COMMENT ÉLISABETH MIT EN PRATIQUE CE QU’ELLE AVAIT ENTENDU

Dans une école missionnaire du centre de l’Afrique, Mlle Fellow racontait à ses jeunes élèves l’histoire d’André trouvant son frère Simon Pierre et l’amenant à Jésus. Une petite orpheline aux yeux brillants suivait la leçon avec une attention particulière ce matin-là, buvant en quelque sorte les paroles de sa maîtresse.

Au début, quand elle était arrivée à l’école, elle avait eu un peu peur de la dame missionnaire, mais lorsque celle-ci eut gagné sa confiance, elle avait écouté attentivement l’Évangile et avait été la première à accepter le Seigneur Jésus pour son Sauveur. Elle avait été baptisée et avait reçu le nouveau nom d’Élisabeth. Le matin suivant Élisabeth n’était pas à sa place habituelle pour suivre la leçon. C’était la première fois, depuis l’ouverture de l’école, qu’elle manquait une classe, et Mlle Fellow se demandait ce qui avait pu se passer.

Le soir arriva, et Élisabeth n’apparaissait toujours pas. Le matin suivant sa place était toujours vide. Les jours s’écoulèrent et son siège demeurait vacant ; on n’avait pas non plus de nouvelles d’elle dans le village. Du reste, personne ne s’inquiétait d’elle, car elle n’avait qu’un parent éloigné et peu d’amis. Mlle Fellow cependant se couchait chaque soir avec un poids sur le cœur, car elle s’était beaucoup attachée à la petite fille abandonnée, dont le témoignage jusqu’alors avait été si loyal et si clair. Peu à peu, en priant, l’assurance lui vint que Dieu veillait sur son enfant et la protégeait.

Un jour, trois semaines après la disparition d’Élisabeth, la leçon du matin fut troublée par le son de voix d’enfants et le bruit de pieds nus sur le sol brûlé du soleil, en dehors de l’école. Avant que Mlle Fellow eût eu le temps d’aller voir ce que c’était, une paire de bras bruns entourèrent son cou et Élisabeth se serra contre elle.

Avec un effort la maîtresse domina l’émotion qui l’avait saisie, et d’une main ferme repoussa un peu la fillette.

– Je suis très heureuse que tu sois de retour, Élisabeth, mais tu as très, très mal agi en t’enfuyant de l’école.

– Oh ! maîtresse, sanglota l’enfant, je suis seulement allée chercher un cadeau pour vous et pour le Seigneur Jésus. Venez avec moi, maîtresse.

Mlle Fellow la suivit et trouva dehors onze fillettes sales, à moitié nues, l’air affamé, qui se serraient l’une contre l’autre comme un troupeau de brebis effrayées.

– Mais, Élisabeth, d’où viennent-elles ?

– Des montagnes, maîtresse, gémit l’enfant. Je voulais être comme André et amener quelqu’un d’autre au Seigneur Jésus – et vous faire une surprise, mais je suis bien triste de vous avoir fâchée.

Pour toute réponse Mlle Fellow prit la fillette dans ses bras et l’embrassa tendrement en signe de pardon.

Plus d’une fois, pendant sa carrière missionnaire, elle se rappela le premier essai d’Élisabeth pour amener des âmes au Seigneur Jésus, car parmi ces onze premières jeunes filles, plusieurs devinrent à leur tour d’excellentes institutrices missionnaires. Et souvent son cœur s’attristait en pensant combien peu de chrétiens dans nos pays pourtant si privilégiés, possèdent le zèle et l’amour qui avaient poussé la petite orpheline à supporter tant de peines et de fatigues pour être un « André ».

D’après La Bonne Nouvelle 1955