
1 Timothée 3. 14 et 15.
Matthieu 18. 15 à 20.
1 Corinthiens 12.
Éphésiens 4. 1 à 16.
Nous avons à considérer la position et la mission de l’Assemblée, la marche pratique dans les assemblées, ainsi que les ressources dont elles disposent pour y faire face.
Il semble que 1 Timothée 3. 15 contienne la substance de ce sujet. Ce verset présente, d’une part, l’Assemblée du Dieu vivant comme colonne et soutien de la vérité et, d’autre part, attire l’attention sur la conduite qui convient dans la Maison de Dieu.
Nous n’aurons jamais une idée assez élevée de ce qu’est l’Assemblée pour le cœur de Dieu. L’Écriture nous dit que c’est « le mystère caché de tout temps en Dieu » (Éph. 3. 9). De toute éternité Dieu avait cette pensée dans son cœur.
L’Assemblée est vue comme liée à la gloire de son Fils. Nous trouvons ce mystère en figure dès le chapitre 2 de la Genèse quand Dieu déclare : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide qui lui corresponde ». Dieu a tout fait pour la gloire de son Fils et Il lui a donné une épouse : l’Assemblée ; Dieu la voyait déjà selon le propos de son cœur, unie à Christ, l’épouse, la femme de l’Agneau (Apoc. 21. 9).
La position de l’Assemblée est céleste. Elle est bâtie sur un Roc et ce Roc c’est Christ lui-même, le Fils du Dieu vivant (Mat. 16. 16). Elle est vue au-delà de la mort, comme fruit de l’œuvre de Christ. Sa formation commence le jour de la Pentecôte quand le Saint Esprit est descendu sur la terre comme Personne divine.
Son fondement est un Christ mort et ressuscité, « les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle » ; elle est vue déjà dans les lieux célestes en Christ. Quelle est la mission qui lui incombe ? Elle a ici-bas un témoignage à rendre, elle est appelée à présenter Dieu et Christ à ce monde, en tant qu’elle est la colonne et le soutien de la vérité.
L’Assemblée est l’Assemblée du Seigneur. Elle est appelée à manifester que Christ est au milieu d’elle et que l’Esprit est libre d’y agir. Elle doit garder le dépôt qui lui a été confié : la Parole. « Ta Parole est la Vérité ». Par son moyen, un témoignage à l’unité du Corps est rendu, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous. Et, de fait, l’ensemble du Corps est appelé « le Christ » (1 Cor. 12. 12).
Ce témoignage ne peut être rendu que dans la séparation, car, de nos jours, la Maison de Dieu est devenue « la grande maison » de 2 Timothée 2. 20. Aussi la position qui convient maintenant pour ceux qui sont fidèles, c’est de rester séparés. « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2. 19).
Nous devons être pénétrés de ce qu’est l’Assemblée si nous voulons réaliser d’une manière pratique une marche digne de l’appel dont nous avons été appelés (Éph. 4. 1).
D’après ce passage de Timothée, nous voyons donc l’Assemblée présentée comme une demeure, comme une habitation de Dieu par l’Esprit. Ce n’est pas le seul endroit où elle est vue ainsi. Nous pouvons rapprocher ce passage de celui, bien connu, de la fin du chapitre 2 des Éphésiens. Les saints y sont présentés comme une habitation, un temple qui croit pour l’avenir, préparé par l’Esprit (v. 21).
Mais aussi, ce qui est également précieux, le verset suivant déclare que les saints sont déjà présentement une habitation de Dieu par l’Esprit. Cette pensée, évidemment, est méconnue d’un grand nombre de croyants, dans ce monde. C’est ce qui distingue au point de vue responsabilité un frère instruit à ce sujet : Sa marche, sa conduite doivent être en rapport avec la connaissance qu’il possède.
Voilà la raison pour laquelle le besoin de ces lectures se fait sentir dans les assemblées où les jeunes prennent leur place dans le témoignage et ont besoin d’être instruits. Car les responsabilités sont toujours en rapport avec la position.
Pour le chrétien perdu dans une masse de professants, le point important est sa marche personnelle devant Dieu et devant les hommes. Mais il se pose peu de questions quant à la marche collective. Des chrétiens peuvent ainsi être isolés toute leur vie. Tandis qu’une assemblée locale connaît d’autres exercices liés au témoignage collectif des saints. C’est ce que nous allons considérer.
Il est très important de retenir que l’Assemblée est une habitation de Dieu. Dans une demeure celui qui donne le caractère, le ton, c’est le chef de la maison. Il est responsable de maintenir sa gloire, son honneur, son caractère dans la maison où il habite. Retenons donc cette pensée que dans l’Assemblée celui qui y habite qui en est le Chef absolu, c’est Dieu.
Ce n’est pas en nous comparant les uns aux autres que nous verrons juste, mais en rapportant toutes choses à Dieu. Ceci est tout à fait nécessaire car notre tendance à tous, surtout si nous sommes depuis longtemps dans l’Assemblée, c’est de considérer le rassemblement local comme un groupement de chrétiens se suffisant à lui-même. Au contraire, nos pensées et nos cœurs doivent toujours être tournés vers Dieu, sinon Dieu sera oublié et l’homme, lui, ne le sera pas.
Nous trouvons souvent dans la chrétienté des croyants vivants, pieux, fidèles, mais il est tout à fait frappant de voir qu’ils ignorent complètement la pensée de Dieu quant à l’Église. Si l’on s’entretient avec eux de l’Assemblée corps de Christ, habitation de Dieu, ils ne comprennent pas. Pour plusieurs de ces chrétiens l’Église c’est leur église.
L’apôtre dans le chapitre 3 des Éphésiens parle de mystère maintenant révélé. C’est un privilège que Dieu nous ait accordé d’être instruits sur cette révélation de ce qu’est l’Église. Mais nous pouvons bien nous humilier d’avoir été si infidèles pour en montrer la puissance en témoignage. Nous avons besoin d’être exercés, réveillés, pour faire connaître dans ce monde les caractères de l’Assemblée.
Deux faits essentiels caractérisent la vraie Église : la possession de la vie divine par chacun de ses membres et la présence du Saint Esprit habitant et agissant en elle.
Quels sont la nature et le caractère de Celui qui a fait l’Assemblée sa maison ? Si nous les connaissons nous aurons immédiatement une foule d’instructions à l’égard de la conduite qui convient pour ceux qui constituent cette maison. Or nous savons que Dieu est amour et qu’Il est lumière, qu’Il est saint, qu’Il est juste. L’Assemblée est la colonne et le soutien de la vérité et la vérité c’est Christ qui nous fait connaître le Père et sa pensée. La vérité à soutenir est doctrinale et aussi morale.
L’Assemblée ne doit pas supporter quelqu’un qui serait très sain au point de vue moral et qui serait infidèle au point de vue doctrinal. Et l’inverse est vrai également. Une assemblée locale qui ne tiendrait pas ces deux points se disqualifierait comme assemblée de Dieu. Individuellement d’ailleurs, le danger existe pour tout croyant d’abandonner ainsi d’une manière ou d’une autre toute la vérité.
Les serviteurs dont le Seigneur s’est servi pour remettre ces vérités en lumière ont été exercés pour être fidèles à tous points de vue. C’est cet équilibre qui a fait la qualité de leur témoignage, qui leur donne cette plénitude qui n’avait pas été retrouvée depuis le temps des apôtres, même au temps de la Réforme. À la Réforme, en effet, il y eut plus de puissance, mais un développement doctrinal moins profond et moins complet. À Philadelphie, le Seigneur se présente comme le Saint et le Véritable (Apoc. 3. 7).
1 Timothée 3. 15 : « Pour que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu… ». Cette question de la marche pratique nous amène à considérer Éphésiens 4 : « Je vous exhorte… à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés ». L’épître aux Éphésiens nous présente un appel individuel et un appel collectif.
Nous y trouvons des vérités doctrinales importantes dont la méconnaissance est une des causes principales de la ruine. Nous y voyons les conseils de Dieu quant à Christ, quant à l’homme. Ce que Dieu a pensé pour nous et ce qu’Il a voulu nous donner comme position : « Ainsi, il nous a élus en Lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables devant Lui en amour » (1. 4). Dès maintenant Dieu nous voit tels. Il nous a introduits dans une relation nouvelle : Il nous a adoptés pour Lui par Jésus Christ (v. 5), selon le bon plaisir de sa volonté.
Christ, lui, sera le centre. Le propos de Dieu c’est de « tout réunir en un dans le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui était sur la terre, en lui » (v. 10). « L’espérance de son appel » (v. 18). Ce que nous serons effectivement en gloire n’a pas encore été manifesté (1 Jean 3. 2), mais nous sommes déjà en Christ. Toutefois, le conseil de Dieu n’est pas encore achevé puisque nous ne sommes pas entrés dans la gloire avec Christ. C’est pourquoi il est ainsi parlé de l’espérance de son appel.
Il s’agit d’un appel collectif quand, à la fin de ce chapitre, l’Assemblée est présentée comme la plénitude de Celui qui remplit tout en tous (v. 23). Elle est le Corps de Christ que Dieu forme actuellement. Le chapitre 2 touche à l’unité de famille (v. 18 et 19) et à la fin nous avons la pensée d’un temple saint qui croît dans le Seigneur (v. 21).
Le chapitre 3 n’est qu’une parenthèse et le chapitre 4 fait suite directement au chapitre 2. La marche est aussitôt présentée, une marche digne de l’appel. Ces pensées doivent être présentes à nos cœurs et à nos esprits pour que nous les vivions pratiquement. Si nous voulons marcher ainsi, il faut boire à la source, et jouir de la communion de l’amour de Christ. Il y aura un accroissement du Corps selon la pensée de Dieu.
Le chapitre 3 se termine par une prière de l’apôtre : « Je fléchis les genoux devant le Père – dit-il – … afin que… Il vous donne d’être fortifiés en puissance par son Esprit quant à l’homme intérieur… que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour » (v. 14 à 18).
On peut noter le parallélisme entre le passage de la première épître à Timothée et les versets considérés à la fin du chapitre 2 et au début du chapitre 4 de l’épître aux Éphésiens. Les exhortations du commencement de ce chapitre 4 découlent de l’affirmation que Dieu habite dans l’Assemblée.
Donc les enseignements les plus pratiques ne sont pas une morale bien qu’ils en aient les effets. Les préceptes chrétiens visent à rapprocher pratiquement le chrétien de Dieu. Nous avons tendance à prendre les choses à la légère. Nous nous prévalons souvent d’appartenir à Dieu pour l’éternité, alors que bien des choses maintiennent dans la pratique une distance entre Dieu et notre cœur.
L’Assemblée, colonne et soutien de la vérité, n’est pas un noyau de personnes d’élite, mais l’ensemble de tous les croyants, sans distinction, du plus modeste en apparence au plus doué au point de vue spirituel. L’assemblée locale est l’expression de l’Assemblée tout entière.
Qu’il y ait des différences dans les services, dans les dons, les qualifications, l’Écriture elle-même nous le dit, mais l’Assemblée colonne et soutien de la vérité, c’est l’ensemble de tous les chrétiens. Voilà ce que Dieu dit devant tous les hommes, devant tous les anges, devant tout l’univers. Où donc Dieu a-t-il désiré manifester sa présence et faire briller sa gloire d’une manière infiniment supérieure à tout ce qui précédait ? Dans l’Assemblée.
Une poignée de frères sans instruction mais qui seraient fidèles à la Parole dans leur comportement, dans leur marche, seraient l’expression de l’Assemblée de Dieu, même s’il leur était impossible de toujours justifier doctrinalement ce qu’ils savent.
Il nous faut citer Éphésiens 3. 10 : « Afin que la sagesse si variée de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux pouvoirs et aux autorités [qui sont] dans les lieux célestes, par le moyen de l’assemblée… ». Qui connaît Dieu ? Les vrais croyants, qui seuls possèdent la vie divine. Eux seuls sont ainsi qualifiés pour être des témoins.
Mais les chrétiens sont vus dans l’Écriture comme un ensemble. C’est l’Assemblée qui est la colonne et le soutien de la vérité ; un chrétien isolé ne l’est pas. L’Assemblée n’enseigne pas, ce sont les dons. Mais les dons ne sont pas colonne et soutien de la vérité. L’Assemblée est appelée à juger dans toutes les questions de bien et de mal. C’est la présence du Seigneur au milieu d’elle qui la qualifie pour cela, comme nous le voyons en Matthieu 18.
C’est pourquoi Satan trouve une poignée de chrétiens fidèles beaucoup plus gênante que des milliers de chrétiens dispersés. Aussi il s’acharne contre ces témoignages qui subsistent et qu’il voudrait détruire. Il nous faut insister sur ce point car l’on rencontre des âmes troublées en constatant que dans l’Assemblée il y a des luttes, des combats pour la vérité et qu’il en résulte des heurts, même des départs… Ces âmes ne comprennent pas pourquoi l’on défend tel ou tel point et certaines seraient tentées d’abandonner le rassemblement pour un milieu où l’on soulève moins de questions.
Mais ces luttes sont souvent le fruit du travail de l’Ennemi qui cherche à nous amener à abandonner telle ou telle vérité en assurant qu’elle est sans importance, secondaire pour tout dire. Si une brèche est ouverte, il s’empressera de l’élargir. Mais ne nous décourageons pas de ce que l’Ennemi travaille contre le témoignage Que la grâce de Dieu nous accorde assez de fidélité et de fermeté pour garder le dépôt qui nous a été confié.
II n’y a pas de conflits dans une masse de gens qui dorment tous. D’ailleurs, l’Écriture nous montre qu’il y avait déjà des questions qui se posaient dès le commencement, justement parce que c’était le témoignage (ex. Ananias et Sapphira). Dans le monde chrétien l’on peut très bien faire comme ceux-ci et recevoir de la louange au lieu d’un blâme. Le cas de Corinthe est également instructif pour nous.
Dieu ne supporte pas le mal en sa présence et nous n’avons pas à le supporter. Dans certains milieux chrétiens l’on prétend que seul le coupable est souillé et par suite qu’il est seul responsable, de sorte qu’on ne lui refuse même pas la cène. Un tel enseignement est Intolérable dans l’Assemblée de Dieu, Il est contraire à la sainteté de la présence de Dieu, et à la vérité de l’Écriture. L’assemblée qui accepte une telle erreur n’est plus colonne et soutien de la vérité.
Des difficultés peuvent survenir, soit parce que la vérité est battue en brèche, soit parce que nos rapports entre frères et sœurs ne sont pas ce qu’ils devraient être et que nous perdons de vue l’exhortation : « Marcher d’une manière digne de l’appel ». Si nous avions toujours présente à l’esprit la pensée que l’Assemblée est une habitation de Dieu par l’Esprit, que Dieu est amour et qu’Il est aussi lumière, nous serions plus exercés dans nos cœurs. Il nous faut garder aussi l’unité de l’Esprit, réaliser que nous sommes membre d’un seul corps. Nous proclamons cette vérité, mais il faut en tirer les conséquences pratiques.
Cette figure du corps humain est bien remarquable. Dans le corps humain il n’y a pas d’action qui ne soit dirigée par la tête et même s’il s’agit de ces mouvements que nous appelons instinctifs, il y a cependant une impulsion, si courte soit-elle, donnée par la tête. À plus forte raison pour un acte volontaire dit réfléchi. À tel point que si une personne avait le cerveau paralysé, elle devrait rester dans l’inaction, elle serait incapable d’accomplir un acte quelconque. Cette vérité devrait être réalisée dans l’Assemblée, tout ce qui s’y fait devrait être non le fruit de notre propre volonté, mais de celle du Seigneur, chef du corps, de l’Assemblée. C’est la tête qui commande, c’est elle qui dirige.
Dans le corps humain les membres s’entraident. Si la tête commande d’aller prendre tel ou tel objet, les yeux ne se refuseront pas à le regarder, les pieds à se diriger vers lui et les mains à le saisir. Cette entraide tout à fait normale dans le corps humain, manque souvent dans le corps de Christ.
Il y a des pensées de jalousie et une mésentente qui entravent la marche. Tout ceci est une source de faiblesse et une cause de trouble. D’ailleurs, un membre qui ne remplit pas sa fonction naturelle, qui reste inactif, s’atrophie et finit par se paralyser. Toute l’Assemblée en souffre.
Le Seigneur est l’exemple parfait. Il a été séparé de tout mal, constamment guidé par un amour profond pour son Père. Tel a été son témoignage vis-à-vis de ce monde et nous devons, nous aussi, rendre le même témoignage, conduits par l’amour pour le Père et pour la vérité de Dieu.
Ne perdons pas de vue que le corps de Christ est composé de tous les croyants. Si la fidélité au Seigneur nous pousse à nous séparer de beaucoup de croyants (en particulier pour la cène), n’ayons pas de mauvaises pensées à leur égard. Nous devrions nous montrer plus humbles que nous ne le faisons. Il n’y a pas de chrétiens au monde qui ne devraient être plus humbles que les frères. L’humilité n’est pas le fruit d’un effort accompli par un chrétien, sinon elle serait une chose gagnée par l’homme. L’humilité est une grâce comme toutes les vertus chrétiennes. Et c’est l’une des premières : « L’Éternel est dans le palais de sa sainteté… que toute la terre fasse silence devant lui » (Hab. 2. 20).
Qu’est-ce qui peut faire taire la chair ? La présence de Dieu. Dieu connaît ceux qui sont vraiment humbles. Il n’est pas trompé par l’apparence et il donne la grâce aux humbles. Que dans l’Assemblée l’un des traits essentiels soit une vraie humilité. « Qu’il y ait en vous cette pensée qui a été dans le Christ Jésus… ».
Dans les réunions, dans la présence de Dieu, les frères peuvent se retremper, se rafraîchir. Mais nous n’avons pas le droit d’être durs vis-à-vis des chrétiens qui vivent dans des milieux où existent des organisations officielles. À l’occasion nous avons à expliquer avec crainte pourquoi nous ne les suivons pas. Mais nous ne devons pas les juger – dans le mauvais sens du mot. Nous déplorons cet état de choses. Que de fois, au contraire, nous portons des jugements supérieurs, oubliant que sur bien des points la marche de ces personnes condamnerait facilement la nôtre.
Un de nos conducteurs disait : « Les frères ont le droit de penser à eux-mêmes avec un mépris silencieux ». Que chaque assemblée locale manifeste cette humilité qui est un trait de la vérité morale.
À la cène, la fidélité la plus élémentaire nous conduit, en rompant le pain, à penser à tous les saints avec amour, Nous avons à y penser ailleurs aussi. Peut-être nous faut-il élargir un peu nos pensées pour ne pas tomber dans un sectarisme toujours coupable. Tous les chrétiens dans une localité ont en principe le droit de participer à la cène. La difficulté vient, de ce que l’Écriture nous montre que dans le désordre actuel il faut exercer un contrôle sur la vie pratique et sur la marche.
Doit-on reconnaître un don dans l’église catholique, protestante ou baptiste ? Sans nul doute, mais nous ne devons pas confondre l’amour et la communion. C’est une distinction vraie même dans l’Assemblée, encore qu’il soit souhaitable de toujours pouvoir réaliser un haut degré de communion.
À plusieurs reprises, Paul se plaît à associer Démas aux salutations qu’il adresse aux assemblées (Col. 4. 14 ; Philémon 24). Et pourtant, il vient un moment où l’apôtre en parle avec une sécheresse surprenante et voulue. C’est que Démas était devenu mondain (2 Tim. 4. 10). La communion entre Paul et Démas avait baissé, mais un de nos conducteurs disait qu’il ne doutait pourtant pas que Paul aurait donné sa vie pour Démas.
Une assemblée locale n’est pas un rassemblement de chrétiens qui se réunit contre d’autres. Il ne faut pas que ce soit dans l’esprit des frères. Le Seigneur n’était contre personne et pourtant tout le monde était contre Lui. Il ne faut pas s’attendre à ce que le monde aime davantage Dieu manifesté au milieu des saints qu’il ne l’a aimé en Christ (Act. 28. 22).
Il est impossible qu’une assemblée de Dieu ne soit pas contredite et elle le sera dans la mesure où, justement, elle sera fidèle. L’amour vrai nous commande de nous séparer de tout mal. Qu’un corps de témoins fidèles soit taxé de sectarisme, c’est presque inévitable. Donc sur ce point il ne doit y avoir aucun trouble pour le fidèle, qui est ainsi jugé, mais il peut y avoir le cas où cette accusation serait justifiée.
Celui qui est vraiment sectaire détruit ainsi l’unité de l’Esprit. Et il doit être rejeté après un premier et un second avertissement (Tite 3. 10).
À la fin du livre des Juges, le désordre était général. Chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux (Jug. 21. 25). Lorsqu’il y a des tendances diverses, il faut s’attendre au Seigneur, il faut montrer de l’humilité. Quelqu’un peut paraître sectaire beaucoup plus par la manière que par le fond de ce qu’il défend.
On peut redire une fois de plus combien nous sommes privilégiés, entre beaucoup de croyants, d’avoir à notre disposition l’Écriture et aussi des dons écrits qui nous restent, bien que leurs auteurs soient maintenant auprès du Seigneur. Nous y trouverons souvent des réponses aux questions qui se posent dans l’Assemblée si nous sommes assez humbles pour les accepter.
Quant aux activités parmi les saints, un point de toute première importance c’est de réaliser de façon profonde la communion avec le Seigneur. Alors le service est fait avec intelligence et dans la grâce. Il faut aussi beaucoup de patience, c’est aussi l’une des premières vertus chrétiennes. Souvent nous laissons agir la chair et les bons effets du service sont compromis. La communion avec le Seigneur nous fera trouver celle de l’Assemblée, ce qui est désirable pour l’accomplissement de tout service.
On entend quelquefois dire que du moment que l’Assemblée ne sert pas elle-même, il n’est pas nécessaire de rechercher sa communion. C’est une grave erreur. S’il y a, d’une part, la responsabilité personnelle du serviteur devant le Seigneur, il y a, d’autre part, une dépendance mutuelle entre les membres du corps. La communion avec Dieu est avant tout précieuse, mais il est bon de rechercher aussi la communion des saints. Dans cette communion nous pourrons servir à la gloire du Seigneur et d’une façon utile au Maître.
C’est ce que nous présente Éphésiens 4. Nous y trouvons les dons d’évangéliste, de pasteur et de docteur. À cet égard, les frères, qui ont été instruits dans la vérité de l’Assemblée corps de Christ et qui de ce fait savent ce qu’est le témoignage, ont une responsabilité toute particulière. Il s’ensuit qu’ils ne peuvent pas s’associer pour l’évangélisation à des frères et sœurs attachés à telle ou telle dénomination chrétienne.
Ces derniers, tout en annonçant souvent l’Évangile avec simplicité et en pureté, ne vont pas au-delà du salut de l’âme. Notre service va plus loin. Nous devons amener une âme à comprendre qu’elle fait partie du corps de Christ. Si d’autres oublient le corps de Christ c’est souvent parce qu’ils ne connaissent pas cette vérité. Les frères ont la responsabilité de présenter un évangile complet.
Cette question du service et des dons est très importante. Nous avons lu deux passages à ce sujet ; il y en a deux autres : 1 Pierre 4 et Romains 12. Dans l’épitre aux Éphésiens les dons sont vus comme donnés par la Tête du corps, le Seigneur montrant qu’Il édifie son corps, qu’Il bâtit son Église.
Dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 12, ce sont des manifestations spirituelles. Mais je voudrais simplement faire remarquer que dans les quatre passages c’est le Seigneur qui remplit les siens de dons. Et c’est une merveille pour les anges de voir que les hommes ont un service à accomplir de la part du Seigneur. Mais tout dépend du Seigneur et du Saint Esprit. C’est un principe de toute première importance. Il n’y a pas d’initiative humaine. La pensée initiale et la réalisation pratique viennent de Lui. Tout frère ou toute sœur exercé sur ce point apprend qu’en dehors de ce que le Seigneur fait, rien ne compte.
Il arrive aussi que nous péchions par paresse, par la recherche de nos aises, à cause aussi de nos occupations dans la vie présente. Donc il y a deux dangers extrêmes et nous devons avoir les yeux ouverts pour les discerner. D’abord la paresse : ne pas faire valoir le talent qui nous a été confié. Ensuite manquer de dépendance, vouloir agir, ne pas s’attendre au Seigneur, à Celui qui produit en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir (Phil. 2. 13). De Lui, et par Lui, et pour Lui, sont toutes choses (Rom. 11. 36). Tout est de Dieu, nous sommes des collaborateurs dans son travail, mais tout bien produit vient de Lui seul.
L’Assemblée est le domaine du Saint Esprit et la sphère où, seule, son action est légitime. Dieu veuille nous aider à ne pas gêner son action bénie. Nous pouvons remarquer que l’apôtre parle tout d’abord des pasteurs. Le Seigneur chérit son Assemblée. Il la nourrit et la sanctifie. Nous sommes des instruments dans sa main, il pourrait se passer de nous. Soyons des instruments dociles, soumis à sa volonté, gardés de toute volonté propre.
Les soins pastoraux manquent dans les rassemblements. Nous ne savons pas prendre assez de temps pour visiter et apporter la Parole du Seigneur donnant ainsi parfois la réponse – sans peut-être jamais le savoir ici-bas – à un besoin de l’âme. Il faut nous intéresser aux âmes des saints. Il fût dit à Archippe : « Prends garde au service que tu as reçu dans le Seigneur, afin que tu l’accomplisses » (Col. 4. 17).
Nous disons quelquefois : Je n’ai rien reçu, je suis incapable, je suis un pauvre croyant qui a plutôt besoin de recevoir que de donner. Nous sommes ainsi des membres inactifs en danger d’atrophie et de paralysie. Pourtant Dieu veut y apporter un remède, il nous appelle certainement à remplir un service. Par trois fois, au début et à la fin du chapitre 12 et au début du chapitre 14 de la première épître aux Corinthiens, nous trouvons la même exhortation « Désirez avec ardeur des dons spirituels ». Est-ce notre cas à chacun ? Demandons-le Lui par la prière.
L’apôtre Jacques dit dans son épître : « Vous avez d’ardents désirs… » (4. 2). Hélas ce sont ceux de la chair. Nous nous contentons trop souvent de profiter des dons que le Seigneur a suscités dans son Assemblée. Demandons avec persévérance à Dieu par la prière ses dons. Que ce ne soit pas pour nous enorgueillir d’une position particulière dans l’Assemblée, mais pour servir le Seigneur avec amour, zèle et crainte aussi, pour le bien des âmes et celui de l’Assemblée.
La sacrificature est-elle un don ? Tous les saints sont sacrificateurs. Le sacrificateur est un adorateur. C’est une position, un état, elle est supérieure à un don. Les évangélistes, les pasteurs, les docteurs, les prophètes sont des lévites. Les dons sont pour la terre, ils ne s’exerceront plus dans le ciel, tandis que l’activité sacerdotale, elle, n’aura pas de fin. Les fils d’Aaron occupaient une place supérieure à celle des autres fils de Lévi.
Le don de pasteur est le plus important et aussi le plus rare. Le docteur a affaire à des vérités. Il doit « découper droit » et veiller à exposer la vérité avec ordre, sans confusion. Le pasteur, lui, a affaire à des âmes, soit pour les nourrir, soit pour les soigner (bien que le docteur aussi nourrisse les âmes). Une âme a toujours besoin de Christ, qu’elle soit en bon état ou qu’elle soit malade. Le pasteur doit s’intéresser à son état, lui apporter une parole à propos. Les soins préventifs, les soins curatifs sont donnés par le pasteur. Alors une âme est consolée, fortifiée, sanctifiée et aussi soignée et guérie. Le don de pasteur peut s’exercer aussi en public par le ministère de la Parole.
Que faut-il entendre par « selon la mesure du don de Christ » ? (Éph. 4. 7). Dieu ne s’est pas contenté de nous arracher au bourbier où nous gisions et de nous justifier mais il nous a revêtus d’une livrée de serviteurs : ce sont les dons. Le Seigneur a arraché des mains de Satan ceux qui étaient ses esclaves et en a fait ses serviteurs. Telle est sa grâce.
Nous pouvons remarquer que ces dons sont vus comme des personnes. Il ne s’agit pas d’une qualification abstraite : le doctorat, le pastorat… mais du pasteur, du docteur. Une telle personne, nous devons la reconnaître là où elle est, même, au sein de la chrétienté. Il faut reconnaître Dieu dans les saints dans la mesure où il s’y manifeste. Nous sommes tenus de le faire. C’est très grave quand un chrétien ne reconnaît pas ce que Dieu a donné à un autre frère. C’est une grande cause de misère dans les assemblées. Aussi grave que de se moquer comme jadis d’un Élie ou d’un Élisée.
Un peu partout dans les Assemblées, on a besoin d’entendre ces avertissements. On ne s’improvise pas docteur. On ne s’arroge pas cet honneur. Rejeter un don c’est rejeter le Seigneur. Les frères qui le font ne mesurent pas la folie qui les emporte. C’est un devoir facile pour la foi et agréable de reconnaître les dons. Ne pas le faire est très grave et nous pensons en particulier aux frères qui ne reconnaissent pas les dons qui se manifestaient chez des personnes maintenant retirées de la scène et qui sont avec le Seigneur. C’est un bien sérieux égarement. En lisant de tels écrits nous pouvons y reconnaître l’effet des dons de docteur, de pasteur, de prophète. Dans la mesure où je suis droit devant Dieu, je ne puis manquer de faire ainsi.
Plusieurs ont reçu un don et ils reculent ensuite devant les conséquences. Car pour tout don et pour tout service, il ne suffit pas de l’avoir reçu, mais il faut du dévouement et de la consécration.
« Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, en veillant sur lui, non par contrainte, mais de plein gré » (1 Pier. 5. 2).
L’ancien est une charge locale, tandis qu’un don est pour tout le corps. Un pasteur à La Rochelle l’est aussi partout, et de même pour un docteur et un prophète.
Le conducteur est un don ; il est difficile qu’il soit tel sans être pasteur ou docteur. Il a un ascendant moral qui lui est donné de la part du Seigneur. Il a un discernement spirituel qui le rend propre à conduire selon l’autorité morale que Dieu lui a donnée. Hélas nous sommes dans des temps comparables à ceux des Juges. Trop souvent chacun prétend voir le chemin aussi clairement que quiconque sans tenir compte des autres.
Ézéchiel 34. 4 : « Vous n’avez pas fortifié les [brebis] faibles, et vous n’avez pas guéri celle qui était malade, et vous n’avez pas bandé celle qui était blessée, et vous n’avez pas ramené celle qui était égarée, et vous n’avez pas cherché celle qui était perdue ». Nous avons ici quelques-unes des activités du pasteur et en tout premier lieu le service du pasteur c’est de paître les brebis du troupeau et de les fortifier.
L’Ennemi nous affaiblit d’abord et il nous attaque ensuite. Si cette activité pastorale était exercée encore aujourd’hui, nous ne verrions pas tant de doctrines étrangères et tant d’activités qui n’ont pas la sanction de la Parole, tant il est vrai que la carence de pasteurs favorise l’apparence des maux les plus divers.
Le Seigneur lui-même est appelé le Bon Berger (Jean 10), le grand Pasteur des brebis (Héb. 13. 20), le souverain Pasteur (1 Pier. 5. 4).
Quelle chose sérieuse de prendre une initiative quelconque de son propre chef et d’y persévérer ! Si le témoignage des derniers jours commençait aujourd’hui, on pourrait comprendre qu’il y ait des hésitations. Mais nous avons derrière nous toute une pléiade de témoins, des générations de croyants qui ont marché et servi le Seigneur. Est-il convenable d’effacer tout ce témoignage d’un trait de plume ? Dieu lui-même nous donne la réponse : « Souvenez-vous de vos conducteurs… et, considérant l’issue de leur conduite, imitez leur foi » (Héb. 13. 7).
L’imitation machinale et routinière est aussi un autre danger. L’installation tranquille et paresseuse dans une situation de fait extérieure est un mal très grand. Marchons par la foi en tenant compte de tout ce que le Seigneur nous a donné. Le service des pasteurs, des docteurs et des prophètes a pour effet de tenir les saints en éveil. Car on peut continuer à faire en dormant ce que l’on faisait l’année précédente en étant réveillé. Voilà un constant danger. D’où la nécessité et l’utilité des différents services dans le Corps.
Mais les dons sont en vue du perfectionnement des saints pour les amener à comprendre leur position en Christ, à remplir une œuvre de service, à atteindre l’état d’homme fait. Ainsi le corps s’édifie. Aussi les dons seront-ils maintenus jusqu’à la fin. L’évangéliste s’avance et prêche l’Évangile. Une âme entend le message et le reçoit par la foi, la lumière se fait en elle. Elle est rachetée.
Maintenant c’est au tour du pasteur et du docteur de s’occuper d’elle, car elle a beaucoup à apprendre. Et tout d’abord elle doit être affranchie, c’est-à-dire réaliser que le croyant est mort et ressuscité avec Christ. Ce ne sont pas de vaines formules, mais une vérité admirable. C’est le chemin merveilleux de la liberté chrétienne : l’affranchissement. Le croyant enseigné apprendra également la vérité relative à l’Assemblée et au témoignage.
Les chrétiens ont besoin d’autre chose que d’entendre dire pendant toute une vie qu’ils sont sauvés. Il faut leur ouvrir les chemins de la liberté. Ce n’est pas l’effet d’un raisonnement mais le travail du Seigneur qui persuadera un croyant que le monde est mauvais. Il a des ouvriers, des pasteurs et des docteurs pour faire ce travail et Il s’en sert. Si ces soins pastoraux ne sont pas donnés, les âmes se referment sur elles-mêmes ou tombent dans le sommeil ou encore oublient la purification de leurs péchés d’autrefois. Elles seront sans force pour résister aux tentations, n’ayant pas de discernement spirituel. Bien plus, elles succomberont à la tentation et accepteront une offre qui leur est faite sans se rendre compte qu’elles font un faux-pas.
L’Adversaire ne se présente pas toujours avec des choses grossières que nous repousserions. Mais il se présente avec des ruses subtiles et il commence par des choses qui paraissent insignifiantes et pourtant ce sont des petits commencements qui peuvent finalement conduire à de grands désastres. Si nous avions d’abord fait des stages dans certaines sphères de la chrétienté, nous serions plus reconnaissants et plus désireux de connaître ce qu’il nous a donné par le moyen de ses serviteurs, au lieu de nous conduire comme des enfants gâtés.
Nous sentons mal nos besoins. « Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas ; vous demandez, vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal » (Jac. 4. 2 et 3). Il y a beaucoup de problèmes dans la vie de tous les jours et l’assurance – dernier recours – d’aller un jour au ciel ne suffit pas pour les résoudre. Écoutons l’exhortation : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Éph. 5. 14).
Dans les périodes de crise, quand un gouvernement est embarrassé pour assurer la subsistance d’une population, il fait appel à des succédanés. Nous ne trouvons rien de semblable dans l’Écriture. Le sain enseignement ne doit pas être remplacé par un mélange de notre cru. Nous devons manger des pains sans levain. Il nous faut le Christ de Dieu et nul autre. Nous savons où conduit toute production de l’esprit de l’homme telle que la théologie. Un vrai pasteur nous présentera la Parole, la Vérité, Christ enfin.
On pourrait poser la question : Si quelqu’un n’a pas l’un de ces dons, s’il n’est pas spécialement qualifié pour un tel service, pourra-t-il cependant travailler à l’édification du corps ? Il a certainement une responsabilité à cet égard ainsi que l’indique la fin du passage : « Gardant la vérité dans l’amour, nous croissions en tout jusqu’à lui qui est le chef, le Christ, de qui tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par chaque jointure qui le soutient, produit, selon l’action de chaque partie dans sa mesure, la croissance de ce corps pour être lui-même édifié en amour » (Éph. 4. 15 et 16).
L’édification du corps par lui-même se produit sous l’impulsion donnée par la tête. La croissance ne doit pas être tellement en nombre mais plutôt en profondeur ; c’est ce que nous devons rechercher. Chacun doit prendre garde à l’activité qui est sienne pour aider à cette croissance harmonieuse.
On peut très bien, sans être ni pasteur ni docteur, accomplir toutes sortes de services pour le bien de tous. Une sœur peut faire une visite qui apportera un très grand bien à l’âme de la personne visitée. Un frère présentera de la doctrine au cours d’une réunion, comme l’eût fait un docteur, ou des exhortations pratiques qui auront elles aussi un effet heureux semblable à celui qu’aurait eu le don d’un pasteur.
Un jeune frère disait qu’un pasteur doit être un frère d’un certain âge et d’expérience, pour être à même de comprendre les exercices de conscience et de cœur de ses interlocuteurs. Cela n’a rien d’absolu et un jeune frère ou une jeune sœur peut être appelé à exercer un ministère pastoral auprès d’un autre jeune dont il sera mieux à même de comprendre les circonstances.
Dans le chapitre 4 des Éphésiens, nous avons les dons en Christ. Le chapitre 12 de la première aux Corinthiens nous présente les dons de l’Esprit qui fournit ce qui est nécessaire pour l’édification du corps en vue de l’utilité, distribuant à chacun en particulier comme il lui plaît (v. 7 et 12).
Quelle est la différence entre le docteur et le prophète ? Le prophète présente la Parole, conduit par Dieu qui connaît les besoins exacts de sorte que l’âme se trouve placée en contact avec Dieu. Ce frère peut se trouver dans la localité pour la première fois, mais l’effet de son ministère est tel que les âmes seront atteintes et portées à dire : Ce message était pour moi.
On comprend pourquoi il est dit : « Désirez avec ardeur les dons spirituels, mais surtout de prophétiser » (1 Cor. 14. 1). C’est la parole dite en son temps qui correspond aux besoins du moment. L’âme est saisie et se sentant manifestée devant Dieu, a les yeux ouverts sur ses voies. L’âme est placée devant Dieu. Elle peut emporter sa bénédiction sans que le serviteur ne sache jamais ni désire même le savoir. Les réunions sont irremplaçables, les négliger c’est risquer de perdre l’occasion de recevoir toutes sortes de bénédictions. Combien de chutes peuvent être expliquées par un relâchement, soit de ceux qui exercent le don, soit de ceux qui ont à écouter.
Le prophète agit en relation avec les circonstances du moment, révèle la pensée de Dieu et met ainsi l’âme en présence de Dieu lui-même. Il peut réveiller des âmes par son ministère. Les réunions que nous avons n’ont pas lieu entre nous, mais nous sommes devant Dieu et autour du Seigneur (Mat. 18). En conséquence, toutes les bénédictions sont possibles. Nous recevons tous ainsi dans le secret de nos cœurs un avertissement salutaire qui peut nous arrêter dans un chemin mauvais ou nous encourager.
Mais Dieu ne peut pas approuver un mauvais état chez ses enfants et Il s’en occupe. Outre la lecture personnelle de la Parole, les réunions sont, répétons-le, irremplaçables. Il n’y a pas de meilleure ressource pour répondre à tant de maux qui sont l’indice d’un état morbide des âmes.
À propos des réunions, il faut bien insister sur un point : À savoir qu’elles sont tout autre chose qu’une réunion de croyants pour la lecture de la Parole en commun. Il faut que tous réalisent ce privilège, cette faveur, d’être réunis autour du Seigneur. Gardons-nous de penser que nous n’avons qu’à nous attendre à un frère. L’apôtre insiste sur la diversité des dons de l’Esprit. Il faut qu’il y ait un exercice chez les frères pour que chacun apporte ce qui vient de l’Esprit.
Si nous nous attendions au Seigneur avec simplicité, nous éprouverions davantage ce qu’est une réunion d’assemblée. Nous serions rafraîchis, restaurés, nous goûterions l’onction de l’Esprit. Le but de Dieu dans les réunions – dans toutes les réunions – c’est de nous faire jouir de sa présence. « Ta présence est le bien suprême ». Le but de tout ministère est d’amener les saints dans cet état. Il y a une qualité de joie supérieure dans la réalisation collective de la présence de Dieu.
Les réunions d’administration ne sont pas exclues de ces considérations. Ce ne sont pas des réunions d’assemblées. Mais elles peuvent être très heureuses et se terminer par une note d’actions de grâces. Il faut y voir autre chose que des frères désireux de s’occuper de l’assemblée. Nous devons y réaliser la présence du Seigneur, ses directions. Tout ce qui concerne son Assemblée a de l’importance à ses yeux et dans ces réunions peuvent s’exercer certains dons de l’Esprit : la parole de sagesse, de connaissance, de foi.
Quelqu’un qui a un don doit le savoir. Il est le serviteur des autres, jamais leur maître. Personne n’est directeur. C’est au Seigneur que nous avons affaire. Beaucoup de chrétiens ont trouvé que c’était irréalisable. Alors, manquant de foi, ils ont créé des cadres. La foi, elle, s’attend à Dieu pour toutes les questions.
Ceux qui prient beaucoup sont les meilleurs serviteurs. Ce service caché ne risque pas au moins d’être encensé. C’est un service très important et que rien ne limite. Il peut être accompli toujours et partout. Le travail de l’apôtre Paul était peut-être dû à la prière persévérante d’une sœur ignorée. Actuellement on a plus de peine à accepter la faiblesse, à se contenter de n’être rien, de n’avoir rien, de tout devoir à Dieu continuellement.
Aussi fait-on appel aux valeurs humaines, aux puissances humaines. Or c’est le Saint Esprit qui convertira une âme ou qui l’édifiera et ce n’est pas tous les instruments que l’on peut employer. Dieu se sert de tout, Il peut le faire. Mais pour le chrétien dans l’Assemblée, mille questions se posent sans cesse ailleurs, qui pour lui sont réglées dans son cœur.
Les anciens sont là pour maintenir l’ordre moral, bien qu’ils puissent aussi enseigner. Il n’y a pas d’anciens officiels. Les dons viennent directement du Seigneur. Le mot même de don exclut l’idée de transmission. Dans la chrétienté, des surveillants ou des anciens on en a fait des évêques. En réalité, des frères peuvent avoir cette qualification d’anciens. « Si quelqu’un aspire à la charge de surveillant, il désire une œuvre bonne » (1 Tim. 3. 1).
L’ancien veille sur l’ordre extérieur, la tenue générale et individuelle. Il n’agit pas avec rigueur mais avec bonté, connaissant les faiblesses de la nature humaine sans en tolérer tous les excès. Le service d’un ancien peut être extrêmement utile. Son action est publique ou cachée. Il cherche à redresser avant qu’il n’y ait des manifestations publiques. C’est un ministère pastoral. Il avertit pour garder un bon ordre dans l’Assemblée. C’est une charge locale pour laquelle un ensemble de qualités sont requises (1 Tim. 3).
On ne doit pas confondre l’ancien ou le frère âgé. Il peut se faire que ce dernier ne soit pas qualifié moralement, tandis qu’un jeune frère peut l’être comme ce fût le cas pour Timothée : « Que personne ne méprise ta jeunesse ».
Ils sont conduits par la grâce de Dieu avec fidélité, avec amour, à agir souvent en tête à tête avec les saints. Ils ne se complaisent pas à étaler les défaillances, les misères, car l’amour couvre une multitude de péchés. Les anciens couvrent donc tout ce qui peut être couvert et découvrent quand Dieu Lui-même découvre.
L’amour ainsi peut se montrer en empêchant qu’un mal devienne public, tandis que la médisance n’est jamais selon Dieu. Elle n’est pas dans l’esprit chrétien qui, lui, considère avec larmes la chute d’un autre. Elle se complaît avec malignité et méchanceté à faire connaître les fautes des autres. Dieu ne se réjouit pas si l’un de ses enfants tombe, Il en est déshonoré.
Quand il y a des défaillances, tous doivent-ils être mis au courant, ou seulement quelques-uns ? Tout dépend de quoi il s’agit. Supposons qu’une personne ait péché et que personne ne l’ait su. Elle s’en ouvre à quelqu’un. Si la restauration est évidente, s’il n’y a pas eu de scandale public, ce péché peut être couvert. Des frères le gardant sur eux devant Dieu.
Mais s’il y a eu scandale public, c’est différent, les consciences ont été troublées. Des frères graves peuvent examiner la chose avec l’intéressé et devant Dieu. Mais il n’est pas du tout nécessaire que tout soit découvert devant l’Assemblée. Il y a toujours un danger à s’occuper du mal.
Porter les charges les uns des autres ne signifie aucunement porter les souillures. Il faut que l’assemblée porte ce qui est mauvais devant le Seigneur, mais c’est le coupable qui reste le coupable et qui parfois doit être exclu. « Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (1 Cor. 5. 13). Il ne faut pas identifier les frères innocents avec celui qui est coupable.
Dans l’assemblée il n’y a pas d’un côté des juges et de l’autre un coupable. Elle se purifie, donc elle n’était pas pure, mais il ne faut pas affaiblir le péché du coupable. Ce qui est important, c’est d’avoir du discernement pour voir la gravité et les conséquences de l’acte commis. Le sacrificateur attendait (Lév. 13). Il faut veiller à ne pas mettre au jour ce qui n’est pas d’une extrême gravité et, d’autre part, ne pas affaiblir la gravité du mal devant Dieu. Il faut avoir en horreur le mal. Demandons à Dieu d’entretenir ce sentiment en nous.
Quand on exclut quelqu’un, ce devrait être avec larmes, avec humiliation. On ne se débarrasse pas d’un frère. Un homme peut devenir un méchant de bien des manières. Ce n’est pas toujours facile à discerner.
L’assemblée à La Rochelle n’est pas qualifiée pour s’occuper d’un cas qui se présente à Bordeaux. Or une décision prise dans une assemblée locale engage toutes les assemblées. Supposez donc que l’on ait exclu une personne par passion. Quelle chose grave ! Il faut agir en sacrificateur, c’est-à-dire se tenir dans la présence de Dieu dans le sanctuaire. Sinon on risque d’être influencé par des passions, des partis pris, des coalitions d’intérêts ou de se montrer indifférent. Si la chair agit, tout mal est possible (Jac. 5. 19 et 20).
La décision de « lier » ou de « délier » est prise par l’assemblée et non par les frères. Il faut que les sœurs aient l’occasion, la possibilité d’exprimer leur pensée. Matthieu 18. 20 nous montre la gravité d’une décision dans l’assemblée, le saint tremblement qui convient.
Mais nous avons deux grandes ressources, la prière et la présence du Seigneur. La décision est prise au nom du Seigneur, c’est là ce qui en fait la valeur ; il faut donc que sa présence soit effectivement réalisée par l’Assemblée qui doit prendre une décision. Comme la décision de l’Assemblée engage toutes les assemblées du monde, il n’est pas interdit en principe de pouvoir consulter un frère d’une autre Assemblée, mais c’est localement que la décision est prise.
D’après le faux principe des assemblées indépendantes, on voudrait qu’un frère exclu à Bordeaux ne le soit pas à La Rochelle. Or un frère n’est pas membre d’une assemblée locale, mais de l’Assemblée universelle. Abandonner l’enseignement scripturaire, c’est ouvrir la porte au désordre. Si une assemblée locale ne juge pas le mal dans son sein, des frères d’autres assemblées peuvent intervenir auprès des frères de la localité.
Mais là où la question devient plus éprouvante, c’est de savoir comment une assemblée doit se comporter vis-à-vis d’une autre assemblée où un désordre s’est installé et s’est maintenu. Quelle ressource scripturaire aurons-nous dans ce cas si grave où une assemblée tolère ou soutient le mal ? Sur quel principe pouvons-nous et devons-nous agir à son égard ?
Sur le principe fondamental et immuable dont la force a été sentie par tous les croyants de toutes les dispensations : la séparation du mal. Pour obéir à cette injonction divine, point n’est besoin de l’attribution d’un pouvoir quelconque. La Parole tout entière est là pour éclairer la conscience du chrétien. C’est pourquoi puisqu’on n’excommunie pas une assemblée, on s’en sépare.
D’après Études à La Rochelle 1962