LA PUISSANCE DE LA PRIÈRE

C’était à T., une petite ville, en Irlande. Un matin, les portes de la maison d’école s’étaient ouvertes, comme d’habitude pour livrer passage à la troupe joyeuse des élèves, garçons et filles, qui se dispersèrent de tous côtés avec des cris et des rires sans fin. Chacun regagna la maison paternelle ; seule, une fillette semblait se tenir à l’écart de l’allégresse générale. Silencieuse et absorbée, les yeux fixés droit devant elle, elle marchait entre deux compagnes qui, comme elle, habitaient hors de ville. L’enfant paraissait réfléchir à quelque chose que venait de lui dire l’instituteur. Celui-ci était un serviteur de Dieu, et jamais comme ce matin-là, il n’avait insisté auprès de ses petits élèves sur la nécessité de la conversion.

Enfin, la fillette rompit le silence :

– C’est pourtant bien sérieux ce que le maître nous dit, que tous nous devons posséder l’assurance du pardon de nos péchés pour pouvoir entrer au ciel et que le Saint Esprit seul peut nous donner cette assurance.

– C’est vrai, répondit une de ses compagnes, et je suis terriblement effrayée à cette pensée ; si seulement je savais comment on peut être sûre.

– Mes parents ne m’en ont jamais parlé, fit la troisième fillette ; tout ce que j’ai à faire c’est de répéter matin et soir la prière qu’ils m’ont enseignée.

– Je n’avais jamais entendu pareille chose, reprit Jenny ; mais ce doit être vrai. Le maître est un homme pieux qui ne saurait nous tromper. Si je l’avais osé, je lui aurais demandé comment on obtient le pardon de ses péchés. J’ai si peur ! Pensez donc, si nous devions mourir subitement comme notre voisine, la petite Marie ! Nous nous en irions sans avoir la certitude que le Seigneur Jésus a porté nos péchés et alors nous serions perdues pour l’éternité.

Pendant cette conversation, le ciel s’était couvert et à peine Jenny avait-elle achevé sa phrase que de grosses gouttes de pluie commencèrent à tomber. Les enfants cherchèrent un refuge contre l’averse sous un arbre à l’épais feuillage. Elles restèrent longtemps assises, serrées les unes contre les autres, sans prononcer une parole. Il était évident que l’Esprit de Dieu travaillait dans ces jeunes cœurs. La pluie tombait maintenant à torrents et les nuages s’assombrissaient toujours. Ce fut Jenny qui parla la première.

– Savez-vous, dit-elle doucement, ce que j’ai lu un jour dans la Parole de Dieu : « Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez, heurtez et il vous sera ouvert ; car quiconque demande, reçoit, et celui qui cherche, trouve, et à celui qui heurte,, il sera ouvert » (Luc 11. 9 et 10.) C’est Dieu lui-même qui l’a dit et Dieu ne peut pas mentir. Ne pensez-vous pas que ce serait une bonne chose si, toutes ensemble, nous Lui demandions le pardon de nos péchés ?

– J’y avais déjà pensé, fit l’une des deux autres fillettes, mais laquelle de nous peut prier ? Moi, je ne sais que les prières que j’ai apprises par cœur.

– J’essayerai, dit Jenny, et elle s’agenouilla. Les deux autres suivirent son exemple. L’enfant commença en hésitant ; mais elle priait avec insistance et à mesure qu’elle parlait, le Seigneur, qui lui avait mis au cœur le besoin de s’adresser à Lui, plaçait aussi les paroles sur ses lèvres. Quelle prière que celle-là ! Que n’avons-nous pu l’entendre ! Mais, il est une oreille qui l’entendit, un cœur qui la comprit, et ce cœur, là-haut dans le ciel, est plein de grâce et de compassion. Le Seigneur n’a-t-il pas dit : « Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner à vos enfants des choses bonnes, combien plus le Père qui est du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? »

En vérité, le cœur du Père avait perçu le soupir de ces petits enfants. La prière achevée, les fillettes se regardèrent avec des yeux remplis de larmes de joie, elles se jetèrent dans les bras les unes des autres avec un sentiment tout nouveau de tendresse et de confiance ; à ce spectacle si touchant, qui aurait douté que le salut ne fût entré dans ces jeunes âmes ?

– Le Seigneur Jésus a porté tous mes péchés, s’écria joyeusement Jenny. Je sais maintenant qu’Il m’aime et que je suis à Lui. Oui, j’en suis absolument certaine.

Ses deux compagnes exprimèrent la même assurance. La joie rayonnait sur leurs visages. Ce que leur maître croyant leur répétait depuis des mois était devenu une réalité pour leurs âmes. Il avait suffi de quelques minutes pour que leur intelligence spirituelle fut illuminée et pour qu’elles saisissent le salut. Une foule de passages bibliques qu’elles connaissaient depuis longtemps, mais qui jusqu’alors étaient restés lettre morte pour elles, leur revenaient maintenant à la mémoire et remplissaient leur cœur d’un bonheur inexprimable.

La pluie avait cessé depuis longtemps sans que les fillettes s’en fussent aperçues. Seulement, lorsque les ombres du soir commencèrent à tomber, réalisèrent-elles avec quelle rapidité le temps avait passé. Elles abandonnèrent en hâte l’asile où Dieu leur avait donné l’assurance de son grand amour et coururent à la maison.

La demeure de la petite Jenny était la plus éloignée des trois. Déjà, en franchissant le seuil de la cuisine, la fillette vit à l’expression du visage de sa mère que sa rentrée tardive ne serait pas excusée.

– Où es-tu restée si longtemps, enfant désobéissante ? cria la mère ; tu ne te gênes pas pour babiller et t’amuser pendant que tes frères et sœurs se tuent de travail. Parle ! où étais-tu ?

Puis, avant que la petite eût eu le temps de répondre, la main rude de sa mère lui administra une gifle retentissante, tandis que la question, se répétait à un diapason toujours plus élevé :

– Parleras-tu, fainéante ? où es-tu allée ?

Au même instant le père entra et demanda la cause du courroux maternel.

– Demande-le lui toi-même, cria la femme. Est-il admissible que cette petite mijaurée se permette de rôder pendant des heures comme s’il n’y avait point d’ouvrage à la maison ? Ne t’ai-je pas défendu une fois pour toutes de t’attarder en chemin ? Cela, je ne le supporterai jamais !

– Mais la pluie, maman ! sanglota Jenny.

– Quoi ? la pluie ? rétorqua la mère, au comble de l’irritation ; et sa main se leva pour la seconde fois. Le père l’arrêta.

– Où es-tu restée après que la pluie s’est arrêtée ? demanda-t-il. Dis la vérité ? où t’es-tu attardée. Je t’ai cherchée sur le chemin de l’école, mais en vain.

L’enfant rougit jusqu’à la racine des cheveux. Son embarras n’échappa pas à la mère qui se mit à crier de plus belle :

– Là, ne vois-tu pas ? Comme elle rougit ! Elle a mauvaise conscience ! Encore des babillages ou des sottises, sans doute !

– Oh ! non, maman, répondit enfin Jenny, d’un voix douce, mais ferme. Nous n’avons pas babillé aujourd’hui ; nous avons prié !

– Non, cela passe les bornes ! cria la femme, hors d’elle. Quoi, stupide créature, crois-tu te tirer d’affaire par un mensonge. Prier ! Viens, c’est moi qui t’apprendrai…

– Dis la vérité, Jenny ! interrompit le père. L’enfant leva sur lui ses yeux candides et répéta qu’elle et ses compagnes avaient prié parce que le maître leur avait dit qu’elles devaient avoir l’assurance du pardon de leurs péchés ; Jenny raconta tout ce qui s’était passé avec une telle chaleur que le père écouta avec stupéfaction, tandis que la mère elle même sentait diminuer sa colère. Cependant un instant après, l’irritation la reprit.

– Pas de contes, interrompit-elle avec violence. Quoi, tu aurais prié, petite menteuse que tu es ! Qui t’a appris à prier, je voudrais bien le savoir ? Viens ici ; je veux entendre de mes propres oreilles si tu peux prier. Arrive ! joins les mains un peu vite et prie ; sans quoi je saurai bien faire taire ta langue menteuse !

L’enfant obéit ; elle s’agenouilla et pria à haute voix : Ô Seigneur Jésus ! aie pitié de ma pauvre maman et pardonne-lui tous ses péchés, pour qu’elle ne soit pas perdue pour l’éternité. Oui, Seigneur Jésus tu as été si bon pour tous les hommes, même pour tes ennemis. Tu peux donner à ma maman un cœur nouveau pour qu’elle apprenne à t’aimer et à te prier. Je t’en supplie, exauce-moi ! Ne repousse pas maman loin de toi et ne la laisse pas mourir dans ses péchés !

L’enfant s’arrêta un instant. Peut-être craignait-elle quelque nouvelle violence de la part de sa mère Mais celle-ci, comme changée en statue, ne quittait pas des yeux l’enfant agenouillée. À la colère avait fait place une profonde stupéfaction. Peu à peu son visage, empourpré par la rage, devint pâle comme la mort. Un silence solennel régnait clans la pièce. Une arme brillait dans l’œil du père. Son cœur était empli de sentiments étranges, inconnus jusqu’à ce jour. Sans presque se rendre compte de ce qu’il disait, il s’écria : Continue, continue, mon enfant ! Prie aussi pour ton pauvre père ; il est un misérable pécheur. Ne t’arrête pas, Jenny !

Et la petite recommença à prier. Ses paroles étaient simples, enfantines, mais par la puissance du Saint Esprit, elles brisèrent la cuirasse d’airain qui recouvrait le cœur de ses parents. La mère se mit à pleurer et à sangloter ; le père se retira doucement et se jeta à genoux dans la chambre voisine ; enfin, Jenny se trouva enveloppée dans les bras de sa mère qui la couvrait de baisers tout en la suppliant de lui pardonner sa brutalité. C’était une scène vraiment émouvante.

Le Seigneur, dans sa miséricorde, avait touché la conscience des parents de Jenny. La nuit se passa en prières. La Bible, oubliée depuis longtemps, fut tirée de sa cachette. La petite Jenny lisait, sans se lasser, chapitre après chapitre, et ses parents écoutaient, suspendus à ses lèvres.

Lorsque l’aube parut, le premier rayon de la grâce Dieu pénétra dans le cœur des parents. Leurs yeux furent ouverts et ils virent Celui qui a porté en son corps sur le bois, la condamnation due au pécheur ; dans une joyeuse assurance ils purent s’écrier avec l’apôtre : « Étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 5. 1).

Cher jeune lecteur, mon histoire est terminée. Pour toi aussi, il n’est qu’un chemin pour trouver le salut et la paix. À toi aussi, il te faut la lumière du Saint Esprit pour voir l’abîme effroyable qui s’ouvre sous tes pieds et pour te faire comprendre qu’en Jésus seul se trouvent le salut, la vie, le bonheur éternel. Oh ! tourne-toi, comme Jenny, vers Celui qui veut te sauver et te donner la paix et le repos dont ton cœur a besoin.

D’après La Bonne Nouvelle 1922