LE BIEN-AIMÉ

Cantique des cantiques 5. 9 à 16

L’amour de la bien-aimée varie et progresse : celui du bien-aimé, parfait dès le début, ne change pas. Il exprime cet amour par la description ravie de sa bien-aimée. Il la voit parfaitement belle parce qu’Il l’aime parfaitement. L’objet aimé est toujours aimable et beau aux yeux de celui qui l’aime. Une maman trouve toujours son enfant beau parce qu’elle l’aime. Une étrangère ne discerne pas les beautés vues par la maman. Inversement si l’on méprise et déteste une personne même très belle moralement, on ne verra aucune beauté en elle. « Il est méprisé et nous n’avons eu pour Lui aucune estime » (És. 52. 3). Comparez avec le Psaume 45. 1 : « Tu es plus beau que les fils des hommes ».

Quand nous avons manqué une occasion de montrer de l’amour pour le Seigneur, il ne veut pas nous laisser dans l’amère tristesse produite par le regret de notre défaillance. Comme à Pierre qui, l’aimant sincèrement, l’avait pourtant renié, il nous donnera une nouvelle occasion de montrer de l’amour pour Lui.

La bien-aimée au début de ce chapitre a aussi manqué l’occasion de montrer son amour. Le bien-aimé se retire pour renouveler cette occasion. Son absence fera apprécier davantage sa Personne. C’est ainsi que Marie de Magdala a montré son amour pour Jésus absent.

Aimer c’est désirer. Celui qui aime désire et cherche. La bien-aimée cherche l’objet de son cœur et adjure les filles de Jérusalem. Celles-ci, frappées par l’expression d’un tel désir et d’un tel amour, veulent connaître Celui qui a provoqué un tel sentiment. Celui dont la présence seule peut redonner le bonheur à la bien-aimée. Sans Lui tout est vide. De même, sans Jésus, le monde n’était qu’un sépulcre vide pour Marie de Magdala.

Les autres bien-aimés, les objets de ce monde, ne peuvent satisfaire le cœur, ni le soutenir dans la souffrance et la détresse. « Qu’est-il de plus ? » … ce Jésus qui te soutient sur un lit de souffrance ou dans ce deuil affreux ; ce Jésus dont la présence est le bien suprême et dont l’absence provoque un tel vide et un tel désir ?

La Bien-aimée par son attitude et sa recherche, par l’expression de son désir ardent, a excité l’intérêt de ses compagnes, non pas pour elle et sa misère, mais pour le bien-aimé pourtant absent. Elle n’a pas besoin de solliciter leur attention. Ce sont elles qui, à leur tour, la supplient de leur parler de Lui. Notre vie devrait provoquer en ceux que nous rencontrons le désir de connaître Jésus.

Alors la bien-aimée, sans effort, va décrire Celui qui remplit son cœur. Elle va trouver un soulagement en parlant de Lui. Ses paroles vont couler, « sa langue est le style d’un écrivain habile, parce que son cœur bouillonne » (Ps. 45. 1). un ruissellement d’amour dans un ruissellement de beautés et le Bien-aimé tout entier passe devant les yeux des compagnes ravies.

Quelques traits de ce magnifique portrait se retrouvent dans la vie de David dont le nom signifie « Bien-aimé » et qui est une figure de Jésus.

« MON BIEN-AIMÉ EST BLANC ET VERMEIL » – En 1 Samuel 17. 42 nous lisons que David « était un jeune homme au teint rosé ». Pourquoi « rosé » pour David et « vermeil » pour le Bien-aimé ?

Rosé : expression de jeunesse et de vigueur, mais aussi de sensibilité, d’une grâce à fleur de peau, se manifestant spontanément. Ainsi Jésus aussi a manifesté dans sa vie cette grâce toujours nouvelle. Il était souvent ému de compassion.

Mais dans sa mort, son sang a coulé vermeil, manifestation complète d’un amour et d’un dévouement parfaits. Quelle différence avec David !

« Blanc » n’est pas employé pour David. Jésus seul a été sans défaut et sans tache, sans péché.

Ainsi il a remporté la victoire en cachant le secret de sa force. David aussi ne montrait pas sa force au Philistin. Goliath montrait sa force dans ses dimensions effrayantes.

Satan aussi, à la croix, a déployé sa puissance, ses « taureaux de Basan » (Ps. 22). Mais Jésus « ayant dépouillé les principautés et les autorités, il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix » (Col. 2. 15).

Goliath méprise David, ne pouvant supposer que la grâce et la beauté puissent cacher la force. Il étalait une puissance laide, effrayante. Mais Jésus crucifié en faiblesse a remporté la victoire et « la faiblesse de Dieu a été plus forte que les hommes » (1 Cor. 1. 25). Finalement c’est au résultat de la lutte que l’on constate quel est le plus fort. Le géant est étendu mort par terre, vaincu. David est vainqueur, donc le plus fort.

Le vainqueur devient « UN PORTE BANNIÈRE ENTRE DIX MILLE » – « Les femmes qui jouaient s’entre-répondaient et disaient : Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille » (Lire 1 Sam. 18. 6). « Tu es comme dix mille d’entre nous » (Lire 2 Sam. 18. 2 et 3). L’ennemi n’en voulait qu’à David. Satan aussi et ses agents n’en voulaient qu’à Jésus : « qui cherchez-vous ? » (Jean 18), « Laissez aller ceux-ci ». Il fut seul et remporta la victoire. Mais comme David, maintenant, de la ville, du ciel où il s’est retiré, il nous est en secours (2 Sam. 18. 3). Il déploie la bannière et par son intercession nous donne la victoire.

« Nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rom. 8. 37). « Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre seigneur Jésus-Christ » (1 Cor. 15. 57). Et comme les soldats de David, nous pouvons, maintenant, nous porter en avant, pendant l’absence du vainqueur et être ses champions.

« SA TÊTE EST UN OR TRÈS FIN » ses pieds « DES SOCLES D’OR FIN » – Des pieds à la tête, il est le commencement et la fin, l’Alpha et l’Oméga (Apoc. 1. 8 et 22. 13). Sa nature divine est comme sa justice : un or très fin. L’arche était plaqué d’or pur. À lui sera la domination universelle. Mais il a déjà reçu la gloire divine (Jean 17. 5) qui n’avait pas cessé d’être sienne. « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je mette tes ennemis pour le marchepied de tes pieds » (Ps. 110. 1).

Nous pouvons aussi opposer la justice parfaite de Jésus à l’état lamentable de l’homme : « Depuis la plante du pied jusqu’à la tête, il n’y a rien en lui qui soit sain » (És. 1. 6).

« SES BOUCLES SONT FLOTTANTES, NOIRES. COMME UN CORBEAU » – Le nazaréen qui ne coupait pas ses cheveux, avait des boucles flottantes. Jésus a été, moralement, le parfait nazaréen, dépendant, ayant renoncé à tous ses droits, même les droits naturels de l’homme, jusqu’à dire : « Je suis un ver et non point un homme » (Ps. 22 – Lire aussi 1 Cor. 11. 14).

« NOIRES COMME UN CORBEAU » – expression de la jeunesse et de la vigueur. Jésus n’était pas assujetti au vieillissement et à la décrépitude, ni à la maladie et à la mort, gage du péché. Cependant le visage de l’homme de douleurs « était défait plus que celui d’aucun homme » (És. 52. 14). Les juifs ont dit : « tu n’as pas encore cinquante ans » à celui qui en avait une trentaine. Sa jeunesse comme son amour était toujours nouvelle et éternelle.

Dans l’Apocalypse nous trouvons ses cheveux blancs, comme de la laine blanche (Apoc. 1. 14). Car s’il est le Fils de l’homme , il est aussi l’Ancien des Jours.

« Ne m’enlève pas à la moitié de mes jours !… Tes années sont de génération en génération ! » (Ps. 102. 24).

C’est la même personne (Dan. 7. 13).

« SES YEUX » – Le Bien-aimé exprime son amour inexprimable par ses yeux. Dans son regard, la Bien-aimée pouvait lire tout son amour pour elle et comprendre combien elle était aimée. Par ce regard puissant et doux, le Bien-aimé prenait possession de l’objet qu’il contemplait et désirait. On comprend que la Bien-aimée n’ait pu oublier ce regard.

Jésus regarda – Le jeune homme riche n’a pu supporter ce regard, il eut peur d’être pris dans les cordons de l’amour. Il s’en alla tout triste.

« COMME DES COLOMBES » – La grâce, la douceur, l’humilité, la pureté de cette personne se reflétaient dans ses yeux.

« PRÈS DES RUISSEAUX D’EAU » – La limpidité de l’eau ne cache pas le fond du ruisseau, mais le révèle et semble le rapprocher. Ainsi, non seulement la grâce mais aussi la vérité vinrent par Jésus-Christ (Jean 1). Jésus était moralement « transparent », il n’avait rien à cacher. Tout le fond de son être se manifestait ; mais aussi ce ruisseau était un miroir qui montrait le triste état de l’homme. Triste état qui a amené des larmes dans les yeux de Celui qui pleura sur Jérusalem et sur la créature morte (Jean 11).

« BIEN ENCHÂSSÉS » – Cette grâce, cet amour, étaient exempts de faiblesse. Nous trouvons un parfait équilibre en Jésus : l’amour uni à la fermeté. Quelle fermeté, en effet, quelle énergie a manifesté Celui qui dressa sa face comme un caillou vers Jérusalem (És. 50. 7 ; Luc 2. 51) sachant ce qui l’attendait. Rien n’arrête son ineffable amour.

Cet amour sans faiblesse, ferme, s’occupe de nous dans le chemin. Nous aimerions quelquefois qu’Il ait moins de fermeté quand il nous contraint et nous oublions souvent qu’Il ne cède jamais à notre volonté.

« SES JOUES, COMME DES PARTERRES D’AROMATES, DES CORBEILLES DE FLEURS PARFUMÉES – Les perfections de Jésus sont comparées à des couleurs et à des parfums diversement combinés. Les mêmes fleurs dans des parterres et des corbeilles différents, peuvent former une infinité de dessins et de combinaisons variés.

Ainsi Jésus à chaque instant de sa vie, présentait à Dieu une nouvelle combinaison de ses perfections. Sous le choc des circonstances elles se regroupaient pour former un nouveau dessin, comme les éléments en couleurs du jouet kaléidoscope qui changent de position mais restent équilibrés à chaque seconde de la main de l’enfant ravi.

À chaque moment de sa vie, Jésus se trouvait là où le Père voulait qu’il soit. Il respectait l’horaire et l’itinéraire tracés par le Père. Et non seulement cela, mais aussi, il avait les sentiments, les pensées, les paroles, l’attitude, les réactions attendus et désirés par le Père. Ainsi le plaisir du Père était renouvelé sans cesse. Souvent nous avons des réactions charnelles au choc des difficultés. Jésus, parfaite offrande de gâteau, soumis au feu des épreuves et des circonstances pénibles qu’il a rencontrées, n’a fait monter qu’un parfum d’autant plus suave et pénétrant que le feu était plus ardent. Les hommes se sentant mal à l’aise et jugés par la manifestation de tant de perfections, se sont acharnés sur ces joues admirables (És. 50. 6) les couvrant de soufflets et de crachats. Mais ils n’ont réussi qu’à provoquer de saintes et glorieuses réactions plus profondes, plus riches, plus secrètes aussi, mais connues du Père, tandis que son attitude restait pleine de noblesse et de dignité.

« SES LÈVRES DES LIS DISTILLANT UNE MYRRHE LIMPIDE » – Comparez avec le Psaume 45. 2 . Jésus a parlé de ses souffrances, preuve de son amour et de sa grâce suprême. Puissions-nous, prenant la place de Marie, recevoir de la pure source de la grâce, sans intermédiaire, directement, ces précieuses et pures communications.

« SES MAINS, DES RONDELLES D’OR, OÙ SONT ENCHÂSSÉS DES CHRYSOLITHES » symbolisent les œuvres infinies et parfaites conformes à la justice divine. Les chrysolithes sont des pierre précieuses qui ont l’éclat de l’or. Donc, justice éclatante, insupportable aux hommes pécheurs qui ont cloué ces mains. Mais à la croix, immobilisées, les chrysolithes ont brillé de tout leur éclat dans l’accomplissement de l’œuvre suprême.

« SON VENTRE, UN IVOIRE POLI, COUVERT DE SAPHIRS » – Perfection des motifs et des sentiments les plus profonds et les plus secrets, n’ayant que Dieu pour objet, par conséquent célestes (couvert de saphirs, pierres précieuses bleues) manifestés d’une manière éclatante et glorieuse (ivoire).

« SES JAMBES, DES COLONNES DE MARBRE BLANC » – symbolisent la marche belle, pure, puissante. « Regardant Jésus qui marchait, Jean le Baptiseur dit : Voilà l’Agneau de Dieu ». Jésus était le seul à avoir une marche aussi belle, aussi parfaite. Rien ne l’arrêta, pas même la mort. Bientôt ces colonnes se poseront sur le Mont des Oliviers pour établir un royaume inébranlable (Zach. 14 ; Ps. 144. 5).

« SON PORT, COMME LE LIBAN, DISTINGUÉ COMME LES CÈDRES » – Il ne suffit pas que chaque partie soit parfaite en elle-même, il faut aussi que l’ensemble soit beau et majestueux. L’humble et doux Jésus avait voilé sa gloire, mais son attitude a toujours été pleine de noblesse et de dignité. Même sous les outrages on voyait qu’il était roi. Pilate a senti cette supériorité, a vu ce port, sous le manteau de dérision. Il s’est éloigné de cette présence. Les hommes se sont acharnés sur Lui, pour essayer de l’avilir, pour faire disparaître les effets de cette supériorité morale. il est facile d’avoir un air majestueux sur un trône, au milieu des honneurs. Un roi déchu, perdu dans la foule, est comme les autres hommes. Jésus n’était pas comme les autres. Il avait conscience de sa gloire et de sa dignité.

Mais sur la croix ?

Là encore il est le roi, celui qui domine toute la scène, celui qui domine même ses souffrances pour s’occuper d’un pauvre brigand qui a reconnu sa gloire royale ; pour s’occuper de sa mère et de son disciple Jean. Lui-même donne, avant de mourir, à son corps, l’attitude qu’il aura dans la mort, celle de l’agneau immolé : « Ayant baissé la tête, il remit son esprit » (Jean 19. 30).

Quelle distinction, en effet, que celle du cèdre majestueux à la cime recourbée !

« Dans la honte a brillé ta gloire,

Sur la croix ! »

Mais si Jésus a été glorieux à l’heure de sa faiblesse et de l’ignominie, que sera-ce à l’heure de la manifestation de sa gloire, « au jour de sa puissance » (Ps. 110. 3) quand il recevra les honneurs dus à son rang ! Alors sera réalisée la fin du Psaume 24 : « Portes élevez vos têtes ! et élevez-vous portails éternels et le roi de gloire entrera ». – Le portique du temple avait 120 coudées, quatre fois plus haut que le temple (30 coudées). (C’est la porte de la gloire, plus haute que large).

Alors « il lèvera haut la tête » (Ps. 110. 7) parce qu’il l’avait penchée pour boire au torrent.

Brusquement le ton change :

« SON PALAIS EST PLEIN DE DOUCEUR » – Ce changement nous rappelle celui du verset 5 du chapitre premier de l’Apocalypse. Le cœur racheté reconnaît dans le roi de gloire, le bien-aimé, « Celui qui nous aime ». Ici la Bien-aimée est heureuse de déclarer que celui qui est si glorieux est son confident, son ami intime. Elle a reçu les douces communications prononcées à voix basse, semblant venir du palais. Elle seule en connaît la douceur.

Il y a entre le cœur racheté et le Seigneur de douces communications. Savons-nous les apprécier, les recherchons-nous ?

Le Seigneur est-il obligé de nous mener au désert, à l’écart pour nous les faire entendre ? Attendons-nous d’être sur un lit de maladie, au fond d’un puits de détresse pour les désirer ?(voir aussi Apoc. 2. 17).

ET TOUTE SA PERSONNE EST DÉSIRABLE. Les expressions manquent à la bien-aimée. Elle s’arrête, Mas elle désire connaître toujours mieux cette personne qui surpasse toute connaissance et qui reste par conséquent toujours désirable. Elle l’a cherchée, désirée de tout son cœur. Ainsi le cœur de Paul brûlait du même désir que rien ne pouvait éteindre : « Pour le connaître, Lui » (Phil. 3. 10).

Paul Seignobos – Dung (Doubs)