
Les enfants qui habitent sur les bords de la mer connaissent les phares ; la plupart en ont vu ; mais ceux qui demeurent à la campagne ou dans les villes ne savent peut-être pas ce que c’est. Je vais vous le dire.
Un phare est une haute tour bâtie tout près de la mer, à l’extrémité d’une jetée. Il y a aussi des phares élevés sur des rochers isolés, tout entourés d’eau, à quelque distance des côtes et où on ne peut arriver qu’en bateau. Tout au haut de la tour il y a une petite chambre vitrée, où sont de grandes lampes qu’on allume le soir et qui brûlent toute la nuit. Cette lumière s’étend très loin sur la mer. Quand les bateaux approchent des côtes dans l’obscurité, les matelots voient la lumière du phare et savent qu’elle indique un port ou bien un écueil. Cette clarté leur sert à se diriger dans les ténèbres et à éviter les bas-fonds, les bancs de sable sur lesquels le bateau pourrait s’échouer.
Chaque phare a un gardien, un homme qui y demeure ; il allume les lampes et veille à ce qu’elles ne s’éteignent pas. Aujourd’hui les phares sont munis de lumière électrique, mais autrefois les lampes étaient alimentées avec de l’huile ou du pétrole. C’est dans ce temps-là que se passa la petite histoire que je veux vous raconter.
Il y avait une fois un homme et sa petite fille qui habitaient un phare situé sur une côte déserte et dangereuse. Lorsque la marée était haute, on ne pouvait atteindre le phare à cause des vagues qui se brisaient autour de lui.
Un jour le gardien s’en était allé au village, laissant sa fillette seule dans le phare. Comme il s’apprêtait à regagner sa demeure, il fut saisi par de méchants hommes qu’on appelle des « naufrageurs » et qui voulaient l’empêcher d’aller allumer ses lampes. Ils espéraient que, dans l’obscurité, quelque navire viendrait s’abîmer contre les écueils de la côte et qu’ils pourraient en recueillir le butin.
Ils retinrent le pauvre homme jusqu’à la marée montante. Enfin, ils le laissèrent partir et le malheureux se tenait sur le rivage tout désolé. La nuit était sombre ; le vent soufflait en tempête ; les vagues venaient se briser contre le phare ; pas moyen de s’aventurer sur les flots et la lanterne n’était pas allumée.
Et que faisait la fillette pendant ce temps ! Vous ai-je dit qu’elle n’avait que huit ans ? Lorsqu’elle vit que son père ne rentrait pas, elle fut très triste. Elle n’avait pas peur pour elle-même car elle savait que Dieu veillait sur elle, mais elle tremblait pour les pauvres marins. Avant que la nuit tombât tout-à-fait, elle avait vu des voiles à l’horizon, et elle savait que si les lampes n’étaient pas allumées, les bateaux feraient probablement naufrage.
Dans sa détresse, elle se mit à genoux et supplia le Seigneur de lui dire ce qu’elle devait faire. Alors cette très petite fille se mit à gravir laborieusement le long escalier tournant qui conduisait jusqu’à la lanterne. Elle était souvent montée là-haut avec son père, mais jamais seule. Arrivée au sommet de la tour, elle essaya d’allumer les lampes. Efforts inutiles ; elle était beaucoup trop petite pour les atteindre.
Elle redescendit le long escalier et avec mille peines réussit à hisser jusque dans la lanterne une table et une chaise sur lesquelles elle grimpa ; alors, en se tenant sur la pointe des pieds, l’enfant put atteindre les lampes.
Encore un instant et la lumière jaillit, éclairant la mer en tourmente, remplissant de joie le cœur du pauvre père, mais couvrant de confusion les méchants naufrageurs.
Au matin, lorsque le gardien put regagner le phare, il trouva la fillette endormie sur les marches: de l’escalier, tout près de la lanterne. Il la prit tendrement dans ses bras.
– C’est toi qui as allumé les lampes ? demanda-t-il.
– Oui, papa, répondit l’enfant, c’est le Seigneur qui m’a aidé à le faire.
Et ensemble ils se mirent à genoux et remercièrent Dieu pour ses tendres soins.
D’après La Bonne Nouvelle 1922