ÉLIE ET ÉLISÉE

Un prophète : Élie (1 Rois 17.1 à 16)

Vous vous souvenez que, parmi les mauvais rois qui régnèrent sur Israël, il en est un qui se signala par plus d’impiété et de méchanceté que tous les autres. C’est le roi Achab. Il épousa une étrangère, une méchante femme idolâtre, nommée Jézabel, qui était la fille du roi de Sidon. Sous l’influence de sa femme, Achab introduisit en Israël le culte des divinités sidoniennes, en particulier le culte affreux d’un faux dieu appelé Baal, à qui l’on offrait des sacrifices humains (Jér. 19. 5).

Il est dit de ce méchant couple : « Certainement il n’y eut point de roi comme Achab, qui se vendit pour faire ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, sa femme Jézabel le poussant » (1 Rois 21. 25).

Le peuple suivait le triste exemple donné par ses rois. Il avait d’abord servi les idoles établies par Jéroboam, le premier roi d’Israël séparé de Juda ; et il se trouvait maintenant prêt à adorer Baal. Presque tous se détournaient ouvertement de l’Éternel.

Le roi et son peuple en étaient arrivés à un tel mépris de Dieu quand se présenta devant Achab un homme venu de Galaad qui dit au roi : « L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens, est vivant, qu’il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole » (1 Rois 17. 1).

Qui pouvait parler avec une telle assurance et prétendre à une puissance pareille ? Cet homme, nommé Élie, était un prophète de l’Éternel : c’est dire qu’il parlait de la part de Dieu, et non de son propre fond. Il se tenait devant Dieu, en relation constante avec Lui et sous sa dépendance. Et alors que tout Israël se détournait vers Baal, il revendiquait pour l’Éternel le titre de Dieu d’Israël. Il Le connaissait comme « son Dieu », et il L’appelait ainsi en s’adressant à Lui (v. 20 et 21) ; mais quand il en parlait aux autres, il Le proclamait Dieu de son peuple (v. 1 et 14).

Le Nouveau Testament nous donne le secret de la puissance du prophète : « Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous, et il pria avec instance qu’il ne plût pas » (Jac. 5. 17). Élie désirait que l’Éternel soit de nouveau honoré et servi par Israël son peuple. Instruit par Dieu, il savait que cette nation rebelle ne pourrait être ramenée que par une épreuve longue et douloureuse.

Sujet aux mêmes infirmités que nous, il n’avait en lui-même aucun pouvoir pour opérer ce retour, mais il fit de cette restauration du peuple un sujet de prières instantes, et Dieu ne pouvait pas manquer d’exaucer ces demandes faites avec foi, pour sa gloire, et selon sa volonté : « Et il ne tomba pas de pluie sur la terre durant trois ans et six mois ; et Élie pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit » (Jac. 5. 17 et 18).

Sachons imiter un peu un tel exemple. Sachons, nous aussi, nous tenir devant Dieu ; restons bien près du Seigneur, qui a dit : « Séparés de moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15. 5). Recherchons toujours la gloire de Dieu et le bien des siens ; prions avec une foi persévérante, en nous appliquant à discerner la pensée de Dieu. Enfin, témoignons sans crainte devant les hommes quand nous y sommes appelés.

Et Dieu dit à Élie « Va-t’en d’ici, et tourne-toi vers l’orient, et cache-toi au torrent du Kerith, qui est vers le Jourdain. Et il arrivera que tu boiras du torrent, et j’ai commandé aux corbeaux de te nourrir là » (1 Rois 17. 3 et 4).

À sa manifestation publique devait succéder pour Élie un temps d’obscure retraite. Il allait être soumis, lui aussi, aux conséquences de la sécheresse ; et ce témoin fidèle devrait partager le châtiment qu’il avait dû demander pour le peuple coupable. Mais il était assuré des soins de Dieu pendant ce temps d’épreuve. La promesse de l’Éternel pouvait paraître étrange : les corbeaux sont des oiseaux voraces, et sauvages. Mais Dieu fait agir toutes ses créatures à son gré. Élie obéit donc sans hésiter : « Il s’en alla et fit selon la Parole de l’Éternel » (v. 5). Il restait continuellement sous la dépendance de Dieu, aussi empressé à se retirer qu’à paraître en public, selon ce qui lui était commandé.

Régulièrement, matin et soir, sans jamais manquer, les corbeaux apportaient au prophète du pain et de la viande, et il buvait de l’eau du torrent. Loin du peuple impie et de son méchant roi, il goûtait les soins et la proximité de son Dieu.

Au bout de quelque temps, le torrent sécha, car il n’y avait pas de pluie dans le pays. Élie attendit les instructions de Dieu qui lui dit : « Lève-toi, va-t’en à Sarepta, qui appartient à Sidon, et tu habiteras là ; voici, j’ai commandé là à une femme veuve de te nourrir » (v. 9).

Dieu donnait encore à Élie un ordre surprenant. Sortir d’Israël, lui le témoin de l’Éternel, aller vers Sidon, le pays même de la méchante Jézabel, et se faire nourrir là par une femme de ce pays idolâtre ! Mais c’était l’Éternel qui parlait : Il avait autorité de commander aussi bien aux corbeaux et à une femme étrangère qu’au prophète lui-même. De nouveau, sans hésiter, Élie obéit : « il se leva et s’en alla à Sarepta » (v. 10).

Dieu avait préparé la rencontre avec la personne qui devait l’héberger. À l’entrée de la ville, une femme veuve ramassait du bois. Élie lui cria : « Prends-moi, je te prie, un peu d’eau, afin que je boive » (v. 10). L’eau devait être rare, car la famine sévissait, aussi dans cette région. La femme s’empressa cependant d’aller en chercher.

Mais Élie lui cria encore : « Prends-moi, je te prie, un morceau de pain » (v. 11). La femme lui exposa alors sa détresse : « L’Éternel, ton Dieu, dit-elle, est vivant, que je n’ai pas un morceau de pain cuit, rien qu’une poignée de farine dans un pot, et un peu d’huile dans une cruche ; et voici, je ramasse deux bûchettes, afin que je prépare cela pour moi et pour mon fils ; puis nous le mangerons et nous mourrons » (v. 12).

Chose merveilleuse : cette femme de Sidon prenait à témoin l’Éternel, le Dieu d’Élie, et elle était disposée par Dieu même à croire le prophète et à lui obéir !

Et Élie lui dit : « Ne crains point ; va, fais selon ta parole ; seulement fais-moi premièrement de cela un petit gâteau et apporte-le-moi ; et, après, tu en feras pour toi et pour ton fils ; car ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : le pot de farine ne s’épuisera pas, et la cruche d’huile ne manquera pas, jusqu’au jour où l’Éternel donnera de la pluie sur la face de la terre » (v. 13 et 14).

La foi de cette femme était mise à rude épreuve : sacrifier ainsi à cet étranger le peu de nourriture qui lui restait ! Mais, docile, « elle s’en alla, et fit selon la parole d’Élie » (v. 15). Elle faisait passer l’ordre de Dieu exprimé par le prophète avant sa propre subsistance et celle même de son fils. Faisons-nous ainsi toujours « premièrement » ce que Dieu nous demande ?

« Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses – le manger et le boire – vous seront données par-dessus » dit le Seigneur (Mat. 6. 33). La femme en fit une riche expérience: la promesse du prophète, si incroyable qu’elle ait pu paraître, s’accomplit jusqu’au bout, car toutes choses sont possibles à Dieu (Marc 10. 27). « Le pot de farine ne s’épuisa pas et la cruche d’huile ne manqua pas, selon la parole de l’Éternel, qu’il avait dite par Élie » (v. 16). Alors que tout Israël, qui s’était éloigné de son Dieu, souffrait de disette, cette famille d’un pays étranger, honorée par la présence du prophète de l’Éternel, put manger à sa faim, un an durant, jusqu’au terme de la famine.

Le Seigneur Jésus, méprisé par ses concitoyens, leur rappelait cet exemple de la grâce de Dieu passant par-dessus les frontières d’Israël pour bénir ceux des nations étrangères qui avaient foi en lui : « En vérité, je vous dis qu’il y avait plusieurs veuves en Israël, aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, de sorte qu’il y eut une grande famine par tout le pays ; et Élie ne fut envoyé vers aucune d’elles, sinon à Sarepta de la Sidonie vers une femme veuve » (Luc 4. 25 et 26).

En tout temps, sans s’arrêter aux privilèges dont se prévalent volontiers les hommes, Dieu recherche et bénit ceux qui Le croient et Lui obéissent. Aujourd’hui, pour être sauvé, il ne suffit pas d’appartenir à une famille chrétienne, il faut croire soi-même en Jésus.

Un prophète : Élie (1 Rois 17. 17 à 24 ; 18. 1 à 20)

Le prophète Élie séjournait chez la veuve de Sarepta vers qui l’Éternel l’avait envoyé. Dans ce temps de grande famine provoquée par la sécheresse, Dieu, toujours fidèle, pourvoyait à la nourriture de cette famille : la farine et l’huile ne s’épuisaient pas.

Mais l’Éternel voulait se faire connaître un peu mieux à cette femme étrangère, et elle dut pour cela traverser une grande épreuve : son fils tomba malade et mourut.

Dans sa détresse elle vint dire à Élie : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, homme de Dieu ? Es-tu venu chez moi pour mettre en mémoire mon iniquité et faire mourir mon fils ? » (1 Rois 17. 18). Cela revenait à dire : « Nous n’avions rien à faire ensemble. Pourquoi es-tu venu ici ? Tu es un représentant du Dieu saint ; moi, je suis une femme qui ai péché ; et c’est pour cela que maintenant mon fils meurt ».

Elle discernait la présence de Dieu dans la personne du prophète ; et, devant Dieu, le pécheur découvre son état misérable. Pour que la conscience soit ainsi touchée, il faut parfois passer par des peines profondes. Aux prises avec la mort, qui est « le salaire du péché », la veuve de Sarepta se sentait et se déclarait coupable. Mais dès que l’on reconnaît son péché devant Dieu, Il est prêt à pardonner et à délivrer.

« Donne-moi ton fils », dit Élie. Et il prit l’enfant, l’emporta dans la chambre où il logeait, le coucha sur son lit, et cria à l’Éternel : « Ô Éternel, mon Dieu ! as-tu aussi fait venir du mal sur la veuve chez qui je séjourne, en faisant mourir son fils ? »

Élie savait quelles ressources il y a dans la prière. Il s’étendit sur l’enfant trois fois et cria encore à l’Éternel : « Éternel, mon Dieu ! fais revenir, je te prie, l’âme de cet enfant au-dedans de lui » (17. 20 et 21). Il connaissait l’Éternel, le Dieu puissant d’Israël, comme son propre Dieu ; et dans cette épreuve personnelle, qu’il partageait avec la mère affligée, il s’adressait à Lui avec la même confiance et la même insistance que quand il s’entretenait avec Lui des besoins du peuple entier.

« L’Éternel écouta la voix d’Élie, et fit revenir l’âme de l’enfant au-dedans de lui, et il vécut » (17. 22). Dans le Psaume 65 Dieu est appelé Celui « qui écoute la prière » ; et l’apôtre Jean déclare dans sa première épître (5. 14) : « Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ». La prière d’Élie était, cette fois encore, conforme à la volonté de Dieu qui désirait bénir cette veuve, et il fut exaucé.

Élie rapporta l’enfant à sa mère et lui dit : « Vois, ton fils vit ». La femme répondit : « Maintenant, à cela je connais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Éternel dans ta bouche est la vérité » (17. 23 et 24). Tous ses doutes étaient dissipés. Elle avait entièrement foi désormais en la Parole de Dieu apportée par le prophète. Elle connaissait l’Éternel dans la personne de son envoyé, non plus seulement comme le Conservateur des hommes qui pourvoyait à sa nourriture, mais comme le Dieu Sauveur, qui pardonne les péchés, et qui donne la vie aux morts.

Le connaissons-nous tous ainsi ? Il s’est révélé à nous, non pas par un prophète, mais par son Fils bien-aimé, Jésus notre Seigneur, dont Élie n’est qu’une faible figure. Quand Élie s’étendait trois fois sur l’enfant, il faisait seulement le geste de se placer avec lui dans la mort. Le Seigneur Jésus, Lui, a pris effectivement notre place sous le jugement de Dieu et a passé trois jours dans la mort pour nous. Maintenant Il est ressuscité et tous ceux qui croient en Lui sont passés avec Lui de la mort à la vie. Ils ont la vie éternelle. Est-ce bien votre part, cher jeune ami ?

Quand approcha la fin du temps de sécheresse, qu’il avait lui-même fixée, l’Éternel dit à Élie : « Va, montre-toi à Achab, et je donnerai de la pluie sur la face de la terre » (18. 1). Toujours prompt à obéir, Élie s’en alla pour se présenter devant Achab.

Or le roi Achab avait à son service un intendant nommé Abdias, qui craignait Dieu. Quand la reine Jézabel exterminait les prophètes de l’Éternel, Abdias avait pris cent prophètes et les avait cachés dans une caverne où il les avait nourris de pain et d’eau. Il avait montré là beaucoup de dévouement pour ces serviteurs de Dieu, car si Jézabel l’avait appris, il risquait d’être lui-même mis à mort.

Abdias était donc un homme pieux, mais il n’appartenait à Dieu qu’en secret, par crainte de ses maîtres, et publiquement il servait le roi idolâtre. Manquant d’énergie pour quitter sa position élevée auprès d’Achab, il continuait à vivre dans ce milieu impie et en subissait l’influence. Or, comme l’a dit le Seigneur, « nul ne peut servir deux maîtres ». Et l’apôtre Paul nous avertit : « Ne soyez pas séduits : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15. 33). Pour être fidèle à Dieu, il faut rompre tout lien qui nous assujettit au monde.

La sécheresse avait amené une grande famine dans tout Israël et dans sa capitale Samarie. Achab appela Abdias et lui dit : « Va dans le pays, à toutes les sources d’eau et à tous les torrents ; peut-être trouverons-nous de l’herbage, et nous conserverons la vie aux chevaux et aux mulets, et nous ne serons pas obligés de détruire de nos bêtes » (18. 5). Malheureux Achab, plus préoccupé du sort de ses chevaux que de la misère de son peuple ! Et le pauvre Abdias, lié à son roi, était obligé d’agir comme lui.

Achab et Abdias se répartirent le territoire à explorer et allèrent chacun de son côté. Comme Abdias cheminait ainsi, Élie le rencontra. En le reconnaissant, Abdias tomba sur sa face et lui dit : « Est-ce bien toi, mon seigneur Élie ? C’est moi, répondit le prophète ; va, dis à ton seigneur : voici Élie ! » (18. 7 et 8).

Abdias avait tenté avec le roi de remédier à la sécheresse par leurs recherches, au lieu d’attendre l’apparition d’Élie qui allait apporter la délivrance. Et quand Élie apparaissait enfin, le voilà saisi de peur et non de joie. Au lieu de s’empresser d’exécuter l’ordre de Dieu donné par le prophète, il se mit à élever des objections.

Achab avait fait chercher Élie, non seulement dans tout Israël, mais même dans tous les pays voisins ; il espérait sans doute le contraindre à faire cesser la sécheresse qu’il avait annoncée. Caché par Dieu même au torrent du Kerith ou chez la veuve de Sarepta, le prophète était resté introuvable. Et maintenant Abdias redoutait la colère du roi. « Dès que je m’en irai d’auprès de toi, dit-il à Élie, l’Esprit de l’Éternel te portera je ne sais où ; et je serai venu informer Achab, et il ne te trouvera pas, et il me tuera » (18. 12).

Pour fléchir le prophète, Abdias assura qu’il craignait l’Éternel dès sa jeunesse et rappela ce qu’il avait fait pour sauver cent prophètes. Et il conclut en répétant : « Et maintenant tu dis : va, dis à ton seigneur : voici Élie ! Et il me tuera ». Pauvre Abdias ! Il craignait vraiment l’Éternel, mais il redoutait plus encore la colère d’Achab. Il n’avait pas confiance dans le prophète, pas assez de foi pour obéir simplement à Dieu. À quelle faiblesse l’influence du monde peut réduire un croyant !

Élie condescendit à le rassurer : « L’Éternel des armées, devant qui je me tiens, est vivant, qu’aujourd’hui je me montrerai à lui » (18. 15). Quel langage différent de celui d’Abdias ! Élie, séparé du monde, se tenait toujours devant l’Éternel, et cette proximité le remplissait d’assurance.

Abdias partit enfin à la recherche d’Achab et lui rapporta sa rencontre avec Élie. Quand Achab se trouva en présence du prophète, il l’interpella durement : « Est-ce bien toi, celui qui trouble Israël ? » Mais Élie réfuta fermement cette accusation effrontée : « Je ne trouble pas Israël, mais c’est toi et la maison de ton père, parce que vous avez, abandonné les commandements de l’Éternel et que tu as marché après les Baals » (18. 18). Et c’était bien en effet l’idolâtrie, dans laquelle le roi avait entraîné son peuple, qui était la source de tous leurs maux, et qui avait attiré sur eux ce terrible châtiment de la sécheresse et de la famine.

Puis, avec l’autorité du représentant de Dieu lui-même, Élie ordonna au roi : « Et maintenant, envoie, rassemble vers moi tout Israël, à la montagne du Carmel, et les quatre cent cinquante prophètes de Baal, et les quatre cents prophètes des ashères, qui mangent à la table de Jézabel » (18. 19). Et Achab, ainsi repris, ne put qu’exécuter ce que prescrivait le prophète et préparer ainsi la rencontre solennelle de l’Éternel avec son peuple et les représentants des faux dieux.

Un prophète : Élie (1 Rois 18. 20 à 46).

À la demande du prophète Élie, le roi Achab rassembla sur le mont Carmel tout le peuple d’Israël et les prophètes des faux dieux.

Le Carmel est un promontoire qui se dresse sur la côte de la Méditerranée à 180 mètres au-dessus de la mer. Quelle scène imposante se déroulait là : Élie se trouvait seul en face du roi d’Israël, de la multitude du peuple et de plusieurs centaines de prêtres des idoles ! Mais il était là pour son Dieu et se confiait en Lui.

Prenant hardiment l’initiative du débat, il s’approcha de tout le peuple et dit : « Combien de temps hésiterez-vous entre les deux côtés ? Si l’Éternel est Dieu, suivez-le ; et si c’est Baal, suivez-le ! » (18. 21)

Parmi le peuple se trouvaient sans doute bien des indécis qui, sans renier ouvertement l’Éternel, suivaient par entraînement le courant de l’idolâtrie. Or il y avait un choix catégorique à faire ; « Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face », prescrivait le premier des dix commandements gravés sur les tables de la Loi (Ex. 20 ; Deut. 5). Le culte de l’Éternel ne s’accommodait d’aucun compromis. On ne pouvait pas servir à la fois le vrai Dieu et les idoles. On ne peut pas davantage aujourd’hui suivre le Seigneur et vivre en même temps comme le monde gouverné par Satan.

Le peuple ne répondit pas un mot à cet appel du prophète. Il n’y avait là personne qui fût franchement décidé pour Dieu. Tous craignaient le roi que l’on savait favorable au culte de Baal.

Élie poursuivit : « Je reste, moi seul, prophète de l’Éternel, et les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante hommes. Qu’on nous donne deux taureaux ; et qu’ils choisissent pour eux l’un des taureaux, et qu’ils le dépècent, et qu’ils le placent sur le bois, et qu’ils n’y mettent pas de feu ; et moi j’offrirai l’autre taureau, et je le placerai sur le bois, et je n’y mettrai pas de feu. Et vous invoquerez le nom de votre dieu, et moi j’invoquerai le nom de l’Éternel, et le dieu qui répondra par le feu, lui, sera Dieu » (v. 22 à 24).

Élie ne craignait pas de rappeler qu’il était seul représentant de Dieu. Il soulignait son infériorité apparente en face des nombreux prêtres de Baal. On est facilement enclin à suivre la multitude ; or Dieu allait manifester avec puissance que la vérité était, non pas du côté du grand nombre, mais du côté du prophète, son seul témoin. Gardons-nous de nous laisser influencer par les opinions généralement admises, quand elles sont opposées à la pensée de Dieu révélée dans sa Parole. « Tu n’iras pas après la foule pour mal faire », prescrivait la Loi (Ex. 23. 2).

L’épreuve proposée par Élie était simple et indiscutable ; le peuple ne pouvait que l’accepter. « La parole est bonne », répondit-il (v. 24).

« Choisissez pour vous l’un des taureaux, dit Élie aux prophètes de Baal, et offrez les premiers, car vous êtes nombreux, et invoquez le nom de votre dieu, et ne mettez pas de feu » (v. 25). Les prêtres de Baal prirent donc un taureau, l’offrirent en sacrifice, et invoquèrent leur idole depuis le matin jusqu’à midi : « Ô Baal, réponds-nous », disaient-ils en sautant autour de leur autel. Mais il n’y eut pas de réponse.

Vers midi Élie se moqua d’eux et leur dit : « Criez à haute voix, car il est un dieu ; car il médite, ou il est allé à l’écart, ou il est en voyage ; peut-être qu’il dort, et il se réveillera ? » (v. 27). Le culte des idoles méritait bien ces propos ironiques. Comment des hommes peuvent-ils être assez insensés pour adorer comme dieux des statues qu’ils ont eux-mêmes façonnées ! Le prophète Ésaïe tourne de même en dérision l’idolâtre qui prend la moitié d’une pièce de bois pour s’en faire un dieu qu’il prie et adore, et qui brûle l’autre moitié pour se chauffer ou cuire ses aliments (És. 44. 14 à 20).

Les prophètes de Baal continuaient cependant à appeler leur dieu à grands cris et, selon leur coutume, ils se tailladaient avec des épées et des piques, jusqu’à faire couler le sang. Mais tous leurs appels restaient sans réponse et, à l’approche du soir, il était évident que leurs efforts de toute la journée avaient échoué.

Alors Élie, qui avait attendu patiemment le moment d’agir, invita tout le peuple à s’approcher de lui et, sous les regards attentifs de la multitude, il prit douze pierres, selon le nombre des tribus des fils de Jacob à qui l’Éternel avait dit : « Israël sera son nom » ; et il bâtit avec ces douze pierres un autel au nom de l’Éternel (v. 30 à 32).

Le royaume d’Israël gouverné par Achab ne comptait alors que dix tribus. Les deux autres formaient le royaume de Juda. Cette division était la conséquence de l’infidélité de Salomon. Mais elle proclamait ainsi que, aux yeux de Dieu, tous les descendants de Jacob formaient un seul peuple, héritier des promesses faites aux patriarches.

Quand Christ établira son règne glorieux sur la terre, Il dominera sur les douze tribus réunies en une seule nation. De même aujourd’hui l’Assemblée, formée de tous les enfants de Dieu, se trouve, par suite de nos manquements, dispersée dans une multitude de sectes, mais Dieu la voit comme formant un seul corps, le corps de Christ, dans l’unité parfaite qui résulte de l’œuvre de la croix et de l’opération du Saint Esprit. Et bientôt, quand le Seigneur Jésus nous aura tous rassemblés auprès de Lui, cette unité sera manifestée en gloire.

Élie creusa un fossé tout autour de l’autel, arrangea le bois, dépeça le taureau et le plaça sur le bois. Puis, à trois reprises, il commanda de verser quatre cruches d’eau sur la victime et le bois, si bien que l’autel fut complètement aspergé, et le fossé plein d’eau. Il écartait ainsi tout soupçon de fraude, et augmentait même la difficulté. L’intervention de Dieu allait en être rendue encore plus éclatante.

À l’heure où la Loi prescrivait d’offrir le gâteau qui accompagnait l’holocauste du soir (Ex. 29. 41), Élie s’approcha et dit : « Éternel, Dieu d’Abraham, d’Isaac, et d’Israël, qu’il soit connu aujourd’hui que toi tu es Dieu en Israël, et que moi je suis ton serviteur, et que c’est par ta parole que j’ai fait toutes ces choses. Réponds-moi, Éternel, réponds-moi, et que ce peuple sache que toi, Éternel, tu es Dieu, et que tu as ramené leur cœur » (v. 36 et 37).

Cette prière, faite avec foi, pour la gloire de Dieu et pour le bien du peuple, fut aussitôt exaucée : le feu de l’Éternel tomba, et consuma l’holocauste, et le bois, et les pierres, et la poussière, et lécha l’eau qui était dans le fossé. Et tout le peuple, voyant ce miracle, se prosterna et dit : « L’Éternel, c’est lui qui est Dieu ! L’Éternel, c’est lui qui est Dieu ! » (v. 39)

Dieu répondait ainsi pleinement à la prière de son serviteur : non seulement il faisait éclater sa gloire et confirmait la mission du prophète, mais Il ramenait aussi à Lui le cœur de son peuple.

Élie fit aussitôt saisir et mettre à mort tous les prophètes de Baal.

Rien n’empêchait désormais l’Éternel de redonner la pluie à son peuple. Le ciel sans nuage ne laissait pas prévoir qu’il puisse pleuvoir prochainement ; mais Élie était assuré que l’épreuve, ayant atteint son but, ne se prolongerait pas ; aussi il dit à Achab : « Monte, mange et bois, car il y a un bruit d’une abondance de pluie » (v. 41).

Puis lui-même monta au sommet du Carmel d’où la vue s’étendait au loin sur la mer. Et là il pria l’Éternel de redonner la pluie sur la terre. Lui, qui venait de remporter un tel triomphe public, se tenait devant son Dieu dans l’attitude la plus humble : courbé jusqu’à terre, sa face entre ses genoux. Sept fois il envoya son serviteur regarder si aucun signe de pluie n’apparaissait à l’horizon, du côté de l’ouest; et pendant tout ce temps-là il priait avec instance, sans se lasser.

À la septième fois enfin le jeune homme vint annoncer : « Voici un petit nuage, comme la main d’un homme, qui s’élève de la mer » (v. 44). Sans douter un instant que c’était là la réponse de Dieu, Élie répondit : « Dis à Achab : attelle, et descends, afin que la pluie ne t’arrête pas ». En attendant, le ciel se couvrit d’épais nuages noirs poussés par le vent, et une forte pluie se mit à tomber.

Achab monta dans son char et rentra à Jizreël. La main de l’Éternel fut sur Élie et, sur tout ce trajet de plus de quarante kilomètres, le prophète courut en avant du char. Il avait su résister en face au roi rebelle quand les droits de Dieu étaient en jeu. Maintenant que l’Éternel était reconnu comme seul Dieu, il rendait au chef de son peuple l’honneur qui lui était dû, en manifestant là encore combien peut être grande la force que Dieu fournit.

Un prophète : Élie (1 Rois 19).

Le roi Achab raconta à sa femme Jézabel tout ce qui s’était passé sur le mont Carmel, et comment Élie avait fait tuer tous les prophètes de Baal. La reine aurait dû reconnaître la divinité de l’Éternel qui s’était manifestée par le feu descendu du ciel sur l’holocauste, et elle aurait dû redouter la juste colère de Dieu. Mais au contraire son cœur s’endurcit ; elle s’irrita contre Élie et jura de le mettre à mort dès le lendemain (19. 1 et 2).

Et voici qu’Élie, qui venait d’affronter les plus grands dangers pour son Dieu et qui, sans faiblir, avait résisté au roi et à des centaines de prêtres idolâtres, prit peur à la menace de cette femme. Il avait pourtant éprouvé les soins fidèles de l’Éternel depuis longtemps ; mais sa foi défaillait tout à coup et, oubliant la toute-puissance de Dieu toujours prêt à le garder, il s’enfuit pour sauver sa vie.

Cet homme, qui jusque-là s’était tenu devant l’Éternel, le perdait maintenant de vue et, au lieu d’attendre ses directives, suivait les impulsions de son propre cœur. Nous n’avons pas à juger la défaillance de ce grand serviteur de Dieu, mais à tirer instruction de ce récit pour nous-mêmes : dès que nous ne regardons plus au Seigneur, nous perdons toute puissance, car notre force n’est qu’en Lui.

Élie quitta en hâte le territoire du royaume d’Israël où il aurait dû continuer à rendre témoignage et, se dirigeant vers le sud, il traversa le royaume de Juda jusqu’à son extrême limite, Beër-Shéba. Il laissa là son serviteur et, pendant une journée encore, il poursuivit seul son chemin en avançant dans le désert. Il s’arrêta enfin, s’assit sous le faible abri d’un genêt, et demanda la mort à Dieu en, disant : « C’est assez ! Éternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères » (v. 4). Puis, épuisé, il se coucha sous le genêt et s’endormit.

Jusque-là Élie s’était donc cru meilleur que les autres. Il se glorifiait sans doute de tout ce que l’Éternel avait opéré par lui. Il avait à apprendre cette difficile leçon que, par nous-mêmes, nous ne sommes rien.

Mais si Élie perdait de vue l’Éternel, l’Eternel n’oubliait pas son serviteur découragé. Lui qui l’avait nourri et rafraîchi autrefois par les corbeaux et l’eau du torrent, ou par la veuve de Sarepta, envoya maintenant dans le désert un ange qui déposa à son chevet un gâteau cuit et une cruche d’eau, puis le réveilla et lui dit : « Lève-toi, mange » (v. 5).

Élie mangea, but et se recoucha. Ces tendres soins de Dieu le laissaient comme insensible. « Son âme refusait d’être consolée » (Ps. 77. 2). Plein de miséricorde, l’Éternel n’allait pas l’abandonner à son désespoir. L’ange revint, le réveilla de nouveau et insista : « Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi » (v. 7). Avec quelle patience Dieu s’occupait d’Élie, et s’occupe encore constamment de nous ! « Ses compassions ne cessent pas ; elles sont nouvelles chaque matin » (Lam. 3. 22 et 23).

Élie comprit enfin que Dieu l’appelait à se remettre en route. Il se leva, mangea et but, et il alla avec la force de ces aliments, quarante jours et quarante nuits, jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu (v. 8). On voit bien là la puissance du secours de Dieu. L’énergie puisée dans les aliments fournis par l’ange suffisait au prophète pour une telle course.

Horeb était la montagne où Dieu avait donné la Loi à Moïse. Ce lieu correspondait bien à l’état d’esprit d’Élie qui n’envisageait pour le peuple que les rigueurs de la loi, sans partager les pensées de grâce de Dieu. Là Élie entra dans la caverne et y passa la nuit.

Sur cette « montagne de Dieu » l’Éternel, devant qui il avait cessé de se tenir, allait le rencontrer : « Que fais-tu ici, Élie ? » lui dit-il. Dieu s’adressait à la conscience de son serviteur venu là de sa propre volonté au lieu de poursuivre son ministère an milieu d’Israël. Mais Élie, sans comprendre, entreprit aussitôt de se justifier : « J’ai été très jaloux pour l’Éternel, le Dieu des armées ; car les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels et ils ont tué tes prophètes par l’épée, et je suis resté, moi seul, et ils cherchent ma vie pour me l’ôter » (v. 10).

Élie ne pensait qu’à lui-même. Il osait se glorifier devant Dieu. Il portait accusation contre le peuple de l’Éternel à l’endroit même où Moïse, autrefois, avait pris la défense de ce peuple coupable. Le découragement et l’amertume le détournaient de la vérité : il oubliait qu’au Carmel, Dieu avait ramené le peuple à Lui-même, et il n’osait pas dire qu’en réalité il n’était lui-même menacé que par une femme. Quand nous sommes en faute, gardons-nous de chercher à nous justifier par de mauvaises excuses en manquant de droiture.

L’Éternel dit alors à Élie : « Sors, et tiens-toi sur la montagne devant l’Éternel ». Et Dieu fit passer successivement devant lui un grand vent impétueux qui déchirait les montagnes et brisait les rochers, puis un tremblement de terre, puis encore du feu. Et l’Éternel n’était ni dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Dieu rappelait sa puissance en jugement qu’Élie avait exercée de sa part, mais Lui-même n’était pas dans ces signes redoutables.

Après le feu se fit entendre une voix douce et subtile. Élie comprit que c’était maintenant la voix de l’Éternel Lui-même. Il enveloppa son visage dans son manteau de prophète et se tint à l’entrée de la caverne. La voix douce et subtile, succédant aux menaces de destruction, indiquait que Dieu différait ses jugements envers son peuple et voulait encore user de grâce envers Lui.

L’Éternel renouvela sa question : « Que fais-tu ici, Élie ? » Dieu insistait pour sonder à fond son serviteur. Cela revenait à lui dire : « Ta place n’est pas ici sur la montagne de la loi, mais au milieu d’Israël pour le détourner de ses mauvaises voies, afin que je puisse encore faire grâce ».

Hélas, le prophète orgueilleux refusait encore d’entrer dans les pensées miséricordieuses de Dieu et il répéta mot pour mot la première réponse qu’il avait faite : il se prétendait seul fidèle à l’Éternel, et restait sans compassion pour le peuple qu’il accablait.

L’Éternel lui dit : « Va, retourne par ton chemin, vers le désert de Damas, et quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël pour qu’il soit roi sur la Syrie ; et Jéhu, fils de Nimshi, tu l’oindras pour qu’il soit roi sur Israël, et tu oindras Élisée, fils de Shaphath, d’Abel-Mehola, pour qu’il soit prophète à ta place » (v. 16).

Dieu avait prévu les hommes qu’il emploierait pour châtier en temps voulu Israël et la maison d’Achab, et il chargeait Élie de les désigner publiquement. Mais il choisissait aussi quelqu’un pour remplacer le prophète défaillant. Élie, mis ainsi de côté, devait apprendre enfin qu’il était loin d’être le seul fidèle en ce temps-là : « Je me suis réservé en Israël, ajouta l’Éternel, sept mille hommes, tous les genoux qui n’ont pas fléchi devant Baal, et toutes les bouches qui ne l’ont pas baisé » (v. 18).

Élie, humilié, avait enfin compris la leçon. Au lieu de se hâter d’accomplir les deux premières missions qui lui étaient confiées pour un jugement futur, et qui lui auraient valu quelque importance encore aux yeux des hommes, il allait les laisser à son successeur, et il commença par aller trouver Élisée pour l’établir à sa place. Il montrait ainsi qu’il se courbait, soumis, sous la discipline de Dieu, et qu’il estimait bien qu’il n’avait qu’à s’effacer devant le nouveau prophète de l’Éternel.

Élisée labourait avec douze paires de bœufs devant lui, et lui-même était avec la douzième. Élie jeta sur lui son manteau, l’insigne du prophète. Élisée abandonna aussitôt ses bœufs et courut après Élie. Il se déclara prêt à le suivre après avoir pris congé des siens. Mais Élie lui dit : « Va, retourne ; car que t’ai-je fait ? » N’étant plus rien à ses propres yeux, il ne se jugeait pas digne d’inviter quelqu’un à le suivre.

Cependant Élisée, mis à l’épreuve par cette réponse, avait parfaitement compris à quel service il était appelé. Il prit la paire de bœufs, et les sacrifia en les faisant cuire sur leur harnachement, puis il en donna la chair au peuple. Il montrait ainsi qu’il renonçait aux occupations de la terre pour se consacrer, avec tout ce qui lui appartenait, au service de l’Éternel et au bien de son peuple.

Et il s’en alla après Élie et il le servait (v. 21).

Un prophète : Élie (1 Rois 21).

Avant que le nouveau prophète, Élisée, commence son service, qui devait être un ministère de grâce, l’Éternel chargea encore Élie de deux messages de jugement pour les rois d’Israël, l’un adressé à Achab, l’autre, plus tard, à son fils Achazia.

Achab avait sa résidence royale. à Samarie et, en même temps, un palais à Jizreël. C’est là, nous nous en souvenons, qu’il s’était arrêté quand, précédé par Élie, il était descendu précipitamment du Carmel, sous une pluie battante, après la mise à mort des prophètes de Baal (1 Rois 18. 45 et 46).

Un habitant de Jizreël, nommé Naboth, possédait une vigne à côté du palais royal. Achab eut envie de cette vigne pour en faire un jardin attenant à sa demeure, et il demanda à Naboth de la lui céder, en lui proposant, soit de lui en donner une meilleure en échange, soit de lui en payer le prix.

Mais Naboth était un Israélite pieux, attaché à l’héritage que lui avaient transmis ses ancêtres. Dieu avait en effet partagé le territoire entre les fils d’Israël, et chaque famille devait conserver le lot qui lui était attribué, comme un dépôt confié par l’Éternel, le véritable possesseur du pays (Lév. 25. 23). Aussi Naboth répondit-il au roi : « Que l’Éternel me garde de te donner l’héritage de mes pères » (21. 3).

Achab retourna chez lui, triste et irrité. De mauvaise humeur, il se coucha et refusa de manger.

Il s’était laissé aller à la convoitise qu’interdisait le dixième commandement de la Loi : « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain… ni rien qui soit à ton prochain » (Ex. 20. 17). Et maintenant il souffrait de voir ses désirs contrariés. Ne rien envier de ce qui est à autrui, nous contenter de ce que nous avons présentement, nous donne au contraire un cœur paisible et heureux.

Bien qu’il ait été roi, Achab n’osait pas s’emparer de force de la vigne de Naboth ; mais sa femme Jézabel ne s’arrêtait pas à de tels scrupules. Quand Achab lui raconta sa déception, elle le reprit : « Est-ce toi qui exerces maintenant la royauté en Israël ? », ce qui revenait à lui dire : « Voyons, puisque tu es le roi, ne peux-tu pas faire tout ce qui te plaît ? » Et elle ajouta : « Lève-toi, mange du pain, et que ton cœur soit gai ; moi, je te donnerai la vigne de Naboth, le Jizreélite » (v. 7).

Achab la laissa faire. Cette mauvaise femme décida aussitôt de faire périr Naboth pour parvenir à ses fins. Usant de l’autorité du roi, elle écrivit en son nom aux anciens et aux nobles de Jizreël et leur commanda de prendre deux « fils de Bélial », c’est-à-dire deux méchants hommes, pour accuser faussement Naboth d’avoir maudit Dieu et le roi. Les anciens devraient saisir ce prétexte pour le condamner et le mettre à mort.

La corruption en Israël était telle que ces magistrats, chargés de maintenir la justice et le droit, s’empressèrent au contraire d’obéir à l’ordre inique de la reine. Ils rassemblèrent le peuple comme pour s’humilier dans le jeûne d’un grave péché qui aurait été commis, et les deux faux témoins affirmèrent devant tous : « Naboth a maudit Dieu et le roi » (v. 11 à 13).

C’est en vain que le juste Naboth put protester de son innocence. Sur la déposition mensongère de ces deux méchants hommes il fut condamné, mené hors de la ville et assommé à coups de pierres comme le prescrivait la Loi à l’égard des blasphémateurs (Lév. 24. 15 et 16).

Pour qu’une accusation soit retenue, la Loi exigeait qu’elle soit portée par au moins deux témoins (Deut. 19. 15). Ces notables affectaient de respecter la Loi et de maintenir la gloire de Dieu. Quelle hypocrisie ! Bien souvent dans l’histoire de l’Église, de fidèles croyants ont été persécutés jusqu’à la mort par des hommes religieux qui, en agissant ainsi, prétendaient servir Dieu. Le Seigneur Lui-même a été condamné de semblable manière par le souverain sacrificateur et les chefs des Juifs, sur le rapport de deux faux témoins et sous l’accusation d’avoir blasphémé (Mat. 26. 60 à 66).

Leur forfait accompli, ces juges iniques envoyèrent dire à Jézabel : « Naboth a été lapidé, et il est mort » (v. 14). La reine vint aussitôt l’annoncer à Achab et l’engagea à s’emparer sans plus attendre de la vigne de Naboth, qui ne serait plus là pour s’opposer à ses désirs. Le roi suivit ce conseil et se hâta de prendre possession du terrain qu’il convoitait.

Mais ce crime affreux n’avait pas échappé à l’Éternel, et il envoya Élie le prophète annoncer à Achab le châtiment qui devait en résulter. Le roi était descendu dans la vigne de Naboth quand Élie, conduit par la parole de l’Éternel, vint l’y rencontrer. À la vue du représentant de Dieu, Achab fut saisi de peur et repris peut-être dans sa conscience : « M’as-tu trouvé, mon ennemi ? » s’écria-t-il. C’était lui-même qui se constituait ennemi de Dieu. Quelle situation terrible !

« Je t’ai trouvé, répondit Élie, parce que tu t’es vendu pour faire ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel » (v. 20). Et il lui annonça que Dieu ferait périr tous les hommes de sa famille. Pour Jézabel il précisa : « Les chiens mangeront Jézabel à l’avant-mur de Jizreël ». Et il ajouta : « Celui de la maison d’Achab qui mourra dans la ville, les chiens le mangeront, et celui qui mourra dans les champs, les oiseaux des cieux le mangeront » (v. 21 à 24).

Ce meurtre n’était que la suite de toute la conduite passée de ce triste couple. L’Écriture donne à ce récit une conclusion sévère : « Certainement il n’y eut point de roi comme Achab, qui se vendit pour faire ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, sa femme Jézabel le poussant. Et il agit très abominablement, en allant après les idoles, selon tout ce que faisaient les Amoréens que l’Éternel avait dépossédés devant les fils d’Israël » (v. 25 et 26).

Quand on se détourne de Dieu, on suit Satan, le diable, qui est menteur et meurtrier. C’est lui, le Méchant, qui a poussé Achab, Jézabel et les chefs de Jizreël à commettre ce crime. Il cherche à entraîner tous les hommes au mal ; il n’y réussit que trop bien, hélas, avec ceux qui sont loin de Dieu. Il essaie aussi de séduire les croyants ; pour être à l’abri de ses attaques, il faut nous tenir tout près du Seigneur, le bon Berger.

Quand Achab entendit les châtiments annoncés par le prophète, il fut terrifié. Il savait bien que la Parole de l’Éternel s’accomplissait immanquablement. En signe d’humiliation, il déchira ses vêtements, se couvrit le corps d’un sac et jeûna. Il couchait enveloppé de ce sac et marchait à pas lents.

Se repentait-il réellement de toutes ses mauvaises actions ? On peut en douter, car il n’est pas rapporté qu’il ait reconnu et confessé ses fautes, et la fin de sa vie ne montre pas chez lui un vrai retour vers l’Éternel. Il paraît plutôt s’être courbé, effrayé par la colère de Dieu et tremblant devant les châtiments annoncés par Élie. Quelle triste condition : ne connaître Dieu que comme un juge redoutable que l’on cherche à fléchir par des pratiques extérieures ! La foi, opérant dans le cœur, nous amène au contraire à revenir vers Dieu comme à Celui qui pardonne et à Lui confesser humblement nos péchés.

Dieu eut toutefois égard à ces marques d’humiliation et, dans sa grande miséricorde, il différa l’exécution des jugements qu’il avait prononcés. Il dit à Élie, qui restait son confident : « Vois-tu comment Achab s’est humilié devant moi ? Parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le mal en ses jours ; mais dans les jours de son fils, je ferai venir le mal sur sa maison » (v. 29).

L’Éternel enseignait encore à son prophète que s’Il était un Dieu juste, Il était aussi un Dieu de patience. Ce sursis accordé au roi coupable semblait désavouer la sentence prononcée par Élie. Mais celui-ci avait maintenant appris à entrer dans les pensées de grâce de Dieu, et il accueillit sans la moindre réflexion cette nouvelle communication de l’Éternel. Plus tard, un autre prophète, Jonas, manqua de cette communion avec Dieu et osa s’irriter de ce que l’Éternel ne fasse pas tomber sur Ninive le châtiment que lui, Jonas, avait été chargé d’annoncer.

Aujourd’hui encore le Seigneur use de patience, « ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance » (2 Pier. 3. 9). Nous qui Le connaissons, partageons ses compassions envers les hommes perdus, et proclamons fidèlement le message de sa grâce (2 Cor. 5. 14 et 20).

Un prophète : Élie (2 Rois 1).

Le roi Achab périt dans une bataille qu’il avait livrée aux Syriens malgré l’avertissement donné, non cette fois par Élie, mais par un autre prophète de l’Éternel nommé Michée (1 Rois 22). Achab avait cru se mettre à l’abri des coups de l’ennemi en se déguisant en simple guerrier, au lieu de combattre orné de ses vêtements royaux, à la tête de son armée. Or une flèche, tirée à l’aventure, mais dirigée par Dieu, vint le frapper à la jointure de la cuirasse. Pendant toute la journée, le sang s’écoula de sa blessure, jusqu’au fond de son char. Vers le soir, il mourut.

Son corps fut ramené à Samarie, et son char souillé fut lavé à l’étang où les chiens léchèrent le sang d’Achab selon la parole de l’Éternel (1 Rois 22. 34 à 38). Dieu peut différer les châtiments qu’Il a prononcés, mais tôt ou tard ses jugements s’exécutent. « Dieu aura-t-il parlé et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nomb. 23).

Un des fils d’Achab, nommé Azaria, succéda à son père comme roi sur Israël à Samarie. Il fit lui aussi ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel et servit l’affreuse idole Baal au lieu de rendre culte au vrai Dieu (22. 52 à 54). L’Éternel le punit par un accident qui aurait dû parler à sa conscience : Achazia tomba par la fenêtre de l’étage supérieur de son palais à Samarie et en fut très malade.

Au lieu de se repentir et de se tourner vers l’Éternel, il envoya des messagers à Ekron, dans le pays des Philistins, pour y consulter un faux dieu de cette ville, Baal-Zebub, et lui demander s’il guérirait de cette maladie (2 Rois 1. 2). Certaines divinités avaient la réputation usurpée de dévoiler l’avenir ; leurs prêtres exploitaient ainsi la crédulité des foules. Toutes les pratiques idolâtres étaient au fond le culte des démons (1 Cor. 10). Satan, par ce moyen, détournait les hommes du vrai Dieu. Ses propres idoles ne suffisaient pas à Achazia, et ce roi superstitieux s’adressait à celles des pays voisins.

Mais l’ange de l’Éternel avertit le prophète Élie et lui commanda : « Lève-toi, monte à la rencontre des messagers du roi de Samarie et dis-leur : est-ce parce qu’il n’y a point de Dieu en Israël que vous allez consulter Baal-Zebub, dieu d’Ekron ? Et c’est pourquoi, ainsi dit l’Éternel : tu ne descendras pas du lit sur lequel tu es monté, car tu mourras certainement » (v. 3 et 4). Élie obéit aussitôt, toujours intrépide, prêt à porter sans peur la parole de son Dieu devant les hommes et devant les rois.

Les messagers, arrêtés sur leur chemin par Élie, retournèrent vers Achazia et lui rapportèrent les paroles du prophète qu’ils n’avaient d’ailleurs pas reconnu. Aux questions du roi, ils purent seulement répondre que c’était « un homme vêtu de poil, et ceint sur ses reins d’une ceinture de cuir ». À cette description Achazia reconnut l’homme de Dieu et dit : « C’est Élie, le Thishbite » (v. 5 à 8).

Le roi connaissait donc les interventions de l’homme de Dieu sous le règne de son père, et l’avertissement qu’il recevait maintenant par son moyen de la part de l’Éternel aurait dû le remplir d’une sainte crainte. Mais ce souverain orgueilleux, loin de se courber sous la sentence de Dieu, voulut s’en prendre à son représentant, et il envoya une troupe de cinquante hommes à la recherche du prophète.

Élie était assis au sommet d’une montagne. Comme le Seigneur Jésus aimait le faire plus tard, il se retirait là à l’écart du monde, seul avec Dieu. Le chef de la cinquantaine monta vers lui et, sans égard pour le représentant de l’Éternel, il lui commanda rudement : « Homme de Dieu, le roi dit : descends ! » Élie, qui dépendait de Dieu seul, n’avait reçu de Lui aucun ordre de se rendre auprès du roi. Devant ce déploiement de forces envoyées contre lui il répondit : « Si je suis un homme de Dieu, que le feu descende des cieux et te dévore, toi et ta cinquantaine ! » Et il en fut aussitôt ainsi : le feu descendit des cieux et consuma toute cette troupe et son chef (v. 9 et 10).

Le roi, loin de se repentir, s’endurcit encore et envoya une nouvelle compagnie de soldats avec un ordre plus impérieux encore que la première fois. Le chef de cette troupe dit à Élie : « Homme de Dieu, ainsi dit le roi : « Descends promptement ! » Et cette fois encore, à la parole d’Élie, le feu descendit du ciel et dévora le chef et sa cinquantaine (v. 11 et 12).

Toujours plus rebelle, le roi envoya une troisième troupe. Mais le chef de cette dernière cinquantaine, au lieu de suivre l’exemple impie et orgueilleux des deux précédents, aborda humblement Élie. Il se mit à genoux devant le prophète et le supplia de l’épargner : « Homme de Dieu, dit-il, je te prie, que ma vie et les vies de ces cinquante hommes, tes serviteurs, soient précieuses à tes yeux. Voici, le feu est descendu des cieux et a dévoré les deux premiers chefs de cinquantaine et leurs cinquantaines ; mais maintenant, que ma vie soit précieuse à tes yeux » (v. 13 et 14).

Ce capitaine ne transmettait même pas l’ordre du roi. Il reconnaissait qu’il se trouvait devant une autorité supérieure à celle de son souverain. Dans la crainte de l’Éternel, il s’en remettait aux compassions de son prophète. Il discernait que Dieu, dont la juste colère est parfois terrible, pouvait être aussi un Dieu qui fait grâce. Son attitude ne pouvait qu’être agréée ; aussi l’ange de l’Éternel dit à Élie : « Descends avec lui ; ne le crains pas » (v. 15). Cette parole épargnait la troupe de soldats et son chef, et en même temps, assurait de nouveau Élie de la protection de son Dieu.

Élie se rendit donc auprès du roi et lui confirma la sentence qu’il lui avait adressée par les messagers : « Ainsi dit l’Éternel, déclara-t-il : puisque tu as envoyé des messagers pour consulter Baal-Zebub, dieu d’Ekron, est-ce parce qu’il n’y avait point de Dieu en Israël pour consulter sa parole ?… c’est pourquoi tu ne descendras pas du lit sur lequel tu es monté ; car tu mourras certainement » (v. 16). L’envoi des messagers à Ekron était non seulement un acte d’idolâtrie qui offensait l’Éternel, mais un mépris de sa parole.

Achazia mourut selon la parole de l’Éternel. Il n’avait régné que deux ans sur Israël. Comme il n’avait pas de fils pour lui succéder, ce fut son frère Joram, un autre fils d’Achab, qui régna à sa suite.

Vous êtes peut-être surpris de la rigueur du châtiment que le prophète Élie fit tomber sur les deux premières troupes envoyées vers lui. Mais en s’attaquant au prophète, le roi et ses soldats se rebellaient contre Dieu Lui-même. Élie revendiquait les droits de l’Éternel par le jugement.

Quand le Seigneur Jésus était sur la terre, il eut un jour à traverser la Samarie pour se rendre à Jérusalem (Luc 9. 51 à 56). Il envoya devant lui des messagers qui entrèrent dans un village de ce pays pour lui préparer un logis. Les Samaritains, hostiles aux Juifs, refusèrent de Le recevoir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Deux de ses disciples, Jacques et Jean, voyant cela, dirent à Jésus : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume, comme aussi fit Élie ? »

Jacques et Jean avaient assisté peu auparavant, avec Pierre, à une scène magnifique sur une haute montagne : Jésus avait été transfiguré en gloire devant eux et avait été proclamé Fils de Dieu par Dieu Lui-même parlant du ciel. Tout pénétrés de la dignité de leur Maître, ils étaient indignés de l’affront qu’osaient lui faire les Samaritains, et ne pensaient qu’à en tirer vengeance.

Comme les autres disciples, ils avaient reçu du Seigneur le pouvoir de faire des miracles, en particulier celui de guérir les malades et de chasser les démons. Et voilà qu’ils parlaient d’employer en jugement la puissance que Jésus leur avait confiée pour en user en grâce !

Ils n’avaient pas compris que Jésus apportait un ordre de choses tout nouveau. Le temps des rigueurs inflexibles de la loi, représentées par Élie, était passé. Jésus n’était pas venu pour juger, mais pour sauver (Jean 3). Le Seigneur reprit vivement les deux disciples si prompts à la colère : « Vous ne savez, leur dit-il, de quel esprit vous êtes animés ». Et, sans relever l’insulte qui lui était faite, il alla avec les disciples dans un autre village.

Nous devons nous-mêmes refléter les caractères de notre Maître humble et débonnaire. L’impiété croissante du monde va attirer sur lui, très prochainement, des jugements terribles. Mais aussi longtemps que le Seigneur use de patience pour le salut des pécheurs, soyons les heureux messagers de sa grâce, et montrons-nous comme Lui miséricordieux, pleins de support, prêts au pardon.

Un prophète : Élie (2 Rois 2. 1 à 14).

La vie d’Élie sur la terre allait prendre fin. Mais Dieu lui réservait la faveur extraordinaire de quitter ce monde sans passer par la mort : l’Éternel allait le faire monter aux cieux dans un tourbillon.

Élisée, choisi par Dieu pour être prophète à sa suite, accompagnait Élie et le servait, comme nous l’avons vu à la fin de 1 Rois 19. Les deux hommes se trouvaient ensemble à Guilgal quand Élie dit à Élisée : « Reste ici, je te prie ; car l’Éternel m’envoie jusqu’à Béthel » (2 Rois 2. 2).

Élie demeurait jusqu’à la fin le serviteur dépendant, n’agissant que sur l’ordre de son Dieu. Si, en même temps, il invitait Élisée à le laisser aller seul, c’était pour le mettre à l’épreuve. Mais Élisée répondit : « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point ». Il affirmait ainsi, par une formule de serment fréquemment employée en Israël, sa ferme détermination d’accompagner son maître jusqu’au bout.

Ils vinrent donc ensemble à Béthel. Les fils des prophètes qui étaient dans cette ville sortirent vers Élisée et lui dirent : « Sais-tu qu’aujourd’hui l’Éternel va enlever ton maître d’au-dessus de ta tête ? » (v. 3). On appelait « fils des prophètes » des hommes pieux qui se groupaient pour vivre ensemble suivant les enseignements des prophètes dont ils étaient les disciples ou les fils spirituels. Ils recevaient les communications de Dieu, et ceux de Béthel savaient que ce jour-là Élie allait être enlevé.

Élisée leur répondit : « Je le sais, moi aussi ; taisez-vous ». Lui, serviteur et compagnon d’Élie, savait, bien mieux qu’eux tous, ce qui allait arriver ; et il voulait profiter des derniers instants à passer avec son maître sans être distrait par les propos des autres.

Élie, dit alors à son compagnon : « Élisée, je te prie, reste ici ; car l’Éternel m’envoie à Jéricho ». Mais Élisée répondit, comme il l’avait fait à Guilgal : « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point » (v. 4). Élie continuait à aller selon le commandement de l’Éternel, et Élisée s’attachait toujours à ses pas.

Les fils des prophètes qui étaient à Jéricho s’approchèrent d’Élisée et, comme ceux de Béthel, lui dirent : « Sais-tu qu’aujourd’hui l’Éternel va enlever ton maître d’au-dessus de ta tête ? » Ne pensant qu’à suivre Élie de près sans s’attarder à aucun entretien, Élisée répondit comme à Béthel : « Je le sais, moi aussi ; taisez-vous » (v. 5).

Pour une dernière épreuve Élie dit à Élisée : « Reste ici, je te prie ; car l’Éternel m’envoie au Jourdain ». Mais Élisée affirma une troisième fois sa décision inébranlable de suivre le prophète : « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point » (v. 6).

Nous sommes engagés à la suite d’un Maître plus grand qu’Élie. Sommes-nous attachés au Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé du Père, comme Élisée l’était au représentant de l’Éternel ? David disait à son Dieu : « Mon âme s’attache à toi pour te suivre » (Ps. 63. 8).

Ce n’était pas au hasard que l’Éternel conduisait Élie dans ce dernier pèlerinage à travers Israël : les lieux traversés symbolisaient à la fois les bénédictions passées du peuple et son triste état actuel.

À Guilgal se dressait le monument des douze pierres prises dans le lit du fleuve ; c’était une image des douze tribus unies en un seul peuple arraché aux eaux de la mort. C’était à Guilgal, lieu de la circoncision, que le peuple devait revenir après chaque victoire, dans le sentiment de sa propre faiblesse et le jugement indispensable de lui-même (Jos. 4 ; 10. 15, 43, etc.).

Béthel, dont le nom signifie « Maison de Dieu », évoquait les promesses que l’Éternel avait multipliées à Jacob quand il s’enfuyait loin de son frère Ésaü, et l’autel dressé par ce patriarche à son retour dans le pays (Gen. 28 et 35).

Jéricho était la première ville de Canaan livrée par Dieu entre les mains des Israélites et rappelait la puissance victorieuse de la foi.

Le Jourdain, traversé autrefois par tout un peuple sous la protection de l’arche, parlait à l’avance du triomphe de Christ sur la mort.

Maintenant, hélas, Guilgal était abandonné ; le jugement de soi-même dans la crainte avait fait place à l’orgueil démesuré du roi et de la nation ; l’unité du peuple de Dieu, qu’Élie avait proclamée sur le mont Carmel en édifiant l’autel de douze pierres, était pratiquement détruite. À Béthel, « la Maison de Dieu », se dressait encore le veau d’or, idole nationale établie par Jéroboam (1 Rois 12. 26 à 33 ; 2 Rois 3. 3). Jéricho avait été rebâtie comme un défi lancé à l’Éternel (1 Rois 16. 34). En parcourant ces anciennes cités le prophète jetait un dernier regard sur la déchéance d’Israël. Son ministère avait ramené à l’Éternel, pour un instant seulement, ce peuple qui parfois honorait Dieu des lèvres mais dont le cœur restait fort éloigné de Lui.

Élie était appelé à repasser en la seule compagnie d’Élisée, et en sens inverse, le Jourdain à travers lequel Israël tout entier était entré jadis dans la terre promise. Avant même de quitter ce monde, il mettait le fleuve de la mort entre le peuple et lui. Rien dans tous ces lieux ne pouvait retenir Élisée qui restait étroitement attaché à Élie seul.

Tous deux parvinrent ainsi au bord du Jourdain pendant que cinquante des fils des prophètes les regardaient de loin. Élie plia son manteau et en frappa les eaux du fleuve qui se séparèrent en deux ; et ils passèrent ensemble à pied sec. Quand ils eurent passé, Élie dit à Élisée « Demande ce que je ferai pour toi avant que je sois enlevé d’avec toi. Tout ce que désirait Élisée, c’était d’être comme son maître et de poursuivre le service de celui-ci au milieu d’Israël à la gloire de Dieu. Il répondit : « Qu’il y ait, je te prie, une double mesure de ton esprit sur moi » (v. 9).

Élie ne pouvait disposer lui-même de son don de prophète ; il répondit : « Tu as demandé une chose difficile ; si tu me vois quand je serai enlevé d’avec toi, il en sera ainsi pour toi ; sinon, cela ne sera pas » (v. 10).

Plus que jamais Élisée fixait donc les yeux sur Élie pour ne pas manquer l’instant où il serait enlevé. Ils parlaient ensemble en marchant, mais cet entretien même n’empêchait pas le disciple de suivre toujours du regard son cher maître. Et voici que soudain ils furent séparés par un char de feu et des chevaux de feu ; et Élie monta au ciel dans un tourbillon. Dieu avait envoyé une compagnie d’anges pour ravir au ciel son serviteur.

Élisée le vit et s’écria : « Mon père ! Mon père ! Char d’Israël et sa cavalerie ! » (v. 12). Il exprimait ainsi son attachement filial à celui qui le quittait, et il proclamait ce qu’avait été Élie dans son ministère : le soutien puissant du peuple d’Israël.

Dès que son maître eut échappé à sa vue, Élisée déchira en deux ses vêtements en signe de deuil et releva le manteau d’Élie qui était retombé. Il pouvait laisser de côté ses vieux habits, signes de ce qu’il avait été jusque-là, et s’envelopper du manteau du prophète : l’esprit d’Élie reposait sur lui comme il l’avait demandé.

Nous nous souvenons que quand le Seigneur Jésus fut transfiguré sur la sainte montagne devant trois de ses disciples, Moïse et Élie leur apparurent en gloire, parlant avec Lui. Élie, qui est entré au ciel sans passer par la mort, est une figure des croyants qui vivront encore sur la terre à la venue du Seigneur et qui seront transmués et enlevés à sa rencontre, tandis que Moïse représente les morts en Christ qui seront alors ressuscités pour être eux aussi introduits dans la gloire.

Mais dans tout ce récit nous discernons aussi en Élie un type de Christ, avec analogies et contrastes. Étape après étape, Jésus a refait, tout à la gloire de son Père, le chemin dans lequel le peuple d’Israël avait déshonoré l’Éternel. Il a été, Lui, le témoin de Dieu sans défaillance, « le témoin fidèle et véritable » (Apoc. 3. 14) ; son témoignage ayant été rejeté, Il est remonté auprès de Dieu. En traversant le Jourdain avec Élisée, Élie l’entraînait en figure à travers la mort ; Jésus est entré effectivement dans la mort, mais en est ressorti dans la puissance de sa vie impérissable ; et ses rachetés sont morts et ressuscités avec Lui. Pour monter au ciel, Jésus n’avait pas besoin des chariots de feu et du secours des anges, mais Il a été élevé dans la gloire par sa propre puissance et par celle du Père. Élisée reçut la double mesure de l’esprit d’Élie qu’il avait demandée ; Jésus, monté en haut, envoya sur les siens le Saint Esprit qu’Il leur avait promis.

L’ascension d’Élie couronne dignement la carrière de ce grand serviteur. C’est le dernier trait par lequel il a l’honneur de préfigurer le Seigneur Jésus, Celui qui a été par excellence le « prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24. 19).

Un prophète : Élisée (2 Rois 2. 14 à 25 et 3).

Après avoir vu Élie enlevé au ciel, Élisée retourna vers Jéricho. Arrivé sur le bord du Jourdain, il prit le manteau d’Élie et en frappa les eaux du fleuve comme l’avait fait son maître. Et il dit : « Où est l’Éternel, le Dieu d’Élie ? » Il invoquait ainsi le Dieu qu’avait servi le prophète et dont il allait à son tour manifester la puissance. Cette fois encore les eaux se partagèrent en deux et Élisée passa au milieu d’elles sur le lit à sec du Jourdain (2 Rois 2. 14).

Les fils des prophètes qui étaient à Jéricho le virent de loin et dirent : « L’esprit d’Élie repose sur Élisée » (v. 15). Ils vinrent à sa rencontre et se prosternèrent devant lui, reconnaissant qu’il était le nouveau prophète de l’Éternel. Ils ne pouvaient cependant pas admettre qu’Élie eût été enlevé au ciel pour toujours. « L’Esprit de l’Éternel, dirent-ils, l’aura peut-être emporté et l’aura jeté sur quelque montagne ou dans quelque vallée » ; et ils proposèrent à Élisée d’envoyer cinquante hommes à sa recherche.

Élisée refusa d’abord puis, lassé par leur insistance, il y consentit. Ces hommes cherchèrent donc Élie partout pendant trois jours et, ne l’ayant pas trouvé, revinrent à Jéricho vers Élisée. Celui-ci se contenta de leur dire : « Ne vous avais-je pas dit : n’y allez pas ? » (v. 16 à 18) Si nous nous obstinons, par incrédulité, à agir selon nos propres pensées au lieu d’obéir à la Parole de Dieu, nous serons certainement confus comme les fils des prophètes.

Élisée demeura quelque temps à Jéricho. Cette ville reconstruite au mépris de la volonté de Dieu (1 Rois 16. 34), conservait la marque de la malédiction qui avait été prononcée sur elle : les eaux y étaient malsaines. Les habitants vinrent trouver Élisée et lui exposèrent leurs difficultés : « Les eaux sont mauvaises et la terre est stérile » (v. 19). Ils avaient recours à l’Éternel en s’adressant à son prophète, et Dieu ne pouvait que répondre à leur attente.

« Apportez-moi un vase neuf, et mettez-y du sel », demanda Élisée. Puis il vint à la source qui alimentait la ville et y jeta le sel en disant : « Ainsi dit l’Éternel : J’ai assaini ces eaux ; il ne proviendra plus d’ici ni mort, ni stérilité » (v. 21). Et les eaux furent assainies.

Élisée se gardait bien d’agir en son propre nom ; il avait bien soin au contraire d’attribuer à l’Éternel la puissance qui lui était confiée.

Les eaux malsaines jaillissant de la source de Jéricho nous parlent de toutes les souillures qui sortent du cœur de l’homme placé sous la malédiction (Mat. 15 ; Marc 7). Le sel s’oppose à la corruption ; il est placé ici dans le vase neuf qui évoque une nouvelle nature : il faut la puissance sanctifiante de la grâce – le sel – pour faire de nous un être nouveau. Le cœur – la source corrompue – est alors purifié et rendu capable de faire le bien. C’est là une œuvre de Dieu ; elle est définitive, comme pour les eaux de Jéricho qui furent assainies « jusqu’à ce jour ». Quand nous venons à croire au Seigneur Jésus tout est changé : nous sommes sauvés par sa grâce ; nous sommes lavés de nos péchés dans son sang ; nous recevons une vie nouvelle ; nous sommes à Lui pour toujours.

Refaisant en sens inverse le chemin parcouru avec Élie, Élisée monta à Béthel. Des petits garçons sortirent de la ville et se moquèrent de lui en criant : « Monte, chauve ! Monte, chauve ! » Élisée se retourna et les maudit au nom de l’Éternel. Alors deux ourses sortirent de la forêt et déchirèrent quarante-deux de ces enfants (v. 23 et 24).

Ces enfants tournaient en ridicule l’ascension d’Élie et le vénérable Élisée qui, sans être encore un vieillard, avait sans doute perdu ses cheveux. Ils l’invitaient ironiquement à s’élever au ciel comme son maître. Ils offensaient Dieu dans ses prophètes, et Dieu les livra au pouvoir des ourses. L’ours, la bête féroce, est une figure de Satan ; et les moqueurs auront le triste sort d’être la proie de ce terrible ennemi de nos âmes.

On pense parfois que ce n’est pas bien méchant de se moquer des autres ; pourtant on peut leur faire ainsi beaucoup de peine. Aussi la Bible est sévère à l’égard des moqueurs : « Le moqueur est en abomination aux hommes ». « Si tu es moqueur, tu en porteras seul la peine ». « Les jugements sont préparés pour les moqueurs » (Prov. 24. 9 ; 9. 12 ; 19. 29). Et quand l’homme ose se moquer de Dieu, quelle folie ! à quels terribles jugements il s’expose ! Les petits garçons de Béthel en sont un solennel exemple.

Élisée se rendit de Béthel à la montagne du Carmel sur laquelle Élie, seul en face de tous, avait vaillamment témoigné pour l’Éternel. Puis il retourna à Samarie, la capitale du royaume d’Israël (v. 25).

Joram, fils d’Achab, avait succédé à son frère Achazia. Comme roi sur Israël, il avait renoncé au culte de Baal mais continuait à servir les idoles établies par Jéroboam, le premier roi d’Israël, et il se détournait de l’Éternel (3. 1 à 3).

Joram s’associa à Josaphat, roi de Juda, et au roi d’Édom pour faire la guerre à Moab. Au bout de sept jours de campagne, l’eau vint à manquer. Le roi Joram osait accuser l’Éternel du désastre qui les menaçait. Mais Josaphat, qui craignait Dieu, désira consulter un prophète fidèle. On lui signala la présence d’Élisée, connu comme l’ancien serviteur d’Élie, et Josaphat lui rendit ce témoignage : « La Parole de l’Éternel est avec lui » (v. 9 à 12).

Les trois rois vinrent donc vers Élisée. Celui-ci n’avait aucune réponse à donner à l’idolâtre Joram qu’il renvoya à ses faux dieux. Mais, par égard pour le pieux Josaphat, il consentit à consulter l’Éternel et il demanda un joueur de harpe. Comme celui-ci jouait, la main de l’Éternel fut sur le prophète et il dit : qu’on remplisse de fosses cette vallée. Car ainsi dit l’Éternel : vous ne verrez pas de vent, et vous ne verrez pas de pluie, et cette vallée sera remplie d’eau, et vous boirez, vous et vos troupeaux et votre bétail ». Et il ajouta que l’Éternel livrerait entièrement Moab entre leurs mains (v. 16 à 19).

Le lendemain, à l’heure où l’on offrait l’holocauste du matin, des eaux vinrent du pays d’Édom et remplirent la vallée. Les Moabites virent le soleil levant se refléter dans les eaux qui leur parurent rouges comme du sang. Croyant que les troupes d’Israël, de Juda et d’Édom s’étaient battues entre elles et mutuellement détruites, ils s’avancèrent hardiment vers le camp d’Israël. Mais les Israélites se levèrent et les mirent en déroute, puis saccagèrent entièrement le pays. Le roi de Moab s’enfuit et, dans son désespoir, offrit en sacrifice à ses idoles son fils aîné, héritier du trône.

À plusieurs reprises au cours de son règne, Josaphat, roi de Juda, commit la grave faute de s’allier au roi impie d’Israël ; et chaque fois l’Éternel lui fit sentir qu’il faisait fausse route. Mais en même temps, toujours prêt à user de grâce, Il délivra Josaphat quand celui-ci rechercha son secours. Si nous nous sommes écartés comme ce pauvre roi, et si même notre faute est une récidive, n’hésitons pas à revenir, humbles et repentants, à notre Dieu qui se plaît à pardonner.

Élisée rejetait Joram et déplorait la présence du roi de Juda dans cette fâcheuse compagnie. C’est pour détourner ses pensées de cette triste scène, et être à même de recevoir les communications pleines de grâce de l’Éternel, qu’il demanda un joueur de harpe dont la mélodie dissipait ses pensées sombres et élevait son âme vers Dieu.

Les eaux qui apportaient la délivrance ne vinrent pas sous la forme d’une pluie, image de la bénédiction qui descend du ciel, mais coulèrent, de la façon la plus inattendue, du pays d’Édom maintes fois voué à la malédiction dans la Parole. Dieu exerçait son droit souverain de tirer le bien du mal. Mais pour en profiter il fallait l’obéissance de la foi ; il fallait, pour recueillir cette eau précieuse, creuser au préalable des fosses dans la vallée selon le commandement d’Élisée, Quand Dieu parle, nous devons commencer par obéir, pour qu’Il puisse ensuite nous bénir.

Enfin Dieu accordait cette délivrance à l’heure de l’offrande, c’est-à-dire au moment où, à Jérusalem, était sacrifié l’holocauste du matin. (Car chaque matin et chaque soir un agneau était offert en holocauste). Toutes les compassions de Dieu sont liées au sacrifice de la croix que préfigurait cette offrande. L’eau qui donne la vie découle de la mort de Christ. Et les mêmes eaux qui apportaient le salut au peuple de Dieu ont été l’origine du désastre pour les ennemis qui persistaient, jusqu’au plus abominable sacrifice, dans le culte de leurs idoles. La mort de Jésus est à la fois le salut pour ceux qui croient, et la condamnation du monde incrédule.

Un prophète : Élisée (2 Rois 4. 1 à 37)

Le prophète Élisée ne se bornait pas à délivrer les rois et leurs armées ; il répondait aussi avec une grâce touchante aux demandes des humbles qui s’adressaient à lui. Il montrait ainsi à l’avance les caractères du Seigneur Jésus, accessible à tous, toujours prêt à secourir grands et petits.

Nous avons vu qu’il y avait alors des groupes d’hommes pieux appelés « les fils des prophètes ». L’un d’eux vint à mourir et sa veuve se trouva dans une grande détresse : elle avait des dettes qu’elle ne pouvait pas rembourser, et le créancier, c’est-à-dire l’homme à qui elle devait de l’argent, voulait prendre, en paiement, les deux enfants de cette pauvre femme comme serviteurs.

C’était là une pratique admise en Israël. La Loi prévoyait le cas où un homme à bout de ressources se vendait ainsi pour un temps (Lév. 25. 39) ; et dans la parabole de l’esclave impitoyable, on voit l’homme, la femme et les enfants menacés d’être vendus pour régler une dette (Mat. 18. 25).

La femme vint exposer sa détresse à l’homme de Dieu. Elle n’avait pas d’autre ressource que le représentant de l’Éternel. Élisée lui répondit : « Que ferai-je pour toi ? Dis-moi ce que tu as à la maison ». Il la poussait ainsi à avouer son dénuement complet.

La femme répondit : « Ta servante n’a rien du tout dans la maison qu’un pot d’huile » (v. 1 et 2). L’ayant ainsi amenée à se reconnaître absolument incapable de se tirer d’affaire elle-même, le prophète pouvait intervenir et la délivrer par la puissance de Dieu. « Va, lui dit-il, demande pour toi, du dehors, des vases à tous tes voisins, des vases vides (n’en demande pas peu) ; et rentre, et ferme la porte sur toi et sur tes fils, et verse dans tous ces vases, et ôte ceux qui seront remplis » (v. 3 et 4).

Comme nous l’avons vu en d’autres cas, le prophète de l’Éternel faisait appel à l’obéissance qui montre la réalité de la foi. La femme s’empressa de faire ce qu’Élisée avait commandé. Enfermée chez elle avec ses deux fils, elle se mit à remplir les récipients empruntés ; et l’huile continua à couler jusqu’à ce que tous les vases soient pleins (v. 5 et 6).

Avant de disposer de toute cette abondance, la femme revint vers l’homme de Dieu et lui raconta ce qui s’était passé. Profondément reconnaissante, elle désirait continuer à recevoir ses directions. « Va, lui dit Élisée, vends l’huile, et paie ta dette ; et vous vivrez, toi, et tes fils, de ce qui restera » (v. 7). La femme était, non seulement délivrée de la menace présente, mais assurée par le prophète même d’être pourvue du nécessaire pour l’avenir.

Nous sommes tous incapables de satisfaire aux exigences de la Loi de Dieu qui se présente comme un créancier intraitable nous réduisant à la servitude. Nous n’avons d’autre ressource que de confesser à Dieu notre misère et de saisir avec soumission par la foi la délivrance qu’Il nous offre. Il nous faut avoir affaire à Lui personnellement, dans le secret de notre cœur, comme la pauvre veuve qui avait fermé soigneusement la porte.

La grâce du Seigneur est pour nous comme une huile inépuisable qui apporte le salut, donne la vie, et entretient ensuite cette vie nouvelle. Le prophète Élisée parcourait le pays d’Israël. Il lui arriva de passer par Sunem, ville de la tribu d’Issacar, où une femme riche l’invita à manger chez elle. Depuis lors, chaque fois qu’il passait par là, il s’arrêtait dans cette maison pour un repas.

Cette Sunamite (ou habitante de Sunem) dit à son mari : « Voici, je connais que c’est un saint homme de Dieu qui passe chez nous continuellement. Faisons, je te prie, une petite chambre haute en maçonnerie, et mettons-y pour lui un lit, une table, un siège et un chandelier ; et quand il viendra chez nous, il se retirera là » (v. 10).

Cette femme pieuse avait reconnu, à la conduite et aux paroles d’Élisée, qu’il était un fidèle serviteur de l’Éternel. Elle montrait elle-même sa piété intelligente en lui donnant une hospitalité adaptée au caractère de l’homme de Dieu. La petite chambre haute était sans doute une petite pièce indépendante bâtie sur le toit en terrasse, où le prophète pouvait se retirer à l’aise, bien chez lui. Le mobilier, très sobre, était en harmonie avec la simplicité de l’homme, étranger aux vanités de ce monde.

Un jour Élisée fit demander à son hôtesse ce qu’il pourrait lui rendre en retour de toutes ses bontés. Désirait-elle qu’il intervienne pour elle auprès du roi ou du chef de l’armée ? « J’habite au milieu de mon peuple », répondit-elle simplement, voulant dire par là qu’elle était satisfaite de son sort, heureuse d’appartenir au peuple de Dieu, et qu’elle n’avait rien d’autre à demander.

Mais le serviteur d’Élisée, nommé Guéhazi, dit à son maître : « Elle n’a pas de fils et son mari est vieux » (v. 14). C’était l’ardent désir de toute femme en Israël d’avoir au moins un fils. Pour celle-ci, soumise dans cette épreuve, tout espoir à ce sujet semblait bien perdu. Mais rien n’est impossible à Dieu, et Élisée, messager de l’Éternel, lui assura que dans un an elle aurait un fils. Et au temps fixé, la promesse s’accomplit.

L’enfant grandit. Un jour d’été, il alla trouver son père qui était avec les moissonneurs. Tout à coup, frappé d’un mal subit, il se plaignit : « Ma tête ! ma tête »  Le père le fit porter à sa mère qui le garda sur ses genoux jusqu’à midi. À cette heure-là il mourut. La mère le coucha sur le lit d’Élisée ; elle le laissait là comme sous la garde de l’Éternel, le Dieu du prophète.

Puis elle demanda à son mari une ânesse conduite par un serviteur pour aller rapidement vers l’homme de Dieu. À son mari qui s’étonnait, elle répondit seulement : « Tout va bien ». Elle voulait sans doute épargner au père toute inquiétude ; mais pour cette femme de foi, tout allait vraiment bien puisqu’elle pouvait recourir à l’Éternel dans la personne de son prophète.

En toute hâte la Sunamite se dirigea vers le Mont Carmel où se trouvait Élisée. Dès qu’il la reconnut de loin, le prophète craignit que cette visite inattendue n’annonce un malheur et il envoya son serviteur à la rencontre de la femme pour s’en enquérir. Mais aux questions de Guéhazi : «Tout va-t-il bien ? Ton mari va-t-il bien ? L’enfant va-t-il bien ? » elle se contenta de répondre comme à son mari : « Bien » (v. 26). C’est à l’homme de Dieu, sans intermédiaire, qu’elle voulait avoir affaire. C’est au Seigneur Lui-même que nous pouvons toujours nous adresser.

La femme vint jusqu’à Élisée sur la montagne et, se jetant devant lui, saisit ses pieds. Guéhazi s’avança pour la repousser, mais Élisée lui dit : « Laisse-la, car son âme est dans l’amertume, et l’Éternel me l’a caché et ne me l’a pas déclaré » (v. 27). Dieu avait laissé Élisée ignorer la mort de l’enfant pour que la foi de la mère fût exercée jusqu’au bout.

« Ai-je demandé un fils à mon seigneur ? dit-elle. N’ai-je pas dit : ne me trompe pas ? » (v. 28). Pour elle la mort subite de son enfant aussi bien que sa naissance miraculeuse, tout était entre les mains de Dieu qui fait mourir et vivre (1 Sam. 2. 6).

Élisée donna alors son bâton à Guéhazi en lui enjoignant de se rendre en toute hâte à Sunem et de mettre ce bâton du prophète sur le visage de l’enfant. Mais la mère voulait l’intervention d’Élisée en personne. Elle s’attachait à lui comme il s’était lui-même attaché à Élie le jour de son enlèvement.

Usant des mêmes paroles elle dit : « L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point » (v. 30). Et Élisée se mit en route avec elle. Dans toute difficulté, recourons au Seigneur, et Il ne nous abandonnera pas.

Guéhazi les devança. Mais quand il mit le bâton du prophète sur le visage de l’enfant, celui-ci ne réagit nullement. Le serviteur ne put que retourner à la rencontre de son maître et lui dire : « Le jeune garçon ne s’est pas réveillé » (v. 31).

Élisée vint à la maison de la Sunamite et trouva l’enfant mort couché sur son lit. Il entra, ferma la porte sur eux deux, et supplia l’Éternel. Puis il se coucha sur l’enfant, bouche contre bouche, yeux contre yeux, mains sur mains, et à son contact le corps du petit garçon se réchauffa. Élisée continua ses prières et ses soins, allant çà et là dans la maison, puis revenant s’étendre sur le petit corps toujours inerte. Enfin le jeune garçon éternua par sept fois et ouvrit les yeux. Dieu avait répondu aux supplications du prophète et l’avait ramené à la vie, comme il avait, quelques années auparavant, ressuscité le fils de la veuve de Sarepta à la prière d’Élie.

La mère, appelée, accourut. « Prends ton fils », lui dit Élisée. Mais avant de prendre dans ses bras et d’emporter son cher enfant de nouveau vivant, la Sunamite se prosterna aux pieds du prophète. Le premier mouvement de son cœur était de rendre hommage à Dieu qui, dans sa puissance, lui avait donné jadis un fils inespéré, et qui le lui rendait maintenant en résurrection.

Un prophète : Élisée (2 Rois 4. 38 à 6. 7).

Élisée revint un jour à Guilgal alors que la famine sévissait dans le pays. C’est un châtiment que l’Éternel a dû souvent infliger à son peuple rebelle ; mais dans ces temps de détresse, Dieu prenait toujours tendrement soin des siens. Comme Élisée était entouré des fils des prophètes assis devant lui, il dit à son serviteur : « Mets la grande marmite et cuis un potage pour les fils des prophètes » (4. 38).

Vous vous rappelez que le Seigneur Jésus, quand Il était sur la terre, nourrissait ainsi les foules qui étaient venues l’écouter. Élisée, qui à bien des égards montrait à l’avance les caractères de grâce du Seigneur, pourvoyait lui aussi à la nourriture du corps aussi bien qu’aux besoins de l’âme des fidèles groupés autour de lui. Malgré la disette il faisait mettre la grande marmite afin qu’il y ait une bonne portion pour chacun.

L’un des fils des prophètes crut devoir sortir dans les champs à la recherche de ce qu’il pourrait bien adjoindre au potage. Il trouva une plante grimpante qu’il ne connaissait pas, dont les feuilles ressemblaient aux feuilles de vigne et qui portait des fruits de belle apparence. C’étaient des coloquintes, sorte de petites courges de la grosseur d’une pomme, très amères et vénéneuses.

L’imprudent en remplit sa robe, les coupa en morceaux et les ajouta à la soupe qui cuisait. Quand on servit le potage, les premiers qui le goûtèrent ne purent en manger et, effrayés par son amertume, ils s’écrièrent : « Homme de Dieu, la mort est dans la marmite ! » (v. 40).

Quelle déception pour ces gens affamés ! Mais ils avaient au milieu d’eux le représentant de l’Éternel qui allait répondre aussitôt à leur cri. « Apportez de la farine », demanda Élisée. Il jeta la farine dans la marmite puis commanda : « Verses-en à ce peuple, et qu’ils mangent » (v. 41). Tous les convives pouvaient manger sans crainte : il n’y avait plus rien de mauvais dans la marmite ; la farine avait tout assaini.

Aujourd’hui encore, c’est la famine spirituelle autour de nous : le monde ne peut rien offrir qui réponde à nos vrais besoins. Mais le Seigneur pourvoit abondamment par sa Parole à la nourriture des siens rassemblés autour de Lui. Gardons-nous de chercher ailleurs quoi que ce soit à ajouter à ce qu’Il procure Lui-même.

On risque de se laisser tenter par des lectures attrayantes, des raisonnements de belle apparence, des théories nouvelles qui piquent la curiosité : ce sont autant d’éléments séduisants mais dangereux qui ne peuvent que gâter le sain enseignement. Si l’erreur ou le péché sont ainsi introduits, le remède c’est encore Christ dont l’humanité parfaite est représentée par la farine. Il faut revenir au Seigneur, aux grandes et saintes leçons de sa vie pour retrouver ce qui nourrira et fera prospérer nos âmes.

En ce temps de famine arriva un homme qui apportait à Élisée du pain des premiers fruits, vingt pains d’orge et du grain en épi dans son sac (v. 42). L’orge est la céréale la plus précoce (Ex. 9. 31). Sans prendre le temps de battre le grain en épi, cet homme dévoué se hâtait d’apporter au prophète les prémices de sa moisson.

Sans rien garder pour lui-même, Élisée dit : « Donne cela au peuple, et qu’ils mangent ». Son serviteur incrédule objecta : « Comment mettrai-je ceci devant cent hommes ? » Mais Élisée répéta : « Donne-le au peuple et qu’ils mangent ». Puis, faisant toujours intervenir la puissance de Dieu, il ajouta : « Car ainsi dit l’Éternel : on mangera et il y en aura de reste. Et ils mangèrent et en eurent de reste, selon la parole de l’Éternel » (v. 42 à 44).

Ces provisions apportées au prophète diffèrent entièrement des coloquintes jetées à la dérobée dans le potage. Le pain d’orge est une nourriture grossière mais substantielle ; il représente un Christ humilié, Celui qui n’avait ni forme ni éclat, en qui il n’y avait point d’apparence pour le faire désirer, et pour qui on n’a eu aucune estime (És. 53. 2 et 3).

Le grain, que l’on fait sortir de l’épi en le froissant, nous rappelle encore Christ, le vrai grain de blé tombé en terre et mort pour porter du fruit, Christ ressuscité après avoir donné volontairement sa vie.

Élisée, multipliant cette nourriture par la parole de l’Éternel, préfigure le Seigneur Jésus rassasiant les foules. Mais c’est par sa propre puissance que Jésus, avec quelques pains, donnait à manger, non plus à une centaine, mais à des milliers d’hommes ; et les restes ramassés par les disciples se comptaient alors par corbeilles. Or notre Seigneur, toujours le même, demeure attentif à nos besoins et est puissant pour y répondre.

Vous vous souvenez de cette petite fille du pays d’Israël qui vivait au temps d’Élisée et qui fut emmenée captive dans la maison du général syrien Naaman. C’est une touchante histoire, et le témoignage fidèle de cette enfant conduisit ce chef de l’armée ennemie à venir implorer auprès du prophète de l’Éternel la guérison de sa terrible maladie, la lèpre.

Naaman dut se plier à l’ordre d’Élisée et se plonger sept fois dans le Jourdain pour être guéri. Ainsi nous sommes lavés de nos péchés par la mort du Seigneur Jésus sur la croix. Nous n’avons qu’à croire avec soumission les déclarations de la Parole qui nous présente le sacrifice de Christ comme l’œuvre parfaite par laquelle seule nous pouvons être sauvés.

Par contre, hélas, Guéhazi, le serviteur d’Élisée, en cédant à la convoitise des richesses, s’est attiré un terrible châtiment : la lèpre de Naaman s’est attachée à lui pour toujours, en rappel permanent de son péché.

Avec le début du chapitre 6 nous retrouvons Élisée au milieu des fils des prophètes. Lui, que les grands de ce monde venaient solliciter, se plaisait dans la compagnie des humbles fidèles de son temps. Notre Seigneur Jésus Christ, le Roi de gloire, s’entourait de même de simples pêcheurs de la mer de Galilée et de gens du commun.

La demeure commune des fils des prophètes se trouvait trop petite pour eux, probablement parce leur nombre avait augmenté. Recherchant toujours l’avis de leur maître, ils dirent à Élisée : « Tu vois que le lieu où nous habitons devant toi est trop étroit pour nous. Allons, s’il te plaît, jusqu’au Jourdain, et nous y prendrons chacun une pièce de bois, et nous y bâtirons un lieu pour y habiter » (6. 1 et 2).

« Allez », leur répondit simplement l’homme de Dieu. Mais il ne suffisait pas à ces hommes pieux d’avoir l’approbation d’Élisée. Ils éprouvaient le besoin de sa présence avec eux, même pendant leur travail, et l’un d’eux dit : « Consens, je te prie, à venir avec tes serviteurs » (v. 3). Désirons-nous ainsi avoir toujours notre Maître, le Seigneur Jésus, avec nous ?

Heureux certainement d’entendre cette invitation, Élisée répondit aussitôt : « J’irai », et il alla avec eux.

C’est avec le même empressement que le Seigneur Jésus accédait à la demande de ceux qui le sollicitaient : « J’irai », dit-il lui aussi au centurion de Capernaüm. Peu de temps après, à la demande de Jaïrus, il se leva et le suivit (Mat. 8. 7 ; 9. 19). Aujourd’hui encore souvenons-nous que Lui-même a dit : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point » (Héb. 13. 5).

Sur les bords du Jourdain, les fils des prophètes se mirent avec ardeur à couper des arbres. Alors que l’un d’eux abattait une pièce de bois, le fer de sa hache tomba à l’eau. « Hélas, mon maître ! cria-t-il à Élisée, il était emprunté ! » (v. 5). Cet honnête homme, angoissé de ne pouvoir rendre ce qu’on lui avait prêté, n’avait d’autre recours que le prophète. Quelle grâce qu’Élisée, invité à les accompagner, se trouvât là !

L’homme de Dieu coupa un morceau de bois et le jeta dans l’eau à l’endroit où le fer était tombé. Et, prodige admirable, le fer surnagea, si bien que le fils des prophètes n’eut qu’à étendre la main pour le reprendre à la surface de l’eau.

Dieu modifie à son gré les lois de la nature qu’Il a Lui-même établies. Une fois de plus le prophète faisait intervenir la puissance de ce Dieu souverain en faveur d’un nécessiteux qui se confiait en lui. Fidèle à sa promesse, Jésus est avec nous tous les jours, prêt à répondre à nos prières avec amour et puissance.

Un prophète : Élisée (2 Rois 6. 8 à 39 et 7).

Le chef de l’armée des Syriens, Naaman, avait été guéri de la lèpre sur la terre d’Israël par Élisée, le prophète de l’Éternel. Cela n’empêchait pas le roi de Syrie de faire la guerre contre le peuple de Dieu. Tel est le monde : ingrat et méchant. Pendant sa vie le Seigneur Jésus n’a reçu qu’injures et mépris en retour de ses bienfaits, jusqu’à ce qu’enfin on Le fasse mourir sur la croix, Lui qui apportait le salut et la vie.

Mais Élisée, instruit par Dieu des dispositions secrètes que prenait le roi de Syrie, en informait chaque fois le roi d’Israël, si bien que l’ennemi voyait ses desseins toujours déjoués, sans qu’il puisse comprendre pourquoi. L’un des chefs syriens, qui connaissait la puissance de l’homme de Dieu, finit par dire à son maître : « Élisée, le prophète qui est en Israël déclare au roi d’Israël les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher » (6. 8 à 12).

« Allez, répondit le roi, et voyez où il est, et j’enverrai et je le prendrai ». C’est à Élisée même, au bienfaiteur de Naaman, que s’en prenait le méchant roi de Syrie. Ayant appris qu’Élisée était à Dothan, il y envoya de fortes troupes, avec des cavaliers et des chars, qui de nuit environnèrent la ville. Dothan était une cité de la tribu de Manassé, dans une région montagneuse, à une quinzaine de kilomètres au nord de Samarie.

En sortant le matin, le serviteur d’Élisée aperçut les troupes ennemies qui entouraient la ville et vint le rapporter à son maître en disant : « Hélas ! mon seigneur, comment ferons-nous ? » « Ne crains pas, répondit Élisée ; car ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux ». Puis, s’adressant à Dieu, le prophète pria et dit : « Éternel, je te prie, ouvre ses yeux, afin qu’il voie » (6. 16 et 17).

Ce jeune homme discernait bien les choses de la terre et l’armée des Syriens ; mais les choses célestes lui restaient invisibles. À la prière d’Élisée, Dieu lui fit voir la montagne pleine de chevaux et de chars de feu. C’étaient les anges de l’Éternel qui entouraient le prophète pour le protéger, créatures de feu infiniment plus puissantes que les soldats ennemis.

Les Syriens, qui ne se doutaient nullement de cette intervention divine, descendirent vers Élisée pour le prendre. Celui-ci pria encore l’Éternel et lui demanda de frapper les ennemis d’aveuglement. Dieu fit ainsi, et les Syriens ne discernaient plus où ils étaient ni où ils allaient. Élisée leur dit : « Ce n’est pas ici le chemin, et ce n’est pas ici la ville ; venez après moi, et je vous mènerai vers l’homme que vous cherchez » (6. 19). Il mena toute cette troupe jusqu’en pleine ville de Samarie, la capitale du royaume. Là, Élisée pria encore et, à sa demande, l’Éternel rendit la vue aux Syriens qui s’aperçurent avec effroi qu’ils se trouvaient au milieu de Samarie, à la merci du roi d’Israël.

Celui-ci les aurait volontiers mis à mort ; mais Élisée lui commanda de les traiter avec bonté, de les restaurer et de les renvoyer libres chez eux. Après un grand festin ils retournèrent donc vers leur maître et, pour un temps, les Syriens ne revinrent plus attaquer Israël. Cette démonstration pacifique et généreuse de la puissance de l’Éternel apportait la sécurité à Israël mieux que ne l’aurait fait une victoire sanglante.

Cependant la méchanceté reste liée au cœur de l’homme, et, par la suite, les Syriens reprirent la guerre et vinrent assiéger Samarie. Dans la ville complètement isolée, les vivres furent bientôt épuisés et le peuple connut une famine effroyable, telle que les mères en vinrent à dévorer leurs propres enfants. Le roi Joram osa s’en prendre à l’Éternel et décida de mettre à mort son prophète. Avant que le messager du roi arrive chez Élisée, celui-ci, prévenu par l’Esprit de Dieu, dit aux amis qui l’entouraient : « Voyez-vous que ce fils d’un meurtrier envoie pour m’ôter la tête ? »

Il commanda donc de lui fermer la porte en annonçant que Joram lui-même approchait. Le roi impie, qui suivait, hélas, le triste exemple de son père Achab, survint en effet et déclara : « Voici ce mal est de par l’Éternel ; pourquoi m’attendrais-je encore à l’Éternel ? » (6. 32 et 33).

À cette provocation, Élisée répondit par une promesse de Dieu pleine de grâce. S’en référant toujours aux déclarations de l’Éternel dont il ne voulait être que le porte-parole, il dit : « Écoutez la parole de l’Éternel. Ainsi dit l’Éternel : demain à cette heure-ci, la mesure de fleur de farine sera à un sicle, et les deux mesures d’orge à un sicle, à la porte de Samarie » (7. 1). C’étaient là des prix très bas, signes d’une grande abondance, alors que dans la famine on payait quatre-vingts sicles pour une tête d’âne ! (6. 25)

Le capitaine sur qui s’appuyait le roi, refusant de croire à cette parole de Dieu prononcée par le prophète, répondit : « Voici, quand l’Éternel ferait des fenêtres aux cieux, cela arriverait-il ? » Élisée lui dit solennellement : « Voici, tu le verras de tes yeux, mais tu n’en mangeras pas » (7. 2).

Or, à l’entrée de la porte de la ville se tenaient quatre lépreux. Ils vivaient là, à l’écart de la population comme le leur imposait leur terrible maladie contagieuse. Ils raisonnaient tristement entre eux : soit qu’ils entrent dans la ville où régnait la famine, soit qu’ils restent là à la porte, ils ne pouvaient que mourir de faim. Ils n’avaient donc rien à perdre en passant dans le camp des Syriens, qui peut-être les laisseraient vivre.

À la nuit tombante ils se dirigèrent vers le camp ennemi et, à leur grande surprise, ils n’y trouvèrent personne. L’Éternel était intervenu, selon la parole d’Élisée, pour délivrer Samarie : Il avait fait entendre dans le camp des assiégeants un bruit de chars et de chevaux, le bruit d’une grande armée. Les Syriens crurent que d’autres peuples venaient au secours d’Israël ; pris de panique, ils s’enfuirent pour sauver leur vie, en abandonnant leurs tentes avec tout ce qu’elles contenaient, et jusqu’à leurs chevaux et leurs ânes.

Les lépreux entrèrent dans une tente, mangèrent et burent, puis emportèrent de l’or, de l’argent et des vêtements qu’ils cachèrent. Ils retournèrent piller ainsi une autre tente. Mais tout à coup ils pensèrent à tous les habitants de la ville qui souffraient de faim et se dirent l’un à l’autre : « Nous ne faisons pas bien. Ce jour est un jour de bonnes nouvelles et nous nous taisons. Si nous attendons jusqu’à la lumière du matin, l’iniquité nous trouvera » (c’est-à-dire : nous serons coupables et punis). « Allons, conclurent-ils, et rapportons-le à la maison du roi » (7. 9).

Ils vinrent donc crier aux portiers de la ville ce qu’ils avaient trouvé et cela fut aussitôt annoncé au roi. Mais ce dernier, toujours incrédule, au lieu de voir là l’accomplissement de la promesse d’Élisée, prétendit que c’était une ruse des Syriens qui s’étaient cachés en embuscade pour saisir ceux qui sortiraient de la ville. Deux chars furent enfin envoyés en reconnaissance et constatèrent que, jusqu’au Jourdain, le chemin était jonché de vêtements et d’objets abandonnés par les Syriens dans leur fuite précipitée.

Le peuple sortit et pilla le camp des ennemis. Il y trouva des vivres en abondance, si bien que la fleur de farine et l’orge se vendirent aux bas prix annoncés par Élisée. Le roi avait confié la garde de la porte au capitaine sur qui il s’appuyait. Dans la bousculade, cet officier fut foulé aux pieds par le peuple et mourut. Ainsi s’accomplit ce que l’homme de Dieu avait déclaré : le capitaine moqueur et incrédule vit l’abondance d’aliments vendus aux prix annoncés par Élisée, mais lui-même n’en mangea pas.

Nous savons, biens chers enfants, que la lèpre est l’image du péché. Nous étions tous des pécheurs perdus, n’ayant devant nous que le jugement éternel, ce qui est bien pire que de mourir de faim. Comme ces quatre lépreux, nous ne pouvions échapper à notre condition misérable et personne au monde ne pouvait nous en tirer.

Mais Dieu est intervenu comme Il l’a fait pour les pauvres gens de Samarie : Jésus est venu sur la terre, est mort sur la croix, et a ainsi vaincu Satan, l’ennemi qui nous tenait en son pouvoir. Et maintenant, si nous avons cru au Seigneur Jésus, nous sommes comme les lépreux sauvés, rassasiés et enrichis : nos péchés sont pardonnés, nous trouvons dans la Parole de Dieu la nourriture de nos âmes et nous possédons les trésors du ciel.

Mais pensons un peu à tous ceux qui ne connaissent pas le Seigneur Jésus. Ils ne savent pas que c’est un jour de bonnes nouvelles, le jour où Dieu fait encore grâce. Pouvons-nous nous taire ? Empressons-nous de leur dire la grande délivrance que Dieu a opérée pour nous, et qui est pour eux aussi s’ils veulent croire.

Hélas, quel triste sort que celui du capitaine foulé aux pieds par le peuple ! Il aurait pu avoir part lui aussi à la profusion de biens annoncée par le prophète ; mais il s’est moqué du message de grâce et a porté les terribles conséquences de son incrédulité. Qu’aucun de vous, jeunes amis, ne laisse sans réponse l’appel du Sauveur, car « comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » (Héb. 2. 3)

Un prophète : Élisée (2 Rois 8, 9, 10 et 13)

Au temps du prophète Élie, l’idolâtrie du peuple et de son roi Achab avait entraîné trois ans et demi de sécheresse. Sous le règne de Joram, aux jours d’Élisée, Israël était retombé dans les mêmes péchés, et l’Éternel dut faire venir la famine sur le pays pendant sept ans.

Élisée, conduit par Dieu, prévint de cette calamité la femme sunamite chez qui il logeait parfois et dont il avait ressuscité l’enfant : « Lève-toi, lui dit-il, et va-t-en, toi et ta maison, et séjourne où tu pourras séjourner ; car l’Éternel a appelé la famine, et même elle viendra sur le pays pour sept ans» (2 Rois 8. 1). La femme obéit à l’homme de Dieu et, avec sa famille, alla demeurer pendant sept ans au pays des Philistins.

Elle avait reçu Élisée comme un prophète, et maintenant elle recevait « la récompense d’un prophète » (Mat. 10. 41) : elle bénéficiait des révélations que Dieu accordait à Élisée. Cet exil devait toutefois être bien pénible pour cette Israélite attachée à l’héritage de l’Éternel, et qui jadis s’était déclarée comblée parce qu’elle « habitait au milieu de son peuple » (4. 13).

Enfin, au bout de sept ans, elle revint au pays d’Israël ; mais elle trouva sa maison et ses champs occupés par des gens sans scrupules qui s’en étaient emparés en son absence. Elle alla, avec son fils, demander justice au roi. Pouvait-on attendre d’un impie comme Joram qu’il s’occupe de cette pauvre femme ?

Mais Dieu préparait Lui-même cette rencontre pour que l’opprimée eût gain de cause. Joram était alors en conversation avec Guéhazi, l’ancien serviteur d’Élisée, et lui demandait le récit des grandes choses que le prophète avait faites. Le roi, insensible aux avertissements de l’Éternel, s’intéressait seulement au côté merveilleux des miracles accomplis. Bien des gens, hélas, lisent la Bible par curiosité seulement, sans que la Parole touche leur cœur ni leur conscience. Qu’il n’en soit jamais ainsi de vous !

Guéhazi racontait précisément au roi la résurrection du fils de la Sunamite quand celle-ci vint présenter sa requête. Et Guéhazi s’écria : « Ô roi, mon seigneur ! c’est ici la femme, et c’est ici son fils auquel Élisée a rendu la vie » (8. 5). Vivement intéressé, Joram interrogea la femme et lui fit rendre tous ses biens. Nous voyons dans ce fait la puissance souveraine de Dieu qui incline le cœur d’un roi à tout ce qui Lui plaît, comme des ruisseaux d’eau (Prov. 21. 1). En même temps apparaît son amour qui fait travailler toutes choses pour le bien de ceux qui l’aiment (Rom. 8. 28).

Des trois missions confiées à Élie sur le mont Horeb, deux restaient à remplir : oindre Hazaël comme roi sur la Syrie, et Jéhu comme roi sur Israël (1 Rois 19. 15 et 16). Nous avons vu qu’Élie, se jugeant indigne d’accomplir ces actes d’autorité au nom de l’Éternel, les avait laissés à Élisée qu’il s’était empressé d’appeler comme prophète à sa place.

Le moment était venu de consacrer enfin ces nouveaux rois. Élisée se rendit à Damas, la capitale des Syriens. Le roi de Syrie, Ben-Hadad, tombé malade, envoya son serviteur Hazaël consulter le prophète. Élisée considéra en pleurant ce messager cruel qui, il le savait bien, infligerait de grands maux à Israël ; puis il lui déclara : « L’Éternel m’a montré que tu seras roi sur la Syrie » (8. 13). Hazaël, de retour auprès de Ben-Hadad, fit mourir son maître et régna à sa place (8. 15).

La guerre ne tarda pas à reprendre entre Israël et la Syrie. Les deux nations se disputaient la possession de Ramoth de Galaad à l’est du Jourdain. Le roi Joram fut blessé là au cours d’un combat contre les Syriens et retourna à Jizreël pour se faire soigner, pendant que ses troupes continuaient la lutte. Parmi les chefs de l’armée se trouvait Jéhu que l’Éternel avait choisi pour devenir roi sur Israël.

Élisée, prophète de grâce, n’alla pas lui-même à Ramoth pour oindre Jéhu qui devait exercer le jugement. Il en chargea l’un des fils des prophètes. Ce jeune homme demanda à parler à Jéhu en particulier et, seul avec lui, versa sur sa tête l’huile qui lui conférait la royauté ; puis il lui annonça qu’il aurait à exterminer les descendants d’Achab (9. 1 à 10).

Jéhu, acclamé comme roi par l’armée, se rendit en hâte à Jizreël. D’une flèche tirée à l’arc il tua Joram qui était sorti à sa rencontre, et il fit jeter son cadavre dans le champ de Naboth, la vigne usurpée autrefois par Achab au prix d’un horrible meurtre (9. 21 à 26).

Quand Jéhu arriva à Jizreël même, il fit précipiter du haut d’une fenêtre la veuve d’Achab, la méchante Jézabel qui vivait encore, et la foula aux pieds de ses chevaux. Lorsqu’il donna ensuite l’ordre de l’enterrer, on ne retrouva du corps de la vieille reine que quelques débris. Les chiens avaient dévoré le reste (9. 30 à 37). À Samarie soixante-dix fils d’Achab furent tués en un seul jour. Puis Jéhu acheva de mettre à mort tous les membres de cette famille maudite (10. 1 à 11 et 17).

Ainsi s’accomplirent à la lettre les terribles jugements que le prophète Élie avait annoncés de la part de Dieu à Achab, le roi impie qui a fait plus que tout autre ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel (1 Rois 21. 20 à 26).

Jéhu, plein de zèle pour détruire la maison d’Achab et abolir le culte de Baal, laissa subsister et servit même les idoles établies autrefois par Jéroboam à Béthel et à Dan. Son fils Joakhaz, puis son petit-fils Joas lui succédèrent sur le trône d’Israël et, comme lui, hélas, maintinrent le culte de ces faux dieux.

Élisée arrivait au terme de sa course après un long service. Plus de soixante ans s’étaient écoulés depuis qu’Élie l’avait rencontré en train de labourer et avait jeté sur lui son manteau. Malade et près de la mort, il reçut la visite du roi Joas, le petit-fils de Jéhu. Joas, penché sur le visage du prophète, pleura et dit :

« Mon père ! mon père ! Char d’Israël et sa cavalerie ! » (13. 14). Il rappelait la glorieuse fin d’Élie en répétant les paroles par lesquelles Élisée avait salué l’ascension de son maître (2. 12). Bien qu’idolâtre, le roi connaissait la puissance de l’Éternel et comprenait la perte qu’était pour lui et pour tout le peuple la mort du prophète.

Mais avant de quitter Joas, Élisée avait encore une promesse de Dieu à lui communiquer. « Prends un arc et des flèches, lui dit-il. Mets ta main sur l’arc ». Ainsi fit le roi. Le prophète mourant mit ses propres mains sur celles de Joas comme pour lui communiquer la puissance qui ne peut venir que de l’Éternel; puis il lui ordonna de tirer une flèche par la fenêtre ouverte vers l’orient. « Une flèche de salut de par l’Éternel, dit-il, une flèche de salut contre les Syriens ; et tu battras les Syriens à Aphek, jusqu’à les détruire » (13. 17).

Puis, pour mettre à l’épreuve la foi de Joas, il lui commanda de prendre les flèches et de frapper contre terre. Le roi frappa trois fois et s’arrêta. Élisée, en colère, le reprit : « Il fallait frapper cinq ou six fois, alors tu eusses battu les Syriens jusqu’à les détruire ; mais maintenant tu ne battras les Syriens que trois fois » (13. 19).

Joas limitait l’étendue de la délivrance que l’Éternel était prêt à accorder. Gardons-nous de restreindre, nous aussi, par manque de foi, les bénédictions de Dieu. « Demandez et il vous sera donné », a dit Jésus.

Élisée mourut et fut enterré. Mais même après sa mort, il fut encore le moyen d’un miracle extraordinaire. Au début de l’année suivante, on allait ensevelir un homme quand survint une troupe ennemie. Les amis du mort, pris au dépourvu, jetèrent son corps dans le sépulcre d’Élisée ; et au contact des os du prophète l’homme reprit vie et se leva (13. 20 et 21).

C’est par cette démonstration de puissance de vie par-delà la mort que s’achève l’histoire de ce grand prophète qui est, dans ses multiples activités en grâce, un type admirable du Seigneur Jésus. Nous-mêmes nous recevons une vie nouvelle, la vie éternelle, en entrant en contact par la foi avec Jésus mort pour nous.

C’est de Lui, le Fils bien-aimé du Père que, directement ou en figure, nous parle toute la Parole.

En terminant ces entretiens, je prie instamment le Seigneur de vous accorder la grâce suprême de Le connaître et de L’aimer toujours davantage.

D’après La Bonne Nouvelle 1976