
Il y a un peu plus de cent ans, quand les pirates infestaient les mers qui séparent l’Europe de l’Amérique, le brigantin Nancy fut poursuivi par le vaisseau anglais le Moineau qui le soupçonnait de se livrer au commerce illicite et à la piraterie. Mais quand on le prit, on ne put découvrir, parmi les papiers du bord aucune pièce compromettante. On songea donc à relâcher le brigantin, mais on décida pourtant de remettre la décision à ce sujet aux autorités de la Jamaïque, cette île se trouvant à proximité.
Pendant ce temps, le navire Abergavenny croisait dans les mêmes parages. Un jour, au large de Haïti, l’officier de quart aperçu le cadavre d’un taureau que des requins s’apprêtaient à dévorer. Il fit recueillir le cadavre du taureau et ainsi les matelots réussirent à capturer un des requins, remarquable par sa taille formidable. Quand on lui ouvrit le ventre, on y trouva une liasse de papiers, attachés ensemble avec une courroie. (Ces documents se voient encore aujourd’hui dans une vitrine du Musée de l’Institute of Kingston et la tête du requin dont il vient d’être question est conservée dans l’United Service Museum à Londres).
Or ces documents concernaient les faits et gestes d’un navire qui portait le nom de Nancy. Pensant qu’ils pourraient être utiles une fois ou l’autre, le capitaine les garda jusqu’à son arrivée à Kingston (Jamaïque), où il parvint au moment même où l’on discutait le cas de la Nancy. On peut se représenter la consternation du capitaine de ce navire et de l’équipage, quand, triomphants déjà à la perspective de leur acquittement, ils se trouvèrent tout à coup mis en présence des preuves indéniables de leur culpabilité, ces pièces qu’ils avaient jetées par-dessus bord quand le vaisseau de guerre les poursuivait et qu’ils croyaient enfouies dans les profondeurs de la mer.
Représentez-vous aussi, lecteur inconverti, quand des péchés, commis il y a longtemps et complètement oubliés, de même que des péchés cachés et non oubliés vous trouveront et vous confronteront. Cette pensée n’éveille-t-elle pas en vous le désir ardent de chercher un refuge auprès du Sauveur ? Les péchés de ceux qui auront mis en Lui leur confiance ne les confronteront plus jamais. Ils ne pèseront plus jamais sur eux. Non seulement Dieu les a pardonnés, mais il a déclaré qu’il ne s’en souviendra plus. Ils ont été placés sur la personne de Christ. Lui il les a pris sur Lui-même volontairement et il en a répondu sous la verge de la colère de Dieu. Mais que reste-t-il pour ceux qui « négligent un si grand salut » ? La confusion de face, le jugement, le courroux de Dieu, l’étang de feu et de soufre !
D’après Almanach Évangélique 1914