ABRAHAM LINCOLN

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ABRAHAM LINCOLN

Le grand homme d’Etat, Abraham Lincoln, était un vrai chrétien. Il naquit le 12 février 1809, dans une humble condition. Ses ancêtres qui s’étaient établis dans le Kentucky (Etats-Unis de l’Amérique du Nord), appartenaient à la « Société des Amis », désignés le plus souvent sous le nom de « Quakers », dont Georges Fox fut le fondateur, en Angleterre, vers 1650. Les persécutions les poussèrent à s’expatrier. La plupart se fixèrent dans un territoire qui devint l’état de Pennsylvanie, du nom de Penn, le principal d’entre eux. Le premier Lincoln, compagnon de Penn, l’un des pionniers en chef du Kentucky, fut victime de la haine des Indiens, pendant qu’il était à la chasse. Sa famille, privée de son chef, se transporta dans l’Indiana, dans une solitude inhabitée. Thomas, le père d’Abraham, homme intelligent et pieux, digne fils des émigrants chrétiens, eut, comme auparavant, l’épreuve pour compagne, mais confiant dans la bonté et la puissance de Dieu, il ne se découragea pas. Au contraire, il continua à accomplir avec zèle la tâche qui lui incombait envers sa famille composée de trois enfants.
La mère d’Abraham était une vraie chrétienne, nourrie des enseignements de la Parole de Dieu qu’elle s’efforçait de faire pénétrer dans le cœur de ses enfants. De plus, c’était une femme sensée, prêchant par l’exemple autant que par ses paroles. Abraham n’avait que dix ans lorsqu’il fut privé de son affection et de ses soins ; mais il garda un souvenir profond de ses leçons et de son exemple. Jusqu’à son dernier jour, il ne prononça jamais le nom de celle qui avait guidé ses premiers pas, qu’avec un affectueux respect, reconnaissant que tout ce qu’il avait été comme chrétien, il l’avait dû, après Dieu, à son excellente mère.
A la mort de cette dernière, Abraham savait lire, mais il n’avait guère lu que la Bible, car les livres étaient rares parmi les colons. L’enfant parvint pourtant à s’en procurer quelques-uns qu’il dévorait avidement dans ses loisirs. Parmi ceux qu’il possédait, se trouvait le « Voyage du chrétien » de Bunyan, qu’il aimait particulièrement ; mais son livre préféré, celui qu’il avait appris à lire sur les genoux de sa mère, c’était la Bible, le livre de Dieu que ses ancêtres lui avaient légué, son vrai patrimoine, qu’il appréciait par-dessus tout.
A sept ans, Abraham entrait à l’école, mais il dut bientôt la quitter à cause d’un déménagement de sa famille. Vers treize ans, il put y retourner un certain temps : en somme, il n’y passa pas une année en tout. Le jeune homme se distinguait parmi les enfants des colons par son amour pour la paix et la justice, se montrant le protecteur des faibles et des opprimés. C’était, selon l’expression de ces écoliers, un « Peace-Maker » (faiseur de paix), un arrangeur de querelles. La tâche n’était certes pas des plus faciles parfois, car il reçut en maintes occasions des coups qui ne lui étaient pas destinés ; rarement il en donna, et toujours ce fut pour défendre le faible contre le fort.
De quatorze à vingt ans, Abraham, doué d’une force physique étonnante, continuait à vaquer à ses occupations habituelles : au dur travail de bûcheron, sans pour cela négliger de s’instruire lui-même du mieux qu’il lui était possible, dans les circonstances où il se trouvait. Mais à l’âge de vingt ans, il échangea la hache contre la rame, et devint batelier ; il prit place sur un radeau, informe bateau qui, descendant de l’Ohio par le Mississippi, allait jusqu’à la Nouvelle Orléans ; mais il était nécessaire de remonter ensuite, sans voile, ni vapeur, par l’unique effort des bras sur les rames. Il fallait être d’une constitution à toute épreuve pour affronter un pareil travail ; le voyage durait des mois et le pauvre batelier devait faire connaissance, dans ces immenses courses, avec les ardeurs de l’été et les rigueurs de l’hiver. Pendant le trajet, nul abri, ou à peu près, et le lit était tout simplement le pont du bateau sur lequel on dormait, enveloppé d’une grossière couverture.
Le jeune homme s’engagea au service du propriétaire du bateau, dont le fils était le chef, pour dix dollars par mois ; mais en réalité, le vrai chef fut Abraham Lincoln. Attaqués un jour par des hommes, ils n’échappèrent, eux et leurs marchandises, qu’à grand peine ; un peu moins d’énergie et tout était perdu. Le voyage fut quand même heureux et Lincoln, qui ne retira que le salaire fixé, acquit la réputation d’un homme fidèle et s’y connaissant en affaires. A n’en pas douter, il s’appliquait à honorer le Seigneur dans tous les détails de sa vie.
Séduit par la fertilité prodigieuse des prairies de l’Illinois, Thomas Lincoln partit avec sa famille pour aller y planter sa tente. C’était en mars 1830. Mais là aussi des épreuves nouvelles les attendaient. L’hiver fut très rude, et la viande faisait défaut. Abraham abandonna ses livres qui l’occupaient dans ses moments de loisir, et le fusil au bras, il se mit à parcourir la contrée, couverte d’un mètre de neige, en quête de gibier pour nourrir la famille.
Au printemps, il reprit son service de batelier, au grand contentement de son patron qui lui offrit en retour la direction d’un moulin et d’un petit commerce. Il fut heureux d’accepter. C’était en 1831.
Maintenant Lincoln avait une position fixe. Ses débuts à New-Salem, où il était installé, ne furent pas brillants ; mais par sa fidélité, il sut gagner l’estime générale : tous reconnaissaient en lui le parfait honnête homme, ce qui lui valut le surnom « d’honnête Abraham » que les habitants de la petite ville se plurent à lui donner, et qui était certes à son honneur. Ils lui témoignaient une entière confiance et le désignèrent une fois comme capitaine dans une guerre contre les Indiens et plus tard comme député à la législature d’Illinois. Lincoln fut tout surpris de se voir élu à New-Salem, mais n’ayant pas réuni les suffrages du dehors, il ne fut pas nommé cette première fois.
Pendant son séjour à New-Salem, Lincoln, avide d’instruction et en vue de se créer une position plus avantageuse, se mit à étudier le droit, n’ayant pour se guider, que quelques livres qu’il emprunta. Mais à peine s’était-il mis au courant des premiers rudiments, qu’un de ses amis, agent d’affaires, lui conseilla d’embrasser la même vocation que lui. Abraham, qui avait besoin de travailler pour vivre, y consentit. Après un court stage dans le bureau de son ami, il pratiqua pour son compte et ne manqua pas de clients ; ainsi la richesse semblait le favoriser ; mais son goût n’était décidément pas là ; au bout d’une année, il quitta le bureau.
C’est à ce moment-là, en 1834, que ses concitoyens l’envoyèrent à la législature d’Illinois.
Il se rendit donc à Springfield, chef-lieu de l’État, et là, il se voua définitivement à l’étude du droit. Deux ans après, tant ses progrès furent rapides, il subit les examens d’avocat et s’établit comme tel dans la ville. De 1838 à 1840, il se distingua d’une façon particulière : lumière du barreau, il était toujours « l’honnête Abraham », au service de tous, des plus humbles, comme des riches ; et il n’entreprenait la défense que des causes justes, heureux de défendre, dans l’occasion, l’innocence menacée.
La Bible fut sa fidèle compagne dans ses bons comme dans ses mauvais jours. Chaque matin, il la lisait avec soin avant de se mettre au travail ; et lorsqu’il fut élu à la plus haute magistrature du pays, il ne dérogea jamais à ce pieux devoir. Un ami de Lincoln a raconté que, venant un jour de grand matin pour lui parler d’affaires, et entendant dans son cabinet sa voix, il demanda qui était auprès de lui : « Personne », répondit-on ; « il lit sa Bible ». Plus d’une fois, sans doute aussi, au cours de quelque journée pénible, il ouvrait le saint Livre pour y puiser force, courage et direction, et ainsi il était soutenu pour l’accomplissement de la lourde tâche qui lui incombait.
Nous ne dirons rien de ses fonctions de président de la grande République, ni de la part si grande qu’il a prise dans la question de l’abolition de l’esclavage. Nous citerons, pour terminer, deux traits touchants de sa vie, qui vous intéresseront assurément.
C’était en 1860, à New-York. Un homme de grande stature, à l’air un peu mélancolique, mais d’une figure intelligente, entra dans une école du dimanche qui venait de se réunir. Personne ne le connaissait ; il suivit d’une manière attentive la leçon et sembla y prendre un grand intérêt. Le moniteur s’approcha de l’étranger et lui demanda s’il n’aurait pas quelque chose à dire aux enfants. Il accepta : à peine eut-il commencé qu’il se fit un grand silence, et ses petits auditeurs étaient suspendus à ses lèvres, tant il sut les captiver : « Ce qui vient du cœur va au cœur », dit-on ; et le petit auditoire l’éprouva d’une façon remarquable ce jour-là. Deux fois il voulut se taire et deux fois il dut continuer. Comme il se retirait, le moniteur lui demanda son nom. Il répondit : « Abraham Lincoln de l’Illinois ».
Lincoln entra un jour, en 1863, dans la salle d’un hôpital avec son secrétaire pour faire visite aux soldats. Il y avait là un garçon de Vermont, âgé d’environ seize ans et mortellement blessé. La fin approchait. Le visiteur bienveillant, ami des pauvres et plein de sympathie envers ceux qui souffrent, s’assit près de son lit et, lui prenant affectueusement la main, il lui dit, comme l’aurait fait la plus tendre des mères :
« Mon pauvre enfant, que puis-je faire pour vous ? »
Le jeune garçon, plein de confiance et avec un regard suppliant, lui répondit : « Oserai-je vous demander d’écrire à ma mère ? »
« Certainement », lui répondit sur le champ Lincoln et, sans tarder d’un instant, il accomplit le désir du malade. Quand il se leva pour s’en aller, il lui dit :
« Je mettrai moi-même la lettre à la poste ». Puis il ajouta :
« Puis-je encore faire quelque chose pour vous, mon cher enfant ? »
Le mourant, comprenant qu’il avait devant lui le président de l’Union, le regarda encore, et avec supplication lui dit :
« Ne voudriez-vous pas rester avec moi jusqu’à ce que tout soit fini ? J’aimerais sentir votre main dans la mienne jusqu’à la fin. Ce ne sera pas long, à ce que l’on m’a dit ».
Les larmes aux yeux, le président se rassit aussitôt et, prenant la main de l’enfant dans les siennes, il resta là, silencieux. L’enfant ne bougea pas et ne prononça plus une seule parole. Lincoln resta auprès de ce lit durant plusieurs heures, comme s’il eût été le père du mourant. Quand tout fut fini, il joignit les mains de l’enfant sur sa poitrine, et regardant avec tristesse cette figure défaite, des larmes inondèrent de nouveau son visage. Tous les assistants étaient profondément émus.
« Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4. 7), est-il écrit. En effet, Abraham Lincoln avait beaucoup reçu : Il possédait la Bible, de pieux parents qui guidèrent ses pas dans le bon chemin, de brillantes facultés, une forte santé ; mais par-dessus tout, il jouissait de la vie éternelle, d’une vie nouvelle qui le porta à consacrer à son Maître tout ce qu’Il lui avait confié. Il nous laisse, à la jeunesse en particulier, un bel exemple que nous vous engageons à ne pas perdre de vue.
Puissiez-vous, chers jeunes croyants, si humble que soit le milieu où vous pouvez vous trouver, « présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent », à Celui qui nous a tant aimés qu’il a donné pour nous son Fils unique et bien-aimé ! (Rom. 12. 1).

D’après la Bonne Nouvelle 1951