
Il y a déjà bien des années, se produisit un incident qui nous fournira une merveilleuse illustration de la miséricorde de Dieu et de sa puissance pour ramener les égarés. Cet incident eut lieu dans un coin sombre et sauvage de la Forêt Noire.
Chose étrange dans cet endroit encore plus étrange, il s’y faisait une vente aux enchères ! Les acteurs de cette scène étaient des brigands, des voleurs de grand chemin qui s’étaient réunis à minuit, à la lueur des torches. Assis en cercle et armés jusqu’aux dents, ils présentaient un rude et formidable aspect.
Ces brigands avaient, le soir même, pillé un wagon chargé de marchandises d’une grande valeur, appartenant à un riche négociant d’une ville voisine. Ils avaient cru naturellement que ce ne serait ni sage ni prudent, de vendre tout ce butin dans les environs. Alors, ils décidèrent de le partager entre eux par une vente aux enchères.
L’un des bandits faisait office de commissaire-priseur. Des vêtements de grand prix et beaucoup d’autres objets avaient été offerts pour la vente, pendant qu’une bouteille d’alcool circulait. Soudain, le commissaire-priseur présenta, comme article suivant, un Nouveau Testament ! Des rires bruyants et des blasphèmes acclamèrent cet article inattendu.
Au milieu de cette profanation, l’un des brigands proposa que le commissaire-priseur voulût bien lire un chapitre de ce livre afin qu’ils pussent se rendre compte de sa valeur. C’est ce qui fut accepté avec applaudissements.
D’un ton railleur, la lecture du Nouveau Testament commença, au grand amusement des auditeurs.
Cependant au milieu de leurs éclats de rire, ils n’avaient pas remarqué que le plus vieux de la bande, le plus habile dans leurs expéditions et aussi le buveur le plus invétéré d’eux tous, était devenu tout à coup très silencieux, l’œil fixe, comme plongé dans de lointains souvenirs.
Que se passait-il donc ? Simplement ceci. Le chapitre qu’il entendait maintenant était celui-là même que son père, trente ans auparavant, avait lu dans sa famille, alors que son fils indigne devait fuir le toit paternel, le soir même, afin d’échapper aux recherches de la police… Et jamais il n’était rentré dans cette maison qui l’avait vu naître ! Aussi, en ce moment, il est abîmé dans la douleur et la honte. Tous les souvenirs de sa jeunesse reviennent un à un à sa mémoire. Il revoit son vénéré père, sa bonne vieille mère, ses frères, ses sœurs rassemblés pour écouter la Parole de Dieu. Puis il se revoit lui, jetant toute religion au vent, n’ayant plus ni foi, ni loi, le dernier des bandits.
Mais aujourd’hui, cette même Parole de Dieu méprisée, rejetée jusqu’ici, vient faire une œuvre puissante dans l’âme égarée de ce pauvre homme. Le marteau de la Vérité brise, pulvérise, en un instant, la dureté de ce cœur. La froideur de l’incrédulité avait changé en glace la sensibilité de l’être tout entier de ce pauvre bandit, mais les rayons du soleil d’En-Haut viennent maintenant faire fondre cette glace. Les sages conseils de son père, les paroles d’affection de sa mère, au temps de sa tendre jeunesse, reviennent à flots dans sa mémoire. Aussi, à cette heure solennelle, notre homme oublie tout ce qui se passe autour de lui, il est sourd à tout ce tapage impie jusqu’au moment où un camarade lui frappe sur l’épaule et lui dit :
– Eh ! dites donc, vieux songeur, pourquoi ne réclamez-vous pas ce livre ? Vous savez, vous en avez plus besoin qu’aucun de nous, car vous êtes le plus grand pécheur de nous tous.
– Oui, oui, c’est vrai, je le suis. Donnez-moi ce ivre, j’en paierai le prix demandé.
Après la vente, les brigands se dispersèrent pour aller dans les villages accomplir leur triste besogne, mais le possesseur du Nouveau Testament s’en alla chercher une retraite cachée parmi les rochers et il passa un jour et une nuit dans de terribles luttes de conscience. Il ouvrait le Livre, lisait un peu, cherchant une consolation ou une lueur d’espérance, pour retomber ensuite dans le désespoir, se disant qu’après une carrière comme la sienne il ne pouvait y avoir pour lui aucune miséricorde, aucun pardon ! Enfin, après bien des luttes et la lecture de tant de promesses de Dieu, l’espoir sembla renaître. La lumière de la croix vint éclairer cette obscurité et il eut l’assurance d’un salut parfait par Christ, le Sauveur.
Il résolut fermement d’abandonner ses compagnons et l’infâme métier qu’il pratiquait, et d’aller se livrer à la justice. Mais auparavant, il eut la pensée d’aller à la recherche du pasteur de l’un des plus proches villages de la Forêt Noire, afin de lui raconter son cas.
Le matin suivant, en se rendant chez l’évangéliste il apprit que toute la bande de brigands avait été capturée par un détachement de soldats et se trouvait actuellement en prison. Cette nouvelle vint encore le confirmer dans sa détermination. Il raconta son histoire et comment enfin il était venu à la croix de Christ chercher le salut de son âme car, ajouta-t-il, j’étais un pécheur perdu.
Le serviteur de Dieu lui répéta quelques psaumes qui amenèrent chez lui la pleine assurance qu’étant venu ainsi au Sauveur, il était lavé dans le précieux sang de Christ, l’Agneau de Dieu, et recouvert de sa justice. Il se rendit alors chez le juge, en compagnie du pasteur. Le magistrat écouta toute cette histoire avec étonnement et exprima l’espoir que cette confession volontaire pourrait au moins sauver sa vie.
Toute la bande fut condamnée à mort et exécutée, mais lui, le brigand sauvé, obtint la faveur de n’être condamné qu’à dix ans d’emprisonnement. Si exemplaire fut sa conduite qu’il fut gracié au bout de sept ans et fut aussitôt engagé au service d’un noble.
Le voleur converti fut un disciple fervent du Sauveur qui l’avait racheté, pendant tout le reste de sa vie. Il resta toujours chez le même bon maître qui l’avait reçu chez lui au sortir de prison. Dans cette noble maison, il fut une bénédiction de tous les jours. La fin de sa vie fut : la paix.
D’après Le Salut de Dieu 1926