
Les premières pensées qu’amène la réception d’une lettre sont : Qui écrit ? À qui cette lettre s’adresse-t-elle ? Que dit-elle ?
Ici, c’est l’apôtre Paul qui écrit. Humblement, il met de côté son titre d’apôtre, pour s’intituler lui-même, dès l’en-tête : « prisonnier de Jésus Christ ». Dans le monde, on s’empresse de mettre ses titres en avant, ou on se prévaut de connaître un personnage haut placé, pour en imposer à ses interlocuteurs, et les soumettre par la crainte.
Mais Paul n’use, pour se présenter, que de ce titre de « prisonnier » et de « vieillard » (v. 9). Que peut-on obtenir, dans le monde, avec si peu de titres ?
Paul, en prison, a écrit plusieurs épîtres. À Éphèse, où il est incarcéré pour sa foi, sa foi n’en est pas moins manifestée dans toute sa vigueur ; et dans cette lettre aux Éphésiens, il présente les plus hauts conseils de Dieu et Ses mystères en grâce, et pour les Juifs et pour les nations, unis en Christ « en un seul homme nouveau » « en un seul corps » (ch. 2).
Christ est présenté comme la tête du corps, et Son corps qui Le complète, est vu dans le ciel : « Assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ». Voilà ce qui remplit le cœur de l’apôtre d’une joie que personne ne peut lui ôter.
Au ch. 6. 20, il se désigne comme un « ambassadeur lié de chaînes » : ce qui montre que rien ne va plus entre le monde et le pays « céleste » que l’apôtre représente.
Dans les Philippiens, où Paul est mis de côté, il se réjouit, car les circonstances par lesquelles il passait étaient plutôt arrivées « pour l’avancement de l’évangile » (ch. 1. 12).
Contrairement à ce qui se passe parfois dans l’assemblée, où un frère plus doué ou éloquent que les autres, cherche à dominer, Paul, lui, se réjouit, même dans ses tribulations, et étant effacé. L’éloquence d’un frère peut impressionner, mais « cinq paroles » dites simplement devant le Seigneur, peuvent apporter ce que le Seigneur a à dire à l’assemblée, à ce moment-là.
Dans cette épître, Paul s’associe Timothée, à cause de leur profonde communion, à ce problème difficile qui existait chez les Philippiens : certains frères évangélisaient « par envie », et pour « susciter de la tribulation pour les liens » de l’apôtre.
Timothée avait « pleinement compris la doctrine » de l’apôtre (2 Tim. 3. 10). En 1 Timothée 6, Paul, parlant de ceux qui « veulent devenir riches (v. 9), dit : « Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit » (v. 11). En cas de danger spirituel, le salut est dans la fuite.
En Lévitique 11. 9 et suivants, les Israélites pouvaient manger les poissons possédant des nageoires leur permettant de se déplacer à contre-courant, et des écailles les protégeant du milieu ambiant. Jeunes et frères et sœurs âgés, avons-nous des nageoires et des écailles, ou nous laissons-nous imprégner de l’esprit du monde, et nous laissons-nous emporter par son courant ? Daniel, jeune homme, avait arrêté dans son cœur de ne pas se souiller, et il a tenu ferme toute sa vie. « À nous l’obéissance, à Dieu les conséquences ».
Dans les Colossiens, Paul se déclare encore comme « lié », mais, là encore, se mettant lui-même de côté, il parle du Seigneur comme étant la tête ou « le chef du corps, de l’assemblée » (ch. 1. 18). Il n’évoque ses propres souffrances qu’à la fin de l’épître (ch. 4. 4).
Puis, le destinataire de la lettre est désigné : Philémon. Philémon était probablement un homme riche, ayant des esclaves. Au début de l’Assemblée, les chrétiens avaient mis tout en commun. Mais, du temps de Philémon, il n’en était plus ainsi.
Sur un autre plan, au 19ème siècle, lors du réveil évangélique, tous les aspects de la vérité ont été retrouvés. Puis, très vite, les choses ont évoluées, spécialement au niveau ecclésiastique. Dans ces divergences de pensées, on a souvent utilisé des lettres écrites à cette époque, pour justifier les différentes positions adoptées, sans s’en référer au contexte des « luttes » de ce temps-là.
Si le Seigneur avait permis que Philémon soit riche, pensons que nous n’avons qu’une seule vie sur la terre, et que nous devons la vivre avec et pour le Seigneur. Le travail est indispensable, afin qu’il soit pourvu à nos besoins. Cependant, ne vivre que pour le travail a conduit plusieurs croyants à la ruine de leur vie spirituelle.
Philémon, bien que riche, n’avait pas mis sa confiance dans les richesses, mais en Dieu : il était « le compagnon d’œuvre de l’apôtre, et l’assemblée à Colosse se réunissait dans sa maison (Col. 4. 7 à 9).
Sa femme, Apphie est affectueusement nommée, ainsi que Archippe, probablement leur fils, lui-même « compagnon d’armes » de Paul (v. 1 et 2). Que la sœur Apphie soit associée à son époux, dans la lettre, nous montre à l’évidence, que les épouses doivent participer aux exercices de leur mari.
Archippe, sans doute encore jeune, était un frère actif dans l’assemblée et utile dans le service : il est un exemple pour nos jeunes, bien qu’il ne soit pas toujours facile, pour eux, de prendre de l’action au milieu de frères plus âgés, et en particulier, en présence de leurs propres pères ; car, par-là, on dévoile son état spirituel. Mais, si la prière d’un jeune homme s’élève à propos, dans une réunion, comme pour Pierre, le Seigneur lui dit : « Tu es bienheureux » (Mat. 16. 17).
En Asie, plusieurs assemblées étaient proches les unes des autres, parmi lesquelles se trouvaient Colosse et Laodicée. Paul avait écrit une lettre à l’une comme à l’autre, et ces deux lettres devaient être échangées entre les deux assemblées locales (Col. 4. 16). Cependant, si l’Esprit Saint nous a fait parvenir, pour notre instruction, celle de Colosse, il n’a pas cru bon de nous faire connaître celle qui avait été envoyée à Laodicée.
Tychique, commissionnaire de Paul, accompagne Onésime dans son retour à Colosse (cf. Col. 4. 7 à 9). Devant Philémon, Onésime ne dit rien en lui tendant la lettre. On comprend sa crainte de se présenter devant son ancien maître, repentant, certes, mais combien humilié !
Autrefois incrédule, Onésime, certainement, ne supportait pas l’ambiance de cette maison, où l’assemblée se réunissait, peut-être plusieurs fois par semaine : la joie et la paix de cette maison, les prédications, la lecture de la Parole, les actions de grâce et d’adoration, les cantiques, les prières continuelles devaient lui être insupportables ! Aussi, un jour, il s’enfuit… Rome, la ville impériale, l’attire. Plein d’illusions, il pense que la vie doit y être attrayante…
Mais c’est là que les conseils de Dieu s’accomplissent à son égard. La Parole ne dit pas comment Onésime a été mis en contact avec Paul prisonnier à Rome. Mais, selon les plans divins pour l’esclave fugitif, cette rencontre avec l’apôtre est décisive. Peut-être déçu par la vie corrompue de cette grande cité, Onésime raconte sa vie et sa fuite à Paul qui, avec amour, l’amène au Seigneur, repentant, puis le renvoie à Philémon.
Dans sa lettre pleine d’affection et d’humilité, Paul n’étale pas le mal. Il met plutôt en avant son désir de retenir Onésime près de lui pour qu’il le serve, mais qu’il n’a rien voulu faire sans son avis (v. 13 et 14). Paul, humblement, refuse d’user de son autorité d’apôtre, afin de ne pas influencer la décision de Philémon. Il lui confie Onésime, et voudrait être son associé (v. 17).
Si une difficulté surgit dans la vie d’un frère, nous ne devons pas lui imposer notre propre pensée ; où serait la gloire de Dieu qui, Lui, a toutes choses dans les mains ? « Celui qui m’a guéri, celui-là m’a dit : Prends ton petit lit et marche » (Jean 5. 11). Seul, l’amour du Seigneur doit être notre guide, et non : « Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas » (Col. 2. 20). Ne mettons pas une âme sous une loi.
Dans le Deutéronome (ch. 23. 15), la loi interdisait de renvoyer chez son maître, un esclave qui s’était enfui. À Shimhi qui avait gravement maudit David, Salomon avait interdit de quitter la ville, sous peine de mort. Mais deux de ses esclaves s’étant enfuis dans une autre ville, Shimhi était allé les chercher, contrairement à la loi, et à l’interdiction formelle de Salomon.
Auparavant, en Genèse 16, Dieu avait dit à Agar, la servante de Sarah fuyant les mauvais traitements de sa maîtresse : « Retourne-t-en et humilie-toi ». Et Agar avait obéi, appelant ce lieu-là : « le puits du Vivant qui se révèle ».
Cependant, Paul, devenu chrétien, n’est plus sous la loi du Sinaï. Il dit à Philémon : « Je te l’ai renvoyé, – lui mes propres entrailles » « afin que tu le possèdes pour toujours, non plus comme un esclave, mais au-dessus d’un esclave, comme un frère bien-aimé » (v. 12, 15 et 16).
Le : « peut-être… » du v. 15 n’est pas le signe d’un manque de foi de l’apôtre, mais le signe de son humilité et de sa soumission à la volonté de Dieu. Le « peut-être l’Éternel sera avec moi… » que prononce Caleb, en Josué 14. 12, révèle la même humilité et la même foi dans la puissance divine en grâce. En 1 Samuel 14. 6, Jonathan avait dit aussi ce « peut-être » plein de foi en Dieu.
Ézéchias également, devant la pression des ennemis à la porte de Jérusalem, s’était remis à la grâce de Dieu, sachant que Dieu ne lui devait rien. De même, Mardochée, dans le livre d’Esther avait dit à sa nièce : « Qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté ?» (Est. 4. 14). Dans nos exercices, on ne voit pas toujours les intentions de Dieu, mais on voit Sa main dans Ses réponses.
Marc était allé avec Barnabas, après que ce dernier s’était séparé de Paul. Mais Dieu l’avait ramené et formé ; on le voit dans les Colossiens, ch. 4. 10, utile à Paul pour le service. On le retrouve, utile au service de Paul en 2 Timothée 4. 11. L’apôtre ne l’avait pas mis sous la contrainte, mais l’avait formé, et il était, par la suite, utile à l’évangile. Et il a pu écrire l’évangile du parfait serviteur.
L’épître à Philémon est une épître d’amour. C’est un modèle, pour nous, dans les difficultés que l’assemblée peut connaître. Comme Paul, il faut avoir l’humilité de se mettre aux pieds de nos frères, ne cherchant pas à faire passer « nos idées », mais en estimant nos frères supérieurs à nous-mêmes (Phil. 2. 3).
En toutes choses, laissons faire le Seigneur en nous attendant à Lui, dans la conscience que le seul bon travail qui puisse être fait, c’est Lui seul qui peut le faire.
D’après B. Durst Novembre 2011