BARNARDO

DSC01530

 

BARNARDO

LES ENFANTS ABANDONNÉS À LONDRES

 

En 1867, un étudiant en médecine à Londres, Thomas Barnardo, eut l’occasion de visiter un pauvre petit garçon malade dans un misérable taudis de l’East End, le quartier le plus pauvre de la ville. Barnardo jugea l’enfant si gravement atteint qu’il n’y avait moyen de le sauver qu’en le transportant immédiatement à l’hôpital. Mais à peine en eut-il fait part à la propriétaire, que celle-ci s’écria :
– L’enfant ne partira pas avant d’avoir payé son loyer !
– Mais vous voyez bien qu’il va mourir s’il reste ici.
– Qu’il paye !
– Eh bien, je l’emporterai malgré vous !
– Dans tous les cas, vous n’emporterez pas ses habits, dit l’impitoyable femme en s’emparant d’un petit tas de vêtements misérables.
– Qu’à cela ne tienne, dit Barnardo. Et enveloppant l’enfant dans son manteau, il l’emporta. Et l’enfant put guérir.
Ce fut le début de l’œuvre admirable que le Seigneur donna à Barnardo d’accomplir. Il ouvrit une école du soir, dans ce quartier si pauvre, pour les enfants, garçons et filles, de la plus pauvre classe ouvrière, et apprit ainsi à connaître les misères terribles de Londres.
Un soir, il avait terminé son école, tous les élèves étaient partis, lorsqu’il aperçut un petit garçon déguenillé qui avait écouté tranquillement toute la soirée et qui, après le départ des autres enfants, était resté auprès du feu.
– Allons, mon garçon, dit Barnardo, il est temps de retourner à la maison.
Pas de réponse.
– Allons, mon enfant, tu ferais mieux de partir tout de suite ; ta maman va être inquiète.
– Je vous en prie, Monsieur, permettez-moi de rester, dit l’enfant.
– Mais c’est impossible. Je vais éteindre le gaz et fermer la porte à clef. Il est temps pour un petit garçon comme toi de rentrer à la maison et d’aller se coucher. Pourquoi veux-tu rester ?
– Je vous en prie, Monsieur, laissez-moi rester ici. Je ne ferai pas de mal.
– Mais je ne peux pas te laisser ici. Ta mère s’étonnera de ne pas te voir rentrer.
– Je n’ai pas de mère.
– Eh bien, et ton père ?
– Je n’ai pas de père.
– Ne me raconte pas des histoires. N’as-tu donc pas d’amis ? Où demeures-tu ?
– Nulle part.
– Voyons, mon garçon, approche-toi et dis-moi la vérité. Où as-tu dormi la nuit dernière ?
L’enfant maigre et rabougri, pieds nus, n’ayant sur le corps que quelques haillons misérables, s’approcha et dit dans un murmure :
– J’ai dormi la nuit dernière dans un char de foin, au bas de White Chapel. Là j’ai rencontré un garçon qui m’a conseillé de venir me chauffer ici ce soir. Je ne ferai pas de mal, Monsieur, si vous me permettez de rester.
Pendant qu’il répétait ainsi sa plaintive requête, dehors un vent violent soufflait avec rage. Le cœur de Barnardo était fondu. Est-il possible, pensait-il, que dans cette grande ville chrétienne, avec tant de richesses, autant d’églises et d’écoles, il y ait des enfants abandonnés comme celui-ci, livrés à eux-mêmes, en proie au froid, à la faim et à la misère !
– Dis-moi, mon garçon, y a-t-il à Londres d’autres pauvres enfants comme toi, sans famille et sans amis ?
– Oh ! Oui, Monsieur, des quantités, plus que je ne pourrais compter.
Barnardo avait peine à en croire ses oreilles. Il voulut vérifier les dires de l’enfant, et lui dit :
– Si je te donne à manger, avec un café chaud, et un endroit pour dormir, me conduiras-tu vers les pauvres garçons dont tu parles ?
A cette mention d’un repas, le visage de l’enfant prit un air vorace comme d’un loup affamé. Il fit signe que oui, et suivit Barnardo.
Le repas délia la langue du petit vagabond. Il raconta qu’il s’appelait Jim, que sa mère était morte il y avait plus de cinq ans, et qu’alors il s’était enfui de la maison. Il avait erré çà et là, puis était entré au service d’un batelier qui le traitait très mal, le battait pour un rien, ne lui donnait pas toujours à manger, et s’en allait parfois pour plusieurs jours, le laissant seul dans le bateau.
– Pourquoi ne t’es-tu pas échappé alors ?
– J’aurais bien voulu le faire, dit Jim, mais Dick le batelier avait juré que, si je me sauvais, il me rattraperait et me tuerait. Et il avait à bord un chien qui me flairait, et si j’essayais de partir, le gros chien féroce me retrouverait. Quelquefois, quand Dick était ivre, il lançait le chien sur moi pour s’amuser. Et voyez ce qu’il m’a fait une fois. Et le pauvre garçon montra la cicatrice d’un coup de dent au bas de sa jambe.
– Je suis resté longtemps avec Dick, continua-t-il. Mais un jour, un homme est venu à bord et m’a raconté que Dick, étant ivre, s’était enrôlé et était parti comme soldat. Alors je lui ai dit :
– Monsieur, voulez-vous tenir le chien un moment ? Et puis je les ai fait descendre dans la cabine, j’ai fermé la porte sur eux, j’ai sauté sur le quai et je me suis enfui à toutes jambes. Mais j’avais toujours peur que le chien de Dick me retrouve.
Depuis cette fuite, les pérégrinations et les misères avaient recommencé jusqu’à sa rencontre avec M. Barnardo. Celui-ci essaya de lui parler de Jésus. Jim connaissait ce nom.
– Oh oui, dit-il, je le connais. Et il regardait d’un air inquiet tout autour de la chambre. C’est le pape de Rome. C’était tout ce que le pauvre garçon savait de Jésus, et cela dans un pays qui se dit chrétien !
Après lui avoir raconté en quelques mots le récit de la vie du Sauveur, et avoir prié avec lui, Barnardo lui rappela la tournée qu’ils devaient faire dans la ville. Il était minuit passé. Jim conduisit Barnardo à travers un dédale de ruelles infectes, dans une sorte de cour étroite qu’ils traversèrent, puis dans un hangar très long, vide.
– C’est ici, dit Jim.
Barnardo alluma quelques allumettes, s’attendant à voir autour de lui des enfants endormis, mais il n’y avait personne. Oh, dit Jim, ils n’oseraient pas se coucher ici, les agents de police les pinceraient. Et traversant le hangar, Jim se dirigea vers un mur élevé. C’est ici, dit-il. Vous en verrez des quantités, si nous ne les réveillons pas.
Barnardo regarda encore autour de lui : personne.
– Où sont-ils ? demanda-t-il.
– Là-haut, répondit Jim à voix basse, en montrant le toit de fer-blanc du hangar. Et par les pierres en saillie du mur, qui servaient aux garçons à monter et descendre, Jim escalada le mur et aida Barnardo à grimper. Un spectacle inattendu était devant ses yeux : sur le toit, les têtes vers la partie la plus élevée, et les pieds dans la large gouttière, étaient affalés une douzaine d’enfants de dix à quatorze ans, les uns repliés sur eux-mêmes, d’autres serrés les uns contre les autres. La lune vint à briller et éclaira les figures pâles de ces pauvres garçons, blanches de froid et de faim.
Ailleurs, dans une ruelle, sous une bâche, Barnardo ne découvrit pas moins de soixante-dix enfants, entassés les uns sur les autres, et comme il l’exprima, empilés comme des sardines, les grands dessous, les petits dessus.
En voyant cette misère et ces souffrances, Barnardo eut le cœur bouleversé, et cette nuit-là décida de toute sa vie. Sous le regard de Dieu, avec larmes et prières, il résolut de consacrer son temps et ses forces au sauvetage de ces enfants délaissés, et il demanda à Dieu de lui fournir les moyens de fonder un établissement pour les recevoir.
Il ne connaissait personne qui puisse l’aider. Il était inconnu à Londres et n’avait presque pas d’amis. Mais Dieu répondit à ses prières et ouvrit peu à peu le chemin devant lui. Il aménagea d’abord, dans une étroite ruelle, une petite maison pour vingt-cinq garçons. Il fit lui-même, avec Jim devenu son fidèle auxiliaire, les réparations indispensables, en blanchissant les murs et les plafonds, en frottant et nettoyant le pavé et les planchers. Quand la maison fut prête, Jim l’aida à la remplir. Ils partirent ensemble pour faire une tournée, avec cette fois la perspective encourageante de commencer à porter remède à cette misère.
Cette œuvre, de commencements si modestes, prospéra merveilleusement. Avec des fonds, résultant de collectes, il put créer des établissements, à Londres et dans d’autres villes, ainsi qu’à la campagne. Il y logeait, un peu avant 1900, plus de 5000 enfants, garçons et filles. On enseignait aux garçons différents métiers. Les filles étaient formées pour être employées de maison. Beaucoup partirent au Canada, où ils eurent une vie normale et heureuse.
Et on leur annonçait la bonne nouvelle du salut par le Seigneur Jésus.

« En tant que vous l’avez fait à l’un des plus petits de ceux-ci qui sont mes frères, vous me l’avez fait à moi » (Mat. 25. 40) dira le Seigneur Jésus.

 

D’après La Bonne Nouvelle 1901

ISAAC NEWTON

DSC01520

 

ISAAC NEWTON

 

Le nom d’Isaac Newton est bien connu comme celui d’un grand savant, d’un physicien et d’un mathématicien génial, et reste attaché à la découverte de la gravitation universelle. De sa vie privée nous savons fort peu de chose, car cet homme humble ne recherchait pas les honneurs, mais s’absorbait dans ses recherches.
Sa piété solide et sans phrases se reflétait dans sa personnalité rayonnante et paisible ; il ne parlait guère de sa vie spirituelle, mais sa Bible toujours ouverte sur sa table témoignait de la direction que prenaient ses pensées…

En 1666, fuyant une épidémie qui sévissait à Cambridge, Newton se réfugia à la ferme paternelle où il passa l’automne. Le hasard d’une promenade l’amena à proximité d’un pommier dont un fruit se détacha et vint se rouler à ses pieds.
Comme par un éclair, Isaac, âgé de 24 ans, entrevit la loi de la pesanteur.
Son intelligence ne s’arrêta pas là : cette attraction, se demanda-t-il, est-elle limitée à la surface du globe ? Ne s’étend-elle pas jusqu’à la lune ? Quelle est donc la force puissante qui retient celle-ci le long de son orbite autour de la terre ? Il entreprit des calculs mais le résultat ne justifia pas la théorie, et il l’abandonna.
Il ne reprit ses calculs que seize ans plus tard lorsqu’un astronome français détermina de façon plus précise le diamètre de la terre, et modifia les chiffres admis jusqu’alors.
Cette fois-ci c’était exact, et l’hypothèse émise auparavant devint le principe de la gravitation universelle.
Les savants furent saisis de surprise ; c’était si simple et pourtant si frappant.
« N’est-ce pas une preuve que nous nous approchons de Dieu, disait Newton, à mesure que nous arrivons à des lois plus simples, plus générales ?
Personne plus que lui ne fut absolument convaincu que l’homme ne saurait découvrir Dieu par lui-même, et qu’il faut que Dieu se révèle à l’homme.
Sa Bible toujours ouverte sur la table prouvait que c’était le livre qu’il lisait le plus, et il apportait à cette lecture consciencieuse, faite avec prière, le même esprit qu’à l’étude de la nature, sans idée préconçue, cherchant à recevoir la vérité des saints hommes inspirés de Dieu.
Tel fut ce génie scientifique dont on a pu dire :
« De lui seul nous est venue plus de lumière que dix siècles n’en avaient produit avant lui. »
Il était croyant, il aimait son Sauveur, et il obligeait ses collègues de l’Université à respecter sa foi, ne manquant jamais de rétorquer avec fermeté si, devant lui, on osait formuler quelque propos incrédule.
Quant à la multitude de ceux qui applaudissaient à ses découvertes, c’est en chrétien qu’il voulait répondre à leurs louanges aussi dans ses écrits sur la Bible, il se préoccupait toujours de faire du bien à leur âme.

D’après Almanach Évangélique 1958

UNE PERLE INCOMPARABLE

DSC02080

 

UNE PERLE INCOMPARABLE

On entendit un plongeon suivi de quelques bouillonnements, puis l’eau sous la jetée reprit son calme. Soudain une tête noire apparut, une paire d’yeux brillants regardèrent de tous côtés, semblant chercher quelqu’un, et le vieil Hindou, pêcheur de perles, en quelques brasses atteignit le rivage.
– Jamais je n’ai vu si belle plongée, s’écria David Morse, le missionnaire américain.
– Sahib, dit Rambhau en prenant une grosse huître entre ses dents, regarde celle-ci comme elle est belle.
Tandis que Morse l’ouvrait, Rambhau en sortait d’autres plus petites de sa ceinture.
– Rambhau, en as-tu vu de plus belles ? Elles sont magnifiques, s’exclama le missionnaire.
– Oui, il en existe de plus belles, de beaucoup plus belles, j’en ai même une… et sa voix s’éteignit. Mais Sahib, reprit-il, regarde la forme de celle-ci, un peu trop longue quoiqu’elle soit très belle. C’est la même chose quand vous parlez de votre Dieu : les hommes se croient parfaits, mais Dieu les voit tels qu’ils sont.
– C’est juste, Rambhau. Dieu offre la justice parfaite à tous ceux qui veulent simplement croire et accepter le salut par le sang de son Fils bien-aimé.
– Sahib, je te l’ai dit plusieurs fois, c’est trop facile, je ne peux pas accepter ça. Peut-être suis-je trop fier ; j’ai le sentiment de devoir travailler pour gagner ma place au ciel.
– Oh, Rambhau ! Il n’y a qu’un seul chemin pour être sauvé. Tu deviens vieux, Rambhau, si tu veux voir les portes de perles du ciel, accepte la vie que Dieu t’offre par son Fils.
– Oui, oui, nous voici au dernier mois de l’année et j’ai encore bien des préparatifs à faire. Le premier jour de l’année prochaine, je commencerai le pèlerinage que j’ai projeté toute ma vie. Cette fois, je serai certain de gagner le ciel, j’irai à Delhi à genoux.
– Rambhau ! Y songes-tu ! Plus de mille quatre cents kilomètres jusqu’à Delhi ! La peau de tes genoux sera écorchée, tu auras une infection quelconque avant d’arriver à Bombay.
– Non, je dois aller à Delhi. Les souffrances sont peu de chose si je gagne le ciel.
– Rambhau, mon ami, comment puis-je te laisser faire pareille folie quand Jésus Christ a donné sa vie pour toi ?
Le vieil homme ne se laissait pas fléchir.
– Tu es mon plus cher ami sur cette Terre, Sahib : dans la misère et la maladie, ces dernières années, tu as souvent été mon seul ami. Pourtant tu ne peux pas m’empêcher de réaliser mon grand désir : je dois aller à Delhi.
Tout fut vain, rien ne put détourner le vieux pêcheur de ses projets.

A quelque temps de là, une après-midi que Morse travaillait chez lui, il entendit frapper. Ayant ouvert, il trouva Rambhau derrière la porte.
– Entre, Rambhau.
– Non, répondit l’Hindou, viens chez moi, Sahib, je voudrais te montrer quelque chose. Ne dis pas non, ajouta-t-il d’un ton suppliant. Je suis parti pour Delhi, il y a juste une semaine aujourd’hui, continua-t-il comme ils arrivaient près de sa maison.
Il fit asseoir le missionnaire sur une chaise spécialement préparée pour lui et lui présenta un petit coffre soigneusement fermé.
– J’ai cette boîte depuis des années, expliqua-t-il, je la conserve précieusement, elle ne contient qu’une seule chose. Voilà ce qui en est, Sahib Morse : j’avais un fils.
– Quoi ! Rambhau, un fils ! Tu ne m’en as jamais parlé.
– Non, Sahib, je ne pouvais pas. Maintenant, il faut que je t’explique, car je dois partir et qui sait si je reviendrai ? Mon fils était pêcheur aussi, le meilleur pêcheur de perles qu’on ait jamais vu. Quelle joie il me procurait ! Il rêvait toujours de cueillir une perle supérieure à toutes celles qui ne furent jamais ramassées. Il la trouva un jour mais pour cela il resta sous l’eau trop longtemps et il mourut peu après.
Le vieillard pencha la tête et se mit à sangloter.
– Toutes ces années, j’ai gardé cette perle, continua-t-il, maintenant je m’en vais et je ne reviendrai pas… et c’est à toi, mon meilleur ami, que je la donne.
Enlevant soigneusement l’ouate qui l’entourait, l’Hindou sortit une superbe perle, une des plus grandes perles trouvées dans cette partie du monde ; elle brillait d’un éclat jamais égalé et se serait certainement vendue un prix exorbitant. Le missionnaire demeura un moment sans pouvoir parler, puis :
– Rambhau, dit-il, c’est une perle merveilleuse mais je veux te l’acheter et t’en donnerai dix mille roupies.
– Sahib, dit Rambhau, cette perle n’a pas de prix. Personne au monde ne possède l’argent pour payer la valeur qu’elle représente pour moi. Sur le marché un million de roupies ne la vaudraient pas. Je ne veux pas la vendre ; je te la donne comme cadeau.
– Non, Rambhau, cela ne convient pas, même si je la désirais intensément. Tu me juges peut-être trop fier mais je veux ou bien te la payer, ou bien travailler pour l’avoir.
– Tu ne comprends pas du tout, Sahib. Ne vois-tu pas ? Mon seul fils a donné sa vie pour avoir cette perle, je ne la vendrai à aucun prix car, pour moi, sa valeur réside dans la vie de mon fils. Je ne peux pas la vendre mais permets-moi de te la donner. Accepte-la en raison de l’affection que je te porte.
Le missionnaire resta silencieux un moment, puis, saisissant la main du pêcheur :
– Rambhau, dit-il, ne vois-tu pas ? Ne comprends-tu pas ce que Dieu te dit ? Dieu t’offre la vie éternelle comme un don de sa part ; c’est si grand, si hors de prix qu’aucun homme au monde ne pourrait l’acheter. Aucun homme n’est assez bon pour le mériter. Cela coûta à Dieu le sang de son Fils unique. Avec cent pèlerinages tu ne peux pas acheter ton entrée au ciel. La seule chose que tu puisses faire, c’est d’accepter ce don de l’amour de Dieu pour toi, pécheur. Rambhau, bien sûr, j’accepterai cette perle en priant Dieu pour toi. Et toi, ne peux-tu pas accepter le don de Dieu pour la vie éternelle, sachant que cela Lui coûta la vie de Son Fils unique ? « Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6. 23).
De grosses larmes se mirent à couler sur les joues du vieillard, la lumière se faisait enfin en lui.
– Sahib, je vois maintenant. Depuis deux ans, j’ai compris la doctrine de Jésus mais je ne pouvais pas croire que le salut était gratuit. Maintenant je comprends. Il y a des choses si grandes que leur valeur est inestimable et qu’on ne peut pas les acheter.

D’après Almanach Évangélique 1954

SEULS ENSEMBLE !

DSC01037

Tourne-toi vers moi et use de grâce envers moi, car je suis seul et affligé. Ps. 25. 16.
Dieu fait habiter en famille ceux qui étaient seuls. Ps. 68. 6.

SEULS ENSEMBLE !

« Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines ». C’est le titre d’un ouvrage de Sherry Turkle, spécialiste de l’impact du numérique sur les relations humaines. Étonnant, ce titre de livre. À première vue, les ordinateurs, les tablettes, les smartphones facilitent les contacts et les rencontres. Ils favorisent bien des relations, mais souvent sans qu’il y ait une réelle implication – il suffit de zapper – au détriment de dialogues plus profonds, d’échanges authentiques et chaleureux.
La technologie numérique, si performante soit-elle, ne peut pas, sur la durée, nous rendre plus proches les uns des autres. La solitude, ce n’est pas une question de technique, c’est d’abord une question de cœur. Depuis que nos premiers parents ont désobéi à Dieu dans le jardin d’Éden, nos cœurs sont endurcis. Cette dureté nous rend insensibles à la bonté de notre Dieu créateur, et souvent égoïstes, indifférents aux peines et aux joies des autres. Elle nous éloigne les uns des autres.
La bonne nouvelle, l’évangile, c’est que Jésus Christ est venu du ciel pour faire tomber ces murs de séparation, murs entre l’homme et Dieu, murs entre les hommes, murs entre les peuples. Si nous croyons en Lui, Jésus donne à chacun de nous une nouvelle vie. Nous pouvons alors reconnaître à quel point nous étions loin de Dieu et de nos semblables et nous entrerons dans une vraie relation avec Dieu, celle d’un enfant avec son Père. Et « ensemble », avec nos frères et sœurs dans la foi, nous expérimentons la paix et les joies de la famille de Dieu.

D’après La Bonne Semence Juin 2019
Éditeur : Bibles et Publications Chrétiennes (http://www.labonnesemence.com)

SAUVÉE

IMG_4813

SAUVÉE

Une nuit, une mère de famille ne dormait pas. Sa petite fille à côté d’elle s’éveilla brusquement en criant :
– Maman, regarde, près de la porte, l’ange me fait signe de la main. Il faut que je me lève et que j’aille vers lui.
La mère, croyant qu’elle avait rêvé chercha à la tranquilliser pour qu’elle retrouve son sommeil.
Mais, au bout d’un court instant, l’enfant s’écria de nouveau :
– Maman le bel ange me fait toujours signe ; non, non je ne rêve pas, je le vois distinctement. Laisse-moi donc aller vers lui !
La mère jugea alors que le mieux, pour que sa fille se rendorme, était de faire ce qu’elle lui demandait et, sur le seuil de la porte, de lui prouver qu’il n’y avait personne.
Elle l’enveloppa dans une couverture pour qu’elle ne prenne pas froid et elle la porta dans la pièce voisine.
A peine furent-elles sorties de la chambre à coucher, qu’un craquement sinistre se fit entendre ; le poêle de faïence venait de s’écrouler, recouvrant de débris le lit de l’enfant.
Quels furent les sentiments de la maman lorsqu’elle serra sa fille chérie sur son cœur, et quelle prière de reconnaissance n’éleva-t-elle pas vers Dieu qui l’avait ainsi préservée !
Sans aucun doute, Dieu veille sur les grandes comme sur les petites choses ; il s’occupe de chacun de nous, prend soin de nous et nous préserve de dangers que nous ne soupçonnons même pas.
Il agit envers ses enfants aujourd’hui encore, comme envers son peuple Israël autrefois :
« Et il les conduisit sains et saufs, et ils furent sans crainte » (Ps. 78. 53).
Et ces paroles sont toujours actuelles :
« L’Éternel regarde des cieux ; il voit tous les fils des hommes. Du lieu de sa demeure il considère tous les habitants de la terre. C’est lui qui forme leur cœur à tous, qui prend connaissance de toutes leurs œuvres » (Ps. 33. 13 à15).
Quel repos pour nos cœurs de pouvoir ainsi en tout temps, en toute occasion, avoir recours à Lui, le prier et nous appuyer sur Lui !

D’après Almanach Évangélique 1957

L’ULTIME APPEL

DSC00669

 L’ULTIME APPEL

Lorsque le Titanic sombra, parmi les naufragés se trouvait un jeune homme, John Harper, sur le point de partir comme missionnaire.
Au moment où le navire commença à couler, il aida les passagers à gagner les bateaux de sauvetage, mais refusa d’y entrer lui-même.
Son principe était : d’abord les femmes et les enfants, ensuite les incrédules.
Il donna même sa ceinture de sauvetage.
Quelques années plus tard, un Écossais, qui était également à bord du Titanic, raconta ce qui suit :
Je flottais sur une pièce de bois quand le remous amena John Harper près de moi, lui-même accroché à une épave. Il me dit :
– Êtes-vous sauvé ?
– Non, répondis-je.
Il continua : Croyez au Seigneur Jésus et vous serez sauvé.
Les vagues l’emportèrent plus loin, mais peu après le ramenèrent de nouveau tout près de moi.
Il me posa de nouveau la même question : Êtes-vous sauvé ? Non, répliquai-je, honnêtement je ne peux pas dire que je sois sauvé.
Il répéta une fois encore :  Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé.
Ce furent ses dernières paroles, car l’instant d’après il coula.
Alors, au milieu de l’océan immense je donnai mon cœur au Sauveur et remis ma vie entre Ses mains.
Je fus ainsi le dernier homme converti par John Harper.
« Insiste en temps et hors de temps » 2 Tim. 4. 2.
« Afin que de toute manière j’en sauve quelques-uns » 1 Cor. 9. 22.

D’après Almanach Évangélique 1958

UN FILS PRODIGUE

DSC02052

UN FILS PRODIGUE

Il y a quelques années de cela, l’évangéliste bien connu, W. Dawson, prêchait à Londres.
Au cours de sa prédication, il prononça les paroles suivantes :
Il n’y a pas un seul homme, dans toute cette grande salle que Christ ne puisse sauver.
A la fin de la réunion, une dame s’approche de lui :
-M. Dawson, dit-elle, pouvez-vous vraiment affirmer qu’il n’est pas un seul homme à Londres que Christ ne puisse sauver ?
-Oui, répond-il, j’en suis fermement convaincu.
-Alors, continua la dame, je connais un homme que vous devriez visiter. Il assure qu’il n’y a pas de salut pour lui.
-J’y vais tout de suite, fit l’évangéliste, conduisez-moi.
Ils se mirent en route, parcourant un dédale de rues bruyantes et d’allées nauséabondes. Enfin la dame s’arrêta devant un bâtiment délabré.
-C’est ici, dit-elle, vous le trouverez tout en haut, dans une mansarde. Je vous laisse monter seul. Il vous parlera plus librement si personne ne vous accompagne.
M. Dawson s’engagea dans l’escalier sombre ; les marches pourries pliaient sous son poids et la rampe, graisseuse et gluante, n’offrait qu’un point d’appui incertain. Chaque étage semblait plus misérable que le précédent. Enfin il se trouva sous le toit.
Une porte ne tenant plus que par un gond donnait accès à une chambre sans fenêtre.
Lorsque ses yeux se furent accoutumés à l’obscurité, il put constater que la pièce ne contenait pas le moindre meuble.
A l’extrémité opposée, sur un tas de paille malpropre, un jeune homme était couché, le visage tourné contre la muraille.
M. Dawson traversa doucement la chambre et s’approcha du malade et dit :
-Mon ami !
-Vous n’êtes pas mon ami, répondit l’homme, je ne possède pas un seul ami dans ce monde.
-Vous vous trompez, répartit l’évangéliste, je suis votre ami et bien mieux que cela Jésus Christ vous aime aussi.
-Jésus Christ ne peut m’aimer, interrompit amèrement le malade, j’ai violé tous ses commandements, je L’ai foulé aux pieds. Je suis mourant et je m’en vais tout droit en enfer. Jésus Christ ne peut m’aimer.
-Jésus Christ aime les pécheurs, répondit tranquillement le visiteur, et s’asseyant sur le plancher au chevet du mourant, il ouvrit sa Bible et commença à lire.
La Parole du salut atteignit le cœur et la conscience du jeune homme ; lui, le plus grand des pécheurs, il trouva en Christ le Sauveur dont il avait besoin, celui dont le sang précieux avait coulé sur la croix.
Quelle joie pour cette pauvre âme au seuil même de l’éternité !
Après un temps assez long, le jeune homme se tourna vers M. Dawson et lui dit :
-Mon Père céleste m’a pardonné. Je mourrais heureux si mon père terrestre voulait me pardonner aussi.
-J’irai le voir, répondit l’évangéliste.
-Non, vous ne pouvez y aller. Si vous le voyiez et que vous lui parliez de moi, il vous insulterait. Il a fait rayer mon nom du registre de la famille. Depuis deux ans, personne n’a osé parler de moi en sa présence.
-Tout de même, j’irai le trouver, répéta M. Dawson.
Il se procura le nom et l’adresse du père et se mit en route. Il gagna le quartier le plus élégant de la ville et s’arrêta devant la porte d’un hôtel magnifique. Il frappa.
Un domestique en livrée le fit entrer dans un salon richement meublé, puis alla avertir le maître de maison de la présence d’un visiteur.
Bientôt parut un beau vieillard à la physionomie cordiale et au sourire jovial, qui s’avança vers M. Dawson, la main tendue.
-Je viens vous parler de votre fils Joseph, commença celui-ci.
Comme mu par un ressort, le vieillard laissa retomber la main qu’il avait saisie.
-Mon fils Joseph ? dit-il, et le rouge de l’indignation colorait son visage. Je n’ai pas de fils Joseph. Le nom de ce jeune homme a été effacé du registre de la famille. Personne depuis deux ans n’a prononcé ce nom devant moi, et je dois vous avertir, monsieur, que si vous avez à faire avec cet individu, il vous trompera certainement. Sur quoi, Monsieur, je vous dis adieu.
Et tournant les talons, il gagna la porte.
Au moment où il s’apprêtait à l’ouvrir, M. Dawson dit tranquillement :
-Avec tout cela, il n’en est pas moins votre fils ; mais il ne le sera plus pour longtemps.
Le vieillard tressaillit.
-Joseph est-il mourant ? demanda-t-il d’une voix subitement radoucie.
-Oui, votre fils est mourant. Je ne suis pas venu solliciter un secours en sa faveur. Je payerai volontiers de ma bourse les frais de son enterrement. Mais il a trouvé le salut par Christ ; son Père céleste lui a pardonné et il dit qu’il mourrait heureux si vous lui pardonniez aussi.
-Lui pardonner ? s’écria le père. Mais je lui aurais pardonné depuis longtemps si seulement il me l’avait demandé.
Aussitôt il fit atteler sa voiture et bientôt les deux hommes se trouvèrent devant la pauvre maison où Joseph se mourait.
Ils gravirent à tâtons l’escalier sombre et lorsqu’ils pénétrèrent dans la mansarde, le pauvre garçon se souleva péniblement sur sa couche et dit :
-Père, Dieu m’a pardonné ; veux-tu essayer de le faire aussi ?
Le père s’élança vers le mourant et l’entourant de ses bras répondit :
-Te pardonner, mon fils ? Je t’aurais pardonné depuis longtemps si seulement tu me l’avais demandé.
Le jeune homme était trop malade pour qu’on pût le transporter ailleurs. Son père s’installa auprès de la couche de paille et attira la tête de son fils sur sa poitrine. Et ainsi Joseph s’en alla plein de joie auprès du Sauveur qui l’avait aimé et s’était donné Lui-même pour lui.
Oh ! Vous tous qui lisez ces lignes, Dieu veut vous pardonner aujourd’hui même. Il n’est pas un seul d’entre vous qu’Il ne veuille sauver, si seulement vous acceptez l’œuvre parfaite du Seigneur Jésus.
« Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3. 16)

D’après Almanach Évangélique 1908

DEUX RAMONEURS

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

LES DEUX RAMONEURS

J’ai assisté, il y a de nombreuses années, à Londres, à un enterrement qui a produit sur moi la plus profonde impression.
Le cimetière regorgeait de monde ; on était venu de très loin pour honorer la mémoire de celui qu’on allait conduire à sa dernière demeure.
On évaluait le nombre des assistants à environ mille cinq cents personnes. Et pourtant, l’enterrement n’était celui ni d’un souverain, ni d’un grand de ce monde, mais d’un ramoneur.
La conversion de William Carter remontait à bien des années en arrière. Grâce à Dieu son cœur avait été blanchi par le sang de Christ et il avait consacré sa vie à la prédication de l’évangile.
Un très grand nombre de personnes furent converties par son moyen. Beaucoup de celles qui remplissaient le cimetière pour lui rendre les derniers devoirs étaient passées de la mort à la vie en croyant au message divin qu’elles avaient entendu de ses lèvres.
Souvent des chrétiens, soit de Londres, soit au dehors, avaient eu recours à lui pour savoir comment s’y prendre pour atteindre les âmes inconverties.
On l’invitait souvent aussi à entreprendre des tournées d’évangélisation, au cours desquelles le Seigneur se plaisait à honorer la foi et l’énergie tant du prédicateur que de ceux qui l’avaient convié.
Une fois on le pria de tenir une série de réunions en plein air dans une ville, à l’occasion d’une fête annuelle qui attirait des milliers de spectateurs de la campagne environnante. C’était toujours une occasion de débauche et des chrétiens dévoués désiraient sincèrement arracher quelques-unes de ces pauvres âmes à l’empire de Satan.
Ils s’arrangèrent donc de manière que l’évangile soit prêché plusieurs heures durant, du haut d’une charrette, sur la place même où la fête avait lieu.
On apposa dans toute la ville des affiches annonçant que William Carter, le ramoneur converti prêcherait l’évangile sur la place de fête…
Une de ces affiches entra jusque dans un bar qui était connu pour être des plus mal famés de la localité.
Elle ne tarda pas à attirer l’attention des buveurs attablés dans la pièce et l’un d’eux se mit à la lire à la grande joie de l’auditoire.
-Attendons que Bill la trouve, s’écrièrent-ils et nous verrons ce qu’il en dira.
Bill était, lui aussi, un ramoneur, grand et gros, et qui faisait la terreur de son entourage quand il se trouvait ivre.
On entendit bientôt son pas bien connu. La porte s’ouvrit violemment et Bill se laissa choir à sa place accoutumée.
A son tour il lut l’affiche en s’accompagnant de maintes plaisanteries blasphématoires.
-William Carter, le ramoneur converti, ah ! Vraiment ! va prêcher l’évangile. Et bien ! Camarades, vous m’entendez, il ne prêchera pas. Ce serait une honte pour notre honorable profession. Non, il ne prêchera pas ; et c’est moi qui l’en empêcherai.
Et il poursuivit sur ce ton pendant toute la soirée.
Or, ce que Bill avait décidé, il l’exécutait toujours et ne reculait même pas devant les moyens les plus violents pour arriver à ses fins.
Le jour fixé arriva.
Bien des prières montèrent devant Dieu. Elles furent entendues et reçurent une réponse merveilleuse.
Sans se douter le moins du monde du complot qui se tramait contre lui, William Carter se trouvait au milieu de sa prédication. Une grande foule l’entourait et lui prêtait une attention soutenue, quand il aperçut soudain un homme à l’aspect repoussant qui s’approchait de la tribune sur laquelle il se tenait.
Le nouveau venu portait sous le bras un énorme gourdin et, dès qu’il se fut mêlé aux auditeurs, on put constater chez eux un certain malaise, tandis que chacun se mettait de côté pour lui faire place.
Carter se douta bien que ce personnage songeait à mal et il adressa au Seigneur une fervente prière pour recevoir un message spécial à l’adresse de son adversaire.
Il s’attendait à quelque parole sévère de jugement, quelque avertissement relatif au châtiment réservé au pécheur inconverti, mais un seul passage se présenta à son esprit.
L’homme s’approchait de plus en plus ; il n’y avait pas un instant à perdre. Alors, regardant l’homme dans le blanc des yeux, Carter articula d’une voix forte le message divin :
« Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3. 16)
L’homme hésita ; il semblait mal à l’aise.
Voilà qui est fait, se dit le prédicateur. Je vais le lui répéter. Pour la seconde fois, les paroles divines tombèrent dans l’oreille du ramoneur qui s’éloigna tranquillement.
Le lendemain matin, tandis que Carter se hâtait de déjeuner avant de reprendre le train qui devait le ramener à Londres, on entendit un faible coup à la porte, mais la petite servante ne l’eut pas plutôt ouverte qu’elle la referma en poussant un cri d’effroi.
-Qu’y a-t-il donc, mon enfant ? demanda Carter.
-Oh ! Monsieur, Bill vous demande, mais il ne faut pas qu’il vous voie, Monsieur. Pour sûr, il vous tuera.
-Laisse-le entrer. Peut-être est-il inquiet au sujet de son âme.
-Son âme ! Il n’en a point, j’en suis sûre. Vous ne savez pas quel homme c’est que Bill. Non vous ne devez pas le voir.
-Fais-le entrer, je le veux.
Bien malgré elle, la petite bonne, toujours tremblante, introduisit le visiteur dans la salle à manger.
Quelle ne fut pas la surprise de Carter en voyant devant lui son farouche adversaire de la veille, mais combien il était changé ! C’est lui qui, maintenant, tremblait et pleurait comme un enfant.
Enfin il réussit à faire entendre ces mots entrecoupés :
-Oh ! Monsieur, ce sont ces paroles qui l’ont fait, ces paroles !
-Quelles paroles ? demanda Carter.
-Oh ! Monsieur, ces paroles ! Vous ne savez pas ce que j’ai été, Monsieur. J’allais vous assommer, Monsieur, et ce sont ces paroles qui m’ont assommé. Oh ! Ces paroles !
Enfin Bill se calma et continua son récit :
-J’ai deux enfants, Monsieur, et je les aime. Les gens ici croient qu’il n’y a aucune affection dans un cœur comme le mien, mais je les aime, oui, je les aime, et je ne céderais à personne ni l’un, ni l’autre. Mais ces paroles, Monsieur, que vous avez dites hier, que Dieu avait un Fils et qu’il l’a donné pour un misérable comme moi.
C’est ainsi que Bill, et avec lui bien des milliers d’âmes, fut brisé par le récit de l’amour de Dieu. Toute sa vie changea dès ce moment-là et il devint l’instrument de nombreuses conversions.
Oui, l’amour de Dieu est un marteau qui peut briser le cœur le plus dur, un feu capable de fondre le cœur le plus endurci.
« Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3. 16)

D’après Almanach Évangélique 1910

MARTIN LUTHER

DSC00999

MARTIN LUTHER

De tous les réformateurs, Martin Luther porte la physionomie la plus caractéristique. Il a de Calvin le profond savoir, de Farel le tempérament ardent, de Zwingli les convictions fermement assurées sur la Parole de Dieu.
Il est de plus foncièrement allemand, fils du peuple, et il s’adresse avant tout au peuple dont il comprend l’âme, dont il connaît les aspirations intimes, dont il entend les plaintes.
Ainsi s’explique en partie comment il exerça d’emblée une si grande influence sur ses compatriotes.
Nul ne semblait moins prédestiné que lui au rôle auquel Dieu allait l’appeler. De naissance, par goût, par éducation, il était catholique. Son père désirait lui faire embrasser une carrière libérale ; après quelques temps d’études, le jeune homme abandonne et entre dans un couvent. Là il se consacre avec ferveur à la vocation qu’il a choisie; car – et c’est un des traits les plus saillants de son caractère – il a horreur des demies résolutions, des compromis.
Tout ce qu’il entreprend, il le poursuit avec ardeur, avec une constance inébranlable.
En vain les moines l’astreignent-ils aux besognes les plus grossières afin de l’humilier : il se soumet sans murmures.
« Si jamais, écrivit-il plus tard, un moine avait gagné le ciel par ses moineries, certainement j’y serai entré le tout premier. »
Tant qu’il reste attaché à l’Église romaine, c’est un fervent catholique. Délégué à Rome par l’ordre des Augustins auquel il appartient, il se jette à genoux dès qu’il aperçoit la ville éternelle et la salue avec transports.
Pendant plusieurs années, il ne parait pas se rendre compte de la violence de l’orage qu’il va soulever et cherche à convaincre le saint siège de la pureté de ses intentions ; moins que personne, il songe à une rupture.
Mais cette même puissance de conviction, nous la retrouvons mise au service de l’Évangile, dès que Luther est éclairé par la grâce de Dieu et que son cœur est touché à salut.
Chez lui, pas un regard en arrière, pas une hésitation, une fois entré dans le chemin que Dieu lui trace.
Ni les supplications de ses parents et de ses amis, ni les menaces de ses ennemis qui ne souhaitent rien moins que sa mort, rien ne le fait broncher.
A l’un de ses amis qui redoute de le voir comparaître devant la diète de Worms, il fait dire : « J’entrerai dans la ville alors même qu’il s’y trouverait autant de diables qu’il y a de tuiles sur les toits. »
Et pourtant que de luttes il a à soutenir : luttes contre les adversaires connus ou invisibles, luttes contre ses anciens amis, luttes contre lui-même.
De constitution plutôt délicate, il eut plusieurs maladies qui le conduisirent aux portes de la mort. Passionné d’étude, aimant la vie de famille à cause des jouissances paisibles qu’elle procure, Lutter passe son existence à combattre sans trêve ni relâche.
« Ma destinée, dit-il une fois, c’est de vivre sur un champ de bataille ; mes écrits respirent guerres et tempêtes. J’ai à déraciner, à défricher, à assainir ; tel un vigoureux bûcheron qui doit se frayer un chemin. »
Mais Luther sait aussi où puiser la force nécessaire, comme en témoigne le cantique bien connu :

C’est un rempart que notre Dieu,
Une invincible armure,
Notre délivrance en tout lieu
Notre défense sûre.
L’ennemi contre nous
Redouble de courroux ;
Vaine colère !
Que pourra l’adversaire ?
L’Éternel détourne ses coups.

Seuls nous bronchons à chaque pas ;
Notre force est faiblesse.
Mais un héros dans les combats
Pour nous lutte sans cesse.
Quel est ce défenseur ?
C’est toi divin Sauveur !
Dieu des armées,
Tes tribus opprimées
T’appellent leur Libérateur.

Luther sait aussi manier avec une admirable dextérité la seule arme efficace pour le chrétien, l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu.
On est frappé, en suivant de près sa carrière, de voir quelle place éminente la Bible y occupe.
Dès le jour où il en découvre un exemplaire, fixé à la muraille par une chaîne, dans le couvent d’Erfurt, on peut dire qu’elle s’empare de son cœur et acquiert sur lui la toute-puissance.
« Si seulement, s’écrie-t-il, ce livre était traduit dans toutes les langues et se trouvait devant les yeux, dans les oreilles, dans les cœurs de tous les hommes !
L’Écriture, dit-il ailleurs, mais l’Écriture sans commentaires, c’est le soleil qui dispense sa lumière sur tous les docteurs.
Pour moi, affirme-t-il devant le docteur Eck à Leipzig, malgré le respect dû aux Pères de l’Église, je préfère mille fois l’autorité de la Parole de Dieu. »
Et à la diète de Worms, en présence de Charles Quint et de tous les princes les plus illustres de l’Allemagne, il termine sa courageuse apologie par ces mots :
Prenez garde que, dans vos efforts pour apaiser la discorde, vous n’en veniez à combattre la sainte parole de Dieu…Si vous ne pouvez me convaincre d’erreur en vous basant sur l’Écriture sainte, je ne puis ni ne veux rétracter quoi que ce soit. »
Nous ne pousserons pas plus loin l’analyse du caractère du grand réformateur allemand. Nous n’avons voulu faire ressortir chez lui qu’un ou deux traits, bien propres à stimuler les chrétiens d’aujourd’hui.
Que de faiblesse, que de stérilité même dans le témoignage autour de nous ! Veuille le Seigneur accorder à tous ceux qui lui appartiennent la faveur de pouvoir dire en toute sincérité comme Paul :
« Mais [je fais] une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le christ Jésus. » (Phil. 3.14)

D’après Almanach Évangélique 1905

UN CHEF D’ŒUVRE

DSC02724

 UN CHEF-D’ŒUVRE

Comment Georges-Frédéric Haendel composa, son chef-d’œuvre, Le Messie, en vingt-quatre jours, à l’âge de cinquante-six ans, est l’une des histoires les plus merveilleuses de la science musicale.

Le 13 avril 1737, Haendel, alors âgé de cinquante-deux ans, écrivait fiévreusement à son pupitre, dans son appartement de célibataire à Londres. Son valet de chambre à l’étage inférieur, entendant un bruit sourd, accourut en même temps que le secrétaire du maître, qui descendait du troisième étage. Tous deux trouvèrent le compositeur frappé d’une attaque d’apoplexie qui paralysait le côté droit. Tandis que le docteur lui faisait une saignée, le malade murmura : « J’ai fini – pas de force – je ne désire pas – vivre – sans force ». Haendel étant incapable de marcher ou d’écrire une note, on gardait peu d’espoir de le sauver.

Mais le musicien s’en alla à Aix-la-Chapelle prendre les bains chauds. Quand le spécialiste lui dit que son cœur ne supporterait pas une fatigue de plus de deux ou trois heures à la fois dans l’eau, il y resta neuf heures. En une semaine, il put marcher ; la suivante, il pouvait lever un bras. Avant de retourner en Angleterre, il voulut s’arrêter à la cathédrale pour témoigner sa reconnaissance en improvisant sur l’orgue avec sa main gauche. Puis, doucement, il essaya la main droite, qui, finalement, joua également ! « Je reviens du hadès ! » murmura-t-il.

Durant les quatre années qui suivirent, il composa neuf opéras ; il recommençait à être comblé d’honneurs. Alors survint un hiver particulièrement rigoureux durant lequel on supprima les concerts faute de moyen de chauffage ; la reine Caroline, sa protectrice, mourut. Ses revenus diminuèrent ; il s’endetta et erra par les rues de Londres, désespéré et incapable de travailler. « Pourquoi, s’écriait-il, Dieu a-t-il permis ma résurrection simplement pour que les hommes m’enterrent de nouveau ? » Pendant quarante ans, il avait écrit de la musique pour l’aristocratie anglaise, et maintenant il se sentait devenir vieux et inutile.

Complètement découragé, il rentrait un soir chez lui ; c’était tard, tout dormait, et il gravissait péniblement son escalier. Un volumineux paquet était posé sur son pupitre ; il l’ouvrit en hâte et trouva un libretto : « Un oratorio sacré », pour lequel Charles Jennens désirait qu’il composât la musique. Mais Haendel ne voulait pas d’un sujet religieux ! Il souffla sa bougie et se mit au lit. Incapable de dormir, il regarda encore une fois le manuscrit : Le Messie.

Les premiers mots : « Consolez-vous ! » attirèrent son attention. Il tourna les pages. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres… Son nom sera appelé Admirable, Conseiller, le Dieu Puissant ». Les harmonies commençaient à s’élever en lui. Il continua à lire. « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts… les yeux des aveugles seront ouverts… vous trouverez le repos de vos âmes… Il fut méprisé et rejeté des hommes… Il chercha quelqu’un qui eût compassion de lui, mais il n’y a eu personne ». Humilié, le musicien baissa la tête, puis tourna la page. « Levez vos têtes… Le Seigneur donna la parole… Je sais que mon rédempteur est vivant… Réjouissez-vous ». Mélangeant l’encre à ses larmes, il jeta rapidement quelques notes sur le papier ; les mélodies le remplissaient tout entier ; la force lui revenait, si bien que sa plume ne pouvait suivre les flots de son imagination. Dans une activité surhumaine, il couvrit de notes des pages et des pages de façon si fébrile que l’encre des premières lignes n’était pas encore sèche qu’il terminait déjà un feuillet.

Quand son valet de chambre apporta le plateau du déjeuner le lendemain matin, il trouva son maître encore penché sur son travail. À midi, la nourriture n’avait pas été touchée. Pendant trois semaines, Haendel mangea et dormit à peine. Il écrivait comme s’il était ivre, se levant précipitamment, se ruant sur son clavecin, chantant aussi haut que sa voix le lui permettait, avec des larmes roulant le long de ses joues : « Alléluia ! Alléluia ! »

« Je croyais voir le ciel devant moi, et Dieu lui-même dans toute sa majesté ! » expliqua-t-il plus tard. Le temps et l’espace n’existaient plus quand il composait dans une pareille frénésie. Le Messie fut achevé le 14 septembre 1741 ; le compositeur ne vit et n’entendit plus rien, il tomba sur son lit épuisé. Il dormit dix-sept heures ; son domestique, qui n’avait reçu que de vagues réponses ou des regards vides, pensa qu’il allait mourir et appela le docteur, qui profitait de faire une partie de pêche. Mais Haendel s’était levé avant qu’il n’arrive, réclamant à manger et riant bruyamment.

– Vous êtes bizarre, dit le docteur.

– Je crois plutôt que Dieu m’a visité, répondit le musicien.

Le Messie est une œuvre remarquable par son unité. La première partie dépeint la longue attente du Messie et l’annonce de sa naissance ; la deuxième, la mort et la résurrection de Christ, tout en célébrant le triomphe de l’évangile par les chœurs, tandis que la troisième partie proclame la foi en Dieu et l’assurance de l’immortalité.

L’œuvre eut un immense succès en Angleterre, comme en Irlande. Lorsque Haendel, devenu aveugle à la fin de sa vie, dirigeait son oratorio le 6 avril 1759, au moment où le chœur chantait : « La trompette sonnera », son visage se crispa et le vieux compositeur s’effondra. « Je voudrais mourir un vendredi saint », avait-il une fois murmuré : son vœu fut exaucé.

D’après L’Almanach Évangélique 1955