L’APÔTRE PAUL (1)

Un grand serviteur de Dieu

J’aimerais que nous nous occupions ensemble de la vie et de l’œuvre d’un grand serviteur de Dieu, l’apôtre Paul. C’est l’un des noms de la Bible que vous entendez citer le plus souvent et je suis certain que plusieurs d’entre vous sauraient trouver d’eux-mêmes quelques raisons à ce choix.

L’apôtre Paul a écrit plusieurs livres du Nouveau Testament.

En effet, il est, de façon certaine, l’auteur de 13 épîtres dont 9 sont adressées à des assemblées, et 4 à des chrétiens particuliers. De plus, le livre qui est appelé l’épître aux Hébreux est très probablement de lui.

Les écrits de l’apôtre Paul ont une grande importance, non seulement par le nombre de pages de la Bible qu’ils remplissent, mais aussi par l’intérêt des sujets qu’ils traitent.

Certaines de ses épîtres se lient de façon connue à des circonstances de sa vie, et nous pourrons, lorsque la suite du récit nous aura amenés à l’un de ces moments particuliers, étudier les lettres écrites à cette occasion.

– Mais les épîtres sont difficiles, trop difficiles pour nous !

– L’apôtre Pierre disait déjà que dans les lettres de Paul il y a des choses difficiles à comprendre (2 Pier. 3. 16). Mais elles renferment aussi beaucoup de vérités simples, qu’il importe de connaître dès le début de la vie chrétienne. Nous nous limiterons à celles-là. Et par la suite, vous pourrez en comprendre d’autres, si vous vous appliquez à la lecture de la Parole de Dieu. Tout chrétien, jusqu’à la fin de sa vie, peut dire qu’il lui reste beaucoup à apprendre dans les Écritures.

– Est-ce que nous n’avons pas aussi à étudier la vie de l’apôtre Paul, parce qu’il a été un chrétien fidèle qu’il faut imiter ?

– Certainement, et il y a beaucoup de profit à considérer sous cet aspect la carrière de ce grand serviteur. Beaucoup d’hommes de Dieu nous offrent dans la Bible de précieux exemples. Mais pour l’apôtre Paul cela est tellement vrai qu’en écrivant aux Corinthiens, aux Philippiens et aux Thessaloniciens il a pu lui-même se proposer à eux comme modèle.

– Mais savez-vous pourquoi il pouvait demander aux chrétiens d’être ses imitateurs, les en supplier même ? (1 Cor. 4. 16).

– Parce qu’il était lui-même imitateur de Christ (1 Cor. 11. 1).

C’est ce qu’il ne faut jamais oublier. Le Seigneur reste toujours le grand modèle. Dans l’épître aux Hébreux, il nous est parlé d’un grand nombre de témoins dont nous avons à imiter la foi. Mais, aussitôt après, nous sommes exhortés à fixer les yeux sur Jésus (Héb. 12. 2). L’apôtre Paul a eu des défaillances. Le Seigneur Jésus est le modèle parfait pour tous les âges de la vie. L’évangile de Luc nous le présente comme un enfant soumis à ses parents, plein de zèle pour tout ce qui concerne Dieu, avançant en sagesse et en stature (Luc 2. 49 à 52). Et dans toutes les conditions où Il peut se trouver, chaque chrétien trouve en Jésus le modèle à imiter.

Les exhortations que Paul nous adresse dans ses épîtres, en nous montrant ce que nous devons être, nous dépeignent ce qu’a été notre adorable Sauveur. Nous trouvons un exemple très net de cela dans les versets 13 et 14 du chapitre 3 de l’épître aux Colossiens.

Il y a aussi un côté de l’activité de l’apôtre Paul qui nous intéresse directement, nous qui ne sommes pas Juifs : par lui l’Évangile a été apporté aux nations.

C’est en effet le service spécial qui lui a été confié (Act. 22. 21). Il s’appelle lui-même « apôtre des nations » (Rom. 11. 13). Il dit aussi « j’ai été établi, moi, prédicateur et apôtre et docteur des nations » (1 Tim. 2. 7 et 2 Tim. 1. 11).

– Mais qu’est-ce que les nations ? Est-ce que nous en faisons partie ?

– Sans doute. Dans le Nouveau Testament ce mot désigne les hommes étrangers au peuple Juif. On emploie souvent dans le même sens le mot « Gentils ».

Paul n’a pas été le premier à présenter l’évangile à d’autres qu’aux Israélites, puisque Pierre, dès le chapitre 10 des Actes, l’annonce à des Romains dans la maison de Corneille ; mais l’apôtre Paul a été appelé à un service particulier en faveur de ceux qui n’étaient pas Juifs, non seulement en leur apportant la Bonne Nouvelle du salut dans de nombreux voyages missionnaires, mais aussi en établissant dans ses écrits que la grâce de Dieu s’étendait, sans distinctions, aux Juifs et aux autres.

Aussi, nous tous qui, par naissance, n’avions aucun droit aux promesses faites à Israël (Éph. 2. 11 et 12), nous devons apporter la plus grande attention à ces révélations de l’apôtre qui nous sont directement adressées.

Saul de Tarse, persécuteur de l’assemblée.

L’apôtre Paul, dont nous allons suivre la vie en détail, nous est d’abord présenté dans le livre des Actes jusqu’au chapitre 13 sous le nom de Saul.

– À quelle occasion son nom est-il ainsi changé ?

– C’est à son passage dans l’île de Chypre, première étape du voyage qu’il a entrepris pour porter l’évangile au loin, qu’il commence à être appelé Paul, nom sous lequel il est continuellement désigné par la suite. C’est là le début de son service particulier d’apôtre.

Saul était Juif. Il appartenait à la tribu de Benjamin. Au temps du Seigneur ceux que l’on reconnaissait comme Juifs appartenaient, pour la plupart, aux tribus de Juda, Benjamin ou Lévi qui avaient formé l’ancien royaume de Juda. Ils ne vivaient pas tous en Palestine ; beaucoup s’étaient établis dans diverses parties de l’empire romain et jusqu’à Rome même. C’est ainsi que Saul est né dans une ville de la province romaine de Cilicie nommée Tarse, port important sur la côte d’Asie Mineure. L’apôtre dit lui-même que cette ville n’est pas sans renom (Act. 21. 39).

Tout ce que nous savons de ses parents c’est que son père était pharisien (Act. 23. 6) et qu’il avait le titre de citoyen romain dont Saul a hérité par droit de naissance (Act. 22. 27).

La famille de Saul devait donc être, comme toute la secte des pharisiens, très attachée à la Loi.

Le Seigneur, dans les évangiles, met à nu le vrai caractère des pharisiens. Dans leur orgueil ils prétendaient accomplir la loi ; mais aucun homme ne peut satisfaire aux exigences des commandements de Dieu, et leur prétention les conduisait à l’hypocrisie. Ils voulaient être les conducteurs religieux du peuple et s’opposaient avec haine à l’enseignement du Seigneur, et plus tard à celui des disciples. Dieu a permis que celui qui devait écrire plus tard l’épître aux Romains et l’épître aux Galates ait été dans sa jeunesse un pharisien zélé : quand il parle de la loi c’est en connaissance de cause.

– Comment un Juif pouvait-il être en même temps citoyen romain ?

– Rome accordait ce titre à quelques hommes pris parmi les peuples qu’elle avait soumis, soit pour s’allier des personnages influents, soit en récompense de services rendus, soit même moyennant une forte somme d’argent (Act. 22. 28). La qualité de citoyen romain conférait bien des privilèges : la protection des autorités et un régime de faveur devant les magistrats et les tribunaux. À Philippes, à Jérusalem et à Césarée, Paul a revendiqué les droits attachés à ce titre.

Saul fut élevé à Jérusalem où il suivit l’enseignement d’un docteur célèbre de la Loi, pharisien, appelé Gamaliel, que le chapitre 5 du livre des Actes nous présente comme un homme honoré de tout le peuple. Il siégeait au sanhédrin qui était le tribunal suprême des Juifs et quand les apôtres comparurent devant ce tribunal et se trouvèrent menacés de mort à cause du témoignage qu’ils rendaient au Seigneur Jésus, Gamaliel donna des conseils de modération. Il admettait que l’œuvre des apôtres pouvait être de Dieu.

Nous aimons trouver chez cet homme distingué de tels sentiments de tolérance qui contrastent avec la haine des autres chefs des Juifs. Mais nous savons bien qu’il ne suffit pas d’avoir du respect pour l’évangile ou de la bienveillance et même de la sympathie pour les chrétiens. Pour être sauvé il faut recevoir l’évangile pour soi-même, par la foi, donc avec certitude, comme un pécheur qui se sait perdu et qui saisit la grâce de Dieu.

Saul était loin de partager la modération de son maître. Aveuglé par Satan, comme la plupart des principaux Juifs, il considérait le christianisme comme une doctrine impie et croyait servir Dieu en s’efforçant de le détruire.

La première mention qui nous est faite de Saul nous le montre dans sa haine contre les chrétiens. Quand le premier martyr, Étienne, paya de sa vie son témoignage fidèle pour le Seigneur, Saul, qui n’était encore qu’un jeune homme, consentait à sa mort et gardait les vêtements de ceux qui le tuaient à coups de pierre (Act. 7. 58 ; 22. 20).

La fureur de Saul contre les disciples du Seigneur ne fit que croître. Il nous est dit qu’il ravageait l’assemblée. Il entrait dans les maisons des chrétiens et traînait hommes et femmes pour les jeter en prison. Comment connaissons-nous tous ces détails ?

Luc, l’auteur du livre des Actes, nous rapporte brièvement ces faits dans le cours de son récit au début du chapitre 8, mais c’est Paul lui-même qui, à bien des reprises, raconte quelle a été sa conduite en ce temps-là.

Dans son discours du chapitre 22 des Actes, il reconnaît devant tout le peuple qu’il a persécuté les chrétiens jusqu’à la mort. Dans un autre discours prononcé pour sa défense devant le roi Agrippa, il rappelle qu’il a enfermé dans les prisons plusieurs des saints, qu’il a acquiescé à la mort de ceux que l’on condamnait et que, transporté de fureur, il les persécutait même jusque dans les villes étrangères (Act. 26. 9 à 11). Il écrit aux Galates (1. 13) qu’il avait persécuté outre mesure l’assemblée de Dieu. Il mesurait bien toute l’horreur de sa conduite passée : « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que car j’ai persécuté l’Assemblée de Dieu » dit-il aux Corinthiens (1 Cor. 15. 9).

C’est surtout dans la première épître à Timothée qu’il se juge sans ménagements : « Moi, qui auparavant était un blasphémateur, un persécuteur et un violent », et pour conclure il se classe comme le premier des pécheurs. Mais dans le même passage il dit par deux fois « miséricorde m’a été faite ».

Quel exemple ! : Dieu choisit un être indigne, un persécuteur de l’Assemblée, un ennemi déclaré de l’Évangile pour l’établir dans son service et en faire son messager « devant les nations et les rois et les fils d’Israël ».

Et Paul ne dissimule rien de son passé humiliant, maintenant complètement réglé devant Dieu, car il rappelle que son ancien état misérable fait briller la grâce du Seigneur.

La vie de Saul de Tarse a été complètement transformée par un événement extraordinaire, d’une importance telle que le livre des Actes nous en donne trois fois le récit : au chapitre 9 dans l’ordre des événements que nous rapporte l’auteur, puis aux chapitres 22 et 26 dans les discours de Paul devant le peuple et devant le roi Agrippa.

Non content de persécuter les chrétiens de Jérusalem, Saul, poussé par Satan, étendait aux villes étrangères son activité contre les disciples du Seigneur. Il lui arriva ainsi de se rendre à Damas pour se saisir des chrétiens de cette ville et les amener prisonniers à Jérusalem. Sur sa demande, le souverain sacrificateur lui avait confié des lettres adressées aux principaux Juifs de Damas qui devaient lui apporter leur concours dans cette œuvre de méchanceté.

Damas est une très vieille ville, puisqu’elle est déjà mentionnée au chapitre 15 de la Genèse comme la patrie d’Éliézer, serviteur d’Abraham. C’était la capitale de la Syrie, au nord de la Palestine. Elle subsiste encore aujourd’hui. Pour aller de Jérusalem à Damas il faut parcourir plus de 300 kilomètres. C’était une expédition de plusieurs jours avec les moyens de locomotion de l’époque, car on cheminait lentement, soit à pied, soit à dos d’animal. Mais l’acharnement de Saul contre les chrétiens ne connaissait pas d’obstacle.

Accompagné de son escorte, Saul approchait enfin de Damas quand tout à coup, en plein midi, une grande lumière, plus éclatante que le soleil, brilla du ciel comme un éclair autour de lui et de ses compagnons. Tous furent projetés à terre et Saul entendit une voix qui lui disait :

– Saul, Saul ! pourquoi me persécutes-tu ?

– Qui es-tu, Seigneur ? répondit-il.

– Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi entre dans la ville de Damas et là il te sera dit ce que tu dois faire.

Saul se releva, mais la gloire de la lumière qui les avait enveloppés l’avait privé de la vue. Aveugle, il dut être conduit par la main jusqu’à Damas et resta là trois jours sans voir, sans boire ni manger.

La splendeur de cette vision, l’autorité de la voix qu’il avait entendue, lui avaient subitement révélé la dignité de Celui qui s’adressait à lui et il l’appelle aussitôt « Seigneur ». Cette première rencontre avec Jésus comme le Seigneur dans la gloire du ciel marquera tout son ministère. Plus tard, parlant du Sauveur crucifié il l’appellera « le Seigneur de gloire » (1 Cor. 2. 8).

Saul avait pensé qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen et voilà que Celui qu’il avait jusque-là méprisé et combattu se manifeste à lui comme un Jésus glorieux qui a sur lui les droits de Seigneur et qui, du haut du ciel, s’associe à ses disciples persécutés sur la terre et ressent pour Lui-même les outrages dont on les accable. Subitement, tout ce que le jeune pharisien orgueilleux avait poursuivi avec acharnement, dans la prétention de servir Dieu, apparaissait, dans cette lumière aveuglante, comme la suprême injure faite à Dieu et à son Christ.

« Il t’est dur de regimber contre les aiguillons » ajoute le Seigneur, comme le rapporte Paul dans son récit devant Agrippa (Act. 26). Ces aiguillons étaient sans doute les reproches de sa conscience qu’il s’efforçait de faire taire. Dieu lui avait déjà parlé par le témoignage fidèle que rendaient les chrétiens persécutés. Et maintenant le Seigneur en personne venait le rencontrer, l’arrêter sur son chemin.

Comme l’entrée dans Damas de cet aveugle, vaincu, conduit par la main, était loin des projets audacieux qu’il avait formés ! Ses yeux ne pouvaient plus rien discerner des choses de la terre, mais dans quelle obscurité morale plus profonde encore se débattait son âme ! Quel effondrement ! Quel désespoir aurait pu l’accabler si la même voix, l’engageant à poursuivre sa route, ne l’avait assuré qu’il ne serait pas laissé à son désarroi mais que d’autres communications touchant un avenir pour lui allaient lui être faites. « Il te sera dit ce que tu dois faire ».

Une conversion est un changement de direction. Nous trouvons dans le Nouveau Testament bien des cas de conversion – bien des exemples d’hommes qui marchaient loin de Dieu et qui, amenés dans sa lumière, se sont tournés vers Lui et ont été sauvés. Mais l’exemple le plus saisissant paraît bien être celui de Saul, arrêté sur le chemin, convaincu sur-le-champ de son égarement ; brisé dans son orgueil, menant deuil sur son péché pendant trois jours dans les ténèbres et dans le jeûne, jusqu’à ce que Dieu lui fasse entendre un message de pardon et de paix.

C’est une rencontre personnelle de Jésus que Saul fait sur le chemin de Damas. C’est l’un des deux seuls exemples où notre Seigneur se désigne Lui-même sous son nom d’homme « Jésus ». Dans les évangiles, Il s’adresse à ses disciples ou aux Juifs – Il s’appelle lui-même « le Fils de l’homme ». Ici, venant rencontrer Saul sur son chemin d’opposition et de haine, Il prend le nom sous lequel il avait vécu dans l’humilité sur la terre.

Le Seigneur dans la gloire était le même Homme, le même Jésus débonnaire et méprisé, né dans l’étable de Bethléem, qui était passé de lieu en lieu faisant du bien et qui avait été cloué sur la croix du Calvaire.

Ce Jésus, Dieu L’a ressuscité et L’a exalté à sa droite (Act. 2. 32 et 33). Toute l’incrédulité que Saul, comme les principaux des Juifs, avait opposée au message de la résurrection proclamé par les apôtres, tombe devant cette révélation.

Désormais Jésus sera son Seigneur, son maître. Il ne vivra que par Lui et pour Lui. Telle est la part de tous les rachetés de Jésus. Il faut avoir affaire personnellement avec Lui. Nous devons croire en Lui comme en notre Sauveur qui a expié nos péchés à la croix. Nous devons Le reconnaître aussi comme notre Seigneur. Gardons-nous d’oublier qu’Il a tous les droits sur nous.

Dans sa réponse, nous l’avons vu, le Seigneur montre combien Il est étroitement associé aux siens. Les persécuter, c’était Le persécuter, Lui. C’est l’affirmation touchante de notre union avec Lui.

Il y a là un enseignement que l’apôtre Paul développera plus tard dans ses épîtres aux Corinthiens, aux Éphésiens et aux Colossiens. Tous les croyants sont les membres du corps de Christ dont Lui est la tête glorifiée dans le ciel. Toucher à un membre du corps, c’est toucher au corps tout entier, c’est toucher à la tête même. Qu’il est précieux pour le cœur de chaque croyant encore sur la terre de se sentir uni par de tels liens à Jésus dans la gloire, et qu’il est doux d’entendre ici notre bien-aimé Sauveur l’affirmer Lui-même dans sa réponse à Saul !

Le message d’Ananias

Il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Paul dit de lui, plus tard, que c’était un homme pieux selon la Loi, qui avait un bon témoignage de tous les Juifs de cette ville (Act. 22. 12).

Le Seigneur l’appelle dans une vision : « Ananias ! » Nous trouvons dans le livre des Actes plusieurs récits où le Seigneur s’adresse ainsi à l’un des siens, soit directement, soit par le moyen d’un ange.

Ananias est prompt à répondre : « Me voici, Seigneur » (Act. 9. 11). Le Seigneur lui dit : « Lève-toi, va dans la rue appelée la Droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car voici, il prie, et il a vu dans une vision un homme nommé Ananias qui entrait et lui imposait les mains pour qu’il recouvre la vue ».

Les indications données à Ananias sont simples. Toute cette conversation est empreinte d’une douce intimité. On sent qu’Ananias vivait de façon habituelle dans la présence du Seigneur. Il est prêt à obéir, mais dans la liberté qu’il connaît avec son Maître il Lui présente ce qu’il a déjà entendu dire de Saul et ne cache pas son étonnement : « Seigneur, j’ai entendu beaucoup de personnes dire, à propos de cet homme, tout le mal il a faits à tes saints dans Jérusalem ; et ici il a pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom ».

Mais le Seigneur avec patience donne réponse aux questions qui montent dans l’esprit de son serviteur et lui révèle son propos à l’égard de Saul : « Va ; car cet homme est un instrument que je me suis choisi pour porter mon nom devant les nations, les rois et les fils d’Israël ; car je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom ».

Vivre dans l’intimité du Seigneur comme Ananias est un privilège dont tout croyant peut jouir encore aujourd’hui. Nous avons toujours la liberté de lui exposer simplement par la prière tout ce qui nous préoccupe, et nous recevons par sa Parole la communication de ses pensées.

Dieu opère chez Saul une transformation complète pendant ces trois jours de jeûne et d’obscurité. « Voici, il prie » : c’est ainsi que le Seigneur le présente à Ananias. Quel changement ! Le jeune pharisien orgueilleux qui jusque-là n’était guidé que par ses propres pensées et prétendait les imposer aux autres même par la violence, est devenu un homme dépendant qui implore humblement Dieu. Et Dieu répond. Il va lui envoyer son disciple, mais à l’avance Il annonce à Saul, par une vision, cette visite et Il lui précise même le nom de ce messager, son geste d’imposition des mains et la guérison qui suivra.

Ce que Dieu a en vue pour Saul dépasse de beaucoup ce que devait attendre cet homme en prière. Non seulement la vue va lui être rendue et le pardon de ses péchés va lui être annoncé, mais il lui sera révélé comment Dieu l’a choisi pour un service exceptionnel.

Lui qui s’était acharné contre le nom de Jésus et contre ceux qui invoquaient ce nom béni allait avoir à proclamer ce nom même devant les nations, dans les vastes contrées où il n’avait jamais été entendu, devant les rois, l’auditoire le plus difficilement accessible – et aussi, mais cela ne vient qu’en troisième lieu, devant les fils d’Israël, ses frères selon la chair auxquels il est toujours resté fidèlement attaché. Ce service entraînerait bien des tribulations. Après avoir tant fait souffrir les fidèles qui invoquaient le nom du Seigneur, Saul, désormais, souffrirait beaucoup pour ce nom et il estimerait cela comme un privilège, comme un don gratuit (Phil. 1. 29).

Ananias, serviteur docile, se rend aussitôt dans la maison où séjourne Saul et lui impose les mains. C’est là un geste d’association. Ananias ne considère plus Saul comme le persécuteur, mais comme un homme repentant, un frère dans la foi, un disciple lui-aussi de Jésus. Il lui dit : « Saul, frère, le Seigneur, Jésus qui t’est apparu dans le chemin par où tu allais m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint ».

C’est Jésus qui domine cette scène, comme il dominera dorénavant toute la vie de Saul. C’est Jésus qui l’avait arrêté sur le chemin et qui maintenant lui envoie Ananias. C’est par Jésus qu’il recouvre la vue, qu’il reçoit le pardon de ses péchés et le don du Saint Esprit.

Aussitôt des yeux de Saul tombent comme des écailles, et il voit. Ce miracle dans le domaine corporel est l’image de ce qui se passe dans son âme : sa propre justice, sa prétention de servir Dieu et d’accomplir la loi, tout ce qui obscurcissait son jugement et le retenait dans un aveuglement moral, tout cela disparaît. Dès maintenant, par la foi, il peut voir Jésus ; il s’attachera lui-même et exhortera les autres à Le contempler, à Le considérer, à fixer les yeux sur Lui (Héb. 2. 9 ; 2 Cor. 3. 18 ; Héb. 12. 2 et 3).

Le récit du chapitre 22 des Actes ajoute ces paroles d’Ananias : « Et maintenant pourquoi tardes-tu ? Lève-toi, sois baptisé, et lave-toi de tes péchés, en invoquant son nom ». Les choses vieilles sont passées, Saul n’a plus à s’y attarder. Il appartient à un ordre de choses tout nouveau. Il entre par le baptême dans ce christianisme qu’il avait cherché à détruire.

Une vie de consécration à son Seigneur s’ouvre devant lui. Il mange, il reprend des forces et il demeure quelques jours avec ces mêmes disciples de Damas qu’il était venu persécuter.

Il ne peut garder pour lui-même les révélations merveilleuses qu’il a reçues. Il entre dans les synagogues des Juifs et il leur annonce Jésus. Il affirme que Celui-ci est le Fils de Dieu. Sa prédication a d’abord pour sujet la gloire personnelle de Celui qui s’est révélé à lui. Jésus lui-même avait maintes fois déclaré dans les évangiles qu’il était le Fils de Dieu, et c’est ce témoignage qui le fit condamner à mort.

Les discours de Saul étaient d’autant plus saisissants que nul n’ignorait sa violente opposition à Christ et aux chrétiens à Jérusalem, ni les projets de persécution qui l’avaient amené à Damas.

Mais il se fortifiait de plus en plus, confondait les Juifs et démontrait que Jésus était le Christ. Instruit dans les Écritures, comprenant maintenant avec le secours du Saint Esprit ce que l’Ancien Testament disait à l’avance de Jésus, Saul pouvait donner des preuves convaincantes de cette vérité : Jésus, le rejeté, le crucifié, est le Christ.

Quand le Seigneur interroge sur Lui-même ses disciples, dans le chapitre 16 de Matthieu, Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est cette double révélation – Jésus, le Fils de Dieu – Jésus, le Christ, que Saul apporte dans les synagogues de Damas.

Christ est la traduction grecque du mot hébreu Messie qui signifie Oint (Jean 1. 41 ; 4. 25). Moïse, David, les prophètes avaient annoncé un grand libérateur, un roi qui régnerait en justice, un descendant de David qui rétablirait le royaume de son père, et apporterait la bénédiction à son peuple. C’est ce Messie promis que les Juifs attendaient.

Dans le premier chapitre de Jean, André dit à Simon : « Nous avons trouvé le Messie (le Christ) » et c’est exactement dans cette pensée que Philippe dit aussitôt après à Nathanaël : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi et dont les prophètes ont écrit, nous l’avons trouvé ». C’est sous ce titre que Jésus se présentait d’abord à son peuple. Mais « Il vint chez soi et les siens ne l’ont pas reçu ».

Mais ceux qui le reçoivent discernent en lui par la foi, non seulement l’Oint de Dieu, le Christ annoncé, celui sur qui reposent toutes les promesses faites à Israël, mais le Fils de Dieu, le Fils Unique que, dans son amour pour le monde, Dieu a donné « afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle ».

« Mais tout cela a été écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (Jean 20. 31).

L’école de Dieu

La suite du récit du chapitre 9 des Actes indique que des jours en grand nombre se sont écoulés avant que Saul retourne de Damas à Jérusalem. Paul précise aux Galates que ce séjour dura trois ans, et que pendant cette période, il fit un voyage en Arabie sur lequel nous n’avons pas d’autres détails.

Le témoignage que Saul rendait au Seigneur Jésus ne manqua pas de lui attirer la haine des Juifs. Ils s’étaient d’abord étonnés de l’entendre prêcher Christ avec force, lui qui peu auparavant déployait tant d’ardeur dans la persécution contre les chrétiens. Mais leur surprise fit bientôt place à une violente hostilité et ils décidèrent de le faire mourir. Ils surveillèrent jour et nuit les portes de la ville pour le tuer. Ils obtinrent même le concours du gouverneur du roi Arétas, qui fit garder la ville pour se saisir de lui (2 Cor. 11. 32).

C’est ainsi que les hommes qui s’opposent à Dieu trouvent facilement un concours parmi leurs semblables : le peuple d’Israël avec ses chefs s’est joint aux Romains pour faire périr Jésus ; bien des fois dans la suite de l’histoire de l’apôtre Paul, nous verrons les Juifs ameuter contre lui les gens des nations. Tel est le monde toujours unanimement opposé à Dieu et rebelle à sa grâce.

Mais Saul apprit le complot qui se tramait contre lui, et les disciples le firent échapper en le dévalant dans une corbeille par une fenêtre à travers la muraille.

Saul était entré à Damas aveugle, brisé, conduit par la main. Il en repartait à la dérobée et, par une fuite humiliante, échappait avec peine à ceux qui voulaient attenter à sa vie. Comme tout cela contraste avec la mission qu’il avait sollicitée et obtenue du souverain sacrificateur et dont il comptait s’acquitter brillamment.

Mais Paul, parti de Jérusalem la haine au cœur, misérable quant à Dieu, y retournait étreint par l’amour du Christ, riche de toute la grâce du Seigneur.

Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples. Mais les chrétiens, se souvenant de la part qu’il avait prise au meurtre d’Étienne et aux persécutions qui avaient suivi, doutaient de sa conversion, le craignaient et l’évitaient.

Il y avait dans l’assemblée de Jérusalem un frère nommé Barnabas qui a joué par la suite un rôle important dans la vie de l’apôtre Paul. Il appartenait à la tribu de Lévi et était né dans l’île de Chypre, donc, comme Saul, en dehors de la Palestine. Il nous est parlé de lui dès le début de l’histoire de l’Assemblée à la fin du chapitre 4 des Actes. Possesseur d’une terre, il la vendit et en apporta le prix aux apôtres pour que cet argent soit distribué aux chrétiens qui étaient dans le besoin. Son nom était primitivement Joseph, mais les apôtres, appréciant son désintéressement, l’appelèrent « Barnabas » ce qui signifie « fils de consolation ». C’est sous ce nom qu’il est continuellement désigné dans le Nouveau Testament.

Barnabas prit Saul, le mena aux apôtres, leur raconta comment il avait vu et entendu le Seigneur sur le chemin, et comment, à Damas, il avait ouvertement parlé au nom de Jésus. Saul demeura ainsi quelques jours chez l’apôtre Pierre.

Il ne restait pas inactif. Allant et venant dans Jérusalem, il parlait du Seigneur. Il s’adressait particulièrement aux Juifs qui, comme lui, n’étaient pas originaires de Palestine, qui parlaient en général la langue grecque, et que l’on appelait pour cela les Hellénistes. Saul ne craignait pas d’entrer en discussion avec eux ; mais son zèle pour le Seigneur lui attira de nouveau la haine des opposants qui cherchaient à le faire mourir.

Les frères de Jérusalem eurent connaissance de ce méchant dessein, et pour faire échapper Saul l’envoyèrent à Tarse, sa ville d’origine. Nous ne savons pas combien de temps dura ce séjour-là, mais nous pouvons bien penser que, toujours actif, il continua d’annoncer Jésus à ceux qui l’entouraient.

Saul était appelé à un grand service pour le Seigneur. Il devait apporter l’évangile aux nations. Dès sa conversion, nous le voyons plein de zèle pour parler de Jésus autour de lui. Mais avant que puisse commencer son ministère d’apôtre, il devait être formé pour cela par Dieu Lui-même. L’Arabie, c’est le désert. Quand Saul a interrompu son séjour à Damas et s’est retiré pour un temps en Arabie, il s’isolait avec Dieu.

Il se trouvait là à l’école de Dieu, il recevait la révélation de ses pensées, il apprenait les leçons nécessaires à sa formation.

C’est ainsi que Dieu prépare ses serviteurs, dans la retraite avec Lui : quand Moïse, âgé de 40 ans, sortit pour visiter ses frères, il voulut s’employer aussitôt à leur délivrance. Mais les Israélites ne reconnurent pas sa mission et il dut s’enfuir et séjourner comme étranger dans le pays de Madian pendant quarante ans. Ce n’est qu’au bout de ce long temps à l’écart, dans le secret, qu’il fut appelé par l’Éternel et envoyé vers le Pharaon pour faire sortir d’Égypte le peuple d’Israël.

Quand David se présenta pour lutter contre Goliath, il connaissait les délivrances de l’Éternel pour les avoir apprises au désert, loin de tous, dans la lutte contre le lion et contre l’ours.

II en est ainsi aujourd’hui encore : dès qu’un croyant a reçu Jésus comme son Sauveur, il peut et doit parler autour de lui du salut que Dieu lui a accordé ; il a le privilège d’être un témoin de Christ avec le secours du Saint Esprit. Mais pour accomplir un ministère public au service du Seigneur il faut avoir été à l’école de Dieu qui enseigne de bien des manières, par sa Parole et par les expériences qu’Il permet. Il n’est pas d’enseignement donné par les hommes qui puisse suppléer à ces leçons-là.

Nous remarquons aussi que ce n’est que trois ans après sa conversion que Saul prend avec les apôtres un contact d’ailleurs assez bref. Il ne remontera ensuite à Jérusalem qu’au bout de quatorze ans, c’est-à-dire à la fin de son premier voyage missionnaire (Gal. 2. 1 ; Act. 15). Il tenait son appel directement du Seigneur. Son ministère n’avait pas à être accrédité par d’autres. Son enseignement reposait sur les vérités qui lui avaient été directement révélées.

Il était dans les pensées de Dieu que la prédication de l’évangile s’étende aux nations, dans les débuts tout au moins, indépendamment des apôtres restés à Jérusalem, attachés encore aux formes du culte Juif. Il devait être bien établi que le christianisme était entièrement distinct du judaïsme.

Nous voyons enfin que Saul dut séjourner à Tarse, sa ville d’origine. Quand le Gadarénien eut été délivré des démons, il pria Jésus de lui permettre de Le suivre. Mais Jésus le renvoya chez lui et lui dit : « Va dans ta maison, auprès des tiens, et raconte-leur tout que le Seigneur a fait pour toi et comment il a usé de miséricorde à ton égard ». Et l’homme s’en alla et se mit à publier, par toute la ville et dans toute la contrée ce que Jésus lui avait fait (Marc 5 ; Luc 8). Son témoignage fut reçu par ses compatriotes, puisque Jésus, quand il revint dans ces parages, fut reconnu, bien accueilli, et put opérer beaucoup de guérisons (Marc 6. 53).

C’est d’abord à ceux qui vivent avec nous que nous devons parler de Jésus. C’est quelquefois plus difficile que de s’adresser à des étrangers. On craint davantage la moquerie d’un camarade de tous les jours que celle d’un inconnu.

Nous risquons souvent d’être empêchés de parler de l’évangile à nos proches, parce que nous sentons que nos paroles ne correspondraient pas à notre conduite qu’ils observent et qu’ils connaissent bien.

Souvenons-nous que notre témoignage pour le Seigneur ne doit pas être en paroles seulement, mais dans toute notre manière de vivre.

L’assemblée d’Antioche

La persécution qui avait suivi la mort d’Étienne avait dispersé les chrétiens de Jérusalem. Seuls les apôtres étaient restés dans cette ville. Les autres croyants s’étaient enfuis dans les contrées voisines, en Judée et Samarie. Certains passèrent plus loin, jusque dans l’île de Chypre ou vers le nord de la Palestine jusqu’en Phénicie et à Antioche.

Antioche, à 500 kilomètres au nord de Jérusalem, était alors une très grande ville – en importance, la troisième de l’empire romain, après Rome et Alexandrie. Il y affluait des gens de toutes nationalités et entre autres des Juifs.

Les chrétiens dispersés, pleins de zèle pour le Seigneur, parlaient de Lui aux Juifs qu’ils rencontraient. Certains même qui étaient originaires de Chypre ou de Cyrène, habitués à avoir des relations avec les gens des nations, annoncèrent Jésus aux Grecs d’Antioche. Le Seigneur bénit le témoignage qu’ils rendaient, si bien que beaucoup de leurs auditeurs crurent et se tournèrent vers le Seigneur.

Satan avait cherché, par la persécution, à anéantir le christianisme naissant ; mais Dieu s’est servi de la dispersion de ses enfants pour faire propager l’évangile. C’est ainsi que l’ennemi fait une œuvre qui tourne à sa confusion. Dieu, souverain, fait concourir toutes choses à sa propre gloire.

Il est beau de voir comment ces exilés, au lieu de s’appesantir sur leurs difficultés, s’employaient à faire connaître à d’autres le Sauveur qu’ils avaient trouvé.

Leur cœur était occupé de Jésus, et de l’abondance du cœur, la bouche parle (Luc 6. 45). Tout croyant, si simple soit-il, peut ainsi être un messager de la grâce auprès de ceux qui l’entourent, s’il est lui-même plein de l’amour du Seigneur.

L’assemblée qui était à Jérusalem entendit parler de cette œuvre de Dieu et envoya à Antioche Barnabas, ce disciple que nous avons déjà vu consacrer ses biens aux besoins de ses frères et amener Saul aux apôtres. Ceux-ci l’avaient appelé « fils de consolation ».

Il nous est dit de lui maintenant qu’il était « homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi ». Il était ainsi bien qualifié pour accomplir un service utile près de ces croyants d’Antioche. Étant lui-même originaire de Chypre, il était à même de bien les comprendre.

Quand il arriva à Antioche « il vit la grâce de Dieu et s’en réjouit ». Cet homme de foi ne s’arrêtait pas aux résultats visibles, mais remontait à la source et ce qu’il discernait, c’était la grâce de Dieu à l’œuvre.

Nous pouvons penser que Barnabas, rempli de l’Esprit Saint, avait beaucoup de choses à dire aux fidèles d’Antioche. Mais toutes se résument à ceci : « Il les exhortait à demeurer attachés au Seigneur de tout leur cœur ».

C’est ce que Jésus enseignait Lui-même à ses disciples dans cette belle image du sarment attaché au cep. Combien de fois il parle de « demeurer en Lui », de « demeurer dans son amour » dans le chapitre 15 de l’évangile de Jean.

Toute notre conduite chrétienne doit découler de notre attachement de cœur au Seigneur. Et c’est à son amour à Lui pour nous que s’alimentent nos affections. Pensons davantage à l’amour qui L’a conduit à se livrer Lui-même pour nous, à l’amour dont Il nous entoure chaque jour, à cet amour qui nous veut avec Lui pour l’éternité ; c’est ainsi que nous pourrons l’aimer un peu mieux en retour. « Nous, nous aimons parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4. 19).

S’il veut que notre cœur l’aime

Sans partage, ni détour,

C’est qu’il est d’abord lui-même

Immuable en son amour.

« Une grande foule fut ajoutée au Seigneur » : Tel fut le résultat du témoignage rendu par ces croyants fidèles et de la prédication de Barnabas. Il y a là plus que la mention du salut par la foi pour un grand nombre d’âmes ; il y a le rappel des liens établis avec Christ pour tous ces nouveaux convertis.

L’œuvre de Dieu prospérait. Selon les expressions du Seigneur (Mat. 9. 37), la moisson était grande et il fallait que le maître de la moisson (Dieu Lui-même) y pousse de nouveaux ouvriers. Barnabas était loin de vouloir conserver pour lui-même une place prépondérante. Il se rendit à Tarse où Saul s’était réfugié et le ramena avec lui à Antioche. Là commença pour ces deux serviteurs de Dieu un ministère commun qui s’étendit par la suite à bien d’autres champs d’activité. Pendant toute une année ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule. Leur prédication ne se limitait pas aux premiers rudiments de l’évangile, mais ils s’appliquaient à affermir les âmes dans toute la vérité.

Leur activité eut des résultats bénis : les croyants d’Antioche parlaient de Christ et dans leur conduite manifestaient la vie de Christ, si bien qu’on les appela du nom de Christ. Pour la première fois les disciples reçurent le beau nom de chrétiens.

Ce nom, hélas, a été pris depuis par bien des hommes qui n’ont que la profession sans la réalité. Mais il reste un titre précieux pour ceux dont la vie est vraiment liée à celle de Jésus, pour ceux qu’Il appelle lui-même les siens.

Les deux assemblées de Jérusalem et d’Antioche continuaient à être en relations suivies. Des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L’un d’eux nommé Agabus, que nous retrouvons bien plus tard dans l’histoire de Paul, déclara par le Saint Esprit qu’une grande famine aurait lieu dans toute la terre.

Il y avait encore en ce temps-là, comme dans l’Ancien Testament, des révélations de Dieu par prophétie concernant les évènements à venir.

Maintenant, nous possédons la Parole de Dieu complète et le prophète est celui qui, parlant de la part de Dieu par le Saint Esprit, applique la Parole aux cœurs et aux consciences pour l’édification, l’exhortation et la consolation de l’Assemblée.

À l’annonce de cette famine, l’égoïsme naturel du cœur de l’homme ne l’aurait incité qu’à amasser des provisions pour se mettre à l’abri de la disette. Mais l’amour qui animait les disciples d’Antioche les pousse à penser aussitôt à leurs frères de Judée qui, après les persécutions qu’ils avaient subies, pouvaient être dans un plus pressant besoin qu’eux-mêmes et ils décidèrent de leur envoyer un secours auquel chacun contribua selon ses ressources.

Plus tard l’apôtre Paul exhortera les Corinthiens à participer ainsi à une collecte semblable, chacun donnant selon qu’il aurait prospéré (1 Cor. 16. 2). Dieu aime celui qui donne joyeusement (2 Cor. 9. 7).

Nous devons être reconnaissants quand Il nous accorde l’occasion de manifester de façon pratique l’amour chrétien en faisant part de nos biens à nos frères matériellement moins favorisés. Nos dons doivent être d’autant plus importants que nos ressources sont plus élevées. L’apôtre Paul ordonne par Timothée à ceux qui sont riches de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, d’être libéraux, prompts à donner (1 Tim. 6. 18). Et le Seigneur est attentif au dévouement de ceux qui, pauvres eux-mêmes, se privent pour secourir les autres : il apprécie la pite de la veuve, le verre d’eau froide donné en son nom.

C’est à Barnabas et à Saul que fut confié le soin de porter aux anciens de la Judée les sommes recueillies. Quelle joie pour eux d’être les messagers de ce témoignage d’amour fraternel !

L’appel de Saul et de Barnabas

Barnabas et Saul retournèrent à Antioche après avoir remis aux anciens de Jérusalem les secours dont ils avaient été chargés pour les frères de Judée.

Ils amenaient avec eux un neveu de Barnabas appelé Jean, mais désigné généralement par son surnom de Marc.

Nous trouvons dans le chapitre 12 des Actes que c’est vers la maison de Marie, mère de Marc, que s’est dirigé l’apôtre Pierre aussitôt qu’il a été tiré hors de la prison par l’intervention d’un ange. Il allait là tout naturellement, comme vers une maison amie. Et là, en effet, se trouvaient rassemblés plusieurs disciples qui priaient pour lui. Marc appartenait donc à une famille dévouée au service des saints.

Dieu continuait à bénir l’assemblée qu’Il avait formée à Antioche et pourvoyait à l’édification et à l’encouragement des siens. Il y avait là des prophètes et des docteurs : Barnabas, Siméon Niger, Lucius le Cyrénéen, Manahem et Saul.

Comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : « Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ».

Dans la Parole, le jeûne accompagne souvent la prière : ces hommes de Dieu mettaient de côté les préoccupations matérielles, s’abstenaient de ce qui satisfait la chair et renonçaient même pour un temps à prendre toute nourriture afin d’être uniquement aux affaires du Seigneur.

Dans cette séparation complète des choses de la terre, ils se trouvaient bien préparés pour discerner la pensée de Dieu et ils reçurent directement ses communications par le Saint Esprit. Suivons cet exemple : pour demeurer dans la communion avec le Seigneur et connaître sa pensée il ne faut pas se laisser absorber par les affaires de la vie.

Barnabas et Saul sont ainsi l’objet d’un appel spécial pour une mission dont nous allons voir l’importance. Ils sont mis à part à Antioche, en dehors de toute intervention des apôtres alors à Jérusalem. Ce ministère indépendant de tout ce qui aurait pu avoir un caractère d’autorité humaine, relevait directement de Dieu par les directions du Saint Esprit.

Après avoir à nouveau jeûné et prié, les compagnons de Saul et de Barnabas leur imposèrent les mains. Nous avons déjà vu, quand Ananias mit les mains sur Saul à Damas, que c’est là un geste d’association. Barnabas et Saul partaient pour leur nouveau champ d’activité avec la pleine communion de ceux avec qui ils avaient travaillé jusque-là. Si l’appel de Dieu est la condition première pour s’engager dans le service du Seigneur, la communion fraternelle doit aussi être recherchée.

Première étape : l’île de Chypre

Envoyés par le Saint Esprit, Barnabas et Saul trouvent le chemin tracé d’avance par Dieu lui-même.

C’est ainsi qu’ils allèrent s’embarquer à Séleucie, port qui desservait la ville d’Antioche et qui a maintenant disparu. De là ils se rendirent par mer dans l’île de Chypre, la patrie de Barnabas. Ils étaient accompagnés par Marc, qui les aidait dans le service.

Arrivés à Salamine, grande ville sur la côte est de l’île, « ils annonçaient la Parole de Dieu dans les synagogues des Juifs ». C’est ainsi qu’ils allaient procéder à chaque étape de leur voyage, prêchant d’abord l’évangile aux Juifs. Leur attachement à leurs frères selon la chair les poussait sans doute à s’adresser à eux en premier lieu, mais il était bien aussi dans la pensée de Dieu que la bonne nouvelle du salut fût annoncée au Juif premièrement puis au Grec (Rom. 1. 16). La mention de plusieurs synagogues à Salamine semble indiquer qu’il y avait un grand nombre de Juifs dans cette ville.

Barnabas et Saul traversèrent ensuite l’île de Chypre dans toute sa longueur pour arriver à Paphos, ville de la côte ouest, à deux cents kilomètres environ de Salamine. Là se trouvait le représentant du pouvoir romain, le proconsul Serge Paul, homme intelligent qui recherchait la vérité.

Il y avait auprès de lui un Juif, dénommé Bar-Jésus ou Élymas qui se prétendait prophète et pratiquait la magie. Par ses pratiques surnaturelles, Élymas cherchait à s’assurer une influence sur l’esprit du proconsul. Ce dernier fit appeler Barnabas et Saul et leur demanda d’entendre la Parole de Dieu. Mais le magicien Élymas, mécontent de l’intérêt que Serge Paul prenait au message des apôtres et craignant que son prestige en souffrît, leur résistait, cherchant à détourner le proconsul de la foi.

C’est alors que Saul reprit sévèrement ce contradicteur. Il le fit, non dans un mouvement de colère naturelle, mais sous l’action et avec l’autorité de l’Esprit Saint. Ses paroles démasquaient le véritable caractère d’Élymas : « toi qui est plein de toute fraude et de toute méchanceté, fils du diable, ennemi de toute justice » – et en même temps prononçaient sur lui un jugement de la part de Dieu : « La main du Seigneur est sur toi : tu seras aveugle, sans voir le soleil pour un temps ». Ce châtiment s’exécuta aussitôt. Élymas, frappé de cécité, cherchait à tâtons quelqu’un qui le conduisît par la main.

Combien est grave la condition des hommes qui s’opposent à l’évangile. Ils sont des instruments dans les mains de Satan et participent à ses œuvres de ténèbres. « Fils du diable » peut dire Paul à Élymas. Le Seigneur disait de même aux Juifs qui s’opposaient à lui : « Vous, vous avez pour père le diable, et vous voulez faire les convoitises de votre père » (Jean 8). Ce faux prophète Élymas représente le peuple qui s’est toujours opposé à l’évangile annoncé aux nations et qui, en châtiment, a été frappé d’aveuglement pour un temps. Aujourd’hui encore, si des Juifs sont individuellement sauvés par la grâce de Dieu, le peuple dans son ensemble reste endurci et persiste à rejeter son Messie, jusqu’à ce que Dieu, après l’enlèvement de l’Église, lui dise à nouveau : « Tu es mon peuple ».

« Le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant saisi par la doctrine du Seigneur ». Le miracle de puissance et de jugement opéré à la parole de Paul pouvait bien frapper son esprit. Dieu venait par ce signe appuyer le message de ses serviteurs.

Mais il faut bien noter que c’est « la doctrine du Seigneur » qui saisit le proconsul.

À Salamine c’est la Parole de Dieu que les apôtres annonçaient. C’est la Parole de Dieu que Serge Paul avait demandé à entendre. C’est elle maintenant qui le convainc.

« La foi vient de ce qu’on entend – et ce qu’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10. 17). Nous voyons au début de l’évangile de Jean que « plusieurs crurent au nom du Seigneur en contemplant les miracles qu’il faisait mais Jésus lui-même ne se fiait pas à eux » (Jean 2. 23).

Reconnaître dans un miracle la main de Dieu, c’est simplement se rendre à l’évidence ; mais la foi s’applique aux choses qui ne se voient pas ; elle croit ce que Dieu dit parce que c’est Dieu qui le dit.

Nous notons, comme nous l’avons déjà indiqué, que dès ce passage à l’île de Chypre, début de sa mission d’apôtre, Saul abandonne son nom sous lequel nous l’avons suivi jusqu’ici et sera désormais toujours appelé Paul.

La prédication de Paul à Antioche de Pisidie

Paul et ses compagnons quittèrent l’île de Chypre à Paphos et gagnèrent par mer une province de l’Asie Mineure appelée la Pamphylie au nord-ouest de Chypre.

Marc, qui les avait accompagnés jusque-là, les abandonna et retourna seul à Jérusalem.

Les difficultés l’avaient-elles effrayé ? Était-il resté trop attaché au judaïsme ou à sa famille ? Quoi qu’il en soit, il fit une grande perte en renonçant à partager avec Paul et Barnabas les souffrances de l’évangile, et son abandon fut, comme nous le verrons au chapitre 15, l’occasion d’un triste désaccord, entre ces deux grands serviteurs de Dieu.

Mais le Seigneur prit soin de lui, et sans que nous soient rapportées les expériences qu’il dut faire, nous savons qu’il fut rétabli dans son service puisque Paul, bien plus tard, tout à la fin de sa course, put écrire à Timothée : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le service » (2 Tim. 4. 11). Nous notons aussi que le Saint Esprit a employé ce serviteur, défaillant au début de sa course mais pleinement restauré par la suite, pour écrire l’évangile qui porte son nom et qui nous présente Jésus sous les traits du parfait Serviteur.

Poursuivant leur route vers le nord, Paul et Barnabas ne firent à Perge qu’une halte sur laquelle il ne nous est rien rapporté, et arrivèrent dans la province de Pisidie, à une ville nommée Antioche, qu’il ne faut pas confondre avec la ville du même nom, capitale de la Syrie, d’où ils étaient partis. Bien des villes à cette époque, portaient ce nom d’Antioche en souvenir d’Antiochus, ancêtre de la famille des Séleucides qui avait régné sur ces contrées.

À Antioche de Pisidie, Paul et Barnabas entrèrent dans la synagogue le jour du sabbat et s’assirent pour écouter la lecture que l’on faisait, selon la coutume, dans la loi et les prophètes. Le Seigneur ne manque pas de leur fournir l’occasion d’annoncer l’évangile : les chefs de la synagogue, remarquant ces étrangers, les invitèrent à parler s’ils avaient quelque parole d’exhortation à adresser au peuple.

Paul, se levant, prononça un discours dont le chapitre 13 des Actes nous a conservé les termes.

Le livre des Actes nous rapporte ainsi le texte d’un certain nombre de prédications :

– Celle de Pierre à Jérusalem le jour de la Pentecôte (Act. 2).

– Son discours au temple après la guérison de l’homme boiteux (Act. 3).

– La réponse de Jean et de Pierre devant le sanhédrin (Act. 4).

– Le discours d’Étienne devant le sanhédrin (Act. 7).

– La prédication de Pierre dans la maison de Corneille (Act. 10).

Ici nous avons le premier discours qui nous soit rapporté de Paul. La suite du récit des Actes nous en donnera d’autres, prononcés à Athènes (Act. 17), à Jérusalem (Act. 22); à Césarée (Act. 26).

Dans chaque cas nous pouvons admirer la sagesse avec laquelle ces hommes de Dieu, conduits par l’Esprit Saint, présentaient l’évangile d’une manière adaptée aux circonstances, aux besoins et à la compréhension de leur auditoire. Ces discours méritent toute notre attention.

C’est l’évangile prêché dans sa pureté avec la puissance du Saint Esprit agissant sans entraves aux premiers temps de l’Église. Ce n’est pas pour rien que Dieu en a consigné les termes dans le saint livre. Ce sont des modèles de la façon dont Christ doit être présenté aux âmes.

Dans la synagogue, Paul s’adressait à des Juifs ou aux prosélytes. Ce dernier nom désigne les gens des nations qui observaient le culte juif.

Les livres de l’Ancien Testament étaient bien connus des uns et des autres. Paul leur rappelle sommairement l’histoire du peuple d’Israël depuis le choix des patriarches, la sortie d’Égypte, la traversée du désert, l’introduction en Canaan. Il cite en passant les Juges, Samuel, Saül le roi infidèle qui fut retranché après un règne de quarante ans et en arrive enfin au roi David à qui Dieu a rendu ce témoignage : « J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté ».

L’attente d’un Messie, fils de David, restait chère au cœur de tous les Juifs, même de ceux dispersés hors de leur pays et, par ce rappel de l’histoire de leurs pères, Paul ravive leur intérêt pour le Christ qu’il allait leur annoncer : il leur présente Jésus comme le Sauveur promis par Dieu à Israël.

Pour clore l’annonce qu’en avaient fait les prophètes de l’Ancien Testament, Jean le dernier et le plus grand des prophètes, immédiatement avant la manifestation de Jésus, était venu prêcher le baptême de repentance à tout le peuple. Âgé seulement de trente ans environ, il achevait sa course.

Le service pour lequel il avait été suscité était pleinement rempli. Il avait proclamé la grandeur de Celui qui venait après lui, s’estimant lui-même indigne de dénouer seulement la courroie de ses sandales.

La parole de ce salut, l’annonce du Christ sauveur, s’étendait maintenant bien au-delà des bords du Jourdain et s’adressait à tous les fils d’Abraham et à tous ceux qui, avec eux, craignaient Dieu – à tous ceux qui, ce jour-là, dans la synagogue, écoutaient le message de Paul.

Ce message ne présentait pas seulement la venue de Christ au milieu de son peuple selon la promesse de Dieu. Il exposait aussi comment ce peuple L’avait rejeté. Les habitants de Jérusalem et leurs chefs, particulièrement privilégiés et responsables, méconnaissant les Écritures et Celui qu’elles annonçaient, qui les avait accomplies. Le rejet de Christ par les Juifs, sa mort par la main des gentils à qui Il a été livré, sa mise au tombeau, s’étaient déroulés comme les prophètes l’avaient annoncé.

Mais Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts. Cette résurrection était affirmée par le témoignage des siens qui l’avaient vue ; elle était le sujet de l’heureuse nouvelle que les apôtres apportaient à Antioche : Dieu avait accompli sa promesse, non seulement par la venue de Jésus dans ce monde, mais aussi par sa résurrection.

Paul continue à faire appel aux Écritures et cite textuellement plusieurs passages.

En rappelant la parole du Psaume 2 : « Tu es mon Fils ; aujourd’hui je t’ai engendré » il établit que Jésus est le Fils de Dieu.

Par le passage d’Ésaïe 55 : Je vous donnerai « les grâces assurées de David » il affirme que le royaume glorieux promis à la semence de David sera établi au-delà de la mort et de la résurrection.

Par la parole même de David au Psaume 16 « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » il donne la certitude que le Christ devait ressusciter.

David, mort et enseveli, n’était pas sorti du sépulcre, mais sa foi avait saisi que le Fils, héritier des promesses, le Saint de Dieu, ne pouvait être retenu par les liens de la mort.

Ces vérités ainsi établies en s’appuyant sur les Saintes Lettres, Paul ouvre devant ses auditeurs les bienheureuses conséquences qui en découlent pour eux : c’est la rémission des péchés qu’il leur annonce par Jésus mort et ressuscité.

La loi de Moïse n’avait pu justifier aucun d’eux. Elle leur faisait sentir, au contraire, leur incapacité à accomplir la volonté de Dieu, et prononçait leur condamnation. Mais maintenant, quiconque croyait en Jésus était justifié par Lui.

Quel heureux message et combien chacun de ceux qui l’entendaient devait y être attentif.

Paul, citant une fois de plus la parole des prophètes, rappelle ce verset d’Habakuk : « Voyez, arrogants, étonnez-vous, disparaissez ; car moi je fais une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croiriez pas si quelqu’un vous la racontait ».

Dans le livre du prophète, ce passage introduit l’annonce des jugements que le peuple s’était attiré par sa méchanceté. Paul l’emploie pour présenter le sort terrible de ceux qui commettent la plus grande offense envers Dieu en refusant le pardon qu’Il offre en son Fils.

Un arrogant est celui qui méprise, dénigre ce qui est bon. Le mépris des dons parfaits de Dieu est la suprême injure que Lui fasse l’homme : « Ils méprisèrent le pays désirable » reproche-t-Il à son peuple « et il jura à leur sujet qu’il les ferait tomber dans le désert » (Ps. 106. 24 et 26). « Ésaü méprisa son droit d’aînesse » (Gen. 25. 34) et il ne put hériter de la bénédiction (Héb. 12. 17).

« Comment échapperons-nous, si nous négligeons un si grand salut ? » (Héb. 2. 3). Cet avertissement demeure pour tous ceux à qui le grand salut est annoncé.

« Voici, c’est maintenant le temps favorable ; voici, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6. 2).

L’Évangile repoussé par les Juifs est annoncé aux Gentils à Antioche de Pisidie et à Iconium.

La prédication de Paul dans la synagogue d’Antioche de Pisidie éveilla un grand intérêt chez ses auditeurs. Peut-être que pour certains elle présentait seulement l’attrait d’une doctrine toute nouvelle, mais dans le cœur de beaucoup d’autres l’Esprit de Dieu opérait une œuvre plus profonde. Tous demandèrent à Paul et à Barnabas de reprendre ce sujet le sabbat suivant.

Quelques-uns, particulièrement intéressés, s’attachèrent aux apôtres et continuèrent dès ce jour-là à converser avec eux. Il y avait là des Juifs et des prosélytes, c’est-à-dire, comme nous l’avons déjà vu, des personnes des nations qui suivaient le culte juif.

Dans ces entretiens particuliers Paul et Barnabas les exhortaient à persévérer « dans la grâce de Dieu ». Il était établi que l’homme ne pouvait être justifié devant Dieu par la loi de Moïse. L’évangile prêché par les apôtres annonçait la justification par la foi en Christ, le salut par la pure grâce de Dieu.

Ceux qui s’attachaient aux apôtres avaient reçu cette vérité, mais il ne fallait pas que ce soit là une impression passagère.

L’épître aux Galates nous montre que les Gentils risquaient, comme les Juifs, après avoir reçu la grâce qui met l’homme entièrement de côté, de retomber sous le joug de la loi en recherchant ce qui semble donner quelque mérite à nos œuvres. Que de fois nous trouvons dans la Parole l’exhortation à persévérer et des exemples de persévérance !

Le sabbat suivant, presque toute la ville fut assemblée. C’est le désir d’entendre la Parole de Dieu qui les poussait vers la synagogue.

Mais les Juifs furent remplis de jalousie en voyant les foules. Leur orgueil se refusait à admettre que la Parole de Dieu soit annoncée aussi aux païens. Ils ne voulaient pas de l’évangile qui classait uniformément Juifs et Gentils comme des pécheurs perdus sans autre ressource que la grâce. Dans leur irritation ils contredisaient Paul et en vinrent même à blasphémer, c’est-à-dire à prononcer des paroles injurieuses envers Dieu.

Devant cette opposition, Paul et Barnabas adressent aux Juifs un avertissement sévère : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la Parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations » (Act. 13. 46) ; et ils invoquent une citation du chapitre 49 d’Ésaïe « Je t’ai établi pour être la lumière des nations, afin que tu sois en salut jusqu’au bout de la terre » (v. 6).

Ce verset du prophète s’applique au Seigneur. L’Esprit de Dieu avait annoncé à l’avance que le Messie serait rejeté et que tout son travail d’amour au milieu de son peuple paraîtrait être sans résultat mais, à cette occasion, Il avait révélé aussi que, dépassant le rassemblement du résidu d’Israël, Christ serait donné pour la lumière des nations, pour salut de la part de Dieu jusqu’au bout de la terre.

La prophétie qui s’appliquait au Seigneur Lui-même pouvait à bon droit être revendiquée par ses messagers comme le faisaient Paul et Barnabas.

Cette déclaration très nette provoqua chez les auditeurs appartenant aux nations une grande joie : ainsi les merveilles de la grâce de Dieu que Paul annonçait étaient bien pour eux aussi ! Ils donnèrent gloire à la parole du Seigneur et « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ».

Par la puissance du Saint Esprit, la Parole de Dieu faisait son œuvre de salut et se répandait en dehors même de la ville dans tout le pays.

L’hostilité des Juifs n’en fut qu’accrue. Ils excitèrent contre les apôtres les femmes de qualité qui servaient Dieu et les principaux de la ville. Ces femmes qui avaient quitté le paganisme et avaient appris à connaître le Dieu d’Abraham subissaient l’influence des chefs des Juifs.

Les dignitaires de la ville inclinaient à suivre leurs concitoyens plutôt que des étrangers. Tous étaient conduits par Satan, adversaire inlassable du Seigneur et des siens. Ensemble ils suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabas et les chassèrent de leur territoire.

Sans insister, les apôtres quittèrent la ville ; mais ils secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds. C’est ainsi que Jésus avait commandé de faire, envers ceux qui ne les recevaient pas, aux douze, puis aux soixante-dix envoyés devant Lui (Luc 9. 5 ; 10. 11). Par ce geste ils marquaient la rupture entre eux et les opposants abandonnés à leur endurcissement.

Mais dans cette même ville, les apôtres laissaient des disciples remplis de joie et de l’Esprit Saint. Les évènements qui venaient de se dérouler auraient pu les attrister, mais connaître Jésus donne une joie que le monde ne peut ôter.

Ayant cru, ils avaient reçu le Saint Esprit. C’est une plénitude de joie et de l’Esprit Saint que Dieu leur accordait. Comme nous le trouvons dans le chapitre 3 de l’évangile de Jean « Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure ».

Paul et Barnabas, chassés d’Antioche, se rendirent à Iconium. C’était un trajet de plus de cent kilomètres vers l’est à travers une région de hauts plateaux. Sur l’emplacement de l’ancienne Iconium subsiste aujourd’hui une ville moderne appelée Konia.

Là encore les deux apôtres commencèrent par entrer ensemble dans la synagogue, et ils parlèrent à ceux qui étaient assemblés avec une telle puissance, par le secours de l’Esprit, qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent.

Mais les Juifs qui ne croyaient pas émurent, irritèrent contre eux les esprits des Gentils.

Cette opposition n’intimida pas Paul et Barnabas qui séjournèrent assez longtemps à Iconium et continuèrent à prêcher hardiment. Ils le faisaient en s’appuyant non sur leurs propres forces mais sur le Seigneur, et le Seigneur répondait à la foi de ses serviteurs en leur accordant d’accomplir des miracles qui venaient attester le caractère divin de la parole annoncée.

Cependant l’opposition des ennemis de l’évangile se faisait plus pressante. La multitude de la ville était partagée, les uns étant avec les Juifs hostiles ; les autres avec les apôtres.

Finalement les adversaires Grecs et Juifs, avec leurs chefs, résolurent de lapider Paul et Barnabas. L’ayant appris, les apôtres s’enfuirent dans une province voisine nommée Lycaonie et y continuèrent leur travail d’évangélisation. Ils suivaient l’exemple de leur maître, le Seigneur Jésus qui, sans résister aux desseins meurtriers de ses ennemis, échappait à leur main pour poursuivre ailleurs son ministère d’amour.

Paul lapidé à Lystre

Dans la province de Lycaonie où ils s’étaient enfuis, Paul et Barnabas firent halte à une ville appelée Lystre. Il n’est pas fait mention là de synagogue. Peut-être n’y avait-il pas de Juifs et il semble que Paul se mit à prêcher l’évangile sur la place publique. Dans l’auditoire se trouvait un homme qui était infirme dès sa naissance et n’avait jamais pu marcher. L’intérêt avec lequel il écoutait montrait qu’il croyait la parole annoncée.

Paul, discernant chez cet homme la foi pour être guéri, lui dit à haute voix : « Lève-toi droit sur tes pieds ». Et aussitôt l’infirme se mit à sauter et à marcher. Ce miracle nous rappelle beaucoup d’autres guérisons opérées ainsi en réponse à la foi, par le Seigneur lui-même quand Il était sur la terre, ou plus tard par les apôtres. Nous pouvons admirer la confiance avec laquelle l’infirme de Lystre obéit sans hésiter à l’injonction de Paul.

L’opération de la puissance de Dieu était manifeste. Ce n’était pas une amélioration progressive comme dans la plupart des guérisons médicales ; mais de façon soudaine, cet homme put sauter et marcher.

Un tel prodige provoqua chez la foule un profond étonnement. Ils étaient témoins d’une opération surnaturelle, et dans leur ignorance ils l’attribuèrent aux faux dieux qu’ils adoraient. Dans toutes ces contrées de civilisation grecque, on rendait culte à un grand nombre de dieux imaginaires, à chacun desquels on prêtait quelque attribut ou quelque caractère humain.

Ils étaient les personnages d’innombrables récits fabuleux, ou mythes, qui tiennent une grande place dans la littérature antique. Chaque peuple avait adapté à ses propres traditions, la mythologie grecque qui s’étendait ainsi avec de multiples variantes à tout l’empire romain. Bien des villes avaient édifié en l’honneur de telle ou telle divinité, des temples somptueux ornés de la statue du dieu invoqué et des prêtres, personnages souvent très influents, étaient voués à ces cultes idolâtres.

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà dénoncé le néant des idoles. Dans son épître aux Corinthiens l’apôtre Paul nous le confirme : « Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde et qu’il n’y a point d’autre Dieu qu’un seul » (1 Cor. 8. 4). Mais en même temps il nous révèle que derrière ces idoles se cachaient les démons auxquels les hommes sont asservis (1 Cor. 10. 20).

Le dieu auquel on attribuait la suprématie sur les autres divinités se nommait Jupiter. Dans les récits mythologiques il servait souvent comme messager d’un autre dieu que l’on appelait Mercure. Les foules de Lystre pensaient donc que les deux apôtres, doués d’un pouvoir de guérison miraculeux, ne pouvaient être que leurs dieux qui avaient pris la forme d’hommes et, dans la langue de leur pays, ils leur attribuaient la gloire de ce prodige. Ils décernaient le titre de Jupiter à Barnabas qui avait dû assister avec dignité et en silence à la guérison de l’infirme et appelaient Paul Mercure, qui parlait et agissait. Le prêtre, sacrificateur de Jupiter, participant à l’élan général, amena des taureaux aux portes de la ville pour les sacrifier en l’honneur de ces divinités.

Nous comprenons l’horreur dont furent saisis Paul et Barnabas, en apprenant que l’on attribuait à des idoles le miracle de bonté accompli par la puissance du vrai Dieu et, qu’eux-mêmes, disciples de Christ étaient pris pour des divinités païennes à qui l’on allait offrir un sacrifice. C’est ce que témoigne leur geste spontané de déchirer leurs vêtements, signe de désapprobation, d’indignation et de chagrin.

En même temps ils s’élancèrent dans la foule pour arrêter l’accomplissement de cet acte impie en affirmant : « Nous sommes, nous aussi, des hommes humains, comme vous ayant les mêmes penchants que vous ». Ils continuèrent en exhortant les habitants de Lystre à abandonner l’idolâtrie, religion sans réalité, cause de leur funeste méprise et à « se tourner vers le Dieu vivant, qui a fait créé le ciel, et la terre et, la mer et tout ce qui s’y trouve toutes les choses qui y sont » Ils leur expliquaient que si ce Dieu créateur tout-puissant ne leur était pas connu et s’Il avait laissé jusque-là les nations agir à leur guise, Il s’intéressait pourtant à tous les hommes comme en témoignaient ses soins providentiels, les pluies et les saisons fertiles, la nourriture et la joie dont Il remplissait le cœur de ses créatures.

Cette prédication était bien adaptée à l’état de ces foules totalement ignorantes et imprégnées de leur paganisme. Nous trouverons au chapitre 17 des Actes que dans le discours qu’il prononce à l’adresse des Athéniens, semblablement éloignés de toute connaissance du vrai Dieu et adonnés aux cultes païens, Paul introduit le christianisme en présentant d’abord, comme ici, Dieu, souverain Créateur, soutien de la vie de tous les hommes.

Les apôtres eurent grand-peine à dissuader les habitants de Lystre de leur offrir un sacrifice. Cette scène qui avait sans doute impressionné fortement les esprits de tous les assistants aurait dû les préparer à recevoir l’évangile. Mais les Juifs d’Antioche et d’Iconium qui s’étaient montrés tellement opposés aux apôtres, poussés encore par Satan, vinrent les persécuter jusqu’à Lystre. Ces adversaires gagnèrent les habitants de la ville à leur cause et les foules, qui peu auparavant étaient prêtes à honorer les apôtres comme divinités, se tournèrent contre eux. Les Juifs lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville où ils le laissèrent pour mort.

Mais Dieu prit soin de lui de façon merveilleuse. Alors que les disciples, étreints certainement d’une grande tristesse, entouraient son corps meurtri, Paul se leva, entra de nouveau dans Lystre et y resta tranquillement encore un jour. Le lendemain il se rendit avec Barnabas dans la ville de Derbe située dans une contrée montagneuse voisine.

Inlassables, les deux apôtres recommencèrent à évangéliser, et leur prédication amena beaucoup d’âmes au Seigneur. Si l’ennemi animait les Juifs et soulevait les foules contre eux, les contraignant à abandonner successivement l’œuvre entreprise dans chaque ville traversée, Dieu ouvrait devant eux de nouveaux champs de travail et bénissait sa Parole. Ces deux serviteurs, chassés de ville en ville, portaient ainsi toujours plus loin l’heureux message qui délivrait les hommes de l’esclavage de Satan.

Dans ces récits des Actes, les croyants sont presque constamment appelés les disciples. Ce nom désigne ceux qui suivent l’enseignement d’un maître. Ce maître n’a pas besoin d’être davantage précisé. Ce n’était ni Paul ni Barnabas, si précieux que fût leur enseignement, mais Celui dont ils n’étaient que les porte-paroles, notre Maître à tous, le Seigneur Jésus.

Quand Il était sur la terre, ses disciples avaient tout quitté pour Le suivre et Il les enseignait. Être disciple de Christ, c’est recevoir sa parole et la mettre en pratique. Puissions-nous tous mériter ce titre comme les premiers croyants !

Le retour à Antioche

Après avoir évangélisé la ville de Derbe et amené là beaucoup d’âmes à suivre le Seigneur, Paul et Barnabas ne craignirent pas de reprendre le chemin du retour et de repasser dans les villes où ils avaient été cruellement persécutés. À Lystre, à Iconium, à Antioche de Pisidie, ils avaient laissé beaucoup de disciples récemment convertis qui avaient besoin d’être affermis et auxquels ils se sentaient très attachés.

Paul et Barnabas fortifiaient les âmes de ces croyants et les exhortaient à persévérer dans la foi. Ils ne leur cachaient pas les difficultés qui ne manqueraient pas de se dresser devant eux : « C’est par beaucoup d’afflictions, leur disaient-ils, qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Act. 15. 22).

Nous voyons souvent dans les évangiles, et même dans le premier chapitre des Actes, que les disciples pensaient que le Seigneur allait établir son règne sur son peuple Israël. C’est ce qu’Il fera après l’enlèvement de l’Église et les jugements qui doivent suivre.

Mais durant le temps de la grâce dans lequel nous sommes, le royaume de Dieu n’est pas une domination matérielle visible sur la terre. C’est un domaine spirituel, l’ordre de choses nouveau dans lequel on entre par la foi.

Dans ce royaume les caractères moraux de Dieu, tels que Christ les a manifestés en perfection, sont reconnus et maintenus. « Le royaume de Dieu est justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14. 17). Ces caractères, vus chez ceux qui appartiennent au royaume, ne peuvent que provoquer l’hostilité du monde, toujours opposé à Dieu.

Une marche fidèle à la suite du Seigneur ne peut pas être exempte de tribulations. Les apôtres en étaient un exemple. Paul en avertit Timothée : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés » lui écrivait-il après avoir rappelé les persécutions qu’il avait lui-même endurées à Antioche, à Iconium et à Lystre (2 Tim. 3. 11).

Si nous connaissons peu l’opposition du monde, l’opprobre de Christ, c’est souvent parce que notre témoignage manque de netteté et que notre conduite reflète une regrettable conformité à ce monde plutôt que les traits de notre divin Modèle. Il vaut pourtant bien la peine d’être du côté du roi rejeté : que sont les mépris du monde et même les débordements de sa haine en regard de l’approbation du Maître et des soins de son amour ?

Dans chacune des assemblées qu’ils traversaient, les apôtres établissaient des anciens. Les croyants choisis devaient veiller au maintien de l’ordre dans l’assemblée. Ils sont appelés aussi surveillants dans la première épître à Timothée, et dans l’épître à Tite sont énumérées les qualités qu’ils devaient avoir.

Les apôtres avaient, de la part du Seigneur, l’autorité pour nommer ainsi des anciens dans chacune de ces assemblées nouvellement formées. Plus tard l’apôtre Paul pouvait donner à Tite l’ordre d’en établir dans les assemblées de Crète (Tite 1. 5).

Il n’y a plus maintenant personne qui soit qualifié pour faire un tel choix. Nulle part nous ne voyons que les membres d’une assemblée se choisissent à eux-mêmes des surveillants.

N’y a-t-il donc plus besoin d’anciens et l’exercice de cette charge a-t-il disparu ? Il est au contraire toujours nécessaire que des hommes de Dieu fidèles, dévoués, veillent avec soin sur le bon ordre de l’assemblée et sur la marche de leurs frères.

Le Seigneur ne manque pas d’y pourvoir ; Lui-même qualifie ceux des siens qu’Il choisit. Sans être désignés par les hommes, dans la dépendance de Dieu, ils accomplissent humblement ce service d’amour. Si nul n’a à les désigner, tous doivent reconnaître ceux que Dieu a établis et leur être soumis (1 Thess. 5. 12 et 13 et Héb. 13. 17).

Paul et Barnabas priaient avec jeûne pour les chrétiens de ces assemblées « en les recommandant au Seigneur en qui ils avaient cru ». Quand ils étaient partis d’Antioche, ils avaient été eux-mêmes objets de prières accompagnées de jeûne.

Maintenant c’est dans le même esprit, se libérant de l’emprise de tous les soins ordinaires de la vie pour mieux réaliser la communion avec Dieu, qu’ils faisaient monter leurs supplications en faveur des nouveaux convertis qu’ils allaient quitter. Ils ne les laissaient pas à eux-mêmes, mais les recommandaient au Seigneur, Celui qu’avait saisi leur foi.

C’est ainsi qu’ils traversèrent les provinces déjà parcourues, la Lycaonie, la Pisidie, et qu’ils parvinrent à Perge de Pamphylie, leur première étape en Asie Mineure quand ils étaient arrivés de Chypre. Aucun détail ne nous est donné sur leur premier passage ; peut-être n’avaient-ils fait là qu’une courte halte sans évangéliser. En traversant à nouveau cette ville, ils y annoncèrent la Parole, puis allèrent s’embarquer dans un port tout voisin, Attalie, d’où ils gagnèrent par mer Antioche, capitale de la Syrie, d’où ils étaient partis, recommandés à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils venaient d’accomplir.

Dès qu’ils furent arrivés, ils réunirent l’assemblée pour faire à tous le récit de leur voyage. Ils racontèrent, nous est-il dit, non pas tout ce qu’ils avaient fait eux-mêmes et comment ils avaient converti beaucoup de païens, mais « toutes les choses que Dieu avait faites avec eux et comment Il avait ouvert aux nations la porte de la foi ».

Ils prenaient la place de simples témoins de l’œuvre de Dieu. C’est bien en effet Lui qui avait opéré ce miracle d’incliner le cœur de ces multitudes à recevoir l’évangile si opposé à leurs anciennes croyances. La foi est un don de Dieu et elle ouvrait l’accès aux nations. Béni soit-Il d’avoir étendu ainsi jusqu’à nous le déploiement de sa grâce !

Quelle précieuse communion dans leur service, à leur départ comme à leur retour, Paul et Barnabas avaient recherché et trouvé dans cette assemblée d’Antioche. Ils firent là un long séjour avec les disciples. Quel rafraîchissement pour eux, après les souffrances du voyage et l’opposition desséchante qu’ils avaient rencontrées, de se retrouver au milieu de cette assemblée nombreuse, attachée à Christ, qu’ils avaient précédemment enseignée pendant un an tout entier (Act. 11. 26).

C’est ainsi que le Seigneur ménage à ses serviteurs les haltes nécessaires. « Venez », a-t-Il dit aux douze qui, au retour de leur mission, se rassemblaient autour de Lui et Lui racontaient tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné, « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ».

D’après la Bonne Nouvelle 1961