
John Bunyan naquit en 1628 dans un village près de Bedford, au centre de l’Angleterre. Il parle en ces termes de ses origines : « Comme chacun le sait, je suis issu d’une famille des plus humbles et sans considération aucune. La maison de mon père appartenait à cette catégorie pour laquelle, dans ce pays, on manifeste un souverain mépris. Je n’ai donc pas, comme c’est le cas pour d’autres, à me glorifier d’un sang noble ni d’une haute situation selon la chair. Mais, toutes choses bien considérées, je me glorifie de l’amour de Dieu envers moi, car il m’a établi dans une position telle que je puis jouir abondamment de la grâce divine et de la vie en Christ par l’Évangile ».
Bunyan devint soldat en 1644. On ignore combien de temps il resta sous les armes ; tout ce qu’on sait, c’est que, vers 1649, il rentra chez ses parents pour se marier. La mention qu’il fait de cet événement est narrée de façon absolument exquise : « J’entrai dans la position d’un homme marié. Par la grâce de Dieu je trouvai une femme dont le père et la mère étaient très pieux. Ma femme était tout aussi pauvre que moi ; en fait nous n’avions pas même une assiette et une cuillère entre nous deux. Mais ma femme hérita de son père, lorsqu’il mourut, de deux livres : Le Chemin du Ciel pour l’homme de simple condition et la Piété pratique ».
Il raconte encore comment il rencontra un jour trois ou quatre femmes, très pauvres, assises au soleil et parlant des choses de Dieu. Plus tard il entra en contact avec un M. Gifford dont les enseignements, sous la bénédiction de Dieu, l’affranchirent des doctrines purement humaines. C’est grâce à ce serviteur du Seigneur que Bunyan devint, ce qu’il resta toujours, un véritable évangéliste.
Les épreuves l’atteignirent bientôt. En 1660 il fut jeté en prison et il y resta quelque douze ans. Son acte d’accusation porte que : « John Bunyan, de la ville de Bedford, artisan, entraîné par le diable, s’est malicieusement abstenu de suivre les cultes à l’église et fréquente des assemblées illégales, appelées où l’on complote, ce qui cause des troubles et du désordre parmi les dévoués sujets de ce royaume, cela contrairement aux lois de notre Souverain, le Roy ». De cette prison sortirent des écrits qu’on lira tant que la langue anglaise sera parlée et même aussi dans tous les pays chrétiens.
Une fois relâché, Bunyan devint prédicateur itinérant. Ses amis construisirent pour lui à Bedford une salle de réunions qui regorgeait toujours d’auditeurs. C’est au cours d’un de ses voyages d’évangélisation, entre Londres et Reading, que Bunyan contracta une fièvre pernicieuse à la suite d’un refroidissement. Après dix jours de maladie il s’endormit en Christ à l’âge de soixante ans.
Voici la description que donne de lui un de ses contemporains : « Bunyan était d’un extérieur rude et austère ; mais sa conversation était douce et aimable. Il n’aimait du reste pas parler longuement, surtout pas lorsqu’il se trouvait en société, sauf si les circonstances l’exigeaient. Il avait grand soin de ne jamais se glorifier en quelque manière que ce fût, mais il restait très humble et se soumettait au jugement d’autrui. De sa personne c’était un homme de haute stature, osseux, plutôt maigre, les yeux étincelants. Selon la vieille coutume anglaise il ne portait que la moustache. Il avait les cheveux roux, mais ils avaient grisonné peu avant sa mort, le nez très accentué, droit, la bouche de grandeur modérée. Il se vêtait de la façon la plus modeste qui fût ».
Bunyan demeurera toujours connu à cause du plus célèbre de ses livres : Le Voyage du Pèlerin. Il en avait du reste écrit encore plusieurs autres. Au sujet du premier un témoignage suffira : « Deux souvenirs me reviennent à la mémoire, » écrit un médecin anglais, « quand je songe au Voyage du Pèlerin. L’un se rapporte à mon enfance, il y a cela soixante ans, quand, assis sur les genoux de ma mère, j’écoutais avec délices la lecture qu’elle m’en faisait. Et me voici père de deux petites-filles, serrées près de moi, tandis que, à mon tour, je leur lis, à leur joie intense, le même volume ». On a dit que cet ouvrage dénote une originalité peu commune et que c’est un des livres dont tous les lecteurs regretteront qu’il ne soit pas plus long. Terminons par cette appréciation de l’historien Macaulay : « Le style de Bunyan ne peut qu’enchanter n’importe quel lecteur. Quant à la langue, c’est celle du peuple, mais écrite avec une telle fraîcheur qu’elle servira toujours de modèle à quiconque voudra écrire à la fois simplement et correctement ».
Au point de vue évangélique, il est peu d’ouvrages qui présentent la doctrine du salut avec une pareille clarté. Jeunes et vieux y trouveront le même charme et le même profit.