
Dans une gorge de montagnes de la Haute-Silésie, à travers laquelle la rapide et furieuse Neisse s’est frayée un lit pour se jeter dans l’Oder, s’élève la forteresse prussienne de Glatz. C’est une forteresse dont la nature a fait tous les frais ; elle est entourée de pics, semblables à des remparts, et le génie de l’homme a encore perfectionné les moyens de résistance. La vallée elle-même est séparée du reste du monde, et le malheureux qui est enfermé derrière les murs massifs et les grilles de ce château-fort est semblable à un homme qui serait enterré vivant. Malheur au prisonnier de Glatz ! Tout lui répète : Plus d’espérance ; non, plus d’espérance pour toi.
C’est là qu’il y a bien des années, le comte de M. se trouvait enfermé, sans espoir, derrière les barres et les verrous, à la suite d’une trahison contre l’État, et surtout de violences contre Frédéric-Guillaume de Prusse. Il avait attiré sur sa tête la colère de ce monarque, et avait été condamné à une réclusion perpétuelle. Il passa une année entière, isolé dans sa lugubre cellule, sans qu’un seul rayon d’espérance d’aucune sorte vînt le soulager dans sa solitude et réjouir son cœur. Hélas ! il était sceptique, c’est-à-dire qu’il doutait de tout. On ne lui avait laissé qu’un livre, la Bible. Durant bien longtemps, il ne voulut pas lire ce livre ; ou lorsque, pour tuer le temps et tâcher d’apporter quelque diversion à l’ennui qui le minait, il se mettait à en lire quelque chose, cette lecture le faisait entrer dans des transports de colère, de fureur même, contre le Dieu que la Bible révèle. Toutefois le temps vint où, en ouvrant ce précieux volume et en en sondant le contenu, il sentit la douce pression d’une main divine sur son pauvre cœur ulcéré, privé de toute consolation.
Une nuit, c’était en novembre, pendant un terrible orage, les rafales de la montagne hurlaient autour de la forteresse, la pluie tombait à torrents et la Neisse furieuse et écumante précipitait ses flots mugissants au fond de la vallée. Le comte restait étendu, sans sommeil, sur son lit de camp ; et la tempête de son cœur était aussi violente que celle qui battait les murs de sa prison. Tout son passé se dressa devant lui ; il se sentit coupable de nombreuses transgressions ; ses péchés se dressèrent devant lui et l’amenèrent à la conviction que la source de toutes ses misères venait de son état d’inimitié contre Dieu. Pour la première fois de sa vie, son cœur se fondit et ses yeux se remplirent des larmes d’une véritable repentance. Il se leva de sa couche, ouvrit sa Bible, et ses yeux tombèrent sur ces paroles du Psaume 50. 15 : « Invoque-moi au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me glorifieras ». Ces paroles pénétrèrent jusqu’au fond de son âme : Il tomba à genoux pour la première fois depuis son enfance, et il implora le pardon de Dieu. Alors le Dieu de grâce et de compassion, qui ne repousse pas le premier appel de la foi, entendit le cri du malheureux qui gémissait dans le sombre donjon, et il lui accorda sa délivrance spirituelle d’abord, puis, peu de temps après, sa délivrance de la prison de Glatz.
Cette même nuit, dans son palais, à Berlin, le roi Frédéric-Guillaume 3 était au lit, dans une pénible insomnie. Il souffrait de cruelles douleurs corporelles ; et se sentant tout à fait épuisé, il demanda à Dieu la grâce d’une seule heure de sommeil réparateur. Cette faveur lui fut accordée ; et quand il se réveilla, il dit à sa femme, la généreuse Louise :
– Dieu a regardé à moi dans sa grande bonté, et je lui en dois beaucoup de reconnaissance. Quel est dans mon royaume celui qui m’a le plus gravement offensé ? Je lui pardonnerai.
– Le comte de M., répondit la reine. Il est prisonnier à Glatz.
– Vous avez raison, dit le roi malade. Qu’on lui envoie sa grâce.
Et avant que le jour eût lui sur Berlin, un courrier fut expédié en Silésie, avec un message du souverain. Ce message apportait au prisonnier de Glatz sa grâce et sa liberté.
Combien sont merveilleux les desseins de Dieu. Il avait fallu l’emprisonnement de cet homme, pour qu’il pût trouver le salut. Mais une fois que son âme fut sauvée, avec quelle admirable facilité s’effectua sa mise en liberté. Les moyens dont Dieu se servit sont aussi frappants et remarquables que ceux qui procurèrent la délivrance de Pierre. Une fois que le comte fut devenu un enfant de Dieu, sa délivrance de la prison ne se fit plus attendre. Non que le prolongement du séjour à la forteresse n’eût pu lui être avantageux, si Dieu l’eût jugé bon ainsi ; mais Dieu en ayant jugé autrement, la délivrance du prisonnier ne rencontra aucune difficulté.
Quelle preuve remarquable n’avons-nous pas ici, chers jeunes lecteurs, de la toute-puissance du Dieu qui est amour. Ce qui parait difficile à l’homme ne l’est pas pour Dieu ; et ce qui nous est impossible n’est rien pour Celui à qui tout est possible.
D’après La Bonne Nouvelle 1877