MATTHIEU 16. 21 à 27 – EXODE 15. 22 à 27

Dans le premier passage nous avons un bref entretien entre le Seigneur et le plus honoré de ses disciples. Incontestablement Pierre était un disciple éminent – c’était selon la pensée de Dieu un disciple qui a fait preuve de beaucoup d’amour pour le Seigneur. Bien loin d’affaiblir le zèle et la fidélité de Pierre, nous sommes heureux de les souligner. Pierre était un homme tout à fait remarquable et le Seigneur l’a choisi ; c’était un homme inculte, un pauvre pêcheur, un homme du commun, comme il est dit plus loin, un illettré. Le nom de cet homme est devenu extrêmement célèbre. D’ailleurs, on s’en est fort mal servi, on s’en sert encore fort mal ; mais il n’y est pour rien. C’était un homme, un vase que le Seigneur connaissait parfaitement – le vase représente la capacité naturelle d’un homme, l’ensemble des capacités qui font qu’un homme est ce qu’il est. Quand le Seigneur l’a appelé nous savons comment II a changé son nom de Simon en celui de Pierre,

C’était un homme ordinaire quant à son origine, pauvre et qui ne pouvait pas se prévaloir de tous les éléments dont les choses humaines et mondaines enrichissent un homme : il n’avait rien. Les douze étaient ainsi, les onze étaient ainsi, puis il y a eu Paul mais qui était tout à fait différent dans son appel ; lui n’a jamais vu le Seigneur selon la chair, pas plus que nous ; il n’a jamais entendu sa voix pendant que le Seigneur était sur la terre, ne l’a jamais suivi dans son ministère, Paul était un homme distingué, un homme dont les qualités flatteraient volontiers notre chair, mais il n’y en a pas un comme Paul pour mettre de côté ces qualités. Le Seigneur choisit bien ses ouvriers, il choisit bien – pour ainsi dire son personnel et cela devrait fermer la bouche à toutes les prétentions, à l’aveuglement de la chair, cette chair qui règne en maîtresse dans le monde et quelquefois, chers amis, pas seulement dans le monde, mais aussi dans notre cœur ; c’est bien vrai. Il arrive qu’elle trouve une terre d’élection dans notre cœur !

Ce cher disciple, Pierre, a donc eu de très beaux gestes, il était très spontané ; tout le contraire de quelqu’un de réfléchi ; si quelqu’un était spontané, c’était Pierre. C’est toujours beau de voir cela. On dirait dans le monde c’était un homme sincère ; on dit bien cela. Quand on vous dit, dans le monde, qu’un homme est sincère, cela veut dire vous pouvez vous fier à lui. Et Dieu aussi ?

Eh bien nous voyons ici qu’un homme peut être très sincère mais que le Seigneur ne se fie pas à lui et que nous ne pouvons pas nous fier à lui. Dans cette scène, très connue, le Seigneur, avant de s’approcher de la croix, annonce qu’il va mourir et d’une façon qui n’est pas ordinaire ! Or Pierre était quelqu’un qui aimait l’ordre, l’ordre social, l’ordre religieux et il aurait bien respecté l’ordre religieux, c’était un bon Israélite. Et voilà que le Seigneur, ici, touche au point sensible chez Pierre et dit : Tu sais, il faut que je souffre à Jérusalem, la ville la plus chère à un Juif. Il allait y mourir. Les principaux sacrificateurs, toute l’élite religieuse, seraient contre lui, Pierre ne peut pas supporter cela. Plus encore, il serait mis à mort et ressusciterait le troisième jour. Pierre ne va pas jusqu’à la résurrection. Ce qui le fait reculer, c’est la perspective de la mort de son cher Messie, il le considérait comme tel, il était tout à fait bien disposé à régner avec lui, avoir un trône à sa droite ou à sa gauche… Pierre avait de très heureuses pensées, des pensées agréables ; c’était très agréable de penser qu’il serait en bonne place ; Pierre était tellement en vue comme disciple que, certainement, il aurait une bonne place et, enfin, Israël serait béni. Et voilà qu’en peu de mots le Seigneur jette toutes ses espérances par terre : il annonce qu’il va être rejeté, rejeté par les chefs. Alors, voyez Pierre, au cours de cet entretien : il prend le Seigneur à part et « se mit à le reprendre ».

Pierre reprend le Seigneur ! Voilà un homme très sincère ; on ne peut cependant pas dire qu’il soit bien dirigé : il reprend le Seigneur. Il est très intéressant de voir dans les Évangiles les scènes où des personnes parlent au Seigneur et lui disent de faire ceci ou cela. Ici Pierre reprend le Seigneur et nous savons la réponse du Seigneur ; mais l’application que nous pouvons faire à nous-mêmes est immédiate. Le Seigneur répond donc à Pierre ; il le traite d’une manière que nous n’aurions jamais attendue, lui adresse une parole que nous, trouvons très dure, sans miséricorde ; il le qualifie d’une façon où il n’y a, semble-t-il, pas trace d’amour : « Va, arrière de moi, Satan ». Cette parole, chers amis, elle sort de la bouche du Seigneur : « Va, arrière de moi, Satan » ; et elle n’est pas équivoque.

Quelle leçon y aura-t-il à tirer de cela pour nous, chers amis ?

« Va, arrière de moi, Satan ». Il est bon de peser cela, chers amis.

Le Seigneur explique : … « car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes ». Pour nous, c’est excellent de peser cela. Comme disait quelqu’un : est-ce que le Seigneur ne nous appelle pas bien des fois « Satan » en quelque chose ? Pierre avait la connaissance de diverses révélations, mais l’état de son âme n’était pas à la hauteur de ces révélations. Il savait ce que le Seigneur était, il vient de dire : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; et c’est alors qu’il a reçu cette réponse du Seigneur : « C’est mon Père qui t’a révélé cela ». Il avait révélé cela spécialement à Pierre ; c’était donc un croyant privilégié, mais son état intérieur n’était pas en rapport avec la révélation qu’il avait reçue ; et c’est là que l’application à nous-mêmes est très fréquente. Nous savons qu’il est le Seigneur, qu’il est assis à la droite de Dieu, dans les lieux célestes. Nous en savons plus que Pierre, beaucoup plus… Pierre ne pouvait pas savoir cela parce que le Seigneur n’était pas mort, et puis tout l’évangile n’était pas écrit, toute la révélation de l’assemblée, de ce qu’elle est, n’était pas donnée sauf les versets précédents : « sur ce roc je bâtirai mon assemblée ».

Nous avons de très hautes révélations ; nous pouvons dire des choses très élevées et qui sont vraies, indiscutables. Malheur à nous si nous disions autrement. Si nous allions dire que Christ n’est pas à la droite de Dieu, nous serions des hérétiques, si nous allions dire que nous ne sommes pas assis dans les lieux célestes en Christ, nous serions des hérétiques et susceptibles d’être frappés du jugement de Dieu ; si nous allions dire que nous ne sommes pas parfaits en Christ et aimés comme Jésus est aimé, nous serions des hérétiques ; si nous allions dire que le Seigneur ne peut pas venir nous prendre à tout instant, nous serions des hérétiques si nous allions dire que nous ne sommes pas unis à Christ pour l’éternité, membres de son corps, nous serons des hérétiques ; si nous disions – je vais plus loin et je précise – que nous ne sommes pas morts avec Christ, nous serions des hérétiques ; si nous disions que le vieil Adam qui est en nous n’est pas crucifié avec Christ, nous serions des hérétiques et, encore une fois, dignes d’être frappés du jugement comme tels.

Toutes ces vérités qu’un jeune homme ici, même inconverti, connaît, que même des enfants de dix ans peut-être savent parce qu’ils les ont entendues… si on les niait devant des enfants élevés dans une famille chrétienne et dans l’assemblée, on pourrait voir des enfants se révolter même s’ils ne sont pas du tout chrétiens car cela révolterait leurs oreilles ; ils sentiraient que ce qu’on dit est opposé à la vérité de Dieu ; ils auraient raison de se révolter sans même être des chrétiens.

Eh bien, chers amis, frères et sœurs, tous croyants, ce n’est pas la chair et le sang qui nous ont révélé les vérités dont je viens de donner une liste partielle, mais c’est notre Père qui est dans les cieux, c’est la Parole, c’est le Saint-Esprit qui nous ont révélé cela. Que de fois pourtant, tandis que nous possédons ces hautes vérités dont pas une ne tombera en terre, que de fois le Seigneur est obligé de nous appeler « Satan » en quelque chose ! Quand est-ce qu’il le fait ? Si nous avions une oreille pour l’entendre, quand est-ce que nous l’entendrions le faire : toutes les fois que nous reculons devant les conséquences d’une vérité révélée. Alors, cela doit nous arriver souvent, chers amis ; il suffit que chacun s’examine devant le Seigneur. Voici donc une haute vérité connue, que nous savons indiscutable, – elle est dans la pensée de Dieu, dans l’Écriture : les chrétiens sont des gens qui sont morts et les chrétiens sont des gens qui sont vivants. Toutes les fois que nous reculons devant les conséquences de cette double vérité, si nous avons une oreille, nous entendrons le Seigneur qui nous appelle « Satan » en cela. Là, chers amis, nous touchons à ce qui est si important, ce sur quoi on ne revient jamais assez car on en a besoin tous les jours, au christianisme véritable et pratique, sans lequel que sommes-nous dans ce monde ? peut-être pas des hypocrites, pas nécessairement, mais nous sommes hors de notre place, le sel a perdu sa saveur.

Le Seigneur continue et dit : celui qui veut me suivre, il ne doit pas s’attendre à un trône, à l’exercice ou la jouissance d’une autorité, d’un pouvoir – ce que la chair aime tellement ; mais le. Seigneur propose une seule chose : « Si quelqu’un veut venir après moi qu’il se renonce soi-même… » Voilà, chers amis, une parole du Seigneur : ce n’est pas le christianisme du dimanche, mais le christianisme quotidien : « qu’il se renonce soi-même chaque jour ». Le Seigneur met le doigt sur la bonne corde, il ne se trompe pas, « se renoncer soi-même ». Vous pouvez renoncer à un petit plaisir pour le remplacer par un autre ; mais « se renoncer soi-même ».

Se renoncer soi-même. Il n’y a rien de plus profond. L’apôtre dit « je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ». C’est cela, se renoncer soi-même ; c’est dit à des chrétiens, on ne va pas dire à un inconverti de se renoncer soi-même, autant lui dire de se mettre à mort sur-le-champ. Mais que le Seigneur nous aide, parce qu’il n’y a pas de vie chrétienne sans cela. On entend encore parler de personnes qui veulent préparer le royaume de Dieu. La pensée est étrangère à l’Écriture : Préparer le royaume de Dieu ; il n’y a pas trace de cela dans l’Écriture. Nous n’avons rien à préparer du tout ; l’église n’a d’ailleurs pas à introduire le royaume et c’est le temps de la souffrance avec le Seigneur, du renoncement à soi-même.

Chers amis, que le Seigneur nous aide à penser à cela, parce que bien loin que ce soit une mauvaise chose, c’est le secret de tout bonheur dans ce monde. Si nous nourrissons notre volonté d’une façon très soigneuse, tous les jours, pendant une longue carrière, qu’est-ce qu’il faudra, chers amis, à la fin ? Pour un homme qui a soin de bien faire sa volonté, c’est un délice, car il n’y a rien de si pénible que de faire la volonté d’un autre – on le voit dans le travail – mais si, chers amis, nous veillons à bien soigner notre volonté propre, qu’est-ce qu’il nous faudra pour qu’elle soit brisée ? Un jour elle le sera. Eh bien, « si quelqu’un veut me suivre… ». Le Seigneur parle ici des richesses, c’est un très grand obstacle, mais ce n’est pas le seul. Il est bien difficile d’avoir des richesses sans les aimer, cela c’est une question pour chacun ; mais il y a autre chose que les richesses ; le Seigneur ne dit pas ici : si quelqu’un veut venir après moi qu’il renonce à ce qu’il a ; il ne dit pas seulement cela, mais « qu’il se renonce soi-même ». Alors, nous trouvons l’application de ces vérités : Christ est mort et le chrétien est mort, crucifié avec Christ c’est exactement à cela qu’il faut revenir dans notre vie quotidienne. Ce n’est pas parce que nous savons ces choses, qu’il suffit de les avoir classées dans notre mémoire. On peut dire : « tous les passages relatifs à l’affranchissement, je les connais : Romains 6. 8, épitre aux Galates… et tous ces passages qui nous parlent de l’affranchissement et de la vie chrétienne, je les connais ». Chers amis, ils ont eu peut-être de la force un moment dans notre vie, mais si nous ne veillons pas ils n’en ont plus et nous retombons tout à fait au niveau des gens du monde.

Dans notre passage de l’Exode, il s’agit du peuple racheté aussi. Ce peuple est en marche vers la terre promise ; il a passé la nuit de la Pâque en Égypte, traversé la Mer Rouge ; c’est un peuple racheté ; eh bien, ce peuple a des expériences à faire… Pour le salut de mon âme, il n’y a pas d’expériences, je sais que je suis sauvé, c’est un fait, il n’y a pas d’expériences. Mais la vie chrétienne est remplie d’expériences heureuses ou malheureuses. Voici les expériences de la marche chrétienne, pour suivre le Seigneur : se renoncer soi-même, prendre sa croix chaque jour, et la croix, que veut-elle dire ? que l’on porte la crucifixion, qu’on applique la crucifixion. Au lieu de nourrir dans mon cœur l’amour de l’argent, si je suis exercé j’appliquerai la crucifixion à cette pensée ; je dois renoncer à cela, non pas parce qu’on me l’ordonne, mais parce que je ne puis pas réaliser la vie chrétienne avec cette pensée-là, ce n’est pas possible. Et comment applique-t-on la croix d’une manière efficace à une pensée, tous les jours, quand la question se pose ? Il ne s’agit pas de faire bonne mine devant Dieu et les hommes, il s’agit de voir quel est l’état pratique de notre âme.

Le Seigneur a l’air de nous donner là une obligation terrible que celle du renoncement à soi-même. En réalité, il nous ouvre les portes de la liberté. On parle de la liberté parmi les hommes, on en parle, mais c’est un défi ; personne ne sait ce que c’est ; la liberté n’est pas dans le royaume des hommes quels qu’ils soient, elle est hors de leur atteinte ; la vraie liberté est l’obéissance à Dieu, Christ ; voilà la vraie liberté. On est libre quand on ne veut que ce que Dieu veut ; c’est la vraie liberté, la loi de la liberté, comme dit Jacques. Si nous étions ainsi, nous serions toujours heureux. Eh bien, le Seigneur s’occupe de nous, comme nous le trouvons dans cette scène de Mara. Le peuple est arrivé très tôt à un endroit où les eaux sont amères, et l’Éternel enseigne un bois à Moïse qui le jette dans les eaux ; elles deviennent douces. Les eaux amères ce sont des circonstances pénibles que l’on peut rencontrer et le Seigneur sait changer ces circonstances pénibles en circonstances heureuses. Voilà la merveille de cette scène ; elle nous apprend ce renoncement dont il est parlé dans le passage de Matthieu. Qu’est-ce qui se passe à Mara et de quoi s’agit-il pour chacun de nous, dans tout ce qui est en nous, croyants, tout ce qui constitue nos tendances, notre caractère, nos convoitises, tout ce que nous sommes ? Il s’agit de cela et le Seigneur, une fois que nous sommes convertis, s’emploie à détruire ces tendances. Il ne faut pas croire que le Seigneur ne fait rien après notre conversion ; c’est alors que son travail commence. Quand un enfant est né tout un travail commence pour l’éducation de l’enfant ; les parents s’y emploient tous les jours, à tout instant du jour. L’éducation d’un enfant est d’une importance inouïe, et plus on se fait âgé, plus on se rend compte de la gravité d’un tel problème. Ainsi Dieu s’occupe de notre éducation et il le fait d’une façon très minutieuse. Il y a chez nous ; chers amis, tellement d’ambition, tellement d’orgueil, chez le plus humble, le plus petit, le plus illettré ; il y a une telle énergie d’orgueil, tellement d’égoïsme chez l’homme, chez tout le monde ; il ne s’agit pas de faire un choix, tout le monde en est là ; chers amis, c’est triste et c’est très humiliant. Cette vérité générale, vous l’apprenez aux enfants ; ils la savent ; et si vous allez leur dire : oh ! il y a du bien dans l’homme, un de vos enfants se lèvera et dira : Non, ce n’est pas vrai, l’Écriture dit : il n’y a pas un homme bon, pas un seul. Mais entre savoir cette vérité générale et le savoir pour moi, il y a tout un travail d’âme.

Le Seigneur nous envoie donc dans ce chemin et dit : maintenant nous allons voir un peu, je vais faire ton éducation. Il ne nous demande pas notre avis ; nous ne pouvons pas y échapper. Il ne fait pas l’éducation d’un jeune homme inconverti ; celui qui n’est pas converti n’a pas d’éducation à recevoir, c’est la vie qu’il doit recevoir.

Les parents font bien de donner une éducation chrétienne à leurs enfants parce qu’il y a dans la Parole une puissance intrinsèque telle qu’elle apporte la bénédiction. Dans les sociétés où la Bible a été diffusée, lue, il y a plus de crainte ; on l’a dit, les hommes n’osent pas faire dans la lumière ce qu’ils font dans les ténèbres ; or, la Parole apporte de la lumière. C’est pourquoi, dans ces milieux, il y a certainement un ton moral extérieur supérieur ; on le voit encore. Mais je parle des chrétiens : le Seigneur s’occupe d’eux. Un jeune homme est converti, ou une jeune fille ; les parents vont lui aider, donner des conseils, les frères aussi ; c’est très bien. Mais Quelqu’un s’occupe de lui sans demander l’avis de personne, se servant de qui il voudra. On ne se connaît pas, chers amis, on a une foule de pensées dans le cœur… on se croit le premier de tous, on le croit volontiers, même quand on est converti que personne jusqu’ici ne pouvait nourrir d’aussi brillants espoirs ! Le Seigneur dit : nous allons voir, visiter un petit peu cet homme, travailler dans son cœur et il le fait, chers amis : c’est Mara. C’est cela, Mara, et c’est amer ! Pourquoi est-ce amer ? parce que cela a le goût de la mort. Vous ne le voulez pas ! vous n’y échapperez pas ; il n’y a pas autre chose que cela. Le Seigneur s’emploie à tuer pratiquement en nous ce que lui a tué à la croix, afin que tout cela, qui est une entrave à la bénédiction, soit peu à peu ôté. Et voyez, les douze fontaines d’eau et les palmiers se trouvent après ; on ne peut pas recevoir le bienfait des sources et du ministère de la Parole sans ce travail d’instruction, de défrichement. Oh ! chers amis, aujourd’hui, même dans les assemblées, ces choses s’estompent terriblement ; nous sommes portés à raconter de petites histoires agréables pour tâcher d’intéresser les âmes ; Dieu ne le fait jamais, il nous aime trop pour cela. Ce n’est pas en racontant des histoires agréables à vos enfants que vous les garderez du mal ; c’est en leur inculquant des principes efficaces.

Ainsi, le Seigneur nous fait goûter la mort. Comment fait-il ? Eh bien, si nous avons une bonne opinion de nous… et c’est le cas de tout le monde, tout le monde y a passé, ne nous contentons pas de la rectitude extérieure de nos voies ; c’est bien, mais ce n’est pas tout et ce n’est pas un critère certain d’un vrai travail dans l’âme ; … si donc nous avons une bonne opinion de nous-mêmes, le Seigneur nous fait passer par quelque Mara. Alors cette bonne opinion, notre volonté, entre en conflit avec quelque chose de difficile, de pénible, de désagréable ; il faut que la volonté soit brisée et c’est cela la mort ; en cela je goûte la mort. On aime tellement faire ce que l’on aime, c’est la gloire de l’homme qui se croit Dieu : Je fais ce que je veux, je suis Dieu ! Nous faisons ce que nous voulons – et même religieusement parlant, nous faisons notre volonté, des choses qui ne sont pas de Dieu, et le Seigneur nous visite, nous fait passer par Mara et nous brise en cela. Quand nous sommes brisés, alors nous sommes heureux.

Autrefois nous aimions tant l’approbation du monde. Quel est le jeune chrétien qui n’a pas nourri cela dans son cœur ? quel est-il ? L’apôtre Paul l’a fait. Il a été brisé et a connu Mara de la plus forte manière. Mais, être visité par le Seigneur c’est une immense grâce il nous tient et ne nous lâche pas. Peut-être faudra-t-il de nombreux Mara ; mais il vaut bien mieux qu’il n’y en ait qu’un. Alors, s’il y a cette tendance épouvantable à aimer le monde, le Seigneur dit : Eh bien, on va visiter cela, et le Seigneur détruit cela ; c’est toujours désagréable, c’est la mort, c’est la crucifixion ; on goûte la mort. Mais alors, si nous sommes brisés et si nous élevons de notre cœur au Seigneur cette prière : Je reconnais que cet égarement était le mien, j’ai nourri une telle pensée pendant des mois ; des années, tout une période de ma vie. Quel égarement ! je m’en humilie. Si ce sentiment est vrai, c’est la paix : l’eau de la mort est devenue une eau douce ; un bois a été mis dans l’eau ; j’ai réalisé que je suis mort avec Christ à l’égard de toutes ces tendances et je suis un homme libéré ; l’eau devient douce. Chers amis ! ce n’est pas l’âge seulement qui compte pour un chrétien parce que si un chrétien n’a pas été gardé dans l’exercice avec le Seigneur, il peut être, après quarante ans de vie chrétienne, un jeune enfant comme au départ ; ce n’est pas l’âge, mais c’est la dépendance.

Un chrétien qui a de l’âge et a pensé à cela avec la grâce de Dieu ne voudrait pas revenir au départ de sa vie chrétienne, jamais ! Et quand on voit de jeunes chrétiens qui partent, on tremble ; mais il faut les remettre à la grâce de Dieu ; on tremble en pensant à tout ce qu’ils ont à apprendre ; ils ne s’en rendent pas compte, de même que chacun de nous, quel que soit son degré, ne se rend pas compte de ce qu’il peut avoir à apprendre encore ; mais il est très bon de voir les choses ainsi.

Eh bien, voilà la vie chrétienne de tous les jours. La bénédiction en résulte ; les eaux deviennent douces et on est heureux, on est en paix dans son âme. Que le Seigneur nous accorde d’avoir affaire à lui, de lui demander aide et secours à l’égard des tendances précises que nous avons les uns et les autres ; chez l’un ce sera plutôt l’amour de l’argent, chez l’autre l’amour des plaisirs, de l’ambition. Que le Seigneur nous accorde à chacun d’être exercé et de lui demander de nous aider continuellement, chaque jour, de vivre un christianisme quotidien. Que le Seigneur nous garde dans les petites choses ; ne pensons pas à de grandes choses, si nous voulons de grandes choses, nous nous assurons des Mara dont nous pourrions nous passer autrement. La plus grande chose, la plus rare, la plus difficile, c’est celle-ci vivre avec le Seigneur jour après jour, faire ce que le Seigneur veut jour après jour ; réaliser cela ce serait, comme nous le disons souvent, la perfection. Que le Seigneur nous encourage, chers amis, qu’il nous aide tous dans ce chemin heureux ! Je disais qu’on ne voudrait pas revenir au commencement parce qu’on est beaucoup plus heureux plus tard. Les choses extérieures jouent beaucoup moins ; on a un refuge, on se réfugie auprès de quelqu’un ; quand quelque chose arrive on sait où aller, on sait gravir les degrés qui conduisent au refuge, et c’est un privilège incomparable. On peut avoir la même connaissance, les mêmes vérités, mais ce n’est plus du tout la même chose, l’état d’âme n’est absolument plus le même. Ce qui caractérise un homme, c’est la façon dont, il connaît Christ dans son cœur ; rien ne remplace la connaissance pratique de Dieu, de Christ.

Que le Seigneur nous garde dans la simplicité, chers amis.

Plus nous serons simples ; plus nous ferons des expériences heureuses. À quoi peut nous conduire l’ambition nourrie dans l’homme ? Ce n’est pas la peine, c’est du temps perdu, je ne récolterais que des fruits amers, je serai obligé de faire un beaucoup plus long retour en arrière. Soyons humbles, que le Seigneur nous l’accorde. Marchons dans le chemin avec le Seigneur, consultons-le tous les jours, restons près de lui dans les petites choses. Que le Seigneur nous garde ; notre ennemi le plus dangereux ce n’est pas le monde, il est constamment là, c’est le MOI. Il y a deux « moi » : le vieux moi, le vieil homme, et le nouveau moi qui est Christ. Lequel sera manifesté ? Que le Seigneur nous soit en aide jusqu’au moment où il viendra. Il est, certain que si quelqu’un sort du chemin de Christ, il se prépare des difficultés, des larmes amères. Cela ne veut pas dire que le Seigneur ne lui aidera pas, ne le délivrera pas. Mais comparez la vie d’Abraham et celle de Jacob : l’une est pleine de circonstances et de tourments, l’autre est pleine de circonstances, de paix et de communion avec Dieu.

Février 1958