L’ASSEMBLÉE

Actes 20. 28 à 32.

Matthieu 18. 15 à 17.

Galates 6. 1 et 2.

2 Thessaloniciens 3. 14 et 15.

L’Assemblée, ce mystère caché dès les siècles en Dieu (Éph. 3. 9), a pris naissance le jour de la Pentecôte (Act. 2). Tout découle de la mort de Christ, de sa résurrection et de son élévation à la droite de la Majesté. De là, Il a envoyé le Saint Esprit, comme personne divine, qui habite au milieu de l’Assemblée et manifeste la présence de Dieu au milieu d’elle.

Cette Assemblée est chère au cœur du Seigneur (Éph. 5. 25 : « Il s’est livré lui-même pour elle ») et elle est chère aussi au cœur de Dieu : Il l’a « acquise par le sang de son propre Fils » (Act. 20. 28).

Elle n’est pas formée de tous les chrétiens de profession, mais seulement de ceux qui sont nés de nouveau par la foi en un Christ mort et ressuscité, et qui ont donc part à une vie nouvelle qui est divine.

Dieu, dans sa grâce, a voulu nous faire connaître les vérités concernant l’Assemblée, ce qui doit caractériser sa vie. Une assemblée locale est l’expression de l’Assemblée universelle. « Or, vous êtes, dit l’épître aux Corinthiens (1. 12 et 27), le corps de Christ et ses membres chacun en particulier ».

Ce privilège comporte des responsabilités. L’Assemblée est un lieu où le mal ne doit pas entrer. Nous sommes appelés à être individuellement « imitateurs de Dieu » (Éph. 5. 1). Dans l’Assemblée les caractères divins doivent être manifestes. Dieu est Amour et Dieu est lumière. Nous devons donc marcher dans la lumière et dans l’amour.

Quand le mal est discerné, la responsabilité de l’Assemblée est de l’ôter du milieu d’elle-même. C’est, pour elle, un douloureux devoir. Et, si nous sommes exercés devant Dieu, de quelle tristesse nos cœurs ne sont-ils pas étreints, dans de telles circonstances ? Si les ressources que Dieu nous a confiées étaient mieux utilisées le mal serait freiné, prévenu, avant même de s’être manifesté.

Les soins pastoraux et les disciplines ont pour objet de prévenir et de guérir le mal, et aussi de produire le bien.

L’Assemblée étant une habitation de Dieu par l’Esprit (Éph. 2. 22), assurément tout ce qui n’est pas de Dieu y est hors de place. L’Assemblée est aussi la colonne et le soutien de la vérité. Les exercices relatifs à la marche de l’Assemblée dans la sainteté ne diffèrent pas de ceux qui sont nécessaires pour la marche individuelle.

L’état d’une assemblée locale interfère sur l’état des autres assemblées.

Dans notre vie personnelle, notre exercice répond à un état de fait, savoir que Dieu habite en nous, que nos corps sont le temple du Saint-Esprit (1 Cor. 6. 19). Pour le chrétien seul importe ce qui est « approuvé » de Dieu, savoir ce qui est en accord avec sa nature essentielle, avec ses attributs inchangeants. La chrétienté est un fruit de la confusion entre le bien et l’apparence du bien.

Dans cette recherche de la sainteté pratique nous sommes conduits à envisager non seulement les fruits extérieurs mais à remonter jusqu’à la racine qui les produits, l’égoïsme, l’orgueil, ce mal foncier dont on ne peut se débarrasser et qui est le moi.

Quand on exclut une personne, s’il y a dans l’Assemblée une réalisation sérieuse de la gravité d’une telle circonstance, on demande à Dieu qu’il touche aux racines du mal, on recherche devant Lui quelle est la cause qui a produit l’acte. Nous sommes alors tous mis à notre place, et c’est une bonne et profitable leçon. Les actes disciplinaires, pour être profitables, doivent avoir pour but de toucher l’homme dans les profondeurs de son cœur. L’exclusion, elle, est l’aveu que la discipline a échoué.

La vraie sainteté est dans les pensées, dans les sentiments ; si elle était réalisée, il n’y aurait pas de mauvais fruits à l’extérieur. Certes, il n’y a pas d’état pratique parfait, mais si nous sommes en bon état, nous progresserons et nous serons un peu plus exercés aujourd’hui que nous l’étions l’an dernier.

Nous devons considérer l’ensemble des ressources que nous avons contre le mal. Et d’abord avant l’exercice des disciplines, il y a les ministères par l’Esprit, les dons de pasteur, de docteur, de prophète, qui ont une action positive d’édification. Le ministère de la Parole, dans les réunions, occupe l’âme du bien, et par là, freine le mal. La vulnérabilité vis-à-vis du mal diminue.

Puis nous trouvons encore des « surveillants » ou « anciens » qui doivent veiller sur l’ordre ensuite à un degré inférieur, des « serviteurs », et enfin l’autorité de l’Assemblée pour agir en dernier recours.

Actes 20. 32 présente la première ressource : l’édification par la Parole et par l’Esprit : « Je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce qui a la puissance d’édifier, et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés ». Il faut que les âmes soient nourries, car si précieux que soient les privilèges du rassemblement, n’oublions pas que la vie chrétienne est avant tout individuelle.

Si chacun réalisait une vie de communion constante avec Dieu, quel bienfait en résulterait pour la vie de l’Assemblée, tandis que le manque de piété d’un seul entraîne des souffrances pour tous.

Le ministère de la Parole a pour objet de répondre aux besoins individuels et à ceux de l’Assemblée comme expression du Corps de Christ. L’image du corps humain que nous donne la Parole est tout à fait instructive à cet égard. Si notre corps est affaibli par le manque de nourriture, ou par une mauvaise nourriture, la maladie aura plus facilement prise sur lui, il est beaucoup plus vulnérable. Cinq paroles prononcées par un frère exercé peuvent contribuer utilement à l’édification de l’Assemblée. Demandons à Dieu les dons nécessaires pour l’édification de l’Assemblée. C’est absolument vital.

Ensuite viennent les soins pastoraux dispensés par ceux qui ont reçu du Seigneur un tel don. Il faut avoir à cœur les intérêts du Seigneur, avoir beaucoup d’amour, prendre garde d’abord à soi-même (v. 28). C’est une tenue morale convenable qui donne aux pasteurs l’autorité nécessaire pour aller voir toutes les brebis, pas seulement les malades. Ils cherchent à connaître l’état de leur âme, discerner si elles ne présentent pas des symptômes dangereux, qui plus tard produiraient du mal. Le Seigneur qui connaissait bien le cœur de ses disciples priait d’avance pour eux (Luc 22. 32).

Mais ces soins pastoraux doivent s’exercer aussi de la part de chacun et vis-à-vis de chacun. Soyons enseignés de la part du Seigneur à dire une parole, à faire une visite qui sera en aide à quelqu’un qui serait en danger. Ayons beaucoup d’amour pour le Seigneur, pour les frères et pour l’Assemblée.

Tandis qu’il y a des frères qui disent : Je ne suis pas pasteur, ni docteur et encore moins prophète, et qui tombent ainsi dans une paresse coupable. Des sœurs aussi diront : Les ministères ne sont pas pour nous, et elles ne s’occupent de personne. Il y a danger aussi que la routine vienne, dans nos réunions, remplacer un exercice qui doit être continuel. Toute réunion devrait être un sujet de prière avant et aussi après.

Chacun d’entre nous y trouverait alors un profond rafraîchissement pour son âme, rafraîchissement qu’il ne trouverait pas ailleurs au même degré. Nourries, nos âmes fortifiées de jour en jour sauront mieux discerner le bien du mal. Il ne faut pas que les réunions endorment nos consciences. Parler des choses de Dieu sans Dieu c’est profaner les choses saintes.

v. 27 : « Je n’ai mis aucune réserve à vous annoncer tout le conseil de Dieu ». Psaume 25. 14 : « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent ». Dieu avait dit : Vous serez un peuple saint. Et Élie pouvait dire avec vérité : « L’Éternel devant qui je me tiens ». Recherchons chacun pour soi-même la sainteté.

Dans ce passage d’Actes 20, ce qui est surtout en vue c’est le danger d’un mal doctrinal au milieu de l’Assemblée. Des hommes ont toujours cherché à entraîner des disciples après eux et non après Christ. C’est pourquoi, dit la Parole, veillez. La vigilance est de tous les temps.

Mais l’Assemblée est la colonne et le soutien de la vérité, de la vérité morale autant que doctrinale. Il faut donc veiller à garder aussi la vérité morale.

Ézéchiel 34 : Ce passage nous parle des mauvais bergers d’Israël mais il nous montre aussi comment il faut nourrir le troupeau et s’occuper des brebis.

La charge d’ancien est locale. Tandis que docteur ou pasteur sont des dons pour tout le corps. Nous sommes tenus de reconnaître Dieu dans un homme. Il n’y a rien de si fâcheux que de dénigrer un frère qui a manifestement reçu un don. Si nous agissons ainsi, Dieu nous châtiera, car on ne se moque pas de Dieu. Une telle attitude vis-à-vis des dons des frères qui nous ont précédés est tout aussi grave : nier ou affaiblir, par exemple, la valeur du témoignage de Paul comme chrétien fidèle (non pas comme apôtre, ce serait encore beaucoup plus sérieux)…

On peut le dire tout particulièrement aux jeunes : c’est une faute extrêmement grave que de discréditer les frères que Dieu nous a donnés pour les derniers jours. Il faut reconnaître l’autorité et la présence du Seigneur chez un ancien. Mais un frère aurait-il tous les dons, il reste un simple frère, serviteur de tous jusqu’à son dernier souffle.

Paul n’agit pas en maître, il n’agit pas davantage comme tel à la fin de sa course. C’est l’apôtre Pierre qui exhorte les anciens à être les modèles du troupeau. « Non pas comme dominant sur des héritages » écrit-il (1 Pier. 5. 3). Nous connaissons son histoire comment il a renié le Seigneur et aussi comment il a été restauré. Par trois fois le Seigneur a demandé à Pierre : « M’aimes-tu ». Un profond travail de jugement de lui-même, l’amène à reconnaître qu’en lui il n’y a rien, et à jouir plus profondément de l’amour du Seigneur. Il peut alors recevoir un service pastoral.

Mais s’il y a une responsabilité pour celui qui remplit ce service, il y en a une aussi pour celui qui en est l’objet. Il faut que nous manifestions un esprit de soumission. On n’aime pas à entendre une parole qui va toucher la plaie qui est dans le cœur et la conscience, mais c’est pourtant là un service nécessaire, même s’il n’est pas toujours rempli comme il convient.

Au chapitre 6, lors du choix de serviteurs pour servir aux tables, la multitude des disciples jette les yeux sur des frères « pleins de l’Esprit Saint », désireux de s’attendre au Saint Esprit pour tout ce qui concernait leur existence. Puisse un tel désir nous animer car dans la chrétienté et même, hélas, parfois parmi nous, on ne s’attend pas uniquement aux directions du Saint Esprit, ce qui conduit à improviser et à entreprendre.

Ce manque de dépendance est particulièrement sensible aujourd’hui pour les cas de discipline. Nous ne sommes pas rassemblés entre nous, sinon nous sombrerions dans le fraternisme. Mais nous le sommes sous le regard de Dieu et dans la présence du Seigneur. Il est important pour le surveillant et pour tous de se rappeler que tout vient et doit venir du Saint Esprit. L’ancien n’est d’ailleurs pas forcément âgé, un frère plus jeune peut avoir les caractères d’un ancien.

Hébreux 13. 17 : « Ils veillent sur vos âmes, comme ayant à rendre compte ». Le lavage des pieds fait partie des soins pastoraux.

Le Seigneur dit à Pierre : « Si je ne te lave, tu n’as pas de part avec moi » (Jean 13. 8). Et il ajoute : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (v. 14). Il faut ôter la souillure, qui est un obstacle à la communion avec le Seigneur. C’est un exercice personnel d’abord, et vis-à-vis des autres ensuite.

Il y a de la joie pour celui qui remplit un tel office, et de la joie pour celui qui en est l’objet, « qu’ils fassent cela avec joie, et non on gémissant, car cela ne vous serait pas profitable ». Que nos cœurs désirant ce service, du fruit sera produit.

Le don de pasteur est le plus rare et le plus difficile. Il requiert toute une science divine. Si le docteur s’occupe, lui, de vérités, le pasteur, lui, s’occupe d’âmes. Il lui faut employer toute une pharmacopée, toutes sortes d’ingrédients. Si une âme est saisie de détresse devant son péché, ce n’est pas le moment de lui marteler la conscience. Mais si au contraire elle s’endurcit, cela peut être très utile.

Il faut avoir affaire au Soigneur au moment même, être précédé par le Seigneur dans le service. Tout ceci demande de la part du serviteur un long exercice de prière. Le serviteur se met aux pieds de celui qu’il sert. Il ne vient pas à lui avec hauteur et avec des sentiments de propre justice. Il est au contraire convaincu de sa propre indignité, de sa faiblesse, ce qui le garde dans l’humilité. Mais s’il laisse percer quelque sentiment de supériorité, il aggravera la plaie au lieu de la guérir. Ceci est vrai aussi pour l’Assemblée tout entière dans un cas d’exclusion.

Combien ces choses sont délicates, et souvent nous n’y sommes pas assez attentifs. Nous manifestons plutôt de l’indifférence. Or, ne pas s’en occuper est aussi grave que de mal le faire. Le Seigneur peut agir par le moyen des frères, mais il peut aussi agir sans eux. C’est l’enseignement de 1 Corinthiens 11, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Les atermoiements dans l’accomplissement d’un tel devoir aggravent le cas et augmentent le trouble qu’il produit. On nuit à l’intéressé, à sa famille, à l’Assemblée et même aux inconvertis. Que le Seigneur nous accorde des frères et des sœurs pieux qui aient à cœur la gloire et les intérêts de Dieu envers et contre tout. Alors les choses seront plus simples même si elles paraissent plus douloureuses. On ne saurait trop insister sur l’importance de tels enseignements.

Dieu ne saurait bénir celui qui cache une plaie, un péché caractérisé. La bénédiction est assurée à celui qui remplit le service qui vient de nous être rappelé. Ces exhortations sont de saison, surtout dans les assemblées nombreuses où l’on a tendance à s’ignorer. Que Dieu nous garde de cacher le mal et de penser qu’il pourra demeurer caché.

Mais il faut être en garde aussi contre la tendance qui porte à découvrir par plaisir et par malice des fautes ou des manquements des autres. Si un frère ou une sœur sait garder un secret, c’est une chose précieuse dans une assemblée, et nous devrions tous en être là. Il faut couvrir tout ce que Dieu couvre.

Jacques 5. 19 et 20 : « Mes frères, si quelqu’un parmi vous s’égare de la vérité, et que quelqu’un le ramène, qu’il sache que celui qui aura ramené un pécheur de l’égarement de son chemin sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ».

Comprenons bien qu’il s’agit ici comme dans le Psaume 32, d’un péché couvert parce qu’il a été confessé et jugé.

Les passages de Matthieu 18, Galates 6. 2, 2 Thessaloniciens 3 nous parlent de la discipline. Quand les soins pastoraux ont échoué – soit parce qu’ils ont été mal appliqués, soit parce que l’âme les a mal acceptés – il faut agir autrement. D’une façon générale, quand on parle de discipline, on pense au retranchement. Le retranchement n’est pas la discipline, il consacre au contraire l’échec des soins pastoraux et de la discipline, Il faut alors ôter le méchant…

Il y a plusieurs sortes de disciplines. Dans le passage de Matthieu 18 nous avons ce que l’on peut appeler la discipline fraternelle. Si un frère fait tort à un autre, si un différend surgit entre deux frères ou deux sœurs, du trouble en découle et la communion est entravée. Si un péché est commis à notre égard, nous sommes portés à dire : Je ne lui en tiens pas grief, je lui ai déjà pardonné, inutile de s’en préoccuper… En réalité, le Seigneur ne pardonne que sur un terrain de justice. Le pardon ne peut être accordé sans repentance.

Je dois souffrir de voir mon frère en mauvais état. J’irai le trouver sans aucune amertume. Ce ne sera pas pour lui faire des reproches, mais pour essayer de le gagner avec douceur, avec humilité, avec un désir sincère de le ramener. N’allons pas raconter à droite ou à gauche ce qu’il nous a fait, comme nous le faisons si souvent. Si le frère écoute, il est gagné, l’affaire est réglée. Mais s’il n’écoute pas, il se peut que ma démarche ait manqué d’amour ou que le cœur auquel je m’adresse soit dans un mauvais état. Il faut alors prendre avec soi un ou deux frères.

Pour que l’affaire soit placée devant l’assemblée, elle doit être appuyée par deux ou trois témoins. Le tort doit être nettement établi. « Si encore il ne veut pas écouter, dis-le à l’assemblée ». Il a une nouvelle possibilité de se repentir. S’il ne se repent pas : « Qu’il te soit comme un homme des nations et comme un publicain ». Ce n’est pas une discipline de l’assemblée. Je le tiens à l’écart, nos relations sont interrompues. Le but c’est d’atteindre sa conscience.

Cette attitude n’est pas de la dureté ni une attitude de supériorité. Ce cas n’est pas, en principe, le plus grave. Il correspond au tort fait au prochain dont nous parle l’Ancien Testament. Et nous sommes tous atteints dans notre cœur et dans notre conscience par le reproche indirect que la simple lecture de la Parole sur ce sujet nous adresse. L’Israélite ne devait pas rester indifférent vis-à-vis d’un frère, c’est encore plus vrai pour un croyant.

Dans ce monde, ce n’est pas du tout la loi exposée ici qui régit les rapports entre offensé et offensant.

Mais ici l’offensé faisant taire la voix de son ressentiment, de ses revendications légitimes (pour parler à la manière du monde) montre que l’amour qui est dans son cœur vis-à-vis de son frère l’emporte sur tout autre considération. C’est d’un profond enseignement. L’amour est la somme de la loi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». À quel niveau moral de telles instructions nous élèvent !

Le Seigneur a été continuellement offensé, outragé. Et non seulement jamais Il n’a rendu outrage pour outrage, mais il n’a jamais cessé d’agir envers ceux qui lui faisaient du tort de la manière convenable : selon la loi royale de l’amour.

Si un tel état d’âme ne suit pas immédiatement en nous l’offense, il peut être produit par des exercices. Combien nous perdons facilement de vue les admirables profondeurs de la vérité morale divine. Elle est l’expression de ce que Dieu est, non dans ses actes, mais dans son Être. Elle reflète son admirable perfection vis-à-vis du mal.

Un tel comportement de notre part peut produire chez l’offensant de la contrition, de la repentance, ce qui est l’effet souhaitable. Certains, rares hélas, ont été touchés par les paroles de grâce et de vérité qui sortaient de la bouche du Seigneur Jésus. D’autres ont répondu par un endurcissement dans leur mauvais état, ce fut le grand nombre.

Les versets 21 à 35 nous montrent que si nous sommes amenés à pardonner à notre frère, c’est parce que nous avons été les objets d’un pardon infiniment plus étendu de la part de Dieu.

Nous désirons lire le passage cité tout à l’heure : Lévitique 19. 17 : « Tu ne haïras point ton prochain dans ton cœur. Tu ne manqueras pas à reprendre ton prochain et tu ne porteras pas de péché à cause de lui (note : Tu ne souffriras pas de péché en lui). Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancune aux fils de ton peuple ; mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. Moi je suis l’Éternel ».

Je pense que nous devons tous reconnaître que lorsque des situations semblables ont pu surgir, nos sentiments spontanés vis-à-vis de l’offenseur – à moins de nous tenir dans une communion de chaque instant avec Dieu – n’ont pas été tels. Mais la Parole ne suppose pas de fléchissement quant à la vérité. Il arrive qu’il s’écoule un intervalle de temps entre le moment où nous avons reçu l’offense et celui où des dispositions conformes à la pensée de Dieu se trouvent dans notre cœur.

Cette façon d’agir n’est pas un commandement à exécuter de façon mécanique. Si nous le faisons, nous ajoutons ainsi une faute à la première. Il faut que Christ agisse en nous par son Esprit et par sa Parole. Un tel amour prend sa source en Dieu lui-même. C’est dans des faits de ce genre que nous sommes mis à l’épreuve le plus fortement.

C’est le moment alors de mettre on pratique l’amour versé dans notre cœur. C’est une victoire de Dieu sur l’égoïsme d’un homme, sur son amour-propre blessé. C’est la chose la plus difficile à réaliser. Donner encore à quelqu’un qui nous a frustré, c’est plus facile.

On remarque, chez les frères qui ont été nos conducteurs, un tel comportement au milieu de l’opposition générale… tout en continuant à montrer un intérêt sincère à l’égard de leurs adversaires. « Priez pour ceux qui vous font du tort »… avec tout ce qu’un tel état d’âme suppose. Pas de correction de façade. Ne soyons pas passifs mais actifs. L’amour sait attendre il sait aussi supporter, mais il sait aussi surmonter.

Christ doit être en nous d’une manière vivante. Il nous est très facile de nous réjouir dans la contemplation de la perfection humaine de Jésus… mais qu’il nous soit donné de ne pas oublier qu’Il a senti tout cela et avec d’autant plus d’acuité qu’il n’y avait en Lui aucun égoïsme, mais une horreur constante du mal. Que nos cœurs ne soient pas toujours un champ de bataille entre le mal et le bien, mais un lieu où le bien triomphe. Au tribunal de Christ, la vie de chacun sera pesée. Et ce ne sera pas sur l’apparence extérieure mais selon les secrets de nos cœurs.

Romains 12 : La deuxième partie de ce chapitre contient des exhortations pratiques et ce n’est pas sans intention qu’elles commencent par ces mots : « Que l’amour soit sans hypocrisie, ayez en horreur le mal, tenez ferme au bien » (v. 9) et qu’elles s’achèvent par ce verset : « Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (v. 21).

Si l’offensé va trouver son frère, il manifeste d’une part de l’amour pour son frère et, d’autre part, il montre qu’il a en horreur le mal. Le Seigneur connaît les mobiles qui nous font agir. Ils peuvent ne pas être parfaitement louables. Nous pouvons avoir le désir que l’on parle de nous, que l’on dise : « Vous savez, dans telle ou telle circonstance, il a montré qu’il savait oublier les offenses. L’affaire doit être réglée entre les deux frères sans que personne ne sache comment. « Entre toi et lui seul » commande la Parole. Et que nos motifs soient saints et purs.

Matthieu 5. 23 et 24 – Ce passage nous montre que l’exercice de la sacrificature et la louange sont entravés par un désaccord survenu entre deux frères. Une pensée mal fondée suffit… Va aussitôt, réconcilie-toi. Il faut d’abord tout régler dans la lumière. Puis vient et offre la louange, le culte pourra être rendu. Nous souffrons souvent d’une faiblesse marquée dans le culte, la louange a de la peine à s’élever ; Dieu est frustré de la louange qui lui est due.

On peut être étonné de ce que la Parole parle si souvent de situations difficiles. C’est que Dieu nous connaît bien et que son cœur aussi est rempli d’amour pour nous ; aussi veut-Il nous aider. Il sait bien que ses enfants seraient surmontés par les difficultés s’Il ne leur venait en aide.

L’histoire de l’Église est assez triste pour que nous comprenions que si Dieu ne nous aidait pas, nous aurions tôt fait de sombrer. Mais il nous montre ses moyens à Lui pour s’occuper de la chair qui se manifeste chez les siens. Ces ressources, c’est l’activité et la puissance de l’amour.

Dieu n’a pas dit : Allez… j’interviendrai partout, je sais tout ce qui se passe dans les cœurs… Sans doute Il a la haute main et règle ainsi bien des cas. Mais Il ne veut pas garder les siens comme on garde un bijou dans un écrin. Il veut qu’ils aient une confiance acquise par l’expérience de ses soins constants, de sa grâce. Elle agit pour mater la chair en chacun de nous.

Croyez-vous d’ailleurs qu’une telle victoire soit remportée sans que le lien qui nous unit à Christ en soit affermi ? Le croyant ainsi béni dira dans son cœur : Le Seigneur m’a fait sortir de cette difficulté, sans Lui qu’aurais-je fait ? Je lui dois tout.

Un mot sur Galates 6 – Il s’est « laissé surprendre ». Il n’est pas habituellement dans cet état, mais il a manqué de vigilance. L’exhortation est adressée à des « frères spirituels », qui marchent par l’Esprit. Ici, c’est ce que l’on peut appeler la discipline paternelle, celle d’un père vis-à-vis de son enfant, empreinte, à la fois de douceur et de fermeté.

Il le redresse et le ramène à un état correspondant à la pensée de Dieu. Il faut cette douceur de la grâce. Et il est ajouté (comme dans Actes 20) : « Prenant garde à toi-même de peur que tu ne sois toi aussi tenté ». Il y a une supériorité… en grâce.

Dans le cas précédent, la difficulté pour le frère offensé était de surmonter ses sentiments naturels par l’amour. Le danger ici n’est pas de se venger mais d’être indifférent, de dire en somme : Dieu s’occupera de lui. Notre premier sentiment est toujours tel. Il est rare que l’on soit indifférent à l’égard de celui qui nous a fait du tort.

Le passage de Galates 6. 1 et 2 concerne une chute occasionnelle, ce n’est pas un état. Si quelqu’un tombe dans le fossé et que je sois encore sur la route, je dois chercher à l’en retirer en pensant que je puis y tomber à mon tour. Il faut porter les charges les uns des autres, s’occuper d’eux en grâce. Et si même un inconverti étale sous nos yeux dans la rue son intempérance, devrait-il y avoir dans nos cœurs autre chose que de la compassion ? Le Seigneur n’a ressenti partout qu’une compassion infinie, et si un cœur était endurci, il usait de la répréhension, mais toujours en amour.

Hébreux 12. 12 : « C’est pourquoi redressez les mains lassées et les genoux défaillants… ». C’est une exhortation individuelle. Marchons avec prière et supplication dans un sentier droit afin que ce qui est boiteux ne se dévoie pas, mais plutôt se guérisse. La contagion de l’exemple amènera ceux qui marchaient comme des boiteux à se redresser.

Ce n’est pas le service de Galates 6. Mais la marche fidèle d’un croyant amènera ceux qui sont en danger de s’écarter à revenir. Nous avons une influence sur ceux qui nous entourent, elle peut être bonne ou mauvaise.

Au sujet de Galates 6, il ne s’agit pas de brandir la menace d’une mise hors de communion. Un discernement spirituel est nécessaire pour apprécier la gravité des cas. Ici la défaillance est indiscutable mais elle peut être réglée par les ressources de l’amour. Mettre hors de communion montre que tous les moyens ont échoué.

Matthieu 18 n’est pas une discipline de l’assemblée à proprement parler : « Qu’il te soit… ». C’est une attitude de réserve à son égard.

Galates 6 ne présente pas non plus une discipline de l’assemblée. C’est un service accordé à des frères spirituels.

2 Thessaloniciens 3 présente la discipline de l’assemblée. L’ordre convient dans notre vie, dans nos maisons, dans l’assemblée. Ici quelqu’un ne reçoit pas les enseignements de la Parole. Il montre un esprit de désobéissance et de propre volonté. « Notez-le et n’ayez pas de commerce avec lui ; afin qu’il en ait de la honte ».

Cette discipline doit être respectée par tous. Il serait anormal de continuer à avoir avec lui des relations quelconques. Ce serait se croire plus sage que Dieu, que sa Parole. Cette discipline n’est pas souvent exercée. Peut-être amènerait-elle des frères et des sœurs à s’humilier. Sinon on en arrive à être obligé d’exclure le méchant.

L’avertissement réside plutôt dans l’attitude de l’assemblée que dans des paroles. Elle signifie : Vous êtes noté, nous ne pouvons plus avoir de relations avec vous si vous persistez dans ce chemin. Reste bien entendu le service de sacrificateur et les frères qui ont ce service peuvent aller voir le coupable pour discerner s’il y a de la repentance dans son cœur.

Dans un tel cas l’obéissance à la Parole nous commande de ne pas manger avec lui. Nous garderons aussi le silence sur les choses de Dieu comme sujet de joie en commun. Notre attitude doit toujours lui rappeler que quelque chose reste à régler. Que le Seigneur nous donne de la sagesse à cet égard aussi.

L’épître à Timothée nous parle aussi d’une forme de discipline : « Ceux qui pèchent, reprends les devant tous ». C’est une chose que l’on ne voit plus faire maintenant. Elle se propose d’éviter la propagation du mal. Le Dieu plein de grâce peut aussi employer des moyens sévères pour brider la chair en nous.

Il est très grave qu’une assemblée se laisse surmonter par le mal et n’exerce pas les disciplines appropriées à chaque cas, examiné à part avec le seul désir de plaire à Dieu. C’est pour elle une responsabilité capitale si elle n’y fait pas face. Des frères, des sœurs peuvent venir à la table du Seigneur et manger et boire indignement à la table du Saint et du Véritable (1 Cor. 11). Il y a d’abord une responsabilité, individuelle. « Que chacun s’éprouve soi-même… ». Il faut se laver les mains et les pieds à la cuve d’airain, se purifier des souillures contractées pendant la marche.

Si nous manquons à cet égard et que les soins pastoraux ou les disciplines ne soient pas exercés, alors Dieu intervient dans son juste gouvernement. Il peut ôter la lampe de son lieu. En tout cas chez les Corinthiens plusieurs étaient faibles ou malades, d’autres dormaient, c’est-à-dire qu’ils avaient été retirés. Tout ceci doit nous rendre extrêmement sérieux. Si nous voulons jouir de son amour et de sa grâce, nous ne le pourrons que sur un terrain de vérité et de sainteté. Que ceci parle à la conscience des assemblées.

On peut dire : Il se passe pourtant tant de choses graves dans la chrétienté et le Seigneur n’intervient pas… C’est vrai, mais là où la vérité est connue, le Seigneur exige une marche qui corresponde avec les lumières qu’Il donne. Il y a trop de lumière parmi les saints pour que le mal y soit toléré, malgré notre misère.

L’admission à la table du Seigneur est une chose sérieuse et pour ceux qui reçoivent et pour celui qui demande : celui-ci doit désirer venir là pour le Seigneur lui-même. C’est très simple, mais c’est aussi très sérieux, car nous sommes dans la présence du Seigneur.

Ce qui entraîne le déclin d’un rassemblement, ce ne sont pas seulement les manifestations extérieures de la chair, mais avant tout nos manquements intérieurs. Ils ont une répercussion autrement importante qu’un fait extérieur précis. L’assemblée ne s’occupe que des faits extérieurs. Nous n’avons pas à juger les secrets des cœurs : c’est la prérogative de Dieu de le faire. Si un frère est orgueilleux, égoïste, avare, ce n’est pas toujours facile à voir, mais Dieu le sait. Et il s’en occupe.

Il y a autre chose qui affaiblit le niveau de l’assemblée. C’est que l’assemblée de Dieu se trouve sur un terrain où la nature même n’a pas de place. Il y a sur le plan humain un ensemble de sentiments familiaux, d’affinités interfamiliales ou entre individus. La nature est reconnue, elle doit l’être absolument ; mais dans l’assemblée en tant que telle elle n’a aucune place.

Là il n’y a homme, ni femme, ni esclave, ni homme libre… Ce qui peut combattre la nature c’est l’action du Saint Esprit. Elle permet de laisser à sa place, très légitime ailleurs, la nature. C’est une chose nécessaire de redire cela. Combien de fois la nature n’a-t-elle pas la première place !

Il n’y a pas de réunion qui devrait être plus bienfaisante que la réunion du culte. Mais il faut de la fraîcheur d’affections pour le Père et pour le Fils et pour cela une sanctification préalable. Si nous ne goûtons pas ces joies divines et que la nature vienne prendre dans nos cœurs la place qui revient au Seigneur, l’assemblée sera vite tombée.

L’assemblée des saints n’est pas une confrérie humaine. Si nous nous contentons d’être nous-mêmes sans que nos pensées ne soient nourries par la grâce, nous aurons bientôt des difficultés qui nous surmonteront. Nous tournons bien vite les pages incisives de l’Écriture et nous oublions qu’elle dit : « Si quelqu’un aime père ou mère… plus que moi, il n’est pas digne de moi ». Et souvent alors nos difficultés sont multipliées.

Le Seigneur est le Maître souverain. Il rétablit l’ordre ou il peut retirer la lampe. Ne nous laissons pas aller… car le Seigneur, s’il a patience, interviendra enfin. Au lieu de sa bénédiction nous connaîtrons son juste gouvernement et nous apprendrons dans la souffrance ce qu’Il voulait nous apprendre en grâce et en amour.

D’après Études de La Rochelle 1963