JÉSUS CRUCIFIÉ

1. Les 3 premières heures : les paroles de grâce du Christ souffrant

« Quand ils furent venus au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là » Luc 23. 33.

« Ceux qui passaient par là l’injuriaient  ; ils hochaient la tête » Matthieu 27. 39.

« … une troupe de méchants m’a entouré  ; ils ont percé mes mains et mes pieds » Psaume 22. 17.

Jésus est resté sur la croix pendant six heures, la moitié d’une journée (Marc 15. 25 et 34). Ces heures se divisent en deux parties bien distinctes : de la troisième jusqu’à la sixième heure, et « depuis la sixième heure, jusqu’à la neuvième heure » (Mat. 27. 45).

Pendant les trois premières heures, c’est le cœur de l’homme qui se montre, notre cœur à tous, plein de haine et de cruauté envers Celui qui apparaît là, comme partout ailleurs, comme l’Homme parfait.

On le crucifie, « ceux qui passaient par là », bien loin de compatir à ses terribles souffrances, l’injuriaient, se moquaient de Lui, l’outrageaient, le provoquaient. Tous : du passant le plus anonyme et inconscient de ce qui se passait là, jusqu’aux principaux sacrificateurs qui avaient réclamé sa condamnation, des scribes aux brigands crucifiés, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. Rien ne Lui est épargné, douleurs physiques, douleurs morales ; son cœur plein de grâce est déchiré : « Pour mon amour, ils ont été mes adversaires » (Ps. 109. 4).

Il n’ouvre pas la bouche, ni pour se plaindre de ses bourreaux, ni pour protester contre l’injustice, ni pour confondre ses provocateurs. Il est l’agneau mené à la boucherie, la brebis muette devant ceux qui la tondent (És. 53. 7). S’Il ouvre la bouche, c’est pour prier pour ceux qui le torturent : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23. 34).

Et c’est aussi pour se tourner avec tendresse vers le petit groupe qui se tient au pied de la croix, quatre femmes, parmi lesquelles sa mère, et le disciple Jean, « le disciple que Jésus aimait », auquel Il confie sa mère par une recommandation émouvante (Jean 19. 25 à 27).

Et c’est encore pour répondre au brigand repentant qui reconnaît son état de péché, mais invoque comme Seigneur Celui qui est ainsi rejeté : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23. 39 à 43).

2. Les heures de l’abandon

« Mais, depuis la sixième heure, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu’à la neuvième heure. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : –  Éli, Éli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Matthieu 27. 45 et 46.

À la sixième heure (midi), un changement solennel se produit : des ténèbres couvrent tout le pays jusqu’à la neuvième heure (15 heures). Dieu prend-Il position contre ceux qui outragent son Bien-aimé après l’avoir mis en croix ? Confondra-t-Il ceux qui disent : « Qu’il le délivre maintenant, s’il tient à lui » (Mat. 27. 43). Consumera-t-Il ces blasphémateurs ?… Le soleil s’est obscurci. Un silence profond succède aux clameurs. Quelles choses mystérieuses se passent en secret alors que se prépare l’épilogue du drame…

Trois heures se passent et, vers la fin s’élève la voix de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Ce cri fait entrevoir l’abîme de souffrances de ces trois heures de ténèbres, qui surpassent infiniment celles des trois premières. Jésus, le Saint de Dieu, le Fils de Dieu, l’Homme qui était « le compagnon de l’Éternel », a été abandonné par Lui !

Il avait traversé ce monde moralement seul avec Dieu, son Père ; en allant à la croix, Il disait à ses disciples : « Je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » (Jean 16. 32), et le voici sans Lui, abandonné, inexprimablement, terriblement seul. Il a été mis par Dieu « dans la poussière de la mort » (Ps. 22. 16). « Pourquoi cela ? … » Lui seul pouvait poser cette question. Nous, pécheurs, oserions-nous dire que nous ne méritons pas l’abandon de Dieu ? Mais Lui pouvait le dire : Il avait toujours glorifié Dieu et toujours fait la volonté de son Père !

Oui, pourquoi ? Ah ! que tout lecteur de ces lignes puisse répondre : Il a été abandonné à cause de moi, à ma place. Il s’est chargé de mes péchés et la justice du Dieu saint qui aurait dû me frapper, s’est abattue sur Lui. « Il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités » (És. 53. 5). Dieu voulait me sauver, et Il a frappé son Bien-aimé. « En ceci est l’amour » de Dieu (1 Jean 4. 10).

3. « C’est accompli »

« Après cela Jésus, sachant que tout était déjà accompli, dit, afin que l’Écriture soit accomplie : –  J’ai soif » Jean 19. 28.

« Quand donc Jésus eut pris le vinaigre, il dit : –  C’est accompli » Jean 19. 30.

« Et ayant crié d’une voix forte, Jésus dit : –  Père ! entre tes mains je remets mon esprit » Luc 23. 46.

« … l’un des soldats lui perça le côté avec une lance  ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » Jean 19. 34.

La neuvième heure est passée. L’abandon est fini. Jésus continue à souffrir physiquement les terribles douleurs de la croix. Il dit : « J’ai soif », accomplissant ainsi jusqu’au bout les Écritures. Mais l’œuvre de l’expiation est terminée : Il sait que tout est achevé et Il pose le sceau sur la perfection de son œuvre : « C’est accompli ».

La réponse de Dieu est donnée au « Pourquoi ? » des heures ténébreuses. C’est la victoire sur la mort. Christ y entre en triomphateur. Il jette le cri de la victoire (Mat. 27. 50 ; Marc 15. 37), et le voile du temple se déchire. Mais ensuite, Il « remet son esprit » de Lui-même, dans sa dignité de Fils de Dieu et dans sa puissance victorieuse sur la mort. Il dit : « Père ! entre tes mains, je remets mon esprit » (Luc 23. 45 ; Jean 19. 30). « Personne ne [m’ôte la vie] » avait-Il dit, « moi, je la laisse de moi-même » (Jean 10. 18).

Son esprit, au paradis, reçoit sans retard celui du brigand repenti mort à son côté. Son corps va être déposé dans un tombeau, sans pour autant qu’Il connaisse la corruption (Act. 2. 27) ; et, le troisième jour, Il ressuscitera.

Mais son corps devra subir encore un outrage après sa mort : ce qui ne fait que démontrer, par des signes éloquents, ce qui a été « accompli ». Le sang coule de son côté transpercé par la lance du soldat romain – le sang, le seul moyen par lequel les péchés peuvent être remis et pardonnés. L’eau l’accompagne, celle de la purification des pécheurs les plus contaminés. Dieu Lui-même rend témoignage à la valeur de l’œuvre qui vient d’être accomplie. Il en fait le sujet de l’évangile : « Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous » (2 Cor. 5. 21).

Lecteur, la croix de Jésus Christ vous laisserait-elle indifférent ? – « En effet, la parole de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui obtenons le salut, elle est la puissance de Dieu » (1 Cor. 1. 18).

D’après « Il buon seme » novembre 1975