute l’Angleterre connaît la plume de maman ! Quelle merveille ce devait être ! Et que faisait-elle donc ? se demandait Laurie.

Chacun fut invité à prendre une tasse de thé et bientôt la calèche arriva pour les emmener. Grégory babilla gaiement tandis que sa sœur se tenait tranquille. Mme Oliver la regarda tendrement :

– Je crois que tu ne t’es pas beaucoup amusée, n’est-ce pas, ma chérie ?

– Non, pas beaucoup, dit-elle sincèrement.

– Tu n’es donc pas bien ? Je n’aime pas te voir si boudeuse. J’ai eu beaucoup de plaisir, aujourd’hui, et j’espérais que tu en aurais eu aussi de ton côté.

La figure de l’enfant s’empourpra. Elle ne pouvait pas dire ses pensées à sa mère. Elle était assise en face d’elle, et de temps en temps, Mme Oliver rencontrait son regard fixé sur elle, grave, triste et scrutateur, et elle en était inquiète.

– Je crois qu’elle a mal et qu’elle est de mauvaise humeur, dit Grégory.

– Je ne suis pas de mauvaise humeur, dit Laurie.

– Qu’as-tu ?

– Je crois que je me sens un peu triste…, et la fillette, confuse, détourna la tête sous le regard insistant de sa mère.

Mme Oliver n’insista pas davantage. Elle savait que tous les chagrins seraient dévoilés à l’heure du coucher, et, laissant Laurie à ses réflexions, elle porta son attention sur son petit garçon. Ils étaient tous les deux bien las, en arrivant, et Greg s’endormit dès que sa tête toucha l’oreiller. Mais Laurie ne dormait pas quand sa mère vint vers elle. Sa petite figure était pâle et bouleversée. Mme Oliver s’assit à côté d’elle et écarta d’une main très tendre l’épaisse chevelure de son front. Elle ne parlait pas, et son silence donna du courage à l’enfant :

– Maman, si je tuais… une… un… oiseau, est-ce que ce serait méchant ?

– Si c’était par accident, non, ma chérie. Je crois que tu ne serais jamais assez cruelle pour le faire exprès.

– C’est cruel de tuer, maman ?

– Très cruel ; à moins qu’on ait une bonne raison de le faire.

Laurie se souvint des paroles de sa mère : « il n’y avait pas d’autre moyen d’en sortir » ; mais elle ne se sentit pas consolée.

– Et les grandes personnes sont obligées de se tuer les unes les autres quelquefois, maman ?

– Jamais ! dit Mme Oliver, avec horreur ; puis elle ajouta vivement : sauf en cas de guerre, naturellement.

– As-tu été à la guerre, maman ?

– Non, chérie. Pourquoi ? Qu’est-ce qui te tourmente ? Dis-le franchement à maman. As-tu tué un crapaud ?

– Non, non ! Et la fillette frissonna. Puis, se relevant, elle jeta ses bras au cou de sa mère et cacha sa tête sur son épaule.

– Oh, maman, je ne sais pas comment le dire, mais j’y pense continuellement ; c’est ce qu’Esther a lu dans le journal… un jour une femme avait tué sa petite fille ! Tu ne trouveras jamais bon de me tuer, moi, maman ! Oh, dis-moi que non !

Mme Oliver était de plus en plus intriguée et effrayée. Elle sentait Laurie toute tremblante et ses petites mains étaient d’une chaleur fiévreuse.

– Ma petite fille ! Comment peux-tu dire de si terribles choses ? Crois-tu que maman te fera jamais le moindre mal ?

Laurie éclata en sanglots.

– Mais tu as dit que tu l’avais tuée, maman, et une dame t’a donné cet affreux nom : un… un… meurtrier !

– Qui ai-je tué ? dit Mme Oliver, se demandant si son enfant délirait.

– Flora Gauty. Je me souviens de son nom. Était-ce une petite fille, maman ?

La lumière se fit aussitôt dans l’esprit de Mme Oliver et elle poussa un grand soupir de soulagement. Elle ne sourit pas, quoique tout d’abord elle en eût envie, car elle voyait quelle terrible expérience sa petite fille traversait.

– Ma Laurie chérie, sèche tes larmes et écoute-moi. Je peux t’expliquer tout cela. Je n’ai jamais vraiment tué quelqu’un, et tout cela est un gros malentendu. Ce n’est pas étonnant que tu aies été si malheureuse, puisque tu avais cette affreuse pensée dans ta petite tête. Je crois qu’il faut que je te dise maintenant ce que fait ma plume et comment je gagne de l’argent. C’est en écrivant des livres. Je ne te l’ai jamais dit, parce que je n’aime pas du tout qu’on en parle. Mais je voudrais que tu l’aies su avant d’entendre cette stupide conversation à dîner.

Laurie regardait sa mère avec des yeux tout ronds, sans pouvoir dire un mot.

– Tu aimes les livres et les images, n’est-ce pas ? continua sa mère… Eh bien, les grandes personnes les aiment aussi, et j’en écris, beaucoup ; des récits et des essais que tu trouverais bien monotones. On parlait de mes livres, à dîner, et « Flora Gauty » est la jeune fille d’un livre qui a été noyée dans une inondation. Je l’ai fait mourir dans mon histoire, et c’est ce que je voulais dire en disant que « je l’ai tuée ». Elle n’était pas du tout une vraie personne. Comprends-tu, chérie ?

Laurie fit signe que oui, mais elle se remit à pleurer.

– Je ne sais pas pourquoi je pleure, sanglota-t-elle, je suis si contente ! Je savais bien que tu ne voudrais pas tuer quelqu’un ; seulement, je ne pouvais pas comprendre.

– Maintenant couche-toi et dors comme une gentille enfant. Tu es exténuée.

Mme Oliver embrassa sa fillette et la remit sur ses oreillers. Après un ou deux petits sanglots, les yeux bruns se fermèrent doucement, puis s’entrouvrirent tout ensommeillés.

– Maman !

– Chérie ?

– C’est une plume merveilleuse, n’est-ce pas, qui écrit des livres ?

– Oui, certes, dit Mme Oliver en souriant et elle sortit de la chambre en se disant : Voilà pourquoi on ne devrait jamais amener des enfants à un dîner littéraire !

Le lendemain, Laurie se leva gaiement comme une joyeuse petite personne qu’elle était. Naturellement, elle ne dit jamais à Greg la cause de son chagrin, et pendant longtemps ils discutèrent de leur visite aux Tours Rondes. Esther dut écouter les brillants récits sur la maison et le jardin.

– C’est beaucoup plus agréable que le hall, où habite Mlle Monteil, dit Laurie. Cela paraît plus aimable, dedans et dehors.

– C’est la première fois que j’entends parler de l’amabilité d’une maison, dit Esther avec un sourire.

– Eh bien, vous ressentez que tout le monde vous aime et que les arbres et les fleurs connaissent aussi ce sentiment-là, n’est-ce pas ?

Esther secoua la tête et n’en dit pas davantage.

Mlle Monteil n’avait pas gagné le cœur des enfants. Si Laurie la voyait venir sur la route où Greg et elle se promenaient, elle grimpait par-dessus une barrière ou se cachait derrière un arbre jusqu’à ce qu’elle fût passée. Greg, seul, continuait placidement sa promenade. Une après-midi, Mlle Monteil le rencontra ainsi, et l’arrêta.

– Tu es trop petit pour être si loin de chez vous. Où est ta sœur ? Je croyais qu’elle prenait toujours soin de toi.

– Oui, elle prend soin de moi, à moins que je ne le fasse, moi, tout seul, dit l’enfant, imperturbable.

– Où est-elle ? répéta Iris, le regardant sévèrement et croyant que l’enfant voulait être impertinent.

Grégory fixa son interlocutrice, les yeux et la bouche grands ouverts, puis dit pensivement :

– Je crois qu’elle est quelque part sur terre.

– C’est une petite sotte de se sauver ainsi en te laissant.

Puis, tout à coup, voyant derrière un arbre un coin de robe d’indienne, Iris s’avança et saisit Laurie par les épaules : « Pourquoi te caches-tu ? Ne dois-tu pas prendre soin de ton petit frère quand vous êtes dehors ? »

– Je me cachais seulement de vous, dit Laurie d’un air confus.

– Te cacher de moi ! s’écria Iris, vraiment étonnée. Pourquoi te cachais-tu de moi, je t’en prie ?

– Parce que… parce que vous me posez des questions, murmura la fillette.

– Je te ferai dire ton catéchisme tout d’un trait, si tu ne prends pas garde, dit Iris en riant, mais d’un air un peu vexé. Ainsi tu es une trop grande dame pour qu’on puisse te questionner ? Je me demande jusqu’où iront les enfants ! – Savez-vous que je vais organiser un festin dans les prés pour les enfants des écoles ? J’allais justement chez votre mère pour lui demander de vous y laisser venir. Mais si vous vous cachez de moi, vous n’aimerez sans doute pas y aller.

– Si, je crois que je voudrais, dit Laurie doucement.

– Moi, j’aimerais beaucoup, dit Grégory avec un large sourire. J’aime le foin. Laurie et moi avons essayé d’en couper l’autre jour dans notre jardin. Nous avons coupé des tas d’herbes avec des ciseaux, mais ça faisait affreusement mal aux doigts !

– Peut-être que je ferais mieux de vous inviter tout seul, alors, dit Iris, je n’aime pas les enfants qui se cachent de moi.

Laurie rougit, puis ses sentiments l’emportèrent sur sa timidité :

– Greg ne pourrait pas aller vous voir à moins que je n’y aille aussi. Je suis sa gardienne, maman me l’a dit. Je suis fâchée de m’être cachée derrière un arbre. Je ne le ferai plus.

– Alors nous n’en parlerons plus, et j’attends Grégory et sa gardienne samedi après-midi, à deux heures, si votre mère vous permet de venir.

Elle leur fit un petit signe de tête et s’éloigna.

Les deux enfants étaient fous de joie.

– Je crois que c’est une très gentille dame, Laurie. Ce sera une vraie partie de plaisir, n’est-ce pas ? Il y aura beaucoup d’enfants pour s’amuser. Oh ! Que je voudrais que ce soit samedi, aujourd’hui.

Ils ne purent parler d’aucune autre chose jusqu’au samedi. Leur mère avait été invitée, mais elle dit qu’elle ne pouvait pas prendre le temps d’y aller. Iris fit alors le plaisir à Esther en lui demandant d’accompagner les enfants.

Le temps était magnifique. Iris, toute réjouie et contente de voir s’amuser tous les enfants du village, se montra très bonne hôtesse. Laurie se lia d’amitié avec la petite fille du pasteur de la paroisse voisine. C’était une enfant d’une dizaine d’année, qui avait avec elle trois jeunes frères qu’elle essayait vainement de discipliner :

– J’en viens à bout à la maison, mais quand nous sortons ils n’aiment pas que je les gronde. Maman est malade et nous avons à la maison un tout petit bébé qu’elle soigne. Je surveille tous les autres.

– Les garçons sont assez turbulents, dit Laurie adoptant le ton raisonnable de sa nouvelle amie. Greg me donne beaucoup de peine, car j’en prends soin, tu comprends.

– Ce doit être facile avec un seul, soupira Pauline Robert. Nous sommes très pauvres et je raccommode leurs bas et leurs chaussettes. Il y a toujours des trous.

– Moi, je ne travaille pas beaucoup, confessa Laurie, Esther raccommode nos bas.

– Je le fais pour épargner de la peine à maman, dit Pauline. Vous devriez voir maman ! Elle est aussi belle et aussi bonne qu’un ange. Elle m’appelle sa « joie ».

– Elle ne peut pas être plus gentille que maman ! dit Laurie vivement. Elle m’appelle la gardienne de Greg ; j’aime ce nom, et toi ?

Tel fut leur genre de conversation. Pauline ne se prêtait pas aussi gaiement que Laurie aux courses dans le foin. Les tourments de la vie pesaient déjà lourdement sur ses épaules. Mais sa nouvelle amie la trouvait charmante et l’embrassa avec ferveur, en partant :

– Je ne connais pas de petite fille ici, et seulement un petit garçon, à part Greg. J’aimerais que tu viennes prendre le thé avec moi, un jour, je le demanderai à maman.

Les yeux de Pauline brillèrent :

– J’aimerais beaucoup venir chez toi, si maman me le permet, si elle n’a pas besoin de moi. Et peut-être que lorsque nous aurons une fête, un anniversaire, tu pourrais venir dîner avec nous. Nous avons toujours un gâteau les jours de fête.

Elles se séparèrent grandes amies, et Laurie rendit compte de sa journée à sa mère, en disant :

– Le foin était délicieux, et les jeux, et le thé aussi. Mais le plus charmant, c’était Pauline ; c’est une petite fille si sérieuse que je suis sûre que tu l’aimerais.

– Je l’espère, répondit sa mère en souriant. Mais elle doit être plus âgée que toi.

– Oui, c’est vrai ; mais, vois-tu, nous nous ressemblons beaucoup. Elle a des petits frères à garder, et moi j’ai Greg. Nous avons parlé – ses yeux prirent un air grave – de la peine qu’ils nous donnent.

Alors Mme Oliver saisit sa petite fille et la serra contre elle.

– Oh, ma chérie, j’espère que je ne fais pas de toi une petite vieille ! Je ne veux pas que tu sois « sérieuse » comme tu dis. Je veux que tu sois une enfant heureuse et insouciante. C’est cette terrible mais nécessaire littérature qui m’absorbe tant !

Chapitre 8. « Sans un ami au monde ! »

… Alors, Angelo, nous faisons naufrage… Cela commence toujours comme cela. Naturellement, nous devrions être dans l’eau, mais nous ferons comme si nous y étions. Vois-tu, je vais essayer d’arriver à cette grosse pierre… Maintenant, j’y suis. Trouves-en une pour toi ou bien tu seras noyé. Vite ! Vite ! Il y a un requin derrière toi !

– Moi je grimpe sur un arbre ! s’écria Grégory.

– Mais non, ce n’est pas ça ! Les arbres ne poussent pas dans la mer.

– C’est une grande montagne, dit Greg rapidement, j’ai failli me noyer en tombant à la mer, mais maintenant je ne risque plus rien. Je suis sur une île. Et toi, Angelo, où es-tu ?

– Sur un grand rocher, comme toi.

– Il ne faut pas dire ça. C’est une île. Je suis toute mouillée et j’ai froid et bien faim, mais je suis si contente d’être sauvée ! Et toi, Greg ?

– Je suis en grand danger ! Un ours grimpe vers moi d’un côté et un renard de l’autre, et une grosse baleine me mord le doigt de pied !

– Et toi, Angelo ? Tu ne dois pas rire, tu sais c’est très sérieux !

Angelo essaya de se mettre dans l’esprit de ce jeu merveilleux :

– Les vagues bondissent sur moi et m’emportent presque ! s’écrie-t-il. Les éclairs m’ont rendu aveugle et le tonnerre retentit de tous côtés. J’étends les bras, je ne touche rien ! Mes yeux sont clos, et je ne verrai jamais plus ! Plus de soleil, ni de fleurs, ni de maisons, ni d’amis. Je ne suis qu’une épave.

– Oh, que c’est beau ! murmura Laurie. Maintenant c’est mon tour. J’aurais dû penser à être une épave, c’est un très beau mot. J’ai si froid, mes dents claquent et ma langue est sèche et brûlante. Je veux manger et boire. Je deviens très malade. Que pourrais-je manger ? Mes vêtements sont tous trempés. Peut-être que je pourrais manger mes souliers, ce serait mieux que rien. Ils sont très durs. Mais, oh ! que j’ai soif ! Voici une goutte de pluie… je la vois descendre. Puis-je l’attraper ? Ah !… Hélas ! Hélas ! Elle est tombée sur mon nez, je ne peux pas la boire !

– Essaye, essaye ! cria Grégory, avance la langue ! – Maintenant c’est à moi. Un alligator rouge grimpe vers moi. Il faut se battre ! Maintenant ma montagne s’enflamme par en haut et la baleine l’avale par en bas. Je vais retomber dans la mer et je serai noyé.

Les trois enfants s’amusaient dans le bois à ce jeu captivant et Laurie en était directrice en chef. Angelo les avait de nouveau rencontrés et avait exprimé le désir d’être initié au jeu des « périls ». Son imagination était très développée, et le bonheur de Laurie fut au complet lorsque du haut de son « île », il fit retentir un chant improvisé :

« Le vent impétueux souffle,

Les vagues agitées s’élèvent,

Le tonnerre retentit de tous côtés,

L’éclair brille ;

L’île chancelle,

Sur terre et sur mer tout est danger. »

– Oh, Angelo, s’écria-t-elle en se jetant impétueusement à son cou, c’est merveilleux de jouer avec toi !

Le naufrage terminé, Angelo demanda s’il n’y avait pas d’autres thèmes de « périls ».

– Oh si, dit Laurie, il y en a encore des tonnes et des tonnes. Tu comprends, je les trouve dans la Bible. J’en ai entendu un très beau dimanche dernier. C’est l’apôtre Paul qui le raconte. Il y a des voleurs et des prisons, des coups de pierres et des coups de fouet. Je l’ai retrouvé dans ma petite Bible. J’y ai mis un signet, et je le relis quelquefois lorsque je veux faire battre et bondir mon cœur ! Je voudrais que tout cela m’arrive, un jour à moi.

Ici elle leva les yeux et poussa un profond soupir, car Laurie avait vraiment l’âme d’un martyr, avec peut-être un peu trop d’amour du drame.

– J’ai appris deux versets, continua-t-elle, je vais te les réciter. Ils sont un peu difficiles :

« Trois fois j’ai été battu de battons, une fois j’ai été lapidé, trois fois j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer, en voyages souvent, dans les périls sur les fleuves, dans les périls de la part des brigands, dans les périls de la part de mes compatriotes, dans les périls de la part des nations, dans les périls à la ville, dans les périls au désert, dans les périls en mer, dans les périls parmi de faux frères… » (2 Corinthiens 11. 25 et 26).

C’est pour cela que nous appelons ce jeu les « périls ».

– J’aimerais le lire, dit Angelo.

– C’est dans la Bible, tu pourras le trouver quand tu rentreras chez toi.

– Mais je n’ai pas de Bible.

– Pas de Bible ! s’écria Laurie en le regardant avec compassion. Je croyais que tout le monde avait une Bible en apprenant à lire. Peut-être Ninette en a-t-elle une ?

– Je lui demanderai, dit Angelo, sa figure s’illuminant à cette idée. Est-ce un livre de contes ? ajouta-t-il.

– Ce n’est pas un livre ordinaire, dit Laurie. C’est le livre de Dieu. N’as-tu jamais lu la Bible ? C’est pour cela que tu ne sais rien de Dieu, ni de Jésus. La Bible nous raconte comment Jésus est venu sur la terre, et comment Il est remonté au ciel.

– Oh, j’aimerais bien la lire, dit Angelo, une couleur rose montant à ses joues.

– Ton gardien doit avoir une Bible, poursuivit Laurie. Je croyais qu’il n’y avait que les païens qui n’avaient pas la Bible. On ne peut pas aimer Dieu sans cela.

– Ne peut-on vraiment pas ? demanda tristement Angelo. Je crois que j’aime Jésus à cause de ce cantique que tu m’as appris. Il m’aime, dis-tu. Comment la Bible aide-t-elle à L’aimer ?

– Oh ! Elle parle de Lui, de Jésus qui guérissait les malades, de Jésus venu pour être le Sauveur du monde !

– Crois-tu que je pourrais en acheter une dans un magasin ? demanda Angelo… Seulement, je n’ai pas d’argent ; est-ce bien cher ?

– Je ne sais pas, dit Laurie. Mme Pratt vend peut-être des Bibles, mais je n’en ai jamais vu dans son magasin.

– Gardien n’aime pas que j’aille aux magasins du village. Si j’avais de l’argent, n’irais-tu pas l’acheter pour moi ?

– Oh, si !

– Je demanderai à Ninette, dit Angelo lentement. J’aimerais beaucoup en avoir une.

– Jouons encore aux « périls », dit Grégory. Le jeu continua donc avec des alternatives de gravité et de rires… Les âmes d’enfants peuvent si facilement se communiquer leurs sentiments !

Mais, en arrivant chez lui, Angelo n’oublia pas son idée. Il courut aussitôt à la cuisine pour voir Ninette. Elle était assise devant la table près de la fenêtre ensoleillée et coupait des morceaux de tissu pour fabriquer, de ses doigts habiles, un costume neuf pour Angelo. Elle chantait une petite chanson lorsque Angelo entra. Il aborda aussitôt la question :

– Ninette, avez-vous une Bible ?

– Ah, mon chéri, quelle question ! Demande ces choses-là à ton gardien. Si Ninette en a une, ce n’est pas pour un petit enfant. Comprends-tu ?

– Non, je ne comprends pas, dit Angelo, je veux en avoir une, car j’en ai besoin. Laissez-moi voir la vôtre, Ninette. Montrez-la-moi, s’il vous plaît !

– Mais elle est tout au fond de mon tiroir, là-haut, je ne m’en sers pas souvent, et le comte serait très en colère ! Non, mon petit Angelo, ce n’est pas un livre pour toi.

Rien ne put la faire céder. Angelo se rendit donc chez son gardien. Il le trouva lisant dans sa chaise longue. Depuis plusieurs jours, le comte n’était pas bien portant. Il paraissait vieilli et usé. Ses yeux s’éclairèrent à la vue de l’enfant.

– Viens me chanter, dit-il, je t’écouterai. Je ne jouerai pas, cela me fatigue trop.

– Qu’aimeriez-vous que je vous chante ? demanda Angelo.

– Chante : « Pleurs, soupirs, qu’êtes-vous ? »

Angelo se leva et chanta de son mieux. Les yeux du vieillard étincelèrent pendant qu’il écoutait l’étrange mélodie qu’il avait lui-même composée.

– Tu es doué, merveilleusement doué, dit-il, lorsque le chant cessa. Quand je ne serai plus, peut-être faudrait-il permettre au public d’en profiter et pourtant je ne peux pas oublier ma promesse.

– Vous ne me laisserez pas emmener par M. Capello ? dit Angelo, les yeux assombris de terreur.

– Oh ! Peut-être mon vieux corps se maintiendra-t-il plus longtemps que je ne le pense. Mais quand mon heure viendra, qui prendra soin de toi ? Tu as besoin d’un gardien. M. Capello est le seul qui te réclame. Tu ne peux pas vivre seul.

– Mais, Gardien, vous n’allez pas me laisser, n’est-ce pas ? Oh ! Je vous en prie, ne m’abandonnez pas ! Emmenez-moi, partout où vous irez.

Le comte rit durement.

– Tu ne me remercierais guère, mon garçon. Ce vieux corps commence à me peser. Il est usé et ne durera plus très longtemps. Je vais où vont tous les hommes, et lorsque tu seras encore jeune, je serai oublié dans ma tombe.

– Voulez-vous dire que vous allez mourir ? demanda Angelo, fixant son gardien d’un air perplexe.

Le comte ne répondit pas. Il regarda pensivement par la fenêtre, puis se tourna vers le petit garçon et l’attira doucement à lui.

– Angelo, je ne t’ai jamais parlé de ta mère. Son père et moi étions amis d’enfance. Elle quitta ma maison lorsqu’elle épousa ton père. Je ne te parlerai pas de lui. Ta mère avait un don inné pour la musique, sa voix était divine. Elle avait été élevée luxueusement, dans une atmosphère de paix et d’amour. Ton père s’empara de son argent… ce n’est pas ma faute… Ah ! Comme j’ai essayé de l’en empêcher ! Mais qui peut intervenir entre mari et femme ? Il le dépensa, puis il la força à paraître sur la scène, à chanter en public. Il vécut du succès de sa femme comme cantatrice publique. Elle – ma tendre et délicate fleurette – ne put supporter la fatigue, la dégradation d’une telle position. Je fus appelé à son lit de mort. Elle te mit dans mes bras :

« Prenez mon fils, dit-elle, il hérite du don fatal de sa mère… Faites son éducation musicale si vous voulez, mais ne le laissez jamais paraître en public. C’est ma dernière volonté. Aimez-le, instruisez-le, élevez-le comme vous l’avez fait pour moi, mais épargnez-lui la sordide, la cruelle vie des célébrités du public ! »

Je t’ai pris, et j’ai promis que tu ne mettrais jamais les pieds sur la scène.

– Et où est mon père ? demanda Angelo.

– Mort. Il ne survécut que deux ans à ta mère.

– Pauvre mère ! dit Angelo tristement, puis il ajouta en suppliant : Vous ne me laisserez pas prendre par M. Capello, n’est-ce pas ? Je mourrai comme ma mère s’il me fait faire ce qu’elle a dû faire !

– Nous n’en parlerons plus ; mon cœur souffre du passé. Mais tu n’as pas d’autre gardien que moi et si je pars, tu seras sans un seul ami au monde !

Angelo se leva pour partir, puis il se souvint de son projet.

– Gardien, puis-je avoir de l’argent ?

– Pour quoi faire ?

– Pour un livre que je veux acheter.

– Il n’y a pas d’endroit ici où tu puisses acheter des livres. Les villageois anglais sont mornes et stupides. Ils achètent leur nourriture. Ils satisfont leur corps ; leur âme n’a jamais appris à vivre !

– La petite fille dont je vous ai parlé a promis de me trouver le livre, mais elle n’a pas d’argent, et moi-même je n’en ai pas à lui donner.

– Ah ! Bien, tu n’es pas encore un mendiant ! Voici de l’argent. Combien de pièces ?… Cinq. Et montre-moi ton achat quand tu l’auras obtenu.

Les yeux d’Angelo étincelèrent quand il reçut cinq shillings dans sa petite main. D’un geste gracieux il se courba et baisa la main du comte, la seule caresse qu’il eût jamais osé lui faire ; puis il quitta la chambre, et bientôt, dans le jardin ensoleillé, on entendit chanter sa voix limpide.

Il se sentit très fier lorsqu’il donna ses cinq shillings à Laurie quelques jours plus tard.

– Il faudra m’en acheter une très belle, car c’est une grosse somme ; je n’en ai jamais eu autant.

– Je t’achèterai une merveille, répondit la fillette avec enthousiasme et je demanderai à maman de nous laisser aller demain au magasin.

– Venez jouer à cache-cache, cria Grégory de derrière un arbre. Essayez de m’attraper !

Mais Angelo ne répondit pas. Il se tourna vers Laurie et sa douce petite figure avait un air très grave.

– Je me sens triste aujourd’hui.

-Vraiment ? dit Laurie compatissante. Moi aussi, quelquefois. C’est généralement lorsque j’ai été méchante… Quand tout est passé, il reste seulement un petit goût de tristesse dans la bouche. Quelquefois je me sens triste lorsque j’imagine des histoires de choses qui m’arrivent et que je meurs à force d’essayer d’être très, très sage ! Est-ce que tu te fais des histoires comme cela, toi ?

– Non, dit Angelo, en secouant la tête. Mon histoire vraie est déjà assez triste. Avant de me donner cet argent, Gardien m’a dit des choses auxquelles je ne peux pas m’empêcher de penser.

– Était-il en colère ?

– Oh, non ; il m’a dit qu’il mourrait bientôt et que je serais « sans un ami au monde ». J’y pense continuellement.

– Oui, dit Laurie, gravement, c’est en effet une chose très triste. Mais tu aurais Ninette et Pierre.

– J’ai peur que non. J’ai demandé l’autre jour à Pierre s’il aimait l’Angleterre ; il a dit « non », mais qu’il aimait Gardien, et si Gardien partait, il s’en irait aussi. Il retournerait à son village dans la belle Normandie.

– Alors, sans doute, tu serais complètement seul, comme Robinson Crusoé.

– Probablement… et, en réalité, cela m’attriste.

– Ne pourrais-tu pas avoir un autre Gardien ? suggéra Laurie.

– Je ne connais personne. Gardien dit que la seule personne qui me voudrait c’est M. Capello, et je ne veux pas aller avec lui ! J’aimerais mieux me sauver dans les bois et vivre comme un sauvage !

– Je suis la gardienne de Greg, dit Laurie, doucement. Mais je ne pourrais pas être la tienne aussi, tu es trop grand. Je crois que Dieu serait ton gardien si tu le Lui demandais.

– Crois-tu, vraiment ? dit Angelo, sa figure s’épanouissant à cette pensée.

– Je suis sûre qu’Il le voudrait, et, naturellement, Il ferait mieux que n’importe qui, parce qu’Il voit tout, et sait tout, et ne s’endort jamais (Psaume 121. 4). Il prendrait toujours soin de toi, à chaque minute.

Angelo resta silencieux pendant un instant. Puis, tout radieux, il se tourna vers Laurie :

– Mais bien sûr, c’est ce qui est dit dans le cantique que tu m’as appris :

« Si je viens à Jésus

Il prendra ma main,

Et doucement me conduira

Dans le droit chemin ».

– Oui, dit Laurie, seulement tu as besoin d’un gardien tout particulier. Jésus fait cela pour tous les petits garçons et toutes les petites filles ; seulement il faudra Lui demander de te soigner beaucoup plus que la plupart des enfants qui ont parents, frères et sœurs, et amis.

– Et crois-tu qu’Il viendrait vraiment vivre dans la maison tous les jours et ne me quitterait jamais ?

– Je suis sûre qu’Il le fera si tu le Lui demandes.

– Je ne sais pas encore bien, dit Angelo à voix basse, s’Il vit avec moi maintenant. Quelquefois, je sens qu’Il est là ; mais très souvent je vais à l’église quand j’en doute, car je sais que là, au moins, je Le trouverai.

– Maman dit que Jésus est partout ! dit Laurie énergiquement. Et partout où tu prieras, dans la maison ou dehors, Il t’écoutera.

– Qu’est-ce que c’est que prier ?

– Oh, c’est Lui dire tout ce qu’on voudrait et Lui demander de vous rendre sage. C’est aussi Lui dire merci.

– Tu sais tellement plus de choses que moi ! soupira Angelo.

Mais il était content et fredonnait en s’en allant :

« … Il prendra ma main,

Et doucement me conduira

Dans le droit chemin ».

Chapitre 9. « J’ai trouvé quelqu’un ! »

Mme Oliver montra quelque incertitude lorsque Laurie lui annonça son désir d’aller à la boutique du village pour acheter une Bible.

– Je ne crois pas que tu puisses en trouver une, ma chérie. Je crois que tu ferais mieux de me donner l’argent pour la faire venir de Londres. Je te mènerais bien à la ville voisine, mais je n’ai pas le temps.

– Mais maman, il faudra si longtemps pour la faire venir de Londres ! Je veux l’avoir aujourd’hui.

– Eh bien ! petite impatiente, va à la boutique, et vois ce que tu peux faire.

Laurie et Grégory, très fiers, se présentèrent devant Mme Pratt et lui exposèrent leur désir.

– Eh ! mes chéris – non, non. Ce ne sont pas des livres que je vends. Nous n’avons pas besoin de bibles dans ce village. Une seule dure toute une vie, et le pasteur en donne comme récompense à l’école du dimanche. Bien sûr, les gens de la chapelle ne sont pas bien riches, mais ils les achètent au colporteur lorsqu’il vient faire sa tournée avec tout plein de jolis livres. Et les bibles, c’est bon pour ceux qui ont de l’éducation et le temps de s’asseoir pour découvrir les mystères de l’Évangile.

Cela était incompréhensible pour Laurie.

– Où pourrais-je en acheter une ? demanda-t-elle d’un air abattu.

– Bien, voyons : le pasteur vous dira tout ça. Allez lui demander. Peut-être qu’il pourra vous en trouver une tout de suite.

Alors, pleine de nouveaux espoirs, la fillette trotta avec son frère jusqu’au presbytère. Heureusement, M. Gay s’y trouvait ; il les amena vers sa femme qui tricotait dans son gentil petit salon. Lorsque Laurie eut exposé le désir d’Angelo, M. Gay dit tout bas à sa femme :

– De la bouche des enfants (Mat. 21. 16)… ma chère. Ils ont fait ce que nous n’avions pas pu faire.

Puis il porta la joie de Laurie à son comble en l’emmenant à son bureau pour lui montrer un tiroir plein de bibles neuves.

– J’en tiens toujours un stock pour les enfants, dit-il. Mais en voici une plus jolie qui fera bien votre affaire. Je pense vous la donner pour cinq shillings quoiqu’elle en vaille bien plus.

La fillette la regarda avec admiration. Elle était reliée en maroquin rouge, imprimée en beaux caractères grands et nets. Laurie aurait bien voulu la posséder elle-même.

Quelques minutes après, les deux enfants, portant leur précieux paquet, se dirigeaient vers l’allée verte de l’Ermitage. Laurie était si impatiente de le donner à Angelo, qu’elle était résolue à pénétrer hardiment dans la maison ; mais avant d’arriver au portail elle l’aperçut qu’il courait vers eux.

Il avait l’air triste, mais lorsque le paquet lui fut remis, sa joie ne connut plus de limites.

– C’est la première fois que j’ai un livre à moi, dit-il, et celui-ci est superbe. Je voudrais que nous puissions le lire ensemble au jardin, mais Gardien n’est pas bien, il est triste et de méchante humeur, et je sais qu’il ne m’approuverait pas.

– Il faut que nous partions, dit Laurie. Je suis si contente d’avoir pu acheter une bible.

– Je vais vous accompagner un bout de chemin.

Cela était très aimable de la part d’Angelo, car si impatient était-il de commencer la lecture de son nouveau trésor, il avait bien compris à la mine déçue de Laurie qu’elle aurait voulu discuter un peu.

Greg fut vite occupé, comme d’habitude, à explorer les fossés sur les bords de route, et Angelo et Laurie se trouvèrent seuls.

– Gardien ne cesse de me dire qu’il va me quitter, dit Angelo. Cela m’effraye, mais je viens de lui dire que je pensais pouvoir trouver un autre gardien. Je ne lui ai pas encore dit qui c’était, parce que je voulais t’en parler encore. Tu comprends, Gardien m’a dit ce matin que je n’aurais pas d’argent lorsqu’il serait parti. Il est vraiment très pauvre. Il me l’a dit. Tout son argent lui a été enlevé par des méchantes personnes, et une bonne cousine lui en envoie chaque année. Mais s’il mourait, elle n’en enverrait plus. Penses-tu que Jésus pourrait me garder sans argent ? Tu comprends, je ne peux pas vivre sans nourriture, et où la trouverai-je ?

Le pauvre petit Angelo avait un air si inquiet et désespéré qu’il faisait peine à voir. Il avait longuement réfléchi à son avenir, et le Comte le lui avait décrit bien sombre. Mais Laurie leva la tête d’un geste assuré.

– Je suis sûre que, si tu as Jésus pour gardien, Il te donnera tout. Peut-être qu’Il t’enverra ton dîner comme à Élie. Dieu a pris soin de lui lorsqu’il n’y avait rien à manger ; la Bible appelle ça une famine. Et alors, Élie est allé s’asseoir près d’un ruisseau, et des corbeaux lui ont apporté du pain et de la viande dans leurs becs. Dieu les avait envoyés (1 Rois 17).

Angelo sourit joyeusement.

– Mais ce serait charmant, dit-il. J’aimerais beaucoup dîner ainsi !

– Oh, certes, dit Laurie, avec conviction. Tu ne pourrais pas avoir de meilleur gardien que Jésus parce qu’Il peut tout faire et je viens de penser à une manière qu’Il pourrait employer pour t’envoyer de l’argent.

– Comment ? demanda Angelo, haletant.

– Eh bien, dans la bouche d’un poisson. Quand tu voudras de l’argent, tu iras à la rivière et si tu le demandes à Jésus, Il t’enverra un poisson. Il faudra l’attraper et lui ouvrir la bouche. L’argent en tombera. C’est ce qu’a fait Pierre (Mat. 17. 27). C’est tout écrit dans la Bible. Tu y liras tout ce que Jésus a fait.

Angelo posa encore quelques questions, puis il partit en courant et arriva à la maison, le cœur léger et content.

– Bien sûr que Jésus prendra soin de moi, se disait-il. Je vais raconter tout cela à Gardien.

Mais il ne lui fut pas permis de revoir le Comte ce jour-là. Le vieillard était très fatigué et Pierre était inquiet de ce qu’il n’acceptât pas de voir le docteur. Le Comte était mécontent et maugréait sans cesse sur sa pauvreté. L’avenir d’Angelo pesait lourdement sur son cœur. « Le petit garçon de Rosine abandonné en ce monde cruel ! » murmurait-il sans cesse. M. Capello comme seule protection ! Il faudra que je le fasse venir, et je manquerais alors à ma promesse ! »

Le lendemain il se sentit mieux, et quoique incapable de quitter sa chambre, il fit venir Angelo pour l’entendre chanter. Il demanda à Pierre de lui donner son violon et voulu accompagner lui-même l’enfant. Angelo n’aimait pas chanter accompagné du violon ; il avait une étrange aversion, presque de la jalousie, pour cet instrument et n’avait jamais voulu essayer d’en jouer lui-même, quoique le Comte eût offert de le lui enseigner.

– C’est une autre voix, disait-il. J’aime écouter quand vous en jouez, Gardien. Mais c’est du chant, et vous le faites chanter mieux que moi.

Mais ce jour-là, Angelo chanta avec obéissance pendant longtemps, au tremblant et nerveux accompagnement que tirait le Comte de son précieux instrument.

Enfin le Comte s’arrêta avec un soupir de lassitude.

– Je suis fatigué, dit-il, fatigué de corps et d’esprit.

– J’ai fait un nouveau chant, dit Angelo vivement ; je l’ai composé dans le jardin avant de déjeuner. Je l’ai trouvé dans mon nouveau livre. J’y ai pensé tout à coup, et peut-être que vous aimeriez l’entendre.

– Chante-le, alors, dit le Comte insouciant.

– Il est question du grand amour de Dieu qui a donné Son Fils unique, dit Angelo simplement.

Le Comte eut un élan de colère, mais Angelo ne s’en aperçut pas. Il ouvrit la bouche et de douces notes s’élevèrent :

« Car Dieu a tant aimé le monde,

Qu’Il a donné Son Fils unique,

Afin que quiconque croit en Lui

Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

(Jean 3. 16)

L’enfant ne se lassait pas de répéter ces mots ; il les transposait en des tons différents, et les notes revenaient, toujours les mêmes, triomphales, victorieuses, ou tendres, douces, éteintes comme en un souffle :

« Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Il y eut ensuite un si grand silence qu’Angelo jeta à son Gardien un regard inquiet.

– N’aimez-vous pas cela ?

– Quel livre as-tu donc trouvé ?

– Cela s’appelle la Bible. Elle est remplie d’histoires. Je l’ai achetée avec l’argent que vous m’avez donné.

Le Comte poussa une féroce exclamation en italien. Puis il essaya de réprimer sa colère, car Angelo avait l’air effrayé.

– Ce n’est pas un livre pour les petits garçons ! Apporte-le-moi ici !

Angelo sortit tout perplexe. Il apporta son trésor et le posa sur les genoux du Comte avec des sentiments mêlés de fierté et de désespoir.

– Je le comprendrai, Gardien, dit-il avec un petit signe de tête décidé. Laurie le comprend, et elle m’a déjà raconté beaucoup d’histoires qui s’y trouvent.

– Laisse-moi, dit vivement le Comte. Si j’avais voulu que tu aies une Bible, je t’en aurais déjà donné une.

– Vous allez me l’enlever ? demanda Angelo d’une voix plaintive.

Le Comte ne répondit pas, mais lui montra la porte, et Angelo se glissa dehors, amèrement déçu par la perte de son beau livre.

Quelques jours se passèrent pendant lesquels l’enfant ne vit pas son gardien. Puis, une après-midi, Pierre vint à lui.

– Le Comte vous demande, Monsieur Angelo ; il est très mal aujourd’hui, et il sent… comment dire ? une douleur dans son cœur. Il est très fatigué. Réjouissez-le, et dites-lui qu’il sera bientôt guéri. Je le lui dis moi-même trois ou quatre fois par jour, mais il secoue la tête et m’appelle « vieux fou ». C’est un mot que je n’aime pas du tout. Le Comte se sent si mal qu’il m’a demandé d’aller lui chercher un médecin, et j’y cours. Mais vous, Monsieur Angelo, chantez-lui gaiement et il ira mieux.

Le Comte avait vraiment passé par de durs moments. Plus d’une fois il avait pensé à envoyer chercher Angelo, mais il redoutait ses chants. Les paroles lancées par Angelo retentissaient toujours dans ses oreilles, et ne lui laissaient aucune paix :

« Car Dieu a tant aimé le monde,

Qu’Il a donné Son Fils unique,

Afin que quiconque croit en Lui

Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

L’incrédule, sur le point de traverser la vallée de l’Ombre de la Mort (Psaume 23. 4), commençait à se rendre compte qu’il était chargé de fautes. Ce n’était pas une paisible expérience. Son passé gaspillé lui apportait de cuisants remords et son avenir inconnu, de sombres augures. Malgré tout, les douces notes résonnaient encore :

« Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Angelo entra gaiement. Il s’était courageusement remis de sa déception, et de la perte de sa Bible.

– Cher Gardien, j’espère que vous êtes mieux. Vous serez bientôt guéri, m’a dit Pierre.

Le Comte secoua la tête avec impatience, puis tendit la main à l’enfant.

– Viens ici ! Je crains pour toi, mon garçon. Ton avenir est si incertain ! Je n’ai pas été prudent. Ah, non, j’ai fait fausse route du commencement à la fin et mon cœur en est lourd. Qui te protègera et t’aimera quand je ne serai plus là ? Tu seras un pauvre orphelin, abandonné et seul !

– Oh, non, Gardien ! Laissez-moi vous le dire ! J’ai été malheureux aussi, mais je suis content maintenant. J’espère que vous ne me laisserez pas, car je vous aime beaucoup. Mais j’ai trouvé Quelqu’un qui prendra soin de moi, me donnera de la nourriture ou de l’argent, et tout ce que je Lui demanderai. Je L’en ai prié, et je sais qu’Il le fera.

– À qui es-tu allé raconter ton histoire ? demanda le Comte avec un éclair de colère dans les yeux.

– À Jésus, dit Angelo avec douceur et respect. Il viendra vivre avec moi. Je le Lui ai demandé. Il me donnera tout ce qu’il me faut. Il est déjà mon ami, Il m’aime et me rendra heureux, comme dit le cantique… Voulez-vous que je vous le chante ?

Le Comte fut tellement surpris qu’il ne put rien dire.

Alors Angelo chanta, et en l’écoutant, le vieillard sentit les larmes lui monter aux yeux.

Pourquoi ces paroles, si simples, si enfantines, le touchaient-elles ainsi ?

« Enfant, Le connais-tu, Celui qui, plein de grâce,

Parcourut Son sentier, essuyant tous les pleurs,

Accueillant les petits, laissant partout la trace

D’un amour qui sauvait les plus vils des pécheurs ?

Enfant, Le connais-tu, Celui dont la couronne

Fût d’épines ceignant Son divin front meurtri ;

À qui le monde impie a donné pour seul trône

La croix où s’exhala vers Dieu Son dernier cri ?

Ah ! Connais-tu Jésus et Sa grâce suprême ?

C’est pour toi qu’Il vécut ici-bas en souffrant ;

C’est pour toi qu’Il est mort, ce Fils de Dieu qui t’aime,

C’est pour te rendre heureux : le crois-tu, mon enfant ? »

– Assez, petit, assez ! Je ne peux pas en entendre davantage, interrompit le Comte.

Angelo s’arrêta tranquillement ; un silence se fit.

– Mon chant vous fait-il du bien, Gardien ? demanda enfin Angelo.

Le Comte lui tendit faiblement la main.

– Tu es un bon petit enfant. Je verrai… le pasteur ici demain. Il conseillera. Va maintenant, mon enfant, et envoie-moi vite Pierre.

Angelo partit, et, comme Pierre était sorti, Ninette monta vers son maître. Elle redescendit bientôt, l’air inquiet :

– Il mourra. Il l’a dans les yeux. J’en vois le signe, et pourtant il ne veut pas… non, il ne veut pas se mettre au lit. Il me renvoie. Il veut être seul. Oh ! Pierre, pourquoi ne viens-tu pas !

Une heure après, Pierre revint avec le médecin. Ils entrèrent dans la chambre du Comte et le trouvèrent sur sa chaise longue, un livre à la main. Sa tête était penchée en avant et son doigt semblait indiquer le verset suivant :

« Car Dieu a tant aimé le monde,

Qu’Il a donné Son Fils unique,

Afin que quiconque croit en Lui

Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Le Comte avait été rappelé de la terre, mais la dernière chose que ses yeux voilés virent en ce monde, fut la grande vérité du glorieux Livre :

« Ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Chapitre 10. Un petit « Élie »

– Laurie, as-tu vu Angelo ces jours-ci ? Esther me dit que le vieillard chez qui il habite est mort.

Mme Oliver parlait ainsi aux enfants, au déjeuner.

Laurie leva la tête en ouvrant de grands yeux.

– Je ne l’ai pas vu depuis plusieurs jours, mais il m’a dit que le Comte allait mourir. Pauvre Angelo !

– Pauvre petit ! dit Mme Oliver. A-t-il des parents ? Vous a-t-il parlé de sa famille ?

– Il n’a pas de famille, maman. Angelo était triste parce qu’il disait qu’il n’aurait plus de gardien, personne pour le soigner. Mais maintenant il ne croit plus cela ; il sait mieux.

– Que sait-il ?

– Oh, il sait que le Seigneur Jésus prendra soin de lui, n’est-ce pas, maman ?

– Et Jésus lui enverra son dîner par les corbeaux ! s’écria Grégory avec enthousiasme. C’est ce que Laurie lui a dit.

Mme Oliver ne répondit pas. Laurie reprit :

– Angelo n’aura ni argent, ni maison, ni domestiques. Et il faudra que Dieu s’occupe complètement de lui. Qui sait où il couchera ?

Mme Oliver changea de sujet. Elle paraissait mal à l’aise, ce matin-là, et tout à coup, au milieu des leçons, elle ferma les livres et se leva de sa chaise.

– Courez au jardin, les enfants, et jouez sagement ; nous ne ferons plus de leçons ce matin. Je sors.

Laurie et Grégory furent trop ravis de ce congé inattendu pour poser des questions. Ils virent bientôt leur mère se hâter sur la route conduisant à l’Ermitage… Elle revint pour dîner, tenant Angelo par la main. Il était pâle et effrayé, et se tenait très silencieux. Lorsque Laurie le vit, elle jeta ses petits bras autour de son cou et l’embrassa. Angelo éclata alors en sanglots.

– Il va rester avec nous pendant quelques jours, jusqu’à ce que tout s’arrange, dit Mme Oliver. N’aie pas peur, mon enfant, nous prendrons soin de toi.

Après dîner, Mme Oliver alla trouver à la cuisine sa fidèle servante Esther :

– Eh bien, Esther, que pensez-vous de lui ?

– J’espère que ce ne sera pas pour longtemps, dit Esther jetant un regard furtif à sa maîtresse. Ce sera une autre bouche à nourrir.

– Oh non, répondit Mme Oliver vivement, et un peu nerveusement. Mais que pouvais-je faire ? Il était de mon devoir d’aller chercher cet enfant. Il est jeune pour être seul à un tel moment ! J’ai vu une aimable jeune Française ainsi que le pasteur et le docteur. Mais le Comte est mort si subitement, paraît-il, que tout n’est que confusion. La jeune dame française et son mari ne peuvent pas se charger de l’enfant, disent-ils. Ils retournent en France presque immédiatement. M. Gay agira, je pense, mais jusqu’à l’enterrement, j’ai promis de garder Angelo chez nous. Je ne pouvais pas faire autrement n’est-ce pas, Esther ?

Esther secoua la tête avec incertitude.

– Il faut espérer que ses amis se montreront avant l’enterrement, dit-elle. Je ferai de mon mieux pour lui, Madame, jusqu’alors.

Mme Oliver eut un soupir de soulagement, puis s’en retourna à sa littérature.

Angelo accepta très calmement la situation présente. Il ne posa pas de questions. Laurie et Grégory étaient trop heureux de la présence de leur ami pour faire à son sujet des plans d’avenir.

Mme Oliver surveillait Angelo de ses yeux vigilants, mais elle ne surprit rien dans ses manières ou sa conversation qui pût lui donner de la crainte pour ses enfants. Et la tristesse calme et sincère du petit garçon lui allait profondément au cœur.

Lorsque l’enterrement fut passé, M. Gay vint la voir.

– C’est un cas bien difficile, dit-il. Il paraît qu’il n’y a pas de testament. J’ai écrit à la parente qui leur envoyait, dit-on, de l’argent, et maintenant il faut attendre la réponse. Le seul écrit que le Comte ait laissé est cette note. J’aimerais que vous la lisiez.

« J’écris ceci sachant que mes forces déclinent et que bientôt Angelo sera laissé sans gardien. Sa foi enfantine en un Gardien Tout-Puissant sera sûrement récompensée.

J’ai promis qu’il ne paraîtrait jamais sur scène. Si M. Capello offre de le prendre, il ne doit le faire qu’à la condition que cette promesse soit tenue.

Alphonse Matalio »

– Qui est ce M. Capello ? demanda Mme Oliver. Lui a-t-on écrit ?

– Non, car personne ne connaît son adresse. La jeune dame française m’a dit que le petit garçon a horreur de lui. Il lui inspire la plus grande terreur. Elle m’a supplié avec des larmes dans les yeux de ne pas l’abandonner entre ses mains. Mais que doit-on faire ? Il y a l’établissement pour les pauvres, ou l’orphelinat. C’est son seul espoir.

Mme Oliver se troubla.

– C’est un enfant si délicat ! Et il a une voix vraiment merveilleuse !

– Puis-je le voir ? demanda M. Gay. Il pourrait peut-être nous renseigner un peu sur les affaires de son gardien.

Angelo fut appelé du jardin. Le bon pasteur, en regardant ce petit corps frêle et ce visage sensible, doutait beaucoup que l’orphelinat pût constituer pour lui une atmosphère qui lui fasse du bien.

– Maintenant, mon garçon, dit-il gaiement, peux-tu nous dire si ton gardien, comme tu l’appelais, avait des plans pour toi ? N’as-tu pas d’amis qui te prendraient pour vivre avec eux ?

– Non, dit Angelo gravement. Gardien m’a dit que lorsqu’il mourrait je serais sans un ami au monde.

Il y eut un silence, M. Gay secoua la tête.

– Nous ne savons pas ce que nous allons faire, dit-il perplexe.

Angelo les regarda avec un sourire tranquille.

– Ne vous inquiétez pas, dit-il, quand Mme Oliver ne me voudra plus, tout ira bien. J’ai un autre Gardien maintenant qui va venir vivre avec moi et prendre soin de moi.

– Qui est-ce ?

– Le Seigneur Jésus, répondit l’enfant avec une joyeuse assurance.

M. Gay regarda Mme Oliver.

– Où habiteras-tu ? demanda-t-il. Quand on ne pourra plus te garder ici, où iras-tu ? La maison de ton gardien sera vide. Elle va être donnée à un autre locataire.

Mme Oliver allait parler, mais M. Gay lui fit signe de se taire.

Angelo ne demeura qu’un instant perplexe.

– Je crois, répondit-il, que je vivrai dans le bois et dormirai dans la petite chambre de la vieille tour en ruines. Je ne me sentirai jamais seul, du moins je l’espère. Laurie et moi avons relu aujourd’hui l’histoire d’Élie (lire 1 Rois 17. 1 à 6). Il s’asseyait près d’un petit ruisseau et Dieu lui envoyait son dîner. Il fera sûrement la même chose pour moi, n’est-ce pas ?

Le pasteur murmura à mi-voix :

– « Je n’ai jamais vu pareille foi ; non, pas même en Israël ».

Mme Oliver se leva vivement.

– Je me souviens, dit-elle, Élie fut envoyé à une veuve à qui Dieu ordonna de l’entretenir (lire 1 Rois 17. 7 à 16).. Mon petit Élie a été amené à la maison de la veuve, et même quand l’huile de sa cruche viendrait à manquer, elle ne le chassera jamais, car le Dieu Tout-Puissant y pourvoira toujours.

Elle attira Angelo dans ses bras et l’embrassa.

– Tu vas être un de mes enfants, maintenant. Cours, et dis à Laurie et à Grégory que tu restes avec nous.

– Ma chère Mme Oliver, dit le pasteur, j’ai honte ! Mais ma femme et moi sommes vieux et ne supportons plus les enfants. Toutefois, si nous pouvions vous venir en aide pour son…

– Non, non, M. Gay, il faut que j’aie tout ou rien. Merci beaucoup, beaucoup, cependant. Il y avait plusieurs jours que j’y pensais. C’est un si petit garçon et mes enfants l’aiment tellement que je suis sûre de ne jamais regretter cette décision.

– Ce sera un grand soulagement pour nous tous. Et, naturellement, il se peut que quelqu’un intervienne pour se charger de lui.

L’avenir d’Angelo fut donc décidé, et la seule personne qui n’approuva pas fut Esther.

Mais elle-même, après une semaine ou deux, voulut bien avouer à sa maîtresse que l’enfant lui donnait très peu de peine et ne mangeait pas beaucoup plus qu’une mouche. Angelo lui-même était très heureux. Il n’oubliait pas son ancien gardien, et quelquefois avait un souvenir attendri pour le vieux salon bizarre où il chantait, accompagné par la musique fébrile et passionnée du vieillard. Il chantait et jouait quelquefois dans le petit salon de Mme Oliver. Elle lui apprit de nouveaux chants et essaya avec lui quelques chœurs ; c’était une habile musicienne, mais pas un génie, et Angelo s’apercevait de la différence.

Une après-midi, environ trois semaines après la mort du comte, Mme Oliver écrivait tranquillement dans son petit salon lorsque la porte s’ouvrit soudain, laissant entrer un Angelo bouleversé de terreur.

– Oh, sauvez-moi ! sauvez-moi ! criait-il, M. Capello est là, à la porte. Il est venu pour m’emmener ! Ne me laissez pas partir !

L’instant d’après, un homme grand et brun entra, introduit par Esther. Mme Oliver se leva pour le recevoir, tout en tenant la petite main tremblante d’Angelo. L’étranger s’inclina et sourit, mais il n’était pas difficile de deviner la cause de la frayeur d’Angelo. Son expression était des plus malignes et sinistres, et son sourire, loin de l’adoucir, la rendait encore plus dure.

– Madame, commença-t-il, je suis confondu de gratitude et de reconnaissance envers vous pour l’affection et les soins que vous avez prodigués à ce jeune enfant. Je me suis hâté de venir jusqu’ici en apprenant la mort de mon cher vieil ami. Il est parti, et je n’ai que son héritage pour consoler mon cœur troublé. Venez, petit, et embrassez-moi. Avez-vous donc si vite reporté votre affection sur des étrangers ?

Angelo serra plus fort la main de Mme Oliver ; puis, avant qu’elle pût parler, il releva la tête d’un geste vif et fier.

– Je ne vous aime pas, monsieur Capello, dit-il avec mépris, quoique tout son corps tremblât d’agitation. Je vis ici. J’ai dit à Gardien que je ne voulais pas aller avec vous.

M. Capello ne parut pas déconcerté par cette réception. Il se tourna vers Mme Oliver :

– J’ai vu le bon pasteur. Il m’a indiqué votre adresse et m’a montré le dernier vœu écrit par mon cher ami. Il était trop sensible et menait une vie si retirée. Pour lui, le public était formé de lions dévorants qui cherchent à déchirer en morceaux tous ceux qui s’occupent de leur récréation – de leur amusement. La scène était un trou noir et béant qui avalait vivants tous ceux qui y mettaient les pieds. Nous, qui connaissons le monde, pouvons risquer un sourire. Mais il faut que je donne ma parole avant de prendre l’enfant, n’est-ce pas ? Ah, très bien, je le fais. Et à vous, Madame, je dois mes remerciements les plus fervents et les plus reconnaissants pour votre bonté envers le petit abandonné. C’est avec difficulté que j’ai pu me libérer de mon travail. Je repars déjà ce soir. Puis-je vous demander d’avoir la gentillesse de lui faire sa valise, et nous irons prendre le train qui part d’ici à cinq heures.

Mme Oliver rassembla toutes ses forces et sa dignité. Son âme jeune et chaude était choquée de la calme indifférence de l’étranger pour les sentiments d’Angelo.

– Je suis fâchée, Monsieur, dit-elle, que vous vous soyez dérangé pour l’avenir d’Angelo. Je sais que cela donnait beaucoup d’inquiétude à son gardien. Sa grande préoccupation était de lui trouver un vrai foyer, mais ce vœu a été accompli. Je l’ai pris chez moi, et Angelo est maintenant à ma charge. J’ai l’intention de l’élever comme son gardien l’aurait désiré. Vous n’avez pas de droits sur lui, puisque vous n’êtes pas un parent.

– Vous n’avez certainement aucun droit sur lui, Madame, étant anglaise. Ah ! Cela tourmenterait mon ami dans sa tombe s’il savait que cet enfant est entre les mains d’une étrangère qui l’a pris par pitié. Il faut que j’aie l’enfant, Madame, par amour pour mon vieil ami. Et vite, je vous en prie !

– Non, Monsieur, vous ne le prendrez pas. Vous lui inspirez crainte et terreur et je ne lui permettrai pas de me quitter.

M. Capello regarda avec étonnement cette intrépide jeune femme, puis se fâcha et éclata avec volubilité en italien :

– Ces Anglaises au sang glacé et leur entêtement obstiné ! Qui eût cru que j’aurais de la peine à emmener ce petit chanteur ? Mais il est à moi, il faut que je l’aie, et j’ai fait presque tous les arrangements pour le faire paraître à Vienne. Il fera ma fortune avec sa voix, et il ne m’échappera pas !

Il avait murmuré tout cela férocement, pour lui-même, aussi ne fut-il pas peu surpris quand Mme Oliver lui répondit dans sa propre langue :

– Vous vous êtes trahi, Monsieur. Je comprends l’italien. Et ce que vous dites confirme justement nos craintes. Vous n’avez aucune affection pour cet enfant. Vous désirez l’employer comme un simple instrument pour votre propre bénéfice. La grande appréhension de son gardien était que vous le fassiez paraître en public, et maintenant rien ne pourra me décider à vous le donner.

M. Capello continua à tempêter, mais Mme Oliver ne fléchit pas, et finalement il partit en déclarant qu’il aurait la loi de son côté, et reviendrait bientôt réclamer son droit.

Angelo se tenait toujours serré contre sa protectrice.

– Vous ne me laisserez jamais partir, n’est-ce pas ? supplia-t-il.

– Jamais, mon chéri, fut la ferme réponse de Mme Oliver.

Et Angelo, consolé, rejoignit ses petits camarades.

Chapitre 11. L’huile vient à manquer

– Laurie, où es-tu ?

– Oh, ne nous ennuie pas, Greg ! Angelo et moi composons une très belle histoire. Un jour j’écrirai des livres, comme maman ; amuse-toi tout seul.

– Je suis fatigué de jouer tout seul, je vais venir vous aider ; j’en sais de très jolies.

Grégory trotta vers sa sœur qui était couchée à côté d’Angelo près d’un petit ruisseau dans leur bois favori. Angelo et Laurie étaient grands amis, de ce fait Greg se sentait-il quelquefois négligé. Sa sœur était souvent impatiente avec lui.

– Oh, que tu es stupide, Greg ! Ne peux-tu pas comprendre comme Angelo ?

Et Greg répliquait avec une moue :

– Si, je comprends tout très bien, mais toi, tu es méchante, voilà !

Nos deux petits rêveurs étaient entièrement absorbés par les élans de leur imagination. Angelo était allongé sur le dos, dans l’herbe, et mâchait pensivement quelques longues herbes ; Laurie, soutenant son menton de sa main, cherchait son inspiration dans le spectacle de l’eau courante… Ils bâtissaient ainsi leur histoire :

Laurie : « Ils erraient, la main dans la main ; la nuit tombait, l’horizon s’obscurcissait. Ils entendirent derrière eux le craquement des pas de chevaux, et se mirent à courir pour sauver leur vie. Ils savaient que c’était l’ennemi ».

Angelo : « Et la colombe blanche vola sur un grand chêne, et ils comprirent qu’ils devaient s’arrêter. Les chevaux s’approchaient de plus en plus. Que pouvaient-ils faire ? La colombe s’agita et appela : « coucou ! montez ici, vous ! » Alors ils se mirent à grimper. Albert monta d’abord, mais Hilda ne pouvait grimper aussi vite que lui ».

Laurie : « Oh ! mais si, elle le pouvait ! Elle savait même mieux grimper qu’Albert, parce qu’il était gros et qu’elle était maigre. Elle passa par-dessus Albert et s’assit sur la même branche que la colombe. Soudain… »

– Boum ! Boum ! cria Greg dans ses oreilles.

Laurie bondit, indignée de cette interruption.

– Va-t’en, vilain garçon, tu gâtes toujours tout !

Elle le poussa avec colère. La lèvre inférieure de son petit frère trembla :

– Viens jouer aux « périls » ! Je veux être un voleur sur le sommet de la tour, comme nous jouions l’autre jour. Si vous ne venez pas, je jouerai tout seul.

– Nous ne venons pas ! Joue tout seul.

L’enfant partit en courant. L’histoire continua. Les aventures d’Hilda et d’Albert étaient captivantes. Mais enfin, leurs cerveaux se lassèrent, et les enfants se levèrent.

– Où est Grégory ?

La conscience de la fillette commença alors à la tourmenter. Elle courut au pied de la tour. Tout à coup un cri lui fit lever les yeux. L’aventureux bambin marchait sur le sommet d’un mur où elle-même n’aurait jamais osé s’avancer. Une pierre se détacha sous son pied. L’enfant poussa un cri puis perdit l’équilibre et tomba à terre en un affreux son mat.

De toute sa vie, Laurie n’oubliera jamais ce moment… Son cœur cessa presque de battre. Angelo fut le premier à courir vers le petit corps évanoui. Il essaya de le soulever, mais le petit enfant retomba, inerte. Quand Laurie s’accroupit à genoux près de lui, elle vit, à la manière dont une de ses jambes était repliée sous lui, comme il était gravement blessé.

– Est-il mort ? soupira-t-elle.

– Je ne sais pas, dit Angelo ; il ne parle ni ne bouge plus. Qu’allons-nous faire ?

– Je l’ai tué ! s’écria la fillette en éclatant en sanglots terribles. C’est ma faute. Oh, maman, maman, que me diras-tu ?

– Je cours à cette maisonnette, là-bas, dit Angelo. Il faut que quelqu’un le porte à la maison.

Il partit en courant, et Laurie resta, contemplant avec un amer désespoir et de cuisants remords le corps inanimé de son frère.

– Oh ! Greg, pardonne-moi ! Ouvre donc tes yeux et ne meurs pas ! J’ai été méchante, égoïste et vilaine ! Je n’ai pas été une bonne gardienne. Mais je ferai mieux maintenant… je te le promets… Oh ! Greg, dis seulement un mot !

Mais les lèvres pâles du garçonnet ne prononçaient pas une parole, et Laurie, en proie à une détresse infinie, sanglotait…

Une heure après, un laboureur apporta à Mme Oliver son fils évanoui. Le médecin fut appelé, et de longues heures d’inquiétude suivirent… « Un ébranlement cérébral et une jambe cassée », dit le médecin.

Pendant plusieurs jours, la vie de l’enfant ne tint qu’à un fil. Laurie n’entendit pas un mot de reproche. Sa punition paraissait être déjà au-dessus de ses forces. Elle et Angelo erraient ensemble, pâles et le cœur lourd. Mme Oliver abandonna son travail et se tint jour et nuit au chevet de son petit garçon. Ce fut un petit malade impatient et excitable. La jambe dut être mise dans le plâtre et le médecin suivit attentivement son jeune patient.

Mais l’heureux jour arriva enfin où toute oppression cessa et où l’enfant recommença à vivre. Ce fut encore long, et l’enfant eut besoin des soins les plus assidus, mais le docteur espérait que la jambe se remettrait parfaitement avec le temps. Cela apporta quelque soulagement à la pauvre Laurie.

– J’étais sûre qu’il resterait infirme, confia-t-elle à Angelo. Je croyais qu’il marcherait toujours avec des béquilles.

– Mais nous avons demandé à Dieu de le guérir, dit Angelo.

– Oui. Crois-tu que Dieu m’ait complètement pardonné, maintenant, Angelo ?

– Je crois que oui, répondit Angelo gravement. Tu comprends, je me sentais aussi coupable que toi ; quand Greg sera guéri, nous ferons toujours d’abord ce qu’il voudra, puis nous penserons à nous après.

– Oui, je ne lui parlerai plus jamais avec colère.

Ces résolutions étaient très bonnes, mais lorsque Laurie dut s’asseoir au chevet de son petit frère pour soulager un instant sa mère, elle commença à éprouver qu’elle avait besoin de toute sa force pour tenir ces bonnes résolutions. Grégory était irritable, agité et de mauvaise humeur. Tout d’abord, il lui fut facile de le calmer par des paroles affectueuses et douces. Mais bientôt il ne l’écouta plus.

– Je veux me lever ! Je veux sortir ! répétait-il sans cesse.

Enfin Laurie se mit un jour à raisonner avec lui.

– Je croyais que les petits garçons malades étaient toujours sages, lui disait-elle. Tu n’es pas du tout comme un petit garçon du livre d’images.

– Et je ne veux pas l’être ! grommela Greg. Je veux me lever.

– Ils restent étendus, dit la fillette se souvenant d’un de ses héros favoris, comme ceci : « Ses yeux bleus étaient levés vers le ciel, ses mains fragiles veinées de bleu étaient croisées sur sa poitrine. La patience et la douceur qu’il montrait, malgré toutes ses souffrances, émerveillaient tous ceux qui le voyaient… »

– Vilain petit garçon ! murmura Grégory.

– Non. C’était un charmant enfant. Il est mort et il est monté au ciel.

– Moi, je ne mourrai pas, dit le petit malade avec entêtement.

– J’espère que non, dit Laurie, regardant d’un air peu satisfait la petite tête ébouriffée. Nous ne voulons pas que tu meures.

– Je ne mourrais pas, même si tu le voulais, riposta Grégory. Tu n’es pas gentille avec moi comme maman. Je veux maman !

– Maman écrit. Il ne faut pas l’appeler. Pauvre maman ! Elle dit qu’elle n’a pas eu le temps de faire tout ce qu’elle avait promis, et elle a perdu beaucoup d’argent.

– Où l’a-t-elle perdu ?

– Oh, tu ne comprends pas. Elle aurait pu avoir l’argent si elle avait écrit davantage.

Grégory garda le silence pendant un instant, puis répéta pour la centième fois :

– Je veux me lever !

– Peut-être que le docteur te laissera te lever bientôt, dit Laurie essayant de l’encourager, et quand tu seras bien guéri, Ange et moi te laisserons toujours choisir les jeux.

– Je veux jouer aux « périls », maintenant, dit le malade.

– Oh ! Greg, tu ne peux pas ! Je n’aime plus les « périls », maintenant. C’est en jouant aux « périls » que tu es monté sur la tour et que tu as failli te tuer en tombant.

– Je recommencerai dès que je pourrai sortir.

Ce genre de conversation était difficile à soutenir avec bonne humeur. Quelquefois, mais rarement, Grégory avait une crise angélique, mais c’était généralement avec sa mère :

– Maman chérie, laisse-moi poser ma tête sur ton épaule ! Dis-moi comme j’ai été malade. Suis-je presque allé au ciel ?

– Presque, mon chéri. Maman a cru que tu allais la quitter, un soir.

– As-tu pleuré, maman ?

– Je crois que oui, et j’ai demandé à Dieu de me laisser plus longtemps mon petit garçon, si c’était Sa volonté.

– Je pense, dit Grégory doucement, que Dieu avait envie de me voir. A-t-Il été bien déçu, maman, que je n’aille pas au ciel ?

– Dieu te voit tout aussi bien que si tu étais au ciel, dit Mme Oliver essayant de ne pas sourire. Il veut que tu sois obéissant ici-bas, et que, en grandissant, tu deviennes un soutien pour ta mère.

– J’aurais aimé aller au ciel, dit l’enfant pensif, mais seulement en visite, maman. Est-ce que Dieu ne me laisserait pas revenir si je voulais ?

– Je crois que tu y serais tellement heureux que tu ne voudrais plus revenir vers nous.

– Oui, je crois que j’aimerais aller au ciel. Et j’aime Dieu, et surtout je sais qu’Il m’aime, n’est-ce pas, maman ? Je vais être si sage lorsque je me lèverai !

– Essaye d’être gentil maintenant, chéri, sans attendre ce moment-là.

Et le petit garçon assura à sa mère qu’il tâcherait de le faire.

Quand Grégory commença sa convalescence, Esther, qui avait été souffrante pendant quelque temps, tomba malade et dut garder le lit. La pauvre Mme Oliver n’eut plus un instant. Elle ne s’apercevait, que maintenant qu’Esther venait à lui manquer, de quelle utilité une servante aussi dévouée était dans la maison. Ce n’était pas une maladie dangereuse, mais longue, et le médecin demanda si Esther ne pourrait être reçue chez des amis. « Ceci, dit Mme Oliver, est impossible. Esther est restée avec nous pendant dix ans ; elle est venue chez nous peu de temps après mon mariage et ne nous a jamais quittés. Elle a un frère au Canada, mais pas d’autre parent près d’ici ».

Mme Oliver sentit qu’elle ne pourrait pas laisser Esther quitter son toit. Elle s’arrangea pour prendre une jeune femme du village mais, occupée à surveiller les affaires du ménage, à soigner et à entretenir trois jeunes enfants, il lui restait bien peu de temps pour écrire. L’argent ne lui avait jamais autant manqué qu’à ce moment-là, et l’avenir paraissait vraiment très sombre. Plus d’une fois Mme Oliver regretta de n’avoir pas fait quelques économies en cas de maladie, mais cela lui avait toujours paru impossible. Chaque centime épargné avait été mis de côté, tout de suite, pour payer la dette de son mari qui pesait si lourdement sur elle. La maladie de Greg avait été coûteuse, et maintenant que l’hiver approchait, il faudrait du feu et des vêtements chauds pour les enfants. Mme Oliver se demandait comment elle ferait face à toutes ces nécessités. Elle n’était pas bonne ménagère, et le gaspillage et l’inexpérience de sa servante provisoire, dans une maison où chaque centime était à considérer, commença à se faire sentir. Tard dans la nuit, elle écrivait assise à son bureau, mais il était naturel que ses soucis domestiques aient une mauvaise influence sur son style, et le coup final lui fut porté lorsque sa dernière production lui fut renvoyée par son éditeur. Il lui disait qu’il ne pouvait pas, dans le propre intérêt de son auteur, présenter cette œuvre au public.

– Ma provision d’huile me manque vraiment ! se dit-elle tristement ; et à genoux, elle chercha une fois de plus la force et le courage dont elle avait tant besoin. Cependant, les enfants jouaient et causaient paisiblement, tout à fait inconscients des préoccupations de leur mère.

Angelo avait capturé et apprivoisé un petit geai qui était tombé de son nid, dans la tour, et cet oiseau fut un continuel passe-temps et un sujet d’intérêt pour les trois enfants.

Grégory était encore incapable de marcher, et Mme Oliver aurait voulu lui acheter un fauteuil roulant, car il s’ennuyait terriblement en restant couché ! Le geai, attaché par la patte à son perchoir, n’était pas moins infirme que Greg, mais il fit une agréable diversion à la vie monotone du petit garçon et tous deux furent bientôt grands amis.

Mlle Bernard et son frère étaient à l’étranger. Le pasteur et sa femme passaient leurs vacances annuelles loin du village, et le pasteur de la paroisse voisine venait seul prêcher le dimanche. Iris Monteil passait de temps en temps prendre des nouvelles de Grégory et une ou deux fois elle lui apporta du raisin ; mais l’idée ne lui vint jamais que Mme Oliver fût très pauvre, et elle était bien la dernière personne à qui la jeune veuve se serait confiée.

Un matin, Mme Oliver se rendit au village pour faire des commissions. Elle avait pris avec elle Angelo, et revenait avec son panier très légèrement garni et sa bourse vide, quand Laurie accourut vers elle.

– Oh, maman, vite, vite ! Quelque chose d’affreux est arrivé ! Couic est allé voleter dans ta chambre. Il a sauté sur ta table, a pris ta plume d’argent dans son bec et l’a emportée au jardin. Je ne sais pas où il est allé, et je la cherche depuis un grand moment !

– Il me semble que tout va mal ! soupira Mme Oliver posant son panier. Elle et Angelo se joignirent à Laurie pour les recherches.

– Ses ailes ont tellement grandi ! dit Angelo, je l’ai vu hier s’envoler très haut. Peut-être qu’il ne reviendra pas.

– S’il est allé sur la lande, dit Mme Oliver, j’ai peur de ne jamais revoir ma plume.

Tout cela était beaucoup plus tragique pour Laurie que pour sa mère, car elle avait la plus grande vénération pour cette plume. Comment maman pourrait-elle gagner de l’argent sans cette plume qui le lui procurait ? Cette idée la tourmentait tandis qu’elle cherchait parmi les buissons, quand soudain Grégory s’écria joyeusement de l’endroit où il était couché :

– Le voilà ! Il est caché derrière le seau près du puits.

En effet, la tête penchée de côté, Couic surveillait d’un air très amusé les chercheurs inquiets. Lorsqu’il se vit découvert, il s’avança la tête haute, avec une assurance et une insolence remarquables. Mais la plume restait introuvable. Le seau fut soulevé et le puits examiné, mais inutilement. Enfin Mme Oliver rentra et les enfants tinrent conseil ensemble.

– Si je savais qu’il l’ait fait exprès, je le punirais ! dit sérieusement Angelo.

– Coua…a ! fit Couic dédaigneusement, tout en cherchant un gros ver qu’il venait de déterrer.

– C’est un vilain, vilain voleur ! s’écria Laurie avec colère. S’il ne rapporte pas la plume, nous allons tous mourir de faim ! Maman ne peut pas avoir de l’argent sans sa plume.

– Vous m’avez dit que Dieu pouvait envoyer de l’argent dès qu’on en aurait besoin, dit Angelo après réflexion.

– Ah, dit Laurie, mais seulement à quelques personnes privilégiées, comme Pierre et Élie, et aux gens qui vivent seuls. Je crois que nous devrions rattacher Couic par la patte.

Couic fit entendre un petit gloussement, puis, pensant qu’il valait mieux se cacher, se retira vivement sur un buisson à l’extrémité du jardin. Se cachant bien dans le feuillage, il avança la tête et répéta de nouveau son petit gloussement de dérision.

– Il dit : « Touchez-moi si vous osez ! » dit Angelo en riant. Nous ferons bien de le surveiller attentivement, Laurie. Je suis sûr qu’il sait ce qu’il en a fait, et peut-être qu’il retournera là où il l’a cachée.

Lorsque Mme Oliver dit gaiement, ce jour-là : « Il nous faut manger du pain et de la confiture au lieu du pudding aujourd’hui, mes enfants », Laurie la regarda tristement.

– Nous ne pourrons plus jamais manger du pudding, n’est-ce pas, maman ? À moins que Couic ne rapporte ta plume.

Chapitre 12. L’enlèvement

Ce furent des jours difficiles. Longtemps après, Mme Oliver se demandait encore comment elle avait pu les supporter. Quand vint le moment de payer le loyer, et qu’elle s’en fut acquittée, elle monta à la chambre d’Esther.

Celle-ci, obligée de rester assise, se tourmentait de son impuissance à aider sa maîtresse. Elle lui jeta un coup d’œil désespéré, en remarquant dès son entrée, combien son visage était las et fatigué.

– Je viens vous raconter mes peines, Esther, dit Mme Oliver avec un rire mal assuré. Laissez-moi vous montrer ma bourse. Je n’ai plus que cinq shillings en tout…

– Jusqu’à quand, Madame ?

– Jusqu’à la fin du mois prochain. Que dois-je faire ?

Esther réfléchit. Elle n’avait jamais su économiser et dépensait son salaire dès qu’elle l’avait reçu.

– Mlle Bernard ne pourrait-elle…

– Elle est en voyage avec son frère, à l’étranger, et je n’ai pas leur adresse actuelle.

– Votre éditeur, Madame ?

– Non, il ne me doit rien. Il m’a renvoyé mon dernier roman. Je ne peux pas lui demander de me faire une avance. J’ai essayé d’écrire toute cette semaine, mais mon esprit semble paralysé. Je ne peux pas. Je me demande si je n’ai pas eu tort de prendre Angelo. Il commence à sentir le froid et il a besoin d’un bon vêtement chaud. C’est affreux d’en être à son dernier sou.

– Il y aurait Mlle Monteil, suggéra Esther.

Mme Oliver s’anima soudain :

– Je ne peux pas mendier, Esther, à quoi pensez-vous ? Non, priez seulement pour que j’aie une idée pour écrire. Je vais essayer encore cet après-midi.

Mme Oliver prit à part Laurie, avant de se mettre au travail :

– Écoute, petite. Je compte sur toi pour m’aider. Je vais m’enfermer dans ma chambre de peur d’être interrompue. Je veux que tu prennes soin de Grégory et d’Angelo et que tu aides Jeanne à faire le thé. Va voir Esther et porte-lui du thé quand vous aurez pris le vôtre. Mais, quoiqu’il arrive, ne m’appelez pas. De graves choses dépendent de la tranquillité de mon après-midi. Nous sommes très, très pauvres en ce moment. Je te le dis pour que tu le comprennes, mais naturellement, il ne faut pas en parler. Je n’ai pu écrire ces temps-ci, et si je ne fais pas quelque chose aujourd’hui, nous n’aurons pas du tout d’argent pour vivre. Veux-tu essayer de m’aider, chérie ?

– Oh, oui, je crois bien que je veux, maman, et je ne permettrai à personne de te déranger. Tout cela arrive parce que tu as perdu ta plume. Je le sais bien !

Mme Oliver sourit mais elle ne répondit pas et, très sûre d’elle, Laurie courut rejoindre les petits garçons qui étaient au jardin. Le temps était froid, mais les enfants ne se trouvaient jamais si heureux que dehors, et ils étaient chaudement enveloppés. Angelo avait un air très drôle dans un grand châle de laine noué autour de son petit corps, mais il était bien et ne s’en souciait pas.

Laurie lui répéta à voix basse sa conversation avec sa mère : « Nous ne devons pas en parler, mais tout est la faute de Couic. Il a volé la plume de maman, sans laquelle elle ne peut pas écrire comme il faut. Et quoi qu’il arrive, nous ne devons pas aller dans la chambre de maman avant qu’elle n’en sorte, car elle ne pourrait pas alors gagner de l’argent ».

Grégory était levé maintenant mais boitait encore légèrement. Il plaça avidement son mot, ayant entendu une partie de la conversation.

– Alors nous prendrons le thé tout seuls, n’est-ce pas ? Et j’aurai trois morceaux de sucre dans mon thé parce que je n’ai pas eu de sucre depuis trois jours. Le sucrier est toujours vide, maintenant.

– Tu seras sage, Greg, n’est-ce pas ?

– Oui, je te le promets.

Ils s’amusaient à cache-cache, quand soudain un sifflement les fit tressaillir ; levant les yeux, Angelo fut terrifié en apercevant M. Capello. Il se tenait derrière le petit mur du jardin, sur la lande.

– Bonjour, mon jeune ami. N’ayez pas l’air si effrayé. Je ne veux pas vous manger. Êtes-vous toujours heureux ici ?

Un instant, Angelo pensa à courir se réfugier sous la protection de Mme Oliver, mais il se souvint des paroles de Laurie et se mit à trembler.

La fillette regarda hardiment l’étranger :

– Angelo est très heureux avec nous, dit-elle.

– Il ne paraît pas très bien, dit M. Capello, se penchant sur le mur et regardant l’enfant épouvanté. On ne l’engraisse pas chez vous. Je suis venu lui dire adieu et lui donner un petit cadeau.

Angelo le regarda d’un air très intrigué. M. Capello sourit :

– Allons, petit chanteur, ne m’avez-vous pas pardonné de vous aimer assez pour avoir voulu vous prendre avec moi ? Qu’aimeriez-vous que je vous donne ? Et votre mère adoptive, n’est-elle pas ici aujourd’hui ? Ne pourrais-je pas la voir ?

– Non, dit Laurie avec assurance. Elle est enfermée dans sa chambre, très occupée, et personne ne doit la déranger.

– Voilà qui est certes très fâcheux. J’ai une petite somme d’argent à lui remettre pour les bons soins qu’elle a prodigués à Angelo.

– Oh, Angelo, chuchota Laurie, que c’est gentil ! Que maman sera contente !

– Où est-ce ? demanda Angelo inquiet.

– Je suis arrivé en calèche par la grande route, dit M. Capello, et en vous voyant au jardin j’ai traversé la lande. Voyez-vous ma calèche là-bas ? Accompagnez-moi jusque-là et je vous remettrai la somme d’argent que vous présenterez à Mme Oliver avec mes salutations.

– Seulement si Laurie vient avec moi, dit Angelo.

M. Capello y consentit et, ravis à la pensée d’avoir un tel cadeau à remettre à sa mère, la fillette grimpa par-dessus le mur, suivie d’Angelo.

Ils n’eurent pas à aller loin, car une route traversait la lande à peu de distance de la maison, et là, comme l’avait dit M. Capello, la calèche attendait.

Comme ils en approchaient, l’homme prit la main d’Angelo, et, en moins d’une seconde, avant que l’enfant eût poussé un cri ou fait un mouvement, il le souleva, s’élança dans la calèche, ferma la porte et l’attelage partit au galop, le cocher fouettant ses chevaux sans se soucier des cris perçants de Laurie.

La petite fille courut derrière la voiture avec le vague espoir de sauver son camarade. Mais les ravisseurs disparurent bientôt à l’horizon, et Laurie rebroussa chemin, sanglotant amèrement. Elle se demandait si elle avait encore manqué de parole et si c’était par sa faute que le pauvre Angelo avait été enlevé.

– Oh, que faut-il faire ? Je ne peux pas aller vers maman, et personne ne pourra jamais rattraper Angelo. Il a été emporté et je crois que ce méchant homme le tuera !

– Envoyons les gendarmes après lui, suggéra Grégory en ouvrant de grands yeux.

– Viens le dire à Esther, dit Laurie, essayant de réprimer ses sanglots.

Ils montèrent à la chambre d’Esther, et la digne femme reçut leur nouvelle avec horreur et indignation :

– Le misérable gredin ! Qu’allons-nous faire maintenant ? Oh ! A-t-on jamais vu une créature plus malheureuse que moi ! Il n’y a rien à faire que je sache ! Ce n’est pas la peine de courir à votre mère, elle n’est qu’une pauvre faible femme, et n’a pas même la loi de son côté, puisqu’elle n’est pas une parente, et c’est comme de jouer à pile ou face que de décider qui doit garder le petit. Mais si j’étais sur mes jambes, j’irais voir le pasteur. Certainement qu’il pourrait faire quelque chose, lui, un homme !

– Pourrais-je y aller, moi ? demanda Laurie avec empressement.

– Non, il vaut mieux attendre que votre mère le sache. Le pasteur se demanderait ce qu’elle fait, et d’ailleurs elle serait vexée si elle ne le savait pas d’abord.

– Mais c’est épouvantable ! s’écria la fillette très excitée. Angelo mourra s’il n’est pas soigné avec bonté. Et cet homme avait l’air si cruel et méchant !

Lorsque Mme Oliver sortit de sa chambre, deux heures après, avec son paquet prêt pour la poste et l’air joyeux, elle rencontra à sa porte sa petite fille qui lui raconta la mauvaise nouvelle. Fatiguée comme elle l’était par l’effort fourni, elle se tourna vers Laurie et lui parla avec colère :

– Pourquoi n’es-tu pas venue me dire tout de suite que M. Capello était là ? Tu n’as pas plus de bon sens qu’un bébé ! J’avais laissé Angelo à ta charge, et tu le livres tranquillement à un étranger ! C’est inutile que je t’abandonne la moindre responsabilité. D’abord il arrive un malheur à Grégory, et maintenant c’est Angelo ! Tu ne penses absolument qu’à tes plaisirs et à tes inutiles rêveries, et tu négliges chaque devoir que je te donne !

Et laissant Laurie toute pâle et tremblante, Mme Oliver s’élança dans l’escalier pour aller prendre conseil auprès d’Esther. Elle redescendit presque aussitôt habillée pour sortir, et, son paquet sous le bras, se dirigea vers le presbytère. Le pasteur arrivait de vacances. Il fut troublé et attristé par la nouvelle, mais ne sut guère quel plan d’action adopter…

Il attrista Mme Oliver en lui disant :

– Après tout, chère Madame, vous n’aviez pas de droits sur lui. Ce monsieur étranger est du moins un compatriote. Il ne sera pas maltraité, on pourvoira à ses besoins. Nous ne pouvons pas, maintenant, suivre ses traces. Cela vous donnera beaucoup de peine si vous remettez la chose aux mains de la police, et s’il est retrouvé, je ne suis pas du tout sûr que vous puissiez reprendre l’enfant.

– Mais, M. Gay, vous ne connaissez pas ce petit. Ses douces et gentilles manières me l’ont rendu très cher. Je connais sa petite nature sensible et fine, et il a horreur de cet homme ! Je ne peux pas supporter de penser qu’il est dans ses griffes. J’ai promis de le protéger contre lui et j’ai manqué à ma parole. Voulez-vous venir avec moi au poste de police pour voir ce que nous pouvons faire ? En tout cas, il faut savoir où il l’a emmené. On doit pouvoir le poursuivre.

M. Gay y consentit volontiers. Des télégrammes furent envoyés sur toute la ligne, et, dans la soirée, Mme Oliver apprit que M. Capello était arrivé à Londres avec l’enfant, mais, pour le moment, les traces s’arrêtaient là.

Pendant ce temps, Laurie était profondément malheureuse et désolée. Jamais sa mère ne lui avait parlé si durement. Elle sentait qu’elle était la vraie coupable, et se répétait sans cesse les paroles vives de sa mère : « D’abord il arrive un malheur à Greg, et maintenant c’est Angelo ! » Se glissant jusqu’au grenier, Laurie se jeta sur le plancher et sanglota comme si son cœur allait se briser :

– Ce n’est pas la peine que je sois une gardienne, gémit-elle. J’ai presque tué Greg et perdu Angelo, et maman n’aura plus jamais aucune confiance en moi. Je suis inutile à tout le monde, et je voudrais mourir !

Bientôt sa mère arriva, et voyant le profond désespoir de l’enfant, Mme Oliver comprit combien elle avait été touchée. Elle l’attira dans ses bras, en la consolant par de douces paroles. Elle avait parlé trop vivement, disait-elle, et n’avait pas pensé à ce qu’elle disait. Laurie sécha alors ses larmes et sourit, mais ce soir-là, en recevant le baiser maternel, ses derniers mots furent :

– Maman, Angelo aura maintenant un bien meilleur gardien que moi. Il aura le Seigneur Jésus Lui-même, n’est-ce pas ?

– Certainement, ma chérie, le bon Berger veillera sur Son agneau.

Le village fut en grand tumulte à la nouvelle de la disparition d’Angelo. Et, comme il arrive souvent, ce petit orphelin abandonné et sans ami devint alors le centre et le principal sujet des pensées et des conversations de tous. Les uns disaient qu’il était un prince étranger, déguisé ; d’autres, qu’il était l’héritier d’une grande fortune. Et tous étaient convaincus qu’il y avait dans sa vie un grand mystère – sinon, pourquoi un étranger à l’air distingué prendrait-il la peine de venir de si loin pour l’enlever ? Cet argument paraissait indiscutable…

La première émotion passée, Esther parlait à sa maîtresse de cette aventure dans le même esprit que M. Gay.

– Madame ne peut pas dire qu’elle ait plus de droits sur lui que le monsieur étranger. Et peut-être que tout est pour le mieux. Dieu a bien vu la peine que Madame avait à lui trouver de la nourriture et des vêtements, et Il l’a laissé emporter pour nous soulager d’un fardeau.

Mais Mme Oliver restait inconsolable. Son cœur de mère s’attendrissait en pensant à l’aimable enfant qu’elle aurait tant voulu protéger contre les souffrances de la vie. Le petit compagnon manquait beaucoup à Laurie et Grégory. Matin et soir, ils priaient pour son retour, et chaque jour ils espéraient avoir de ses nouvelles. Mais comme les journées s’écoulaient sans leur apporter le moindre renseignement, leur espoir devint de plus en plus vague.

– Je suis sûre qu’il se sauvera à la première occasion, dit Laurie à son petit frère un jour, comme ils parlaient de lui. Mais il aura un si grand voyage à faire que cela lui prendra longtemps.

– À sa place je prendrais le train, dit Greg.

– Mais il lui faudrait de l’argent alors, et Angelo n’a pas d’argent. Et il ne peut pas marcher longtemps sans être fatigué. Il ne peut pas marcher la moitié aussi loin que moi.

– Il aura des « périls », n’est-ce pas ? s’écria Grégory.

– Oui ! et la figure de Laurie s’illumina : « En danger pendant les voyages » – c’est Angelo ; « En danger des voleurs » – c’est le méchant homme ; « En danger dans les villes » – c’est Londres où Angelo a été emporté ! Que j’aimerais qu’il soit ici pour nous raconter cela.

– Oui, dit Greg, après un silence. Mais je crois que je suis bien content quelquefois quand Angelo n’est pas là, parce que tu me parles beaucoup plus maintenant qu’il est parti.

Chapitre 13. « C’est la faute de Couic »

Ce fut un grand soulagement pour Mme Oliver lorsque Esther fut de nouveau en bonne santé, capable de s’occuper du ménage. Mme Oliver était exténuée par sa lutte pour joindre les deux bouts, et ses travaux littéraires en souffraient. Les enfants trouvaient leur mère d’une humeur trop vive, surtout au moment des leçons, et finalement Esther prit le parti de parler sérieusement à sa maîtresse :

– Madame devrait partir et prendre un peu de repos. Ce sont vos nerfs qui sont fatigués. Madame tombera malade, si cela continue, et alors, que deviendrons-nous ?

Elle dit cela un matin, lorsque Mme Oliver, après avoir terminé les leçons des enfants, vint à la cuisine prier Esther de lui faire une tasse de thé, car elle souffrait de violents maux de tête. Alors Mme Oliver s’assit et, au grand étonnement de sa fidèle servante, éclata en sanglots.

– Je suis tellement tourmentée, Esther. Je sens que je suis à bout de forces. Et ma littérature, qui était un si grand plaisir pour moi, est maintenant un lourd fardeau et une oppression continuelle.

– Madame a besoin d’un changement d’air, dit Esther qui, les poings sur les hanches, regardait sa maîtresse avec sympathie. Je comprends que Madame soit exténuée. L’accident de Grégory fut un grand choc, sans compter tous les soins qu’il lui fallut ensuite. Puis ma maladie apporta un surcroît de travail ; enfin la disparition d’Angelo, tout cela a beaucoup ébranlé Madame. N’y aurait-il aucune chance de repos pour Madame ?

Mme Oliver leva la tête et fit un effort pour se ressaisir.

– J’ai bien une « chance », Esther, comme vous dites ; mais je ne vois pas comment je puis en profiter. Mlle Bernard et son frère désirent que j’aille les rejoindre pendant quelques semaines en Italie. Ils veulent me recevoir en amis. Mlle Bernard offre de m’avancer les frais du voyage, ainsi que mes dépenses là-bas. Sa lettre est arrivée hier. Je suppose que c’est d’y avoir tellement pensé qui m’a rendue si lasse et nerveuse Je ne peux pas supporter de parler rudement à mes enfants, mais ils m’impatientent tellement ! Je n’y comprends rien.

– Mais, dit Esther joyeusement, Madame ne refusera certainement pas cette offre. C’est providentiel, et cela arrive juste au bon moment. Madame ne peut-elle pas avoir confiance en moi pour prendre soin des enfants ?

– Je ne les ai jamais laissés, dit Mme Oliver un peu tristement. J’ai vraiment fait de mon mieux pour que ma littérature ne m’empêche pas d’accomplir mes devoirs de mère. Vous savez comme j’ai horreur d’une mère qui néglige ses enfants.

– Mais, dit Esther, si Madame tombait malade, nous n’aurions plus qu’à mourir de faim, et, puisque Madame peut l’empêcher !…

Elles discutèrent longuement, et finalement Mme Oliver céda aux insistances d’Esther et écrivit qu’elle acceptait l’invitation. En l’apprenant, les enfants se montrèrent inconsolables, mais lorsque Esther leur démontra que la santé de leur mère dépendait de ce voyage, ils en prirent leur parti.

– Tout est de la faute de Couic, dit Laurie tristement, en regardant de la fenêtre les gambades du geai. Les deux enfants étaient enrhumés et, ne pouvant sortir, ils causaient d’un air abattu du prochain départ de leur mère.

– Pourquoi est-ce Couic ? demanda Greg.

– Parce qu’il a emporté la plume de maman, sans laquelle elle ne peut écrire. Si nous pouvions seulement la retrouver, Greg, peut-être que maman ne serait plus obligée de partir. Je suis sûre qu’elle se guérirait très bien, si nous retrouvions sa plume.

– Je crois que je sais où elle est, dit Grégory tout à coup.

– Où ?

– Je crois bien que Couic l’a laissée tomber dans le puits. Je l’ai vu hier prendre une petite pierre dans son bec, et la jeter dans l’eau… Cela a fait un petit clapotis… Puis l’oiseau s’est mis à rire en penchant sa tête de côté, et il s’est envolé.

– Comment pourrions-nous donc l’attraper ? dit Laurie toute pensive. Je me demande si nous pourrions vider le puits pour y descendre.

– Sans doute que nous le pourrions. Essayons !

La figure de Grégory devint toute rose d’excitation en pensant à ce délicieux amusement, et Laurie résolut de mettre leur plan à exécution aussitôt que possible. Pendant plusieurs jours il leur fut défendu de sortir, mais la veille du départ de Mme Oliver, comme celle-ci était occupée à faire ses bagages avec l’aide d’Esther, il leur fut permis d’aller au jardin. C’était le moment. La défense concernant les seaux et le puits s’était relâchée dernièrement, car plus d’une fois Laurie avait elle-même puisé de l’eau pour sa mère pendant la maladie d’Esther. Avec conviction, elle se mit au travail, puisant l’eau et la vidant sur les corbeilles de fleurs, mais bientôt ses mains et ses petits bras furent las et endoloris par cet exercice et le puits paraissait toujours aussi rempli. Couic était très excité. Il se perchait sur le seau, et sautillait jusque sur le bord du puits et le sondait du regard avec un gloussement connaisseur.

Enfin Laurie s’écria :

– Sais-tu, Greg, je crois que, si je me mettais dans le seau et que je descende, je pourrais peut-être atteindre le fond. Si tu me tendais le grand râteau, je sais que je pourrais.

Grégory battit des mains.

– Si j’y allais aussi ?

– Non, toi tu tireras la corde pour me faire remonter.

– C’est jouer aux « périls », dit Grégory.

– Oui, approuva Laurie, et si je te tendais la plume et que je meure, noyée ensuite, je serais une héroïne.

L’aventureuse petite fille s’assit dans le seau. Son poids l’entraînant, la corde se déroula d’elle-même et Laurie se trouva descendant dans le puits avec une rapidité peu agréable. L’eau se trouvait à une grande profondeur, mais, heureusement pour l’enfant, il y avait dans le mur de briques une proéminence où le seau s’accrocha. Il s’arrêta, Laurie se trouva ainsi juste au-dessus de l’eau. Le puits était sombre, poisseux et froid, l’eau troublée, et elle avait beau chercher, pas de trace de la plume. Grégory lui tendit à grand peine le râteau du jardin, mais bientôt Laurie réalisa le danger de sa position. Le seau commença à balancer, au point que la fillette perdit presque l’équilibre. Elle s’écria terrifiée :

– Remonte-moi, Greg, vite, vite, je vais me noyer !

Pauvre petit ! Essoufflé, haletant, la poitrine gonflée et ses petites jambes écartées et solidement plantées, il s’efforçait en vain de tirer la corde.

– Je ne peux pas, s’écria-t-il, tu es trop lourde !

– Appelle Esther, alors ; fais vite !

Alors les cris perçants de Grégory amenèrent sur les lieux Mme Oliver et Esther. En un clin d’œil Esther eut remonté le seau, pendant que Mme Oliver attendait, pâle et tremblante. Elle n’osait espérer voir remonter Laurie vivante, et lorsqu’elle la vit saine et sauve, toute mouillée, échevelée et couverte de mousse verte, elle s’évanouit et tomba.

Esther, à bout de nerfs, tourna contre la fillette le torrent de sa colère.

– Vilaine ! Méchante enfant ! Tu es continuellement à faire quelque sottise ! Et de tous les jours qu’on puisse choisir pour faire de pareilles énormités, vous choisissez celui où votre mère est le moins capable de le supporter ! Va tout droit dans ta chambre, et restes-y . Tu as presque tué ta mère.

Esther tourna alors toute son attention vers Mme Oliver qui revenait à elle et la conduisit à la maison.

– Comme c’est stupide de ma part, Esther ! Allez prendre soin de Laurie, elle était à peine remise de son rhume. Comment a-t-elle pu faire une chose pareille ! Je vais bien, maintenant. Laissez-moi et allez la voir. Il y a de quoi la rendre très malade.

Esther monta et trouva la fillette grelottante, toute en pleurs dans un coin de sa chambre. Elle lui apporta du lait chaud, la lava puis l’enveloppa dans une couverture, mais elle était trop en colère pour écouter les explications de la petite fille.

Greg, en bas, essayait d’expliquer la chose à sa mère :

– Elle voulait trouver ta plume, maman, vraiment. Nous croyions que Couic l’avait laissée tomber au fond du puits.

Et Laurie disait que cela lui était égal d’être noyée et de mourir si elle retrouvait ta plume !

Elle ne voulait pas être sotte. Et, ajouta Greg, les yeux étincelants, c’était vraiment un très joli « péril ». Je l’ai trouvé, moi. Du moins j’ai eu l’idée du puits, je t’assure, maman. Et je voulais y descendre aussi, seulement Laurie n’a pas voulu.

– Oh ! Ces enfants ! soupira la maman. Comment puis-je vous laisser ? Quelquefois ta sœur est une petite vieille, et quelquefois le génie des sottises.

Elle monta bientôt vers sa petite fille, et écouta toute l’histoire. Laurie avait naturellement bien plus de sympathie pour sa mère que pour Esther. Mme Oliver comprenait mieux comment le bon cœur et les sentiments intenses et vifs de Laurie la poussaient à ces inventions. Elle avait la volonté d’une femme et l’étourderie d’une enfant. Ces deux choses combinées avaient abouti à ce triste résultat. La fillette jeta impétueusement ses bras autour du cou de sa mère :

– Oh ! Pardonne-moi, maman ! Je ne serai plus jamais sotte ! Ne pars pas fâchée ! Je veux, je veux toujours être sage, et il arrive toujours que j’ai mal fait, et je ne sais pas comment. Pardonne-moi !

– Cela m’inquiète beaucoup de vous laisser, dit Mme Oliver d’un air un peu découragé, vous êtes trop petits pour être si peu surveillés. Si au moins je pouvais vous procurer une gouvernante qui serait toujours avec vous.

– Oh, maman, je t’en prie, ne la cherche pas ! Je promets, je promets de ne pas faire une seule sottise pendant toute ton absence. Je tâcherai de ne pas être enfant. Vraiment, je tâcherai ! Je prendrai soin de Greg et je ne m’amuserai pas jusqu’à ton retour. Aie confiance en moi ! Ne dis pas que tu ne peux pas nous laisser !

Laurie fut enfin consolée, et Mme Oliver, un peu ébranlée par sa frayeur, retourna à ses valises.

Le lendemain matin, elle rassembla tout son courage, embrassa ses enfants, recommanda à Esther de lui écrire quelques mots tous les jours, et partit, laissant derrière elle une maisonnée très triste et tout en pleurs.

Pendant les premiers jours, les enfants étaient si malheureux qu’Esther souhaitait presque de leur voir faire quelque sottise ; puis, peu à peu, ils reprirent leur gaîté habituelle, et leurs rires et leurs joyeuses gambades recommencèrent de plus belle. C’était surtout vers le soir que Laurie sentait le besoin de voir sa mère, et Esther montait souvent avec son ouvrage pour rester avec elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme. M. et Mme Gay venaient quelquefois voir si tout allait bien et à plusieurs reprises les invitèrent à prendre le thé au presbytère. Ils étaient très bons, à leur manière, mais ne comprenaient pas les enfants. Ils les tracassaient par tant de recommandations sur ce qu’ils devaient ou ne devaient pas faire que Laurie dit à Esther, en revenant d’une de ces visites :

– Nous ne nous sommes pas beaucoup amusés, Esther. Mme Gay m’a dit tant de choses dont je dois me souvenir. Nous avons essayé de ne rien faire pendant notre visite, parce que tout le reste était mal.

Un après-midi, les deux enfants couraient le long de la route avec leurs cerceaux, quand ils rencontrèrent Iris Monteil. Elle était accompagnée d’un vieux monsieur et elle s’arrêta pour leur parler.

– Voici deux de vos petits homonymes, Sir Georges, dit-elle. Mme Oliver est une de mes locataires. Elle est maintenant à l’étranger. C’est la jeune veuve dont je vous ai parlé.

Sir Georges avait des cheveux blancs et des sourcils embroussaillés. Il s’arrêta et regarda fixement Grégory.

– Un superbe garçon ! Quel âge a-t-il ?

– Six ans, dit Greg avec force, et mes vêtements deviennent de plus en plus petits. Esther dit que je grandis tous les jours.

– Avez-vous des nouvelles de votre jeune ami étranger ? demanda Iris.

– Non, mais nous en attendons tous les matins. Il nous reviendra un jour, j’en suis sûre !

– Votre mère doit être reconnaissante d’être débarrassée de cette charge.

– Maman aime Angelo, et nous aussi, dit la fillette en s’animant. Nous voulons qu’il revienne et il le voudrait certainement aussi !

– Petite peste ! dit Iris, je suis toujours prise en défaut par toi. Je crois que je n’aimerais pas beaucoup avoir la charge de toi ou de ton frère. Filez vite !

Ils passèrent leur chemin. Mais le lendemain, au grand étonnement des enfants, le vieux monsieur frappa à la porte et demanda à les voir.

– Je reste quelques jours au Pavillon, fit-il observer à Esther ; j’ai été présenté à vos jeunes maîtres et en passant je suis venu les voir.

Esther le fit entrer dans la salle à manger, où les enfants s’amusaient avec le geai. Je suppose, se dit-elle, que ce monsieur est de l’espèce de ceux qui s’intéressent aux enfants. Eh bien ! Il peut être sûr d’être le bienvenu ; les petits ne savent pas ce que c’est que la timidité !

En effet, à en juger par le bavardage des petites langues, Esther ne s’était pas trompée. Sir Georges ne parla pas beaucoup. Il s’assit et posa quelques questions, mais il savait écouter. Les deux enfants lui eurent bientôt exposé en détail toute l’histoire d’Angelo, de la « plume merveilleuse de maman » et de la méchanceté de Couic.

– Vous comprenez, dit Laurie gravement, c’est terrible parce que nous ne pouvons pas le punir, et il ne s’en repent pas du tout. On ne peut pas punir un oiseau, n’est-ce pas ? On peut battre un chien ou un chat, mais on ne peut pas battre un oiseau, c’est trop glissant. Couic sait que c’est mal de voler, et je suis sûre qu’il sait où il l’a cachée. N’est-ce pas très vilain de sa part ?

– Et Laurie est descendue au fond au puits dans un seau, ajouta Grégory avec ardeur, et je ne pouvais pas la remonter.

– Esther m’a retirée, expliqua la fillette. Je pensais pouvoir retrouver la plume là-bas au fond. Nous ne serons jamais riches jusqu’à ce que nous l’ayons.

– Pourquoi ?

– Oh, parce que maman m’a dit que sa plume lui gagnait tout son argent. Je ne comprends pas bien, mais je sais que dernièrement nous avons été très pauvres. Je devais avoir une jolie jaquette neuve cet hiver, mais maman n’a pas pu m’en acheter une, et Greg a été obligé de passer deux dimanches sans aller à l’église parce qu’il n’avait pas de souliers.

Sir Georges regarda la chambre, puis les enfants.

– Ceci est votre seule pièce de réception ? demanda-t-il.

– Non, il y a la chambre de maman, dit Laurie, mais nous n’y allons pas quand elle est absente. Aimeriez-vous la voir ? C’est une très jolie chambre.

Elle montra fièrement le chemin, et le vieillard la suivit. Laurie lui présenta chaque chose tour à tour, et lui indiqua les différents ornements et objets qu’elle et son frère admiraient le plus. Il les regarda tous, mais fut particulièrement intéressé par une photographie placée au milieu de la cheminée.

– C’est papa, maman et moi, s’écria Laurie. Le bébé, c’est Greg. Maman n’est plus comme cela, maintenant.

– Où est votre père ? demanda brusquement Sir Georges.

– Au ciel, répondit promptement Grégory. Nous ne l’avons jamais vu que sur cette image. Maman a l’air triste lorsque nous en parlons, mais moi je ne suis pas triste. On est très bien au ciel – maman me l’a dit – et j’y suis presque allé, lorsque je me suis cassé la jambe. Maman dit qu’elle est contente que je n’y sois pas allé, mais quand je serai un homme, j’irai. Seulement, je veux d’abord lui acheter une belle maison et elle restera toute la journée sur un canapé à manger des raisins et des brioches, et ne sera plus obligée d’écrire et d’écrire toute la journée, comme maintenant.

– Et où prendrez-vous l’argent pour acheter la maison ? demanda Sir Georges, en regardant curieusement le petit bonhomme.

Grégory se tourna vers Laurie, comme pour demander son aide.

– Je pense qu’il viendra, dit-il.

– Oh, Greg, non, il ne viendra pas, à moins que tu travailles pour le gagner.

– Oui, je travaillerai, dit le petit Greg d’un air soulagé. Je serai chauffeur de locomotive ou bien forgeron ; oui, un forgeron, parce qu’il a de beaux pique-feu tout rouges, et il peut frapper avec son grand marteau et faire autant de bruit qu’il veut sans que personne lui dise de se taire.

– Écoute-moi, mon garçon, et souviens-toi de ceci toute ta vie : la vie facile doit être gagnée par un labeur honnête. Et ceux qui dépensent ce que d’autres ont gagné sont un malheur pour l’humanité. Au revoir !

Le vieillard caressa la tête de Grégory et partit. Les enfants étonnés le regardèrent s’éloigner.

Chapitre 14. « C’est enfin toi »

Après cette visite, Sir Georges rencontra souvent les enfants et parla avec eux. Laurie et Grégory se mirent à le considérer comme un ami intime. Ils lui faisaient librement leurs confidences et s’il n’y répondait pas toujours avec enthousiasme, du moins il n’en riait pas et ne s’en moquait jamais.

Un après-midi il revint à la maisonnette pour leur dire adieu.

– Je pars demain, dit-il.

– Et vous ne reviendrez jamais ? Est-ce que Mlle Monteil est à vous ? demanda Laurie.

– Je suis son gardien.

Les yeux de Laurie étincelèrent.

– Je suis la gardienne de Greg, dit-elle. Maman me l’a dit. Je suis contente de savoir que vous en êtes un aussi. Nora est la gardienne de trois petits frères et d’un bébé. Ce doit être bien difficile, n’est-ce pas ? Et Angelo avait un gardien, mais il est mort ; alors il a eu Dieu pour gardien pendant quelque temps, puis maman a été sa gardienne, et maintenant il n’en a plus du tout.

– Excepté Dieu, ajouta Greg, il L’aura toujours comme gardien.

– Oui, dit lentement Laurie, tu as raison.

– Avez-vous un gardien ? demanda Grégory, saisissant la veste de Sir Georges, d’un petit geste qu’il avait souvent lorsqu’une chose l’intéressait vivement.

– Non, dit Sir Georges, je suis mon propre gardien.

– Les grandes personnes n’ont pas besoin de gardien, expliqua Laurie. Ce ne sont que les enfants qui ne peuvent pas prendre soin d’eux-mêmes. Pense donc, si maman avait une gardienne, que ce serait drôle !

Sir Georges discutait ainsi avec les enfants dans la chambre de leur mère. Il prit une enveloppe dans sa poche et s’approcha de la table à écrire. Il ouvrit un petit tiroir et y plaça l’enveloppe.

– Quand votre mère reviendra, vous lui montrerez où j’ai mis cela, dit-il à Laurie.

– C’est une lettre pour elle ?

– Oui.

– Et nous ne vous reverrons plus ? demanda la fillette.

– Non, à moins, dit Sir Georges en s’arrêtant soudain au milieu de la chambre… à moins que vous n’aimiez venir me voir chez moi.

– Mais vous vivez très loin et il faudrait prendre le train, objecta Laurie.

Sir Georges s’assit sur une chaise et attira Grégory à lui. Ses yeux semblaient étinceler sous ses lourds sourcils.

– Aimerais-tu venir avec moi maintenant ? dit-il prenant le menton de l’enfant pour lever sa tête vers lui. Les yeux de Grégory s’écarquillèrent, puis il poussa un « oui » enthousiaste.

Sir Georges sourit.

– Nous demanderons à Esther de faire ta valise, et je te ramènerai avant le retour de votre mère. J’ai un poney sur lequel tu pourra monter et un bon gros chien pour t’amuser.

Mais Laurie s’avança comme un jeune coq :

– Je ne vous laisserai jamais emmener mon frère ! s’écria-t-elle haletante. Angelo a été volé, mais Grégory ne le sera pas ! Vous n’êtes pas un voleur, n’est-ce pas ! Oh ! Greg, comment peux-tu dire que tu aimerais partir ?

– J’aimerais beaucoup, dit l’enfant avec conviction, saisissant de nouveau le pan de la veste de Sir Georges et le regardant bien en face. Je vous aime bien, et j’en ai assez d’être ici sans maman. Emportez-moi dans votre calèche, comme Angelo. Ce sera comme dans les « périls ». J’aimerais bien être emporté par un voleur.

Sir Georges sourit encore et regarda Laurie.

– Je pourrais l’emporter si je voulais, dit-il ; tu ne pourrais pas m’en empêcher.

– Oh ! Je ne veux pas, je ne veux pas ! s’écria Laurie tout excitée. Et Esther pourrait vous en empêcher. Elle ne le laissera pas partir. Il est si petit qu’il ne sait pas ce qu’il dit. Vous me tueriez que je ne le laisserais pas partir.

– J’essaie ! dit le vieillard.

Laurie poussa immédiatement un cri perçant et lorsque Esther apparut, elle trouva Grégory se débattant dans les bras de sa sœur, pendant que Sir Georges les regardait, paraissant s’amuser de l’incident. Il se tourna vers Esther en souriant.

– J’offrais de vous débarrasser d’une de vos charges, dit-il. Le petit dit qu’il aimerait venir chez moi. Sa sœur ne doit pas l’en empêcher. Qu’en pensez-vous ?

Esther sourit.

– Nous avons besoin de lui, monsieur. Ah ! Mlle Laurie, ne voyez-vous donc pas que monsieur plaisante ? Nous en avons vu disparaître un, monsieur, alors il vaut mieux ne pas trop la tourmenter.

– Eh bien ! dit Sir Georges se levant, je reviendrai un de ces jours pour le réclamer. Alors il faudra qu’il vienne.

– Je vous le promets ! s’écria Grégory.

Les yeux de Laurie étaient pleins de larmes. Sir Georges la regarda, puis se baissa pour l’embrasser.

– Vous êtes une courageuse petite femme, dit-il, sa voix s’adoucissant jusqu’à la tendresse. Vous serez tout comme votre mère.

Et il partit. Esther, en retournant à la cuisine, réfléchit à ses paroles. Était-il, après tout, aussi étranger qu’il le prétendait ?

Laurie mit plusieurs jours à se remettre de la frayeur que lui avait causée Sir Georges. Elle veillait sur son frère avec des yeux de lynx et un cœur inquiet, et elle ne voyait jamais passer sur la route une calèche étrangère sans s’attendre à en voir descendre Sir Georges pour tenter d’enlever son frère. Grégory, quant à lui, était enchanté en pensant à cette possibilité. Il commença à se croire un personnage important, et souvent menaçait sa sœur :

– Si tu n’es pas gentille avec moi, je m’en irai avec le vieux monsieur et je monterai sur son poney. Je l’aime et il m’aime aussi. Il ne se fâchera pas contre moi, comme toi !

Un jour, Esther leur annonça qu’elle leur offrirait un grand plaisir s’ils étaient très sages. Elle était obligée d’aller à la ville voisine pour faire des courses, et elle les emmènerait avec elle. Daltoncaster était une ville importante, éloignée d’environ neuf kilomètres. De temps en temps, Mme Oliver s’y rendait par le train pour acheter ce qui était nécessaire au ménage, mais les enfants n’y étaient jamais allés ; aussi furent-ils enchantés du projet, surtout lorsqu’ils surent qu’ils y passeraient la journée.

– Depuis que nous sommes arrivés de Londres, nous n’avons pas vu de beaux magasins, dit Laurie. Pourrais-je dépenser mes trois gros sous, Esther ? Je les ai gardés jusqu’à aujourd’hui parce qu’il n’y a rien à acheter ici, sauf des bonbons.

– Qu’achèteras-tu ? demanda Grégory avec grand intérêt.

Lui n’avait rien économisé. Dès qu’on lui donnait un sou, Mme Pratt le voyait arriver à sa boutique.

– Je veux autant de bonbons que vous pourrez m’en donner, s’il vous plaît, pour un sou.

– J’achèterai un cadeau pour maman, dit promptement Laurie.

Grégory eut l’air un peu déçu, puis s’anima :

– Je t’aiderai à le choisir, et nous l’achèterons chez le marchand de jouets, n’est-ce pas ?

Ils partirent par une froide et belle matinée. Esther ferma la maison et enferma Couic dans l’arrière-cuisine, à son grand désespoir. Les enfants lui dirent adieu comme s’ils partaient pour un mois.

– Il se trouvera bien seul, dit Laurie avec sympathie… J’espère qu’il n’aura pas peur !

-Il n’a peur de personne, dit Esther indifférente. Les oiseaux ne se sentent pas malheureux comme les personnes.

– Mais ils sentent comme les oiseaux, dit doucement Laurie. Si un chat descendait par la cheminée, que ferait-il ?

– Il n’y a pas de chats par ici, heureusement, fut la vive réplique d’Esther. Et il tiendrait tête à tous les chats du monde. Couic a assez d’impertinence pour une douzaine de son espèce !

La promenade jusqu’à la gare fut délicieuse et le petit trajet dans le train le fut encore plus. Ce fut une heureuse petite paire d’enfants qui suivit la grand-rue de la vieille ville tranquille.

– Quelle quantité de gens ! Et voilà un joueur d’orgues de Barbarie, s’écria Grégory. Oh, que je voudrais vivre ici pour voir passer les gens. De la fenêtre de notre salle à manger nous ne voyons rien que des peupliers. Je voudrais vivre ici !

– Moi, je n’aimerais pas, dit Laurie. Nous ne pourrions pas aller dans les bois et cueillir tant de fleurs.

– Nous n’allons pas dans le bois, maintenant, grommela Grégory. C’est plein de boue, et l’été est tout parti.

– Mais il reviendra, dit Laurie.

– Il pourrait oublier de revenir, continua le petit avec entêtement.

– Oh, Greg, c’est Dieu qui fait les saisons ! Il n’oublie jamais rien !

– L’hiver restera et continuera toujours, tu verras, et nous ne verrons pas les magasins à Noël, comme à Londres. Et je n’aime pas du tout notre maison, là !

Heureusement, la mauvaise humeur de Grégory se dissipa bientôt dans l’excitation que lui causa la visite des magasins avec Esther. Et lorsque, un peu plus tard, elle lui donna un sou à dépenser pour lui tout seul, son bonheur fut complet. Laurie acheta une merveilleuse petite pelote entourée de coquillages et ornée d’une gravure de la cathédrale ; une pelote « vraiment donnée », pour trois sous… lui assura la marchande.

Grégory, dans un élan de véritable abnégation, fit l’achat d’un tout petit vase en porcelaine pour mettre sur la commode de « maman » lorsqu’elle reviendrait.

Puis Esther les mena dans une pâtisserie où ils eurent chacun une tarte à la viande, une brioche et un verre de lait. Lorsque ce festin fut achevé, Esther les emmena visiter la cathédrale.

Celle-ci s’élevait au cœur de la ville, et les cloîtres tranquilles, les pelouses vertes qui l’entouraient offraient une impression paisible et reposante à tout passant fatigué.

Laurie regarda avec émerveillement les hautes murailles et les galeries spacieuses de l’édifice. Elle parlait peu, mais admirait tout. Esther lui fit remarquer les vitraux et les sculptures, mais son esprit était préoccupé. Elle ne se sentait pas en sécurité dans cette église. Dieu paraissait être si loin !… Pourquoi était-ce si grand et si haut ? Le ciel serait-il comme cela ?

La cathédrale lui inspirant ces réflexions enfantines, ne réjouit pas Laurie, et elle fut heureuse de revenir au gai soleil.

Tous trois longeaient un boulevard tranquille quand ils entendirent soudain une voix qui chantait, et le cœur de Laurie tressaillit lorsqu’elle l’entendit s’élever :

Ne me parlez pas de belle nature,

Car mon cœur a vu sa joie,

Elle vient, elle vient, elle vient de ce côté.

Esther s’arrêta, bouche bée.

– Ça, c’est M. Angelo, j’en suis absolument sûre ! Elle courut à l’endroit d’où venait la voix.

Une petite foule s’était rassemblée au coin du boulevard. La voix s’était arrêtée, et le doyen de Daltoncaster, un homme de haute taille, aux larges épaules, s’avançait, écartant le petit rassemblement. Comme un éclair, Laurie s’élança sur ses traces et, indifférente aux regards des spectateurs, se jeta au cou du petit personnage un peu déguenillé que le doyen interrogeait.

– Oh, Angelo, Angelo, c’est enfin toi !

Oui, c’était bien Angelo, plus pâle et plus frêle que jamais, mais campé avec ce port libre et fier qui lui était naturel, comme s’il chantait dans un salon devant une société choisie, et non devant une foule de badauds.

Quand Esther s’avança, elle trouva Laurie et Angelo dans les bras l’un de l’autre, tandis que la foule se pressait et s’interrogeait.

– Ce petit garçon vous appartient-il ? demanda le doyen, se tournant vers Esther.

– Oui, monsieur ; nous l’avons perdu depuis plus d’un mois.

– Alors, suivez-moi tous les quatre. Je veux lui parler.

Le doyen, qui détestait la publicité sous toutes ses formes, pressa Esther et les enfants vers le doyenné qui se trouvait près de là.

– Dites-moi, dit le doyen, regardant Angelo, ne chantiez-vous pas sur le boulevard, hier, à la tombée de la nuit ?

– Si, dit tranquillement Angelo.

– Pourriez-vous me chanter à nouveau ce que vous chantiez alors ?

– J’ai chanté trois ou quatre chants.

– C’était : « Comme frémit le cœur ».

Angelo commença aussitôt. C’était un des cantiques que Mme Oliver lui avait appris. Le doyen s’enfonça dans son fauteuil, s’abrita le visage de la main, et écouta.

– Merci, dit-il brièvement lorsque Angelo eut fini. J’aimerais avoir votre nom et votre adresse, si vous voulez avoir la gentillesse de me les donner.

Alors Esther se leva avec dignité.

– Pardon, Monsieur, M. Angelo n’est pas un chanteur public. Ma maîtresse serait très choquée de l’entendre chanter dans les rues. Je ne comprends pas bien, mais un méchant homme nous l’a enlevé, et je suppose que c’est lui qui l’a poussé à agir ainsi.

– Non, Esther, dit Angelo en rougissant. Je ne suis plus avec M. Capello depuis longtemps. Il est tombé malade à Londres, et je me suis sauvé. J’ai chanté pour avoir de l’argent. Je vous raconterai tout cela.

– Quoi que vous ayez fait, vous êtes doué d’une voix merveilleuse qui pourrait être cultivée pour la gloire de Dieu, dit le doyen. Maintenant, voulez-vous me donner votre nom ?

Angelo le donna, ainsi que l’adresse de Mme Oliver. Puis le doyen sonna, et demanda qu’on apporte du café et des gâteaux. Esther elle-même fut charmée par l’accueil chaleureux que le doyen leur réserva.

– Je connais votre pasteur, M. Gay, dit-il. J’espère que nous nous reverrons.

Esther put avec peine réprimer l’excitation des enfants pendant le trajet de retour. Elle était heureuse de revoir Angelo, mais se rendait compte du surcroît de dépenses que ce serait pour sa maîtresse.

Ce ne fut que lorsque les enfants, de retour à la maison, eurent mangé, qu’Esther put obtenir un récit intelligible de l’enlèvement d’Angelo. Elle le fit asseoir près d’elle et tout raconter depuis le moment où il avait été enlevé. Laurie et Grégory écoutaient ces aventures avec un intérêt intense. La fillette murmura à mi-voix :

– C’est bien mieux que les histoires des livres et que les « périls » qu’on invente.

Chapitre 15 « La plume de maman retrouvée »

« Je ne me souviens pas très bien de ce que j’ai fait, dit Angelo, lorsque la calèche m’emporta ; j’ai crié, je me suis débattu, j’ai supplié. Mais M. Capello m’effrayait et me faisait mal aux poignets. Il a dit que j’étais entre ses mains et que si j’osais prononcer une parole de plus, il me bâillonnerait la bouche. Je ne comprenais pas ce que cela signifiait, mais je pense qu’il voulait dire qu’il m’étoufferait. Alors, j’ai cessé de crier, et il m’a mené à la gare. Je ne pouvais pas m’échapper, il n’a pas lâché ma main, et jusqu’au lendemain elle fut toute rouge et douloureuse. Je crois que nous sommes arrivés à Londres très tard. Toutes les lampes étaient allumées. Nous sommes allés à une grande maison – un hôtel, je crois, – et là nous avons soupé.

– Qu’avez-vous mangé ? demanda Grégory.

– Je crois que nous avons eu du poulet et des pommes de terre, et il m’a fait boire du vin que je n’aimais pas. J’ai eu la tête qui tournait et j’avais bien sommeil. Alors on m’a monté à une grande chambre avec un petit lit dans un coin, et je ne me souviens plus de rien. Je me suis endormi.

– Et le lendemain matin ? questionna Esther.

– Je me suis réveillé de très bonne heure et M. Capello ronflait dans le grand lit. Je me sentais très malheureux, mais j’ai prié, et j’ai demandé au Seigneur Jésus d’être mon gardien et de prendre soin de moi. Je ne voulais pas de M. Capello pour gardien. Je l’ai dit à Jésus. Puis, enfin, un homme est entré – William, je crois qu’il s’appelait – et il m’a aidé à m’habiller et je suis descendu avec lui ; bientôt M. Capello est arrivé et nous avons déjeuné. Après déjeuner, nous sommes allés voir des magasins, et M. Capello m’a acheté un manteau chaud, puis il m’a mené chez un de ses amis. Il a appelé un professeur et m’a demandé de chanter. Je lui ai chanté plusieurs chansons, mais je ne comprenais pas du tout pourquoi. Puis nous sommes rentrés à l’hôtel. J’oublie un peu ce que furent les jours suivants, mais j’allais toujours chez le professeur pour chanter, et il m’a appris de nouveaux chants ; une fois je suis allé me promener avec William dans un parc. Puis un jour, il a plu très fort, et M. Capello est rentré d’une longue course, très fatigué et tout mouillé. Il est allé tout de suite se coucher, mais le lendemain matin il pouvait à peine respirer. Il étouffait ; j’ai couru chercher William. Un médecin arriva aussitôt. William me dit que M. Capello était très malade, et il m’a défendu d’aller près de lui. Alors les journées devinrent très monotones. Un matin, comme je m’ennuyais et n’avais rien à faire, je suis allé dehors, et tout à coup j’ai pensé à me sauver et à revenir ici.

– Oh ! dit Laurie, joignant les mains, comment as-tu fait ?

– J’avais dans ma poche une demi-couronne que M. Capello m’avait donnée, alors je suis allé tout droit à une grande gare demander un billet pour Daltoncaster. Je me suis souvenu du nom, parce que je vous en ai souvent entendu parler, et Pierre m’y avait mené une fois. Et l’homme m’a dit que cela me coûterait dix shillings. Alors j’ai demandé à l’homme jusqu’où je pouvais aller avec une demi-couronne. Il me l’a dit. J’ai pris un billet et un monsieur m’a montré le train. Quand le train est parti, j’étais un peu effrayé.

– Vous avez la tête sur les épaules ! dit Esther avec admiration.

– L’endroit où je suis descendu, continua Angelo, était un tout petit village en pleine campagne. Je ne savais que faire, alors j’ai prié. Je n’avais plus d’argent et ne savais où aller. En me dirigeant vers le petit hameau, j’ai pensé à chanter. Je l’avais vu faire par un petit garçon de Londres qui avait ramassé beaucoup d’argent. Je me suis mis à chanter le cantique que tu m’avais appris, Laurie, et quelques dames sont venues à leur porte. Quand j’ai cessé de chanter, elles m’ont donné dix sous, et une femme m’a fait entrer chez elle, m’a donné à souper puis un lit, et m’a demandé où j’allais. Je le lui ai dit, et le lendemain matin, elle m’a conduit à la gare et m’a donné encore trois sous ; ainsi, j’ai pu prendre un billet de neuf sous, et je savais que j’étais chaque jour un peu plus près de vous.

Ici Angelo porta la main à sa tête :

– Je ne me souviens pas de tous les jours dans leur ordre ; mais tout le monde paraissait plein de bonté pour moi. Une fois, j’ai dormi dans la salle d’attente d’une gare, et une autre nuit dans un hangar à charbon. Il y faisait très froid. Et tous les jours je chantais dans les rues pour gagner quelques sous. J’essayais de les garder tous pour le train, mais j’ai dû en dépenser pour acheter de quoi manger. Je ne pouvais voyager que très peu à la fois. Quelquefois je prenais un billet de deux sous, et un jour je n’ai pas pu en prendre du tout. Un autre jour, le chef de train m’a donné deux gros sous, mais je n’ai pas voulu les prendre sans avoir chanté parce que j’ai dit que je n’étais pas un mendiant. La plupart des employés du chemin de fer ont été très aimables ; l’un d’eux m’a emmené chez lui et sa femme m’a fait coucher dans un joli lit.

Je priais Dieu tous les jours et j’étais sûr que Jésus marchait avec moi et me conduisait par la main, comme le dit le cantique.

– Mais certainement Il l’a fait ! s’écria Laurie avec ferveur. Il était ton gardien !

– Et enfin, dit Angelo avec un soupir de lassitude, j’ai eu assez d’argent pour arriver à Daltoncaster et j’y étais depuis hier matin. Cela m’a paru bien long. J’ai chanté trois fois, hier, une fois bien tard dans la soirée. Quelqu’un m’a jeté un shilling par la fenêtre, alors je suis allé dans un magasin pour demander où je pourrais coucher. Je leur ai montré l’argent que j’avais, et ils m’ont conduit à une drôle de petite maison où une vieille dame louait des chambres ; elle était très gentille, mais elle m’a pris mon shilling pour mon souper, mon lit et mon déjeuner. Puis il a fallu recommencer à chanter. Et je chantais pour la seconde fois quand vous m’avez trouvé. Mais si vous ne m’aviez pas trouvé, termina triomphalement Angelo, je serais arrivé ce soir ; j’avais demandé à la gare le prix du billet, et ce n’était que dix-huit sous, et j’en avais déjà seize lorsque vous m’avez rencontré.

– Eh bien, dit Esther, émerveillée de l’histoire d’Angelo et de sa tranquille assurance, j’imagine que madame sera étonnée de vous voir. Vous êtes un enfant plus « débrouillard » que je ne l’aurais cru ! Mais je sais bien que ceux qui sont bons chanteurs ne sont pas des gens comme les autres.

Lorsque les enfants furent tous couchés, Esther se mit en devoir d’écrire à sa maîtresse et de lui raconter tout ce qui concernait le retour d’Angelo.

Ce fut un évènement sensationnel dans le village. M. Gay fut le seul à prendre un air sceptique :

– L’étranger reviendra encore le réclamer, dit-il à sa femme. Mme Oliver n’a aucun droit sur lui, comme je ne cesse de le lui répéter.

– Pourquoi n’irais-tu pas à Londres voir ce M. Capello ? suggéra sa femme. Il est malade en ce moment et peut-être qu’il t’écouterait ; Angelo te donnera le nom de l’hôtel où il loge. Tu pourrais causer avec lui, et lui montrer la volonté écrite du Comte au sujet de l’enfant. Tu possèdes toujours ce document, n’est-ce pas ?

– Je ne suis plus un jeune homme, ma chère ; un voyage à Londres serait bien fatigant.

Mais à la fin, M. Gay se décida à partir, et revint quelques jours plus tard avec une figure grave. M. Capello était mort après une semaine de maladie. Une grave pneumonie l’avait emporté avant même qu’il eût le temps de s’apercevoir de l’absence d’Angelo.

– Cela semble être un jugement providentiel, dit Mme Gay.

– La main de Dieu s’y montre de manière évidente, dit avec respect M. Gay. Il est le protecteur des orphelins. J’imagine qu’aucun autre parent ou ami ne viendra maintenant disputer cette charge à Mme Oliver.

Lorsque Angelo apprit la mort de M. Capello, il en fut frappé et un peu tourmenté.

– Peut-être était-ce mal de ma part de profiter de sa maladie pour me sauver ? dit-il à Laurie.

– Mais s’il n’avait pas été malade, tu n’aurais jamais pu te sauver, répondit-elle.

– Non, dit-il pensif. Il s’est moqué de moi quand je lui ai dit que ma mère ne voulait pas que je chante sur scène. Il s’est frotté les mains en disant : « Cela va être votre privilège, petit Angelo ; on vous dressera, et mes désirs seront les vôtres à l’avenir ». J’étais très malheureux, mais il n’a pas été cruel pour moi, et je n’aime pas à penser qu’il est mort.

– Nous ne l’avons pas fait mourir, dit Laurie. C’est Dieu qui l’a fait, et ce qu’Il fait est toujours très juste – maman l’a dit ; je suis très contente qu’il ne puisse plus revenir ici pour t’emporter. Tous ces jours-ci, je m’attendais à le voir arriver, mais maintenant tu es en sûreté, pour toujours.

Il y eut une explosion de joie lorsque Mme Oliver écrivit qu’elle était sur le chemin du retour. Et quand arriva le jour « J », la patience d’Esther fut mise à rude épreuve, tant les enfants étaient excités. La dernière bêtise qu’ils firent fut d’attacher un ruban rouge au cou de Couic, à la grande colère de l’oiseau. Il se promena de long en large dans l’allée, donnant de furieux coups de bec à ce désagréable ornement. Et lorsque, d’un dernier effort, il parvint à l’arracher avec son bec, il le jeta à terre et le déchirant d’une patte, le regarda avec le plus profond dégoût. Angelo l’appela ; il n’y fit pas la moindre attention et, saisissant l’objet dans son bec, s’envola à un buisson d’aubépine où il se percha, tournant la tête de tous côtés, d’un air très malin.

– Je crois qu’il va cacher le ruban, mais il ne le fera pas tant que nous le regardons, dit Laurie. Rentrons, et nous l’observerons par la fente de la porte. Ils s’accroupirent donc derrière la porte du jardin et, en effet, après beaucoup d’hésitation et de coups d’œil de tous côtés, Couic descendit en sautillant, jeta quelques regards en arrière, puis disparut soudain dans un buisson au fond du jardin. Il y resta pendant quelques minutes, puis revint, sans le ruban, et exprima ses sentiments par un gloussement triomphal.

Laurie le suivit attentivement des yeux, puis saisit Angelo :

– Je te le dis, Angelo, il a dû y cacher aussi la plume de maman. Il y va constamment. Allons voir !

Ils y coururent, et, en dépit de toutes les épines, Laurie plongea vaillamment la main dans l’épais buisson. Elle y rencontra un objet dur. C’était une vieille boîte en métal. Elle la retira, et les enfants y trouvèrent alors un étrange assortiment de toutes sortes d’objets : des morceaux de verre coloré, un soldat de plomb, une bobine vide, le ruban rouge, et, à leur grande joie, tout au fond de la boîte, la plume d’argent de Mme Oliver. Elle était bien ternie et sale, mais qu’importe ! Les mains saignantes et égratignées, Laurie s’élança vers Esther, brandissant la plume :

– Oh, Esther, Esther, la plume de maman est retrouvée et nous ne serons plus jamais pauvres !

Esther prit la chose plus calmement et l’état de la fillette la mit en colère :

– Est-ce juste, quand vous étiez si bien habillée ! Regardez votre tablier, plein de terre, et quelles mains !

Mais aucune remontrance ne put voiler l’éclat des grands yeux de Laurie.

– Maman revient, et nous avons retrouvé Angelo et la plume merveilleuse !

Rien ne pouvait assombrir son esprit.

Lorsqu’enfin Mme Oliver arriva, elle fut presque étouffée par les étreintes des enfants et la petite Laurie, dans son excitation, fondit en larmes.

– Oh, maman, dit-elle, se pendant à son cou, tu ne nous laisseras plus jamais, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons pas nous passer de toi.

– Mais je trouve que tout s’est très bien passé, dit Mme Oliver avec un gai sourire. Vous paraissez tous si bien portants !

Puis, prenant la main d’Esther dans la sienne, elle lui dit d’un ton affectueux : Je suis si contente d’être revenue, Esther. Il me tardait de vous retrouver ! Je ne peux pas vous dire combien vos lettres m’ont fait du bien, mais elles me donnaient toujours envie de revenir. J’espère que je ne serai plus obligée de vous laisser.

Angelo reçut des marques de tendresse toutes particulières. Mme Oliver l’appela et l’attira dans ses bras.

– Tu es revenu vers moi, n’est-ce pas, mon enfant ! dit-elle, caressant sa petite tête soyeuse et sombre. Et personne ne viendra te reprendre.

– Jamais ! répéta Angelo en se serrant contre elle. Je resterai avec vous jusqu’à ce que Dieu me rappelle à Lui.

Le repas du soir fut des plus joyeux. Esther avait préparé un gâteau et fait rôtir un poulet pour sa maîtresse. Lorsque Mme Oliver secoua la tête en souriant à cette prodigalité, Laurie s’écria vivement :

– Nous ne serons plus jamais pauvres, maman, dit-elle. Ta plume est retrouvée, et tout ira bien maintenant.

– Ma plume merveilleuse ! dit Mme Oliver en riant. Mais après souper, elle appela à elle sa petite fille, et embrassa très tendrement les petites mains égratignées.

– Ça m’est égal, maman, vraiment. Je recommencerais volontiers, s’il le fallait, pour ta plume.

– Tu as une âme héroïque, ma fillette. Puisses-tu ne jamais la gaspiller pour une cause indigne !

Laurie réfléchit longuement à ces paroles, le soir, dans son lit, mais ne comprit pas.

Chapitre 16 « Un grand-père »

Ce ne fut que le lendemain matin, comme Laurie aidait sa mère à ranger sa chambre, que l’enfant se souvint de l’enveloppe que Sir Georges avait placée dans le tiroir. Elle la montra à sa mère et Mme Oliver resta frappée d’étonnement en lisant son contenu. Elle demeura longtemps perdue dans ses pensées, la lettre à la main. Puis elle se tourna vers sa petite fille : Laurie, il faut que je parle à Esther ; demande-lui de venir.

Laurie obéit, et Esther vint aussitôt.

– Esther, avez-vous vu le vieux monsieur qui est venu voir les enfants pendant mon absence ?

– Oui, madame. Il paraissait être un monsieur tout à fait distingué, et il s’est beaucoup intéressé à Grégory.

– Savez-vous qui c’est ?

– Sir Georges, a-t-il dit. C’est un ami de Mlle Monteil.

– Il est le grand-père de mes enfants !

Esther resta interloquée.

– Je croyais, balbutia-t-elle, que madame n’avait pas de parents ; ni d’un côté ni de l’autre.

– Je ne vous en ai jamais parlé parce que mon beau-père, furieux de notre mariage, déshérita complètement mon mari, son fils unique. Je suis allée le voir, lorsque je me suis trouvée seule, et lui ai demandé de m’aider, non pour moi ni pour mes enfants, car j’étais capable de pourvoir aux besoins de ma famille en écrivant. Il a refusé de répondre à ma demande, et m’a parlé méchamment. J’étais fière et vive, et je lui ai répondu sur le même ton. Nous ne nous sommes jamais revus depuis, mais cette lettre est de lui, et il souhaite que nous nous rencontrions. Je sens que maintenant nous allons vivre un temps plus heureux. S’il revient, vous saurez qui c’est.

– J’aurais aimé le savoir avant, dit doucement Esther. Je me demandais pourquoi il s’intéressait tant aux enfants, et je trouvais qu’il leur posait des questions un peu trop libres. J’ai été contrariée que Laurie l’ait fait entrer ici pour lui montrer tous vos bibelots ; mais maintenant je comprends sa conduite.

Esther laissa sa maîtresse, et retourna à la cuisine, considérant la nouvelle sous toutes ses faces. « Si quelqu’un mérite d’avoir du bonheur, pensait-elle, c’est bien madame. Il y a peu de femmes qui auraient pu faire ce qu’elle a fait ».

De son côté, Mme Oliver relisait la lettre ; elle n’était pas longue :

Ma chère belle-fille,

Je pense qu’en vieillissant, on apprend à juger moins sévèrement. Je reconnais que j’ai été blâmable lors de notre dernière rencontre. Mon fils m’a occasionné de dures épreuves, et je lui avais bien fait comprendre que je ne serais jamais responsable de ses dettes. Lorsque vous m’avez quitté, disant que vous ne me reverriez que lorsque ces dettes seraient payées, j’ai cru à un vain orgueil. Mon notaire m’a dit que vous les aviez fidèlement acquittées, et qu’il ne manque plus maintenant qu’une cinquantaine de livres. Me permettrez-vous de vous féliciter de votre force de volonté et de votre indomptable persévérance ?

J’ai l’intention de m’installer dans le voisinage de Daltoncaster, car mon vieil ami Monteil a laissé sa fille sous ma protection jusqu’à son mariage, et je veux être plus près d’elle. Voulez-vous m’envoyer un mot pour me dire que vous oubliez le passé, et que vous êtes prête à me rencontrer lorsque je viendrai habiter votre village ?

Croyez-moi,

Sincèrement à vous,

Georges Oliver

Lorsque Mme Oliver s’assit pour écrire sa réponse, son cœur était plein de reconnaissance pour Celui qui lui avait aidé, qui l’avait guidée pendant ces cinq longues années depuis la mort de son mari. Dieu n’avait-Il pas été pour elle un refuge, sa force, ce secours dans les détresses toujours facile à trouver, comme le dit le Psaume 46 ?

La lutte avait été dure et elle avait senti parfois qu’elle n’en pourrait pas supporter longtemps la tension. Elle s’était refusé tout luxe, ainsi qu’à ses enfants, et ne leur avait donné que le strict nécessaire.

Mais, un mois après l’autre, le fardeau de cette dette s’était allégé. Elle voyait enfin briller l’aurore d’un jour plus heureux. Son voyage en Italie lui avait donné le nouvel entrain dont elle avait tant besoin, et elle avait déjà reçu une somme importante pour quelques courtes études qu’elle avait composées là-bas. Elle remercia Dieu de tout son cœur de ce qu’elle pourrait bientôt réhabiliter le nom de son mari.

Quant à Sir Georges, tout sentiment de fierté ou de colère envers lui s’était dissipé. Elle lui écrivit une lettre, disant quel plaisir lui avait causé la sienne, et lui demandant de venir la voir le plus tôt possible, puisqu’il avait déjà gagné le cœur de ses petits-enfants.

Elle se rendit alors vers ses enfants, le visage tranquille et souriant.

Quelques jours après, Mme Oliver fut surprise de recevoir la visite du doyen de Daltoncaster. Il était accompagné de M. Gay. Angelo était l’objet de sa visite. Le doyen était un musicien accompli. La voix d’Angelo l’avait beaucoup impressionné, et il venait lui offrir une place vacante dans l’école de musique.

Tout d’abord, Mme Oliver hésita. Elle ne pouvait pas se décider à se séparer de l’enfant. Mais lorsqu’elle vit les avantages d’une telle éducation, elle sentit qu’elle ne pouvait pas refuser cette offre. Après une longue discussion, Angelo fut appelé, et le projet lui fut présenté. Le doyen expliqua ensuite ce qu’était la vie d’un enfant dans cette école. Le rose monta aux joues d’Angelo.

– Je chanterai tous les jours pour Dieu ! s’écria-t-il. Oh, j’aimerais tant y aller ! Je serai comme Samuel ! Maman – il appelait Mme Oliver « maman » – me laissez-vous y aller ?

– Certes oui, mon enfant, si tu crois que tu seras heureux.

Angelo la regarda, en réfléchissant :

– Je n’aimerais pas vous quitter, dit-il. Mais je reviendrai souvent vous voir.

– Tous les samedis, dit joyeusement le doyen.

– Je serais si heureux, continua rêveusement l’enfant, de chanter tous les jours utilement, et non pour m’amuser. Je veux apprendre de nouveaux chants. Tous pour Dieu. Ce sera presque aussi beau que d’être au ciel.

– Mais vous aurez aussi des leçons pour ne pas oublier que vous êtes sur la terre, dit le doyen, avec un sourire.

On discuta longuement de cette affaire, mais Angelo, aussitôt libre, courut faire part du projet à Laurie.

Elle écouta, les sourcils froncés, et l’air perplexe.

– Je n’aime pas du tout ça ! dit-elle, et tu ne devrais pas accepter. Tu es à peine revenu, et voilà que tu vas encore nous quitter !

La figure d’Angelo s’assombrit.

– Je croyais que tu serais contente, dit-il. Je chanterai tous les jours des cantiques, et j’aurai un maître pour m’apprendre.

– Ta mère ne voulait pas que tu chantes devant les gens, dit Laurie, boudeuse.

– Mais, Laurie, j’enseignerai ensuite aux enfants à bien chanter les cantiques dans les réunions, et je pourrai aussi aller chanter des cantiques près des malades dans les hôpitaux ou des personnes âgées dans les maisons de retraite, pour leur parler du Seigneur Jésus.

Alors Laurie se jeta à son cou et fondit en larmes.

– Je ne veux pas que tu y ailles !… J’aime à parler avec toi ; tu me comprends mieux que Greg. Et ce sera affreux, ici, lorsque tu seras parti !

– Mais je reviendrai tous les samedis, et combien de choses j’aurai à te raconter ! Oh, Laurie !

– Tu es près de Dieu, ici ! Il vit dans notre maison tous les jours.

– Je serai à l’école une partie de la journée. Je n’aime pas y penser. J’espère que les grands garçons ne se moqueront pas de moi.

– Je voudrais bien y aller avec toi, soupira Laurie changeant de tactique ; j’aimerais aller à l’école et voir beaucoup d’enfants. N’y a-t-il pas des filles ? Pourquoi ne peuvent-elles pas chanter comme les garçons ?

– C’est une école pour les garçons.

Laurie ne se laissa pas convaincre. Elle fut indignée quand Esther s’écria, dès qu’elle sut la nouvelle :

– Dieu soit loué ! Il nous ouvrira vraiment la voie !

– Vous voulez qu’Angelo s’en aille ! Vous êtes très méchante !

– Il sera nourri, habillé et instruit, et il n’y en aura que plus pour vous ! fut la vive réponse qu’elle reçut d’Esther.

Alors Laurie courut en sanglotant vers sa mère :

– Oh, maman, je me passerai de pudding pendant toute une année, et je ne prendrai jamais de sucre dans mon thé, si cela peut aider à garder Angelo !

Mme Oliver essaya doucement de consoler son enfant et lui expliqua :

– Angelo a un grand talent, Laurie. Il peut ne plus avoir une telle voix lorsqu’il sera grand. Je sens que je ne pourrais pas la cultiver comme il le faudrait. Ce serait injuste de le retenir, et il emploiera sa voix au service de Dieu. Ce ne serait pas bien de l’en empêcher.

– Je voudrais bien être Angelo, sanglota Laurie. Je voudrais aussi avoir une belle voix afin de chanter pour Dieu ! Je ne sais rien faire du tout !

– Tu peux faire bien des choses dont Angelo est incapable, dit Mme Oliver en l’embrassant. Tu es ma petite aide et mon bras droit. Qui prendrait soin de Grégory, si tu partais ? Que ferions-nous sans toi ?

Le regard de Laurie errait désolé autour de la chambre :

– La seule chose vraiment utile que j’aie jamais faite, c’est d’avoir retrouvé ta plume dans le buisson, maman.

– Oui, certes, c’est une merveilleuse trouvaille, dit Mme Oliver en souriant, et s’il m’arrive de la perdre encore, nous te chargerons de la retrouver.

– Peut-être, dit Laurie, que lorsque je serai grande, je pourrai écrire des livres, comme toi, maman ; si tu me prêtais ta plume, je pourrais. Ne crois-tu pas ?

Mais Mme Oliver répondit comme elle l’avait souvent fait :

– Je te souhaite une vie autre que celle-là, mon enfant. Écrire des livres n’est pas un bonheur sans mélange.

Il y eut beaucoup à faire pour préparer Angelo pour son école. Esther et sa maîtresse durent travailler tous les jours jusqu’à la nuit pour lui préparer des vêtements. Finalement Mme Oliver le mena à Daltoncaster où, à contrecœur, elle lui fit couper ses longues boucles soyeuses. Mais il revint paraissant plus mignon que jamais avec ses cheveux courts. Laurie dut retenir ses larmes en le voyant, mais Angelo s’exclama :

– Je suis maintenant un petit garçon anglais. Comme eux, je porte des cheveux courts.

Angelo ne devait partir qu’après Noël, et les enfants purent donc passer ensemble leurs vacances. La plus grande joie fut peut-être causée par l’arrivée inattendue d’une grande caisse, la veille de Noël, de la part de Sir Georges. Une dinde, un plum-pudding, un gâteau, des boîtes de fruits confits et de petits biscuits, et beaucoup d’autres bonnes choses à manger s’y trouvaient. Mais ce n’était pas tout. Il y avait des jouets pour les enfants, et un manteau pour leur mère. Esther elle-même ne fut pas oubliée. Un magnifique châle de laine accompagné de ces mots : « Pour la bonne qui soupçonnait les intentions d’un étranger ». Les enfants furent enthousiasmés de leur nouveau grand-père.

– Je voudrais bien qu’il soit aussi le grand-père d’Angelo, dit la sympathique petite Laurie.

– Oui, Angelo n’a personne, ajouta Grégory.

– Eh bien, il a toujours eu des gardiens, dit Laurie, consolée, et c’est presque aussi bon que des parents.

Angelo eut l’air un peu triste, puis un sourire illumina sa figure.

– Je ne pourrais avoir personne de mieux que mon vrai, mon seul Gardien, dit-il.

– C’est maman.

– Non, mon véritable gardien, c’est Jésus. On ne peut avoir un meilleur Ami que Lui pour prendre soin de vous et vous aimer !

– Crois-tu qu’Il aille à l’école avec toi ? demanda Grégory, ouvrant les yeux tout grands.

Angelo l’affirma avec conviction.

– J’ai trouvé dans ma Bible un très beau verset que je me chante quelquefois à moi-même : « Je ne te laisserai pas et Je ne t’abandonnerai pas ». Alors mon cœur déborde de joie quand, avec le verset suivant, je réponds : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai pas ; que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 5 et 6). Donc le Seigneur Jésus sera avec moi partout où j’irai.

Laurie le regarda pensivement :

– Tu t’arrangerais très bien, même si tu vivais tout seul !

– Peut-être, mais j’aime beaucoup maman.

– Et moi aussi, je m’arrangerais très bien tout seul, dit vivement Greg. Je n’aime pas que Laurie soit toujours à prendre soin de moi !

La question de « gardien » devenait dangereuse. Sagement, Laurie changea de sujet.

Chapitre 17 « La petite servante stupide »

Par un bel après-midi, au début du printemps, Mme Oliver et ses enfants s’acheminaient vers la cathédrale de Daltoncaster. Ils étaient venus pour y passer la journée, mais s’étaient arrêtés un instant au Prieuré de Dalton, cette agréable et vieille maison à environ un demi-kilomètre de la ville, où était maintenant installé Sir Georges.

Il n’y était que depuis un mois ou deux, et avait pris grand plaisir à faire visiter à sa belle-fille sa grande maison et ses terres. Le jardin s’étendait derrière la maison, entouré de hêtres presque centenaires.

Des lilas et des aubépines fleurissaient dans les bosquets, et les oiseaux eux-mêmes semblaient faire grand carnaval autour de la vieille demeure. Mme Oliver regardait et admirait tout. L’une des chambres, surtout, la remplit d’enthousiasme, et Sir Georges lui demanda conseil pour son ameublement. C’était un petit salon ensoleillé, avec une large baie vitrée donnant sur la pelouse. Les murs étaient couverts de boiseries de chêne, et la cheminée ancienne était admirablement sculptée.

Mme Oliver choisit les rideaux et les tapis qui transformèrent la petite chambre en un salon riant et confortable.

– Peut-être cela ressemble-t-il trop, pour vous, à un petit salon de dame, dit-elle à Sir Georges. Mais vous comprenez, mon goût est naturellement féminin.

– Vous vous y installerez quand vous viendrez me voir, dit-il ; et je l’appellerai le « salon littéraire » en votre honneur.

Alors, comme ils avançaient côte à côte en direction de la cathédrale, et que les enfants couraient devant eux, Sir Georges fit encore allusion à la chambre :

– Êtes-vous influencée par l’entourage lorsque vous écrivez ? demanda-t-il. Les belles choses seraient-elles pour vous source d’inspiration ?

– Oh, oui, naturellement. Le beau n’est jamais gênant.

– Alors, je me demande si vous ne pourriez pas vous transplanter, avec votre maisonnée, au Prieuré… Il y a tant de chambres vides que j’aimerais voir occupées. J’ai meublé votre salon à votre goût. Viendrez-vous, ma chère ?

Pendant un instant, Mme Oliver resta bouche bée. Elle s’était imaginée que son beau-père était si habitué à sa vie tranquille et solitaire qu’une telle idée ne lui serait jamais venue à l’esprit. Silencieusement, elle considéra la question avant de répondre :

– Je ne sais pas si ce serait juste envers vous, dit-elle doucement. Je vous remercie de tout mon cœur pour cette offre, mais les enfants pourraient vous déranger. Et puis, il y a Angelo. Sans doute, pour l’instant, il est à l’école. Mais j’ai promis de lui donner un foyer pour toute sa vie.

– Il y a bien assez de place pour Angelo aussi. Je suis un vieillard. J’ai acheté ce coin, et quoique ma propriété dans le nord revienne à votre fils, après ma mort, ce vieux Prieuré vous sera légué à vous. Ce sera votre foyer, je l’espère, aussi longtemps que vous voudrez. Ne voulez-vous pas en prendre possession maintenant et me rendre heureux en me faisant goûter un peu de vie de famille ? Cela a été mon grand espoir depuis que je suis installé près de vous.

Les yeux de Mme Oliver s’étaient remplis de larmes. Elle posa doucement la main sur le bras de Sir Georges.

– Je viendrai, dit-elle tranquillement. Vous apportez beaucoup de bonheur dans ma vie. Je ne peux assez-vous en remercier.

Ils étaient arrivés à la salle de réunion. Les croyants y entraient silencieusement pour le service de l’après-midi ; ils les suivirent et prirent place au fond. Laurie et Grégory étaient très excités. Ils étaient venus dans l’espoir d’entendre chanter Angelo, car il devait chanter un solo dans des chœurs.

Lorsque le moniteur et les enfants entrèrent, ils cherchèrent Angelo avidement des yeux : « Oui, le voilà ! ». Angelo ne regardait pas de tous côtés comme faisaient quelques autres enfants, mais s’avançait avec cette expression douce et ravie qu’ils lui connaissaient si bien.

Laurie se sentit distraite pendant le service. Une fois, elle saisit la main de sa mère :

– Je suis effrayée pour Angelo, chuchota-t-elle, cette salle est si grande !

Mme Oliver fit un « chut » avertisseur. Laurie se tut. Les pensées de Grégory étaient d’un niveau moins élevé. Il se demandait pourquoi le plafond était si haut…

Quelle belle fenêtre ! et de si jolies images ! Il essaierait de les imiter en rentrant et mélangerait les jolies couleurs rouges dans sa boîte, comme les robes, là. Puis la chaire frappa son attention : pourquoi était-ce si grand et si beau ?… Quel beau chapeau avait cette dame à côté de lui ! Il y pendait des cerises rouges qui lui faisaient venir l’eau à la bouche. Qu’il aimerait les toucher… seulement y poser un doigt. Le verrait-on, s’il faisait cela ? Et le petit doigt s’avança, mais Mme Oliver se retourna et secoua la tête. Les idées de Grégory devinrent confuses. Il avait grande envie de dormir. Il poussa un profond soupir lorsque les cantiques commencèrent. Maintenant, enfin, il allait entendre chanter Angelo !

Laurie essayait de retenir sa pensée sur son cantique, mais c’était difficile. Elle demanda un jour à sa mère pourquoi Satan lui inspirait des pensées et des réflexions si banales et ordinaires lorsqu’elle était à la réunion.

– Ma petite fille va grandir, fit alors Mme Oliver, et le bonheur d’aimer le Seigneur Jésus et d’être aimée par Lui occupera toutes ses pensées.

Pour l’instant, Laurie ressentait un désir ardent d’être assise sur un des bancs réservés au chœur avec Angelo, et de se lever pour chanter seule, comme lui.

– Je pourrais mourir, ensuite, mais si au moins je pouvais le faire une seule fois, se disait-elle. J’espère que Dieu me donnera une belle voix, dans le ciel, mais c’est bien longtemps à attendre. Je crois que Dieu doit aimer beaucoup Angelo ; il est pareil à un ange, si sage et si doux. Et puis sa voix ! Oh, que je voudrais, que je voudrais faire quelque chose !… quelque chose de merveilleux !

Enfin, l’hymne commença. L’harmonium fit entendre un long accord harmonieux, qui effraya Grégory, mais doucement, graduellement, le son s’éteignit ; puis, claires et douces, les voix des enfants s’élevèrent dans l’édifice…

La voix d’Angelo se reconnaissait au milieu de celles des autres enfants , et consolait, élevait plus d’une âme fatiguée et chargée :

J’élève mes yeux vers les montagnes

D’où me viendra le secours.

J’élève mes yeux vers les montagnes

D’où me viendra le secours.

Mon secours vient de l’Éternel,

Mon secours vient de l’Éternel

Qui a fait les cieux et la terre,

Qui a fait les cieux et la terre.

Puis retentit une profonde et riche basse, et Laurie, en écoutant, imagina que le chanteur s’adressait personnellement à Angelo :

L’Éternel est celui qui te garde,

L’Éternel est celui qui te garde,

L’Éternel est ton ombre à ta main droite.

Trois voix reprirent ensemble :

Le soleil ne te frappera pas de jour,

Ni la lune pendant la nuit.

Le soleil ne te frappera pas de jour,

Ni la lune pendant la nuit.

Puis vint encore la voix d’Angelo, et Laurie se sentit secouée d’un frisson en écoutant :

Mon secours vient de l’Éternel,

Qui a fait les cieux et la terre.

Puis un ensemble d’allégresse retentit dans le chœur :

L’Éternel te gardera de tout mal,

C’est Lui qui gardera ton âme,

L’Éternel gardera ta sortie et ton entrée

Dès maintenant et à toujours.

L’Éternel te gardera de tout mal,

C’est Lui qui gardera ton âme,

Dès maintenant et à toujours

Dès maintenant et à toujours. Amen.

L’expression d’Angelo, pendant qu’il chantait, était radieuse. Beaucoup de personnes le remarquèrent. Mme Oliver murmura :

– Il vit ce qu’il chante !

Sir Georges enleva précipitamment ses lunettes, les essuya, et les remit. Grégory fut si transporté d’admiration qu’il oublia complètement qu’il était à l’église et applaudit bruyamment à la fin.

Laurie appuya sa petite tête sur l’épaule de sa mère et versa quelques larmes silencieuses. Si Angelo pouvait seulement chanter éternellement, elle serait si heureuse ! Elle lui demanda :

– As-tu choisi le cantique que tu as chanté ?

– Oh non ! Je n’en choisis jamais. C’était un psaume chanté, Laurie, pas un cantique. N’est-ce pas que c’était beau ? Je l’aime presque autant que le premier cantique que tu m’as appris. Ce sont presque les mêmes paroles, mais sur un ton plus solennel. Je pense qu’un certain croyant a écrit le cantique, mais c’est Dieu Lui-même qui a écrit le psaume chanté. C’est tout tiré de la Bible ! C’est pour cela que c’est si beau !

Angelo se mit à fredonner doucement à lui-même :

Mon secours vient de l’Éternel.

Puis Mme Oliver et Sir Georges les rejoignirent, et la conversation changea.

Laurie et Grégory étaient très fatigués de leur journée en arrivant à la maison. Leur petite tête était remplie de tout ce qu’ils avaient vu et entendu. Lorsqu’ils apprirent le désir de Sir Georges, et comprirent qu’ils allaient vivre dans cette belle maison, où ils pourraient voir constamment Angelo, leur bonheur fut à son comble.

Cependant, ils furent bien vite couchés. Mme Oliver fit alors part à Esther du projet de déménagement. Tout d’abord, pensant que ses services seraient désormais inutiles, Esther reçut la nouvelle avec un silence navré. Mais lorsque Mme Oliver l’assura qu’elle ne l’éloignerait jamais d’elle, et qu’elle devait venir avec eux comme femme de chambre, sans avoir sur les épaules la charge de toute une maison, Esther s’effondra en sanglots.

– Ce sera le salut pour moi, dit-elle. Depuis ma maladie, je ne me suis plus senti autant de force pour le travail, c’est pourquoi une place moins pénible me soulagera beaucoup !

Mme Oliver monta alors pour faire sa ronde habituelle de « bonne nuit ». Grégory dormait profondément, son visage rose tout souriant ; mais Laurie était encore éveillée, et sa mère vit, à l’expression inquiète de ses yeux, que son cerveau actif travaillait toujours.

– Eh bien, ma chérie, as-tu eu du plaisir aujourd’hui ?

– Oh oui, maman !

– Alors il faut t’endormir aussi vite que possible.

– Mais je réfléchis, maman.

– À quoi ?

Laurie prit la main de sa mère et la posa sur sa joue chaude :

– Je voudrais, je voudrais, maman, que Dieu m’ait faite un peu différente. Je crois que je suis tout à fait inutile ! Si je pouvais seulement chanter, comme Angelo, je serais si contente ! Ou si je pouvais écrire des livres merveilleux comme toi ! Je ne veux pas être rien du tout. Je veux faire quelque chose qui soit vraiment bien !

Mme Oliver garda le silence pendant un instant puis répondit :

– Écoute-moi, ma chérie, je vais te raconter une histoire : il y avait une fois, un très bon roi qui régnait dans un beau pays où le soleil brillait toujours, et où tout le monde était heureux. Une rivière entourait ce pays, et sur l’autre rive était une terre tout à fait différente ! Presque jamais de soleil, beaucoup de pluie et de vent froid, et un roi méchant et cruel qui rendait tout son peuple malheureux.

Alors le bon roi bâtit un pont sur le fleuve et invita les malheureux à venir vivre avec lui. Mais, chose étrange, les gens ne voulurent pas venir ! Les uns dirent qu’ils ne pouvaient pas trouver le pont, d’autres qu’il était trop pénible à traverser, et quelques-uns qu’ils en étaient trop éloignés. Alors, un jour, le bon roi envoya trois de ses servantes sur l’autre rive pour leur parler du beau pays et leur en montrer le chemin. Deux de ces servantes avaient un grand talent. La troisième se croyait très stupide, mais elle aimait son roi et lui promit de faire de son mieux. La première servante se rendit au pays malheureux et se mit à chanter. Elle avait une très belle voix et partout où elle allait, les gens s’assemblaient en foule pour l’écouter. Elle chanta les louanges du roi et du beau pays au-delà du pont, et comme elle chantait, les auditeurs sentirent qu’ils voulaient y aller. Un de ses chants disait :

Il est un pays magnifique

Sans péché, sans douleur ni chagrin,

Où tout un peuple chante un cantique.

Où des élus le saint cantique

Vers l’Agneau montera sans fin.

Venez tous ! Venez tous ! Entrez dans ce beau pays !

Mais souvent, lorsque la voix cessait, leur désir s’envolait aussi. De plus, certains n’aimaient que sa voix, et non son message.

La seconde servante put atteindre encore plus de monde que la première, puisqu’elle écrivait son message, et elle avait une plume merveilleuse. Loin, bien loin, on lisait ses lettres et ses écrits, et on les aimait parce qu’ils avaient le don de toucher les cœurs. Elle décrivait ainsi le pays :

C’est le pays de la lumière,

Du vrai repos et de la paix ;

Là plus n’est besoin de prières,

Car le bonheur règne à jamais.

C’est là dans la maison du Père

Que le bonheur règne à jamais.

Elle achevait par la même invitation :

Venez tous ! Venez tous !

Entrez dans ce beau pays !

Mais, quelquefois, l’écrivain changeait un peu son message pour faire plaisir à ses lecteurs, et fit de ce fait moins souvent allusion au pont qui menait au beau pays. Parfois son appel était presque entièrement caché, car les gens croyaient qu’ils pouvaient rendre leur propre patrie aussi belle que l’autre, sans s’inquiéter de traverser le pont. Mais elle continua à écrire, et la chanteuse continua à chanter et toutes les deux essayaient d’obéir à leur roi.

– Et la petite servante stupide ? demanda Laurie avec avidité, comme Mme Oliver s’arrêtait, un sourire un peu triste sur les lèvres.

– Ah, la troisième servante ! Elle ne pouvait pas écrire, elle ne pouvait pas chanter, et ne pouvait pas atteindre beaucoup de monde. Mais son petit cœur était plein d’amour pour son roi ; elle parla de lui à tous ceux qui voulurent l’écouter. Elle n’était pas instruite, mais elle disait un mot par-ci, un autre par-là, et montrait toujours le pont. Les petits enfants trouvaient facilement leur chemin lorsqu’elle les prenait par la main pour les y conduire. Les vieillards s’appuyaient sur son bras pour s’avancer en tremblant dans la direction du pont. Elle consolait doucement ceux qui pleuraient, expliquait patiemment le tout à ceux qui ne comprenaient pas, et tout le monde l’écoutait parce qu’elle était si simple, si facile à comprendre, et n’embarrassait personne… Elle ne connaissait qu’un seul pont, qu’elle montrait toujours du doigt en parlant du bon roi.

Un jour, le roi rappela à lui ses servantes. Lorsqu’elles revinrent, il fit l’appel de tous ceux à qui elles avaient montré le chemin. La chanteuse en avait amené un bon nombre qui avaient trouvé le pont en entendant sa voix. L’écrivain aussi en avait autour d’elle quelques-uns qui avaient lu son message et avaient été guidés par elle vers le pont. Mais la petite servante stupide était entourée d’une foule ! Ses quelques paroles avaient amené au beau pays plus de monde que les merveilleux appels des deux autres servantes douées. Le roi sourit et dit : « La chanteuse a bien accompli son œuvre, et l’écrivain aussi, mais la petite servante au cœur compatissant a fait mieux encore ».

Mme Oliver s’arrêta, puis elle posa sa main sur la tête de sa petite fille.

– Ma Laurie a déjà conduit vers le pont un petit garçon abandonné. Elle peut en amener d’autres en leur disant de son ton engageant :

C’est au pays de la promesse,

Que Jésus nous introduira,

Son nom nous remplit d’allégresse,

Vers Lui se dirigent nos pas.

C’est au pays de la promesse

Que Jésus nous introduira.

Où notre cœur, plein d’allégresse,

Avec amour le bénira.

Et un jour, le Roi lui parlera comme à sa troisième servante.

Laurie ne dit rien, mais elle eut un petit sanglot ; puis elle se retourna sur l’oreiller et s’endormit profondément… toute consolée.

Dans ses rêves, Laurie chantait encore, accompagnée de la voix d’Angelo :

Venez tous ! Venez tous !

Entrez dans ce beau pays promis !

SONDEZ LES ÉCRITURES (6)

Salomon.

Vous vous souvenez comment Salomon était « comblé de la bénédiction de l’Éternel » — selon l’expression prophétique attribuée par Moïse à Nephtali en Deutéronome 33. 23 – en accédant au trône de David son père, alors qu’il s’estimait encore « jeune garçon » (1. Rois 3. 5 à 15).

Le secret d’une telle faveur n’est-il pas donné dans les termes, déjà soulignés la dernière fois : « Il était aimé de son Dieu » ? Vous pouvez noter que le cœur de Salomon n’était pas insensible à une telle grâce, car la Parole déclare : « Salomon aimait l’Éternel, marchant dans les statuts de David, son père (3. 3).

A notre tour, ne pouvons-nous pas ajouter avec l’apôtre : « Nous, nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier » ? (1 Jean 4. 19) Ce que nous sommes, ce que nous faisons ou disons dépend de l’état de nos cœurs, c’est-à-dire de nos affections pour le Seigneur.

C’est après avoir offert mille holocaustes sur l’autel de Gabaon que Salomon fut interpellé par l’Éternel dans un songe de la nuit. Dieu peut parler une fois, et deux fois, aux hommes dans un songe, dans une vision de nuit. « Il ouvre l’oreille aux hommes et scelle l’instruction qu’il leur donne » (Job 33. 14 à 16). C’est alors que le cœur est à nu devant Lui, il ne peut se dérober par quelque raisonnement subtil ou par un mouvement de la volonté.

Quelle est cette interrogation de Dieu ? « Demande ce que tu veux que je te donne » (v. 5). Salomon avait-il donc mis sa confiance en Dieu, qui donne toutes choses richement pour en jouir ? Savait-il que tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières ? (Jac. 1. 17)

Et si Dieu exprimait cette demande à chacun de nos jeunes lecteurs, quelle serait sa réponse ?

Du côté de Dieu, tout est marqué par Sa bonté infinie, mais du côté de celui qui est interrogé, la réponse ne va-t-elle pas mettre en évidence l’état et les vrais désirs du cœur ? Et pourtant il n’y a qu’à demander ce que le Dieu Tout-puissant donnera. II y a trois valeurs que les hommes recherchent avec avidité : les richesses, les plaisirs et les honneurs. Mais ces biens-là ne sont-ils pas périssables et vains ? Quel sera le choix de Salomon ? Essayez pour un temps de formuler votre réponse, et comparez-la avec celle de ce jeune prince.

Voici ce que Salomon demande à l’Éternel (v. 6 à 9) : « Je suis un jeune garçon, je ne sais pas sortir et entrer; et ton serviteur est au milieu de ton peuple, que tu as choisi, un peuple nombreux… Donne donc à ton serviteur un cœur qui écoute, pour juger ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal ; car qui est capable de juger ton si grand peuple ? »

C’est dans le sentiment de sa jeunesse, de son ignorance, de sa faiblesse, que Salomon exprime sa requête. Il n’a pas une haute opinion de lui-même, car il aime l’Éternel et son peuple. Il a compris toute l’importance d’écouter par le cœur et non par les oreilles ou l’intelligence seulement.

Dieu veut parler à nos cœurs. « Ceux qui, ayant entendu la Parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience » (Luc 8. 15).

Lorsque le cœur écoute, la conséquence, c’est l’obéissance par amour. « Bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11. 28).

Puissiez-vous écouter la voix du bon Berger pour le suivre ! Que le Seigneur vous donne un cœur qui écoute Ses enseignements, un cœur attentif à ce qu’Il demande ! Les brebis qui Le suivent, connaissent Sa voix, mais elles ne connaissent pas la voix des étrangers (Jean 10. 4, 5, 27 et 28).

Pourquoi les douze mois écoulés ont-ils été marqués par tant de faux pas, d’écarts, de péchés, de chutes ? La cause n’est-elle pas en ce que nos cœurs, si facilement distraits, ont écouté toutes sortes de voix dans ce monde, plutôt que la voix du Seigneur Jésus ?

Au commencement d’une nouvelle année, demandons-Lui un cœur qui écoute sa voix, afin que nous vivions pour Lui et pour la gloire de Dieu selon 1 Corinthiens 10. 31. N’oublions pas ce que l’esprit prophétique nous rapporte du Seigneur Lui-même : « Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne » (És. 50. 4). Il prêtait l’oreille et le cœur aux paroles de Son Père, attentif à l’expression de Sa volonté pour la journée.

Quelle satisfaction pour le cœur de Dieu dans la vie de dépendance et d’obéissance de Son Fils bien-aimé ! Nos cœurs ne sont-ils pas attirés par ce Modèle parfait ?

Rappelons-nous les paroles du Seigneur : « Prenez donc garde comment vous entendez » (Luc 8. 18). Si la vivante Parole de Dieu pénètre dans le cœur, c’est notre vie entière, nos actes, nos paroles, notre comportement qui en recueilleront les heureux effets. Le cœur a besoin d’un objet, il ne peut rester vide.

Lorsque le Seigneur ressuscité, en commençant par Moïse et par tous les prophètes, expliquait aux disciples d’Emmaüs dans toutes les Écritures les choses qui Le regardent, leur cœur brûlait d’amour pour Lui.

Qu’est-ce qui occupe notre cœur ? Y aurait-il un objet ou une personne, c’est-à-dire une idole, prenant la place de Christ dans notre cœur ? Cela peut être tout simplement le Moi, au centre de notre vie. Et la Parole de Christ ne pourra pas habiter dans un tel cœur. Occupé de ses propres intérêts, il ne peut pas écouter la voix « douce et subtile » de la grâce, selon 1 Rois 19. 12.

Puissions-nous dire comme Samuel : « Parle, Éternel, car ton serviteur écoute » (1 Sam. 3. 9), ou choisir la bonne part comme Marie qui, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait Sa parole (Luc 10. 39) ! Le Seigneur ouvrit le cœur de Lydie pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait (Act. 16. 14).

Étant donné sa jeunesse, Salomon avoue son impuissance, il ne sait pas sortir et entrer. Voilà une expression que vous rencontrerez plusieurs fois dans l’Écriture ! Elle ne signifie pas simplement sortir de chez soi, puis y rentrer.

Il s’agit d’entrer dans la présence de Dieu, dans Son sanctuaire, chaque jour, pour contempler les perfections du Seigneur, apprécier les aspects et les conséquences de Son œuvre à la croix, dans la méditation personnelle de Sa Parole.

Cette vie de communion cachée avec le Seigneur peut être votre part dans votre chambre, Bible en main, ou au pied de votre lit dans une prière quotidienne fervente.

Sortir, c’est le témoignage public, ce que les hommes voient de notre vie, c’est accomplir notre tâche sous le regard du Seigneur, dans le désir de Lui plaire. Nous pouvons « semer » la Parole dans nos contacts, en distribuant un traité, une Bible, un calendrier évangélique. Le croyant sort aussi pour combattre, comme autrefois Caleb (Jos. 14. 11) ou David (1 Sam. 18. 13).

Puissiez-vous recevoir toute l’énergie nécessaire pour sortir et entrer, réalisant ainsi l’équilibre de la vie du croyant en chaque saison de la vie !

Salomon.

Vous vous rappelez que Dieu avait adressé à Salomon, encore jeune garçon, ces paroles dans un songe : « Demande ce que tu veux que je te donne » (1 Rois 3. 5).

Chacun de nos jeunes lecteurs a-t-il fourni une réponse à une telle offre que Dieu lui adresse aussi ?

Celle de Salomon est inscrite dans le saint Livre : « Donne donc à ton serviteur un cœur qui écoute, pour juger ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (v. 9). Certes, le jeune roi éprouvait le besoin de recevoir la sagesse de Dieu pour assumer sa double fonction : gouverner et juger le peuple.

Il est intéressant de noter que la demande de Salomon plut à l’Éternel, qui répond à Son jeune serviteur : « Parce que tu as demandé cela, et que tu n’as pas demandé pour toi de longs jours, et que tu n’as pas demandé pour toi des richesses, et que tu n’as pas demandé la vie de tes ennemis, mais que tu as demandé pour toi du discernement afin de comprendre le juste jugement, voici, j’ai fait selon ta parole ; voici, je t’ai donné un cœur sage et intelligent… Et je t’ai donné aussi ce que tu n’as pas demandé, tant les richesses que la gloire… Et si tu marches dans mes voies, gardant mes statuts et mes commandements, comme David, ton père, a marché, alors je prolongerai tes jours » (v. 11 à 14).

Vous voyez quelles sont les réponses de Dieu. Ne peut-Il pas faire infiniment plus que ce que nous demandons ou pensons, selon la puissance qui opère en nous, par le Saint Esprit ? (Éph. 3. 20). Quelle confiance inébranlable en notre Dieu devrait nous animer, car Il se plaît à bénir ceux qui Le craignent !

Un cœur qui écoute la Parole de Dieu apprend à connaître les pensées de Dieu. L’intelligence spirituelle est communiquée à celui dont les affections sont concentrées sur le Seigneur. Les leçons divines étant apprises par expérience, l’âme croît dans la sagesse, et peut discerner entre le bien et le mal.

Si même vous n’êtes pas appelés à gouverner un royaume comme Salomon, n’éprouvez-vous pas le besoin, comme lui, de demander à Dieu la sagesse ?

A Nazareth de Galilée, l’enfant Jésus croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui. Il avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2. 52) : ainsi il ouvrait un tel chemin à d’autres hommes. Modèle à suivre, modèle de la sagesse parfaite.

Oh ! suivons-le pas à pas, Lui qui est en personne la sagesse de Dieu ! Lisez le chapitre 8 des Proverbes où Christ, la sagesse de Dieu (1 Cor. 1. 24), est présenté.

L’épître de Jacques nous invite à demander cette sagesse dont nous avons tant besoin pour nous conduire dans le chemin de la vie : « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (1. 5 et 6). Cette sagesse ne consiste-t-elle pas à s’occuper du bien, en l’aimant comme Dieu Lui-même, et à éviter le mal en le haïssant ? Le sentier à suivre n’est-il pas clairement révélé dans la Parole de Dieu qui nous met en relation avec Lui, le Dieu saint, séparé de tout mal ?

Le premier pas dans cette voie de la sagesse est bien la crainte de l’Éternel (Job 28. 28 ; Ps. 111. 10 ; Prov. 9. 10). Puissions-nous vivre dans le sentiment de la grâce de Dieu qui a tout fait pour nous, de misérables pécheurs, chacun s’appropriant par la foi cette parole : « quoique je ne sois rien » (2 Cor. 12. 11).

Ainsi Dieu donne, à la nouvelle naissance, un cœur sage et intelligent pour recevoir les instructions de Sa Parole : c’est une faveur de Sa part. Et l’âme ainsi bénie, connaissant Sa volonté, marche dans Sa crainte, d’une manière digne du Seigneur pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre (Col. 1. 9 et 10) : c’est le côté de la responsabilité de chaque croyant.

Pour acquérir l’instruction, n’oubliez pas que Dieu vous a placés, pour la plupart, dans une famille chrétienne où s’exerce l’autorité affectueuse de vos parents, qui peut s’exprimer jusqu’à la répréhension ou la correction. Cela fait partie de la discipline nécessaire à tout enfant, à tout croyant. « Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas… » « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ».

Avec une sagesse parfaite Dieu nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté (Héb. 12. 7, 5, 10). « Prenez donc garde à marcher soigneusement, non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages » (Éph. 5. 15).

La sagesse que Dieu donne ne se trouve pas dans le cœur de l’homme naturel, sans relation avec Lui. C’est pourquoi elle est appelée la « sagesse d’en haut ».

Soulignez dans votre bible ses différents caractères en vue d’une marche et d’une activité selon la volonté de Dieu. « La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie » (Jac. 3. 13 et 17).

Maintenant l’occasion va être fournie à Salomon d’utiliser cette sagesse reçue de Dieu pour le bien de son peuple.

Dieu nous éprouve toujours dans la vie pratique en rapport avec les privilèges qu’Il nous a communiqués. Un jour deux femmes se présentent devant le roi, et l’une d’elles lui dit : « Ah, mon seigneur ! moi et cette femme nous habitions la même maison, et j’accouchai… II n’y avait que nous deux dans la maison. Et le fils de cette femme mourut dans la nuit, parce qu’elle s’était couchée sur lui. Et elle se leva au milieu de la nuit, et prit mon fils d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait, et le coucha dans son sein ; et son fils, qui était mort, elle le coucha dans mon sein. Et je me levai le matin pour donner à téter à mon fils, et voici, il était mort ; et je le considérai au matin, et voici, ce n’était pas mon fils… Et l’autre femme dit : Non, car mon fils est celui qui vit, et ton fils est celui qui est mort. Et celle-là disait : Non, car ton fils est celui qui est mort, et mon fils est celui qui vit.

Alors le roi dit : apportez-moi une épée… et le roi dit : Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez la moitié à l’une, et la moitié à l’autre. Et la femme à qui était l’enfant vivant parla au roi, car ses entrailles étaient tout émues pour son fils, et elle dit : « Ah, mon seigneur ! donnez-lui l’enfant vivant, et ne le tuez point. Et l’autre dit : Qu’il ne soit ni à moi, ni à toi, coupez-le en deux ! Et le roi répondit et dit : Donnez à celle-là l’enfant qui vit, et ne le tuez point ; c’est elle qui est sa mère. Et tout Israël entendit parler du jugement que le roi avait prononcé ; et ils craignirent le roi, car ils voyaient que la sagesse de Dieu était en lui pour faire justice » (1 Rois 3. 16 à 28).

Ce qui compte pour Dieu, c’est le cœur, siège des affections. Les signes extérieurs, les propos de ces femmes, leurs mérites respectifs ne pouvaient aider à établir un jugement juste. Au risque de tout perdre pour elle-même, la vraie mère n’hésite pas à se renoncer elle-même pour sauver son enfant. Le jugement du roi met en évidence la réalité du lien unissant la vraie mère à son enfant. L’amour de Christ L’a conduit au sacrifice de la croix pour nous. Quelle réponse notre cœur Lui a-t-il donnée ?

Abija.

C’est d’un enfant dont la vie fut de courte durée que nous désirons nous entretenir aujourd’hui.

Le récit de l’Écriture le concernant se trouve en 1 Rois 14. 1 à 18. Il se nommait Abija, fils de Jéroboam, roi d’Israël. C’est à ce moment-là que Roboam, fils de Salomon, régnait sur Juda.

Par suite de l’idolâtrie de Salomon, Dieu avait divisé le royaume en deux parties et avait confié à Jéroboam la royauté sur dix tribus selon la prophétie d’Akhija. Dieu promet à Jéroboam d’être avec lui et de lui bâtir une maison stable, s’il écoute tout ce que l’Éternel lui commandera, et s’il marche dans Ses voies, faisant ce qui est droit à ses yeux, en gardant Ses statuts et Ses commandements (1 Rois 11. 38).

Hélas ! ce roi inaugure son règne en érigeant deux veaux d’or, l’un à Béthel, l’autre à Dan, et déclare au peuple : « Voici tes dieux, Israël ! qui t’ont fait monter du pays d’Égypte ». Ainsi il imagine dans son propre cœur une religion et l’institue pour détourner le peuple de Jérusalem et de son peuple. Il n’hésite pas dans sa folie à faire fumer l’encens sur l’autel.

C’est alors que Dieu avertit le roi par le moyen de l’homme de Dieu venu de Juda (1 Rois 13), et au moment où Jéroboam ordonne qu’on saisisse l’homme de Dieu, sa main étendue sécha. Jéroboam implore le secours de l’Éternel qui répond à la prière de l’homme de Dieu. Le roi impie est délivré. « Après cela, Jéroboam ne revint pas de sa mauvaise voie » (13. 33 et 34). Le péché de ce roi est tel que Dieu décide d’exterminer sa maison et de la détruire de dessus la face de la terre.

Et pourtant, Dieu va parler une deuxième fois à ce roi idolâtre par la maladie de son fils Abija.

Combien de parents ont été éprouvés ainsi. L’Écriture nous relate plusieurs cas. David, sous le gouvernement de Dieu, a le cœur brisé par la maladie fatale de son enfant en 2 Samuel 12. 14 à 16.

La veuve de Sarepta passe par un profond travail de conscience à la mort de son enfant (1 Rois 17. 17 à 19), alors que la femme de Sunem triomphe par la foi dans une semblable épreuve (2 Rois 4. 20 à 23).

Le seigneur de la cour à Capernaüm implore ardemment l’aide de Jésus et croit Sa parole pour la guérison de son fils (Jean 4. 46 à 50), tandis que Jaïrus, chef de synagogue, le cœur étreint par la douleur, supplie le Seigneur de guérir sa fille unique de douze ans qui se mourait.

Nous admirons la grande foi de cette femme cananéenne qui a recours à Jésus pour qu’il délivre sa fille cruellement tourmentée par un démon (Mat. 15. 21 à 28). Combien de foyers ont été visités par de telles détresses, et la fin du Seigneur n’a-t-elle pas été une bénédiction ?

Cher enfant, te souviens-tu d’une maladie où le Seigneur a parlé à ton cœur et à ta conscience ? Ne sommes-nous pas mieux disposés, dans de tels moments, à écouter la voix du Seigneur, lorsqu’il a brisé le ressort de notre propre volonté toujours en opposition avec la Sienne ?

Peut-être qu’à travers la maladie, le Seigneur, par le moyen de tes parents ou d’un ami se tenant à ton chevet, a-t-il trouvé le chemin de ton cœur, et tu as pu confesser distinctement ta foi en ton Sauveur mort pour tes péchés ?

La maladie d’un enfant peut être parfois la discipline du Seigneur pour de chers parents éprouvés qui sont rejetés sur Dieu dans une plus grande confiance en Lui. N’est-il pas écrit que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ? (Rom. 8. 28)

Jéroboam lui-même n’est pas insensible à la maladie de son enfant, mais cette fois il estime que les veaux d’or ne lui sont d’aucun secours. C’est vers le prophète de l’Éternel, Akhija, qu’il se tourne. Mais la ruse qu’il utilise en demandant à sa femme de se déguiser pour approcher le prophète démontre qu’il n’y a pas dans son cœur de vraie repentance, un réel jugement de ses mauvaises voies. Il ne sait pas que « toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4. 13).

Pauvre Jéroboam, il ne se connaît pas lui-même et il ne connaît pas Dieu ! A peine a-t-elle franchi le seuil de la porte de la maison d’Akhija, que la reine est confondue dans son stratagème. Bien qu’il soit aveugle, le prophète voit la vision du Tout-Puissant. Et la malheureuse femme est chargée d’un message terrifiant avec l’annonce de la mort de son enfant.

Jéroboam avait jeté l’Éternel derrière son dos (v. 9). Il s’était passé de Dieu, Le méprisant comme beaucoup d’hommes le font aujourd’hui. Ils poursuivent leurs desseins ambitieux avec une soif dévorante de bien-être, alors que Dieu est banni de leur vie. Mais un jour, il faut rencontrer Dieu et régler son compte avec Lui. La maison de Jéroboam sera ôtée ; comme on ôte le fumier, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

Le prophète déclare au sujet d’Akhija qu’en lui seul, dans la maison de Jéroboam, a été trouvé quelque chose d’agréable à l’Éternel, le Dieu d’Israël (4. 13). Quel beau témoignage est rendu à la piété de cet enfant ! Lui seul a été fidèle au sein de sa famille impie, idolâtre. Dieu se plaît à souligner ce beau trait moral. Il y a, dans ce foyer, une lampe qui brille au sein des ténèbres les plus épaisses.

Qui avait pu enseigner cet enfant, l’éclairer, l’encourager alors qu’il n’avait que de mauvais exemples autour de lui dans sa propre famille ? « En lui seul… a été trouvé quelque chose d’agréable à l’Éternel ».

Quel exemple de foi pour vous ! Dieu peut-il apprécier un saint désir dans votre cœur de vous séparer du mal qui s’étale autour de vous ? Que de mauvais exemples à l’école, à l’atelier ! Puissiez-vous adopter, par la foi, l’impératif divin : « Résistez au diable, et il s’enfuira de vous » (Jac. 4, 7).

Sachez que, sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (Héb. 11. 6). Ayant marché trois cents ans avec Dieu, Enoch, avant son enlèvement, a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu (Héb. 11. 5).

Le jeune garçon Samuel allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes (1 Sam. 2. 26).

Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2. 52). Plus tard, en parlant de Son Père, Il déclarera Lui-même : « Moi, je fais toujours les choses qui lui plaisent » (Jean 8. 29).

Qu’est-ce qui est agréable à Dieu ? Les mouvements de la vie divine s’exprimant par la puissance du Saint Esprit, ce que Dieu opère en nous et par nous.

« Présentez vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent… que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite » (Rom. 12. 1 et 2). « La prière des hommes droits est agréable à l’Éternel » (Prov. 15. 8). « Ceux qui sont intègres dans leurs voies lui sont agréables » (Prov. 11. 20). « Celui qui… sert le Christ est agréable à Dieu » (Rom. 14. 18).

Nous sommes exhortés à faire « des supplications, des prières, des intercessions, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont haut placés, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté ; car cela est bon et agréable devant notre Dieu Sauveur » (1 Tim. 2. 1 à 4). Puissions-nous marcher comme des enfants de lumière… éprouvant ce qui est agréable au Seigneur ! (Éph. 5. 8 à 10)

L’Éternel n’a pas laissé vivre Akhija en qui il avait trouvé quelque chose d’agréable. « Le juste est recueilli de devant le mal. Il est entré dans la paix » (És. 57. 1 et 2). Dieu avait cueilli un des lis de son jardin.

Cher enfant, es-tu prêt et quel serait le sort de ton âme si le Seigneur te retirait de cette terre aujourd’hui ?

Le fils de la veuve de Sarepta. 1 Rois 17. 7 à 24.

C’est au temps où vivait le prophète Élie que se situe le court récit de l’enfant dont nous désirons nous entretenir cette fois-ci.

Son nom n’est pas indiqué, mais il habitait avec sa mère veuve, à Sarepta de la Sidonie, c’est-à-dire en dehors des limites du territoire d’Israël. A ce moment-là sévissait une grande famine par tout le pays, selon la parole de l’Éternel présentée par Son serviteur Élie. Le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, car Dieu voulait parler à Son peuple tombé dans l’idolâtrie.

Comme chacun de vous, ce fils de la femme veuve de Sarepta est l’objet d’une grâce inestimable de la part de Dieu. En effet Élie, le prophète, est envoyé par l’Éternel chez sa mère. Ce qui caractérise un serviteur de Dieu, c’est qu’il prête l’oreille à la voix de son Dieu.

Élie est un homme de Dieu qui réalise ces deux vertus essentielles de la vie de la foi : la dépendance de Dieu pour aller où Il voulait et l’obéissance à Sa Parole.

Il entend ce message : « Lève-toi, va-t’en à Sarepta, qui appartient à Sidon, et tu habiteras là ; voici, j’ai commandé là à une femme veuve de te nourrir » (1 Rois 17. 9).

Jusque-là Élie avait été nourri par des corbeaux qui lui apportaient du pain et de la chair, matin et soir. Il s’abreuvait au torrent du Kérith. Maintenant Dieu l’envoie chez une pauvre veuve dénuée de toutes ressources, et qui s’attendait à mourir de faim avec son fils après avoir épuisé ses maigres provisions. N’oublions pas que Dieu a choisi les choses faibles du monde (1 Cor. 1. 27).

Le Seigneur Jésus Lui-même n’a-t-Il pas prononcé ces paroles : « Ne soyez donc pas en souci, disant : Que mangerons-nous ? ou que boirons-nous ?… car votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses » (Mat. 6. 31 et 32). Quelle signification a dans votre cœur ce verset si souvent cité : « L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien » ? (Ps. 23. 1)

Ainsi Élie ne dépendait ni des corbeaux, ni de l’eau du torrent, mais de la Parole de Dieu. Et Dieu dirigeait tout pour répondre à la foi de Son serviteur, tout en l’éprouvant. De plus, Il voulait secourir cette pauvre veuve dont le cœur avait été préparé à croire Sa parole.

Elle connaît l’Éternel, le Dieu d’Élie, qui sait qu’elle n’a rien qu’une poignée de farine dans un pot et un peu d’huile dans une cruche, pour elle et pour son fils, et elle déclare : « nous le mangerons et nous mourrons » (v. 12). Certes, l’espérance fondée sur d’aussi faibles ressources est bien fragile. Mais s’il y a ce qui est impossible pour les hommes, « toutes choses sont possibles pour Dieu » (Marc 10. 27). Job pouvait l’exprimer : « Je sais que tu peux tout » (42. 2). Dieu suffit à la foi, en dehors de Lui elle n’a rien.

Le prophète formule une demande qui va mettre à l’épreuve la foi de cette femme : « Fais-moi premièrement de cela un petit gâteau et apporte-le moi, et, après, tu en feras pour toi et pour ton fils… Le pot de farine ne s’épuisera pas, et la cruche d’huile ne manquera pas, jusqu’au jour où l’Éternel donnera de la pluie sur la face de la terre… Elle… fit selon la parole d’Élie » (v. 13 à 15).

Retenons cette leçon de la vie de la foi : quand Dieu demande un service, aussi humble soit-il, Il donne toute capacité pour l’accomplir.

Ici il s’agissait de nourrir premièrement le prophète. C’était la priorité de Dieu, et la foi s’affirme sans raisonnement, en plein accord avec la volonté de Dieu. Et ce petit gâteau préparé pour l’homme de Dieu est à l’origine d’une multiplication miraculeuse de la bénédiction pour cette maison. « Et elle mangea, elle, et lui, et sa maison, toute une année. Le pot de farine ne s’épuisa pas et la cruche d’huile ne manqua pas, selon la parole de l’Éternel » (v. 15 et 16).

Un Christ vivant à la droite de Dieu, tel que la Parole nous Le présente, n’est-il pas la nourriture excellente de nos âmes (Jean 6. 35, 48 et 51), et l’Esprit de vérité ne nous enseigne-t-Il pas toutes choses, rendant témoignage de Christ et Le glorifiant (Jean 14. 26 ; 15. 26 ; 16. 13 et 14 ; 2 Cor. 1. 21 et 22).

Une nouvelle épreuve, bien douloureuse, allait fondre sur cette pauvre veuve. Son fils bien-aimé tomba malade ; et sa maladie devint très grave, de sorte qu’il ne resta plus de souffle en lui (v. 17).

Avait-elle accordé plus de place à son fils qu’au prophète de l’Éternel ? Elle doit apprendre que tout appartient à Dieu, et en particulier ce que nous avons de plus cher. N’avons-nous pas tendance à méconnaître les droits du Seigneur sur tout ce que nous possédons et sur ce que nous sommes ? La farine et l’huile avaient suffi pour de nombreux jours, répondant aux besoins de toute la maison. Mais maintenant, c’est la réalité de la mort qui est devant cette femme, pour qu’elle connaisse la puissance de Dieu dans la résurrection.

Elle apprend que Dieu donne la vie. Comme elle avait reçu sa nourriture directement du Dieu d’Israël, elle reçoit aussi son fils dans la résurrection. Et pour nous, « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec le Christ… et nous a ressuscités ensemble » (Éph. 2. 4 à 7). Le plus faible d’entre les rachetés du Seigneur peut jouir d’un tel privilège. Le possèdes-tu, cher lecteur, car « celui qui a le Fils a la vie » ? (1 Jean 5. 12)

A la mort de son fils, la veuve de Sarepta est travaillée dans sa conscience (v. 18). Ses iniquités lui reviennent en mémoire. Elle sait que le salaire du péché, c’est la mort. Il y a dans son cœur un double effet de la vérité et de la grâce. La vérité manifeste le mal et ce qu’est l’homme, la grâce ôte ce mal en révélant cette inépuisable source qui est dans le cœur de Dieu : une vie en abondance. « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (Jean 1. 17).

Élie prend part aussitôt à la détresse de cette veuve éperdue. Il utilise les ressources permanentes de la foi. Il crie à l’Éternel : « Éternel, mon Dieu ! fais revenir, je te prie, l’âme de cet enfant au-dedans de lui. Et l’Éternel écouta la voix d’Élie ». Que dans toutes nos afflictions nous sachions nous confier en notre Dieu sans jamais douter de Son amour !

Élie donne l’enfant à sa mère : « Vois, ton fils vit » (v. 24). Quelle joie pour vos chers parents, lorsque vous confessez que Jésus est votre Sauveur, qu’Il vous a donné la vie ! Heureux père qui peut déclarer : « mon fils (ou ma fille) que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » ! (Luc 15. 24)

Et la femme ajoute : « Je connais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Éternel dans ta bouche est la vérité » (v. 24). Elle donne gloire à Dieu, et honore Son serviteur.

Cela nous rappelle que Dieu s’est manifesté ici-bas dans l’Homme Christ Jésus. Là où la mort est entrée par le péché de l’homme, Dieu donne une vie nouvelle, une vie de résurrection. Et la vérité de la parole de la grâce est démontrée dans la résurrection, car Jésus notre Seigneur a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification (Rom. 4. 25). Ainsi nous avons l’assurance que Dieu déclare juste tout pécheur qui croit en l’œuvre expiatoire accomplie par le Seigneur Jésus.

Les enfants de Béthel. 2 Rois 2. 23 et 24.

Il nous semble opportun, à cause de l’atmosphère morale qui vous entoure, de nous arrêter sur ces deux versets rappelés en tête de ces lignes. Il s’agit de petits garçons sortant de la ville de Béthel, dont le nom signifie « maison de Dieu ».

C’est en ce lieu que l’Éternel s’était révélé à Jacob en lui faisant de très belles promesses : « Je suis avec toi ; et je te garderai partout où tu iras… je ne t’abandonnerai pas » (Gen. 28. 15). Plus tard, Jacob avait écouté l’appel de Dieu en montant à Béthel pour y habiter et y bâtir un autel. Il avait d’ailleurs compris qu’il devait se séparer de toute idole et de tout objet de vanité pour se tenir en ce lieu avec toute sa famille dans la présence d’un Dieu saint (Gen. 35. 1 à 15). Jacob s’approchant de Dieu, sur la base d’un sacrifice, reçoit des promesses divines du plus haut intérêt. Seule la foi en activité est agréable à Dieu.

Mais maintenant, au temps du prophète Élisée, que s’était-il passé en ce lieu même où Dieu avait béni Son peuple ?

Un roi impie, du nom de Jéroboam, avait fait deux veaux d’or et les avait placés, l’un à Béthel et l’autre à Dan, avec ces paroles : « Voici tes dieux, Israël ! qui t’ont fait monter du pays d’Égypte ». Dans sa révolte contre le vrai Dieu, Jéroboam avait institué un culte idolâtre au sein d’Israël. Dieu doit déclarer à ce roi : « Tu as fait ce qui est mauvais à mes yeux… tu es allé et t’es fait d’autres dieux et des images de fonte pour me provoquer à colère, et… tu m’as jeté derrière ton dos » (1 Rois 14. 9).

C’est à Béthel, une ville devenue idolâtre, que vivaient ces nombreux enfants lorsqu’ils rencontrent le prophète Élisée, au moment où il montait par le chemin. En voyant le prophète de l’Éternel, ils se moquent de lui. Ils l’apostrophent par ces paroles incrédules : « Monte, chauve ! monte, chauve ! ».

Ils ne sont pas conscients qu’ils outragent l’Éternel lui-même en se raillant de Son serviteur au moment où il se trouvait dans le lieu des promesses divines.

Est-il possible que nos cœurs soient aussi insensibles à tout ce qui concerne la gloire de Dieu ? Le psaume 8 n’exprime-t-il pas ces précieuses paroles : « Par la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent tu as fondé ta louange » ?

Un climat de crainte de Dieu aurait pu produire dans le cœur de ces enfants, confiance, respect et soumission à l’égard de l’homme de Dieu. Qu’était l’éducation de ces enfants affichant un tel mépris ? Quel enseignement et quel exemple avaient-ils reçus de leurs parents ? On peut le supposer, étant donné qu’une affreuse idole était tolérée à Béthel.

Ces enfants se moquent tout à la fois d’Élie qui venait d’être enlevé aux cieux dans un char de feu conduit par des chevaux de feu, au milieu d’un tourbillon (2 Rois 2. 11), et d’Élisée, en plaisantant sur sa calvitie.

Rappelons-nous aussi que « aux deniers jours des moqueurs viendront, marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises et disant : Où est la promesse de sa venue ? » (2 Pier. 3. 3). Et Jude ajoute qu’à la fin des temps, il y aurait des moqueurs, marchant selon leurs propres convoitises d’impiété (v. 18).

La foi au Seigneur Jésus seule peut vous permettre de supporter l’opprobre des moqueurs du jour, vos camarades, par exemple, qui essaieront de vous ridiculiser si vous rendez témoignage de votre Sauveur, si vous vous séparez du mal et du monde par amour pour le Seigneur, si vous refusez de participer aux œuvres infructueuses des ténèbres.

Même notre tenue et nos vêtements ne nous font-ils pas reconnaître comme chrétiens ? N’avez-vous pas des camarades qui essaient de vous attirer dans des lieux de plaisirs mondains ? « Ne soyez pas séduits, les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15. 33). Soyez certains que dans ces milieux on se moque de Jésus, de la Parole de Dieu. Puissions-nous aller partout où l’amour de Jésus nous mène.

Dieu a entendu les outrages de ces enfants sortant de Béthel. Leur mépris s’adresse à l’Esprit de Christ venant en grâce et en puissance au milieu de Son peuple par le ministère prophétique d’Élisée. « On ne se moque pas de Dieu, car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera ». (Gal. 6. 7). « L’Éternel se moque des moqueurs » et « les jugements sont préparés pour les moqueurs » (Prov. 3. 34 et 19. 29).

Le prophète est contraint de se tourner en arrière pour prononcer une malédiction, afin que Dieu exerce son jugement qu’Ésaïe qualifie d’œuvre étrange, de travail inaccoutumé. Deux ourses sortent de la forêt et déchirent quarante-deux enfants. Quelle destruction solennelle ! Quel désespoir irrémédiable pour beaucoup de parents !

Cela nous fait penser à toute l’énergie déployée par Satan. « Soyez sobres, veillez ; votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi » (1 Pier. 5. 8 et 9). N’est-il pas écrit aussi : « Si tu es moqueur, tu en porteras seul la peine » ? (Prov. 9. 12)

Combien d’enfants élevés dans un foyer chrétien, ou ayant suivi pour un temps les réunions, ont méprisé la Parole de Dieu, étant attirés par leurs convoitises vers le monde ! Il se peut alors qu’ils deviennent la proie du monde qu’ils ont aimé et de son prince cruel, Satan, meurtrier dès le commencement, et le père du mensonge. Quel terrible sort si de tels enfants sont destinés à la seconde mort !

Cher jeune lecteur, est-ce que ton nom est écrit dans le livre de vie ? Sais-tu que devant le grand trône blanc, lors du jugement des morts, si quelqu’un n’était pas trouvé écrit dans le livre de vie, il était jeté dans l’étang de feu ? (Apoc. 20. 15)

N’oublions pas le cas d’Ésaü, qui s’est moqué de ses privilèges en prononçant ces paroles folles : « De quoi me sert le droit d’aînesse ? » et l’Écriture ajoute : « Ésaü méprisa son droit d’aînesse ». Qu’aucun de nos chers amis ne méprise le privilège d’être en contact avec la Parole de Dieu !

Et pour chacun de nous, croyants, existe aussi la tendance de nous moquer de quelqu’un, ou de la Parole de Dieu, ou des écrits qui nous rendent l’Écriture toujours plus précieuse.

Que faire ? Exercer devant Dieu un profond et constant jugement de toutes nos voies et de nous-mêmes, nous confier de tout notre cœur en Celui qui peut nous garder sans que nous bronchions, étant obéissants à la Parole, nous soumettant à l’autorité du Seigneur.

« Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification selon le besoin, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent » ; « comme il convient à des saints… ni parole folle ou plaisanterie, lesquelles ne sont pas bienséantes, mais plutôt des actions de grâces » (Éph. 4. 29 et 5. 4). « Écoute ton père qui t’a engendré, et ne méprise pas ta mère quand elle aura vieilli » (Prov. 23. 22). Honore ton père et ta mère, passage cité plusieurs fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament.

Le pot d’huile (2 Rois 4. 1 à 7).

Nos cœurs ne seraient-ils pas sensibles à la lecture du court récit d’aujourd’hui qui présente la détresse d’une femme veuve vivant avec ses deux fils ?

Le chef de famille était mort. Seule désormais, cette femme avait à nourrir et à élever ses enfants. Épreuve bien douloureuse pour celle qui était privée du soutien et de l’autorité de son mari ! Certes, ses enfants pouvaient-ils lui procurer quelque consolation par leur obéissance, leur amour et leur reconnaissance !

Peut-être est-ce le cas de quelques-uns de nos jeunes lecteurs, d’avoir éprouvé le vide causé par la mort d’un père bien-aimé ! Le chef du foyer n’est plus là à table au moment des repas, le soir pour écouter vos conversations, partager vos peines, vos joies et vos soucis, donner un conseil, un encouragement ou un avertissement. Il manque pour vous stimuler dans vos devoirs et vos leçons, pour s’associer à vos jeux et vous accompagner dans vos promenades.

Vous avez pu pleurer souvent avec votre mère qui, pourtant, avec le secours du Seigneur, supporte courageusement cette épreuve, en se confiant en la fidélité et en la grâce de Dieu. Puissiez-vous apprécier les consolations de l’Écriture ! « Dieu, dans sa demeure sainte, est le père des orphelins et le juge des veuves » (Ps. 68. 5). « L’Éternel… affermit l’orphelin et la veuve » (Ps. 146. 9). « Laisse tes orphelins, moi je les garderai en vie, et que tes veuves se confient en moi » (Jér. 49. 11).

Et pour tous ceux qui n’ont pas connu une telle souffrance, n’oubliez pas de rendre grâces à Dieu pour le privilège d’avoir des parents croyants, et qu’un cœur sensible et miséricordieux vous pousse vers des orphelins de votre entourage.

Une autre épreuve bien cruelle menace cette pauvre veuve. Elle est poursuivie par un créancier inexorable. Appartenant aux femmes d’entre les fils des prophètes, elle vient déclarer sa détresse à Élisée.

« Ton serviteur, mon mari, est mort ; et tu sais que ton serviteur craignait l’Éternel ; et le créancier est venu pour prendre mes deux enfants, afin qu’ils soient ses serviteurs » (2 Rois 4. 1).

La piété de ce prophète était connue d’Élisée. Il se tenait dans la présence de Dieu, apprenant à haïr le mal parce que Dieu le hait, et à aimer le bien parce que Dieu l’aime. Il s’appliquait à être agréable à Dieu, ayant la crainte de lui déplaire, en tombant dans quelque piège ou en se fourvoyant. Fuyant le péché, il jouissait de l’amour de son Dieu dont la Loi sainte faisait ses délices. Et pourtant cet homme, en mourant, avait laissé une dette. Et ses deux fils étaient condamnés à l’esclavage pour payer la dette de leur père. N’ayant ni argent, ni biens à saisir, le créancier impitoyable exigeait le service de ces deux enfants.

Quelle angoisse devait tenailler le cœur de cette mère ! N’est-il pas écrit : « Celui qui emprunte est serviteur de l’homme qui prête » ? (Prov. 22. 7). Ayant atteint une pareille extrémité, la seule, issue n’était-elle pas de faire appel à l’homme de Dieu et, par son moyen, au Dieu tout-puissant ? Elle réalise cette parole : « Remets ta voie sur l’Éternel, et confie-toi en lui ; et lui, il agira » (Ps. 37. 5).

Selon l’expression du prophète Ésaïe (50. 1), l’homme s’est vendu par ses iniquités à Satan, le cruel créancier qui revendique ses droits. Quelle est alors pour l’homme la ressource, sinon de se tourner dans un élan de foi vers Celui qui veut et peut délivrer : le Seigneur Jésus. La puissance divine s’exerce à l’égard de celui qui croit. « Le même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l’invoquent ; car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rom. 10. 12).

Ayant une double mesure de l’Esprit, Élisée fait entendre la voix de la grâce : « Que ferai-je pour toi ? Dis-moi ce que tu as à la maison ? » L’homme de Dieu sera-t-il dépassé par une telle détresse, bien qu’il connaisse la puissance de Dieu envers Son peuple ? L’Éternel ne communique-t-il pas Son secret à ceux qui Le craignent ? (Ps. 25. 14) La femme veuve doit avouer sa pénurie : « Ta servante n’a rien du tout dans la maison qu’un pot d’huile ».

Quand Jésus, ému de compassion envers les foules affamées, déclare à Ses disciples : « Vous, donnez-leur à manger », ceux-ci lui disent : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons » (Mat. 14. 16 et 17). Le Seigneur utilise ces maigres ressources et les multiplie pour rassasier cinq mille hommes outre les femmes et les enfants. La quantité d’huile que possède cette veuve correspond à « une toute petite mesure de puissance spirituelle ». Mais « toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23).

« Va », dit Élisée, « demande pour toi, du dehors, des vases de tous tes voisins, des vases vides (n’en demande pas peu) ; et rentre, et ferme la porte sur toi et sur tes fils, et verse dans tous ces vases, et ôte ceux qui seront remplis ».

La foi de cette femme est mise à l’épreuve. Son obéissance immédiate à la parole du prophète démontre sa confiance en la puissance de Dieu, et ses enfants collaborent à son activité.

La puissance divine se déploie selon la mesure de foi. Il lui suffisait d’avoir des vases vides apportés par ses fils et les vases se remplissaient l’un après l’autre, jusqu’au moment où l’huile cessa de couler parce qu’il n’y avait plus de vase.

La dette est acquittée et, avec ce qui reste, tous les membres du foyer sont rassasiés. Dieu utilise les ressources spirituelles des Siens, aussi faibles soient-elles, pour multiplier Sa bénédiction.

Rappelons que, pour être rempli du Saint Esprit, il faut être vidé de soi-même. Alors le Seigneur peut déclarer à ceux qui viennent à Lui avec de vrais besoins : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Mat. 9. 29).

Encore aujourd’hui des âmes sont sauvées, et elles sont nourries de toute parole sortant de la bouche de Dieu (Deut. 8. 3). Quelle plénitude du côté de Dieu ! Puissiez-vous éprouver que la bonté de Dieu est insondable, même si notre capacité est très limitée !

La grâce de Dieu nous apprend que la dette contractée envers Dieu par nos péchés a été payée. Apportant le salut, la grâce est apparue à tous les hommes. Elle nous enseigne, par le Saint Esprit, à vivre sobrement, et justement, et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ (Tite 2. 13).

Que l’amour du Christ étreigne notre cœur afin que nous vivions pour Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité !

La Sunamite et son fils (2 Rois 4. 8 à 37).

Contrairement au récit du mois dernier, concernant une pauvre veuve vivant avec ses deux fils dans la pénurie la plus complète, nous pénétrons cette fois-ci avec le prophète Élisée chez une femme riche de Sunem, ville appartenant à la tribu d’Issacar. Dans les deux foyers, c’est la présence du prophète qui a été source de bénédiction.

Vous n’ignorez pas que la possession des richesses, si notre cœur s’y attache – et le risque est grand – est un obstacle à l’œuvre de Dieu.

A propos du jeune homme qui avait de grands biens, le Seigneur Jésus déclare : « combien il est difficile à ceux qui se confient aux richesses d’entrer dans le royaume de Dieu. Pour les hommes cela est impossible, mais non pas pour Dieu ; car toutes choses sont possibles pour Dieu » (Marc 10. 24 et 27 ; Luc 18. 27). L’Évangile invite tous les hommes, qu’ils soient riches ou qu’ils soient pauvres, à recevoir le don de grâce de Dieu, la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. Et il est ordonné aux riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir (1 Tim. 6. 17).

Quoique riche, la Sunamite avait un cœur dénué de tout égoïsme et disposé au dévouement et à l’hospitalité, beau caractère d’une foi active. Elle retint Élisée pour manger le pain, puis il devint fréquemment l’hôte de ce foyer. L’homme de Dieu est reçu en toute simplicité dans un milieu où il est à l’aise. Il est reconnu comme « un saint homme de Dieu ».

La femme de Sunem possédait un trésor plus précieux que toutes ses richesses : elle avait le sobre bon sens de la foi, la crainte de Dieu et elle aimait Ses serviteurs. Cela ne rappelle-t-il pas l’accueil que réservait Marthe au Seigneur lorsqu’elle le recevait dans sa maison ? « Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense d’un prophète » (Mat. 10. 41).

Quelle place Jésus tient-il dans notre cœur, dans notre foyer ? Serait-il libre d’entrer dans notre chambre, comme un ami intime, avec toute la spontanéité exprimée quand il s’invite chez Zachée ? (Luc 19. 5 et 6).

Pouvons-nous Lui confier tous nos désirs, nos besoins, nos peines, nos joies ? N’est-il pas écrit : « Fais tes délices de l’Éternel et il te donnera les demandes de ton cœur » ? (Ps. 37. 4).

Comment la Sunamite a-t-elle pu découvrir les vrais caractères moraux du serviteur de Dieu en Élisée ? N’était-ce pas au cours de ses conversations en prenant ses repas, et à travers toute sa conduite ? Non seulement il était le porteur de la Parole de Dieu dont il était nourri, mais il se tenait séparé, pour Dieu, du mal et du monde.

Outre le don de prophète, Dieu l’avait revêtu d’une autorité morale.

N’oublions pas que « même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite » (Prov. 20. 11). Veillons sur nos pensées, nos paroles et nos actes, et qu’ainsi nous puissions orner « en toutes choses l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur » (Tite 2. 10). Le caractère d’Élisée était en accord avec ce que Paul déclare de l’homme de Dieu, poursuivant « la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit » (1 Tim. 6. 11).

Appréciant le privilège de recevoir un témoin de Dieu dans son foyer, la Sunamite consulte son mari pour lui préparer un domicile dans sa maison. En toute simplicité elle lui dit : « Faisons, je te prie, une petite chambre haute en maçonnerie, et mettons-y pour lui un lit, et une table, et un siège, et un chandelier ; et il arrivera que, quand il viendra chez nous, il se retirera là » (v. 10).

Elle aurait pu aménager plus confortablement ce local, mais l’intelligence du cœur lui dicte ce qui convient au serviteur de Dieu, un lieu à l’écart pour s’y reposer, y méditer et prier.

Le cœur d’Élisée est sensible à une telle œuvre de foi, un tel travail d’amour, car l’amour est plein de délicatesse et il n’agit pas avec inconvenance. Il désire récompenser ce dévouement et en même temps les questions du prophète mettront en évidence la foi de cette femme. « Qu’y a-t-il à faire pour toi ? Faut-il parler pour toi au roi, ou au chef de l’armée ? » A-t-elle le secret désir d’accroître ses possessions, voudra-t-elle quelque faveur royale ? Non, la réponse est simple et immédiate : « J’habite au milieu de mon peuple ».

Sa confiance est en son Dieu, elle ne manque de rien. Et pourtant il y avait un secret désir dans ce cœur que les richesses possédées ne pouvaient combler. Il lui manquait un objet pour ses affections et elle n’avait pu encore s’en ouvrir à personne. Le serviteur du prophète discerne ce qui manque à son bonheur. « Elle n’a pas de fils, et son mari est vieux ». C’était une épreuve secrète pour cette pieuse femme vivant au milieu de l’Israël de Dieu.

C’est au creuset de l’épreuve que se trempe la foi, « bien plus précieuse que l’or qui périt et qui toutefois est éprouvée par le feu » (1 Pier. 1. 7). Pour une telle femme, un fils était un don suprême de la part de Dieu. Elle ne s’autorisait pas à exprimer ce besoin, même si son cœur ressentait douloureusement ce vide.

Et pour tout racheté du Seigneur, il ne lui suffit pas d’être béni de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, il lui faut un Objet pour son cœur : l’Homme Christ Jésus.

Puissions-nous nous tenir à Ses pieds comme Marie de Béthanie, parler de Lui comme Anne, être à table comme le disciple bien-aimé dans le sein de Jésus, contempler Sa gloire et Sa beauté pour être transformés à Sa ressemblance.

Comme l’Éternel donne un fils à cette pieuse femme par la parole d’Élisée, le Saint-Esprit nous révèle le Seigneur Jésus dans toutes Ses gloires, à travers les Écritures.

La promesse de Dieu à cette femme se réalise, et elle éprouve la douce joie d’embrasser un fils. Elle peut assister au développement de cet enfant, l’entourer de soins affectueux et lui dispenser l’éducation pieuse d’une digne fille d’Abraham.

Chaque jour, elle devait apprécier avec reconnaissance la valeur d’un tel don, correspondant à la récompense d’un prophète. Mais aussi avec quelle ferveur elle devait le recommander à la protection de son Dieu pour qu’Il le garde et le bénisse. Enfants de parents croyants, n’oubliez pas le dévouement de votre mère et de votre père, qui vous élèvent sous la discipline et les avertissements du Seigneur !

N’est-il pas nécessaire de rappeler aujourd’hui cette exhortation : « Enfants obéissez à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur » ? Aimer, c’est obéir.

La Sunamite et son fils (2 Rois 4. 8 à 37).

Vous vous souvenez sans doute du récit dont nous nous sommes entretenus le mois dernier. Nous avons évoqué comment Dieu a comblé les besoins du cœur de cette pieuse femme de Sunem. Selon la promesse divine, il lui a été accordé d’embrasser un fils bien-aimé. Ne pensez-vous pas qu’elle a dû recevoir ce beau don de Son Dieu avec un cœur reconnaissant et rempli de joie ?

L’enfant grandit dans cette maison qui honorait Dieu et ses serviteurs. « Et il arriva qu’un jour il sortit vers son père, vers les moissonneurs ; et il dit à son père : Ma tête ! ma tête ! Et le père dit au serviteur : Porte-le à sa mère… et il resta sur les genoux de sa mère jusqu’à midi, et mourut ».

Quelle douleur poignante pour le cœur de cette pieuse mère ! Ainsi se réalisait cette parole : « Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe a séché et sa fleur est tombée (1 Pier. 1. 24).

Dans sa sagesse parfaite, Dieu éprouve la foi des Siens, comme Il le fit dans le cas d’Abraham lorsqu’Il lui dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac… et là offre-le en holocauste » (Gen. 22. 2). C’est comme si Dieu déclarait : M’aimes-tu assez pour me donner ton enfant sans te révolter ? Une promesse divine était attachée au don de ces deux fils. Ce Dieu qui a donné est Celui qui en quelques heures rappelle à Lui cet enfant, et toutes les espérances de la Sunamite sont anéanties.

L’homme est totalement impuissant devant la mort, « le roi des terreurs ». « Les gages du péché, c’est la mort » (Rom. 6. 23). Tout jeune enfant est un pécheur perdu. S’il n’a pas encore la connaissance du bien et du mal, il ne peut être sauvé qu’en vertu du sacrifice parfait du Seigneur Jésus. Pour un tel enfant, il est écrit : « Car le fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu » (Mat. 18. 11).

Par contre, pour tout enfant qui a la connaissance du bien et du mal par le moyen de sa conscience, comme pour tout adulte, seul celui qui croit au Seigneur Jésus sera sauvé. « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Act. 17. 30).

Un vrai travail de cœur et de conscience est nécessaire, car l’homme est coupable devant Dieu. Et l’Écriture précise dans ce cas que « le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19. 10). Cher jeune lecteur, as-tu accepté dans ton cœur le Seigneur Jésus comme ton Sauveur ?

Quelle va être l’attitude de cette femme de foi ? Elle couche l’enfant sur le lit de l’homme de Dieu, ferme la porte sur lui, et sort. Elle n’a qu’un désir : « courir vers l’homme de Dieu », car au temps de la détresse, ce Dieu qu’elle craint est son seul recours. Devant la surprise de son mari, elle n’a qu’une réponse, celle de la foi : « Tout va bien ». Et pourtant la souffrance étreint son cœur, mais sa confiance en Dieu reste inébranlable.

Puissiez-vous saisir que l’épreuve manifeste le vrai niveau de notre foi. Job fait écho à cette parole de la Sunamite lorsque, par quatre coups successifs, ses biens et ses dix enfants lui sont ravis : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (1. 21 et 22). Job n’attribua rien à Dieu qui soit inconvenable.

Les épreuves répétées manifestent que l’âme s’appuie toujours sur Dieu et Le craint. Est-ce que de telles attitudes ne nous humilient pas, quand nous murmurons ou sommes impatients dès que la moindre difficulté se présente ?

Cher enfant, puisses-tu retenir dans ton cœur ce que signifie, dans le langage d’une foi très pure, cette expression : « Tout va bien ! » qui rappelle cette parole de Jésus, l’Homme parfait dans Sa soumission à Dieu, alors qu’Il était en prière, à genoux, à Gethsémané : « Que ta volonté soit faite » (Mat. 26. 42).

S’il n’y avait rien à espérer du côté de l’homme, la foi découvre le chemin qui, passant par la vallée de l’ombre de la mort, conduit au Carmel, la montagne où se tient devant Dieu un homme de prière.

Pour nous aussi il y a un puissant Intercesseur, dans le ciel, à la droite de Dieu, Jésus, le Fils de Dieu. Il est toujours vivant pour intercéder pour nous (Héb. 7. 25 et 26). Dans toutes nos détresses, nos peines, nos combats, sachons nous confier entièrement en Celui qui est puissant pour délivrer et consoler ! « L’Éternel te gardera de tout mal, il gardera ton âme » (Ps. 121. 7).

« Je courrai jusqu’à l’homme de Dieu… ne m’arrête pas dans la course » (2 Rois 4. 22 à 24). Elle n’a qu’un but : « Elle vint vers l’homme de Dieu sur la montagne, et elle le saisit par les pieds » (v. 27). Lui seul peut comprendre l’amertume de son âme et lui témoigner quelque vraie sympathie.

Nous aussi, dans toutes nos épreuves, ne sommes-nous pas invités à nous approcher « avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun » ? (Héb. 4. 16).

Jusqu’au bout nous pouvons admirer la fermeté de la foi et de l’espérance de cette mère. Dieu lui avait donné son enfant, l’avait repris par la mort et pouvait le lui rendre par la résurrection (Héb. 11. 35). Elle était entrée dans une classe supérieure de l’école de Dieu où elle pourrait contempler Sa gloire en résurrection. Jésus dit à Marthe, alors que son frère Lazare était mort : « Moi, je suis la résurrection et la vie… si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jean 11. 25 et 40).

La foi intelligente de la Sunamite n’accepte pas l’intermédiaire de Guéhazi, mais il lui faut rester en relation continue avec celui qui est la source de toute bénédiction, le prophète de l’Éternel. Ses paroles confirment ce besoin : « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point ! ».

Élisée n’avait-il pas prononcé à trois reprises ces mêmes paroles à Élie au moment où ce prophète allait être enlevé par l’Éternel ? (2 Rois 2. 2, 4 et 6). Alors Élisée se leva et s’en alla après elle. Dieu ne peut déployer sa puissance à travers Ses serviteurs que s’ils vivent dans une communion personnelle avec Lui, dans la prière et le jeûne, c’est-à-dire dans la dépendance de Lui et la séparation du mal (Marc 9. 29).

Après être entré dans la chambre où l’enfant mort était couché sur son lit, et ayant fermé la porte sur eux deux, Élisée supplie l’Éternel, s’identifie avec l’enfant dans la mort comme nous le lisons aux versets 32 à 35. Le jeune garçon éternua par sept fois et ouvrit les yeux. Il était passé de la mort à la vie, le plus grand des miracles.

Au tombeau de Lazare, la voix puissante du Fils de Dieu a suffi pour ressusciter celui qui était mort depuis quatre jours. Bientôt, avec un cri de commandement, cette même voix ressuscitera les morts en Christ.

Quelle joie inexprimable remplit désormais le cœur de cette mère lorsque le prophète lui dit : « Prends ton fils ! » Elle se prosterne pour adorer son Dieu qui a répondu à l’attente de sa foi. « Ceux qui se confient en l’Éternel sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle pas, qui demeure à toujours » (Ps. 125. 1).

Élisée et les fils des prophètes (2 Rois 4. 38 à 44).

Ce sont deux scènes de la vie du prophète Élisée en relation avec les fils des prophètes que nous proposons à votre méditation. Dans les deux cas, les fils des prophètes sont nourris, alors que sévissait la famine dans le pays. En présence de l’homme de Dieu, ils jouissent d’une bénédiction collective.

Élisée retourna à Guilgal. C’est ce que faisait autrefois Josué avec tout Israël (ch. 5. 5 et 9 ; 10. 15 et 43).

En ce lieu symbolique, Dieu nous parle de notre ennemi intérieur, la chair. Si la traversée du Jourdain, en Josué 3, correspond au fait que nous sommes morts avec Christ (Col. 3. 3), Guilgal, où les fils d’Israël ont été circoncis, nous rappelle cette expression de Romains 6. 11 : « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché ».

C’est un jugement pratique que nous portons sur nous-mêmes et sur toute manifestation de la chair en nous : l’impureté, la convoitise, les passions, l’idolâtrie, la colère, la malice, les injures, les paroles honteuses, les mensonges, etc. Vous qui avez la foi au Seigneur Jésus, puissiez-vous aussi saisir par la foi le secret d’une merveilleuse délivrance qui fait partie de ce qu’on appelle l’affranchissement en Christ !

Il y avait une famine dans le pays. A travers ce jugement, Dieu voulait parler à son peuple infidèle. Cette disette rappelait à ce peuple sa désobéissance et son idolâtrie (Deut. 11. 16 et 17), et elle annonçait la grande tribulation que traversera Israël avant l’établissement du règne millénaire.

Les fils des prophètes sont assis devant Élisée. Ce résidu d’Israël est béni au lieu même de la repentance et du jugement de soi, et là où l’Esprit de Christ dans le prophète les rassemble pour les nourrir. Quels que soient leurs besoins, et la ruine du peuple qui les entoure, le potage cuit dans la grande marmite procurera une nourriture suffisante.

Puissions-nous éprouver les effets heureux de la présence du Seigneur ! L’homme délivré des démons qui l’habitaient, fut trouvé assis, vêtu et dans son bon sens aux pieds de Jésus, et Marie de Béthanie, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait Sa parole (Luc 8. 35 et 10. 39). Il n’y a pas de disette pour ceux qui occupent une telle place, car les ressources divines sont inépuisables.

Puissiez-vous apprendre toutes vos leçons aux pieds du Seigneur ! Par contre, pour ceux qui s’éloignent de Jésus en se confiant en l’homme, c’est la famine pour leur âme. Auprès d’Élisée, les fils des prophètes ne manqueront de rien, car il leur faut des forces renouvelées. Jeunes gens, vous êtes forts et la parole de Dieu demeure en vous et vous avez vaincu le méchant (1 Jean 2. 14).

Mais il n’y a pas seulement le danger de la famine. Un des fils des prophètes, sortant aux champs pour cueillir des herbes, trouve de la vigne sauvage et y cueille des coloquintes sauvages, plein sa robe ; il rentre et les coupe en morceaux dans la marmite du potage, car on ne les connaissait pas.

Remarquez toute l’activité déployée et avec quelle promptitude ! Il ne montre rien, ne dit rien à Élisée, paraît agir de sa propre initiative et en toute ignorance. A-t-il été séduit par la belle apparence des fruits recueillis ? Trouvait-il, étant animé de bonnes intentions, qu’il fallait ajouter à ce potage des éléments qui en relèveraient le goût ?

Ne pense-t-il pas être ainsi utile à la collectivité, alors que les autres fils de prophètes semblent rester assis paresseusement devant Élisée ? « Et il arriva que, comme ils mangeaient du potage, on cria et dit : Homme de Dieu, la mort est dans la marmite » (v. 40).

Boaz avait pris soin d’avertir Ruth, la jeune Moabite : « Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ? ne va pas glaner dans un autre champ, et ne t’en va pas non plus d’ici, mais tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles » (Ruth 2. 8). Dans le champ de Boaz, cet homme puissant et riche, Ruth serait rassasiée et satisfaite. Vous aussi, qui connaissez le Seigneur Jésus, auprès de Lui votre âme peut être nourrie et fortifiée. Il y a du pain en abondance, car Jésus est le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement (Jean 6. 51).

Prenons garde à tout ce que l’homme ajoute à la Parole de Dieu, à toutes les nouveautés que publient certains écrits religieux dans lesquels un peu de poison est mélangé avec la vérité divine. Ce sont les fausses doctrines et les mauvais enseignements qui éloignent les âmes du chemin de la vie.

Que de risques nous courons dans le champ de notre volonté propre, n’acceptant pas la discipline salutaire que comporte l’école de Dieu. Il y a aussi toutes les choses qui sont dans le monde, tout ce qui peut exciter les convoitises de nos cœurs par de faux attraits.

N’oublions pas que « le péché étant consommé, produit la mort » (Jac. 1. 15) et « Il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement » (Héb. 9. 27). Et vous, jeunes lecteurs encore inconvertis, acceptez le Seigneur Jésus pour votre Sauveur personnel et votre âme vivra !

Dans la présence du prophète, le mal est dénoncé vigoureusement : « la mort est dans la marmite ». La mort menace ces fils des prophètes. Mais l’homme de Dieu indique aussitôt le remède : « apportez de la farine » (v. 41). Par la farine, l’élément mortel a été détruit. Il suffit d’apporter Christ dans Son humanité parfaite pour que le potage soit assaini et qu’il n’y ait rien de mauvais dans la marmite : La mort a trouvé son vainqueur en Christ, notre Rédempteur, l’Agneau de Dieu. Christ seul est la vraie nourriture de nos âmes. N’a-t-il pas dit : « Moi, je suis le pain de vie » ? (Jean 6. 35 et 48).

Dans le deuxième récit, c’est un homme de Baal-Shalisha qui apporte à l’homme de Dieu du pain des premiers fruits ; vingt pains d’orge et du grain en épi dans son sac (2 Rois 4. 42). Un nouveau moyen de subsistance est apporté à l’homme de Dieu. C’était peu de chose pour cent hommes et une nourriture toute simple. Les pains d’orge parlent d’un Christ humilié ; le grain en épi, de Christ comme le pain de vie descendu du ciel ; le pain des premiers fruits, de Christ ressuscité, les prémices, dans la gloire.

Cet homme apporte tout au prophète, sans qu’il soit fait mention de son activité de foi pour préparer une telle provision. Il nous fait penser à ceux dont l’âme se nourrit de Christ dans Sa Parole en secret.

Que votre âme apprécie comme Jérémie cette nourriture spirituelle : « Tes paroles… je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur (Jér. 15. 16).

Cet homme de Baal-Shalisha apporte le contenu de son sac au prophète qui, malgré les doutes incrédules d’un serviteur, insiste en disant : « Donne-le au peuple, et qu’ils mangent » (v. 42 et 43). Il avait peut-être le sentiment d’avoir apporté une faible quantité eu égard aux besoins ; par la parole de l’homme de Dieu, elle est multipliée et tous les fils des prophètes sont rassasiés et ils en ont de reste.

Cette scène nous reporte aux deux multiplications des pains en Matthieu 14 et 15. Des milliers de personnes sont nourries par la puissante parole de Jésus à partir des maigres ressources détenues par les disciples.

Vous qui lisez et méditez la Parole, puissiez-vous éprouver quelle abondante nourriture spirituelle elle communique à vos âmes par la puissante action de l’Esprit ! L’amour de Jésus est aussi grand que Sa puissance pour multiplier Sa bénédiction.

La petite fille captive (2 Rois 5. 1 à 4).

Le récit très court d’aujourd’hui nous entretient d’une petite fille d’Israël dont le nom n’est même pas mentionné, mais son attitude et son message, chargé de foi, d’espérance et d’amour nous sont conservés dans le Saint Livre pour notre instruction aujourd’hui.

Dieu veuille inscrire cet enseignement en chacun de nos cœurs par Son Esprit ! Dieu peut utiliser de faibles instruments, insignifiants aux yeux des hommes, pour accomplir de grandes choses, dans la mesure où le cœur réellement attaché au Seigneur est dépourvu d’égoïsme et d’orgueil. Rappelez-vous que « Dieu a choisi les choses faibles du monde… celles qui sont méprisées… en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 27 à 29).

« Les Syriens étaient sortis par bandes, et avaient amené captive du pays d’Israël une petite fille » (v. 2). Vous pouvez supposer dans quelles conditions cette chère enfant a été arrachée à l’affection des siens, emmenée de la terre de son Dieu et transportée chez des étrangers. Quel changement brutal entraînant angoisse, larmes et souffrances ! De telles situations ne peuvent-elles pas se reproduire aujourd’hui à cause de la dureté du cœur de l’homme ? Certainement, et ne pouvons-nous pas rendre grâces à Dieu qui, dans sa bonté, nous a préservés d’un tel sort ?

A cette douleur d’une complète séparation s’ajoutait pour cette jeune fille celle d’être esclave en servant la femme d’un chef de l’armée du roi de Syrie, pays ennemi de son peuple.

Elle se trouve dans un milieu idolâtre, une nation dont elle ne connaît ni la langue, ni les habitudes. N’était-ce pas une situation insupportable ? Pourquoi une telle épreuve pour une enfant toute jeune encore ? Pouvait-elle éprouver autre chose que de l’amertume et du chagrin dans son cœur ?

Eh bien ! c’est dans de telles circonstances qu’elle communique spontanément une bonne nouvelle. Car, au lieu d’être occupée de sa propre peine, son cœur plein d’amour est sensible à l’affliction des autres. La sainte Loi de Dieu ne déclarait-elle pas : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? (Lév. 19. 18) et le Seigneur ajoute : « Aimez vos ennemis » (Mat. 5. 44).

Le maître de cette petite fille est le grand général Naaman, qui jouissait de toute la faveur du roi, son seigneur. Il semble que rien ne lui manque et que cet homme est comblé d’honneurs par ses succès militaires. Et pourtant un mal incurable le ronge et il le sait. Cette maladie redoutable est connue dans son entourage. Le diagnostic est sûr. Cet homme est perdu, les médecins sont impuissants : il est lépreux.

Quelle image saisissante du péché dans son caractère de souillure ! La petite captive du pays d’Israël, qui sert la femme de Naaman, n’a-t-elle pas remarqué la douleur qui étreint le cœur de sa maîtresse ? A-t-elle surpris celle-ci en larmes ? Ne soyons pas indifférents en présence de ceux qui versent des larmes dans ce monde.

N’avons-nous pas un message d’amour à leur communiquer ? C’est le moment de parler pour cette enfant d’Israël. Elle ne peut plus garder son secret et, en toute simplicité, avec la hardiesse de la foi, elle affirme : « Oh, si mon seigneur était devant le prophète qui est à Samarie ! alors il le délivrerait de sa lèpre » (v. 3).

Au lieu de se plaindre de son triste sort, cette petite fille s’intéresse au bien de son maître.

Ne sommes-nous pas tous enclins à l’égoïsme, à la recherche de nos propres intérêts, de nos satisfactions personnelles ? « Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain, en vue du bien… Car aussi le Christ n’a point cherché à plaire à lui-même » (Rom. 15. 2 et 3). Voilà le parfait modèle !

Qu’ai-je fait aujourd’hui pour le bien de ceux que je côtoie ? Quelle parole de grâce ai-je pu prononcer ?

Savez-vous qu’un regard affectueux peut faire du bien ? Même une coupe d’eau froide donnée au nom du Seigneur à Ses disciples ne perdra point sa récompense (Marc 9. 41). Se renoncer soi-même pour s’intéresser aux autres, voir ce qui peut leur faire plaisir, penser à leur âme, céder sa place, n’est-ce pas contraire aux dispositions de notre cœur naturel ? Le moi n’est-il pas trop souvent au centre de nos vies, de nos préoccupations ? Dieu seul agissant dans nos cœurs par son Esprit, puissance de la vie divine, nous en délivre et quelle merveilleuse délivrance ! « Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Gal. 2. 20). C’est là un secret pour une vie heureuse.

Que le Seigneur nous donne la victoire sur l’égoïsme, ce tyran qui peut ruiner toute ma vie, la rendre stérile et la remplir de tristesse et d’amertume ! Savez-vous que de multiples services peuvent être accomplis par amour pour le Seigneur, dans le foyer, dans votre environnement quotidien ? Que d’occasions à saisir, tout à fait à votre portée, pour peu que vos yeux s’appliquent à les voir ! (Éph. 2. 10).

La petite fille du pays d’Israël n’éprouve pas seulement de la sympathie pour tous ceux qui souffrent dans ce foyer où elle sert, mais elle sait indiquer le remède efficace. Car elle a la certitude de la foi que, si Naaman se tenait devant le prophète, alors il le délivrerait de sa lèpre.

Malgré son exil, alors qu’elle était entourée de païens, sa foi d’enfant ne vacille pas, elle rend témoignage sans hésiter, en toute confiance. Ce n’est pas un long discours. Son message est simple, clair et précis, car elle connaît le prophète d’Israël. N’est-il pas en relation avec l’Éternel ?

Dieu bénit ces paroles de grâce de la petite servante. Malgré ses réticences orgueilleuses, Naaman est guéri. Il connaît le vrai Dieu et pourra à son tour être un canal de bénédictions pour d’autres. Si la petite fille disparaît de la scène, son témoignage a des conséquences pour la vie éternelle. Dieu en manifestera un jour les fruits.

Vous qui appartenez au Seigneur Jésus, vos cœurs sont-ils assez pénétrés par son amour pour que, spontanément, vous puissiez dire à une âme en détresse ou dans la souffrance : venez à Jésus, repentez-vous et croyez à l’évangile. Jésus est mort pour vous et Son sang purifie de tout péché. Jésus vous aime. « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités » (Ps. 103. 3).

Un seul verset de l’Écriture cité avec foi peut toucher une âme à salut. Que votre cœur en retienne quelques-uns pour les citer au moment opportun ! « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3. 36).

N’oublions pas la petite fille captive du pays d’Israël !

Les yeux ouverts (2 Rois 6. 8 à 23).

Le récit proposé à notre lecture commence par évoquer que le roi de Syrie faisait la guerre contre Israël. L’apôtre Jacques (4. 1 à 3) souligne que les guerres sont les conséquences du péché de l’homme. Elles étaient pour Dieu l’occasion de châtier Son peuple Israël à cause de ses infidélités, de son idolâtrie. Mais la présence du prophète Élisée agissant en grâce et en puissance au milieu de ce peuple démontrait encore toute la bonté et toute la patience de Dieu.

Le roi de Syrie établissait son camp en différents lieux en essayant d’y surprendre Joram et ses troupes. Mais Élisée avertissait le roi d’Israël de la présence de ses ennemis, là où ils campaient. Si le cœur de Joram ne paraissait pas sensible à de telles informations pour se tourner vers Dieu, la preuve était donnée qu’il y avait en Israël un prophète de l’Éternel.

Le cœur du roi de Syrie fut agité, car ses desseins sont dévoilés. Il ignore complètement que Dieu est à l’œuvre dans cette affaire. Il suppose plutôt que l’un de ses serviteurs le trahit. Dans sa perplexité, il les interroge en leur disant : « Ne me déclarerez-vous pas qui d’entre nous est pour le roi d’Israël ? Et l’un de ses serviteurs lui dit : personne, ô roi, mon seigneur ! Mais Élisée, le prophète qui est en Israël, déclare au roi d’Israël les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher » (2 Rois 6. 11 et 12).

Ainsi, le Dieu d’Israël qui pouvait guérir les lépreux, protégeait Son peuple. Les hommes orgueilleux ne réalisent pas que Dieu est au fait de toutes leurs voies, qu’Il discerne de loin leurs pensées et connaît leur cœur (Ps. 139. 3, 2, 23).

Alors le roi de Syrie n’a qu’un but, se saisir du témoin de Dieu qui le gêne et fait échouer ses tactiques. Sachant qu’Élisée se trouvait à Dothan, il y envoie des chevaux et des chars et de grandes forces pour s’emparer d’un seul homme. De nuit, ils encerclent la ville où demeurait l’homme de Dieu. Quelle folie de penser qu’une armée d’hommes, aussi bien équipée soit-elle, puisse s’opposer à Dieu, appelé souvent dans l’histoire d’Israël, l’Éternel des armées !

Élisée avait déjà vu, lors de l’enlèvement d’Élie, un char de feu et des chevaux de feu, le char d’Israël et sa cavalerie (2. 11 et 12). Il y a donc une autre armée, céleste et invisible, au regard des hommes. Ce sont des anges puissants en force que Dieu a placés maintenant comme un rempart de feu autour de son serviteur. « Les chars de Dieu sont par vingt mille, par milliers redoublés ; le Seigneur est au milieu d’eux » (Ps. 68. 17).

Savez-vous qu’un seul ange, en une nuit, peut détruire cent quatre-vingt-cinq mille hommes armés ? (És. 37. 36).

Et au commandement de Dieu, les anges sont toujours prompts à servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut (Héb. 1. 14). C’est alors que l’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre (Ps. 34. 7). Les anges peuvent donc être, selon le cas, sous l’autorité du Seigneur, soit des messagers de miséricorde, soit des exécuteurs de jugements.

Ils sont présents lorsque la loi est promulguée, lors de la naissance du Seigneur Jésus, et nous les retrouvons à son tombeau vide. Dans la scène que nous considérons, ils protègent le prophète et son jeune homme.

Nous pouvons admirer le calme parfait d’Élisée qui a mis toute sa confiance en Dieu. Nous ne le voyons pas prier pour lui-même. N’aurions-nous pas été effrayés dans de telles circonstances ? Le jeune homme qui servait Élisée est ébranlé et déclare : « Hélas ! mon seigneur, comment ferons-nous ? » (v. 15). Il a vu de bon matin l’armée puissante des Syriens entourant la ville. Il n’a pas le même degré de foi que son maître – ou que David lorsqu’il affirme : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je peur ? L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ?… Quand une armée camperait contre moi, mon cœur ne craindrait pas » (Ps. 27. 1 et 3).

Témoin de la détresse de ce jeune serviteur, Élisée lui dit : « Ne crains pas ; car ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux » (v. 16). Parole de grâce qui chasse l’angoisse et l’agitation de nos faibles cœurs si vite troublés !

Cher enfant, es-tu placé devant un obstacle qui paraît une montagne, une tentation subtile de l’ennemi, l’hostilité de ce monde moqueur, une souffrance subite, un deuil cruel ? Il y aura toujours pour toi cette parole apaisante si souvent citée dans l’Écriture : Ne crains pas. Pour tous ceux en qui le Saint Esprit habite, il est écrit : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jean 4. 4).

Par la foi Élisée connaît la puissante protection de l’Éternel des armées, alors que son jeune serviteur ne voit que les armées ennemies environnant la ville. C’est pourquoi l’intercession d’Élisée est nécessaire : « Éternel, je te prie, ouvre ses yeux afin qu’il voie » (v. 17). Il ne voyait que les choses de la terre et Dieu devait lui ouvrir les yeux sur la scène céleste, une montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée. Quelle vision glorieuse ! Des anges comme des flammes de feu gardant l’homme de Dieu contre ses ennemis.

« Ne sommes-nous pas « gardés par la puissance de Dieu et par la foi ? » (1 Pier. 1. 5). Et « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31). Élisée pria de nouveau en demandant à Dieu de frapper les Syriens de cécité (v. 18). Dieu lui répond, et il les conduisit à Samarie où il pria pour la troisième fois : « Éternel, ouvre les yeux à ces hommes, afin qu’ils voient » (v. 20). Et ils s’aperçoivent qu’ils étaient au milieu de Samarie. Le roi d’Israël est invité à les nourrir avant de les renvoyer dans leur pays. Quelle puissante leçon de la grâce ! Aucune bataille n’aurait pu obtenir de tels résultats puisque les Syriens ne revinrent plus en Israël.

Jésus n’a-t-il pas ouvert nos yeux sur notre misère pour nous sauver, nous donner la vie, nourrir nos âmes et nous mettre en liberté ?

Job pouvait demander à Dieu : « Ce que je ne vois pas, montre-le-moi » (34. 32). N’avons-nous pas besoin que Dieu nous ouvre les yeux pour voir Celui qui est pour nous à la droite de Dieu ? (2 Cor. 3. 18). Le psalmiste pouvait dire : « J’élève mes yeux vers toi qui habites dans les cieux » (Ps. 123. 1). C’est aussi le déploiement de toute la puissance divine, à la disposition de la foi, que nous pouvons contempler.

Puissions-nous voir toutes choses comme Dieu les voit ! Et que la requête de cet homme pieux soit aussi la nôtre : « Ouvre mes yeux, et je verrai les merveilles qui sont dans ta loi » (Ps. 119. 18).

Joas (2 Rois 11. 1 à 12 ; 2 Chron. 22. 10 à 12).

C’est d’un tout jeune garçon que nous désirons nous entretenir aujourd’hui. Cet enfant, dénommé Joas, quoique fils de roi, n’était pas exempt de malheur. Son père Achazia, roi de Juda, avait été tué sous le jugement solennel de Dieu, et sa grand-mère Athalie, voyant que son fils était mort, se leva et fit périr toute la semence royale pour usurper le trône. Seul Joas échappa à ce massacre, grâce à la foi énergique et au prompt dévouement de sa tante, qui déroba cet enfant et le cacha, lui et sa nourrice, dans la chambre à coucher. Il fut caché six ans auprès d’elle, dans la maison de l’Éternel, là où elle habitait avec son mari, le sacrificateur Jéhoïada.

Joas fut ainsi épargné de la cruauté d’Athalie, femme orgueilleuse et ambitieuse, sans scrupules et sans affections naturelles. Athalie régnait sur le pays. Instrument de Satan, elle commit tous les crimes : meurtre, idolâtrie, usurpation du trône.

Tout comme Moïse a été tiré des eaux du Nil par la fille du Pharaon, de même Joas a été sauvé de la mort par sa tante Jehoshéba, fille du roi de Juda, Joram.

Tous les efforts de Satan pour anéantir la sentence divine prononcée en Genèse 3. 15 ne peuvent aboutir. La semence de la femme doit briser la tête du serpent. Satan, le meurtrier dès le commencement et le père du mensonge, règne par la mort. Malgré tous les calculs pervers de l’ennemi, le conseil de Dieu s’accomplira à travers ce faible enfant, « fils de David ».

Il en est de même à Bethléhem lorsque Hérode, l’usurpateur, ordonne le massacre de tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans (Mat. 2. 13 à 18). Mais le véritable Roi des Juifs, Jésus, petit enfant, a été épargné. Certes Il est resté caché dans la crèche de Bethléhem, puis à Nazareth, ville méprisée de la Galilée car Il avait pris la forme d’esclave pour s’offrir en sacrifice expiatoire sur la croix. Et maintenant, ressuscité par la puissance de Dieu, Il est toujours caché au monde, ayant été élevé dans le ciel où la foi Le contemple.

Dieu a tout préparé pour la délivrance du « fils de David ». Jehoshéba est l’instrument de Dieu pour arracher cet enfant à ceux qui ont décrété de le faire périr.

Elle le prend comme Dieu nous prit du milieu des pécheurs. C’est la pure grâce de Dieu, la grâce souveraine. A côté de la source du mal, la source du bien, le remède. C’est à la croix que tout le mal est surmonté par le bien. « Là où le péché abondait, la grâce a surabondé » (Rom. 5. 20). Le moyen d’ôter le péché, l’Agneau de Dieu, sans défaut et sans tache, était préconnu dès avant la fondation du monde (1 Pier. 1. 19 et 20).

De même, le croyant caché par Dieu est en sécurité. Celui qui est humble n’est plus une cible pour l’ennemi, tandis que celui qui s’élève est à découvert et risque d’être la victime des dards enflammés du méchant. Dieu cache les Siens dans le secret et les nourrit, tout comme Joas a été caché avec sa nourrice dans la chambre à coucher, lieu du repos, de l’intimité, de la communion avec Dieu.

Dieu nous sauve et entretient la vie en Christ qu’Il nous a communiquée à la nouvelle naissance. « Car au mauvais jour, il me mettra à couvert dans sa loge, il me tiendra caché dans le secret de sa tente » (Ps. 27. 5). « Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col. 3. 3) et nous sommes nourris de l’amour de Christ, des choses d’en-haut. « Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui à salut » (1 Pier. 2. 2 et 3).

Joas fut caché six ans auprès d’elle, dans la maison de l’Éternel. « Près de moi tu seras bien gardé », dit David à Abiathar (1 Sam. 22. 23). Jehoshéba ne confie à personne cet enfant dont elle prend soin. Joas occupe une place privilégiée, dans le sanctuaire, aimé, nourri et hors d’atteinte du cruel adversaire.

Telle était la part du jeune Samuel, qui a entendu la voix de l’Éternel dans Son temple. Puissiez-vous, réaliser ce que signifie le fait de vivre par la foi, dans le sanctuaire !

Lorsque Jésus fut élevé dans le ciel, Ses disciples étaient continuellement dans le temple, louant et bénissant Dieu (Luc 24. 53). Dans la présence de Dieu, en communion avec Lui, nous jouissons des trésors inestimables que sont les richesses insondables du Christ, et nous nous adonnons à la prière, parlant avec Dieu comme un homme parle avec son ami.

Joas fut donc élevé en secret dans le temple jusqu’à sa septième année. Dieu veillait sur cet enfant qui pouvait trahir sa présence dans ce lieu de bien des manières. Mais outre la sagesse et le dévouement du sacrificateur et de son épouse, la foi comptant sur Dieu seul était en constant exercice. C’est au péril de leur vie qu’ils avaient caché cet enfant, sachant que les promesses de Dieu ne pouvaient que s’accomplir : une lampe serait donnée pour les fils de David, à toujours, à Jérusalem (1 Rois 11. 36 ; 15. 4 ; 2 Rois 8. 19). Joas était placé sous l’influence du pieux sacrificateur Jéhoïada et de sa compagne dévouée. Ne pouvait-il pas profiter de leur éducation, de leurs enseignements, de leurs conseils et de leur exemple ?

Et vous n’avez-vous pas des privilèges aussi excellents que Joas ? Vous êtes élevés dans la maison de Dieu, avec des parents croyants pour la plupart d’entre vous, qui lisent la parole de Dieu et prient avec vous. Vous assistez aux réunions d’assemblée, vous entendez fréquemment l’évangile. Vous fréquentez des enfants de Dieu et pouvez approcher des chrétiens âgés, expérimentés, ayant de l’intérêt pour votre âme. Comme vous êtes sollicités par l’amour du Seigneur Jésus ! L’un ou l’autre de nos jeunes lecteurs résisterait-il à Son appel pressant ?

Que cette parole de Jésus ait un écho dans votre cœur et votre conscience : « A quiconque il aura été beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé » (Luc 12. 48). Oui, les privilèges dont Dieu nous a comblés depuis notre tendre enfance sont grands ! Quelle sera notre réponse à tant de grâces ?

Le Seigneur Jésus est-il avec moi pour traverser les eaux agitées de ce monde et aller à l’autre rive ? Jésus est-il mon Sauveur ? Quelle place occupe-t-Il dans mon cœur, mes pensées et ma vie ? La foi de mes parents et de mes amis ne peut suffire. J’ai besoin d’une foi personnelle au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. La possèdes-tu, cher jeune lecteur ?

D’après La Bonne Nouvelle 1982

SONDEZ LES ÉCRITURES (5)

Samuel

Poursuivons le récit biblique de l’enfance de Samuel.

L’Éternel s’est souvenu d’Anne, de ses prières ferventes, de ses larmes abondantes. Il lui a accordé ce fils tant désiré. « Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, en qui il n’y a pas de variation ou d’ombre de changement » (Jac. 1. 17).

Cet enfant est maintenant l’objet des soins attentifs de sa pieuse mère qui reste à la maison pour l’élever jusqu’à son sevrage.

Anne peut désormais jouir avec reconnaissance du beau don de l’Éternel. Cet enfant ne lui rappelle-t-il pas chaque jour quelles sont les merveilleuses réponses du Dieu de grâce ? Que rendra-t-elle à Dieu pour un tel bienfait ? N’a-t-elle pas fait un vœu au temps de sa détresse et l’oublierait-elle maintenant qu’elle est comblée de joie ? Non, sa décision a été prise dans son cœur pour la gloire de Dieu et en vue du bien de son peuple qu’elle aime comme une vraie mère en Israël. Cet enfant doit paraître devant l’Éternel à Silo et habiter là pour toujours (1 Sam. 1. 22).

Dès que Samuel est sevré, c’est le moment de l’amener à la maison de l’Éternel avec des sacrifices. Il n’est possible de s’approcher de Dieu qu’en vertu d’un sacrifice sanglant.

Samuel est consacré à l’Éternel comme un vrai nazaréen, un fils de Lévi (Nomb. 8. 8 et 12). Les droits de Dieu sur cet enfant, fils unique et bien-aimé de sa mère, ont la priorité sur les affections légitimes de la nature humaine. « Pour tous les jours de sa vie, il est prêté à l’Éternel » (1 Sam. 7. 28).

« L’enfant se prosterna là devant l’Éternel », et cependant la Parole précise que l’enfant était très jeune. Dès sa plus tendre enfance, Samuel est un adorateur.

Le Seigneur, acclamé par des enfants dans le temple a cité ces belles paroles du Psaume 8 : « Par la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent, tu as établi ta louange » (Mat. 21. 16).

Rappelez-vous les paroles de ce cantique : « À Jésus, on ne peut être ni trop tôt, ni trop longtemps ». Vous aussi chantez les louanges du Seigneur Jésus. N’est-Il pas venu dans ce monde pour glorifier Dieu dans Sa vie et dans Sa mort ? Ne sommes-nous pas de ceux qu’Il a rachetés par Son sang précieux ? Chacun de nos lecteurs peut-il déclarer devant Dieu : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2. 20) ?

Au chapitre 2 du premier livre de Samuel, Anne prie de nouveau. Quelles que soient ses circonstances, Anne ne cesse de s’adresser à l’Éternel. Dans l’amertume de son âme ou dans la joie de son cœur, elle s’adonne à la prière. Quel exemple pour nous !

Lorsque tout paraît aller au gré de nos désirs, n’avons-nous pas tendance à nous relâcher dans l’intercession et les actions de grâces ? Anne exprime ici un cantique célébrant la délivrance que l’Éternel a opérée pour elle.

Maintenant sa détresse a pris fin, car un enfant lui a été donné. Son cœur reconnaissant loue Dieu pour ce qu’Il est, et pour ce qu’Il a fait.

Connaissons-nous Dieu comme Celui qui répond à nos prières et sommes-nous assez reconnaissants pour Ses réponses d’amour ? Celui qui compte les cheveux de notre tête, qui compte nos allées et venues (Ps. 56. 8) entre dans les plus petits détails de notre vie. Rien de ce qui nous concerne ne lui est indifférent. Sachons donc tout Lui confier avec foi : nos peines, nos craintes, nos soucis, nos travaux, nos désirs, nos joies, sans omettre de Lui confesser nos fautes.

N’est-il pas écrit : « Tu garderas dans une paix parfaite l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi » (És. 26. 3) ? En nous adressant à Dieu, ayons conscience de Sa grandeur, de Sa majesté tout en reconnaissant, en toute humilité, comme Abraham, que nous sommes « poussière et cendre » (Gen. 18. 27).

Comme le cœur d’Anne est rendu sensible, pour présenter à Dieu les nombreux motifs de sa louange ! Vous remarquerez qu’Anne s’égaie d’abord en l’Éternel comme nous-mêmes sommes invités à nous réjouir dans le Seigneur (Phil. 3. 1 et 4. 4).

Elle se réjouit aussi dans le salut de l’Éternel qui a exalté Sa puissance. Nous sommes aussi délivrés de l’ennemi de nos âmes, notre puissant adversaire, aussi bien que du jugement de Dieu, en vertu du sacrifice et de la mort du Seigneur.

Célébrons cette victoire chaque dimanche ! Puis la sainteté de Dieu est un des thèmes de la louange d’Anne (v 2). Dieu est séparé du mal sous toutes ses formes.

Ensuite elle célèbre la connaissance de Dieu qui pèse les actions des hommes (v. 3), Sa puissance (v. 6), Sa justice (v. 10).

Elle exalte aussi cette grâce insondable dont elle est l’objet (v. 8). De pauvres misérables pécheurs, sauvés par grâce, tirés de la poussière de la mort, sont unis à Jésus dans Sa gloire et régneront avec Lui.

Enfin les dernières notes de ce cantique sont à l’adresse de ce Roi tout-puissant qui est l’Oint de l’Éternel, le Seigneur Jésus Lui-même. Dieu prend en main la cause de Son peuple en donnant toute force et toute autorité à Son Oint. Vous pouvez comparer ce cantique avec les paroles de Marie en Luc 1. 46 à 55.

Anne et Elkana reviennent à Rama alors que Samuel, jeune garçon, sert l’Éternel en la présence d’Éli, le sacrificateur. Un tout jeune enfant peut donc déjà servir comme le faisait Samuel.

Faites le seul choix de la foi : vivre ici-bas pour servir le Seigneur. Toute autre occupation est vanité, car tout dans ce monde est gâté par le ver rongeur du péché, y compris les choses les plus belles.

Combien d’hommes ont fait des expériences amères et décevantes en pensant que le bonheur se trouvait dans les richesses, les honneurs, les plaisirs, les sciences, la technique. Non, tout est vanité et poursuite du vent.

Combien il importe, au commencement de votre vie, de connaître le vrai but que vous poursuivez ! Vivre pour le Seigneur ici-bas, c’est vivre pour Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité (2 Cor. 5. 15).

L’apôtre résume sa vie en une expression lapidaire que chacun de nous peut demander au Seigneur de graver dans son cœur : « Pour moi, vivre c’est Christ » (Phil. 1. 21). « Si Jésus remplit un cœur, il déborde de bonheur », et le monde n’a plus d’attrait pour lui.

Notez les différents passages où nous voyons Samuel servir ou se tenir devant l’Éternel (1 Sam. 1. 28 ; 2. 11, 18, 21 et 26 ; 3. 1).

Le secret d’une vie heureuse n’est-il pas de servir humblement Celui qui a donné Sa vie pour le rachat de nos âmes ?

Que pouvait donc faire cet enfant dans la maison de l’Éternel à Silo ? Des tâches en apparence bien insignifiantes comme celle d’ouvrir les portes de cette maison dès le matin (ch. 3. 15). Mais son activité était à la portée d’un enfant soumis qui servait l’Éternel devant Éli, le sacrificateur.

Fidèle dès son enfance dans les petites choses, il est ainsi préparé pour le service plus important que le Seigneur lui confiera plus tard lorsqu’il sera prophète de l’Éternel en Israël.

Enfants qui êtes « nés de nouveau », puissiez-vous vous exercer à servir le Seigneur dans les plus petits détails de la vie quotidienne ! « Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur… servant… en simplicité de cœur, craignant le Seigneur » (Col. 3. 23, 22).

Samuel

A l’aide de quelques expressions du chapitre 2 du premier livre de Samuel, nous souhaitons évoquer comment s’est effectuée la croissance du jeune garçon Samuel qui servait l’Éternel à Silo en la présence d’Éli, le sacrificateur.

Le développement harmonieux de cet enfant, à la piété précoce, trouve son explication dans l’expression du Psaume 92 : « Ceux qui sont plantés dans la maison de l’Éternel fleuriront dans les parvis de notre Dieu. Ils porteront des fruits encore dans la blanche vieillesse, ils seront pleins de sève, et verdoyants » (v. 13 et 14).

Et pourtant, les jours où vivait le jeune Samuel étaient bien sombres moralement. Car les fils d’Éli, le sacrificateur, qui exerçaient leurs fonctions à Silo, étaient des hommes impies qui ne connaissaient pas l’Éternel. Ils péchaient contre Dieu en portant une main profane sur ce qui Lui appartenait (v. 15 et 16), et contre le peuple en méprisant les droits de ceux qui venaient adorer (v. 13 et 14). Le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel (v. 17).

Éli réprouvait les méchantes actions de ses fils, cependant il manquait de vertu pour se séparer du mal (v. 22 à 25), et ainsi il en restait solidaire. Comme père, il aurait dû retenir ses fils iniques. Comme sacrificateur, il était responsable de maintenir la maison de l’Éternel exempte de souillure. Comme juge d’Israël, il aurait dû délivrer le peuple de l’oppression de ses fils.

Un avertissement solennel est donné par un homme de Dieu à Éli. Dieu annonce que son jugement est inexorable : les deux fils d’Éli mourront tous deux en un seul jour à cause de leur conduite dépravée. Écoutez ce décret du gouvernement de Dieu : « On ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7).

Dieu doit ajouter à Éli, outre le rappel des privilèges attribués à la sacrificature : « tu honores tes fils plus que moi ». Ce que Dieu lisait dans le cœur est mis en évidence. Et de plus : « ceux qui m’honorent, je les honorerai ; et ceux qui me méprisent seront en petite estime » (v. 30). La malédiction est prononcée sur la maison d’Éli à cause du déshonneur jeté sur le nom de l’Éternel.

Quel mauvais exemple avaient sous les yeux, à Silo, les israélites apportant leurs offrandes, et le jeune Samuel qui voyait les fils d’Éli chaque jour ! Que chacun d’entre nous s’interroge au sujet de sa conduite qui peut exercer une fâcheuse influence sur ceux qui l’observent et qui pourraient être scandalisés. Il ne suffit pas d’être à l’écoute des vérités divines, encore faut-il que notre cœur et notre conscience en soient pénétrés !

Vous voyez, dans le cas des fils d’Éli, à quel désastre peut aboutir un manque de fermeté dans l’éducation donnée par les parents. Sachez que le serviteur de Dieu est exhorté à bien conduire sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité, et cela pour le préparer à prendre soin de l’assemblée de Dieu (1 Tim. 3. 4 et 5).

« Samuel, jeune garçon, servait devant l’Éternel » (v. 18). Dieu approuvait ce que Samuel faisait chaque jour, accomplissant certes des tâches humbles, au service d’Éli. Comme tout enfant, il avait besoin d’être enseigné. Heureux enfant, dans l’enceinte du temple, réjouissant le cœur de Dieu ! Ce qui est faible, sans apparence aux yeux des hommes, peut être d’un grand prix devant Dieu.

Les hommes ne percevront peut-être pas ces bonnes œuvres, mais Dieu les voit, les connaît, les apprécie, car elles sont accomplies par amour pour le Seigneur. « Dieu a choisi les choses faibles du monde… celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1. 27 à 29).

« Samuel était ceint d’un éphod de lin. Et sa mère lui faisait une petite robe et la lui apportait d’année en année quand elle montait avec son mari pour sacrifier le sacrifice annuel » (v. 18). Tout jeune, Samuel portait le vêtement du sacrificateur. Il se tenait debout devant Dieu, à la place de la maison d’Aaron, tombée en ruine entre les mains d’Éli et de ses fils.

Dieu doit être servi dans Son sanctuaire, le lieu de Sa sainte présence. Il est intéressant de noter comment la mère de Samuel veillait avec soin à pourvoir son fils, chaque année, d’une petite robe. Ce vêtement devait s’adapter à sa nouvelle stature. Comme il importe que votre mère exerce aussi à votre égard ces soins pieux correspondant à votre croissance spirituelle ! Le cœur d’une mère attachée au Seigneur veillera avec prières au développement spirituel de son enfant.

Timothée eut le privilège d’être entouré de ces soins maternels, lui qui, dès l’enfance, connaissait les saintes lettres. Il avait atteint la stature de l’homme de Dieu accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre (2 Tim. 3. 15 à 17).

La Parole de Dieu avait nourri et formé l’homme de Dieu. « Et le jeune garçon Samuel grandissait auprès de l’Éternel » (v. 21). Voilà le secret de la croissance de cet enfant ! L’atmosphère convenable pour un développement spirituel, c’est bien la présence de l’Éternel. N’est-ce pas l’intimité avec Dieu indispensable pour pouvoir bien Le servir plus tard au sein de Son peuple ?

Enfin nous lisons au verset 26 : « Et le jeune garçon Samuel allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes ». Comme une plante que le jardinier arrose et soigne avec diligence, lui procure par sa croissance et son épanouissement une réelle satisfaction, ainsi il plaît à Dieu que notre âme fasse des progrès dans la jouissance de toute Sa faveur et de toute Sa grâce.

Lorsque nous sommes rachetés, Dieu S’occupe de nourrir nos âmes par la Parole de Dieu en vue de notre accroissement. Il y avait sans doute sur le visage de Samuel quelque reflet de l’atmosphère du sanctuaire dans lequel il vivait dans la proximité de Dieu. Et cela était aussi agréable aux hommes qui ne manquaient pas de constater les effets de la présence de Dieu sur cet enfant.

Cela rappelle aussi ce que l’évangile de Luc rapporte du Seigneur Jésus, lors de son enfance : « Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (Luc 2. 52). En Jésus tout est parfait quant à Sa croissance.

Fixons nos yeux sur Lui seul. Le témoignage devant les hommes est toujours précédé par la vie de communion dans le secret de la présence de Dieu.

Cher enfant, quelle satisfaction Dieu éprouve-t-Il dans ta vie actuelle ?

Samuel

Nous avons considéré quelques traits de la piété précoce de Samuel. Il allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes. Il servait l’Éternel devant Éli, apprenant ainsi à renoncer à sa propre volonté pour faire la volonté d’un autre.

La soumission de Samuel aux instructions d’Éli, le sacrificateur, le préparait à une relation personnelle avec l’Éternel. C’est au chapitre 3 du premier livre de Samuel que nous lisons l’un des récits les plus intéressants de son enfance : il entend l’appel de l’Éternel.

Alors que Samuel, jeune garçon, se tenait dans la présence de l’Éternel à Silo, le peuple d’Israël connaissait des temps bien difficiles caractérisés par cette expression : « La parole de l’Éternel était rare en ces jours-là : la vision n’était pas répandue » (v. 1). Dieu gardait le silence. Il y avait une famine spirituelle en Israël.

Les yeux du sacrificateur âgé commençaient à être troubles ; il ne pouvait voir : image de la condition spirituelle de la nation qui ne pouvait discerner le bon et droit chemin. Toutefois la lampe de Dieu n’était pas encore éteinte. Même dans les époques les plus sombres, Dieu maintient un témoignage pour Lui-même, aussi faible soit-il.

N’oublions jamais que Dieu veut nous occuper en tout temps de Celui qui sera comme la lumière du matin, quand le soleil se lève, un matin sans nuages (2 Sam. 23. 4).

Tout en servant l’Éternel, Samuel se reposait dans le temple, là où était l’arche de Dieu. C’est auprès du propitiatoire aspergé de sang que l’âme peut se reposer, à l’ombre des ailes du Tout-Puissant. Dieu est rendu propice en vertu du sang de la victime. Il peut rencontrer le pécheur qui s’approche de Lui par la foi au sang de Christ.

Tous les conseils de Dieu ont été accomplis en Christ, en qui Dieu a été manifesté en chair. Là où Dieu Se repose, le racheté trouve aussi son repos. Le temple du Dieu vivant n’est-il pas là où Dieu déclare : « j’habiterai au milieu d’eux, et j’y marcherai, et je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » ? (2 Cor. 6. 16)

Dans le silence solennel de la nuit, l’Éternel appelle Samuel. Il se révèle à lui personnellement pour la première fois.

Jusqu’à ce jour, deux choses manquaient à Samuel : « il ne connaissait pas encore l’Éternel, et la parole de l’Éternel ne lui avait pas encore été révélée » (v. 7). Samuel n’avait pas eu de relation personnelle, intime, avec l’Éternel. Certes, il avait entendu parler de Lui par sa mère, son père, et par Éli le sacrificateur. Il savait ce que l’Éternel avait fait pour son peuple, le délivrant de ses ennemis. Il l’avait servi devant Éli, à Silo, dans Son sanctuaire, assistant au culte qui lui était rendu. Tout jeune, il s’était prosterné devant Lui. Mais il n’avait-pas encore eu affaire à Lui personnellement. Dieu ne lui avait pas encore parlé directement.

Quelle impression cette voix de l’Éternel fit-elle sur le cœur de Samuel ? Une voix l’appelant par son nom, à quatre reprises (v. 4, 6, 8, 10) ! Et pour marquer une insistance, à la quatrième occasion, l’enfant est appelé deux fois par son nom : Samuel ! Samuel ! (v. 10).

Dans des circonstances de toute importance, Dieu utilise cette répétition d’un nom pour annoncer une divine et solennelle communication. C’est le cas pour Abraham (Gen. 22. 11), Jacob (Gen. 46. 2), Moïse (Ex. 3. 4), Marthe (Luc 10. 41), Simon (Luc 22. 31), Saul (Act. 9. 4).

Ainsi certains d’entre vous sont sauvés par grâce ; mais connaissez-vous votre Sauveur ? Avez-vous entendu l’appel d’un Dieu de grâce se révélant à vous personnellement ? Cette voix peut se faire entendre de bien des manières : par un verset de la Parole lu individuellement, en famille ou en assemblée, par une strophe de cantique, par une circonstance toute particulière où votre âme a été saisie par un appel direct de Dieu.

Que Dieu nous donne des oreilles pour entendre, des yeux pour voir, un cœur disposé à L’aimer et à Lui obéir ! C’est alors qu’Il pourra se révéler et nous demander ce qu’Il veut.

Il importe que le Saint-Esprit grave dans nos cœurs la réponse de Samuel à l’Éternel, pour que nous sachions à notre tour nous l’approprier par la foi : « Parle, car ton serviteur écoute » (v. 10).

Marie de Béthanie montre aussi de telles dispositions de cœur. S’étant assise aux pieds de Jésus, elle écoutait Sa parole (Luc 10. 39). « Bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11. 28).

Malgré sa jeunesse et sa faiblesse, l’enfant Samuel est choisi pour servir l’Éternel et recevoir Ses communications (Ps. 25. 12). Il sera le dépositaire des pensées de l’Éternel. La mission d’un prophète n’est-elle pas de connaître les paroles de l’Éternel et de les transmettre ?

Quel message chargé de terribles malédictions tombe dans ces jeunes oreilles ! Il renferme ce que l’homme de Dieu avait annoncé à Éli au chapitre 2, c’est-à-dire le jugement divin sur sa maison. La parole prophétique, rompant le silence des années, mettait de nouveau le peuple en relation avec Dieu.

Le ministère du prophète entraînait de la souffrance, car il devait dévoiler le péché et la folie du peuple de Dieu avec leurs conséquences. Mais il révélait aussi le cœur de Dieu dans son amour invariable envers le peuple. De plus, il annonçait le jour de la manifestation de la gloire de Dieu.

Nous comprenons que Samuel craignait de rapporter sa vision à Éli (v. 15). Mais il est un fidèle témoin communiquant toutes les paroles de l’Éternel, comme le fera plus tard Paul aux anciens de l’assemblée à Éphèse (Act. 20. 20), ne cachant rien des choses qui étaient profitables. Quel message douloureux pour le cœur d’Éli, qui se soumet aux justes décrets de l’Éternel !

Le Seigneur Jésus a été ici-bas le témoin fidèle et véritable au milieu de Son peuple et cela Lui a coûté la vie. Nous aussi nous pouvons être de vrais témoins pour le Seigneur, aujourd’hui, là où Il nous a placés.

Le Seigneur n’a-t-il pas dit à Ses disciples avant de les quitter : « Vous serez mes témoins… jusqu’au bout de la terre » (Act. 1. 8), « Vous êtes la lumière du monde » … « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes » (Mat. 5. 13 et 16) ? Mais prenons garde que nos actes ne détruisent pas les effets produits par nos paroles. « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus » (Col. 3. 17).

Pour la troisième fois, l’Écriture rapporte que Samuel grandissait (v. 19). Sa croissance dans la maison de Dieu est harmonieuse jusqu’à ce qu’il atteigne la pleine stature de l’homme de Dieu.

Et il est ajouté que l’Éternel était avec lui. Il savait quelles bénédictions découlaient de la présence de l’Éternel. Vivre dans le secret avec Lui pour être ensuite manifesté comme un témoin et un serviteur fidèle – il n’y a rien de plus précieux pour une âme simple et obéissante que la présence réalisée du Seigneur.

Samuel ne laissa tomber à terre aucune des paroles de l’Éternel (v. 19). De quel prix elles étaient pour son cœur et quels effets elles pouvaient produire par la puissance du Dieu vivant ! « Et tout Israël… sut que Samuel était établi prophète de l’Éternel » (v. 20). Son cœur était assez large pour embrasser tout le peuple. « L’Éternel se révélait à Samuel, à Silo, par la parole de l’Éternel » (v. 21).

Si Samuel a été un serviteur de Dieu remarquable, n’oublions pas que tout a commencé dans les jours de sa jeunesse, quand il servait l’Éternel en secret.

I-Cabod

Nous avons relaté quel était le contenu solennel et pénible du premier message dont fut chargé Samuel par l’Éternel. A la demande d’Éli, Samuel lui rapporta toutes les paroles de l’Éternel et ne les lui cacha pas.

Dieu déclare : « Je vais juger sa maison [celle d’Éli] pour toujours, à cause de l’iniquité qu’il connaît, parce que ses fils se sont avilis et qu’il ne les a pas retenus » (1 Sam. 3. 13).

Apprenant le terrible verdict, Éli, entièrement dévoué à Dieu et à son service, accepte sans un murmure le jugement divin sur lui-même et sur ses fils impies. Éli dit : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui est bon à ses yeux » (3. 18). Il se courbe sous le gouvernement de Dieu auquel sont soumis tous les hommes, et les croyants en particulier, selon Galates 6. 7 et 1 Pierre 4. 17. Quelle dure discipline pour Éli ! Ne sommes-nous pas aussi exhortés à nous humilier sous la puissante main de Dieu ? (1 Pier. 5. 6)

Si la vie de sainteté de parents pieux peut bien influencer les enfants à la maison, rappelons que la foi n’est pas héréditaire. Elle ne se transmet ni par le sang, ni par la volonté de la chair, ni par la volonté de l’homme. Dieu seul la communique (Jean 1. 13).

Quoique les parents puissent s’appliquer à craindre Dieu, à marcher dans Ses voies, leur relation avec Dieu n’est pas une garantie que leurs enfants soient sauvés, mis à l’abri du jugement divin.

Sans oublier la promesse divine d’Actes 16. 31, chacun a une responsabilité personnelle et est sauvé ou perdu selon sa propre attitude à l’égard de Dieu, son acceptation ou son refus de la grâce de Dieu offerte en Jésus, le Sauveur. Cher jeune lecteur, as-tu cru au Seigneur Jésus pour être sauvé ?

Parfois les enfants élevés dans un foyer chrétien se débarrassent de toute contrainte au cours de leur adolescence et ne marchent plus dans la voie de la crainte de Dieu enseignée par leurs parents. Ils s’estiment ainsi libérés des « fictions » de l’enfance.

Mais la triste tragédie des enfants d’Éli, c’est qu’ils continuaient à exercer leurs offices religieux dans le temple, tout en persévérant dans leur conduite scandaleuse et dans leur incrédulité. « Le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel » (2. 17). Il ne pouvait qu’attirer le jugement de Dieu prompt et irrévocable sur leur tête.

C’est au chapitre 4 du premier livre de Samuel que sont présentés tout à la fois la ruine et le jugement de la sacrificature, aussi bien que du peuple Israël.

N’oublions jamais que toute parole de Dieu s’accomplit inévitablement, soit en bénédiction, soit en jugement. « Ce que Samuel avait dit arriva à tout Israël » (4. 1).

Les deux fils d’Éli n’étaient pas les seuls coupables, mais toute la nation devait être châtiée, Dieu se sert pour cela des Philistins, ces ennemis acharnés du peuple de Dieu, qui demeuraient dans les limites du pays de Canaan.

N’évoquent-ils pas ceux qui, tout en portant le titre de chrétiens, car ils ont été baptisés, n’ont pas la vie de Dieu ? Ne rappellent-ils pas ces ennemis de la croix de Christ ?

Israël essuie une première défaite devant les Philistins qui frappent environ quatre mille hommes : n’a-t-on pas souvent exprimé : Il n’y a point de peuple aussi faible que le peuple de Dieu lorsque Dieu l’abandonne ?

Israël s’engage follement dans la bataille, sans consulter l’Éternel. Et plutôt que de s’humilier devant Dieu à cause de la victoire de l’ennemi et pour leurs péchés, les anciens du peuple croient pouvoir obliger l’Éternel à combattre pour eux en déplaçant sur le champ de bataille l’arche de l’alliance. N’avait-elle pas autrefois frayé un chemin au peuple à travers le Jourdain, et les murs de Jéricho ne tombèrent-ils pas, après qu’on en eut fait le tour sept jours durant avec cette même arche ?

Mais maintenant la volonté propre du peuple s’affirme, il veut dans sa témérité transporter l’arche au sein de l’armée. Les formes religieuses lui suffisent et il oublie que Dieu est saint et ne peut en aucun cas tolérer le mal.

De plus, les deux fils rebelles d’Éli accompagnent l’arche de l’Éternel des armées qui siège entre les chérubins, défenseurs de la sainteté de Dieu. Mais « Israël fut battu… la défaite fut très grande, et il tomba d’Israël trente mille hommes de pied. Et l’arche de Dieu fut prise, et les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, moururent » (4. 10 et 11).

Puis Éli, dont le cœur tremblait pour l’arche de Dieu, lorsque le messager lui annonça qu’elle était prise, tomba à la renverse, se brisa la nuque et mourut, âgé de quatre-vingt-dix-huit ans. Le jugement de Dieu s’exécute, comme l’homme de Dieu et Samuel l’avaient prédit. Comme est misérable la fin des deux méchants fils d’Éli, en un seul jour ! Que cela nous incite à craindre toujours plus notre Dieu, ayant en horreur le mal et tenant ferme au bien (Rom. 12. 9) !

Maintenant, c’est la belle-fille d’Éli, femme de Phinées, qui meurt en mettant au monde un fils, qu’elle appelle I-Cabod, signifiant : « où est la gloire ? », ou « privé de gloire ».

Voilà un nom évoquant cette triste journée où il y a quatre morts dans la famille du grand sacrificateur ! Et elle dit : « La gloire s’en est allée d’Israël, car l’arche de Dieu est prise ». Cette femme de foi est très sensible au fait que l’arche soit entre les mains des ennemis d’Israël. I-Cabod rappellera ce désastre et proclamera la ruine d’Israël.

Ce n’est pas sa propre détresse qui l’absorbe, ni l’enfant qu’elle va laisser orphelin, non, c’est la gloire du Dieu d’Israël, le déshonneur jeté sur Son Nom. Pour elle, l’arche est le symbole de l’alliance de Dieu avec Son peuple, le témoignage de Sa présence, le réceptacle de Sa loi. Voilà ce qui constituait la vraie gloire de Dieu en Israël ! I-Cabod entre dans la vie, n’ayant sans doute qu’un frère (14. 3), néanmoins était-il remis aux soins de Celui qui est le Père des orphelins.

Pour nous aussi, témoins de la fin, reconnaissant nos infidélités, ne sommes-nous pas dans l’opprobre avec le peuple de Dieu ? Du côté de l’homme tout est perdu, ruiné par le péché. Inclinons-nous sous le jugement de Dieu, en appréciant Sa sainteté et Sa fidélité, car la victoire des ennemis de Dieu sera de courte durée. Sa grâce triomphera de tout, lorsqu’elle nous ouvrira les portails éternels de la gloire.

David

C’est de l’enfance de David, un homme selon le cœur de Dieu (1 Sam. 13. 14), que nous souhaitons vous entretenir ce mois-ci.

L’Écriture rapporte des faits instructifs du temps de sa jeunesse, car Dieu veut nous montrer comment Il choisit et prépare Ses serviteurs, en secret, avant de les produire en public.

Puissiez-vous apprendre de vraies leçons à l’école de Dieu dès votre jeune âge, obéir comme Joseph, servir comme Samuel et être courageux comme David.

Le prophète Samuel menait deuil sur Saül parce que l’Éternel s’était repenti de l’avoir établi roi sur Israël (1 Sam. 15. 35). Saül avait agi follement, n’ayant pas gardé le commandement de l’Éternel, aussi était-il rejeté comme étant le roi selon la chair. Un autre roi va être oint selon la grâce. C’est David, dont le nom signifie « Bien-aimé », type de Christ dont Dieu a pu déclarer : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (Luc 3. 22).

Samuel est chargé de cette mission d’établir le nouveau prince sur Israël. Dieu l’envoie avec ces paroles : « Remplis ta corne d’huile, et va : je t’enverrai vers Isaï, le Bethléhémite ; car j’ai vu parmi ses fils un roi pour moi… Et tu appelleras Isaï au sacrifice, et moi je te ferai savoir ce que tu auras à faire, et tu oindras pour moi celui que je te dirai » (16. 1 et 3).

Il suffit au serviteur d’être dépendant et obéissant, et Dieu se charge de tous les détails. Les paroles de l’Éternel enlèvent toute crainte dans le cœur du vieux prophète qui s’engage avec confiance dans le chemin où Dieu le conduit.

Samuel arrive Bethléhem où se trouvent Isaï et ses fils. Quel est le fils choisi par l’Éternel, pour l’oindre au milieu de ses frères ?

Sera-ce l’aîné, Éliab, homme de belle apparence ? Saül n’était-il pas un homme d’élite et beau ? Il n’y avait aucun des fils d’Israël qui fût plus beau que lui (9. 2).

Samuel a besoin d’être repris par Dieu qui discerne les pensées spontanées de son cœur : « Ne regarde pas son apparence, ni la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté ; car l’Éternel ne regarde pas ce à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur » (16. 7).

Voilà une grande leçon ! Ce ne sont pas les avantages extérieurs, force, beauté, grandeur, intelligence, richesses, qui importent avant tout pour Dieu. Rappelons que Dieu regarde à l’état de nos cœurs, aux motifs qui nous font agir, pour apprécier nos cœurs et nos actes, alors que l’homme cherche à paraître. Ce qui plaît à Dieu, c’est un cœur humble, soumis, qui se confie en Lui et Le craint.

Isaï fait passer alors ses sept fils devant Samuel qui doit dire : « L’Éternel n’a pas choisi ceux-ci » (16. 10). Étonné, Samuel doit demander : « Sont-ce là tous les jeunes gens ? » Le père répond : « Il reste encore le plus jeune, et voici, il paît le menu bétail ». Samuel demande qu’on le fasse venir, et c’est bien lui qui est oint au milieu de ses frères. Le moins estimé, celui qui avait été oublié et que l’homme n’aurait pas choisi, Dieu le retient comme l’homme selon Son cœur.

Dans le cœur de David habitait une foi profonde et vivante. Il était « beau à Dieu » comme Moïse, selon Actes 7. 20. « Il avait le teint rosé, avec de beaux yeux et était beau de visage ». Nos pensées ne se concentrent-elles pas aussi vers le Roi de gloire : « Tu es plus beau que les fils des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres » ? (Ps. 45. 2)

C’est un humble berger que Dieu a choisi pour être le berger d’Israël. Il s’occupe d’un troupeau pour le soigner, le nourrir et le protéger contre ses ennemis. C’est avec des instruments du berger qu’il abattra Goliath, et plus tard, il paîtra les brebis de l’Éternel. Au péril de sa vie, n’avait-il pas délivré un mouton de la patte du lion et de la patte de l’ours ? (17. 34 à 37) Il connaissait toute la peine qu’éprouvait le berger en allant chercher une seule brebis perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée (Luc 15. 4).

Et il pouvait même être musicien du roi, tout en allant et revenant d’auprès de Saül pour paître le menu bétail de son père à Bethléhem (17. 15) – activité obscure dont il s’acquittait avec humilité et dévouement sans se laisser griser par les honneurs de la cour royale.

Par l’onction d’huile, David est consacré à l’Éternel et désigné comme roi sur Israël, en accord avec la prophétie de Jacob qui attribue la royauté à Juda, en Genèse 49. 8 à 12.

Et à travers David, nos pensées s’élèvent vers le Seigneur Jésus, à propos duquel l’ange déclare à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1. 32 et 33).

Et bientôt tout genou se ploiera devant Lui et tous les êtres créés proclameront qu’Il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Phil. 2. 10 et 11).

En relation avec l’onction d’huile, figure du Saint Esprit, on peut rappeler comment Dieu signale son Fils bien-aimé à Jean le Baptiseur au Jourdain : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre, et demeurer sur lui, c’est Celui-là qui baptise de l’Esprit Saint » (Jean 1. 33).

Et nous ne pouvons pas omettre cette belle expression du Psaume 45. 7 « Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons ». Ésaïe lui-même, parlant du rejeton du tronc d’Isaï, c’est-à-dire de Christ, déclare : « l’Esprit de l’Éternel reposera sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel » (ch. 11. 1 et 2).

Le Saint Esprit, agissant en nous avec puissance, nous poussera à rendre témoignage aux gloires de Christ devant le monde.

L’Esprit de l’Éternel saisit David, depuis le jour où il fut oint par le prophète, et dans la suite (16. 13). Il sera enseigné et conduit par cet Esprit de puissance, d’amour et de sagesse.

Le doux psalmiste d’Israël composera, par l’Esprit, ces nombreux psaumes qui constituent le cœur des Écritures et qui ont été en consolation à tant de générations de croyants.

Par contre, l’Esprit de l’Éternel se retira de Saül qui était troublé par un mauvais esprit. C’est pour Dieu l’occasion d’amener David, jeune joueur de harpe, à la cour du roi. Et Saül était soulagé et se trouvait bien.

L’école de Dieu durera encore quelques années pour David et il attendra avec patience et dans la souffrance le moment de Dieu pour s’asseoir sur le trône. C’est l’épreuve de la foi qui produit la patience. « Mais que la patience ait son œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis, ne manquant de rien » (Jac. 1. 3 et 4).

Nous aussi, nous sommes à l’école de Dieu, et cela peut sembler une longue et dure discipline, mais n’oublions jamais que le Maître qui nous éduque est débonnaire et humble de cœur. Oui, le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux.

David

Nous avons souligné, le mois dernier que David, avant de recevoir la couronne de la part de Dieu, a été formé à l’école de Dieu pendant de longues années.

Il était L’oint de l’Éternel, et cependant sa foi devait être éprouvée pour que cet homme de Dieu serve au conseil de Dieu en sa propre génération (cf. Act. 13. 36).

Dieu n’a-t-il pas déclaré : « J’ai trouvé David… un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté » ? (Act. 13. 22) Voilà l’homme que Dieu avait préparé dans le secret pour l’établir roi sur Son peuple !

Au moment où David est choisi pour jouer de la harpe à la cour du roi, il est dit de lui que « l’Éternel est avec lui » (1 Sam. 6. 18). Une expression semblable est appliquée au Seigneur Jésus : « Dieu était avec lui » (Act. 10. 39). C’est la marque de l’approbation de Dieu, que David aimait et servait jour après jour.

Le chapitre 7 du premier livre de Samuel, évoque un nouveau rassemblement des armées des Philistins pour faire la guerre contre Israël dans la vallée d’Éla.

Cette fois les Philistins ont dans leur camp un champion redoutable, un géant fameux d’environ trois mètres de haut, habillé de métal de la tête aux pieds. Il se nomme Goliath. Il était aussi fort que grand. Sa lance, son javelot et son épée, armes offensives, sont adaptées à sa taille. La vue d’un tel colosse aussi bien armé ne peut qu’effrayer les pauvres Israélites qui devaient s’estimer comme des « sauterelles à leurs yeux » (Nomb. 13. 34).

Rempli d’orgueil, Goliath s’avance vers les troupes rangées des Israélites et lance son défi insolent : « Choisissez-vous un homme, et qu’il descende contre moi. S’il est capable de combattre avec moi et qu’il me tue, nous serons vos serviteurs ; et si moi j’ai l’avantage sur lui et que je le tue, c’est vous qui serez nos serviteurs » (v. 8 et 9).

A l’ouïe de cette voix terrible, Saül et tout Israël tremblent de frayeur. Et c’est l’occasion pour le fier Philistin d’ajouter : « Moi, j’ai outragé aujourd’hui les troupes rangées d’Israël » (v. 10). Mais, en outrageant le peuple de Dieu, il jette un défi à Dieu lui-même. Personne en Israël n’ose affronter en combat singulier ce cruel adversaire. L’Esprit de l’Éternel s’était retiré de Saül à cause de ses péchés. Il ne peut qu’être effrayé en présence de son ennemi.

Que représente Goliath ? N’est-il pas une figure de Satan, le grand ennemi qui tient les hommes sous son esclavage et sa terreur, à cause du péché ?

Sans la foi, personne, aucun homme ne peut lutter contre Satan et le vaincre, car l’homme est pécheur. Quelle domination cruelle est exercée par cet adversaire qui asservit l’homme par la crainte de la mort ! (Héb. 2. 15).

Il nous rappelle ce monstre des eaux, le léviathan que l’Éternel décrit à Job ! « Même à sa vue, n’est-on pas terrassé ? Son cœur est dur comme une pierre… Quand il se lève, les forts ont peur, ils s’enfuient saisis d’épouvante » (Job. 41. 1, 15 et 16).

Satan entraîne ses victimes à l’abîme de la seconde mort. Ne sous-estimons pas sa puissance, soit par la séduction, soit par la violence !

Pendant ce temps, David allait et revenait d’auprès de Saül pour paître le menu bétail de son père à Bethléhem (v. 15). Avec l’humilité de la foi, David sert fidèlement dans la sphère où il est placé. Les tâches les plus obscures, dans les champs de Bethléhem ne le rebutent pas. Quelle leçon d’humilité et de dévouement pour chacun de nous !

Les trois frères aînés de David sont à la guerre avec Saül. Quoique passés les premiers devant Samuel, ils n’avaient pas été choisis par l’Éternel. Maintenant, ils ne sont pas capables de sauver le peuple de la domination écrasante des Philistins. Et sur le champ de bataille, eux aussi ne se distinguent pas des autres, et ils tremblent devant Goliath.

Désirant être informé touchant le bien-être de ses fils absents et en péril, Isaï envoie promptement David auprès de ses frères, avec des provisions.

Comme Joseph autrefois, envoyé par son père auprès de ses frères, David obéit aussitôt et se lève de bonne heure le matin pour accomplir sa mission.

Le Seigneur Jésus lui-même, serviteur parfait des conseils de Dieu, n’a-t-il pas dit : « Voici, je viens… pour faire, ô Dieu, ta volonté » ? (Héb. 10. 7). Écoutons les paroles du Seigneur lui-même : « Je suis descendu du ciel… pour faire… la volonté de celui qui m’a envoyé (Jean 6. 38).

Après avoir laissé aux mains de celui qui gardait les bagages les objets qu’il portait, David courut vers la ligne de bataille. Il interroge ses frères touchant leur bien-être. C’est alors qu’il entend l’outrage du champion philistin à l’adresse d’Israël. Il assiste consterné à la fuite empressée des hommes d’Israël qui ont très peur.

Ce spectacle, loin de le laisser indifférent, le remplit d’indignation et de douleur, car ce défi de l’orgueilleux Philistin est lancé, matin et soir, depuis quarante jours. En même temps, David n’est-il pas animé de l’ardent désir de revendiquer les droits de l’Éternel en face de cet ennemi outrageux auquel personne, en Israël, ne s’est encore mesuré jusqu’ici ? La frayeur même des troupes d’Israël ne jetait-elle pas le déshonneur sur le nom de l’Éternel ?

Nous aussi, alors que nous professons appartenir au Seigneur, chaque fois que nous cédons à Satan, à quelque convoitise s’allumant dans notre cœur, le nom du Seigneur est méprisé. Nous enregistrons une défaite.

Ce n’est pas seulement deux fois par jour que nous avons à lutter contre notre terrible ennemi qui utilise le monde autour de nous et la chair en nous, c’est-à-dire le vieil homme, notre mauvaise nature, pour nous vaincre. Pierre nous avertit par ces paroles : « Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi » (1 Pier. 5. 8 et 9).

Terrorisés, les hommes d’Israël dirent : « Avez-vous vu cet homme-là qui monte ? car c’est pour outrager Israël qu’il est monté ». Et ils énumèrent les récompenses promises par Saül, richesses et honneurs, à celui qui vaincrait ce géant. Malgré cela, personne n’avait le courage de se mettre en avant, exposant sa propre vie pour affronter ce redoutable adversaire.

Pour faire l’œuvre de Dieu, le seul motif de la récompense de Saül ne suffit pas. Seuls comptent la gloire de Dieu et le bien de Son peuple. David, dans sa foi profonde, éprouve cela et l’exprime par ces paroles : « Que sera-t-il fait à l’homme qui aura frappé ce Philistin-là, et qui aura ôté l’opprobre de dessus Israël ? Car qui est ce Philistin, cet incirconcis, pour outrager les troupes rangées du Dieu vivant ? » (v. 26).

David n’est pas arrêté par la force du géant, sa haute stature, sa puissante armure. Pour lui, c’est un ennemi du peuple de Dieu, qui est couvert de honte par ces outrages répétés. Dieu lui-même est offensé. David, dans sa foi pleine de hardiesse, sait très bien que le Dieu vivant est tout-puissant pour abattre ce cruel adversaire.

Si quelque chose est impossible pour l’homme, rappelons-nous que « toutes choses sont possibles pour Dieu » et que « toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 10. 27 et 9. 23).

David

Nous nous sommes arrêtés, la dernière fois, au moment où le jeune David se présente sur le champ de bataille, apportant à ses frères les provisions de son père.

Son langage le fait reconnaître comme ayant en vue la gloire de Dieu : il est sensible aux outrages que Goliath, ce Philistin, cet ennemi, inflige aux troupes rangées du Dieu vivant.

Mais le langage de la foi irrite toujours la chair. Éliab, le frère aîné, entend les propos de David et sa colère s’embrase contre lui : « Pourquoi donc es-tu descendu ? et à qui as-tu laissé ce peu de brebis dans le désert ? Je connais, moi, ton orgueil et la méchanceté de ton cœur ; car c’est pour voir la bataille que tu es descendu » (1 Sam. 17. 28).

Son mépris et ses sarcasmes à l’égard de son jeune frère ne sont-ils pas dictés par l’envie et la jalousie ? Cela ne rappelle-t-il pas les frères de Joseph en Genèse 37, ou les frères de Jésus qui ne croyaient pas en lui ? (Jean 7. 5)

Mais David, par une réponse pleine de douceur (Prov. 15. 1), montre que la crainte de Dieu habite son cœur.

Vous aussi qui obéissez à la Parole de Dieu, vous risquez fort d’être taxés d’orgueilleux, ayant des prétentions à être meilleurs que les autres. Selon ce qu’exprime 1 Pierre 2. 12, la conduite honnête des croyants parmi les nations n’empêche pas des médisances ou des calomnies à leur sujet. Dieu le permet pour briser notre propre volonté, afin que nous comptions sur Lui seul.

Maintenant, c’est Saül qui est informé des paroles de David, et il le fait venir auprès de lui. L’occasion est alors donnée à David d’affirmer clairement, par la foi, son désir de délivrer Israël de son cruel ennemi.

Avec une entière confiance en Dieu et une ferme résolution, il déclare à Saül : « Que le cœur ne défaille à personne à cause de lui ! Ton serviteur ira et combattra avec ce Philistin ».

Comment est-il possible qu’un jeune berger sans armes, sans expérience de la guerre, veuille combattre celui que personne n’a jamais osé affronter jusque-là ?

Saül, jugeant selon l’apparence, examinant le jeune David sans défense, répond : « Tu n’es pas capable d’aller contre ce Philistin pour combattre avec lui ; car tu es un jeune homme, et lui, il est un homme de guerre dès sa jeunesse » (v. 33). Saül ignore que la capacité de David vient de Dieu. N’a-t-il pas foi en son Dieu pour qui il n’y a pas d’impossibilités ?

David révèle alors – la gloire de Dieu l’exigeait – le secret de sa force expérimentée à l’école du désert. Dieu ne l’avait-il pas formé loin des regards des hommes avant de le produire en public ? Ce jeune berger n’avait-il pas éprouvé la toute-puissance de la présence de Dieu avec lui ?

Il ne s’était pas vanté de son exploit sur le lion et l’ours, mais maintenant il doit rendre témoignage à la délivrance de l’Éternel et déclarer quel est le sûr fondement de sa confiance pour abattre l’orgueilleux Philistin. Nous admirons l’assurance de la foi dans les paroles de David : « L’Éternel qui m’a délivré de la patte du lion et de la patte de l’ours, lui me délivrera de la main de ce Philistin ». N’est-il pas sûr de la victoire avant de livrer le combat ?

De plus, il attribue toute gloire à Dieu dans ce combat mené en faveur de Son peuple. Jonas lui-même confirme cette pensée : « La délivrance est de l’Éternel » (Jonas 2. 10).

Puissions-nous expérimenter cela dans les circonstances de notre vie quotidienne ! Il y a d’abord des victoires secrètes, remportées par la foi vis-à-vis de tous nos ennemis : Satan, le monde, la chair en nous. Puis le Seigneur peut nous employer, par Sa grâce, pour le bien des âmes qui ont besoin d’une délivrance – peut-être un camarade qui a des angoisses d’âme. Que nous apprenions à compter sur Dieu en toute chose, le faisant intervenir dès qu’une difficulté se présente ! « C’est un Dieu fidèle » (Deut. 32. 4).

Dans sa formation à l’école de Dieu, David a pris soin du petit troupeau de brebis que son père lui avait confié. Il n’a pas hésité à exposer sa vie pour délivrer, ne fût-ce qu’une seule brebis, de la gueule d’une bête féroce. S’appuyant sur l’Éternel, il est délivré lui-même de la patte du lion et de la patte de l’ours.

Cette scène nous rappelle que le Bon Berger, le Seigneur Jésus, a donné Sa vie pour ses brebis. Il n’a pas voulu en laisser périr une seule, car Son Père les lui avait données. Il est allé les arracher de la gueule de Satan, le lion rugissant, en laissant Sa propre vie sur la croix.

En Jean 10, trois motifs sont donnés pour cela : que Ses brebis aient la vie en abondance (v. 10), qu’elles jouissent d’une plénitude de communion avec Lui (v. 14 et 15), et que Son Père soit glorifié (v. 17 et 18).

N’oublions pas tout le dévouement du berger de Luc 15, cherchant sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée. Et l’ayant trouvée, il la met sur ses propres épaules, bien joyeux, pour l’introduire dans la maison. Cher lecteur, as-tu déjà occupé cette place sur les épaules toutes-puissantes du bon Berger ?

Que notre cœur apprécie aussi la valeur d’une âme aux yeux du bon Berger et que Son amour inspire toute notre activité !

Saül ne manque pas d’être saisi par la ferme décision de David, d’aller au combat contre le Philistin. Il est tout prêt à lui confier son armure, car il juge selon les pensées humaines. Pour une telle lutte ne faut-il pas à David l’armure complète d’un guerrier : un casque d’airain sur la tête, une cotte de mailles, une épée par-dessus ses vêtements ? (1 Sam. 17. 38 et 39).

Entravé dans ses mouvements, embarrassé par tout cet attirail, David déclare : « Je ne puis marcher avec ces choses ». Et il les ôte de dessus lui.

Quel enseignement pour nous ! Les secours humains, les prévoyances de la sagesse de l’homme, sont autant d’entraves dans la vie de la foi.

Dans notre lutte contre Satan, contre les puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes, nous avons à prendre l’armure complète de Dieu. Ayant les reins ceints de la vérité et ayant revêtu la cuirasse de la justice, prenons en particulier le casque du salut et l’épée de l’Esprit qui est la Parole de Dieu (Éph. 6. 10 à 18).

Comment donc David va-t-il s’approcher du redoutable Philistin ? Avec des armes méprisables, bien faibles, ridicules même aux yeux des hommes, mais que la foi a déjà éprouvées en secret.

Ce sont les instruments efficaces du berger. Un bâton avec lequel peut-être il a eu raison du lion et de l’ours, cinq pierres lisses choisies au bord du torrent, et sa fronde à la main. Ces armes de l’arsenal de Dieu n’ont aucune valeur pour le monde. Mais ce qui est faible, vil, méprisé par l’homme peut être d’un prix inestimable dans la main de Dieu, moyennant une foi inébranlable. Dieu ne se sert-il pas des choses qui ne sont pas pour annuler celles qui sont, en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Lui ? (1 Cor. 1. 27 à 31). Dans tous nos combats, puissions-nous avoir à cœur la seule gloire de Dieu !

David

C’est maintenant le moment du combat. « Le Philistin s’avança ; allant et s’approchant de David, et, devant lui, l’homme qui portait son bouclier » (1 Sam. 17. 41).

Les deux combattants sont sur le point de s’affronter et pourtant leurs armes paraissent loin d’être égales ! « Le Philistin regarda et vit David, et le méprisa ». Il est humilié d’avoir affaire à un jeune homme au teint rosé, et beau de visage, n’ayant que des armes ridicules : un bâton et une fronde, les instruments d’un humble berger. Est-ce là le champion qu’Israël lui oppose, lui l’homme de guerre armé de pied en cap ? « Et le Philistin maudit David par ses dieux » (v. 43).

Déjà Moise, bien avant David, avait choisi plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte (Héb. 11. 25 et 26). Les paroles du puissant ennemi de David ne peuvent que faire frémir. « Je donnerai ta chair aux oiseaux des cieux et aux bêtes des champs » (v. 44).

Nous admirons la calme confiance de David à l’ouïe des paroles provocantes de son adversaire implacable. Sa réponse hardie démontre qu’il n’y a pas le moindre doute dans son cœur quant à l’issue du combat. « Moi, je viens à toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu des troupes rangées d’Israël, que tu as outragé. En ce jour, l’Éternel te livrera en ma main ; et je te frapperai… et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël » (v. 45 et 46).

Pour lutter contre Goliath, figure saisissante de la puissance de l’ennemi, il faut une seule puissance : la foi. David a Dieu avec lui, tout le reste ne compte pas. Il est tout seul, les appuis humains sont vains, et tout le monde est en arrière, dans l’angoisse.

Parlant de Dieu, David pourra écrire : « Lui seul est mon rocher et mon salut, ma haute retraite : je ne serai pas ébranlé » (Ps. 62. 6). La fronde et la pierre démontreront sans équivoque l’excellence de la puissance de Dieu. Un témoignage en sera donné à Israël et à toute la terre. L’homme de foi a en vue la gloire de Dieu.

David s’avance avec sa fronde. Il n’a pas d’épée. Ne nous fait-il pas penser au Seigneur Jésus qui a rencontré Satan, avec une faiblesse apparente, alors qu’Il était à jeun et au désert pour y subir la tentation ? Il a triomphé dans l’obéissance absolue et par une foi inébranlable en la Parole de Dieu, l’épée de l’Esprit. Et sur la croix, Il a été crucifié en infirmité.

Aujourd’hui aussi le chrétien ne se sert pas de l’épée, car s’il a des luttes, ce n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les puissances spirituelles de méchanceté dans les lieux célestes. Par la Parole de Dieu, il peut vaincre ses ennemis pour pouvoir jouir des bénédictions spirituelles en Christ, telles qu’elles sont présentées en Éphésiens 1.

Quels sont nos combats ? Avons-nous renoncé à quelque chose, à nous-même ? Avons-nous enregistré une victoire par amour pour le Seigneur, sur tel point, ou bien une défaite humiliante ? Le Seigneur, chef de l’armée de l’Éternel, passant en revue ses troupes, que discerne-t-Il dans nos cœurs pour Lui ?

N’oublions pas que la vie du chrétien est caractérisée par ce qu’Il aime. Et la foi compte sur la toute-puissance de Dieu, et sans présomption, peut affirmer : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8. 31).

« Et il arriva que, comme le Philistin se levait et s’avançait, et s’approchait à la rencontre de David, David se hâta et courut vers la ligne de bataille, à la rencontre du Philistin » (v. 48).

Avec promptitude et sans hésiter, David fait usage de ses armes simples et terrasse son ennemi. Une seule pierre est lancée, elle pénètre dans le front du géant qui s’affaisse. « Et David, avec une fronde et une pierre, fut plus fort que le Philistin, et frappa le Philistin et le tua ; et David n’avait pas d’épée en sa main » (v. 50). Il courut aussitôt et coupa la tête de Goliath avec sa propre épée. C’est une scène inoubliable qui dépeint le triomphe de la foi !

David est ici un type de Christ, car il a vaincu Goliath, figure de Satan. « Par la mort, Jésus rendit impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » (Héb. 2. 14). A la croix, le Seigneur a vaincu Satan, lui arrachant son arme, la mort, tout en la subissant Lui-même.

David risque sa vie, mais Jésus donne la Sienne. Ainsi, pour ceux qui croient en Jésus, la mort a perdu ses terreurs, et Satan son arme redoutable. La mort de Jésus nous délivre de nos ennemis et nous acquiert une vie impérissable. Que le nom du Seigneur soit exalté ! Le thème inépuisable de la louange éternelle de tous les rachetés ne sera-t-il pas la victoire de la croix ?

Nous aimerions retenir votre attention sur les cinq pierres lisses que David avait choisies au bord du torrent et qu’il avait recueillies dans son sac de berger. Elles ont une signification pour vous et correspondent à des armes très efficaces que vous pouvez facilement retenir et utiliser pour avoir une victoire sur Satan, l’ennemi de nos âmes.

Elles sont évoquées par une pieuse servante du Seigneur dans une série de Lettres aux petits amis de la Bonne Nouvelle, en 1922. Nous rappellerons leur signification pour ceux d’entre vous qui ne possédez pas cet ouvrage. Ce sont des impératifs de l’Écriture que vous pouvez souligner dans vos Bibles :

1.         Veillez (Marc 13. 37).

2.         Priez (Marc 13. 33).

3.         Résistez (Jac. 4. 7).

4.         Obéissez (Éph. 6. 1).

5.         Servez (Gal. 5. 13).

Vous pouvez mettre chacun de ces cailloux polis dans votre « sac de berger ». Que le Seigneur vous accorde d’en éprouver toute l’efficacité, tout en sachant qu’ils ne sont pas moins utiles à vos aînés. Puissiez-vous en découvrir d’autres dans l’Écriture, et avoir le courage nécessaire pour vous servir à toute occasion de ces injonctions en sachant combattre le bon combat de la foi !

David

Vous vous souvenez sans doute du sujet qui nous a occupés la dernière fois : la victoire de David sur Goliath, le géant, ennemi du peuple de Dieu.

C’est la victoire de la foi, illustrant celle que le Seigneur Jésus a remportée à la croix sur notre redoutable adversaire, Satan. C’est là que s’est accomplie la prophétie de Genèse 3. 15 à propos du serpent : « la semence de la femme te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon ». En ce qui concerne David, retenons l’appréciation de Jonathan formulée à son père : « Il a mis sa vie en sa main, et a frappé le Philistin, et l’Éternel a opéré une grande délivrance pour tout Israël » (1 Sam. 19. 5).

L’état des cœurs va être manifesté par la victoire de David.

Les Philistins, voyant que leur homme fort était mort, s’enfuirent, saisis d’effroi. Ils doivent reconnaître la puissance du Dieu d’Israël. Car en outrageant les troupes rangées d’Israël, le géant avait lancé un défi à Dieu Lui-même. David n’avait-il pas déclaré : « toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël » ?

Les Israélites, enhardis par l’acte de foi de David, se lancent énergiquement à la poursuite de leurs ennemis, les refoulant jusqu’à Gath et jusqu’à Ekron, leurs propres villes. La victoire de David leur assure un riche butin enlevé à leurs ennemis.

Quelle devait être leur reconnaissance envers l’Éternel et envers David pour une telle délivrance ! En vrai roi, déjà oint, David n’avait pas hésité à exposer sa propre vie pour sauver Israël de son puissant adversaire.

Nous aussi nous pouvons rendre grâces à Dieu pour Son don inexprimable : Son propre Fils, Jésus, notre Sauveur (2 Cor. 9. 15). Non seulement nous sommes délivrés du terrible esclavage de Satan par la mort de Jésus, mais nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, ayant les richesses de la gloire de Son héritage, les immenses richesses de sa grâce, les richesses insondables du Christ (Éph. 1. 3 et 18 ; 2. 7 ; 3. 8).

Ne sommes-nous pas plus que vainqueurs en Celui qui nous a aimés ? Notre précieux Sauveur n’est-Il pas digne que nos cœurs Lui appartiennent et que nos vies Lui soient consacrées ?

Vous connaissez sans doute cette anecdote d’un jeune esclave africain qui fut racheté sur un marché par un inconnu plein de compassion. Au lieu de profiter de sa liberté à sa guise, il n’eut qu’un désir, vouer sa vie au service de son bienfaiteur, qu’il avait choisi comme son nouveau maître.

Abner, chef de l’armée d’Israël, amène David devant Saül, ayant la tête du Philistin à la main. Ne sommes-nous pas surpris par la question de Saül ? « Jeune homme, de qui es-tu fils ? » David n’avait-il pas fait de nombreux séjours à la cour du roi et n’était-il pas son porteur d’armes, et son joueur de harpe ? (ch. 16. 21 à 23 ; 17. 15). Pourquoi cette méconnaissance de David ?

Le prophète déclare au sujet du Seigneur lui-même ? « Il n’a ni forme, ni éclat ; quand nous le voyons, il n’y a point d’apparence en Lui pour nous le faire désirer. Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleur… et nous n’avons eu pour lui aucune estime » (És. 53. 2 et 3).

Jésus, s’adressant aux Juifs, leur répondit : « Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père » (Jean 8. 19). « Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître » (Mat. 10. 25).

Aujourd’hui, dans les pays christianisés où nous nous trouvons, combien peu de personnes confessent que Jésus Christ est venu en chair, et encore moins qu’Il est le Fils de Dieu ! (1 Jean 4. 3 et 15)

Seule la foi se nourrit du grand mystère de la piété, selon 1 Timothée 3. 16. N’ayons pas honte de confesser le beau nom du Seigneur Jésus.

Lors de la défection de plusieurs disciples, Simon Pierre déclare : « Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ; et nous, nous croyons et nous savons que Toi, tu es le Saint de Dieu » (Jean 6. 68 et 69). Enseigné de Dieu, Pierre avait compris ce que Christ avait pour attirer à Lui le pécheur : les paroles de la vie éternelle ; et ce qu’Il était pour lier le cœur des Siens à Sa Personne : le Saint de Dieu.

C’est maintenant à Jonathan d’apprécier le vainqueur, son trophée à la main. Quelle scène pour les yeux et pour le cœur de celui qui avait déjà prononcé ces paroles : « Rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup ou avec peu de gens » (ch. 14. 6) ! La foi est toujours assurée en Dieu. Elle dépend à tout moment de Dieu seul.

Jonathan reconnaît, en David, l’oint de l’Éternel ayant opéré par la foi une grande délivrance en Israël. Et aussitôt son âme s’attache à celle de David, d’un amour pur, entièrement occupé de son objet. Le vainqueur a plus de prix pour son cœur que la victoire remportée.

La force de cet amour intime va se démontrer par des actes. Jonathan se dépouille de tout ce qui constitue sa gloire et sa force pour celui qu’il aime. Il renonce à lui-même pour David. Il donne au vainqueur sa robe, ses vêtements, traitant David avec les honneurs d’un prince. De plus, il lui remet ses propres armes, son épée et son arc, avec sa ceinture (1 Sam. 18. 4). Nous avons dans cet élan de foi de Jonathan l’exemple d’un des plus beaux fruits du travail de Dieu dans une âme : le dépouillement de soi. Pour nous, Jésus, objet de notre cœur, produit cela (2 Cor. 5. 14 et 15).

Appliquons-nous à rechercher la gloire de Dieu et le bien de Son peuple avec un cœur droit, et alors nous pourrons nous réjouir de voir l’œuvre de Dieu opérée par un autre. C’est ce qui nous incite à prier avec ferveur pour tous les serviteurs de Dieu. Puissions-nous avoir le cœur davantage occupé de Christ et nous n’aurons pas de peine à discerner Sa pensée, Sa volonté en toutes choses. Personne n’a dicté à Jonathan son acte. C’est l’amour pour David qui le lui a inspiré.

En demeurant attachés au Seigneur de tout notre cœur ne pourrons-nous pas, malgré notre faiblesse, saisir toute la valeur des paroles de l’apôtre : « Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ ? » (Phil. 3. 7 et 8). Quelle place Jésus a-t-il dans mon cœur, dans ma vie ?

Le garçon égyptien (1 Sam. 30. 11 à 20)

Nous voilà invités, cette fois-ci, à lire attentivement le court récit de ce garçon égyptien dont le nom n’est même pas mentionné car son histoire est la nôtre, celle de tout pécheur venant à Jésus.

Au service d’un maître dur et cruel, il avait été abandonné dans les champs, car il était tombé malade. Depuis trois jours et trois nuits, il était sans abri, souffrant de la soif et de la faim. Pauvre garçon ! Personne ne lui donnait rien. Il n’attendait que la mort, n’ayant aucune ressource.

C’est dans cette misère extrême que des étrangers viennent à son secours, là où il gisait à demi-mort.

Qui étaient ces hommes ? Quelques guerriers dont l’âme était pleine d’amertume un certain temps auparavant, car la ville où ils avaient laissé femmes et enfants, avait été frappée et brûlée par le feu par une horde d’Amalékites. Tous les membres de leurs familles avaient été emmenés en captivité – et pourtant ces hommes sont émus de compassion en approchant ce jeune homme tout défaillant.

Malgré la peine immense qui étreint leur cœur brisé, ils se penchent avec intérêt sur le pauvre délaissé.

Dans la caverne d’Adullam, quoique étant de rudes soldats, ils ont appris pour eux-mêmes ce qu’est la grâce, au service du roi rejeté et pourchassé. N’avait-il pas accueilli avec bonté tout homme qui était dans la détresse, tout homme qui avait de l’amertume dans l’âme ? Que pouvaient faire ces hommes de guerre, si ce n’est d’amener cet étranger auprès de David ?

Que méritait-il ? Que demandait-il ? Rien, car sa maladie l’avait laissé dans une misère extrême depuis trois jours et trois nuits. Mais là, près de David, il y a une abondance de pain pour le rassasier et de l’eau pour étancher sa soif, et en outre, un gâteau de figues sèches et deux gâteaux de raisins secs. Et l’esprit lui revint.

Quel exemple saisissant du pécheur que Satan a dépouillé, le laissant dans un état de faiblesse complète et de mort morale ! N’étions-nous pas morts dans nos fautes et dans nos péchés, « sans force, des impies, des pécheurs, des ennemis » selon des expressions de Romains 5 ? « Mais Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (v. 8).

Maintenant le roi l’interroge : « A qui es-tu ? et d’où es-tu ? » Voilà des questions qui sondent sa conscience ! Va-t-il se dérober, alors qu’un amour actif l’a mis sur ses pieds ? Non, il n’a rien à cacher, et même ses déclarations contiennent sa propre condamnation : « Je suis un garçon égyptien, serviteur d’un homme amalékite … nous avons brûlé Tsiklag par le feu ».

C’est bien un ennemi, un étranger. Il ne mérite que la mort. Mais le roi de grâce est là et malgré la confession de ce garçon, il est pris en charge et se joindra aux serviteurs de David. Il change de maître. Est-il prêt à reconnaître comme Seigneur celui qui est son Sauveur ? Tout est changé dans sa vie. Le roi lui propose même une mission périlleuse qui tout de suite met à rude épreuve son dévouement : surprendre la troupe des Amalékites.

Les questions de David à ce jeune garçon ont-elles eu un jour un écho dans votre cœur ? A quel maître appartenez-vous ? Il n’y en a que deux : le Seigneur Jésus, ou Satan.

Jésus déclare : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l’un et aimera l’autre » (Luc 16. 13). « Quiconque pratique le péché est esclave du péché » ! (Jean 8. 34) « On est esclave de celui par qui on est vaincu » (2 Pier. 2. 19). Seul Jésus reste un bon maître. C’est à Lui qu’on ne peut être, ni trop tôt, ni trop longtemps.

Mais hélas, beaucoup d’âmes sont asservies par le péché à Satan, ce maître impitoyable. Combien d’hommes ont vendu leur âme pour de l’argent ! Tel fut le cas de Judas.

Ce jeune garçon venait d’Égypte, figure du monde où règne Satan. Il servait un homme amalékite, ce qui nous parle de la puissance de Satan agissant sur la chair pour tenir une âme loin de Dieu. Quelle situation misérable ! Mais maintenant toute sa vie est transformée, en changeant de maître.

Nos jeunes lecteurs peuvent-ils déclarer sans hésitation : J’appartiens à Jésus. Il est le meilleur maître. Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ? (Gal. 2. 20)

« Me feras-tu descendre vers cette troupe ? » Telle est la question de David à ce garçon. C’est comme si David le comptait déjà parmi ses serviteurs. Ah ! n’avait-il pas éprouvé toute la bonté de son nouveau maître pour pouvoir désormais répondre à son appel très direct ? N’est-il pas le Seigneur, Celui qui dit à l’un : « Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à son esclave : Fais cela, et il le fait » ? (Luc 7. 8).

Mais ce jeune homme a besoin de certitudes avant d’accomplir sa mission. Il ne pouvait servir David sans être tout à fait assuré qu’il était délivré de la puissance de son ancien maître. C’est pourquoi il dit : « Jure-moi par Dieu que tu ne me feras pas mourir, et que tu ne me livreras pas en la main de mon maître » (v. 15).

Il y a dans ces paroles l’illustration d’un enseignement essentiel donné par Paul aux Romains, au chapitre 6, et qui concerne nos jeunes lecteurs convertis.

Le croyant a besoin de savoir par la foi qu’il est entièrement délivré de la domination de la chair, de la puissance du péché en lui, pour servir le Seigneur Jésus en toute confiance. Jésus donne la vie, la liberté, les forces et la capacité de Le servir. « Tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le christ Jésus » (Rom. 6. 11).

Si nous ne croyons pas cela, nous sommes occupés de nous-mêmes, nous découvrons l’activité du mal en nous, et nous sommes dans la crainte de retomber entre les mains de Satan, notre cruel oppresseur.

Parfois, hélas, nous bronchons. Mais la mort et la résurrection de Christ nous procurent une parfaite délivrance. « Celui qui est mort est justifié du péché. Or si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » (Rom. 6. 8). Le péché n’exerce plus ses droits sur un homme mort. Non seulement Dieu nous a pardonné nos péchés, mais il nous délivre de la puissance du péché en nous.

Comme le serment de David mit en repos l’esprit du jeune Égyptien, de même les paroles de Jésus éloignent toute crainte de nos cœurs rachetés.

Puissions-nous vivre pour la gloire de Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité ! Maître débonnaire et humble de cœur, tout indignes que nous soyons, il veut bien nous compter parmi Ses serviteurs. Lequel répondra encore à son appel pressant : Venez à moi ?

Salomon

C’est de Salomon à sa naissance et au moment où il succède à son père David, comme le roi de gloire, alors qu’il était encore « jeune et délicat », que nous souhaiterions être occupés ensemble cette fois-ci.

Qui était ce jeune prince dont le Seigneur Jésus a Lui-même parlé en évoquant toute sa gloire qui n’atteignait pas celle dont Dieu a revêtu les lis des champs (Mat. 6. 29), et toute sa sagesse qui attira la reine de Sheba – et pourtant Jésus au milieu de son peuple était plus grand que lui ? (Mat. 12. 42)

En conséquence d’un grave péché, David dût connaître la douloureuse épreuve de la maladie et de la mort d’un de ses fils. La mère de cet enfant eut un autre fils que David appela Salomon, nom que Dieu avait indiqué à l’avance selon 1 Chroniques 22. 9. « Voici, un fils te naîtra ; lui, sera un homme de paix ; et je lui donnerai du repos de tous ses ennemis tout à l’alentour ; car son nom sera Salomon », ce qui signifie « le pacifique ». « Et en ses jours je donnerai paix et tranquillité à Israël ».

La naissance de cet enfant n’était-elle pas comme un gage de la grâce de Dieu à l’égard de David repentant qui pouvait jouir d’un plein pardon ?

Il est toujours vrai que « si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1. 9). Relisez le Psaume 51 qui souligne une profonde conviction de péché et comment, à travers de douloureuses étapes, l’âme de David recouvre la communion avec Dieu.

En donnant ce nom à Salomon, Dieu fait une promesse annonçant le caractère de l’héritier du trône de David et de son règne. Les conseils de Dieu s’accompliront selon l’élection de la grâce. Comme Dieu avait choisi David, le roi selon la grâce, II trouve son plaisir à mettre sur le trône Salomon, le roi de gloire. N’avons-nous pas ainsi une préfiguration du glorieux règne millénaire de Christ, le Prince de paix (És. 9. 6), le vrai Salomon assis sur le trône de l’Éternel ?

Certes, ce que Dieu avait proclamé à David s’est réalisé sous le règne de Salomon (1 Rois 4. 24 et 25), mais fut de très courte durée, alors que la domination universelle de Christ sera maintenue en gloire, avec une abondance de paix, pendant mille ans, selon la description prophétique du Psaume 72.

À propos du jeune Salomon, l’Écriture ajoute une expression remarquable : « et l’Éternel l’aima » (2 Sam. 12. 25), ce que Néhémie confirme : « Il n’y avait point de roi comme lui, et il était aimé de son Dieu ; et Dieu le fit roi sur tout Israël » (13. 26).

Cette faveur divine est consignée dans le nouveau nom que Nathan, le prophète, lui donne, « Jedidia », qui signifie : « bien-aimé de l’Éternel », « à cause de l’Éternel » (2 Sam.12. 25). Heureux enfant, objet de tout l’amour de Dieu ! Que sera donc cet enfant avec de tels privilèges au printemps de sa vie ?

Dieu a un grand dessein à réaliser : « Lui, bâtira une maison à mon nom ; et il me sera pour fils, et moi je lui serai pour père ; et j’affermirai le trône de son royaume sur Israël pour toujours » (1 Chron. 22. 10). Mais ce conseil divin ne sera réellement réalisé qu’en Christ, le Fils bien-aimé.

Si Salomon fut un enfant comblé de tous les bienfaits de Dieu, chacun de nos jeunes lecteurs n’est-il pas l’objet de semblables privilèges pour ce qui concerne la faveur de Dieu ? « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui… pour être la propitiation pour nos péchés… pour être le Sauveur du monde » (1 Jean 1. 9, 10 et 14).

Dieu répond ainsi en grâce par le don de Son Fils, car nous étions morts, coupables et perdus. Dieu a éprouvé toute satisfaction dans l’œuvre parfaite de la croix, car Jésus est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Cher enfant, qui as la certitude que tes péchés sont pardonnés, car tu as jeté un regard de foi au Calvaire, à Jésus crucifié, tu peux dire avec bonheur : Le Fils de Dieu m’a aimé, Jésus est mon Sauveur.

N’as-tu pas de raisons d’être heureux, comme ce nouveau disciple de Jésus qui, se sachant sauvé par la grâce et par la foi, continua son chemin tout joyeux ? (Act. 8. 39)

Ce ne sont pas nos efforts et nos bonnes intentions qui feront de nous des « Jedidia », mais c’est en vertu du sacrifice sanglant de notre cher Sauveur. Celui qui est le Seigneur de gloire est mort pour nous. Quel amour infini !

L’une de nos bénédictions les plus élevées, c’est que Dieu nous a rendus agréables dans le Bien-aimé (Éph. 1. 6). Pierre nous rappelle que Jésus reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ».

Salomon rappelle dans le livre des Proverbes : « J’ai été un fils pour mon père, tendre et unique auprès de ma mère. Il m’a enseigné et m’a dit : Que ton cœur retienne mes paroles ; garde mes commandements, et tu vivras. Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence » (4. 3 à 5).

C’est au moment où les jours de David s’approchent de la mort que les paroles de David à son jeune fils Salomon prennent tout leur relief : « Je m’en vais le chemin de toute la terre ; fortifie-toi, et sois un homme ; et prends garde à ce qui doit être observé devant l’Éternel, ton Dieu, en marchant dans ses voies, en gardant ses statuts, et ses commandements, et ses ordonnances, et ses témoignages, comme il est écrit dans la loi de Moïse, afin que tu réussisses dans tout ce que tu fais et où que tu te tournes ; afin que l’Éternel accomplisse Sa parole… (1 Rois 2. 2 à 4).

Comme le cœur de David est imprégné de toute l’importance de la Parole de Dieu. Il la cite ici sous sept caractères différents. Comme Paul pour les anciens d’Éphèse, il recommande son fils à Dieu et à la Parole de Sa grâce (Act. 20. 32). Salomon ne pouvait prospérer, comme chacun de nous, qu’en prenant garde à pratiquer les enseignements de l’Écriture.

Dans son action de grâces en 1 Chroniques 29, David, exaltant la grandeur et la majesté de Dieu, Lui offrant volontairement ce qui vient de sa main avec tout le peuple d’Israël, n’oublie pas d’intercéder instamment pour son fils : « Donne à mon fils Salomon un cœur parfait, pour garder tes commandements, tes témoignages et les statuts, et pour tout faire, et pour bâtir le palais que j’ai préparé » (v. 19).

Un cœur obéissant pour agir en toutes choses selon la volonté de Dieu, n’est-ce pas ce que nous pouvons demander avec foi à Celui qui se plaît à bénir ?

Quelle place accordez-vous à la Parole de Dieu et à la prière dans votre vie de chaque jour ?

D’après La Bonne Nouvelle 1981