N’AYEZ PAS HONTE

Charles avait été soigneusement élevé par des parents pieux ; il aimait le Seigneur Jésus, et désirait Lui plaire.

Les premières années de sa vie s’étaient écoulées dans un tranquille petit village, mais maintenant le moment était venu de faire des études plus sérieuses, et ses parents furent obligés de le mettre en pension dans la ville la plus proche.

L’école comprenait une quarantaine d’élèves, dont la plupart étaient plus âgés que Charles. Le soir de son arrivée il se retira dans son dortoir avec ses camarades. Avant de se coucher il désirait lire sa Bible et prier comme il avait l’habitude de le faire à la maison ; mais lorsqu’il vit les autres garçons se hâter d’entrer dans leurs lits en causant et en riant, il n’osa pas prier devant eux.

On ne peut pas s’agenouiller devant des étrangers, se dit-il en lui-même ; j’attendrai de les connaître mieux. Il commença alors à se déshabiller en se disant pour tranquilliser sa conscience : Je puis prier aussi bien dans mon lit, et demain matin je me lèverai pour lire avant que les autres se réveillent.

Mais à peine fut-il au lit qu’il s’endormit profondément et ne se réveilla le lendemain que lorsque ses camarades étaient déjà à moitié habillés. Toutes ses bonnes résolutions furent donc réduites à néant, et il quitta la chambre sans avoir lu la Parole de Dieu ni prié.

Ses nouveaux devoirs occupèrent son esprit pendant la journée, mais il se sentait pourtant malheureux en pensant à ce qu’il avait négligé, et il décida de prendre courage et de ne pas s’inquiéter des garçons et de ce qu’ils pourraient penser de lui. Mais, hélas ! de jour en jour il devint plus craintif et abandonna tout à fait la lecture de la Bible et la .prière. Il se tranquillisait lui-même avec la pensée qu’il n’était pas pire que ses camarades, mais il se trompait. Extérieurement il ne se conduisait pas plus mal qu’eux, mais il était plus coupable parce qu’il avait reçu d’autres enseignements qu’eux et savait ce qu’il négligeait.

Charles était devenu le favori, non seulement de ses camarades, mais aussi de ses maîtres. Il était franc et honnête et ne cherchait jamais à s’excuser en donnant une réponse évasive. Ses leçons étaient toujours bien apprises, mais lorsque sonnait l’heure de la récréation, il apportait aux jeux un joyeux entrain. Personne ne le dépassait au saut ou à la course, il savait mieux que tout autre garçon organiser de belles parties.

Un jour de congé, les garçons furent autorisés à faire une excursion dans la forêt. C’était la saison des noisettes et des petits fruits. sauvages.

Après en avoir fait une abondante récolte, les enfants s’étendirent sur l’herbe pour se reposer.

– Je ne voudrais pas passer une nuit seul ici, dit, l’un des garçons. Il doit faire terriblement sombre sous ces arbres.

– Quel poltron tu es ! dit Charles. Moi, je n’aurais pas peur. Qu’y aurait-il à craindre ?

Un verset qu’il avait appris avec sa mère lui revint en mémoire : « Même quand je marcherais par la vallée de l’ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu es avec moi » (Ps. 23. 4).

Souvent, lorsque la peur commençait à l’envahir, il s’était répété ce verset qui l’avait toujours tranquillisé, mais à ce moment-là, il lui sembla qu’il ne pouvait penser à Dieu comme à un tendre Père ; et, tout à coup il se sentit pécheur et méritant la réprobation, parce qu’il avait négligé la prière et la lecture de la Bible. Les voix de ses camarades le tirèrent de sa rêverie.

– C’est vrai, Charles n’a peur de rien, disait l’un.

– Moi, je sais quelque chose qui l’effraye, s’écria un autre.

– Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? demandèrent-ils tous ensemble.

Et Charles s’avança fièrement pour se défendre.

– Eh bien, je vais vous le dire, continua tranquillement le jeune garçon, et Charles ne peut pas le nier. Il craint la moquerie.

Puis il se tut et regarda fixement Charles qui détourna les yeux et baissa la tête.

– Avant son arrivée, continua le jeune garçon, le maître nous a dit que c’était un garçon pieux qui n’oubliait jamais de lire sa Bible et de prier. Depuis que j’ai su cela, je l’ai observé, mais je ne l’ai jamais vu lire, ni prier, et pourtant je suis dans la même chambre que lui. Maintenant dites moi pourquoi il ne l’a pas fait depuis qu’il est ici ?

– Oui, c’est vrai, dit un autre, cela montre qu’il avait peur, et sûrement aucun de nous ne se serait moqué de lui.

Pauvre Charles ! Il se tenait immobile, incapable de dire un mot. Jamais auparavant il ne s’était senti pareillement humilié qu’en ce moment où il était justement accusé par ses camarades qui l’admiraient encore un instant avant. Il s’éloigna, pleurant amèrement, parce qu’il savait combien il méritait leur réprobation.

À son retour à l’école il trouva une lettre de sa mère qui lui disait entre autres choses :

J’espère que tu continues à lire la Parole de Dieu et à prier comme tu le faisais à la maison. Je demande constamment à Dieu qu’il te préserve de « la crainte de l’homme qui tend un piège » (Prov. 29. 25). Ne donne pas à tes camarades l’impression que tu as honte d’être un enfant de Dieu, et sois sûr qu’en dépit de toutes leurs moqueries, ils te respecteront si tu restes ferme ; mais ils te mépriseront si tu te laisses entraîner au mal par eux ».

Charles lut et relut cette lettre, tandis que les larmes remplissaient ses yeux.

Ô maman, murmura-t-il, tu ne sais pas à quel point j’ai déjà manqué.

Puis il se jeta à genoux, reconnaissant devant Dieu son infidélité et Lui demandant son aide pour tenir ferme désormais.

Un changement manifeste s’est produit dès lors dans la vie de Charles. Il commence et termine chaque journée par la lecture de la Parole de Dieu et la prière. Plusieurs de ses camarades se sont éloignés de lui ; mais d’autres, et parmi eux son accusateur, se sont, au contraire, liés plus intimement avec lui et suivent son exemple.

« Si quelqu’un souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte, mais qu’il glorifie Dieu en ce nom » (1 Pierre 4. 16).

« Ceux qui m’honorent, je les honorerai » (1 Sam. 2. 30).

D’après La Bonne Nouvelle 1935