UN PRÉDICATEUR REMARQUABLE

L’évangile est, en effet, la puissance de Dieu en salut à quiconque croit (Rom. 1. 16). Nous en avons un exemple des plus frappants dans la conversion et le ministère de George Whitefield, l’un des prédicateurs anglais les plus puissants et les plus bénis du 18ème siècle.

Né en 1714, sa jeunesse fut loin d’être à la gloire du Seigneur. À 16 ans, il détestait l’instruction, perdait son temps et gaspillait son argent avec des jeunes gens pervers. Toutefois sa conscience ne le laissait pas tranquille. Souvent dans le silence de la nuit, le fils de l’aubergiste de Gloucester veillait et lisait sa Bible. Ce livre allait transformer son existence, et devenir, dans son service pour Christ, un moyen de bénédiction pour un grand nombre d’âmes.

À 18 ans, il sentit le besoin de fréquenter d’autres compagnies, et se joignit, à Oxford, à un groupe de jeunes gens pieux que dirigeait Wesley, lequel avait alors 29 ans.

Mais son cœur n’était pas encore touché à salut. Ce fut à la suite d’une grave maladie qu’il fut conduit à placer sa confiance en Jésus, et dès lors son Sauveur lui devint précieux.

Une ère nouvelle s’ouvrit alors pour lui. Il se mit à dévorer sa Bible, et vécut en communion avec Dieu ; les pauvres et les prisonniers furent les objets de sa sollicitude. Mais le Seigneur l’avait destiné à un service particulier, et il ne tarda pas à y entrer. Cette parole, dont il avait éprouvé la puissance dans sa propre âme, allait avoir ses effets sur d’autres par son moyen. Sa première prédication, empreinte de simplicité, d’autorité et d’une onction extraordinaire fit une profonde impression. Quinze personnes furent vivement touchées.

Whitefield se rendit à Londres. Des foules accoururent pour l’entendre, et l’affluence était telle que la police dut intervenir et prendre des précautions. L’amour de Dieu, dont son cœur était pénétré, produisait en lui un amour ardent pour les pécheurs. Il prêchait sans se lasser presque chaque jour, et maintes fois à des auditoires extrêmement nombreux, de vingt à trente mille personnes.

Prédicateur infatigable, il était doué d’une voix forte et claire, d’une richesse et d’une douceur extraordinaires, qui fit envie à un célèbre acteur de Londres : « Je donnerais », disait-il, « cent guinées pour pouvoir parler comme Whitefield ». Heureux était celui-ci d’employer cette voix au service de Christ.

Au surplus, ses appels étaient directs, incisifs, allant à la conscience de ses auditeurs.

C’était un cœur parlant à d’autres cœurs. Il goûtait d’une manière profonde les vérités qu’il plaçait devant ses auditeurs. Il les humiliait après s’être humilié, et les courbait devant Dieu après s’être lui-même courbé.

Il s’appliquait en même temps à illustrer sa pensée, et savait être actuel. Les feux des hauts fourneaux de Shields qui donnent au verre sa pureté cristalline, lui fournissaient une image pour montrer à quoi peut servir l’adversité. Devant les marins de New-York, où il suivit Wesley en 1736, il décrivait une tempête de telle façon que ceux qui l’entendaient croyaient voir le navire enfoncer.

Enfin, la prédication de Whitefield – et c’était là sa plus grande force – était foncièrement évangélique. Il ne se prêchait pas lui-même ni ne se livrait à ses propres pensées. Mais il présentait en contraste la misère de l’homme et le salut de Dieu, le ciel pour le croyant et l’enfer pour l’incrédule. Le fond de ses prédications était celui-ci : l’homme, étant pécheur, est perdu, mais il peut être pardonné et sauvé en croyant à l’évangile. Il semblait à plusieurs que ce fût une religion nouvelle ; cependant, c’était tout simplement la vérité de Dieu proclamée par un homme pénétré des choses qu’il présentait.

Plusieurs fois Whitefield fit la traversée de la Grande Bretagne en Amérique. Et dans ses voyages, il fit de sa cabine un sanctuaire, de l’entrepont une école, du pont une chapelle ; il prêchait plusieurs fois par jour ; et, parmi les matelots, les plus endurcis se courbèrent comme des roseaux sous le vent, et se convertirent.

Il prêchait le plus souvent en plein air, et cela parce qu’on lui fermait les temples. Un jour on lui dit : Si vous voulez convertir les païens sortis des églises, allez vers les mineurs de Kingswood. Il fait une première tentative pour parler à ces hommes sauvages ; et là, sur le communal inculte de Bristol, il annonce l’évangile à une centaine de mineurs. Le nombre augmente, et bientôt il y en eut vingt mille.

En écoutant le grand prédicateur, les larmes coulaient le long de leurs visages noircis, laissant des traces blanches parmi la suie qui les couvrait. Et quand, quelques mois plus tard, Whitefield quitta Bristol, il était accompagné d’un grand nombre de mineurs qui lui offrirent à Kingswood un vrai festin et lui présentèrent le produit d’une généreuse souscription pour l’établissement d’une école gratuite au milieu des mineurs.

Ensuite Whitefield s’adressa, à Moorfields, toujours en plein air, à des foules immenses qui comprenaient la lie de la population. On l’avait averti qu’il n’en reviendrait pas vivant. Et lui, accompagné de deux amis, prit d’assaut, au cœur même de Londres, cette forteresse de Satan. Là encore ses auditeurs furent convenables et respectueux. Ils l’écoutèrent avec attention.

Il comprit alors que Dieu l’appelait à prêcher en rase campagne, et il accepta pour lot la vie itinérante de prédicateur en plein air. Personne ne dira jamais les milliers d’âmes qu’il évangélisa de la sorte, et qu’il eut la joie d’amener au Sauveur et à la connaissance de la vérité…

La moisson est encore grande et il y a peu d’ouvriers ; demandons au maître de la moisson qu’Il pousse des ouvriers dans sa moisson, des serviteurs fidèles et dévoués, ayant à cœur le salut des âmes, et qui se souviennent de ces paroles : « Contrains les gens d’entrer, afin que ma maison soit remplie » (Luc 14. 23).

Lecteur inconverti, ce qui précède ne vous dit-il pas que « l’évangile est la puissance de Dieu en salut à quiconque croit » (Rom. 1. 16) ? Est-il tel pour vous-même ?

Puissiez-vous, à l’exemple de Whitefield et de tant d’autres, l’éprouver sans retard !

Fragment d’un discours de Whitefield prononcé en 1790.

Je me sens vivement pressé aujourd’hui d’annoncer aux pécheurs l’évangile de la paix. Il en est aujourd’hui comme il en était du temps où parlait le prophète Ézéchiel (ch. 13. 10) ; elles sont nombreuses les voix qui répètent : « Paix, paix ! » quand il n’y a point de paix. Voyez aussi, Jérémie 6. 14, C’est ainsi que l’on endort les âmes, sur le seuil même de l’éternité ; mais Dieu veut les réveiller chacune au sentiment du danger qu’elles courent en les amenant à voir leur état de péché. Et je viens vous poser aujourd’hui la question : Êtes-vous en paix avec Dieu ?

Quand je jette les yeux sur cette immense multitude, mon cœur brûle au dedans de moi ; je me sens contraint de faire retentir ma voix, comme si c’était une trompette. Si Dieu ne vous a pas fait entendre sa voix de paix, je ne voudrais pas, pour un empire, échanger ma place contre la vôtre. Vous êtes comme suspendus sur le bord même de l’enfer. La colère de Dieu domine votre âme. Je sais, par une triste expérience, ce que c’est que de se laisser endormir par un sommeil qui n’en est pas un. Je suis resté longtemps dans cet état ; pendant longtemps je me suis cru un chrétien, alors que je ne savais rien du Seigneur Jésus. Je priais neuf fois dans la journée. Je prenais la cène tous les dimanches, et pourtant je ne savais rien de Christ, dans mon cœur. Je n’étais pas une nouvelle créature en Christ. Je n’étais pas né de nouveau. Éveillez-vous, chrétiens professants, qui avez le nom de vivre et qui êtes morts ! Éveillez-vous de la fausse sécurité où vous vous complaisez ! Vous menez peut-être extérieurement une existence très morale, mais si vous comptez sur cette moralité, ou si vous voulez ajouter vos œuvres à votre foi comme un moyen pour être justifiés devant Dieu, vous faites de vous-même votre propre sauveur. Je vous le dis par amour pour vous, afin de vous tirer de votre sommeil charnel. Quelques-uns peut être commencent à croire qu’ils ont bâti jusqu’ici sur un fondement instable. Peut-être aussi le diable va-t-il intervenir pour vous plonger dans le désespoir à la pensée que vous ne pouvez jamais obtenir le salut. Mais ne craignez rien : il y a un Sauveur pour les pécheurs. C’est pour eux que Jésus est venu.

« Cette parole est certaine et digne de toute acceptation, que le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » (1 Tim. 1. 15).

Et si vous êtes vous-même le plus grand des pécheurs, Jésus-Christ est venu dans le monde pour vous sauver, vous. Lorsqu’on manda Joseph de la prison, pour le faire comparaître devant Pharaon, nous lisons qu’il prit le temps nécessaire pour mettre son costume en ordre. Mais vous n’avez pas même besoin d’en faire, autant; venez avec vos vêtements de prisonniers ; venez tels que vous êtes, pauvres, misérables, aveugles, et Dieu sera heureux de vous recevoir à bras ouverts. Qu’il y ait de la joie dans le ciel pour quelques-uns de vous qui se repentiront ! Que je n’aie pas à retourner auprès de mon Maître en Lui disant : Seigneur, ils ne veulent pas croire à mon message.

Pourquoi désespérer d’aucun d’entre vous ?

Je ne puis désespérer de personne quand je songe que le Seigneur a eu pitié d’un misérable tel que moi. Il m’a vu dans mon aveuglement; il passa vers moi, et me dit : « Vis » (Éz. 16. 6). Et la même grâce, qui m’a sauvé, moi, vous sauvera vous aussi, si vous croyez au Seigneur Jésus que Dieu a envoyé. Levez les yeux avec foi, et regardez à Celui que vos péchés ont cloué sur la croix ! Voyez son sang qui coule ! Voyez-le expirer ! Voyez ses bras étendus pour vous recevoir ! Croyez seulement, et le Christ, Jésus, sera votre salut. Lui seul a pu expier les péchés, et satisfaire ainsi à votre place aux exigences de la justice divine.

Mais, demandera-t-on : Peut-il y avoir quelqu’un dans un pays réformé, qui ne croie pas ?

Ne confondez pas la foi historique avec la vraie foi du cœur. Se contenter de croire qu’il y a eu sur la terre une personne telle que le Seigneur Jésus, d’admettre encore qu’il y a un livre qui est la Bible, ce n’est pas plus la foi, que si l’on admet que César ou Alexandre ont existé. La foi s’empare du Seigneur pour un salut personnel ; elle dit : « Mon Sauveur, mon Seigneur, et mon Dieu ! » Elle croit ce que Dieu dit ; elle accepte sa parole, même si la raison humaine et les apparences semblent souvent le contredire. Telle est la foi qui amène l’âme à Dieu.

« Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ » (Rom. 5. 1).

D’après Le Salut de Dieu 1911