
La vie de Joseph peut se diviser en quatre parties. Dans la première, il est chez son père, depuis sa naissance jusqu’à l’âge de dix-sept ans. Le début du chapitre 37 nous dit : « Ce sont ici les générations de Jacob : Joseph, âgé de dix-sept ans » (v. 2). Il est le seul nommé dans cette génération, ce qui nous montre qu’en lui seul se trouve la satisfaction de son père Jacob. C’est une image, nous l’avons vu et nous l’avons répété. Joseph est un type remarquable et très complet du Seigneur, toutefois en étant bien inférieur. C’est donc une image de ce que le Seigneur Jésus est pour le cœur du Père de toute éternité, son Fils bien-aimé en qui il a mis son plaisir, celui en qui il a trouvé toute sa satisfaction, l’objet de son cœur.
Ainsi Joseph pendant ces premières années reçoit deux songes qui annoncent sa prééminence sur ses frères. Les gerbes nous parlent de la terre, les étoiles nous parlent du ciel. Ce sont les deux domaines où brilleront la domination et la gloire du Seigneur Jésus. 1 Pierre 1. 10 et 11 : « les prophètes qui ont prophétisé de la grâce qui vous était destinée se sont informés et enquis avec soin, recherchant quel temps ou quelle sorte de temps l’Esprit de Christ qui était en eux indiquait, rendant par avance témoignage des souffrances qui devaient être la part de Christ et des gloires qui suivraient ».
La deuxième période de la vie de Joseph sera une période de souffrances terribles. Il est l’objet de la haine et de jalousie de ses frères. Lorsque Jacob envoie Joseph pour prendre des nouvelles de ses frères, ceux-ci complotent contre lui et décident de le mettre à mort. Ils le dépouillent et finalement ils le jettent dans une citerne. Cette citerne était vide alors que le Seigneur a subi toutes les cataractes du jugement de Dieu en réalité.
Ils l’ont vendu à une caravane d’Ismaélites, il a été vendu comme esclave en Égypte. Puis sur une dénonciation calomnieuse de la femme de Potiphar, il a été emprisonné et il est resté en prison pendant peut-être au moins dix ans. C’est cette période de souffrances qui correspond tout à fait à ce que le Seigneur, lorsqu’il est venu sur la terre, a rencontré de la part de l’humanité déchue, de la part des Juifs et de notre part : la haine, le mépris, la réjection, la mort, la crucifixion.
Ses rêves annonçaient sa gloire. Au chapitre 39 Dieu dans sa providence permet que le Pharaon ait deux songes que personne ne pouvait interpréter. Et il est fait appel à Joseph. Il est extrait de sa prison, est présenté au Pharaon et il lui donne l’interprétation de ses deux rêves, c’est-à-dire que Dieu lui déclare solennellement qu’il y aura sept années de prospérité suivies de sept années de famine. Le Pharaon, subjugué par cette sagesse, décide d’élever Joseph à la dignité suprême ; et il l’établit sur toute sa maison et l’établit comme dominateur sur le peuple tout entier. C’est une image de l’élévation du Seigneur.
En quelque sorte, on peut dire que Joseph est comme sorti de la mort et ressuscité en figure. Le Seigneur de même a été ressuscité et nous lisons ce passage où il nous est dit que « Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Act. 2. 36). Et puis nous connaissons bien ce passage de Philippiens qui nous dit que, après cette période de souffrances, Dieu a donné à Jésus un nom au-dessus de tout nom : « C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou des êtres célestes, et terrestres, et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2. 9 à 11).
Voilà Joseph établi dans cette dignité suprême, cette gloire royale, et le peuple s’incline devant lui et on crie : « Abrec ! » – Qu’on s’agenouille ! Le monde entier, comme on le lit dans ce passage, s’inclinera devant la gloire de Celui qu’ils avaient rejeté. Il y a aussi une réponse pour le cœur de Joseph. Le Pharaon lui donne une épouse, Asnath, fille de Poti-Phéra, sacrificateur d’On. Cette épouse est tirée des nations, elle est égyptienne, de même que l’Église est tirée des nations et d’Israël. L’Église est associée maintenant à Christ dans sa réjection, mais elle est associée aussi à Christ dans la gloire et elle sera formellement et publiquement unie au Seigneur lorsqu’il viendra pour prendre son assemblée auprès de Lui.
Il lui est aussi donné deux enfants. Ainsi nous commençons aujourd’hui la troisième période de la vie de Joseph. Il a maintenant trente-neuf ans et il s’agit d’une période relativement courte dans sa vie, c’est la rencontre avec ses frères. Joseph aimait ses frères. Il aimait son père et malgré tout ce qui s’était passé vingt-deux ans auparavant, et qui n’était pas oublié, il n’avait aucun esprit de vengeance vis-à-vis de ses frères, au contraire. Il voulait les introduire dans les bénédictions dont lui-même était l’administrateur. Mais il ne pouvait pas les y introduire dans l’état moral où ils étaient. Il y avait ce poids sur leurs consciences, ils n’en parlaient pas, ils faisaient comme s’ils l’avaient oublié, mais cependant on verra que ce crime qu’ils avaient commis vis-à-vis de Joseph, avait pesé sur leur conscience pendant toutes ces années.
Joseph entreprend un travail qui paraît dur qui n’est en vérité que le produit de l’amour profond de Joseph pour ses frères et le désir qu’il n’y ait plus d’ombre entre lui et eux, et qu’ils puissent venir jouir de toutes les bénédictions qui étaient sous sa main. Nous verrons donc ce travail de restauration, ce travail de repentance et certainement nous serons amenés à parler plusieurs fois de ce qu’est la repentance.
Chapitre 41. 53 : « les sept années d’abondance qui avait été dans le pays d’Égypte finirent, et les sept années de famine commencèrent ». Ce verset se place vingt ans après que Joseph a été vendu par ses frères. C’est deux ans après, comme nous le voyons au chapitre 45 que Joseph se fait connaître à ses frères et qu’il leur dit : « il y a encore cinq ans, pendant lesquels il n’y aura ni labour, ni moisson » (v. 6).
C’est vingt-deux ans après que Joseph se fera reconnaître à ses frères. Joseph avait été vendu pour vingt pièces d’argent. Dieu permet que vingt ans s’écoulent. Les vingt pièces d’argent ont certainement été largement dépensées. Les vingt ans pourraient faire penser qu’on a oublié, ou que Dieu a oublié le méfait que les frères de Joseph ont accompli à l’égard de Joseph, comment ils ont agi de façon ignominieuse contre lui, l’ayant vendu pour l’Égypte. Mais Dieu n’oublie pas.
Cela se lie peut-être aussi à une parole que Joseph a dû dire lorsqu’il répond au Pharaon au sujet des songes qu’il a eus : « que le songe ait été répété deux fois au Pharaon, c’est que la chose est arrêtée de la part de Dieu » (41. 32). Nous pouvons remarquer qu’il y avait deux songes de Joseph concernant la gloire qui allait être la sienne et deux songes du Pharaon concernant les voies de Dieu pour faire aboutir ses propos.
Cela parle à nos cœurs concernant la personne du Seigneur Jésus. Il y a ce que Dieu s’est proposé de toute éternité pour la gloire de son Fils. Nous avons rappelé comment et le peuple d’Israël et les nations l’ont rejeté. Mais Dieu a arrêté dans ses voies, les moyens qu’il a par devers lui pour que tout genou vienne se ployer devant lui. Nous sommes dans la période de la grâce et c’est le temps où l’on peut se courber devant le Seigneur sans y être contraint, mais par obéissance. Mais il viendra un temps où à la fois le peuple d’Israël et les nations seront contraints de courber les genoux devant lui.
Nous voulons aussi faire ressortir l’aspect moral qu’il y a pour nous. Effectivement dans cette histoire de Joseph nous pouvons voir un aspect prophétique, un aspect moral pour nous et puis aussi cela nous parle d’une manière particulièrement douce et précieuse de la façon dont le Seigneur agit à notre égard lorsqu’il veut opérer un travail de repentance et un retour vers Lui.
Il y a peut-être des choses passées que nous avons faites dans lesquelles nous avons déshonoré le Seigneur. Peut-être que les souvenirs en sont relativement pâles pour nous, mais le Seigneur n’a pas oublié. Et tant que ces choses ne sont pas jugées et confessées, le Seigneur opèrera en nous pour nous amener à confesser et à nous repentir, c’est-à-dire à porter le même jugement que Dieu sur ce que nous avons fait. Le Seigneur nous rend attentifs par ce laps de temps qui s’est écoulé, vingt années, entre le moment où Joseph a été vendu pour l’Égypte et le moment où il est dit « les sept années de la famine commencèrent » (v. 54).
On peut bien penser que c’était le début du travail de Dieu dans les cœurs des frères de Joseph, ne serait-ce que par la réflexion de Jacob à ses fils lorsque la famine est là et qu’il sait qu’il y a du pain en Égypte. Il leur dit : « Pourquoi vous regardez-vous les uns les autres ? » (42. 1) Est-ce que ce temps de famine avant même qu’ils descendent en Égypte, n’était pas déjà un moyen utilisé par Dieu pour réveiller leurs consciences et leurs cœurs ? Un temps de famine peut nous parler aussi d’une famine spirituelle qui peut se manifester parmi nous. Est-ce que ce n’est pas quelque chose qui doit réveiller nos consciences et nos cœurs ?
Au moment où commence notre lecture, Joseph a donc été élevé par le Pharaon et depuis ce moment-là il dispose de toute la puissance sur tous les peuples d’Égypte et même sur toute la terre. Le résultat, avant même que la famine vienne sur le pays, nous l’avons vu, c’est que « dans tout le pays d’Égypte il y avait du pain » (v. 54). Joseph avait amassé comme on le voit au v. 49 « Joseph amassa du blé, comme le sable de la mer, une immense quantité, jusqu’à ce qu’on cessa de compter, parce qu’il était sans nombre » (v. 49).
N’y a-t-il pas là une image pour nous de la condition dans laquelle Christ se trouve maintenant, élevé à la droite de Dieu ? Il n’est pas connu des siens, en particulier du peuple juif, de ses frères, pas connu non plus du monde, même s’il bénéficie de sa sage dispensation et de ses soins. Mais le point important, c’est de voir toutes les richesses qui sont déjà amassées par Joseph. N’est-ce pas une image des résultats de l’œuvre que Christ a accomplie et qui va être la base de toutes les bénédictions qui sont proposées aux hommes pour être reçues par la foi et ensuite pour être publiquement dispensées pendant son règne effectif sur la terre ?
Certes, on l’a dit, Joseph est un type de Christ, mais bien inférieur à beaucoup d’égards, quoique sa gloire soit grande dans ces passages qui sont placés devant nous. En particulier dans les souffrances que Joseph a endurées, il n’y en avait aucune qui ait le caractère des souffrances que Christ a endurées sur la croix pour nos péchés. Ce sont des choses uniques que Lui seul a connues et qu’aucun des types de Lui n’a en aucune manière traversées.
Mais la Parole nous permet de constater qu’à cette période de l’histoire de Joseph, il a amassé une immense quantité de bénédictions qui vont être offertes ensuite libéralement. On pense à cette expression d’Ésaïe 53 : « Il verra du fruit du travail de son âme » (v. 11). Certes cela a un sens particulier pour Christ, mais c’est une de Ses gloires d’avoir ainsi par son œuvre accomplie une fois pour toutes, préparé et on pourrait dire accumulé ainsi tout ce qui était nécessaire pour que les desseins de Dieu en grâce à l’égard des hommes, et en gloire à l’égard de son Fils, puissent être ainsi pleinement accomplis.
Est-ce que dans le pays d’Égypte, ça poussait mieux qu’en Canaan ? Ça nous est dit clairement : « la famine sévissait dans le pays d’Égypte » (v. 55). Il n’y avait pas plus de ressources dans le sol de l’Égypte qui nous parle toujours du monde dans toute la Parole. Les ressources sont dans une Personne.
Par rapport à ce qu’on a entendu, comment ne pas penser à ce verset d’Éphésiens 2 qui donne cette expression : « les immenses richesses de sa grâce » (v. 7) ? Ne nous faisons aucune illusion. Il n’y a pas moralement quelque chose qui puisse nourrir nos âmes dans le monde dans lequel nous sommes, que ce soit en Canaan, que ce soit en Égypte, que ce soit dans le monde en général. Les ressources sont dans une Personne, en Christ.
Dans toutes les prétendues ressources aujourd’hui – et le monde est fourni, arrivée d’Internet par exemple – il n’y a rien pour le cœur, il n’y a rien pour l’âme. Les ressources sont dans une Personne, la Personne de notre Seigneur Jésus. « Allez à Joseph » (v. 55).
Y a-t-il qui a faim, Y a-t-il quelqu’un ici qui est dans un besoin terrible, personnel, familial, du rassemblement ? « Allez à Joseph », le divin Joseph, notre Seigneur Jésus. Il reste aujourd’hui la ressource de la foi qui peut parfaitement rassasier toute âme qui s’approche de lui. Le Pharaon n’a pas dit : allez vers les greniers qui sont pleins. Il n’a pas dit cela, il a dit : « Allez à Joseph ».
Alors Joseph a ouvert les ressources. Et en Canaan, le peuple d’Israël est obligé de frapper à la porte des nations. « Un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée » (Rom. 11. 25), plénitude liée encore à Christ, à celui qui est la ressource de la foi, qui le sera aussi pour Israël, dans cette terrible épreuve dont celle des frères de Joseph nous parle.
Nous pouvons être impressionnés par les circonstances extérieures, les famines, l’abondance. Quand nous lisons le premier verset de notre lecture (41. 53), il est dit que les sept années d’abondance finirent et que les sept années de la famine commencèrent à venir. Il y a un commencement, il y a une fin. C’est ce qui caractérise la terre, c’est ce qui caractérise le temps présent. Mais nos regards ne s’arrêtent pas sur les circonstances extérieures, nos regards s’arrêtent sur une Personne, sur Celui qui est le même, hier, aujourd’hui, éternellement.
Il se présente à nous dans toute la beauté, toute la gloire qui est la sienne. Ce qu’il est éternellement auprès du Père, c’est ce qu’il a manifesté dans sa vie ici-bas et ainsi, comme on l’a déjà remarqué, le regard du Père avec satisfaction a pu s’arrêter sur lui et dire : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Maintenant assis à la droite de la majesté Il est le même. Et quand nous contemplons la Personne du Seigneur Jésus et quand nous faisons le parallèle avec ce que nous avons dans ce livre de la Genèse, dans ces passages, s’il y a sur la terre des moments de famine, des moments d’abondance, le Seigneur Jésus est toujours dans l’abondance.
Auprès de lui il y a toujours des ressources. Nous pouvons effectivement toujours regarder à lui et trouver avec satisfaction ce qui convient pour nos cœurs et pour nos âmes. Quand nous pensons à ce que le Seigneur Jésus a accompli, et aux résultats qui découlent de son œuvre accomplie à la croix, on a dit qu’il y a ces bénédictions éternelles qui sont en réserve pour nous, dans lesquelles nous allons entrer et pleinement jouir éternellement.
Mais déjà sur la terre, les ressources sont là. Nous pouvons comparer toujours avec bonheur ce que le Seigneur Jésus est et ce qu’il a fait.
En Luc 12, il y a la parabole de cet homme riche qui avait un champ qui avait beaucoup produit. Cet homme récolte toutes les richesses de son champ, il construit des greniers, il amasse tout dans son grenier et quand il a fini de construire et d’amasser, que dit-il ? « Ah ! maintenant je vais pouvoir me reposer, je vais pouvoir manger ». Il veut jouir pour lui-même égoïstement de tout ce qui lui a été donné.
Le Seigneur, lui, a connu ce travail de son âme, il a ces résultats merveilleux. Toutes les ressources qu’il a acquises par son œuvre à la croix sont à la disposition de chacun et il les donne librement et avec abondance. Le Seigneur manifeste l’immensité de l’amour qu’il y a dans son cœur.
Quand nous pensons à Joseph, nous avons dit qu’il y a ces années passées dans lesquelles il a été dans la détresse, et puis maintenant il est gouverneur, il est élevé. Le Seigneur Jésus a été aussi rejeté, méprisé et il l’est encore ; demain il sera reconnu publiquement. Le Seigneur a manifesté d’une manière parfaite ce que l’apôtre Paul exprime en Philippiens 1. 12 : « Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance ».
Le Seigneur Jésus est parfait en toute circonstance, jamais les circonstances n’ont pu l’atteindre. Dans toute sa vie, dans toute sa marche, dans tout ce qu’il a dit, dans tout ce qu’il a fait, il a été parfait. Il a su être abaissé, il sait être dans l’abondance. C’est effectivement cet Ami fidèle qui ne change pas, vers lequel nous pouvons continuellement nous tourner.
Quand nous considérons Joseph, type de Christ, on peut dire qu’il y a au moins deux caractères qui sont soulignés le concernant.
Un caractère dans le chapitre précédent : le Pharaon peut dire : « Trouverons-nous un homme semblable à celui-ci, en qui est l’esprit des dieux ? » (v. 38) Ce qui caractérisait aux yeux du Pharaon la valeur de Joseph, c’est qu’en lui il y avait l’esprit des dieux, nous pouvons traduire la présence du Saint Esprit. C’est ce qui a fait la force, la valeur, du caractère de Joseph et c’est ce qui marquait le Seigneur Jésus dans toute sa vie. « En lui habite toute la plénitude de la déité corporellement » (Col. 2. 9).
Et puis dans notre chapitre il y a un autre caractère de Joseph qui est mentionné. Joseph peut dire au v. 18 : « moi je crains Dieu ». Il y avait dans le cœur de Joseph cette crainte de Dieu. Et c’est bien un caractère sur lequel nous devons nous arrêter et peut-être aujourd’hui plus que jamais. Nous avons devant nous la Personne du Seigneur Jésus qui est celui qui vient vers nous avec toute la douceur et toute la grâce qui sont ses caractères.
C’est aussi celui que nous connaissons comme le Fils de Dieu dans toute sa grandeur, dans toute sa puissance. Si nous pouvons nous approcher avec douceur de lui, c’est aussi dans toute la crainte et la révérence qui conviennent. Il est remarquable de voir dans ce chapitre combien Joseph discerne tout, il sait tout. C’est bien les traits de l’amour tel que le chapitre 13 de la 1ère épître aux Corinthiens nous le présente.
On pourrait peut-être ici voir une allusion aussi dans le cadre de l’assemblée. Sur le plan de l’assemblée, Christ est le chef de l’Église. Ici il nous est dit que « Joseph ouvrit tous les lieux de dépôt, et vendit du blé aux Égyptiens » (v. 56). C’est lui donc qui gère tous les lieux de dépôt qu’il avait placés dans les villes. « Il mit dans chaque ville les vivres provenant des champs qui étaient autour d’elle » (v. 48).
Chaque assemblée locale garde le bon dépôt qui lui a été confié. Chacun de nous doit garder le bon dépôt de la foi comme Paul le faisait. Chaque assemblée locale, nous le savons, est l’expression de l’ensemble du corps. Donc on pourrait voir peut-être ici aussi ce privilège des assemblées, là où le Seigneur rappelle la mémoire de son nom, autour de Lui, à sa table, le reconnaissant comme Seigneur.
Ces assemblées qui ont aussi des dons dans les vases que le Seigneur a formés, sont là et elles peuvent dispenser gratuitement du blé – ici ils vendaient, c’est sur un plan terrestre – mais pour nous : prenez gratuitement de ces biens célestes qui sont la part des croyants et que le Seigneur a en réserve dans le ciel maintenant. Que le sentiment de notre responsabilité aussi de « vendre » du blé aux Égyptiens nous anime ! Il y a des besoins dans ce monde.
Le Seigneur a donné des dons au milieu de son assemblée, les évangélistes, les pasteurs, et tous les autres dons. Quel privilège d’être à cet égard un serviteur, une servante, dans la main du Seigneur pour vendre gratuitement du blé aux Égyptiens qui ici sont le type de ceux qui sur le plan de l’assemblée ne sont pas encore des pierres vivantes de l’édifice.
Mais ici il y a aussi les frères de Joseph qui viennent chercher du blé. Nous savons quel travail profond va s’accomplir dans ces frères de Joseph, un travail de repentance et ils vont enfin comprendre, tout à la fin peut-être (ch. 50), ce que c’est que l’amour de Joseph. Dieu veuille que chacun de nous nous soyons persuadés que dans notre assemblée locale nous avons aussi un grand privilège, celui de faire fructifier les dons que le Seigneur nous a donnés !
Il est vrai que nous sommes dans une période très privilégiée de l’histoire du monde puisque le Saint Esprit est venu sur la terre pour nous apporter tout ce qui est de Christ. Nous voyons aussi dans cette histoire ce voile qui a été sur la famille de Jacob, une vingtaine d’années. Depuis qu’Étienne a été lapidé, il y a aussi vingt siècles que ce peuple a été mis de côté.
Mais nous voyons que le figuier pousse des feuilles. C’est une manifestation très particulière qui doit aussi parler à nos cœurs bien que l’Église soit une parenthèse et n’entre pas dans les prophéties de l’Ancien Testament, si ce n’est dans des tableaux remarquables. Après cette période viendra ce temps extrêmement solennel dont le Seigneur a parlé dans l’évangile de Matthieu au chapitre 24 où il est dit : « car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais » (v. 21).
Tant les juifs que les nations traverseront un océan de misères. Nous avons un verset pour nous montrer aussi que pour un temps Dieu a mis de côté son peuple et qu’il va travailler aussi dans ce temps de détresse pour les ramener à lui. « Je m’en irai, je retournerai en mon lieu, jusqu’à ce qu’ils se reconnaissent coupables et recherchent ma face. Dans leur détresse, ils me chercheront dès le matin » (Osée 5. 15). Nous voyons donc tout ce travail que Dieu va opérer dans le cœur de son peuple pour qu’ils reconnaissent celui qu’ils ont percé.
Et maintenant pour nous d’une manière très pratique, Dieu permet quelquefois des épreuves pour nous ramener à lui. Il travaille dans son amour parce qu’il désire, comme on l’a rappelé quelquefois déjà, nous amener tout près de son cœur. Puisque nous avons parlé de cette grande tribulation qui est citée plusieurs fois dans la Parole, cette détresse de Jacob, nous savons que nous sommes encore dans ce temps de la grâce. Bientôt la porte va se fermer. Alors cette Parole est encore pour nous aujourd’hui : « Allez à Joseph ; faites ce qu’il vous dira ».
Il est le Sauveur, mais il est aussi le Seigneur, « faites ce qu’il vous dira ». C’est encore ce temps merveilleux où l’on peut aller à lui. Il y a une réserve de grâce merveilleuse pour le pécheur qui est éloigné de lui. Dieu a toujours ouvert un chemin pour qu’il puisse revenir à lui. Mais il y a aussi cette réserve de grâce pour celui qui est tombé, un saint, un enfant de Dieu, un croyant. Si nous pensons à David, de quelle manière il est revenu, quel enseignement il y a pour nous !
Si vous ouvrez un livre d’histoire concernant l’Égypte, vous allez trouver des dynasties, la puissance des Pharaons, les noms de ceux-ci. Mais c’est curieux, on va rarement trouver quelque chose concernant Joseph, pour ainsi dire pas et puis rarement trouver aussi quelque chose concernant cette famine.
Dieu s’intéresse au monde, bien sûr, puisqu’il a envoyé son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle (Jean 3. 16). Mais Dieu s’intéresse aux siens d’une manière toute particulière. Tout ce qui arrive ici, c’est à cause d’une seule raison, c’est intéressant, ces sept années d’abondance, c’est magnifique. Tout le monde a pu dire : c’est extraordinaire, puis maintenant on se laisse aller sur ces abondances.
Vous savez, on a parlé de cette famine mais d’abord cette abondance juste avant. Cette abondance vous l’avez connue, nous l’avons connue. Il y a peut-être à peu près deux siècles, quelle abondance de nourriture, extraordinaire, tout ce réveil qui a eu lieu. Tout le monde a aimé cette Parole de Dieu. Quelle abondance il y avait ! Mais peu de personnes ne se sont soucié qu’un petit peu plus tard, il y aurait une famine et une des pires famines qui puissent exister, si ce n’est peut-être la pire justement. C’est quand Dieu se tait, Dieu ne dit plus rien.
C’est ce qu’on voit dans Amos 8. 11 : « J’enverrai une famine dans le pays ; non une famine de pain, ni une soif d’eau, mais d’entendre les paroles de l’Éternel ». Alors quand on est jeune peut-être des fois on est extrêmement enthousiaste, puis on aime les choses de Dieu, on aime les immenses richesses de sa grâce, parce que on se dit : à part cela, il n’y a rien d’autre dans ce monde.
On part pour le Seigneur Jésus avec un cœur sans compromis. Puis tout à coup les choses s’effilochent, notre amour se refroidit, et puis à moment donné on dit : mais voilà il y a une épreuve, ou il y a quelque chose qui ne va pas et Dieu, on l’interroge et il se tait. Ah ! cela c’est la pire des famines qui puisse arriver, Dieu se tait et on ne sait pas où aller.
Et c’est intéressant de voir dans le chapitre 43 que Jacob ne dit pas : « Allez à Joseph ». Il ne dit pas cela mais il dit : « Allez en Égypte ». Il ne se rappelle pas de Joseph, parce que pour lui, d’après ce qu’on lui a dit, Joseph est mort. On lui avait dit un mensonge, mais il va au bon endroit, il va exactement là où il y a de la nourriture.
Dieu intervient dans ces sept années d’abondance, dans ces sept années de famine, uniquement pour ramener à lui son peuple, mais aussi pour ramener à lui une famille ici, des frères, mais parfois juste pour ramener à lui une personne. Combien de fois dans la Parole de Dieu on voit ces choses !
Les frères de Joseph arrivent. Heureusement ils sont arrivés au bon endroit. Ils arrivent vers Joseph et Joseph les reconnaît. C’est notre Seigneur, ça c’est clair. Joseph les reconnaît. Après ces vingt années, il est clair que ça pesait sur leurs consciences, de temps en temps ils pensaient à ce péché parce qu’on dit bien des fois ça nous revient un peu plus tard, une semaine, un mois, une année c’est vite passé.
Puis tout à coup il y a une circonstance, ça c’est vrai il y a quelque chose que je n’ai pas confessé, il y a quelque chose qui reste, il y a une obscurité, il y a un nuage, il y a une noirceur encore dans mon cœur qui n’est pas effacée. La lumière de Dieu n’est pas venue et on continue comme ça. Et puis là maintenant, les frères de Joseph arrivent, mais Joseph attend, il patiente.
On n’est pas tellement caractérisés par cette patience. Joseph, immédiatement, aurait pu leur sauter au cou et puis dire : « Tout va bien. Maintenant on va recommencer les relations qu’on avait autrefois, vous savez ». Non. Non parce que justement le propos de Joseph, la pensée du frère qui voit quelque chose – ou du Seigneur d’abord – mais la pensée du frère qui voit quelque chose, c’est relever mais non pas d’écraser ou de relever légèrement quelqu’un.
Joseph aurait pu dire : « Ah ! maintenant le moment de régler les comptes est arrivé. On va voir qui avait raison quand il y a vingt-deux ans, j’avais songé ces songes ». Non. Il ne dit pas cela. Cela aussi est un avertissement pour nous. On ne peut pas comme cela, sans problème, revenir sur un passé.
On le voit avec David d’une manière particulière avec Absalom. Absalom revient. Il n’y a pas de confession, il n’y a rien. Et pendant ce temps Absalom nourrit dans sa pensée cette conjuration pour renverser et assassiner son père, parce que simplement il n’y a pas eu de confession. David n’a pas attendu cette confession. Il a sauté au cou de son fils pratiquement. Mais ici Joseph ne saute pas au cou de ses frères.
On a parlé d’un certain Erino Dapozzo. C’est un évangéliste italien. Il avait connu les camps de concentration nazis et puis il avait été souvent convoqué devant le commandant du camp nazi de concentration, lequel confisquait tous les cadeaux que la femme de Dapozzo lui envoyait. Il les interceptait au passage. Une fois il avait invité Dapozzo et il avait mangé devant lui tous les petits biscuits que sa femme avait confectionnés exprès pour Dapozzo.
La guerre se termine. Dapozzo retrouve ce commandant de camp. Il arrive vers lui, puis il lui apporte des biscuits. Il dit : « Voilà on va partager un peu maintenant ». L’autre était terrorisé. Il s’est dit : « le règlement des comptes est arrivé ».
Vous voyez si Joseph avait agi comme cela, en disant : le règlement des comptes est arrivé, il n’y avait rien qui se serait fait, rien. Cela nous apprend à être patients, et bien sûr cela nous apprend à agir toujours dans le but de relever quelqu’un, jamais de l’écraser, jamais. Si nous avons dans notre cœur le but de relever une personne qui est tombée, d’abord : « l’amour couvre une multitude de péchés » (1 Pier. 4. 8), c’est clair, donc ce sont des choses qu’on n’a pas à propager à gauche ou à droite, on va les tenir le plus longtemps possible secrètes comme ici Joseph.
Il n’a rien dit à ses frères. Il agit même avec une dureté apparente, mais cette dureté apparente est tellement remplie de tendresse et d’amour pour ses frères, il est tellement rempli de tendresse, que qu’est-ce qu’on voit ? On voit Joseph qui va pleurer. Voilà le cœur qu’il nous faudrait avoir, voilà le cœur de Joseph que nous devrions aussi pouvoir un peu imiter.
La police judiciaire, les juges d’instruction quelquefois lorsqu’un crime date un peu, vont opérer ce qu’on appelle une reconstitution. On va prendre le coupable présumé, on va le ramener sur les lieux de son méfait et on va essayer de mieux comprendre quelle est la vérité. Mais les juges d’instruction n’ont rien inventé puisque c’est exactement ce qui se passe ici.
Dans notre lecture nous sommes obligés de faire des va-et-vient entre le chapitre 37 et ce que nous avons sous les yeux. On a dit qu’ils avaient tenu deux ans et que déjà là cela les renvoyait à un problème de nourriture. Souvenons-nous que dans le chapitre 37 ils avaient jeté leur frère au fond de la citerne et qu’avaient-ils fait ? Ils s’étaient assis pour manger. Cela ne leur avait pas coupé l’appétit. Qu’est-ce que nous avons au début du chapitre 42 ? Nous avons les mêmes dix frères qui quittent leur père en laissant le petit dernier à la maison. La raison pour laquelle Jacob ne laisse pas aller Benjamin est bien explicité dans ce texte. Cela nous est dit : « De peur qu’un accident ne lui arrive ! » (v. 4) Avait-il discerné un petit peu la responsabilité de ses fils dans ce qui s’était passé vingt-deux ans avant ? Il semblerait, parce que quand il dit : « Vous m’avez privé d’enfants, Joseph n’est plus » (v. 36) il lie donc le fait que « Joseph n’est plus » à l’accident dont ils lui avaient parlé : vous m’avez privé d’enfants.
Et puis si on continue ces va-et-vient, nous arrivons à ce moment devant Joseph où il va leur dire : « vous êtes des espions ». Est-ce qu’il y avait quelque chose dans le chapitre 37 à ce sujet ? Certainement, dans les mauvais coups que nous trouvons dans le chapitre 37, il y avait quelque chose qui les gênait, c’est le témoin que représentait Joseph de toutes leurs malversations, de tous leurs mauvais coups. Il était témoin de cela, il les rapportait à son père.
Ils disent : « nous sommes d’honnêtes gens ». On voit qu’on peut complètement se tromper sur notre état. Ils peuvent dire : « nous sommes d’honnêtes gens et l’un n’est plus ». Les deux choses qui auraient dû quand même remuer un peu leur conscience : « l’un n’est plus », « nous sommes d’honnêtes gens ». On peut s’illusionner complètement sur notre état dans la mesure où nous ne nous tenons pas devant Dieu.
C’est dans la mesure où nous nous tenons dans la lumière du Seigneur, que nous connaîtrons la vérité de notre état. Ils le croient quand ils disent : « nous sommes d’honnêtes gens », ils le croient. David aussi avait pu invoquer l’Éternel : « l’Éternel est vivant » (2 Sam. 12. 5) et il venait de tuer Urie et de lui prendre sa femme. Cela ne l’empêchait pas de parler du Seigneur. « Tu veux la vérité dans l’homme intérieur » (Ps. 51. 6).
Ce qui s’est passé aussi, c’est qu’ils ont été enfermés pendant trois jours et ils l’avaient jeté dans la citerne. Et puis il y a eu le moment où ils ont vu qu’on a lié Siméon. C’est bien une reconstitution. On va rentrer avec un en moins.
On a dit que la première visite des frères en Égypte était par rapport au problème qu’ils avaient eu vis-à-vis de Joseph alors que la deuxième visite est plutôt par rapport au père, par rapport à Jacob.
Encore un exemple ou deux. Ils ouvrent leurs sacs, et l’argent est là. Nous avons de la nourriture volée, on ne l’a pas payée cette nourriture. Y avait-il eu un problème d’argent ? Joseph lui-même disait : « j’ai été volé du pays des Hébreux » (40. 15). Leur frère ne leur appartenait pas, ils l’avaient vendu. Il y avait aussi un problème d’argent. Tout cela était là de la part de Dieu pour travailler leur cœur, pour les amener à juger ce qu’ils avaient fait.
Vingt-deux ans entre le moment du chapitre 37 et la reconstitution des faits qui s’étaient alors produits. Le péché, devant Dieu, ne vieillit pas. Bien-aimés, le péché devant Dieu, ne vieillit pas. Nous l’avons peut-être occulté de notre conscience, on a mis plein de choses par-dessus, mais devant Dieu notre péché ne disparaît pas, sinon dans la confession et la repentance. Quelquefois on dit : « Oh ! il y a tellement longtemps ! » Mais pour Dieu, c’est comme si Christ avait été crucifié hier soir. Voilà l’acuité du péché devant Dieu. Un frère écrit dans son étude sur Joseph : « Les moulins de Dieu tournent lentement, mais ils broient très fin ».
On est aussi frappé par ce lien qu’il y a entre le chapitre 37 et le chapitre 42 dans l’accusation que Joseph porte sur ses frères. Il leur dit : « vous êtes des espions ». Qu’est-ce qu’un espion ? C’est quelqu’un qui complote en cachant son attitude pour arriver à des fins très mauvaises. Et qu’avaient fait les dix frères de Joseph au chapitre 37 ? « Ils le virent de Loin ; et avant qu’il fût proche d’eux, ils complotèrent contre lui pour le faire mourir » (37. 18).
On voit avec quelle insistance Joseph accuse ses frères d’être des espions. À première lecture on est surpris, mais en fait il leur dit exactement ce qu’ils sont. Ils ne venaient certes pas pour espionner le pays d’Égypte, mais il leur dit ce qu’ils sont. C’est par cette accusation même qui extérieurement paraît être une fausse accusation, mais qui en fait en est une réelle, que les frères de Joseph vont arriver à dire : « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ».
Cette accusation de complot contre l’Égypte les amène à reconnaître leur culpabilité dans le complot qu’ils avaient organisé, qu’ils avaient ourdi, à l’égard de leur frère Joseph. « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ». Dieu n’oublie pas ce qui s’est passé et la gravité en demeure sans être atténuée. Il amène l’âme, il amène nos âmes, à reconnaître la gravité de ce qui s’est passé. « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ; car nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté » (v. 21).
Même lorsque le travail de Dieu s’effectue dans le cœur, il y en a toujours qui cherchent des excuses. Ruben dit : « Ne vous ai-je pas parlé, disant : Ne péchez pas contre l’enfant ? Mais vous n’avez pas écouté ». Ruben qui certainement avait une responsabilité particulière, c’était l’aîné, avait essayé, comme on le voit au chapitre 37, de soustraire Joseph des mains de ses frères. Mais il semble bien qu’il n’avait pas usé de toute l’autorité qu’il aurait pu avoir pour les empêcher de commettre leur méfait. Alors il rejette la faute sur ses frères. Au lieu de s’associer à cette culpabilité, il la rejette. C’est bien un exemple de ce que nous avons tendance à faire et de ce que nous faisons si vite : Ne vous ai-je pas dit et vous n’avez pas écouté – au lieu de courber la tête et de reconnaître notre part de culpabilité.
En lisant ces chapitres nous avons différents enseignements, on peut dire de plusieurs manières. Nous avons devant nous tout premièrement, littéralement, cette rencontre des frères de Joseph avec Joseph et comment Joseph agit à leur égard dans l’amour et dans la vérité. Il y a là quelque chose qui nous étreint parce qu’on voit vraiment à la fois comment Joseph aime ses frères – on le voit pleurer sept fois – et en même temps comment il désire vraiment les amener dans la lumière.
Il y a aussi un tableau prophétique qui parle de ce moment où le peuple d’Israël qui aura rejeté son Messie, sera amené à le reconnaître, un tableau de ce travail de la grâce de Dieu dans les cœurs et dans les consciences pour les amener à reconnaître ce qu’ils ont fait en rejetant leur Messie, pour qu’ils puissent être bénis parce que le but de Dieu est toujours de bénir. Donc après ce moment où Joseph est élevé dans la gloire, il y a l’apparition d’Asnath qui lui est donnée comme femme, type de l’Église. Il y aura ce moment aussi où le peuple d’Israël (représenté par les frères de Joseph) sera amené à reconnaître Christ comme le Messie, et il sera réconcilié avec Dieu et admis à jouir de la bénédiction dans le règne millénaire. Donc il y a aussi des types intéressants à ce niveau-là.
Il y a aussi donc pour nous cette image, ce type de Joseph, nous montrant comment le Seigneur s’occupe de nous. Il désire aussi nous faire prendre conscience de ce qui a pu ne pas être en règle avec lui, que peut-être nous avons oublié, que nous avons laissé passer. Là aussi il y a des choses très importantes : comment le Seigneur agit à notre égard, comment il veut nous ramener, son amour. Il y a là quelque chose qui nous pénètre profondément chacun.
À la fois le Seigneur n’oublie rien, il ne veut rien laisser dans l’ombre et il va travailler pour nous amener à reconnaître les choses, à les confesser, pour que ces choses puissent vraiment être ôtées et qu’on puisse jouir avec lui d’une heureuse et libre communion. Comme on l’a vu dans les exemples qui sont là, dans cet exemple qui est placé là devant nous, il peut se servir de diverses circonstances qui apparemment n’ont pas de lien direct avec ce qui s’est passé.
Lorsque Joseph dit à ses frères : « Vous êtes des espions », on peut dire : effectivement ils sont là pour venir acheter du blé, ils ne sont pas des espions. C’est ce qu’ils vont dire. Mais on voit comment cette parole peut travailler leur conscience pour les amener à réaliser qu’effectivement à un certain moment ils ont bien comploté, ils ont bien agi en se cachant, en faisant des choses cachées vis-à-vis de leur père, etc. vis-à-vis de Joseph.
Déjà dans ce chapitre au v. 21 « ils se dirent l’un à l’autre : Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ». Joseph ne s’est pas encore fait connaître et ce travail ne fait que commencer, à travers ce que Joseph a pu leur dire, ce qu’il place devant eux, une flèche qui atteint leur conscience.
Le Seigneur travaille de cette manière-là avec nous, peut-être en permettant des circonstances dans nos vies qui n’ont pas de lien direct avec ce qui s’est passé il y a longtemps, mais il veut réveiller notre conscience, il veut nous faire ressouvenir, nous amener à juger la chose. Il y a quelque chose de très instructif pour nous dans ces versets. Ils sont conservés dans la Parole dans leur détail pour sonder nos consciences et nous amener à vraiment revenir et marcher dans la lumière.
Puis, cet autre enseignement sur un autre plan qui est instructif pour nous, dans nos relations les uns avec les autres. Lorsqu’il y a des choses qui se sont passées, qui ne sont pas justes, mais mauvaises – quand nous sommes coupables à l’égard de notre frère, par exemple, comment agir ? Il ne s’agit pas de vouloir profiter comme Joseph aurait pu le faire effectivement, du fait que ses frères étaient là devant lui, pour leur asséner en quelque sorte ce qu’ils avaient fait de mauvais.
Il leur dit la vérité mais on voit comment il agit pour gagner leur cœur, pour les amener vraiment à être dans la lumière. Il y a là, quelque chose de très instructif pour nous, et non pas non plus, faire comme si rien ne s’était passé en disant : on est plein de grâce, on est plein d’amour, on oublie et puis on tourne la page. Il y a chez Joseph vraiment un équilibre. Son but, c’est un amour vrai, il veut que toutes choses soient réglées dans la lumière. Nous avons là aussi une instruction particulière pour ce côté-là de nos rapports les uns avec les autres. On passe d’un sujet à un autre souvent lorsqu’on présente ces versets. Il est important pour nous de réaliser qu’il y a donc ces quatre points différents : ce qui s’est passé pour Joseph, l’aspect prophétique, le Seigneur à notre égard et l’exemple pour nous vis-à-vis de nos frères.
Dans cette comparaison que nous pouvons faire avec les circonstances du chapitre 37, il y a un passage extrêmement frappant et qui est sans doute au cœur de tout le travail que Joseph va faire envers ses frères. Il leur dit : « amenez-moi le plus jeune de vos frères, et vos paroles se trouveront vraies » (42. 20). Pensons au chapitre 37. Joseph, leur frère, était venu à eux, leur jeune frère à l’époque. Qu’ont-ils fait ? Ils l’ont vendu, ils ont pris son vêtement, ils l’ont trempé dans le sang, ils l’ont envoyé à leur père et lui ont dit : « reconnais si c’est la tunique de ton fils, ou non ».
Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Au lieu de revenir avec leur plus jeune frère, ils ont envoyé à leur père un mensonge, un terrible mensonge. Le mensonge est lié fondamentalement au péché. Le péché est fondamentalement lié au mensonge, mensonge à l’égard du Seigneur Jésus, mensonge à l’égard de Dieu, mensonge dans nos vies. Ils ont menti et ils ont menti précisément en ne ramenant pas leur frère, en le rejetant, en le vendant. Leurs paroles peuvent se trouver exactes, c’est-à-dire que la façon dont ils pouvaient prétendre se tenir devant Joseph, en fait, elles ne pouvaient se trouver vraies que s’ils ramenaient leur plus jeune frère, que s’ils venaient avec Benjamin.
Nous aurons l’occasion de voir comment Benjamin est un type, une figure du Seigneur Jésus ressuscité et que pour pouvoir nous tenir en vérité devant Dieu, nous ne pouvons le faire qu’en ayant avec nous, en quelque sorte, le Seigneur Jésus ressuscité, celui qui par sa mort, par ses souffrances, a réglé la question de notre péché et par sa résurrection nous a justifiés. Il a été livré pour nos fautes, ressuscité pour notre justification. Mais combien cela nous montre cette profonde sagesse de Joseph, qu’il n’y avait rien de gratuit, de superficiel, dans sa façon d’agir, combien il était nécessaire qu’ils viennent avec leur plus jeune frère, que tout ce chemin de péché et de mensonge qu’ils avaient parcouru depuis ce chapitre 37 soit complètement inversé lorsqu’ils viendraient, si nous parlons dans le langage du Nouveau Testament, avec Christ ressuscité dans leur cœur.
Ce qui peut correspondre à des expériences très pratiques que l’on peut vivre les uns ou les autres, qu’on peut réaliser, au sujet de l’accusation de Joseph : « vous êtes des espions ; c’est pour voir les lieux ouverts du pays que vous êtes venus ». C’est vrai qu’ils n’étaient pas venus pour cela.
Quelquefois dans notre vie, dans nos expériences, nous pouvons faire l’objet d’accusations qui ne sont pas justes, extérieurement. On nous dit : « vous avez fait ceci, vous vouliez faire cela » et c’est inexact. Et cela peut nous troubler, cela peut nous amener effectivement à des réponses comme celle des frères de Joseph : « Mais non, nous sommes d’honnêtes gens. Mais non, nous sommes des gens bien, nous n’avons pas fait cela, loin de nous l’idée de faire cela, jamais nous n’aurions pensé faire cela » et nous nous retournons sur nous-mêmes et nous sommes remplis du désir de nous justifier nous-mêmes.
Nous verrons deux chapitres plus loin quel est le progrès, quelle immense différence il y a entre ce que nous trouvons dans ce chapitre 42 et ce que nous trouvons dans le plaidoyer de Juda : « comment nous justifierons-nous ? » (44. 16) Maintenant ils sont en train d’essayer de se justifier. Devant Dieu ce n’est pas possible. Le Seigneur peut se servir d’accusations fausses qui sont portées contre nous. Il s’en est servi dans l’histoire de Joseph pour mettre à l’épreuve la foi de Joseph, la réalité de sa foi, la réalité de sa crainte. L’accusation de la femme de Potiphar était manifestement fausse.
Qu’a fait Joseph ? Est-ce qu’il avait dit : « Mais, moi je suis un homme honnête. Tu m’as confié tout ce que tu avais, tu vois bien que je suis quelqu’un qui a tout fait prospérer ». Joseph n’a rien dit de tel. Il s’est soumis. Il s’est soumis parce que c’était les voies de Dieu. Et c’est l’épreuve de sa foi qui est manifestée là, l’épreuve de sa foi bien plus précieuse que celle de l’or qui périt. Il peut arriver pour les uns ou pour les autres, que nous ayons pu faire l’objet d’accusations injustes. Cela est certainement arrivé à plusieurs d’entre nous et en particulier des jeunes, parce que quand on est jeune, on réagit plus vivement à ces choses-là ; ou dans notre travail, ou dans d’autres circonstances.
Comprenons d’abord que la première chose que le Seigneur veut à travers cela, c’est mettre notre foi à l’épreuve, nous enseigner la façon dont nous acceptons toutes choses, non pas comme venant des hommes, mais comme étant permises par Lui. La deuxième chose c’est que cette accusation a pour but de travailler dans la conscience des frères de Joseph. Certes ils n’étaient pas venus pour espionner le pays, mais ils avaient des choses bien plus lourdes et bien plus graves sur leur conscience et il fallait que ces choses reviennent devant eux. Le Seigneur peut se servir aussi d’accusations injustes pour nous amener, non pas à dire : « Nous, nous ne sommes pas capables de cela, nous sommes des gens très bien. Moi je suis quelqu’un de très bien, je n’aurai jamais fait cela », mais pour se dire : qu’est-ce que le Seigneur veut me montrer sur ce que je suis ?
Qu’est-ce qu’il peut y avoir dans ma vie ? Je n’ai pas fait cela, certes, mais dans ma vie, dans mon cœur, dans mes pensées, dans mes paroles, qu’est-ce que j’ai fait ou qu’est-ce que je pourrais faire ? Le Seigneur veut nous amener à ce genre de choses, à des exercices comme celui-là pour nous faire comprendre ce que nous sommes. Alors le Seigneur le permet. Il le permet dans notre vie, nous en avons fait l’expérience les uns ou les autres.
Certainement. David en a fait l’expérience quand Shimhi sort et lui lance des pierres en lui disant : « Sors, sors, homme de sang » (2 Sam. 16. 7). Dans un sens David était un homme de sang, mais pas comme Shimhi le pensait. Mais David au lieu de dire de Shimhi : cet homme-là m’accuse injustement, David a compris, lui, quelle était la portée des choses pour lui, pour sa conscience, pour sa relation avec Dieu.
C’est important pour nous parce que je pense, particulièrement quand on est jeune, quand on a un sentiment profond de l’injustice qui nous atteint, on peut se dire : « Non, surtout pas », et on va se défendre. Avant de penser à se défendre, pensons plutôt à laisser le Seigneur sonder notre cœur et notre conscience et nous nous apercevrons qu’effectivement il y a des choses à régler et sur lesquelles il met le doigt.
Sur les vingt ans, juste une expression que l’on trouve dans le 1er livre de Samuel : « il se passa un long temps, vingt années » (7. 2). Vingt années, c’est un long temps. Dieu lui-même nous le dit. Mais Dieu intervient et n’oublie pas.
Et nous, chers amis, est-ce que nous sommes d’honnêtes gens ? La grâce a permis des choses en nous, mais n’oublions-nous pas trop souvent que la chair demeure en nous ? Alors posons-nous la question sans vouloir faire du catastrophisme car la grâce est là, mais en laissant sonder notre cœur par le Seigneur.
Souvent lorsque nous sommes accusés injustement, Dieu travaille dans les cœurs et atteint nos consciences. Nous voyons que dans les chapitres 9 d’Esdras, de Néhémie, de Daniel, qu’ils disent : l’Éternel est juste. « Tu es juste dans tout ce qui nous est survenu » (Néh. 9. 33). La repentance est l’état moral que nous portons sur nous, sous l’action de la Parole de Dieu et du Saint Esprit. C’est la découverte de ce que nous sommes, des êtres profondément pécheurs, ce qui fait pousser un cri tel qu’Ésaïe a pu l’exprimer quand il était en présence de la gloire de Dieu : « Malheur à moi ! car je suis perdu » (6. 5).
Même Pierre a pu dire au Seigneur : « retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Luc 5. 8). Nous voyons aussi le travail dans le patriarche Job, la parole qu’il a prononcée à la fin après tout cet exercice qu’il a connu : « je me repens dans la poussière et dans la cendre » (42. 6). Et dans le chapitre 39 : « Et Job répondit à l’Éternel et dit : Voici, je suis une créature de rien, que te répliquerai-je ? Je mettrai ma main sur ma bouche. J’ai parlé une fois, et je ne répondrai plus ; et deux fois, et je n’ajouterai rien » (v. 36 à 38).
On a dit que la parole de Joseph « vous êtes des espions », c’était traiter injustement ses frères. Que fait un espion ? Il va dans un domaine qui ne lui appartient pas, il va regarder ce qui ne le regarde pas. Est-ce que nous ne sommes pas des fois des espions quand on va sur un site qui ne nous regarde pas, qui n’apportera que souillure et meurtrissure ? Est-ce que nous ne sommes pas des espions quand nous allons dans ce domaine inculte, sollicités par tous les concours qu’on nous offre pour gagner des cent mille euros et les horoscopes bien sûr ? C’est peut-être un peu loin, mais soyons gardés d’entrer dans ces domaines qui ne nous appartiennent pas.
Les frères de Joseph avaient-ils comploté contre lui parce qu’ils n’acceptaient pas ses songes et en particulier le fait que Joseph avait au milieu d’eux une place d’élévation. Et il y a un danger pour chacun de nous de vouloir prendre et même peut-être au milieu de l’assemblée, une place qui n’appartient qu’au Seigneur seul ? On sait que dans la troisième épître de Jean il y avait un homme, Diotrèphe, qui voulait être le premier.
Cette place de prééminence appartient au Seigneur. C’est lui qui dirige toutes choses et qui a la haute autorité sur toutes choses et nous devons la lui laisser, ne pas vouloir entrer, comme cela a été dit, dans un domaine qui ne nous appartient pas. Il y a là aussi un danger, sans minimiser les autres dangers dont notre frère a parlé en allant voir des choses qui ne peuvent que nous souiller.
Une autre pensée aussi sur ce paquet d’argent que chacun trouve à l’entrée de son sac. Est-ce que cela ne rappelait pas cruellement ces vingt pièces qu’ils avaient eues dans leurs mains, qui étaient le prix de la vente de leur frère ?
Et puis il y a peut-être autre chose. Quand le Seigneur agit envers nous, il n’attend pas que nous payions nos dettes. Si les frères de Joseph avaient payé leur blé, ils n’auraient pas été amenés à ce travail de conscience et de cœur. Ils auraient pu dire : « nous sommes effectivement d’honnêtes gens, nous avons payé notre blé, on ne doit rien à personne ». Mais Joseph a voulu leur faire sentir qu’ils avaient une dette. Comme le Seigneur qui nous donne tout gratuitement, veut aussi que nous ressentions que nous avons une dette envers lui, mais que notre dette, c’est lui qui l’a payée.
Il y a une beauté particulière dans cette façon d’agir de Joseph qui nous parle de la sagesse divine qui lui était donnée et qui saisit profondément nos cœurs.
On voit au v. 24 que Joseph « se détourna d’auprès d’eux, et pleura » (v. 24). C’est la première fois qu’on voit Joseph pleurer. Il est signalé à sept reprises que Joseph a pleuré. Dans les deux premières parties de sa vie, en particulier quand il était en prison, on ne le voit pas pleurer. Il ne s’est jamais plaint. Là, il pleure, il pleure d’affection, d’émotion, devant la contrition de ses frères.
Il est tout à fait étrange de voir que ses frères qui étaient devant Joseph ne savaient pas que c’était Joseph. Ils pensaient que c’était un grand de l’Égypte, rien de plus. Lui, Joseph savait, mais eux ne savaient pas. C’est tout à fait étrange de voir que la première chose qui revient sur leur conscience – certainement ils avaient beaucoup péché, et on voit en Genèse 38 que Juda avait gravement péché, entretemps il y avait bien d’autres péchés qu’ils avaient commis, mais devant cet étranger qui les traite d’espions – la première chose qui revient à leurs cœurs, c’est ce crime qu’ils avaient commis vingt-deux ans avant.
Nous voyons que dans ce crime, lorsqu’ils ont jeté Joseph dans la fosse, il demandait grâce. On peut signaler en passant que lorsque le Seigneur a été accusé, a été traîné devant le tribunal pour être crucifié, il n’a pas demandé grâce. Il est allé accomplir l’œuvre que Dieu lui avait donné à faire. Et puis au v. 28 une réflexion qui est venue au cœur des frères lorsqu’ils retournent chez eux : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » (v. 28)
Ils sont terrorisés en retrouvant cet argent dans leurs sacs et ils comprennent qu’il y a quelque chose de tout à fait anormal dans le fait qu’on leur ait rendu leur argent. Ils ne se réjouissent pas, ils sont très troublés. Mais là au lieu de dire : Qu’est-ce que nous avons fait autrefois à Joseph, comme ils l’avaient dit au v. 21, là ils disent : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? »
On peut revenir juste un instant sur le caractère moral de Joseph : « moi je crains Dieu ». On a souligné tout à l’heure l’expression du Pharaon au sujet de Joseph. Le Pharaon dit : « Trouverons-nous un homme semblable à celui-ci, en qui est l’esprit des dieux ? » nous pourrions dire l’Esprit de Dieu si nous l’appliquons au Seigneur, bien sûr (41. 38). C’était l’appréciation du Pharaon saisi par la sagesse de Joseph.
Lorsque Joseph dit : « je crains Dieu », il se place lui-même en quelque sorte dans ce qui marque sa vie. Il y a deux moments, je crois où Joseph parle de lui, où Joseph parle des caractères de sa vie. Il ne parle pas de ce qu’il a vécu, mais de la façon dont sa vie a été formée, du caractère moral de sa vie. C’est la première fois en quelque sorte qu’il parle à ses frères : « moi je crains Dieu ».
Et puis la dernière fois qu’il parle à ses frères, il va leur dire : « Vous, vous aviez pensé du mal contre moi, Dieu l’a pensé en bien, pour faire comme il en est aujourd’hui, afin de conserver la vie à un grand peuple. Et maintenant, ne craignez point » (50. 20 et 21). J’aurais simplement voulu attirer notre attention sur ces deux expressions et la façon dont elles peuvent nous parler : « moi je crains Dieu » et « Dieu l’a pensé en bien ». Dans nos circonstances, dans notre vie, quelle est notre relation avec Dieu ? Qu’est-ce que la crainte de Dieu ?
On voit dans le chapitre 42 que les frères de Joseph ont peur : « ils furent saisis de peur » (42. 28). Quel contraste ! Joseph dit : « moi je crains Dieu », les frères de Joseph ont peur. Ils ont peur parce que leur conscience est chargée, il y a des péchés qui ne sont pas réglés dans leur vie, parce qu’ils ne peuvent pas se tenir devant Dieu et que quand Dieu intervient – ils sentent bien que Dieu est intervenu dans leur vie – ils disent : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » et ils sont effrayés. Joseph dit : « moi je crains Dieu ».
Parce que Joseph craignait Dieu, cette crainte de Dieu a dirigé son chemin. Elle a dirigé son chemin dans la maison de Potiphar. Cela lui a valu la souffrance, cela lui a valu l’épreuve, mais Joseph avait cette relation avec Dieu qui était maintenue pure. Joseph avait le sentiment de ce qui était juste et saint devant Dieu. Joseph avait le sentiment de ce que devait être sa conduite devant Dieu, il craignait Dieu. Craindre Dieu, ce n’est pas avoir peur de Dieu comme les frères de Joseph, c’est avoir le sentiment de ce qui est juste et droit devant Dieu dans notre vie et de ne pas nous permettre ce qui n’est pas juste et droit devant Dieu tel que nous le connaissons.
Est-ce que nous avons l’un ou l’autre, chacun de nous, cette crainte de Dieu dans notre cœur, dans notre vie ? C’est quelque chose de fondamental cette crainte de Dieu. C’est ce qui nous gardera. Ce n’est pas la Loi, ce n’est pas des commandements, ce n’est pas des ordonnances. Joseph n’avait pas de Loi à cette époque-là mais il avait cette crainte de Dieu. On trouve cette crainte de Dieu dans les patriarches, on la trouve chez Job, on la trouve chez tous les croyants. « Je crains Dieu ».
Est-ce que nous pouvons nous laisser tous sonder par cette parole ? Est-ce que je crains Dieu ? C’était le commencement si l’on peut dire, le fondement de la marche pratique, de la vie pratique de Joseph. Cette crainte de Dieu, c’est ce qui l’a guidé, c’est ce qui a fait qu’il n’y a pas eu de peur en lui. Joseph n’est pas quelqu’un qui a peur. Les frères de Joseph ont peur. Ils ont peur parce que précisément il y a des choses dans leur vie qui ne sont pas selon la pensée de Dieu, qui ne sont pas justes devant Dieu et ils ne les ont pas encore réglées. Dès que la main de Dieu apparaît dans leur vie, ils ont peur. Il faudra beaucoup de choses pour qu’ils cessent d’avoir peur.
Nous comprenons que Dieu ne veut pas que nous ayons peur. Dieu désire que nous ayons cette crainte qui le glorifie et il veut en même temps chasser la peur de nos cœurs. « L’amour parfait chasse la crainte » (1 Jean 4. 18), au sens de la peur. L’amour parfait, c’est évidemment l’amour de Dieu pour nous. Jamais notre amour à nous ne sera parfait. Mais l’amour parfait de Dieu envers nous, chasse la crainte au sens de la peur. Dieu ne veut pas que nous ayons peur. Il veut que nous ayons la crainte de lui déplaire pour que nous puissions jouir de sa communion, pour que nous puissions trouver auprès de lui la sagesse, le discernement dans nos vies.
Il y a cet autre aspect de la vie de Joseph, il le dit tout à la fin, et il le laisse entendre dans ses divers entretiens avec ses frères : « Dieu l’a pensé en bien ». Est-ce que nous pouvons dans notre vie placer cette inscription devant nous : « Dieu l’a pensé en bien » ? Pendant ces années, qu’est-ce qu’on aurait pu dire de Joseph ? Vendu, emprisonné, oublié par le chef des échansons qui lui devait pourtant beaucoup, tout cela « Dieu l’a pensé en bien ». Quel contraste avec Jacob qui dit : « Toutes ces choses sont contre moi » (42. 36) !
Dans notre vie, est-ce que nous ne nous surprenons pas souvent à penser : « Toutes ces choses sont contre nous, alors ça nous n’en avions pas besoin, il ne manquait plus encore que ça pour que nous soyons encore plus malheureux que nous ne le sommes, il ne manquait plus que cela, ah ! ça je n’en avais pas besoin, cette épreuve-là, pourquoi me tombe-t-elle dessus ? » « Dieu l’a pensé en bien ». Cela a été les deux piliers dans la vie morale de Joseph : « Je crains Dieu », « Dieu l’a pensé en bien ».
Demandons au Seigneur qu’il nous aide à réaliser des choses aussi grandes. Jamais par nous-mêmes nous ne les réaliserons. Nous aurons peur si le doigt de Dieu intervient et si nous n’avons pas cette crainte. Nous penserons que toutes les choses sont contre nous, si nous n’avons pas cette certitude que Dieu l’a pensé en bien. Jacob avait oublié ce que Dieu avait pensé, Jacob avait oublié la portée des songes de Joseph, il n’avait vu que la tunique trempée dans le sang, il avait oublié la pensée de Dieu. « Dieu l’a pensé en bien ».
Toutes les pensées de Dieu en bien, il nous les donne dans sa Parole. Notre Dieu est un Dieu qui veut du bien. « Tu es bon et bienfaisant » (Ps. 119. 68). « Tu es bon » : c’est ce que Dieu est en lui-même, il est « bienfaisant » : il veut nous faire du bien et il nous fait du bien et là cela va encore plus loin : il le pense en bien.
Revenons un moment à cette question d’atteindre la conscience des frères de Joseph. C’est tout un chemin pour atteindre cette conscience. Nous avons ici le début où Joseph montre aussi ses sentiments, il pleure. Nous avons parlé déjà de ces pleurs. Mais qu’est-ce que les frères avaient dit ? « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ; car nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce » (v. 21). Ils se sont rappelé quelque chose.
C’est dans les sentiments de leurs cœurs, que tout à coup une étincelle de lumière se montre, tout à coup ils remarquent : voilà ce que nous avons fait contre notre frère. « La détresse de son âme ». En allemand, nous avons une autre expression : la peur de son âme. C’est peut-être la même chose, mais nous pouvons très bien voir comment ils étaient là en face de leur frère et comment leur frère leur a demandé grâce.
Non, pas de grâce. La dureté du cœur de ses frères, c’est là le grand sujet parce qu’après, nous retrouvons la même chose quand Joseph remarque qu’ils ont commencé à penser à leur père. Ici c’est leur frère. Ils avaient péché contre leur frère, ils l’avaient vendu, ils avaient voulu le tuer, et pour finir ils l’ont vendu. Il a demandé grâce, ils étaient durs. Ensuite cette dureté envers leur père. La même chose quand ils commencent à parler de leur père, si nous pouvons arriver chez notre père, il mourra quand nous lui raconterons qu’il a perdu encore cet autre fils.
Tout à coup il y a des sentiments de grâce, de grâce c’est peut-être trop dire, mais – un certain sentiment qui apparaît dans leur cœur. Et voilà c’est quelquefois à cela que le Seigneur nous amène aussi, c’est intéressant de le voir. Quelquefois il nous amène à comprendre quelque chose lorsqu’il fait appel à notre âme, à nos sentiments, à ce que nous trouvons dans notre intérieur, pour atteindre aussi notre conscience, pour pouvoir vraiment confesser ce qu’il y a parce que la confession ne vient qu’à la fin. La confession est après encore liée au fait qu’ils ont dû comprendre, apprendre aussi (au chapitre 50) que Joseph est un homme qui les aime. Ils ne le savaient pas encore.
Ils avaient toujours peur : « Est-ce que maintenant que le père est mort, Joseph va agir autrement avec nous ? Peut-être qu’il l’a fait par égard pour notre père ? » Eh bien ! non, c’était l’amour de Joseph envers ses frères. C’est tout à fait à la fin qu’ils en arrivent là. Voilà un chemin très long mais je pense qu’il commence ici en touchant leur cœur. C’est là que Joseph remarque la première étincelle qui est arrivée dans leur cœur et il pleure.
Justement on remarque que lorsque Joseph entend ses frères parler entre eux – ses frères ne savent pas qu’il comprend, ils ne savent pas non plus que c’est Joseph qui est là. Il est très remarquable et instructif pour nous de voir ce que Joseph fait lorsqu’il entend qu’ils disent : « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère » et puis ensuite à la fin du v. 22 : « voici, son sang est redemandé », que fait Joseph ? On voit que le cœur de Joseph est étreint, on voit qu’il se détourne pour pleurer.
Mais est-ce qu’il va se faire connaître à ses frères tout de suite, voyant qu’il y a ce travail de conscience en eux ? Non, on voit qu’il se contient et il voit que ce n’est que le début du travail. Il faut aller plus profond, jusqu’au bout. Et que fait-il ? « Il revint vers eux, et leur parla, et prit d’avec eux Siméon, et le lia devant leurs yeux » (v. 24).
On pourrait dire encore une fois : « Mais, Joseph est dur. Ils ont quand même dit qu’ils étaient coupables, ils ont dit : « son sang est redemandé ». Est-ce que ce n’est pas le moment de se faire connaître, de parler de grâce, de pardon ? » Non. Au contraire, Joseph fait lier Siméon. Il va les renvoyer. Bien sûr aussi il va remettre leur argent dans leurs sacs. On voit ce que cela va produire dans le cœur de ses frères. Par ailleurs on voit que son intendant va dire que leur argent lui est bien parvenu. Donc il semble bien, qu’en fait, c’est Joseph lui-même qui a payé à leur place ce qu’ils ont acheté.
Quand on voit que Joseph aussi parle à leur cœur par cet acte de grâce, on peut dire, ce don qu’il leur fait, on voit ce résultat : « Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » Il y a là quelque chose de très instructif dans la façon dont le Seigneur agit à notre égard, par des choses qui paraissent peut-être quelquefois dures. Le Seigneur doit quelquefois nous parler sévèrement parce qu’il veut que nous nous rendions compte de ce que nous sommes, de ce que nous avons fait quelquefois, et non seulement de commencer en quelque sorte à nous en rendre compte, mais il faut que ce travail aille plus profond comme on le verra dans le chapitre 44 pour les frères de Joseph, jusqu’à ce que cela aille vraiment à fond. « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » (v. 16) dira Juda. On voit que Joseph attend jusqu’à ce que le travail soit réellement fait jusqu’au fond. Le Seigneur agit de même à notre égard.
Et puis il y a aussi une instruction pour nous dans la pratique, on peut dire, dans nos relations les uns avec les autres lorsqu’il y a des cas difficiles, lorsque quelqu’un a péché contre son frère, lorsqu’il y a des choses qu’il faut reconnaître. Là aussi combien nous avons besoin de nous laisser instruire par le Seigneur pour savoir justement comment agir, dans la lumière et dans l’amour, ces deux choses étant maintenues ensemble dans un juste équilibre pour que ce travail ne soit pas interrompu, qu’il aille jusqu’au fond et que vraiment nous ne fassions pas obstacle à ce que le Seigneur veut produire jusqu’au fond.
Il fait lier Siméon. Siméon était le second dans la fratrie. Ruben n’était pas là lorsqu’ils ont vendu Joseph. Donc Siméon était le plus âgé parmi les frères qui étaient là et c’est lui qui est lié. Il y a là aussi un point. C’était lui qui était le plus responsable, et c’est lui que Joseph fait lier. Cela aussi, ce n’est pas par hasard. On peut se poser la question : Mais pourquoi Siméon ?
Joseph connaissait tout. Le Seigneur aussi connaît tout de nos vies. Rien ne lui est caché. Lorsqu’il permet des choses, soyons attentifs aussi aux détails. Peut-être qu’il veut mettre le doigt sur ceci, le doigt sur cela. Il veut aller au fond mais son but c’est de nous bénir, de nous amener dans une pleine lumière pour jouir pleinement de son amour.
On voit que Joseph pleure. Bien sûr, c’était par rapport à ce que les frères ont dit. Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi des pleurs liés à ce que dit Ruben, celui qui tire son épingle du jeu, qui n’endosse pas la responsabilité collective ? La responsabilité collective, c’est quelque chose qui est de plus en plus gommé dans ce monde. Simplement le patriotisme est quelque chose qui existait il y a cinquante ans, qui n’existe plus, ou très peu.
Cette solidarité que nous avons en tant que peuple de Dieu et plus particulièrement dans le rassemblement local est quelque chose de fondamental dans la Parole. N’idéalisons pas trop Ruben parce que même si dans le chapitre 37 il a manifesté des sentiments humanitaires – le monde en est plein de sentiments humanitaires – mais quand ce n’est pas Christ qui en est le mobile, le but, ce sont des choses qui ne passeront pas à l’éternité, même si nous n’avons pas à dénigrer ces choses.
D’ailleurs Ruben s’est trahi, parce que même s’il a voulu sauver son frère – c’était peut-être par rapport à ce qu’on a entendu – qu’étant le fils aîné, il avait des comptes à rendre au père et il le dit : « L’enfant n’y est pas, et moi, où irai-je ? » (37. 30) c’est-à-dire qu’il pense à lui, il ne pense pas à son frère qui a été vendu, il pense à lui. Finalement derrière quelque chose qui peut paraître très très beau, des sentiments humanitaires, il y a un égoïsme effrayant, celui de dire : « Maintenant il faut que je rende compte à Papa de ce qui s’est passé ».
Ruben tire son épingle du jeu, ce que nous n’avons pas à faire dans le rassemblement local. Et puis nous voyons après ce qu’il va dire à Jacob : « Tu feras mourir mes deux fils » (42. 37). Mais enfin dans quelle logique est cet homme, il pense que son père va avoir un désir sanguinaire de se venger sur deux de ses petits-enfants ? Voilà les dispositions légales de cet homme qui s’engage à ramener leur frère et qui montre les prétentions pharisaïques du peuple juif aussi qui a dit : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (Exode 19. 8). En disant « tu feras mourir mes deux fils », quels sentiments pouvaient animer Ruben ?
Dans le chapitre 49 où les choses sont mises à plat par Jacob lors de la bénédiction de Jacob pour ses fils, c’est celui qui va concrétiser ce qu’est le monde aujourd’hui, à savoir la corruption : « tu es monté sur la couche de ton père ; tu l’as alors profanée… Il est monté sur mon lit ! »
Concernant Siméon, dont on a dit que c’était l’aîné, remplaçant sans doute, souvenons-nous que dans le chapitre 34 avec son frère, Lévi, Siméon avait agité son épée d’une manière sanguinaire et avait tué tous ces gens à cause de l’histoire de Dina. Il pouvait penser avoir raison, parce que ce n’était pas normal que la fille de Jacob épouse un Cananéen. Mais nous pouvons avoir raison sans le Seigneur, à coups de versets sans que ces choses soient appliquées d’abord sur notre conscience et sur nos cœurs.
La preuve, c’est que dans le chapitre 46, nous voyons que Siméon va tomber dans le même travers que ce qu’il a tellement reproché à sa sœur, puisque dans le deuxième paragraphe du chapitre 46 on voit qu’il avait épousé une Cananéenne et qu’il avait des enfants d’une Cananéenne. Siméon, sans repentance, va être enfermé. Ce sont les soins de la grâce de Dieu qui cherche à toucher sa conscience.
Lévi, quant à lui, n’est pas enfermé, il est libéré. Lévi montrera que le travail du Seigneur s’est fait dans son âme, puisque les fils de Lévi dans le chapitre 32 de l’Exode, ont détourné la colère de l’Éternel par rapport à l’idole. Plus tard on verra que Phinées fils d’Eléazar, fils d’Aaron, de la tribu de Lévi, dans le chapitre 25 des Nombres, alors qu’Israël commet fornication avec les filles de Moab, il va se lever avec son épée, montrant qu’il avait jugé le mal.
Il nous est dit que celui qui a commis adultère et qui a été frappé, était un prince des Siméonites, montrant que le travail de conscience et de cœur que Dieu sollicite dans le cœur de Siméon, n’a pas porté de fruit. Quand nous lisons Deutéronome 33, la bénédiction de Moïse, où est passé Siméon ? C’est le grand absent. Il va être question des onze tribus des fils d’Israël et plus de Siméon. Combien c’est solennel !
Rappel de deux pensées :
Dans le dernier paragraphe du chapitre 41, il y a la famine dans le pays, le peuple crie et le Pharaon dit au peuple : « Allez à Joseph ». On a rapporté que les bénédictions que le Seigneur veut nous distribuer, c’est lui seul qui les dispense. Nous ne trouvons aucune ressource pour nos âmes dans ce monde, qui est représenté par l’Égypte. Toutes nos ressources sont dans le Seigneur représenté par Joseph. La famine sévit au chapitre 42 et Jacob envoie ses fils en Égypte pour chercher de quoi survivre. Ils se présentent devant leur frère et se prosternent devant lui, réalisant ainsi ce que Dieu avait révélé dans les deux songes que Joseph avait eu au chapitre 37.
On a remarqué l’attitude de Joseph vis-à-vis de ses frères. Lui, les reconnaît très bien alors que ses frères ne le reconnaissent pas. Pour eux, cet homme qui est devant eux est un Égyptien qui est riche et qui est susceptible de leur apporter de la nourriture. Ils ne savent pas que cet homme qui est devant eux est tout à fait au fait de leur vie, de ce qu’ils ont vécu et Joseph, secrètement, entreprend un travail pour amener ses dix frères à revenir sur le péché qu’ils avaient commis vingt-deux ans avant et à reconnaître que c’était un crime, un crime contre Joseph, s’en humilier et le juger.
Il y a plusieurs façons de lire ces passages. Une façon morale : d’abord le Seigneur veut que nous comprenions que la mesure de sa sainteté est toujours la même et qu’il ne peut pas accueillir des enfants qui sont souillés par un péché et que dans son amour il veut les purifier de façon qu’ils soient rendus dignes de lui et qu’ils puissent jouir des bénédictions que lui-même a acquises par son œuvre à la croix et entrer dans une véritable, une vraie communion avec lui. C’est ce travail que le Seigneur entreprend vis-à-vis du pécheur coupable pour l’amener à reconnaître son péché, mais aussi vis-à-vis du croyant qui a péché et qui a ce péché sur sa conscience, ce qui a interrompu sa communion avec le Seigneur. Le Seigneur ne veut pas le laisser dans cet état et dans son amour il peut permettre des circonstances éprouvantes dans la vie pour amener ce croyant à se repentir. La repentance c’est le jugement que l’on porte sur soi-même, un jugement qui est selon le témoignage de Dieu. On ne se convertit pas plusieurs fois, on ne se convertit qu’une fois dans sa vie, mais on peut être amené à se repentir souvent.
À la fin du chapitre on voit qu’il y a plusieurs caractères qui animaient Joseph, mais on a souligné celui-là au v. 18 : « moi je crains Dieu ». Les frères sont amenés à confesser leur culpabilité concernant ce crime vis-à-vis de Joseph, mais ils ne le font qu’entre eux. Cette démarche, ce travail du Seigneur, est un travail par étapes, progressif. La main de Joseph devra s’appesantir sur ses frères, on le verra dans la suite, jusqu’à ce qu’ils arrivent à une véritable confession. Mais là, comme on l’a dit, il y a la première étincelle à laquelle le cœur de Joseph est très sensible et qui l’amène à pleurer, peut-être aussi de déception parce que Ruben essaye de se disculper.
Ensuite Joseph renvoie ses frères mais il veut qu’ils ramènent Benjamin. C’est ce qui prouvera qu’ils ne sont pas des méchants, mais qu’il y a un travail dans le fond de leur cœur. « À ceci je connaîtrai que vous êtes d’honnêtes gens : Laissez auprès de moi l’un de vos frères, et prenez du blé pour la faim de vos maisons, et allez-vous-en. Et amenez-moi votre plus jeune frère » (v. 33 et 34). Joseph avait fait remettre l’argent dans les sacs de blé. Lorsque dans le caravansérail ils ont ouvert leurs sacs, ils ont retrouvé l’argent et cela les a remplis de désarroi, se demandant ce que signifiait cette chose qu’on ait remis l’argent dans leurs sacs. Ils n’ont pas compris – ils ne pouvaient pas le comprendre – que tout ce que le Seigneur donne, ce que Joseph donnait, était gratuit pour ses frères dans son amour. Tout ce que le Seigneur nous donne est gratuit. Nous n’avons rien à payer. La seule chose, c’est de reconnaître que nous avions une dette et que lui a payé cette dette.
À la fin du chapitre lorsqu’ils arrivent près de Jacob, nous voyons l’attitude de Jacob qui s’aperçoit que Siméon manque – il a été retenu par Joseph – et il n’a pas la façon dont devrait parler un croyant qui se soumet. Il dit : « Toutes ces choses sont contre moi » (v. 36). Peut-être que d’ailleurs ces choses étaient bien un peu contre Jacob et que Dieu voulait aussi parler à Jacob parce que Jacob avait un passif très ancien vis-à-vis de Dieu. Peut-être que Dieu permettait ces circonstances aussi pour parler à Jacob.
Depuis que les frères de Joseph sont revenus en Égypte, nous voyons au début du chapitre 42 que Joseph reconnut ses frères et eux ne le reconnurent pas. Jusqu’à la fin du chapitre 44 qu’est Joseph pour ses frères ? Un homme riche, puissant, étranger, qui avait pouvoir de porter des ressources à leur famine, et plus encore, Joseph est pour eux un ennemi. Mais Joseph ne cherche pas à démentir cela puisqu’il est dit au chapitre 42 que « Joseph vit ses frères, et les reconnut ; et il fit l’étranger vis-à-vis d’eux, et leur parla durement » (v. 7).
Nous voyons que lorsqu’ils reviennent vers lui pour la deuxième fois, ils ont peur, ils disent : « C’est à cause de l’argent qui fut remis dans nos sacs au commencement, que nous sommes emmenés, pour qu’on se jette sur nous, et pour qu’on tombe sur nous, et pour qu’on nous prenne comme serviteurs, avec nos ânes » (v. 18). Et pourtant quels étaient les sentiments de cœur de Joseph pour ses frères. C’est tout à fait en contraste avec cela.
Posons-nous la question : « Nous arrive-t-il, ou arriverait-il à un enfant de Dieu, de penser que Dieu est son ennemi ? Dans un sens Jacob ne va pas jusque-là parce qu’il dit : « Toutes ces choses sont contre moi ». Mais cependant il manifeste bien qu’il ne comprend pas le but et la cause des épreuves qui sont tombées sur lui depuis longtemps et spécialement dans ce moment-là. Alors posons-nous la question : Dieu se constitue-t-il effectivement l’ennemi des siens dans telle ou telle circonstance ?
Il y a deux versets que nous pouvons lire brièvement. L’un dans le livre de Job au chapitre 30 : « Je crie à toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens là, et tu me regardes ! Tu t’es changé pour moi en ennemi cruel ; tu me poursuis avec la force de ta main » (v. 20 et 21). Voilà dans la situation où se trouvait Job, les pensées qui remplissaient son cœur, peu avant le moment où il va s’arrêter de parler – c’est au chapitre 31 qu’on lit « Les paroles de Job sont finies » (v. 40) – et alors Élihu lui parlera, puis l’Éternel lui parlera lui-même.
On trouve plus loin dans le livre de Job, le travail qui s’est effectué dans son cœur et la bénédiction qui a suivi. Lorsque quelqu’un, et c’est sûrement un croyant, se trouve placé dans cette situation dans laquelle il pense que Dieu est contre lui, n’est-ce pas justement que le moment est proche où Dieu va réellement le bénir sous réserve qu’il cède devant Dieu et ouvre son cœur à cette repentance dont on a déjà parlé ?
En Ésaïe 63. 7 à 10, c’est saisissant parce qu’on y voit à la fois les pensées intérieures du cœur de Dieu à l’égard des siens et cette attitude extérieure qu’il prend lui-même : « Je rappellerai les bontés de l’Éternel, les louanges de l’Éternel, selon tout ce dont l’Éternel nous a comblés, et les grands bienfaits envers la maison d’Israël, dont il l’a comblée selon ses compassions et selon la multitude de ses bontés. Et il dit : Certainement ils sont mon peuple, des fils qui ne mentiront pas ; et il est devenu leur sauveur.
Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse, et l’Ange de sa face les a sauvés ; dans son amour et dans sa miséricorde il les a rachetés, et il s’est chargé d’eux, et il les a portés tous les jours d’autrefois ; mais ils se rebellèrent et contristèrent l’Esprit de sa sainteté, et il se changea pour eux en ennemi ; lui-même, il combattit contre eux ».
Il est saisissant de voir comment Dieu aime à rappeler en termes très touchants de quelle manière il a agi à l’égard de son peuple pour lui faire du bien, et même cette expression si évocatrice de ce qu’a été Christ : « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse ». Mais à cause de la désobéissance de son peuple, il a dû changer d’attitude extérieurement et on voit cette expression : « il se changea pour eux en ennemi ». Si bien que la Parole de Dieu nous montre par ces versets que le cœur de Dieu ne change pas. Ses compassions sont nouvelles chaque matin (Lam. de Jérémie 3. 22 et 23).
Mais il peut arriver qu’à cause même de l’attitude de l’un ou l’autre et de la rébellion qui peut se manifester dans nos cœurs, Dieu doive prendre cette attitude comme l’a fait Joseph dans cette circonstance, d’être contre eux plutôt que pour eux. C’est un appel solennel pour chacun de nous. S’il y avait quelqu’un qui soit prêt à se tourner vers Dieu et à lui dire : « tu es mon ennemi en quelque sorte, en raison des circonstances, c’est insupportable ce que tu as fait à mon égard », qu’il sache que les compassions de Dieu pour lui seront aussi grandes que celles qui sont manifestées dans ces versets que nous avons lus et que le chemin que Dieu trace pour lui, c’est qu’il se tourne délibérément vers celui dont il se défie en quelque sorte, pour se confier en lui et en sa bonté.
On peut remarquer aussi que Joseph même lorsqu’il doit maintenir à leur égard cette attitude non seulement de réserve mais d’accusation, – puisqu’il leur dit : « vous êtes des espions », oui « vous êtes des espions » -, il ne cesse pas cependant de leur donner libéralement et d’user de miséricorde envers eux, puisqu’on voit qu’après avoir gardé enfermés ses dix frères pendant trois jours, alors qu’il leur avait dit : « Envoyez l’un de vous, et qu’il aille chercher votre frère ; et vous, vous serez liés », il leur dit à ce moment-là : « moi je crains Dieu », vous serez tous libres, vous pouvez partir. Emportez de la nourriture pour vos maisons. Je garderai seulement Siméon jusqu’à ce que vous reveniez avec votre frère.
On trouve une pensée semblable dans le même sens dans le premier verset de notre lecture : « Et la famine pesait sur le pays ». Il y a l’attitude de Joseph qui nous rappelle cette attitude que Dieu peut prendre à l’égard même des siens, se constituant leur ennemi, et puis il y a les circonstances que Dieu permet pour nous amener à une pleine confession.
Cette expression « la famine pesait sur le pays » nous fait penser à ce que David exprime au Psaume 32. 3 et 4 : « Quand je me suis tu, mes os ont dépéri, quand je rugissais tout le jour ; car jour et nuit ta main s’appesantissait sur moi ; ma vigueur s’est changée en une sécheresse d’été ». On voit bien dans ce qui est devant nous, comment Dieu faisait s’appesantir sa main sur ces dix frères pour les amener à une réelle confession. C’est bien le but de Dieu.
C’est ce qu’exprime aussi David dans ce même Psaume 32 : « Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert mon iniquité ; j’ai dit, Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché ». Il ne peut pas y avoir un pardon complet et un pardon dont on jouit, sans qu’il y ait une pleine confession. Si Dieu fait peser sa main sur nous, sur les siens, comme aussi il peut la faire peser sur un incrédule, sa main, c’est pour nous amener à une pleine confession, une pleine repentance et ensuite à un salut complet.
Donc Israël est convaincu, on dirait même obligé, d’accepter le fait de se séparer de Benjamin. En somme son acceptation se marque par cette phrase : « Et moi, si je suis privé d’enfants, j’en serai privé ». C’est donc une dépendance de sa part devant les évènements. Mais malgré tout il y a une chose tout à fait positive, c’est que Israël – notez le nom Israël, ce n’est plus Jacob dont on parle – remet les choses au Dieu Tout-puissant, El-Shaddaï. Il se tourne vers Dieu dans cette circonstance pour lui hasardeuse, pour lui risquée, et une chose peut-être moins bonne, c’est qu’il souhaite apporter des présents à l’homme.
Certes apporter des présents est une coutume habituelle en Orient, mais rendez-vous compte que ces présents dans cette circonstance étaient bien dérisoires puisqu’il s’agissait d’un peu de baume, un peu de miel, des épices et de la myrrhe, des pistaches et des amandes. Alors dans des circonstances plus glorieuses, plus favorables, plus spirituelles, ces éléments ont leur valeur, mais dans ces circonstances, c’était dérisoire par rapport aux biens essentiels qui étaient nécessaires, c’est-à-dire du blé et du blé en abondance.
Alors on peut noter une propension à ce qu’on paye, pour ainsi dire, les bienfaits de Dieu. Cette propension est confirmée par le fait qu’il fallait prendre d’autre argent dans les sacs des frères. Mais on est consolé en considérant que Jacob, Israël dans cette circonstance, s’en remet au Dieu Tout-puissant, ce Dieu Tout-puissant qu’il a connu à Béthel, même imparfaitement, et qu’il a connu au gué de Jabbok.
Ce que nous lisons à la fin du chapitre 42 et au chapitre 43 nous montre bien la nécessité qu’il y avait à ce que ce travail de conscience se poursuive, s’approfondisse, dans les frères de Joseph et aussi se fasse dans Jacob. On a vu que Joseph, même s’il avait entendu ses frères parler entre eux et qu’il y avait un début de prise de conscience de leur responsabilité, de ce qu’ils avaient fait, néanmoins il fait lier Siméon et après les avoir gardés, il les a renvoyés, tout en remettant leur argent dans leurs sacs pour que ce travail continue.
On a rappelé aussi que Dieu se sert des circonstances elles-mêmes – la famine pèse sur le pays – pour que tout cela contribue à ce travail qu’il désirait faire à la fois dans les frères de Joseph et aussi dans Jacob. Il y a là un enseignement très important pour nous. Il y a bien des moments où nous ne comprenons pas. Pourquoi ? Les difficultés en quelque sorte se renforcent, ou se renouvellent. Alors peut-être même qu’il y a eu un moment de soulagement. Là les frères de Joseph ont pu quand même rapporter du blé, ils ont pu manger un certain temps et ils en ont profité tant qu’il y avait du blé dans leurs sacs, mais ils ont vu au fur et à mesure la quantité qui diminuait et la famine continuait, se renforçait. On peut penser qu’ils auraient pu espérer que la famine s’arrête, que ce serait simplement un temps.
Puis voilà qu’au contraire, ça continue. Et donc il faut bien envisager de repartir en Égypte. C’était la seule solution pour trouver du blé. On voit comment ils s’adressent de nouveau à leur père et même Jacob est bien obligé de constater et on voit qu’il discute lorsqu’au début du chapitre 43 nous lisons : « Et il arriva, lorsqu’ils eurent achevé de manger le blé qu’ils avaient apporté d’Égypte, que leur père leur dit : Retournez, achetez-nous un peu de vivres ». Même Jacob se rend compte qu’ils ont à y retourner.
Là on voit ce que Juda lui dit : « Cet homme nous a expressément protesté, disant : Vous ne verrez pas ma face, à moins que votre frère ne soit avec vous ». On voit Jacob qui discute, pourquoi lui avez-vous dit cela, etc. comme si cela pouvait changer quelque chose. Finalement il se soumet. C’est aussi par les circonstances que l’état des cœurs de chacun est manifesté. On a vu déjà que Ruben avait dit : « Tu feras mourir mes deux fils » etc. Chacun est révélé dans ce qu’il est.
Tout cela Dieu le permet aussi, si on en fait une application pour nous, pour manifester ce qu’il y a vraiment dans nos cœurs, pour nous amener aussi à vraiment réaliser qu’il n’y a pas d’autre solution que de se tourner vers lui, de revenir à lui. C’est ce qui va se faire progressivement chez eux. Les frères de Joseph et Jacob comprendront petit à petit.
Cela fait penser aussi à ce qui nous est dit concernant le fils prodigue lorsqu’il était dans le pays où il s’est retrouvé sans ressource. Quand il a eu faim, qu’a-t-il fait ? Il n’a pas envisagé de revenir tout de suite chez son père. Il a cherché à manger même des gousses qui étaient données aux cochons. Il cherchait à s’en sortir par lui-même, à trouver une solution. Il nous est dit simplement que c’est quand il a péri de faim que finalement il a pensé à retourner vers son père. Est-ce que nous ne sommes pas tous un peu comme cela ? Lorsque Dieu permet des difficultés pour parler à nos cœurs, à nos consciences, eh bien, non ! Au bout d’un certain temps un travail commence à se faire. Nous sentons que quelque chose ne va pas jusqu’à ce que vraiment nous acceptions de nous laisser sonder à fond, de réaliser la gravité de ce que nous avons fait, d’apprendre vraiment la leçon que le Seigneur veut nous faire apprendre.
Bien souvent, cela peut prendre du temps – on le sent bien, expérimentalement – avant que nous réalisions vraiment que la seule solution c’est d’accepter ce que Dieu permet, de se soumettre vraiment et alors d’être disposé à apprendre ce qu’il veut nous faire apprendre en lui faisant confiance. On voit que ce que Jacob dit ici : « Et moi, si je suis privé d’enfants, j’en serai privé ». Il accepte la situation, forcé, en quelque sorte, mais déjà il accepte. Ainsi, on voit que c’est à cause du poids des circonstances mais il n’avait pas le choix finalement.
Quelquefois Dieu doit aller jusque-là aussi pour nous, pour que nous n’ayons plus d’autre solution, pour que véritablement nous entrions dans le chemin qu’il a préparé pour nous faire du bien à la fin. Jacob ne le savait pas encore, il découvrira par la suite que toutes ces choses qui lui paraissaient contraires, Dieu allait les transformer en bénédictions. Que cela puisse aussi nous encourager parce que nous traversons peut-être des circonstances difficiles qui se renouvellent. Faisons confiance à notre Dieu qui nous aime, même si nous ne comprenons pas sur le moment. Il veut amener toutes choses à bonne fin, pour sa gloire et pour notre bien.
On n’insistera sans doute jamais trop sur la nécessité du travail intérieur. Dans le Psaume 39 il est dit que « l’homme se promène parmi ce qui n’a que l’apparence » (v. 6). Souvent on s’occupe dans le monde de l’extérieur sans s’occuper de ce qu’il y a à l’intérieur. Quand il y a un conflit entre les hommes, au bout d’un moment on s’explique, on passe l’éponge et puis c’est fini. Notre Seigneur ne désire pas cela. « Tu veux la vérité dans l’homme intérieur » (Ps. 51. 6).
À Samuel l’Éternel dira : « l’Éternel ne regarde pas ce à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur » (1 Sam. 16. 7). Le Seigneur désire que le travail se fasse dans nos cœurs, avant que simplement il y ait un changement de comportement. La plupart des nouvelles traductions ont banni le côté repentance. Chaque fois que vous avez le mot repentance, il est dit changement de disposition, changement de comportement. C’est grave parce qu’un changement de comportement, c’est un changement extérieur. Et c’est un travail intérieur qui est justement dans le terme repentance.
Au sujet de la repentance, on a parlé du fils prodigue. Il est entré en lui-même : « étant revenu à lui-même ». Dieu fait plus en nous que par nous. Combien c’est important pour les frères de Joseph comme pour nous, que toute situation ne soit pas réglée extérieurement, que ce soit des situations personnelles, que ce soit des situations entre frères dans le rassemblement, mais que les choses soient amenées à leur racine, à leur source, pour que les choses soient réglées en profondeur. Nous avons un Seigneur qui nous aime en profondeur, qui nous aime intérieurement et qui désirerait qu’en effet il y ait la vérité dans l’homme intérieur.
Celui que nous voyons entrer en scène, c’est Juda. C’est surtout lui qui va maintenant parler. Voilà un homme qui va s’engager, pensant maîtriser la situation. Il dit quand même : « Moi, je réponds de lui », sans se rendre compte que tout allait lui échapper complètement. C’est la prétention de la chair qui s’engage tout en se basant sur ses capacités, sur sa bienveillance. Moi, je suis bien capable de faire cela. Est-ce que d’autres n’auraient pas fait cette même expérience que j’ai faite bien souvent quand je me suis engagé en disant : « Tu peux compter sur moi » ? Est-ce que ça ne vous est pas arrivé de dire cela ? En général le Seigneur a fait en sorte qu’on ne puisse pas compter sur moi justement comme j’avais dit qu’on pouvait le faire. C’est ce que Juda va apprendre.
Puis il y a aussi un cadeau. Le cadeau dont on a parlé tout à l’heure est quelque chose qui montre que l’homme dans la chair voudrait encore apporter quelque chose alors que le Seigneur désire nous placer sur le seul terrain sur lequel il peut nous bénir, le terrain de sa surabondante grâce. Le frère Mackintosh a écrit : « Plus nous réalisons notre état désespéré devant le Seigneur, plus nous réalisons en même temps les ressources immenses de la grâce de Dieu ».
Qu’est-ce qui fait que je ne réalise pas toujours l’immensité de la grâce de Dieu à mon égard ? C’est que j’ai quelques prétentions, parce que je pense peut-être que je puis apporter quelque chose à Dieu, parce que je pense que ce que j’ai fait, ai été le moyen de la conversion de quelqu’un, peut-être qu’il y a quelque chose où le Seigneur a été avec moi et alors je veux en tirer du bénéfice. Et alors le Seigneur est obligé de briser cela.
Nous ne voyons pas Joseph faire le moindre cas du cadeau, nous ne le voyons pas remercier pour le cadeau. On dira : c’est la moindre des choses de remercier pour un cadeau. Nous ne voyons pas du tout que Joseph remercie, il n’en parle même pas. Il faudra qu’ils soient débarrassés de toute prétention à fournir quoi que ce soit. Compter sur la seule grâce de Dieu, ne nous attendre qu’à cela, étant mis de côté, ce que la chair n’aime pas, pour que l’excellence de sa grâce soit souveraine et d’abord dans nos cœurs.
Israël dit : « Pourquoi m’avez-vous fait le tort de déclarer à l’homme que vous aviez encore un frère ? » Les frères de Joseph doivent avouer qu’ils y ont été contraints. Dans ce cas il était bien question d’une contrainte extérieure par les questions de Joseph. Mais est-ce que cela ne nous parle pas du fait qu’on ne peut rien cacher à Dieu ? On essaye souvent dans nos circonstances de cacher certaines choses à Dieu, mais on ne peut rien Lui cacher. Il arrive un moment où Dieu nous amène à confesser et à déclarer tout ce qui nous concerne.
Une remarque au sujet de ce présent, de ce cadeau que Jacob envoie en Égypte. Certes il ne semble pas que Joseph en ait fait cas. Mais il y a dans ce présent des choses qui touchent nos cœurs. La première chose qui est mentionnée, c’est le baume. On utilisait le baume lorsqu’il s’agissait de panser des plaies. Il y avait là une plaie qui durait depuis plus de vingt ans, une plaie qui commençait à être pansée et une plaie qui allait être bientôt guérie. Et puis il y a du miel. Le miel nous parle des affections naturelles, des affections qui sont justes devant Dieu et qui ont leur place. Les affections d’un père à l’égard d’un fils qu’il avait perdu, et d’un autre fils qu’il devait envoyer, étaient bien là tout entières. Et les épices, on peut y voir ce qui est nécessaire pour donner un peu de saveur à la vie.
Je voudrais m’arrêter aussi sur la myrrhe. Nous savons ce qu’est la myrrhe. Elle nous parle des souffrances, des souffrances que le Seigneur a connues aussi et aussi des souffrances que nous pouvons connaître. Il me semble qu’elles nous parlent à la fois des souffrances de Joseph et des souffrances de Jacob, ces souffrances qui allaient avoir leur terme lorsque Joseph pourrait se jeter au cou de son père. Si effectivement ce présent n’est rien à côté de la nourriture que les frères de Joseph devaient aller chercher, et si Joseph n’en parle pas – il ne pouvait pas en parler, me semble-t-il devant ses frères dans ce chapitre – n’y a-t-il pas un sens profond pour nous dans ce que Jacob, peut-être sans en avoir conscience – a envoyé à Joseph ?
Nous avons parlé des côtés moraux que nous trouvons dans ce chapitre. Nous voyons comment Dieu regarde les choses, que Dieu voit tout, que tout est dans sa main et aussi ce que nous devons apprendre pour nous de cette histoire. Nous avons encore une couche qui est plus basse. Il y a différents niveaux que nous trouvons ici. Nous avons parlé du niveau moral, nous avons parlé aussi un peu du niveau prophétique parce qu’il y a aussi beaucoup de prophéties dans ces pages – on a parlé déjà de Dieu qui a envoyé son Fils, le Fils qu’il va rechercher plus tard, cela arrivera aussi avec un résidu du peuple juif, du peuple d’Israël, tout cela c’est un côté prophétique.
Mais il y a aussi cette couche toute normale. Joseph est un homme, un homme humble, mais très élevé. Il a des sentiments humains, il a des pensées, il a des attitudes. Donner un présent, c’est pour honorer cet homme en Égypte. C’est peut-être aussi pour le rendre plus prêt à comprendre l’état, les circonstances des dix hommes qui arrivent. Il y a aussi ce côté qu’ils rapportent l’argent. C’est normal, oui, c’est normal, mais il faut faire attention car c’est quelque chose que nous apprenons nous aussi.
Quand nous avons une dette, quand il y a quelque chose qui ne va pas comme il faut dans notre vie de tous les jours, il peut y avoir aussi ces aspects. Ils apportent l’argent, ils apportent encore autre chose puis ils confessent aussi – Jacob le dit – que peut-être c’était une erreur. C’est aussi une manière de s’approcher de quelqu’un. Il y a des choses très simples aussi que nous apprenons en cela, aussi quant à notre attitude.
Jacob pense et il dit : « peut-être était-ce une erreur ». Nous avons aussi cette pensée : est-ce que nous trouvons toujours déjà dans l’autre une faute, une culpabilité ? Est-ce que nous ne voyons pas non plus quelquefois aussi, et nous devrions le voir, qu’il y avait une erreur, c’est quelque chose qui s’est passé sans que l’autre l’ait voulu. Ce n’est pas exprès qu’il a fait cela.
Il y a aussi des choses toutes simples qui se trouvent dans ce texte et qui sont aussi, je trouve en tout cas, de toute beauté, cette façon d’agir les uns avec les autres, cette façon de Jacob, cette façon de Joseph qui sait ce qu’il va faire et comment il le fait. Nous avons bien sûr compris que sur le plan moral, cela nous donne un enseignement très spécial et très élevé. Mais aussi au niveau humain, nous trouvons des choses très intéressantes à bien comprendre et à retenir : la façon dont Joseph a parlé à ses frères, la façon de leur montrer son affection – il les invite – ils n’ont pas encore compris et pourtant il veut montrer quelque chose de son amour, de son cœur. C’est pour cela qu’il les invite à ce repas. Nous voyons aussi dans les choses que nous trouvons dans l’Écriture, le côté historique et le côté normal que Dieu nous présente aussi.
Les amis auront remarqué que dans plusieurs interventions a été prononcé le mot « circonstances » et un jour nous avons médité sur la manière dont Dieu parle à chacun. On a dit que dans les temps anciens, Dieu parlait directement à des hommes pieux et même il en avertissait d’autres. Et puis il y a une deuxième méthode, une deuxième manière dont Dieu parle, c’est quand on acquiert la conviction que la pensée de Dieu est telle ou telle. Il y a une troisième façon, si j’ose dire, c’est les circonstances.
À vrai dire on devrait plutôt dire la providence de Dieu. Les circonstances, en tout état de cause, doivent nous parler. Nous devrions être attentifs aux diverses circonstances de la vie telles que ces circonstances se sont imposées par exemple aux frères de Joseph et se sont imposées à Jacob. Nous devrions être attentifs aux circonstances de la vie. Alors faut-il se laisser guider par les circonstances ?
De temps en temps elles sont irrépressibles et donc on ne peut faire autrement, mais il est des circonstances qui sont telles qu’on ne doit pas les considérer comme un feu vert de Dieu pour continuer dans tel ou tel chemin. En tout état de cause, ces circonstances – on ferait mieux de dire la providence de Dieu – pourvoient à la manière dont nous devons agir quand peut-être par manque de piété, de consécration, nous ne comprenons pas directement la pensée de Dieu.
On a déjà évoqué le fait que Dieu s’occupe des siens. Et dans les circonstances justement que nous voyons et que la Parole de Dieu nous décrit, il y a plusieurs personnes qui sont en cause. N’est-il tout à fait saisissant de voir que Dieu sait s’occuper de tous les participants ensemble ? Il a un dessein à l’égard de chacun d’eux et l’ensemble de ses voies qui s’exercent à l’égard de l’un, à l’égard de l’autre, fait partie de quelque chose qui est pour nous mystérieux, et qui est parfait parce que c’est Dieu qui l’opère et qui aura des résultats pour l’un, pour l’autre, pour l’ensemble, sans que nous soyons capables de discerner la manière dont Dieu agit réellement.
Il y a plusieurs expressions dans la Parole qui nous montrent ce côté mystérieux des voies de Dieu, en particulier une expression dans l’Ecclésiaste qui nous montre que l’homme ne peut pas comprendre réellement la manière dont Dieu agit à l’égard des hommes. Mais ici nous avons en particulier Jacob ou Israël et ses fils : Joseph inconnu à ce moment-là et de son père et de ses frères, et les frères de Joseph, d’abord les dix frères plus âgés, et puis aussi Benjamin.
On voit seulement Jacob d’un côté, et les dix frères de l’autre. On a dit que certainement Dieu agissant par le moyen de Joseph à l’égard des dix frères, s’occupait aussi de Jacob et qu’il y avait sans doute des motifs anciens pour cela. Il y avait la conduite de Jacob autrefois et la manière dont Dieu avait dû lui parler. Il semble qu’il y ait une très grande différence dans l’attitude de Jacob qui à ce moment-là, dans ce qui est devant nous dans ce chapitre, est appelé non plus Jacob, mais Israël et puis l’état des frères de Joseph, y compris Juda qui a commencé à parler à son père d’une manière qui va en quelque sorte être constructive, malgré tous ces caractères qu’il manifeste.
On se souvient que Dieu avait parlé à Jacob, en particulier à Peniel. C’est à Peniel qu’il lui a dit : « Ton nom ne sera plus appelé Jacob, mais Israël » (Gen. 32. 28). Ici justement on voit que Jacob passe de l’état dans lequel il est appelé jusque-là Jacob au moment où l’Esprit de Dieu change et l’appelle Israël. Il me semble que Jacob est plutôt ici l’image de quelqu’un qui est soumis à l’épreuve, mais plutôt c’est sa foi qui est mise à l’épreuve car Jacob a toujours été un homme de foi.
Sa foi était terriblement mise à l’épreuve. C’est ce qui s’exprime dans cette parole : « Vous m’avez privé d’enfants, Joseph n’est plus, et Siméon n’est plus, et vous voulez prendre Benjamin ! Toutes ces choses sont contre moi ». Il ne s’arrêtera pas là puisqu’on voit aussitôt après qu’il s’en remet effectivement au Dieu Tout-puissant. Il semble que déjà là le travail dans le cœur d’Israël que Dieu voulait opérer, a trouvé son accomplissement.
Il est assez saisissant de voir que jamais on ne voit dans la bouche de Jacob – Israël quelque parole que ce soit qui exprime la défiance ou la crainte ou la peur vis-à-vis de l’homme dont ses fils avaient peur. Il en parle effectivement sous le nom de « l’homme », mais on ne voit jamais qu’il l’incrimine en quelque sorte cet homme et parle de sa dureté. Pourquoi ? Cela ne nous est pas dit mais il semble que c’est caractéristique cependant de l’attitude d’Israël en contraste avec celle de ses fils.
Il faudra que le travail de Dieu se poursuive, on va le voir par la suite, avec la nouvelle intervention de Joseph, la nouvelle mise à l’épreuve, alors que pour Jacob déjà le chemin de la délivrance est en quelque sorte ouvert. N’y a-t-il pas là justement cette différence qu’il y a dans l’épreuve que nous pouvons rencontrer, dans laquelle le cœur est souvent disposé à se confier en Dieu, peut-être à la suite justement d’autres épreuves qui ont porté leur fruit, qui peuvent conduire à une épreuve très profonde sans qu’il y ait nécessairement de péché à confesser comme c’était le cas pour les dix frères de Joseph ?
Ne pensons pas du tout que si quelqu’un rencontre une très grande épreuve, il y ait nécessairement un péché à confesser, si importante que soit l’instruction que nous trouvons dans ces chapitres à ce sujet. Il me semble qu’à l’égard de Jacob, la question de sa relation avec Dieu, et de sa discipline à son sujet avait déjà trouvé sinon sa fin, du moins son étape décisive à Peniel. Alors que pour les frères de Joseph, au contraire, tout était à faire et c’est ce que nous allons voir dans ce qui suit.
Je termine simplement en rappelant cette parole que j’ai entendue il y a bien longtemps d’un frère qui méditait sur ce passage et qui relisait ce verset des paroles de Jacob en disant : « Toutes ces choses sont contre moi » et il ajoutait : « il n’avait jamais été aussi près de ne pas perdre Benjamin, de retrouver Siméon, mais aussi de retrouver Joseph ».
Quand nous lisons ces chapitres 42, 43 et même 44, nous voyons effectivement tout ce travail qui s’opère dans le cœur des frères de Joseph. Il a bien été souligné que c’était un travail intérieur, profond, qu’il fallait qu’ils reviennent sur eux-mêmes. Il est frappant d’ailleurs en lisant ces chapitres de constater que ce qui est le sujet du retour des frères de Joseph vers Joseph, dans le pays d’Égypte, c’est le manque de nourriture pour ce qui les concerne personnellement, alors que depuis deux ans, Siméon est prisonnier et lié dans la maison de Joseph. On ne voit pas les frères de Joseph ni leur père dire : il faudrait quand même qu’on s’occupe de Siméon, qu’on aille vers lui pour le délivrer et le retrouver. Non, le motif principal, c’est leur propre état et c’est là où le Seigneur travaille dans les cœurs.
Il est frappant aussi quand nous lisons ce chapitre 43 de lire ce verset 10 : « si nous n’avions pas tardé, certes nous serions déjà revenus deux fois » qui souligne l’importance de ne pas laisser passer le temps et de ne pas laisser en arrière ce qui doit être réglé. On pense à cette expression que les anges ont adressé à Lot quand il quittait Sodome en Genèse 19 : « Hâte-toi de te sauver » (v. 22). Il y a des choses qu’il convient de faire à la hâte. Autant nous avons besoin de considérer la patience de Dieu et de savoir manifester cette même patience dans bien des circonstances, autant il y a des circonstances où il convient de ne pas tarder.
Le travail qui s’opère chez les frères de Joseph, est un travail difficile, dur. Nous pouvons bien penser, et nous l’avons éprouvé lorsque nous sommes amenés à passer par de telles circonstances, un tel travail de cœur, à toute la souffrance que cela peut entraîner dans chacun de nos cœurs. Nous pourrions peut-être dire : mais nous allons être découragés de passer par de telles circonstances, mais nous sommes est obligés de descendre encore une marche, de confesser encore quelque chose. C’est extrêmement douloureux et c’est vrai.
Une fois encore, nous avons besoin de ne pas nous nourrir de nous-mêmes, ni de nos circonstances, ni de ce qu’il y a dans nos cœurs, encore moins de nos pensées. Nous avons pour nous encourager dans ce chapitre aussi l’attitude de Joseph. Joseph est un type de Christ absolument remarquable. Il y a tout ce que Joseph opère et c’est bien ce qui nous permet de retrouver la jouissance de la communion avec Lui. On l’a dit, ce qui est le plus important, ce n’est pas ce que nous faisons, c’est ce que le Seigneur opère en nous.
Si nous lisons ces chapitres 42, 43 et 44, nous voyons tout ce travail de Joseph. Il y a tout d’abord, on pourrait dire, le travail caché de Joseph, que ses frères ne discernent pas, mais qui est là, présent. Dans ce travail caché il y a à deux reprises : « Joseph pleura ». Joseph pleure au chapitre 42. 24, il se détourne d’auprès d’eux ; au chapitre 43 également « Joseph se hâta, car ses entrailles s’étaient émues, envers son frère, et il cherchait où pleurer ; et il entra dans sa chambre, et y pleura » (v. 30).
Ces pleurs de Joseph sont une manifestation de l’immensité de l’amour que Joseph avait pour ses frères. Mais c’était un temps où cet amour de Joseph pour ses frères ne pouvait pas être manifesté publiquement. Nous devons toujours être pleinement convaincus que l’amour du Seigneur Jésus pour nous est un amour qui demeure. C’est un amour qui se manifeste.
Et puis dans ce chapitre 43 il y a comme on l’a souligné, Joseph qui accueille ses frères. Il y a d’abord le préposé sur la maison de Joseph qui va s’occuper du bétail, qui va s’occuper des frères de Joseph, qui va leur parler et qui rend un témoignage remarquable parce qu’on voit combien Joseph était quelqu’un de fidèle, puisque même son serviteur peut parler de « votre Dieu et le Dieu de votre père » (v. 23).
C’est un premier pas : le préposé s’occupe, s’intéresse et répond aux besoins des frères de Joseph. Et puis Joseph va recevoir ses frères. Où va-t-il les recevoir ? Est-ce qu’il va les recevoir à l’écart ? Non, il les reçoit dans sa maison. Et dans sa maison, que va-t-il faire ? Il va leur donner de l’eau, il va manger avec eux. Quelle grâce de la part de Joseph ! On peut être étonné que Joseph reçoive dans sa maison ses frères et mange avec eux, symbole de la communion, alors qu’il faut attendre le chapitre 44 verset 33 pour entendre la confession de Juda : « Et maintenant, que ton serviteur, je te prie, reste serviteur de mon seigneur, à la place du jeune homme » qui est effectivement le point final où les frères de Joseph reconnaissent leur état.
Mais alors que le travail est en cours, nous voyons toute cette grâce de Joseph, la grâce du Seigneur, qui dans sa maison reçoit ses frères et leur manifeste son amour et sa communion. Est-ce qu’il n’y a pas là pour nous un encouragement aussi parce qu’au bénéfice de l’œuvre accomplie à la croix, nous sommes rachetés, sauvés, mais quand le Seigneur va venir nous prendre, où va-t-il nous introduire ? Dans la maison de son Père.
Aujourd’hui les places sont prêtes dans la maison de notre Père pour que nous puissions y être introduits par le Seigneur lui-même et pour que quand nous y serons introduits, nous puissions goûter une parfaite et complète communion avec le Seigneur. Nous avons cela déjà préfiguré dans cette attitude de Joseph à l’égard de ses frères et cela a été sans doute un encouragement pour eux de voir que ce gouverneur qu’ils n’avaient pas encore reconnu – ils n’avaient pas encore discerné qui il était – les recevait d’une telle manière, dans une telle intimité.
« Joseph pleura ». Bien sûr on pense au Seigneur. Sur la terre, les siens l’ont vu pleurer au tombeau de Lazare, mais jamais le Seigneur n’a pleuré sur lui-même et pourtant le Seigneur a connu les difficultés, les peines et les épreuves et il les a profondément ressenties, mais sans jamais manifester extérieurement la souffrance qu’il avait au plus profond de son cœur. L’amour du Seigneur sondant, éprouvant toute l’aridité du mépris et des souffrances et des coups qu’il a endurés, les a gardés pour lui-même. Les frères de Joseph n’ont pas vu Joseph pleurer, mais ils ont vu quelque chose.
C’est ce que nous avons lu au chapitre précédent : ils ont vu la détresse de son âme. C’est quelque chose la détresse d’une âme, c’est encore plus profond que les pleurs. Cela encore dirige nos regards vers la Personne du Seigneur Jésus. Il y a eu un moment où le Seigneur Jésus a exprimé la détresse de son âme, à Gethsémané : « Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort ». Qu’est-ce qui a provoqué cette angoisse dans le cœur du Seigneur ? C’était la vue du péché qu’il allait rencontrer à l’heure de la croix. Est-ce que cette détresse de l’âme du Seigneur ne touche pas nos cœurs, ne les réveille pas, ne les fait pas brûler ?
Nous sommes sans doute plus souvent dans l’attitude des disciples qui à Gethsémané, près du Seigneur, entendant le Seigneur leur parler, se sont endormis de tristesse. Puissions-nous, contemplant la Personne du Seigneur, entrant toujours davantage dans ce qu’il est dans ses souffrances, avoir des cœurs qui répondent à son amour.
C’est en grâce que Joseph invite ses frères dans sa maison. C’est le but en effet du Seigneur, de nous introduire dans la maison de son Père. En même temps nous avons quand même le v. 32 qui nous dit : « on le servit, lui à part, et eux à part ». Pourquoi ? Parce que le travail n’est pas fait encore totalement. Si le fait de manger ensemble nous parle de communion, la communion n’est pas encore établie tant qu’ils n’ont pas pleinement reconnu l’ampleur de leur manquement et qu’ils l’aient confessé. Ce détail qui semble être une coutume égyptienne ne nous est pas rapporté en vain.
C’est qu’il n’y a pas de communion entre le Seigneur et ceux qui ont gravement manqué et qui ne sont pas encore restaurés. Il y a là un enseignement aussi pour nous collectivement. On a souvent voulu faire du repas du Seigneur quelque chose d’individuel uniquement, sans tenir compte de l’état moral en disant : chacun s’éprouve et puis voilà, sans voir cette responsabilité collective et cette communion selon 1 Corinthiens 10, cette communion avec le Seigneur et cette communion entre nous et que nous ne pouvons pas associer la table du Seigneur où l’autorité du Seigneur est reconnue avec un mal, avec quelque chose qui déshonore le Seigneur.
C’est frappant de trouver des petits flashs de ce qui nous sera donné en 1 Corinthiens 10 déjà ici où ce détail de la coutume égyptienne nous est rapporté, non pas en vain, pour nous montrer que le travail n’étant pas fait totalement encore dans les frères de Joseph, ils ne peuvent pas manger ensemble à la même table et qu’il y a encore cette séparation qui est soulignée dans ce v. 32.
Nous lisons au v. 16 : « Joseph vit Benjamin avec eux ; et il dit à celui qui était préposé sur sa maison ». Est-ce qu’on peut voir dans cet homme préposé un représentant du Saint Esprit, le serviteur, comme Éliézer était le serviteur d’Abraham ?
Une autre remarque : s’il y a quelque chose qui a dû frapper ces dix frères de façon extraordinaire, c’est la façon dont Joseph les a rangés autour de la table suivant leur ordre de naissance. Ils ont bien dû se demander comment cet homme étranger, égyptien, savait dans quel ordre ils étaient nés.
Et puis la portion de Benjamin était cinq fois plus grande. Cela aussi a dû les troubler.
Ce qui est effectivement frappant dans ces moments où les frères de Joseph sont là devant lui, la première fois, mais peut-être encore plus la deuxième fois, c’est de voir le décalage qui existe entre les pensées des frères de Joseph et celles de Joseph. On voit comment les frères de Joseph se mettent en souci.
La deuxième fois, on voit qu’ils sont accueillis par Joseph qui les invite à manger à sa table, les fait entrer dans sa maison, les remet aux soins de celui qui est préposé sur sa maison et on voit qu’ils ont peur. Ils pensent qu’on va se jeter sur eux, qu’ils veulent même prendre leurs ânes comme si c’était quelque chose qui pouvait être désirable pour Joseph de leur prendre cela.
Ils sont beaucoup en souci sur cette question d’argent qu’ils avaient retrouvé. Ils avaient apporté le double d’argent. On voit dans le chapitre 43 qu’ils en parlent plusieurs fois, ils préparent cela puis ils ont leur cadeau qu’ils ont apporté. Voilà tout ce qui les préoccupe. On voit comment ils s’adressent à celui qui était préposé sur la maison pour prévenir les choses en quelque sorte en disant : voyez, effectivement on a bien retrouvé notre argent dans nos sacs, on a apporté le double d’argent etc. On voit tout leur souci, leur préoccupation. Le préposé leur dit : « ne craignez pas… votre argent m’est parvenu ».
Ce n’est pas cela qui, en fait, calme leur trouble. Il y a tout cela qui remplit leur cœur et puis ces étonnements dont on a parlé : le fait qu’ils soient là à table, ils mangent ensemble mais quand même séparément, ils sont rangés par ordre de naissance, Benjamin a cinq fois plus qu’eux. Des étonnements sont là. Est-ce que tout cela n’est pas aussi quelque chose d’instructif pour nous pour réaliser la façon dont le Seigneur s’occupe de nous et bien souvent il y a aussi ce décalage.
Nous ne comprenons pas ce que le Seigneur veut faire vraiment. Nous nous mettons quelquefois en souci de beaucoup de choses qui nous paraissent importantes et qui en fait – on le voit bien ici, cette question d’argent qui mettait beaucoup en souci les frères de Joseph – et qui en fait ne sont pas du tout importantes. Par contre ce que Joseph voulait amener comme travail dans le cœur de ses frères, ils passaient à côté de cela. Ils n’en voyaient pas l’importance. Il va falloir – on va le voir dans le chapitre suivant – faire encore quelque chose en cachant sa coupe dans le sac de Benjamin pour que ce travail continue à s’approfondir.
Dans tout cela, comme leçon pour nous, nous avons besoin d’apprendre vraiment à nous tenir aux pieds du Seigneur pour lui demander : Ce que je ne vois pas, montre-le-moi. On peut être préoccupé de choses qui nous paraissent importantes, qu’il faudrait régler, alors qu’en fait ce n’est pas vers cela que le Seigneur veut diriger notre attention. Il veut nous parler d’autres choses, de choses qui nous concernent peut-être sur d’autres plans sur lesquels nous n’avons pas fait attention et sur lesquels il voudrait nous apprendre des leçons.
Il est très frappant dans ces chapitres de voir le décalage de pensées qu’il y a entre les frères de Joseph et Joseph lui-même. Bien sûr les frères ne savaient pas qui était Joseph. Joseph connaissait beaucoup de choses. En ce qui nous concerne sachons bien que le Seigneur nous connaît à fond. Bien sûr que Joseph connaissait ses frères, il savait qui était l’aîné, qui était le plus jeune. Le Seigneur nous connaît à fond, il connaît tous les détails de nos vies et il veut placer des choses devant nous pour nous amener quelquefois à juger des choses sur lesquelles nous n’avons pas prêté attention.
Que nous puissions lui demander de nous éclairer s’il y a des choses que nous ne comprenons pas, des étonnements – les frères de Joseph s’étonnaient de certaines choses. C’est que le Seigneur peut-être veut nous apprendre quelque chose sur d’autres points que ceux que nous pensons être importants.
Il y avait un très grand décalage entre les pensées de Joseph et celles de ses frères. Et en conclusion pour nous, le Seigneur Jésus nous connaît à fond, il connaît toutes choses. C’est peu de chose de dire, en quelque sorte, qu’il y avait un grand décalage entre les pensées de l’un et des autres. Elles étaient même à l’opposé complètement. Il est saisissant de penser à la manière dont Joseph connaissait ses frères et leurs pensées. En effet il avait vécu avec eux jusqu’à l’âge de dix-sept ans, il avait vécu ces circonstances terribles mentionnées dans le chapitre 37 de la Genèse.
Et puis quand les frères sont venus vers lui, il les a questionnés, il les a amenés à parler d’eux, de leur père, de leurs circonstances. À un moment donné ils se sont dit : « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ». Ce travail de repentance a commencé en eux. Ils pensaient que Joseph ne comprenait pas. Ils se sont dit : Ça c’est quelque chose que Joseph ne sait pas. Ils pensaient que Joseph ne connaissait rien d’eux. Mais l’Esprit de Dieu est là pour souligner qu’il y avait entre eux un interprète. Il fallait un interprète effectivement pour qu’en parlant comme un homme égyptien à ses frères, ses frères comprennent ce qu’il avait à leur dire.
Mais Joseph connaissait aussi bien la langue de ses frères qu’eux-mêmes. Rien n’était caché à ses yeux et on voit que c’est à la suite de cette pensée de confession que l’on voit pour la première fois Joseph se mettre à pleurer. Est-ce que nous avons conscience de la manière dont le Seigneur nous connaît ? Plusieurs fois dans l’Écriture nous trouvons cela, la pensée que nous, nous connaissons en partie, notre connaissance est très limitée et pourtant c’est une immense bénédiction que nous ayons été amenés à connaître Dieu.
Le Seigneur dira : « c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17. 3). L’apôtre a cette parole si touchante dans la 1ère épître aux Corinthiens au chapitre 8 versets 1 et 2 : « nous avons tous de la connaissance ; la connaissance enfle [elle produit en nous une certaine conscience de notre capacité en quelque sorte], mais l’amour édifie. Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître ».
Ce « il faut » semble mettre devant nous la manière dont Dieu connaît les choses. Un autre passage nous dit que plus tard « je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu » (1 Cor. 13. 12). Ce sera la pleine connaissance que nous n’avons pas encore. Il est ajouté : « il ne connaît rien encore comme il faut connaître ; mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui ». Ici dans cette expression « est connu de lui » ce n’est pas seulement la connaissance absolue que Dieu a de tous nos faits et gestes et même de toutes nos pensées, mais qu’il nous connaît comme quelqu’un qu’il aime, comme dans une famille on connaît ceux qui nous sont particulièrement attachés.
Dans le chapitre 42, si nous nous représentons cette scène de l’extérieur, nous voyons un homme plein de gloire et de dignité, revêtu de sa tunique de byssus avec le collier d’or, l’anneau d’or, entouré de ses serviteurs, probablement assis sur un trône et à ses pieds on voit dix hommes hébreux affamés, qui sont venus quémander du blé pour survivre.
Cet homme devant lequel ils se tiennent reste impassible. Il a l’air insensible à la misère de ces dix hommes qui sont à ses pieds et même il les traite d’espions. Ces hommes essayent de se défendre en disant qu’ils sont d’honnêtes gens et ils expliquent, on ne sait pas pourquoi, la structure de leur famille en disant : il y a un seul père, il y avait douze enfants, dix sont là devant toi, le douzième est resté avec son père et puis le onzième, il a disparu, on ne sait pas ce qu’il est devenu.
C’est étonnant que ce gouverneur d’Égypte ne demande pas ce qu’est devenu ce onzième frère, mais il maintient son accusation d’espions et il fait enfermer pendant trois jours ces dix hommes. Au troisième jour il les fait sortir et il leur dit : « moi, je crains Dieu » comme s’il leur disait : « Et vous, est-ce que vous craignez Dieu ? Si vous êtes d’honnêtes gens, vous rentrerez chez vous et vous devrez revenir avec votre plus jeune frère ».
Il garde Siméon comme otage et les neuf frères retournent chez eux avec des sacs pleins de blé et en plus l’argent leur a été rendu. C’est un acte de générosité, de bonté, qui tranche un peu avec l’attitude dure qu’avait eu le gouverneur avec eux et ils sont en plein désarroi, ne comprenant pas ce que cela signifie.
Il y a une deuxième scène où ils arrivent devant Jacob. Ils font le compte rendu de leur voyage et ils expliquent les exigences de ce gouverneur d’Égypte si sévère, réclamant qu’ils reviennent avec Benjamin. Jacob refuse en disant : « toutes ces choses sont contre moi ». On se rappelle la vie de Jacob qui avait été une vie qui avait nécessité la discipline de Dieu et cette discipline n’est probablement pas terminée. Jacob n’a probablement pas parlé comme devrait parler un croyant qui est éprouvé et qui est soumis. Il s’imagine que Dieu est contre lui. Non, jamais, on l’a vu, jamais Dieu n’est contre un croyant. Par contre il peut susciter des circonstances adverses pour arriver à parler à la conscience de son enfant, comme nous sommes enseignés dans Hébreux 12, pour qu’il puisse participer à sa sainteté.
Si on voit les choses de l’intérieur, dans les cœurs, on peut voir le contraste qu’il y a entre le cœur de Joseph et le cœur des dix frères. Joseph, c’était lui ce gouverneur, au sommet de sa gloire. Il a reconnu ses frères et il était ému de les voir. Il désirait qu’eux-mêmes participent à l’administration de toutes les bénédictions dont il était l’administrateur. Mais il ne pouvait pas manifester ses sentiments à ses frères parce qu’ils avaient une culpabilité. On voit ces frères lorsqu’ils sont sortis de la prison qui disent entre eux : « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ; car nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté ; c’est pourquoi cette détresse est venue sur nous » (42. 21). Joseph a entendu ces paroles mais les dix frères ne savaient pas que Joseph comprenait et le cœur de Joseph a été ému. C’était le premier signe, on pourrait dire la première marche, vers un travail de restauration. Malgré sa gloire et malgré le souvenir de ses songes, Joseph n’a pas cherché à écraser ses frères, ni à se venger, mais il était plein d’amour pour eux et il s’occupe d’eux.
Au chapitre 43 la famine se fait toujours plus pesante et Jacob est obligé de demander à nouveau à ses enfants qui restent, les neuf, dix avec Benjamin, de redescendre en Égypte pour aller chercher du blé. On voit que le cœur de Jacob a évolué en bien et il se décide à laisser partir Benjamin avec les neuf frères pour retourner en Égypte. Jacob prend des dispositions que nous lisons dans le chapitre 43 versets 11 à 14 dont il faut relever l’ordre. Il prépare premièrement des cadeaux, ensuite il prépare l’argent qu’il veut rendre, en dernier il invoque la puissance du Dieu Tout puissant. On aurait peut-être préféré un ordre inverse, mais c’est Jacob, c’est toujours l’homme selon la chair qui prend des dispositions pour, on pourrait dire, acheter par ses propres efforts la faveur de Dieu. Or c’est impossible.
Les fils arrivent en Égypte, se présentent à nouveau devant le gouverneur qu’ils n’ont toujours pas reconnu et le gouverneur est assisté d’un chambellan, celui qui est préposé sur sa maison, image du Saint Esprit, qui exécute la pensée, la volonté de Joseph, fait entrer les frères dans la maison même de Joseph. Quelle faveur, on pourrait dire et quel honneur et combien cela aurait pu les réjouir ! Mais pas du tout. Cette faveur ne les réjouit pas, au contraire ils sont pleins d’inquiétude. C’est un signe assez marquant de ces frères qui ont sur leur cœur une culpabilité vieille de vingt-deux ans. Leur culpabilité, pesait sur leur conscience depuis le jour où ils avaient commis ce crime contre leur frère. Elle ne les lâche pas et tout ce qui se passe autour d’eux, même ces gestes de générosité de la part de Joseph, les trouble au plus haut point et les remplit de crainte et ils sont remplis de crainte relativement à leur devenir. Le chambellan leur dit : « Paix vous soit, ne craignez pas. C’est votre Dieu et le Dieu de votre père qui vous a donné un trésor dans vos sacs » (v. 23). Qu’en était-il de leurs relations avec Dieu ? Nous ne le savons pas très bien, mais peut-être qu’elles n’avaient pas été toujours très étroites. Ensuite l’homme introduit ces dix frères dans la maison de Joseph, fait laver leurs pieds, et à ce moment-là on les voit qui préparent le cadeau pour l’arrivée de Joseph, s’imaginant encore que ce cadeau aurait une utilité pour toucher l’intérêt et les compassions de Joseph. Combien ils se trompent !
Joseph arrive et ne pose qu’une question : « Votre père, le vieillard dont vous m’avez parlé, est-il bien ? vit-il encore ? » Il voit Benjamin et il est ému pour la deuxième fois à tel point qu’il se met à pleurer mais il est obligé d’aller cacher ses larmes parce que le moment n’est pas encore venu de se révéler à ses frères. Ce travail de repentance n’est pas terminé. Il le sait bien. Il les fait tout de même entrer dans sa maison, ce qui est un honneur immense et il les dispose d’une certaine façon. Il se met à table. On le sert à part, on sert les Égyptiens à part et on sert les frères à part. Ce qui est remarquable, c’est qu’ils sont disposés par ordre de naissance. Ruben l’aîné d’abord et puis en dernier Benjamin. Et Benjamin reçoit une part cinq fois plus grande que ses frères, montrant l’amour tout particulier de Joseph pour son petit frère Benjamin qui est aussi un type de Christ.
Il y a des leçons bien sûr à tirer de ces faits, des leçons de deux ordres au moins. On a vu sur le plan des types, que Joseph est un type du Seigneur, les frères sont un type des Juifs et aussi de toute l’humanité déchue qui a sur sa conscience ce poids, ce crime vieux de deux mille ans de la crucifixion du Seigneur. Mais il y a aussi des types d’ordre moral.
Lorsqu’un croyant a péché, la communion a été interrompue. Le travail du Seigneur s’accomplit pour restaurer ce croyant et rétablir la communion. C’est ce que montre Joseph vis-à-vis de ses frères, ce travail persévérant, plein d’amour, patient, pour amener ses frères à confesser un péché. Pour Dieu il n’y a pas de délai de prescription. Un crime vieux de vingt-deux ans reste toujours un péché.
D’autre part on voit que Dieu connaît tout. On n’a rien à lui apprendre. Quelle que soit notre situation morale, Dieu est au fait de tout. Et malgré cela, Dieu nous aime toujours et il veut notre bien et il veut nous faire participer à toutes ses bénédictions. C’est un Dieu de grâce mais aussi un Dieu de lumière qui ne peut pas supporter le péché et il faut que le péché soit ôté. Sur le plan moral c’est la leçon que nous avons retenue, que Dieu veut nous amener à la repentance. Il nous pousse à la repentance.
La repentance n’est pas la conversion, c’est le jugement de soi-même, un jugement identique à celui que Dieu porte sur mes actes et ma conduite passée, tout cela par la lumière et la présence divines. C’est cela la repentance et Dieu veut nous amener à ce stade de repentance. S’il permet des épreuves, ce n’est pas Dieu qui est contre nous, ce sont des épreuves qui sont nécessaires comme le dit la 1ère épître de Pierre (1. 6).
Il y a aussi l’enseignement typique qu’il faut signaler. Les frères représentent donc particulièrement les Juifs qui ont haï et crucifié le Seigneur et les Juifs devront traverser cette période de grande tribulation avant le second retour du Seigneur, cette période de grande tribulation qui sera permise pour leur donner un esprit de grâce et de supplication, pour les amener à se lamenter sur celui qu’ils ont crucifié et à se lamenter sur lui comme sur un fils unique. C’est un passage de Zacharie 12.
Dieu dirige toutes les circonstances. Il n’y a pas de chance, il n’y a pas de hasard pour le croyant. Dans les versets que nous avons lus d’abord, nous avons vu Joseph qui traite ses frères d’espions, les enferme trois jours, lie Siméon devant eux, et puis au chapitre suivant il les reçoit dans sa maison, il leur fait un festin et puis dans notre chapitre il arrive quelque chose de bien terrible pour eux. Dieu dirige toutes choses. On le voit dans la Parole de Dieu.
Il peut se servir d’une tempête pour Jonas pour l’amener à un travail de conscience, il peut agir aussi comme on le lit dans le livre de Ruth « fortuitement ». Elle a été conduite dans ce champ pour sa bénédiction. Mais rien n’arrive au hasard. Tout est là qui contribue au bien de ses rachetés. Toutes les circonstances sont dans sa main mais il est vrai que nous avons besoin de ne pas être conduits toujours par les circonstances. Nous savons que David était un jour au fond de la caverne et Saül était à l’entrée de la caverne. Ses hommes lui ont dit : Maintenant c’est le moment, Dieu livre ton ennemi. Mais non, il n’est pas conduit par les circonstances, il est conduit par Dieu. Dieu travaille très profondément dans nos cœurs.
Comme quelqu’un l’a écrit : « le laboureur du cœur, comme celui du sol, a besoin de prendre patience jusqu’à ce qu’il voie le fruit précieux ». Mais, chers amis, un jour comme ces frères de Joseph, il faudra ouvrir ses bagages, il faudra défaire les sacs. Tout sera mis à la lumière. Comme on l’a dit : les années n’effacent pas les péchés. Il n’y a qu’une chose qui nous amène dans la lumière, c’est la confession, le jugement de soi-même.
Si Dieu permet quelquefois des détresses, des choses incompréhensibles peut-être pour nous, c’est pour nous amener là, dans son amour, parce qu’il veut changer nos cœurs de pierre en des cœurs de chair. Salomon a su faire parler le cœur d’une mère en face de ces deux femmes qui prétendaient toutes les deux que l’enfant était le sien, Salomon a su faire parler le cœur d’une mère. Ici Joseph a su faire parler le cœur d’un frère et le cœur d’un père.
Si on se met un tout petit peu dans la peau des dix frères, ils ont rencontré un homme dur alors qu’ils venaient, sans doute comme beaucoup d’autres, acheter des vivres. Ils ont aussi été les objets de la grâce, cette grâce qui leur a fait peur comme elle avait fait peur aussi à nos premiers parents à cause d’une conscience qui n’était pas à l’aise et qui était réveillée par les circonstances. Adam et Ève s’étaient cachés. « J’ai eu peur », peur de Dieu.
On sait aussi que Jacob avait une conscience aussi très mal à l’aise dans le chapitre 28 du même livre. Il vient d’abuser de la faiblesse de son père pour extorquer la bénédiction, il a volé son frère. L’Éternel lui dit cette nuit-là : « tu sais, je vais te bénir », nous n’aurions peut-être pas parlé comme cela à Jacob. Jacob dit : « Que ce lieu-ci est terrible ! » Sa conscience n’est pas à l’aise.
Mais là avec notre chapitre 44 nous faisons un pas de plus. Ce n’est pas seulement un homme dur, ce n’est pas seulement celui qui use de grâce et qui les met mal à l’aise, c’est celui qui devine, c’est celui qui connaît toute leur vie et l’objet qui est là, qui est le signe de sa connaissance parfaite de l’état de ses frères, et justement en argent. L’argent dans toute l’Écriture nous parle de rédemption. La rédemption, ils en ont besoin.
Ils ont à faire à la fois à celui qui connaît tout ce qui s’est passé il y a vingt ans et en même temps l’argent montre ce rachat. Nous lui avons coûté infiniment cher et quand il s’est donné sur la croix pour expier nos péchés et nous racheter, il l’a fait en connaissance de cause. Il savait ce que nous étions, il était parfaitement au clair sur tout ce que nous avions fait, dit ou pensé. Il savait même ce que nous serions comme chrétiens et il nous a rachetés au prix même de son sang.
C’est vrai, il devine mais c’est un homme apparemment dur, mais plein de grâce. J’aimerais m’arrêter un petit peu sur cela. Comment se fait-il que ces onze frères partent, ils rentrent chez eux, puis ils disent : tout va bien maintenant, on est les onze. Il y a toujours Joseph qui manque. Ils partent mais ils sont rattrapés en cours de route et ils sont accusés d’avoir volé une coupe et comment se fait-il qu’ils ne clament pas haut et fort leur innocence parce que vraiment ils sont innocents et celui qui est peut-être le plus innocent c’est Benjamin ? Ils ne disent rien.
Ah ! mais c’est que Joseph a une autorité extraordinaire sur eux. Ce n’est pas seulement un homme dur, il a une autorité extraordinaire, mais une autorité pleine d’amour. Est-ce que ces deux choses se conjuguent : autorité et amour ? En principe, non. En principe quelqu’un qui a une autorité, il la fait valoir, peut-être avec amour si c’est pour quelqu’un de sympathique, mais pas toujours. Mais autorité et amour. Là, peut-on dire, la seule vraie autorité – et c’est le Seigneur aussi qui est comme cela, ou plutôt Joseph qui représente vraiment le Seigneur Jésus – la seule autorité qui peut se manifester comme étant une autorité, c’est celle qui est produite ou conduite par l’amour. C’est peut-être pour cela que les frères ne vont rien dire à Joseph. Ils se rendent compte que Joseph a une autorité telle et ils se soumettent à cette autorité. Personne ne dit rien.
Le principe ou la maxime qui est si importante sur laquelle j’aimerais vraiment qu’on s’arrête est : Joseph est ferme et il est tendre. Mais il est ferme sans dureté et il est tendre sans faiblesse. Et cela c’est une conjugaison des deux choses qu’il nous est extrêmement important de réaliser et de garder. Parce que très souvent, il peut arriver qu’on soit ferme avec dureté ou qu’on soit tendre avec faiblesse, ou plus exactement qu’on soit ferme mais que notre fermeté ait dévié vers la dureté ou que notre tendresse, que notre affection, que notre amour, ait dévié vers la faiblesse.
Voilà par exemple quelqu’un – ça peut arriver, ça nous est arrivé – qui est vraiment attaché à l’Écriture, il est attaché à la vérité et puis il sent que la vérité est quelque chose de très important et selon son appréciation il est rempli de zèle pour le Seigneur. Selon sa pensée, son appréciation, il faut absolument appuyer sur un tel point ou un autre point de doctrine peut-être ou de principe. Et puis il va peut-être s’en aller vers l’exagération ou vers la dureté.
Un autre qui est peut-être rempli d’amour pour les âmes, se dit : l’amour vraiment doit surpasser toutes choses, il faut d’abord l’amour et on verra qu’on pourra atteindre un peu tout le monde et puis il fait fi peut-être de certains principes très importants et l’obéissance à la Parole passe au second plan.
On a justement des exemples dans la Parole. Un des exemples les plus frappants, c’est vraiment celui de Joseph, extraordinaire. Il est ferme mais jamais dur et on croirait qu’il est dur, c’est vrai. Il « nous a parlé durement ». Il n’y a pas de dureté chez lui. Remarquez, on a vu juste avant qu’il semble dur et puis tout à coup il leur fait un festin. Il est dur apparemment, et puis il pleure, mais il ne le leur montre pas. Donc ferme sans dureté et puis plein d’amour mais sans faiblesse.
Prenez Éli le sacrificateur. Il manquait de fermeté, il avait beaucoup d’amour pour ses enfants mais il a oublié de les reprendre, il ne les a pas repris et qu’en est-il advenu ?
Prenez Moïse quand il aurait dû parler au rocher. L’eau est venue de toute façon. Il ne lui parle pas, il s’énerve en quelque sorte, il s’irrite, il est un peu dur. Mais pourtant prenez le même Moïse, les plaidoyers magnifiques qu’il va faire en faveur de son peuple, ce même Moïse qui était l’homme le plus doux de la terre, le voilà qui s’irrite. Le plus doux de la terre, remarquons bien, parce que celui qui est du ciel l’est infiniment plus.
Mais le Seigneur Jésus aussi, jamais quand il a repris les disciples, quand il a repris quelqu’un, jamais vous ne voyez une distance s’installer entre lui et le disciple que le Seigneur reprend, que ce soit un Pierre, ou que ce soit Jacques et Jean qui disent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume ? » (Luc 9. 54) Le Seigneur est ferme, mais il est tendre aussi. Jamais il ne les reprend pour installer une distance. Nous, quand nous reprenons quelqu’un, nous sommes peut-être fermes, mais il y a peut-être un peu de dureté et puis voilà de la distance qui s’installe. Voilà un frère ou une sœur qui va peut-être bouder.
Jeunes pères de famille, j’aimerais vous dire quelque chose, ou aux jeunes mères de famille aussi. C’est peut-être quelque chose d’important à voir. Dans nos familles avec nos enfants, c’est clair qu’on peut les décourager très vite en étant très fermes, pourtant fermes dans des choses qui sont justes, fermes pour obéir à la Parole : il ne faut pas faire ceci, il ne faut pas faire cela. Mais on est dur peut-être.
Et on est peut-être relâché. On dit : « Oh ! il ne faut quand même pas exagérer avec nos enfants. Dans le monde actuel il faut les laisser se développer, il faut les laisser raisonner, il faut les laisser avancer eux-mêmes, prendre leurs responsabilités, il ne faut surtout pas trop les irriter ». Cela c’est clair : « Pères, n’irritez pas vos enfants » et puis on passe aussi à côté.
Le Seigneur avait bien résumé ces choses-là en disant : « soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes » (Mat. 10. 16). Vous avez besoin de ces deux choses, la fermeté d’esprit et en même temps la douceur, fermes dans l’esprit et tendres dans nos affections. Ces deux choses ne se contrarient pas. Il faut que ces deux choses se conjuguent. C’est justement dans la conjugaison de ces deux caractères que l’on voit tellement bien chez Joseph, que les frères vont revenir à lui. Faisons attention à cela, à ces deux caractères et sachons les conjuguer, que ce soit pour le bien de notre entourage, le bien de nos familles d’une manière toute particulière, le bien de l’assemblée aussi.
J’aimerais qu’on s’arrête sur quelques autres leçons de ce chapitre. Il y a une parole que Joseph va dire à ses frères que nous trouvons pour la première fois au v. 4 : « Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ? » Nous trouvons prophétiquement la même parole dans la bouche du Seigneur au Psaume 109 – cité d’ailleurs dans l’évangile selon Jean : « ils m’ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour mon amour » (v. 5). C’est une parole qui s’adresse à chacune de nos consciences quant à notre conduite à l’égard du Seigneur.
Certes elle s’adresse prophétiquement au peuple juif qui a rejeté son Messie, mais souvenons-nous aussi que les nations ont été d’un même sentiment à l’égard du Seigneur. Les Juifs et les nations se sont ligués ensemble pour rejeter le Seigneur. Et elle s’adresse aussi à chacun de nous individuellement. Est-ce que cela ne nous est jamais arrivé de dire : Pourquoi Dieu agit-il ainsi alors qu’il veut toujours notre bien ? « Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ? »
Et puis une autre leçon que nous apprenons, c’est que cette coupe de Joseph, n’a pas été trouvée, comme on l’a souligné, dans le sac d’un des dix frères, d’un des dix coupables de la vente de Joseph en Égypte et on peut même dire du meurtre parce que c’est ce qu’ils avaient pensé faire. Elle a été trouvée dans le sac de l’innocent, de Benjamin. Nous pensons à cette expression du prophète Ésaïe : « l’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous » (53. 6). Ce mal que nous avons rendu pour le bien, Dieu en a fait tomber le jugement sur la Personne du Seigneur.
Et puis encore une leçon au sujet de l’argent. Il est vrai que l’argent nous parle dans l’Écriture de la rédemption. On se souvient que les bases des piliers du tabernacle étaient en argent. C’est le seul fondement sur lequel nous pouvons nous tenir. Mais il y a l’argent des frères de Joseph dans leurs sacs. Cet argent, ils le retrouvent dans leurs sacs. Pourquoi ?
Est-ce que cela ne nous parle pas de ce que nous trouvons au Psaume 49. 7 : « Un homme ne pourra en aucune manière racheter son frère, ni donner à Dieu sa rançon ». Ce n’est pas avec nos richesses qui sont des richesses injustes, que nous pourrons nous présenter devant Dieu. Elles n’ont aucune valeur. Mais c’est par le rachat que Dieu a opéré que nous pourrons nous tenir devant lui.
Encore un point : Juda arrive à dire et je pense qu’il est la bouche de ses frères : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » (v. 16). Il ne dit pas à Joseph : « Tu as trouvé l’iniquité de tes serviteurs » mais il dit : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ». On a rappelé déjà que rien n’est caché à Dieu et qu’un péché commis il y a vingt-deux ans revient en mémoire dans toute son horreur. S’il est tel devant Dieu, pour qu’il soit effacé, il faut qu’il arrive à être tel devant nous. Et il est dit : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ». Les dix fils de Jacob doivent confesser non pas leur péché contre leur frère, mais contre Dieu. Nous nous souvenons de ce que David doit dire au Psaume 51. 4 : « Contre toi, contre toi seul, j’ai péché ».
Et puis encore un point : il y avait beaucoup de taches dans la vie de ces dix : Ruben avait commis la fornication en montant sur le lit de son père ; Siméon et Lévi avaient usé de leur épée comme instrument de mort devant des personnes sans force ; Juda dont la triste histoire nous est rapportée au chapitre 38. Ces choses-là ne sont pas rapportées. Ce qui est le point central de la culpabilité de ces hommes, c’était le rejet de Joseph. Le point central de la culpabilité de l’homme et de tout homme, c’est le rejet de Christ.
Et au jour du jugement, si les actes de tout homme seront mis en évidence, ce qui déterminera le sort éternel de quiconque, c’est sa conduite par rapport au Seigneur. Ceux qui l’ont reçu, ont le droit d’être appelés enfants de Dieu. Ils ne connaîtront pas le jugement. Mais ceux qui ne le reçoivent pas, ceux qui désobéissent, la colère de Dieu demeure sur eux.
Voilà quelques leçons, me semble-t-il, que nous avons dans ce chapitre et que nous devons retenir, nous souvenir de ce qui a été rendu au Seigneur, le mal pour le bien. « L’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous ». « Un homme ne pourra en aucune manière racheter son frère, ni donner à Dieu sa rançon ».
C’est Dieu qui met à nu notre iniquité à chacun et c’est contre lui que nous avons péché, même si nous avons péché contre un frère. Je peux pécher contre un de mes frères, lui faire un tort, mais c’est avant tout contre Dieu que j’ai péché. Si j’ai fait tort à un frère, je dois d’abord confesser ma faute devant Dieu avant de confesser ma faute devant le frère. Et puis ce qui conditionne notre état éternel, c’est notre conduite par rapport à la Personne du Seigneur Jésus.
Rappelons ces deux expressions que nous trouvons dans ce chapitre : « et la coupe fut trouvée dans le sac de Benjamin » et ensuite dans la bouche de Juda : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ». Quand la première est prononcée, nous voyons les frères de Joseph qui sont là dans ce désarroi plus grand encore que ce qu’ils avaient connu jusque-là : la coupe a été trouvée dans le sac de Benjamin. Comme on l’a dit, ils sont certainement remplis du sentiment d’une injustice profonde. Ils ont conscience que, eux ne l’ont pas volée. En tout cas Benjamin ne pouvait pas l’avoir fait.
Qu’est-ce qui s’est passé ? Mais la coupe a été trouvée dans le sac de Benjamin. Est-ce que nous ne nous trouvons pas quelquefois dans des situations de ce genre où une question est posée et tout à coup il y a un élément qui paraît éclairer la situation ? On va s’interroger là-dessus pour savoir véritablement quelles sont les responsabilités des uns ou des autres, sans aller plus loin en quelque sorte.
Combien on voit que ça peut être une chose dans laquelle on va se tromper si on s’arrête au fait que la coupe a été trouvée dans le sac de Benjamin et à l’évidence personne ne peut le contester. Mais, on l’a dit, Dieu qui a tout disposé et qui peut permettre même qu’une apparente injustice se commette, est manifesté. La vérité est là dans la bouche de Juda dans lequel le travail de Dieu commence à s’accomplir et à s’approfondir : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ». Quel contraste entre les conclusions que l’on peut tirer de ce fait avéré aux yeux des hommes auquel tous vont peut-être s’attacher avec force d’une manière que rien ne pourrait les en détacher et puis cette vérité qui découle de ce qu’on se tient devant Dieu : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ».
L’argument était trop facile : « Ah ! tu es un homme qui sait deviner, alors tu sais bien comment la coupe est arrivée là ». Rien de tout cela. Parce que Dieu agissant, cela les amène bien plus loin, bien en arrière.
Un petit mot par rapport à la réaction des frères lorsqu’ils sont arrêtés. On voit qu’ils essayent de recoller leur honnêteté en disant : « Tu vois, mais l’argent, on l’a rapporté ». Et puis on voit qu’ils vont prononcer eux-mêmes un terrible jugement : « celui qui l’a prise, il faut qu’il meure et nous, nous serons serviteurs ». D’une certaine manière ils affirment leur solidarité : « Qu’il meure celui chez qui on va trouver la coupe, mais nous, nous serons serviteurs ». Ils n’avaient pas manifesté cette solidarité dans le chapitre 37 vis-à-vis de leur frère.
Nous voyons comment il leur est dit : « Maintenant donc, qu’il en soit selon vos paroles ». Et en même temps nous voyons la grâce parce que ce qui va être dit au v. 10 et qui n’est pas du tout le jugement aussi dur qu’ils ont eux-mêmes prononcé. On sait qu’il y a d’autres exemples.
Je voudrais en citer deux en tout cas où des gens ont prononcé leur propre jugement. Tout le monde y pense, c’est David. « L’homme qui a fait cela est digne de mort ! » (2 Sam. 12. 5). Nous sommes souvent très durs lorsque nous ne sommes pas concernés. Nous savons très très bien la gravité de ce qu’ont fait les autres. C’est bien ce David qui dit : il est digne de mort. Et puis ensuite Nathan va simplement déplacer le problème. Jusqu’à présent David, pour toi c’était extérieur et tu étais très clairvoyant. Maintenant on va simplement le pousser un peu, on va le mettre sur ta conscience : « Tu es cet homme ! ». Ah ! nous savons bien que ce jugement que David avait lui-même prononcé va l’atteindre au quadruple dans quatre de ses enfants.
Il y a un autre homme, c’est le troisième serviteur dans Luc 19. « Tu es un homme sévère, tu prends ce que tu n’as pas mis, et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé… Je te jugerai par ta propre parole » dit le maître (v. 21 et 22). Quand est-il prononcé ce jugement allégé ? C’est très intéressant.
Vous voulez qu’il meure et que vous, vous soyez serviteurs. Eh bien, non, celui chez qui sera trouvée la coupe sera serviteur et vous, vous serez innocents. Que propose-t-il ? Justement cette désolidarisation entre les frères. Ce sera son affaire et vous, vous serez innocents. Et en cela nous voyons le travail de Dieu. Ils refusent de se désolidariser parce que Dieu a travaillé dans leur cœur. Nous sommes dans un monde où c’est chacun pour soi et même plus, Dieu pour tous. Nous avons parlé de ce principe de solidarité avec Ruben qui a voulu se désolidariser dans la culpabilité, on a cité Esdras 9, on a cité Daniel 9, on a cité Néhémie 9. Qu’y trouvons-nous ? « Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité » (Dan. 9. 5).
Et Élie n’était pas dans un bon état lorsqu’il tire aussi son épingle du jeu dans le chapitre 19 du 1er livre des Rois et qu’il dit : « les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels et ils ont tué tes prophètes par l’épée » et pas moi.
Bien-aimés du Seigneur, nous sommes dans une grande misère dans les rassemblements. Est-ce que nous disons que c’est les autres ? Est-ce que nous nous désolidarisons avec une propre justice pharisaïque ? Ou bien est-ce que nous réalisons que nous sommes de la même pâte, comme dit Élihu à Job, que nous sommes solidaires de toutes ces misères qui nous ont atteints et que nous avons à en porter l’humiliation et la culpabilité. Voilà le beau travail qui a été produit.
« Oh ! vous êtes innocents, vous pouvez partir, moi je garde uniquement celui qui a péché ». Non, non, non, Juda ne peut pas accepter cela et les autres non plus. Que nous puissions réaliser cette solidarité à laquelle nous sommes invités, aujourd’hui, dans ce monde qui l’a jetée loin : vous êtes un seul corps, nous dit l’Écriture. Nous ne sommes pas des miettes, nous sommes un seul corps. Que cette solidarité nous puissions avec exercice en tirer les conclusions qui s’imposent pour marcher ensemble dans l’humiliation certainement, mais avec le secours de notre Seigneur !
L’Ecclésiaste nous dit : il y a « un temps de se taire, et un temps de parler » (3. 7). Se taire et parler, dans ces chapitres et dans nos vies, sont des choses qui méritent que nous nous y arrêtions. Parler : les frères de Joseph avaient beaucoup parlé, on l’a rappelé tout à l’heure dans l’introduction de la réunion. Ils avaient beaucoup parlé d’eux, expliqué beaucoup de choses sur leur famille. Pourquoi ? Parce qu’ils cherchaient à se donner, face aux questions de cet homme qui était là devant eux, une légitimité, une apparence, une bonne réputation.
On a bonne réputation quand on est dans une grande famille, qu’on est de nombreux frères, qu’il y en a un qui est plus jeune, on a un père âgé, on peut retracer sa généalogie, on a une bonne réputation. Dans le monde on aime beaucoup ce genre de choses, si on peut remonter à ses ancêtres, si on peut remonter à celui qui a fait ceci, à celui qui a fait cela, si on peut parler de ce que font ses enfants qui font de grandes études etc. tout ceci vous donne une légitimité. Quelle valeur cela a-t-il ?
Cela n’avait aucune valeur face aux vrais problèmes, aux vraies questions, qui étaient ce qu’avaient vécu et fait les frères de Joseph. Ils pouvaient se donner une légitimité, expliquer qu’ils étaient d’une grande famille, qu’avaient-ils fait ? Ils pouvaient dire avec une sorte de façon de faire passer les choses, qu’un de leurs frères n’était plus. On emploie comme cela des expressions qui atténuent la réalité et puis on glisse sur la réalité.
L’un de leurs frères n’était plus : ils ne voulaient pas parler ni de la mort, ni de ce qu’ils avaient fait eux-mêmes. Ce sont des choses dont on ne parle pas. Mais ils vont bien être obligés d’en parler.
Il y a un moment où l’on parle et dans notre chapitre il est très intéressant de voir d’abord quand l’intendant de Joseph vient les arrêter, ils parlent : « Ah ! mais nous n’avons jamais fait cela et nous sommes innocents et puis que celui chez qui la coupe se trouvera meure et que nous, nous soyons des serviteurs ». Ils sont tout près de parler beaucoup pour revendiquer leur innocence, pour revendiquer qu’ils sont d’honnêtes gens, comme ils l’avaient dit au début.
Et puis voilà que la coupe est trouvée. Alors là, ils se taisent. Parce qu’il y a un moment où il faut se taire, où on se tait devant Dieu. Il y a un moment où Dieu nous met face à face avec lui et met devant nous ce que nous sommes et là on se tait. Il y a un moment où Dieu va nous amener à nous taire. « Que toute chair fasse silence devant l’Éternel » (Zach. 2. 13). Celui qui est dedans « dira : Silence ! car nous ne pouvons faire mention du nom de l’Éternel » (Amos 6. 10). Il y a un moment où il faut se taire devant Dieu. C’est vrai pour l’incrédule, c’est vrai aussi pour le croyant qui est sous une discipline parce que d’une manière ou d’une autre il a manqué.
Il y a un moment où il faut que toutes nos justifications, toutes nos explications, tout ce que nous pouvons faire valoir pour nous-mêmes, eh bien Dieu nous dit : « Non, prends conscience que cela n’a aucune valeur devant moi ». Il faut que toute bouche soit fermée devant Dieu et face au Seigneur, aujourd’hui si quelqu’un a des choses à régler avec Dieu, ou parce qu’il viendra un jour où toute bouche sera fermée devant Dieu – mais ce sera dans le jugement, ce sera trop tard.
Et puis chose extraordinaire, les voilà devant Joseph et la suite de ce chapitre, la moitié du chapitre, est consacrée de nouveau à ce plaidoyer de Juda. Parce que s’il y a un moment, non seulement où la bouche doit être fermée, mais il y a un autre moment où la bouche doit être ouverte. Cela rappelle la fin du livre du prophète Osée : « Israël, reviens à l’Éternel, ton Dieu, car tu es tombé par ton iniquité. [Que dire ?] Prenez avec vous des paroles, et revenez à l’Éternel ; dites-lui : Pardonne toute iniquité, et accepte ce qui est bon, et nous te rendrons les sacrifices de nos lèvres » (14. 1 et 2). Il y a un moment où il faut prendre des paroles. Il faut d’abord que notre bouche soit fermée, mais après nous pourrons prendre des paroles et revenir vers Dieu.
Dieu veut que notre cœur s’ouvre devant lui et qu’il s’ouvre. Comment ? Qu’il s’ouvre dans la confession et qu’il s’ouvre dans le sentiment que lui est le Dieu qui pardonne. On nous a parlé de cette dureté apparente, de la tendresse. Il y a l’œuvre qui s’opère profondément. Le fer est porté jusqu’au fond de la conscience mais Dieu veut se révéler comme le Dieu qui pardonne, comme le Dieu Sauveur. « Prenez avec vous des paroles, et revenez à l’Éternel ; dites-lui : Pardonne toute iniquité ». Et c’est ce que va exprimer Juda au nom de tous ses frères, mais lui particulièrement c’est ce qu’il va exprimer en posant d’ailleurs cette question fondamentale : « Que dirons-nous à mon seigneur ? »
Et voilà un homme qui va parler mais que dirons-nous donc, qu’est-ce que je vais dire. « Que dirons-nous à mon seigneur ? Comment parlerons-nous, et comment nous justifierons-nous ? » C’est la question cruciale : « comment nous justifierons-nous ? » C’est la question cruciale que la Parole de Dieu pose à l’homme depuis que le péché est entré dans le monde et que l’homme quand sa conscience est réveillée, se pose, lorsqu’il se sent devant Dieu. « Comment l’homme sera-t-il juste devant Dieu ? » (Job 9. 2 ; 25. 4).
« Comment nous justifierons-nous ? » Qu’est-ce que nous pouvons dire pour nous-mêmes ? Rien. Mais alors il reste une chose. C’est ce que nous montre le prophète Osée : « Pardonne toute iniquité ». Pour pouvoir venir à Dieu en lui demandant : « Pardonne toute iniquité, et accepte ce qui est bon, et nous te rendrons (la louange alors suivra la confession). Pour pouvoir lui dire cela, il faut d’abord en avoir fini avec nos prétentions, en avoir fini avec nos excuses, en avoir fini avec nos prétextes, en avoir fini avec notre bonne réputation, en avoir fini avec « nous sommes ceci, nous sommes cela ». Nous ne sommes que des pécheurs devant lui, nous n’avons aucun argument à faire valoir.
Nous ne pouvons que nous taire et lorsque nous nous sommes tus devant lui, alors il nous dit : Viens, ouvre ta bouche, prends des paroles, des paroles de confession, des paroles dans lesquelles tu pourras dire oui, tu pourras venir à moi, en me disant : « Pardonne toute iniquité », non pas : Pardonne parce que je suis quelqu’un de bien. Pardonne, parce que ce pardon est dans ton cœur, pour nous qui sommes au Seigneur parce que nous savons que l’œuvre sur laquelle ce pardon est fondé a été pleinement et parfaitement accomplie. « Comment nous justifierons-nous ? » : la question est fondamentale.
Elle est posée à celui qui ne connaît pas encore le Seigneur Jésus comme son Sauveur, qui se trouve devant Dieu, qui prend conscience que devant Dieu il n’est rien d’autre qu’un pécheur qui n’a rien à faire valoir pour lui. Elle se pose aussi pour nous lorsque nous réalisons que d’une manière ou d’une autre, dans notre chemin, nous avons manqué, nous avons péché, nous avons failli – « nous faillissons tous à plusieurs égards » (Jac. 3. 2) – et que le Seigneur nous amène par sa discipline à prendre conscience de ce que nous avons fait.
Là aussi il n’y a pas d’excuse. Ce n’est pas : « Ah ! oui mais… bien sûr j’ai fait cela, mais lui qu’est-ce qu’il avait fait ? Bien sûr j’ai fait cela, mais dans une telle situation, que fallait-il faire ? Il fallait bien que quelqu’un s’engage, il fallait bien que quelqu’un prenne une décision, il fallait bien que moi qui connais la Parole, je l’affirme, je la défende, je la soutienne, il fallait bien que je mette ma main sur l’arche pour l’empêcher de tomber comme aurait pu dire Uzza ». Tous ces raisonnements, toutes ces questions-là, le Seigneur veut que nous en finissions avec cela, que nous sachions nous taire devant lui.
Il y a un moment où Jonas se tait aussi. Ce n’est pas Jonas qui a le dernier mot dans le livre de Jonas. Il avait beaucoup de raisonnements, Jonas. Une bonne partie du livre de Jonas c’est : « mais oui, il y a ceci, il y a cela et puis je fais bien d’être mécontent, je fais bien d’être irrité ». Est-ce qu’on n’a pas pensé quelquefois dans nos cœurs qu’on faisait bien d’être irrité ? Jonas se tait à la fin. Job aussi se tait. Il y a un moment où les paroles de Job sont finies. Ce qui est beau c’est que le livre de Job ne s’arrête pas quand les paroles de Job sont finies. Il y aura un moment où Job reprendra la parole.
Lui aussi Job prendra des paroles et parlera à Dieu. Job aussi prendra ces paroles et confessera : « J’ai donc parlé, et sans comprendre, de choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas. Écoute, je te prie, et je parlerai ; je t’interrogerai, et toi, instruis-moi » (42. 3 et 4). Job sera amené lui aussi à offrir des sacrifices en louange et en intercession. Il est essentiel devant Dieu qu’il y ait un moment où toutes nos prétentions soient réduites à néant. Ce n’est que là que nous prenons notre vraie place devant Dieu.
Mais la grâce est merveilleuse, Dieu ne s’arrête pas là. Il veut remplir nos cœurs d’une confession droite et il veut nous faire connaître qu’il est celui qui justifie, qu’il est celui qui pardonne. Il y a ce magnifique plaidoyer de Juda, un homme qui venait de dire : on n’a rien à dire. Eh bien il a un merveilleux sujet d’intercession qui est fondé sur cet appel à la grâce. Il pensait que Joseph était un homme dur. Il n’a qu’une seule ressource : faire appel à la grâce de cet homme devant qui il se trouve maintenant prosterné.
Juda fait appel à la grâce de Dieu comme on vient de le dire, à la grâce de Joseph qui est devant lui, mais il n’en connaît pas encore l’étendue. Nous le voyons dans ce qu’il dit au v. 33 : « maintenant, que ton serviteur, je te prie, reste serviteur de mon seigneur, à la place du jeune homme ». Juda a compris sa propre responsabilité. Elle était d’autant plus grande que c’est lui qui avait suggéré que Joseph soit vendu aux Ismaélites. Il a compris sa propre responsabilité et il veut en porter le châtiment. « Que ton serviteur, je te prie, reste serviteur de mon seigneur ».
Mais ce n’est pas la pensée de Dieu. Ce n’est pas la pensée de Dieu que nous portions le châtiment de notre péché. C’est exactement le raisonnement qu’avait le fils prodigue en Luc 15 : « traite-moi comme l’un de tes mercenaires » (v. 19). Telle était sa pensée quand il est retourné vers son père. Mais ce n’était pas la pensée du père. Nous voyons que si dans le plaidoyer de Juda, il y a ce désir de la grâce, il n’y a pas encore la connaissance de l’étendue de cette grâce. C’est bien souvent ce qui nous caractérise. Nous faisons appel à la grâce de Dieu, mais nous voulons racheter quelque chose de ce que nous avons pu faire, mais cela est impossible. Il faut nous attendre à la grâce de Dieu.
Ésaïe 1. 18 : « Venez, et plaidons ensemble, dit l’Éternel : Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ». Il y a d’un côté ce que Dieu nous appelle à confesser et puis il y a d’un autre côté notre méconnaissance. Nous ne pouvons pas connaître par nous-mêmes l’étendue de la grâce tant que nous n’en avons pas eu la pleine jouissance, tant que nous n’avons pas réalisé cette grâce dont nous sommes les objets.
Il manquait celui par lequel est venue la grâce. Il fallait que cette grâce soit personnifiée par l’apparition même, la révélation de Joseph. Le début de Jean nous dit bien cela : « la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ » (1. 17).
Je voudrais que nous puissions ouvrir un tout petit peu le dossier de Juda tel que la Parole l’établit. On vient de l’entendre, Juda était moteur pour vendre Joseph aux Ismaélites. Qui est-ce qui était dans le pays lorsque le Seigneur Jésus a été mis sur la croix ? Qui est-ce qui a été moteur de la crucifixion quand on a hurlé : « Ôte, ôte ! crucifie-le ! » ? (Jean 19. 15) C’est toujours cette même tribu. Cela est sujet d’émerveillement lorsque nous voyons la précision de la Parole de Dieu ! C’est Juda qui a été moteur.
Nous arrivons ensuite au chapitre 38. Et ce chapitre où nous voyons Juda se comporter d’une manière infâme, où nous avons Juda dans ses péchés, est à mettre en relation avec le chapitre 39. Pour ne donner qu’un seul détail, il juge vile une femme qui ne l’est pas. Joseph fera juste le contraire. Il jugera respectable une femme qui est vile. L’un laissera dans la main de Tamar un gage, gage de sa faute ; l’autre laissera le vêtement gage de son innocence. Il est intéressant – chacun peut le voir – ce parallèle à faire entre le chapitre 38 et le chapitre 39.
On voit ensuite Juda qui va s’engager pour ramener en faisant fond sur lui-même comme les Juifs du temps du Seigneur ont fait fond sur eux-mêmes. Je m’engage à cela. Et puis c’est le travail que la grâce produit en Juda. En Deutéronome 33, un magnifique verset concerne Juda. C’est la bénédiction de Moïse. Que nous est-il dit de Juda ? « Et ceci pour Juda, et il dit : Éternel, écoute la voix de Juda » (v. 7).
Est-ce que ce passage n’a pas une application passée à la scène que nous avons sous les yeux ? La grâce : « écoute la voix de Juda ». Il n’a pas d’argument, il n’a rien à faire valoir, il est enfin sur le terrain de la seule grâce qui implore le pardon. « écoute la voix de Juda ». Si ce verset de Deutéronome 33 a une application passée à ce que nous avons sous les yeux, ce verset a aussi une application future lorsqu’ils regarderont vers celui qu’ils ont percé. Ils se lamenteront comme on se lamente sur un fils unique lorsque Juda après cette terrible tribulation, sera pleinement restauré.
Nous en trouvons des accents qui touchent si profondément le cœur à la fin d’Ésaïe : « si Abraham ne nous connaît pas, et si Israël nous ignore, toi, Éternel, tu es notre Père » (63. 16). Mais si nous avons cela, on dira : « mais on n’est pas concerné, c’est une dispensation à laquelle nous n’appartenons pas ». Nous avons un principe général : nous tenir toujours devant notre Seigneur sur le terrain de sa seule grâce dans la confession de tout ce qui n’a pas été pour sa gloire et en nous confiant en la suffisance de grâce qui remplit son cœur, sans aucun argument.
Vous auriez eu cinquante, soixante ans de vie chrétienne sans une défaillance, après cela que vous reste-t-il, quel argument ? Rien du tout. Il vous reste la surabondante grâce de Dieu, simplement cela, mais elle reste suffisante pour la pleine restauration de chacun d’entre nous.
C’est justement ce que nous voyons lorsque Juda dit au nom de ses frères : « Que dirons-nous à mon seigneur ? Comment parlerons-nous, et comment nous justifierons-nous ? Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » (v. 16). On aurait pu s’attendre une fois que Juda a dit cela, que ce soit suffisant pour que Joseph se fasse connaître. Nous voyons qu’il ajoute : « Voici, nous sommes serviteurs de mon seigneur, tant nous que celui dans la main duquel la coupe a été trouvée ». Il connaît que Dieu a trouvé leur iniquité. Il ne cherche plus à se justifier, mais à assumer les conséquences : nous sommes serviteurs, esclaves, tous. Ils restent solidaires. On l’a dit, ils ont appris cela.
Nous voyons que Joseph dit : non. « Loin de moi de faire cela ! Celui en la main duquel la coupe a été trouvée, lui, sera mon serviteur ; et vous, montez en paix vers votre père ». Apprendre ce qu’est la grâce, qu’ils ne pouvaient pas même solidairement assumer cette conséquence de leur faute et cela pouvait être suffisant. Maintenant Joseph rappelle avec force que celui qui a péché, c’est celui-là qui doit en subir les conséquences, les autres ne pouvaient pas remplacer leur frère ou même être associés avec lui. Nous voyons justement cette parole de Joseph qui est là et c’est ce qui va amener ce que va dire Juda dans la suite. Il ne va plus invoquer ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes, mais faire appel à la grâce.
En même temps Juda sent pleinement sa propre responsabilité. On est aussi frappé de voir que même dans ce que Juda va dire dans la suite, il n’apparaît pas du tout ce qui s’est passé par rapport à ce qu’ils ont fait à Joseph. On ne voit pas que Juda soit amené à dire clairement : « voilà ce que nous avons fait, nous avons effectivement vendu notre frère, on avait pensé le tuer ». Il n’y a pas tous ces détails. Tout cela n’est pas mis en évidence. Nous voyons ce que le travail de Dieu fait dans ce cœur, dans le cœur de Juda et des autres frères. Ce travail est amené par ce que Joseph employé par Dieu fait à leur égard, entraîne un travail tout à fait profond, mais sans même que finalement le détail soit mis à jour. On voit que Joseph n’en parle pas. Il n’en sera pas fait mention.
Mais ce qui est exprimé par Juda montre vraiment comment le travail s’est fait jusqu’au fond et c’est cela qui importe à Joseph. On voit qu’il n’attend pas forcément que le détail soit manifesté. On ne reviendra pas du tout là-dessus. C’est quand même assez extraordinaire. Mais ce qui est manifesté, c’est qu’ils ont jugé profondément la gravité de ce qu’ils ont fait et là dans ce que dit Juda il n’y a plus rien, ils n’ont aucune ressource, ils font simplement appel à la grâce. Et alors Joseph peut se dévoiler. C’est ce qui aura lieu dans le chapitre suivant. Il y a là quelque chose de très instructif pour nous.
Quelquefois on voudrait s’attacher à ce que les choses soient dans les détails, qu’on aille jusqu’à dire le pourquoi, le comment. On est des fois très formel en s’appuyant même sur l’Écriture. Il faut que les choses soient confessées donc il faut qu’il y ait tout le détail. En fait ce que Dieu recherche, c’est qu’il y ait vraiment ce jugement profond des causes, des racines de ce qu’on a fait. C’est cela qui est important. C’est Dieu qui l’apprécie. Nous avons aussi à apprendre à apprécier les choses comme lui, comme le Seigneur, sans vouloir nous attacher à des formes, à des choses formelles, mais à voir si réellement les racines du mal ont été jugées et si on se tient uniquement sur ce plan de la grâce.
À la fois comme on l’a dit toute bouche est fermée, on n’a plus rien à dire à faire valoir devant Dieu, et puis alors on prend des paroles pour faire appel à la grâce : Pardonne. Je ne mérite rien, mais je fais appel à la grâce, même si, comme on l’a rappelé – on ignore l’étendue de cette grâce. Mais on se place sur ce terrain-là uniquement.
On dit que la foi sans les œuvres est morte. Mais la repentance sans les œuvres est morte, on vient de l’entendre. Ici il y a des œuvres qui accompagnent la repentance. Juda ne confesse rien, mais Joseph n’a besoin d’entendre rien d’autre. Pour quelle raison ? Justement il voit ici dans ces paroles, des œuvres. Autrefois ces frères-là étaient vraiment cruels, ils étaient méchants, cruels envers leur père, aucun amour, pas de compassion. Ils vendent leur frère. On dirait qu’ils n’ont pas d’état d’âme. Égoïstes, ils ne pensent qu’à eux. Quel profit, disait Juda, on a de le tuer ? Il faut le vendre. Profit, gain, performances, voilà ce qui anime ce monde, voilà ce qui anime les gens qui ne connaissent pas Dieu. Quel profit on en a ? Si on fait cela, on n’en a pas de profit. On va agir comme cela, on a plus de profit.
Mais là tout à coup il montre dans ses paroles : ce n’est pas cela qui était important pour lui maintenant, ce qui était important c’était de confesser. Il confesse avec ses paroles, l’amour, la compassion. Elle a remplacé la haine, l’égoïsme, la dureté de cœur et cela suffit amplement à Joseph. On voit ces paroles là ou cette attitude que nous pouvons avoir. Je me demande des fois si ça ne fait pas aussi pleurer notre Seigneur en quelque sorte.
Tout à l’heure on a parlé de se taire. Et puis il y a un des frères dont on n’entend pas un mot et qui pourtant aurait été le seul qui ait le droit de parler. C’est Benjamin. Pas un mot pour se justifier. Il nous fait penser à celui qui a dit : « ce que je n’avais pas ravi, je l’ai alors rendu » (Ps. 69. 4), à celui qui a été comme un agneau muet, celui qui n’a pas ouvert sa bouche.
Il y a tous ces côtés qui ont été développés mais est-ce qu’il n’y a pas quelque chose qui étreint nos cœurs dans cette présence de Benjamin, présence silencieuse de celui qui est accusé à tort d’avoir volé la coupe de Joseph ? Nous sommes touchés de voir que dans tous ces passages il n’y a pas un seul mot de sa part.
Benjamin était le seul qui n’avait pas part à la culpabilité. Il n’était pas là quand on a mis Joseph dans la citerne, quand on l’a vendu. C’est lui qui est accusé, c’est lui qui doit rester comme serviteur et le signe que le travail est fait est exprimé par Juda qui s’identifie avec celui qui est l’image de notre Seigneur Jésus. C’est lui qui doit rester serviteur, eh bien moi je vais le remplacer. C’est moi qui vais le remplacer pour qu’il puisse monter vers son père. Voilà le résultat du travail de Dieu dans son cœur.
Il n’avait eu aucun problème pour dire : « reconnais si c’est la tunique de ton fils » lorsqu’ils avaient montré la tunique trempée dans le sang, sans une palpitation. La souffrance de leur père n’avait pas étreint leur cœur. Mais maintenant ils montrent que le travail est fait en ce qu’il entre dans la souffrance de son père en disant : « mais on ne peut pas rentrer sans Benjamin, on va tuer notre père ».
Alors il s’identifie à l’innocent en disant : Eh bien c’est moi qui reste serviteur, c’est moi qui prends cette culpabilité. Et c’est en cela aussi que le résidu montrera sa pleine restauration, lorsqu’ils s’identifieront pleinement avec celui qu’ils ont crucifié, lorsqu’ils réaliseront leur solidarité avec lui. Ils s’en étaient désolidarisés complètement en le livrant aux nations. Le Seigneur n’est même pas mort d’un supplice juif qui était la lapidation. Il a été crucifié. Les Juifs ne faisaient pas cela, les Romains faisaient cela, les Grecs aussi. Les Juifs lapidaient, une solidarité d’ailleurs, chacun lançait sa pierre.
Mais là ils s’étaient désolidarisés de lui le livrant aux Romains pour qu’ils le fassent mourir. Maintenant ils se solidarisent, Juda se solidarise : « le jeune homme montera avec ses frères » mais moi je resterai serviteur. Pas besoin de déballer toutes les péripéties du chapitre 37. Le travail est fait, les motifs sont purifiés, il a mis tout à plat. Là il dit les choses avec clarté, il est dans la lumière, il dit : « Voilà tu nous as dit cela et puis on t’a répondu cela ». On voit que dans tout le discours de Juda, il parle enfin la vérité sans aucun calcul, sans aucune dissimulation. Il dit les choses telles qu’elles sont. Être vrai, être vrai devant le Seigneur, ne pas être calculateur, et encore une fois s’identifier avec celui qui est tenu pour coupable bien qu’innocent.
Ces versets sont aussi là pour faire entrer dans la pensée de l’amour du Père pour son Fils. Juda peut dire : « Nous avons un père âgé, et un enfant de sa vieillesse, encore jeune ; et son frère est mort, et il reste seul de sa mère, et son père l’aime ». Un peu plus loin il dira : « maintenant, si je viens vers ton serviteur, mon père, et que le jeune homme à l’âme duquel son âme est étroitement liée ne soit pas avec nous, il arrivera qu’il mourra ». L’amour du Père pour son Fils. « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie » (Jean 10. 17).
Il y a une injure terrible qui a été prononcée prophétiquement dans le Psaume 22 et dans les évangiles lorsque le Seigneur était sur la croix : « qu’il le délivre maintenant, s’il tient à lui » (Mat. 27. 43). C’est le pire des blasphèmes qu’on a pu prononcer concernant le Seigneur Jésus et l’amour que le Père avait pour son Fils. Il est bon que nous revenions toujours à la croix. Pourquoi le Seigneur a-t-il été sur la croix volontairement ? N’est-ce pas à cause de notre méchanceté à nous aussi ? On a parlé de la méchanceté des cœurs des frères de Joseph. On chante quelquefois dans un cantique le dimanche matin en parlant de la croix du Seigneur Jésus et de tous ceux qui étaient là autour : « Et tout ce que nous sommes fut là manifesté ».
Nous sommes touchés par l’amour du Seigneur. Il est bon que nous revenions jusque-là aussi pour que nos cœurs ne s’habituent pas à tout ce que le Seigneur Jésus a supporté pour que nous puissions maintenant être pardonnés, le pardon pour celui qui vient à lui. On a dit tout à l’heure qu’il ne faut pas attendre trop tard pour ouvrir les bagages et confesser ses péchés. Un jour il sera trop tard. Il faut venir à lui aujourd’hui.
Mais comme croyants nous avons aussi besoin de revenir à lui et de nous souvenir que le prix que le Seigneur a payé est là pour que nous puissions de nouveau connaître cette intimité avec lui. Il y a une ressource merveilleuse pour nous, on peut toujours revenir à Dieu. « Reviens, Israël l’infidèle, dit l’Éternel ; je ne ferai pas peser sur vous un visage irrité, car je suis bon, dit l’Éternel » (Jér. 3. 12). Revenons au Seigneur dans ces ressources de la grâce dont nous avons parlé. Souvenons-nous toujours du prix que le Seigneur a payé pour nous dans son amour, mais aussi du prix que le Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé du Père, avait pour son Père, « son père l’aime » (44. 20).
On nous a montré ce qu’est le travail de Dieu dans le cœur des frères de Joseph qui s’exprime par la bouche de Juda. On a souligné aussi qu’il y a cependant quelque chose qui n’est pas mentionné, c’est notamment le crime qu’ils avaient commis. Certes il y a des leçons pour nous et notamment dans le fait que nous avons besoin de ne pas, comme on l’a dit, chercher à élucider toutes les circonstances, les détails sur tout, faire pression parfois sur d’autres dans la conscience qu’ils ont à avouer quelque chose que nous supposons, sans le savoir. Il y a là un enseignement qui est extrêmement important auquel nous devons être attentifs.
Mais n’y a-t-il pas aussi encore quelque chose d’autre relativement à l’aspect prophétique de cette scène ? Il semble que nous avons ici dans le langage de Juda quelque chose de ce que nous trouvons dans les Psaumes, en particulier dans le troisième livre des Psaumes où l’on voit le résidu qui souffre, qui est amené à beaucoup de droiture de cœur et pourtant qui implore effectivement le secours de Dieu sur qui il compte. Mais il y a encore un voile sur leur cœur et le voile n’est pas encore levé. Il y aura un moment où le voile sera levé et la profondeur de la confession ne sera atteinte qu’ensuite. Elle est encore à venir à la fin de ce chapitre. Elle se fera lorsque les frères pourront pleurer avec Joseph lui-même.
Nous avons constaté que les frères de Joseph n’ont pas avoué peut-être l’essentiel de leur péché, à savoir leur attitude passée envers Joseph, ils n’ont pas avoué cela. On a noté qu’ils avaient beaucoup progressé dans leur prise de conscience de ce qui n’était pas bien en eux mais peut-être que l’essentiel manquait encore. Ils ont évité de dire : « C’est nous les coupables ». Nous constatons que Juda a dit : « que ton serviteur, je te prie, reste serviteur de mon seigneur ».
Alors nous pensons à la parabole du fils prodigue. Le fils prodigue s’est rendu compte de sa situation, mais pas entièrement. Il a dit : « Je me lèverai et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : … traite-moi comme l’un de tes mercenaires », comme Juda l’a fait. Effectivement il y a des raisons qui viennent de nous être exposées, mais cette confession à cent pour cent, n’a pas eu lieu à ce moment-là. Et les choses sont apparues à la surface au chapitre 45 lorsque Joseph dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour l’Égypte ».
Voilà le fond des choses. Il y a des aspects prophétiques qui viennent de nous être exposés, mais ce n’est qu’à ce moment-là qu’on a pu constater que « après cela, ses frères parlèrent avec lui » (v. 15). Ils ont sans doute et notamment parlé de cette triste situation. Mais auparavant il y avait la mission donnée par Joseph : « vous raconterez à mon père toute ma gloire en Égypte » (v. 13). Nous pouvons constater cette imperfection relative dans la confession. Qu’a fait le père du fils prodigue ? Alors que le fils prodigue était encore loin, il s’est avancé vers lui et l’a complètement rassuré sur son état de fils et comme on l’a dit, c’est la grâce, la grâce du père du fils prodigue et la grâce de Joseph qui est allé au-devant de ce qui pouvait être encore incomplet dans la réalisation des fautes de l’un et des autres.
Nous nous sommes posés un peu la question où est-ce que nous trouvons vraiment la confession de ces frères devant Joseph ? Nous n’avons pas une confession directement concrète et pourtant nous la trouvons. Je pense que nous trouvons cette confession dans la façon dont Juda parle ici à Joseph et je pense surtout au v. 28 quand il parle d’un fait qu’il décrit ainsi : « et l’un s’en est allé d’avec moi, et j’ai dit : Certainement il a été déchiré ». Il a été déchiré : dans ce mot-là il me semble que nous trouvons les deux côtés. Nous avons d’un côté « nous l’avons déchiré », c’est nous les frères, moi peut-être en premier, parce que moi j’ai donné le conseil de le vendre aux Ismaélites et d’autre part il se trouve là aussi le côté du mensonge qu’ils ont dit à leur père.
C’est le père qui dit : « il a été déchiré », il ne parle pas de cette bête mauvaise dont il a parlé au chapitre 37, mais simplement « il a été déchiré ». Est-ce que cela ne montre pas ce qui se trouve dans le cœur de Juda ? Et un homme sensible comme Joseph a bien vu et compris : là il y a la confession.
Si nous continuons ce verset 28 « Certainement il a été déchiré ; et je ne l’ai pas revu jusqu’à présent » il est dit au v. 29 : « et si vous prenez aussi celui-ci ». Le « aussi » montre bien que la disparition de Joseph, il la liait à l’attitude des frères. Mais est-ce que nous n’avons pas aussi ceci ? Malgré tout ce qui a été dit, je ne veux pas du tout l’enlever, mais le fait que les frères n’avouent pas et que Joseph n’exige pas qu’ils avouent, est-ce que nous n’avons pas la même chose dans la restauration de Pierre dans le chapitre 21 de Jean ? Le Seigneur n’a pas dit à Pierre : « Maintenant, avoue, avoue que tu étais près du feu, avoue que tu as dit ceci », parce que ce qui est plus important que nos actes, ce sont nos motifs intérieurs, c’est notre état profond.
La 1ère épître de Jean nous dit cela. Elle nous dit que « quiconque hait son frère est un meurtrier » (3. 15), c’est-à-dire que les motifs intérieurs sont exactement les mêmes que ceux d’un meurtrier. C’est pour cela que nous avons à prendre garde à nos motifs. Le Seigneur a dit par trois fois à Pierre – c’est vrai que Pierre l’avait renié trois fois – mais il lui dit trois fois quelque chose qui nous paraît complètement général, qui nous paraît déconnecté du reniement de Pierre et pourtant que le Seigneur lie intimement parce que le motif de toutes nos chutes c’est le manque d’amour pour le Seigneur Jésus. « M’aimes-tu ? »
Et là nous avons certainement la même chose. Ce n’est pas la peine de dire l’état de Juda et de ses frères dont Juda est le porte-parole, mais ce qu’il dit montre que le travail est fait et qu’il n’a même pas besoin de parler de ce qui s’est passé. Peut-être même que reparler de toutes ces turpitudes, risquerait de ternir un petit peu l’ampleur du travail qui a été fait. Parce qu’en parler, ce n’était pas quand même très très joli. Alors qu’il y a un travail qui est entièrement de l’Esprit de Dieu, revenir sur le moment où il leur demandait grâce et tout ça, aurait peut-être terni ce travail où l’état des frères de Joseph est pleinement manifesté et pleinement mis dans la lumière.
On pourrait peut-être encore ajouter simplement une pensée. C’est que ce que nous avons dans ce chapitre 44. Les frères de Joseph ne sont pas vraiment devant Joseph, mais devant un gouverneur, un homme très important. Mais si important que soit cet homme, à ce moment-là ils n’avaient pas reconnu Joseph. Ce n’était pas vraiment à lui qu’ils avaient à confesser leur faute, c’était à Dieu, et ensuite à Joseph. C’est ce que nous verrons dans le chapitre 45.
Je voudrais encore apporter cet élément-là, c’est que si nous revenons à Joseph, à ce qui tient au cœur de Joseph, nous voyons dans la suite, nous savons que ce n’était pas tant le crime qu’ils avaient commis à l’égard de Joseph, mais c’était ce qu’ils avaient fait à leur père commun, à Israël. C’est pourquoi Joseph dans sa sagesse on peut dire, et aussi dans sa perception des choses, leur dit : « Celui en la main duquel la coupe a été trouvée, lui, sera mon serviteur ; et vous, montez en paix vers votre père » (v. 17). Autrement dit, celui qui est innocent sera esclave « et vous, montez en paix vers votre père ».
C’est ce qu’ils avaient fait, n’est-ce pas ? Celui qui était innocent est devenu un esclave, combien de temps pour Joseph ? Dans ce temps-là ils ont pu monter en paix vers le père et lui raconter l’histoire que nous venons d’évoquer. Ils ont trompé leur père. Il y avait une chose qui habitait le cœur de Joseph, c’était l’amour pour son père. Il y avait une chose que Joseph désirait voir dans le cœur de ses frères, c’est l’amour pour leur père.
Dans ce sens on peut dire que dans ce chapitre il y a une vraie restauration, non pas l’apparence des choses, ce que pourraient dire les frères. Mais nous voyons bien que dans le plaidoyer de Juda, ce qui lui tient maintenant à cœur, c’est l’amour pour son père et il est l’expression sans doute des autres frères. Voilà enfin, on peut dire, ce long cheminement pour que Joseph retrouve ses frères et pour que les frères retrouvent Joseph. Ils ont retrouvé ensemble l’amour pour leur père.
Résumé.
Au chapitre 44, nous voyons que Joseph a conçu une sorte de mise en scène pour piéger ses frères, dirions-nous. La première réaction est de dire : mais quelle chose méchante, quelle chose injuste, de monter ceci pour créer une fausse accusation ! En réalité le but de Joseph c’était de garder auprès de lui, Benjamin, son petit frère, qui lui n’était pas coupable comme les autres frères.
Le but de Joseph était de mettre à l’épreuve ses frères pour voir comment ils allaient se comporter maintenant que Benjamin était retenu auprès de Joseph. Benjamin est aussi une image du Seigneur dans la mesure où il est privé de liberté comme substitut de ses frères qui, eux, peuvent rentrer chez eux tranquillement. L’expérience va montrer qu’il y a eu un gros travail dans le cœur de ces frères qui est exprimé par Juda dans ce plaidoyer qui est tout à fait émouvant, qu’on trouve entre le v. 18 et le v. 34. Dans ce plaidoyer nous lisons au v. 16 : « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ». Manifestement Juda a pris conscience de sa faute, de sa culpabilité. Il en a pris conscience essentiellement devant Dieu. Quelle était la profondeur de cette confession de Juda ? On ne voit pas dans ce chapitre Juda disant : « Oui, c’est bien nous qui avons été méchants avec toi et qui t’avons mis dans la citerne ». La confession ne semble pas avoir été complète et effectivement la confession n’est pas tout à fait complète. Mais Joseph, image du Seigneur, lit dans le cœur, et Joseph a vu cette contrition dans le cœur et a vu que ce travail de confession du péché était tellement avancé, qu’on pourrait dire, que dans sa grâce il s’en est contenté. On voit qu’à partir de là dans le chapitre 45, c’est à partir de ce moment-là que son cœur peut s’ouvrir et qu’il se découvre à ses frères.
Le premier verset de ce chapitre nous montre ce qu’il y avait dans le cœur de Joseph pendant ce temps où il écoutait le plaidoyer de Juda. L’expression qui le révèle, c’est : « Joseph ne put plus se contenir ». Quelle abondance de sentiments montait ainsi dans son cœur en voyant se produire les fruits de ce qu’il avait été conduit lui-même à placer devant ses frères en vue de ramener leur cœur, quand il voit cette lumière qui a brillé dans le cœur de Juda et de ses frères dans leur ensemble, lorsqu’il a entendu « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » et par la suite quand il a vu la profonde affection qu’il y avait dans le cœur de ses frères pour leur père qui avait été par leur faute si profondément éprouvé !
« Certainement il a été déchiré » sont les paroles de Jacob au sujet de Joseph. Le cœur de Joseph – on le voit depuis le début – débordait d’affection pour ceux dont il avait été privé si longtemps par leur faute, mais ses affections à lui n’avaient nullement été affaiblies, bien au contraire. Combien il a dû lui en coûter d’avoir à faire l’étranger vis-à-vis de ses frères alors que son désir était effectivement de les avoir devant lui dans une pleine liberté.
Combien cela peut évoquer pour nous justement ces soins et ces affections du Seigneur pour nous tous ! Combien son cœur souffre lorsqu’il voit que nous nous écartons, que d’une manière ou d’un autre nous différons ou nous refusons de revenir vers lui de tout notre cœur ! Le Seigneur attend ce moment où alors il va pouvoir faire éclater sa grâce et son amour en faveur de ceux qu’il aime et de ceux dont il s’occupe sans cesse avec une si grande sagesse et une si grande bonté.
Arrive ce moment où Joseph ne peut plus se contenir. Il y a une issue dans les voies de Dieu à l’égard de chacun. Combien de fois on voit cette pensée qui est présentée dans la Parole, nous pensons en particulier à Paul lorsqu’il s’adresse aux Philippiens. Il dit : « celui qui a commencé en vous une bonne œuvre, l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ » (1. 6). Quand le Seigneur commence une œuvre dans une personne, ce qu’il s’est proposé, ce qu’il a commencé, malgré tous les obstacles qu’on pourra y mettre, il l’achèvera.
Il y a un moment où les fruits du travail du Seigneur, non seulement le fruit bien sûr du travail de son âme, qui est la base de tout, lorsqu’il a sur la croix porté nos péchés qui est la base de tout, mais aussi le fruit du travail de sa grâce tout au long de la vie de chacun de nous seront manifestes. Nous ne le voyons pas nécessairement sur la terre mais il y a un moment où chacun sera amené dans sa Présence. C’est ce moment-là si merveilleux qui arrive ici.
Joseph désire être seul avec ses frères. Il ne peut pas y avoir de témoins de ce monde. Le monde n’en aura jamais aucune connaissance. « Faites sortir tout le monde d’auprès de moi. Et personne ne se tint près de Joseph quand il se fit connaître à ses frères. Et il laissa éclater sa voix en pleurs ». Cette fois, il ne se cache plus. Il a cette liberté, les affections peuvent se manifester d’une manière pleine et entière.
Auparavant il a été dit que Joseph pleura et puis ensuite qu’il se contint, il essuya son visage puis il revient vers eux. Ici c’est une expression qui dépasse : « il laissa éclater sa voix en pleurs ». Il y a quand même un témoignage qui est donné puisque « les Égyptiens l’entendirent, et la maison du Pharaon l’entendit ». Mais c’est à ses frères qu’il se fait connaître : « Et Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ». C’est le moment, chers amis, où tout va s’éclairer dans les cœurs.
Pendant la plaidoirie, les frères de Joseph ont encore le sentiment à ce moment-là qu’il y a quelque chose qui reste en suspens puisque l’objet même du délit, du crime, n’a pas été révélé jusque-là. Il y a certainement là un aspect prophétique. S’ils ne l’ont pas prononcé, cela évoque quand même pour nous le fait que Dieu permet actuellement pour son peuple – les frères de Joseph sont aussi l’image du résidu d’Israël – qu’il y ait un voile sur leur cœur, l’apôtre le dit – ils ne saisissent pas réellement ce qu’ils ont fait – pour l’amener à une pleine confession jusqu’à ce qu’ils le voient.
Il est dit : « Mais leurs entendements ont étés endurcis, car jusqu’à aujourd’hui, dans la lecture de l’ancienne alliance, ce même voile demeure sans être levé, lequel prend fin en Christ. Mais jusqu’à aujourd’hui, lorsque Moïse est lu, le voile demeure sur leur cœur ; mais quand il se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté » (2 Cor. 3. 14 à 16). Nous voyons ce travail de cœur, de préparation, qui se produit ainsi dans les frères de Joseph, qui se produira aussi dans le résidu. Mais c’est seulement lorsqu’ils verront le Seigneur que la chose pourra être définitivement tirée au clair et qu’alors ils se lamenteront en regardant celui qu’ils ont percé.
Il y a là aussi un enseignement très profond pour nous, mais certainement nous y reviendrons. La perspective qui est devant nous, c’est que nous attendons le moment où nous allons voir le Seigneur. On a un exemple remarquable dans la Parole à ce sujet, c’est l’exemple de Jean dans l’Apocalypse. Il est encore dans le corps certainement quoiqu’il ait une vision en esprit, il est encore dans la condition d’homme sur la terre. Quand il voit le Seigneur Jésus, il tombe à ses pieds comme mort, pourtant qui avait été près de Christ sur la terre comme Jean ? Il entend la voix du Seigneur qui lui dit : « Ne crains point ; moi, je suis le premier et le dernier, et le vivant ; et j’ai été mort ; et voici, je suis vivant ». Il n’y a nulle crainte pour le croyant à la perspective de voir le Seigneur, alors qu’ici nous voyons que même lorsque Joseph se fait connaître, et dit : « Je suis Joseph », ils sont troublés encore. Il faut que leur frère leur parle pour que le trouble soit ôté de leur cœur et qu’alors ils puissent ensuite parler avec lui.
Quant à cet aspect prophétique concernant Israël nous avions déjà remarqué que Joseph leur dit au v. 4 : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour l’Égypte ». Là il rappelle l’origine de ce geste terrible qu’ils avaient fait. Mais on a dit à juste titre qu’ici Joseph use de grâce et de douceur en parlant à ses frères, tout en rappelant l’acte coupable. Immédiatement, pour ainsi dire, étant donné leur trouble, il use de grâce et leur parle de son père : « Mon père vit-il encore ? »
Il détache leur regard intérieur d’eux-mêmes et de leur détresse intérieure en constatant ceci, pour les porter vers son père. De même pour nous il porte nos regards en haut et il nous demande d’être occupés des choses qui sont en haut où le Christ est assis à la droite de Dieu. N’y aurait-il pas ici, en effet, dans ces versets 1 et 2 une allusion très voilée au fait que quand le Seigneur viendra pour enlever les siens, son Église dont l’appel est céleste, on entendra peut-être la voix de la trompette, mais il nous appellera en haut pour ce moment extrêmement précieux où nous le verrons.
Comme le dit l’apôtre aux Thessaloniciens : « le Seigneur lui-même, avec un cri de commandement, avec une voix d’archange et avec la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées » (1 Thess. 4. 16 et 17).
On a dit qu’on ne voyait pas Asnath à partir du moment où il a été question des frères de Joseph et de tout ce processus que nous avons, on peut dire, vécu avec lui dans ces moments d’étude. Asnath est là malgré tout et nous savons bien que l’Église règnera avec Christ. Combien il est précieux aussi de voir ici quelque chose de ce que le Seigneur a dû réaliser, ayant à son côté son épouse, que le Seigneur viendra et que nous serons avec lui là-haut, présentés à son Père.
Quand nous lisons les épîtres de Paul, nous le voyons se dépeindre. Il ne se dépeint pas comme orateur ou comme dépositaire des mystères d’en haut ou comme un surhomme. Il se dépeint dans son renoncement, dans sa patience, dans son amour. Et quand vous parlez de quelqu’un, de n’importe qui, vous trouvez tout de suite le caractère saillant de cette personne : Vous dites : oh ! qu’est-ce qu’il est patient ou bien qu’est-ce qu’il est brutal, ou tout ce que l’on voudra.
Quand on parle de Paul ou quand on lit ses discours, il y a un trait saillant de son caractère qui ressort, c’est ses larmes. On voit cela par exemple en Actes 20 : « je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes » (v. 31). Le temps ? « nuit et jour ». Les personnes, quelques-unes ? « chacun de vous ». Ce qu’il y a d’extraordinaire et c’est le paradoxe chrétien, c’est que ce même apôtre peut dire : « Réjouissez-vous dans le Seigneur ». Il pleure et il peut se réjouir.
Au début de sa conversion le Seigneur pouvait dire de l’apôtre Paul : « Voici, il prie ». Quand on arrive à la fin de sa vie, on pourrait presque dire : « Voici, il pleure ». Sept fois on voit Joseph pleurer (chap. 42, 43, 45 (2 fois), 46, 50 (2 fois). On peut vraiment dire que Joseph a pleuré. La Parole nous rapporte ces sept reprises, comme pour nous dire : Joseph n’a pas pleuré que ces fois-là, mais qu’est-ce qui était la source de ses pleurs, pourquoi a-t-il pleuré ? Ce n’était pas des pleurs de sensiblerie, non, c’était des pleurs vrais, des pleurs sérieux, des larmes significatives. Elles avaient chacune leur raison d’être.
D’où ces larmes coulaient-elles ? De son amour, de son cœur plein d’amour. Je me demande des fois si nos yeux sont secs, les miens aussi. Pas pleurer sur nous-mêmes, Joseph n’a pas arrêté de pleurer sur les autres. Regardez, là, il pleure, il ne peut plus se contenir, il laisse éclater sa voix en pleurs, il pleure parce qu’il a entendu comme le dit Genèse 49. 21 par rapport à Nephthali : « Nephthali est une biche lâchée ; il profère de belles paroles ». Quand le Seigneur entend ces belles paroles de repentance, sans arrière-pensée, sans se dire, qu’est-ce que je vais gagner en retour de la belle confession que je suis en train de faire, quand le Seigneur entend ces belles paroles, je ne veux pas dire qu’Il pleure, mais Joseph ici a pleuré.
Il pleure parce qu’il a entendu cela et après il pleure de nouveau sur ses frères, il pleure sur le cou de Benjamin, à la fin du paragraphe. On ne voit pas ses frères pleurer. La plupart du temps, Joseph pleure tout seul, sauf exception ici on le voit pleurer et Benjamin pleure aussi avec lui. Benjamin avait sept ans à l’époque où Joseph a été pris. Vous vous rendez compte que pendant vingt-deux ans je suppose, les frères n’ont jamais dit à Benjamin : « tu sais, Joseph, nous pensons qu’il n’est peut-être pas mort ». Ils n’ont jamais rien dit, pendant vingt-deux ans ils ont caché à leur petit frère le crime qu’ils avaient commis.
Le plus jeune frère arrive là et il entend cette confession. Tout à coup il se rend compte après vingt-deux ans de cachoterie en quelque sorte, il se rend compte : « Ah ! mais mes frères, ce ne sont pas des honnêtes gens, je suis en train de le découvrir maintenant. Mes frères ont réussi à faire ça, c’est incroyable ». On comprend pourquoi Benjamin pleure. Vous vous rendez compte qu’on peut cacher des choses pendant si longtemps à ceux qui nous sont chers. Alors c’est clair, ici Benjamin pleure.
Plus tard au chapitre 46 à la cinquième reprise on voit Joseph pleurer au cou de son père quand il le revoit. Et cela c’est magnifique aussi. On ne voit pas Jacob pleurer mais je suis sûr qu’il a versé des larmes. Vous savez, un père quand il retrouve son fils après vingt-deux ans d’absence, je pense qu’il pleure. Quand on voit le fils prodigue qui revient après plusieurs années d’absence, le père ému de compassion court vers lui et se jette à son cou. Il n’est pas dit qu’il pleura, mais je suppose que des sentiments devaient étreindre le cœur de ce père. Quelle chose lorsqu’un fils revient, lorsqu’une fille revient !
Quelle tristesse peut envahir le cœur d’un père ou d’une mère, des parents, lorsque les enfants s’en vont ! Plus d’un connaît ces cas-là où un enfant dit : « J’en ai assez, je m’en vais, je pars, ça ne m’intéresse plus, j’ai d’autres intérêts, j’ai d’autres passions, j’ai ma profession ». N’arrêtez jamais de prier pour ces enfants. Je pense que pendant vingt-deux ans Joseph n’a pas arrêté de prier et de pleurer aussi. Prier, pleurer.
Voilà il retrouve son père, ils se jettent au cou l’un de l’autre. Jacob ici ne dit pas à son fils : « Ah ! mais dis donc quelle position tu as ! C’est magnifique, c’est remarquable les progrès que tu as faits dans ta vie ». Pas du tout, ce n’est pas cela qui l’intéresse, et Joseph, non plus. Il faut remarquer que chaque fois qu’il pleure, chaque fois qu’il est de nouveau avec ses frères, il est le même. Notre Seigneur Jésus Christ, lorsqu’il était sur la terre, il était doux et humble de cœur, il a aussi pleuré, c’est un sujet merveilleux les larmes de notre Seigneur – je crois aussi qu’il en est parlé sept fois pas uniquement dans les évangiles mais avec les Psaumes et l’épitre aux Hébreux.
Notre Seigneur est le même dans la gloire, il est exactement le même. Vous voyez Joseph sortir ici, il ne peut plus se contenir, il laisse éclater sa voix en pleurs et il pleure. Vous prenez quelqu’un, il est en bas, il fait les poubelles ou autre chose, je n’en sais rien, et puis tout à coup il monte, il grimpe dans la société, il arrive en haut, il est ministre ou autre chose. Mais vous voyez comme il a changé, voyez comme cette situation haut placée a transformé son cœur. Il regarde les autres avec hauteur. Il est hautain, il est devenu orgueilleux, il est devenu sûr de lui etc. Notre Seigneur ne change pas, il est exactement le même et toujours. Cela aussi est une leçon, une merveilleuse leçon pour nous.
Dans le chapitre 50 on voit Joseph qui pleure encore deux fois. Il pleure au début lorsque son père est mis dans le cercueil, c’est fini. Non, ce n’est pas fini. Notre frère vient de nous le rappeler (1 Thess. 4). Joseph a l’assurance que son père ressuscitera. Il a la foi, il est dans Hébreux 11, il sait. Il pleure ici non pas comme ceux qui pleurent sans espérance mais il pleure avec l’espérance de la résurrection. Lorsque nous sommes dans les soucis, dans le deuil, dans tant de circonstances graves qui sont adverses, nous pouvons continuer à avoir la foi. Nous voulons nous appuyer sur tes promesses, Seigneur.
Et puis à la fin du chapitre 50, il pleure. Il pleure avec ses frères, de nouveau. Là, chers amis, là c’est triste. Pourquoi ? Pourquoi pleure-t-il dans le chapitre 50 avec ses frères ? Il pleure parce que ses frères se méfient de lui. La méfiance engendre la méfiance, mais pas avec Joseph, pas avec notre Seigneur. Si nous nous méfions du Seigneur, si nous nous méfions de lui parce que nous disons : Maintenant que l’affaire est conclue, comme ici, maintenant que Jacob est mort, il va peut-être être dur, être sévère. Ils se méfient de lui. La confiance engendre la confiance.
Il arrive que des frères peuvent se méfier d’un autre frère, pour diverses raisons. On se méfie, on porte toujours un jugement sur un frère ou sur quelqu’un. C’est si triste que Joseph en pleure. Comment vous ne me connaissez pas encore ? Vous ne connaissez pas cette grâce, ce pardon que j’avais pour vous ? En Genèse 45 il pleure, il laisse éclater sa voix en pleurs. On le voit pleurer. Ses frères ne le connaissent pas encore. Nous ne connaissons pas encore notre Seigneur.
Quelle grâce, quelle faveur, d’avoir un tel Sauveur que notre Seigneur Jésus Christ ! Alors tu jouiras du fruit de ta victoire. « Il va en pleurant, portant la semence qu’il répand » (Ps. 126. 6). C’est Joseph aussi pendant vingt-deux ans. Il est arrivé en pleurant. Quelle semence ! Vous allez aussi en pleurant, vous vous dites : mais je ne récolterai jamais, je sème, je sème et quand est-ce que je vais moissonner, et qu’est-ce que je vais moissonner ? Continuez, continuez à intercéder, continuez à prier, continuez presque à pleurer.
Quelqu’un a dit que le Seigneur ne nous fera jamais verser une larme de trop. S’il nous afflige il a aussi compassion car ce n’est pas volontiers qu’il afflige et contriste les fils des hommes (Lam. 3. 32 et 33). C’est bien ce que nous voyons au début de ce chapitre, cette promptitude, le cœur de Joseph qui s’ouvre lorsqu’il constate que le travail est fait dans ses frères. L’obstacle est toujours de notre côté, jamais du côté du Seigneur.
La porte de la repentance est toujours de notre côté. Le Seigneur est toujours prêt à laisser éclater ses pleurs mais c’est notre responsabilité et notre endurcissement qui risquent d’empêcher cela. Sommes-nous dans ce processus, bien-aimés du Seigneur ? Nous avons un exemple, bien sûr c’est le résidu, bien sûr c’est prophétique tout cela, mais est-ce que ce n’est pas moral pour nous aussi ? La poignée est de notre côté.
Certains pourraient dire après avoir lu ces chapitres : voilà Joseph leur a pardonné. Le pardon ouvre un grand sujet. Mais ce n’est pas là que Joseph leur a pardonné. On peut penser que Joseph à l’image du Seigneur n’a jamais eu le moindre ressentiment vis-à-vis de ses frères et même quand il partait enchaîné derrière la caravane madianite, il n’avait pas de ressentiment personnel. Bien sûr à l’exemple de Joseph, à l’exemple de notre Seigneur, nous avons à pardonner si notre susceptibilité a été touchée, qu’on trouve qu’on n’a pas fait cas de nous comme on aurait dû. C’est la chair qui réagit comme cela.
Mais le fait de pardonner, ce à quoi nous sommes invités, ne veut pas dire faire comme si de rien n’était. Joseph nous apprend cela. On peut penser qu’il n’a jamais conservé le moindre ressentiment vis-à-vis de ses frères, mais en même temps lorsqu’il traite ainsi ses frères, gardons-nous de penser : « Je vais le leur faire payer ». Ce n’est pas cela du tout. Quand il les enferme, son but est le bien intérieur, la restauration intérieure de ses frères.
Est-ce que nous sommes préoccupés dans les rassemblements par le bien profond de nos frères et sœurs ? On est quelquefois tellement préoccupés de ce que les autres pensent de nous et peut-être très peu occupés de la relation – bien sûr on me dira : c’est le secret de son âme, on ne peut pas entrer là-dedans, mais lorsque nous sentons qu’il y a un problème, est-ce que nous voyons les problèmes d’une manière horizontale, entre un frère et un autre ? Ou bien est-ce que nous réalisons ce que nous avons déjà dit que le problème est peut-être entre mon frère et le Seigneur et que la poignée est de son côté ?
Joseph nous apprend cela. Il aimait ses frères fondamentalement et il désirait que la relation entre l’Éternel et ses frères soit rétablie pleinement. Ah ! l’apôtre Paul avait aussi ce souci quand il écrit aux Philippiens. On voit le désir qu’il a du bien de ses frères. Quelquefois on s’occupe de soi-même cahin-caha, c’est nous et puis notre relation et puis on fait de notre vie spirituelle le centre de notre vie. Pas Joseph, pas le Seigneur.
On peut être très étonné au v. 3 de lire : « Je suis Joseph. Mon père vit-il encore ? » Il l’avait demandé quelques heures avant, dans le chapitre 43, lorsqu’ils étaient dans sa maison. Il leur avait demandé : « Votre père, le vieillard dont vous m’avez parlé, est-il bien ? vit-il encore ? » (v. 27) Ce n’est pas dans les quelques heures que Jacob risquait de trépasser.
Mais c’est que cette fois, le terme de père a une autre acception et nous pensons à ce que le Seigneur dira à Marie de Magdala : « Je monte vers mon Père et votre Père » (Jean 20. 17). Le Seigneur avait dit : « mon Père », autrefois mais il était seul à pouvoir dire cela. À partir de ce moment-là « Je monte vers mon Père et votre Père », il ne sera plus jamais seul à pouvoir employer ce mot, même s’il est premier-né entre plusieurs frères, mais il partage cette relation avec tous ceux qui sont de la famille de Dieu et qui désormais connaissent Dieu comme leur Père.
Simplement deux remarques. La première concerne les frères de Joseph. Souvenons-nous où ils ont laissé Joseph, vendu à des Ismaélites qui passaient. Pour eux, quel était le devenir de Joseph ? En Égypte, vendu comme un esclave. Quand ils descendent envoyés par leur père pour acheter la nourriture, s’ils pensent à Joseph, s’ils pensent le trouver, où vont-ils le chercher ? Dans un palais ? Absolument pas. S’ils pensent à Joseph, ils vont le chercher au milieu d’autres esclaves, en train peut-être de faire des briques.
On comprend alors comment ces frères de Joseph étaient bien dans l’incapacité humaine, en voyant ce gouverneur, de pouvoir penser que c’était Joseph. On comprend aussi que la confession qu’ils ont faite dans ce chapitre 44 que nous avons lu ce matin, est merveilleuse parce qu’elle est tout à fait adaptée à la situation. Et c’est ainsi que cette confession devait être faite. Effectivement Joseph a pu accueillir ses frères. Concernant l’attitude de Joseph envers ses frères, il nous faut attendre le chapitre 50 pour voir les frères de Joseph reconnaître le mal qu’ils ont pu faire à leur frère.
Deuxième remarque concernant ce chapitre 45 que nous venons de lire. On a fait remarquer ce v. 2 où il est dit qu’on fasse sortir tout le monde. Quelle est la portée aujourd’hui de cet enseignement ? C’est qu’il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes. Pour s’approcher du Seigneur Jésus, pour le connaître, il n’y a pas un moyen humain, il n’y a pas une personne qui peut nous aider. Un seul médiateur entre Dieu et les hommes.
Et puis cette déclaration de Joseph, extrêmement simple, mais qui est, on peut dire, le tournant dans ce chapitre, puisqu’après il va pouvoir révéler tout ce qu’il est et inviter ses frères à aller parler à son père de sa gloire.
Mais comment commence ce chapitre ? « Je suis Joseph ». Oh ! c’est extrêmement simple. Quelle est la portée, quelle est la signification de cette déclaration de Joseph ? Lui seul peut se révéler à une âme. Ce n’est pas par un moyen humain, ce n’est pas par notre intelligence humaine que nous pouvons découvrir la personne du Seigneur Jésus. C’est lui qui vient à nous et qui nous dit qui il est.
Nous avons plusieurs exemples dans les évangiles de personnes qui ont rencontré le Seigneur, qui l’ont vu, qui ont parlé avec lui, qui ont été les objets de ses soins. Mais tant que le Seigneur ne s’est pas révélé d’une manière directe à elles, elles n’ont pas discerné qui il était. Citons simplement trois exemples dans l’évangile selon Jean. Au chapitre 4, la femme samaritaine. Lisons le v. 25 : « La femme lui dit : Je sais que le Messie qui est appelé le Christ, vient ; quand celui-là sera venu, il nous fera connaître toutes choses ».
Elle avait parlé avec le Seigneur, elle l’avait vu, elle l’avait entendu et elle n’avait pas discerné qui il était. Alors « Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle ». « Je le suis [c’est comme « je suis Joseph »], moi qui te parle ». C’est par ses paroles que le Seigneur Jésus se révèle et se fait connaître à une âme. Nous avons la même pensée un peu plus loin dans cet évangile au chapitre 9 concernant l’aveugle-né, objet de la délivrance du Seigneur.
Il faut encore que le Seigneur s’adresse à lui : « Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé dehors, et l’ayant trouvé, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ? Il répondit et dit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Et Jésus lui dit : Et tu l’as vu, et celui qui te parle, c’est lui » (v. 35 à 37). C’est encore la parole du Seigneur qui se révèle, qui se fait connaître à cet aveugle-né. Et alors il peut dire : « Je crois, Seigneur ! Et il lui rendit hommage ».
La connaissance de la personne du Seigneur Jésus nous fait discerner ce qu’il est et nous amène à lui rendre hommage. Dernier exemple : l’apôtre Paul. « Qui es-tu, Seigneur ? » Voilà une lumière resplendissante qui l’arrête sur le chemin. « Qui es-tu, Seigneur ? » Et la réponse vient : « Je suis Jésus que tu persécutes ». Ne pensons pas, pour ce qui nous concerne que même maintenant nous connaissons le Seigneur Jésus. Si nous voulons croître dans sa connaissance, ce n’est pas par notre intelligence humaine naturelle, par quelque capacité humaine, que nous pourrons croître dans la connaissance de la personne du Seigneur Jésus.
C’est toujours lui qui se révèle à nous, qui fait briller devant nous la perfection et l’excellence de sa Personne. Alors avec le secours du Saint Esprit, nous pouvons apprendre à discerner qui il est et il vaut la peine d’apprendre à discerner qui il est et de lui rendre l’hommage qui lui est dû.
Quand les frères de Joseph ont vendu Joseph aux Ismaélites, ils l’ont appelé de ce nom : « Le voici… ce maître songeur », terme de mépris. Quand ils ont parlé de lui à Jacob, en revenant de leur première descente en Égypte pour acheter du pain, ils ont dit de lui : « L’homme, le seigneur du pays » (42. 30), un homme, un mot quelconque. Nous pensons bien à ce qu’il en a été du Seigneur. Il a été le méprisé et puis il a été considéré simplement comme un homme, même s’il avait une autorité particulière.
Et puis quand Joseph se présente à ses frères, il dit : « Je suis Joseph. Mon père vit-il encore ? » La première chose, la façon dont Joseph se présente, met en évidence sa relation avec son père. Et quand nous apprenons à connaître le Seigneur, nous apprenons à le connaître comme le Fils de Dieu. « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » (1 Jean 5. 1).
La deuxième fois que Joseph s’adresse à eux, il leur dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour l’Égypte ». Il ne dit pas : « Je suis Joseph, celui que vous avez vendu pour l’Égypte », mais « votre frère ». C’est lui qui établit la relation entre lui, ses dix frères et Benjamin. Ce n’est pas les dix qui vont dire : « Ah ! tu es notre frère ». Non, c’est lui qui établit cette relation.
Dans les chapitres précédents lorsque les dix viennent devant Joseph pour acheter du pain, ils se courbent devant lui, ils se prosternent, mais ils se prosternent devant un étranger. Dans ce chapitre 45 nous ne les voyons pas se prosterner. Par contre dans le chapitre 50 nous les voyons se prosterner et ils se prosternent devant lui en connaissant sa personne. Les incrédules devront se prosterner devant le Seigneur. Nous avons le privilège de nous prosterner devant lui déjà dans nos cœurs dans la connaissance de sa personne, à la fois quant à sa relation avec Dieu le Père, mais aussi dans la relation dans laquelle il nous introduit.
Bien sûr dans ce chapitre 50, il y a ce doute qui est manifesté par rapport aux sentiments du cœur de Joseph envers ses frères mais est-ce qu’il n’y a pas aussi ce côté que ses frères sont amenés à se prosterner devant lui en connaissant qui il est, quelle relation il a avec Jacob leur père et qu’il est celui qui s’est déclaré comme leur frère. Est-ce que tout cela ne nous parle pas de la Personne merveilleuse du Seigneur Jésus ? On peut à son égard avoir des pensées de mépris et le monde le méprise. Nous espérons bien qu’ici personne ne le méprise. Mais dans le monde il est toujours méprisé.
Et puis il y a l’homme, un mot quelconque, celui certes devant qui on doit s’incliner, mais c’est une personne quelconque. Mais pour nous, nous apprenons à connaître le Seigneur comme le bien-aimé du Père et celui qui nous fait entrer dans cette relation précieuse : « Va vers mes frères ».
On a déjà cité ce passage : « va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père ». En disant « va vers mes frères », il nous met dans la même relation que lui avec son Père. Et puis il y a cette disposition volontaire de nos cœurs de nous courber devant lui.
Ce chapitre, on pourrait dire, est un épilogue qui nous surprend. Pourtant Joseph avait déjà annoncé à ses frères quelle serait leur part. Quand les dix viennent parler à Jacob leur père au chapitre 42 ils lui disent les paroles de Joseph : « amenez-moi votre plus jeune frère, et je connaîtrai que vous n’êtes pas des espions, mais que vous êtes d’honnêtes gens, je vous donnerai votre frère, et vous trafiquerez dans le pays » (v. 34). Il y avait déjà un espoir, une parole d’espérance, que les dix ont relevé puisque c’est eux qui l’ont rapporté à Jacob. Ils n’en ont certainement pas noté toute l’importance.
Au chapitre 43 il y avait aussi une parole heureuse. Au v. 23 le préposé de la maison de Joseph leur avait dit : « Paix vous soit, ne craignez pas ». On est touché par cette expression. C’est la première fois que dans l’Écriture on trouve cette expression : « Paix vous soit ». « Combien sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui… annonce la paix » (És. 52. 7). « Paix vous soit, ne craignez pas ». Mais les frères de Joseph n’ont pas compris non plus la portée de cette parole. Il faudra qu’il y ait la pleine confession de ce qu’ils ont fait, pour jouir de la paix.
Encore une autre chose. Au v. 4 Joseph leur dit : « Approchez-vous de moi ». C’est le Seigneur qui nous fait approcher. « Bienheureux celui… que tu fais approcher » (Ps. 65. 4). Combien ce récit nous fait entrer de façon plus palpable dans les privilèges qui sont les nôtres en apprenant à connaître qui est la Personne du Seigneur Jésus et jusqu’où nous sommes introduits !
Chers amis, chers jeunes amis, après une tempête dans laquelle nous avons été sondés par Dieu, est-ce que nous avons connu aussi ce moment si précieux où le Seigneur se révèle à nos cœurs, dans cette proximité personnelle avec lui, dans cette intimité personnelle avec lui ? Le Seigneur, non seulement a voulu nous pardonner, mais il veut nous avoir pour lui. Il veut que nous puissions jouir de lui.
Dans tout ce chapitre nous avons peut-être été surpris, parce qu’on n’entend pas parler les frères de Joseph. Ils sont là, ils écoutent tout ce que Joseph leur dit. Il ne leur laisse pas le temps de parler. Il rappelle ce qu’ils ont fait, mais c’est un peu comme dans les Actes quand Pierre parle au peuple, il leur dit : « vous avez renié le saint et le juste » (4. 14) mais « je sais que vous l’avez fait par ignorance » (v. 17). C’est la grâce et l’amour merveilleux qui se déploient envers ces rachetés.
Mais il rappelle que Dieu l’a envoyé pour leur conserver la vie. Le Seigneur désire que nous connaissions cette intimité avec lui. On peut relever ces expressions : « Approchez-vous de moi » (v. 4), « descends vers moi » (v. 9), « tu seras près de moi » (v. 10), « venez vers moi ; et je vous donnerai ce qu’il y a de meilleur » (v. 18). Quand on a un cœur en règle avec le Seigneur, qu’on est dépouillé de soi-même, qu’on a perdu nos prétentions, alors il y a un message qui est pour nous aussi aujourd’hui : « vous raconterez à mon père toute ma gloire » (v. 13).
On se rend compte quelquefois lorsque nous sommes au culte, que peut-être il y a quelques fardeaux sur les cœurs et sur les consciences qui nous empêchent de nous libérer. On a parfois l’impression qu’on est comme des petits pécheurs devant Dieu avec une certaine confession. Mais quand les choses sont réglées, que nous avons joui de la communion avec le Seigneur, que nous voyons le Seigneur, alors nous pouvons parler de lui.
C’est seulement à la fin de ce chapitre qu’il est dit que quand les frères de Joseph sont retournés vers leur père, c’est là qu’on les entend parler. Ils racontèrent tout ce que Joseph leur avait dit. Enfin il leur donne aussi un merveilleux message : il faut se hâter et en même temps on peut dire que ce privilège nous est donné pour oublier notre misère. On a aussi un message de paix pour ceux qui nous entourent. C’est pour cette raison qu’il est dit : « Hâtez-vous » (v. 9) « il y a encore cinq années de famine, de peur que tu ne sois réduit à la misère » (v. 11).
Donc il y a les deux côtés, on est occupé du Seigneur, les choses sont réglées dans nos cœurs. Quel bonheur quand on peut s’oublier lorsque nous sommes autour du Seigneur pour le culte ! Nous pouvons nous oublier, être occupés du Seigneur. Quelquefois on entend ceci : « on aurait voulu s’en aller au ciel pour continuer de contempler notre Seigneur ». Il y a ce côté-là mais il y a aussi un message de paix à délivrer à ce monde. Que le Seigneur nous aide, surtout nous donne de jouir de cette intimité personnelle avec lui, vers lui !
On a parlé des pleurs de Joseph, des pleurs du Seigneur. Il me semble qu’il faudrait nous arrêter un instant sur ce que nous avons aussi dans ces chapitres. Les pleurs sont l’expression des sentiments, des sentiments de joie ou de tristesse d’ailleurs, c’est la manifestation de ce qu’il y a dans le cœur. On a souligné tout à l’heure cette expression : Joseph a laissé « éclater sa voix en pleurs » alors qu’il les avait retenus avant.
Qu’en est-il de nous ? Est-ce que nous savons laisser s’exprimer nos sentiments ou est-ce que nous sommes éduqués à les réprimer, à ne pas les exprimer ? Il faut dire que dans la culture occidentale qui est la nôtre, il y a cela. Par exemple on dira à un petit garçon : un homme ne pleure pas, c’est bon pour les filles. On éduque peut-être un peu dans ce sens-là qu’on ne doit pas laisser s’exprimer nos sentiments, en tout cas par des pleurs.
Mais qu’en est-il de l’enseignement de la Parole à ce sujet ? Quels exemples avons-nous dans l’Écriture et en particulier celui du Seigneur ? On voit que le Seigneur a pleinement assumé ses sentiments et les a exprimés. Il a pleuré. On le voit une fois regarder à l’entour avec colère. Il en fut indigné etc. On voit que le Seigneur, non seulement avait des sentiments, mais les exprimait. Peut-être est-ce important de saisir l’occasion qui est là devant nous en voyant Joseph, vraiment un bel exemple de quelqu’un qui ne se laisse pas guider par ses sentiments, mais qui a des sentiments très profonds, qui un moment les retient et un moment les exprime pleinement. C’est un exemple qui est placé là devant nous selon les pensées de Dieu.
Joseph aimait ses frères, il désirait manifester le pardon qu’il leur avait accordé depuis longtemps, mais il ne le fait pas immédiatement. On voit comment il a agi à leur égard. Il a su retenir l’expression de ses sentiments pour amener vraiment ce travail, parce qu’il les aimait. Donc il ne se laissait pas guider par ses sentiments. Et en même temps il les a vraiment exprimés librement. On voit qu’il ne réprimait pas toujours ses sentiments. Il le fait quand c’était nécessaire mais sinon il les exprime.
Est-ce qu’il n’y a pas un danger en ce qui nous concerne, du fait que nous sommes enseignés justement sur le fait qu’il ne s’agit pas d’être guidés par ses sentiments. On dira par exemple aussi pour la conversion, il ne s’agit pas de savoir si on se sent sauvé ou pas, ou les sentiments qu’on a par rapport à ceci ou à cela. Ce qui compte c’est d’avoir cru au Seigneur Jésus. On doit s’appuyer par la foi sur ce que nous dit la Parole, en mettant de côté tous les sentiments. Est-ce que c’est si juste que cela ? Attention ! Dieu travaille dans nos cœurs et le cœur est le siège des sentiments, la conscience aussi bien sûr.
Nous avons notre responsabilité devant Dieu mais aussi dans nos cœurs. Nous enseignons aussi souvent que la connaissance, par exemple, ce n’est pas une connaissance simplement intellectuelle des choses. « Que votre amour abonde encore de plus en plus en connaissance » (Phil. 1. 9), donc ça passe par le cœur, les sentiments sont en jeu. Il y a aussi le côté de l’expression des sentiments. Est-ce que justement il y a ce danger de se laisser guider par les sentiments, de se fonder par exemple pour avoir la certitude du salut, sur ce qu’on sent ou qu’on ne sent pas.
On a entendu dire quelquefois que si vraiment on aimait tous les enfants de Dieu, par exemple on ne leur refuserait pas la cène, on ne ferait pas de différence. Ce serait l’expression de l’amour chrétien que l’on a pour tous les enfants de Dieu. On a entendu des réflexions de ce genre. En réaction on pourrait dire : Attention ! ne nous fions pas aux sentiments, gommons tout ce qui est expression des sentiments, ce qui compte c’est la doctrine, ce que dit la Parole, tenons-nous-en là et tout ce qui est des sentiments, on le gomme, on met de côté l’expression des sentiments. Attention ! là aussi c’est tomber dans l’excès opposé en quelque sorte. La Parole ne dit pas du tout cela. Au contraire.
Nous avons devant nous l’exemple parfait du Seigneur Jésus qui bien sûr ne se laissait pas guider par ses sentiments. On a l’épisode où les sœurs font dire au Seigneur : « celui que tu aimes est malade ». Le Seigneur ne va pas immédiatement se précipiter pour le guérir. Non, on voit qu’il était soumis à son Père. Il ne se laisse pas guider par ses sentiments. Mais en même temps il pleure au tombeau de Lazare. Il laisse publiquement exprimer ses sentiments, l’expression de ce qu’il ressent. Alors est-ce que nous n’avons pas à apprendre cela ?
Quelquefois on a tendance à spiritualiser artificiellement en quelque sorte, même des choses culturelles comme je disais tout à l’heure : Non, ne pleure pas. Donc on spiritualise un peu cela en disant : le chrétien qui est spirituel, reste impassible, il ne manifeste pas ses sentiments, même au culte on est là, rien ne transparaît, même si dans le cœur on ressent des choses profondes. Nous avons à faire attention car nous pouvons tomber d’un côté ou de l’autre. Ne nous laissons pas guider par les sentiments.
Nous avons un exemple en Joseph qui est extrêmement beau. On voit tout ce qui bouillonnait dans son cœur et en même temps comment il sait attendre, se laisser guider dans ce qu’il a à faire et le moment voulu il laisse éclater sa voix en pleurs. En ce qui nous concerne, est-ce que nous n’avons pas besoin d’apprendre à exprimer nos sentiments au bon moment, sans les cacher derrière un masque d’impassibilité, parce que l’expression des sentiments est aussi quelque chose d’important dans nos relations, dans ce que nous manifestons ?
Bien sûr Dieu lit dans les cœurs, mais attention nous ne sommes pas dans le ciel, nous sommes sur la terre, nous avons des relations les uns avec les autres, un témoignage à rendre et nous avons à exprimer nos sentiments d’une façon juste. Ne gommons pas tout ce qui est l’expression des sentiments. C’est important parce qu’on a l’impression qu’on veut gommer tout cela. Non. Regardons au Seigneur, l’exemple qu’il nous donne, pour apprendre. On a besoin d’apprendre à exprimer nos sentiments de la bonne manière, à leur juste place, comme le Seigneur le désire.
Encore une petite remarque concernant les sentiments. Les sentiments peuvent avoir différentes raisons, différentes origines. Nous avons aussi bien sûr nos sentiments naturels. Les sentiments naturels que nous avons les uns et les autres peuvent être très différents. Les uns montrent leurs sentiments d’une façon visible, par des paroles, ou peut-être par des pleurs. Cela peut être des sentiments naturels. D’ailleurs nos caractères sont très différents. Cela [l’expression de nos sentiments] a à faire aussi avec le caractère que nous avons.
Mais d’autre part il existe aussi des sentiments spirituels et les sentiments spirituels ont une autre origine. Ils n’ont jamais leur origine dans notre être naturel, mais ces sentiments ont leur origine dans notre communion avec le Seigneur, notre communion vécue avec le Seigneur et avec la Parole. Ce sont des sentiments qui trouvent leur origine dans ce que nous lisons du Seigneur, de ce que nous lisons de sa façon d’agir etc., dans la Parole. Donc ces sentiments-là nous devons les avoir et là aussi je crois qu’il faut peut-être aussi penser que ces sentiments spirituels peuvent se montrer aussi de différentes manières.
Nous avons chez nous un frère : je suis convaincu qu’il a des sentiments spirituels profonds et pourtant il n’arrive pas à pleurer. Il ne pleure pas. Tandis que pour d’autres leur façon de montrer leurs sentiments devient visible pour nous. Ce qui importe c’est quand nous avons des sentiments spirituels que nous les exprimions, comme notre frère vient de le dire, d’une façon spirituelle, que nous les exprimons peut-être par un cantique qui nous aide à exprimer nos sentiments. Très souvent nous ne sommes même pas capables de dire exactement ce que nous ressentons, ce qui est dans notre cœur comme sentiments spirituels, mais nous connaissons un cantique et nous trouvons dans ce cantique des sentiments qui sont les nôtres. Et nous aimons indiquer ce cantique. Et je suis convaincu que c’est aussi l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, qui nous fait indiquer ce cantique pour faire entendre devant Dieu ensemble aussi notre adoration, nos sentiments d’amour pour le Seigneur, une étreinte dans notre cœur, une étreinte d’ailleurs qui se multiplie quand l’un exprime un sentiment spirituel et quand les autres y font écho.
Voilà quelque chose que nous pouvons avoir en présentant nos sentiments spirituels en adoration à notre Seigneur. Encore une fois, ce qui est important, c’est que ce soit des sentiments spirituels qui proviennent de notre communion intime avec le Seigneur parce que c’est là que nous sommes vraiment touchés dans nos cœurs. Toutes les autres choses, les choses qui nous concernent nous, moi personnellement, ce que je ressens, moi, etc. tout cela a beaucoup trop cette couleur de sentiments naturels. Des sentiments spirituels, voilà ce qu’est l’adoration et ce que le Seigneur souhaite voir et entendre exprimer devant Lui.
Sur les sentiments, suivons ce qui nous est dit à plusieurs reprises dans les Proverbes : « Mieux vaut une réprimande ouverte qu’un amour caché » (27. 5) et « une parole dite en son temps, combien elle est bonne ! » (15. 23)
Une autre pensée : on est frappé par la sobriété de certains passages de la Bible pourtant des plus importants, par exemple la scène de la croix quand nous la lisons dans les évangiles, ces quelques mots : « ils le crucifièrent » ou « et l’ayant crucifié ». La description est très simple et courte. Ici nous avons dans une circonstance importante des choses courtes : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour l’Égypte ». La description qui en a été faite quelques chapitres plus tôt était très complète. Joseph n’insiste pas, il dit l’essentiel en deux mots et il fait suivre de « Et maintenant… » qui sont des paroles de réconfort pour ses frères.
Et puis la suite du passage est essentiellement au futur maintenant. La plupart des mots jusqu’au v. 14 sont au futur et notamment ce qui nous a été indiqué dans ce passage : « vous raconterez à mon père toute ma gloire ». Et puis nous pouvons ressentir la jouissance d’une communion retrouvée, peut-être pas complètement comme nous le voyons au chapitre 50, « et après cela, ses frères parlèrent avec lui » (v. 15). Ensuite on voit l’accueil du Pharaon et de sa cour et l’invitation à venir dans le pays de Goshen, dans le pays d’Égypte.
Jacob après avoir hésité et n’avoir pas cru ce que racontaient ses fils, a son esprit qui se ranime et il consent à aller en Égypte et à voir Joseph avant de mourir. Alors les quelques versets que nous avons lus au chapitre 50 sont bien pénibles quand nous considérons les scènes précédentes et relativisent l’état de nos cœurs et le fait qu’il est difficile et même impossible à l’homme charnel et au vieil homme de comprendre la bonté de Dieu, la bonté du Seigneur, typifié par Joseph.
Je voudrais faire remarquer à propos des versets 5 à 9 qu’on voit à quatre reprises que Joseph en disant : « ne soyez pas attristés » à ses frères, ne les met pas en cause. Il reconnaît que c’est Dieu qui est au-dessus de tout. À la fin du v. 5 il dit : « c’est pour la conservation de la vie que Dieu m’a envoyé devant vous ». Au v. 7 : « Dieu m’a envoyé devant vous pour vous conserver de reste sur la terre ». Au v. 8 : « maintenant, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu ». Au v. 9 : « Ainsi dit ton fils : Joseph, Dieu m’a établi seigneur ».
Quelle belle attitude que celle de Joseph ! Il reconnaît que celui qui est derrière la scène, de toute manière, c’est Dieu, c’est Dieu qui a un plan. Il a un plan pour chacun de nous, il a un plan pour chacun de vous. Chers jeunes, chers enfants, chers tous ici, vous avez peut-être des difficultés, vous avez connu des détresses dans la vie. Est-ce que vous pouvez dire vraiment : c’est Dieu qui est derrière la scène ?
Au chapitre 42 les frères de Joseph pouvaient dire : « nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce » (v. 21). Joseph avait demandé grâce à ses frères, il avait été dans une détresse profonde. D’ailleurs il appelle son fils Manassé car Dieu m’a fait oublier toute ma peine. Il n’était pas insensible. Le chrétien n’est pas insensible aux difficultés. Mais Joseph est passé par-dessus. La grâce de Dieu, la contemplation de Dieu, l’a fait passer par-dessus et il reconnaît que c’est Dieu qui était à l’œuvre. C’est Dieu qui est à l’œuvre dans nos vies à chacun.
Que nous ayons cette pensée-là que Dieu a un plan pour chacun de nous, que Dieu veut nous bénir et comme l’apôtre Paul le dit en Rom. 8 : « nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (v. 28), toutes choses, même les choses difficiles, même les choses comme celles connues par Joseph, ces circonstances terribles derrière lui. La foi lui faisait voir cela. Il peut dire : « c’est Dieu ».
Une remarque encore à propos de ces passages. Nous lisons au milieu du v. 4 du chapitre 45 : « votre frère, que vous avez vendu » et au v. 7 : « Dieu m’a envoyé devant vous ». Lorsqu’on considère l’œuvre de la croix, il y a trois côtés. Il y a le côté de la responsabilité de l’homme, il y a le côté du conseil de Dieu et puis il y a le côté du Seigneur lui-même.
Pour illustrer ce propos, je rappelle ce passage de Jean 10 : « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne. Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même ; j’ai le pouvoir de la laisser, et j’ai le pouvoir de la reprendre » (v. 17 et 18). Ce troisième côté Joseph ne pouvait pas le dire. Il avait été vendu par ses frères, c’est la culpabilité de l’homme, Dieu avait prévu cette chose.
Actes 3. 13 : « le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré [la responsabilité de l’homme], et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher ».
Actes 2. 23 : « Jésus le nazaréen… ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu ». Voilà les trois personnes qui sont à l’œuvre dans l’œuvre de la croix.
Maintenant on pourrait dire que Joseph peut goûter des fruits du travail de son âme et en être satisfait comme il nous est dit du Seigneur en Ésaïe 53, ayant approché les siens autour de lui pour goûter cette paix, cette joie, en communion avec lui. Maintenant il les envoie. Nous avons dans la suite de ce chapitre une mission confiée aux frères de Joseph et on peut remarquer que cette mission leur est donnée en des termes extrêmement précis, qui n’est pas laissée à leur imagination.
Joseph envoie ses frères pour qu’ils ramènent leur père en Égypte. On peut remarquer ceci : ce n’est pas Joseph qui va retourner en Canaan vers Jacob, mais c’est Jacob et les frères de Joseph qui vont descendre en Égypte vers Joseph. Est-ce que cela ne nous parle pas de ce qui est devant nous ? Le Seigneur ne reviendra pas sur la terre. Nous ne le connaîtrons pas comme l’ont connu les disciples comme homme ici-bas, mais nous allons vers lui, vers le ciel.
Et puis en les envoyant il leur donne des gages à la fois du fait qu’il est vivant et de sa gloire. Ce sont ces chariots qui sont donnés pour ramener Jacob et sa famille en Égypte. On a remarqué dans notre lecture que Jacob a douté des paroles de ses fils, mais il n’a plus douté quand il a vu ce gage que Joseph avait envoyé. Nous aussi, le Seigneur nous a donné un gage, si j’ose dire – il me semble que le mot est impropre – de sa gloire. Nous avons reçu le Saint Esprit après qu’il ait été glorifié et nous avons l’assurance que nous nous rendons vers le ciel.
Et puis je voudrais dire un simple mot sur l’exhortation de Joseph à ses frères. Elle est courte. « Il renvoya ses frères, et ils s’en allèrent. Et il leur dit : Ne vous querellez pas en chemin » (v. 24). On pourrait dire : mais comment faire pour ne pas se quereller ? Qu’est-ce qui amènerait les frères de Joseph à se quereller ? C’est l’oubli de la vision qu’ils ont eu de Joseph élevé dans la gloire et de Joseph vivant comme un homme ressuscité.
Qu’est-ce qui amène tant de querelles, de troubles parmi les croyants et dans les assemblées ? C’est qu’on perd un œil simple et on oublie de regarder à Christ seul. Cet oubli de regarder à Christ seul et de ne voir que la personne du Seigneur, nous amène soit à nous quereller, soit à nous égarer. J.N. Darby écrit quelque part : « la cause de nos péchés par erreur ou par ignorance, c’est l’absence d’un œil simple ». Nous sommes en route vers le ciel. Fixons les yeux sur Jésus si nous ne voulons pas qu’il y ait entre nous des querelles et si nous ne voulons pas nous égarer dans le chemin.
J’aimerais faire remarquer au v. 13 : « vous raconterez à mon père toute ma gloire en Égypte ». Il ne s’agit pas ici de la gloire millénaire que le Seigneur aura pendant son règne de justice et de paix. Ce n’est pas encore le temps bien que cela ait pu être exprimé parfois. Il s’agit de la gloire de Christ dans le ciel actuellement, nous l’avons dit, nous en avons parlé plusieurs fois. Il s’agit d’Actes 2. 36: « Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » dit Pierre en s’adressant aux Juifs. C’est la position actuelle. C’est ainsi que nous Le voyons dans ce règne de gloire qui est le sien là-haut.
Quand nous portons les yeux en haut, nous pensons à ce royaume du Fils de l’amour du Père dans lequel aussi nous avons été transportés pour ainsi dire par la foi et en esprit. Nous pensons aussi à Hébreux 2. 9 où il nous est dit : « nous voyons Jésus, qui a été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort, couronné de gloire et d’honneur ». Il a goûté la mort pour tout, il est maintenant couronné. « Nous voyons Jésus » : c’est encore la même pensée.
Si nous revenons à notre texte, il y a quelques points que l’on peut encore considérer. Au v. 20 : « Que vos yeux ne regrettent pas vos meubles ; car le meilleur de tout le pays d’Égypte sera à vous ». Ici c’est évidemment les bénédictions que nous avons dans les lieux célestes en Lui. Dieu « nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1. 3).
Nous sommes dans cette période où nous attendons le Seigneur, où l’Église mystérieusement n’apparaît pas ici pour le monde mais où elle existe et où elle attend de régner avec Christ, mais c’est pour plus tard. Pour l’instant nos bénédictions sont en lui là-haut. Alors que nous nous réjouissions de lever nos yeux en haut en effet !
Je désirerais faire remarquer au v. 15 qu’il y a les pleurs et qu’il y a le baiser, qui est le baiser de la réconciliation. Il y aura réconciliation avec le peuple d’Israël, avec le résidu de Juda en particulier et de Benjamin. Ce baiser de réconciliation est donné ici. Et pour nous il y a heureusement longtemps que nous nous appuyons sur l’œuvre de réconciliation accomplie à la croix par notre Seigneur. Il a « fait la paix par le sang de sa croix » (Col. 1. 20).
On a pu dire aussi que ce qui est donné ici par Joseph à ses frères et à son père, pour nous ce sont les arrhes de l’héritage qui est à venir. Nous sommes héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ.
Quelques remarques sur l’attitude des frères de Joseph, sur les réactions de Jacob, sur l’exhortation que Joseph donne à ses frères : « Ne vous querellez pas en chemin ». Ne démontrent-elles pas que toute cette scène – si précieuse d’enseignements qu’elle soit chargée pour nous qui connaissons maintenant le Seigneur Jésus venu du ciel et son œuvre accomplie – est une scène terrestre qui s’est déroulée effectivement sur la terre que nous la considérions au premier degré en quelque sorte comme récit de ce qui s’est passé, ou que nous la considérions aussi quant à son application prophétique pour le résidu qui viendra et auquel le Seigneur se manifestera.
En particulier cette exhortation « ne vous querellez pas en chemin » montre bien que ces hommes qui ont vu Joseph ont à fournir ensuite un chemin dans lequel ils sont encore enclins à bien des faiblesses, ne serait-ce que dans la manière dont ils reviennent vers leur père, chargés des bénédictions très riches que Joseph leur a données, des paroles qui leur ont été données pour lui. Ils reviennent, il est dit : « ils montèrent de l’Égypte, et vinrent au pays de Canaan, vers Jacob, leur père ; et ils lui rapportèrent, disant : Joseph vit encore ; et même c’est lui qui gouverne tout le pays d’Égypte » (v. 25 et 26).
Bien sûr c’était une nouvelle extraordinaire pour Jacob d’entendre : « Joseph vit encore », « mais son cœur resta froid ». « Il ne les crut pas » : il avait de bonnes raisons pour cela. « Et ils lui dirent toutes les paroles de Joseph, qu’il leur avait dites ; et il vit les chariots que Joseph avait envoyés » (v. 27). Tout ce qui vient de Joseph, ses paroles, ce qu’il a envoyé, atteint l’esprit et le cœur de Jacob.
N’est-ce pas saisissant que là encore, comme dans plusieurs passages de la vie de Jacob, on voit que l’Esprit Saint change le nom de Jacob. Jusque-là c’est Jacob, et même l’esprit de Jacob, maintenant c’est Israël. « Et Israël dit : C’est assez ! Joseph mon fils vit encore ; j’irai, et je le verrai avant que je meure ».
On a la même chose au chapitre 46 quand Jacob envoie Juda pour préparer devant lui le chemin pour aller en Goshen et puis que Joseph attelle son char et vient à sa rencontre. « Et Joseph attela son char, et monta à la rencontre d’Israël, son père, en Goshen. Et il se montra à lui, et se jeta à son cou, et pleura longtemps sur son cou. Et Israël dit à Joseph : Que je meure à présent, après que j’ai vu ton visage, puisque tu vis encore » (v. 29 et 30). Tout cela nous montre le déploiement de toutes les affections divines en faveur de ceux qui sont en relation avec lui, alors même qu’ils sont dans leur condition terrestre sur la terre.
Bien-aimés, pour nous, il y a des instructions qui sont très profondes, qui s’adressent à nous, ne serait-ce que celle-ci : « ne vous querellez pas en chemin », parce que nous sommes encore sur la terre. Ne vaut-il pas la peine de nous rappeler que quand nous allons voir le Seigneur, plus rien de ce qui concerne notre condition sur la terre ne sera évoqué. Certes il est dit que toutes choses seront manifestées devant le tribunal du Christ, c’est vrai. Mais lorsque le Seigneur viendra pour chercher son Église, il se la présentera à lui-même glorieuse, n’ayant ni tache ni ride ni rien de semblable, mais sainte et irréprochable.
Il n’y aura même pas pour les croyants cette démarche de Jean évoquée tout à l’heure qui tombe à ses pieds comme mort. Non. Le Seigneur se présentera à lui-même son épouse préparée et il se la présentera à lui-même dans toute la beauté qu’il lui a donnée puisque c’est lui qui l’a bâtie. Il y a quelque chose de cela dans les derniers versets de l’Apocalypse où le Seigneur s’adresse en disant qu’il a voulu rendre témoignage de ces choses dans les assemblées, puis il est dit : « Et l’Esprit et l’Épouse disent : Viens ». Il y a déjà là une intimité qui précède de peu le moment de la rencontre de l’Époux et de l’Épouse sans qu’il y ait aucune question de responsabilité qui soit soulevée quant à celle qu’il accueille comme son Épouse.
Si on s’arrête sur les dernières paroles de notre lecture, cette scène est une scène terrestre et nous sommes encore sur la terre. Que dit Joseph à ses frères au chapitre 50 ? « Maintenant, ne craignez point » (v. 21). Avec cette exhortation « ne vous querellez pas en chemin », il y a tout lieu de craindre quand nous réalisons ce que nous sommes et puis quand nous avons appris comme les frères de Joseph ce à quoi nous pouvons arriver, il y a tout lieu de craindre.
La Parole nous dit : « ne craignez point » et Joseph ajoute : « moi je vous entretiendrai ». C’est le Seigneur qui répond à tous nos besoins, pas seulement matériels, mais à ces besoins spirituels profonds de nos âmes pour continuer la course. « Et il les consola, et parla à leur cœur ». Est-ce que de telles paroles ne nous consolent pas, ne parlent pas à nos cœurs pour nous encourager à continuer la course tout en ayant profondément conscience de ce que nous sommes par nature en l’ayant confessé, en l’ayant reconnu devant Dieu mais en nous confiant dans le Seigneur qui nous dit : « ne craignez point » ?
Réunion d’études à Saint-Agrève (2015)