ENTRE LES RAILS

« Tiens ! qu’est-ce que c’est ? »

Un train s’arrêtait dans une petite gare de campagne et trois turbulents jeunes gens entraient dans la voiture, riant et plaisantant bruyamment.

En prenant place sur la banquette, ils s’emparèrent d’une petite Bible restée là, et la regardèrent avec étonnement. Ils n’étaient pourtant pas seuls dans le compartiment. Un jeune soldat, Georges G., rentrait à la caserne pour y rejoindre son bataillon après une courte permission. Il avait lu pendant une heure dans sa Bible, et l’avait posée là, pendant qu’il regardait par la vitre voisine le va-et-vient de la petite gare. Le train se remit en marche à travers les vergers.

« Jette-moi ça par la fenêtre ! » s’écria l’un des garçons.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Avant même que Georges pût s’en rendre compte, et mettre son trésor en lieu sûr, le livre avait disparu. Le retrouver, il ne pouvait en être question.

Georges se mit-il en colère ? Non. Georges était un soldat pieux. Autrefois un acte pareil l’eût mis dans une violente colère. Mais maintenant il avait appris que celui qui veut suivre Jésus doit être « doux et humble de cœur ». Ainsi il supporta sa perte sans murmurer, bien que cela ait été un grand chagrin pour lui. Sa Bible ne lui avait-elle pas appris à connaître son Sauveur, à L’aimer et à Le servir ?

Et les trois gaillards continuaient à rire et à plaisanter, ne se doutant même pas quel profond chagrin ils avaient infligé à leur compagnon de voyage. Que le cœur naturel de l’homme est donc méchant, léger et insouciant !

Quand Georges parvint à destination, il raconta à un ami ce qui lui était arrivé, et celui-ci le plaignit de tout son cœur. Mais cela ne lui rendait pourtant pas le livre qui était son guide, son réconfort, son conseiller.

Maintenant retournons en arrière, sur la voie du chemin de fer, et voyons ce que cette précieuse Bible est devenue. Elle est là, tombée entre les rails, juste à l’endroit où un étroit sentier traverse les voies pour conduire dans les champs. Un jeune homme le suit, plongé dans ses pensées.

« Qu’est-ce que c’est ? » se dit-il et, traversant les rails, il se penche pour ramasser le livre. Celui-ci était ouvert au Psaume premier, et tout étonné par cette trouvaille, il commença à lire.

Que de souvenirs s’éveillèrent en lui à cette lecture ! Il y avait au moins dix ans qu’il n’avait plus ouvert une Bible. Depuis lors il avait marché « dans le conseil des méchants » et s’était « assis au siège des moqueurs », et certes n’avait pas eu « son plaisir en la loi de l’Éternel ».

Quand il lut le verset quatre « ils sont comme la balle que le vent chasse », ces quelques mots le frappèrent comme un glaive. N’était-il pas, lui, André J…, comme la balle que le vent chasse ? Ne s’était-il pas éloigné de Dieu, pour suivre son propre chemin ? Une angoisse profonde le saisit, et là, en plein champ, il se mit à genoux – n’était-il pas tout seul ? il reconnut son état misérable devant Dieu, Le supplia d’avoir pitié de lui, pauvre pécheur, et de lui accorder son pardon. Et le Seigneur, qui est amour et plein de grâce, répondit à ce cœur angoissé et lui donna la certitude de son salut. En cet instant, il y eut de la joie devant les anges de Dieu parce qu’un pécheur était venu à la repentance.

Débordant d’une profonde joie, André se releva et continua son chemin. Il avait trouvé la paix, et portait dans sa poche un trésor précieux. Arrivé à la maison, il prit le volume, et en lut page après page jusque tard dans la nuit.

« Heureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert » (Ps. 32. 1). « Éternel, ta bonté est dans les cieux, ta fidélité s’élève jusqu’aux nues… Car auprès de toi est la source de la vie, en ta lumière, nous verrons la lumière » (Ps. 36. 6 et 10). Les paroles divines pénétraient en lui, l’inondant d’une félicité telle qu’il n’aurait jamais cru qu’elle pût exister.

Mais en feuilletant cette Bible, André trouva aussi le nom et l’adresse de Georges ! Naturellement il devait la rendre à son propriétaire ! Il s’assit donc devant une page blanche et écrivit à Georges que ce qui avait été une perte pour lui, Georges, était devenu un gain éternel pour son âme, à lui, André, car maintenant, grâce à sa trouvaille, il connaissait son Sauveur qui avait pardonné ses péchés et rendu son cœur heureux.

Vous pouvez vous imaginer quelle joie ce fut pour Georges, peu de jours après son aventure dans le train, de recevoir par la poste un paquet dans lequel il trouva sa précieuse Bible accompagnée d’une longue lettre d’un ami inconnu, lui racontant quelle bénédiction lui avait apportée la Bible trouvée.

Et vous, garçons et fillettes, qui lisez chaque jour quelque portion de l’Écriture Sainte, avez-vous saisi qu’elle est la Parole de Dieu, vivante et opérante, qui vous met en relation directe avec Jésus, votre Sauveur, et que Lui-même vous dit : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle et ce sont elles qui rendent témoignage de moi » (Jean 5. 39). Oui, prenez donc à cœur la Parole et recevez par elle le pardon de Dieu et la vie éternelle.

D’après La Bonne Nouvelle 1955