QUELQUES PLANTES DE LA PAROLE DE DIEU

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QUELQUES PLANTES DE LA PAROLE DE DIEU

LE BLÉ

Ah ! Le blé, nourriture par excellence ; le blé, qui nous donne le pain. Que ferions-nous sans lui ? Personne ne saurait s’en passer. C’est l’espoir du cultivateur, la richesse du moissonneur, qui, avec chants de joie, rentre ses gerbes. Le pauvre rend grâces, car par lui il a son pain quotidien, et sur la table du riche, apprêté de bien des manières, il occupe encore la place d’honneur.
Le pain est pour le corps, ce que Christ, vrai pain de vie, est pour l’âme. C’est Lui que nous allons chercher ensemble dans le Livre de Vie. Il est à peine nécessaire de dire que le blé est un symbole de Celui qui est tout pour nos âmes : la manne du désert, le blé du pays de la promesse, le grain rôti, le pain de Dieu, la joie du ciel. Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. Que ce soit notre prière.
« A moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12. 24). Ce cher Sauveur, descendu du ciel, ayant glorifié Dieu sur la terre, aurait pu remonter au ciel, d’où il était venu. A toutes ses gloires, il aurait ajouté celle d’être, là, le seul homme glorifié, le seul homme dans lequel le Père aurait trouvé toute sa satisfaction ; mais Il y aurait été seul. Il a préféré mourir, afin que nous puissions partager sa gloire. Il voulait avoir au ciel, en sa présence, des hommes sauvés, parfaits, heureux. Mais pour qu’il en fût ainsi, Il a dû descendre dans les profondeurs de la mort, où le péché les avait plongés. Que lui en a-t-Il coûté ? Que nos cœurs répondent !
« Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure » (Jean 12. 27)… et il a consommé son sacrifice. Par sa mort, nous avons la vie, le salut et le pardon. Maintenant, vrai pain descendu du ciel, manne excellente, il est la nourriture de nos âmes, celui qui réjouit nos cœurs, au milieu du désert de ce monde.
Bientôt, arrivés dans la maison du Père, Canaan céleste, c’est encore Lui, vieux blé du pays, qui fera notre bonheur pour l’éternité. Il a réjoui de tout temps les habitants du ciel ; il fera notre bonheur aussi. Bienheureux celui qui mangera du pain dans son royaume ! Il sera aussi, pour nos âmes, ce qu’était pour les fils d’Israël « le vieux blé du pays » de la promesse (Josué 5. 12).
Un Christ qui a souffert, le Juste pour des injustes ; ce grain qui a été soumis à l’action du feu du jugement de Dieu : Il a souffert pour nous ! Que nous faut-il de plus ? Que peut-on offrir à qui jouit de Christ et de tous les résultats de son œuvre à la croix ?
Jusqu’ici, nous nous sommes occupés de notre propre bonheur, de notre part, à nous, et je ne veux pas terminer, sans parler de ce qui est plus précieux encore : le bonheur de Dieu Lui-même, bonheur qu’Il a trouvé dans son Fils, et dont nous pouvons considérer quelque chose dans « la gerbe, prémices de la moisson » (Lévitique 23. 10-11), qui était tournoyée en sa présence, quand les fils d’Israël avaient fini la moisson. Christ, les prémices d’une riche moisson pour les greniers célestes, comme cette gerbe tournoyée (pour en faire voir tous les côtés), montrant ainsi, devant Dieu, toute la beauté de sa personne adorable, toutes ses perfections, toute sa gloire, non pour la satisfaction du sacrificateur, mais pour la satisfaction de Dieu Lui-même : un homme parfait sur la terre, un homme qui lui a obéi en toutes choses, qui l’a glorifié au milieu d’un monde de péché ! Toutes ces perfections mises en évidence devant Lui, et nous sommes agréés en Lui ! Quelle satisfaction pour le Dieu saint, le Dieu d’amour !
« Vous qui n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ; oui, venez, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait. Pourquoi dépensez-vous l’argent pour ce qui n’est pas du pain, et votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ? » (Esaïe 55. 1-2).

O Jésus, pain du ciel, divine nourriture,
Par toi, nous vivrons à jamais !

LE FIGUIER

« Laisserais-je ma douceur et mon bon fruit, et irais-je m’agiter pour les arbres ? » Le figuier, l’arbre qui porte du fruit en plusieurs saisons, de bons fruits, comme nous dit notre passage, de nouveau nous parle d’Israël ; Israël portant du fruit pour Dieu. Mais en a-t-il vraiment porté ? Quand le Seigneur Jésus (Matthieu 21. 18-20) ayant faim, s’approcha du figuier, Il n’y trouva que des feuilles : pas un fruit pour satisfaire le cœur du Seigneur. Il y avait une belle apparence de feuilles, mais ces feuilles ne pouvaient en aucune manière satisfaire le cœur du Seigneur, ni cacher le véritable état de la nation. Elles n’avaient pas plus de valeur que les feuilles de figuier dont Adam s’était revêtu, lesquelles ne pouvaient cacher sa nudité aux yeux de Celui devant qui tout est à nu et à découvert.
Une belle apparence peut satisfaire les autres et notre cœur, peut-être, mais ne suffit pas aux yeux de Dieu : Il connaît les cœurs. « Tu m’as sondé, et tu m’as connu. Tu connais quand je m’assieds et quand je me lève, tu discernes de loin ma pensée ; tu connais mon sentier et mon coucher, et tu es au fait de toutes mes voies. Car la parole n’est pas encore sur ma langue, que voilà, ô Éternel ! Tu la connais tout entière » (Ps. 139. 1-4). Pensée solennelle à laquelle nous devons être attentifs de peur d’être confus, un jour, de peur d’entendre prononcer notre condamnation, comme ce fut le cas du figuier stérile : « Que jamais aucun fruit ne naisse plus de toi ! Et à l’instant le figuier sécha ». Jugement qui se réalisa sur la nation juive et qui certainement se réalisera aussi pour toute âme qui se sera contentée d’une vaine profession, d’une belle apparence aux yeux des autres, sans qu’il y ait des fruits pour Dieu.
Au jour du jugement, Dieu mettra en lumière les motifs cachés qui nous ont fait agir, quand Il jugera les secrets des cœurs (Romains 2. 16). Que faut-il donc faire ? Simplement reconnaître ce que nous sommes, nous mettre d’accord avec le Dieu de vérité, faire comme Nathanaël sous le figuier (Jean 1. 46-52) de qui le Seigneur peut dire : « Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de fraude ». Ne pas avoir de fraude n’est pas ne pas avoir de fautes, mais c’est la droiture qui reconnaît sincèrement sa culpabilité. Confesser ses péchés est le seul moyen d’en obtenir le pardon : « Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert mon iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (Psaume 32. 5). C’est le seul moyen de s’approcher de Dieu. Nathanaël est venu dans sa droiture, sous le figuier stérile, sans vouloir cacher, ni son état, ni celui de la nation, et il a cru le Seigneur Jésus, connu le Fils de Dieu et le roi d’Israël ; à cause de cela, lui dit le Seigneur « tu verras de plus grandes choses que celles-ci ». Et quoi ? Le ciel ouvert ! Oui le ciel est ouvert à des coupables, et de plus ils peuvent contempler le Fils de l’homme dans toute sa gloire, ayant même des anges comme serviteurs !
Ce n’est pas en s’agitant pour les arbres (ce qui est grand, élevé dans le monde, ce qui attire les regards) qu’on peut porter du fruit pour Dieu. Il faut premièrement le connaître comme Celui qui nous a pardonné toutes nos fautes, puis demeurer dans le calme de sa présence afin d’apprendre à connaître ce qui Lui est agréable, ainsi que sa puissance qui se déploie dans notre faiblesse et notre infirmité.
Nous trouvons encore le figuier dans l’évangile de Matthieu (24. 32 et suivants). « Mais apprenez du figuier la parabole qu’il vous offre : Quand déjà son rameau est tendre et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche. De même aussi vous, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que cela est proche, à la porte ». Il y aura des signes précurseurs de la venue du Seigneur pour établir son royaume avec puissance et avec une grande gloire. Mais avant, Il recueillera dans la maison de son Père son épouse bien-aimée ; ce jour-là nous ne le connaissons pas, ni l’heure non plus. Il faut être prêt aujourd’hui même, car la porte sera fermée, et s’il nous reste du temps, que sa grâce produise en chacun de nous du fruit à sa gloire.

LA VIGNE

La vigne est la troisième plante dont il nous est parlé dans le chapitre 9 du livre des Juges, symbolisant Israël sous la bénédiction de l’Eternel. Elle leur dit : « Laisserais-je mon moût, qui réjouit Dieu et les hommes, et irais-je m’agiter pour les arbres ? » Ce qui réjouit Dieu et les hommes ! Une joie commune avec Dieu Lui-même, il semble que c’est une chose trop grande, trop merveilleuse. Oui, pour de pauvres êtres tels que nous, mais pas pour le Dieu de gloire, le Dieu d’amour. Il veut que nous puissions nous réjouir en Lui, et que nous, nous réjouissions son cœur.
C’est ce qu’Il a déjà cherché dans son peuple terrestre (le peuple juif). Et qu’a-t-Il trouvé ? Écoutons ce qu’Il dit Lui-même : « Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Et il la fossoya et en ôta les pierres, et la planta de ceps exquis ; et il bâtit une tour au milieu d’elle, et y tailla aussi un pressoir ; et il s’attendait à ce qu’elle produirait de bons raisins, et elle produisit des raisins sauvages. Et maintenant, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, jugez, je vous prie, entre moi et ma vigne. Qu’y avait-il encore à faire pour ma vigne, que je n’aie pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j’espérais qu’elle produirait de bons raisins, a-t-elle produit des raisins sauvages ? Et maintenant je vous apprendrai ce que je ferai à ma vigne, j’ôterai sa haie, et elle sera broutée ; j’abattrai sa clôture, et elle sera foulée aux pieds ; et je la réduirai en désert ; elle ne sera pas taillée, et elle ne sera pas sarclée, et les ronces et les épines monteront ; et je commanderai aux nuées qu’elles ne laissent pas tomber de pluie sur elle. Car la vigne de l’Éternel des armées est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont la plante de ses délices. Et il s’attendait au juste jugement, et voici l’effusion de sang, – à la justice, et voici un cri ! » (Esaïe 5. 1-7) « Mon peuple a changé sa gloire contre ce qui n’est d’aucun profit. Cieux, soyez étonnés de ceci, frissonnez, et soyez extrêmement confondus, dit l’Éternel. Car mon peuple a fait deux maux : ils m’ont abandonné, moi, la source des eaux vives, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées qui ne retiennent pas l’eau » (Jérémie 2. 11-13).
Trouve-t-il mieux aujourd’hui dans les pays christianisés ? Et en ce qui nous concerne, chacun de nous individuellement, demandons-nous, en sa présence : Comment ai-je honoré Celui qui est digne de tout honneur, et qui s’est abaissé jusqu’à nous ? Quel fruit à sa gloire a-t-il trouvé en moi ? De quelle manière ai-je réjoui son cœur ?
Le bon Berger se réjouit quand Il trouve sa brebis perdue. Toute la maison du Père se réjouit quand le fils prodigue revient à la maison … Si, au lieu de réjouir son cœur, nous avons marché dans le chemin de notre propre volonté, si nous avons manqué de bien des manières, et hélas ! nous l’avons tous fait, réjouissons son cœur en revenant tels que nous sommes, et nous trouverons la joie du ciel et nous réjouirons le ciel. « Il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent ».
Le monde est comme les vignes de Thimna (Juges 14). Il y a un lion rugissant dans les vignes. Un plus puissant que Samson y est descendu, conduit par son amour, et a détruit, par sa propre puissance, l’adversaire de nos âmes. Grande victoire qui a été douce pour son cœur ! En marchant avec Lui nous pouvons partager sa joie. Ce n’est que près de Lui que nous pouvons être heureux. Trouvons nos délices dans sa personne, marchons près de Lui. Le bonheur est dans son amour.
Encore un mot à ceux qui le connaissent et qui ont goûté son amour. Il n’y a pas de lion rugissant qui est à craindre, car de fait, il est un ennemi vaincu, pour le croyant ; mais ce que nous avons à redouter, ce sont les petits renards qui ravagent les vignes. Ils ont l’air inoffensifs, ils sont petits, et pourtant ce sont eux qui détruisent notre communion. De petites fautes (il n’y en a pas de petites aux yeux du Dieu saint), des manquements qui nous paraissent insignifiants, des choses que nous nous permettons, sont autant de petits renards qui détruisent notre bonheur. Méfions-nous des petits renards.
Que Dieu puisse trouver en chacun de nous l’honneur, les fruits, la joie qu’Il n’a pu trouver dans son peuple terrestre.

L’ÉPINE

Y a-t-il une plante plus désagréable à rencontrer que l’épine ? Son utilité est nulle, et on ne saurait la toucher sans se faire mal ; et pourtant, par elle, la Parole nous enseigne de grandes choses.
Écoutons un peu : « L’Ange de l’Éternel apparut à Moïse dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson à épines ; et il regarda, et voici, le buisson était tout ardent de feu, et le buisson n’était pas consumé. Et Moïse dit : Je me détournerai, et je verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas ». Détournons-nous, nous aussi, de nos occupations, de nos soucis, de nos propres pensées, pour considérer cette grande vision, et cherchons à la comprendre.
Souvent nous faisons de grandes études pour ce qui n’a pas de valeur et nous délaissons les grandes choses que le Dieu d’amour veut nous apprendre. Moïse a été plus sage que nous. Que peut donc bien nous dire ce buisson d’épines ? L’épine croît sur la terre depuis que le péché y est entré. « Maudit est le sol à cause de toi » est-il dit à Adam ; « il te fera germer des épines et des ronces » (Genèse 3. 17-18). Depuis lors, les épines croissent un peu partout, rappelant à l’homme son péché, et en même temps ce qu’il est en lui-même. « Les fils de Bélial sont tous comme des épines qu’on jette loin, car on ne les prend pas avec la main, Et l’homme qui les touche se munit d’un fer ou d’un bois de lance ; et ils seront entièrement brûlés par le feu sur le lieu même » (2 Sam. 23. 6-7). Le prophète Michée dit aussi : « Le meilleur d’entre eux est comme une ronce, le plus droit, pire qu’une haie d’épines » (7. 4).
En effet, que pourrait-on faire avec des épines, si ce n’est de les brûler sur place ? On ne les apporte pas à la maison pour faire du feu. Le feu est toujours l’emblème du jugement. Or voilà ce qui ne méritait que le jugement subsistant au milieu du feu ! Le buisson ardent de Moïse n’était pas consumé. Pourquoi ? C’est que l’Éternel était au milieu du buisson. Il dit : « J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple… Et je suis descendu pour le délivrer » (Exode 3. 7-8).
Descendu du ciel au milieu des coupables, non pour les condamner, mais pour les sauver ! « Je ne suis pas venu afin de juger le monde, mais afin de sauver le monde » (Jean 12. 47). Et encore : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde afin qu’il jugeât le monde, mais afin que le monde fût sauvé par lui » (Jean 3. 17).
Celui qui est le créateur des mondes, Celui qui de Sinaï a fait entendre les foudres de la loi, faisant ainsi connaître sa sainteté, sa majesté et sa puissance, est descendu Lui-même dans le monde pour le sauver ! Grande et merveilleuse vision, en effet ! Approchons-nous avec une sainte crainte, nos pieds déchaussés, c’est-à-dire ne cachant rien de ce que nous sommes : c’est un lieu de sainteté, et considérons un peu Celui qui est ainsi descendu du ciel sur la terre et y a été couronné d’épines.

Sauveur couronné d’épines,
Ton sang coula sur la croix,
Et la colère divine
T’accabla de tout son poids.

Pour le seul juste, la honte, la couronne d’épines, la croix, le jugement de Dieu. Il a tout enduré, tout expié. Il a dit : « C’est accompli ». Et après être entré dans la mort, Il en est sorti victorieux, et est monté dans le ciel, couronné de gloire et d’honneur, ouvrant ainsi la porte du ciel à tous ceux qui se confient en Lui. « Tournez-vous vers moi, et soyez sauvés, vous, tous les bouts de la terre » (Esaïe 45. 22).
Le premier Adam a tout perdu, tout gâté : un seul pécheur détruit beaucoup de bien. Le second homme, le dernier Adam, a tout retrouvé, et bien plus encore. « Comme par la désobéissance d’un seul homme plusieurs ont été constitués pécheurs, ainsi aussi par l’obéissance d’un seul, plusieurs seront constitués justes » (Romains 5. 19). Quelle gloire pour celui qui a été couronné d’épines !

L’OLIVIER

Un des arbres que l’on trouve le plus fréquemment mentionné dans le Saint Livre est l’Olivier. Parmi les nombreux passages qui en parlent, nous en considèrerons trois bien importants. Le premier dans l’épître aux Romains (11. 16-24), où Israël, béni de Dieu, est représenté par un olivier dont les branches, hélas ! ont été arrachées à cause de leur incrédulité. Sur le tronc, dépouillé de ses branches, ont été greffées contre nature des branches d’olivier sauvage : ces branches sont les gens des nations, autrefois sans Dieu et sans espérance, et qui, maintenant, participent à la bénédiction qui découle de l’œuvre de Christ et de la présence du Saint Esprit descendu à la Pentecôte sur les disciples, et ensuite sur ceux d’entre les nations qui croyaient au Seigneur Jésus Christ.
« Tous les prophètes lui rendent témoignage, que, par son nom, quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés. Comme Pierre prononçait encore ces mots, l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la parole » (Actes 10. 43-44).
Voilà donc des gens des nations, des étrangers, qui participent à la bénédiction divine : à la graisse de l’olivier. « O profondeur des richesses et de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! » (Rom. 11. 33).
On a mis à mort son Fils, et en réponse à une telle offense, Dieu offre sa grâce à tous les hommes, quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent ; Il envoie sur ceux qui le croient son Esprit Saint afin de les sceller pour Lui, et les rendre capables de jouir de son amour, amour dont le doux nom de Père nous fait connaître l’étendue. De la sorte, « nous avons, les uns et les autres (Juifs et Gentils), accès auprès du Père par un seul Esprit » (Éphésiens 2. 18).
Mais aujourd’hui, en pays christianisé, n’est-il pas arrivé comme à Israël autrefois ? On ne croit pas Dieu, et ainsi combien d’âmes s’exposent à perdre, par leur propre faute, toute la bénédiction apportée par l’évangile. Ne pas croire Dieu, c’est le faire menteur ; c’est une offense à sa sainteté, à son amour.
Considérons sa bonté et sa sévérité. Bonté envers ceux qui y persévèrent, bonté divine qui donna son Fils pour Sauveur ; mais sévérité divine aussi envers ceux qui sont tombés à cause de leur incrédulité (les pauvres Juifs sont encore aujourd’hui les témoins visibles du juste jugement de Dieu envers ceux qui n’ont pas cru). Dieu est toujours puissant pour couper comme un rameau stérile tous ceux qui ne croient pas !
Chers lecteurs, participants à la graisse de l’olivier, vous avez été éclairés par la lumière divine ; vous avez, dans une certaine mesure, goûté du don céleste, ayant entendu l’évangile ; vous avez, en quelque sorte, eu part à la bénédiction apportée dans le monde par la présence de l’Esprit Saint. Et combien d’autres grâces inappréciables qui ne sont pas la part des nations païennes ! Vous pouvez avoir tout cela, et, en fin de compte, être perdus, jetés dehors comme des branches mortes qui n’ont qu’à attendre le feu du jugement de Dieu. Solennelle vérité pour tous ceux qui ont entendu l’évangile et qui n’en ont pas profité !
Il aurait mille fois mieux valu ne pas avoir connu ces choses, que d’être comme ce malheureux qui, entré dans la salle du festin, fut jeté dehors, pieds et mains liés. Quel sort misérable ! Il a vu la salle du festin et n’en a pas goûté ! Vous avez peut-être suivi les rassemblements des rachetés, entendu lire la Parole de Dieu, chanté des cantiques, et votre cœur n’en a pas été touché, la foi ne s’est pas emparée de toutes ces richesses. Avoir vu la joie du ciel et être jeté en enfer !
Ceci nous amène au deuxième passage, au Psaume 52. 5-8 : « Aussi Dieu te détruira pour toujours ; il te saisira et t’arrachera de ta tente, et il te déracinera de la terre des vivants. Et les justes verront, et craindront, et ils se riront de lui : Voilà l’homme qui n’a pas pris Dieu pour sa force, mais qui s’est confié en la multitude de ses richesses, et qui se fortifiait dans son avidité ! Mais moi, je suis dans la maison de Dieu comme un olivier vert. Je me confierai en la bonté de Dieu, pour toujours et à perpétuité ».
L’un a considéré la bonté de Dieu, s’est confié dans cette bonté, et comme résultat, il est dans la maison de Dieu ; il y est comme un olivier vert. On ne connaît pas la sécheresse dans un tel lieu. Voyez l’olivier : l’hiver, l’été, il est toujours vert, toujours le même.
L’autre n’a pas considéré cette bonté, il a préféré mettre sa confiance dans des richesses périssables, et, plein d’incrédulité, il s’est privé de toute bénédiction : il doit tout quitter pour marcher vers le roi des épouvantements, sans rien emporter d’autre que le regret des bénédictions perdues.
Le contraste est grand, n’est-ce pas, entre ces deux hommes. Il vaut la peine d’y prendre garde. Aussi le croyant peut dire : « Laisserais-je ma graisse, par laquelle on honore par moi Dieu et les hommes, et irais-je m’agiter pour les arbres ? » (Juges 9. 9) Laisserais-je la bénédiction divine par laquelle je puis maintenant honorer Dieu et sacrifier la louange qui le glorifie, Lui, ce Dieu d’amour qui m’a sauvé et de qui j’ai tout reçu ?
Ayant goûté sa bonté, et me confiant en Lui pour le temps présent et l’éternité, le cœur plein de la joie du Saint Esprit, quel privilège de pouvoir déjà sur la terre honorer ce Dieu de grâce !
Celui qui glorifie ainsi Dieu est lui-même honoré de Dieu. Est-ce peu de chose ? Y a-t-il part plus désirable ? Pour posséder cette part, il faut connaître la bonté de Dieu, croire à son amour.

LE POMMIER

« Comme le pommier entre les arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé entre les fils ; j’ai pris plaisir à son ombre, et je m’y suis assise ; et son fruit est doux à mon palais » (Cantique des Cantiques 2. 3).
Voilà ce que Christ, le bien-aimé, est pour celui qui a goûté son amour : tout ce qu’un cœur peut désirer, tout ce après quoi une âme peut soupirer se trouve en Lui. « Toute sa personne est désirable » (Cant. 5. 16). Il est « plus beau que les fils des hommes » (Ps. 45. 2), son « nom est un parfum répandu » (Cant. 1. 3). Cher lecteur, connaissez-vous son amour ? Il faudrait le langage du ciel pour parler de Lui et des gloires de sa personne. Son amour est insondable ; la croix de Golgotha, seule, peut nous en donner la mesure : amour envers des méchants, des ennemis ; amour qui ne sera satisfait que par la possession de l’objet dont il veut s’emparer. « Sa bannière sur moi, c’est l’amour ». « J’ai pris plaisir à son ombre ». Quelle protection ! Près de Lui nous sommes bien gardés. Quel mal pourrait atteindre celui qui se réfugie, comme le roi David, à l’ombre de ses ailes jusqu’à ce que les calamités soient passées ? Jamais un coupable a-t-il été confus en venant à Lui ? Non, jamais Il n’a repoussé personne : Il est comme l’ombre d’un grand rocher dans un pays aride (Esaïe 32. 2).
« Je m’y suis assise » ; on y trouve donc le repos. Il est dans son amour un doux repos pour l’âme fatiguée, lassée de tout : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos », dit-Il (Matthieu 11. 28). Peut-être un lourd fardeau de péchés écrase-t-il vos épaules ; il est bien des pages de votre vie que vous n’osez regarder, que vous effaceriez avec votre propre sang s’il était possible ; les conséquences de tout ce passé se présentent devant vous dans toute leur effrayante réalité ; comme nous le lisons (Psaume 107. 17-18) : « Les insensés, à cause de la voie de leur transgression, et à cause de leurs iniquités, sont affligés ; Leur âme abhorre toute nourriture, et ils touchent aux portes de la mort ». Oh, horreur ! Qui délivrera ? « Venez à moi… » « Et il les a délivrés de leurs angoisses », la paix inonde leur cœur. C’est le sang de la croix qui a fait la paix.
Peut-être, vous êtes lassés de chercher le bonheur ? Vous avez tout essayé, mais en vain, vous vous êtes fatigué, meurtri aux ronces du chemin, vous avez expérimenté que tout est vanité sous le soleil. Répondez à son invitation et à ses pieds vous trouverez le repos, le bonheur ; en le trouvant vous trouverez toutes choses.

A Jésus on ne peut être
Ni trop tôt, ni trop longtemps.

Vous regrettez le temps passé loin de Lui, et bien d’autres avec vous. Là, à son ombre, assis à ses pieds, il y a du repos et de la nourriture pour nos âmes : « son fruit est doux à mon palais »… Comme la grappe d’Eshcol dans le désert, comme le rayon de miel de Samson sur le chemin … c’est le pain du ciel, un festin continuel. Si vous connaissiez mon Sauveur, si vous aviez goûté son amour, ah ! les choses les plus excellentes de la terre deviendraient pour vous comme les gousses que mangent les pourceaux, dans le pays éloigné où se meurt l’enfant prodigue !
J’aimerais dire quelques mots à ceux qui connaissent le Seigneur Jésus comme Sauveur : Deux fois encore, nous trouvons le pommier dans le Cantique des Cantiques. Au chapitre 7 verset 9, ce n’est plus le racheté qui parle du Seigneur, mais bien le Seigneur Lui-même : « le parfum de ton nez comme des pommes, et ton palais comme le bon vin … ». Nourris de Lui nous pouvons répandre autour de nous le parfum de sa connaissance en tous lieux (2 Corinthiens 2. 14-16) et ce qui sort de notre bouche devrait réjouir le cœur de Christ en attendant le moment où, montant du désert (8. 5) nous irons à sa rencontre, sa puissance se manifestant dans nos corps mortels. Réveillés pour ainsi dire « sous le pommier », nous dirons un éternel adieu à la souffrance et aux peines présentes : alors nous le verrons comme Il est, et son amour sera satisfait.

LE MYRTE

Je ne saurais mieux faire que de transcrire, ici, une partie de ce qu’écrivait, au sujet de cet arbre un de nos chers amis, qui, après avoir, comme un myrte céleste, répandu autour de lui le parfum du nom de Jésus pendant bien des années, est maintenant dans le repos de la maison du Père.
« J’ai reçu par la poste, il y a quelques jours, un petit paquet d’un ami en voyage dans le nord de l’Italie ; et j’ai été fort surpris de son contenu. Quelques rameaux de myrte ; et voilà tout ! Quel étrange envoi, me direz-vous peut-être ; il ne signifie pas grand-chose. L’envoi de mon ami m’a été bien sensible et m’a réjoui ; est-ce que ce n’était pas une preuve nouvelle de sa fidèle amitié ? Si je ne puis vous faire partager le plaisir que j’ai éprouvé en recevant les myrtes de mon ami, je prends occasion de son envoi pour vous faire part de quelques réflexions suggérées par son contenu, dans la pensée qu’elles ne seront pas sans profit à plus d’un parmi vous.
« Le myrte est un arbre odoriférant et toujours vert, d’environ six mètres de haut et dont les feuilles effilées sont unies et luisantes. Ses fleurs en forme de rose, sont blanches et odorantes. Aux fleurs succèdent des baies renfermant quelques semences d’une saveur piquante ; on les utilisait autrefois en guise de poivre. Cet arbre qui croît à l’état sauvage dans les pays chauds est assez commun en Palestine ; il se trouve surtout dans les endroits encaissés, au bord des rivières et fournit un gracieux ombrage.
« Deux passages du prophète Esaïe font partie de deux belles prophéties concernant le règne millénaire (règne de mille ans de Christ sur la Terre) : « Je ferai croître dans le désert le cèdre, l’acacia, et le myrte, et l’olivier ; je mettrai dans le lieu stérile le cyprès, le pin et le buis ensemble » (41. 19) et « au lieu de l’épine croîtra le cyprès ; au lieu de l’ortie croîtra le myrte » (55. 13). Quel heureux changement se produira alors sur la Terre ! Un beau symbole nous le fait connaître : « Au lieu de l’ortie croîtra le myrte ».
En principe, nous pouvons appliquer ces choses au temps actuel, en faveur de ceux qui ont reçu dans leurs cœurs l’évangile de la grâce de Dieu. Tout âme qui le reçoit est délivrée de la malédiction qui pèse sur nous à cause du péché, et rendue participante de la vie éternelle en Christ. Quel contraste entre son état précédent et celui dans lequel la grâce l’a introduit ! Pour nous servir de l’image qui se trouve dans le passage, nous dirions que le myrte a, en quelque sorte, supplanté l’ortie.
« Vous l’avez peut-être constaté maintes fois : l’ortie semble s’attacher aux pas de l’homme et marquer, par sa présence, le lieu où il réside. On retrouve cette plante, emblème de malédiction, sous tous les climats, et à toutes les altitudes, poussant aussi bien aux abords des chalets du berger et de la hutte du charbonnier que dans le voisinage de la cabane du pêcheur, comme pour rappeler, sans cesse, à chacun que le péché est dans le monde et que l’homme par sa désobéissance, l’y a introduit.
« La différence est grande entre cette plante chétive et hérissée de piquants presque invisibles et le myrte gracieux et odorant avec son délicieux ombrage. Celui-ci évoque l’idée d’un enfant de Dieu qui répand dans son entourage la bonne odeur de Christ, invitant aussi ceux qui en sont privés à jouir de la bénédiction du salut ».
Cher lecteur, ressemblons-nous à l’ortie qui pique ceux qui veulent la saisir, et qui périt sur le lieu même, ou au myrte odorant et toujours vert qui répand son parfum autour de lui, invitant le voyageur fatigué à jouir de son ombrage ? Dans ce dernier cas, bienheureux sommes-nous de posséder la bonne part. Puissions-nous en jouir richement.

LE CÈDRE

Le roi Salomon, à qui Dieu donna de la sagesse et une très grande intelligence, parla sur les bêtes, sur les oiseaux, sur ce qui rampe sur la terre et sur les poissons. Il parla aussi sur les arbres, depuis le cèdre qui est sur le Liban jusqu’à l’hysope qui sort du mur. Toutes les œuvres de Dieu sont merveilleuses pour celui qui se laisse instruire par Lui. Dieu n’a-t-Il pas fait toutes choses bien, et ne les a-t-Il pas toutes faites parce que sa bonté demeure à toujours ? (Psaume 136).
Le cèdre et l’hysope sont comme les deux extrêmes dans le règne végétal. L’hysope, cette petite plante qui sort du mur, nous montre ce qu’il y a de plus humble. Le cèdre, qui atteint jusqu’à quarante mètres de hauteur, représente ce qu’il y a de plus grand, de plus glorieux parmi les arbres : « Le juste… croîtra comme le cèdre dans le Liban » (Psaume 92. 12). Un grand arbre nous représente donc une grande puissance, mais une grande puissance sur la terre. On admire toujours son port majestueux et ses longues branches qui semblent vouloir protéger tout ce qui l’entoure.
Mais quelle valeur a tout ce qui est grand, tout ce qui a une belle apparence ici-bas, aux yeux de Dieu ? Tout ce qui est puissant, glorieux sur la terre, peut-il subsister devant la grandeur et la majesté du Dieu trois fois saint ? Le grand arbre du songe de Nebucadnetsar devint fort et sa hauteur atteignit les cieux ; on le voyait jusqu’au bout de la terre. Son feuillage était beau et sous son ombre se tenaient les bêtes des champs. Il a dû être abattu, ses branches coupées, son feuillage est tombé et son fruit a été dispersé (Daniel 4. 11-14).
Devant Dieu, « les fils des gens du commun ne sont que vanité, les fils des grands ne sont que mensonge : placés dans la balance, ils montent ensemble plus légers que la vanité » (Psaume 62. 9). C’est pour cela qu’il fallait tremper dans le sang de l’oiseau égorgé (Lévitique 14), du bois de cèdre, de l’écarlate et de l’hysope, montrant ainsi que ce qui a de la grandeur, comme ce qui a de la gloire, de même que ce qui est très petit ici-bas, n’a aucune valeur aux yeux de Dieu, car le péché a tout gâté, et n’est bon que pour la mort. Un homme peut prospérer, s’agrandir, devenir un objet d’admiration, d’envie peut-être ; tôt ou tard il tombera, et où l’arbre tombe il reste. « L’homme meurt et gît là ; l’homme expire et où est-il ? » (Job 14. 10).
Pourtant (car la grâce de Dieu brille dans toutes les pages de son livre) l’Éternel a voulu que du bois de cèdre ait une place dans la construction de son temple à Jérusalem, avec des pierres, soit ce qu’il y a de plus mort dans la création. Cela nous montre qu’Il peut introduire dans sa maison ce qui n’est en soi-même bon que pour le jugement. Mais auparavant il fallait abattre ces grands arbres, les transporter sur les vagues rageuses de la mer, bien loin du lieu où ils avaient crû, les tailler et les façonner avant qu’ils puissent figurer dans sa maison. Travail gigantesque dont seul Il est capable. Il ne méprise personne, ni grands, ni petits. Si quelqu’un prend sa place devant Lui, reconnaît son néant, sa misère, Il en fait l’objet de sa grâce et Il l’introduira dans sa maison pour l’éternité. Peut-être faudra-t-il qu’Il lui fasse faire avant un long voyage dans le monde, au milieu des peines, des difficultés, des larmes. Peut-être devra-t-Il le frapper de bien des coups ; peu importe. Par toutes ces choses, Il le formera pour le séjour glorieux pour lequel Il le destine. Dieu, pour qui toutes choses sont possibles, peut le faire pour un grand de ce monde comme pour un pauvre esclave, de telle sorte que le frère de basse condition pourra se glorifier dans son élévation, et le riche dans son abaissement.

LE ROSEAU

« Voici, tu te confies en ce bâton de roseau cassé, en l’Égypte, lequel, si quelqu’un s’appuie dessus, lui entre dans la main et la perce. Tel est le Pharaon, roi d’Égypte, pour tous ceux qui se confient en lui » (2 Rois 18. 21 ; Esaïe 36. 6). Que Dieu répète deux fois la même parole nous en montre toute l’importance. Vous, qui vous appuyez sur le monde, qui vous confiez dans ses ressources, sachez que dans le monde tout est vanité, que Satan en est le prince et que, tôt ou tard, cet appui vous fera défaut, et que vous serez transpercé de beaucoup de douleurs. L’Égypte et le monde, le Pharaon et Satan, cela se ressemble : ce sont tous des roseaux cassés.
« Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? » (Matthieu 11. 7 ; Luc 7. 24). Encore un passage qui nous est donné deux fois. Ici, le roseau c’est l’homme dans sa faiblesse, dans sa petitesse et son agitation. La moindre manifestation de puissance de Dieu l’effraye, le fait trembler et courber la tête. Belshatsar, tout roi qu’il était, ne ressemblait-il pas à un roseau agité par le vent, lorsqu’une main écrivit sa condamnation sur la muraille vis-à-vis du chandelier ? Il changea de couleur, ses pensées le troublèrent, les liens de ses reins se délièrent et ses genoux se heurtèrent l’un contre l’autre (Daniel 5. 5-6). Que l’homme est petit en présence du jugement de Dieu ! Et pourtant sitôt que la main de Dieu se retire de dessus lui, comme le roseau, il se redresse, plus orgueilleux que jamais.
Le Seigneur « ne brisera pas le roseau froissé » (Esaïe 42. 3). Touchante grâce de Dieu envers un être aussi chétif qu’un roseau froissé ! Sa bonté n’est-elle pas propre à pousser à la repentance ? Le Seigneur est venu en grâce pour sauver ceux qui ont le cœur brisé. Peut-être y a-t-il un lecteur de ces lignes qui sent sa faiblesse, sa petitesse en présence de la majesté divine, la fragilité de son existence, le poids de sa misère, et qui tremble en pensant à ses fautes passées ? Le Seigneur ne brisera pas le roseau froissé !
Enfin, nous retrouvons le roseau parmi les aromates les plus excellents qui entraient dans la composition de l’huile de l’onction (Exode 30. 23), avec laquelle étaient oints le tabernacle et tous les ustensiles, de même que Aaron, le grand sacrificateur, et ses fils : le roseau aromatique. Tout, dans le lieu saint, devait répandre un parfum exquis qui rappelait le parfum du nom de Jésus, la bonne odeur de sa connaissance. Parmi tous les parfums qui s’exhalent de sa personne, quelle suave odeur que celle qui découle de son abaissement, de son humiliation volontaire jusqu’à la mort, la mort de la croix ! Il a été un homme comme nous, mais sans péché, un homme de douleur ; mais quelle perfection dans son abaissement, quel parfum se dégagea de sa parfaite humanité ! Un roseau aromatique !

LE LIS

« Considérez les lis, comment ils croissent, ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que même Salomon, dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Et si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui au champ et qui demain est jetée dans le four, combien plus vous vêtira-t-il, gens de petite foi » (Luc 12. 27-28).
Considérez une fleur qui passe : aujourd’hui elle est parée des plus brillantes couleurs, demain elle sera flétrie, le jour suivant nous la chercherons en vain … elle n’est plus ! Dans les petites choses nous pouvons apprendre de grandes leçons à la condition de nous laisser enseigner par le Dieu qui fait des merveilles. « Considère ce que je dis car le Seigneur te donnera de l’intelligence en toutes choses », dit l’apôtre Paul à son enfant Timothée (2 Timothée 2. 7). D’où vient notre incrédulité, si ce n’est de ce que nous ne savons pas considérer les œuvres du Dieu Créateur ? Et d’où notre ignorance et notre folie, si ce n’est de ce que nous ne considérons pas attentivement ce que nous dit la Parole de notre Dieu Sauveur ?
Écoutons ce qu’Il veut nous faire connaître par cette jolie fleur, le lis. Premièrement, elle nous parle de la sagesse et de la grandeur du Créateur : Une graine tombe en terre, quelques jours plus tard une petite tige verte perce le sol, elle grandit, se couvre de feuilles, puis un bourgeon se développe, grossit et finit par s’ouvrir laissant sortir une fleur aux formes élégantes et paré des couleurs les plus délicates. Comment en dépeindre la beauté lorsque la rosée du matin vient la couvrir comme de minuscules diamants qui étincellent aux premiers rayons du soleil ? Qui oserait dire que cela s’est fait tout seul, que nulle sagesse n’en a conçu le plan, et qu’une main invisible ne montre pas ici sa puissance ? Oh ! Folie de l’incrédulité d’un cœur aveuglé par le prince des ténèbres !
Autre chose : La fleur de lis ne fait que passer ; toute sa beauté ne dure qu’un instant et nous l’entendons nous crier bien haut : « Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe, l’herbe a séché et sa fleur est tombée, mais la parole du Seigneur demeure éternellement » (1 Pierre 1. 24-25). Solennel avertissement qui se fait entendre aux oreilles de toute chair ! Nous ne faisons que passer, et combien rapidement ! Bientôt ce corps plein de vie et de santé, qui souvent est orné avec tant de vanité, va tomber dans la corruption : un objet de répulsion, de dégoût …
Mais, ô précieuse grâce, la Parole de notre Dieu demeure éternellement et elle nous fait connaître Celui qui a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile. Christ est la résurrection et la vie, ceux qui ont cru en Lui et dont les corps sont descendus dans la poussière, ressusciteront en des corps glorieux à la venue du Seigneur, et ceux qui seront trouvés vivants sur la terre à ce moment-là ne mourront point à jamais (Jean 11. 25-26).
En terminant, un enseignement à ceux qui sont les disciples du Seigneur : Ne vous mettez pas en souci pour les choses nécessaires à la vie présente. Le Seigneur s’en occupe. S’il revêt si richement l’herbe des champs, ne vêtira-t-Il pas les siens, ses bien-aimés ? S’il revêt de telles couleurs les lis des champs, sa puissance est-elle moins grande en faveur de ceux auxquels Il a donné la vie ? Un Salomon avec toutes ses richesses n’a pas pu se parer d’un vêtement aussi éclatant que celui des lis. Quel bonheur de connaître le Seigneur et de pouvoir se confier en Lui pour le temps et l’éternité !

L’AMANDIER

Lorsque, vers le fin de l’hiver, toute la création est encore endormie, quand les arbres, dépouillés de leurs feuilles, semblent vouloir ne jamais se réveiller, voici un arbre précoce qui n’en attend aucun et qui se couvre de fleurs blanches. Comme une sentinelle vigilante, il annonce le prochain retour des beaux jours, alors que personne n’y songe encore : c’est l’Amandier, l’arbre vigilant, « l’arbre qui veille » (Jérémie 1. 11-12).
Dans ce passage, Dieu nous fait savoir qu’Il veille sur sa Parole pour l’exécuter, que ce soit en grâce, que ce soit en jugement. A-t-Il fait des promesses, Il les accomplira certainement en leur temps. A-t-Il annoncé des jugements : ils auront lieu, malgré toute sa patience, si les coupables auxquels Il s’adresse ne se convertissent pas. Ceux dont parle le prophète Jérémie avaient depuis longtemps oublié leur Dieu : « Cieux, soyez étonnés de ceci, frissonnez, et soyez extrêmement confondus, dit l’Éternel. Car mon peuple a fait deux maux : ils m’ont abandonné, moi, la source des eaux vives, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées qui ne retiennent pas l’eau » (Jérémie 2. 12-13). Les cieux mêmes sont appelés à être étonnés et à frissonner en voyant la folie de ce peuple : il s’était éloigné de Dieu, qui est la source de tout bonheur, et se fatiguait pour ce qui ne peut satisfaire le cœur. Pourtant, ce Dieu ne les avait pas oubliés ; Il se souvenait d’eux dès le commencement. Son amour, toujours le même en leur faveur, n’avait pas varié.
Que devait-Il donc faire ? Exercer le jugement ? Non. Il est un Dieu plein de grâce et miséricordieux. Il fait des promesses à ceux qui se repentent et Il annonce le jugement à ceux qui s’obstinent dans leurs mauvaises voies.
Comme les fleurs de l’amandier annoncent le printemps, la Parole de Dieu annonce ce qui va arriver, et qui arrivera certainement, car Dieu veille sur sa Parole pour l’exécuter.
C’est ce qui eut lieu, en effet, quand ce peuple rebelle, qui n’a rien voulu écouter, qui a persécuté le prophète et refusé ses avertissements, est allé en captivité. Le roi lui-même a été précipité dans les ténèbres pour toujours (on lui creva les yeux), après avoir eu pour dernière vision le malheur qui a atteint ses fils égorgés devant lui. Ni ses chevaux, ni la porte entre deux murailles, rien n’a pu le délivrer. Dieu veillait sur sa Parole ! Jérémie, après avoir averti, exhorté, a dû voir le jugement qu’il avait prédit. Les dernières pages de son livre nous en font le récit ; puis ses « Lamentations » nous font connaître la douleur de son cœur en voyant le malheur de ce peuple qui n’avait rien voulu écouter. Avec quelle vigilance aussi Dieu avait veillé sur son serviteur Jérémie et sur Ébed-Mélec, qui lui avait témoigné de la bonté.
Aujourd’hui encore, Dieu veille sur sa Parole pour l’exécuter. Il donne la vie éternelle à quiconque croit en son Fils, mais sa colère demeure sur celui qui lui désobéit. Ce que sa bouche a dit sa main l’accomplira.
Nous trouvons aussi les fleurs d’amandier au chandelier d’or qui était dans le sanctuaire, et nous nous réservons, si Dieu nous en fait la grâce, de traiter plus tard ce sujet, en nous occupant en détail du Sanctuaire. Pour aujourd’hui, nous nous bornerons à rappeler que dans le tableau de la décrépitude du corps humain (Ecclésiaste 12), où, sous le soleil, les jours mauvais arrivent promptement, l’amandier, qui fleurit très tôt, nous rappelle que la vieillesse est vite là De bonne heure nos cheveux blanchissent comme les fleurs de l’amandier, et nous rappellent que ce qui vieillit est près de disparaître. « Car l’homme s’en va dans sa demeure des siècles, et ceux qui mènent deuil parcourent les rues » (12. 5). « Le jeune âge et l’aurore sont vanité » (11. 10).

LE MÛRIER

Trois fois, dans le saint livre, nous trouvons le mûrier, cet arbre si commun dans le Midi. Le plus connu de ces passages se trouve dans l’évangile de Luc (17. 6), où les apôtres ayant quelque peu conscience des difficultés qui se trouveraient sur leur chemin en suivant le Seigneur, lui disent : « Augmente-nous la foi ». Le Seigneur leur répond : « Si vous avez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait ».
Il semble que les puissantes racines du mûrier donnent à cet arbre un caractère symbolique. Déraciner un mûrier n’est pas chose facile, le planter dans la mer est une impossibilité, lui commander de le faire lui-même, une double impossibilité. Suivre un Christ rejeté, pardonner sept fois un même jour notre frère qui pèche contre nous, user de grâce sans cesse, faire tout ce qui nous est commandé dans la Parole, constitue autant d’impossibilités pour des êtres coupables comme nous le sommes. Mais pour le Dieu Tout-puissant, y a-t-il des impossibilités ? Pourrait-Il être arrêté par un obstacle quelconque ? La folie de nos cœurs pourrait-elle, même, l’empêcher de garder et de conduire ceux qui se confient en Lui ? Le chemin qui conduit à la gloire est rempli de difficultés pour l’incrédule. Pour les dix espions, le pays d’Israël était bien un bon pays, mais, disaient-ils, nous ne sommes pas capables d’y monter : il y a des géants, retournons en Égypte ! Pour Josué et Caleb, les deux espions fidèles, les difficultés n’existaient pas : « Si l’Éternel prend plaisir en nous, il nous fera entrer dans ce pays-là et nous le donnera » (Nombres 14. 8). Il en est de même pour celui qui croit Dieu, et croyant en Lui il peut Lui obéir, sachant que c’est Lui qui prend à sa charge les conséquences de notre obéissance à sa Parole.
Le second passage où il est question du mûrier se trouve au premier livre des Chroniques (14. 14-15). David était en lutte avec des ennemis de l’Éternel, et c’est ce qui arrive nécessairement lorsque nous sommes fidèles. David interroge l’Éternel. Il avait donc le désir de Lui obéir. C’est toujours ainsi qu’il faut agir, sachant que Lui seul peut nous conduire en toutes circonstances : « Tourne autour d’eux, et tu viendras contre eux vis-à-vis des mûriers » fut la réponse. En agissant ainsi, il se trouvait devant des difficultés qu’il voyait en face, de manière à en connaître toute l’étendue. Qu’importe ; là nous apprenons à connaître notre incapacité entière, et nous voyons la délivrance de Celui qui est au-dessus des difficultés. « Aussitôt que tu entendras sur le sommet des mûriers un bruit de gens qui marchent, alors tu sortiras pour la bataille, car Dieu sera sorti devant toi pour frapper l’armée des Philistins ». Si Dieu combat pour nous, quel ennemi peut subsister devant Lui ? Il est là avec sa toute puissance pour délivrer ceux qui se confient en Lui, ceux qui le recherchent dans leurs difficultés et leurs détresses.

AU BORD DE L’ABÎME

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AU BORD DE L’ABÎME

Fils et petit-fils d’officier, je fus destiné dès ma naissance à la carrière des armes.
Tant que je restai sous le toit familial, grandissant dans la crainte de Dieu, comblé de chaude affection, je coulais les jours les plus heureux. Au petit lycée de M… j’étais noté comme l’un des meilleurs élèves de ma classe.
Malheureusement, ma mère fut ravie à mon affection, et mon père, dans l’impossibilité de surveiller mon éducation, me plaça interne, alors que j’avais à peine onze ans, dans un établissement militaire.
Ce fut ma perte.
Une grande sévérité était la règle de l’École, et cette sévérité s’aggravait d’un manque total de la plus élémentaire psychologie.
De plus, l’établissement était fort éloigné de la maison paternelle, et je ne m’en échappais qu’aux grandes vacances.
Cette discipline rigoureuse, s’imposant par des punitions cruelles ou absurdes, au moindre manquement, me meurtrit profondément et finit par me révolter. En sorte que, le contact de camarades vicieux aidant, toutes les bonnes influences dont avait été bénie mon enfance disparurent.
C’est ainsi que je ne tardai pas à perdre toute crainte de Dieu, en même temps que tout goût pour l’étude ; j’en arrivai même à me faire une gloire d’être des premiers parmi ceux qui raillaient les choses de la religion et d’avoir la réputation d’être l’un des plus indisciplinés de l’École.
Dans ma soif de liberté, dans ma hâte de fuir un lieu que j’avais en horreur, je partis dès que mon âge le permit, tronquant mes études malgré les supplications de mon père, et m’engageai comme volontaire de l’armée d’Afrique.
La passion que j’avais pour le cheval, la vie active du régiment, la liberté relative dont on y jouissait, déterminèrent au début un heureux changement en moi. Une réaction salutaire se produisit : elle ne fut malheureusement pas de longue durée.
La mutilation de mon être moral, produite par l’abandon de toute piété et la perte du plus nécessaire contrôle spirituel sur ma nature impulsive et orgueilleuse, n’allait pas tarder à produire ses funestes conséquences.
Ce fut d’abord une terrible vague de pessimisme qui déferla sur moi ; ensuite le relâchement des mœurs.
Que peut, en effet, une conscience mal instruite, que peut un cœur jeune et passionné, pour repousser les assauts des tentations les plus violentes, sans l’appui de Dieu ?
J’en fis l’humiliante expérience, et mon désaxement intellectuel, moral et spirituel, ne fit qu’empirer au cours de ces cinq années, malgré l’apparence respectable que gardait la façade.
Je n’incriminerai personne. La cause de mon mal n’était-elle pas en moi ? N’était-elle pas moi-même ? Ne se rattachait-elle pas à ma rupture avec les lois fondamentales de la vie ? L’homme, séparé de Dieu, est incapable de tout véritable bien ; il ne peut connaître de véritable paix, de véritable bonheur.
Mais comment aurais-je compris cela ? Seule, la connaissance de l’Évangile révèle à l’homme sa misère native, et cet Évangile m’était à peu près inconnu. A vingt ans passés, je ne l’avais encore jamais ouvert !
Pour tout bagage religieux, je ne possédais que la vague instruction que reçoit en vue de sa première communion, un enfant de onze ans, et je ne connaissais des Écritures Saintes que quelques bribes…
« De quel droit, au reste, me disais-je, jugerais-je les autres, moi qui ne suis pas meilleur qu’eux ? N’étais-je pas obligé de constater mon impuissance à maîtriser mes instincts et mes colères, rouge de honte quand je me retrouvais, de sang-froid en tête-à-tête intime avec le meilleur de moi-même ?
D’autre part, et bien que n’eusse jamais eu à en pâtir personnellement, l’injustice, l’égoïsme cruel, sur quoi ce monde est bâti m’oppressaient. Cette absurdité, cette contradiction sans nom, d’un Dieu bon jetant l’humanité sur la terre dans des conditions où il lui est impossible de vivre heureuse, m’exaspéraient.
Que ne l’avait-il laissée dans le néant !
« Seul un Dieu incohérent peut présider à l’incohérence qui est la règle suprême de cet univers. Et je voyais là l’irréfutable preuve de l’inexistence d’un Dieu juste et sage, du moins du Dieu des chrétiens.
Telle était mon ignorance des choses de l’Esprit.
« Et si, dans l’armée, me disais-je, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais, que sera-ce dans la vie civile ?… »
« Alors, à quoi bon vivre pour se plaindre sans cesse, pour mépriser les autres et se mépriser soi-même ? Ne vaut-il pas mieux en finir tout de suite ?
La mort, je n’en avais pas peur : je le croyais du moins. Je l’avais déjà vue de si près : duel, sévères chutes de cheval, etc.
A vingt ans, je la saluais comme l’unique espérance, à vingt ans… !
Mes cinq années de service terminées, je quittai donc le régiment, refusant de contracter un engagement de sous-officier et mon projet de suicide s’affermissant de plus en plus, je vins à Paris.
Mais au souffle de la vie intense et fiévreuse de la capitale, j’eus un nouveau sursaut de courage et voulus tenter encore une chance de vivre.
Muni de certificats militaires, de lettres de recommandation de mon ancien colonel, d’amis de mon père, je posai ma candidature à un emploi dans les Grandes Compagnies d’Assurances et de Chemins de fer, où de formelles promesses me furent faites. Et, en attendant qu’une place se présentât, je passais mes longues journées à la bibliothèque Sainte Geneviève, recherchant naturellement, les auteurs philosophes dont les écrits correspondaient à mon état d’âme.
La tristesse que suscite le philosophe d’en bas est génératrice de désespoir. C’est la « tristesse du monde » qui, dit l’apôtre Paul, « mène à la mort ».
Mais l’autre tristesse, celle qui, trouvant sa première expression dans l’Ecclésiaste se change dans l’Évangile de Jean en « joie, pleurs de joie », la tristesse qui est selon Dieu, est une tristesse qui mène à la vie. J’allais bientôt la connaître.
En attendant, pour moi, le suicide devenait de plus en plus mon idée raisonnée, que je caressais, comme une pensée chère.
Je m’en irai à l’étranger, à Bruxelles. Personne ne m’y reconnaîtra ; il ne faut pas de scandale, à cause de ma famille.
Je pris alors mes dernières dispositions. J’eus même la cruelle inconscience de prévenir par lettre mon pauvre père, et quelques autres parents, de ma fatale résolution.
Je m’étais si bien persuadé que la vie ne vaut point le prix que tant de personnes y attachent que je m’efforçais, dans les lettres où j’annonçais ma détermination, de démontrer que mon acte était pleinement logique, qu’il n’y avait vraiment aucune raison de s’en affliger. Telle était mon aberration.
Quant à Dieu, à supposer qu’il existe, il est bien trop étranger à tout ce qui se passe sur la terre pour que je me soucie de sa permission…
Peut-être aussi, en écrivant ces lettres, obéissais-je inconsciemment au secret mobile de couper les ponts derrière moi, car je détruisis également d’importants papiers, mon livret militaire, entre autres.
Ah ! Malgré plus de cinquante années de recul, quand je me revois en cette matinée, exceptionnellement belle et radieuse de soleil et de vie, comme si la nature elle-même conspirait à me représenter ma folie, quand je me revois prenant mon billet à la gare du Nord, perdu dans la foule des voyageurs affairés, et débarquant à la tombée de la nuit à Bruxelles, dans cette ville étrangère et inconnue, une intense émotion m’étreint encore le cœur.
Un souvenir, entre autres, de ce lugubre voyage, demeure particulièrement vivant en ma mémoire.
Dans mon compartiment avait pris place une jeune femme tenant un bébé dans les bras. Je regardais l’enfant avec une intense compassion et je me disais : « Pauvre petit, que vient-il faire dans ce monde ! Quel avenir l’attend ! » Et j’éprouvais un profond soulagement de ne laisser au moins aucun enfant derrière moi… !
Le courage et la force d’aller jusqu’au bout de la mortelle aventure, je les puisais dans ma hâte d’en finir.
Je n’avais sur moi, outre la seringue achetée à Paris, place Saint-Michel, que mon inséparable livre, un livre d’un philosophe comme Évangile, ma montre et quelque argent.
Ma chambre retenue à l’hôtel, j’entrai dans un restaurant. Peu d’instants après, survinrent deux jeunes gens, porteurs de journaux et habillés d’une façon un peu étrange. Ils firent le tour de la salle, offrant leur journal sans aucun succès.
Ma curiosité avait été éveillée et je demandai à mon voisin :
« Qui sont ces gens-là ? » « Oh ! C’est l’Armée du Salut » me dit-il en ricanant. J’oubliai bientôt l’incident.
Le lendemain, tout bien réglé, j’entrai dans l’établissement de bains du boulevard Anspach, non loin de la Bourse.
« Me voilà enfin au bout de mon voyage… »
Mais lorsque, la seringue à la main, je m’apprêtais à me piquer, soudain une horreur indicible de ce que j’allais faire envahit mon être, brisant toute volonté en moi. Ma fameuse philosophie en laquelle j’avais tant de confiance, la conviction qu’après cette vie tout était fini et bien fini, que c’était l’éternel silence, brusquement tout cela tomba. Une angoisse intraduisible me saisit et je restai un long moment immobile, le corps inerte, mais l’esprit passant par toutes les transes de l’agonie.
D’instinct, j’ouvris le robinet d’eau froide et en approchai la tête pour me ranimer.
Puis je pensais : peut-être n’étais-je pas athée, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que je n’étais pas un croyant, et cela depuis longtemps, treize ans au moins.
J’étais donc un lâche ? Vraiment, je ne pense pas avoir cédé à pareil sentiment. La mort, je l’avais froidement, et à trop de reprises défiée, au cours de mes années de service, pour pouvoir être accusé ici de lâcheté.
Analysant aujourd’hui, avec la sérénité que permettent plus de soixante années d’âge, tous les détails de ces événements, sur des notes prises il y a cinquante ans, j’attribue l’impossibilité où je fus de consommer mon acte à deux causes : d’abord la révolte physique de mes vingt-trois ans pleins de santé et de force, alors qu’aucun aiguillon d’ordre matériel, ou passionnel, ne m’acculait au suicide ; ensuite, et surtout, l’intuition mystérieuse de l’irréparable qui allait se produire, et que mettait à mon insu en moi Celui qui connaissait mieux que moi mon cœur, qui savait que j’étais sincère, et qui, malgré mes blasphèmes, voulait me tendre encore une planche de salut.
Comme un automate, je me rhabillai ; mais une fois dans la rue, une grande honte me prit de ce que je considérais uniquement à cet instant, comme une lâcheté, et la question aussitôt brutalement se posa : « être ou ne pas être ».
Être ? Mes papiers détruits, mes lettres écrites… Je serais couvert de ridicule. Non, ce n’est plus possible. Je n’ai plus le droit de vivre.
Suivant le boulevard qui mène à la gare du Nord, sans savoir où me portaient mes pas, je traversai une avenue plantée d’arbres quand mes regards furent attirés par une grande enseigne fixée à un balcon et portant ces mots : « Armée du Salut ».
Alors seulement, je me rappelai les deux jeunes gens de la veille. Je m’approchai, voulant me rendre compte de ce que pouvait bien être cette Armée du Salut qui par deux fois traversait ma route.
Aux fenêtres du rez-de-chaussée, des journaux, des traités, des photographies, exposés en vitrine. Un coup d’œil sur les écrits m’apprit que j’étais en présence d’une affaire religieuse. Une pancarte annonçait une réunion pour le soir.
« Irai-je à cette réunion ? A quoi bon ? Ne savais-je pas à satiété que toutes les religions se ressemblent, qu’elles ne tendent qu’à exploiter la crédulité du monde ? »
Et, tournant le dos, je repris ma triste promenade, déambulant dans les rues comme une hallucination, et repris par la hantise du suicide.
La demie de sept heures sonna, me rappelant avec une force étrange la réunion du soir. Une voix secrète m’y appelait. J’étais assez loin du boulevard Baudoin : après un moment d’hésitation, je m’y dirigeai à grands pas. A ma surprise, je trouvai la porte du local fermée.
J’avais pourtant bien cru entendre sonner huit heures, et ma montre indiquait huit heures passées.
Contrarié, d’autant plus qu’il faisait froid et que je ne me souciais pas d’attendre dehors, je fis demi-tour, décidé à passer ma dernière soirée à l’Alhambra.
Je n’avais pas fait cent pas que, levant les yeux, j’aperçus au coin du boulevard une horloge qui marquait huit heures et deux minutes. Je m’arrêtai net et la réflexion me vint : « Si cette porte était fermée c’est que huit heures n’avaient pas encore sonné ». Une force mystérieuse me ramenait devant la salle. Elle était maintenant ouverte. J’entrai.
Auditoire ouvrier, d’une vingtaine de personnes, dont quelques jeunes gens forts grossiers et turbulents.
Aux murs blancs, quelques écriteaux religieux : « Dieu est amour. Cesse de faire le mal. Dieu te cherche ».
« Dieu, Dieu, il y a longtemps moi aussi que je le cherche, mais je n’ai jamais pu le trouver… » Et m’appuyant au dossier du banc en face de moi, je pris mon front dans les mains. La réunion commençait. Ce furent d’abord des chants dont les paroles avaient pour moi un sens très obscur.
L’entrain des cantiques, la joie avec laquelle on les chantait, le bruit des tambourins, tout cela, m’impressionnait défavorablement.
« Si ces gens avaient la moindre idée de la souffrance qu’il y a dans le monde seraient-ils joyeux ?… »
Cependant, l’un des officiers qui présidaient se leva et se mit à lire l’Évangile. C’était la parabole de l’enfant prodigue. Les premiers mots me firent l’effet d’un coup de massue.
« Un homme avait deux fils ; et le plus jeune d’entre eux dit à son père : Père, donne-moi la part du bien qui me revient… (il) s’en alla dehors en un pays éloigné… »
Quelle évocation de mon histoire !
Une émotion intense, impossible à maîtriser, s’empara de moi. Pour cacher mes larmes, j’enfouis ma tête dans mes bras.
Et les paroles de l’immortelle parabole martelaient le cœur, le broyaient.
« Étant revenu à lui-même… je lui dirai : Père, j’ai péché… son père le vit et fut ému de compassion… »
Point de belles phrases, dans le commentaire qui suivit, point de ce parler affecté qui marque les habituels sermons religieux. Heureusement, car un tel langage eût, de toute certitude, réveillé mes instincts de sceptique et de raisonneur. Pour la première fois de ma vie, j’entendais le simple Évangile, je l’entendais commenter dans la langue des humbles, en termes et avec un accent qui, par leur naïveté même, désarmaient mon esprit et m’allaient droit au cœur.
« Et au lieu de punir son fils coupable, disait en terminant l’évangéliste, le père fut si heureux du retour de l’enfant perdu qu’il fit une grande fête dans sa maison.
« Nous avons au ciel un Père, qui aime d’un amour infini et pardonne, sans faire aucun reproche, ses enfants égarés si seulement ils veulent revenir à lui.
« N’y aurait-il pas ce soir quelqu’un dans cette salle qui voudrait, comme l’enfant prodigue, revenir à la maison paternelle ? »
Je n’osais plus lever la tête de peur de rencontrer les regards de cet homme qui connaissait si bien mon histoire. Et puis, je n’aurais pas voulu que l’on vît mes larmes, ces larmes de remords.
L’allocution terminée, l’auditoire fut invité à se mettre en prière. Courbé par une main invisible, je me mis aussi à genoux. Je pouvais ainsi pleurer plus à mon aise. Prier ? Je n’en étais pas encore là. Assurément, mes yeux commençaient à s’ouvrir sur un monde nouveau, la conviction de mes fautes m’accablait. Mais vis-à-vis de qui étais-je coupable, vis-à-vis de mon père ou de Dieu ?
« La réunion est terminée » fut-il annoncé. Et l’auditoire commença à se disperser. Mais je ne me relevai pas. Je me sentais cloué sur ce banc.
J’entendis que l’on s’approchait. On me toucha l’épaule. Soulevant un peu la tête, je me vis entouré d’hommes et de femmes à genoux.
« Qu’avez-vous, cher camarade ? » me demanda-t-on. Ces simples mots de « cher camarade » prononcés avec une évidente sympathie, trouvèrent un écho dans mon cœur. On aimait donc ici les gens sans les connaître ?
« Ne sentez-vous pas que vous devez vous mettre en règle avec Dieu ? Il vous cherche, ce soir »
« Je ne crois pas en Dieu ».
« Il n’est alors pas surprenant, me répondit-on, que vous soyez malheureux. Revenez à ce Dieu qui vous cherche, dont vous avez entendu l’appel ce soir ».
« Je le veux bien » fis-je, prenant brusquement ma détermination.
« Alors, dites-le lui, simplement et prions ensemble ».
Pour toute réponse je tirai de ma poche le volume de philosophie et ma seringue, et tendis à mes nouveaux amis ces deux objets. Puis, comme on insistait affectueusement, je racontai en quelques mots ma triste histoire. On comprend quel besoin j’avais ainsi de dégonfler un peu mon cœur.
Cependant, une angoisse continuait à peser sur moi. L’abandon du livre et de la seringue m’avait un peu soulagé. Mais il me manquait encore quelque chose. Quoi ? Je n’aurais su le dire.
Frappé de mon émotion comme de mon réel repentir, l’officier expérimenté qui me parlait comprit que le moment était venu pour moi de saisir par la foi le pardon de Jésus-Christ.
« Nous allons prier », dit-il.
Dans mon absolue ignorance de la véritable prière, je me mis en devoir de réciter les prières toutes faites dont je pouvais me souvenir encore.
« Non, ce n’est pas avec des prières récitées que l’on peut se faire écouter de Dieu. Parlez à Dieu comme vous feriez à votre père, s’il était présent, et que vous lui demandiez pardon ».
Alors montèrent, accompagnées de sanglots, les paroles de repentir et d’humiliation dont mon cœur débordait. Et l’on me pressa aussitôt de croire sans crainte au pardon de Dieu, de croire que le sang du Christ, répandu au Calvaire, purifiait mon cœur de tous ses péchés, le rendait, malgré sa souillure, blanc comme neige.
Mais croire, croire, comment croire en une chose que je m’étais si bien démontrée absurde, impossible ? Croire au sacrifice de Jésus pour la rédemption du monde, pour le salut de mon âme, croire même que j’avais une âme, alors que mon raisonnement, que ma philosophie, que toutes mes objections, souvenirs et autres, venaient livrer à mon esprit hésitant un suprême assaut ? C’était au-dessus de mes forces. Je ne le pourrais jamais.
Il y avait, me semblait-il, me barrant la route, une énorme porte massive, aux multiples barres d’acier, défiant tous mes efforts, une puissance fatale qui anéantissait ma volonté.
Cette puissance, je ne la comprenais que trop, c’était le doute, c’était mon incrédulité.
Et si l’on m’avait laissé partir avec ce vide effroyable au cœur, c’était fini. Abandonné au désespoir, j’étais perdu. Oui, si à ce moment l’on se fût lassé – depuis plus d’une heure et demie, on luttait pour moi, on intercédait à genoux – si l’on m’eut renvoyé à moi-même, seul avec mon affreux cauchemar, c’en était fait de moi.
A cet instant précis, je compris clairement que l’obstacle était au fond de moi-même : je n’avais pas absolument répudié l’idée du suicide – tant sont impénétrables et tortueux les replis du cœur humain. Je faisais encore la secrète réserve : Si cela ne doit pas réussir de croire, il me reste toujours la porte dérobée. Tel était le dernier bastion de mon cœur incrédule.
Et je vis que je n’étais pas absolument loyal envers ce Dieu que je prétendais chercher sincèrement. Je devais accepter la condition qu’il mettait à se révéler à moi : me soumettre, m’abandonner à sa volonté, sans réserve, sans ombre d’arrière-pensée, briser définitivement avec l’idole secrète. Dans un dernier sursaut d’énergie, je repoussai enfin la pensée sinistre, je me remis de toutes mes forces à vouloir croire…
Et je crus !
Et ce qui se passa fut aussi soudain, aussi éblouissant qu’un éclair. Une vision rapide, mais qui a plus de cinquante ans de distance m’apparaît toujours aussi précise, aussi vivante, me fit contempler mon Sauveur sur la croix, me jetant un regard d’amour. Ce fut comme un trait d’éclatante lumière pénétrant jusqu’au plus profond repli de mon cœur ; ce fut la joie éclatante, le ravissement inexprimable…
Ce fut le « Joie, joie, pleurs de joie », que connut Pascal quand il reçut le baiser du pardon divin. Mes larmes de remords, de repentir, de désespoir, s’étaient instantanément, miraculeusement – et quel miracle est plus grand que la conversion d’une âme ? – transformées en larmes de bonheur et de reconnaissance.
J’étais sauvé.
Oh ! Quel sens inouï, dont les mots sont impuissants à rendre la poignante réalité, ce mot « sauvé » prenait pour mon âme : plus de condamnation intérieure, plus de doutes. La certitude absolue du pardon de Dieu.
La morbide et mortelle hantise du suicide faisait place à la joie de vivre, au repos d’esprit parfait.
Je savais, je sentais véritablement que mon cœur était devenu plus pur, plus blanc que la neige. Ces amis inconnus ne m’avaient pas trompé.

Apprenant que j’avais annoncé ma mort à mon père, on s’émut :
« Écrivez-lui immédiatement que vous êtes sauvé ».
Mais une meilleure idée suivit : Non, un télégramme, il peut encore arriver à temps. En effet, de télégramme : Suis sauvé, lettre suit, que je courus porter à la grande poste, qui ne fermait qu’à minuit, devança de deux heures la lettre jetée à la frontière belge.
Il était onze heures et demie du soir.
En chemin vers mon hôtel, levant les yeux, je vis le ciel magnifique, resplendissant d’étoiles, et le ciel me parut tout près, tout près à toucher…
C’est que j’y avais maintenant la meilleure partie de moi-même, j’y avais mon trésor. Ce ciel où je venais d’être introduit, ce salut que Dieu venait de m’accorder, m’apparaissaient de moment en moment plus sublimes, plus merveilleux.
En me disant au revoir, mes amis m’avaient remis une Bible. Une Bible. Comme à peu près tous les jeunes gens de mon âge, je n’en avais jamais ouvert une. J’en feuilletai le soir même les premières pages. Ces mots, répétés après chacune des différentes phases de la création, au premier chapitre de la Genèse, « Et Dieu vit que cela était bon » me frappèrent plus particulièrement.
La veille, ils eussent provoqué une révolte de tout mon être.
Bonne, la création ? Mais tout n’était-il pas mauvais, injuste, abominable, marqué du plus effroyable égoïsme, sur cette malheureuse Terre ? Le néant n’eût-il pas été infiniment préférable ?
Bien au contraire, je découvrais, par ma propre expérience, que le désordre, l’injustice, la souffrance d’ici-bas, dans le monde physique aussi bien que dans le monde animal et chez l’homme, ne pouvaient être imputés à Dieu ; que, conséquence de la révolte de l’homme contre son Créateur, ils étaient le fruit direct du péché.
Ces choses, je ne les comprenais encore que confusément, sans doute ; mais enfin le voile affreux de mes ténèbres se déchirait. J’étais comme un aveugle-né dont les yeux se seraient subitement ouverts et qui partirait à la découverte d’un monde jusqu’alors inconnu. Né d’En-Haut depuis quelques heures à peine, ce monde nouveau où je faisais mes premiers pas était le monde de l’Esprit. Et comme un écho aux paroles du Saint-Livre, mes lèvres murmuraient : « Oui, mon Dieu, tout ce que tu as fait, tout ce que tu fais, toi, est bon, est parfaitement bon ».
J’aurais voulu ne pas m’endormir, craignant de ne point retrouver à mon réveil une aussi grande joie…
Mais mon réveil se fit dans le même élan de bonheur : je retrouvai le même sourire de mon Dieu.

Quelles résolutions furent prises cette nuit-là, quels engagements, quels vœux ! Et lorsque je me reporte à cette nuit, la plus belle de ma vie, et que je me rappelle toutes les promesses que m’y fit mon Dieu Rédempteur, je puis proclamer à Sa gloire qu’au cours de tant d’années, passées au travers de bien des luttes, de bien des épreuves, de deuils déchirants, et malgré mes inconséquences et mes infidélités, toutes ces promesses de mon Père céleste se sont fidèlement, merveilleusement, accomplies.

La santé de mon père gravement ébranlée par toutes ces secousses – mon télégramme n’avait pu amortir qu’en partie le choc causé par l’affreuse lettre – réclamait ma présence immédiate à la maison. Mon repentir n’eût d’ailleurs pas été complet si, à la confession que j’avais faite à Dieu, ne se fût ajoutée mon humiliation aux genoux de mon père et devant les autres membres de ma famille si gravement offensés.
Le pardon de mon père fut aussi généreux qu’était son grand et noble cœur. Comme le père de la parabole, il ne vit qu’une chose : son fils perdu était retrouvé.
Mes autres parents, au contraire, ne voulaient voir dans tous ces événements qu’une seule chose : j’avais une religion ! Et ils m’en faisaient les plus amers reproches. Pourtant, ils le savaient bien, depuis longtemps j’avais rejeté toute croyance.
En second lieu, ce n’était pas ma religion, c’était bien plutôt moi-même qui avait changé. La transformation radicale de mes habitudes, de mes goûts, de mon caractère, au lieu de l’attribuer à la grâce divine, ils la mettaient sur le compte d’influences diaboliques, prenant inconsciemment la même attitude que les pharisiens vis-à-vis des miracles du Sauveur.
« Par le chef des démons, Il chasse les démons… » (Marc 3. 22) disaient-ils.
On contesta la validité religieuse de cette inexplicable autant qu’indéniable métamorphose. On refusa d’y voir la main, la grâce de Dieu.
Comme on l’a vu, je n’avais jamais de ma vie ouvert un Évangile en sorte que j’étais désarmé pour tenir tête à ce flot de controverse.
Mais la promesse du Sauveur à ses disciples s’accomplit pour moi : « Ne soyez pas à l’avance en souci, avait-il dit, de ce que vous direz, et ne méditez pas votre discours ; mais tout ce qui vous sera donné à cette heure-là, dites-le ; car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit Saint » (Marc 13. 11).
De même que l’aveugle-né de l’Évangile guéri par le Sauveur, je ne pouvais opposer que cette simple réponse : « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois ». (Jean 9. 25).
Et comme, parfois, on me répliquait : « Nous ne savons vraiment d’où elle vient cette grâce qui vous a touché » c’était encore le naïf miraculé de l’Évangile qui me fournissait la réponse :
« En ceci pourtant il y a une chose étrange, que vous ne sachiez pas d’où il est, et il a ouvert mes yeux. Or nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs ; mais si quelqu’un est pieux envers Dieu et fait sa volonté, celui-là il l’écoute » (Jean 9. 30 et 31).
Éloigné de tout foyer spirituel, je lisais ardemment les Saintes Écritures y trouvant en abondance les lumières et les forces dont j’avais besoin.

L’appel d’En-Haut, le soir de ma conversion, avait été trop pressant et trop clair pour que j’eusse le moindre doute sur la volonté du Sauveur à mon égard.
Le « Vends tout ce que tu as…et viens, suis-moi » (Marc 10. 21) de l’Évangile, je l’avais entendu. Ma vie ne m’appartenait plus. Je la mis au service de Celui qui m’avait tant aimé.
Pas un seul jour, au cours de ces longues années je n’ai regretté de l’avoir fait.
Mon père était trop loyal pour contester mon droit, comme aussi mon devoir, de me consacrer au salut des âmes.
S’il avait encore un fils, ce fils qu’il avait cru perdu, n’était-ce pas à Dieu qu’il le devait ? Aussi, ne refusa-t-il pas son consentement à mon départ. Peut-être plus pour moi, il fut en butte aux critiques et aux reproches de la famille et des…amis. Mais il ne fit pas la moindre tentative pour me retenir.
Durant plus d’une année, je priai journellement Dieu d’accomplir pour lui la magnifique promesse : « Crois au seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison » (Actes 16. 31), et j’eus l’immense joie de le voir venir l’année suivante à la source de la Vie et de l’éternel bonheur.
Ses dernières paroles, quand il échangea cette terre pour les parvis éternels, furent : Mes enfants, je vous attends dans le ciel.

Ce témoignage est l’expression bien simple de ma reconnaissance envers Dieu. Il est écrit pour Sa gloire.
On sait qu’il est pénible de livrer au public ses intimes pensées et l’on comprendra combien il a pu m’en coûter de revenir sur tous ces détails dont beaucoup sont aussi douloureux qu’humiliants pour moi.
L’amour du Christ m’a pressé de le faire comme aussi l’appel angoissant de ces multitudes d’âmes, âmes lassées, découragées ou révoltées, que l’incrédulité, ou les vicissitudes de la vie ont poussées, comme je fus poussé moi-même, au bord de l’abîme.
On voit au musée Wirtz, à Bruxelles, un tableau d’un réalisme cruel représentant un jeune homme se donnant la mort.
Tandis qu’il presse sur la détente du révolver, on voit à gauche du malheureux la figure sinistre du démon grimaçant à son adresse un hideux sourire. A sa droite, se tient un ange dont la figure émue marque la douleur de n’avoir pu empêcher l’acte horrible.
Puisse mon témoignage, ami qui lisez ces lignes, être plus persuasif que l’ange du tableau et vous convaincre que le suicide, cette porte dérobée sur les malheurs de la vie, comme on l’a appelé, s’ouvre non pas sur un néant de silence et de repos, mais sur un abîme de désespoir et de remords. La mort ne termine rien. Et le néant n’existe pas, ou il n’existe que dans les raisonnements de mensonge, les raisonnements démoniaques de malheureux qui auraient intérêt à ce que fussent consistantes leurs théories néfastes.
Je vous affirme qu’il y a un ciel et, dans ce ciel, un Dieu qui vous aime, vous cherche, et veut faire de vous son enfant heureux et privilégié.

Son nom est AMOUR.

Allez à lui franchement, loyalement, confiez-lui sans arrière-pensée votre peine, implorez son pardon pour tout votre lourd passé et croyez au sacrifice rédempteur de Jésus-Christ pour l’expiation de vos fautes. Et aussitôt luira sur votre route le rayon de l’espérance bienheureuse et éternelle.
Si ceci, en tombant sous vos yeux, éveille en vous le désir de conversion, si vous avez soif de vérité et faim de pardon, et que vous soyez désireux d’avoir d’autres paroles encore, contactez-moi sans crainte aucune.
Je serai trop heureux, moi qui fus aussi désespéré que vous pouvez l’être, de vous répondre et de vous aider, et je vous tends la main de tout cœur comme me la tendirent autrefois ces amis inconnus.

Votre compagnon de route.

D’après A. Antomarchi.

VENDU

Un nouveau chant (Dieu à tant aimé le monde) et une nouvelle histoire (Vendu) !

 

 

Tiré de CD Vieilles histoires jeunes oreilles. B. Durst
Éditeur : Bibles et Publications Chrétiennes (http://www.labonnesemence.com) et Éditions Bibles et Littérature Chrétienne (http://www.eblc.ch).

YOURI

Un nouveau cantique (Mon Dieu est si bon) et une nouvelle histoire (Youri) !

 

Tiré de CD Vieilles histoires jeunes oreilles. B. Durst
Éditeur : Bibles et Publications Chrétiennes (http://www.labonnesemence.com) et Éditions Bibles et Littérature Chrétienne (http://www.eblc.ch).

PEU OU BEAUCOUP

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PEU OU BEAUCOUP ?

Ne nous arrive-t-il pas de nous plaindre du peu de temps libre dont nous disposons ? Nous aimerions tant pouvoir nous consacrer un peu plus à certaines occupations utiles qui nous sont chères, et voici, les circonstances sont telles qu’elles ne nous permettent de faire qu’une petite partie de ce que nous voudrions accomplir. Si tel est notre cas, rappelons-nous toujours que, dans le domaine des choses de la vie et plus encore dans le domaine des choses de Dieu, la question principale n’est pas nécessairement de faire beaucoup. Il s’agit plutôt de faire bien, d’agir à propos, en réalisant, en tout et partout, la dépendance du Seigneur, à qui appartiennent nos vies et, plutôt que de chercher à avoir beaucoup de temps libre, demandons à Dieu de nous donner de bien employer celui qu’Il nous accorde, peu ou beaucoup.
Nous pouvons en particulier déplorer de ne pas avoir tout le temps désirable pour nous adonner à la lecture de la Parole et de ces précieux écrits qui nous la font connaître. Mais la Parole de Dieu est une nourriture, dont le peu, bien savouré et bien assimilé, est capable de nourrir nos vies bien mieux que ne saurait le faire une abondante nourriture prise à la hâte. Lire est précieux, – peu ou beaucoup, là n’est pas toujours l’important – mais garder est plus précieux encore. Dieu peut rendre nos vies utiles si nous gardons le peu, multiplié par la bénédiction divine. Mais combien de fois n’avons-nous pas lu sans rien garder, ou entendu sans avoir recueilli, ni mis en pratique la précieuse Parole qui aurait rendu notre vie plus heureuse. « Celui qui aura regardé de près dans la loi parfaite, celle de la liberté, et qui aura persévéré, n’étant pas un auditeur oublieux, mais un faiseur d’œuvre, celui-là sera bienheureux dans son faire» (Jacques 1. 25).
S’il s’agit de la prière en général, nous ne saurions assez nous répéter combien il est nécessaire de prier beaucoup « Priez sans cesse ». Le Seigneur a passé des nuits entières à prier Dieu. Des hommes de Dieu l’ont suivi dans ce chemin. La prière ne doit-elle pas être comme la respiration de l’âme ? Mais s’il s’agit plus spécialement de nos requêtes à Dieu, nous sommes enseignés à les formuler d’une façon claire et brève. Ce qui compte devant Lui, ce n’est pas le «peu» ou le «beaucoup», c’est l’état du cœur, la ferveur avec laquelle nous le prions et le supplions. Nous ne serons pas exaucés parce que nous «parlons beaucoup» (Matt. 6. 7). Non, « la fervente supplication du juste peut beaucoup ». Courtes ou longues, selon les circonstances, nos requêtes doivent être la profonde expression de besoins ou de désirs sentis en Sa présence, car c’est cela qui compte.
Quant à notre activité pour le Seigneur, elle serait sans doute toujours plus heureuse si elle s’exerçait dans une plus grande dépendance de Lui, si nous y mettions tout notre cœur et lui accordions tous nos soins. D’autres ont travaillé et travaillent beaucoup, mais le Seigneur ne demande peut-être que très peu de nous. Peu ou beaucoup n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, ce sont les soins et la fidélité avec lesquels nous accomplissons cela même qui nous a été confié, que ce soit peu ou beaucoup. Il appartient au Seigneur de nous confier davantage. « Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup ». Et n’est-il pas précieux de savoir que notre capacité personnelle n’entre pas en ligne de compte ?
« Rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup, ou avec peu ». (1 Samuel 14. 6).
La pièce de monnaie qu’une pauvre veuve déposait dans le tronc du temple à Jérusalem était peu de chose, mais aux yeux du Seigneur qui la considérait, c’était beaucoup. La valeur de nos dons est appréciée bien différemment par Dieu que par les hommes qui s’attachent à la matière. Devant Lui, les gestes les plus marquants peuvent être sans grande valeur, mais tout ce qui est fait pour Lui avec amour, joie et renoncement, a un grand prix pour son cœur, même si c’est peu de chose aux yeux des hommes. Toutefois, « semons » libéralement, selon ce que nous avons, que ce soit peu ou beaucoup, et donnons à Dieu l’occasion de multiplier notre semence (2 Cor. 9. 10). Mais n’essayons pas de semer sans sa bénédiction, car le résultat en serait fâcheux. «Tu porteras dehors beaucoup de semence au champ, et tu recueilleras peu» (Deut. 28. 38).
Et pour ce qui concerne nos paroles, nous lisons dans les Proverbes que, dans la multitude des paroles, la transgression ne manque pas. Nous y lisons aussi : «une parole dite en son temps, combien elle est bonne». Ce qui fera la valeur de nos paroles, c’est leur opportunité. Peu ou beaucoup est souvent secondaire. «Des pommes d’or incrustées d’argent, c’est la parole dite à propos». Une seule parole, peu de paroles, peuvent avoir ainsi plus de valeur que beaucoup d’autres. Le don de la Parole est pourtant chose excellente et nous somme enseignés à nous en servir, mais de la bonne manière : «Ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés» (Prov. 31. 8).
Et puis nous pouvons avant tout ouvrir notre bouche pour rendre grâces à Dieu. Dans le domaine de l’Assemblée, que de bénédictions n’avons-nous pas reçues par des «paroles enseignées de l’Esprit» avec le désir d’en entendre davantage. «Les lèvres des justes en repaissent plusieurs».
Mais souvenons-nous encore que seules «cinq paroles» peuvent avoir plus de prix que beaucoup de paroles. Peu ou beaucoup est parfois sans importance. Une seule flèche du carquois de Dieu opère davantage que beaucoup de paroles de sagesse humaine. L’Esprit de Dieu ne nous a-t-il pas donné une fois ces «cinq paroles» et ne nous sommes-nous pas tus parce que nous estimions que c’était «trop peu» ? Le Seigneur veut multiplier le peu que nous avons et c’est ainsi que, entre ses mains, le peu deviendra beaucoup.
Notre temps est limité. Nos possibilités et nos capacités naturelles le sont aussi. Il n’est donné qu’à quelques-uns de pouvoir faire beaucoup et faire bien. Mais si au moins le peu qu’il nous est donné, à nous, de pouvoir accomplir pour le Seigneur portait ce caractère d’à propos tant désirable qui imprimerait à nos actions une valeur réelle et durable ! Nous aurions alors réalisé beaucoup.

Non pas peu ou beaucoup ; mais beaucoup avec peu.

A.B.-P.
D’après Feuille aux jeunes n°29