SANS NOM

Oberlin voyageait un jour d’hiver dans les environs de Strasbourg. Le froid était intense et une épaisse couche de neige rendait les routes fort impraticables.

Il était à peine arrivé à la moitié de sa course lorsqu’il se sentit envahir par une fatigue insurmontable. Impossible de continuer la marche ; aussi recommandant son âme à Dieu, il s’endormit, ainsi qu’il le croyait, du sommeil de la mort.

Combien de temps cet étrange sommeil avait-il duré, il était bien incapable de s’en rendre compte mais eut soudain conscience que quelqu’un le réveillait brusquement et vit un transporteur qui se tenait près de lui, son véhicule à peu de distance.

L’inconnu lui tendit du vin, puis un peu de nourriture et l’esprit du pauvre voyageur se ranima doucement ; l’homme lui aida ensuite à monter sur son véhicule et l’emmena au village voisin où l’on prit soin de lui.

Oberlin ne cessait de remercier son sauveteur et voulut même lui offrir une somme d’argent. Mais ce dernier refusa en disant : C’est tout simplement un devoir de nous aider les uns les autres, et un paiement pour ce service-là serait presque une insulte.

– Mais alors, répondit Oberlin, dites-moi au moins votre nom afin que je puisse toujours me souvenir de vous avec reconnaissance devant le trône de Dieu.

– Je vois, répliqua le transporteur, que vous êtes un ministre de l’Évangile ; dites-moi donc le nom du bon Samaritain.

– Cela serait impossible, car ce nom n’a pas été laissé à la postérité.

– Eh bien, dit le camionneur, jusqu’à ce que vous puissiez me dire son nom, permettez-moi de vous taire le mien.

Dis peu, sers tous et passe.

D’après La Bonne Nouvelle 1932