
Un pasteur vit, un jour, venir à lui l’un de ses paroissiens. Celui-ci lui confia que la nuit précédente, le journalier N. s’était introduit dans le jardin du presbytère et y avait volé une grosse corbeille de pommes. Le voleur avait été vu d’un témoin dont on ne pouvait mettre en doute la parole.
– Je vous remercie de cette amicale communication », répondit le pasteur.
Puis il fit chercher le journalier. Celui-ci arrive sans appréhension, car le pasteur l’employait constamment pour des travaux de diverses natures.. Mon ami se met à causer avec une cordialité particulière avec N., à lui demander des nouvelles de sa famille, de chacun de ses nombreux enfants. Il en vient même à parler de pommes et demande à notre homme s’il en avait une provision. Le journalier répondit que cette année-là ses pommiers n’avaient pas donné de fruit.
Alors, de l’air le plus naturel du monde, mon ami de lui dire : « Courez vite chez vous chercher un sac ; nous le remplirons de pommes dans mon jardin ; c’est une surprise que je veux faire à vos enfants ». La rougeur montait au front du journalier Mais ses refus embarrassés furent inutiles. Il dut aller chercher le sac, et bientôt il descendait au jardin avec le pasteur. On eût dit, à le voir marcher péniblement, en s’essuyant le front, qu’il avait du plomb dans les jambes.
Il fut procédé à une abondante cueillette, puis le sac fut rempli jusqu’en haut.
– Et maintenant, mon cher N., lui dit le pasteur. emportez cela, n’oubliez pas de saluer votre femme et vos enfants.
Le malheureux n’y tint plus. Tout couvert de confusion, il se laissa tomber devant le pasteur et lui confessa sa faute. Dès ce jour, ce fut un autre homme : son cœur fut ouvert à l’Évangile. De cette heure mémorable date sa conversion, une conversion dont je puis certifier la réalité ; l’origine en fut la bonté touchante du pasteur.
Ce n’est pas de ce dernier, c’est du journalier que je tiens l’histoire.
D’après Almanach Évangélique 1930