
Jérémie 15. 19
1 Chroniques 13. 6 à 11
1 Chroniques 15. 2, 12 et 13, 25 et 26
Nous avons considéré, entre autres vérités, celle relative à la position de séparation qui est celle du témoignage et, en fait, nous avons dégagé les enseignements qui découlent de cette position de séparation. Le passage de 2 Timothée 2. 20 établit la position de séparation du témoignage.
Ce n’est pas parce que les frères, les sœurs ont eu la pensée de se réunir en dehors des dénominations chrétiennes déjà existantes et des organismes officiels que le témoignage a été constitué ; la pensée de Dieu, dès le commencement, était d’avoir un témoignage et le Saint Esprit travaille pour rassembler les âmes autour de Christ ; le témoignage se définit dans la sainteté, la vérité, l’amour, car l’Esprit est l’Esprit saint, l’Esprit de vérité, l’Esprit d’amour et garder l’unité de l’Esprit ne peut être réalisé en dehors du maintien de l’amour, de la sainteté de la vérité.
Et si dans la suite de l’histoire de l’Église, le témoignage du commencement a été terni par l’infidélité des témoins, Dieu, cependant, ne s’est jamais laissé sans témoignage au cours des siècles ; au travers des jours les plus sombres, Dieu a toujours eu ses témoins.
L’histoire de l’assemblée, telle que nous l’avons dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, nous montre cette histoire de l’Église responsable depuis les premiers jours d’Éphèse jusqu’à la fin.
Le témoignage est établi dans la séparation. 2 Timothée 2 nous dit tout d’abord dans les versets que nous avons lus : « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens » ; ne pourrions-nous pas être préoccupés en disant mais pourquoi sommes-nous séparés ? Il y a des enfants de Dieu partout, pourquoi tant de barrières ? C’est une pensée qu’on entend souvent exprimer et on trouve chez beaucoup le désir de démolir les barrières afin que les enfants de Dieu soient un.
Sans doute la pensée de Dieu c’est que ses enfants soient un, unis, mais unis dans l’amour et dans la vérité. Il n’y a pas d’unité selon la pensée de Dieu en dehors d’un tel terrain. Il y a, sans doute, des barrières qui ont été élevées et qu’il faudrait jeter par terre, toutes celles qui résultent des pensées des cœurs naturels : orgueil, propre volonté, esprit sectaire autant de barrières qui doivent être démolies. Mais il y en a qui ont dû être placées et qui doivent être maintenues pour que le témoignage soit réalisé d’une manière pratique sur ce terrain de sainteté et de vérité et la Parole nous le déclare ici dans ces passages.
Nous pourrions être préoccupés en pensant à tous les enfants de Dieu dispersés çà et là ; mais la Parole nous dit : « le Seigneur connaît ceux qui sont siens » ; le Seigneur sait quels sont ceux qui lui appartiennent dans tous les milieux de la chrétienté sur la surface entière de ce monde ; Il les connait, ils font partie de l’Assemblée universelle et le Seigneur nourrit et chérit cette assemblée, il la purifie par le lavage d’eau par la Parole, il en prend soin, il connaît ses brebis nom par nom et prend soin de chacune d’entre elles.
C’est une pensée consolante : le Seigneur connait. Et notre responsabilité à nous est définie par cette invitation : « qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur ». Voilà la responsabilité des fidèles. Ne nous mettons pas en peine ; s’il y a tant de croyants dans tant de dénominations, avec lesquels nous ne pouvons pas marcher et que Dieu connait, notre responsabilité, comme dans Hébreux 13. 13, est une responsabilité individuelle : « qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur ».
Nous avons rappelé quels sont les principes qui caractérisent le camp : propre volonté ; Hébreux 13. 13 est lié aux deux versets qui le précèdent : « Christ a souffert hors de la porte » et le croyant est crucifié avec lui, c’est la fin de l’homme dans la chair.
Eh bien, tout ce. qui porte la marque de la volonté de l’homme dans son état naturel, la chair, tout cela c’est l’iniquité. L’homme va dans ce chemin de propre volonté, celle-ci n’est pas toujours, en apparence mauvaise ; elle est mauvaise dans son principe parce que c’est la volonté de l’homme ; mais en apparence elle n’est pas toujours mauvaise.
Nous parlions de la bonne volonté de l’homme, celle-ci est une chose mauvaise dans son principe parce que c’est la volonté de l’homme : pratiquement la Parole de Dieu est bien maintenue sur certains points, elle n’est pas rejetée, mais elle n’est pas acceptée tout entière du commencement à la fin ; on ajoute, retranche, on tord les Écritures (souvent « à sa propre destruction »).
Si un croyant a compris qu’il se trouve dans un milieu ou, malgré de très belles apparences, il y a, au fond, de tels principes, sa responsabilité devant Dieu c’est de se retirer de l’iniquité s’il prononce le nom du Seigneur, c’est-à-dire s’il reconnaît les droits du Seigneur comme Chef de l’assemblée, il est responsable de se retirer de ce milieu et ensuite de se rassembler – non pas de rester isolé, mais de se rassembler – de « poursuivre la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ».
Voilà le rassemblement sur le terrain de la sainteté et de la vérité avec un seul but qui doit être poursuivi par tous ceux qui ont compris leur responsabilité de se séparer de l’iniquité et de se rassembler sur un terrain de sainteté et de vérité. Cela nous conduit au service et nos versets nous disent comment on peut être « un vase à honneur sanctifié, utile au maitre, préparé pour toute bonne œuvre ».
Il est bon de retenir ce qui nous a été dit sur ce qu’est l’iniquité, parce que volontiers on s’en tiendrait à la manifestation de choses que la conscience naturelle réprouve ; sans doute ce que la conscience naturelle réprouve est de l’iniquité et ne saurait être toléré, supporté dans l’Église, d’une façon générale dans le royaume de Dieu ; mais l’iniquité va beaucoup plus loin.
On peut très bien nous dire et on pouvait dire à nos devanciers les plus sérieux, les plus dévoués, les plus pieux… et on aurait pu dire à l’apôtre Paul : Mais, Paul, toi aussi tu as la chair – il aurait dit : J’ai la chair – mais il nous montre de quelle façon il traitait la chair en lui (la chair, non pas le corps physique) ; il nous montre aussi de quelle façon le Seigneur lui aidait à la tenir par terre il avait une écharde pour la tenir par terre ; pour être un bon témoin il avait une écharde.
Et, ainsi que cela s’est vérifié souvent dans le témoignage du Seigneur, plus le témoignage est selon le Seigneur, plus le Seigneur s’emploie à tenir les témoins qui le composent serrés de près ; il ne veut pas que l’on donne gloire à Dieu d’un côté et gloire à l’homme de l’autre.
L’iniquité donc, d’une façon générale, c’est la présence de la chair tolérée ou même encouragée dans le christianisme pratique ; au fond, l’iniquité, c’est la chair, partout. Nous ne trouvons, bien sûr, aucun lieu au monde ou là chair ne soit pas, aucun groupe de chrétiens au milieu duquel la chair ne se manifeste pas d’une manière ou d’une autre – il n’y aura qu’au ciel qu’elle aura entièrement disparu mais une grande différence intervient, qui fait que le Seigneur encourage, approuve, aide à discerner la chair, l’iniquité, et à la désapprouver.
Voilà ce qui fait un état de choses que le Seigneur aime, dont il s’occupe pour le purifier davantage. Tandis que là où un corps de chrétiens est établi avec, au départ et comme fondement, l’excitation de la chair, fût-ce sous ses formes supérieures, la chair ainsi étant nourrie et des droits lui étant plus ou moins reconnus, le Seigneur n’approuve pas cela. Il se pourra qu’il le supporte ; mais un chrétien éclairé par la Parole ne s’engage pas sur ce chemin-là, il ne veut pas perdre sa vie ; nous n’avons pas deux vies à vivre. Quand le chemin est fini, nous n’avons pas d’occasion pour le recommencer, c’est ce qui fait que c’est si sérieux.
Si, par notre volonté agissante, nous établissons quelque chose qui n’est pas selon le Seigneur, nous pourrons peut-être aller toute notre vie comme cela, et nous apercevoir trop tard, peut-être seulement au tribunal de Christ, que nous avons perdu notre vie.
Nous voyons donc que le principe défini par le mot iniquité va très loin. Nous ne parlons pas ici comme des gens qui ne courraient pas le danger d’admettre l’iniquité, car nous sommes tous ici sous le danger de la tolérer, tous également. Et ce n’est pas le rassemblement extérieur qui nous garde, la connaissance non plus ; Dieu seul nous garde.
Un autre enseignement qui est évident dans l’invitation « qu’il se retire de l’iniquité… » c’est que nous n’avons pas à balayer toute la terre, toute la chrétienté de l’iniquité, nous avons à nous retirer de l’iniquité. C’est de la prétention que de vouloir établir la paix sur la terre par l’évangile et c’est anti scripturaire.
Ce l’est aussi de vouloir rétablir l’Église dans son état primitif. Ce serait, dans un sens, faire quelque chose comme Caïn, toute proportion gardée, que de lever son front et ses yeux vers Dieu comme si l’Église était dans l’éclat de ses premiers jours, alors qu’il vaut mieux mettre le front dans la poussière et arroser le sol de nos larmes, vu l’état de l’Église. Cette dernière attitude est celle que le Seigneur aime !
Si on nous dit que c’est de la prétention de se séparer et qu’en cela nous jugeons les autres, nous pouvons répondre : pourquoi vous séparez-vous des malfaiteurs et des criminels ?
C’est une règle d’or divine que la séparation du mal – mal moral ou doctrinal. Se séparer du mal, c’est faire la déclaration publique que Dieu est contre cela, et s’en tenir le plus loin possible ; c’est aussi faire l’aveu de sa faiblesse, ce qui est exactement l’opposé de l’orgueil. Un des hommes les plus pieux que nous ayons connu a pu dire : Si j’avais été avec des voleurs, je serais probablement devenu un voleur. En voilà un qui n’avait pas confiance en lui ! c’est ce qu’il faut.
C’est le plus pieux des hommes qui réalisera qu’il est capable de commettre quelque mal que ce soit. La conséquence pratique de tout ceci, c’est que je me sépare et que je demande à Dieu de me garder de toutes les occasions dans lesquelles je montrerais ce que je suis par nature ; c’est une règle d’or pour les jeunes chrétiens comme pour les vieux, pour les individus comme pour une assemblée.
Un point à souligner, parce que bien des croyants séparés s’imaginent un peu que cette séparation est réalisée en vertu d’une quelconque supériorité sur les autres chrétiens (et c’est ce qui est beaucoup reproché aux croyants réunis au nom du Seigneur, cette séparation leur est beaucoup reprochée et on estime qu’ils la maintiennent parce qu’ils se croient supérieurs aux autres, ce qui est une grave erreur).
C’est que la séparation n’est pas une position de supériorité, mais une position d’obéissance à la Parole à laquelle nous sommes conduits parce qu’elle nous enseigne à obéir et parce que nous réalisons quelque peu ce que nous sommes et ce que Dieu désire pour nous.
En résumé, le chemin que Dieu trace au croyant c’est la séparation de l’iniquité, séparation du mal, et puis, sur le terrain de la séparation, la poursuite du bien : « Poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ».
Un cœur pur c’est celui dans lequel la Parole a opéré, dont les motifs sont sanctifiés et qui peut ainsi produire, par la puissance de Dieu, des fruits qui sont à la gloire de Dieu. Ces fruits devraient être constamment portés par ceux que la grâce du Seigneur a rassemblés sur le terrain de la séparation ; et c’est ce qui ferait la puissance du témoignage.
La chrétienté est comparée à une grande maison dans laquelle il y a des vases à honneur et des vases à déshonneur. Ce qui caractérise les vases à honneur, c’est : « si quelqu’un se purifie de ceux-ci », voilà ce qui les caractérise : se purifier des vases à déshonneur. Ce n’est pas parce qu’il a des qualités morales plus élevées, plus belles, c’est parce qu’il se purifie du mal, des vases à déshonneur, alors il est un vase à honneur préparé pour le service du Maître ; il peut être utile au Maître. Pour être utile au Maître, préparé pour toute bonne œuvre vraiment utile selon la pensée de Dieu, il faut que cette séparation soit réalisée et maintenue.
Rappelons que les bonnes œuvres, Dieu les a « préparées à l’avance afin que nous marchions en elles » ; il les prépare lui-même et il prépare le serviteur pour les accomplir. Ce passage nous dit comment le serviteur peut être ainsi préparé pour accomplir les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance.
La séparation du mal ne se limite pas au terrain du rassemblement, elle a une portée générale. Sans elle, on ne peut avoir l’intelligence des pensées de Dieu. Si on ne se sépare pas du mal, la lumière fait défaut, si on se sépare du mal, Dieu donne la lumière. Dieu donne toujours de la lumière quand on à fait un pas avec la lumière précédemment donnée.
Se séparer du mal peut coûter ; si nous y sommes exhortés, c’est que ce n’est pas une tendance naturelle. Se séparer de certains maux grossiers, c’est une chose toute admise, mais mettre de côté la volonté de l’homme et les choses agréables qui sont dans l’homme, ce n’est pas toujours facile. Mais si nous voulons nourrir l’homme et en même temps glorifier Dieu, nous n’aurons jamais la lumière, jamais le même discernement dans l’âme.
Voilà pourquoi il y a des âmes qui ne font pas de progrès ; elles piétinent parce qu’elles ne font jamais le pas décisif qui les ferait entrer dans la lumière ; elles ne se retirent pas pour des raisons diverses, on peut avoir de très fortes affections auxquelles il faut plus ou moins renoncer.
On a vu des chrétiens parmi nous – c’est moins courant aujourd’hui, et pourtant, ne faut-il pas refaire le même chemin moralement – on a vu des chrétiens, appelés par le Seigneur, rompre avec des choses très chères pour entrer dans le témoignage.
Le Seigneur a voulu les retirer de choses qu’il n’approuve pas, même s’il supporte et même s’il bénit. Si le Seigneur bénit quelque chose, cela ne veut pas dire qu’il l’approuve ; s’il bénit une assemblée fidèle – s’il y en a une – cela ne veut pas dire qu’il bénisse tout ce qui s’y fait.
« Se retirer, fuir et poursuivre » (2 Tim. 2. 19 à 22). Deux attitudes négatives : se retirer, fuir ; et puis une positive : poursuivre. Mais combien de chrétiens – et cela nous arrive à tous, dans les détails – voudraient saisir ce qui est bon sans se retirer de quelque chose dont le Seigneur pourtant nous dit qu’il ne l’aime pas !
Pensons à ce que le Seigneur, durant sa vie, a dit pour chacun, et que ses paroles tombent dans notre cœur ; nous pouvons bien les méditer en baissant la tête : « Si quelqu’un aime quiconque plus que moi, il n’est pas digne de moi ».
C’est écrit ; on peut commenter, disserter, ce que les générations ont fait les unes après les autres, alors que c’est simple comme la lumière du jour et que cela nous jugera quand nous paraîtrons devant le Seigneur. Un chrétien, jeune enfant, comprendrait cela ; on n’a pas besoin d’être un docteur dans les vérités : « Celui qui aime quiconque plus que moi n’est pas digne de moi et ne peut être mon disciple ».
Les raisons qui auront retenu des chrétiens ici ou là seront un jour manifestées de même que celles du manque de dévouement des frères qui les aura portés à s’écarter du chemin tracé ; on les connaîtra, elles gisent souvent très profond dans le cœur et on couvre souvent cette carence des affections vraies pour Christ par de l’activité ; on entreprend parce qu’on ne sait pas obéir ; et pourquoi n’obéit-on pas ? parce qu’on n’aime pas.
L’obéissance, c’est l’amour, c’est le renoncement ; et on ne peut pas aimer et avoir sa volonté ; avoir une volonté, c’est s’aimer soi, donc ce n’est pas aimer Dieu. Nous touchons aux ressorts profonds qui nous font mouvoir. Ce n’est pas à coups de discussions que nous aurons la lumière ; c’est lorsque nous nous placerons devant Dieu que Dieu nous aidera à voir les motifs qui nous faisaient aller ici ou là, faire ceci ou cela, et nous fera sentir que nous nous recherchions nous-mêmes au lieu de chercher Christ et nous serons jugés de cette façon.
On ne sera pas jugé d’après ce qu’on aura fait, d’après l’extérieur, mais le Seigneur jugera « les secrets des cœurs selon mon évangile », dit Paul. Si nous entreprenons une œuvre et que ce ne soit pas l’obéissance à Christ – et nous pouvons passer notre vie à cela – nous serons repris par le Seigneur une fois, ou l’autre, et au moins devant son tribunal.
Qu’est-ce qu’un cœur pur ? C’est un cœur qui n’a que Dieu pour objet. La connaissance des frères même nous enflera si nous n’avons que cela et elle ne nous gardera pas quand Satan nous présentera quelque chose a côté du chemin, mais la connaissance de Dieu n’enfle pas parce qu’elle apporte Dieu dans l’âme et avec Dieu dans l’âme la chair est tenue en échec, elle ne l’est jamais autrement, nulle part.
Lisons Matthieu 6. 22 et 23. Si ton œil est simple (n’a qu’un objet) ton sens moral sera plein de lumières si ton œil est méchant – non pas si ton œil est double, car c’est une iniquité pour ceux qui appartiennent au Seigneur de donner leurs affections à un autre objet que lui, qui devient une idole – « Ton corps tout entier sera ténébreux » ; « si donc la lumière qui est en toi est ténèbres combien seront grandes les ténèbres ! » Cela explique le manque de discernement spirituel. Il y a tel manque de discernement qui vient du mal et qui conduit à appeler bien ce qui est mal et à faire ce qui est mal croyant faire le bien.
Un cœur pur, c’est un cœur qui a été purifié par la vérité : « Ayant donc purifié vos .âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur » (1 Pier. 1. 22),et cette purification par l’obéissance à la vérité, c’est donc la Parole reçue dans le cœur, non pas seulement entendue, mais effectivement reçue et mise en pratique : l’obéissance à la vérité ; cette parole reçue dans le cœur et mise en pratique gouverne les pensées du cœur et les oriente vers un seul objet qui est Christ : « sortons vers lui ».
Voilà l’objet qui captive le cœur et amène l’âme à sortir hors du camp. Voilà le même objet présenté ici dans notre passage et conduisant le fidèle à réaliser cette position de séparation, poursuivant la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur.
Nourrir la grandeur humaine dans l’Église, c’est une iniquité. Si l’on considère les plus belles choses humaines comme des éléments de valeur dans le christianisme, c’est une iniquité, les puissances humaines, lorsqu’elles sont comptées comme ayant de la valeur dans le christianisme, l’Église, c’est une iniquité ; la puissance de l’argent s’exerçant dans l’Église, c’est une iniquité.
Voilà pourquoi, dans tous les temps, mais surtout dans l’Église nous trouvons que le témoignage de Dieu et du Seigneur est un témoignage abaissé, pauvre, sans force ; et s’il y en a quelques-uns dans ce témoignage qui soient nobles, quelques-uns… (1 Cor. 1. 26), eh bien, s’ils sont des témoins fidèles, le Seigneur commence par les abaisser ; c’est ce que l’on a toujours vu. Retenons cela, car c’est de toute importance.
On n’appelle pas mal la grandeur humaine et nous sommes portés à la mettre dans le même plateau de la balance que les choses élevées selon Dieu il ne doit pas en être ainsi ; il nous faut regarder cela dans la crainte de Dieu et bien en face. De même, les capacités humaines n’ont de valeur que dans la mesure où Dieu se sert du vase, et la puissance de l’argent devrait être nulle dans l’Église.
Un serviteur du Seigneur du siècle dernier qui était sollicité de se faire inscrire dans un groupe de chrétiens dans lequel il y avait quelque chose à payer pour être inscrit, a su répondre : Pierre n’aurait pu être des vôtres : « Je n’ai ni argent, ni or ».
L’influence de l’argent dans l’église professante est devenu considérable. Dieu fasse qu’elle ne joue pas dans le témoignage ou elle peut se manifester de beaucoup de façons. Nous n’avons pas à parler de riches et de pauvres – bien qu’on puisse en parler sans blesser personne, aucunement ; le pauvre n’a pas à envier le riche ou il est en mauvais état ; mais que Dieu nous accorde de ne reconnaître dans le christianisme, dans le royaume de Dieu, que les seules grâces qui comptent, celles de l’Esprit Saint.
Les moyens humains pour prêcher l’évangile ou édifier quelque chose au nom du Seigneur, notamment l’argent, c’est plus que dangereux. L’apôtre Paul était pauvre. Moïse était un grand homme, et pourtant ce n’était pas la période du christianisme, – et Dieu commence par lui faire renoncer à tout il était très grand, vice-roi d’Égypte pour ainsi dire ; il aurait pu dire : ma fortune, mon pouvoir, ma situation, je vais m’en servir pour Israël ; Israël va connaître un heureux moment : Dieu le fait partir de là.
Nous avons connu d’autres serviteurs qui, au siècle dernier – il faut le dire aux jeunes qui ne le savent pas, qui l’ignorent, et c’est triste – des serviteurs du Seigneur qui, ayant une haute naissance, une très grande fortune, un immense avenir selon les hommes, au lieu de se servir de tout cela en faveur du témoignage, ont tout abandonné et sont devenus pauvres sur le-champ.
(Disons vite qu’il ne faut pas le faire si ce n’est pas par la foi et que si quelqu’un voulait penser à restaurer les choses comme elles étaient dans l’Église primitive (Act. 2. 44 et 45) qu’il sache qu’il faudrait autre chose que la vérité : la puissance !)
On voit parmi nous des tendances à faire appel à des moyens humains et matériels ; prenons garde avec le plus grand soin ! Ce que le Saint Esprit ne fait pas n’est pas fait et sera défait. C’est un très grand danger qu’une puissance comme celle de l’argent joue dans l’Église du Seigneur ; les frères qui ont de l’argent ont affaire au Seigneur, l’Écriture nous enseigne à cet égard ; mais nous parlons ici de l’atmosphère morale et spirituelle qui doit caractériser l’Église, le témoignage.
Un frère disait à juste titre qu’à certains égards les richesses matérielles dans l’Église pouvaient être considérées comme un malheur. Tenons compte du danger qu’il y a d’oublier Dieu ; on dit qu’on se confie en Dieu, mais, au fond, on se confie en beaucoup de choses.
On veut de grands moyens pour prêcher la Parole et diffuser les Écritures ! Autrefois, les apôtres allaient à pied ; autrefois, il y avait trois mille convertis au cours d’une prédication ; aujourd’hui, avec de très grands moyens, quels sont les fruits ?
Soyons exercés pour ne pas mêler à la vie de l’assemblée des éléments qui ne sont pas de Dieu : ce doit être un exercice partout et pour chacun. Remarquons que d’autres choses que la fortune peuvent être aussi néfastes ; l’attention de chacun doit être attirée sur ce point.
Un frère disait que l’argent du monde n’a pas cours dans le domaine de la grâce. Et l’on pense quelquefois qu’on peut l’utiliser pour accomplir ce qu’on voudrait être l’œuvre de Dieu !
C’est extrêmement sérieux cela ; aussi est-ce le devoir et la responsabilité de notre génération – pour parler selon l’expression des Actes – de redire ce que nous avons reçu, car ce que nous venons de dire, nous l’avons reçu de ceux qui nous ont enseignés depuis le commencement du témoignage et nous pouvons le dire d’après l’Écriture. Nous dégageons notre responsabilité vis-à-vis de ceux qui sont plus jeunes.
Il est très dangereux d’innover. On a peine à croire que ce soit l’humilité qui conduise quelqu’un à faire des innovations.
Puisque nous parlons du terrain tout à fait pratique et actuel du témoignage, rappelons que nos devanciers, non seulement étaient exercés à l’égard des éléments de puissance qui sont néfastes pour le témoignage – et chacun peut bien s’en humilier – mais que, lorsqu’ils ont rencontré dans leur chemin personnel les grandes difficultés qu’ils ont connues, ils ont déclaré qu’il y avait eu relâchement quant à la piété, quant à l’absence de mondanité et cela dans la vie courante, sans même parler de la vie de l’Église.
Nous pouvons donc nous humilier nous-mêmes beaucoup pour les mêmes motifs et veiller continuellement sur ces points. Pourrions-nous demander l’appui du monde et de l’argent du monde pour un témoignage qui est contre le monde ? Nous ne serions pas droits vis-à-vis du monde.
Ce courant de pensées nous conduit au dernier passage que nous avons lu dans 1 Chroniques.
Qu’est-ce que c’est que l’arche, et qu’est-ce que c’est que porter l’arche ? L’arche est un type de Christ, elle était faite de bois de sittim, recouverte d’or, ce qui nous présente le caractère du Seigneur, parfaitement homme et parfaitement Dieu, et c’est le témoignage que nous sommes appelés à présenter dans ce monde : le témoignage c’est Christ, Dieu sur toutes choses béni éternellement, venu ici-bas comme homme, Dieu manifesté en chair ; Christ homme ici-bas, Christ dans sa mort, Christ dans sa résurrection glorieuse. Porter Christ, présenter Christ dans ce monde, voilà le témoignage.
Nous .avons déjà considéré que Christ, comme objet du cœur, nous appelle à sortir vers lui hors du camp. Nous avons, rappelé qu’un cœur pur est orienté vers Christ, et le témoignage c’est Christ. Ainsi nous sommes responsables de présenter Christ dans ce monde et de porter Christ comme autrefois, au travers des étapes, le peuple d’Israël portait l’arche, d’étape en étape ; nous sommes appelés à porter Christ chacun individuellement et à plus forte raison et essentiellement comme témoignage collectif.
Quels sont les moyens par lesquels nous pouvons présenter Christ à ce monde ? Les moyens humains sont mis en évidence dans le chapitre 13 : un chariot trainé par des bœufs. Combien cela paraissait infiniment supérieur aux moyens que Dieu avait indiqués. Dieu avait donné des enseignements pour porter l’arche : Elle ne devait être portée par personne, excepté par les Lévites et parmi les fils de Lévi chacun avait son service particulier ; le chapitre 4 des Nombres nous donne des enseignements détaillés sur ce sujet.
Quelqu’un a eu l’idée de faire porter l’arche par un chariot tiré par des bœufs. Quelle joie, que de cantiques sont chantés ! Il semble que le bruit des chants et des cantiques eût étouffé une protestation s’il s’en était élevé une c’étaient les moyens humains en apparence, c’était tellement beau, tellement réjouissant ! Si quelqu’un avait voulu rappeler à ce moment les enseignements de la Parole, sa voix eut été étouffée aussitôt ; on aurait dit oui, mais nous avons trouvé beaucoup mieux.
On pense que la fin justifie les moyens ; eh bien, la Parole nous montre ce qui s’est produit : les bœufs ont bronché, cela n’était jamais arrivé avec les Lévites. Pourquoi ? parce que, comme il l’a fait ensuite, Dieu aida les Lévites. Les Lévites avaient le secours de Dieu, la puissance de Dieu était avec eux pour porter le témoignage. Les bœufs ont bronché, voilà ce à quoi conduit l’utilisation des moyens humains, et pour essayer de retenir l’arche, quelqu’un élève la main, il est frappé aussitôt, c’est la brèche d’Uzza et David est irrité contre l’Éternel. Voilà le résultat produit.
Il faut que les cœurs soient ramenés à l’obéissance à la Parole, que l’arche soit portée par les Lévites selon l’enseignement que l’Éternel avait donné au peuple et alors Dieu aida les Lévites, la bénédiction est accordée au peuple, l’arche est amenée dans le lieu préparé pour elle, et nous voyons le cantique de louange, d’action de grâces qui peut être chanté ; à ce moment-là tout est à la gloire de Dieu.
Voilà un enseignement important qu’il faut retenir et qui devrait nous amener à savoir nous défier de tous les moyens humains, de tout ce qui est de l’homme pour aller, avec les ressources de Dieu, selon les enseignements de la Parole qui ne changent pas, qui sont les mêmes dans tous les temps, aussi bien aujourd’hui qu’aux premiers jours de l’histoire de l’Église.
Les passages de 2 Timothée nous mettent en garde également contre cet emploi des moyens humains ou contre les associations qui peuvent nous paraître favorables à la propagation de l’évangile ou à la présentation du témoignage : c’est lorsque le vase à honneur se purifie des vases a déshonneur qu’il est un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre ; la préparation se fait dans la séparation et non pas dans les associations que la Parole condamne.
On pense fortifier le témoignage, on pense obtenir des résultats meilleurs et l’on perd de vue que l’on ne peut aller qu’à un résultat opposé de celui que l’on cherche. On cherche peut-être ces résultats avec les meilleures bonnes intentions, les meilleurs désirs, certainement, cela n’est pas mis en question mais les désirs de nos cœurs, ce n’est pas la pensée de Dieu.
« Nous ne l’avons pas », dit David, « recherché conformément à l’ordonnance ». Il met le doigt sur la plaie : pourquoi les bœufs avaient-ils bronché ? pourquoi une brèche avait été faite ? pourquoi David s’était irrité contre l’Éternel ? Parce que « nous ne l’avons pas recherché conformément à l’ordonnance ».
Si nous faisons bien des choses sans les faire conformément à l’ordonnance nous risquons d’aller au-devant d’expériences de même nature.
Tous les frères sont bien d’accord, en général, pour reconnaître et déclarer que dans le salut de leur âme, tout est de Dieu. Cette vérité a été gardée, non seulement comme vérité abstraite, générale, mais comme vérité sentie dans le cœur… et pas seulement chez les frères mais la vérité qui consiste à sentir qu’une fois chrétiens nous avons besoin de Dieu pour tout faire, aussi bien que nous avons eu besoin de Dieu pour être sauvés, cette vérité est beaucoup plus longue à apprendre parce qu’elle va de pair avec la connaissance de soi-même et celle-ci ne s’acquiert pas en un jour.
On a besoin de Dieu pour le servir et si on le sait vraiment, on n’aura pas de plan, on n’ira pas créer un comité ; des comités, un groupe de sages qui étudieront telle ou telle affaire en vue d’une action à entreprendre, nous ne. trouvons pas cela dans l’Écriture ; nous ne trouvons pas cela dans le témoignage du Seigneur, chez nos devanciers. Que l’on se consulte entre soi, oui ; tous les serviteurs et les servantes qui ont cherché à obéir à l’Écriture ont consulté ensemble le Seigneur et cela ne veut pas dire consulter le Seigneur que le prier pour apaiser sa conscience et continuer à faire comme on voulait faire avant ; nous le trouvons à la fin de Jérémie comme exemple frappant.
Le peuple dit à Jérémie : Consulte l’Éternel. L’Éternel dit de rester – et il voulait aller en Égypte – Oh ! mais nous ne ferons pas ce que tu dis ; ce n’est pas vrai, l’Éternel ne l’a pas dit, tu veux nous détruire. Et ils avaient demandé à Jérémie de prier pour connaître la volonté de Dieu. Jérémie savait que leur décision était arrêtée d’avance et la réponse de Dieu n’y a rien changé. Que de fois cela arrive ! Gardons-nous de cela.
On pourrait mettre en doute l’appel d’un frère évangéliste qui aurait besoin d’être encadré d’une dizaine d’autres frères (sauf pour l’aider par la prière). S’il est appelé à un service, il a affaire à son Maître qui l’aidera par les prières des saints, sans aucun doute, mais pas par un bras de chair ; et dans le service de la Parole les frères peuvent dire que le soutien du serviteur, à quelque degré que ce soit, c’est le Seigneur ; on ne doit pas en connaître d’autre ; c’est Lui seul qui ne manque pas, on doit aller avec le Seigneur dans ce que l’on fait : service dans l’assemblée, visite, etc. il faut aller avec le Seigneur. On n’édifie pas une œuvre ; on suit le Seigneur, sinon on pèche.
Il y a là une différence radicale quant à l’état de l’âme ; et on peut demander au Seigneur qu’il nous encourage et encourage ceux qui viennent, les frères devant qui se présentent des responsabilités, qu’il encourage, enseigne les frères à avoir beaucoup affaire au Seigneur et à s’encourager mutuellement à cela, si un frère pousse un autre frère au service, il pèche et en fait pécher un autre, bien qu’on puisse engager quelqu’un à avoir affaire au Seigneur. Chercher le Seigneur, se tenir près du Seigneur, voilà ce que nous avons y rechercher en vue de le réaliser continuellement ; c’est difficile, cela ; c’est cela qui est exerçant.
Il n’est pas possible que des chrétiens ou un chrétien simple, humble, droit, exercé, pieux, craignant et aimant le Seigneur, il n’est pas possible que s’il s’attend au Seigneur, le Seigneur ne lui réponde pas d’une manière ou d’une autre. Même si on fait des maladresses (qui n’en fait pas !), le Seigneur aide.
Il ne faut pas oublier que l’un des caractères de l’Église est aussi celui qui caractérise la femme, la soumission : elle est soumise au Christ.
Au sujet des questions matérielles dans l’Église, rappelons-nous que nous les trouvons dans les Actes, presque toujours d’une façon triste, d’une façon douloureuse. La première fois, c’est Ananias et sa femme ; la fois suivante, c’est une discussion à propos de distribution de biens matériels, la grâce a encore pris le dessus ; un peu plus loin, Simon voulait acheter avec l’argent le pouvoir d’imposer les mains en vue de la réception du Saint Esprit ; on le comprend, il avait des habitudes païennes. La puissance intellectuelle aussi est un danger.
Il n’y a pas de plus grands égarements que ceux des intellectuels qui ne sont pas gardés par Dieu ; ils s’avancent dans des hérésies plus que les autres, leur esprit étant plus puissant ; c’est un fait historiquement reconnu.
Nos devanciers, je désire le répéter ici parce que beaucoup n’ont peut-être pas les documents pour cela, et Dieu veuille faire qu’ils se les procurent – ont toujours encouragé à retenir que le témoignage du Seigneur est caractérisé par la petitesse, par le sentiment profond et vivant de son néant ; – il n’est rien – l’homme, le chrétien le plus insignifiant par nature a besoin d’apprendre cela, car sans la grâce de Dieu agissant puissamment personne ne se croit rien, chacun se croit quelque chose. Job l’a confessé pour lui-même.
Pouvons-nous venir à la réunion qui est le centre de la vie pratique du témoignage – la réunion du culte -, prendre part à la cène qui fait que nous nous identifions à la mort du Seigneur et, en même temps, glorifier, mettre en évidence le vieil homme que Dieu a tué à la croix !
Bien que ce ne soit pas notre sujet, rappelons encore une fois, en rapport avec la séparation, que ce qui caractérise aussi le témoignage selon l’Écriture c’est qu’il est établi sur le terrain de l’unité du corps. Le seul pain que nous rompons parle du corps tout entier de Christ ; nous pensons à tous les chrétiens du monde quand nous rompons le pain ; seulement nous ne pouvons pas avoir communion avec eux, parce que nous avons à garder les droits et la gloire du Seigneur, à garder la table du Seigneur pure du mal.
On peut dire que les caractères du témoignage dans les jours auxquels nous sommes parvenus, c’est qu’il est composé par ceux qui sentent vraiment la ruine, qui la portent dans leur cœur, qui mènent deuil, qui sont gouvernés par la Parole et par l’Esprit de Dieu, qui se séparent de l’iniquité et qui attendent le Seigneur.
Ce sont là les différents caractères du témoignage fidèle dans les jours de la fin. Et cela ne peut en aucune manière être compatible avec ce qu’on voudrait faire parfois du témoignage : un témoignage nombreux, ayant grande apparence ; tout au contraire – Juges 7 l’enseigne – le témoignage dans les jours de la fin est peu nombreux, il a peu d’apparence.
L’accroissement que nous pouvons désirer dans le témoignage, c’est surtout un accroissement spirituel : que les âmes soient nourries de Christ, que l’Esprit opère avec puissance, que l’Esprit demeure un Esprit de puissance (2 Timothée) ; dans les jours les plus sombres de l’histoire du témoignage, c’est cette puissance que nous avons à rechercher.
Et l’œuvre de Dieu s’accomplit par la puissance de son Esprit bien davantage qu’avec les ressources que l’homme peut-mettre en avant. Les ressources et les moyens que l’homme peut mettre en avant auront comme résultat d’empêcher le déploiement de la puissance de l’Esprit. De telle sorte qu’en les mettant en avant pour obtenir de grands résultats, on empêchera souvent le travail que Dieu voudrait accomplir dans la puissance de son Esprit.
On peut redire aussi ce que nous avons reçu, qui nous a été enseigné à l’égard du témoignage : c’est qu’il n’a pas été suscité d’abord en vue de l’évangélisation, quoique, grâces à Dieu, il y a eu et il y a des frères évangélistes (y en aurait-il davantage, personne ne s’en plaindrait si c’est Dieu qui les appelle).
Mais le témoignage est, avant tout, – le témoignage des derniers jours – pour la proclamation de la gloire du Seigneur, de sa personne, de l’intégrité de la Parole de Dieu, son intégrité totale : « Tu as gardé ma parole et tu n’as pas renié mon nom » ; les œuvres de Philadelphie – comme disait quelqu’un – étaient trop sous la surface pour qu’on puisse les voir, elles n’étaient pas apparentes, mais bien chères à Christ parce qu’elles donnaient la preuve de l’amour qui est d’obéir.
On peut désirer et demander que le Seigneur produise cela, que les frères et les sœurs qui viennent n’oublient pas ces choses ; que le témoignage est un témoignage à la gloire du Seigneur, à sa vérité, à sa personne dans les temps de la ruine générale et de l’iniquité dans la chrétienté.
Rappelons aussi ce qui a été dit en face de certaines tendances à méconnaître ce que le Seigneur a confié au témoignage, c’est que le Seigneur pourra remplacer ses serviteurs par d’autres, ses témoins par d’autres et que ce sera, pour les premiers, une immense perte.
Il ne faudrait pas que le désir de répandre l’évangile et d’amplifier le mouvement pour la diffusion de l’Évangile qui s’est dessiné au siècle dernier, lors du réveil de Philadelphie – car il ne faut pas perdre de vue que l’origine de ce grand mouvement d’évangélisation est né précisément dans le réveil de Philadelphie – il ne faudrait pas que ce désir d’évangélisation, extrêmement heureux en soi, conduise à penser que l’assemblée est une sorte d’association pour la propagation de l’évangile.
En un certain sens, l’assemblée est bien sur la terre pour faire briller la lumière du témoignage et présenter Christ, incontestablement, mais sans doute pas de la manière à laquelle on pense en général : l’évangélisation par parole, c’est en un certain sens une évangélisation assez facile ; d’ailleurs dans le service on peut dire que tout est facile, quand le service est réalisé suivant la pensée de Dieu, avec son secours.
Mais nous sommes appelés à une évangélisation beaucoup plus difficile, une évangélisation en actes. L’assemblée est, dans ce monde, et vis-à-vis du monde, la colonne et le soutien de la vérité.
Les personnes inconverties qui sont amenées dans une réunion d’assemblée devraient voir un organisme vivant, dans son fonctionnement, chacun remplissant le service et la fonction pour lesquels Dieu l’a appelé, un organisme fonctionnant tout entier dans la dépendance de l’Esprit et par la puissance de l’Esprit, de telle manière qu’il soit manifeste que le Seigneur est présent au milieu de ces deux ou trois réunis en son nom, de sorte que ces personnes, comme nous trouvons en 1 Corinthiens 14, puissent tomber sur leur face en disant : « Dieu est véritablement parmi vous ».
On recherche de grands moyens d’évangélisation aujourd’hui. Je suis toujours frappé de voir que parmi les grands moyens dont on parle, on ne pense pour ainsi dire jamais à celui-ci, qui est le grand moyen et qui est le meilleur selon Dieu : une assemblée, quand la présence du Seigneur est réalisée, quand tout est fait en obéissance à la Parole, ou chacun fonctionne à sa place, ou l’on sent la vie de Dieu, la puissance et l’activité de l’Esprit et où un homme inconverti peut réaliser qu’il a été amené dans la présence de Dieu.
Voilà l’évangélisation la plus puissante. Ayons à cœur de la réaliser vraiment, alors Dieu pourra déployer une puissance spirituelle qui amènera des âmes à la connaissance de Christ c’est cela qu’il nous faut désirer, et nous travaillerons à l’œuvre de Dieu, nous poursuivrons l’œuvre de Dieu dans son assemblée avec les moyens de Dieu et avec l’assurance que nous aurons la bénédiction de Dieu et pour chacun des frères et sœurs et pour l’assemblée ; la bénédiction débordera au dehors et tous ceux qui seront mis en contact avec l’assemblée éprouveront qu’il y a là la bénédiction de Dieu.
C’est ce qui s’était passé pour Thessalonique : le témoignage avait retenti de chez les Thessaloniciens en tous lieux. Le simple attachement au Seigneur dans l’assemblée est un témoignage de puissance extraordinaire.
Ils n’avaient pourtant pas des moyens bien rapides à ce moment là pour faire connaître la vérité au bout du monde, alors qu’aujourd’hui on préconiserait volontiers les moyens ultra-modernes et ultra-rapides ! Dieu se sert de tout, mais l’état des Thessaloniciens et ce qui en est résulté doit parler à nos consciences !
Considérons 1 Jean 5. 1 à 5. La position de séparation que la grâce de Dieu nous a amenés à connaître et qui est selon l’enseignement de la Parole ne peut pas nous conduire à nous isoler, dans les affections de nos cœurs, de tous deux qui constituent la famille de Dieu.
« Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui », voilà ce qui caractérise l’enfant de Dieu en quelque milieu chrétien qu’il se trouve ; nous aimons les enfants de Dieu parce que nous aimons Dieu. Mais comment manifester cet amour ? « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ».
Ce passage appuie ce qui a été dit, que c’est dans l’obéissance à la Parole et par l’obéissance à la Parole que nous pouvons aimer tant d’enfants de Dieu dispersés dans de multiples dénominations chrétiennes. Ce n’est pas en perdant de vue la position de séparation que nous pouvons leur manifester un amour selon Dieu.
La pierre de touche de l’amour selon Dieu c’est l’obéissance à la vérité, le maintien de la vérité c’est en cela et par cela que nous pourrons vraiment montrer aux enfants de Dieu que nous les aimons ; et cela suppose bien entendu, qu’on leur soit utile en saisissant l’occasion. Cette expression des Éphésiens s’applique non pas seulement à la présentation de l’évangile ; elle signifie certainement saisir toutes les occasions de manifester la vie que nous possédons, et nous pouvons le faire dans un amour vrai en parlant à nos frères, à nos sœurs, en leur montrant les enseignements de la Parole sans chercher à en faire des prosélytes.
Dans la présentation de l’évangile, il y a comme une contrainte à exercer : « contrains les gens d’entrer » ; mais en ce qui concerne le témoignage, jamais nous ne devrions le faire. Nous pouvons être utiles à quelqu’un qui se trouve dans un milieu comme Thyatire et qui possède la vie de Dieu, mais nous irions peut-être à l’encontre de la pensée de Dieu si nous voulions le contraindre à quitter son milieu ; nous ne savons pas quelle est la pensée de Dieu à cet égard.
Nous pouvons lui être utiles en lui présentant la pensée de Dieu relativement au rassemblement, mais laissons Dieu accomplir son œuvre et amener cette âme, s’il le trouve bon. Nous ne pouvons être utiles à une âme que dans la mesure où nous maintiendrons ce terrain de séparation. C’est là l’appel de Jérémie 15. 19 : « Qu’ils reviennent vers toi, mais toi ne retourne pas vers eux ».
Nous voyons dans ces versets comme dans les chapitres qui précèdent comment Jérémie avait pensé surtout au peuple au lieu de penser à la gloire de l’Éternel et ce sont souvent les sentiments qui remplissent nos cœurs : nous pensons aux enfants de Dieu, au peuple de Dieu, en perdant de vue la gloire de Dieu.
L’Éternel doit dire au prophète : « Si tu te retournes, je te ramènerai, tu te tiendras devant moi ». Il ne pouvait être un instrument pour le bien du peuple de Dieu qu’en recherchant la gloire de Dieu de sorte qu’en revenant vers Jérémie il se tournait vers Dieu : « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche ».
On a dit que la position de Jérémie était analogue à la position du fidèle de nos jours parce que Jérusalem allait être détruite et parce que Jérémie est appelé à séparer ce qui est précieux de ce qui est vil. On dira que Jérémie était un prophète, mais l’enfant de Dieu est aujourd’hui dans une position plus proche de Dieu que celle dans laquelle était Jérémie : il a le Saint Esprit, l’Esprit d’adoption, toute l’Écriture, la révélation de toutes les pensées de Dieu ; ce n’était pas la position de Jérémie.
Le danger aujourd’hui, c’est que l’on fasse boire du vin aux prophètes et que les prophètes ou les nazaréens que nous sommes appelés à être n’aient plus le discernement nécessaire pour séparer ce qui est précieux de ce qui est vil. Sachons prier pour que le Seigneur suscite des serviteurs et des servantes qui maintiennent cette séparation de ce qui est précieux de ce qui est vil. C’est le vin qui ôte le discernement ; tout ce qui enivre, tout ce qui nourrit la chair que nous avons.
Si celle-ci n’est pas combattue, si elle est nourrie, le discernement s’en va et on appelle pur ce qui est impur. Le discernement va toujours avec la séparation du monde, retenons-le. Le discernement spirituel est toujours lié, non pas à la somme de connaissances sûres, exactes, des vérités, mais à la séparation du monde ; c’est un fait qui a toujours été reconnu.
Plus la séparation est réalisée, plus il y a de discernement et la séparation est réalisée dans la mesure où le caractère céleste du croyant est compris, retenu, mis en pratique comme aussi le caractère céleste de l’assemblée.
Si l’assemblée réalise sa position hors du camp et dans les lieux célestes, elle pourra y trouver la puissante action de l’Esprit de Dieu, elle sera nourrie des choses célestes, la spiritualité se développera et il y aura alors ce sain discernement des choses ; il est nécessaire dans les jours actuels de veiller plus que jamais, car l’ennemi ne nous présente pas des choses que l’on sent devoir rejeter immédiatement ; l’ennemi, très rusé et très subtil, nous présente des choses qui ont de très belles apparences, qui paraissent bonnes et il est difficile de voir, derrière ces apparences remarquables, la réalité des choses, et l’ennemi nous égare ainsi et nous fait perdre la jouissance des choses célestes.
Il faut donc réaliser notre position dans les lieux célestes en Christ, non seulement le christianisme pratique dans les circonstances du désert mais aussi le caractère céleste du christianisme et c’est dans cette mesure que, nourris de la nourriture excellente, prenant la nourriture solide qui est pour les hommes faits, nous aurons les sens exercés à discerner le bien et le mal, alors, nous n’appellerons pas bien ce qui est mal, nous saurons tout de suite voir ce qui est à rejeter malgré les plus belles apparences et Dieu nous montrera son chemin, un chemin de dépendance, d’humilité, de fidélité ; Dieu nous enseignera ce qu’est la vie de la foi, la vie de tous les jours dans le sentier où il n’y a rien de l’homme, où tout ce qui est du vieil homme est jugé, mis de côté, mais où il y a la puissance d’une vie nouvelle, d’une vie céleste.
Ce qui est vil, c’est ce qui est de nous-mêmes, de l’homme naturel quel qu’il soit, où que ce soit, chez n’importe qui, voilà ce qui est vil. Quand on est jeune (même jeune chrétien), on est porté à se laisser éblouir – et cette illusion va souvent bien loin dans la vie – par les éléments brillants de l’homme qu’on met ensemble avec ce qui est de Christ et on est étonné que des chrétiens plus âgés soient si stricts dans leur séparation ; puis, quand on a fait du chemin, on voit ce qu’est l’homme, ce qu’on est, ce qu’est le monde et on dit : combien ils avaient raison, ces chrétiens, d’appeler vil ce qui ne paraissait pas tel quand on était jeune ; c’était vil, entièrement, l’homme était vil, nous sommes vils entièrement.
On a beau avoir de très bonnes apparences et par surcroît être imprégnés très fortement de christianisme et du christianisme le plus authentique, l’homme reste vil. Ce qui est précieux, c’est Christ et seulement Christ (un Christ glorieux dans sa vie et dans sa mort) et tout ce qui est du Christ. La vie divine dans un chrétien, voilà qui est précieux parce que c’est Christ dans un homme, quelqu’un qui est lié à Christ est un homme séparé.
Dieu ne fait pas de mélange : un peu de l’homme naturel et puis le reste du Christ. Non, il n’y a que deux hommes pour Dieu, le premier et le second ; Adam et le dernier Adam. Tout ce qui est du premier Adam est vil ; tout ce qui est de Christ est précieux, que ce soit dans la vie, le service, l’activité, les manifestations.
Tous ceux qui ont un certain âge ont connu des moments dans leur vie où ils étaient plus qu’étonnés, peinés de découvrir chez les frères plus âgés qu’eux, ayant du poids, des appréciations un peu décevantes et décourageantes ; mais, arrivés à l’âge que ces frères avaient alors, nous sentons que ces frères avaient pleinement raison ; la condamnation de tout ce qui est de l’homme, c’est une merveilleuse délivrance collective comme individuelle, il n’y a pas de plus grand progrès à souhaiter que celui-là. Mais comme disaient nos anciens : en avoir. fini avec soi-même, c’est long ! Il faut faire des progrès en cela.
Voilà ce qui a caractérisé le témoignage. Il ne s’agit pas de vanter l’homme ; laissez l’homme tranquille, laissons-le ou il est ; il est dans son tombeau, il y est très bien. Et la gloire de Christ remplira notre âme et, en contemplant Christ à face découverte, nous serons transformés en la même image, de gloire en gloire.
Je pense à un mouvement qui s’est produit il y a bien des dizaines d’années pour l’évangélisation, connu par le monde chrétien entier. Au début il y avait là des hommes extrêmement dévoués qui ne prétendaient a rien et qui allaient partout prêcher l’évangile, prêcher Christ. Là il y avait quelque chose à la gloire de Christ de tout à fait remarquable ; il n’y avait pas un témoignage, il avait des témoins qui prêchaient le salut aux pauvres pécheurs.
Mais cet ensemble et ce mouvement-là s’est lassé de souffrir et il s’est agrandi et a reçu les honneurs du monde, les honneurs officiels dans la personne de son chef, de sorte que l’opprobre de Christ sur ce mouvement a cessé ; et qu’a fait ce témoignage ? Que fait ce mouvement ? – je ne dis pas qu’il n’y ait pas encore des ouvriers qui continuent ce mouvement mais cette sève du début a tari ; il fait des œuvres publiquement, connues et reconnues ; il fait de la charité extérieure.
Tenir dans le témoignage toute une vie et tenir jusqu’à ce que le Seigneur vienne, tenir dans le sentier de l’humilité, de la séparation avec Christ, est-ce cela qui suffit pour l’âme ? Ce n’est pas une petite chose, cela ; c’est une mise à l’épreuve des affections, du cœur. Et sans nul doute les frères et les sœurs qui ont été gardés dans ce chemin ont joui du Seigneur au terme de cette carrière, ils n’ont pas regretté que le Seigneur les ait tenus séparés ; ils ont plutôt regretté plus d’une fois de n’avoir pas réalisé assez la séparation intelligente, dévouée envers d’autres, envers tout le monde, mais d’abord dévouée à Christ. Nous aurons bien assez de regrets à la fin de notre vie sans avoir à y ajouter celui d’un abandon positif de ce que le Seigneur nous avait donné.
On peut encourager aussi les jeunes, ceux qui ont maintenant la trentaine, et même moins, à beaucoup lire la Parole, les écrits des frères, – nous le leur disons, j’espère en toute humilité et en toute affection fraternelle et amour – beaucoup lire les écrits des frères avec régularité, piété, prière. La vie du chrétien peut en être entièrement changée, on fait des progrès et c’est ainsi que le Seigneur forme des ouvriers.
On disait autrefois à l’égard de tel ou tel frère qu’ils étaient bien fondés dans la vérité relativement au témoignage. Que le Seigneur veuille nous faire désirer cela, veuille produire le désir, le vouloir, mais aussi le faire.
D’après Réunion d’études à La Rochelle 1957