À PROPOS D’ORANGES

Un prédicateur chrétien, qui voyageait à bord d’un grand paquebot, parla un dimanche matin des réponses que le Seigneur accorde à ceux qui s’adressent à Lui en toute simplicité et en parfaite confiance. Parmi ses auditeurs il remarqua un passager dont l’expression cynique montrait bien le peu de cas qu’il faisait de ce qu’il venait d’entendre. Aussi, le service terminé, comme un de ses amis lui demandait son opinion sur ce qui avait été dit, il répondit d’un ton de mépris :

« Bah ! Enfantillages que tout cela ! »

L’après-midi, le même prédicateur eut à parler dans l’entrepont et vit devant lui presque tous ses auditeurs du matin. L’incrédule se trouva donc tout à fait seul sur le pont et demanda une orange au garçon de service.

« Servez-vous donc », répondit le jeune homme en montrant une grande coupe pleine de fruits. L’incrédule choisit deux oranges qu’il glissa dans ses poches, puis il se mit à arpenter le pont. Il arriva ainsi tout près du groupe qui écoutait la prédication et remarqua une très vieille femme qui dormait, les yeux fermés levés vers le ciel et ses mains reposant sur ses genoux, la paume ouverte. Voulant jouer un bon tour à la dormeuse, il plaça une orange tout doucement dans chacune de ses deux mains, puis reprit sa promenade. Il finit par revenir vers la vieille femme et la trouva éveillée, savourant une orange avec délices.

« Votre orange est-elle bonne ? » demanda-t-il.

« Exquise ! » répondit-elle. « Figurez-vous que j’avais le mal de mer et souffrais de la soif. Alors j’ai demandé à mon Père céleste de m’envoyer une orange. Je dois m’être endormie, car, au bout d’un moment, quand j’ai ouvert les yeux, j’ai trouvé une orange dans chacune de mes mains. Mon Père céleste est si bon pour moi ».

L’incrédule, très ému, fut amené à réfléchir et, quelque temps plus tard il trouva le chemin du salut.

D’après Almanach Évangélique 1948