
Première épître aux Corinthiens chapitres 1, 2 et 3
Avant de suivre Paul dans les voyages qu’il allait encore entreprendre, examinons ce que la Parole nous rapporte sur l’assemblée formée à Corinthe par son ministère. Deux lettres de l’apôtre, la première et la deuxième épître aux Corinthiens nous donnent des détails intéressants sur cette jeune assemblée, et contiennent des enseignements importants sur ce que doit être, dans la pratique, la vie d’une assemblée de Dieu.
Si nous voulions entrer dans tous les sujets traités dans ces deux longues épîtres, nous nous écarterions trop longtemps de notre récit ; nous nous en tiendrons à quelques points essentiels.
Les Corinthiens convertis formaient une assemblée nombreuse. Dieu l’avait bénie ; aussi l’apôtre commence-t-il sa première épître en rendant grâces « de ce qu’ils avaient été enrichis en toute parole et en toute connaissance » et « de ce qu’ils ne manquaient d’aucun don de grâce ». Ils avaient eu le grand privilège d’être pendant dix-huit mois enseignés par l’apôtre Paul. Ils avaient ensuite bénéficié du ministère d’Apollos.
Dieu leur avait accordé à eux-mêmes les différents dons de l’Esprit et avait ainsi pourvu à tout pour la prospérité de cette assemblée. Mais au lieu de jouir humblement de tant de faveurs, les Corinthiens en tiraient vanité. Leur conduite était loin de correspondre aux connaissances dont ils se vantaient ; ils étaient en défaut sur bien des points, et l’apôtre est obligé de les reprendre. Ne sommes-nous pas souvent enclins, nous aussi, à étaler nos petites connaissances plutôt qu’à mettre en pratique la Parole du Seigneur ?
Après leur conversion les Corinthiens avaient conservé beaucoup de leurs anciennes et fâcheuses habitudes. Les Grecs, qui recherchaient la sagesse et les connaissances humaines, prétendaient suivre tel ou tel maître. Cette tendance à discuter, à soutenir et confronter des doctrines différentes, à se prévaloir d’un chef, les Corinthiens l’avaient introduite dans le christianisme. Beaucoup, se souvenant des enseignements de Paul, voulaient s’en tenir à ce seul conducteur et disaient : « Moi, je suis de Paul ». Certains, enthousiasmés par l’éloquence d’Apollos, disaient : « Moi, je suis d’Apollos ». D’autres considéraient comme chef des croyants l’apôtre Pierre (ou Céphas dans la langue parlée alors en Palestine) et ils proclamaient : « Moi, je suis de Céphas ». D’autres enfin prétendaient ne suivre que Christ seul ; mais en disant à leur tour : « Moi, je suis de Christ », ils en faisaient un chef de secte opposé à Pierre, Apollos ou Paul.
« Le Christ est-il divisé ? » doit leur demander l’apôtre. Et il les exhorte à être parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis (ch. 1. 10). Cette exhortation, il devra la leur répéter tout à la fin de sa deuxième épître : « Ayez un même sentiment » (2 Cor. 13. 11). Pourtant Paul et Apollos, serviteurs fidèles, s’étaient appliqués à manifester une entière communion dans leur service. La liberté avec laquelle Paul parle d’Apollos dans toute l’épître montre combien ils étaient liés. Ne nous arrive-t-il pas, pour des motifs personnels, sans valeur, d’avoir chacun nos préférences entre les frères qui présentent la Parole de Dieu ? Il y a là un grave danger pour l’unité pratique des croyants.
Dans sa prédication, Paul se gardait bien d’emprunter aux Grecs l’élégance de leur langage et leur argumentation persuasive. Avec simplicité, mais avec la puissance de l’Esprit, il prêchait Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Tout raisonnement, tout développement, qui auraient donné peut-être quelque importance au prédicateur, n’auraient, en revanche, qu’affaibli la puissance du divin message de la croix. Les incrédules, dans leur prétendue sagesse, taxent de folie cette prédication d’un Christ crucifié, alors que c’est la parole de salut pour ceux qui croient. Ce Christ-là est « la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (ch. 1. 24).
Paul avait prêché la Parole aux Corinthiens « dans la crainte et dans un grand tremblement » (ch. 2. 3). Il n’avait aucune confiance en lui-même et se rejetait sur le Seigneur. Mais dans sa prédication, la puissance de Dieu opérait par l’action du Saint Esprit. L’Esprit de Dieu avait révélé à Paul « les choses profondes de Dieu ». Ce même Esprit, opérant en lui, lui permettait de les communiquer aux autres et il fallait encore le travail de l’Esprit dans le cœur des Corinthiens pour recevoir ces vérités (ch. 2. 12 à 14).
« Moi, j’ai planté, dit l’apôtre, Apollos a arrosé, mais Dieu a donné l’accroissement » (ch. 3. 6). Dans cette ville de Corinthe, Paul avait amené bien des âmes au Sauveur. Apollos avait beaucoup contribué à l’avancement de ceux qui avaient cru, mais c’est Dieu qui avait opéré dans les cœurs pour les amener à croire en Jésus et pour les faire croître dans sa connaissance. Paul, qui ne se lasse pas d’enseigner aux Corinthiens l’humilité, conclut : « Celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne l’accroissement… Nous sommes collaborateurs de Dieu ».
Après avoir comparé la formation de l’assemblée à la culture d’un champ, l’apôtre l’assimile à la construction d’un édifice : « Vous êtes le labourage de Dieu, l’édifice de Dieu » (ch. 3. 9). Plusieurs fois dans d’autres épîtres, l’Assemblée nous est présentée comme la maison de Dieu. Paul, comme un sage architecte, avait posé le fondement. Toute la stabilité d’un bâtiment dépend du fondement sur lequel il repose. Quand il s’agit de l’Assemblée, le fondement, c’est Jésus Christ (ch. 3. 11).
À la suite de l’apôtre, les ouvriers de Dieu sont appelés à apporter leur contribution à l’édifice. S’ils présentent fidèlement la vérité et amènent des âmes à la connaissance réelle du Sauveur pour la vie éternelle, leur ouvrage est semblable aux matériaux de construction durables, or, argent, pierres de prix, qui sortent sans dommage de l’épreuve du feu, du jugement. Si, en répandant des doctrines vagues ou fausses, ils n’amènent les hommes qu’à la profession d’une religion sans vie, leur ouvrage est semblable à des matériaux sans consistance, bois, foin, chaume, que le feu consumera entièrement ; eux-mêmes seront sauvés s’ils ont cru au Seigneur Jésus, mais leur travail est vain ; quelle perte !
Première épître aux Corinthiens chapitres 4 à 8
Les Corinthiens étaient prompts à porter des appréciations sur les serviteurs de Dieu. L’apôtre lui-même n’échappait pas à leurs critiques. Ayant conscience du service qui lui était confié, Paul s’appliquait à l’accomplir fidèlement sans rechercher l’approbation des hommes. Il ne se fiait pas à son propre jugement, mais dépendait du Seigneur et se laissait juger par Lui.
Il dit aux Corinthiens : « Ne jugez rien avant le temps. Le Seigneur, à sa venue, mettra en lumière les choses cachées et manifestera les conseils des cœurs, et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (ch. 4. 5). Souvent nous aussi nous nous permettons de louer ou de critiquer sans discernement en oubliant la parole du Seigneur : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés », et l’avertissement de l’apôtre aux Romains : « Chacun de nous rendra compte pour lui-même à Dieu » (Rom. 14. 2).
Cette tendance à la critique était une manifestation de l’orgueil des Corinthiens et de la haute opinion qu’ils avaient d’eux-mêmes. L’apôtre leur fait remarquer : « Qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (ch. 4. 7). Parce que nous nous croyons plus intelligents, plus habiles, plus sages même qu’un autre, nous en éprouvons bien vite quelque fierté, alors que toutes nos facultés, toutes nos qualités, nous ont été données sans que nous en ayons aucun mérite.
Il semble que les Corinthiens pratiquaient un christianisme facile. On ne voit pas qu’ils aient été persécutés. Leurs concitoyens devaient les traiter avec indifférence. Eux-mêmes se complaisaient dans tout ce qui flattait leurs prétentions. Dans le même temps, l’apôtre poursuivait son service dans l’opprobre et la persécution. Lui et ses compagnons étaient « devenus comme les balayures du monde et le rebut de tous » (ch. 4. 13). Qui suivait de près le Seigneur, les Corinthiens orgueilleux qui cherchaient leurs aises, ou l’apôtre humble et persécuté ? Sentant le danger que couraient ces Corinthiens auxquels il était tellement attaché, Paul leur dit : « Je vous avertis comme mes enfants bien-aimés… Je vous supplie d’être mes imitateurs » (ch. 4. 14 et 16).
L’apôtre projetait d’aller à Corinthe si le Seigneur le lui permettait. Il désirait bien que sa lettre amène les Corinthiens à reconnaître et à abandonner leurs manquements pour qu’il n’ait pas à devoir les reprendre sévèrement de vive voix. En attendant, il leur envoyait Timothée qu’il appelle « son enfant bien-aimé ». Ce collaborateur fidèle avait pleinement compris la doctrine et la conduite de l’apôtre et pouvait utilement les rappeler à d’autres.
L’apôtre est obligé de relever un cas d’inconduite grave que les Corinthiens toléraient sans s’en préoccuper. Dans leur orgueil ils préféraient fermer les yeux sur ce scandale plutôt que de reconnaître le mal qui était parmi eux. L’apôtre leur enseigne à cette occasion, dans le chapitre 5, comment l’Assemblée doit se séparer du mal et exclure ceux qui le pratiquent.
Non seulement les Corinthiens étaient divisés sur des questions de doctrine chrétienne, mais dans les affaires courantes de la vie ils se querellaient et avaient entre eux des procès devant les tribunaux de la ville, où siégeaient comme magistrats des incrédules.
Quelle honte pour des enfants de Dieu, eux qui seront associés au Seigneur quand Il jugera le monde ! Le chrétien doit être prêt à supporter le tort qu’on lui fait et, tout au contraire, voilà des croyants qui faisaient tort à leurs frères ! Le Seigneur, enseignait à ses disciples : « Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue, droite, présente-lui aussi l’autre ; et à celui, qui veut plaider contre toi et t’ôter la tunique, laisse-lui encore le manteau » (Mat. 5. 39 et 40). Notre caractère naturel ne se prête pas à l’abandon de nos droits. Nous aimons au contraire réclamer vivement ce qui nous appartient. Pour nous encourager à une telle douceur, nous avons non seulement l’enseignement, mais l’exemple du Seigneur Jésus, l’homme humble et débonnaire, qui « lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait ne menaçait pas » (1 Pier. 2. 23).
Les Corinthiens avaient écrit à l’apôtre en lui posant bien des questions sur divers sujets, sur le mariage, sur les viandes sacrifiées aux idoles. Il existait parmi eux des situations difficiles : des hommes avaient été convertis sans que leur femme le soit, et inversement. L’apôtre donne à toutes ces questions des réponses détaillées. À cette occasion il fait ressortir que les circonstances de la vie, même celles qui paraissent de la plus grande importance, sont passagères et que ce qui compte par-dessus tout c’est l’attachement au Seigneur. Il rappelle que le Seigneur est « le sel » et que les siens ont à se séparer du mal, « glorifiant Dieu dans leur corps ».
Il souligne aussi le danger de s’occuper des vérités divines pour la satisfaction d’accroître ses connaissances. C’est une manifestation de l’orgueil. « La connaissance enfle ». La prétention de savoir montre qu’en réalité on est loin des pensées de Dieu qui nous inclinent à l’humilité ; « Si quelqu’un pense savoir quelque chose, il ne connaît rien encore comme il faut connaître ». Par contre, « l’amour édifie ». « Si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de Lui » (ch. 8. 1 à 3).
L’amour doit régler toute notre conduite. Par amour pour les autres chrétiens, nous devons éviter tout ce qui risque de les scandaliser ou de les entraîner à une chute. « Prenez garde que cette liberté que vous avez ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles » (ch. 8. 9). Un grand garçon peut être autorisé à pratiquer des jeux ou à lire des livres qui seraient dangereux pour ses jeunes frères. En la présence des petits et par amour pour eux, l’aîné renoncera à ces jeux ou à ces lectures.
C’est le grand amour de l’apôtre pour les Corinthiens qui le portait à les enseigner, à les exhorter avec tant d’insistance et même, quand il le fallait, à les reprendre sévèrement.
Première épître aux Corinthiens chapitres 9 à 14
Paul cherchait à gagner à Christ le plus grand nombre d’âmes, et pour cela il s’appliquait à entrer dans les circonstances de chacun. Il faisait « toutes choses à cause de l’évangile » (ch. 9. 23).
Les Grecs étaient de fervents amateurs de tous les spectacles sportifs. Pour employer une image familière à ses lecteurs, Paul compare le croyant à un athlète qui, soit dans la course, soit dans le combat, n’a en vue que le prix et qui, pour le remporter, renonce à tout. L’apôtre exhorte les Corinthiens à poursuivre avec une ardeur semblable la course et le combat chrétiens, pour la récompense incorruptible que le Seigneur accordera au vainqueur. Paul s’y appliquait lui-même et veillait à mettre personnellement en pratique ce qu’il enseignait.
Dans ses épîtres, l’apôtre donne plusieurs exemples tirés de l’histoire du peuple d’Israël, comme ici chapitre 10. 1 à 10. Il fait ressortir que ces récits « ont été écrits pour nous servir d’avertissement » (v. 11). Dans l’épître aux. Romains (ch. 15. 4) il dit que « toutes les choses qui ont été écrites auparavant l’ont été pour notre instruction ». Pour comprendre ces leçons des Écritures, nous avons le secours du Saint Esprit. Nous sommes heureux aussi que Paul et les autres auteurs des épîtres nous aient montré l’application à notre temps de bien des passages de l’Ancien Testament et nous aient donné la signification des types que nous y trouvons.
Plusieurs pratiques fâcheuses étaient à déplorer dans les réunions des Corinthiens. L’apôtre reprend ceux-ci et les enseigne. C’est ainsi qu’il explique que l’homme doit avoir la tête découverte quand il prie ou quand il parle au nom du Seigneur. Dans les mêmes circonstances il faut au contraire que la femme ait la tête couverte. Les cheveux ne doivent pas être coupés (ch. 11. 4 à 6). Il convient d’observer ces tenues à la réunion, comme nous avons coutume de le faire. À la maison aussi chaque enfant doit avoir une tenue respectueuse et être attentif pendant la lecture de la Bible et la prière.
Au sujet des réunions, l’apôtre traite deux sujets très importants :
– Le premier est la cène dominicale (ou repas du Seigneur) où les rachetés, réunis, « mangent le pain et boivent la coupe du Seigneur ».
Au chapitre 10. 14 à 22, il en parle en rapport avec la communion, c’est-à-dire la jouissance en commun de leurs bénédictions. Prendre un repas ensemble, être à table ensemble, exprime cette communion bénie à laquelle ils sont appelés, communion des uns avec les autres, communion au sang et au corps de Christ. En participant à « un seul pain » ils proclament que tous les croyants font partie d’« un seul corps », le corps de Christ. Beaucoup, sans doute, sont dispersés ; certains ignorent cette unité ; mais ceux qui « rompent le pain » sont heureux de ressentir et de publier, en le faisant, qu’ils sont unis à tous les vrais chrétiens, en ce seul corps dont Christ est la tête.
Mais ils ne sont pas seulement à table ensemble ; réunis au nom du Seigneur, ils sont à table avec Lui, à « la table du Seigneur ». Or le Seigneur est saint, ses droits doivent être reconnus là ; le mal ne peut y être toléré, il faut s’en séparer. Les chrétiens de Corinthe risquaient de ne pas avoir rompu avec leurs anciennes habitudes et, à l’occasion, de prendre place à une table de sacrifices offerts à une idole. Ils se seraient ainsi associés au culte païen, le culte des démons. L’apôtre leur montre qu’il est impossible d’avoir part à la fois à un tel culte et à la communion exprimée à la table du Seigneur.
– Ensuite, au chapitre 11. 20 à 34, l’apôtre parle de la manière de célébrer la cène. Les Corinthiens se réunissaient pour un repas fraternel, à la suite duquel ils prenaient la cène. Mais ces rencontres se déroulaient de façon regrettable. Chacun apportait son propre repas ; les uns mangeaient et buvaient à l’excès ; d’autres, pauvres, n’avaient pas de quoi satisfaire leur faim. L’apôtre les blâme et leur rappelle ce qu’il leur avait déjà enseigné.
La façon dont la cène a été instituée est d’une telle importance qu’il l’avait reçue-par révélation directe du Seigneur, indépendamment de la relation que pouvaient lui en avoir fait les disciples qui y avaient assisté : « Le Seigneur Jésus, la nuit qu’il fut livré, prit du pain, et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». De même il prit la coupe aussi, après le souper, en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain, et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ».
C’est la nuit même où il fut livré que le Seigneur. Jésus a institué, pour le temps de son absence, ces signes visibles qui placent devant nous sa mort, son corps offert en sacrifice, son sang versé. Lui-même a demandé que les siens mangent le pain, boivent à la coupe en mémoire de Lui. En répondant à son invitation ses rachetés se souviennent ainsi avec adoration de leur Sauveur mourant pour eux sur la croix et ils annoncent publiquement cette mort, « la mort du Seigneur ».
Ce service infiniment précieux se renouvelle jusqu’au retour du Seigneur : dès lors nous n’aurons plus besoin de ce souvenir de Lui, car nous l’aurons Lui-même devant nous pour toujours. Le second point est l’édification de l’assemblée. En effet, de graves désordres se produisaient aussi parmi les Corinthiens quand ils se réunissaient pour s’édifier mutuellement.
Ils avaient reçu les divers dons de l’Esprit, et entre autres la puissance miraculeuse de guérir les malades, au nom du Seigneur Jésus, ainsi que le don des langues, qui permettait de s’exprimer en langues étrangères sans les avoir apprises, comme cela s’était produit à la Pentecôte à Jérusalem quand le Saint Esprit était descendu sur l’Assemblée (Act. 2) et sans même les comprendre. Toujours préoccupés de leur propre importance, les Corinthiens rivalisaient pour se mettre en relief dans l’exercice de ces dons, accordés pour montrer aux incrédules la puissance de Dieu accompagnant la prédication de l’évangile ; par contre ils négligeaient des dons moins visibles mais de plus grande utilité pour l’édification ou la conduite de l’assemblée.
L’apôtre met tout à sa place : les manifestations de l’Esprit sont accordées à chacun « en vue de l’utilité » (ch. 12. 7).
Comme chaque membre du corps humain a sa fonction propre, qu’un autre membre ne peut remplir à sa place, chaque membre du corps du Christ a son don de grâce particulier et doit remplir le service pour lequel Dieu l’a qualifié, à la place que Dieu lui a assignée. Les membres du corps sont solidaires les uns des autres. Le corps tout entier profite de l’activité de chacun de ses membres ou souffre de ses défaillances ; tout entier il ressent les joies ou les peines qui affectent chacun.
Parmi les dons de grâce que Dieu a placés dans l’Assemblée, l’apôtre cite en premier lieu le don des apôtres qui ont posé le fondement et dont le ministère subsiste par les épîtres du Nouveau Testament, celui des prophètes qui parlent de la part de Dieu « pour l’édification, l’exhortation et la consolation » (ch. 14. 3), puis celui des docteurs qui enseignent la vérité (ch. 12. 28). Nous avons déjà vu le don de prophète exercé par Judas et Silas dans l’assemblée à Antioche (Act. 15. 32). Au début et à la fin du chapitre 14, l’apôtre exhorte les Corinthiens à désirer ce don (v. 1 et 39).
Mais Paul insiste sur ce que les dons les plus grands ne peuvent s’exercer utilement que dans l’amour. Relisez avec attention le chapitre 13, ce chapitre bien court où l’apôtre nous montre que toute capacité, toute activité, tout renoncement même, sont vains s’ils ne sont pas inspirés par l’amour. C’est l’amour qui donne sa valeur à tout dans notre vie. Nous avons vu comment, chez les Thessaloniciens, la vie de Christ se manifestait par la foi, l’amour et l’espérance. Bientôt la foi sera changée en vue, l’espérance sera comblée, mais « l’amour ne périt jamais ».
Dans le chapitre 14 l’apôtre donne des instructions détaillées, motivées sans doute par les manquements des Corinthiens : les prophètes qui ont quelque chose à dire de la part du Seigneur doivent parler à tour de rôle et non en même temps ; à chaque réunion il suffit que deux ou trois frères seulement prennent la parole ; il faut que ce qui est dit puisse être compris de tous ; les femmes doivent se taire dans l’assemblée. Deux exhortations résument cet enseignement : « Que tout se fasse pour l’édification » (v. 26) ; « Que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre » (v. 40).
Première épître aux Corinthiens chapitres 15 et 16
Les Corinthiens s’étaient écartés de l’enseignement de l’apôtre au point que certains en étaient arrivés à nier la résurrection. Nous avons vu la surprise et les moqueries qu’avait provoquées Paul à l’Aréopage d’Athènes en parlant de la résurrection des morts. C’était là une notion tout à fait étrangère aux païens. Tout en professant le christianisme, certains Corinthiens se laissaient influencer par leurs anciens préjugés. Au chapitre 15 l’apôtre établit les témoignages de la résurrection de Christ, développe l’importance de la résurrection, et révèle comment celle-ci aura lieu.
Christ est mort pour nos péchés. Il a été enseveli. Les hommes pensaient en avoir fini avec Lui. Mais le troisième jour Il a été ressuscité. Sa mort et sa résurrection ont accompli ce qu’avaient annoncé les Écritures de l’Ancien Testament.
Sa résurrection est affirmée par de nombreux témoins. Dès le matin où Il est sorti du tombeau, et pendant quarante jours, Il s’est présenté lui-même vivant aux siens. Il a mangé en leur présence. Il été vu par plus de cinq cents frères à la fois. Paul apporte lui-même son propre témoignage. C’est le Seigneur ressuscité qui lui est apparu sur le chemin de Damas.
Paul et les apôtres prêchaient la résurrection de Christ, et les Corinthiens y avaient cru. Comment certains, maintenant, pouvaient-ils prétendre que les morts ne ressuscitent pas ? Ces incrédules n’osaient peut-être pas appliquer leur négation à Christ lui-même, mais Paul montre comment tout est lié dans cette vérité de la résurrection : « Si les morts ne ressuscitent pas, Christ n’a pas été ressuscité non plus, vous êtes dans vos péchés, votre foi est vaine » (1 Cor. 15. 17).
« Mais maintenant Christ a été ressuscité d’entre les morts » (v. 20). C’est l’affirmation victorieuse que Paul est pressé de lancer en réponse aux objections des incrédules, et il développe les conséquences de ce fait d’une portée infinie. Il n’y a pas seulement une résurrection finale des morts au dernier jour, à laquelle croyaient les Juifs, mais dès maintenant le pouvoir de la mort est brisé. Dieu a appelé son Fils hors du sépulcre, hors du séjour des morts. Cette même délivrance est acquise à tous ceux qui ont en eux, par la foi, la vie de Jésus.
La puissance de Dieu qui ressuscite les morts s’était déjà déployée en d’autres occasions. Dans l’Ancien Testament nous trouvons plusieurs exemples de résurrection (1 Rois 17. 22, 2 Rois 4. 35, 2 Rois 13. 21), Le Seigneur Jésus, sur la terre, avait ramené à la vie le fils de la veuve de Naïn, la fille de Jaïrus, Lazare. Seulement c’étaient là des résurrections pour la terre, un sursis accordé par la miséricorde de Dieu, et ceux qui en ont bénéficié ont dû de nouveau passer par la mort. Tandis que Jésus, par sa résurrection, a ouvert un chemin entièrement nouveau : Il a été ressuscité pour le ciel où Il fut élevé après les quarante jours de sa manifestation aux disciples.
Les siens sont associés à Lui, participent à sa vie, et ceux qui se sont endormis en Lui ressuscitent d’entre les morts, comme Lui, pour le ciel. Mais Lui est appelé à deux reprises « les prémices » (v. 20 et 23), c’est-à-dire à la fois le premier de cette résurrection pour le ciel de Christ, et celle des siens à sa venue est appelée la première résurrection. « Bienheureux et saint celui qui a part à la première résurrection » (Apoc. 20. 6). Y ont part les saints de l’Ancien Testament et les croyants de l’Église, ressuscités ensemble quand Jésus viendra nous prendre, et aussi les martyrs qui auront été mis à mort après l’enlèvement de l’Église et qui seront ressuscités au début du règne de Christ de mille ans.
Puis, à la fin, quand cette terre disparaîtra, entièrement consumée, les incrédules ressusciteront tous pour comparaître en jugement devant le grand trône blanc et pour être « jetés dans l’étang de feu et de soufre » (Apoc. 20).
Mais comment les morts ressuscitent-ils ?
À la mort, l’âme est séparée du corps ; l’âme des rachetés va auprès du Seigneur et jouit de sa présence ; le corps retourne à la poussière d’où il a été tiré.
À la résurrection, l’âme retrouve le corps. Mais le corps de notre vie terrestre ne pourrait entrer dans la gloire du ciel. « La chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu » (v. 50). Aussi, de notre corps corruptible tombé en poussière, Dieu tirera un corps glorieux, comme d’une graine mise en terre tombée en pourriture sort une plante qui porte feuilles, fleurs et fruits.
Ainsi, à la venue du Seigneur, les morts en Christ ressusciteront avec des corps semblables au corps de notre Seigneur ; les corps des croyants vivant encore sur la terre seront de même transformés et, comme nous l’avons déjà vu au chapitre 4 de la première épître aux Thessaloniciens, tous ensemble, croyants endormis ressuscités, croyants encore vivants transmués, nous serons ravis ensemble dans le ciel pour être toujours avec le Seigneur.
« En un instant, en un clin d’œil, les morts seront ressuscités incorruptibles et nous, nous serons changés… La mort sera engloutie en victoire… Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (v. 52, 54 et 57).
Que de riches enseignements dans cette première épître aux Corinthiens ! L’apôtre écrivait cette lettre avant d’aller lui-même à Corinthe. Timothée devait l’y précéder et Paul le recommande comme un ouvrier qui s’employait à l’œuvre du Seigneur comme lui-même (ch. 16. 10).
Paul avait vivement engagé Apollos à se rendre à Corinthe. Il était loin de prendre ombrage de l’estime portée à cet éloquent prédicateur. Mais Apollos n’avait pas cru devoir faire alors ce voyage (ch. 16. 12). Il estimait sans doute avec sagesse, que ce n’était pas le moment de visiter une assemblée où certains se réclamaient de son nom dans un esprit de parti. Ainsi Paul et Apollos opposaient la même humilité et la même recherche de la paix aux dissensions orgueilleuses des Corinthiens.
L’apôtre formule encore quelques exhortations pressantes : « Veillez, tenez ferme dans la foi ; soyez hommes, affermissez-vous. Que toutes choses parmi vous se fassent dans l’amour » (ch. 16. 13 et 14).
Cette lettre de reproches, écrite « dans une grande affliction, avec un serrement de cœur et beaucoup de larmes » (2 Cor. 2. 4), Paul la termine par d’affectueuses salutations et par cette expression si touchante : « Mon amour est avec vous tous dans le Christ Jésus ».
Seconde épître aux Corinthiens chapitres 1 à 7
L’apôtre, ne pouvant aller lui-même à Corinthe, y avait envoyé l’un de ses compagnons, Tite. Celui-ci était un croyant d’origine grecque que Paul avait déjà pris avec lui quand il était monté à Jérusalem avec Barnabas pour la rencontre relatée au chapitre 15 des Actes (Gal. 2. 1). Paul l’appelle « mon frère » (2 Cor. 2. 13), « mon associé et mon compagnon d’œuvre » (2 Cor. 8. 23) et plus tard « mon véritable enfant dans la commune foi » (Tite 1. 4). Tite était plein d’affection et de zèle pour les Corinthiens (2 Cor. 7. 15 ; 8. 16), et par suite bien qualifié pour la mission que l’apôtre lui confiait.
Paul était anxieux de savoir l’effet qu’auraient produit sur les Corinthiens les remontrances de sa première lettre, et il lui tardait de revoir Tite pour en être informé. Il comptait que celui-ci le rejoindrait dans la Troade où il était venu annoncer l’évangile et où le Seigneur bénissait sa prédication. Comme Tite tardait, l’apôtre, pressé de le retrouver, passa en Macédoine où ils se rencontrèrent enfin.
Tite apportait à Paul de bonnes nouvelles. Les Corinthiens avaient été sensibles aux reproches mérités de la première épître et en avaient été attristés jusqu’aux larmes ; la plupart d’entre eux s’étaient repentis et avaient témoigné une affection ardente pour l’apôtre. Ayant retrouvé plus de liberté avec cette assemblée pour laquelle il avait tant de sollicitude, Paul lui adresse une nouvelle lettre, la seconde épître aux Corinthiens.
Toute la période qui venait de s’écouler avait été pour l’apôtre un temps de grande affliction. À son anxiété touchant les Corinthiens s’ajoutaient des persécutions si intenses qu’il est amené à écrire : « Nous avons été excessivement chargés, au-delà de nos forces, de sorte que nous avons désespéré même de vivre » (ch. 1. 8).
Mais ces épreuves portaient leur fruit. Dans ses profondes détresses Paul avait abondamment éprouvé les consolations de Dieu qui faisaient jaillir de son cœur de ferventes louanges : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (ch. 1. 31). Ces expériences l’avaient formé, pour qu’il puisse à son tour apporter les consolations de Dieu aux autres affligés (ch. 1. 4).
Les dangers qu’il traversait stimulaient sa foi : « afin que nous n’eussions pas confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts, qui nous a délivrés d’une si grande mort et qui nous délivre ; en qui nous espérons qu’il nous délivrera aussi encore » (ch. 1. 9 et 10). Le risque continuel d’être mis à mort pour le Seigneur le détachait de la terre et contribuait à le faire vivre uniquement de la vie de Christ : « Nous avions en nous-mêmes la sentence de mort » (ch. 1. 9). « Nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle » (ch. 4. 11).
Paul s’était d’abord proposé de passer à Corinthe en allant en Macédoine. Mais n’ayant pas encore appris l’effet produit par sa première lettre, et craignant d’avoir à user de sévérité envers les Corinthiens, il avait différé cette visite pour les épargner (ch. 1. 23). Ces changements de programme ne résultaient pas de décisions prises à la légère mais montraient que tout en lui se faisait dans l’amour. En tout cas, s’il risquait d’y avoir dans sa conduite une apparence d’inquiétude, il s’empresse d’affirmer la certitude absolue de l’évangile qu’il prêchait et la fermeté de toutes les promesses de Dieu en Christ (ch. 1. 19 et 20).
Paul est amené à parler longuement aux Corinthiens de son service, et donne à cette occasion les caractères d’un vrai ministère pour Dieu. Les Corinthiens étaient eux-mêmes la preuve que la puissance du Saint Esprit opérait par le moyen de l’apôtre. Cette assemblée nombreuse, fruit de son travail de dix-huit mois dans une grande ville païenne, était comme une lettre vivante attestant que Paul était un fidèle ouvrier du Seigneur.
Mais Paul ne s’attribue aucun mérite : « Notre capacité vient de Dieu » (ch. 3. 5). « Nous avons ce ministère comme ayant obtenu miséricorde » (ch. 4. 1). Il persévérait dans le service du Seigneur sans se lasser. Il s’appliquait à mettre en lumière devant les hommes toute la vérité telle qu’elle lui avait été révélée. Sa prédication faisait ressortir la gloire du Seigneur Jésus (ch. 4. 1 à 6).
II ne pouvait pas garder pour lui-même ce que sa foi avait saisi. Il déclare : « Nous croyons, c’est pourquoi aussi nous parlons » (ch. 4. 3). Dans sa première épître il avait déjà écrit : « Malheur à moi si je n’évangélise pas » (ch. 9. 16). Le Seigneur avait bien dit : « De l’abondance du cœur la bouche parle » (Mat. 12 et Luc 6). Notre cœur est-il assez occupé du Seigneur pour nous pousser à parler de Lui à ceux qui nous entourent ?
Paul ne se laissait pas décourager par les difficultés. Les souffrances pouvaient ruiner son corps – son âme était fortifiée de jour en jour (ch. 4. 16). Les grandes afflictions qu’il traversait, il les appelle « notre légère tribulation d’un moment », parce qu’il met en regard le « poids éternel de gloire » qui en était la conséquence. Il met en contraste les circonstances extérieures de la vie présente, « les choses qui se voient et ne sont que pour un temps » et les réalités divines qu’avait saisies sa foi, « les choses éternelles qui ne se voient pas » (ch. 4. 17 et 18). « Nous marchons par la foi, non par la vue » dit-il plus loin (ch. 5. 7).
Notre corps terrestre n’est qu’une « tente », que la demeure passagère, fragile de l’âme. Mais l’apôtre affirme comme une certitude absolue pour le croyant que si ce corps périssable est détruit, nous revêtirons à la résurrection un corps glorieux appelé : « un édifice, une maison éternelle dans les cieux » (ch. 5. 1). Paul désirait avec ardeur d’avoir revêtu ce corps céleste pour jouir sans entraves de la vie divine dans la gloire (v. 2 et 4) – mais en attendant il s’appliquait avec ardeur à être agréable au Seigneur (v. 9). Quel beau programme, pour tout racheté de Jésus, si jeune soit-il : s’appliquer avec ardeur à Lui être agréable ! C’est dans les actes de la vie que nous pouvons chercher à plaire au Seigneur, si vraiment nous L’aimons.
Paul persuadait les hommes de croire à l’évangile, stimulé par la pensée du jugement qui les attend, comme il connaissait combien le Seigneur doit être craint. En même temps, il était étreint par l’amour du Christ qui est mort pour tous (ch. 5. 12 et 14).
Dieu lui-même, dans la Personne du Seigneur Jésus sur la terre, était venu offrir la paix aux hommes, ses ennemis. Les hommes n’en ont pas voulu ; Christ a été rejeté et est remonté auprès du Père. Mais maintenant Dieu envoie ses serviteurs, comme des ambassadeurs pour apporter encore un message de paix. L’apôtre suppliait les hommes au nom de Christ : « Soyez réconciliés avec Dieu » (ch. 5. 19 et 20). La paix a été faite par Christ à la croix quand Dieu a fait tomber sur Lui, le Juste, le châtiment dû à notre péché (ch. 5. 21).
Seconde épître aux Corinthiens chapitres 8 à 13
Les chrétiens qui habitaient en Judée, c’est-à-dire à Jérusalem et dans le pays environnant, étaient généralement pauvres. Dès les débuts de l’Assemblée, il avait fallu secourir les veuves (Act. 6). Au cours des persécutions, les biens des croyants hébreux leur avaient été enlevés (Héb. 10. 34). Nous avons déjà vu au chapitre 11 des Actes, que les chrétiens d’Antioche avaient envoyé de l’argent aux frères de Judée par le moyen de Barnabas et de Saul. Quelques années plus tard, au moment où il écrivait la seconde épître aux Corinthiens, Paul se proposait de retourner à Jérusalem et il engageait les assemblées qu’il visitait à préparer un secours, que lui et ses compagnons porteraient en Judée pour les besoins des pauvres.
Il avait fait part de ce projet aux Corinthiens depuis quelque temps et le leur avait rappelé à la fin de sa première épître (ch. 16. 1 à 4). Eux s’étaient montrés bien disposés, à participer à cette œuvre ; si bien qu’au cours de ses voyages l’apôtre avait pu annoncer aux autres assemblées, et en particulier à celles de la Macédoine, que les Corinthiens étaient prêts pour cet envoi depuis l’année précédente. Cette nouvelle avait stimulé la libéralité de l’ensemble des frères.
Au moment où il allait se rendre à Corinthe et prendre en charge ce qui avait été recueilli, Paul, qui connaissait l’inconstance des Corinthiens, prompts à vouloir, mais vite lassés, craignait qu’en fait leur contribution ne soit faible, et dans sa seconde lettre, il juge nécessaire de ranimer leur zèle.
Il cite en exemple le dévouement que les assemblées de Macédoine avaient apporté à ce service. Ces chrétiens traversaient de lourdes épreuves, et leur pauvreté était grande. Malgré cela ils avaient tenu spontanément à participer à cette collecte de fonds et avaient donné, dit l’apôtre, « au-delà même de leur pouvoir » (ch. 8. 3). Pour bien montrer l’importance qu’ils attachaient à cette entraide fraternelle, ils avaient insisté pour que l’apôtre veuille bien se charger de leurs dons. Ce que Paul aimait à discerner dans cet élan de charité, c’est que ces Macédoniens s’étaient donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur par la volonté de Dieu » (ch. 8. 5).
Et en effet, il faut premièrement nous donner nous-mêmes au Seigneur. « Mon fils, donne-moi ton cœur » nous demande-t-Il (Prov. 23. 26). Et ensuite nous pourrons mettre à son service, au service des siens ce que nous possédons.
Si quelques-uns de ces Macédoniens qui avaient montré une telle générosité, avaient accompagné Paul à Corinthe et n’avaient pas trouvé les Corinthiens prêts, quelle confusion pour les Corinthiens et pour l’apôtre lui-même ! Aussi n’hésite-t-il pas à réveiller leur intérêt pour cette collecte. Il ne veut pas imposer une charge aux Corinthiens au profit des croyants de Judée ; mais il désire que l’amour s’exerce entre tous les enfants de Dieu et que, sans distinction de pays ou d’origine, les riches viennent en aide aux pauvres afin que personne ne soit dans le besoin.
Et il savait bien que dans la riche cité de Corinthe, même si les croyants n’appartenaient pas aux classes élevées de la société, il y avait beaucoup plus de ressources que chez les pauvres Macédoniens pour secourir les frères de Judée plus pauvres encore.
Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous habitons dans des pays où la vie est facile ; il nous appartient d’apporter quelque aide aux chrétiens qui vivent dans des pays moins favorisés, et de pourvoir aux besoins des ouvriers du Seigneur qui y travaillent. Les plus grands d’entre vous peuvent lire avec profit les « Lettres sur l’Œuvre du Seigneur ». Ils y trouveront la manifestation pratique de la communion et de l’amour qui nous lient à tant de frères et sœurs en Christ éloignés, et sans doute aussi quelques sujets de prières.
Tite qui venait de rejoindre l’apôtre, tout heureux de la visite qu’il avait faite à Corinthe, était prêt à retourner pour encourager les croyants à la générosité. Tout en consentant, dans son amour pour les frères de Judée, à se charger de ce service matériel, lui, le grand apôtre des nations, Paul tenait à partager cette mission avec des envoyés des assemblées pour réaliser une pleine communion avec les donateurs et pour éviter toute critique. Il nous est difficile d’imaginer le poids que représentait alors le transport de sommes importantes sur d’aussi longues distances et à quels dangers supplémentaires l’apôtre s’exposait ainsi. Mais rien ne l’arrêtait quand il s’agissait du bien de ses frères.
Comme toujours dans ses exhortations, l’apôtre place devant les fidèles le modèle parfait, le Seigneur Jésus : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus. Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que, par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (ch. 8. 9). Quel exemple nous a donné notre Seigneur !
Lui, le Créateur des mondes, le possesseur de toutes choses, a voulu être ici-bas « le pauvre ». À sa naissance Il n’eut pour berceau qu’une crèche ; Il n’avait pas un lieu où reposer sa tête ; des femmes devaient l’assister de leurs biens. Dans cette pauvreté volontaire, Il est venu nous apporter les immenses richesses de la grâce de Dieu.
Oui, pour nous enrichir
Du ciel, de toi-même,
Tu daignas t’appauvrir,
Toi le Dieu suprême.
N’est-il pas digne qu’en, retour nous mettions à son service « nos jours, nos biens, nos corps, nos cœurs » ? Nous pouvons Le servir en servant les siens. Ainsi que les Macédoniens, estimons comme un privilège de pouvoir faire part de nos biens. Nous donnerons alors, non par contrainte, mais promptement et de bon gré, « car Dieu aime celui qui donne joyeusement » (ch. 9. 7). Le Seigneur Jésus lui-même a dit : « Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Act. 20. 35).
Dieu ne reste d’ailleurs le débiteur de personne. « Celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement » (ch. 9. 6). « Qui use de grâce envers le pauvre, prête à l’Éternel et il lui rendra son bienfait » (Prov. 19. 17). « Qui donne au pauvre ne manquera de rien » (Prov. 28. 27). Nous ne saurions nous habituer trop jeunes à donner joyeusement pour l’amour du Seigneur.
Non seulement la bienfaisance comble les besoins matériels d’enfants de Dieu dans la disette, mais elle produit dans leurs cœurs des actions de grâces et des prières pour ceux qui les ont secourus et elle raffermit les liens de l’amour fraternel (ch. 9. 12 à 14).
Par-dessus tous les sujets de reconnaissance que notre Dieu nous accorde, pensons toujours au don suprême qu’Il nous a fait en nous donnant Jésus, son propre Fils (ch. 9. 15).
Parmi les Corinthiens, quelques-uns osaient encore critiquer Paul et discuter son autorité. Avant de terminer cette seconde épître, l’apôtre se voit ainsi dans la pénible obligation de justifier son ministère. Il ne le fait pas pour sa propre réputation mais parce que, dans l’intérêt même des Corinthiens, il était nécessaire que tout soit mis au point et que ses détracteurs soient démasqués comme « de faux apôtres et des ouvriers trompeurs » (ch. 11. 13). Il était pénible à l’apôtre de parler de lui-même. Contraint de le faire, il traite un tel sujet de « folie ».
Mais c’est une occasion pour le Saint Esprit de nous donner, au chapitre 11 versets 23 à 27, un résumé saisissant des souffrances que Paul a endurées pour l’Évangile. Elles dépassent de beaucoup ce que nous rapporte le livre des Actes. Aux persécutions successives que subissait l’apôtre s’ajoutaient continuellement « sa sollicitude pour toutes les assemblées » et la part qu’il prenait aux exercices de chaque croyant (ch. 11. 28 et 29).
Paul avait eu des révélations extraordinaires. Il était, comme nous tous, en danger de s’enorgueillir de ce que Dieu lui avait accordé. Pour le garder dans l’humilité, Dieu l’avait affligé d’une infirmité dont nous ne connaissons pas la nature. Paul avait supplié trois fois le Seigneur pour que cette infirmité, cette « écharde », lui soit enlevée. Le Seigneur lui a répondu, non en ôtant l’écharde, mais en lui adressant ces paroles si précieuses : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ». Depuis lors, combien de croyants ont été consolés et affermis en relisant, et en s’appropriant la réponse du Seigneur à Paul : « Ma grâce te suffit » !
Paul termine cette seconde lettre aux Corinthiens par le souhait le plus complet de toutes ses épîtres : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, et l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit, soient avec vous tous » (ch. 13. 13).
Paul à Éphèse
Après nous être arrêtés sur les deux épîtres de Paul aux Corinthiens, nous allons reprendre dans le livre des Actes le récit du service de l’apôtre.
Nous avons vu qu’au retour de son deuxième grand voyage missionnaire, il avait visité l’assemblée de Jérusalem et était revenu ensuite à son point de départ, Antioche de Syrie. Il séjourna là quelque temps puis repartit pour un troisième grand voyage (Act. 18. 22 et 23).
Il retourna d’abord dans les contrées d’Asie Mineure où il avait déjà beaucoup travaillé pour le Seigneur. Il traversa successivement la Galatie et la Phrygie, visitant les assemblées et fortifiant les disciples. Il parcourut ainsi de nouveau ces régions de l’intérieur de l’Asie Mineure appelées au début du chapitre 19 : « les contrées supérieures », parce qu’elles constituent un plateau accidenté d’une altitude souvent voisine de 1000 mètres. Il parvint enfin à Éphèse près de la côte ouest.
Éphèse était alors l’une des belles villes de l’Empire romain. Dotée d’un port très actif sur la mer Égée, elle était la capitale de la province appelée l’« Asie » qui occupait le sud-ouest de l’Asie Mineure. De cette importante cité antique il ne reste plus maintenant qu’un amas de ruines.
Paul n’avait fait auparavant qu’une courte halte à Éphèse quand il y avait laissé Aquilas et Priscilla, et il avait lui-même poursuivi son voyage vers Jérusalem (Act. 18. 19 à 21). Environ trois ans plus tard, lorsqu’il avait traversé pour la première fois la Phrygie et la Galatie, l’Esprit Saint ne lui avait pas permis d’annoncer la parole en Asie (Act. 16. 6). Maintenant il allait passer à Éphèse trois années consécutives consacrées à servir continuellement le Seigneur et les siens (Act. 20. 31) ; et il allait prêcher l’évangile avec une continuité telle que « tous ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la parole du Seigneur » (Act. 19. 10). En se laissant diriger par le Saint Esprit, l’apôtre accomplissait ainsi sa tâche de serviteur docile, au moment et au lieu choisis par la sagesse de Dieu.
Paul trouva à Éphèse une douzaine de disciples, à qui il fut amené à poser cette question : « Avez-vous reçu l’Esprit Saint après avoir cru ? » Ces hommes avaient été baptisés du baptême de Jean et ne connaissaient que son enseignement. Ils attendaient encore Christ sur la terre, et le Saint Esprit que Christ devait communiquer. Paul les enseigna et leur dit : « Jean a baptisé du baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus ».
Jean appelait les hommes à se repentir pour avoir part au royaume que le Messie allait établir. Il disait « Moi je vous baptise d’eau pour la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi… lui vous baptisera de l’Esprit Saint » (Mat. 3. 11). Or Jésus, le roi annoncé par Jean, a été rejeté et son règne glorieux n’a pas pu être établi ; Lui-même a été mis à mort. Mais, par sa mort sur la croix, Il a expié les péchés de ceux qui croient en Lui.
Maintenant la repentance et la foi en Jésus ne nous ouvrent pas l’accès à un royaume sur la terre, mais nous donnent le salut éternel et nous introduisent dans l’Assemblée constituée par tous les rachetés. Et le Saint Esprit a été non pas donné par Christ vivant sur terre, mais envoyé par Christ glorifié dans le ciel (Act. 2. 32 et 33).
Ces hommes d’Éphèse, ayant reçu les paroles de l’apôtre, furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains. Comme nous l’avons déjà vu, ce geste est une marque d’association ; dans le cas présent il marquait aussi l’autorité de l’apôtre. L’Esprit Saint vint aussitôt sur ces croyants, et sa présence se manifesta de façon visible : ils parlèrent en langues et prophétisèrent.
Nous n’assistons plus maintenant aux déploiements miraculeux de puissance du Saint Esprit qui accompagnaient la prédication de la Parole au début du christianisme (Héb. 2. 3 et 4). Mais, comme alors, le Saint Esprit habite dans l’Assemblée et dans chaque croyant individuellement ; il est le sceau que Dieu met sur ceux qui Lui appartiennent.
Paul, selon la coutume qui lui était chère, entra dans la synagogue d’Éphèse pour annoncer Jésus aux Juifs. Il parlait avec hardiesse du royaume de Dieu et s’appliquait à persuader ses auditeurs. Il put continuer cette prédication pendant trois mois puis fut en butte à l’opposition de Juifs endurcis et rebelles. Il dut alors marquer la séparation du christianisme d’avec le judaïsme. Il quitta la synagogue, prit à part ceux qui avaient cru et poursuivit pendant deux ans son enseignement dans l’école appartenant à un Grec nommé Tyrannus.
L’évangile se répandit de là dans toute la province de l’Asie. Dieu confirmait la prédication de l’apôtre par des miracles extraordinaires : il suffisait d’appliquer aux malades et aux démoniaques des mouchoirs ou des tabliers que Paul avait touchés, pour les guérir de leurs maladies ou les délivrer des mauvais esprits. La puissance de l’Esprit Saint se déployait en signes et en prodiges pour appuyer la Parole de Dieu et préparer les hommes à la recevoir. Par ces miracles de grâce, les malades étaient délivrés des conséquences corporelles du péché. Mais c’est la Parole agissant sur la conscience, reçue avec foi dans le cœur, qui apporte à l’âme le salut. C’est ainsi que nous voyons dans les évangiles le Seigneur dire à ceux qu’Il avait guéris : « Ta foi t’a sauvé… tes péchés sont pardonnés ».
Certains Juifs qui parcouraient le pays prétendaient chasser les démons par des pratiques ou des formules magiques. Voyant les miracles opérés par Paul au nom du Seigneur Jésus, ils essayèrent eux aussi d’user de ce nom et ils s’adressaient aux hommes possédés par un esprit malin, en disant : « Je vous adjure par Jésus que Paul prêche ». Un des principaux sacrificateurs nommé Scéva avait sept fils qui agissaient ainsi.
Mais si le Seigneur est prêt à répondre avec puissance à la foi des croyants qui l’invoquent en vérité, Il ne laisse pas les hommes impies user à la légère de son nom pour affirmer leurs prétentions. Le démon que les fils de Scéva tentaient de chasser leur répondit : « Je connais Jésus et je sais qui est Paul, mais vous qui êtes-vous ? » L’homme possédé par le démon se jeta sur eux, les maltraita et ils durent s’enfuir nus et blessés. Ce fait fut bientôt connu dans toute la ville. Il montrait combien grand est le nom du Seigneur Jésus, et tous en furent saisis de crainte.
Plusieurs de ceux qui avaient cru s’étaient adonnés, avant leur conversion, à des sciences occultes qui faisaient intervenir les puissances surnaturelles. Ils apportèrent leurs livres de magie et les brûlèrent devant tous. À cette époque, tous les écrits devaient être recopiés à la main, et ces livres représentaient une grande fortune, cinquante mille pièces d’argent. Mais ceux qui les brûlaient en faisaient volontiers la perte en détruisant sans retour ce qui les avait égarés autrefois et pouvait être en piège à d’autres. C’est ainsi qu’il faut abandonner résolument tout ce qui risque de nous détourner du Seigneur.
Le tumulte d’Éphèse
Le service que Paul devait accomplir à Éphèse touchait à sa fin et l’apôtre se proposait de passer en Macédoine et en Grèce. C’est vers cette époque qu’il écrivit la première épître aux Corinthiens et nous avons vu que l’état de l’assemblée de Corinthe le préoccupait beaucoup. Paul formait d’autres projets pour la suite : il désirait retourner une fois de plus à Jérusalem et espérait se rendre ensuite à Rome et même en Espagne. Mais Dieu, dans sa sagesse, préparait le chemin de son serviteur.
Paul avait déjà envoyé en Macédoine deux de ses compagnons, Timothée et Éraste. Lui-même resta quelque temps encore en Asie. Il ne pouvait quitter qu’à regret ce champ de travail où il avait été richement béni. Dieu allait permettre de graves événements qui devaient hâter son départ d’Éphèse.
Le séjour de Paul dans cette ville semble avoir été jusque-là exempt de grandes persécutions, mais avant son départ l’ennemi allait provoquer une violente opposition à l’évangile.
Il existait à Éphèse un temple célèbre dédié à l’une des nombreuses fausses divinités de l’Antiquité, la déesse Diane ou Artémis. À son sujet comme sur tous les autres faux dieux, des récits fabuleux avaient été imaginés. On racontait que sa statue était autrefois tombée du ciel. Ces croyances grossières, le culte rendu aux idoles, les superstitions entretenues par les prêtres étaient une offense permanente au vrai Dieu.
Satan maintenait les peuples païens dans l’aveuglement, en liant la pratique de ces religions à des intérêts matériels. Le culte de Diane attirait de nombreux pèlerins de l’Asie Mineure et de la Grèce, et cette affluence de visiteurs était pour la ville d’Éphèse une source de prospérité.
Un orfèvre nommé Démétrius fabriquait de petites reproductions en argent du temple de Diane, et ce travail procurait un grand profit à tous les artisans qui y étaient occupés. Les progrès du christianisme, non seulement à Éphèse mais dans les pays voisins, détournaient une clientèle importante du commerce des objets. Démétrius rassembla tous ceux qui travaillaient à des ouvrages semblables et leur exposa le danger que faisait courir à leur industrie la prédication de Paul.
« Non seulement à Éphèse, dit-il, mais presque dans toute l’Asie, ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule, disant que ceux-là ne sont pas des dieux qui sont faits de main ». Et c’était bien là l’enseignement de l’apôtre que nous avons déjà entendu proclamer à Athènes : « Nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent ou à de la pierre, à une œuvre sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme » (Act. 17. 29). Démétrius était obligé de reconnaître l’influence grandissante de la prédication de Paul ; c’était la puissance même de la Parole de Dieu qui amenait un grand nombre d’âmes à se tourner des idoles muettes vers le Dieu vivant et vrai.
Démétrius poursuivit sa harangue aux artisans, non seulement en exposant le préjudice subi par leur corporation, mais en faisant appel à leur zèle religieux pour leur déesse dont le prestige était menacé. Son discours attisa la colère de ses auditeurs qui se mirent à crier ensemble : Grande est la Diane des Éphésiens. Ils se répandirent en tumulte dans la ville et toute la ville, à leur suite, se précipita vers le théâtre en entraînant deux compagnons de voyage de Paul, Gaïus et Aristarque.
Paul, toujours plein d’ardeur, voulait se présenter devant le peuple. Peut-être pensait-il qu’il ne fallait pas manquer cette occasion de rendre témoignage à la vérité devant une nombreuse assistance. Mais la foule en délire ne l’aurait pas écouté. Démétrius et ses partisans risquaient d’attenter à sa vie. Les disciples le retinrent. Quelques Asiarques, magistrats qui présidaient aux fêtes publiques, favorables à Paul, le dissuadèrent aussi d’entrer au théâtre. Dieu protégeait son serviteur et l’empêchait de s’exposer inutilement.
La multitude était en pleine confusion ; les uns criaient une chose, les autres, une autre ; la plupart ne savaient même pas pourquoi toute la population était ainsi réunie. Les Juifs voulurent intervenir, et l’un d’eux nommé Alexandre entreprit d’haranguer le peuple pour expliquer probablement qu’ils se désolidarisaient entièrement de Paul et pour l’accabler. Mais dès que la foule fanatisée eut reconnu qu’il était Juif, elle refusa de l’entendre et se mit à crier tout ensemble pendant près de deux heures : « Grande est la Diane des Éphésiens ! »
Finalement, le secrétaire de la ville parvint à rétablir un peu de calme. Il apaisa les Éphésiens irrités en affirmant que le culte de leur déesse était au-dessus de toute contestation et il les invita à se tenir tranquilles. Il fit ressortir que Gaïus et Aristarque ne pouvaient être accusés de sacrilège ou de blasphème, que la manifestation qui venait d’avoir lieu ne pouvait se justifier devant l’autorité romaine et risquait d’être réprimée comme une émeute. Il invita Démétrius et ses compagnons à s’adresser aux tribunaux s’ils avaient à porter plainte contre quelqu’un, et finalement il persuada au peuple de se disperser.
Quand le tumulte eut cessé, Paul rassembla les disciples pour leur faire ses adieux. Il les embrassa et partit pour la Macédoine.
Paul en Troade
Pour aller d’Éphèse en Macédoine (Act. 20. 1), Paul passa par la Troade, contrée à l’extrémité nord-ouest de l’Asie Mineure. C’est là que, six ou sept ans auparavant, il avait eu la vision d’un homme macédonien qui lui demandait : « Passe en Macédoine et aide-nous » et c’est de là qu’il s’était embarqué alors, afin de venir pour la première fois en Europe (Act. 16. 8 à 12). Le livre des Actes ne fait pas mention de la nouvelle visite que fit Paul en Troade sur le trajet d’Éphèse en Macédoine. Mais ce fait nous est signalé par la seconde épître aux Corinthiens où l’apôtre écrivait : « Arrivé en Macédoine pour l’évangile du Christ, une porte m’y était ouverte » (2 Cor. 2. 12).
Bien que le Seigneur ait béni ainsi là son travail, Paul ne s’y attarda pas ; pressé de voir Tite, il partit à sa rencontre en Macédoine. Il traversa ce dernier pays en exhortant les disciples dans les différentes villes où il passait. Nous n’avons pas le détail des étapes de ce voyage mais nous nous souvenons de l’accueil qu’il avait reçu la première fois à Philippes, à Thessalonique, à Bérée. Comme nous l’avons vu, six ou sept ans s’étaient écoulés avant que Paul ait pu revenir visiter ces assemblées, qui lui étaient chères. Quelle joie dans ces rencontres pour lui et pour les chrétiens qui le recevaient !
Dans la seconde épître aux Corinthiens, il se plaît à parler de ces Macédoniens qui « s’étaient donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur et puis à nous » (c’est-à-dire à Paul et à ses compagnons), et il loue leur dévouement fraternel toujours prêt à se manifester.
De Macédoine, l’apôtre vint en Grèce, en particulier à Corinthe, et y séjourna trois mois. C’est de là qu’il écrivit aux chrétiens de Rome, l’épître aux Romains. Il leur faisait part de son ardent désir d’aller les voir, et envisageait même de se rendre ensuite en Espagne. Il devait auparavant porter à Jérusalem les dons envoyés par les assemblées de Macédoine et de l’Achaïe (Rom. 15. 22 à 28).
Au moment où Paul allait quitter la région de Corinthe et s’embarquer pour la Syrie, les Juifs formèrent contre lui un complot qui le contraignit à modifier son itinéraire et à repasser par la Macédoine. Il était accompagné par quelques amis dévoués, Sopater de Bérée, Second de Thessalonique, Aristarque et Gaïus que nous avons vus menacés par la foule dans le temple d’Éphèse, Timothée, Tychique, Trophime, qui sont cités dans différentes épîtres. Ces disciples prirent les devants et allèrent attendre l’apôtre en Troade. Paul lui-même s’embarqua à Philippes en compagnie de Luc qui devait être dès lors son compagnon inséparable ; cinq jours plus tard, il rejoignit le petit groupe qui l’avait précédé en Troade.
Ils séjournèrent ensemble là sept jours. La veille du départ de Paul, le premier jour de la semaine, les chrétiens se trouvèrent « assemblés pour rompre pain ». Cette indication donnée en cours de récit est très importante, car elle nous confirme que la cène du Seigneur doit se célébrer le premier jour de la semaine, le dimanche. C’est le jour du Seigneur, le jour de la résurrection, le jour où Il s’est trouvé, pour la première fois après sa mort, au milieu des siens rassemblés (Jean 20. 19). C’est encore le dimanche suivant qu’il s’est trouvé de nouveau au milieu d’eux, Thomas cette fois étant présent (Jean 20. 16).
Dans le christianisme, il n’y a plus lieu d’observer le sabbat, le samedi, qui était le jour de repos prescrit par la loi de Moïse. Le Seigneur a passé le jour du sabbat dans le sépulcre ; sa mort a mis fin à tout le système légal auquel le sabbat se rattachait. Maintenant le jour du Seigneur est le jour de son triomphe en résurrection, le premier jour de la semaine. Les siens sont heureux de Lui consacrer cette journée pour se rassembler autour de Lui et se souvenir de Lui à sa table, de ses souffrances et de sa mort.
Il permet que, dans nos pays christianisés, le dimanche soit généralement le jour du repos hebdomadaire, ce qui nous donne toute facilité pour jouir ensemble de nos privilèges spirituels sans être distraits par nos occupations habituelles. Ne manquons pas d’être reconnaissants pour cette faveur que ne connaissent pas les chrétiens de tous les pays, et gardons-nous de gaspiller pour de vains plaisirs le temps libre qu’Il nous ménage ce jour-là dans sa bonté.
L’apôtre assistait à cette réunion en Troade pour la célébration de la cène. Les premiers chrétiens rompaient le pain le soir, probablement parce que c’est au repas du soir que le Seigneur avait institué le mémorial de sa mort. Paul profita de cette réunion pour adresser à l’assemblée un discours qui se prolongea jusqu’à minuit. L’assistance devait être nombreuse car la salle, nous est-il dit, était éclairée par beaucoup de lampes. Quelle précieuse occasion de recevoir l’enseignement et les exhortations du grand apôtre ! Comme chacun, semble-t-il, devait être attentif !
Un jeune homme nommé Eutyche, était assis sur le bord de la fenêtre. Comme le discours de Paul se prolongeait, Eutyche s’endormit si profondément qu’il perdit l’équilibre et tomba du troisième étage. On le releva mort.
Peut-être pensons-nous que si l’apôtre se trouvait dans l’une de nos réunions et y prenait la parole, cette présence extraordinaire nous tiendrait bien éveillés et attentifs. Mais n’est-ce pas lui qui nous parle quand on lit dans une de ses épîtres, et n’arrive-t-il jamais à aucun de nous d’être alors assoupi ou distrait ? Ce qu’il nous faut, c’est un intérêt véritable pour la Parole de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de ne pas dormir à la réunion. Nous sommes souvent mis en garde par la Parole contre le sommeil spirituel. Quand l’apôtre écrit : « Ne dormons pas… mais veillons » (1 Thess. 5), il nous exhorte à ne pas cesser de vivre activement avec le Seigneur et pour Lui.
Paul descendit de la chambre haute, se pencha sur Eutyche, l’embrassa et dit : « Ne soyez pas troublés, son âme est en lui ». La miséricorde de Dieu, par la puissance qu’Il accordait à l’apôtre, portait remède à la fatale défaillance de ce jeune homme, en le ramenant à la vie.
La réunion interrompue reprit son cours. Paul, serviteur infatigable, poursuivit jusqu’à la fin de la nuit ses entretiens avec les disciples. Au matin il partit, laissant les croyants consolés par la résurrection d’Eutyche.
Adieux aux anciens d’Éphèse (Act. 20. 13 à 38)
En partant de la Troade, Paul poursuivit par étapes son voyage vers Jérusalem.
Luc et les autres compagnons de l’apôtre prirent les devants par mer jusqu’à Assos. Paul lui-même fit à pied ce trajet d’une trentaine de kilomètres. Après une semaine d’activité dans la Troade, il éprouvait sans doute le besoin de se trouver seul avec le Seigneur dans le calme de la nature.
À Assos il prit place à bord du navire sur lequel l’attendaient ses compagnons, et ils voguèrent tous ensemble vers le sud en passant entre le rivage de l’Asie et les îles voisines. Mitylène dans l’île de Lesbos, les îles de Chios et de Samos furent les escales successives de cette traversée qui les amena enfin à Milet, ville importante du sud-ouest de l’Asie Mineure, à cinquante kilomètres au sud d’Éphèse. En trois jours de navigation ils avaient parcouru deux cent cinquante kilomètres, ce qui donne une idée de la lenteur des voyages en ce temps-là.
Ils étaient passés au large d’Éphèse sans s’y arrêter. Paul était pressé d’avancer vers Jérusalem, où il désirait arriver pour le jour de la Pentecôte et il craignait qu’une halte chez les Éphésiens ne le retînt trop longtemps. Il fit donc venir à Milet les anciens de l’assemblée d’Éphèse pour leur faire ses recommandations.
Nous avons déjà vu que Paul choisissait des anciens dans les nouvelles assemblées qui étaient formées (Act. 14. 23). Il le faisait en vertu de son autorité d’apôtre et selon les directions du Saint Esprit ; aussi il peut dire à ceux d’Éphèse : « L’Esprit Saint vous a établis surveillants au milieu du troupeau pour paître l’assemblée de Dieu ».
Paul quittait ces contrées sans espoir d’y revenir. Les Éphésiens parmi lesquels il avait travaillé pendant trois ans ne bénéficieraient plus de son ministère. Il voulait exhorter les anciens à s’acquitter de la charge qui allait maintenant leur incomber avec la sollicitude qu’il avait lui-même déployée.
Il pouvait leur rappeler le service que, sans se lasser, il avait accompli au milieu d’eux dans l’humilité et dans la souffrance. L’hostilité des Juifs lui avait attiré bien des persécutions, mais rien ne l’avait détourné de son travail d’amour. Il avait enseigné les Éphésiens aussi bien en public que chez eux en particulier. Il avait insisté « auprès des Juifs et auprès des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ ». Ce sont là les bases de l’évangile. Il faut d’abord reconnaître notre culpabilité devant Dieu, notre état de perdition irrémédiable, pour trouver ensuite le salut, par la foi en Jésus, mort pour nos péchés.
Maintenant Paul montait vers Jérusalem sans savoir ce qui l’y attendait. Il avait été seulement averti maintes fois par l’Esprit Saint qu’il y rencontrerait la tribulation et la captivité. Mais il ne se laissait pas arrêter par la crainte de la souffrance, de la prison ou même de la mort. Il avait fait à l’avance le sacrifice de sa vie. Tout ce qu’il désirait, c’était d’accomplir entièrement le service que le Seigneur Jésus lui avait confié.
Il pensait ne jamais revoir tous ces croyants d’Éphèse à qui il avait prêché le royaume de Dieu. Il leur avait annoncé « tout le conseil de Dieu », leur avait fait part de toutes les révélations qui lui avaient été confiées. Aussi pouvait-il affirmer qu’il était « net du sang de tous ». Si quelqu’un restait étranger à la vérité, ce n’était pas faute de l’avoir entendue de la bouche de l’apôtre.
Durant son séjour au milieu des Éphésiens, Paul avait pris soin d’eux de toutes manières. Il ne s’était pas borné à annoncer le salut aux inconvertis, mais il s’était occupé de chaque croyant en particulier, les avertissant nuit et jour dans un grand exercice de cœur qui le portait souvent à pleurer même pour eux. Maintenant les anciens auxquels il s’adressait auraient, sans son secours, à veiller sur eux-mêmes et sur l’assemblée comme un berger veille sur le troupeau qui lui est confié.
Cette assemblée, si chère à l’apôtre, ce n’était pas seulement le fruit de ses travaux, l’ensemble des croyants pour lesquels il s’était dépensé sans compter, mais c’est « l’assemblée de Dieu qu’il a acquise par le sang de son propre fils ». Quel prix elle a donc pour Dieu Lui-même ! En considérant ce qu’elle a coûté à Dieu et à son Fils, les anciens d’Éphèse se trouvaient engagés à se dévouer sans réserve pour elle.
Ils devraient veiller avec d’autant plus de zèle que de nouveaux dangers allaient surgir. Aussi longtemps qu’il avait été là, l’apôtre avait fait face aux attaques de l’ennemi. Après son départ, des hommes redoutables, poussés par Satan, allaient entrer dans l’assemblée, y propager de graves erreurs et la dévaster comme des loups ravagent un troupeau ; du milieu même de l’assemblée allaient se lever des hommes ambitieux qui annonceraient des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux, et par suite les détourner de Christ. Ces enseignements pernicieux se sont répandus toujours davantage jusqu’à aboutir à l’état actuel de la chrétienté : un ensemble de religions dites chrétiennes où les vérités de la Parole de Dieu ont été abandonnées et où bien peu d’âmes appartiennent vraiment à Christ.
« C’est pourquoi, veillez », dit Paul avec insistance aux anciens d’Éphèse. Ils pourraient se rappeler l’enseignement et l’exemple de l’apôtre, mais celui-ci ne les abandonnait pas à eux-mêmes, avec pour seule ressource le souvenir qu’il leur laissait, si précieux fût-il. « Maintenant, ajoutait-il, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce ». Ce sont les mêmes ressources dont nous disposons jusqu’à la venue du Seigneur : Dieu Lui-même, dont les soins d’amour ne font jamais défaut ; la Parole, guide sûr pour nos âmes, arme puissante contre l’ennemi.
L’un des caractères de Paul que les anciens auraient à imiter, c’était le désintéressement. Il n’avait recherché les biens de personne, mais au contraire, tout en se consacrant à l’évangélisation et au service de la Parole parmi les croyants, il travaillait de ses propres mains, non seulement pour subvenir à ses besoins, mais à ceux de ses compagnons. Il montrait ainsi le pouvoir qu’a le travail comme moyen d’exercer la bienfaisance.
« Il est plus heureux de donner que de recevoir ». C’est là une parole du Seigneur Jésus que nous ne trouvons pas dans les évangiles, car ils ne rapportent pas tout ce que le Seigneur a dit, mais que les Écritures nous ont conservées dans ce discours de l’apôtre.
Avant de quitter les anciens d’Éphèse, Paul « se mit à genoux et pria avec eux ». Tous pleuraient à la pensée de ne plus le revoir ; « ils se jetaient à son cou et le couvraient de baisers ». Ils l’accompagnèrent ensuite au navire et se séparèrent de lui à grand-peine, comme nous le fait comprendre cette expression poignante : « Nous étant arrachés d’auprès d’eux ».
Voyage de Milet à Jérusalem (Act. 21. 1 à 16)
Après avoir quitté Milet, Paul et ses compagnons continuèrent leur voyage vers Jérusalem à bord du navire qui avançait lentement d’une île à l’autre. Ils arrivèrent ainsi à la petite île de Cos, puis à celle plus modeste de Rhodes et enfin à Patara sur la côte sud de l’Asie Mineure.
Ils trouvèrent là un autre navire qui se dirigeait vers la Syrie et qui les amena directement à Tyr en passant au sud de la grande île de Chypre sans s’y arrêter. Tyr se situait en dehors des frontières nord de la Palestine. Elle avait été autrefois le centre de commerce maritime le plus important de l’Orient. Il nous en est parlé dans l’Ancien Testament comme d’une cité immensément riche (Éz. 27). Elle était bâtie sur une île séparée de la terre ferme par un détroit et cette situation favorisait la défense contre les assauts de ses adversaires. Après le déclin de Sidon, elle était devenue la capitale des Phéniciens, ces hardis navigateurs qui avaient fondé des colonies dans toute la Méditerranée et qui étendaient leur trafic jusqu’aux côtes de l’Atlantique.
Au temps de l’apôtre, c’est-à-dire vers le milieu du premier siècle de l’empire romain, Tyr était déjà bien déchue de sa splendeur passée, mais restait encore une ville commerçante et riche. Le navire qui transportait Paul devait décharger là sa cargaison et y fit escale pendant sept jours.
L’évangile avait été annoncé en Phénicie en même temps qu’à Antioche par les chrétiens chassés de Jérusalem après la mort d’Étienne (Act. 11. 19). Il y avait déjà à Tyr des disciples avec lesquels Paul et ses compagnons passèrent les sept jours d’arrêt dans cette ville.
Ces chrétiens dirent à Paul par l’Esprit Saint de ne pas monter à Jérusalem, mais ne parvinrent pas à le faire renoncer à son projet.
Le jour du départ, tous les chrétiens de Tyr, y compris les femmes et les enfants, accompagnèrent Paul jusqu’à la mer. Les enfants avaient leur place autrefois dans la congrégation d’Israël (Deut. 29 ; 2 Chron. 20). C’est un privilège pour eux aujourd’hui d’assister aux réunions avec leurs parents et d’être associés dans la plupart des actes de la vie chrétienne. Ils peuvent eux aussi témoigner leur attachement aux serviteurs du Seigneur.
Ceux qui allaient s’embarquer et ceux qui venaient assister à leur départ se mirent tous ensemble à genoux, sur le rivage pour prier ; puis ils s’embrassèrent avant de se séparer.
De Tyr, le navire gagna Ptolémaïs qui est aujourd’hui la ville d’Acre. Paul et ses compagnons passèrent un jour auprès des frères de cette ville. Enfin leur dernière étape par mer les amena à Césarée, résidence du gouverneur romain.
À Césarée, Paul et ses compagnons séjournèrent quelques jours chez Philippe l’évangéliste. Philippe était l’un des sept frères pleins de l’Esprit Saint qui avaient été choisis aux débuts de l’assemblée à Jérusalem pour distribuer les secours aux veuves (Act. 6. 5). Chassé de Jérusalem après la mort d’Étienne, il avait annoncé l’évangile dans la Samarie ; sa prédication accompagnée de miracles avait éveillé l’attention des uns ; beaucoup avaient cru et avaient été baptisés.
Philippe avait été envoyé de là sur le chemin de Gaza par un ange du Seigneur pour annoncer Jésus à l’intendant de la reine d’Éthiopie. L’Esprit Saint l’avait ensuite enlevé et transporté à Azot d’où il avait évangélisé toutes les villes jusqu’à Césarée (Act. 8). C’est là que nous le retrouvons bien des années après.
Sa famille avait suivi ses traces dans le service du Seigneur. Il avait quatre filles qui prophétisaient, c’est à dire qui annonçaient à d’autres la Parole de Dieu.
Nous avons vu dans la première épître aux Corinthiens quel peut être le service de la femme chrétienne. Elle doit se taire dans l’assemblée (1 Cor. 14. 34) ; il ne lui est pas permis d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme (1 Tim. 2. 12) ; mais elle a l’heureux privilège de parler du Seigneur dans des entretiens.
Pendant le séjour de Paul chez Philippe, un prophète nommé Agabus descendit de Judée à Césarée. Nous avons déjà vu au chapitre 11 un prophète de ce nom descendre de Jérusalem à Antioche, une quinzaine d’années plus tôt, et y annoncer une grande famine (Act. 11. 28). À Césarée Agabus vint trouver l’apôtre et ses compagnons ; il prit la ceinture de Paul, s’en lia les pieds et les mains et dit : « L’homme à qui est cette ceinture, les Juifs à Jérusalem le lieront ainsi et le livreront entre les mains des nations ». L’action qui accompagnait les paroles de cette prophétie rendait plus saisissante la captivité annoncée. C’est ainsi que souvent, dans l’Ancien Testament, les prophètes, et surtout le prophète Jérémie, joignaient à leurs paroles des gestes ou des actes évocateurs qui auraient dû rendre leurs auditeurs plus attentifs.
Ayant entendu et vu Agabus prophétiser ainsi, les compagnons de l’apôtre et les chrétiens de Césarée supplièrent ensemble Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais il leur répondit : « Que faites-vous en pleurant et en brisant mon cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus ». Devant la décision fermement arrêtée de l’apôtre, les disciples ne purent que dire : « La volonté du Seigneur soit faite ».
Ayant achevé leurs préparatifs, Paul et ses compagnons se mirent donc en route. De Césarée à Jérusalem il restait à parcourir une centaine de kilomètres, qui durent nécessiter plusieurs journées de marche à pied.
Quelques chrétiens de Césarée accompagnèrent Paul, et la petite troupe vint loger à Jérusalem chez un nommé Mnason, originaire de l’île de Chypre, qui était depuis longtemps disciple du Seigneur.
Paul dans le Temple (Act. 21. 17 à 40)
À leur arrivée à Jérusalem, Paul et ses compagnons furent reçus par les frères avec joie. Dès le lendemain, ils se rendirent chez Jacques, dont l’autorité était reconnue par toute l’assemblée comme nous l’avons déjà vu au chapitre 15. Ils se rencontrèrent là avec tous les anciens. Paul leur raconta en détail tout ce que Dieu avait fait parmi les nations par son moyen. À ce récit, tous donnèrent gloire à Dieu.
Les chrétiens juifs de Jérusalem étaient heureux que l’évangile soit reçu par les païens, et ils admettaient bien que les Gentils convertis ne devaient-pas être assujettis à la loi de Moïse. Mais eux-mêmes demeuraient attachés au judaïsme et ils estimaient que les Israélites chrétiens devaient continuer à observer la loi. Ils n’avaient pas compris que toutes les ordonnances de l’Ancien Testament n’étaient que des figures de ce que Jésus a pleinement réalisé et que le sacrifice de Christ, dans sa perfection, a mis un terme à toutes les offrandes prescrites par le Lévitique.
L’expérience était faite, que l’homme est incapable d’accomplir la loi et de satisfaire ainsi aux exigences de la justice de Dieu. Au contraire, par la foi, nous sommes maintenant entièrement justifiés en vertu de la mort et de la résurrection de Christ. Revenir à la loi, c’est méconnaître la valeur pleinement suffisante de l’œuvre de Christ.
Ces vérités, l’apôtre Paul les avait enseignées lui-même dans l’épître aux Romains et dans l’épître aux Galates, écrites peu de temps auparavant. C’était exactement aussi ce qu’il prêchait. Dès son premier voyage, il disait déjà aux Juifs d’Antioche de Pisidie : « Quiconque croit est justifié par Jésus de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse » (Act. 13. 3).
Les chrétiens de Jérusalem avaient entendu parler de cet enseignement de Paul. Les anciens craignaient que sa présence ne cause du trouble parmi la multitude des fidèles, et ils persuadèrent Paul de faire une concession à l’opinion du grand nombre en se montrant lui-même fidèle observateur de la loi. Quatre hommes « avaient fait un vœu » et les anciens engagèrent Paul à s’associer avec eux, à payer leur dépense et à se purifier avec eux selon les prescriptions de la loi.
Mais Paul, sans force pour résister aux anciens de Jérusalem, céda à leurs instances. Si, au lieu de venir à Jérusalem, comme l’y avait poussé son dévouement humain pour son peuple, il avait continué le service au milieu des nations que le Seigneur lui avait confié, il n’aurait pas été exposé à agir ainsi en contradiction avec les vérités qu’il avait reçues et enseignées. Pour être gardé de tout faux pas, il nous faut rester là où le Seigneur nous appelle. Paul, si fidèle, et si ferme dans tant de circonstances difficiles, a eu ses défaillances. Seul le Seigneur Jésus a toujours manifesté une perfection absolue.
Dieu ne permit pas que l’écart de l’apôtre aille jusqu’à offrir un sacrifice dans le temple. Avant que se soient écoulés les sept jours au terme desquels l’offrande devait être présentée, Paul fut privé de sa liberté. Des Juifs d’Asie étaient montés à Jérusalem, probablement pour participer eux aussi à la fête de la Pentecôte.
Quand ils reconnurent dans le temple l’apôtre Paul, auquel ils s’étaient violemment opposés dans leur haine qu’il prêchait l’évangile aux Gentils, ils pensèrent que le moment était venu de se débarrasser de lui. Ils se saisirent et ameutèrent la foule en criant : « Aidez-nous. C’est ici l’homme qui partout enseigne tout le monde contre le peuple, et la loi, et ce lieu ; et qui de plus a aussi amené des Grecs dans le temple et a profané ce saint lieu ».
Paul était bien accompagné à Jérusalem par des croyants d’origine grecque, Trophime d’Éphèse en particulier, mais les accusations que l’on portait contre l’apôtre étaient fausses. On avait pu voir Trophime venir avec lui dans la ville, mais non dans le temple et Paul, dans ses prédications, ne s’en prenait ni à son peuple, ni à la loi, ni au sanctuaire.
À l’appel des Juifs d’Asie, le peuple accourut en foule ; on traîna Paul hors du temple et on cherchait à le tuer.
Des troupes romaines étaient en garnison à Jérusalem pour assurer l’ordre et maintenir l’autorité de l’empire romain. Elles formaient une « cohorte » qui comptait cinq à six cents soldats commandés par un officier supérieur, le tribun ou préfet (en grec le chiliarque). Ce dernier avait sous ses ordres comme officiers subalternes des centurions ou chefs de centaines.
Le commandant de la cohorte ayant appris le tumulte provoqué par les Juifs d’Asie survint aussitôt avec des centurions et des soldats. À la vue de la troupe romaine, les Juifs cessèrent de frapper Paul. Le commandant le saisit, le fit lier de deux chaînes et demanda qui il était et ce qu’il avait fait. Ne pouvant obtenir dans le désordre que des réponses confuses, il donna l’ordre de conduire Paul dans la forteresse, la forteresse Antonia, que les Romains avaient élevée tout à côté du temple et qui en dominait les vastes cours.
Les soldats durent porter leur prisonnier pour le soustraire à la violence de la multitude qui criait : « Ôte-le ! ». C’est le même cri que la foule hostile avait poussé contre le Seigneur : « Ôte, ôte, crucifie-le » (Jean 19. 14). L’apôtre partage le rejet de son maître, livré comme lui par son peuple aux Romains. « L’esclave n’est pas plus grand que son maître, avait dit Jésus. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean 15. 20).
Sur le point d’être introduit dans la forteresse, Paul s’adressa au commandant. Celui-ci, surpris de s’entendre interpeller en grec, lui demanda s’il n’était pas l’Égyptien qui, quelques jours auparavant, avait provoqué une révolte et entraîné quatre mille rebelles au désert. Paul répondit : « Je suis Juif, de Tarse, citoyen d’une ville qui n’est pas sans renom. Je te prie, permets-moi de parler au peuple ».
Y ayant été autorisé, Paul, debout sur les plus hautes marches, fit signe de la main pour obtenir le silence et s’adresser à la foule en hébreu. La langue courante en Palestine était alors l’araméen ou syriaque. L’hébreu était la langue religieuse traditionnelle. En entendant Paul leur parler en langue hébraïque, tous les assistants redoublèrent d’attention.
D’après la Bonne Nouvelle 1963