TROIS MINUTES AVANT MIDI

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TROIS MINUTES AVANT MIDI

 

J’écrivais sous la dictée de mon père les lettres qu’il devait expédier lorsqu’on frappa timidement à la porte.
– Entrez !
Un homme d’apparence fragile apparut alors, très gêné.
– Monsieur, dit-il en regardant mon père, je suis W., tailleur de mon métier, j’habite dans le quartier et je sais que vous êtes chrétien. Je viens à vous pour vous exposer une circonstance quelque peu pénible : c’est aujourd’hui le jour du terme où les locataires doivent payer leur loyer ; or, je dois cent cinquante francs, et je ne les ai pas. Ma femme est malade, j’ai six enfants, et le propriétaire nous mettra tous à la porte, si nous n’avons pas payé notre location à midi.
Mon père se leva et se dirigea vers son bureau pour prendre la somme en question comme il le faisait dans certains cas. Mais le tailleur repoussa son don.
– Non, Monsieur, je ne vous réclame pas un secours en argent, je sais que vous n’êtes pas assez riche pour me donner les cent cinquante francs dont j’ai besoin. Je viens à vous dans un autre but. Je suis croyant, et je voudrais vous demander comment il faut comprendre cette parole du Psaume 50 : « Invoque-moi au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me glorifieras ». J’ai cru à cette parole du livre de Dieu, j’ai longtemps prié, crié à Dieu, et aucune délivrance, aucune réponse n’est venue, et il est onze heures. D’ici à midi, il n’y a qu’une heure et si l’argent n’est pas là à midi, nous sommes tous jetés à la rue.
Mon père dit d’une voix très calme, en lui serrant la main :
– Attendez encore une heure, et vous verrez alors comment Dieu tient ses promesses.
Le tailleur sortit. Mon père continua à me dicter sa correspondance sans faire aucune allusion à la visite qu’il venait de recevoir, et paraissait n’y plus songer.
A midi moins dix, je levai les yeux et regardai la pendule.
– Tu désirerais sans doute, me dit mon père, te rendre compte par toi-même de ce qui arrivera au tailleur.
– Oh ! oui, papa.
– Eh bien ! allons voir.
Nous sortîmes, gagnâmes la rue de Potsdam, et arrivâmes bientôt devant la maison dont il avait donné le numéro. Du reste nous l’avions tout de suite repérée car, devant la bâtisse, sur un maigre matelas, une femme était étendue, la femme du tailleur, qu’entouraient ses six enfants.
– Où est le tailleur ? demanda mon père.
On ne put lui répondre ; je descendis la rue et le vis à un carrefour, les yeux rivés sur le cadran de l’horloge de l’église. Ses lèvres remuaient, il priait sans doute et demandait à Dieu le secours promis. Je m’approchai et entendis ces mots :
Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai.
Il était midi moins trois minutes.
Profondément impressionnée, je me hâtai de rejoindre mon père ; au même moment arrivait une dame qui lui dit :
– Bonjour, Monsieur X., que je suis heureuse de vous trouver. Ce matin, mon mari, en partant pour le bureau, m’a remis cent cinquante francs en m’expliquant : « Remets-les à Monsieur X., il saura mieux que nous à qui les donner. Pour beaucoup de gens c’est le terme aujourd’hui, et c’est une cause de soucis et de misères ».
La dame voulait remettre les billets à mon père, mais il l’arrêta.
– Non, Madame, ne me donnez pas cet argent, remettez-le vous-même au tailleur dont la femme est étendue là sur ce matelas, il a besoin d’une somme de cent cinquante francs pour payer son loyer avant midi.
Le pauvre homme arrivait justement ; la dame, sans hésiter, lui tendit les billets qu’elle tenait dans la main.
Invoque-moi, dit-il, au jour de la détresse ; je te délivrerai et tu me glorifieras.
Au même instant, midi sonnait au clocher de l’église.

 

D’après Almanach Évangélique 1960

INFLUENCE D’UN CANTIQUE

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INFLUENCE D’UN CANTIQUE

 

Un soir qu’un vapeur remontait le fleuve Potomac, et que les passagers se trouvaient confortablement installés dans les fauteuils du bord, une dame s’adressa à Sankey, l’évangéliste, et le pria de bien vouloir chanter quelque chose.
– Chanter ? répondit-il, volontiers, mais … je ne chante que des cantiques.
– Eh ! qu’importe, chantez-nous donc un cantique, répondit la voyageuse. C’est une soirée qui nous invite à en entendre un, n’est-ce pas, Mesdames et Messieurs ?
Comme tout le monde acquiesçait, Sankey se découvrit, et sa voix se mit à résonner pure, saisissante :

Jésus, ami de mon âme,
Je me réfugie en toi …

Le silence le plus profond s’était établi autour de lui.
Soudain, accourant de l’autre bout du bateau, un homme se précipita vers Sankey et l’interrompit :
– Avez-vous servi dans l’armée du Nord ? lui demanda-t-il.
– Oui, répondit l’évangéliste.
– Dans le régiment … ?
– Oui, fit encore Sankey, mais pourquoi me demandez-vous cela ?
– Attendez ! n’étiez-vous pas aux avant-postes, la nuit de la pleine lune, en mai 1862 ? Cherchez à vous souvenir …
– Oui, je me souviens parfaitement.
– Moi aussi ! s’écria l’homme, car ce fut la nuit mémorable de ma vie … et de la vôtre ! Monsieur, écoutez-moi. Comme vous, j’ai servi, non pas avec vous, mais avec les Sudistes. Cette nuit-là, j’étais aux avant-postes quand, à la lueur de la lune, j’aperçus à quelque distance un homme debout, un ennemi. Ah ! jeune homme, pensai-je, toi tu ne m’échapperas pas, et je le couchai en joue. Il était en pleine lumière, la tête baissée, et ne pouvait pas me voir, j’étais agenouillé dans l’ombre. J’avais le doigt sur la détente, lorsque tout à coup il leva la tête et se mit à chanter. Comme tout le monde, j’ai un faible, Monsieur, j’aime la musique, et comme cet ennemi avait une fort belle voix, je me dis : « Laissons-le vivre encore un peu ! » Peu à peu il se mit à chanter plus fort et j’entendis distinctement les paroles :

Si vous saviez la paix douce et profonde
Que le Sauveur en mon âme apporta …

Je fus bouleversé, c’était le cantique favori de ma mère, et pour moi, ce fut comme si elle était debout à mes côtés, m’empêchant de tirer sur cet ennemi. Monsieur, ce soir, je viens de reconnaître votre voix, et de revoir toute la scène et ma pauvre maman.
Les assistants demeuraient très émus, Sankey encore plus qu’eux tous. Incapable de prononcer une parole, il s’avança vers l’étranger et ils s’embrassèrent.

D’après Almanach Évangélique 1960

SUR LA PENTE GLISSANTE

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SUR LA PENTE GLISSANTE

 

Madame Brunaud et son fils sortaient de l’Hôpital Laennec. Il y avait quelque temps déjà que la toux persistante de David inquiétait sa mère. Aujourd’hui Mme Brunaud en sait le pourquoi. Le spécialiste a déclaré avec fermeté : « Croissance trop rapide ! Ce garçon doit quitter Paris et passer un an à la montagne. Il n’y a encore rien de sérieux mais le terrain est mauvais et la moindre grippe pourrait devenir très grave ».
Mme Brunaud et David s’étaient regardés, consternés. Quitter Paris ! Mais comment ? Avec quels moyens ? La pauvre mère se trouvait devant un problème insoluble.

Si cela s’était produit deux ans auparavant, le cher papa vivait encore ; rien n’aurait été plus facile, car le salaire de M. Brunaud suffisait à tous les besoins de la famille. Mais une grippe infectieuse l’avait enlevé en peu de temps à l’affection des siens. Il avait laissé quelques économies, de quoi acheter un petit fonds de commerce, ce qui permettait tout juste de faire vivre Mme Brunaud et ses quatre enfants. Envoyer David à la montagne ? Comment faire ?…

David, lui, se désolait pour d’autres raisons. Il avait obtenu une bourse au collège Rollin, et aimait l’étude. Le prix d’excellence venait de lui être attribué. L’année prochaine, il passerait son « bac ». Peut-être, plus tard, les portes d’une grande école s’ouvriraient-elles encore pour lui… Il désirait tant devenir professeur. Alors sa mère si dévouée ne travaillerait plus, bien sûr ! Mais maintenant, avec cette stupide interruption dans ses études, que serait son avenir ?

La mère et le fils prirent le métro et regagnèrent les hauteurs de Montmartre où se trouvait leur logement. Trop absorbés dans leurs pensées, ils ne songeaient pas à parler.

La fille aînée, le bras droit de sa mère, s’était occupée pendant ce temps de la boutique et des clientes. Un seul coup d’œil à sa mère lui apprit que les nouvelles n’étaient pas bonnes.
– Alors, maman, qu’a dit le spécialiste ?
– Ma chère Odette, c’est désolant ! Il faut que David parte au plus vite à la montagne. Il n’a rien de grave mais sa croissance rapide l’a affaibli et il serait en danger en s’exposant pendant l’hiver à tous les microbes de Paris. Comment faire ?
– Ne t’inquiète pas, petite maman, dit Odette. Tu sais comment le Seigneur nous a secourus depuis la mort de papa. Ta santé est meilleure qu’en ce temps-là. Dieu a pourvu à nos besoins jour après jour. C’est encore Lui qui permet cette épreuve. Voilà bientôt les vacances ! D’ici novembre, Dieu nous donnera la délivrance. C’est déjà capital de savoir que David n’a rien de sérieux.
– Tu as raison, ma vaillante fille. Ce coup inattendu m’a accablée. Il est vrai que Jésus a promis d’être tous les jours avec nous et de pourvoir à nos besoins selon Ses richesses. Si nous Lui demandions son secours ?…
Dans un coin retiré du magasin, la mère et ses deux aînés se mirent à genoux et exposèrent à Dieu leur situation critique. Ce moment de communion ramena le calme et la confiance dans les cœurs inquiets.

Le chef d’établissement fut avisé dès le lendemain de ce qui arrivait à David. Comme il avait suivi avec intérêt les études du jeune garçon, et admiré le courage de la veuve, il prit à cœur leur situation. Il se trouvait qu’un de ses bons amis était chef d’établissement du collège de Briançon. Qui sait si David ne pourrait pas y entrer ? Sa bourse serait peut-être aussi valable là-bas ?
Une attestation du docteur confirma la demande du Principal et, au grand soulagement de tous, la réponse fut affirmative. David allait donc pouvoir continuer ses études, passer son baccalauréat et en même temps se fortifier. Dieu n’avait-Il pas tenu Ses promesses ?

Odette et sa maman travaillèrent activement à préparer l’équipement de David et marquèrent avec amour chaque vêtement. David avait été une consolation pour sa mère. Tout jeune encore, il avait donné son cœur au Seigneur et n’avait apporté que de la joie à ses parents. Certes, c’était un nouveau dépouillement pour sa maman que de le voir quitter la maison mais qu’avait-il de comparable avec l’autre ?…

Parti de la gare de Lyon, David passa une longue nuit dans le train puis arriva à Briançon. Émerveillé par le cadre de montagnes qui entourent cette station d’altitude, il mit le nez à la fenêtre dès le lever du jour. Un chauffeur l’attendait. Il chargea les bagages et conduisit David à l’imposant collège de la ville.
Le chef d’établissement en personne accueillit le nouvel élève et le présenta aimablement à quelques-uns de ses camarades. A la vue du vaste et beau dortoir, toutes ses craintes se dissipèrent. Ce collège ne ressemblait en rien aux sombres établissements dont il avait lu des descriptions. Dans de si bonnes conditions, il pourrait travailler et recouvrer la santé. David voyait déjà la vie en rose…

Pourtant, il fallut déchanter. David s’aperçut bientôt que beaucoup de ses camarades avaient été élevés sans aucun principe chrétien. Ils trichaient dès qu’ils le pouvaient. Leurs conversations roulaient bien souvent sur des sujets scabreux et David rougissait à la pensée des gravures malsaines qui circulaient de main en main.
Jamais il n’aurait pensé qu’une telle corruption fut possible. Comme externe, il n’avait rien vu de pareil, n’ayant pas eu affaires avec les élèves qui, en queue de classe, perdaient leur temps. Mais là, dans le dortoir, il était impossible d’être aveugle et sourd.

Ah ! Comme David sent en lui toutes les forces du mal se déchaîner ! Pourquoi ne pourrait-il pas faire comme les autres ? Personne ne saurait s’il jette un regard complaisant à ces images, s’il prête l’oreille à ces histoires douteuses qui, tout en le dégoûtant, ont cependant un certain charme…

Il lui avait été difficile, dès le premier jour, de faire sa lecture. Il avait lu son Nouveau Testament à moitié caché sous ses draps mais un loustic l’avait découvert et les moqueries avaient plu. David lisait encore la Parole de Dieu mais en se cachant et il lui arrivait de l’oublier des jours entiers.

David court un plus grand danger que lorsque ses poumons étaient menacés. Va-t-il sauver sa vie et perdre son âme ? Son travail commence à se ressentir de la lutte morale qui le tracasse. Le directeur s’en est aperçu et lui exprime son étonnement qu’un si bon élève à Paris soit si médiocre à Briançon. Que se passe-t-il ? Dort-il bien ? Est-il malade ? Mais non, le bon air vivifiant de la montagne fait merveille. Le docteur est très content de son malade et envoie à Mme Brunaud des rapports excellents. Mais… David ne refuse plus les livres qui circulent en cachette. Il les lit à l’heure du repos ou en promenade. Il ne prie presque jamais.

Sa mère, pourtant, se doute que quelque chose va mal. Dans ses lettres, son fils s’abstient de toute allusion à sa vie spirituelle. Elle fait part à Odette de ses inquiétudes et toutes deux redoublent de prières pour le cher absent.

– Viens-tu demain soir avec nous ? fit un matin un des camarades de David. En arrivant, tu étais trop « sainte-nitouche » pour que nous t’invitions mais tu es devenu un peu plus dégourdi et nous t’avons jugé digne d’entrer dans le « Club des Rigolards ». Le nombre de membres est fixé à sept. C’est un nombre parfait et on s’amuse parfaitement. Leduc est parti, veux-tu le remplacer ? C’est un honneur qu’on te fait, car nous trions nos adhérents sur le volet ! Il ne faut pas qu’il soit « mouchard » ni « embêtant ». Alors, tu es d’accord ? Demain soir, ce sera ton admission. Le répétiteur Cassel est un des sept. Grâce à lui, nous pouvons sortir le soir. Demain, nous irons dans un café « pépère » boire à la santé du nouveau membre des « Rigolards ».
David se laisse séduire. David grossira donc la foule de ceux qui marchent dans le chemin large qui mène à la perdition…

Sur la table du réfectoire, à l’heure du goûter, la correspondance vient d’être apportée. David se précipite, il y a une lettre pour lui ! Elle est d’Odette, sa sœur, sa confidente. Elle raconte que leur mère est au lit, malade, épuisée par le surmenage. Elle aurait besoin de repos, de joie. Au lieu de cela, elle est attristée et même inquiète du dernier bulletin trimestriel de David. Pourquoi ces mauvaises notes ? Ces observations défavorables des professeurs ? David ne fait-il pas de son mieux ? Ne se rend-t-il pas compte du poids qui pèse sur sa mère ? Va-t-il échouer à son baccalauréat ? Alors que faire ? Dans sa lettre, Odette le conjure de se ressaisir par amour pour son Sauveur qu’il avait désiré servir fidèlement.
David lit et relit sa lettre. Il se représente sa mère malade et ne peut pas croire que c’est lui qui augmente sa peine. Cependant que dirait-elle si elle savait qu’il vient d’entrer dans le « Club des Rigolards » ? Que demain il ira dans un lieu qui ferait horreur à cette mère qu’il aime tendrement ?

David voit tout à coup l’abîme vers lequel il se dirige. Il mesure le chemin qu’il a parcouru sur la voie large. Il est saisi d’une réelle angoisse.
Lui, David, a renié son Sauveur. Au lieu de Lui amener quelques-uns de ses camarades, c’est lui qui a été gagné. N’a-t-il pas promis d’entrer dans ce club abominable ?
Mais il n’est pas trop tard pour retourner en arrière. Il se souvient de l’histoire de l’apôtre Pierre, qui par crainte d’une servante, avait juré, avec imprécation, ne pas connaître Jésus. Pourtant, quand il s’était repenti, Jésus lui avait pardonné.
David pleure maintenant sur la lettre d’Odette, larmes bénies de repentance amère.
Il parlera tout de suite à son camarade, il sortira de ce club horrible. Il sait que les persécutions seront terribles mais il les supportera. Il les a méritées. Ce qu’il demande avec ardeur à son Sauveur, c’est de lui permettre, à lui, le misérable David, qui vient d’échapper au piège de Satan, d’amener au pied de la croix au moins un membre du club. Ah ! si par son influence, par son témoignage, ce club pouvait disparaître !

David prie comme il ne l’a jamais fait jusque-là et demande au Seigneur de lui donner la force de vivre pour Lui. Il n’a pas su, comme celui dont il porte le nom, rester fidèle à son Dieu. Mais aujourd’hui, il connaît sa faiblesse et implore la miséricorde de son Seigneur. C’est ce qu’il écrivit à Odette. Savez-vous que cette lettre fit plus d’effets pour guérir la chère maman que tous les remèdes prescrits par le médecin ?

Il faut maintenant parler à Robert Puyoz, celui qui l’a invité à devenir membre du « Club des Rigolards ». Que va dire Robert de sa défection ? Le prendra-t-il pour un traître, un « mouchard » ?

L’heure d’étude surveillée se passe sans que David trouve l’occasion de parler à son camarade. Il lui faut attendre jusqu’à l’heure du coucher.
Il est plus difficile de remonter la pente que de la descendre. Comment aborder le sujet ? David sent que, s’il ne le fait pas tout de suite, il sera peut-être impossible de le faire plus tard. Dieu lui suscite l’occasion. Robert arrive en cet instant lui montrer un journal douteux. David le repousse avec énergie :
– Non, Robert, je ne veux plus regarder de pareilles horreurs…
– Tiens ! Tiens ! Voilà Mlle sainte-nitouche qui reparaît ! Ah ! Tu as eu une lettre de maman et le petit chéri de « mémère » n’ose pas bouger, même à distance, sans permission. Ah ! Non, mon vieux, ce que tu retardes ! Mais alors, et demain soir, ton entrée au club, tu as promis…
– Non, Robert, je n’aurais jamais dû promettre. C’est mal ce que nous faisons là, nous nous souillons l’esprit. A quoi cela peut-il nous mener ? Nous perdons notre temps, nos études s’en ressentent…
– Ah ! Non, ne commence pas à me sermonner. Je ne suis pas un idiot comme toi. Je veux jouir de la vie. Mais nous te ferons payer tes stupides préjugés. Ne va pas nous dénoncer au moins. Moi qui te croyais un copain, tu n’es qu’un traître ! Après tout, c’était peut-être un petit coup monté pour mettre le nez dans nos affaires et te faire bien voir du directeur en nous dénonçant !
La colère monte. Robert est furieux, ses yeux lancent des éclairs, il serre les poings. Il regarde sa montre. Non, ce n’est pas le moment de se battre, la lumière va être éteinte dans les dortoirs…
Dans l’obscurité, David remercie le Seigneur. Son cœur bondit de joie d’être débarrassé de ce lourd fardeau. Il se sent comme l’oiseau qui a échappé au filet de l’oiseleur.

Le lendemain, tout alla bien. Robert ne lui adressa plus la parole mais David se sentit surveillé.
Il dormait profondément quand les membres du club revinrent de leur expédition nocturne. Mais le matin, quand la cloche du lever sonna, David ne parvint pas à ouvrir les yeux. Il tâta ses paupières, une sorte de colle les recouvrait.
Que lui arrivait-il ?
Des éclats de rire étouffés lui firent comprendre qu’on lui avait joué un tour, et ceux qui entouraient son lit riaient de bon cœur en voyant ses efforts. A ce moment, un surveillant arriva. Il conduisit David au lavabo et, avec de l’eau très chaude, réussit à le tirer d’affaires.
Il fut impossible de découvrir celui qui, à l’aide d’un cosmétique pour cheveux, lui avait joué cette farce. Mais David devinait bien qui en était l’auteur. Elle n’était que la première de beaucoup d’autres.
Ses adversaires étaient infatigables, ingénieux mais insaisissables. David ne voulait pas les dénoncer et attendait la délivrance qui vient de Dieu. Par la prière, Odette et sa mère le soutenaient dans cette guerre qui se terminera, il le sait, par la victoire.

David avait l’habitude de recevoir, tous les samedis, une longue lettre de la maison. Il la savourait le dimanche et y répondait longuement. C’était le meilleur moment de la semaine.
Trois samedis après son repentir, David ne trouva aucune lettre pour lui sur la table du réfectoire. Que se passait-il ? Sa mère était-elle si malade ? Serait-ce un des petits frères ?

Ce fut un soulagement pour David de regagner enfin le dortoir et d’être dans son lit. Il ne pouvait dormir. Il s’imaginait tout ce qui avait pu empêcher sa mère ou sa sœur de lui écrire. L’imagination va vite ! David avait supporté vaillamment les mille persécutions mais maintenant ce dernier coup le poussa à bout. Le mal du pays, dans toute son acuité, accable le pauvre garçon. Il donnerait n’importe quoi pour être de retour à Paris. L’angoisse, le chagrin, la douleur de la solitude le submergèrent. David se mit à sangloter, la tête sous ses couvertures pour que personne ne l’entende. N’avait-il pas comme voisin de lit un des membres du Club, un des plus malicieux, celui qui lui a joué bien des tours ?
David sent qu’on tire son drap. C’est Pierre, cet ennemi redouté. Il doit se douter de la détresse de son camarade. Il a peut-être entendu ses sanglots.
– Brunaud ! Qu’as-tu, mon pauvre vieux ?
La voix est compatissante et semble sincère.
– T’as tant le cafard ? Faut pas t’en faire !
– Je m’inquiète de ce qui se passe à la maison, répond David. Je n’ai pas eu ma lettre habituelle et il faut que maman soit très malade pour que ni elle ni Odette ne m’écrivent.
– Elle est si « sympa » que ça, ta maman ?
David, à voix basse, parle de l’amour de sa mère, des sacrifices qu’elle a faits pour qu’il puisse continuer ses études.
– Tu comprends pourquoi je ne pouvais me joindre à votre Club ? Comment faire du chagrin à une mère pareille ?
Pierre se surprend les larmes plein les yeux. Lui aussi, il se souvient de sa mère, morte alors qu’il n’avait que douze ans.
Elle lui avait appris à aimer le Seigneur Jésus. Elle lui avait fait promettre, sur son lit de mort, de lire la Parole de Dieu, de Lui obéir. Que dirait-elle si elle voyait son Pierre ? Depuis quatre ans, quelle dégringolade !
Pierre revoyait sa vie, ce mauvais camarade qui l’avait « dégourdi » et avait causé sa chute. Il n’avait pas de contact avec son père, qui s’était remarié peu après la mort de sa femme, et cela avait révolté Pierre.
Oui, Pierre avait des excuses. Mais que dirait sa mère si elle le voyait ? Cette pensée acheva de lui briser le cœur.
David ne pensait plus à sa lettre et consolait son camarade. Il lui raconta son expérience, l’encouragea à se repentir et à venir à Jésus qui pardonne. Pierre écoutait et désirait ardemment changer de vie. Il avait été plus d’une fois dégoûté de ce Club, aurait même voulu en sortir mais le courage lui avait manqué. Il avait souvent admiré David et aujourd’hui lui demandait pardon pour tous les tours qu’il lui avait joués. Cette lettre… il savait qui l’avait prise.
C’était encore une vengeance du Club. Demain matin, Pierre lui aussi en sortirait et ferait tous ses efforts pour restituer cette lettre à David.
La lettre était donc arrivée ! Le cœur de David dansait de joie. Les bonnes dispositions de Pierre n’étaient-elles pas dues aux prières de toute la famille Brunaud ?

Puyoz ! Donne-moi la lettre de Brunaud, dit le lendemain Pierre à son camarade. Ce n’est pas « sympa », sa mère est veuve, lui est ici pour sa santé. C’est lâche ce que nous faisons là.
– C’est contagieux alors, cette bêtise ? Tu deviens comme Brunaud ! Ah ! Non, je ne te donnerai pas cette lettre.
– Alors je te dénonce au directeur. Voler la correspondance ? Ce sera ton renvoi du Collège.
– Tu n’oserais pas faire une chose pareille.
– Si ! J’en ai assez d’être conduit par toi de désobéissance en désobéissance. Nous perdons notre temps, nous gâchons notre vie. Je suis résolu à changer et je quitte le Club. Que n’en fais-tu autant, Puyoz ? Où vas-tu ? Quel sera ton avenir si tu continues ?…
– Ah ! La ferme ! Tu deviens pire que Brunaud. Tiens, la voilà, ta lettre. Mais surtout ne nous dénonce pas, ou gare à toi ! On m’a toujours dit qu’il n’y avait pas de Dieu, qu’il ne fallait pas croire toutes ces superstitions. Quand on est mort, on est bien mort. Alors ma devise est : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ».

David fut bientôt en possession de sa lettre et en lut une partie à Pierre. Qu’il était consolant d’avoir un ami, de lire ensemble la Parole de Dieu, de s’encourager l’un l’autre. De tout leur cœur, ils se mirent à prier pour Puyoz et pour la dissolution de ce Club qui faisait tant de mal.

Une des choses que David appréciait le plus à Briançon, c’était les promenades. Il y en avait de si belles, surtout en hiver. Jamais le jeune Parisien n’avait vu tant de neige. Quelle merveille que ces sapins chargés de poudreuse ! Le moindre arbrisseau en devenait féérique. David aimait ces étendues blanches où évoluaient les skieurs. Les sports d’hiver l’enchantaient, bien qu’ils lui soient défendus pour cause de santé.

Peu à peu les jours grandissaient et le printemps pointait doucement. Vers la mi-mars, les grands du Collège partirent, sous la surveillance du professeur de sports, pour faire l’ascension d’un premier sommet. De là-haut, la vue sur Briançon et les vallées sauvages était incomparable. Une leçon de géographie s’imposait. Enfin on tira le pique-nique des sacs.
Pierre et David jouissaient particulièrement de la nature. C’était donc là les œuvres de leur Dieu, de ce Dieu qu’ils pouvaient appeler « Père » ! Dans leur muette contemplation, ils ne remarquèrent pas les nuages qui s’amoncelaient à l’ouest, porteurs de neige et de pluie, jusqu’au coup de sifflet du professeur qui annonçait le départ.
Mais où donc étaient Puyoz et Padillac ? Les coups de sifflet redoublèrent, les appels répétés restèrent sans réponse.
Le surveillant commença à s’inquiéter :
– Comment des jeunes gens intelligents peuvent-ils s’exposer au danger des avalanches ? Que feront-ils à l’arrivée du brouillard et de la neige ?
Le professeur divisa les jeunes gens en quatre équipes et leur donna des directives nécessaires.
David et Pierre font partie du même groupe ainsi qu’un membre du Club. Ce dernier prend David à part :
– Écoute, dit-il, je n’ai pas osé le dire mais je sais que Puyoz et Padillac avaient l’intention d’aller sur le glacier. Ils pensaient en avoir le temps.
– Il faut avertir le professeur, s’exclama David, en se mettant à courir. Peut-être sont-ils tombés dans une crevasse ?…
La situation prenait une mauvaise tournure.
Le surveillant décida aussitôt de ne pas augmenter les risques, ni d’exposer tous ses élèves. Il demanda cinq volontaires, munis de cordes et de piolets, qui partirent en direction de la pente glacée.
Aux coups de sifflet répétés, un cri se fit entendre.
Quelqu’un faisait des signaux. Les sauveteurs avançaient avec précaution sur la croûte glacée car la neige de printemps peut recouvrir des failles profondes.
C’était Padillac qui appelait au secours. Puyoz était tombé dans une crevasse, pas bien méchante heureusement, mais il était blessé. De peur de mourir là, seul, perdu dans les neiges, il n’avait pas voulu que son camarade le quitte.
Il fut relativement facile de retirer Puyoz de la crevasse mais il souffrait cruellement d’une fracture de la cheville. Le maître, secondé utilement par David, eut tôt fait de fabriquer un brancard à l’aide de cannes, de cordes et de manteaux. Puis la petite caravane revint lentement à l’endroit où le reste du groupe l’attendait.

La descente jusqu’à Briançon fut longue pour les porteurs – chacun prenant la charge à tour de rôle – et douloureuse pour le blessé qui gémissait. Plus d’une fois, David évita des heurts au pied malade. Sur sa civière de fortune, Puyoz immobile grelottait quand une âme charitable déposa sur lui un chaud manteau.

A l’heure de l’étude, le directeur rassembla les élèves. Son air était si sévère que le silence s’établit aussitôt.
– Messieurs, dit-il, deux d’entre vous ont désobéi gravement. L’accident qui en résulte aurait pu être mortel et entraîner d’autres accidents. Mais cette désobéissance n’est qu’une maille d’une chaîne déjà très longue. Il y a longtemps que Puyoz et Padillac font preuve d’indiscipline, de paresse, et exercent autour d’eux une mauvaise influence. Les rapports de leurs professeurs sur leur compte sont détestables. Cette fois, la mesure est à son comble, je demande à leurs parents de les retirer du Collège. Je tiens à féliciter Brunaud qui a porté secours à son camarade avec un grand dévouement et qui a secondé M. le Surveillant avec courage et sang-froid. Des élèves comme ceux-là font honneur à notre école !
David écoutait, confus. Il ne méritait pas ces éloges. N’avait-il pas été sur le point de suivre les traces de Puyoz ? Pauvre Puyoz, que deviendra-t-il ?

David allait chaque jour voir le malade. Puyoz, en apprenant la sanction qui le frappait, était désespéré. Le renvoi du Collège ? C’était la fin de ses études ! Son père, d’un ton sévère, lui avait déjà dit qu’il le placerait dans une ferme s’il se faisait renvoyer de l’école.
– Tu vois, dit David avec compassion, que ton maître n’est pas meilleur que le mien. Tu ne veux pas de Dieu mais ce n’est pas Lui qui te ferait ainsi gâcher ta vie présente et future !
Le cœur de Puyoz s’ouvrait. Il avoua à David que, sur la glace, blessé, en danger de mourir, il avait eu peur de la mort. Il avait été très touché par la patience et le dévouement de David.
– Jamais, avoua-t-il un jour, je n’aurai supporté, comme tu l’as fait, tous les tours qu’on t’a joués. Au lieu de te réjouir de mon accident ou de me dire que c’était bien fait, tu es venu à ma recherche, tu m’as porté, soigné et même donné ton manteau au risque de prendre froid toi-même. Pourquoi as-tu fait cela ? Tu ne me détestes pas ?
Ce fut l’occasion pour David d’expliquer à son camarade ignorant et incrédule ce que Dieu a fait pour les hommes. Il lui raconta l’histoire de Jésus qui, par amour pour nous, est venu sur la terre afin d’y mourir sur la croix. Cela pour que nous, pécheurs, nous soyons pardonnés, purifiés et pour que nous puissions vivre pour Lui.
– Tu comprends, dit David, c’est pour moi, c’est pour toi que le Seigneur Jésus a tant souffert. Alors s’Il m’aime et s’Il me pardonne, il faut bien que je pardonne et que j’aime à mon tour ceux qui sont méchants avec moi.
Puyoz n’avait jamais rien entendu de pareil. Il commençait à comprendre sa culpabilité. Sa conscience, si longtemps endormie, parlait enfin. Pendant ses longues heures de solitude, il réfléchissait à tout ce que David lui avait dit. Il lisait le Nouveau Testament que son camarade lui avait prêté et peu à peu la lumière de l’amour de Jésus pénétrait dans son âme. Quel beau jour pour David et pour Pierre quand Robert Puyoz accepta Jésus pour son Sauveur et désira vivre pour Lui !

La guérison approchait à grands pas et avec elle le départ du Collège. Nos trois amis priaient pour que cette sanction fût changée.
L’exaucement semblait impossible car le directeur avait déjà renvoyé Padillac chez lui. M. Puyoz, père, était averti que son fils allait lui être rendu.
David prit alors une grande résolution. Pour ne pas désappointer Puyoz en cas d’insuccès, il en parla seulement à Pierre. Il irait chez le directeur solliciter le pardon de Robert. Les deux amis prièrent ensemble, puis David se présenta au bureau. Il expliqua que Robert Puyoz avait changé de conduite, qu’il était devenu croyant et bien résolu à être un bon élève.
– La preuve, Monsieur le directeur, conclut David, c’est qu’autrefois Robert était mon ennemi mais que maintenant nous nous aimons comme des frères, car nous servons le même Seigneur.
Oui, David eut le courage de parler de son Sauveur à M. le directeur lui-même !

Un délai de trois mois fut accordé au coupable, pendant lequel il prouverait qu’il avait changé. Et il le prouva !
Est-il nécessaire d’ajouter que ce fut le coup de mort porté au « Club des Rigolards » ? Satan avait voulu y ajouter un membre de plus mais le Seigneur avait fait entrer deux nouveaux soldats dans son armée.
L’année scolaire de David se finit dans la joie. Il passa avec succès son examen. Il rentra guéri, prêt à continuer ses études. Mais son plus grand bonheur ne fut pas sa réussite, ni sa santé retrouvée, mais d’avoir amené deux âmes au Seigneur Jésus. Et par elles, qui sait combien d’autres ?

Aujourd’hui, les trois amis restent en contact. Ils espèrent passer une partie des vacances ensemble. Robert Puyoz ne désespère pas de convaincre son père que Dieu existe et qu’Il peut changer les cœurs. N’a-t-il pas transformé Robert et fait de lui un fils obéissant et travailleur ?

D’après la Bonne Nouvelle 1988

 

MONTREZ VOTRE DRAPEAU

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MONTREZ VOTRE DRAPEAU

 

« Tu as donné une bannière à ceux qui te craignent, pour la déployer à cause de la vérité » (Ps. 60. 4).

Les médecins avaient engagé un jeune chrétien à faire un voyage sur la mer pour se remettre après une longue maladie. Il avait pris une place dans l’entrepont, ce qui est meilleur marché, et, lorsqu’il descendit le premier soir, il découvrit que sa couchette occupait juste le milieu du dortoir des hommes. Ils étaient une trentaine et la plupart jouaient aux cartes ; aussi le jeune chrétien se sentit-il très seul. Il désirait s’agenouiller pour prier, mais était retenu par la crainte et la timidité.
Cependant il finit par se mettre à genoux devant tous, s’attendant à des moqueries et des interruptions, mais il ne se passa rien. Se relevant, il se glissa dans sa couchette, reconnaissant envers le Seigneur pour le secours qu’il lui avait accordé.
Le matin suivant, comme il se promenait sur le pont, il fut accosté par un jeune homme qui lui dit :
– Excusez-moi, vous êtes un chrétien ?
Il continua en racontant qu’il n’était converti que depuis trois semaines et que, le soir précédent, il se tenait près de son lit, se demandant quelle devait être son attitude en tant que chrétien. Voyant son compagnon s’agenouiller, il avait fait de même.
Le Seigneur m’a montré ce qui était bien, et s’est servi de vous pour m’enseigner.
Pendant leur conversation un Italien s’approcha d’eux et dit à notre jeune ami :
– Excusez-moi, monsieur, vous êtes un chrétien ?
– Oui par la grâce de Dieu, répondit-il.
Alors l’Italien raconta qu’il avait été converti par la lecture du Nouveau Testament, alors qu’il travaillait dans les mines d’or, et que maintenant il rentrait dans son pays pour parler à ses amis du Sauveur qu’il avait appris à connaître.
– Hier soir, poursuivit-il, je suis venu me coucher et je me suis dit à moi-même, comme Élie : « Je suis resté, moi seul ». Mais juste au moment où je pensais cela, vous vous êtes agenouillé, et cet autre jeune homme a suivi !
Le premier chrétien fut très encouragé, mais en même temps humilié ; il s’était senti si craintif qu’il avait presque manqué cet acte si simple de témoignage, et cependant le Seigneur s’était servi de lui pour aider et fortifier deux autres de ses enfants.
Au même moment arriva un monsieur qui lui dit :
– Mon jeune ami, serrez-moi la main, je suis un chrétien. Hier soir je me tenais à la porte pour jeter un coup d’œil sur les installations de l’entrepont, lorsque je vous ai vu vous agenouiller. J’ai remercié le Seigneur qui donnait le courage de le faire à un fragile jeune garçon comme vous.
D’autres passagers parlèrent aussi à notre ami, et à la fin une douzaine de croyants furent amenés à faire connaissance et à jouir d’une heureuse communion dans les choses de Dieu, à cause de l’acte du jeune chrétien.
Quelle perte il aurait faite s’il avait choisi le chemin le plus facile et s’était mis au lit sans montrer son drapeau !
Il aurait manqué davantage que la joie de rencontrer des compagnons partageant la même foi, il aurait manqué la joie qu’apporte toujours la fidélité au Seigneur.
Le Seigneur est digne de notre fidélité ; ne craignons pas de Le confesser, quelque difficile que cela puisse paraître.
Et si nous le faisons comme notre jeune ami, nous éprouverons la vérité de cette parole du Seigneur : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point»; » et nous pourrons, pleins de confiance, dire : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme ? » (Héb. 13. 5 et 6).
Il n’est jamais plus près de nous que lorsque nous prenons position pour Lui devant les autres.

D’après la Bonne Nouvelle 1964

PAIX DANS L’ÉPREUVE

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Affligés maintenant… afin que la mise à l’épreuve de votre foi – bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui pourtant est éprouvé par le feu – se trouve être un sujet de louange, de gloire et d’honneur, dans la révélation de Jésus Christ. 1 Pier. 1. 6 et 7.

 

PAIX DANS L’ÉPREUVE

En 1871, les Spafford, des chrétiens de Chicago, perdent brutalement leur fils de 4 ans. Peu de temps après, un terrible incendie les prive de tous leurs biens.
Deux ans plus tard, la famille doit partir en bateau pour l’Europe. Au moment du départ, le père, rappelé à Chicago pour raisons professionnelles, laisse sa femme et ses quatre filles partir sans lui. Quelques jours après, leur bateau, « Ville du Havre », entre en collision avec un autre navire, et coule en quelques minutes. Madame Spafford, accrochée à une planche, impuissante, voit ses quatre filles se noyer devant elle. Secourue par l’équipage d’un autre navire, elle débarque au pays de Galles, d’où elle envoie un télégramme à son mari : « Sauvée, seule ». Celui-ci décide de la rejoindre en prenant le premier bateau partant pour l’Europe. Un soir, pendant le voyage, le capitaine vient frapper à sa porte : « Nous nous trouvons actuellement au-dessus du lieu où vos filles ont péri ». Le père regarde un instant les eaux troubles, puis retourne dans sa cabine et écrit un poème dont voici la première strophe :

Quel repos céleste, Jésus, d’être à toi !
À toi pour la mort et la vie,
Dans les jours mauvais, de chanter avec foi :
Tout est bien, ma paix est infinie !

Il peut arriver à chacun de nous d’être confronté à des épreuves insurmontables. Mais Dieu, qui est fidèle et qui nous aime, a seul le pouvoir de nous donner la force de survivre à cela et de nous remplir de paix. « Je peux tout en celui qui me fortifie » (Phil. 4. 13).

D’après la Bonne Semence 2018
Éditeur : Bibles et Publications Chrétiennes (http://www.labonnesemence.com)

SOUVENIRS DE MOODY

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SOUVENIRS DE MOODY

 

Le célèbre évangéliste anglais Moody aimait à raconter ses souvenirs.
De son enfance deux circonstances restèrent particulièrement gravées dans sa mémoire : l’une la mort subite de son père, tombé à ses côtés ; l’autre, la fuite de son frère aîné.
Pendant des semaines et des mois, la pauvre mère attendit vainement une lettre, quelques lignes, jamais la moindre nouvelle ne vint consoler son cœur angoissé. La nuit on l’entendait murmurer : « Serait-il en danger ? Mon Dieu, sauve mon enfant, ramène-le au foyer ! »
Les années passèrent ; le cœur brisé, elle s’affaissait et descendait lentement vers la tombe, sa démarche devenait lente et incertaine.
Un jour, un étranger se présenta devant la porte sans vouloir en franchir le seuil. Il s’arrêta et la vieille femme vit des larmes couler le long de ses joues ; son instinct maternel cria : « C’est mon fils ! » Elle courut à lui en disant : « Mon fils, est-ce possible ? Est-ce bien toi ? Viens entre donc ! »
Mais il demeura immobile.
– Non, mère, dit-il enfin, je ne franchirai ce seuil que lorsque tu m’auras pardonné.
« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés » 1 Jean 1. 9.
Un autre souvenir de Moody se rapporte à l’une de ses campagnes d’évangélisation. Au cours d’une réunion, un vieil homme se leva et dit :
– J’ai mis quarante-deux ans pour apprendre trois choses. La première, c’est que je ne pouvais rien faire pour mon propre salut. La deuxième, c’est que Dieu n’attendait pas de moi de faire quoi que ce soit à ce sujet. La troisième, c’est que le Seigneur Jésus Christ a tout fait, que le salut nous est offert, et qu’il n’y avait qu’à le prendre.

D’après Almanach Évangélique 1974

 

COMMENT PARTICIPONS-NOUS AUX RÉUNIONS D’ASSEMBLÉE ?

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COMMENT PARTICIPONS-NOUS AUX RÉUNIONS D’ASSEMBLÉE ?

 

« Dieu est extrêmement redoutable dans l’assemblée des saints, et terrible au milieu de tous ceux qui l’entourent » (Ps. 89. 7).
La saine doctrine a une place importante dans la vie de l’Église du Dieu vivant. Cette doctrine et l’obéissance qui s’y rattache sont même fondamentales pour un témoignage heureux de l’assemblée. Il y a aussi besoin de service pastoral pour guider sur la manière de vivre la vérité de l’Église du Nouveau Testament par de simples conseils pratiques. Souvent nos comportements et nos attitudes manifestent une conscience insuffisante de l’importance et de la dignité du privilège de se rassembler autour du Seigneur en assemblée. Nous sommes membres de la maison de Dieu, et une conduite correcte à cet égard nous convient. L’apôtre Paul faisait ce vœu à l’égard de Timothée : « que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3. 15).
Nous donnons ci-dessous quelques conseils pratiques pour nous aider personnellement à réfléchir sur ce comportement, non pas pour nous occuper de nos frères ou de nos sœurs.

1. Avant de venir aux réunions, préparons-nous de cœur et d’esprit par des pensées spirituelles. Lisons des cantiques appropriés, des passages pertinents de l’Écriture. Méditons et prions avant la réunion, qu’il s’agisse d’une réunion de prière, d’adoration ou d’édification.
2. Vos vêtements ont un effet sur l’atmosphère de la réunion. Vous allez rencontrer Dieu, vous voulez adorer le Père, vous allez être dans la présence du Seigneur Jésus et vous voulez être conduit par le Saint Esprit. Ne portez pas des habits fantaisistes pour attirer l’attention sur vous. Évitez de vous habiller comme si vous alliez à un banquet dans ce monde. Mais évitez l’autre extrême de s’habiller légèrement comme si vous alliez à la plage ou faire du jardinage. Rappelez-vous que vous n’êtes pas là pour impressionner les hommes, mais pour honorer Dieu. Le chrétien pieux voit ce qui convient, et n’a pas besoin qu’on lui décrive une façon de s’habiller. Considérez l’exemple et les bonnes manières de comportement de vos aînés.
3. Arrivez bien à l’heure aux réunions : si c’est possible, prenez place quelques minutes avant l’heure dans le local de réunions. Cela vous donnera un moment pour réfléchir sur la raison pour laquelle vous êtes venu.
4. En attendant le commencement de la réunion, une brève salutation à un ami ou à un étranger peut avoir sa place, mais évitez d’entamer une longue conversation sur des sujets sans rapport avec la raison même du rassemblement.
5. Ne vous asseyez pas aux derniers rangs, car d’autres peuvent arriver en retard à la réunion pour des raisons matérielles. Peut-être leur enfant a-t-il eu un accident mineur, ou le transport a eu du retard, ou un étranger a-t-il eu des difficultés à trouver le local de réunions ? Que ceux qui participent et contribuent dans les réunions s’asseyent devant, là où ils peuvent être entendus par tous.
6. Si vous arrivez en retard, il est convenable d’entrer aussi discrètement que possible, et d’aller en silence au siège le plus proche ; vos frères ont déjà leur attention attirée sur des choses spirituelles, et vous risquez de les perturber. Vous ne désirez pas attirer l’attention sur vous-même, ni troubler les amis dans leur méditation.
7. Si vous êtes arrivés en retard, n’indiquez pas tout de suite un cantique à chanter – un cantique auquel vous pensez comme si vous étiez arrivés depuis longtemps à la réunion. Ce cantique peut avoir été déjà proposé, ou il peut ne pas être en harmonie avec ce que l’Esprit a déjà indiqué. Une contribution charnelle va perturber la réunion. Asseyez-vous tranquillement et attendez de discerner quels ont été le thème ou le sujet de la réunion avant d’y contribuer.
8. Les réunions publiques de l’assemblée, tant la cène, le culte, la prière que la prédication de la Parole de Dieu (édification), ne sont pas des réunions de chant. Il n’y a pas besoin de se précipiter pour chanter des cantiques ou mélodies favoris ! Pour donner une direction au peuple de Dieu dans les réunions en proposant un cantique, il est important d’être en communion avec le Seigneur, et d’être juste et pur dans sa vie journalière. Soyez conduits par l’Esprit, et utilisez votre entendement renouvelé pour contribuer éventuellement.
9. Venez avec l’esprit préparé pour donner au Seigneur ce qui Lui revient de la part des siens. Il est bon de lire de courtes portions de la Parole de Dieu, appropriées pour élever le cœur des saints. Le choix soigneux d’un bon cantique élèvera le courant de la louange. Mais souvenez-vous qu’à la cène nous sommes là pour rendre culte à Dieu et quand vous annoncez un cantique vous utilisez les paroles d’autrui, tandis que quand vous exprimez la louange ou l’action de grâce au Seigneur, vous utilisez vos propres mots, en vous servant de ce que vous avez apprécié vous-même dans la communion avec Dieu. « Mon cœur bouillonne d’une bonne parole ; je dis ce que j’ai composé au sujet du roi ; ma langue est le style d’un écrivain habile » (Ps. 45. 1).
10. Il est bon de commencer à l’heure et il est tout aussi bon de garder à l’esprit qu’une réunion ne doit pas se prolonger indûment. Les enfants, les personnes âgées ou handicapées, peuvent ne pas être capables de supporter des réunions trop longues. Dans beaucoup d’endroits, une heure ou une heure et demie suffisent en général pour faire tout ce qu’il faut pour mener une réunion à bonne fin.
11. Les frères ont un devoir devant le Seigneur de conduire les réunions publiques de l’assemblée. Le silence n’est pas mauvais en soi : il peut y avoir des silences parce que tous ont le sentiment de la présence de Dieu. Le Seigneur est au milieu de l’assemblée, et cela doit exercer une emprise sur tous les esprits. Une autre raison du silence peut être que les frères n’ont rien à dire. Si des frères sont réticents à contribuer pour cette raison, que les sœurs prient davantage. Leur service sacerdotal silencieux sera acceptable au Seigneur et le but de la réunion sera accompli.
12. Rappelez-vous le caractère de la réunion, et contribuez de manière appropriée :
La fraction du pain est pour le souvenir du Seigneur et pour le culte, non pas pour prier toujours pour les malades et les absents, ni pour la confession des péchés.
La réunion de prière peut inclure quelque louange qui élève les cœurs, mais venez en ayant été préparé, et avec quelque connaissance des besoins du moment en rapport avec les intérêts du Seigneur. Un exemple de l’église du commencement se trouve en Actes 12. 5 où l’on voit l’assemblée faisant des prières instantes sur un sujet spécifique dans la présence de Dieu, autrement dit en général par plusieurs prières pressantes.
– Venez aux réunions d’édification en étant également préparés, et contribuez éventuellement par la prière et l’indication de cantiques. Si vous avez un don pour exercer un ministère, priez avec instance, et soyez préparés spirituellement pour servir. S’il y a des frères visiteurs connus pour leur don, il est bon d’attendre au cas où le Seigneur les aurait envoyés pour exercer leur ministère auprès des saints avec le message spécial dont ils sont porteurs.
13. Les enfants dans une assemblée sont un ornement s’ils se comportent bien. Bien sûr, là où il y a des brebis, on s’attend à ce qu’il y ait des agneaux, et là où il y a des agneaux, on s’attend à des bêlements – mais on ne doit jamais les laisser perturber le déroulement de la réunion. Ne donnons jamais aux jeunes esprits le sentiment que la réunion et ce qui s’y passe n’est pas pour eux. Quand l’enfant grandit et comprend davantage les choses, encouragez-le à participer aux réunions de ses oreilles et de ses yeux. Sa concentration peut s’atténuer durant les silences et de longues prédications, mais qu’il chante les cantiques avec les autres. Et quand une prière est prononcée, il peut être détourné de ses pensées personnelles et ramené à participer au culte. Quand les enfants grandissent encore, ils peuvent prendre un carnet de notes et y écrire la liste des cantiques chantés et des passages lus. Ce carnet à son tour deviendra un répertoire utile, et après sa conversion l’enfant apprendra à discerner sa place dans l’assemblée.
14. La collecte d’argent ou d’autres ressources est un acte répétitif. Les fidèles sont appelés à mettre de côté une somme selon que le Seigneur les a fait prospérer : « Que chaque premier jour de la semaine chacun de vous mette à part chez lui, accumulant selon qu’il aura gagné » (1 Cor. 16. 2). Comme on le voit aussi ailleurs dans le Nouveau Testament, il incombe aux enfants de Dieu de partager leurs ressources. Les activités chrétiennes doivent être prises en charge par des chrétiens, notamment le travail de mission, les soins des pauvres et les responsabilités locales. Négliger la responsabilité hebdomadaire de la collecte conduira à la sécheresse et de là à la maigreur d’esprit et à des retombées réduites : une générosité heureuse doit marquer les saints et à son tour elle portera du fruit à la fois ici-bas et dans l’éternité.
15. Si vous savez qu’un ouvrier travaillant dans la vigne du Seigneur va passer, et si vous désirez lui faire la conduite d’une manière digne de Dieu (3 Jean 6 à 8), n’attendez pas qu’il arrive, mais mettez plutôt une somme de côté à l’avance, selon l’injonction de l’apôtre : « Qu’on n’attende pas mon arrivée pour faire des collectes » (1 Cor. 16. 2), de sorte que tout soit convenable et en ordre dans notre administration.
16. Ceux qui sont étrangers aux réunions ont besoin d’égards spéciaux, d’encouragements de bienvenue. Quelques évaluations de leur état spirituel aideront à mieux appliquer les soins pastoraux appropriés là où il y en a besoin. Si un inconnu entre dans le local de réunions, enquérez-vous de son nom et de là où il vit. N’en laissez pas le soin aux autres. C’est une occasion qui vous est offerte d’exercer l’hospitalité (3 Jean 5). L’hospitalité est un devoir auquel le peuple de Dieu est tenu. Il ne sert à rien de prier pour le bien-être spirituel des âmes, si on ignore leurs besoins temporels. « Si un frère ou une sœur manquent de vêtements et de la nourriture quotidienne, et que l’un de vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous – sans leur donnez ce qui est nécessaire pour le corps -, à quoi bon ? » (Jac. 2. 15 et 16).
– Ne prenez jamais l’habitude d’éviter le merveilleux service de l’hospitalité chez vous ; mettez en pratique ce qu’enseignent d’autres versets :
– « Subvenez aux besoins des saints ; appliquez-vous à l’hospitalité » (Rom. 12. 13).
-« Il faut donc que le surveillant soit irrépréhensible, mari d’une seule femme, sobre, sage, honorable, hospitalier, capable d’enseigner » (1Tim. 3. 2).
– « Il faut que le surveillant soit… hospitalier, aimant le bien, sage, juste, pieux, maître de soi… » (Tite 1. 8).
– « Soyez hospitaliers les uns envers les autres, sans murmurer » (1 Pier. 4. 9).
Dieu l’approuve et donne son aval à ceux qui s’adonnent à une telle bonté comme de vrais bergers des Siens.
17. Si vous avez eu une raison valable de vous absenter des réunions, montrez à vos amis votre intérêt envers eux. Appelez-les et enquérez-vous du déroulement des réunions et de leur bien-être. Si quelqu’un est absent sans raison, allez voir les malades ou ceux qui ont besoin de réconfort ou de quelque autre secours. Dites à vos frères qu’ils peuvent prier pour vous quand vous allez auprès des absents.
18. Il y a beaucoup d’autres questions pratiques qui surgissent dans la vie de l’assemblée outre celles que nous venons de voir. Mais finalement, « que tout se fasse pour l’édification » (1 Cor. 14. 26).

D’après Ed. Cross
Truth and Testimony 2006

LES MAINS VIDES

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LES MAINS VIDES

 

Jackie était un garçon intelligent, toujours bien classé à l’école. Avant d’atteindre sa seizième année, il passa ses vacances d’été dans le laboratoire d’un pharmacien dont le personnel avait été décimé par la guerre, et l’aida dans ses préparations. Quand Jackie quitta son patron, il se décida à entreprendre des études d’expert-comptable.
Peu de temps après, il eut une étrange enflure au cou, et comme le traitement indiqué par le médecin ne donnait aucun résultat, il partit consulter un spécialiste qui diagnostiqua un cas rare et grave, presque toujours fatal. Après sept semaines d’un nouveau traitement dans un hôpital, il rentra à la maison, guéri en apparence, et l’on espéra que son médecin s’était trompé dans son funeste diagnostic.
La guerre continuait. Jackie fut engagé dans la marine comme opérateur de radio. Il devint rapidement un télégraphiste habile et fut envoyé en service actif à la recherche des sous-marins. Au bout d’un an de cette vie aventureuse, il désira entrer dans l’aviation. Il réussit tous les examens exigés et subit avec succès les épreuves médicales. Il paraissait en pleine santé et ne pensait plus à l’étrange enflure dont il avait souffert. En attendant un poste, on l’occupa à de rudes corvées, l’obligeant à soulever et transporter des lourdes caisses ; puis, d’urgence, il fut expédié comme télégraphiste à bord d’un cuirassé dans la mer du Nord. Là, sur le bateau, son enflure réapparut ; le médecin constata que son cœur était atteint ; il fut définitivement réformé. La fatigue des corvées précédentes n’était certainement pas étrangère à ce triste état. Il rentra dans l’entreprise où il avait travaillé auparavant, prépara et passa brillamment ses « examens intermédiaires » à la première session, malgré son absence d’un an et l’état précaire de sa santé.
Il entreprit alors la préparation de ses examens finaux. Pendant toute cette période, il souffrit beaucoup, dormant à peine, seulement à l’aide de calmants. Il devait suivre des cours spéciaux pendant une quinzaine avant ses examens. La veille de son départ, le docteur découvrit qu’il avait une quantité d’eau dans la poitrine, et le fit transporter à l’hôpital pour une ponction. Il dut renoncer à ses cours, étant trop malade pour voyager. Sa déception fut grande. Les jours suivants, ses progrès furent extraordinaires, et il décida, envers et contre tout, de se présenter aux examens qui devaient durer trois jours. Ses parents n’osaient espérer une réussite ; aussi quelle fut leur joie, quelques semaines plus tard, d’apprendre son plein succès. A vingt et un ans, malgré sa maladie et sa longue absence à la guerre, il était expert-comptable.
Mais bientôt il fallut se rendre compte avec douleur que cette brillante jeunesse allait être terrassée par la maladie. Les troubles du cœur avaient provoqué l’hydropisie. Une nouvelle ponction donna beaucoup d’eau. Cependant, en dépit des ponctions répétées, il ne perdait pas confiance et faisait mille projets de guérison. Ses parents n’osaient l’avertir de l’issue fatale prévue. Dieu travaillait cependant pour son bien éternel et pour Sa propre gloire. Jackie avait une tante garde-malade, chrétienne dévouée. Sa mère la fit venir. Dès son arrivée, elle vit que son neveu n’en avait plus pour longtemps, mais ne voulut pourtant pas dès l’abord détruire tout espoir dans le cœur du pauvre garçon. Par ses soins entendus, ses manières douces et affectueuses, elle gagna bien vite son cœur. L’âme de Jackie était la constante préoccupation de sa tante dont les prières montaient vers Dieu en continuelles intercessions. Le docteur revint pour une nouvelle ponction, et par une remarque involontaire révéla au malade la gravité de son état. Après le départ du médecin, Jackie resta longtemps silencieux ; sa tante cousait près de lui, et se doutant du travail que Dieu accomplissait dans le cœur du jeune homme, lui demanda tout à coup : « Ne serait-ce pas beau, Jackie, si le Seigneur venait ce soir pour nous emmener tous au ciel ? » A sa vive surprise, il éclata en pleurs et dit : « C’est justement ce que je demandais à Dieu en ce moment ! » Il confessa alors appartenir au Seigneur depuis des années, mais sans L’avoir suivi. « J’espère qu’Il me laissera encore un peu ici-bas afin de ne pas paraître devant lui les mains vides ».
La joie de sa tante et de ses parents fut grande. Ceux qui ont prié pour une âme aimée, près de la mort, peuvent seuls comprendre le bonheur d’un tel exaucement. Quand son père entra dans la chambre, aucune parole ne peut décrire sa reconnaissance pendant qu’il serrait son fils dans ses bras. Plus de silence entre eux désormais sur le sujet de son avenir éternel ; ils pourraient en parler librement et avec bonheur. Pourtant le cœur du jeune homme était rempli d’un immense regret : « Tu sais, Papa, j’ai été converti il y a plusieurs années déjà, quand M.C est venu prêcher l’Évangile ; mais je n’ai pas suivi le Seigneur, et maintenant je vais à Jésus les mains vides ! » – « Oh ! non, mon garçon, Dieu y pourvoira et tu n’iras pas à Lui les mains vides ». – « Ah ! dit Jackie, en secouant tristement la tête, je n’ai plus le temps de rien faire pour mon Sauveur à présent ! » – « Plus le temps ! répéta son père ; ce n’est pas une question de temps, mais de témoignage. Combien de temps a vécu le brigand sur la croix après avoir cru ? » – « Quelques minutes ». – « Et combien d’âmes furent sauvées en lisant ou en entendant le récit de sa conversion ? » – « Des milliers, je suppose » s’écria Jackie ; et ses yeux brillèrent à la pensée de pouvoir, après tout, faire encore quelque chose pour son Sauveur si tristement négligé pendant des années. – « Des milliers ? dit son père, des millions veux-tu dire mon garçon ! et Dieu peut faire la même chose pour toi. Il veut employer à sa gloire le peu de jours qu’il te reste à vivre, plus richement que s’il te laissait encore longtemps ici-bas ».
Le lendemain, avant d’aller à son bureau, le père pria avec le malade ; après avoir béni Dieu pour toute sa grâce envers son fils, il demanda que, si le Seigneur patientait encore avant de venir, Il permit à Jackie de rendre témoignage pour la bénédiction de ses frères et sœurs, de ses amis, et qu’ainsi ses mains ne fussent pas trouvées vides, quand Jésus lui demanderait compte des talents confiés. Le jeune malade répondit : « Amen ! » avec ferveur.
Le dimanche suivant, quand son père entra dans la chambre, Jackie lisait le verset du calendrier : « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne ». Au-dessous du verset, il lut encore quelques vers :

En attendant, Seigneur, nous prenons sur la terre
Ce repas que pour nous prépara ton amour ;
Et nous y proclamons ta grâce salutaire,
Tes souffrances, ta mort et ton prochain retour.

« Quel beau cantique, ajouta-t-il ; je n’en avais jamais saisi la valeur comme maintenant ». – « Aimerais-tu faire ceci en mémoire de Lui, Jackie ? » – « Avec quel bonheur ; mais je n’en aurai plus l’occasion, c’est trop tard à présent ! » En effet, il n’en eut plus l’occasion. Oh ! jeunes croyants, ne manquez pas de répondre à ce divin désir de vous souvenir de Celui qui mourut pour vous ! Pendant que vous le pouvez sur la terre, donnez-Lui cette joie de vous voir vous souvenir de Celui qui a été crucifié et a souffert à votre place.
Ce dimanche-là, après le culte, le père raconta aux assistants la merveilleuse grâce de Dieu envers son fils, et adressa aux jeunes une pressante exhortation à ne pas s’exposer à venir un jour à Jésus les mains vides. Tous les cœurs étaient émus ; Dieu allait pourvoir en effet à ce que Jackie n’allât pas à Lui les mains vides.
Un autre jour, le malade pria sa tante de lui lire un texte suspendu dans sa chambre : « Tu me feras connaître le chemin de la vie ; ta face est un rassasiement de joie ; il y a des plaisirs à ta droite pour toujours ». – « Ce beau passage est pour moi ; Dieu m’a montré le chemin de la vie, et à présent j’attends le rassasiement de joie et les plaisirs pour toujours ». Il n’attendit pas longtemps ; deux jours plus tard il s’en allait pour « être avec Christ, ce qui est de beaucoup meilleur ». Jackie n’est pas parti, comme il le redoutait, « les mains vides ». Plusieurs de ses amis ont été touchés par son témoignage ; ils se sont tournés vers Jésus pour Le suivre ; ils ont résolu « de ne plus vivre pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et a été ressuscité ». Puisse le Seigneur accomplir son œuvre en beaucoup d’autres jeunes croyants, afin qu’au jour prochain des récompenses, aucun ne se présente devant Lui les mains vides et qu’Il ait la joie de vous dire, et vous celle d’entendre : « Bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses… Entre dans la joie de ton maître ».

D’après Avançons… jusqu’à Lui !
G. André

 

SEMER AVEC LARMES

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SEMER AVEC LARMES

 

Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chant de joie. Il va en pleurant, portant la semence qu’il répand ; il revient avec chant de joie, portant ses gerbes. Ps. 126. 5 et 6.

Quel privilège le Seigneur nous accorde, lorsqu’il place sur notre chemin l’occasion de semer. « La semence est la Parole de Dieu », et c’est elle qu’il importe de répandre. « Le matin, sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main ».

Commencer est facile. Des encouragements se trouvent sur la route. L’enthousiasme du début nous porte au-dessus des difficultés et des obstacles. Mais il est une expérience que tôt ou tard doivent faire tous ceux d’entre nous qui, dans le secret de leur cœur, ont entendu l’appel du Maître leur demandant de semer pour Lui. Ils ont fait le sacrifice qui de son temps, qui de ses affections, qui même de sa profession, et dans le service du Seigneur ont éprouvé qu’ils avaient affaire à un Maître tendre et bon, qui savait rendre au centuple à tous ceux qui ont abandonné quelque chose pour Lui. Le temps a passé… et les larmes sont venues. Difficultés, désillusions, blâmes de personnes bien intentionnées sans doute, mais qui n’ont peut-être pas compris le vrai travail du semeur ; ingratitude ou chute grave chez ceux pour lesquels on avait fait le plus, fatigue, lassitude… le découragement s’empare du cœur et l’ennemi en profite pour tâcher de détourner définitivement de l’œuvre du Seigneur ceux qui y étaient entrés autrefois avec joie.

Et pourtant la Parole nous l’avait dit ! « Ceux qui sèment avec larmes ». Si notre Psaume associe le travail de « ceux qui sèment » avec les larmes, c’est qu’il en est bien ainsi dans ce monde. En fut-il autrement pour notre bien-aimé Sauveur ? Non, le verset suivant nous le rappelle : « Il va en pleurant, portant la semence ». – « En pleurant ! » Que de larmes sur Sa route ! Que de peines, que d’opposition ! A la fin du chemin ne L’entendons-nous pas dire par la bouche du prophète : « J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain » (És. 49. 4).

N’y a-t-il pas là un profond encouragement pour nos âmes ? Si nous faisons l’application pratique des derniers versets de ce Psaume (laissant pour l’instant de côté son sens prophétique), nous voyons que « ceux qui sèment » ne sont pas seuls. Ils ont devant leurs yeux Celui qui, bien avant eux, a connu les larmes, alors que divin Semeur il parcourait les sentiers de la terre. C’est un privilège de semer pour Lui ; mais n’en est-ce pas un aussi de faire l’expérience des « larmes » qu’Il a Lui-même si souvent rencontrées ? Devons-nous nous décourager si tout semble s’en aller à l’abandon, si tout paraît avoir été « pour le néant et en vain ? » Non, car comme pour Lui, « mon œuvre est par-devers mon Dieu… et mon Dieu sera ma force ». – « Considérez Celui qui a enduré une telle contradiction… afin que vous ne soyez pas las, étant découragés dans vos âmes ».

Il y a plus encore. Semer, c’est le présent ; la moisson est future. « Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chant de joie ». Il faut laisser à la semence le temps de germer et de croître. Peut-être sur la terre déjà quelques épis viendront-ils réjouir nos cœurs, mais que sera-ce au jour de la gloire quand tout sera manifesté. Quel chant de joie quand le Maître reviendra et pourra dire : « Bien, bon et fidèle esclave… ». Quelle compensation aux larmes des semailles.

Et dans cette joie nous ne serons pas seuls. Sans doute notre joie à nous sera grande, mais que sera la Sienne ? « Il revient avec chant de joie ». Il a quitté le ciel une première fois pour venir accomplir l’œuvre que le Père lui avait donnée à faire. Dans l’abaissement Il a été « fort et puissant dans la bataille », Il a vaincu la mort, et pour Lui les portails éternels se sont élevés bien haut quand Il est rentré dans la gloire. Il va revenir chercher ses rachetés. Quelle joie quand avec toutes leurs « armées » (Ps. 24. 10), Il entrera de nouveau dans la maison du Père. Une seconde fois les portails éternels s’ouvriront tout grands et le Roi de gloire entrera pour se présenter devant le Père en disant : « Me voici, moi et les enfants que Dieu m’a donnés ». Bonheur infini, allégresse éternelle, jour de la joie de Son cœur. Et cette joie, nous qui sur la terre aurons partagé avec Lui les larmes, nous pourrons la partager aussi pour l’éternité.

Il est une chose pourtant que nous ne partagerons pas. Les semailles, les larmes, le chant de joie sont pour nous aussi. Pas les gerbes. Ce sont « Ses gerbes ». – « Il revient avec chant de joie, portant Ses gerbes ». Qui est-ce qui voudrait dire que le fruit est sien ? Les gerbes ne sont pas nôtres ; elles Lui appartiennent. C’est le fruit du travail de Son âme. C’est le fruit que le grain de blé, tombant en terre, a porté à cause de sa mort. Mais cela ne remplit-il pas nos cœurs d’une joie bien plus douce et plus profonde encore, de savoir que Lui aura ce pour quoi Il a tant souffert ?

Au jour de la moisson, les larmes si douloureuses aujourd’hui, seront oubliées. C’est pourquoi : « Ne nous lassons pas… car au temps propre nous moissonnerons, si nous ne défaillons pas » (Gal. 6. 9). Serrons dans nos cœurs ces précieux encouragements : les larmes, Il les a connues ; le chant de joie, nous le partagerons avec Lui ; et quant aux gerbes, au fruit de ces grains de semence répandus avec Lui et pour Lui dans les sillons de la terre, elles sont siennes. Il les a acquises par le sang de Sa croix.

 

Toi-même tu verras ce que ton cœur réclame :
De ton œuvre à la croix le fruit mûr et parfait ;
Tu jouiras, Seigneur, du travail de ton âme,
Et ton amour divin en sera satisfait.

G.A.
D’après Feuille aux jeunes n° 356