L’ÉBOULEMENT DU ROSSBERG

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L’ÉBOULEMENT DU ROSSBERG

 

Le village de Goldau était, il y a deux siècles, l’un des plus charmants de la Suisse. Situé dans une vallée ravissante, il se reflétait dans les eaux bleues et limpides du lac de Lowerz, tandis qu’au-dessus de lui s’élevait la cime du Rossberg qui semblait le protéger de tout danger, tout en garantissant la contrée des vents du nord. Ce village enchanteur ne respirait que paix et sécurité.
Un jour, on vit arriver dans le village un homme instruit, dont la réputation s’étendait bien au-delà des frontières de la Suisse.
– Prenez garde, habitants de Goldau, s’écria-t-il, et fuyez, si vous tenez à votre vie ! Ce Rossberg, que vous considérez comme votre tout-puissant protecteur, deviendra un jour, très prochainement peut-être, votre ennemi mortel. Son sommet n’est formé que de pierres roulantes qui reposent sur un sol léger et mobile ; il suffirait d’une pluie forte et prolongée pour mettre cette masse énorme en mouvement ; et alors, songez-y bien – car vous pouvez le constater de vos propres yeux – c’est votre village qui sera détruit en premier. Fuyez donc, vous dis-je, n’attendez pas plus longtemps ! Un seul jour de délai pourrait amener, en un clin d’œil, l’anéantissement de toutes vos existences.
L’étranger s’en alla, laissant les paysans plongés dans un effroi mortel. Le soir tombait, et dans chaque maison, on entendait des cris de douleur et d’angoisse. Pendant la nuit, le Rossberg sembla lancer des regards menaçants sur toute la contrée ; mais quand le matin parut, il était toujours là, immobile et majestueux ; sa cime s’élevait fièrement dans l’azur du ciel, et à ses pieds le lac reflétait paisiblement villages, hameaux et vergers.
– Bah ! dirent les moqueurs, contes de vieilles femmes que tout cela ! Notre montagne existe depuis la création, et durera sûrement aussi longtemps que le monde, plus longtemps que nous, en tous cas. Bien fous sont ceux qui se laissent émouvoir par les paroles de ce prophète de malheur !
D’autres gens, plus avisés, se rendirent sur le Rossberg, et rentrèrent à Goldau en branlant la tête d’un air peu rassuré. On ne prit néanmoins aucune mesure pour parer au danger si imminent. Les saisons passèrent, puis les années ; et les plus craintifs se laissèrent à la fin gagner par l’indifférence générale.
Vingt ans plus tard, bon nombre de ceux qui avaient entendu les paroles de solennel avertissement prononcées par l’étranger étaient morts. D’autres qui, le jour de son passage, s’étaient cramponnés à leur mère sans bien comprendre de quoi il s’agissait, devenus hommes à leur tour, racontaient, d’un ton railleur, ce cauchemar de leur enfance. La vie continuait son cours régulier et monotone. Personne, à notre connaissance, n’avait quitté Goldau à la suite de l’annonce de la calamité suspendue sur le village. Paix et sûreté, ce sentiment remplissait tous les cœurs.
C’était le 2 Septembre 1806. Il avait plu sans interruption pendant vingt-quatre heures lorsque, pendant la nuit, un craquement effroyable se fit entendre, suivi d’un roulement prolongé comme celui du tonnerre. Puis un silence de mort. La cime du Rossberg, détachée du reste du massif, était tombée sur la plaine inférieure avec la rapidité de l’éclair, entraînant dans un tourbillon formidable, rochers, forêts, maisons, habitants, troupeaux. En moins de cinq minutes, tout le pays était devenu le théâtre d’une désolation complète, dont les traces se voient encore distinctement à l’heure actuelle ; le vent de la mort soufflait seul sur le vaste tombeau d’une génération entière : 450 personnes périrent dans cette catastrophe.
Que pensez-vous de la conduite des villageois de Goldau ? – Folie, insouciance ? – Ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient, ayant refusé de fuir devant le malheur dont ils avaient été clairement prévenus … ?
Mais, ne faites-vous pas de même ? « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur », est-il écrit dans la seconde épître de Pierre (Ch. 3. 10)
Craignez donc de faire partie de ces moqueurs qui disent : « Où est la promesse de sa venue (du Seigneur Jésus) ? Car depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état, dès le commencement de la création » (2 Pier. 3. 4). Recevez plutôt le message solennel du Seigneur : « le Seigneur est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance » (Ch. 3. 9).

Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. Act. 16. 31)
Cherchez l’Éternel tandis qu’on le trouve ; invoquez-le pendant qu’il est proche (És. 55. 6).

D’après La Bonne Nouvelle 1903

 

LE SEIGNEUR M’A SUIVI

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LE SEIGNEUR M’A SUIVI

 

Henri était le fils de parents chrétiens, qui lui avaient souvent rappelé la nécessité de croire en Jésus Christ pour être sauvé du jugement à venir. Mais comme beaucoup d’autres jeunes gens, Henri désirait connaître le monde, et il repoussait toujours le moment de penser aux choses éternelles.
Henri fit plus : un jour, sans prévenir ses parents, il quitta la maison et partit dans le monde. Ses parents en furent extrêmement peinés, mais ils prièrent Dieu avec confiance, Lui remettant tout ce qui concernait leur fils. Et Dieu ne manqua pas de répondre à leurs prières.
Un dimanche soir, Henri se promenait dans les rues de la ville où il se trouvait, quand il entendit chanter un cantique dont il reconnut la mélodie, l’ayant entendu quand il était enfant. Il entra dans la salle et se mêla aux auditeurs.
C’était une réunion où l’Évangile était annoncé, et le prédicateur, à un moment donné, tendit sa main dans la direction où était assis Henri, en disant :
– Il y a ici ce soir un homme qui s’éloigne volontairement de la vérité. Oh ! Pensez combien ce sera terrible de rencontrer un Dieu qui, par amour pour vous, a donné Son Fils bien-aimé afin de vous sauver de la colère à venir, si vous fermez votre cœur à cet amour et si, les yeux grand ouverts, et connaissant la vérité, vous prenez parti avec les ennemis de Dieu !
Est-ce que ce fut par hasard que le prédicateur, qui ne connaissait absolument pas Henri, se tourna vers lui ? Non, cela était dirigé par l’Esprit de Dieu pour atteindre comme une flèche le cœur du jeune homme. Il fut touché dans sa conscience, et à la fin de la réunion, il alla vers le prédicateur.
– Connaissez-vous Jésus comme votre Sauveur ? demanda ce dernier à Henri.
– Oui, Monsieur, répondit le jeune homme, je viens de Le trouver ici ce soir. C’est vers moi que vous pointiez votre main tout en annonçant l’évangile. Je m’éloignais volontairement de la vérité, et j’avais quitté la maison pour ne pas l’entendre ; mais le Seigneur m’a suivi.
Le serviteur de Dieu et le jeune croyant se réjouirent ensemble, et le jour suivant les parents, apprenant la conversion de leur fils, furent remplis de joie de ce que Dieu avait répondu à leurs prières.

D’après La Bonne Nouvelle 1882

 

LE PÈRE JACOB

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LE PÈRE JACOB

Il y a bien des années, le père Jacob, un simple artisan, habitait un petit village de montagne dans un endroit écarté et sauvage. Comme ses voisins, il vivait très isolé du reste du monde, mais il était l’un des quelques habitants du village qui savaient lire. Il reçut un jour la visite d’un ancien ami, un soldat qui revenait d’Algérie et qui lui offrit un petit livre qu’il avait reçu sur le port de Marseille, et qu’il ne tenait pas à garder.
Quand le père Jacob fut seul, il ouvrit le livre et lut sur la première page :
Le Nouveau Testament de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.
Il en fut très impressionné, et commença à le lire avec respect. Il tomba alors sur ce passage : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand, et c’est ici le témoignage de Dieu, qu’il a rendu touchant son Fils » (1 Jean 5. 9). Puis, à un autre endroit, il lut : « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3. 36).
Le père Jacob n’avait pas besoin, pour le moment, d’en lire davantage. Il avait le témoignage de Dieu, combien plus grand que celui d’un homme. Et il se dit, de plus, à lui-même : Dieu dit que j’ai la vie éternelle, car je crois en Jésus, le Fils de Dieu, et il est dit : « Celui qui croit a la vie éternelle ! Oui, je l’ai ! Et le père Jacob remercia Dieu de lui avoir fait un si grand don.
Et dans les jours qui suivirent, on le vit, le visage tout joyeux, et le livre à la main, aller de maison en maison pour dire à ses voisins que Dieu avait donné Son Fils, et qu’Il donne la vie éternelle et un pardon complet et gratuit à tous ceux qui croient en Lui.
Il y eut une certaine opposition, mais bientôt chacun sut que le père Jacob avait à raconter des choses merveilleuses qui se trouvaient dans un livre venu de Dieu. Et les gens venaient de près et de loin, à travers la montagne, pour entendre le témoignage de Dieu. Parfois aussi un messager arrivait de quelque endroit éloigné et demandait au père Jacob de venir lire le livre et annoncer la bonne nouvelle.
Au cours des années, bien des hommes et des femmes de ces montagnes crurent la Parole de Dieu et furent sauvés. Ils se réunissaient pour prier ensemble et rendre grâces à Dieu. Et le père Jacob réussit à avoir aussi pour eux des Bibles et des Nouveaux Testaments, car un colporteur, rencontré au cours de ses tournées, lui avait vendu une Bible. Puis ces pauvres paysans commencèrent à prendre ensemble la Cène du Seigneur dans leurs chaumières de montagne – et ils ont continué à le faire.

« Tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur » (Jér. 15. 16).

D’après La Bonne Nouvelle 1895

KÉRUBA

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KÉRUBA

 

Kéruba était un voleur de grands chemins, et avait commis plusieurs meurtres. Il était le chef d’une bande de brigands qui jetait la terreur dans tout un district des Indes avant l’arrivée des Anglais.
Ses compagnons l’abandonnèrent et le laissèrent seul. Mais alors, quoiqu’il fût un païen, sa conscience commença à lui reprocher ses crimes. La nuit, il faisait des rêves effrayants. Il essaya, pour calmer sa conscience, de donner aux pauvres presque tout ce qu’il avait, il s’imposait les pénitences les plus sévères, et passait des jours et des nuits prosterné dans les temples devant les idoles. Les païens, qui ne connaissaient pas son histoire passée, le regardaient comme un saint, mais sa conscience ne lui laissait pas de repos.
Un jour de grande fête païenne dans une ville où il se trouvait alors, il fut attiré par le son d’une petite cloche, bien différente de celle des temples païens. Il demanda ce que c’était, et on lui dit que c’était pour appeler les gens à un service chrétien. Comme il ignorait totalement ce qu’étaient les chrétiens, il eut la curiosité d’y aller voir.
Le prédicateur lut d’abord un texte : « Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1. 7).
Kéruba était tout oreilles et ne quittait pas le prédicateur des yeux : ces paroles de vie étaient quelque chose de tout nouveau pour lui et bien étranges. A la fin du service, il s’approcha du prédicateur et lui demanda :
– Est-ce tout à fait vrai, ce que vous avez dit ?
– Certainement, car c’est Dieu Lui-même qui parle ainsi.
– Vous avez dit que le sang de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, nous purifie de tout péché. Est-ce qu’il peut purifier d’un meurtre ?
– Oui, si le meurtrier croit au Seigneur Jésus. Dieu déclare que quiconque croit en Lui recevra la rémission des péchés.
– Mais, monsieur, si un homme a commis deux meurtres, pensez-vous qu’il lui soit possible d’être pardonné ?
– Oui, certainement.
– Et cinq meurtres ?
– Oui, même cinq.
– Mais supposez qu’il ait tué cinq personnes innocentes ? demanda Kéruba avec une intense anxiété.
– Dieu peut pardonner et effacer dix meurtres.
– Mais, monsieur, supposons qu’il ait commis vingt meurtres.
– Dieu peut pardonner vingt meurtres, pour l’amour de Jésus-Christ.
Alors il sera mon Dieu, dit Kéruba, les yeux pleins de larmes qui coulaient sur ses joues amaigries.
– O Dieu, continua-t-il, aie pitié de moi, car j’ai tué vingt personnes innocentes ! Monsieur, me pardonnera-t-Il vraiment, le croyez-vous ?
Le prédicateur écouta la confession de ses crimes, et le récit de tout ce qu’il s’était imposé pour calmer sa conscience. Il pleura avec lui et lui parla de l’amour de Jésus.
– Maintenant, dit Kéruba, j’ai trouvé l’Agneau de Dieu. Vous dites qu’Il est mort pour moi. Je sens dans mon cœur que c’est la vérité. Ils se mirent à genoux tous deux, et rendirent grâces ensemble. Lorsque Kéruba se releva, le fardeau du péché et de la culpabilité, qui pesait sur lui depuis si longtemps, était enlevé. Il retourna vers ses amis, et leur raconta les grandes choses que Dieu avait faites pour lui.
Ils furent bien étonnés en entendant ses paroles, et plus encore en voyant l’expression radieuse de son visage. Plusieurs d’entre eux crurent et vinrent à Jésus pour être sauvés. Kéruba employa le reste de sa vie à chercher à gagner des âmes au Seigneur Jésus.

Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités (Héb. 8. 12 et 10. 17).

D’après La Bonne Nouvelle 1897

 

JESSICA

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JESSICA

 

La première prière de Jessica.

Sous une arche du chemin de fer passant par-dessus les rues de Londres on voyait, il y a longtemps, de 5 heures à 8 heures du matin, un petit café en plein air bien avenant. Quelques planches posées sur deux chevalets servaient de table, où deux grands pots de café étaient posés sur des réchauds. L’endroit, abrité de la pluie et à l’écart du passage, était très fréquenté par les ouvriers se rendant au travail. Le tenancier, un homme grand et d’allure digne, était taciturne et réservé. A huit heures et demie, il pliait son installation simple et la rangeait dans le café voisin, puis disparaissait du quartier. Personne ne connaissait ni son nom ni son adresse, sauf peut-être l’agent de police qui passait et repassait toutes les demi-heures, et le saluait parfois d’un signe de tête. On appréciait son excellent café, mais on ne se souciait pas de savoir comment il gagnait sa vie le reste de la journée.
Un matin, le marchand aperçut tout à coup, près de sa table, une petite fille à l’aspect misérable et au visage maigre et pâle, avec deux grands yeux noirs qui regardaient avec envie les tranches de pain beurrées empilées sur un plat et le café fumant qui remplissait les tasses de chaque client.
Au bout d’un moment, le commerçant lui dit de s’en aller, parce qu’il ne donnait jamais aux mendiants, mais quand l’enfant lui dit qu’elle n’avait pas un autre endroit pour s’abriter de la pluie battante, parce que sa maman était partie en emportant la clé de leur logement – et qu’il comprit bien qu’elle n’avait rien eu à manger, il lui permit de se glisser près d’un réchaud, et lui donna le reste de café et quelques tranches de pain, qu’elle mangea avec un plaisir évident.
Au moment où elle partait à regret, l’homme lui demanda son nom, sans paraître pourtant s’y intéresser, et la petite Jessica lui raconta en quelques mots la vie dure qu’elle menait, les multiples commissions qu’on lui faisait faire mais aussi les nombreux coups qu’elle recevait. Et après l’avoir fermement congédiée, il lui permit toutefois de revenir, mais pas avant une semaine.

Jessica, bien obéissante, ne revint que le mercredi suivant, alors que le tenancier du petit café s’était attendu à la revoir plus tôt. Elle paraissait encore plus pitoyable, et il lui donna un gros morceau de pain avec son café. Tout en se régalant, elle demanda au cafetier comment il s’appelait. Il hésita, puis lui dit : mon prénom, c’est Daniel. Elle continua à lui poser des questions, ce qui le fâcha, mais elle lui dit en toute simplicité qu’elle s’intéressait à lui comme à un homme aussi bon ! – mais lui ne se voyait pourtant pas ainsi… Il voulut pourtant la mettre à l’épreuve, et laissa tomber un sou par terre ; la fillette, qui n’avait jamais possédé un centime, mit d’abord son pied nu dessus pour le cacher, mais l’instant d’après, sa conscience la reprit, et elle ramassa la pièce et la tendit au cafetier. Après une franche explication, celui-ci offrit à Jessica de revenir tous les mercredis, ce qui, pour elle, était un rayon de lumière dans sa vie misérable. Mais cet homme, lui, avait été touché dans sa propre conscience.

Un vieil ami dans un nouvel habit.

L’automne se passa ainsi : Jessica avait chaque semaine sa tartine et son café, et Daniel lui permettait ensuite de l’aider à mettre son matériel à l’abri, mais il s’assurait qu’elle s’était éloignée avant de retourner lui-même à son logement dans un autre quartier de la ville. Jessica, au contraire, lui racontait tout de sa vie misérable : elle logeait avec sa mère dans une mansarde sans aucun confort, et quasiment vide, et cette femme sans cœur ne s’occupait guère de sa fille, qui devait faire des travaux au-dessus de ses forces pour des voisins qui la rétribuaient à peine, ou mendier pour avoir quelque chose à manger.

Puis l’hiver arriva, et un après-midi, alors qu’il faisait déjà sombre, Jessica, qui était sortie de chez elle pour échapper à un accès de colère de sa mère ivre, marchait à l’aventure dans la ville, quand elle reconnut devant elle la silhouette de son nouvel ami, tout vêtu de noir, qu’elle suivit sans se faire remarquer. L’homme, après avoir parcouru plusieurs rues bien éclairées, s’arrêta devant un portail qu’il ouvrit, et pénétra… dans une chapelle. Jessica le suivit sans bruit, et se cachant dans un angle obscur, elle vit Daniel allumer toutes les lampes, ce qui permit à la fillette d’admirer les beaux bancs de bois et l’orgue avec ses tuyaux. Mais tout à coup Daniel l’aperçut et lui dit assez durement de s’en aller, parce que le lieu n’était pas pour elle, mais seulement pour des messieurs et des dames convenables. Jessica ne protesta pas, mais voulut savoir ce que faisaient ces gens dans cet endroit.
– Ils viennent prier, fut la réponse.
– Mais qu’est-ce que prier ? demanda Jessica.
– Eh bien, dit Daniel, bien embarrassé, ils se mettent à genoux ou restent assis bien tranquilles, et le pasteur demande à Dieu qu’Il leur donne les choses dont ils ont besoin.
Jessica était complètement désemparée. Elle questionna :
– Qu’est-ce qu’un pasteur ? Et qu’est-ce que Dieu ? Et est-ce que les messieurs et les dames n’ont pas tout ce qu’il leur faut ?
Daniel s’impatienta, et après lui avoir encore expliqué à quoi servaient la chaire et l’orgue, il la pressa de sortir, et de ne pas revenir là, où il n’y avait pas de place pour une enfant déguenillée comme elle.
Jessica se dirigea lentement vers la porte, mais une personne entrait justement, et elle n’eut que le temps, par la porte entr’ouverte, de voir passer dans la rue un agent de police, qui était pour elle le pire ennemi. Aussi elle se blottit dans un coin sombre du vestibule où elle put se cacher un moment pendant qu’entraient des messieurs et des dames élégants.
Quand l’orgue commença à jouer, Jessica l’écouta avec ravissement, mais avec une telle émotion qu’elle se mit à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Elle n’entendit ensuite que le son confus d’une voix, et profita de sortir sans être vue, après s’être assurée que l’agent de police n’était plus là. Elle reprit alors le chemin, par les rues glacées, de sa pauvre chambre.

Mais ensuite, elle retourna presque chaque dimanche à la chapelle, se blottir dans sa cachette derrière une porte, d’où elle apercevait Daniel préparant la salle, puis le pasteur entrer, suivi de deux fillettes à peu près de son âge à elle, l’une brune, l’autre blonde, toutes deux bien habillées, et qui s’asseyaient sur un long banc où elle aurait bien voulu se trouver aussi …
Pendant tout l’hiver aussi, Jessica continuait à aller le mercredi profiter de son déjeuner, sans être inquiétée par Daniel, qui ne s’était pas rendu compte que la fillette retournait régulièrement à la chapelle. Mais quand arriva le printemps et que la lumière du jour se prolongea le soir, Jessica comprit qu’il lui serait bien difficile de passer inaperçue pour se rendre à la chapelle, et elle craignait surtout que Daniel soit très mécontent de la revoir là – même s’il y avait peu de chances qu’on la gronde sévèrement si on la découvrait dans sa cachette.

Mais un dimanche soir, alors que Jessica montait rapidement les marches de la chapelle, les deux sœurs, qui arrivaient plus tôt qu’à l’ordinaire, l’aperçurent qui entrait et allait se cacher derrière une porte. Elles furent d’abord effrayées, mais Jessica étant venue vers elles, et les suppliant de ne pas la renvoyer, elles furent bien embarrassées pour savoir comment agir. L’aînée, Jane, ne pensait pas que Jessica puisse rester avec elles, déguenillée et misérable comme elle l’était, mais sa sœur, Winnie lui rappela les versets de l’épître de Jacques (2. 1, 2 à 4) qui adresse des reproches à ceux qui font « acception de personnes », en honorant les riches et en méprisant les pauvres. Dans leur perplexité, elles allèrent demander conseil à leur père, le pasteur, qui était dans la pièce voisine, avant le service.

Un monde nouveau.

M. Wilson parla à Jessica avec tellement d’affection qu’elle reprit courage ; il la questionna avec bonté, et fut touché par son ignorance complète des choses divines. Il lui permit alors de s’asseoir sous la chaire, d’où elle pourrait le voir et l’entendre sans être vue. Et pour la première fois de sa vie, Jessica entendit parler de Dieu, le Créateur de toutes choses, qui aimait les hommes, même méchants, et avait envoyé Son Fils sur la terre, au milieu d’eux. Mais les hommes avaient mis à mort ce Fils de Dieu – et pourtant, Dieu le leur pardonnait s’ils venaient à Lui au nom de ce Fils, Jésus Christ. Le pasteur lui dit encore que Dieu l’aimait, elle, plus même que lui n’aimait ses petites filles, mais le soupir de Jessica lui fit comprendre que l’enfant n’avait jamais connu l’amour d’un père. Aussi. M. Wilson lui répéta que Dieu l’aimait, elle, et qu’elle pouvait Lui demander tout ce dont elle avait besoin, que c’était cela, prier. Et Jessica prononça sa première prière :
– O Dieu, je désire apprendre à te connaître, et, s’il te plaît, paie à Monsieur Daniel tout le café qu’il m’a donné, au nom de Jésus Christ.
Jane et Winnie étaient tout à fait étonnées, mais leur père, très ému, dit amen à la première prière de Jessica.

Questions difficiles.

Quand Daniel eut fini son service à la chapelle, il vit que Jessica était déjà partie, et il se promit, le mercredi suivant, de lui dire de ne pas retourner à la chapelle. Mais le mercredi, Jessica, dès son arrivée, lui demanda :
– Monsieur Daniel, est-ce que Dieu vous a déjà payé mes tasses de café ?
– Me payer ? répéta-t-il, Dieu ? Non.
– Eh bien, Il vous paiera sûrement. Je l’ai demandé à Dieu plusieurs fois, et le pasteur a dit qu’Il le fera.
– Jessica, dit Daniel sévèrement, as-tu parlé au pasteur de ma boutique de café ?
– Non, dit-elle joyeusement, mais j’en ai parlé à Dieu plusieurs fois, et je suis sûre qu’Il le fera.
– Jessica, dit Daniel sérieusement, tu ne dois jamais parler de ma boutique de café, parce que les gens qui vont à la chapelle penseraient sans doute que c’est honteux pour moi de faire ce commerce, et je ne pourrais peut-être plus faire mon service à la chapelle, où je suis bien payé.
– Mais alors, pourquoi gardez-vous votre boutique de café ?
– Parce que cela me fait un bon revenu, comme tu le vois.
Et que faites-vous de tout cet argent ? Est-ce que vous le donnez à Dieu ?
Daniel ne répondit rien, mais cette question perça sa conscience comme une épée. Il pensa à sa chambre, modeste, mais où se trouvait un coffre-fort contenant un livret de Caisse d’épargne avec une somme bien rondelette, et un sac de pièces de monnaie.
Il ne se rappelait pas avoir jamais rien donné à personne – sauf les restes de café et les petits pains rassis à Jessica …
Il voulut donner un sou à la petite fille, qui se récria :
– Mais non, je veux que Dieu vous paie !
– Ah, Il me paiera bien un jour, quand Il fera à chacun son compte …
– Est-ce qu’il y a des jours où Dieu fait les comptes ? Moi, j’aimais bien les jours de compte quand je jouais la fée au théâtre avec ma mère.
– Pourtant, il y a peu de gens qui aiment les jours de compte de Dieu.
– Mais vous, vous serez bien content ?
Daniel ne répondit pas, perdu dans des pensées peu réjouissantes.
Jessica, voyant le sou encore sur la table, demanda la permission de l’employer le lendemain à payer un café comme une cliente, en promettant de ne pas parler au pasteur du commerce de café.

Un visiteur inattendu.

Quand Jessica arriva près de chez elle, elle vit un attroupement autour d’un monsieur grand et bien vêtu, qu’elle reconnut tout de suite comme étant le pasteur de la chapelle. Il était venu voir où elle demeurait, et il la suivit à travers une cour et une écurie, et en haut d’une échelle jusqu’au misérable grenier qui servait d’habitation à la fillette et sa mère. Il s’assit sur un siège branlant et expliqua à Jessica qu’il aurait voulu demander à sa mère qu’elle lui permette d’aller dans une jolie école d’un village proche.
Jessica répondit que sa mère ne voudrait pas, qu’elle pensait qu’étudier rendrait sa fille fainéante. En fait, elle ne savait pas même que sa fille allait à la chapelle le dimanche, jour où elle était toujours ivre – et Jessica ajouta que si on lui donnait de jolis vêtements, sa mère les mettrait en gage…
M. Wilson, déçu et attristé, demanda encore à Jessica :
– Qui est Daniel ?
Jessica répondit adroitement :
– C’est un ami à moi, qui me donne du café.
– Et quel est le prix d’une tasse de café ?
– Un sou, et il y aussi des petits pains d’un sou.
– Eh bien, dis à ton ami qu’il te donne chaque matin une tasse de café et un petit pain, et que je le paierai quand il viendra chercher son argent.
Jessica parut d’abord ravie de cette offre, mais aussitôt après, en pensant qu’elle avait promis de ne pas parler du commerce de Daniel, elle la refusa, prétextant la grande distance à travers la ville.
M. Wilson trouva alors la solution :
– Voici ce que je vais faire : je te donnerai chaque dimanche de quoi payer ton déjeuner pour chaque jour de la semaine, si tu me promets de le donner à ton ami Daniel le lundi. Mais je voudrais faire plus pour toi.
– Eh bien, parlez-moi de Dieu.
Le pasteur, bien volontiers, lui expliqua que Dieu, au commencement, avait créé l’homme innocent et pur. Mais l’homme avait désobéi à Dieu, et en conséquence il devait mourir et être toujours loin de Dieu. Mais Dieu, qui aimait tous les hommes, avait envoyé Son Fils parmi les hommes sur la terre, mais ceux-ci n’avaient pas voulu le recevoir et l’avaient cloué sur une croix, où Il avait beaucoup souffert de leur méchanceté, et aussi de terribles douleurs parce que Dieu Lui avait fait porter la punition que méritaient tous les hommes. Et à cause de cela, Dieu peut pardonner aux hommes tous leurs péchés s’ils croient que le Seigneur Jésus, le Fils de Dieu, a été puni à leur place. Et alors ils deviennent des enfants de Dieu, qui leur promet de les prendre avec Lui au ciel quand ils mourront. As-tu compris cela, Jessica, et veux-tu croire au Seigneur Jésus comme en ton Sauveur ?
– Oui, Monsieur le pasteur, répondit-elle sérieusement.
– Que Dieu te bénisse, mon enfant, ajouta le pasteur, avant de redescendre du grenier, suivi par Jessica qui l’accompagna à travers le dédale des ruelles du quartier jusqu’à une grande rue de la ville.
Le lendemain, Jessica alla manger son déjeuner comme une cliente de Daniel, en lui donnant le prix convenu pour toute la semaine. Daniel était perplexe, mais il lui en coûtait de renoncer au profit de son petit commerce – auquel il devrait peut-être renoncer s’il déplaisait aux responsables de la chapelle.

Réponse à la prière de Jessica.

Chaque dimanche soir, Jessica retournait à la chapelle, où elle trouvait, pour être mieux habillée, un manteau et un bonnet que les filles du pasteur lui avaient donnés, et elle écoutait attentivement toutes les paroles du pasteur.
Et chaque dimanche aussi, après que le pasteur ait parlé un moment amicalement avec elle, elle recevait la pièce de monnaie qu’elle remettait à Daniel le lendemain pour payer son déjeuner de chaque jour.
Mais un dimanche soir, Jessica n’était pas là, et le sacristain, tout comme le pasteur et ses petites filles, en furent bien en souci. Abandonnant sa prudence, Daniel demanda au pasteur l’adresse de Jessica, sachant qu’il était déjà allé voir la petite fille chez elle. La nuit tombait et il hésitait encore à remettre cette course au lendemain, mais finalement il se rendit à travers le dédale des rues jusqu’à l’adresse indiquée. Quand il fut dans la cour intérieure sombre, il entendit au-dessus de lui, à travers les lattes du plafond, une voix faible priant :
– Mon Père, s’il te plaît, envoie-moi quelqu’un, au nom de ton Fils Jésus-Christ. Amen !
Daniel en reçut un choc, et dès qu’il eut repéré l’échelle, il la monta rapidement jusqu’au grenier où Jessica était couchée, à peine couverte, et sans lumière. Daniel alluma le bout de bougie qu’il gardait sur lui pour allumer les lampes de la chapelle, et Jessica, en le voyant, eut un sourire joyeux. Et elle questionna :
– Ah ! Monsieur Daniel, est-ce que Dieu vous a dit de venir me voir ici ?
– Oui, dit Daniel, mais Il m’a aussi dit que j’étais un grand pécheur, que j’avais plus d’affection pour un peu de méchant argent que pour une petite fille abandonnée, alors que j’aurais pu lui faire un peu de bien par amour pour Lui. Dieu m’a dit : « Insensé ! cette nuit-même ton âme te sera redemandée ; et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ? » (Luc 12. 20). Et je n’avais rien à répondre à Dieu.
– Mais n’êtes-vous pas bon, Monsieur Daniel ? murmura l’enfant.
– Non, je suis un misérable pécheur – et Daniel pleurait. J’étais occupé tous les jours dans la chapelle, mais ce n’était que pour gagner de l’argent. J’en ai honte.
– Pourquoi ne demandez-vous pas à Dieu de vous rendre bon pour l’amour de Jésus-Christ ? demanda Jessica.
– Je ne peux pas. Je n’ai aimé que l’argent, et j’ai failli te laisser mourir plutôt que de perdre un peu de mes gains. Oh ! quel pécheur je suis !
– Mais vous savez ce que le pasteur a répété souvent : « En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4. 10).
– J’ai entendu cela tellement de fois sans m’y arrêter, que mon cœur est endurci.
Jessica le regarda tristement, puis elle ferma les yeux, et Daniel l’entendit prier : – Mon Dieu, s’il te plaît, change le cœur de M. Daniel, pour l’amour de Jésus. Amen.
Ils ne dirent rien de plus, mais Daniel ôta son pardessus et en couvrit Jessica. Le cœur fondu, il se tourna vers le Sauveur et, la tête dans ses mains, il s’écria, du plus profond de son âme : « O Dieu ! Sois apaisé envers moi, pécheur ! » (Luc 18. 13).

L’ombre de la mort.

Le lendemain matin, les habitués du petit café furent bien étonnés de n’y trouver personne – ils auraient été encore plus étonnés s’ils avaient su que Daniel avait veillé toute la nuit Jessica qui, dans son délire, priait souvent Dieu pour lui. Le matin, une voisine serviable, qui s’était un peu occupée de la fillette, dit à Daniel que la mère sans cœur était partie, craignant la contagion. Aussi il demanda à la brave femme d’appeler une voiture, et il emporta Jessica dans son propre logement.
Dans l’après-midi, M. Wilson, le pasteur, reçut la lettre suivante :

Monsieur le pasteur,
Si vous voulez bien venir chez moi, vous trouverez la petite Jessica, presque mourante à moins que Dieu n’intervienne dans Sa grâce. Je me permets de vous écrire, car je ne peux quitter l’enfant.
Avec mes salutations respectueuses.

D. Standring

P.S. Jessica vous prie de saluer vos chères filles.

Le pasteur se rendit aussitôt chez Daniel, où il trouva Jessica couchée, sans mouvement, les traits pâles et les yeux éteints.
Mais quand elle aperçut le pasteur, ses yeux brillèrent, et elle s’écria :
– Dieu m’a donné tout ce dont j’avais besoin, sauf de payer Monsieur Daniel pour son café.
– Mais Dieu m’a donné bien au-delà, dit Daniel au pasteur. – Il m’a donné mon âme en échange.
– Mais permettez-moi de vous dire ceci, seulement une fois : Vous êtes un très bon pasteur et un très grand prédicateur, et les gens viennent nombreux pour vous écouter. Et pourtant, vous ne m’avez jamais demandé : Êtes-vous sauvé ?
– Mais je n’avais jamais pensé que vous ne l’étiez pas, répondit le pasteur d’un ton peiné et humilié.
– Ah ! continua Daniel, mais Dieu voulait que quelqu’un se mit en peine de cela, et c’est pourquoi il m’a envoyé cette pauvre petite fille. Et je vais vous avouer – même si je dois perdre mon occupation à la chapelle – que je tiens un petit café tous les matins, où je gagne de jolies sommes. Mais je n’étais pas sûr que cela plaise à la chapelle, et je n’en parlais pas. C’est moi qui vendais à Jessica le café que vous payiez pour elle.
– Mais il n’y avait rien de mal à cela, mon pauvre ami, dit le pasteur, vous n’aviez pas besoin de vous en cacher.
– Eh bien, continua Daniel, Jessica, elle, me posait des questions. Elle me demandait :
– Monsieur Daniel, n’aimez-vous pas Jésus ? N’êtes-vous pas bien content de pouvoir aller à Dieu par Lui ? Est-ce que nous ne sommes pas tous les jours plus près du ciel ? Et un jour :
– Est-ce que vous allez donner tout votre argent à Dieu ? A cette question, je n’ai pas encore trouvé de réponse. Mais en vous attendant aujourd’hui, j’ai fait mes comptes, et j’ai dit :
Seigneur, tout cela est à toi, et je donnerais jusqu’au dernier sou, si c’est Ta volonté de conserver l’enfant en vie.
Daniel était assis à côté du lit où Jessica était couchée, et on entendit l’enfant murmurer :
– Mon Dieu, je t’avais demandé de me prendre près de toi dans le ciel, mais si Monsieur Daniel a besoin de moi, veuille me laisser ici encore un peu de temps, pour l’amour de Jésus. Amen.
Les deux hommes restèrent silencieux un moment. Jessica avait les yeux fermés, et ils pensèrent qu’elle approchait de sa fin. Mais non, elle dormait, le sang lui revenait aux joues, elle était encore bien vivante.
Jessica fut longue à retrouver une bonne santé, mais déjà Daniel louait une petite maison pour s’occuper de sa fille adoptive, sa mère n’ayant plus donné de nouvelles malgré les recherches. Quand Jessica fut assez forte, ils retournèrent à leur petit café, et Jessica apprenait aussi à servir les clients. A la chapelle, elle pouvait aider Daniel à nettoyer et mettre en ordre. Et tous les dimanches, le pasteur, comme ses petites filles, se réjouissaient de voir la figure sérieuse, animée et heureuse de Jessica, se rappelant avec émotion du jour où elle avait fait monter à Dieu sa première prière.

D’après La Bonne Nouvelle 1868

JEMMY, LE PETIT BERGER

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JEMMY, LE PETIT BERGER

 

Dans une vallée reculée, au milieu des montagnes de l’Écosse, vivait un pauvre berger nommé Robin, âgé de près de 80 ans, à la barbe et aux cheveux blancs comme neige. Sa femme et ses enfants étaient morts, et il ne lui restait pour toute famille que son petit-fils nommé Jemmy.
Jemmy aimait tendrement son grand-père, qui l’avait recueilli chez lui et l’avait élevé lorsqu’il était resté seul au monde. Le vieux Robin lui avait enseigné à lire et à prier, et lorsque le vieillard ne put plus lire, Jemmy lui lisait avec joie un chapitre de la Bible. Jemmy aimait surtout les passages parlant du Seigneur Jésus comme le Bon Berger, car lui-même devait prendre soin du troupeau de son grand-père.
Jemmy ne trouvait jamais le temps long sur la montagne. Couché dans la bruyère, il lisait un passage dans sa Bible, ou apprenait une strophe de cantique. Et quand il était fatigué de lire, il gambadait un moment avec son brave chien Fidèle. Quelquefois des moutons appartenant à d’autres bergers s’égaraient loin de leur pâturage et se mêlaient à son troupeau. Jemmy se hâtait alors de les reconduire vers leurs propriétaires.
Un jour, Jemmy oublia son devoir. Il avait lu l’histoire de David, le berger qui devint roi d’Israël, et l’envie lui prit de se faire une fronde comme celle dont David se servit pour tuer Goliath. Il abandonna son troupeau et courut à la maison pour chercher une corde. Sa conscience le reprenait de manquer à son devoir, aussi revint-il vite vers ses moutons, mais il s’aperçut alors qu’il manquait quatre bêtes. Il les chercha partout, du haut en bas de la montagne, mais en vain.
Il rentra alors chez lui et avoua sa faute à son grand-père, qui ne le gronda pas, heureux de voir que Jemmy lui avait dit la vérité. Il lui conseilla de retourner à la recherche des moutons, dans la direction de l’est, où ils étaient probablement partis, car là se trouvaient les meilleurs pâturages. Et il lui dit de se hâter avant que la neige, qui menaçait, ne commence à tomber.
En effet, quand Jemmy atteignit le haut de la montagne, il neigeait à gros flocons. Le vieux Robin regretta alors d’avoir fait ressortir Jemmy, sachant bien que s’il s’égarait dans la neige, il pourrait errer toute la nuit, et même être saisi par le froid et la fatigue, et se coucher dans la neige pour ne plus se relever.
Seul dans la chambre éclairée seulement par le feu dans l’âtre, dans le silence ponctué par le tic-tac de l’horloge et le vent hurlant dans la cheminée, le vieux Robin, en larmes, se mit à genoux pour supplier Dieu de lui ramener son cher Jemmy.
Il mit alors sa pèlerine, se préparant à aller demander à son voisin s’il voudrait bien aller à la recherche de Jemmy, mais il entendit tout à coup gratter derrière la porte. En ouvrant, il vit, non pas Jemmy, mais son chien Fidèle, qui se mit à aboyer plaintivement, tout en saisissant le bord de la pèlerine de Robin pour l’attirer vers la porte. Robin comprit bien le message, mais n’ayant pas la force de sortir dans la neige sur la montagne, il alla, suivi par Fidèle trouver son voisin Mackey. Celui-ci accepta aussitôt d’aller à la recherche de Jemmy, et tenta de rassurer Robin, puis partit à la suite du chien.
Ils marchèrent longtemps, luttant contre le vent et enfonçant dans la neige fraîchement tombée. Puis tout à coup, le chien s’arrêta et se mit à fouiller la neige en gémissant. Mackie s’approcha et entendit une voix faible qui répétait : – Au secours, sauvez-moi. C’était la voix de Jemmy, qui était tombé dans un ravin et était presque enseveli sous la neige, et tellement engourdi par le froid qu’il ne pouvait plus bouger.
Avec peine, Mackie réussit à le sortir du ravin, et le mit sur ses épaules pour retourner au village. Le chien sautait et gambadait à ses côtés, et venait à tout instant lécher les mains de Jemmy.
Lorsqu’ils arrivèrent à la maisonnette de Robin, celui-ci, en voyant Jemmy sur les épaules de Mackie, crut d’abord que l’enfant était mort, mais le voisin le rassura aussitôt en lui disant : – Ne vous avais-je pas dit de mettre votre confiance en Dieu ? »
Les deux hommes mirent Jemmy sur son lit et, par de vigoureuses frictions et avec des boissons chaudes, purent le ranimer au bout d’un moment. Il ouvrit les yeux et murmura quelques paroles entrecoupées. Mais c’est seulement le lendemain, après son sommeil, qu’il put raconter son aventure. A la recherche des moutons, il s’était égaré dans la neige et était tombé dans ce ravin. Fidèle, qui semblait d’abord indécis, était ensuite parti tout à coup. Alors, tout seul dans la neige, Jemmy avait supplié Dieu de venir Lui-même à son secours. Et Dieu ne l’avait pas abandonné.

Mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance
Aucun de ceux qui s’attendent à toi ne sera confus (Ps. 25. 1 et 3).

D’après La Bonne Nouvelle 1902

IL EST MORT POUR MOI

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IL EST MORT POUR MOI

Après la guerre de sécession aux États-Unis, un étranger passait, dans le grand cimetière militaire, près de la tombe d’un soldat tombé au front.
Il vit là un homme qui plantait des fleurs sur cette tombe et lui demanda, plein de sympathie :
– Est-ce votre fils, ou un frère, ou un proche parent, qui est enterré là ?
– Non.
– Ou alors, si ce n’est pas indiscret, quelqu’un dont la mémoire vous est très chère ?
L’émotion empêcha d’abord l’homme de répondre. Puis il expliqua :
– Quand la guerre a éclaté, j’ai été appelé à rejoindre l’armée, et j’étais incapable de me procurer un remplaçant. Alors que j’étais sur le point de partir, un jeune homme que je connaissais vint me trouver et me dit :
– Vous avez une nombreuse famille. Qui la soutiendra quand vous serez loin ? Moi, je suis seul, et je ne manquerai à personne. Je partirai pour vous.
Et il partit. A la bataille de C., il fut gravement blessé et fut transporté à l’hôpital, où il mourut quelque temps après. Et il a été enterré ici. J’avais toujours désiré venir voir sa tombe, et quand j’ai eu épargné assez, je suis venu ici. Je suis arrivé hier, et j’ai trouvé aujourd’hui l’endroit où il a été enterré.
Il termina de planter ses fleurs, puis mit en terre, au pied de la tombe, une planche grossièrement taillée, sur laquelle il avait gravé ces quelques mots :

Il est mort pour moi.

Chers lecteurs, ne sommes-nous pas touchés en voyant l’affection généreuse et dévouée de ce noble jeune homme, se sacrifiant pour son ami ? Et cela ne nous fait-il pas penser à Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui a donné Sa vie pour ceux qui étaient, non pas Ses amis, mais des pécheurs pleins d’inimitié contre Lui ?
De plus, il aurait pu arriver que ce brave jeune homme ne tombe pas au combat, et puisse revenir chez lui sain et sauf.
Mais le Seigneur Jésus savait que, pour nous sauver, il fallait qu’Il connaisse de terribles souffrances et qu’Il aille jusqu’à la mort sur la croix.
« Celui qui n’a pas connu le péché, il (Dieu) l’a fait péché pour nous » (2 Cor. 5. 21).

Chacun des lecteurs de ce récit peut-il dire : Il est mort pour moi ?

D’après La Bonne Nouvelle 1899

HISTOIRE D’UN TEXTE

 

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HISTOIRE D’UN TEXTE

Que peut bien être l’histoire d’un texte ? – Eh bien ! Il s’agit d’un passage de la Bible qui a eu des effets merveilleux.
Par un soir d’hiver très froid, un pauvre garçon irlandais se trouvait dans une rue de Dublin, sans abri, sans famille et sans amis.
Il avait été entraîné à se joindre à un gang de voleurs qui, ce soir-là, avaient projeté un vol avec effraction et lui avaient donné rendez-vous là. Il grelottait, quand tout à coup il sentit une main se poser sur son épaule. Il tressaillit, mais une voix amicale lui demanda :
– Que fais-tu là, si tard ? Tu devrais être au lit à cette heure-ci. Rentre chez toi et va te coucher.
– Je n’ai pas de chez moi et je n’ai pas de lit, répondit l’enfant.
– Et si je te disais où tu trouverais un bon lit, au chaud, est-ce que tu irais là ?
– Oui, sûrement, et tout de suite.
L’homme bienveillant donna une adresse, et l’enfant partait déjà, mais il le retint, en lui expliquant qu’il fallait un mot de passe pour entrer, et comme le petit garçon ne savait pas lire, il lui dit :
– Alors, rappelle-toi bien, c’est : Jean 3. 16.
Le garçon partit en courant, tout en se répétant le mot de passe. Arrivé à l’adresse indiquée, il se trouva devant de hautes grilles fermées qui lui firent peur, et il sonna timidement. Au portier, qui ouvrit avec brusquerie, il répondit :
– Je suis Jean 3. 16.
– C’est bon, entre.
Il fut bientôt dans un bon lit chaud et dormit jusqu’au matin, où on lui donna encore du pain avec un bol de lait chaud, mais il dut sortir ensuite, le home n’étant pas ouvert dans la journée. Il erra dans les rues, craignant de tomber sur ses mauvais compagnons mais, repensant à cette bonne nuit et se répétant son nouveau nom, il traversa imprudemment une rue à grand trafic où il fut renversé par une voiture.
Il se retrouva à l’hôpital, où on lui demanda son nom, son adresse et sa religion. Il ne savait que dire, sauf qu’il était Jean 3. 16, ce qui provoqua un éclat de rire général.
On l’installa dans la salle des accidentés, mais il eut des accès de fièvre où il délirait, et on l’entendait répéter : Jean 3. 16, c’était pour me faire du bien, et cela m’en a fait. Cela attira l’attention des autres blessés, dont plusieurs se mirent à chercher le passage dans leur Nouveau Testament, où ils lurent : Car Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. Et Dieu se servit de ce seul verset – que Luther nommait un abrégé de toute la Bible, pour amener plusieurs de ces malades à la foi au Seigneur Jésus.
Un peu plus tard, le pauvre garçon se réveilla, et le blessé du lit voisin lui demanda : – Comment vas-tu, Jean 3. 16 ?
Le garçon fut bien étonné, et demanda :
– Vous connaissez donc mon nouveau nom ?
– Bien sûr, tu n’as pas arrêté de le répéter. Et moi, je puis dire : béni soit Jean 3. 16 !
– Mais sais-tu où cela se trouve ?
– C’est dans la Bible.
– La Bible, qu’est-ce que c’est ? Questionna le pauvre garçon, qui n’en avait jamais entendu parler. Eh bien, voulez-vous me le lire ? Et en écoutant ce verset, il murmurait :
– Que c’est beau. Cela ne parle que d’amour. Et il n’y a pas seulement une maison pour la nuit, comme j’en ai bien profité, mais une demeure pour toujours. Et il apprit le texte par cœur, tout joyeux.
Après quelques jours, il eut un autre voisin de lit, un vieillard très malade. Une religieuse vint le visiter, et lui demanda si le prêtre était venu le voir. Il répondit que oui, mais qu’il avait compris qu’il allait mourir et qu’il n’était pas prêt à cela. Elle lui laissa un chapelet, mais qui ne lui apporta aucun réconfort, ni assurance pour l’au-delà. Il répétait : Je suis un grand pécheur, et je ne suis pas prêt à mourir. Que vais-je devenir ?
Notre petit ami, entendant cela, se dit : Il a besoin d’un passeport et il s’adressa au vieillard :
– Je sais quelque chose qui vous fera du bien, comme il m’en a fait à moi.
– Eh bien, dis-le-moi.
– Voilà : c’est Jean 3. 16. Vous m’écoutez ?
– Oui, bien sûr.
Le garçon lui récita le verset, le répétant plusieurs fois.
Le vieillard ajouta foi à la Parole de Dieu, crut au Seigneur Jésus, et mourut en paix.
Notre jeune ami retrouva la santé, et Dieu fit en sorte qu’il rencontre des amis qui le firent aller à l’école. Et il devint par la suite un évangéliste servant fidèlement son Maître.

D’après La Bonne Nouvelle 1883

ÉCARLATE ET CRAMOISI, NON PAS NOIR

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ÉCARLATE ET CRAMOISI, NON PAS NOIR

« Venez, et plaidons ensemble, dit l’Éternel : Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils seront comme la laine » Ésaïe 1. 18

– Quelle couleur attribueriez-vous à une très mauvaise action ?
– Je dirais qu’elle est noire.
– Et pourtant, Dieu dit, au sujet des péchés, qu’ils sont comme le cramoisi ou l’écarlate.
– Ah ! Pourquoi ?
– Eh bien, c’est parce que ce sont les deux couleurs qui ne peuvent pas être détruites. Elles sont ineffaçables. On les tirait, chez les anciens, de deux petits animaux, l’un, le coccus, petit ver qui se trouve sur une espèce de chêne ; l’autre, d’une sorte de crustacé. Ce sont les seules couleurs animales.
Le chlore, dont l’action détruit toutes les autres couleurs et rend le noir, blanc, ne peut rien sur ces deux couleurs. On peut teindre en noir ou en une couleur sombre les étoffes écarlate ou cramoisi, mais l’action du chlore fera réapparaître les couleurs primitives : ce sera de nouveau l’écarlate ou le cramoisi.
Si l’on veut faire du papier à partir de chiffons qui ont été teints avec l’écarlate ou le cramoisi, on obtiendra du papier buvard rose : les couleurs ne se sont pas effacées.

Le péché est ineffaçable par les efforts de l’homme. Nous sommes deux fois teints dans le péché : pécheurs par nature, et pécheurs en pratique.
Seul, le sang de Jésus Christ, l’Agneau de Dieu sans tache, ce sang versé pour nous, peut nous rendre blancs comme la neige.

La Bonne Nouvelle 1883

DICK, LE PETIT RAMONEUR

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DICK, LE PETIT RAMONEUR

 

Un pauvre petit ramoneur, d’une dizaine d’années, s’était arrêté, un dimanche matin, à la porte d’une école, et regardait les enfants entrer pour l’école du dimanche. Il jetait prudemment un regard dans la salle pour écouter ce qui était dit. Au bout d’un moment, un des maîtres l’aperçut et vint lui demander ce qu’il voulait.
– S’il vous plaît, Monsieur, est-ce que vous me permettriez de venir à l’école ? J’aimerais tellement apprendre à lire !
– Mais, répondit le maître, tu ne peux pas venir avec ces habits noirs de suie. N’en as-tu pas d’autres ?
– Non monsieur, mais je demanderai à ma mère de m’en acheter, en l’aidant avec l’argent que je gagne par mon ramonage
Le maître le questionna encore. L’enfant dit qu’il s’appelait Dick Morton, que son père, qui était aussi ramoneur et lui avait appris le métier, était malade depuis plus d’un an, et qu’il vivait avec sa mère, qu’il aidait avec le peu qu’il gagnait.
– Avec les quelques francs qu’elle me laisse, ajouta-t-il, j’achète des pommes ou du pain d’épices, et quelquefois une toupie ou des billes. Mais j’aimerais mieux acheter des livres, si je savais lire.
– Bien, reprit le maître, si tu veux bien acheter du savon, et te faire bien propre, tu pourras venir dimanche prochain.
Dick vint en effet le dimanche suivant, débarbouillé et avec des vêtements présentables, mais il dut commencer par apprendre toutes les lettres de l’alphabet. Il revint régulièrement tous les dimanches, et mettait beaucoup d’application à l’étude, de sorte qu’au bout d’un an il pouvait lire un chapitre entier dans la Bible – mais il n’avait jusque-là aucune connaissance ni intérêt pour le message du salut.
Il demanda toutefois s’il pouvait avoir une Bible et un cantique – qu’il paierait avec ses petits gains – pour les emporter chez lui et en lire à sa mère. Et petit à petit, il prit conscience de son état de pécheur et de son besoin d’un Sauveur, et demanda à son maître de lui enseigner à prier, ce qui était tout nouveau pour lui.
En même temps, dans son désir de s’instruire, il se procurait de nombreux livres avec ses petites économies, par l’intermédiaire du maître d’école.
Dick aurait souhaité changer de métier, mais après des essais sans suite, qui ne lui rapportaient pas assez pour qu’il puisse aider sa mère à joindre les deux bouts, il dut continuer à ramoner les cheminées. Cependant après quelque temps, il trouva une place comme aide-jardinier dans une grande propriété.

Vingt-cinq ans plus tard, revenant d’une longue absence, le maître qui s’était occupé de Dick, le petit ramoneur, voulut revoir cette école du dimanche. Il y trouva un maître qui parlait aux enfants, avec beaucoup de clarté et de sérieux, de l’histoire de Naaman, le lépreux – de la petite servante qui avait conseillé que son maître consulte le prophète Élisée – de la guérison de Naaman après qu’il ait accepté de se baigner dans le Jourdain – du serviteur Guéhazi, qui avait menti, poussé par sa cupidité.
Et ce maître n’était autre que Dick, l’ancien petit ramoneur, qui avait bien travaillé, était devenu jardinier-chef, puis s’était marié, et avait maintenant un magasin de graines qu’il gérait sagement et honnêtement. Mais il s’était toujours intéressé aux enfants pauvres et délaissés, et s’impliquait activement à enseigner, à l’école du dimanche, les vérités de la Parole de Dieu, le besoin pour chacun de se reconnaître pécheur devant Dieu et de croire au Seigneur Jésus comme en son Sauveur personnel.

D’après La Bonne Nouvelle 1870