
C’était dans un joli village de l’ouest de l’État du Massachusetts (États-Unis) , peu après la guerre de Sécession. Bien des familles pleuraient des membres de leur parenté qui avaient laissé leur vie dans les terribles combats. Des cœurs avaient été brisés ; d’autres apprenaient à se soumettre. Presque partout les colporteurs bibliques étaient reçus avec joie.
Une famille pourtant se distinguait par son hostilité ouverte aux choses de Dieu : le mari avait déclaré que jamais un ouvrage religieux quelconque ne passerait le seuil de sa porte. Un colporteur qui se trouvait dans le voisinage, ayant appris la chose, se demandait s’il tenterait l’aventure. À vue humaine c’était peine perdue si l’homme était chez lui ; peut-être sa femme se montrerait-elle plus accueillante, mais jamais elle n’oserait acheter une Bible.
Le colporteur en fit un sujet de prière. Petit à petit la lumière illumina son cœur et il vit que c’était pour lui un devoir urgent que de chercher à faire entrer un exemplaire de la Parole de Dieu dans cette demeure qui n’en possédait pas.
Arrivé près de la maison, il vit la fermière qui travaillait activement. Elle avait l’air aimable et sourit même quand elle vit l’étranger approcher, le prenant pour un de ces colporteurs de librairie, si nombreux en Amérique du Nord. La conversation s’engagea, mais, quand elle vit que le volume dont il s’agissait était une Bible, bien qu’elle eût tendu la main pour le prendre, elle la retira bien vite, sachant quel accueil son mari lui ferait. Le colporteur insista quand même :
« Vous ne savez pas, Madame », dit-il, « ce que pensera votre mari, tant que vous ne l’aurez pas mis à l’épreuve. Avez-vous déjà essayé ? Peut-être avez-vous de lui une opinion trop défavorable et le jugez-vous plus sévèrement qu’il ne le mérite.
« C’est vrai », répondit la brave femme. « Mais en tous cas, je sais ce qu’il pense et ce qu’il dit. Il déclare qu’il hait jusqu’au mot même de religion ».
Sur les instances du colporteur, elle se décida pourtant à faire l’acquisition d’une Bible, se disant qu’elle serait malheureuse si elle s’y refusait. À peine l’eut-elle dans ses mains, tout heureuse, qu’un homme arriva de derrière la maison. C’était le fermier. De haute taille, solidement bâti, il portait une hache sur son épaule. Il répondit poliment à la salutation du colporteur qui le mit au courant de ce qui venait de se passer.
« Alors vous avez vendu une Bible à ma femme ? C’est pour cela que vous êtes venu ici ? Montre-moi ce livre, femme ! »
Toute tremblante, elle lui tendit le précieux volume, surprise néanmoins de ce que le fermier ne se fût pas montré plus violent. Il prit la Bible, l’ouvrit par le milieu, la posa sur un billot qui se trouvait là, puis, d’un coup de sa grosse hache, la coupa en deux. Il tendit une des deux moitiés à sa femme et mit l’autre dans sa poche en disant :
« Nous avons tout partagé en parts égales jusqu’à présent. Faisons-en autant aujourd’hui ».
Puis, sans saluer le colporteur, il tourna sur ses talons et s’éloigna.
Trois jours après, le fermier travaillait dans la forêt à abattre des arbres. Fatigué de son travail, il s’assit sur un tronc pour manger quand, tout à coup, il se rappela le livre mutilé qu’il avait dans sa poche. Il jeta un coup d’œil sur la dernière page et s’avisa, par pure curiosité, d’en lire quelques lignes. C’était le récit du fils prodigue. Le sujet l’intéressa au point qu’il fut tout déçu en voyant qu’il s’interrompait à ces mots : « Je me lèverai, je m’en irai vers mon père » (Luc 15. 18). Rentré chez lui, affectant un air détaché, il se mit à fouiller dans une armoire où l’on mettait tout ce dont on voulait se débarrasser. Ne sachant ce qu’il cherchait, sa femme lui demanda ce qu’il voulait.
« Donne-moi ta moitié de la Bible. Je viens de lire l’histoire d’un garnement qui s’était sauvé de chez lui, puis décida d’y retourner à cause des misères qu’il avait eues à endurer. Ma moitié de la Bible ne contient pas la fin de l’histoire. J’aimerais savoir ce qui lui arriva et comment le vieux l’a reçu ».
La fermière ayant répondu à son désir, il passa une partie de la nuit à lire le Saint Livre et continua tous les jours suivants. Enfin il finit par dire à sa femme :
« Femme, c’est le meilleur livre que j’aie jamais lu ! »
Quelque temps après, ce fut une nouvelle confession :
« Femme, je vais essayer de vivre suivant les instructions de ce Livre ; c’est le meilleur guide qu’on puisse trouver pour se diriger ».
Le fermier américain n’est pas le seul qui ait fait une découverte semblable. Bien des hommes, comme lui, vivent « dans un pays éloigné » et finissent par se lasser du climat moral qu’ils y trouvent. Les choses du monde ne les satisfont plus ; ils souffrent cruellement de la soif que rien ne saurait assouvir. Ils ont pourtant chez eux, sans doute, le Livre qui répondra à leurs besoins urgents. Par son moyen ils apprendront à connaître le chemin qui les conduira au Sauveur.
D’après Almanach Évangélique 1948