
L’évangile de Jean présente la personne du Seigneur Jésus sous son caractère de Fils de Dieu : c’est le Fils de Dieu venu dans ce monde, venu ici-bas comme un homme, Des quatre évangiles, c’est celui qui, semble-t-il, nous présente le caractère le plus élevé de la personne du Seigneur Jésus. Il présente un caractère particulièrement attachant.
Lire, méditer l’évangile de Jean, y considérer les différents aspects de la personne du Seigneur Jésus sous son caractère de Fils de Dieu venu dans le monde, c’est extrêmement précieux, et le faire donnera à nos âmes ; sans aucun doute, une riche bénédiction : le Fils de Dieu venu dans ce monde : l’évangile du Fils de Dieu ! Nous pouvons dire que cet évangile nous présente le Fils de Dieu dans l’intimité.
Dans la première partie, nous avons les intimités du Fils de Dieu avec le pécheur. Il n’y a aucun évangile qui, comme Jean, nous présente le Seigneur opérant seul ; les disciples sont comme laissés de côté dans la première partie de cet évangile.
Nous ne voyons pas, dans Jean, le Seigneur appeler et envoyer les disciples comme nous le trouvons dans Matthieu ou dans Marc. Nous ne le voyons pas envoyer les soixante-dix comme nous le trouvons dans Luc. Le Seigneur travaille dans l’intimité avec le pécheur : Il est seul. Sans doute, le Seigneur parle et s’adresse à des foules, mais nous trouvons surtout, des entretiens personnels et individuels du Seigneur avec le pécheur.
Et puis, dans la deuxième partie de l’évangile, son ministère public étant terminé, nous avons les intimités du Fils de Dieu avec ses disciples. À partir du chapitre 13, le Seigneur est avec ses disciples. C’est à eux qu’Il parle pour leur révéler le cœur du Père, pour leur parler de la maison du Père, des secrets de la maison du Père, de la joie de la maison du Père ; c’est une scène d’intimité de la vie du Seigneur avec ses disciples.
Dans la première partie, le contact est individuel, c’est au singulier, c’est l’intimité du Seigneur avec le pécheur.
Dans la deuxième, c’est au pluriel, c’est le Seigneur au milieu de ses disciples, avec eux ; Il veut rassembler les siens.
Il faut que le Seigneur soit seul avec une âme pour la sauver, la délivrer, mais sa pensée est de rassembler ensuite les siens, de se trouver au milieu d’eux pour leur parler du Père, de la maison du Père, pour leur ouvrir son cœur, comme Il le fait dans les chapitres 13 et suivants de cet évangile.
Au chapitre 4, nous assistons à l’un de ces entretiens tout à fait remarquables du Seigneur avec une âme : le Seigneur dans l’intimité avec cette pauvre pécheresse, une femme dont le monde ne voulait pas, qui était tenue à l’écart, mais à laquelle le Seigneur va se faire connaître. Le Seigneur va être manifesté dans cette scène dans la méditation de laquelle Dieu veut nous faire discerner les gloires de cette personne adorable.
Pourquoi est-il écrit que le Seigneur ne baptisait pas ? C’est encore le temps du baptême de Jean ; Jean baptisait les disciples pour les inviter à suivre le Christ vivant sur la terre ; c’était le baptême de la repentance ; ceux qui étaient baptisés au Jourdain confessaient par là leur péché et étaient invités et exhortés à suivre le Christ vivant sur la terre : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché ». Il n’était pas encore question du baptême chrétien qui est le signe de la mort de Christ.
Le baptême de Jean de même que celui que les disciples du Seigneur effectuaient en son nom montrait que Dieu faisait auprès des Juifs un essai pour voir s’ils sauraient reconnaître et suivre Jésus vivant. Cet essai, dont le résultat n’a pas surpris Dieu, s’est soldé par un échec. Alors le Seigneur annonce : « À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure il demeure seul » (Jean 12. 24).
Si le baptême est mentionné au commencement du chapitre 4 ce n’est pas pour attirer l’attention sur le baptême auquel on a tendance, dans plus d’un endroit, à donner une importance qu’il n’a aucunement, mais bien plutôt sur l’état du cœur des pharisiens qui avaient entendu dire : « Jésus fait et baptise plus de disciples que Jean » et dont nous savons qu’ils étaient pleins de jalousie à l’égard du Seigneur ; le Seigneur savait dans quel esprit ces rapports avaient été faits et reçus.
Les pharisiens avaient envoyé des émissaires et leurs rapports excitaient leur jalousie. Cela a pénétré le cœur du Seigneur et sans doute a contribué à provoquer sa lassitude dont il est question quelques versets plus loin ; Il était fatigué du chemin. Nous savons combien les souffrances morales influent sur les forces physiques, et combien cela devait se vérifier dans un homme divin, infiniment sensible, car le Seigneur était infiniment sensible – les Psaumes nous l’enseignent – à ce qu’on pensait de lui et à ce qu’on disait de Lui.
Arrêtons quelques instants notre attention sur les rencontres de Jésus en tête à tête qui sont caractéristiques de cet évangile. La valeur immense de ces récits, de ces faits historiques mais divinement présents, c’est qu’ils révèlent, dans une instruction définitive, éternelle, la façon dont Dieu le Fils et une âme se rencontrent.
Différents suivant l’état des âmes, ils constituent des tableaux d’une éternelle vérité : c’est Nicodème, le docteur instruit quant à l’ancienne alliance – une rencontre de Dieu avec une âme qui s’était appliquée à être fidèle à ce que Dieu avait donné antérieurement ; nous savons ce qui en résulte et quelle lumière jaillit de cette rencontre ! – ; c’est la femme de notre chapitre – rencontre pleine d’une lumière merveilleuse révélant que le dessein divin va bien au-delà du salut du pécheur, c’est, au chapitre 5, la rencontre de Dieu avec l’infirme de Béthesda, une âme dans sa misère et son incapacité absolue, absolument sans aucune ressource devant les exigences de la loi.
Au chapitre 8, c’est la rencontre de Dieu avec une âme condamnée à mort par la loi.
Au chapitre 9, avec l’aveugle-né, les ténèbres et la lumière se rencontrent.
Ces récits nous élèvent à une hauteur incomparable, c’est la hauteur de Dieu vis à vis d’hommes dans des états différents dans chaque cas il jaillit des vérités immortelles en même temps qu’une instruction pratique permanente sur la façon dont les serviteurs – les chrétiens donc – ont à rencontrer les âmes… car un chrétien représente Dieu. Ces faits ont donc, d’une part, une valeur morale exceptionnelle et, d’autre part, une instruction pratique pour les serviteurs ; or les chrétiens sont tous serviteurs.
Dieu fait toujours très bien son travail ; nous voyons qu’il l’a fait parfaitement en Christ et nous devrions être des instruments qui permettent à Dieu de faire de la même manière son travail, quelles que soient les âmes auxquelles nous avons affaire.
Dans toutes les rencontres dont nous venons de parler, qu’il s’agisse du docteur de la loi qui ne connaît rien des vérités de la nouvelle naissance (ch. 3), de l’homme dans sa misère morale (ch. 4), de l’homme incapable de se servir de la loi (ch. 5), de l’homme dans son état d’aveuglement spirituel (ch. 9) et même de l’homme dans son état de mort morale (ch. 11), eh bien, le Seigneur est là pour répondre au besoin de l’homme dans quelque état qu’il se présente ; Il le fait toujours avec grâce, vérité : « La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » et mises en évidence de cette manière, elles font resplendir devant nous la gloire morale du Fils de Dieu.
Cet abaissement de Jésus se trouve dans l’évangile de Jean en même temps que les traits brillants de sa grandeur présentée continuellement dans les faits. Ici, Il est lassé du chemin. Voilà celui sur qui repose toute la gloire des conseils de Dieu : un homme lassé du chemin, qui n’a rien, pas d’argent, pas de relations, pas d’influence, qui ne peut s’appuyer sur rien, qui paraît le plus faible de tous les hommes; les hommes influents sont contre lui !
Il n’a pas un lieu où moralement reposer sa tête tandis que les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des demeures ! Voilà ce devant quoi il faut s’arrêter ! Un jour viendra où « la gloire de Dieu couvrira la terre comme les eaux couvrent le fond de la mer » mais, pour la foi, la gloire morale de Jésus remplit déjà et la terre et le ciel, et c’est cette gloire qu’il nous est donné de contempler dans ces scènes. Quand Dieu s’abaisse, Il est aussi grand que quand Il s’élève, et même, en un sens, davantage.
Ceci ressort particulièrement dans cet évangile qui ne fait pas mention de l’abaissement du Seigneur, mais où l’on voit cet abaissement dans les faits. Remarquons en effet que lorsque le Seigneur s’abaisse pour laver les pieds des disciples Il ne se déclare pas serviteur mais plutôt « Seigneur et Maître » : « vous m’appelez Seigneur et Maître, et vous dites bien car je le suis ».
À ce propos, soulignons qu’il nous faut toujours chercher, dans l’Écriture l’intention du Saint Esprit ; si nous suivons le courant de l’intention du Saint Esprit, nous recevons beaucoup plus largement le bénéfice de la portion que nous lisons. Nous sommes trop disposés à tout mélanger, alors qu’il y a une intention particulière dans chaque portion de l’Écriture, ce qui constitue une diversité infinie, dans une unité absolue. Pour discerner quelque chose de cette diversité, il faut lire beaucoup l’Écriture et la lire comme il faut.
On a toujours du profit, lorsqu’on lit une portion des Écritures, à considérer les vérités d’ensemble présentées dans cette portion. Dans un évangile, par exemple, il faut voir la pensée de l’Esprit de Dieu dans l’ensemble de cet évangile et dégager, conduits par l’Esprit de Dieu, les grandes lignes de la pensée qui nous est présentée.
Quelque portion des Écritures que nous considérions, nous devons en rechercher la portée générale et nous serons conduits à nous arrêter ensuite sur les détails. Souvent – généralement même, pourrait-on dire – cette vue d’ensemble d’une portion de l’Écriture nous manque et cela nous fait perdre beaucoup dans la méditation.
Le Seigneur avait donc quitté la Judée ; c’était un lieu, au milieu d’Israël, où on aurait pu penser qu’il trouverait la justice ; il ne l’avait pas trouvée, de sorte qu’il quitte la Judée et s’en va vers la Galilée, pays des pauvres du troupeau ; c’est là que le Seigneur a rempli la plus large partie de son ministère.
Il fallait qu’Il traversât la Samarie – la Samarie impure – ; Il ne va pas là pour chercher la justice ; Il va y apporter la grâce et en même temps la vérité – les deux sont inséparables – Il va rencontrer une âme dans sa misère profonde, une âme qui ne peut rien lui apporter, mais à laquelle Il va se révéler lui-même. Il va déployer pour elle tous les trésors de sa grâce en même temps qu’Il va lui ouvrir les yeux sur son véritable état ; c’est selon l’ordre divin et, en fait, cela caractérise le ministère du Seigneur.
Cela doit caractériser aussi le service que nous sommes appelés à remplir encore aujourd’hui à l’égard d’âmes qui se trouvent dans ce monde et dans la misère morale : parler de la grâce, mais, en même temps, présenter la vérité.
Nous allons voir, dans les versets suivants, comment le Seigneur agit pour atteindre la conscience de la Samaritaine car il faudra qu’Il en arrive là, qu’Il réveille la conscience de cette personne ; ce n’est que lorsque la conscience est réveillée que le travail de Dieu peut s’effectuer, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une personne inconvertie ou d’un croyant qui a besoin d’être restauré : il faut toujours un travail de conscience. Le Seigneur va agir de manière à atteindre la conscience de cette femme.
La première parole que le Seigneur lui adresse c’est : (v. 7) : « Donne-moi à boire ». Le Seigneur va se servir de ses propres circonstances et des circonstances de cette femme pour se révéler à elle et ouvrir ses yeux sur son état. C’est souvent la manière d’agir du Seigneur envers nous : Il se sert d’une circonstance pour se révéler à nous et pour ouvrir nos yeux sur notre propre état. De plus, la Parole qu’Il adresse à cette femme fait ressortir quelque chose de la gloire de son abaissement : Celui qui est le Créateur des mondes, celui qui a dit : que la lumière soit et la lumière fut, est là, un homme assis au bord du puits.
Créateur des mondes, l’eau qu’Il réclame à cette femme c’est lui qui l’a créée ; cette femme elle-même est une de ses créatures ; et le Seigneur, qui aurait pu agir comme créateur, comme Seigneur, s’adresse à cette femme dans une demande qu’Il lui adresse : « Donne-moi à boire ».
L’attitude du Seigneur et sa parole font briller quelque chose de sa gloire dans son abaissement mais cette femme est incapable de discerner cette gloire. Nous verrons comment elle répond à la demande du Seigneur.
À Nicodème, qui était un docteur, le Seigneur parle comme le docteur suprême, révélateur de toute la vérité. Dans son entretien avec lui Il ne cède devant rien. Il lui parle avec une netteté qui paraît même dure. Ici, le chemin merveilleux que le Seigneur fraye lui-même pour atteindre la conscience et le cœur est différent.
Il y a là une instruction pour tout service, c’est bien évident. Il prend cette femme au point où elle en est ; jamais une instruction n’est reçue dans une âme lorsqu’elle est au-dessus de l’état de celle-ci. La vérité n’est d’aucun effet sur l’âme lorsqu’elle est au-dessus de l’état pratique de cette âme. C’est toujours vrai. Le Seigneur ne se présente pas à cette femme comme un docteur, mais comme le Sauveur suprême, Il se met à la portée de cette âme, à son niveau.
Voilà le service. Il lui parle de ce qu’elle peut comprendre ; la porte d’entrée, Il la prend sur le terrain de ses pensées courantes. C’est toujours ainsi qu’un vrai service s’effectue. La doctrine la plus sûre, si c’est une doctrine qui reste théorique, est d’un effet nul ; elle doit s’appliquer à l’état précis de l’âme à laquelle elle est présentée.
C’est difficile d’avoir un contact avec une âme, un contact réel ; c’est loin d’être facile, c’est même impossible sans que la grâce de Dieu le produise. Trouver vraiment le point de contact entre la vérité que nous pouvons avoir à dire selon Dieu et l’état d’une personne avec qui nous entrons en rapport n’est pas une chose qui se fait sans exercice. C’est pourquoi nos travaux sont si souvent stériles.
Il nous arrive, à nous, de consoler une âme qui a besoin d’être reprise, et d’avertir une âme qui a besoin d’être consolée, ce qui n’est pas le travail de Dieu. Il nous arrivera d’insister sur la grâce vis à vis d’une âme endurcie et rebelle à laquelle il faudrait une autre parole que celle-là. Il nous arrivera de présenter uniquement la responsabilité à une âme dont la conscience est très délicate et tourmentée qui aurait besoin d’une autre parole.
Trouver le point de contact vital d’une âme est fondamental dans le service spirituel. Il faut souvent beaucoup de patience, d’exercice préalable, en tout cas il faut être appelé de façon précise au service considéré.
Marc 4. 33 : « Il leur annonçait la parole, selon qu’ils pouvaient l’entendre ».
Que de fois un frère, ou une sœur, bien intentionné, aura fait un travail négatif. C’est très délicat !
Le Seigneur est là, très humble, lassé du chemin ; Il présente une demande ; Il se met extérieurement au-dessous d’elle et comme dépendant d’elle. Quelle humilité ! quelle beauté morale !
Il est en effet frappant de constater que le Seigneur occupe cette âme en premier lieu de questions matérielles. Elle est venue avec une cruche pour puiser de l’eau ; elle a besoin d’eau pour se désaltérer ; le Seigneur lui-même est fatigué du chemin, Il a soif. Voilà les circonstances matérielles, les besoins physiques, le Seigneur parle de cela à cette femme.
Il désire lui parler d’autre chose, mais Il commence par là ; Il ne veut pas lui dire une parole qui risquerait de la rebuter, de la faire partir ; Il cherche d’abord à la gagner. Se plaçant comme au-dessous d’elle, Il lui présente une requête, presque une prière : « Donne-moi à boire ».
Au lieu de s’empresser à lui donner un peu d’eau, elle a des questions à poser : « Comment, toi qui es Juif, me demandes-tu à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? » Voilà le cœur humain manifesté avec ses questions, ses pourquoi, ses comment, et tout le long de cette scène nous verrons que cette femme a toujours une objection à faire, un comment ou un pourquoi ou un doute elle a toujours une question à poser.
Le Seigneur ne plane aucunement au-dessus de l’âme qu’Il veut servir. Cette tendance de vouloir planer au-dessus de ceux qu’on prétend servir est universelle et ceux qui veulent servir le Seigneur doivent y prendre garde en s’occupant des autres. Si nous faisons état de nos capacités, de notre niveau social, de notre pouvoir matériel, de nos connaissances, nous ne suivons pas l’exemple du Seigneur et nous risquons fort de ne rien apporter à la personne que nous désirons servir. Le dépouillement de soi est indispensable !
Ce n’est pas une petite chose qu’entrer dans la sphère où évolue une âme et d’y entrer d’une façon telle que la confiance naisse dans cette âme. Le Seigneur est avec cette femme comme s’Il n’avait eu que cela à faire, comme si tout son service s’était réduit à cette rencontre ; Il s’y consacre entièrement ; c’est ce dévouement complet qui nous manque beaucoup aussi et qui nous ferait nous enquérir avec un intérêt sincère et profond des circonstances de ceux à qui nous avons affaire, même si ce sont des inconvertis. Il n’y a pas d’autre entrée auprès d’elles. Tandis que parler comme d’une position supérieure n’est jamais le service du Seigneur.
Nous sentons que nous mettons le doigt sur bien des choses qui enlèvent à la valeur et à l’efficacité du service. Il est très facile de faire différents services ; il l’est beaucoup moins de faire un bon service, un service obscur, sans témoins. Nous aimons les témoins. Or, le travail de Dieu se fait, en général, dans un tête à tête.
Que de fois c’est au cours d’une conversation patiente, sage, dépendante, que le Seigneur révèle ou fait la brèche par laquelle entrera la bénédiction. Ici le Seigneur qui n’avait rien à apprendre quant à l’état de cette femme, bien entendu, nous montre de quelle façon on doit avoir des rapports avec une âme. Rappelons que l’état pratique du serviteur est plus important que les circonstances du service.
Il convient toujours d’avoir dans le service le sentiment que c’est l’œuvre du Seigneur, son travail à lui qui doit être accompli, le travail de Dieu ; si nous n’en avons pas le sentiment profond, si nous ne le réalisons pas pratiquement, notre service sera vain. Pour parler à un cœur, à une conscience, il faut connaître l’état de ce cœur et il n’y a que Dieu qui le connaisse ; par conséquent le serviteur ne peut atteindre utilement la personne à laquelle il s’adresse que s’il est gardé dans la crainte de Dieu, dans la dépendance du Seigneur ; alors le Seigneur lui donnera la parole à propos qui pourra, sinon immédiatement atteindre et toucher le cœur et la conscience, du moins commencer le travail que Dieu y accomplit, parce que ce travail ne se fait généralement pas en une fois.
Il faut de la patience et, dans cette scène, nous voyons avec quelle patience le Seigneur agit : sans faire un reproche à cette femme, sans lui dire : mais, je t’ai demandé à boire… pourquoi est-ce que tu ne me donnes pas un peu d’eau ? pourquoi as-tu une question à poser, un comment ? Nicodème avait dit « comment » quand le Seigneur ouvre les yeux du docteur de la loi sur l’état de ruine du vieil homme. Qu’Il lui présente les vérités de la nouvelle naissance ou qu’Il demande à boire à une Samaritaine, la première réponse, chaque fois, c’est « comment » ; l’homme est toujours prêt à raisonner, toujours prêt à dire « comment ».
Eh bien, le Seigneur ne se laisse rebuter ni par le « comment » de Nicodème, ni par le « comment » de la femme samaritaine et Il continue son travail. Il a une autre parole à dire à cette femme, c’est celle que nous avons au verset 10 : « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé, et il t’eût donné de l’eau vive ».
Le Seigneur présente le don de Dieu, d’une part, et, d’autre part, Il se présente lui-même comme le Donateur. Dans le chapitre 3, le don de Dieu, c’est la personne même du Fils : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » au chapitre 4, c’est le Saint Esprit dont l’eau est une figure : « fontaine d’eau, jaillissant en vie éternelle » ; et en parlant à cette femme de l’eau, en lui demandant à boire, le Seigneur voulait la conduire à la connaissance de ces vérités concernant le Saint Esprit comme « fontaine d’eau, jaillissant en vie éternelle : « Si tu connaissais le don de Dieu et celui qui te parle… » ; le Seigneur ne dit pas : qui je suis, l’expression aurait pu être dans sa bouche, mais Il se présente en grâce.
Il est là dans l’humilité la plus profonde : « qui est celui qui te parle » – et Il n’ajoute pas : tu lui eusses donné de l’eau aussitôt, non, mais « tu lui eusses demandé et il t’eût donné de l’eau vive ». Ensuite, Il va lui parler de l’eau vive, fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle.
Dans le travail de Dieu l’amour est en exercice (Jean 3. 16). Que ses serviteurs montrent aussi l’amour divin en exercice ; c’est l’amour divin qui conduit le Seigneur vis à vis de cette âme.
C’est l’amour qui sait servir à la gloire de Dieu. Le Seigneur a gagné la confiance de cette femme. Elle a connu qu’Il n’était pas un Samaritain, qu’Il était un Juif, et elle a dit : tiens, voilà quelqu’un qui ne me méprise pas, qui ne me fait pas sentir sa supériorité. Cette attitude du Seigneur ne nous juge-t-elle pas ?
La manière de faire du Seigneur nous étonne ; elle étonne la femme, elle étonne les disciples : « ils s’étonnaient de ce qu’il parlait avec une femme ». C’est tellement la tendance naturelle du cœur de l’homme d’établir des règles, des principes, des façons de faire selon ses propres pensées, que lorsque le Seigneur Jésus se présente et qu’Il va directement au cœur, Il étonne ; cela, en effet, nous sonde !
Dans l’esprit de la femme samaritaine, il s’agit simplement des distances que la vanité de l’homme établit entre les diverses classes de personnes, quelles qu’elles soient (ici, c’est sur le plan religieux, entre Juifs et Samaritains).
Eh bien, le souci que nous devons avoir, c’est de ne pas faire sentir une distance quelle qu’elle soit. Quand nous serons remplis de l’amour de Dieu par le Saint Esprit nous le réaliserons. On ne le réalise pas une fois pour toutes ; il faut être exercés. On ne peut le réaliser qu’en se tenant pour soi-même dans la présence de Dieu.
Cela fait ressortir toute l’abomination des hiérarchies ; c’est une abomination affreuse. « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » ; c’est un principe immuable dont on doit se souvenir continuellement.
Avant de pouvoir servir selon l’exemple du Seigneur, il faut avoir été à la place de la Samaritaine, avoir eu affaire avec lui. Si nous sommes abreuvés par cette eau vive dont Il parle, alors, l’Esprit de Christ nous fera passer par-dessus les distances qui peuvent exister, fera disparaître tous les préjugés et les pensées des hommes.
Et cet abaissement, cette humilité réelle, parfaite, dont le Seigneur nous donne l’exemple ne peut pas être le fruit d’une décision volontaire. L’imitation de l’humilité n’est pas meilleure aux yeux de Dieu qu’un orgueil découvert. Il faut faire très attention à cela. De même, l’imitation du dévouement n’a aucune valeur aux yeux de Dieu. Les seules choses qui comptent aux yeux de Dieu, c’est ce dont nous voyons les traits brillants, parfaits, en Christ, c’est ce que Dieu produit en nous, « ce qui était vrai en lui et ce qui est vrai dans les siens » : le dévouement produit par Dieu, l’humilité produite par Dieu, manifestations du nouvel homme toujours et jamais du vieil homme ; ces choses manquent beaucoup aujourd’hui parmi nous ; il faut bien le dire, elles sont beaucoup perdues parmi les frères par rapport à des générations antérieures.
La nature de nos devanciers n’était pas meilleure, mais ils avaient plus d’exercice pour que les fruits de la réalité divine soient manifestés. Aujourd’hui nous suivons le même chemin, extérieurement : on travaille, on sert, mais la qualité n’est plus la même parce qu’on ne boit pas aux mêmes sources. Ne nous encourageons donc pas à une imitation humaine du dévouement, à une imitation humaine de l’humilité ; tout cela disparaîtra, mais encourageons-nous à réaliser l’humilité que la présence de Dieu produit dans le croyant et qui se traduit par le dévouement dans la dépendance.
L’influence de la Parole et de l’Esprit, même sur l’homme naturel, est indiscutable, les familles des chrétiens ont un caractère différent de celui des familles des inconvertis même si tous les membres ne sont pas chrétiens, il y a une influence extérieure dont ils bénéficient. Dans les milieux où la Bible est lue elle imprime un cachet connu dans le monde entier ; mais cela n’implique en aucune manière un effet vital. Il y a là inconsciemment une imitation, un reflet de la nature divine.
Mais nous, croyants par grâce, gardons-nous d’imiter des choses extérieures c’est du dedans au dehors que nous devons les réaliser, c’est au-dedans que le travail de la grâce de Dieu doit se faire et quel travail que celui de la grâce de Dieu en nous !
En 1 Corinthiens 15. 10, Paul peut dire : « J’ai travaillé beaucoup plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi ».
Un serviteur peut avoir fait une visite, rencontré une âme dans un mauvais état et accompli dans la dépendance le service du Seigneur et ensuite faire tout le contraire ; on n’a pas un état acquis pour toujours ; la dépendance dans le service doit être un exercice constant. Le danger des habitudes existe en tout, dans le service en particulier ; le Seigneur n’avait pas d’habitudes. La vie chrétienne n’a pas une seule habitude.
Il est bien écrit : « ceux qui, par le fait de l’habitude, ont les sens exercés à discerner le bien et le mal », mais cela veut dire : par la pratique, nous n’avons pas à vivre d’habitudes. Le service n’est pas un métier ; s’il devient un métier, il n’est plus un service. Mais dans la chrétienté, on a trouvé plus commode de transformer les services en professions, alors que le service chrétien suppose, comme la vie chrétienne elle-même, un exercice constant.
Au reste, nous voyons bien, par la diversité des attitudes du Seigneur combien il faut être, à nouveau, dans chaque cas, dépendant.
Il peut arriver qu’on recule devant un service à accomplir parce qu’on recule devant l’exercice préalable qu’il suppose. Dans ce cas, on est paresseux. Une vie de service, c’est une vie de communion continuelle avec le Seigneur ; pour servir il faut être avec lui avant l’accomplissement du service, pendant celui-ci, et ensuite, car ensuite, il y a des dangers, quand le service a été accompli. Servir, c’est être avec lui.
Remarquons que nous ne sommes pas appelés à choisir les services à accomplir. Le Seigneur n’a pas choisi ; tout son service était celui qui était tracé devant lui. Nous n’avons pas à choisir et que de fois, néanmoins, nous le faisons. Ne reculons pas devant une visite ou un service parce que nous avons peu d’affinités avec la ou les personnes intéressées, ou bien parce que ce service nous appellerait à aller dans l’ombre et que nous aimons nous mettre en relief. Le Seigneur place devant nous le secret d’un grand bonheur : « Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé ».
D’autre part, le dévouement manque beaucoup. Il faut un après-midi pour aller faire une visite, pendant qu’on fait cela on ne fait pas autre chose. Ou bien, même si on n’a pas autre chose à faire, on peut préférer sa quiétude à la peine que, toujours, suppose une visite.
Un autre enseignement nous est donné ici : le Seigneur est seul ; il n’y a pas d’entraînement dans le service ; on peut sans doute s’encourager et faire le service à deux cela se voit, bien sûr ; mais le service à deux n’exclut en aucune manière la dépendance pour chacun.
C’est pour cela que le service à deux est beaucoup plus difficile à réaliser que le service individuel à cause de la tendance à marcher l’un avec la foi de l’autre. C’est très difficile de réaliser la dépendance individuelle dans un service à deux.
On a un peu tendance aujourd’hui, même parmi nous, à pousser des personnes dans le service ; nous ne trouvons jamais cela dans l’Écriture ; on ne doit ni s’y pousser soi-même ni en pousser d’autres ; on fait broncher quelqu’un en le poussant au service ; sa foi peut n’être pas au niveau que le service suppose.
Le fait qu’un service à deux soit très difficile à remplir ne veut pas dire qu’il ne puisse pas être rempli. Notons que le Seigneur a envoyé ses disciples deux à deux, mais remarquons aussi que cela donnait au message qu’ils annonçaient, un message final, un caractère officiel : deux témoins de la part du Seigneur.
Dans un service à deux, les deux ne sont généralement pas sur le même plan. L’esclave de Jonathan portait ses armes ; en apparence il n’a pas fait grand-chose ; c’était un soutien pour Jonathan ; cela correspond à un ami qui prie pour le service d’un serviteur. Quand Paul travaillait, avec Barnabas, ils n’étaient pas sur le même plan, il n’y avait pas de jalousie entre eux, chacun avait sa part, celle de Paul était plus en vue ; c’était bien pour lui que Barnabas soit avec lui. Timothée a travaillé avec Paul, un jeune avec un plus âgé ; le plus jeune était formé en collaborant au service de celui qui était plus âgé.
Les exemples sont instructifs par leur diversité, et instructifs à l’égard du sujet qui nous occupe ; Marc a commencé et n’a pas tenu et même Barnabas, une personne de si grande valeur, se sépare d’avec Paul (Act. 15. 39 et 40). Et Paul peut dire qu’il n’y a personne que Timothée qui soit animé d’un même esprit avec lui. Le service à deux était donc difficile même en ce temps-là.
Le Seigneur appelle un serviteur ; chaque serviteur est appelé spécialement ; cela n’exclut pas les collaborations, au contraire ; mais elles ne peuvent être heureuses que si chacun a été appelé comme s’il avait été seul. Quelqu’un peut suivre un serviteur, et ce peut être selon la volonté de Dieu, pour son instruction, cela peut faire partie de l’école de Dieu. Il n’y a pas de règle, évidemment, sauf la règle de la dépendance.
Nous lisons que Paul a voulu que Timothée aille avec lui, mais nous lisons aussi que le don de grâce du service lui avait été donné par prophétie et par l’imposition des mains du corps des anciens. Certainement l’Esprit a parlé le premier, comme c’est le cas aussi à Antioche. Là où il y a de la piété il y a des vocations qui viennent de Dieu, comme nous le trouvons en Ésaïe 6 : « qui enverrai-je, et qui ira pour nous ? Et je dis : Me voici, envoie-moi ». C’est Dieu qui l’envoie.
Ce fait que l’appel doit être de Dieu est d’autant plus important à considérer qu’on a tendance à l’oublier. Tout serviteur doit accomplir son service par sa foi personnelle, même s’il le fait en collaboration avec d’autres ; il doit l’accomplir par sa foi personnelle, ce qui exclut les entreprises générales, collectives, pour lesquelles on s’accommode d’un mélange de personnes dont certaines peuvent être appelées et d’autres pas.
Nous ne trouvons pas d’entreprises générales de service dans l’Écriture et cette remarque est de toute importance aujourd’hui. Le Seigneur est le Maître du service et c’est de lui que tous dépendent et doivent dépendre directement ; cela n’exclut d’ailleurs pas le secours matériel donné pour le service et qui manifeste la communion à son sujet.
Aujourd’hui, dans ce monde, on voit de plus en plus des directions collégiales et cette tendance gagne du terrain dans les milieux chrétiens, parce que la conformité au monde les envahit de plus en plus ; cette méthode dans l’œuvre de Dieu est en opposition avec ce que l’Écriture nous enseigne.
En aucun cas, un frère ne doit pousser un frère mais il peut lui aider. Si le premier frère a du discernement et qu’il craigne Dieu, il peut dire : voilà, un jeune frère qui a reçu du Seigneur quelque chose ; il priera d’abord pour lui, l’encouragera, mais sans le pousser ; pousser quelqu’un c’est le faire broncher, c’est le placer dans une position dans laquelle il n’est pas appelé.
Et cela est le cas, à plus forte raison, si l’on veut entreprendre des activités collectives au milieu des frères, peut-être même avec des éléments qui ne sont pas de vrais chrétiens. Comme cela est dangereux ! Ce ne serait pas selon l’Esprit. il faut, au départ, et uniquement, la volonté du Seigneur, alors que dans une entreprise la chair est encouragée au lieu d’être combattue ; les entreprises sont généralement fondées sur l’existence et le jeu de la volonté personnelle qui est en dehors de la dépendance et de l’obéissance au Seigneur.
Nous devons bien désirer qu’il y ait, dans les assemblées, une ambiance telle que l’Esprit puisse s’exprimer comme dans l’assemblée d’Antioche où il y avait des prophètes et des docteurs (Act. 13. 2). « Et comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ». Ce ne sont ni les prophètes ni les docteurs qui ont envoyé Barnabas et Saul ; mais une atmosphère de piété a permis à l’Esprit d’exprimer clairement la volonté divine c’est en cela, que ces serviteurs ont été aidés.
Il existe deux grands dangers relativement à l’activité dans le service : le premier, c’est d’être porté à dire : comme Dieu fait tout, je ne fais rien – c’est la chair qui dit cela. Dans ce cas, on est paresseux purement et simplement. N’oublions pas que Dieu fait par les siens comme dans les siens, c’est scripturaire.
L’autre danger, opposé, c’est d’entreprendre et de faire sans un réel, constant et profond exercice. Que Dieu nous garde de ces deux dangers ! Car si nous voulons remplacer la paresse par un zèle volontaire, par du dévouement humain, un mélange de qualités humaines, cela n’est certainement pas selon Dieu.
Il est certain qu’une atmosphère de piété est évidemment désirable, d’une manière générale, dans les assemblées. L’Esprit peut alors agir sans être contristé et si, peut-être nous avons à souffrir de faiblesse et de manquement dans l’exercice du service, d’une activité selon Dieu, cela vient de ce que, d’une manière générale, notre niveau spirituel a baissé et de ce que l’état des assemblées ne correspond pas à ce qu’il devrait être, selon la pensée de Dieu ; cela a une répercussion inévitable sur le travail, sur l’activité des serviteurs, et cela peut être un obstacle au déploiement de la puissance de l’Esprit par le moyen de ceux que le Seigneur veut employer dans son œuvre.
Il y a donc une responsabilité d’ensemble, une responsabilité de chacun comme faisant partie de l’assemblée du Seigneur. Il faut que chacun y pense si nous voulons que l’œuvre du Seigneur puisse s’accomplir par le moyen de ceux qu’il a qualifiés pour cela.
Puisque nous parlons de service, rappelons enfin la parole du Seigneur que : « Nul ne peut servir deux maîtres » qu’il nous soit donné de nous arrêter devant tout ce qu’elle comporte et que nos seuls motifs soient vraiment, véritablement, l’amour du Seigneur, exclusif de toute pensée, volonté ou intérêt personnels !
Nous avons considéré le début de l’entretien du Seigneur avec la femme samaritaine et nous avons été conduits à dégager quelques pensées en rapport avec le service du Seigneur et la manière dont il l’accomplit, et nous avons considéré comment ses gloires ont brillé dans son abaissement et dans la façon dont il a rempli ici-bas son service. Nous l’avons vu s’adressant à la femme samaritaine, lui présentant une demande en rapport avec ses circonstances mêmes, une demande qui n’a aucun écho dans le cœur de cette femme, qui ne l’amène pas à donner, mais qui provoque de sa part une question : Comment…?
Le Seigneur poursuit son travail et s’adressant à son intelligence lui dit ce verset que nous avons considéré : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, toi, tu lui eusses demandé et il t’eût donné de l’eau vive ». C’est en quelque sorte une explication que le Seigneur lui donne ; Il ne lui parlait plus de l’eau qui était dans le puits, mais d’une eau vive, le Saint Esprit, fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle.
Cette femme ne comprend pas davantage, son intelligence est fermée et cela montre bien que si nous voulons faire comprendre à quelqu’un par l’intelligence les vérités de l’évangile, nous n’aboutirons généralement pas au résultat que nous désirons ; l’intelligence humaine ne peut pas saisir les choses de Dieu, elle ne peut pas les comprendre une intelligence renouvelée peut seule entrer dans le domaine des choses divines et, pour que l’intelligence d’une personne soit renouvelée et puisse entrer dans ces choses, il faut d’abord que cette personne ait cru.
Il faut d’abord croire, c’est le premier point. Quand nous avons cru, alors notre intelligence spirituelle peut s’ouvrir et les choses de Dieu nous sont révélées : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jean 11. 40). C’est le principe que nous trouvons partout dans l’Écriture. L’intelligence d’un incrédule ne peut donc pas recevoir les choses de Dieu même si elles sont expliquées de la façon la plus claire et la plus compréhensible ; elles restent un domaine fermé à l’intelligence de l’homme.
Cette femme ne comprend pas, elle pose encore une autre question : d’où as-tu donc cette eau vive ? Elle n’a pas compris que l’eau vive dont le Seigneur lui parle ici, c’est autre chose que l’eau du puits. « Tu n’as rien pour puiser, le puits est profond, d’où as-tu donc cette eau vive ? » Alors Jésus souligne la différence entre l’eau du puits qui ne désaltère pas à jamais et l’eau qu’il peut donner, et qui désaltère à jamais.
La femme ne comprend toujours pas et l’effet des paroles du Seigneur n’est pas encore de l’attacher à lui-même, de produire en elle la foi qui s’attache à un objet ; au contraire, elle ne voit que la possibilité pour elle de ne plus être obligée de revenir à la fontaine. « Donne-moi cette eau afin que je ne revienne pas ici pour puiser ».
Il n’y a aucun attachement produit pour la personne du Seigneur. En fait il n’y a encore aucun sentiment de produit dans le cœur de cette femme ; il faudra que sa conscience soit atteinte pour que le travail de Dieu se fasse en elle ; et c’est bien là l’important, quand Dieu s’adresse à quelqu’un, il faut que la conscience soit atteinte ; alors le travail de Dieu peut se faire dans le cœur.
Eh bien, le Seigneur va toucher la conscience de cette femme et en même temps son cœur. Il est merveilleux de voir la délicatesse du Seigneur vis-à-vis de cette femme : il agit avec grâce et vérité. La vérité lui est présentée mais par celui qui est amour elle est présentée avec une touchante douceur, sans aucun reproche ; le Seigneur lui montre qu’Il connaît tout son passé, mais Il lui a montré auparavant combien Il s’intéresse à elle. Après s’être adressé à elle, lui ayant montré qu’Il ne méprise pas le triste état où elle est, sans lui avoir fait le moindre reproche, Il lui présente la vérité en des termes tellement simples et naturels que la femme est convaincue et touchée.
L’homme inconverti ne peut connaître ni la paix, ni le repos tant que la question de son péché n’a pas été réglée, de même un croyant qui a manqué ne peut pas connaître la communion avec le Seigneur ni avoir la connaissance de ses pensées tant que la question de son manquement n’a pas été réglée.
Le début de l’entretien du Seigneur avec la femme samaritaine, cet échange de paroles empreint de beaucoup de délicatesse de la part du Seigneur, est un heureux acheminement pour arriver au résultat que le Seigneur voulait produire, mais ce résultat ne sera produit que lorsque cette femme sera placée en présence de son péché.
Il paraît surprenant qu’après ce que le Seigneur a dit à cette femme sur l’eau du puits de Jacob et sur la fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle, tout aussitôt le Seigneur, comme interrompant, en quelque sorte, l’entretien, lui dise : « Va, appelle ton mari et viens ici ». Quel rapport cela avait-il avec ce qui précédait ? En apparence il n’y en avait aucun ; mais, en fait, c’était le nœud de tout. « Va, appelle ton mari », et le Seigneur ajoute aussitôt, car Il ne repousse pas : « Viens ici ». Il veut la placer dans la lumière.
« Tu veux la vérité dans l’homme intérieur » (Ps. 51. 8) – mais en même temps il déploie le trésor de sa grâce. S’il l’appelle à venir devant lui, ce n’est pas pour la condamner mais bien plutôt parce qu’Il veut user de grâce. Seulement, il ne peut user de grâce que quand il y a la confession des péchés. Cette confession des péchés n’est pas produite tout de suite chez cette femme ; elle éprouve une certaine honte et la honte souvent cache le mal ; elle n’ose pas confesser son péché ; elle répond : « je n’ai pas de mari ». C’est une flèche que le Seigneur a lancée dans sa conscience : « Va, appelle ton mari et viens ici » ; la femme écarte la flèche : « Je n’ai pas de mari ».
Elle pense avoir réglé la question, avoir évité que son passé soit mis à nu, que son état soit dévoilé, mais aussitôt le Seigneur lui montre qu’Il est au fait de tout, qu’Il connaît toutes choses, qu’elle ne peut rien lui cacher. « Tu as bien dit : Je n’ai pas de mari, en cela tu as dit vrai », en cela seulement. Alors, la femme est convaincue ; elle a été amenée par la parole du Seigneur en présence de celui aux yeux de qui toutes choses sont nues et découvertes, de sorte qu’elle pourra dire un peu plus tard : « Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ».
Le Seigneur n’agit pas toujours exactement de cette façon ; cette femme était accablée, puisqu’elle venait au puits au milieu du jour, c’est-à-dire à l’heure à laquelle elle devait ne rencontrer personne. Elle avait honte et n’osait pas rencontrer ses semblables. Cela explique la manière dont le Seigneur s’occupe d’elle. Sa situation était publiquement connue et elle en portait la honte, de sorte qu’elle était, à cet égard, spécialement sensible ; le moindre manque de tact spirituel, moral, aurait effarouché cette âme et l’aurait fait fuir.
Mais il peut y avoir des cas où il faut moins de ménagements ; il y a une grande variété d’états d’âme, et, par conséquent, une grande variété dans la façon dont on doit s’occuper de quelqu’un ; c’est là d’ailleurs le grand secret des soins pastoraux qui constituent un des services les plus difficiles, par cela même ; ils requièrent une science que le Seigneur seul peut donner. Mais quels que soit le processus et, l’ensemble de ces soins, le résultat doit être le même, en fin de compte ; deux éléments fondamentaux doivent être touchés : le cœur, et la conscience, ou la conscience et le cœur ; et la restauration – ou bien la conversion – ne sont pas des réalités tant que la conscience n’a pas été atteinte. Il faut tenir cela très ferme.
En ce qui concerne les personnes inconverties qui sont comme des morts à l’égard de Dieu et sourds à ses appels, ils n’ont rien que la mort en eux, comment pourraient-ils être touchés si ce n’est par la conscience qui constitue une brèche, une porte, un passage pour la lumière divine ? On ne saurait trop insister sur ce point.
Dieu n’a pas permis que l’homme tombe en chute sans acquérir cette faculté mystérieuse, universelle, qui échappe à l’analyse, qui se trouve chez les païens les plus endurcis comme chez les chrétiens les plus endurcis par la profession chrétienne et comme chez les chrétiens les plus spirituels, ce fait mystérieux qui fait partie de l’homme : la conscience. C’est là la supériorité de l’homme et, en même temps, la démonstration permanente de sa chute. Il a une conscience, elle peut être endurcie, obscurcie, mais elle est là. Toute lumière dans l’homme entre par la conscience, ne l’oublions jamais.
La femme samaritaine se met à discourir ; le Seigneur lui parle de choses profondes ; elle le suit en apparence sur ce terrain ; de même, bien des personnes parleront volontiers des mystères de Dieu, de Dieu, de l’Église, elles suivront le chrétien sur ce terrain, mais attention ! Que Dieu accorde à ce chrétien de mettre, pour ainsi dire, le doigt sur sa conscience en prononçant une parole qui tout à coup va les atteindre au vif dans leur conscience, leurs discours s’arrêtent. L’homme raisonne, il peut disserter très savamment et très habilement, il a un esprit, une intelligence – il est très fier de les avoir – il se croit supérieur par cela ; il l’est ; mais il a une autre faculté, et c’est celle sur laquelle Dieu agit, c’est la conscience : tu as fait ceci, cela ; nous allons en parler.
Aucun homme ne résiste à cela, pas un seul homme n’accepterait que ce qu’il a fait soit publié sur les murs de sa maison ; personne ne pourrait supporter cela, plutôt la mort ! Discourir sur le mal, sur l’enfer, sur Dieu, tout le monde le fait, c’est une forme d’intellectualisme qui existe du haut en bas de l’échelle sociale mais s’entendre dire : tu es un pécheur, nous allons mettre à nu ton état de péché, dire un peu ce que tu fais, c’est insupportable absolument.
Pour confesser un manquement, une faute, il faut que la grâce de Dieu le produise. Nous parlons d’une confession selon Dieu, car il y a des confessions humaines. Judas a dit : « J’ai péché » et il va se pendre ; le Pharaon, Saül, disent : « J’ai péché », cela ne les a pas fait changer. Leur conscience parlait, mais ils n’étaient pas, moralement, dans la présence de Dieu. Retenons donc ceci, qu’il y a en n’importe quel homme, qu’il soit très dur, très orgueilleux, ou très fort pour parler, un élément sur lequel les chrétiens peuvent agir, si Dieu veut l’amener à sa connaissance.
Quand quelqu’un a été touché par Dieu dans sa conscience, il parle moins, l’abondance de ses paroles est tarie, son habileté à parler et à discourir sur tous les sujets, même sacrés, prend fin ; cette âme se trouve devant Dieu ; elle a vu… elle se trouve devant celui qui lui fait voir ce qu’elle est, et cela personne ne le supporte à moins qu’il réalise la présence de Dieu.
Nous avons besoin, comme chrétiens, de nous en souvenir ; c’est le nœud, le cœur de la question. Nous sommes tous très forts pour disserter sur la question générale du bien et du mal, mais lorsqu’il s’agit de moi, c’est un tête à tête que l’on ne recherche pas. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est facile à dire ; mais réaliser combien moi je suis vil, c’est autre chose !
Ce travail de la conscience doit être très profond ; le Seigneur ne se contente pas d’un travail superficiel ; le travail a commencé dans la conscience de la Samaritaine quand Il lui a dit : « Va, appelle ton mari et viens ici ». Cette parole était une flèche atteignant sa conscience ; mais le travail de la conscience commençait seulement ; la femme essaie de secouer la flèche et de s’échapper en disant : « Je n’ai pas de mari ».
Le Seigneur poursuit son travail, Il sonde la conscience, Il va plus loin ; Il montre à cette femme qu’Il est au fait de tout, qu’Il sait tout parfaitement ; les hommes de son entourage ne savaient pas si elle avait eu trois, quatre ou cinq maris. Le Seigneur connaît tout et peut dire à cette femme : « Tu as eu cinq maris » ; voilà le travail de conscience approfondi et qui amène cette femme dans la lumière de Dieu ; de sorte qu’elle peut dire : « Je vois » ; ses yeux sont ouverts ; « Je vois que tu es un prophète ».
Mais souvent, quand une âme est amenée là, elle cherche à s’isoler ou essaie de détourner la conversation. Souvent, quand une âme est ainsi travaillée dans sa conscience, qu’elle est placée en présence du péché et que ce travail de la conscience se fait de plus en plus profond, elle cherche à détourner la pointe de l’épée en parlant de sujets religieux ; il semble bien que cette femme ait abordé un tel sujet pour détourner l’entretien : « Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites que c’est à Jérusalem qu’il faut adorer ».
Bien des personnes aujourd’hui posent la question : Où faut-il se réunir ? Comment vous réunissez-vous ? Comment adorez-vous ? Et pourquoi y a-t-il tant de dénominations chrétiennes et où est la vérité ?
Voilà une discussion religieuse engagée pour détourner la pointe de l’épée afin que le travail de conscience ne se fasse pas. Eh bien, le Seigneur produira un travail de conscience complet ; il saura l’accomplir jusqu’au bout dans la conscience de cette femme et les résultats en seront manifestés.
Ne pensons pas que ce travail de conscience accompli dans cette femme doive être moins profond chez un homme qui a eu une marche extérieure impeccable et qui n’aura pas sombré dans les péchés qui avaient marqué ou rempli la vie de cette femme ; c’est là que l’erreur est si courante. Nous n’avons pas besoin de nous être jetés dans le fossé pour apprendre ce que nous sommes ; et le Seigneur doit nous atteindre d’une façon aussi profonde qu’Il atteint cette femme, même si nous sommes de très braves gens, comme en général, dans la moyenne, c’est le cas des chrétiens aux yeux des hommes, et ces chrétiens, hélas, écoutent souvent complaisamment ces déclarations approbatives : Ce sont de braves gens, sérieux ; ils ne font pas de bruit.
Nous, nous recevons cela comme un encens. Mais le Seigneur ne nous parle pas comme cela ! Et même si ce témoignage rejaillit sur son peuple à la gloire du Seigneur, ce sera justement parce que lui nous aura tenu un autre langage et nous ne nous jugerons pas ainsi ; nous n’aurons pas eu nécessairement des irrégularités de conduite comme celles de cette femme, mais nous aurons eu certainement des péchés aussi graves.
Il y a d’ailleurs un péché courant, grave, universel, que nous nourrissons tous très volontiers et qui s’appelle l’orgueil ; il a mille visages ; de plus il y a la racine de tous les péchés : la volonté propre ; elle est la racine de tous les péchés, petits et grands, et il faut que le Seigneur nous aide à juger cette racine, et c’est d’autant plus difficile qu’on croit être un très brave homme, approuvé à droite et à gauche ; on a besoin de recevoir une flèche qui aille jusqu’au fond de la conscience.
Paul dit : « Je sais qu’en moi c’est-à-dire en ma chair il n’habite point de bien » ; il ne dit pas : nous savons ; car ce n’est pas un fait général pour les chrétiens, mais : je sais. Le Seigneur avait mis le doigt sur les ressorts qui étaient à la base de l’activité de Paul. Cela est certainement plus rare aujourd’hui ; c’est une leçon qui, nous le sentons, est moins profondément et moins largement apprise et enseignée qu’autrefois.
Si nous désirons jouir du Seigneur, nous devons avoir une expérience semblable à celle de cette femme ; nous goûterons alors la joie qui a rempli son âme. Son âme est remplie de joie. Veut-on voir l’exemple d’une libération ? En voilà une ; les chaînes de cette femme sont brisées sur-le-champ. Si nous voulons connaître une telle libération, demandons au Seigneur qu’il nous atteigne dans tous nos ressorts secrets.
Nos devanciers nous ont enseigné, cette leçon si sérieuse ; lisons-les, ils nous le disent encore ; d’autres, qui ne l’ont pas écrit, nous l’ont appris verbalement. Mais on dira que tous les chrétiens sont plus que parfaits d’un seul coup, qu’ils vont être bien contents de ce qu’ils sont. Précisément, seuls les chrétiens qui savent ce qu’ils sont dans leur nature, et qui en gardent conscience, peuvent se glorifier en Christ (2 Cor. 12. 5).
Nous avons rappelé plus d’une fois ceci : Les frères ont le privilège de pouvoir penser à eux avec un mépris silencieux, voilà ce que nos devanciers ont dit, au lieu d’avoir une bonne opinion de nous parce que nous sommes des gens sérieux, penser à nous avec un mépris silencieux, ce qui n’empêchera pas que le Seigneur fasse son travail en nous et que nous puissions dire comme cette femme : Je connais celui qui est mort sur la croix, Il est celui même qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; Il m’a donné de l’eau vive qui est le symbole et le secret du bonheur.
Voilà bien pourquoi nous avons moins de joie que les frères qui nous ont enseignés, parce que nous sommes contents de nous-mêmes alors que nous devrions seulement nous glorifier en Christ. Cet état, dont nous avons à nous éloigner, s’est déjà trouvé il y a bien longtemps ! Job a dû apprendre à s’en juger : c’était un homme intègre, extérieurement sans tâche, et tout le monde le louait ; seulement, il le savait et il se louait lui-même. Il faut lire ce livre. Le Seigneur s’occupe de lui et lui envoie une série de désastres, et Job reste aussi fidèle qu’avant ; à la fin de ses désastres Job était encore plus content de lui parce qu’il pouvait dire, comme Satan le lui suggérait : tu as tenu bon, tu as été fidèle à Dieu, tu es un homme comme il n’y en a pas d’autres.
Mais Dieu lui envoie une autre sorte d’épreuve sous la forme de ses consolateurs fâcheux, et le fond du cœur de Job est manifesté. Alors Dieu met le doigt-sur la conscience de Job, et Job est amené à dire en quelque sorte : Il m’a dit tout ce que j’ai fait ; et « J’ai horreur de moi ». Il n’y a rien de comparable dans la vie chrétienne à cette forte et indispensable leçon ; c’est un progrès d’une valeur, d’une importance qui ne sont surpassées que par la conversion. Voilà ce que nous devrions rechercher.
Les frères devraient être des exemples d’hommes qui proclament, par leur façon d’être : L’homme, en lui-même, le vieil homme, c’est fini ; Dieu en a assez, nous aussi. Et quand nous annonçons la mort du Seigneur, le dimanche, nous n’annonçons pas seulement que le Seigneur est mort pour nous ouvrir le ciel, mais que si Jésus est mort, nous aussi nous sommes morts avec lui, ayant été condamnés à mort ; nous proclamons notre condamnation à mort et en même temps notre résurrection en lui.
Il n’y a pas grand bien dans des condamnés à mort : Voilà ce que nous avons à apprendre. Que le Seigneur nous garde tous, frères et sœurs, dans cette orientation et y engage les jeunes. Tout ce qui ne reconnaît pas cela, c’est de la fumée pour les narines, comme dit le prophète.
Que personne n’hésite à considérer de près ces choses Ce n’est pas en les regardant de loin qu’on fait des progrès, mais en les regardant de près… Chacun a beaucoup de choses à apprendre.
Ce qui marquait cette femme, c’était l’inconduite ; mais, encore une fois, l’égoïsme, n’est-ce pas également un affreux péché. Et ce qui mène le monde : l’orgueil, la bonne opinion de soi ! Et l’amour du monde, les mille formes de l’amour du monde, l’amour des grandeurs, de ce qui est grand parmi nous ! alors que nous proclamons dans la mort de Christ que tout ce qui paraît grand dans l’homme est mis à mort.
Dans l’Ancien Testament, deux fois au moins (à propos du lépreux et de la génisse rousse) on mettait ensemble dans la mort le cèdre et l’hysope et l’écarlate, ce qui est grand, ce qui est petit et ce qui est brillant aux yeux des hommes. Sommes-nous exercés sur tous ces points, chers amis ? Est-ce que nous luttons contre nos tendances ou est-ce que nous les nourrissons ? Voilà toute la question !
Lutter contre elles, c’est avoir Dieu avec soi, et l’on est heureux ; si on les nourrit, on a en cela même, Dieu contre soi. Nous devrions être les témoins permanents, ayant appris cela de la part du Seigneur comme Il l’apprit à cette femme, que le premier Adam est mort ; c’est un homme mort ; nous ne connaissons que le dernier Adam, le second homme venu du ciel. Si les frères ne savent pas cela avec réalité, ils n’ont pas de raison d’être !
La femme samaritaine a conscience d’avoir entendu de la bouche du Seigneur la parole de Dieu ; elle a conscience que c’est Dieu qui lui a parlé. Les prophètes étaient porteurs de la parole de Dieu et elle dit : « Je vois que tu es un prophète ». Celui qui prononce de la part du Seigneur, au moment même où il lui enseigne à le faire, la parole qui atteint la conscience, a placé l’âme en présence de Dieu, il lui a apporté une parole de Dieu, et cette âme a conscience que c’est, non pas un serviteur, mais Dieu qui lui a parlé ; elle considère ainsi le serviteur comme un prophète.
C’est aussitôt après, comme nous l’avons remarqué, que cette femme introduit la controverse en évoquant la rivalité religieuse qui existait entre Garizim et Jérusalem. « Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci, et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer ». Elle ne se doutait pas que, malgré les réponses qu’elle pouvait faire et le désir qu’elle avait d’échapper à l’action qui s’opérait en elle et atteignait au fond de sa conscience, le Seigneur poursuivrait son travail à travers tout cela.
C’est encourageant pour nous de savoir que le Seigneur poursuit son travail en nous et que « Celui qui a commencé en nous une bonne œuvre l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ » malgré l’opposition plus ou moins marquée que nous pouvons y faire. Cette femme ne se doutait pas qu’elle allait entendre de la bouche du Seigneur les paroles si élevées qui nous sont rapportées ici. Il pourrait sembler que le Seigneur aurait dû choisir un apôtre distingué comme Pierre ou Jean, ou Nicodème, ou un Joseph d’Arimathée, ou d’autres encore… c’est une femme samaritaine qu’Il a choisie pour lui révéler ces vérités si importantes et si bénies concernant le culte, pour lui dire ces paroles que nous rappelons si souvent : « Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ».
C’est la femme samaritaine qui a entendu de telles paroles de la bouche du Seigneur ! et cela nous dit en particulier que ces vérités concernant le culte peuvent être données à connaître – c’est très important à remarquer – à quelqu’un dès que sa conscience a été touchée, à toute âme qui a été amenée à la connaissance de son état de péché, qui peut dire : Seigneur, je vois. Elle a en effet du discernement spirituel parce que sa conscience a été réveillée.
Le Seigneur a déjà présenté les vérités concernant la nouvelle naissance (ch. 3) et le Saint Esprit, fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle. Pour adorer, il faut non seulement être né de nouveau, mais aussi la puissance de l’Esprit Saint ; c’est par le Saint Esprit seul que nous pouvons adorer, selon la pensée de Dieu, en esprit et en vérité.
Remarquons en outre que c’est le Père qui désire être adoré. Il faut aujourd’hui connaître Dieu comme Père pour pouvoir l’adorer comme Il le désire. Et cela rend d’autant plus évident que si quelqu’un du monde peut assister au culte des enfants de Dieu, il ne peut pas y prendre part. Si on voulait associer le monde au culte des enfants de Dieu, ce serait un feu étranger.
D’autre part, si les vérités concernant l’adoration que nous trouvons dans ce chapitre avaient été révélées par le Seigneur à Nicodème, à ce personnage plein de science qui n’était pas le premier venu, ou à un autre homme haut placé, c’eût peut-être été décourageant pour la masse des chrétiens ou simplement pour ceux qui sont pénétrés du sentiment de leur misère. On aurait pu penser qu’une classe privilégiée, une élite seule aurait le droit, ou plutôt le privilège de l’adoration.
Mais Dieu choisit la femme la plus méprisée pour faire connaître sa pensée à ce sujet et cela nous fait comprendre que le privilège de l’adoration est offert à ceux qui ont été les plus misérables, et c’est tout à fait ce qu’il faut. Ceux qui useront le mieux du privilège de l’adoration, ceux qui adoreront le mieux, ce sont ceux qui savent le plus profondément ce qu’ils étaient et ce que Dieu a fait d’eux. Ces pauvres pécheurs, comme cette femme, on les verra dans la gloire de Dieu ; on verra les immenses richesses de la grâce, ce qui est d’ores et déjà un motif d’adoration.
Dans sa réponse, la femme samaritaine montre que, pour elle, ce que le Seigneur dit est revêtu d’une autorité divine qui la saisit. Il en est ainsi chaque fois qu’un service fidèle est accompli, en particulier le service de prophète par lequel, sans même que celui qui l’exerce connaisse l’état d’âme de l’auditoire auquel il s’adresse, des âmes pourront être atteintes avec le sentiment d’une autorité divine… non pas seulement par la prédication des vérités mais par leur application à leur conscience.
C’est exactement le service du prophète tel que nous le trouvons en 1 Corinthiens 14 et c’est un service si utile qu’il est dit : « Désirez avec ardeur des dons spirituels et surtout de prophétiser ».
Il serait très désirable que ce service s’exerce dans le rassemblement des saints, réalisant un travail profond et profitable dans les âmes et pour l’état général des assemblées. C’est ainsi que la parole ne glisse pas sur l’âme, et on n’est pas dans le même état après qu’avant. Il faut prier pour que la présence du Seigneur soit réalisée (le Seigneur est présent en esprit) et l’Esprit Saint nous fait réaliser sa présence.
Nous n’avons pas le Seigneur comme il se trouve dans cette scène du chapitre 4, mais nous l’avons mieux dans ce sens que l’Esprit Saint nous fait réaliser sa présence, de sorte que ce travail accompli vis-à-vis de cette femme peut se produire de la même façon dans le rassemblement. Pourquoi les réunions ne seraient-elles pas aussi heureuses et avec des effets aussi marqués que dans cette scène ?
Il n’y a pas de raisons pour qu’il n’en soit pas de même ; il faut avoir beaucoup à cœur le bien des âmes et, pratiquement, leur bien dans et par les réunions. Combien il serait désirable que, pour chaque réunion, les frères et sœurs prient à l’avance chacun chez soi ; les frères et les sœurs ne veulent-ils pas être exercés à cet égard !
Est-ce, que, souvent, les personnes qui demandent à prendre leur place à la table du Seigneur ne la demandent pas uniquement pour obtenir un privilège, ou même simplement une sorte de laissez-passer pour toutes les assemblées ? C’est triste quand il en est ainsi. Prendre sa place, c’est aussi s’engager sur un chemin de service et de dévouement.
Il n’y a pas une jeune sœur, un jeune frère ou une sœur ou un frère âgé qui ne devrait avoir à cœur de façon précise le bien de chaque réunion… ou alors pourquoi nous réunissons-nous ? Voilà une des raisons pour lesquelles il y a de la langueur dans une réunion d’assemblée : on oublie de prier le Seigneur pour qu’Il nous fasse réaliser sa présence là, au milieu de nous. Il est là, selon sa promesse, Il n’a pas changé et Il veut nous faire éprouver sa présence comme dans cette scène.
Nous comptons trop sur nos habitudes de nous réunir, on oublie que le Seigneur doit être là et sa présence réalisée et ainsi, nous aggravons notre état. Nous sommes appelés à réaliser un grand travail de cœur relativement aux réunions, comme Epaphras qui combattait toujours par ses prières. Il ne faut pas croire que les frères qui parlent sont les seuls à porter les responsabilités des réunions ; chacun les a. Il faut dire cela aux jeunes qui demandent leur place : qu’êtes-vous ? Une aide ou une entrave ?
L’activité des frères qui prennent la parole sera précisément utile dans la mesure où il y aura eu un exercice collectif, des prières de la part de chacun des frères et sœurs à propos des réunions et de la vie de l’assemblée. Cet exercice, sans doute, manque beaucoup dans les assemblées ; le travail de l’Esprit est entravé, on agit par habitude ; il y a des frères qui ont l’habitude d’agir et quelquefois se font violence pour dire quelque chose alors qu’ils n’ont rien à dire.
Mais si la plupart des cœurs étaient exercés et savaient s’attendre au Seigneur, le Seigneur ne pourrait pas ne pas répondre à l’attente des siens ; ayons des consciences exercées à cet égard ! Il est particulièrement frappant que nous ayons ici d’abord l’exercice de la conscience et ensuite les vérités concernant le culte. Nous trouvons cette même succession de pensées à propos de la cène. Avant d’instituer la cène le Seigneur adresse aux disciples une parole qui avait précisément pour but de produire cet exercice de conscience : « L’un d’entre vous me livrera. Et, en étant fort attristés, ils commencèrent, chacun d’eux, à lui dire : Seigneur est-ce moi ? » (Mat. 26. 21).
L’exercice de conscience est nécessaire avant chaque réunion, pour chaque réunion et d’une manière spéciale pour la réunion de culte. Il faut que les consciences soient exercées et que nous soyons dans la présence de Dieu avec des consciences purifiées par le travail de la Parole de Dieu.
Pourquoi ne voyons-nous pas davantage de conversions nettes ? Pourquoi ne voyons-nous pas généralement, au milieu de nous, le travail du Seigneur s’effectuer comme dans cet entretien direct du Seigneur avec la Samaritaine ? C’est sans doute parce que nous ne savons pas laisser le Seigneur s’occuper d’une âme et que nous nous plaçons facilement entre l’âme et le Seigneur comme si nous nous estimions absolument indispensables.
Le Seigneur peut se servir de serviteurs, mais il peut s’en passer ; les serviteurs ne sont rien en eux-mêmes. Si nous étions vraiment exercés pour toutes nos réunions et dans nos rapports avec les âmes au contact desquelles Dieu nous place, nous pourrions être, à l’occasion, ce par quoi une âme peut être bénie. Sur ces points, nous péchons et manquons de diverses manières ; soit que nous nous contentions de présenter des lieux communs sans aucun intérêt pour les âmes, soit que nous présentions les choses à rebours.
Ce n’est pas en couvrant d’une approbation affectueuse quelqu’un qui a besoin d’être atteint dans sa conscience que nous lui serons en aide ; le Seigneur ne fait pas ainsi avec la Samaritaine ; Il ne lui présente pas une désapprobation dure, mais Il sonde sa conscience, la lame acérée de la Parole est entrée dans cette âme et c’est ce qui est indispensable ; aucun travail n’est fait sans cela. Il s’agit de vie ou de mort, du ciel ou de l’enfer ; c’est sérieux à un degré infini. Le Seigneur prenait son travail au sérieux. Il nous faut faire ainsi.
Il nous sera demandé compte de la façon dont nous aurons associé la grâce et la vérité. Il y va du salut d’une âme, de son sort éternel ! Remplissons notre service avec crainte et humilité, laissons le Seigneur faire son travail et prions-le en intercesseurs, ne contribuons pas à faire qu’une âme passera à la légère sur ce sur quoi Dieu ne veut pas qu’elle passe à la légère. Nous savons par expérience – plus ou moins pauvrement hélas – que c’est ainsi qu’entre dans une âme la bénédiction, le bonheur, Dieu lui-même.
Cette parole : « Seigneur, je vois que tu es un prophète » prononcée par la femme samaritaine après que le Seigneur eut mis à nu devant elle son état, nous fait comprendre que tout ce qui concerne la vieille nature en nous doit être mis de côté avant qu’il soit question du culte. Il faut que la Parole agissant dans le cœur et la conscience produise pratiquement un effet destructif de tout ce qui est du vieil homme en nous ; la chair qui, devant Dieu, a pris fin à la croix de Christ, n’a aucune place dans le culte ; si elle se manifeste, c’est, de toute évidence, un feu étranger offert sur l’autel et non pas le culte en esprit et en vérité.
Nous savons comment l’Éternel est intervenu lorsque Nadab et Abihu présentèrent un feu étranger sur l’autel. Qu’il n’agisse plus de la même manière aujourd’hui, ne veut pas dire qu’il puisse accepter ce que l’homme dans la chair pourrait prétendre lui présenter. C’est dans la puissance de la vie nouvelle, par l’Esprit de Dieu, que le croyant peut adorer. Le Saint Esprit, cette eau vive dont parlait le Seigneur à la femme, agit pour développer les affections du nouvel homme et pour produire ce culte qui monte vers Dieu, vers le Père, comme un parfum de bonne odeur : Dieu est connu comme Dieu, ses droits sont reconnus, maintenus – où l’ont-ils été d’une manière plus grande, plus profonde qu’à la croix de Christ ?
C’est là qu’ils ont été revendiqués – la position du croyant devant Dieu est connue et, d’autre part, la relation avec Dieu comme Père est goûtée – par l’Esprit nous disons : « Abba » c’est-à-dire : Père. Ainsi nous pouvons rendre culte par la puissance de l’Esprit, adorer le Père en esprit et en vérité.
On prétend quelquefois dans la chrétienté que Dieu n’a pas donné dans sa Parole d’enseignements concernant le culte et que la chose est laissée à la responsabilité de chacun. Eh bien, c’est absolument faux. Ce passage nous montre, à l’évidence, que Dieu, dans sa Parole, s’est exprimé de façon que sa pensée puisse être connue des siens, et qu’ils réalisent, dans la puissance de l’Esprit qui juge tout ce qui est de la chair en nous et qui développe les activités du nouvel homme, ce culte en esprit et en vérité qu’il attend de ses chers enfants.
Ces révélations, semble-t-il, ne touchent guère la femme samaritaine ; il ne semble pas qu’elle soit entrée dans ce que le Seigneur a présenté ; il semble qu’elle avait abordé le sujet pour essayer d’arrêter ce travail de conscience (un travail de conscience est toujours douloureux), et quand le Seigneur a exposé ces vérités si élevées concernant l’adoration, cette femme ajoute : « Je sais que le Messie qui est appelé le Christ, vient ; quand celui-là sera venu il nous fera connaître toutes choses ».
Elle semble donc ne pas recevoir entièrement ce que le Seigneur lui dit, elle semble ne pas être convaincue et elle attend la venue du Messie pour régler toutes choses. C’est alors que le Seigneur se présente à elle et se fait connaître à elle. C’est une personne qu’elle a maintenant devant elle : « Je le suis, moi qui te parle » ; après toutes les questions qu’elle a posées, le travail opéré en elle, le Seigneur se présente à elle comme une personne et c’est une personne qui va maintenant captiver son cœur. Le travail que le Seigneur devait produire en elle est achevé et cette femme va pouvoir s’engager dans un service pour le Seigneur. Ce travail fait, elle peut servir.
Cette femme laisse là sa cruche dans laquelle on peut voir le symbole de ses occupations qui formaient la sphère bornée de sa vie, l’image d’une misère sans nom pour un être humain créé à l’image morale de Dieu, son horizon était là et la voilà arrachée à cette misère ! Et puis, elle, qui jusque-là se cachait, va au-devant des hommes sans avoir honte ; la joie qui la remplit ou la laboure remplace la honte qui la faisait se cacher. C’est toujours un bon signe.
La présence de Dieu nous fait faire des choses que jamais nous n’aurions cru pouvoir faire ; c’est une puissance qui est au-delà de toute puissance humaine, et si une âme n’a pas connu quelque chose de cela on peut douter que le travail de Dieu se soit accompli en elle.
Nous chantons parfois que « l’amour éternel, insondable de Jésus Christ m’arrache à la mort, à la terre ». Il faut peser ce que cela veut dire ; est-ce que c’est vrai qu’Il m’arrache à la mort, à la terre, à moi-même ? sinon nous sommes de faux riches, nous paraissons être riches et nous sommes pauvres pratiquement : nous paraissons avoir des trésors plein les mains et en réalité nous ne les avons pas saisis.
Nous avons considéré différents caractères du service en parlant du service du Seigneur maintenant nous allons trouver une femme qui va s’engager dans ce service, elle va être un ouvrier dans cette ville où elle avait été méprisée.
Il peut paraître que le Seigneur aurait pu choisir d’autres instruments pour annoncer l’évangile dans cette ville que cette pécheresse eh bien, c’est elle qui sera l’ouvrier qualifié, envoyé par le Seigneur pour annoncer l’évangile dans cette ville, c’est à elle qu’Il a annoncé les vérités concernant le culte, c’est elle qui va présenter Christ aux âmes.
Elle était venue auprès du Seigneur au puits de Sichar avec une cruche vide ; elle s’en va le cœur rempli et son fardeau ôté, entièrement dégagée de ce qui pesait sur sa conscience, entièrement libérée, dans la puissance de la vie nouvelle qu’elle possède maintenant et elle peut dire aux hommes de la ville : « Venez ». Elle les invite à venir à lui : « Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». La grâce et la vérité sont la substance du message qu’elle présente.
Elle reprend les paroles du Seigneur que nous trouvons dans le premier chapitre : « Venez et voyez » ; c’est la parole même que le Seigneur avait dite aux deux disciples de Jean qui le suivaient. Elle reprend les paroles du Seigneur « Venez, voyez », comme l’a fait aussi Philippe en parlant à Nathanaël ; elle veut amener à Christ les hommes de la ville et les placer dans la lumière de Dieu – les amener à Christ, non pas pour que leur vie passée et tout ce qui les caractérise soit caché, mais qu’au contraire tout soit mis dans la lumière de Dieu : « Un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ».
Autrefois, elle se cachait, s’isolait de tous, avait peur de se montrer, ne voulait pas qu’on parle de sa misère, de son péché ; maintenant elle n’a aucune honte : « Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». Quel travail s’est accompli chez cette femme : Elle a été sondée par la puissance de la Parole, sa conscience a été profondément atteinte et elle a été amenée en présence de la personne de Christ. Elle connaît les vérités concernant l’adoration, elle est maintenant un serviteur qualifié par le Seigneur pour présenter son évangile.
Il semble opportun de revenir sur la question du culte qui est la caractéristique du témoignage du Seigneur quel qu’il soit, qui devrait être un caractère distinctif, essentiel de tous les chrétiens considérés individuellement comme enfants de Dieu.
Dans l’Ancien Testament le service sacerdotal était réservé aux sacrificateurs : Aaron et ses fils, selon un choix que Dieu avait fait ; eux seuls avaient le droit de toucher aux choses saintes ; pour les autres il y avait une distance, les lévites venaient d’abord et ensuite, encore plus loin, le peuple ; tandis que maintenant, les vrais croyants, quelque jeunes qu’ils soient, font partie de la famille sacerdotale, c’est-à-dire de la famille qui offre les sacrifices ; le mot sacrifice signifie : ce par quoi on est approché de Dieu. Chaque chrétien est appelé à être adorateur et devrait le savoir.
Dans une assemblée locale – expression de l’Église tout entière, frères et sœurs sont des adorateurs, des sacrificateurs.
Ils ont le privilège, le droit par grâce, d’entrer dans la demeure de Dieu ; le voile est déchiré maintenant et nous entrons dans les lieux saints ; le culte s’offre dans les lieux saints, il se rend dans le ciel même, exclusivement dans le ciel, c’est le service céleste et éternel.
Notre cantique est juste : « Nous entrons dans le ciel même pour t’adorer en ce jour ». Nous sommes sur la terre quant à nos corps, mais par la foi et spirituellement, nous jouissons du ciel et cela n’est pas une illusion ; notre âme peut être remplie de ce qui est dans le ciel, et ce qui peut le produire c’est le Saint Esprit et la Parole ; nous réalisons la présence de Dieu par le Saint Esprit ; ce sont des réalités, c’est divin.
Vous ne ferez jamais comprendre à un inconverti ce que c’est que d’être né de nouveau ni qu’un chrétien jouit de la relation d’enfant de Dieu ; de même que vous ne saurez faire comprendre à quelqu’un qui ne sait ce qu’est l’adoration quelle est la joie d’entrer dans le ciel même, une joie d’une qualité telle qu’il n’y a pas de joie plus grande pour les croyants, c’est une joie goûtée dans les lieux saints.
C’est la joie suprême parce que, dans les lieux saints, nos âmes sont remplies de Dieu et non pas par un effort de pensée, mais par la plénitude du Saint Esprit qui nous fait jouir de ce qu’est Dieu, nous remplit de ce qu’est Dieu et c’est de cette plénitude que jaillit la louange, l’adoration de nos cœurs qui se répandent en actions de grâces ; ceci n’est pas une doctrine, c’est une activité, un état d’âme : nous contemplons Dieu, moralement parlant, et ce n’est pas du mysticisme mais une réalité vivante et puissante dans l’âme.
Rendre culte n’est pas à proprement parler bénir Dieu parce qu’on est lavé dans le sang de Christ et le remercier parce qu’on est sauvé ; le culte est plus que cela, c’est la joie que le cœur des saints ne peut pas contenir quand ils jouissent de Dieu, c’est une effusion des cœurs que Dieu remplit ; cela sera réalisé en perfection dans le ciel. Le culte est évidemment lié à l’offrande de Christ, sans laquelle nous n’aurions pas de sacrifice spirituel à présenter ; voilà pourquoi la cène est liée au culte ; mais on peut adorer en dehors de la célébration de la cène. Il serait souhaitable que dans des réunions comme celle-ci il y ait une part d’adoration pour le Père et le Fils… Mais gardons-nous des vaines redites et des formules sans réalités !
Le culte de la famille sacerdotale qu’est l’Église devrait jaillir spontanément. Voilà pourquoi il est parlé de l’eau qui jaillit : manifestation de l’activité du Saint Esprit. On ne devrait jamais savoir d’avance ce qu’on pourra avoir à exprimer au culte, et le frère qui ouvre la bouche est la bouche de l’assemblée, il n’exprime pas ses pensées à lui. C’est pourquoi c’est l’état général de l’assemblée qui importe dans la réalisation du culte et des services divers dans l’assemblée.
C’est à ce service de l’adoration que nos devanciers tenaient peut-être le plus, considérant que c’était le caractère essentiel du témoignage ; on trouve déjà ce trait distinctif chez les croyants revenus de la captivité de Babylone. La première chose qu’ils font c’est de relever l’autel. Le peuple de Dieu est un peuple choisi pour adorer Dieu ; Dieu d’abord, les services autres que le sien après, tandis qu’on fait souvent, hélas ! le contraire.
Et dans la chrétienté, même dans les milieux évangéliques, tous les autres services passent avant, de telle manière que l’adoration manque absolument. Or, si un seul service devait subsister sur la terre, il est évident que, pour tous les chrétiens, ce devrait être le service vis à vis de Dieu, pour la joie de Dieu, sa gloire et notre joie en lui.
Mais Dieu seul peut délivrer de cette erreur qui consiste à attribuer plus de valeur au service dont l’homme est l’objet qu’à celui dont Dieu seul est l’objet.
En adorant Dieu, les saints ont ce sentiment profond que le premier Adam est éliminé à jamais ; ne lui reconnaissons aucune place et soyons exercés pour l’éliminer pratiquement. Nous ne pouvons pas adorer le dernier Adam qui est mort sur la croix, qui est maintenant dans la gloire et en même temps reconnaître le premier Adam ; notre cœur ne peut pas être un temple qui offre une place pour l’un et pour l’autre. Le cœur de l’Église ne le peut pas non plus.
Il n’y a rien qui conserve ce sentiment de la mise de côté du premier Adam, avec ses qualités comme avec ses péchés, comme l’esprit d’adoration. Voilà pourquoi la mise de côté du premier Adam est une chose abandonnée dans beaucoup de milieux chrétiens : on trouve que cela va trop loin ; cela va, en effet, très loin, puisque la mise de côté de l’homme est complète. Puissions-nous être exercés pour faire des progrès dans ce sens.
« Nous… rendons culte par l’Esprit de Dieu » nous dit l’apôtre Paul (Phil. 3. 3). L’Esprit Saint conduit le culte en esprit et en vérité, nous présente les gloires de Christ les perfections et la grandeur de son œuvre, et nous le disons au Père ; il ne peut pas y avoir de culte rendu selon la pensée de Dieu autrement que par l’activité du Saint Esprit ; il n’est pas une aide, car seul il peut produire dans le cœur des adorateurs ce parfum agréable au cœur du Père ; on ne peut rendre un culte réel à Dieu si ce n’est par l’Esprit de Dieu.
La cène est le centre du culte : la mort du Seigneur. C’est ce dont elle nous parle, toujours actuelle devant Dieu. Au ciel, au milieu du trône, nous verrons l’Agneau (le sacrifice) comme immolé (c’est à dire sa mort). Nous venons alors avec une conscience purifiée, reconnaissant, en célébrant la cène, que Christ est mort et que nous sommes morts avec Lui. Par ailleurs, Pour la gloire de Dieu, il n’y a rien de plus grand.
C’est ainsi seulement que nous pouvons adorer, le nouvel homme, la vie nouvelle dans le croyant, manifestant ce fruit de la puissance de l’Esprit de Dieu : la louange montant comme un encens de bonne odeur. Mais nous devrions adorer sans cesse ; le croyant, individuellement, peut adorer constamment et il devrait le faire, le cœur du croyant devrait sans cesse être rempli de reconnaissance et faire monter vers Dieu des louanges incessantes : « Offrons donc par lui sans cesse à Dieu » – non pas seulement le dimanche matin à la réunion de culte – un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom ».
Et comme nous l’avons dit nous pouvons être amenés à rendre culte dans les réunions d’édification, ou d’entretiens sur la Parole, ou dans les réunions de prières. Cependant, n’oublions pas que chaque réunion a son caractère propre : si, dans le culte, nous offrons à Dieu nos sacrifices de louange, dans la réunion de prières nous nous adressons à Lui pour demander et dans la réunion d’édification nous recevons de Lui.
Il est très important – et il faut le souligner – d’être débarrassé dans le culte de ce qui nous concerne, non pas seulement de la chair, mais des pensées les meilleures que nous ramenons à nous-mêmes. Souvent, hélas, notre culte ne va pas au-delà de ce qui nous concerne, nous parlons de notre délivrance, de nos privilèges, de nos bénédictions, de ce que Dieu a fait pour nous par l’œuvre de Christ et, en fait, nous n’avons pensé qu’à nous.
Il arrive souvent que la réunion de culte est terminée sans que nous ayons vraiment présenté Christ à Dieu, selon ce qu’Il est pour lui, ni exalté le nom de Christ, ni proclamé la grandeur de son œuvre, ni célébré ses gloires. Oui, il arrive souvent que la réunion soit terminée sans que nous ayons effectivement célébré les gloires du Père et du Fils, nous n’avons pensé, avec égoïsme, qu’à notre propre délivrance, à nos propres bénédictions. Dans ce cas, nous avons, sans doute exalté la grâce dont nous avons été et sommes les objets, mais le culte doit aller beaucoup plus loin.
Si vraiment nous entrons dans le ciel, si nous jouissons du sanctuaire, alors nous contemplerons Christ et nous ne parlerons que de lui à Dieu le Père, nous exalterons son nom ; parlant de l’œuvre de la croix, nous ferons briller sa gloire, la gloire de Dieu, du Père, et nous pourrons ainsi, dans toute la puissance de l’Esprit, faire monter dans le sanctuaire des accents qui exalteront le Père et le Fils.
L’adorateur devait autrefois – et ce n’est pas écrit seulement pour Aaron et ses fils, mais pour nous au moins autant que pour eux – se garder de toutes boissons fortes et choses semblables. Nous devons donc, pour être adorateurs, pour réjouir le cœur du Père, le cœur de Christ, et pour goûter notre joie, cette joie qui est aussi la source de notre force la plus sûre, nous devons veiller à rejeter tout ce qui est représenté par ces boissons fortes, toute excitation, tout ce qui nourrit la chair, (nous ne parlons pas ici de la chair caractérisée par des choses que tout le monde rejette et condamne, mais nous en parlons dans ce qu’elle a d’apparemment noble et excellent et dont elle se vante) veillons de même à rejeter toute mondanité…
Voilà de grandes entraves au culte. Nous devrions être des gens parfaitement dépouillés d’eux-mêmes et très heureux de l’être, parce que, si nous sommes dépouillés de ce que la chair et le monde nous donnent, eh bien, dans la même mesure, nous serons remplis de Dieu, de Christ. Et s’il en est ainsi, le culte jaillira de nos cœurs sans effort vers le Père et vers le Fils.
Dans l’adoration que nous sommes appelés à réaliser, le Père a la première place et ceci, sans qu’il soit fait de règle, nous porte à considérer que la réunion de culte commencera normalement par la louange au Père. Au lieu de cela, nous voyons parfois des réunions de culte dans lesquelles nous n’adorons pas le Père… On louera l’Agneau, on adorera le Seigneur, mais il n’y aura rien pour le Père.
Cela arrive plus souvent de nos jours que dans les jours où il y avait plus de forces : il est toujours plus difficile de rendre culte au Père ; cela suppose la jouissance de notre relation avec le Père, un état d’âme plus élevé, la jouissance de la liberté des enfants de Dieu, du Père lui-même. Dans les cantiques des milieux évangéliques extérieurs au témoignage, la louange au Père tient très peu de place et les cantiques que nous possédons, quoique plus spirituels, trahissent eux-mêmes que nous savons bien peu présenter la louange au Père. Or « il nous a faits un royaume, des sacrificateurs pour son Dieu et Père » (Apoc. 1. 6), et dans les versets que nous considérons le Seigneur parle d’adorer le Père en esprit et en vérité.
Si nous étions en meilleur état, si nous nous tenions au niveau spirituel, moral, qui est celui du sanctuaire – nous ne devrions pas en avoir d’autre – certainement la louange au Père tiendrait une plus grande place ; les sentiments exprimés seraient plus simples, il y aurait plus d’effusion, nos accents seraient plus spontanés. Le culte n’est pas un exposé de doctrine. Adorer, c’est exprimer – fût-ce sans paroles – à la fois la joie, l’amour, la reconnaissance… la joie dans la contemplation de Dieu, et une joie qui s’exprime en parlant à Dieu. Ce n’est pas proprement qu’on parle de Dieu, on parle à Dieu, au Seigneur et c’est le privilège le plus élevé.
Que le culte soit le bouillonnement du cœur pour Dieu (Ps. 45. 1) ne veut pas dire qu’il soit le fruit de la sentimentalité, bien au contraire. La sentimentalité n’est autre chose que l’excitation de la chair, c’est ce à quoi conduit l’abus du vin et des boissons fortes, spirituellement parlant. Tandis que le vrai culte vient du cœur renouvelé du fidèle, dans lequel l’Esprit du Seigneur agit, et qui s’ouvre devant Dieu.
Si dans le Deutéronome, l’adorateur devait rappeler, à la gloire de Dieu, l’état duquel il avait été tiré et s’il nous appartient de faire de même, il ne convient pas, pour autant, de s’appesantir, dans le culte, sur les infirmités qui nous caractérisent ; ce n’est pas le moment d’en être occupé. C’est une chose humiliante que nous sachions si peu adorer dans nos jours de la fin. L’adoration est relative à ce que Dieu est : on bénit Dieu pour ce qu’il est, et ce que Dieu est, est inépuisable pour l’âme : nous rendrons culte à Dieu éternellement.
Nous louons le Père qui a ressuscité Jésus et l’a fait asseoir à sa droite, juste et glorieuse récompense des souffrances qu’Il a endurées, et nous louons le Fils. Quelle merveille que d’entrer dans ces pensées ! comme cela nous sort de tout ce qui est de l’homme et de la terre ! Dans quel monde cela nous fait entrer ! Dans quel univers ! Dans quelle éternité ! Et c’est ainsi que, lorsque nous reprenons contact avec les réalités de la vie sur la terre, eh bien cette entrée dans le ciel nous a beaucoup aidé à traverser les choses en étant moins entamés par elles nous sommes très heureux en Dieu ; c’est un grand secret, peut-être le seul vrai secret pour être gardé de tout ce qui nous égare si facilement.
Oui, quelle heureuse portion que celle de l’adorateur, quelle source de joie, de force, de sanctification ! On a pu dire que Dieu s’en sert pour nous renouveler, nous faire faire des progrès. Dieu se sert pour cela de trois grands moyens principalement : la prière, la Parole et aussi le culte, la cène.
Ne faisons pas du christianisme un ensemble de vérités, une sorte de catéchisme, dont nous pouvons penser qu’il nous abritera, nous aidera à traverser les difficultés, les tentations ; le christianisme, c’est : Dieu avec nous, Christ en nous. Voilà ce qu’est le christianisme : Christ en nous pour réaliser le ciel, tout en étant sur la terre.
Quelqu’un disait : montrez-moi un homme plein de Christ, alors je vous montrerai un homme qui saura comment adorer.
Nous pouvons donc, nous humilier de ce que, dans la profondeur du travail de cœur et de conscience et dans l’intelligence de la position où la grâce nous a amenés comme enfants du Père et adorateurs, nous soyons si peu avancés. Nous avons si peu, d’une part, cette connaissance profonde de nous-mêmes, de ce que nous sommes, comme une conviction qui devrait aller croissant d’un jour à l’autre – c’est le secret du bonheur – et, d’autre part, l’intelligence de notre position auprès du Père et devant lui comme adorateurs.
On dirait que, dans les jours de déclin où nous sommes arrivés, le ciel s’est refermé pourtant Jésus l’a ouvert… On dirait que, dans les jours de ruine où nous sommes, nous ne voulons pas suivre le Seigneur dans le ciel, nous sommes rétifs à suivre le Seigneur dans le ciel, de même qu’à le suivre sur la terre, portant sa croix !
Quand nous nous arrêtons devant certains cantiques, nous disons : quel chrétien que celui qui a composé ces cantiques ! Quel état d’âme extraordinaire ! Combien je me sens loin de cela ! Comment se fait-il que des chrétiens aient eu le cœur assez débordant pour exprimer cela ! Nous nous sentons souvent repris lorsque nous chantons leurs cantiques… par exemple ce verset : « Descends du ciel, nos âmes te désirent… ».
La présence du Seigneur devrait être aussi tangible et réelle pour nous qu’elle l’était pour cette femme samaritaine, nous devrions peut-être même en avoir le sentiment plus profond parce que le Saint Esprit est en nous. Il est bon de nous arrêter, chacun pour soi, sur ces paroles : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux », et de les peser un peu devant Dieu. Si nous réalisions vraiment la présence du Seigneur, on ne pourrait pas se résoudre à s’en aller, on trouverait les réunions trop courtes, alors qu’on les trouve souvent trop longues…
Seulement, le niveau de la réunion de culte, dans laquelle nous sommes appelés à goûter d’une manière toute spéciale la présence du Seigneur, correspond, d’une façon générale, au niveau spirituel de l’assemblée. Nous pouvons bien désirer que nos réunions de culte aient un caractère plus élevé, que notre culte réponde mieux à la pensée de Dieu ; eh bien, pour cela, il faut que le niveau spirituel de l’assemblée s’élève, nos âmes étant davantage nourries de Christ.
Si nous habitons et possédons en réalité les lieux célestes et en recueillons les fruits, c’est à dire s’il y a une vie spirituelle nourrie chez les frères et chez les sœurs – ce qui suppose le jugement de soi-même réalisé soigneusement chaque jour -, nous goûterons chaque jour la paix et la joie du sanctuaire et, le dimanche, nous pourrons vraiment réaliser ensemble, par l’Esprit, le service d’une sainte sacrificature, pour offrir sans distraction d’esprit « des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ ».
Ainsi, lorsque, dans un rassemblement, nous souffrons du caractère du culte, commençons par considérer où nous en sommes, et avant tout où nous en sommes nous-mêmes personnellement ; il peut y avoir autour de nous des plaies à soigner, à panser, et c’est un travail qui échoit à ceux que le Seigneur a qualifiés pour cela ; mais en dehors des cas particuliers qui peuvent nécessiter l’exercice de soins pastoraux nous avons à réaliser chacun pour soi le jugement de nous-mêmes.
Si chacun des frères et sœurs réalisait cela et désirait vivre chaque jour plus près de Christ, le niveau de nos réunions de culte s’élèverait et nous réaliserions bien davantage, pour la gloire et la satisfaction de Dieu – et ce serait aussi notre indicible bonheur – ce que doit être le culte chrétien.
On a dit avec juste raison que le culte se rend dans le ciel, or il ne peut entrer dans le ciel que des fruits venant de Dieu ; nous avons à recueillir ces fruits dans une vie de communion avec Dieu. Remarquons, d’ailleurs, qu’il n’y a plus de religion terrestre depuis que Jérusalem a été détruite : l’Église s’est installée sur la terre, mais Dieu condamne cette position. Le seul Sauveur et Seigneur qu’il reconnaisse aujourd’hui est au ciel. Dieu rétablira la religion terrestre mais plus tard, pour le millénium.
Revenons un peu à la rencontre du Seigneur avec la Samaritaine : c’est en vivant près du Seigneur qu’on sent combien son cœur est sensible. Au commencement de ce récit, nous le voyons lassé du chemin, attristé de l’état de la Samaritaine, de la dureté du cœur de l’homme ; à la fin, le Seigneur est réjoui, en sorte qu’il parait oublier la faim du corps. Les disciples lui disent : « Rabbi, mange ». Il leur répond : « Moi, j’ai de la viande à manger que vous, vous ne connaissez pas » : faire la volonté de son Père, et, en rapport avec la scène que nous considérons, lui appeler des adorateurs.
Nous pouvons apprendre aussi par cette scène que les joies excellentes que nous trouvons avec Dieu, avec le Seigneur, sont exemptes de mysticisme, d’excitation ; le Saint Esprit nous fait garder l’équilibre. Nous pouvons avoir des joies supérieures en Dieu et en même temps être maintenus dans le meilleur équilibre, et même rendus sobres dans la marche de tous les instants.
Si nous étions dépendants il y aurait dans le culte un ordre pour ainsi dire parfait, pour la gloire de Dieu et pour la joie parfaite de nos âmes. On verrait quelque chose d’une beauté, d’une pureté, d’une grandeur incomparables qui ne tiendraient pas aux personnes qui sont là – tous de misérables pécheurs par eux-mêmes – mais qui tiendraient à la présence de Dieu. Soyons exercés à cet égard !
Le travail accompli par le Seigneur dans le cœur et la conscience de cette femme (dont le péché a été manifesté, découvert, dont la conscience a été atteinte) a révélé à celle-ci quelque chose de la personne du Seigneur. Elle a été amenée à la connaissance du Seigneur et elle a été instruite des vérités concernant l’adoration, l’adoration du Père en esprit et en vérité ; c’est ainsi qu’elle est devenue une servante zélée pour son Maître.
Le travail du cœur et de la conscience a précédé le service ; il devrait toujours en être ainsi. Elle a donc proclamé une heureuse nouvelle dans cette ville et l’évangile ainsi prêché a atteint plusieurs personnes puisqu’il nous est dit que « plusieurs des Samaritains de cette ville-là crurent en lui, à cause de la parole de la femme qui avait rendu témoignage : Il m’a dit tout ce que j’ai fait ». Le travail accompli par le Seigneur a conduit cette âme à faire entendre l’heureuse nouvelle.
Voilà un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il pas le Christ ? Elle a été placée en présence de Dieu, elle a connu Dieu révélé en Christ et d’autres âmes sont atteintes à leur tour ; voilà comment s’opère l’œuvre du Seigneur, comment le Seigneur se glorifie, et désormais les âmes s’attachent à lui : on le prie de demeurer là. C’est sa personne qui est recherchée et quand ils sont venus vers lui, ils le prient de demeurer avec eux ; le Seigneur y reste deux jours. Il est l’ouvrier, le serviteur parfait ; Il reste là deux jours ; d’autres seraient restés peut-être beaucoup plus longtemps, auraient dit voilà un champ d’activité : Ils auraient recherché la gloire qui vient des hommes.
Lui reste deux jours, Il est le serviteur parfaitement dépendant ; son service étant accompli dans cette ville des Samaritains, Il continue la mission qui lui est confiée, Il s’en va plus loin… Pendant deux jours l’œuvre de la grâce s’est accomplie et beaucoup plus de gens crurent à cause de ses paroles, de sorte qu’ils purent dire à la femme : « ce n’est plus à cause de ton dire que nous croyons, car nous-mêmes nous l’avons entendu, et nous connaissons que celui-ci est véritablement le Sauveur du monde ». Tout est à la gloire du Seigneur ; c’est sa gloire qui est proclamée tout disparaît pour mettre en évidence la gloire du Seigneur et c’est le résultat auquel devrait aboutir tout service accompli pour lui.
Comme cette scène nous le montre, la réalisation de la présence de Dieu ne fait en aucune manière appel aux ressources de l’homme ni à des éléments matériels. Dans l’économie Lévitique, les services religieux et les vêtements des sacrificateurs étaient somptueux, cela distinguait un homme ; il n’y a plus rien aujourd’hui qui distingue extérieurement un sacrificateur ou le service religieux lui-même. Et même les ressources de l’homme constituent des choses que l’on sent incompatibles avec cette sainte et glorieuse présence. Il n’est pas hors de propos de le rappeler aujourd’hui.
Dieu n’a besoin de rien d’extérieur et non seulement dans l’adoration, mais d’une façon générale, la puissance de Dieu et sa gloire sont purement, exclusivement, spirituelles. Dieu fait son travail. Il se sert d’instruments, de serviteurs, de servantes, mais Il ne se sert pas en eux de ce qui honore et glorifie le premier Adam ; Il se sert du nouvel homme. Il convient de méditer ce principe, cela règle beaucoup de choses.
Pourquoi aussi, par exemple, disons-nous : Je ne peux pas aller avec ces chrétiens…, tout en ayant ce sentiment profond, spontané : ils sont supérieurs à bien des égards, mais je ne peux m’associer à ce qu’ils font, à la manière dont ils le font, je ne peux pas… connaissant Dieu comme je le connais ? Et il ne faut jamais chercher à convaincre la volonté d’un homme ; Dieu brise la volonté d’un homme, jamais Il ne la convainc.
On pourrait dire aussi un mot de cette parole merveilleuse : « Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre » ; dans notre petite mesure, cela devrait être vrai de chacun de nous ; nous avons une viande à manger, une nourriture qu’aucun homme du monde ne connaît. C’est le secret de la vie du chrétien.
Cette portion de l’Écriture nous a montré comment le parfait Serviteur s’adressait à, la conscience et au cœur de sa créature pour l’amener à « rendre culte par l’Esprit », à « adorer le Père en esprit et en vérité »… Puissions-nous, à l’exemple de cette femme, saisir la pensée de Dieu, et réaliser que notre part, présente et éternelle, est celle d’heureux adorateurs !
D’après Réunion d’études à La Rochelle 1958