
– Monsieur, je viens demander la permission de parler aux prisonniers.
Mlle Evangéline Metheny se tenait devant le commandant français de la prison d’Alexandrette, en Syrie.
– Quoi ! parler à ces grossiers personnages ? Madame, vous rendez-vous compte à quel genre d’hommes vous aurez affaire ? Assassins, voleurs, pirates, ils ont enfreint tous les commandements de Dieu. Si vous entrez dans la cour, ils vous tueront en cinq minutes. Non, non, je ne peux pas vous accorder cette demande.
– Je n’ai pas besoin d’aller dans la cour, je pourrais me tenir sur le balcon où sont les gardes.
– Non, Madame, je regrette, je ne peux vous y autoriser.
– Monsieur, poursuivit la courageuse femme, vous êtes officier dans l’armée française ?
– C’est exact.
– Vous donnez des ordres aux hommes placés au-dessous de vous ?
– Oui, et je compte qu’ils obéissent.
– Vous avez aussi des officiers au-dessus de vous qui vous donnent des ordres ?
– Certainement.
– Un bon soldat obéit toujours aux ordres de ses supérieurs, n’est-ce pas ?
– Toujours.
– Monsieur, moi aussi je suis soldat, soldat de Jésus Christ qui m’a commandé : « Va et parle aux prisonniers d’Alexandrette ». Vous attendez-vous à ce que je désobéisse à mon Commandant ?
– Non Madame, vous pouvez parler aux hommes pendant cinq minutes.
– Gardes, appela-t-il, conduisez cette dame au balcon, et veillez à ce qu’il ne lui arrive aucun mal.
Du balcon, elle vit les hommes se promener soit seuls, soit en petits groupes.
– Ya bnaiyi ! appela-t-elle. Hallo mes fils !
D’un seul mouvement les hommes levèrent la tête et répondirent :
– Ya immi ! – Hallo notre mère !
De son sac elle sortit des feuillets, des traités, des évangiles, qu’elle leur lança.
– Lisez ceci, et lisez à ceux de vos camarades qui ne savent pas lire. Je vous en apporterai encore vendredi prochain. Elle leur raconta ensuite une parabole, leur dit au revoir et partit.
Pendant plusieurs mois, Mlle Metheny retourna à la prison, saluée chaque fois par un « Ya immi ! » Puis un nouveau commandant fut nommé qui ne se souciait guère des commandements de Jésus Christ ; il fit cesser ces visites.
Elle décida alors de se rendre auprès des musulmans qui vivaient dans les montagnes. Elle allait de village en village à cheval, sachant qu’un jour ou l’autre elle pourrait rencontrer les voleurs qui infestaient la région. Elle savait qu’un missionnaire avait été sauvagement assassiné sur ces chemins ; elle priait Dieu de la protéger et ne fit jamais de mauvaise rencontre. Un après-midi, néanmoins, elle entendit des voix d’hommes puis, au tournant du chemin, elle se vit face à face avec une bande de voleurs. Ils étaient sur le point de l’attaquer lorsque brusquement leur chef s’approcha d’elle et lui dit : « Ya immi ! » Elle répondit : « Hallo mon fils ! » Et la bande passa tranquillement. Dans la suite elle eut encore plus d’une occasion de rencontrer d’autres bandes, mais chaque fois un cri s’élevait : « Ya immi ! » Et elle répondait : « Ya bnaiyi ! »
D’après Almanach Évangélique 1976