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LES TOURS

La tour de Babel

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous désirons rappeler que deux faits, diamétralement opposés, sont présentés au chapitre 11 de la Genèse : l’érection de la tour de Babel et l’appel du croyant Abraham. Dans la tour de Babel qui s’élève, on voit l’homme voulant s’établir sur la terre sans penser à Dieu – et en Abraham la grâce de Dieu qui appelle l’homme à quitter cette terre pour l’amener en une autre demeure : le ciel. Il est dit en effet en Hébreux 11 qu’Abraham attendait la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur. Il attendait non seulement Canaan, la terre promise, mais une cité plus haute que la terre : le ciel.
Les hommes donc, après le déluge, partirent de l’orient et trouvèrent une plaine dans le pays de Shinhar (Gen. 11. 2). Cette plaine est la Babylonie, où la ville de Babylone a été construite. Il est dit en effet au début du livre de Daniel (1. 2) que Nebucadnetsar, roi de Babylone, fit apporter les ustensiles de la maison de Dieu dans le pays de Shinhar, dans la maison de son dieu.
C’est là que les habitants de la terre décidèrent de bâtir une tour. Ils dirent : « Allons, bâtissons une ville, et une tour dont le sommet atteigne jusqu’aux cieux ; et faisons-nous un nom, de peur que nous ne soyons dispersés sur la face de toute la terre » (Gen. 11. 4). En cette tentative de l’homme pécheur, la première depuis les jours du déluge, qui vise à établir un état mondial en opposition à l’autorité divine, on discerne ce qui caractérise l’homme naturel : l’orgueil, la pleine suffisance, la soif de réputation, le besoin de s’unir. Faut-il que l’homme soit foncièrement orgueilleux pour que la Parole de Dieu, au livre des Proverbes entre autres, parle si souvent de ce besoin de s’élever : « Je hais l’orgueil et la hauteur », est-il dit. De même : « Tout cœur orgueilleux est en abomination à l’Éternel ». Et encore : « Avant la ruine le cœur de l’homme s’élève » (8. 13 ; 16. 5 ; 18. 12). « On cherche, a-t-on écrit, à se créer un centre, un intérêt commun, d’une manière indépendante de Dieu, en excluant Dieu de nos entreprises » (J.N.D.).
Dieu intervient alors. Il descend et confond le langage des habitants de la terre, « afin qu’ils n’entendent pas le langage l’un de l’autre » (v. 7). Il rompt ainsi le lien qui unit le plus efficacement les hommes, c’est-à-dire le langage. Leur langage est confondu, ce qui a donné lieu au nom de Babel, terme qui signifie confusion. « Et l’Éternel les dispersa de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville » (v. 8). Ce jugement de Dieu fait penser à ce que le prophète dira de Babylone elle-même : « Que Babylone monte jusqu’aux cieux, et qu’elle fortifie la hauteur de sa force : de par moi viendront des dévastateurs contre elle, dit l’Éternel » (Jér. 51. 53).
Le langage unique des hommes a donc été confondu par le jugement de Dieu. Le contraste est éloquent d’avec le jour de la Pentecôte, où le Saint Esprit est venu sur la terre. Il y eut un rassemblement d’une multitude étonnée de ce qu’on entendait les apôtres parler dans le langage de ces diverses nations, dont au moins quinze nations sont mentionnées : Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Égypte et la Libye, des Romains, Crétois et Arabes (Act. 2. 9 à 11). Ils entendaient dans leurs langues annoncer « les choses magnifiques de Dieu », c’est-à-dire les hauts faits de la grâce de Dieu dans le don de Jésus, le Sauveur. Désormais l’Évangile pourra être porté à la connaissance de tous les peuples dans leur propre langage (S. P.). Le Seigneur Jésus n’a-t-Il pas dit : « Il y aura un seul troupeau, un seul berger » ? Et le souverain sacrificateur n’a-t-il pas déclaré un jour que Jésus allait mourir pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés ? (Jean 10. 16 ; 11. 52). On apprend donc qu’à Babel Dieu a dispersé et que, à Jérusalem, à la Pentecôte, Dieu a rassemblé.
Enfin bientôt, dans la gloire du ciel, on entendra la voix d’une grande foule « de toute nation et toutes tribus, et peuples et langues » se tenant devant le trône et devant l’Agneau, criant à haute voix : Le salut est à notre Dieu et à l’Agneau ! (Apoc. 7. 9 et 10).
Résumant notre pensée touchant le langage des hommes tel qu’en parle la Parole de Dieu, nous voyons donc, dans le passé Son jugement, dans le temps actuel Sa grâce, dans l’avenir Sa gloire proclamée dans le cantique de l’Agneau. Nous pouvons bien dire : – Oui, « la miséricorde se glorifie vis-à-vis du jugement » Jac. 2. 13).

 

Une tour en Égypte (Gen. 39. 20 – 40. 5)

La Parole de Dieu, dans les chapitres 39 et 40 de la Genèse, parle d’une tour, en Égypte, sans lui donner un nom particulier. Elle était attenante aux habitations du Pharaon, d’où le nom de maison de la tour (ou prison selon d’autres traductions). C’était là qu’étaient enfermés « les prisonniers du roi » (39. 20), ceux qui s’étaient rendus coupables d’un crime de lèse-majesté, ceux qui avaient péché contre leur seigneur, le roi d’Égypte (40. 1).
Chacun connaît le chemin que suivit Joseph jusqu’à ce qu’il vint en Égypte : comment ses frères s’emparèrent de lui, qui était venu sur l’ordre de son père prendre de leurs nouvelles ; comment ils le jetèrent dans une citerne ; comment ils l’en retirèrent pour le vendre à une caravane d’Ismaélites qui, eux-mêmes, le vendirent en Égypte au chef des gardes du Pharaon. Étienne rappellera plus tard la haine des patriarches qui, pleins d’envie contre leur frère, le vendirent pour être mené en Égypte (Act. 7. 9).
Devenu la propriété de Potiphar, établi par lui sur sa maison, Joseph devint aussi l’objet de manœuvres séductrices, puis de calomnies virulentes de la part de la femme de Potiphar. Celui-ci, entré dans une violente colère, donna l’ordre qu’il fût jeté en prison : « Et Joseph fut là, dans la tour » (39. 20). Le psalmiste fait allusion à ces faits injustes et humiliants, quand il écrit : « Joseph fut vendu pour être esclave. On lui serra les pieds dans les ceps, son âme entra dans les fers » (Ps. 105. 17 et 18).
Et c’est là, dans la tour, qu’il fut donné à Joseph de rendre un témoignage visible, éloquent, tout à la gloire de son Dieu. C’est là qu’il put réaliser Sa main étendue en bonté sur lui, comme aussi les bienfaits de Sa présence constante, exprimée pas moins de quatre fois dans ce seul chapitre 39 par ces mots : « L’Éternel était avec lui » (v. 2, 3, 21 et 23). Étienne le rappelle encore quand il dit : « Et Dieu était avec lui » (Act. 7. 10). Il est à noter que ces mêmes mots se lisent aussi, à trois reprises, dans le seul chapitre 18 du premier livre de Samuel, en rapport avec David, autre type remarquable de Christ (v. 12, 14 et 28). Et de Christ Lui-même n’est-il pas dit : « Car Dieu était avec Lui » ? (Act. 10. 38). Suprême encouragement pour le serviteur fidèle ! Suprême encouragement pour nous tous, que cette parole de notre Seigneur au terme de Son ministère : « Voici, moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à l’achèvement du siècle » (Mat. 28. 20).

 

La tour de Penuel (Gen. 32. 30 – Jug. 8. 8 et 9)

La dernière fois, nous avons parlé d’une tour en Égypte en rapport avec un épisode de la vie de Joseph. C’est la tour de Médinet Abou à Thèbes, à l’époque des Pharaons.
Nous désirons aujourd’hui vous rappeler le nom d’une autre tour que mentionne la Parole de Dieu : la tour de Penuel. Penuel est une localité sise à l’est du Jourdain, près du torrent de Jabbok, dans le territoire de la tribu de Gad. Son nom est cité en rapport avec un épisode de la vie de deux hommes bien connus : le patriarche Jacob et le juge Gédéon.
Au livre de la Genèse il est parlé d’une nuit mémorable où Jacob, après avoir passé le torrent de Jabbok, demeura seul : loin du monde, seul avec Dieu (32. 24). Un homme lutta avec lui jusqu’au moment où sa hanche fut touchée et luxée. Il devint dès lors boiteux, n’ayant aucune force en lui-même. Il est ainsi amené à apprendre que la force est ailleurs, c’est-à-dire en Celui qui seul est la source de toute force et de toute bénédiction. « Pour pouvoir être fort, a-t-on écrit, il faut d’abord être faible » (C.H.M.). Ce lieu de la lutte, qui se termine par une victoire, est appelé Peniel (ou Penuel) car, dit Jacob, « j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée » (32. 30). C’est l’expérience que fera plus tard l’apôtre Paul atteint d’une « écharde pour la chair » : « Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12. 10).
Au livre des Juges, nous voyons Gédéon poursuivant les Madianites. Ses hommes ont faim et sont fatigués. Il demande alors aux gens de Succoth, puis à ceux de Penuel, de leur donner du pain. Ce secours lui est refusé. Plein de foi, il continue néanmoins sa marche, mais en déclarant : « Quand je reviendrai en paix, je démolirai cette tour » (8. 9). L’infamie de Penuel ne l’arrête pas plus que celle de Succoth (H.R.). Vainqueur des Madianites, Gédéon est revenu : il démolit la tour de Penuel et mit à mort les hommes de la ville (8. 17).
Penuel, selon ces deux passages de la Genèse et des Juges, nous rappelle donc qu’une victoire a été remportée. En Jacob il y a la victoire quant à lui-même : il ne peut rien, Dieu peut tout. En Gédéon il y a la victoire sur Madian, figure d’un ennemi autrement plus redoutable, Satan, nom qui en hébreu signifie adversaire. Ne sont-ce pas là pour nous tous nos deux ennemis : le moi ou la chair, et le diable, chef de ce monde ? Mais nous ne sommes pas engagés dans un combat sans espoir. Avec l’apôtre Paul nous disons : Grâces à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ! (1 Cor. 15. 57). Et, avec l’apôtre Jean : La victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi (1 Jean 5. 4).

 

Deux tours : la tour de Sichem et la tour de Thébets (Jug. 9. 46 à 54)

Gédéon, juge en Israël, eut soixante-dix enfants. Il en eut encore un, né de la servante, auquel il donna le nom d’Abimélec (Jug. 8. 31).
Après la mort de son père, Abimélec s’est présenté d’emblée comme un ambitieux, un usurpateur de l’autorité, un dominateur. Voulant dominer sur les habitants de Sichem, il leur proposa d’être leur roi. Ils n’avaient pas donné leur accord, que déjà il faisait disparaître ses frères avec une sauvagerie innommable : « Il tua sur une seule pierre ses frères, … soixante-dix hommes » (Jug. 9. 5). Un seul échappa à cette tuerie, Jotham, le plus jeune, qui put s’enfuir et se cacher. C’est lui qui, du haut de la montagne de Garizim, par la remarquable allégorie des arbres et de l’épine, annoncera qu’un feu sortira des hommes de Sichem et dévorera Abimélec (v. 20).
Abimélec régna trois ans sur Israël. Dieu ne permit pas qu’il règne plus longtemps. Il envoya un esprit de mésentente entre lui et les hommes de Sichem. Dès lors commença une longue histoire de guerres et de combats qui les amèneront finalement à se réfugier dans une tour, la tour de Sichem. Abimélec y mit le feu. Un millier d’hommes et de femmes moururent (v. 49). Il se rendit ensuite à Thébets, dont il s’empara. Il y avait, est-il écrit, une tour forte au milieu de la ville (v. 50), où les habitants se réfugièrent. Abimélec, voulant l’incendier comme il avait incendié la tour de Sichem, s’en approcha. C’est alors qu’une femme jeta du haut de la tour une meule tournante qui tomba sur lui et lui brisa le crâne (v. 53). Ainsi finit cet homme autocrate, qui ne cessa de semer la terreur parmi son peuple. N’avons-nous pas en cette mort une illustration frappante de ce que dit un psaume : « Il est tombé dans la fosse qu’il a faite. Le trouble qu’il avait préparé retombera sur sa tête, et sa violence descendra sur son crâne » (7. 15 et 16). Cet événement impressionnant est resté dans le souvenir des enfants d’Israël, puisque David, bien plus tard, dira : « Ne savez-vous pas qu’on tire de dessus la muraille ? Qui frappa Abimélec ? N’est-ce pas une femme qui jeta sur lui, de dessus la muraille, une meule tournante, et il en mourut à Thébets ? » (2 Sam. 11. 21).
Deux tours ! Celle de Sichem qui parle d’une dernière victoire du méchant et celle de Thébets qui parle de sa fin misérable. Cette portion du livre des Juges est un avertissement pour nous tous, car le sage dit : « Le méchant, ses iniquités le saisiront… il mourra faute de discipline, et il s’égarera dans la grandeur de sa folie » (Prov. 5. 22). Et l’apôtre nous rappelle que « on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6. 7).

 

La tour de Jizreël (Rois 9. 16 à 20)

Les chapitres 9 et 10 du deuxième livre des Rois sont le récit d’un règne de vingt-huit ans, le règne de Jéhu, roi d’Israël. Il est présenté comme étant l’instrument, dans la main de Dieu, de Son jugement irrévocable contre la maison de l’impie roi Achab et de la reine Jézabel, femme perverse, qui l’a entraîné dans la voie de l’idolâtrie, soit du culte de Baal.
Il est à remarquer que Jéhu a été oint sur l’ordre d’Élisée, l’homme qui a été essentiellement le prophète de la grâce. Et cette onction a eu lieu à Ramoth de Galaad, l’une des six villes de refuge établies en Israël en faveur du meurtrier par mégarde, qui fuyait de devant la colère du vengeur du sang (Jos. 20. 8). Cette ordonnance nous amène à penser à la croix de Golgotha, le lieu suprême de refuge pour toute âme, et au don inexprimable de la grâce de Dieu. Ramoth de Galaad, ville de refuge, est donc le point de départ du chemin de la vengeance de Dieu exercée par Jéhu. Il en est de même aujourd’hui : les hommes tomberont sous le coup de la colère divine, parce qu’ils auront méprisé la croix de Jésus.
L’Éternel avait dit : « Je vengerai… le sang de tous les serviteurs de l’Éternel. Et toute la maison d’Achab périra » (2 Rois 9. 7). Sans tarder, Jéhu part pour exécuter un tel jugement. Du haut de la tour de Jizreël la sentinelle le voit venir. Il conduit avec furie, dit-elle (9. 20). Il n’a pas de repos qu’il ait accompli la mission qui lui a été confiée. Il va détruire tout ce qui se rattache au culte de Baal. Vraiment, comme le dit le prophète, « L’épée, l’épée … est fourbie pour la tuerie » (Éz. 21. 33).
Les chapitres 9 et 10 du deuxième livre des Rois mentionnent la longue liste de ceux qui vont tomber, victimes de la vengeance de Dieu :
– Joram, le fils d’Achab, roi d’Israël, est frappé par Jéhu lui-même (9. 24).
– Achazia, roi de Juda, est frappé peu après (9. 27).
– Jézabel, la reine dite maudite, est jetée par la fenêtre de sa maison et foulée aux pieds de Jéhu (v. 33).
Le roi Joram, le roi Achazia et la reine Jézabel ne furent pas les seuls à tomber sous le jugement de Dieu. Il y eut encore les 70 fils du roi Achab et les 42 frères du roi Achazia (2 Rois 10. 7 et 14), puis tous ceux qui restaient de la maison d’Achab à Jizreël et à Samarie (10. 11 et 17), enfin tous les prophètes de Baal (10. 25 à 27). Ainsi, dit l’Écriture, Jéhu extermina Baal du milieu d’Israël (10. 28).
Au cours d’une telle extermination, il y eut pourtant un contact rassurant. Un homme du nom de Jonadab, père de la famille exemplaire des Récabites, vint à la rencontre du redoutable Jéhu (Jér. 35. 8). Celui-ci, constatant sa droiture, l’invite à prendre place dans son char. Jonadab devient ainsi le compagnon du juge, de celui qui sème la terreur partout où il passe. Cela nous amène à penser à ce que dit l’apôtre : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » (1 Cor. 6. 2). C’est dire que ceux qui auront reçu aujourd’hui Jésus comme leur Sauveur l’accompagneront demain dans l’exercice de Sa juste colère au jour de Sa révélation du ciel avec les anges de Sa puissance, dit l’apôtre, exerçant la vengeance contre ceux qui ne connaissent pas Dieu, lesquels subiront le châtiment d’une destruction éternelle (2 Thess. 1. 7).
N’y a-t-il pas là d’autre part un appel à la responsabilité de tout croyant ? N’avons-nous pas à avertir qu’un jour a été établi par Dieu, auquel Jésus doit juger en justice la terre habitée (Act. 17. 31) ? N’oublions jamais les avertissements de la sentinelle postée sur la tour de Jizreël, qui a annoncé une fois et deux fois l’arrivée de Jéhu, de l’homme qui conduit avec furie, semant la terreur partout où il passe (2 Rois 10. 20). Un prophète, plus tard, a été établi sentinelle pour la maison d’Israël, afin de l’avertir qu’elle se détourne de ses mauvaises voies, car Dieu avait dit : « Je vous jugerai, chacun selon ses voies, maison d’Israël » (Éz. 33. 9 et 20).
Un apôtre enfin déclare : Voici, le juge se tient à la porte. Il n’a pas un long chemin à parcourir. Notre Seigneur se tient devant la porte, étant prêt à « entrer » pour accomplir son œuvre étrange, son travail inaccoutumé, le travail de la colère de Dieu dont parle le prophète (És. 28. 21).
La tour de Jizreël ! La tour de la sentinelle qui veille, qui avertit, qui répond à ceux qui l’interrogent : « Le matin vient, et aussi la nuit » (És. 21. 12).

La tour de Hananeël (Néh. 3. 1)

Si le livre d’Esdras présente le sujet de la reconstruction du temple à Jérusalem, celui de Néhémie parle de la reconstruction de la muraille qui entourait la ville elle-même. On s’adonna à la réfection des portes de cette muraille avec un zèle extraordinaire, comme l’indique la fréquence du verbe réparer que l’on ne trouve pas moins de 36 fois au cours du chapitre 3 de ce livre. On lit en outre que cette muraille était flanquée de quatre tours : la tour de Méa, la tour de Hananeël (v. 1), la haute tour saillante et la grande tour saillante (v. 25 et 27).
Que représentent pour le chrétien la muraille et les tours de Jérusalem ? La muraille parle de séparation et de protection vis-à-vis d’un monde ennemi, qui ne connaît pas Dieu, qui méprise Ses serviteurs, qui cherche à détruire leur œuvre. La tour, elle, parle de refuge, de retraite où l’on est à l’abri, selon que l’écrit David : « Tu m’as été un refuge, une forte tour, de devant l’ennemi » (Ps. 61. 3). Et son fils, le roi Salomon, confirme : « Le nom de l’Éternel est une forte tour ; le juste y court et s’y trouve en une haute retraite » (Prov.18. 10).
Il y eut donc vraisemblablement un jour où un constructeur a édifié la tour, qui dès lors a porté son nom : Hananeël. La signification de ce nom, qui ne fait aucun doute, c’est : Dieu est miséricordieux. Le peuple d’Israël a eu en effet l’occasion d’éprouver durant les durs travaux de reconstruction de la muraille, en présence de l’animosité d’ennemis féroces, combien la parole de Moïse était vraie : « L’Éternel, ton Dieu, est un Dieu miséricordieux ; il ne t’abandonnera pas » (Deut. 4. 31) – et celle de l’apôtre : « Le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux » (Jac. 5. 11).
L’Écriture mentionne à quatre reprises la tour de Hananeël : à propos de la construction de la porte des brebis de la muraille de Jérusalem, à propos de la dédicace de ladite muraille (Néh. 3. 1 ; 12. 39), à propos de l’avenir glorieux de Jérusalem (Jér. 31. 38 ; Zach. 14. 10).
De telles vérités doivent avoir une voix pour nous, chrétiens. Elles n’ont pas été écrites seulement pour les enfants d’Israël. L’apôtre déclare qu’elles ont été écrites « pour notre instruction » et « pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (Rom. 15. 4 ; 1 Cor. 10. 11).
C’est au livre de Néhémie qu’il est parlé pour la première fois de la tour de Hananeël. Il est écrit au chapitre 3 : « Les sacrificateurs se levèrent et bâtirent la porte des brebis… ils la sanctifièrent jusqu’à la tour de Méa, jusqu’à la tour de Hananeël (v. 1). Elle est donc mentionnée à propos de la première des dix portes de la muraille de Jérusalem, qui ont été bâties ou réparées selon ce qui est exposé au cours du chapitre 3.
Il y a donc eu une reconstruction de la dite muraille, car il importait que le peuple de Dieu soit séparé du monde ambiant, comme aussi protégé contre les attaques d’ennemis redoutables qui dominaient dans le pays. Il y a en cela un enseignement évident pour tout croyant aujourd’hui. Un service nous a été confié à tous dans le cadre de la Maison de Dieu, qui est l’Assemblée du Dieu vivant. Il doit être accompli toujours dans un but constructif, c’est-à-dire dans le sens de l’édification. Construire, c’est édifier. Nous avons d’une part à édifier sur le seul fondement, lequel est Jésus Christ : Que chacun considère comment il édifie dessus ! (1 Cor. 3. 11). Nous avons d’autre part à réaliser une stricte séparation pour Dieu, à tous égards, et à recevoir les mises en garde de Sa Parole contre les ruses d’un ennemi qui fera tout pour détruire Son témoignage.
Les appels à édifier, dans les épîtres en particulier, sont nombreux. « Poursuivons ce qui tend à la paix, dit l’apôtre, et ce qui tend à l’édification mutuelle… Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain, en vue du bien, pour l’édification » (Rom. 14. 19 ; 15. 2). Et encore, quant à l’activité dans l’assemblée : « Que tout se fasse pour l’édification ! » (1 Cor. 14. 26).
Comme il est à souhaiter que nous nous édifiions nous-mêmes sur notre très sainte foi ! C’est ce qui caractérisait déjà les assemblées au début du christianisme : elles étaient en paix, étant édifiées, et marchant dans la crainte du Seigneur (Act. 9. 31). Cette foi est l’ensemble des vérités chrétiennes dont notre foi s’empare (H.R.). Elle est très sainte, parce que le Seigneur veut que par elle nous soyons entièrement séparés du monde pour Lui (Jude 20). Et c’est à elle, la Parole de la grâce, qui a le pouvoir d’édifier, que l’apôtre Paul nous recommande (Act. 20. 32). Conduits et soutenus par une telle grâce, nous serons alors à même d’accomplir le service utile, constructif, qui nous est demandé, comme aussi le firent les enfants d’Israël aux jours d’autrefois en bâtissant et édifiant la muraille de Jérusalem.
C’est encore au livre de Néhémie qu’il est fait mention dans l’Écriture une deuxième fois de la tour de Hananeël. Au chapitre 12 nous lisons : « Le second chœur marcha à l’opposite sur la muraille… près… de la tour de Hananeël, et de la tour de Méa, jusqu’à la porte des brebis » (v. 38 et 39).
La reconstruction de la muraille de Jérusalem était terminée ; elle fut achevée en 52 jours, comme il est écrit au chapitre 6. On prépara alors une fête, la fête de la dédicace de la muraille (v. 27), où Néhémie constitua deux chœurs qui, allant à la rencontre l’un de l’autre, devaient se rejoindre dans la maison de Dieu. Cette fête fut marquée par une grande joie, venue de Dieu, au point que la joie de Jérusalem s’entendait au loin (v. 43). Revenant de Babylone, on s’était pourtant trouvé dans une grande misère. Mais un tel dénuement ne diminuait en rien la joie manifestée. N’y a-t-il pas en cela un encouragement pour les croyants qui, aimant le Seigneur, désirent Lui être fidèles ? Ils sont conscients que le sentiment du déclin, si réel soit-il, ne doit en aucune manière affaiblir notre joie, car les bénédictions que le Seigneur répand aujourd’hui sur son Assemblée ont autant de valeur qu’aux jours les plus prospères de l’histoire de l’Église (H.R.). N’oublions pas la précision de l’exhortation : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil. 4. 4).
Il est encore deux passages qui, dans le sens d’une vision d’espérance pour Jérusalem et le peuple d’Israël, parlent de la tour de Hananeël. Le prophète Jérémie, d’une part, annonce que « les jours viennent où la ville sera bâtie à l’Éternel depuis la tour de Hananeël ». Elle ne sera plus renversée à jamais (31. 38 et 40). Le prophète Zacharie, d’autre part, donne à connaître que l’Éternel sera roi sur toute la terre et que « Jérusalem sera élevée… depuis la tour de Hananeël… et habitera en sécurité » (14. 9 à 11). Jérusalem, sous le sceptre d’un tel Roi, ne connaîtra plus ni danger ni frayeur. Une stabilité définitive et une parfaite sécurité lui sont assurées pour toujours.
S’il en sera ainsi pour le peuple d’Israël à la fin des jours, que penser alors de l’espérance dite bienheureuse du peuple céleste de Dieu, de l’Assemblée, soit l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ (Tite 2. 13) ? L’ardeur pour les intérêts de Dieu et de Sa Maison, la joie dans un tel service, une stabilité indéfectible et une éternelle sécurité, ne sont-ce pas là les bénédictions qui sont énoncées dans les quatre passages de la Parole de Dieu où il est fait mention de la tour de Hananeël ?

 

Des tours dans le désert

C’est du roi Ozias qu’il est dit qu’il bâtit des tours dans le désert (2 Chron. 26. 10).
Ozias n’avait que 16 ans quand il commença de régner, et il régna plus d’un demi-siècle : 52 ans. Il fut instruit dans la crainte de Dieu par un prophète, un homme qui avait l’intelligence des visions de Dieu. Sous une telle direction, il rechercha Dieu et prospéra.
Il exerça de nombreuses activités. Sur le plan extérieur, il eut à soutenir plusieurs guerres. Il alla de victoire en victoire, devenant extrêmement fort, car Dieu l’aida (2 Chron. 26. 7). Sur le plan intérieur, s’occupant du bien-être de son peuple, il bâtit des tours à Jérusalem, près de la maison de Dieu, en vue de sa protection. Il en bâtit également dans le désert et creusa de nombreux puits, car il avait beaucoup de bétail. Ces tours étaient des tours d’observation, d’où l’on pouvait remarquer non seulement le passage de bêtes sauvages, mais aussi celui des pillards de troupeaux (H.R.). Quant aux puits, ils donnaient l’eau nécessaire à l’abreuvement du bétail. Ozias, dont il est dit qu’il aimait la campagne, nous apparaît tel qu’un berger qui prend soin des brebis de son peuple. Ce récit a été conservé pour notre instruction. Avons-nous à cœur, comme le roi des jours d’autrefois, les intérêts de la maison de Dieu, qui est l’assemblée du Dieu vivant ? Sommes-nous exercés pour lui communiquer l’eau vive de Sa Parole, du puits du Vivant qui se révèle (Gen. 16. 14) ? Manifestons-nous cette sollicitude qui était celle de l’apôtre Paul et de Timothée à l’égard de l’assemblée à Philippes (Phil. 2. 20) ? L’apôtre lui-même peut parler de ce qui le tenait assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées (2 Cor. 11. 28).
Des tours bâties dans le désert, des puits creusés pour la protection et le bien du peuple de Dieu ! Un tel zèle fut réalisé par le roi Ozias parce que, dit l’Écriture, il fut merveilleusement aidé jusqu’à ce qu’il devint fort (2 Chron. 26. 15). Dieu, source de toute force et de toute capacité, nous l’accordera aussi, tandis que nous Le rechercherons et que nous rechercherons le bien de l’Assemblée. Il y a toujours un grand encouragement à entendre le témoignage rendu au sacrificateur âgé, Jéhoïada : il avait fait du bien en Israël, et pour Dieu et sa maison (2 Chron. 24. 16). Qu’il nous soit donné d’agir de même !

 

La Tour d’observation (Hab. 2. 1 à 4)

En un temps où la redoutable colère de Dieu va s’abattre sur son peuple, le prophète désire monter sur la tour et se placer en observation. Loin de l’atmosphère malsaine de la terre, plus près du ciel, il veut veiller « pour voir ce que Dieu lui dira ».
Dieu s’adresse en effet à Son serviteur et lui annonce qu’une vision lui sera accordée. Cette vision, qui parle de la fin, arrivera sûrement. Il importe d’attendre son apparition. Et, dans cette attente, qu’y a-t-il à faire ? – « Le juste vivra par sa foi », est-il écrit (Hab. 2. 4).
Une telle vision ne devait pas être entendue seulement et gardée pour soi-même. Il fallait l’écrire et la graver sur des tablettes, « afin que celui qui la lit puisse courir ».
L’enseignement de ce passage est d’une grande importance pratique. Le chrétien possède la Parole de Dieu, la vision de Ses pensées. Il sait qu’il a été converti pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils qui nous délivre de la colère qui vient (1 Thess. 1. 10). Plus encore, par la lecture de cette Parole, ne devons-nous pas être incités, et d’autres avec nous-mêmes, non seulement à marcher à la gloire de Dieu, mais à courir « la course qui est devant nous », selon que l’apôtre pouvait dire : « Je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » ? (Phil. 3. 14). Rien ne le détournait d’un tel but.
L’application faite, dans l’épître aux Hébreux, de ce passage de la prophétie d’Habakuk est remarquable. Il est écrit : « Encore très peu de temps, et celui qui vient viendra, et Il ne tardera pas. Or le juste vivra de foi (Héb. 10. 37). Comme le prophète autrefois, le chrétien attend aujourd’hui l’accomplissement d’une promesse, celle du retour du Seigneur Jésus, avant qu’arrive l’heure de l’épreuve sur la terre habitée toute entière (Apoc. 3. 10). Ayons donc à cœur de monter sur la tour d’observation pour percevoir plus clairement ce que Dieu a à nous dire, lequel veut que nous sachions que Jésus vient !

« Mais à travers larmes et peines
Ta voix nous arrive d’en haut,
Prélude aux délices prochaines,
Nous redisant : Je viens bientôt » (A.G.)

D’après la Bonne Nouvelle 1990