DIEU ÉCOUTE, DIEU ENTEND

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Les justes crient, et l’Éternel entend. Ps. 34. 17.
O toi qui écoutes la prière ! toute chair viendra à toi. Ps. 65. 2.
Alors ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu. Mal. 3. 16.

 

DIEU ÉCOUTE, DIEU ENTEND

 

Pensée solennelle : aucune parole prononcée sur la terre n’échappe au Dieu souverain. Jurons, malédictions, obscénités, montent vers Dieu comme tant d’autres outrages de Sa créature ; et de tout cela, même des vaines paroles les plus insignifiantes, les hommes rendront compte au jour du jugement (Mat. 12. 36). Heureux ceux dont les péchés ont été effacés par le sang de Jésus ! Ils ont placé leur confiance dans le Sauveur mort pour eux sur la croix et en conséquence ils ne viendront jamais en jugement.
Mais les paroles des croyants aussi sont entendues ! – Enfants de Dieu ! Qu’il ne sorte de notre bouche aucune parole inconvenante, qui attristerait notre Seigneur, Lui qui nous a rachetés au prix de Sa vie (Éph. 4. 29 ; 5. 3 et 4). Faisons plutôt monter vers Lui l’expression de nos actions de grâces et nos remerciements, et exposons librement tous nos besoins à notre Dieu, par des prières confiantes. Non seulement Dieu nous entend, mais Il est attentif à nos requêtes et Il y répond (Ps. 65. 2).
Il est aussi attentif à toutes les paroles de Ses enfants sur la terre, et Il aime les entendre s’entretenir ensemble des soins quotidiens dont Il les entoure ou des gloires qui seront leur part dans l’héritage céleste. Et par-dessus tout, Dieu aime entendre les rachetés du Seigneur parler l’un à l’autre de leur commun Sauveur.
« De l’abondance du cœur, la bouche parle » (Mat. 12. 34). Si nous aimons le Seigneur, Il sera naturellement le sujet habituel de nos conversations, et notre Père en sera réjoui.

D’après « Il Buon Seme » août 1991

 

LE SECRET DE CHARLES

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LE SECRET DE CHARLES

Chapitre 1. Incompris

– Ce n’est pas du tout joli ici, Lise ; je voudrais que nous puissions retourner à la maison.
Lise a placé ses petits bras potelés sur le rebord de la fenêtre et balance la jambe droite, comme elle a l’habitude de le faire.
– À quoi penses-tu ? Il n’y a plus rien à la maison ; nous ne pouvons plus y retourner ; et puis c’est très joli ici aussi !
Lise a raison : il n’y a plus rien à la maison. Les volets verts sont fermés et, à la porte hermétiquement close est attachée une pancarte avec l’inscription : « À louer ». Non, petit Charles ne retournera plus jamais dans le nid chaud et douillet de son enfance. Il n’y a plus de maison pour les orphelins depuis que leur mère s’est envolée loin, bien loin, au-dessus des nuages blancs et des étoiles scintillantes. Lise ne sent pas cela très profondément. Elle est si bien campée sur ses bonnes jambes robustes. Elle trouve très amusant de voir toute la journée des petits pains et des gâteaux, et elle est heureuse de s’avancer rapidement quand tinte la sonnette du magasin pour tendre les sachets à sa tante, la boulangère. Elle sait toujours exactement s’il faut prendre les grands ou les petits. Elle entend alors fréquemment la tante dire aux clientes :
– Oh ! La fillette ne me donne aucun mal ; elle est adroite et intelligente ; mais le garçon est une lourde charge pour moi : c’est un « bon à rien » et un pleurnicheur.
Depuis lors, Lise sait qu’elle a plus de valeur que son frère et, comme il appuie sa tête sur elle en lui parlant de la maison, elle hausse légèrement les épaules et lui dit d’un ton protecteur :
– Sais-tu ce que tu es, Charles ? Un « bon à rien » et un pleurnicheur ; mais heureusement que je suis là pour t’aider.
Lise est toujours gaie : quand le boulanger jure et tempête et que Charles se réfugie tout tremblant dans un coin, elle se campe devant son oncle et rit comme s’il ne se passait rien. Cela ne lui manque pas de ne jamais être prise sur les genoux et embrassée par sa tante, comme le faisait sa mère ; de ne pas être mise au lit avec un baiser. Elle se rappelle encore la prière enseignée par sa mère ; son frère et elle la répètent chaque soir, et ainsi tout est en ordre.
Mais la nostalgie du passé et le besoin d’affection rongent le cœur du petit Charles. Il ne se rend pas compte de ce qui le fait souffrir. Il sent seulement qu’il a mal, et il renoncerait volontiers aux gâteaux, pour n’avoir que du pain sec, comme chez sa mère, si seulement, comme elle, quelqu’un le prenait dans ses bras et le regardait avec tendresse. Il ne peut le dire à personne : tous l’appellent « bon à rien » et pleurnicheur. Lise aussi, et cela est si pénible ! Lise n’a pas de mauvaise intention ; elle est bonne pour lui, mais c’est si triste de n’être qu’un « bon à rien » et de ne pas pouvoir retourner à la maison…
Du temps de leur mère, Lise et Charles allaient à la même école. « Ici, les écoles sont distinctes », a dit la tante, et Charles redoute beaucoup de se trouver sans Lise au milieu des garçons.
Un matin, son oncle lui-même le conduit en classe. C’est terrible, car il y a beaucoup d’écoliers et tous le dévisagent. Quelques-uns se mettent à rire, et ceux qui le connaissent murmurent : « pleurnicheur ». Le jeune maître le prend amicalement par la main, mais il l’examine si attentivement ! Il ne peut manquer de voir tout de suite quel garçon sot et ignorant il a devant lui ! Puis il lui indique une place tout près de lui. Lorsqu’il rencontre le regard des grands yeux angoissés, il passe doucement la main sur la tête du petit, mais cela ne fait pas de bien à Charles, qui se met à pleurer. Les autres garçons se regardent en riant, et le qualificatif de « pleurnicheur » passe de bouche en bouche.

A mesure que Charles va à l’école, cela devient plus pénible pour lui. Ce n’est vraiment pas un enfant très intelligent, et le maître veut pourtant qu’il apprenne quelque chose. Si, au début, il a essayé de gagner le cœur de l’enfant par la bonté, il perd bientôt patience et tente de faire avancer les choses par la sévérité. Il ne remarque pas que la crainte croissante embrouille les idées du petit garçon. Il y a soixante-dix élèves autour de lui ; il ne peut plus s’occuper uniquement de l’un d’eux. Et à la sortie de l’école – hélas ! les enfants peuvent être si cruels dans leur inconscience ! – le petit Charles est exposé aux moqueries, aux boules de neige et aussi aux mauvais tours de ses camarades. Quand il rentre à la maison, sa tante le punit pour les taches et les déchirures que d’autres ont faites à ses habits, ainsi que pour les mauvaises notes inscrites par le maître dans ses cahiers. Personne ne pourrait prétendre que sa tante agit injustement en punissant Charles – personne, si ce n’est Celui qui sait que toute justice sans amour devient de l’injustice.
Lise fait ce qu’elle peut pour son frère : elle lave secrètement bien des taches, ou bien elle parle si gaiement avec la tante que celle-ci en oublie de punir Charles, mais malgré cela, elle ne peut chasser le nuage qui pèse toujours plus lourdement sur le cœur sensible de son frère et l’amène à la triste conclusion qu’il n’est qu’un pauvre enfant inutile, que personne ne peut aimer. Certaines femmes du voisinage regardent bien parfois l’enfant avec compassion et se disent qu’il a l’air d’une petite plante fanée, mais aucune ne pense à attirer vers le soleil cette plante gelée, ou à lui donner l’eau vive après laquelle elle soupire aussi. C’est pourquoi leur pitié n’est d’aucun profit pour Charles, et quand il remarque qu’elles le regardent, cela le met mal à l’aise, et il va se cacher plus loin.

Chapitre 2. Charles trouve un ami

« Il est arrivé un nouveau aujourd’hui ! » Telle est la rumeur qui se répand un matin dans l’école et, à la première récréation, les garçons se pressent autour de l’étranger. Seul, Charles se contente de lui jeter de loin un regard timide. À la seconde récréation, la curiosité est déjà satisfaite, et le nouveau se trouve seul. C’est un grand garçon pâle dont les bras dépassent de beaucoup les manches étroites de sa veste grossièrement raccommodée au coude. Charles se tient dans un coin de la cour et mordille son petit pain sans perdre de vue le nouvel arrivé. C’est curieux ; pourquoi celui-ci ne déjeune-t-il pas ? Charles mange de plus en plus lentement, penchant la tête du côté droit, comme toujours quand il est préoccupé. Le nouveau ne sait-il donc pas que la classe va tout de suite recommencer et qu’on n’a pas le temps de réfléchir longuement avant d’attaquer le contenu de son sac ?
– C’est un affamé ! Il n’a pas même de déjeuner ! dit un garçon à un autre en passant près de Charles.
Cet autre garçon a un beau manteau bleu garni d’un col de fourrure. Il prend un air hautain :
– C’est donc un vrai vagabond ! Il nous faudra veiller à ne pas l’avoir comme voisin !
Et ils continuent leur route.
Son petit pain entamé à la main, Charles ne quitte pas des yeux l’« affamé » et un mouvement merveilleux s’ébauche dans son cœur. Le petit pain entamé tremble dans la main de Charles ; il se représente la joie qu’il aurait à glisser ce pain entre les doigts de l’« affamé » et de loin, à le voir mordre dedans. Charles soupire profondément. « Oh ! Ce serait trop beau. Il ne faut pas y penser ! L’« affamé » est si grand ; il a des poings si puissants et son visage reflète l’orgueil ». Et voilà qu’il vient de saisir le garçon au col de fourrure et de le jeter dans un coin humide, si bien que Charles se met à crier d’effroi. Non, de celui-là il ne peut pas s’approcher ; c’est tout à fait impossible.
La classe a recommencé : Charles est assis à sa place et regarde le maître, mais son attention est ailleurs. Il ne peut détacher sa pensée du beau manteau bleu tout sali et de l’ « affamé » qui est sûrement si pâle parce qu’il souffre de la faim…
– À quoi rêves-tu de nouveau ? Ne peux-tu pas écouter ? Je te demande de réciter ta poésie !
Le maître est très fâché et secoue Charles par le bras en murmurant : « Tu commences à m’agacer ! » Blanc de terreur, Charles se lève. Il savait si bien sa poésie ! Lise la lui avait fait réciter plusieurs fois ; mais maintenant il ne se rappelle plus un seul mot. Ah ! Si le maître n’était pas si vif, s’il n’était pas un pédagogue inexpérimenté, il ne manquerait pas de remarquer le regard d’angoisse suppliante levé vers lui ; mais il est persuadé qu’une punition seule aura raison de ce « garnement paresseux ».
Lorsque Charles se glisse hors de l’école, il voudrait être tout petit pour échapper aux regards moqueurs des autres garçons. Et voilà que l’ « affamé » se trouve à ses côtés. Il regarde Charles avec pitié :
– Es-tu souvent puni ainsi ?
Charles soupire et fait signe que oui.
– Quelle brute ! dit le grand.
Charles comprend qu’il parle du maître et cette sympathie lui fait du bien. Inconsciemment, il prend son pain et, jetant un regard timide et suppliant vers son camarade, il murmure à voix basse :
– Veux-tu être assez bon pour prendre cela ?
L’autre se met à rire :
– Eh bien ! Pourquoi pas ? Cela me va tout à fait d’être « assez bon ».
Et sans tarder, il mord à belles dents dans la croûte dorée.
La figure du petit Charles rayonne. Il ne connaît pas de faim pareille ; il y a toujours assez à manger chez sa tante la boulangère.
– Demain, je t’en apporterai davantage, dit Charles. Tu as toujours faim, n’est-ce pas ?
– Oui, toujours une faim de loup.
La figure de Charles rayonne toujours plus. Il sait qu’il n’est qu’un « bon à rien et un pleurnicheur » ; mais que ce grand garçon à côté de lui, dont il a, au fond, un peu peur, est un affamé qu’il peut aider, cela, c’est vraiment trop beau !
– Le « pleurnicheur » et l’« affamé » tiennent conseil ensemble ! Oh ! Quels superbes exemples de l’humanité !
Et un projectile, lancé dans les jambes de Charles le fait tomber. Il se relève bien vite et voit son nouvel ami entouré de garçons, dans un sauvage corps à corps, la figure rouge de colère, les poings tendus avec une force de géant. Quand il a terrassé ses deux principaux adversaires, il se retourne vers Charles :
– Viens seulement, petit, nous voulons être amis. Ne t’imagine pas que je me soucie des sottes plaisanteries de ces singes. As-tu peur de moi ? Je ne te ferai rien à toi, tu es beaucoup trop gringalet pour cela. Et vous autres, je vous briserai les os si vous touchez à ce petit.

Chapitre 3. L’école du dimanche

Une nouvelle vie commence pour Charles à partir de ce moment. Son grand ami, André Fabre, semble vraiment avoir une faim insatiable. Lise doit aider à mendier des petits pains à la tante, et Charles y ajoute ce qu’il épargne sur sa propre nourriture. Le plaisir de voir André manger est vraiment trop grand. Tous, à l’école, disent qu’il est un méchant garçon, et cela semble être aussi l’opinion du maître ; mais Charles trouve merveilleux de se laisser protéger, et quand André met ses longs bras autour de son cou, il éprouve un si vif sentiment de fierté, d’amour et de joie, qu’il se déclarerait prêt à traverser le feu pour André, s’il se croyait capable d’un acte héroïque.
Un jour, Charles rentre très agité, car André lui a dit :
– Demain, il faut que tu viennes avec moi à l’école du dimanche. Tu seras au coin de la rue à une heure et demie ; tu entends ?
– L’école du dimanche ? Qu’est-ce que c’est ? a demandé Charles anxieusement.
L’école lui causait suffisamment de crainte et de tourment pendant six jours de la semaine. André s’était mis à rire :
– N’aie pas peur, tu n’y seras pas battu, tu n’auras pas besoin d’apprendre, et même il n’est pas nécessaire d’écouter. C’est comme ça, quelque chose de pieux. Et la demoiselle est formidable.
– Pourrai-je m’asseoir à côté de toi ?
– Naturellement ; où te mettrais-tu sans cela ? C’est beau à l’école du dimanche, et quelquefois amusant. Apporte seulement quelques bonbons que nous puissions sucer quand Mademoiselle regardera à droite. Moi je me mets toujours à gauche.
L’idée de l’école du dimanche tient Charles éveillé ce soir-là. Il préférerait de beaucoup ne pas y aller, mais André le désire ; aussi, le dimanche, à peine l’horloge a-t-elle sonné une heure, que Charles se trouve au coin de la rue, le cœur tremblant et un sachet de bonbons à la main. André s’approche lentement vers une heure et demie. Il fait un petit signe de tête à Charles, met quelques bonbons dans sa bouche, le sachet dans sa poche, et permet ensuite avec condescendance à Charles de lui prendre la main, ce qui donne à celui-ci du courage pour tenter l’aventure.
Au début, on aurait pensé que Charles passerait inaperçu au milieu de cette troupe d’enfants qui se bousculent en riant et en bavardant, jusqu’à l’arrivée de quelques moniteurs. Alors André lâche tout à coup la main de Charles et, se frayant un chemin vers une jeune fille :
– Bonjour, Mademoiselle, lui dit-il, voilà un nouveau.
Et Charles est obligé de s’approcher, car André lui fait des signes si impératifs qu’il n’oserait désobéir.
La demoiselle s’est assise :
– Qui m’amènes-tu là ? demande-t-elle à André, tout en attirant vers elle le petit Charles rouge et angoissé.
– Le pleurnicheur ! s’écrie André, les yeux pétillants de malice. Tous les garçons se mettent à rire et les yeux de Charles se remplissent de larmes.
– Arrête ! dit Mlle Marie d’un ton qui amène la rougeur sur le front hardi d’André. Il se hâte de dire à voix basse :
– Il s’appelle Charles Rolli.
– Tu n’es pas un pleurnicheur, mon petit Charles, dit Mlle Marie, et parce qu’elle le regarde si affectueusement en lui parlant, les larmes coulent de plus en plus serrées.
– Sais-tu ce que tu es, Charles ? Tu es un des enfants qui doivent aller au Sauveur, car le Sauveur les aime et veut les bénir. Le Sauveur t’aime beaucoup, Charles !… Mais pourquoi me regardes-tu si anxieusement, ajoute-t-elle en riant, moi aussi je veux t’aimer, mon chéri !
Il écoute comme dans un rêve, le pauvre garçon. Jamais personne ne lui a parlé ainsi depuis que sa mère est morte. Il n’entend guère ce que la demoiselle dit aux enfants pendant la demi-heure suivante. Il est assis là et la regarde, et chaque fois qu’elle prononce le nom de Jésus, il se dit que ce Jésus est le Sauveur dont il est aimé… À la fin vient un grand monsieur qui pose toutes sortes de questions aux enfants, et Charles a très peur d’être interrogé, mais on le laisse tranquille.
– Eh bien ! Comment était-ce ? Beau, n’est-ce pas ? demande vivement André quand ils sont dans la rue.
Charles fait signe que oui, et dit :
– Nous y retournerons tous les dimanches, n’est-ce pas ?
André siffle la mélodie du dernier cantique.
– Tous les dimanches ? Hem ! Ce serait un peu beaucoup ! Mais, après tout… pourquoi pas ? Bon, d’accord, dit-il, avec condescendance, mais il faut que tu m’apportes chaque fois quelque chose de doux pour m’humecter la gorge.

Depuis ce jour, les deux amis vont régulièrement à l’école du dimanche. Mlle Marie se réjouit d’y voir maintenant toujours son « méchant grand ». Elle passe alors tendrement la main sur les cheveux du petit Charles et pense : « C’est étonnant que cet enfant timide et peu intelligent ait acquis un tel empire sur un garnement si difficile à diriger ! »
Peu intelligent, Charles l’est, en effet, en apparence. Jamais il ne donne une réponse raisonnable. Mais Mlle Marie l’aime comme elle n’a jamais aimé un enfant auparavant. D’où cela vient-il ? Elle-même est vive et décidée ; elle a renoncé à sa classe de petites filles, parce que les garçons l’attirent davantage, et Charles, avec ses doux yeux de colombe, serait mieux à sa place parmi les filles… Mais elle l’aime, et cet amour est sûrement la clef miraculeuse que lui a donnée le Seigneur pour ouvrir ce cœur d’enfant à Son amour à Lui.

Chapitre 4. André devient riche

Des mois se sont écoulés. On appelle toujours Charles « le pleurnicheur ». Personne ne remarque ce qui se passe dans son cœur. Une semence y a été déposée et elle germe doucement pour la gloire de Dieu. Mlle Marie s’étonne bien quelquefois de l’éclat humide des yeux de Charles. Est-ce que cet éclat y a toujours été ?… Il lui vient alors toutes sortes de pensées sur la puissance de Dieu, qui se manifeste précisément dans la faiblesse ; sur l’amour, qui est fort comme la mort ; mais ce sont seulement des pensées fugitives que Mlle Marie elle-même n’arrive pas à classer, car elles ne peuvent raisonnablement se rapporter à Charles. Cependant ces pensées s’imposent à elle quand elle voit le rayonnement des yeux de Charles, et, tout à coup, elle embrasse l’enfant, l’entoure de ses bras :
– Charles, il te faut tout dire au Sauveur, toutes tes pensées, tout, entends-tu ?
Comme nous l’avons déjà dit, Mlle Marie est une impulsive, et quand elle obéit aux mouvements de son cœur, on trouve généralement qu’elle agit d’une façon irréfléchie… Charles devient tout rouge . Il sent les regards de tous les garçons fixés sur lui, et il ne comprend pas ce que Mlle Marie a voulu dire. Mais le soir, quand il a récité sa prière avec Lise, il réfléchit de nouveau aux paroles de sa monitrice et, parce qu’il ne sait pas ce qu’il doit dire au Sauveur, il reste un moment couché, les mains jointes, à regarder par la fenêtre les étoiles qui scintillent au ciel. On a justement chanté aujourd’hui :

« Au-delà du ciel bleu, bien loin de cette terre
Pour nous, jeunes enfants, qui connaissons Jésus,
Il est un doux repos dans la maison du Père,
………………………………………….. »

Lise dort déjà profondément ; mais Charles ne peut pas s’endormir, parce que les étoiles scintillent si étrangement, comme si elles voulaient lui faire signe ; et tout à coup, Charles sait ce qu’il veut dire au Sauveur. Il veut Lui dire qu’il Le trouve plus beau que toutes les belles étoiles et Lui demander de lui donner de L’aimer : « Oh ! Oui, cher Sauveur, et aussi André et Lise… et j’aimerais bien demeurer où maman demeure. Tu peux bien arranger cela, n’est-ce pas, cher Sauveur ? ». Là-dessus, Charles ferme les yeux, et ne voit plus les belles étoiles, car il s’est endormi.

André n’est plus l’« affamé ». Il a tout à coup de l’argent. Il a un nouvel habit à manches longues et sans raccommodages ; il a une boîte en métal contenant un déjeuner complet, et les autres garçons commencent à le tenir en haute estime. Charles le constate avec joie et fierté, mais aussi avec un léger malaise. André a tout à coup tant d’amis que Charles n’ose plus s’approcher de lui quand il en est entouré. Mais il est heureux de pouvoir encore lui donner son petit pain et de sentir qu’André lui reste fidèle.
– Laisse donc le « pleurnicheur », lui disait-on parfois, mais alors André appuyait plus fortement son bras sur l’épaule de Charles qui le regardait avec une admiration émue.
Comment André était-il devenu tout à coup si riche ? Charles le lui avait déjà demandé quelquefois, mais alors André secouait la tête en riant :
– Tu n’y comprendrais rien ! C’est mon secret. Bâton de magicien ! Baguette enchantée !
– Quelle bêtise, André !
– Eh ! pourquoi, bêtise ? C’est comme ça, et cela me suffit !

Lorsque Charles arrive à l’école, un matin, il voit une casquette toute neuve sur la tête d’André, mais il ne s’y arrête pas, car son cœur est plein d’effroi. Il n’avait de nouveau pas pu finir ses devoirs de classe la veille au soir. Il était déjà neuf heures et demie quand sa tante l’avait envoyé se coucher en le grondant, et maintenant, la page d’écriture n’est faite qu’à moitié… et la dernière fois, le maître l’a menacé…ah ! Charles n’ose pas du tout penser à la menace faite !… et malgré les moqueries redoutées, il éclate en pleurs, en face de tous les garçons.
– Là, que se passe-t-il donc ? s’écrie André en se frayant un chemin jusqu’à Charles, et pendant que celui-ci lui expose son problème, il enlève sa casquette, se gratte la tête comme il fait toujours quand il réfléchit. Puis il lance sa casquette en l’air et se met à rire :
– Sois tranquille, « pleurnicheur », il ne t’arrivera rien, aussi vrai que je m’appelle André Favre… Roger ! Henri ! Venez ici. J’ai besoin de vous. Avancez, voilà le maître.
Charles se demande avec étonnement pourquoi il emmène justement ces deux garçons-là, les plus mauvais de la classe. Et, avec des battements de cœur, Charles les voit se tenir devant le maître. Il serait bien étonné s’il entendait l’histoire touchante que raconte André : à savoir que le pauvre Charles doit travailler dur pour sa tante ; il a encore été battu la veille par son oncle, malgré des maux de tête et des mains brûlantes de fièvre… « et maintenant », conclut-il « il pleure parce que ses devoirs ne sont pas finis, et ce n’est pourtant pas sa faute ! ».
André parle avec émotion. Roger et Henri qui ont de la peine à s’empêcher de rire, font des petits signes de tête pour confirmer le récit de leur camarade. Le maître n’a pas un cœur de pierre ; il se rend bien compte qu’un enfant malade ne peut pas travailler. En général, il n’est sévère que pour les élèves qui l’impatientent, et Charles est de ce nombre. Mais il trouve très injuste que l’oncle et la tante soient aussi durs pour l’enfant et, parce qu’il sent que lui aussi a manqué de patience envers lui, il l’appelle maintenant, s’efforce avec douceur de le rassurer, en lui disant qu’il ne sera pas puni si ses devoirs ne sont pas faits.
Charles croit rêver ! André est-il vraiment magicien ?… Celui-ci se tient derrière le dos du maître, faisant des grimaces et s’efforçant de fourrer ses deux poings dans sa bouche pour s’empêcher de rire.
– André, comment as-tu fait ? lui demande Charles pour la seconde fois, sur le chemin du retour, et ses yeux brillent d’affection et d’admiration.
André le regarde avec beaucoup de condescendance. Il trouve agréable d’être admiré. Il aime à lire les histoires de héros, et il aurait volontiers été un saint Georges ou un autre personnage célèbre, à condition de ne pas devoir renoncer aux choses qu’il fait en secret et qu’une voix intérieure lui conseille de tenir cachées à Charles.
– Adresse-toi seulement toujours à moi ! Je t’aiderai dans toutes tes difficultés, mais cesse de me questionner. Le maître ne te punira plus ; le reste ne te regarde pas. C’est mon secret.
Charles penche la tête de côté, ce qui est signe de profonde réflexion.
– André, dit-il au bout d’un moment, maintenant je sais.
– Quoi ?
– Ce qui s’est passé avec le maître !
– Hem !
– Dieu t’a aidé.
André rougit.
– Quelle bêtise !
– Non, André, j’avais une telle frayeur, alors, alors… j’ai prié Dieu. Mlle Marie nous a dit, à l’école du dimanche, que la prière aide.
– Ah !
– Oui. Ne l’as-tu pas entendu ?
– Peut-être.
Alors, j’ai prié Dieu, et alors, alors…
– Alors… je n’ai plus le temps de t’écouter, et… tu es un radoteur, au revoir ! crie André. Et il se sauve en courant.
« Qu’est-ce qui a bien pu le fâcher ainsi ? » se demande Charles en le suivant des yeux, tout triste, « et pourquoi a-t-il tant de secrets pour moi ? »
Oui, qu’est-ce qui a fâché André ?…
Les dents serrées, il se tient immobile sous un arbre, la vivante image du mécontentement.
« Pourquoi faut-il qu’il soit si profondément idiot ? » murmure-t-il à la fin. « Dieu doit m’avoir aidé, à moi… à moi ! » Ses joues deviennent brûlantes à cette pensée. Sa conscience le reprend. Mentir, voler, tromper : voilà ce qu’il sait faire ! Et Dieu lui aurait aidé en cela ?… Est-il possible que Dieu puisse lui aider en quelque chose ?… « Quel radoteur que ce Charles ! Oui, mon père a raison quand il dit que tous les gens pieux sont idiots. Mlle Marie aussi est idiote ! Si elle savait qui lui a volé son porte-monnaie, elle ne m’aurait pas appelé « cher garçon ». Quelle bêtise ! Pourquoi m’appelle-t-elle ainsi ? Elle m’a dit : « Mon cher garçon », parce que je l’ai aidée à chercher son porte-monnaie qui était pourtant dans ma poche ! Je n’irai plus à cette école du dimanche… non, je n’y retournerai plus ! Ils sont idiots, terriblement idiots !… » Et André se passe la main sur les yeux où quelque chose d’humide est monté malgré lui. Cela vient des profondeurs du cœur, de ce lieu de la conscience, où la voix de Dieu se fait entendre. Et à ce moment-là, André sait qu’il est un pauvre garçon, malgré son beau costume et sa casquette neuve, et que « le pleurnicheur », avec sa conscience tranquille et « ses pensées idiotes » est bien plus heureux que lui.
« Je deviens fou ! » s’écrie tout à coup André, et il se précipite vers la maison. Il siffle d’un air joyeux, il se secoue comme pour se débarrasser des pensées pénibles, et comme le petit Émile Morin s’avance innocemment à sa rencontre, il le pousse rudement dans le fossé.
– Pourquoi me pousses-tu ? Méchant garçon ! sanglote le petit, je le dirai à maman ! Et il se dépêche de partir.
« Oui, méchant garçon ! » pense André avec un rire ironique, « cela convient mieux que cher garçon » et, inconsciemment, il met la main dans la poche où se trouve le porte-monnaie de Mlle Marie. Ah ! S’il pouvait s’en débarrasser ! André sent que cela lui enlèverait un poids sur le cœur… « Dans les histoires pieuses, il y a toujours de pauvres pécheurs qui ne trouvent pas de repos avant d’avoir rendu le bien volé, et… » André s’arrête et regarde le porte-monnaie avec consternation. Il est vide ! La nouvelle casquette a été achetée avec l’argent de Mlle Marie, et… et… André s’assied sur une pierre, cache son visage dans ses mains… et gémit. « Il n’y a plus rien à changer, et tout cela, ce sont des bêtises ; demain je n’irai pas à l’école du dimanche, et jamais, jamais je n’y retournerai, et mon père dit depuis longtemps que c’est de la bêtise et que, du reste, il est très douteux qu’il y ait un Dieu… » Et bien que cela paraisse enfantin, André se met à sangloter comme le petit Émile a sangloté tout à l’heure. Car, malgré tout ce que son père a pu dire, André sait qu’il est un garçon méchant et malheureux, et que Dieu le punira.

Chapitre 5. Le porte-monnaie

Le cœur gros et la tête penchée, Charles se rend seul à l’école du dimanche le lendemain. Il a en vain supplié André de l’accompagner. Celui-ci a été si « étrange » et il a dit de vilaines choses qui font frissonner Charles quand il y pense. Il a même fini par le battre et le repousser, André, son ami, son protecteur, que Charles admirait encore hier comme un héros doué par Dieu de puissance magique ! Ah ! Charles est très triste, et toutes sortes de pensées amères se succèdent dans sa tête. À celles-là vient s’ajouter la crainte des autres enfants : il lui semble que tous vont le regarder et s’étonner de le voir seul. Aussi ses pas se ralentissent de plus en plus. Va-t-il retourner en arrière ?… Ah ! Non, c’est impossible. Il y a dans le cœur de Charles quelque chose de semblable au bâton aimanté que lui a donné sa mère. Ce bâton se trouve dans une jolie boîte rouge en compagnie d’un petit poisson doré ; et quand il met ce petit poisson dans l’eau et prend le bâton aimanté en main, Charles s’étonne toujours à nouveau de les voir se rapprocher, comme s’ils appartenaient l’un à l’autre. « C’est étrange, je n’arrive pas à comprendre », avait souvent pensé Charles. Et maintenant quelque chose d’aussi étrange s’est passé dans son cœur. Il ne peut pas non plus le comprendre ; mais c’est une puissance qui l’attire, l’attire, au point de lui faire sentir qu’il appartient au Sauveur. C’est si beau à l’école du dimanche, parce que le Sauveur s’y trouve ; et si même Charles comprend souvent peu de chose, il doit y aller, même si André ne le veut pas, même si André le bat, et même si tous les enfants s’étonnent et le regardent, il doit y aller. C’est tout à fait comme le petit poisson.
– Comment, Charles, tu es tout seul ? Qu’as-tu fait de ton André ?
Et Mlle Marie lui met amicalement la main sur l’épaule.
Charles devient tout rouge.
– Pourquoi André ne vient-il pas ?
Charles ne répond toujours rien et regarde anxieusement Mlle Marie. Il ne peut pas se décider à répéter ce qu’a dit André : « Je ne m’intéresse plus à cette sotte école du dimanche, dis à Mlle Marie que je n’y retournerai plus jamais ! » Aussi Charles se tait, mais la maîtresse semble soupçonner la vérité.
– Tu es son ami, n’est-ce pas ?
Charles fait signe que oui.
– Tu l’aimes beaucoup ?
Nouveau signe affirmatif.
– Vois-tu, Charles, il faut aussi être pour lui un bon ami. Le veux-tu ?
– Oui, murmure Charles.
– Tu n’es qu’un petit garçon bien faible, mais il te faut être plus fort qu’André, et il faut que tu l’aimes assez pour le sortir du mal et l’amener au Sauveur.
Les lèvres de Charles tremblent, mais il ne dit rien.
– Il faut que tu pries tous les jours pour André, et il faut que tu sois ferme et fidèle pour faire ce que le Sauveur désire, et non pas toujours ce qu’André veut. Entends-tu, mon petit Charles ?
Oui, Charles a entendu ; et il n’entend rien d’autre pendant toute l’école du dimanche. Oui, il veut être un véritable ami pour André. Mais le pourra-t-il ?
« Personne n’a un plus grand amour que celui-ci, qu’il laisse sa vie pour ses amis ». C’est le verset que Mlle Marie enseigne aux enfants ce jour-là. Charles doit aussi l’écouter et l’apprendre. Et il l’apprend étonnamment vite. Mlle Marie lui sourit : « C’est bien appris, Charles, et je crois que tu ne l’oublieras plus ». Elle avait raison, il ne devait jamais l’oublier.

– Viens ici, pleurnicheur !
André est assis sur un banc et balance les jambes. Il prend un ton protecteur pour appeler Charles, car il est embarrassé. Il regrette d’avoir battu son ami et voudrait le lui faire oublier.
– As-tu des bleus, petit ? J’ai été un peu rude, n’est-ce pas ? Mais, bah ! Ce n’est pas très grave, et je t’apporte quelque chose en compensation ! N’est-ce pas joli ?
Charles devient tout rouge :
– Un porte-monnaie ! Et si beau encore ! Mais, mais… tu ne l’as pas acheté, André ?
– Eh ! Penses-tu que je l’aie volé ? Tu es un imbécile, Charles, et tu le resteras toujours ; et ce n’est pas un plaisir de te faire un cadeau. Si ça ne t’intéresse pas, rends-le moi !
La voix d’André tremble et ses mains aussi.
– Ne te fâche donc pas tout de suite !… Je pensais seulement… je pensais !… Il est si joli, et c’est si coûteux ! Tu ne peux pourtant pas avoir dépensé autant d’argent pour moi ?
– Et pourquoi n’aurais-je pas dépensé de l’argent pour toi ? Tu es mon meilleur ami ! D’ailleurs, il n’était plus neuf et je l’ai eu à un bon prix.
André hésite et tousse.
– N’en parle à personne, les gens sont parfois si bêtes, ils racontent toutes sortes de choses.
– Je te remercie, dit Charles, et ils marchent silencieusement côte à côte.
Cette affaire est étrange, et Charles se demande sans arrêt où il a déjà vu ce porte-monnaie. Peut-être tout simplement dans une vitrine de magasin. Charles aimerait tellement le savoir. Il met son nouveau trésor soigneusement de côté et ne le montre à personne, mais il le regarde souvent et passe tendrement ses petits doigts sur le cuir noir si lisse, orné d’une lettre M en or. Il se rappelle alors avec bonheur qu’André l’a appelé son « meilleur ami » et il pense aux paroles de Mlle Marie en se demandant comment il pourra être un véritable ami pour lui. Ce qui est terrible, c’est qu’André ait tant de secrets, que l’on raconte toujours plus de mal de lui, et qu’il ne veuille plus rien savoir du Sauveur ! Et pourtant, s’il n’y avait pas eu André, Charles ne serait pas venu à l’école du dimanche, et il n’aurait jamais su qu’il y a un Sauveur qui voit tout, entend tout, aime les enfants peu doués autant que ceux qui sont plus intelligents et porte avec plus de soin les petits agneaux faibles et maladroits… Ah ! Tout cela est si beau, et sûrement André finirait aussi par le croire si Charles savait mieux le lui expliquer. « Mais je suis si sot et je ne sais rien dire, c’est pourquoi je ne peux pas être un ami véritable pour André ! » soupire Charles. Mais il fait ce qu’il peut : il prie pour son ami.

Quelle chose étrange que la mémoire ! Charles a longtemps réfléchi sans se rappeler où il a déjà vu le porte-monnaie. Et tout à coup la lumière se fait en apercevant un porte-monnaie tout pareil dans la main de Mlle Marie. Elle l’avait tiré de sa poche, au début de l’école du dimanche, parce que Charles, tout fier et heureux, lui apportait une pièce toute neuve qu’il avait économisée pour les pauvres païens.
– Qu’as-tu, mon garçon ? s’écrie Mlle Marie tout effrayée en voyant le visage de Charles tout bouleversé et son regard angoissé fixer l’objet qu’elle tient en main.
– Dis, Charles, qu’as-tu ? répète-t-elle en le saisissant par les épaules.
– Je pensais… je voyais… bégaie Charles, et, avec une hardiesse qu’il n’a pas d’habitude, il demande vivement :
– Avez-vous retrouvé votre porte-monnaie ?
– Non !
La réponse de Mlle Marie résonne, brève et sèche, tandis que son regard scrutateur s’appuie sur Charles.
À ce moment, les autres enfants, ayant bien remarqué qu’il se passe quelque chose d’anormal, s’approchent avec curiosité. Charles se tient toujours là, sa pièce dans la main, et le regard plein d’angoisse fixé sur sa monitrice. Celle-ci lui passe maintenant amicalement la main sur la tête :
-C’est bien, mon garçon, je te parlerai plus tard. Merci pour l’argent.
Pauvre Charles ! Quelle heure pleine d’inquiétude et d’angoisse ! Chaque fois qu’un regard d’affectueux encouragement tombe sur lui, ses yeux se baissent comme ceux d’un coupable.
– Est-il possible que cet enfant, doux, timide, à l’air honnête, soit un voleur ? pense Mlle Marie. Plus elle le regarde, plus elle en acquiert la triste conviction. Hélas ! Elle avait espéré que la puissance du Sauveur agissait en cet enfant et qu’Il pourrait se servir de ce faible instrument pour le salut du méchant André ! C’est très décevant ! Mais elle aime ce petit malheureux et elle continuera à l’aimer. Elle veut l’aimer d’un amour assez fort pour le délivrer des chaînes du péché.
– Attends-moi, Charles, dit-elle comme l’école du dimanche finit. J’ai à te parler.
Mais Charles n’attend pas. Éperdu et talonné par la peur, il se fraye un chemin à travers la foule d’enfants, et, pendant que Mlle Marie rassemble les cahiers, il court, hors d’haleine, jusqu’à la place où l’attend André.
– André, André, tu m’as menti ! Tu m’as trompé ! Tu m’as amené dans le malheur ! C’est le porte-monnaie de Mlle Marie ! Tu l’as volé, tu… tu es un voleur, et moi…
Les larmes étouffent sa voix.
André est très effrayé. Si l’attaque avait été moins soudaine, il se serait tiré d’affaire avec un mensonge, mais le premier moment d’effroi le trahit. Maintenant Charles sait son secret et, ce qui est pire, Mlle Marie a des soupçons. Qu’arrivera-t-il si elle fait parler Charles ?
– Tu n’es pas capable de nous sortir d’embarras avec un mensonge, gémit André. Tout est perdu ; tu n’es bon à rien !
Oui, Charles sait depuis longtemps qu’il est un être inutile ; mais, dans la confusion causée par la peur, une parole résonne dans son cœur, et bien qu’il ne la comprenne qu’à moitié, cette parole est comme une ancre sûre et ferme dans la tempête : « Personne n’a un plus grand amour que celui-ci, qu’il laisse sa vie pour ses amis ».
– André, dit Charles doucement, je ne peux pas mentir, mais je ne te trahirai pas, quoiqu’il arrive.
Un sourire moqueur s’ébauche sur les lèvres d’André ; mais ce sourire s’évanouit en présence de la figure de Charles, et André a soudain la vision de poltrons qui deviennent des héros, et de garçons hardis qui se croyaient des héros et qui sont de lâches et misérables coquins.
– Petit, c’est dommage pour toi ! Tu aurais pu devenir un martyr ou quelque chose comme un saint, si… si tu n’étais pas un stupide pleurnicheur.
Pauvre Charles ! Le poids qui pèse sur son cœur est bien lourd, et ce pauvre petit cœur craintif doit le porter seul. Ah ! Si sa mère vivait encore, elle saurait lui donner un conseil. Elle était la seule personne, en ce vaste monde, dont Charles n’avait pas eu peur ! Une nostalgie s’empare de lui. Il pourrait bien marcher, marcher… et arriver à la petite maison aux volets verts, garnie de roses grimpantes, près du ruisseau dont l’eau chante… Mais à quoi cela lui servirait-il ? Maman était partie ! Elle n’attendait plus son petit Charles ! Les bras affectueux étaient glacés et croisés sur sa poitrine. C’est là le dernier souvenir que Charles a de sa mère, et ce souvenir est affreux ! Depuis lors, tout est froid et vide autour de lui ; depuis lors, il n’y a plus de bras ouverts pour lui, et tout le monde l’appelle « bon à rien », même André, son seul ami, oui, André aussi le méprise… André ne mettra plus jamais son bras autour de son cou, et, s’il le faisait, ce serait le bras d’un voleur qui murmurerait : « Petit Charles, mens seulement cette fois pour me venir en aide, seulement cette fois par amour pour moi ».
Mais Charles ne peut pas mentir. Plus il y pense, plus il en sent l’impossibilité. Avec quelle horreur sa mère parlait des voleurs et des menteurs ! Et il voit la figure de Mlle Marie disant : « Charles, le Sauveur t’aime, et il ne faut jamais L’attrister. Entends-tu ? jamais ! » Et Charles presse ses mains sur son cœur : « Aide-moi, cher Sauveur, aide-moi ! »
Mais que doit-il donc faire du porte-monnaie ? Ne deviendra-t-il pas, lui aussi, un voleur en le gardant ? Et que dirait Mlle Marie s’il le lui rapportait ? Que penserait-elle ? Hélas ! Que pense-t-elle déjà maintenant ! Non, il ne peut plus se présenter devant elle, il ne peut plus aller à l’école du dimanche. Et Charles enfouit sa figure dans ses mains. Il se trouve sans guide et sans consolations !

Chapitre 6. Les perplexités de Mlle Marie

« Que dois-je faire » se demande, de son côté, Mlle Marie. Le regard suppliant et angoissé de Charles la poursuit jour et nuit. Elle attend vainement son petit élève le dimanche suivant. Sa place reste vide pour la première fois. « Ainsi, il est vraiment un voleur ! » Mais, à travers la grande et douloureuse déception de Mlle Marie, une voix, sortie des profondeurs de son cœur, proteste de l’innocence de Charles. Elle se rend bien compte que cela est absurde. Tout parle contre lui : sa fuite éperdue, et aussi son absence. Elle doit amener le petit à avouer sa faute… ou bien – il est évident qu’un petit voleur comme lui ne peut être assez sévèrement puni – le boulanger et sa femme sont d’honnêtes gens ; Mlle Marie n’a qu’à aller les trouver et Charles apprendra, pour ne plus l’oublier, que le vol est une chose honteuse et condamnable. Mais… mais… elle ne peut se décider à cette démarche ! Alors… comment l’amener à cet aveu ?
Après l’école du dimanche, la jeune fille se dispose à rentrer chez elle, mais elle ne le peut pas. Il y a, dans le cœur des enfants de Dieu, une force qui, malgré toutes les protestations de la raison, les conduit là où ils ne veulent pas être conduits. Elle en fait l’expérience. « Il le faut ! » soupire-t-elle, en dirigeant ses pas – des pas bien lents – vers la boulangerie. Sans doute aurait-il mieux valu qu’elle aille un peu plus vite, pour le pauvre enfant tremblant et sanglotant. Mais notre Dieu a peu de serviteurs et de servantes qui soient empressés à suivre les indications du Maître.
La boulangerie est fermée. Un écriteau blanc portant en grosses lettres l’inscription : « Fermé le dimanche » est suspendu à la porte close. Ah ! On sent peu le repos dominical quand on entre dans la maison ; mais il y a comme une rosée bienfaisante autour de la tête du petit Charles qui, brisé sous le poids de menaces terribles, le corps meurtri de coups, est accroupi dans un coin… Il est abandonné de tous, même de Lise qui s’est détournée de lui dans une sainte indignation ; abandonné de tous… et cependant, il n’est pas seul… Charles a souvent entendu dire, sans l’avoir réalisé, que le Sauveur peut consoler. Maintenant, il le sent. Il ferme les yeux et pense rêver : il lui semble que deux yeux lui sourient, que deux bras l’entourent. Et pourtant, il ne se trouve pas dans la maison aux volets verts ; sa mère est morte, et tout lui fait si mal, les coups, la colère, le mépris… et pourtant… pourtant…
« Cher Sauveur, je n’ai pas menti, et je n’ai pas non plus trahi André. Cette fois je n’ai pas été « bon à rien » et André sera content ».
La boulangère ouvre elle-même la porte à Mlle Marie. Sa figure est encore rouge, et sa voix haletante d’indignation :
– C’est bien à cause de Charles que vous venez. C’est un très mauvais garçon. Il apporte la honte et le déshonneur dans une maison honnête. Il va être honteux quand il vous verra. Mais entrez, je vous prie, mademoiselle ; je vous raconterai tout ce que nous récoltons de misère et d’ingratitude avec ce gamin-là. La boulangère fait une pause et soupire.
Mlle Marie en profite pour demander :
– Qu’est-il donc arrivé ?
– Il a volé ! s’exclame la boulangère, et l’éclair de son regard n’a rien de la sainte tristesse que le péché devrait faire naître ; c’est plutôt la lueur sinistre des yeux du fauve excité par la passion.
Pauvre enfant ! Pauvre petit agneau sans mère ! soupire tout bas Mlle Marie, mais elle se reproche aussitôt ce mouvement de pitié. Puisqu’il est coupable, la boulangère n’a-t-elle pas raison d’être irritée ?…
– Êtes-vous sûre qu’il ait… volé ? demande-t-elle, hésitant involontairement à prononcer ce mot si dur.
– Sûre ?… Oui ! Il n’a rien voulu avouer, même lorsque mon mari l’a battu… non mais, qu’un enfant puisse être aussi obstiné ! Après tous ces coups, pas un mot ! J’ai dit à mon mari : Mon homme, je te dis, nous ne garderons pas un gamin aussi endurci… Mais, mademoiselle, s’interrompt la femme, vous êtes encore debout. Asseyez-vous et je vous raconterai comment tout cela est arrivé. Ah ! Ce qu’on est appelé à traverser dans la vie !
Et, bien que la boulangère s’essuyât les yeux avec son tablier, il était facile de voir que la perspective de « tout » raconter lui était une satisfaction, pour ne pas dire un plaisir.
Lise s’est peu à peu rapprochée et se tient maintenant derrière la chaise de sa tante. Elle a si souvent entendu parler d’elle-même comme d’une enfant toute différente du petit garçon, donnant de la satisfaction en tout, qu’elle a fini par estimer son oncle et sa tante très heureux de l’avoir, elle, en compensation de tous les ennuis occasionnés par Charles. Plus la tante peint en noir le dangereux caractère du petit garçon, plus la personnalité de Lise s’éclaire, et cela lui est très agréable, bien qu’elle comprenne la nécessité de prendre pour la circonstance un visage attristé. Mais elle ne peut retenir un sourire de satisfaction quand, se retournant tout à coup, la tante l’entoure de son bras en disant :
– Voilà ma consolation, mademoiselle. Une belle fillette, n’est-ce pas ?
Mais Mlle Marie regarde sans sympathie la fillette dont le sourire ne lui plaît pas. Lise rougit. Les enfants ont un instinct qui vient d’une conscience encore neuve. En sortant de la chambre, elle sait, d’une part, qu’elle ne peut pas supporter la demoiselle ; d’autre part, qu’elle n’a pas été une bonne sœur pour son frère en cette dernière circonstance. Et pourtant, elle avait pleuré avec lui, lors de cette terrible bastonnade ; cela, c’était de la pure pitié. Alors pourquoi la demoiselle la regarde-t-elle de cette façon ?
– Charles, je viens seulement te prévenir que ta demoiselle est là ; mais je ne peux pas la supporter, oh mais, pas du tout ! Elle a une manière de vous regarder, je ne sais comment !
Oh ! Charles sait bien comment elle vous regarde. Il lève son pâle visage, ravagé par les larmes. Il vient justement de penser à sa mère, à son regard affectueux. Ah ! Si Mademoiselle n’était pas une dame, mais quelqu’un comme sa mère, il pourrait lui mettre les bras autour du cou, lui raconter toute sa peine, et toute cette misère aurait une fin !… une mère sait tout, et l’on peut tout lui dire… mais Mademoiselle est Mademoiselle, et le porte-monnaie est son porte-monnaie, et… que veut-elle donc ? Veut-elle le conduire à la police ? lui défendre de jamais revenir à l’école du dimanche ?
– Lise, murmure Charles, est-elle venue à cause de moi ?
– Naturellement, répond Lise avec importance. Ah ! Charles, avoue maintenant ta faute, sans cela ils te battront encore une fois, et c’est terrible !
Oui, tout ce qui attendait Charles était terrible, et pourtant ce « terrible » avait perdu son effroi. Étrange contradiction !
« Cher Seigneur, qui sais tout et qui peux tout, ne peux-Tu pas faire qu’au moins elle ait confiance en moi ? » murmure Charles. Il ne sait pas du tout comment Dieu pourra faire quelque chose d’aussi merveilleux, mais, après avoir formulé sa prière, il reste paisible et tranquille à attendre, sans penser à rien. Attendre quoi ? Il ne le sait pas lui-même, mais, en vérité, c’est le secours de Dieu qu’il attend.
Dans l’intervalle, Mlle Marie a « tout » appris, et la chose paraît suffisamment grave. La boulangère avait déjà remarqué, à différentes reprises, qu’il manquait un peu d’argent dans la caisse.
– On peut se tromper, mademoiselle, et l’on ne regarde pas à quelques centimes près. Mais, hier soir, il manquait trois francs. Cela devenait un peu fort. « Mon homme, dis-je, quelqu’un a touché à notre caisse. Nous avons un voleur dans la maison ». Au même moment, simultanément, nos soupçons se portent sur Charles. Mon mari l’appelle, l’interroge. Il penche la tête de côté, comme c’est son habitude, il ne dit rien, mais il évite nos regards, ce qui m’a tout de suite paru louche.
– Mais le petit garçon ne vous regarde jamais en face. Il est si timide, si craintif, dit Mlle Marie.
La boulangère secoue la tête.
– Pourquoi aurait-il besoin d’être craintif ? Ce sont des manières de voleur, je le dis toujours, quand on n’ose pas lever les yeux. Bon !… je me suis interposée, et comme je secouais le petit garçon un peu vivement, il a retrouvé la parole et a dit avoir vu le coffre de l’argent sur la table de la chambre.
– Charles était-il seul dans la chambre ?
– Oui, mademoiselle. C’est-à-dire, je ne sais pas si André, ce mauvais garçon qui est son ami, se trouvait aussi là. Je n’arrive pas à éclaircir l’affaire, car il se refuse absolument à parler. On pourrait croire qu’il a la gorge et les lèvres collées avec de la glue. Pas moyen d’en tirer une réponse. Menaces, coups, rien ne servit. « Laisse-le maintenant », dis-je à mon mari en lui arrêtant le bras. Lise ne cessait de pleurer et de supplier : « Oncle, ne le tue pas ». Cette petite a un cœur d’or. « Laisse aller le petit », dis-je, « la vérité se montrera ». Et cela arriva comme je l’avais dit.
– Avez-vous trouvé une preuve ? demande Mlle Marie.
– Naturellement, s’écrie la boulangère triomphante. Je pris le petit par le bras. « Tu vas venir avec moi », lui dis-je, « me montrer toutes tes affaires et sortir tout ce que tu as dans tes poches », car je sais qu’il ne peut pas honnêtement s’y trouver de l’argent.
– Et avez-vous trouvé quelque chose ? demande vivement la jeune fille.
– Pas dans les vêtements ; mais quand je me suis approchée de la caisse où il range les vieux souvenirs de sa mère, le petit polisson est devenu tout pâle. « Pourquoi changes-tu de couleur ? » lui dis-je, « il est probable que je suis sur les traces du vol ». Je déballe la caisse pièce par pièce, et qu’est-ce que j’y trouve ?
– De l’argent ?
– Non, mais un porte-monnaie. « Gamin, où as-tu volé cela ? » Et le voilà qui sanglote : « Tante, je ne l’ai pas volé ! Tante, crois-moi, je ne suis pas un voleur ! » Naturellement, c’est ce qu’ils disent tous ! Ah ! Qu’il puisse m’arriver une chose pareille !
– Mais comment savez-vous qu’il l’a volé ? demande Mlle Marie en s’étonnant elle-même de poser cette question.
La boulangère se met à rire :
– Eh ! Autrement il aurait pu me dire d’où il venait.
– Montrez-moi ce porte-monnaie, s’il vous plaît, dit la monitrice.
Elle sait, d’avance, que c’est le sien, et elle n’a que le souci instinctif d’épargner à l’enfant de nouvelles sanctions. La boulangère apporte le porte-monnaie :
– Voyez, mademoiselle, comme il est beau !
– Il m’appartient, dit tranquillement Mlle Marie.
– Il est à vous !… Mais comment se trouve-t-il chez mon neveu ? Et… et… il est vide !…
– Hem ! Oui !… Je vous prie de me laisser un moment seule avec l’enfant ; peut-être… Mlle Marie hésite… elle s’étonne elle-même de prendre ainsi le parti du voleur… Peut-être pourrai-je alors tout vous expliquer !
La boulangère la regarde avec étonnement et curiosité.
– Comme vous voulez, mademoiselle. Charles est dans le grenier.

– Charles !
La figure de Mlle Marie est triste et son ton sévère.
Charles relève lentement la tête et la regarde. Il est pâle et défait, et la visiteuse ne peut s’empêcher d’avoir les yeux pleins de larmes. Il est là comme un pauvre petit oiseau apeuré et cependant pas abandonné. Il y a autour de lui quelque chose de la puissance divine. Mlle Marie le sent, et sans réfléchir elle lui ouvre les bras :
– Charles, mon pauvre petit, mon cher enfant !
Le visage humide s’éclaire d’un rayon de soleil. Sa figure s’illuminait ainsi quand il voyait venir sa mère et qu’il allait à sa rencontre pour se jeter dans ses bras. Était-ce un rêve ?
– Mère, mère ! s’écrie l’enfant en se levant et il se précipite dans les bras ouverts.
C’est une chose merveilleuse que l’impulsion. Ils avaient, tous deux, agi d’instinct, et, après un moment de réflexion, ils ont, tous deux, un mouvement de recul. Charles serait volontiers rentré sous terre. Que doit penser Mademoiselle de cet élan irréfléchi ?… Et Mlle Marie se répète à nouveau que le garçon blotti dans ses bras est un voleur auquel elle doit encore arracher l’aveu de sa faute. Elle prend, malgré tout, l’enfant sur ses genoux et passe doucement sa main sur la tête blonde. Sa raison lui parle de faiblesse, de folie, et de l’impossibilité d’arracher un aveu de cette manière-là… mais « je ne peux pas m’en empêcher » répond la voix du cœur, et elle serre Charles toujours plus tendrement contre elle. Il a joint les mains, et ses lèvres remuent. Prie-t-il ?…
Ce fut un moment que Charles n’oublia jamais. Il lui semblait rêver, comme si ce n’était pas la main de Mlle Marie, mais celle du Sauveur Lui-même qui le touchait. Quand tous s’étaient détournés de lui et que son cœur avait atteint les extrêmes limites de l’angoisse, alors le Sauveur était intervenu et avait fait un miracle !… N’est-ce pas, en effet, un miracle que précisément « elle » ait confiance en lui, « elle » qui tient à la main le porte-monnaie volé chez elle et trouvé chez lui !…
Mlle Marie essaie à plusieurs reprises de parler, mais quelque chose l’arrête. Elle a conscience de la sainteté du moment ; elle a conscience que tout ce qu’elle pourrait ou voudrait dire… ne peut pas, ne doit pas être dit… « Pourquoi pas ? » se demande-t-elle ; mais elle ne trouve pas de réponse à cette question.
La boulangère écoutait à la porte depuis un bon moment. Elle s’éloigne avec un rire ironique.
– Que celui qui peut comprendre le comprenne. C’est silencieux là-dedans comme dans une chambre mortuaire. Aucun des deux ne dit un mot.
Chose étrange ! C’est Charles qui rompt le silence :
– Comment le Sauveur a-t-il fait cela ? Comment vous a-t-Il fait savoir que je ne suis pas un voleur ?
Une légère rougeur monte au front de Mlle Marie à cette question surprenante. Elle se sent honteuse et coupable, quand elle voit les yeux bleus de l’enfant la regarder avec confiance.
– Le Sauveur peut tout, mon petit Charles, lui répond-elle évasivement. Quand le moment en sera venu, il fera connaître la vérité et alors les méchants seront punis… Elle s’arrête.
Étrange enfant ! La figure de Charles qui rayonnait à l’instant, se couvre à ces mots d’un nuage d’effroi ; ses lèvres tremblent comme s’il luttait contre les larmes.
– Charles, ne peux-tu pas me dire ce qui te trouble en ce moment ?
Non, cela lui est impossible. Il pense à André, à André qui est un voleur ! Nuit et jour, il a pensé à lui, pendant que le porte-monnaie était caché, pendant qu’on le grondait et qu’on le battait, non pas seulement à André, mais aussi à Celui qui a enduré les coups et la mort et qui a dit : « Personne n’a un plus grand amour que celui-ci, qu’il laisse sa vie pour ses amis ». Et si Charles sait qu’il est un poltron et un « bon à rien », il est du moins résolu à faire une chose : serrer les lèvres, ne rien trahir. On le battrait jusqu’à la mort, que l’on ne saurait pas qu’André est un voleur.
– Charles ?
Mais Charles secoue silencieusement la tête, et si ses yeux ne parlaient pas un langage muet mais suppliant, Mlle Marie se serait fâchée devant ces lèvres fermées qui trahissent une résolution inébranlable.
– Charles, ne veux-tu pas me dire qui t’a donné ce porte-monnaie, mon porte-monnaie ?
La bouche de Charles s’ouvre toute grande dans un muet étonnement, mais un instant après les lèvres se serrent plus fermement que jamais. Non, il ne le dira pas !

Quand Mlle Marie quitte la maison, une demi-heure plus tard, c’est avec un sentiment de confusion et de perplexité. Elle croit n’avoir rien atteint avec sa visite. Peut-être a-t-elle même gâté et embrouillé les choses. Contre toute raison, elle a essayé de convaincre la boulangère de l’innocence de Charles, et en a obtenu la promesse que le petit ne sera ni renvoyé ni battu. Mais qui est le voleur ?…
Elle a encore en main le porte-monnaie accusateur quand, au coin de la rue, elle se heurte à un garçon qui siffle en jouant à la balle.
– André !
Le jeune garçon devient tout rouge en arrachant de sa tête la casquette neuve. À cet aspect, un soupçon, rapide comme l’éclair, traverse l’esprit de Mlle Marie ; mais elle le repousse aussitôt. A-t-elle le droit de le laisser naître ?
– André, pourquoi ne viens-tu plus à l’école du dimanche ?
Le garçon ricane :
– Mon père ne me le permet pas.
– Et tu aimerais y revenir ?
– Oui, mademoiselle.
Et ce mensonge, succédant au précédent, ne fait pas rougir André.
– Alors, j’irai parler à ton père.
Maintenant, André rougit :
– Cela ne servirait à rien, mademoiselle, dit-il vivement, parce que…
– Parce que…
– Parce qu’il se mettra en colère.
– Cela, c’est mon affaire… André, connais-tu ce porte-monnaie ?
La figure rouge d’André prend un ton encore plus foncé.
– Non, dit-il en secouant la tête.
– Tu dois pourtant l’avoir vu chez ton ami Charles !
André lance sa balle et la rattrape.
– Je voudrais savoir qui a donné mon porte-monnaie à Charles.
– Est-ce votre porte-monnaie ?
– Oui, André, et tu le sais très bien.
Le regard de la jeune fille est si sévère et si perçant que le cœur d’André se met à battre toujours plus fort, comme s’il voulait sauter hors de sa poitrine. Mais il ne faut surtout pas qu’elle le remarque, et comme André ne peut pas facilement s’échapper, ce qu’il aurait de beaucoup préféré, il ne trouve qu’un moyen de salut… l’audace.
– Et comment le saurais-je ? Je ne l’avais jamais vu !
Cela est dit d’une voix haute et effrontée, mais Mlle Marie ne s’y arrête pas.
– Je voudrais savoir qui le lui a donné ! Ce doit être un garçon bien vil et bien lâche…
Elle s’arrête.
– Il faut que je rentre. Mon père m’attend.
– Bien, dit-elle tranquillement en appuyant sa main fortement sur l’épaule d’André. Ils ont voulu chasser ton ami hors de la maison, André ; ils l’ont battu, mais il a serré les lèvres, et il n’a pas dit qui était le voleur !
Les lèvres d’André se mettent à trembler, et ses genoux aussi.
– Tu n’auras plus le droit de dire que Charles est un poltron. Il a plus de courage que toi, André, et il…
André n’entend pas le reste ; il s’est arraché de la main qui le retenait, et il court avec une folle précipitation, comme court le voleur quand il est découvert. Il sait bien qu’elle ne le suivra pas, mais qu’il ne pourra pas se débarrasser de ce qui le poursuit : le regard de ses yeux, le ton de sa voix. Elle a raison : il est un misérable et un lâche ! Il ne s’arrête que lorsqu’il a la ville loin derrière lui. Hors d’haleine, il se jette à terre sous les branches protectrices d’un arbre et essuie la sueur de son front. Les cloches sonnent pour le service du soir. André se boucherait volontiers les oreilles. Pourquoi les cloches parlent-elles aussi ? Ne disent-elles pas : « Voleur ! Voleur ! » ?
« Silence ! » leur crie André, et il se précipite plus profondément dans la forêt, où il n’y a plus de chemins et plus de promeneurs du dimanche. Il se réfugie sous un buisson touffu. « Boum ! Boum ! Voleur ! Voleur ! » Le son des cloches retentit jusque-là et pénètre sous le buisson. Doit-il aller plus loin ? Et où ?… Il pense à Caïn, parce que, comme lui, il est sans repos.
« Je ne suis pourtant pas encore un Caïn ! » Avec une grimace rageuse, il ferme les yeux, essayant de se persuader qu’il est fatigué et va dormir.
« Représentez-vous, enfants, combien Caïn était malheureux ! » avait dit une fois Mlle Marie. C’est étrange qu’il s’en souvienne si bien, lui qui a conscience d’avoir été l’écolier le moins attentif de la classe. Mais la maîtresse avait parlé d’une façon si émouvante, disant comment Caïn ne trouvait de repos nulle part, tressaillant au moindre bruit…
André saute en l’air avec un cri perçant. Un bruissement sous les feuilles mortes à ses pieds, et il voit apparaître une tête de serpent. En réalité, ce n’est qu’un lézard inoffensif ; mais André se sauve, et, dans sa tête, passent des souvenirs de serpents dans le désert, envoyés pour tuer et punir ainsi l’impiété, tandis que résonne la voix de Mlle Marie : « Ce doit être un garçon bien vil et lâche ! »
André ralentit tout à coup sa course. Il vient de voir, entre les buissons, des vêtements de couleur, et il ne faut pas qu’on remarque que… quoi ? Finalement ?… Que s’est-il donc passé ? André réfléchit et se met à siffler un air joyeux pour bien se persuader qu’il ne s’est rien passé du tout, si ce n’est, seulement, que Charles a été battu et qu’il faut être très prudent pour ne rien laisser paraître, Mlle Marie n’ayant finalement pas dit qu’elle connaissait le voleur. Et d’où l’aurait-elle su ?… Il siffle toujours plus fort, et comme il passe à côté d’une petite fille, il lui lance une poignée de feuilles humides qui s’attachent aux cheveux et à la robe blanche de l’enfant. En colère et tout en larmes, la petite fille se sauve en lui criant qu’il est un méchant garçon. André ricane :
– Et alors ? Ça ne m’intéresse pas, les gens vertueux !

Chapitre 7. La fuite d’André

L’orage est passé. Après avoir donné libre cours à leur colère, les boulangers se sont calmés et ne parlent plus de renvoyer Charles. La boulangère ayant « toujours su » qu’il était un garçon « comme ça », elle ne croit pas à l’innocence de Charles, malgré Mlle Marie, et parce qu’elle appartient à cette catégorie de gens qui ne reconnaissent pas volontiers s’être trompés, surtout quand ils n’en ont pas la preuve. Aussi écrit-elle dans son grand livre de comptes : « volé par mon neveu Charles : trois francs » et elle fait un gros trait en dessous. Ce trait signifie : « voilà, c’est inscrit, et cela n’arrivera pas une seconde fois ». Elle se persuade que les violentes menaces et même le cruel châtiment ont été une œuvre salutaire envers l’enfant. Elle se le persuade d’autant plus fort qu’une voix intérieure devient plus gênante, voix bien reconnaissable comme étant celle du Père des orphelins, et du Protecteur des déshérités. Peut-être est-ce pourtant à cette voix intérieure que Charles est redevable du beau déjeuner reçu ce jour-là et du regard bienveillant qui l’accompagne lorsqu’il quitte la maison sur la pointe des pieds avec son aimable : « Merci, tante, adieu ! »
« Il est pourtant vêtu comme les enfants des gens convenables », murmure-t-elle en le suivant des yeux. Oui, personne ne pourrait prétendre que quelque chose ait été négligé pour l’enfant ; personne, si ce n’est Celui dont la boulangère s’efforce de faire taire la voix.
Un rayonnement éclaire aujourd’hui la pâle figure de Charles. Il voudrait chanter de joie, comme chante l’alouette qui vient de s’envoler plus haut, toujours plus haut, semblant rendre grâces pour les ailes qui la portent au-dessus des dangers, dans l’infini bleu du ciel ! Charles lance sa casquette en l’air. « Adieu, petit oiseau, emporte mes messages ! » crie-t-il en la suivant des yeux jusqu’à ce qu’il la perde de vue.
– Hé ! André ! Ne me vois-tu pas ?…
Oui, André l’a bien vu, mais il n’a pas envie de le rencontrer. Il a mal dormi et a dû déployer beaucoup de talent et de peine pour étouffer la voix de sa conscience, et cela ne lui a pas complètement réussi, ainsi qu’il s’en aperçoit en se trouvant devant Charles. Il se serait volontiers caché et aurait été content de ne jamais le revoir. Mais ce n’est pas possible. André s’arrête donc, et murmure quelque chose d’incompréhensible en regardant Charles d’un air protecteur, car plus il sent que celui-ci s’est conduit avec courage, tandis que lui-même a été cruel et lâche, plus il sent aussi le besoin de prendre un visage hautain et maussade.
– André, dit Charles après qu’ils eurent marché un moment silencieusement côte à côte, je suis si heureux aujourd’hui… comme encore jamais dans ma vie…
– Ah ! Stupide gamin !
– Non, André, je suis si content que je voudrais pouvoir m’envoler.
– Eh bien, vole ! Qu’est-ce que ça peut me faire !
Et André se met à rire, mais son rire résonne comme le son de la petite cloche de l’école après qu’elle avait été fissurée.
– Moi, je ne suis pas d’humeur joyeuse, ajoute-t-il, après une pause, et d’où cela te vient-il à toi, si je peux le savoir, pleurnicheur ?
C’est que, justement, il n’était pas permis de le savoir. C’est le secret intime de Charles, un secret qu’il ne s’explique pas bien lui-même. Aussi, pour toute réponse, glisse-t-il son bras sous celui d’André.
– Je t’aime, André ! Je t’aime plus que je ne t’ai jamais aimé.
L’autre serre les lèvres et détourne la tête.
– Il y en a un seul que j’aime plus que toi !
André retourne vivement la tête :
– Et qui est-ce ?
Charles respire profondément :
– Le Sauveur, murmure-t-il tout bas.
D’une poussée brusque, André dégage son bras :
– En avant, marche ! Il faut courir. Il va sonner huit heures !
Et André court si vite en avant que Charles ne peut pas le rattraper, autrement il le verrait lutter avec les larmes. Il pense seulement : « Comme il est étrange ! » Et une ombre passe sur son cœur joyeux.
Les jours suivants, Charles a encore souvent l’occasion de constater que son ami est « étrange ». Ce n’est plus le vieil André joyeux et insouciant. Il est le plus souvent silencieux et maussade, parfois aussi irritable à l’excès ; il en résulte alors des batailles avec les autres garçons, et ceux-ci finissent par le fuir, si bien qu’il est de nouveau isolé comme au début, quand on l’appelait « l’affamé » et que personne ne l’aimait.
– Laisse-les seulement. Je ne m’en soucie pas. Il faut me prendre comme je suis ; il n’y a rien à y changer. Tu devrais aussi te choisir un autre ami, pleurnicheur, un ami brave et pieux. Cela te conviendrait mieux, et je le souhaite vraiment. Moi, je ne t’occasionnerai que de la souffrance, et tu mérites mieux.
Mais Charles secoue la tête en souriant. Il porte de nouveau dans son cœur un merveilleux secret dont il ne peut parler à personne si ce n’est à son Sauveur. Il lui dit chaque matin et chaque soir : « Fais qu’André devienne bon et pieux et ne soit plus un voleur. Amen ».
Et plus André s’endurcit, plus ardente devient la prière de Charles. Pourquoi le Sauveur ne pourrait-Il pas faire cela, puisque Il a accompli le miracle de convaincre Mlle Marie de son innocence à lui, Charles ? Sa bouche devient de plus en plus éloquente quand il parle à son Sauveur, et, plus il intercède pour André, plus son amour grandit. Parfois, quand André est le plus méchant, il croit voir le Sauveur lui faire un signe, alors il entoure de ses bras le cou de son camarade : « Attends seulement, quand le Sauveur aura fait Son miracle, tu seras bon et pieux », mais, cela, il ne le dit pas à haute voix, seulement tout bas, dans son cœur, là où est caché son secret.
Et, sans qu’il s’en doute, pendant qu’il intercède ainsi pour son ami, la puissance de la prière se glisse dans le cœur de Charles.
Mlle Marie se sert de nouveau de l’ancien porte-monnaie et, chaque fois qu’elle le prend en main, elle pense à l’étrange enfant accusé de vol, vers lequel ses yeux se tournent constamment à l’école du dimanche, plus que vers aucun autre garçon, bien qu’elle soit tout à fait sûre de ne jamais obtenir de réponse, si ce n’est une réponse muette. Mais précisément, ces réponses muettes deviennent de plus en plus précieuses à la monitrice. Quelle lueur étrange dans les yeux de l’enfant quand elle parle de prières exaucées ! Parfois, il a même légèrement approuvé de la tête et pour Charles, c’est beaucoup. Dans ce domaine-là, il a fait ses expériences, Mlle Marie en est bien sûre. Et quand elle parle de l’amour du Sauveur, comme la figure de Charles rayonne ! Il semble alors qu’il doive parler, que l’étau de fer qui retient sa bouche doive se briser sous la puissance de l’amour, mais… il n’en est rien… et Charles reste muet. Que peut-elle faire, si ce n’est prier pour l’étrange enfant, qui lui apparaît comme un pauvre oisillon apeuré, empêché de voler, parce qu’il est prisonnier. « Prisonnier en des mains bien dures », soupire Mlle Marie. Depuis sa rencontre avec André, elle croit connaître le voleur. Elle avait d’abord pensé aller chez les boulangers pour les mettre en garde contre ce garçon, mais chaque fois qu’elle avait voulu exécuter ce projet, ses jambes devenaient de plomb et un poids lui tombait sur le cœur. « Non, non, il me faut laisser aller les choses », se dit-elle.
– Charles, pourquoi as-tu tant d’affection pour André ?
Charles ouvre la bouche… et se tait.
– Ce n’est pas un ami véritable pour toi. Prends garde. Il ne marche pas dans le droit chemin.
Charles penche la tête… et se tait.
Tu ne dois jamais attrister ton Sauveur, pas non plus pour l’amour d’André !
Charles relève la tête : il y a des larmes dans ses yeux bleus, mais on peut aussi y lire une sainte résolution. Mlle Marie pense involontairement à un verset du prophète Jérémie : « Ils combattront contre toi, mais ils ne prévaudront pas sur toi, car Je suis avec toi » (Jér. 1. 19).
– Dieu te bénisse, mon cher petit Charles !

André n’est pas venu à l’école. Est-ce qu’il serait malade ? Sa tante a sévèrement défendu à Charles d’aller le trouver, sous aucun prétexte, car elle ne peut supporter ce mauvais garçon, mais… « mais il faut pourtant que je sache s’il est malade », se dit Charles.
À peine l’école est-elle finie, qu’il court à toutes jambes vers la maison d’André. Les petits oiseaux chantent dans les buissons, mais Charles ne les entend pas aujourd’hui. Il n’y a pas de joie dans son cœur. André malade, et… mais pourquoi se retourne-t-il si souvent ? Sa tante ne va pourtant pas prendre justement ce chemin-là… Bah ! Encore quelques enjambées, et il y sera.
« Je préfère ne pas entrer, parce que ma tante me l’a défendu », se dit Charles, et son cœur bat d’une façon étrange.
– André !
Pas de réponse. Malgré le beau soleil, porte et fenêtres sont fermées.
– André !… Bah ! Je n’ai que peu de temps, si je m’attarde, tante remarquera quelque chose.
Il ouvre doucement la porte, mais, comme il se glisse pour entrer, il reste accroché à un clou par la manche de sa veste. Malheur ! Une grande déchirure !
– Qui est là ? demande une voix à l’intérieur.
– Moi.
– Qui, moi ? Il y a beaucoup de moi ! Entre donc !
L’aspect de la chambre est misérable.
– Ah ! C’est toi ! s’écrie la mère d’André en se levant vivement, et, repoussant ses cheveux gris, elle saisit Charles par le bras :
– Sais-tu où il est ?
Charles la regarde avec effroi :
– Où il est !… Est-ce que… André n’est pas ici ?
– Il est parti ! Sa chambre était vide ce matin quand je suis entrée pour le réveiller et il a emporté le peu d’argent qui était encore là. Ah ! Qu’il faille supporter cela, de la part de son enfant !
La pauvre femme s’écroule sur une chaise et sanglote éperdument.
Charles la contemple un moment avec consternation ; puis il s’enfuit à toutes jambes. Pâle et défait, il court à perdre haleine. André parti !… et… qu’est-ce qui ronge donc encore son cœur et le tourmente ?
Lise est debout, à la porte de la boulangerie :
– Mais qu’y a-t-il ? Quelle mine tu as !
– André est parti, et sa mère ne sait pas où il est allé.
– Bon ! Si ce n’est que cela ! Laisse-le courir ! Un tel vaurien !… Mais… ta veste, Charles !
– Oui, je sais, Lise, mais j’étais si inquiet au sujet d’André, alors… j’ai couru chez sa mère.
– Mais enfin, Charles ! Tante l’avait pourtant défendu.
– Oui, je sais, et il y avait un clou à la porte,… et je m’y suis accroché.
– C’est la punition, dit Lise sévèrement.
– Oui. Charles soupire. Oh ! Lise, raccommode-moi cela, je t’en prie.
– Voici la tante ! Tais-toi. Je vais essayer d’arranger la chose.
Oui, Lise savait bien faire :
– Laisse-le, tante. Je lui raccommoderai cela. Au fond, ce n’est pas sa faute s’ils ont des clous à la porte, n’est-ce pas ?
La figure de la tante s’adoucit.
– Mais messieurs les maîtres pourraient faire attention à cela, murmure-t-elle.
Charles devient très rouge.
– Ce n’était pas…
Un violent coup de côté donné par Lise l’interrompt :
– Tais-toi donc, petit imbécile !
– Que dit-il ? Répliques-tu encore à ta sœur, gamin ? crie la boulangère en lui tirant l’oreille.
– Ah ! Laisse-le, tante, je t’en prie !
La tante repousse le petit :
– Va enlever ta veste, et remercie Dieu d’avoir une aussi bonne sœur.
Pauvre enfant ! Lise ne peut pas comprendre pourquoi il sanglote si éperdument.
– Ce n’est pas la peine de te désoler ainsi. Tante se fâche un peu ; mais tu la connais : au bout d’un quart d’heure, c’est passé.
– Mais ce n’est pas arrivé à l’école ! Ce n’est pas la vérité ! C’était mentir !
– Eh bien ! Oui. Mais nous ne pouvions pourtant pas lui dire que tu avais été dans la maison d’André !
– C’était mentir ! sanglote Charles.
– Ah ! Quelle bêtise ! Si c’était mentir, alors c’est moi qui ai menti, et cela ne te concerne pas. Et maintenant donne-moi ta veste, car tante m’attend au magasin.
Charles se tait. Il ravale ses larmes et enlève sa veste. Mais à peine Lise est-elle sortie, qu’il se jette sur le lit, cache sa figure dans les oreillers et pleure comme si son cœur allait se briser. C’est la fin de tout son bonheur, et il est complètement abandonné ! André est parti, et le Sauveur a détourné Sa face de lui – Charles le sent très bien – et les anges se sont envolés loin de ce garçon désobéissant, et Lise a menti pour lui, et il a menti avec elle puisqu’il s’est tu. « Ô cher Sauveur, tourne de nouveau Ton regard vers moi ! Je ne peux pas supporter que Tu T’éloignes de moi. André est parti, et Tu ne le rechercheras pas, puisque je T’ai attristé ! »

Chapitre 8. L’aveu de Charles

Les jours suivants sont de tristes jours pour Charles.
Notre Dieu est un Dieu fidèle, mais Il est aussi un Dieu saint. Chaque fois que Charles prie, sa conscience lui dit : « Avoue, avoue ». Alors un tel effroi s’empare de Charles qu’il ne peut plus continuer à prier. « Il ne m’écoute plus… ma prière ne sert plus à rien ! »
« Pas de puissance dans la prière, sans la paix de Dieu ». Cette phrase d’expérience chrétienne pratique dépasse de beaucoup la compréhension de Charles, mais il se rappelle tout à coup que sa mère lui a dit une fois sévèrement : « Il faut d’abord que tu obéisses, Charles, et ensuite tu me répéteras ce que tu m’as demandé ». Et elle avait tenu bon. Cela n’avait servi à rien que Charles suppliât toujours plus instamment, toujours plus tendrement : « Obéis d’abord, et demande ensuite ». Alors, il avait obéi. Et maintenant, le fera-t-il aussi ?…
Pendant quelques jours, il essaie de ne pas obéir et cherche toutes sortes de raisons pour s’excuser devant le Seigneur. C’était Lise qui avait menti, et pas lui ; il s’était contenté de se taire ; et Lise est pourtant si visiblement joyeuse et n’a pas idée d’avoir une mauvaise conscience. Ensuite, la désobéissance n’avait pas non plus été si grave !
Ces essais rendent toujours le cœur très malheureux, et parce que Charles s’en rend compte à la fin, il essaie « d’obéir ». Mais son cœur bat à se rompre dès qu’il aperçoit sa tante et qu’il se dit : « Maintenant il faut avouer ! » Et quand il ne la voit pas, il cherche comment il devra avouer sa faute. Et jamais il n’y arrive. Ces jours, en effet, sont des jours bien tristes.

Mais voilà qu’il se passe quelque chose de merveilleux le dimanche suivant, bien que ce fût un dimanche pluvieux et humide qui ne semblait pas spécialement favorable aux miracles. Le miracle fut que Mlle Marie prononça, à l’école du dimanche, les paroles mêmes que Charles avait entendues toute la semaine dans son cœur : « Avoue… avoue ! » et qu’elle décrivit ensuite tout ce que Charles avait éprouvé, pensé et souffert. Et il n’en avait pourtant parlé à personne. Comment avait-elle pu le savoir ? C’était presque aussi merveilleux que lorsqu’elle avait cru à l’innocence de Charles. Le Sauveur lui disait-Il tout, tout ?…
La bouche et les yeux ouverts d’étonnement, Charles la regarde fixement. Une figure d’enfant semblable est parlante, et il est plus facile d’y lire que dans bien des livres, du moins pour ceux qui aiment les enfants.
– Charles, porte-moi aujourd’hui ma sacoche à la maison.
En disant cela, Mlle Marie sourit si gaiement que Charles se sent tout réconforté.
Ils marchent un moment en silence côte à côte. Mlle Marie sait qu’il faut une clef pour ouvrir les portes fermées, et que la clef des cœurs, qu’ils soient grands ou petits, ne peut être donnée que par le Seigneur.
– Porte-moi encore ma sacoche jusqu’en haut, dit Mlle Marie, comme ils arrivent devant sa demeure et secouent leurs parapluies mouillés.
Charles lui jette de nouveau un regard timide et inquiet, mais elle sait qu’elle a obtenu du Seigneur ce qu’elle Lui a demandé tout le long du chemin : la clef pour ouvrir le petit cœur fermé de Charles.
Lorsque, une demi-heure plus tard, le petit garçon trotte vers la maison, il ne regarde ni à droite ni à gauche : deux seules pensées occupent son esprit : « Elle prie pour moi afin que j’aie le courage de le dire à ma tante, dès que je serai rentré ; et elle a aussi dit que Jésus m’aidera ».
Malgré tout, ses pas se ralentissent peu à peu ; il s’arrête un moment avant d’ouvrir la porte, et c’est en hésitant qu’il pénètre dans la salle à manger. Sa tante est assise à la fenêtre et lit le journal. Lise agite ses jambes sans rien dire. Quand sa tante pianote ainsi avec ses doigts sur la chaise, c’est signe qu’elle est de mauvaise humeur. Cela lui arrive souvent le dimanche.
– Déjà quatre heures ! Où as-tu flâné si longtemps ?
– J’ai porté la sacoche de Mlle Marie, et…
Charles s’arrête.
« C’est un mauvais moment ; attends encore », murmure une voix dans son cœur. Mais « elle prie pour moi ! » dit une autre voix, et il y a pourtant une puissance active dans la prière d’intercession. Il semble tout à coup à Charles que la pièce est remplie d’yeux aux regards encourageants.
– Et… il faut que je te dise quelque chose, tante.
– Et quoi donc ?
Elle pose le journal.
– Approche et ne frotte pas le plancher avec tes pieds. Regarde-moi, parle distinctement, et fais vite, ajoute-elle, comme Charles reste muet.
Le petit respire profondément, puis il se redresse et regarde sa tante.
– Je voulais dire que… dernièrement… quand je me suis déchiré la veste… ce n’est pas arrivé à l’école.
– Eh bien ! Petit, que racontes-tu là ? Dis cinq paroles qui aient un sens.
Charles respire encore plus profondément et se tait.
– Ainsi ce n’est pas à l’école que tu as déchiré ta veste. Et où donc ?
– Oui… chez… à la porte d’André !
– Ne t’avais-je pas défendu d’y aller ? Mauvais garnement ! crie la boulangère en colère. Voilà pour la désobéissance, et voilà pour le mensonge.
Et des gifles s’abattent à droite et à gauche sur les joues de Charles.
– Et pourquoi me racontes-tu tout cela ? Est-ce pour me mettre en colère ?
Elle a saisi le petit par le bras et le secoue vivement. Elle est vraiment très fâchée, et son visage est menaçant ; mais, au milieu de sa colère, elle s’étonne de voir l’enfant rester calme et tranquille devant elle. Il ne pleure pas, et il y a même, sur sa figure, quelque chose de semblable à un sourire. Cela la pousse à lui demander encore une fois :
– Mais pourquoi donc me raconter cela, petit nigaud ?
Parce que le Sauveur le veut, et parce que je ne pourrais pas prier sans cela.
– Miséricorde ! Quel enfant ! Il est tout à fait insensé ! Comprends-tu cela, Lise ?
Non, Lise ne le comprend pas. Elle pousse vivement son petit frère vers la porte.
– Va-t’en vite, Charles. Tu fais toujours des bévues.
La tante regarde silencieusement par la fenêtre. Pour la première fois, elle a été frappée par la douceur des yeux bleus de Charles. « Tout à fait le regard de sa mère », pense-t-elle, « et celle-ci tenait aussi tant à la piété. Ce qu’elle savait vous raconter du Sauveur ! … » La boulangère soupire… « Eh bien ! Oui, tout le monde ne se ressemble pas… Je ne suis pas non plus tout à fait une païenne… Je voudrais ne pas avoir frappé le petit garçon ! C’est étrange que je n’aie pas remarqué plus tôt comme il ressemble à sa mère. Comment un enfant aussi nigaud peut-il arriver à ces idées ? Que disait-il donc ?… « Le Sauveur le veut ! »…
La boulangère a subitement conscience de n’y être pour rien si Charles connaît le Seigneur et cherche à faire ce qui Lui plaît, et une douleur aiguë lui traverse le cœur. N’y avait-il pas eu un temps où elle aussi avait désiré suivre le Sauveur ; mais elle était jeune alors, « et le travail, les ennuis journaliers ne vous laissent pas le temps de penser à ces choses », soupire-t-elle en se retournant brusquement :
– Apporte-moi le livre de comptes, Lise, je veux faire la caisse.
Lise cherche vivement le livre. Mais les additions ne veulent pas réussir ce jour-là. Pendant que la main et le crayon passent de haut en bas et de bas en haut sur les colonnes de chiffres, les yeux bleus sont toujours devant elle.
Qu’avait donc dit sa sœur mourante ?
« Dieu te rendra en bénédiction ce que tu feras pour mes enfants. Celui qui reçoit un de ces petits en Son Nom, Le reçoit, Lui, le Seigneur Jésus ».
Comment avait-elle reçu le Seigneur Jésus ?
« Pour Lise, j’ai été comme une mère. Et le petit ? En vérité, je veux désormais être bonne pour lui aussi ».

Pendant ce temps, il est assis sur la caisse dans sa petite chambre. C’est sa place préférée parce que la caisse vient encore de la maison. Il ne sent pas que le mur sur lequel il appuie la tête est dur et froid, il sent seulement que tout est merveilleusement beau, que le Seigneur peut transporter des montagnes et tout arranger. Il a fermé les yeux : il ne veut rien voir, rien entendre, ne penser à rien… seulement répéter toujours : « Merci, mon Dieu ! Merci ! »

Mais tout à coup, Charles voit cependant quelque chose. Il voit la petite maison aux volets verts, la porte grande ouverte ; devant la porte est assise sa mère, pâle mais souriante, qui l’attire sur ses genoux. Et Charles sent comme un courant chaud et bienfaisant lui traverser le cœur. « Vois-tu, Charles », lui dit sa mère, « c’est le fleuve du bonheur, l’amour du Sauveur. Là où coule ce fleuve, pousse la joie ». Charles relève la tête pour regarder sa mère, mais elle avait disparu et la maison aussi… il n’y avait plus qu’un trou noir semblable à une mare, à côte de laquelle gisait la nouvelle casquette d’André. Le bras d’André sortait de la mare et il avait de nouveau la vieille veste au coude percé. « André, André ! » cria Charles, et il voulut tirer ce bras, mais il était trop lourd. « C’est l’argent accroché à ce bras, ce vilain argent pesant, qui le rend si lourd ». Était-ce sa mère qui prononçait ces paroles ?… « Jette l’argent loin de toi, André, vite, bien vite ». Mais André ricana et secoua la tête. Il ne voulait pas, et enfonçait toujours davantage. Alors Charles essaya de le retenir avec ses deux mains, mais toute sa force était partie et il ne sentit plus qu’un fleuve tiède qui coulait, coulait… et, sur son passage – chose étrange – tout devenait uni et lumineux ; il coulait aussi sur la manche déchirée d’André. Et, tout à coup, tout disparut, et Charles entendit la voix de Mlle Marie disant : « Chantons maintenant :

« Adorons de l’amour la divine puissance ».

« Ô André ! Quel bonheur que tu sois revenu à l’école du dimanche ! » André sourit, il était très pâle, et ses mains étaient vides et propres.
De joie, Charles poussa un grand cri qui le réveilla en sursaut. Il se frotta les yeux et se redressa.
Le rêve avait été étrange, mais le réveil le fut encore davantage : sa tante était devant lui et le regardait comme elle n’avait jusqu’à présent regardé que Lise.
– Pourquoi as-tu crié ? Tu as fait un mauvais rêve ?
– Non, ce n’était sûrement pas un mauvais rêve, puisque j’ai rêvé de maman.
La boulangère passe sa main sur ses yeux.
– Penses-tu encore quelquefois à ta mère ?
Charles fait un signe affirmatif :
– Tous les jours.
– C’est bien. Tu es un brave garçon. Vois, je t’ai apporté un gâteau aux pommes.
Charles met sa main dans celle de la boulangère et lui jette un regard reconnaissant. Il s’étonne qu’elle lui ait si vite pardonné. Le mensonge et la désobéissance sont pourtant de vilains péchés. Sa conscience le lui a bien dit. Il sent passer dans son cœur quelque chose de semblable au fleuve bienfaisant du rêve. Il n’a jamais aimé sa tante ; pour la première fois il se dit qu’il pourrait l’aimer, et sa tante doit sentir quelque chose de ce courant bienfaisant.
– Sais-tu, petit, dit-elle, que j’ai remarqué pour la première fois aujourd’hui combien tu ressembles à ta mère ?
Et elle met une cuillerée de crème fouettée sur le gâteau de Charles.

Les jours suivants, Lise remarque avec étonnement que sa tante a changé sa façon d’être envers Charles. Elle lui permet même d’aider au magasin, et il s’en tire très bien. Cela contrarie Lise. Elle s’était si bien persuadée qu’elle seule était capable d’être utile, qu’elle considère ce nouvel état de choses comme un empiétement sur ses droits.
– Ne fais donc pas l’important, dit-elle à Charles, en lui arrachant les sachets qu’il allait tendre à sa tante.
– Laisse le petit faire aussi quelque chose, puisqu’il y trouve du plaisir, dit une acheteuse.
Ces mots blessent encore davantage Lise et, comme il se présente une nouvelle cliente, elle pousse Charles si vivement de côté qu’il heurte et fait tomber une tarte à la crème.
– Bon ! Qu’est-ce que je disais ! Laisse-moi faire, dit Lise d’un ton maussade.
– Fais attention, Charles ; tu es toujours si maladroit, gronde la tante.
– Il n’y peut rien. C’est la faute de la fillette qui l’a poussé, dit la première acheteuse. Ramasse le gâteau pour ton bec, petit !
La boulangère se met à rire :
– C’est cela, et puis, sauve-toi !
Charles se tient là, le gâteau écrasé dans sa main.
– Merci, tante, dit-il gentiment en sortant.
Lise est de très mauvaise humeur, bien qu’elle continue à sourire en servant les clients. N’avait-elle pas toujours protégé son nigaud de frère, lavé les taches et raccommodé les trous de ses habits ? Qu’avait-elle besoin, cette femme, de prendre le parti du petit et de lui faire des reproches, à elle, devant tout le monde ?
-Quel charmant petit garçon aimable et modeste, dit l’acheteuse en suivant Charles des yeux.
Il n’était jamais venu à l’esprit de la tante que Charles eût toutes ces qualités. Mais en ce moment même, elle les lui reconnaît.
– Il a les jolis yeux de sa mère, ma pauvre sœur, dit la boulangère en soupirant. Une douleur secrète lui ronge le cœur depuis ce certain dimanche où Charles a confessé sa faute. Est-ce la nostalgie des temps anciens où le Sauveur occupait une place dans sa vie ?… Hélas ! À quoi servent les regrets ? On n’est enfant qu’une fois ! Cela passe et ne revient plus…
– Lise, va donc voir si les biscottes sont sorties du four !… Mais, qu’y a-t-il ?
– Rien ! est la réponse courte et maussade de Lise qui sort lentement pour faire ce qu’on lui demande. Le cœur de Lise aussi est rongé par un ver, un vilain ver empoisonné. – Détruis-le, Lise, avant qu’il gâte ta vie et celle des autres ! – Jusqu’à présent Lise avait toujours cru aimer tendrement son frère, et maintenant elle pourrait le haïr et le battre. Toutes les paroles de sa tante ont pris racine en elle. Si le petit « bon à rien » a fait des progrès, c’est uniquement grâce à elle. Elle avait toujours réparé les bévues qu’il commettait, et ce rôle lui plaisait. Mais Lise se sent blessée de ce qu’on accorde tout à coup à son frère une valeur personnelle. « Gentil, aimable, modeste ! » N’est-elle pas tout cela, elle aussi ? Oh ! Elle ne fera plus rien pour ce stupide Charles ; elle ne lui raccommodera plus ses déchirures ! Rien… plus rien ! On remarquera bien alors tout ce qu’elle faisait en secret… Et Lise passe la soirée à s’apitoyer sur elle-même.
– Quelle figure maussade tu as, ce soir, Lise, dit tout à coup le boulanger pendant le souper. Tu n’es pas du tout jolie ainsi.
Lise laissait pendre sa lèvre inférieure.
– Et toi, maître Carolus, que dis-tu ?
Charles le regarde en souriant.
– Voilà qui est bien, je n’aime pas les visages grognons.
Ce soir-là Lise ne dit pas un mot à son frère.
La boulangère se demanda ce qui était arrivé à Lise. Ah ! Il ne lui était rien arrivé, si ce n’est que la semence répandue dans son cœur par la tante elle-même, avait fini par y germer. Elle y avait semé, sans réfléchir, pour la satisfaction de la chair, et elle attendait une récompense divine, mais notre Dieu ne distribue pas les récompenses comme nous le pensons, et Son œil ne voit souvent que de l’ivraie là où nous croyions avoir produit une moisson utile.

Charles ne peut pas oublier son rêve et cherche en vain à le comprendre. Il en résulte pour lui un désir toujours plus intense de revoir sa mère et André. Où celui-ci peut-il bien être ? Si seulement Charles pouvait le savoir, il irait le chercher, même si c’était dans une mare ou au milieu de n’importe quel danger. Et s’il pouvait l’amener au Sauveur et à l’école du dimanche !… « Je donnerais ma vie pour cela », pense Charles. Sait-il bien ce que signifie « donner sa vie » ?…
Charles avait une fois reçu à l’école du dimanche un livre contenant l’histoire des martyrs. Il l’avait lu avec André. Les yeux de celui-ci avaient brillé d’enthousiasme : « C’est fameux ! Oui, c’est beau de mourir ainsi ! » Mais Charles avait pleuré… oui, il avait pleuré quand la panthère, cet horrible chat noir, avait saisi le jeune Pancrace à la gorge et que celui-ci était mort, le sourire aux lèvres… « Tu n’aurais pas fait un martyr, pleurnicheur », lui avait dit André en riant, « mais ce n’est pas grave, ce n’est pas non plus nécessaire… » Charles savait bien qu’il n’était pas un héros. Mais plus il pensait à André, plus il priait pour lui.

Chapitre 9. Dans la forêt

Il fait très chaud, aussi les maîtres ont-ils fermé l’école déjà à dix heures. Charles a donc beaucoup de temps à lui. Comme la forêt est proche de l’école et qu’il aime tant à y entendre chanter les oiseaux et à y regarder le ciel bleu entre les branches des arbres, il s’achemine doucement vers le bois. Son déjeuner est encore dans son sac ; mais c’est si triste d’être maintenant toujours seul à le manger. Il pense à André tout en cueillant des fraises. « S’il Te plaît, cher Sauveur, cherche-le et ramène-le à la maison… et fais donc aussi qu’il ne soit plus un voleur. Amen ! »
Charles s’assied pour déjeuner. Brrou, brrou, appellent les pigeons… Psscht, psscht, fait l’écureuil… Charles aime les animaux ; il se lève pour leur donner des miettes de son déjeuner.
Tout à coup, il reste immobile, glacé d’effroi. « Qu’est-ce que c’est ? » Il vient d’entendre un cri de détresse strident. Non, Charles n’est pas un héros, et s’il s’est arrêté au lieu de prendre la fuite, c’est uniquement parce que l’angoisse le paralyse.
« Je ne peux pas, ô Dieu, aide-moi ! »
Il est toujours bon de dire au Seigneur quand on manque de force. Il accueille les cris de détresse autrement que tu ne le fais, pauvre petit poltron.
Brrrou, brrrou, dit la colombe au-dessus de Charles. Il lève la tête et a honte. C’est ainsi que débute généralement le secours de Dieu.
« Ah, c’était mal à moi de vouloir fuir ». D’où Charles en a-t-il subitement conscience ? Il tend l’oreille un moment.
« Si… si… le méchant homme crie encore une fois, j’irai où… il est… et je le secourrai ». Que disait donc le verset qui parlait de vie donnée par amour ?
Là ! Encore un cri ! Mais ce n’est pas la voix d’un méchant homme, plutôt d’un enfant, et… même… on dirait… Serait-ce donc possible ?
– Est-ce toi, André ? Où es-tu ?
– Ici.
Qu’est-ce qui a les pas les plus rapides ? La crainte ou l’amour ? Je ne sais pas…
Charles s’est accroché à une ronce. Malheur ! Une déchirure ! Mais qu’est-ce que ça lui fait en ce moment ! « André, André ! »… Pourquoi ne répond-il plus ?
Là ! Que se passe-t-il ? Il est étendu à terre, pâle et inerte. « Mort ! » crie Charles.
Sa mère était ainsi, blanche et immobile, quand elle est partie. « Cher Sauveur, cela ne peut pas être… Il est donc encore un voleur ! »
Une contraction passe sur le visage d’André ; il ouvre les yeux, mais les referme aussitôt. Charles se jette sur lui en sanglotant. Il l’embrasse, le caresse, et répète toujours : « Cher Sauveur, cela ne peut pas être ; aide-nous ».
André n’était pas mort ; il était seulement évanoui. Quand il avait senti sa tête se remplir d’un bruit de grandes eaux mêlé au tintement de cloches ; quand tout s’était obscurci devant sa vue, même les arbres verts et le ciel bleu, il avait pensé : « voilà la mort ! » Une terreur immense l’avait alors poussé à lancer un cri d’appel, bien qu’il se dît : « Personne ne peut m’aider, je suis un voleur et un menteur », puis il avait perdu connaissance et n’avait plus eu conscience de rien, jusqu’à ce qu’il entendît près de son oreille la voix de Charles : « Cela ne peut pas être, cher Sauveur, il est donc encore un voleur ! »
André se rendit compte alors qu’il n’était pas mort, mais il referma bien vite les yeux et sentit les petites mains douces de Charles passer sur sa figure, les lèvres de Charles se poser sur sa joue. Ressentait-il de la joie ou de la douleur ? Il n’en savait rien. Peut-être l’un et l’autre.
– De l’eau ! murmura-t-il.
Charles se précipite. Il sait où trouver de l’eau et sa casquette peut servir de gobelet. « Ô cher Sauveur ! Quels miracles Tu fais ! » André a bu et Charles le regarde avec des yeux rayonnants. Maintenant, il joint les mains :
– André, ne penses-tu pas qu’il nous faille remercier Dieu de… de ce que tu ne sois plus mort ?
Un demi-sourire se dessine sur le visage d’André, mais il joint les mains.
– Je n’étais pas tout à fait mort, dit-il, mais peu importe, si tu crois, remercie, seulement…
– Seulement quoi ?
– Je pensais seulement que j’aimerais beaucoup être semblable à toi, dit André à voix basse, je veux dire être pieux comme toi, et si tu pouvais demander cela ; mais peut-être Dieu ne peut-Il pas le faire.
Et, en disant ces mots, André se couvre la figure avec sa casquette.
Dieu peut tout, tout faire, dit Charles avec fermeté, mais enlève donc cette casquette.
Non, André ne peut pas l’enlever, parce que pour rien au monde Charles ne doit voir qu’il pleure.
André reste donc caché sous sa casquette pendant que Charles lui raconte tout ce que le Seigneur a fait de merveilleux. Tout à coup, il s’arrête : on entend, sous la casquette, le bruit de sanglots convulsifs :
– Et je resterai quand même un voleur… et je vais mourir, car je suis très malade, mais je voudrais mourir à la maison, et pas dans cet horrible endroit où les cloches sonnent toujours, parce que tous les enfants meurent quand ils ont la maladie que j’ai. Aïe ! Ma gorge, ma gorge !
Et André sanglote désespérément.
– André, André, je t’aime tant ! Et Dieu ne permettra pas que tu meures. Et tu deviendras honnête et pieux ! Ô André ! Comme ta tête est brûlante !
Charles avait appuyé sa joue contre celle de son ami. Celui-ci le repousse tout à coup avec effroi.
– Va-t’en ! crie-t-il, on dit que c’est contagieux.
Mais Charles ne bouge pas.
– Va-t’en ! Je ne veux pas que tu meures ! Ils t’ont battu parce que… parce que je t’ai lâché ; je ne veux pas que tu meures, parce que je te donne la maladie… je ne veux pas que tu meures, parce que tu m’aimes !
Charles sourit, et André ne devait jamais oublier ce sourire. Il n’en comprit pas la signification, mais il en eut un pressentiment.
– Ô Charles ! Ils t’ont battu ! Ô Charles ! Pourquoi m’aimes-tu autant ?

Chapitre 10. Laisser sa vie pour ses amis

« Le méchant André est revenu et il est malade », telle est la nouvelle que colportent les braves gens du village ; ils en profitent pour énumérer tous les méfaits attribués à tort ou à raison à « ce mauvais garnement » et ne manquent pas de conclure qu’il va mourir dans ses fautes et dans ses péchés.
– Tante, permets-moi d’aller chez André ! Je t’en supplie, tante, chère tante !
– Eh ! Petit, dit la tante en riant, voilà que tu apprends à flatter comme Lise. Mais les cajoleries ne serviront à rien. Tu n’iras pas chez André. Compris ?
– Mais il faut que j’aille, tante, il le faut !
La boulangère dépose le panier de pains qu’elle avait à la main et regarde Charles. Il y avait une puissance magique dans le doux regard et une touchante persuasion dans son « il faut ».
– Tu n’iras pas, et cela en restera là !
– Il mourra, tante, et il est…
Il allait dire « un voleur », mais il s’arrêta à temps.
– Qu’est-ce qu’il est ?
– Il ne peut pas aller au ciel… impossible.
– J’espère bien ! Un tel vaurien ! murmure la tante en reprenant son panier.
Charles se glisse hors du magasin, et à peine a-t-il fermé la porte que la boulangère l’entend sangloter.
Elle s’assied sur une chaise en joignant les mains : « Quel étrange enfant ! Sa mère était exactement comme cela, et elle est partie pour le ciel… Et ce petit Charles, je l’ai toujours pensé… oui, depuis le jour où il m’a tellement fâchée en avouant qu’il s’était fait la déchirure chez ces vilaines gens… depuis ce jour, je n’ai plus pu le regarder sans me dire : « il ne deviendra pas grand ». Et maintenant il est assis là et sanglote à cause de son André ! Quelle connaissance du ciel un enfant comme lui peut-il avoir ? »
La boulangère soupire et s’approche de Charles :
– Viens ici, petit.
Charles accourt en hâte.
– Je voulais te dire que tu es un brave garçon, mais tu ne dois pas aller chez André pour ne pas prendre la maladie. Sois tranquille au sujet de ce vaurien ! Il ne mourra pas avant longtemps ; il se guérira, deviendra sûrement un vieux bonhomme et fera encore beaucoup de sottises en ce monde… Tu ris maintenant ! Voilà qui est bien. Surtout ne tombe pas malade, mon petit ! Choisis un beau gâteau pour ton goûter et va t’asseoir dehors.
Et Charles sort en se disant que sa tante est, après tout, bien bonne pour lui. Il s’étonne de ne pas l’avoir remarqué plus tôt. Il s’assied devant la porte avec son gâteau, mais il n’a aucune envie d’y toucher. Il préférerait se coucher et dormir. Il a froid, et pourtant le soleil est chaud ; il le sent bien à sa tête qui brûle… Comme celle d’André, l’autre jour, dans le bois. « Je vais m’asseoir à l’ombre », pense-t-il, mais ses jambes tremblent et un frisson lui passe le long du dos. Il entend Lise l’appeler : « Le goûter est prêt, viens vite, Charles ! » Non, il ne vient pas vite, car le goûter l’intéresse peu, mais il obéit pour ne pas être grondé. Silencieusement, il prend sa place à table.
Sa tante le regarde avec inquiétude.
– Qu’as-tu, Charles ? Es-tu malade ? Donne-moi la main. Oh ! Je le pensais, il a la fièvre. Maintenant, ça y est ! Il tombe malade… et…
La boulangère n’achève pas sa phrase et cela vaut mieux, sans doute.
– Va te coucher, petit. Lise ira chercher le docteur, et ensuite…
Oui, et ensuite ?…

« Le méchant André est à l’hôpital, mourant de la diphtérie ! » La nouvelle finit par arriver aux oreilles de Mlle Marie. « Il faut que j’y aille naturellement, mais… » Ce « mais » est suivi d’un léger soupir. Ah ! Il y a aussi encore des « mais » dans le vocabulaire de foi de la jeune fille, et ils s’accrochent à elle comme des poids à ses pieds quand elle se met enfin en route pour aller voir André. Elle n’a aucun espoir pour le salut de ce malheureux garçon, qui a toujours échappé à ses mains et à son amour et qui l’a souvent fâchée, à l’école du dimanche, par son manque d’attention et de docilité. Quelle utilité aura sa visite auprès d’un tel enfant, auquel tout a été dit, et dont le cœur n’a fait que s’endurcir davantage ?
« Mais que cela soit utile ou non, il faut que je sois fidèle ».
L’infirmière à l’accueil lui ouvre la porte.
– André Favre ? dit-elle en réponse à la question de Mlle Marie. Diphtérie, n’est-ce pas ? Celui-là n’est plus ici.
– Mort ! s’écrie Mlle Marie, et elle a subitement conscience que pour « être fidèle » il faut quelque chose de plus qu’une démarche sans confiance et sans amour. Un moment suffit souvent pour nous apprendre beaucoup de choses. Un éclair bref et brillant illumine tout le paysage, montagnes et vallées, le détail et l’ensemble.
– Non, non, pas mort. Dieu l’en préserve ! Il a pu sortir de l’hôpital ce matin.
Mlle Marie se détourne lentement pour partir. « C’est un messager infidèle », pense-t-elle, « celui qui n’obéit que quatre jours après avoir reçu un ordre. Le Maître ne devrait plus rien lui confier ». Et elle reste encore un moment hésitante à la porte, en répétant « sorti… ce matin ».
L’infirmière à l’accueil a sans doute déjà fait l’expérience de la contrariété résultant des démarches inutiles, et avec le désir de faire oublier la déception, elle dit aimablement :
– Mais son petit ami est encore là.
– Comment s’appelle-t-il ?
– Charles Rolli. Également la diphtérie.
– Mon petit Charles ! Oh ! Il faut que je le voie !
L’infirmière sourit :
-Deuxième étage, premier couloir à gauche, chambre numéro 5. Mais il est très malade… et c’est contagieux.
Mlle Marie secoue la tête et se dépêche de monter l’escalier.
– Très malade, murmure l’infirmière du service, en ouvrant doucement la porte.
Charles semble dormir. Jamais l’expression douce et innocente de ce visage d’enfant n’a frappé son amie comme en ce moment. Ses joues sont brûlantes et ses lèvres s’agitent comme pour parler. Soudain il sourit, d’un sourire radieux.
– La voilà de nouveau.
– Que vois-tu, mon petit Charles ?
Elle prend dans les siennes une des petites mains fiévreuses. Il ouvre les yeux et la regarde.
– Notre maison et… Sa respiration est sifflante et les paroles sortent péniblement. …et ils chantent ! Je veux chanter avec eux. Mère, est-ce que le Sauveur ne va pas venir bientôt ?… André, pourquoi me serres-tu la gorge… Jette l’argent… André… de l’air…
L’infirmière lui soulève la tête et lui essuie le front où perlent des gouttes de sueur.
– Le docteur veut encore essayer l’opération de la trachée, murmure l’infirmière à voix basse.
– Pauvre enfant, pauvre petit agneau ! Mon cher petit Charles, me reconnais-tu ?
Il tourne lentement la tête, et un éclair de reconnaissance passe sur son visage.
– Mademoiselle. Ses mains se tendent vers elle. Vous ne croyez pas… que… je suis un voleur ?
– Non, mon enfant, non ! Je crois que tu es le cher petit Charles du Sauveur !
– Est-ce que Jésus l’a dit ?
– Oui, Charles.
Il ferme les yeux et sourit :
Il a toujours fait tout… ce… que je Lui ai demandé… André ! crie-t-il tout à coup.
– André est à la maison et tout est bien, dit l’infirmière.
– Tout est bien… murmure le petit malade. Est-ce que le Sauveur t’a trouvé, André ?
– Oui, oui, Charles. Tu as souvent dit que le Sauveur a ramené André à la maison.
– Et l’argent ? Jette l’argent !…
Un râle étouffé… un effort angoissé pour chercher de l’air.
N’aie pas peur, Charles. Jésus est près de toi.
Il sourit de nouveau :
– Aussi… près d’André ?
– Oui, Charles. Il cherchera aussi André pour le sauver et l’amener ensuite au ciel.
Oh ! Comme Mlle Marie peut tout à coup avoir confiance pour le garçon dont elle avait désespéré !
– Chercher… murmure Charles, et ses mains passent avec anxiété sur la couverture … le Seigneur Jésus saitbien chercher… n’est-ce pas ?
– Oui, Charles, mieux que personne. Il n’est pas nécessaire que tu Lui aides. Il le fera tout seul.
– Tout seul, répète l’enfant en fermant les yeux…
Dort-il ? Non, voici de nouveau cette terrible difficulté de respiration… Sa figure devient bleue et un son sifflant sort de sa gorge.
L’infirmière se précipite sur la sonnette.
– Il faut tout de suite chercher la boulangère, et prévenir le docteur que s’il tarde à venir pour l’opération, ce sera trop tard.
Charles ouvre lentement les yeux… son regard semble interroger.
– Est-ce que… André… y est encore ?
– Non, non, André est guéri, à la maison.
– À la maison, répète-t-il doucement, puis, pleurant : André, je ne peux pas… Comment était-ce… ce que… Mademoiselle disait… laisser sa vie… pour ses amis… On entend des pas précipités : le docteur. Il s’approche du lit de Charles, tâte le pouls, écoute le râle de la poitrine.
– Il est grand temps !
Mlle Marie jette encore un regard rapide sur Charles.
– Que le Sauveur te protège, petit agneau !

Arrivée à la maison, elle jette loin d’elle son chapeau et ses gants, et s’agenouille silencieusement et longuement devant son Dieu… Elle a souvent parlé au Seigneur, car c’est une femme de prière ; mais aujourd’hui elle ne trouve rien à dire. « Je mettrai ma main sur ma bouche, je me prosternerai dans la poussière » (Job 39. 37 ; cf. Job 42. 6), pense-t-elle, car elle se sent écrasée devant son Dieu, et devant cet enfant, le moins doué et le plus méprisé de tout un groupe d’écoliers, qui était devenu un héros dans la foi et dans l’amour.
« Les faibles seront rendus forts, et les derniers seront les premiers, Seigneur, ô Dieu qui fais des merveilles ! » (Héb. 11. 34 ; Mat. 20. 16 ; Ps. 77. 14).

Quand on vint dire à Mlle Marie : « Il y a là un garçon qui voudrait vous parler », elle sut tout de suite de qui il s’agissait. Depuis sa visite à l’hôpital, elle ne mettait plus en doute la conversion d’André, et, quand il se tint devant elle, muet, pâle et tremblant, tous les méfaits dont il était accusé, ne lui semblèrent plus si monstrueux. « Ils seront lavés par le Seigneur », pense-t-elle, « dans le même sang qui a effacé mon manque de fidélité, de foi et d’amour ».
– Eh bien ! Mon pauvre garçon !
– Il est mort, sanglote André, et…
– Et, André ?
– Tout est arrivé par ma faute… la maladie a été amenée par ma fuite ; ma fuite a été la suite du vol… et qu’il ait été battu à cause de votre porte-monnaie… cela aussi… c’était pour moi…
– Oui, André, ce sont de tristes histoires ; mais assieds-toi maintenant et raconte-moi tout, tranquillement et distinctement ; et nous verrons alors ce que tu dois faire pour que le Seigneur te sorte de tout ce bourbier.
André s’assied et tourne sa casquette. Ah ! Ce n’est pas une chose facile de raconter tranquillement et surtout de tout raconter !
La domestique, à la cuisine, se demande ce que Mademoiselle peut bien avoir à faire si longtemps avec un garçon d’aussi mauvaise mine. Et quand il sort, à la fin, elle le suit des yeux avec curiosité.
– Qu’as-tu là ? demande-t-elle, en regardant un petit livre dans sa main. Un évangile ? Hem ! En prendras-tu soin au moins ?
Il fait un signe de la tête et s’éloigne. « Si j’en prendrai soin ! Le récit de Ses souffrances ! » D’un geste caressant, il passe la main sur le livre et le cache sous sa chemise.
André venait de comprendre ce qu’il avait entendu souvent raconter, ce qu’il avait chanté lui-même à l’école du dimanche… que, bien avant Charles, Quelqu’un l’avait aimé, avait souffert pour lui, était mort pour lui… C’était un amour bien supérieur encore à celui de Charles, des souffrances incomparables, car c’était l’abandon de Dieu… « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ? » (Mat. 27. 46)… C’était pour me sauver, moi, André, pécheur… le sang de Christ qui purifie de tout péché (1 Jean 1. 7) a dû couler…
André s’assied sur une pierre et appuie sa tête sur ses mains :
« Seigneur Jésus ! Cher Sauveur, je veux faire ce que Tu veux… tout ce que Tu veux ».

La boulangère est dans un état de grande agitation. Les funérailles de Charles sont passées. Elle avait tenu à ce qu’il ait un enterrement de première classe, et le boulanger avait consenti à tout en face des larmes de sa femme, avec l’espoir de la consoler. Il lui avait dit : « Fais tout ce que tu veux ». « Les femmes sont étranges », pense-t-il. « Les premiers temps, il n’y avait rien de bon chez le petit, et, du jour au lendemain, changement complet. Maintenant, c’est une désolation. On dirait que son cœur est brisé. Que celui qui peut me l’expliquer le fasse. Je n’y comprends rien ».
Puis, il était venu plein de clientes qui s’étaient lamentées sur le décès de ce charmant garçon, si visiblement bon et pieux. C’était une épine dans le cœur de la tante, qui avait été si longtemps sans le connaître. Ensuite, elles louaient la bonté avec laquelle elle l’avait élevé. « Oui, vraiment, vous avez toujours été une mère pour lui ». Oh ! Comme ces éloges lui faisaient mal ! Elle aurait voulu se persuader qu’ils étaient mérités, mais c’était impossible. Elle ne pouvait chasser de sa mémoire les coups, les injures, les menaces, ni le regard anxieux des doux yeux pleins de larmes.
Ensuite était encore venu un pieux vieillard qui, touché des sanglots de la malheureuse femme, s’était efforcé de lui donner des consolations.
« Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, vous Me l’avez fait à Moi-même (Mat. 25. 40). Le Seigneur, qui a prononcé ces paroles, vous rendra ce que vous avez fait pour cet enfant », lui avait-il encore dit, en partant. Elle avait d’abord pensé que c’était des paroles magnifiques, mais, en y réfléchissant, elle n’en sent plus que l’aiguillon. N’était-ce pas suffisant que le Sauveur de Charles ait tout vu, tout entendu ?… Fallait-il encore L’entendre dire : « fait à Moi-même » ?…
– Mon cœur est tout entier malade et je voudrais que les gens ne me parlent plus du petit. Leur intention est bonne, mais je ne peux pas le supporter, avait-elle dit à Lise.
Et voilà encore André qui était venu !… Après son départ, la boulangère se prend la tête à deux mains : « C’est André qui a volé les trois francs et le porte-monnaie ! C’est pour lui que Charles s’est laissé battre, injurier, sans rien dire, sans le dénoncer ! Et c’était pourtant un enfant si poltron ! Qui m’expliquera cela et me dira que ce n’est pas un miracle ?… Et chez André ? Quel changement pour qu’il soit venu volontairement tout m’avouer ! Et que disait-il encore ? Presque les mêmes paroles que Charles ». La boulangère se cache la figure dans les mains ; c’en est trop pour elle. Faut-il encore que ce mauvais garçon lui fasse honte ?…
« Mauvais ? Est-il vraiment encore mauvais, maintenant qu’il a tout confessé, qu’il veut travailler et réparer ?… »
« Et pourquoi le veux-tu ? » lui a-t-elle demandé. « Pourquoi me dis-tu tout cela ? » « Parce que je ne veux plus être un voleur et que je veux faire ce que le Sauveur désire ». « Le Sauveur, et toujours le Sauveur ! C’était aussi ainsi que parlait ma sœur, la mère de Charles », soupire la boulangère, et elle va dans l’arrière-boutique prendre, sur un rayon haut placé, une Bible dont elle essuie la poussière. « Elle me vient encore d’elle. Ah ! Si je l’avais lue fidèlement, je serais plus heureuse aujourd’hui. Mais je veux le faire maintenant, et chercher à vivre en chrétienne. Je ne sais comment ce sera possible, mais, cher Sauveur, Toi qui aimes les enfants, pardonne-moi, change-moi et fais que j’aille aussi au ciel. Amen !

Chapitre 11. Dix ans après

Une jolie croix de marbre blanc orne la tombe de Charles. L’inscription en est brève : « Je t’aime ».
« Est-ce un verset biblique ? » pensent ceux qui le lisent, se demandant qui est sous-entendu par je et toi.
« Je, c’est le Seigneur, et toi, c’est le mort », disent les uns. « Non, je, c’est le mort, et toi, c’est le Seigneur », disent les autres. Qui a raison ?…
La pluie et la neige ont un peu effacé l’or des lettres, et l’inscription n’est plus que rarement lue ; mais la tombe est soignée et garnie de fleurs. La boulangère s’y rend volontiers le dimanche après-midi, quand la pancarte « repos dominical » est suspendue à la porte de la boutique. Aujourd’hui, Lise l’accompagne, car c’est le jour anniversaire du décès de Charles.
– Déjà dix ans ! soupire la boulangère en joignant les mains. Béni soit le Seigneur qui a amené cet enfant dans ma maison.
Lise se baisse pour arracher une mauvaise herbe qui a poussé au milieu du lierre.
– Et sans toi, ma Lise, que deviendrais-je ? ajoute la boulangère.
Sans répondre, Lise prend l’arrosoir et s’éloigne pour chercher de l’eau.
C’est une jolie fille, au teint rose, aux bras robustes, au cœur joyeux. Elle est prompte et adroite dans tout ce qu’elle fait, une aide précieuse pour sa tante. Celle-ci la suit des yeux avec complaisance, puis elle se tourne de nouveau vers la petite tombe.
« Je t’aime », lit-elle à demi-voix, et, voyant passer une ombre sur la croix, elle se retourne. Un jeune homme se trouve devant elle.
« André », allait-elle dire… « M. Favre ! » s’écrie-t-elle, en se reprenant.
Il lui prit les mains :
– Je resterai toujours André pour vous… Et aujourd’hui c’est l’anniversaire du décès de notre Charles !
Ils restent un moment silencieux, puis André dit à voix basse :
– Il y a dix ans aujourd’hui, j’ai compris ce qu’est l’amour, l’amour qui laisse sa vie pour celui qui ne le mérite pas. J’étais un écolier, et j’ai déshonoré le Seigneur et fait beaucoup de chagrin à Charles ; mais maintenant cette parole s’applique aussi à moi : « Je t’aime » et le Sauveur me permet de faire ce qu’Il avait permis autrefois à Pierre : « Pais Mes agneaux… Sois berger de Mes brebis… » (Jean 21. 15 et 16).
– Je… je ne vous comprends pas, dit la boulangère embarrassée.
Il sourit :
– Dieu m’a fait entendre Son appel pour proclamer l’évangile aux païens et j’irai prochainement en Nouvelle Guinée, s’Il le permet.
– Mais, cher monsieur Favre, n’y a-t-il pas encore des sauvages en Nouvelle Guinée ? s’écrie la boulangère avec effroi.
Le regard d’André ne quittait pas la croix.
– Le Seigneur peut me protéger ; et s’Il veut me donner ce qu’Il a donné à ce faible enfant ici, de devenir fort en Son amour, jusqu’à laisser ma vie pour Lui et mes frères…
Il s’arrête, car Lise revient avec son arrosoir.
– Ah ! Lise, vois qui est là, s’écrie la tante, le cher André de Charles, et écoute ce qu’il vient de me dire.
Lise a rougi et lui tend silencieusement la main. Quand elle a appris ce qu’il compte faire, elle secoue sa jolie tête blonde.
– Non ! Une idée pareille ; je ne le comprends pas !
Il la regarde pensivement : elle est la sœur de son petit Charles, et il avait espéré qu’elle pourrait devenir un jour davantage pour lui ; mais il a déjà constaté, il y a deux ans, à son départ pour le service militaire, ce qu’elle lui dit maintenant : ils ne se comprennent pas ! Une ombre assombrit son visage heureux, mais seulement un instant.
– N’avez-vous pas une parole de bénédiction pour moi, chère Madame ?
Elle lui prend les deux mains :
– Que l’amour de Jésus te protège et que Sa présence t’accompagne !… Ah ! Si notre Charles savait cela !…

* * *

André s’agenouille encore un moment sur la petite tombe, et, quand il s’éloigne, les deux femmes le suivent du regard, les yeux pleins de larmes.

« À Ton amour je me remets
Pour T’appartenir à jamais »

Ce furent les dernières paroles qu’elles entendirent sortir des lèvres du « méchant André ».

FIN

NAOMI

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NAOMI

1ère partie : le retour de Naomi

Je propose, ce soir, d’accompagner, sur un bout de chemin, Naomi, dont l’histoire nous est rapportée dans l’Ancien Testament.

En lisant certains livres de la Bible, on peut se poser la question de savoir s’ils ont quelque chose d’autre à nous apporter que le récit lui-même. Alors nous entendons cette voix du Nouveau Testament : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Tim. 3. 16). Il y a toujours une instruction à retirer de ce que nous pouvons lire dans la Parole de Dieu.

Ce n’est pas toujours le sens premier, mais il y a souvent un sens second, un sens spirituel, un sens moral. Parfois il y a aussi un sens prophétique. Le Seigneur Jésus, Lui, nous donne encore une autre raison de sonder les Écritures, c’est que ce sont elles qui rendent témoignage de Lui (Jean 5. 39). Donc nous avons toujours, même dans les écrits de l’Ancien Testament, des versets qui nous ramènent au Seigneur Jésus Christ Lui-même.

Il y a un autre verset, dans la 1e épître aux Corinthiens, qui nous dit que ce que le peuple d’Israël a vécu, il l’a vécu comme type, c’est-à-dire, ce qu’ils ont vécu doit nous servir d’exemple, à nous que la fin des temps a atteint (1 Cor 10. 11). Nous sommes bien sûr, aujourd’hui, dans cette période de la fin des temps comme déjà l’apôtre Paul pouvait le dire.

Nous allons demander à notre Dieu de nous guider, pour recevoir à travers cette histoire de Naomi et de Ruth quelque enseignement, quelque encouragement, peut-être aussi quelque exhortation. Et chacun en fonction de son histoire, en fonction de ce qu’il connaît, de ce qu’il vit, pourra certainement recevoir quelque chose de la part de Dieu.

Nous commençons la lecture au premier chapitre du livre de Ruth : « Et il arriva, dans les jours où les juges jugeaient, qu’il y eut une famine dans le pays ; et un homme s’en alla de Bethléhem de Juda, pour séjourner aux champs de Moab, lui et sa femme et ses deux fils. Et le nom de l’homme était Élimélec, et le nom de sa femme, Naomi ; et les noms de ses deux fils, Makhlon et Kilion, Éphratiens, de Bethléhem de Juda ; et ils vinrent aux champs de Moab, et ils demeurèrent là. Et Élimélec, mari de Naomi, mourut ; et elle resta avec ses deux fils. Et ils prirent des femmes moabites : le nom de l’une était Orpa, et le nom de la seconde, Ruth ; et ils habitèrent là environ dix ans. Et Makhlon et Kilion, eux deux aussi, moururent ; et la femme resta, privée de ses deux enfants et de son mari » (v. 1 à 5).

La Parole de Dieu introduit cette histoire en quelques versets, et même s’ils sont donnés pour situer le récit, ce sont des versets qui sont riches d’enseignements. D’abord ils nous situent l’histoire au temps des juges.

Le temps des juges est un temps particulier, entre le moment où le peuple d’Israël, sous la conduite de Josué, est entré dans le pays de Canaan, et l’établissement d’un roi sur Israël. C’est une période où le peuple, dans son ensemble, s’était détourné de Dieu. Il nous est dit que, après la génération qui avait combattu, qui avait dit à Josué qu’ils désiraient servir l’Éternel, il « se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël » (Jug. 2. 10).

C’est surprenant, parce que voilà une seule génération qui a passé, et déjà ils ne connaissaient plus l’Éternel. Cela montre que les parents avaient déjà laissé une bonne partie de leurs convictions et avaient négligé d’instruire leurs enfants – ou, s’ils l’avaient fait, c’était d’une manière telle que les choses ne les avaient pas marqués. Il manquait la puissance. Alors Gédéon va dire plus tard : « Où sont toutes ses merveilles que nos pères nous ont racontées ? » (Juges 6. 13) Où est cette grandeur de l’Éternel dont on nous a parlé ? Nous sommes là dans la pauvreté, sous l’oppression, en train de cacher le peu de récolte qu’on a pu sauver de la main de l’ennemi.

Il y a donc déjà une première instruction ici, c’est que dans ces temps-là, Dieu était peu connu et peu servi. Toute l’histoire des juges est une succession de moments où le peuple se détourne de Dieu – c’était pourtant le peuple de Dieu, dans le pays de Dieu – et se tourne vers les idoles, et où Dieu va intervenir par des jugements pour le ramener. En général Il les ramène par l’intervention d’un juge.

C’est dans ce contexte-là, dans cette période qu’il est dit que chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux, où il n’y avait pas de roi en Israël (21. 25). Dieu n’était donc pas reconnu comme roi d’une manière générale. C’est dans cette période-là que se situe l’histoire de Ruth.

Et c’est aussi une période où la famine est sur le pays. Quand la famine arrive dans le pays d’Israël, il s’agit en général d’une interpellation de la part de Dieu. Il avait annoncé qu’il enverrait la famine sur le pays, qu’il retiendrait la pluie lorsque le peuple se détournerait de Lui (Deut. 28). Salomon aussi plus tard, dans sa prière, fera mention de cela et il dira : « Quand les cieux seront fermés et qu’il n’y aura pas de pluie, parce qu’ils auront péché contre toi, s’ils prient en se tournant vers ce lieu-ci, et qu’ils confessent ton nom et reviennent de leur péché, parce que tu les auras affligés : alors, toi, écoute dans les cieux, et pardonne le péché de tes serviteurs et de ton peuple Israël, quand tu leur auras enseigné le bon chemin dans lequel ils doivent marcher ; et donne la pluie sur ton pays que tu as donné en héritage à ton peuple » (1 Rois 8. 35 et 36).

Une famine dans le pays devait donc interpeller le peuple, et l’interpeller par rapport à sa conduite et par rapport à son Dieu. D’autant plus qu’ici il s’agit d’un homme qui habite Bethléhem de Juda. Bethléhem signifie la maison du pain et voilà qu’il y a la famine dans la maison du pain. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? Que peut signifier pour nous Bethléhem ?

Bethléhem était une ville d’Israël, donc une ville dans le pays que Dieu avait donné à Son peuple. On peut y voir quelque chose de l’assemblée, des assemblées locales, non pas dans le sens le plus élevé de l’assemblée, composée seulement des vrais croyants dans le temple de Dieu, mais de ce peuple de Dieu qui vit dans un endroit et qui est formé de familles. Il peut arriver que, dans des assemblées où il devrait y avoir de la nourriture, où Dieu a donné des dons – le Seigneur Jésus a donné des dons aux hommes pour l’édification (Éph. 4. 8, 11) – il peut arriver qu’il y ait de la famine, que la Parole de Dieu soit peut-être manquante ou alors, si elle est enseignée, peut-être est-elle enseignée de telle façon qu’elle n’est ni reçue, ni comprise. Cela peut nous interpeller dans ce sens-là. Il faut prendre conscience de ce fait. La famine peut aussi s’exprimer sur le plan relationnel par le manque de compréhension mutuelle, de support mutuel, en un mot d’amour entre les frères.

Aujourd’hui nous vivons une période assez particulière : par la situation épidémique et économique mondiale, mais aussi par l’état d’esprit qui prédomine, en tous cas dans nos pays et parfois aussi au milieu du peuple de Dieu : chacun fait ce qui est bon à ses propres yeux. Dieu peut, d’une certaine manière, envoyer la famine dans les assemblées. Que le Seigneur nous montre le chemin pour prendre conscience de ce qu’Il veut nous dire, afin qu’Il puisse nous restaurer pleinement.

Ce petit livre nous présente un homme, sa femme et leurs deux fils, qui décident de partir, de quitter le pays où Dieu les avait conduits, où Dieu était présent, où il y avait, on dirait aujourd’hui des frères et sœurs dans la foi, pour aller dans un autre pays. Ce pays se trouvait à quelques dizaines kilomètres ; il était dans une terre fertile, un pays qui s’appelle « les champs de Moab », dont le dieu est Kemosh. C’était un pays ennemi du peuple d’Israël, même s’il était d’origine parentale : Moab était un fils de Lot, le neveu d’Abraham (Gen. 19. 37). Il y avait quelques relations de famille entre le peuple d’Israël et Moab, mais Moab et Ammon, les deux fils de Lot, sont très rapidement devenus par leurs descendants des ennemis du peuple de Dieu.

Chose peu compréhensible, on a souvent des relations qui s’établissent entre ces pays et Israël. Même Salomon plus tard, après avoir pris des femmes moabites, va dresser un autel au dieu Kemosh (1 Rois 11. 7). Le dieu de Moab, c’est Kemosh, nom qui veut dire « celui qui subjugue ». Celui qui subjugue, c’est quelqu’un qui suscite une certaine admiration, qui attire les foules, pour ensuite les rendre esclaves. C’est une image de Satan qui séduit de toutes sortes de manières. Pour les croyants il peut séduire par des religions étrangères. Moab était asservi aux pratiques de l’occultisme. Aujourd’hui il y a une forte poussée de ces religions occultes et aussi de ces fausses religions qui n’enseignent plus les choses de la Parole de Dieu, et qui entraînent les hommes à la perdition tout en leur faisant miroiter quelque chose de positif au départ.

Pour aller dans le pays de Moab, il fallait faire des kilomètres depuis Bethléhem. Aujourd’hui pour aller dans Moab, spirituellement parlant, on a tout juste besoin de faire un clic, ou de sortir dans la rue. Nous voyons bien combien il y a de choses qui attirent nos regards, qui attisent nos convoitises et qui pourraient, dans certaines situations, lorsque nous détournons nos regards de notre Dieu, nous attirer, nous faire tomber. C’est un peu ce qui se passe ici dans cette famille. Pourtant on pourrait dire que rien ne les y prédisposait. Élimélec veut dire : mon Dieu est roi, Naomi, mes délices ou aussi encore, ma gracieuse. Voilà donc un couple qui s’est formé sous les meilleurs auspices. Leurs parents avaient certainement fait partie de ceux qui, dans le pays d’Israël, avaient placé leur confiance en Dieu. Ils ont donné à leurs enfants des noms qui exprimaient quelque chose de ce qu’ils vivaient à l’époque. Entre parenthèses il y a beaucoup de noms donnés dans la Bible qui ont une signification et qui sont en rapport avec ce que vivait leur mère ou leur père au moment de leur naissance ou avant leur naissance (voir l’histoire de la famille de Jacob par exemple).

Quand il s’agit de retourner vers Dieu, c’est un chemin dans lequel on ne peut s’engager qu’avec la foi. On voit que les deux belles-filles ne vont pas se comporter de la même manière. Naomi n’est pas très à l’aise non plus, parce qu’elle ne sait pas quel accueil elle va recevoir en revenant dans son pays ; elle ne sait pas non plus comment vont être reçues ses deux belles-filles. Quand on est dans une situation qui n’est pas bonne, le témoignage qui est rendu est très faible. Elle va jusqu’à dire à ses belles-filles : Écoutez, retournez dans votre pays, restez avec votre dieu. Moi, je ne peux rien vous donner. Pourtant elle avait un trésor, elle connaissait l’Éternel, et les deux belles-filles en avaient quand même saisi quelque chose.

Orpa va retourner. C’est très difficile de quitter une position qu’on a aimée, dans laquelle on se trouve bien, pour aller vers l’inconnu et vers un Dieu qu’on ne connaît pas. Parfois on n’a pas l’énergie. Il n’a pas fallu grand-chose pour qu’Orpa retourne en arrière. C’est triste parce que Naomi, contrairement à ce qu’elle dit, avait quelque chose à leur apporter, quelque chose de précieux, la connaissance du Dieu d’Israël. Malgré ce témoignage mitigé, Ruth en a saisi quelque chose de plus qu’Orpa.

Ruth a saisi l’importance qu’avait l’Éternel pour Naomi, même si c’était voilé. Ruth ne va pas retourner, elle va quitter son pays, elle va quitter sa parenté pour suivre Naomi et pour être son appui, mais aussi pour apprendre à connaître son Dieu. « Ruth s’attacha » (v. 14) à sa belle-mère, elle s’y attacha non seulement par des liens affectifs liés au fait qu’elle avait épousé son fils, nous seulement parce que toutes les deux étaient veuves, mais parce qu’elle voulait aller avec Naomi. C’est ce qui ressort du v. 15 : « Naomi dit : Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne-t’en après ta belle-sœur. Et Ruth dit : Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi ; car où tu iras, j’irai, et où tu demeureras, je demeurerai : ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Là, où tu mourras, je mourrai et j’y serai enterrée. Ainsi me fasse l’Éternel, et ainsi il y ajoute, si la mort seule ne me sépare de toi ! » (v. 15 à 17).

Il y a déjà un début de relation de Ruth avec le Dieu de Naomi, en quelque sorte ce Dieu qui s’appelle l’Éternel, ce Dieu qui s’est révélé comme l’Éternel à Naomi. Quel engagement de la part de cette Ruth, qui n’avait connu que Kemosh ! Elle n’avait rien connu d’autre, sauf le témoignage de Naomi dans sa maison, un témoignage faible, mais un témoignage réel quand même. On voit ces deux femmes qui s’en vont, la plus âgée accompagnée de la plus jeune, celle qui vient d’un pays étranger et puis l’Israélite de naissance, celle qui retourne et celle qui vient. Il y a quelque chose de paisible dans ce voyage.

Et puis elles arrivent à Bethléhem et toute la ville s’émeut à leur sujet (v. 19). Bethléhem était une petite bourgade, mais qui a un grand prix dans le cœur de Dieu puisque c’est à Bethléhem que devait venir le Messie, le Sauveur. « Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël » (Michée 5. 2). Cette petite ville s’émeut au sujet de Naomi et de Ruth. On a l’impression que Naomi était attendue. Toute la ville s’émeut en la voyant arriver. Les cœurs de ses frères et sœurs dans la foi, dirait-on aujourd’hui, sont ouverts pour elle, prêts à l’accueillir et à l’accueillir comme si elle était seulement partie hier.

C’est beau aussi quand une assemblée voit revenir, un frère, une sœur, qui revient d’un chemin d’éloignement, d’égarement. Comment allons-nous le ou la recevoir ? Ici un bel accueil qui est fait à Naomi. Toute la ville est là et les femmes, les sœurs sont là. « Est-ce là Naomi ? » Des années sont passées. La jeune femme qui était partie avec ses enfants et son mari, revient. Mais c’est une femme qui dit : « Moi, je suis vieille, usée ». Elle a certainement travaillé après la mort de son mari pour subvenir aux besoins des siens. « Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide. Pourquoi m’appelez-vous Naomi, quand l’Éternel m’a abattue, et que le Tout-puissant m’a affligée ? » Voilà les pensées qui étaient dans le cœur de Naomi.

Elle repassait dans son cœur cette affliction qu’elle attribue à Dieu, sans encore vraiment peut-être prendre conscience que c’était l’amour de Dieu qui était en action pour la faire revenir auprès de Lui. « Pourquoi m’appelez-vous Naomi, quand l’Éternel m’a abattue, et que le Tout-puissant m’a affligée ?… Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide ». « Je m’en allai comblée… » : on n’avait pas cette impression. Si elle était comblée, pourquoi était-elle partie ? Voyez, quand on part, on ne se rend pas toujours compte du vrai état dans lequel on est, dans quelle bénédiction Dieu nous a placés. On ne voit que les côtés négatifs. Quand on souffre vraiment, on a tendance à ne voir que ce qui ne va pas, et alors on s’en va, même de la présence de Dieu. Bien sûr que nos frères, nos sœurs nous font parfois souffrir, mais Dieu reste toujours le même.

Le secret du vrai bonheur, le secret de la vraie paix c’est, non pas de se tenir près de ses frères, non pas de compter sur ses frères, même si c’est quelque chose de précieux. Mais quand ils viennent à manquer, c’est en Dieu qu’est le trésor de notre cœur. « Je m’en allai comblée », j’avais un mari, des enfants, j’étais à l’aise et voilà que « Dieu me ramène à vide » – mais Il la ramène ! C’est ce qui donne tout son prix à cette scène.

Alors elle se retire encore dans cette position de tristesse. On voit que son cœur n’est pas encore tout à fait à l’aise. « Ne m’appelez pas Naomi ». Celle qui était mes délices, celle qui était comblée, dit maintenant : « appelez-moi Mara ». Je suis dans l’amertume. Voilà quelque chose qui remplit encore son cœur. Il faudra toute l’action de la grâce de Dieu pour bénir cette femme. « Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide ». Elle ne revient pas à vide, elle revient avec sa belle-fille, quelque chose que Dieu lui a donné, un trésor. Bien sûr, pour le moment elle ne peut pas encore le saisir.

Toujours est-il que Naomi revient avec Ruth la Moabite, sa belle-fille originaire des champs de Moab, et elle arrive à Bethléhem au commencement de la moisson des orges. Naomi est de retour à la maison. Elle est de retour au moment où l’on commence à moissonner. On vient de fêter la Pâque, on vient de fêter la fête des pains sans levain, on a présenté la gerbe des prémices et la moisson des orges peut commencer. Naomi n’a pas semé, elle ne pourra donc pas récolter. Comment Dieu va-t-Il répondre aux besoins de ces deux femmes, comment Dieu va-t-Il les conduire sur le chemin de la bénédiction ?

2e partie : Naomi et Boaz

Nous continuons notre cheminement avec Naomi et Ruth. Lisons quelques versets dans le chapitre 2 du livre de Ruth : « Et Naomi avait un ami de son mari, homme puissant et riche, de la famille d’Élimélec, et son nom était Boaz. Et Ruth, la Moabite, dit à Naomi : Je te prie, j’irai aux champs, et je glanerai parmi les épis, à la suite de celui aux yeux duquel je trouverai grâce. Et elle lui dit : Va, ma fille. Et elle s’en alla, et entra, et glana dans un champ après les moissonneurs ; et il se rencontra fortuitement que c’était la portion de champ de Boaz, qui était de la famille d’Élimélec. Et voici, Boaz vint de Bethléhem ; et il dit aux moissonneurs : L’Éternel soit avec vous ! Et ils lui dirent : L’Éternel te bénisse ! Et Boaz dit à son serviteur qui était établi sur les moissonneurs : À qui est cette jeune femme ? Et le serviteur qui était établi sur les moissonneurs répondit et dit : C’est la jeune Moabite qui est revenue avec Naomi des champs de Moab ; et elle nous a dit : Permettez que je glane et que je ramasse entre les gerbes, après les moissonneurs. Et elle est venue, et est demeurée depuis le matin jusqu’à cette heure ; ce qu’elle a été assise dans la maison est peu de chose. Et Boaz dit à Ruth : Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ? ne va pas glaner dans un autre champ, et ne t’en va pas non plus d’ici, mais tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles. Aie les yeux sur le champ qu’on moissonne, et va après elles. N’ai-je pas commandé aux jeunes hommes de ne pas te toucher ? » (2. 1 à 9).

Nous étudions ce livre, non pas sur le plan prophétique, non pas même sur le plan typique, même si, bien sûr, on ne peut s’empêcher de voir à travers certains éléments de ce récit la silhouette du Seigneur Jésus. Nous désirons surtout comprendre, nous laisser instruire. Cette histoire nous parle, d’une certaine façon, de la vie du peuple de Dieu sur la terre, des attitudes des uns et des autres. Et ici en particulier, nous avons vu une famille partir du pays du peuple de Dieu à cause de la famine, parce qu’il leur a semblé que leur bonheur était ailleurs, qu’ils allaient trouver dans les champs de Moab – où régnait un dieu étranger – des ressources pour vivre d’une façon plus heureuse ; et cette famille a été décimée, et seule Naomi, donc la maman, allait survivre.

Nous avons vu ensuite comment cette femme, ayant entendu que Dieu avait visité son pays et la ville de Bethléhem et avait de nouveau donné du pain, s’était réveillée dans sa foi. Comment elle est remontée avec sa belle-fille qui, elle, s’était éveillée à la foi. Comment elles se sont mises en route toutes les deux pour retourner dans le pays de l’Éternel. Cette histoire se déroulait dans une période difficile du peuple de Dieu, une période où le peuple était souvent idolâtre, s’éloignait régulièrement de son Dieu, ne le connaissait plus bien. Dieu intervenait de temps en temps pour ramener ce peuple, lorsque son cri se tournait vers Lui, lorsqu’il reconnaissait son péché.

Au milieu de cette histoire très tourmentée, on a celle de Ruth qui est comme une oasis pour Dieu, pour nous aussi dans ces temps troublés. Naomi et Ruth étaient arrivées dans la ville de Bethléhem. On a lu l’émotion produite par leur retour vers les habitants de cette bourgade, comme lorsque quelqu’un revient dans le rassemblement, revient auprès de Dieu après une période d’éloignement. Nous avons vu l’état de Naomi, complètement affligée, avec un esprit brisé, ayant le sentiment de ce que Dieu avait fait contre elle puisqu’elle dit : « l’Éternel m’a abattue… le Tout-puissant m’a affligée », mais en même temps l’Éternel m’a ramenée. « Je m’en allai comblée, l’Éternel me ramène à vide » (v. 21).

On a souligné le fait que quand on s’en va, lorsqu’on quitte la présence de Dieu, c’est souvent parce qu’on a l’impression qu’on n’a rien. C’est seulement au moment où l’on revient que l’on se rend compte des bénédictions qui étaient notre part avant de quitter la compagnie de notre Dieu. En même temps, nous voyons comment Ruth, cette jeune femme qui était la belle-fille de Naomi, s’était éveillée à la foi, au contact même de Naomi dont la foi était bien vacillante. Naomi avait presque repoussé Ruth en lui disant : Reste dans ton pays. Qu’est-ce que j’ai à t’offrir ? , alors qu’elle avait tant de choses à lui apporter sur le plan spirituel, et notamment la connaissance du seul vrai Dieu !

Ruth ne s’est pas laissé arrêter et elle fait cette si belle proclamation devant Naomi : « Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi ; car où tu iras, j’irai, et où tu demeureras, je demeurerai : ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu » (v. 16) et elle en prend l’Éternel à témoin.

Nous arrivons maintenant dans la deuxième section du livre de Ruth, qui en comporte quatre. Le chapitre 2 commence par nous présenter une troisième personne qui va nous accompagner dans notre cheminement à partir de maintenant et cet homme était un ami du mari de Naomi, un « homme puissant et riche », de la famille d’Élimélec et son nom était Boaz (v. 1).

Boaz signifie : « en lui est la force ». On peut penser que les parents de Boaz, qui lui avaient donné ce prénom, étaient des parents pieux. Ils avaient vraiment trouvé la force dans leur Dieu. Bien sûr, si on voit dans Boaz un type de Christ, on peut dire aussi que c’est en Christ qu’est notre force. D’ailleurs Boaz vit tellement près de son Dieu et de son peuple, qu’il est une sorte de recours pour plusieurs de ses concitoyens.

J’ai surtout à cœur de présenter Boaz comme cet ancien à qui Dieu a donné un champ d’activité auquel il se consacre pleinement (dans le Nouveau Testament on lirait les anciens qui président dûment). Il exerce ce service de la surveillance dans le peuple de Dieu. Au v. 4 on est tout de suite dans cette heureuse situation, où c’est l’Éternel qui règne à la fois sur le cœur de Boaz et sur le cœur de ceux qui travaillent avec lui, de ceux qui sont sous sa responsabilité – comme dans une assemblée il y a des anciens et il y a des plus jeunes, et les jeunes doivent être soumis aux anciens.

C’est exactement ce qu’on trouve ici dans cet épisode où nous voyons Boaz arriver dans son champ. Il salue les moissonneurs. Plus loin ces moissonneurs sont appelés des jeunes hommes. Et les jeunes filles sont aussi appelées des servantes. La salutation de Boaz c’est : « L’Éternel soit avec vous ! », et la réponse : « L’Éternel te bénisse ! » (v. 4). Voilà donc des salutations qui font du bien, voilà l’état d’esprit heureux lorsqu’on se rencontre entre croyants et qu’on peut se saluer en pensant à notre Dieu, en se souhaitant mutuellement de ne pas mettre d’obstacle à la bénédiction de Dieu, en se dirigeant ensemble vers Celui qui nous unit en une seule et même famille.

Il est parlé de Boaz comme d’un ami du mari de Naomi. On a parfois des amis qui, quoi qu’on fasse, s’en vont quand même dans le monde. Ce n’est pas pour autant que nous ne les aimons plus, mais la distance s’installe et ils vont leur chemin. Mais cet ami, Boaz, est toujours là. Cet ami est présent. C’est « fortuitement » que Ruth va arriver dans le champ de Boaz, dans le meilleur des champs qu’il y avait autour de Bethléhem. Elle est chez la meilleure personne, elle est à l’endroit où Dieu est vraiment reconnu et respecté.

Il ne faut pas oublier que dans ce pays d’Israël, il y avait, bien sûr, des croyants vraiment engagés, et il y avait aussi de l’idolâtrie. On le voit dans l’histoire de Gédéon, où le père de Gédéon abritait dans sa maison un autel de Baal. Donc il fallait bien pour que la foi naissante soit nourrie, que Ruth soit conduite dans un endroit où elle pouvait rencontrer Dieu. On pense aussi à Naomi qui, ici, est pleinement et entièrement acceptée.

Naomi a été accueillie avec joie par le peuple, mais la vie continuait et on peut bien comprendre que cette femme âgée et qui avait tout perdu, était dans une situation d’attente. Elle ne pouvait pas encore donner libre cours à cette liberté chrétienne qui aurait pu être la sienne parce qu’elle avait un certain sentiment de culpabilité, certainement un sentiment de ne rien mériter, de n’avoir plus rien. Là elle est dans cette position de pauvre femme.

Ruth, qui a cette foi naissante, cette énergie de la foi qui s’est installée dans le cœur, va se mettre en chemin. Elle va arriver dans le champ de Boaz où elle sait qu’elle va pouvoir glaner. Après avoir demandé l’autorisation et selon les dispositions que Dieu avait mises dans sa loi, elle va être autorisée à glaner dans le champ. Boaz arrive. Boaz est un type du Seigneur Jésus de bien des manières, mais avant cela c’était un ancien dans le peuple, c’était quelqu’un qui avait une responsabilité. Il entre dans le champ, il s’adresse à ses serviteurs, à ceux qu’il connaît. Il y a cette salutation heureuse. Il prend des nouvelles auprès d’un de ceux qui avaient un certain service de la part de Dieu auprès des autres moissonneurs, et puis il remarque qu’il y a là quelqu’un qu’il n’a pas l’habitude de voir. Il va s’enquérir de cette personne.

Voilà donc un enseignement pour ceux qui pourraient être anciens dans une assemblée : cet intérêt pour le troupeau, pour chacune des âmes et aussi pour les âmes qui viennent d’arriver. Boaz aborde Ruth et dit : Voilà, on m’a raconté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari, comment tu as quitté ton père et ta mère, et puis – ce qui est important – vers qui tu es venue. C’est une démarche très forte qui a été faite ici. Et puis tu es venue t’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël.

Le désir de Boaz, c’est que cette âme soit bénie, qu’elle entre dans les bénédictions de Dieu qu’il connaissait lui-même et qu’il voulait lui faire partager. Bien sûr, sur le plan des Écritures on aurait dit : c’est une Moabite, elle n’y a pas droit. Mais non, Dieu reste un Dieu de grâce. Le cœur de Dieu est ouvert pour toute âme qui le recherche. Celui qui me cherche, me trouve ; Je me ferai trouver de celui qui me recherche. Il y a tant de passages dans ce sens. En même temps le cœur de Dieu reste toujours ouvert pour une âme qui s’est égarée. « Si tu reviens, ô Israël, dit l’Éternel, reviens à moi » (Jér. 4. 1) « Reviens, Israël l’infidèle, dit l’Éternel ; je ne ferai pas peser sur vous un visage irrité » (Jér. 3. 12).

On voit ces caractères de bonté, d’amour dans le cœur de Boaz. Cela nous fait penser à ces scènes où le Seigneur s’occupait des Siens avec tant de grâce et cela malgré leurs défaillances, malgré leur incrédulité. Il était là, Il les rassemblait autour de Lui pour les enseigner, aussi pour les nourrir – dans deux épisodes au moins -, même plus, lorsque le Seigneur avait préparé quelques poissons sur le feu pour nourrir Ses disciples (Jean 21. 9), lorsque le Seigneur aussi nourrit les foules qui étaient comme des brebis sans berger, Il les rassemble, Il leur donne à manger.

C’est exactement ce qu’on trouve ici dans ce cheminement, dans ce deuxième tableau du livre de Ruth, où Boaz va établir une relation d’amour avec cette jeune Moabite qui est arrivée des champs de Moab pour venir dans le pays que l’Éternel, le Dieu d’Israël, avait donné à son peuple, dans l’un de ces champs. On sait que la terre appartient à Dieu, et Dieu avait partagé cette terre en confiant « l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » (Deut. 32. 8).

Boaz prend soin aussi du bon fonctionnement à l’intérieur même du peuple de Dieu. Il dit tout d’abord à Ruth : Ne va pas glaner ailleurs, reste là, tu es au bon endroit, ne retourne pas dans les champs de Moab, ne va pas non plus dans les champs où il pourrait y avoir de l’idolâtrie, où il pourrait y avoir du mélange par rapport à ce que Dieu nous enseigne et par rapport à ce que l’homme pratique ; ne va pas là où l’on se détourne de la Parole de Dieu, mais reste là. Comme David le dira à Abiathar : « Près de moi tu seras bien gardé » (1 Sam. 22. 23). C’est ce qui arrive ici : par la providence de Dieu, Ruth a été conduite auprès de Boaz, et Boaz qui est un serviteur de Dieu, un ancien dans le peuple de Dieu, va pleinement répondre aux besoins du cœur de cette femme. « Tu m’as consolée, et tu as parlé au cœur de ta servante, et pourtant je ne suis pas comme une de tes servantes » (v. 13).

Il est vrai qu’un croyant qui arrive du monde, qui a connu d’une certaine manière Satan et les plaisirs de la chair, peut, en arrivant au milieu des croyants, se sentir un peu comme un étranger, comme quelqu’un qui n’a pas droit à toutes ces grâces que Dieu lui présente. Ici Ruth a été consolée. Boaz a répondu à la souffrance et à la tristesse qui étaient dans le cœur de cette femme qui a dû laisser derrière elle sa parenté, son pays, et qui était venue là. Quel sujet de joie ! Et maintenant il va la nourrir, il va lui donner du pain.

Et on pense bien sûr là encore au Seigneur Jésus qui est venu, le vrai pain du ciel (Jean 6. 51). Elle est là assise à côté des moissonneurs. On peut bien penser à ce moment où Boaz va parler à la fois à Ruth et à ses moissonneurs. Ils vont s’entretenir. Comme on a souvent été rafraîchi par ces frères, par ces anciens qui nous réunissaient autour d’eux pour ouvrir la Parole alors qu’on était dans des activités autres, mais on connaissait l’endroit pour se nourrir de la Parole de Dieu, pour manger ce grain rôti, pour diriger nos yeux vers le Seigneur Jésus, qui après avoir souffert est maintenant ressuscité ! Combien ces choses-là sont précieuses pour nous !

S’il y a des moments de repos, des moments de communion, il y a aussi des moments où il faut se lever. La vie de la foi n’est pas une vie de paresse, ce n’est pas une vie où on attend simplement de jouir des bénédictions célestes. Il y a aussi un travail d’amour qui fait que l’on veut s’en emparer, qu’on veut prendre pour soi les choses que d’autres ont peut-être déjà moissonnées comme ici les moissonneurs avaient coupé les gerbes, les avait mises en tas, et en avaient laissé un peu de côté pour être glané, comme il était dit dans l’Ancien Testament (Lév. 23. 22).

Boaz demande aux jeunes hommes de tirer des gerbes de ce qui a été récolté pour que Ruth puisse en ramasser plus facilement. Il faut toutefois qu’elle se baisse et qu’elle les ramasse. La foi ne peut progresser que dans la mesure où elle s’empare de ce que Dieu lui donne, par d’autres peut-être. Il y a déjà eu un travail de fait.

Les moissonneurs nous font penser à ceux qui sondent la Parole, qui la mettent à la disposition des autres. Il faut la prendre pour soi-même. Il faut la battre, il faut enlever ce qui est de la balle pour sortir le grain, ce qui va nous nourrir, nous. Bien sûr que quand on nous présente un message, il est toujours transmis par quelqu’un et présenté d’une manière qui peut attirer le cœur. Mais chacun doit y trouver le Seigneur Jésus, en enlevant peut-être ce qui est superflu.

Quand l’épi pousse, il est enveloppé par ce qui sera plus tard ôté après la récolte, la balle. C’est par l’épi qu’on est attiré et c’est en froissant l’épi qu’on trouve le grain. C’est ce qui doit se passer ici. Elle glane dans ce champ, elle reçoit une portion de nourriture de la part de Boaz, elle s’en imprègne, elle s’en nourrit, elle est pleinement satisfaite, elle en a même de reste. Ce reste, elle va l’apporter à sa belle-mère. Au v. 17 on lit : « Elle glana dans le champ jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané, et il y eut environ un épha d’orge ». C’est énorme pour quelqu’un qui glane dans un champ : vingt-quatre litres à peu près, 18 kilos de grain en une journée.

Ruth est une femme vertueuse (voir Prov. 31). Elle a travaillé du matin au soir, et elle ne s’est presque pas assise, presque pas reposée. En même temps Boaz avait mis à sa disposition à la fois de l’eau pour sa soif, de l’eau qui avait été puisée par les jeunes gens et il avait aussi donné des épis supplémentaires. Cela montre aussi que la bénédiction que nous retirons de la Parole de Dieu ne vient pas seulement de notre travail mais elle vient aussi de cette grâce de Dieu qui se plaît à abreuver et à mettre à notre disposition, de façon que nous n’ayons qu’à nous baisser pour ramasser, à aller vers la cruche pour boire, dans une attitude d’humilité pour recevoir ce que Dieu nous donne.

Ruth se charge de cela, et après avoir battu le grain, elle vient vers sa belle-mère et celle-ci lui dit : « Où as-tu glané aujourd’hui, et où as-tu travaillé ? Béni soit celui qui t’a reconnue ! » (v. 19). Alors Ruth lui raconte. C’est quelque chose de bienfaisant pour une âme de pouvoir parler à quelqu’un qui est peut-être plus expérimenté. Ici on voit la bénédiction mutuelle qui résulte de cette conversation. Naomi voit sa belle-fille arriver chargée de toute cette nourriture, nourriture pour au moins une semaine et elle dit : Que se passe-t-il ?

Boaz est vraiment un imitateur de Dieu, pourrait-on dire. Bien sûr comme c’est avant la venue du Seigneur Jésus, on va dire que Boaz est un type de Christ. Aujourd’hui, si on voit un serviteur de cette qualité, on dirait que c’est un imitateur de Christ, comme l’apôtre Paul était lui-même imitateur à la fois de Dieu et de Christ. Il y a là quelque chose de rafraîchissant. Quel bonheur de pouvoir se reposer sur ce Dieu qui est fidèle et sur cette espérance qui s’ouvre aux yeux de Naomi maintenant, Naomi dans sa pauvreté, Naomi qui avait probablement déjà vendu toutes ses affaires avant de partir au pays de Moab ! Dans ce temps-là, on pouvait attendre sa propriété pendant un certain temps, jusqu’au Jubilé (voir Lév. 27. 18). Lorsqu’on revenait on pouvait essayer de la racheter si l’on avait de quoi. Ruth n’avait pas de quoi la racheter. Mais quelqu’un, un proche parent pouvait le faire. C’est ce qu’entrevoit ici Naomi : « L’homme nous est proche parent, il est de ceux qui ont sur nous le droit de rachat » (v. 20). On écoute Ruth la Moabite qui dit : « Même il m’a dit : Tiens-toi près de mes jeunes hommes jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute la moisson que j’ai. Et Naomi dit à Ruth, sa belle-fille : Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses jeunes filles, et qu’on ne te rencontre pas dans un autre champ ».

La maturité spirituelle de Naomi s’affirme. Elle reprend les bons repères. Elle a le même langage que Boaz. Même si Ruth a tendance un peu à changer les choses en disant : « il m’a dit : Tiens-toi près de mes jeunes hommes », on se souvient que Boaz avait dit : « tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles » (comp. v. 21 et 8). Et puis il avait dit aux jeunes gens de ne pas la toucher. Là aussi on entend l’apôtre Paul qui parle à Timothée en lui disant d’exhorter les jeunes femmes en toute pureté (1 Tim. 5. 2). Naomi a la même pensée ici : « Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses jeunes filles ». Il est bon effectivement qu’une personne nouvellement convertie, qui arrive dans un rassemblement, soit entourée, soit accompagnée par des sœurs ou des frères dans la foi, qui puissent l’encourager, être aussi des modèles. Qu’elle puisse progressivement être amenée plus près du Seigneur par l’intermédiaire de tous ces services accomplis à son égard.

Au chapitre 3 c’est un autre tableau. Naomi prend de l’assurance et son cœur s’ouvre vis-à-vis de sa belle-fille. Encore plus, elle veut son bonheur, un bonheur plus entier, plus complet. « Ne te chercherai-je pas du repos, afin que tu sois heureuse ? ». Voilà le but de celui qui connaît le Seigneur depuis un certain temps par rapport à quelqu’un qui Le connaît depuis moins longtemps : être heureux. Le bonheur du croyant repose sur une proximité plus grande avec le Seigneur Jésus.

Ici, dans l’histoire de Ruth et dans le contexte du peuple d’Israël, le bonheur de Ruth résulterait du mariage afin qu’elle puisse être pleinement intégrée dans le peuple de Dieu, qu’elle ne soit plus une étrangère et qu’elle puisse aussi avoir un héritier. Naomi n’avait pas d’héritier alors si Ruth se mariait et avait des enfants, il y aurait un héritier pour relever le nom de ceux que le Seigneur avait repris. Naomi va donc diriger Ruth et lui donner des consignes. Dans ce chapitre où il est question de rachat, il est question de Boaz qui dort et qui a peur pendant la nuit et qui est près du paddock (enclos) (v. 7).

Sur le plan typique, bien sûr, cela n’est pas sans évoquer le Seigneur Jésus qui a souffert, qui a eu peur quand les ténèbres étaient sur tout le pays, qui a connu cet abîme de souffrance pour acquérir une épouse et aussi pour le rachat du peuple d’Israël. Toutes ces choses là sont sur nos cœurs et chacun pourra les méditer.

La pensée que j’ai ici, c’est plutôt de voir comment la foi progresse, regarder ces tableaux comme les marches d’un escalier qui conduit jusqu’au plein accomplissement de la foi dans le cœur de cette femme Naomi qui revient, qui laisse derrière elle beaucoup de souffrances et d’amertumes, et qui est amenée à quelque chose de plus grand. Et en même temps comment cette femme étrangère au peuple de Dieu, sous une certaine malédiction puisque les Moabites ne devaient pas entrer dans la congrégation de l’Éternel jusqu’à la dixième génération (Deut. 23. 3), va pouvoir être pleinement intégrée au peuple de Dieu, associée à cet homme, Boaz, qui est un type du Seigneur Jésus à qui l’Église est entièrement liée, et forme un seul corps avec lui.

Mais ici il y a autre chose encore. Ce tableau nous dit que le bonheur de Ruth passait par cette association avec Boaz, et on entend Naomi qui donne des conseils à Ruth. On voit la soumission de Ruth. Elle ne se pose pas de questions. Elle fait ce qu’on lui dit de faire et c’est aussi un des fruits de la foi, cette soumission aux anciens, cette soumission à Dieu bien sûr d’abord, et cette disposition à obéir, à faire ce que Dieu demande, même si peut-être elle ne comprenait pas, même si peut-être c’était des coutumes nouvelles, des choses qui l’étonnaient. Qu’y a-t-il à faire ?… Et on voit que le fruit est produit.

Là encore Ruth devient l’occasion d’une exclamation, de bénédictions de la part de Boaz : « Bénie sois-tu de l’Éternel, ma fille ! Tu as montré plus de bonté à la fin qu’au commencement, en ce que tu n’es pas allée après les jeunes hommes, pauvres ou riches. Et maintenant, ma fille, ne crains pas » (v. 10). Voilà donc ce désir de Boaz que Ruth soit bénie. Il va tout faire pour que Ruth soit intégrée au peuple de Dieu, qu’elle puisse s’approcher plus près, qu’elle puisse jouir de cette pleine liberté d’avoir trouvé un nouveau Dieu, de jouir de Sa proximité, de Sa présence, de Ses bienfaits, et en même temps un peuple qui sera maintenant son peuple. Dans cette histoire du champ on a fait allusion à ce que cela représentait par rapport au Seigneur Jésus.

Et puis elle reste là jusqu’au matin. « Elle resta couchée là à ses pieds jusqu’au matin ; et elle se leva avant qu’on pût se reconnaître l’un l’autre. Et il dit : Qu’on ne sache pas qu’une femme est venue dans l’aire. Et il lui dit : Donne le manteau qui est sur toi, et tiens-le. Et elle le tint, et il mesura six mesures d’orge, et les mit sur elle ; et il entra dans la ville. Et elle vint vers sa belle-mère ; et celle-ci dit : Qui es-tu, ma fille ? Et elle lui raconta tout ce que l’homme avait fait pour elle ; et elle dit : Il m’a donné ces six mesures d’orge ; car il m’a dit : Tu n’iras pas à vide vers ta belle-mère. Et Naomi dit : Demeure, ma fille, jusqu’à ce que tu saches comment l’affaire tournera ; car l’homme n’aura pas de repos qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui » (v. 14 à 18).

Voilà cette nuit passée près de Boaz, et puis Ruth revient vers sa belle-mère. Elle revient avec ces six mesures d’orge, un gage en quelque sorte de l’amitié de Boaz aussi pour sa belle-mère parce qu’il lui a dit : « Tu n’iras pas à vide vers ta belle-mère » (v. 17). Quel gage d’amitié reçoit Naomi ! Alors on voit Naomi libérée. Elle a manifesté encore un fruit de la foi, celui de la patience. Voilà : patience et confiance. Elle dit en quelque sorte à Ruth : J’ai fait ce que je pouvais faire pour toi. Tu as fait ce que tu pouvais faire. Et maintenant tu vas voir comment les choses vont évoluer. Reste tranquille, tiens-toi tranquille et vois la délivrance de l’Éternel. Là on peut dire qu’on atteint un niveau élevé de la foi, cette foi qui ne doute pas et qui sait attendre, attendre que le repos arrive et avec le repos, le bonheur.

Nous arrivons au dernier tableau de ce livre, ce moment du mariage. Il y a bien sûr  d’abord l’épisode du rachat. C’est toujours le plus proche parent qui avait le droit de rachat en premier. On voit là encore, je pense, un enseignement, c’est que Boaz, bien sûr, va faire ce qu’il doit faire selon les lois et coutumes en Israël, et il y a un parent plus proche que lui. Donc Boaz réunit plusieurs anciens pour établir les choses publiquement – et aussi celui qui est appelé le plus proche parent.

Remarquons que ce plus proche parent est la seule personne dans ce livre, qui ne soit pas nommée. Cela parle un peu. Il me semble que c’est quelqu’un qui vit au milieu du peuple de Dieu et qui n’est pas très concerné par le bien du peuple, mais plutôt par son propre bien-être. Il veut bien racheter le champ, mais quand il entend qu’il doit le racheter de la main de Ruth la Moabite, alors il prend peur et il dit : Enfin je ne vais quand même pas risquer mon héritage en épousant une femme moabite. C’est quelqu’un qui est surtout préoccupé de lui-même, de ses bénédictions et pas tellement de ce qu’est la grâce. S’il est resté à Bethléhem, s’il a traversé la famine, il l’a plutôt traversée en sauvant les apparences, peut-être sans être exercé par la discipline. Dans l’épître aux Hébreux, il est dit que la discipline « rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle » (12. 11). Cet homme-là semble avoir vécu des choses : ça va, ça vient, il y a des périodes de famine, des périodes d’abondance, peu importe. Il semblerait qu’il ne se soit pas posé beaucoup de questions. Pour Dieu, son nom n’a pas beaucoup de valeur puisqu’il ne le mentionne même pas.

Alors, béni soit l’Éternel qui permet que ce soit Boaz qui va racheter à la fois les biens de la main de Naomi et aussi de Ruth. Et il se forme cette alliance, ce mariage heureux. C’est le couronnement, pourrait-on dire, de la foi de ces deux femmes parce que le bonheur de Ruth est aussi le bonheur de Naomi. On voit la bénédiction de Dieu : « Boaz prit Ruth, et elle fut sa femme ; et il vint vers elle ; et l’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils » (v. 13).

Vous vous souvenez que cette femme, Ruth avait été mariée, avec un des fils de Naomi. Elle n’avait pas eu d’enfant. Donc on aurait pu penser qu’elle ne pouvait pas en avoir, qu’elle était stérile. Pendant ces dix ans où la famille d’Élimélec était en Moab, ils n’ont pas porté de fruit. Ici on a en quelque sorte la réponse de Dieu qui permet que cette femme qui vient de Moab et qui maintenant est intégrée au peuple de Dieu par les liens du mariage, peut concevoir et elle enfante un fils. C’est une chose heureuse et on voit que la ville est de nouveau présente. Les femmes qui ont accueilli Naomi et qui l’ont entendue dire : « J’étais comblée et je suis à vide aujourd’hui », ces femmes-là peuvent ouvrir leur bouche en louanges et non seulement cela, mais aussi tout le peuple était là, au mariage de Boaz et de Ruth.

Ils étaient là, heureux en souhaitant que Dieu donne de la postérité à cette jeune femme et que la maison de Boaz soit comme la maison de Pérets que Tamar enfanta à Juda. On voit un fruit de la grâce de Dieu dans cette histoire qui nous interpelle aussi. « L’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils » (v. 13). Les femmes bénissent l’Éternel de ce que Naomi ait elle aussi un homme qui ait le droit de rachat et dont le nom soit nommé en Israël. « Et il sera pour toi un restaurateur de ton âme, et un soutien de ta vieillesse ! Car ta belle-fille qui t’aime l’a enfanté ».

Voilà chers amis, un des résumés de ce livre, c’est : l’amour en action, l’amour divin, l’amour de Ruth pour sa belle-mère et de sa belle-mère pour Ruth, l’amour de Boaz pour son Dieu et pour ses concitoyens, on peut dire ses frères et sœurs dans la foi. « Béni soit l’Éternel ! » : encore une fois une louange, un souhait, une prière de bénédiction à la fin de ce livre. Ah ! chers amis, c’est là, à la fin de ce livre qu’on a l’une des clés, et que l’on voit pourquoi Dieu nous a conservé ce livre. C’est que ce livre est un anneau de la scène généalogique qui va nous conduire jusqu’à Christ (voir Mat. 1. 1 à 16).

Ce qui plaît à Dieu, ce qui réchauffe le cœur de Dieu, c’est de discerner à travers les Siens quelque chose de ce que Christ est. Nous avons vu dans Boaz ces manifestations qui nous font penser au Seigneur Jésus de façon typique, bien au-delà de ce que Boaz lui-même a réalisé. Nous avons vu aussi comment cet ancien a manifesté les caractères de Christ dans ses soins apportés à la fois au peuple de Dieu, et aussi aux âmes nouvelles, aux âmes qui s’approchent.

Et puis ici, on a la naissance d’Obed. Obed veut dire serviteur, et par là serviteur de Dieu comme l’était sa mère qui s’est engagée dans le service très rapidement. Obed est le père d’Isaï, père de David, donc le grand-père de David. C’est ainsi que Dieu magnifie sa grâce en introduisant dans la lignée généalogique de Christ selon l’homme, non pas Naomi, mais Ruth qui était autrefois moabite et qui maintenant fait partie du peuple de Dieu.

Alors, chers amis, quel est le but de Dieu dans nos vies ? C’est que Christ soit formé en nous, et dans ces deux femmes on peut dire qu’on a Christ en nous, en type ; on peut dire en quelque sorte, Christ en elles. Cela est développé au fur et à mesure qu’on a vu Ruth avancer, qu’on a vu ces caractères de foi se manifester d’une manière de plus en plus belle. Et enfin on pourrait dire : Christ est formé en elle (en figure dans ce petit enfant qui lui a été donné).

Il y a un verset auquel je pense souvent. C’est lorsque l’apôtre Paul écrit aux Galates. Il leur dit qu’il était en grand souci pour eux, qu’il était en travail pour eux. C’est le mot qu’on utilise pour une femme qui va accoucher. Il était en travail de nouveau pour les Galates jusqu’à ce que Christ soit formé en eux : « Mes enfants, pour l’enfantement desquels je travaille de nouveau jusqu’à ce que Christ ait été formé en vous » (4. 19). Pour nous, chers amis, c’est le but final de Dieu, que dans celui qui naît à la vie divine, Christ se développe en lui : « Christ en vous l’espérance de la gloire » (Col. 1. 27) – mais en même temps chez celui qui s’est égaré, qui s’est éloigné. Le but de Dieu c’est de le ramener, de le ramener à Lui afin que Christ soit de nouveau formé en lui. Cela ne veut pas dire qu’il a perdu la vie de Christ, mais c’est que Christ n’était plus visible en lui, que Christ ne vivait plus vraiment en lui.

Chers amis, que le Seigneur nous donne à tous de laisser faire l’action de l’Esprit de Dieu dans nos vies par sa Parole. Réfléchissons avant de quitter la présence de Dieu, surtout quand on est père de famille. Vous avez vu que les deux enfants de Naomi ont malheureusement péri. Et puis sachons aussi, dans l’épreuve, regarder à Dieu, ce Dieu qui n’est pas contre nous. Ce n’est pas volontiers qu’Il nous afflige, qu’Il nous éprouve. Ce n’est pas toujours l’épreuve pour nous corriger, mais c’est l’épreuve de la foi, l’épreuve qui manifeste à la fois notre amour pour Lui et Son amour pour nous.

Jacob dit à un moment : « Toutes ces choses sont contre moi » (Gen. 42. 36). A la fin de sa vie il dit à Joseph son fils : Tu vois, ce Dieu a été mon berger, depuis le jour que je suis jusqu’à ce jour (Gen. 48. 15). Naomi dit : l’Éternel « n’a pas discontinué sa bonté envers les vivants et envers les morts » (2. 20). Dieu ne varie pas, Son amour ne change pas. Alors chers amis, que nous puissions vraiment entrer dans cette dimension-là et vivre pleinement notre vie, quelle que soit l’épreuve par laquelle nous sommes amenés à passer. Ne quittons pas la main de Dieu. Restons près de Lui, Il veut nous soutenir. Le Seigneur Jésus a été un homme sur la terre et Il est capable de sympathiser à nos infirmités et Il veut être formé en chacune de nos vies.

Voilà pour ce message, pour ce cheminement de Ruth qui vient du pays de Moab et qui va jusqu’à la plénitude de la foi, jusqu’à ce que Christ soit formé en elle.

D’après edification.bible novembre 2020

 

VICTOIRE SUR TOUS LES FRONTS

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Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne. Que votre cœur ne soit pas troublé, ni craintif. Jean 14. 27.

VICTOIRE SUR TOUS LES FRONTS

Le Seigneur Jésus procure deux formes de paix à ses rachetés : la paix de la conscience pour celui dont les péchés sont pardonnés, et la paix du cœur pour celui qui se confie en Dieu et se soumet à Lui.
Christ a « fait la paix par le sang de sa croix » (Col. 1. 20). Nous étions ennemis de Dieu, maintenant nous sommes réconciliés avec Lui. Rien ni personne ne peut remettre en question notre condition d’enfants de Dieu, libérés et rachetés. Aucun ennemi ne peut plus lever la tête. Ils sont tous vaincus.
– Le péché ? – Aboli : Christ « a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice » (Héb. 9. 26).
– Satan ? – Dépouillé de son pouvoir : Christ « a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » (Héb. 2. 14).
– La mort ? – Défaite et dans l’attente d’être abolie : « Où est, ô mort, ton aiguillon ? Où est, ô mort, ta victoire ? » (1 Cor. 15. 55).
– Le monde ? – Vaincu : « Ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde » (Jean 16. 33). Christ nous a délivrés de tous nos ennemis.
Le Seigneur nous donne aussi la paix du cœur, dont Lui-même jouissait comme Homme obéissant. Elle vient de la simple soumission au Seigneur Jésus Christ. Je me confie en Lui dans toutes mes difficultés. Ce n’est pas une sorte de fatalisme, mais le désir de me placer sous l’autorité sage et bienveillante du Seigneur Jésus, de marcher à Son côté, en goûtant le repos de Sa présence et la tranquillité que nous donne Son approbation.

D’après « Il Buon Seme » juin 1991

 

LA JOIE DE CRAINDRE DIEU

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La crainte de l’Éternel sera votre trésor. És. 33. 6.
Bienheureux l’homme qui craint l’Éternel. Ps. 112. 1.
La crainte de l’Éternel est une fontaine de vie. Prov. 14. 27.

LA JOIE DE CRAINDRE DIEU

Y a-t-il une contradiction entre la joie, et la crainte de Dieu ? Peut-on aimer quelqu’un que l’on craint ? – Oui, car la crainte de Dieu est bien autre chose que la peur. C’est la conscience de la grandeur et de la sainteté divines nous amenant à être très attentifs à ce que nous faisons ou pensons en présence de Celui devant Lequel nous vivons. Non pas parce que nous avons peur du jugement de Dieu, mais parce que tout notre être est bouleversé quand nous prenons conscience de l’infinie distance entre notre petitesse et la grandeur de Dieu, entre nos péchés et Sa sainteté.
La crainte de Dieu est la conscience de ce qu’Il est : Dieu de vérité, certes, mais aussi Dieu d’amour.
C’est pourquoi la crainte va de pair avec la confiance en Lui. David disait dans une prière : « Oh ! que ta bonté est grande, que tu as mise en réserve pour ceux qui te craignent… ceux qui se confient en toi ! » (Ps. 31. 19).
La véritable crainte de Dieu ne nous pousse pas à fuir Dieu, mais à Le rechercher. « Ta face est un rassasiement de joie » s’écriait aussi David (Ps. 16. 11).
Toute notre vie se déroule dans la présence de Dieu. En prendre conscience nous délivre de la peur des hommes, nous conduit à nous retirer du mal, à nous soumettre à l’autorité bienveillante et sage de notre Dieu.
Pour nous, comme chrétiens, il y a interaction forte et constante entre notre attitude envers autrui et la crainte de Dieu. « Tu ne maudiras pas le sourd, et tu ne mettras pas d’achoppement devant l’aveugle, mais tu craindras ton Dieu » (Lév. 19. 14). Souvenons-nous-en !

D’après « La Bonne semence »
http://www.labonnesemence.com

ÊTRE NÉ DE NOUVEAU

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Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Luc 10. 21.
Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu. 1 Cor. 1. 21.

ÊTRE NÉ DE NOUVEAU

En répondant à l’homme religieux qui l’avait interrogé, Jésus a dit : « Si quelqu’un n’est pas né de nouveau, il ne peut pas voir le royaume de Dieu » (Jean. 3. 3). Quelque temps plus tard, Il a dit à Ses disciples : « Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mat. 18. 3). Le Seigneur Jésus plaçait un objectif et une condition devant ceux qui l’interrogeaient.
L’objectif, c’est d’entrer dans le royaume de Dieu.
La condition, c’est être né de nouveau et d’entrer comme un petit enfant.
Chacun des êtres humains est, par nature, dans un domaine duquel Dieu est exclu par la connaissance que l’homme prétend avoir. Étant incapable de s’échapper de ce domaine, l’homme est invité par Dieu à croire au salut que Christ offre, sans résister ni opposer de raisonnement incrédule. C’est retrouver la fraîcheur de la confiance qu’un enfant manifeste spontanément.
Remarquons que montrer un esprit de petit enfant ne signifie pas mettre de côté sa propre intelligence, ni faire semblant d’être naïf ou immature en tant qu’adulte. C’est beaucoup plus simple, quoique très difficile pour certains : simplement placer sa confiance en Dieu et croire Sa Parole. Avons-nous appris à faire taire en nous la voix de la sagesse humaine pour écouter celle de la sagesse de Dieu ? Sommes-nous venus à Jésus avec la simplicité et la confiance d’un enfant, afin d’entrer dans le domaine divin, le royaume de Dieu ?

D’après « The Good Seed » novembre 2020

 

CORONA 38

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CORONA 38

L’entrée du parvis

 

 

Pour entrer dans le parvis, il fallait se préparer mentalement, en vérifiant sa condition et en choisissant un sacrifice agréable à l’Éternel, et ensuite y venir. Nous pouvons suivre ce processus lorsque nous nous rendons aux réunions de culte. Dans quelle condition morale est-ce que je m’approche de Dieu ? L’apôtre inspiré écrira aux Corinthiens : « que chacun s’éprouve soi-même » (1 Cor. 11. 28) et aux croyants hébreux : « Approchons-nous avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi, ayant les cœurs par aspersion purifiés d’une mauvaise conscience » (Héb. 10. 22).
L’entrée du parvis du sanctuaire avait, comme porte, un rideau de vingt coudées de largeur sur cinq coudées de haut (10 m. sur 2.5 mètres). L’entrée se trouvait à l’orient, c’est-à-dire au soleil levant. Chacun des détails rencontrés dans le tabernacle apporte une signification spirituelle, même l’orientation de l’entrée. Quinze siècles plus tard, quand Jean-Baptiste est présenté en public pour être circoncis, Zacharie son père, éclairé par le Saint-Esprit, s’écrie : « l’Orient d’en haut nous a visités » (Luc 1. 67 à 79). Le Saint-Esprit lui avait révélé que son fils Jean allait être celui qui préparerait le chemin du Seigneur (voir aussi : És. 40. 3 ; Mal. 3. 1 ; Mal. 4. 5 et 6 ; Mat. 11. 7 à 14).
En considérant l’ensemble du tabernacle, nous y voyons trois rideaux. Premièrement, celui qui fait office de porte pour le parvis, ensuite celui qui permet d’entrer dans le lieu saint et finalement, le voile qui sépare le lieu saint du lieu très saint. Les trois rideaux sont fabriqués avec les mêmes matériaux, offrant quatre couleurs. Déjà, le rideau d’entrée du parvis du sanctuaire apporte une image du Seigneur Jésus, qui dira à Ses disciples : « Moi, je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jean 10. 9). La largeur du rideau était une invitation à s’approcher du Dieu d’Israël, comme les bras grand ouverts de notre Seigneur pour quiconque vient à Lui. « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos » (Mat. 11. 28).

Les quatre couleurs témoignaient par avance des gloires du Seigneur mises en évidence par les quatre évangélistes.
Le bleu évoque le ciel. L’apôtre Jean décrit le Seigneur Jésus comme le Fils éternel de Dieu, le second Homme venu du ciel, appelé le « Céleste » (1 Cor. 15. 47 à 49). Près de quarante fois, Jésus témoigne qu’Il est l’envoyé du Père, le messager céleste de l’amour divin.
La pourpre était employée dans l’antiquité pour revêtir les rois. Elle était le signe de la plus haute autorité. L’Évangile selon Matthieu met en évidence le Roi des rois et le Messie d’Israël. Le titre de roi lui est donné neuf fois dans cet évangile. De Bethléhem, où il est adoré par les mages venant de l’orient, à Golgotha, Jésus est reconnu comme étant le roi des Juifs.
L’écarlate, d’un rouge vif, comme celui du sang fraîchement répandu, était une couleur tirée d’un ver. L’expression « ver » évoque ce qui est petit, misérable, sans défense et impuissant. C’est ainsi que Dieu qualifie le pécheur perdu « l’homme, un ver, et le fils de l’homme, un vermisseau ! » (Job 25. 4 à 6). Notre Seigneur s’est identifié à la condition de l’homme mortel en Se chargeant « de nos douleurs » (És. 53. 4). Il a pris sur Lui nos péchés, pour en subir le terrible châtiment. La voix prophétique exprime ce qu’Il a dû ressentir : « Mais moi, je suis un ver, et non point un homme » (Ps. 22. 6). L’évangile selon Marc décrit d’une façon merveilleuse le Serviteur de Dieu qui dit de Lui-même : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10. 45).
Le coton blanc (fin coton ou byssus). Il est mentionné pour la première fois en Gen. 41. 42. Le vêtement que portait Joseph, dans sa gloire en Égypte, était du plus fin coton blanc. David, Asaph et ses frères, et plus tard Mardochée, portaient des vêtements de ce précieux tissu. L’évangile selon Luc présente le Seigneur Jésus comme le Fils de l’homme, dans Sa vie sainte et sans péché. L’ange visitant Marie lui a parlé de : « La sainte chose qui naîtra » (Luc 1. 35). Telle fut Son entrée dans le monde. De la crèche à la croix, Il fit constamment la volonté de Son Père. Puis, quand il arriva au terme de Son court passage sur la terre, après avoir guéri tant de malades, rendu l’ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, la vie aux morts, Pilate, Son juge, en Le livrant à la foule, doit dire de Jésus : « Je ne trouve aucun crime en cet homme » (Luc 23. 4 et 14). Il porte encore le titre de Fils de l’homme dans la gloire. À l’heure de Son martyre, Étienne, voyant Jésus debout à la droite de Dieu dit : « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. 7. 56).

Chaque fois que le lecteur de la Bible médite sur les beautés du tabernacle, ce sanctuaire terrestre, il peut penser à Jésus-Christ. Il Le verra comme l’Homme venu du ciel, « le bleu » ; un Roi magnifique qui donne Sa vie pour la délivrance de Son peuple, « la pourpre » ; un Serviteur dévoué jusqu’à la mort de la croix, « l’écarlate » ; un Homme parfait rendant à Dieu ce qu’Il n’avait pas ravi (voir : Ps. 69. 4), « le coton blanc ».
Si Satan a voulu s’approprier la gloire de Dieu, si Adam, par la suite, en écoutant la voix du tentateur, a pensé être « comme Dieu » (Gen. 3. 5), notre Seigneur, Lui, S’est abaissé jusqu’à la mort de la croix. Dans les conseils de Dieu, Jésus avait dit : « Voici, je viens… c’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » (Ps. 40. 7 et 8). À Gethsémané, Ses disciples furent témoins de Ses supplications à Son Père et de Son acceptation : « Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite » (Luc 22. 42). En retour, « Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom » (Phil. 2. 9). Ainsi ce rideau rendait par avance témoignage « des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient » (1 Pier. 1. 11). Oui, qu’à jamais, toute gloire et tout honneur Lui soient rendus !

NOBLE VENGEANCE

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Revêtez-vous…, comme des élus de Dieu, … de bonté, d’humilité, de douceur…, vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l’un a un sujet de plainte contre un autre ; comme le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même. Col. 3. 12 et 13.

NOBLE VENGEANCE

L’Athénien Périclès, rentrant un soir de la place publique, fut suivi jusque chez lui par un individu qui lui criait les pires injures. Périclès ne lui répondit pas un mot. Arrivé à la maison, il appela un de ses serviteurs et lui dit  : « Prends un flambeau et raccompagne cet homme chez lui ».
Le comportement de Périclès nous fait penser à celui de Jésus, Lui qui, « lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas l’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (1 Pier. 2. 23).
Et pourtant, quel cœur pouvait être plus sensible que le Sien à l’incompréhension, au mépris, aux injures  ? N’a-t-Il pas dit : « L’opprobre m’a brisé le cœur, et je suis accablé » (Ps. 69. 20) ? Lui, « l’homme de douleurs » (És. 53. 3), a eu pour Ses ennemis des paroles de bonté. Il n’a pas fait valoir Ses droits, au contraire : Il y a renoncé, acceptant pour notre salut de subir la crucifixion.
Et, cloué sur la croix, Il a prié pour Ses bourreaux  : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23. 34).
Amis chrétiens, comment réagissons-nous face à la moquerie ou à tout ce qui nous agresse  ? Savons-nous suivre le modèle laissé par notre Sauveur  ? Nous pouvons le faire, non par nos propres forces, mais « parce que l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5. 5).
Et cet amour « ne s’irrite pas, il n’impute pas le mal…, il supporte tout…, endure tout » (1 Cor. 13. 5 à 7). Quel programme  !

D’après la Bonne Semence Décembre 2020
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LES VOIES MERVEILLEUSES DE DIEU

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LES VOIES MERVEILLEUSES DE DIEU

Dans une petite ville d’Angleterre vivait une veuve qui n’avait qu’un seul fils. Elle connaissait le Seigneur Jésus depuis de longues années ; aussi son plus ardent désir et le sujet constant de ses prières était que son fils s’attache aussi, de bonne heure, au Sauveur. Dès qu’il fut capable de comprendre, elle commença à lui parler de l’amour du bon Berger qui a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants » et qui aime à les bénir. Plus tard, elle l’instruisit dans les Saintes Écritures, demandant, chaque jour au Seigneur, en même temps, d’ouvrir le cœur de son enfant et de faire porter du fruit à la bonne semence (la Parole de Dieu) déposée en lui.
Mais rien ne semblait produire d’effet. Le cœur de Charles restait insensible aux exhortations de sa mère.

Il grandit. Sa mère ne cessait d’adresser au Seigneur de ferventes supplications pour lui, mais Charles persistait dans son indifférence. Il semblait même empirer, recherchant des compagnons de plaisir légers et insouciants comme lui, et avec lesquels il se livrait à toutes sortes de sottises et de plaisanteries. On peut juger du chagrin et de l’inquiétude qu’une telle conduite causait à sa pauvre mère. Il semblait que ses prières ne seraient jamais exaucées, aussi son âme était dans une grande angoisse.
Enfants, pensez à la douleur que vous faites éprouver à vos parents quand vous ne vous conduisez pas bien. Le Seigneur en prend connaissance.

Un ami de la mère de Charles s’était aperçu de ses inquiétudes et, comme il l’exhortait à se confier entièrement au Seigneur et à rester calme : « J’aimerais tant faire cela » répondit-elle ; « mais j’ai toujours comme un pressentiment que mon fils pourrait tout à coup être retiré de ce monde ; et que deviendra alors sa pauvre âme ? »
Ce pressentiment sembla devoir s’accomplir. Un jour, on apporta à la pauvre mère la terrible nouvelle que son fils était tombé dans une eau profonde et s’était noyé. Comment décrire l’effroi et l’angoisse dont elle fut saisie ? A peine eut-elle la force de courir sur le lieu du sinistre. Arrivée là, elle vit, en effet, le corps inanimé de son fils couché sur le rivage. On l’avait retiré de l’eau et l’on cherchait, par tous les moyens possibles, à le ramener à la vie. Pendant longtemps, tous les efforts demeurèrent vains. De longues heures s’écoulèrent sans résultat apparent. Enfin sa poitrine se souleva légèrement ; la respiration se rétablit insensiblement, et peu après Charles ouvrit les yeux. Son premier mot fut : « Maman ». Elle était là, à genoux près de lui et, en la voyant, il arrêta son regard sur elle, longuement et affectueusement, mais il était encore hors d’état de parler. La mère, cependant, fondant en larmes, couvrait de baisers son enfant revenu à la vie.

Ce ne fut qu’un certain temps après que Charles, transporté dans son lit et ayant repris quelques forces, prit la main de sa mère et lui dit :
– Où aurais-tu pensé que je serais allé, maman, si l’on ne m’avait pas sauvé ?
– Pourquoi me poses-tu cette question, mon enfant ? répondit-elle.
– Je vais te le dire, continua Charles. Tu aurais certainement pensé que j’étais perdu pour toujours. Mais tu te serais trompée. Tu m’aurais retrouvé au ciel, auprès du Seigneur Jésus. C’est vrai que, jusqu’à présent, mon cœur était resté tout à fait indifférent. Tes prières et tes exhortations n’avaient fait aucune impression sur moi. Je voulais jouir de la vie, et je m’efforçais de ne penser ni à la mort, ni à l’éternité.
Mais, au moment où j’enfonçais dans l’eau, cette pensée me saisit : « Tu es perdu pour toujours ». La multitude de mes péchés et les terreurs du jugement se dressèrent soudain devant moi. Je criai « grâce », et, au même instant, mon cri fut exaucé. Dieu dirigea mes regards sur la croix, et il me sembla entendre ces paroles consolantes : « Ne crains pas ; tes péchés te sont pardonnés ». Plusieurs des exhortations affectueuses que tu m’avais si souvent adressées passèrent comme un éclair dans mon âme. Je pensai à ton amour pour moi.
Puis, avec un cœur allégé et heureux, et dans la pleine certitude que je m’en allais vers le Seigneur, je perdis connaissance. Je ne sais rien de ce qui m’est arrivé depuis, jusqu’au moment où je t’ai vue près de moi. Certainement, maman, le Seigneur a permis que je ne meure pas afin que tu aies la joie d’apprendre qu’Il avait exaucé tes prières.

Qui pourrait dire les sentiments de la mère, passant ainsi de l’angoisse la plus profonde à la joie la plus vive ? Pour elle, son fils était deux fois revenu à la vie ; il avait recouvré la vie pour un peu de temps ici-bas, il possédait la vie de Dieu pour l’éternité.
Elle était incapable de parler, mais son cœur débordait d’actions de grâces envers Celui qui avait montré, d’une manière si merveilleuse, les richesses de Sa grâce et de Son amour.
Depuis ce jour, Charles manifesta, par sa marche fidèle et sérieuse, la réalité de sa conversion, de l’œuvre que Dieu avait opérée en lui.

D’après la Bonne Nouvelle 1973

 

LA COURSE DU CHRÉTIEN

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LA COURSE DU CHRÉTIEN

J’ai à cœur de lire deux passages dans l’épître aux Hébreux. Nous connaissons tous Hébreux chapitre 11, les héros de la foi. J’aimerais partager avec vous quelques considérations sur l’introduction et sur le résumé de ce chapitre.

Lisons d’abord Hébreux 10. 35, puis Hébreux 12. 1.
« Ne rejetez donc pas loin votre confiance qui a une grande récompense. Car vous avez besoin de patience, afin que, ayant fait la volonté de Dieu, vous receviez les choses promises [cela veut dire la promesse]. Car encore très-peu de temps, « et celui qui vient viendra, et il ne tardera pas. Or le juste vivra de foi » (Héb. 10. 35 à 38).
« Or la foi est l’assurance [la ferme conviction] des choses qu’on espère, et la conviction [la démonstration intérieure] de celles qu’on ne voit pas. Car c’est par elle que les anciens ont reçu témoignage. Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par la parole de Dieu, de sorte que ce qui se voit n’a pas été fait de choses qui paraissent » (Héb. 11.1 à 3). « C’est pourquoi, nous aussi, ayant une si grande nuée de témoins qui nous entoure, rejetant tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si aisément, courons avec patience la course qui est devant nous, fixant les yeux sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, lequel, à cause de la joie qui était devant lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu. Car considérez celui qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même, afin que vous ne soyez pas las, étant découragés dans vos âmes » (Héb. 12. 1 à 3).

Dans l’épître aux Hébreux nous trouvons la même expression à deux reprises : au chapitre 12 : « considérez celui qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même », et au chapitre 3 : « considérez l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession, Jésus » (v. 1). Il faut considérer le Seigneur Jésus.
Les Juifs convertis, les Juifs chrétiens, à qui cette épître a été adressée, étaient en danger d’abandonner la profession chrétienne, et d’abandonner le Seigneur Jésus. Pour cette raison, ils sont encouragés à considérer l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession, c’est-à-dire : la confession chrétienne. La supériorité de la confession chrétienne sur le judaïsme trouve sa clé dans la Personne du Seigneur Jésus. Parce que le Seigneur Jésus est supérieur, le christianisme – la profession chrétienne – est supérieur.

La première partie de l’épître aux Hébreux nous parle du Seigneur Jésus comme l’apôtre et le souverain sacrificateur de la profession chrétienne. La deuxième partie de cette épître, dès le chapitre 10, nous parle de la course du chrétien, la course de la foi. Et pour courir cette course, il faut que nos yeux soient fixés de nouveau sur le Seigneur Jésus: « Considérez Jésus qui a enduré la contradiction…»
La première partie de l’épître, du chapitre 1 jusqu’au chapitre 10. 18, est une partie doctrinale, qui parle de la supériorité du christianisme par rapport au judaïsme à cause de la supériorité de la Personne du Seigneur Jésus comme étant l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession. Et la deuxième partie de cette épître, du chapitre 10. 19 jusqu’à la fin, c’est la partie pratique qui parle de la vie du chrétien, la vie de la foi, et cette vie est une course vers le but.
Le croyant est encore dans le désert, il court vers le but, et la motivation pour courir, c’est la foi, et c’est bien sûr le Seigneur Jésus Lui-même. Le chapitre 11 nous présente les héros de la foi, des hommes et des femmes qui ont vécu dans l’Ancien Testament dans la foi, et ils sont présentés comme des exemples pour nous, pour que nous suivions leurs traces. Mais surtout, et c’est le chapitre 12, nos yeux sont fixés sur Jésus, qui est le chef et le consommateur de la foi, de la course, de la vie chrétienne qui est une vie de foi.

Les versets que nous venons de lire au chapitre 10, versets 35 à 38, sont une introduction à ce grand chapitre d’Hébreux 11. La première chose que nous y trouvons c’est la confiance.
Il est dit : « Ne rejetez donc pas loin votre confiance qui a une grande récompense » (v. 35). La confiance, c’est la patience dans les circonstances. On a dit autrefois que notre voyage sur la terre est un pèlerinage, (ou bien « comme si nous étions » ou bien « et nous sommes ») des étrangers sur la terre. Nous sommes encore dans les circonstances de la vie, et quelquefois ces circonstances sont très pénibles. Pour les destinataires de cette épître, les circonstances étaient très pénibles. Pour cette raison nous avons besoin de la confiance, de la patience dans les circonstances.
Le Nouveau Testament, bien sûr, parle aussi de la patience envers les hommes, même avec des frères et des sœurs. C’est la longanimité. Mais ici, c’est la confiance, et cette confiance chrétienne a une grande récompense.

Deuxièmement il est dit : « Car vous avez besoin de patience, afin que, ayant fait la volonté de Dieu, vous receviez les choses promises », c’est-à-dire : vous recevrez la promesse. Il faut de la patience en étant sur la terre, en courant la course il faut que nous ayons de la patience. Le but, chers amis, est devant nous, la récompense est devant nous. On peut compter à 100 % sur toutes les promesses que Dieu nous a données, et la réponse sera donnée au moment où nous aurons atteint le but. A la fin nous recevrons la récompense.

Une troisième chose est mentionnée au v. 37 : « Car encore très-peu de temps, «et celui qui vient viendra, et il ne tardera pas ». « Celui qui vient », c’est bien sûr le Seigneur Jésus, l’espérance du chrétien. L’espérance du chrétien, ce n’est pas une chose, ce n’est pas à proprement parler le ciel, mais c’est le Seigneur Jésus Lui-même comme « Celui qui vient ». Mais ce que nous trouvons ici, c’est un titre du Seigneur Jésus : « Celui qui vient ».
Nous avons déjà remarqué un de ces titres au chapitre 3 : « l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession » (v. 1). Le Seigneur Jésus porte beaucoup de titres et il vaut la peine d’étudier les titres du Seigneur Jésus. Mais ici nous avons ce titre : « Celui qui vient ». Il viendra mais Il est « Celui qui vient ». Cela veut dire qu’Il est toujours en train de venir. Maintenant, aujourd’hui, le Seigneur Jésus est en train de venir et pour cette raison, à un moment donné Il viendra, Il sera là.
Lui-même a donné la promesse : « Je viens bientôt » et pour cette raison il est ajouté : « Il ne tardera pas ». Quelquefois nous utilisons cette expression : nous ferons ceci et cela si le Seigneur Jésus tarde. Mais ici celui qui a écrit cette épître dit : « il ne tardera pas ». Non, le Seigneur Jésus ne tardera pas. Il a donné sa promesse et on peut compter dessus à 100 %. Le Seigneur Jésus viendra. C’est ce qu’Il a promis à Ses disciples (Jean 14). Il est allé pour nous préparer une place dans la maison du Père et Il reviendra. C’est l’espérance bienheureuse, vivante, la meilleure, du chrétien.
Chers amis, nous tous nous savons que le Seigneur Jésus vient. C’est une connaissance, mais cela ne suffit pas. Il est important d’avoir cette connaissance, mais la question est autre. Est-ce que nous sommes vraiment des serviteurs qui attendent leur Maître ? Est-ce que l’épouse attend vraiment l’époux ? C’est une question concernant l’attitude de nos cœurs, de vraiment attendre le Seigneur Jésus. Il a donné la promesse : « Je viens bientôt ». Quelle est la réponse ? Quel est l’écho de nos cœurs ? – « Seigneur Jésus, viens ! ». Nous attendons le moment où il viendra et jusqu’au moment où le Seigneur Jésus vient, que faisons-nous ?

C’est le quatrième point que j’aimerais souligner au v. 38 : « Or le juste vivra de foi ». Au ciel nous n’aurons plus besoin de la foi, nous n’aurons plus besoin de l’espérance. L’amour reste pour toujours. Mais maintenant, étant encore sur la terre, nous vivons par la foi. « Le juste vivra de foi ». C’est une citation de l’Ancien Testament. Le prophète Habakuk a dit : « le juste vivra par sa foi » (2. 4).
Ce verset est cité trois fois dans le Nouveau Testament. C’est l’apôtre Paul qui en parle dans l’épître aux Romains, c’est de nouveau l’apôtre Paul dans l’épître aux Galates, et il y a cette citation ici dans l’épître aux Hébreux et chaque fois l’accent est un peu différent. Dans l’épître aux Hébreux l’accent est mis sur le fait que le juste vivra par sa foi. L’épître aux Romains nous parle de la justification du pécheur sur le principe de la foi, la justification est le grand sujet dans l’épître aux Romains : « Or le juste vivra de foi » (1. 17). Dans l’épître aux Galates l’accent est mis sur la foi : « Le juste vivra de foi » (3. 11), pas par les œuvres. C’était le problème des Galates, de faire quelque chose pour obtenir quelque chose, et l’apôtre Paul dit : Non, le juste vivra de foi. Mais ici, dans l’épître aux Hébreux, il est question de la vie : « le juste vivra de foi ». Jusqu’au moment où le Seigneur Jésus viendra, la vie du chrétien, sa manière de vivre, est caractérisée par la foi.

Et qu’est-ce que c’est, la foi ? C’est le cinquième point au chapitre 11 : « Or la foi est l’assurance [cela veut dire la ferme conviction, la persuasion] des choses qu’on espère, et la conviction [la démonstration intérieure comme nous le dit la note] de celles qu’on ne voit pas ». « Nous marchons par la foi, non par la vue » (2 Cor. 5. 7). Nous verrons le Seigneur comme Il est (1 Jean 3. 2). Mais maintenant nous vivons, non pas par la vue, mais par la foi.
Nous n’avons jamais vu le Seigneur Jésus, chers amis. Mais nous L’aimons quand même, sans L’avoir vu de nos yeux. Mais nous avons « les yeux de notre cœur » (Eph. 1.1 8), et avec les yeux du cœur nous pouvons Le considérer, nous pouvons fixer nos yeux sur Lui, mais c’est par la foi. C’est une des caractéristiques d’un chrétien : il est caractérisé, non pas par la vue, mais par la foi.

Un sixième point dans cette introduction, au v. 2 : « Car c’est par elle [la foi] que les anciens ont reçu témoignage ». Les anciens, ce sont les héros de la foi qu’on retrouve au chapitre 11. Ce sont ces hommes et ces femmes pieux qui ont eu une vie à la gloire de leur Dieu, dans la communion avec leur Dieu, caractérisés par la foi, des hommes comme Abraham, comme Moïse, comme David et d’autres. Ils ont reçu témoignage. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est qu’ils ont reçu l’approbation de Dieu. Dieu était satisfait, Dieu avait trouvé Son plaisir dans la vie de ces héros de la foi. Comment trouver l’approbation de Dieu dans notre vie ? En vivant une vie de foi. C’est par elle que les anciens, et nous aussi, pouvons recevoir ce témoignage.

Il y a un septième point que j’aimerais souligner dans cette introduction. Au v. 3 il est dit : « Par la foi, nous comprenons ». Je ne parle pas maintenant de l’évolution ou de la création. Ce n’est pas le sujet ce soir. C’est un sujet, bien sûr, très important, mais ce n’est pas le sujet ce soir. Mais c’est un principe ici, un principe général qui nous est présenté : « Par la foi, nous comprenons ». Le discernement spirituel, la connaissance spirituelle, ont leur source dans la foi. Il faut d’abord croire, il faut d’abord avoir la foi, et ensuite on peut comprendre. Dans le monde, on commence par la compréhension, et ensuite on est persuadé. Mais le chrétien commence par la foi, il met sa main sur les promesses de Dieu et il dit : c’est vrai, je n’avais pas vu cela, mais je crois. C’est la foi : croire, prendre Dieu au mot par Sa Parole et ensuite il y a le discernement spirituel, la connaissance spirituelle : « Par la foi, nous comprenons ». C’est un principe général pour chacun de nous.

Au chapitre 12, celui qui a écrit cette épître parle de nouveau des héros de la foi. Il nous dit : « C’est pourquoi, nous aussi, ayant une si grande nuée de témoins qui nous entoure ». Nous avons l’exemple des croyants, des hommes et des femmes pieux dans l’Ancien Testament, pour notre encouragement, pour notre motivation.
Et nous, chers amis, nous avons même les héros de la foi du Nouveau Testament, l’exemple de croyants, hommes et femmes, du Nouveau Testament, comme l’apôtre Paul, l’apôtre Pierre, comme Luc, comme Timothée, comme Marie, comme les femmes pieuses qui ont suivi le Seigneur Jésus. Quelle nuée de témoins autour de nous ! Il vaut la peine d’étudier leur vie, de tirer des leçons pratiques de la vie de ces hommes et de ces femmes. Nous avons une si grande nuée de témoins qui nous entoure. C’est un privilège, chers amis.
Mais qu’est-il dit ? Ayant cela, nous devons courir avec patience la course qui est devant nous. La vie du chrétien, ici, est comparée à une course. La vie du chrétien est une course vers le but. Le but à la fin, c’est le moment où le Seigneur Jésus viendra nous chercher. Mais jusqu’à ce moment, c’est une course.
Nous courons. Chacun a ses soucis. Que faire avec nos soucis ? On peut les rejeter, on peut les apporter aux pieds du Seigneur Jésus dans la prière. Nous pouvons tout dire au Seigneur Jésus afin qu’Il nous aide à rejeter tout fardeau et à courir avec patience la course qui est devant nous. Mais il y a un autre obstacle, un autre instrument que Satan utilise. C’est le péché qui nous enveloppe, qui nous obsède si aisément. Si j’accepte des péchés dans ma vie sans les confesser, je ne peux plus courir.
Ces péchés nous enveloppent. Quelqu’un qui est enveloppé ne peut plus courir. Cette illustration est claire. Que faire avec les péchés ? Il y a toujours, malheureusement, des péchés dans ma vie. Que faire ? Comment rejeter le péché ? – Par une confession. C’est de nouveau la prière, mais la prière avec une confession. Il faut confesser nos péchés pour que nous soyons capables de courir.
Quand David avait péché avec Bath-Shéba, il ne pouvait plus courir la course, il ne pouvait plus vivre dans la foi. C’était impossible. La joie de son salut était perdue. Il ne pouvait plus courir, mais au moment où il a confessé son péché, la joie de son salut a été retrouvée et il pouvait de nouveau courir avec patience sa course. Il faut faire attention à ces obstacles qui sont là.

Au v. 2 nous lisons : « fixant les yeux sur Jésus ». Nous avons trouvé d’abord les héros de la foi, cette nuée de témoins. Deuxièmement nous avons vu que la vie du chrétien est une course. Il faut courir!  Et troisièmement, nous avons un but devant nous, nous fixons les yeux sur Jésus. Pour « fixant » la note nous dit : avec le sens de : détourner ses regards d’autres objets et les fixer exclusivement sur un seul. Oui il y a ces témoins, ces héros de la foi. On peut les considérer – c’est une motivation pour chacun de nous – on peut suivre les traces de ces hommes et de ces femmes, mais surtout, chers amis, il faut fixer les yeux exclusivement sur Jésus. Il enduré la croix, Il a méprisé la honte. Il a enduré tout cela à cause de la joie qui était devant Lui. Et nous aussi, chers amis, nous avons cette motivation. « Celui qui vient viendra, et il ne tardera pas » (10. 37). La joie est devant nous. Un jour, nous serons dans la présence du Seigneur Jésus et nous partagerons la joie qu’Il a déjà.

Après il est dit : « Car considérez celui qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même ». Il est question de la contradiction de la part des pécheurs, la résistance, l’opprobre, la honte, les souffrances de la part des hommes. Le Seigneur Jésus a enduré tout cela, beaucoup plus que nous. Nous sommes encouragés à considérer Celui qui a enduré une telle contradiction. « Considérez » signifie le contempler, l’observer en détail, pas avec un regard fugitif, juste un moment, une minute. « Considérez », contemplez et pour cela il faut du temps.
Chers amis, ce n’est pas seulement à la réunion pour la fraction du pain le dimanche matin, pas seulement une heure par semaine pour contempler le Seigneur Jésus, pour L’adorer, pour Le considérer. Bien sûr la réunion pour la fraction du pain est un moment extraordinaire, une heure particulière dans la semaine. Mais « considérez celui qui… » est quelque chose que nous faisons chaque jour. Considérer le Seigneur Jésus, fixant les yeux sur lui, mais aussi Le considérer, Le contempler en détail. Et pour cela, je le répète, il faut du temps.
Et pourquoi Le considérer ? Bien sûr, pour L’adorer, pour Lui donner l’adoration de nos cœurs. Mais ce n’est pas le point ici.

Ici c’est autre chose : « Car considérez celui qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même, afin que vous ne soyez pas las, étant découragés dans vos âmes ». C’est un encouragement, une motivation pour nous, de courir la course avec persévérance, avec endurance. Si souvent nous sommes las, nous sommes fatigués, nous sommes découragés par toutes ces choses qui arrivent dans la vie du chrétien : la résistance, l’opposition. Que faire ? « Fixant les yeux sur Jésus », considérez-le, contemplez le Seigneur Jésus, comment Il a vécu, Lui le chef et le consommateur de la foi.
Que dit l’apôtre Paul à la fin de sa vie ? « Le temps de mon départ est arrivé » (2 Tim. 4. 6). Paul était au bout de son voyage, presque au bout. Il dit : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ». « J’ai gardé la foi », la foi était la caractéristique de la vie de l’apôtre Paul. Il dit : « j’ai achevé la course », pas en perfection comme le Seigneur Jésus, mais tout de même l’apôtre Paul est aussi un exemple pour nous. Ici nous avons le modèle, l’exemple parfait, le Seigneur Jésus.

La vie du chrétien est une course caractérisée par la foi, non pas par la vue. Pour le moment, nous sommes ici, nous sommes sur la terre. Courons vers le but, fixant les yeux sur Jésus le chef et le consommateur de la foi, contemplons et considérons le Seigneur Jésus qui a vécu une vie de perfection. Cela nous aide à ne pas être découragés, à ne pas être fatigués, mais à courir avec patience jusqu’à la fin.

 

D’après edification.bible novembre 2020