
Il y avait une fois à l’université de Florence un professeur très pieux. Il savait qu’il y a une vie après celle que nous menons et que c’est une erreur des plus graves que de l’ignorer. Il témoignait donc le plus vif intérêt à ses étudiants non seulement au sujet de leurs études, mais aussi quant à leur bonheur éternel. Il connaissait aussi les tentations auxquelles ces jeunes gens seraient exposés une fois entrés dans le courant de la vie, s’ils ne se renseignaient pas là-dessus ; et qui le ferait ?
Ayant appris lui-même à connaître le Seigneur et sa grâce, qui donne la force nécessaire pour affronter le combat quotidien, il désirait ardemment amener à cette connaissance bénie les étudiants qui suivaient son enseignement. L’un d’eux lui était spécialement cher. Comme il allait quitter l’université, chargé d’honneurs que lui avaient mérités son assiduité et ses talents exceptionnels, le vieillard le prit à part pour lui parler sérieusement.
Mon ami, lui dit-il, maintenant que vous voilà au bout de vos années d’études et que vous allez entrer dans le monde, puis-je vous demander ce que vous comptez faire ?
– Je vais voyager tout d’abord, fut la réponse, car je désire étudier les hommes plutôt que les livres.
– Et après ?
– Je reviendrai ici en qualité de professeur.
– Et après ?
– J’espère acquérir un grand nom.
– Et après ?
– Je compte arriver au faîte de ma profession et me faire une belle fortune.
– Et après ?
– Eh bien ! je pense que je me marierai, comme chacun.
– Et après ?
– J’espère avoir des fils et des filles à élever.
– Et après ?
– Je cesserai de travailler et jouirai des plaisirs de la vie comme prix de mes peines.
– Et après ?
– Je compte voir mes petits-enfants autour de moi.
– Et après ?
– Je pense que j’arriverai confortablement à un âge avancé.
– Et après ?
– Je suppose que, comme chacun, je finirai par mourir.
– Et après ?
Cette fois il n’y eut pas de réponse. Les pensées du malheureux jeune homme ne dépassaient pas cette vie. Il dut se rendre à cette vérité irréfutable, c’est qu’il y a un au-delà. Où le passer ? La question se pose, urgente, à chacun.
D’après Almanach Évangélique 1940