L’APÔTRE PAUL (4)

Discours de Paul devant le peuple de Jérusalem (Act. 22. 1 à 22)

Debout sur les plus hautes marches par lesquelles on accédait à la forteresse, Paul demande au peuple d’écouter son apologie, c’est-à-dire un discours pour sa justification. En s’adressant ainsi à ses compatriotes, il fait un bref récit de sa vie en cherchant à les convaincre que c’est Dieu qui a opéré sa conversion et lui a confié sa mission.

Il confirme qu’il est Juif et précise que, s’il est né dans une ville éloignée, à Tarse de Cilicie, il a été élevé à Jérusalem et y a reçu l’enseignement d’un docteur de la loi nommé Gamaliel, pharisien honoré de tout le peuple, dont les avis faisaient autorité comme on le voit au chapitre 5. 34 à 40.

Paul rappelle que son zèle pour Dieu, le même zèle aveugle qui anime maintenant ses contradicteurs, l’a conduit dans sa jeunesse à faire jeter les chrétiens en prison et à les persécuter jusqu’à la mort. Ces faits qui ne dataient guère que d’une vingtaine d’années ne devaient pas être oubliés de tous. C’est avec l’approbation du souverain sacrificateur et du corps des anciens que Saul de Tarse, ainsi qu’il s’appelait alors, s’était rendu à Damas afin d’amener les chrétiens de cette ville prisonniers à Jérusalem pour les y faire châtier.

Paul en arrive à sa conversion et montre comment le changement complet opéré en lui résultait de l’intervention manifeste de Dieu. La grande lumière venant du ciel, brillant comme un éclair autour de Saul, à la terreur de ses compagnons, la voix qui l’interpellait et que lui seul entendit, tout cela ne pouvait être qu’une manifestation divine. Aussi, à la question : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? », Saul terrassé, convaincu de la majesté de Celui qui lui parlait, répondit aussitôt : « Qui es-tu, Seigneur ? » Et il entendit cette voix, dont l’autorité l’emplissait de crainte, lui répondre : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes ».

Ainsi celui qui parlait du haut de la gloire, c’était le Jésus méprisé, contre le nom de qui Saul déchaînait ses efforts. Les persécutions qu’il faisait subir aux chrétiens, ce Jésus dans la gloire les ressentait comme le touchant Lui-même. Le Seigneur révélait ainsi tout à la fois à Saul sa résurrection, son élévation dans la gloire et son union avec les siens sur la terre.

Vaincu, le persécuteur orgueilleux ne put que demander humblement : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Et le Seigneur – c’est le titre que lui donne Paul dans son récit – répondit : « Lève-toi et va à Damas et là on te parlera de toutes les choses qu’il t’est ordonné de faire ».

Saul restait aveuglé par la vision ; c’est conduit par la main, en tâtonnant, qu’il fit à Damas une entrée humiliante. C’est là qu’il reçut la visite d’Ananias. Dans son discours, Paul passe sous silence la vision de ce serviteur de Dieu et son propre jeûne pendant trois jours, qui nous sont rapportés au chapitre 9, mais il insiste sur les caractères qui devaient recommander Ananias à l’estime de ses auditeurs : « C’était un homme pieux selon la loi et qui avait un bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là ». Ananias s’adresse à Saul : « Saul, frère, recouvre la vue », et aussitôt Saul le vit. Le rappel de ce miracle affirme encore à la foule l’intervention de Dieu dans tout ce qui était survenu à Saul à Damas.

Paul continue en rapportant ce qu’Ananias lui a communiqué : « Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche ; car tu lui seras témoin auprès de tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues ». C’est la gloire même du Seigneur qui a resplendi quand Saul a été arrêté sur le chemin. C’est sa voix qu’il a entendue. Il pourrait désormais témoigner devant tous de la résurrection et de la glorification de Christ, appelé le Juste – le seul Juste. C’est le Dieu des pères, le Dieu des Juifs, qui a choisi à l’avance Saul pour ce glorieux service.

« Et maintenant que tardes-tu ? Lève-toi et sois baptisé, et te lave de tes péchés, invoquant son nom » ajouta Ananias. Saul pouvait être accablé sous le poids de ses péchés, au souvenir de sa lutte ouverte contre le Seigneur, mais celui-ci lui faisait annoncer le salut par la foi en son nom. Il convenait que, sans plus attendre, Saul reçoive le baptême, marquant ainsi qu’il était désormais un chrétien.

S’attachant à ne présenter aux Juifs que ce qui a trait à sa conversion et à son appel d’apôtre des nations, Paul ne relate pas son séjour à Damas et en Arabie, mais en vient immédiatement à son premier voyage à Jérusalem et il rapporte la vision qu’il a eue alors dans le temple. Il vit le Seigneur qui lui dit : « Hâte-toi et sors au plus tôt de Jérusalem, parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard ».

Saul pensait au contraire que sa conversion surprenante ne manquerait pas de toucher ses compatriotes, et il rappela au Seigneur que les Juifs le connaissaient bien comme le persécuteur des chrétiens, l’un des instigateurs du meurtre d’Étienne. Le voir maintenant disciple de Christ serait bien auprès d’eux un témoignage saisissant ! Mais le Seigneur lui répondit : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations ».

Cette dernière phrase rapportée par Paul, provoque aussitôt la colère de la foule. Ces Juifs ressentent comme une offense à leur dignité nationale qu’un message de Dieu puisse être adressé aux Gentils. Et d’une même voix ils s’écrient : « Ôte de la terre un pareil homme, car il n’aurait pas dû vivre ».

Paul devant le sanhédrin (Act. 22. 23 à 30 ; 23. 1 à 10)

Pour mettre fin à l’excitation de la foule, le commandant romain, nommé Lysias, fit introduire Paul dans la forteresse. Ne comprenant rien à ce qui se passait, il donna l’ordre de le soumettre à la question par le fouet. On maltraitait les prisonniers que l’on interrogeait, dans la pensée que la souffrance leur arracherait des aveux. Les Romains traitaient ainsi sans ménagement les autres peuples, mais ils observaient les règles de leur droit qui interdisaient de frapper un citoyen romain tant qu’il n’était pas condamné.

Paul, étendu et lié, près de subir le fouet, dit au centurion qui se trouvait là : « Vous est-il permis de fouetter un homme qui est Romain et qui n’est pas condamné ? » Le centurion alla aussitôt avertir le commandant qui vint lui-même auprès de Paul et lui demanda :

– Es-tu Romain ?

– Oui, répondit Paul.

– Moi, reprit Lysias, j’ai acquis cette bourgeoisie pour une grande somme.

– Mais moi, répondit Paul, je l’ai par naissance.

Dieu permit ainsi que son serviteur échappe à la flagellation. Jésus ne s’y était pas soustrait ; il avait souffert sans ouvrir la bouche. Il est le modèle inimitable. Remarquons cependant que Paul, qui n’insistait pas sur ses droits, ne fit état de son titre qu’à la dernière extrémité.

Le commandant romain ayant charge de maintenir l’ordre voulut savoir enfin de quoi les Juifs accusaient Paul. Le lendemain de son arrestation il fit délier l’apôtre et le fit comparaître devant les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin. On appelait ainsi le tribunal suprême des Juifs, composé des chefs religieux du peuple. C’est le sanhédrin qui a condamné à mort le Seigneur Jésus. C’est aussi devant le sanhédrin qu’ont comparu les apôtres, puis Étienne au début de l’histoire de l’Assemblée (Act. 4, 5 et 6).

Paul, introduit devant cette assemblée nombreuse et imposante, la regarda avec assurance, puis commença ainsi : « Je me suis toujours conduit en toute bonne conscience devant Dieu jusqu’à ce jour ». C’était vrai. Il s’était toujours appliqué à bien agir, c’est-à-dire à rechercher la volonté de Dieu et à l’accomplir. Le souverain sacrificateur, Ananias, qui présidait le sanhédrin, considérait au contraire que Paul avait renié la religion de ses pères et, offusqué par l’affirmation de l’apôtre, ordonna de le frapper sur la bouche pour le punir de cette parole.

Paul répliqua : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! Es-tu assis là pour me juger selon la loi ; et, contrairement à la loi, tu ordonnes que je sois frappé ? » La loi en effet ne condamnait pas un homme sans l’avoir entendu. Dans le sentiment de son bon droit, Paul en appelait à Dieu, le souverain juge. Mais il avait tort d’injurier celui devant qui il comparaissait en le traitant de « paroi blanchie », c’est-à-dire d’hypocrite chez qui la dignité apparente masquait le mal secret. Quand les assistants reprochèrent à Paul d’injurier le souverain sacrificateur, il dut s’excuser en disant : « Je ne savais pas que ce fût le souverain sacrificateur ; car il est écrit : Tu ne diras pas de mal du chef de ton peuple ».

Cet incident marque à nouveau qu’il arrivait même à Paul, ce fidèle imitateur de Christ, de laisser parfois agir sa vieille nature. Dans son indignation compréhensible, il n’avait pas su retenir sa réplique impulsive. Nous sommes loin du calme parfait du Seigneur devant ses accusateurs, de son silence en face des faux témoignages, de la dignité avec laquelle « lorsqu’on l’outrageait II ne rendait pas d’outrage » (1 Pier. 2. 23).

Comme aux jours du Seigneur, les chefs du peuple étaient des sadducéens et des pharisiens, et ces deux sectes étaient représentées dans le sanhédrin devant lequel comparaissait Paul. Les sadducéens étaient des incrédules matérialistes ; ils ne retenaient de la loi que ses règles pratiques ; ils niaient la résurrection, les anges, les esprits. Les pharisiens croyaient à une résurrection générale au dernier jour ; ils affirmaient l’existence des anges et des esprits. L’apôtre était au courant de ces tendances opposées et il pensa se rendre favorable le parti des pharisiens en s’écriant : « Je suis pharisien, fils de pharisien ; je suis mis en jugement pour l’espérance et la résurrection des morts ».

Effectivement ces paroles provoquèrent une dissension au sein du tribunal. Quelques scribes parmi les pharisiens prirent parti pour Paul en disant : « Nous ne voyons aucun mal en cet homme ; mais si un esprit ou un ange lui a parlé… ». La dispute devint de plus en plus vive, si bien que le commandant Lysias craignit que Paul ne fût tué et fit descendre des soldats pour l’enlever et le conduire à la forteresse.

Paul, dans cette circonstance, usa d’un artifice humain pour diviser ses adversaires et amener la confusion dans le tribunal. Pharisien, il l’avait été autrefois, mais ce titre ne lui convenait plus depuis qu’il était chrétien. L’espérance et la résurrection des morts pour lesquelles il souffrait n’étaient pas celles que retenaient les pharisiens. Comme il eût mieux valu qu’il s’en tienne à une confession simple et fidèle de sa foi en laissant à Dieu seul le soin de le délivrer ! De notre Seigneur, modèle parfait en toutes circonstances, Paul lui-même a pu dire : « le Christ qui a fait la belle confession devant Ponce Pilate » (1 Tim. 6. 13).

Nous qui manquons si souvent, nous osons à peine relever ces faiblesses chez un serviteur par ailleurs aussi fidèle que le grand apôtre. Mais nous constatons une fois de plus combien il importe d’être bien à la place où Dieu nous veut. À Jérusalem, où il était monté de son propre chef, Paul a eu des défaillances dont nous ne trouvons pas d’exemple dans le reste de sa carrière. Heureusement, nous constaterons aussi comment Dieu, non seulement délivre son serviteur, même défaillant, mais fait tourner les circonstances par lesquelles il passait à « l’avancement de l’évangile », comme Paul l’écrira plus tard (Phil. 1. 12).

Paul conduit à Césarée (Act. 23. 11 à 35)

De nouveau seul, en prison, Paul devait repenser avec affliction aux scènes qui venaient de se dérouler. Mais le Seigneur, toujours plein de sollicitude, ne l’abandonna pas à son accablement. Il connaissait bien les sentiments d’amour pour ses frères qui avaient conduit l’apôtre à Jérusalem, et aussi, malgré ses défaillances, son désir de suivre et de glorifier son Maître. Au cours de la nuit, Il se tint près de lui et lui dit : « Aie bon courage, car comme tu as rendu témoignage des choses qui me regardent, à Jérusalem, ainsi il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome ». Sans reproches, Il enregistrait à l’actif de l’apôtre le témoignage, si imparfait fût-il, rendu par celui-ci dans la capitale juive et Il l’assurait que serait accompli son souhait souvent exprimé d’annoncer l’évangile dans la capitale de l’empire.

C’est ce que Paul fit deux ans plus tard, comme prisonnier sans doute, mais « prisonnier de Jésus Christ ». Même chargé de chaînes, il allait vers les Romains, « dans la plénitude de la bénédiction de Christ » selon la certitude qu’il avait exprimée en leur écrivant (Rom. 15. 23).

Le commandant Lysias avait mis Paul à l’abri de la violence de ses adversaires. Ceux-ci se concertèrent et décidèrent de mettre à mort l’apôtre malgré la protection que lui valait son titre de citoyen romain. Quarante d’entre eux s’engagèrent par serment à ne pas manger ni boire jusqu’à ce qu’ils aient tué Paul. Ils vinrent trouver les principaux sacrificateurs et les anciens, leur firent part de leur farouche détermination et leur demandèrent de prier le commandant de faire à nouveau comparaître Paul devant le sanhédrin. Eux-mêmes étaient prêts à le tuer pendant le trajet.

Il y avait à Jérusalem le fils d’une sœur de Paul, dont la Parole ne fait mention que dans cette occasion. Ce jeune homme entendit parler du complot des Juifs et alla dans la forteresse en informer Paul. Ce dernier demanda à l’un des centurions de conduire vers le commandant son neveu, qui avait des révélations à lui faire.

Dieu inclina le cœur de Lysias à accueillir ce jeune homme avec bienveillance et à l’écouter avec attention. « Les Juifs, dit le neveu de l’apôtre, se sont entendus pour te prier que demain tu fasses descendre Paul devant le sanhédrin, comme si tu voulais t’enquérir plus exactement à son sujet. Toi donc, n’y consens pas, car plus de quarante hommes d’entre eux lui dressent un guet-apens, lesquels se sont obligés par un serment d’exécration de ne manger ni boire jusqu’à ce qu’ils l’aient tué ; et ils sont maintenant prêts, attendant de toi la promesse ».

Le commandant voulut bien ajouter foi au récit du neveu de Paul et le congédia après lui avoir recommandé de ne parler à personne de cette entrevue. Il désirait en effet déjouer le complot des Juifs sans que ceux-ci pussent soupçonner qu’il avait été mis au courant de leur dessein meurtrier.

On voit dans toutes ces circonstances la main de Dieu protégeant Paul et faisant échouer les projets des méchants Juifs. « Le désir des méchants périra » (Ps. 112. 10). Lysias aurait fort bien pu laisser les évènements suivre leurs cours et s’épargner le souci de toutes ses interventions. Mais Dieu lui mit à cœur de s’occuper de l’apôtre. C’est Lui qui incline le cœur des rois à faire tout ce qui Lui plaît (Prov. 21. 1).

Le commandant décida d’éloigner Paul et de l’envoyer auprès du gouverneur romain à Césarée. Il prit les précautions utiles pour assurer la sécurité de son prisonnier pendant ce transfert. La première partie du trajet jusqu’à Antipatris, soit une soixantaine de kilomètres, fut faite de nuit. Les soixante-dix cavaliers qui avaient la charge de Paul étaient escortés par deux cents soldats et deux cents porte-lance, ce qui devait décourager toute tentative des Juifs de s’emparer de Paul par la force.

D’Antipatris les soldats retournèrent à Jérusalem, laissant aux cavaliers seuls le soin de conduire l’apôtre à destination. Par une prévenance de Lysias, Paul lui-même ne cheminait pas à pied mais était porté par des montures. Les cavaliers avaient pour mission d’amener Paul sain et sauf au gouverneur romain nommé Félix ; ils étaient porteurs, à l’adresse de ce dernier, d’une lettre ainsi rédigée :

« Claude Lysias au très-excellent gouverneur Félix, salut ! Cet homme ayant été saisi par les Juifs et étant sur le point d’être tué par eux, je suis survenu avec la troupe et je l’ai délivré, ayant appris qu’il est Romain. Et voulant connaître le motif pour lequel ils l’accusaient, je l’ai fait descendre devant leur sanhédrin ; et j’ai trouvé qu’il était accusé touchant des questions de leur loi, mais qu’il n’était sous le coup d’aucune accusation qui méritât la mort ou les liens. Et ayant été averti des embûches que les Juifs allaient dresser contre cet homme, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant donné l’ordre à ses accusateurs aussi de dire devant toi les choses qu’ils ont contre lui. Porte toi bien ».

Cette lettre est un modèle de rapport clair et bref. Lysias, comme cela est naturel au cœur humain, s’y attribue le beau rôle dans le secours apporté à un citoyen romain, et passe habilement sous silence l’interrogation par le fouet qu’il a failli affliger à l’apôtre.

Arrivés à Césarée, les cavaliers remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent Paul. Félix se contenta de demander de quelle province était le prisonnier et remit à plus tard un interrogatoire détaillé : « Je t’entendrai à fond, dit-il, quand tes accusateurs aussi seront arrivés ». Et il donna l’ordre que Paul fût gardé au prétoire d’Hérode.

Le prétoire était le siège des troupes romaines dans la résidence du gouverneur. Le nom d’Hérode rappelait le fondateur de la ville. Césarée avait été bâtie en effet sur ordre d’Hérode le Grand, le roi qui régnait à Jérusalem lors de la naissance de Jésus.

Paul se retrouvait, prisonnier, dans cette ville même de Césarée où, peu de temps auparavant, il avait été averti par le prophète Agabus de la captivité qui l’attendait s’il montait à Jérusalem (ch. 21. 10 et 11).

Cinq jours après le transfert de Paul à Césarée, le souverain sacrificateur Ananias lui-même, et quelques anciens des Juifs descendirent de Jérusalem pour porter plainte contre l’apôtre devant le gouverneur romain. Ils se faisaient accompagner d’un orateur nommé Tertulle, car ils éprouvaient le besoin de faire soutenir avec habileté, par un Romain, leur cause peu justifiable.

Dès que Paul eut comparu, Tertulle prit la parole. Pour se rendre Félix favorable il commença par faire un éloge bassement flatteur de ce gouverneur dont en réalité les Juifs supportaient impatiemment l’autorité, et que l’histoire profane présente comme moralement méprisable, un affranchi cupide et despotique. Puis il se mit à accabler Paul en termes violents et l’accusa de susciter des désordres parmi les Juifs du monde entier. Il le présenta comme un meneur de la secte des Nazaréens, terme de mépris sous lequel il désignait les chrétiens, et il lui reprocha d’avoir tenté de profaner le temple.

Il se plaignit enfin de l’intervention de Lysias, qui avait empêché les chefs du peuple de juger eux-mêmes Paul, en l’arrachant de leurs mains avec beaucoup de violence. Les autres Juifs ne manquèrent pas de confirmer les accusations de Tertulle.

Paul, invité par Félix à présenter sa défense, établit simplement les faits : il y avait douze jours seulement qu’il était monté à Jérusalem ; il s’était abstenu de toute discussion publique, aussi bien dans le temple et la synagogue qu’en ville, et les Juifs n’apportaient aucune preuve de leurs accusations. Il confessa bien qu’il servait le Dieu de ses pères en suivant la doctrine chrétienne et il affirma sa foi dans toutes les Écritures de l’Ancien Testament, ainsi que son espérance de la résurrection ; dans cette attente il s’appliquait à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

Il n’y avait en tout cela rien qui pût motiver l’hostilité des Juifs. Mais dans la loi et dans les prophètes, Paul discernait et croyait le témoignage rendu à l’avance à Christ rejeté par son peuple ; quand il attendait la résurrection, il distinguait de la résurrection finale des injustes, des incrédules – la résurrection d’entre les morts réservée aux croyants, et il prêchait la résurrection de Christ que niaient les Juifs.

Paul poursuivit son exposé en rappelant qu’il était resté plusieurs années loin de Jérusalem. S’il y était revenu à la fête récente de la Pentecôte, c’était pour apporter des aumônes à sa nation, les dons envoyés par les assemblées de Macédoine et d’Achaïe aux chrétiens de la Judée. On ne pouvait pas l’accuser d’avoir profané le temple puisqu’il s’était purifié selon les ordonnances de la loi. Sa présence-là n’avait causé ni attroupement, ni tumulte jusqu’à l’intervention des Juifs d’Asie qui avaient injustement provoqué son arrestation devant le sanhédrin. Il n’avait pu être convaincu d’aucune faute et le tumulte qui s’était élevé au cours des débats résultait de sa seule affirmation : « C’est pour la résurrection des morts que je suis aujourd’hui mis en jugement par vous ! »

Félix était gouverneur de la Judée depuis plusieurs années. Il était marié à une Juive, Drusille, fille du roi Hérode, celui-là même qui avait persécuté les premiers chrétiens et dont la mort subite à Césarée, en châtiment de son orgueil, nous est rapportée à la fin du chapitre 12 des Actes. Félix était donc assez bien informé sur le christianisme ; il connaissait aussi l’orgueil intolérant des Juifs et il pouvait discerner que l’accusation des chefs du peuple contre Paul était sans fondement.

Mais, ne voulant pas leur donner tort ouvertement, il préféra gagner du temps et remit sa décision à plus tard en prétextant qu’il lui fallait entendre à ce sujet le commandant Lysias. En attendant il maintint Paul en prison tout en lui laissant quelque liberté.

Quelques jours plus tard, Félix, accompagné de sa femme Drusille, fit appeler Paul pour l’entendre sur la foi en Christ. Paul qui savait toujours adapter ses discours à l’état d’âme de ses auditeurs se mit à parler de la justice, de la tempérance et du jugement à venir. Ces paroles troublèrent la conscience de Félix, homme violent et corrompu, et le remplirent d’effroi. Il arrêta Paul dans son discours et le renvoya à sa prison : « Pour le présent, dit-il, va-t’en : quand je trouverai un moment convenable, je te ferai appeler ». C’était à cette heure là-même, le moment convenable.

Dieu lui adressait par le moyen de Paul un appel direct, personnel, Félix l’a repoussé, préférant continuer à « jouir des délices du péché » plutôt que d’abandonner ses mauvaises voies. Il a négligé cette occasion de repentance et de salut et on peut craindre qu’il ne l’ait jamais retrouvée. C’est le sort éternel de son âme qui était en jeu. Quel exemple solennel ! Quand Dieu s’adresse à notre conscience, il importe d’être aussitôt attentif et de ne pas remettre à plus tard. « Voici c’est maintenant le temps agréable ; voici c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6). Aujourd’hui encore le Sauveur appelle à croire maintenant en Lui pour être sauvé.

Félix eut de nouvelles conversations avec Paul mais dans un tout autre but que de se laisser instruire dans la foi chrétienne. Ce gouverneur cupide espérait que l’apôtre lui donnerait quelque argent pour obtenir sa mise en liberté, et pour l’y engager il multipliait les entretiens avec lui. Cette façon d’agir nous rappelle un cas plus grave encore. Le roi Hérode maintenait en prison Jean Baptiste parce que ce dernier lui avait reproché son inconduite. Cela ne l’empêchait pas de convoquer souvent son prisonnier qu’il savait homme juste et saint, et de l’écouter volontiers, jusqu’au jour où il fut entraîné par ses paroles légères et par son amour-propre à faire décapiter Jean.

Quand le contact répété avec la parole de Dieu ne produit pas la foi et la repentance, la conscience s’endurcit et on va toujours plus loin dans le chemin de l’impiété. Enfants de chrétiens, il ne suffit pas de trouver quelque intérêt à la lecture de la Bible et de chercher plus ou moins à se conformer à ses enseignements ; il faut reconnaître, comme elle vous le dit, que vous êtes un pécheur perdu et saisir pour vous-même le salut qu’elle vous présente par la foi en Jésus.

Deux ans s’écoulèrent ainsi pour Paul. Aucune charge n’ayant pu être retenue contre lui, il aurait dû être relâché ; mais pour plaire aux Juifs, Félix maintint l’apôtre captif et le laissa en prison lorsqu’il fut rappelé de son poste de gouverneur de la Judée.

Paul et Festus (Act. 25)

Félix fut remplacé comme gouverneur de la Judée par Porcius Festus, dont l’histoire parle comme d’un magistrat de valeur, issu d’une famille romaine noble et d’un caractère moral élevé. Trois jours après son arrivée à Césarée, Festus monta à Jérusalem.

Dans leur animosité tenace envers Paul, les chefs des Juifs portèrent aussitôt plainte contre lui auprès du nouveau gouverneur et sollicitèrent comme une faveur qu’il fût ramené à Jérusalem. Ils comptaient profiter de ce déplacement pour tuer l’apôtre en chemin. Festus répondit prudemment mais fermement que Paul devait rester en prison à Césarée, que lui-même allait repartir de Jérusalem et que les principaux des Juifs n’avaient qu’à descendre avec lui pour venir soutenir leur accusation au siège du gouverneur romain.

Huit ou dix jours plus tard Festus redescendit en effet à Césarée, et dès le lendemain il fit comparaître Paul devant son tribunal. Les Juifs venus de Jérusalem entourèrent l’apôtre et portèrent contre lui de nombreuses accusations graves, sans preuves à l’appui, tandis que Paul se défendait, disant : « Je n’ai péché en rien, ni contre la loi des Juifs, ni contre le temple, ni contre César ».

– Veux-tu monter à Jérusalem pour y être jugé sur ces choses devant moi ? lui demanda Festin qui, tout en ayant le désir d’être équitable, désirait plaire aux Juifs.

– Je suis ici devant le tribunal de César où je dois être jugé, répondit Paul. Je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais toi-même très bien. Si donc je leur ai fait tort, ou que j’aie fait quelque chose qui soit digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais si rien n’est vrai de ce dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux : j’en appelle à César.

– Tu en as appelé à César, tu iras à César, conclut Festus après avoir délibéré avec ses conseillers.

Paul usait cette fois encore de ses droits de citoyen romain. Il refusait d’être jugé comme Juif par le sanhédrin qui lui était violemment hostile et demandait que son cas fût soumis au tribunal impérial, plus impartial, semblait-il, dans les questions religieuses pour lesquelles il était mis en accusation. Le Seigneur avait affirmé à Paul qu’il irait à Rome (ch. 23. 11) ; Il avait la puissance de le délivrer et de le conduire libre dans la capitale de l’empire. Mais si même Paul a manqué de dépendance en faisant valoir ses droits terrestres, le Seigneur dirigeait tout pour accomplir ses desseins : libre ou prisonnier, Paul irait à Rome.

Quelques jours plus tard le gouverneur Festus eut la visite du roi Agrippa et de sa sœur Bérénice qui vivait alors avec lui. Tous deux étaient, ainsi que Drusille leur cadette, des enfants du roi Hérode dont nous parle le chapitre 12 des Actes. Agrippa (Hérode-Agrippa II) régnait sur des territoires du nord et de l’est de la Palestine que lui avait concédés l’empereur romain ; à la vérité celui-ci lui permettait un faste royal, mais ne lui laissait guère exercer de véritable pouvoir. Il professait le judaïsme et était parfaitement au courant de toutes les questions religieuses juives.

Comme il séjournait plusieurs jours à Césarée, Festus lui soumit l’affaire de Paul. Ce dernier n’était pour le gouverneur qu’un prisonnier laissé là par son prédécesseur. Festus avait été frappé toutefois par l’insistance des Juifs à demander sa condamnation, alors que les accusations portées contre lui ne reposaient, à son avis, sur aucun fondement sérieux. Il avait d’abord supposé que, pour être aussi vivement attaqué, Paul avait dû commettre quelque grave forfait ; mais les arguments des Juifs se bornaient à des contestations touchant leur culte et « touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant ».

On voit l’indifférence du gouverneur romain à l’égard des vérités divines. Pour Festus, notre Seigneur, le Fils de Dieu, n’était qu’un « certain Jésus » et peu importait qu’il fût mort ou vivant. Pourvu que l’ordre politique et social ne fût pas troublé, les autorités de l’empire ne désiraient pas intervenir dans les questions religieuses des peuples qu’ils avaient soumis. C’est l’attitude que nous avons vu adopter par le proconsul Gallion à Corinthe au chapitre 18. Aujourd’hui encore, les chefs de ce monde s’affairent à leur administration, prétendent au progrès, s’efforcent d’établir ou de maintenir la paix, sans nul souci des droits de Jésus Christ, le Seigneur de tous.

Festus ajouta que pour en finir avec cette affaire il avait proposé à Paul d’être jugé à Jérusalem en lui offrant la garantie de sa présence, mais que celui-ci avait refusé et en avait appelé au jugement de l’empereur. Agrippa, beaucoup plus intéressé que Festus par ce qui touchait à la religion juive, manifesta le désir d’entendre lui-même Paul, et dès le lendemain Agrippa et sa sœur Bérénice vinrent en grande pompe à la salle d’audience.

Nous retrouvons chez ces princes le goût du faste que manifestait leur père Hérode quand, revêtu d’une robe royale, il haranguait les Tyriens et les Sidoniens du haut de l’estrade sur laquelle il siégeait et se faisait acclamer comme un dieu (Act. 12. 21). Toute une assistance formée des officiers supérieurs romains et des notables de la ville était convoquée. En comparaissant devant cette compagnie imposante, Paul voyait se réaliser ce que lui avait annoncé Ananias à Damas : il avait été choisi pour porter le nom du Seigneur devant les nations et les rois (Act. 9. 15).

En quelques mots Festus présenta le prisonnier, l’homme dont la multitude des Juifs avaient demandé instamment la mort, tant à Jérusalem qu’à Césarée, et en qui il n’avait trouvé lui-même aucun crime. Il se disposait à l’envoyer à Rome pour accéder à sa requête ; mais, fort embarrassé pour préciser les charges qui pesaient sur cet étrange accusé, il désirait le soumettre à un interrogatoire en présence de tous les assistants, pour recueillir leur avis et tout spécialement celui du roi Agrippa.

Paul devant Agrippa (Act. 26)

Le roi Agrippa était le plus élevé des dignitaires devant lesquels comparaissait Paul. C’est lui qui invita l’apôtre prisonnier à présenter sa défense.

Nous avons déjà vu Paul prononcer son apologie, c’est-à-dire un discours pour se justifier, au chapitre 22 quand, à Jérusalem, debout sur les dernières marches qui donnaient accès à la forteresse romaine, il haranguait le peuple. L’histoire de sa conversion occupe une grande place dans ces deux plaidoyers. Avec le récit initial du chapitre 9 nous trouvons ainsi relatée trois fois, dans le livre des Actes, la scène du chemin de Damas.

L’insistance avec laquelle la Parole place devant nous cet évènement en montre l’importance : Dieu arrêtait l’ennemi le plus acharné de l’Assemblée pour en faire son dévoué serviteur, et cette conversion reste un exemple de la miséricorde et de la patience de Dieu (1 Tim. 1. 12 à 16).

Paul, s’adressant à Agrippa, commença par s’estimer heureux d’être entendu par quelqu’un qui soit au courant des coutumes et des débats religieux de la nation juive et qui puisse, de ce fait, bien le comprendre. Il rappela que, comme beaucoup pouvaient s’en souvenir, il avait, dès sa jeunesse, vécu à Jérusalem en suivant la secte qui observait le plus fidèlement la loi de Moïse, celle des pharisiens. Maintenant, bien des années plus tard, s’il comparaissait en jugement, c’était, dit-il, « pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères ».

Cette promesse était la venue du Messie qui devait apporter la bénédiction à l’ensemble du peuple, aux douze tribus. « De la semence de David, Dieu, selon sa promesse, a amené à Israël un sauveur, Jésus », comme l’avait déjà annoncé Paul aux Juifs d’Antioche de Pisidie (Act. 13. 23). Ce Jésus a été rejeté par son peuple et mis à mort, Dieu L’a ressuscité, mais les Juifs nient cette résurrection et s’obstinent à ne pas reconnaître Jésus comme le Christ. Leur haine contre le Seigneur se retournait contre son apôtre.

Paul lui-même, dans sa jeunesse, avait partagé cette opposition à Jésus, qui n’était alors pour lui que le Nazaréen méprisé. Il avait pensé servir Dieu en employant tous les moyens pour combattre ce nom. Maintenant, devant Agrippa, comme en bien d’autres circonstances, il ne cachait rien de ce qu’avait été sa conduite avant sa conversion ; il rappelait sa fureur contre les chrétiens, les persécutions qu’il leur avait fait subir en les mettant en prison, les maltraitant, approuvant leur mort et les poursuivant jusque dans les villes étrangères.

Il en arriva ainsi à l’épisode de son voyage à Damas : il se rendait dans cette ville avec pleins pouvoirs de la part des principaux sacrificateurs pour sévir contre les chrétiens quand, sur le chemin, en plein midi, une lumière plus éclatante que le soleil avait resplendi autour de lui et de ses compagnons et une voix du ciel s’était fait entendre : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » (autrement dit : il est vain et périlleux de vouloir me résister).

À sa question « Qui es-tu, Seigneur ? » la voix avait répondu : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi et tiens-toi sur tes pieds : car je te suis apparu afin de te désigner pour serviteur et témoin, et des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t’apparaîtrai, en te retirant du milieu du peuple et des nations vers lesquelles moi je t’envoie pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en moi ».

Paul avait suivi l’injonction du Seigneur qui lui confiait un service et un témoignage parmi les nations. C’est ce qu’il pouvait affirmer à Agrippa : « Je n’ai pas été désobéissant à la vision céleste ; mais j’ai annoncé premièrement à ceux de Damas, et à Jérusalem, et à tout le pays de la Judée, et aux nations, de se repentir et de se tourner vers Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance ».

En rappelant ces paroles et ces faits, l’apôtre présentait devant son auditoire les grandes vérités du christianisme : la puissance libératrice de la vérité ; le passage des ténèbres à la lumière, du pouvoir de Satan à Dieu, par la conversion ; la rémission des péchés par la foi en Jésus ; la part de ceux qui sont sanctifiés ; la sainte conduite qui doit manifester les fruits de la vie nouvelle.

Parce qu’il répandait l’évangile parmi les nations, les Juifs en voulaient à la vie de l’apôtre. Mais avec le secours de Dieu il se trouvait encore debout pour rendre devant tous le témoignage qui lui avait été confié et qui concordait pleinement avec ce qu’avaient annoncé Moise et les prophètes : les souffrances, la mort et la résurrection de Christ ; le salut apporté au peuple juif et aux nations.

Cette affirmation de la résurrection de Christ provoqua une vive réaction de la part de Festus. Pour lui, comme pour les sages d’Athènes, la résurrection était chose inconcevable (Act. 17. 32). « Tu es hors de sens, dit-il ; ton grand savoir te met hors de sens ». Il pensait que Paul, avec toutes ses connaissances, se laissait entraîner par une imagination extravagante. La prédication de Christ crucifié et ressuscité est une folie aux yeux du monde (1 Cor. 1. 21 à 23).

« Je ne suis point hors de sens, très excellent Festus, répartit Paul avec calme et respect, mais je prononce des paroles de vérité et de bon sens » et il prit à témoin Agrippa à qui les diverses doctrines juives étaient familières : « Ô roi Agrippa ! crois-tu aux prophètes ? Je sais que tu y crois ».

Il y avait là un engagement pressant à reconnaître la vérité des Écritures ; Agrippa, qui avait adhéré aux formes extérieures du judaïsme mais à qui la foi faisait défaut, gêné par l’insistance de Paul, voulut s’en tirer par une réponse ironique : « Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien ! – Plût à Dieu, répartit Paul, que non seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez de toutes manières tels que je suis, hormis ces liens ».

En face de tous ces personnages de haut rang, Paul, qui n’apparaissait que comme un prisonnier digne de pitié, était en réalité seul à posséder les vraies richesses et le vrai bonheur. Il estimait à leur prix ses privilèges et sa dignité. Étreint par les compassions de Dieu, il ne pouvait rien souhaiter de meilleur pour tous ses auditeurs que d’être comme lui des sauvés, des enfants de Dieu, de bienheureux rachetés de Jésus jouissant déjà de son amour sur la terre en attendant de passer l’éternité avec Lui.

Sur ces paroles auxquelles il ne pouvait rien répondre, Agrippa leva l’audience et sortit, suivi de Festus, de Bérénice et de toute l’assistance. Examinant le cas de Paul ils ne purent que reconnaître ensemble son innocence. « Cet homme ne fait rien qui mérite la mort ou les liens ». De façon plus précise Agrippa dit à Festus : « Cet homme aurait pu être relâché, s’il n’en pas avait appelé à César ».

Le naufrage (Act. 27)

Paul devait être transféré de Césarée à Rome pour comparaître devant le tribunal de l’empereur auquel il en avait appelé. Avec quelques autres prisonniers il fut remis, pour ce voyage, à la garde d’un centurion nommé Jules.

Luc, toujours inséparable de l’apôtre, et Aristarque de Thessalonique, furent admis à l’accompagner. Nous nous souvenons qu’Aristarque se trouvait déjà avec lui à Éphèse (ch. 19) et dans le voyage de Grèce à Jérusalem (ch. 20). Il devait rester auprès de lui à Rome puisque Paul l’appelle, dans l’épître aux Colossiens (4. 10), son « compagnon de captivité ». Dieu se plaît à consigner dans les Écritures l’attachement de ces croyants à son grand serviteur.

À défaut de navire allant directement en Italie, la troupe prit place pour une première étape sur un bateau qui retournait, en desservant au passage les côtes d’Asie, à son port d’attache, Adramytte, situé au nord-ouest de l’Asie Mineure. Dès le lendemain ils firent escale à Sidon à cinquante kilomètres environ au nord de Césarée. L’évangile avait été annoncé dans ce pays, la Phénicie, plus de vingt ans auparavant par des chrétiens que la persécution avait chassés de Jérusalem après la mort d’Étienne (ch. 11. 19). Le centurion Jules, traitant Paul avec bienveillance, lui permit de profiter de l’arrêt à Sidon pour visiter les chrétiens de cette ville et jouir de leur hospitalité.

Le navire, rencontrant des vents qui s’opposaient à sa marche, poursuivit sa route en serrant de près l’île de Chypre qu’il contourna par le nord, et parvint à un port situé près de la ville de Myra en Lycie, à l’extrémité méridionale de l’Asie Mineure. Là le centurion trouva, pour continuer le voyage, un bateau d’Alexandrie qui se rendait en Italie, probablement chargé de blé (v. 38) pour l’approvisionnement de Rome, et sur lequel ils embarquèrent.

La navigation se poursuivit péniblement pendant plusieurs jours, par suite du vent du nord-ouest défavorable. Parvenus au voisinage du port de Cnide, et rejetés vers le sud, les voyageurs réussirent, non sans peine, à gagner la Crête par l’est, pour venir longer la côte sud de cette île et s’abriter dans une rade nommée Beaux-Ports, près de la ville de Lasée.

On avait perdu du temps. L’hiver approchait et les marins de l’antiquité, mal équipés pour résister aux tempêtes, évitaient de naviguer pendant la mauvaise saison. Luc situe la date en disant que « le jeûne était déjà passé ». Il désigne par-là la fête des propitiations qui avait lieu au septième mois de l’année juive, c’est-à-dire sensiblement en octobre de notre calendrier.

Paul, avec la sagesse qui lui venait de Dieu, avertissait ses compagnons de voyage que la navigation serait accompagnée de revers, que le navire risquait d’être perdu avec son chargement et que leurs vies même étaient en danger. Mais le centurion se fiait davantage au pilote et au patron du navire qu’aux dires de Paul. « Écoute les paroles des sages » nous dit le livre des Proverbes (22. 17). Et vous, enfants, à quels conseils vous fiez-vous : à ceux que dicte la prétention humaine ou à ceux qui sont empreints de la prudence et de la sagesse d’en haut, paisible, modérée, traitable (Jac. 3. 17) ? Relisez l’histoire de Roboam au chapitre 12 du premier livre des Rois (v. 1 à 24).

La plupart des occupants du navire, négligeant les avertissements de Paul, furent d’avis de partir pour tâcher d’atteindre plus à l’ouest, Phénice, autre port de l’île, plus commode que Beaux-Ports pour y passer l’hiver. Le vent du midi s’était mis à souffler doucement et ils pensaient faire ce parcours sans danger en longeant de près la côte sud de la Crête.

Mais peu après leur départ un vent orageux venant au contraire de l’île se leva et les entraîna violemment au large, vers le sud-ouest. Au passage, près d’une île nommée Clauda, ils eurent un court répit qui leur permit de prendre quelques mesures de sécurité : ils retirèrent la chaloupe à bord et consolidèrent le navire en le ceinturant avec des câbles. Ils craignaient d’être emportés à la dérive jusque sur les bancs de sable voisins de l’Afrique, et pour donner moins de prise au vent ils descendirent toutes les voiles.

Violemment battus par l’ouragan, ils jetèrent successivement à la mer une partie de la charge et du matériel pour se maintenir à flot. Durant plusieurs jours les nuages ne permirent d’apercevoir ni soleil ni étoiles. Dans l’antiquité on ne connaissait pas la boussole et les pauvres navigateurs ne savaient ni où ils avaient été entraînés, ni même dans quelle direction les chassait encore la tempête. Ils se voyaient perdus, sans espoir d’en réchapper.

Seuls au milieu de toute cette détresse, l’apôtre et ses deux amis pouvaient s’en remettre au Seigneur avec confiance. Une nuit, un ange de Dieu apparut à Paul et lui dit : « Ne crains point, Paul ; il faut que tu comparaisses devant César ; et voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi ». Ce qui compte ici-bas pour Dieu, ce sont ceux qui l’aiment ; Il fait concourir toutes choses pour leur bien (Rom. 8. 28).

Le jour venu, Paul fit part à tous de la vision que lui avait accordée Dieu, « le Dieu, dit-il, à qui je suis et que je sers ». Il rappela les avertissements qu’il avait donnés en vain à Beaux-Ports, mais conclut en affirmant que tous auraient la vie sauve et que le bâtiment seul serait perdu. « C’est pourquoi, ajouta-t-il, ayez bon courage ; car je crois Dieu et je sais que la chose arrivera comme il m’a été dit ».

Jusque-là Paul n’était pour ceux qui l’entouraient qu’un prisonnier dont on méprisait les avis. Il apparaissait tout à coup comme un homme en relation étroite avec Dieu, appartenant à Dieu comme son serviteur, un homme dont Dieu faisait dépendre le sort des deux cent soixante-seize personnes qui se trouvaient à bord. L’apôtre affirmait non seulement qu’il croyait en Dieu, c’est-à-dire en son existence, mais qu’il croyait Dieu, c’est-à-dire qu’il recevait les paroles de Dieu avec certitude. Sa foi lui donnait assurance et autorité au milieu de tous ces hommes désemparés.

Le navire était ballotté sur la mer en furie depuis quatorze jours quand, au milieu de la nuit, les matelots pressentirent qu’ils approchaient d’une côte. Ils jetèrent la sonde et trouvèrent successivement vingt puis quinze brasses, soit environ trente-cinq et vingt-sept mètres : la profondeur de la mer allait en décroissant. Craignant de heurter un écueil dans l’obscurité, ils jetèrent quatre ancres à l’arrière pour immobiliser le bateau et attendirent impatiemment le lever du jour.

Cependant, les matelots cherchaient à se sauver seuls et ils mirent la chaloupe à la mer sous prétexte d’aller jeter d’autres ancres à l’avant. Mais Paul déjoua leur manœuvre et dit au centurion et aux soldats : « Si les matelots ne demeurent pas sur le navire, vous ne pouvez être sauvés ». Les soldats coupèrent alors les cordes de la chaloupe et la laissèrent tomber et se perdre en mer.

Tous devaient être sauvés de la même manière, par l’intervention miséricordieuse de Dieu, sans que quelques-uns puissent s’attribuer le mérite de leur sauvetage. De plus, l’entière confiance que l’apôtre avait en Dieu ne l’empêchait pas de mettre à profit les moyens qui étaient normalement à leur disposition : c’est aux matelots qu’incombaient les manœuvres qui seraient encore à faire.

En attendant qu’il fasse jour, Paul engageait tous ces hommes exténués par quatorze jours de jeûne à prendre quelque nourriture en leur affirmant : « pas un cheveu de la tête d’aucun de vous ne périra ». Lui-même prit du pain, rendit grâces à Dieu devant tous et se mit à manger. Plein d’une calme assurance dans ce péril extrême, il ne manquait pas d’exprimer publiquement et pour tous sa reconnaissance. N’oublions jamais, avant chaque repas, de rendre grâces à Dieu pour la nourriture qu’Il nous accorde.

Tous, ayant pris courage, mangèrent aussi, puis, afin d’alléger le navire, jetèrent à la mer le blé qu’ils transportaient.

Quand le jour parut, les marins aperçurent devant eux une baie avec une plage, mais ce paysage leur était inconnu. Pour essayer d’amener le navire à terre ils coupèrent les câbles des ancres qu’ils abandonnèrent à la mer, hissèrent la voile d’artimon (la voile arrière) et se laissèrent porter par le vent vers le rivage. L’avant du bateau se trouva bientôt engagé sur le fond et immobilisé tandis que l’arrière encore libre se disloquait sous la violence des vagues.

Les soldats étaient d’avis de tuer les prisonniers, de peur que certains ne s’enfuient, mais le centurion, voulant sauver Paul, les en empêcha et il ordonna à tous de gagner le rivage, soit à la nage, soit sur des débris du navire. Tous parvinrent ainsi à terre sains et saufs.

Séjour à Malte – Arrivée à Rome (Act. 28. 1 à 15)

C’est sur l’île de Malte que le navire avait échoué. Dieu avait préservé Paul et ses compagnons d’être entraînés jusque sur les côtes d’Afrique. Ils ne se trouvaient qu’à une centaine de kilomètres au sud de la Sicile. Malte est une petite île, au relief accidenté, d’environ trente kilomètres de long sur quinze de large. C’est une terre fertile qui jouit d’un climat généralement doux, mais pluvieux en hiver.

Luc appelle ses habitants des « barbares », nom sous lequel les Grecs désignaient tous les peuples étrangers à leur civilisation et à leur langue. Mais il ne faut pas en conclure que les Maltais fussent alors des sauvages incultes. Ils se rattachaient à la civilisation latine et étaient depuis près de trois siècles sous la domination romaine. Ils voyaient parfois des navires faire escale dans leur petite île et restaient en relation avec le continent.

Les Maltais accueillirent les naufragés avec beaucoup de bienveillance. Ils allumèrent un grand feu pour remédier à la pluie et au froid. Paul, toujours prêt à se rendre utile, jetait au feu une brassée de bois sec qu’il venait de ramasser, quand une vipère, cachée dans les branches, et tirée de son engourdissement par le feu, s’accrocha à sa main. Quand les Maltais païens virent le serpent suspendu à la main de Paul, ils se dirent entre eux : « Assurément cet homme est un meurtrier, puisque après avoir été sauvé de la mer, Némésis (la déesse de la justice et de la vengeance) n’a pas permis qu’il vécût ».

Mais Paul secoua la vipère dans le feu et n’en ressentit aucun mal. Les assistants s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort. Voyant que le temps passait sans qu’il ne lui arrivât rien d’anormal, ils changèrent d’avis et dirent que c’était un dieu. Les Maltais nous rappellent les païens de Lystre qui, après la guérison de l’homme impotent, acclamaient comme des dieux Paul et Barnabas, et qui, quelques instants après, les laissaient lapider par les Juifs d’Antioche et d’Iconium (ch. 14).

Pour Paul se réalisait l’un des signes par lesquels le Seigneur avait promis d’accompagner le témoignage des siens : « ils prendront des serpents et quand ils auront bu quelque chose de mortel cela ne leur nuira point » (Marc 16. 18). Dieu dirigeait toutes ces circonstances pour montrer que Paul, bien différent des autres prisonniers, était son serviteur.

Le serpent représente Satan. Quand le Seigneur disait aux soixante-dix : « Je vous donne l’autorité de marcher sur les serpents… et sur toute la puissance de l’ennemi et rien ne vous nuira » (Luc 10. 19) Il leur assujettissait les démons. La vipère rejetée dans le feu sans dommage pour Paul est une image de Satan vaincu.

Il y avait dans les environs un domaine appartenant au principal personnage de l’île, nommé Publius. Celui-ci reçut chez lui les naufragés et les hébergea pendant trois jours avec beaucoup de bonté. Le père de Publius était alité, très malade. Paul alla le voir, pria, lui imposa les mains et le guérit. Ayant appris ce miracle, les autres malades de l’île vinrent trouver Paul qui les guérit aussi. Le Seigneur continuait à accomplir les promesses faites aux siens après sa résurrection : « ils imposeront les mains aux infirmes, et ceux-ci se porteront bien » (Marc 16. 18).

Dieu ne reste le débiteur de personne. Par toutes ces guérisons Il récompensa Publius et les autres habitants de l’île pour leur sollicitude et leur généreuse hospitalité envers Paul et tous ces malheureux voyageurs. Et nous espérons que beaucoup trouvèrent dans cette rencontre, non seulement la santé du corps, mais, ce qui a infiniment plus de prix, le salut de leur âme. Les naufragés séjournèrent en effet trois mois dans l’île ; pendant ce temps Paul et ses deux compagnons ne manquèrent certainement pas d’annoncer l’évangile autour d’eux. Les habitants les comblèrent d’honneurs, et à leur départ, les pourvurent de tout le nécessaire.

Au printemps, les rescapés purent trouver place sur un autre navire d’Alexandrie qui avait passé l’hiver dans l’île et qui se rendait en Italie. Ils firent escale pendant trois jours à Syracuse, ville célèbre de l’antiquité sur la côte est de la Sicile. Longeant cette île, ils continuèrent leur route vers le nord et abordèrent à la pointe extrême de l’Italie à Rhegium, aujourd’hui Reggio sur le détroit de Messine. Enfin le vent du midi se leva et favorisa la fin de leur voyage en les faisant avancer rapidement le long de la côte italienne jusqu’au port de Pouzzoles dans le golfe de Naples.

L’évangile s’était déjà répandu non seulement à Rome mais en divers points de l’Italie. Les chrétiens de Pouzzoles, les premiers que rencontraient Paul et ses compagnons depuis plusieurs mois, s’empressèrent de leur offrir l’hospitalité pendant les sept jours que la troupe passa dans cette ville.

La fin du voyage se fit à pied. Les frères de Rome, ayant appris l’arrivée de Paul, vinrent à sa rencontre jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois Tavernes, soit à environ soixante et cinquante kilomètres de la capitale. En voyant les frères, Paul rendit grâces à Dieu et prit courage. Après bien des dangers et des fatigues il arrivait enfin à Rome, mais c’était pour y trouver la captivité et attendre le jugement de l’empereur. Lui, qui avait si souvent fortifié la foi des autres, avait besoin à son tour d’être encouragé. Dieu, dans sa sollicitude, lui accordait au moment opportun le réconfort nécessaire.

Que pouvait-il y avoir de plus consolant pour l’apôtre que cet empressement des frères de Rome à venir l’accueillir ? Il avait tant désiré cette rencontre. Trois ans plus tôt il leur écrivait de Corinthe : « Sans cesse je fais mention de vous, demandant toujours dans mes prières si en quelque manière, maintenant une fois, il me sera accordé par la volonté de Dieu d’aller vers vous, car je désire ardemment de vous voir » (Rom. 1. 9 à 11), et « j’ai été souvent empêché d’aller vers vous… ayant depuis plusieurs années un grand désir d’aller vers vous » (Rom. 15. 22 et 23).

N’ayant alors plus rien qui le retînt en Asie, en Macédoine ou en Grèce, il comptait être enfin prochainement auprès des frères de Rome, désirant seulement faire auparavant, à l’assemblée de Jérusalem, une visite de courte durée. Dieu en avait disposé autrement. Il avait permis que le crochet par Jérusalem entrepris et poursuivi contrairement aux avertissements de l’Esprit eût pour conséquences deux années de captivité à Césarée et les péripéties de ce long voyage. Mais toujours fidèle Il accomplissait la promesse renouvelée à plusieurs reprises. Et Paul goûtait avec reconnaissance le rafraîchissement des affections fraternelles.

Paul prisonnier à Rome (Act. 28. 16 à 31)

C’est bien toujours « dans la plénitude de la bénédiction du Christ » (Rom. 15. 22) que Paul arrivait auprès de ses chers frères de Rome ; mais c’était aussi dans des conditions matérielles bien différentes de celles qu’il avait pu espérer autrefois : il était prisonnier des Romains.

Le centurion Jules qui, tout au long de ce grand voyage lui avait témoigné beaucoup de bienveillance, s’acquitta de sa mission en remettant au préfet du prétoire, chef de la garde de l’empereur, les prisonniers dont il avait la charge. Jules figure au rang des hommes de bonne volonté animés de sentiments favorables envers les enfants de Dieu. Si louable que soit cette attitude, elle ne suffit pas pour être sauvé. Combien il est désirable pour Jules que la compagnie de Paul pendant plusieurs mois l’ait amené à la foi au Seigneur Jésus, et ainsi à la vie éternelle.

Paul ne fut pas enfermé dans une prison ; mais, selon le régime militaire romain, il eut la liberté de prendre un logement en ville. Seulement il était gardé continuellement par un soldat, auquel il était lié par une chaîne.

Cette captivité dura deux ans. Combien de soldats se sont succédé à la surveillance de l’apôtre et ont été mis ainsi en contact avec ce grand messager de l’évangile ? Les fruits de son témoignage auprès d’eux seront manifestés au jour des récompenses, avec tous les autres résultats de son travail. Vers la fin de ces deux années, Paul écrivait aux Philippiens : « Les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile ; en sorte que mes liens sont devenus manifestes comme étant en Christ, dans tout le prétoire » (c’est-à-dire dans la maison militaire de l’empereur) (Phil. 1. 12 et 13).

À la fin de cette même épître il transmet les salutations de tous les saints et principalement de « ceux de la maison de César » (4. 22).

Paul restait toujours plein de sollicitude pour les Juifs, ses frères selon la chair. Trois jours après son arrivée, il convoqua les principaux de ceux qui étaient à Rome et leur exposa les circonstances de sa captivité. Il leur résuma son procès avec exactitude en évitant d’accuser les Juifs de Jérusalem et il conclut : « C’est pour l’espérance d’Israël que je suis chargé de cette chaîne ». Il avait déclaré de la même manière devant Agrippa : « Je comparais en jugement pour l’espérance de la promesse faite par Dieu à nos pères » (26. 6). L’espérance d’Israël était la venue du Messie, et Paul annonçait que la promesse faite aux pères, Dieu l’avait accomplie envers leurs enfants en leur envoyant Jésus (13. 33).

Les Juifs répondirent qu’ils n’avaient reçu verbalement ou par écrit aucun rapport défavorable à son sujet et qu’ils ne demandaient qu’à l’entendre. Ils savaient seulement que le christianisme – que, comme Tertulle (24. 5), ils appelaient une secte – était partout contredit. La contradiction du monde est bien en effet la part constante des chrétiens comme elle a été celle de leur Maître.

À un jour convenu les Juifs revinrent en plus grand nombre. Du matin jusqu’au soir Paul leur exposa la vérité. Il leur annonçait le royaume de Dieu et, partant de la loi de Moise et des prophètes, il cherchait à les persuader de ce qui concerne Jésus. Certains furent convaincus ; d’autres restaient incrédules. Avant de les laisser partir l’apôtre leur cita comme un sérieux avertissement ce passage du prophète Ésaïe : « Va vers ce peuple et dis : en entendant vous entendrez et vous ne comprendrez point, et en voyant vous verrez et vous n’apercevrez point ; car le cœur de ce peuple s’est épaissi, et ils ont entendu dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient des yeux, et qu’ils n’entendent des oreilles et qu’ils ne comprennent du cœur, et qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse » (És. 6. 9 et 10).

Et Paul conclut en disant : « Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux nations ; et eux écouteront ». Sur ces paroles les Juifs se retirèrent en discutant vivement entre eux.

Cette scène de la fin du livre des Actes nous reporte au premier grand discours que nous avons de Paul au chapitre 13, et aux paroles solennelles qu’il dut adresser alors aux Juifs contredisants d’Antioche de Pisidie : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ».

Pendant les dix-sept années écoulées depuis, Paul, sans se laisser rebuter par l’opposition toujours renouvelée de ses compatriotes, s’était appliqué à s’adresser d’abord à eux pour leur annoncer Jésus dès son arrivée dans chaque ville. Il ne manqua pas de le faire une dernière fois à Rome, et là comme partout l’incrédulité des fils de son peuple le contraignit à les abandonner à leur responsabilité et à présenter l’évangile aux gentils.

Paul, prisonnier, ne pouvait plus aller porter aux autres la vérité, mais Dieu amenait vers lui bien des âmes. Durant les deux années de sa captivité il put ainsi parler à ses nombreux visiteurs du « Seigneur Jésus Christ, avec toute hardiesse et sans empêchement ». Ce séjour de l’apôtre à Rome dut être un encouragement et une source d’instruction pour les croyants de cette ville, en même temps que l’occasion de bien des appels individuels adressés à des inconvertis. C’est au cours de cette captivité que Paul écrivit les épîtres aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et à Philémon.

À l’expiration des deux ans Paul a dû être relâché, aucune preuve n’ayant pu être apportée par ses adversaires. Nous aimerions bien connaître la suite de sa vie et de son service. Mais Dieu ne nous rapporte dans la Bible que ce qui est nécessaire à la vie de nos âmes et ne se préoccupe pas de satisfaire notre curiosité.

La tradition rapporte avec beaucoup de vraisemblance que Paul fut décapité quatre ans plus tard à Rome au terme d’une seconde captivité lors des persécutions déchaînées par le cruel empereur Néron. C’est donc de cette seconde captivité que daterait la seconde épître à Timothée, la dernière que l’apôtre ait écrite.

Les détails que nous y trouvons, joints à ceux de la première épître à Timothée et de l’épître à Tite écrites entre-temps, nous permettent de penser qu’avant son martyre Paul est retourné dans les régions d’Asie et d’Europe orientale où s’était déroulée la plus grande partie de son ministère, Milet, l’île de Crête, la Troade, la Macédoine.

Paul a une place unique dans l’histoire de l’Église. Il a travaillé à la formation de l’assemblée beaucoup plus qu’aucun apôtre (1 Cor. 15. 10 ; Col. 1. 24). Le Saint Esprit nous a révélé par son moyen les plus grands mystères. Il nous apparaît dans sa vie comme un chrétien, faillible sans doute, sujet aux mêmes infirmités que nous, mais attaché au Seigneur de tout son cœur ; un chrétien qui vivait vraiment de la vie de Jésus et qui nous dit à tous : « Soyez mes imitateurs comme moi aussi je le suis de Christ ».

D’après la Bonne Nouvelle 1964